Epître concernant les degrés des sciences

données
‘ulûm al-wahb
DU

Sheikh al-Akbar seyidi Muhy ad-dîn Ibn al- ‘Arabî

Introduction & traduction
par
SLIMANE REZKI

Epître concernant les degrés des sciences
données
‘ulûm al-wahb
DU

Sheikh al-Akbar seyidi Muhy ad-dîn Ibn al- ‘Arabî

© Novembre 2010, Tabernacle des Lumières

1

Epître concernant les degrés des sciences données
(‘ulûm al-wahb)
Sheikh al-Akbar seyidi Muhy ad-dîn Ibn al- ‘Arabî

Introduction
Nous donnons ici la traduction d’une des nombreuses épîtres du plus
grand des maîtres. Le sujet, la consistance et la formulation qu’impose un
tel thème rendent bien difficile la diffusion d’un tel texte qui nécessiterait
quasiment une explication à chaque ligne. Le cadre est défini par le
rapport des sciences fondamentales ou modalités de connaissance et leur
correspondance symbolique minérale puisqu’il s’agit de boisson. La notion
de science représente un lien entre la savant et le su et peut être de
diverses forme ou nature. La coïncidence entre l’objet de connaissance et
la connaissance elle-même demeure un principe permanent présent dans
les développements du maître.
En l’occurrence, nous nous trouvons devant un mode de symbolisme
se rapportant au quinaire qu’il est donc possible de rattacher aux autres
modalités évoquant la réalité sous un rapport similaire. Il s’agit par
exemple des quatre éléments et de la quintessence, le Prophète et les
quatre califes bien guidés, le Christ et les quatre évangélistes, le centre et
les quatre points cardinaux, la durée et les quatre phases cycliques, les
quatre angles de la Kaaba et la Pierre noire …. Cette forme de symbolisme
consiste en un quaternaire appelé à révéler le Principe unique dont ils
dépendent et qui représente le cinquième terme du symbolisme utilisé. Le
développement présent se base sur l’identité des quatre fleuves
paradisiaques et leur source qui en terme coranique se nomme « alKawthar ». Cette dénomination est, en soi, très indicative car bien que
cette source soit unique et principe des quatre fleuves, la racine de ce
terme signifie « multiplicité ». Cette double qualité apparemment opposée
est propre à la station suprême que l’ésotérisme islamique décrit comme
celle de l’ « Union des opposés ».
Les quatre fleuves d’eau, de lait, de miel et de vin représentent,
sous leur forme, les divers aspects de l’ascension spirituelle. De nature
paradisiaque, ils désignent des stations que l’être franchit après
l’ouverture spirituelle ou, si l’on veut, une fois recentré et redevenu un
Homme véritable. Cette station centrale se trouve décrite dans les récits
dépeignant le « voyage nocturne » du Prophète, voyage qui se divise en
deux phases majeures, la première horizontale et la seconde verticale. Ce
sont ces mêmes phases que René Guénon identifie aux petits et Grands
mystères. Il s’agit donc, en l’occurrence, d’un traité expliquant la nature
des quatre étapes majeures de l’initiation aux Grands mystères. Dans son
traité concernant les facultés de connaissance se rapportant aux mêmes
2

étapes, le Sheikh at-Tirmidhî développe les particularités de la poitrine
(as-sadr), du cœur (al-qalb), de l’intérieur du cœur (al-fu’ad) et du noyau
d’immortalité (al-lubb), chacun de ces organes représentant la faculté de
saisie cognitive adéquate au domaine correspondant.
Ce symbolisme repose sur le verset coranique suivant : « Voici la
description du Paradis promis à ceux qui se prennent protection
(en Allah) : des fleuves d’une eau qui ne croupit pas, des fleuves
de lait à la saveur inaltérable, des fleuves de vin procurant
jouissance aux buveurs et des fleuves de miel pur »1. Ce genre de
rapport symbolique évoqué se retrouve dans un célèbre hadîth où le
prophète raconte qu’Il se vit offert une coupe contenant du lait qu’il but au
point que le lait sortait par le bout de ses doigts. Puis il tendit la coupe au
compagnon ‘Omar qui en bu également. Quand les compagnons lui
demandèrent l’interprétation de cet évènement spirituel, il répondit que le
lait était la science.
Le Sheikh al-Akbar revenant sur ce symbolisme dira : l’eau qui ne
croupit pas est l’eau qui ne change pas et symbolise la vie en rapport avec
le verset disant : « Nous avons tiré de l’eau toute chose vivante »,
l’eau en tant que science est ce vivifie les cœurs. Le fleuve de vin est celui
des états et constitue la forme (symbolique) de la science divine
accessible par le goût intuitif qui déroute la raison réflexive et que ne peut
accepter que la foi. Le fleuve de vin procure les connaissances engendrant
l’allégresse, le ravissement, la joie et fait cesser la tristesse. A titre
d’effets, nous trouvons la disparition des conditions limitatives comme le
combien, le comment et les formes ténébreuses. Il abolit la perception
normale du monde naturel et subtil. La joie obtenue par cette science
tient de la béatitude. Le fleuve de miel symbolise la modalité de la
révélation (al-wahy). Le fleuve de lait correspond aux secrets et à la
nature primordiale (al-fitrah), il symbolise également le fruit que
produisent l’ascèse, le combat intérieur et la crainte révérencielle.
Si le traité accentue son développement concernant les quatre
fleuves, il ne faut pas oublier que l’origine et le but demeure le cinquième
fleuve qui est la source des quatre autres. Sa nature relève de ce que la
terminologie de l’ésotérisme islamique appelle la « Haqîqah », à propos de
laquelle René Guénon écrit : « La haqîqah est au delà de la distinction de
l’exotérisme et de l’ésotérisme, qui implique comparaison et corrélation :
le centre apparaît bien comme le point le plus intérieur de tous, mais, dès
qu’on y est parvenu, il ne peut plus être question d’extérieur ni d’intérieur,
toute distinction contingente disparaissant alors en se résolvant dans
l’unité principielle »2. Ce degré de réalité relevant de la pure
métaphysique est, par définition, inexprimable. Cette remarque permet de
mieux comprendre la longueur des développements allouée aux quatre
fleuves au regard de celle accordée à leur source, al-Kawthar. En nous
référant aux divers exemples de quinaire évoqués plus haut, on constate
que tous se décomposent en un quaternaire et un cinquième élément
1
2

Cf. Cor. (47/15).
Cf. « Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le Taoïsme », p. 35.

3

central. Celui-ci, indéfinissable par nature est évoqué ou symbolisé par les
quatre premiers éléments du quinaire. En somme, les quatre premiers
termes sont les voies graduelles, ou les degrés hiérarchiques d’une
méthode rendant accessible ce cinquième élément. Ainsi, d’un point de
vue initiatique, ces quatre phases sont les quatre étapes fondamentales
de tout cheminement initiatique. La nature de chacune de ces phases est
décrite à travers les multiples symboles s’y rapportant comme les quatre
saisons, les points cardinaux, les cycles cosmiques, les castes, les
quartiers établis lors de la fondation d’une ville, les quatre phases de
l’établissement d’une doctrine révélée, les quatre phases de la chute et
donc celles de la restauration … . Bien comprendre l’identité de chacune
de ces phases est d’une importance capitale si l’on se souvient que
Guénon disait encore que tout ce qui est traditionnel est rituel et que le
terme « rite » signifie « ordre ». Ceci peut être compris comme la
conformité à l’ordre divin, ce qui revient à dire que l’être doit se placer
sous l’axe central, le « çirât al-mustqîm », par où l’ordre descend de ciel
en terre. Mais ce n’est pas tout, cela signifie aussi accomplir les choses,
ou si l’on préfère, parcourir les étapes du cheminement initiatique dans
leur ordre hiérarchique3.
Si cela peut paraître évident, il est pourtant facile de constater dans
les diverses voies initiatiques existantes que la grande majorité des affiliés
et même certains dirigeants, sont incapables de distinguer ces étapes
entre elles. De même que chaque saison ou chaque quartier d’une ville
possède des critères ou paramètres propres et que de les négliger conduit
à la confusion et à des préjudices, le non respect de la nature des étapes
engendre le même genre de soucis. L’initiation comme tout autre
domaine, est, comme l’enseigne le Sheikh Ahmad Zarrouq dans son livre
intitulé « Qawa’id at-taçawwuf », (Les fondements (ou critères) de
l’initiation), basé sur des critères claires et précis. A cet égard, un des
premiers versets du Coran est : « Alif, Lam, Mîm, voici le Livre qui ne
contient aucun doute »4. Dans le même sens, Guénon disait : « Dans
tout ce qui se rapporte à l’initiation, il n’y a en réalité rien de vague ni
de nébuleux, mais au contraire des choses très précises et très positives »5.
Enfin, les divers mélanges décrits tout au long du texte correspondent
dans un premier temps à l’imbrication des étapes au sein d’un même rite et
ensuite à la présence d’éléments étrangers au sein du processus initiatique.
Les informations données correspondent aux modalités de l’ablution légale
et dans les critères permettant de savoir si l’eau est toujours pure et si sa
nature permet ou non de se purifier. Il suffit de faire la transposition et
d’identifier en fonction du but visé de quelle purification il s’agit.

3

Une sagesse islamique dit : « La usûl, la wusûl », qui peut se traduire par : Pas de fondements, pas de
réalisation.
4
Cf. Cor. (2/2).
5
Cf. « Aperçus sur l’initiation », p. 15.

4

Epître concernant les degrés des sciences données6
(‘ulûm al-wahb)

Seigneur facilite-nous les choses par Ta miséricorde. Que la prière
béatifiante d’Allah soit sur notre souverain Muhammad ainsi que sur sa
famille et ses compagnons de même que la paix sanctifiante.
Qu’Allah accorde à tous le bénéfice de Son influence bénie (baraka).
Louange à Allah qui épure les compréhensions et ouvre l’accès aux
sciences qui obstruent le secret enfoui, Lui qui fait descendre de la station
primordiale vers le domaine de l’enseignement prodigué par mesure et
circonstance la part de chacun au moyen de la compréhension dans le
monde des corps et du sanctuaire des silhouettes dans lequel s’opère la
descente des étoiles. Certaines sont pures, d’autres mélangées avec de
l’eau de Tasnîm7, d’autres bonifieront leurs auditeurs et enfin d’autres
seront déposées dans les mamelles au service de l’ami proche de Dieu et
du noble Prophète. D’autres que procurent les abeilles à leurs semblables8
et leurs partenaires.
Je Le loue par la louange de celui qui a cru en Lui et à prié, le
devancier des orants qui est lui-même le Trône immense (al-‘Arch al‘adhîm). Que la prière soit sur celui qui fut nommé le compatissant (arraouf), le miséricordieux (ar-rahim) et qui est l’Envoyé détenteur de la
science infuse et de la sagesse, et que la paix parfaite, bénie et ample lui
soit également accordée ainsi qu’à sa famille de manière particulière et
générale.
Sache ô aspirant cheminant au moyen de l’aspiration noble, toi qui
concurrence les esprits élevés, que les sciences, malgré la multitude de
leurs genres et de leurs domaines, se divisent finalement en deux
catégories fondamentales. Il y a les sciences qui produisent (quelque
chose) et les sciences qui ne produisent rien.
La science qui ne produit rien est, par définition, relative à l’Essence
sanctissime, qui transcende et dépasse la faculté de saisie ainsi que les
filets de la réflexion et de l’association (chirk) des intelligences et des
expressions. Nous avons saisie cette science de manière directe, elle est
revêtue d’un voile protecteur et ne possède aucune forme permettant de
6

La notion de science donnée est corrélative de celle des sciences acquises. Dans ce dernier cas, la personne
concernée fournie des efforts pour obtenir une science quelconque. Dans le premier cas, la science obtenue n’est
fruit d’aucun effort et représente une grâce, un don libéral. Elle peut être reçue selon ce mode de diverses
manières ; soit par une intuition pure et donc de caractère divin direct ou par l’intermédiaire d’un support comme
un autre être humain. Le caractère de « donnée » s’apprécie selon le mode d’obtention et non de qui cette science
est obtenue.
7
Cf. Cor. (83/27).
8
Semblables aux amis proches et aux Prophètes nobles. Leurs partenaires, représentent ceux qui participent
avec eux de ce genre d’intuition mais à un degré moindre.

5

la décrire car elle transcende absolument tout9. On ne peut rien lui
soustraire, ni lui ajouter quoi que ce soit. Son voile est la fonction divine
que nous permettent de saisir les arguments intellectuels et les preuves
logiques, ce qui est vain et stérile tel le vent desséchant (rîh al-‘aqîm)10.
Aucun genre de relation ne peut être envisagé en Elle (l’Essence), elle est
unique dans tous les sens du terme, elle ne possède aucun aspect
particulier, aucune hiérarchie11. Il est juste de dire qu’elle ne possède pas
d’attribut la qualifiant de manière déterminée et que l’on ne peut en parler
que comme quelque chose d’invisible12 (d’inexprimable) (ghaïb).
Quant aux sciences qui produisent, ce sont les sciences qui se
basent sur des arguments qui à leur tour en engendrent d’autres jusqu’à
la science qui établit, non pas l’Essence, mais la fonction divine d’Allah.
Cette science forme la base argumentaire des secrets de l’univers à
laquelle les intelligences ne peuvent parvenir par elle-même et dont elles
ne soupçonnent même pas l’existence. Bien qu’elle repose toujours sur
des règles bien établies faisant partie des possibilités d’être, cette science
divine ne produit rien, elle ne constitue aucunement une preuve
permettant au savant de s’exprimer, d’entendre ou de voir ou de toucher
ou de se diriger vers ou de suggérer ou de tracer, au point de pouvoir
s’identifier à Lui sans être Lui. Si l’être ne parvient pas à ce degré,
comment identifierait-il les réalités fondamentales alors que les obstacles
empêchent sa compréhension et les difficultés sont repoussantes. Nous
implorons Allah de nous accorder à chaque obstacle, une solution
(permettant de le franchir) et à chaque rencontre une preuve et qu’Il ne
nous prive pas de cela avant d’avoir réalisé Sa face en chacun d’eux car
faute de quoi, nous serions parmi les ignorants.
La voie qui mène à cet état est la rigueur de toute la pratique des
œuvres surérogatoires (nawâfil), comme nous en informe Allah par la
bouche de l’interprète éloquent (le Prophète) : « L’être ne cesse de se
rapprocher de Moi par les pratiques surérogatoires jusqu’à ce que Je
l’aime, et lorsque Je l’aime, Je suis son ouïe par laquelle il entend, sa vue
par laquelle il voit etc … »13. Ceci est le fruit de l’amour des œuvres
surérogatoires que nous pratiquons librement. Considère ce qui, de ce
voile, fut produit comme secret et manifesté comme pure lumière. Quels
sont donc alors les effets des actes obligatoires et son adoration
imposée14, ce sont les fulgurances destructrices des gens des stations de
9

Les quatre sciences fondamentales décrites dans cette épître sont symbolisées par quatre fleuves d’eau, de lait,
de miel et de vin. La science ici évoquée comme indescriptible est la quintessence de ces sciences et mentionnée
dans le Coran comme le fleuve de l’Unité englobant toutes les réalités distinctives en mode informel. Ce fleuve
est le Kaouthar, source des quatre autres et donné au Prophète.
10
Ref. Cor. (51/41) :
11
C’est la métaphysique par excellence telle que R. Guénon a pu nous la faire assentir.
12
Etant par nature ineffable, elle est obligatoirement indicible. Toute description ne peut que la suggérer ou
l’évoquer. La réalisation de ce degré suprême de l’être divin ne peut s’opérer que par identification
contemplative.
13
Hadîth du Prophète transmis par plusieurs sources dont l’Imâm al-Bukharî.
14
Une erreur pouvant se justifier est de penser qu’Allah impose et oblige les êtres à l’adorer. En toute logique,
les concepts d’imposition et d’obligation sont contraires à ceux de liberté et d’indépendance. Il y pourrait, au
moins dans les termes, y avoir contradiction et paradoxe. Ce qui bien sûr n’est pas envisageable concernant la
parole divine. Ces apparents cas de contradiction sont nombreux au sein des textes fondateurs que sont le Coran

6

la réalisation effective qui est l’inverse de la première station (celle des
œuvres surérogatoires). Au sein des conditions où s’effectue la révélation,
ce sont eux qui deviennent l’ouïe divine par laquelle Il entend, Sa vision
par laquelle Il voit, la langue par laquelle Il parle, par eux Il agit … . C’est
ce qu’expriment l’élite et la masse à Son sujet. C’est par les gens de cette
catégorie qu’Il fait descendre la pluie et accorde subsistance et assistance.
Ceci est saisissable par la foi alors que cela ne l’est que par la réalisation
de l’identité. Aucune chose ne s’insère entre le vêtement et le vêtu, l’un et
l’autre ont la même forme. C’est un tout sanctifié et transcendant dont la
réalité à ce degré est en permanent équilibre et harmonie. Bien qu’elle ne
soit pas le but, elle est la conséquence de la charge (taklif)15. Le but n’est
pas le fruit de multiples efforts comme ceux que nous avons cités avant
cela car ce sont les sciences qui produisent des effets16.
Celles-ci se divisent en plusieurs catégories que le Coran a
exprimées sous forme de symboles et que le Furqân17 a exposées sous
forme de paraboles, par une langue de lumière. Elles se fixent dans les
poitrines élargies18 et les cœurs aux issues accessibles.
Lorsque la science descend sous la forme de l’eau et que celle-ci est
pure, il s’agit alors de la science dévastatrice (‘aqîm). Si cette eau est
mélangée ou demeure pure après avoir été mélangée, cette eau est
productive (engendre des effets). Si après avoir été mélangée, elle est
restaurée dans son état originel, elle correspond à la science de la
et les hadîths du Prophète, mais ils ne sont tels qu’en apparence. En réalité, il faut toujours posséder tous les
éléments se rapportant à un concept et savoir hiérarchiser les points de vue qui s’y rapportent. A titre d’exemple,
dans le cas présent, la signification véritable est que Allah en tant que principe légiférant a institué des lois,
celles de l’univers ainsi que celles de tous domaines particuliers comme les sciences, les arts, … . Ce qui est
imposé, ce sont ces lois qui régissent l’univers, elles s’imposent à nous et vivre en harmonie avec celles-ci est le
gage d’une vie équilibrée ouvrant la voie de la réalisation de notre raison d’être en ce monde. Cependant, la
conciliation avec la notion de liberté ne peut être comprise que si l’on garde en mémoire les nombreux passages
de ces textes fondateurs nous informant de ces lois et de la nécessité de s’y conformer sans pour cela nous y
obliger par la contrainte. Aucun être n’est formellement contraint à une discipline ou à un mode d’adoration
quelconque. Toute réalisation d’ordre réellement spirituelle ne peut reposer que sur une adhésion volontaire et
libre. Enfin la notion de châtiment repose sur la simple logique constatable au quotidien que lorsqu’une loi
existentielle n’est pas respectée, elle a pour résultat de nuire dans le domaine concerné. Par exemple, l’homme
doit se nourrir, c’est une obligation, mais il ne peut se nourrir de n’importe quoi, ainsi, refuser de se nourrir ou se
nourrir à base d’une alimentation déséquilibrée et malsaine entraîne inéluctablement des répercussions sur l’état
de santé.
15
Ici, le Sheikh al-Akbar fait référence aux nombreux passages coraniques où il est question de la raison d’être
de l’homme sur cette terre. Il est le représentant d’Allah au sein de la manifestation terrestre et à ce titre il est
investi d’une charge dont l’acceptation et l’accomplissement ne représente rien d’autre que son propre
accomplissement. En résumé, servir Allah c’est réaliser sa propre raison d’être et assumer consciemment et
librement ce que nous sommes au plus profond de nous-mêmes.
16
Comme le rappelle à de multiples reprises René Guénon, l’action n’agit que dans le domaine des actes et ne
peut par nature transformer l’ignorance en connaissance. Elle peut être le support d’une méditation ou de tout
autre genre de cognition intellectuelle mais ne peut par elle-même engendrer quoi que ce soit dans un autre
domaine que le sien sinon deux êtres effectuant un même acte devraient nécessairement en tirer les mêmes effets
quel que soit l’ordre et les domaines de ceux-ci. La connaissance obtenue à partir d’un acte ou d’une situation ne
peut être que le fruit d’un travail personnel et intérieur propre à chacun.
17
Le Furqân selon le sheikh Ab dar-Razzâq al-Qâchânî est la science divine envisagée comme distinctive,
discriminante entre les réalités comme la vérité et l’erreur. Le Coran est lui la science donnée comme grâce, de
caractère synthétique englobant tous les principes fondamentaux.
18
Ref. Cor. (94/1)

7

restauration et de la nouvelle création19. Elle permet de distinguer les
degrés existentiels de ce monde, sans aucun mélange ou imbrication. Le
mécréant n’apparaît pas sous la forme d’un croyant et inversement. Le
bienheureux ne peut apparaître comme malheureux ni l’inverse, de même
que le chien n’apparaît pas sous l’aspect de l’homme ni l’inverse, le chien
est un chien et l’homme est un homme.
Cesse ici le statut des incidences20 et ne subsistent que les attributs
essentiels, impératifs et distincts. Ils ne se mélangent pas et ne se
manifestent jamais directement sous une forme conditionnée21. Chaque
chose se régénère en elle-même, pour elle-même et par elle-même, si
c’est (toute adjonction) un bien il se perpétue et inversement, si c’est un
mal (qui porte atteinte à son identité propre) il se résorbe. Elle se trouve
débitrice pour une période indéterminée, sans terme. Son éternité est un
bien réel ou un châtiment absolu, elle ne change pas de forme pour celui
qui la regarde et sa finalité ne masque pas son origine. Elle se manifeste à
l’œil sans modification ou changement : « Tu ne trouveras pas
d’alternative à cette norme (sunna) de Dieu »22.
Si c’est de l’eau mélangée avec les eaux fluviales ou une source
après avoir été épurée, te sera donné la possibilité de saisir les
significations spirituelles informelles infusées dans les moules corporels,
c’est ce que l’on nomme les subtilités humaines, animales et des anges
créés des souffles23. Tu connaitras ainsi les degrés des esprits qui gèrent
ces corps-là et comment ils sont reliés à Celui qui les gèrent eux-mêmes.
Tu sauras comment la vision de ce qui les rattache est obstruée, quoi
19

Phase qui correspond à un changement de cycle. Le retour de toutes choses à leur état primordial indique un
changement de domaine, d’état etc … et les caractéristiques développées pour l’exposition d’un domaine
quelconque sont valables, une fois transposées, pour tous les autres domaines. Ainsi, le procédé permettant de
restaurer une eau dans sa pureté originelle est le même que celui permet de restaurer l’âme dans son état
primordial et lui permettre de pénétrer dans le domaine supérieur, en l’occurrence initiatique puisqu’il s’agit de
l’âme, celui de l’universalité.
20
Ne pouvant utiliser le terme « hasard » trop contraire à toute doctrine traditionnelle, nous traduisons par
« incidences » ce qui correspond à l’ensemble des évènements compris dans la multitude des possibilités
variables. Les multiples incidences pouvant engendrer ce genre d’évènements sont comprises dans un champ
d’éventualités toutes aussi possibles les unes que les autres mais n’interférant pas avec les conditions invariables
et nécessaires de l’existence. A titre d’exemple, à un moment quelconque, un individu peut se trouver debout,
assis, couché, triste, content, seul ou en compagnie … Toutes ces situations sont variables et secondaires, seule
la raison de sa présence en ce lieu et à ce moment sont importants, encore plus invariable est sa qualité
intrinsèque d’être humain qui, elle, est indépendante de ces diverses modalités d’être (de comportement) tout en
pouvant adopter indifféremment chacune d’elles.
21
C’est d’ailleurs cette condition qui fait d’elle ce qu’elle est et pas autre chose. Son identité propre ne peut être
rattachée qu’à ce qui lui est propre, sous peine de pouvoir l’identifier à une autre chose sans plus aucun principe
de différenciation. C’est à ce titre qu’Allah possède des attributs communs à l’homme comme la possibilité
d’entendre, de voir ou de toucher, et qu’Il possède des attributs qui lui sont propres et dont l’homme est
dépourvu. Nous retrouvons cette notion en ce qui concerne le Prophète également, il a en commun avec nous
d’être un homme et est particularisé par des attributs que nous ne possédons pas comme la prophétie.
22
Ref. Cor. (35/43)
23
Le symbolisme de l’eau se rattache à un type de science si pur qu’il est dépourvu de toute modalité de saisie
formelle. Lorsque des sciences relevant de ce genre (celui que symbolise l’eau) se manifestent au moyen de
supports formels appartenant à l’un quelconque des règnes naturels (animal, végétal, minéral ou angélique pour
les règnes supra-naturels), il devient alors possible de passer au-delà de l’aspect fortmel et de reconnaître le
principe ou la réalité informelle qui se cahe derrière un support formel pour s’exprimer. Le principe informel est
l’équivalent d’un axiome et les supports formels sont les équivalents de toutes les applications pouvant dériver
de cet axiome.

8

qu’elles ne soient pas totalement obstruées, ce qui serait une impossibilité
car l’un est l’effet de l’autre. Le lien les unissant invalide le concept de
deux réalités totalement indépendantes l’une de l’autre24. Cette réponse
se rapporte également à ce que désigne le rassemblement (du Jour du
jugement) (al-hachr) et la vivification lui succédant opérée par ce lien.
« Ne vois-tu pas comment ton Seigneur a étendu l’ombre … puis
Nous avons fait du soleil un moyen de la repérer »25, et « Ensuite
nous la faisons progressivement disparaître »26. Il ne dit pas
« totalement », la résorption totale n’est pas possible comme nous l’avons
vu, sa constitution ne permet de l’envisager. L’obscurité est une condition
de la mère inférieure27 comme la lumière l’est du père. Le monde est le
mélange de ces deux principes, et sa pureté n’est qu’accidentelle. Il ne
possède pas d’équilibre stable, cela ne fait pas partie de sa loi, sa nature
est celle de l’opposition et de la composition des corps. Son fondement fini
par retrouver son statut originel, ce qui était caché est dévoilé mais peut
être résorbé sous une forme passagère comme celle du sommeil28, ce qui
constitue une immersion passagère dans ce monde, ce degré constitue le
début de la révélation prophétique par laquelle l’Envoyé d’Allah a
commencé à transmettre. C’est également à cela que correspond l’ordre
du sacrifice imposé à Ibrahim al-khalîl (l’intime de Dieu). La résorption
suprême correspond à l’extinction totale. L’être s’éteint à lui-même, à son
ombre et se réalise par Dieu (al-Haqq), pour Dieu et en Dieu. Lorsqu’il est
au cœur de l’obscurité, il est réellement lui et non ce qu’il croit être
momentanément, mais il revient vite à son statut insignifiant et contraint.
Avec ce genre de science révélée dans la forme du mélange, s’il en boit,
lui parvient une science de ce degré d’existence.
Si c’est de l’eau qui sort de la terre comme les sources et qu’il la
boit, sa part de ce genre de sciences, c’est la physique et ses lois.
Pourquoi sa régénération est permanente ? La nature est-elle une réalité
qui, en soi, ne souffre d’aucune déficience ? Quel est son degré
existentiel ? Quelle est sa raison d’être ? Etait-elle soumise au temps
depuis le début de sa création ?
Si est établi que sa manifestation a un début, nous aurons une
preuve de son état premier et de son caractère adventice comme tout ce
qui est autre qu’Allah. Sa connaissance est pour nous une des
connaissances les plus précieuses car elle fait partie des sciences se
rapportant au début du monde. Celui qui boit de cette eau sait pourquoi la
corruption fait partie de ce bas-monde et non de l’au-delà alors qu’elle se
24

Concept soutenu par Descartes qui considérait l’esprit et la matière comme deux réalités inconciliables, ce qui
intellectuellement est la source du dualisme et de nombreuses déviations des doctrines occidentales.
25
Ref. Cor. (25/45)
26
Ref. Cor. (25/46)
27
Est désigné ici le principe passif de la manifestation dont Guénon traite dans la tradition hindoue sous le nom
de « Prakriti ». C’est le principe substantiel ou si l’on veut la potentialité de l’univers en tant que matière de la
manifestation divine. C’est le pôle essentiel, l’esprit qui est de nature lumineuse qui met cette potentialité en
lumière et la fait ainsi passer de la potentialité à l’actualité.
28
Le sommeil est appelé la « petite mort » et à ce titre joue le rôle d’une résorption passagère. Ce même statut
est à différencier du moment qui marque l’épuisement complet des possibilités d’une réalité qui dès lors n’a plus
de raison d’être et est définitivement résorbée.

9

trouve en lui (sans y avoir d’effet). Quel est le genre de corruption
rattachée à la demeure de l’au-delà qui peut se consommer et se résorber
sous forme d’une sueur suave ? Quelle est la cause qui fait de cette sueur
une chose bonne pour les gens du paradis et une chose exécrable pour les
gens de l’enfer ? Son mélange ici-bas fait que la mauvaise sueur perle de
l’homme heureux et la bonne du malheureux, c’est ce qui constitue la
particularité du mélange. Celui qui sera heureux là-bas est celui qui
supporte le mal ici-bas. Tu sauras que la source de ce mélange n’est pas
dans l’autre demeure, qui elle possède un autre mélange. Ce n’est que
pour l’apparition accidentelle de ces possibilités néfastes qui restent
passagères et se transforment en un bon mélange ici-bas et demeure
mauvais là-bas afin de pouvoir accomplir son cycle et inversement. Puis le
mauvais reste mauvais tel qu’il est ici et l’était là-bas et inversement pour
le bon, si ce n’est que le mauvais devient pire et le bon se bonifie
davantage en rapport avec ce qu’exigent les statuts respectifs de l’enfer et
du paradis. Cette demeure est constituée de degrés particularisés
impliquant une nature distincte. Ce type de science concerne celui qui a
bu une telle l’eau, dans le monde des similitudes, lors du ascencion
spirituelle.
Si la boisson se trouve être du lait, elle se rapportera aux sciences
de la nature primordiale (al-fitrah), c’est pour cette raison que c’est la
première chose qui sort de celle qui allaite. C’est ce qui produit les
sciences de l’inscription (rusûm), des statuts légaux, de leur provenance,
de leur valeur et de leur lieu de résorption.
De cette science, tu peux découvrir et voir les stations des Envoyés,
les différents statuts au sein des lois sacrées et conjointement leur source
commune car la Tradition est unique. Les formes diffèrent bien en fonction
des circonstances, des langages, des époques et des lieux. Tu verras aussi
les fruits qu’elles procurent en chacun de ces domaines. Il en va de même
pour ce que procure la foi, même si elle est dépourvue d’actes, ainsi que
pour ce que procure la mécréance ou de l’apostasie (de la Tradition). Ou
encore ce que le reniement de la tradition après en avoir eu connaissance.
Est-ce que les lois sacrées ont été révélées selon un discours,
conjointement, direct et symbolique? Ont-elles été révélées dans leur
signification réelle lorsqu’elles sont venues sous un aspect tel que celui
donné par l’exposition et l’expression formelles ? Peut-elle engendrer un
autre mode d’exposition linguistique en ce monde ou non ? Est-ce que le
message divin a besoin, vu qu’il s’adresse à l’ensemble des gens sans
restriction, de connaître l’ensemble des langues ou plutôt d’un Envoyé
s’exprimant au moyen d’une langue bien précise et différente de celle du
peuple auquel il s’adresse ? Cela nécessiterait un envoyé délégué par le
premier Envoyé et possédant nécessairement la même perfection dans ce
qu’il serait appelé à transmettre. Si l’Envoyé connaît toutes les langues,
faut-il qu’il s’adresse aux gens directement dans leur langue ou doit-il
leur dissimuler et à nouveau recourir à un interprète afin que chaque
personne se livre à lui de la manière la plus totale et sincère.

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On connaît par cette boisson comment produire les sciences pouvant
s’acquérir par l’ascèse, les actes et les exercices personnels, tant en ce
qu’elle possède de propre qu’en ce qui leur est commun à d’autres
sciences. Ce genre de science dépend du goût (dhawq), du dévoilement et
du don libéral, l’être ne peut les obtenir que de cette manière. Il saisit que
c’est par cette boisson que descendent les humbles esprits sur les cœurs
des Prophètes ainsi que sur leur corps matériel. Il sait également en quoi
telle forme particulière est profitable et par voie de conséquence, pourquoi
la sagesse a pris telle forme sensible pour tel Envoyé comme lorsque
l’Ange Djibrîl descendait sous la forme du compagnon Dahya al-Kalbî qui
était le plus ignorant mais aussi le plus beau de son époque, pour
transmettre à Muhammad ce qu’il venait de recevoir d’Allah. C’était une
manière de lui annoncer qu’entre eux deux il n’y avait que grâce et
beauté ? Cet aspect est le tien chez moi, ce qui constituait pour lui une
bonne nouvelle dans l’ordre sensible surtout lorsqu’il venait avec une
interdiction et une menace. Cette forme sensible le rassurait et l’apaisait
de la contrainte (al-qahr) qui le saisissait lors de ce genre de révélation.
Cela lui permettait de supporter et donc de connaître ce genre de science
totalement, ainsi que la part de cette science qui descend sur le cœur des
Saints qui ne sont pas missionnés, où se rencontrent le Saint et l’Envoyé
et le degré de Muhammad dans l’au-delà qui le distinguera de tous ceux
qui seront avec lui en sa demeure (sur son tapis). Muhammad est le Saint
parfait (kâmil), le connaissant réalisé, le proche, doué de la maîtrise
totale.
Comme il est envoyé vers les mondes, son message est exprimé par
la langue la plus adéquate, il est le meilleur substitut et la meilleure
protection en tant que Saint par sa connaissance de l’Essence et de la
Vérité. Les hommes ne peuvent contempler cette proximité que par les
fondements de la foi qu’ils s’y conforment ou pas. Nous, nous
contemplons cette proximité par les fondements de la réalisation (vision
directe) même s’il est descendu en ces mondes, son degré est précis et
distinct des autres et se reconnaît en tous lieux. Il est ce que nous
vénérons le plus.
Observe ce qu’il dit de ceux qui sont proches de lui : « Je crois en
cela ainsi que Abû Bakr et ‘Omar »29. En agissant ainsi, il affirmait qu’ils
faisaient partie des réalisés qui le verront dans l’au-delà. Ce genre de
sciences est le produit du lait des mamelles.
Si la boisson est du miel, elle procure la connaissance des traditions
sapientiales et de l’instauration du monachisme et ce qu’impliquent les
révolutions des sphères célestes, l’évolution des constellations selon un
mouvement et un déplacement conditionnés par les demeures divines et
les secrets de la gouvernance qu’Allah a imposé à ces mouvements
(célestes). Certaines âmes nobles parviennent à cette connaissance
distinctive si leur vue est claire, leur intelligence intacte et débarrassée
29

Rapporté par Dhahabî et Razî notamment. Les deux compagnons cités dans ce hadîth sont respectivement les
deux premiers califes bien guidés ayant succédé au Prophète.

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des imaginations illusoires pour s’élever aux significations les plus élevées
et aux réalités célestes et spirituelles dépourvues de supports dont ils
n’ont pas besoin. Ces âmes connaitront ainsi les différentes facettes de
ces connaissances abstraites dans leur transparence la plus pure. Ils
saisiront les subtilités les plus insaisissables par lesquelles est produit la
substance de ce monde manifesté. Ils distingueront entre chaque détail et
porteront leur vue sur ce monde et obtiendront la connaissance de la
localisation, du mélange et de la condition. Elles n’effectuent parmi les
choses de ce monde que ce qui est acceptable car elles ne sont pas
soutenues par la grâce divine, elles se limitent à leur force propre30 et ne
projettent que des effets partiels que reçoivent les autres êtres par le lien
qui les unit.
A l’inverse l’Envoyé (le législateur) statue par révélation et est
assisté par les modalités divines intermédiaires. Il opère des miracles, il
enseigne l’éloigné et le proche, il légifère et établit les décrets
indépendamment des inclinations individuelles31 et dont le but est en
apparence imperceptible et incompréhensible au premier abord pour
l’intelligence commune. C’est en cela qu’il se différencie des voies
sapientiales et de l’instauration du monachisme bien qu’il fut institué
correctement par le législateur et clarifié par Dieu ; seuls ceux qui ne
suivirent pas ces recommandations innovèrent dans le domaine, c’est une
décision étrange. Cette boisson procure les sciences intuitives logiques et
claires qui laissent apparaître sur les êtres les traces de la fulgurance,
c’est ce que nous désignons par les brûlures (içtilâm)32 et la passion qui
domine le cœur.
Si la boisson est le vin (khamr), les sciences produites sont celles
des états extraordinaires, c’est par cette boisson, louange (la grâce) à
Allah que la guérison me fut accordée. Elle possède le degré le plus bas
parmi les degrés des boissons. Par cette boisson on connaît les catégories
des théophaniques et le genre d’influences qu’elles exercent sur les êtres
et les autres créatures. Celui qui la possède, évolue dans le monde de la
composition par la science de l’organisation et de la contrainte.
Conjointement, il possède la force du dévoilement. Il connaît les
conditions (les lieux) de mise en acte et s’en sert (s’y rend), même si cela
30

Dans l’ordre des révélations ou de l’intuition directe deux modes fondamentaux opèrent, le premier procède
d’une intuition intelligible par laquelle l’être obtient la compréhension d’une réalité en son principe et au-delà de
toutes les formes possibles dont elle peut se recouvrir. Dans ce cas, la personne qui réalise ce principe selon ce
mode est chargée de lui donner une forme pour la manifester, l’expliquer … . De même que la connaissance d’un
principe peut permettre de déduire un évènement à venir, par exemple comprendre qu’un principe n’est plus
respecté implique qu’une catastrophe se produira inéluctablement (écologique, financière, sentimentale …) mais
sous quelle forme ? Inversement dans le cas des êtres missionnés au plus haut degré, ils s’élèvent à la
connaissance des principes les plus fondamentaux mais reçoivent conjointement les formes sous lesquelles ils
s’exprimeront et se manifesteront. C’est ainsi qu’en islam, le Coran fut transmis au Prophète dans la lettre même
ainsi que l’ensemble de ses significations hiérarchiques. La révélation de la forme est si l’on veut comme
l’empreinte même de l’esprit dans le monde formel (physique et psychique).
31
Ce qui est difficilement accepté à l’inverse des voies sapientiales qui laissent les âmes s’accommoder plus
librement aux impératifs des décrets.
32
Ce passage fait référence au passage coranique concernant la quête du feu de seyidna Moussa sur le mont
Sinaï.

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contredit pour lui le moyen de s’élever, il ne s’en laisse pas détourner, il
est conscient de ce qu’il fait car il possède une certitude basée sur une
vision directe et essentielle (des principes), ceci est le secret personnel en
soi.
Si certaines boissons se mélangent entre elles, les sciences
obtenues seront celles des diverses boissons composant le mélange bien
que d’un goût différent que reconnaît cependant le buveur. Si le temps le
permettait et que le résumé ne s’imposait pas pour l’instant, nous aurions
développé bien précisément ce que nous venons de présenter.
Nous venons de vous parler des sciences données comme nous
l’avons contemplé après avoir accompli, lapidé les stèles et effectué des
offrandes33. Les amis ont vaincu et les ennemis au cœur de loup perdu.
Leurs traces sont effacées du monde supérieur, divin, et du degré de
l’exemple prophétique. Ce sont eux les ennemis de cette voie et les gens
voilés au monde des principes (haqiqah).
La seigneurie exerce son pouvoir sur les gens de ces boissons lors
de leur pérégrination, elle les observe avec bienveillance lors de leur
ascension. Lorsqu’ils parviennent à elle et s’installent dans son giron, ils
sont gratifiés et reçus puis accompagnés jusqu’à la présence du Moi divin
(al-Inniyah al-muhaqqaqah) qui est le dispensateur des boissons. La
source est unique alors que le don est multiple et que ceux qui reçoivent
sont particularisés selon leurs possibilités et sont abreuvés en
correspondance. Ils connaissent dès lors la mesure de leur part qui est
prévue depuis l’origine de la création même.
Qu’Allah nous accorde ainsi qu’à vous de cheminer et d’arriver au
terme, d’être reçus, abreuvés et protégés de l’ivresse des états spirituels.
Qu’Il nous accorde de rejoindre les Hommes, seul Lui peut nous rendre
cela accessible. Se termine ici ce que nous voulions exposer ce qui fut
descendu des Futûhât Mekkiyah34.
Que la louange soit à Allah le Seigneur des mondes et que la prière
soit sur Muhammad et l’ensemble de sa famille.

33

Ces trois actes faisant bien sûr référence aux rites du pèlerinage.
Un des deux principaux ouvrages du Sheikh al-Akbar dont certains passages ont été donnés en traduction
française notamment par Michel Vâlsan que l’on peut considérer comme le fondateur des études akbariennes en
Occident.

34

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