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VERBATIM

C U LT U R E : « L A
BA I S S E D E L A
F R É Q U E N TAT I O N
TO U C H E S U RTO U T
LA JEUNESSE»
Par Guillaume Tion (http://www.liberation.fr/auteur/10309-guillaume-tion) ,
Elisabeth Franck-Dumas (http://www.liberation.fr/auteur/12314-elisabethfranck-dumas) et Clémentine Gallot (http://www.liberation.fr/auteur/15419clementine-gallot)
— 21 novembre 2015 à 10:00

Sécurité, programmation, action
culturelle : quatre directeurs
d’institutions culturelles parisiennes
nous disent comment ils ont réagi aux

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Nous demandons aux spectateurs de venir plus tôt pour éviter les attroupements sur la voie 2 sur 9 . nous devons aller dans les écoles «Dans les théâtres publics.com/inte Photo Adrien Morlet.MOTA. et évoquent les mesures qu’ils mettent en place dans leur établissement Une bannière en hommage aux victimes des attentats a ! été installée sur la façade du Centre Pompidou. la fermeture a été levée après le week-end : je suis toujours pour rouvrir au plus vite car un peuple tout entier doit montrer que la vie reprend. DIRECT EUR DU FEST IVAL D’AUTO MNE ET DU T HÉÂT RE DE LA V IL L E. «Puisque l’école ne viendra plus au théâtre. (https://www. c’est ce qui fait vibrer Paris comme ville monde. Dans le cadre de l’état d’urgence. des artistes et des publics. AFP EMMANUEL DEMARCY.attentats. Les contrôles sont renforcés.facebook. des procédures de sécurité sont mises en place au niveau du personnel. J’ai la responsabilité de plus de 10 spectacles pour une jauge de 20 000 spectateurs sur la semaine.com (https://twitter. des agents supplémentaires sont postés aux abords du théâtre et une fouille visuelle des sacs a lieu.

Il faut un filtrage et un accompagnement positif : nous ne sommes pas une gare ! «Le Théâtre de la Ville et le Festival d’Automne ainsi que 40 structures partenaires accueillent plus de 100 compagnies étrangères. la question est de laisser la liberté individuelle au sein du collectif s’organiser. la baisse de la fréquentation touche surtout la jeunesse : nous avons 2 500 élèves à accueillir. puisque l’école ne viendra plus au théâtre. ndlr). Je prépare pour Noël un Alice et autres merveilles avec Fabrice Melquiot dont je vais devoir faire une version nouvelle que je jouerai dans les écoles. Cette jeunesse va donc être absente des relations aux œuvres : nous devons expliquer avec les acteurs et les artistes nos spectacles dans les écoles. Les effets en sont déjà mesurables. l’état 3 sur 9 . Nous avons reçu des messages de soutien du monde entier pour nous demander de continuer à jouer. avec un taux d’annulation de 80% des élèves qui devaient venir voir Castellucci vendredi et samedi. J’ai demandé à David Lescot et Romeo Castellucci de mettre des dispositions en place pour y aller.publique. dès samedi. Plus que les grands établissements. la priorité revient aux petites structures et aux compagnies qui n’ont pas de fonds de roulement. Le droit à la peur est légitime. plus de six personnes étaient en charge du contrôle à l’extérieur. l’enseignant en prend la responsabilité. Pour la première de Ödipus der Tyrann de Romeo Castellucci (vendredi soir. «Chez nous. Le théâtre n’étant pas considéré comme sortie scolaire régulière. or les consignes du rectorat précisent que les sorties scolaires régulières sont maintenues si elles n’impliquent pas l’utilisation de transports en commun. soit 1200 ressortissants étrangers sur le territoire : tous les gens de la Schaubühne travaillant sur le spectacle de Castellucci sont venus. La question des portiques de sécurité n’est pas déterminée à ce jour.

Il faut changer sa façon de vivre. il faut des moyens. On est à risque bien sûr.d’urgence durant trois mois. DI RECT RI C E DU J EU DE PAUME «Il y a un travail d’éducation à faire. «On ne va pas changer notre programmation. » Recueilli par C. en tant que président de l’Association nationale de recherche et d’action théâtrale (ANRAT) je remarque que le festif et la jeunesse ont été ciblés.fr/arts/2015/11/20 /la-culture-serre-les-rangs_1415090). «Je ne pense pas que la culture puisse vraiment apporter de réponse à de tels actes. Cela doit 4 sur 9 . J’appelle au pacte sur la jeunesse et la culture : il ne s’agit plus seulement de vivre ensemble mais de faire ensemble et pour cela. de faire des choses pour rassurer les publics et les salariés. avec les réactions de Macha Makeïeff. mais elle doit poser les bonnes questions. les politiques ont supprimé beaucoup d’ateliers artistiques. qu’on échange des idées. qui est de vivre ensemble. car ces gens-là ne viennent pas voir notre programmation.liberation. A L I RE AUS S I La culture serre les rangs(http://next.Ga. L’échange n’est pas dans leur démarche. mais dans le métro aussi. et avoir un objectif commun. Depuis Nicolas Sarkozy. Il s’agit d’expliquer aux enfants une œuvre porteuse de doute et pas de certitude. Jean-Jacques Aillagon. afin de changer les modes de pensée. de lien avec la jeunesse. on ne se pose même pas cette question. dans tous les sens du terme» «Le ministère de la Culture nous a demandé de renforcer la sécurité. Ce n’est pas un contenu spécifique qui est mis en cause mais le fait qu’on travaille avec des idées. Rachid Ouramdane MARTA G I L I . «Par ailleurs.

Et particulièrement autour des images : comment les décortiquer. nous mettrons des portiques partout» «Concernant la sécurité.se faire dans tous les lieux de culture.» Recueilli par E. et en Europe. F. Il y a un travail d’éducation à faire. Car il ne s’agirait pas de dire. c’est une des missions primordiales d’institutions comme la nôtre. comme liberté. nous appartient à tous. ils prennent tout leur sens. Nous sommes dans la même plateforme d’images et de mots. cela augmente donc les files d’attente à 5 sur 9 . par Internet. dans tous les sens du terme. La culture doit s’en emparer pour leur donner une réalité et une vérité. au concert. mettre des mots sur ces images qui circulent.-D.liberation. c’est évidemment le travail que tous les musées et institutions publiques doivent faire avec les jeunes. il y a des mots qui remplissent la bouche. ont aussi des aspects négatifs. au musée mais aussi au cinéma. A L I RE AUS S I Des salles en période de convalescence(http://next. par exemple. justement. car la culture qui passe par les réseaux. au théâtre.fr /arts/2015/11/20/des-salles-en-periodede-convalescence_1415087) LAU R EN T BAY L E. droits de l’homme. car les jeunes sont la cible de ces groupes-là. Il y a moins d’entrées pour accueillir le public qui doit passer sous les portiques. «L’autre chose qui est importante. il faut privilégier un accroissement de la vigilance globale et le respect d’une mosaïque de petites mesures plutôt que de se projeter dans une solution miracle. En France. et c’est aussi la nôtre. et là. il y a notre culture et puis la leur. Les portiques de sécurité. D I R ECT EU R D E LA C I T É D E LA MU S I Q U E ET P R ÉS I D EN T D E LA P H I L H AR MO N I E D E PAR I S «S’il le faut.

qui sont un gros facteur de risques : elles sont exposées à des tirs. enfin elles peuvent générer rapidement un effet de panique. Un musée n’a pas d’horaires en quelque sorte. Et puis il y a les cinémas. selon les spécificités des lieux. où il y a un musée et des salles de concert. Il y a alors deux types de présence. si l’on veut absolument tout sécuriser on s’aperçoit qu’il n’y a alors pas assez d’effectifs pour assurer les tâches courantes de police. en soirée. en quelque sorte il croit que le concert va commencer sans lui. on peut penser à une présence mobile. «Concernant les forces de police ou militaires. Il est alors capital d’éviter tout énervement qui pourrait s’amplifier en mouvement de panique. et nous avons acheté des magnétomètres.l’extérieur. par exemple dans le cadre des spectacles où le public est toujours plus tendu à mesure que l’heure tourne. à la Philharmonie. Les salles de concert n’ont qu’un horaire. a décidé la mise en place d’un fonds. comme les grands musées par exemple. qui a réuni dimanche après les attentats les directeurs des établissements culturels publics. un kamikaze peut s’y cacher. nous mettrons des portiques partout. Une configuration qui convient bien à la Cité de la musique. Pour l’instant. Si l’on se rend compte que ce n’est pas suffisant. D’autres établissements sont plus désargentés ou ont des charges de sécurité bien plus lourdes. les files d’attente y sont permanentes. où il y a plusieurs files d’attente et où les 6 sur 9 . Si nous pouvons assurer les dépenses. nous avons augmenté le nombre d’agents de sécurité pour contrôler le public. autant ne pas utiliser le fonds. nous avons installé des portiques à la sortie des artistes. dont nous ne nous sommes pas servis. mais aussi d’agents d’accueil. On peut imaginer une présence figée des forces. «Le ministère. qui interviendrait selon les moments à différents lieux.

jusqu’à ce que le film ne joue plus. plus passante et plus exposée au flux urbain. l’accès à la bibliothèque publique d’information (BPI) . C’est avec l’expo Chagall qu’on ne se rendra mieux compte d’une désaffection éventuelle du public. d’autre part dans le cadre du plan Vigipirate. nous apprécierons le cas échéant à la demande des artistes et des intervenants. Nous souhaitons maintenir toutes nos programmations. en coordination avec la préfecture de police. «Concernant la fréquentation. des étudiants principalement. avec les services de sécurité du Centre Pompidou. Pour éviter une même file d’attente côté rue. S ERG E LASV I G N ES. P R ÉS I D EN T D U C EN T R E P O MP I D O U «S’agissant de la culture.le plus souvent avec des jeunes lecteurs. en lien avec les militaires aux abords du bâtiment. Le contrôle vigilant des sacs à l’entrée et le passage sous les portiques de sécurité entraînent une attente plus longue au dehors du Centre Pompidou et nous comptons sur la patience et la coopération de nos visiteurs.» Recueilli par G. Les visiteurs comme les lecteurs sont invités à 7 sur 9 . En ce qui concerne les événements et soirées. au cas par cas. à la Philharmonie nous n’avons pas senti de baisse depuis les attaques. qui vient toujours au concert mais hésitera peut-être à se déplacer pour une expo. T.mesures de sécurité peuvent nuire à la fréquentation : les gens se rendent à un concert car c’est une date unique. rien ne doit changer» «Nous serons encore plus attentifs à la gestion des flux de visiteurs. les spectacles étaient complets.est jusqu’à nouvel ordre supprimé. mais ils repoussent leur sortie au cinéma car ils savent que le film sera encore projeté dans les jours à venir.

Pour le 8 sur 9 . Les événements sont encore très récents et ont connu de nouveaux développements. On ne peut pas proposer au public des choses autocensurées. Samedi. rien ne doit changer. avec humour et talent. lundi 16 et mercredi 17. ndlr) et l’attente pour la BPI se fait à l’intérieur du Centre Pompidou. nous avons du public mais en moindre proportion bien sûr. avec légèreté. s’agissant de la culture. à savoir comment un pays vit face au terrorisme. Notre esprit est plutôt de traiter les sujets.entrer par la piazza (la place qui fait face au musée. si nous avions voulu ouvrir. «La culture fait partie de ces choses que ces ennemis de la France n’aiment pas car elle est un rempart à leur stratégie de cloisonnement. C’est la résistance à l’oppression. après le passage du contrôle Vigipirate. or là il y a un vrai sujet social. Cette grande dessinatrice pratique la critique caustique de notre société depuis les années 1970. La soirée de vernissage a été dédiée aux jeunes qui ont rencontré l’innommable. «Depuis la réouverture du Centre Pompidou. il ne faut surtout pas se mettre en fonctionnement mineur. d’un système de référence à opposer à cette sorte de non-pensée. le personnel était là. sans cynisme ni véhémence. L’action éducative et l’éducation artistique deviennent fondamentales en France. Cela me paraît très normal «Une performance de l’artiste Dominique Gonzalez Foerster a été annulée mais j’ai souhaité maintenir le vernissage de l’exposition Claire Bretécher à la bibliothèque mardi soir. Le musée doit être "a safe place for unsafe ideas". aujourd’hui il faut aller plus loin : les jeunes Français ont besoin d’un cadre culturel qui résiste au lavage de cerveau. «Sur le principe. Ils font donc aussi la guerre à la culture à travers leurs actions. de fermeture.

public. Guillaume Tion (http://www.liberation.liberation.fr/auteur /15419-clementine-gallot) 9 sur 9 .liberation. se déplacer est un plaisir qui renforce l’ouverture d’esprit et aller au musée revient à affirmer le lien social. Ga. Elisabeth Franck-Dumas (http://www.fr/auteur/12314-elisabeth-franckdumas) .fr/auteur/10309guillaume-tion) . voire à lutter contre la régression et les idées fixes.» Recueilli par C. c’est une forme de psychothérapie. Clémentine Gallot (http://www.