DEUX PÉRIODIQUES SERBES DANS LA FRANCE DE LA GRANDE

GUERRE
Tamara Valcic-Bulic
Klincksieck | Revue de littérature comparée
2005/3 - n o 315
pages 341 à 346

ISSN 0035-1466

Article disponible en ligne à l'adresse:

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-de-litterature-comparee-2005-3-page-341.htm

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Valcic-Bulic Tamara, « Deux périodiques serbes dans la France de la Grande Guerre »,
Revue de littérature comparée, 2005/3 n o 315, p. 341-346.

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Distribution électronique Cairn.info pour Klincksieck.
© Klincksieck. Tous droits réservés pour tous pays.

La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des
conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre
établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que
ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en
France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

notes et documents

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Au milieu des bouleversements apportés par la première guerre mondiale, dans les années de guerre probablement les plus difficiles pour la
France mais à coup sûr pour la Serbie, occupée et sur le point d’être rayée
de la carte 1, une activité intellectuelle importante des Serbes se développe
en exil. Une des preuves de cette activité est indubitablement l’apparition
de certains périodiques serbes, pratiquement partout où les Serbes se sont
provisoirement installés : à Corfou, à Salonique, à Bizerte, à Paris, Genève,
Londres. Parmi ces périodiques il y en a qui sont naturellement en leur
langue maternelle : à Corfou Srpske novine (Le Journal officiel), Zabavnik
(Almanach), Pravda (Vérité) à Salonique, Napred (En avant) à Bizerte 2. Ces
périodiques témoignent du besoin des Serbes d‘établir des liens entre eux,
de s’informer sur les événements politiques et autres concernant leur pays
et la suite de la guerre.
Mais, il y en a également qui sont publiés en langues étrangères, et qui,
tout en s’adressant au public serbe, et, on le verra, plus amplement yougoslave, ont pour objectif supplémentaire d’établir et d’entretenir des rapports
d’amitié entre leur propre peuple (et dans un certain sens en son nom) et le
peuple du pays hôte, de lui faire connaître le passé, le patrimoine culturel,
les créations artistiques du peuple serbe et d’affirmer ainsi son originalité
et son identité nationale. La plupart ont un caractère national prononcé dès

1. La Serbie est, après la défaite de son armée de 1915, occupée par les troupes austroallemandes et bulgares, le gros de ses civils et de son armée ayant fait retraite en
passant par les montagnes de l’Albanie ; les uns ont été décimés par le froid et par les
maladies alors que les survivants ont été transportés par les troupes alliées à Corfou,
et dans quelques autres îles de Grèce, ainsi que dans quelques villes de l’Afrique du
Nord ; plus tard, nombreux sont ceux qui ont été acheminés vers certains pays occidentaux, principalement la France et la Suisse.
2. D’après La Revue yougoslave précisément, c’est un Français, un certain Albert Aufort,
qui fonde une imprimerie en Tunisie pour les combattants serbes mutilés et réformés.
(n° 3-4, avril 1919).

n°3-2005.indb 341

Revue 3-2005
de Littérature comparée

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Deux périodiques serbes dans la France
de la Grande Guerre

02/11/05 14:29:33

Tamara Valcic-Bulic

le titre : à Genève sortent La Serbie, La Nouvelle Serbie et Yougoslavie. À
Paris, à côté de certains bulletins officiels dépourvus d’intérêt culturel, c’est
La Patrie serbe, revue assez intéressante, qui marque pour les Serbes exilés
ces deux années de guerre 3.
Il s’agit d’une revue mensuelle paraissant d’abord à Vitré, petite ville de
Bretagne, puis à Paris, entre octobre 1916 et décembre 1918. Quelques mois
après l’armistice, alors que la plupart des réfugiés commencent à rentrer au
pays, et en plein milieu des préparations pour le traité de paix, c’est au tour
de La Revue yougoslave de faire son apparition, prouvant ainsi la poursuite
d’une activité intellectuelle de l’émigration serbe et yougoslave.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Les deux revues parviennent pratiquement à assurer cette continuité d’échanges – avec une pause négligeable d’à peine deux mois, de
décembre 1918 à mars 1919. Cependant, il ne s’agit pas uniquement d’une
continuité temporelle : de nombreux intellectuels serbes et yougoslaves, les
plus renommés, participent au travail de l’une et de l’autre. Ils sont légion :
professeurs d’université, savants, anciens députés, critiques littéraires, enfin
professeurs des lycées, venus en exil avec leurs élèves 4. Certains d’entre
eux avaient été avant la guerre collaborateurs de la revue littéraire serbe de
l’époque la plus renommée, Srpski knjizevni glasnik (Le messager littéraire
serbe), revue d’opposition en même temps ; d’autres ont, pendant la guerre
même, participé à l’élaboration d’un programme et d’un État yougoslaves.
Des slavistes français s’intéressant aux problèmes de la Serbie et des
Balkans en général ou des traducteurs du serbe collaborent également 5.
3. Ces revues ont été recensées par Miodrag Ibrovac, in : Uvod u proucavanje romanistike
i uporedne knjizevnosti – Bibliografski prirucnik ; Manuel bibliographique des langues
et des littératures romanes et de la littérature comparée (bilingue), Naucna knjiga,
Belgrade, 1959, p. 201.
4. Pour ne citer que quelques exemples : Branislav Petronijevic, philosophe, Alexandre Belic,
linguiste, Miodrag Ibrovac, romaniste, Milan Grol, critique théâtral et d’autres encore.
5. Les premiers sont représentés par Ernest Denis, Emile Haumant, les seconds par Philéas Lesbègue, Léo d’Orfer ; à eux s’ajoutent des collaborateurs inconnus aujourd’hui
mais membres des associations franco-serbes, florissantes à ce moment-là, comme
Montagne, secrétaire de l’Association Nation serbe, Gérard-Varet, recteur de l’Université de Rennes. Nombreuses sont également les femmes, notamment traductrices ou
même poétesses. Toutefois, des deux côtés, par pur hasard ou par choix politique délibéré, il y en a qui ne collaborent qu’avec l’une des deux revues. C’est – et pour cause
– notamment le cas de certains collaborateurs croates (Josip Smodlaka, Ante Tresic´
Pavicˇic´) qui n’écrivent que pour La Revue yougoslave.

n°3-2005.indb 342

342

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

À l’heure d’un véritable engouement pour la Grande Guerre, il semble
intéressant de rappeler cette activité, ce pan historique un peu occulté,
considéré comme trop marginal par les francisants et d’accès plus difficile
pour les serbisants, d’explorer ce monde des échanges humains et culturels
entre les Français d’une part et les Serbes et les Yougoslaves confondus
d’autre part.

02/11/05 14:29:34

Deux périodique serbes

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Les deux revues sont d’aspect relativement modeste ; elles sont toutes
les deux brochées et du point de vue typographique assez semblables, illustrées principalement par des photographies. La Patrie serbe sort une fois
et la Revue yougoslave deux fois par mois. Chaque numéro de la première
contient une cinquantaine de pages, de la seconde également. Etant donné
les circonstances, le mérite des deux rédactions est plus remarquable
encore. Cela vaut notamment pour La Patrie serbe qui ne semble bénéficier
d’aucune subvention mais est, de toute apparence, le fruit de l’initiative privée d’un certain Dragomir Ikonic, docteur en philosophie et directeur-fondateur de la revue, ainsi que de quelques autres intellectuels enthousiastes. La Revue yougoslave, elle, a été fondée par la Ligue des universitaires
serbes, croates et slovènes, et son président est un linguiste d’importance,
Alexandre Belic. Nous ne disposons d’aucune information sur le tirage de
ces revues ; qu’elles aient tenu deux ans chacune, cela semble bien suggérer qu’elles étaient lues. Que dans le dernier numéro de La Patrie serbe, en
décembre 1918, un article – portant le nom de « Futures frontières yougoslaves » – ait été censuré, cela peut témoigner d’une distribution plus large
qu’il n’y paraît à premier abord.
Toutefois, ces deux revues se caractérisent par un certain nombre de
différences également. La première consiste dans leur iconographie et par
conséquent dans le ton dominant de chacune. La patrie serbe est évoquée
sur la couverture de la première par le tableau d’une mère manifestement
en captivité, vêtue d’un costume national (serbe ou grec ?), mère tenant sur
sa poitrine un nourrisson tout nu qu’elle allaite. Elle se détourne de l’enfant, probablement pour cacher une trop grande souffrance qui l’envahit. Le
pathétique est à son comble ; tout contribue à provoquer l’ardeur patriotique.
La Revue yougoslave, à l’opposé de La Patrie serbe, se présente d’emblée
comme une revue intellectuelle et politique ; sur sa couverture figure la carte
de l’Europe et une place particulière y est réservée au Royaume des Serbes,
Croates et Slovènes nouvellement formé.
La seconde différence consiste dans les intentions affichées des deux
revues. La Patrie serbe était principalement destinée à la « jeunesse serbe

n°3-2005.indb 343

343

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Quelques grands écrivains et intellectuels comme Edmond Rostand ou Jean
Richepin parmi les premiers, Jean Brunhes, géographe parmi les seconds,
publient eux aussi, parfois dans les deux revues. En outre, un des collaborateurs remarqués de La Patrie serbe, Alexandre Arnautovic, romaniste,
devient dès le premier numéro le rédacteur en chef de la Revue yougoslave.
De plus, certains articles de La Patrie serbe sont réédités plus tard par la
Revue yougoslave. Une certaine affinité intellectuelle et même idéologique,
en dépit de leurs noms respectifs, s’affirme, nous faisant croire à une unité
de mission. Cela est d’autant plus vrai que La Patrie serbe, d’abord discrètement, puis avec de plus en plus de force dès le début de 1918, s’emploie en
faveur d’un état yougoslave uni et fait publier aussi bien des textes des intellectuels croates et slovènes contemporains que des articles sur les Croates,
leur histoire et leur art.

02/11/05 14:29:34

Tamara Valcic-Bulic

en exil », formule plus tard transformée en « revue mensuelle pour les
Serbes en exil », plus généralisante 6. Elle devait travailler à faciliter et à
améliorer l’éducation des jeunes gens serbes apprenant le français. Le
principal but proclamé de La Patrie serbe était de rassembler la « jeunesse
serbe » et de l’inciter à travailler et à se former, de l’encourager et de raviver
son patriotisme, pour la préparer aux tâches historiques qui l’attendaient à
la fin de la guerre 7.
Aujourd’hui, dispersés de tous côtés, dans l’attente d’une vie nouvelle,
nous portons vaillamment notre croix. Elles sont pénibles pour tous ces
heures de l’exil, mais plus encore pour vous qui, trop jeunes, êtes privés
de l’amour paternel et des soins de vos familles. 8

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

[… pour] montrer sous un vrai jour un peu de notre vie intellectuelle et
économique […] de rester tout proches les uns des autres, de nous unir
même en une seule famille morale. C’est pour travailler, dorénavant
sans cesse, pour ce rapprochement intellectuel franco-yougoslave que
la Ligue fonde sa revue. 9

Les Serbes et la Serbie, plus tard « le peuple yougoslave », sont représentés par une suite de contributions ; certaines sont organisées en rubriques ; la
rubrique historique présente les coutumes serbes, l’histoire serbe ancienne
et moderne, avec un accent assez compréhensible sur les exploits serbes
pendant la Grande Guerre, et surtout les contacts de la Serbie avec la civilisation française, dès les croisades. C’est ainsi que sont évoqués la rencontre
du comte Raimond de Toulouse avec le roi serbe, Constantin Bodin, les rapports d’un des plus grands rois serbes du Moyen Âge, Milutin avec Charles
de Valois ou le personnage d’Hélène d’Anjou 10. Les questions d’un passé
plus récent sont systématiquement soulevées. La question de la Macédoine,
des rapports de la Serbie et de l’Italie, celle des Albanais et des Serbes, la
dénationalisation imposée par les Bulgares à la population serbe, la recon-

6. La Patrie serbe, 2e année, n° 1, janvier 1918.
7. Le souci didactique était tel que la rédaction tenta de publier un supplément en langue
serbe ; deux suppléments sortirent, en avril et en mai 1917, en caractères cyrilliques,
mais l’entreprise fut rapidement abandonnée, probablement pour des raisons financières. Il est intéressant de noter que ce supplément était destiné également à des
amis français apprenant le serbe.
8. La Patrie serbe, 1re année, n° 1, octobre 1916.
9. La Revue yougoslave, 1re année, n° 1-2, 1-16 mars 1919, p. 1-2.
10. Respectivement La Patrie serbe, n° 1, 20 octobre 1916 ; n° 6, 1/14 avril 1917 ; n° 4, 1/14
février 1917.

n°3-2005.indb 344

344

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

La Revue yougoslave, en revanche, était bien plus tournée vers le public
français et pour son but principal avait de perpétuer l’amitié des deux peuples, nouée dans la guerre, ainsi que de faire connaître un pays jusque-là
inconnu de la plupart des Français ; voici ce qu’en dit la rédaction :

02/11/05 14:29:35

Deux périodique serbes

naissance de la Yougoslavie par les grandes puissances, le problème des
frontières avec l’Italie, puis avec la Roumanie, sont abordés dans les articles
des deux revues. Il s’agit, on le voit, d’un moyen de propagande essentiel
pro-serbe mais également pro-yougoslave.

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Le peuple serbe s’assimile le mieux les idées d’origine française, parce
qu’elles expriment la vérité et la justice, avec une beauté et une bonté qui
le charment. 11

Mais les deux revues, et surtout La Patrie serbe, se font aussi l’écho des
événements de la vie culturelle et quotidienne : les chroniques musicale,
théâtrale, artistique, saluent notamment les conférences, livres, concerts,
expositions consacrés aux Serbes et aux Yougoslaves ; l’activité des associations serbes en exil est également évoquée ; des informations sur la vie
des élèves et étudiants serbes en France sont régulièrement données ainsi
que sur le travail humanitaire des Français et surtout des Françaises ; des
nécrologies des grands hommes sont publiées ; le tableau brossé est assez
animé.
Enfin, la rubrique littéraire mérite un examen particulier mais on se bornera ici à quelques indications générales : elle semble, dans une certaine
mesure, instrumentalisée et mise, elle aussi, au service de la propagande
politique, pro-serbe et à la fois pro-yougoslave ; en témoigne la présence
notamment des textes littéraires français qui n’ont été choisis qu’en fonction
de leur rapport avec la Serbie ou la Yougoslavie. Quelques titres suffiront à
étayer cette thèse : « Les quatre boeufs du roi Pierre » d’Edmond Rostand
faisant allusion à la retraite de l’armée et du roi serbes en 1915, « Salut à la
Serbie » de Jean Richepin, et d’autres de la même veine 12. D’autre part, les

11. La Revue yougoslave, 1re année, 1-16 avril 1919, n° 3-4.
12. Et encore Léo d’Orfer, « Pourquoi j’ai aimé la Serbie », Andrée de Bussière, « L’épée du
prince Alexandre », Pierre de Sancy, « Salut ! Voila les Serbes ! « Auguste de Villeroy,

n°3-2005.indb 345

345

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

Bien qu’une certaine image des Serbes comme héros épiques, traditionalistes, se dégage de certaines contributions, qu’il est impossible d’évoquer toutes ici, la rédaction travaille en même temps à présenter la Serbie
comme un État moderne, progressiste, pour la rapprocher le plus possible
des démocraties occidentales, la France en tête. Un seul exemple, celui du
texte de Jovan Žujovic´, président de l’Académie Royale serbe, « Pour le rapprochement universitaire », publié en avril 1919, représente la Serbie comme
un État moderne fondé sur les idéaux de la Révolution française : tous les
droits civils et politiques y sont respectés, la « question juive » y est résolue,
la justice, l’armée, l’enseignement, sont basés sur les principes de la société
démocratique. L’importance de la civilisation française, de sa pensée, de sa
science, pour la Serbie, est présentée sans esprit critique, exagérée outre
toute mesure, mais cela n’est pas dépourvu de sincérité.

02/11/05 14:29:35

Tamara Valcic-Bulic

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

La situation est bien différente quand on considère les auteurs serbes,
puis croates et slovènes, publiés dans les deux revues. Parmi eux la place
d’honneur revient aux « modernistes » : Vojislav Ilic´, Jovan Ducˇic´ et Milan
Rakic´, et non à des poètes ressentis comme « archaïques », romantiques
comme Jakšic´, Zmaj ou des poètes d’époques encore plus éloignées. Il est
vrai qu’il ne s’agit que de traductions de poésies et pas d’œuvres inédites.
Il n’en demeure pas moins que certaines poésies comme celle de Milutin
Bojic (mort d’ailleurs en 1917) « Le Tombeau bleu », sont publiés quelques
mois après la publication de l’original. Enfin, sont privilégiés les poètes qui
ont subi une forte influence de la poésie des parnassiens et des symbolistes
français. Les deux rédactions œuvrent donc à présenter au public français
ce qui est le plus susceptible de lui plaire, mais en même temps ce qu’il y a
de plus authentique dans la poésie serbe du moment. L’exception est naturellement faite de la poésie patriotique moderne et ancienne, notamment
des poèmes épiques serbes sur le Kossovo et sur la figure quasi mythique
de « Kralievich Marko », devenu un héros yougoslave.
Les deux revues, on l’a vu, ont chacune à sa manière une orientation
didactique. Elles exercent une propagande politique, mais ne s’adressent,
tout compte fait, qu’à un petit cercle d’initiés. Il n’en est pas moins vrai que
les textes évoqués tentent d’ améliorer les rapports entre les Serbes, puis
Yougoslaves et leurs amis français, d’éveiller en France l’intérêt pour leur
langue et culture et par-dessus tout font preuve d’un élan mutuel d’intérêt
et de sympathie.

n°3-2005.indb 346

Tamara VALCIC-BULIC
Université de Novi Sad

« Aux enfants serbes », Amélie Mesureur, « Stances aux Serbes héroïques » (dans La
Patrie serbe) ; « À la Serbie ressuscitée », « La Serbie en croix », « Joyau suprême »,
« Yougoslavie » (dans La Revue yougoslave).

346

Document téléchargé depuis www.cairn.info - - - 213.198.192.34 - 08/12/2012 20h16. © Klincksieck

auteurs français – quelque élogieux que fussent leurs textes – prouvent par
leur peu de notoriété pour la majorité d’entre eux, à quel point le problème
de la Serbie et plus tard de la Yougoslavie, reste tout de même marginal pour
les Français.

02/11/05 14:29:36