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L’avènement de la modernitéLa commune

médiévale chez Max Weber et Émile Durkheim

Florence Hulak
Université Paris 8 (LabTop-CreSPpa) – EHESS (LIER-IMM)

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La sociologie s’est formée en se démarquant du récit historique, auquel elle
entendait substituer une science du social. Cette opposition s’est rigidifiée en
France lors de la controverse ayant opposé sociologues et historiens au début
du XXe siècle. Elle occulte toutefois l’ancrage de la sociologie dans un problème
proprement historique, qui est aussi philosophique et politique. La sociologie
naît en effet d’un monde marqué par la Révolution française, qui semble avoir
brisé l’unité organique du corps politique pour ne laisser subsister que des
individus séparés. Elle entend élucider la nature de cette individualisation en
la rapportant à un type nouveau de société. Or, pour y parvenir, elle ne peut
éviter de s’interroger sur l’histoire de cette individualisation. De la Révolution
française, événement politique qui ne saurait être à lui-même sa propre
origine, le regard se détourne alors vers la révolution sociale qui sépare le
Moyen Âge de l’époque moderne. Toutefois, la compréhension sociologique de
cette révolution ne rejoint pas celle de la science historique, car la sociologie
rejette la quête historienne des origines, qui confond à ses yeux cause et
commencement, tout comme l’identification de sujets de l’histoire. Comment
le passage historique du monde ancien au monde moderne peut-il être pensé
sur un mode sociologique ?
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Cet article montre que la réponse apportée à cette question par les deux grands
fondateurs de la sociologie, Max Weber et Émile Durkheim, prend la forme
d’une réflexion sur la commune médiévale. Ce rôle nodal accordé à la ville
médiévale contraste avec celui que Ferdinand Tönnies et Georg Simmel
assignent à la grande ville [1] : alors que le concept de grande ville
ne fonctionne que dans le cadre d’une opposition formelle entre communauté
ancienne et société moderne, celui de ville médiévale vise au contraire à rendre
pensable le passage de l’un à l’autre. L’opposition se trouve dès lors vidée de sa
substance, car l’histoire de la commune permet de penser ce que les individus

modernes ont en « commun », quand bien même ils ne font pas ou plus partie
d’une « communauté ». Le traitement accordé aux villes européennes des Xİe-
Xİİİe siècles engage ainsi la définition du monde moderne et de la sociologie qui
en est la science.
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Durkheim et Weber adoptent cependant deux modèles antagonistes
d’explication de la formation des communes, qui traduisent leurs conceptions
divergentes de la société moderne. Le modèle durkheimien de l’origine
corporative des communes doit donc être confronté à celui de Weber, mais
aussi de Marc Bloch, qui situent l’origine des communes dans les serments
bourgeois. Une telle comparaison des œuvres de Durkheim et de Weber n’est
pas sans écueil, étant donnés les questionnements fort différents dont elles
émanent. Si le cadre général de cette réflexion sur le type de réalité commune
dont relèvent les individus modernes est d’esprit durkheimien, le centrage de
l’analyse sur la formation révolutionnaire des communes est de son côté
d’inspiration wébérienne. L’œuvre de Marc Bloch donne à voir un croisement
possible entre ces deux perspectives, dans la mesure où, formée par la
sociologie durkheimienne, elle propose une interprétation de la genèse des
communes à bien des égards analogue à celle de Weber.

Une « nouveauté objectivement
révolutionnaire »

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L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme a longtemps été lu comme la
théorie wébérienne de la modernité, inversant la perspective économique de
Marx par une perspective culturaliste faisant de la religion puritaine le moteur
du développement capitaliste. La redécouverte du texte consacré à La ville [2] a
conduit à amender cette analyse : Weber y dégagerait les conditions juridiques,
politiques et économiques nécessaires à l’apparition de l’État moderne comme
du capitalisme, en amont de ses causes culturelles et religieuses. Cette lecture
ne suffit toutefois pas à rendre compte d’un élément fondamental de la
démonstration de Weber : la ville médiévale ne se distingue ni par son
caractère de centre économique, ni par sa relative autonomie militaire,
judiciaire ou administrative. L’étude comparative permet en effet de montrer

au sein d’autres types de villes. S’il rejette la première par des arguments historiques. La « nouveauté objectivement révolutionnaire [5] » de la commune médiévale réside alors dans l’usurpation qu’elle opère du droit féodal. là où un serment a effectivement été prêté. Elle partage toutefois ce statut de commune avec la ville antique. 5 Le concept de commune médiévale ou de conjuration analysé par Weber est un idéaltype. de tels serments ni le statut corrélatif de bourgeois/citoyen (Bürger) [4] . les deux types de cas sont strictement distincts. Weber distingue les « genèses » originaires. là où l’autonomie de la commune a été octroyée [7] . et non des familles ou des clans comme dans la cité antique. libérés de leurs attaches anciennes. qui octroie à ceux qui le prêtent le statut de bourgeois [3] . ils le sont beaucoup moins du point de vue d’une sociologie historique. qui n’a été parfaitement réalisé par aucune ville [6] . en soulignant que les guildes sont nées au sein des communes urbaines et n’y ont jamais été la seule forme d’association professionnelle existante. c’est la puissance sociale des futurs bourgeois qui a conduit les pouvoirs extérieurs à anticiper sur la possible formation d’une conjuration. Dans le second cas. que celle de la « loi domaniale [9] » qui l’établit dans des groupements d’artisans constitués par les seigneurs féodaux. Cette approche sociologique de l’histoire permet de concevoir le serment comme l’origine de la commune quand bien même il n’aurait pas eu lieu. Il n’a jamais existé. il oppose à la seconde un argument . des genèses « dérivées ». du point de vue d’une histoire institutionnelle. Si. mais de la concordance qu’il opère entre l’acte juridique effectif de fondation de la commune et la réalité sociale qu’il exprime. hors de l’Europe. 6 Cette reconstruction sociologique de l’histoire des communes permet à Weber de prendre position dans les débats historiens de son temps : il critique tant la « théorie des guildes [8] ». séparément. qui situe l’origine des communes dans les guildes de commerçants. Weber choisit de considérer le premier cas comme plus « originaire » non pas en raison de son ancienneté. Elle peut ainsi unir des individus. La ville médiévale a pour caractéristique d’être issue d’une fraternisation par serment (Eidverbrüderung).que ces dimensions se retrouvent toutes.

nécessaire au développement de l’État moderne comme du capitalisme. 9 Ce nouveau genre de liberté met en effet en cause les fondements du droit sur lequel repose le pouvoir féodal. là où les communes n’appartiennent qu’à la seule histoire européenne [10] . la liberté formelle. ce n’est pas leur force politique qui intéresse en premier lieu Weber. Quand bien même cette maxime n’était pas toujours appliquée. 7 Toutefois. si la genèse de la ville s’explique sociologiquement par la conjuratio. qui restent en partie féodales. là où les communes du Nord étaient dès leur fondation des associations d’individus [14] . La ville du Nord fonctionne ainsi comme principe de dissolution des anciens liens sociaux. que dans le type d’institution qu’elle rend à terme possible : elle donne sens à une nouvelle idée de liberté. précise Weber. 8 C’est dans les villes du Nord que s’est répandue la maxime « l’air de la ville rend libre[15] » : elle traduit l’idée juridique qu’il suffit à un serf de vivre plus d’un an en ville pour que son seigneur perde tout droit sur lui. elles ne sauraient en être pensées comme l’origine. mais les a aussi moins directement coupées du monde ancien : elles furent d’abord des fraternisations entre des clans familiaux (Sippen). car on trouve de telles associations partout dans le monde. les villes du Sud restant finalement plus proche du type antique. mais leur rôle dans la formation du capitalisme et de l’État moderne. Cette présence de la noblesse a donné aux villes italiennes une force armée.comparatif : quoique les associations professionnelles aient le plus souvent précédé les conjurations. L’appartenance à la commune est certes . pourquoi Weber affirme-t-il que c’est au Nord des Alpes que la ville médiévale s’est développée sous sa forme idéaltypique [11] . Or ce qui fait la puissance politique des communes du Sud est précisément ce qui les éloigne du monde moderne : les nobles résidaient en général à l’extérieur des villes du Nord de l’Europe et à l’intérieur des villes du Sud [13] . La ville médiévale innove donc moins dans ses institutions mêmes. alors même que l’Italie est « le pays natal des conjurations [12] » ? Bien que les groupements politiques issus des conjurations aient été plus puissants et nombreux en Italie. elle « n’en correspondait pas moins au sentiment du droit qu’inspiraient [les communes] [16] ».

officiellement un statut. La fraternisation communale. que seule l’éthique puritaine portera à sa plus parfaite expression : il se définit par sa profession et met toute son énergie au service de cette dernière. que les bourgeois ont « usurpés [17] » aux seigneurs féodaux. fait unique dans l’histoire des religions selon Weber. Mais s’il s’agit officiellement d’un droit subjectif et statutaire. dépend pourtant d’un héritage chrétien : elle a pour modèle le repas d’Antioche pris par saint Pierre avec les non-circoncis en ce qu’il accomplit. auquel correspondent des privilèges. la commune invente le mode d’administration des populations et de légitimité du pouvoir qui sera propre à l’État moderne [19] . Lieu de l’essor du marché. comme le sont tous les droits féodaux. Si l’on refusa aux nobles siégeant dans les conseils communaux l’égalité avec la noblesse rurale [20] . l’analyse de La ville complétant celle de L’éthique protestante sans s’y substituer). 11 Cette conscience du rôle de la commune dans la mise en place des conditions de la modernité amène Weber à soutenir que. Les communes donnent naissance à un nouveau type d’homme. même si les paroisses jouaient toujours un rôle important lors des fondations des communes. la ville tendant à être organisée et gérée comme une communauté territoriale [18] . la raison n’en tenait pas à leur intérêt pour le gain mais à « la forme “bourgeoise” de l’activité économique : le travail systématique en vue du gain [21] ». elle est aussi celui d’une nouvelle conduite de vie. il prend déjà implicitement la forme d’un droit objectif. symbolisée par la communauté de table. la destruction des barrières magiques entre les clans ou . ce qui suppose l’enclenchement d’un processus de rationalisation de l’activité. c’est aussi un nouveau principe de justification du pouvoir qui émerge : il ne dépend plus de l’autorité traditionnelle des clans ou des seigneurs. qui étaient aussi des groupements cultuels. En imposant progressivement le principe institutionnel (Anstaltsprinzip) contre celui de la personnalité du droit. 10 La commune est également étrangère à la féodalité en tant qu’elle rend possible une nouvelle société capitaliste (même s’il va de soi qu’elle n’y suffit pas. il n’en s’agissait pas moins d’une fondation essentiellement « temporelle » (weltlich) [22] . Avec ce nouveau type de droit.

Elle ne suffit bien sûr pas à enclencher la . en se séparant du monde. et il n’est pas interdit de penser que le calvinisme pourra y puiser en faisant du métier. féodal ou clanique.familles (Sippen) [23] . qui n’est pas purement politique et économique. 12 Il s’agit néanmoins d’une fondation temporelle. économique et politique qu’est la commune et non par son statut rituel. Pour cette raison. la commune ne fait pas partie de ce monde moderne dont elle pose les premières conditions de possibilité : elle reste un « intermède [27] » dans une histoire résolument discontinue. en ce qu’elle conduit à définir l’individu par son appartenance à l’association juridique. 14 Cependant. les monastères y constituent le véritable « corps étranger [25] ». d’accepter les conséquences radicales du repas d’Antioche. car seuls ceux que la communion chrétienne unit déjà (Abendmahlsgemeinschaft) peuvent être associés en son sein [24] . sa vocation. Le Bürger préfigure l’individu moderne en tant qu’il se définit exclusivement par sa libre appartenance à un groupement politique et bientôt administratif – la commune – et à un groupement professionnel – la corporation. Cette libération de l’individu n’est cependant que l’envers d’un nouveau mode d’appartenance. Si la fraternisation communale demande une appartenance religieuse. cantonnés au statut de peuple invité au sein de la ville. Alors même qu’elle inclut des individus d’origines géographiques. statutaires et claniques différentes. qui définit désormais essentiellement le bourgeois. la commune accomplit une étape fondamentale dans le processus d’individuation. L’association d’individus issus de clans différents par un serment de fraternisation dépend du modèle de la communion chrétienne. la commune exclut les juifs. alors que les institutions seigneuriales sont souvent assez bien intégrées par la commune qui parvient à les transformer. La commune est pourtant dans une large mesure parvenue à les placer sous tutelle [26] . 13 Ainsi. La source de l’étrangeté du monastère réside donc plus fondamentalement dans son statut même d’institution spirituelle qui refuse. il s’agit toutefois d’une forme strictement temporelle. Cette insularité est d’abord économique : les monastères échappent à l’impôt et prélèvent des taxes. en créant des Bürger – bourgeois et citoyens – dégagés de leurs appartenances traditionnelles.

La réalité est plus complexe. Mais. comme un corps étranger [34] ». profondément étranger à l’esprit qu’il est permis de dire féodal [32] ». paysans et nobles [33] . La commune est certes déjà un groupement (Verband) [28] politique administrant un territoire. Elle n’en est pas moins fondée sur une association (Verein) première. faisant coexister éléments nouveaux et anciens. n’étant pas encore animée par le souffle protestant. rendant à terme possible le type de pouvoir qui sera celui de l’institution (Anstalt) étatique. L’œuvre de Marc Bloch peut ici utilement éclairer celle de Weber. « Le site d’une humanité particulière » 16 Dans son histoire de La société féodale. Il s’agit là. juge-t-il. il faut à la fois restituer son rôle central pour la société féodale et la subversion que représente le serment bourgeois par rapport à sa forme féodale. l’État ne la prolonge qu’en signant son arrêt de mort. Elles sont aussi l’étude d’un mouvement de démocratisation partielle du pouvoir [30] . On ne saurait néanmoins confondre cet « esprit » avec de nouvelles institutions : Bloch ne conteste pas la pleine appartenance de la commune au monde statutaire féodal. comme les liens qui pouvaient unir bourgeois. il ne s’agit précisément que d’un « rêve ». qui est la source de sa relative autonomie (elle se donne son propre règlement) et autocéphalie (elle se donne ses propres dirigeants) [29] . Bloch présente les communes médiévales comme porteuses d’un « ferment proprement révolutionnaire [31] ».dynamique moderne du capitalisme. Si la ville que le bourgeois « rêve de construire sera. pour cet . 15 Un point essentiel mérite toutefois encore d’être éclairci : comment le serment peut-il être investi d’une telle puissance révolutionnaire ? Pour le comprendre. d’une révolution sociale et non simplement politique ou économique : les communes ont apporté à l’Europe « un élément de vie sociale nouveau. auquel mettra un terme l’émergence de l’État moderne. Les longues analyses que consacre Weber à l’appropriation du pouvoir par le popolo dans les villes italiennes ne se laissent pas réduire à une généalogie du pouvoir étatique. dans la société féodale. plus encore. Mais ce qui importe.

Elle renvoie à un certain type de rapports sociaux. est précisément qu’un nouvel idéal ait émergé. ou comme non libre. Pour prendre la mesure de son caractère révolutionnaire. il faut revenir à la définition blochienne de la féodalité [36] . c’est- à-dire au serment vertical et hiérarchique qui structure les pratiques et les représentations féodales. c’est-à-dire comme un vassal. parce qu’elle rend possible un nouveau type d’existence : le passage du serment vertical au serment horizontal réagit sur toutes les dimensions de la vie humaine. dont l’ancêtre est censé avoir prêté hommage. imposant à terme une transformation générale de la société. Bloch en déduit qu’« un instinct très sûr avait saisi que la ville se caractérisait. se soumettant volontairement à l’issue du rite de l’hommage. On comprend alors que le serment des bourgeois est intrinsèquement révolutionnaire en raison de son caractère mutuel : il est prêté par des individus conçus par les termes mêmes du serment comme égaux. mais aussi ce qu’il appelle « l’atmosphère mentale [37] » féodale. Ce type de serment s’oppose donc intrinsèquement à l’hommage. que ce dernier soit considéré comme libre. unissant un seigneur et son « homme ». aliénant avec lui sa descendance. Cet intérêt pour la forme d’humanité qui naît des communes fait écho à celui de Weber pour le « type d’homme » capitaliste [40] .historien nourri de sociologie. acte « entre tous significatif [35] ». Tout en admettant que la commune s’intègre parfaitement au système institutionnel féodal. l’un et l’autre la perçoivent comme l’opérateur d’une rupture avec la société féodale. car ce mode de rapport humain tend à restructurer les autres : le rapport parent/enfant. bien que la commune ne suffise pas à le constituer. 17 Ces communes ont pour origine « le serment mutuel des bourgeois ». 18 Constatant la généralisation rapide du terme de « bourgeois » en Europe. Il ne saurait . L’étude de ces chaînes de rapports de dépendance permet de comprendre le fonctionnement des institutions féodales (tant judiciaires qu’économiques ou politiques). c’est-à-dire comme un serf. avant tout. comme le site d’une humanité particulière [39] ». le rapport amoureux ou même le rapport à Dieu sont en partie repensés sur le modèle du rapport d’homme à seigneur [38] .

dans lesquels il décèle les conditions de possibilité de la société moderne. un idéal social à un autre. Avec le statut de bourgeois. c’est pour mieux les assimiler à une forme de rationalisation déjà en germe dans le monde agraire et seigneurial. Les ferments révolutionnaires des communes ne tiennent donc pas à l’amélioration de l’égalité réelle. la Révolution donne sens au passage à l’horizontalité. qui obéira au principe horizontal de la division du travail. puisque celle-ci avait également adopté la forme du rapport d’homme à seigneur. l’idée proprement féodale de liberté renvoyait à la figure du vassal. En effet. 20 La thèse de la rupture révolutionnaire des communes avec le monde féodal a été rejetée par Otto Brunner. Brunner soutient l’unité fondamentale de la ville médiévale et de la féodalité. 19 De même que Weber situe la nouveauté des communes dans le sentiment du droit qu’elles inspiraient plutôt que dans les pratiques effectives. rémunérée par la protection » à « la promesse d’entraide [41] ». La commune rend ainsi possible l’organisation capitaliste du travail. L’idée d’une opposition entre deux sociétés. Elles n’apportent pas tant non plus une nouvelle liberté qu’une nouvelle idée de liberté. autrement dit. en observant que leurs institutions ont été détruites ensemble lors de la nuit du 4 août [45] .laisser la croyance religieuse même inchangée. elle donne sens à la suppression des liens féodaux de soumission. Bloch reconnaît que les communes restèrent dominées par les bourgeois les plus riches [42] . conçu comme association d’égaux. mais aussi un nouveau mode de légitimation du pouvoir. On peut alors penser que c’est l’apparition de cette « humanité particulière » qu’entérinera la Révolution française : en forgeant un idéal d’égalité. par opposition à la soumission héréditaire du serf [43] . pour adopter un vocabulaire durkheimien. s’il existait à la période féodale des paysans sans attaches seigneuriales. même si elle est encore loin d’être réalisée. qui se soumet librement. féodales et . S’il admet avec Weber que la ville médiévale présente des traits uniques dans l’histoire mondiale. et en forgeant celui de liberté individuelle. c’est une liberté définie par l’absence de toute soumission juridiquement instituée qui émerge. comme elle l’est aujourd’hui par de nombreux historiens [44]. Bloch n’oppose pas tant des institutions que « la promesse d’obéissance.

celui d’une société civile distincte de l’État et constituée de classes [46] . Pour écrire une véritable histoire sociale de l’Europe. . rendant possible le développement d’une forme inédite de pouvoir politique. Weber et Bloch n’ont aucun mal à accepter la pleine appartenance de la commune au monde féodal. peut se former au sein d’un système social et institutionnel préexistant. tout comme de droit et de façon de penser. en montrant qu’un nouvel esprit. incluant notamment les formes de pensée et le droit. qui décrit les bourgeois des communes comme les héritiers de la démocratie antique et les ancêtres du Tiers-État. il faudrait alors écarter cet usage anachronique et restrictif du concept de société pour en adopter une compréhension plus vaste et universalisable. Ce qui est révolutionnaire n’est pas la victoire de la classe bourgeoise mais l’émergence d’un type nouveau d’association. L’action du groupe ne saurait être à leurs yeux révolutionnaire que dans la mesure où elle est le corrélat d’une transformation générale. 22 C’est donc bien un concept large et universalisable de société qu’ils convoquent. né avec la Révolution. on peut douter qu’il soit possible de procéder à son élimination pure et simple. 21 Tout en admettant que l’opposition entre ville médiévale et féodalité ne soit perceptible qu’à travers le prisme de la Révolution française. Mais il faut de plus souligner que l’histoire retracée par Weber et Bloch ne saurait être assimilée au récit libéral. qui lui échappe pour cette raison même.bourgeoises. car la révolution communale n’abolit pas à leurs yeux le monde ancien mais pose seulement en son sein les conditions de possibilité du nouveau. La perspective de Brunner passe d’ailleurs elle-même par ce prisme. est l’objet premier de sa critique. ils en soulignent aussi les limites. élaboré notamment par Augustin Thierry [47] . Elle fait selon lui appel à un concept spécifiquement moderne de société. en ce qu’elle voit dans la destruction conjointe des institutions féodales et communales par la Révolution la preuve de leur unicité. amené à imposer une réorganisation complète de la société. Si Weber et Bloch marquent le caractère conscient et volontaire du projet bourgeois de destruction des institutions féodales [48] . de rapports économiques.

que s’oppose Émile Durkheim. Le « cadre élémentaire de nos sociétés actuelles » 23 Quoique les réflexions de Weber et de Bloch sur la commune médiévale ne se laissent pas ramener à une quête des origines du Tiers-État. et c’est cette vie qui. C’est précisément à ce type de conception de l’historicité. Cette innovation opère une rupture avec la féodalité. n’en relèvent plus [54] . il marque sa méfiance vis-à-vis des « révolutions qui ne peuvent que troubler la suite de l’évolution [49] ». il reste que le lien entre leur idée de révolution communale et celle de Révolution française ne peut être éludé. qui permet l’émergence d’un nouveau genre de société : ce « sont des groupements qui. Durkheim établit à l’inverse que les communes n’appartiennent pas au monde féodal. Durkheim s’éloigne ici nettement d’Auguste Comte. Comte montrait que l’ensemble du Moyen Âge avait préparé l’avènement de la classe industrielle et que la nature peu homogène du système féodal lui permettait d’inclure aisément « les communautés industrielles parmi les nombreux éléments de sa hiérarchie [53] ». qui peut sembler reconduire à une conception contractualiste de l’origine du social. parce que leur morale. Identifier la source de la commune au serment bourgeois suppose d’accorder une force révolutionnaire à une forme d’association volontaire d’individus. qui condamnait « l’aberration fondamentale [52] » de la croyance au caractère novateur des communes médiévales. transformera toute la société [51] ». dès qu’ils apparaissent. simple décalque de l’illusion révolutionnaire. en se développant. 25 Il n’identifie toutefois pas pour autant cette rupture communale aux serments bourgeois et à l’usurpation révolutionnaire qu’ils représentent pour Weber et . 24 Cependant. et par conséquent leur droit. Privilégiant la comparaison entre sociétés primitives et modernes à l’étude de la genèse des secondes. Durkheim admet lui aussi la radicale nouveauté que représente la ville médiévale : « c’est une organisation neuve qui s’est produite sur une terre vierge [50] ». se détachent du système féodal […] Ils sont donc les foyers d’une vie nouvelle qui s’éveille .

La recension d’autres travaux le conduit à mettre l’accent sur l’exode de groupes de marchands préalablement sédentarisés dans le monde agricole [61] . Ces dernières n’ont pu. Ce point est essentiel. Toujours soucieux de marquer la continuité des institutions étatiques (ce que lui reproche d’ailleurs Marc Bloch [58] ). être le foyer d’une vie sociale nouvelle que dans la mesure même où elles étaient déjà reliées entre elles par un pouvoir étatique : sans ce dernier. car la théorie de la loi domaniale amène à occulter la césure entre . Durkheim convoque les travaux de l’historien allemand Georg von Below. 27 La théorie de la loi domaniale critiquée par Weber. Durkheim montre que les communes sont nées de l’exode rural d’artisans désireux de s’installer en ville pour constituer des organisations indépendantes [60] . von Below situe l’origine des communes dans les groupements libres d’artisans ruraux. Durkheim retient cette seconde caractérisation pour l’assimiler à un principe génétique. ce que faisaient Weber et Bloch avec la première. dont seul pouvait émaner leur force morale et dont dépendait la prise de conscience de leur unité. aux yeux de Durkheim.Bloch. elles seraient restées des entités isolées inaptes à engendrer le développement social moderne [56] . 26 Si la commune était. Reprenant la trame de ce récit. n’obtenant le statut de corporations qu’avec la reconnaissance des pouvoirs publics[59] . À l’appui de cette thèse. n’est certes pas adoptée par Durkheim. Viollet au motif que ce dernier retient l’identification de la commune à la conjuratio et suggère l’existence d’une opposition entre État et communes [55] . ce qui l’éloigne de von Below mais suppose toujours de placer les groupes professionnels à la racine de la commune. qui situe l’origine des communes dans des groupements d’artisans constitués par les seigneurs. car il conçoit les associations rurales d’artisans dont émanent les corporations comme indépendantes. Durkheim critique ainsi l’histoire des communes proposée par P. à l’époque féodale. elle pouvait aussi être pensée comme une corporation. souvent identifiée à la conjuratio. Elle est à la fois l’origine et le modèle de la commune. La commune doit être pensée comme une « réunion de corporations […] formée sur le type de la corporation [57] ».

la vie sociale allant dans le sens d’une complexification croissante. ne saurait être confondu avec l’originel. et de façon allusive. Celles-ci semblent occuper une place secondaire dans sa sociologie. comme c’est de ce dernier type de commune qu’a émergé la vie sociale moderne. reconnue par Durkheim aussi bien que par Weber. il faut en déduire que la corporation médiévale a « servi de cadre élémentaire à nos sociétés actuelles [64] ». Là où l’étude des « formes élémentaires de la vie religieuse » suppose de s’intéresser aux sociétés primitives. une partie de la critique formulée par ce dernier atteint aussi le récit durkheimien. c’est-à-dire les éléments simples qui composent les états sociaux les plus complexes. Les communes médiévales jouent néanmoins un rôle plus essentiel qu’il n’y paraît d’abord. 28 Durkheim n’évoque certes que rarement. les types les plus anciens de sociétés fournissent un accès simplifié à l’élémentaire. Or. Les corporations antiques prenaient place hors des cadres normaux de la société.féodalité et commune. la nécessité actuelle du rétablissement des corporations est justifiée par leur persistance historique : qu’elles soient réapparues à l’époque médiévale après avoir disparu pendant l’Antiquité manifeste l’importance de leur rôle social. alors qu’elles constituaient le mode fondamental d’organisation de la commune médiévale. En premier lieu. il n’en reste pas moins que. cette genèse historique des communes médiévales. car elle vise également l’idée plus générale selon laquelle les communes seraient nées d’associations d’artisans ou de guildes de commerçants. La commune constitue la . dans la mesure où elles n’apparaissent qu’à l’arrière-fond historique de son projet de réforme corporative. celle des « cadres élémentaires » de la vie sociale moderne demande de se tourner vers la société médiévale. Pour bien la saisir. Or ce dernier ne vise en aucun cas à rétablir des corporations semblables à celles du Moyen Âge [62] : le nouveau système corporatif doit correspondre à l’état social proprement moderne. 29 La recherche de l’« élémentaire » renvoie chez Durkheim au point de croisement du sociologique et de l’historique : si l’élémentaire. il faut en outre tenir compte de « la manière dont elles se sont développées dans l’histoire [63] ». Toutefois.

les corporations ne changent pas simplement d’échelle. à travers l’historicité des règles. Durkheim n’identifie historiquement la corporation et la commune médiévales que pour mieux les dissocier théoriquement : il montre que le développement corporatif a été empêché par le cadre historique de la commune : « tant qu’elle était limitée à l’enceinte même de la ville. puisqu’il ne laisse pas place au développement spontané de la vie sociale. un impératif toujours valable de moralisation de la vie économique. Par conséquent. Or cet exclusivisme. qui implique que le groupe choisisse explicitement ses critères d’appartenance.« pierre angulaire [65] » de nos sociétés : elle est ce qui en fait tenir l’édifice bien plus que l’origine. la vie sociale moderne n’est pas seulement différente de la vie médiévale : elle est aussi plus riche et plus complexe. 32 Pour cette raison. en passant du niveau communal au niveau national. c’est paradoxalement découvrir leur modernité. La présence des corporations au sein des communes était en effet adaptée aux cadres de la vie sociale médiévale. Ce qui caractérise les corporations modernes n’est pas seulement leur niveau national mais leur stricte identification avec le groupe professionnel : elles ne sélectionnent pas leurs membres au sein de ce groupe. On comprend dès lors mieux pourquoi Durkheim refuse d’associer la corporation à la conjuration : l’obstacle majeur à l’évolution sociale qui aurait permis aux communes de survivre à l’époque médiévale. comme la . elles passent d’un système fermé – et voué à mourir historiquement – à un système ouvert sur le développement de la vie sociale. il était inévitable qu[e la corporation] devînt prisonnière de la tradition. c’est précisément le serment communal. 31 Toutefois. alors que l’essor de l’économie industrielle requiert qu’elles soient désormais situées au niveau national. 30 De plus. en dégageant. Ainsi. il établit une forme exclusive d’appartenance. Durkheim ne s’attache à souligner ce qui distingue les corporations de l’époque industrielle de celles de l’époque médiévale que pour mieux assigner aux premières le rôle que tenaient les secondes. montrer que les règles des corporations médiévales exprimaient la morale sociale de leur temps [66] . est source de traditionalisme. Parce qu’il fait passer l’individu de l’extérieur à l’intérieur du groupe.

pour isoler un concept sociologiquement purifié de corporation. et l’association historique de cette dernière avec les institutions urbaines qui provoqueront sa perte. là où l’idée de serment implique une association volontaire en soi contradictoire avec celle d’État. La corporation constitue un groupe secondaire au sein de l’État. 33 Alors même que Durkheim privilégie l’étude de l’évolution à celle des révolutions et n’a jamais accordé à l’histoire des communes un traitement détaillé. à bien des égards opposés. Cette double articulation est ce qui fonde sa description des sociétés modernes : elle permet de présenter le rétablissement des corporations comme l’accomplissement naturel de leur évolution. la genèse des communes par serment veut que l’acte même de fondation soit investi d’une force morale. elle possède néanmoins une fonction théorique décisive pour sa sociologie. c’est qu’elle exprime l’état social auquel nous serions spontanément parvenus si les corporations ne s’étaient trouvées historiquement bornées par l’exclusivisme et le traditionalisme des communes. corporation et modernité 34 Les modèles théoriques du serment et de la corporation apparaissent. au terme de ce parcours. Faire de la commune médiévale le cadre élémentaire de la société moderne permet à la fois d’opérer l’identification sociologique du point d’émergence de la division du travail avec celui de sa régulation corporative. mais de celle des obstacles posés à son bon développement. L’histoire des communes médiévales joue donc bien un rôle fondamental dans son argumentation. Le lien entre ville médiévale et Révolution qui se dessine ici n’est plus celui de l’histoire glorieuse des conditions de la modernité. puisque c’est d’elle que dépend le réalisme du projet corporatif : s’il ne s’agit pas d’une utopie mais d’une institution conforme aux choses mêmes. qui émane pour Weber du .ville elle-même [67] ». Il peut ainsi imputer à la commune les traits archaïques de la corporation médiévale. La commune médiévale est ainsi la source du déclin des corporations que leur suppression révolutionnaire a simplement entériné. Conjuration. Alors que la corporation permet la formation progressive d’une morale commune à partir d’une simple réunion d’individus [68] .

d’identifier le point d’émergence de l’individualisation avec celui d’un nouveau mode de vie collective. 35 Au-delà de ces différences fondamentales. Elle imprime une marque commune à ces perspectives pourtant divergentes. en ce qu’elle cherche à penser le serment à partir d’un substrat sociologique durkheimien. représente indissociablement la . là où la sociologie dynamique de Durkheim pense l’historicité à partir de la forme sociale. le serment se conçoit comme un événement et la corporation comme une forme sociale d’organisation. des prémisses d’un nouveau genre de société conduite à se développer progressivement. La perspective blochienne adopte ici une voie médiane. Enfin. Si la commune durkheimienne est le lieu de formation d’un nouveau type de solidarité sociale. de plus. les membres de la commune wébérienne ne partagent que la possibilité même du partage. bien qu’il se trouve en même temps radicalement transformé par le cadre social nouveau que constitue la ville. n’est plus la nôtre. C’est alors dans la force que la société féodale conférait au serment qu’il faut rechercher les conditions d’efficacité du serment communal. en tant que corporation constituée de corporations. au sein du monde féodal.modèle de la fraternisation chrétienne. reste le choix commun de penser l’avènement de la modernité à partir de la commune médiévale et non d’une formation plus tardive telle la grande ville. 36 Tout d’abord. puisqu’elle suppose d’ancrer la modernité dans une forme sociale qui. La sociologie historique de Weber déduit ainsi la forme sociale de l’historicité. Cette entreprise ne laisse pas d’être paradoxale. de leur aveu même. Bloch et Durkheim de concevoir la modernité comme l’opératrice d’une véritable rupture dans l’histoire des sociétés européennes. 37 Penser la commune permet. sans faire intervenir le mythe révolutionnaire de la liberté instituante. L’opposition entre communauté et société se trouve ainsi défaite au point même du passage du monde ancien au nouveau. elle ne consiste pas en la destruction d’un système préexistant par un groupe révolutionnaire mais en l’apparition. La révolution est ici proprement sociale. La commune durkheimienne. l’étude de la commune médiévale permet à Weber. symbolisée par le repas en commun.

Catégories fondamentales de la sociologie pure. Darmstadt. en refusant ainsi de faire de la Révolution française l’aboutissement historique de l’histoire des communes. Georg SİMMEL. qui s’autonomiseront dans la grande . dont la Révolution n’a aboli qu’une figure archaïque figée par la ville médiévale. 2010). sur ce qu’elle pourrait devenir. 1989. Si le serment doit être présenté comme l’origine des communes. Mesure. qui constitue la forme temporelle de la communauté chrétienne. Weber réactive la force d’un idéal politique constitutif de la modernité sans l’identifier à une origine. Une réflexion sur les possibles inaboutis de la modernité et leur force idéale peut également être décelée dans l’histoire wébérienne des conjurations. [1] Voir Ferdinand TÖNNİES. p. N. « Die Großstädte und das Geistesleben » (1903). de l’autonomie politique et de la démocratisation. Philosophie de la modernité. Le rétablissement des corporations. Gemeinschaft und Gesellschaft.première forme de division du travail et de régulation sociale de cette division. bien que les échanges économiques. trad. c’est qu’il est le principe toujours réactivable. Celle-ci permet en effet à la fois de décrire le processus menant à l’État moderne et d’esquisser l’autre voie. 1991 [1887] (trad. 233-252). trad. comme le montre l’histoire du popolodes villes italiennes. fr. Elle est une forme spirituelle de vie en communauté (I § 6). La commune wébérienne constitue de son côté à la fois le lieu de naissance de l’homo oeconomicus libéré de ses entraves traditionnelles et d’un nouveau type de groupement. d’une réappropriation du pouvoir par une partie des dominés. inaboutie. Georg Simmel Gesamtausgabe 7. Vieillard-Baron. alors même que l’association volontaire est toujours déjà remplacée par un groupement politique structuré par un rapport de domination. peut seul permettre de les faire converger. 116-131 (trad. : « Les grandes villes et la vie de l’esprit ». 38 La commune suscite enfin une double interrogation sur ce qu’est la modernité et sur ce qu’elle aurait pu être – et partant. : Communauté et société. À la différence de Simmel. 1995.-L. Paris. Frankfurt am Main. Suhrkamp. PUF. Payot. L’histoire durkheimienne des corporations permet à la fois de décrire le développement effectif des sociétés modernes et d’esquisser celui qui aurait dû être le leur. Wissenschaftliche Buchgesellschaft. Tönnies traite de la ville médiévale. Paris. J. Bond et S. fr. Mais en rejetant toute solution de continuité entre l’histoire de la démocratisation et celle de l’étatisation.

p. Wirtschaft und Gesellschaft – Die Stadt. op. [8] Ibid. 77). [4] Ibid. 107 (trad. p. op. 111-112 (trad.. [11] Ibid. [16] WEBER. . 1991. fr.. cit. p.ville. fr. 105 (trad.. 338). 1/22-5. C.. [12] Ibid.. 38). p. 52). Paris.. p. 105 (trad. : Ibid. 136 (trad.. p. : Ibid. cit. 55). p. 1999 (trad. : Ibid. Abriß der universalen Sozial. p. p. p. [3] Ibid. 121 (trad. p. fr. : Ibid. Fritsch. 49). p. trad. J.. : La ville. 108 (trad. fr. Wirtschaftsgeschichte. fr. p. p. [14] Ibid.. : Ibid. Paris.. Mohr. p. Tübingen. 127 (trad. 52).. Wirtschaftsgeschichte.. fr.. [17] WEBER. MWG I/22-5. p. fr.. Ph. B. p. : La ville. fr. 54). Lieu de passage de l’ancien au nouveau.. Ch. Wirtschaftsgeschichte. p. 283 (trad. fr. fr. : Ibid. 133-135 (trad. op.. op.) Voir aussi : Max WEBER. p. 168-170). Bouchindhomme. [10] Ibid. [6] Ibid. 124-125 (trad. cit. Esquisse d’une histoire universelle de l’économie et de la société. : Ibid. 100 (trad. [2] Max WEBER. 67-68).. : Ibid. y soient déjà présents (I § 15). fr. [5] Ibid.. Berlan paraîtra prochainement chez La Découverte). p. 69).. : Ibid. p. 1982.. cit. [15] Ibid. [13] Ibid. : Histoire économique. Gallimard. fr : Histoire économique. 57-58). 79). [9] WEBER. fr. Une nouvelle traduction d’A. p. : Ibid. cit.. cit. fr. Max Webers Gesamtausgabe.. Aubier Montaigne. fr.. p. op. 1958 [1923].und Wirtschaftsgeschichte. p. fr. p. 274 (trad.. : Ibid. : Ibid. p. p. p. : Histoire économique. 139 (trad.. 105 (trad. p. op. fr.. Duncker & Humblot. Traduction modifiée). 64-65. p. 52.. trad. p. elle n’offre toutefois qu’une co-présence de deux principes contradictoires ne permettant pas de comprendre l’avènement de la société moderne. p. 85 (trad. [7] Ibid. Berlin.. 349)...

(trad. Paris. cit. p.. 122-123 (trad. 169). [19] Voir Catherine COLLİOT-THÉLÈNE. p... p. 118-119 (trad. 1994 [1939-1940]. op. 65). Rationalités. p.. cit. fr.. op.. p.. p. 184-187 . p. 123 (trad. [36] Voir Florence HULAK. MWG I/22-5.. 2001. 112 (trad. voir Aurélien BERLAN. Sociétés et mentalités. op. droits.. 276-277 (trad. op.[18] Ibid. fr. 63). [30] Voir COLLİOT-THÉLÈNE. cit. 248 (trad. Paris. cit. [33] Ibid. [25] Ibid. fr. « La ville et la démocratie ». fr. p. [20] WEBER.. p. 316-320.. 66). 197 (trad. La société féodale. : Ibid.. Wirtschaftsgeschichte. : Ibid. p. La société féodale. « Introduction ». p. in Études wébériennes. 79.. 341). fr. [21] Ibid.. p. : Ibid. [28] Sur le concept de groupement. 63. 272 (trad. : Ibid. op. [27] Ibid. p. [32] Ibid. p.. « La ville et la démocratie ». Traduction modifiée).. : La ville. [22] Ibid. : Ibid. [23] Ibid. Albin Michel. 170). p. : Ibid. fr. p. 124). 493. . p. p. op. p. [37] BLOCH. fr. : Ibid.. La science historique de Marc Bloch. p. fr. [31] Marc BLOCH.). p. p.. histoire. cit. 2012. p. fr. 190). p. Voir aussi WEBER. notamment p. Hermann. La ville. [34] Ibid. 58). 250-251 (trad.. : Ibid. 492-493. Paris. [35] Ibid. : Histoire économique. La Découverte (à paraître). PUF. 490. p.. Paris. 119 (trad. : Ibid.. p. in Max WEBER. [24] Ibid. p. fr.. 211-213. cit. [29] Ibid. 491... fr. [26] Ibid.

op. p. 129) . 1898-1899. Thierry et A. 363. 1969 [1938]. « Antikritisches Schlußwort zum “Geist des Kapitalismus” » [1910]. Gütersloher Verlagshaus Gerd Mohn. cit. p. [43] Ibid.. 427-428.). [51] . 395... Vandenhoeck et Ruprecht. « Compte-rendu de DES MAREZ (Guillaume).. p. Paris. [44] Voir par exemple Jacques HEERS. 491.[38] Ibid. « Stadt und Bürgertum in der europäischen Geschichte » (1953). cit. [50] Émile DURKHEİM. [46] Voir notamment BRUNNER. « Das Problem einer europäischen Sozialgeschichte » (1953). p. 1987. Année sociologique. p. BLOCH.und Sozialgeschichte. in L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme suivi d’autres essais. La ville au Moyen Âge. [41] BLOCH. in Die protestantische Ethik II (J. 19. La société féodale. p. Grossein. p. fr. cit. [49] Émile DURKHEİM.). p. Fayard. Cahiers de Recherches Médiévales (Xİİİe-XVes. 303 (trad. 417). [45] Otto BRUNNER. : « Anticritique à propos de L’ “esprit” du capitalisme » (1910). « Le statut philosophique des communes médiévales chez Saint-Simon. La société féodale. op. PUF. 2. 97-107.. p. [39] Ibid. 1996. 1839 [1829]. in Neue Wege der Verfassungs. Gütersloh. 200 (trad. Paris. p. L’évolution pédagogique en France. op.. [48] WEBER. ibid. 493. Göttingen. Lettres sur l’histoire de France. : La ville. Voir LaurentCLAUZADE. 80-102. op. [47] Augustin THİERRY. p. MWG I/22-5. p.. p. 490. [42] Ibid. 493. p.. 2e vermehrte Auflage. Comte ». 2003. 97. 203-204. 1968.. p. III. p. A. Paris. « Das Problem einer europäischen Sozialgeschichte ». fr. Paris. cit. 1990. Gallimard. cit. [40] Max WEBER. 223. p.. op. Winckelmann éd.-P. Étude sur la propriété foncière dans les villes du Moyen Âge ». trad. J. Tessier.

109. XXV. [66] Ibid. Université Paris 1. 3eannée. Leçons 46 à 60. cit. p. 1975 [1830-1842]. De la division du travail social. 1912. « Die Motive der Zunftbildung im deutschen Mittelalter ». III. p. Cours de philosophie positive.. chap. p. [68] Ibid. 567. « Compte-rendu de VON BELOW (Georg). [55] Émile DURKHEİM. « Un tempérament: Georg von Below ». Paris. p. Historische Zeitschrift. PUF. p. 1975. [67] Ibid. 569. [61] DURKHEİM.. p.. 23-48.. cit. Les vieilles villes allemandes et la civilisation urbaine ». XXV. XVI. Textes 3. Étude sur la propriété foncière dans les villes du Moyen Âge ». [64] Ibid.. [56] Ibid. III.. op.. XXIX. Paris. Normes et normativité dans la sociologie d’Émile Durkheim. [59] Voir Georg VON BELOW. op.op. p. « Les communes françaises du Moyen-Âge » [1903]. [60] DURKHEİM. Annales d’histoire économique et sociale. [53] Ibid. p. 5. 499. . [57] DURKHEİM. 1931. XXV. [62] Voir Mélanie PLOUVİEZ. p. p. [63] DURKHEİM. p. VIII.Émile DURKHEİM. Année sociologique. p. 500. 244. 393-395. 376- 418. p. [58] Marc BLOCH. De la division du travail social. 240-244. p. p. thèse de doctorat. op. cit. p. 1898-1899. XV.. p. Paris. 2010. Les vieilles villes allemandes et la civilisation urbaine ». p. cit. [54] Émile DURKHEİM. De la division du travail social. « Compte-rendu de VON BELOW.. [65] Ibid. Minuit.. XVI. 1973 [1893]. n°12.. 554. Hermann. [52] Auguste COMTE. « Compte-rendu de DES MAREZ.

. qui la pense à partir du serment bourgeois.Français La Révolution française a fait naître l’idée d’une modernité opposée au monde ancien. It allows them to conceive of modernity as operating a rupture without abolishing historical continuity. Mots-clés  bourgeoisie  commune médiévale  modernité  Bloch (Marc)  Durkheim (Émile)  Weber (Max) English The Advent of ModernityThe opposition between modernity and the ancient word arose from the French Revolution. This article contends that Max Weber and Emile Durkheim locate the seeds of this new kind of society in the medieval city. but this political revolution does not by itself explain the specificity of modern societies. L’article montre que Max Weber et Émile Durkheim situent tous deux les prémisses de ce monde social nouveau dans la commune médiévale. mais cet événement politique ne permet pas en tant que tel de penser ce qui fait la spécificité des sociétés proprement modernes. However. et celui de Weber. en ce qu’ils expriment deux conceptions divergentes de l’identité des sociétés modernes et de la sociologie qui en est la science. s’opposent toutefois nettement. qui pense la commune à partir de la corporation. Le modèle théorique de Durkheim. ce qui leur permet de concevoir la rupture qu’est l’avènement de la modernité sans abolir la continuité historique.

sociology. These two theoretical models thus stand apart from each other. as they draw from two different conceptions of modern societies’ identity and of their particular science. Key words  burgess oath  medieval city  modernity  Bloch (Marc)  Durkheim (Emile)  Weber (Max) . while Durkheim’s understanding of the medieval city rests on the idea of the corporation. Weber’s understanding rests on the idea of the burgess oath.