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Interview de Jean-Claude Kaufmann à propos de

son livre Sex@amour
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Même si on est passé par l’étape de la photo et/ou de la webcam. Le premier. Cette phase. Le virtuel et la distance permettent aux plus timides de s’enhardir. C’est donc la suite qui va poser problème… TF : La rencontre et le passage à la réalité ? J. il y a un énorme confort psychologique. K.-C. Sexe et engagement TF : Pourquoi l’engagement nous fait-il si peur ? . On plonge rapidement dans l’intimité de l’autre car la virtualité invite à se livrer plus rapidement et plus intensément. pourtant on était allés très loin. celui de la prise de contact. rendue banale. le sociologue Jean-Claude Kaufmann s’est penché sur les bouleversements initiés par cet outil virtuel redoutable. : Oui car on remet les compteurs à zéro. La rencontre fait tout drôle. et à tout un chacun de se désinhiber car derrière. la réalité peut tout bouleverser en un instant. La rencontre est un retournement et un risque de devoir s’engager. en particulier chez les femmes. c’est l’image qui joue.Internet m’a prise dans ses filets… L’explosion de « la Toile » marque l’avènement de relations amoureuses d’un nouveau genre. Le changement principal s’incarne dans une séparation de la rencontre en deux temps.0 Terrafemina : En quoi Internet change-t-il les règles du jeu de la relation amoureuse ? Jean-Claude Kaufmann : Internet n’efface pas tout. On peut « débrancher » quand on veut ! Les relations commencent vite et vont très loin. permet le jeu. avec un sentiment d’attirance ou bien au contraire de rejet. de ne plus pouvoir se retirer aussi facilement de la relation. Il ajoute un nouveau monde de relations. Interview. La relation 2. Dans « Sex@mour ». Brutalement. tend à se banaliser et pas seulement sur les sites de rencontre mais également sur les réseaux sociaux et les blogs.

on ne sait plus quels sont les repères. beaucoup de grandes histoires d’amour commencent par une petite histoire.-C. on se met beaucoup moins la pression. bien loin de la scène romantique du coup de foudre au premier regard. on a besoin de se rassurer et de trouver des références car il n’y a plus de norme à proprement parler. Aujourd’hui. Or. « Est- ce que je souhaite m’engager ? Avec qui ? Que dois-je faire ? Est-ce moral ?. Voici la phrase que l’on retrouve souvent sur les forums à ce sujet. ce «sexamour» fait de petites attentions mais dans lequel on ne s’engage pas réellement. on se moque de correspondre ou non aux critères de l’autre. . Maintenant c’est totalement l’inverse ! Internet etc… TF : Internet permet-il de s’engager dans une relation sérieuse ? J. les deux sexes recherchent la rencontre « pour le fun ». il existe entre sexe et amour. Alors. il faut savoir se lâcher. Donc ce n’est pas « du sexe pour du sexe » ! Aujourd’hui. La question qui se pose actuellement c’est de savoir si la sexualité ne pourrait pas être un loisir comme un autre. Or pour que naisse une histoire.. On est donc plus authentique et on s’abandonne beaucoup plus facilement. : De plus en plus.. Aujourd’hui. On assiste à une véritable inversion historique. on commençait une relation par le sentiment.-C. : « Il n’y a pas de mal à se faire du bien ». puis on se donnait de passer aux relations sexuelles avec le temps. K. pour que ça marche. Cette société de la liberté de choix généralisée où l’individu peut construire sa vie et faire ses propres choix dans tous les domaines. les femmes ont devant elles un espace de choix plus large d’où un questionnement sur soi et sur l’avenir. et même si l’envie d’une histoire d’amour continue à être au centre des désirs chez la femme. sont les questions que se posent beaucoup de femmes. K. K.-C. Autrefois. TF : Où en est-on avec « le sexe pour le sexe » ? J. : Depuis le tournant des années 60.J. on ne peut séparer la sexualité de l’affection et du sentiment. pas seulement dans sa vie amoureuse. pour un soir.

TF : Internet est à la fois un sujet d’étude mais également un sujet pour le sociologue ? Est-il fiable ? J. qui est la personne qui parle. et encore je suis resté observateur. On ne peut pas utiliser des témoignages sans savoir d’où ils viennent. : L’univers d’internet est nouveau pour le sociologue. même s’il est vrai que certains se mettent en scène et font preuve de dérision. Les internautes se croient protégés par leur pseudo. Ce plaisir de se raconter n’est pas narcissique mais irrésistible. On oublie l’immensité de la toile. K. C’est un océan gigantesque de profils et d’informations. la profondeur de la mémoire numérique et tous les liens qu’internet peut avoir avec la vie réelle. et qu’ils créent leur petit monde à eux. une certaine confiance qui s’installe.-C. connaître son histoire… Sex@mour est le fruit d’une enquête de 18 mois.com/vie-privee/sexo/articles/790-sexmour--la-carte-du-tendre- sur-la-toile. et se livrent alors avec une sincérité déconcertante. : Les gens se déclarent inquiets quant à l’utilisation de leurs données personnelles mais dès qu’ils rentrent dans une logique de profil. K. Le problème de l’enquête sur l’internet vient de la source de l’information. TF : N’y-a-t-il pas des risques à se livrer aussi facilement sur la toile ? J. C’est une manière d’exister autrement ! Sources : http://www. je n’ai créé aucun profil.html .-C. On débusque très vite ces derniers.terrafemina. de blog.