Partie III.

Gestion et politique
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Chapitre 20 - Le développement, la technologie et le commerce
LA SANTÉ AU TRAVAIL ET LE DÉVELOPPEMENT
Jerry Jeyaratnam
Cet article est consacré aux problèmes que la santé au travail pose à l’heure actuelle dans les
pays en développement et ailleurs aussi. Les questions générales d’ordre technique communes
au monde développé et au monde en développement (le plomb et les pesticides, par exemple)
ne seront pas évoquées dans cet article puisqu’elles sont traitées dans une autre partie de
l’Encyclopédie. En revanche, nous aborderons ici, dans le présent chapitre, certains problèmes
de santé au travail qui commencent à apparaître dans les pays d’Europe orientale.
On estime que, d’ici à l’an 2000, huit travailleurs sur dix dans le monde vivront dans les pays
en développement; il importe donc de réfléchir aux besoins prioritaires de ces pays en matière
de santé au travail. Il s’agit d’abord pour eux de pouvoir offrir à l’ensemble de leur population
un système adéquat de soins de santé. Ces besoins rejoignent la définition de la santé au
travail donnée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui envisage la santé du
travailleur dans son ensemble et ne se limite pas aux seules maladies professionnelles.
Comme le montre la figure 20.1, le travailleur peut être victime de maladies telles que la
malaria, qui affectent la collectivité et peuvent se manifester aussi parmi la population active,
ainsi que de maladies liées au travail dont les causes sont multiples. Dans ces derniers cas, le
travail peut constituer un facteur déterminant ou aggravant de l’état de santé du patient.
Citons, par exemple, les maladies cardio-vasculaires et psychosomatiques, ainsi que les
cancers. Enfin, les maladies professionnelles proprement dites, telles que le saturnisme, la
silicose ou la surdité due au bruit sont, elles, causées essentiellement par l’exposition sur le
lieu de travail.
Figure 20.1 Types de maladie pouvant affecter les travailleurs

Pour l’OMS, la relation entre le travail et la santé va dans les deux sens, comme le montre la
figure 20.2. Le travail peut avoir un effet négatif ou positif sur la santé, alors que l’état de
santé du travailleur, lui, se répercute sur son travail et sa productivité.
Figure 20.2 Relations entre le travail et la santé

La contribution fournie par un travailleur en bonne santé a un effet positif sur la productivité,
la qualité des produits, la motivation au travail et la satisfaction professionnelle et, par là
même, la qualité générale de vie des individus et de la société, ce qui fait de la santé au travail
un objectif important de la politique nationale de développement. Pour atteindre cet objectif,
l’OMS a proposé la Stratégie mondiale pour la santé au travail pour tous (OMS, 1995), dont
les dix objectifs prioritaires sont de:

renforcer les politiques internationales et nationales en faveur de la santé au travail et
élaborer les instruments politiques nécessaires;

créer des milieux de travail sains;

favoriser l’adoption de méthodes de travail saines et promouvoir la santé au travail;

renforcer les services de médecine du travail;

mettre en place des services de soutien appropriés;

élaborer des normes d’hygiène du travail sur la base d’une évaluation scientifique des
risques;

développer les ressources humaines pour la médecine du travail;

mettre au point des systèmes d’enregistrement et de collecte des données, instituer des
services d’information spécialisés, assurer la transmission efficace des données et
veiller à la sensibilisation et à l’information du public;

intensifier les recherches;

développer la collaboration avec d’autres organisations.

La santé au travail et le développement national
La santé au travail et le développement national étant étroitement liés, il est bon d’envisager
la première dans le contexte du second. Toute nation souhaite atteindre un haut niveau de
développement, mais ce sont les pays moins avancés qui visent, voire revendiquent, une
croissance rapide. La plupart du temps, ce sont les avantages économiques du développement
qui sont le plus recherchés. Cependant, on entend en général par développement véritable un
phénomène plus vaste qui englobe une amélioration de la qualité de la vie, ce qui touche à
certains aspects du développement économique et renforce l’estime de soi et la liberté de
choix individuelle. Nous en examinerons les conséquences sur la santé de la population
active.
Tandis que le produit intérieur brut (PIB) mondial est resté quasiment inchangé de 1965 à
1989, celui des pays en développement a pratiquement décuplé. Mais cette croissance
économique rapide doit être replacée dans une situation de pauvreté générale. Le monde en
développement, qui représente les trois quarts de la population du globe, n’est à l’origine que
de 15% du produit intérieur brut mondial. En Asie, tous les pays, à l’exception du Japon, sont
classés parmi les pays en développement malgré les disparités importantes qui existent entre
eux. Ainsi, des pays et territoires tels que la Chine, la République de Corée, Hong-kong,
Singapour et Taiwan (Chine) sont classés actuellement parmi les nouveaux pays industriels
(NPI). Bien qu’arbitraire, ce classement implique une transition entre le statut de pays en
développement et celui de pays industriel. Il faut reconnaître qu’aucun critère précis ne définit
les NPI, encore qu’ils partagent des caractéristiques économiques importantes — c’était du
moins le cas avant la crise: persistance de taux de croissance élevés, réduction des inégalités
de revenus, rôle actif du gouvernement, faible taux d’imposition, sous-développement de
l’Etat-providence, fort taux d’épargne et économie tournée vers l’exportation.
La santé et le développement
Il existe un lien étroit entre la santé, le développement et l’environnement. Ainsi, un
développement tous azimuts, incontrôlé et tendant à la seule expansion économique, peut
avoir des effets négatifs sur la santé. Toutefois, il existe en général une forte corrélation entre
le niveau économique d’un pays et la santé de ses habitants, cette dernière étant mesurée à
l’aune de l’espérance de vie.
S’il est clair néanmoins que le développement favorise la santé, on ne se rend pas
suffisamment compte que cette dernière est, en fait, la force qui génère le développement. La
santé ne saurait être assimilée à un produit de consommation. Investir dans la santé, c’est
accroître le capital humain d’une société. Contrairement aux infrastructures, dont la valeur
diminue au fil du temps, les dépenses de santé peuvent rapporter de gros dividendes sociaux
pour toute une génération et, parfois même, pour la génération suivante. Toute atteinte à la
santé d’un travailleur risque de nuire à l’exécution de ses tâches, ce qui est particulièrement
crucial pour les nations engagées dans la course au développement. On juge, par exemple, que
de piètres conditions de santé au travail et une diminution de la capacité de travail peuvent
entraîner un manque à gagner représentant 10 à 20% du produit national brut (PNB). La
Banque mondiale, pour sa part, estime que des programmes de sécurité et de santé au travail
pourraient permettre d’économiser deux tiers des années de vie corrigées du facteur invalidité
(AVCI) liées au travail. C’est pourquoi la mise en place de services de santé au travail ne doit
pas être considérée par la nation comme une dépense superflue, mais au contraire
indispensable pour promouvoir l’économie et le développement. Des études ont montré qu’il

existe une corrélation positive entre un bon niveau de santé au travail et un fort PNB par
habitant (OMS, 1995). Les pays qui consacrent le plus de ressources à la sécurité et à la santé
au travail sont aussi ceux qui ont les niveaux de productivité les plus élevés et les économies
les plus solides. A l’échelle mondiale, on estime que chaque travailleur apporte l’équivalent de
9 160 dollars E.-U. par an au produit intérieur. On le voit, le travailleur est le moteur de
l’économie nationale, et ce moteur doit être entretenu pour demeurer en bon état de marche.
Le développement entraîne de nombreux changements dans le tissu social et, notamment,
dans la structure de l’emploi et l’évolution des secteurs productifs. Au cours des premières
phases du développement, l’agriculture participe fortement à la richesse nationale et fournit la
majeure partie de la main-d’œuvre. Avec le développement, le rôle de l’agriculture commence
à décliner au profit de l’industrie manufacturière. Ensuite, celle-ci est supplantée par le
secteur des services qui devient la source de revenu la plus importante, comme dans les
économies avancées des pays industriels. C’est une tendance que l’on constate lorsqu’on
compare les NPI à ceux du groupe de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est
(ANASE). Ces derniers pourraient être classés parmi les pays à revenu moyen du monde en
développement, alors que les NPI appartiennent aux deux mondes — développé et en
développement. Singapour, membre de l’ANASE, est également un NPI. Les nations de
l’ANASE, bien qu’elles tirent approximativement un quart de leur PIB de l’agriculture,
doivent près de la moitié de celui-ci à l’industrie et aux activités manufacturières. Les NPI,
pour leur part, Hong-kong et Singapour en particulier, obtiennent environ deux tiers de leur
PIB du secteur des services, et très peu, sinon rien, de l’agriculture. Il est donc important de
bien comprendre cette évolution structurelle puisque les services chargés de la santé au travail
doivent répondre aux besoins de la population active de chaque pays selon son niveau de
développement (Jeyaratnam et Chia, 1994).
Outre cette transition qui intervient sur les lieux de travail, le développement s’accompagne
aussi d’un changement des types de maladies. Ceux-ci évoluent de pair avec un allongement
de l’espérance de vie, cette dernière indiquant un PIB en hausse. On observe, avec l’un ou
l’autre de ces phénomènes, une importante diminution des décès par maladies infectieuses,
tandis que le nombre de décès dus à des maladies cardio-vasculaires et aux cancers augmente.
La santé au travail et le développement
La santé de la population active est un élément essentiel du développement national. Mais, en
même temps, il convient de déceler les pièges et les dangers qu’il recèle et de s’en prémunir
de façon adéquate. Les dommages que le développement est susceptible de causer à la santé
humaine et à l’environnement ne sauraient être négligés. La planification du développement
peut contribuer à prévenir les maux qui lui sont inhérents.
L’absence de structures légales et institutionnelles adéquates
Les pays développés se sont dotés d’infrastructures légales et administratives au rythme de
leurs progrès techniques et économiques. En revanche, les pays en développement ont accès
aux technologies avancées des pays développés alors qu’ils n’ont pas mis en place
d’infrastructures pour maîtriser les effets négatifs que ce progrès peut avoir sur la population
active et sur l’environnement. Il existe ainsi un décalage entre le niveau technologique et le
développement social et administratif.
En outre, même lorsqu’il existe des mécanismes de contrôle, il arrive qu’ils soient ignorés
pour des raisons économiques ou politiques, voire les deux; la catastrophe de Bhopal, en Inde,
en est un bon exemple: pour des raisons politiques et autres, on n’a pas tenu compte de l’avis

d’un des responsables de la compagnie. Bien souvent, les pays en développement adoptent les
normes et la législation des pays développés alors qu’ils n’ont pas le personnel qualifié pour
en assurer l’application. De plus, ces normes sont souvent inadaptées à leurs besoins, ne
tenant pas compte des différences de statut nutritionnel, de prédisposition génétique, de
niveaux d’exposition et d’horaire de travail.
Dans le domaine de la gestion des déchets, la plupart des pays en développement ne disposent
pas d’un système approprié ou d’une autorité réglementaire pour en assurer une élimination
correcte. En valeur absolue et par rapport aux pays développés, ils ne produisent qu’une faible
quantité de déchets, mais ils les éliminent pour la plupart sous forme liquide, polluant ainsi
gravement les rivières, ruisseaux et points d’eau. Les déchets solides sont déposés dans des
décharges sauvages, sans contrôle adéquat. De plus, les pays en développement sont souvent
les destinataires des déchets dangereux du monde développé.
Or, si l’on ne prend pas des mesures de sauvegarde pour éliminer les déchets dangereux, les
effets de la pollution de l’environnement se feront sentir sur plusieurs générations. Il est bien
connu que le plomb, le mercure et le cadmium rejetés par l’industrie contaminent les sources
d’eau en Chine, en Inde et en Thaïlande.
L’absence de planification de l’implantation des zones industrielles et résidentielles
Dans la plupart des pays, la planification des zones industrielles est du ressort du
gouvernement. Faute d’une réglementation convenable, on a tendance à construire des
logements dans le périmètre de ces zones, car les industries constituent une source d’emplois
pour la population locale. Ce fut notamment le cas à Bhopal, dont nous venons de parler, et
dans le complexe industriel de Ulsan/Onsan en République de Corée. La concentration
d’investissements industriels dans ce dernier a entraîné un afflux rapide de population à Ulsan
City. En 1962, elle était peuplée de 100 000 personnes; en l’espace de 30 ans, elle en comptait
600 000. En 1962, 500 ménages vivaient dans le périmètre du complexe industriel; en 1992,
on en dénombrait 6 000. Les habitants du quartier se plaignaient de problèmes de santé très
variés imputables à la pollution industrielle (OMS, 1992).
Conséquence de ces densités élevées de population autour des complexes industriels, les
risques de pollution, d’accumulation de déchets dangereux, d’incendie et d’accident se sont
fortement multipliés. En outre, la santé et l’avenir des enfants vivant aux alentours de ces
zones sont réellement mis en péril.
L’absence d’une culture de la sécurité parmi les travailleurs et l’encadrement
Les travailleurs des pays en développement n’ont souvent reçu qu’une formation insuffisante
à l’utilisation des nouvelles technologies et des procédés industriels. Nombre d’entre eux
proviennent d’un milieu rural où le rythme de travail et les risques professionnels sont
radicalement différents. Leur niveau d’instruction est souvent beaucoup moins élevé que dans
les pays développés. Ils ignorent donc et les risques pour leur santé et les méthodes de travail
susceptibles de les prévenir. L’incendie de l’usine de jouets de Bangkok, en Thaïlande, évoqué
au chapitre «Les incendies», en constitue une bonne illustration. Aucune précaution correcte
en matière de prévention des incendies n’avait été prise. Les issues de secours étaient fermées
à clé. Les substances inflammables étaient mal entreposées, rendant impossible l’accès aux
sorties existantes. C’est ainsi que s’est produit le pire sinistre de l’histoire industrielle avec
187 morts et 80 disparus (Jeyaratnam et Chia, 1994).

Les accidents sont souvent chose courante du fait de l’absence d’engagement de la direction
en faveur de la sécurité et de la santé des travailleurs. L’une des raisons en est le manque de
personnel qualifié pour assurer l’entretien et la maintenance des machines et matériels. Il faut
aussi citer la pénurie de devises et les restrictions à l’importation qui entravent
l’approvisionnement en pièces de rechange. Par ailleurs, du fait d’un fort taux de rotation du
personnel et de la grande quantité de main-d’œuvre disponible, les employeurs n’ont guère
intérêt à consacrer beaucoup d’argent à la formation et à l’éducation des travailleurs.
Le transfert des industries dangereuses
Les industries dangereuses et les technologies indésirables dans les pays développés sont
souvent délocalisées dans les pays en développement. Il est avantageux de transférer une
production entière vers un pays où la réglementation sur l’environnement et la santé est peu
contraignante et, donc, moins coûteuse à appliquer. Ainsi, les entreprises du complexe
industriel d’Ulsan/Onsan, en République de Corée, se conformaient aux dispositions de la
législation coréenne locale sur le contrôle des émissions, moins rigoureuses que dans leur
pays d’origine. La conséquence directe en est un transfert des industries potentiellement
polluantes vers la République de Corée.
Une forte proportion de petites industries
La proportion de petites industries et celle des personnes qu’elles emploient est plus élevée
dans les pays en développement que dans les pays développés. Il est plus difficile dans ces
pays de faire respecter les règlements de sécurité et de santé au travail.
Un niveau de santé et une qualité de soins médiocres
Avec le développement économique et industriel, de nouveaux risques pour la santé
apparaissent avec, en toile de fond, un mauvais état de santé de la population et un système de
soins de santé primaires qui est loin d’être suffisant. Les ressources restreintes consacrées aux
soins médicaux en seront d’autant obérées.
L’état de santé des travailleurs est souvent moins bon dans les pays en développement que
dans les pays développés. Les carences nutritionnelles sont fréquentes, tout comme les
maladies parasitaires ou infectieuses. Elles peuvent accroître la prédisposition du travailleur à
contracter des maladies professionnelles. L’effet combiné des facteurs professionnels et non
professionnels sur la santé du travailleur est un autre élément important dont il convient de
tenir compte. Les travailleurs souffrant d’anémies nutritionnelles sont souvent très sensibles à
de très faibles niveaux d’exposition au plomb inorganique. Des anémies importantes
s’accompagnent fréquemment de taux de plomb dans le sang d’environ 20 µg/dl. On relève
un autre exemple parmi les travailleurs souffrant d’anémies congénitales telles que la
thalassémie, dont le taux de porteurs dans certains pays est élevé. Il a été signalé que ces
porteurs sont très sensibles au plomb inorganique, et que le retour de l’hémoglobine à la
normale prend plus de temps que chez les non-porteurs.
Cela montre à quel point la ligne de démarcation est étroite entre les maladies
professionnelles traditionnelles, les maladies liées au travail et celles dont souffre l’ensemble
de la population. Dans le monde en développement, le souci premier des Etats devrait être, sur
le plan de la santé, de veiller à ce que l’état général de tout travailleur soit bon. Afin
d’atteindre cet objectif, les autorités sanitaires du pays devraient s’occuper de mettre sur pied
un programme destiné à doter de services de santé toute la population active.

Il faut aussi admettre que le monde du travail est déterminant pour la sécurité du milieu. Dans
cette optique, il conviendrait de réviser la législation afin qu’elle s’applique à tous les lieux de
travail, et non aux seuls ateliers de fabrication. Elle ne doit pas avoir pour unique objectif
d’assurer que les lieux de travail répondent aux critères de sécurité et de santé, mais elle doit
également veiller à ce que les travailleurs reçoivent régulièrement des soins de santé.
Le rôle essentiel dans la santé au travail qu’ont à jouer deux secteurs importants, celui du
travail et celui de la santé, s’imposerait alors comme une évidence. Cette reconnaissance de
l’intersectorialité de la santé est un élément capital du succès d’un tel programme. Pour
instaurer une coopération satisfaisante de ces deux secteurs, il faut créer un organe de
coordination.
Enfin, il est crucial de prévoir par voie législative la fourniture de services de santé au travail
et d’assurer la sécurité sur les lieux de travail. Encore une fois, nombre de pays asiatiques ont
admis cette nécessité et possèdent aujourd’hui une telle législation, bien que sa mise en
application puisse encore laisser à désirer.
Conclusion
Dans les pays en développement, l’industrialisation est un élément nécessaire de la croissance
économique et du développement. Bien qu’elle soit susceptible d’entraîner des conséquences
négatives sur la santé, le développement économique qui l’accompagne peut avoir de
nombreux effets positifs dans ce domaine. Le but est de réduire le plus possible les effets
néfastes de l’industrialisation sur la santé et l’environnement et d’en maximiser les effets
bénéfiques. Dans les pays développés, l’expérience des conséquences négatives de la
révolution industrielle a conduit à régulariser le rythme du développement. En général, ces
pays l’ont fait avec succès et ils ont eu le temps de mettre en place toute l’infrastructure
nécessaire pour maîtriser à la fois les problèmes de santé et d’environnement.
Aujourd’hui, les pays en développement qui, du fait de la concurrence internationale, ne
peuvent s’offrir le luxe de régulariser la cadence de leur industrialisation ont un défi à relever:
tirer les leçons des erreurs et de l’expérience du monde développé. Les pays développés
doivent, pour leur part, aider les pays moins avancés sans profiter indûment de leur maind’œuvre ou de leur manque de moyens financiers et de l’absence de mécanismes de
réglementation car, à l’échelle mondiale, la pollution de l’environnement et les problèmes de
santé ne connaissent pas de frontières politiques ou géographiques.
LES PAYS INDUSTRIELS ET LA SÉCURITÉ ET LA SANTÉ AU TRAVAIL
Toshiteru Okubo
Vue d’ensemble
L’activité économique, exprimée en produit national brut (PNB) par habitant, présente des
différences sensibles dans les pays en développement et dans les pays industriels. Selon un
classement établi par la Banque mondiale, le PNB du pays en tête de liste est
approximativement 50 fois celui du dernier. Les Etats membres de l’Organisation de
coopération et de développement économiques (OCDE) sont à l’origine de près de 20% du
PNB total du monde.
Les Etats membres de l’OCDE consomment près de la moitié des ressources énergétiques
mondiales. Les émissions de dioxyde de carbone des trois premiers pays représentent 50% de
l’ensemble du fardeau que supporte le globe; ces pays sont responsables des graves problèmes

de pollution dans le monde. Cependant, depuis les deux crises pétrolières de 1973 et 1978, les
pays industriels ont déployé des efforts importants pour économiser l’énergie en remplaçant
les anciens procédés par d’autres, plus efficaces. Pendant cette même période, les industries
lourdes — qui consomment beaucoup d’énergie, comportent nombre de travaux pénibles et
exposent les travailleurs à des risques ou à des dangers — se sont déplacées vers des pays
moins industriels. Par conséquent, la consommation d’énergie des pays en développement va
augmenter au cours de la prochaine décennie, et l’on peut craindre que des problèmes liés à la
pollution de l’environnement, ainsi qu’à la sécurité et à la santé sur les lieux de travail, ne
s’aggravent.
Au cours de leur industrialisation, de nombreux pays ont observé un vieillissement de leur
population. Dans les principaux pays industriels, les personnes âgées de 65 ans et plus
représentent 10 à 15% de la population totale, pourcentage nettement plus élevé que dans les
pays en développement.
Une telle disparité reflète de plus faibles taux de natalité et de mortalité dans les pays
industriels. Ainsi, le taux de natalité y est inférieur à 2%, tandis que les taux les plus élevés,
soit plus de 5%, sont enregistrés en Afrique et au Moyen-Orient, 3% ou plus étant un taux
courant dans de nombreux pays en développement. L’accroissement de la proportion de
travailleuses, qui représente 35 à 50% de la main-d’œuvre des pays industriels (elle est
généralement inférieure à 30% dans ceux qui le sont moins), peut être rapproché du fait
qu’elles ont moins d’enfants.
Un meilleur accès à un niveau d’instruction plus élevé va de pair avec une plus forte
proportion de travailleurs qualifiés. Il s’agit là d’une autre différence significative entre pays
industriels et pays en développement. Dans ces derniers, la proportion de travailleurs qualifiés
n’a jamais dépassé les 5%, en fort contraste avec les pays nordiques, où le chiffre varie de 20
à 30%. Les autres pays d’Europe et d’Amérique du Nord se situent entre les deux, les
travailleurs qualifiés constituant plus de 10% de la population active. L’industrialisation
dépend essentiellement de la recherche et du développement, activités qui comportent un haut
niveau de stress ou de tension, alors qu’une grande partie du travail dans les pays en
développement se caractérise par des risques physiques.
La sécurité et la santé au travail: un bilan
La croissance économique et les changements structurels observés dans nombre de pays en
voie d’industrialisation se sont accompagnés d’une diminution de l’exposition à des produits
chimiques dangereux, à la fois du point de vue du niveau d’exposition et du nombre de
travailleurs exposés. Par conséquent, les cas d’intoxication aiguë ou de maladies
professionnelles classiques sont en régression. Cependant, des troubles différés ou chroniques
liés à une exposition remontant à plusieurs années (pneumoconioses et cancers professionnels,
par exemple) apparaissent encore, même dans les pays industriels.
Par ailleurs, les innovations techniques ont entraîné l’utilisation de nombreux produits
chimiques récents. En décembre 1982, pour prévenir les risques présentés par ces nouveaux
produits, l’OCDE a adopté une recommandation internationale relative à l’ensemble minimal
de données préalables à la commercialisation.
Parallèlement, la vie dans l’entreprise et dans la collectivité s’est avérée plus stressante que
jamais. La proportion de travailleurs souffrant de problèmes liés ou conduisant à l’abus

d’alcool, de drogues ou de médicaments et à l’absentéisme s’est accrue dans de nombreux
pays industriels.
Dans ces mêmes pays, le nombre des accidents du travail a été en diminuant, du fait des
progrès réalisés grâce aux moyens techniques de prévention mis en œuvre et à l’introduction
massive de processus et de matériels automatisés. La réduction du nombre absolu de
travailleurs affectés à des travaux dangereux, conséquence du développement de l’industrie
légère au détriment de l’industrie lourde, y a également contribué. Le nombre de personnes
tuées dans des accidents du travail au Japon a diminué, passant de 3 725 en 1975 à 2 348 en
1995. Cependant, l’analyse de cette tendance dans le temps montre que le taux de diminution
a ralenti au cours des dix dernières années. La fréquence des accidents du travail au Japon
(accidents mortels compris) est tombée de 4,77 par million d’heures travaillées en 1975 à 1,88
en 1995; une baisse un peu plus lente a été constatée entre 1989 et 1995. Cette stabilisation de
la tendance à la réduction des accidents du travail a également été constatée dans d’autres
pays industriels; c’est ainsi que les Etats-Unis n’ont enregistré aucune baisse dans la
fréquence des accidents du travail depuis plus de 40 ans. Ce phénomène résulte en partie d’un
déplacement des accidents classiques, que l’on peut éviter grâce à diverses mesures de
sécurité, vers de nouveaux types d’accidents provoqués par l’introduction de machines
automatisées.
La convention (no 161) de l’OIT sur les services de santé au travail, 1985, a défini des normes
importantes en la matière. Même si son champ d’application inclut à la fois les pays en
développement et les pays développés, les principes qu’elle reflète reposent sur des
programmes en vigueur dans les pays industriels et sur l’expérience que ceux-ci ont acquise.
Les grandes lignes du système de services de santé au travail d’un pays donné sont
généralement tracées par la législation. Il en existe deux types principaux. Le premier est en
vigueur aux Etats-Unis et au Royaume-Uni où la législation ne prescrit que les normes à
observer. La réalisation des objectifs est laissée à l’employeur, le gouvernement fournissant
sur demande l’information et l’assistance technique. La vérification du respect de ces normes
relève de l’administration.
Le second est représenté par la législation française, qui ne définit pas uniquement les
objectifs, mais détaille également les procédures pour les atteindre. Elle oblige les employeurs
à offrir à leurs salariés des services de médecine du travail faisant appel à des médecins
spécialisés dans cette discipline, et exige l’établissement d’institutions pouvant assurer de tels
services. Elle précise le nombre de travailleurs que doit surveiller un médecin du travail: dans
les établissements ne présentant pas de risques particuliers, un médecin peut être chargé de
surveiller la santé de plus de 3 000 travailleurs, ce nombre étant moins élevé pour ceux qui
sont exposés à des risques déterminés.
Dans les pays industriels, les spécialistes de la santé au travail étendent leurs domaines
d’intervention. Les médecins sont devenus plus spécialisés que jamais en médecine
préventive et en gestion de la santé. En outre, le personnel infirmier d’entreprise, les
hygiénistes du travail, les physiothérapeutes et les psychologues y jouent un rôle important.
Les hygiénistes du travail sont nombreux aux Etats-Unis, tandis que les spécialistes des
mesures en milieu de travail sont bien plus courants au Japon. Les physiothérapeutes du
travail sont plus spécifiques aux pays nordiques. Aussi existe-t-il certaines différences quant à
la nature et à la répartition des spécialistes selon les régions.

Les établissements dont les effectifs dépassent plusieurs milliers de travailleurs disposent en
général d’un service indépendant de santé au travail. L’emploi de spécialistes, outre les
médecins du travail, et la mise à disposition des installations indispensables à un service de
santé au travail complet ne sont dans l’ensemble possibles que lorsque les effectifs dépassent
ce seuil. Il n’en va pas de même lorsqu’il s’agit de fournir des services de santé au travail dans
les petits établissements, particulièrement ceux qui ne comptent que quelques personnes. De
nombreux pays, même industriels, n’ont pas encore créé de façon systématique des
organismes de santé au travail destinés aux établissements de petite taille. La France et
certains autres pays européens possèdent une législation comportant des exigences minimales
quant aux installations et aux services devant être fournis par un service médical du travail, et
les entreprises ne possédant pas leur propre service doivent conclure un accord avec un
service interentreprises pour assurer la surveillance de la santé de leurs salariés.
Dans certains pays industriels, le contenu des programmes de santé au travail a une
connotation plus préventive que curative, approche qui fait souvent l’objet d’un débat. En
général, les pays possédant pour l’ensemble de la population un système de santé
suffisamment développé ont tendance à limiter le champ d’application du programme de santé
au travail et considèrent les soins comme une discipline relevant de la médecine de proximité.
L’opportunité de bilans de santé périodiques pour le travailleur ordinaire constitue un autre
sujet de débat. Malgré la thèse soutenue par certains, selon laquelle des bilans de santé
complets ne se sont pas révélés bénéfiques, le Japon fait partie des pays dans lesquels
l’obligation de proposer de tels examens aux travailleurs a été imposée aux employeurs. Un
suivi complet, englobant des actions de formation continue et de promotion de la santé, est
fortement recommandé dans ces programmes, et la tenue de dossiers contenant toutes les
données relatives à un individu est considérée comme indispensable pour en atteindre
l’objectif. L’évaluation de ces programmes nécessite un suivi de longue haleine.
Des systèmes d’assurance couvrant les soins médicaux et l’indemnisation des travailleurs
victimes d’accidents du travail ou de maladies liés au travail existent dans presque tous les
pays industriels. Cependant, il y a de grandes disparités entre ces systèmes quant à leur
gestion, leur champ d’application, le paiement des indemnités, le type de prestations,
l’engagement en faveur de la prévention et la disponibilité de moyens techniques. Aux EtatsUnis, le système est indépendant dans chaque Etat, et les compagnies d’assurances privées y
sont très actives, alors qu’en France, le système est géré par l’Etat et fait partie intégrante de
la médecine du travail. Les spécialistes qui travaillent pour le système d’assurance sont
souvent appelés à jouer un rôle important d’assistance technique en matière de prévention des
accidents du travail et des maladies professionnelles.
De nombreux pays proposent des enseignements de troisième cycle, ainsi que des cours de
formation en médecine du travail aux internes. Le doctorat est généralement le diplôme
universitaire le plus élevé dans ce domaine, mais il existe aussi des systèmes de qualification
des spécialistes.
Aux Etats-Unis, les écoles de santé publique exercent une influence considérable sur
l’éducation et la formation d’experts de la santé au travail. Vingt-deux écoles sur les 24
agréées que compte le pays ont proposé des programmes de santé au travail en 1992: 13
offraient des programmes de médecine du travail, et 19 des programmes d’hygiène
industrielle. Les cours de santé au travail dispensés par ces établissements ne conduisent pas
nécessairement à l’obtention d’un diplôme universitaire, mais ils sont étroitement liés à

l’agrément de spécialistes, dans la mesure où ils font partie des qualifications requises pour
être admis aux examens permettant de devenir membre diplômé de l’un des conseils de
spécialistes de la santé au travail.
Le programme de ressources pédagogiques (Educational Resource Program (ERC)), fondé par
l’Institut national de la sécurité et de la santé au travail (National Institute for Occupational
Safety and Health (NIOSH)), a apporté son soutien à des programmes d’internat dans ces
écoles. L’ERC a désigné 15 écoles comme centres régionaux de formation des spécialistes de
la santé au travail.
Il est souvent difficile d’organiser l’enseignement et la formation à la santé au travail pour des
médecins et autres spécialistes de la santé qui dispensent déjà des soins de santé primaires à la
population. Toute une gamme de méthodes d’enseignement à distance a été mise au point
dans certains pays, dont un cours par correspondance au Royaume-Uni et un cours par
téléphone en Nouvelle-Zélande, qui ont tous deux fait l’objet d’évaluations positives.
Les facteurs ayant une influence sur la sécurité et la santé au travail
La prévention aux niveaux primaire, secondaire et tertiaire devrait constituer un objectif de
base des programmes de sécurité et de santé au travail. La prévention primaire par l’hygiène
industrielle a largement contribué à réduire les risques de maladies professionnelles.
Cependant, une fois atteint un niveau suffisamment inférieur au seuil admissible, cette
approche devient moins efficace, particulièrement si l’on procède à une analyse coûtsavantages.
L’étape suivante de la prévention primaire comporte une surveillance biologique se
concentrant sur les différences d’exposition individuelle. A ce niveau, les prédispositions de
chacun ont également leur importance. La détermination de l’aptitude au travail et
l’affectation d’un nombre raisonnable de travailleurs à des opérations spécifiques retiennent
de plus en plus l’attention. L’ergonomie et différentes techniques de santé mentale visant à
réduire le stress professionnel constituent à ce stade un autre apport indispensable.
La prévention des risques sur le lieu de travail a progressivement fait place à la promotion de
la santé avec, pour objectif final, une gestion autonome. L’éducation sanitaire dispensée à cet
effet est considérée comme un domaine essentiel relevant de la compétence de spécialistes. Le
gouvernement japonais a lancé un programme de promotion de la santé nommé «Plan de
promotion de la santé globale», dont les éléments principaux sont la formation de spécialistes
et un soutien financier à divers programmes sur les lieux de travail.
Dans la plupart des pays industriels, le rôle des syndicats n’est pas négligeable dans les efforts
entrepris en faveur de la sécurité et de la santé au travail, du niveau central à la base. Dans de
nombreux pays européens, les délégués syndicaux sont invités officiellement à faire partie de
commissions chargées de décider des orientations administratives fondamentales des
programmes. Le mode d’engagement syndical au Japon et aux Etats-Unis est indirect, le
ministère ou le département du Travail exerçant le pouvoir administratif.
De nombreux pays industriels possèdent une main-d’œuvre d’origine étrangère, en situation
régulière ou non. Ces travailleurs immigrés posent de nombreux problèmes, dont la langue,
les barrières ethniques et culturelles, le niveau d’instruction et une santé précaire.

Les associations professionnelles s’engagent aussi en faveur de la santé au travail en
soutenant la formation et l’éducation et en assurant l’information. Certaines associations
universitaires délivrent des certificats de spécialisation et œuvrent également en faveur de la
coopération internationale.
Les perspectives d’avenir
Hormis dans certains pays européens, la protection des travailleurs par des services spécialisés
de santé au travail n’est pas encore satisfaisante. Tant que l’offre de ces services demeurera
facultative, de nombreux travailleurs n’en bénéficieront pas, en particulier dans les petites
entreprises. En France et dans certains pays nordiques qui garantissent une bonne protection,
les systèmes d’assurance contribuent largement à la mise à disposition de moyens financiers
ou d’assistance technique. L’offre de tels services aux petits établissements peut appeler un
certain engagement de l’assurance sociale.
Les progrès des services de santé au travail, notamment ceux des grandes sociétés, sont en
général plus rapides que ceux de la médecine de proximité, ce qui tend à creuser le fossé entre
les services rendus par ces deux branches de la médecine. Les travailleurs bénéficiant de bons
soins durant leurs années d’activité connaissent fréquemment des problèmes de santé après
leur retraite. Parfois, l’écart entre les prestations des grandes et des petites entreprises ne peut
être ignoré: c’est le cas notamment au Japon, où de nombreux salariés âgés continuent de
travailler dans de petites entreprises après leur départ à la retraite obligatoire d’une grande
société. L’instauration d’une continuité des services entre ces différents systèmes est un
problème qui devra inévitablement être abordé dans un avenir proche.
La complexité croissante du système industriel rend plus difficile la lutte contre la pollution
de l’environnement. Une activité antipollution intensive dans une usine peut tout simplement
entraîner un déplacement de la source de pollution vers une autre industrie ou usine. Elle peut
aussi conduire à la délocalisation de l’usine dans un autre pays, c’est-à-dire à l’exportation de
sa pollution vers un pays en développement. Le besoin d’intégration entre la santé au travail
et la salubrité de l’environnement se fait sentir avec une acuité croissante.
Etudes de cas de mutations technologiques
Pour assurer un milieu de travail sûr et salubre, il convient d’infléchir les pressions exercées par la
production sur les nouvelles technologies mises en œuvre dans les usines et de répondre au besoin
de formation permanente des travailleurs. Les trois exemples suivants nous viennent des EtatsUnis. Les mutations technologiques concernent tous les travailleurs du monde.
Production contre sécurité
Les pressions à la production peuvent gravement compromettre la sécurité et la santé si la
direction ne s’attache pas à analyser les conséquences que peuvent avoir des décisions visant à
accroître la productivité. L’exemple qui suit est tiré d’un accident survenu en 1994 dans une petite
usine sidérurgique des Etats-Unis.
Aux environs de quatre heures du matin, plusieurs ouvriers s’apprêtaient à couler de l’acier fondu
provenant d’un four à arc électrique. Le marché de l’acier était favorable et l’entreprise en vendait
autant qu’elle pouvait en produire. Les travailleurs effectuaient de nombreuses heures
supplémentaires et l’usine tournait à plein rendement. Il avait été prévu d’arrêter l’exploitation du
four afin d’en remplacer le revêtement réfractaire que l’usure avait rendu dangereusement mince.
Des points chauds étaient déjà apparus dans sa coque, mais la compagnie voulait encore en tirer

deux ou trois fournées.
Dès le début du travail, le revêtement se mit à fondre et se fissura. De l’acier en fusion et des
scories s’en échappèrent, faisant rapidement fondre une conduite d’eau qui alimentait le système
de refroidissement. L’eau transformée en vapeur explosa avec une très grande violence. Deux
ouvriers se trouvaient à proximité et furent gravement brûlés. L’un d’eux mourut trois jours plus
tard.
L’utilisation du four au-delà de la durée de vie de son revêtement réfractaire a été l’une des causes
évidentes de l’accident. En outre, les fours électriques sont généralement conçus de telle façon que
les principales conduites de refroidissement de l’eau se situent toujours au-dessus du niveau de
l’acier en fusion et des scories, afin précisément d’éviter ce type d’accidents. Or, ce four avait été
transformé peu de temps auparavant pour augmenter sa capacité; le niveau de la matière en fusion
avait été élevé, mais les ingénieurs n’avaient pas modifié la conduite d’eau. Une simple coulée
d’acier en fusion et de scories aurait été certes grave mais, sans ce problème de conduite d’eau,
n’aurait pas causé d’explosion de vapeur et provoqué de blessures aussi graves. Ces deux facteurs
sont imputables à une volonté d’augmenter la productivité sans tenir compte des impératifs de
sécurité.
La formation
La formation des travailleurs devrait aller au-delà d’une simple série de règles de sécurité. Une
meilleure formation à la sécurité fait comprendre les procédés, les matériels et les risques
potentiels. Il faut que les travailleurs comprennent la raison de chaque règle de sécurité et puissent
réagir à des situations imprévues.
L’importance d’une formation complète est illustrée par un accident survenu en 1986 dans une
usine sidérurgique nord-américaine. Deux travailleurs entrèrent dans la chambre à combustion
d’un four afin d’ôter un échafaudage qui avait servi à regarnir cette chambre de nouvelles briques
réfractaires. Ils suivaient une «analyse de sécurité», qui indiquait chaque étape de l’opération.
Hélas, l’analyse était incorrecte: la chambre avait été réaménagée deux ans plus tôt; on y avait en
effet introduit un système soufflant de l’argon à travers le métal en fusion, afin de l’agiter plus
efficacement. L’analyse de sécurité n’avait jamais été mise à jour afin d’intégrer le nouveau
système.
Une autre équipe reconnecta le système à l’argon peu avant que les deux travailleurs ne pénètrent
dans la chambre de combustion. Les soupapes fuyaient et les conduites n’avaient pas été
déconnectées. Le contrôle atmosphérique devant être effectué avant l’entrée en espace confiné
n’avait pas été fait correctement et, de plus, les deux travailleurs intéressés n’y avaient pas assisté.
Les deux travailleurs décédèrent par manque d’oxygène. Un troisième travailleur pénétra dans la
chambre de combustion pour leur porter secours, mais fut lui-même asphyxié. Sa vie fut sauvée
par un quatrième travailleur, qui coupa le bout d’un tuyau d’air comprimé et le jeta dans la
chambre, fournissant ainsi de l’oxygène à la victime privée de connaissance.
L’oubli de mettre à jour l’analyse de sécurité est l’une des causes évidentes de l’accident. Une
formation complète aux procédés, matériels et risques aurait permis aux ouvriers d’identifier les
carences de l’analyse et de prendre les mesures nécessaires pour s’assurer qu’ils pouvaient
pénétrer dans la chambre en toute sécurité.
Mutations technologiques

L’importance de l’analyse des technologies nouvelles ou modifiées est illustrée par un accident
ayant eu lieu en 1978 dans une usine nord-américaine de produits chimiques. L’entreprise faisait
réagir du toluène et d’autres composés organiques dans un récipient fermé. La réaction était
entretenue par la chaleur, apportée au récipient au moyen d’une spirale de chauffe contenant de
l’eau chaude en circulation. Le département d’ingénierie de l’usine décida de remplacer l’eau par
du nitrate de sodium fondu, afin d’accélérer la réaction. Cependant, la spirale avait été réparée à
l’aide d’enduits qui fondaient à une température inférieure à celle du nitrate de sodium. Celui-ci
commença donc à se répandre dans le récipient, où il réagit avec les composés organiques, formant
des nitrates organiques instables.
L’explosion qui s’ensuivit blessa plusieurs travailleurs, détruisit le réacteur et endommagea le
bâtiment. Toutefois, les conséquences auraient pu être bien pires si l’accident ne s’était produit
tard dans la nuit, alors qu’aucun travailleur ne se trouvait à proximité du réacteur. En outre, des
éclats brûlants pénétrèrent dans une unité de traitement contenant de grandes quantités de
diéthyléther. Heureusement, aucun de ces conteneurs ou conduites ne fut touché. Une explosion
intervenant pendant le travail de l’équipe de jour, ou libérant un nuage de vapeur de diéthyléther,
aurait pu causer de nombreux décès.
Michael J. Wright
LES PETITES ENTREPRISES ET LA SÉCURITÉ ET LA SANTÉ AU TRAVAIL
Bill Glass
De tout temps, les petites entreprises ont représenté un mode de production très répandu.
L’activité artisanale à domicile, où les membres d’une famille travaillent ensemble en se
partageant les tâches, existe aujourd’hui encore dans les villes comme dans les campagnes. En
fait, dans tous les pays, la majorité des travailleurs, rémunérés ou non, travaillent dans des
entreprises qui peuvent être qualifiées de petites.
Avant de déterminer les problèmes de santé qui leur sont propres, il est nécessaire de définir
ce que recouvre l’expression «petite entreprise». De l’avis général, elle emploie au maximum
50 personnes et se situe dans des endroits très divers: domicile, exploitation agricole ou
forestière, petit bureau, fabrique, mine ou carrière, jardin ou bateau de pêche. La définition est
fondée sur le nombre de travailleurs, et non sur leur activité ou sur le fait qu’ils soient
rémunérés ou non. Le foyer est très clairement une petite entreprise.
Les caractéristiques communes aux petites entreprises
Les petites entreprises présentent les caractéristiques communes suivantes (voir tableau 20.1):

elles sont souvent pauvres en capital;

leurs membres ne sont généralement pas syndiqués (en particulier au domicile et dans
une exploitation agricole) ou le sont peu (bureau, fabrique, magasin d’alimentation,
etc.);

elles sont moins susceptibles d’être inspectées par les services de l’Etat. En fait, une
étude menée il y a quelques années a montré que l’existence de nombreuses petites
entreprises n’était même pas connue du ministère dont elles dépendaient (Department
of Community Health, Auckland, Nouvelle-Zélande, 1980).

Tableau 20.1 Les caractéristiques des petites entreprises et leurs conséquences
Manque de capitaux

mauvaises conditions environnementales

matières premières à bas prix

entretien insuffisant du matériel

protection individuelle insuffisante

Syndicalisation inexistante ou limitée

faibles taux de rémunération

horaires de travail chargés

non-respect des sentences arbitrales

exploitation du travail des enfants

Services d’inspection médiocres

mauvaises conditions environnementales

haut niveau de risques

taux élevés d’accidents et de maladies

En conséquence, les conditions de travail, qui reflètent généralement le capital disponible, y
sont inévitablement moins bonnes que dans les entreprises plus importantes: les matières
premières sont achetées à bas prix, l’entretien des machines est réduit, et les travailleurs
reçoivent rarement des équipements de protection individuelle.
Une syndicalisation inexistante ou insuffisante entraîne des taux de rémunération inférieurs,
des horaires de travail plus longs et le non-respect des dispositions fixées par sentences
arbitrales. Le travail est souvent plus intensif, et les enfants et les personnes âgées courent
davantage le risque d’être exploités.
Des services d’inspection médiocres entraînent de mauvaises conditions de travail, des risques
professionnels accrus et des taux plus élevés d’accidents et de maladies.
Ces caractéristiques propres aux petites entreprises les placent à la limite de la survie
économique: elles se créent et disparaissent tout aussi vite.

Ces désavantages manifestes sont contrebalancés par la flexibilité du mode de production des
petites entreprises. Elles sont capables de réagir rapidement aux changements et, face aux
défis technologiques, trouvent souvent des solutions empreintes d’imagination et de
souplesse. Sur le plan social, le propriétaire gère l’affaire tout en y travaillant, et ses relations
avec les salariés ont un caractère plus personnel.
Ce ne sont pas là des idées préconçues. Ainsi, selon une étude américaine, les travailleurs des
petits ateliers de tôlerie étaient régulièrement exposés à des solvants, à des pigments
métalliques, à des peintures, à des émanations et poussières de polyester, ainsi qu’au bruit et
aux vibrations (Jaycock et Levin, 1984). Une autre enquête américaine a montré que, dans les
petites entreprises, les expositions de courte durée à des produits chimiques multiples étaient
courantes (Kendrick, Discher et Holaday, 1968).
Une étude finlandaise menée sur cette question dans 100 petites entreprises a révélé que
l’exposition de courte durée à des produits chimiques y était fréquente et que la durée
d’exposition augmentait pendant la phase de croissance de l’entreprise (Vihina et Nurminen,
1983). Cette situation s’accompagnait de plusieurs expositions à différents produits
chimiques, ainsi que de fréquentes expositions à des concentrations maximales. L’étude a
conclu à la complexité de l’exposition aux produits chimiques dans les petites entreprises.
L’illustration peut-être la plus spectaculaire du rôle de la taille de l’entreprise sur le risque
professionnel pour la santé a été présentée au Second atelier international sur le benzène, qui a
eu lieu à Vienne, en 1980. La plupart des représentants de l’industrie pétrolière ont estimé que
le benzène présentait peu de risques professionnels pour la santé, leurs usines employant des
techniques sophistiquées de médecine et d’hygiène pour surveiller et éliminer toute exposition
potentielle. En revanche, lors d’une intervention sur l’industrie de la chaussure — activité à
caractère essentiellement artisanal exercée à domicile —, un délégué turc a expliqué que des
hommes, des femmes et des enfants étaient exposés à de fortes concentrations d’un «solvant
sans étiquette», le benzène, à l’origine d’anémies et de leucémies (Aksoy et coll., 1974). La
différence d’exposition dans les deux situations était une conséquence directe de la taille du
lieu de travail et du fait que les ouvriers de l’industrie de la chaussure engagés dans des
opérations artisanales à domicile étaient plus exposés au risque que ceux des grandes
entreprises pétrolières.
Deux chercheurs canadiens ont recensé les principales difficultés rencontrées par les petites
entreprises: leurs dirigeants ne sont pas conscients des risques pour la santé; le coût par
travailleur des mesures liées à la réduction de ces risques y est relativement plus élevé;
l’existence d’un climat concurrentiel instable ne permet guère à ces entreprises de mettre en
pratique les normes et règlements de sécurité (Lees et Zajac, 1981).
Ainsi, une grande partie de l’expérience vécue et des preuves rassemblées montrent que le
personnel des petites entreprises constitue une population défavorisée du point de vue de la
sécurité et de la santé. Rantanen (1993) a cherché à effectuer un examen critique des sources
d’information disponibles pour le compte du Groupe de travail interrégional de l’OMS sur la
protection et la promotion de la santé des travailleurs des petites entreprises; il a constaté que
les données quantitatives fiables sur les maladies et les accidents chez ces travailleurs sont
malheureusement rares.
Malgré cela, l’expérience montre que les traits caractéristiques des petites entreprises
entraînent une plus grande probabilité de troubles de l’appareil locomoteur, de blessures, de

brûlures, de piqûres, d’amputations et de fractures, d’intoxications dues à l’inhalation de
solvants et autres produits chimiques et, dans le secteur rural, d’intoxications par les
pesticides.
La satisfaction des besoins des travailleurs des petites entreprises en matière de santé
Il est difficile de satisfaire les besoins de sécurité et de santé de la main-d’œuvre des petites
entreprises; en effet:

les entreprises rurales souffrent de leur isolement: elles sont souvent fort éloignées des
grands centres et mal desservies par le réseau routier et autres moyens de
communication;

les travailleurs des petits bateaux de pêche ou des exploitations forestières n’ont qu’un
accès limité aux services de sécurité et de santé;

le foyer, où s’effectuent la plupart du temps les activités artisanales et les «travaux à
domicile» non rémunérés, est souvent ignoré par la législation sur la sécurité et la
santé au travail;

les travailleurs des petites entreprises ont toutes les chances d’avoir un niveau
d’instruction plus faible, parce qu’ils ont quitté l’école très jeunes ou n’y ont jamais
été. Ce phénomène est encore plus marqué dans le cas des enfants travailleurs ou des
travailleurs immigrés (déclarés ou clandestins) qui connaissent des difficultés
culturelles et linguistiques;

bien que les entreprises de petite taille apportent une contribution significative au
produit intérieur brut, la fragilité des économies des pays en développement ne permet
guère de trouver les fonds nécessaires pour répondre aux besoins de sécurité et de
santé de leurs travailleurs;

le grand nombre et la variété des petites entreprises rendent difficile l’organisation
effective de services de sécurité et de santé à leur intention.

En résumé, les travailleurs des petites entreprises présentent certaines caractéristiques qui les
rendent vulnérables aux problèmes de santé et qui compliquent la fourniture de soins
médicaux. Ces caractéristiques sont les suivantes:

difficulté d’accès aux services médicaux existants pour des raisons géographiques ou
économiques et tendance à tolérer des conditions de travail dangereuses et insalubres,
essentiellement par pauvreté ou par ignorance;

carences liées aux mauvaises conditions de vie — instruction, logement, transport et
loisirs;

incapacité d’influencer les décisions politiques.

Quelles sont les solutions?
Il en existe à plusieurs niveaux: international, national, régional, local et professionnel. Elles
sont d’ordre politique, pédagogique, pratique et financier.

Une approche conceptuelle, visant tout particulièrement la santé au travail dans les pays en
développement, a été mise au point au Sommet de Colombo (Colombo Statement on
Occupational Health in Developing Countries, 1986). Ces principes, tels qu’ils s’appliquent
aux petites industries, quelle que soit leur localisation, sont exposés ci-après:
1. Des politiques nationales doivent être formulées pour améliorer la sécurité et la santé
de tout le personnel des petites entreprises, en mettant surtout l’accent sur l’éducation
et la formation des dirigeants, des agents de maîtrise et des ouvriers, ainsi que sur les
moyens de les informer afin qu’ils soient en mesure de protéger la sécurité et la santé
de tous les travailleurs.
2. Les services de santé au travail destinés aux petites industries doivent être intégrés aux
systèmes qui assurent les soins de santé primaires.
3. Une formation adéquate du personnel chargé de la santé au travail est nécessaire. Elle
devrait être adaptée au type de travail effectué et inclure la formation des travailleurs
et des spécialistes des services de soins primaires, ainsi que des inspecteurs et
infirmiers de santé publique mentionnés ci-dessus.
4. Des systèmes de communication adéquats sont nécessaires pour assurer la libre
circulation de l’information sur la sécurité et la santé au travail parmi les travailleurs,
la direction et le personnel chargé de la santé au travail à tous les niveaux.
5. Des soins de santé au travail devraient être dispensés aux petits groupes isolés par le
personnel des soins de santé primaires ou leur équivalent. Dans le secteur rural, il
arrive que ces personnes dispensent des soins de médecine générale à temps partiel,
auxquels on peut ajouter un élément de santé au travail. Dans les petites entreprises
urbaines, une telle situation est moins probable, et il faudra donc faire appel à des
membres du personnel choisis par leurs collègues.
6. Ce personnel de santé au travail rural et urbain, qui demande une formation et un
contrôle initiaux et continus, devrait être lié aux services médicaux existants. L’«agent
de liaison sanitaire» devrait être un professionnel de la santé employé à plein temps et
justifiant d’une formation minimale de trois ans. Il est un lien indispensable au bon
fonctionnement du service (voir figure 20.3).
Figure 20.3 Modèles de soins destinés aux travailleurs des petites entreprises

7. L’hygiène du travail qui mesure, estime et contrôle les risques professionnels,
constitue un élément essentiel de la santé au travail. Il conviendrait de mettre en place
des services et des techniques appropriés d’hygiène du travail tant au niveau central
que dans les régions éloignées.
Malgré l’énoncé de ces principes, très peu de progrès ont été réalisés. Cette absence de
progrès est due au fait que les besoins des petites entreprises et de ceux qui y travaillent ne
bénéficient pas d’un degré élevé de priorité dans la planification des services de santé de la
plupart des pays. Les raisons en sont notamment:

l’absence de pression politique exercée par ces travailleurs;

la difficulté de subvenir aux besoins sanitaires pour des raisons déjà mentionnées,
telles que l’isolement, le niveau d’instruction et un traditionalisme inné;

l’absence d’un système effectif de soins de santé primaires.

Les réponses à ce problème se situent à l’échelon international, national et local.
Au niveau international
L’économie mondiale présente malheureusement des aspects négatifs liés aux transferts de
technologie des pays développés vers les pays en développement et aux procédés dangereux
qui les accompagnent. Le dumping social en est un autre: afin d’être concurrentiels sur le
marché mondial, certains pays réduisent les salaires, bafouent les normes de sécurité,
allongent la durée du travail, abaissent l’âge d’admission à l’emploi et instituent une forme
d’esclavage moderne. Il est urgent que de nouveaux instruments de l’OIT et de l’OMS
(conventions et recommandations) interdisant ces pratiques soient élaborés.
Au niveau national
Une législation d’ensemble sur la sécurité et la santé au travail s’impose et doit être soutenue
par la volonté de la mettre en application et de la faire respecter. Cette législation doit être
étayée par une promotion réelle et généralisée de la santé.
Au niveau local
Plusieurs modèles d’organisation de services de sécurité et de santé au travail se sont révélés
efficaces et, sous réserve de modifications appropriées, peuvent s’adapter à la plupart des
situations locales. Ainsi:

un centre de santé au travail peut être mis en place dans les localités à forte densité de
petites entreprises, afin de s’occuper à la fois des accidents et des soins d’urgence,
ainsi que des fonctions d’éducation et d’intervention. Le financement de ce type de
centre provient généralement de l’Etat et, éventuellement, d’un partage des coûts entre
un certain nombre de petites entreprises locales, établi le plus souvent en fonction du
nombre de travailleurs;

les services de santé au travail d’une grande société peuvent être étendus aux petites
industries avoisinantes;

les services hospitaliers de santé au travail qui s’occupent déjà des accidents et des
urgences peuvent y ajouter un service de visites de soins de santé primaires
privilégiant l’éducation et l’intervention;

on peut mettre en place un service assurant un traitement en dispensaire par un
médecin généraliste qui délègue à une infirmière visiteuse le soin d’assurer la
formation et les interventions sur le lieu de travail;

un service spécialisé en santé au travail disposant d’une équipe multidisciplinaire
composée de médecins du travail, de médecins généralistes, de personnel infirmier
spécialisé en médecine du travail, de physiothérapeutes, de radiologues, de
pathologistes, etc.;

quel que soit le modèle retenu, le service doit être en relation avec le lieu de travail
grâce à un «agent de liaison sanitaire», professionnel de la santé possédant une
formation polyvalente aux aspects cliniques et à l’hygiène sur le lieu de travail (voir
figure 20.3).

Quelle que soit la forme d’organisation retenue, les fonctions essentielles devraient inclure
(Glass, 1982):

un centre de formation de secouristes choisis parmi les travailleurs des petites
entreprises avoisinantes;

un centre de traitement des lésions mineures et autres problèmes de santé liés au
travail;

un centre de surveillance biologique de base comprenant des examens de dépistage
des troubles de l’audition, de la vue, des fonctions pulmonaires, de la tension
artérielle, etc., ainsi que des signes précoces des effets toxiques de l’exposition aux
risques professionnels;

un centre de recherches environnementales de base intégré à la surveillance
biologique;

un centre de formation à la sécurité et à la santé dirigé, ou tout au moins coordonné,
par des conseillers en sécurité connaissant bien les milieux de travail desservis;

un centre à partir duquel des programmes de réadaptation peuvent être planifiés,
assurés et coordonnés avec un retour au travail.

Conclusion
Les petites entreprises constituent un mode de production répandu, fondamental et essentiel.
Pourtant, ceux qui y travaillent ne sont souvent pas protégés par la législation et la
réglementation sur la sécurité et la santé et manquent de services adéquats dans ce domaine.
Conséquence des caractéristiques propres aux petites entreprises, leurs travailleurs sont
davantage exposés aux risques professionnels.
Les tendances actuelles de l’économie mondiale ont pour effet d’accroître l’étendue et le
niveau de l’exploitation des travailleurs occupés dans les petites entreprises et, par là même,
les risques d’exposition aux produits chimiques dangereux. Des mesures appropriées ont été
conçues, aux niveaux international, national et local, pour réduire ces risques et améliorer la
santé et le bien-être de ceux qui travaillent dans les petites entreprises.
LE TRANSFERT DE TECHNOLOGIE ET LE CHOIX TECHNOLOGIQUE
Joseph LaDou
Une période de transition rapide
La migration des industries des pays développés vers les pays en développement s’explique
souvent par le faible coût de la main-d’œuvre. Les sociétés installent aussi des filiales à
l’étranger afin de réduire leurs coûts de transport en produisant là où se trouvent leurs
débouchés, contourner les barrières commerciales et éviter les fluctuations sur les marchés des
changes. Certaines d’entre elles émigrent vers les nations en développement afin d’échapper à

la réglementation sur le travail et l’environnement qui s’applique chez eux. Pour de nombreux
pays, un tel investissement constitue la première source de création d’emplois.
Les sociétés et les investisseurs étrangers ont été à l’origine de plus de 60% de tout
l’investissement industriel dans les pays en développement durant la dernière décennie. Dans
le même temps, un marché financier mondial a commencé à voir le jour. En dix ans, les prêts
bancaires internationaux provenant des grands pays développés ont augmenté, passant de 4 à
44% du produit intérieur brut (PIB). Entre 1986 et 1990, les investissements à l’étranger de
l’Allemagne de l’Ouest, des Etats-Unis, de la France, du Japon et du Royaume-Uni sont
passés à un taux annuel de 27%. L’investissement transfrontalier est à présent estimé à 1 700
milliards de dollars E.-U. (LaDou et Levy, 1995). Il existe quelque 35 000 entreprises
transnationales, avec 147 000 filiales à l’étranger, qui assurent la plus grande part des
investissements dans les pays en développement. Les ventes annuelles totales des 350
entreprises transnationales les plus importantes sont égales à un tiers du PIB combiné du
monde industriel et dépassent de loin celui des pays en développement.
La plupart des investissements dans les pays en développement sont destinés à l’Asie. Entre
1986 et 1990, l’Asie de l’Est et du Sud-Est a reçu 14 milliards de dollars E.-U., l’Amérique
latine 9 milliards et l’Afrique 3 milliards. L’Europe centrale est maintenant entrée en
compétition ouverte pour obtenir sa part de l’investissement mondial. L’Egypte, l’Inde, le
Nicaragua, l’Ouzbékistan et le Viet Nam ont libéralisé leur législation sur la propriété afin
d’attirer les investisseurs étrangers.
Les sociétés et les investissements japonais sont présents dans presque tous les pays. Avec un
territoire limité et une forte densité de population, le Japon a un besoin pressant d’exporter ses
industries productrices de déchets. Les pays européens ont installé leurs industries
dangereuses et dépassées du point de vue écologique en Afrique et au Moyen-Orient, et
commencent à présent à les exporter en Europe centrale. Les sociétés d’Europe occidentale
sont les plus gros investisseurs au Bangladesh, en Inde, au Pakistan, à Singapour et à Sri
Lanka.
La Chine et l’Inde, les pays les plus peuplés du monde, ont connu des retournements
politiques spectaculaires au cours des dernières années et ont par la suite accueilli des
industries de nombreux pays. Les entreprises américaines dominent en Chine, en Indonésie,
aux Philippines, en Thaïlande, ainsi qu’à Hong-kong et Taiwan (Chine). Il était prévu que les
sociétés américaines investissent l milliard de dollars à Singapour en 1995, soit 31% de plus
qu’en 1994.
Les raisons des pays industriels
Dans les pays développés, l’industrie crée des emplois, paie des impôts qui financent les
services publics et est soumise aux lois sur l’environnement et la santé au travail. Quand les
pays industriels adoptent des lois limitant les risques écologiques liés à de nombreuses
activités industrielles, les coûts de production augmentent et érodent les avantages
compétitifs. Pour éluder cette difficulté, les industriels déplacent un bon nombre de leurs
activités dangereuses vers les nouveaux pays industriels. Ils y sont bien accueillis, car la
création d’infrastructures dépend du développement de l’industrie par les étrangers.
Lorsque l’industrie migre vers les pays en développement, les sociétés ne profitent pas
seulement de salaires plus bas, mais également des faibles taux d’imposition d’Etats qui
engagent peu de dépenses pour des réalisations telles que le réseau d’égouts, les usines de

traitement des eaux, les écoles et les transports en commun. Lorsque des sociétés installent
des usines dans les pays en développement, leur charge fiscale représente une infime fraction
de celle qu’elles supporteraient dans la plupart des pays développés.
Une illustration de cette transition
L’Université de Californie, l’Université Johns Hopkins et l’Université du Massachusetts ont
étudié la santé des travailleurs américains dans l’industrie des semi-conducteurs. Ces études
montrent que, chez les femmes, les risques de fausse couche sont en progression. Les
chercheurs font remarquer que les compagnies licencient leurs travailleurs et ferment les
usines si rapidement que ces études seront probablement les dernières à être effectuées à une
échelle suffisante pour tirer des conclusions fiables concernant des travailleurs américains.
Une diminution prévisible des études portant sur la santé au travail
La migration des sociétés américaines et japonaises de semi-conducteurs vers l’Asie du SudEst est démontrée de façon spectaculaire en Malaisie, nouveau pays industriel. Depuis le
milieu des années soixante-dix, ce pays est devenu le troisième producteur et le premier
exportateur mondial de semi-conducteurs. Il est très peu probable que les sociétés étrangères
continuent à financer la recherche sur la santé professionnelle et environnementale dans un
pays lointain et pour des travailleurs étrangers. Les économies réalisées par la fabrication des
semi-conducteurs à l’étranger vont croître, car ces sociétés pourront, tout comme le font leurs
rivales internationales, négliger les problèmes de santé et de sécurité. Le taux de fausses
couches chez les femmes travaillant dans le secteur des semi-conducteurs sera ignoré par les
pouvoirs publics et par l’industrie des nouveaux pays industriels. Les ouvrières n’auront, pour
la plupart, pas conscience d’un lien de causalité entre leur travail et les fausses couches.
Le déclin de la santé au travail et de la salubrité de l’environnement dans les pays en
développement
Les pays en développement disposent rarement de règlements applicables en matière de
travail et d’environnement. Accaparés par des problèmes écrasants comme le chômage, la
malnutrition et les maladies infectieuses, ils négligent souvent les risques dus à
l’environnement. Les nouveaux pays industriels ont hâte d’engranger les bénéfices financiers
que leur apportent les sociétés et les investisseurs étrangers. Pourtant, ces bénéfices
s’accompagnent de problèmes sociaux et écologiques.
Les résultats positifs sur le plan économique et social de l’activité industrielle des pays en
développement vont de pair avec une sérieuse dégradation de l’environnement. Les
principales villes de ces pays sont désormais victimes de la pollution atmosphérique, de
l’absence de traitement des eaux usées et d’épuration de l’eau, et de l’augmentation de la
quantité de déchets dangereux enterrés ou abandonnés sur le sol ou encore déversés dans les
rivières et les océans. De nombreux pays ne se sont pas dotés de règlements en matière
d’environnement, et ceux qui l’ont fait ne se soucient guère de les faire appliquer.
La main-d’œuvre des pays en développement est habituée à travailler dans de petits
établissements industriels. Généralement, plus l’entreprise est petite, plus le taux d’accidents
du travail et de maladies professionnelles est élevé. Ces lieux de travail se caractérisent par
des bâtiments et autres structures dangereux, des machines vétustes, une mauvaise ventilation,
un bruit excessif, ainsi que par des travailleurs ayant un faible niveau d’instruction, de
qualifications et de formation, et des employeurs aux ressources financières limitées.
Vêtements de protection, masques, gants, casques antibruit et lunettes de sécurité sont
rarement mis à disposition. Les services d’inspection officiels chargés de faire appliquer les

règles de prévention n’ont bien souvent pas accès à ces entreprises qui, dans bien des cas,
fonctionnent dans la clandestinité et ne sont même pas inscrites dans les registres du fisc.
Le public voit généralement dans les industries «offshore» de grandes multinationales. En
fait, plutôt que ces géants de l’industrie, il s’agit souvent d’une multitude de petites sociétés
appartenant à des intérêts étrangers et gérées ou contrôlées par des dirigeants locaux. La
capacité de la plupart des gouvernements étrangers à réglementer l’industrie, voire à contrôler
le passage de biens et de matériels est extrêmement limitée. Les industries migrantes se
conforment généralement aux normes du pays d’accueil en matière d’environnement et de
sécurité et de santé au travail. Par conséquent, les taux de mortalité des travailleurs sont
nettement plus élevés dans les nouveaux pays industriels que dans les pays développés, et les
accidents du travail se produisent à des taux identiques à ceux qu’ont connu les pays
développés pendant les premières années de la révolution industrielle. A cet égard, la
révolution industrielle est de nouveau à l’œuvre, mais le nombre de travailleurs et de pays
touchés est bien plus élevé.
La quasi-totalité de la croissance démographique mondiale a lieu dans les pays en
développement. Actuellement, la population active de ces pays atteint environ 1,76 milliard de
personnes, mais elle va augmenter et dépassera les 3,1 milliards en 2025: il faudra alors créer
38 à 40 millions de nouveaux emplois par an (Kennedy, 1993). Dans ces conditions, il est peu
probable que les salariés se mettent à demander de meilleures conditions de travail.
La migration des maladies professionnelles et des accidents du travail vers les pays en
développement
L’incidence des maladies professionnelles n’a jamais été aussi élevée qu’à l’heure actuelle.
L’Organisation des Nations Unies estime à 6 millions le nombre de cas de maladies
professionnelles chaque année dans le monde. Ces maladies sont plus fréquentes dans les pays
en développement par rapport au nombre de travailleurs exposés et, surtout, elles sont plus
graves. Chez les mineurs, les travailleurs du bâtiment et de l’industrie de l’amiante de certains
de ces pays, l’amiante est la principale cause d’invalidité, de morbidité et, selon certaines
statistiques, de mortalité. Malgré les risques professionnels et écologiques que présentent les
produits en amiante, les industriels cherchent à en promouvoir l’utilisation dans les pays en
développement, où la demande de matériaux de construction à bon marché l’emporte sur le
souci de la santé.
La fonte et l’affinage du plomb migrent des pays développés vers les pays en développement.
De même, le recyclage des produits du plomb se fait de plus en plus dans des pays pauvres
qui, souvent, ne sont pas en mesure de traiter les risques professionnels et écologiques
occasionnés par ce produit. Les nations développées possèdent peu de fonderies de plomb à
l’heure actuelle, cette activité ayant été délocalisée dans les nouveaux pays industriels. De
nombreuses opérations de cette industrie dans le monde en développement sont encore
effectuées au moyen de techniques qui n’ont pas changé depuis un siècle. Lorsque les pays
développés se targuent de leurs réussites dans le recyclage du plomb, ils oublient de dire que
celui-ci s’effectue presque invariablement dans les pays en développement qui le réexpédient
dans les pays avancés sous forme de produits finis.
Les gouvernements et les industries des pays en développement acceptent d’employer des
matériaux dangereux en sachant que des niveaux d’exposition raisonnables ont peu de
chances de faire l’objet d’une législation ou d’une mise en application. L’essence au plomb, la
peinture, l’encre et les colorants, les piles et bon nombre de produits contenant du plomb sont

fabriqués dans les pays en développement, en général par des sociétés étrangères qui les
écoulent ensuite dans le monde entier.
Dans les pays en développement, où la majorité de la population travaille dans l’agriculture,
les pesticides sont souvent appliqués à la main. Trois millions d’intoxications par pesticides se
produisent chaque année en Asie du Sud-Est (Jeyaratnam, 1992). L’essentiel de la production
de pesticides des pays en développement est effectué par des sociétés étrangères ou à capitaux
étrangers. L’utilisation des pesticides est en rapide expansion dans les pays en développement
à mesure qu’ils prennent conscience des avantages des produits chimiques pour l’agriculture
et acquièrent la capacité de les produire.
Des pesticides tels que le DDT et le dibromochloropropane (DBCP), qui sont interdits dans la
plupart des nations développées, sont largement vendus et utilisés sans restriction dans les
pays en développement. Lorsqu’un pesticide est retiré du marché d’un pays développé en
raison des risques qu’il présente pour la santé des travailleurs, il trouve souvent un débouché
sur les marchés non réglementés des pays en développement.
L’industrie chimique est l’une des branches dont la croissance est la plus rapide dans
l’économie mondialisée qui se dessine. Les entreprises chimiques des pays développés sont
partout présentes. Nombreuses sont les entreprises chimiques de petite taille qui migrent vers
les pays en développement, faisant de l’industrie chimique l’un des grands responsables de la
pollution de l’environnement. La croissance de la population et l’industrialisation des régions
les plus pauvres du monde entraînent une demande accrue de pesticides, d’engrais chimiques
et de produits chimiques industriels. Ce problème est encore aggravé par la fabrication en
quantités croissantes, dans les nouveaux pays industriels, de produits chimiques interdits dans
les pays développés. Le DDT en est un exemple indiscutable. Sa production mondiale atteint
des niveaux records; pourtant, depuis les années soixante-dix, il est illégal de le produire ou
de l’utiliser dans la plupart des pays développés.
Le transfert des coûts aux pays en développement
Forts de leur expérience quant aux coûts des programmes de sécurité au travail et de
protection de l’environnement, les pays développés sont en train d’imposer un lourd fardeau
financier aux nouveaux pays industriels. Il est rare que les accidents, tels celui de Bhopal, et
leur coût, tout comme la lutte contre les dommages causés à l’environnement et les effets sur
la santé publique soient évoqués avec franchise dans les pays en développement. Les
conséquences de la mondialisation de l’industrie pourraient devenir la source de vastes
conflits internationaux lorsque les réalités économiques à long terme de la migration
industrielle s’imposeront avec toute la force de l’évidence.
Le dilemme des pays en développement
Les pays en développement sont rarement enclins à adopter les normes relatives à
l’environnement du monde développé. Dans certains cas, les opposants estiment qu’il s’agit
d’un sujet relevant de la souveraineté nationale, qui autorise chaque nation à mettre au point
ses propres normes. Ailleurs prévaut depuis longtemps un ressentiment contre toute influence
étrangère, particulièrement de la part des nations qui ont déjà élevé leur niveau de vie grâce à
des activités industrielles actuellement en cours de réglementation. La position des pays en
développement est que, après avoir atteint le niveau de vie des pays développés, ils adopteront
des politiques de réglementation plus strictes. D’autre part, lorsque les pays développés sont
invités à fournir aux pays en développement des industries dont la technologie n’attente pas à
l’environnement, leur intérêt pour la migration industrielle retombe très nettement.

Une intervention internationale s’impose
Les organisations internationales doivent jouer un rôle plus important dans l’approbation et la
coordination des transferts de technologie. Il faut mettre fin à la pratique honteuse qui consiste
à exporter des technologies obsolètes et dangereuses vers les pays en développement lorsque
ces procédés ne satisfont plus aux normes des pays développés sur l’environnement. Des
accords internationaux doivent se substituer aux incitations perverses qui menacent
l’environnement mondial.
De nombreux efforts ont été faits pour soumettre le comportement de l’industrie à un certain
contrôle. Les Principes directeurs à l’intention des entreprises multinationales de
l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), le Code de
conduite pour les sociétés transnationales de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et la
Déclaration de principes tripartite sur les entreprises multinationales et la politique sociale de
l’Organisation internationale du Travail (OIT) tentent de mettre en place un cadre
déontologique en la matière. La Convention de Bâle sur le contrôle des mouvements
transfrontières de déchets dangereux et de leur élimination a été adoptée en mars 1994. Bien
qu’elle interdise à la plupart des déchets de traverser les frontières, elle a aussi
institutionnalisé un commerce des déchets recyclables, ce qui reflète la nécessité d’un
compromis politique.
A l’heure actuelle, certains organismes internationaux de crédit effectuent des évaluations de
l’impact sur l’environnement lorsque le pays d’accueil n’est pas à même d’accomplir cette
tâche. L’évaluation de l’impact local potentiel de certaines installations industrielles
dangereuses au moins devrait être obligatoire, et des normes de sécurité et de santé au travail
pourraient être exigées lors de l’évaluation des installations industrielles.
L’Organisation internationale de normalisation (ISO) a entrepris de développer des normes
facultatives, les séries ISO 14000, qui deviendront probablement les normes internationales en
matière de gestion de l’environnement. Elles portent sur les systèmes de gestion et les audits
de l’environnement, les étiquettes et déclarations environnementales, l’évaluation de la
performance environnementale, l’analyse du cycle de vie des substances et les aspects
environnementaux des normes de produit (Casto et Ellison, 1996).
De nombreux pays ont fixé des niveaux recommandés d’exposition pour les travailleurs qui
ne peuvent être dépassés sans une action réglementaire ou législative. Mais, dans les pays en
développement, les normes d’exposition sont souvent inexistantes, inappliquées, ou trop
laxistes pour être utiles. Des normes internationales peuvent être mises au point et devraient
l’être. Les pays en développement, et particulièrement les sociétés étrangères qui y exercent
des activités manufacturières, peuvent se voir attribuer un délai raisonnable pour se conformer
aux normes appliquées dans la plupart du monde développé. Sinon, certains travailleurs de ces
pays vont payer de façon excessive le prix de l’industrialisation.
Conclusion
En matière de sécurité et de santé au travail, le plus logique, sur le plan international, serait de
concevoir un système international d’assurance pour la réparation des accidents du travail.
Les travailleurs ont droit, dans tous les pays, aux prestations de base pour la réparation des
lésions professionnelles prévues par la législation nationale. Les incitations prévues par le
système de réparation et destinées aux employeurs, afin qu’ils assurent la sécurité et la
salubrité des lieux de travail, devraient profiter aux travailleurs de tous les pays, quels que
soient les propriétaires de l’entreprise.

Il faut établir un système législatif international pour traiter les problèmes d’environnement,
ainsi qu’un mécanisme d’application suffisamment fort pour décourager même les pollueurs
les plus endurcis. En 1972, les Etats membres de l’OCDE sont convenus d’axer leurs
politiques d’environnement sur le principe du «pollueur payeur». Il s’agissait d’encourager les
industries à prendre en compte les coûts liés à l’environnement et à les répercuter sur les prix
des produits. Par extension, la responsabilité sans faute pourrait être inscrite dans les
législations de tous les pays, à la fois pour les dommages matériels et la responsabilité civile.
Ainsi, la personne qui produit des déchets serait tenue, par un système international de
responsabilité sans faute, d’assumer leur gestion, depuis leur production jusqu’à leur
élimination.
Au contraire des pays développés, les pays en développement n’ont pas d’importantes
associations écologistes financièrement prospères. Pour qu’un tel système fonctionne, il
faudra former du personnel et obtenir le soutien de gouvernements qui, jusqu’à tout
récemment, mettaient si fort l’accent sur l’expansion industrielle qu’ils ignoraient
complètement la protection de l’environnement.
LES ACCORDS DE LIBRE-ÉCHANGE
Howard Frumkin
Les économistes ont longtemps considéré le libre-échange comme un idéal. En 1821, David
Ricardo affirmait que chaque pays devrait exporter la production pour laquelle il est le plus
apte (loi des avantages comparés). Bien qu’il n’ait tenu compte que d’un seul facteur de
production, le travail, les théoriciens qui lui ont succédé se sont penchés sur les ratios des
facteurs de production et ont étendu le cadre de l’analyse ricardienne au capital, aux
ressources naturelles et à d’autres facteurs. La plupart des économistes modernes pensent que
les barrières commerciales — tarifs préférentiels, subventions à l’exportation et contingents
d’importation — sont économiquement inefficientes, car elles faussent les facteurs de
décision des producteurs et des consommateurs, et coûtent de l’argent aux pays. Ils affirment
que, dans des marchés nationaux restreints, les petites entreprises prolifèrent pour desservir
des marchés peu importants, au mépris des économies d’échelle, et que les producteurs ont
moins intérêt à innover et à être compétitifs. Les partisans du libre-échange pensent que les
arguments en faveur des barrières commerciales, bien qu’ils invoquent souvent «l’intérêt
national», sont généralement des revendications déguisées pour le compte d’intérêts
particuliers.
Cependant, plusieurs arguments économiques militent contre le libre-échange. L’un d’eux
repose sur les défaillances du marché intérieur. Si un marché intérieur — le marché du travail,
par exemple — ne fonctionne pas correctement, le fait de s’éloigner du libre-échange peut
aider à le rétablir ou à générer des gains compensatoires dans d’autres secteurs de l’économie
nationale. Un deuxième argument consiste à dire que la thèse fondamentale de la théorie du
libre-échange, l’immobilité du capital, n’est plus correcte et que, par conséquent, le libreéchange peut désavantager certains pays. Daly et Cobb (1994) écrivent:
La libre circulation des capitaux et des marchandises (et non plus seulement de ces dernières)
signifie que l’investissement est déterminé par la rentabilité absolue et non par les avantages
comparatifs. L’absence d’une libre circulation de la main-d’œuvre implique que les
possibilités d’emploi diminuent pour les travailleurs du pays dans lequel on n’investit pas. Ce
raisonnement dresse un tableau plus exact du monde dans lequel nous vivons que ne le fait le
principe des avantages comparatifs, quelle qu’ait été sa validité à l’époque de Ricardo.

Au sein d’une zone de libre-échange, les prix des biens échangés tendent à se niveler. Selon le
théorème de l’égalisation des prix des facteurs de production, cela est également vrai des
facteurs de production, dont les salaires, les coûts d’adaptation aux normes réglementaires et,
peut-être, les facteurs externes tels que la pollution atmosphérique. Un troisième argument
peut donc être avancé contre le libre-échange: il peut exercer une pression vers le bas sur les
salaires, la santé, la sécurité et les pratiques en matière d’environnement, ainsi que sur
d’autres facteurs de production, jusqu’au niveau le plus bas de tous les pays concernés par
l’échange. Tous ces arguments impliquent de sérieuses préoccupations pour la sécurité et la
santé au travail.
Depuis la seconde guerre mondiale, l’industrie s’internationalise de plus en plus. Les
communications et les transports ont progressé rapidement. L’information et le capital sont
toujours plus mobiles. Les sociétés multinationales sont devenues un élément prépondérant de
l’économie mondiale. Dans ce processus, les modes de production changent, les usines sont
délocalisées et l’emploi est déstabilisé. Contrairement au capital, le travail est relativement
immobile, tant géographiquement qu’en termes de qualifications. C’est pourquoi la
délocalisation de l’industrie a exercé des pressions considérables sur les travailleurs.
Cela étant, le libre-échange n’a cessé de progresser. Huit cycles de négociations commerciales
multilatérales ont eu lieu depuis 1947, sous les auspices de l’Accord général sur les tarifs
douaniers et le commerce (GATT). Le plus récent, le Cycle de l’Uruguay, a abouti, en 1994, à
la création de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Les Etats membres du GATT
(désormais l’OMC) sont d’accord sur trois principes généraux: ils renoncent aux subventions
à l’exportation (excepté pour l’agriculture), aux contingents unilatéraux d’importation (sauf
lorsque les importations menacent de provoquer «une désorganisation du marché»); enfin,
toute nouvelle imposition ou augmentation d’un droit de douane doit être compensée par une
réduction d’autres droits pour dédommager les partenaires commerciaux. L’OMC n’élimine
pas les tarifs douaniers, elle les limite et les réglemente. Plus de 130 Etats, dont de nombreux
pays en développement ou en «transition», sont membres de l’OMC. Il est prévu que le
nombre total de ses membres dépasse 150.
Depuis les années quatre-vingt, d’autres pas en direction du libre-échange ont été franchis, sur
un plan régional, par des accords commerciaux préférentiels. D’après ces accords, les pays
conviennent de supprimer les droits de douane entre eux, tout en maintenant des barrières
tarifaires vis-à-vis du reste du monde. Ces accords se présentent sous la forme d’unions
douanières, de marchés communs ou de zones de libre-échange; ce sont notamment l’Union
européenne (UE) et les trois pays d’Amérique du Nord (ALENA). Des alliances économiques
moins structurées favorisent également le commerce entre leurs membres. Ce sont: le Forum
de coopération économique Asie-Pacifique (APEC), l’Association des nations de l’Asie du
Sud-Est (ANASE) et le Marché commun du Sud (MERCOSUR).
La sécurité et la santé au travail dans les accords de libre-échange
Les accords de libre-échange sont destinés à promouvoir le commerce et le développement
économique et la plupart n’abordent que de façon indirecte les questions sociales, telles que la
sécurité et la santé des travailleurs, si toutefois ils le font. Cependant, toute une série de
problèmes concernant la sécurité et la santé au travail peuvent apparaître dans le contexte des
accords de libre-échange.
La délocalisation, le chômage et la migration des travailleurs

Les accords de libre-échange s’inscrivent dans de grandes tendances économiques et sociales
qu’ils peuvent à leur tour influencer. Prenons l’exemple d’un libre-échange entre deux pays
ayant des niveaux de développement, des échelles de salaires et des possibilités d’emploi
différents. Dans cette situation, les entreprises risquent d’être délocalisées, de chasser des
travailleurs de leur emploi et de créer du chômage dans le pays d’origine. Ces nouveaux
chômeurs risquent alors de migrer vers des régions offrant de meilleures possibilités d’emploi,
spécialement si, comme en Europe, les barrières à l’émigration ont également été levées. Le
chômage, la crainte du chômage, la migration, ainsi que le stress et l’éclatement du tissu
social qui les accompagnent ont des répercussions profondes sur la santé des travailleurs et de
leurs familles. Certains gouvernements ont tenté, avec un succès mitigé, d’atténuer ces effets
par des programmes sociaux, comprenant une formation de reconversion professionnelle, une
aide à l’installation, etc.
Les normes de sécurité et de santé au travail
Les Etats membres d’un accord de libre-échange peuvent avoir des normes de sécurité et de
santé au travail différentes. Les coûts de production dans les pays dont les normes sont moins
contraignantes sont donc moins élevés, ce qui constitue pour eux un atout commercial
important. Il peut s’ensuivre une pression politique, dans les pays plus protecteurs, pour qu’ils
abaissent leurs normes et, dans les pays moins protecteurs, pour qu’ils n’élèvent pas les leurs,
afin de préserver leurs avantages commerciaux. Les défenseurs de la sécurité et de la santé au
travail y voient l’une des conséquences les plus néfastes du libre-échange.
Autre conséquence tout aussi préoccupante: un pays soucieux de respecter ses critères de
santé au travail peut décider d’interdire l’importation de certains matériaux ou machines
dangereux. Considérant cette politique comme une barrière commerciale, ses partenaires
commerciaux risquent alors de l’accuser de pratiques commerciales déloyales. C’est ce qui
s’est produit en 1989, dans le cadre de l’Accord de libre-échange nord-américain (Etats-UnisCanada-Mexique (ALENA)). Les Etats-Unis ont décidé de supprimer peu à peu leurs
importations d’amiante, provoquant ainsi la réaction du Canada qui les a accusés de pratiques
déloyales. De tels conflits risquent de miner les normes de sécurité et de santé du pays où
elles sont les plus rigoureuses.
D’un autre côté, le libre-échange peut également fournir une occasion d’améliorer les normes,
en les établissant d’un commun accord, en partageant les informations techniques qui les
fondent et en les alignant sur les plus élevées. Il en va ainsi des normes de sécurité et de santé
comme d’autres aspects connexes de la législation du travail, tels que les lois sur le travail des
enfants, le salaire minimum et la négociation collective. Le problème de la souveraineté
nationale est l’un des obstacles majeurs à cette harmonisation, et certains pays ont beaucoup
hésité à négocier un abandon de quelque contrôle que ce soit sur leurs normes du travail.
Les modalités d’application
Des problèmes identiques se posent pour l’application des règlements. Même si deux
partenaires commerciaux ont des normes comparables en matière de sécurité et de santé au
travail, l’un peut les appliquer moins scrupuleusement que l’autre, ce qui abaisse ses coûts de
production et lui assure un avantage compétitif. Les solutions comportent une procédure de
règlement des conflits permettant aux Etats de faire appel contre une pratique commerciale
qu’ils jugent déloyale, ainsi que des efforts conjoints pour harmoniser les modalités
d’application.
La communication des risques

Celle-ci repose sur un large éventail de pratiques: formation des travailleurs, mise à
disposition de renseignements écrits sur les risques et les mesures de protection, étiquetage
des conteneurs et accès des travailleurs aux dossiers médicaux et aux registres d’exposition.
Ces pratiques sont largement reconnues comme des éléments déterminants du succès des
programmes de sécurité et de santé au travail. Or, le libre-échange et le commerce
international ont, de deux façons au moins, un impact sur la communication des risques.
Premièrement, si des produits chimiques ou des procédés dangereux franchissent les
frontières nationales, les travailleurs du pays d’accueil encourent un risque. Le pays d’accueil
peut ne pas disposer des moyens appropriés de communication sur les risques. Dans le
commerce d’import-export, les notices d’information, le matériel de formation et les
étiquettes de mise en garde doivent être fournis dans la langue du pays d’accueil et rédigés de
manière à ce que les travailleurs exposés puissent en prendre facilement connaissance.
Deuxièmement, devoir répondre à différentes exigences en matière de communication des
risques représente des frais supplémentaires pour les sociétés qui opèrent dans plusieurs pays.
Des obligations uniformes, telles qu’un format unique pour les fiches de données de sécurité
sur les produits chimiques, seraient utiles à cet égard et il conviendrait de les promouvoir dans
les relations de libre-échange.
La formation et la mise en valeur des ressources humaines
Lorsque les partenaires commerciaux n’ont pas les mêmes niveaux de développement
économique, ils diffèrent le plus souvent aussi sur le plan de leurs ressources humaines. Les
pays les moins riches manquent d’hygiénistes industriels, d’ingénieurs de sécurité, de
médecins et de personnel infirmier du travail, de formateurs qualifiés et autres spécialistes.
Même lorsque deux nations se situent à des niveaux de développement comparables, elles
peuvent ne pas avoir la même approche technique de la sécurité et de la santé au travail. Les
accords de libre-échange offrent une occasion de concilier ces divergences. Des structures
parallèles peuvent permettre aux professionnels de la sécurité et de la santé au travail des
Etats partenaires de se rencontrer, de comparer leurs pratiques et de convenir de procédures
communes si besoin est. De même, lorsqu’un pays manque de spécialistes par rapport à l’un
ou à plusieurs de ses partenaires commerciaux, ceux-ci peuvent coopérer en proposant une
formation, des cours de brève durée et autres moyens de mise en valeur des ressources
humaines. Ces efforts sont nécessaires si l’on veut harmoniser de façon effective les pratiques
de santé au travail.
La collecte de données
La collecte de données constitue l’un des aspects importants de la coordination des efforts
destinés à protéger la sécurité et la santé des travailleurs. A cet égard, aux termes d’un accord
de libre-échange, plusieurs formes de collecte de données peuvent être envisagées. Il s’agit
tout d’abord d’informations sur les pratiques de chaque pays en matière de santé au travail et,
en particulier, sur ses moyens d’appliquer les normes en milieu de travail. Ces informations
permettent de surveiller les progrès accomplis vers l’harmonisation et de révéler les violations
susceptibles de constituer des pratiques commerciales déloyales. Il faut donc rassembler des
données sur l’exposition professionnelle des travailleurs non seulement pour les raisons
susmentionnées, mais aussi parce qu’elles font partie des pratiques de routine en matière de
santé au travail. Les données sur l’exposition doivent être recueillies selon de bonnes
méthodes d’hygiène industrielle; si les pays membres utilisent les mêmes procédés de mesure,
il sera possible de les comparer. De même, les données sur la morbidité et la mortalité sont
des éléments essentiels de bons programmes de sécurité et de santé au travail. Si les Etats

parties à un accord de libre-échange emploient des méthodes cohérentes pour recueillir ces
informations, ils peuvent alors comparer leurs effets sur la santé, identifier les secteurs posant
des problèmes et cibler les interventions. Cela peut s’avérer difficile, car les données sur la
sécurité et la santé proviennent souvent de statistiques sur la réparation des lésions
professionnelles, et les régimes varient considérablement d’un pays à un autre.
La prévention
Enfin, le libre-échange offre une occasion d’harmoniser les démarches en matière de
prévention, de mettre en œuvre une assistance technique entre les pays membres et
d’échanger des solutions. De telles initiatives peuvent relever du secteur privé, lorsqu’une
société présente dans plusieurs pays introduit une méthode de prévention ou une technologie
de part et d’autre des frontières. Des sociétés spécialisées dans les services de santé au travail
peuvent elles-mêmes fonctionner à l’échelle internationale, stimulées par un accord de libreéchange, et diffuser les méthodes de prévention parmi les Etats membres. Les syndicats des
parties à un accord de libre-échange peuvent eux aussi collaborer. Par exemple, le Bureau
technique des syndicats européens pour la santé et la sécurité, à Bruxelles, a été créé par le
Parlement européen avec le soutien des principaux syndicats. De telles initiatives peuvent
aider les pays membres à aligner leurs activités de prévention sur la norme la plus élevée.
L’harmonisation des mesures préventives peut également avoir lieu au niveau
gouvernemental, par une collaboration au développement technologique, à la formation et à
d’autres activités. Une amélioration de la prévention dans chacun des pays membres sera, en
définitive, la meilleure conséquence du libre-échange sur la sécurité et la santé au travail.
Conclusion
Les accords de libre-échange sont essentiellement destinés à abaisser les barrières
commerciales et la plupart n’abordent pas directement les questions sociales telles que la
sécurité et la santé des travailleurs (voir encadré). En Europe, le libre-échange s’est développé
sur plusieurs décennies en un processus qui a pris en compte les questions sociales à un
niveau peu commun. Les organisations européennes responsables de la sécurité et de la santé
au travail disposent de solides financements; tous les secteurs y sont représentés et elles
peuvent adopter des directives contraignantes pour tous les Etats membres. De toute évidence,
il s’agit de l’accord de libre-échange le plus avancé du monde dans le domaine de la santé des
travailleurs. En Amérique du Nord, l’ALENA comporte une procédure détaillée de règlement
des conflits qui s’étend aux questions de sécurité et de santé au travail, mais peu d’autres
initiatives visent à améliorer les conditions de travail dans les trois Etats membres. Les autres
alliances commerciales régionales ne comprennent aucune initiative concernant la sécurité et
la santé au travail.
L’intégration économique dans le monde avance, du fait des progrès rapides des
communications, des transports et des stratégies d’investissement des capitaux. Les accords
de libre-échange régissent une partie, mais non l’intégralité, de cet accroissement du
commerce entre les pays. Les modifications des modèles commerciaux et l’expansion des
échanges internationaux ont des conséquences importantes pour la sécurité et la santé des
travailleurs. Si l’on veut que les progrès du commerce s’accompagnent de progrès dans la
protection des travailleurs, il faut absolument lier les questions de commerce à celles de
sécurité et de santé au travail, que ce soit par des accords de libre-échange ou par d’autres
moyens.
Etudes de cas
L’Organisation mondiale du commerce

L’Organisation mondiale du commerce (OMC), créée en 1995, est le fruit des négociations
commerciales multilatérales du Cycle de l’Uruguay. Elle succède au GATT (Accord général sur les
tarifs douaniers et le commerce), accord commercial international datant de la fin des années
quarante. L’OMC constitue le fondement légal et institutionnel du système mondial des échanges
multilatéraux. Elle cherche à promouvoir la liberté du commerce international, non seulement des
marchandises (comme c’était le cas du GATT), mais également des services et de la propriété
intellectuelle. L’OMC a aussi pour objectif explicite de faire progresser le développement, en
particulier celui des pays les moins avancés.
L’OMC a pour mandat de promouvoir les échanges; les problèmes connexes, par exemple la
sécurité et la santé au travail, ne sont abordés que dans la mesure où ils risquent d’entraver le libreéchange. Deux accords méritent d’être cités. L’Accord sur l’application de mesures sanitaires et
phytosanitaires traite de la sécurité alimentaire et des réglementations sur la santé animale et
végétale. Il permet aux Etats de promulguer de telles réglementations, à condition qu’elles
s’appuient sur des considérations scientifiques, qu’elles ne soient appliquées que dans la mesure
où elles sont nécessaires pour protéger la vie ou la santé humaine, animale ou végétale, et qu’elles
n’introduisent pas de discrimination arbitraire entre les Etats membres. Ceux-ci, qui sont
encouragés à fonder leur réglementation sur les normes internationales, sont cependant autorisés à
en fixer de plus strictes si elles se justifient sur le plan scientifique ou si elles sont fondées sur une
évaluation appropriée du risque. L’Accord sur les obstacles techniques au commerce conforte ces
principes. Il a pour objectif de veiller à ce que les réglementations et les normes techniques ne
constituent pas des obstacles superflus au commerce. A cette fin, un code de pratique pour
l’élaboration, l’adoption et l’application des normes s’accompagne de l’obligation d’appliquer ces
normes équitablement, aux produits tant nationaux qu’importés.
Les deux accords évoqués portent surtout sur les réglementations en matière d’environnement, de
qualité des produits alimentaires et des produits pharmaceutiques; il est toutefois concevable qu’ils
puissent s’appliquer à la sécurité et à la santé au travail. Le compte rendu récapitulatif de la
réunion de l’OMC à Marrakech, en 1995, prévoyait la création d’un groupe de travail sur les
normes internationales du travail. Cependant, l’OMC a, jusqu’à présent, évité d’aborder la sécurité
et la santé au travail, et plusieurs gouvernements d’Etats membres, en particulier ceux des pays en
développement, ont soutenu que la compétence en matière de santé des travailleurs devait rester
une prérogative nationale, indépendante des considérations relatives au commerce international.
C’est pourquoi l’OMC n’a jusqu’ici joué aucun rôle pour promouvoir la sécurité et la santé au
travail.
L’Europe
L’intégration économique en Europe se distingue par la précocité de ses origines, qui datent du
Traité de Rome en 1957, et par l’importance que revêtent les questions sociales et politiques à côté
des considérations d’ordre économique. En fait, l’intégration en Europe s’étend bien au-delà de
l’abaissement des barrières douanières; elle inclut également la libre circulation des travailleurs
(et, désormais, des personnes en général), la promulgation de lois et de réglementations
transnationales contraignantes, et la création d’une administration transnationale disposant de
moyens financiers substantiels. En conséquence, la sécurité et la santé au travail sont suivies avec
beaucoup d’attention.
La Communauté économique européenne (CEE), ou Marché commun, a été créée par le Traité de
Rome en 1957. Ce traité a entrepris de lever les barrières aux échanges entre les pays membres et a
créé la structure organisationnelle de la CEE. La Commission des Communautés européennes est
chargée de l’administration de la CEE, travail effectué par 23 directions générales (dont l’une, la

DG V, est responsable de l’emploi, des relations professionnelles et des affaires sociales). Le
Conseil des ministres est responsable des principales questions politiques, tandis que le Parlement
européen a un rôle de codécision. La Cour de justice règle les litiges qui peuvent survenir dans
l’application des traités. Le Comité consultatif pour la sécurité, l’hygiène et la protection de la
santé sur le lieu du travail, créé par le Conseil en 1974 pour conseiller la Commission, comprend
des représentants des travailleurs, des employeurs et des gouvernements de chaque Etat membre; il
est assisté par le personnel de la direction de la sécurité et de la santé de la DG V. Il examine les
propositions de loi relatives à la santé au travail, prend l’initiative de travaux relatifs à des risques
spécifiques et coordonne les efforts communs. Le Comité économique et social a un rôle
consultatif.
En 1978, la Commission a présenté le premier programme d’action pour la santé et la sécurité,
fortement soutenue par le Comité consultatif pour la sécurité, l’hygiène et la protection de la santé
sur le lieu du travail. Il portait sur les substances dangereuses, la prévention des risques dus aux
machines, la surveillance, les inspections et l’amélioration des comportements à l’égard de la
sécurité et de la santé. Depuis lors, les programmes d’action successifs ont été orientés vers
d’autres questions de santé sur le lieu de travail telles que l’ergonomie, les statistiques de la santé
au travail, l’assistance aux petites entreprises et la formation. Ils ont encouragé la recherche de
solutions en matière de santé au travail dans les Etats membres, en fournissant formation,
assistance technique et documents d’information. Par exemple, en 1982, la Commission a réuni un
groupe informel de hauts responsables de l’inspection du travail pour favoriser les échanges de
personnel et d’information entre les 12 Etats, la comparaison entre les pratiques des Etats membres
et l’amélioration de celles-ci. De telles initiatives montrent bien les répercussions positives que
peut avoir l’intégration des économies nationales sur la sécurité et la santé au travail.
L’Acte unique européen de 1986 marque une étape essentielle vers l’intégration européenne et le
développement de la zone européenne de libre-échange. Une date ferme, 1992, a été fixée pour
l’établissement d’un marché unique, et des initiatives ont été lancées sur toute une série de
questions sociales, y compris la santé au travail. L’unanimité entre les Etats membres n’est
désormais plus nécessaire pour définir une politique; une «majorité qualifiée» peut suffire. Deux
articles de l’Acte concernent particulièrement la santé au travail. L’article 100 A 3) vise à
rapprocher les normes de produits dans les Etats membres, ce qui a des répercussions importantes
en matière de sécurité. Cet article spécifie que les normes en matière de santé, de sécurité, de
protection de l’environnement et de protection des consommateurs prennent pour base un «niveau
de protection élevé». L’article 118 A 1) aborde directement la question de la sécurité et de la santé
au travail, considérant que les Etats membres «s’attachent à promouvoir l’amélioration,
notamment du milieu de travail, pour protéger la sécurité et la santé des travailleurs, et se fixent
pour objectif l’harmonisation, dans le progrès, des conditions existant dans ce domaine».
En 1989, deux événements importants ont consolidé le rôle accordé à la santé au travail dans le
processus d’intégration européenne. La Charte communautaire des droits sociaux fondamentaux a
été adoptée par 11 des 12 Etats membres; l’une des dispositions soulignait «la nécessité d’une
formation, d’une information, d’une consultation et d’une participation équilibrée des travailleurs
en ce qui concerne les risques encourus et les mesures prises pour supprimer ou réduire ces
risques».
En 1989 encore, le Conseil a adopté une directive qui est la première grande initiative politique
prise dans le cadre de l’Acte unique. Elle définit l’approche de la Communauté européenne
(désormais l’Union européenne) en matière de sécurité et de santé des travailleurs des secteurs
public et privé de tous les Etats membres. Les employeurs sont tenus «d’assurer la sécurité et la

santé des travailleurs dans tous les aspects liés au travail» et doivent:

évaluer les risques sur les lieux de travail;

intégrer des mesures préventives dans toutes les activités de l’entreprise;

informer les travailleurs et leurs représentants des risques et des mesures de prévention
prises;

consulter les travailleurs et leurs représentants sur toutes les matières de sécurité et de
santé;

donner aux travailleurs une formation en matière de sécurité et de santé;

désigner des travailleurs dotés de fonctions spécifiques en matière de sécurité et de santé;

assurer une surveillance appropriée de la santé;

protéger les groupes à risques particulièrement sensibles;

tenir des registres des accidents et des maladies.

La directive-cadre adopte une vision d’ensemble des facteurs ambiants qui affectent la santé au
travail, y compris les questions relatives à la conception des tâches, au travail monotone ou au
travail à la pièce. Elle appelle à une participation active des travailleurs aux programmes de
sécurité et de santé, englobant le droit à des consultations préalables avec les employeurs sur les
initiatives en matière de sécurité et de santé, les heures rémunérées pour accomplir les fonctions de
sécurité et de santé, les rencontres avec des inspecteurs du travail et le refus de travailler en cas de
«danger grave, immédiat et qui ne peut être évité» (dans la limite des lois nationales). Des
directives complémentaires émises dans le sillage de la directive-cadre abordent l’utilisation des
équipements de protection individuelle, la manutention de charges, le travail sur terminaux à
écrans de visualisation et d’autres questions.
La directive-cadre se traduira-t-elle concrètement dans les politiques nationales? La question
découle de l’adhésion explicite de l’Union européenne au principe de subsidiarité, selon lequel
toute politique devrait être mise en application par les Etats membres plutôt que par l’Union
européenne sauf si, «du fait de la dimension des effets de l’action proposée», une mise en œuvre
centralisée serait plus efficace. Ce point entraînera des tensions entre le mandat des directives
centrales et les actions souveraines des Etats membres.
Chaque Etat membre doit inscrire la directive-cadre (comme toutes les autres) dans le droit
national, mettre en application des politiques qui lui soient conformes et les faire exécuter dans la
pratique. Ce processus, qui laisse un pouvoir discrétionnaire aux Etats, peut entraîner un certain
degré de non-conformité. Au dire de tous, l’Union européenne n’est pas bien armée pour veiller à
ce que les Etats membres se conforment à ses directives en matière de sécurité et de santé au
travail. Une surveillance plus étroite des pratiques de chaque pays et la volonté politique d’utiliser
les solutions disponibles dans les cas de non-application (y compris le recours à la Cour de justice)
seront nécessaires si l’Union européenne veut utiliser pleinement son potentiel de promotion de la

santé au travail.
Une question se pose quant au sort des politiques nationales qui offrent une meilleure protection
que ne le fait l’Union européenne. Etant donné que l’article 118 a) prescrit simplement un niveau
minimum commun de protection sur le lieu de travail, la tendance risque d’être à un nivellement
par le bas en réaction aux pressions économiques.
En 1994, le Conseil, sur une proposition de la Commission remontant à trois ans, a créé l’Agence
européenne pour la santé et la sécurité au travail, sise à Bilbao (Espagne). L’objectif de l’Agence
est de «fournir aux institutions de la Communauté, aux Etats membres et à tous ceux qui sont
impliqués dans ce secteur les informations techniques, scientifiques et économiques utiles en
matière de sécurité et de santé sur le lieu de travail». Elle s’attache surtout à donner des avis
techniques et scientifiques à la Commission et à encourager l’échange d’informations, la
formation, la collecte systématique de données et la recherche.
En 1995, la Commission a publié son programme d’action pour la période 1996-2000. Le suivi des
initiatives législatives en constitue l’un des éléments importants; il s’agit de veiller à ce que les
directives de la Communauté soient correctement transposées dans les lois nationales et d’en
promulguer de nouvelles (agents physiques et chimiques, transport et équipements de travail). Le
Comité de hauts responsables de l’inspection du travail a reçu le mandat d’harmoniser les
méthodes d’inspection des lieux de travail et de surveiller l’application des lois nationales du
travail. Cependant, un accent considérable a également été mis sur les mesures non législatives,
principalement l’information et la persuasion. Une nouvelle initiative, Actions de sécurité pour
l’Europe, sera chargée des problèmes de sécurité et de santé dans les petites et moyennes
entreprises. Il s’agira d’identifier les initiatives réussies dans des entreprises modèles et de les
utiliser comme exemples pour les autres.
En bref, l’intégration économique européenne et le libre-échange ont connu une évolution qui les
place désormais au sein d’un vaste programme d’intégration sociale et politique, et des discussions
de fond sur les questions sociales, dont la sécurité et la santé au travail, les ont accompagnés. Une
administration élaborée comporte plusieurs éléments portant sur la sécurité et la santé sur les lieux
de travail. L’élément de référence pour l’Union européenne est le droit communautaire et non les
droits nationaux, contrairement aux autres accords de libre-échange. C’est là l’exemple le plus
avancé au monde de promotion de la sécurité et de la santé au travail en tant que partie intégrante
du libre-échange. Sa portée va s’étendre au-delà des pays de l’Union européenne; tout accord
d’association, de partenariat et de coopération entre l’Union européenne et les pays de l’Europe
centrale et orientale devra aborder les questions de sécurité et de santé au travail, propageant ainsi
cette tradition progressiste. Les problèmes qui persistent — harmonisation des souverainetés
nationales et coordination des progrès, surveillance de l’application des directives
communautaires, conciliation des différences entre les pays plus ou moins progressistes et partage
d’expertise et de ressources techniques — continueront à lancer des défis à l’intégration
européenne au cours des années à venir.
L’Amérique du Nord
Les trois nations nord-américaines entretiennent depuis de nombreuses décennies d’étroites
relations commerciales. La première étape en direction d’un accord commercial régional a été
l’Accord de libre-échange entre les Etats-Unis et le Canada de 1987, accord qui a abaissé les tarifs
douaniers et levé d’autres restrictions com-merciales entre ces deux pays. Au début des années
quatre-vingt-dix, pour préparer un accord commercial à l’échelle du continent, les autorités du
travail américaines et mexicaines ont entrepris plusieurs actions communes, comme la formation

d’inspecteurs du travail. En 1993, le Mexique, le Canada et les Etats-Unis ont ratifié l’Accord de
libre-échange nord-américain (ALENA), qui est entré en vigueur en 1994 et dont l’application
complète devrait être réalisée en une dizaine d’années. L’ALENA vise à abolir la plupart des
restrictions commerciales entre ces trois pays.
Le processus qui a donné naissance à l’ALENA diffère de l’expérience européenne sous plusieurs
aspects. L’histoire de l’ALENA est plus courte et sa négociation a été plus rapide, en l’absence de
toute tradition visant à y inclure les questions sociales. L’environnement et le travail ont été
finalement codifiés dans deux accords additionnels adoptés en marge de l’ALENA proprement dit.
Les groupes écologistes, qui ont joué un rôle actif dans les débats menant à l’ALENA, ont obtenu
pour leur part un certain nombre de garanties dans l’accord additionnel sur l’environnement, mais
les organisations des travailleurs ont adopté une approche différente. Les syndicats et leurs alliés,
particulièrement aux Etats-Unis et au Canada, se sont vigoureusement opposés à l’ALENA et ont
plus milité pour s’opposer au traité dans son ensemble que pour obtenir des garanties spécifiques
pour les travailleurs. En outre, les trois gouvernements éprouvaient une certaine réticence à
renoncer à leur souveraineté sur leur législation du travail. C’est pourquoi, comparé à l’accord sur
l’environnement ou à l’expérience européenne, l’accord additionnel de l’ALENA sur le travail est
relativement restreint.
L’accord additionnel sur le travail définit, dans une annexe, «les principes directeurs que les
parties s’engagent à promouvoir, dans le cadre du droit national de chaque partie, mais n’instaure
pas de normes minimales communes». Ces principes incluent la prévention des accidents du
travail et des maladies professionnelles et leur réparation, la protection des travailleurs migrants et
de leurs enfants, un renforcement des droits traditionnels des travailleurs tels que la liberté
syndicale, le droit d’organisation, de négociation collective et de grève, et l’interdiction du travail
forcé. Les objectifs énoncés dans cet accord sont l’amélioration des conditions de travail,
l’encouragement des échanges d’informations, la collecte de données, les études conjointes, ainsi
qu’une incitation à respecter la législation du travail de chaque Etat.
Les premiers articles établis de l’accord additionnel sur le travail recommandent à chaque pays de
faire connaître ses propres lois sur le travail à l’échelon national et à les appliquer avec justice,
équité et transparence. Ensuite, la commission de la coopération pour le travail instituée comprend
un conseil des trois ministres du travail ou de leurs représentants, responsable des décisions
politiques et de la promotion des activités menées en coopération, et un secrétariat dirigé par un
directeur exécutif, chargé de préparer rapports et études et de fournir le soutien nécessaire au
conseil. En outre, chaque nation est appelée à mettre en place un bureau administratif national qui
assurera la liaison avec la commission et l’assistera dans ses travaux. Plusieurs procédures
générales sont prévues et il est recommandé d’obtenir des avis spécialisés en collaboration avec le
BIT. Cependant, l’accord décrit peu de procédures spécifiques permettant d’en réaliser les
objectifs.
L’accord additionnel doit en grande partie son existence à la crainte généralement supposée que
l’un des Etats membres, le Mexique, puisse, par des pratiques de travail laxistes, obtenir un
avantage commercial déloyal; cela aurait exposé les travailleurs mexicains à de bas salaires et à
des conditions de travail insalubres et transféré des emplois vers ce pays au détriment des
travailleurs américains et canadiens. C’est pourquoi une grande partie de l’accord additionnel est
consacrée aux procédures de règlement des différends. En cas de litige, la première étape doit être
une consultation au niveau ministériel entre les gouvernements intéressés. Ensuite, la commission
doit constituer un comité d’experts chargé de l’évaluation, en général trois personnes qualifiées
«choisies pour leur objectivité, la fiabilité et la sûreté de leur jugement», afin d’examiner la

question, pourvu que celle-ci soit d’ordre commercial et «régie par des législations du travail
reconnues de part et d’autre». Le comité peut s’appuyer sur les informations fournies par la
commission, par chaque Etat membre, par des organismes ou des personnes ayant les compétences
appropriées, ou par le public. Le rapport du comité est distribué à chaque Etat membre.
Si le comité conclut qu’un Etat n’a peut-être pas appliqué ses normes du travail, une procédure
formelle de règlement des différends peut alors être ouverte. Il est significatif que l’on ne puisse
recourir à cette procédure que si le conflit se rapporte à la sécurité et au travail, au travail des
enfants ou au salaire minimum. Dans un premier temps, les Etats intéressés tentent de trouver un
accord. S’ils n’y parviennent pas, une commission d’arbitrage est convoquée à partir d’une liste
d’experts établie et tenue à jour par le conseil. La commission présente ses conclusions sur les faits
et sur le défaut éventuel d’application de la législation nationale, et formule ses recommandations
sur des mesures de réparation. Si l’Etat concerné ne s’y conforme pas, la commission peut être
convoquée à nouveau et lui infliger une amende. Si un Etat refuse de payer son amende, la pénalité
ultime est la suspension des avantages de l’ALENA, généralement par l’imposition de tarifs
douaniers dans le secteur où a eu lieu la violation, afin de recouvrer le montant de l’amende.
Dans l’ensemble, l’accord additionnel sur le travail, qui sert de cadre aux problèmes de santé et de
sécurité au travail au sein de l’ALENA, est moins étendu que le traité européen. L’ALENA met
l’accent sur le règlement des différends plutôt que sur une mise en commun de la recherche, de
l’information, de la formation, du développement des technologies et autres initiatives de même
nature. Du point de vue des représentants du monde du travail, la procédure de règlement des
différends est lourde, lente et relativement inefficace. Plus encore, l’accord additionnel n’exprime
aucun engagement commun vis-à-vis des droits fondamentaux des travailleurs. Très attaché au
respect de la législation du travail de chaque pays, il ne contient aucune disposition susceptible
d’améliorer ou d’harmoniser celles qui laissent à désirer. Sa portée est étroite et, bien que
l’expérience à l’heure actuelle soit encore réduite, il est probable que l’approche européenne de la
santé au travail, assez large pour englober des questions telles que le travail posté et le stress, ne
sera pas suivie.
L’Asie et l’Amérique latine
Bien que l’Asie soit la région du monde dont la croissance économique a été la plus rapide — du
moins avant la crise —, les négociations de libre-échange entre les pays n’ont pas évolué de façon
significative. Ni l’ANASE, ni l’APEC n’ont abordé les problèmes de sécurité et de santé au travail
dans leurs négociations sur les échanges. De même, les pactes commerciaux qui se développent en
Amérique latine, tels que le MERCOSUR et le Pacte andin, n’ont lancé aucune initiative en
matière de sécurité et de santé au travail.
LA BONNE GESTION DES PRODUITS ET LA MIGRATION DES RISQUES
INDUSTRIELS
Barry Castleman
Les entreprises multinationales dominent la production et la commercialisation des produits
chimiques ou autres dont on sait qu’ils sont porteurs de risques pour la sécurité et la santé au
travail. Ces entreprises possèdent une expérience de longue date, mais diverse, de la gestion
de ces risques, certaines y ayant même consacré un personnel et des moyens importants. La
tendance croissante aux accords de libre-échange laisse penser que la domination des
multinationales va s’appesantir, alors que déclinera la part des industries publiques et privées
opérant à l’intérieur des pays. Il convient donc de prendre en considération le rôle des
entreprises multinationales, étant donné que leurs industries sont déployées dans le monde

entier, en particulier dans les pays qui avaient, jusqu’ici, peu de ressources à consacrer à la
protection des travailleurs et de l’environnement.
Le Conseil européen des fédérations de l’industrie chimique (CEFIC), dans le document
CEFIC Guidelines on Transfer of Technology (Safety, Health and Environment Aspects),
déclare que les transferts de technologie devraient atteindre un niveau de sécurité, de
protection de la santé et de l’environnement équivalent à celui du fournisseur de la
technologie en question, et «équivalent à celui qui est atteint par les installations du pays
d’origine du fournisseur de la technologie» (CEFIC, 1991). Ces principes sembleraient
s’appliquer particulièrement aux opérations des filiales à l’étranger des entreprises
multinationales.
Deux poids, deux mesures
De nombreux exemples montrent que les entreprises multinationales n’ont pas été aussi
vigilantes pour maîtriser les risques industriels dans les pays en développement que dans leur
pays d’origine. Les cas les plus nombreux portent sur l’amiante et d’autres matériaux à très
hauts risques, pour lesquels un contrôle réel représenterait une grande part des coûts de
production et ferait chuter les ventes. Les cas décrits dans les années soixante-dix et le début
des années quatre-vingt concernaient des sociétés ayant leur siège en Allemagne de l’Ouest,
en Autriche, aux Etats-Unis, en Italie, au Japon, au Royaume-Uni et en Suisse (Castleman et
Navarro, 1987).
L’exemple le mieux étudié de la politique de deux poids, deux mesures concerne l’usine de
pesticides responsable de la mort et de troubles permanents de la santé de plusieurs milliers de
personnes à Bhopal (Inde) en 1984. La comparaison entre l’usine de Bhopal et une usine
similaire exploitée aux Etats-Unis a montré de nombreuses différences dans la conception et
l’exploitation des deux usines, ainsi que dans l’audit des conditions de sécurité, la formation
des travailleurs, l’affectation de travailleurs à des postes dangereux, l’entretien de l’usine et
les responsabilités de la direction. On peut également mettre en cause la relative absence de
réglementation et de responsabilité civile en Inde, par rapport aux Etats-Unis (Castleman et
Purkayastha, 1985).
La catastrophe de Bhopal a attiré l’attention du monde entier sur les politiques et les pratiques
des multinationales en matière de protection de la sécurité et de la santé de leurs travailleurs et
de l’environnement. De nombreux géants de l’industrie ont soudain réalisé qu’ils encouraient
des risques excessifs, mais qu’ils pouvaient réduire, et ont donc décidé de diminuer les
quantités de gaz comprimés hautement toxiques qu’ils stockaient et transportaient. Ainsi, le
transport de grosses bonbonnes de phosgène, alors courant aux Etats-Unis, a été abandonné.
Ces changements sont dus en grande partie au fait qu’il est devenu quasiment impossible de
s’assurer contre les conséquences des dégagements de produits chimiques dans la population.
Mais, au-delà de considérations d’ordre purement économique, l’éthique et la moralité de la
conduite des entreprises multinationales ont fait l’objet d’une attention sans précédent.
De toute évidence, une baisse des normes de protection des travailleurs et de l’environnement
peut entraîner des économies, au moins à court terme, pour les propriétaires d’usines. La
tentation d’augmenter ses profits en réduisant les coûts est particulièrement grande là où il
n’existe pratiquement ni réglementation gouvernementale, ni prise de conscience du public, ni
pression syndicale, ni responsabilité pour les dommages causés en cas d’incident. Le cas de
Bhopal a montré que, lorsque les niveaux de profit sont faibles, une pression supplémentaire
s’exerce sur la direction pour qu’elle réduise ses coûts d’exploitation par des méthodes dont le

coût immédiat est faible, mais dont les risques à long terme peuvent être catastrophiques. La
structure des entreprises multinationales semblait idéale, en outre, pour dégager les cadres
supérieurs de toute responsabilité personnelle en cas de violation des normes locales à travers
le monde.
D’après l’enquête du BIT Sécurité et hygiène du travail dans les entreprises multinationales,
«si l’on compte les résultats obtenus en matière de santé et de sécurité par la société mère et
par ses filiales, il apparaît, d’une manière générale, que les opérations du siège se trouvent
dans une situation plus favorable que celles des filiales implantées dans des pays en
développement» (BIT, 1984). Un rapport du Centre des Nations Unies sur les sociétés
transnationales insiste sur l’examen des politiques des entreprises multinationales en matière
de «santé et de sécurité au travail dans leurs opérations internationales». Le rapport conclut
qu’il existe de nombreux exemples d’une politique de deux poids, deux mesures dans les
initiatives de protection de la santé des travailleurs et de la population prises par les sociétés
transnationales, bien plus laxistes dans les pays en développement que dans les pays d’origine
de ces sociétés. Les exemples pointaient le doigt sur les industries du polychlorure de vinyle,
des pesticides, des chromates, de l’acier, du chlore et de l’amiante (Centre des Nations Unies
sur les sociétés transnationales, 1985).
Les plus importantes entreprises multinationales de la chimie ayant leur siège aux Etats-Unis
et au Royaume-Uni se sont défendu d’appliquer des normes différentes, selon les pays, pour
assurer la protection des personnes contre les risques industriels. Cependant, ces déclarations
ont pris des formes diverses, certaines impliquant un engagement plus important que d’autres.
De plus, les sceptiques sont nombreux qui voient un gouffre entre les déclarations officielles
des sociétés et leur pratique de deux poids, deux mesures.
La bonne gestion des produits
On entend par bonne gestion des produits la responsabilité du vendeur dans la prévention des
dommages causés par les produits qu’il met sur le marché, et ce pendant toute leur durée
d’utilisation et d’élimination. Elle implique la responsabilité de s’assurer qu’une compagnie
qui achète le produit chimique du vendeur ne l’utilise pas de façon dangereuse; une société
américaine au moins, Dow Chemical, s’est depuis longtemps déclarée opposée à la vente de
produits chimiques à de tels clients. En 1992, les sociétés membres de l’Association des
industries chimiques (Chemical Manufacturers Association), aux Etats-Unis, ont adopté un
code aux termes duquel elles se réservent le droit de suspendre leurs ventes à des clients qui
ne remédieraient pas à «des pratiques incorrectes» d’utilisation de leurs produits chimiques.
Les exemples de la nécessité d’une bonne gestion des produits chez les producteurs de
pesticides abondent. Le reconditionnement de pesticides dans des emballages de denrées
alimentaires et l’utilisation de bidons de pesticides pour stocker l’eau potable causent de
nombreux décès et maladies. Chez les petits agriculteurs, l’emploi et le stockage des
pesticides et de leurs conteneurs trahit un manque général de formation que les industriels
pourraient assurer.
En République dominicaine, la défoliation due à un abus de pesticides a fait surnommer la
vallée Costanza la «vallée de la mort». Lorsque cette région a attiré l’attention des médias en
1991, Ciba-Geigy, une importante multinationale de la chimie, a introduit un programme
destiné à inculquer aux petits agriculteurs des notions d’agronomie, de lutte antiparasitaire
intégrée et de sécurité. On a reconnu qu’il fallait réduire l’utilisation de pesticides dans la
vallée. La réaction de la population aux efforts de Ciba-Geigy pour «prouver les avantages

économiques et sociaux d’un marché durable» a été qualifiée d’encourageante par la presse
professionnelle. Ciba-Geigy mène des programmes similaires à destination des petits
agriculteurs en Colombie, en Indonésie, au Mali, au Mozambique, au Nigéria, au Pakistan et
aux Philippines. Le réseau d’action sur les pesticides (Pesticide Action Network) est sceptique
quant aux versions commerciales de lutte antiparasitaire intégrée qui mettent l’accent sur le
«meilleur mélange» de pesticides au lieu d’enseigner les techniques avec lesquelles
l’utilisation des pesticides apparaît comme un dernier recours.
Un aspect important de la bonne gestion des produits est l’information dispensée aux
travailleurs et aux gens qui utilisent le produit, par des étiquettes de mise en garde, des
brochures et des programmes de formation des clients. Pour certains produits dangereux et les
conteneurs dans lesquels ils sont vendus, la bonne gestion des produits implique la
récupération de matériaux que les clients risqueraient autrement d’utiliser de façon impropre
ou d’éliminer sous forme de déchets dangereux.
Les tribunaux américains encouragent vivement la bonne gestion des produits en
reconnaissant l’existence d’une responsabilité pour les dommages causés par des produits
dangereux et par la pollution. Les personnes ayant subi des dommages du fait de produits dont
les dangers n’ont pas toujours été indiqués dans les mises en garde des fabricants ont été
indemnisées de façon substantielle pour manque à gagner et pretium doloris et, dans certains
cas, les dommages-intérêts accordés ont été très dissuasifs. Des fabricants ont préféré retirer
du marché américain des produits dont l’expérimentation animale a démontré qu’ils étaient
cause d’anomalies de la reproduction — plutôt que de risquer des procès de plusieurs millions
de dollars intentés par des travailleurs qui utilisaient cet agent et dont les enfants souffraient
de malformations congénitales. Ces mêmes produits ont parfois continué d’être
commercialisés par les mêmes sociétés dans d’autres pays où ce type de responsabilité n’est
pas reconnu.
La responsabilité et la réglementation ont donc imposé aux industriels de certains pays
l’obligation de mettre au point des procédés et des produits moins toxiques. Mais, en
l’absence de prise de conscience du public, de responsabilité et de réglementation, il est
possible que ces technologies discréditées et dangereuses restent compétitives sur le plan
économique et qu’il y ait même un marché pour d’autres plus anciennes, encore exploitables
dans de nombreux pays. C’est pourquoi, malgré les progrès réalisés par les entreprises
multinationales dans le développement de «technologies propres», on ne peut guère s’attendre
à ce que ces améliorations soient rapidement transmises à l’Afrique, à l’Amérique latine, à
l’Asie et à l’Europe centrale et orientale. Il est tout à fait possible que certaines des usines
récemment construites dans ces régions soient dotées de matériel usagé importé. Cette
situation constitue un défi éthique pour les entreprises multinationales qui possèdent du
matériel en cours de remplacement en Europe et en Amérique du Nord.
Les progrès de la santé publique
Les nombreux progrès réalisés ces dernières années vont sans conteste contribuer à la
protection de la santé publique et de l’environnement là où ils seront introduits. Les
ingénieurs chimistes dont les recherches ont traditionnellement visé à maximiser le
rendement, sans trop se soucier de la toxicité des produits et sous-produits, débattent
actuellement de la mise au point de technologies moins toxiques dans des colloques sur la
«chimie verte», ou l’«écologie industrielle» (Illman, 1994). En voici quelques exemples:

le remplacement des glycoléthers, des solvants chlorés et des solvants au
chlorofluorocarbone comme agents nettoyants en micro-électronique;

le remplacement des solvants organiques par des solvants aqueux dans les colles ou
adhésifs et les mastics;

la réduction des solvants organiques volatils dans de nombreuses peintures,
remplacées par des peintures à l’eau, des peintures par pulvérisation au gaz carbonique
supercritique et des revêtements en poudre;

le remplacement du cadmium et du plomb dans les pigments;

l’élimination de la pollution atmosphérique par l’oxyde nitreux dans la fabrication
d’acide adipique (utilisé dans la fabrication du nylon, du polyester et du polyuréthane);

le remplacement de l’acrylamide dans les mastics;

le remplacement du blanchiment au chlore dans la fabrication du papier;

la conversion du phosgène, de l’arsine et autres gaz toxiques en produits
intermédiaires moins toxiques qui peuvent être mis en œuvre dans les procédés
industriels, évitant ainsi d’avoir à stocker et à transporter de grandes quantités de gaz
comprimés hautement toxiques;

le remplacement du procédé au phosgène dans la fabrication des polycarbonates par
un procédé au carbonate de diméthyle;

la synthèse des isocyanates aliphatiques à partir d’amines et de dioxyde de carbone au
lieu des procédés à base de phosgène;

le remplacement de l’acide fluorhydrique par l’acide sulfurique ou, mieux encore, par
des catalyseurs solides, dans les unités d’alkylation de l’essence des raffineries de
pétrole;

l’utilisation de zéolite comme catalyseur dans la production de cumène, au lieu de
l’acide phosphorique ou du chlorure d’aluminium, ce qui supprimerait les problèmes
d’élimination des déchets acides et de manipulation de matériaux corrosifs.

La promotion, sur le plan mondial, de technologies moins toxiques peut être menée à bien tant
de façon individuelle par les entreprises multinationales que par des organismes collectifs. La
Coopérative de l’industrie pour la protection de la couche d’ozone (Industry Cooperative for
Ozone Layer Protection) est l’un des outils que les grandes firmes ont utilisé pour promouvoir
des technologies préférables sur le plan de l’environnement. Par cette organisation et avec
l’appui de la Banque mondiale, IBM a tenté d’aider des sociétés en Asie et en Amérique latine
à passer au nettoyage et au séchage à l’eau des cartes de circuits imprimés et des composants
de disques.
Le rôle des pouvoirs publics
De nombreux pays voient se développer leur industrie et, en étudiant les demandes de
nouveaux projets industriels, les pouvoirs publics ont l’occasion et la responsabilité d’évaluer

les risques pour la sécurité et la santé des technologies importées. Le pays d’accueil devrait
chercher à s’assurer que les nouvelles opérations vont atteindre un haut niveau de
performance. Le candidat présentant le projet s’engagerait sur des niveaux précis de
dégagements polluants qui ne devraient pas être dépassés pendant l’exploitation de l’usine,
ainsi que sur les limites d’exposition des travailleurs aux substances toxiques. Il devrait être
prêt à payer pour que le gouvernement se procure le matériel de surveillance nécessaire, afin
de s’assurer que ces limites sont respectées dans la pratique, et à permettre en tout temps
l’accès immédiat des installations aux inspecteurs du travail.
Il conviendrait de demander aux candidats de décrire leur expérience de la technologie utilisée
et des risques qu’elle comporte. Le gouvernement du pays d’accueil a de bonnes raisons de
vouloir être informé des risques et du niveau de pollution qui existe dans des usines similaires
exploitées par les candidats au projet, et il en a le droit. De même, il importe de connaître les
lois, les règlements et les normes de protection de la santé publique qui sont respectées par les
candidats dans les installations similaires d’autres pays.
La procédure d’examen de la candidature par le pays d’accueil devrait inclure une évaluation
critique de l’affaire. Il faut se poser la question: «En avons-nous réellement besoin?»; si la
réponse est affirmative, on devrait s’assurer que la technologie est conçue pour comporter le
moins de risques possibles quant aux procédés et aux produits, quels que soient les besoins à
satisfaire. Cette procédure s’accorde avec les politiques déclarées des plus grandes entreprises
multinationales. L’accomplissement de leur devoir éthique par les pouvoirs publics et les
sociétés est le meilleur moyen de s’assurer que les progrès technologiques liés à la santé
publique se propagent rapidement dans le monde entier.
Les nouveaux grands projets dans les pays en développement impliquent généralement la
participation des entreprises multinationales investissant à l’étranger. Les directives ci-jointes
(voir tableau 20.2), publiées par Greenpeace et le Réseau du tiers monde (Third World
Network) en Malaisie, indiquent de façon détaillée les informations que les pouvoirs publics
peuvent exiger des investisseurs étrangers (Bruno, 1994). Dans la mesure où les informations
sur la technologie et ses dangers ne sont pas fournies par les investisseurs étrangers potentiels,
les gouvernements peuvent et doivent prendre des mesures pour les obtenir par leurs propres
moyens.
Tableau 20.2 Informations à fournir par les investisseurs étrangers en vue d'une
étude environnementale
A. L’investisseur étranger fournira une analyse d’impact sur l’environnement du projet
soumis, comprenant:
1. la liste de toutes les matières premières, intermédiaires, produits et déchets
(accompagnée d’un diagramme des flux);
2. la liste de toutes les normes de sécurité et de santé au travail et de celles relatives
à l’environnement (rejets d’eaux usées, taux d’émission dans l’atmosphère de tout
polluant atmosphérique, description détaillée et taux de production de déchets,
solides ou autres, devant être éliminés sur site ou par incinération);
3. le plan de maîtrise de tous les risques pour la sécurité et la santé au travail issus

de l’exploitation de l’usine, du stockage et du transport de matières premières,
produits et déchets potentiellement dangereux;
4. la copie des directives internes de l’investisseur étranger pour la conduite des
analyses d’impact sur l’environnement et sur la sécurité et la santé au travail pour
les nouveaux projets;
5. les fiches techniques de sécurité fournies par les fabricants de toutes les
substances utilisées.
B. L’investisseur étranger fournira des informations complètes sur la situation, l’ancienneté
et les performances des établissements existants ou fermés au cours des cinq dernières
années, dont il jouit de la propriété partielle ou totale, et dans lesquels des procédés et des
produits similaires sont utilisés, comprenant:
1. la liste de toutes les normes de sécurité et de santé au travail et de celles relatives
à l’environnement, comprenant à la fois les obligations légales (normes, lois,
règlements), les normes internes et les pratiques de la société en ce qui concerne
la surveillance de tout type de risque professionnel et écologique;
2. la description de tous les cas d’incapacité permanente et/ou totale subie ou
présumée subie par les travailleurs, y compris les demandes de réparation de ces
derniers;
3. des explications sur toutes les amendes, pénalités, citations à comparaître,
infractions, accords de réglementation et plaintes en dommages-intérêts
concernant l’environnement et la sécurité et la santé au travail, ainsi que les
risques ou les dommages issus de la commercialisation et du transport des
produits de ces entreprises;
4. la description du taux de participation de l’investisseur étranger au capital et à la
technologie de chaque établissement et des informations similaires sur les autres
actionnaires et fournisseurs de technologie;
5. les noms et adresses des autorités de tutelle qui réglementent et surveillent les
questions d’environnement et de sécurité et de santé au travail pour chaque
établissement;
6. l’exposé des cas où un impact quelconque d’un établissement sur
l’environnement a donné lieu à une controverse au sein de la population locale ou
avec les autorités de tutelle, et notamment une description des pratiques critiquées
et de la réponse qui a été apportée dans chaque cas à ces critiques;
7. la copie, accompagnée d’un récapitulatif, de tous les audits de l’entreprise
concernant la sécurité et la santé au travail, ainsi que l’environnement, et les
rapports d’inspection de chaque établissement, comportant ces audits et les
rapports établis par les consultants;

8. la copie des rapports de sécurité, d’évaluation et d’analyse des risques établis
pour des technologies similaires par l’investisseur étranger et par ses consultants;
9. la copie des documents relatifs à la libération de produits toxiques qui ont été
soumis à des organes gouvernementaux (par exemple l’Agence américaine de
protection de l’environnement (EPA) ou des organismes analogues d’autres pays)
au cours des cinq dernières années, pour tous les établissements;
10. toute information jugée utile par l’investisseur étranger.
C. L’investisseur étranger présentera une déclaration sur la politique de l’entreprise en
matière de sécurité, de santé et de performance environnementale dans ses opérations
dans le monde. Cet exposé doit mentionner la politique de la société à l’égard des lois,
règlements, normes et directives, ainsi que ses pratiques dans les nouveaux projets
industriels et les unités de production. L’investisseur étranger expliquera de quelle façon
sa politique mondiale est mise en œuvre en décrivant le personnel responsable de celleci, ses pouvoirs et responsabilités, et sa position dans la structure de la société à
l’étranger. Cette description comportera également les noms, adresses et numéros de
téléphone des cadres supérieurs de la société responsables de ces fonctions.
L’investisseur étranger précisera s’il applique les mêmes normes dans le monde entier en
matière de protection des travailleurs et de l’environnement pour tous ses nouveaux
projets et, dans le cas contraire, il en expliquera les raisons.
D. L’investisseur étranger acceptera de fournir au pays en développement un accès immédiat
à toutes les installations industrielles proposées, à tout moment de leur exploitation, pour
lui permettre de procéder aux inspections, au contrôle de l’exposition des travailleurs aux
risques, et au prélèvement d’échantillons des substances toxiques émises.
E. L’investisseur étranger acceptera de fournir une formation complète à tous les salariés
exposés aux risques professionnels potentiels, et notamment une formation sur les effets
potentiels pour la santé de toutes les expositions et sur les mesures de contrôle les plus
efficaces.
F. L’investisseur étranger acceptera de fournir au pays en développement les équipements
destinés à analyser l’exposition sur le lieu de travail et la production de substances
polluantes, incluant toutes les obligations stipulées au point A 2) ci-dessus, pour toute la
durée de vie du projet mais ne s’y limitant pas. L’investisseur étranger acceptera que le
projet soumis assume les coûts pour le gouvernement du pays en développement de tous
les contrôles médicaux et d’exposition pendant la durée de vie du projet.
G. L’investisseur étranger acceptera que le projet soumis indemnise intégralement toute
personne dont la santé, la capacité de gain ou la propriété subiront un dommage du fait
des risques professionnels et d’impact sur l’environnement découlant du projet comme
déterminé par le gouvernement du pays en développement.
H. Lors de la commercialisation, l’investisseur étranger prendra des mesures de protection
aussi restrictives que celles qui sont appliquées partout ailleurs dans le monde, afin de
s’assurer que les travailleurs et la population ne subissent pas de dommages du fait de

l’utilisation de ses produits.
I. Si l’investisseur étranger découvre un risque important d’atteinte à la santé ou à
l’environnement, posé par une substance qu’il produit ou vend dans le pays en
développement, risque non connu ou divulgué à la date de la présente candidature, il
acceptera de le notifier à l’agence gouvernementale de protection de l’environnement du
pays en développement dès la connaissance de ce risque. Cela équivaut aux exigences de
l’article 8 de la loi sur le contrôle des substances toxiques des Etats-Unis.
J. J. L’investisseur étranger fournira les noms, titres, adresses, numéros de téléphone et de
télécopie de ses cadres supérieurs chargés de la mise en œuvre de sa politique
d’environnement, de sécurité et de santé au travail, de la conception et de l’exploitation
de l’établissement, des inspections internes et de l’examen des performances de
l’établissement, ainsi que de la bonne gestion des produits.
Source: Bruno, 1994.
Les risques industriels ne sont pas la seule raison pour laquelle les pays peuvent désirer
effectuer des études d’impact sur l’environnement, et les projets industriels ne sont pas les
seuls à justifier un tel examen. L’importation et l’utilisation massive de technologies grandes
consommatrices d’énergie pour fabriquer des réfrigérateurs, des moteurs électriques et du
matériel d’éclairage ont causé de sérieuses difficultés. Dans de nombreux pays, la production
d’électricité pourrait difficilement suivre la demande, même si les économies d’énergie étaient
un critère d’évaluation des nouvelles technologies et de la conception des immeubles à usage
commercial. Le gaspillage de l’énergie entrave sérieusement le développement — il suffit de
penser au coût de la construction et de l’exploitation d’une surcapacité de production, à la
pollution et à l’effet de découragement de l’expansion, provoqué par une alimentation
électrique défectueuse et des pannes de courant. Les économies d’énergie pourraient libérer
d’immenses ressources pour subvenir à des besoins fondamentaux au lieu de servir à
construire et exploiter des centrales électriques inutiles.
Conclusion
Les entreprises multinationales sont les mieux placées pour déterminer quels types de
technologies seront transférés aux pays d’Afrique, d’Amérique latine, d’Asie et d’Europe
centrale et orientale. Les grandes entreprises ont l’obligation morale de mettre rapidement en
application des politiques mondiales libérées de la pratique des deux poids, deux mesures en
matière de santé publique et d’environnement. La vie des générations présentes et futures
dépendra essentiellement du rythme auquel des technologies améliorées et moins dangereuses
se généraliseront.
Les pouvoirs publics, de leur côté, sont tenus moralement d’examiner de façon indépendante
et critique les projets industriels et commerciaux. Le meilleur moyen de ce faire est d’analyser
minutieusement les technologies et les sociétés intéressées. La crédibilité et l’efficacité de
l’examen dépendront largement de sa transparence et de la participation de la population.
Les citations provenant d’entreprises sont issues de rapports publiés dans la presse spécialisée
et de communications faites à l’auteur.

LES ASPECTS ÉCONOMIQUES DE LA SÉCURITÉ ET DE LA SANTÉ AU TRAVAIL
Alan Maynard
Les accidents et les maladies liés au travail font subir à la collectivité des pertes
considérables, mais aucune société n’a les moyens de les prévenir tous. Les ressources étant
rares, les investissements limités doivent être soigneusement ciblés, afin d’être les plus
judicieux possibles. L’estimation du coût de la mauvaise santé au travail ne facilite pas, en
elle-même, le ciblage des investissements. Une évaluation économique correcte peut être utile
si elle est bien conçue et menée. Les résultats d’une telle évaluation peuvent être exploités,
assortis d’une approche critique adéquate de la pratique des évaluations, afin de guider le
choix des investissements, mais l’évaluation économique ne va pas et ne devrait pas
déterminer les décisions d’investir. Celles-ci seront le reflet de valeurs économiques,
politiques et sociales. Comme Fuchs (1974) l’exposait:
La plupart de nos grands problèmes de santé découlent des choix de valeur. Qui sommesnous? Quel genre de vie voulons-nous mener? Quelle société voulons-nous bâtir pour nos
enfants et nos petits-enfants? Quelle importance voulons-nous accorder à la liberté
individuelle? A l’égalité? Au progrès matériel? Aux valeurs spirituelles? Quelle importance
revêt à nos yeux notre propre santé? Et celle de notre prochain? Les réponses que nous
apportons à ces questions, de même que les indications que nous fournit l’économie, vont et
devraient moduler notre politique de santé.
Si elle réussit, une décision de réglementer l’industrie minière afin de réduire le nombre des
travailleurs tués ou mutilés se traduira pour la population active par des avantages sur le plan
de la santé qui, cependant, ont des coûts. En fait, l’augmentation des coûts liés à
l’amélioration de la sécurité entraînera une hausse des prix et réduira les ventes sur les
marchés mondiaux concurrentiels, ce qui peut amener les employeurs à s’écarter des
règlements sans que les syndicats et leurs membres ne réagissent, préférant peut-être accepter
des entorses à l’application des lois sur la sécurité et la santé si elles se traduisent par une
amélioration de leurs revenus et des perspectives d’emploi.
Le but de l’analyse économique en matière de santé au travail est précisément de permettre
d’évaluer le niveau «efficient» de l’investissement dans la sécurité. Ce niveau est atteint
lorsque le coût d’une action supplémentaire modeste destinée à renforcer la sécurité (le coût
marginal) est égal aux avantages retirés (le rendement marginal en termes d’amélioration de la
santé et du bien-être résultant de la réduction des risques). Les aspects économiques de la
sécurité et de la santé au travail sont un facteur essentiel dans la prise de décisions à tous les
échelons — atelier, entreprise, industrie, société. Se comporter comme si tous les risques pour
la santé des travailleurs sur le lieu de travail pouvaient être éliminés peut être inefficient. Les
risques devraient être éliminés là où il est rentable de le faire, mais certains sont rares et il
serait trop coûteux de les supprimer: il faut donc les tolérer. Lorsque des événements
exceptionnels portent préjudice au bien-être des travailleurs, ils doivent être acceptés, à regret,
au motif d’efficience économique. En matière de risques professionnels, il existe un niveau
optimal au-delà duquel les coûts de leur réduction dépassent les avantages. Investir dans la
sécurité au-delà de ce niveau générera des avantages sur le plan de la sécurité qui ne peuvent
être acquis que si la société est prête à agir de façon inefficiente. C’est là une décision de
politique sociale.
Les types d’analyse économique
L’analyse des coûts

L’analyse des coûts exige d’identifier, de quantifier et d’évaluer du point de vue des
ressources les conséquences des accidents du travail et des maladies professionnelles. Ces
éléments donnent une idée de l’ampleur du problème, mais ne permettent pas aux décideurs
de déterminer l’intervention la plus efficiente parmi toutes les mesures possibles que peuvent
prendre les divers responsables de la réglementation du milieu de travail.
Une étude britannique illustre bien cette question des coûts que les accidents et les maladies
liés au travail représentent pour l’économie (Davies et Teasdale, 1994). En 1990, 1,6 million
d’accidents du travail ont été déclarés, et 2,2 millions de personnes ont présenté des
problèmes de santé causés ou aggravés par le milieu de travail. En conséquence, 20 000
personnes se sont vues contraintes de quitter leur travail, et 30 millions de journées de travail
ont été perdues. Le manque à gagner et les autres préjudices subis ont été estimés, pour les
victimes et leurs familles, à 5,2 milliards de livres sterling. Pour les employeurs, la perte s’est
située entre 4,4 et 9,4 milliards de livres sterling et, pour la société dans son ensemble, entre
10,9 et 16,3 milliards de livres sterling (voir tableau 20.3). Les auteurs de cette étude ont noté
que, tandis que le nombre d’accidents du travail et de maladies professionnelles déclarés avait
diminué, leur coût estimé avait augmenté.
Tableau 20.3 Les coûts pour l'économie britannique des accidents du travail et des maladies
liées
au travail, 1990 (en millions de £)
Coûts pour les victimes et leur Coûts pour leurs employeurs Coûts pour l’ensemble de la
famille
société
Perte de revenu

(Millions Coûts de production (Millions Perte de production (Millions
de £)
supplémentaires
de £)
de £)

Accidents

376

Accidents

336

Accidents

1 365

Maladies

579

Maladies

230

Maladies

1 908

Dommages et pertes subis lors
d’accidents

Coûts en ressources: dommages
subis lors d’accidents

Lésions

15-140

Lésions

15-140

Autres

2 152-6
499

Autres

2 152-6
499

Assurance

505

Assurés

430

Traitement médical
Accidents

58-244

Maladies

58-219

Administration/recrutement

Administration, etc.

Accidents

58-69

Accidents

132-143

Maladies

79-212

Maladies

163-296

Autres

307-712

Autres

382-787

Autres préjudices subis

Autres préjudices subis

Accidents

1 907

Responsabilité de l’employeur

Accidents

1 907

Maladies

2 398

Assurance

750

Maladies

2 398

Total

5 260

Total

4 432-9
453

Total

10 968-16
336

Moins:
indemnisation par
l’assurance
responsabilité civile
de l’employeur
Total net

650

4 610

Source: Davies et Teasdale, 1994.
Les coûts étaient supérieurs à ceux qui avaient été enregistrés dans des études précédentes en
raison de la révision des techniques d’estimation des pertes des régimes de protection sociale
et de meilleures sources d’information. L’élément central d’information dans ce type
d’exercice d’estimation des coûts est l’épidémiologie des accidents et des maladies liés au
travail. Comme dans tous les autres secteurs de l’analyse des coûts sociaux (par exemple,
celui de l’alcool — voir McDonnell et Maynard, 1985), la mesure du nombre d’événements a
tendance à être inexacte. Certains accidents ne sont pas signalés, mais on en ignore le nombre.
Le lien entre la maladie et le lieu de travail peut paraître évident dans certains cas (comme
dans celui des maladies liées à l’amiante), mais incertain dans d’autres (par exemple, les
cardiopathies et les facteurs de risque professionnels). C’est pourquoi il est difficile
d’identifier le nombre de cas véritablement liés au travail.
L’estimation des coûts des cas identifiés pose également certains problèmes. Si le stress au
travail entraîne alcoolisme et licenciement, comment évaluer les effets de ces événements sur
la famille? Si un accident du travail cause une souffrance à vie, comment l’évaluer? De
nombreux coûts peuvent être identifiés, certains peuvent être mesurés, mais, souvent, une
proportion considérable de coûts mesurés, voire quantifiés, ne peuvent être évalués.

Avant de consacrer trop d’efforts à l’estimation des coûts qu’entraînent les problèmes de santé
liés au travail, il est essentiel que l’objectif poursuivi et l’importance d’une grande exactitude
soient clairement établis. L’estimation des coûts des accidents du travail et des maladies
professionnelles ne guide pas la décision d’investir pour prévenir ces événements, car elle ne
renseigne pas les gestionnaires sur les coûts et les avantages qu’ils peuvent retirer en
s’engageant un peu plus ou un peu moins dans cette activité de prévention. L’estimation des
coûts des événements liés à une mauvaise santé due au travail permet d’identifier les pertes
par catégories (l’individu, la famille et l’employeur) et les coûts pour la société. Cette tâche ne
donne pas de renseignements sur l’activité de prévention. Les informations nécessaires à ces
choix ne peuvent être obtenues que par une évaluation économique.
Les principes de l’évaluation économique
Il existe quatre types d’évaluation économique: l’analyse minimisation des coûts, l’analyse
coûts-avantages, l’analyse coût-efficacité et l’analyse coût-utilité. Les caractéristiques de ces
approches sont présentées dans le tableau 20.4.

Analyse

Tableau 20.4 Les types d'évaluation économique
Mesure des Mesure des effets:
Mesure des effets: quelle
coûts
lesquels?
unité?

Minimisation des coûts £

Présumés identiques

Aucune

Coûts-avantages

£

Tous les effets produits
par les différentes
stratégies possibles

Livres sterling

Coût-efficacité

£

Variable unique
spécifique commune
obtenue à des degrés
divers

Unités communes
(par exemple, années de
vie)

Coût-utilité

£

Effets des thérapies
concurrentes obtenus à
différents niveaux

Années de vie pondérées
par la qualité de vie
(AVPQ) ou corrigées du
facteur invalidité (AVCI)

L’analyse minimisation des coûts suppose que l’effet produit est identique dans chacune des
options faisant l’objet de la comparaison. Soit deux interventions destinées à réduire les effets
cancérogènes d’un procédé de production, dont l’ingénierie et les autres données montrent
que les effets sont identiques en termes d’exposition et de diminution des cancers: l’analyse
minimisation des coûts peut être utilisée pour calculer le coût des stratégies possibles afin
d’identifier l’option la moins coûteuse.
De toute évidence, l’hypothèse des effets identiques est forte et il est peu probable qu’elle se
rencontre dans la plupart des cas d’investissement; par exemple, les effets de différentes
stratégies de sécurité sur la durée et la qualité de la vie des travailleurs seront inégaux. Dans
ce cas, il est nécessaire d’utiliser d’autres méthodes d’évaluation.

La plus ambitieuse de ces méthodes est l’analyse coûts-avantages. L’analyste qui la pratique
doit identifier, mesurer et évaluer, dans une unité monétaire commune, à la fois les coûts et les
avantages des stratégies de prévention possibles. L’évaluation des coûts de ces
investissements peut être malaisée. Cependant, ces problèmes peuvent paraître mineurs
comparés à l’évaluation monétaire des avantages qu’entraînent ces investissements: quelle
valeur donner à une lésion évitée ou à une vie sauvée? En raison de ces difficultés, l’analyse
coûts-avantages n’a guère été utilisée dans le domaine des accidents et de la santé.
En revanche, une forme plus restreinte d’évaluation économique, l’analyse coût-efficacité, a
été largement utilisée dans le secteur de la santé. Cette méthode a été développée par l’armée
américaine, dont les analystes ont adopté la fameuse mesure des effets nommée
«dénombrement des morts», et cherché alors à identifier le moyen le moins coûteux d’obtenir
un nombre donné de cadavres ennemis (par exemple, quels étaient les coûts relatifs des
barrages d’artillerie, du bombardement au napalm, des charges d’infanterie, des avances de
blindés et autres «investissements» destinés à obtenir un effet voulu de mortalité chez
l’ennemi).
Donc, l’analyse coût-efficacité consiste généralement en une simple mesure d’effets
spécifiques à un secteur, après quoi il est possible de calculer ce que coûtera, par exemple,
l’obtention de différents niveaux de réduction des accidents ou de la mortalité sur les lieux de
travail.
L’analyse coût-efficacité trouve ses limites dans l’impossibilité d’étendre les mesures
d’efficacité dans un secteur (comme la réduction de l’exposition à l’amiante) à tous les autres
(par exemple, à celui de la réduction du taux d’électrocutions dans la distribution
d’électricité). C’est pourquoi l’analyse coût-efficacité peut guider la prise de décisions dans
un domaine particulier, mais ne peut fournir d’indications pour évaluer les coûts et les effets
des choix d’investissement dans une large gamme de stratégies de prévention.
L’analyse coût-utilité a été conçue pour surmonter ce problème en utilisant une mesure
d’efficacité générique, telle que les années de vie pondérées par la qualité de vie (AVPQ) ou
les années de vie corrigées du facteur invalidité (AVCI) (Williams, 1974; Banque mondiale,
1993). Cette méthode peut être appliquée à l’identification des coûts/effets en années de vie
pondérées par la qualité de vie des différentes stratégies possibles, et ces informations peuvent
guider les stratégies d’investissement dans la prévention de façon plus complète.
L’utilisation des techniques d’évaluation économique en matière de soins médicaux est bien
établie, encore qu’en médecine du travail elle soit plus limitée. Compte tenu de la difficulté de
mesurer et d’évaluer tant les coûts que les avantages (par exemple, en années de vie
pondérées par la qualité de vie), ces techniques sont utiles, mais non indispensables, pour
guider les choix d’investissement dans la prévention. Il est surprenant qu’elles soient utilisées
si rarement et que l’investissement soit alors choisi en quelque sorte au hasard plutôt que sur
la base d’une évaluation précise dans un cadre analytique reconnu.
La pratique de l’évaluation économique
L’analyse économique est semblable à tous les autres domaines de l’activité scientifique dans
la mesure où les principes et la pratique peuvent être différents. L’utilisation d’études sur les
aspects économiques des accidents du travail et des maladies professionnelles passe donc
nécessairement par un examen attentif des évaluations existantes. Il existe depuis longtemps
des critères destinés à apprécier les qualités des évaluations économiques (Drummond,

Stoddart et Torrance, 1987; Maynard, 1990). Un pionnier en la matière, Alan Williams, a
formulé voilà plus de deux décennies (Williams, 1974) une liste de questions pertinentes:

à quelle question précise l’étude tentait-elle de répondre?

à quelle question a-t-elle réellement répondu?

quels sont les objectifs présumés de l’activité étudiée?

comment sont-ils mesurés?

comment sont-ils pondérés?

pouvons-nous dire si les objectifs sont atteints?

quel éventail d’options avait-on envisagé?

quelles autres options y aurait-il pu avoir?

ont-elles été repoussées, ou non envisagées, pour de bonnes raisons?

le fait de les inclure aurait-il pu changer les résultats?

une personne n’ayant pas été prise en considération dans l’analyse peut-elle être
concernée?

si oui, pourquoi a-t-elle été exclue?

la notion de coût va-t-elle en deçà ou au-delà des frais encourus par l’organisme en
cause?

si tel n’est pas le cas, est-il clair que ces dépenses englobent toutes les ressources
utilisées et représentent la valeur exacte de ces dernières si elles étaient affectées à
d’autres fins?

si tel est le cas, la limite ainsi tracée inclut-elle tous les bénéficiaires et perdants
potentiels, et les ressources sont-elles évaluées à la valeur de leur meilleure affectation
possible?

le décalage de temps entre les éléments propres aux flux d’avantages et aux coûts estil dûment pris en compte (par exemple, par un solde) et, dans l’affirmative, à quel
taux?

là où il demeure une incertitude, ou si les marges d’erreur sont connues, la sensibilité
du résultat à ces éléments est-elle clairement énoncée?

les résultats, tout compte fait, sont-ils suffisamment fiables au vu de la tâche à
accomplir?

quelqu’un d’autre a-t-il fait mieux?

Dans plusieurs domaines de l’évaluation économique, la pratique a tendance à être
défectueuse. Ainsi, en ce qui concerne les dorsalgies, qui coûtent cher à la société au titre des
maladies liées au travail, les différents traitements possibles et leurs effets prêtent à
controverse. Dans le passé, on prescrivait le repos au lit, alors qu’aujourd’hui on préconise
l’activité et l’exercice pour dissiper la tension musculaire qui provoque la douleur (Klaber
Moffett et coll., 1995). Toute évaluation économique doit se fonder sur les connaissances des
praticiens, souvent incertaines. Sans une évaluation soigneuse de la validité des connaissances
de base, toute tentative pour définir les effets économiques des interventions possibles peut
manquer d’objectivité et dérouter les décideurs, comme c’est le cas pour les soins médicaux
(Freemantle et Maynard, 1994).
S’agissant des investissements destinés à prévenir les maladies et les accidents liés au travail,
les évaluations économiques sont peu nombreuses. Tout comme dans le domaine des soins
médicaux en général, les études dont on dispose sont souvent médiocres (Mason et
Drummond, 1995). La prudence est donc de mise. Les évaluations économiques sont
essentielles, mais, dans la pratique, elles souffrent de tels défauts que les utilisateurs de cette
discipline doivent être en mesure d’évaluer de façon critique les connaissances de base
disponibles avant d’engager les ressources limitées de la société.
UNE ÉTUDE DE CAS: L’INDUSTRIALISATION ET LES PROBLÈMES DE SANTÉ AU
TRAVAIL EN CHINE
Zhi Su
Les agriculteurs chinois ont obtenu des succès remarquables dans l’industrialisation des
campagnes et dans le développement des entreprises rurales situées dans les nouvelles cités
industrielles (voir tableau 20.5). C’est ainsi que les populations rurales ont pu échapper
rapidement à la pauvreté. Depuis les années soixante-dix, plus de cent millions d’agriculteurs
ont rejoint les entreprises des nouvelles cités industrielles, nombre supérieur à l’effectif total
des salariés des entreprises collectives appartenant à l’Etat ou aux municipalités. A l’heure
actuelle, les entreprises de ces cités occupent un travailleur rural sur cinq. Au total, 30 à 60%
du revenu net moyen total des ruraux proviennent de la valeur créée par ces entreprises. La
valeur de la production des industries rurales a représenté 30,8% de la valeur totale de la
production industrielle nationale en 1992. Il est prévu que, d’ici à l’an 2000, plus de 140
millions de travailleurs ruraux excédentaires, soit quelque 30% de la population rurale active,
seront absorbés par les industries rurales (Chen, 1993; China Daily, 5 janv. 1993).
Tableau 20.5 Le développement des entreprises des nouvelles cités industrielles en Chine
1978
1991
Nombre d’entreprises (en millions)

1,52

Nombre de salariés (en millions)

28

Actifs immobilisés (en milliards de
YRMB)

22,96

19
96
338,56

Valeur de la production globale (en
milliards de YRMB)

49,5

1 162,1

Ce passage rapide de la main-d’œuvre agricole vers des emplois non agricoles des régions
rurales a lourdement pesé sur les ressources des services de santé au travail. Une étude des
besoins de services de santé au travail et des mesures à prendre dans les industries des
nouvelles cités (Survey on Occupational Health Service Needs and Countermeasures in
Township Industries — SOHSNCTI), menée conjointement par le ministère de la Santé
publique et le ministère de l’Agriculture en 1990 sur un échantillon de 30 districts dans 13
provinces et de 2 municipalités, a montré que la plupart des entreprises rurales n’avaient pas
fourni les services de base en matière de santé au travail (Ministry of Public Health, 1992).
Evalué pour cinq activités de routine de la santé au travail, le taux de protection assuré aux
entreprises rurales par les institutions locales de santé au travail, les dispensaires ou les
centres de santé et de prévention des épidémies (CSPE) était très faible: de 1,37 à 35,64%
seulement (voir tableau 20.6). Les services qui doivent faire appel à des techniques
sophistiquées ou à un personnel bien formé en santé au travail sont particulièrement limités.
Ainsi, l’inspection médicale du travail aux fins de prévention, l’examen physique des
travailleurs exposés aux risques et la surveillance des lieux de travail étaient de toute évidence
insuffisants.
Tableau 20.6 Les services de santé au travail offerts aux entreprises rurales par les
dispensaires ou les CSPE
Domaines
Entreprises Entreprises
%
bénéficiant de
services de santé au
travail
Inspection de santé au travail aux fins de
prévention

7 716

106

1,37

Contrôle général d’hygiène industrielle

55 461

19 767

35,64

Surveillance des risques sur le lieu de travail

55 461

2 164

3,90

Examen physique des travailleurs

55 461

1 494

2,69

Aide à l’établissement de registres de santé au
travail

55 461

16 050

28,94

Parallèlement, les problèmes de santé au travail dans les entreprises rurales ont eu tendance à
s’aggraver. Tout d’abord, l’enquête indiquait que 82,7% des entreprises industrielles rurales
comportaient au moins une catégorie de risque professionnel. Au total, 33,91% des ouvriers
étaient exposés au minimum à un type de risque. D’après les concentrations de plomb,
d’analogues du benzène, de chrome, de poussières de silice, de charbon ou d’amiante relevées
sur 2 597 lieux de travail de 1 438 entreprises lors de prélèvements d’échantillons d’air, seuls
40,82% des entreprises respectaient les niveaux prescrits (voir tableau 20.7); les normes sur
les poussières n’étaient observées que dans des proportions très faibles: 7,31% pour la silice,

28,57% pour les poussières de charbon; 0,00% pour l’amiante. S’agissant du bruit, le taux
total de conformité dans 1 155 entreprises était de 32,96%. Un examen physique des
travailleurs exposés à plus de sept risques a été effectué (voir tableau 20.8). La prévalence
totale des maladies professionnelles causées uniquement par l’exposition à ces sept types de
risques était de 4,36%, soit un pourcentage bien plus élevé que celui de l’ensemble des
maladies professionnelles ouvrant droit à réparation dans les entreprises d’Etat. De plus, on
soupçonnait 11,42% des travailleurs exposés de souffrir de maladies professionnelles. Or, les
industries dangereuses continuent de se déplacer des villes vers les campagnes, et des
entreprises d’Etat vers les entreprises rurales qui occupent surtout d’anciens travailleurs
agricoles peu instruits. Les employeurs et les dirigeants eux-mêmes ont encore très peu
d’instruction. Une enquête portant sur 29 000 entreprises rurales a montré que 78% des
employeurs et des dirigeants n’avaient qu’une formation équivalente au niveau du premier
cycle secondaire, voire du cycle primaire, et que certains d’entre eux étaient tout simplement
analphabètes (voir tableau 20.9). Globalement, 60% des employeurs et des dirigeants
ignoraient les prescriptions gouvernementales sur la santé au travail. D’après cette enquête, la
prévalence des maladies professionnelles dans les industries rurales est appelée à augmenter
pour atteindre un niveau maximum aux environs de l’an 2000.
Tableau 20.7 Nombre de cas et taux de maladies professionnelles détectables
Risques
Entreprises
Lieux de travail Lieux de travail Taux de
contrôlés
conformes aux conformité (%)2
normes
1

Plomb

177

250

184

73,60

Analogues du benzène

542

793

677

85,37

Chrome

56

64

61

95,31

Poussières de silice

589

1 338

98

7,31

Poussières de charbon

68

140

40

28,57

Poussières d’amiante

6

12

0

0,00

Total

1 438

2 597

1 060

40,82

1

Aucune trace de mercure n’a été mise en évidence dans l’échantillon retenu. 2 Le taux
d’entreprises respectant la législation sur le bruit était de 32,96%; pour de plus amples
informations, se reporter au texte.
Tableau 20.8 Nombre de cas et taux de maladies professionnelles détectables
Maladies
Sujets
Sujets sains
Sujets malades
Maladie suspectée
professionnelles
examinés
Nombre Nombre

%

Nombre

%

Nombre

%

Silicose

6 268

6 010

95,88

75

1,20

183

2,92

Pneumoconiose des 1 653
mineurs de houille

1 582

95,70

18

1,09

53

3,21

Asbestose

87

66

75,86

3

3,45

18

20,69

Saturnisme
chronique

1 085

800

73,73

45

4,15

240

22,12

Intoxication par le
benzène et ses
analogues1

3 071

2 916

94,95

16

0,52

139

4,53

330

293

88,79

37

11,21

Atteinte auditive
causée par le bruit

6 453

4 289

66,47 6332

9,81

1 5313

23,73

Total

18 947

15 956

84,21 827

4,36

2 164

11,42

Intoxication
chronique au
chrome

1

Benzène, toluène et xylène, mesurés séparément. 2 Atteintes auditives dans les fréquences du
son. 3 Atteintes auditives dans les hautes fréquences.
Tableau 20.9 La répartition des travaux dangereux et le niveau d'instruction des employeurs
Niveau
Nombre
Entreprises Ouvriers
Travailleur Entreprises Travailleur
d’instruction des
total
comportant (3)
s exposés
dangereuse s exposés
employeurs
d’entrepris des travaux
(4)
s (%)
(%)
es
dangereux
(2)/(1)
(4)/(3)
(1)
(2)
Analphabète

239

214

8 660

3 626

89,54

41,87

Niveau primaire

6 211

5 159

266 814

106 076

83,06

39,76

Niveau premier
cycle secondaire

16 392

13 456

978 638

338 450

82,09

34,58

582

486

58 849

18 107

83,51

30,77

Enseignement
technique

Enseignement
secondaire de
deuxième cycle
Niveau universitaire
Total

5 180

4 324

405 194

119 823

83,47

29,57

642

544

74 750

21 840

84,74

29,22

29 246

24 183

1 792 905

607 922

82,69

33,91

Le défi des migrations massives de main-d’œuvre
En 1992, la population active en Chine comptait 594,32 millions de personnes, dont 73,7% se
classaient dans la catégorie des travailleurs ruraux (National Statistics Bureau, 1993). Un tiers
des 440 millions de travailleurs ruraux du pays seraient en fait sans emploi (China Daily, 7
déc. 1993). Le fort excédent de travailleurs qui dépassent largement le potentiel d’emplois des
industries rurales migre vers les zones urbaines. Les mouvements de masse des agriculteurs
vers les villes ces dernières années, mouvements qui sont particulièrement importants depuis
le début des années quatre-vingt-dix, ont posé aux autorités centrales et locales un défi
considérable. Ainsi, au cours du premier semestre de 1991, 200 000 agriculteurs seulement
avaient quitté leur foyer dans la province de Jiangxi, alors qu’ils furent plus de 3 millions à le
faire en 1993, soit un cinquième des travailleurs ruraux de la province (China Daily, 21 mai
1994). Les statistiques gouvernementales prévoient que 250 millions de travailleurs ruraux
arriveront sur le marché du travail urbain d’ici à la fin du siècle (China Daily, 25 nov. 1993).
En outre, chaque année, environ 20 millions de jeunes atteignent l’âge légal d’admission à
l’emploi dans l’ensemble du pays (National Statistics Bureau, 1993). Grâce à une urbanisation
croissante et à une large ouverture sur l’extérieur qui attire les investisseurs étrangers, de
nouvelles occasions d’emploi ont été créées pour les travailleurs ruraux migrants. Ceux-ci
sont embauchés dans les villes pour des activités très diverses, notamment dans l’industrie, le
génie civil, les transports, le commerce et les services, ainsi que dans la plupart des travaux
dangereux ou à haut risque que les citadins répugnent à accomplir. Ces travailleurs ont la
même formation que ceux des entreprises rurales et sont confrontés à des problèmes similaires
en matière de santé au travail. En outre, du fait de leur mobilité, il est difficile de retrouver
leur trace, et les employeurs pourraient facilement échapper à leurs responsabilités à l’égard
de la santé de leur personnel. De plus, ces travailleurs occupent souvent plusieurs emplois
dans lesquels les risques d’exposition à des produits toxiques peuvent se combiner, et il est
difficile de leur assurer l’accès aux services de santé au travail. Ces conditions aggravent la
situation.
Les problèmes de santé au travail dans les industries financées par des capitaux étrangers
Plus de 10 millions de travailleurs nationaux sont à l’heure actuelle employés, dans
l’ensemble du pays, par plus de 70 000 entreprises à capitaux étrangers. Des politiques
préférentielles destinées à encourager l’investissement étranger, la présence d’importantes
ressources naturelles et une main-d’œuvre bon marché attirent toujours plus d’investisseurs.
La commission de planification du conseil d’Etat a décidé d’alléger les procédures d’examen
applicables aux candidats. Les autorités locales ont reçu plus de pouvoirs quant à
l’approbation des projets d’investissement. Ceux qui sont inférieurs à 30 millions de dollars
E.U. peuvent faire l’objet d’une décision des autorités locales, avec une inscription auprès de
la commission de planification, et les entreprises étrangères sont encouragées à faire de telles
offres (China Daily, 18 mai 1994). Bien entendu, les entreprises à capitaux étrangers
présentent également un grand attrait pour de nombreux travailleurs chinois, principalement
parce qu’elles proposent des salaires plus élevés.

L’encouragement des investissements étrangers s’est aussi accompagné d’un transfert des
industries dangereuses vers ce pays. Le ministère de la Santé publique et les autres
organismes apparentés se préoccupent depuis longtemps de la santé des travailleurs occupés
dans ces secteurs. Certaines enquêtes locales ont mis en évidence l’ampleur du problème:
hauts niveaux d’exposition aux risques professionnels; horaires de travail excessifs;
mauvaises conditions de travail; problèmes propres au personnel féminin; absence de
protection individuelle appropriée, d’examens médicaux et de formation en matière de santé
et d’assurance maladie; licenciement des travailleurs victimes de maladies professionnelles,
etc.
L’incidence des intoxications dues aux produits chimiques s’est accrue ces dernières années.
D’après des informations de 1992 provenant de l’Institut pour la prévention et le traitement
des maladies professionnelles de la province de Guangdong, deux accidents ayant entraîné
une intoxication par les solvants se sont produits simultanément dans deux usines de jouets à
capitaux étrangers situées dans la zone économique spéciale (ZES) de Zhuhai, affectant au
total 23 travailleurs. Parmi eux, 4 sont décédés, victimes d’un empoisonnement au 1,2dichloroéthane; 19 autres ont souffert d’une intoxication au benzène et à ses analogues
(xylène et toluène). Ces travailleurs étaient employés dans ces usines depuis moins d’un an,
quelques-uns depuis 20 jours seulement (Guangdong Provincial Occupational Disease
Prevention and Treatment Hospital, 1992). La même année, deux autres accidents de ce type
étaient signalés dans la ville de Dalian, dans la province de Liaoning; l’un d’eux avait affecté
42 travailleurs et l’autre 1 053 (Dalian City Occupational Disease Prevention and Treatment
Institute, 1992b). Le tableau 20.10 renseigne sur les conditions sanitaires en entreprise dans
trois ZES de la province de Guangdong et de la région de développement économique et
technologique de Dalian, d’après une étude menée par les institutions locales de santé au
travail (IST), les dispensaires ou les centres de santé et de prévention des épidémies (CSPE)
(Dalian City Occupational Disease Prevention and Treatment Institute, 1992b).

Région

Tableau 20.10 La santé au travail dans les entreprises à capitaux étrangers
Nombre
Nombre de Entreprise Travailleur Entreprise Entreprises assurant des
d’entrepris salariés
s
s exposés s
examens de santé (%)
es
comportan (%)
possédant
t des
un OSST1
risques
(%)
profession
nels (%)
Périodiques

A
l’embauc
he

Guangdon 657
g2

69 996

86,9

17,9

29,3

19,6

31,2

Dalian3

16 895

84,7

26,9

19,4

0,0

0,0

1

72

Tout organe de sécurité et de santé au travail prévu: dispensaire, commission de sécurité et
de santé au travail, etc. 2 Etude effectuée en 1992 dans trois zones économiques spéciales

(ZES): Shenzhen, Zhuhai et Shantou. 3 Etude effectuée en 1991 dans la région de
développement économique et technologique de Dalian.
Les employeurs des entreprises à capitaux étrangers, en particulier les petites industries
manufacturières, ne tiennent pas compte de la réglementation protégeant les droits, la santé et
la sécurité des travailleurs. Seuls 19,6 ou 31,2% des travailleurs de trois ZES de la province
de Guangdong ont été soumis à un examen médical (voir tableau 20.10). La proportion
d’entreprises ne prenant aucune disposition pour fournir des équipements de protection
individuelle aux travailleurs exposés atteignait 49,2%, et seules 45,4% des entreprises
attribuaient des primes de risque (China Daily, 26 nov. 1993). A Dalian, la situation était
encore pire. Une autre enquête menée par le syndicat de la province de Guangdong en 1993 a
révélé que plus de 61% des salariés travaillaient plus de six jours par semaine (China Daily,
26 nov. 1993).
Le personnel féminin souffre de conditions de travail encore plus éprouvantes, si l’on en croit
un rapport publié par la Fédération des syndicats de Chine (FSC). Un sondage effectué par
cette organisation en 1991 et 1992 dans 914 entreprises à capitaux étrangers a révélé que les
femmes représentaient 50,4% des 160 000 salariés. La proportion de femmes a augmenté dans
certains secteurs au cours des dernières années. De nombreuses entreprises étrangères
n’avaient pas signé de contrats de travail avec leurs salariés et quelques-unes engageaient et
licenciaient leur personnel féminin à volonté. Certains investisseurs étrangers n’employaient
que des jeunes filles célibataires de 18 à 25 ans, qu’ils licenciaient lorsqu’elles se mariaient ou
attendaient un enfant. En outre, de nombreuses femmes étaient souvent obligées de faire des
heures supplémentaires non rémunérées. Dans une usine de jouets de Guangzhou, capitale de
la province de Guangdong, le personnel, en majorité féminin, devait travailler 15 heures par
jour, sans repos hebdomadaire ni congé annuel (China Daily, 6 juillet 1994). Cette situation
n’est pas exceptionnelle. Aucun détail sur l’état de santé au travail du personnel des
entreprises à capitaux étrangers n’a été divulgué à ce jour. Les informations ci-dessus
permettent cependant de se faire une idée de la gravité du problème.
De nouveaux problèmes dans les entreprises d’Etat
Afin de satisfaire aux exigences d’une économie de marché, les entreprises d’Etat, en
particulier les grandes et les moyennes, doivent transformer leurs mécanismes d’exploitation
traditionnels pour mettre en place un système moderne définissant clairement les droits de
propriété, ainsi que les droits et devoirs des entreprises, poussant dans le même temps les
entreprises d’Etat vers le marché pour accroître leur vitalité et leur efficacité. Certaines petites
entreprises d’Etat pourraient être louées ou vendues à des collectifs ou à des individus. Les
réformes doivent toucher tous les aspects des affaires, y compris les programmes de santé au
travail.
A l’heure actuelle, de nombreuses entreprises d’Etat perdent de l’argent. Selon certaines
sources, environ un tiers d’entre elles sont déficitaires et ce, pour diverses raisons.
Premièrement, elles sont soumises à de lourds impôts et prélèvements destinés à prendre en
charge de nombreux retraités et fournir toutes sortes de prestations sociales aux travailleurs en
activité. Deuxièmement, la fragilité du régime de sécurité sociale ne leur permet pas de se
défaire d’un excédent de main-d’œuvre considérable, de 20 à 30% en moyenne.
Troisièmement, elles opèrent selon un système de gestion qui était adapté à l’économie
planifiée traditionnelle, mais qui est désormais dépassé. Enfin, elles ne bénéficient d’aucun
avantage concurrentiel par rapport aux sociétés à capitaux étrangers (China Daily, 7 avril
1994).

Dans ces conditions, il est inévitable que la santé au travail dans les entreprises d’Etat ait
tendance à décliner: 1) les moyens financiers consacrés aux programmes de santé ont été
réduits dans certaines entreprises, et les institutions médicales et sanitaires des entreprises qui
n’offraient auparavant des soins qu’à leurs seuls salariés s’ouvrent désormais à la population;
2) afin d’alléger les coûts des entreprises d’Etat, les liens qui les unissaient à certains services
de santé sur les lieux de travail sont en train d’être rompus. Avant la mise en place du nouveau
système de sécurité sociale, on aurait pu craindre que le financement des programmes de santé
au travail des entreprises soit aussi touché; 3) de nombreuses technologies et machines ont été
utilisées pendant des décennies, alors même qu’elles produisent des niveaux élevés
d’émissions dangereuses; dépassées, elles ne peuvent être ni mises en conformité avec les
normes ni remplacées rapidement. Plus de 30% des lieux de travail appartenant aux
entreprises d’Etat ou aux collectivités urbaines ne satisfont pas aux normes nationales
d’hygiène (MAC ou MAI); 4) l’application de la réglementation de la santé au travail s’est
détériorée au cours des dernières années; naturellement, l’une des raisons en est
l’incompatibilité entre l’ancien système de gestion de la santé au travail qui fonctionnait à
l’époque de la planification centralisée et la nouvelle situation créée par la réforme des
entreprises; 5) pour diminuer le coût de la main-d’œuvre et offrir davantage de possibilités
d’emploi, l’embauche de travailleurs temporaires ou saisonniers est devenue un phénomène
courant; la plupart sont des migrants en provenance de zones rurales qui vont accomplir des
travaux dangereux dans les entreprises d’Etat. Nombre d’entre eux ne reçoivent même pas les
équipements de protection individuelle les plus rudimentaires ou les éléments de formation à
la sécurité de la part de leur employeur. Il y a là une menace pour la santé qui peut affecter
toute la population active de la Chine.
Les difficultés rencontrées par le système de santé au travail
La protection qu’offrent les services de santé au travail n’est pas suffisante. Seuls 20% des
travailleurs exposés à des risques — la plupart d’entre eux dans des entreprises d’Etat — font
l’objet d’un examen de santé périodique. Cette insuffisance s’explique par les raisons
suivantes.
Premièrement, la pénurie de ressources des services de santé au travail constitue l’un des
principaux facteurs. Cette situation touche particulièrement les industries rurales, qui n’ont
pas les moyens de proposer ces services. Selon les données de la SOHSNCTI, on comptait,
sur un échantillon de 30 districts, 235 spécialistes de la santé au travail dans les CSPE de
district. Ils devaient desservir 170 613 entreprises comptant 3 204 576 salariés dans ces
régions (Ministry of Public Health, 1992). Chaque spécialiste de la santé au travail employé à
temps plein était donc responsable en moyenne de 1 115 entreprises et de 20 945 salariés. Il
ressort également de l’enquête de 1989 de la SOHSNCTI que les dépenses de santé des
autorités de 30 districts représentaient 3,06% de leurs dépenses totales. Celles qui étaient
consacrées à la prévention des maladies et à l’inspection de la santé ne représentaient au total
que 8,36% de l’ensemble des dépenses de santé des autorités des districts. La part dépensée
pour les seuls services de santé au travail était encore plus faible. Le manque de matériel de
base de ces services est un grave problème dans les districts visés par l’enquête. Dans 28
districts sur 30, 13 catégories de matériels ne satisfaisaient qu’à 24% des exigences établies
par les normes nationales (voir tableau 20.11).
Tableau 20.11 Les instruments courants de la santé au travail dans les CSPE de 28 régions
de la Chine, 1990
Appareil
Nombre
Nombre
Pourcentage (%)
d’instruments

d’instruments

exigés par les
normes

Echantillonneur d’air

80

140

57,14

Echantillonneur individuel

45

1 120

4,02

Echantillonneur de
poussières

87

224

38,84

Détecteur de bruit

38

28

135,71

Détecteur de vibrations

2

56

3,57

Détecteur de chaleur
rayonnante

31

28

110,71

Spectrophotomètre
(Type 721)

38

28

135,71

Spectrophotomètre
(Type 751)

10

28

35,71

Détecteur de mercure

20

28

71,43

Chromatographe en phase
gazeuse

22

28

78,57

Balance (1/10 000g)

31

28

110,71

Electrocardiographe

25

28

89,29

Appareil de mesure de la
fonction pulmonaire (EFR)

7

28

25,00

436

1 820

23,96

Total

Deuxièmement, les installations des services de santé au travail sont peu utilisées. Ressources
insuffisantes et sous-utilisation caractérisent aujourd’hui les services de santé au travail en
Chine. Même à des niveaux plus élevés, par exemple dans les IST provinciales, les matériels
sont loin d’être pleinement utilisés et ce, pour de multiples raisons. Traditionnellement, le
financement et l’administration des services de santé au travail et de médecine préventive
incombaient au gouvernement, qu’il s’agisse des salaires du personnel, des dépenses de
matériels, des bâtiments et autres dépenses courantes. Tous les services de santé au travail
assurés par les IST gouvernementales étaient gratuits. Avec l’industrialisation rapide et la

réforme économique amorcée en 1979, les besoins de services de santé au travail se sont
accrus, alors que le coût de ces services lui-même s’alourdissait rapidement, suivant la hausse
de l’indice des prix. Cependant, le budget affecté par le gouvernement aux IST locales n’a pas
augmenté en proportion de leurs besoins. Or, plus elles offrent de services, plus elles ont
besoin de moyens financiers. Désireux de promouvoir le développement des services publics
de santé et de répondre à des besoins sociaux croissants, le gouvernement central a choisi
d’autoriser ces services à demander une contribution financière pour les prestations, et des
dispositions ont été prises pour contrôler les prix des services de santé. Dans le passé, la
législation était peu contraignante quant à l’offre de services de santé au travail aux
entreprises; de ce fait, les IST ont du mal à subvenir à leurs propres besoins par les sommes
récoltées au titre des services qu’elles rendent.
Les services de santé au travail: autres considérations et tendances politiques
Dans un pays en développement comme la Chine, qui connaît une modernisation rapide et
compte un nombre énorme de travailleurs, veiller sur la santé au travail est sans aucun doute
l’un des problèmes les plus cruciaux. Confronté à des défis considérables, ce pays s’ouvre
aussi, avec de grands espoirs, aux immenses possibilités que portent en elles les réformes
sociales actuelles. La scène internationale est riche de nombreuses expériences réussies dont
on peut s’inspirer. Aujourd’hui, la Chine se tourne vers le reste du monde, se montrant ainsi
toute prête à faire siennes les stratégies de gestion et les techniques appliquées ailleurs dans le
domaine de la santé au travail.
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Partie III. Gestion et politique

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