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Le programme nucléaire du

Brésil suscite des doutes


Natalie Nougayrède - New York Envoyée spéciale - 29/05/2010

L'Agence internationale pour l'énergie nucléaire (AIEA) a misen place


une structure d'évaluation

Après avoir voulu prendre l'initiative sur le dossiernucléaire iranien, la


diplomatie brésilienne traverse unephase difficile. L'accord négocié le 16
mai à Téhéran àpropos d'un transfert d'uranium iranien vers la
Turquiecontinue d'essuyer les critiques des Etats-Unis. Jeudi 27mai, la
secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a assuréà son homologue
brésilien, Celso Amorim, que " faire gagnerdu temps à l'Iran, (...) rend
le monde plus dangereux et nonmoins " dangereux.

Un autre facteur place le Brésil en position délicate : sonpropre


programme nucléaire comporte des zones d'ombre. C'estpour cette
raison que l'Agence internationale de l'énergieatomique (AIEA),
l'organisme de vérification de l'ONU, adiscrètement mis en place, en
mai, une équipe spécialechargée d'évaluer les activités nucléaires du
géantd'Amérique latine. Cela n'a pas été annoncé publiquement.

L'AIEA, dont le directeur, Yukiya Amano, s'est rendu en marsau Brésil,


est frustrée de voir que ses inspecteurs nepeuvent accéder à l'intégralité
des activitésd'enrichissement d'uranium menées par ce pays. Le secret
surune partie de ses centrifugeuses (les appareils permettantd'enrichir)
est justifié par le Brésil pour des raisons decompétition commerciale.
Sans tout à fait convaincre ses interlocuteurs.

A la fin des années 1980, le Brésil, sorti de la dictature,avait renoncé à


un programme nucléaire militaire dontl'existence a été reconnue en
1990. Le Brésil et l'Argentineavaient ensuite passé un accord sur le
contrôle de leursmatériaux nucléaires respectifs. Le Brésil, qui nourrit
degrandes ambitions dans le nucléaire civil, tient un discoursen faveur
de l'abolition de l'arme suprême dans le monde,réitérant cette position
lors de la conférence d'examen dutraité de non-prolifération (TNP), en
mai, à New York.
Rôle de l'armée

Cacherait-il le développement d'un programme nucléairemilitaire? Les


avis des diplomates étrangers sont partagés.En marge de la conférence
du TNP, les motivations du Brésildans son approche du dossier iranien
ont été amplementdébattues. En défendant le droit de l'Iran à enrichir
del'uranium en dépit de l'opacité de son programme, Brasiliapourrait,
selon certains, se ménager la possibilité d'accéderun jour au " seuil "
nucléaire, c'est-à-dire la maîtrise detoutes les technologies liées à la
bombe atomique, mais sansaller jusqu'à la fabriquer. Le rôle important
joué parl'armée - singulièrement la marine - dans le
programmenucléaire brésilien renforce ces interrogations.

D'autres sources considèrent que le Brésil n'est pas un pays" à risque "
car il a fourni suffisamment de garanties et n'ajamais évoqué la
possession de la bombe comme un élémentdécisif de puissance pour son
propre compte. Mais ens'emparant de la question iranienne, le Brésil a
attiré surlui, non sans risque, une attention nouvelle.» (ChristianVargas)