Écrits

de
Y. B.

Éditions Kalki

© Éditions Kalki, 2016.
Version numérique.
http://oeuvre-de-rene-guenon.blogspot.fr
œuvre.de.rene.guenon@gmail.com

Table des matières
L‟alchimie humaine et les quatre éléments ................................... 4
Courrier des lecteurs ................................................................... 17
Un exemple de perfection dans l‟art de la calligraphie islamique
(yantra et sciences traditionnelles) ............................................. 19
Métaphysique et sciences traditionnelles .................................... 24

L‟ALCHIMIE HUMAINE
ET LES
QUATRE ÉLÉMENTS

*

Au chapitre VIII de l‟Introduction à l‟enseignement et au mystère de René
Guénon, C.-A. Gilis évoque une orientation plus islamique de Guénon, sous
prétexte qu‟il n‟aurait pas achevé son étude sur « Les conditions de l‟existence
corporelle » :
« Il ne fait aucun doute que Guénon, à la suite du texte publié en janvier et
février 1912, devait aborder l‟étude de la “condition vitale”, en correspondance
avec les données traditionnelles qui, dans l‟Hindouisme, se rapportent à Têjas, le
Feu. Rappelons que celui-ci apparaît comme “actif” par rapport à l‟Eau (Ap), qui
est l‟élément “passif” complémentaire, l‟un et l‟autre étant produits par
polarisation à partir de l‟élément “neutre”, qui est l‟Air. Or, selon la tradition
islamique, la “vie” n‟est pas liée à la réalité archétypale du Feu, mais bien à
celle de l‟Eau. Ainsi qu‟il est dit dans le Coran : “Et Nous avons fait à partir de
l‟Eau toute chose vivante” (Cor., 21, 30). On constate donc, dans le symbolisme
utilisé par ces deux traditions, une certaine “inversion des pôles” qui s‟explique
avant tout par des raisons d‟ordre cyclique : parmi les formes traditionnelles qui
subsistent encore, c‟est en effet l‟Hindouisme qui représente de la manière la
plus directe la Tradition primordiale ainsi que le pôle essentiel et “actif” de notre
état d‟existence, alors que l‟Islam, en tant que révélation finale du présent cycle
humain, représente tout au contraire le pôle substantiel et “passif” »1.
Or, dans son ouvrage sur le Vêdânta2, Guénon affirme que « L‟eau est
regardée par beaucoup de traditions comme le milieu originel des êtres », et ce
n‟est pas C.-A. Gilis qui peut remettre cette donnée en question, puisqu‟il a luimême cité ce passage, en se servant à nouveau du verset coranique mentionné,
dans un autre ouvrage3 ; sans en tirer pour autant les conclusions qui
s‟imposent : d‟une part il ne s‟agit pas d‟une conception spécifiquement
islamique, et d‟autre part, le changement d‟orientation de Guénon n‟existe que
dans l‟esprit de M. Gilis.
« Par deux fois, explique l‟auteur dans le premier livre cité, la réalisation
[de la rédaction complète des « Conditions de l‟existence corporelle »] est

*

[Publié dans Vers la Tradition, no 116, juin-juillet-août 2009.]
1986, p. 68.
2
Ch. XX, p. 163, n. 1.
3
Marie en Islam, 1990, ch. V, p. 53.
1

4

cette chaleur est évidemment celle d‟un feu intérieur qui doit brûler ce que les Kabbalistes appelleraient les “écorces”. mais cette idée n‟en rentre pas moins strictement dans la notion qu‟on peut se faire de l‟ascèse. c‟est-à-dire en somme détruire tout ce qui. méthode qui. après 1932 parce que. toute méthode préparatoire à cette réalisation. Guénon dit que la « voie sèche » des alchimistes correspond à la voie purement intellectuelle où prédomine l‟élément feu. dans le cas dont il s‟agit. pp. On sait. fait obstacle à une réalisation spirituelle . et il semblerait que 4 Ch. représenté par l‟élément eau6. Guénon renonce à son projet » dans La théorie hindoue des cinq éléments. du fait que La Gnose cesse d‟être publiée . à ce point de vue peut être considérée comme constituant une “purification” préalable à l‟obtention de tout état spirituel effectif »5 ? En réalité. IV : Le langage secret de Dante et des « Fidèles d‟Amour » (I). si la question de l‟élément Feu est à ce point controversée. Cela n‟empêche que dans Le Symbolisme de la Croix. 5 . p. On peut noter que les éléments sont aussi en relation avec les cinq « grandes années » de 12 960 ans qui composent le Manvantara de 64 800 ans. est celui qui. il est vrai que celui-ci contient une idée qui n‟est pas directement exprimée par l‟autre. Dans la maçonnerie. et qu‟il est question des conditions de l‟existence dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps. par ailleurs. Le sens premier de tapas est en effet celui de “chaleur” . correspond le plus exactement au sanscrit tapas . puisque dans l‟ordre cyclique. et la « voie humide » à celle où intervient un élément affectif symbolisé. auxquelles correspondent les cinq sens et les cinq éléments corporels) »4. bien que son auteur les envisage d‟un autre point de vue que celui des éléments. cette fois de manière délibérée. 188. que le nombre 7 est en rapport avec les « cieux » et les « terres » qui « permutent ».empêchée : en 1912 à la suite d‟un événement apparemment fortuit. XIX : Ascèse et ascétisme. ch. n. dans l‟être. dans les langues occidentales. le Ciel et la Terre servent aussi à désigner la tête et les pieds de l‟« Homme véritable ». par l‟aspect féminin de la Shakti. la « Jérusalem céleste » correspondra au « Paradis terrestre » du cycle futur. selon l‟expression coranique (14. de la façon la plus générale. et que dans l‟ordre initiatique. 5 Initiation et Réalisation spirituelle. on est en droit de se demander pourquoi Guénon écrivait en 1947 : « Le terme d‟“ascèse”. 159-160. et on pourrait considérer que le « renversement des pôles » présente une certaine analogie avec le « retournement » initiatique. ch. à propos du symbolisme de l‟étoile à cinq branches. ces considérations se rapportent au grade de compagnon. 6 Aperçus sur l‟ésotérisme chrétien. c‟est donc bien là quelque chose qui caractérise. 48 : yubaddalu). Du reste. entre autre chose. tel que nous l‟entendons ici. 1. autour de la montagne « sacrée » . 64. Guénon écrivait qu‟elle représente le microcosme et « aussi l‟homme individuel (lié aux cinq conditions de son état. XXVIII. p.

3) . En fait de moyen de grâce. Mais de quelle voie parle-t-on au juste7 ? Dans René Guénon et l‟avènement du troisième Sceau. Guénon écrit dans les Aperçus sur l‟Initiation : « … la simple communication avec les états supérieurs ne peut pas être regardée comme une fin. on est en droit de se demander si M. 15. comme si il ignorait tout de l‟intuition intellectuelle. p. 8 (1991) pp. car lorsque Ibn Arabî envisage la Terre comme se trouvant au centre de la circonférence10. M. la très grande majorité des hommes Ŕ de se rapprocher de lui »8. ch. mais sans l‟y faire pénétrer »9. du reste. des réalités principielles [pourquoi seulement “principielles” ?]. à tous degrés. et il parle aussi de « réalisation suprême » (p. on retrouve la même incompréhension. ce qui constitue le ternaire dont il existe de nombreux exemples en islam] : celle du symbole et. d‟une part.. d‟autre part. comme dans l‟ordre religieux. 127. p. si on désigne la manifestation universelle. car. qu‟il y a plus d‟exotéristes que d‟ésotéristes parmi les musulmans. Gilis a tendance à faire de sa conception de la voie initiatique une généralité. Seulement. sans tenir compte. III. p. 139. Gilis sait vraiment de quoi il parle. est le cas de toutes les traditions]. 35). toujours 7 Dans Les Sept Étendards du Califat (1993). p. Gilis écrivait : « La tradition islamique est. p. 282) et non pas de Vâlsan (ibid. 6 . 10 Les Sept Étendards du Califat. confondant ainsi le moyen avec la fin. on peut comprendre qu‟il refuse la distinction entre exotérisme et ésotérisme. Ce recours ne peut se justifier qu‟au niveau des moyens de grâce qu‟Allâh utilise pour permettre à ceux qui en ont besoin Ŕ c‟est-à-dire. 64 et 308 . pp. signalons que le mot « vicaire » pour désigner le khalîfah est de Guénon (Symboles de la Science Sacrée. mais seulement comme un point de départ : si cette communication doit être établie tout d‟abord par l‟action d‟une influence spirituelle. 33-34. Gilis affirme que « nous sommes obligés de “croire” en Allâh » (p. il s‟agit d‟un symbolisme dont Guénon a donné une représentation (la figure 8 de La Grande Triade). axée sur le Tawhîd. ch. VII. n. et d‟autre part. pour faire descendre sur l‟être une “grâce” qui l‟y relie d‟une certaine façon. M. c‟est pour permettre ensuite une prise de possession effective de ces états. aussi Marie en Islam. 69. que les rites appartenant aux deux domaines ne sont pas du tout effectués de la même manière dans l‟usage pratique. et qui se rapporte autant à l‟« Homme véritable ». D‟autre part. XLV : El-Arkân. Dès lors. de par sa nature même. n. 129. 8) pour désigner la servitude. 11 Les Sept Étendards du Califat. et à l‟« Homme transcendant ». 27. celle-ci exclut. 9 Ch. lorsqu‟il affirme que « les Cieux planétaires correspondent à la modalité subtile de l‟état humain »11. c‟est-à-dire la doctrine de l‟Unité principielle [ce qui. cf.M. si on désigne par ce symbolisme un état d‟existence. et non pas simplement. aujourd‟hui. le recours au symbolisme qui implique nécessairement une dualité [il faudrait nous expliquer comment on peut remonter à l‟unité sans passer par la dualité. Or.

on peut aisément déduire que les 3 degrés de la maçonnerie bleue réalisent respectivement la « mesure » du Manvantara. En outre. Ceci étant. Tome I. qu‟il appelle aussi « alchimie humaine » est « essentiellement une aspiration de l‟être vers l‟Universel. selon le Dumfries). 129. nous nous situons au milieu du Kalpa qui se compose de 7 Manvantaras descendants et de 7 Manvantaras ascendants . il n‟y a pas seulement la polarisation de l‟air en feu et en eau à considérer. alors qu‟elle concerne le domaine physiologique et que. quels que soient d‟ailleurs les moyens extérieurs. bien qu‟il semble avoir donné tous les éléments pour la rédiger. Gilis est flagrante. auxquels on pourrait peut-être rappeler cette tradition prophétique : « Cherchez la science jusqu‟en Chine ». le souffle et l‟âge d‟airain. et cela nous amène à une des raisons pour lesquelles Guénon n‟a peutêtre pas souhaité terminer son étude. Si on fait correspondre le corps à la terre. mais il existe une conception platonicienne suivant laquelle le corps est l‟enveloppe du souffle qui est l‟enveloppe de l‟âme qui est l‟enveloppe de l‟intellect. n. car il semble considérer cette polarisation comme une spécificité de certaines formes traditionnelles. gestes (mudrâs). le souffle à l‟air.du point de vue de La Grande Triade. on peut se demander s‟il n‟y a pas dans notre localisation cyclique une réalité spirituelle d‟une autre portée. l‟âme et l‟âge d‟argent et l‟intellect et l‟âge d‟or. 23).-A. D‟après ces indications et celles figurant à la note (4). ayant pour but d‟obtenir une illumination intérieure. ni celui de leur résorption . qui n‟a jamais cessé d‟interpeller Guénon puisque le texte intitulé « La prière et l‟incantation » était initialement une planche maçonnique. et de ne rien trouver de comparable chez les « spécialistes » de la doctrine akbarienne. de surcroît. on pourrait faire un rapprochement entre le corps et l‟âge de fer. p. Cette incantation. Il faut dire que nous avons toujours été surpris de constater que Guénon considérait les deux traditions extrême-orientale et islamique comme insistant plus particulièrement sur la réintégration dans l‟état primordial. 13 Corpus Hermeticum. l‟ordre de succession des épreuves par les éléments ne reproduit ni celui de leur production. ce qui pose la question de l‟usage du « souffle » (l‟apprenti doit avoir « un bon souffle ». 121. mais aussi celle du feu en chaleur par le sang et en lumière par les nerfs12 . sans autre précision (Les Sept Étendards. paroles ou sons musicaux (mantras). l‟âme à l‟eau et l‟intellect au feu13. suivant des modalités différentes. on retrouve l‟exacte succession des épreuves initiatiques . l‟Homme représente le domaine intermédiaire par rapport au Ciel et à la Terre. et comme Guénon envisage « un double sens à la solidification ». Dans la maçonnerie. dont la descente de la « Jérusalem céleste » représente un aspect bénéfique. 7 . figures 12 Là aussi l‟incompréhension de C. En considérant la réalisation comme une remontée des cycles. p. elle est perceptible dans les phases préliminaires de l‟initiation effective.

qui peuvent être employés accessoirement comme supports de l‟acte intérieur. « … dans la tradition hindoue. mot qui désigne proprement le “rythme”. Il nous faudrait une autre occasion pour aborder l‟absurde question de la « greffe » islamique. dans leur lutte avec les Asuras. car celle-ci est la caractéristique des chaînes initiatiques vivifiées par un Maître vivant. formules dont la répétition a pour but de produire une harmonisation des divers éléments de l‟être. qu‟il faut pour autant faire la confusion entre celui-ci et l‟influence spirituelle dont il est le véhicule. Nous sommes quelque peu surpris de constater que notre prétendu « imâm es tassarruf » n‟ait pas abordé ce genre de considération. d‟ouvrir une communication avec les états supérieurs. nous ferons seulement remarquer que Guénon n‟a jamais parlé de la transmission d‟un Nom islamique à des non-musulmans. 8 . que certains n‟hésitent pas à réduire à une « regrettable polémique ». s‟applique à des formules rythmées correspondant exactement aux mantras hindous. et dont l‟effet est de déterminer des vibrations rythmiques qui ont une répercussion à travers la série indéfinie des états de l‟être »14. et que c‟est pour cette raison que les hymnes reçurent le nom chhandas. pour donner une équivalence analogue dans le domaine hiérarchique. p. VII : La Langue des Oiseaux. se protégèrent (achhan dayan) par la récitation des hymnes du Vêda. et vers lequel la pratique de ce Nom aide ceux-ci à s‟acheminer suivant des modalités incantatoires extérieures et surtout intérieures. en hiérarchie indéfinie. la raison d‟être essentielle et primordiale de tous les rites »15. vu que c‟est eux qui l‟ont provoquée. 164. XX. dans l‟ésotérisme islamique. cette transmission est elle-même subordonnée au rattachement à une organisation initiatique .symboliques (yantras) ou autres. mais nous pouvons assurer les non-musulmans. si bien que. à recevoir la communication de hauts-grades maçonniques sans avoir été initié aux degrés antérieurs. La même idée est d‟ailleurs contenue dans le mot dhikr. Symboles de la Science sacrée. il est dit que les Dêvas. ch. et de déterminer des vibrations susceptibles. parmi les plus qualifiés. qui ont reçu la transmission de ce Nom. reviendrait. ce qui est d‟ailleurs. qui. d‟une façon générale. car celle-ci appartient à la forme islamique avec tout ce que cela implique. ch. Enfin. recevoir cette transmission sans être rattaché à l‟organisation correspondante. Pour le moment. à l‟aide de laquelle il guide ses disciples à travers les voiles de lumières qui enveloppent l‟« Esprit muhammadien » (ou le « Centre du Monde » de la tradition islamique) . pour un profane. D‟autre part. ce n‟est pas parce que ce Nom est pratiqué par des chrétiens orientaux. qu‟ils risquent de subir une « réaction concordante » du 14 15 L‟Homme et son devenir selon le Vêdânta. ce qui ne manque pas d‟ironie. par leur répercussion à travers la série des états.

et qui dit simple dit incorruptible. Dans son étude intitulée Les dualités cosmiques17. Cela leur donnera peut-être l‟occasion de se rendre compte que ce dernier est bien vivant. Guénon écrivait : « nous prendrons comme exemple la théorie des éléments telle que la concevaient les Grecs.« Centre » mentionné vis-à-vis duquel ils n‟ont aucune appartenance traditionnelle. du froid et de l‟humide . du froid et du sec. il représente l‟homogénéité primordiale dont la rupture déterminera la production des autres éléments avec leurs oppositions. nos 428-429-430-431. la purification rituelle aura toujours pour “support” matériel les corps qui symbolisent les éléments et qui en portent les désignations (car il doit être bien entendu que les éléments eux-mêmes ne sont nullement des corps prétendus “simples”. XXV. mais à quel prix ? Dans les Aperçus sur l‟Initiation. celui des qualités. feu et eau. la terre. l‟air. et telle qu‟elle se transmit au moyen âge . sec et humide. du chaud et de l‟humide . que Leibnitz a placée en tête de son De arte combinatoria. Études Traditionnelles. d‟autre part. 16 17 Ch. et air et terre. au sens cosmologique de ce terme. celle des éléments. considéré comme cinquième élément. mais ce à partir de quoi sont formés tous les corps) ». « il s‟agit de ramener l‟être à un état de simplicité indifférenciée. car chaque élément procède de deux qualités combinées. du chaud et du sec . Quant à l‟éther. si l‟on veut bien y réfléchir un instant. Cette théorie est résumée dans la figure. montre assez clairement que le processus initiatique et le “Grand Œuvre” hermétique ne sont en réalité qu‟une seule et même chose : la conquête de la Lumière divine qui est l‟unique essence de toute spiritualité »16. on y trouve deux quaternaires. l‟eau. et c‟est là ce qui donne l‟explication véritable de ce mot même d‟“épreuves”. Aristote en particulier. et. d‟un symbolisme d‟ailleurs purement hermétique. et que les alchimistes appelaient pour cette raison “quintessence” (quinta essentia). Donc. comprenant chacun deux dualités : d‟une part. comparable (…) à celui de la materia prima (entendue naturellement ici en un sens relatif). et la raison peut en être exprimée très facilement en quelques mots : qui dit élément dit simple. 9 . chaud et froid. Or. afin qu‟il soit apte à recevoir la vibration du Fiat Lux initiatique (…) ce qui. D‟un point de vue initiatique. ce qui est d‟ailleurs une contradiction. on apprend que « les épreuves sont essentiellement des rites de purification . appartenant à deux dualités différentes : le feu. qui a ici un sens nettement “alchimique”(…) la purification s‟opère par les “éléments”. les couples d‟éléments opposés ne coïncident pas avec les couples de qualités opposées. il contient toutes les qualités dans un état d‟indifférenciation et d‟équilibre parfait .

mais pourrait-on en dire autant du sec et de l‟humide ? Cela paraît bien difficile. par exemple. la figure de l‟archéomètre] . la chaleur et le froid doivent être également contenus de façon à s‟équilibrer parfaitement . Ce qui est assez significatif. etc. oppose le feu à l‟air et la terre à l‟eau [voir. et en sens inverse. dans le même ordre d‟existence. de l‟une sur l‟autre. à des points de vue différents. il n‟en est pas moins vrai que. eau et terre d‟autre part. (Note de Guénon : « Voir l‟Amphitheatrum Sapientiae Aeternae de Khunrath. pour les éléments. au point de vue où nous venons de nous placer. s‟effectuer corrélativement. l‟expansion et la condensation ne figurent même plus dans une opposition ou une corrélation quelconque (…). D‟autre part. et alors ce point. des oppositions également différentes peuvent être établies entre les mêmes choses : c‟est ce qui arrive. mais seulement là où la dualité a cessé d‟être. tandis que la première fait appel aux considérations précédentes. la seconde. ici. au moins momentanément.« Maintenant. chose double). en répartissant les éléments dans le zodiaque. loin de marquer la victoire complète. le chaud et le froid sont respectivement des principes d‟expansion et de condensation. au lieu d‟être le plus bas. les unissaient au contraire dans la figuration de leur androgyne symbolique Rebis (res bina. suivant que l‟on s‟adresse à l‟alchimie ou à l‟astrologie. c‟est que les hermétistes. dont la solidification marque le dernier degré. dans cette indifférenciation même. en une matière unique ». n‟en est pas moins comme une image ou un reflet de cet équilibre parfait qui ne se réalise que dans l‟indifférenciation . du fixe et du volatil. et c‟est seulement par leur participation du chaud et du froid qu‟on peut rattacher les éléments. car. pour être instable. par une élévation de température (…) si la chaleur paraît représenter la tendance qui mène vers l‟indifférenciation. feu et air d‟une part. qui nous paraît être une excellente synthèse sur la question. si l‟on considère le milieu du cycle cosmique en regardant les deux tendances comme agissant simultanément. et correspondent ainsi rigoureusement aux forces antagonistes du dualisme mécanique . le “grand œuvre” reproduit en abrégé l‟ensemble du cycle cosmique [également caractérisé par ces deux phases]. les Clefs d‟alchimie de Basile Valentin. au lieu de séparer radicalement ces deux phases. il est l‟instant où la prépondérance commence à passer de l‟une à l‟autre : c‟est donc le point où ces deux tendances sont dans un équilibre qui. on s‟aperçoit que. le retour à l‟indifférenciation devra. « Signalons encore que les deux phases [« ascendante » et « descendante »] (…) se retrouvent (…) dans les théories hermétiques. c‟est que. par conséquent. doit être 10 . à ces deux tendances expansive et attractive (…) Et ce qui complique encore la question. représentant la conjonction du soufre et du mercure. où elles sont appelées “coagulation” et “solution” : en vertu des lois de l‟analogie.]) « Mais revenons à l‟opposition du chaud et du froid (…) : l‟abaissement de la température traduit une tendance à la différenciation. l‟homogénéité véritable ne se réalise pas dans un des termes de la dualité. » [On pourra aussi se reporter aux Théories & Symboles des Alchimistes d‟Albert Poisson.

D‟ailleurs. donc une “condensation”. et que. ils se réveillent ». ne peut en présenter qu‟une image inversée. nous pourrions citer à ce propos telle doctrine arabe suivant laquelle “l‟extrême universalité se réalise dans l‟extrême différenciation” parce que l‟individualité disparaît. 11 . pour toute individualité. ce qui est “dissipation” sous le rapport de la substance est une “condensation” sous le rapport de l‟essence . de sorte que. consistera proprement à “dissoudre” ce qui était “coagulé” et. par suite. il y a en quelque sorte un point d‟arrêt dans la limitation. puisque c‟est là ce qui correspond proprement aux “condensations” et aux “dissipations” de la tradition taoïste. esprit et corps n‟étant en somme pas autre chose que l‟aspect “essentiel” et l‟aspect “substantiel” de l‟être . l‟état qui est vie pour le corps est mort pour l‟esprit et inversement19 . de façon à rétablir ou plutôt à maintenir l‟équilibre total. Il résulte de là que ce qui est “condensation” sous le rapport de la substance est au contraire une “dissipation” sous le rapport de l‟essence. Ce qui est plus exact au fond. à “coaguler” ce qui était “dissous”. et c‟est pourquoi “volatiliser (ou dissoudre) le fixe et fixer (ou 18 Toutes ces citations sont tirées du no 430. une “dissipation” déterminée par un mouvement centrifuge. La “perspective” de la manifestation rapportera donc assez naturellement au Principe même ce qui appartient réellement au Ciel.véritablement moyen sous tous les rapports (…). par là même qu‟elle a réalisé la plénitude de ses possibilités »18. en tant que pôle “positif” de la manifestation. « C‟est pourquoi les alchimistes disent fréquemment que “la dissolution du corps est la fixation de l‟esprit” et inversement. représente d‟une façon directe le Principe par rapport à celle-ci. s‟exerçant en sens inverse l‟une de l‟autre : toute attraction produit un mouvement centripète. ces deux opérations apparemment inverses n‟étant en réalité que les deux aspects complémentaires d‟une seule et même opération. en tant qu‟individualité. au sens le plus général de ces mots. au pôle opposé. toute “transmutation”. en tant que pôle “négatif”. simultanément. puisqu‟il n‟y a là rien de spatial) sera attribué d‟une certaine façon au Principe. ceci peut s‟entendre de l‟alternance des “vies” et des “morts”. bien entendu. On pourrait encore exprimer les choses autrement en disant que « le Ciel. inversement. à partir duquel cette individualité même peut servir de base à une expansion en sens inverse [au processus d‟individualisation ou d‟involution] . pourrait-on dire. tandis que la Terre. au sens hermétique de ce terme [c‟est-à-dire en ce qui concerne les modalités et états de l‟individualité]. et c‟est ainsi que le “mouvement” du Ciel (mouvement au sens purement symbolique. bien que celui-ci soit nécessairement immuable. 19 On pourrait rappeler ici une autre tradition prophétique de l‟islam suivant laquelle : « Les gens dorment et quand ils meurent [par la “troisième naissance”]. à laquelle correspondra. c‟est de parler (…) des attractions respectives du Ciel et de la Terre.

est dit encore “tirer le vif du mort et le mort du vif”. ch. Symboles de la Science sacrée. dans Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps (ch.coaguler) le volatil” ou “spiritualiser le corps et corporifier l‟esprit”. et il précisait. ce qui établit un certain rapport entre le “feu céleste” et le “feu souterrain”. c‟est-à-dire vivifié par l‟action du Soufre. était en relation directe avec le symbolisme métallurgique. et du lin incombustible. ch. il faut avant tout se souvenir que les métaux. ce qui nous amène assez naturellement à aborder un dernier aspect du symbolisme des éléments. En note. En 1929. de sorte que “les anciens ont caché cette ablution sous l‟énigme de la salamandre. LX : La lumière et la pluie. Pour un enseignement similaire. puisqu‟il s‟agit en somme d‟un reflet inférieur. et la « pierre cubique à pointe » et la « pierre philosophale ». une expression qorânique »20. mais à une purification qui s‟opère par le feu. pour représenter les influences spirituelles. et aussi que le Mercure “animé”. ch. voir aussi La Grande Triade. ce que représente nettement la situation même des mines métalliques à l‟intérieur de la terre. non pas à l‟“action de laver quelque chose avec de l‟eau ou autre liqueur”. ce qui est aussi. et parfois même comme un “feu liquide” »21. dans le symbolisme hermétique. 22 Symboles de la Science sacrée. de sorte qu‟il y a là comme un passage alternatif des “eaux inférieures” aux “eaux supérieures” et inversement » . XII. soit décrit comme une “eau ignée”. D‟autre part « les alchimistes “entendent par les eaux. Guénon écrivait : « Il est intéressant de remarquer que les foudres de Jupiter sont forgées par Vulcain. XXII) : « Pour comprendre ceci. qui s‟y purifie et s‟y blanchit sans s‟y consumer” [les citations viennent de Pernéty]. De plus. VI. … [ce dernier]. un aspect “bénéfique” et un aspect “maléfique”. à un “feu qui ne brûle pas” et à une “eau qui ne mouille pas les mains”. ch. le côté “maléfique” doit facilement devenir prédominant . en raison de leurs correspondances astrales. ils doivent donc naturellement avoir. et l‟on sait que les Cieux correspondent aux états informels . sont en quelque sorte les “planètes du monde inférieur” . qu‟ils disent se nourrir dans le feu. les rayons et la lueur de leur feu”. et (…) ils donnent le nom d‟“ablution”. en effet. il ne faut 20 La Grande Triade. être regardée comme une eau “céleste”. l‟évaporation des eaux terrestres par la chaleur solaire est d‟ailleurs l‟image d‟une “transformation”. XXV : Les pierres de foudre. Guénon signale aussi que « la pluie doit en effet. la « pierre cubique » et le Sel. par ailleurs. comme les planètes elles-mêmes dont ils reçoivent et condensent pour ainsi dire les influences dans le milieu terrestre. On peut comprendre par là qu‟il soit fait de fréquentes allusions. spécialement dans les mystères kabiriques »22 . où Guénon fait un rapprochement entre la « pierre brute » et l‟individualité. 21 12 .

les mettant en rapport à la fois avec les métaux et avec les planètes correspondantes ». n‟est autre que celle même de Prakriti. n‟abandonna pas la montagne. dont l‟idée s‟associe sous bien des rapports à celle du “monde infernal” (…) En ce qui concerne cette relation avec le “feu souterrain”. ch. en considérant le symbolisme de la montagne et de la caverne. (…) le “monde céleste” (auquel se réfère l‟élévation de la montagne au-dessus de la surface terrestre) est devenu en un certain sens le “monde souterrain” (bien qu‟en réalité ce ne soit pas lui qui ait changé. qui n‟est en quelque sorte qu‟une image réfléchie. au point de vue traditionnel. Ŕ Les Kabires. nous ajouterons que cette association avec le “monde infernal” explique suffisamment (…) le côté “sinistre” de leur métier. et. c‟est l‟état de potentialité pure. tous deux sont d‟ailleurs représentés également comme des forgerons . d‟autre part. que dans notre situation cyclique : « le centre. XXXI : La montagne et la caverne. 240-241. et ce “renversement” se trouve figuré par les schémas respectifs de la montagne et de la caverne. c‟est-à-dire l‟état d‟indifférenciation ou d‟indistinction qui est au point de départ de la manifestation. XXXI : Les deux nuits. est comme le reflet de l‟indifférenciation principielle du non-manifesté. de l‟état principiel des possibilités nonmanifestées »24… On pourrait voir dans ces indications « polaires ». mais se retira seulement de son sommet à son intérieur . quand elle s‟applique à la totalité de la manifestation universelle. soit relativement à chacun de ses états . car cette indifférenciation. précisément au sujet des forgerons. en tant que celle-ci s‟identifie à la hylè primordiale ou à la materia prima des anciennes doctrines cosmologiques occidentales . il faut se rappeler. Il faut bien comprendre que le sens inférieur des ténèbres « représente proprement le “chaos”. tout en étant aussi des forgerons. D‟un point de vue initiatique. ce qui est au point le plus haut se réfléchissant au point le plus bas. d‟autre part. pp. et par conséquent son rapport avec celui-ci) . qui expriment en même temps leur complémentarisme »23. qu‟on pourrait appeler “matérielle” en langage occidental. en d‟autres termes.pas oublier que. ce même changement est en quelque sorte un “renversement” par lequel. Initiation et Réalisation spirituelle. 13 . mais les conditions du monde extérieur.. et ici nous voyons immédiatement apparaître l‟application de l‟analogie en sens inverse. la ressemblance manifeste du nom de Vulcain avec celui du Tubalcaïn biblique est particulièrement significative . pourrait-on dire. et par là même inversée. comme une justification métaphysique de la « descente aux enfers » qui se déroule au début du processus initiatique. comme les sommets des deux triangles opposés dans le symbole du “sceau de Salomon” (…) cette indistinction. avaient un double aspect terrestre et céleste. soit dans sa totalité. les métaux et la métallurgie sont en relation directe avec le “feu souterrain”. et Guénon précise encore que « le “noir plus noir que le 23 24 Ibid. ch.

ch. II. mais il est aussi et par là même (…) un symbole naturel des “ténèbres supérieures”. Ainsi. car elle nous paraît illustrer. Symboles de la Science sacrée. dans Mélanges. et c‟est là. Guénon écrit : « Si maintenant nous voulons 25 Ibid. La FrancMaçonnerie dans la Lumière du Prophète. p. au-delà de toute manifestation et de toute contingence. XVI : Les « têtes noires ». comme tel. on pourrait donc dire que le centre est “blanc” extérieurement et par rapport à la manifestation qui procède de lui. que s‟opère en définitive la véritable jonction des extrêmes »25. 26 14 . 44-45. l‟usage qu‟il fait de la doctrine akbarienne afin d‟imposer sa manière d‟envisager les choses : « À cette première limitation [la « spéculative » sur laquelle nous allons revenir] s‟en ajoute une autre. Pour conclure. ces “ténèbres supérieures” sont en réalité la Lumière qui surpasse toute lumière. ch. et là seulement. tandis qu‟il est “noir” intérieurement et en lui-même . l‟obscurité du chaos ou les “ténèbres inférieures” . nous voulons dire en tant qu‟il est le point de départ d‟une “irradiation” assimilée à celle de la lumière . cité dans Ordo ab chao. entendue dans son sens supérieur. Il faut d‟ailleurs remarquer que. II. 27 Autorité spirituelle et pouvoir temporel. pp. ou que le “silence” contient en lui-même tous les sons dans leur modalité parâ ou nonmanifestée. « le centre est. comme René Guénon l‟a rappelé à maintes reprises (en se référant typologiquement à ce que représente la caste des Vaishyas dans l‟hindouisme).noir” (nigrum nigro nigrius). en raison de son caractère principiel. De même que le “non-agir” est véritablement la plénitude de l‟activité. ch. c‟est-à-dire. inhérente à la nature de l‟initiation maçonnique qui est une initiation de métier. et ce dernier point de vue est naturellement celui des êtres qui (…) se situent symboliquement dans le centre même »26. En fait. lui convient donc réellement. la couleur blanche convient aussi au centre sous un autre rapport. une initiation de ce type ne peut transmettre que “les connaissances qui lui conviennent spécialement” . ce qu‟on pourrait appeler le “lieu” de la non-manifestation . Fonctions du Sacerdoce et de la Royauté] ne comporte proprement que la considération des rapports des deux premières castes ». la couleur noire. C‟est assez habile de se servir de cette citation que Guénon poursuit en disant : « mais nous n‟avons pas à insister sur ce point. qu‟une portion restreinte des “petits mystères” tels que nous venons de les définir »27.. Gilis se sert des citations de Guénon. nous voudrions donner un exemple de la manière dont M. suivant l‟expression des hermétistes. par reflet. puisque le sujet de la présente étude [Autorité spirituelle et pouvoir temporel. quand on le prend dans son sens le plus immédiat et en quelque sorte le plus littéral. 228 : La jonction des extrêmes. par contre. l‟aspect principiel de la lumière elle-même . En effet. est assurément. en principe tout au moins. et celles-ci ne représentent.

somme toute. 15 . il n‟est pas difficile de se rendre compte que c‟est lui qui la commet entre la Lumière du Prophète. d‟un côté. de l‟autre. nous dirons qu‟elles appartiennent à l‟ordre des “petits mystères”. le Prophète a dit : « J‟ai été conçu avant qu‟Adam soit entre l‟eau et l‟argile ». Poursuivons la citation de C. dans le même chapitre. cette communauté de domaine. suivant une dernière parole prophétique qui va nous ramener au début de notre étude. et par suite. Et dans les Aperçus sur l‟Initiation : « Pour les Vaishyas à plus forte raison encore que pour les Kshatriyas. Lorsque. car elle tient. XXIX. mais en constitue du moins obligatoirement la première phase » (p. mais bien à la constitution même de la Maçonnerie. en l‟occurrence. 251. 196. on peut dire que l‟Esprit muhammadien est créé d‟air et de feu. M. ch. et que même la continuité de la transmission suffit pour que. et sa perception. Gilis nous fait ici l‟aveu d‟un modernisme bien profane en voyant des « oppositions » là où il n‟y a que différents aspects complémentaires de la doctrine et de la réalisation . XXXIX. Or. d‟une “connaissance de la nature” primordiale. [En réalité. des relations assez étroites entre les organisations par lesquelles ces formes sont pratiquées respectivement »28. le domaine initiatique qui leur convient proprement est celui des “petits mystères” .] Cette seconde limitation est plus essentielle que la première. et. cette restauration devant alors nécessairement être conçue comme un retour à l‟état „opératif‟”29 on ne voit pas ce que ce retour pourrait signifier d‟autre. se rapportant au développement des possibilités qui relèvent proprement de l‟état humain.-A.définir plus rigoureusement le domaine de ce qu‟on peut appeler les initiations de métier. car la confusion est grande sur ce point essentiel. Gilis : « Cette définition doit également être rappelée. 76 : L‟Initiation et les Métiers). c‟est-à-dire la réalisation des états supraindividuels et surtout la réalisation métaphysique. a d‟ailleurs amené fréquemment des contacts entre les formes d‟initiation destinées aux uns et aux autres [comme la maçonnerie et la chevalerie]. ou encore de l‟ordre “physique” ou “cosmologique” opposée à l‟ordre métaphysique . des mystères qui “concernent seulement les possibilités de l‟état humain” par opposition à ceux qui se rapportent à ce qui est au delà. p. non pas à un état passager de dégénérescence auquel il serait possible de remédier. si l‟on peut dire. René Guénon écrit : “Nous devons insister sur le fait qu‟une telle dégénérescence d‟une organisation initiatique ne change pourtant rien à sa nature essentielle. Ibid. si on met en relation l‟eau et l‟argile avec les éléments qui leurs correspondent. si des circonstances plus favorables se présentaient. Il s‟agit.. p. très sommaire. une restauration soit toujours possible. ce qui n‟est pas le but dernier de l‟initiation. Du reste. qui seule importe véritablement. que l‟exercice traditionnel du métier de 28 29 Aperçus sur l‟Initiation. tout au moins en principe. ch. en fait de « confusion essentielle ».

30 31 Ibid. B. avec tout l‟ensemble des moyens de divers ordres qui peuvent être employés en vue de cette fin . à l‟égard d‟une forme initiatique quelle qu‟elle soit. p. en les faisant correspondre respectivement à l‟initiation effective et à l‟initiation virtuelle »31. Guénon précise d‟ailleurs que l‟hermétisme peut « fournir tout un symbolisme qui. 16 . en réalité. car cette transposition constitue. p. 195. 261). Ibid. Y. XLI. on peut toujours. même au cas où cette hypothèse. et dont le sous titre est René Guénon. et nous avons dit que le “Grand Œuvre” hermétique lui-même peut être regardé comme une représentation du processus initiatique dans son ensemble… » (ch. d‟une façon très exacte. qui apparaît à la fois comme la plus favorable et la plus improbable. comme l‟aperçu que nous avons donné dans cette étude le montre clairement. celui d‟“œuvre”. ni par quel miracle l‟initiation maçonnique pourrait ouvrir aux “grands mystères”. 197. Les citations tronquées dont M.. en réalité. Ce n‟est pas parce que Michel Vâlsan n‟avait pas vu cela que nous devons nous limiter à sa lecture contestable de l‟œuvre de Guénon. on peut encore dire qu‟« en dehors de toute déviation. « le mot “opératif” ne doit pas être considéré exactement comme un équivalent de “pratique”. p. Gilis donne l‟exemple dans la partie d‟un livre intitulée Les Maîtres akbariens. dès lors que le lien avec un principe supérieur et véritablement transcendant n‟est pas rompu. Quant à la limitation « spéculative ». a pu même y servir parfois de véhicule à des vérités d‟un ordre plus élevé (…) une telle transposition est en effet toujours possible.. est aussi usité précisément en ce sens dans la terminologie alchimique »30. et il n‟est pas sans intérêt de remarquer qu‟un mot de même origine. en tant que ce dernier terme se rapporte toujours à l‟“action” (…) de sorte qu‟il ne saurait être employé ici sans équivoque ni impropriété . Dans les faits. et même si elle ne prend pas un métier comme “support”. il s‟agit de cet “accomplissement” de l‟être qu‟est la “réalisation” initiatique. il ne fait aucun doute que la dégénérescence de la Maçonnerie n‟a rien à envier à celle des « semi-profanes » qui font une identification toute « spéculative » entre la shariyah et la haqîqah. appliquer les termes “opératif” et “spéculatif”. et du point de vue de l‟initiation. montrent la légèreté avec laquelle il se sert de différentes autorités pour mieux asseoir la sienne . une des raisons profondes de toute une partie de celle-ci.maçon . par une transposition convenable. Dans le même ouvrage. était effectivement réalisée ».

pour ceux qui avaient les qualifications nécessaires. Ainsi. bien qu‟une tradition de cet ordre devait se rattacher ellemême originellement et par ses principes à une doctrine réellement métaphysique. 224). p. Vâlsan envisageait-il une telle transposition. pour l‟aspect doctrinal. ce qui suit : « Un cas de ce genre est celui de l‟hermétisme. janvier-février 2010. Plus exactement. à un point de vue cosmologique. et que de ce fait une ouverture restait. * [Paru dans Vers la Tradition. M. dans la partie finale de sa note. du moins. XLI). ch. quoique de façon moins directe. à certaines époques.COURRIER DES LECTEURS* Nous avons reçu de la part d‟un lecteur la remarque suivante : « (…) Le texte « L‟alchimie et les quatre éléments »… attribue à Michel Vâlsan une position qu‟il n‟a pas. M. vers une réalisation de l‟ordre des “grands mystères” » (Études Traditionnelles. d‟« une réalisation de l‟ordre des “grands mystères” ». il parlait même. possible. Vâlsan écrivait : « de même qu‟il y a des initiations de caractère spécifiquement cosmologique. Afin de prouver ce que j‟avance. Le problème est que cette affirmation est totalement fausse. et il en tirait aussi des “applications” dans le domaine de la réalisation initiatique ». On y expose. Aperçus sur l‟Initiation. en tant que réadaptation des traditions grecque et égyptienne. il peut y avoir des formes traditionnelles réduites. René Guénon. et cela me semble particulièrement important à souligner. pour l‟aspect initiatique. Il ajoutait en note. et dont le domaine normal est alors celui des “petits mystères” ». à l‟époque alexandrine. en effet. d‟un “rattachement” à la métaphysique. Vâlsan avait donc bien compris Guénon sur ce point précis. je vous donne ci-dessous les références qui conviennent… Dans son article inachevé Les derniers hauts grades de l‟Écossisme et la réalisation descendante. décembre 2009.] 17 . et. sinon par leur définition première. malgré tout. et à cela on oppose une lecture contestable de l‟œuvre de René Guénon par Michel Vâlsan qui n‟aurait pas vu cette possibilité. 1953. dépassant le domaine des petits mystères Ŕ . dont le caractère cosmologique et d‟initiation de l‟ordre des “petits mystères” ne fait pas de doute (cf. par l‟effet des vicissitudes cycliques. un passage de René Guénon dans lequel il évoque la possibilité de transposer les données de l‟hermétisme dans un ordre plus élevé Ŕ donc. no 118. M. page 64.

bien que plus contingent. tandis que Guénon parle principalement de l‟hermétisme chrétien. le symbolisme du « Temple de Salomon » et le « pouvoir des clés ». une position vraiment « centrale » puisqu‟ils étaient en relation avec le Centre suprême. le néo-platonisme et la Kabbale . car c‟est le premier qui ordonne le second . au sein de l‟ésotérisme. il n‟y aurait eu aucun inconvénient à ce que Michel Vâlsan n‟y fasse pas allusion. et il nous semble que cette définition devrait plutôt correspondre à la « Kabbale chrétienne » . comparable à l‟aristotélisme. Or. lesquels occupent. depuis l‟apparition de l‟occultisme dont l‟inspiration n‟est pas seulement pseudo-initiatique. mais sa conception unitive engage tous les ordres de réalité. tout cela ne peut décemment pas être qualifié de mineur. tant sur le plan initiatique que sur celui de l‟exposé des doctrines orientales.Réponse de Y. c‟est dans le « domaine intermédiaire ». qui est le sujet de notre précédent texte. sans en exclure aucun. qui a été véhiculé par différents courants initiatiques. Dès lors que les transpositions doctrinales qu‟il opère peuvent être considérées comme un prolongement de ces courants. 18 . Nous ne savons pas ce que représente la prétendue « fonction » de René Guénon. Nous nous sommes effectivement mal exprimé sur ce que Michel Vâlsan n‟aurait pas vu. que nous pouvons envisager une action sur la « minorité dirigeante » qui véhicule une idéologie dissolvante afin de nous entraîner insensiblement dans un « trou noir ». B. comme ce domaine concerne aussi le passage dans le cycle à venir. Seulement. sur l‟utilisation à rebours qui est faite de l‟hermétisme. s‟il ne s‟était exprimé sur des questions relatives à l‟Occident. et ce dernier pourrait même avoir un effet positif. parce qu‟elle est initiatique et universelle et. nous devons dire que cet aspect de la doctrine concerne aussi le rôle des intermédiaires. mais il envisage l‟hermétisme gréco-égyptien comme un courant « mineur ».

UN EXEMPLE DE PERFECTION DANS L‟ART DE LA CALLIGRAPHIE ISLAMIQUE (YANTRA ET SCIENCES TRADITIONNELLES)* L‟illustration de couverture du présent numéro est une sorte de yantra formé à partir du nom du Prophète Muhammad inscrit en style koufique. juin-juillet-août 2009. D‟ailleurs. et celui des 19 gardiens du Paradis. Signé FOULAN. C‟est également le nombre des lettres de la formule bismillah er-Rahman er-Rahîm. établissant ainsi une relation évidente entre ce carré et la forme géométrique circulaire qui est celle de la perfection et de la Totalité universelle qui s‟irradie dans les six directions de l‟espace. no 116. c‟est-à-dire les 360° du cercle auxquels s‟ajoute l‟unité de son centre. de ce basmonde et de l‟enfer.] 19 . nombre qui. Elle se présente sous la forme d‟un carré dont le côté vaut 19. 19 est le nombre des termes Wâhad et Wujûd qui servent à désigner l‟unicité de l‟existence (Wahdât al-wujûd) qui exprime aussi l‟immanence des attributs divins par les 7 planètes auxquelles doivent s‟ajouter les 12 signes du Zodiaque. le rapport existant entre l‟unité et le dernier nombre de la série décimale est aussi celui qui mesure le point figurant le centre et la périphérie définissant le cercle. comme le signale une étude intitulée « Quelques aspects de * [Publié dans Vers la Tradition. multiplié par lui-même est égal à 361. En outre.

comme les fleuves du « Paradis terrestre » dont la sortie pourrait déterminer les points cardinaux formant une croix « dynamique ». 20 . On pourrait donc dire que le nombre 19 constitue la « signature » de la figure que nous allons considérer maintenant. à propos de laquelle Guénon dit que « la division de l‟initiation en trois grades est (…) la plus fréquente et (…) la plus fondamentale . réductible par addition à 19. avec la croix « dynamique ». numéro de janvier 1999.la matrice miraculeuse des attributs divins »1 où M. mais on aperçoit aussi l‟ébauche d‟un swastika dans les lettres dal figurant aux quatre coins du carré. en faisant allusion à des documents maçonniques de hauts-grades qui « décrivent précisément ces grades 1 Voir la revue Horizons maghrébins. lui-même réductible à 10. Abdelbaqi Meftah analyse un carré de côté 10 contenant les 99 Noms d‟Allâh et celui de Son Prophète. colonne ou diagonale du tableau est égale à 3394. À partir du centre de notre yantra. le nom de Muhammad se déploie quatre fois. par rapport à celle-là. que des subdivisions ou des développements plus ou moins compliqués ». Ce swastika peut aussi être réduit à une croix « statique » qui. On peut d‟ailleurs remarquer que la décomposition de la figure nous montre le tracé géométrique de l‟ensemble reproduisant la triple enceinte. évoquant les idées de « justice » et d‟« équilibre ». et dans lequel la somme des valeurs numériques des noms contenus dans chaque ligne. toutes les autres ne représentent en somme. forme une figure à huit rayons.

pourraient représenter les neuf cieux (en fait. dans toutes les traditions. est le Qâf. Bien que la figure présente une forme carrée. tandis que. le centre de la figure serait alors la source de la doctrine. à la fin. sont décrits comme autant de mondes différents. et ceci indique la réalisation de ce que les hermétistes désignaient symboliquement comme la “quadrature du cercle” ». les huit lettres mîm. l‟autorité spirituelle ayant surtout ici un rôle de conservation . et l‟on pourrait même dire qu‟elles coïncident en un certain sens. dont le nombre caractérise la figure. mais. Or. et à une sorte d‟illustration de l‟expression Darkness visible. à propos de Dante. la dix-neuvième lettre de l‟alphabet arabe. s‟il s‟agit d‟initiation réelle. Nous avons déjà expliqué. et ce sont ces états qui. ce qui nous renvoie aussi au symbolisme de la « Jérusalem céleste ». X : La triple enceinte druidique. En effet. car il doit être bien entendu que la “localisation” n‟a qu‟un caractère purement symbolique. En effet. que les cieux sont proprement des “hiérarchies spirituelles”. et il va de soi qu‟ils se rapportent en même temps aux degrés de l‟existence universelle. initiale du « Pôle » (Qutb). il y a dix carrés. ce qui nous semble indiqué par le nombre 19 multiplié par lui-même. 21 . Bachelet a donné une étude qui en développe le symbolisme (La Lettre G. Il établit aussi une correspondance avec les « trois mondes » de la tradition hindoue où « les trois cercles célestes sont parfois représentés comme autant d‟enceintes concentriques entourant le Mêru. le processus initiatique reproduit rigoureusement le processus cosmogonique »3. ch. il y a toujours analogie et correspondance entre le commencement et la fin d‟un cycle quelconque. les deux explications s‟harmonisent parfaitement. on retrouve douze éléments de lettres qui symbolisent les signes du Zodiaque . naturellement. car. sous forme de labyrinthe . mais. c‟est-à-dire des degrés d‟initiation . à la périphérie de la figure. Guénon dit que les formes circulaire et carrée « se rapportent respectivement au symbolisme du Paradis terrestre et à celui de la Jérusalem céleste (…). il en serait plus proprement le réservoir. dans le second. « Loin de s‟exclure. Du reste. son aspect rectiligne pourrait aussi faire penser au « pavé mosaïque » de la maçonnerie. (…) en vertu de l‟analogie constitutive du Macrocosme et du Microcosme. plus le centre. c‟est-à-dire la Montagne sacrée qui symbolise le “Pôle” ou l‟“Axe du Monde” ». 3 Ibid. le cercle est remplacé par le carré. « Dans le premier cas. dont M. si on compte celui de l‟encadrement [1+2+3+4]) ou les neuf salles du Ming-tang. ses degrés correspondent à autant d‟états de l‟être. car.comme autant d‟enceintes successives tracées autour d‟un point central »2. mais aussi la projection plane d‟une construction pyramidale. le symbolisme de la “fontaine d‟enseignement” s‟applique à l‟un 2 Symboles de la Science sacrée. stylisées en forme de carrés dans l‟arabe koufique. Or. nos 6 et 7).

s‟identifie à la Lumière elle-même . La décomposition en fah (88) et Mad (44) pourrait aussi donner des indications intéressantes (66 multiplié par 2). En raison de sa forme carrée. comme pour souligner l‟éloignement du « centre » qui désigne ici les « ténèbres supérieures » ou l‟Unité (Ahadiyyah) qui. car on pourrait y voir une représentation symbolique de la Nûr al-muhammadî (lumières noire et blanche). À cet égard. Enfin. Dans le même article. on pourrait encore envisager deux « rotations » de la figure : l‟une qui est solaire. 22 . est non manifestée . et de ce point de vue. IX. En effet. et l‟autre qui est « polaire ». qui présente une relation avec l‟air (est). c‟est pourquoi les expressions En-Nûr el-muhammadî et Er-Rûh el 4 Ibid. et que la seizième lettre de l‟alphabet arabe est le „ayn. cœur de la wahdât al-wujûd dont les lettres forment le « tissu ». lorsqu‟il est envisagé au sens universel. « la Lumière intelligible est l‟essence (dhât) de l‟“esprit” (ErRûh). et à cet égard. 6 La Grande Triade. centripète et compressive. puisqu‟elle est bien postérieure à la tradition primordiale]. C‟est aussi la respiration de l‟« Homme Universel ». qui est aussi un terme désignant les mots « essence ».et l‟autre cas »4. et celui-ci. et les quatre awtâd de la dînulhanifiyya5. et la forme carrée son point d‟aboutissement » . Seyidna Ilyâs. le centre de la figure pourrait représenter le ghawth (Adam. Guénon dit encore que « la forme circulaire doit représenter le point de départ d‟une tradition. selon Guénon). ch. c‟est-à-dire « alors. ce qui est bien le cas en ce qui concerne l‟Atlantide [relativement tout au moins. on peut noter que la manière dont la lettre mîm du centre est stylisée pourrait donner l‟impression que le point suscrit du centre permet de lire une lettre fâ : fahamd. et Seyidna Idris (Hénoch). « source » et « œil ». on pourrait dire que cette calligraphie symbolise la « projection » terrestre du « Centre du Monde ». qui présente une relation avec le feu (sud). et l‟autre qui est « solaire » et discontinue en suivant le tracé blanc (l‟espace blanc dans les carrés noirs pourrait aussi représenter l‟existence enveloppée par le non-manifesté). qui présente une relation avec l‟eau (nord). on pourrait considérer que cette calligraphie montre deux voies : l‟une qui est « polaire » et continue en suivant le tracé noir. car vu de loin. centrifuge et expansive. que l‟on peut situer à l‟ouest (Atlantide). on peut noter qu‟il y a quatre noms de quatre lettres (MHMD). l‟une par rapport à l‟autre. correspondant au Soufre6 . Seyidna „Aissa. correspondant au Mercure. en tant que principe de la manifestation. le reste de la figure représentant la dualité du yin-yang. louange ! ». Les lettres mîm extérieures sont décalées. Du reste. 5 Il s‟agit de Seyidna El Khidr. le centre des mîm (dans la figure décomposée) donne l‟impression d‟ébaucher le mouvement d‟une hélice.

pp.muhammadiyah sont équivalentes. comme Allah Luimême est le “Premier et le Dernier” au sens absolu. 295-296. qui sont ainsi formés de la Lumière primordiale comme de leur unique essence. “le premier de la création divine”. C‟est là le véritable “Cœur du Monde”. FOULAN 7 Aperçus sur l‟Initiation. Nous n‟insisterons pas ici sur la relation de ce dernier avec le « mot sacré » de l‟ancienne Maçonnerie opérative. Guénon ajoute en note. mais il n‟est pas difficile de comprendre ce que Guénon avait en vue en parlant de la transmission du Nom divin. c‟est en son sein que se différencient les “esprits” particuliers. ch. l‟une et l‟autre désignant la forme principielle et totale de l‟“Homme Universel”. et ainsi il est à la fois “le premier et le dernier” (el-awwal wa el-akher) par rapport à la création. 23 . sans mélange des éléments représentant les conditions déterminantes des degrés inférieurs de l‟existence »7. tandis que sa contraction les ramène finalement à leur Principe . les anges (el-malâïkah) et les “esprits séparés” (el-arwâh el-mujarradah). XLVII. « Tout ceci a également un rapport avec le rôle de Metatron dans la Kabbale hébraïque ». “Cœur des cœurs et Esprit des esprits” (Qalbul-qulûbi wa Rûhul-arwâh). dont l‟expansion produit la manifestation de tous les êtres. qui est awwalu khalqi‟Llah.

si l‟on envisage les choses à partir de l‟ordre principiel. car elle est au-delà de l‟identité entre le sujet et l‟objet qui peuvent symboliser l‟Essence et la Substance. on peut donc dire qu‟elle est aussi la première manifestation d‟Âtmâ. en tant qu‟Intellect premier . dans le recueil Mélanges. du moins quand elle est opposée à la sharia. inédit. c‟est à ce domaine auquel * 1 [Préparé initialement pour Vers la Tradition. D‟ailleurs. comme le précise Guénon. et c‟est dans ce non-manifesté que l‟intuition est reliée. Souffle. connaît son Seigneur » . Bien que Guénon se serve du sanscrit buddhi pour désigner l‟intuition intellectuelle. « non seulement Buddhi. qui semble ne pas devoir être confondue avec la notion de „Aql dans les doctrines du taçawwuf. La première partie concerne la métaphysique et le rôle de l‟intuition intellectuelle. qui est Âtmâ lui-même . 24 . Intellect et vibration . c‟est-à-dire l‟Esprit universel (Er-Rûh). sous la forme du « rayon lumineux » (sutrâtmâ) à Âtmâ. en tant qu‟elle est la première des productions de Prakriti. quoiqu‟il doive être bien entendu que. celle-ci ne nous paraît pas devoir être considérée comme la première production de Prakriti. où elle désigne la buddhi. constitue le lien entre tous les états de manifestation. elle apparaît comme le rayon lumineux directement émané du Soleil spirituel. et bien que le terme nafs permette une transposition dans un ordre supérieur. et du point de vue « muhammadien ». celui-ci ne pouvant être affecté ou modifié par aucune contingence demeure toujours non manifesté »1. c‟est dans la relation qui existe entre le cœur et l‟âme qu‟il faudrait envisager un complémentarisme en se référant à une sunnah elle aussi très proche des conceptions taoïstes : « Qui connaît son âme. Lumière. l‟Esprit est à la fois « Cœur du Monde ». mais aussi la « raison ». en soi. Celles-ci sont la première polarisation de l‟Être en tant qu‟il ne se manifeste pas . Selon la perspective adoptée.] Esprit et Intellect. mais d‟un autre côté.MÉTAPHYSIQUE ET SCIENCES TRADITIONNELLES * Dans l‟article qui suit. nous avons choisi quelques enseignements fondamentaux de René Guénon volontairement disposés de manière à nous dispenser de tout commentaire superflu. car c‟est le « domaine intermédiaire » qui est évoqué ici . puisque celle-ci concerne le domaine de l‟action dont il est également question ici.

De la métaphysique « Dans toute doctrine qui est métaphysiquement complète. S‟il y a là l‟intention de se distinguer de la tradition biblique suivant laquelle « Dieu a créé l‟homme à son image ». et nous nous permettons de renvoyer le lecteur à notre remarque de la note 17 cidessous. Les deuxième et troisième parties concernent les « sciences traditionnelles ». lié aux idées de « miroir ». que l‟on retrouve dans la racine dont dérive le terme çûra. au moins implicitement. elle nous paraît vraiment inappropriée. nous ne comprenons vraiment pas pour quelle raison la sunnah : Inna Allâh khalaqa Adama „alâ sûratihi est le plus généralement traduite par « Allâh a créé Adam selon Sa forme » sans chercher à déterminer à quoi cette « forme » peut correspondre dans la terminologie guénonienne où elle a pourtant un sens très précis. lequel est la cause d‟un grand nombre d‟atrophies des facultés intellectuelles qui sont les seules à pouvoir « ordonner » le domaine intermédiaire. car on dirait bien qu‟il y a là un résidu du dualisme cartésien qui persiste encore dans l‟hérédité psychique de certains musulmans d‟origine occidentale. à condition de ne pas être affecté par la mentalité religieuse qui préfère le laisser « à la charge d‟Allâh ». comme le sont les doctrines orientales. et ce point de vue est supposé. implique tout un symbolisme commun aux doctrines akbariennes et guénoniennes. car la notion d‟« image ». Ceci étant. d‟« inversion » . »2 « Seulement. il faut faire ici une distinction entre la métaphysique elle-même. Mais qu‟on ne s‟y trompe pas : tous les thèmes abordés ici ont une relation plus ou moins directe avec l‟aspect « substantiel » des réalités. de « reflet ». la théorie est toujours accompagnée ou suivie d‟une réalisation effective. et qui semblent avoir été véhiculées par différentes organisations initiatiques occidentales sur lesquelles nous ferons quelques remarques dans la quatrième partie. I. 25 . jusque dans l‟expression extérieure de la doctrine.l‟initié est d‟abord confronté par le « souffle vibratoire » de l‟incantation qui le « transforme ». dont elle est seulement la base nécessaire : aucune réalisation ne peut être abordée sans une préparation théorique suffisante. 146. et développent quelques applications d‟ordre cyclique dont Guénon n‟a donné que des indications sommaires. en tant que conception 2 Introduction générale à l‟étude des doctrines hindoues. et même d‟« union ». comme le moyen en vue de la fin. p. qui semblent décidément poser un grand nombre de difficultés de conceptualisation. mais la théorie tout entière est ordonnée en vue de la réalisation.

d‟ordre plus universel. Toute autre connaissance. 6 Ibid. non plus comme opposés à proprement parler. aspects qui ne sauraient même plus être distingués vraiment là où tout est “sans dualité”. il n‟y a de connaissance véritable et effective que celle qui nous permet de pénétrer dans la nature même des choses. reste toujours incomplète et imparfaite . parce que la constitution même de tout langage humain ne permet pas qu‟il en soit autrement. ce n‟est que dans la connaissance métaphysique qu‟elle est pleinement et totalement réalisable. elle la réalise (…) » « La conséquence immédiate de ceci. qui ne peut être mise en doute que par ceux qui ignorent ses principes les plus élémentaires . La logique (…) concerne les conditions de l‟entendement humain . la seconde. deux aspects inséparables d‟une réalité unique. car elle est au delà de la distinction du sujet et de l‟objet que cette dernière laisse subsister . partout ailleurs. qui est la connaissance par excellence. »6 3 Ibid. il n‟y a de connaissance vraie que celle qui participe plus ou moins à la nature de la connaissance intellectuelle pure. si une telle pénétration peut déjà avoir lieu jusqu‟à un certain point dans les degrés inférieurs de la connaissance.. »4 En effet. si l‟on veut. et dans lequel ils sont également contenus. pp. 120. p. mais comme complémentaires.intellectuelle pure. elle ne l‟affirme pas seulement. et. Ibid. c‟est que connaître et être ne sont au fond qu‟une seule et même chose . étant plus ou moins indirecte. par une sorte de polarisation qui n‟affecte en rien l‟unité essentielle de ce principe commun »5. le « non-dualisme » ou la « doctrine de la non-dualité » (en sanscrit adwaita-vâda) « envisage l‟un et l‟autre aspect simultanément dans l‟unité d‟un principe commun. ne peut consister qu‟en une sorte de traduction des vérités métaphysiques en mode discursif et rationnel. et. dans la mesure où elle est possible. toute connaissance ne mérite vraiment ce nom que dans la mesure où elle a pour effet de produire une telle identification. en elle. 129.. p. ce sont.. en d‟autres termes. et son exposition formulée : tandis que la première échappe totalement aux limitations individuelles. 5 Ibid. ce qui peut être 4 26 . »3 « La métaphysique affirme l‟identité foncière du connaître et de l‟être. et.. le sujet et l‟objet sont unifiés et identifiés. mais c‟est le point de vue sous lequel elle étudie les choses. D‟ailleurs. p. ce ne sont pas précisément les choses mêmes qu‟elle étudie. donc à la raison. « L‟intuition intellectuelle est (…) plus immédiate encore que l‟intuition sensible. mais qui. n‟a en somme qu‟une valeur surtout symbolique ou représentative . 144-145. comme cette identité est essentiellement inhérente à la nature même de l‟intuition intellectuelle. 143 (« ce qui constitue l‟objet propre d‟une spéculation. elle est à la fois le moyen de la connaissance et la connaissance elle-même.

pp. c‟est que. p. inversement. une réalisation métaphysique »8. en Occident. correspondants à certains états supérieurs. quelque chose de l‟objet est dans le sujet et est devenu partie de son être . ce sont bien toujours les choses mêmes que nous atteignons. à cet égard. c‟est cela] qu‟implique. assimilation de l‟objet par le sujet . 7 Ibid. l‟action. ne pourra tout au plus conduire qu‟à des réalisations partielles. à tous les degrés de la connaissance est. en atteignant les choses dans leur essence. ce qui se rapproche le plus de la position des doctrines traditionnelles de l‟Orient. comme des états ou des modalités de notre être propre . si l‟idée. et qu‟ensuite.. la chose elle-même participe aussi de la nature de l‟idée. selon la mesure où elle est vraie et adéquate. 237. 27 . notre conception étant véritablement inséparable de son objet. et. il faut toujours se souvenir que. et (…) son efficacité s‟arrête précisément où cesse son influence . 214. ou même superposés à la façon du “monde intelligible” et du “monde sensible” de Platon . la définition scolastique de la vérité comme adæquatio rei et intellectus. En d‟autres termes. et tout ce qu‟elle contient n‟est que la manifestation. 8 Ibid. mais encore déterminés et conditionnés.« (…) Dès lors que le sujet connaît un objet. dans la réalisation même. Shankarâchârya déclare expressément qu‟“il n‟y a point d‟autre moyen d‟obtenir la „délivrance‟ complète et finale que la connaissance . car elle est en relation directe avec la connaissance (…) l‟action ne peut avoir pour effet de nous faire sortir du domaine de l‟action. aussi une action. c‟est-à-dire un des éléments constitutifs de leur essence (…) l‟acte de la connaissance présente deux faces inséparables . mais bien les choses en tant qu‟elles sont conçues par nous. elle ne serait rien de réel . 217. dans son but véritable. la connaissance théorique est le seul vraiment indispensable. de tous les moyens préliminaires. mais. il n‟y a pas deux mondes séparés et radicalement hétérogènes. p. en tant qu‟on le considère effectivement sous ce rapport (…) la logique hindoue envisage. tels que les suppose la philosophie moderne en les qualifiant de “subjectif” et d‟“objectif”. 218).. et par là même. sous des modes multiples. Au fond. c‟est la concentration qui importe le plus et de la façon la plus immédiate. 218. au moins sous un certain rapport. qui forme en tout cas un de leurs attributs. nous les “réalisons” dans toute la force de ce mot. [or. « l‟action ne peut avoir de conséquences que dans le domaine de l‟action. d‟un seul et même principe. si partielle et si superficielle même que soit cette connaissance. “l‟existence est unique”. l‟action ne peut donc avoir pour effet de libérer de l‟action et de faire obtenir la “délivrance” . comme le disent les Arabes. sans quoi. »7 « En tout cas. s‟il est identification du sujet à l‟objet. il est aussi. et. parce qu‟elle est ce qu‟il y a de plus conforme aux données de la métaphysique pure. quel que soit l‟aspect sous lequel nous envisageons les choses. non pas seulement la façon dont nous concevons les choses. c‟est donc tout ce qui est objet de l‟entendement humain.. participe de la nature de la chose. quelle qu‟elle soit. » (ibid. qui est l‟Être universel. envisagé logiquement.

et à partir de ses degrés les plus élémentaires. autrement. »11 « Il est vrai. (…) Donc. pp. le point de vue de la réalisation réagit sur l‟exposition même de la théorie. »9 D‟autre part. on ne pourrait dire avec Aristote qu‟un être “est tout ce qu‟il connaît”. toujours par là même qu‟il est “au delà de la nature”. mais celle-ci reste toujours. 254-255. et c‟est aussi. pp. mais du moins une réalisation virtuelle (…) . et c‟est 10 28 . 250-252. il est trop évident qu‟un maître. et. si excellent soit-il. l‟ignorance étant la racine et la cause de toute limitation. d‟autre part. c‟est que toute connaissance vraie et vraiment assimilée est déjà par elle-même. et que c‟est à celui-ci qu‟il appartient exclusivement de s‟assimiler ce qui est mis à sa portée. ne peut l‟éloigner. Puisque Guénon a fait allusion au maître. n‟ayant en elle-même qu‟une valeur de préparation.. tandis que la connaissance dissipe l‟ignorance comme la lumière dissipe les ténèbres” . comme le disent les Hindous.. et est conditionnée par les aptitudes réceptives spéciales de celui à qui un enseignement est communiqué . pp. »12 9 Ibid. non une réalisation effective sans doute. ou du moins de la généralité d‟entre eux. quand il s‟agit de la métaphysique. ou plus exactement “sans dualité”. c‟est-à-dire les formes plus ou moins extérieures dont la métaphysique peut être revêtue. 90-91. Ibid.. et cet objet. car la théorie. qui le suppose au moins implicitement et ne peut jamais en être indépendante. et par la même. ce sont seulement les modes d‟exposition. pp. Le domaine de la métaphysique « est essentiellement constitué par ce dont il n‟y a aucune expérience possible : étant “au delà de la physique”. lorsqu‟elle a disparu. au fond. doit être subordonnée à la réalisation comme le moyen l‟est à la fin en vue de laquelle il est institué. l‟individualité qui se caractérise par ses limitations. car son objet est essentiellement un. S‟il en est ainsi. (…) [C‟est pourquoi. évidemment. disparaît par la même. le point de vue métaphysique est exclusivement intellectuel (…) [et] comprend tout ce qui est nécessaire pour qu‟[il] soit vraiment [universel] »10..qui n‟est pas opposée à l‟ignorance. est aussi au delà du changement : c‟est ce que les Arabes expriment en disant que “la doctrine de l‟Unité est unique”. 11 Ibid. 87-89. nous sommes aussi. ce qui peut changer avec les temps et les lieux. 12 Ibid.] dans une doctrine qui est métaphysiquement complète. et qui sont susceptibles d‟adaptations diverses. au delà de l‟expérience. à l‟égard de la métaphysique véritable . parfaitement identique à elle-même. précisons encore que « la fonction de l‟instructeur est véritablement (…) une “paternité spirituelle”. même théorique. « tandis que le point de vue religieux implique essentiellement l‟intervention d‟un élément d‟ordre sentimental. suppose un effort personnel indispensable. que la compréhension. ne saurait comprendre pour son élève. l‟état de connaissance ou d‟ignorance des hommes.

a moins son intérêt en elle-même qu‟en ce qu‟elle est comme un prolongement ou une branche secondaire de la doctrine (…) »15 : [elle concerne] « les connaissances se rapportant au domaine du relatif. et dont les médiocres résultats ne valent ni le temps ni les efforts de quiconque a un horizon intellectuel assez étendu pour n‟y point borner son activité. c‟est-à-dire tout ce qu‟il y a d‟exprimable dans le côté purement théorique de la métaphysique. a un emploi identique » (ibid. 62. « le rattachement d‟une “filiation spirituelle” régulière et continue ferait inévitablement défaut » (ibid. à quelque race qu‟il appartienne. mais elle est au-dessus de la raison. p. 14 Ibid. 262). Pour la Maçonnerie. 15 La Crise du Monde moderne.. c‟est à cette même idée que fait allusion. parce que l‟universalité des principes les rend assimilables pour tout [individu]. et qui a aussi le sens d‟“ancêtre” . c‟est-à-dire comme une recherche vaine et illusoire. »14 II.. 314-315-317. les spéculations analytiques et fragmentaires de l‟Occident moderne apparaissent telles qu‟elles sont en réalité. sous la seule condition d‟une capacité de compréhension suffisante. avec le sens propre de “vieillard”. le mot sheikh. qui ne peut intervenir là que d‟une façon toute secondaire. (…) Tout ce qui peut être développé sans réserve. Des sciences traditionnelles « Une science quelconque. « le point de vue intellectuel est le seul qui soit immédiatement abordable. suivant la conception traditionnelle. est encore plus que suffisant pour que. sans principe et sans but final. p. et qui ne deviendra un “ancêtre” qu‟après sa mort » . C‟est cette idée de “paternité spirituelle” qu‟exprime très exactement le mot guru qui désigne l‟instructeur chez les Hindous. guide et soutien naturel de ceux qui le suivent dans la voie traditionnelle.On peut encore dire que : « la métaphysique ne saurait être contraire à la raison. mais sans l‟enseignement oral et direct.. 53. pp. pp. qui. p.. 29 . même s‟ils ne vont pas au delà. où l‟instructeur est un « “frère aîné”. 16 Ibid.. pour la formulation et l‟expression extérieure de ces vérités qui dépassent son domaine et sa portée (…) et cela parce que la raison est évidemment faillible par suite de son caractère discursif et médiat. 261-262). et qui (…) ne peuvent être envisagées que comme de simples dépendances (…) ou des reflets de la connaissance absolue et principielle. chez les Arabes. 13 Ibid. 94-95. »13 Seulement. pp. on pourrait faire un rapprochement avec la tradition extrêmeorientale. »16 « C‟est là aussi ce qui explique que les sciences traditionnelles pourquoi l‟acte rituel et symbolique par lequel elle débute est une “seconde naissance” pour celui qui est admis à recevoir l‟enseignement par une transmission régulière. à ceux qui peuvent le comprendre.

des facilités que nous n‟avons pas trouvées pour notre propre compte . dira-ton peut-être. et qu‟ elle ne fasse jamais perdre de vue l‟essentiel. ne soient pas. quant à en constituer où à en restituer l‟équivalent dans un mode qui convienne à la mentalité occidentale. tout ce que nous ferons et dirons aura pour effet de donner. [cela] nous paraît une chose digne d‟être approuvée. Il n‟y a même aucune commune mesure entre les résultats d‟un travail tout intérieur. et dont l‟importance. puisque tout doit dériver des principes. »19 Seulement. le plus pénible est de commencer le travail. (…) ce ne seront sans doute que des exceptions.. même peu nombreuses. 18 Orient et Occident. p. et. ce qui suppose déjà beaucoup plus qu‟on ne pourrait le croire. la « condescendance » ressenties par certains auteurs à l‟égard de cette cosmologie retombe donc sur leur exposé des doctrines akbariennes. pourquoi se préoccuper d‟autre chose ? C‟est que (…) dès lors que nous sommes dans le monde manifesté. tout en n‟ayant nul espoir d‟en voir jamais l‟épanouissement extérieur. c‟est là une tâche dont la réalisation ne peut apparaître que comme une possibilité fort éloignée. il n‟y a pas de raisons. et de l‟ordre le plus élevé. entièrement assimilables pour les Occidentaux . à ceux qui viendront ensuite. p. nous ne pouvons nous en désintéresser entièrement . pour que d‟autres ne le fassent pas aussi . 30 . sous leur forme orientale. et d‟ailleurs. bien que très grande encore. ils n‟en recueilleraient pas moins personnellement bien d‟autres satisfactions et des bénéfices inappréciables.secondaires. dès maintenant l‟entreprendre (non dans leur intégralité (…) mais dans certains éléments tout au moins). en cela comme en toute autre chose. 19 Ibid. « ceux qui entreprendraient une œuvre comme celle dont nous parlons ne devraient pas s‟attendre à obtenir immédiatement des résultats apparents . p. Cette remarque ne semble d‟ailleurs pas totalement s‟appliquer à la doctrine d‟Ibn Arabî qui se sert de la cosmologie occidentale afin d‟exposer certains enseignements. mais il suffit qu‟il se rencontre de telles exceptions. 224. n‟est en somme qu‟accessoire. 314. Par un curieux retour des choses. en somme. le reste peut être obtenu en quelque sorte 17 Introduction générale. et tout ce qui peut être obtenu dans le domaine des contingences (…) Mais. et l‟effort à accomplir doit être d‟autant plus grand que les conditions sont plus défavorables. mais leur travail n‟en serait pas moins réel et efficace. qui ne sont que des applications contingentes. 167. »18 « Ce que nous avons fait nous-même. D‟ailleurs. (…) à la double condition que cette étude soit faite avec des données suffisantes pour ne point s‟y égarer. d‟ailleurs. »17 « [Mais] s‟il en est qui veulent. s‟il en est ainsi. pour que (…) les possibilités que nous indiquons soient susceptibles de se réaliser tôt ou tard. bien au contraire. et si ce travail intérieur par lequel il faut commencer est en somme le seul vraiment essentiel.

plus profond que celui qu‟elle possède par elle-même. ils sont le 20 Ibid. « L‟alchimie a bien en effet le caractère d‟une application de la doctrine . de l‟autre. les vérités d‟un ordre inférieur peuvent être considérées comme un symbole de celles des ordres supérieurs. D‟ailleurs. 63. et ce qui peut lui donner le caractère d‟une véritable “science sacrée”. et Guénon se sert de l‟image de la « roue cosmique » pour illustrer ceci : « la circonférence n‟existe (…) que par le centre . c‟est là ce qui confère à toute science un sens supérieur ou “anagogique”. pour en douter. si on les envisage en se plaçant à un point de vue en quelque sorte “descendant”. au point de vue “ascendant”. une préparation à une connaissance plus haute. Il existe une certaine nécessité de convenance à procéder d‟abord dans le sens « ascendant ». comme applications de la doctrine. tandis qu‟inversement. »20 « Quand on a pour soi la puissance de la vérité. car cette puissance est telle que rien ne saurait prévaloir finalement contre elle . p. de les intégrer dans l‟unité de la synthèse totale . Ibid. pour certains tout au moins. elles constituent alors comme autant d‟échelons à l‟aide desquels il est possible de s‟élever jusqu‟à l‟intellectualité pure ». mais les êtres qui sont sur la circonférence doivent forcément partir de celle-ci. « d‟un côté. 65. servir de “support” pour arriver analogiquement à la connaissance de ces dernières . par suite. il n‟y a. respectivement pp. 228. et en conformité avec les aptitudes de ceux-ci. dans leur répartition hiérarchique selon les degrés d‟existence auxquels elles se rapportent. 159-160. sont évidemment une application de son principe même.“par surcroît”.. »21 Les sciences traditionnelles ont deux rôles complémentaires. » Un des types les plus complets de science traditionnelle est l‟alchimie qui se définit comme « une science d‟ordre cosmologique (…) applicable aussi à l‟ordre humain. et on aurait grand tort de s‟interdire d‟envisager cette possibilité. [qui confère] à ses enseignements une valeur symbolique et une signification supérieure »22.. en vertu de la correspondance qui existe entre tous les ordres de réalité. une sorte d‟acheminement vers cette dernière. ou plus exactement du point de celle-ci où ils sont placés. et. (…) [Elle est] constituée expressément en vue de permettre une transposition dans le domaine purement spirituel. et. pp. en vertu de l‟analogie du “macrocosme” et du “microcosme” . et suivre le rayon pour aboutir au centre. que ceux qui ne savent pas que tous les déséquilibres partiels et transitoires doivent nécessairement concourir au grand équilibre total de l‟Univers. elles sont. 21 31 . elles permettent de relier entre eux tous les ordres de réalité. n‟eût on rien d‟autre pour vaincre les plus redoutables obstacles. 61. on ne peut céder au découragement. et les moyens de l‟initiation. 22 La Crise du Monde moderne.

mais les possibilités qu‟il a dès lors acquises reflètent et “préfigurent” en quelque sorte celles de l‟être véritablement “transformé”. 65. quels qu‟ils puissent être. C‟est pourquoi. et. et vise principalement les possibilités de l‟« état primordial » : « puisque l‟être qui y est parvenu est déjà virtuellement “délivré”… on peut dire qu‟il est aussi virtuellement “transformé” par là même . 24 32 . le centre en puissance . est toujours de connaissance pure » … L‟alchimie envisage la manifestation corporelle en tant qu‟elle se rattache à la manifestation subtile comme à son principe immédiat : elle se rapporte au « monde intermédiaire » où se situent « les prolongements extra-corporels de l‟individualité humaine. puisqu‟il n‟est pas encore sorti de l‟état humain. puisque c‟est en effet au centre de l‟état humain que se reflètent directement les états supérieurs. 261. Ibid. pour rendre actuellement possible l‟épanouissement total de l‟être »26 . comme tel. [et] il est bien entendu que sa “transformation” ne peut être effective. c‟est là que se projette l‟axe qui relie entre eux tous les états. C‟est en ce centre que réside l‟équilibre parfait.. en définitive. mais il faut qu‟il le devienne effectivement par une identification réelle. si l‟on peut dire. »25 On peut encore dire que « l‟être doit avant tout identifier le centre de sa propre individualité (représenté par le cœur dans le symbolisme traditionnel) avec le centre cosmique de l‟état d‟existence auquel appartient cette individualité. 270-271. p. 26 L‟Ésotérisme de Dante. 25 Ibid. VIII. « il ne faut pas confondre les moyens d‟une réalisation initiatique. ou les possibilités mêmes dont le développement concerne proprement les “petits mystères”.“support” qui permet d‟accéder à celui-ci ». pp. avec son but. conduit directement à ces états supérieurs qu‟il s‟agit d‟atteindre. qui. image de l‟immutabilité principielle dans le monde manifesté . 250. on peut dire qu‟il remplit cet état tout entier de sa propre irradiation : il s‟assimile tout ce qui y est 23 Aperçus sur l‟Initiation. sans être passé au delà. il les domine pourtant d‟une certaine façon. L‟être qui est établi en ce point occupe une position réellement “centrale” par rapport à toutes les conditions de l‟état humain. de sorte que. et qu‟il va prendre comme base pour s‟élever aux états supérieurs. p. dans son sens ascendant.. est vrai notamment en ce qui concerne la condition temporelle aussi bien que la condition spatiale. »23 Elle comporte essentiellement la connaissance de la nature pouvant être considérée comme le symbole de la manifestation toute entière24. dont il a seulement réalisé intégralement la perfection . épanouissement qui peut ainsi être défini : « l‟être qui a réalisé l‟intégralité d‟un état s‟est fait lui-même le centre de cet état. au lieu d‟être au contraire dominé par elles comme l‟est l‟homme ordinaire . ch. le “rayon divin” qui. respectivement pp. Tout point possède virtuellement ces possibilités et est. 263. et cela.

ils n‟en procèdent pas moins de “techniques” initiatiques notablement différentes à bien des égards »29. la réalisation totale des possibilités d‟un être s‟effectuant nécessairement en passant par les mêmes phases que celles de l‟Existence universelle » et il ajoute en note : « (…) le symbolisme maçonnique lui-même. p. caractérise les degrés initiatiques par des expressions manifestement empruntées à la “science des lettres” : épeler. Or. et transmise sous cette forme. VI : La science des lettres (ilmul-hurûf). Parole perdue et mots substitués. ch. qui reproduit d‟ailleurs rigoureusement le processus cosmogonique. 28 33 .contenu. »30 Seulement. pp. ajouterons-nous. 43-44. art. sous des apparences très différentes. entendues dans leur sens profond. de façon à en faire comme autant de modalités secondaires de luimême. celui-ci ayant dû seulement recueillir l‟héritage de ce que représente Hénoch. au moyen âge. sans doute à l‟époque alexandrine. et ce qu‟elles expriment l‟une et l‟autre. car. cette double assimilation semble indiquer une continuité de tradition qui remonterait au delà du sacerdoce égyptien. revêtue par la suite d‟une forme hellénisée. 30 Symboles de la Science sacrée. au second en grande partie par l‟intermédiaire du premier »28… Seulement. Hermès. XIV. Seyidna Idris est identifié à la fois à Hermès et à Hénoch . Guénon précise que « quelles que soient les affinités qui existent entre [l‟hermétisme chrétien et la Maçonnerie proprement dite] il n‟est cependant pas possible de les considérer comme identiques. à la fois au monde islamique et au monde chrétien. même lorsqu‟ils font jusqu‟à un certain point usage des mêmes symboles. en ce qui concerne l‟expression de l‟ésotérisme islamique El Kebrîtulahmar (Le Soufre Rouge). art. En effet. 133. p. n‟en sont qu‟une en réalité . 31 Formes traditionnelles et cycles cosmiques. qui se rapporte manifestement à une époque antérieure »31 . n‟est rien d‟autre que le processus même de l‟initiation. et. tome II. lire. De quelques applications cycliques On sait que l‟hermétisme désigne « une tradition d‟origine égyptienne. 259. ces deux sciences. dans lequel la “Parole perdue” et sa recherche jouent d‟ailleurs un rôle important. il précise encore ailleurs que « dans la tradition islamique. 84. à peu près comparables à ce que sont les modalités qui se réalisent dans l‟état de rêve. »27 III. ch. il parle d‟une « désignation indiquant une assimilation (…) de la “science des lettres” avec l‟alchimie. ch. Aperçus sur l‟Initiation. p. 29 Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage. XLI. écrire. 27 Les États Multiples de l‟être.

nous rappellerons que la tradition abrahamique est d‟origine chaldéenne. p.. et un seul sur la seconde. D‟autre part. pp. et la tradition égyptienne le produit entre ce même courant venu de l‟ouest et un autre venu du sud34. Le tombeau d‟Hermès. art. alors que certains aspects de ses écrits concernent précisément cette adaptation orientale de la doctrine hermétique. l‟Hermès « psychopompe » se dit Anoupou dans l‟ancienne langue égyptienne. Guénon indique. l‟Atlantide y apparaît de manière plus ou moins directe : nous pensons au point central de la figure du Soleil formée par la réunion de la lettre occidentale nûn et 32 Ibid. note) . seules les consonnes importent réellement (Anubis. On notera également que dans les rapprochements entre des termes appartenant à des langues différentes. en passant par Hénoch . Hermès. 33 34 . Enel Ŕ A Message from the Sphinx) avec « une antériorité de la tradition chaldéenne par rapport à la tradition égyptienne » (art. 153 (Études Traditionnelles. si bien que lorsqu‟on se trouve en présence de termes communs aux deux traditions abrahamique et égyptienne (tebt et Amon pour l‟Égypte. terme également très proche de celui de hanîf . comptes rendus de livres. 1. elle-même résultant de la jonction entre le courant atlantéen (ouest) et un courant venu du nord. c‟est que dès qu‟il est question de la science des lettres dans l‟œuvre de Guénon. Kabbale et science des nombres. à propos d‟Amon. par deux points suscrits sur la première. Du reste. tebah pour l‟hébreu . tabût pour l‟arabe. l‟« équivalent hindou d‟Hermès » (ibid.. en langue arabe. terme dont la racine ne se distingue de la transcription hébraïque d‟Hénoch (Hanouq) que par la substitution de la lettre qâf par la lettre fâ‟ qui se distinguent. 80. Guénon fait d‟ailleurs remarquer que les deux langues arabes et hébraïques. le culte d‟Abraham s‟appelait la dînul-hanîffiyya. 34 Ibid. « qui ont la plupart le leurs racines communes.. Mais ce qui est peut-être encore plus remarquable. qui se rattache vraisemblablement surtout elle-même (comme le suggèrent d‟ailleurs les noms mêmes des Hébreux [abrani] et des Arabes [eber]) au courant traditionnel venu de l‟“île perdue de l‟Occident” »33. la lettre p n‟existant pas dans les langues sémitiques). p. et non pas égyptienne comme le suggère Michel Vâlsan qui a été induit en erreur par une note tirée de l‟étude de la revue La Gnose intitulée L‟Archéomètre. et d‟un point de vue islamique. on peut en déduire qu‟elles ont une origine atlantéenne. la forme de la lettre étant identique.c‟est-à-dire l‟époque atlantéenne. n. art. 132-133). la civilisation atlantéenne commence avec Adam et se termine avec Noé.. p. novembre 1937. Pour être complet sur cette question. une identification entre Idris et Budha. et A M N pour les langues sémitiques). On pourrait donc envisager un courant alchimique remontant à Abraham par sa filiation arabe. p. en note. D‟un point de vue abrahamique. art. 62. Guénon emploie des guillemets pour parler de la connexion « égyptienne » de la Maçonnerie. Qabbalah. peuvent très souvent s‟éclairer l‟une par l‟autre »32 et il fait remonter ces deux langues « à une source “abrahamique”. et non pas seulement alexandrine comme c‟est le cas pour l‟hermétisme gréco-égyptien. 147. sans guère plus de précision. Ibid.

ainsi qu‟à la figure de l‟Androgyne formée par les noms d‟Adam et Ève qui. pour l‟Occident. nous obtenons comme fin de l‟âge de fer l‟an 1 999 de notre ère (6 480 Ŕ (3 761 + 720))39. Nous ne sommes pas parvenus à déterminer si cet événement se rapporte à l‟année 720 de ce Yuga. On pourrait donc considérer que l‟année 1989 marque le début du « changement de direction » auxquelles sont subordonnées les trois hypothèses qui conditionnent l‟Occident. la civilisation atlantéenne chevauche 6 480 ans du Trêtâ-Yuga. ou âge d‟airain. Ceci étant. ce qui correspond à un nombre cyclique]. et il marquera la dernière phase d‟un certain cycle historique [correspondant probablement à la fin de l‟hégémonie occidentale sur le monde]. Michel Vâlsan lui-même rapporte une tradition musulmane rattachant Adam à la race rouge . puisqu‟il n‟est pas possible de descendre plus bas . 87. leur règne sera vraisemblablement le plus bref de tous [72 ans. p. En outre. cf. L‟Islam et la fonction de René Guénon (1982) p. C. et que sa disparition s‟est produite 7 200 ans avant l‟année 720 du Kali-Yuga. VII). et 6 480 ans du Dwâpara-Yuga. 35 Ibid. p. qui symbolisent respectivement les traditions initiale et finale entre lesquelles le courant atlantéen occupe une position intermédiaire . si même un tel événement n‟a pas une portée plus générale. c‟est-à-dire l‟année 6 480 avant l‟âge de fer. Étant donné que celles-ci peuvent se dérouler simultanément et que celui-là peut durer plusieurs décennies. du point de vue de la tradition abrahamique. 410 : Études Traditionnelles. Place de la tradition atlantéenne dans le Manvantara) et 153 (compte rendu du livre de Enel indiqué plus haut).. ou âge d‟argent. 37. Si on considère que les traditions issues du courant abrahamique représentent la jonction entre le courant atlantéen venu de l‟ouest et un courant venu du nord35. pp. 68. » (Autorité Spirituelle et Pouvoir Temporel. p. le Kali-Yuga ou âge de fer commence avec l‟édification de la Tour de Babel et la confusion des langues37. à la « chute » d‟Adam hors du Paradis terrestre36. comptes rendus de livres. 1. il résulte des données cycliques transmises par Guénon que la période atlantéenne correspond à une durée d‟une « grande année » (12 960). cette date correspond à ce que dit Guénon sur la fin du bolchévisme : « …si les éléments sociaux les plus inférieurs accèdent au pouvoir d‟une façon ou d‟une autre. il est donc à supposer qu‟il sera tout au moins. qui correspond au début connu de l‟ère juive38.. mais si on additionne ce nombre à l‟année 3 761 A. 38 Le Théosophisme. et. nous nous garderons bien de spéculer sur les possibilités qu‟il comprend et qui doivent inclure « la 35 . font apparaître le vocable Aum qui témoigne aussi de cette jonction entre l‟ouest et le nord. ch. 50 (art. qui en compte le double (12 960 ans). la fin de la période moderne. inscrits en lettres arabes. Atlantide et Hyperborée. 36 Ibid. décembre 1937. En d‟autres termes. qui en compte le triple (19 440 ans). Paul Le Cour Ŕ L‟Ère du Verseau (L‟Avènement de Ganimède). n. 39 À une décennie près.de la lettre orientale na. art. le passage cyclique du Trêtâ-Yuga au Dwâpara-Yuga pourrait correspondre à la prédominance de l‟Atlantide méridionale sur l‟Atlantide septentrionale. 37 Le Roi du Monde.

La totalité du cycle temporel (dawrâtu-z-zamân) comprend donc 6 « grandes années » correspondant aux directions de l‟espace et aux jours de la semaine. Par ailleurs. et la multiplicité correspondant à son extérieur. 40 C‟est aussi l‟année 4 811 de l‟âge d‟airain du cycle précédent. 36 . correspondant à l‟intérieur du Prophète. ce qui semble indiquer qu‟Ibn Arabî prend pour base la « “grande année” des Perses et des Grecs. c‟est-à-dire que cette existenciation (72 949 Ŕ 58 320) correspond à l‟an Ŕ 14 629 du Manvantara précédent. multiplié par trois révolutions complètes [+ 240 ans (pour retrouver les 78 000 ans) divisés par 72. mais le nombre 1 669 nous paraît plus parlant : c‟est le nombre d‟Allâh (66) entre l‟unité. Quelques remarques sur la doctrine des cycles cosmiques. c‟est-à-dire le nombre des lettres communes à l‟arabe et à l‟hébreu et qui correspondent à l‟alphabet wattan. p. p. autre nombre cyclique. dont la durée est de 25 920 ans. à la suite duquel se rejoignent les traditions boréenne et atlante. avant la période qui correspond dans notre Manvantara au déluge biblique. préparation sans doute à longue échéance. c‟est-à-dire 360°. 41 Ch. En outre. évaluées souvent par approximation à 12 000 ou 13 000 ans »42. d‟un rapprochement intellectuel entre l‟Orient et l‟Occident » (Introduction générale à l‟étude des doctrines hindoues.Maintenant.. et Ŕ 6 480 ans de la moitié de l‟âge d‟airain). 23. formant le cercle zodiacal. XXXIII. Bien qu‟il ne s‟agisse que d‟une correspondance analogique. 42 Formes traditionnelles et cycles cosmiques. et plus précisément encore à l‟an 1 669 (14 629 Ŕ 6 480 de l‟âge de fer. date à laquelle il nous faut retrancher les 78 000 ans pour connaître la période de son existenciation spirituelle (Ŕ 72 949). 303). de telle sorte que le déplacement des points équinoxiaux est d‟un degré en 72 ans » (360° multipliés par 72 donne 25 920 ans)43. si on ajoute aux 4 481 ans (3 761 + 720) les 570 ans qui marquent la naissance du Prophète Muhammad. la coïncidence nous paraît suffisamment significative pour souligner l‟importance de l‟Atlantide comme nouveau point de départ pour les formes traditionnelles issues de la jonction entre le nord et l‟ouest40. l‟addition de ces 4 nombres donne 22. M. 22. Du reste. on peut considérer qu‟il est né en l‟an 5 051 de l‟âge de fer. la base principale des périodes cycliques dans l‟ordre cosmique « est la période de la précession des équinoxes. mais il est aussi un multiple de 13. 43 Ibid. art. mais néanmoins effective. dans Les Sept Étendards du Califat41. Gilis signale que 78 est le nombre triangulaire de 12 (1 + 2 + 3 + 4 + … + 12). Trois précessions des équinoxes totalisent 77 760 ans ou 72 ans multipliés par le nombre 1 080. p. Le nombre des trois cycles antérieurs à l‟âge de fer (25 920 + 19 440 + 12 960) totalisent 58 320 ans . c‟est-à-dire 3°333…].

dont la prédominance témoigne de la subordination à la tradition hyperboréenne45. Nous nous arrêterons donc ici. et aux éléments eau et terre. art. tandis que les décimales « impaires » correspondent à l‟aspect nocturne (layla) du jour. 45 Formes traditionnelles et cycles cosmiques. Réflexions d‟un Chrétien sur la Franc-Maçonnerie. p.Enfin. les décimales « paires » correspondent à l‟aspect diurne (nahar) du jour (yawm). on peut aussi. y retrouver la correspondance des deux courants descendant et ascendant que symbolisent les deux serpents du caducée »46. 50 Le Règne de la Quantité et les Signes du Temps. 131. n. 28. de l‟importance de l‟« île perdue de l‟Occident ». alors qu‟Ibn Arabî en fait le décompte en mode polaire en prenant comme point de départ le signe de la Balance qui correspond à l‟est « céleste » et à l‟ouest « terrestre ». p. Qabbalah. p. est solaire. et par interversion des deux dernières lettres qalb (cœur). Adam et Ève étaient les Surveillants de la première Loge47 . mais aussi qiblah. ce qui témoigne. 90. D‟autre part. selon les « anciens devoirs ». n. Place de la tradition atlantéenne dans le Manvantara. « la Thorah hébraïque se rattache proprement au type de la loi des peuples nomades : de là la façon dont est présentée l‟histoire de Caïn et d‟Abel qui. Michel Rouge a traduit un extrait du Kitâb‟Uqlât al mustawfiz où Ibn Arabî donne la procession des nombres correspondant à chaque signe en partant de l‟axe équinoxial. au point de vue des peuples sédentaires. Hermès. dans L‟Islam et le signe zodiacal de la balance44. ch. 49 Formes traditionnelles et cycles cosmiques. 46 Ibid. Nous n‟entrerons pas dans le détail de cette question. art. ch. être rapportées respectivement à un aspect diurne et à un aspect nocturne . On pourrait aussi rappeler le rôle de 37 . à propos d‟Hermès. et que Guénon rapprochait le terme Cable-tow de l‟arabe qabeltu qui signifie « j‟ai accepté »48. p. d‟autre part. non sans rappeler que. XXI. Il se trouve que ce verbe est de la même racine de ceux qui dérivent de Q B L49 qui sert aussi à désigner Caïn (Qâbil). c‟est-à-dire « ascendant ». et aux éléments feu et air. c‟est-à-dire « descendant ». astrologiquement. Guénon dit que ses « deux fonctions de messager des Dieux et de “psychopompe” pourraient. 65-66 : qabbalah. 1. 2. apparaîtrait sous un autre jour et serait susceptible d‟une autre interprétation »50. 48 La Grande Triade. mais nous ferons remarquer que la procession des nombres. une fois de plus. 114. La difficulté des sciences traditionnelles réside dans les développements indéfinis qu‟elles peuvent connaître. En effet. no 81. p. Voir aussi Réflexions d‟un Chrétien sur la Franc-Maçonnerie. Il semblerait bien que l‟intégration de 44 Vers La Tradition. art. II. 22. dont la somme vaut 78 000. 47 Denys Roman. n. impliquant une progression graduelle qui peut facilement dévier si toutes les étapes intermédiaires ne sont pas franchies. 47.. pp. car comme le signale Guénon.

Nemrod dans les « Anciens devoirs ». novembre 1938. comptes rendus de revues. 38 .l‟héritage atlantéen au sein du courant abrahamique concerne aussi la Maçonnerie. p. car cette interprétation pourrait se rapporter à la correspondance que Guénon établit entre le sacrifice végétal de Caïn et l‟ordre de Melchissédec51. 236 : Études Traditionnelles. 51 Articles et Comptes Rendus tome I. et celui de la Tour de Babel dans la transmission du « Mot de Maître ».

La Crise du Monde moderne. Guénon envisage non seulement la possibilité de la constitution d‟une élite en dehors de tout milieu défini. les données cycliques et la maçonnerie qui concernent plusieurs courants bien définis. À l‟exception de Guaïta qui était initié à la H. le premier article connu de Guénon. pp. que nous avions eu connaissance de ces commentaires ». 244. of L. par « élite (…) en dehors de tout milieu défini » (cf. Comptes Rendus. 246. T. Le Démiurge. Guénon ne visait pas un courant intellectuel du genre de celui qui relie Fabre d‟Olivet à Guaïta. in Études Traditionnelles (1951). en 1945. p. 233-234. avec des lettres hébraïques. contrairement à ce qu‟il en est pour l‟O. et l‟on peut même dire métaphysique dans une certaine mesure. IX). dont la traduction par Grillot de Givry est postérieure aux reproductions publiées par Guaïta dans son premier livre intitulé Au Seuil du Mystère. Seulement. T. ne saurait jamais être séparée des principes métaphysiques. celui-ci reconnaît à l‟œuvre de l‟occultiste « une “tenue” qui n‟admet aucune comparaison avec d‟autres productions de la même école ». p. et qui rencontra un des Hindous chez d‟Alveydre. Quoiqu‟il en soit. on peut s‟étonner que ce dernier ait consacré près de 7 pages à la possibilité d‟une élite en dehors de tout milieu défini (La fonction de René Guénon et le sort de l‟Occident. T. 250). comme celui de Fabre d‟Olivet lui. B. nous ferons quelques remarques sur l‟Ordre du Temple Rénové. essentiellement cosmologique. 111 : Études Traditionnelles. qui occupe seulement 11 lignes dans La Crise du Monde moderne. R. dans la « dyade androgynique » où n‟apparaît pas le vocable Aum. se rapporte à des considérations d‟ordre symbolique sur l‟Archéomètre. malgré quelques réserves. rien n‟indique que ce dernier et Fabre d‟Olivet ont reçu une initiation occidentale et. On peut y trouver une figuration de la « dyade androgynique ». telle qu‟elle fut transmise par Guénon à Vâlsan.IV. R. car la cosmologie. En fait. Sur la nature de l‟O. dont elle constitue même une des applications les plus directes » (René Guénon. janvier-février 1950. mais dont seule la réunion pose ici difficulté. « le point de vue de Guaïta est (…). 39 . la disposition des noms hébraïques d‟Adam et Ève ne permet pas des développements aussi riches que ceux de leur transposition en langue arabe. En effet. 130) sans la relier à ce courant intellectuel que Guénon n‟a jamais remis en question. en dépit des imperfections liées aux individualités qui l‟ont incarné. et de la « constitution d‟une élite en dehors de tout milieu défini » Pour conclure. 248-249. R. car il nous paraît vraiment contestable de penser que cette organisation procède d‟une initiation en dehors de tout milieu défini. le contenu des conférences de l‟O. envisagée traditionnellement. qui semble être tirée de l‟Amphithéâtre de l‟Éternelle Sapience de Kunrath. qui pourraient d‟ailleurs s‟appliquer en partie au jeune Guénon lui-même. la science des lettres et des nombres. à peu près un quart de siècle [en 1950]. Dans Le Problème du Mal. comptes rendus de livres). traite d‟un thème similaire à celui du livre dont il fait le compte rendu et à propos duquel il écrit : « il y a fort longtemps. et par l‟intermédiaire duquel Saint-Yves d‟Alveydre allait entrer en relation avec des Hindous.même. En outre. ce qui pourrait se rapporter à autre chose52 . mais aussi celle d‟une « initiation obtenue en dehors des moyens 52 On peut se demander si. ch.

pp. afin de cautionner la thèse d‟une initiation en dehors de tout milieu défini . nous avons de nombreuses raisons de penser que c‟est cette initiation qu‟il a reçue par l‟un de ses Maîtres Orientaux. Boehme fut d‟abord surpris et effrayé d‟entendre cet étranger qui lui était tout à fait inconnu. et comme toute initiation implique une chaîne initiatique. C‟est pourquoi sois pieux. il y a bien « milieu défini ». numéro spécial sur Jacob Boehme. tu auras à supporter la pauvreté. signataire de l‟étude sur l‟Archéomètre dans La Gnose. car elle ne mentionne pas l‟opinion de Guénon sur l‟importance exagérée que l‟occultiste accordait à cette affaire. sans qu‟il y ait d‟indices qu‟ils se soient jamais revus. et lui dit : “Jacob. crains Dieu. l‟appeler ainsi par son nom de baptême . et s‟en alla. et probablement aussi Saint-Yves 53 Initiation et réalisation spirituelle. comme cela existe chez les uwayssî de l‟ésotérisme islamique. qui devaient nécessairement « parler » à l‟« être » de Boehme. tellement que tu seras pour le monde un sujet d‟étonnement. Voici ce qu‟il est rapporté sur son initiation : « un étranger vêtu très simplement. par exemple. comme le Maharshi. L‟étranger. Jacob viens ici”. ch. Genty qui était affilié à l‟Ordre. l‟étranger lui serra la main. 230-231. mais ayant une belle figure et un aspect vénérable » dit « d‟une voix haute et ferme : “Jacob. mais sois courageux et persévérant. 55 Le Voile d‟Isis. voire les siècles. on peut remarquer que cette initiation n‟est pas véhiculée par la transmission d‟un mantra et qu‟elle est de nature « silencieuse ». et même partialement. Étant donné que Guénon est resté « silencieux » sur la « chaîne initiatique » qui le relie à ses Maîtres hindous. V : À propos du rattachement initiatique. c‟est-à-dire qu‟elle ne peut-être accomplie que par une certaine catégorie d‟être réalisé. sur le témoignage de P. les fixa avec un regard étincelant de feu. le fixa encore avec des yeux perçants. l‟étude en question s‟appuie partiellement. et révère sa parole . même si celui-ci n‟est pas perceptible par les sens extérieurs54. porta les yeux sur les siens. »55 En dehors de quelques recommandations générales. Sur cela. surtout lit soigneusement les Écritures Saintes. car tu auras beaucoup à souffrir . et non pas à un « groupe d‟études » formé par différents individus vivants à la même époque. et tu deviendras un autre homme. mais cette initiation ne concerne manifestement pas une collectivité. tu es peu de chose.ordinaires et normaux ». à la même « nature » que lui. la misère et des persécutions . 40 . qui semble l‟avoir donnée à certains de ses disciples qui devaient participer. mais s‟étant remis. seulement cette notion d‟agrégat se rapporte à une « fonction intellectuelle » qui se perpétue à travers les générations. En outre. car Dieu t‟aime et t‟est propice”. comme l‟illustre l‟exemple de Jacob Boehme qui était initié au compagnonnage53 . 55 à 58. d‟une manière ou d‟une autre. dans lesquelles tu trouveras des consolations et des instructions. 54 Une étude récente et très documentée évoque désormais la notion d‟« agrégat intellectuel » qui se serait cristallisé autour le la lettre T. mais tu seras grand. pp. il alla à lui.. le prit par la main droite. d‟un air sérieux et amical.

car il s‟agit d‟une initiation universelle et antérieure à toutes les formes traditionnelles particulières.d‟Alveydre. Pour comprendre la « mise en sommeil » de l‟O. Seulement. représentant temporaire d‟une filiation contre-initiatique qui semble avoir accordé un intérêt tout particulier à cette résurgence de la réforme willermozienne. mais il va sans dire qu‟elle n‟a rien à voir avec la filiation « akbarienne » de Guénon. R. il faudrait aussi envisager le rôle plus ou moins direct joué par la Hermetic Brotherhood of Louxor dans l‟apparition du spiritisme et de l‟occultisme. amenant Clarin de la Rive. Quoi qu‟il en soit.. à l‟Allemagne du XVIIIe siècle. puisque nous connaissons au moins deux musulmans qui ont assisté à ce genre d‟initiation par un être réalisé qui leur a demandé d‟en être les témoins . dont la doctrine et les rituels ont inspiré la réforme willermozienne appelée Régime Écossais Rectifié qui a été réveillé en France à la même époque. elle aussi. et son origine sabbataïste ou frankiste. dans la simultanéité des antagonismes qu‟ils ont engendrés. que cette filiation s‟acharnera à discréditer l‟autorité de Guénon . il faudrait prendre en considération une succession d‟événements qui remontent au XVIIIe siècle. sous la signature de Téder. mais aussi parce qu‟elle présente une apparence plus « christique » que les branches marginales de Memphis-Misraïm. Guénon s‟est intéressé de près à la constitution de l‟Ordre des Élus Cohen et de la Stricte Observance Templière. R. Ce contexte est d‟ailleurs évoqué indirectement par les références aux Convents des Gaules et de Wilhelmsbad dans la revue Hiram. un lieu de 56 Actuellement. Celle-ci n‟est actuellement connue qu‟en Orient. ceux qui s‟intéressent aux sources de Guénon avec une curiosité profane peuvent toujours étaler leurs spéculations sur plusieurs centaines de pages : ils perdent leur temps. car il recommande à ceux qui pourraient recevoir une « initiation en dehors des moyens ordinaires et normaux » de « régulariser » leur rattachement au sein d‟une lignée conventionnelle et de s‟intégrer dans un courant intellectuel préexistant. 41 . qui s‟en était d‟abord fait le porteparole. nous savons qu‟elle est aussi transmise au sein de la tradition islamique. T. au sein des « cercles » implantés dans différents pays. ces deux courants connaissent encore des prolongements qui se sont adaptés à certains aspects de la terminologie guénonienne pour en faire un usage à rebours en jouant sur l‟ambivalence des symboles. Du reste. T. cette confrérie semble aussi avoir constitué. qui remonte probablement. Dans sa jeunesse. Pour compléter le tableau. non seulement parce que celle-ci nie la filiation templière de la Maçonnerie. à s‟allier avec Guénon afin de combattre des « influences » apparemment contradictoires. semble être la même que celle du courant qui propagea les mystifications taxiliennes . mais qui partageaient un intérêt commun d‟infiltration au sein des institutions maçonniques et catholiques56. c‟est à partir de la manifestation de l‟O. et pour notre part.

il est fort probable que l‟origine de ces traces doit être rapportée aux attaques de la contre-initiation qui persistent encore aujourd‟hui à l‟encontre de l‟œuvre de Guénon. Celui qui doute le plus parmi vous est. dans certaines conférences. R. sur l‟importance prioritaire que les « entités » accordaient à Charles Barlet. dans La France Antimaçonnique57. il se pourrait qu‟il faille les chercher dans un des systèmes de hauts grades qui gravitaient autour de la Stricte Observance Templière (S. B. à plusieurs reprises. B. Du reste.rencontre d‟une part. : il s‟agit des rites magiques d‟apparence spirite. Guénon aurait fait preuve de scepticisme à l‟égard de « l‟ancien centre retiré de la tradition occidentale » ? Il serait peut-être plus opportun de s‟interroger sur l‟intérêt que peut présenter l‟hypothétique cessation d‟une telle possibilité pour certains « intermédiaires ». cet Ordre présente une autre similitude avec la H. et certains systèmes de hauts grades de la S. il est possible que certaines origines de la H. seulement. il n‟a jamais contraint personne à participer à ces rites. vous comprendrez alors pourquoi sa présence à la table est nécessaire… et pourquoi nous ne pouvons nous adresser qu‟à vous »58. Guénon fait allusion à la haute maçonnerie allemande avant de donner des indications sur les origines présumées de la H. celui qui devrait avoir le plus de confiance en nous. 42 . O. il est facile de reprocher à Guénon d‟être sorti indemne d‟une entreprise qui laissa des traces sur les autres affiliés de l‟Ordre (ou d‟abandonner des projets avec des collaborateurs qui n‟étaient pas initiés à la Maçonnerie) . T. pour la France.). et d‟autre part entre des Orientaux et des Occidentaux. qui insistent. of L. 58 Ainsi donc. Dès lors on peut comprendre que l‟« entité » appelée Jacques de Molay ait déclaré : « J‟ai encore un mot à vous dire ce soir. et comme ceux qui sont exécutés traditionnellement contiennent leur propre protection. comme le fit Guénon suite à la publication du livre sur le Marquis de Chefdebien. Aujourd‟hui. B. B. parmi ceux qui pouvaient représenter autre chose que leur propre individualité. 27). Par ailleurs. entre des Maçons opératifs et des Maçons spéculatifs. pour des raisons que je ne puis vous donner encore. on retrouve les thèmes qui seront intégrés dans l‟œuvre de Guénon. s‟ajoute un certain nombre de conceptions tournant autour de la figure de l‟Archéomètre. responsable officiel de la H. of L. au contraire. T. mais que je vous ferai savoir dans quelques temps . O. remontent à l‟Allemagne du début du XIXe siècle. mais cela ne signifie rien quant à la nature de 57 Dans L‟Erreur spirite (p. Or. ainsi que sur leur défiance à l‟égard de Max Théon et de son « mouvement cosmique » qualifié de « manichéisme ».. of L. que l‟on retrouve également dans les procès verbaux des séances de l‟O. À cette caractéristique. et bien que rien ne l‟atteste actuellement. T. of L.

Il s‟agit là d‟une fonction psychique un peu particulière. art. n‟est d‟ailleurs imputable. comme nous le disons d‟autre part. afin de demeurer adaptés aux possibilités humaines de chaque époque. Mais. Du reste. peuvent toujours servir de “supports” pour s‟élever à une connaissance d‟ordre supérieur. Autrefois. car il l‟accomplissait de manière anonyme. d‟ordre si inférieur qu‟elle soit en elle-même. qu‟aux conditions mêmes de cette période d‟“obscuration” qu‟est le Kali-Yuga. T. comme il le précisera d‟ailleurs en 1937 : « … la magie. qui entretenait des relations désintéressées avec les jinn afin de soigner les âmes des individus que ceux-ci lui signalaient. leur confère une valeur proprement doctrinale . car la magie elle-même peut être considérée d‟un tout autre point de vue de celui qui caractérise son aspect « inférieur ». elle comportait plus d‟inconvénients que d‟avantages. plus que ce qu‟elles sont en elles-mêmes. nous avons fréquenté un initié. lorsque décède le membre de la famille qui la détient. la déviation. D‟autre part. mais.. R. en définitive. et c‟est pourquoi une science telle que la magie est manifestement parmi celles qui donnent lieu le plus facilement à toute sorte de déformations et d‟usages illégitimes . et qu‟ainsi elles y prennent. »59 59 Études sur l‟Hindouisme. doivent devenir de plus en plus contingents à mesure que s‟accomplit la “descente” cyclique. elle peut légitimement avoir une place parmi les applications d‟une doctrine orthodoxe. Tantrisme et magie. 83-84. en 43 . de tels “supports”. il est naturel et en quelque sorte normal que les plus contingentes d‟entre elles se développent surtout dans la période où l‟humanité est la plus éloignée de l‟intellectualité pure. dans tous les cas. Les sciences traditionnelles. étant donné que le développement effectif des sciences traditionnelles particulières est déterminé en fait par les conditions propres à telle ou telle époque. à propos des influences psychiques appelées improprement « égrégores ». une importance qu‟elles n‟avaient jamais pu avoir dans les périodes antérieures. c‟est-à-dire dans le Kali-Yuga. il va de soi que les dangers de déviation deviennent d‟autant plus grands qu‟on va plus loin dans ce sens. et c‟est cela qui. de son propre aveu.l‟O. d‟une façon générale. est cependant une science traditionnelle authentique . car c‟est bien son auteur qui en restituera le sens métaphysique en l‟attribuant d‟ailleurs à ses Maîtres Orientaux. pourvu que ce ne soit que la place subordonnée et très secondaire qui convient à son caractère essentiellement contingent. tout en restant dans les limites qui leurs sont assignées par leur nature même. car elle se transmet à travers les générations. comme telle. Certains de ces musulmans possèdent une perception grâce à laquelle ils peuvent répondre à certaines questions de Maîtres. en même temps. Le développement des sciences traditionnelles inférieures n‟est donc en somme qu‟un cas particulier de cette “matérialisation” nécessaire des “supports” dont nous avons parlé . sans réclamer de rétribution et en manipulant des forces qu‟il n‟était pas toujours aisé de contrôler. surtout pour les individus victimes d‟un envoûtement. mais. pp. au sein du taçawwuf. il parle d‟un « élargissement » de l‟individualité auquel pourraient être appliquées les données cycliques qui se rapportent à la « nature adamique ». quelles qu‟elles soient.

mais dans le cas présent. qu‟auprès de lui il ne trouvera pas de guérison de cette nature. Seulement. quelque chose de ces traditions diminuées et déviées qui furent. et dont le caractère “naturaliste” constitue toujours la marque principale [en note : « … de nos jours encore. Il y a beaucoup de choses de cet ordre dans une tradition complète où elles ne dépassent pas le cadre inférieur qui leur est réservé. elles sont fort loin d‟avoir cessé bien qu‟elles aient généralement un caractère très caché … »]. en des circonstances fort diverses de temps et de lieux. qui sont très relatifs puisqu‟ils ont tous un impact sur l‟organisme humain . Du reste.. mais il y a tellement de légendes populaires sur cette question. Il faut d‟ailleurs dire que. et dont. on voit parfois reparaître. et correspondre également à l‟ambivalence du « double sens de la solidification » évoquée ailleurs. à un certain point de vue “magique” (et il ne faut d‟ailleurs pas entendre exclusivement par là la recherche d‟effets extérieurs plus ou moins extraordinaires. le produit de la révolte des Kshatriyas. en dépit de l‟envahissement de la mentalité moderne qui est généralement superficiel dans le monde oriental. la séparation entre le domaine corporel et le domaine subtil n‟y est pas aussi tranchée que dans le monde occidental. pour leur part. résultat de l‟altération des sciences traditionnelles séparées de leur principe métaphysique. comme il en est lorsqu‟il ne s‟agit que de pseudo-initiation [souligné par nous]). il n‟est pas nécessaire d‟assimiler l‟idéologie moderne pour adopter les « progrès » des sciences modernes. [en note : « Il faut ajouter que ces initiations inférieures et déviées sont naturellement celles qui donnent le plus facilement reproduisant la voix du jinn auquel elle s‟adresse. et ce n‟est pas parce que certains veulent désormais réduire la tradition à son application religieuse qu‟il faut pour autant occulter certains aspects particuliers de notre situation cyclique. ». que certains Maîtres se sentent parfois contraints de déclarer à un aspirant. R. 44 . nous signalerons seulement la prépondérance accordée fréquemment. et rien ne permet d‟affirmer que les tentatives d‟« uniformisation » actuelles se fassent à l‟avantage du monde occidental. sauf dans les voies qui sont déviées . mais néanmoins très reconnaissable. comme la majorité des voyageurs attirent à eux des mentalités qui leur correspondent et qu‟ils ont des échanges en rapport avec la leur. en pareil cas. on pourrait l‟expliquer en ces termes : « par un phénomène assez étrange. Quant à la « mise en sommeil » de l‟O.Cet extrait nous paraît expliquer l‟intérêt porté par Guénon à certaines organisations. Nous admettrons volontiers qu‟il faut une mentalité spéciale pour appliquer ce genre de science traditionnelle allant à rebours des méthodes qui visent la contemplation puisqu‟elle cherche à susciter la réaction d‟un objectif particulier . ils ne sont peut-être pas les mieux placés pour s‟en rendre compte. y compris celle du groupe des Polaires . T. Sans y insister davantage. au nom d‟une morale surtout soucieuse de trouver des justifications d‟orthodoxie à l‟enseignement de Guénon. d‟une façon plus ou moins fragmentaire. il s‟agit principalement de considérations d‟ordre cyclique et symbolique . ils ne conservent aucun souvenir.

qu‟on peut trouver des éclaircissements sur son passage au sein de l‟occultisme. B.prise à l‟action d‟influences émanant de la contre-initiation… »]60. Denys Roman a évoqué l‟idée d‟une « descente aux enfers » qui pourrait même être envisagée d‟un point de vue purement symbolique. de Robert Ambelain qui en faisait partie. qui relie Guénon à Barlet et à Guaïta. Sur le « Grand Lunaire ». p. peuvent servir de symboles aux dualités cosmiques . et même de « gardien de la Terre sainte ». l‟O. Cette filiation semble aussi avoir eu des incidences sur sa relation avec Oswald Wirth. ce n‟est pas le comportement de Guénon qui est ambigu. En d‟autres termes. l‟Archéomètre de Saint-Yves d‟Alveydre et celui de La Gnose apparaissent comme les « écorces » desséchées de l‟Arbre du Monde rendu intelligible par l‟œuvre de Guénon. et même de l‟alchimie orientale. qui était son kshatra. 46 (Études Traditionnelles. qui était le secrétaire du second. 61 45 . sous l‟angle de laquelle son passage dans l‟occultisme. et plus précisément encore. voir Comptes Rendus. T. quelle que soit leur contingence. et dans laquelle figure l‟article intitulé Les mystères de la lettre nûn. il s‟est placé au « centre » des réalités sans se prendre pour le centre des choses . en raison de son « envergure ».. A. C‟est par la H. on pourrait dire que Guénon a assumé une véritable fonction de Kshatriya. car Guénon s‟est volontairement placé au centre des antagonismes qui. À propos de cette période. p. dans ce domaine. . mars-avril 1946. mériterait d‟être revisité car. mais ce qu‟il importe de retenir ici. E. et. Cette remarque n‟est nullement hors de propos ici. puisque c‟est précisément au sein de cette « initiation luciférienne » que le courant contre-initiatique prendra finalement refuge afin de s‟attaquer à Guénon61. R. 257. A. of L. mais l‟« ambiance cosmique » dans laquelle il a été manifesté. aurait pu devenir comparable au « Grand Lunaire » auquel ce passage s‟applique également. il est normal que cette élimination de certaines possibilités inférieures ait eu des répercussions publiques qui sont les seules à pouvoir être exploitées par ses adversaires au nom d‟une prétendue « erreur » spirite . comptes rendus de livres). et sur son initiation à la Maçonnerie du R. où Guénon y fait allusion en parlant du contenu du livre intitulé : Dans l‟ombre des Cathédrales. S‟il n‟y avait pas eu cette « mise en sommeil ». Désormais. c‟est une cause unique aux multiples effets . bien que Guénon lui attribue un point de vue « dualiste » qu‟on ne trouve pas dans les conférences. comme tous les véritables initiés. et qui est développé dans la série d‟études sur le symbolisme de la Montagne et de la caverne. qui commente sa figure sans vraiment la 60 Aperçus sur l‟Initiation. qui est lié à la figure de l‟Archéomètre et à celle de l‟Androgyne. D‟ailleurs. tel un joyau sur une couronne. qui se succèdent entre la fin de l‟année 1937 et le début de l‟année 1939. et il y a dans cette distinction toute la différence qui existe entre l‟« identification » et l‟« association ». un dépôt relevant de l‟hermétisme.

détournée. comme l‟indique d‟ailleurs son identité musulmane (Yahya) qui lui est subordonnée au même titre que sa signification chrétienne et maçonnique. Si elle a failli être récupérée. Derrière ce mouvement. et il y a là l‟indice irréfutable de ce « mouvement qui demeure encore imprécis. mais qui peut et doit même normalement aboutir à la reconstitution d‟une élite intellectuelle »62. 46 . Cette citation fait d‟ailleurs suite à celle qui est relative à « la constitution d‟une élite en dehors de tout milieu défini ». B. c‟est parce qu‟elle présente la particularité de provenir d‟une région où les Rose-Croix auraient établi leur dernière retraite . 62 La Crise du Monde moderne. Y. 131. il y a un « Ordre » qui ne dépend pas des individualités humaines et par rapport auquel l‟œuvre de Guénon a un rôle précurseur (sâbiq). voire déviée. p.mentionner puisqu‟elle est composée d‟éléments qui sont aussi des symboles universels.