Sociologie générale et sociologie politique

Notions du référentiel : Capital social, formes de sociabilité

3. Contrôle social et déviance
sociaux

TD – Scénario de tâche complexe sur le thème : Comment le contrôle
social s’exerce-t-il aujourd’hui?
Construire un débat pour une émission de radio

Thème de débat 1 – La fessée, pour ou contre son interdiction ?
 Ce débat doit permettre de répondre à différentes questions :
 Qu’est-ce-que la correction ? quelles formes peut-elle prendre, a quelle forme de contrôle social
correspond-elle ?
 En quoi la fessée et plus largement la correction physique est-elle traditionnellement une forme de
contrôle sociale légitime ?
 La fessée à t-elle des vertus éducatives ?
 La fessée est-elle aujourd’hui un outil de contrôle social légitime ?
 L’interdiction par la loi de la fessée est-elle souhaitable ?
 Pourquoi la fessée est-elle aujourd’hui interdite dans de plus en plus de pays, ? Que cela traduit-il ?
 Par quoi remplacer la fessée ? Faut-il socialiser les parents à de nouveaux outils de contrôle social
légitimes ?
 Les protagonistes du débat :
 Un animateur qui reprend, relance et pointe les contradictions des débateurs
 Un député qui a porté la proposition de loi pour l’interdiction de la fessée
 Un sociologue travaillant sur la question des correction corporelles
 Un opposant à une loi interdisant la fessée
 Le travail :
 Rechercher dans le dossier documentaire des arguments
 Etre capable de voir les critiques qui peuvent vous être faites et chercher des contre-arguments
 Remplir un tableau de ce type
Argument

Critique

Contre-argument

 Le dossier documentaire
Document 1:
La correction ! Ce bien joli mot de la langue française présente une certaine ambiguïté. Les définitions fournies par le
Grand Dictionnaire Larousse Universel en 15 volumes et le Dictionnaire Encyclopédique Quillet en 10 volumes sont à
cet égard fort instructives. Dérivé des mots latins "corrigere" (corriger) et "correctio", le terme "correction" possède
plusieurs sens :
 Comportement correct, conforme aux règles, à la bienséance ou à la morale ;
 Action de rectifier une erreur ou une faute ;
 Réprimande destinée à corriger ;
 Punition sous la forme d'un châtiment corporel.
En sus, les deux dictionnaires développent l’un et l’autre un court paragraphe sur le droit de correction paternelle. En
effet, jusqu'en 1935, les parents pouvaient demander le placement de leurs enfants mineurs (l’âge légal de la majorité
était à cette époque de 21 ans) en maison d'éducation surveillée. De même la Justice plaçait les mineurs délinquants en
maison de correction (supprimées en 1972). Sous l'Ancien Régime, le père pouvait faire interner, voire incarcérer ses
enfants en cas de grave mécontentement. Le code civil napoléonien de 1804 a repris cette disposition particulière en
restreignant la durée à 1 mois. Survivance du passé gréco-romain, où le père avait le pouvoir de vie et de mort sur ses

enfants, ces pratiques ont laissé la place à un système de plus en plus respectueux de la dignité de l’enfant ou de
l’adolescent mineur. Depuis, les parents ou le Procureur de la République peuvent faire appel aux services de l'aide
sociale à l'enfance ou effectuer un placement en centre d'accueil spécialisé.
Dans ce domaine, comme dans de nombreux autres, la IIIe République a innové. La loi du 24 juillet 1889, complétée
par la loi du 19 avril 1898, permet, enfin, de concevoir une protection propre aux enfants mineurs. Ces dispositions
avaient pour objectif l’éradication des comportements violents de parents alcooliques. Les tribunaux pour enfants ont
été instaurés par la loi du 22 juillet 1912. Depuis, l'ordonnance du 2 février 1945 a créé le juge pour enfant et les
services sociaux d'aide à l'enfance. Enfin, la France ratifie la Convention internationale des droits de l'enfant adoptée
par l’Assemblée générale de l’ONU le 20 novembre 1989.
L'article 19 de la Convention est très intéressant :
"Les Etats prennent toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger
l'enfant contre toute forme de violence, d'atteinte ou de brutalité physique ou mentale, d'abandon ou de négligence, de
mauvais traitements ou d'exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu'il est sous la garde de ses parents, de
ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié."
L’article 28 précise :«Les Etats prennent toutes les mesures appropriées pour veiller à ce que la discipline scolaire soit
appliquée d’une manière compatible avec la dignité de l’enfant en tant qu’être humain…. »
Dès lors, il semblerait que la punition corporelle - les gifles, les oreilles tirées, les coups de règle sur les doigts - soit
interdite par la Convention de 1989. D'autant que la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme du 10 décembre
1948 (Assemblée générale de l'ONU) propose dans l'article 25 que "l'éducation doit viser au plein épanouissement de
la personnalité »
En France, la Cour de Cassation admettait, par un arrêt du 31 janvier 1995, l’emploi circonstancié du droit de
correction par les parents, les enseignants et les éducateurs. Cet exercice particulier requiert trois conditions :
 L’innocuité - c’est à dire que l’acte soit inoffensif, qu’aucune séquelle ne subsiste ;
 L’intensité de la correction – gifles, tapes, cheveux et oreilles tirées, vêtements saisis au col ou aux revers
sont tolérés par les juges ;
 L’objectif – si la correction a pour but le maintien de l’ordre scolaire et la discipline, les tribunaux
l’admettent.
A l’inverse, si l’objectif est d’humilier l’élève, si la correction entraîne des dommages physiques ou si elle paraît trop
dégradante (exemple : condamnation d’un enseignant ayant fait semblant de mordre un écolier), les tribunaux ont
tendance à condamner l’adulte coupable de ces gestes.
Donc, le droit de correction reste admis par la Justice française, mais strictement encadré ainsi que l’indique le
tribunal correctionnel d’Orléans à l’occasion du jugement en date du 18 mai 2006 relaxant un éducateur ayant giflé un
enfant de 9 ans :« Ce geste ne comportait pas d’intention délibérément violente, ni dégradante pour l’enfant. Il était
destiné à mettre fin à un comportement dangereux et demeurait proportionné à la violence de l’enfant et dans les
limites du droit de correction qui doit être reconnu à tout éducateur pourvu ou non de l’autorité parentale. »
Source : la correction, un enjeu pedagogique etjuridique, Daniel Moatti ( Chercheur associé au Laboratoire
d’Anthropologie)
Document 2:
A:

B:

Source : Interdiction de la fessée : 70% des Français disent non Par Stéphane Kovacs, Publié le 13/03/2015 à 19:31, in
Le Figaro
Document 3: cliquez sur Fessée, la France devient le 52ème pays à l’interdire
Document 4:
Le Conseil de l’Europe, l’organisme européen de défense des droits de l’homme, estime que la législation française «
ne prévoit pas d’interdiction suffisamment claire, contraignante et précise des châtiments corporels ». La
condamnation, attendue mercredi 4 mars, est seulement symbolique : elle n’a pas de force contraignante. Et le
gouvernement a déjà exclu toute évolution de la loi. Mais elle relance un débat très vif en France : gifles et fessées
sont-elles utiles pour éduquer les enfants, ou au contraire dangereuses ? De nombreux spécialistes de l’enfance se sont
déjà exprimés sur ce sujet. Rares sont ceux qui préconisent leur utilisation.
 Ce qu’en disent les partisans d’une interdiction
Pour eux, les partisans d’une interdiction symbolique dans le code civil aucune violence n’est éducative. « Quand les
parents se mettent à utiliser la violence, l’enfant s’endurcit, selon Olivier Maurel, un ancien professeur qui est l’une
des chevilles ouvrières de la campagne anti-fessée française. Le corps ne comprend pas si l’intention est éducative ou
pas. L’enfant acquiert le geste. Il apprend la violence par l’exemple. » 50 % des coups sont donnés à des enfants de
moins de 2 ans, qui n’ont aucun moyen de comprendre leur signification.
Seules les punitions légères sont généralement considérées comme acceptable par la population. Mais tout ne monde
n’a pas la même appréciation de la légèreté : une petite claque paraîtra grande à une autre personne, et inversement.
Les corrections sont souvent données en fonction de l’humeur du parent plus que des actes des enfants, et peuvent, de
ce fait, servir davantage de défouloir aux adultes que d’outil d’apprentissage. La claque peut permettre d’obtenir de
l’enfant qu’il obéisse dans l’immédiat, mais pas à long terme, ce qui entraînera une répétition du geste.$
 La plupart des pédopsychiatres sont hostiles aux fessées
Les pédopsychiatres ne veulent pas dramatiser. Les parents qui ont donné quelques fessées ou gifles ne sont pas
maltraitants. Mais ils ne recommandent pas leur utilisation. « Les parents actuels le font moins, parce qu’ils ont
beaucoup progressé, pour le pédopsychiatre Marcel Rufo. La fessée apparaît comme une perte de maîtrise. Si tu tapes,
c’est que tu ne comprends plus. »
Pour la psychanalyste Claude Halmos, « le but de l’éducation est que l’enfant se soumette aux règles parce qu’il en a
compris le sens. La fessée ne lui apprend rien. Au contraire, elle lui donne l’exemple de la loi du plus fort ! Donner
une fessée, c’est user et abuser d’un rapport de force inégal entre l’adulte et l’enfant. »
Même le pédiatre Aldo Naouri, favorable au « rétablissement de l’autorité parentale », s’est dit « formellement opposé
aux châtiments corporels ». « Je réprouve même la tape sur la main. Je considère que ces gestes signent la faillite des
parents et sont, et c’est là le plus grave, attentatoires à la dignité de l’enfant. »
« Je ne suis pas opposée aux punitions, estime la psychanalyste Caroline Eliacheff. Mais l’atteinte corporelle est
humiliante. Elle blesse. Il faut exercer une autorité qui ne soit pas un dressage. »
 Certains sont plus nuancés

Le pédopsychiatre Maurice Berger est l’un des rares à préconiser la fessée (mais pas la gifle qu’il juge « humiliante »).
Avec cependant des conditions très précises et complexes à réunir : elle doit être rare, non impulsive, ni trop douce ni
trop forte et prendre place sur fond « d’habitudes relationnelles chaleureuses ».
La psychanalyste et thérapeute familiale Caroline Thompson ne défend pas les châtiments corporels mais tempère. «
Recevoir une tape sur les fessées, est-ce d’une grande violence par rapport à beaucoup d’autres choses que vivent les
enfants ?, interroge-t-elle. Dans ma pratique, ce n’est pas le problème principal évoqué par les enfants ou les adultes
quand ils parlent de leur enfance. Les violences psychologiques, sur lesquelles il est impossible de légiférer, viennent
loin devant. »
 Ce qu’en disent les chercheurs
En 2002, une « méta analyse » (nouvelle analyse des données) de 88 études, publiée dans la revue américaine
Psychological Bulletin, a mis en évidence une corrélation entre le fait d’avoir reçu des coups (en excluant les cas de
maltraitance) et une plus grande agressivité ultérieure, la dégradation du lien parents enfants, une hausse des
comportements délinquants ou encore une propension supérieure à maltraiter ses enfants.
« Il est certain que plus les coups sont fréquents, plus le risque de voir ces situations apparaître est grand, selon
Elizabeth Gershoff, professeure de psychologie à l’université d’Austin, au Texas, auteure de l’étude. Mais nous
n’avons pas déterminé de seuil en deçà duquel la violence serait inoffensive. Ainsi mieux vaut s’en abstenir
complètement. »
D’autres travaux ont mis en évidence un risque de glissement vers la maltraitance. Au Canada, trois études majeures
ont montré que 75 % des cas de maltraitance graves avaient lieu pendant des épisodes de punition physique.
 Par quoi remplacer les coups ?
Les pédopsychiatres sont unanimes : l’autorité et les coups peuvent être dissociés. Ne pas frapper un enfant ne doit pas
empêcher de lui donner un cadre. « Quand c’est non, c’est non, il ne s’agit pas d’expliquer ou de négocier à perte de
vue, estime Gilles Lazimi, médecin, coordonnateur de la campagne anti-fessée de la Fondation pour l’enfance. Ne pas
fixer de limite, c’est aussi de la maltraitance. »
« L’autorité doit être exercée, mais par d’autres moyens, en étant un guide et pas un petit chef, selon Edwige Antier,
pédiatre favorable à l’interdiction de la fessée. Un enfant roi peut être frappé. On lui passe tout et après on le tape. »
Les alternatives sont la parole dans tous les cas, la diversion (pour les plus petits que l’on veut empêcher de faire
certains gestes), l’éloignement du parent énervé et l’isolement de l’enfant en pleine de crise (pour les plus grands)…
 Faut-il légiférer ?
Si les avis sont relativement unanimes sur l’absence de valeur éducative de la fessée, ils le sont beaucoup moins sur
l’opportunité de légiférer. Dans les pays qui l’ont fait, le recours aux châtiments corporels a baissé. En France, ils ont
été interdits à l’école. Mais un texte, même symbolique et sans sanction, serait perçu comme une intrusion
insupportable dans les foyers, dans un pays qui reste imprégné de la culture du pater familias.
Les enfants ne sont pas perçus, en France, comme des sujets de droits, mais comme la propriété de leurs parents. « On
ne peut pas frapper son voisin, sa femme, un animal, mais son enfant oui », observe M. Lazimi. Il pourrait être
également perçu comme un moyen de saper l’autorité parentale, au moment où celle-ci est déjà considérée comme en
crise.
La secrétaire d’Etat à la famille plaide pour l’accompagnement des parents par le soutien à la parentalité. La demande
des parents est forte. Les familles sont de plus en plus éclatées, les rapports intrafamiliaux ont changé, les recettes
éducatives se transmettent moins entre générations. Mais cette politique de soutien est encore balbutiante.
Source : Gaëlle Dupont, La fessée a-t-elle une valeur éducative ? Le Monde.fr le 03.03.2015
Document 5 :
A partir du lundi 11 avril, tous les couples qui attendent leur premier enfant, soit environ un million de personnes
chaque année, recevront un petit livret d’une quinzaine de pages. Les auteurs de ce « livret des parents » sont la Caisse
nationale d’allocations familiales, les ministères des familles et de la santé, et la Sécurité sociale. Rien d’institutionnel
pourtant, dans ce document au contenu innovant. Pour la première fois, les pouvoirs publics cessent de se
cantonneraux prestations sociales ou au suivi médical de la grossesse quand ils s’adressent aux futurs parents. Ils
délivrent conseils et ressources.
Au premier rang desquels une mise en garde concernant les châtiments corporels. « Frapper un enfant (fessée, gifles,
tapes, gestes brutaux) n’a aucune vertu éducative, explique le document. Les punitions corporelles et les phrases qui
humilient n’apprennent pas à l’enfant à ne plus recommencer, mais génèrent un stress et peuvent avoir des
conséquences sur son développement. » Le tout « sans culpabiliser les parents qui, à un moment, n’ont pas imaginé
d’autres solutions ».
Il s’agit de la concrétisation d’une promesse faite par la ministre des familles Laurence Rossignol après la
condamnation symbolique de la France par le Conseil de l’Europe en mars 2015 pour son absence d’interdiction des
châtiments corporels. Elle avait, à l’époque, exclu de légiférer sur ce sujet très polémique, et prôné une sensibilisation
des futurs parents. Le livret donne quelques repères sur la petite enfance (les pleurs sont les seuls moyens d’expression

du bébé, se fâcher contre lui ne sert à rien ; les colères des 18-24 mois sont liées à l’affirmation de soi, etc.) et des
conseils pratiques (en cas d’épuisement, confiertemporairement son enfant à une personne de confiance…).
La demande des jeunes parents est forte
Le document se réfère à la Convention internationale des droits de l’enfant, qui établit leurs droits : être respecté dans
son intégrité, sa pudeur et son intimité, être éduqué notamment par le jeu avec ses parents, être protégé… Il cite
également le code civil, selon lequel « les parents associent l’enfant aux décisions qui le concernent, selon son âge et
son degré de maturité ».
L’ensemble, qui se veut accessible, est court. Ceux qui souhaitent aller plus loin sont renvoyés à des sites Internet
sélectionnés, au numéro 0-800-00-34-56 (Allô parents bébé), ou à des associations. Le document, téléchargeable sur
Familles-enfance-droitsdesfemmes.gouv.fr, s’adresse à tous.
La demande des jeunes parents est forte, car les « recettes » héritées de leurs propres parents ne sont plus
transposables directement, et la saturation d’informations sur le sujet peut dérouter. « Sur Internet, on trouve tout et
son contraire, explique-t-on dans l’entourage de Laurence Rossignol. Nous voulions fournir une information et des
références validées. » L’Union nationale des associations familiales (UNAF) et l’Ecole des parents et des éducateurs
(réseau de soutien à la parentalité) ont été associées à cette démarche. Une étude réalisée sur l’ancien livret de
paternité, devenu obsolète, avait montré que le document était largement consulté par ses destinataires.
Source : Gaëlle Dupont, Quinze pages pour encourager les parents à mieux traiter leurs enfants, LE MONDE |
11.04.2016
Document 4 :
« Les craies sont par terre, elles doivent être rangées. Viens, nous allons le faire ensemble. » Fanny prend
Loane, 6 ans, par la main, s'accroupit et commence à ramasser les craies de couleur éparpillées sur la terrasse.
Sa fille l'imite, accompagnée de Kim, 3 ans. Deux minutes plus tard, les deux petites blondes posent leur seau
rempli sur la table et repartent dans le jardin. Une scène banale mais significative pour Fanny Voirol. « Avant,
j'aurais dit : ‘Tu ranges ces craies tout de suite', je me serais fâchée, j'aurais crié fort, envoyé Loane dans sa
chambre… Là, j'ai eu ce que je voulais dans une atmosphère sereine. »
« Quand ma fille a eu 2 ans, elle faisait des crises pour tout : prendre le bain, se brosser les dents, sortir… Je la
forçais, je la punissais, persuadée qu'il fallait se faire obéir coûte que coûte. » Cette jeune femme dynamique
n'est pas une adepte de la fessée – « J'en ai donné deux ou trois, mais ce n'était pas efficace » – mais face à ce
« bras de fer quotidien », elle cherchait une manière de s'y prendre autrement, sans pour autant céder sur ses
principes éducatifs (…)
Fanny Voirol fréquente aujourd'hui un nouveau groupe, L'Atelier des parents. En alternant exposés, jeux de
rôles et démonstrations visuelles, la formatrice, Séverine Cavaillès, aborde les mêmes notions : l'empathie, la
nécessité de poser un cadre solide et stable, les alternatives à la punition. « La fessée est une réponse quand on
se sent impuissant, dépassé, dont la nocivité pour le cerveau de l'enfant a été prouvée scientifiquement. Mais
crier, humilier, ce n'est pas mieux », explique cette mère de quatre adolescents. Son conseil : arrêter de vouloir
« faire payer » un enfant désobéissant, mais lui enseigner les conséquences : réparer ses bêtises, présenter ses
excuses…
“On mise tout sur notre enfant”
Depuis deux ans, Séverine Cavaillès anime dans son salon de Saint-Maur-des-Fossés (Seine-et-Marne) des
sessions pour de petits groupes de parents déroutés, épuisés, ou anxieux. « Je vois souvent des gens trop
laxistes, débordés ou qui basculent dans l'autoritarisme d'un coup… Aujourd'hui, l'enfant est au centre.
Comment poser l'autorité ? Comment être légitime ? » Côte à côte sur le canapé en cuir, Ambre Le Tiec et son
mari Patrick, parents de Gabriel, 4 ans, transcrivent ses conseils sur leur petit livret d'apprentissage. « Notre
premier enfant est venu tard, quand j'avais 45 ans. On mise tout sur lui, on veut être de bons parents pour qu'il
se développe sans stress », explique Ambre de sa voix posée.(…)
Les promoteurs de la parentalité positive ou de l'éducation bienveillante notent depuis quelques années un
engouement, également notable chez les professionnels de la petite enfance. Avec son ouvrage J'ai tout essayé
(JCLattès), publié en 2011 et vendu à plus de 60 000 exemplaires, Isabelle Filliozat a contribué à populariser la
parentalité positive et l'éducation bienveillante. « De tout temps, on a entendu que les parents étaient trop
laxistes, mais le problème n'est pas là. Les enfants ne sont plus les mêmes qu'hier. Il y a les écrans,
l'incertitude financière, le stress des parents, la malbouffe… Il faut comprendre comment les calmer »,
explique la psychothérapeute.
Pour elle, le débat qui s'est ouvert en France sur la fessée peut permettre d'aborder ces questions. « C'est la
mission des pouvoirs publics de faire une loi qui protège nos enfants. C'est comme la ceinture de sécurité : le
débat a été vif, mais aujourd'hui, personne ne la remet en cause. Mais la législation ne suffira pas. Il faut des
ressources pour les parents », détaille Isabelle Filliozat. « Aujourd'hui, les cours, les conférences sont privés,
donc réservés à ceux qui peuvent payer ou ont l'idée d'y venir. Si la parentalité 'était une priorité nationale, il y
aurait plus de moyens pour tous. »
Source : Anne-Aël Durand, Contre la violence éducative, la parentalité positive, Le Monde.fr | 30.04.2015

Document 6 :
FIGAROVOX. - Révélant les effets pervers du «modèle suédois» lancé par l'interdiction de la fessée en 1979, David
Eberhard vient de publier Les enfants suédois ont pris le pouvoir. D'après ce psychiatre, ne sachant plus où sont les
limites, les enfants sont devenus des enfants rois. Vous avez vous-même écrit un essai, De l'enfant roi à l'enfant tyran.
Le modèle suédois risque-t-il de créer des tyrans?
Didier PLEUX. - Je suis très content qu'enfin des critiques du modèle suédois nous parviennent. Le modèle
scandinave, le meilleur au monde? Ils sont en réalité dans les mêmes dérives que nous. Il y a en Suède comme chez
nous une trop grande permissivité éducative des parents, quand il ne s'agit pas tout simplement de laxisme caractérisé.
C'est aussi une éducation trop «positive» même si cela peut paraître aberrant de le dire ainsi. Quand il n'y a jamais de
conflictualité, jamais d'interdits très fermes, jamais de sanctions un peu lourdes et que tout est dans le dialogue, la
compréhension et l'empathie, les parents ne peuvent plus éduquer leurs enfants.
On est tous d'accord pour reconnaître les avancées de la «période doltoïenne» (Françoise Dolto, pédiatre et
psychanalyste française, NDLR) dans les années 1970. Elles ont permis de faire voir aux parents en blouse grise que
leurs enfants n'étaient pas des légumes. Mais les Suédois sont allés trop loin et sont tombés dans le même panneau que
nous, celui de la conjonction entre permissivité éducative, société de consommation et développement des outils
technologiques. Ceci a constamment poussé l'enfant à persévérer dans son principe de plaisir. À la fin, les enfants ont
pris le pouvoir! À chaque fois que l'on me vantait le modèle suédois, je mettais toujours en garde: la Suède est le pays
où il y a le grand nombre de jeunes qui quittent l'école avant l'âge, qui usent de drogues et qui boivent de l'alcool.(…)
L'usage de la fessée fait régulièrement polémique en France. Est-ce un vrai sujet de préoccupation pour les droits de
l'enfant?
C'est un vrai sujet, mais l'on confond le débat à propos de la fessée et celui à propos de la loi sur la fessée. Je trouve
que cette loi est absurde, mais je suis également contre la fessée! En tant que psychologue et éducateur, je sais que
toute violence est inutile. Une fessée arrive quand le parent est en colère, qu'il est débordé et qu'il n'en peut plus. Le
problème qui devrait tous nous intéresser n'est pas la création d'une énième loi qui protégerait prétendument les
enfants alors que nous avons tout ce qu'il faut dans le code pénal pour les protéger de la maltraitance. Le vrai
problème que nous devrions poser est bien plutôt celui de l'accroissement de l'usage de la fessée chez les parents. C'est
cette interrogation qui devrait animer ceux qui se battent pour une loi «anti-fessée»!
Il y a davantage de fessées qui sont infligées aux enfants?
Oui! Comme il y a de plus en plus d'enfants qui prennent le pouvoir, les parents sont excédés, ils n'ont plus que la
douche froide, la fessée, plus largement la violence physique mais aussi verbale. N'oublions pas celle-ci parce que l'on
ne cesse de parler de la fessée, mais j'entends dans mon métier des choses terribles en matière de violences verbales.
Comme: «Si on avait su, un garçon comme ça, on ne l'aurait jamais eu!». Sur ce point, les parents d'aujourd'hui
dépassent souvent les parents des années 1950! Donc, la fessée est un signe d'impuissance des parents. Ce n'est pas
une question de loi. Il faut les aider à retrouver une autorité chez eux. Les parents interviennent à la quinzième marche
de l'escalier alors qu'ils ont échoué bien en amont dans ce que les psychologues appellent l'«autorité en amont».
Obliger un enfant à avoir des rythmes, l'obliger à goûter un aliment, à ce qu'il écrive à sa grand-mère, à ce qu'il fasse
du grec -même s'il ne veut faire que du football! -, bref l'obliger à toutes ces petites exigences quotidiennes qui ont
complètement disparu aujourd'hui puisqu'on ne cesse de demander à l'enfant ce qu'il veut, par respect du «désir de
l'enfant». Que l'enfant souhaite marcher à l'envie, c'est une évidence! Est-ce bon? Évidemment non. Les Scandinaves,
comme les Américains avec leur problème d'obésité, comme nous avec nos adolescents qui sont les plus grands
consommateurs de cannabis, sont pris dans les dérives de cette génération post-Dolto. Françoise Dolto, c'était bien au
milieu des années 70, mais c'est anachronique maintenant.
David Eberhard explique que la famille n'est pas une démocratie et qu'il y a au contraire une asymétrie au sein de
celle-ci. Aujourd'hui, comment créer derechef une telle asymétrie?
Ça va être très difficile parce que nous sommes, en matière éducative, dans une culture psychanalytique.
Ça va être très difficile parce que nous sommes, en matière éducative, dans une culture psychanalytique. Tous les
psychologues qui se sont illustrés en matière éducative - Dolto en particulier, mais aussi Edwige Antier ou Marcel
Rufo - ont une culture psychanalytique. Il faut tuer le père! Toute autorité est castrante. On ne respecte pas le désir de
l'enfant. Tout enfant serait nécessairement angoissé au contact de l'autorité. C'est ce que l'on entend, mais pourtant
l'éducation est un mélange entre amour et frustration, on le sait depuis très longtemps. Pour les psychanalystes, la
frustration, c'est la castration et l'annulation de la personnalité. C'est l'inverse! Les enfants qui n'ont pas de limites
deviennent tout-puissants et très vulnérables. Ils tombent dans l'échec scolaire et risquent une socialisation avortée ou
une dépendance aux addictions… Il faut un changement radical de culture parce que, oui, il faut bien sûr une
asymétrie dans la famille
Source : Didier Pleux : « A l'école et à la maison, les enfants ont pris le pouvoir »Par Alexis Feertchak in le figaro,
Publié le 09/09/2016 à 20:25

Thème de débat 2 – Les lycéens de Seine Saint Denis sont-ils à leur place dans les
lieux de la culture légitime ?
 Ce






débat doit permettre de répondre à différentes questions :
Qu’est-ce-que la culture légitime, existe-t-il une culture illégitime ?
Les lycéens de Seine Saint Denis partagent-ils la même conception de la culture
Quels comportements doit on a priori adopter dans des musées comme Orsay ?
Faut-il encadrer plus strictement les lycéens de Banlieue ?
Le contrôle social exercé sur les lycéens de banlieue est-il discriminatoire ?
Ce contrôle social ne risque-t-il pas d’accroître le fossé entre les jeunes de banlieue et la culture
légitime
Comment favoriser la rencontre entre les jeunes et la culture légitime ?

 Les protagonistes du débat :
 Un animateur qui reprend, relance et pointe les contradictions des débateurs
 Un lycéen de Stain qui raconte sa sortie au musée d’Orsay
 Un professeur du collectif des lycées de Seine Saint denis
 Un responsable du musée d’Orsay
 Le travail :
 Rechercher dans le dossier documentaire des arguments
 Etre capable de voir les critiques qui peuvent vous être faites et chercher des contre-arguments
 Remplir un tableau de ce type
Argument

Critique

Contre-argument

 Le dossier documentaire
Document 1:
Une enseignante de la Seine-saint-Denis raconte sur Facebook comment ses élèves se sont fait malmener et chasser du
musée d’Orsay lors d’une visite scolaire le 7 décembre. Son post a été partagé près de 2000 fois.
Les classes issues des zones d’éducation prioritaires seraient-elles persona non grata dans les musées parisiens  ? C’est
ce qu’avance une enseignante de la Seine-Saint-Denis, qui s’est vue "une fois de plus" boutée hors d’un musée
parisien lors d’une sortie scolaire, le 7 décembre. Pire, elle se serait fait agresser verbalement, tout comme ses élèves,
par les agents de surveillance du musée d’Orsay.
Révoltée et sous le choc, elle a décidé de raconter sur Facebook cette expérience aussi traumatisante qu’humiliante :
"Ce n’est pas la première fois qu’on me signifie que la place de mes élèves n’est pas au musée. À Pompidou, par
exemple, on m’avait suggéré que c’était à la piscine municipale que nous aurions dû aller."
"Fermez vos gueules ! "
Mercredi 7 décembre, Mario Ac (son pseudonyme sur Facebook) emmène sa classe de Stains (Seine-Saint-Denis) au
prestigieux musée d’Orsay, à Paris. Rapidement, elle entend un surveillant crier "fermez vos gueules!" à l’adresse de
ses élèves, à maintes reprises. Puis, il s’adresse directement à elle avec tout autant de virulence.
L’enseignante reste calme pour "lui expliquer qu’il devrait revoir sa définition du respect qui ne devrait inclure ni ses
insultes, ni son agressivité". Au lieu de calmer le jeu, ces propos exacerbent la colère de l’homme qui va chercher du
renfort auprès de collègues, prétextant qu’il est impossible de parler avec cette prof, qu’elle n’a "aucune autorité sur
ses élèves" et "qu’on ne sait même pas si c’est un homme ou une femme" à cause de ses vêtements.
De son côté, le personnel du musée prétend que le comportement de ses élèves est "hautement problématique" et que
"tous les clients du musée sont choqués". Mario Ac tombe des nues et montre ses élèves "médusés, choqués et
complètement silencieux". La tension monte encore d’un cran quand le surveillant bouscule l’autre enseignante qui
accompagne la classe. Les élèves tentent alors de prendre la défense de leurs profs alors que le personnel appelle la
sécurité pour les faire sortir du musée.
Flagrant délit de discrimination ?
Mario Ac décide alors de ne pas plier et de partir dans d’autres salles, silencieusement, et de continuer tant bien que
mal la visite. "Notre marche est silencieuse, pesante, les élèves osent à peine regarder les oeuvres ou prononcer un
mot." Pendant ce temps, le personnel du musée continue à "réclamer des sanctions", tout en poursuivant les élèves.

Il devient impossible de poursuivre la visite, les élèves sont épuisés, "demandent à ce qu’on nous laisse tranquilles".
Le comble arrive lorsque Marianne et ses élèves croisent d’autres élèves : "Nous voyons des groupes scolaires passer
devant nous, faire du bruit, parler, s’exprimer, s’agiter sous les yeux de mes élèves mi-énervés mi-désabusés. Nous
remarquons que personne ne vient les reprendre, eux, qui sont majoritairement blancs, bourges, parisiens. Mes élèves
sont dégoûtés", ils quittent le musée.
Son témoignage reçoit un écho retentissant
La culture pour tous, sauf pour les Zep ? Marianne crie à la discrimination et explique que ses élèves ne remettront
probablement jamais un pied dans un musée.
Sa publication Facebook est devenue rapidement virale : partagée près de 1600 fois, "likée" près de deux mille de fois
et largement commentée. Nombreux sont les enseignants qui témoignent à leur tour des préjugés dont leurs élèves sont
victimes au quotidien. Y compris au musée d’Orsay.
Source : Des élèves de banlieue chassés du musée d’Orsay : leur prof s’indigne sur Facebook, Publié le 09/12/2016 à
16h22 par Cécile Jandau, in Sud Ouest.
Document 2 :
La version donnée par le musée n’est pas la même, mais depuis, ni le proviseur de ce lycée de Stains, ni le rectorat
n'ont répondu à nos demandes d'interviews. Selon le musée d'Orsay, ce sont les surveillants qui se sont fait insulter par
les élèves – par l’un d’entre eux en particulier – après qu’ils sont intervenus fermement pour leur demander d’être
moins bruyants – « Taisez-vous ! », leur ont-ils dit à plusieurs reprises, craignant que les autres visiteurs soient
indisposés.
Un coup rude pour Orsay et l'action auprès des scolaires
Un témoin en atteste : l’universitaire Alain Garrigou, professeur réputé en sciences politiques à Paris Ouest. Présent,
par hasard, lors de l’altercation, celui qui justement travaille actuellement sur la question des fausses informations en
politique, l’affirme : « Je suis formel : il n’y a eu ni insulte ni bousculade de la part des surveillants. Dire le contraire
est tout simplement diffamatoire. » La question d'une discrimination raciale est également sujette à caution : deux des
surveillants concernés ayant les mêmes origines que certains élèves (des échanges entre eux ont même eu lieu en
créole antillais).
“ Les élèves de cette classe, dont le ressenti, concernant le manque d’accueil du musée, a été si fort, ne reviendront
probablement pas.” Une responsable du musée
Pour Orsay, dont les agents avaient déjà été accusés de discrimination à l’égard du public en 2013, dans le cadre d’une
affaire similaire – une médiation du Défenseur de droits avait permis de mettre le personnel du musée hors de cause –,
le coup est rude, quelle que soit l’issue de l’affaire. C’est en effet toute l’action de fond de son équipe pédagogique,
depuis une vingtaine d’années, qui se trouve entachée. Notamment auprès de l’académie de Créteil avec laquelle elle a
noué un partenariat privilégié : 500 enseignants ont ainsi été formés gratuitement cette année, pour pouvoir emmener
leurs élèves dans les salles (une visite au musée, pour être réussie, devant être impérativement préparée). Au-delà des
questions d’image, c’est un « constat d’échec », assure une responsable : quelles qu’aient été les circonstances de
l’altercation, en cours d’éclaircissement, « les élèves de cette classe, dont le ressenti, concernant le manque d’accueil
du musée, a été si fort, ne reviendront probablement pas. Or, c’est très exactement ce contre quoi nous travaillons avec
tant d’implication. »
Source : Altercation au musée d'Orsay : un incident du plus mauvais effet, Lorraine Rossignol , Télérama,Publié le
15/12/2016
Document 3 :
Des personnels du lycée Maurice Utrillo de Stains reviennent sur l'incident survenu le 7 décembre au musée d'Orsay
lors de la visite d'une classe de ZEP. Ils dénoncent une injustice sociale et exigent les mêmes chances de réussites pour
tous.
Méritocratie et apartheid au musée
C’est l’histoire d’une classe en visite au musée d’Orsay. En ce 7 décembre, les élèves de 1ère pro vente du lycée
Maurice-Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis) sont venus découvrir, avec leur professeur d’histoire, les toiles qui
représentent la condition des ouvriers au XIXe siècle. Ils sont silencieux, écoutent leur professeur lorsqu’un gardien
du musée surgit : «Fermez vos gueules !» Notre collègue témoigne : «Il n’arrêtait pas de leur ordonner de se taire.
J’interviens, et là, à mon tour de me faire hurler dessus à renfort de grands gestes. Les élèves, épuisés par cette
situation qui s’étire sur près d’une demi-heure, demandent à ce qu’on les laisse tranquilles, une partie d’entre eux n’en
peut plus et propose qu’on parte mais d’autres refusent.»
Cette affaire est l’histoire banale d’un apartheid, d’une séparation spatiale éloquente qui traduit les formes de
domination qui pèsent sur nos élèves. Cette histoire nous parle d’un mythe et d’une réalité : le mythe du mérite et la
réalité de lieux interdits.
Parce qu’ils vivent sur un territoire, la Seine-Saint-Denis, au centre d’un imaginaire social qui le figure comme un
espace étranger et dangereux, nos élèves subissent souvent un rejet dès lors qu’ils s’aventurent hors des limites de

leurs quartiers, de leur classe. Certains vivent dans les quartiers populaires, oui, et beaucoup sont issus des classes
populaires aussi. Pour cette raison, ils sont perçus comme des barbares non seulement dans des lieux du savoir mais
aussi dans des lieux du pouvoir.
Qu’est-ce qu’une ZEP ?
L’institution scolaire organise la reproduction sociale avec une efficacité remarquable. L’éducation prioritaire, créée en
1981 puis remaniée à de multiples reprises au gré des changements ministériels, n’aura dans les faits jamais eu les
ressources pour être autre chose qu’un stigmate de plus. Elle ne représentera à son maximum qu’une allocation de 2%
de moyens supplémentaires à destination de 20% des élèves. L’accroissement constant des inégalités scolaires en
France, récemment mis en avant par les rapports du Cnesco et Pisa, risque de n’être l’occasion que de l’enterrement
programmé de toute politique éducative ambitieuse de réduction des inégalités scolaires.
Une politique de mixité sociale et une rénovation de l’éducation prioritaire sont la condition indispensable à la
correction des injustices dont ont hérité nos élèves. C’est pourquoi l’abandon du système d’éducation prioritaire en
lycée est pour nous consternante. Nous avons d’autres ambitions pour l’éducation prioritaire.
Le «destin au berceau» qui est l’inflexible injustice qui gouverne nos vies, voilà contre quoi la République devrait
lutter, si elle est autre chose qu’un appareil de domination. Elle ne se contente pas de faillir à sa mission car ce n’est
pas seulement qu’elle échoue à corriger les inégalités, elle les creuse consciencieusement. Et la République ne s’arrête
pas là : chaque jour, elle justifie l’injustifiable et exige la soumission des élèves. Non seulement l’école organise
l’échec scolaire, sélectionne toujours les mêmes, mais elle veut que son échec soit celui de sujets qui ne sont pas assez
bons pour elle ; l’élève qui échoue est celui qui ne mérite pas de réussir. La République ne saurait être l’opérateur de
la domination sociale sans être en même temps l’instrument de sa légitimation. Insatiable, elle voudrait plus encore :
être aimée et être reconnue.
Jamais la question de corriger vraiment les inégalités scolaires ne s’est posée autrement que pour la parade. Pourquoi ?
Parce que nous préférons l’inégalité. Nous l’aimons tellement que nous lui avons trouvé un nom magnifique : le
mérite. Plus généralement, c’est le regard porté sur tous les jeunes issus des milieux populaires et de l’immigration
que nous désirons dénoncer.
Qu’est-ce qu’un musée ?
L’effet concret de cet abandon de la République : une ségrégation sociale qui se révèle aussi tout simplement spatiale :
«Fermez vos gueules», ça veut dire quoi ? Ça veut dire : «Restez à votre place, on ne veut pas de vous ici, vous n’avez
rien à y faire.» Le musée est la métaphore de l’ordre social, un lieu symbolique de l’accès au savoir créé par la
République. C’est dans ce lieu que nos élèves sont indésirables quand bien même leur comportement serait
irréprochable. C’est comme ça, quand on a grandi dans le 93 et qu’on est souvent racisés, on sait qu’il faudra
apprendre à vivre avec. Car des gardiens, il y en a partout, pas seulement dans les musées. La frontière est bien gardée
et l’illusion de la liberté de circuler ne trompe que ceux qui sont du bon côté de cette frontière. C’est la police qui
contrôle toujours les mêmes, c’est l’Assemblée nationale qui ressemble si peu à notre République, c’est la justice qui
condamne certains plus souvent que d’autres. Et les gardiens défendent parfois cette frontière qu’eux-mêmes ne sont
pas autorisés à franchir.
Les gardiens sont les gardiens de l’ordre social. Mais sommes-nous vraiment autre chose quand nous leur apprenons à
baisser la tête respectueusement devant la République qui réserve à chacun la place qu’il mérite ? L’abbé Grégoire
écrivait en 1793 : «Les barbares et les esclaves détestent les sciences et détruisent les monuments des arts, les hommes
libres les aiment et les conservent.» Dans ce temple de l’art, les «barbares» arrivent. Le gardien ne se contente plus
des signes manifestes du respect, quoiqu’ils disent, les «sauvages» parlent trop fort. Puisque ce sont des barbares, il
faut s’adresser à eux dans la langue qu’ils comprennent : «Fermez vos gueules !»
Cet incident ainsi que les nombreux messages haineux postés sur les réseaux sociaux à la suite de la publication de
notre collègue établissent une frontière entre nos élèves et la société dans laquelle ils vivent. Ils scindent leur rapport à
la réalité en deux et les enferment dans un statut sans leur laisser leur chance. Leur existence même constitue un
trouble à l’ordre public.
Nous refusons de «fermer nos gueules». Professeurs et membres de la communauté éducative, nous n’acceptons plus
d’être les fourriers de l’injustice sociale. Nous exigeons ce que nos élèves méritent, les mêmes chances de réussite
pour tous et les moyens d’y parvenir, c’est-à-dire l’égalité réelle.
Source : Des personnels du lycée Maurice Utrillo de Stains (93) Méritocratie et apartheid au musée,— 15 décembre
2016.
Document 4 :
Dans cette grande difficulté à faire du “commun” que connaît notre société, la culture n'est pas épargnée. Au
point de remettre en cause l'ambition de la démocratiser.
La culture fait-elle encore lien ? Est-elle véritablement l’ultime lien qui nous rassemble ? On voudrait croire en
cette proposition généreuse en dépit du désarroi généralisé qui nous saisit tous aujourd’hui : désarroi politique,
désarroi conceptuel, désarroi économique et social. Cette situation où prévaut aujourd’hui le sentiment que
nous ne parvenons plus vraiment à faire du « commun » a eu pour effet d’installer à l’arrière plan (en tout cas
d’en faire une préoccupation apparemment secondaire aux yeux de nos gouvernants) l’objectif d’une «

démocratisation » de la culture qui avait été l’un des axes majeurs de la politique culturelle française. André
Malraux comme Jack Lang avaient tous deux, dans des perspectives certes différentes, voulu « faire accéder
aux œuvres » le plus grand nombre de Français. Or cette visée présupposait implicitement que la culture
pouvait faire lien et que l’un de ses vecteurs était l’élargissement des possibilités d’accès du public au monde
de l’art (quelle que soit la manière dont ce dernier était défini).
La « crise de la culture » – pour reprendre la célèbre expression de Hannah Arendt – est aujourd’hui telle
qu’elle a entamé le postulat de ce possible socle partagé. La culture n’est pas sortie indemne de l’extrême
difficulté où nous nous trouvons aujourd’hui à produire du commun. La culture est une donnée essentielle de
l’expérience que partagent les membres d’une société : or les processus de fragmentation des expériences et
des parcours individuels, les nouvelles figures du temps marquées par la tyrannie de l’instant semblent
remettre en question la possibilité même d’un tel partage. On admettra qu’il n’y a pas d’invention ou
d’innovation culturelle sans que demeure vivant un lien au passé et à la mémoire. Or notre orientation vers
l’avenir paraît aujourd’hui déconnectée des acquis du passé, ce qui rend problématique l’idée d’une culture
commune, autrement dit démocratique.
Il en va de même en ce qui concerne les échanges entre les individus et la société, entre le soi et les autres : la
culture qui distingue l’ « élite » cultivée, le public « éclairé » se différencie d’une certaine consommation de
masse des objets culturels dont Hannah Arendt écrivait déjà qu’elle relevait de l’industrie du « loisir » et du
divertissement plus que d’un véritable partage de l’expérience. Loin d’entériner le clivage entre les nantis et
ceux qui n’ont pas accès à la culture, cette mise en garde nous rappelle que la culture a partie liée avec
l’existence d’un espace public, d’un monde commun où les hommes s’apparaissent les uns aux autres. Et ce
n’est que dans cette perspective qu’il est possible – par une véritable diffusion de la culture – de transcender le
clivage entre les produits culturels destinés à la masse des consommateurs et la culture « savante » réservée au
petit nombre. Car en s’inscrivant dans le tissu social, en le revivifiant par l’imagination, la culture fait lien et
nous rappelle ainsi au souci du monde. Car – et c’est bien ce qu’il convient de rappeler à nos politiques – elle
relève au plus haut point du monde public.
 Source : Tribune dans Télérama La culture fait-elle encore lien ? par Myriam Revault d'Allonnes,
philosophe
Document 5 :
Dans le cadre des Etats généreux de la culture, Sylvie Vassallo, directrice du Salon du livre et de la presse
jeunesse en Seine-Saint-Denis, partage ici son expérience auprès de familles pour lesquelles l'accès au livre et
à l'écrit est tout sauf une évidence. Pour elle, il est urgent d'“ouvrir, surprendre, dialoguer et, s’il le faut,
réparer”.
L’Art est un territoire sensible. C’est précisément pourquoi nous organisons sa fréquentation, pourquoi nous,
médiateurs culturels, revendiquons d’en démocratiser encore l’accès. Ces convictions motivent mon
engagement professionnel et citoyen.
De l’expérience que mène notre équipe autour du Salon du livre de jeunesse en Seine-Saint-Denis, naissent
aujourd’hui des questions qui m’alertent sur la nécessité de réinterroger, non pas ces convictions, mais une
certaine manière de les faire vivre.
Disons les choses sans détour, il me semble que nous avons un problème de culture dominante, de culture bienpensante, qui, sous couvert d’universalisme, peut contribuer, bien malgré elle, à nourrir les divisions qu’elle
cherche à réduire. Se posent des questions de légitimité, d’illégitimité, qu’il est temps de mettre en débat.
“Une mise hors jeu de l'espace culturel légitime”
Une part croissante de la société est invisible, fantasmée. Ses rapports à la culture méconnus, snobés. Et quand
cette part se rappelle à nous, c’est pour le moins déroutant, quelquefois brutal.
Ici, des bibliothécaires interrogent des parents sur leur raison d’emprunter quasi exclusivement Petit ours
brun… Et se surprennent elles-mêmes à découvrir une évidence : c’est le seul héros qu’ils ont trouvé de la
même couleur de peau que la leur.
Là, le personnel soignant d’un hôpital, acquis à l’usage de la lecture dans le cadre des soins et bon connaisseur
de la littérature de jeunesse, explique que la plupart des albums qu’il utilise ne peuvent « entrer » chez
certaines familles qui ne s’y sentent pas reconnues.
Certes, il ne peut y avoir d’injonction à représenter notre société multiculturelle, colorée, dans les livres pour
enfants. L’art, les artistes n’ont pas vocation à photographier le réel. Et il serait trop facile de penser que cela
suffise. Mais pouvons-nous ignorer les dégâts occasionnés par le fait qu’une partie des familles se ressent
comme absente de ces livres et le vit comme une mise hors jeu de l’espace culturel légitime ?
 Source : Tribune“Nous avons un problème de culture dominante et bien-pensante”, par
Sylvie Vassallo, in Télérama

Thème de débat 3 – Les journaux lycéens doivent-ils être contrôlés?

 Ce




débat doit permettre de répondre à différentes questions :
Qu’est-ce-que la liberté d’expression ?
En quoi les journaux lycéens sont-ils un media spécifique ?
Existe-t-il des lois ou règlements qui encadrent la liberté d’expression ?
Faut-il encadrer la liberté d’expression des journaux lycéens ?
Le contrôle exercé sur les journaux lycéens est-il seulement opéré par les adultes (administration ou
enseignant) ?

 Les protagonistes du débat :
 Un animateur qui reprend, relance et pointe les contradictions des débateurs
 Un journaliste lycéen qui présente son expérience et défend les principes de responsabilité des
journalistes lycéens
 Un Proviseur de lycée ayant un journal lycéen qui parle de son expérience et du risque de
dérive des journaux lycées
 Un professeur membre du Clémi qui confronte les expériences des différents journaux lycéens
menés en France
 Le travail :
 Rechercher dans le dossier documentaire des arguments
 Etre capable de voir les critiques qui peuvent vous être faites et chercher des contre-arguments
 Remplir un tableau de ce type
Argument

Critique

Contre-argument

 Le dossier documentaire
Document 1 :Un reportage sur un journal lycéen
Document 2 : Les règles et les textes

Document 3 : une enquête sur le droit de presse lycéen
Document 4 : Peut-on parler de ses profs dans un journal lycéen ?
Document 5 : la presse lycéenne - Education.gouv
Document 6 :
En posant nus à la une de leur journal, les lycéens parisiens d'Henri-IV ont déclenché les foudres du proviseur.
L'affaire tourne à la polémique nationale, les chefs d'établissement font bloc, le ministère tempère
EN UNE SEMAINE, une banale histoire de journal lycéen jugé trop provoquant par un proviseur est devenue une
«affaire » au sein de l'Education nationale. Il faut dire qu'il s'agit de la crème des lycées parisiens (Henri-IV), que des
élèves posent entièrement nus en couverture, et qu'ils ont décidé d'en faire un exemple « pour la liberté de la presse
d'expression des jeunes ».
Coup de gueule de potaches ? Pas tout à fait. Car les cinq rédacteurs de « Ravaillac » sont bien décidés à exploiter
l'émoi et la curiosité suscités par leur « provoc ». Et les voilà devenus porte-étendards de tous les « Franc-Tireur », «A
nous la parole » et autres « l'Actu du bahut », tous ces journaux lycéens livrés à la merci, selon eux, « des pressions,
injonctions et coups de ciseau des chefs d'établissement » Cette levée de boucliers intervient à l'heure où jamais les
quelque 8 000 médias scolaires recensés en France n'ont été autant encouragés par le ministère. Le primaire (4 % des
écoles ont un journal), et le collège (20 %) connaissent peu de problèmes : un enseignant est presque toujours aux
manettes. Mais au lycée, les élèves et le ton sont plus libres, et les chiffres plus flous : 706 journaux déclarés, plus de 1
000 estimés Jack Lang a donc choisi de préciser leur cadre « légal » en février dernier. Les élèves sont autorisés à
exprimer des opinions, mais doivent s'interdire le prosélytisme. Les chefs d'établissement, eux, doivent justifier toute
censure par écrit, et convoquer un conseil de la vie lycéenne pour trouver un compromis : le plus souvent, un droit de
réponse. Une manière d'éviter les réquisitions arbitraires de l'administration, et aussi quelques gros dérapages d'élèves
qui ont atterri devant la justice. En 1972, un journal donnait ainsi la formule du cocktail Molotov en ordonnant : «
Faites sauter le bahut ! » Plus récemment, en 1991 et en 1998, des professeurs gravement injuriés ont obtenu
réparation.

« Crime de lèse-majesté »Les lycéens, cette fois, prennent le mord aux dents. Ceux d'Henri-IV pourraient être tentés
d'attaquer leur proviseur pour interdiction abusive de leur journal. Les chefs d'établissement agitent l'épouvantail. «
C'est le résultat d'une politique qui vise à laisser croire que les lycéens ont tous les droits », dénonce le Syndicat
national des personnels de direction. Pour le ministère, pourtant, « Ravaillac » ne mérite pas tant de fureur. « On ne va
pas se plaindre d'un tel journal, si bien rédigé, au moment où l'on décide d'encourager la liberté d'expression des
jeunes », relativise Thomas Rougé, délégué à la vie lycéenne auprès du ministre. Selon lui, les couacs sont rares. « 70
% des proviseurs relisent les journaux et, pourtant, 82 % des lycéens se disent libres d'écrire ce qu'ils veulent. » Au J.
Presse, la fédération des journaux lycéens, on nuance le constat. Un journal de lycéens du Rhône qui omet les
documentalistes dans une liste de remerciements, un autre qui veut décerner des prix aux profs du lycée : « On est
saisis une vingtaine de fois dans l'année pour des censures abusives. Quand ça touche au sexe, à la religion, à la
politique, c'est délicat. Mais quand il s'agit de remettre en cause le fonctionnement du lycée, c'est un crime de lèsemajesté. »
Source : Le Parisien, 03 Avril 2002,
Document 7 :
Le journal d'un établissement de l'Essonne n'est plus distribué. En cause, une photo et des articles jugés
choquants. Une décision rare.
Le temps d'un numéro, le « Héron déplumé » est devenu le « Héron à poil ». En mai, ce journal lycéen de Montgeron
(Essonne) a décidé d'enlever le haut (et le bas) pour parler sexualité. Trop culotté, pour un canard d'un lycée de 2 000
élèves? Le proviseur a confisqué les exemplaires et a interdit leur distribution. Et le rectorat a fait disparaître la
version numérique du magazine. Les lycéens crient à la censure. Ce qui gêne l'administration, ce sont deux articles. Le
premier est consacré à l'interdiction de l'expo du photographe Larry Clarck aux moins de 18 ans, à Paris, cet hiver. Les
lycéens l'ont illustré d'un cliché montrant un homme en train d'injecter de la drogue dans le bras de sa compagne, à
deminue. « C'est incompatible avec notre message de prévention sur la toxicomanie », estime Pascal Allemandou, le
proviseur.
Les lycéens crient à la censure
Une double page intitulée « Dans ton slip », raconte la vie intime des organes sexuels. « La description, très crue, m'a
semblé de nature à choquer nos élèves qui ont 14 ou 15 ans », ajoute le chef d'établissement. Les lycéens ont du mal à
l'entendre. « Nous avons le droit d'aborder tous les sujets à condition qu'il n'y ait ni insulte, ni diffamation, ni atteinte à
la vie privée, et qu'il n'y ait pas de prosélytisme religieux, commercial ou politique », se défend Morgane Roturier,
élève de terminale ES, directrice de publication. Devant les grilles du lycée, c'est l'incompréhension. « Franchement,
on n'est plus en maternelle », rigole Nicolas.
Une maman, Anne Sultan, comprend le chef d'établissement. « Cette photo de drogués est gênante, il y a
régulièrement des dealers devant le lycée. » Une réunion de conciliation est prévue en présence d'un membre de Jets
d'encre, association réunissant des publications lycéennes. « On est prêt à masquer la photo de Larry Clark », avance
Aymeric Arnould, du journal. Le proviseur assure qu'il souhaite que ce journal « de grande qualité » soit diffusé. A en
croire Olivier Bourhis, de Jets d'encre, des litiges liés à la sexualité sont signalés « 2 ou 3 fois par an ». « Les
proviseurs ont peur qu'ils choquent les plus jeunes et les parents. Mais ce n'est pas anodin de priver les lycéens de la
liberté d'expression, qui est un droit constitutionnel. »
Source :Un journal lycéen trop osé interdit - Le Parisien
Document 8 :
Quelque 300 à 400 lycéens ont manifesté jeudi à Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne) pour défendre leur liberté
d'expression et soutenir Louis, élève d'un lycée de cette commune, menacé de mort depuis la publication fin janvier
d'un journal en hommage à Charlie Hebdo.
Défilant derrière une banderole "Marche pour la liberté d'expression", les manifestants, venus de plusieurs
établissements de la ville, sont partis du lycée Marcelin-Berthelot vers 12h30 pour rejoindre le parvis de la gare du
Parc de Saint-Maur.
Parmi les slogans, "Liberté dans nos classes. Ni censure, ni menaces" ou "Résistance contre la censure". D'autres
brandissaient des feuilles "Je suis Louis", lettres blanches sur fond noir, sur le modèle de "Je suis Charlie".
Cinq membres de la rédaction de l'hebdomadaire satirique, qui a publié une chronique illustrée en soutien au lycéen
dans son dernier numéro, se sont joints au cortège, dont Eric Portheault, le directeur financier du journal.
Louis, 17 ans, avait fait paraître le 22 janvier un numéro spécial Charlie Hebdo de "La Mouette bâillonnée", le journal
du lycée, en réaction aux attentats. Depuis, il a reçu sept menaces de mort, au lycée dans la boîte aux lettres du journal
ou à son domicile, certaines accompagnées d'une ou plusieurs balles.
Source : Charlie Hebdo: des centaines de lycéens manifestent pour Louis, menacé de mort, BFM, 28/05/2015

Thème de débat 4 - Faut-il augmenter le nombre de caméras de vidéosurveillance
en France ?
 Ce débat doit permettre de répondre à différentes questions :
 Quel est le nombre de de caméras en France ? a-t-il augmenté? Où ? Dans quel contexte ?
 Les caméras assurent-elles un contrôle social plus efficace aux yeux du public? Aux yeux des
chercheurs ? Quelle est sa nature ? Formel ? Informel ?
 Les caméras de vidéosurveillance sont-elles efficaces pour lutter contre les comportements
déviants ?
 Les caméras réduisent-elles-la liberté des individus ?
 Les protagonistes du débat :
 Un animateur qui reprend, relance et pointe les contradictions des débateurs
 Un représentant d’un syndicat policier qui met en évidence les avantages de la vidéo
surveillance pour le travail de police
 Un maire d’une commune qui envisage d’augmenter le nombre de caméras de vidéos
surveillance pour assurer la sécurité de ses administrés
 Un sociologue qui met en avant la relative inefficacité des caméras sur la délinquance et les
effets pervers des caméras
 Le travail :
 Rechercher dans le dossier documentaire des arguments
 Etre capable de voir les critiques qui peuvent vous être faites et chercher des contre-arguments
 Remplir un tableau de ce type
Argument

Critique

Contre-argument

Dans chaque groupe, la critique de l’un est l’argument de l’autre

 Le dossier documentaire :
Document 1 : Regardez le reportage de BFM le 28/11/2013
Document 2 :
A:

Source : Vidéosurveillance : le rapport qui prouve son efficacité ?Par Jean-Marc Leclerc ?Mis à jour le
21/08/2009 le Figaro
B:

Source : La vidéosurveillance fait chuter la délinquance de rue,Par Jean-Marc Leclerc,Mis à jour le 23/03/2009
C:

Source : Un rapport prouve l’inefficacité de la vidéosurveillance in bugbrother.blog.lemonde.fr
Document 3 :
Avec ses quelques 1.250 caméras, soit une caméra pour environ 270 habitants, Nice est l'une des villes
françaises qui (ab)use le plus de la vidéosurveillance. Un dispositif qui n'a pas dissuadé le conducteur du
camion qui a foncé dans la foule, jeudi 14 juillet sur la Promenade des Anglais.
La ville du Sud de la France a été l'une des pionnières en matière de déploiement de la vidéosurveillance. Les
caméras ont pullulé dans les rues niçoises ces dernières années, notamment sous l'impulsion de l'ancien maire,
Christian Estrosi. Mais Nice n'est qu'un exemple parmi d'autres. Depuis une quinzaine d'années, nombre de
villes françaises s'équipent: sur les lampadaires, sur les parkings, dans un coin des rues, sur les feux rouges...

Vivement encouragée par Nicolas Sarkozy, d'abord ministre de l'Intérieur puis président de la République, la
course aux capteurs d'images a gagné même certaines petites communes.
«Ses défenseurs lui attribuent des vertus à la fois préventives et répressives», explique un rapport de l'Institut
national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ). C'est donc à la fois pour empêcher et pour
punir des actes de délinquance que des villes comme Nice ont déployé des caméras reliées à un centre de
supervision urbain (CSU). Devant un mur d'écrans, 70 agents policiers municipaux se relaient 7 jours sur 7 et
24 heures sur 24 pour visionner les images qui leur arrivent de toute la ville.
ne caméra ne semble pas avoir le même effet sur un délinquant qui souhaiterait voler une voiture, que sur
quelqu'un qui serait prêt à attaquer physiquement une personne. Si les études montrent souvent une baisse de la
«petite délinquance», «la présence de caméras n’a pas d’effets dissuasifs avérés s’agissant des violences contre
les personnes (homicides, viols et agressions), ainsi que les crimes les plus graves».
Les auteurs de ces crimes dits «graves» répondent souvent à des «comportements impulsifs», analyse Éric
Heilmann, qu'une caméra ne saurait arrêter. Au contraire, le pickpocket aura peut-être plus peur de se faire
attraper s'il repère un point rouge qui le guette –d'où l'importance d'informer de la présence de caméras si elles
sont installées dans un but préventif. En matière de terrorisme, l'acte, même s'il n'est pas toujours impulsif, ne
semble pas répondre à un raisonnement rationnel: «Quelqu'un qui est prêt à se faire sauter se moque bien d'être
repéré», résume Éric Heilmann. Le rapport de l'INHESJ va même plus loin:
«Pour les attentats terroristes, les images des auteurs et des actes participent même à la signature de l’acte,
ainsi qu’à la publicité recherchée.»
L'utilité des caméras: enquêter, punir, rassurer
Pourtant, lorsque Nicolas Sarkozy demande, en juillet 2007, à sa ministre de l'Intérieur Michèle Alliot-Marie
de «déployer plus de moyens de vidéosurveillance», il le justifie par le fait qu'ils «sont un instrument essentiel
de prévention et de répression des actes terroristes». «On a menti», s'agace Éric Heilmann:
«Les maires ne sont pas honnêtes quand ils disent que les caméras ont un effet dissuasif. La réponse est
clairement non.
Mais ces mensonges semblent porter leurs fruits: «83% des personnes ayant déclaré être favorables à la
présence de caméras de vidéoprotection affirment dans le même temps que leur multiplication est un moyen
efficace de lutter contre la délinquance et le terrorisme», peut-on lire dans le rapport de l'INHESJ. Les caméras
rassurent. Nombre de politiciens jouent donc encore de cet argument, faisant notamment référence à
l'arrestation des auteurs des attentats de Londres en 2005.
Mais dans cette affaire comme dans beaucoup d'autres, l'acte en lui-même n'a pas été empêché. La
vidéosurveillance a servi à retrouver les auteurs des faits, ou à retracer leur parcours. C'est certainement ce à
quoi serviront les caméras niçoises dans le cas du tragique attentat de jeudi. Laurent Muchielli, dans sa
Sociologie de la délinquance, résume ainsi l'utilité de la vidéosurveillance (rebaptisée d'ailleurs
«vidéoprotection» par les politiques, ce qui atteste du rôle qu'ils souhaient lui donner):
«Les crimes individuels ou les attentats terroristes démontrent toujours la même chose: la vidéosurveillance
aide parfois les enquêteurs à confondre les auteurs après coup, mais elle n'a jamais prévenu ces crimes.»
Source : La vidéosurveillance n'arrête pas le terrorisme, elle aide à sa publicité,Camille Jourdan France
15.07.2016, huffington post
Document 4 :
Si les statistiques de la délinquance ressemblaient aux personnes les plus surveillées par ceux dont le métier est
de regarder les écrans de contrôle des systèmes de vidéosurveillance, les jeunes femmes en mini-jupe ou
décolletés pigeonnants deviendraient probablement l'ennemi public n°1.
Ces dernières n'ayant pas précisément le "bon profil" des délinquants, ceux dont le métier est de nous
vidéosurveiller se rabattent donc généralement, et de préférence, sur les jeunes (de banlieue / basanés / de
couleur / encapuchonnés / roms / en bande), les SDF et les "marginaux". (…)
La vidéosurveillance permet d'abord et avant tout de stigmatiser certaines catégories de la population
considérées, a priori, comme criminogènes, quand bien même elles n'auraient rien fait de répréhensibles, et
n'auraient rien à se reprocher.(…)
Noé Le Blanc, auteur de plusieurs articles très fouillés démontrant l'inefficacité de la vidéosurveillance,
soulignait ainsi l'an passé que, en Grande-Bretagne : "15% du temps passé par les opérateurs devant leurs
écrans de contrôle relèverait du voyeurisme, 68% des noirs qui sont surveillés le sont sans raison spéciale, tout
comme 86% des jeunes de moins de 30 ans, et 93% des hommes. En résumé, un jeune homme noir a beaucoup
plus de probabilité d’être vidéosurveillé par les caméras, mais du coup, ça ne correspond plus à la délinquance.
Plutôt que de parler de vidéosurveillance, ou encore de "vidéoprotection" -comme tente de le faire le ministère
de l'Intérieur-, Noé Le Blanc propose ainsi de parler de "vidéodiscrimination", puisque la vidéosurveillance,
c'est aussi "l'institutionnalisation, et la technologisation, du délit de faciès", ou de "vidéonormalisation", avec
comme exemple ces centres commerciaux qui, au moyen de la vidéosurveillance, créent "des zones d'apartheid
social et géographique«

Source : J.Manach, Vidéosurveillance ou vidéodiscrimination ?, Bug Brother, 08 septembre 2009
Document 5 :
L'efficacité dissuasive de la vidéosurveillance est peu évidente et, en tous les cas, très difficilement
démontrable. [ ... ] Toutes les études convergent pour pointer une certaine efficacité sur les atteintes aux biens
dans les lieux fermés (parkings, hôpitaux, écoles) et, tout particulièrement, dans les parkings où elle
diminuerait les vols et dégradations des véhicules. En revanche, la vidéosurveillance n'a qu'un faible impact
dans les espace étendus ou complexes (ex. les métros ou dédales de rues) où les caméras de surveillance ne
dissuadent pas les délinquants potentiels de passer à l'acte (pour des vols à l'arraché, vols à la tire, vols à
l'étalage). Quels que soient les espaces, la vidéosurveillance n'a quasiment aucun impact sur les délits
impulsifs et ceux commis par des personnes sous l'emprise de drogues ou d'alcool. Plus généralement, cet outil
n'a qu'un faible impact dissuasif sur les atteintes aux personnes. [… ]
En raison de la faible efficacité dissuasive de l'outil et de son instrumentalisation par les services de police, il
tend progressivement à se transformer en un outil de police judiciaire plus qu'en un outil de dissuasion. Son
impact statistique sur l’identification et l'arrestation des suspects est toutefois variable et quantitativement
faible. Par comparaison au nombre total de délits élucidés, ceux qui l'ont été grâce à des preuves apportées par
la vidéosurveillance demeurent en effet peu nombreux. [ ... ] En ce sens, il s'agit bien d'un outil visant moins à
discipliner les comportements des individus qu'à discipliner des territoires, à rendre certains quartiers ou
secteurs plus sûrs... parfois aux dépens d'autres.
Source : Tanguy Le Goff et Mathilde Fontenau,« Vidéosurveillance et espaces publics. État des lieux des
évaluations menées en France et à l'étranger »,Rapport pour l'Institut et d'urbanisme d'Ile-de-France, octobre
2008.

Thème de débat 5 – Les médias peuvent-ils tout dire ?
 Ce





débat doit permettre de répondre à différentes questions :
Qu’est-ce-que la liberté d’expression ?
Pourquoi la liberté d’expression des medias est-elle une valeur fondamentale dans une démocratie ?
Comment la loi réglemente la liberté d’expression (la protège et la limite) ?
Certains médias ne sont-ils pas à l’origine d’une dérive de la liberté d’expression ?
La liberté d’expression doit-elle être limitée quand elle blesse certaines croyances ?
Suite aux attentats terroristes, la liberté d’expression doit- elle être davantage encadrée ?

 Les protagonistes du débat :
 Un animateur qui reprend, relance et pointe les contradictions des débateurs
 Un journaliste appartenant à l’Association Reporters sans frontières qui s’oppose à toutes
limites à la liberté d’expression
 Une personnalité religieuse qui demande le respect des croyances
 Un juge qui rappelle le cadre juridique et ses évolutions
 Le travail :
 Rechercher dans le dossier documentaire des arguments
 Etre capable de voir les critiques qui peuvent vous être faites et chercher des contre-arguments
 Remplir un tableau de ce type
Argument

Critique

Contre-argument

Dans chaque groupe, la critique de l’un est l’argument de l’autre

 Le dossier documentaire :
Document 1 : Les médias contribuent-ils au débat démocratique ?
Quelques dates clés
26 août 1789 : L’article 11 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame : "La libre communication
des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire,
imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi".
29 juillet 1881 : En France, loi sur la liberté de la presse. Suppression de tout régime préventif, abandon du délit
d’opinion et disparition de la censure.
18 novembre 1936 : Suicide de Roger Salengro, ministre de l’Intérieur du Front populaire, suite aux attaques
de L’Action française et de Gringoire sur son action pendant la Première Guerre mondiale et ses origines juives.
29 juillet 1982 : En France, loi sur la communication audiovisuelle posant le principe de la liberté de l’audiovisuel. La
loi du 30 septembre 1986 sur la liberté de communication est venue compléter et renforcer ce dispositif.
16 avril 1987 : En France, privatisation effective de la 1ère chaîne de télévision publique (TF1), annoncée le 14 mai
1986. L’État vend 50 % au groupe Bouygues.
17 janvier 1989 : Une loi crée le Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). Cette autorité administrative
indépendante garantit l’exercice de la liberté de communication audiovisuelle.
Quelques pistes de réflexion
Les médias : des moyens d’expression essentiels au fonctionnement de la démocratie
 Les médias, c’est-à-dire l’ensemble des moyens de de diffusion de l’information, sont un moyen
d’expression essentiel pour les acteurs démocratiques et jouent un grand rôle dans la formation de
l’opinion publique. Plaçant certains débats sur le devant de la scène, ils peuvent aussi en occulter d’autres. Ils
sont donc soumis à une éthique : exactitude de l’information, respect de la vie privée, vérification des sources.
 La presse peut constituer un moyen de contestation, ce qui explique que les premiers textes démocratiques
aient consacré sa liberté. Par exemple, le 1er amendement, datant de 1791, de la constitution américaine de
1787 stipule : "le Congrès ne fera aucune loi portant atteinte à la liberté d’expression".
 Il y a concomitance entre l’avènement du suffrage universel, au XIXesiècle, et le développement de la
presse de masse. Au cours du XXe siècle, ce ne sont plus les seuls journaux, mais la télévision, le cinéma, la
radio qui participent au débat démocratique. Au XXIe siècle, le développement d’Internet permet aussi la
diffusion des idées démocratiques. Les nouvelles technologies incitent les organes démocratiques à modifier

leur manière de travailler, en rapprochant la classe politique et les citoyens. Les médias complètent ici les
vecteurs traditionnels de la démocratie en inventant de nouvelles formes d’information ou d’expression.
 Les médias se sont eux aussi démocratisés parallèlement aux progrès de la démocratie. Leur accès est bon
marché, aisé, équitable sur tout le territoire. Parfois courroies de transmission entre le pouvoir et le peuple
(ex : l’ORTF), leur pluralisme aide au fonctionnement de la démocratie, dont il est une condition essentielle.
Néanmoins, la disparition de la presse d’opinion, comme la pénétration des groupes financiers dans le monde
des médias, sont des signes aussi d’uniformisation de l’information.
Les médias peuvent représenter un danger pour la démocratie
Les médias constituent-ils un quatrième pouvoir, à côté des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire ?
 La question de la transparence : si en démocratie, il est nécessaire de proscrire tout secret, faut-il pour
autant tout porter à la connaissance du public (cf. l’affaire Monica Lewinski aux États-Unis sous la présidence
de Bill Clinton) ? Il convient toutefois d’être attentif à la violation de l’intimité. Tout gouvernement a besoin
d’une certaine part de secret au moins dans la préparation des décisions ou s’agissant des affaires
internationales. En revanche, la démocratie exige la transparence absolue après-coup.
 Le risque de manipulation. Le financement des médias dépend de capitaux privés qui peuvent vouloir
modifier l’information en fonction de leurs intérêts ou peser sur le fonctionnement démocratique. La
concentration financière peut aussi altérer leur indépendance, même si certains médias (par exemple Le
Monde) essaient de garantir un mode de financement indépendant. Pluralisme des médias ne rime donc pas
toujours avec pluralité d’opinions et diversité de l’information. De même, les sondages peuvent influencer,
voire fausser, les comportements électoraux.
 Les médias ne sont pas égaux. La télévision, média de masse, touchant des citoyens le plus souvent passifs,
est accusée de simplifier les débats et de " faire " l’opinion, alors que la course à l’audience laisse peu de place
au débat démocratique. Sensibles aux échos des médias, les hommes politiques sont accusés de façonner leur
discours, non pas selon leurs convictions, mais selon l’état de l’opinion ou selon la vision des médias. Le
débat d’idées et la démocratie de terrain céderaient alors le pas à la mainmise de la télévision sur les
campagnes électorales.
 L’importance des médias pour une élection pose aussi le problème de l’égalité d’accès entre les
candidats.Les hommes politiques dépendent des médias et du format qu’ils imposent. La télévision, par
exemple, conditionne certains comportements : il faut résumer en quelques instants des problèmes complexes
(les " petites phrases ").(….)
Le Watergate
À la fin années 1960, la législation américaine avait assoupli les règles relatives au secret, aux accusations de
diffamation contre un journaliste, et autorisé la publication de documents officiels secrets. Après une tentative de
cambriolage du siège du parti démocrate (l’immeuble Watergate) pendant la campagne présidentielle en juin 1972, la
presse, et notamment le quotidien le Washington Post, mène des enquêtes poussées pour trouver les commanditaires,
qui s’avèrent avoir été envoyés sur ordre de la Maison Blanche. Afin d’étouffer les recherches, le président des ÉtatsUnis, Richard Nixon, candidat à la réélection, harcelé par les journalistes, paraît vouloir museler les médias. Cette
course poursuite entre la vérité et la volonté de l’étouffer tourne à l’avantage des médias et le président doit
démissionner en 1974, après avoir été triomphalement réélu.
Source : inLes médias contribuent-ils au débat démocratique ? |
http://www.vie-publique.fr/decouverte-institutions/citoyen/enjeux/media-democratie/medias-contribuent-ils-au-debatdemocratique.html
Document 2 :
Un média est aussi une entreprise commerciale. Pour augmenter les ventes, il est amené à susciter l’attention des
lecteurs par des informations sensationnelles, à lui raconter des histoires, cruelles ou émouvantes, à s’adresser à sa
sensibilité, à jouer avec ses émotions et sa curiosité. Malgré les abus de la presse à sensation, la liberté de la presse fait
l’objet dans les pays démocratiques d’une protection particulière parce que l’information constitue l’une des
conditions essentielles du fonctionnement démocratique de la société. A. L’essence de la presse people : rentabilité
économique et curiosité malsaine 1. Panorama général de la presse indiscrète Depuis une décennie, ce genre
journalistique s’est amplifié et on parle désormais d’une presse people qui, comme celle d’Angleterre1 dite gutter
press ou presse de caniveau, exploite sans beaucoup de scrupule les « trois S » (sport, sexe et scandale), assistée par
les photographes paparazzi à la recherche de photos « choc » et de scoops. Survivent les vieux titres qui ont fait la
gloire du genre : France Dimanche (1946, 575 000 exemplaires), Ici Paris (1945, 442 000 exemplaires) et le Nouveau
Détective (né en 1934, sous le titre Détective).Prisma Presse réactiva le genre avec Gala (1993, 304 000 exemplaires)
ou Voici (576 514 exemplaires), ou Lagardère avec Entrevue (308 000 exemplaires) et depuis l’été 2003 Public (263
281 exemplaires). Oh là ! complète l’éventail ( 1987, 114 000 exemplaires). Point de vue image du monde (308 000
exemplaires) se contente d’exploiter, avec toute la révérence exigée, la vie des princesses et de quelques stars de
l’aristocratie. Ainsi aujourd’hui la presse people compte en France prés de 3 millions d’acheteurs réguliers, pour une

audience de plus de 10 millions de lecteurs. Bien que cette presse soit décriée, il convient de ne pas mésestimer
l’appétence du public pour les magazines people qui jouent au sein des sociétés « industrialisées » un rôle social
évident.
Les magazines « people » ont développé le marché de l’indiscrétion qui est devenu un nouveau sujet d’expression
pour la presse, qui parfois va si loin que l’on se demande si les principes de liberté de penser et d’information sont
bien toujours en cause lorsqu’il s’agit de s’introduire au plus prés de la vie intime de l’artiste à la mode, de l’homme
politique sous les feux de l’actualité ou même de l’anonyme fabriqué star en quelques jours et pour une durée limitée.
Source : Elodie ROSTAND La presse people et ses dérivés
Document 3 :
Les événements tragiques dont la France a été le théâtre, entre le 7 et le 9 janvier 2015, ont ouvert à nouveau le débat
sur la liberté de la presse, cette forme canonique de la liberté d’expression. Quelles sont ses limites ? Qui doit les
fixer ? En sanctionner le franchissement ? Peut-on tout dire ? Tout montrer ? Tout moquer, tout caricaturer ?
Les foules rassemblées autour d’un même slogan, le 11 janvier, ont rétabli, aux yeux de tous, à l’intérieur et à
l’extérieur de nos frontières, l’éminence, la prééminence devrait-on dire, de la liberté de la presse. Ce n’est sans doute
pas un hasard si le même mot « presse » désigne l’outil, cette machine à imprimer inventée par Gutenberg, la mission
que les siècles lui ont assignée, informer les citoyens, permettre aux hommes de s’exprimer, de communiquer entre
eux et, enfin, un idéal, servir la démocratie, dont le destin est inséparablement lié au sien. Car la presse, à travers sa
diversité, est l’acteur, le témoin et le chantre de la démocratie, en même temps que son symbole. La presse réalise
l’idéal démocratique. Et la démocratie, en la protégeant, rend hommage à son incomparable vocation.
Une liberté cardinale, une hyperliberté
« Pas de liberté sans liberté de la presse » : tel est le sens ultime des slogans « Je suis Charlie – nous sommes
Charlie ». Comme eux, l’heureuse formule de l’association Reporters sans frontières désigne excellemment la
primauté, ou la suréminence de la liberté de la presse, celle d’une liberté qui n’est pas comme les autres : cardinale ou
« fondamentale », elle est en effet première, à la fois logiquement et chronologiquement. Non seulement elle a été
conquise avant d’autres libertés, en Suède, en Grande-Bretagne, puis aux Etats-Unis et en France ; mais elle apparaît,
plus que jamais, comme la condition de possibilité des autres libertés, civiles ou politiques, personnelles ou publiques.
(…)En l’occurrence, la liberté de la presse – cette liberté d’informer et son corollaire, le droit d’être informé –
subordonne son exercice, pour n’être point vain, à un idéal de vérité, en réponse, n’en déplaise parfois à certains, à une
attente informulée mais pressante d’objectivité de la part de ceux auxquels les journaux s’adressent.
A travers la sélection qu’il opère entre les faits de l’actualité, la hiérarchie qu’il établit parmi eux, l’interprétation qu’il
en donne, la prétention du journaliste à dévoiler la vérité n’est assurément pas infondée. Les récits que lui inspire
l’actualité et qu’il nous livre ne sont pas, contrairement à ce que l’on voudrait parfois nous faire accroire, des
constructions arbitraires, idéologiques, condamnées immanquablement à flatter ou à manipuler. Les faits sont bien
réels, ils existent bien ; il est coupable de les dissimuler et ils doivent être rapportés dans leur véridicité et, autant que
possible, avec véracité. Ils doivent être analysés et interprétés avec rigueur, soumis à l’épreuve d’une argumentation
précise et serrée. Ils peuvent enfin donner lieu, le cas échéant, à un commentaire, à la lumière de convictions
clairement affichées, avec sincérité par conséquent. La véracité, la rigueur et la sincérité sont, en l’occurrence, les
vertus de la vérité. Ce que l’on invoque habituellement sous le nom d’objectivité ou d’honnêteté n’y change rien :
comme tout idéal, celui-ci est aussi inaccessible qu’indispensable.
Les limites de la liberté d’expression
Cardinale, la liberté de la presse ressemble aux autres libertés, non seulement parce qu’elle est ordonnée à un idéal, en
l’occurrence celui de la vérité, lorsqu’il s’agit de l’information, mais également parce que son exercice se heurte à
certaines limites : d’abord, aux limitations, déterminées ou non par la loi, au respect desquelles veillent les tribunaux ;
ensuite, au sens des responsabilités dont tout professionnel, quel qu’il soit, doit inlassablement et immanquablement
faire preuve. Dans toutes les démocraties, avec ou sans le secours des lois, les tribunaux veillent à la protection des
personnes, en sanctionnant l’injure ou la diffamation et l’atteinte à la vie privée ou à son intimité. Partout, des
dispositions peuvent être prises, plus ou moins sévères, pour maintenir ou rétablir l’ordre public.
La liste des interdits, en France, n’a pas cessé de s’allonger après la loi Pleven, en 1972, instituant le délit de
« provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence », renforcée en 1990 par la loi Gayssot qui interdit
« toute discrimination fondée sur l’appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion », à laquelle
s’ajoute, depuis novembre 2014, l’interdiction de l’apologie du terrorisme, sans parler des lois, dites « mémorielles
» qui confient à la loi plutôt qu’aux historiens le soin d’apprécier les méfaits de la colonisation, sans parler de cette loi
de février 2000 interdisant, au nom de la présomption d’innocence, la publication des images de personnes menottées
ou entravées.
Est-ce bien à la loi de restreindre la liberté d’expression, si légitimes que ces interdits puissent paraître ? La société
française serait-elle à ce point fragile qu’elle ne puisse supporter la confrontation avec des contre-vérités, si ignobles
soient-elles ? Et les esprits si faibles qu’ils ne puissent jamais résister à des manipulations, si grotesque soient-elles ?

C’est oublier que la confrontation des opinions est nécessaire pour informer et éduquer les citoyens. Et que le meilleur
moyen d’établir la vérité est encore et toujours de dénoncer les mensonges ou les erreurs qu’on peut commettre en son
nom, en faisant usage de la raison, pour parler comme Emmanuel Kant. Et davantage encore que la meilleure façon de
combattre l’obscurantisme est de lui permettre de s’exprimer, afin de mieux le récuser : non pas tolérer les propos
intolérables, mais les réfuter avec la dernière des énergies. Le philosophe Gaspard Koenig, fondateur de Génération
Libre, estime que c’est par la raison et l’éducation, et non par la censure, que l’on gagnera ce combat, fidèle en cela à
l’esprit des Lumières. La meilleure façon de lutter contre l’obscurantisme n’est pas de l’interdire ; il faut au contraire
lui permettre de s’exprimer, afin de le mettre en danger et de le mieux pourfendre. L’humoriste Jamel Debbouze,
aussitôt rejoint par Human Rights Watch, ne disait pas autre chose, à propos de l’interdiction du spectacle de
Dieudonné : « Laissons parler les imbéciles ». Autrement, en effet, dans ses emballements, la machine médiatique en
fait une victime ou un héros, donnant de surcroît l’impression très fâcheuse du deux poids, deux mesures.
La meilleure façon de lutter contre l’obscurantisme est de lui permettre de s’exprimer
La multiplication des limitations apportées à la liberté de la presse, si légitimes que puissent paraître leurs
justifications, marque assurément la défiance du législateur vis-à-vis des citoyens, estimant que la mauvaise
information finirait par chasser la bonne, comme on dit de la mauvaise monnaie qu’elle chasse la bonne. Mais elle ne
peut manquer, à la longue, d’engager les journalistes dans la voie d’une censure insidieuse, donnant ainsi des gages
aux conformismes les plus établis et les mieux ancrés dans l’opinion. L’autocensure n’est-elle pas pire que le silence
imposé par la loi ? On ne peut s’empêcher de recommander cette injonction, à propos de la liberté de la presse et de la
démocratie, à l’adresse des législateurs trop pressés d’agir : autant de débats et d’éducation que possible, autant de
police et de justice que nécessaire.
Pas de liberté sans responsabilité
Nulle part, les limitations apportées par la loi ou la jurisprudence des tribunaux ne sauraient suffire : elles tracent
seulement un périmètre à l’intérieur duquel s’exerce la liberté de la presse et des journalistes. Pas plus que la
concurrence entre les journaux n’est un secours ou un alibi : le marché n’est pas une école de vertu, il permet
seulement au lecteur de choisir son journal, seule façon de lui donner le dernier mot, celui auquel il a droit ; le pire des
régimes, selon la formule de Churchill, à l’exception de tous les autres.
A l’intérieur de ce périmètre, jusqu’où le journaliste peut-il aller ? Le débat sur la déontologie, partout, est permanent.
Parce que la liberté dont les journaux jouissent implique, de leur part, le sens toujours en alerte de leurs multiples et
diverses responsabilités, certaines institutions ont souvent été mises en place : conseils de presse, selon l’exemple
britannique, médiateurs – ombudsmen – au sein des rédactions, suivant le modèle suédois, revues professionnelles ou
académiques qui dénoncent les dérives de l’information…(…)
Morale de la conviction ou morale de la responsabilité ?
Au lendemain des événements tragiques de janvier 2015, les journalistes de Charlie Hebdo furent confrontés à ce
dilemme : en publiant en couverture du journal, le 14 janvier, une caricature de Mahomet, ils obéissaient au principe
de la liberté d’expression dont se réclame la démocratie, tout en demeurant fidèles à la facture de la publication dont
les principaux responsables venaient d’être assassinés. En refusant de publier ces dessins, ils auraient pris en compte
les conséquences qu’une pareille publication pouvaient comporter, mais ils auraient transgressé, assurément, leur
ultime raison d’être, bien au-delà de ce que leurs lecteurs, habituels ou non, attendaient. (…)
Le journaliste, seul juge et responsable
Une chose, au moins, est sûre, si l’on prend en compte tout ce qu’implique le respect du principe de la liberté de la
presse : c’est aux journalistes seuls d’agir en toute responsabilité, et non aux tribunaux de trancher, et pas davantage à
leurs lecteurs eux-mêmes, qui sont toujours libres de se détourner de ce qui les offense ou leur déplaît. Au pape
François, en voyage aux Philippines, qui dénonçait, à propos duCharlie Hebdo paru le 14 janvier, l’offense commise à
l’endroit d’une religion, les implications du principe de la liberté de la presse commandent, en toute logique, de
préférer l’attitude du grand rabbin de France,Haïm Korsia, déclarant quelques jours plus tard : « Si quelque chose est
blasphématoire pour moi, je ne le regarde pas », comme une conséquence de cet avertissement : « On ne peut pas
projeter notre interdiction (de blasphème) sur les autres. »(….)
La religion, aux Etats-Unis, est un domaine parfaitement sanctuarisé : on peut tout à loisir, défendre les thèses les plus
ignobles, proférer des propos éminemment blasphématoires et exprimer même des opinions proches du nazisme, mais
on ne peut guère, sous la bannière étoilée, porter atteinte à ces religions qui se confondent, dans le roman national
américain, avec le civisme et la fidélité au drapeau. Aussi les journaux anglo-saxons ont-ils apporté des réponses
différentes à la question de l’opportunité de publier les caricatures de la « une » de Charlie Hebdo du 14
janvier. Le New York Times a choisi de ne pas publier ce dessin, qu’il jugeait offensant et qui constituait à ses yeux une
« provocation », en application d’une règle que le journal prétend s’imposer à lui-même : « Nous ne publions jamais
de contenus intentionnellement destinés à heurter les sensibilités religieuses. » Au Royaume-Uni, les médias n’ont pas
tenu un langage très différent, justifiant leur refus de publier le dessin de Luz, comme leGuardian, précisant sur son

site que l’article « contient l’image de la couverture de magazine, que certains peuvent trouver
offensante ». Le Washington Post a fait le choix inverse, estimant que la couverture du journal n’était pas
« délibérément ou gratuitement offensante ». Apparemment dédouanés ou encouragés par leur illustre confrère, les
plus grands médias d’information américains l’ont suivi, depuis USA Today et le Los Angeles Times jusqu’à CBS
News, en passant par le Wall Street Journal etThe Daily Beast.
Au sein du monde musulman, les grands médias furent également divisés sur l’opportunité de reproduire les dessins
parus dans l’hebdomadaire français de 14 janvier. Les plus nombreux, parmi eux, ont choisi de ne pas publier la
caricature, rejoints par certains pays d’Afrique ou d’Asie. Ils se ralliaient en l’occurrence à l’argument avancé par Al
Azhar, la principale autorité sunnite ayant son siège au Caire, qui a estimé qu’avec ces dessins, le journal français « ne
sert pas la coexistence pacifique entre les peuples et entrave l’intégration des musulmans dans les sociétés
européennes et occidentales ». A l’inverse, le plus grand quotidien laïque, en Turquie, Cumhuriyet, a repris dans un
cahier central du journal, la plupart des articles et des dessins de Charlie, y compris sa couverture, bravant les
autorités conservatrices d’Ankara, qui en vilipendaient les « provocations ».
Parmi les journaux français qui ont opté pour la reproduction de la couverture représentant Mahomet en larmes, les
arguments sont différents de ceux avancés par leurs homologues étrangers ayant fait le même choix : ils invoquent leur
solidarité avec Charlie Hebdo et prônent le droit à la liberté d’expression, quelles que soient les modalités de son
exercice. Libération s’honore de la parution du journal dont les rédacteurs ou caricaturistes furent assassinés, en
lançant un retentissant « Je suis en kiosque ». Le Monde justifie son choix en estimant qu’« il s’agit […] d’un message
pacifique. Le dessin n’est ni injurieux ni agressif ». Et d’ajouter : « Nous défendons notre droit à publier n’importe
quel dessin qui ne soit pas insultant. » Quant aux Inrockuptibles, à partir d’un autre dessin représentant lui aussi
Mahomet en larmes, il entend illustrer une « tristesse partagée par tous, exprimer [une] colère sourde ». Allant
jusqu’aux conséquences possibles de ce choix : « Si certains veulent y voir un blasphème, tant pis : rien ne les
empêchera de réagir comme ça. »
Source : La liberté de la presse : hyperliberté ou liberté absolue ? par Francis Balle - N°33 Hiver 2014-2015
Professeur à l’Université Paris 2 et directeur de l’IREC (Institut de recherche et d’études sur la communication)

Document 4 : A-t-on le droit de tout dire ?par Agnès Callamard
La liberté d’expression, dont fait partie l’accès à l’information, est un droit fondamental internationalement reconnu et
un pilier de la démocratie. Non seulement elle élargit les connaissances accessibles et la participation de chacun à la
vie de la société, mais elle permet aussi de lutter contre l’arbitraire de l’Etat, qui se nourrit du secret.
Néanmoins, depuis toujours, la question se pose de ses modalités d’exercice. Certains soutiennent qu’elle est sans
limites. Mais la ligne de partage entre ce qui est permis et ce qui ne l’est pas a toujours été contestée. Plus que les
autres, ce droit dépend du contexte, et sa définition est en grande partie laissée à la libre appréciation des Etats. Selon
le droit international, la liberté d’expression n’est pas absolue et peut être soumise à certaines restrictions afin de «
protéger les droits ou la réputation d’autrui », et de sauvegarder « la sécurité nationale, l’ordre public, la santé ou la
moralité publiques », à condition que cela soit « “nécessaire dans une société démocratique” et expressément fixé par
la loi » . Cette formule figure à la fois dans l’article 19 du pacte international relatif aux droits civils et politiques
adopté par les Nations unies en 1966 et dans la Convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés
fondamentales de 1950 (ou Convention européenne des droits de l’homme). C’est sur ces bases qu’ont été élaborées
les lois sur la diffamation, la sécurité nationale et le blasphème. La formulation reste suffisamment vague pour laisser
les Etats libres de décider comment ils devront limiter la liberté d’expression dans les buts fixés, etc.
Le droit international impose un seul devoir « positif » aux Etats : l’interdiction de l’incitation à la haine et de la
propagande en faveur de la guerre (article 20 du pacte de 1966). Mais aucune définition précise n’est donnée de ces
termes, et ce sont souvent les Etats eux-mêmes qui violent la seconde obligation. Pour la première, les approches
varient d’un pays à l’autre. Aux Etats-Unis, un discours appelant à la violence et comprenant des insultes raciales sera
autorisé tant qu’il n’est pas démontré qu’il peut avoir des conséquences concrètes et immédiates. En revanche, les
Français ou les Allemands ont opté pour des mesures de restriction fortes sur la base de l’article 20, telle l’interdiction
de l’incitation à la haine raciale.
De l’affaire Salman Rushdie à celle des caricatures danoises, la critique des religions suscite de nouvelles polémiques.
En septembre 2005, la publication par un journal de Copenhague de dessins portant atteinte à l’image du prophète
Mahomet a suscité une vague de protestation immédiate ; début février 2006, des émeutes et des violences éclatèrent
dans tout le Proche-Orient. En réponse, les médias occidentaux et les organisations de protection des droits de
l’homme s’empressèrent de défendre ce qu’ils considéraient comme une liberté d’expression menacée par
l’obscurantisme.
Les gouvernements réagirent différemment. En Europe, beaucoup se contentèrent d’appeler les médias à agir de
manière « responsable », alors que d’autres insistèrent sur le fait que la liberté d’expression était une liberté
essentielle. Certains soulignèrent que l’offense faite aux religions était un motif légitime de préoccupation et que les
croyants devaient en être protégés (3). Dans le monde islamique (Yémen, Jordanie, Malaisie), des journalistes et

rédactions en chef qui avaient republié les caricatures furent arrêtés, leurs publications interdites ou suspendues.
D’autres Etats œuvrèrent avec succès pour que, dans le préambule de la résolution de l’Assemblée générale des
Nations unies qui a établi le nouveau Conseil des droits de l’homme, figure un paragraphe soulignant que « les Etats,
les organisations régionales, les organisations non gouvernementales, les organismes religieux et les médias ont un
rôle important à jouer dans la promotion de la tolérance, du respect des religions et des convictions, et de la liberté de
religion et de conviction (4) ».
Des comportements de dissidence politique sont abusivement qualifiés de « terroristes »
Plusieurs pays, depuis le 11-Septembre, ont renforcé leurs lois antiterroristes : l’Australie, le Maroc, l’Algérie, la
Tunisie, la Thaïlande, la Malaisie, les Philippines, le Royaume-Uni, les Etats-Unis, la France, la Turquie, la Russie, la
Jordanie, l’Egypte, etc. Certains ont adopté une définition très large du « terrorisme ». Le Comité des droits de
l’homme de l’ONU a critiqué les Etats-Unis pour y avoir inclus des comportements de dissidence politique qui,
mêmes illégaux, ne peuvent être en aucun cas taxés de conduites « terroristes ».
Ces « nouvelles » législations comportent dans certains pays – le Royaume-Uni et le Danemark, l’Espagne, la France
– un autre aspect sujet à caution : la condamnation de l’apologie du terrorisme ou de l’incitation au terrorisme. En
janvier 2007, trente-quatre pays ont signé une convention du Conseil de l’Europe allant dans le même sens.(…)
L’expérience montre que limiter la liberté d’expression protège rarement contre les abus, l’extrémisme et le racisme.
En fait, ces restrictions sont généralement, et efficacement, utilisées pour museler l’opposition, les voix dissidentes et
les minorités, et pour renforcer l’idéologie et le discours politique, social et moral dominant.
La liberté d’expression doit être un des droits les plus consacrés, particulièrement face aux prétentions hégémoniques
des Etats alimentées par la peur et la menace de violence. Elle n’est pas là pour protéger la voix des puissants, des
dominants ou le consensus. Elle est là pour protéger la diversité – d’interprétations, d’opinions et de recherches – et la
défendre.
Source : http://www.monde-diplomatique.fr/2007/04/CALLAMARD/14603
Document 5 :
« La liberté d’expression peut-elle avoir des limites ? » par Mgr Castet, Publié le 09 juin 2015
Au 8ème pèlerinage du monde des médias, à Paris, le 30 mai 2015, Mgr Alain Castet, évêque de Luçon, a partagé
sa réflexion sur le thème : « La liberté d’expression doit être au service du bien commun ».
Vous le savez, la liberté d’expression n’est pas en-soi et pour elle-même un absolu. En faire un absolu serait au final,
lui nuire. En effet, elle constitue un droit fondamental dans une démocratie et la garantie de son exercice est essentielle
pour cette même démocratie. Mais elle ne peut pas primer sur d’autres principes démocratiques fondamentaux. Nous
verrons plus loin, qu’à la lumière de la Révélation chrétienne, il est légitime de considérer les principes touchant à la
dignité humaine.
La liberté d’expression est donc encadrée par la loi, seule légitime pour le faire et ses abus sont sanctionnés par la
justice.
Vous connaissez bien entendu, les articles 11 et 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. L’un
affirme la libre communication des pensées et des opinions. Je le cite : « La libre communication des pensées et des
opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement,
sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. » L’article 14 nous permet de discerner
les abus de cette liberté : « la liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi l’exercice des
droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance
de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. » Ces principes, vous le comprenez,
conduisent à un équilibre délicat qui engage la responsabilité de chacun. En effet, comme l’affirme un juriste : « La
liberté de la presse ne saurait être considérée comme étant au sommet d’une soi-disant hiérarchie des principes
constitutionnels. Tous dotés de la même valeur, ils doivent cohabiter dans un souci d’équilibre des droits
fondamentaux. »
Ainsi pour les journalistes, l’exercice de cette liberté engage leur responsabilité vis-à-vis du public. Cette
responsabilité comporte des droits comme des devoirs.
Source : http://www.eglise.catholique.fr/sengager-dans-la-societe/eglise-medias/395299-la-liberte-dexpression-peutelle-avoir-des-limites-par-mgr-castet/

Document 6 : Christophe Deloire (RSF): «Les responsables religieux doivent reconnaître qu'on puisse rire de ce
qu’eux-mêmes considèrent comme sacré»
INTERVIEW Le directeur général de Reporters sans Frontières réclame un droit au blasphème et prépare une charte
pour inciter les responsables religieux à dire la primauté de la liberté d’expression sur la religion…

Comment protéger ce droit au blasphème, puisque le blasphème en tant que tel n’existe pas dans le droit
français? Reporters Sans Frontières propose une charte. Le directeur général de l’ONG l’a annoncé dimanche soir lors
de la soirée de soutien à Charlie Hebdo. Alors qu’il rassemble des personnalités pour la proposer «d’ici la fin de la
semaine», il explique la démarche à 20 Minutes.
Le blasphème n’existe pas dans la loi française. Qu'est-ce alors que réclamer le droit au blasphème?
Lorsque des fous furieux passent à l’acte, il y a évidemment une démarche individuelle, et c’est heureusement plus
que rarissime. Néanmoins aujourd'hui, dans un certain nombre de lieux de culte, est propagée une idéologie selon
laquelle la liberté d’expression doit être soumise au sacré. Cela fournit des arguments aux fous furieux. Ce sont aussi
des conceptions propagées par des Etats. Si on veut tout faire pour que ce qui s’est passé àCharlie Hebdo ne se
reproduise pas, il faut faire en sorte que ces discours ne soient plus tenus. La loi en France est satisfaisante, puisque
Charlie a remporté ses procédures. Mais le but est de demander aux responsables religieux, individuellement,
d’affirmer qu’ils considèrent que la liberté d’expression n’a pas de religion. Qu’ils reconnaissent comme
légitime qu’on puisse rire de ce qu’eux-mêmes considèrent comme sacré. Que des journalistes et dessinateurs puissent
travailler sans être limités par des règles.
(…)
En France, on a beaucoup débattu des limites de l’humour autour de l’affaire Dieudonné. Mais dans la presse,
qu’est-ce qui a changé ces dernières années, du point de vue de la liberté d’expression au sujet des religions?
De manière générale on constate qu'une forme d’autocensure s’est peu à peu instaurée. Du point de vue de l’humour
en général, des vieux sketchs de Desproges et des Inconnus passeraient mal aujourd’hui. Dans la presse, beaucoup de
citoyens trouvent que le pluralisme est trop restreint, qu’il faudrait élargir le champ du débat. En France, on est
obsédés par ce qui est bien ou mal de dire, plutôt que de regarder la réalité telle qu’elle est. Un journaliste peut très
vite être conspué s’il fait une enquête qui ne va pas dans le sens d’une morale qui a pris beaucoup de poids dans le
débat public. A droite comme à gauche.
Source : Annabelle Laurent,Christophe Deloire (RSF): «Les responsables religieux ...
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