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14 Marie Frangoise Lévy ident". Ainsiaffleurent le désir une relation conjugale plus <éqalitare etl remise en cause d'une existence nouée ~ fixe — par les matemités, Ces témoignages renvoient ainsi av débet sut la contraception ui court, en France, tout at long des années 1960 exploration dans ce chapitre des représentations di corps croise Phistore sociale et politique de Is vie privée, Du moias ‘vons-n0us tentéd'en esqusser quelques traits Notice: This material may be protected by copyright law (Tite 17 US. Code) No further transmission or electronic distribution ofthis material is permitted 10, Dominique Carden, Sais Lack, « Listnit aophoniqe i erty de lai, sh Sd. p29. [Aes Galle Mea Gp ots, 27.29 ene 18 | ft f Antoine de Baecque DES CORPS MODERNES : FILLES ET PETITES FILLES DELA NOUVELLE VAGUE Bx Dieu créa la ferme sort sur les Gerans le décembre 1956, Le film pore bien son nom car il prend owwerterent le publ téoin dela nassance d'une femme, Brigitte Bart, Cette apy rition donne au film une care commerciale inespérée et fait de Bardot une stat, Pourtant il eagit presque d'un flm amateur, la premiere réalisation d'un jeune homme de vingt-hut ans, Rog ‘Vadim, finanoé par un producteur flambeur et aventureux, Ruoul Lévy. Au moment oi la France cinématographigne pratique ‘ore I'éloge du travail bien fait, ob prime la « qualité», avec ses scénaros rods, ses acteurs confirms, ss cingess d'expérience, ses studios obligés, ce film touné en quelques semaines, en extérieurs, avec de jeunes acteurs peu connus, fait figure de jhénoméne marginal. L"ntéret du film s6side dons, surtout, dans Ia relation qui unt le metieuren scene & son attce. Roger Vadim 4 rencontré Brigitte Bardot en 1950, alors qu’ele avait quinze fans, ' épouaée trois années plus tard, et tente, depuis los, den faire une vedete, Scénarste, journalist, jeune homme la mode ‘ot aux relations nombreuses, il choisit les films oi sa femme 1A pops de Pingo de Brigit art dans soe 3 inna, on se ropottta sux. Itres e_ Jean Doucet, Nowele Vague, Patt HiantCinenatigue Page, 1998; Catetie Rial, Bile Bordo. Un invent, Pat, Ole Orton, 1986; Anite de Bugae, La Nowrle None, Prat de eae, Rss Pama, 136, 126 Antoine de Baocgue appara, Grit ses roles, décide de ses tenues, de ses sednes énudées. En 1955, Futures Vedettes de Mare Allégret, La Luniéred'en face de Georges Lacombe et Cette sacrée gamine de Michel Boisond, trois films ot Brigite Bardot ent Pun des res principaux, souvent assez déshabillés, provocuent un prem frsesemnent dana le grande prec La jeune fille de 1956 Sur cette lancée, Vadim congoit Juliet, "heroine de Bt Diew réa la femme, comme une incarnation de Ia jeanesse vivante et dgsirable, insouciante, comme un corps doté d'une liberté et «atiudes redicalement nouvelles. Pour cela, icherche, dans ce film, & se tenr toujours plus pds des gestes, des expressions, des cenvies et des désirs de son actrice, propasant une sorte de doct- ‘ment of la nature (lamer, la plage, es vétomerss (amples, tans- parents, owverts), atmosphere (fate, propice sax danses et aux Sorties) se conjuguent pour souligner la beauté diferente, inéite, ‘autre, de Brigitte Bardot. Vadim se définitlu-niéme comme un sothnologue de Ia jeune fille de 1956»: xLa jeune fille ‘ayjourd’hu, je Ia connaisenis bien, Je avait devinée et puis ‘exprimee, Je la Tess vivre et parler sur le papier. A ta fagon «un ethnologue, je reckerchais cependant le spécimen type. Il existat en effet Je ai trouvé un jour dété sur Is couverture d'un magazine. C’était Ie jeune fille d’aujourd"hul, Elle avait quinze fans et demi, un visoge oi la sensualité se marist Ia candeur Efe s’appelat Brigite Bardot. Elle fuisait de la danse et allt Féoole, Elle avait regu la meilleure éducation du monde, mais jirait comme un sapens. »* En décembre 1956 ~le film est alors un viitable suceés ~, Brigitte Bardot ost une jeune femme de vingt-Jeux ans faisant imuption dans un monde de vieux. C'est cette muption qui cho- ‘que, car elle est brusque, radisle. La société Frangaise ne s'y FLLBSETPETIESFLLESDELANOWVELLEVAGUE 127 attendait pas, et son cinéma est loin d'ére favorable & Ia jeunesse 1s'agit méme d'un cinéma antijenne dont les deux grands heros, bourru (Jean Gabin) et collet monté (Piewe Fresnay), dominent assez largement les apparitions top thtrales du « jeune » Gérard Philip Il faut done qu’éelate la bombe Bardot, en décembre 1986, pour qu’enfia, sur les éerans, évolue un corps vraiment ‘contemporain des jeunes spectateus qui le regardent. C'est cola ‘ui fascne et entrane le succes, y compris auprés des adultes, ‘ulrés mais atirés par ce pbénoméne. IL y a dans le dialogue de Et Dieu créa la ferme des phrases que seule Bardot pouvait dre et mettre en résonance avec la jeunesse de 'époque, des expressions ui conftrent au film Mémotion des commencements : « aime pas dire au revoir», «Je travaile & tre heureuse », ou encore “Quel cornichon ce lapin '»... A cette jeune ferame, Vadim a associé un slogan : « Le réve impossible des hommes mariés.» image de Bardot, dés lors, s'est affiemée :& la femme-enfant elle ajoue le desir, Ie provocation, ce qu’illustrentse8 sebne’ de nu, innocentes et ins osées, oumées dans Funures Vedertes, La Lumiere den face puis Ez Diew créa ta femme. Ce qu'elle rele, c'est une conduite dégagée des précepies smoraux de le société frangase d'aprés-guere tovehiant Ia facile, amour, la sexualité, La Juliet de Et Diew eréa la femme mine cette atitude un point jugé scandaleux par Ia grande majorié de Ja presse du moment. Marige a I'un des fréres Tardieu, elle congoit pourtant sa vie sentimentale et sexuelle suivant ure totale liberté. Ine agit pas de tromper Penni en trompent un mari, selon Ie vieux canevas bourgeois de la comédie boulevarditre, mals o'ffirmer sa personnalité& travers les regards et les desis ‘que les hommes projetent sur un corps offet,sensuel, souverai- nement libre. Bardot est une femme pour qui les mots << adulttre», «abandon du domicile», « idlité», « répuration », n'ont plus aucun sens, Ble n'a plus la notion du péché, Les réac™ tions offusquées sont innomibrables dan la grande presse. Simone Dubveaith, dans Libération, est Ia plus violente, méme si elle sent ln veritable portse du film : « Bt Dieu eréa la femme exploite impademment tout ce que Pindécence est en dtot de proposer uu Public sous le couvert de Ja décence-limite et dela jeunesse. Bai- ‘nade suggestive, vétements collés au corps, culsses ouverte, peau Tusant, cha-cha-cha exacerbé, chute des comps les uns aprés 18 Antoine de Baecque es autres its défaits, pied nus, soupirs, regards, fénési, soleil, Ihébétude, jusqu’a une nuit de noces consommée en plein mi ‘pendant Ie ropas familial desditesnoces ! Le produit oben est un Inybride assez malsain, Ce ramassis de bestialité jntellectuelle rectle pourtant une trowvaille, Une vraie.. Et cette trouvalle, est a mise au point du myth nalssant de BB. »? Alors que Ia critique de cinéma établie s'éoofte devant Et Dieu eréala femme, en appolant aux valeurs morale, aux bannes rmorurs et & 18 décence, un petit groupe de Journalistes considere Bardot comme une x6vélation, une sévolution, Ce groupe co rmence & défendre le film et Vactrice dans les colonnes o i sS'exprime, dans Ihebdomadaie culurel Arcs et dans Les Cahiers du cinéma, Lcruption de Bardot es importante également pour cela: elle marque une rupture en mobilisant les jeunes eritiques {qu constwveront le nayau de la Nouvelle Vague. Cate génération ‘est contemporaine de Brigite Bardot et reconnat en elle la pre- midre jeune héroine « de son temps > du cinéma franc "Frangois Truffaut a deux ans de plus que « BB », Claude Chabrol et Jean-Luc Godard quatre, Jacques Rivette cing. Les jeunes ‘Tures voient a secours de Brigite Bardot lorsqu’elle est attaquée ‘en décembre 1956, Car ils voiemt, en elle, un signe important de renouveau, une autre mani de concovoir Ia vie et Ie cinéma Pourtant, quelques mois plus tt, Frangois Truffaut n'avait pas ‘encore compris Pimportance de BB. Le jeune critique, comme la ‘plupart de ses contemporains, est alors sous 'emprise de Marilyn ‘Monroe : la beauté de la femme est sophistiquée, suggestive, polieée par lerigoureux code de censure hollywoadien qu'elle Tespecte et contourme on méme temps. Bt Trutaut admire chez Marilyn la viwosité dune eompostion qui semble aux antipodes ‘du corps libre et contemporain de la Tuliete de Ee Dieu eréa la femme. Truffaut est ainsi exttémement sévere dans Aris, en 1955, ‘a Tégerd des scenes de nu de La Lumizre d'en face: « Da film tout est dts je Te compare un conte grivos de Pais-Hollywod ; celle se déshabille devant sa fenéte, Ie Iumitre (den face) clue pr transparence sa chemise de nylon ; at it, ob ne la rejint pas 8. berate 1985 4, Amin de Buon 25 Cas du clada, Hise dane reve, A asd cinema: 1951-195, Pa, aos de Ei, 199. + L i PUSETFETTESHILUESDELANOUELE VACHE 129) ‘son mari malade, cle s‘agite, Le lendemain, elle se baigne, nv, ne sat pas qu'on Is voit ;comume elle grimpe dente la moto elle Imonize ses genous. Sur une chaise, pour eccrochs je ne sas quoi, ses jambes se laissent voir. On le droit de parler ici de pornographic ot de sinterroger sur la complicité indulgent de la commission de censure. »* Quelques mois plus tard, le méme critique est, au contraire, conquis par Bardot. Une mutation du sésir, ou une révélation, fit brusquement voir & comprendre le comps de BB. Ea si yeu Ge emps, la gure femfane de zererence ‘est passée de Marilyn & Bardot. Dans cet éeat se tient une pat dt imystére de avenement d'un corps féminin moderne et de ['éclaion soudaine dela Nouvelle Vague. Brigite Bardot a ainsi é « adoptée > par les futurs cinéetes de la Nouvelle Vague, les Jeunes Tues d'drts et des Cahiers. Ts voient en elle le monde : le néeldésertant de plu en plus les films es studios paisiens. Alors qu'elle est prise & pare par a presse, ‘au nom d'une morale et d'une esthetique de Ta « eone premitre» ttaditionnetle qu'elle met en péil parle scandale de sa madi, de sa voik et de ses gestes, ils cherohent &la fence, Truffaut éerit, Par exemple, dans Ars, qu’lla vu sur Igoran un sors de femme ‘son traps, qu'il a To, pour la premitre fois, I journal itime des gestes et des désirs d'une Francaise de 1956: « Pour ma part apr’s avoir vu trois mille films en dix ans, ene puis plus supporter es sebnes d'amour mieves et mensongétes du cinéma hollywoodien, crasseuses, grivoises et non moins teuguées des films frangeis, C'est pourquoi je remercie Vadim davai dri sa Jeune femme en Tui fasantroaire, devant Mobjocif, les gestes de ‘ous les jours, gestes anodins comme jouer avec sa sandale ou ‘moins anodns comme faire amour en plein jw, eh oti !, mais tout aussi réels, Au lieu miter les autes Films, Vadim a vouls ublier le cinéma pour “copier la vie", Mintinité vraie, et, & exception de deux ou tois fins de seénes un pet complaisantes, il patfaitement ateint son but.»* Soutenant Er Dieu eréa la {fenme comme un « film documentaire» sur une femme, sir « une ‘emme de [58] pénération», Truffaut considere déormeis Brgite ‘Bardot a1'égal de James Dean une présence naturelle qui rend la 5. Ae 21 mc 1956 6 avn 5 dene 186, 130 Antoine de Baeoque plupart des autres personnages irlistes. Ainsi, de méme que James Dean ~ dans esprit des jeunes Tures ~condamnait Gérard Philipe a ln grimace de I'ateur dhftral, BB relegue par ses ap- paritions « Edwige Feuille, Frangoise Rosay, Gaby Morlsy, Betsy Blair t tous les premiers prix interprétation du monde » av rang de « mannequins viellots » La découverte conjainte de Vadim et Bardot as primoriate dens I'epit des Jeunes Tures. I ne faut pas voir tune influence Aineee et litle, mils putt ue prise de conscience: la vision 4'un corps modeme, l'écoute de la diction anticonformiste de ‘Bardot, Ia présence dela nature pendant plus de la moité film font r6¥elé un cinéma que la qualité frangaise cachait sous adaptation en costumes, 1s psychologie, Ie « 200» jeu, Tes ‘belles » lumiéres on les pseudo-fllms & thdsts. Plus qu’un ‘auteur », Vadim apparait comme un phésoméne, un r6vélateur 4e crise: Ini seul filme une femme de 1956, alot que les autres filment vingt ans en ariée. Jean-Lue Godard reconnalt le ca- sactere déisif du phénomene : « Roger Vadim est “dans le coup”, (Crest entendu, Ses confreres, pour la plupart, toument encore =. Cestentendy aussi, Masi faut néanmoins udmirer Vadim de ce qu'il fait enfin avec naturel ce qui devrait éxe depuis long temps I"ABC du cinéma franjsis. Quoi de plus naurel, en vite ‘que de resprer Pair du temps ? Ainsi inutile de “Aiciter Vadim ‘ere en avance car il se trouve seulement gue, sitous les autres sont en retard, Ii, en revanche, est 4 "heute just.» Bue « A Thoure juste», c'est filmer le Paris de 1957 en 1957. Quelgues mois plus tard, les jeunes critiques descendront des ccamérasIégbres dans la rue, les monteront dans d'étrotsescaliers ‘our filmer de vrais appartements,oublieront Te lourd matérie sonore pour prtiguer en urgence une postsynchronisaton Iégere ‘et Geonomique. Ce réaisme, hautement revendiqué par la Now- velle Vague, s'apparente & une révolution technique ~ au sens <'un retour vers un cinéma plus prmitif~, mais aéte conceptue= lement préparé par la révélation de Ei Dieu erée la femme. Ce corps de femme a déerédibilise, d'un coup, tout un pas du cinéma es années 1950. C'est au nom de ce réalisme desattitudes et des “tas Cah cin, jails 1957 | [ i : i i { t [MUBSErrenTesrLesDeLANOUVELE VAGUE 131 manitres que Jean-Luc Godard pea s'exclamer dans les coloanes «ars, en avil 1959, renant violemment a partic les anciens ‘inases de la qualité frangaie:« Vos mouvements apparels Sont Isis parce que vos sujet sont mauvai, vos acteurs jvent sl pace que vos dialogues sont ul, en un mot, vous pe savez us fire de cinéma parce que vous He saver pls ce que c'est {.-1 Nous ne pouvons pas vous pardonner de n'avoi jamais ie es files comme nous les simons, des gargons cone nous Is ‘lsons tous les urs, ds parents comme nos les meprisons ot les admirons, des enfants comme ils nous étomnent ou nous Inssent indents, bref es choses elles q’elles som >* Les petites filles de la Nouvelle Vague, ou les « choses telles qu’elles sont Ces « choses telles qu'elle sont», le cinéma de fa Nowvelle ‘Vague tente de les accaparer en filmant de nouveaux corps de femmes. Car ce que Brigitte Bardot rend visible n'est pas seule- ‘ment un corps troublant et libre, une morale affranchie des ‘conventions, c'est ausi une jeunesse, une nouvelle génération de femmes. En « voyant » Brigitte Bardot mieux que quicongue, Ia Nouvelle Vague s'est placée dans les conditions exthtigues et sociologiques de filmer les jeunes femmes au présent. La Now velle Vague fut le premier mouvement de cinéma & svoir ainsi stlisé, av présent, dans limmédiateré de son histoire, et aussi massiverent, le monde dans Tequel vivaient ses conteraporuas Bile leur a proposé un univers mis en forme, avec ses nites, sos estes, ses mols, ses atitudes et ses apparences, et cet univers ait celui dans leque! les spectateus évoluaient au quatidien. Du ‘qootdien dans ls films, mais du quotdienretravallé par un syle {rds personnel. Le cinéma tendait un miroir & la soci, i éait , « C’tait dd tonnerre » ~ fondus dans une langue od. altement eyrisme, ‘sSduction et romantisme. Mais ces mots sont plus lourds de sens que les liewx vistés, évoques ~ les dicothbques & la mode, « Le club de I'Etoite », « Chez Régine », «L"Epi-club »— ne Ie onnent & penser: tne morale désenchantée et une detressesilen- ciewse baignent ces films od la mort ext souvent présente, bral, ‘comme un brusque retour au réel, comme l'état dame mélaa- clique de ses és et de son public. « On nous montre a 'éeran tun miliew tres particulier qui a son propre langage, ses rites, sa fagon de penser et ses maniares ¢' te, note ainsi Libération & propos de L'Eau a Ja bouche. Un moose od Von admet ni ‘Qui & contition d'avoir des lettzes ce eréance, c'est-adire de argent liquide, une voiture grand sport deux ou trois filles, quelques 45 tours judicieusement choisis et un métier décent Photographe, scéatriste, joumndlists, cinéaste... Un monde Darfaitement décadent od il ya de Meeveyable, du Des Esseintes et du Mylord I Arsoille cortigé par une attitude politique qui se situe 8s 2 gauche mais toujours avec un certain sourite. Un monde qui été produit et engendt6 par la bourgeoisie d'argent 10. Aras 2 ae 1961 UESETPENTESILESDELANOWVELE VAGUE 135 ‘ier et aristocratic décavée d'avant-hier. La Nowvelle Vague nest plus ici illustration dua monde nouveau, mais labou- tissement, Te dernier maillon, dune dégénérescence : elle cnregste, aide de leurs enfants, comment a soci des pres stest peri.» ‘La Nowelle Vague donne ici un autre Ole 855 «fills, au sens quasi trivial, vulgare, commercial du terme : cette femme- comps est une des premires manifestations, non pes ftichisée tm den los il hollywoodiens clariques, mie aecunée ot alfirmée aver provocation, de ia femme-obet. C'est dre qu'elle {niervieotessentellement comme un moyen de esitique d'une soci qui fait alors de plus en plus efficacemet le commerce des objets a socité de consommation qui s'affime au tournant dds années 1960, Ce sont ailleurs pafos Tes mémes files dela Nouvelle Vague, Anna Karina, Bernadette Lafont, Frangoise Dorléac, qui ineament, quasi simulanément, la femme-document tla femme-objet. Car contrairement a ce au’sfirmait 'époque la sociologue Evelyne Sullerot, le mole de Ia « prosiuge » n'a pas dispara du cinéma frangais & 'époque de la Nouvelle ‘Vague, sons plu qu'il s'est actuals, quitnt es rivages dela tradition de fa prostiuée a grand eaur de Iancien cinéma, pour sboede fontalement ceux du commerce des corps, del cirula tion eapitalistique des objets: es fommes-objets de la Nouvelle ‘Vague se vendent pour de l'arget et la transaction financiére est designe comme tele, sans fase padeur, mime stylisée lorsque Jean-Luc Godard montze, dans Vivre sa vie, des fragments da corps d' Anna KarinaNana, déooupés par les angles des plans, changés contre des sommes de billets précises et convenues. ‘Avec ces films, Ia femme-objetdevient une eiiqueincarée dela socité des presen voie de dégénérescence (le corps libertin du ‘marivaudage amoureux) et de ln société de consommation en. cours d'élaboration (le corps monic change). ‘Montrer es filles comme tes « choses tlles qu’elles sont», est enfin ~oisiéme modele féminin dans les films de la "Nouvelle Vague — comprendre comment les jeunes gens peuvent se truer déroutés par Mélatement des lien traditionnels,com- 1. rao, 26 aver 940. 12 Prace- Ober, 1Bocoe 196, 136 Antoine de Baecque ‘ment is ont du mal & donser sens un monde qui évolue, qui se fragmente, comment ils sont isolés face a In diffieulé de com- ‘muniquer avec leurs semblabes. De cel, le spectateur peut faire Vrexpétience devant certains films de la Nouvelle Vegue dont le style rend compte d'une forme de pert, de déroute, de fragmen- {ation des corps. Pensons 3 Mutlisation du montage chez Godard cua Vépreave de I reménoration chez Resnais, qui apparissent comme deux des voies priviléiées de la modeenité au cinéma. La Nouvelle Vague a fait cete expérionce su le spectateur de la fin ‘des années 1950, parfois a ses dépens: elle I'a libéré de la maniére classique de raconter des hisoies, elle a nine fae 2 Ja fiction. Pensons & Hiroshima mon amour d’Alain Resnais. Le rit fragmenté, fonctionnant par éminiscences successives, le collage des plans, par correspondances poéiqus, In presence des