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FONDÉE

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GAIDOZ

H.

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v-x^

1870-188S

^^^

PUBLIÉE SOUS LA DIRECTION DE

H.

V*0

D'ARBOIS DE JUBAINVILLE

Membre

de l'Institut, Professeur au Collège de France

AVEC LE CONCOURS DE
E.

ERNAULT

J.

Doyen de

LOTH

G.

la

ET DE PLUSIEURS SAVANTS DES ILES BRITANNiaUES ET

Alexandre

Smiunoi', secrétaire de

Année

1907.

DOTTIN

Professeur à l'Université
de Rennes

Faculté des
Lettres de Rennes

Professeur à l'Université
de Poitiers

DU CONTINENT

rédaction.

la

XXVIII

PARIS
LIBRAIRIE Honoré CHAMPION, ÉDITEUR
5

,

QUAI M A L A Q.U A

I

S

(

6

^

)

1907
louie demande d'abonnement doit être accompagnée de son montant en un chèque
0» mandat de poste au nom de M. Honoré Champion.

Tous droits réservés.

CHRONIQUE
DE

Dans une

NUMISMATIQUE CELTIQUE

localité

indéterminée du département de

la

Marne

entre Reims et Chàlons-sur-Marne, en novembre 1905, on a découvert un grand trésor de monnaies d'or gauloises dont j'a'
examiné environ 400 exemplaires chez divers changeurs de Paris '.
La trouvaille ne comprenait probablement que les deux sortes que
Statères attribués aux Morini (poids moyen, 6 gr. 50;
2° Statères globuleux,
marqués d'une croix,
semblables à ceux qu'on a déjà recueillis non loin de Reims ' (poids

j'ai

vues

:

i*^

700, 1000);

titre,

moyen,

7 gr. 30; titre, 685/1000).
autre lot de 14e pièces, provenant du même trésor, a été
étudié par M. Victor Tourneur, conservateur-adjoint au Cabinet des
médailles de Bruxelles, qui a exposé une hypothèse intéressante
au sujet des pièces globuleuses 5. Ces monnaies coulées négligemment sont d'or allié d'argent si inégalement que des analyses

Un

ont donné 650, 675, 700 et même 800 millièmes d'or.
a rappelé les provenances de pièces globuleuses que
j'avais indiquées et il a assimilé les statères du trésor recueilli
récemment à ceux qu'on a trouvés à Moinville, prés de Melun-t.
Mais il faut faire une distinction très importante pour la question
les statères recueillis près de Melun portent, à côté de la croisette,
un petit torques, très nettement dessiné 5. Ces pièces ne peuvent
donc être considérées comme appartenant à la même émission
répétées

M. Tourneur

:

1.

signalé cette trouvaille dans la Kcvin' numismatique, 1906, p. 76.
efforts je n'ai pu connaître exactement le lieu de la découverte.
Voy. mon Traité des monnaies gauloises, 1905, p. 476, 522 et 540;

J'ai

Malgré mes
2.

trésor de Sainte-Preuve (Aisne).
3. U)U' monnaie de nécessité des Bellovaques, dans la Galette numisnmtique
de Bruxelles, t. X, 1906, p. 83-93, i fig.
4. Voy. mon Traité des m. gaut., p. 591, n" 220.
5. M. Tourneur raisonne comme si une seule pièce de ce genre avait été
recueillie et émet un doute sur l'existence du symbole signalé. Mais plusieurs exemplaires ont été sûrement recueillis et je peux en signaler un

avec_ le torques très distinct (collection

du

D"" L.

Capitan).

A.

74

Hhuchcl.

le poids des statures globuleux (7 gr.
50) autorise à les rapprocher du poids des statures bellovaques ordinaires (7 gr. 20 à 7 gr. 80). Il rappelle que j'ai considéré comme contemporaines des campagnes de César les cachctf s
de statères des Morini. Or on a vu que des pièces de ce peuple
étaient associées aux statères globuleux dans le trésor de ReimsChàlons. M. Tourneur cite ensuite les passages de César où l'inimitié
des Bellovaci contre les Rémi est mise en évidence. On sait, enfin,

M. Tourneur pense que

à 7 gr.

que

Bellovaci

les

autres

peuples du

se

décidèrent à envoyer avec les Morini et les
un contingent de 2000 hommes, au

Nord

secours d'Alesia

M. Tourneur suppose donc que les statères globuleux, produits
d'une fabrication hâtive, trouvés en 1905, avec des statères des
Morini, sont des « monnaies de nécessité, coulées par les Bellovaci
« à l'occasion de l'expédition de secours vers Alesia et pour la
« guerre contre les Rémi ». Les Bellovaci les auraient semées depuis
Orléans jusqu'à Melun', en fuyant vers leur pays après la chute
d'Alesia. Enfin les dépôts, découverts dans le pays des Rémi, y
auraient été enfouis par les Bellovaci et les Morini, qui le dévastaient
lorsque les lésions de C. Fabius et de L. Minucius Basilus y arrivèrent
au secours des Rémi. On voit que l'hypothèse est ingénieuse. Mais
elle soulève des objections sérieuses.
D'abord les pièces recueillies près de Melun sont siàrement d'une
émission différente et d'une fabrication plus soignée. Ensuite, il
n'est pas admissible que les Bellovaci, revenant d'Alise, aient
passé par Orléans; leur route, naturelle et nécessaire, était la vallée
de là ils pouvaient
de la Seine jusqu'au pays des Tricasses
repasser sur le territoire des Rémi, leurs ennemis.
Dans quel but les
Enfin, l'objection principale est celle-ci
Bellovaci auraient-ils fait une émission monétaire au moment de
partir vers Alise ou chez les Rémi ? Les Gaulois ne payaient pas
pour lever les troupes et les équiper; chaque peuple avait ses
guerriers et la nation bellovaque était éminemment militaire. Les
Bellovaci ne pouvaient emporter dans leur expédition un numéraire
qu'aucun autre peuple n'eût accepté, car il était informe et plus
imparfait que ceux des peuples voisins. D'abord à cette époque,
on
les lois de la guerre étaient encore plus dures qu'aujourd'hui
ne payait pas, on prenait. Il est donc peu vraisemblable que les
Bellovaci aient promené leur trésor devant Alise- ou chez les
Rémi. Si Ton admettait que les monnaies globuleuses ont été
;

:

:

La phrase de M. Tourneur (« les pièces semées -de Cenabum
globuleux dont j'ai signalé
» ) fait allusion aux statères
dé-:ouverte à Orléans. Mais on en a trouvé aussi ailleurs.
1.

Melodunum
2.

On

à
la

n'a pas trouvé de statères globuleux dans les fouilles des retran-

chements d'Alise où plus d'un Bellovaque

a

dû succomber.

Chronique de

iiuiiihinatiqiic

ceJlique.

75

de supposer qu'elles
ont été coulées sur le territoire des Renii avec le produit du
pillages Enfin, remarquons que les statéres des Morini, recueillis
entre Reims et Chàlons-sur-Marne, présentent des différences assez
sensibles, qui indiquent des émissions successives. Et, parmi les
pièces globuleuses que j'ai pu examiner, un certain nombre
paraissaient avoir circulé. Il est donc peu probable que le trésor
de Reims-Châlons ait été enfoui très peu de temps après la fabricaenlises par les Bellovacr,

il

serait préférable

tion des pièces.
a réuni toutes les variétés de monnaies
de Criciru *, qui, comme on le sait, ont été
recueillies en grand nombre, dans Toppidum de Pommiers, qui
est peut-être le Noviodunum Suessionum +. L'auteur a indiqué un
certain nombre d'autres provenances; mais son relevé eût pu être
plus complet, s'il eût consulté simplement mon Traité. Pour les
pièces de bronze, les variétés sont nombreuses et les déformations
de types et de légende indiquent un monnayage assez prolongé.
La tête, coiffée d'un casque hémisphérique, est généralement
imberbe on connaît cependant des exemplaires, beaucoup plus
rares, où la tête porte une barbe en pointe. Le cheval ailé du
revers, avec l'aile, soit arrondie soit triangulaire, est toujours à
gauche. La légende est généralement CRICIRV; mais on a un
bon nombre de variétés donnant la forme CRICIRONIS ^•
M. Vauvillé dit que le revers de cette monnaie présente des variétés
plus nombreuses que le droit (ce qui ne me paraît nullement
prouvé) et donne de ce fait l'explication suivante
le coin fixe de
la tête aurait été
concave, car le droit des pièces est toujours
convexe. Il eût par suite été plus solide que le coin mobile et
II.

M.

portant

O. Vauvillé

le

nom

;

:

convexe du revers le résultat nécessaire aurait été un changement
plus fréquent du coin du revers. Je crois que la forme hypothétique
des coins de Criciru eût été peu pratique et qu'elle eût donné des
résultats contraires .à ceux que suppose M. Vauvillé. En eftet, la
;

1. Ce qui me paraît difficile, puisque les produits d'une autre émission
sont localisés près de Melun.
2. On serait d'ailleurs autorisé tout autant à dire que ce numéraire fut
fabriqué par les Rémi, dans cette période critique.
3. Rev. uumisuiatique, 1906, p. 117-131, 31 fig.
Vauvillé a publié un nouvel inventaire de monnaies gauloises et
4.
romaines, recueillies à Pommiers, dans un mémoire récent (Ueuceiutc de
Pommiers, Noviodunuiii des Siiessioiies, 1906, p. 35 a 43; extr. des Méiii. de
Iti Soc. des Antiq. de France).
5. M. Vauvillé a donné des transcriptions de légendes, qui, à première
vue, paraissent très différentes (no^ 11, 12 et 15). En réalité il s'agit simplement de légendes dont les lettres sont déformées. Le no 9 doit être mal

M

lu pour la 7e lettre, qui est probablement un O et non un D.
que Charles Robert faisait de Criciroiiis le génitif de Criciru.

On

sait

J.

76

BlcDichct.

bordure circulaire du coin concave n'aurait pas tardé à s'écraser,
car la pression eût été plus forte sur les bords qu'au centre où le
métal du flan avait plus de place pour s'étaler.
Les monnaies d'argent de Cricini portent un buste jeune ', avec le
cou paré d'un torques. Au revers, un cheval, non ailé, est accompagné d'un dauphin. La légende est CRICIRV et l'on rencontre
quelques déformations qui n'ont pas de valeur scientifique.
Enfin, la monnaie d'or porte une dégénérescence de la tête
laurée, à rapprocher de celle qui est empreinte sur les statères des
Rémi et des Nervii. Au revers, on voit un clieval accompagné
d'une fibule et de divers emblèmes (étoile, S couché, rouelle ou
annelets). La légende est CRICI a^^ droit ou CRICIRV au revers.
Des conclusions de M. Vauvillé, nous accepterons celle qui fait
de Criciru un personnage - suession. Le monnayage a probablement
duré pendant un temps assez prolongé; mais je ne saurais admettre,
avec -M. Vauvillé, que la preuve de ce fait soit tirée des effigies des
monnaies. Nous ne sommes pas autorisés à dire que ces monnaies
portent le portrait du chef Criciru. La question des portraits véritables sur les monnaies gauloises est loin d'être tranchée s. Il n'v
a d'ailleurs aucun rapport entre la tête casquée des monnaies de
bronze et la tête nue, parée du torques, que portent les monnaies
d'argent. Je verrai volontiers sur les monnaies de Criciru des types
imités de types romains
le Pégase est là pour nous faire penser
à d'autres emprunts du même genre +.
III. A propos d'un petit bronze d'Auguste au revers de l'aigle
éployé, dont les exemplaires seraient très communs à Alise, on a dit
récemment \° que cette monnaie a certainement été frappée en
Gaule, parce qu'elle a été plusieurs fois imitée
par les monnaveurs
2° que la frappe pourrait en être attribuée « à l'atelier
barbares »
« inconnu (peut-être Eduen) duquel sont sortis, non seulement
« les pièces au revers GER!VIAN»/S INDVTILLIL, mais aussi, sans
« doute, les petits bronzes d'Auguste au revers du taureau cornu"
pète » 5. Je crois bien que la solution de ces problèmes n'est pas
aussi facile que le ferait croire l'exposé rapide qu'on vient de lire.
J'ai déjà dit ailleurs quelques mots du bronze à l'aigle éplové,
dont on a trouvé six exemplaires à Sens, en 1897
et d'autres sur
:

:

<<

;

'',

1.

M. Vauvillé signale une

variété avec

une

tête

barbue, sans torques

(no 28).
2.

Je ne dis pas un « chef»,

3.

Voy.

que

ce

j'en ai dit

comme

dansmon

le fait M. Vauvillé.
Traité des m. i^aul., p. 153-157.

que M. Vauvillé ait omis de comparer le monde Roveca, localisé chez les Meldi. J'avais déjà
indiqué Futilité de cette comparaison (Traite, p. 364).
5. Seymour de Ricci, Bulletin des fouilles d'Alise, publié dans Pro Alesia,
4.

Il

est bien regrettable

nayage de Cricini avec

1906, no
6.

I,

Examen

dans Butl.

p.

celui

7.

des monnaies i^auloi^es

So'-.

archcol. de Sens.

t.

cl

romaines

XXI, 1905,

recueillies à
p.

247.

Sens, en i8^j,

Chronique de nuinismatique

celtique.

77

divers points de la Gaule. Cette monnaie à l'aigle a été copiée
comme ornement sur un vase d'Arezzo et d'autre part, la frappe
et le style en sont meilleurs que ceux des bronzes de Lugduinim,
'

puisque les deux côtés de la monnaie sont de bon travail. Il y a
donc des présomptions en faveur de la frappe de cette monnaie dans
de Rome.
Quant au bronze d'Auguste avec

l'atelier

je crois

le

aujourd'hui qu'il est sorti de

revers du taureau cornupéte,
de Lugduvum ^, qui

l'atelier

sûrement le grand atelier officiel, organisé en Gaule, sous le
régne d'Auguste. Il y a une différence notable entre les bronzes
d'Auguste au taureau, dont le style reste sensiblement égal, et les
bronzes de Germauus. dont je connais de nombreuses variétés.
Dans l'état actuel de la question, on ne saurait admettre que les
deux monnaies, d'aspect très différent, sont sorties du même
fut

atelier.

IV.

V a quelques mois,

Il

monnaie
cription

M.

Friedrich

Kenner

celtique qui présente un grand intérêt

'.

En

publiait

une

voici la des-

:

Buste imberbe à droite, avec une couronne
de laurier (?) ou une coiffure ornée d'un diadème.
Revers. ECRITVSIRIRECM- Buste analogue d'un dessin diffépoids, 11 gr. 96. Muséum Carolinorent. Diamètre, 26 mili.
Augusteum de Salzbourg.
Cette pièce a été trouvée, en juin 1904, sous une pierre, dans le
massif montagneux de la Tauern de Mallnitz ou Basse Tauern, à
environ 2400 mètres d'altitude, entre la région de Salzbourg et la
Carinthie. La monnaie appartient à cette série, localisée au sud des
Alpes entre Cilli et Udine, et qui comprend les pièces avec les
légendes Adnania, Neiuel et Atta. Les deux noms Gesaiorix et Ecrilusirus sont nouveaux dans cette série, et M. Wilhelm Kubitschek
vient de les étudier récemment *. Il pense que les deux légendes

GESATORIX-RE--

;

doivent être

réunies et

lues

ainsi

:

G{a^esalorix

re\x\

Ecritusiri

rapproche cette lecture des inscriptions
diverses monnaies gauloises, bretonnes et romaines, dont
légendes du droit et du revers doivent être réunies.

regÇis) JîlÇius),

et

de
les

1. Ce vase a s< rvi de modèle aux
potiers de Lezoux. Du fait que des
vases gallo-romains portent aussi la reproduction de la monnaie à l'aigle,
on ne saurait donc conclure que cette pièce a été frappée en Gaule.
2. Les raisons de cette opinion sont celles que j'ai données à propos de la
première mornaie de Liiodunuiii (Traité des m. Gauh, p. 429).
Kenner, KeJtische Miii!~e voiii Malhut:ier Tauern an der Gren:^e
3. Fr.
liulschen Sal:ihurcr und Kârnthcn, dans les MittheiJungen â. k. k. Zenlral

IV, Vienne, 1905, co!. 159-161, fig. 41.
Kôiiij^ Ecritusirus dans Jahresheften des osierreichischeii
anhïoloo-iscben Iiisfitiilcs. t. IX, 1906, p. 70-74, fig. 21.
koinuiission,
4.

W.

3^

s'^,

t.

Kubitschek,

A. Blanche l.

78

Le nom Gaesatorix est connu par des textes de Strabon et de
Polybe. Q.uant à Ecriltisims, c'est peut-être le même nom que celui
de Kritasiro'^, roi des Taurisci, qui avait été mis en déroute, avec
les Boïens, par Burebista, roi des Daces, à l'époque de César '. Les
noms celtiques dont la iinale est -sirus sont rares d'autre part le
E prosthétique est possible, de même que la chute de la même
lettre dans le texte grec. Hn tout cas, Crilo et Hcrito sont connus
par une marque de potier, des inscriptions de Narbonne et une
monnaie gauloise ÇEkrifo) '. Remarquons encore qu'on a les formes
Critognatus, Ecritogtialiis, pour le nom d'un Arverne cité par César.
Les monnaies du groupe auquel appartient la pièce décrite plus
haut sont contemporaines du fait histcMique rapporté par Strabon.
L'hypothèse de AL Kubitschck, que Gaesatorix serait le fils d'Ecritasiros, vaincu par Burebista, offre donc une part suffisante de
;

î

probabilité.

Adrien Blanchkt

p.

1.

Strabon, VIII,

2.

Vov.

mon

3,

11, et

Traite, p.

5, 2.

119

et

389.

On

connaît aussi Inccrilnrix {Ibid.,

383).'
3.

On

en a trouvé avec une monnaie romaine datée de 43. av J.-C.