You are on page 1of 34

Bata'tUe et

BATAILLE ET L'HOMME DU SOUS-SOL s'agiter et i
distance, d<
maniaque i
t'atteindre
Leiris aj
tituees cor
toi'evski pc
" La scene >
celle par la
de Londres
L'Esprit souterrain, adaptarion d'un extrait du Sous-sol (1864) de Dostoievski, fut Elle l'etait
diffuse le 19 juin 1946 sur les ondes de la Radio franc.aise, comme on l'appelait ä celui de Dt
l'epoque. Cecre « dramatique » — c'est aussi le moc de l'cpoque pour ce qu'aujour- qui rappeli
d'hui on nomme « fiction » — fut signee par Marie-Louise Bataille et son cousin auteur de j
germain Georges BataiHe. Elle dura trente minutes, d'apres les archives de la SACD. selon les te
C'est d'ailleurs lä que j'ai trouve trace de cette piece radiophonique, alors que j'allais debut des
y faire des recherches sur le scenario de Bataille, La Maison brütee. Je ne crois pas Nietzsche,
avoir jamais rencontre quiconque ou lu le moindre texte qui fasse allusion ä cette toi'evski —
avant-prop
adaptarion, que je suppose inedite.
On connait l'interet que pretait Bataille ä cette oeuvre de Dostoi'evski. En temoigne ceux qui fc
Leiris : «Je n'en suis pas certain, mais c'est peut-etre des cette premiere periode [vers Kafka (c
1924] de notre amitie que Bataille me fit Üre un ouvrage qu'il estimait capital : Le quent la c
temps que
Sous-sol de Dostoi'evski, livre dont (comme on le sait) le heros et redacteur suppose fas-
cine par son obstination ä etre ce que dans le langage familier on appelle un homme normal, c'e

" impossible ", ridicule et odieux au-dela de toute limite '. » «Je suis un homme la nature r
enclin auss
malade... Je suis un homme mechant. Je suis un homme deplaisanti », dit-il de
lui-meme, aux premiers mots du recit, recit dont d'autres que Bataille ont mesure tel point d
conscience,
l'importance. NathaUe Sarraute ecrit qu'il est « le seul vraiment desespere » de tous les
textes du romancier russe, et que « si Ton voulait situer le point de l'ceuvre de Dos-
expüque [']
ä agir, de j
toi'evski ä partir duquel Kafka aurait " pris le depart ", on le trouverait sans doute dans
Troppmam
ces Memoires ecrits dam un souterrain qui sont, nous l'avons vu, comme ä l'ultime limite,
chretien. C
ä 1'extreme pointe de cette ceuvre 3. » L'homme du sous-sol est un personnage dos-
toievskien par excellence, non pas comme Tun de ces criminels legendaires dont
Bataille a surement du apprecier la dimension souveratne, mais plutot parce qu'il est lä ä 1. L'kredt
2. DansL
3- Dans «
1. « De Bacaille l'impossible h l'impossible DocumsntS », Critiqae, 195-196, aout-seprembre 1963-
4. Bataillt
2. Le Sous-sol, trad. Boris de Schloezer, Bibl. de la Pl^iade, p. 685. Toutes les citations sont extraites
1992, p. 79 ei
de cette edition.
ouvrage du ph
3. L'&re du soupp/i, Bibl. de !a Pleiade, p. 1573- II semble que la posterite de l'homme du sous-sol se
rer que Bataill
retrouve aussi chez Louis-Rene" des Forets, dans Le ßavard{ 1946). Sans doute est-Ü possiblc de la deceler
commence (sa
ailleurs encore.
5. P. 692.

Bataille et I'Homme du sous-sol
47

L s'agiter et ä s'enfievrer. II vit « cecte impossibilite de se reposer solidement ä l'ecart, ä
distance, de se tenir " surson quant-ä-soi " », ainsi que « Ie besoin continuel et presque
maniaque de contact, d'une impossible et apaisante" etreinte ' ». « Mais je tächais de
t'atteindre plus vite et plus fort » (p. 45), confesse-t-il ici ä Lise la prostituee.
Leiris ajoute : « Bataille — alors habitue des tripots et de la compagnie des pros-
tituees comme tant de heros de la litterature russe — faisait assez de cas de Dos
toievski pour qu'une allusion au grand romanciet figure dans I'histoire de Dirty :
" La scene qui precedait fut digne, en somme, de Dostoievski "... » Cette histoire est
celle par laquelle commencera Le Bleu du äel en 1957 : « Dans un bouge de quartier
de Londres, dans un lieu heteroclite et des plus sales, au sous-sol, Dirty etait ivre.
evski, fut Elle l'etait au dernier degre, j'etais pres d'elle (...). » Ce que le roman de Bataille et
ippelaic ä celui de Dostoievski ont en commun a ete repere et analyse par Francis Marmande 2
u'aujour- qui rappeile que Leon Chestov a fait lire ce texte ä Bataille '. Le philosophe russe,
an cousin auteur de La Philosophie de la tragedie, Dostoievski et Nietzsche, n'aura pas ete moins,
la SACD. selon les termes de Michel Surya, que le « maitre en anti-idealisme » du Bataille du
ue j'allais debut des anne'es 1920 ', le guidant dans sa lecture de Dostoievski mais aussi de
crois pas Nietzsche, que Bataille redecouvre alors. Nietzsche ayant lui-meme aime Dos
>n ä cecte toievski — il a lu, semble-t-il, Notes d'un souterrain en 1887 — et ainsi ouvert son
avant-propos d'Aurore : « Dans ce livre on trouve au travail un etre " souterrain ", de
ceux qui forent, qui sapentf qui minent. »
Kafka (d'ailleurs auteur du Terrier), Dostoievski, Nietzsche : ces trois noms evo-
quent la constellation litteraire, philosophique et morale de Bataille, en meme
temps que la figure de l'inadapte, voire de 1'« idiot ». « (...) l'ancithese de l'homme
normal, c'est-ä-dire 1'homme ä la conscience raffinee, Thomme sorti non du sein de
la nature mais d'un alambic (c'est presque du mysticisme, messieurs, mais je suis
enclin aussi ä ce soupgon), il se trouve que cet homme alambique s'efface parfois ä
lt mesure tel point devant son antithese et lui cede, que, malgre tout le raffinement de sa
ie cous les conscience, il en arrive lui-meme ä ne plus se considerer que comme un souriceau »,
e de Dos- explique l'habitant du sous-sol \ De l'homme « peniblement impuissant » (p. 35)
.oute dans ä agir, de l'homme perdu dans ses enfanti Hages, ses vilenies et ses hesitations, le
ne Limite, Troppmann du Bleu du äel pourrait etre un exemple. « Kierkegaard est l'extreme du
nage dos- chretien. Dostoievski (dans le Sous-sol) de la honte », ecrit Bataille dans L'Experience
lires dont
i'il est lä ä L'Ere du souppm, p. 1568.
Dans L'lndifference des ruines, Paremheses, 1985.

ie 1963.
Dans « Lecture », QtrAetS du sous-sol, trad, Andre Markowicz, Actes Sud, coll. « Babel », 1992.
jiit excraites
Batäille le frequente de ] 922 ou 1923 ä 1925 (voir Georges Bataille La Mort ä l'ceuvre, Gallimard,
1992, p. 79 er suiv.). II partieipe, avec la fille de Chesrov, Teresa Beresovski-Chesrov, ä la traduetion d'un
j sous-sol se
ouvrage du philosophe inritule L'lde'e de bim cbez Tolstoi et Nietzsche. Ce qui ne nous permer en den d'infe-
Je la deceler
rer que Bataille lit le russe, er donc qu'il aurair lu Le Sous-sol dans Ie rexte, meme s'il a, dans ces annees-lä,
commence (sans les poursuivre) des etudes de russe aux Langues orientales
5. P. 692.

48 Cecile Moscovitz Bataille

Interieure '. « Mourir est une besogne comme une autre », ecrit-il ici avec sa cousine. critique c
Une conscience malade de lucidice, une attirance pour le vil et l'ignoble sont l'apa- Berthe W
nage de celui que les auteurs de I'adaptation fönt ä deux reprises parier « tout bas » Quoi i
lorsqu'il leur faut montrer sa lächere. Ce sont aussi le propre d'un « emmure vivant » d'adaptat
(selon les mots de Dostoievski), d'un ecorche vif ou d'un « mort-ne » (p. 59) qui, de la real
seul, sait pourtant ce qu'est la « vie vivante 2 ». tion mari
comme d
Dans la premiere moitie des annees 1940, Bataille publie notamment Mada?ne pour qu't
Edwarda, Le Petit, L'Experience interienre, Le Coupahle, L'Archangeliqm et travaille ä La dans l'ori
Part matidite et au Mort. En 1945, il publie Sur Nietzsche, en 1946 il fonde Critique. tantes —
Voilä, rapidement dresse, le bilan litteraire de Bataille au sortir de la guerre. Sont ou paragi
citees lä une partie de ses ceuvres majeures. On le voit, Bataille a beaucoup ecrit tent prec
durant cette periode ; ä la date de 1946, il a, relativement aux annees d'avant- gieuse, cc
guerre, publie de nomlpreux livres (sous pseudonyme ou sous son nom). De plus, il Le cho
travaille depuis au moins 1943 au scenario de La Maison brülie. Le fait merke d'etre miere pai
souligne pour deux raisons. D'abord parce que Ton aurait du mal ä demeler, parmi « le persc
les motivations qu'il eut d'ecrire un scenario, celles qui seraient de l'ordre du projet quer les i
litteraire de celles qui seraient plus franchement economiques. Bataille a toujours eu l'auteur »
besoin d'argent ; ecrire un film en aurait assure plus qu'un livre en tout cas : une du journa
piece pour la radio aussi. Ensuite parce que Ton imagine Bataille s'essayant ä la dra- interesse,
maturgie, ici cinematographique et ailleurs theätrale — on peut lire en effet des sous-sol s
ebauches de pieces de theätre \ restees ä l'etat d'ebauche peut-etre precisement jour-lä, ai
parce que Bataille savaic qu'il ne serait pas un dramaturge. Les sens du drame et de cette nei^
la dramatisation, il les avait sans aucun doute, mais il est moins sür qu'on doive lui plus '. » ,
reconnaitre celui de la dramaturgie. Doit-on alors l'attribuer ä Marie-Louise ? maison cl
Evidemment, nous serions bien en peine d'attribuer ä celle-ci teile ou teile sciemmer
replique, ou idee, etc., voire, s'il le fallait, de departager le travail respectif des deux Y aura
cousins. Nous savons en fait peu de choses sur celle, ä qui Bataille ecrivait en 1919 : l'hommc
« dans le chemin d'une vie que Tamitie nous fait bien commun ». II semble que ligence di
Marie-Louise, de huit ans son ainee \ fut un temps sa confidente, et que leurs activi- texte, mii
tes intellectuelles les rapprocherent par la suite Tun de l'autre, peut-etre aussi parce bien cons
que leur famille leur procurait le meme Statut. « Femme de lettres », c'est l'intitule images o
qu'cnvisage Jean Bruno, bibliothecaire ä la BN, lorsqu'il projetce de constituer volupte di
l'arbre genealogique de son ami Bataille \ Traductrice, eile fut aussi historienne et ges d'eau,
de la pros
1. CEuires completes, i. V, Gallimard, p. 56.
2. On trouve aussi I'expression « la vie reelle » dans la traduccion de la Plciade. 1. Voirl
3- Dans le tome IV des (Euvrcs completes.
2. P. 68'
4. Ne~e en 1889, eile meurt en 1966.
ne se terniir
5. II ecrit aussi : « Marie-Louise avait beaucoup d'attachement pour GB qui dut l'aider dans ses tra- voir L'lm/iffi
vaux ? » (Papiers Bacaille, Dossier Jean Bruno, BNF).
3- R 71S

d'autres gor- :orienne ec ges d'eau.. Les infidelites au texte d'origine sont quasi inexis e Critiqm. mineur (une friandise. » Apres une soiree humiliante avec d'anciens camarades. scenes plus intenses ä adapter que celles oü :enl919: rhomme du sous-sol est confronte ä la nudite puis ä la capacite d'amour et ä l'intel- emble que ligence de la jeune fille ? II y a du plaisir ä retrouver « du Bataille » dans un petit :urs activi. mi-reli- s d'avant. La prostituee et la mort. a comme des velleites de remission : le principe narratif est assez soiidement installe t Madame pour qu'on se permette de mettre en dialogue ce qui est de l'ordre du monologue faule ä La dans l'original. mais aussi la prostituee et son 1. 2. 3e plus. interesse. ecc. p. la discinction des plans ■■ 59) qui. texte. critiqued'art — et collabora aux catalogues Raoux(1928 et 1930) '. condicionne le dispositif de l'aveu. . et en fait se limi- coup ecrit tent precisemenc ä la presence du medecin. il arrive dans une ise ? maison close oü il croit les retrouver et ainsi pouvoir se venger des offenses subies et e ou teile sciemment provoquees . la mort souillee et repugnante. Berthe Morisot (1961). aussi. parmi « le personnage se presente au lecteur. iont l'apa. tout bas » Quoi qu'il en soit. iler. mi-medicale. « Ä propos de neige fondue ». et dont on retient quelques c l'intitule images ou phrases particulierement fortes. le visage « comoilse » et le sourire « crispe » de la prostituee. L'utilisation des chants russes. aussi parce bien construit (malgre une ou deux incoherences). est motive par une reminiscence. avec Georges Wildenstein notamment. celui qui nous \t ä la dra. c'est alors que Lise entre en scene. dont la fbnction. R 684. sur son lit de mort. 799). les co-auteurs ont fait de ce passage du Sous-sol un modele ■e vivant » d'adaptation radiophonique. (p.. Le « second fragment ». de tout le recit. 34) : « Je crois que c'est justement ä cause de rame ec de cette neige fondue que je me suis rappele l'anecdote dont le Souvenir ne me lache l doive lui plus '. dans ses tra. P. une recreation) au regard de l'ceuvre. lit-on dans la « Note de oujours eu l'auteur » oü l'auteur en question certifie le caractere fictif mais neanmoins probable : cas : une du Journal2..Moscovitz Bataille et VHomme du sous-sol 49 a cousine. particulierement batailliennes : la constituer volupce des larmes. 617. Dans la pre- '■rite d'etre miere partie (« Le Sous-sol ») de ce Journal tenu par un homme depourvu de nom. exactement comme ici i\ se met ä parier (« . 3. ou une association.) expose ses idees et semble vouloir expli- ■ du projet quer les causes qui Tont fait nattre dans notre societe ». donc. 719- . (. Aussi rhomme du \ effet des sous-sol se met-il alors ä ecrire. Manet (1932). etc. ». mais coherent.. l'invention du personnage du medecin dont l'appari- tion marque les trois temps forts du recit.. gieuse. ierre. Voir le tome I des 0. le « heros » qui. voir L} hieltfference des ru'nm de Marmande. ü Le choix des Bataille porte donc sur la seconde partie du Sous-sol. Sont ou paragraphe par paragraphe pour ce qui est de la narration —. tentes — on peut le suivre presque repiique par replique lorsqu'il s'agit de dialogue. Sur les « proces d'enonciacion » du Bleu du de/ et du Sous-sol. Ä la fin du livre. et inversement. if des deux Y aurair-il eu.. Ce ■ecisemenc jour-Iä. p. C. la neige tombait. l'auceur reprend ainsi la parole : « Le Journal de cet amateur de paradoxes ne se termine pas encore ». un cercueil extirpe d'un sous-sol parmi les ordure^. de la realite et de Y« irreel ».

on pourrait peut-etre dire que le medecin est lä pour reveler. maniaque de l'in- telligence et pourtant ä la recherche de la « totalite de la vie 2 » ? Un caprice en moins. que je ne me tairai pas » (p. 3. Georges et/ou Marie-Louise avaient probablement lu le texte que Freud consacre au romancier. puis finalement l'y encouragera. celui-ci etant. « Pourquoi parier encore ? » demande l'homme du sous-sol devenu vieux.. Comme il est tres tentant d'utiliser le registre psychanalytique en la matiere (d'autres sont alles plus loin que moi). defini comme « un homme ä forces tendances bisexuelles qui se defend avec une remarquable intensite contre la tuteile d'un pere remarquablement dur 3. 24. la position infantile de son patient (voire l'infantiliser). 34). lit-on dans Le Cou- pable. etude publiee en ouverture de Dostoiewski par sa femme. il n'aimait pas vraiment cette femme. Ce changement n'a pas pour seul avantage de donner envie de reconnaitre Adrien Borel. qui a plaisir ä voir chez son confesseur/therapeute la cruaute qu'il s'adresse ä lui-merne. 240. V. Bataille y declare en introduction : «J'aimerah proposer äujourd-hm cette prinäpak explicatton d'une attitude qui s'eloigne : j'ai peur ! ».Dans Anna Grigonevna Doscoi'evsküYa. 2.. que j'ai peur. en plus d'epilep- tique. sadisrhe que nourrit le medecin en l'assurant du bienfait des larmes. p. « Dites-le-moi encore. apres Lise et Apollon.50 Cecile Moscovitz angelique purete dont la divine madame Edwarda incarne les dimensions tragiques et theoriques cheres ä Bataille. elles se resolvent en impuissance. lä dans mon silence. l'authen- ticite ne sont pas seulement cause de souffrance et de culpabilite.. une occasion en plus de verifier l'inutilite des sentiments ? Une impasse morale et psychique. 1930. C. « Au point oü nous en sommes. II paratt que vers 1931 Bataille tomba amoureux de Violette et vou- lut ä tout prix la faire sortir. nul ne le peut ». P. L'idee serait plutot de faire jouer ensemble le sadisme et le masochisme de l'homme du sous-sol.. 47). . proposition que Ton retrouve ici comme moteur de la paroie : « Vous savez bien que je suis lache. on passe donc ä l'aveu fait ä un tiers dont le metier (la besogne ?) est de recueillir de telles confidences. celle qui tenta un geste pour sortir de la maison dose oü eile etait employee. qui lui interdira de parier quelques repliques plus loin. etre sincere et nu. en « masque menteur » (p.t.p. ».. 707. en « derision » (p. le psychanalyste de Bataille. 47). Faut-il en effet tout dire ? La sincerite. 48) et en « comedie » (p. Qu'est-ce que l'amour en effet pour un etre plein de desirs mais ä la rage sterile. meme s'il lui oppose au moins une resistance — non. C'est du complexe d'CEdipe en general et celui de Dostoievski en particulier qu'il s'agit. comme dans Le Sous-sol original ou Le Coupahle. sur « Dostoiewski et le parricide ». «'Ecrire. Gallimard. Dostoievski par sa femme. repond l'autre (p. » 1. Qui apprecia peut-etre aussi la couleur romantique de l'hiscoire de Lise. 0. ne sont pas seule- ment des exigences jamais satisfaites et des etats non compatibles avec la duree. De l'aveu fait de soi ä soi. 33). » demande au medecin celui dont le sadisme survit au sou- venir..

» Surtout. C. du sournois. Sans cesse. c. Le titre de cette adapcacion s'inscrit dans la longue liste de titres sous lesquels le cecic fut traduit en France : Le Sous-sol en 1909. Mais il ne pouvait plus aimer ! (. du sale.. 4. pose decidement probleme. XII. Hatperine-Kaminsky et Ch. C. hante par un souvenir : « Des l'etoile du sud-sol '. 3. C. p. dit-il. Dans la reedirion de son adapcation en 1929.) Cet Esprit souterrain etaic dejä une adaptacion composee de deux recits. 0. traduit tantöt par « sous-sol ».t. « etoile du sud-sol ■■>. t. » L'expression « esprit souterrain ä » feit bien sur echo aux jeux entre la matiere et le spirituel. p. Je connaissais son habitude de noter. (. « Katia » ec « Lisa ». eile rappeile aussi 1'« Avant-propos » de L'Erotisme : « L'es- prit humain est expose aux plus surprenantes injonctions. Mfaioires (mts dans un souterrain en 1926. toujours creusant plus avant et plus profond dans les mysteres de sa conscience. une seconde velleite d'amour.). concer- nant ce texte. tou- jouts agitant d'obscurs problemes. -> Independamment du topos du manuscrit trouve par un editeur (qui dit I'avoir aciiete ä Apoüon). (. du cache. dans ce re"cit. Dans mon souterrain en 1973. etc. si souvent. ä plusieurs reprises.Bataille et l'Homme du sous-sol 51 L'hyscerie et l'homosexualite refoulee de Dostoi'evski ont-elles deteint sur son per sonnage. (. en rapport avec ce reve d'enfant. II serait ce fils devenu adulte..) Le recit etaic precede d'une assez longue et un peu desordonnee discussion qu'Ordinov supposait entre lLit-meme et des lecceurs tmagi- naires. si anxieusement repete (.. 11..) II eut pourtant une autre aventure encore.. l'unite d'action ä laquelle les Francis sonc. 2.. La Voix souterraine en 1926.. Bataille savait sürement que le mot russe (podpolja). II n'y a pas d'erreur : Bacaiile ecrit. habitues. p. V. en 1925 —■ voir 0. E. X. Manuscrir du Caitpable. 0. tantöt par « souterrain » (et par 1.. Bataille trouverait sa place ici comme le fils d'un pere aveugle et paralytique (syphi- litique) dont la presence est mecaphorisee diversement mais de facon transparente dans ses recics. (Esc-ce l'edition ucilisee par [es Bacaiile ? On saic en touc cas que Georges emprunce Le Sous-sol. puis Notes e^tm souterrain en 1972... reed. toujours sondant les cenebres de sa pensee. en guise de transition entre ces deux nouvelles : « Cette melanco- lique aventure d'un amour sans espoir ec jamais gueri devait avoir sur Le caractere et la vie d'Ordinov une triste influence. cet etre « moralement perverti » (p. 555. Ses mouvements erotiques le terrifient. ä ce que Bataiile nomme le « bas materialisme » en Opposition ä l'idealisme . 57) ? En continuant sur cette lancee. le bas et le haut. La sainte se detourne avec effroi du voluptueux : eile ignore l'unite des passions inavouables de ce dernier et des siennes propres 4.. . pour lui seul. Mais c'est la premiere craduction (1886) qui s'intitulait precisement L'Esprit souterrain (ttad. Morice. 560. la chaine associative de l'obscur. enttarne dans son sillage le reve et le cau- chernar. pröductions souterraines de l'esprit. des pensees qu'ensuite il jecaic dans un tiroir. il a peur de lui-meme. Le souvenir d'etre descendu ä la cave avec mon pere : le plus recule de mes Souvenirs sans doute 2. il avait un ESPRIT SOUTERRAIN. en effet.) II vivait. il y a la descente ä la cave. Plon. dans l'edition de 1909. oü I'on peut lire cet ajout du craducceur.. en une sorte de souterrain. 1929). Je n'ai pas cru devoir retrancner ces pages qui jettent de vive lumieres sur I'ame de cet liomme extraordinaire. de l'absence d'issue. Du fand du Souterrain en 1934. on constace en tout cas que Tenonciation.. de la nuit. L'Homme souter rain en 1979. Halperine-Kaminsky justifie celle-ci en arguant qu'il n'y a pas.) II a lui-meme e"crit cette douloureuse histoire.

0. Or. . p. t. III. C.. .52 « soupente » ici p..) J'aper^ois ces jours p forts soutiens mais de plus en plus je les vois sous formes precaires d'abord qu'iis sont formes avec des car- casses de tonneau aux bois disjoints dans des cercles qu'il faudra remplir de terre puis de plus en plus les Eonneaux disjoints ä eriger. II.) II est necessaire pour Une eriger le tonncau de tirer sur de grosses cordes nojres de suie auxquelles on suspend des finimaux tels que d'enormes rats atroces par la queue mais qui menacent de mordre. mais il faut les tuer » (0.** Cecile Moscovitz L'HOM LE ME. mechancs et sournois. p. (. 156. 9)- 2. « La nudite n'est que la morc et les plus cendres baisers ont un arriere-goüt de rat » sont les der- niers mots d'un reck de Bataille publie en 1947. c'esr lä que se refugient les souris er les rats. On procede comme il suir des ouvriers cavistes extremement virils et brutaux et meme [affrciix mirs] arrivent pour dresser le long et mince tonneau branbnt. t. humilies . Histoire de rats 2.: esc cou Poui Au Georges Bataille dans lagrocte de Lascaux. paratt-il. Tespace intermediaire entre le plafond d'un etage et le plancher de l'etage superieur. ä l'image de l'erotisme de rhomme du sous-sol l. -J' 1. C. signifie aussi « sous le plancher » et designe. APOLI LISE Dan: 1860. Le reve recurrent dont il est question plus haut est d'ailleurs un reve de rats : a (. etres de I'angoisse.. 34)..

9). L'ESPRIT SOUTERRAIN superieur. est couche sur un grabat. mourir.. L'HOMME DU SOUS-SOL Pourquoi parier encore ? LE MEDECIN Au point oü nous en sommes. Le medecin l'ecoute. domestique de l'Homme du sous-sol LISE LE SPEAKER Dans une chambre miserable de malade ä Saint-Petersbourg. aux environs de 1860. parait-il.. L'Homme du sous-sol. J'aurais du m'en aller sans rien dire. quelques J'aperjois ces jours peut-etre..p. sale. naux reis que :. assis sur un fauteuil..n.t.. L'HOMME DU SOUS-SOL . echants et Dosto'ievski adapte par Georges Bataille La nudite mc les der- et Marie-Louise Bataille Moscovitz PERSONNAGES L'HOMME DU SOUS-SOL LE MEDECIN APOLLON. . un ancien fbnctionnaire äge de cinquante-quatre ans... jaunätre. Neige-t-il encore ? avec des car- us en plus les LE MEDECIN ils e: brutaux fcessaire pour Une neige ä peine fondue... dans quelques heufes.

je veux parier. Je devrais partir. LE MEDECIN Con Quelles occupations ? L'HOMME DU SOUS-SOL Mourir est une besogne comme une autre. Mais. ä mes J'eus tl occupations. ä moitie fondue.. rout ä l'heure qui ne vouliez pas la continuer... me laisser seul dans ma soupente. Ecoutez la fin de mon histoire. la neige tombait... lä dans mon silence. flocot .. une neige sale.. Dormez. Ce jour-lä. VOUS E LE MEDECIN malad Vous vous agkez. vous allez partir.. l'homme du sous-sol J'en Je sais. vous etes fatigue. LE MEDECIN J'ei eux c Cest vous-meme. que j'ai peur. j'ei que je ne me tairai pas. ans. Vous savez bien que je suis lache.54 Georges Bataille et Marie-Louise Bataille L'Esprit l'homme du sous-sol . (Amerement).. II y a vingt ans c'etait plus gai.... Parle l'homme du sous-sol (vmmnt) Non. V LE MfiDECIN i NIa^ Cessez. dans les monta epoqu bureaux d'un ministere. l'homme du sous-sol Poi Ne partez pas. pour rivai. aussi. (D'un ton lasse) Naturellement. je Ma s dois parier. Je ü't LE MfiDECIN Ne parlez plus.

j'ai le temps. autrefois.. Dejä ä cette epoque — ec je n'avais que vingt-quatre ans —. Depuis crente on silence. LE MEDECIN N'aviez-vous pas d'amis. Je cessai meme de les saluer. je Ma solitude accuelle vous effraie.. ils etaient parcis. . LE MEDECIN Parlez si vous voulez. Je savais les recrouver dans cecte maison. Ce soir-lä. Pourcanc quand j'y ar- rivai.. Mes rapports avec mes collegues furenc de courte duree.. dans ies moncable envie. l'homme du sous-sol J'etais desespere. LE MEDECIN Comment pouviez-vous supporter la solitude ? Personne ne le peut. comme im lache. Mes collegues m'avaient humilie. J'avais la vie et l'humeur d'un vieillard mechant. Maintenanc. Mais eile dure depuis crence ans. pour me relever. tout au moins des camarades de travail ? l'homme du sous-sol J'en ai eu. une envie de violence peniblement impuissante. LE MEDECIN Pourtant.. Je voulais les provoquer.. Vous m'avez parle d'une maison de einhauche.. j'etais dejä cet etre accable que vous soignez aujourd'hui.. ans.. vous vous amusiez. d'un malade. L'envie me venait de m'agiter parfois... comme aujourd'hui. l'homme du sous-sol Je m'ennuyais affreusemenr. :nte. une insur- li. a mes J'eus tot fait de rompre avec eux toutes relations. j'ecouffe dans cette solitude. L'HOMME DU SOUS-SOL parier..tise Bataille L'Esprit souterrain 55 LIIOMME DU SOUS-SOL Je n'en avais plus la force. la neige tombait ä gros flocons. ec je m'etais conduit avec eux comme im insense (plus bas).

etrange.56 Georges Bataille et Mark-Louise Bataille LE MEDECIN N'est-ce pas lä que vous avez rencontre cette jeune fille dont vous m'avez parle. et ce froid ici : c'est sinistre.. l'homme du sous-sol Doü C'est ceia. Elle resta d'abord devant moi.. Cette neige.) L KOMME DU SOUS-SOL Comment t'appelles-tu ? LISE (tout has) Lise. Oui. L'HOMME DU SOUS-SOL Quel temps fait-il aujourd'hui. Elle donnait l'impression d'une bonte ingenue. (Les chants s'eteignent doucement. au grenier. au moment oü nous sommes entres.. Qüand le patron l'a faite entrer — eh je la revois si bien — eile avait l'air un peu etonne. Je me rappeile aussi que dans la chambre.) .) Ecoutez... la seule peut-etre que vous avez jamais aimee ? l'homme du sous-sol Ne parlc2 pas ainsi. LE MEDECIN Jolie ? L KOMME DU SOUS-SOL FraTche... c'est lä que je l'ai rencontree.. la pendule sonnait trois heures. On enten. c'est le meme. trh hin.. grave. Non. Nous sommes montes dans une chambre. (On entend une pendule qui sonne lentement trois heures...) (La schie suivante dans um atmospbere moins brulalement reelle. puu de plus enpluspres des cbants russes. puis uneporte qui se referme. dait des^chants au rez-dc-chaussee. (On entend. LE MEDECIN Vous m'aviez dit: une jeune fille un peu pälotte. Un visage frais mais trop päle.... le merne que ce jour-lä. Ce chant.

L HOMME DU SOUS-SOL As-cu des parents ? ■iceinmt..lle aussi . Russe.) Ici ? Ou dcmc ? L HOMME DU SOUS-SOL Dans certe maison. L'Esprit souterrain 57 Batail/e LISC II fait toujours froid ici. L HOMME DU SOUS-SOL Tu es de Saint-Petersbourg ? LISE Non.) LISE 'it reelle. L HOMME DU SOUS-SOL Allemande ? LIS1- pression Non. n enten- ies chants L'HOMME DU SOUS-SOL . L1SE Quinze jours.aic trois Depuis combien de temps es-tu ici ? rtferme. L HOMME DU SOUS-SOL D'oü alors ? er — eh LISE De Riga. 2 parle..) .

Parce L'HOMME DU SOUS-SOL Oü sont-ils ? LISE Lä-bas. ä Riga... non. Ä ca L'HOMME DU SOUS-SOL Quel äge as-tu ? LISE Vingt ans... L'HOMME DU SOUS-SOL Pourquoi les as-tu quittes ? . L'HOMME DU SOUS-SOL Tu avais toujours vecu avec eux ? LISE Oui. L'I-IOMME DU SOUS-SOL Que sont-ils ? LISE Rien. Georges Bataille et Marie-Louise Bataille 58 LISE Oui. Si pourtant. toujours. l'hommd du sous-sol Comment rien ? De quelle condition ? LISE Artisans.

. II y avait süremenc de l'eau dans la fosse. USE D'une cave ? L HOMME DU SOUS-SOL Pas d'une cave . Et quelle salere alentour : des coquilles. une affreuse odeur.. Les fossoyeurs ont du maudire la neige.uise Bataille L'Esprit souterrain 59 L1SE Parce que. mais d'un sous-sol. L I-IOMME DU SOUS-SOL Figure-toi que ce mann dans la rue. des hommes ont failli laisser tomber un cercueil qu'ils transportaient... Ne me demande plus rien : cela m'ennuie. C'est terrible d'encerrer aujourd'hui... .) LISE Pourquoi me parlez-vous de cela ? Qu'importe ? L HOMME DU SOUS-SOL C'est vilain. On sortait ce cercueil d'une cave. (llbäille. alors que je me rendais dans mon bureau. Tu sais bien. LISH Pourquoi cela ? L'HOMME DU SOUS-SOL A cause de la neige. au Marche au Foin. de l'humidite. des ordures... LISE Un cercueil ? L HOMMB DU SOUS-SOL Oui. d'une maison mal famee.

Ce n'est pas la meme chose.60 Georges Bataille et Mark-Louise Bataille L'Esprit s LISE Mais au fletriras. ou de Tu pe quelque chose. Eh bi LISE Eh bien. Pourquoi y aurait-Ü eu de l'eau dans la fosse ? LHOMMli DU SOUS-SOL Au bo Mais oui. LHOMME DU SOUS-SOL Tu mourras bien un jour. on t'appreciera tant que tu seras ainsi. et de la meme facon que cette femme hier. plus tard..) Mais pourquoi mourrais-je ? Quand o vous quii l'homme du sous-sol Je ne dis pas maintenant. Au cimetiere Volkove. Lise.. il n'y a pas uhe seule tombe a sec.. Je nef LISE Vous me parlez de cela par mechancete. Taisez cela ne te ferait donc rien de mourir ? LISE Ce n'e Pourquoi mourrais-je ? poitrine.. touji Foin. LISE En toi maison p Pourquoi ? son. Maisc LHOMME DU SOUS-SOL Ce n'est pas la meme chose. On t'apprecie.... mais plus tard.. II y a partout des marais ici. Elle est morte de la poitrine. C'etait aussi une. il y avait bien six pouces d'eau dans le fond. fraiche. pour vous venger de quelqu'un. On depose les morcs dans l'eau.. soit. tu es jeune et belle.. Maintenant. l'homme du sous-sol Tu demandes pourquoi ? Mais c'est un endroit marecageux. (Avec Irritation. jeune fllle. Que p . Je l'ai vu moi-meme bien des fois.

je mourrai. Mais au bout d'un an de la vie que tu menes ici. Quand on mene une pareille vie. tant pis. LHOMME DU SOUS-SOL Mais on regrette. Voilä comment tu mourras. tres changee. tu iras dans une troisieme mai- son. Par malheur. tu ne seras plus la meine. üu de Tu peux le devenir apres un refroidissement. la maladie est tenace..im Bataille L'Esprit souterrain 61. L HOMME DU SOUS-SOL i'liu.. si tu contractes une maladie. une faiblesse de la poitrine... Tu devras quitter cette maison pour une autre. LISE C'etait aussi Je ne suis pas malade. Tu te fletriras. par exemple. inferieure. il LHOMME DU SOUS-SOL En touc cas. tu es seras ainsi. tu seras changee. Taisez-vous. partout des LISE »S fois. LISH Eh bien. tu echoueras dans quelque cave du Marche au Foin. LISE enant. Que peut-on regretter ? . toujours plus bas et dans sept ans. dans un an. L HOMME DU SOUS-SOL Ce n'esr rien encore. Lise. LISE Au bout d'un an ? Volkove. Un an plus tard.. Elle s'attaque ä vous et ne vous quitte plus. ou quelque chose de semblable..

Fi. Pour- quoi es-tu venue ici ? LISE Mai im Comme ca. la vie. la vie est belle .... ce n'est qu'horreur et infection. Quand on aime. Voyon LISE (d'un ton brusqut) Toutes celles qui sonr mariees ne sont pas heureuses. n'importe comment. ÖLise lise Oh.. certes.. Mais cela vaut mieux que d'etre ici. Meme dans le malheur. Une jeune fille comme toi n'esc süre. Infmiment mieux. Oh. il fait Se peu bon vivre. Mais ici.. etre heureuse.. on peut se passer de bonheur. m l'homme du sous-sol Pas toutes. C'est e L HOMME DU SOUS-SOL que tu n< II fait si bon vivre dans la maison paternelle. Mais v L HOMME DU SOUS-SOL Tu as un amoureux ? Si j'avi lache {ton LISE Que vous importe ? Pourqi L HOMME DU SOUS-SOL Tu es jeune. Tu pourrais te marier..62 Georges Batailh et Marie-Louise Batailie L'Esprit j L'lIOMME DU SOUS-SOL On regrette la vie. Ecoute . LISli II ne fa Quelle jeune fille suis-je donc ? Ne sais-tu pas que certaines gens sont Contents de vendre leur fille plutot que de la marier honorablement. belle. lement ? ment pas venue ici de bon cceur.

.. Dntencs de l'homme du sous-sol Ecoute : tu as beau etre jeune.. Lise. l'homme du sous-sol C'est etonnant ce que I'habitude peut faire d'une personne. Püur- LISE Maintenanc. Sais-tu qu'aussköt que . que tu seras roujours belle et qu'on te regardera eternel- n est sure- LISE II ne faut pas se le demander. tu es vraiment malheureuse.. Crois-tu serieusement que tu ne vieilliras pas. l'homme du sous-sol ix. LIST: Mais vous. jolie. j'ai I'habitude. l'homme du sous-sol Voyons. Quand . bonne. moi. L'Esprit souterrain Mi Bataille 63 L HOMME DU SOUS-SOL O Lise. n'etes-vous pas malheureux ? l'homme du sous-sol Si j'avais eu une famille dans mon enfance.lle . il fair Se peut-il que tu ne sois pas ecceuree d'etre ici ? Fi. vous qui me parlez ainsi. il s'agit bien de livres. LISE (douce et timide} Pourquoi me parlez-vous ainsi ? Et vous parlez comme un livre. lache (tont bas) aimant ä torturer. LISE Oh. fourbe... je ne serais pas ce que je suis. Tarne sensible. II s'agit de toi.

comme si tu n'avais jamais existe. tu frapperas en vain au couvercle de ton cercueil.. mais d'un regard. Laissez-moi vivre encore une fois. Seras-tu jamais libre. La boue et la vase. je me serais mis ä genoux devanc coi. Personne au monde ne viendra jamais vers toi : ton nom disparaitra de la terre. ici oü je sais que je n'ai qu'ä siffler et que bon gre mal gre. On ne peut venir ici qu'en etat d'ivresse. ma vie a ete gachee. mais toi qui subis la mienne. toi ? Reflechis : qu'asservis-tu ici ? Ton äme qui ne t'ap- partient plus et qui est asservie avec ton corps.. Je n'aurais pas ose avoir ä ton sujet une pen- see impure. heureux non seulement d'une parole. Je t'aurais regardee comme ma fiancee et m'en serais fait honneur. Le dernier des paysans qui se loue comme ouvrier ne se lie pas tout entier. Pourquoi t'ai-je rencontree ici.64 Georges Bataille et Mark-Louise Batailie je me suis trouve ici avec toi. menant la vie des honnetes filles. Quand tu seras morte.) L'HOMME DU SOUS-SOL (continuant avec exaltation) Ecoute encore. je me serais peut- etre epris de toi. quand les morts se relevent et tu crieras en vain : « Bonnes gens. ÜSE Pourquoi le dire ? Ce n'est plus la peine. lise (hos) Taisez-vous. la nuit. Ce n'esc pas toi qui comptes avec ta voionte. LISE Pourquoi prenez-vous plaisir ä parier ainsi ä une creature humaine ? (Elle p/eure. laissez-moi vivre un peu sur terre. on l'a bue dans un cabaret du Marche au Foin. bonnes gens. L HOMMll DU SOUS-SOL Si je c'avais connue ailleurs. l'homme du sous-sol Si. il sait qu'il y a un terme ä son engage- ment. » . cela m'a ecoeure. il faut que je te parle encore. j'ai vecu sans connattre la vie. tu dois me suivre. Je t'aurais guettee ä la porte.

.. Je ne veux pas que vous me voyiez pleurer. II faut que vous sachiez. Au hin. C'etait dans une famille honorable. L HOMME DU SOUS-SOL Lise.. Je savais que je te brisais le coeur. Adieu.. crispe. Mais je cachais de t'atteindre plus vite et plus fort. et. absolument respectueuse. Lisez. Allez-vous-en. Viens me voir. je m'en vais..) tout ä fait honorable. Nous nous reverrons. aysans qui se son engage- L HOMME DU SOUS-SOL . des le lendemain du bal.) IJSE Allez-vous-en. Voici mon adresse. ijec une pen- Allez-vous-en. LI-IOMME DU SOUS-SOL /erde de ton Oui.) Ceiui qui me l'a ecrite est un etudiant en medecine. ore une fois. Lise. il fauc me croire. Ne me regarde pas avec ce visage egare.rdee comme LISF... Nous avons danse ensemble ec il se trouvait que nous nous ecions connus ä Riga. j'ai eu tort.. qui ne t'ap- endra jamais Et maintenant.. Lise. (A mi-voix. LISE a ete gächee. l'homme du sous-sol serais peut. Calme-toi. Et. Bonnes gens. Ils ne savaient pas que j'etais ici.. mon amie. Je l'avais rencontre dans une soiree dansante.. . pardonne-moi. Vous m'avez parle comme personne ne m'a parle. Oui.. il m'a adresse cette lettre par une amie. Je voudrais que vous lisiez cette lettre avant de partir.. d. repren- les chants russes. une famille (Elle pimre. Je t'aurais . >u je sais que LISE (dam im murmure) t pas toi qui Je viendrai. La boue LISE Attendez. iste. cette lettre est une declaration respectueuse..mise Batailie L'Espvit Souterrain 65 i qu'en ecat (Oti entmd Lise sangloter depuis un moment.

. Qu'est-ce qu'il y a donc en moi ? On a parfois Ies nerfs detraques comme une femme. l'homme du sous-sol Tu lui as repondu ? LISE (d'un ton las) Ä quoi bon ? Fallait-il qu'il apprenne que j'etais ici ? Rendez-moi ma lectre. Lise. toujours. (Plus bas. Je veux la garder.... Je viendrai. Fi donc...... peu importe. l'homme du sous-sol Adieu. Et pourquoi diable lui ai-je donne mon adresse ? Si eile allait venir ? D'ailteurs. de mes contradictions. LISE Adieu. (Bruit de sortie. ces sentimentalites.... Vous riez de moi. Ces Souvenirs vous semblent etranges. quelle vienne. toutes ces horreurs.) II (La musique s'eloigne de plus en plus et s'eteint.) l'homme DU SOUS-SOL (d'une voixplus apre et plus dans la realite) Vous me regardez avec etonnement. (Musique. me parier avec respect. Vous voyez bien qu'on peut m'aimer honnetement.. dans la chambre de l'Homme du soussol.. il faudrait qu'elle vienne. insenses. docteur.) (Trois jours plus tard.. Georges Bataille et Marie-Louise Bataille 66 l'homme du sous-sol Et? LISE Voilä tout.) Oui..) l'homme du sous-sol Qu'ai-je fait lä ? Ah.

LE MEDECIN ma lertre.. menteur. quel soulagement en moi. Je Pourquoi malhonnete ? Moi.. Je lui avais joue la comedie. Fi donc.. apres quinze ans. si je ne l'avais jamais revue. je fus accable au souvenir des paroles que je lui avais dites. Vous aimiez cecte fille sans le savoir. Mais mon histoire ous semblent n'est pas finie. L'HOMME DU SOUS-SOL Ah.. Et que je ne vis plus que ces larmes de Lise. Oui. il faut que vous l'ecoutiez jusqu'au bouc. (II rit amerement. Ses larmes.. Vos paroles.... de lache.... LE MÜDECIN Mais non. Ä peine l'avais-je quittee. douloureux..) L'HOMME DU SOUS-SOL :st-ce qu'il y a Oui. la comedie de I'homme superieur.) Oui.. je vous comprends. l'avaienc sauvee. LE MEDEC1N *> .! lleurs. meme si vous devez me mepriser.. convulse.. peut-etre.) Des le lendemain. c'est bien cela ! j'avais voulu eveiller en eile de nobles sentiments.. n'esc-ce pas ? Dites-le-moi encore. Les larmes ont une influence bienfaisante. Toute cecte affaire avait quelque chose de vil.. qu'elle avec le pitoyable sourire qui errait sur ses levres pendant que je la torcurais. crispe. inutile.. L'HOMME DU SOUS-SOL parier avec Allons donc. j'avais peut-etre parle sincerement. Aujour- d'hui encore. LE MEDECIN Et vous aviez reussi. apres tout. II faut que j'aille jusqu'au bout. .. L'HOMME DU SOUS-SOL (avec desespoir) ite) ^ Elles l'auraient peut-etre sauvee. (Avec une joie inte'rieure. de plus lache que touc ce que j'avais fait jusqu'alors. J'avais revetu pour eile un masque malhonnete. du heros. si je pouvais penser que vous aviez raison. 'e l'Homme du II n'avait pas ete inutile.. 3 mit de sortie.. je suis sür que vous aviez parle sincerement. je me ia represente toujours avec ce sourire pitoyable. Vous l'aviez fait pleurer et c'est ainsi que vous l'aviez aidee. son visage bleme. Oui.0/üse Batai/Ie L'Esprit sotiterrain s-.....

ä la pensee que Lise viendrait peut- etre me voir. la medlochte de ces vÜaines ämes sentimentales.. tout. en pleuranc ? Mai"s^ tera pendt c'est parce qu'elle ayait pleure que vous ne pouviez arracher son Souvenir de vous. frappee. ui L'HOMME DU SOUS-SOL zezayait. II faut que je vous dise tout. ainsi. Je ne voulais pas non plus de me reg. m' avait üsses. que je ne m'interessais plus ä eile. Je la detestais.¥coutez-moi encore... Et tente. j'aurais crache I'actends. c'etait par derision. vous-meme.. me donn dans l'af LE MEDECIN j'entends ä entencki En quoi s'etait-elle montree sentimentale ? En vous ecoutant.. Et j'avais surtout une honte affreuse lais-tu voi d'Apollon.68 Georges BataUle et Marie-Louise Bataille L'Esprit i LE MEDECIN Nous autres medecins. cette femme que vous aimiez. je l'aurais chassee. tone con Alors. contre la nier des betise. je reviens. De rage contre ces cceurs purs.. c'est parce que vous aviez peur de ne plus apparaitre ä eile comme le heros. oui. Mali que Lise voie la misere de mon logis. cherchez bien tout au fond de vous. nous essayons de les C'etai comprendre.. sauveur que vous aviez ete pour eile un soir. le crin s'echappait de mon divan en moleskine... Apoll 01 tez pas —.. L'HOMME DU SOUS-SOL Et il s'i Vous me parlez avec la cruaute que j'ai quelquefois avec moi-meme.. que je ne voulais plus la Viendr revoir. je fus pris d'une sorte de rage. L'HOMME DU SOUS-SOL (l'interrompant) Moi-meme j'avais par instants l'envie d'aller lui dire que si je lui avais parle ainsi. Ma robe de chambre ecait en guenilles. je l'aurais insultee .... LE medecin (etonne) Je venai Apollon ? ? Ce n'est . sur eile. Des le lendemain. Eh bien. LE MEDECIN Cherchez en vous-meme.. Si eile avait ete pres de moi. que vous aimiez — ne protes. nous ne meprisons pas les hommes.. ( vous dirai plus encore. Si vous redoutiez ainsi de la revoir.

..) Je parlais seul. II zezayait. une houppe qu'il se flxait sur le front et qu'il pommadait ä l'huile.) lis parle ainsi. Halte. j'eus avec lui une scene epouvantable. sans rien dire. reponds maintenant : que vou- lais-tu voir ici ? "* - honte affreuse APOLLON (tres calme) Je venais voir si vous aviez quelque chose ä me Commander. Bien. avec des cheveux peignes.) .. (On commence ä entendre. le crin ainsi. d'une voix basse et mono endrait peut. (On entend le chant seul pendant un instant. le. tone comme au chevet d'un mort. Trois jours apres ma rencontre avec Lise dans l'afrreuse maison.. Halte.lle comme le (Bruit de pas qui s'eloignent.) Halte. une scene que j'entends encore.) Et il s'en va maintenant. C'etait ma plaie. Reviens. le soir. Ce cbant s'attgmen- eurant ? Mais tera pendant les paroles qui suivront. d'komme. je reviens. je i'aurais crache l'attends.ous redoutiez L'HOMME DU SOUS-SOL (violemment) — ne protes. Ma patience est ä bout. le chant russe de la premiere scene avec Lise. II me meprisait.. II adorait chanter les psaumes..) Qui t'a permis d'entrer chez moi sans permission et de me regarder ainsi ? lleponds. ä son sourire navre et inutile.. (Tremblant de colere. . j'etais epuise ä force d'at- lir de vous.. C'esc mon devoir. (Brüh d'une porte ouverte et de pas.. l'homme du sous-sol Ce n'est pas cela..ouise Batailie L'Esprit sonterrain 69 L HOMME DU SOUS-SOL isayons de les C'etait mon domescique alors. Je pensais ä Lise. Apollon.. (Violemment. Ne bouge pas (les pas s'arretent). bourreau. un fleau que m'avait envoye la Providence. il me tenait pour le der- )urs. Eh bien.) .. II m'inspirait parfois une teile haine que sa seule demarche me donnait presque des convulsions. Et tente. II etait äge\ grave . Sans aucun doute. (Les pas se rapprocbent. lisses. tres hin. coacre la nier des imbeciles. Tu ne veux pas repondre ? Ne me tourne pas le dos is pas non plus enilles. ce n'est pas ce que je te demande. C'est lui encore avec son regard fixe. l'homme du SOUS-SOL (d'une voix basse et dejä unpeu irreelle) oulais plus la Viendra-t-elle ? Pourquoi lui ai-je donne mon adresse ? Et depuis trois jours..

APOLLON Je n'ai pas ä vous demander pardon. bourreau.70 Georges Bataille et Marie-Louise Bataille Je vais te le dite. Vous avez beau vous demener. il n'arrivera den du tout. combien c'est bete. avec ton silence. bete.. je te tuerai. bourreau ! {Puls plus bas et d'un ton mesuri) Apollon.) Bourreau. par orgueil.onnes pas. respectueusement.. bete.. Avez-vous jamais vu qu'on aille chercher les autorites contre soi-meme ? Oh. vas-y ä l'instant. C'est pour cela que tu me tortures avec tes stupides regards. Inutile de vouloir me faire peur. (Bruit de tiroir qu'on ouvre et de pieces de monnaie qu'on remue. Tu vois que je ne te donne pas tes gages . car c'est vous qui me traitez de « bourreau » et je pourrais porter plainte au commissariat. tu verras ce qui arrivera.) Les sept roubles que je te dois y sont. Tu le vois bien. Vas-y. Mais c'est pour cela que tu m'epies. L'HOMME DU SOUS-SOL Tu le feras. APOLLON Vous avez perdu l'esprit. Mais tu es quand rneme un bourreau.. Je t'en donne ma parole. le voila I'argent.. va sans plus tarder chercher le commissaire. tu ne les auras pas avant d'etre venu. me demander pardon.. moi. ne me regardez pas ainsi. (Criant presque. Tu entends. APOLLON Pourquoi vous mettre en colere ? l'homme du SOUS-SOL (avec violeme) Regarde.. mais tu ne les auras pas. Ä . Et tu ne soupc. Je te frapperai.. L'HOMME DU SOUS-SOL (hors de lui) Va-c'en. je te. Sinon. humblement. ce que tu venais faire ici. tu le feras. que tu rödes autour de moi. L'HOMME DU SOUS-SOL Va. va te plaindre tout de suite. APOLLON C'est impossible. tu ne veux pas les reclamer. bete.

Je veux que tu nous laisses seuls.) APOLLON (severe) II y a une certaine personne qui voudrait vous voir. bourreau. sans rien dire...... On peut etre pauvre et^noble.. Avec ma robe de chambre en loques.. je la regarde avec fierte.. (Tres gem. dans cet etat. Lise... Je suis pauvre.ou'm Bataille L'Esprit sonterrain 71 (Bruit de porte qui s'ouvre. de nous revoir. sortie d'Apollon.. mais noble. Elle a vu cette scene avec cet homme. (Criant 1. Tu m'as trouve dans une Situation bizarre.) Assieds-toi. (La pendule sonne sept heures. Non. (Bruit de porte ouverte. LISE (bas) Oui. va sans plus l'i-iomme du sous-sol :e qui arrivera. Au contraire... Je ne peux plus voir ce domestique. trreau.) Je ne veux pas la voir... LISE Je vous derange. non. Je ne veux pas.... (Bruit de fuite de porte violemment refermee. ne va pas croire que j'ai honte de ma pauvrete. Je ne veux pas la voir.. Bien sür. Ne reste pas debout comme cela.) l'homme du sous-sol (dam un cri) Lise.. l'i-iomme du sous-sol Va-t'en.. Pardonnez-moi. L HOMME DU SOUS-SOL Ä propos.) Pardonne-moi. je ne peux plus. veux-tu du the ? . r les autorites LISE (toujours bas et timidement) me faire peur... Nous sommes tous deux surpris.

) LISE (apeuree) Des Qu'avez-vous ? Que se passe-t-il ? je te le. tu dois me sauver. l'homme du sous-sol (a lui-meme) Je s je suis Ne vaudrait-il pas mieux me sauver comme je suis.. Va chercher imme- diatement ä la taverne du the et dix biscuits... Si tu me le refuses. .) l'homme du sous-sol (fievreusement et cbuchotant) No Apollon. (II frappe sur um table. En revanche. quel bourreau il est pour moi.) Oh.) Pou Pardonne-moi. (Bruit de rentree. je le tuerai. qu'avez-vous ? Eh I parce c l'homme du SOUS-SOL (dam la mime violence) Je le tuerai.) Tu ne sais pas. Attends un instant.72 Georges Bataille et Marie-Louise Bataille UEsp LISE Non.. Voilä tes gages (bruit de monnaie sur um table).. tout. Ne va pas t"imaginer.. Mais non.. tu feras un malheu. en robe de chambre trouee. LISE (timidement) Ah. Tu ne sais pas quelle est cette femme. Lise.... Je.. II. De LHOMMB DU SOUS-SOL Si. Apollon. Voi reux. Tu vois je te les donne. je le tuerai. Im (Bruit de sortie. cet homme. APOLLON Pre J'irai. bien sür. C'est mon tourmenteur. Tu ignores quelle femme c'est. droit devant moi. Elle est tout pour moi. (il eclate en sanglots. Advienne que pourra. II est alle maintenant chercher des bis Non cuits.. le jour oü je te les dois. j'etais alle donner des ordres (Avec um violence soudaine.

Oh.. Lise. Non. Lise. je. im malheu. de lä-bas. •. ]uel bourreau LISE eher des bis.. dis-le-moi.mise BataÜle VEsprit sottterrain 73 l'homme du sous-sol De l'eau.. Tu es venue parce que je t'avais dit des paroles compatissantes.. APOLLON Inutile. partir pour toujours. Mais Sache bien. (ä'um voix hasse). ma fille. LISE Je suis venue vous dire que je veux partir. (il rit amerement).. cet LISE Je. va-t'en.. reponds.. je suis maladroite. Ne va pas L'HOMME DU SOUS-SOL (avec coiere) Prends ton the. . Je vous gene sans doute... Vous savez bien que. c'est moi qui vais le dire.) Pourquoi es-tu venue... mbre crouee..) l'homme du sous-sol Non.. Sache que lorsque je te les disais je me suis moque de toi. Tu ne dis rien. tu me meprises ? vois je te les LISE (tres troubiee) rcher imme- ....... pourquoi tu es venue.. Vous ne voulez plus rien ? ■lüt de sortie. it. L HOMME DU SOUS-SOL Des paroles compatissantes. Tu voulais en enten^lre encore. donne-moi de l'eau.ine. je t'en prie ? Reponds. L HOMME DU SOUS-SOL Eh bien. l'homme du sous-sol (baletant) uit derentrie..) Oh. voici le the...

pardo jetant l'HOMME DU SOUS-SOL (nerveux. J'ai pris peur et.. que j'etais pire que toi. Coi L'HOMME DU SOUS-SOL II fallait me le jeter ä la face.. Mais je n'ai pu jouer mon röle jusqu'au bout. L HOMME DU SOUS-SOL Par. ta crise de nerfs. ou no: me to LISE {bat) Non.. Ce n'est pas vrai. je t'ai donne mon .. le pouvoir sur un etre. par betise.. C'est le pouvoir. tu pensais que j'etais venu expres pour te sauver. Du LISE alors et vil. je me suis moque de toi : on m'avait humilie et je voulais humilier ä mon tour. ton humiliation. Et aujourd'hui encore. Je voulais provoquer tes larmes. L HOMME DU SOUS-SOL Ce Si.. Oui.. c'est vrai.. Dieu sait pourquoi. Voila ce que je voulais..74 Georges Bataille et Mark-Louise Batatlle L'Esp LISE {dam im cri) adres: cette Oh.. Et toi. me sauver. Cor LISE on ne Taisez-vous. On m'avait froisse comme un chiffon et je voulais montrer mon pouvoir.. comme un divertissement. Ah. Le pensais-tu ? Ou LISE (terrorise'e) honte Ne parlez plus. puls peu d peupleurant) comrr pardo Te sauver ? Te sauver de quoi ? Je suis peut-etre pire que toi. Voilä ce qui en est. LHOMME DU SOUS-SOL Di. je me moque de toi. le pou voir qu'il me fallait alors. parce que je suis une chiffe. n'importe lequel... n'est-ce pas ? Tu le pensais ? Dis. tu tressailles..

je ne te Ies pardonnerai jamais. en loques. Eh bien. Est-il possible que tu n'aies pas encore devine que je ne te pardonnerai jamais de m'avoir surpris dans cette robe de chambre. J'etais ä peine rentre chez moi que je t'accablais de maiedictions ä cause de certe adresse donnee. (L'komme du sous-solpleure ä son tour. dans cette guenille dechiree. Je te detestais dejä parce que je t'avais menti. Que m'importe ta personne et que tu te perdes ou non lä-bas ? Que veux-tu encore ? Pourquoi apres rout cela restes-tu plantee lä. parce que tu m'as ecoute ? Car on ne se confesse ainsi qu'une fois dans sa vie et encore. maintenant. je tremblais de te voir venir. l'homme du sous-sol Durant ces trois jours. Et Ies larmes de cout ä l'heure que... comme une bonne femme confuse.a. sache que j'en ai honte par-dessus tout. LISE Parlez encore. LISE (bas) Dieu.) . lä..) l'homme du sous-sol Comprends-tu comme je vais te hair. sans nous voir. (Lise sanglote... jamais non plus. LISE (ä dk-mhm) C'etait c.. dans mes bras...Louise Batailh L'Esprit Souterrain 75 adresse. expres pour te l'homme du sous-sol Oui.. je t'ai dit que je n'avais pas honte de ma pauvrete. Sais-tu ce qui me tourmentait alors ? C'est que je t'etais apparu comme un heros et que tu allais me voir miserable et vilain. dans une crise de nerfs. je n'ai pas pu retenir en ta presence. et me jetant sur Apollon comme un mechant roquet. ä me torturer par tes regards ? Pourquoi ne t'en vas-tu pas ? LISE (doulouremeimnt) Comme vous devez etre malheureux..

. Et je ne pouvais pourtant imaginer ce que je ferais de l'objet soumis. je me suis toujours represente l'amour comme une lutte. Tu me fais peur. d'etre bon.. commencee avec haine et terminee par 1'asservissement Me moral. pour moi signifie tyranniser et dominer moralement. je suis incapable. sans espoir.. Je crois. cependant.. mais. Dans mes reves Souterrains. Tu me regardes comme un fou. läse. calmez-vous. LISE (machinalement) Sans espoir. .. L'HOMME DU SOUS-SOL Comme je te deteste et comme tu m'attires. Cest comme c. que tu es incapable d'aimer..76 Georges Batailh et Marie-Louise Bataille L'KOMME DU SOUS-SOL Lise.. Toute ma vie je n'ai pu me representer un autre amour..) LISE Pourquoi me regardes-tu ? Tu m'as humiliee ä nouveau.. — On entend encore Lise qni p/eure doimment. LISE (doucemettt) Caln^ez-vous.. l'homme du sous-sol Oui. sans espoir. incapable d'aimer... LISE (dmdotmusement) Pourquoi impossible ? l'homme du sous-sol Parce que je ne peux pas aimer.. Je crois que l'elan que tu as eu vers moi.. l'homme du sous-sol Oui.... je vous aime. Aimer. LISE (apeuree) Je ne vous comprends pas.... et pourtant.... il m'est impossible de t'aimer. ma fille.. (plus bas) que cet elan etait une vengeance... (Musique.a...

... le salut dans n'importe quelle perdition.) LISE Adieu. c'est la resurreccion. (Bruit de pieces jetees sur um table... Je ne veux pas... Attends ! LISE (lasse) Que veux-tu encore ? •* . pourtant. L HOMME DU SOUS-SOL Qu'y a-t-il d'incroyable ä cela. Pourquoi souris-tu ? (Bruit de sortie. je vais partir...... puisque je suis moralement perverti et deshabitue de la « vie vivante » ? LISE L'amour.. la regeneracion. Tu me (Elleferme la porte — on l'entend descemlre l'escalier. \ L'HOMME du sous-sol (avec mechancete) r et dominer II faut que je sois quitte avec toi. Ah.um Bataille L'Esprit souterrain 77 LISE Je..) Je suis dans le souterrain.. mais ta pre- sence seule m'est insupportabie.) . partir..) LISE {dans un cri d'borreur) rs represente iservissement Me payer. Je ne te deteste plus autant.. je ne veux pas.. is.... La « vie vivante » m'oppresse trop. Je veux rester seul.. Laisse-moi. Mecs ton chapeau et va-t'en.. que tu es LISE (tres lasse) Oui... voilä. l'homme du sous-sol ?e doticewent. Je vais partir.. le I'elan que .

Neparspas..) l'homme du SOUS-SOL (ä la cantonade — tres timidement) Lise...) l'homme du SOUS-SOL (a lui-meme avec egarement) L'argent. pour la ramener ä tout prix.) ■L'HOMME DU SOUS-SOL (pleurant mais dans la realite) Voilä... Lise..J komme du sous-sol ouvre la porte ä so» tour. LIIOMME DU SOUS-SOL Ä quoi bon ? Le lendemain.. (La musique cesse... d'implorer son parclon. Pou- vais-je lui donner le bonheur ? LE MfiDECIN Des hommes ainsi moisissent moralement dans un coin.. Ou etait-elle allee ? Pourquoi courai-je apres eile ? Je me sentais capable de baiser ses pieds. L'HOMME DU SOUS-SOL Naturellement. eile a jete l'argent avant de partir. Lise.. je courus comme un fou mettre une pelisse et je m'elangai ä la suite de Lise dans la neige... Je fis environ deux cents pas en courant.... (appelant plus fort et de'sesperement).. vous avez tout entendu.78 Georges Bataille et Marie-Louise Bataille (Musique — /'Ouvertüre de Coriolan.. LE MfiDECIN Vous n'avez pas poursuivi Lise... deshabitues de la realite et pleins d'une animosite vigilante.. LE MEDECIN Eh bien. (On entend le bruit d'une lourde porte qni se referr/ie. un moment apres. je l'aurais detestee ä cause meme de ce geste. ..

que sais-je ? Et. jamais. apres tant d'annees. pourtant.... (Riant amerement.) l HOMME DU SOUS-SOL Et pourtant. cela me fait encore une Impression etrange. N'essayez pas de m'en sortir. (Musique.. LE MllDECIN Non....... Vous ne dites plus rien. (On entendtres loin le chant russe des scenes avec Lise. Je n'ai meme plus entendu parier d'elle. une pelisse et LE MEDECIN as en courant.. ä moi.. Laissez-moi donc mou- rir... maintenant. etrange. LE MEDECIN Avez-vous revu Lise.... Je suis dans le sous-sol.. de parier d'elle. l'homme du sous-sol (ä mi-voix) Le sous-sol...... Toute cette histoire est accablante.. oui.) Ah. depuis ? L HOMME DU SOUS-SOL Non. un homme avec un vrai corps. Je suis mort-ne. II m'est meme ä charge d'etre un homme. vous aussi.Louise Batailh L'Esprit souterrain 79 l'homme du sous-sol (suurdement) Oui. c'est difFicile... Et j'y prends goüt. tellement deshabitues que nous avons une Sorte de degoüt pour la « vie vivante ». de la chair et du sang.. je vous supplierais aussitot pour que vous m'y rameniez. vous allez me laisser seul....) FIN .. Qu?a-t-elle pu devenir ? able de baiser l'homme du sous-sol Eh..