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CONNAISSANCE DES

.n° 88
Quelle vision
de l'Homme
après çonstantin

.
Éditions Nouvelle Cité - Trimestriel - décembre 2002 - 8,50 €
Revue publiée avec le concours du Centre national du livre

elle est la raison pour laquelle le Verbe de Dieu s'est fait homme,
T et le Fils de Dieu, Fils de l'homme: c'est pour que l'homme, en se
mélangeant au Verbe et en recevant ainsi la filiation adoptive, devienne
fils de Dieu.
S. IRÉNÉE, Contre les hérésies III, 19, 1.

Il est impossible de vivre sans la vie, et il n'y a de vie que par la partici-
pation à Dieu, et cette participation à Dieu consiste à voir Dieu et à
jouir de sa bonté.
Les hommes verront Dieu afin de vivre, devenant immortels par cette
vue et atteignant jusqu'à Dieu.
S.IRÉNÉE, Contre les hérésÎes IV, 20, 5-6, p. 472.

Tu nous as faits orientés vers toi et notre cœur est sans repos tant qu'il
ne repose en toi.
S. AUGUSTIN, Confessions 1, 1, 1, BA 13, p. 273.

Si toi, au terme de tes œuvres très bonnes, que tu as faites pourtant
dans le rep,o s, tu t'es reposé le septième jour, c'est pour nous dire
d'avance par la voix de ton livre qu'au terme de nos œuvres, qui sont
très bonnes du fait même que c'est toi qui nous les as données, nous
aussi au sabbat de la vie éternelle nous nous reposerions en toi. Car
alors aussi, tu te reposeras en nous comme aujourd'hui tu agis en nous,
et ainsi ce repos sera tien en nous tout comme cette action est tienne
à travers nous.
S. AUGUSTIN, Confessions XIII, 36, 51-37,52, BA 14, p. 523.

Une fois pour toutes t'est donné ce court précepte: Aime et fais ce que
tu veux; si tu te tais, tais-toi par amour; si tu parles, parle par amour;
si tu corriges, corrige par amour; si tu pardonnes, pardonne par amour;
aie au fond du cœur la racine de l'amour: de cette racine il ne peut sor-
tir que de bon.
S. AUGUSTIN, Commentaire de la Première
Épître de Jean VII, 8.

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3 260050 386098 Code SODIS-SOFEDIS : 968 101 9


ommalre
QUEl_LE VISION DE L'HOMME APRÈS CONSTANTIN
CPE n° 88
Éditorial
Marie-Anne VANNIER ..................................... 1

D'Antoine à Jean Chrysostome: permanence d'une spiritualité ........... 2
Laurence BROTTIER

Aspects signzficatif) de l'amhropologie de Grégoire de Nysse . ........... 27
Raymond WINLING

La conversion, axe de l'amhropologie de S. Augustin .................. 34
Marie-Anne VANNIER

L'homme dans l'histoire du salut selon Isaac le Syrien ................. 49
André LOUF

L'apport des Pères cl l'anthropologie ............................... 55
Gilbert KONGS

Actualité des Pères de l'Église .................................... 59

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la christologie et la sotériologie sont liées. comme aussi les autres dans leur ensemble. Il en va de même chez Augustin qui fait de la conversion l'axe de son anthropologie. qui n'est autre que l'identification à la mort et à la résurrection du Christ. ne s'est pas perdu. Marie-Anne VANNIER crE n 88. Cet article. comment l'être humain s·accomplit. trouve sa forma véri- table par la médiation de la Form{{ omnium qu'est le Christ. On retrouve une idée analogue chez Isaac le Syrien. Gilbert Kongs dégage l'apport de l'anthropolo- gie patristique et '. dont il porte l'image et qui lui donne d'avoir part à la vie trinitaire. ditorial Tout en constituant une unité en lui-même. Cela apparaît clairement à propos de Grégoire de Nysse. comme en témoigne Antoine. le progrès continuel. manifeste à quel point l'anthropologie. En une synthèse finale. ce numéro prolonge le précédent et précise les grandes orientations de l'anthropologie patristique en cet âge d'or que sont les Ive et v e siècles. Mais il a pris une autre forme: on le retrouve à la fois dans le monachisme.'" lien avec l'ecclésiologie naissante. décembre 2002 . communément appelé «le père des moines» et dans la vie chré- tienne. L'article de Laurence Brottier réalise la transition entre les deux numéros. si le martyre n'est plus le lot quotidien des chrétiens. qu'il est peu à peu configuré au Christ et il souligne à quel point il est bon de revisiter auiour- d'hui ces textes où les Pères ont présenté leur vision de l'être humain. en mettant l'accent sur cette notion originale qu'il introduit: l'épectase. l'être humain trouvant son accomplissement par et dans le Christ. soulignant par là comment on passe de la création à la créa- tion nouvelle. en raison du combat spirituel qu'elle suppose. son idéal. qui développe à sa manière le thème de l'assumptlls homo. Il rappelle qUI- l'homme est fondamentalement en relation avec Dieu. comme le met en évi- dence Jean Chrysostome. dont Raymond Winling présente l'anthropologie de manière synthétique. comme l'explique Dom Louf. Il montre que.

' la tyrannie du diahle est complètement renversée tandis que le ro}'aume du Christ brille de tout son éclat 2. K7. dont Antoine constitue une incarnation parfaite. . ]. D'ANTOINE À JEAN CHRYSOSTOME: PERMANENCE D'UNE SPIRITUALITÉ Commentant l'épisode de la fuite en Égypte. Ibid. donne à son auditoire le spectacle des soli taires : Maintenant. par l'évocation de «celui que jusqu'à maintenant tous ont à la bouche.. Par ailleur~. telle que nous la connaissons par la Vie d'Antoine d'Athanase: c'est la lutte contre le diable qui fait de lui un martyr. Antoine apparaît donc comme un paradigme. . 'i7. Elle ne peut donc être qu'un long combat. qui. 2 CPE n° 88. SK. Athanase en témoigne: 1 1/1 . Jean Chrysostome. afin de prouver que la présence du Christ a sanctifié cette terre d'idolâtrie.Hallh. cette vie qui rassemble des humains devenus des anges aussi bien que des martyrs exprime le renversement de la tyrannie du diable. «dans sa folie. En outre. tu ver- ras ce désert devenll meillellr que tolite espèce de paradis.. décembre 2002 . S. des pellples de martyrs et des assemhlées de vierges. 4. combattait contre Dieu» 1. met en jeu une composante essentielle de la spiritualité antonienne. en préparation. L'image que Jean Chrysostome donne de l'homme sanctifié. cette vie est doublement marquée: de manière particulièrement émi- nente. en 308. pc.t .. comme tcL exige une étude entière. pour soutenir les chrétiens d'Alexandrie et partager leur éventuel martyre sous Maximin Daïa. Et Jean achève ce tableau. [ . qui constitue la péroraison de son homélie. Antoine a connu les dernières persécutions. cette \'ic allgdiq[[e n'c?st pas un thème de la spiritualité an10- nienne mais apparaît postérieurement au grand ermite. K9 . mais également comme celui de quiconque se réclame du Christ. thème majeur Je la spiritualité chrysostomicnne. VIII. puisqu'il a quitté sa retraite. Antoine appartient à la fois aux chœurs de «ces anges 4 à l'appa- rence humaine» et au «peuple des martyrs ». 5.le ne traiterai pas ici la vie wzgéliqw!. qui.. quand tu seras venu dans le désert égyptien. ] le bienheureux et grand Antoine [ . mille chœurs d'anges sous des apparences humaines. Ihid. qui a montré l'exemple du genre de vie correspondant à ce qu'exigent les préceptes du Christ» 3. comme celui du moine certes. Or. ..

traduction matérielle de la lumière intérieure des croyants.témoignage pour le Christ jusqu'à la mort . justement par l'ascèse et un combat incessant contre le diable. St Anthony and St Macrina '>. écrit peu après la mort de l'évêque en 407.. . Ils sont regroupés dan~ le tome 50 de la PC.tantinople dont on attendait une courtoisie mondaine: Jean avait l'habitude de manger seul. 467-. . CPE n" 88. VAN LmTRF" (" Once Again: "The Monk and the MartI'!'''. p.:J. composée vers 420 à la demande de Lausus. qui parut inadmissihle ch eL l'é\êque de Con5. dicla pO.. pp. décembre 2002 3 .. Washington. a vu son sens se retreindre .. 25. M.témoignage par l'ascèse. ] Il souhaitait subir lui aussi le martyre'[' . dont le saint avait vu l'âme s'élever au ciel 12.puis s'élargir à nouveau . 63. Pourtant.llico XVII.lo.llonk lllld Ihe Marlre. Paris. SC 400. qui est devenu. Mais il va trouver le martyre par une autre voie.72: Hom. 7-29). et consigne dans son Histoire lallsiaque. 11l6-1(7) qui figure également dans le libelle d'lsaakios (3. dicta praes(!flle imperatorr. A [[ "\~Asr. 2.llome XII. éd..\ Ihe SI/Cce.. dicta !J0StqIlWll reUquiae fl!artyrum. Oxford. D. PG 63. trad. la tradition monastique de Nitrie. [II lI()m. religion d'État. Mais Jean élargit encore l'acception du martyre à la vie de tout chré- tien en lutte contre les forces du mal. chambellan de Théodose II. Une fois la paix instaurée entre le pouvoir politique et le christianisme. A. le terme de martyre.73-47~. Elle était donc déjà élncréc dans les mentalités lors de la rédaction de la~ Vie d'Antoine par Athana:-. te VA (i(J.. 201. don- nant à la nuit un éclat plus grand que celui du jour 10. un glissement s'est ainsi opéré. bien qu'elle ne fût pas définitive. 2SK-263. il a été une étape qui. 2.lor of Ihe J1I/rt\T. SC 342. (. parce qu'il n'avait pas sllbi le martyre 5. IOS-I0'J). 1'. au moment où prêche Jean Chrysostome. A. pp.l'I'I"alll . The Monk a. Antoine a frôlé le martyre tandis que Jean vit dans la vénération des martyrs. le moine devenant le martyr par excellence 7. marqua définitivement la personnalité de Jean Chrysostome II. qui signifie en grec témoignage. Pour le prêtre d'Antioche puis pour l'évêque de Constantinople. J De ce fait. Comme l'a montré E. Son biographe Palladios sc fait un devoir de le ju. () H01ll.. éd.:J. éd. SII/dia PI/lri. tout chrétien est donc appelé à ce . il avait l'apparence d'un homme affligé. Vie d'Anioine (désormais abrégée VA). la procession aux flam- beaux. Paris.l. c. L'évêque de Constantinople insiste sur la puissance de leurs reliques. Bartelink. Malone 6. Et ce n'est sans doute pas un hasard si le même Palladios prend la défense de l'Antiochien dans son Dialogue sllr la vie de saint Jean Chrysostome.470. fortement liée à Antoine par son fondateur Amoun. pp. ihid . [. 19S2.ès la mort (fAntoine en 356. légèrement moùifiée. Il Pour prendre un exemple très matériel.tifïer (Dialogue slir la j'ie de Jean Chrr. 7 A. pp. un fait de vie quotidienne. 1994. Livingstonc. ihid . pc.. en dépit du chan- gement radical survenu dans l'équilibre des pouvoirs civil et religieux. Ci. D'autre part. si l'érémitisme a constitué pour Antoine un choix définitif. Malingrey. 528-S3S) estime que c'est l'ers 330 qu'a émergé cette figure du moine comme nouveau martyr.-M. Antoine avait le désir de subir le martyre. The . Jean Chrysostome se trouve doublement proche d'Antoine quant aux questions connexes du martyre et de l'ascèse. 1.. si grande qu'elle attire à leur cuIte les souverains en personne 9. 1950. 19S~. E.c. comme en témoignent les panégyriques qu'il a prononcés pour leurs fêtes s. puisque ce fu( l'une des accusations portées contre Jean par le synode du Chêne (Dialogue . peu ap.

non plus un combat contre les persécutions extérieures venues d'un souverain mais contre les persécutions inté- rieures venues du diable. (. SC -100. sur- tout si l'on prend en compte sa Correspondance et la tradition apophtegmatique. décembre 2002 .~". Cest également le cas de Jean Chrysostome qui a d'ailleurs consacré deux œuvres de jeunesse à cette notion 15. RevlIe de. et qui verse volontiers les larmes de la componction 14.\ 7.'hS--'h0. Cet aspect dynamique des spiritualités antonienne et chrysostomienne se double d'une conscience aiguë de la perte possible du salut. comme si VOliS commenciez maintenant. du senti- ment insupportable de l'existence d'âmes qui se perdent. LA DYNAMIQUE DU COMBAT SPIRITUEL 1.' {tudn Augll.. pp . 319-3~h: . Antoine pratique et exige l'exer- cice d'une vigilance perpétuelle permettant de résister à l'Adversaire: Vous. Bartclink. Antoine l'ermite ù travers lès sources anciennes : ùc~ regards divcr~ sur un modèle uni4uc ».1l)ln. 1. l' V. trad. 1-1-. lh \ /1 7.. pp. 47. vous savez combien ils sont féroces. G. de conserver votre ardellr. 1~ Voir L. 1. et le deuil anticipé d'une perte possible du salut. lU-lI: <. J. 15-30.« La figure d"Antoine dall'i les AjJ()!}h[egJl1e. \oir in/rd. remportée contre le diable apparu sous les traits d'un enfant noir. 1')')-1. ne laissez pas sc perdre votre si longue ascèse.\ 43. M. ut:ccmbrc ll)Y6.PE Il iŒ. Pari. 1" Ad DctJ/ttrilll1l Dt: compllflCliol1e L PC. qui insuffle à son héros son énergie propre 13.1. apparaît comme un homme tourmenté par le salut des âmes. l'aimerais donc mettre en évidence deux traits communs aux spiritua- lités antonienne et chrysostomienne: la dynamique du combat spirituel.1d Ste/eHellilllll De ('OJJ/PIllICtt'OJ1f IL ihid. veillez. Antoine. à son discours d'adieu. mais combien faible est leur puissance 17. assimilé à un martyre. . c'est-à-dire la coexistence d'une dynamique constante et d'une douleur non moins constante. 411-422. CPE 64.\finielll1f. prototype de l'athlète et nouveau martyr La Vic d'Antoine écrite par Athanase est véritablement la biographie d'un champion dans le combat contre les puissances du mal. p. pp. 1-+ Sur cc krme. * * J.nouveau mode de martyre. BROTTIFR. 2-. en part. VOltS connaissez les démons et leurs pièges. Antoine. De sa pre- mière lutte (athlon) 16. 26-33. pp. mais ayez soin. sans privilégier l'œuvre d'Athanase.

Ce comhat contre des forces spirituelles apparaît comme le substitut du martyre qu'Antoine aurait souhaité connaître 20: Quand enfïn la persécution cessa f. A. Plus encore que les grandes figures scripturaires. quant à lui. CPE ne ~8. VI. ::'(1 c[ Cr. Voir . comme le montre par exemple la Vie de saint Pachôme. A.11. traù. est «l'athlète de la piété. pp.1 12. 7-K. 1. 192-193. "~ SlIr lu Prol'idOlCf XIII.3. terme technique pour désigner la lutte Il). est-il réservé à des hommes d'exception. la vie d'Abraham est présentée comme une lutte (athlos) et une compé- tition (agôn) 2-+. 16LJ. Face au diable. p. PC. 2. et leur défense de la foi est assimilée [. pp. tel Antoine? Une lecture rapide des œuvres de Jean pourrait laisser croire que les athlètes spirituels sont des croyants d'une stature exceptionnelle. "71. décembre 2002 :'1 . 3. p. ci l'exemple du très saint Antoine n . He 13. "' ln 10. Cette image d'Antoine combattant restera un modèle pour les moines. XXV. l'initiateur du cénobitisme: 11 avait passé 1lI1 long temps déjà cl pllgiler contre les démons. MaliIlp·cy.. Paris. PC. en athlète de la vérité. 2. et Paul dispute. Jean Baptiste. 1LJ6:1. Paris. le vainqueur couronné de la terre habitée 25 ». chaque jour. Ainsi.\/IfJra. Fc"tllgière.1. c" VA 47. 1. j.-M. Là. 1. 59. 1%1.\(fila Théoi/o!t: 22. \'. tandis que l'on rencontre quatre fois ceux de la famille d'athlon et cinq fois ceux de la famille de palê. athlète et martyr selon Jean Chrysostome Le combat de l'existence humaine L'athlétisme spiritueL ce combat incessant contre des adversaires d'autant plus redoutables qu'ils sont invisibles. les martyrs sont très fréquemment désignés par le terme d'" athlètes de la piété ». éd. Antoine partit et se retira de nO/lveau dans son ermitage. 202-263. SC 79.rec{jut' de suin! Pac//()lI1c ct de . l"~ Vuir l'index du SC -fO() . 61. La biographie athanasienne est marquée par le vocabu- laire de la compétition sportive: les mots de la famille d'agôn reviennent à une dizaine de reprises. il était martyr par le témoignage de sa conscience 21 et combattait (agônizomenos) dans les luttes (athlois) de la foi 22. "h III f. 2. J. . .59. il est l'athlète par excellence. «une compétition à l'échelle de la terre habitée 26 ». le terme suffisant à dési- gner Antoine 18.~ PreflliJre Vie !!. Le chrétien.V fi "d Cor. De même.

4.I). Et la description admirative de la multiplication des vocations à l'éré- mitisme insiste sur la même possibilité offerte à chacun de devenir un «athlète de la piété»: Ce que personne allparavant ne croyait possible . donne-moi la main. PC. des athlètes spirituels 29.611-612: ln s. IK"illiulIl 1. puissent être également. « Viens.+1 : 111 s. VII. l'évocation des personnages scripturaires.. 'i17. Paris. SC 117.li. q ln LI'.. esclaves. mais même chez les Scythes. 2: ath!J. 3~).: Leure â Théodore!. pp. des martyrs et des moines risque. 50. 611: Il. Comme dans le cas des martyr. Ignace donne déjà le sentiment que la compétition du martyre n'est pas réservée à quelques êtres exceptionnels: Jeunes filles. allons tous les deux voir cette guerre. les Indiens.1. ln J1afth.li. femmes. des peuples de martyrs et des communautés de moines sont désormais plus nombreux même qlle les gens mariés 31. les moines athlètes sont aussi des moines guerriers. XXXVIII du traité SlIr!a "irgillilé développe particulièrement le parallèle cntrc la vic ascétique ct la compétition sportive. Hi/r!l/am. 'Y Le ch. hommes libres. 1. PC. PC 5t-. Voir par ex. 19k 1. Oui. 670-077. tout en suscitant l'admi- ration. 50. voyons la ligne de hataillc. ROlllanulll L 3.à une compétition sportive 27. que Jean désigne ainsi dans le commentaire de deux épisodes majeurs de '7 Sur Ozias III. J. Que les moines. 2H Voir supra. 659. le mépris de la mort et des autres passions plus nombreuses . pp. LXX. on l'a vu. d'avoir un effet décourageant. éd. Igllalilllll 1. 2) et qui demande une vigueur particulière (XXVII. 1)... Le choix de la virginité représente une lutte LIlle l'on nc saurait conseiller à tout le monde (XXVI: mIz!O!l: cf. '0 III s. 1%6. ihid . Grillet et H. vieillards. 1. 667-66S: III 1..1. 5S7: De MI/ccilhilcis 1.. ihid . Paris. pp.voir l'index de B. Car ils ont apporté à ces luttes la nohlesse de leur libre décision 30.cela s'ac- complit maintenant en tout point de la terre hahitée. ihid . Dumorticf. XllI. tout âge. 1. 6IS-019: 111 s. par ex. comme les nouveaux martyrs 28.la virginité. 7. S. ihid . Musurillo. Le seul terme d'agan revient à dix reprises.. Paris. l<Jhô. et d'autres harbares plus nombreux encore que des chœurs de vierges. PC. Mais les chrétiens ordinaires ne vont-ils pas se sentir hors de cette compétition? Un passage du Panégyriqlle de S. Dumortief. perçus. individus des deux sexes se sont préparés pour ces compétitions. éd. les Perses. 5S7. J. jeunes gens. SC 125. aux yeux de Jean. La comparaison entre de telles vies et une existence ordinaire n'amènera-t-elle pas l'auditeur à se sentir exclu d'une compétition d'un si haut niveau? Le risque serait grand si l'athlète par excellence n'était pas le Christ. ils font la guerre. les Thraces. tuent les adversaires et ~ont vainqueurs de tous les désirs qui complotent contre nous. 4S-49: III . et d'aucun de ces facteurs ils n 'ont ell aucun désavantage. décembre 2002 . SC 277.. hommes. Et ce n'est pas seulement chez nous. PC. ad Rom. n'a rien d'étonnant. Jllllelllitllllll cl Muxilllillllfll 1. tOllt rang. 57!. Cette métaphore sportive est soU\ent redoublée par une ima?e mili- taire. 2: IX. Juliarluill 1. 3. 50. 6 CPE n° RR. 10'+-105: 111 ASCfnsiollflll 1. y. Il s'agit d'une compétition dont le Christ est l'agonothète (XXXVIII. 60. ihid . chaque jour. Mais s'il faut avoir enduré le martyre ou embrassé la vie monastique pour recevoir le titre d'athlète spirituel.

par excellence. 2. qui conseille au même Stagire de «se réfugier auprès des bienheureux et nobles athlètes qui ont vécu à des époques passées 3ô ». Ainsi. ne peut être qu'une vie d'athlète spiritueL à l'image de la sienne. tout en restant dans le monde. À. XII 1. faisant allusion aux persécutions de Dioclétien. je n'exerce pas de contrainte. éd. mais puisqu'elle semble un fardeau. la vie chrétienne. VI. XXVII. 59. "Ad Stagirilill1 II. 4. 196-197. PC. pc. C'est d'ailleurs le but de toute éducation chrétienne. pc.\1ouh. décembre 2002 7 . exprime la fierté d'une église qui se sent dans une continuité temporelle avec ses martyrs. pour tout homme. 159: fn Ev ild Col. 88. mais contre les principautés. 57. 30 Ad SllIgirilllll II. c'est ainsi qu'il exhorte Stagire. 454.341. 62. dégoutter d'un sang terrible aux démons mais envié par les anges et sauveur pour nous.sa vie: la tentation au désert 32 et la Passion 33. 13 fn fo. Élève un athlète pour le Christ et apprends-lui cl avoir. Je ne te dis pas: Détourne-le du mariage.-M. 4. 1 Co 9. vaincre. pp. selon Jean Chrysostome. PC. le temps favorable au combat spirituel. Slir 10 vilinc gloire ct slir {'édllciltion dcs en{llI1t\. imitation de la vie du Christ. c'est appartenir au Christ. tandis que le siècle présent est celui des luttes et des suell rs 35. PC 47. un moine en proie à une grave crise intérieure: Le moment favorable aux récompenses et aux couronnes. Je le désire et souhaiterais que tous embrassent cette vocation. qui ouvre et clôt par cette métaphore son entretien sur l'éducation des enfants: Élève un athlète pour le Christ. Le martyre de J'existence humaine Jean Chrysostome. 5. il déclare: Dieu soit béni! À notre époque allssi ont germé des martyrs. Le temps de la vie est même. où Jean commente le comhat é\oqué par Paul «non contre la chair et le sang. prépare-le à mener la vie des moines. envoie-le dans la solitude. CPE ne. 62. Malingrey. dégoutter d'un sang sacré qui arrosait l'Église tout entière.210. pc. 12). être 'ê fn . Non. 2. c'est le siècle cl venir. '. XXII. nous avons eu l'honneur de voir nous aussi des hommes être égorgés pour le Christ. la crainte de Dieu dès son jeune âge 34. 'JO. IhO. fn EV od Eph. 47. Paris. si être chrétien. 1972. SC l~X. nous avons eu l'honneur de voir des hommes combattre cl la lutte pour la piété. 453: Jean . pp 1112-105: cf.appuie sur l'exemple de la course et du pugilat auxquels Paul ne cessait de s'entraîner (cf. je ne dis pas cela. contre les puissances» (Ep 0. 3. Dès lors. 26): cl'.

C'est ainsi que le prédicateur explique le lien entre les martyrs du passé ct l'Église actuelle dans l'exorde d'un panégyrique: C'est de nouveau la mémoire des martyrs.(. J ()(J. agissantes en tout temps et en tout lieu: . mais les démons nous persécutent."ch-orientofischen Ekkh!si%gie in der Friihzeil der Rcichskirchc. je le sais. tous les memhres souffrent avec lui.\/lfJra. nous pourchasse. mais le diahle. pp. 1O.Sllr O. et ce n'est pas de les voir seulement que flOllS avons eu l'honneur. et la renommée est commune.~()'lt01110\' /ll/d st'iner /. 4-). 1.j· 105. nOlis exultons. . La tête est couronnée. Antoine a trouvé une manière de vivre un martyre quotidien 40. pp. mais c'est le temps dll martyre. décembre 2002 . couronnés. et nous. M.+0 Voir . ou plutôt c'est la gloire de l'Église tout entière. Comment est-ce possihle. À cette union spirituelle entre les martyrs d'hier et les chrétiens d'au- jourd'hui s'ajoute une conception de la vie semblable à celle d'Antoine. Güttingcn. Tu ne vois pas les charhoflS ardents placés 1. ils ont peiné.i<L\ III.Et comment est-il possihle. qui est plllS terrih/e que tOllS les tyrans. et nOl/S. et le reste du corps eXlllte 3'J. Par conséquent.llr Frf'ofSchlll1'< der gric- chi. mais c'est le temps des couronnes. nOliS nOlis réjouissons.soulignée par A.~m{/ im \/erstùndnis des JouI/Iles Chry. 1072. Jean peut répondre aux objections des chrétiens qui ne voient pas comment imiter les martyrs hors de circonstances historiques précises . d'imiter mainte- nant les martyrs? Car ce n'est plus le temps de la persécution. p. ils ont lutté. Ein Bt'ill"{{g . -"H) ln . Eux. va-t-on me dire? C'est que les martyrs sont des parties et des memhres de nous. de nouveall une fête et une solennité spirituel/es. CPE ne 88. La couronne leur appartient. Attristé de n'avoir pas pu offrir sa vie pour le Christ lors des persécu- tions. Ritter 3s .Il. Les hommes ne nOlis per- sécutent pas. mais encore de recevoir les corps mêmes de ces athlètes: nous possédons aujourd'hui chez nous les vainqlleurs couronnés :17. Cc n'est IU/S le temps de la perséclltion. Car il substitue à la résistance du martyr au pouvoir politique pour la défense du christianisme la résistance de tout chrétien aux forces du mal. tOIlS les memhres se réjouissent avec lui. Le tyran ne nous pourchasse pas. Eux. Rom{/flilm L 1_ PG SO. 605-606 . Ce n'est pas le temps des luttes de ce genre.\.les persécutions. si 1lI1 seul membre est glorifié. - Moi aussi. va-t-on me dire. Mais il s'agit de tout autre chose que d'un regard rétrospectif sur les glorieux combats des témoins du Christ: il s'agit d'une perception fonda- mentale dans la spiritualité de Jean Chrysostome . Or si llll seul membre souffre. ~N Ch(/ri.

P(. -1-90. Qu'il s'agisse des temps apostoliques ou de l'époque contemporaine. dresser le rrophée sans avoir combattu. :iO. triomphe des pensées déplacées et mauvaises qui fermentent dans toll cœur. 1. 12.flammes du btîcher de la nature. B{fr!aall/ 1.lamais ce temps n'est inactuel: il est rou- fours devanr IIOS yeux.lob serait cl l'écart de ces couronnes. Car il n'a pas comparu devant un tribunal.\ . CPE n° 88. et souvent des martyrs.» Et à ce type d'objection le prédicateur trouve une réponse qu'il tire d'un passé antérieur aux persécutions: il y a eu des martyrs avant le Christ. mais contre les principautés. Il iII! Cor. )(). 677. on ne lui a pas transpercé les c{Jres. PC. PG 61.J. Les hommes de ce temps-là ont combattu au pugilat contre les bêtes sauvages. il n 'a pas vu de hourreau. contre les forces spirituelles du maI 41 .. Il n'en va pas autrement pour Juventin et Maximin. me dit-on. c'est-à-dire du témoignage extrême de la foi.Commenr subir l'épreuve. J)C.4. suspendu au hois. 41 III s. remporrer la vicroire sans avoir fait la gllerre. -+-+ III S. -u De srut/io pracscl1fiw}/ .. si en effet c'était le cas. tel Job: . car ils étaient toujours disposés à se sacrifier pour Paul»43. « Car maintenant ce n 'est plus cOllrre la chair et le sang que nous luttons. il Il '({ pas entendu la voix d'un fuge. si nous sommes vigilanrs. 572. . mais tu vois la flamme du désir qui esr allumée. arracher le prix sans avoir connu 1'affi'ontement 44. pllisque le temps du mar- ryre ne se présente pas maintenant? . contre les maÎtre des ténèbres de ce monde. 63. déjà martyrs de désir avant d'être condamnés à mort par l'empereur Julien: Un tel désir de Dieu houillonnait en eux qll 'ils pouvaient ceindre la couronne sans avoir été mart. cmlfre les puissances.Que dis-llI? Le temps du martyre ne se présente pas? . Priscille et Aquilas «ont été des martyrs vivants. Les hommes de ce temps-là on! affronté des douleurs insupportables. Ces martyrs de l'Ancien Testament sont en quelque sorte les garants du martyre possible pour les chrétiens de ces temps nouveaux où l'Église n'est plus persécutée. . Ainsi tu imiteras les martyrs. il a soufferr des maux plus rerrihles que heaucoup de martyrs 42. ~SS-3S9. citant El' 6. Car ce n'est pas le seul fait d'être suspendu au bois quifair un martyr.. Et pourtant. suffit à faire du chrétien un martyr. devant roi. le désir du martyre. Les hommes de ce temps-là ont foulé aux pieds les . 42 III El'. décembre 2002 9 .IulIcJ/riJ//{}}l el HaxilJlÙllllll 1. mets lUI frein à la colère. Toi.vrs dans la persécurion. il ne s'esr pas rrouvé enfre ciel er terre. toi. bête sau- vage qui Il 'est ni domestiquée ni apprivoisée.

tu te tiendras aux côtés des martyrs en ce grand jour 48. l04-}05:« Le discours sur le.l OUl1lorticr. martyrs. h() 1. ont désiré recevoir la couronne du martyre? La voilà. PC. notre maître à lou~. Eustathe d'Antioche. EII. 4K. 7. 10 CPE ne 88.. Le prédicateur introduit même l'oxymore du mort vivant. mais Paul qui la donne par la déclaration suivante: «Je meurs chaque jour» 45. Oui. Jean la réitère tant dans des cas particuliers.\fathillnl L PG SO. comme celui du chrétien malade qui a refusé de recourir à la médecine juive: Athlète de la piété [ . PI. SC 277. Par exemple. combien de fois. Dès lors. mais aussi la disposition de l'âme. Souvent en effet. J. en effet. 67. Cette définition du martyre. généralisant l'exemple précédent: Combien sont-ils ceux qui. '+(l111 s.31.+7 PC 52. il est vivant. puisqu'aussi bien ce martyr est mort d'avoir eu si souvent le des- sein de mourir 47 . Jean peut appeler martyrs des hommes qui ont bravé la mort pour défendre l'Église sans pour autant avoir perdu la vie. qui a illustré la conception paulinienne de la mort quotidienne. ce n'est pas moi. L éd. que Jean considère comme une définition du martyre: Ne soyez pas étonnés si en commençant mon discours d'éloge j'ai appelé martyr le saint. à propos de Diodore de Tarse: Nous associons cl la mémoire des martyrs que nous célébrons également un martyr vivant. décembre 2002 .lai~s()ns-le cependant à l"émule des martyrs. le martyr ici présent.1116: cf. Car avoir reçu l'ordre de sacrifier et avoir préféré ensuite la mort au sacrifice n'est pas la seule attitude qui fasse un martyr: si l'on 4' 1 Co 15. à pro po. . . lorsque /'on se prépare à la fin de la vie 46. dit-il. que d·une manière absolue.'> 4X A dll. V 11 1.. 19~L pp.Comment meurs-tu chaque four? Comment est-il possible de recevoir mille morts dans un corps mortel? - Par la disposition de l'âme. a connu une fin natu- relie: comment donc est-il martyr? l'ai dit souvent à votre charité que ce n'est pas seulement la mort qui fait le martyre. Y3K. 765-760: fragment d'un discours également cité par Fr\CL:~Dl'S D'Hr:::R~IIA)JL Pro defensioJ1(' triw}/ ('a[JillilorIllli IV 2. Cette assimilation au martyre de l'expérience humaine hors de tout contexte de persécution. Sa vie. ce n'est pas seulement du fait de l'isslle mais du fait de l'intention que se tresse la cou- ronne du martyre. Jilll. la couronne parfaite du martyre. de FlaYicn: Sllr Ozias 111.:. Paris.

1. pp. dans Heitriige z. lKl·1H7]: P. «Die Triinen. 3. . Antoine en deuil du salut perdu Même dans la Vie d'Antoine d'Athanase. 19B6. Et non seulement Jean égale au martyr le chrétien qui traverse sans révolte les épreuves: 1/ n'est rien de plus saint que la langue qui rend grâces à Diell dans les malheurs.à l'athlète du combat ordinaire contre les puissances du mal. mais il va jusqu'à estimer supérieur au martyre ponctuel. Sigmaringen.() ln Lp. dans son obscurité: Ce n'est pas seulement ceux qui furent traînés devant le tribunal.\: Pel/lIJO. Bellefontainc. CPE n° 88. 55. 62. J'emprunte cette expression suggestive à L HAt:SllERR.. reçurent l'ordre de sacrifier et n'obéirent pas qui. On notera que ces larmes portent presque toujours sur le 4<) Ihid . CXXVII. dont le parti pris est de montrer le saint en héros «positif» et toujours triomphant sur les forces du malS·"\' Antoine pleure. (/(i Col. 19S6. Une chaîne solide relie dorénavant l'athlète des combats extraordi- naires . l Y-l4. 1lJ61. 357.1 Voir supra. 13. pourraient être des martyrs. 193K. cin mystisches Problem im alten Ivf()nchtum ». :'\. c'est encore ceux-ci plutôt que ceux-là 51.nique du d.\'.\regcl. Leurs spiritualités participent toutes deux d'une souffrance bien particulière. Sur l'importance des larmes dans la tra- dition monastique. Car c'est pour toi un mart \Te.\ (p. éd. 111 Ps. c'est manifestement un martyre 49. n. pour plaire cl Dieu. qui parle des larmes comme de la «somatisation» du pel1lho. décembre 2002 11 . 23-2Y r = Henediktinische MOf/atschrifi 20. le martyre quotidien. S. Rome. II.::'.'sert. M1QlTL. qui anticipe en quelque sorte le «deuil du salut perdu» 52. Paris. dans son éclat. Ylalingrev. 26.martyre sanglant puis martyre de l'ascèse . VIII. pp. observe n'irnporte qI/el précepte qui puisse seulement attirer sur soi la mort. l. ).um a/tcn i'Hônchlllll1 und ZUf Bencdiktu. 217-2:\2. p. et si l'on voulait examiner la chose avec soin. "PenthŒ". en souffrant ce qu'ils ont souffert. La dOCfril1f de la componction dans l'Orient chrétien. 23-1·237. LA DOULOUREUSE PENSÉE D'UNE PERTE POSSIBLE DU SALUT Mais Jean Chrysostome ne rejoint pas seulement Antoine dans la dynamique du combat spirituel et dans la conception du martyre quoti- dien. SC 79.j) . PC. elle n'est réellement aucunement inférieure cl celle des martyrs 50. qui explicite ainsi la notion de peI11ho. pc. STEIDLE. pp. 369: "Supporte donc tout cc qui t"arrive avec courage. mais encore ceux qui ont accepté de souffrir dans n'importe quel domaine. les tentations et les passions. 3. 939: cf. 22)). voir aussi: B. A.·M.1 Sur la Prm'idfl1ce XIX. pp.

hl !.J. En effet.() Ap. c'est qu'il les sait difficiles d'accès. Our:. En effet.\ de P('rc. trau. pp. 1<)~ 1). traù. par les rnoine~ de S()1e~tllt'~. il est préoccupé par la perte possible du salut d'autrui: il «pleure. /ÎI/[oinc l = VIL 1. ~()6-307. trau.\ ~).\ IIIL' siècle). Ces larmes rapprochent les chrétiens encore sur terre des saints et des anges qui. Jésuites d'AIn ers. je veliX être sallvé. Regnault.\ dl/ d(. 5Y et 7'J. la série alphabétique des Apophtegmes s'ouvre sur l'image d'un Antoine douloureux: Le saint ab hé Antoine. se lamente» devant le péché d'orgueil d'un jeune moine 59. BellefontainL'. . mais les pensées ne me laissent pas. 1.\ de. 1 et IV. " VA 65. 256-257. décembre 2002 .H'rl. 12 CPE n° 88. la douleur d'Antoine s'inscrit dans une dimension ecclésiale: sa vision des ravages causés dans l'Église par l'arianisme pro- voque. assis un jour au désert. '" \A K2. ses tremblements et ses larmes :"'6. !LJ70. ses gémissements. 212.' que ferai-je dans mon afflictioll ? » 57 Il a une conscience aiguë des embûches suscitées par les démons: . ra~~cmhlé~ et présentés par L Regnault. )~ Ap. l.' qui veut progresser dans l'édification des vertus pro- gressera par les pleurs et les larmes. par exemples certains anges de~ confc~"ionnaux ùe J"égli'le ùe.6.. se trollva pris d'enllui et dans une grande obscurité de pensées. intI'.. "i" .J'ai vu tOllS les fdets de l'Ennemi tendus sllr la terre et je disais en gémissant: « Qui donc passera ci travers'! »51'1 Plus encore que de son salut.ellrcs Ill.ms I. La première référence rCI1\oic C\é<. p.\ P('rn (rcc('nsio/l de Pâagr: ef J('(lJl). L'fige de la Réforme catholique donnera il ces anges pleurant ~l1r le péché des hommes de h()ult'\er~antes figures.tématiquc (Ln {{!)()/Jh[cgJJ/c. ILJôh). (.V /lntojllc 7 = XV. pp. L.('\ sentellce. par A.. S()!e~mc". Il dit cl Dieu: « Seigneur. trad. s'arrache les cheveux. dans les Lettres d'Antoine. la ~econdc à la collection sy-. '" \'. Il ne cesse donc de recommander les larmes comme voie de salut: Qui veut être délivré des péchés le sera par les gémissemellts et les larmes.ormais ù la collection alphah~tiquc (/. So!c5. pp. selon Athanase. La tradition apophtegmatique souligne davantage la perplexité d'Antoine quant à son propre salut.mc~. Solesmes. Olt/J('u C(/I11111'l. ~-6. d. Apophtcgmes il/l'dit . sont les premiers à pleurer et à gémir sur les péchés des hommes 61 .» Mais loin d'être exclusivement liée à sa propre aventure. 1Y76.sort des âmes. S'il «gémit chaque jour en songeant aux demeures du cielS") ». 346-3~7. pp. PmTlllfse 3K. acluellemL'nl ~aint Charles BOrrOI1H::'e (hoi"ieric~ du \. L. 1. 3. Regnault.e'l SOlleI/Cl'" de'! Pi?rn dil dd'lert. il voit son âme entra- vée dans sa montée au ciel par les démons de l'air: « Il passa le reste du jour et toute la nuit dans les gémissements 55. !(J. :-l) AV /ll/toinc 1-+. Lou1 ct les Illoines du :vIont des Cats. Dion ct CT. La louange même des Psaumes est un gémissement 60 ..

Sllr 1('\ IlIlIliëres 17... Prenant.c'est-à-dire d'un deuil sur un avenir que le présent est en train de compromettre. Paris. figure du baptême à venir. en arrive au baptême «dans l'Esprit ». 6S. éd. l'exemple des larmes de David. Ciallav.'. p. à propos du P\.\. (. 49. 1'1'111. celui dont le Christ lili-même a été haptisé. évoque lui aussi les larmes qui «éteignent le feu du péehé ». Syméon le Nouveau Théologien va encore plus loin.le connais al/ssi un quatrième haptême. 52. puis celui de Jean- Baptiste. IS6·I1N. 14~·14S. IKRK.zi . s'il est moins explicite dans la classification. "" In . pp. si nOlis le voulons.' Dismllrs ~l). . SC ~5S. après avoir évoqué le baptême de Moïse.l'en connais enfïn l/n cinquième. Déjà Grégoire de Nazianze.chini ct P. J3t". don du Christ. ]{ome. Au XC-XIe siècle. celui des larmes.(6). J. COL!:<J-Lul. SII[lrll n. YII. (l) De P({cJ/lrCI1{ili VIL 5. Mais il ajoute eneore deux autres baptêmes: .le mouillerai (brexô) ma couverture de mes larmes. l'origine du «baptême des larmes ». éd. Car il est pos- sihle de l'être chaque jour. PC. Théodore le Studite professe: Al/ons avec le Christ pour être haptisés avec lui. h-: Gronde c({((. il voit dans sa déclaration une préfiguration du baptême: S'il Val/lait montrer l'ahondance des larmes. cil. décembre 2002 13 . YI. Alors. il lui suffisait de dire: . 1. Et il esquisse encore plus clairement une comparaison entre les larmes et l'eau baptismale: Nous sommes purifïés par les larmes et la confession [de nos fautes) comme par l'eall et l'Esprit 66.fil/fh.. «en vue du repentir ». celui du martyre et du sang.vOl/al' !WfrtllJ/ Bihliofhec(I(' ah /1J/t. C. 6-1 L()[l/roJ/ est le terme' consacré pour désigner le hain de régénération' voir par CXl:!llple les index des deux recueils de Cllféché. CPE Il' 88. voyant dans le premier baptême une annonce du baptême des larmes: 6: Op.le baignerai (Iousô)>>? Afin de montrer que les larmes sont un bain (loutron) 64 qui purifie des péchés 65.chèsc XXXII. Jean Chrysostome. pp. 1. pourquoi a-t-il ajouté: «. comme Grégoire de Nazianze. IX. mais il est plus ardu 63. :Vlorc. ) . qui prendra une grande importance dans la spiritualité de l'Orient 62. je veux dire par le baptême des larmes 67. Les grands spirituels de l'âge byzantin reprendront largement ce thème. 7. Hausherr voit dans cette spiritualité du penthos . Au VlIIc-Ixe siècle.\('s de Jean Chrvsostoll1c (SC SObi. Caul.\!Iaio Collcc/oc. . ( . 6. 4. ct :. PC 57.

122. 59 .. Ephrem. qui suggère à la fois un regret qui vient en retour de la faute et un phénomène à répétition. aussitôt des larmes» 71. 47. -. 'lui inclut la k"I"I/l/X. PC. 2. Paris.tiee (par ex. pllngo en latin .One II.1 P. Jean écrit que la katanuxÏs est «la mère des larmes» 75. c'est la vérité même 08.f)e compullctiotlc 1. éd. Chapilre5 tlu'ologiquc).ou cum-. 1. 1961. PC. dont il n'est pas sûr que le sens soit bien clair pour un lecteur du XXlC siècle 73. Katanuxis en grec. sont tous deux composés sur le radical d'un verbe qui signi- fie piquer . . Nc!ranu . 71) En\"isageant ici les larmes seulement comme expression ÙU jJctltho. LXIII. « vraie contri- tion ». PC. PC. XY. R)~97.un « homme qui pleure f>. traduit par Clim~ {Jollction et explicite le terme par «tristesse poignante causée par la conscience de son péché ». sauf lorsqu'elles sont opposées ù celles que provoque le deuil spirituel. mais le second baptême n'est plus la fïgure de la vérité. formes. « remords perpétuel ». Sans être parfait. PC. . D'ailleurs. 19~O (1957 t). 63. Th{>ologh! de la rit' IJ/01Ul. Il ne faudrait pas en conclure pour autant qu'elles sont absentes de l'œuvre de Jean. Cent. avec la collahoration de L.\. Dans le premier baptême l'eau est symbole des larmes et l'huile de l'onction préfigure l'onction intérieure de l'Esprit. moine et paqeur. Voir: L. 4. pp. chal'. 59. PC.kata. XI. cil . 141·147) et par la ellmpa"ion sous toute. Il insiste même fréquemment ~ur la puissance auprès de Dieu des larmes versées par les victimes ùe lïn- ju. Ne serait-cc que d'après les réactions auxquelles il s'at- tend de la part de ses auditeurs. dès ses premiers écrits. Répondant à Démétrios qui l'a interrogé sur cette karanuxis. je 11 'accorde pas ùe place aux nomhreux passages sur les larme~ suscitées par uné' souffrance purement humaine..l111tfÔ en grec. terme ordinairement traduit par componction. 2.e. «S. 47. Il évoque assez fréquemment la néces- sité des pleurs pour susciter chez eux l'agacement et la moquerie: Je sais que beaucoup nous raillent en disant: « Allez.194. 229·231). Je sais que beaucoup rient en entendant ces paroles. on peut discerner parmi les composantes de la spi- ritualité chrysostomienne le deuil spirituel 09 . Darrou7ès. Jean Chrysostome en donne «les sources de larmes» comme l'un des signes 74.~. la piqûre douloureuse laissée par le péché.Il/pra 11. on trouve deux entretiens sur la kata- nuxis. 30. pp.que par la formation du mot . 332. qui était un (/!>Îlâ . hO·hl.s dans son étude du /"'111110' (op. 55. i.. 3. 1. 3. 14 CPE n° 88.et les larmes qui l'expriment 70. décembre 2002 . 1. pp. il>. 71 111 EV ild Hehr. N) A cyt égard. III Ps. LX.renforcé dans les deux cas par un préverbe . {'lll(/n dc la trudiEion patristiquc.penthos . Eh bien moi. tant parce qu'il évoque une souffrance physique .1. un parallèle pourrait ~an" doute être étahli avec profit entre les spîrit~alités de Jean Chrysostome et d'Ephrcl11. À Stéleuchos qui souhaite s'instruire sur le même sujet. . gnostique. Katanuxis / compunctio désigne donc. lxLolR. Pari. Voir In Jo.0.'. je ne cesserai de me lamenter sur cellx qui rient 72. au sens propre. 71 ln 10. Les larmes de Jean Chrysostome Incontestablement. 52. dont l'attitude du Christ à la mort de Lazare montre qu'elle est une qualité intrinsèquement humaine.'..un radical modifié par un préfixe.. com- pllfzc·tio en latin.srique.)'C 5 Ihi.J. ïS f)e COmpl/ncl. 4. 2'-' éd.la morsure .414. remords est peut-être l'équivalent le plus proche en français courant.'I. . et pro(Îl/ut'. M!OIT!.

" retire il Théodore 1. J. non pas de te voir t'occuper des affaires paternelles. no-nI. comme s'il était un parmi la foule. . et aux larmes de Jean répond la demande explicite de deuil formulée par son ami: Sur moi commencez le thrène et frappez-vous la poitrine pour celui qu'une vipère venimeuse a hlessé avec ses maléfices per. décembre 2002 15 . Sur moi commencez le thrène et frappez-vous la poitrine pour VOlis-mêmes. XLIV. quel espoir pour celui qui enseigne. 46-47. je n'ai même pas le loisir de prendre le deuil de mes propres malheurs. que sur la faiblesse de certains dans la lutte contre les démons: «Souvent nous avons craint de perdre la vue à force de plellrer ». ibid . 79 Billet de Théodore 1. pp. Jean l'offre précisément en modèle dans l'un de ses traités De compllflctione: Ce bienheureux. 1. Af'. éd. a considéré son royaume aussi bien que la richesse de son palais royal comme 70 III/\et. 450. mais à la pensée que tu as effacé ton nom de la liste d'enrôlement des frères. Si le prédicateur peut donner ainsi son propre exemple. mais même ainsi. ses souffrances seront incurables 70. Que vos larmes soient un rem- part avancé contre l'adversaire 79. qll 'il ne soit pas passible d'llne peine . Et lui-même ne se cache pas de pleurer.fïdes. avant d'être hlessés. j'ai désespéré de mon propre salut. écrit-il au moine Stagire 77. PC 60. ] En effet. Je pleure. c'est qu'il s'ins- crit dans une lignée de pleurants dont j'évoquerai trois figures majeures. PC 47. [. que son statut et ses richesses ne semblaient pas pré- disposer aux larmes. 7' Ad Stagirillll1 II. croyez-moi. David d'abord. j'en aurais rempli la lettre que je t'envoie.312. pp. Il ne se lamente pas moins sur l'indifférence d'une grande partie de son auditoire: Oui. si son troupeau va à sa ruine? Comment vivre? À qlloi s'attendre? Avec quelle assurance se tiendra-t-il devant Dieu? Admettons qu 'il ne soit pas blâmé. 4. Dumortier.il est pur du sang de tous -. CPE n° 88. et en me lamentant sur les vôtres. que tu as foulé aux pieds le pacte conclu avec le Christ 7s .. 1966.. La défection de Théodore ne l'affecte pas moins: Si les larmes et les gémissements pouvaient se traduire par les caractères de l'écriture. Paris. loin d'être dupe des apparences brillantes. SC 117. mais qui. a été saisi par le remords de ses péchés.

Alors. et nous livrons ensuite au rire. Tous ces faits éraient des signes extérieurs . les essuya avec ses propres cheveux et vida complètement son flacon de parfum. ). et il développera plus encore par la suite le deuil spirituel du saint roi: «. Et il n'évoqlle pas seulement le passé. \"oir illtro. or ce qui \() De COlllfJllllcrio!lc IL 3. mOllilla de ses larmes ses saints pieds. ceux dont la vie est ordinaire. comment étair la couche de ce roi: elle n'était ni incrustée de pierres précieuses. imitons nous aussi ce repentir. elle fut prise de transports SOltS l'eflet de son désir pour le Christ: elle dénoua ses chevellx. Lui. 16 CPE Il" i'\~. se transformèrent en joie: Car lorsqu'elle fut saisie par la ferveur de la conversion. -1-7.1 p\ h. En effet. enveloppé dans le sac et recouvert de cendre 1lO. il s'est laissé aller par la sUÎle ail relâche- ment: if passait continue//ement son temps dans ceUe pratique. ni brodée d'or: elle était baignée de larmes. -lI). deux ou trois jours. ] Qu'ifs écolltent. décembre 2002 . expression de sa conversion. Comme la journée. à la mollesse et aIl relâchement. le moment que tous consacrent au repos.le suis épuisé de gémir. .. IOl). Ce n'est pas comme nous.. Car il est toujours bon de pleurer. Ses nuits n'étaient pas des nuits de repos. 76-77. pr. que cellli qui se tient ail déserr. qui agissons ainsi sou- vent lm seul jour. n 'allez pas penser qu'après avoir eu ce comportemenr une fois. s'ils n'étaient pas même lin songe et if a montré un remords (kata- nuxin) aussi grand en portant la pourpre et le diadème.. 4.. et c'est alors qu'il mettait plus de ferveur dans ses lamentations. ou même pas un jour entier. pénétrons-nous de remords. je haignerai chaque nuit ma couche: je mouillerai ma couverture de mes larmes. mais aussi l'avenir. non: il passait son temps à pleurer continuellement. VI. lui. ~~ /11 Ps.. lorsque personne ne vous détourne de ce plaisir et qu'il est possible à qui le veut de s'en rassasier en tOllte sécllrité 1l2 . Il n'a pas simplement ressenti de la fariglle à force de gémir. '-. mais même de l'épllisement: il n '{/ pas simplement pleuré: il a même haigné sa couche. 7.. Marie-Madeleine apparaît aussi comme une grande figure spirituelle dont les larmes. non pas UII. mais même chaque nuit. n. assis sur son trône royal. quelle cO!lversion a montrée le roi qui pOl/rrant était couvert de pourpre: écoutons. Sur lc\ larllle" nocturnèS. mais surtollt au momenr de la nuit. tout au long de sa vie. heaucollp de sOllcis le tiraillaient. mais de lamentations et de plaintes. f. ceux qui ont des couches ornées d'argent. PC. »1l1 Qu'ils écoutent. il le consacrait au repen- tir.

voir ill/ia.4. En effet. '" 2 Co 2. il est aux yeux de Jean Chrysostome celui qui a versé des larmes de vrai penthos. du fait de sa conversion. ô. quand on s'est laissé aller aux larmes. il en arrive à une évocation lyrique des larmes de l'apôtre qui irriguent ni plus ni moins l'Église: "III Mauh. PC 57. à qui Jean propose les larmes de Paul comme parure sans pareille. D'autres étaient scandalisés. 1 Co 15. et lili-même prenait feu. XV. c'est ainsi qu'il faut pleurer 88 . ou plutôt d'une compassion qui dépasse même ces deux Iformes j. dit-il. "Cf. 19. Quant à Paul. que chaque auditeur partage sa joie. 69. Mais ce [deuil) me saisit davantage. Mt 5. repré- sente-toi de quel jugement elle bénéficiera de la part de Dieu qui aime les hommes et quels grands biens elle a récoltés. C'est ainsi qu'i! faut être disposé. 23. tandis que disparaît l'obscurité créée par les péchés 83. et lui-même était faible 85. pour cette raison. Pour ma part. elle est supérieure cl tOlite joie du monde. de la compassion d'un frère et d'un père. 2 Co 11. de l'amour que le Christ lui-même recher- chait. se réjouisse de ses mérites et la délivre de toutes les accusations. CPE nU 88. VI. Une telle affliction est un bien. pour ce qui concernait ce deuil. d'autres étaient faibles.31. lorsqu'une pluie violente s'est abattue. comme il ne pouvait pas avoir l'âme endeuillée (penthein) sur ses propres fautes. '6 Cf. s'accomplissait dans son cœur était encore bien plus marqué par la ferveur que ces signes: Dieu lui-même était seul cl le voir. En effet. si nous qui sommes mauvais portons ce jugement. le ciel devient clair et pur: de même aussi. Car il provenait d'une âme pleine d'amour de Dieu et de tendresse. les êtres pris de compassion. . je préfère cl tous les hommes celui qui vit ce deuil.296.7 Cf. c'est ainsi qu'il pleurait. 5. p. Sur cette traduction. Alors. avant même les dons de Dieu. larmes qui suscitent chez le prédicateur une admi- ration sans bornes: Paul s'affligeait cl cause des pécheurs. D'une exhortation aux coquettes. xx III EV ad Philir. PC 62. 5. il était dans cet état pour celles des autres. Or. décembre 2002 17 . ou plutôt le Seigneur lui-même aussi proclame bienheureux CCliX qui vivent ce deuil 86. Je ne l'admire pas autant quand il affronte les dangers. ou plutôt je ne l'admire pas moins pour les dangers sous la pression desquels il mourait chaque jour 87. qui me serre le cœur m'a poussé cl vous écrire en versant bien des larmes» 84. ou plutôt il pensait que leurs fa Il tes étaient les siennes. «La grande angoisse. naissent la sérénité et le calme.

J Tu t'es laissé aller au relâchement et aux éclats de rire? Représente-toi les plaintes de cet homme. ces larmes peuvent l'éteindre. . Embellis tes joues avec cette parure: ces larmes leur donnent de l'éclat. f Souvenons- nous de ces larmes. il n'était pas dans le deuil des morts. A. SC :141. différence dont on verra l'importance capitale dans la spiritualité chrysostomienne 90. Paris.1'(. et tu gémiras. Malingrey. et non une terre. VOliS tous qui êtes dans le deuil. . je le veux. Ainsi. {. XII. Si l'on nous a montré Paul dans les larmes et les gémissement5~ n'était-ce pas un meilleur spectacle que des milliers de chœurs aux brillantes couronnes? Grâce à ces /arme. des fards et tout ce qui existe de semblable? Représente-toi les larmes de cet homme [= Paul]: pendant trois ans. mais d'un salut rejeté par certains.car cela. 19. porteur du salut. il ne cessait de pleurer. mais dans celui de ceux qui. ()2 ln l'v/otth. Vous toutes qlle l'on estime heureuse!>~ vous qui êtes dans vos chambres nuptiales. 2-4. lOS-III. nuit et jour. 3S3-3S5. Même s'il y a le feu. 54. lJllVoir ill/j'a. VOliS toutes qui vivez dans le plaisir. élevons ainsi nos filles. ces moines qui chaque soir vont se coucher «après l'hymne. Ces larmes montrent que tll as bien plus d'éclat. remplis de vifs remords qu'accom- pagnent de chaudes larmes en abondance» 92. ad Co!. 6. St). les âmes poussent. même si les corps le ressentent: ces larmes éteignent les traits enflammés du Mauvais. ils ne pleurent pas sur leur sort mais sur la perte du salut qui menace leurs persécuteurs.s~ l'Église est irriguée.mais je t'exhorte cl agir ainsi pour tes propres péchés. ')] Voir PALLADIOS.s. ni veux t'appliquer des produits de beauté. tout en étant vivants. Jean décrit ainsi l'état d'esprit de Paul en prison: K<J 11/ Ep. 2()-2:'i. éd. Lui. mais c'est au-dessus de toi . Car cette source des larmes abreuvait des âmes.s. 62. Jean a gardé de son séjour au désert 91 le souvenir d'exemples contemporains. échangez larmes contre larmes.s. Outre ces trois «pleurants» bibliques... ainsi nos enfants: en pleu- rant lorsque nOllS les voyons vivre dans le mal. f Quelle source veux-tu comparer cl ces larmes? Celle qui coulait au paradis. souvenez-volis-en.. Mais toutes ces larmes humaines trouvent leur suprême modèle dans le Christ. celle qui abreuvait la terre entière? Mais tes paroles ne fourniront aucun équivalent. et qu'elles gémissent. [. Dialogue slir /0 vie de . Que celles qui veulent être aimées se souviennent des larmes de Paul. rv1. PC. pp. Je ne parle pas afin que tu pleures pour les autres .\{ome V. pp. Quelle source a fait jaillir autant de cours d'eau que ces yeux de larmes? (. Les dernières paroles de Jean rappellent la différence entre le penthos et le deuil ordinaire.\Oint Jeall Chryso. vont cl leur perte S9 . 18 CPE n" 88. Jean rap- proche saint Paul du Christ dans le caractère très particulier de leur douleur: persécutés. . Tu as vu des gens vivre dans les délices et les danses? Souviens-toi de ses larmes. décembre 2002 . LV.

69: 1/1 El'. mai~ celles de celui-là même qui nous juge au dernier jour: "Bienheureux. citant :\41 5. 52. par ces paroles: «Bienheureux vous qui êtes dans le deuil. 651-\: « Ces paroles ne sont pas les miennes. 3~4. mais ceux qui le sont intensément. 3. IId Col. 4.s. 1/1 A ct. XII. elit-il. au sens de deuil anticipé d'une perte possible du salut LJ6..sur- tout les deux mob qui nous occupent: deuil ou lIffliction. et la mort de ceux qui allaient à leur perte . PC 57. 2S.' III El'. 3~4. Des larmes tombaient sur ses chaînes. 16S.'110t LL op. PC 62. \. Et non seulement le Christ a pleuré sur le salut perdu parce que refusé mais il a béatifié le deuil et maudit le rire.s. 5 ct Le 6. 76: 1/1 Matt". 0. mais « les endeuillés» 97. mais en signalant dans une note le sens littéral ceux qui sont dans le deuil. Dès l'exorde de son premier traité De compunctione. il souffrait pour eux. D'autre part. cl travers lesquelles il traite de malheureux ceux qui rient. 3. Jean pose comme principe les paroles du Christ: Quel fondement.ne lui laissait pas le plaisir d'être enchaîné. ceux qui sont en deuil. 'J. Non esse ad gratiam concionandum» 3.Harth. car il était le disciple de celui qui pleurait sur les prêtres des Juif~'. lJb P. donne comme traduction générale adaptée au contexte monastique: repentir: dans les diyerses traductions de textes. car vous serez dans le deuil et pleurerez» 95. qu'à la suite d'!. PC 57. En effet. VI. Jésus aussi a pleuré sur Jérusalem» 94. citant Le 23. ')7 1/1 . PC 62. fil/es de Jérusalem» 93. PC '+7. Et il ne se contente pas d'être seul à se comporter ainsi: il y exhorte aussi les autres en ces termes: « Ne pleurez pas sllr moi. . )-6. car vous pleurerez". XXI. li. la TOB par ceux qlli pleurent. CPE n° 88.ceux qui l'enchaînaient . Ma traduction du célèbre verset peut surprendre: la Bible de Jérusalem traduit par les affligés.\. D'une part le par- ticipe grec penthountes appartient à la même famille étymologique que le nom penthos. et « Malheur à VallS qui riez maintenant.»: ln p. 217. mais parce qu'eux-mêmes al/aient à leur perte. Jean Chrysostome commente la force du terme les «endeuillés (pen- thountes) ». 4. PC. Le deuil du chrétien doit porter sur l'éloignement des pécheurs: «Cette lamentation est celle du Maître. C 'est pourquoi il ne s'est pas contenté de dire «les affligés ».25: cf. tandis qu'il place au nombre des bienheureux ceux qui sont dans le deuil. 1. PC 60. XV. AI'. J\.:' De COn1/Jllllcriol1f l. décembre 2002 19 . quelle base poserons-nous'! N'est-il pas évi- dent que [ce serontl les paroles dll Christ. 50. VI. XII. 225. cit. p. car vous serez conso- lés ». Oui. 3Y5. 3. ad Co/. PC. par rapport aux simples «affligés (lupoumenoi) » : Il n'a pas désigné simplement les affligés. non parce qu'ils étaient sur le point de le crucifier. tantôt il translilkre. supra n. tantôt il emploie des termes divers . Hausherr j'ai choisi de traduire par deuil. Malheur ü vous qui rie7.

par rapport au Christ. il faut pleurer. .j Ici. 10rsqLle l'on est pauvre. lorsque l'on est atteint dans son corps par la maladie. IId Co!.. deuil surnaturel. 1111 /11 Mllttl!. 3H5. 2. Boutang entre les larmes de fusion. lorsque la mort sur- vient. d'une perte du sens de l'existence.5 ct 2 Co 7. citant JI' K. PC 62. Ces larmes expriment notre philosophie. ()() P. Jean exhorte à dcs larmes qui sont sans commune mesure avec les manifesta- tions physiologiques de l'émotion que l'on désigne sous ce terme. Que de tcls pleurs ne soient pas le produit de l'émotion. Non que le penthos ne puisse contenir de la compassion.\115. larmes versées à contretemps et larmes versées à bon escient. » [oo. Donc. C'est bien ce que Paul aussi expliquait par ces paroles: « L'affliction du monde fait œuvre de mort. OnTOlogie dll secret. en soulignant: «comme si la faculté naturelle ne suffisait pas» 98. 100 /n Ep. "~ //1 Er. Jean veut bien faire discerner qu'il ya deuil et deuil. Jean s'appuie sur les paroles du Christ et de s.. décembre 2002 . 305-316: « La capacité de trans- mettrc un pGtho. 3. pour les opposer à l'unique perte déplorable. cc dont il ne dépend pas du pleurant qu'il y soit ajouté ou retranché quoi quc ce soit" (p. sans rien y ajouter. ] Le don des larme~ sera pouvoir d'accueillir. citant . XII. «Sourire et larmes». 3X4-3K5. XII. expression d'un pathos.l . m2me authcnti4ue et forte. Car ces événements ne méritent pas de larmes. mais ceux qui sont dans cet état cl cause des péchés. En revanche.225.. il ne faut plus pleurer. dans de nombreux passages.\. 20 CPE ne i-li-I. il en va de même aussi pour les larmes. lorsque nous nous y adonnons hors de propos 100. mais c'est une compassion inefficace.' celle qui est selon Dieu produit une conversion sans retour vers le salut» lOI. Paul pour distinguer les deuils selon le monde et les deuils spirituels: «Bienheureux les endeuillés. et les larmes de distance 99. le prédicateur le laisse entendre lorsqu'il commente la requête de Jérémie «Qui donnera à ma tête de l'eau et à mes yeux des sources de larmes? ». Ainsi apparaît clairement que. ad Col.t pas le don justement dC'llarl11c~. !YKH (1973 1 ). lorsque nOlis en usons hors de propos. BOllTA '\Ci. PC h2. qui hors de la perspective du salut plonge dans l'absurde. Ill. Par conséquent. tenue à distance par une indifférence au salut qui se perd. pp. n'e:-. 3IN).J. XV. de soi-même ou d'autrui. Les larmes de l'émo- tion naturelle entretiennent avec les larmes du penthos. celle du salut: Lorsque nous exhortons quelqu'un tandis que lui n'y prête pas attention mais va cl sa perte. PG 57. Ce qui prime. voire par un refus. il ne désigne pas purement et simplement les endeuillés. si nous accusons également le rire. Il insiste à plusieurs reprises sur des pertes qui n'autorisent pas les pleurs. c'est le constat dramatique d'un éloignement. Pari:-. Car ce qui est tout cl fait différent et absolument interdit. c'est de se lamenter sllr quelque affaire de la vie ordinaire. n. le rapport qu'établit P. de nouveau.

Eh bien. AV XXI. je me lamenterai dans un but semblable. qui suscite un deuil hors de propos. homme? Toi. et moi davantage que toi.. tll plellres? Tu ne sais pas quel mystère représente ce qui se passe? combien il est effrayant et redoutable. c'est celle des péchellrs.. Pourquoi es-tu en deuil? dis-moi.. gémis sur le pécheur. } Sois en deuil. [ . dans quel plaisir elle est alors. pour quelle raison es-tu en deuil de lui? Ne sais-tu pas que. tout est sens dessus dessous. 16X. . alors je n'aurais pas cherché cl empêcher les manifestations de deuil. lorsqu'elle quitte son corps avec une conscience pure. que ce n'est pas le moment des larmes? C'est le plus grand mystère de la sagesse de Dieu.Et en quoi cela te concerne-t-il. de qlloi pourrais-tu accuser le petit enfant? Pour quelle raison es-tu en deuil de lui? Et que dire du nouvel illuminé? Car lui aussi effectue le même passage. car ce qui est réellement llne mort mauvaise. Cette lamentation est un signe de philosophie et elle contient un grand enseignement. } Ils sont réellement dignes de lamentations. qui seule justifie le deuil spirituel: Toi. en eftet. dis-moi. et moi je laisserai couler des larmes. elle s'avance vers une autre lumière. Oui. Tes paroles s'appliquent bien cl ceux qui ont LUI bon renom. resplendit d'éclat? Il n'est pas possible de voir dans un si grand silence un roi entrer dans une ville qu'une âme laisser son corps et partir en compagnie des anges? Représente-toi ce qu'est l'âme. pressée de rejoindre son Maître. l'âme aussi. comme si elle sortait d'une compétition. L'autre est le signe d'une âme petite. me dit-on. Alors. Et toi tu es en deuil? Alors. même pour des gens qui ont un bon renom n'as-tu pas ce compor- tement? Eh bien. opposant à la mort d'une enfant. dans quelle stupéfaction. Oui.·f. comme si elle quittait une maison. d'autant plus que l'homme en question est passible d'une plus grande peine. dans quelle admiration. la mort du pécheur. telwl soleil pur qui s'élève. lorsqu'ils se tiennent auprès du tribunal du Christ: quelles paroles vont-ils entendre? 102 In Act. C'est comme si elle était déli- vrée d'une prison.Oui. [ .. Il veut même «distinguer les deuils par une loi» 102. Est-ce que par hasard tu te comportes ainsi seule- ment dans le cas de pécheurs? Si seulement il en était ainsi. et digne en réalité d'hymnes de joie? Veux-tu apprendre. mais aussi sur la cité tout entière et ceux qui s'y rendent. Car la naissance actuelle est meilleure que la première. Et il ne faut pas que tu te lamentes seulement sur tel ou tel. il aurait fallu te comporter également ainsi quand ton enfant est né.. CPE n° 88. PC 60. l'âme s'avance. comme sur ceux qui sont emme- nés à la mort. Moi. décembre 2002 21 . afin de le savoir.

409.. tout deuil humain est capable d'absorber l'homme tandis que la perte du salut ne suscite en lui aucune émotion: C'est ainsi qu'il faudrait être en deuil de la perte de notre salut afin que je ne dise rien de plus. il serait nécessaire que tous aient l'œil de leur âme tourné vers l'au-delà avec tant de désir et d'em- pressement et que son souvenir et sa représentation soient tout pour nous. ne m'imposez pas vos consolations» I04! Le deuil que je mène est tel que l'excès des gémissements ne doit point entraîner de condamnation et si Paul. 22 CPE n 88. lOS Traité à Théodore 3. 100 De complIlletione L 10. [ . tandis que nous qui avons perdu le royaume. décembre 2002 C . que nous autres. sans ignorer que l'espoir demeure souvent de ramener à la vie l'âme morte. tout en sachant que leurs gémissements ne ressusciteront point le gisant. mais quand au lieu du corps est exposée une âme morte. citant Mc 14. de la beauté évanouie. 90-93. PG 47. Mais en fait.. je veux pleu- rer amèrement. C'est bien l'occasion de dire cl leur propos: «Il aurait mieux valu pour eux de n'avoir pas été engendrés» 103. pp. eit . ils ne rou- giraient pas de pleurer. ne point le mener dans un autre ressortit également à la philosophie. op. quand les autres se lamentent sur la mort du corps avec tant de violence. IU4 Is 22. qui serait assez cruel ou indifférent pour prodiguer des paroles de consolation au lieu de se livrer aux thrènes et aux gémissements? Mener le deuil dans un cas. je prononcerai cl leur adresse les paroles du prophète: « Laissez-moi. On peut à hon droit accuser de pusillanimité ceux qui se lamentent sur la mort qui est notre lot commun.. si Pierre étaient là. 4. f N'est-ce pas témoigner d'une grande mollesse. trad. ou plutôt non pas n'importe comment mais pour le mal. Durnortier. de chanter le thrène en repoussant toute consolation. 10) Ihid. nous ne manifestions rien de tel? 105 Paradoxalement. nous avons dans l'esprit tout plus que le Royaume 106. de la saine com- plexion. C'est ainsi que l'âme de Théodore lui apparaît comme une âme morte: Si certains tentent de m'arracher à mon deuil. portant mille hlessures et dont le cadavre même témoigne des heureuses proportions d'antan. ceux qui ont perdu des enfants et des femmes ne distraient leur esprit vers aucun autre objet que l'ima- gination de ceux qui leur ont été arrachés.21. quels tourments vont-ils souffrir? Ils ont vécu n'importe com- ment. l. de mener le deuil sur cette perte.

E. celles qui viennent du plus profond du cœur. PC 57. ne nous attristons pas pour des causes telles que celles sur lesquelles s'attristaient les rois. De cuml'll/lcrione L 1. dans les celliers.Jean a donné son propre exemple 107. 1913. 1:11 ln Ep. les larmes que je cherche. Jean se sent pris d'indignation devant ce renversement de valeurs qui conduit à ne pas pleurer ce qui est le plus profondément déplorable: S'il faut pleurer.268: cf.69: cf. CPE n° 88. à propos des larmes de saint Picrre. une «grâce (charisma»> octroyée à ceux dont le regard porte déjà sur les réalités à venir (De uirginitate XVII. pense de même: "La nuit.. lI. 203. 111 1/1 El'. 82. PC 62. n. moi. voit dans cc «remède des larmes}) qui efface toute injustice com- mise. Leipzig. XXVI. IIIK Allusion au "baptême des larmes. Car je dirais qu'il est juste que celle qui pleure dans cet état d'e~prit soit l'objet de plus d'accusations que celle qui s'em- bellit avec des fards et des produits de beauté. mais sur des causes telles qu'elles nous font posséder aussi un gain considé- rable. pp. sans personne pour les voir. PC. celles qui coulent en secret. c'est parce que. personne ne pleure. XV. celui de la conversion: Quant à nous. p. «Car l'affliction selon Dieu produit une conversion sans retour vers le salut. sI/pra. alors que tous sont revenus cl leur premier état et que nous sommes redevables de comptes d'une grande dette. Que personne ne s'aperçoiv'C que tu pries. « Exhortatio ad uirginem ». ressentir une morsure pour ces causes III. souffrir pour ces calises. qui naissent dans l'angoisse et la douleur. Gressmann. personne ne gémit 110. décembre 2002 23 . 6. ad Philip. 1). 47. XL 4. 39". 1905. 13-14.296. lll'! 1/1 J'dallh. citant 2 Co 7. Leipzig. PC 60. De compllnctione IL:i. ad Philip. cependant. appelle le Seigneur avec tcs larmes. Sur le plaisir des larmes nocturnes dans l'exemple de David. éd. pp. S'il importait d'abord de bien cerner la spécificité du penthos. voir sI/pra. 16-17. 4. 148). VI. PC 62. et tu trouveras grâce" (p. une seconde distinction s'impose: le penthos est un deuil intime. si nous nous com- portons ainsi non pour nous montrer et rechercher des marques d'honneur. pp. 52-53). Ce premier paradoxe se trouve accentué par un second: le deuil ordi- naire entretient et avive la souffrance tandis que le penthos apporte un gain inestimable. qui ne doit rien avoir d'ostentatoire . doucement et sans bruit. 5. personne n'est en deuil. éd. » Il faut s'aflliger pour ces causes.: cf. Oui. ce sont celles qui ne visent pas cl se montrer mais cl exprimer le remords. AI'. PC 47. et engendre donc la joie: 107 Voir supra. ÉVAGRfC. ATIlANASE. 418: ln Act. C'est pourquoi la nuit lui est propice: Nous sommes purifiés cl nouveau par les larmes et le repentir comme [nous l'avons été] par l'eau et l'esprit lOi{. 10. On a vu J'exemple de Marie-Madeleine Sllpra. qui ont Dieu pour seule cause 109. Frciherrn von Der Goltz.

Car toutes ces passions. Éprouvons donc une affliction qui est la mère de la joie. ni rien d'autre de tel. telles des bêtes sauvages tapies. VI. VI. décembre 2002 . il aura bien davantage ce comportement pour les siens. Ou plutôt peut- être même ne péchera-t-il pas. ne nous relâchons pas dans la vie présente qui est courte. car il chasse toutes les passions.384: "Rien n 'est plus agréable que ces larmes": 111 \[allh. Faisons un petit effort sur la terre afin de connaître de continllelles délices dans les cieux. ad Col. Car {'âme qui cohabite avec la doulellr ne supporte 0 11 Ibid. un tel deuil est le fondement de la joie.4)'! Il parlait du plaisir qui naît de ces larmes. 77. Ne recherchons pas les délices qui engendrent beaucoup d'an- goisse et de douleur. Et de quelle manière pOllrrons-nous avoir cette douceur? Si nous pensons sans cesse cl nos péchés. 69: "En quel sens Paul dit-il: '"Réjouisse/-vous en tout temps dans le Seigneur'" (Ph 4. 3. Éprollvons l'angoisse qui fait germer la libéra- tion. et ne nous livrons pas au rire qui engendre pour nous les grincements de dents. Mais le comble. le désir ne l'enflamme pas. XII. Ce deuil ferme tout accès aux passions: Celui qui se lamente ainsi ressuscitera dans un état spirituel meilleur qu'un port serein. ce sera du moins tout à notre avantage. afin d'obtenir la libération dans celle qui n'a pas de fin. In Ep. Car la colère n'est pas cachée au fond de lui. tout est davantage le prétexte de nos réflexions que nos propres péchés. C'est pourquoi la joie que nOlis éprouvons est la joie des insensés. même dans notre propre cas nous ne montrons aucune conversion: nous sommes en état de perdition sans en souffrir. : cf. PC 62. PC 55. celle du monde. si nous sommes dans le deuil.» 1" 111 P. PC. 4. vers la maison de Dieu.I. celle qui engendre mille afflictions. il aura plaisir à converser avec son prochain. Et ne va pas me dire: « Qu'obtiendront de plus de mes lamentations ceux pOlir lesquels je me comporte ainsi? » Même si nous ne rendons aucun service à ceux qui sont l'objet de nos lamentations. celle qui s'éteint aussitôt. si nous pleurons. Un tel homme se rendra en toute confiance. Laissons couler des larmes qui sèment beaucoup de plaisir. c'est qu'alors que l'on nous ordonne de nous lamenter ainsi sllr ceux qui pèchent. ce gémissement et ces larmes au long de la nllit ont produit leur engloutissement 113. et ne prenons pas de plaisir à ressentir une joie qui engendre l'affiiction. soumettons-nous nous-mêmes à l'étau de l'angoisse dans la vie périssable. Celui qui plellre ainsi sur les alltres ne passera pas sans larmes à côté de ses propres offenses. ni l'envie. 57. De telles larmes sont pleines d'une grande réjouissance. 5. et tout est davantage le sujet de nos préoccupations. afin de ne pas gémir dans celle qui n'a pas de fin 112. ni la passion de l'argent. Car celui qui souffre ainsi pour les {péchés} des autres. 24 CPE ne 88. rempli d'une grande joie.

je te prie et je te supplie: c'est ici-bas qu'il faut s'adonner aux plaintes et aux lamentations sur les péchés lIS. n'a pllls le loisir d'être excitée: elle gémit amèrement. 5. LX. 117 ln 10. 50. il ne voit aucun de ceux qui sont présents. comme temps favorable au penthos : « Le temps présent est celui du deuil. qu'il pleure sur lui-même ou sur les offenses commises par d'autres 115. PC. Car la pensée. 1. . 47.Pourquoi dois-je m'affliger à contretemps? . C'est ici-bas le temps favorable à l'affliction. le prédicateur en arrive à définir la vie présente. il n'éprouve pas non pllls de satiété de telles lamentatiolls. 114 /1110. 55. n'en a retiré aucun profit. 7. 115 ln . décembre 2002 25 . PC. fouettée par le deuil. Et c'est ce que montre le Riche de la parabole de Lazare qui. 1. tout en souffrant mille afflictions. PC. il n 'y a aucune irritation. Une prise de conscience à retardement. 123-124.» Car les bienfaits apportés par ce penthos sont réservés à l'ici-bas. Car son repentir venait à contretemps. CPE n° 88. Dc COll1jillllCtiollC 1. pc.\. XV. S'il avait souf- fert au temps favorable. PC. 3. 63. Par conséquent. ce n'était plus le temps des luttes. Xl.'on esse ad grotiaf1! cOf/cionandum 3. 59. pas non plus l'irritation et la colère. PC. un homme de ce genre demeure dans un repentir continuel: il laisse jaillir sans cesse des sources de larmes et il en récolte beaucoup de plaisir. Vr. C'est pourquoi je t'exhorte. et non dans l'au- delà. Là oû est l'affliction. la fosse avait disparu. la colère est sans moyens d·action.Tu t'affliges à contretemps? Souffrir à contretemps.146. ô~7. p. Le public s'était dispersé.332: cf. et pleure encore plus amèrement 114. lIN . PC.~Ilpr{f. Un homme de ce genre.332.\I[atrh. même s'il habite au milieu des ville5~ y séjourne comme dans un désert. 4. 57. 59. 4. toute colère est ban- nie. là où la pensée est broyée. dont le Mauvais Riche de la parabole de Lazare montre toute l'inefficacité: A-t-il tiré profit de son repentir? A-t-il gagné quelque chose cl exprimer un remords? Absolument pas. hX. devant le châtiment de l'au-delà. Car rien ne soude ni n 'unit autant cl Dieu que de telles larmes. suscite un penthos vain. Car là où est le deuil. des lamentations et des plaintes 117. dans des montagnes ou des vallées. il n'aurait pas subi ce qu'il a subi 119. c'est lorsque tu souffres dans la géhenne. 110111 Ps.395: /11 LV at! IIchr. de même qu'il l'avait qualifiée de temps favorable au combat spirituel 11o. l. l1h Voir . il permet d'atteindre ce qui devrait être le but premier de tout chrétien: l'union à Dieu: Comme il voir désormais tout de haut. Et ainsi.

afin de ne pas être dans la détresse alors. et alors nous ne pleurerons pas sur notre vice. le contexte pacifié pourrait n'être qu'un leurre pour l'âme. PC. 1'1 111 Act. les mêmes combats. est un moment capital. ni d'issue: elle est au contraire infinie et continuelle 120. les mêmes angoisses demeurent face à un unique enjeu: Vois-tu que maintenant la persécution est plus forte. Ap. J. ceux de l'au- delà celui d'une conversion inutile. 4. afin de ne pas s'armer ni se dresser contre elle. de l'ennemi invisible et polymorphe. Les pleurs d'ici-bas sont l'effet de la vertu. dont le deuil spirituel connu ici-bas dans toute son amertume peut seul rendre l'hypothèse impossible: Soyons en deuil maintenant sur le salut. Oui. La balance n'est pas égale entre la détresse d'ici-bas et celle de l'au-delà. car tu sais que tu connais cette détresse pour ton bien. Jean n'hésite pas à ouvrir la perspective terrible d'une afflic- tion infinie. Mais. XIII. 26 CPE n° 88. c'est sans doute faire apparaître une continuité fondamentale dans la repré- sentation de l'aventure humaine. para- doxalement. Certes. XXIV. il est clair que la vie intérieure du chrétien n'en est pas fonda- mentalement modifiée: les mêmes aspirations. personne ne tremble 121. 2K2. * * * Rapprocher les spiritualités d'Antoine et de Jean Chrysostome. PC 62. cette guerre que l'on considère comme une paix. pleurons maintenant. la détresse est plus pénible. tels des fauves. n'en sont que plus insidieuses et. parce qu'elle n'a pas en vue d'es- pérance. Soyons dans la détresse maintenant. elle a cet aspect terrible. ici-bas ta détresse est de courte durée. 60. devenu religion d'État. décembre 2002 . pour cette raison et parce que l'on n'estime même pas que c'est une persécution. Dès lors. ou plutôt tu n'as même pas la sensation de la détresse. les attaques du seul ennemi. Oui. le passage du temps des persé- cutions au triomphe du christianisme. La concorde politique instaurée. dans l'au-delà au contraire. IKK·IH9. C'est mainte- nant la terrible persécution. un véritable tournant de l'Histoire. Personne n'a peur. parce que les passions. afin de ne pas être alors en deuil vainement. si la vie des communautés se trouve totalement transformée par ce nouveau rapport de forces. nous attaquent de toutes parts. ad Phil. Laurence BROTTIER Université de LIMOGES 120 ln Ep.

néanmoins elles portent la marque d'un penseur qui ne manque pas d'originalité. 19R7: D. Human Narure in Gregory of /IIvssa. Le De hominis opificio. Paris. Wl'JLI:\G. Lciden. Editionen. Même s'il reprend des catégories provenant de la philosophie grecque. BO[l(Hr.» Il entend par là les âmes végétatives. i'vletollsia Theou. 1995: R. il est vrai. aspects christo logiques et sotériologiques 1. proposaient des théories comportant le risque de vider la foi chrétienne de sa substance. Grégoire de Nysse a été forcé de clarifier des notions et de mettre en garde contre les déviations. 1.vssa. Grégoire de Nysse introduit volontiers certains développements par une définition.. Ainsi il écrit: «Cet animal rationnel qu'est l'homme est en effet formé de la fusion de tous les genres d'âmes. D'ailleurs. pp. Leiden. d'âme 1 Voici quelques indications bibliographiques plutôt générales: M. 613-644: M. C'est que le Nysséen a dû affronter des adversaires qui. 52 (196~). quitte à les adapter au donné biblique.23 et 1 Th 5. 2000: J. col 971-10 Il: R. décembre 2002 27 .23. DSAM. Notre propos est de présenter les aspects significatifs de son anthropologie. Leiden.l Per/eeriolls According ro Sainl Gregon' of /IIyssa. PC 44. BALAs. ZACllHL. OhersetZllngen. révèle que Grégoire connaît la conception trichotomiste des Grecs. 2000. l'homme pécheur. mais qu'il préfère la conception dichotomiste. 1 KEFs.IlFR. il met cette conception tripartite en relation avec Ep 4. ASPECTS SIGNIFICATIFS DE L'ANTHROPOLOGIE DE GRÉGOIRE DE NYSSE Les conceptions anthropologiques de Grégoire de Nysse comportent. "La vision de !"économie du salut selon Grégoirc de Nysse". SC 453. lOI.145 C . MANN. C-\:\É\'H. rangé communément parmi les premiers ouvrages. SC 6. Philosophical Background and Theological Signiflcance. "Grégoire de Nysse ". qui parlent de corps (partie nutritive). L. Discours Catéchétique. 2 GRÉG01RE DE NYSSF De hominis opifïcio. Une rapide comparaison entre les ouvrages marquants de sa carrière litté- raire devrait permettre de dégager des constantes malgré les différences d'accentuation. il se montre toujours soucieux de la fidélité à l'Écriture.ER . L'exposé se limitera à l'essentiel et sera structuré de la façon suivante: essais de définition. Die Lehre von der Oikollomia Coites in der Oralio Catechetica Gregors von Nrssa. dans les débats d'ordre chris- tologique et sotériologique. ESSAIS DE DÉFINITION DE L'HOMME Se conformant aux règles d'une saine méthode. Pour cette raison. des éléments hérités de traditions antérieures. CPE n° 88. p. 190ô: l-R. ALTE'JBt:RC. Literatur. pp. l'homme créature. RS Ph Th.F.La création de l'homme. sensitives et rationnelles 2. "Introduction". lYlan 's Parricipalion 0/ Cod'. Bibliographie zu Gregor Fon N. 66-79. Rome.

pour dire que l'homme. Cette définition sera retenue pour la réfutation des traités d'Eunome et d'Apollinaire: nous verrons quels effets il en tire dans la lutte contre ces deux adversaires. 14X D . être raisonnable.\urn!ctioflt!. p. 225. 24 . de reconstitution du composé corps et âme pour la résurrection 6. Cette définition de l'homme.(partie sensitive) et d'esprit (<<pneuma»). 16 . 39R-399. Ces textes prouvent que dès le début Grégoire préfère la conception dichotomiste. Dans un deuxième groupe. pp.» 5 On aura remarqué que le thème de l'homme composé d'un corps et d'une âme raisonnable sous-tend cette définition. décembre 2002 . Mais dans un mouvement de reprise. Parmi celles-ci figure le De anima et resurrec- tiane: on y trouve un essai de définition qui met l'accent sur l'âme: «L'âme est une substance créée. ~OllS proposons une traduction plus littérale. on pourrait ranger les œuvres de peu anté- rieures au Contre Eunome. 1. être raisonnable.)·C 453.t}w el re. cette fois-ci. [)e an. Grégoire raisonne en termes d'union de l'âme et du corps pour la naissance. De \'irginitatc. Paris.» 4 Mais.. Cerf. C. capable de penser. qui introduit par elle-même dans un organisme corporel capable de sensa- tion une puissance vivifiante et propre à saisir les réalités sensibles. tant que l'être. Ce qui retient l'attention. . est la récapitulation de tous les êtres qui ont précédé l'avènement de celui qui est le roi de la création 3.SC 6.VO VII!. C'est peut-être dans le De haminis opifïcÎo que Grégoire expose de la façon la plus explicite ses 3 Ibid. p. grâce à la rai- son. c'est la manière conséquente avec laquelle Grégoire argumente à partir de la définition de l'homme compris comme composé d'un corps et d'une âme raisonnable. Le Discours Catéchétiqlle dans son ensemble insiste sur l'idée que l'homme est à concevoir comme composé de corps et d'âme. CRÉATURE DE DIEU L'homme créature Un aspect essentiel de l'anthropologie de Grégoire de Nysse est que le statut fondamental de l'homme est celui de créature. 297. est parallèle à celle du traité De virginitate: «L'homme. SC 119. PC. il déclare: «Dans l'être doué de raison sont compris tous les autres ». p. PC 44. 46. une substance vivante. cet animal doué de raison. L'HOMME. 1. l'homme est supérieur aux autres êtres. parce qu'il est libre et qu'il est capable de s'orienter librement vers le bien et la perfection. fr. De {'âme er de la n!SlIr- reclion. TCRRIEllX. de sensible et d'intelligible. p. 1. l'accent est mis sur l'idée que. 1995. 6 Voir entre autres Dis('oun Catéchhiqllf. capable de recevoir ces dernières. 79. III " GRÉCiOIRr IlF NyssE. de dissociation entre l'âme et le corps pour la mort.Traité de lil "irginité. spirituelle. 28 CPE n° 88. présente ses éléments assemblés. 'i GRFCOIRE DE NyssF. 29 B: trad.

le sommet vers lequel tend l'univers. toutes proportions gar- dées. 120-1"+7)« Pour qui donc le monde a-t-il été créé '.idées sur l'origine de l'homme dans le cadre de l'œuvre créatrice de Dieu. »l) L'homme appartient au monde sensible par le corps et au monde intel- ligible par son âme raisonnable. Néanmoins. la dis- tinction entre monde sensible et monde intelligible. L'évolution se fait par paliers. Cest que l'homme a été créé à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1. entre autres. CreFRo:".. ainsi que l'explique Balas.27). BAI AS. pp. Voir à ce sujet J. Ainsi.) Qui nous k dira'! Pour les êtres animé~ qui ont la \ ie en partage. Grégoire ne parle pas d'une âme éternelle comme Platon ni d'un corps mauvais comme les Platoniciens et les Manichéens.7.SC 6. p. . puis. on pourra faire remarquer que l'idée de l'homme. Mais. 236 Il: SC' p. Le corps n'est pas né avant l'âme ni l'âme avant le corps: «Comme l'homme n'est un bien que composé de corps et d'âme. Grégoire de . 221.•. 20. 23-54. o Ihid. R. Pour Grégoire de Nysse cette dernière distinction est plus fondamentale que la distinction d'origine platonicienne 10. 156 A . L'homme est le but de ce mouvement ascendant. se trouve chez les auteurs grecs et latins 7. l061. décembre 2002 29 .. \1elOu~'i{{ Theoll. en l'homme. il faut lui reconnaître un seul commence- ment» 8 et «Il est donc vrai de dire que ni l'âme n'existe avant le corps ni le corps à part l'âme.» (f)e l/a/lira (/corllll1. L'homme image de Dieu Malgré son statut de créature. si bien que des distinctions nettes courent entre les différents groupes d'êtres. Il De hominis opi/icio PC. à l'éclosion de la raison. IlJ76. la dif- férence est de taille. en même temps. Leiden. Certes. pp.)} (ihid . La création. The Relation of Body and Soul in the Thought or Gregory of Nyssa ».Vy_\. 225). IL -:\. est profondément modifiée par la distinction entre créature et créateur. N De homillis ol'i/icio. lO D. (''\\'. 223. mais que les deux ont une seule origine. 44. 2330 . 1"ll1loge de Dicu cize::. CPE n° 88.\ propos du thème étu· dié. d'origine grecque.» 11 Reprenant la théorie de Platon et de Plotin: «Seul le semblable peut connaître le semblable ». 122: voir aussi 13]d: 136d: 137h: 1S4h.SC 6. p.\l''OS . dans Grcgor von /VySSll und die Philosophie. 61-7t-\. Grégoire explique que l'image crée une parenté de nature. L. y explique-t-il. Dès le De hominis opificÎo. s'affirme ce thème qui est une constante qui traverse l'œuvre de Grégoire de Nysse et dont il se plaît à dégager les multiples implications: «Faisons l'homme à notre image et à notre ressemblance: l'homme n'est vraiment image que dans la mesure où elle (il) possède tous les attributs de son modèle. Lcys. aux perfections divines. dans sa richesse sur terre et sur mer. l'homme est néanmoins destiné à entrete- nir des relations étroites avec Dieu et à participer. «syngeneia ». p. voir.\c' Paris. pp. les êtres créés sont conduits de la vie végétative à la vie sensitive. l'âme est créée en même temps que le corps. était prête: mais celui dont ellé' est le partaf!c n'~tait pa~ là.·« Et toute la création. se fait selon un ordre progressif. Pour lui. Mais.·P. 44. Chaque être apparaît en son temps conformément à un ordre ascendant: de l'inférieur on monte par degrés vers des formes plus parfaites. couronnement de l'évolution. il s'efforce de rectifier la thèse -: Voir par ex. PC.

» 14 Cette «affinité de nature» provient de ce que l'homme a été doué de raison. la liberté de l'homme est faillible et connaît le changement. Ceisl u"d (. 30 CPE n° 88. 5. décembre 2002 . symbolisée par les tuniques de peau dont furent revêtus les premiers parents.. )>> 12 Parmi les privilèges accor- dés à l'homme figure la liberté qui consiste dans le fait d'être indépendant de toute nécessité: «Ce qui a été conformé en tout point à la divinité devait nécessairement posséder dans sa nature la liberté et l'indépendance.le. il est forcément doté d'une constitution telle qu'il soit apte à avoir part à ces biens. 1~S-1 SY. L'une des conséquences de la chute des premiers parents est la condi- tion mortelle de l'homme: celle-ci est d'ailleurs moins un châtiment qu'un remède. de sagesse. pp. «Les tuniques de peau chez Grégoire de Nvsse". Fnlschrifi ml' F. L'HOMME PÉCHEUR ET SA CONDITION MORTELLE Cependant la participation aux biens supérieurs ne joue pas de façon automatique. 164-165. a été créée en vue de l'immortalité: ( . Voici un passage du Discours catéchétique: «L'homme a été doué de vie. 355-367. mais ne touche pas à l'image divine elle-même.. Voir J. pp. SC 453. la condition mortelle ( . l' Discollrs C"r(chérique. X. dans Glullhe.SSF . 164-1ôS. [' Ihid. si bien que le mal connut une sorte de croissance organique. de raison. l'homme se laissa séduire et se courba sous le joug de l'ennemi. » 15 l' GRÉC. qui lui-même s'était détourné de Dieu. Discolln Cllléchéliquc. de façon que la participation aux biens fût le prix du combat mené par la vertu 13. DA:-JIÉLOl. pp. mais qui ne sont pas inhérentes à notre nature. La condition mortelle. pp. du fait qu'elle concerne un être qui vit dans le monde sensible. elle. notre nature ( .e\chichre. ) devait posséder en elle-même la disposition à l'immortalité ( .. 1953. Quels sont les biens que confère la dignité d'être à l'image de Dieu? Les formulations sont variées selon le contexte dans lequel elles s'inscrivent. 1967. Ce changement d'attitude suscita des réactions en chaîne. entre autres. Paris. Benz.... la relation effective entre Dieu et l'homme devient possible du côté de l'homme: «Si l'homme accède à l'existence pour prendre part aux biens divins.platonicienne d'après laquelle la ressemblance avec un archétype du monde intelligible signifie en réalité dégradation de ce qui est intelligible. pp. SC -153. J. Ainsi. GAil JI.I. Or. afin que chacun de ces privilèges lui fît éprouver le désir de ce qui lui est apparenté. L'homme doit faire preuve d'une attitude d'humble accueil et d'obéissance librement consentie.. ) servit à revêtir la nature qui. Puisque l'éternité est aussi l'un des biens attachés à la divinité. Voir. Circonvenu par l'Ange de la terre.16X-169.. L" co"c"l"io" de 1" lihené chez Grégoire de S'·.OIRI DI' N. est en réalité étrangère à la vraie nature de l'homme: «Les vêtements font partie de ces choses qui nous couvrent en provenant de l'extérieur. selon une sage disposition.. de sagesse et de liberté. et de tous les biens dignes de la divinité. Leiden. ) elle s'applique à la partie sensible de l'homme.» En raison de la dignité découlant de la création à l'image de Dieu. 14 Ihid.

aux sommets qui sont au-dessus d'elle. pp. de raison. 162-163. 116.1.» Ce thème s'est enrichi progressivement chez Grégoire de Nysse sous l'effet de l'idée de l'ascension constante de l'âme vers Dieu. afin que chacun de ces privilèges lui fît éprouver le désir de ce qui lui est appa- renté 17. Selon lui. Dans la Vie de Moïse. pour ce qu'elle a déjà acquis. étant simple. L'âme. la perfection n'est pas un état de repos. elle s'efforce de gravir «la montagne de la théognosie» à la suite de Moïse pour s'éle- ver aux sommets de la contemplation. Non contente de la connaissance médiate et analogique de Dieu. l'image n'est pas un reflet statique.\. il précise que.3-47. 17 Discollr. 17-23 . GNO VIL!. elle réside dans le progrès incessant: «Le désir. Que représente la mort en elle-même? À plusieurs reprises.\ Caléehéri'lll".« La tcologia de la Illuertc en la "Oratio Catechetica I\1agna" de Gregorio de ~isa ». d'autre part. pp.5. 1. SerTh L 1969. 4:. SC 453. par contre.SC !. les controverses avec Eunome et Apollinaire ont forcé le Nysséen à défendre la pleine humanité du Christ et à préciser la nature de la mort et de la Résurrection du Christ. c'est une chair sans âme qui a été assumée. en ce sens que les éléments dont il est constitué retournent aux éléments qui leur sont apparentés: le corps n'est pas complètement anéanti. le Logos s'est incarné en assumant seulement la chair à l'exception de l'âme: «Si les hérétiques produisent la parole de l'évangile: le Logos s'est fait chair. de sagesse et de tous les biens dignes de la divinité.î9-1411. Mais. Elle suscite dans l'âme le désir de se rappro- cher de ce à quoi elle ressemble. pp. le corps connaît la dissolution. en effet. la mort et la Résurrection du Christ. En réalité. dans ce qu'elle a déjà réalisé. Grégoire la définit comme séparation du corps et de l'âme. qu'ils 16 MAI EO-SECO. en vue d'établir que du fait que l'âme n'est pas mentionnée. CPE ne 88. lui communique un mouvement ascen- sionnel qui n'a pas de cesse. l'élan vers la beauté dont elle porte la marque et qui l'attire à elle: «C'est pourquoi l'homme a été doué de vie. qu'elle a de ne pas renoncer. un nouvel élan pour voler plus haut 18. Grégoire prend ses distances par rapport à ceux qui prétendent que la gnose est la perfection au-delà de laquelle il n'y a plus rien. n'est pas soumise à la dissolution et elle survit 16.» Anthroplogie et christologie La doctrine anthropologique de Grégoire de Nysse a servi à rendre compte de ce que représente nncarnation d'une part. décembre 2002 31 .lors de la mort. l'âme se dégage de plus en plus de tout ce qui lui est étranger. Selon Eunome l'anoméen.ÉPECTASE L'homme créé à l'image de Dieu n'est pas un être immuable. où elle trouve toujours. IN /Je rila \1oni. En effet. LA TENDANCE VERS DIEU .

est la séparation de l'âme et du corps. quant à elle. la mort ne signifie pas séparation du corps et de l'âme. il est vrai. À suivre Apollinaire. 544 D. À la lumière de ces données. 62~-64Y. Ri!fittatiofl de la con(n. Dans ces conditions. La Résurrection consiste dans le rassemblement entre l'âme et le corps.SI. consiste dans la recomposition du composé humain. apprennent que d'habitude. ensuite du seul «noûs ». CA:\'É\'ET.\. Pour réfuter cette théorie.» 19 S'appuyant sur le Nouveau Testament. «Létat du Chri~l dans la mot:t d'après CJrégoirl' de ~ysse». et du Logos. il examine alors le cas de la mort et de la Résurrection du Christ. le Logos restant présent auprès de l'un et de l'autre. Grégoire de Nysse s'attache d'abord à démontrer que le Christ avait une âme comme tout homme. le Logos assumant le composé humain glorifIé. La mort. Grégoire de Nysse se livre à des considérations sur la mort et la Résurrection du Christ. dans la Sainte Écriture. ::'0 Voir J. dit-il. se sépare d'une chair avec sa «psychè» sans le «noûs ». Le Logos est de nouveau uni à son humanité. Apollinaire chercha aussi à expliquer le mode d'union entre la divinité et l'humanité en Jésus Christ. Le Logos.« La mort du Christ et le ll1yst~re de sa personne humano-divine dans la théologie du I\"C siècle ».160-IKO: ~.~. Et Grégoire de Nysse développe la même argumentation que dans le Contre Eunome: la mort du Christ ne signifie pas séparation entre le Logos et le composé humain.. 21 Anthropologie et sotériologie Dans les passages concernant la christologie. Il était d'avis qu'on ne saurait unir entre eux. pour en former un seuL deux êtres complets.~I. 21 Pour plus de détails. soit le Logos et un homme complet. 18.ln 10.Ol!. À la limite. pp. La solution qu'il propose consiste à priver l'humanité du Christ de quelque chose d'essentieL d'abord de la «psychè» ct du «noûs ». 177-192. Grégoire de Nysse fait aussi valoir des arguments d'ordre sotériologique. La Résurrection. pense-t-iL a pris la place de l'élément manquant. pp. Pour J'étude des rapports entre la mort et le résurrection du Christ. voir R. Par là. et 1%2. 45.OIRI: Dt· NYSSI-. Les Quotre Flern'e. Jl)5~. d'une part. on en arrive à penser que le Logos est entraîné directement dans le processus de la mort. on ne saurait plus parler d'une mort vraiment humaine. pp. \VI~KNG. Rev S R. H. pp. décembre 2002 . 32 CPE n° 88. s'expliquerait l'union effective et étroite entre la divinité et l'humanité. \V]. Elle consiste bien dans la séparation entre l'âme et le corps du Christ.La Résurrestion du Christ dans les traités contre Eunorne de Grégoire de Nysse )~.Il\(j. RS Ph Th. notamment sur . Di"''Jl~!. 1962. LLGOlRLlER.'!l/". est glorifiée 20. non est Il) GRXC. d'autre part. 71-l)2. Son argumentation est toujours sous-tendue par le principe: «Quod non assumptum. \oÎr ." A propos de I"état du Christ dans la mort". le Logos restant présent auprès des deux.~.\lrJl1 de (oi d'Eltl1ol1le G:~V() IL 3~-+-385: pc. qui. 1"0 Ri'slirrectio!1 et l'exaltation du Chri. la partie désigne le tout.\t dall!J la lilli'ratllre de "ère !){Ilr. au point qu'il n'y a plus qu'un seul. R.9. malgré leur séparation. pp. Pour celui-ci.f. celle-ci étant séparation entre le Logos et le corps avec son âme. elle consiste dans la séparation entre le corps et l'âme douée de «noûs ». 1~YO. il faudrait dire que le Logos qui remplace le «noûs» humain.p~ et 2S0-tti. 19K2. 63-72: J.

STRASBOURG Il 22 GRf. peut acquérir une valeur positive.» 22 Un autre aspect salvifique lié plus spécialement à la mort est celui de la purification. même non chrétiens. GIYO [1. Aussi bien dans ses ouvrages contre Eunome et contre Apollinaire que dans d'autres œuvres. mais l'homme tout entier. en ce sens qu'elle est la condition préa- lable à la purification de l'âme et du corps. il ne peut plus être versé. 23 Discol/rs Caléché/il]ue.sanatum» (Ce qui n'a pas été assumé. CPE n° 88. 2" Ihid. 385-386: PC 45. à toute l'humanité. afin de participer plus pleinement aux biens pro- mis: «De même que la mort prit son départ dans un seul homme et s'est transmise en même temps à toute la nature humaine. décembre 2002 33 . qui est appelé à la résurrection. Réflttalio" de la confessio/l de foi d'El/nome. Grégoire de Nysse peut servir de modèle pour ce qui est d'une réflexion systématique pratiquant la mise en relation entre des don- nées fournies par des courants philosophiques. Ainsi il déclare: «Le Seigneur est venu chercher et sauver ce qui était perdu. pp. Sous ce rapport. et s'il faut s'exprimer de façon plus conforme à la vérité. corps et âme. grâce à un seul. 545. redonne au vase sa forme première. C'est de la même façon que procède l'artiste qui modèle le vase qui est le nôtre: «Le créateur après avoir désagrégé la matière qui avait reçu le mal. Le proprié- taire brise l'enveloppe du vase et. il raisonne en fonction de ce principe. ce qui était perdu. telle qu'elle s'est constituée progressi- vement à partir de l'effort d'interprétation du donné révélé. modèlera de nouveau.» 24 Les besoins de la controverse aussi bien que la réflexion sur le sort de l'homme ont poussé Grégoire de Nysse à exposer ses idées sur l'anthropologie chrétienne. de la même manière la résurrection.GOIRE DE Nyssl-. Raymond WINLING Professeur émérite Université Marc Bloch. mélange d'âme et de corps. en vue de répondre aux interrogations nouvelles qui peuvent se présenter. l'âme avait péri avant le corps. l'au- teur donne l'exemple du vase rempli par malveillance de plomb fondu. Pour illustrer cette idée. S. et la tradition théologique chrétienne. La mort. la Résurrection du Christ est à la fois la cause et le modèle de notre propre résurrection. au moyen de la résur- rection. C'est l'homme tout entier. SC 453. une fois que celui-ci s'est solidifié. pp. ses préoccupa- tions sont parfois très proches de celles de la théologie contemporaine. n'est pas guéri (sauvé)). comprise comme séparation de l'âme et du corps. ce n'était pas uniquement le corps. Le Christ a pu racheter l'homme complet. Dans une certaine mesure. 192-193. trouvant son origine en un seul. s'étend. parce que lui-même avait un corps et une âme. 226-227.» 23 Enfin. après avoir extrait le plomb. le vase débarrassé de l'élément contraire. soucieuse de donner à l'anthropologie la place qui lui revient.

Sa conversion étant bien connue et n'étant pas ici notre propos. 1994. Intériorité et communauté >~. «La conversion de saint Augustin )~. 1-40: L C. Al/Rlistinlis '-cxikon." Ambrosius". 7-8). AUGUSTIN On a souvent reproché à S. par exemple. clIcs sont plutôt autant d'étape~ vers cette conversion qui fut la sienne en 3R6<:. Revue du A1o~ven Âge Latin 67 (1961). lorsqu'Augustin découvrit la pri- mauté absolue de la gnlce. qui lui a permis de découvrir qu'il est créé à l'image de Dieu.th'on. . Conversio ". cf. qu'il est en relation avec son créateur et qu'il lui revient d'accepter ou de refuser cette vie nouvelle que le Christ média- teur lui propose. vécu une conversion à la Sagesse 2 après la lecture de l'Hortensius. pp. relevant de la polémique pélagienne. on comprend qu'il en va diffé- remment. pp. C'était. Intériorité et commu- nauté >j. 3. G.lchrift 167. lJl-92: « Le néoplatonismc dans la conversion d'Augustin.. GEERI INGS (" Bckchrung cJurch Belehrung. s'arrêter à la lecture de quelques-uns de ses ouvrages. Augustin d'avoir une anthropologie pessi- miste. . D'autre part. Theologi. pp. son anthropologie est radicalement optimiste. J F. illimite la première conversion d'Augustin à la lecture de l'Hortensius et en fait une conversion à la philosophie. Les Cl!fI)'ersiof1S de sailli AURlistin. t. pp.1YK7.. puis une conversion de l'intelligence. il est vrai que ce fut l'inter- prétation qui a été retenue par le xvue siècle et qui a fortement marqué notre compréhension de l'anthropologie augustinienne. AllglLHin1l5. accordant une trop grande place au péché.. 12H9-1291: «La conversion d'Augustin. à la suite de la prédication d'Ambroise -' (Conf VI. pp. The conversions of' saint AURustine. en 373 (Conf III. LANDSRFRCi. 2 W. pp. Villanova. lYS-2œ) voit une dernière conversion en 391.Vcrlag.. à la prédestination . Y-25. Irénée. Paris. pp. 72-73.1)7. Aubier. DASSl'd\N]\. \Vürzhurg.j Cf. tout d'abord.. I~tudes Augustiniennes. AXE DE L'ANTHROPOLOGIE DE S. LA CONVERSION. 1. Il a. État d'une question centenaire» (depuis Harnack et Boissier. Lumen vitac 42 (19R7). 3-6. Force est de constater qu'il en est également venu à des points de vue extrêmes lors de la polémique péla- gienne. 91-103: "Dieu dans la conversion d' Augustin ". Paris. 'vIASAI. nous en rappellerons seulement les grandes étapes..\DFC. 32 sq : J. qui a été une expérience centrale dans sa vie.1. dans son ensemble. 27) quelque 1 Les différentes conversions d'Augustin ne sont pas antithétiques.< Les conversions de saint Augu"tin ct les débuts du spiritualisme en Occident ». La Vie Spirituelle 4K (1 Y36). à la lecture des Libri Platonicorum 4 (Conf VII. Zur 1600 Jahrfcier der Bekehrung Augustins ".. FERRARI. L. mais il n'en demeure pas moins que.\illnl iihn de/1 Stand der Al/gl/stinlls. 34 CPE n° 88. 9) et une conversion vers l'intériorité. col. qui a duré quelque quatorze ans 1. en revenant à ses œuvres mêmes. ihid. qu'elle est tout entière centrée autour de la conversion. \1. 10. p. 1994. 19S9. Internationales Sylllpo. Le.\chc Ql/artal. 1YK4: G. 270-2K5 . 1950: F. Li BLOND.-I\. L col. décembre 2002 . moins unifiée que celle de S. qui l'amena à se détacher du manichéisme. Or. MAD}-e «La conversion d'Augustin. P. 4. Mais. II)KR). 16-21. en fait. Sans doute Augustin a-t-il eu des difficultés à dépasser le dua- lisme manichéen et son anthropologie est moins biblique. t. 1H4-19-L repris ùans Petites éwdt's allgllstinÎenne5.

par la conversion de la volonté et du cœur (Conf VIII. . Agostino. convertisseur ". lui-même répond que les sujets ne s'y prêtaient pas. le temps. sur la christologie.5 A. au contraire. con ver- sio.1-18. Elle a aussi fortement marqué son anthro- pologie qui est tout entière orientée autour du schème creatio. (qu'il) pense. peu systématique. à l'âge où (il est. l'anthropologie qui lui est liée n'a pas toujours été dégagée comme telle. (qu'il) parlerait avec plus d'arrogance que de vérité si... se retrouve dans son œuvre. h Le terme est anachronique. mais qu'il est appelé à répondre à l'interpellation de son créateur et ainsi à s'accomplir. témoignant ainsi d'une conversion constante de sa pen- sée dans la quête de la vérité. COl1gresso . on regrette que S. R9-9H. avoir progressé dans (ses) écrits. il) estimait être parvenu à la perfection au point d'écrire sans aucune erreur ».temps plus tard. mais lui donnant également sa profondeur pour élu- cider des questions.. il ne souhaitait pas publier son De Trinitate et s'y est résigné après qu'une partie de l'ouvrage lui eut été dérobée et publiée séparément. CPE n° 88. avant que sa conversion ne s'achève. devient en tant que pasteur. en conséquence. Modelé par les différentes étapes de sa conversion. manifestant ainsi que l'être humain n'est pas statique. la grâce . reprenant les différents livres qu'il a écrits (entre 386 et 427). Cette attitude existentielle 6. C'est toute une relec- ture et une mise en perspective de son œuvre qu'il propose à travers les Retractationes.lYK7.24). 95. qui a profondément marqué sa vie. comme il le dit lui- même (De dono perseverentiae) que sa «pensée n'a pas toujours été identique à elle-même en tous points. G.. Mais. Intériorité ct communauté ». parfois. l'histoire. telles que la constitution du sujet. Par exemple. maintenant. pp. D'autre part. une fois converti.Il S.". qu'il ne pouvait les épuiser et qu'il n'a pu. . la création. sur la création . 1. un écho étonnant de cette conversion constante de la pensée se trouve dans les Retractationes. p. «Du converti ùe Milan au convertisseur d'Hippone». MADFC «La convèrsion d'Augustin. Ainsi se situe-t-il aux antipodes du dog- matisme. JI veut montrer par là. Les Confessions en sont un remarquable témoignage. en 386-387. dirions-nous de nos jours. formatio. rejaillit sur son œuvre. Augustin n'ait pas écrit un traité sur l'anthropologie. sur la Trinité. lui conférant parfois son aspect déroutant. La dynamique de la conversion. cet ouvrage unique dans l'his- toire de la littérature où. Augustin reste un infati- gable chercheur de Dieu qui garde la conversion comme une constante dans sa vie et qui. que proposer un écho de sa recherche. décembre 2002 35 . Augustin explique quelles sont les modifications et les précisions à y apporter. mais il correspond à la démarche de COl1\TfSion d'Augustin. Si. si la conversion d'Augustin a été largement étudiée à partir des Confessions. MA'\DOt1ZE. Rome.

BA 6. mais il a su lui donner un accent très personnel» 9. mais le terme auquel il arrive est différent de celui que proposent les platoniciens. Elle est l'œuvre du philosophe qui se détourne du sensible pour s'orienter vers l'intelligible et qui s'exerce à cette science par excellence qu'est la dialectique. Exercices spiritllds et philosophie antique. " H. MARROLI. COMME ACCÈS À LA CONNAISSANCE DE SOI DANS LE DE MAGISTRO.. elle conduit à la connaissance de soi 7. et qu'il y a très peu de chances que le langage révèle quelque chose de la pensée de celui qui parle. MARROl:.6. «Bien d'autres philosophes l'avaient reprise avant lui. pp. 11 1. «le souvenir abandonné demeure dans la mémoire. la conver- sion a un rôle central et presque méthodologique. «La conversion de San Agustin como fundamento de su dialogo De lvfagisfro ». p. x Ihid . pp. 59-74. Augustin quitte la rhétorique pour la philosophie. col. En effet. 176-177. LA CONVERSION. lè H.-A. dans la mesure où elle concerne essentiellement la pensée. Sans doute faut-il voir là une figure du Verbe qui a joué un rôle déterminant dans la conversion d'Augustin. celui-là seul nous l'enseigne qui. Ainsi propose-t-il une dia- lectique d'inspiration platonicienne qu'il parachève jusqu'au De Trinitate 12. op. cit. 2' éd. III Cf. conversio. augm . Fribourg. GARCIA. décembre 2002 . G. mais la découverte du Maître intérieur qu'Adéodat résume ainsi au terme du dialogue: «J'ai appris par l'avertissement de tes paroles que les mots ne font qu'avertir l'homme pour apprendre. 144-145. MADel'. toutefois. » Par sa conversion. 327. forma- N. 179): lorsque nous voulons l'évoquer. 46. p. Paris. l'esprit retrouve ce qu'il avait oublié et s'y identifie... en conférant ce rôle à la 7 P Hadol. ce dernier ne le dit jamais explicitement. écrit-il au livre Xl du De Trinitate (3. ni la fusion avec l'Un. il ne fait pas œuvre de novateur. le regard de l'esprit se tourne de nouveau vers lui. il souligne l'importance de l'admoni- lio 10 et précise les différentes étapes du retour 11. p. et surtout dans le De Magistro. lorsqu'il parlait à l'extérieur. pp. l. 304. Paris. Cependant. LES CONFESSIONS ET LE DE TRINITA TE Dès les Premiers Dialogues. il entend essentiellement inviter à suivre cette méthode fondamentale qu'est la conversion de la pensée en vue de la vérité." Admonitio Al/gustinus Lexikon. t. 24-28. 1997. Cuadernos Sa/mantinos de Fi/osofia XIII (lYS6). Oc Boccard. Ce n'est ni la réminiscence. Augustin ne fait pas preuve d'originalité. En préconisant cette exercitatio animi 8..-I. p. 97-99: M. 1981. pp. Seul le maître intérieur est garant de la vérité de la connaissance. Saillf Al/gl/stin et la fin de la cli/tl/re antique. 1.-l. VAN"IER. mais la vérité de ce qui est dit. tio chez saint Al/gustin. 4' éd . 36 CPE n° 88. À la suite des platoniciens. Dans le De Magistro. 153). nous a averti qu'il habite à l'intérieur» (De Magistro 14. Creatio. 195H. est informé par cette conversion même et ne fait plus qu'un avec son principe informant.

BA 13. elle est la condition même de sa vie. Il réinterprète la double théorie platonicienne de la mimésis et de la participation. S65-117~.. Et j'ai découvert que j'étais loin de toi dans la région de la dissemblance» (Conf VII. bien autre chose que toutes nos lumières! ( . LAD7\TR.!r R. 229: M.. 10. G. Stirnimann. ) J'ai tremblé d'amour et d'horreur. I~ Cf. 405. perçue. le résultat auquel il arrive n'a rien de néoplatonicien. 1954.s Zlir Einheir. in: [Jnfcrweg. c'était autre chose. se reformer elle- même. VANl\!CR.-A. elle est créatrice. » La conversion conduit vers ce renouvellement de l'image. Elle ne peut. 15 Augustin entend.-A. ni comme le ciel au-dessus de la terre. 1980. Donc. qui implique une distance infi- nie. il précise que la lumière qu'il a. En revanche. parce qu'il a été fait par elle» (Conf VII.. mais en des termes antithétiques. ). C'est une expérience de lumière quant à la nature de Dieu et de ténèbres quant à lui-même. au- dessus de cet œil de mon âme. cil. qui est l'œuvre du créateur. Il part du retour à soi néoplatoni- cien qu'il s'est donné comme idéal de vie à Cassiciacum et dont on a un écho dans le De ordine (II. mais elle était au-dessus. Of'. BAAS. 407): « L'image commence à être reformée par celui qui l'a formée. alors. M. 617). M. vers cette formatio 15. Sans doute se situe-t-il dans une perspective néoplatonicienne. décembre 2002 37 . ou plus précisément du Médiateur qui est Forma omnium. 10. Mais. cit. comme de l'huile au-dessus de l'eau. 615-617).conversion. Cette lumière ne lui est donc pas exté- rieure. CPE n° 88. pp. Cela apparaît nettement à propos de l'image 14. Paris. parce que c'est elle-même qui l'a fait et lui au-dessous. pp.< Saint Augu~tine's conception of the reformation of man ta the image of God ~>. dans la mesure où la conversion permet à l'image de rejoindre son modèle et de participer à sa nature. la constitution de l'être. de connais- sance de Dieu et de lui-même. ). la lumière immuable ( . pp. Augustinus Magister II. ce renouvellement et cette reformatio de l'âme se font "selon Dieu" ou "selon l'image de Dieu".. p. C'est là à la fois l'écho de cette expérience décisive qu'il a vécue et dont il donne un écho au livre VII des Confessions et dont il dégage l'en- jeu anthropologique dans son œuvre. si elle a pu se déformer elle-même ( .. . en effet. Herder. il n'en reste pas à ce contraste. p. «n'était pas au-dessus de son intelligence. vAN'. 11. mais il substitue au schème exi- tus-reditus celui de la création et de la création nouvelle. Au contraire. op. 31). pp.. il témoigne d'une originalité plus grande lorsqu'il sou- ligne la dimension ontologique de la conversion. comme il le montre au livre XIV du De Trinitate (16. la conversion et la formatio 13. Il s'en explique ainsi:« J'entrai et je vis avec l'œil de mon âme quel qu'il fût. D'autre IJ A. 16. Seulement.22. articulé autour de ces trois éléments que sont la création. B. par là. au-dessus de mon intelligence. cf. ~(Strciflichter auf die Struklur der Bckehrung im Geiste Augustinus ».. 1-+11-172. Freiburg. 16. avec la formule qu'il emprunte à Porphyre: Regressus esse in rationem debet. Ffstsc!zrifi fiir H.

ici créé. noverim te. d'où la célèbre formule des Soliloques (L LI. comme l'aliment de ta chair. 17 tl1l1éadl! II. conversio. Il s'est compris comme un être créé et susceptible d'être recréé par son créateur. si elle permet de 16 Rél'uhlilfUI! X. c'est Dieu qu'il a découvert interior intimo meo et superior Sllmmo meo (Conf III. même s'il se trouve dans la région de la dissemblance. dépassant la simple probléma- tique du rapport image-modèle ln. la conversion a un rôle constitutif. Dans d'autres passages. 4: 7: 9. R6). les idées plotiniennes 17 et porphyriennes 18 réapparaissent dans ses affirmations: par exemple. -+ (12). mais c'est toi qui seras changé en moi» (ibid. 11). p. décembre 2002 . il ne réduit jamais la connaissance de soi à une simple introspection. 14). ) L'âme. lorsqu'il préconise de «se retirer en son esprit et de (l') élever vers Dieu» (Lettre IX. qui n'est autre qu'une invitation à rejoindre son créateur en lui proposant un che- min pour y aller. Est-il une chose que je puisse voir intérieurement? ( ..).. 9. à la question: «Où est ton Dieu?» (Ps 41). p.\tlUlllC -+1. mais si. infiniment éloigné de son créateur. et qui suppose un double mouvement de reconnaissance de l'immanence et de la transcendance. grandis et tu me mangeras. fomatio qui sous-tend son œuvre et qui constitue l'axe de son ontologie et de son anthropologie. en particulier. il répond: «Je reviens à moi- même et je scrute pour savoir qui je suis ( . 38 CPE Il 81-\. II. car il entend une voix qui lui dit à la fois: «Je suis l'aliment des grands. 6. étant donné qu'en cherchant à se connaître. 26 s'l.. «Mais si! Je suis. à se situer dans une relation de dépendance. De temps à autre. celui qui suis» (ibid .. la transcendance de l'être créa- teur et non celle de l'âme ou des Idées. qui résume sa démarche: Noverim me.. l'être. ).part. 21' Ibid. ). il affirme. 14K. Alcihiwlc . La méthode néoplatonicienne de la connaissance de soi par le retour à soi l'a donc amené à un résultat inattendu. au contraire. Le processus d'intériorité. 1).. dès lors qu'elle se connaît se voit ( . dans les deux cas. Bien qu'il ne soit pas entièrement détaché des thèmes platoniciens.\!a]cur 133" ·1350. 21 EI1I/. 2-6. amène. Cest là une double allusion à l'eucharistie et à la théophanie du Sinaï (Ex 3.5: 12. cette situation est loin d'être irrémédiable. Augustin découvre la transcendance du créateur dans l'immanence et il la substitue à la transcendance unilaté- rale du monde intelligible. d'où le schème creatio. On peut donc en conclure à une identité de mouvement dans le pro- cessus de retour à soi chez les néoplatoniciens et chez Augustin 21. IS Al'hortllilï --10. mais il n'en affirme pas moins l'immanence du créateur.. cette fois. 619). Et tu ne me changeras pas en toi. 9 (33). Elle se retire en soi pour se voir et se connaître en soi» 19. au lieu d'aboutir à l'autosuffisance. BA 5. p. Il) COl1ll1lcl1{tlirc du P. moi. Comme il le souligne dès les Soliloques et tout au long de son œuvre 20..

décembre 2002 39 . Pour la première fois. Il prend conscience de la distance qui le sépare de son créateur. cette expérience appa- raît comme un acquis. Du néoplatonisme.\tiJliallo.22). substitue la thématique du cœur 22 à celle de l'âme. 7~ "'-IY. Nous avons vu comment il accède à la connaissance de soi au livre VII. L. 43). combien j'étais difforme et sordide. en effet. Au cours des siècles. on a parlé du pessimisme augustinien et il est vrai qu'après avoir mis en évidence les difficultés inhérentes à la connais- sance de soi dans le De ordine (1. pour me faire voir combien fétais laid. car l'ignorance de soi est complète ou presque. Au lieu d'atteindre le but proposé par le néoplatonisme. Il montre à quel point l'être humain est une énigme 24. au contraire. mais si échec il y a sur ce plan. 1. mais il souligne qu'avant la conversion. pendant qu'il parlait. 2:' B. 1%h. 423) et il n'y trouve pas de réponse. elle acquiert ici un caractère original. 1. 305). 2-1. tu me retournais vers moi-même. sur un autre plan. p. il constate: «Toi. En revanche. à ce moment-là. 4. Augustin reprend la question. et tu me plaçais bien en face de moi. couvert de ~~ A. Dans la perspective néoplatoni- cienne. BA 14. lorsqu'en écoutant le récit de l'expérience de Ponticianus. p. Au livre VIII (7. 16.\i()II\· IX. l'expérience de la distance.3: II. passe progressivement de la conversio à la recordatio.retrouver ce qui est extérieur à soi et revêt une dimension spirituelle. mais il n'en reste pas à cette constatation négative. à la mémoire de l'action du créateur dans sa vie. Augustin se perçoit comme un être créé recevant sa vie de son créateur et il en vient par là- même à comprendre le lien entre conversion et création. Aussi allons-nous voir comment Augustin envisage ces deux niveaux. et de sa grandeur en tant qu'être créé à l'image de Dieu. 11.\ '\" L ïJlteriori.30). mais il fait également ressortir l'originalité de la connaissance de soi qui est à la fois la prise de conscience de sa faiblesse en tant que créa- ture. il s'agit d'un échec (car le retour au principe ne s'est pas réalisé).~m() ago. Voir aussi C()l1f~)s. Augustin en vient à par- ler de ce «profond abîme qu'est l'homme lui-même! ». Il n'est guère qu'au moment de la mort de son ami qu'il remarque: «J'étais devenu moi-même pour moi une immense question» (Collf IV. de se découvrir semblable au Tout. Salzhourg. À partir de là. me ramenant de derrière mon dos où je m'étais mis pour ne pas porter les yeux sur moi. Philo"'fihill cordil. p. 9. un ermite dans la mouvance d'Antoine. le second que nous connaissons notre origine» (De ordine IL 18. la connaissance de soi résulte de la conversion. Gênes. Augustin fait. CPE n 88.47. au livre IV des Confessions (14. ce qui ren- voie au deux volets de la connaissance de soi: «le premier (qui) fait que nous nous connaissons nous-mêmes. l. BA 4/2. il reformule les catégories néoplatoniciennes. comme il le manifeste dans les Confessions. il garde les différents niveaux impliqués par le retour à soi 23. 10Bl. Seigneur. cela ne pose pas problème. :'VIAX\FI".

en dépit des apparences.. et moi au- dehors et c'est là que je te cherchais ( . c'est pour se connaître lui-même. par conséquent. Augustin n'en reste pas à l'énigme de la connaissance de soi.. Augustin découvre en lui-même «la guerre intestine entre la chair et l'esprit. va au-delà de toi-même. Cependant. Des zones d'ombres subsistent dans sa vie. qui peuvent soit être pour lui source d'orgueil. mais il découvre que Dieu est interior intimo meo et superior summo meo. se découvrir que dans les épreuves» 26. ce n'est pas là un état définitif. Ainsi écrit-il dans le De vera religione (39. décembre 2002 . et il prend conscience de sa faiblesse» 25.. Et il constate: «Voici que tu étais au-dedans.3. Et. comme le souligne la seconde partie du livre X des Confessions. se manifester. soit servir l'intérêt du prochain (Conf X. où il évoque les dédales de la mémoire et les tentations diverses. C'est là une tâche sans cesse à reprendre. Sans doute Augustin est-il influencé par Sénèque qui dit que Dieu est à l'intérieur de l'être humain. Bien que converti. qui lui avait fait prendre conscience de sa misère. p. 40 CPE n° 88. Tu étais avec moi et je n'étais pas avec toi» (Conf X. sujette au changement. l'amène désormais au bonheur de la vie en Dieu. Augustin n'en vient pas à la transparence absolue. rentre en toi-même: c'est au cœur de l'homme qu'habite la vérité.30). La connaissance de soi. 12. 131): «Au lieu d'aller dehors. là encore. 37. cet épisode intervient tout juste avant le dénouement de sa conversion par la crise finale au jardin de Milan (Conf VIII. mais. 6. si l'homme est mis à l'épreuve. mais il le réinterprète égale- ment. Loin d'en venir au repli sur soi. où il trouve joie et apaisement (Conf VIII. De plus. à la différence du pessimisme du XVIIe siècle.4. 27. porte-toi vers la source lumineuse où s'éclaire la réflexion ( . la connaissance de soi amène Augustin à se reconnaître comme un être qui trouve son identité par la médiation de l'altérité. ). en te dépassant. Toutefois. le retourne vers lui. 26 Sermon 2. Ses idées seront reprises au XVIIe siècle par Malebranche dans ses méditations sur l'obscurité de l'âme. 38) et il s'efforce de rejoindre son créateur.taches et d'ulcères ».72.28-30). celle-ci s'exprimant par la découverte en lui de 25 Sermon 25. 27 Voir aussi le De magistro.. de voir que Dieu est au tréfonds de l'être humain (Conf III. BA 8. Augustin fait preuve ici d'une remarquable pénétration psychologique. mais il explique qu'il importe de passer de la connaissance de soi à la recon- naissance de l'hôte intérieur 27. la situation n'est pas désespérée. l'harmonie que nulle autre ne saurait surpasser: accorde- toi à elle ». Au moment même où Dieu le convertit. n'oublie pas que tu dépasses ton âme qui réfléchit et.11). Seulement. La voilà. comme il le constate à propos des louanges. 62). car «il y a dans l'homme des secrets inconnus de l'homme qui les renferme et qui ne peuvent en sortir. 12. si tu ne trouves que ta nature. ).

pp. à partir d'un jeu verbal autour du terme de forma.« La conversion d'Augustin. FORlI:\"- MELKEVIK. II.la présence de son créateur et par une invitation à se dépasser lui-même pour le connaître davantage.0US un mode argumentatif». MADEC. 21). « Quand dire Dieu c'est faire Dieu: les Confessions d'Augustin comme modèle d'écriture pragma- tique sur Dieu». c'est la reconnaissance du Médiateur (Conf VII. mais souligne la capacité de choix qui lui revient et qui concourt à faire de lui une personne. Sans doute les termes qu'il utilise ne sont plus les nôtres. mais. l'éloigne de la source même de sa vie et l'oriente vers la destruction. XI. comme il le dit également dans le De doc- trina christiana (1. LA CONVERSION. 141-144: COllfcssionl. Dans les Confessions. in: Dieu llujourd'hlli.. il n'enferme pas l'homme dans un destin. À la dif- férence des manichéens. Québec. par la conversion. depuis le temps d'Abraham. prend. de la formatio et de la deformatio. En même temps. Non seulement dans les Soliloques. toute sa mesure. IIrt. un chemin lui est donné pour aller vers la patrie qu'il entrevoit. 29 «La construction de l'identité se fait à la fois sous un mode narratif et 5. 229-2411. soulignant à quel point la conversion achemine l'être humain vers son accomplissement. A. ~e laissent transformer ». l'être humain acquiert son identité par la médiation de l'altérité.23 sq). 22.96-99.. Augustin explique com- ment l'être humain se réalise. 39. Ainsi Augustin fait-il figure de précurseur des philosophies du sujet. cir. mais dans les Confessions 29. et dans le De Genesi ad litteram. en orientant toute sa réflexion autour de la constitution de la forme 31. cL d'autre part. Fides. il développe cette dialectique de la conversio ad Deum et de l'aversio a Deo qui est l'écho de celle du magis esse et du minus esse et il lui adjoint d'autres figures: celle de l'intentio et de la dis- tentzo 32. en particulier dans les livres XI à XIII. il intro- duit la dialectique de la conversio ad Deum qui confère à l'être humain sa plénitude ontologique et l'achemine vers la formatio. CONSTITUTIVE DU SUJET Loin d'en être resté à la dimension psychologique de la conversion. Dès le De Genesi contra manichaeos (II. 26). dans la trajectoire du récit de l'histoire de Dieu dans sa propre vic. p. 20. d'une part. Elle permet à Augustin d'expliquer que la constitution du sujet est dia- lectique et que la conversion est le ressort de cette dialectique. pp. CPE n° 88. il anticipe le cogito cartésien. qu'il avait élaborée au cours de ses premières œuvres et principalement dans le De Magistro. il montre com- ment. H>\AS. M. 71. Augustin lui a donné une fonction méthodologique 28 et en a fait ressor- tir l'enjeu ontologique. ihid" p. en le détournant du créateur. vers son accom- plissement et de l'aversio a Deo qui. à la suite des vies qui. 1993. par un retour à l'intériorité 30 et par la rencontre du Médiateur. 30 G. yi A. 15. Intériorité et communauté ». 29. 68. pp. Nous parlerions plus volontiers aujour- d'hui de réalisation de la personnalité La dialectique. dès lors. de la lumière et des 2N «Augustin inscrit sa conversion. y2 Ihid . décembre 2002 41 .

. Die logisc!ze Strl/kll/r des penol/olcn DCI/kens. AilS der J\. le matin étant le moment où la créature se tourne vers son créateur. mais il fauura attendre Boèce et S. de plus en plus à l'image du créateur 40. Augustin souligne que l'initiative oe la cOIl\crsion revient au créateur:« Tu me conver- tis ù toi" répète-t-il (Conf VIII. Illdi~·idl/{fli. ~1A '\[)Oll/I-.~erk(.ténèbres .. 12. pp. à la différence des anges. 77 S4 . J-l Augustin est.' hel Allgll\'tiJlIlS. pour laquelle la notion de personne entrait peu en ligne de compte 41. ['un des premiers ù l'introduire cn théologie trinitaire. C'est en acceptant de recevoir son être de son créateur. Elle réalise un «recueillement de l'être spirituel» 37.. faute de mieux. il reprend cette dialectique à partir des images du matin et du soir. Il: De GfJ/esi uct lil/erall! 1. dans le De Trinita/c .[et!zol!e der Gotte. 1: X. RLTlIe de l'In. Avant que la notion de personne soit vraiment thématisée 34. 1954.\ de S. au lieu du cœur. qu'il y a. 9. Thomas pour qu'elle prenne toute sa densité concrète èt le personnalbmc du XX~ ~ièclc pour qu'elle soit reprise en philosophie. mais elle sup- pose également et indissociablement la rencontre et l'acceptation de l'altérité 3R. 411 A. 40). le soir. on. Ainsi s'effectue progressivement la constitution du sujet. d'entrer progressivement dans son dessein que J'être humain se constitue en tant que sujet et personne. Vienne. Paris. A maintes reprises.30). Il explique que la personne n'est pas immédiatement constituée par la conversion. G.. p. Il montre également à quel point l'anthropologie chrétienne est dynamique. AlLgustilllf. 3:' Au-delà du terme quï! emploie:. \1.. Il souligne.\titllt cat!zolique 2X (19XX). «Se! nous le confesser? Question ü saint Augustin ». 4. l'importance de la «conversion à une personne. un retour au centre. 1(0) : A.1<) [hid __ p. le moment où elle s'en détourne.'\ACII. 19x3. à tel point que la conversion est sans cesse à reprendre et connaît un certain nombre d'aléas (exprimés par l'idée de regio dissimilitlldinis) avant l'accomplissement final. aprè~ Tertullien. Augustin lui donne toute sa densité dans son œuvre 35. p. Augustin s'éloigne largement de la perspective grecque. 4x. 10. Cont XII. l. HA. à l'inlimum qui n'est autre que le summum et qui unifie l'être en profondeur (Conf II. 29. sans oublier la place de la grâce et la synergie qui s'effectue entre ces deux réalités. Le sujet dans le~ Confe55ioJ1.~(. Augustin entend souligner le rôle de la liberté qui ratifie ou non la conversion proposée par le créa- teur 33 et qui concourt ou non à la réalisation de l'être. un délai temporel 36 entre la conversion et la formatio. L 1: 22.\ Alagi\{c( 1.lllll11i.". à un recours à . cir. la conversion n'en reste pas à un mouvement d'intériorité. \V:\R. Mais. Par ces différentes figures. 42 CPE ne 88. 31'1 V. 447: J. -1-1 L'être humain était essentiel\cl11l'nt un citoyen. Pour les anges seulement. Augustin ». la conversion est une condition sine qua non.. La conversion joue un rôle fondamentaL tant sur le plan ontologique qu'anthropologique. MAD!--C «In le supra me. rvrADI. 2~6-237. Or. «Erlcuchtung und Einsprcchung bei Augustinu'l ». conversion ct formlilio sont ~imultanées. décembre 2002 .:. Bruxelles. Dans le De Genesi ad litteram (IV. pour l'être humain.R. Or!. au contraire. . p. 39). «Voilà constitué le sujet de J'expérience religieuse: le Je humain par le Toi divin» 39.sme et (//([()hi()~ grt/[lhie Cil Occident.

1c la dynamique de la conception augusti- nienne de l'amour.. Paris. Augustin y insiste à maintes reprises. ce qui apparaît nettement à propos du temps. NYC. A. -1:. AugU. '+6 !\l. relatives au commencement de J'univers.« Le problème: de la communication des consciences ChC7 Plotin cl saint Augu~tin ». R('Vl/(! de mt'U/- pln'si. la conversion a véritablement une dimension herméneutique. (i. pp. Elle constitue un apport décisif de sa réflexion sur la création. Augustinus IA. où l'âme dans son recours unifiant à Dieu. qui manifeste l'impor- tance de l'intersubjectivité 46 dans la constitution de la personne 47. 6-4. D. 7). '+.\lin. CcrL 199~. mais elle manifc-. 59)-o()~. car la . conserve sa personnalité distincte» 42. par l'entropie. Il rappelle que le temps se définit par la distentio. « AllIO!' ».riellllt' de l'amour ef sn lrall. Paris. NCDO:-. Érbs et agapè. ivL\DH'. Pour lui. étant donné qu'il est le premier élément créé. réalisa même une contribution décisive en ce domaine. PéPIl\. pp. décembre 2002 43 . par la réponse qu'il donna à l'ob- jection des manichéens: Que faisait Dieu avant de créer le ciel et la terre? Il expliqua que cette question n'a pas de sens. du désir de Dieu à l'accueil de son amour.+21. cette fois. ARL~[)[. car il n'y a pas d'avant la création. col.RrN. cf. comme en témoigne le célèbre cor unwn.:: s{{iJlt Augll. Augustin précise le rôle de la conversion à l'intérieur du temps. Augustin. par J"éparpillement. H. «L'intersubjectivité -:st-ellc pOUf "aint Augustin une image de la Trinité'! ». pp. ra !lotion chlf_. dans la mesure où le temps n'existait pas alors. elle conduit à la constitution de l'être. est reprise aujourd'hui par les astrophysiciens dans leurs investigations. Intériorité ct communauté ». pp.!u" et tle lIlom!" 'i'i (1950). Cette affirmation qu'Augustin est le premier à avancer. qui connaissait tout l'acquis des sciences de son époque. 19. S'il thématise moins ce point que le précédent. mais elle fonc- tionne également comme un principe d'interprétation pour son œuvre.la présence dans l'âme du Dieu tri-personnel ».JCFI Le. Il précise qu'il s'agit de la «conversion à une personne aimante ( .)7 CPE ne i'\8. 1':+5-147. au livre XI des Confessions. comme il le dit au livre V des Confessions (3. 6-+-65. il n'en joue pas moins un rôle important dans son œuvre. AliglIsrill. sur un plan ontologique. Le collcepr tI'({1Il0Ilr che..'i Cf.'xikoll. mais cette dégradation n'est pas irrémédiable. 1()()-l 03: J. Auhicr. h~-Sl.f-3()().Cette distinction a été fréquemment reprise. consécutive à la conversion. dirait-on aujourd'hui. r"xpériel1cc dl' Dieu el ('(>1111111/1111111<'.54. I~YI. H. S. t. 20. C'est à partir de là qu'Augustin précise la dimension trinitaire de J"anthropologie. 1944. pp. J"amour joue un rôle fondamental dans la constitution de la per- sonne et dans celle de la communauté 45. de la vie même de la Trinité. « La conversion d'Augustin. Les deux notions de personne et d'amour 43 marquent sa différence par rapport à la perspective grecque.(ormatÎolls. 1. Ci \RC lA. -. pp. Non seulement.HillllS J111gister L Paris. -+-1. DIDU3ERCi. ArU-)\DL Le (OIlCl!p! d'am()lI1" du:.. Paris. maître intérieur. ) et de la conversion d'une per- sonne. IOj-121. D'autre part.. d'autant qu'il explique que la conversion a pour fonction de faire passer l'être humain de l'érôs à l'agapè 44 . Or.

19KJ.conscience joue le rôle de la conversion. Que faut-il entendre par là. L L BA 13. Ainsi explique-t-il: «Tu nous as faits orientés vers toi et notre cœur est sans repos tant qu'il ne repose en toi» (Conf l. qui est à la fois un présent du passé. III. Elle permet de passer de la dis- tentio à l'intentio. "lK CL P R1CŒIR" Tell/I's ct récit L Paris. 273). En fait. un être orienté vers son créateur. 6. qui est une figure de la formatio. Dieu est à la fois le creator omnium et multum potens for- mare nostra deformia: «le créateur de toutes choses. conversio. 97).23-25). l'être humain peut réaliser une transmutation du temps. p. un présent du présent et un présent du futur (Conf XI. et assez puissant pour donner une forme à ce qui en nous est difforme» (Conf IX. pp" 21-65" 44 CPE n° ~~. qui pour l'être humain. En effet. DE LA CREATIO À LA FORMATIO À considérer le mouvement des Confessions. De plus. 26) 48. l'éternité (comme il l'avait perçue lors de l'extase d'Ostie. en particulier dans la Cité de Dieu. elle a une fonction de néguentropie. succède le repos en Dieu. non un fac- teur de dégradation. mais d'approfondissement. représentée ici par un acte de la conscience. qui manifeste l'inachèvement de l'être humain. Augustin en vient à des conclusions analogues. Cette dialectique de la création et de la formatio.14. qui lui confère sa formatio. ou encore. sinon une anticipation de ce que Bergson appellera. L'un des acquis majeurs de sa conversion est de s'être découvert comme un être créé et recréé. au début du siècle. sous-tend l'œuvre d'Augustin et plus précisément les Confessions. l'accomplissement de l'être. Augustin envisage la constitution de l'être humain et de l'hu- manité. À ce désir. formatio pour son anthropologie. 10. elle récapitule le temps qui échappe inexorablement. en montrant que. anticipant. dans une sorte d'éternel présent. par la conversion. 20. décembre 2002 . p. l'unification intérieure. en quelque sorte. en faire. dans une intériorité tou- jours renouvelée. à tel point qu'il faudra attendre le xx e siècle pour avoir d'aussi profondes réflexions sur le temps. d'où l'importance du schème creatio. BA 14. Conf IX. qui s'ouvrent sur l'inquie- tum cor et se terminent par le repos en Dieu. la durée? Sans avoir lu l'épisode de la madeleine de Proust ou les traités de Bergson. se situe à l'intérieur même de la conversion. qui ne s'achève que par l'inter- médiaire de son créateur. rééd" Seuil. Augustin prolonge sa méditation sur le temps par une réflexion sur l'histoire. on remarque qu'Augustin part de la découverte qu'il est un être créé mais non encore achevé. Augustin va très loin dans l'investigation. un esse ad.

Par la médiation du Christ. voire mystique quant à la destination de l'être. 2-3. qui est l'écho de l'ontologie théologale de S.ons XIII. il a «le chemin qui conduit à la patrie bienheureuse ». les deux notions se complètent pour exprimer la même réalité: le don de la vie et de la vie nouvelle par lequel J'être s'accomplit progressivement. pp. celle de formatio vient. Tel est. de la philosophie. comme on l'a vu. Sans doute le terme de formatio est-il difficile à traduire en français et il semble.« La constitution du sujet Augustin dans les Confe. de cc fait. Il y a. 14. Finalement. dans ce terme. au contraire. mais cette constitution. de la constitution du sujet Augustin 52.-A. forme belle en se tournant vers son créateur 5(1. faire comprendre que l'être humain. après avoir découvert progressivement 4Y M. loin de relever de l'autosuffisance.\_\jolls ». énigmatique. un être qui va être formé de nouveau. Augustin 51. qui l'amène à se comprendre au miroir de l'Écriture. Cette dialectique. Revue des sciences religieuses 76 (2002). De Tril1itate Xv. CPE n° 88.BARLE. 197-288. Si la notion de création vient de J'Écriture pour s'inscrire dans la philosophie et rendre compte du statut de l'être humain. Of). Recherches AlIglI\riniel1nn XVI (19HI).-A. sa divi- nisation. Tel est le passage des neuf premiers livres des Confessions aux trois derniers. mais elle prend un sens théologique pour montrer comment l'être humain se réalise par l'action commune de la liberté et de la grâce. peut devenir deformis forma par suite du péché ou forma formosa. Augustin a retenu ce terme car il lui permet d'introduire une création verbale autour de la notion de forma 49. Il en va. la Forme de tout..cir. à son renouvellement par le créateur. V"""IER. 8. C'est pour lui une expérience décisive. :'i2 M.26). Augustin l'a choisi pour rendre compte de la constitution de l'être. 296':110. 5J CO/lfess. à la formatio. consiste au contraire pour Augustin à se découvrir dans un premier temps comme un être créé et encore inachevé. 50 Cf. ontologique quant à la réalisation de l'être et une dimension théologique. pp. qui est la Forma omnium. 2. Après s'être vu créé et converti par son créateur. pp. exprime la dynamique même des Confessions et la rai- son pour laquelle elles ont connu une telle fortune au cours de l'his- toire. et de manière gratuite 53. décembre 2002 45 . C'est comme un être créé et recréé par son créateur qu'Augustin se présente. Ce mot traduit le grec idea et Augustin s'attache à exprimer par là l'accomplissement de l'être. 51 D. qui reçoit sa forma à la création. dans les Confessions. VA\l:--JIER. Dl. le résultat de sa conversion. Sermol1 26. Mais. qui le fait passer de la confession de sa vie passée à la confession de foi. par son créateur. "Essai sur l'ontologie théologale de saint Augustin ". en tant que rhéteur. à la fois une dimension philosophique. Ainsi peut-il rendre compte de la creatio et de la formatio. 14-19. en étant conformé au Christ. comme il le dit au livre VII des Confessions (20. S. De plus.

au début du livre XI des Confessions (2. et ainsi resteraient-ils suspendus informes dans ton Verbe.ll. (1965·1966 J. Augustin fait la synthèse de la réflexion précédente et dégage le motif de la création et de la formatio. Confess. Augustin à donner deux figures de la formatio : l'illumination et le repos en Dieu.. AEPH f. ensuite. ce qui amène S. avant que n'intervienne le repos en Dieu. le spirituel informe ayant plus de valeur que s'il était un corps pourvu de forme. p. Oxford. p. du don de l'être et de son accom- plissement. si par ce même Verbe ils n'étaient appelés à ton unité et pourvus de forme et ne devenaient 1. lors- qu'il dit: «Toi qui m'as fait et n'as pas oublié qui t'avait oublié. vers l'éternité qui lui est donnée comme accomplissement. \j P. 1. qui n'est autre que la surabondance de l'amour de Dieu. Ainsi interroge-t-il: «Qu'elles disent quel mérite elles ont eu devant toi. au livre XII.\ 8·13. «Le récit biblique de la créa- tion devient la description des phases et des étapes du salut de l'humanité» 55.. qui en se résumant dans le présent du présent. réalisé par l'Esprit Saint.. ). tout d'abord au livre XI.nC.. C'est. Sa prière introductive au livre XIII s'en fait l'écho. Augustin en dégage l'enjeu au livre XIII. L 1. 1a créature spirituelle et la créature corporelle ( . 425). perfzee me er revela mihi eas (<< Ô Seigneur. que tu prépares à te recevoir par le désir que tu lui as inspiré ( . aux livres XI à XIII des Confessions 54. en quelque sorte. Augustin y récapitule. Je t'ap- pelle dans mon âme. Après avoir envisagé la dimension intérieure puis extérieure de la for- matio aux livres XI et XII. C'est. en s'inscrivant dans un peuple: le peuple de Dieu où il acquiert son identité véritable. Comme élément créé. C'est en effet la surabondance de l'amour de Dieu qui est le motif à la fois de la création et de la formatio. On peut. par ta bonté qui a devancé tout ce que tu m'as fait et tout ce dont tu m'as fait» (Conf XIII. distinguer un triple mouvement qui propose autant de figures de la formatio. le temps. elles s'en allaient vers le désordre et la dissemblance loin de toi.ons Ill. où s'effectue sa formatio. toute la réflexion qu'Augustin propose sur la création de la matière informe et sur sa constitution par la formatio. par- achève-moi et révèle-moi ces pages»). d'ailleurs. 3). alors. 46 CPE n° 88. ainsi que sa réflexion sur la formatio. 1992. en se comprenant au miroir des premiers chapitres de la Genèse si fondamentaux pour les catéchumènes. le temps va. AlIgll. manifeste l'irruption de l'éternité dans le temps. Il le demande.son identité. le corporel informe ayant plus de valeur que s'il était pur néant. HADO L "Patristique latine". l'acquis des deux livres précé- dents. décembre 2002 . CommentaiT on Book. J. ) et voici que je suis. en disant: 0 Domine. 45. Cf. il en vient à un approfondissement et il s'achemine vers la formatio. en soulignant le caractère gratuit de la création et de la formatio et l'accomplissement. Oï)ON"EL. d'ailleurs.

qui réalise la for- matio de l'être. Qu'avaient-ils mérité devant toi pour être ne fût-ce qu'informes. au cours de sa conversion. Celle-ci se réalise par la Lux 58. de '0 [bi" . Cependant. l'illumination. non pas en existant. 2. il introduit progressivement le thème jusqu'à lui donner finalement toute son ampleur. Augustin donne une seconde figure: celle du repos en Dieu. eux qui n'auraient même pas été cela. Cependant. est assez parlante. lors de sa création. Si. 431).. Lui qui est poète à certaines heures ne choisit pas ici la forme poé- tique pour en rendre compte. 45. son ouvrage. il explique que. sinon par toi?» (Conf XIII. Elle est synonyme à la fois de constitution de l'être et de participation à la vie divine. '7 cr COflfes. tant de la créa- tion que de la formatio. comme il le dit au para- graphe 6. pour être l'objet de la surabondance de l'amour de Dieu. ce n'est pas en raison d'un quelconque manque que Dieu donne à l'être humain de participer à sa vie. dans sa dimension trinitaire. 3.4-5:9. p. il recherche quelle est l'action de l'Esprit Saint. c'est là une fois encore l'expression de la surabondance de sa bonté. tout en le faisant davan- tage pénétrer dans la vie trinitaire. Augustin ne peut guère aller plus loin dans l'approfondissement métaphysique. Après avoir précisé le motif de la création et de la for/1latio. «dans ce don de toi. De cette formatio. Force est donc de conclure que tout est grâce et que le Verbe est l'artisan. "Jn1. qui terminera. en point d'orgue. Il lui faut expliciter cette réalité difficile et fondamentale qu'est la forma- tio. si elle n'était devenue lumière. Qu'ont-elles mérité. et simplement de vivre. 9. conver- tie par une mutation meilleure vers ce qui ne peut muer» (Conf XIII. sur ce dernier point. CPE n° 88. par toi l'être souverainement bon. pp. l'illumination réalise la conversion de la créature vers le créateur et sa formatio» 56. 427- 429). et de vivre dans la béatitude. qui les crée et les recrée? Rien. il a principalement rencontré le Verbe médiateur. S'attachant à préciser le rôle de l'Esprit Saint. Or.4. Elle correspond au Fiat lux de la Genèse. La première de ces figures. mais en contemplant la lumière illuminante et en adhérant à elle.lions XIII. p. en effet. Ainsi Augustin écrit-il: «Lïnformité de cette vie ne t'aurait pas agréé.par l'Un. «Par un don aussi gratuit que la création elle-même. en approfondissant sa réflexion. mais il propose deux figures qu'il emprunte au texte de la Genèse: l'illumination et le repos en Dieu. IR. décembre 2002 47 . ce qui l'amène à définir le rôle de l'Esprit Saint dans la formatio et à expliquer qu'il par- achève l'être créé. comme dans une symphonie. par la Forma véritable qui est le Christ. En sorte qu'elle ne doit qu'à ta grâce 57. universellement très bons. C'est le don de sa forme qui est fait à chaque être. Augustin apporte quelques précisions. nous nous reposerons: là. 2.

H. ne pouvant pas être exprimée en mots humains. de contemplation et de vie en Dieu qui.\IJ1f. 10. Ainsi. p. notre repos est notre lieu» (Conf XIII. prend la forme du «septième jour qui ne comprend pas de soir et n'a pas de cou- chant» (Conf XIII. exprimée par le huitième jour SlJ . il prolonge sa pen- sée par une réflexion sur la Résurrection. in Patristiqlle ef hUf11ani. toute la dynamique de l'amour trinitaire et donne l'une des clefs de l'anthropologie chrétienne. Il en dégage l'enjeu au livre VIII du De Trinitate. Augustin dit qu'au sabbat de la vie éternelle. Cependant. et ce lieu n'est autre que notre amour.. 50. Paris. 523). Par cette remarque. au contraire.'il) Cf. avant d'en dégager l'enjeu ontologique et anthropologique. 48 CPE n° 88. avant d'y réfléchir. 37. Sa réflexion en est d'autant plus parlante. mais. décembre 2002 . Au contraire. dont il fait l'expé- rience. p. notre point d'équilibre.toi. ce repos de Dieu n'est pas synonyme de passivité..-L MARROU. 439). 35. c'est-à-dire. où il dit: «Nolls serons trans- formés. 429-455.« Dieu se reposera en nous. Ainsi Augustin propose-t-il une anthro- pologie et une ontologie très actuelles. 9. pp. 52. par ces deux figures de l'illumination et du repos en Dieu. là où nous trouvons notre identité véritable. 8). en effet. Marie-Anne VANNIER Université Marc Bloch. * * * La création et la formatio sont pour lui des réalités. tout comme aujourd'hui (il) agit en nous» (Conf XIII. l'être humain s'accomplit. C'est là pour lui une manière d'ex- primer la vie en Dieu. C'est un che- min de vie en dialogue avec son créateur qu'il propose par là et qu'il exprime en des termes qui sont les siens et qu'il importe de transposer aujourd'hui. Augustin présente-t-illa formatio en termes de vision. il exprime. nous jouirons. STRASBOURG II . il repose en Dieu. Jean VII. Dans d'autres textes. comme le dit Augustin en une formule restée célèbre. Par l'amour. comme en témoigne sa formule bien connue. mais pas toujours bien comprise: «Aime et fais ce que tu veux» (Commentaire de la Première Épître de S. p. mais qui n'en sont pas moins parlants et qui donnent à son ontologie et surtout à son anthropologie une remarquable actualité. de la forme obscure à la forme lumineuse » . 521). où la conversion a un rôle décisif et qui manifeste toute l'espérance impliquée par l'anthropologie chré- tienne. « Le dogme de la Résurrection des corps et la théologie des valeurs humaines scion l'en- seignement de saint Augustin ». Augustin n'entend pas proposer le manifeste de l'anarchisme. 1976. il connaît l'unifi- cation intérieure. nous passerons d'une forme à une autre.

Adam. 3. et à qui tout homme est appelé à être progressivement conformé. «en tant que Semeur. «Tu as voulu. en plus des anges. 554. Le but pour lequel l'homme a été appelé à l'existence n'est rien moins que de devenir «Dieu par grâce ». Celles d'Isaac-II. lssayi 4: celles d'isaac-IIL sur le ms Téhéran. t. Telle était la visée de Dieu lorsque. cet autre être doué de rai- son que serait l'homme: «Avant que nous existions ». Isaac compare le créateur à un semeur répandant une semence qui demeurera provisoirement cachée en terre. CPE n° 88. 93. qui n'a déposé dans la nature que totale mesure et ordre parfait ». 3. décembre 2002 49 . telle qu'elle sortit des mains de Dieu. dans le CSCO de Louvain. appelée «nature des origines» ou «nature de la créa- tion ». était intégralement bonne: «Il n'existe aucun désordre dans ce qui a été fait par Dieu. depuis le premier homme. l. 3 II. ont été traduites sur le ms Téhéran. 2. Issayi 5. c'est-à-dire le réaliser à l'intérieur d'une histoire qui ne se déploierait que progressivement. cet homme «revêtu de Dieu ». 3. dans un mouvement d'indicible amour. 3. jusqu'à l'Homme nouveau qui s'est pleinement réalisé dans le Christ. se réduisant à de simples «besoins que la nature fait connaître» 4. 92. c'est que Dieu a voulu créer le monde en deux étapes. 62: cfL II. selon Isaac. L'HOMME DANS L'HISTOIRE DU SALUT SELON ISAAC LE SYRIEN L'anthropologie d'Isaac le Syrien fait corps avec sa théologie de l'Histoire du Salut. y compris dans la concupiscence dont les mouvements. Cette semence. que la création existe. telle qu'elle n'a cessé de se développer. il décida de créer. 1-2 et 4-41 sont traduites sur l'édition critique publiée par Sebastian BROCK. 4 Il. en parfaite égalité avec les anges 2. l.1. 25. il avait d'avance consciemment visé» 3. sont normalement «tranquilles ». selon la terminologie consacrée des Pères syro-orientaux. Ailleurs. 1. il précise: «Le bien est déposé dans la nature de l'âme comme le feu l'est dans la nature de la pierre et du fer: il a besoin 1 II. mais dont il entrevoit déjà le fruit que. dont il n'existe pas d'édition critique. Les citations d'Isaac-II. «temple dans lequel habite la divinité ». 3. afin qu'elle puisse Te ressentir» 1. 2 Il. Si l'homme n'a pas été immédiatement établi en cet état. dans ton amour. Elle doit être interprétée à travers cette Histoire. lui rappelle Isaac.

ignominieuse et dure. 20. car le shéol ne te confessera pas. 1111.. «l'esprit désire contre la chair. LH5.4. et la chair contre l'esprit» (Ga 5. ) de sa constitution naturelle '>. à savoir de la grâce de Dieu et de l'empressement de l'homme» 5. vivant une exis- tence qu'il va jusqu'à comparer à une sorte de shéol dont il demande au Seigneur de le libérer: «Réveille (mon âme) de nouveau à sa vitalité naturelle. décembre 2002 . 3. alors qu'elle est notre passage vers un monde merveilleux et plein de gloire» Il. p . un texte qu'Isaac s'ingénie à expliquer différemment 10. 2. Isaac reconnaît celle-ci comme présentement malade.de quelque chose qui le mette en branle.39. sIL 37.. et fait partie du dessein miséricordieux de Dieu sur l'humanité. ') 1. 3..4. mes motions se sont tues. 4-5. S3. plutôt explicitement. De ces blessures qui appellent une guérison. blessée. Elle ne lui apparaît d'ailleurs pas sous les traits d'une punition. Dieu n'a pas envisagé la mort comme un châtiment du péché.j07. C'est seulement «en un premier moment que la mort (semble) violente. Celles-ci sont un don de Dieu «pour notre avantage et notre croissance ». car elle fai- sait partie de son dessein originel concernant la création. Isaac retient que ce ne sont pas tellement les passions du corps ni celles de l'âme qui sont res- ponsables. au dire de l'Apôtre. L'homme est en cela détenteur d'une « excellence naturelle» 6. qui sont les vrais respon- sables des tentations. 6 Il. «car ce qui est propre à la nature ne devrait lui faire aucun mal» 9. mes pensées se sont arrêtées..1. éd. privée de la vraie vie qui devait être la sienne. Yi. Hl). Puisqu'elle est «naturelle» à l'homme. toute peur serait 5 IL 3.. Cff. 7 II. 12ss. Pour lui.3. ) (Seuls) des vivants peu- vent te louer. II. malgré ce que saint Paul affirme à ce sujet. 50 CPE n° 88. . ) où jaillissent les caux limpides ct douces ( . et toute l'activité naturelle en moi est privée de sa vraie vie» 7. 17).. en Rm 5. c'est qu'une cause extérieure à la nature a introduit un dysfonctionnement. Isaac semble éprouver quelque difficulté à attribuer cet état «non- naturel» à ce que les Pères considèrent traditionnellement comme le résultat de la chute d'Adam au Paradis terrestre. hl: "L'âme "Kt une source ( . parce qu'ils déforment le sens des événements dont Dieu ne cesse de nous entourer pour notre bien 8. Si. alors que mes sens sont devenus sourds. Cette conception particulière nous vaut un passage où Isaac s'évertue à dédramatiser la peur qu'inspire la mort à celui qui ne l'a pas encore traversée. Comme il refuse d'ailleurs de voir dans la mort une conséquence de cette même chute. Touraille. III Il. ( . Isaac connaît l'existence en tout homme de «blessures secrètes» et d'« ulcères cachés ». L'intégrité originelle de la nature humaine ne s'est malheureusement pas maintenue.

déplacée: «N'en sois pas triste, conseille-t-il, la mort ne pèsera pas sur
nous. ( ... ) Même le laps de temps pendant lequel nous dormirons au tom-
beau ( ... ) ne pèsera pas plus lourd que ne pèse le songe d'une nuit au
moment du réveil, comme si nous nous étions endormis la veille et étions
déjà sur le point de nous lever.» C'est à ce point que «notre sage créa-
teur a rendu légère notre mort, de sorte que nous n'en ressentirons aucu-
nement la peine» 12.
Seul un texte d'Isaac, récemment découvert, et qui n'a pas encore été
publié, aborde plus explicitement la doctrine du péché originel, et encore
seulement en passant. Dans un passage consacré à la création et aux rela-
tions de celle-ci avec Dieu, Isaac précise en quoi consiste, selon lui, le
péché d'Adam. Ce n'est pas dans le fait d'avoir voulu «devenir Dieu »,
puisque ce désir correspondait au dessein que Dieu lui-même avait conçu
pour lui, mais dans le fait de l'avoir voulu avant le temps, «à peine fut-il
créé », et sur l'instigation du Satan. Adam a voulu s'emparer trop vite et
par sa propre initiative d'une dignité que Dieu avait de toute façon l'in-
tention de lui conférer. Cette précipitation irrespectueuse fit échouer le
dessein de Dieu. Mais ce qui échoua une première fois pour Adam au
Paradis, Dieu le mit en œuvre avec un plein succès pour le second Adam:
«Ce que Dieu avait voulu faire pour le jeune (Adam), il le réalisa par-
faitement et effectivement à la fin des temps, lorsqu'il accorda (au
Christ) le diadème de la divinité» 13.
En effet, ce n'est que dans l'humanité du Christ que la nature humaine
révèle pleinement ce qu'elle est, pour devenir la preuve irréfutable de
l'immense amour de Dieu pour l'homme. «Le véritable amour de Dieu
pour sa création peut être connu par le fait que, après l'avoir façonnée,
de tant de (formes) différentes, il l'a réunie tout entière en une seule
unité (le Christ), unifiant sa capacité de ressentir et de connaître par un
lien unique, l'unissant à sa divinité, la faisant monter au-delà des cieux, la
faisant s'asseoir sur un trône éterneL et en faisant d'elle un Dieu au-des-
sus de tout ». Il s'agit évidemment ici de la nature humaine du Christ,
couronnement de la création et aboutissement de l'Histoire du Salut, en
laquelle tout homme est appelé à se reconnaître, et en laquelle il aspire à
être assumé. «Sois certain », conclut Isaac, «que cette nature, à savoir
l'homme, est le signe le plus vrai de l'immense amour de Dieu pour sa
création. ( ... ) Quel lieu est plus grand que le lieu de la divinité? Or, la
création est devenue dieu! » 14

J'II. 3. 3. 75.
u III. 3.
1-1-lbide!1l. Un contemporain d'Isaac, et peut-être un intime. SyméoJ1 de Taiboutch professe une conception plus
explicite du péché originel. dont on peut penser qu'elle fut aussi celle d'Isaac. «A peine notre père Adam cul-
il transgressé le commandement que son cœur fut rendu impur par les passions. '-lue les ch05\CS naturelles se
changèrent en non naturelles. (jUC la porte intérieure de la connaissance des mystères spirituels fut fermée, que
l'homme intérieur ct spirituel devint <l\,eugle, inc3pable de voir ses propres faibles'ièS naturelles ( ... ): aveuglé
par les passions. il était incapable de voir selon la nature ses propres souillures. mais il deYint un juge méchant
pour discerner les faiblesses de son prochain ». Discours sur la cellu/e. 3(}. traduit cn Co!!ectallea Cistercicl15Ù1.
64.2002. pp. 30-55.

CPE n° 88, décembre 2002 51

Si Adam n'est appelé image de Dieu que d'une «façon impropre », et
en vue de son accomplissement qui aurait lieu dans le Christ 15, c'est que
l'humanité de tout être humain reste imparfaite aussi longtemps qu'elle
n'est pas achevée par celle du Christ, rendue à cet état de «limpidité»
qu'Isaac situe au sommet de l'expérience spirituelle, lorsque tous les
mouvements intérieurs et tous les symboles provisoires seront «englou-
tis auprès du Médiateur» 16, Jésus-Christ.
Isaac peut ainsi présenter cet accomplissement de la nature humaine
comme de véritables «retrouvailles» 17 où l'homme, régénéré par la
grâce du baptême, retrouve l'accès au «lieu pur de la nature» 18. C'est
vers de telles retrouvailles qu'Isaac oriente constamment tout l'effort
spirituel de son lecteur, tout au long d'un parcours riche en vicissitudes
de toutes sortes, où, selon une subtile pédagogie de Dieu, périodes de
consolation et de tentation se succèdent inlassablement. L'ascète y tra-
verse les trois étapes, classiques, qui l'amèneront progressivement à
s'identifier à l'Homme nouveau, provisoirement caché dans son cœur.
À l'étape dite «corporelle» dominent les labeurs de l'ascèse et les
vertus. À l'étape suivante, étape «psychique» ou étape de l'âme, les sens
intérieurs commencent à se réveiller et une connaissance savoureuse,
pénétrée d'amour, vient prendre le relais. Enfin, la dernière, l'étape
«spirituelle », requerra des révélations particulières que seul l'Esprit
peut accorder. Le Discours XX d'Isaac II développe chacune de ces
étapes dont le fruit culmine dans la dernière où, «l'Intellect soudain
frappé de stupeur devant Dieu, les suggestions ( ... ) tarissent et s'arrê-
tent, et où la Pensée tout entière frémit de motions spirituelles, dans
l'amour. Lors d'une telle connaissance, toute crainte est enlevée, et l'en-
tendement ( ... ) se trouvant au-delà de toute crainte et de toute réflexion
affectée de passion, est ébranlé selon l'ordre du siècle nouveau. Un tel
homme a été rendu digne ( ... ) de la conduite de l'Homme nouveau, et
des motions qui s'éveillent naturellement dans l'au-delà du Royaume
des cieux» 19.
Cet «Homme nouveau» n'est rien d'autre que la nature primItive,
jadis blessée, mais désormais restaurée et enrichie dans le Christ, et qui
présage déjà ce que sera la nature humaine glorifiée, après la
Résurrection. Provisoirement cependant, même si cette «création des
origines» se laisse parfois entrevoir dans le «rayonnement de l'âme », au
travers d'une certaine «splendeur» se reflétant sur le corps au moment
de la prière, celle-ci demeure cachée au-dedans de l'homme. Isaac en
parle comme de «l'homme intérieur », la «constitution (ou «structure»)

l'II. 3. 2. 67.
16 II. 3. 4.10.
17 11.3.4.9.
lB II. 3. 4. 25: II. IR. 3.
1" Il. 20. JO.

52 CPE n° 88, décembre 2002

au-dedans de l'homme» 20, le lieu où «le ciel nouveau est gravé dans un
cœur pur» 21, là où se trouve le «trésor du cœur» s'identifiant au « trésor
du ciel », là où «l'échelle du Royaume est cachée », grâce à laquelle
l'homme y accédera par degrés 22, là où il est donné à certains de «goû-
ter déjà la saveur du Royaume », comme un «sacrement de la vie d'après
la résurrection» qui transparaît un peu à la fois dans leur conduite 23.
C'est là encore que, grâce au souvenir continuel de Dieu, se dresse l'au-
tel sur lequel se célèbrent sans cesse les mystères qui s'élèvent jusqu'au
temple du Seigneur 24.
C'est à cette profondeur-là, dans «l'homme caché », que la rencontre
avec Dieu pourra avoir lieu: dans ce monde-ci «nos sens ne peuvent pas
espérer atteindre ce mystère », mais seulement notre «homme inté-
rieur », lorsque «soudain nos membres se récusent et que la quiétude et
le silence s'abattent sur nous, car dans le comportement de la vie nou-
velle tous les besoins des sens sont abolis» 25. Au moins ceux des sens cor-
porels, car Isaac connaît d'autres sens qui sont le propre de la nature
humaine renouvelée. Dans une de ces prières touchantes dont il aime à
émailler ses exposés, Isaac demande au Seigneur de lui accorder
«d'autres yeux, d'autres oreilles et un autre cœur, afin que j'entende, que
je voie et ressente au lieu du monde tout ce que tu as réservé pour le
moment où ta gloire sera révélée à la famille des chrétiens, grâce à un
regard, à des oreilles et à des sentiments qui ne seront plus ceux de tous
les jours» 26.
Ce projet de vie ne nous est accessible que grâce à l'Incarnation du
Christ qui, assumant en lui la nature humaine, l'a portée, à travers sa
Pâque, jusqu'à son ultime achèvement en Dieu: «Voilà donc l'ouvrage
des solitaires parfaits et l'achèvement de leur parcours, voilà où doit
aboutir leur navire lorsque leur conduite (ascétique) s'épuise et qu'ils
sont désormais rendus dignes de l'amour de Jésus-Christ, notre Seigneur,
trouvant par moments quelque joie dans la gloire de sa nature, qui est la
couronne des parfaits. C'est ainsi que s'accomplissent en eux les paroles:
«Toi, mon Père, Tu es en moi, et moi, je suis en eux, afin qu'eux aussi
soient un en nous» 27. Car les saints qui sont parfaitement mêlés à la divi-
nité représentent comme mystiquement le type de l'union du Christ
(avec son Père) à l'intérieur de la Trinité. Notre Premier-né nous en a
rendus proches, grâce à son avènement» 28.

20 IL 3. 4. 98.
21 IL 20. 22-23. CfL L 43. éd. Touraille.
22 l, 30.éd. Touraille.
23 II. il, 1-6.
24 Il, 6.
25 II, 13,2.
26 II. 1.82.
27Jn17.21.
2~IL7.3.

CPE n° 88, décembre 2002 53

14.aile le SrriC/l. 3. 3. rue Boileau. Le priant aspire à recevoir «sous forme d'arrhes. 75016 Paris 2Y Mt 6. c'est là le sens de la deuxième demande du Pater «Que ton Règne vienne! ». révèle en moi le mystère du renouvellement des saints qui. où les thèmes anthropologique et christologique se croisent. et qui est. qui T'es manifesté dans notre corps délabré (par le péché). C'est cela que signifie «Que ton Règne vienne avant le temps ». au dire des Pères. 1.. résume bien les étapes de ce parcours que toute nature humaine doit épouser à l'intérieur de l'Histoire du Salut: «Ô mystère caché. Rict'rche Sll l'l{/c(. Toi qui.» André LOUF Abbaye du Mont des Cats Les 4 et 5 juillet prochains COLLOQUE sur L'APPORT DES PÈRES À LA CATÉCHÈSE 43. Seigneur. La prière suivante. 15055. 4. ]0Il. dépouille-moi. Pour Isaac. qu'il nous est commandé de deman- der dans la prière 29.() di Ninive e la sua fortuna. Il s'agit de «la perfection que les saints acquièrent dans ce monde-ci. décembre 2002 . a mis à nu les Principautés et les Puissances. Deux études onl récemment abordé plus en détail l'anthropologie d'Isaac: Hilarion ALFEYEV. 51-59: Sabino CHIALA. Florence. grâce au mystère du renouvellement. et insinue dans mes membres cachés les motions de l'Homme nouveau. sous la forme d'arrhes. et qui me sera donné effectivement dans le monde à venir. en montant vers ces demeures qui ne sont ni de chair ni de sang. pp. en vue de la jouissance de tous les amants de ton amour. L'univers spirituel d·l. lorsque ta chair fut dépouillée. 54 CPE n° 88.90. Bellefontaine. qui ont peiné ici- bas à cause de Toi 31. Biblioteca della Rivista di Storia e Letteratura Religiose. ]1II. pp. Olschki. celui que Tu m'as fait revêtir mystiquement dans le baptême. 2001. le Royaume (des cieux) dans les sens spirituels. de l'homme corruptible. 9. reçoivent dès à présent un commencement des biens futurs. une petite (et première) saveur de ce que l'on recevra plus tard» 30. Dal/"ascesi eremitica alla misericordia infinita. et as revêtu notre nature d'un vêtement incorruptible. Leo S. 2002. Studi XlV.

qui ne cloisonnaient pas les domaines comme nous le faisons. en grec en archè et en latin in principio et. Commentaire sur rLvangile de S. 20. aussi bien Origène l qu'Augustin 2 (pour ne citer que quelques-uns parmi les plus célèbres). 1 Première Homélie sur la Genèse. montrant par là qu'il y a une seule et même économie de la création au salut. non pas une interprétation temporelle. 16. ils ont trouvé un remarquable raccourci dans le premier chapitre de l'Épître aux Éphésiens. 3 Confessions XII. De là à penser que l'homme a besoin de trouver une Altérité.90. ils proposent de longs commen- taires sur les premiers mots de la Genèse: « au commencement ». le Quatrième Évangile et les Épîtres de Jean et de Paul. à l'heure où les sciences définissent l'homme comme celui qui «lève la tête pour voir le ciel et contempler les étoiles» et où la philo- sophie le présente comme un sujet qui se constitue par la médiation de l'altérité. C'est cet extraordinaire amour de Dieu pour l'être humain à qui Il donne la vie et qu'Il introduit même dans sa vie. 29. Pour ce faire. ils sont les premiers à mettre en évidence l'anthropologie qui y est impli- quée et ils la déploient en la réinterprétant à partir des catégories de leur époque. L'APPORT DES PÈRES À L'ANTHROPOLOGIE Les Pères. décembre 2002 55 . qui résume le projet de Dieu sur l'humanité. se sont atta- chés à en dégager l'essentiel pour donner à leurs contemporains une vision chrétienne de l'homme. en qui et par qui tout a été faiP. L'intérêt de leur démarche vient de ce qu'en commentant l'Écriture. qui sont des hommes pétris par l'Écriture. Pour en rendre compte. alors. que célè- brent les Pères. CPE n° 88. De ces trois ensembles. montrant par là qu'il est en quelque sorte le prototype de la création. développée est encore parlante aujour- d'hui. Jean J. un interlocuteur qui soit ailleurs que sur terre pour le «nourrir ». l'ont franchi. 2 De Genesi ad liUeram J. ils ont fondé leur compréhension de l'être humain sur trois textes-clefs: la Genèse. 2. en donnent. pour répondre à leurs interrogations: D'où venons-nous? Où allons-nous? Quel est le sens de la vie? L'anthropologie qu'ils ont. «le premier-né de toute créa- ture» nous dit l'Écriture. 1. en faisant ressortir le lien entre la création et la création nouvelle. il n'y a qu'un pas et les Pères. mais ils les rapportent immédiatement au Verbe.

l'eucharis- tie . y On ne peut reprendre tous les commentaires relatifs à la création de l'homme à l'image de Dieu. réalisée en son Fils (ln 6) et continuée par ce chemin de conversion que sont les sacrements: le baptême. puis ils précisent le sens des sacrements. à sa suite. à laquelle les Pères consacrent d'amples traités 6. et ce n'est pas un hasard si les Pères. font découvrir que l'être humain est appelé au salut par le Christ. qui sont allés le plus loin dans la christolo- gie: Irénée à l'encontre des gnostiques. Comme le disaient Irénée et Athanase: «Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu ». qu'il est en relation avec Dieu (<<Tu nous as faits orientés vers toi ».. qui est sacrement du salut. pour un certain nombre de Pères. sont également ceux qui ont 4 On la retrouve comme motif de rédaction de La vie de Moïse par Grégoire de Nysse. 1. qui était déjà celle du jeune homme riche 4: Que faut-il faire pour être sauvé? Ainsi se réfèrent-ils aux deux premiers cha- pitres de la Genèse. ils montrent que la miséricorde de Dieu se traduit non seu- lement dans ce don infini qu'est la création. d'Ambroise de Milan. 5. Par le fait même. en passant. mais aussi dans le don renou- velé de la création nouvelle. de cet Être si per- sonnel que l'homme cherche à rencontrer pour dialoguer avec lui. de Jean Chrysostome . qui aime dans l'homme ce qu'il aimait dans son Fils. 6 Voir le livre V de l'ouvrage d'Irénée Contre les hérésies. 7 Voir en particulier Cyprien et Augustin. 15). rappelle S. et ils les commentent dans le cadre de la catéchèse baptismale. 56 CPE n° 88. celles de Cyrille de Jérusalem. Ils expliquent que la création est bonne. Augustin. Ils soulignent également. à l'image duquel l'être humain est créé. 1967. en de longs commentaires... faisant ainsi ressortir le caractère indissociable de l'anthropologie et de la christologie. Ils partent de la création et s'efforcent de répondre à l'interrogation de leurs contemporains. R Cf. Dieu fait également de l'homme son interlocuteur privilégié et il lui apporte la vie nouvelle et la divinisation par le Christ. 5 Voir. symbole et signe du lieu de la Présence de Dieu. à sa Résurrection. que. lieu de la divinisation de l'être humain. 1. Augustin 10). Confessions XIII. Athanase contre Arius. Paris. au contraire. 4. cette ressemblance qui lui fait dési- rer établir une relation plus profonde avec Lui. décembre 2002 . ils expliquent. V. ils n'en restent pas pour autant à la différence ontologique entre le créateur et l'être créé. qu'elle est faite pour l'homme et qu'elle vient de la surabondance de l'amour de Dieu 5. l'être humain est capax Dei. que s'il porte au plus profond de lui son image. Il ne peut regarder le ciel. 26) 9 et le Christ. Coll. Leurs catéchèses baptismales et mystagogiques.. par ce mystère de mort et de résurrection qu'est le baptême.. . Dans le même temps. ln Confessions l. par exemple. Mais. Il suffit d'en reprendre. les occurrences dans les volumes de Bihlia Patristica. À l'image et à la ressemblance de Dieu. les Pères font com- prendre 7 le rôle central de l'Église qui est elle-même le Christ continué. la différence fon- damentale qui existe entre l'être humain. créé à l'image de Dieu 1{ (Gn 1. créé à l'image de Dieu. seul étant l'Image du Dieu invisible (2 Co 4.4. en étant ainsi incorporé à sa vie nouvelle.. Grégoire de Nysse contre Apollinaire et Eunome . LOSSKY.

Seulement là. Il a permis que l'homme passe par toutes les situations et qu'il connaisse la mort. Cet homme-là. et l'aimera-t-il davantage ( . pour avoir reçu de lui le don de l'incorruptibilité. en pouvoir de dire oui à l'amour qui lui est proposé pour recevoir l'adoption filiale et non pour s'enfermer dans une autarcie destructrice.développé l'anthropologie la plus solide.. ). plutôt comme Irénée. le réceptacle de l'opération de Dieu et de toute sa sagesse et de toute sa puissance. 12 Contre les hérésies III. Ainsi Irénée a-t-il montré que «la gloire de Dieu. Le pouvoir qui lui est donné se trans- forme en service à la suite du Christ. recevra de lui une gloire plus grande. les difficultés interviennent. 372-373. Grégoire de Nysse a écrit un Traité de la création de l'homme . 20. Le Verbe de Dieu. pp. Paris. gardant sans enflure ni jactance une pensée vraie sur les créatures et sur le Créateur et demeurant dans son amour. C'est en face de Dieu que l'homme se situe. Athanase a proposé une figure de l'homme accompli en la figure d'Antoine dont il écrit la vie. 1994. Les Pères nous font comprendre que notre humanité ne peut se comprendre qu'en relation avec le Christ et l'Esprit saint. Tous se sont attachés à saisir la signification profonde de l'homme dans sa relation avec Dieu. Irénée 12 adopte une méthode dif- férente. L'homme est une personnalité rendue vivante par le souffle de Dieu.. c'est Dieu. ainsi Dieu se manifeste chez les hommes ( . dans la soumission et l'action de grâces. Il lui faut comprendre qu'il est à la fois libre et dépendant. qui a habité dans l'homme. comme le souligne Augustin à travers la dialectique de l'aversio a Deo ou de la conversio ad Deum qu'il propose pour la constitution de l'être humain. 13 Cf. ). s'est fait Fils de l'homme Il Contre les hérésies IV. Et dès que nous acceptons cette place privilégiée dans la création. une anthropologie trichotomique: âme. décembre 2002 57 . pp. C'est. mais il en vient à une conclu- sion analogue. ). toute la liberté de l'homme qui peut se déployer. Car la gloire de l'homme.. HS-392. FA1'T[~O. J. Comme le médecin fait ses preuves chez ceux qui sont malades. c'est l'homme. alors. Ainsi écrit-il: «Telle a été la longanimité de Dieu. ce qui amène cer- tains parmi les Pères à développer. La situation privilégiée de l'homme. pour accéder ensuite à la résurrection d'entre les morts et apprendre par son expérience de quel mal il a été délivré: ainsi rendra-t-il toujours grâces au Seigneur. corps. 7.. et d'autres.. d'autre part. La théologie d·Irénée. esprit. qui est le sommet de la création. comme Tertullien. il recourt à l'économie du salut 13. la vision de Dieu» Il... le pouvoir qui lui est donné sur la création sont à la fois un avantage et un risque. Cerf.. 20. à situer l'image de Dieu dans ce souffle donné par Dieu et qui ouvre notre esprit à l'intelligence de la Parole de Dieu et le prépare à l'accueillir. CPE n° 88. progressant jusqu'à devenir semblable à Celui qui est mort pour lui ( . c'est l'homme vivant et la vie de l'homme. 2. nous ne pouvons la séparer de la relation vitale que Dieu établit entre nous et le Christ.

jusqu'à l'introduction à la vie trinitaire. en expliquant que l'être humain est l'interlocuteur de Dieu et qu'il s'accomplit dans la relation à Dieu. en dépit de leur langage qui peut parfois nous dérouter. La divinisation du chrétien d'après les Pères grecs.-F. dans l'ensemble. il souligne que l'homme n'était pas parfait au départ. d'autres Pères: Tertullien. C'est donc en termes de création continuée. et même les Cappadociens. C'est là toute la théologie de l'accoutumance ou de l'inhabitation qu'Irénée développe afin de manifester la pédagogie de Dieu. la familiarité qu'il établit avec l'homme dont il fait non seulement un vis-à-vis. issu de l'hellénisme. Sans doute les Pères ont-ils donné leur vision de l'homme à l'intérieur de la culture qui était la leur. qu'il a été créé bon à l'image de Dieu et qu'il lui revenait de progresser. en sont venus à un dualisme discutable de l'âme et du corps. dont le Christ lui pro- pose le chemin. mais à qui il donne de partager sa vie.pour accoutumer l'homme à saisir Dieu et accoutumer Dieu à habiter dans l'homme ». avec l'accent mis sur l'unité de l'être humain. 58 CPE n° 88. Paris. son dessein d'amour bienveillant. qu'Irénée conçoit l'accomplis- sement de l'être humain. de passer par différentes économies. 1938.. jusqu'à la divinisation 14. et si Irénée en est resté à une anthropologie fondamentalement biblique.. Gilbert KONGS. les Pères ont posé les bases de l'anthro- pologie chrétienne. en dialogue avec son créateur. À l'encontre des gnostiques. de se remettre entre les deux mains du Père que sont le Fils et l'Esprit Saint pour connaître son accomplissement. J. Mais. GROSS. Augustin . MEP 14 Cf. décembre 2002 .

saint Bernard et Depuis plusieurs décennies. 2001. création de l'être humain à l'image de Dieu et «Théologie historique ». qui est son apport propre et qui pelle que le désir est une. 84-86). trois auteurs: saint Augustin. Mentionnons seulement un livre déjà M. Une choir pour la et dans le Nouveau Testament.. ment aimé qu'elle soit plus fouillée à propos de Marie-Anne VANNIER S.V. Pour le montrer. Cerf. ctualité J. il travaille en historien et pré- «Amateca». coll.V. il étudie l'être humain tout entier. comme de référence: celui d'Osée. icône de Dieu.-A. de Dieu (Paris. voire la clef d'entrée s'ouvre sur la résurrection de la chair et de pour l'anthropologie. mais qui présente l'avantage de propo- ser une anthropologie théologale pour aujour. Paris. Tradition. de Par la Révélation. qu'on ne peut pas comprendre l'être Est-il encore besoin de présenter le livre de humain indépendamment de sa relation à Dieu. la manifestation du Christ.V.V. l'homme. ainsi que le livre biblique consacrées à Tertullien se développent. l'Académicien Serge Lancel. Révélation. sente la vie et l'oeuvre de saint Augustin. devenu un classique et qui est souvent préféré aujourd'hui à la Vie de saint Augustin par Peter W. Paris. chanalytique. par exemple. publiée dans la Revue n'est pas seulement l'homme qui est en quête des études augustiniennes . Révélation.-A. ALEXANDRE. dégage l'originalité de son anthropologie à par. Le livre de Jérôme de Dieu. 1999. coll. comme l'a fait.-A. DEBBASCH. d'autant et de Charles Munier publiés dans notre revue. qui «se fait homme Dépassant les paradoxes dans lesquels on pour que l'homme devienne Dieu ». 1982). Dieu à la recherche de Brown. les études saint Thomas d'Aquin. ancien. Jérôme Alexandre quel point «Dieu est amour» (pp. Études Augustiniennes. KNOCH.Augustin. Il part du vocabulaire employé par Tertullien. GESCHÉ. Paris. 1993. Un livre solide. à l'image de qui il est créé. puis H. 1999. que l'auteur s'attache à faire ressortir que ce la chronique Tertullien. mais Dieu Alexandre s'inscrit dans ce mouvement et qui est en quête de l'homme. L'anthropologie réaliste et mystique Wendelin Knoch. l'auteur expliquant. sager l'anthropologie trichotomiste de C'est avec raison qu'Hubert Debbasch rap- Tertullien. 2001. LANCEL. M. quête de l'homme. montrant à enferme parfois Tertullien. Écriture. Serge Lancel n'opte pas pour la lecture psy- Luxembourg.-A. telle qu'elle apparaît dans l'Ancien M. Beauchesne. tir d'une étude magistrale de la notion de chair. À la différence de son prédécesseur. dans l'esprit des Fayard.. Pères. L'homme de désir. Dieu manifeste qu'il est en manière magistrale. ce qui l'amène à distinguer la de Tertullien. Saint Augustin. Beauchesne. Voilà une large en témoignent les articles de Frédéric Chapot palette et une enquête intéressante. On aurait seule- apporte une pierre de plus à ce renouveau. décembre 2002 . S. pour en venir à la question de la création. au rapport entre la chair et l'âme avant d'envi. Aussi est-ce à expliciter la Un livre de référence. Isabelle Bochet dans sa thèse: Saint Augustin et le désir A. Paris. qui est rapidement M. que s'attache gloire. un bon manuel de théologie. L'homme. d'hui. 59 CPE n° 88. Saint-Paul-Cerf.

l'homme le Syrien. essaie parfois données en note sur des points parti. des Pères de l'Église. trad. originaire semble-t-il approche structurée et pertinente des thèmes du Qatar. Saint-Augustin. Les Dieu pour les hommes et le Cosmos manifesté richesses de l'Orient chrétien.VI) à la prière (théorie. Saint-Maurice. L'univers spirituel d'Isaac solitaire où. Dom Louf. Dans l'introduction. visée universelle. avec beaucoup de finesse. signe du partage d'une vie nouvelle. introduction au chapitre où l'auteur L'auteur nous propose ici une synthèse de décrit la mystique d'Isaac. 2000. où dépeint ce bien suprême que constitue la vie il montre. aspects exté- de son œuvre en 1995 par le professeur rieurs. entre autres. Mgr Alfeyev Syrien. d'Éphrem et de Théodore de Mopsueste. M. contempla- S.). ctualité H. Abbaye de l'humilité comme moyen de ressembler à Dieu. l'auteur évoque l'Église Isaac. de Dieu et de l'humanité en Christ: « Que pos. mais aussi Jean le Solitaire et surtout Évagre). tion). ALFEYEV. qui termina majeurs développés par le moine tout en lui sa vie dans le Kurdistan actuel. 36). dans son enseignement. du Vile siècle a été favorisè par la découverte L'auteur consacre ensuite un chapitre rècente et la publication de la deuxième partie entier (ch. à travers la figure d'Antoine en 60 CPE n° 88. et la logie et de la spiritualité de l'Église d'Orient. Bellefontaine. l'au. Église de d'une tradition spirituelle (Pères du Désert langue syriaque dont l'enseignement théolo. Un ouvrage d'une très grande qualité théo- ligne les grandes perspectives théologiques qui logique et spirituelle. par le renoncement. décembre 2002 . l'auteur d'Enzo Bianchi sur la spiritualité du désert. qualité intérieure faite de confiance en Dieu et nO 76. il s'attarde sur le don des Un regain d'intérêt pour ce moine syrien larmes. moine. Un bon livre de présentation de la théo- tion? Le monde s'est mêlé avec Dieu. formes. BAUD. l'espérance d'un salut universel. Brock. le mystère de la rencontre terre. Dans un premier chapitre. mais aussi évêque. est l'héritier d'Orient à laquelle appartenait Isaac. destinée à un public plus large que celui aborde l'eschatologie d'Isaac en soulignant la des seuls spécialistes. l'auteur nous offre ici une bibliographiques sur Isaac.2001. de replacer au sein de la tradition théologique culiers (note 1 p. sèdes-tu en plus que tu n'aies donné à ta créa. Par son analyse fine et nuancée de l'enseigne- teur rapporte également quelques éléments ment d'Isaac. Des informations plus techniques sont que l'auteur. création et le créateur sont devenus un!}) Pour le sujet qui est le nôtre dans ce numéro. gique a été façonné. se dégagent de l'œuvre d'Isaac et permettent Colette PASQUET de mieux saisir les caractéristiques de son enseignement spirituel: l'amour sans limite de Ph. EGGER (ed. Le Sel de la dans l'Incarnation. des lecteurs pour qui le difficulté qui fut la sienne pour bien évaluer la texte d'Isaac joue le rôle de « pain quotidien}) proposition d'un salut universel. {( Spiritualité orientale ». par la pensée tradition qu'il formulera de manière nouvelle. nous pouvons retenir quatre articles: celui Dans les quatre chapitres suivants. (p. laissant de manière importante la parole. il insiste sur Ware.9). avant-propos de Mgr Kallistos atteint la quiétude spirituelle. proposition (p. de défiance de soi. Mgr Alfeyev sou. la pensée théologique et spirituelle d'Isaac le Dans un dernier chapitre. 73).

2002. coll. En dépit Mentionnons également l'article de Claude du titre de l'ouvrage et de quelques développe- Bérard qui explique comment sur les icônes. 1). qui a « posé les fonde- Un petit livre de méditation sur l'humilité. Fédou. Cerf. théologique et spirituel de ses écrits.V. de Moïse. le vêtement Le Colloque. mais il en souligne l'intérêt: la mise en évidence de l'unité des deux G. tême: l'eau. ensuite. 2001 . est une bonne initiative. de Durand. Sources chrétiennes apporte un éclairage nou. d'autant plus important. M. C'est un parcours biblique. G. rêt à la fois historique et dogmatique. d'Abraham.V.-A. G. Figures bibliques. humain. peu travaillée. Paris. . aujourd'hui. poétique. LOUF. Le baptême et ses sym- son créateur et il invite ses lecteurs à s'identi. la lumière. L'auteur reprend et explique. trad.2000 et 200 l. Un bon livre qui explique le baptême à par- M.-A. fier à l'une ou l'autre de ces figures.V. ne reprend pas seulement les principes exégé- M. de Lubac Un livre à lire. DANNEELS.-A.criture d'après Origène. tout d'abord.qui sont autant d'icônes de l'humanité en relation avec G. H. publié en 1950. Testaments. M. avec les Pères. En épilogue. réfutation de l'arianisme qui est développée par tée. BAUDRY. DE LUBAC. nité transfigurée et de la divinisation de l'être M. c'est essentiellement une c'est l'humanité transfigurée qui est représen. le P. . Un livre à lire..-A. La Trinité. Mgr Kallistos Ware appro- fondit deux points fondamentaux: la vision de H. Morel. En prolongement.-A.V. Grégoire Palamas parle de l'huma. Sarah. d'Élie. M. tir des catéchèses baptismales des Pères et qui pourra rendre plus d'un service au catéchumé- HILAIRE DE POITIERS.. L'humilité dans la tradition l'heure où l'exégèse des Pères est encore trop monastique. Paris. en est principaux textes patristiques sur la question. son maître-ouvrage qu'est le De Trinitate.-A. et III. comment les pères du désert veau sur l'œuvre d'Hilaire et en particulier sur cherchaient à être conformés au Christ. Paris. 2001. l'huile. spi ri. Cerf. «Sources les différents symboles mis en œuvre au bap- chrétiennes ». Cerf. 2002. de Noé. La réédition de cet ouvrage de référence. un choix des dans l'ensemble de la Tradition}) (p.V. de David. par M. C. Histoire et Esprit. plus profondément dans le peuple de Dieu. À A. Paris. L'intelligence de l'É. décembre 2002 61 . Parole et Silence. Un livre qu'il est bon de retravailler tuel que propose le Cardinal Danneels à tra. t.1I nat adulte. boles. CPE n° 88. à en dégager la patiente recherche sur les sens de l'Écriture nature et qui propose. ments historiques et théologiques d'une qui s'attache.des Pères de l'Église particulier. vers les figures d'Adam. tiques d'Origène. nO 448 et 462. de M.. Aux sources du salut. à s'inscrire Beauchesne. l'Église et celle de l'être humain. ... ce qui en fait son inté- comment S.V. En effet. Pelland.. . ments sur l'Esprit Saint. organisé par l'Institut des blanc . intr. et il dégage également l'apport icônes d'humanité. Paris. Michel Stavrou explique Hilaire dans cet ouvrage. ce livre.

pauvre. ses deux Un livre précieux qui n'avait pas jusqu'ici de ouvrages consacrés respectivement au vocabu.V. Cerf. Jean de la Croix dans une traduction françai- trine. Paris. Il fait ici une magistrale présentation de l'expérience spirituelle des JEAN DE LA CROIX.-A. Marie-Agnès même de cette expérience. mais d'audace reste toujours d'actualité et on ne elles ont continué à être connues grâce à une peut que saluer cette publication nouvelle littérature parallèle. la petite étincelle de l'âme . transmise par la tradition d'une œuvre majeure. ctualité P. Paris. La Vive Flamme origines à nos jours. de la version B de la Vive Flamme correspond C'est une approche originale de la mystique à celui effectué par la majorité des spécialistes trinitaire que Roland Maisonneuve présente ici. se réalisée par deux religieuses d'une congré- 2000. permettant d'en retenir les grandes thèses: le Beauchesne. Après la condamnation d'Eckhart. présen. MIQUEL. coll.-A. ce qui en fait un bon outil conditions propres à la naissance de ce com- de travail. Paris. Paris. Cerf. réaliser des rapprochements intéressants. M. imagée de la pensée d'Eckhart. «Théologie histori. Paris.V. encore qu'en chemin. mentaire. dans la tradition chrétienne. soulignant le fait que cet ouvrage M.V. il complète son livre proche du texte original. Collection Sagesses Chrétiennes.. «Patrimoines ». Dom Miquel prolonge. coll. tions difficiles où ils risquent de s'égarer. Présentation et traduction exemples clefs et après avoir précisé l'enjeu par Françoise Aptel. ses Le message sanjuaniste fait de rigueur et œuvres ont été suspectées et interdites. décembre 2002 . MAISONNEUVE. Cerf. L'expérience spirituelle thèse vivante. 2002. mais cet ouvrage a le mérite de nous donner Il en rend compte à partir des symboles en notes les variantes propres à la première employés par les mystiques. Parmi ces textes. Pfister. détachement à partir de la figure de l'homme que ». Colette PASQUET 62 CPE n° 88. les Légendes ont une grand nombre de lecteurs. 2002 La collection « Sagesses Chrétiennes » R.. place de premier ordre. laire latin et au vocabulaire grec de l'expé. Un livre à lire. 2002. traduction française. Haussièttre et Jean-Pierre Thibaut. répond à la requête d'une pieuse laïque dont Jean de la Croix est le Père spirituel. en choisissant des d'amour.-A. M. gation carmélitaine et un père carme. les quelques pages de par un recueil de textes originaux et classés de présentation donnent un aperçu rapide sur les manière thématique. accessible ainsi à un plus orale. Dieu Trinité. Le choix Anthologie. confrontés à des situa- Arfuyen. Une œuvre de pleine maturité spirituelle Les légendes de maître Eckhart. mais où l'auteur n'oublie pas ceux qui ne sont tées et traduites par G. 1999. La traduction vive et agréable reste très En un second tome. par ce livre. rien ce spirituelle. Dieu inconnu. ce qui l'amène à rédaction espagnole (version A). Les mystiques poursuit la publication engagée des œuvres de chrétiens et leurs visions de Dieu un et s. Elles donnent une syn.

spirituelle. M. nous recommandons à nos Michel Quénot présente l'avantage d'en don. Paris. traduits pour la première fois en français. Comment se procurer la collection complète de CPE? Régulièrement des lecteurs nous demandent des numéros épuisés pour constituer une collection complète de CPE depuis le numéro 1. Pour obtenir la liste complète des CPE parus et le bon de commande correspondant. 2001. Migne. Pouderon.-A. simple. théolo. lecteurs ce livre unique qui regroupe les princi- ner une vision d'ensemble: historique. décembre 2002 63 . ce livre.-A. Il existe aujourd'hui un certain nombre de En prolongement de notre numéro sur Foi et livres sur la théologie de l'icône. pré- Royaume. celui de culture (CPE n° 86). Bernard Pouderon Débutants et spécialistes apprécieront en donne une présentation d'ensemble. écrire à : Nouvelle Cité Connaissance des Pères de l'Église 37. sentation B. Nous sommes en mesure de satisfaire cette demande au moyen de photoco- pies des originaux que nous possédons.cpe@nouvellecite. 1998. paux textes relatifs au thème abordé et. pour cer- gique. mais non moins tains.V.V. Un livre de référence. Fenêtre sur le Foi chrétienne et culture classique. L'Icône. Cerf. En profonde et largement illustrée. M. une introduction développée. QUENOT.des Pères de l'Église M.fr CPE n° 88. Paris. avenue de la Marne 92120 Montrouge e-mail: patristique.

c. Michel VISART Secrétaire de rédaction • Diffusion librairies: Jean-Paul TEYSSIER et Alain LE CORRE. à l'ordre de Nouvelle Cité.p. Tél. o.CE et Suisse: 40 euros Autres pays: 44 euros .s. 37. Chèque à l'ordre de Nouvelle Cité Jaime GARCÎA. o.fr Vous pouvez nous contacter à l'adresse e-Mail: patristique.p.a. à votre commande Connaissance des Pères de l'Église est présent sur le site Internet des Éditions Nouvelle Cité: http://www. décembre 2002 .Tarif solidarité: 50 euros Remplir lisiblement votre commande et l'adresser à: Nouvelle Cité. Gilbert KONGS.Imprimé en France : 64 CPE n° 88.: 01 40 92 70 85 . SOFEDIS-SODIS Réalisation technique Tarifs pour 2003 : • Comité de rédaction: France: 38 euros . m.CE et Suisse: 40 euros Laurence BROTTIER Autres pays: 44 euros .cpe@nouvellecite.Fax: 01 40 92 Il 68 Rédacteur en chef • Abonnements: Laurence BROTTIER. sarl au capital de 862000 F . écrire à: par Nouvelle Cité.Tarif solidarité: 50 euros Jacques FANTINO. ABONNEMENT 1 AN: 4 NUMÉROS Pour 2003 : France: 38 euros .nouvellecite. avenue de la Marne. 92120 Montrouge Marie-Anne VANNIER. • Impression Imprimerie de Montligeon Marie-Anne VANNIER La Chapelle-Montligeon Otto WERMELINGER 61400 Mortagne au Perche Pour toute correspondance concernant Connaissance des Pères de l'Église est éditée la rédaction. de la Marne. Marie-Anne VANNIER à Nouvelle Cité Commission Paritaire des Publications i• Directeur de la publication et Agences de Presse n° 69 384 Henri-Louis ROCHE Dépôt légal: 40 trimestre 2002 . 92120 Montrouge Tous les abonnements 2003 partent du numéro de mars 2003 Nom et prénom: Adresse: Code postal: Commune: N'oubliez pas de joindre votre chèque. av.fr onnaissance des Pères de l'Église REVUE TRIMESTRIELLE • Administration et diffusion Éditions Nouvelle Cité • Rédaction 37.

4-5 juillet 2003) .Richesse et pauvreté 11°44 Le i\" siècle: Âge d'or de la catéchèse n" 71 [Crlulliel1 n'A8 L'Éducation d'après les Pères 1172 Le Désert n'49 Le Monde celte. 15 euros) n064 La Vic d"Antoinc li" 86 Foi et culture n"65 Les Cappadociens n" '1'.7 Quc:lle vision de l'Homme n C'66 Les Canons des Écrilures au kmps des martyrs n067 Les Règles monastiques n"68 Les Christianismes orientaux Prix de l'exemplaire. fi'(lI1CIJ de port: 8. • onnalssance des Pères de l'Église NUMÉROS DISPONIBLES n"42 La Provence au V" siècle n'69 L'Esprit Saint Il''43 Jean Chrysostome n"70 L'Esprit Sainl (1I)-.::haristic n055 Actualité de saint Augustin nn7:-> Rom\~ n056 Les Vies de saints n'79 Lérins n057 Le Diaconat n" 80 L'l=piphanie n'58 Les Écrits apocryphes n" 81 L Arménie n"59 Ambroise de I\liian n° 82 1rén0e de Lyon n60 LL:S Ilérésies n° 8:' \laIli ct Je nEinichéisme Il'61 La Christianisation de la Gaule n° 84 La Création n62 Origène Il'' 1'5 Vingt ans d'étuues patristiques dans n063 Le Baptême le monde (numéro double.50 euros Prochains numéros • Le culte des reliques • La christologie • Pâques • La catéchèse (actes du colloque. la Bretagne non Le Père n"'51 Présence des Sourœs Chrétiennes n074 La Prédication n'52 Santé et maladie chez les Pères n 75 La Pénitence n053 Les Histoires ecclésiastiques n7ô Li Ti-il1ité n054 L Aquitaine n 77 L'ElI.