Le « vieux rêve » de l’autorité perdue

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Le « vieux rêve » de l’autorité perdue
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JOURNAL DE LA PRIMAIRE J-17. L’urgence de « restaurer l’autorité de
l’État », encore avancée par Valérie Pécresse pour expliquer son
ralliement à Alain Juppé, revient dans les discours des candidats à la
primaire. Quel sens donner à cette expression ?

Valerie Pécresse entourée par les principaux membres du parti Les Républicains durant la campagne pour les
élections régionales d’Ile-de-France en 2015 à Nogent-sur-Marne, / Dominique Faget / AFP

Lors de son premier meeting, le 26 août à Châteaurenard, Nicolas Sarkozy l’avait promis : il ne serait
pas le « candidat de l’eau tiède » mais celui qui se montrerait capable de « restaurer l’autorité de
l’État ». C’est pourtant en se ralliant à son principal adversaire que Valérie Pécresse vient à son tour de
souligner l’argument : c’est parce qu’il « saura restaurer l’autorité de l’état » qu’elle affirme avoir
choisi de soutenir Alain Juppé.

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Rhétorique de conjoncture
Le contexte invite sans doute les candidats à mettre cette thématique en avant face à l’affaiblissement
du chef de l’État actuel, malmené dans les sondages et mis en porte-à-faux par la parution de l’ouvrage
« Un président ne devrait pas dire cela ».

Plus largement, l’évolution du corps électoral, « qui, très inquiet par les multiples incertitudes
générées par la mondialisation, tend à retrouver des valeurs d’ordre et une souveraineté vue comme
une plénitude de puissance », explique le succès de « ce lieu commun des campagnes à droite »,
analyse Olivier Ihl, historien des idées politiques.

C’est, poursuit-il, « l’idée d’un État fort qui puisse domestiquer les corps intermédiaires, notamment
les syndicats, les groupements professionnels, comme les aspirations régionales par rapport aux
langues ou aux confessions ».


L’Âge d’or de l’obéissance
Sur le plan symbolique, l’expression renvoie ainsi à une longue histoire, âge d’or qu’il faudrait
retrouver, celle de l’« État jacobin, puis bonapartiste, capable de mater les velléités d’indépendance »,
complète le chercheur. Mais formuler ce vieux rêve d’un État acteur de l’histoire, tellement puissant
qu’il pourrait transformer la vie des citoyens, ne suffira pas à rétablir le respect, ou la déférence, qui
se tisse grâce à des comportements exemplaires, une stabilité des institutions et une vie partisane
plus harmonieuse. »

Il se pourrait même que cette référence répétée soit contre-productive, comme le pense la philosophe
Myriam Revault d’Allonnes (1) : « Dans ce vocabulaire, restaurer l’autorité signifie redonner de la
force, du pouvoir à l’État, restaurer en fait l’obéissance. Or on n’obéit pas à l’autorité, on la reconnaît.
Toutes ces invocations occultent la véritable question, celle de la légitimité de l’État : pourquoi les
citoyens ne se reconnaissent plus dans les dispositifs institutionnels et vont même parfois jusqu’à
contester la loi ? »
L’autre sens de l’autorité
L’étymologie ne dit pas autre chose, qui donne la même racine à auctoritas, l’autorité, et à auctor,
l’auteur : celui qui a de l’autorité n’est pas celui qui commande, mais celui qui a une capacité
d’initiative à laquelle les autres se rallient. « Avoir de l’autorité ne signifie pas faire obéir des sujets
mais initier une action politique dans laquelle les citoyens peuvent se reconnaître », poursuit Myriam
Revault d’Allonnes.

Dès lors, la question de la formation des élites politiques devrait s’imposer, « alors qu’elle n’est l’objet

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d’aucun débat dans la primaire, où l’on nous demande de croire que le même personnel politique fera
émerger un avenir en rupture complète avec la situation présente, regrette Olivier Ihl. L’ENA et les
grandes écoles sont-elles encore les creusets adaptés pour faire émerger une vision innovante de la
France ? »

Reste que la critique des élites risque fort de nourrir le populisme si elle ne s’accompagne pas d’une
interrogation sur la responsabilité des citoyens. Eux aussi ont à clarifier leurs attentes vis-à-vis de leurs
représentants car « ils formulent aujourd’hui une injonction contradictoire, remarque Myriam
Revault d’Allonnes. Ils demandent à leurs dirigeants d’être proches d’eux et de les comprendre et, en
même temps, de montrer une forme de « supériorité » sans laquelle ils leur semblent incapables de
gouverner ».

Retrouvez notre dossier spécial sur la primaire de la droite

Béatrice Bouniol

    

i

(1) Auteur notamment de « Le miroir et la scène. Ce que peut la représentation politique ». Seuil, 2016.

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