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NOVAYA GAZETA

Le premier des cinq grands gouffres de Berezniki

ENQUÊTE

L'argent sorti du gouffre

Comment la fortune de Dmitry Rybolovlev a augmenté sur fond du plus
grave désastre technologique que la Russie actuelle ait subi.

Yulia POLUKHINA,

SOCIETE
20:05 16 octobre 2016

correspondante spéciale

Dans le N°111 de « Novaya Gazeta », nous avons proposé à nos
lecteurs la rubrique « L’anatomie des fortunes », où nous
racontions comment Dmitry Rybolovlev, actuellement résident
fiscal monégasque et collectionneur effréné de chefs d'oeuvre
(voir l’article d’Andrey Soukhotin dans notre N°107 du 26
septembre), avait commencé sa carrière à Perm et comment
ses partenaires d’affaires ont tous été condamnés à de lourdes
peines de prison pour assassinat, tandis que lui-même avait
passé plusieurs mois en détention préventive pour des faits
similaires, avant d’être par la suite acquitté par la justice. Nous
avons alors promis de parler de la deuxième affaire, celle qui
n’a finalement pas fait l’objet de poursuites pénales. Il s’agit
probablement du plus important cas relatif à l’anatomie de la
fortune de Dmitry Rybolovlev : comment capitaliser et bien
vendre une société, dont le résultat du travail entraîne
littéralement une ville entière sous terre. Pendant que cet
article se préparait à sortir, le Président russe Vladimir
Poutine a ordonné de "vérifier la conformité d'Uralkali avec la
législation régulant les travaux de planification et de
réalisation de remplissage des mines, ainsi que le travail
[effectué par]]Rostekhnadzor [organe de supervision russe
pour la surveillance écologique, technologique et atomique]
pour la mise en oeuvre du contrôle des travaux
susmentionnés".

Dmitry Rybolovlev en Empereur Romain sur sonîîle de Skorpios

Je suis venue à Berezniki pour voir une ville avec un cratère dans son coeur et
pour entendre les gens qui y vivent. A première vue, c’est un centre régional
typique de l’Oural, avec ses rues droites bordées de bâtiments datant de l’époque
stalinienne et de la fin de l’URSS. Il n’y a absolument aucun nouvel immeuble,
bien que les gens ne vivent pas du tout pauvrement selon les critères provinciaux.
Comme il se doit, le centre de la ville est occupé par un TSOUM [un immense
grand magasin]. Derrière celui-ci se trouvent les bâtiments de l’administration
municipale donnant sur une place avec ses indispensables parterres de fleurs et
un large tableau d’honneur. Mon interlocuteur, Alexey, a passé toute sa vie à
Berezniki.
« Outre « Uralkali », il y a encore cinq autres grandes entreprises à Berezniki.
Nous ne sommes pas une monoville, bien que cela puisse le sembler au premier
abord. Nous avons 150 000 habitants actuellement, on en comptait 180 000 en
2005. Un soudain exode de la population a eu lieu ces dix dernières années.
C’est parce que personne ne savait ce qui allait advenir. A une époque, j’ai eu
une conversation remarquable avec un employeur potentiel. Il y a avait un grand
projet de prévu. J’ai fait un budget, déterminé les salaires. Cela se passait
immédiatement après l’apparition du gouffre. Je le rappelle une semaine plus
tard et mon employeur me dit qu’il n’est plus intéressé par Berezniki ».
Nous parlons de l’accident survenu dans la mine n°1 d’« Uralkali » (BKRU-1),
des gouffres qui sont apparus en 2007 et les années suivantes à Berezniki, une
ville en grande partie bâtie au-dessus des mines. Tous les habitants savent, bien
entendu, ce qui se trouve sous leurs pieds - le vide, mais ce n’est rien, ils s’y sont
habitués. Certes, il y a bien eu un accident dans la mine n°33en 1986, la mine a
été inondée - ça arrive. Les vides des mines épuisées avaient bien commencé à
être comblés, mais c’est alors que l’URSS s’est effondrée et l’entreprise étatique
qui gérait la potasse, « Soyuzkali », a elle-même failli disparaître. A partir de
1993, cet enfant des premiers plans quinquennaux faisait l’objet d’une
réorganisation après l’autre. Les gens qui allaient progressivement prendre le
contrôle d’« Uralkali » n’avaient alors aucune idée de ce qu’était la vie de la ville
de Berezinki, cette dernière n’était pour eux qu’une simple plateforme
commerciale.

«La procédure est la suivante : lorsqu'une mine est épuisée, les vides doivent y
être comblés. Par contre, les versions divergent concernant les volumes
effectivement remblayés et s’ils l’étaient tout court dans les années 1990 et 2000,
- continue Alexey, qui connaît Berezniki en profondeur et pas seulement en
surface. - Le champ minier c’est un triangle sous la ville, environ 80% de la ville
se trouve au-dessus de lui. De plus, la composition des sels est hétérogène. Il y a
des sels carnallites et il y a aussi des sels sylvinites. Ils se différencient par le fait
que la carnallite se dissout très rapidement, de manière quasi instantanée, ce
qui, à proprement parler, a conduit aux effondrements de 2007. La sylvinite, elle,
se dissout pendant des années. La majeure partie de Berezniki est située audessus des sels sylvinites, c’est pourquoi la ville est encore débout ».

Maudite question
A un moment donné, le destin du jeune diplômé de l’Université de médecine de
Perm, Dmitry Rybolovlev, a croisé celui des mineurs de Berezniki. En 2000, il a
réuni une participation majoritaire dans « Uralkali ». Savait-il alors que six ans
plus tard l’une de ses mines risquait devenir le théâtre d’un accident -bientôt
qualifié de "deuxième Tchernobyl" dans les médias occidentaux- qui allait
contraindre les habitants des immeubles situés dans la zone à risque à quitter
leurs foyers sinistrés ? De nombreux indices indiquent avec certitude que oui, il
devait le savoir.
Depuis le début des années 90, la région a connu plus d’une centaine de
secousses d’origine artificielle d’une intensité sismique allant de 2 à 5. Ainsi, le
25 octobre 1994, une secousse sismique anthropogène de magnitude 4 sur
l’échelle de Richter a été enregistrée dans la région de BKRU-3 (l’ancien gouffre).
Le 5 janvier 1995, un fort séisme induit est survenu à Solikamsk (la ville voisine
où oeuvre l’entreprise jumelle « Silvinit »). Cinq secousses d’une force allant de
3.5 à 5 ont été constatées. Le 9 octobre 1997, une secousse d’origine artificielle de
magnitude 4 a eu lieu à Berezniki, l’épicentre de ce tremblement se situait dans
la région des mines n°2 et n°3. Le 5 janvier 1995, en quelques secondes, un
gouffre d’une profondeur de plus de 4 mètres et d’une surface de 950 mètres par
750 mètres s’est formé à Solikamsk. Un lac et les sources qui l’alimentaient ont
été engloutis sous terre.
Le village de Novaya Zaryanka est adjacent à la mine n° 1 (BKRU-1) d’« Uralkali
» et se trouve au-dessus de son champ minier. Au printemps 1999, les habitants
du village ont entendu un grondement – un nouveau tremblement de terre
venait de débuter. Le sol de la région du port fluvial s’est brusquement affaissé et
les murs de plusieurs maisons ainsi que d’une école-internat à Berezniki se sont
fissurés. Les gens en ont attribué la faute aux travaux d’extraction minière. Ils
ont commencé à se plaindre auprès de diverses instances.

Murs fissurés d'une maison s'effondrant à Berezniki. Photo: Yulia Polukhina - "Novaya"

C’est alors que la direction d’« Uralkali » reprend les choses en mains.
L’entreprise commandite une étude sérieuse pour un montant d’un million de
roubles. Durant toute l’année 1999, les collaborateurs de l’Institut des Mines
mènent des recherches géophysiques, les fonctionnaires de « Geokarta » relèvent
les données cartographiques et déterminent l’ampleur du phénomène, les
spécialistes de la société de Berezniki « Chercheur » mesurent la profondeur des
gouffres. In fine, c’est la société OAO « Galourguia » qui a procédé à la synthèse
de tous ces travaux. A Berezniki, peu de gens croient en l'objectivité des
spécialistes d’OAO « Galourguia », et la présence de certains noms sur les listes
des personnes affiliées aux deux sociétés renforce ces suspicions. En 1999,
«Uralkali » détenait 23% d’OAO « Galourguia » et Polikcha, directeur général du
géant de la potasse, faisait partie du conseil d’administration d’OAO «
Galourguia ».
En 2000, alors que Dmitry Rybolovlev était déjà le propriétaire principal d’«
Uralkali », les études ont continué. Les chercheurs ont défini six zones de la ville
qui sont potentiellement dangereuses. Outre le village de Novaya Zaryanka, il
s’agit du quartier résidentiel délimité par les rues Sverdlova, Yubileynaya, Mira et
Pyatiletki, du barrage de l’étang n°1 (Seminskiy) et de la partie de la ville où se
trouve la station d’épuration. Mais l’élément crucial réside dans le fait que les
spécialistes de l’Institut des Mines de Perm ont pronostiqué que le pic des
mouvements du sol serait atteint en 2006. « Uralkali » ne pouvait pas ne pas
connaître les conclusions de ces études - c’est elle-même qui les avait
commandées.
Périodiquement, on voit passer dans la presse des histoires insistant sur le fait
qu’à l’époque soviétique, après l’effondrement de 1986, les vides auraient dû être
comblés afin de prévenir une nouvelle catastrophe. En 2001, le volume total des
vides miniers nécessitant d’être remblayés se montait à 27,4 millions de m3.
Voici ce qu’Anatoly Temkin, premier adjoint du gouverneur de la région de Perm,
avait à l’époque déclaré au journal « Nezavisimaya Gazeta » : « La situation
actuelle à Berezniki est unique. Que des failles énormes se trouvent directement
sous une ville et la menacent d’une destruction totale – cela ne s’est encore vu
nulle part ailleurs. Selon les pronostics de l’Institut des Mines de Perm, les
tremblements de terre semblables à ceux décrits plus haut surviennent une fois
tous les dix ans. Les données des études sismiques indiquent qu’il faut s’attendre
à une augmentation des mouvements du sous-sol et que ces derniers vont
atteindre leur pic en 2006. Cela veut dire qu’il nous reste au maximum cinq ans
pour prévenir une possible tragédie. »
Dans le même article de 2001 de « Nezavisimaya Gazeta », on pouvait lire les
lignes suivantes : « L’entrée de la mine n°1 se trouve sur l’une des rues centrales
de Berezniki – la rue Lénine. A certains endroits, on extrait du minerai à une
profondeur de seulement 250-300 mètres – directement sous des quartiers
densément peuplés. Le mine n°1 d’« Uralkali » n’est pas seulement le principal
exploitant minier sous la ville, c’est aussi le principal maître d’ouvrage des
travaux de comblement. Chaque année, près de 4 millions de tonnes de déchets
de production sont acheminées sous terre pour remblayer les vides miniers. A
titre de comparaison, c’est un tas de 4.5 millions de tonnes de minerai potassique
provenant de la mine locale qui est hissé annuellement à la surface. »

Mais Uralkali avait-elle fait tous les travaux nécessaires pour combler les trous?
C'est plutôt tout le contraire, à en croire un rapport d’enquête sur les causes de
l’accident, dans lequel il est dit qu'"OAO «Uralkali» n’a pas respecté ses
obligations en matière de sécurité et de protection de la vie et de la
santé des employés des entreprises et de la population vivant dans la
zone d’influence des travaux liés à l’exploitation du sous-sol", et que
"l’accident survenu dans la mine BKPRU-1 est le résultat tant des
activités de l’exploitant du sous-sol (les conditions d’exploitation),
que de son inaction (notamment l’absence d’études suffisantes, un
comblement incomplet des chambres)".

Sous le couvert de mauvaise publicité
En 2004, les élections à la Douma se sont déroulées en même temps que les
élections municipales à Berezniki. Dmitry Rybolovlev, après avoir acquis «
Uralkali », avait aussi des plans pour la ville.
« Parmi toutes les entreprises de la ville, « Uralkali » est le leader incontesté en
matière de campagnes de dénigrement, - raconte Artem Fayzoulin, un juriste
local. – Pendant la très agressive campagne électorale de 2004, toute une équipe
de spécialistes en relations publiques et de conseillers en image a été conviée à
Berezniki. Rybolovlev avait apparemment décidé d’assurer un traitement
préférentiel pour son entreprise. Au final, la ville a été couverte par une bulle
médiatique très solide et professionnelle en matière d’idéologie et d’image. Ils ont
dit que voilà, nos candidats sont des gens bien et professionnels, alors qu’il y a
des types incompétents et mauvais qui leur font face. Ils ont aussi forgé une
image idéale de l’ennemi qui correspondait à Serguei Makarov, un homme loin
d’être le plus démuni de notre ville, et l’ont associée dans l’opinion publique à des
criminels. Il faut préciser que Makarov n’avait jamais été formellement convoqué
par la police, alors que Monsieur Rybolovlev avait été détenu, suspecté de
l'assassinat d'Evguéni Panteleymonov, le directeur de Neftekhimik (pour plus de
détails, lisez l'enquête de Novaya Gazeta dans le numéro 111 du 25 septembre
2016 - Rédaction). Mais tout cela a été gommé, « Uralkali » a été présentée
comme étant blanche comme neige et la ville a été noyée sous une campagne de
mauvaise publicité. Les manières de faire les plus dégoûtantes ont été
employées. Les techniques les plus ignobles, allant jusqu’à la violence
physique. Ces façons de faire de Rybolovlev ont gagné les élections,
bien qu’ils aient un peu abusé avec la campagne de dénigrement. En
effet, cela a provoqué l’échec du scrutin dans certains arrondissements : les gens
ont voté contre tout le monde. D’une manière ou d’une autre, Monsieur
Rybolovlev a obtenu ce qu’il voulait, c’est un candidat issu du secteur de la
potasse, qui a été élu maire (Serguei Dyakov - Rédaction), ce sont également les
candidats issus du même secteur qui ont été élus au Conseil municipal et les
médias de la ville étaient désormais à la solde de l’industrie de la potasse. »
Selon Artem Frayzoulin, la ville est encore maintenant contrôlée principalement
par « Uralkali ». Néanmoins, c’est incontestablement en 2006, à la veille et après
l’accident, que cette prise de pouvoir, effectuée en 2004, a joué son rôle le plus
important.

Les frais d'une gestion efficace
L’année 2004 a été l’année des changements radicaux pour « Uralkali ». Maxime
Bachkinskiy, un cadre sans aucune expérience dans le secteur minier, a été
nommé au poste de directeur général de l’entreprise. C’était un diplômé de
l’Institut technologique de l’industrie alimentaire de Moscou. A partir de 1995, il
avait occupé divers postes de direction au sein des sociétés PepsiCo et Coca-Cola
à Moscou, Saint-Pétersbourg et Samara.
En 2004, dans une interview au journal « L’observateur de Perm », voici ce que
déclarait cet ex-collaborateur de Coca-Cola au sujet des nouvelles priorités d’
« Uralkali » : « Nos plans ambitieux sont basés sur un programme de
développement de l’entreprise, élaboré de manière très détaillée. Nous allons
suivre ce programme de manière précise, ce qui nous permettra de prétendre à
une position légitime sur le marché mondial des engrais potassiques. <…>
Chaque mine va devoir se fixer ses propres objectifs de production (ces objectifs
serviront par la suite d’indicateurs pour la planification des ventes à l’export). Le
montant de la prime annuelle dépendra directement de la hauteur à laquelle un
collectif donné se sera fixé la barre... »
C’était une époque bénie pour les mineurs d’« Uralkali ». Les quantités qu’on
prévoyait de produire ne cessaient de croître, les gens recevaient des salaires
élevés, ainsi que des primes. « Nous ne réfléchissions alors pas beaucoup sur le
fait quelque chose pourrait se produire, - raconte Alexandre, un ancien mineur
de BKRU-1. - Sans la mine n°1, toute l’activité d’« Uralkali » aurait pu être

remise en question. Cette mine extrayait de la carnallite, indispensable pour tout
le cycle de la production. Il y a encore une autre mine de carnallite chez « Silvinit
», mais cette entreprise était alors notre concurrente ». Au final, la mine n°1
fonctionnait à outrance et « Uralkali » présentait des résultats record pour toute
la période postsoviétique.

L’échec de l'IPO
« Uralkali » a débuté l’année 2006 en étant une entreprise très rentable et ayant
à sa tête un nouveau directeur général, Vladislav Baumgertner. En août 2006,
l’assemblée extraordinaire des actionnaires d’OAO « Uralkali » a approuvé
l’introduction en bourse d’une quantité d’actions représentant plus de 29 % de
son capital social. Le 21 septembre, le Service fédéral des marchés financiers de
la Fédération de Russie a autorisé la société à mettre en circulation en dehors de
la Russie jusqu'à 29% de ses actions. Les 25 septembre, les paramètres de l’IPO
ont été annoncés.
Cependant, le 11 octobre, OAO « Uralkali » a décidé de ne pas procéder à
l’introduction de ses actions à la Bourse de Londres. En commentant ce refus de
procéder à l’IPO, le président du conseil d’administration, Dmitry Rybolovlev, a
déclaré que « malgré un haut niveau d’intérêt que les investisseurs ont exprimé
pour la société durant la phase préparatoire de l’IPO, le marché n’a pas
pleinement évalué le potentiel réel de l’entreprise. »
A ce moment, les saumures étaient déjà en train de se déverser dans les galeries
de la mine n°1, mais les pompes arrivaient encore à en venir à bout.
Voici les extraits du rapport du groupe de géologie et d’hydrogéologie
concernant la situation en date du 27 octobre 2006 : « Jusqu’au 17 octobre
2006, l’afflux des saumures provenant des remblayages dans le collecteur
représentait environ 20-50 m3 par heure. Deux stations de pompage
réussissaient à en venir à bout et le dirigeaient dans le collecteur central. Ces
pompes étaient actionnées une fois par semaine. Le 17 octobre 2006, les
saumures ont brusquement envahi le collecteur <…> avec un débit de plus de
300-400 m3 par heure. Cela a provoqué l’inondation des deux stations de
pompage. Pour combattre cette brèche, le 18.10.2006, la première équipe de
travail a installé et actionné deux pompes K-100, qui n’étaient pas suffisantes
pour contrôler un tel débit <…>. Le 19.10.2006, à cause d’une trop grande
concentration de sulfure d’hydrogène dans l’atmosphère de la mine, le personnel
a été évacué. Le 20.10.2006, après que des mesures visant à l’amélioration de la
ventilation de la mine ont été prises, les travaux ont pu rependre. Le
20.06.2006, deux autres pompes ont été installées <…> Les mesures prises ont
permis de contenir l’afflux et de le contrôler ».
Le 24 octobre 2006, la voie ferrée près de BKRU-1 s’affaisse. Les employés de la
gare informent que cette dernière ne va plus être fonctionnelle dès le lendemain.
Le 25 octobre, la mine est abandonnée et la décision de l’inonder est prise. Ce
n’est pas de la saumure qui s’y infiltre, il s’agit d’eau douce tout à fait standard.
Le même jour, le sol de la gare ferroviaire s’affaisse.
Le 30 octobre, l’annonce officielle que la mine de Berezniki où l’accident s’est
produit sera inondée paraît pour la première fois dans la presse.
Dmitry Rybolovlev part rapidement en Europe et ne vit pratiquement plus en
Russie. Des rumeurs suggérant qu’il aurait eu peur d'être privé de sa liberté et
de son business se propagent.

Plus de peur que de mal
C’est l’organe fédéral spécialisé Rostekhnadzor [le Service fédéral de surveillance
écologique, technologique et nucléaire] et une commission gouvernementale
spéciale ad hoc qui sont chargés d’enquêter sur les causes de l’accident. Le 27
juillet 2007, le Premier ministre Mikhail Fradkov signe l’ordre N°814-R du
gouvernement de la Fédération de Russie, dans lequel l’accident est
expressément indiqué comme étant de nature anthropogène et où l’ampleur
réelle du désastre est parfaitement exposée.

ORDRE GOUVERNEMENTAL DU 27 JUILLET 2007 «
Aux fins de la mise en oeuvre des actions prioritaires pour la prévention des
effets néfastes du désastre technologique provoqué par l’inondation de la mine
du gisement des sels potassiques et magnésiens de Verkhnekamsk dans la ville
de Berezniki (région de Perm), dans les limites de la zone à risque et en tenant
compte du caractère fédéral de la situation d’urgence susmentionnée,
entreprendre les actions suivantes :

1. Le Ministère du Développement régional de la Russie, conjointement avec le
gouvernement de la région de Perm doivent, avant le 1er juillet 2007,
approuver la liste des personnes devant être relogées hors de la zone à risque,
la surface du parc immobilier se trouvant dans la zone à risque, ainsi que
l’inventaire des biens immobiliers devant être construits, avec l’indication du
financement pour chaque objet.
2. Le gouvernement de la région de Perm doit:
Organiser, conformément à la liste des sinistrés et l’inventaire des biens
immobiliers visés au point 1 du présent ordre, le relogement des occupants des
habitations situées dans la zone à risque et ce avant le 1er décembre 2007 ;
assurer, conjointement avec le Ministère de l’Intérieur de la Russie et le
Ministère des Situations d’urgence de la Russie, l’évacuation des gens des zones
à risque et ce avant le 1er décembre 2007 ; <…>
З. Le Ministère des Finances de la Russie doit, en temps voulu, mettre à la
disposition du budget de la région de Perm un crédit budgétaire, financé par
les fonds budgétaires fédéraux, d’un montant de 700 millions de roubles pour
couvrir les dépenses liées au relogement des habitants des zones à risque.
<…>
6. Le Ministère des Transports de la Russie doit prendre les mesures visant à
assurer une liaison ferroviaire ininterrompue entre la ville de Solikamsk et la
ville de Perm.
7. Le Département des eaux de la Russie doit prendre les mesures nécessaires
pour assurer le maintien du réservoir de Nijne-Zyryansky (Seminsky) à un
niveau ne représentant pas de danger.
<…>
Le Ministère du Développement régional de la Russie, conjointement avec le
Ministère des Finances de la Russie, le Ministère du Développement
économique de la Russie, le Ministère des Situations d’urgence de la Russie et le
gouvernement de la région de Perm doivent préparer les propositions pour le
financement des actions visant à prévenir les effets néfastes de la situation
d’urgence et, avant le 1er août 2007, doivent les présenter au Gouvernement de
la Fédération de Russie ».
Tout cela est parfait mais où, dans cette énumération, « Uralkali » se trouve-elle ?
Yuri Trutnev, occupait en 2006 le poste de Ministre des Ressources naturelles et
était à la tête de la commission gouvernementale ad hoc chargée de prévenir les
effets néfastes de la catastrophe technologique causée par l’inondation de la mine
d’OAO « Uralkali », parlait seulement de la "responsabilité éthique" de la
compagnie. Selon les conclusions de cette commission gouvernementale, la
catastrophe avait été causée par un ensemble de facteurs techniques et
géologiques, ce qui épargnait grandement OAO Uralkali. Selon de
nombreuses sources, le fait que ce soit OAO Galurgia, une structure
affiliée à OAO Uralkali, qui ait écrit en partie le rapport de la
commission d'enquête, a joué un grand rôle dans ses conclusions si
favorables à OAO Uralkali.
Tous les ministres fédéraux n'étaient aussi généreux dans leur appréciation que
Yuri Trutnev. Par exemple, Serguei Choïgou, le Ministre des Situations d’urgence
russe, déclare qu'Uralkali s'est débarrassé de la résolution des problèmes causés
par son activité: « Je conseillerais aux journalistes de regarder les
résultats financiers de l’activité de cette entreprise durant ces
dernières années et de découvrir qui est le numéro un des
contribuables en Suisse, tout sera alors très clair. L’Etat fait tout pour
régler la situation actuelle, mais il serait bien de demander également
au propriétaire de l’entreprise de participer. Il doit aussi prendre part
à ce processus ».
Les bénéfices nets d’« Uralkali » avaient à ce moment augmenté de 1.8%,
atteignant 3.8 milliards de roubles.

Le spectre de Setchin
Vers la fin de l'année 2007, il devient évident que ce sont principalement des
fonds fédéraux qui serviront à faire face aux conséquences de l’accident de
BKPRU-1. A Berezniki, le gazoduc TETZ-10 et une section du chemin de fer
fédéral sont situés dans la zone où le sol s’est affaissé. Les scientifiques ont
également identifié les parcelles et les bâtiments qui pourraient être touchés par
l’affaissement : il s’agit de 31 immeubles d’habitation, de 2 écoles et de 3 jardins
d’enfants. Le budget régional prévoit alors d’allouer 100 millions de roubles pour
l’édification de logements et 150 millions de roubles pour la construction d’une
voie de contournement de la zone représentant un danger potentiel.
Peut-être que l’accident de BKRU-1 a jeté « Uralkali » dans un autre gouffre,
cette fois de nature financière ? Bien au contraire, la catastrophe a fait le jeu de la
société, qui appartenait alors encore à Rybolovlev. Suite à la catastrophe, le
marché mondial a connu un déficit de sels potassiques et leurs prix se sont
envolés. Si, en 2006, le bénéfice net d’« Uralkali » n’avait atteint « que » 3,8
milliards de roubles, en 2007 il s’élevait déjà à 8 milliards de roubles et à 29,4
milliards de roubles en 2008.
En octobre 2007, Rybolovlev a procédé avec succès à l’introduction en bourse
des actions de l’entreprise, gagnant à la Bourse de Londres pas moins d’un
milliard de dollars. Mais, à l’automne 2008, il s’est finalement trouvé quelqu’un
en mesure comme nul autre de rappeler au chanceux milliardaire les
conséquences de la catastrophe écologique. Il d’agissait d’Igor Setchin, qui
occupait alors le poste de vice-Premier ministre. Sur son initiative, une nouvelle
commission gouvernementale a été diligentée. Nous ne savons pas quelles ont
été ses conclusions. En effet, Rostekhnadzor [ndlt : le Service fédéral de
surveillance écologique, technologique et nucléaire] et le Parquet général n’ont
pas répondu à la demande officielle que « Novaya Gazeta » leur avait adressée.
On sait par contre que Setchin n'a pas du tout apprécié que Rybolovlev avait
alors acheté une maison à Donald Trump à Palm Beach dans l'Etat de Floride
pour 100 millions de dollars (qu'il est actuellement en train de démolir), mais
n'avait pas vraiment le désir de participer à la liquidation des conséquences de la
plus grande catastrophe écologique en Russie après Tchernobyl causée par
l'inondation de la mine de sa propre entreprise.
Quoi qu’il en soit, en mars 2009, « Uralkali » et le gouvernement russe ont
conclu un accord après de longues négociations qui prévoyait que la société
verserait une compensation d’un montant de 7,5 milliards de roubles (la somme
de départ réclamée par les autorités sur la base des résultats du travail de la
deuxième commission ordonnée par M. Setchin était de 2,6 milliards de dollars,
ce qui correspond aujourd'hui à plus de 158 milliards de roubles), dont les deux
tiers allaient servir pour la construction de la voie ferrée de contournement, alors
que le reste devait être affecté pour régler les problèmes des personnes relogées.
Il faut préciser que, conformément à l’accord conclu en 2013, le gouvernement
russe et celui de la région de Perm ont chacun versé une somme similaire, soit
2,5 milliards de roubles respectivement. Et cela bien qu’« Uralkali » aurait
parfaitement pu régler la question du logement sans aucune aide, il aurait pour
cela suffi que l’entreprise dépense moins d’un tiers de son bénéfice net 2008.
En été 2010, Dmitry Rybolovlev s'est donc dépêché de vendre sa part majoritaire
d’« Uralkali » et de quitter la Russie, empochant encore près de 5,3 milliards de
dollars, qui sont partis dans l'acquisition de chefs d'oeuvre pour un montant de 2
milliards de dollars, d'objets immobiliers luxueux en Europe, à Dubaï et aux
Etats-Unis (1 milliard de dollars), du club de football de Monaco (200 millions
de dollars uniquement pour son achat), un Falcon, un Airbus, un yacht, etc. Il est
intéressant de constater que malgré cela Dmitry Rybolovlev n'a jamais considéré
nécessaire d'investir ne serait-ce qu'un seul kopek dans la reconstruction de la
région sinistrée.

Une maison fissurée
La question du relogement des gens était extrêmement urgente, mais elle ne se
réglait aucunement sous Rybolovlev, - explique Alexey, mon premier
interlocuteur à Berezniki. - Basargin, notre nouveau gouverneur, est considéré
comme quelqu’un de très faible. Mais je vais vous dire que c’est précisément sous
son administration que ces problèmes ont commencé à être considérés : voilà,
les amis, construisons de vraies habitations pour les personnes relogées. Et tout
le monde a contribué : la région de Perm, « Uralkali » et la Fédération. Il y a déjà
plus d’une cinquantaine d’immeubles sinistrés. Ces maisons se trouvent non
seulement dans le quartier adjacent à la mine n°1, mais également dans d’autres
quartiers composés de bâtiments construits dans les années 70 et 80.

Dépenses d'Uralkali pour la protection de l'environnement,
2001-2013:
Année

Dépenses pour la protection
de l'environnement en dollars

2001

730'000

2002

pas de
données
pas de
données
10,7
millions
9,5
millions
8,5 millions (budgété
6,5 millions)

2003
2004
2005
2006

2007
2008
2009
2010*
2011
2012
2013

18,9
millions
pas de
données
10,5
millions
19,5
millions
39,3
millions
41,5
millions
45 millions

*année de vente par Rybolovlev du capital majoritaire d'Uralkali
Tout récemment, un procès s’est terminé avec un résultat nul, on voulait mettre
en prison l’ex-architecte en chef de la ville parce qu’il avait approuvé la
construction de logements provisoires. Six mois après l’effondrement de la mine
en 2007, des quartiers entiers de constructions pouvant être érigées de manière
rapide ont été bâtis sur la rive droite de la Kama. Ce sont simplement des
maisons en plastique. Plusieurs familles y ont été relogées et y ont vécu trois ans.
Puis, le Service fédéral de surveillance en matière des droits des consommateurs
et du bien-être est arrivé et y a trouvé du formaldéhyde. Suite à cela, ces
logements ont été reconnus inhabitables, alors que le budget fédéral avait
dépensé 1,7 milliards de roubles pour les construire ».
Alexey me conduit à ces maisons. Je contemple 89 cottages vides et inhabitables,
que personne ne garde. Certains sont occupés par des ouvriers. Une fois encore,
c’est le chantier du siècle qui a démarré. On érige maintenant des bâtiments
pérennes. Derrière les maisonnettes mortes s’élève un immeuble de plusieurs
étages : « C’est dans cet immeuble notamment que les occupants de ces carcasses
ont été relogés », me confie Alexey.
Des grand-mères sont assises sur un banc près de l’entrée de l’édifice. « Nous
venons de ces maisons-là », me dit Lilia Dmitrievna, âgée de 82 ans. Elle a vécu
la plus grande partie de sa vie près de la mine n°1. Après l’effondrement, sa
maison a été déclarée sinistrée et toute la famille a été rapidement relogée dans
un cottage provisoire. « J’avais un appartement de trois pièces. Ici, ils m’ont
donné un appartement d’une seule pièce. Et il ne nous appartient pas, il s’agit
d’un logement provisoire. Cela veut dire que je n’ai pas d’appartement. Avant la
catastrophe, j’étais sur la liste d’attente pour obtenir un meilleur logement à
Berezniki mais lorsqu’ils nous ont transférés dans ces maisonnettes, ils nous ont
enlevés de la liste. J’ai demandé au maire de la ville s’il était en train de se
moquer de moi. Je ne sais pas où déménager, toutes mes possessions ont fini par
être cassées à force de déménagements, je n’ai plus qu’à tout jeter à la poubelle.
Comment nous a-t-on déménagés ? Des gens sont venus chez nous de la part de
la ville et nous ont dit que nous devions partir, le lendemain les camions sont
arrivés et ont commencé à tout charger. Aujourd’hui, ceux qui ont déjà reçu les
appartements dans les immeubles neufs y enregistrent leur domicile, alors que
ceux qui n’y ont pas obtenu de logement sont enregistrés dans les maisons
nocives ».

La mamie Olya se joint à la conversation : « En 2009, une partie de notre
plafond est tout simplement tombée. Nous vivions à la rue Yubileynaya.
Heureusement que personne n’était à la maison. Nous avons aussi invité la
commission municipale, ils nous ont mis des petites balises de signalisation. Par
la suite, ils nous ont dit de déménager ».
« D’une manière générale, cette histoire avec le formaldéhyde est une vieille
histoire, - raconte Artem Fayzoulin, juriste et avocat de l’une des familles
touchées. - Au final, personne n’a pris la responsabilité de ce qui s’était passé.
On a convaincu la population qu’à l’époque soviétique on a construit la ville audessus des mines, ce qui n’existe apparemment nulle part ailleurs dans le
monde. Lorsque le scandale avec le formaldéhyde s’est déchaîné, les autorités
municipales auraient normalement dû déclarer les logements provisoires
comme étant sinistrés et inhabitables, en se basant sur les documents établis par
les autorités sanitaires. Puis, conformément à la législation, ils auraient dû
commencer à reloger leurs occupants dans des logements habitables, ou bien
verser des compensations financières. Le problème c’est que les autorités de la
ville voulaient à tout prix éviter de reconnaître que ces maisons étaient
sinistrées, parce si elles étaient déclarées inhabitables, cela aurait pu être un
motif d’enquête : comment cela s’est-il produit ?
Tout se serait déroulé parfaitement et les autorités municipales auraient gagné
cette partie, si ce n’est pour une chose, plus précisément une famille qui s’est
tout simplement entêtée et a refusé de partir tant que son logement ne serait pas
officiellement reconnu comme étant inhabitable. C’est la famille PonomarevMotin. Après avoir examiné les documents, nous sommes à nouveau allés
devant la justice en février de l’année dernière, exigeant de contraindre les
diverses institutions à déclarer cet appartement inhabitable. Nous avons gagné
ce procès. L’administration s’est vue obligée de se pencher à nouveau sur ce
problème. Au final, en été de l’année dernière, tous les appartements situés dans
les maisons polluées avec du formaldéhyde ont été reconnus inhabitables. Cela
dit, la suite des événements reste inconnue. »
Par contre, on sait très bien ce qui va se passer dans l’avenir à Berezniki. Il y a
déjà cinq grands gouffres sur le territoire de la ville. Ils se replissent peu à peu
avec des eaux souterraines et augmentent en taille.
Bien entendu, Dmitry Rybolovlev est maintenant bien loin de toutes
ces histoires provinciales. Il a ses propres problèmes avec
l’immobilier, qu’il règle avec succès. Par exemple, la commission de
Palm Beach (en Floride) a autorisé la démolition d’un manoir que
Rybolovlev avait acheté en 2004 à Donald Trump pour 100 millions
de dollars.
Et la terre ne s’est pas ouverte sous ses pieds, et de plus il a réussi à échapper à
toute responsabilité pour la catastrophe écologique à Berezniki causée en partie
par lui et à vivre luxueusement à l'étranger, alors que les conséquences de cette
tragédie 10 après ne sont toujours pas réglées.
P.S. "Novaya Gazeta" a envoyé à OAO Uralkali une demande officielle, mais
aucune réponse ne nous est parvenue au moment où nous publions, et ce
malgré leurs promesses répétées. Nous avons également adressé des questions
au représentant de Dmitry Rybolovlev, mais elles sont restées sans réponses.

В № 111 «Новой» мы продолжили рубрику «Анатомия
состояний», рассказав о том, как Дмитрий Рыболовлев,
ныне налоговый резидент Монако и фанатичный
коллекционер шедевров мирового искусства
(подробности — в материале Андрея Сухотина в № 107 от
26 сентября), начинал карьеру в Перми, как его деловые
партнеры получили серьезные сроки за организацию
убийства, а сам он по аналогичному обвинению провел
несколько месяцев в СИЗО, но был оправдан судом. Мы
обещали рассказать и о втором деле, которое никогда так и
не было возбуждено. И это, пожалуй, главная история в
анатомии состояния Дмитрия Рыболовлева: как
капитализировать и выгодно продать компанию,
результат работы которой — буквально — тащит под
землю целый город. Пока текст готовился к печати,
президент России Владимир Путин распорядился
«провести проверку соблюдения ПАО «Уралкалий»
законодательства, регулирующего вопросы планирования
и осуществления закладочных работ в шахтах, а также
деятельности Ростехнадзора в части осуществления
надзора за проведением указанных работ».

Я приехала в Березники, чтобы увидеть город с воронкой в сердце и
услышать людей, которые там живут. На первый взгляд это типичный для
Урала райцентр с ровными улицами сталинской и позднесоветской
постройки. Чего тут нет вообще — так это новостроек, хотя люди по меркам
провинции живут совсем не бедно.
В центре города, как и положено, ЦУМ, сразу за ним — площадь перед
горадминистрацией с непременными клумбами и размашистой доской
почета. Мой собеседник, Алексей, прожил в Березниках всю жизнь
— В Березниках помимо «Уралкалия» — пять крупных предприятий, это не
моногород, как может показаться. Сейчас тут живут 150 тысяч человек, а
было в 2006 году — 180 тысяч, в последние десять лет произошел резкий
отток людей. Никто ведь не знал, что будет дальше. У меня в свое время
был замечательный разговор с потенциальным работодателем. Намечался
крупный проект. Я сделал смету, подбил затраты. Дело было сразу после
провала. Звоню через неделю, а работодатель мой говорит, что ему уже
неинтересны Березники.
Мы говорим об аварии на первом руднике «Уралкалия» (БКРУ-1), о
провалах, появившихся в 2007 году и позже в городе Березники, под
большей частью которого расположены шахты. Все местные жители,
конечно, знают, что под ними – пустота, но ничего, привыкли. Ну да, была
авария на третьем руднике в 1986 году, ну затопило шахту — бывает. В
пустоты выработанных шахт стали делать закладки, но тут развалился
СССР, и самому «Союзкалию» чуть не пришел конец. С 1993 года дитя
первых пятилеток переживает реорганизацию за реорганизацией. Люди,
которые постепенно завладевают акциями «Уралкалия», понятия не
имеют о том, что такое жизнь города Березники, для них это просто
бизнес-платформа.
«Технология такова: после выработки пустое пространство должно
закладываться. А вот в каких объемах оно закладывалось, и закладывалось

ли вообще в девяностые и двухтысячные, тут версии разные, — продолжает
Алексей, который хорошо знает Березники не только с поверхности. —
Шахтное поле — это такой треугольник под городом, и практически 80
процентов города находится над ним. Причем еще и состав солей
неоднороден. Есть соли карналитовые, а есть соли сильвинитовые. Они
отличаются тем, что карналит растворяется очень быстро, практически
мгновенно, что, собственно говоря, и стало причиной провалов в 2007
году. А сильвинит растворяется годами. Под большей частью Березников
сильвинитовые соли, поэтому город до сих пор стоит на земле».

На определенном этапе жизни выпускника Пермского медицинского
университета Дмитрия Рыболовлева и березниковских шахтеров
пересеклись. В 2000 году он собрал контрольный пакет акций
«Уралкалия». Знал ли он, что через шесть лет может случиться авария на
одной из его шахт (эта авария впоследствии будет названа западными
СМИ «вторым Чернобылем»), а за этим последует расселение людей из
аварийных домов, которые оказались в опасной зоне? Должен был знать.
С начала девяностых годов в регионе произошло больше сотни
техногенных землетрясений силой от 2 до 5 баллов. Так, 25 октября 1993
года зарегистрировано техногенное землетрясение силой 4 балла по шкале
Рихтера в районе БКРУ-3 (старый провал), 5 января 1995 года произошло
сильное техногенное землетрясение в Соликамске (соседний город, где
работает предприятие-побратим «Сильвинит»). Были зафиксированы пять
толчков силой от 3,5 до 5 баллов. 9 октября 1997 года в Березниках
произошло техногенное землетрясение силой 4 балла с эпицентром
в районе второго и третьего рудоуправлений. 5 января 1995 года за
несколько секунд в Соликамске образовался провал глубиной более 4 м
площадью 950 на 750 м. Под землю ушли озеро и питавшие его родники.
Поселок Новая Зырянка примыкает к первому руднику (БКРУ-1)
«Уралкалия» и находится над его шахтным полем. Весной 1999 года в
поселке раздался гул, началось очередное землетрясение, произошло
резкое проседание почвы в районе речного порта, появились трещины в
стенах нескольких жилых домов и школы-интерната в Березниках. Люди
подумали, что во всем виноваты горные разработки. Стали жаловаться в
разные инстанции.

Тогда руководство АО «Уралкалий» перехватывает инициативу в свои
руки. Предприятие оплачивает серьезное исследование стоимостью 1 млн
рублей. Весь 1999 год сотрудники Горного института проводили
геофизические исследования, сотрудники «Геокарты» картировали
местность и выясняли масштабность явления, специалисты
березниковского предприятия «Исследователь» измеряли глубину
провалов. Результаты этих работ по заказу «Уралкалия» обобщило ОАО
«Галургия». В Березниках мало кто верит в объективность заключений,
подготовленных специалистами ОАО «Галургия», и определенные
пересечения в списках аффилированных лиц двух компаний эти сомнения
только усиливают. В 1999 году «Уралкалий» владел 23% ОАО «Галургия»,
а гендиректор калийного предприятия А.М. Поликша входил в состав
совета директоров.
В 2000 году, когда Дмитрий Рыболовлев уже был основным владельцем
«Уралкалия», исследования продолжились. Исследователи определили
шесть потенциально опасных зон города. Кроме поселка Новая Зырянка
еще был отмечен жилой микрорайон, ограниченный улицами Свердлова,
Юбилейной, Мира, Пятилетки, а также плотина Первого (Семинского)
пруда и район городских очистных сооружений. А главное —
специалистами пермского Горного института был сделан прогноз, что в
2006 году будет пик подземных подвижек. «Уралкалий» о результатах этих
исследований не мог не знать — он ведь их и заказывал.
В прессе периодически появляются истории о том, что еще в советское
время, после провала 1986 года, должны были делать закладки в шахту,
чтобы избежать новой аварии. В 2001 году общий объем требуемых
закладок в шахты составил 27,4 млн м3.
Первый заместитель губернатора Пермской области Анатолий Темкин
рассказывал тогда «Независимой газете»: «Сложившаяся в Березниках
ситуация уникальна. Чтобы прямо под городом располагались зияющие
пустоты, грозящие ему полным разрушением, — такого нет нигде. По
прогнозам пермского Горного института, землетрясения, подобные
описанным выше, происходят раз в десять лет. По данным же
сейсмических исследований, с 2003 года ожидается рост подземных
подвижек с их пиком в 2006 году. Так что для предотвращения возможной
трагедии остается максимум пять лет».
Из той же статьи в «Независимой газете» за 2001 год: «Проходная первого
рудоуправления расположена на одной из центральных улиц
Березников — имени Ленина. Кое-где калийная руда рубится на глубине
всего 250—300 метров под землей — прямо под густонаселенными
микрорайонами. Первое рудоуправление «Уралкалия» — не только
главный добытчик руды под городом, но и главный производитель
закладочных работ. Ежегодно под землю в отработанные пустоты
закладывается 4 млн тонн производственных отходов. Для сравнения:
на-гора из здешней шахты поднимается за год 4,5 млн тонн калийной
руды».
А проводил ли «Уракалий» все необходимые работы по закладке
выработок? Если верить акту расследования причин аварии, который есть

в распоряжении редакции, то «ОАО «Уралкалий» не выполнило
обязанность по обеспечению безопасности жизни и здоровья работников
предприятий и населения в зоне влияния работ, связанных с
пользованием недрами <…>. Авария на руднике БКПРУ-1 является
результатом как действий недропользователя (условия отработки), так и
его бездействия (в том числе непроведение достаточных исследований,
недостаточная закладка камер)».

В 2004 году одновременно с выборами в Госдуму проходили и выборы в
Березниках. Дмитрий Рыболовлев, купивший «Уралкалий», имел планы и
на сам город.
«Среди всех городских предприятий «Уралкалий» является бесспорным
лидером по пиару, — рассказывает местный юрист Артем Файзулин. — В
ходе агрессивной избирательной кампании в 2004 году в Березники была
привезена целая команда пиарщиков, политтехнологов. Рыболовлев
решил, видимо, обеспечить режим максимального благоприятствования
для своего предприятия. В итоге город накрыли очень плотным
политтехнологическим, идеологическим, медийным колпаком. Сказали,
что вот у нас есть замечательная команда профессионалов, а им
противостоят какие-то черные, серые, нехорошие ребята. Создали
идеальный образ врага, под который подошел один из тоже не бедных
людей в нашем городе, Макаров Сергей Евгеньевич, который в
общественном сознании стал ассоциироваться с каким-то криминалом.
При этом у Макарова с формальной точки зрения ни одного привода в
милицию не было, а господин Рыболовлев содержался под стражей по
подозрению в убийстве (заказное убийство Евгения Пантелеймонова,
директора предприятия «Нефтехимик» — подробности в № 111 «Новой
газеты» от 25 сентября 2016 года. — Ред.). Но все это было замыто,
«Уралкалий» выступал белой фигурой, город утонул в количестве черного
пиара, здесь были применены самые грязные технологии. Господин
Рыболовлев достиг того, чего хотел, у нас получился калийный мэр (Сергей
Дьяков. — Ред.), у нас получилась калийная гордума, у нас получились
калийные СМИ».
По словам Артема Файзулина, город и сейчас преимущественно
контролируется «Уралкалием». Но самую важную роль захват командных
высот, произошедший в 2004 году, безусловно, сыграл в 2006-м, накануне
и после провала.

Для самого предприятия 2004-й стал годом кардинальных изменений.
Гендиректором «Уралкалия» был назначен Максим Бакшинский,
управленец, не имевший ничего общего с горным делом. Бакшинский
окончил Московский технологический институт пищевой
промышленности. С 1995 года работал на руководящих должностях в
компаниях PepsiСo и Coca-Cola в Москве, Санкт-Петербурге, Самаре.
В конце 2004 года в интервью «Пермскому обозревателю» бывший
кока-кольщик говорит о новых приоритетах в работе «Уралкалия»: «В
основе наших амбициозных планов лежит детально проработанная
программа развития предприятия. Четкое следование этим планам
позволит нам претендовать на справедливые позиции на мировом рынке
калийных удобрений. <…> Рудоуправления должны будут
самостоятельно намечать для себя производственные рубежи (эти
рубежи станут ориентиром для планирования продаж на экспорт).
Оттого, насколько высокую планку возьмет коллектив, напрямую
зависит размер годовой премии...»
Это было золотое время для шахтеров «Уралкалия». План выработки все
время рос, люди получали высокие зарплаты и премиальные. «Мы тогда
не очень задумывались над тем, что что-то может произойти, —
рассказывает Александр, один из бывших шахтеров БКРУ-1. — Без первого
рудника работа всего «Уралкалия» была бы под вопросом. Там добывались
карналитовые соли, необходимые для всего цикла производства, еще один
такой же рудник есть на «Сильвините», но он был на тот момент наш

конкурент».
В итоге первый рудник работает на износ. «Уралкалий» дает рекордные
показатели всего постсоветского периода.

В 2006 год «Уралкалий» вошел суперприбыльным предприятием и с
новым генеральным директором — Владиславом Баумгертнером. В августе
2006 года на внеочередном собрании акционеров ОАО «Уралкалий» было
принято решение об одобрении публичного размещения пакета акций
объемом более 29% от уставного капитала. 21 сентября Федеральная
служба по финансовым рынкам РФ выдала компании разрешение на
обращение за пределами России до 29% ее акций. 25 сентября объявлены
параметры IPO.
Но 11 октября ОАО «Уралкалий» приняло решение не проводить
публичное размещение акций компании на Лондонской фондовой бирже.
Комментируя отказ компании от размещения акций, председатель совета
директоров Дмитрий Рыболовлев отметил, что, «несмотря на
проявленный в ходе подготовки к размещению высокий уровень
заинтересованности инвесторов в компании, рынок не оценил в полной
мере ее реальный потенциал».
В эти дни в шахту первого рудника уже поступают рассолы, но насосы с
ними пока справляются.
Из отчета группы по геологии и гидрогеологии по состоянию на 27 октября
2006 года: «До 17 октября 2006 года приток закладочных рассолов в
рассолосборник составляет около 20—50 кубометров в час, с которыми
две насосные станции перекачки в центральный рассолосборник
справлялись — они включались один раз в неделю. 17 октября 2006 года
произошел внезапный прорыв рассолов в рассолосборник <…> более
300—400 кубометров в час, приведший к затоплению 2 насосных
станций. Для борьбы с прорывом 18.10.2006 г. в первую смену были
смонтированы и запущены 2 насоса К-100, которые с притоком не
справлялись. 19.10.2006 г. были смонтированы и к концу суток были
запущены еще 2 насоса <…>. 19.10.2006 г. из-за высокой концентрации
сероводорода в рудничной атмосфере был задействован план
ликвидации аварий с выводом людей из шахты. 20.10.2006 г. после
принятия мер по улучшению проветривания работы в руднике
возобновлены. 20.10.2006 г. были смонтированы еще два насоса <…>.
Принятые меры позволили справиться с притоком и контролировать
его».
24 октября 2016 года железнодорожное полотно в районе БКРУ-1 дает
просадку. Сотрудники вокзала сообщают, что со следующего дня он уже не
будет работать.
25 октября рудник оставляют, принято решение его затопить. В шахту
поступают не рассолы, а обычные пресные воды. В этот же день на
железнодорожном вокзале происходит проседание грунта.
30 октября 2006 года впервые в СМИ появляется официальная
информация о том, что аварийный рудник в Березниках будет затоплен.
Вскоре Дмитрий Рыболовлев уезжает в Европу и практически не живет в
России. Пошли слухи, что он испугался лишиться и бизнеса, и свободы.

Расследованием причин аварии занимаются профильный Ростехнадзор и
специальная правительственная комиссия. 27 июля 2007 года выходит
распоряжение правительства РФ № 814-Р, подписанное премьерминистром Михаилом Фрадковым, где авария четко называется
техногенной и где прекрасно видны ее реальные масштабы.

«В целях осуществления первоочередных мероприятий по

предотвращению негативных последствий техногенной аварии,
вызванной затоплением рудника Верхнекамского месторождения
калийно-магниевьх солей в г. Березники (Пермский край), в границах зоны
вероятных разрушений, согласованных Ростехнадзором, а также
учитывая федеральный характер указанной чрезвычайной ситуации:
1. Минрегиону России совместно с правительством Пермского края
утвердить до 1 июля 2007 г. список граждан, подлежащих переселению
из зоны вероятных разрушений, площадь жилого фонда, находящегося в
границах зоны вероятных разрушений.
2. Правительству Пермского края:
Организовать работы по переселению граждан из жилых помещений,
находящихся в границах зоны вероятных разрушений, в срок до 1 декабря
2007 г.; обеспечить совместно с МВД России и МЧС России эвакуацию
людей из зоны вероятных разрушений не позднее 1 декабря 2007 г.; <…>
З. Минфину России предоставить в установленном порядке за счет
средств федерального бюджета бюджету Пермского края бюджетный
кредит в размере до 700 млн рублей.
<…>
6. Минтрансу России принять меры по обеспечению бесперебойного
железнодорожного сообщения между гг. Соликамск и Пермь.
7. Росводресурсам принять меры по обеспечению поддержания
безопасного уровня Нижне-Зырянского (Семинского) водохранилища».

Все прекрасно, но где же в этом списке «Уралкалий»?
Юрий Трутнев в 2006 году занимал пост министра природных ресурсов и
возглавлял правительственную комиссию по недопущению негативных
последствий техногенной аварии, вызванной затоплением рудника ОАО
«Уралкалий», говорил об «этической ответственности» компании. В
общем, по итогам работы комиссии в качестве причин аварии был признан
комплекс техногенных и геологических факторов, то есть ОАО
«Уралкалий» сильно пощадили. Вероятно, в подготовке создания столь
благоприятного для компании доклада немалую роль сыграл и тот факт,
что его частично написало то самое ОАО «Галургия», аффилированное с
«Уралкалием».
Не все федеральные министры были столь же лояльны в оценках, как
Юрий Трутнев. Например, Сергей Шойгу на медиафоруме «Единой
России» в Москве заявляет, что «Уралкалий» устранился от решения
проблем, возникших из-за его работы: «Я бы журналистам советовал
посмотреть финансовые итоги работы этого предприятия за
последние годы, а также узнать, кто первый номер по налоговым
платежам в Швейцарии, тогда все станет ясно. Государство делает
все для того, чтобы решить возникшую ситуацию, но нужно было бы
спросить и с собственника предприятия. Он тоже должен участвовать
в этом процессе».
Чистая прибыль «Уралкалия» на тот момент выросла на 1,8% — до 3,8
млрд рублей.

В июне 2007 года становится понятно, что при ликвидации последствий
аварии на БКПРУ-1 будут использованы преимущественно федеральные
деньги. В Березниках в зону проседания почвы попал участок федеральной
железной дороги и газопровод ТЭЦ-10. Ученые также определили участки
и объекты, которые могут попасть в зону оседания: это 31 жилой дом, 2
школы, 3 детских садика. В бюджете края предусмотрено выделение 100
млн руб. на строительство жилья, а 150 млн руб. будут направлены на
строительство 6 км обходного пути, который минует зону возможного
оседания грунта.

Быть может, «Уралкалий» из-за аварии на БКРУ-1 попал в свою дыру —
финансовую? Напротив, катастрофа сыграла компании, принадлежавшей
тогда Рыболовлеву, только на руку. На мировом рынке в тот момент
возник дефицит калийных солей, и цены на них взлетели. И если в 2006
году чистая прибыль «Уралкалия» составила 3,8 млрд руб., то в 2007
году — уже 8 млрд руб., а в 2008 году — 29,4 млрд руб.
В октябре 2007 года Рыболовлев удачно вышел на IPO, заработав в
Лондоне без малого миллиард долларов. Но осенью 2008 года
нашелся-таки человек, который как никто другой мог бы напомнить
удачливому миллиардеру о последствиях экокатастрофы, — Игорь
Иванович Сечин, занимавший на тот момент должность вице-премьера.
По его инициативе была создана новая правительственная комиссия. К
каким выводам она пришла, доподлинно неизвестно. Ростехнадзор и
Генеральная прокуратура не ответили на официальный запрос «Новой
газеты». Зато известно, что Сечину очень не понравился тот факт, что
Рыболовлев тогда купил за 100 млн долларов дом Дональда Трампа в
Палм-Биче в штате Флорида, но участвовать в устранении последствий
самой крупной экологической катастрофы в России после Чернобыля,
вызванной затоплением рудника своей же компании, особенно не желал.
Так или иначе, в марте 2009 года «Уралкалий» и правительство РФ после
долгих переговоров заключили соглашение, по которому компания
выплачивала компенсацию — 7,5 млрд руб. (изначальная сумма, которую
требовали власти по итогам работы второй комиссии, созванной Сечиным,
составляла 2,6 млрд долларов, что сегодня соответствует больше 158 млрд
рублей), две трети которой пошли на строительство обходной
железнодорожной ветки, а остальное — на решение проблем переселенцев.
При этом, по соглашению 2013 года, аналогичные суммы — по 2,5 млрд
руб. — выплатили правительства РФ и Пермского края. Хотя «Уралкалий»
мог бы закрыть жилищный вопрос самостоятельно, потратив на это менее
трети чистой прибыли за 2008 год.
Итак, летом 2010 года Дмитрий Рыболовлев спешил продать контрольный
пакет «Уралкалия» и покинуть Россию, заработав при этом еще около 5,3
млрд долл., которые пошли на приобретение шедевров мирового искусства
(2 млрд долларов), роскошных объектов недвижимости в Европе, в Дубае и
в США (1 млрд долларов), футбольного клуба Монако (200 млн долларов
лишь за его покупку), яхты, самолетов AIRBUS 319 и Falcon и.т.д. При этом
Дмитрий Рыболовлев отнюдь не считал нужным инвестировать хотя бы
копейку в восстановление аварийного региона.

«Вопрос о переселении людей стоял очень остро и при Рыболовлеве не
решался вообще, — поясняет Алексей, мой первый собеседник в
Березниках. — Считается, что Басаргин, наш новый губернатор, очень
слабый, но я вам скажу, что именно при нем стали ставиться вопросы: так,
ребята, давайте строить капитальное жилье для переселенцев. И
вложились Пермский край, «Уралкалий» и Федерация. Аварийных домов

уже более полусотни, не только в районе, непосредственно примыкающем
к первому руднику, но и в других кварталах 70—80-х годов постройки.
Буквально на днях ничем закончился суд, хотели посадить бывшего
главного архитектора города — за то, что он санкционировал постройку
быстровозводимого жилья. Когда произошло обрушение рудника в 2007
году, через полгода начали строить быстровозводимые кварталы на
правом берегу Камы. Там просто пластмассовые дома, переселили туда ряд
семей, три года они там прожили, а потом пришел Роспотребнадзор и
нашел там формальдегид. Впоследствии эти дома были признаны не
пригодными для проживания. А федеральный бюджет потратил на это 1,7
миллиарда рублей».
Алексей везет меня к этим домам. 89 нежилых пустых коттеджей стоят без
охраны. Внутри некоторых живут строители. В очередной раз идет стройка
века, теперь возводят капитальное жилье. Позади мертвых домиков стоит
многоэтажка: «Вот сюда в частности и выселяли людей из этих каркасных
домиков», — говорит Алексей.
На скамеечке у подъезда сидят бабушки. «Мы из этих домов, — говорит
82-летняя Лилия Дмитриевна. Большую часть времени она прожила в
районе первого калийного рудника, после провала ее дом признали
аварийным, и всю семью выселили в быстровозведенный коттедж. —
У меня была трехкомнатная квартира, а здесь дали однокомнатную. Это не
наша собственность, это маневренный фонд. Нет у меня, получается,
никакой квартиры. До аварии я стояла в очереди на улучшение жилья в
Березниках, когда перевезли нас в эти домики, нас с очереди на улучшение
сняли. Я главе города говорю: сколько можно издеваться? Да я и не знаю,
куда переезжать, у меня уже все переломали при всех этих переездах, уже
перевозить нечего. Если переезжать еще раз, только на мусорку вещи уже
надо будет выкидывать».
К разговору подключается баба Оля: «В 2009 году у нас потом кусок
потолка упал просто. Это мы на улице Юбилейной жили. Ладно, хоть дома
никого не оказалось. Мы пригласили тоже комиссию городскую, они нам
маячки поставили, а потом уже сказали переезжать».
«Формальдегидная история старая, по большому счету, — говорит Артем
Файзулин, юрист и адвокат одной из пострадавших семей. —
Ответственность за произошедшее на себя никто так и не взял. Население
убедили, что в советское время сделали выработки и на них построили
город, чего в мире вроде как нет. Когда разразился скандал с
формальдегидом, городские власти, по сути, должны были на основании
актов санитарно-эпидемиологических органов принять решение об
аварийности быстровозводимых домов, о непригодности их для
проживания и в соответствии с законодательством начать процедуру
переселения людей в пригодное для проживания жилье либо выплаты
денежных компенсаций. Проблема возникла вот какая: городские власти
во чтобы то ни стало хотели уйти от вопроса признания этих домов
аварийными, потому что если бы такое решение состоялось, то это могло
бы стать поводом для расследования — а как это произошло?
И все бы было замечательно, городская власть на самом деле выиграла эту
партию, если бы не одна семья, которая просто уперлась и отказалась
уезжать, пока их жилье официально не признают аварийным. Это семья
Пономаревых—Мотиных. Изучив документы, мы снова вышли в суд в
феврале прошлого года с требованием обязать межведомственные
организации признать данную квартиру непригодной для проживания — и
мы этот суд выиграли. Администрация вынуждена была снова поднять эту
проблему. В итоге летом прошлого года состоялось решение о признании
всех квартир в формальдегидных домах непригодными для проживания.
Правда, неочень понятно, что будет дальше».
Зато понятно, что будет дальше с самими Березниками. В городе уже пять
крупных провалов. Они заполняются грунтовыми водами и растут.
Дмитрий Рыболовлев, конечно, сейчас далек от этих приземленных
разборок. У него свои проблемы с недвижимостью, и они успешно
решаются. Например, комиссия города Палм-Бич (штат Флорида) дала
разрешение на снос особняка, который в 2004 году Рыболовлев купил у
Дональда Трампа за 100 млн долларов.

И земля под ним не треснула. Более того, ему удалось избежать
ответственности за катастрофу в Березниках и роскошно жить за рубежом,
хотя и спустя 10 лет после этой трагедии ее последствия еще далеко не
устранены.

«Новая газета» направила в ОАО «Уралкалий» официальный
запрос, однако ответа на него к моменту выхода публикации
мы так и не получили — несмотря на неоднократные
обещания. Мы также передали вопросы представителю
Дмитрия Рыболовлева, но и они остались без ответа.