UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE

ÉCOLE DOCTORALE IV
IRICE – UMR 8138
FREIE UNIVERSITÄT BERLIN
FRIEDRICH-MEINECKE-INSTITUT
THÈSE EN COTUTELLE
pour obtenir le grade de
DOCTEUR DE L’UNIVERSITÉ PARIS-SORBONNE
en études germaniques
zur Erlangung des Doktorgrades eingereicht
am Fachbereich Geschichts- und Kulturwissenschaften
der FREIEN UNIVERSITÄT BERLIN
Présentée par / vorgelegt von :
Bérénice ZUNINO
(Geburtsort: Paris)
Soutenue le / Tag der Disputation: 12 décembre 2014

La littérature illustrée pour enfants à l’époque
de la Première Guerre mondiale
Origines et évolution de la culture de guerre enfantine allemande
Illustrierte Kinderliteratur in der Zeit des
Ersten Weltkrieges
Ursprung und Entwicklung der deutschen „Kinder-Kriegskultur“

Sous la direction de :
M. Jean-Paul CAHN – Professeur, université Paris-Sorbonne
M. Oliver JANZ – Professeur, Freie Universität Berlin
Membres du jury :
Mme Christine BEESE – Wissenschaftliche Mitarbeiterin, Freie Universität Berlin
M. Jean-Paul CAHN – Professeur d’études germaniques, université Paris-Sorbonne
M. Oliver JANZ – Professeur d’histoire contemporaine, Freie Universität Berlin
Mme Françoise KNOPPER – Professeur d’études germaniques, Toulouse – Jean Jaurès
M. Uwe PUSCHNER – Professeur d’histoire contemporaine, Freie Universität Berlin
M. Fritz TAUBERT – Professeur d’études germaniques, université de Bourgogne

1

1. Gutachter: Prof. Dr. Oliver JANZ
2. Gutachter: Prof. Dr. Jean-Paul CAHN

2

À Paulette, Raymond et Michèle.

3

Wenn ein jüngerer Mann, etwa von dreiundzwanzig Jahren, an
einer verlassenen Straßenecke am Boden liegt, stöhnend, weil er
mit einem tödlichen Gas ringt, das eine Fliegerbombe in der
Stadt verbreitet hat [...]: dann wird dieser junge Mensch mit
einem verzweifelten Blick an den Häusern hinauf, zum Himmel
empor, fragen:
»Warum –?«
Weil, junger Mann, zum Beispiel in einem Buchladen einmal
eine sanfte grüne Lampe gebrannt hat. Sie bestrahlte, junger
Mann, lauter Kriegsbücher, die man dort ausgestellt hatte; sie
waren vom ersten Gehilfen fein um die sanft brennende Lampe
herumdrapiert worden, und die Buchhandlung hatte für dieses
ebenso geschmackvolle wie patriotische Schaufenster den
ersten Preis bekommen.

Kurt TUCHOLSKY, Die brennende Lampe (1931), in : Kurt
Tucholsky. Das große Lesebuch.

4

Remerciements
Ma reconnaissance va en premier lieu à mes directeurs de recherche, messieurs les
Professeurs Jean-Paul Cahn et Oliver Janz, qui ont consenti à diriger ce travail et en ont
accepté avec patience les évolutions progressives. Je leur sais gré de leurs précieux
conseils et de leur confiance.

Il m’est agréable de remercier également Claire Aslangul qui a guidé mes premiers pas
de chercheuse durant les deux années de master. Sans sa confiance ni ses
encouragements, je n’aurais jamais mené à bien un tel travail.

Cette thèse et les multiples séjours en Allemagne qu’elle a nécessités n’auraient pas été
possibles sans le soutien de plusieurs institutions auxquelles je voudrais exprimer ma
gratitude. Outre le contrat doctoral dont j’ai bénéficié à l’université Paris-Sorbonne
entre 2010 et 2013, des bourses de courte durée du CIERA et du Centre Marc Bloch ont
concrètement rendu possible la réalisation de cette thèse. Je suis infiniment
reconnaissante à l’Institut français d’histoire en Allemagne (Francfort-sur-le-Main) de
m’avoir accueillie en son sein pour deux ans à la faveur d’une bourse d’aide à la
mobilité internationale depuis septembre 2013. Cette structure m’a permis de mener à
bien la rédaction du présent travail dans des conditions matérielles exceptionnelles. Je
voudrais dire mon attachement à cette institution ainsi qu’à la convivialité de son
équipe.

Lors de mes séjours de recherche j’ai partout trouvé un accueil cordial et avenant. Qu’il
me soit permis de mentionner en particulier l’aide précieuse de Carola Pohlmann à la
Staatsbibliothek de Berlin, de Hans-Christian Pust et d’Irina Renz à la Bibliothek für
Zeitgeschichte de Stuttgart et de Wilhelm Hilpert à la Bayerische Staatsbibliothek de
Munich.

Je voudrais remercier Eckhardt Fuchs et Simone Lässig (Institut für
Schulbuchforschung), Géraud Létang (Centre d’Histoire, Sciences Po Paris) ainsi que
Rainer Hudemann (université de la Sarre) et Hélène Miard-Delacroix (Paris-Sorbonne)
de m’avoir permis de présenter mes travaux dans leurs séminaires. Ma gratitude va aussi
aux organisateurs de l’université d’été « Conflict studies » et nouvelle histoire militaire.
Regards croisés sur l’« ère de la guerre » (1914-1945), Steffen Prauser, Arndt Weinrich
et Olivier Forcade.

5

Ce travail est né de rencontres et de dialogues, si importants à mes yeux. Que Claire
Aslangul, Nicolas Beaupré, Annette Becker, Hans-Heino Ewers, Nathalie Faure,
Romain Faure, Benjamin Gilles, Frédéric Guelton, Mathilde Lévêque, Carolyn Kay,
Ingrid Lacheny, Ruth Lambertz, Géraud Létang, Otto May, Sonja Müller, Béatrice
Pellissier, Manon Pignot, Hans Ries, Helen Roche, Anne Seitz, Fritz Taubert et Joachim
Ziegler soient chaleureusement remerciés.

Je voudrais également exprimer mes vifs remerciements à Claire Aslangul, Claire de
Cazanove, Henning Fauser, Jean-Louis Georget, Lea Herrmann, Céline Lebret, Niels
May, Yannick Pierrisnard, Johannes et Karl Heinz Preidl ainsi qu’à mes parents pour
leur infatigable relecture et leurs conseils techniques.

Merci enfin à tous ceux, collègues, parents et amis, qui ont accompagné, soutenu et
parfois subi la réalisation de ce travail. Sans leur bienveillance ni leur écoute attentive,
le présent travail n’aurait jamais pu voir le jour. Il est des expériences tant scientifiques
qu’humaines qui ne laissent pas indemne. Parmi elles la thèse. Elle scande le quotidien
de doutes et de découvertes, au fil desquels des pages de vie s’écrivent.

6

Sommaire
Remerciements ........................................................................................................ 5
Sommaire................................................................................................................. 7
Avertissement .......................................................................................................... 9

INTRODUCTION GÉNÉRALE. GUERRE, ENFANT ET LITTÉRATURE
ILLUSTRÉE ................................................................................................. 10

PREMIÈRE PARTIE. AUX RACINES DE LA CULTURE DE GUERRE
ENFANTINE (1911-1914) ........................................................................... 43

Chapitre 1. Le livre d’images militaire et patriotique et la militarisation
sociale. État des lieux............................................................................................ 51
A. Patriotisme et militarisme des éditeurs et des imprimeurs ...................................... 51
1) Militarisme folklorique .................................................................................................... 51
2) Effervescence patriotique de 1912-1913 et militarisme de conviction ............................ 61
B. Le goût pour la lecture des jeunes générations, un enjeu patriotique ...................... 67
1) Multiplicateurs de la littérature de jeunesse ..................................................................... 67
2) Typologie du lectorat potentiel : un public scolaire ......................................................... 73
C. Des illustrateurs proches des cercles militaires et monarchiques ............................ 81

Chapitre 2. La peinture d’histoire au service de l’éducation patriotique des
enfants .................................................................................................................... 87
A. Le « travestissement historique » de la guerre ........................................................ 87
1) L’imaginaire héroïque, fondement de la culture de guerre .............................................. 87
2) Influences de « l’esprit de 1813 » .................................................................................... 99
3) Idéalisation de la nation.................................................................................................. 108
B. Représentation documentaire et esthétisation de l’univers militaire ..................... 121
1) Défilés et culte du Kaiser ............................................................................................... 121
2) Livres d’images de soldats, reliquats de l’uniformologie et de l’imagerie populaire .... 128
C. La technique au service de la défense nationale .................................................... 134
1) Colonies et flotte ............................................................................................................ 134
2) La guerre sur terre et dans les airs .................................................................................. 140

DEUXIÈME PARTIE. ÉVOLUTION DE LA CULTURE DE GUERRE
ENFANTINE À PARTIR DE 1914 ............................................................. 148

Chapitre 3. Entrée en guerre progressive de la littérature pour enfants ...... 153
A. Les éditeurs en période de guerre .......................................................................... 153
1) La guerre comme opportunité commerciale ? ................................................................ 153
2) Adaptation progressive au conflit .................................................................................. 158
B. Héritages des canons esthétiques d’avant 1914 : persistance de la guerre de
mouvement ................................................................................................................. 165
1) La guerre sensationnelle et héroïque, illusion de la bataille décisive............................. 165
2) Des scènes de genre insouciantes et rassurantes ............................................................ 179
3) Historicisation du conflit ................................................................................................ 183
C. Évolutions vers une culture de guerre ludique ....................................................... 188
1) La guerre à hauteur d’enfant .......................................................................................... 188
2) Mobilisation nouvelle des jeunes enfants : formes visuelles du discours et tirages ....... 196

7

Chapitre 4. L’arme de la caricature : ridiculiser l’ennemi et justifier la
guerre ................................................................................................................... 209
A. Introduction de l’iconographie politique dans les albums pour enfants ................ 209
1) Allégories et stéréotypes nationaux................................................................................ 212
2) Animalisation des peuples .............................................................................................. 227
B. Le grand jeu de la guerre ....................................................................................... 231
1) Kitsch patriotique pour enfants ...................................................................................... 231
2) Cartes postales patriotiques inspirées des albums : élargissement du bain visuel des
enfants................................................................................................................................. 239
3) Poids des stéréotypes dans l’imaginaire enfantin ........................................................... 246
C. Les enfants comme enjeux du moral ..................................................................... 255
1) La fonction exutoire du rire ............................................................................................ 255
2) Les enfants comme médiateurs auprès des adultes à travers la littérature illustrée ....... 258

TROISIÈME PARTIE. LA CULTURE DE GUERRE ENFANTINE À
L’ÉPREUVE DE LA « GUERRE TOTALE » ............................................ 265

Chapitre 5. Prédominance des auto-images : idéalisation du front entre
modernité et tradition ........................................................................................ 270
A. De la vénération des dirigeants au culte du simple soldat : doutes d’une société en
guerre ? ....................................................................................................................... 270
1) Icônes et galerie de portraits des dirigeants.................................................................... 270
2) Iconographie de la ténacité : le culte du combattant du front......................................... 285
B. Adaptations à la guerre industrielle ? .................................................................... 290
1) Armes modernes et tranchées : sous-représentation des innovations techniques ........... 290
2) Silhouette et réalisme anecdotique : idéaliser les liens entre soldats et civils ................ 302
C. Immuabilité des représentations de la guerre : contrer les signes d’usure ............. 311
1) Culte du père absent ....................................................................................................... 311
2) Impact des modèles masculins sur l’imaginaire enfantin ? ............................................ 321

Chapitre 6. Dimension performative de la littérature illustrée : mobilisation
de l’arrière ........................................................................................................... 330
A. Idéalisation de l’effort de guerre enfantin ............................................................. 330
1) De l’enfant-héros à l’héroïsme quotidien ....................................................................... 330
2) Mobilisation domestique et matérielle des enfants ........................................................ 338
B. Des livres pour faire face à la lassitude de la guerre.............................................. 350
1) Thème de la pénurie : accepter les privations ................................................................ 350
2) Livres des associations patriotiques au cœur d’un réseau d’images et de solidarité ...... 357
3) Livres vendus au profit d’associations patriotiques : enjeux symboliques et commerciaux
et résultats des ventes ......................................................................................................... 363
C. Une démobilisation précoce ? ................................................................................ 367
1) Tournant de 1917 : les éditeurs rattrapés par la réalité économique et matérielle ......... 367
2) Les silences de l’après-guerre ........................................................................................ 374

CONCLUSION GÉNÉRALE. DE LA CULTURE MÉMORIELLE À LA
CULTURE DE GUERRE ........................................................................... 386

Bibliographie ....................................................................................................... 398

A. Sources ............................................................................................................ 398

B. Études et travaux ........................................................................................... 418

Index des auteurs, illustrateurs, éditeurs et pédagogues ................................ 466

8

Avertissement
Les chiffres indiqués entre crochets renvoient aux images analysées et reproduites dans le
volume des annexes. Le lecteur y trouvera les références exactes des ouvrages dont sont
extraites les illustrations.

Toutes les traductions des citations intégrées au corps du texte relèvent de la responsabi-
lité de l’auteur. Dans les textes originaux la mise en page et l’orthographe en vigueur à
l’époque ont été conservées.

Dans la bibliographie et les notes de bas de page, nous avons respecté la ponctuation de
la langue originale de chaque ouvrage et article cité.

Dans la mesure où la pagination n’était la plupart du temps pas indiquée dans les livres
pour enfants, nous avons nous-même numéroté les ouvrages à partir de la deuxième de
couverture.

Enfin, un index des auteurs, éditeurs et illustrateurs est à la disposition du lecteur.

9

INTRODUCTION GÉNÉRALE. GUERRE. ENFANT ET LITTÉRATURE ILLUSTRÉE 10 .

pp. ont favorisé les études sur la mobilisation intellectuelle. « Einleitung. « Introduction: mobilizing for ‘total war’. dir. pp. d’autant plus qu’il avait connu au cours du XIXe siècle 1 GILLES. 62. 1914-1920. l’intérêt porté à la mobilisation littéraire5 et à la littéra- ture combattante6 des deux côtés du Rhin s’est également accru. Artois presse université. 429. p. Paris.7 Malgré un regain d’intérêt ces vingt dernières années. Depuis une trentaine d’années. tant aux civils qu’aux mobilisés. l’enfant trouve pourtant en- core peu sa place dans ces études. Sa dimension extraordinaire dépassait l’entendement. Arras. 1-17. Anne-Marie (dir. Lectures de poilus 1914-1918. Lire s’imposait comme un acte de plus en plus incontournable face à un conflit qui semblait échapper de plus en plus à toute ratio- nalité et logique. »1 La littérature illustrée participait de ce phénomène. 1980. Der Erste Weltkrieg in der literarischen Gestaltung und symbolischen Deutung der Nationen. France. 1914-1918 ». par Id. « La lecture a donné. Klaus. Benjamin. in : Kriegserlebnis. CNRS Éditions. les outils mentaux pour comprendre ce qui se déroulait sur le front. 1996. Vandenhoeck & Ruprecht. dir. La littérature illustrée pour enfants contribuait aussi à la « mythification littéraire de la guerre ». morale et culturelle des combat- tants et des civils. Écrire en guerre. 5 POLLET. pp. Paris. p. 7 Ibid. 2013. p. 6 BEAUPRÉ. par Id. la question du sens donné au conflit par les contemporains est au centre des études sur la Première Guerre mondiale. 2 VONDUNG. 22. Propaganda oder Sinndeutung? ». « L’histoire culturelle ». 3 DUBY.2 L’attention accordée à la guerre vécue à l’arrière et la prise en compte des productions « courantes ». in : Pour une histoire culturelle. 11-37. 1997. Georges. Cambridge University Press. Göttingen. Seuil. (Citation extraite d’un texte publié en 1969. John.3 sans distinction entre culture des élites et culture populaire. Livres et journaux dans les tranchées. Paris. Écritures franco-allemandes de la Grande Guerre. in : State. 427-432 .. Jean-Jacques / SAINT-GILLE. 1997.4 Dans ce cadre. 11 . par Jean-Pierre RIOUX / Jean-François SIRINELLI. society and mobiliza- tion in Europe during the First World War. Autre- ment.). écrire la guerre. 2006. Nicolas. Cambridge.) 4 HORNE. dir.. Allemagne.

des jouets et des livres. propagande et enfant à l’aube du XXe siècle nous conduit d’abord à établir un état de la recherche sur ce point. d’une autonomisation de l’univers enfantin. Le rapport complexe entre guerre. Handbuch der deutschen Bildungsgeschichte. Oliver. (1) 12 « Matrix der Nation ». 1995. 4 : 1870-1918. 11 BERG. Deutsche Gesellschaftsgeschichte. Vandenhoeck & Ruprecht. 129- 146 . 2004. paru en Suède en 1900 et traduit en allemand en 1902. von der ‚Deutschen Doppelrevolution’ bis zum Beginn des Ersten Weltkrieges. 1975. Pädagogische Veröffentlichungen des 20. « Les enfants ». Philippe. Meike Sophia. dans les milieux bour- geois. Nation.15 nous nous sommes focalisée. 3 : 1849-1914. trans- mettait aux jeunes générations le respect de l’armée et de l’ordre établi. dans ce travail d’histoire et de civilisation allemande. sur la littérature enfantine allemande produite en amont et durant le conflit en accordant une attention particulière à l’image. p. Paris. 2012 (1 e éd. Dans la plupart des pays européens la littérature enfantine faisait partie intégrante des supports para. a fortiori pour des enfants peu rompus à la lecture de textes longs. Gunilla- Friedericke. 15 GERVEREAU. dont l’uniforme de marin est resté l’exemple le plus célèbre. 1994. Göttingen. Le Siècle de l’enfant. Christa (dir. le modèle de la fa- mille bourgeoise. Seuil. Hohengehren. 2. étaient susceptibles d’interpeller ce jeune public. L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime. 14 PIGNOT. Laurent. BAADER. 9 ARIÈS. « matrice de la nation »12 et première instance de socialisation.14 et intensifia cette militarisation. in : Klassiker und Außenseiter. ». Paris. Tübingen. p.11 Alors que guerre était considérée comme un moyen de légitimation par les États modernes. Paris. vol. Seuil. dir. 100. in : JANZ. Seuil. Allons enfants de la Patrie. Das symbolische Kapital der Trauer. 2001).et extrascolaires qui permettaient de sensibiliser les plus jeunes à ces valeurs militaires. dir. Hans-Ulrich. vol. Max Niemeyer Verlag. 2003. L’Histoire du visuel au XXe siècle. 12 . Manon. Von der Reichsgründung bis zum Ende des Ersten Weltkrieges. La Grande Guerre se caractérisa par son ampleur et son intensité. 139-155. 13 WEHLER. Munich. 59. in : Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918. Génération Grande Guerre. Perrin. Jahrhunderts.10 Le développement de cette sphère protectrice s’assortit pourtant d’une militarisation de l’école et de la chambre d’enfants. Bayard). Beck. par Stéphane AUDOIN-ROUZEAU / Jean-Jacques BECKER. 2009. Les illustrations en particulier. « Ellen Key: Das Jahrhundert des Kindes. 1991. Beck. pp. 129. Paris. 2012. 2003 (1e éd. 365. Kindheit und Erziehung in deutschen und englischen Bürgerfamilien 1840-1914. Schneider Verlag. p.). Manon. Munich. pp. qui exclut ha- bituellement les enfants du monde combattant et de la violence de guerre ». Religion und Familie im italienischen Gefallenenkult des Ersten Weltkrieges.13 La Première Guerre mondiale porta atteinte à « l’étanchéité entre les barrières de l’âge. BUDDE. par Klaus-Peter HORN / Christian RITZI. vol. ce qui amène les historiens à la qualifier de 8 PIGNOT. 10 D’après l’ouvrage d’Ellen Key. Forte du constat que les cultures visuelles nationales formaient au début du XXe siècle des « familles iconiques singulières ». qui se caractérisent par leur fort pou- voir émotionnel et semblent plus accessibles que l’écrit. p. des habits. Auf dem Weg ins Bürgerleben.« une expulsion du champ de bataille »8 qui s’était accompagnée.9 Le siècle suivant devait être le « siècle de l’enfant ».

« guerre totale ». Krieg. « Total War. Der grosse Krieg. Autrement dit. 2014. l’enfant représenta entre 1914 et 1918 un enjeu tel que le terme militaire de « mobilisation ». Kriegserlebnis. 924-926. THOß. Tallandier. John (dir. Kriegserfahrung in Deutschland. pp. Cambridge. l’importance cruciale de l’arrière dans une guerre d’une telle envergure. 18 JANZ. Vers la guerre totale. 2010. Bien que cette notion fasse l’objet de débats en raison de sa complexité. Roger. Schöningh. in : Anticipating Total war. on s’accorde à dire que la « guerre totale » suppose le recours à toutes les forces de la nation. janvier-mars 2006. Cologne. 1871-1914. Stig. employé par les contemporains. in : Erster Weltkrieg. FÖRSTER. Cambridge University Press. qui engendre une volonté d’anéantir l’ennemi.als Erfahrungseinheit? ». plus couramment usitées en en allemand (Heimatfront) et en anglais (homefront) pour qualifier l’arrière. moral et dans une moindre mesure matériel. Paderborn. une intensification exacerbée de la violence. Bruno. 13 . Weimar. certains travaux d’histoire sociale prirent en considération les sociétés dans 16 CHICKERING. 2002. 3-7. Zweiter Weltkrieg. Geschlechtergeschichte/n des Ersten Weltkriegs in Österreich-Ungarn. The Use and Abuse of a Concept ». 1999.19 Les études consacrées à l’enfance durant la Première Guerre mondiale s’insèrent dans un paysage historiographique dont il faut d’abord rappeler les évolutions. n° 89. désigne aujourd’hui encore son implication d’ordre idéologique. Warum Krieg? Die Sinndeutung des Krieges in der deutschen Militärelite 1871-1945. dir. pp. Niklaus. 267 ets. 13-28. / Hans-Erich VOLKMANN. dir.). devait théoriser en 1935. qui tenta dans la seconde moitié des hostilités d’intégrer plus avant les civils à l’effort de guerre et d’entretenir leur moral. « Enfances en guerre au 20e siècle : un sujet ? ». pp. Paris. par Id. Le tournant de 1914-1915. dans les années 1970. Vingtième siècle. Schöningh. ce conflit fut la première guerre impliquant toute la société. Schöningh. « Die Zeit der Weltkriege – Epochen. y compris sur les civils. 2013. The German and American Experiences. New York. Cette métaphore militaire se retrouve dans des expressions telles que « front intérieur ». 19 AUDOIN-ROUZEAU. 2009 (1e éd. in : Enfances en guerre. MEIER. Le premier conflit mondial eut tendance à se rapprocher de cet idéaltype. 17 HORNE. par Manfred BOEMECKE / Roger CHICKERING / Stig FÖRSTER. in : Enzyklopädie Erster Weltkrieg. pp. dir. Si. Christa. 2003). Böhlau. Oliver. HÄMMERLE. Erich Ludendorff. dans Der totale Krieg. pp. Paderborn. Outre une radicalisation des buts de guerre. 2012. Francfort/Main. Pader- born. Stéphane. dans la guerre. 7-30. par Gerd KRUMEICH / Gerhard HIRSCHFELD / Irina RENZ. y compris l’arrière. Hei- mat/Front. Ein Vergleich. les prolégomènes et les questionnements afin de cerner les enjeux de notre sujet. Vienne. quatre aspects fondamentaux permettent d’en proposer une définition assez large. par la formation d’armées de masse grâce au service militaire obligatoire. « Totaler Krieg ». mais aussi par la mobilisation idéologique et matérielle des non-combattants. Campus.16 L’évolution progressive vers la « guerre totale » fut sensible dès 191517 et s’accentua à partir de 1916. Revue d’histoire. et l’accroissement d’un contrôle par l’État et l’armée.18 En tant que composante de la société.

. Beruf. Les apports de l’historiographie française. Familie und Politik im Ersten Weltkrieg. Praxis. Göttingen. Arbeiterfrauen in der Kriegsgesellschaft. en particulier sur les femmes. de représentations. 1998. 2001). 36-52. 304-315. pp. un fort développement dans les années 1980. surtout en France. cit. où elle s’adossait aux travaux de l’école des Annales. Oubliés de la Grande Guerre.. « Die Geschichtsschreibung zum Ersten Weltkrieg ».20 l’attention accordée aux civils. Jay. « Kriegsfront – Heimatfront ». pp. Annette. dir. Id. 1997. Gerd / HIRSCHFELD. voir les travaux d’Ute Daniel : DANIEL. à leur vécu et à la propagande produite à leur intention fut favorisée par l’histoire sociale et culturelle qui connut. « Kriegsbegeisterung und mentale Kriegsvorbereitung ». terme bientôt remplacé par celui. pp. Gerd. 2006 (1e éd. in : Kriegserfahrungen. 21 KRUMEICH. 2012. 25 VAN DER LINDEN. comme l’art et la littérature. pp. Suhrkamp. in : Bulletin de l’Institut Historique Allemand. KOCH. Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Dieter LANGEWIESCHE / Hans-Peter ULLMANN.. Paris. Revue d’histoire. Gottfried. 22 DANIEL. Vandenhoeck & Ruprecht. Essen. Ute. Noêsis.. in : „Keiner fühlt sich hier mehr als Mensch…“. France et Belgique occupées. dir. Id. op. janvier-mars 1994. 2010. 31-44. 2004. « ‚Jeder tut. Elke. Göttingen. plus large. 12-19. Ducker & Humblot. 9-23. l’histoire du conflit fut plus timidement renouvelée par l’histoire du quotidien. 24 KRUMEICH.23 Conjointement à des travaux sur les catégories non-combattantes.24 des études sur les mentalités des contemporains du conflit. dont la réputation fut entachée par l’écriture nationaliste puis national-socialiste du vécu des soldats dans les années 1920 et 1930. in : Ibid. Paris. BECKER. pp. « Problèmes d’une histoire culturelle de la Grande Guerre ». LANDWEHR. Antoine / WINTER. Pour un bilan historiographique. Erlebnis und Wirkung des Ersten Weltkriegs. Essen.. Marcel / MERGNER.la guerre. 2011. Achim. 1991. 20 Nous référons à titre d’exemple à l’étude magistrale de Jürgen Kocka : Klassengesellschaft im Krieg 1914-1918. forgée par Karl Lamprecht.21 Longtemps dominée par les débats sur les responsabilités et les causes de la guerre. 1989. Berlin. Klartext. l’histoire culturelle allemande. Dans une perspective interdisciplinaire. Vandenhoeck & Ruprecht.25 de la propagande et du ressenti de la guerre. pp. Fayard. mais aussi britannique. « Kriegsgeschichte im Wandel ». Concernant les femmes. par Frank BÖSCH / Jürgen DANYEL. « La place de la guerre de 1914-1918 dans l’histoire culturelle de l’Allemagne ». Penser la Grande Guerre. Paris. Vandenhoeck & Ruprecht..und Mentalitätsgeschichte des Ersten Weltkriegs. initiés par la controverse Fritz Fischer et réactivés par l’ouvrage récent de Christopher Clark. Studien zur Sozial. Francfort/Main. Göttingen. in : KRUMEICH / HIRSCHFELD / RENZ 2009. et sur les liens entre le front et l’arrière. soulevèrent les questions de la « préparation mentale à la guerre ». l’histoire des mentalités et la nouvelle histoire culturelle22 dans les années 1990. D’une autre tradition. Ute. Klartext. Gerhard. de nouveaux domaines. Les cicatrices rouges. was er kann fürs Vaterland’: Frauen und Männer an der Heilbronner‚ Heimatfront’ ». 23 KRUMEICH. in : Vingtième Siècle. 9-17. Un essai d’historiographie. pp. 14 . par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Irina RENZ. « Kulturgeschichte ». s’ouvrirent à l’histoire. 14-18. Seuil. in : Zeitgeschichte – Konzepte und Methoden. pp. Theorien. Kompendium Kulturgeschichte. 1993. Humanitaire et culture de guerre. voir : PROST. par Id. 1973. 11-24. furent conséquents pour ce renouveau de l’histoire de la Première Guerre mondiale en Allemagne. 313-328. Schlüsselwörter. n’a pas accordé une place aussi importante à la Première Guerre mondiale. n° 16. in : Kriegsbegeisterung und mentale Vorbereitung. Id. dir. n°41. Gerd.

Bildpropaganda im Ersten Weltkrieg. 64 27 KRAPOTH. en sont partiellement responsables. les historiens 26 AUDOIN-ROUZEAU. John. BUSSEMER. 2000. 28 HORNE. voire renouvelé. « Première Guerre mondiale. vaste « laboratoire »28 pour les totalitarismes à venir. 2005. 14-18. Deutsches Historisches Museum. Raoul (dir. Thymian. au singulier. appelées « auto. La Grande Guerre. 31 AUDOIN-ROUZEAU. Paris. Selon Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker. Stéphane / BECKER. Wiesbaden. entre 1914 et 1918. 30 AUDOIN-ROUZEAU. 32 Ibid. il correspond à « un corpus de représentations du conflit cristallisé en un véritable système donnant à la guerre sa signification profonde.» et « hétéro-images ». surtout en France. Parmi ces productions courantes figuraient des affiches. France-Allemagne : représentations réciproques. Annette. p. « Violence et consentement : la "culture de guerre" du premier conflit mondial ». Avant de poursuivre notre développement sur l’état de la recherche. 145. Elle correspondait plutôt à un « processus horizontal. sa réception a été plus limitée outre-Rhin. 2006).26 Émanant parfois des autorités militaires ou civiles. Stéphane / BECKER. Joëlle. in : RIOUX / SIRINELLI 1997. non sans liens avec le poids sym- bolique du terme de « Kultur ». pp. pp. et relativement spontané d’automobilisation ».27 En ce sens. n’était pas (seulement) associée au « bourrage de crâne ». 1998. dir. Sarrebruck. 145. par Rainer ROTHER. Propaganda: Konzepte und Theorien. Contrairement au cas français. Loin d’être associée à l’endoctrinement qui devait être exercé sur les populations par les États totalitaires en amont et pendant la Deuxième Guerre mondiale. par Laurent GERVEREAU. la notion de « culture de guerre »30 a enrichi. Manuels scolaires et journaux satiriques de 1918 au milieu des années 1960. in : Dictionnaire mondial des images. fut déterminante pour la propagande politique en formation et contribua à sa connotation péjorative. op. Gallimard. Ereignis und Erinnerung. 2004. Berlin. p. Paris. Éditions Universitaires Européennes. décentralisé.29 Forgée par les historiens de l’Historial de la Grande Guerre.. 251-271. Annette. Gallimard. Minerva. « Ein Laboratorium für den totalen Krieg – Heimatfronten 1914 bis 1918 ». Verlag für Sozialwissenschaften. Annette..32 tout comme d’un messianisme patriotique et d’un esprit de croisade. 2010. rappelant la dichotomie politisée entre Kul- tur et Zivilisation. Stéphane / BECKER. Stefanie. Pour cette raison. images et Grande Guerre ». des livres et des illustrés qui véhiculaient des images de Soi et de l’Autre. BEURIER. Les pro- blèmes terminologiques que cette notion a engendrés. 29 ZÜHLKE. 15 . p. retrouver la Guerre. Paris. 673-680. p. préciser le terme de « propagande » s’avère nécessaire. Verlag Ingrid Kämpfer. 50-57. cette approche du conflit vu d’en bas. cit. 2000. in : Der Weltkrieg 1914-1918. la propagande.). 2010 (1e éd. Nouveau Monde. des cartes postales. pp. dir. la Première Guerre mondiale. 1914-1918. »31 Cette culture serait « indissociable d’une spectaculaire prégnance de la haine à l’égard de l’adversaire ». 13. elle regroupait un vaste corpus de supports produits à l’initiative d’entreprises familiales et privées. Hambourg.

Pourquoi les enfants auraient-ils été mobilisés si précocement alors que les enjeux de la ténacité de l’arrière devaient apparaître à mesure que la guerre allait durer ? Ce constat pose donc la question de la préexistence de la culture de guerre au conflit.2011] BAUERKÄMPER. 2002. URL : http://www.34 Aujourd’hui.. op. Colin. URL : http://labyrinthe. in : Le Mouvement Social. les représentants de l’école de Péronne comme ceux du CRID 14-18 (Collectif de recherche internationale et de débats sur la guerre de 1914-1918) s’accordent à reconnaître que ce phénomène. [En ligne.fr/1914-1918-retrouver-la-controverse. BUTON. « La Grande Guerre ». 37 AUDOIN-ROUZEAU. s’attendaient à une guerre brève de mouvement.33 La culture de guerre figure au cœur des débats. « Die Geschichtsschreibung zum Ersten Weltkrieg ». in : La Vie des idées.36 Cette thèse se retrouve dans La guerre des enfants : les plus jeunes auraient été impliqués dans le conflit dès les premières semaines d’août 1914. dir. [En ligne. s’applique surtout à l’arrière. Paris. franco-français. Montpellier. Vandenhoeck & Ruprecht.37 Or Nicolas Offenstadt n’a pas manqué de pointer les questions méthodologiques que soulève cette notion : une culture est un phénomène qui se forme sur le temps long. 1062- 1073 .. cit.html. Gerd / HIRSCHFELD. Arnd / JULIEN. 2. Nicolas. Antoine. 16 . pp.org/index217. John Horne s’est interrogé sur la portée de la socialisation d’avant-guerre. 95-102. Annette Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau présentent la culture de guerre comme une culture qui s’est cristallisée dès le début du conflit. KRUMEICH. dir. 7-28. Une nouvelle approche par la culture de guerre ? ». alors que le propre même d’une culture est d’être un bricolage d’éléments variés qui s’agrègent sur le temps long ? » OFFENSTADT. « 1914-1918 : retrouver la controverse ».2011] 36 AUDOIN-ROUZEAU / BECKER 2000. Par mobilisation culturelle. 38 « Mais comment concevoir qu’une culture se "cristallise" dès les débuts du conflit. 10 décembre 2008. p. 1914-1918.06. Gallimard.35 La question de sa formation est néanmoins sujette à discussions. dans le sillage de la victoire de 1870. pp. Stéphane. Paris. Philippe.html. n° 199.06. 2004 (1e éd. 34 JULIEN. au plu- riel. dir. cit. 80 ans d’historiographie et de représentations. art. « Einleitung: Durchhalten! Kriegskulturen und Handlungspraktiken im Ersten Weltkrieg ». par Jules MAURIN / Jean-Charles JAUFFRET. La Guerre des enfants. Nicolas / OLIVERA. ou de Kriegskultur-Forschung. in : Historiographies.39 À l’aide de la notion plus nuancée de « mobilisation culturelle ».38 Cette critique est d’autant plus justifiée qu’à l’été 1914 les Allemands. « Historiographie et histoire culturelle du Premier Conflit mondial. François / LOEZ. 2010. André / MARIOT. comme les autres nations. 39 AUDOIN-ROUZEAU. Élise. 2002. n° 2. par Chris- tian DELACROIX / François DOSSE / Patrick GARCIA / Id. Consulté le 05. « La guerre de 1914 n’est pas perdue ». in : Durchhalten! Krieg und Gesellschaft im Vergleich 1914- 1918. éludant toute mobilisation croissante des opinions. il 33 DANIEL 2006. 1068. Élise. Labyrinthe. pp.revues. Gerhard. Göttingen. op. 2010. Concepts et débats. cit. 1993). « À propos de l’historiographie française de la première guerre mondiale ». vol. sur les raisons susceptibles d’expliquer la ténacité des soldats et des civils tout au long du conflit. 35 PROST. 323-337. non homogène. Id.laviedesidees. in : La Grande Guerre 1914-1918. pp. 2004. université Paul Valéry.germanophones ont tendance à privilégier l’expression neutre de Kriegskulturen. Stéphane. Consulté le 05.

Stéphane / PROCHASSON.41 un seul ouvrage récent. 5. 11-24. Brigitte / Id. Philippe / VALLOTON. Historische Bildkunde. Presses de Copédith. n° 3. 1986. dans la continuité du tournant lin- 40 HORNE. in: Zeitschrift für Historische Forschung. 1914-1918 ». Outre un article synthétique de Christophe Prochasson. « La guerre en ses cultures ». Heike. Dans une perspective semblable. Bilder als historische Quellen. « Démobilisations culturelles après la Grande Guerre ». en est le pendant. peu opérante pour l’Allemagne de l’après-guerre selon John Horne. in : L’histoire culturelle de la Grande Guerre. La notion de « démobili- sation culturelle ».entend l’engagement mental et matériel des civils. 44 Pour la France.. cit. « Von der Illustration zur Interpretation: Das Bild als historische Quelle ». Sortir de la Grande Guerre. Alors que l’intérêt des historiens pour l’image. p. Seismo Verlag. 42 KAENEL. Iconographie et histoire des mentalités. Paris. Les historiens et les sources iconographiques. rendu possible tant par leurs représentations collectives et leurs systèmes de valeurs et de croyances que par les mesures institutionnelles prises par l’État et la société civile. Über den (Nicht-)Gebrauch von Bildern in der historischen Forschung ». Lausanne. entre autres. pp. Die Photographiebetrachtung als Quelle sozialwissenschaftlicher Erkenntnis. Berlin. Christophe (dir. 2005. éditions du centre national de la recherche scientifique. Tallandier. 1979. 1981. TOLKEMITT. 2008. 2008. Augenzeugenschaft. dir.45 avec ses modes de lecture et ses messages propres. de l’histoire culturelle. Colin. En Allemagne. Zurich. (dir. art. Paris. par Andreas VOLK. pp. Outre l’approche herméneutique de l’iconic turn qui. 91-100. Rainer. voir : CENTRE MÉRIDIONAL D’HISTOIRE SOCIALE DES MENTALITÉS ET DES CULTURES. 43 Voir l’article synthétique de Bruno Fritzsche qui retrace les évolutions de la place accordée à l’image dans les travaux historiques : « Das Bild als historische Quelle. l’image a progressivement pris son autonomie grâce aux théories de la « Historische Bildkunde » inspirées par la méthode de Panofsky : WOHLFEIL. Klaus Wagenbach. Éditions Antipodes. « Das Bild als Geschichtsquelle ». pp. François.42 Longtemps considérée comme une simple illustration du texte et négligée par les historiens. dir.43 l’image a apporté une nouvelle dynamique à l’histoire des mentalités et du quotidien. AUDOIN-ROUZEAU. pp. de l’histoire de l’art et des sciences politiques. Christophe. certains historiens emploient les termes d’« entrées » et de « sorties » de guerre. Berlin. Le monde et l’après-1918. 45 BURKE. Probleme – Wege – Beispiele. Les images en guerre (1914-1945). les cultures de guerre nationales ont encore été peu étudiées sous l’angle de l’iconologie. 2002. in : Vom Bild zum Text. 41 PROCHASSON.44 Les chercheurs la reconnaissent aujourd’hui comme une source historique à part entière.40 Les sources visuelles relèvent de ce phénomène. TALKENBERGER. À la croisée. résultat d’une journée d’étude organisée à l’université de Lausanne en 2005. par Jean-Jacques BECKER. Peter. a connu un regain d’intérêt à partir des années 1980. CENTRE NATIONAL DE LA RECHERCHE SCIENTIFIQUE / INSTITUT D’HISTOIRE MODERNE ET CONTEMPORAINE.). in : Historische Zeitschrift. 1994. Id. Paris. « Introduction: mobilizing for ‘total war’. 255-271. n° 5. dans lequel le rôle de l’image dans ces systèmes de représentations est furtivement souligné. ce visual turn devait trouver sa place au sein des cultural turns et favoriser l’interdisciplinarité. n° 243. intitulé Les images en guerre (1914- 1945). pp. John. 2003 (Traduction de l’anglais par Matthias Wolf) 17 . où la tradition de l’école des Annales a fortement influencé l’histoire des mentalités. 1991. 45-53. propose une étude de la construction des imaginaires sociaux à partir d’une « lecture […] esthétique des cultures de guerre ». 1996. in : Revue 14-18 Aujourd’hui. favorisé par les évolutions historiographiques précitées. Paris. Duncker & Humblot. 289-313.).

Agnes (éd. DOCQUIERT. Uwe / WARNKE. Schlagbilder. Formen des Krieges. La vie des images. Lucien. dir. 7-36. Image et politique. 2001. pp. 48 JOLY. Presses Universitaires de Grenoble. Deutsches Historisches Museum. 1998. Actes Sud. 2007. Pour une histoire de l’imaginaire. Paris. pp. [En ligne.51 La reconnaissance de la force de persuasion des images et de l’importance de la visualité de la mémoire collective a abouti à une multiplication d’études sur la légitimation de la nation et de la guerre par l’image aux XIXe et XXe siècles. 1945 – Arena der Erinnerungen. Susanne. par Id. Vandenhoeck & Ruprecht. Gerhard. François. 2008.org/308. le premier conflit mondial. dir. mais aussi les images de la vie quotidienne – en raison de leur force de persuasion. 9-19. Weimar. Zur politischen Ikonographie der Gegenwart. Fink. HAUS DER GESCHICHTE DER BUNDESREPUBLIK DEUTSCHLAND (dir. Schöningh. vol. GERVEREAU 2003. Revue franco-allemande de sciences humaines et sociales. « Bildakte als Zeugnis und Urteil ». Munich. 1998. Nouveau Monde. Munich. par Id. Françoise / PIRON. 2013. « Kollektives Gedächtnis und kulturelle Identität ».50 Elles ont même un pouvoir d’action sur le spectateur.guistique. 1994. « Die Wiederkehr der Bilder ».46 le pictorial turn. Gottfried. 2002. Introduction à l’analyse de l’image. Horst. Bonn.. Colin. Cultural turns. Krieg. in : Kultur und Gedächtnis. dir. nous y reviendrons. op. 2006. 2 vol. Bilder. Handbuch der politischen Ikonographie. Ein Plädoyer und eine Einführung ». 1997. 50 ASSMANN. Trivum. 51 BREDEKAMP. pp. 11-38. und 21.). 1 : 1900 bis 1949. Die visuelle Geschichte und der Bildkanon des kulturellen Gedächtnisses ». Bouvier. Les Belles Lettres. prône la compréhension des images comme logos. 2006). 1988. Munich. Martine. voir entre autres : BACHMANN-MEDICK. BilderMACHT. FLECKNER. « Das Jahrhundert der Bilder. BEYRAU. Eine Einführung ». 14-39. Oldenbourg. Jan.52 Par son ampleur et sa dimension moderne. Quelle est la place des images en histoire ?. pp. 2010 (1e éd. Mayence..). 49 BOIA. PARTH. « Introduction ». pp. Arles. Pour des études concrètes sur le sujet. PAUL. Schöningh. in : Bilderfragen. Mentionnons aussi la thèse d’habilitation de Frank Becker : Bilder von Krieg und Nation: die Einigungskriege in der bürgerlichen Öffentlichkeit Deutschlands 1864-1913. a créé un 46 BOEHM. pp. 2010. cit. et dans une relation de complémentarité avec le texte.). 2009 (1e éd. a mis en avant les enjeux sociaux et politiques que représen- taient les sources visuelles – plus seulement les œuvres d’art. Laurent / MARÉCHAL. Hambourg. pp. Michael. défini par William T. 2011. dir. X für U. Paris. Suhrkamp. « Visual History ». op. 2004. dir. « Die Herausforderung der Bilder. 2009. in : « Iconic Turn » et réflexion sociétale.47 Sans distinction entre images externes et internes. Neuorientierungen in den Kulturwissenschaften. Gerhard. par Id. Jahrhunderts. Die Bildwissenschaft im Aufbruch. PAUL. Denis (dir. n° 1. pp. Göttingen. Warshots. 29- 66. dir. Christian / GERVEREAU. 1.). en particulier. 391-419. die lügen... DELPORTE. Michael / LANGEWIESCHE. Annegret / MATTHIAS. BELTING. le « Sonderforschungsbereich 437 [SFB 437]: Kriegserfahrungen. Gerhard.). Francfort/Main. cit. Vandenhoeck & Ruprecht. Verlag und Datenbank für Geisteswissenschaften. in : Was ist ein Bild?. voir : DIERS. in : Mythen der Nationen. par Monika FLACKE. par Id. Paris.. 1998. URL : http://trivium. Dietrich / HOCHGESCHWENDER. 1993). vol. Jahrhunderts. Wallstein. Mitchell. Paderborn. 11-23. 47 Pour un bilan de la recherche. Von der Antike bis zur Gegenwart. PAUL. Jean-Jacques. 95 ets. Krieg und Gesellschaft in der Neuzeit » de l’université de Tübingen a permis la réalisation de travaux fructueux : JÜRGENS- KIRCHHOFF. Rowohlt-Taschenbuch-Verlag. Hendrik (dir. dir.. par Id. 18 . Zwischen Bildbericht und Bildpropaganda. 52 Tant pour cette approche que pour le traitement du quotidien des enfants en période de guerre. « Von der historischen Bildkunde zur Visual History. Fink. Paderborn.revues. Beck. Grenoble. Kriegskonstruktionen in der deutschen Militärmalerei des 19. Studien zur Visual History des 20.] PAUL. Göttingen. Francfort/Main. WUNENBURGER. / Tonio HÖLSCHER. 2006. in : Das Jahrhundert der Bilder. Ein Studienbuch. Gerhard.48 ces sources sont désormais envisagées comme des médias qui participent au conditionnement des imaginaires49 et de la mémoire collective. par Georges DIDI-HUBERMANN / Id. Doris. Bernd. 2007. Martin / ZIEGLER. STIEGLER. in : BÖSCH / DANYEL 2012. Consulté le 12 mai 2013.. Kunst und Medien. in : Visual History. 2008. Göttingen. Munich. Fischer Taschenbuch Verlag. Hans. Dieter (dir.

par Rainer ROTHER. Paris. Christophe (dir. 2001. Primus Verlag. 2003. Krieg der Bilder. Ces travaux s’insèrent dans un corpus plus vaste d’études et de catalogues d’exposition consacrés à l’enfance durant les 53 BEURIER. Klartext. 2003. Id. « Kapitel III: Der Erste Weltkrieg ». pp. KILIAN. Nouveau Monde. « Bilder für den Sieg. Bibliothèque de Docu- mentation Internationale Contemporaine.). 1994. université de Toulouse II Le Mirail. Germinal. Entre deuil et mémoire. Dans la lignée des études d’histoire culturelle et sociale qui accordent une attention croissante aux catégories non- combattantes et à leur mobilisation culturelle. 55 PAUL. a fortiori en période de guerre. 1988. 29-40. Paris. Primus Verlag. Paderborn. Représentations de la guerre chez les peintres. graveurs et dessinateurs allemands au XXe siècle. Zurich. Berlin. BROCKS. Hambourg.. 2014. Joëlle. La Grande Guerre dans l’histoire culturelle de l’Europe. et l’intérêt qu’ils suscitent auprès des historiens qui se penchent sur l’histoire allemande du XXe siècle méritent que l’on s’attarde sur la propagande spécialement adressée aux jeunes générations. cit. pp. Dieter. Images de 1917.Die Bildersprache des Plakates im Ersten Weltkrieg ».59 Les enjeux que représentaient les enfants pour la société wilhelminienne. Museum Industriekultur Osnabrück. dans le contexte européen : traditions. École Pratique des Hautes Etudes. Schöningh. Katrin (dir. Somogy. Elisabeth von.53 De ce fait. 2007. [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Jacques LE RIDER et de Gerd SCHWERHOFF. 1987. Forschungsstelle Politische Ikonographie der Universität Hamburg.. Colin. Id. Wahrheit und Lüge in Bildern und Texten. dir. Ars Nicolai. « »Helft uns siegen« . Joëlle. Fotografie und Propaganda im Ersten Weltkrieg. Vienne. il existe peu d’études sur la continuité des représentations et de l’imaginaire collectif entre l’avant-1914 et la guerre. Claire. Deutsches Historisches Museum. « À la baïonnette ! » Approche des imaginaires à l’épreuve de la guerre 1914-1918. caricatures. 103-171. Images et violence 1914-1918.54 se sont multipliés. Die andere Front. Der industrialisierte Krieg 1914-1918. in : Der Tod als Machinist. Der Erste Weltkrieg in deutschen Bildpostkarten. pp. Marbourg.57 les deux supports de propagande principaux entre 1914 et 1918. dir. 59 ASLANGUL. Bilder des Ersten Weltkriegs. in : Bilder des Krieges. 2004. Die Postkarte als Medium der Propaganda. Essen. Brigitte. Fackelträger. Paris. Die Visualisierung des modernen Krieges. Das Plakat im Ersten Weltkrieg ».nouveau besoin de voir. 149-162. Krieg und Fotografie. Voir aussi les ouvrages d’Anton Holzer : Mit der Kamera bewaffnet. pp. par Thérèse BLONDET-BISCH. 1998. Der unbekannte Krieg gegen die Zivilbevölkerung 1914-1918.55 les affiches56 et les cartes postales. 2002. Quand Le Miroir racontait la Grande Guerre. ont particulièrement retenu l’attention. des ouvrages sur l’enfance pendant la Grande Guerre virent le jour à partir des années 1990. Das Lächeln der Henker. Cédric. Bramsche. Paris et Technische Universität. op. Bien que les différentes formes iconographiques de ces productions. Munich. Hanovre. Der Erste Weltkrieg. Dresde. Munich. Directmedia Publishing. Die bunte Welt des Krieges. Darmstadt. Piper. Laurent / PROCHASSON. Der erste Weltkrieg in der internationalen Karikatur. 56 GERVEREAU. ne pas voir la mort ? ». Eberhard (éd. les travaux sur cette « guerre des images ». BEURIER.). in : Voir. : 1995). [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Rémy CAZALS. ne pas voir la guerre. Darmstadt. 164-175. 54 GERVEREAU 2003.] 19 . Rasch Verlag. in : Die letzten Tage der Menschheit. aient été prises en considération. Zurich. VERHEY. VORSTEHER.] WINTER. 2008. 58 Voir aussi : DEMM. 63-69. Deutsches Historisches Museum.58 photographies et images traditionnelles réalisées par des peintres. Outre la photographie et la presse illustrée. par Rolf SPILKER / Bernd ULRICH. Toulouse. Christine. Gerhard. Berlin. évolutions et ruptures dans les codes iconogra- phiques. 2008 (1e éd. Jonas Verlag. dir. pp. Jeffrey. « Voir. Paris. 57 Voir à titre d’exemple : HAGENOW. MARTY. Politik und Bild. Bildpostkarten aus dem Ersten Weltkrieg 1914-1918. 2007. Jay. 2008. Paris. 1994.). 2004.. à la charnière de l’« ère du papier » et de celle de la projection. HAMANN.

Les monuments aux morts. 1914-1918. Stéphane Audoin-Rouzeau a pris en compte les cadres familiaux et institutionnels (école 60 Nous renvoyons à la rubrique « Histoire de l’enfance.aspx?page=29263. contrairement au cas français pour lequel l’armistice de 1918 constitua la césure principale. Brême. 20 . Nicholas. Paris. et les expériences enfantines d’autre part. Francfort/Main. Oli- vier. En complément à ces deux angles d’approche. des ouvrages ont traité des enjeux juridiques61 et symboliques62 que représentaient les enfants durant la Première Guerre mondiale. Outre des études sur le mobilier et l’environnement sco- laires. Paris. 65 PUST. GERVEREAU / PROCHASSON 1987. Eine Untersuchung von Abituraufsätzen vor und während des Ersten Weltkrieges. Francfort/Main. Nationales Selbstverständnis in Schulaufsätzen 1914-1945. Die Bedeutung der Schule für die Heimatfront im Ersten Weltkrieg. Hermann. Munich.60 Ils abordent deux aspects principaux : les cadres et les supports de mobilisation des enfants d’une part. 1995. Dans son étude pionnière. Lernen für das Leben – Erziehung zum Tod.67 Plus récemment. dans une perspective comparative fran- co-allemande revenant sur les cultures de guerre. Osnabrück. ein Deutscher zu sein…“. BECKER. Krieg und Aufsatzunterricht. Annette. Der Erste Weltkrieg in deutschen und französischen Schulgeschichtsbüchern. À ces ouvrages s’ajoutent des conférences interna- tionales qui montrent combien l’enfance en période de guerre est au centre des préoccupations actuelles. 61 AUDOIN-ROUZEAU. Les enfants du deuil. Stéphane.uk/default. 67 BENDICK. le milieu scolaire est le domaine le mieux exploré. enfance et jeunesse en période de guerre » de notre bibliographie que le lecteur trouvera en fin de volume. 1900-1939/45.kriegskind. La Découverte. Eres Edition. 1995. 1984. op. Deux conférences intitulées Children and War: Past and Present ont par exemple eu lieu à Salzbourg en octobre 2010 et juillet 2013 : http://www.de. Hilke. Ulrich. Das Schicksal einer Generation. 2010. Pantheon. Lilienthal.66 Rainer Bendick a montré. Francfort/Main. Claus. Martin Kronenberg s’est penché sur la dimension matérielle de la mobilisation scolaire pendant la Première Guerre mondiale. STARGARDT. Munich. Rainer. l’enfance pendant la Deuxième Guerre mondiale (« Kriegskinderforschung ») fait l’objet d’une attention accrue : LORENZ. Grin Verlag. Krieg. cit. Studien zur politischen Funktion von Schule und Schulmusik 1890-1918. cartes postales.guerres au XXe siècle. ‚Vaterländische Erziehung‘ für ‚Höhere Mädchen‘. Soziale Herkunft und politische Erziehung von Schülerinnen an höheren Mädchenschulen in Schleswig-Holstein. Peter Lang. Aubier. Kopf und Körper. HOHMANN. Kriegserziehung im Kaiserreich. Pfaffenweiler. du moins dans le cas français. 1988. Martin.64 sur l’histoire de l’éducation patriotique dans une perspective régionale et genrée 65 et sur les rédactions d’élèves. L’enfant de l’ennemi. 66 CONRAD. 2001. List. Norderstedt. On les retrouvait aussi dans les monuments aux morts. „Stolz. est un des piliers de la culture de guerre. 63 BENDELE. 2003. 1861-1918. Joachim / LANGER. Hans-Christian. Orphelins et pupilles de la nation de la première guerre mondiale (1914-1941). 1986. Centaraus-Verlagsgesellschaft.wlv. 2008 (1e éd.ac. (Traduction de l’anglais par Gennaro Ghirardelli) www. Kriegserwartung und Kriegserfahrung. En Allemagne et en Grande- Bretagne. Der Andere Verlag. Kinder in Hitlers Krieg. Éditions Errance. qu’en Allemagne les représentations de la guerre connurent une continuité entre 1914 et l’après-guerre. Paris. 62 L’instrumentalisation des figures enfantines constituait l’un des ressorts de la propagande à l’intention des adultes (affiches. Peter Lang. 1999. 2005).). etc. 68 KRONENBERG. FARON. 64 LEMMERMANN. 1984. Heinz. Kriegskinder.68 D’après les travaux sur le sujet. 2004. Ullstein.63 sur l’usage de la musique comme base de l’enseignement patriotique. Patrimoine et mémoire de la Grande Guerre. Concernant la sensibilisation des plus jeunes au conflit. la sensibilisation des enfants au conflit.

Weimar. Kindheit im Ersten Weltkrieg. 2005. Heike.et Église). Marieluise Christadler s’est demandé dans quelle mesure les romans de guerre pour la jeunesse édités entre 1904 et 1914 étaient susceptibles d’expliquer l’engagement volontaire des jeunes gens lors du début du conflit. « Deutschlands Kinder im Ersten Weltkrieg: Zwischen Propaganda und Sozialfürsorge ». Wissenschaft und Politik. qui cherchèrent à mobiliser les enfants entre 1914 et 1918. Youth in the Fatherless Land: War Pedagogy. n° 2. ne figurait pas au centre de leur socialisation. Cologne. 109-116. Pour l’Allemagne. Seuls Eberhard Demm. Dans une perspective franco-allemande. en tant qu’objets patriotiques s’insérant dans un réseau plus vaste de supports de propagande. 2009. Krieg und Gesellschaft in der Neuzeit" ». 2010.74 Force est de constater que la littérature pour la petite enfance et le message véhi- culé par les illustrations dans les livres de guerre pour la jeunesse ont été largement dé- laissés. pp. in : WLB Forum. 70 FIEDLER. Kriegserziehung im Jugendbuch. in : Militärgeschichtliche Zeitschrift. op. Nationalism. and middle-class childhood in Imperial Germany. Gudrun. Jugend im Krieg.. en marge de son étude. HÄMMERLE. Bryan. La haine de l’ennemi. Hans-Christian Pust75 et. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / LANGEWIESCHE / ULLMANN 1997. Hans-Christian. 28-36.). Haag + Herchen. cit. Erster Weltkrieg und sozialer Wandel 1914-1923. 1993. and Authority in Germany. in : Jahrbuch der historischen Forschung 2004. consumption. 1914-1918. Peter Lang. Eberhard. pp. « Kinderbücher des Ersten Weltkrieges aus den Beständen der Bibliothek für Zeitgeschichte ». Cambridge. op. 1978. « Der gespielte Krieg. cit. Ein Projekt im Tübinger Sonderforschungsbereich "Kriegserfahrungen. 72 FIEDLER 1989. Oldenbourg. cit. Böhlau. pp. Cologne. Pré- cisons que les livres pour enfants.71 les journaux de mouvements de jeunesse72 et la littérature ex- trascolaire ne représentent pas un terrain d’investigation entièrement vierge. Marieluise. Harvard University Press. 1989. surtout. Andrew. 21 . Voir également le projet plus vaste débuté en 2005 dans le cadre du SFB 437 et toujours en cours de réalisation : LEVSEN. 2012. op. 1871-1918. 2001. Bürgerliche Jugendbewegung. pp. 323-335. 69 Il a accordé une place à la littérature extrascolaire sans aborder la question de sa diffusion. 74 DONSON 2010. 73 CHRISTADLER. Literarische Mobilmachung in Deutschland und Frankreich vor 1914. Sonja. 75 DEMM. 51-98. n° 60. « ‚Schwarzer Peter im Weltkrieg’: Die deutsche Spielwarenindustrie 1914-1918 ». Toys. Francfort/Main. PUST. Sté- phane Audoin-Rouzeau. Oxford. Krieg und Spiel in Deutschland und Frankreich zwischen 1870 und 1950.70 Outre quelques articles et études sur l’histoire du jouet sous le Kaiserreich et pen- dant la Grande Guerre. 71 HOFFMANN. ne trouvent généralement pas leur place dans les 69 AUDOIN-ROUZEAU 2004. les travaux récents menés sur le sujet en ont conclu que les enfants furent plutôt tenus à l’écart du conflit par les autorités. Munich. DONSON.73 Dans une étude plus récente Andrew Donson a consacré un chapitre entier à la littérature patrio- tique entre 1914 et 1918 à l’aide de plus de quatre-vingts romans de guerre et de soixante-dix revues pour la jeunesse. Christa (éd. y compris de séries bon marché issues de la littéra- ture de colportage. GANAWAY. cit. ont fait mention des livres d’images patriotiques allemands. Mitteilungen der Württembergischen Landesbibliothek Stuttgart. Vienne. op.

Der Erste Weltkrieg und die Kunst. le projet de Sonja Müller sur les expériences enfantines en Allemagne et en Grande-Bretagne qui devait notamment se fonder sur l’analyse de livres pour enfants. Von der Propaganda zum Widerstand. 78 HÄMMERLE 1993. de lettres et de journaux intimes79 n’a jusqu’à présent pas vu le jour.études sur la littérature de guerre76 ni dans celles qui traitent des productions communes ayant servi à la mobilisation visuelle des populations. selon l’expression célébrissime de George F. Dans la lignée de la conception de la Première Guerre mondiale comme une « guerre de trente ans » et des questionnements. Manon Pignot a souligné dans sa thèse qui porte sur le cas français que les enfants n’étaient pas seulement victimes et témoins.).hu-berlin. Malgré ce décalage de l’état de la recherche sur le sujet des deux côtés du Rhin. pp. cit. Gifkendorf. mais aussi acteurs du conflit. 212-213. Claire Aslangul ne mentionne qu’un seul livre pour enfants : ASLANGUL 2003. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009. Elles ont amené à nuancer la thèse de la brutalisation défendue par George Mosse80 : la violence politique de l’après-guerre ne peut se réduire à l’expérience du front . Bernd. 177-191. 1999. op. 2008. 1999. Annoncé en 2004. HÜPPAUF. New Haven. cit. leurs différentes traditions politiques.geschichte. de revues ou encore de tracts entre 1914 et 1918. op. De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes. op. les historiens se sont penchés sur le vécu des enfants entre 1914 et 1918 en s’appuyant sur des dessins scolaires et des enquêtes écrites et orales réalisées a posteriori. 1914-1940. 81 Outre les adeptes d’une approche générationnelle. Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte Oldenburg. Wolfgang. la question de la continuité entre la « catastrophe inaugurale du vingtième siècle ». des historiens ont mis en évidence d’autres facteurs qui infirment la thèse de la brutalisation : l’évolution politique vers des régimes totalitaires que connurent certains États européens ne s’explique pas seulement par l’issue de la guerre ni l’expérience de la violence de masse . valables surtout pour l’Allemagne et l’Italie. 77 Dans sa thèse sur l’imaginaire héroïque de la guerre. pp. et la montée du national-socialisme a donné lieu depuis peu à des études privilégiant une approche générationnelle. cit. Representing the "Time of Greatness" in Germany. Dans l’exposition récente sur les contributions des peintres et des dessinateurs à la propagande par le biais d’affiches. George. sur les germes des systèmes totalitaires et de la barbarie du XXe siècle. cit. op. En Allemagne.. Literature at War. Yale University Press. PIGNOT 2012. un autre lien entre enfance et violence politique au XXe siècle a retenu l’attention des historiens.77 En complément à ces études sur l’encadrement des plus jeunes. les ques- tions – conflictuelles – de la légitimité des frontières nationales ou encore la révolution russe entrent éga- 22 . elle s’explique aussi par l’éducation durant le conflit et les privations endurées à l’arrière.81 Dans ces travaux les individus nés entre 76 NATTER..de/projekte/id=70 80 MOSSE. l’intérêt que portent les historiens aux conséquences du vécu de la Première Guerre mondiale par la jeunesse allemande sur l’après-guerre dépasse les préoccupations de l’historiographie française. la littérature enfantine est condamnée à l’oubli. Bernd (dir. les processus de constitution des États-nations. Kennan. Merlin. « Kriegsliteratur ». KÜSTER. 79 Voir la description du projet : http://hsozkult. Hachette-Littératures. Paris. Londres.78 Tenante de cette approche.

Klartext. Political Violence and the Rise of Nazism. Les liens complexes entre enfance et guerre au XXe siècle. Paramilitärische Gewalt in Europa nach dem Ersten Weltkrieg. pp. Hamburger Edition. 2014] : http://www.. « Gewalterfahrungen und ihre nicht zwangsläufigen Fol- gen. Jahrhunderts ». Oldenbourg. 2004. 5- 20. in : Generationalität und Lebensgeschichte im 20. Das Führungskorps des Reichssicherheitshauptamtes. New Haven. 82 HERBERT. Gegenrevolutionäre Gewalt in den besiegten Staaten Mitteleuropas ». KOHUT. Concernant le vécu de la guerre à l’arrière et la montée du natio- nal-socialisme.SCHUMANN. dir. pp.83 Nous souhaitons à présent préciser les con- tours et la méthodologie de notre sujet. 108-133. Peter. Michael. Richard. voir : GERWARTH. Arndt. Munich. en particulier en Al- lemagne. Yale University Press. Christian. 1980. 258. Influencée par la tradition historiographique française de l’école des Annales et de l’histoire des mentalités. partie inté- grante de la « culture littéraire de guerre ». pp. Kriegsverarbeitung bei Jugendlichen in und nach dem ersten Weltkrieg ». Göttingen. Yale University Press. « Drei politische Generationen im 20. 1991. Londres. An Experimental History of the Twentieth Century. Les intellectuels dans la machine de guerre SS. 23 . dir. Vienne. mais aussi en amont de la guerre. 2011.zeitgeschichte-online. cit. liées au fort engagement pacifiste des anciens combattants : PROST. 633-652. / John HORNE.1900 et 1910. WEINRICH. Paris. Antoine. Dirk. Wallstein. « Im »Spinnennetz«. Generation des Unbedingten. Andreas. Der Erste Weltkrieg in der Gewaltgeschichte des 20. par Martin KINTZINGER / Wolfgang STÜRNER / Johannes ZAHLTEN. Der Weltkrieg als Erzieher. URL [consulté le 6 déc. Essen. Robert. de membres des SA ou encore de dignitaires nazis ayant occupé des postes-clefs pour l’élaboration de la « solution finale » aient vécu leur enfance durant cette période. n° 81. dir. « Jugend und Krieg. WILDT. en l’absence des pères. qui vécurent leur socialisation à l’arrière durant la guerre (Kriegsjugendgeneration). 83 BEAUPRÉ 2006. New Haven. The Making of Stormtrooper. pp. Bien qu’il l’ait abordée de manière plus secondaire. Jahrhundert. cette « histoire culturelle lement en ligne de compte. Weimar. A German Generation. 2013. The Storm Troopers in Eastern Ger- many 1925-1934. Ulrich. Cologne. BESSEL. Princeton University Press. Princeton. par Id. Re vue d’histoire. 2002. occupent une place cruciale. et les lacunes de la recherche sur ce sujet révèlent l’intérêt d’un recentrage sur la littérature enfantine allemande à l’époque de la Première Guerre mondiale. Tuer sur le front occidental. p. incite à se pencher sur la socialisation de cette cohorte entre 1914 et 1918. Jugend zwischen Weimarer Republik und Nationalsozialismus. Böhlau. Thomas. op. 2013. Londres. Hambourg. la thèse de la brutalisation a également été relativisée. Beiträge zur europäischen Geschichte. 2003. Croire et détruire. 2012. Ce travail s’inscrit dans une approche d’histoire culturelle qui tente de comprendre et de déconstruire les images de la guerre et de la na- tion transmises aux enfants à travers la littérature illustrée allemande en accordant une attention particulière à la rhétorique visuelle. par Jürgen REULECKE. Jahrhundert ». Andrew Donson n’a pas fait l‘économie de cette question : DONSON 2010. in : Zeitgeschichte-online. 95- 114.de/md=EWK-Schumann Pour le cas français. mai 2004. mais pour des raisons bien différentes. 1984. in : Vingtième Siècle. 1914-1918 ». « Les limites de la brutalisa- tion. voir : MERKL. in : Krieg im Frieden. op. GESTRICH. INGRAO. in : Das andere Wahrnehmen. Pluriel.82 Que bon nombre de chefs des Jeunesses hitlériennes (sans distinction de sexe). Concernant la présence importante d’individus trop jeunes pour combattre entre 1914 et 1918 dans les rangs des milices paramilitaires durant la République de Weimar. cit.

2007. ce travail s’inscrit dans une perspective diachronique qui privilégie l’étude des continuités et des ruptures entre l’avant-1914 et le conflit. Étudier les origines et les évo- lutions de la culture de guerre enfantine implique de sortir du strict cadre chronologique du conflit pour prendre en compte l’avant-guerre. pp. notamment à travers les croyances. La Grande Guerre n’était pas inéluctable. pp. Militärgeschichte als Kulturgeschichte ». in : An Improbable War? The Outbreak of World War I and European Political Culture before 1914. 86 KRUSE. 305-315. guerres imaginées. par Id. Jeffrey. dir. 159-166. Ces nouvelles approches amènent à envisager l’avant-guerre lui-même sous un jour nouveau. en particulier. organisé à Péronne en novembre 2011. Forschungen zur westeuropäischen Geschichte. in : Francia. En raison des interdépendances économiques et du développement des réseaux de communication et des infrastructures. Holger. 24 . « Interesse an historischen Wahrnehmungs. comme c’est la plupart du temps le cas dans l’historiographie allemande. Berghahn. Hamburger Edition. par Id. Hambourg. Der Große Krieg 1914-1918. par Thomas KÜHNE / Benjamin ZIEMANN. Ce questionnement est d’autant plus pertinent que la thèse d’une euphorie patriotique en août 1914 a été large- ment nuancée ces dernières années.. n° 40. / David STEVENSON. 2000.und Sinnstiftungsweisen ». Les élites militaires et les milieux bourgeois. Francfort/Main.85 l’idée no- vatrice d’« une histoire culturelle de l’avant-1914 » sous l’angle des dispositions men- tales s’avère être prometteuse pour comprendre les origines du premier conflit mondial en dépassant la question de ses causes diplomatiques et militaires. 161-182. op. Fischer Taschenbuch Verlag. in : DANIEL 2006. pp. New York. « Diskurs und Praxis. p. Partant de l’hypothèse que la culture de guerre n’apparaît pas ex nihilo dès août 1914. la convic- tion que la guerre était un instrument politique légitime pour régler les conflits interéta- tiques était répandue. les questions de la diffusion et de la réception de ces ouvrages complètent cette approche..87 Toutefois. « The Topos of Improbable War in Europe before 1914 ». 2013. Anne. pp. 211-227 . Cette thèse s’inscrit donc pleinement dans l’histoire des repré- sentations. dir. Der „Geist von 1914“ und die Erfindung der Volksgemeinschaft. par l’Institut Historique Allemand. 1997. mais il est replacé dans l’histoire du Kaiserreich et du « long XIXe siècle ». Schöningh. Nous nous référons aussi à la définition de l’histoire culturelle proposée par Ute Da- niel. in : Eine Welt von Feinden.de la guerre »84 nous a permis de mieux cerner la place accordée à l’enfant dans la société militarisée du Kaiserreich. Heather / WEINRICH. p. « The pre-1914 Period: Imagined Wars. 87 AFFLERBACH. VERHEY. Paderborn. les États n’avaient pas nécessairement intérêt à risquer un conflit.86 La prise en considération de l’avant-guerre permet donc de décloisonner la période du premier conflit mondial : celui-ci n’est pas seulement appréhendé comme la « catastrophe inaugurale du XXe siècle ». Plus difficiles à mesurer. les savoirs et l’art. 222. Wolfgang. Future Wars – Introduc- tion ». consi- 84 LIPP. 85 JONES. « Kriegsbegeisterung? Zur Massenstimmung bei Kriegsbeginn ». cit. À l’instar du colloque international Guerres futures. 12. in : Was ist Militärgeschichte?. dir. 2000. dir. comprise comme « l’intérêt pour l’histoire des sens et des perceptions ». Arndt.

Vandenhoeck & Ruprecht. « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg. op. pp. Presses Universitaires de Nancy – Éditions Universitaires de Lorraine. Anne-Marie. 1986. in : De la guerre juste à la paix juste. 25 . il faudrait prendre en compte la ‘violentisation’ de la société d’avant-guerre. Françoise / SAINT-GILLE. Les ressentiments nationaux croissants qui favorisaient l’émergence d’une guerre entre nations (Volkskrieg).. qui irait de pair avec la 88 MOMMSEN. dir. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco- allemand (XVIe -XXe). Nous ne proposerons pas une écri- ture téléologique de l’avant-1914 . Michael / LANGEWIESCHE. 7- 17.92 Eu égard à ces en- jeux de périodisation.91 Afin d’éviter l’écueil de l’anachronisme. 2012. Göttingen. Wolfgang. dir. Villeneuve d’Ascq. pp. inévitable.89 Elle se fit de plus en plus présente durant les trois années précédant le conflit. in : L’Allemagne en 1913 : culture mémorielle et culture d’avant-guerre. in : BEYRAU / HOCHGESCHWENDER / LANGEWIESCHE 2007.déraient la guerre comme une catastrophe naturelle et. Deutschland im Jahre 1913: Erinnerungs. 292. en réaction à la thèse de George Mosse qui considère la Première Guerre mondiale comme la césure cruciale qui marque le début du XXe siècle.. Schöningh. Warum Krieg? Die Sinndeutung des Krieges in der deutschen Militärelite 1871-1945. Jean-Paul / KNOPPER. Niklaus. L’analyse des messages patriotiques véhiculés entre 1914 et 1918 présuppose une connaissance des représentations et des modèles d’interprétation existant en amont pour appréhender les origines et l’évolution de la culture de guerre enfantine allemande. Philippe / MARCOWITZ. »93 Les spécificités politiques du Kaiserreich et son rôle dans le déclenchement du conflit mettent en avant l’intérêt singulier de se concentrer sur l’exemple allemand et sur le cas des enfants en particulier. in : Bereit zum Krieg. Reiner. 5-51 . la « suggestion de la guerre » représentait l’une des principales caractéris- tiques de la « culture d’avant-guerre ». 9-15. Paderborn. 2013. 93 GERVEREAU 2003.und Vorkriegskultur. Laurent Gervereau a fait remarquer. tel que Hein- rich Mann en dresse le portrait satirique dans Der Untertan. cit. par Id. dir. 194-224. Dietrich / HOCHGESCHWENDER. 89 ALEXANDRE.. donc. « Einführung: Zur Klassifikation von Kriegen ». op. Außenpolitik und öffentliche Meinung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». Dieter. Kriegsmentalität im wilhelminischen Deutschland 1890-1914. p. que « si l’historien George Mosse a évoqué la ‘brutalisa- tion’ des sociétés européennes durant la guerre de 1914-1918. Presses Universitaires du Septentrion. pp. par Id. La conception d’un militarisme prussien.88 Malgré des voix pacifistes. « Introduction ». « Introduction ».. notre objectif consiste plutôt à analyser les anticipa- tions et les attentes de la guerre à travers l’éducation patriotique des enfants. Nancy. cit. 91 CAHN. L’expérience de 1870 avait montré qu’un affrontement militaire interétatique ne pouvait plus se limiter au champ de bataille. 2008. 90 MEIER. précisons d’emblée que le terme d’« avant-guerre » est une construction rétrospective. p. par Jost DÜLFFER / Karl HOLL.90 posaient avec acuité la question de la préparation des opinions. 92 Telle est l’approche défendue par les historiens du SFB 437 dans une perspective d’histoire des expériences : BEYRAU. 87. pp. 12. p.

dont le « phénomène médiatique Christopher Clark ». 98 « ein kulturelles System […]. und 20. Presses Universitaires du Septentrion. La « multiplicité des processus de militarisation »97 était une carac- téristique européenne qui s’exprimait de manière différenciée dans de larges couches sociales. le statut particulier de l’armée dans le Reich nous amène à nous de- mander dans quelle mesure ce primat du militaire sur les autorités civiles s’est répercuté sur les représentations des livres pour enfants dès l’avant-guerre. favorisé par 94 Voir surtout les études de Hans-Ulrich Wehler. in : FREVERT. 95 KROENER. Malgré tout. « Pouvoirs civil et militaire en Allemagne. Nantes. 2002. Volker Berghahn et Emilio Willems. « Gesellschaft und Militär im 19. horizons de sens et modèles d’interprétation ». Depuis quelques années. des thèses relativistes. Outre ces « handicaps propres à l’Allemagne ».« voie particulière » qu’aurait suivie l’Allemagne (Sonderweg)94 a grandement été revue depuis les années 1980. ZIEMANN. pp. Klett-Cotta. dir. 1871 – 1938. p.99 La réalisation de l’unité allemande par « le fer et le sang » à la suite de trois guerres consécutives avait renforcé le prestige de l’armée. Andreas. principalement sous l’égide de l’empereur. Stuttgart. Staat und Gesellschaft im 20. 1997. « Militär im Bismarck-Reich 1871-1890 ». 2000 (1e éd. « Sozialmilitarismus und militärische Sozialisation im deutschen Kaiserreich (1870-1914). 7-14 . dir. und 20. Bernhard. pp. Le Kaiserreich présen- tait des particularités constitutionnelles par lesquelles la sphère militaire. Militär. Fritz. d’après les travaux vivement discutés de Fritz Fischer. sociaux et culturels.. pp. par Jean-Paul CAHN / Bernard POLONI / Gérard SCHNEILIN.96 la militarisation sociale et le folklore militaire n’étaient ni un phénomène homognène ni une exception allemande. in : Geschichte in Wissenschaft und Unterricht. Vandenhoeck & Ruprecht. 148-164 . pouvoir militaire en Allemagne. Jahrhundert. 1961).98 se propage en dehors de l’armée et dont l’objectif consiste à légitimer le recours à la vio- lence physique pour servir ses propres intérêts. 106-120. das bestimmte Denkstile. par Id. 99 MÜLLER. échappait au contrôle des autorités civiles. 100 WIRSCHING. 97 « Vielfalt von Militarisierungsprozessen ». 22. n° 53. Oldenbourg Verlag. pp. Düsseldorf. Klaus-Jürgen. par Corine DEFRANCE / Françoise KNOPPER / Anne-Marie SAINT-GILLE. dir. Benjamin. 101 FISCHER. Jahrhundert (1890-1990). Die Kriegszielpolitik des kaiserlichen Deutschland 1914- 1918. 21-32 . 2002. in : L’Empire allemand de l’unité du Reich au départ de Bismarck 1871-1890. 2013.95 Les études comparatives des années 1990 l’ont démontré. Droste. 10. 2011. 96 Voir à titre l’exemple l’excellente étude de Jakob Vogel sur le prestige de l‘armée en France et en Alle- magne jusqu’en 1914 : Nationen im Gleichschritt. kultur- und geschlechtergeschichtliche Annäherungen ». 1997. Villeneuve d’Ascq. Histoire d’une mésal- liance ? ». Jahrhundert: Sozial-.100 le Reich a longtemps été consi- déré.101 comme le principal res- ponsable du déclenchement de la Première Guerre mondiale. p. pp. Sinnhorizonte und Deutungsmuster repräsentiert ». Göttingen. Griff nach der Weltmacht. Aspects politiques. 164. Munich. in : Pouvoir civil. p. 26 . Nous comprenons ici le militarisme comme un « système culturel […] qui re- présente certains modes de pensée. in : Militär und Gesellschaft im 19. Ute. Desirate und Perspektiven in der Revision eines Geschichtsbildes ». 62-65. Éditions du temps.

la conjoncture des commémorations du centenaire du déclenchement de la guerre. 2003. avait connu une croissance démographique de près de 60 % qui s’expliquait notamment par une baisse de la mortalité infantile. « I. 231-238. op. Malgré une propension à la baisse du nombre d’enfants par femme. George Mosse a évoqué l’idée que « les plus jeunes y furent particulièrement sensibles. En 1914. deuxième puissance démographique d’Europe après la Russie. Frédéric. 27 . op. Flammarion. Christopher. le Kaiserreich. Les somnambules : été 1914. Comment l’Europe a marché vers la guerre. PLUMPE. avec l’industrialisation de la papeterie. la part importante de responsabilité du Reich. pp. Paderborn. 106 AUDOIN-ROUZEAU 2004. cit. ces livres devaient être au cœur de la culture de guerre enfantine. Bund-Verlag. Werner. 2011. p. 29-56. Beck. vom Beginn des Ersten Weltkrieges bis zur Gründung der beiden deutschen Staaten. elle-même « noyau dur des cultures de guerre »106 à l’intention des adultes en raison de son caractère simplifié et ludique. Jugend zwischen Krieg und Krise. Le livre imprimé et la construction de l’Allemagne contempo- raine (1815-1914). dont le 102 CLARK. Paris. le babyboom de la première décennie du XXe siècle avait accentué le rajeunissement de la population. Hans-Ulrich WEHLER. avait démocratisé l’accès à la lecture. cit. principalement de ceux issus des milieux bourgeois. cit. op. la littérature enfantine participait. à l’éducation des enfants. depuis le dernier tiers du XIXe siècle. L’empire du livre. 2013. au patriotisme et à l’armée.104 Alors que le taux d’alphabétisation s’élevait à plus de 99 % et que la seconde ré- volution du livre. Paris. il comptait 65 millions d’habitants. Malgré tout. « Eine wirtschaftliche Weltmacht? Die ökonomische Entwicklung Deutschlands von 1870 bis 1914 ». 107 MOSSE 1999. cit. vol. Dans une société qui accordait une importance centrale au travail. les individus âgés de moins de quatorze ans représentaient plus de 30 % de la population. reste relativement peu remise en cause par les historiens. 1987. »107 Nous nous concentrerons sur le discours patriotique et militaire véhiculé par la littérature illustrée extrascolaire. 1995.. la transmission des valeurs jouait un rôle crucial dans l’éducation des jeunes générations. Schöningh. en-dehors du cadre scolaire. 19. in : Das Deutsche Kaiserreich 1890-1914. Cologne. en un mot. en particulier les livres d’images. Die Bevölkerungsentwicklung 1914-1933 ». Munich. art.103 Depuis son unité. (Traduction de l’anglais par Marie-Anne Béru) Voir aussi l’article de Holger Af- flerbach : « The Topos of Improbable War in Europe before 1914 ». 12. pp.. 104 « Kap. 103 JANZ 2013. in : Deutsche Gesellschaftsgeschichte. 105 BARBIER. Bernd HEIDENREICH / Sönke NEITZEL. À propos de la banalisation à l’œuvre dans cette propagande.105 Entre 1914 et 1918. pp. À l’aube de la guerre. Le Cerf. 2 Eine überflüssige Generation ». p. Ces imprimés faisaient partie intégrante de l’imagerie. Lebenswelten von Arbeiterjungen in der Weimarer Republik. souvent produits par des éditeurs spécifiques. 4 : 1914-1949. au sens du devoir. une société militarisée. 39-60. nuancée depuis la controverse Fischer. Detlev PEUKERT.102 trouvent un certain écho.

111 En outre. Bürgerliches Wandbild.. centrée sur les origines et l’évolution de la culture de guerre. Nous avons pu en consulter une partie au Wirtschaftsarchiv Baden-Württemberg et au Landesmuseum de Stuttgart. il nous a semblé pertinent de nous pencher sur les cas de deux éditeurs et imprimeurs qui nous ont permis d’aborder la question de la représentativité de la littérature patriotique112 : Jos. à tendance politique. fût alors employée comme terme générique pour 108 « Kunstpopularisierung ». « Culture en guerre. Reclam. 109 ELLUL. 112 OLIVERA. pp. « Bilder ». ou Bildpublizistik. vol. Stuttgart. in : Aufriß der Historischen Wissenschaften. Paris. 403-424. nous ne manquons pas de rappeler au cours de notre étude que ces livres ne représentaient qu’un pan de la production de littérature de jeunesse.développement avait été favorisé au XIXe siècle par des progrès techniques.108 Les livres militaires comptaient parmi les moyens de propagande. Toulouse.110 Notre étude. Christa. Consciente des risques de survalorisation des sujets guerriers qu’implique un tel choix. Presses Universitaires de France. 1990. Scholz (Mayence) et Ferdinand Schreiber (Esslingen). Histoire de la propagande. 4 : Quellen. les caricatures et les manuels scolaires. par Id. dir.und Jugendliteratur gegen den Krieg in der Weimarer Republik. Göttingen. Populäre druckgraphik aus Deutschland. Goltze. à une « popularisation de l’art ». Produits et écoulés par des canaux spécifiques. 110 MAURER. Leurs programmes révèlent des différences notables que nous pouvons imputer à leurs profils politiques variés. et permettent de dresser un tableau plus nuancé de la place des sujets de guerre dans la littérature pour enfants entre 1914 et 1918. 2002. nous a amenée à restreindre notre corpus aux sujets patriotiques et guerriers en excluant la littérature pacifiste. par des procédés de reproduction d’œuvres d’art. dir. 5. Éditions Privat. Plutôt que d’appréhender les évolutions quantitatives des sujets bellicistes pour la production entière de littérature de jeunesse. comme celle de Jugendschriften. 189-199. 1967. ces livres pourraient faire l’objet d’une étude à part entière. Bien que la dénomination de Jugend. pp. Ils contribuaient. in : La Grande Guerre. Jacques. Frankreich und England. Pour des raisons pragmatiques. 111 Voir l’ouvrage d’Edelgard Spaude-Schulze pour l’après-guerre : Macht das Maul auf! Kinder. Philippe. Würzburg. aux côtés de l’école puis de l’armée. 2005. tels que les cartes postales. les productions patriotiques forment un corpus homogène qu’il nous a été plus aisé d’analyser dans le temps qui nous était imparti. p.109 Ainsi se rapprochaient-ils des médias visuels. 28 . culture d’exception ? Essai de mesure des formes de l’imprimé du temps de guerre ». qui servaient à contrôler les jeunes générations. Les archives de Schreiber ont heureusement survécu à la tourmente du XXe siècle. 1975. Pratiques et expériences. par Rémy CAZALS / Emmanuelle PICARD / Denis ROLLAND. Ce travail n’est cependant pas une histoire de l’édition. Michael. in : PIESKE. 1840-1920. le choix du corpus nous a amenée à prendre en compte la tranche d’âge des trois à quatorze ans. Königshausen & Neumann.

Paris. p. le « jeune enfant ». que les psychologues généticiens du XXe siècle ont souligné. celui qui ne parle pas) était assimilé à une figure dépendante et frêle. par Ernst ROLOFF. la bourgeoisie prise dans son ensemble ne représentant que 10 % de la population. Schwalbach. cit. dont le mythe. Le culte de la jeunesse et de l’enfance en Allemagne. vol. 114 ARIÈS 1975. L’invention du jeune enfant au XIXe siècle. Mythos Jugend. STAMBOLIS.116 De ce fait. 2003. Leitbild und Krisensymptom. Jean-Noël. « Mission ohne Ziel. Presses Universitaires de Rennes. 29 . Ajoutons. op. Der Mythos Jugend. 9. dir. y compris les plus jeunes. devait se développer durant la Première Guerre mondiale. Opladen. il signifiait la fin de la scolarité . cit. Herder & Co. les tout premiers livres d’images furent recommandés dès ce plus jeune âge. Francfort/Main.114 alors que la jeunesse. 1870-1933.113 la distinction entre enfance et jeunesse commençait alors à se fixer. 119 D’après le code des professions de l’artisanat. renvoyait à un idéal de force et de virilité. a particulièrement retenu notre attention dans la mesure où la guerre joua un rôle déterminant dans sa mobilisation. 1915. Frank. cette composante sociologique réduit la portée de ces ouvrages. 115 TROMMLER.118 À l’époque du Kaiserreich. du commerce et de l’industrie du Reich (Reichsgewerbeordnung). concernant surtout les milieux moins favorisés dont il est peu question dans cette étude. Nous le préciserons dans le premier chapitre. CLUET. pp. la confirmation. in : Lexikon der Pädagogik. De la salle d’asile à l’école maternelle.. in : Jugend als Objekt der Wissenschaften. dir. 90-139. 1997. Belin. Geschichte der Jugendforschung in Deutschland und Österreich 1890-1933. Rennes. Aspekte der Institutionalisierung der Jugendforschung 1890-1916 ». Pour la grande majorité des élèves. in :›Mit uns zieht die neue Zeit‹. 14-49. 1990. en référence à la gente masculine. Peter DUDEK. « Deutschlands Kinder im Ersten Weltkrieg: Zwischen Propaganda und Sozialfürsorge ». en nous permettant un anachronisme révélateur. 116 « Bilderbücher ». L’enfant (infans. Mais cette minorité devait être la plus durement touchée par la guerre et constituer un pan de 113 « Kap. op. Fribourg. par Thomas KOEBNER / Rolf-Peter JANZ / Id.120 Les albums sur lesquels nous avons centré notre étude s’adressaient probablement à des enfants principalement issus des milieux bourgeois. Barbara. le travail des enfants. Eberhard. jusqu’à l’entrée à l’école. pp. 119 BUDDE 1994.désigner les lecteurs.. art.117 entre deux-trois ans et six ou sept ans. 120 DEMM. IV. pp. les images de ces deux âges. en particulier dans les milieux bourgeois. 1985. Wochenschau Verlag.115 Durant le conflit. 519-522. Westdeutscher Verlag. 1. Outre une différenciation biologique. qui fréquentait l’école primaire (Volksschule). l’âge de treize-quatorze ans marquait la fin de l’enfance. cit. Über den Kult der Jugend im modernen Deutschland ». était interdit jusqu’à l’âge de quatorze ans révolus. 117 LUC. l’importance de ces quatre années de l’existence pour le développement psychique. 2003. 118 Ibid.). avait également valeur de rite de passage. Suhrkamp. opérantes surtout dans la bourgeoisie cultivée. Marc (dir. ultérieurement à la période étudiée. s’autonomisaient.

Trop jeunes pour être mobilisés entre 1914 et 1918. Paris.. 136. cit. Benedict. comme elle l’affichait. p. les albums ne s’adressaient pas seulement à de jeunes enfants. 127 ANDERSON. op. op. Par ailleurs. une histoire mondiale.122 Précisons au sujet du lectorat étudié que. « L’histoire de l’imaginaire ». pp. par Jacques LE GOFF / Roger CHARTIER / Jacques REVEL. cit. Christian. »125 Par les auto. pp. qui devaient élaborer la « solution finale ». Complexes. 30 . De surcroît. Reflections on the origin and spread of nationalism. p.. 125 GERVEREAU. À travers la question de la mobilisation des enfants se pose donc aussi celle des adultes. Leur contenu comportait souvent une partie textuelle développée. de leur environnement social et culturel et de la « communauté ima- ginée »127 à laquelle ils appartenaient : la nation. Dans la lignée des études sur l’imaginaire initiées par les tenants de la « Nouvelle Histoire ». en septembre 1917. étaient issues de ces milieux. 307-325. contrairement à ce que l’on pourrait penser. Paris. plus ou moins indirectement. dir. in : DELPORTE / GERVEREAU / MARECHAL 2008. 7-12 .. verso. Ces subtilités révèlent les difficultés que nous avons eues à circonscrire notre lectorat. surtout dans le cas des publications ciblant les plus jeunes.l’électorat du parti nationaliste du Vaterlandspartei dès sa fondation. contribuent à « construire et nourrir les identités nationales. 123 PATLAGEAN Evelyne. in : La Nouvelle Histoire. la propagande ne s’adressait pas exclusivement aux enfants. Londres. op. le « bain visuel »126 dans lequel évoluaient les enfants à l’époque de la Première Guerre mondiale influait sur la percep- tion de leur identité. cit. 126 DELPORTE. 1983. cit. op. un élément essentiel de l’imaginaire guerrier. les images. Images. Imagined Communities. a fortiori pour les enfants qui ne savent pas encore lire ou ne saisissent pas toute la continuité d’un récit écrit. « De la légitimation à l’affirmation ». 69-111. 12. pp. Elle est.123 des spécialistes ont rappelé que les représentations sensibles constituent « une armature indispensable »124 à l’imaginaire.121 Certaines élites national-socialistes. Laurent. mais aussi. 2008. 122 WILDT 2002. 45. Vectrices de stéréotypes et de mythes.et hétéro-images qu’il véhiculait. p. notamment les membres du Reichssicherheitshauptamt. 124 BOIA 1998. notamment « les images scolaires et toutes les imageries pour enfants ». à leurs parents. in : WEHLER 2003. Nouveau Monde. En période de guerre. le renforcement de la cohésion nationale devait être crucial pour faire accepter les sacrifices nécessaires à 121 « Die deutsche Gesellschaft im Weltkrieg ». nous pouvons supposer que l’image a particulièrement retenu l’attention des enfants. ces individus vécurent leur socialisation à l’arrière et furent sans doute les destinataires de ces ouvrages. 1978. en raison de son caractère séduisant et émotionnel.

nous avons accordé une attention particu- lière à leur caractère social et politique. Beck. Berlin. Gerhard. cit. Dans une démarche d’analyse sérielle. Tradierung.. 129 ASSMANN. 13- 24. p. pp.la poursuite des hostilités. Das Vaterland der Feinde. 133 « eigene Realitäten zu generieren ». de l’histoire vécue (His- toria). « Erinnerungskulturen ». 1998. pp. par Id. « Die Nation. Klett-Cotta. Jean-Paul / KNOPPER.135 En interpellant l’intelligence sensible. Françoise / SAINT-GILLE. Couplées au texte.134 « la préparation de la guerre implique un appel à des sentiments forts et de nature émotionnelle ». 31 . pp.. p. cit. op. Indépendante des enjeux institutionnels comme le sont les manuels scolaires. Vandenhoeck & Ruprecht. Emotionen ».131 Les enfants représentaient un enjeu essentiel pour la transmis- sion de cette mémoire culturelle. cit. 130 FRANÇOIS. dir. 1995. op. Anne-Marie. dir. 34. 136 BREDEKAMP. Jan. 166- 184. Inszenierungen. Christoph. 8. cit. art.136 en particulier aux mythes137 et stéréotypes na- tionaux ainsi qu’aux auto. « Das emotionale Fundament der Nationen ». Se référer à la grille récapitulative p. 138 GERVEREAU. in : Mythen der Nationen. 2004 (1e éd. cit. 17-32. und 20.128 La littérature patriotique pour enfants. Horst. 135 CAHN. Étienne / PUSCHNER. art. en particulier des guerres. Voir. la littérature enfantine est plus réac- tive aux événements commémoratifs et à l’actualité de la guerre. comme lieu symbo- lique. Hambourg.132 ont un pouvoir de persuasion particulier et sont en mesure de « générer leurs propres réali- tés. Stuttgart. 137 FRANÇOIS. par Id. Hannes / VOGEL. les images sont propices à susciter les affects recherchés. par Monika FLACKE. Étienne / SIEGRIST.. 9-21. Wendepunkte der Geschichte von der Antike bis zur Gegenwart. Jahrhundert. dir. « Das soziale Gedächtnis ». Hagen. 2010. Munich. in : Nation und Emotion. art. in : PAUL 2013. les images. Erinnerung. « Warum Erinnerungstage? ». Geschichte. comprendre et analyser les images. in : PAUL. La Découverte. in : Das soziale Gedächtnis. 134 FRANÇOIS. 1992.130 par un processus de sélection et d’omission. par Id. Paris. Studien zum nationalen Feindbegriff und Selbstverständnis in Deutschland und Frankreich 1792-1918. « Introduction ».et hétéro-images qu’elles véhiculent. Michael. d’autant plus que le Kaiserreich était une jeune nation. Ein europäisches Panorama. pp. Göttingen. 131 CORNELIßEN. 1996). Deutsches Historisches Museum. c’est-à-dire l’ensemble des textes. art. contribuait à forger la « mémoire culturelle ». « Bildakte als Zeugnis und Urteil ». Vorstellungen. in : Erinnerungstage. cit. Hamburger Edition. 2001. Harald.. Deutschland und Frankreich im Vergleich 19. Laurent. en tant que « lieux de mémoire visuels ». des images et des rites transmettant une interprétation du passé. « Kollektives Gedächtnis und kulturelle Identität ». Étienne / SCHULZE.129 Ces livres faisaient donc partie intégrante de la « culture mémorielle » formée par l’usage fonctionnel de l’histoire. dir. Jakob. 13-35. p. pp. 635... Inspirée de l’approche d’Erwin Panofsky. in : BÖSCH / DANYEL 2012. Uwe. la méthode d’analyse hybride élaborée par Laurent Gervereau138 nous a permis de prendre en compte les conditions de production de ces ouvrages (en particu- lier le profil des éditeurs). »133 De même que l’appartenance nationale est renforcée par des symboles d’identification forts. 132 « visuelle Erinnerungsorte ». WELZER. 391. leur contenu et leur esthétique en les replaçant dans le contexte 128 JEISMANN.. « Visual History ».

143 MONTANDON. ou « iconotextes ». n° 4. cit. in : PAUL. 141 TOLKEMITT / WOHLFEIL 1991. p. L’un comme l’autre peuvent se corroborer. nous avons été attentive aux « images-clefs » (Schlüsselbilder). ces images marquantes. 141 Texte et image sont interdé- pendants et. véhiculent les inter- prétations du passé et. 140 FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011. qui réduisent un événement historique à une formule brève. JOSCHKE. par leur ré- currence. produit des effets singuliers. la langue peut être tout aussi riche en connotations et en symboles que la rhétorique visuelle. De ces « interrelations »146 se construit un sens nouveau. op. pp. 139 « Prozess der Kanonisierung ».. Couplées au texte.. Car les relations entre le texte et l’image ne sont pas à sens unique : si le texte. p. La question de la complémentarité entre le message visuel et le texte occupe une place essentielle dans notre étude. 1975.143 Qu’il s’agisse d’une légende ou d’un récit plus long. se nuancer ou se contredire. 102. 40-51 . cit. « Rhétorique de l’image ». 45. L’étude des invariants morphologiques et théma- tiques est au cœur de notre analyse iconologique.142 La coexistence des deux modes d’expression. 98-112 . in : Communications. possèdent une charge émotionnelle forte.139 s’ancrent. n° 1 : Art et pouvoir. « Le texte et l’image ». comme l’a analysé Roland Barthes dans sa théorisation sémiologique de l’image. Laurence. se complètent. 2012. dans la mémoire collective. proches de la « formule pathétique » (Pathosformel) d’Aby War- burg. 32 . Cette contex- tualisation est primordiale dans notre étude. « À quoi sert l’iconographie politique ? ». in : Perspective. p. art. 187-192. p. op. pp. Gerhard. in : Communication et langages. Die visuelle Geschichte und der Bildkanon des kulturellen Gedächtnisses ».). et le texte peut accompagner ou être accompagné par l’image. 144 BARTHES. 145 BARDIN. Iconotextes. 27. 1990. cit. surtout. une approche fondée sur une méthode d’analyse inspi- rée de celle de Panofsky s’avère adaptée à un tel exercice. Afin de mieux cerner les racines de la culture de guerre. doit être pris en considération. Comme l’ont montré les précur- seurs de la historische Bildkunde. Roland. pp. les mots n’en sont pas moins séducteurs et polysémiques. cit. Christian. Paris. Ophrys. 111. Alain (dir. 142 JOLY 2009. 1964.140 Si l’on reconnaît à l’image un fort pouvoir affectif. et vice-versa. 146 Ibid. le degré d’autonomie du texte par rapport à l’image. n° 26.historique de la société wilhelminienne et de la Première Guerre mondiale. selon un « processus de canonisation ». il existe aussi une « fonction réciproque de fixation du sens du discours par le message visuel ». op. « Das Jahrhundert der Bilder. ces images facile- ment reconnaissables. dont les stéréotypes font partie.145 En d’autres termes.144 peut orienter le sens et la compréhension de l’image par ses fonctions d’« ancrage » (phénomène de redondance) ou de « relais » (relation de complémentarité).

Nous nous interrogerons alors sur la prépondérance de l’un ou de l’autre médium. en particulier de l’environnement scolaire et des attentes pédagogiques de l’époque. 103. 150 ASSMANN. 89-90. d’avoir un impact à long terme. « Jahrestage – Denkmäler in der Zeit ».. social et culturel dans lequel ils grandissaient. op.150 Pour résumer notre approche interdisciplinaire. la persuasion ou la séduction et / ou la « jouissance affective ». cit. inspirée de celle de Laurent Gervereau151 : 147 Nous nous référons ici à l’analyse de Laurence Bardin. culturel. trois articulations entre texte et image figurent au premier plan de notre analyse : ou bien une image fortement symbolique (ou riche en connotations) est couplée à un texte fonctionnel (pauvre en con- notations et donc limité à des dénotations).149 Autrement dit. sont susceptibles de structurer les schémas men- taux des jeunes gens et. national. Roland. une fois ancrés dans l’identité collective. Jubiläum… Zur Geschichte öffentlicher und privater Erinnerung. Le quatrième cas de figure dont elle parle (dans lequel les deux messages seraient pauvres en connotations.148 Dans deux cas sur trois. p. la question de la diffusion et de la récep- tion de ces ouvrages par les jeunes lecteurs peut faire l’objet de remarques ponctuelles. les stéréotypes. le message résultant de la conjonction de ces deux entités peut viser la transmission de connaissance. « Rhétorique de l’image ». L’analyse du bain visuel des enfants à l’aube et durant le premier conflit mondial présuppose donc une prise en compte du contexte politique. ou bien une image rationnelle (donc pauvre en connotations) accompagne un texte fortement émotionnel. Parmi les interactions et les complémentarités possibles. 148 Ibid. BARDIN. nous proposons à la page suivante une grille récapitulative. art. 2005. esthétique) ». Laurence. dir. la compréhension des livres patriotiques par les enfants variait en fonction de leurs connaissances acquises à l’école et dans leur vie quotidienne. p. 305-314. 48. cit. à la manière d’un mode d’emploi) ne trouve pas d’équivalent dans notre analyse. cit.. Klartext. 151 GERVEREAU 2004. Bien qu’il soit malaisé de mesurer l’effet de la propagande. Grâce à cette grille d’analyse hybride. ou bien les deux sont char- gés en connotations. Rappelons par ailleurs que la lecture de ces iconotextes « dépend des différents savoirs investis dans l’image (savoirs pratique. Essen.. de par leur récurrence et leur force émotionnelle. in : Jubiläum. Aleida. 149 BARTHES. par Paul MÜNCH.147 Selon les cas. pp. « Le texte et l’image ». l’inadéquation entre les rhétoriques visuelles et textuelles pose la question de la transmission correcte de leurs messages res- pectifs. 33 . pp. art.

auto. dans leurs interactions. des nuances à leurs messages respectifs ? II. palimpsestes et invariants. 34 . Interprétation 1) ruptures et continuités des représentations entre l’avant-guerre et le conflit 2) rapport représentation-réalité (les messages du livre se trouvent dans le décalage entre les deux) 3) effets visés : a) inculquer des valeurs et/ ou des connaissances b) raisonner et moraliser c) dédramatiser d) divertir (amuser et/ ou changer les idées) e) glorifier et héroïser f) dénoncer. sociale. interactions avec d’autres supports de propagande) 3) quels rapports avec l’histoire culturelle. Contexte en amont 1) production a) histoire et statut de l’éditeur b) profil artistique et politique de l’illustrateur et de l’auteur s’il y a lieu c) buts poursuivis par les coéditeurs éventuels 2) arrière-plan artistique (tradition de l’image. Contexte en aval 1) indications sur la diffusion (nature du support.) 2) estimation de la date de parution 3) nom de l’éditeur (maison d’édition et coéditeur(s) s’il y a lieu) 4) nom de l’illustrateur et de l’auteur 5) technique employée B. légende) : a) sont-ils. Thématique 1) inventaires des éléments représentés (personnages adultes ou enfantins. connaissances dont les enfants étaient supposés disposer et qui facilitaient la compréhension des livres étudiés. etc. symboles. critiques provenant de catalogues et de bibliographies de l’époque. prix. titre. imagerie populaire. exigences des adultes. Étude du contexte A. Description A. récit illustré.) B. ridiculiser et/ ou diaboliser g) pousser à l’action (fonction performative) Informations que nous fournissent ces livres sur les racines de la culture de guerre enfantine. mais aussi silences et omissions) 2) thématique d’ensemble 3) complémentarité texte-image (prise en compte du texte et du paratexte – récit. documents d’archives) 3) réédition (et donc instrumentalisation) ultérieure des ouvrages s’il y a lieu III. enjeux militaires et stratégiques b) valeurs et mentalités de la société wilhelminienne c) mythes nationaux et interprétations du passé national d) univers enfantin d’alors (milieu scolaire. Technique 1) type de support (album. le bain visuel des enfants et les conceptions de l’enfant dans la société wilhelminienne à l’aube de la guerre puis pendant le conflit. etc. l’un et / ou l’autre. politique et militaire de la société du moment ? a) contexte politique et social. Stylistique 1) couleurs et surfaces 2) cadrage C. revue. Grille d’analyse récapitulative : la littérature illustrée de guerre pour enfants I. nombre d’exemplaires produits et vendus) 2) de quelles indications disposons-nous sur les modes de réception ? (témoignages. loisirs.et hétéro-images. chargés en connotations et en symboles ? b) se corroborent-ils ? c) sont-ils en opposition ? d) apportent-ils.

dans la société wilhelminienne en période de guerre. aux uni- formes et aux armes dans une perspective enfantine. 1998. « German Childhoods: The Making of a Historiography ». in : JANZ 2013. p. in : STARGARDT. wie Erwachsene sie sich denken.und Jugendliteratur. Sie enthält Informationen über die Welt der Erwachsenen und ihr Bild vom Kind […]. le Reich. mais n’aurait pas été réalisable dans le temps imparti à une thèse. transcript. a fortiori.. Bien que la période à partir de 1890. Uniformen und Waffen aus der Kinderperspektive. Bernd. 400. La crise d’Agadir représenta « un tournant dans les relations internationales ». Was ist Krieg? Zur Grundlegung einer Kulturgeschichte des Kriegs.152 Plus récemment. en 1906. n°1. grande gagnante des guerres balkaniques. surtout. puis les guerres balkaniques eurent des conséquences notables sur la stabilité en Europe dans la mesure où elles contribuèrent à rigidifier les systèmes d’alliances. p. cette étude propose donc une meilleure connaissance de la place accordée à l’enfant dans le Kaiserreich et.154 Elle exacerba l’image d’une Allemagne militarisée dans l’opinion française. année du départ de Bismarck. devenait de plus en plus menaçante aux yeux de l’Autriche-Hongrie et de son allié. à laquelle ce travail contribue indirectement. die sich mit Militär. Bernd Hüppauf a signalé que « la littérature pour l’enfance et la jeunesse consacrée à l’armée. la guerre que se menaient l’Empire ottoman et l’Italie en Lybie. op. nous avons opté pour un champ d’étude plus restreint. beschäftigt. 154 « Wendepunkt in den internationalen Beziehungen ». 2013. entraîna une dégradation des rapports franco- 152 « history of adult fantasies ». Nicholas. cit. Outre une connaissance des racines de la culture de guerre enfantine et de l’apport de la propagande visuelle à ce discours de mobilisation. 35 . de 1911 à 1918. 51. 153 « Auf ihre Weise aufschlussreich ist Kinder. L’année 1911 marqua la fin d’une phase de détente entre les grandes puissances qui avait été initiée par la conférence d’Algésiras. in : German History. est à sa manière révélatrice. telle que les adultes se la représen- tent. Elle contient des informations sur l’univers des adultes et sur leur image de l’enfant. Bielefeld. » HÜPPAUF. Une étude de l’évolution des sujets guerriers dans la littérature enfantine depuis la fondation du Reich aurait été certainement fructueuse pour analyser les racines de la culture de guerre enfan- tine allemande. La Serbie. Au plan global et extra- européen. fût jalonnée de crises poli- tiques et diplomatiques. Le choix des bornes chronologiques s’est avéré cornélien. 11. doit être envisagée comme une « histoire des phantasmes des adultes ». »153 Les sources étudiées dans ce travail livrent donc des indications précieuses sur le regard porté sur l’enfant à l’orée et durant le premier conflit mondial. Nicholas Stargardt a souligné que l’histoire de l’enfance. p.

Pardonner et oublier ? Les discours sur le passé après l’occupation. notamment par le biais de la création de la Ligue Jeune Allemagne (Jungdeutschlandbund) et de la Ligue des Scouts (Pfadfinderbund). les livres de guerre eurent tendance à disparaître à la fin de la guerre. Duncker & Humblot. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. dir. éd. le Reich se trouva confronté à un isolement croissant qui accentua le sentiment d’encerclement. 53-64. in : Was heißt Kulturgeschichte des Politischen?. Quellen und Dokumente. Klartext. le début de la révolution. 160 KRUMEICH.158 L’effervescence patriotique. Gerd. in : Wie Kriege enden. 2005. 156 DANIEL. Ziele – Wirkung – Wahrnehmung.159 Alors que les Allemands étaient convaincus d’avoir mené une guerre juste et défensive. « L’histoire et la mémoire. 2012 (1e éd. par Barbara STOLLBERG-RILINGER. Paris. Von der Gewalt im Krieg zu den Konflikten im Frieden ». Paderborn. par Id. Berlin. par Bernd ULRICH / Jakob VOGEL / Benjamin ZIEMANN. par Reiner MARCOWITZ / Werner PARAVICINI. cit. 2008). « Versailles 1919. Fischer Taschenbuch Verlag. « Einleitung ». pp. La Grande Guerre. (1) 159 FRANÇOIS. Malgré la con- tinuation de « la guerre dans les têtes »160 bien après 1918. Ein Versuch. la dé- faite.157 Dès 1911. connut une intensification. Étienne. 187-211. cit. in : Verge- ben und vergessen? Vergangenheitsdiskurse nach Besatzung. Außenpolitik und öffentliche Meinung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». 2002. par Bernd WEGNER. Wolfgang. en 1913. Gerd. NIEDHART. pp. Der Krieg in den Köpfen ». avant même la signature du traité de Versailles l’année suivante. Ute. art. in : Versailles 1919. 2009.156 La situation internationale favorisa une radicalisation de la politique d’armement et de l’opinion publique qui redoutait de plus en plus une guerre. Le choix de l’année 1918 pour la fin de notre période d’étude relève de raisons pragmatiques : parallèlement à une nette baisse de la production de littérature enfantine à partir de 1917. Oldenbourg. op. 36 . devait s’avérer être un immense choc. Munich. 2001. pp. dir. in : Untertan in Uniform. « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg. Face aux souffrances et aux sacrifices endurés. Essen. Militär und Militarismus im Kaiserreich 1871-1914. la fin de la guerre et la proclamation de la République le 9 novembre mirent fin au Kaiser- 155 BECKER. pp. Wege zum Frieden von der Antike bis zur Gegenwart. la guerre civile et la révolution. 9-28. Une histoire franco-allemande. 158 BERG 1991. dir. Gottfried.155 En raison de sa politique agressive et maladroite. 17-26. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». Schöningh. soutenu par l’État et l’armée.allemands et provoqua une montée de nationalisme dans les deux pays. amplifiée par le centenaire de la bataille des Nations et le jubilé d’argent de Guillaume II. Le silence qui en résulta dit toute la dimension traumatique de l’issue de la guerre. en collaboration avec Silke FEHLEMANN. Francfort/Main. Jean-Jacques / KRUMEICH. la poursuite du blocus après la signature de l’armistice suscita la colère de la population. Bürgerkrieg und Revolution. L’importance des discours sur le passé ». Tallandier. 157 MOMMSEN. « Der Erste Weltkrieg. l’encadrement de la jeunesse. 279-328. 2001. dir. pp. acheva de contribuer à une hausse des titres militaires dans la littérature de jeunesse..

Klaus / SCHNEIDER. Schwann. pp. 2012. nous avons laissé de côté la littérature de colportage. déconsidérés. en particulier. 218-224. sélectionnés après consultation de plusieurs périodiques et de nombreux livres sur la base d’un sondage aléatoire. et décrurent assez précocement.reich. op. Précisons par 161 MAI. L’ampleur d’un tel corpus ne nous aurait pas permis de traiter ces productions avec la précision qu’elles exigent. Une priorité a été accordée aux livres d’images. Campus. De surcroît. les périodiques.162 Nous proposons une analyse des origines et des évolutions de la culture de guerre enfantine allemande à partir d’un corpus de livres et de revues illustrés. Outre la place centrale de l’image dans ces ouvrages (en général au moins 50 % de leur surface). étaient. Kaspar. Ludiques. de ce fait. les albums de coloriage faisaient d’ailleurs partie des livres d’images.161 En dépit de ses faiblesses. Geschichtsunterricht. les revues. Objets de nombreux débats (et d’interdictions) dans la société wilhelminienne.). Toutefois cette consultation superficielle était peu appréciée à l’époque . Elles furent mises sur le marché relativement tardivement.164 elles pourraient représenter un sujet d’étude à part entière. Munich. Beiträge zu einer Geschichte der Geschichtsdidaktik und des Geschichtsunterrichts von 1500-1980. à partir de novembre 1914. Kontroverse um Schmutz und Schund seit dem Kaiserreich. la République de Weimar devait susciter des espoirs nouveaux quant à l’instruction et l’éducation à la paix. et d’imagerie enfantine (planches. en raison de la prise de risque éditoriale moins élevée. la lecture d’un livre nécessitant un effort supérieur. 37 . de brochures et de livres illustrés. ces supports étaient produits par des maisons d’édition souvent spécialisées. Ce constat implique donc de replacer ces ouvrages dans un corpus représentatif plus large de revues (au nombre de deux). Gesellschaft. 1987. New York. à la croisée du marché du livre et de celui du jouet. 1982. 162 BERGMANN.163 Les rééditions ont également été prises en considération. Nous pouvons supposer que les enfants furent plus réceptifs au message des revues qu’à celui des longs récits. ces productions connurent une temporalité singulière entre 1914 et 1918. Staat. sortes d’ancêtres du zapping. dès 1917. et donc propices à interpeller les plus jeunes. DTV. Gerhard (dir. Francfort/Main. En revanche. offrent un bon point de comparaison concernant le temps d’adaptation et permettent d’observer précisément les évolutions thématiques en amont puis durant le conflit. 164 MAASE. cit. Düsseldorf. Die Kinder der Massenkultur. Ce choix relève de raisons pragmatiques. À la réactivité plus rapide. Et la culture de guerre enfantine allemande se caractériserait par une profusion de tels ouvrages. Gunther. Das Ende des Kaiserreichs: Politik und Kriegführung im Ersten Weltkrieg. cartes postales). 163 AUDOIN-ROUZEAU 2004.

Berlin. p. Schöningh. Das Deutsche Rote Kreuz: eine Geschichte 1864-1990.165 Deuxièmement. Des textes théoriques sur les enfants en période 165 RIES. dont celles de Scholz.. État des lieux.167 a facilité le traçage des ouvrages lors de nos recherches dans ce fonds d’archives. Sozialgeschichte des Lesens.166 nous ont permis de connaître le prix. nous avons accordé une place limitée aux périodiques dans notre travail. des catalogues. Le décret du 22 juillet 1915 qui obligea les associations patriotiques à déclarer au commissaire chargé du contrôle de l’action caritative rattaché au ministère des Affaires sociales les objets qu’elles souhaitaient mettre en vente. Les archives de la maison d’édition Ferdinand Schreiber et du Ministerium für Volkswohlfahrt. Internationales Lexikon der Illustratoren. Sélectionnés d’après des critères politiques et confessionnels. Osnabrück. de Gruyter. Concernant le corpus et son lectorat. 2002. 1992. surtout. dont des livres pour enfants. plusieurs types d’archives et de documents nous ont permis d’obtenir des indications ponctuelles sur la diffusion et la réception des livres de guerre. la perception et le succès de ces ouvrages. alors le Land le plus peuplé. 166 WEHLER 1995. se référer au chapitre 1. ils n’étaient pas beaucoup plus accessibles que les livres. l’imagerie. Nous le savons.ailleurs que les périodiques ont déçu deux de nos attentes. op. Ces deux supports s’adressaient principalement aux enfants issus des milieux bourgeois. Wenner. ces planches étaient « lues » massivement par les classes ouvrières. cit. Le livre d’images militaire et patriotique et la militarisation sociale. leur impact n’est pas mesurable. Geschichte und Ästhetik der Original. 2004. Dans la mesure où ce support visuel relevait d’autres techniques de reproduction (autotypie notamment) et d’autres problématiques qui dépassent le cadre de notre étude.und Drucktechniken. Dieter. Hans. Premièrement. contrairement à une idée répandue. SCHNEIDER. Staatskommissar für die Regelung der Wohlfahrtspflege (Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz) de Prusse. 52. y était concurrencée par la présence massive de photographie. Das Bildangebot der Wilhelminischen Zeit. Jost. En complément à ces sources. Zur historischen Entwicklung und sozialen Differenzierung der literarischen Kommunikation in Deutschland. 494. Paderborn. l’image y jouait un rôle secondaire . 38 . Les informations collectées nous ont toutefois permis de formuler des hypothèses. ont disparu durant la Deuxième Guerre mondiale. p. 167 RIESENBERGER.und Jugendbuchs im deutschsprachigen Raum 1871-1914. des bibliographies critiques et des revues pédagogiques dans lesquels les livres pour enfants étaient recensés nous ont également donné des indications précieuses sur le prix. Illustration und Illustratoren des Kinder. New York. La prise en compte d’exemples représentatifs de l’imagerie enfantine nous a permis en revanche d’élargir le lectorat étudié . en comparaison avec les illustrés français de la même époque. le tirage de certains ouvrages et le nombre d’exemplaires vendus. et les archives de nombreuses maisons d’édition. avec plus de quarante millions d’habitants en 1910.

de guerre et.170 Les fonds du Musée historique de Berlin. 35-46. mais que nous n’avons pas pu localiser. Id. 257-287. voir surtout : LUKASCH. 1993. se référer à la bibliographie des sources en fin de volume. l’une des plus grandes sections de livres pour la jeunesse d’Europe. Patriotisch-militaristische Früherziehung in Bilderbuch und Spiel 1870-1918. Le Cerf. Jugendschriften. 170 Pour un aperçu de ces collections. difficilement accessibles. des ouvrages pour adultes qui traitent des devoirs patriotiques enfantins nous ont fourni des précisions sur l’image de l’enfant et la place qui lui était accordée dans la société wilhelminienne. Militarismus und patriotische Erziehung in Kindermedien vom 18. „Wir spielen Krieg“.). de la Bibliothek für Zeitgeschichte / Württembergische Landesbiliothek et du Landesmuseum (fonds Schreiber) de Stuttgart. Landeshauptstatd Mainz. de la Deutsche Nationalbibliothek de Leipzig. 169 Voir aussi : AUDOIN-ROUZEAU. Celles qui ont été conservées et publiées correspondaient probablement aux travaux des meilleurs élèves. Ces sources incitent toutefois à la plus grande prudence. dans le catalogue papier de la Deutsche Nationalbibliothek à Leipzig (à la rubrique 18. 39 . pp. Der muss haben ein Gewehr. dir. / 20. 2014. Paris. dans le catalogue systématique de la Bibliothek 168 PIGNOT 2012. 87-88.und Jugendbuchabteilung de la Staatsbibliothek de Berlin. 171 Il s’agit des principaux fonds consultés. 2012.171 En complément à l’utilisation des catalogues en ligne. ainsi que des journaux intimes ont permis d’émettre des hypothèses sur les influences de la propagande sur l’imaginaire enfantin. Silja / MÜHLBERG- SCHOLTZ. le Jour- nal d'enfance d'Anaïs Nin ». Beatrix (dir. des dessins d’enfants. Elles représentent des « lieux d’observation d’une intériorisation de la propagande patriotique ». Norderstedt. pp. Pour une liste exhaustive. des investigations se sont avérées nécessaires dans le catalogue systématique du Musée historique allemand de Berlin (notamment aux rubriques Kinderbücher et Kinderzeitschriften du tiroir n° 52). extraits de publications anciennes ou récentes. Yves CONGAR. GEISLER.169 Des recherches dans de nombreux fonds d’archives. à l’exception des collections privées de livres pour enfants. Paris. Book on Demand GmbH. pp. in : Journal de la guerre 1914-1918. occasionnellement. Darmstadt. « Une enfant catholique dans la Grande Guerre . Enfin. Jahrhundert bis in die Gegenwart. 1997. qui compte néanmoins de nombreuses pertes de guerre. de musées et de bibliothèques ont été nécessaires pour constituer notre corpus. Nous nous sommes concentrée sur les fonds allemands. op. Peter.168 mais ont été réalisées d’après les incitations et les attentes des adultes.. betz-druck GmbH. surtout aux mots-clefs Bilderbücher et Malbücher). in : Chrétiens dans la Première Guerre Mondiale. Le lecteur y trouvera également une liste des ouvrages dont nous connaissons l’existence. Stéphane. « Yves Congar. cit. de la Bayerische Staatsbibliothek et de la Internationale Jugendbibliothek de Munich. par Nadine-Josette CHALINE. Le Cerf. un enfant en guerre ». Jht : sous-catégorie G. Deutsche schöne Literatur 19. ont permis de compléter les sources disponibles à la Kinder.. Krieg.

Klaus (dir. Walter Benjamin und die Kinderliteratur.und Jugendliteratur 1565-1945. croisés à ceux de Krieg et Militär. Göttingen. dans ce deuxième volume. G. Kinder. Nous avons consulté les volumes cinq et six (K. 1985. K. D’autres pistes de recherche esquissées dans des institutions telles que le Museum für Deutsche Volkskunde de Berlin. le Klingspor-Museum d’Offenbach.und Jugendbücher der Kaiserzeit (1871 . Osnabrück. En l’absence de rubrique consacrée à la littérature de jeunesse.172 et dans la bibliographie nationale. Helmut.und Jugendliteratur 1498-1950. Hall & Go. Boston.und Jugendschriften.: Weltgeschichte – Weltkrieg 1914-18 / Sozialgeschichte et K : Weltkrieg 1914-18 / Geistesgeschichte – Geschichte 1919-39. professeur en sciences politiques. etc. Metzler.174 Karl Hobrecker. Katalog der Kinder. Erziehung zum Krieg – Krieg als Erzieher. Saur. Vaterland und Führer. 177 L’université de Göttingen (Arbeitsgruppe für historische Jugendbuchforschung) a fait l’acquisition de cette collection. G. Schule. K.für Zeitgeschichte. qui contient plus de 12 000 ouvrages collectés sur des critères exclusivement politiques et historiques (les sujets guerriers y sont donc très représentés).2005.175 Theodor Brüggemann176 et Jürgen Seifert177 ainsi que la bibliographie de littérature de jeunesse d’Aiga Klotz178 (classement par année) se sont aussi avérés précieux.). 1986. 2 vol. 1968. Munich. Erziehung im Krieg ont été utiles). Face à l’ampleur de ces recherches et aux résultats trouvés dans les fonds allemands. 3 vol. MÜLLER. Theodor.. Zeitschrift et Silhouette. Institut für Jugendbuchforschung. Der rote Wunderschirm. 1989. Mit dem Katalog der Kinderbuchsammlung. Oldenbourg. Kind. Kinder. qui offrent la possibilité de comparaisons ponctuelles fructueuses avec les productions allemandes. 174 Précisons que nous n’avons trouvé aucun livre patriotique dans la collection de Walter Benjamin..). H. les mots-clefs Jugendschriften. Wolfgang WANGERIN (dir. 1988. nous avons restreint nos investigations du côté français au Centre de recherche international de l’Historial de la Grande Guerre. rassemblés entre 1918 et 1930. Stadtmuseum Oldenburg. Francfort/Main. Luftkrieg. Aspekte der Kinderkultur in den zwanziger Jahren. Enfin.). trois ans après la mort de son pro- priétaire. Peter. Elles nous ont permis d’intégrer quelques ouvrages français.und Jugendliteratur in Deutschland: Gesamtverzeichnis der Veröffentlichungen in deutscher Sprache 1840-1950. 1990-2000. 7 vol. 1979. Wenner. 2011. Mit dem Jugendbuch für Kaiser. Kommentierter Katalog der Sammlung Theodor Brüggemann.. Aiga. Juventa Verlag. Outre les recherches par cote (notamment à la Staatsbibliothek de Berlin). Die Sammlung Hobrecker der Universitätsbibliothek Braunschweig. Stuttgart. Malbuch. nous avons examiné les publicités imprimées dans les ouvrages de l’époque et consulté des sites d’antiquaires-libraires dans l’espoir de trouver les mêmes livres dans les fonds de bibliothèques.1918). DODERER. com- posée d’ouvrages anciens. 176 BRÜGGEMANN. en 2008. Systematischer Katalog. ont été les plus utilisés. les rubriques Romane und Erzählungen. voir : 1870-1945. Üb immer Treu und Redlichkeit. Bibliothek für Zeitgeschichte Weltkriegsbücherei Stuttgart. 173 Outre les catalogues déjà cités.173 Les catalogues des collections de Walter Benjamin. 40 . 178 KLOTZ. Th. Weinheim. Munich. Kinderbücher von der Frühaufklärung bis zum Nationalsozialismus. Les catalogues d’expositions organisées autour de la littérature de guerre pour la jeunesse éditée de l’époque ou sur une durée plus large ont également représenté une source d’informations non négligeable. Volks. le Museum für Bilderbuchkunst de Troisdorf 172 Il contient les références aux fonds de l’ancienne Weltkriegsbücherei fondée pendant la Première Guerre mondiale. Wallstein. Bilderbuch. les livres pour enfants sont parfois classés dans différentes rubriques thématiques (mots-clefs Seekrieg. 175 DÜSTERDIECK. Kinder.

parfois éditeurs. Toutes les nouvelles parutions n’étaient pas annoncées dans la Börsenblatt für den deutschen Buchhandel ni dans la bibliographie nationale. représentaient des enjeux de l’éducation patriotique. terme générique pour désigner à cette époque tous les écrits pour l’enfance et la jeunesse. Les différences de statuts des producteurs. Propice à héroïser les guerres passées. représentants de la peinture historique et proches des cercles monarchiques. de la rubrique spéciale Weltkrieg. dépendait de la ligne politique des éditeurs. À l’aube du conflit. dont nous ignorons tout au- jourd’hui. cette iconographie connut un regain d’intérêt en raison de la fièvre commémorative de 1913. en vigueur depuis 1911-1912. parfois imprimeurs. La première partie de notre étude s’articule autour des racines de la culture de guerre enfantine allemande en amont du conflit. ce genre constituait le fondement de la culture mémorielle conservatrice du Kaiserreich qui devait devenir la culture de guerre enfantine après 1914. imprimassent leurs livres sans en indiquer l’éditeur ni le lieu. Lorsque ce n’est pas le cas. Une pré- sentation des éditeurs Scholz et Schreiber révèle toutefois que l’exploitation de ces sujets militaires lucratifs. Avant d’annoncer notre plan. Pour la période de la guerre nous avons constaté. nous avons été amenée à prendre ponctuellement en considération des livres autrichiens. Quant à la date de parution. que la sous-catégorie Jugendschriften. n’ont pas facilité nos recherches. Les dates auxquelles nous nous référons correspondent donc à un travail de reconstitution et d’évaluation mené par les bibliothécaires à partir de la bibliographie nationale et des in- formations fournies dans les livres eux-mêmes. ces dates restent néan- moins assez fiables. Approximatives. 41 . nous le mentionnons. nous voudrions mentionner les difficultés techniques majeures auxquelles nous avons été confrontée. Cette tradition conservatrice se retrouve dans le profil des illustrateurs. Face à la trop grande incertitude. Il n’était pas rare non plus que les petits fabricants. après avoir procédé à des recoupements d’informations. n’était pas exhaustive. Il convient de proposer un état des lieux des multiplicateurs de la littérature de jeunesse afin de montrer que ces ouvrages.et la Stiftung Stadtmuseum Berlin (Sammlung Kindheit und Jugend) se sont avérées infructueuses. il n’était pas d’usage à l’époque de l’indiquer dans les ouvrages. Ajoutons enfin que les circuits de production et de diffusion allemands et autrichiens étant parfois communs. a fortiori dans un contexte de radicalisation de l’opinion publique. reflets de la militarisation sociale. nous avons fait le choix de ne pas inclure dans notre corpus les livres dont la parution était estimée à la période allant de 1900 à 1914.

À mesure que les sacrifices se multipliaient et que l’enjeu du moral de l’arrière devenait crucial pour la poursuite des hostilités. nous nous attachons à montrer l’impact de la guerre sur les fondements de cette culture. Nous mettons ces transformations en rela- tion avec la « totalisation » progressive du conflit. contribuant à la mobilisation matérielle des enfants. Nous interrogeons cette mobilisation par l’immobilité des représentations qui s’accompagna d’une hausse des titres de guerre. Malgré quelques innovations calquées sur la culture de guerre adulte. le discours à l’intention des enfants prit un carac- tère moralisateur. Alors qu’on aurait pu attendre un changement de lan- gage – textuel et visuel –. Nous interrogeons cette évolution et émettons des hypothèses sur la diffusion et l’impact de ces ouvrages. inspirées du kitsch et de la caricature. En 1914 les opinions s’attendaient à une guerre brève de mouvement. l’imaginaire traditionnel resta prépondérant. Face à ces évolutions stratégiques. Les auto-images apologétiques l’emportèrent sur les images agressives de l’ennemi véhiculées par la caricature. les sujets guerriers connurent une baisse dès 1917. Sur ces fondements de la culture de guerre vinrent se fixer. Dans une deuxième partie. par strates. dans la ligne de la victoire de 1870. la question de la persistance de cette culture de guerre au cours des quatre années du conflit est au cœur de la troisième et dernière partie. d’autres rhéto- riques. de nombreux livres pour enfants se caractérisaient par leur an- crage dans l’imaginaire collectif de l’avant-guerre. Livres et illustrés devinrent performatifs. L’arrière ne prit sa véritable impor- tance qu’une fois que s’imposa la guerre de position. En dépit de l’augmentation des exhortations à la ténacité. 42 . L’adaptation des éditeurs à la guerre fut de ce fait progressive.

Des ersten Buches erster Teil. die durch die Nacht mit wilden Pferden fahren. […] Und einer steht bei mir und bläst uns Raum mit der Trompete. Rainer Maria RILKE. « Der Knabe ». « C'est Lou qu’on la nommait ». durch die wir rasen wie ein rascher Traum: Die Häuser fallen hinter uns ins Knie. die gleich aufgegangnen Haaren in ihres Jagens großem Winde wehn. in : Calligrammes. PREMIÈRE PARTIE. die Gassen biegen sich uns schief entgegen. AUX RACINES DE LA CULTURE DE GUERRE ENFANTINE (1911-1914) Ich möchte einer so werden so wie die. Guillaume APOLLINAIRE. die Plätze weichen aus: wie fassen sie und unsre Rosse rauschen wie ein Regen. 43 . Poèmes de la paix et de la guerre 1913-1916. mit Fackeln. Je vais bientôt partir en guerre Sans pitié chaste et l’œil sévère Comme ces guerriers qu’Épinal Vendait Images populaires Que Georgin gravait dans les bois Où sont-ils ces beaux militaires Soldats passés Où sont les guerres Où sont les guerres d’autrefois. in : Das Buch der Bilder. welche blitzt und schreit und bläst uns eine schwarze Einsamkeit.

Des inquiétudes pointaient même 1 WEGNER. 44 . les ambitions hégémoniques qui s’étaient affirmées en Europe nécessitaient une adhésion populaire. 2003. Françoise / SAINT-GILLE. New York. 3 CAHN. « Introduction ». « Was kann Historische Kriegsursachenforschung leisten? ». Francfort/Main. Zum historischen Hintergrund von Staatenkonflikten. 1993. in- dustrielle et militaire. par Id. des pacifistes comme Alfred Hermann Fried et Bertha von Suttner ainsi que des repré- sentants du monde financier et industriel tels que Jean de Bloch et Hugo Stinnes avertis- saient des dangers que représenterait un conflit armé. 2008. pp. pp. 9-21. pp. Tout en étant garant de la paix. Face aux interdépendances économiques et financières crois- santes et aux progrès techniques qui démultipliaient la force de destruction des armes. la notion morale de « guerre juste » prit une place prépondérante dans les discours qui visaient à légitimer un conflit armé potentiel.. du moins à la défense du territoire national. in : De la guerre juste à la paix juste. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco- allemand (XVIe -XXe). avait tendance à recourir à la force pour imposer sa souve- raineté et accroître son monopole au sein du système international. Dès lors. le continent européen connut entre 1871 à 1914 une longue période de paix. Campus. Anne-Marie. 7- 17. tel qu’il s’était développé en Eu- rope depuis le XVIIe siècle. Malgré de nombreuses crises et des guerres menées à sa périphérie. dir. dir. 2 En référence au titre de l’ouvrage de George Mosse : Die Nationalisierung der Massen. Paderborn. Jean-Paul / KNOPPER. l’État moderne. si ce ne fût à la guerre de manière générale. les auto-images et les images des ennemis de la nation jouaient un rôle crucial. Couplées à la prise en considération croissante de l’opinion dans le cadre du processus de « nationalisation des masses »2 en construction depuis la Révo- lution française et les guerres antinapoléoniennes. Bernd. Politische Symbolik und Massenbewegungen von den Befreiungskriegen bis zum Dritten Reich. Presses Universitaires du Septentrion.3 Pour ce faire.. par Id. in : Wie Kriege entstehen. Schöningh. Villeneuve d’Ascq.1 C’était particuliè- rement le cas d’une jeune nation comme le Reich qui connaissait depuis les dernières décennies du XIXe siècle une ascension au rang de grande puissance économique. 10 ets. L’importance accordée à la force par les grandes puissances ne prédisposait tou- tefois pas l’Europe à la guerre qui allait éclater en 1914.

Außenpolitik und öffentliche Meinung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». l’enfance et la jeunesse représentaient un enjeu central pour l’avenir de la nation. la France. Dans les écoles primaires. « Introduction ». p. 194-224. Göttingen. 9 ALEXANDRE. Le culte de la jeunesse et de l’enfance en Allemagne. y inculquaient la disci- pline.8 Depuis 1871 l’adhésion à un patriotisme allemand (Reichspatriotismus) s’imposait comme une nécessité pour fonder la légitimité du nouveau Reich. « The Topos of Improbable War in Europe before 1914 ». Presses Universitaires de Rennes. La Première Guerre mondiale n’éclata donc pas du jour au lendemain. Marc (dir. les maîtres. op. Lernen für das Leben – 45 .. pp. 6 MOMMSEN. in : An Improbable War? The Outbreak of World War I and European Political Culture before 1914. 211-252. pp. dir. « Le patriotisme à l’école en France et en Allemagne. 2007. souvent officiers ou sous-officiers de réserve. Berghahn. « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg. 2003. Parmi les facteurs susceptibles d’expliquer cette évolution à long terme. cit. dir. dir. 1870-1933. 5 AFFLERBACH.9 Dans les 4 FÖRSTER. 1986. Kriegsmentalität im wilhelminischen Deutschland 1890-1914. la concurrence économique et la course aux armements qui atteignit son paroxysme avec les lois militaires de 1912 et 1913 en France et en Allemagne accroissaient les rivalités. in : Lernen und lehren in Frankreich und Deutschland. Holger. par Id. Ces en- jeux donnaient à penser qu’une guerre devenait de plus en plus improbable. Dévoués à la cause patriotique et à l’État. in : WEGNER 2003. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ».). dus à une industrialisation et une urbanisation ra- pides.dans le milieu des élites militaires : la guerre franco-prussienne de 1870 avait montré que l’ère des guerres de cabinets était révolue. 1871-1914. cit. Jean-Paul / KNOPPER. les conquêtes coloniales – bien que l’Angleterre. Wolfgang. 80-103. Rennes. Stig.4 En cas de conflit. Philippe. 2007. Kopf und Körper. Vandenhoeck & Ruprecht. par Jost DÜLFFER / Karl HOLL. 8 CLUET. l’instruction se fondait sur l’apprentissage par cœur et n’excluait pas le recours aux châtiments corporels. art. l’éducation des jeunes générations jouait un rôle dans le conditionnement des esprits en contribuant à « fabri- quer »7 un enthousiasme guerrier et national. Essai d’étude comparatiste ». Françoise / SAINT-GILLE. 161-182. Apprendre et enseigner en Allemagne et en France. fréquen- tées par près de 90 % des enfants.6 Dans un contexte empreint d’impérialisme et de darwinisme social. Stuttgart. in : Bereit zum Krieg. Ulrich. Frank Steiner Verlag. la Russie et l’Allemagne s’accordassent à trouver des arrangements –. 7 CAHN.. Anne-Marie. New York. pp.5 Malgré tout. 7. Krieg. BENDELE. par Stefan FISCH / Florence GAUZY / Chantal METZGER. Dans une société caractérisée par de pro- fonds changements socioculturels. l’esprit de sacrifice et le respect de l’armée et de l’ordre monarchique. le Reich risquait de peiner à remporter une victoire rapide comme le prévoyait le plan Schlieffen. pp. La mission de créer une identité commune incombait à l’école. nombreux étaient ceux qui continuaient à considérer la guerre comme un instrument politique dont on usait de manière légitime pour régler les conflits interétatiques. / David STEVENSON.

Lebenswelten von Arbeiterjungen in der Weimarer Republik. 1984. 319-330. correspondaient à la tranche d’âge la plus importante numériquement.manuels et les chants patriotiques. „Lebensreform“. des voix s’étaient élevées depuis les années 1890 en faveur d’une éducation alternative. Klartext. 1995. vol. in : Jugend zwischen Krieg und Krise. Maria Montessori ou encore Alfred Lichtwark. nés entre 1900 et 1910. Studien zur politischen Funktion von Schule und Schulmusik 1890-1918. par Diethart KERBS / Jürgen REULECKE. Grin Verlag. pp.). 11 « Kapitel 2: Eine überflüssige Generation ». du végétarisme. 1880-1933. Brême. 3 : 1849-1914. Georg Kerschensteiner. adaptées à l’esprit et au regard enfantins (kin- dertümlich. Francke Verlag. Kriegserziehung im Kaiserreich. de la gymnastique. Martin. Bruno. Marc / REPUSSARD. Les représentants de la pédagogie ré- formée (Reformpädagogik) et du mouvement en faveur d’une éducation artistique (Kunsterziehungsbewegung). Norderstedt. Detlev PEUKERT. Francfort/Main. 2013. etc. Heinz. 10 BENDICK. Pfaffenweiler. Cologne. l’Allemagne était le pays le plus peuplé d’Europe derrière la Rus- sie. Die soziale Dynamik der politischen Ohnmacht.11 Depuis 1871 le Reich avait connu une croissance démographique de plus de 58 %. Rainer. Jugend zwischen Weimarer Republik und Nationalsozialismus. Munich.13 Erziehung zum Tod. La dynamique sociale de l’impuissance politique. SCHONING. 1987. Eres Edition. dir. Catherine (dir.10 Cette éducation patriotique était d’autant plus cruciale que les individus âgés de zéro à quatorze ans. WEINRICH. 2013. il était mué par un idéalisme apolitique et prônait à un niveau collectif et sociétal un style de vie alternatif simple et naturel (par le biais du sport. 29-56. Der Erste Weltkrieg in deutschen und französischen Schulgeschichtsbüchern. Ellen Key. KRONENBERG. 1900-1939/45. Centaraus-Verlagsgesellschaft. Die Bedeutung der Schule für die Heimatfront im Ersten Weltkrieg. von der ‚Deutschen Doppelrevolution’ bis zum Beginn des Ersten Weltkrieges. Peter Hammer. 1999.12 La socialisation des enfants ne se réduisait cependant pas à un enrôlement mili- taire. les faits d’armes et les victoires étaient au cœur de l’enseignement. Appa- ru dans le contexte d’une industrialisation rapide et d’une expansion des grandes villes. soit 30 % de la population en 1910. Essen. Elles s’inscrivaient dans la dyna- mique du mouvement de réforme de la vie (Lebensreform ou Reformbewegung). Bund-Verlag. encouragèrent la créativité et l’autonomie des élèves ainsi que des formes d’enseignement ludiques. in : Handbuch der deutschen Reformbewegung. Beck. 46 . Kriegserwartung und Kriegserfahrung. Avec près de 65 millions d’habitants en 1911. Lilienthal. Arndt. Hans-Ulrich. 1984. Der Weltkrieg als Erzieher. Deutsche Gesellschaftsgeschichte. 12 WEHLER. « Reformpädagogik ». 494-495. Wuppertal. En réaction à la rigidité du système scolaire. 13 CLUET. vom Kinde aus). Ullstein. de la lutte contre l’alcoolisme. 1998.). LEMMERMANN. Tübingen. 2010. pp. pp.

dir. Frédéric. La seconde crise du Maroc. in : Le discours européen dans les revues allemandes (1871-1914). par Laurent GERVEREAU. 1999. Göttingen. 2000. in : Dictionnaire mondial des images. 19 BUDDE. qui débuta en 1811. dir.. pour atteindre son apogée au début du XXe siècle. Malgré une prospérité économique enviée par ses voisins. Vandenhoeck & Ruprecht. Gunilla-Friedericke. Tant au plan de la politique étrangère qu’intérieure. 56. Peter Lang. ils repré- sentaient environ 3. vol. 20 MAI. MVB Marketing. Represent- ing the "Time of Greatness" in Germany. 1. Ute / RIES. Paris. und 20. in : Taschenbuch der Kinder- und Jugendliteratur. dir. p. dir. cit. Ces mouvements avaient contribué au fleurissement d’une littérature illustrée à l’intention du jeune public. Gunther. 17-96. Hans-Heino / LIEBERT.17 Comme la nationalisation progressive de périodiques tels que Die Gartenlaube (parue pour la première fois en 1853). nous y reviendrons. une place es- sentielle. 15 BARBIER.und Verlagsservice des Buchhandels GmbH. partie 2 : Das Kaiserreich 1870-1918. pp. ils augmentè- rent sensiblement.18 ces livres extrascolaires n’échappèrent pas à la militarisation de l’univers enfantin. 2003. in : Geschichte des Deutschen Buchhandels im 19. pp.5 % (soit 5 429 titres) en prenant en compte l’édition pédagogique. 788-792. Auf dem Weg ins Bürgerleben.14 Cette évolution fut permise par la seconde révolution du livre. 16 DETTMAR. « Kapitel 5. 1996. Michel. et Le Petit Journal. l’Allemagne fut bientôt en tête de la production éditoriale mondiale. op. 1-17. BRUNKEN. conjuguée à une large alphabéti- sation et à une hausse des revenus. entre juillet et décembre 14 GOUREVITCH. « ‚Verteidigungskrieg‘ und ‚Volksgemeinschaft‘. Otto. par Georg JÄGER. Francfort/Main. Wolfgang. Kindheit und Erziehung in deutschen und englischen Bürgerfamilien 1840-1914.. « Kinder. Jahrhundert. 1994. Ein Überblick ».19 À partir de 1912 environ. Literature at War. fondée en 1848.und Jugendliteratur von den Anfängen bis 1945. date de mise en service de la première presse mécanique à vapeur.13 Kinder. Paris. Le Cerf. 1914-1940. créé en France en 1863 – et à l’émergence de revues familiales. vol.20 il se trouvait dans une situation politique complexe. 105. nationale Solidarität und soziale Befreiung in Deutschland in der Zeit des Ersten Weltkrieges (1900- 47 . Hans. pp. 1995.und Jugendbuchverlag ». L’empire du livre. « Illustration. p.4 % de la production (soit 691 titres)16 et 15. 2010 (1e éd. par Id. Yale University Press. contribua à ce phénomène. Nouveau Monde. Schneider. Hohengehren. Staatliche Selbstbehauptung. NATTER. L’industrialisation de la fa- brication du papier et des techniques de reproduction. 17 BARBIER 1995. À la veille de la Première Guerre mondiale. Ute / EWERS. Londres. Tous domaines confondus. Jean-Paul.15 Les livres pour enfants se développèrent parallèlement à l’apparition d’une presse d’opinion illustrée – mentionnons la revue satirique allemande Kladderadatsch. 2006). 1. New Haven. 18 L’unité allemande favorisa l’émergence de nombreuses revues. GRUNEWALD. Les sujets patriotiques avaient connu une recrudes- cence dès la réalisation de l’unité allemande. pp. « Les périodiques culturels allemands et l’Europe (1871-1914) ». par Günter LANGE. Le livre illustré pour enfants ». 103-163 . Le livre imprimé et la construction de l’Allemagne contempo- raine (1815-1914). Francfort/Main. Le livre devint un objet d’usage courant dans lequel l’image occupa très tôt. la situation du Reich était favorable à de tels sujets. souvent de qualité.

25 Si ces facteurs politiques sont susceptibles. le commandement suprême autour de Helmuth von Moltke. 33-54. par Dieter DÜDING / Peter FRIEDEMANN / Paul MÜNCH.. Michael. dir. La Grande Guerre. Jean-Jacques / KRUMEICH.25 millions de voix. Oldenbourg. pp. par Jost DÜLFFER / Martin KRÖGER / Rolf-Harald WIPPICH. Cette augmentation fut la plus importante depuis 1871. avait avivé les tensions entre l’Allemagne et la France tout en favorisant un rap- prochement franco-britannique plus étroit. Politische Feste in Deutschland vor der Aufklärung bis zum Ersten Weltkrieg. in : Schule der Gewalt. Munich. considérés comme les « ennemis intérieurs du Reich ». 25 Le parti obtint 4. Versuch einer differenzierten Betrachtung ». pp. dans le cas d’un conflit européen. 1-29. 2008). Deeskalation von Konflikten der Großmächte zwischen Krimkrieg und Erstem Weltkrieg. 48 . 21 BECKER. avaient remporté lors des élections parlementaires de 1912. 24 « Zur Einführung: Vermiedene Kriege im internationalen Mächtesystem ».22 qui compliquèrent les relations internationales. in : Öffentliche Festkultur. le ministre de la Guerre. « Krieg und Frieden in historischen Gedenkfeiern des Jahres 1913 ». dir. Hambourg. par Wolfgang MICHALKA. d’autre part. 1988.23 Les tensions poli- tiques qu’engendra ce vif débat au sein des cercles militaires et des organisations natio- nalistes. Zurich.1 millions de plus qu’il n’avait alors de membres. Wirkung. Piper. 22 Ibid. GEYER. 2012 (1e éd. ils ne se répercutèrent pas directement sur les supports litté- raires pour enfants. dans une moindre mesure. Rowohlt. sur ses seuls moyens militaires. 46. d’une part. 23 FÖRSTER. Deutsche Rüstungspolitik 1860-1980. Une histoire franco-allemande. 1984. Stig. Suhrkamp. le général von Heeringen. qui s’étaient radicalisées depuis 1911. par Wolfram WETTE. op. Paris.1911. Francfort/Main. Wahrnehmung. cit. Berlin. du jubilé d’argent du 1925) ».21 Parallèlement à ces « alertes de 1911-1912 ». soit 3. pp. dir. Analyse.24 furent exacerbées par le succès histo- rique que les sociaux-démocrates. 26 SIEMANN. 2005. 1865-1914. en juin 1913. Gerd. WEHLER 1995. Aufbau Taschenbuch Verlag. Wolfgang. L’armée s’accrut finalement de 136 000 hommes (au lieu des 300 000 exigés par Moltke). et le chancelier Bethmann-Hollweg et. in : Der Erste Weltkrieg. nous le verrons. Tallandier. Militarismus in Deutschland 1871-1945. Le boom patriotique constaté dans la littérature d’avant 1914 relève davantage de l’effervescence commémorative de 1913 autour du centenaire de la ba- taille des Nations26 et. 583-602. d’expliquer les ini- tiatives de certains éditeurs. Munich. 1994. comme la France. « Militär und Militarismus im Deutschen Kaiserreich. dir. 298-320. in : Vermiedene Kriege. 1997. La défaite des Turcs face à la Serbie et à leurs alliés en 1912 inquiéta Berlin qui s’aperçut qu’il devrait compter. p. était secouée par un vif débat concer- nant une nouvelle loi militaire portant sur l’augmentation des effectifs de l’armée. Il opposa. l’Allemagne. pp.

sur la dimension mobilisatrice accordée à ces livres pour enfants avant la Grande Guerre. Museum Industriekultur Osnabrück. Forschungen zur westeuropäischen Geschichte.. dir. Rasch Verlag. 1998. à maints égards liées. dir. Dans quelle me- sure la littérature illustrée a-t-elle constitué les prémices de la mobilisation culturelle à l’œuvre durant la Grande Guerre sans aboutir nécessairement à son déclenchement ? Dans un premier chapitre. BAECHLER. 305-315. 2013. sans tomber dans le piège d’une écriture téléologique de l’avant-1914. WORTMANN. 31 JONES. les multiplicateurs et les illustrateurs de cette littérature pour la jeunesse permet de mieux cerner les motivations économiques et idéologiques des éditeurs. 5- 51 . Presses Universitaires de Nancy – Éditions Universitaires de Lorraine. par Jean-Paul CAHN / Bernard POLONI / Gérard SCHNEILIN. 29 NÜBEL. Issue de la peinture d’histoire. Nancy. Paderborn. p. 49 . 2013. 30 KRUMEICH. in : Die letzten Tage der Menschheit. Christian. pp. un état des lieux portant sur les maisons d’édition. se caractérise par une « suggestion de la guerre ». pp. Ernst. n° 12 : Vorkrieg 1913. « Bedingt kriegsbereit. 22-31. pp. « Introduction ». dir. Une typologie du lectorat potentiel y est proposée. des pédagogues et des spécialistes des livres pour enfants. Future Wars – Intro- duction ». pp. 28 ALEXANDRE. « Guillaume II et le pouvoir : un régime personnel ? ». Heather / WEINRICH. dir. ces « attentes de la guerre »29 et ces fêtes commémoratives. in : Das Deutsche Kaiserreich 1890-1914. « The pre-1914 Period: Imagined Wars. par Rainer ROTHER. in : Der Tod als Machinist.27 Alimentée par cette culture mémorielle. Ars Nicolai. dir. Reiner. in : Aus Politik und Zeitgeschichte. L’intérêt de ces acteurs pour le profil artistique des illustrateurs de ces livres patrio- tiques révèle le potentiel pédagogique et idéologique qu’ils accordaient aux formes d’expression de ces ouvrages. riche en publications. 37-46. 2013. 2003. d’autant plus que les responsables militaires espéraient une guerre courte. n° 40. pp. « Das Bild vom Krieg vor 1914 ». Der industrialisierte Krieg 1914-1918. 22-27. Rolf.und Vorkriegskultur. Gerd. par Bernd HEIDENREICH / Sönke NEITZEL. remportée grâce à une bataille décisive. pp. Deutsches Historisches Museum. par l’Institut Historique Allemand. Deutschland im Jahre 1913: Erinnerungs. Éditions du temps.28 Alors que le Reich avait connu une longue période de paix et qu’un conflit était redouté par bien des acteurs. Bilder des Ersten Weltkriegs. « Das kulturelle Leben im Kaiserreich ». par Id. la littérature patrio- tique fournit selon nous des indications sur « les guerres imaginées »31 au début des années 1910 et sur la manière dont elles étaient présentées aux enfants. amènent à s’interroger. Philippe / MARCOWITZ. « Bilder vom Krieg vor 1914 ». 17-26.30 Néanmoins. par Rolf SPILKER / Bernd ULRICH. Les enfants auraient été trop jeunes pour prendre part militairement à un conflit. Christoph. pp. dir. Arndt. Kriegserwartungen in Europa vor 1914 ». in : Le Reich allemand du départ de Bismarck à la Première Guerre mondiale 1890-1914. leur iconographie s’inscrivait dans une tradition conformiste au service de l’ordre établi et de la glorifica- tion de la guerre. in : L’Allemagne en 1913 : culture mémorielle et culture d’avant-guerre. Schöningh. 27 PIPER. la « culture d’avant- guerre ».règne de Guillaume II. 12. 1994. Bramsche. 75-96. Nantes. Berlin. in : Francia. 2011.

32 ASLANGUL. ces ouvrages familiarisaient les jeunes lecteurs avec l’univers militaire. Paris. Stéphane. dir. nous analysons. École Pratique des Hautes Etudes. en harmonie avec les préoccupations et les inimitiés d’avant-guerre. Dresde. À la lumière de ces spécificités éditoriales. 329-337. Les canons esthétiques de ces ou- vrages restaient dominés par une représentation héroïque des faits d’armes et posaient les jalons de ce que serait la culture de guerre enfantine entre 1914 et 1918. 50 . 1. En partie tournés vers le passé et apologétiques. p. qui devaient représenter les « grandes armes de domination du champ de bataille »33 durant la Grande Guerre. « Artillerie et mitrailleuses ». les thèmes qui forgèrent « l’imaginaire héroïque de la guerre »32 des jeunes lecteurs en amont du premier conflit mondial. dans un deuxième chapitre. 2004. 2003. étaient déjà présents dans la littérature d’avant 1914. Il existait néanmoins peu d’images négatives des ennemis potentiels. Bayard).] 33 AUDOIN-ROUZEAU. Les motifs de la flotte et des mitrailleuses. / Jean-Jacques BECKER. Les livres offraient une relecture idéalisée du passé national. graveurs et dessinateurs alle- mands au XXe siècle. dans le contexte européen : traditions. [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Jacques LE RIDER et de Gerd SCHWERHOFF. évolutions et ruptures dans les codes icono- graphiques. 2012 (1e éd. Paris et la Technische Universität. Claire. par id. 57. vol. pp. Perrin. Paris. Représentations de la guerre chez les peintres. in : Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918.

qui existaient comme telles dès leur création. dir.2 Une brève présentation de ce paysage éditorial se propose de donner un premier aperçu de la question de la préexistence de la culture de guerre au conflit. pp.Chapitre 1. Fac- teur de poursuite et d’amplification de la production patriotique pour les uns. par Georg JÄGER. elles avaient néanmoins été de plus en plus nombreuses à y consacrer l’intégralité de leur activité. le conflit allait être à la fois vecteur de con- tinuité et de rupture. 114.und Verlagsservice des Buchhandels GmbH. État des lieux. Laurent. MVB Marketing. des maisons d’édition à proprement parler. 103-163 . Jahrhundert. Parmi les différents producteurs qui proposaient des livres militaires et patriotiques au début des années 1910 se dégageaient deux grands profils : d’une part. Ute / EWERS. Selon les cas. Hans. « Kapitel 5. qui disposaient de presses 1 GERVEREAU. 2003. 2003. 2 DETTMAR. und 20. d’autre part. Francfort/Main. A. Hans-Heino / LIEBERT. partie 2 : Das Kaiserreich 1870-1918. Ute / RIES. 132.1 Ces entreprises n’étaient pas toujours spécialisées dans le do- maine des livres et revues pour enfants. de simples imprimeurs. Patriotisme et militarisme des éditeurs et des imprimeurs 1) Militarisme folklorique La plupart des producteurs des ouvrages étudiés naquirent durant l’« âge d’or de l’image sur papier ».und Jugendbuchverlag ». 51 . Seuil. L’Histoire du visuel au XXe siècle. Le livre d’images militaire et patriotique et la militarisation sociale. vol. Paris.13 Kinder. p. marqueur d’opportunité commerciale pour les autres.. in : Geschichte des Deutschen Buchhandels im 19. le début de la Première Guerre mondiale ne devait pas représenter la même césure. 3 Ibid. 114. p. p. Depuis le dernier tiers du XIXe siècle. et. 1. ou « fabricants »3.

Göttingen. 1992. Ute / RIES.8 Des entreprises telles que Attenkoffer (Straubing).5 Paru en 1845. in : Das Jahrhundert der Bilder. Hans. Illustration und Illustratoren des Kinder. avait été imprimé sur bois de bout dès 1847 et la création de Max und Moritz (1865). cit. pp. 6 Ibid. 9 BLAUME. ils proposaient une offre diversifiée de jeux de société. Elle avait été bientôt améliorée et offrait la possibilité de reproduire des images en couleurs grâce à la chromolithographie. 11 SHERIDAN-QUANTZ. Hans. Gutenberg-Museum. Nouveau Monde.). 2006. 5 BARBIER. Straubing. Ces fabricants avaient profité de l’essor de la lithographie pour centrer leur production sur l’imagerie. 10 DETTMAR. Hannover ». Das Bildangebot der Wilhelminischen Zeit. 2006). 50-61. 7 MÜHLBERG-SCHOLTZ. avait été rendue possible grâce à cette innovation. L’empire du livre.10 A. pp.und Jugendbuchs im deutschsprachigen Raum 1871-1914. Molling & Comp. ancêtre de la bande-dessinée. 2010 (1e éd.lithographiques et comptaient des livres illustrés pour enfants parmi leur offre diversi- fiée de supports de papeterie. Wenner. dir. Attenkoffer’sche Kinder-Bilder. 2011. Hans-Heino / LIEBERT. Internationales Lexikon der Illustratoren.4 Elle ne fut pas la seule methode employée pour la fabrication de livres illustrés pour enfants : la xylographie. in : Hannoverscher Bibliophilen Abend – 51. Frédéric. 8 SCHOLZ. inventée au début du XIXe siècle. « Imagerie et colportage ». Le Cerf. p. à l’exception notable des Mainzer Volks. d’imagerie populaire. in : Diction- naire mondial des images. Scholz Mainz. art. Cette technique visait à imprimer un tracé réalisé sur une pierre calcaire. Die visuelle Geschichte und der Bildkanon des kulturellen Gedächtnisses ». « Kapitel 5. [Thèse préparée à l’université de Francfort/Main] MAGUET. car elle permettait « une étroite combinaison du texte et de l’image sur une même page ». Die volkswirtschaftliche Bedeutung des deutschen Bilderbuchverlags. Frédéric.13 Kinder.6 Hormis les livres d’images.und Jugendbuchverlag ». Karl. Ute / EWERS. Edel. Abend 2006-2011. Pierre l’ébouriffé. technique d’impression sur bois de bout. était la plus couramment utilisée.7 En revanche. par Id.12 Scholz. 1922.11 Ernst Nister (Nuremberg). pp.. les imprimeurs produisaient peu de récits pour la jeunesse. 448.und Drucktechniken. le célébrissime Struwwelpeter. dans le cas de Ferdinand Schreiber (Esslingen).13 Schreiber14 ou Steinkamp (Duisbourg)15 se lancèrent dans une concurrence acharnée. pp. La prépondérance de l’image dans ces supports faisait appel aux capacités techniques dont disposaient ces imprimeurs. Mainz. vol. par Laurent GERVEREAU. (Hanovre).und Märchenbücher!. de cartes postales et. Paris. 1 : 1900 bis 1949. 792-797. Vandenhoeck & Ruprecht. Geschichte und Ästhetik der Original. « Das Reich der Kinder – Bilderbücher des Molling-Verlags. de matériel pédagogique. 52 . 4 PAUL. 448-449. en particulier les albums.9 Düms (Wesel). pp. Spiel mit! Papierspiele aus dem Verlag Jos. Beatrix. 2002. 2009. Paris.. 314-315 . Gerhard.und Jugendbücher. Le livre imprimé et la construction de l’Allemagne contempo- raine (1815-1914). 14-39. Pour la littérature pour enfants en particulier. « Das Jahrhundert der Bilder. dir. voir : RIES. Osnabrück. bis 75. Dorit-Maria (dir. Attenkoffer. édités par Scholz (Mayence) pour la courte période allant de 1908 à 1914. Karl / KRENN. 1995.

Hans. 143-144. Otto. à laquelle avait adhéré le grand-duché de Hesse. op. Schreiber. 19 WINTER. Die Entwicklung des Druckgewerbes in Mainz vom Beginn des 19. Hela. « Kapitel 5. Berlin. cit.und Jugendbuchverlag ». Märkisches Museum. Entre deuil et mémoire. 13 KORNFELD. 20 « Jos. in : Lexikon deutscher Verlage von A-Z. Stadtmuseum. Pour les entreprises qui réussirent à s’imposer sur le marché. Eva. Ute / RIES.. Hans. Chris- 12 KLOSE. Scholz (Mainz) und Schaffstein (Köln) in den Jahren 1899 bis 1932. cit. Cornelia. in : Arbeitskreis Bild – Druck – Papier. pp. Hans-Heino / LIEBERT.13 Kinder.20 Dans les années 1840. pp. Scholz Verlag ». art. elle produisait essentiellement des porte-plume et de la cire à cacheter.13 Kinder. Cette imagerie populaire. Mayence. 53 . 17 GERVEREAU 2003. marqua le début du commerce d’images de toutes sortes : soldats en papier à découper. les livres d’images devinrent bientôt une marchandise qui occupait une place centrale dans leur produc- tion. Dem Verlag Schreiber zum einhundertfünfzigsten Geburtstag. cette entreprise qui commercialisait des planches de soldats adressées surtout aux enfants connut une croissance rapide à la même époque. 2010. Stadtarchiv Mainz. Scholz était alors un « atelier lithographique » et une « im- primerie » (Lithographische Anstalt et Buchdruckerei). Die Bilderbuchproduktion der Verlage Jos. Reinhard WÜRFFEL. 2000. Berlin. 764-765. cit. « Kapitel 5. SCHNEIDER. 15 DETTMAR. F. La première presse lithographique. plans de villes. Paris.und Jugendbuchverlag ». 1999. Die große Welt in kleinen Bildern. 16 SCHNEIDER 1984. La Grande Guerre dans l’histoire culturelle de l’Europe. Ute / EWERS. : 1995). Jay. Waxmann. ils transférèrent progressivement l’entreprise à Mayence après en avoir obtenu l’autorisation en mars 1830. les Scholz développèrent des stratégies économiques et fiscales : pour faire partie de l’union douanière prussienne. op. pp.. Munster. depuis 1833 décors de théâtre en papier (Theaterbogen). Verlag Grotesk. art. 18 KOHLMANN. 99- 113. Schreiber.17 À l’origine. Berliner Bilderbogen aus zwei Jahrhunderten. Scholz et de J. albums de coloriage. ces deux entreprises illustrent selon nous les enjeux commer- ciaux et idéologiques que représentaient les livres patriotiques pour enfants. Tagungsband Nürnberg. puis de Kriegsbil- derbücher entre 1914 et 1918. « Die Zusammenarbeit der Kunstverlage Theo. L’entreprise familiale Scholz était issue d’une papeterie en gros fondée par Josef Carl Scholz en 1793 à Wiesbaden. Ute / RIES.19 Très tôt. Jahrhunderts bis zum Ausbruch des Ersten Weltkrieges (1816-1914). [Thèse préparée à l’université de Francfort/Main] 14 BORST. Ute / EWERS. Ein Stück deutscher Kulturgeschichte. Colin. achetée en 1820. Heike. Stroefer und Ernst Nister in Nürnberg ».16 Les deux figures de proue en matière d’albums militaires. 1999. 1984. Konrad / ZETTLER. cit. dir. Esslingen. 151. trois ans avant l’invention de la lithographie par Aloys Senefelder.18 rappelait celle de Pellerin à Épinal : célèbre dans le monde entier. [1981]. Principales con- currentes sur le marché. p. DETTMAR. 2008 (1e éd. qui connut un essor fulgurant au XIXe siècle. Hans-Heino / LIEBERT. étaient Jos. par Wolfgang BRÜCKNER / Kon- rad VANJA / Detlef LORENZ / Alberto MILANO / Sigrid NAGY. Theodor / VANJA.

Elle les exporta.25 Mais le premier concurrent de Scholz restait Schrei- ber. au moins jusqu’en 1909. Hannover ». cit. près de Stuttgart. l’entreprise J. Adolf et Max Molling. p.und Spielverlag). en Belgique. dans les pays scandinaves. op. ce qui incita de nombreuses entreprises à le concurrencer. Schreiber devait également son existence à l’acquisition de presses lithographiques. l’entreprise connut un succès international dans la seconde moitié du XIXe siècle. petits-fils de Josef Carl. fondèrent une « maison d’édition de livres d’images et de jeux de société » (Bilderbuch.21 Grâce à ces nouveaux produits.26 Fondée en 1831 par Jakob Ferdinand Schreiber à Esslingen. Le soin avec lequel Ferdinand Schreiber avait pour habitude de relever les articles de presse portant sur les productions de Scholz semble appuyer cette analyse. Dès sa fondation. Voir entre autres : KLOSE.22 La diversification d’une offre de livres d’images. 54 . directeur depuis 1880. 23 C’était également le cas des entreprises Nister et Stroefer. et transformé en société en commandite en 1901.und Verlagsanstalt Hannover). cit. en Autriche-Hongrie. cit. Mol- ling & Comp. op. en France. Eva. SCHOLZ 1922. devinrent les associés de leur père. 22 KORNFELD 1999. l’une des grandes villes de l’édition après Leipzig et Munich. cit. non paginé. cit. cette entreprise familiale se présenta comme un « atelier d’art graphique » et 21 SCHNEIDER 1984. fonds Ferdinand Schreiber : B91 Bü512.. art. 26 Wirtschaftsarchiv Baden Württemberg (WABW). 25 SHERIDAN-QUANTZ. de jeux de société. mais aussi de cartes postales23 correspondait à une gestion habile de la prise de risque commerciale de tels fabricants et promettait d’assurer la rentabilité des presses lithographiques. Stroefer und Ernst Nister in Nürnberg ». op. « Das Reich der Kinder – Bilderbücher des Molling-Verlags. essentiellement en Angleterre. art. le programme éditorial des Vaterländische Bilderbücher marqua une nette intensification des sujets patriotiques et militaires pour cet éditeur. de Hanovre (Lithographische Kunst. puis chromolithographiques. Lancé en 1912. « Die Zusammenarbeit der Kunstverlage Theo. Edel.24 Parmi ses concurrents figurait l’atelier lithographique d’art et d’édition A. d’imagerie populaire. F. 24 Karl Scholz attestait en 1922 de la bonne situation financière de l’éditeur au moins jusqu’en 1921. 24. Karl Scholz. En 1905. la maison d’édition passa aux mains des quatrième et cinquième générations : Christian Karl et Rudolf. ainsi qu’en Russie et en Amérique du Nord. Leur succès lui offrit une certaine prospérité et lui assura une place prépondérante sur le marché. fon- dé en 1887 par un banquier juif et son frère.tian et Anton Scholz.

Carl. Hans-Heino / LIEBERT. [1910]. Schreiber Verlage ». p.30 Pour cet éditeur. Kindheit und Erziehung in deutschen und englischen Bürgerfamilien 1840-1914. Christa. RIES 1992. Ute / RIES. ne fut pas influencée par les crises politiques croissantes : le dernier livre à thème militaire avant le conflit parut en 1910.un « éditeur » (Lithograph-Verlags-Institut). 1e éd. art. Gunilla-Friedericke. Esslingen. cit. Nous avons pu le constater lors de la consul- tation des tiroirs contenant les fonds de l’éditeur au Landesmuseum de Stuttgart.13 Kinder. 55 . l’armée allemande y était célébrée pour sa puissance et sa contri- bution à la paix depuis 1871. ainsi que la revue Meggendorfer Blätter à partir de 1889. Verarbeitung und Gebrauch. Unter den Fahnen.und Jugendbuchverlag ».33 paru en 1901. Hans. qui géra les activités éditoriales. chez Schreiber également. Staatliche Museen Preußischer Kulturbesitz. Ute / EWERS. cit. Cet ouvrage. 1983. Schreiber. cit. À la fois bilan positif et élan optimiste vers l’avenir. fils du fondateur. 32 Nous avons également pu le constater lors de la consultation des tiroirs contenant les fonds de l’éditeur au Landesmuseum de Stuttgart. répartit les responsabilités entre ses deux fils. 33. cit. 30 Soldaten-Bilderbuch. « Kapitel 5. Berlin. la 27 « J. Ute / RIES. 28 PIESKE.27 Sa production était centrée sur l’imagerie populaire et scolaire. la production de Schreiber. (1901). op.31 Il avait édité plusieurs livres d’images de soldats dans les années 1890. op. Dès la préface. Ute / EWERS. Göttingen. à qui revint la rédaction des Meggendorfer Blätter. op. La militarisation de la littérature pour enfants relevait néanmoins. cit. DETTMAR. dans l’immédiat avant- guerre. la guerre devait mar- quer une rupture.29 Contrairement à Scholz. in : WÜRFFEL 2000. Esslingen. art. Das deutsche Heer an der Jahrhundertwende. d’une tradition ancienne. « Kapitel 5. le cadet.. Vandenhoeck & Ruprecht. parut à l’occasion des trente ans de l’existence du Reich. dont l’écusson doré de l’Aigle impérial ainsi que les lettres d’or du titre sur la première de couverture affichaient une loyauté envers la monarchie et l’armée [1]. révélait bien l’importance accordée à l’armée par l’éditeur. La firme employait alors plus de deux cents personnes. 1860 bis 1930. 31 BUDDE. Unter den Fahnen.13 Kinder. Schreiber édita entre autres les célèbres livres à mécanisme (Verwandlungsbilderbücher)28 de Lothar Meggendorfer. Hans. F. BORST [1981].32 L’intérêt commercial de ces fabricants et de ces maisons d’édition jouait un rôle central dans leur instrumentalisation des sujets patriotiques et militaires. 29 DETTMAR. 33 BECKER. Hans-Heino / LIEBERT. Herstellung. En 1903. Les premiers albums parurent dans les années 1840 et connurent un succès immédiat. et Ferdinand. commerciales et techniques. Robert. pp. 1994. Das ABC des Luxuspapiers.und Jugendbuchverlag ». Auf dem Weg ins Bürgerleben. Das deutsche Heer an der Jahrhundertwende. 773-775. Schreiber. Ferdinand Schreiber. ainsi que la proximité de ce dernier avec le commandement militaire.

dir. vol. Schreiber exigeant le renvoi de l’exemplaire si le commandement ne souhaitait pas en faire l’acquisition. Vandenhoeck & Ruprecht. en partie autonome par rapport au parlement qui ne déci- dait que du budget. Pazifismus in Deutschland. au prix non négligeable de 7. L’intérêt pécuniaire l’emportait sur la dévotion à l’armée.37 Le remplacement des anciens uniformes par cette panoplie marqua l’opinion publique allemande. Seemann.35 Outre la fascination de l’éditeur pour l’armée. 1979-1990. en particulier des défilés. Jahrhunderts ausgesehen hat. formé à l’Académie de Karlsruhe et réputé pour ses représenta- tions de la vie militaire. Jakob. 2011 (1e éd. Cet ouvrage célébrait l’aura de l’armée dans le Kai- serreich. Leipzig. non paginé. 37 KRAUS. 145. Göttingen. se référer dans ce chapitre à : C. WABW B 91 Bü507. Son statut particulier. 38 VOGEL. Deutsche Rüstungspolitik 1860-1980. Fischer Taschenbuch Verlag. reliquats de l’uniformologie et de l’imagerie populaire.39 l’éditeur faisait valoir les qualités d’illustrateur reconnues du peintre d’histoire Carl Becker. l’éditeur cherchait à promouvoir son ouvrage. Militarismus in Deutschland. WETTE. Francfort/Main.11. Suhrkamp. notamment lors des défilés à Berlin en 1909. Nationen im Gleichschritt. Bayerisches Armeemuseum Ingoldstadt. 36 « Bei der Herausgabe dieses Buches hat mich der Gedanke geleitet bei der voraussichtlichen Aende- rung der Uniformen ein historisch treues Bild zu geben. p. 2008). 129. Vienne. Schreiber y expliquait que l’ouvrage avait été réalisé en raison de la réforme vestimen- taire de l’armée afin de conserver « une image historiquement fidèle de l’apparence de l’armée allemande au début du XXe siècle ». » Brief vom 30. En ayant recours à ces arguments de vente. Des illustrateurs proches des cercles militaires et monarchiques. Verlag Militaria. Uniformierung und Ausrüstung – 1914 bis 1918. 2. 3. p. wie das deutsche Heer zu Anfang des 20. 39 Se référer dans le chapitre 2 à : 2) Livres d’images de soldats. la lettre envoyée le 30 novembre 1901 par Ferdinand Schreiber au Kasinovorstand des Königlichen Sächsischen Kö- nigshusarenregiments n° 18 de Grossenhain révèle d’après nous son sens des affaires. Michael. vol. reprise en 1871.36 Introduit dès le début du siècle pour les troupes coloniales. p. auprès de hauts respon- sables militaires. 56 . 1984. Carl ». 40 « Becker.40 Cet artiste illustrait également des anthologies de chansons de soldats (Soldatenliederbücher).1901 an den Kasinovorstand des K. 1997. tout autant empreintes de peinture historique que la littérature enfantine et qui connaissaient alors un franc succès auprès des écoliers. Francfort/Main. 35 GEYER. 81. était ancré dans la constitution de la Confédération de l’Allemagne du Nord de 1867. l’uniforme vert-de-gris fut généralisé dans l’armée allemande en 1907. Wolfram. 34 HOLL. Geschichte einer kriegerischen Kultur.5 marks. 1988. qui rappelaient l’uniformologie. Sächs. 2004. Grossenheim. par Ulrich THIEME / Felix BECKER. Karl. 18. Francfort/Main. Jürgen. Suhrkamp.38 Pour souligner le réalisme et l’exactitude des dessins. Königshu- sarenregiments Nr. in : Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart. Concernant la formation et la proximité des artistes avec les cercles militaires.paix armée34 telle qu’elle était présentée était censée garantir la prospérité de l’Allemagne pour le siècle à venir. Die deutsche Armee im Ersten Weltkrieg.

Cet exemple illustre à nos yeux la porosité entre l’univers de références des adultes et celui des enfants que l’on cherchait à familiariser de manière précoce avec le monde militaire. Wilhelm. Nicholas.42 donne des indications sur ce que pouvait être alors le bain visuel des enfants. 61. Weimar. Kunst und Medien.45 Karl Scholz assumait en 1921 cette interdépendance entre engagement idéologique et motivation économique : Les différences de goût. cit. dir.41 Cette porosité. op.und Jugendliteratur. 17-96. Ils re- flétaient l’opportunisme dont les éditeurs faisaient preuve et s’intégraient à une offre plus large d’images de guerre qui constituaient un commerce rentable. vol. [Thèse préparée à l’université de Göttingen] 44 PARTH. Ulrich. Deutsche Verlagsanstalt. 43 HANN. 57 . Flottenpolitik und Flottenpropaganda. style également utilisé comme argu- ment de vente43). révélatrice de la conception que les adultes avaient à cette époque de l’enfant. plutôt pour adultes. 46 « […] [Die] Verschiedenheiten des Geschmacks. 1977. p. Schneider. Otto. Stuttgart.. de niveau d’éducation. 1975. pas si éloignée encore à certains égards de l’image médiévale de l’enfant comme adulte miniature. Verlag und Datenbank für Geisteswissenschaften. Die Entwicklungsgeschichte des deutschsprachigen Bilderbuches im 20. Paris. les producteurs de livres patriotiques et militaires s’attachaient surtout à développer leur stratégie commerciale en misant sur un discours idéologique.und Jugendliteratur von den Anfängen bis 1945. Seuil. 1998. voire de vision du monde. Ces ouvrages n’étaient souvent pas exclusivement conçus pour eux. « Medialisierung von Krieg in der deutschen Militärmalerei des 19. pp. En raison de leur succès imprévu. 2006. « German Childhoods: The Making of a Historiography ». 47 DEIST. « Kinder. les livres patriotiques étaient conçus comme une marchandise. 1. Ein Überblick ». » SCHOLZ 1922. étaient élaborés à l’initiative d’éditeurs en collaboration avec des institu- tions comme l’Office pour la marine impériale (Reichsmarineamt). 45-65. par Günter LANGE. L’intérêt pécuniaire des éditeurs était tel qu’ils étaient incités par les autorités à se mon- trer patriotes !47 41 BRUNKEN. Par ailleurs. Göttingen. 2000. Susanne. Das Nachrichtenbureau des Reichsmari- neamtes 1897-1914. par Annegret JÜRGENS-KIRCHHOFF / Agnes MATTHIAS. ils donnèrent parfois lieu à des litiges entre ces différents acteurs. 1976. depuis la fin du XIXe siècle. Au même titre que d’autres catégories de la littérature pour l’enfance et la jeu- nesse (celle empreinte de l’Art nouveau surtout. in : Taschenbuch der Kinder. p. 42 ARIÈS. Hohengehren. L’enfant et la vie familiale sous l’Ancien Régime. Philippe. Comme son prédécesseur en 1913. in : Warshots. n° 1. Jahrhunderts ». der Bildungsstufe ja der Weltanschauung spielen stark mit hinein und sind mitbestimmend für den Absatz. pp. in : German History. quelques ouvrages patriotiques. Jahrhundert. 45 Se référer dans ce chapitre à : 2) Effervescence patriotique de 1912-1913 et militarisme de conviction. 23. entrent fortement 46 en ligne de compte et jouent un rôle non négligeable dans les ventes. Krieg. STARGARDT. dir. mais s’inscrivaient dans une vaste culture du divertissement qui devait amuser tout en instruisant.44 Peu soucieux d’exploiter un intérêt esthétique.

Richard. Soziale Herkunft und poli- tische Erziehung von Schülerinnen an höheren Mädchenschulen in Schleswig-Holstein. Jahrhundert. Ces dédicaces étaient considérées comme un signe de bonne qualité. ». Straubing. vol. 1861-1918. « dédié à Sa Majesté l’Empereur et le Roi ». dir. Berlin. Kattowitz. ces livres étaient le reflet d’une société patriarcale. Ces hommages renforçaient le discours pro-prussien contenu dans ces livres. und 20. p. Stuttgart. NIPPERDEY. installé dans le sud de la Bavière à Straubing. 1997. 1913]. 17-26. [1913]. cette pratique ne se limitait pas aux livres patriotiques. Klett-Cotta. « Guillaume II et le pouvoir : un régime personnel ? ». Thomas. op. « dédié avec la plus grande déférence à Sa Majesté Royale le Prince Eitel Frédéric de Prusse ». Ute. pp. 53 FREVERT. 51 PUST. und 20.49 ou encore Die eiserne Zeit vor hundert Jahren 1806-1813. Der Erste Weltkrieg in deutschen und französischen Schulgeschichtsbüchern. 54 RIES 1992. Nantes. 49 BAECHLER. Luitpold et Rudolf. 2004. kultur. Os- nabrück. ‚Vaterländische Erziehung‘ für ‚Höhere Mädchen‘. « Gesellschaft und Militär im 19. telles que la princesse héritière pour Deutschlands Wehr zu Land und Meer. Albrecht. à la fois empereur d’Allemagne et roi de Prusse. 1992). Éditions du temps. Beck. cit. Hans-Christian. Deutsche Geschichte. Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug. susceptible de favoriser l’achat des ouvrages. dir. Karl. Attenkofer. Certains ouvrages comportaient des dédicaces. Ce cachet monarchique constituait un argument commercial supplémentaire. Rainer. Deutsche Verlags-Anstalt. in : Militär und Gesellschaft im 19. pp. « dédié à Sa Majesté 48 « Seiner Majestät dem Kaiser und König ». Dans certains livres d’images il était fait mention d’une autorisation de personnalités officielles. [ca. Inscrits dans le respect de l’ordre éta- bli. BENDICK. 2 : Machtstaat vor der Demokratie. Munich. comme c’était aussi le cas à l’école. Kriegserwartung und Kriegserfahrung. par exemple Deutschland in Waffen. Christian. 50 « Seiner Königlichen Hoheit dem Prinzen Eitel-Friedrich von Preußen in tiefster Ehrerbietung gewid- met. KNÖTEL. 3. par Id. Anton / STAUDINGER. Die eiserne Zeit vor hundert Jahren 1806-1813. Jahrhundert: Sozial-. 58 . Pfaffenweiler. in : Le Reich allemand du départ de Bismarck à la Première Guerre mondiale 1890-1914. Si la loyauté à la dynastie des Hohenzollern prédominait. 2003.50 deuxième fils de Guillaume II et de son épouse Auguste Victoria. p.51 on rendait parfois hommage à d’autres familles princières régionales : l’éditeur Attenkoffer. par Jean-Paul CAHN / Bernard POLONI / Gérard SCHNEILIN. Der Andere Verlag. [1910]. 1900-1939/45.54 Les éditeurs franchissaient parfois un pas supplémentaire dans l’instrumentalisation de la monarchie à des fins commerciales. 3. Armeebil- derbuch..und geschlech- tergeschichtliche Annäherungen ». 52 HOFFMANN. Carl Siwinna. Cette dimension lucrative ne les empêchait pas de mettre en scène leur loyauté envers la monarchie et leur élan patriotique à travers des références variées à des membres des familles princières et impériale. in : Deutschland in Waffen. Centa- raus-Verlagsgesellschaft. 1999. 1866-1918. 7-14.48 Guillaume II. Stuttgart. dédia son ouvrage Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug52 aux trois fils du prince héritier Rup- precht de Bavière.53 Assez répandue. 1993 (1e éd.

59 . » KNÖTEL. Paris. Hanovre. voire nationalistes. New York. Dans l’édition du Literarischer Ratge- ber für die Katholiken Deutschlands de 1913. Das deutsche Kaiserreich. Après la fin du Kulturkampf. nous pouvons supposer que certains de ces ouvrages touchaient un public dont les convictions étaient proches des conservateurs (Deutschkonservative Partei). selon le principe de l’offre et de la de- mande. cit. Bildpostkarten aus dem Ersten Weltkrieg 1914-1918. Molling. À cet égard. un atout commercial supplémentaire. vol. Se référer aussi dans ce chapitre à : B. au même titre que la renommée des illustrateurs et des auteurs. des nationaux-libéraux (Nationalliberale Partei) et. Christine. 2. Richard. par Dr.57 Ces objets avaient également pour but d’exalter le rayonnement de la monarchie ainsi que sa proximité envers le peuple alle- mand et connaissaient vraisemblablement. Deutschland in Waffen était vivement recommandé aux jeunes garçons. plus ou moins ra- dical. La participation du prince héritier à la rédaction de cet ouvrage et la collaboration de nombreux officiers et peintres de renom y étaient mises en avant. Noesis. Kösel’schen Buchhandlung.. 57 STÖCKLE. 1985. 2000.Royale le Prince Guillaume de Prusse avec l’autorisation de Sa Majesté Impériale ma- dame la Princesse héritière ». Max ETTLINGER / Wilhelm SPAEL. op. 234. 59 NIPPERDEY 1993. [1912]. 58 La même argumentation est adoptée par de nombreux spécialistes des cartes postales de la Grande Guerre. Campus. des conser- vateurs libres (Freikonservative Partei).59 Selon leur contenu textuel. p. Les critiques de littérature enfantine ac- cordaient une attention particulière à ces aspects. Marie-Monique.56 En inscrivant leurs livres dans un univers de références ancré dans le respect de l’ordre établi. mais nous n’avons pas pu vérifier le circuit des autorisations. Histoires de famille 1914-1918. p. 3. Ces dédicaces et remerciements révèlent à quel point la référence à la loyauté envers la monarchie constituait. Der grosse Krieg.58 un franc succès auprès des acheteurs partageant ces valeurs monarchiques. JANZ. HUSS. 67. Le goût pour la lec- ture des jeunes générations. dir. Essen. les éditeurs répondaient certainement à l’horizon d’attente des acheteurs. un enjeu patriotique. Cartes pos- tales et culture de guerre. Wilhelm. les éditeurs reçurent peut-être effecti- vement la permission de dédicacer ces ouvrages aux enfants de familles princières. Klartext. Ansichtskarten und Texte aus der wilhelminischen Zeit 1888-1918. Francfort/Main.55 Dans de tels cas. Stuttgart. le parti 55 « Mit Genehmigung Ihrer Kaiserlichen Hoheit der Frau Kronprinzessin Seiner Königlichen Hoheit dem Prinzen Wilhelm von Preußen zugeeignet. surtout p. dans une moindre mesure. 32. qui entretenaient « un rapport globalement positif à l’armée ». voir : BROCKS. 1913. Oliver. 2013. Verlag der Jos. ces produits peuvent être rapprochés des nombreuses cartes postales à l’effigie des familles princières et impériale. Munich. p. Deutschlands Wehr zu Land und Meer. 2008. Die bunte Welt des Krieges. Klett. 56 Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands. Ces pratiques éditoriales donnent à penser que le lectorat de ces ouvrages était issu de milieux relativement traditionnels. du Zentrum.

op. y était indiqué aux dépens du statut civil. pp. cit. 368. 4 : 1870-1918. Cette logique commer- ciale. 1991. Beck. Françoise.60 Autrement dit.. bien qu’ils eussent perdu en influence après la démission de Bismarck et dussent retrou- ver leur légitimité seulement à la fin de la Première Guerre mondiale grâce à la person- nalité de Gustav Stresemann. 165-177. Munich. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. Ces albums étaient ainsi l’expression d’un « militarisme folklorique ». Munich. 57-90. Hostiles à l’industrialisation et à toute réforme (notamment parlementaire du Reich). pp. en particulier.64 60 MÖLLER. source de considération sociale. misant sur les tendances conservatrices présentes dans le Reich. les conservateurs libres et les conservateurs. les éditeurs dissimulaient habilement le débouché commercial que représentaient ces ouvrages. les conservateurs. WEHLER.63 au même titre que d’autres objets de la vie quotidienne tels que les petites an- nonces. vol. Comme le nationalisme. p. 916 ets. dir. cit. ces stratégies éditoriales. ce militarisme « s’autoalimentait ». 1995.62 Ces livres d’images militaires et patriotiques reflétaient un processus de « militarisation so- ciale ». entre fin 1914 et 1916. cit. vol. op. 3 : 1849-1914. les nationaux-libéraux recrutaient leur électorat dans la bourgeoisie cultivée et économique et auprès de grands industriels bourgeois. « La question nationale sous Guillaume II : du patriotisme au nationalisme exacerbé ». Derrière la loyauté affichée envers la monarchie. 47-60. 61 VOGEL 1997. « Von Bismarck zum Weltkrieg: Das deutsche Parteiensystem zwischen 1890 und 1918 ». Hans-Ulrich. p. Von der Reichsgründung bis zum Ende des Ersten Weltkrieges. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. pp. « Erstes Kapitel: Lebenswelten und Alltagswissen ». par Christa BERG. 60 . devait connaître son apogée pendant la guerre. des grands propriétaires terriens (Junker).. les cartes de visite et les faire-part de mariage : le grade militaire. reposaient sur une exploitation commerciale de l’ordre établi. 275. pp. représentaient les intérêts de la noblesse. 63 « soziale Militarisierung ». bien plus influents. répondant au militarisme répandu dans la société. Alf.61 dans lequel la dimension lucrative jouait un rôle central. 62 KNOPPER. Beck. in : Handbuch der deutschen Bildungsgeschichte. des fonctionnaires de hauts rangs et des élites militaires. Particulièrement présents en Prusse.. Deutsche Gesellschaftsgeschichte. von der ‚Deutschen Doppelrevolution’ bis zum Beginn des Ersten Weltkrieges. in : LÜDTKE. étaient proches de la Fédération des agricul- teurs (Bund der Landwirte).catholique avait soutenu la politique du gouvernement et s’était montré loyal envers la monarchie. Proches des pangermanistes. Horst. (1) 64 Se référer dans le chapitre 6 à : 1) Tournant de 1917 : les éditeurs rattrapés par la réalité économique et matérielle. 171. p. op.

68 Se référer dans ce chapitre à : 1) Militarisme folklorique. Le 18 octobre 1813. 151. pp. dont la prise en charge éditoriale fut assurée par Wilhelm Kottenrodt. in : Der Krieg des kleinen Mannes. Beck. 51. « Der Gesinnungsmilitarismus der ‘kleinen Leute’ im Deutschen Kaiserreich ». ces sources étaient cependant parfois produites par des éditeurs qui se distinguaient davantage par un « militarisme de convic- tion ». 69 « die betont nationale Ausrichtung des Verlagsprogramms ». in : Deutsche Erinnerungsorte. La bataille de Leipzig fut l’un des grands mythes na- tionaux du XIXe siècle. dir. cit. Leipziger Gedenkfeiern der Völkerschlacht im 19. vol. « Mythos und Geschichte. Jahrhundert »..65 2) Effervescence patriotique de 1912-1913 et militarisme de conviction Outre les motivations économiques. Göttingen. 61 . 620-635. de la Russie et de la Suède sur la France. Expression d’un militarisme folklorique. in : Nation und Emotion. 111-132. HOFFMANN. op. ces sujets se multiplièrent dès le début des années 1910 pour atteindre un boom patriotique en 1912-1913. avait été décisif pour la victoire de l’Autriche. Des éditeurs tels que Schreiber restèrent mesurés jusqu’au début du conflit. de la Prusse. du centenaire de la ba- taille des Nations offrirent l’occasion de mettre sur le marché un grand nombre d’ouvrages consacrés à ces sujets. 2010. Munich. Munich. également appelée Va- terländisches Bilderwerk. 1992. p. La maison Scholz en particulier. Oktober 1813: «Möchten die Deutschen nur alle und immer dieses Tages gedenken!» – die Leipziger Völkerschlacht ». sur la production de livres patriotiques et militaires. Les perspec- tives du bicentenaire de la naissance de Frédéric II66 et. in : Erinnerungstage. au moins indirectement et pour certaines entreprises.68 réputée pour « l’orientation fortement natio- nale de son programme éditorial ». Vandenhoeck & Ruprecht. Uwe. Alors qu’elle n’en avait produit que deux entre 1907 et 1910. 2001. troisième jour de la bataille la plus sanglante de l’histoire européenne avant 1914 (avec plus de 80 000 morts et bles- sés). elle lança en 1912 sa série d’ouvrages patriotiques Vaterländische Bilderbücher. ancien maître d’école. pp. Les troupes napoléoniennes avaient été encerclées. Wendepunkte der Geschichte von der Antike bis zur Gegenwart. Stefan-Ludwig. la dimension idéologique et le contexte politique influèrent. L’empereur avait pris la fuite le jour suivant. Frank-Lothar. connu sous le pseudonyme de Wilhelm Kotzde pour 65 ROHKRÄMER. 95-109. pp. surtout. par Étienne FRANÇOIS / Hannes SIEGRIST / Jakob VOGEL. par Étienne FRANÇOIS / Hagen SCHULZE. « Friedrich der Große ». Munich. 145-162. und 20. dir. Piper. p. in : SCHNEIDER 1984. mais pour d’autres.67 Dans la revue du Deutscher Kinderfreund le discours sur la guerre à l’adresse des enfants fut renforcé par le centenaire de 1813. 1. 1995. par Étienne FRANÇOIS / Uwe PUSCHNER. 66 KROLL. Beck. und frühen 20. dir. Deutschland und Frankreich im Vergleich 19. Thomas. par Wolfram WETTE. Eine Militärgeschichte von unten. dir. Jahrhundert. 67 PUSCHNER. « 18.69 était la figure de proue en matière de livres patrio- tiques. pp.

de Gruyter. 71 PUSCHNER. Antisemitismus und rechtsradikale Politik: vom „Friedeutschen Jugendtag“ bis zur Gegenwart. Duncker & Humblot. cit. Berlin. la Hollande. Hans. 75 « das Einkreisungssyndrom ». KORNFELD 1999. la part des exportations s’élevait en 1909 à 20 % du chiffre d’affaires. des lec- tures faisant l’apologie de la nation allemande71. in : NIPPERDEY 1993. 2014. cit. Cette situation géopolitique avait accentué le « syndrome de l’encerclement »75 ressenti dans le Reich.und Jugendbücher avait été lancée en 1908. Ute / RIES. Aus dem Soldatenleben. la Grande-Bretagne. Cette année-là ces livres constituèrent 20 % de sa production pour atteindre 25 % l’année suivante. la Russie et la Suisse. cit. Berlin.77 Comparée à la puissante industrie allemande du jouet. op. op. 69-90. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». [1907]. op. cit. la France.son engagement nationaliste. elle avait vraisemblablement provoqué un recentrage sur le marché intérieur. était paru cette année-là. Ein Versuch. pp. 15. Or la convention anglo-russe du 31 août 1907 (traité de Saint- Pétersbourg). pp. Le tout premier livre patriotique. 237. cit. 62 . 77 KORNFELD 1999. op. 76 DETTMAR. il avait de plus en plus limité son commerce aux frontières nationales. mais au cours des années 1900.73 À examiner de plus près le programme éditorial de Scholz. « Kriegspädagogik als Lebensaufgabe – Wilhelm Kottenrodt (1878- 1948) ». in : Jugendbewegung. Diesterweg-Hochschule. par Gideon BOTSCH / Josef HAVERKAMP. qui destinait 80 % de 70 MARKMANN. Kriegserziehung im Jugendbuch.72 Ces chiffres se situaient nettement au-dessus de la moyenne générale : en 1913 la part des titres de guerre dans le Kaysers Bücherverzeichnis s’élevait à 12 %. Scholz. vol. D’après le rapport annuel de la Chambre de commerce de Mayence. dir. Marieluise.13 Kinder. art.70 Kotzde était engagé auprès du mouvement de jeunesse à tendance nationaliste et völkisch qui faisait la promotion. dir. p. Uwe. Eine Problemskizze ». op. dir. SCHNEIDER 1984. le prélude à la césure de 1911-1912 datait en réalité de 1907. Berlin. essentiellement vers l’Autriche.. 72 SCHNEIDER 1984. Ute. par ARBEITSGRUPPE « LEHRER UND KRIEG ». Hans-Heino / LIEBERT. Kriegspädagogik im Kaiserreich. Francfort/Main. qui s’ajoutait à l’alliance franco-russe de 1893 ainsi qu’à l’Entente cor- diale de 1904 entre la France et la Grande-Bretagne.76 Scholz par exemple envoyait des représentants à l’étranger depuis 1850. 279-328. « Kapitel 5. Haag + Herchen. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. « Völkische Bewegung und Jugendbewegung. op. 2005. in : Lehrer helfen siegen. cit. 73 CHRISTADLER. les pays scandinaves. Literarische Mobilmachung in Deutschland und Frankreich vor 1914. 74 FRANKENBACH. SCHOLZ 1922. Aus dem Sol- datenleben. Mayence. avait alors posé les jalons de la Triple-Entente. 10-28 . Voir aussi : DANIEL. par Barbara STOLLBERG-RILINGER.und Jugendbuchverlag ». Ute / EWERS. 1978. pp. Par ailleurs. in : Was heißt Kulturgeschichte des Politischen?. 2. 1987. Karl-Jakob.74 La série Mainzer Volks. Une partie de la production de certains éditeurs était destinée à l’exportation. Hans-Jochen. cit. dès l’avant-guerre. p.

1883-1983. Cette situation politique n’empêcha toutefois pas Otto Maier (Ravensbourg) de débuter ses exportations en 1912. était l’ancêtre de l’actuel Ravensburger Verlag. 63 . fortement incité par le secrétaire d’État aux Affaires étrangères. op. 1997. Gerd. nous y reviendrons. avait également compliqué les relations germano-britanniques.83 Les firmes Ernst Nister et Theodor Stroefer se caractérisaient elles aussi par leur dimension internationale. Otto Maier Verlag Ravensburg. 2013. Otto. fondée au début des années 1890 et connue pour ses jeux de société et ses albums de coloriage. New York. 83 RUNDEL. Ravensbourg. Tallandier. Essen. JANZ. op.81 Le programme de construc- tion d’une flotte de guerre allemande. 2012 (1e éd. avait envoyé des troupes pour réprimer des révoltes de tribus à Fès. 79 SCHOLZ 1922. En 1914 l’entreprise enregistrait un chiffre d’affaires de 250 000 marks et employait quinze personnes. Paris.78 Karl Scholz partageait ce jugement sur sa production. Pour d’autres éditeurs. Guillaume II. invoquant les intérêts d’industriels et de commerçants allemands au sud du Maroc . Rabat et Meknès. 1983.und Mentalitätsgeschichte des Ersten Weltkriegs. La crise d’Agadir entraîna certes un excès de nationalisme : alors que la France.79 Ce repli national n’était néanmoins pas seulement dû à des motivations poli- tiques. Francfort/Main. « ‚Schwarzer Peter im Weltkrieg’: Die deutsche Spielwarenindustrie 1914- 1918 ». cette part était relativement faible. Oliver. Cam- pus. dir. le « Panther ». 81 BECKER. op. in : Kriegserfahrungen. Studien zur Sozial. 82 RUNDEL 1983. Jean-Jacques / KRUMEICH. cit. Maier. violant le traité d’Algésiras.80 L’évolution du commerce de ces imprimeurs relevait donc aussi d’un calcul pécuniaire. Der grosse Krieg. cit. pp. Les nouvelles réglementations douanières de 1905 avaient entraîné une augmen- tation des taxes de 25 % à 50 % sur les exportations d’articles lithographiques vers la Russie. 2008). Alfred von Kiderlen-Wächter. l’Autriche-Hongrie et la Suisse. Stroefer avait été fondée à New York en 1868 avant que son siège ne fût déplacé à Munich en 1876. Une part importante du commerce 78 HOFFMANN. Une histoire franco-allemande. cette crise renforça les liens franco-britanniques. Stroefer imprimait la plupart de ses productions dans l’atelier lithographique de Nister à Nuremberg.82 Cette maison d’édition et librairie. 323-335.sa production à l’exportation avant 1914. la politique d’exportation connut une évolution inverse. Heike. 80 KORNFELD 1999. cit. débarqua à Agadir à bord de sa canonnière. Hundert Jahre Verlagsarbeit. La Grande Guerre. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Dieter LANGEWIESCHE / Hans-Peter ULLMANN. Klartext.

pp. Göttingen. nous pouvons citer le commandant Keim. Deutschland im Jahre 1913: Erinnerungs. pp. « Kapitel 5. Presses Universitaires de Nancy – Éditions Universitaires de Lorraine. cit. « Introduction ». p. Reiner. Thomas. « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg. / SCHOLZ 1913. Nancy. principa- lement vers la Grande-Bretagne.85 revenait sur les livres patriotiques pour l’enfance et la jeunesse. in : Zur Sache Schulbuch. vol. 2013. 1913. 194-224. 20-32. p. cit. par Jost DÜLFFER / Karl HOLL.90 Au premier rang de ces groupes figuraient la Ligue pangermaniste. in : Bereit zum Krieg. art. pp.86 Ces organisations nationalistes alimentèrent la « psychose de guerre »87 durant les années précédant la Première Guerre mondiale. 86 KOTZDE. de la Ligue pour la Défense (Wehrverein). 13-45. 1976.89 Face aux diverses associations nationalistes montantes. Hans. « Kriegserziehung durch das Jugendbuch in Deutschland und Frankreich am Vorabend des I. 5- 51 . Außenpolitik und öffentliche Meinung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». représentant de la section berlinoise de la Ligue pangermaniste (Alldeutscher Verband). Ute / RIES. 121-156. Kriegsmentalität im wilhelminischen Deutschland 1890-1914. cit.des deux entreprises avait toujours reposé sur les exportations vers l’étranger. la Ligue navale (Flottenverein). 15. cit. in : DÜLFFER / HOLL 1986. 5 : Studien zur Methodenproblematik wissenschaftlicher Schularbeit. in : id. Joseph. pp. dir... Weltkriegs ». Les initiatives de Scholz et Kotzde s’inscrivaient donc dans un « militarisme de conviction »88 et reflétaient les phénomènes de politisation massive de l’opinion pu- blique depuis la dernière décennie du XIXe siècle et de radicalisation de la vie politique à partir de 1911-1912. « Einige Spitzen des Deutschen Lehrervereins im Kampf um die Jugendschrift ». 87 ALEXANDRE. Stroefer und Ernst Nister in Nürnberg ». op. Vandenhoeck & Ruprecht. 64 . art. CHIRSTADLER.und Ju- gendbuchverlag ». « Die Zusammenarbeit der Kunstverlage Theo. Wilhelm / SCHOLZ. 89 CHICKERING. Wilhelm.. Munich. Der Kampf um die Jugendschrift. En 1913 ces cercles comptaient respectivement près de 18 000 membres pour la pre- 84 KLOSE. Eva. Wolfgang. Nation und Nationalismus in Deutschland 1770-1990. par Horst SCHALLENBERGER. par Id. Ratingen. art. Otto. 1993. Le pamphlet nationaliste Der Kampf um die Jugendschrift. cit. dir.. dir. DETTMAR. Ute / EWERS. ou encore la très radicale Ligue pour la Défense précitée. fondée fin 1912 et le commandant Mey. pp. Henn Verlag. Roger. Les éditeurs obtinrent l’appui de nombreux militaires : parmi eux. pp. 151. édité par Kotzde et Scholz à l’occasion du centenaire de 1813. 185 ets. Mayence. 88 ROHKRÄMER. 85 KOTZDE. 1986. op. le Reich vit s’amenuiser sa capacité à faire des compromis. in : L’Allemagne en 1913 : culture mémorielle et culture d’avant-guerre. DANN. « Die Alldeutschen erwarten den Krieg ». jugée trop timorée par les plus radicaux. « Der Gesinnungsmilitarismus der ‘kleinen Leute’ im Deutschen Kaiserreich ».und Vorkriegskultur. Beck. 90 MOMMSEN.84 La part importante des ouvrages patriotiques dans la production de Scholz à partir de 1912 s’expliquait tant par un intérêt pécuniaire que par des motivations idéologiques. Marieluise. Hans-Heino / LIEBERT. Scholz. dans le contexte de la crise d’Agadir et de la victoire des sociaux- démocrates au Parlement. Philippe / MARCOWITZ.13 Kinder.

n° 9. 97-143. Oktober 1813: «Möchten die Deutschen nur alle und immer dieses Tages gedenken!» – die Leipziger Völkerschlacht ». Ils voyaient en l’école une instance de socialisation qui inculquait un enthousiasme patriotique et guerrier et préparait ainsi les jeunes garçons à leur service militaire. les tentatives d’encadrement des jeunes s’étaient intensifiées. l’Armée et 92 le peuple tout entier. conforme à la vision monarchique. Uwe. „Kein schönrer Tod…“: die Militarisierung der männlichen Jugend und ihr Einsatz im Ersten Weltkrieg 1890-1918. selon une vision répandue à l’époque. Ces mémoires partiellement concurrentes s’étaient cristallisées dès la première moitié du XIXe siècle autour des termes de « guerres de libération ». 1998. 94 PUSCHNER. surtout depuis l’unification allemande. comme la Ligue Jeune Allemagne. « Of- fener Brief an den Arbeitsausschuß des Dürerbunds ». art. notam- ment par le biais de groupes de jeunesse soutenus par l’État. l’emportât sur la seconde. avant que la première expression. les auteurs mettaient en avant la vo- lonté et la détermination qui. Par-delà les débats précités sur les lois militaires de 1913 et les peurs de voir le Reich encerclé et assailli par des ennemis en surnombre. p. Depuis le début des années 1910. et de « guerres pour la liberté ». 91 CHICKERING. la bourgeoisie soulignait la participation politique du peuple en 1813.. et 40 000 membres et 100 000 organisations pour la troisième.mière.93 L’importance cruciale accordée à la mobilisation populaire s’inscrivait dans l’interprétation des guerres de libération par la bourgeoisie. l’emportaient sur des considérations matérielles et numériques pour remporter une victoire. la surestimation de l’engouement patriotique du peuple en 1813 était centrale dans les livres de Scholz. « 18. welcher Schule. Jos. d’autre part. op. industrielles…) pour la deuxième. « Der Kampf um die Jugend zwischen Volksschule und Kaserne. 71-75 . 92 « Wie Deutschland um seine Einheit kämpfen mußte. Klaus. Juventa-Verlag. so wird es unverkennbar um seine Weltstellung kämpfen müssen. in : Militärgeschichtliche Mitteilungen.94 Nous le verrons. Munich. Contrairement à la version officielle qui mettait en exergue le rôle de la Prusse et des Hohenzollern durant ces guerres. Christoph. Wilhelm / SCHOLZ. » KOTZDE. 1971. cit. Et cette lutte ne sera pas tant dé- terminée par les effectifs ni les armes que par l’état d’esprit qui anime l’École. SCHUBERT-WELLER. 93 SAUL. pp. les Églises et l’armée. pp. Roger.91 L’instrumentalisation idéologique que faisaient Scholz et Kotzde de leurs ou- vrages patriotiques apparaissait clairement dans le pamphlet de 1913 : Tout comme l’Allemagne a dû se battre pour son unité. art. sondern der Geist. créée en novembre 1911. elle devra indéniablement lutter pour sa place prépondérante sur la scène internationale. in : id. Weinheim. Heer und das ganze Volk beseelt. 75. d’une part.. 65 . considérées comme le prélude à la réali- sation de l’unité nationale. « Die Alldeutschen erwarten den Krieg ». Und in diesem Kampfe werden nicht Zahlen und Waffen entscheiden. / SCHOLZ 1913. cit. cit. Ein Beitrag zur ‘Jugendpflege’ im Wilhelminischen Reich 1890-1914 ». environ 333 550 membres et 790 000 organisations (militaires.

signe de décadence. une radicalisation et une « nationalisation ». p. 1-44.102 Contrairement à la thèse avancée par Cornelia Schneider. le matéria- lisme et la « mollesse ». 163-166. 104 DÜLFFER. Zivilisationskritik in Deutschland 1890-1914.104 Cet engagement politique et idéologique prégnant explique en grande partie la surreprésentation des ouvrages pour enfants édités par Scholz dans cette étude. pp.95 s’inscrivait également dans les tendances réac- tionnaires du pessimisme culturel (Kulturpessimismus). BEßLICH. Reiner. art. 2000. art.. in : DÜLFFER / HOLL 1986. pp. art. 9-19. Wissenschaftliche Buchgesellschaft. 103 SCHNEIDER 1984. op. 25-52. « Einleitung: Dispositionen zum Krieg im wilhelminischen Deutschland ». « Einleitung ». dans certaines de ses ten- dances. cit. BEßLICH 2000. op.. Darmstadt. qu’elle attribuait à la paix instaurée depuis 1871. Scholz ne produisit sans doute pas ces ouvrages patriotiques par opportunisme. p. 98 Deutschland in Waffen [1913]. 1913. op. pp. 66 . « Introduction ». cit. ardent défenseur de la critique de la civilisa- tion moderne (Kulturkritik). Gilbert. Les périodiques et la mutation de la société allemande à l’époque wilhelmienne. 95 ALEXANDRE. Ce discours empreint d’impérialisme. les milieux catholiques s’étaient davantage identifiés aux intérêts nationaux. 745. Françoise.. Philippe / MARCOWITZ. cit. cit. 152. in : Perceptions de la crise en Allemagne au début du XXe siècle. cit. présenté par Hans-Ulrich Wehler comme un « nouveau substitut à la religion ». op. 102 BECKER / KRUMEICH 2012. Francfort/Main. 101 MERLIO.103 L’éditeur et son collaborateur Wilhelm Kotzde faisaient preuve d’un engagement nationaliste prononcé.101 Le titre de l’ouvrage. 100 Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands. connue notamment pour sa re- vue familiale Über Land und Meer. KNOPPER.. op. qui connut entre 1890 et 1914. Jost. La confession catholique de Scholz traduisait par ail- leurs une certaine homogénéisation de la culture politique du Reich : après la fin du Kulturkampf. Cette tendance apparaissait clairement dans Deutschland in Waffen. in : WEHLER 1995. p.96 et dont Julius Langbehn était l’un des représentants les plus fameux. 97 MERLIO. cit. « Kulturkritik um 1900 ». op. Peter Lang. chargé de références historiques. mêlé à des intérêts économiques. achevait de placer le livre sous le signe des débats sur la loi mili- taire de 1913. 43. « Kulturkritik um 1900 ». qui restait toutefois minoritaire parmi les ouvrages parus à l’occasion du jubilé. cit. Barbara. dir. cit. in : WÜRFFEL 2000. pp. Ils utilisaient leurs ouvrages à des fins idéologiques. in : Wege in den ›Kulturkrieg‹. Gilbert. « La question nationale sous Guil- laume II : du patriotisme au nationalisme exacerbé ». par Michel GRUNEWALD / Uwe PUSCHNER. édité par la Deutsche Verlags-Anstalt (Stuttgart).98 Cet ou- vrage. puis surtout à partir des années 1890. 96 « neue[r] Religionsersatz ».. 99 « Deutsche Verlagsanstalt ».100 La préface était signée par le prince héritier. cit. cit. op. cit.99 était recommandé dès l’âge de douze ans. dans le seul but de répondre à une demande. op.97 Ce courant de pensée postulait notamment les inégalités comme naturelles et condamnait la modernité. 2010.

Sonja. par Heather JONES / Jennifer O’BRIEN / Christoph SCHMIDT-SUPPRIAN. cit. cit. On a observé une évolution semblable dans la production de jouets d’Otto Maier : alors qu’il allait éditer pendant le conflit de nombreux albums de coloriage. entièrement représentative des éditeurs de littérature patriotique pour enfants d’avant-guerre. ciblant les acheteurs potentiels. Malgré l’effervescence patriotique sensible à partir de 1911-1912. dir. Leur nette minorité par rapport aux jouets traditionnels a également été constatée en Grande-Bretagne pour la même période. Il existait bel et bien une « interdépendance entre idéologie et chiffre d’affaires »105 dans la production de livres pour l’enfance et la jeunesse avant 1914. des réseaux de pédagogues et de spécia- listes de l’enfance. un enjeu patriotique 1) Multiplicateurs de la littérature de jeunesse Pour assurer la distribution des ouvrages. ces sujets patriotiques et militaires restèrent. soit 4 % du programme. des annonces publicitaires paraissaient dans des revues familiales et pédagogiques. in : Untold War. il mit sur le marché. Brill.108 Scholz illustre néanmoins un autre phénomène de l’immédiat avant-guerre : la montée en puissance des organisations nationalistes depuis 1911. Leiden. cette entreprise n’était pas. les séries sans sujets guerriers (reprenant par exemple les contes des frères Grimm. op. dont la produc- tion s’inscrivait pourtant dans une certaine tradition militariste n’indiquaient pas des intentions aussi prononcées. contribuaient à la diffusion de cette littérature patriotique. la représentativité de Scholz doit être nuancée. 108 Voir la liste des collections établie par Cornelia Schneider : SCHNEIDER 1984. Outre les éditeurs et les imprimeurs. 4. aussi bien durant l’avant-guerre que pendant le conflit. Les éditeurs en période de guerre. op. seulement sept nouveaux jeux à dimension historique et patriotique sur un total de 176. en raison de ses tendances nationa- listes exacerbées. comme Loewe et Schreiber. pp. 31. contrairement à la thèse de Marieluise Christadler. 107 MÜLLER. Toutefois. A comparison ». B. 233- 257. in : CHRISTADLER 1978. 67 . New Perspectives in First World War Studies. p. quasi- 105 « Interdependenz von Weltanschauung und Absatz ». entre 1900 et 1914. « Toys. chargés de recenser ces ouvrages..107 Même pour Scholz. 106 Se référer dans le chapitre 3 à : A. Le goût pour la lecture des jeunes générations. D’autres éditeurs. À cet égard. p. Boston. illustrés dans le style de l’Art nouveau) prédominaient. games and juvenile literature in Germany and Britain during the First World War. 2008.106 un phénomène minoritaire dans la production de livres pour l’enfance et la jeunesse.

Weidmann. Die deutsche Jugendliteratur nebst einem Verzeichnisse bewährter Jugendschriften. Leipzig. Jahrhundert. cit. Ute / RIES. Berghahn Books. 1913. par Dirk SCHUMANN. édité par Fritz Johannesson. New York. Was sollen unsere Jungen lesen? Ein Ratgeber für Eltern. 68 . Was sollen un- sere Jungen lesen? Ein Ratgeber für Eltern. Outre des critères esthétiques et religieux. révélaient l’intérêt que suscitait cette litté- rature extrascolaire auprès des instances qui encadraient habituellement la jeunesse : les maîtres d’école. L. la dimension politique y jouait un rôle central. par Deutsche Zentralstelle zur Förderung der Volks. op. in : Die Lesestoffe der Kleinen Leute. MAASE. Oxford. Die Kinder der Massenkultur. 105-121. la revue Jugendschriften-Rundschau115 et l’ouvrage Die deutsche Jugendliteratur nebst einem Verzeichnisse bewährter Jugendschriften116 d’autre part. The United States and German Central Europe in comparative Perspective. était représenta- tif des velléités nationalistes de cette époque. « Das Religiöse und das Patriotische in der Jugendschrift ». 24-51. Munich. [Pour la période étudiée].. cit.. pp. dir. Berlin. KAY. 111 « Schundliteratur und Kriegsliteratur ». voir aussi : CHRISTADLER 1978. cit. 1912. Francfort/Main. und 20. Ute / EWERS. 109 Nous citerons ici : RIES 1992. 78-104.. Le titre de cet ou- vrage est révélateur : JOHANNESSON. Heinrich. Beck. 3e éd.112 Plus ou moins exacerbée. 1906. op. 116 WIEGAND. Berlin. Lehrer und Buchhändler. Hildenbach. Organ zur Hebung der deutschen Jugendliteratur. in : Raising Citizens in the « Century of the Child ». Studien zur populären Literatur im 19. Ces productions diverses montrent que la littérature pour l’enfance et la jeunesse était déjà une affaire patriotique avant le premier conflit mondial. Rudolf SCHENDA. supplément à West-deutsche Lehrerzeitung.111 constituaient des instances de contrôle des jeunes générations. cit. 1910-1918. supplément à Eckart. la dimension patriotique était présente dans tous ces catalogues et bibliographies critiques.110 Les nombreuses publica- tions éditées au nom du combat contre les mauvaises lectures (Schundliteratur). WOLGAST. les bibliothécaires et les ecclésiastiques. 113 Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands. Carolyn. Co- logne. op. Pour la présentation et la catégorisation de ces différents organes.13 Kinder.109 Les revues pédagogiques. in: Vom Kinderbuch. Ein deutsches Literaturblatt. 1910-1919/1920. éd. 110 DETTMAR. 2e éd. Les confessions catholique et protestante disposaient de leurs propres réseaux : les périodiques Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands113 et Wächter für Jugendschriften114 d’une part . souvent parents et enseignants. art. Lehrer und Buchhändler. 114 Der Wächter für Jugendschriften. en par- ticulier contre la littérature de colportage.exclusivement des adultes. 2010. op. Kontroverse um Schmutz und Schund seit dem Kaiserreich. 112 CHRISTADLER 1978. éd. « How should we raise our son Benjamin? ». conçues par et en partie pour des instituteurs. pp. Hans-Heino / LIEBERT. 115 Jugendschriften-Rundschau. Wiegand. 1910-1920. par Katholische Lehrerverbände des Deutschen Reiches. New York. pp. cit. Hans.und Ju- gendlektüre. membre du comité directeur du comité central pour le combat contre les mauvaises lectures (Zentralstelle zur Bekämpfung der Schundliteratur). Kaspar. Campus. op. 2012. Fritz. Teubner. cit. Berlin.und Jugendbuchverlag ». et MAASE 2012. 1976. « Kapitel 5.

cit. [1911]. supplément au Litera- rischer Ratgeber. 1918/19 . 124 MAASE 201. Literarischer Ratgeber. dir. 2008. p. Leipzig. éd. Ferdinand (dir.126 Les bibliothèques scolaires constituaient un relai important..120 Plus progressistes. par Hamburger Prüfungsausschuß für Jugendschriften. 1910-1920.122 Ces organes. 1917/18 . 6e éd. car elles représentaient. Callwey. Gifkendorf. 1911. elle aspirait à une vérité esthétique qu’elle considérait comme spécifiquement allemande et voyait de ce fait en Dürer un nom programmatique. op. parallèlement à l’émergence de cabinets de lec- 117 KÜSTER. Von der Propaganda zum Widerstand. 1912. par le Gemeinnütziger Verein zu Dresden. MAASE 2012.. op.). Callwey. dir. Weihnachten 1911. 123 CHRISTADLER 1978. 125 WOLGAST.117 encourageait la promotion du caractère national à travers la littérature et les arts dans son organe Der Kunstwart. 120 MAASE 2012. op. cit. cit. 1916/17 . supplément au Leipziger Lehrerzeitung. par Ferdinand AVENARIUS. Der Erste Weltkrieg und die Kunst. dir.und Jugendbibliotheken. « Der Triumph der politischen Ideologien ». Ham- bourg. Merlin. les bibliothèques scolaires faisaient partie des cercles susceptibles de commander ces ouvrages. Organ der vereinigten deutschen Prüfungs-Auschüsse für Jugendschriften. 1919/20. dans son catalogue Literarischer Ratgeber118 et son supplément Literarischer Jahres- bericht des Dürerbunds. par le Bildungsauschuß der Sozialdemokratischen Partei Deutschlands. De son côté. 1066-1085. Berlin. Musterkatalog für Volks. pp. art. Voir par exemple : Jugendkatalog der Volksbibliothek der Stadt Meissen. Thieme.124 En outre. repré- sentés par Heinrich Wolgast. 122 Verzeichnis empfehlenswerter Jugendschriften. « Das Religiöse und das Patriotische in der Jugendschrift ». dont la distribution n’était pas négligeable – avant-guerre.121 Des listes de recommandations bibliographiques étaient également établies par le comité d’éducation du parti social- démocrate lui-même. cit. Leur organe s’intitulait la Jugendschriften-Warte. 119 Literarischer Jahresbericht des Dürerbundes. dans lesquelles des listes de recommandation étaient distribuées. Spamerer. Des catalogues critiques étaient spécialement conçus pour faciliter le renouvellement de leurs fonds. 1911. Meissen. Munich. 121 Jugendschriften-Warte. 32.119 Représentante du pessimisme culturel. Bernd (dir. cit. la Jugendschriften-Warte comptait 50 000 abonnés123 –. étaient proches de la social-démocratie. instituteur et fondateur du mouvement en faveur de la litté- rature de jeunesse (Jugendschriftenbewegung). 69 . cit. l’association du Dürerbund. op. 118 AVENARIUS.). avaient une puis- sante influence sur la diffusion des ouvrages. Munich. Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte Oldenburg. cit. fondée en 1902 par Ferdinand Avena- rius pour encourager une éducation esthétique du peuple. in : WEHLER 1995. 126 SCHOLZ 1922. op. les comités hambourgeois chargés de la recension et de la promotion de la littérature de jeunesse (Hamburger Jugendschriftenausschüsse). Heinrich.125 Des éditeurs comme Scholz envoyaient régulièrement des exemplaires de leurs ouvrages aux écoles. op.

Gerlachsche Buchdruckerei. MAASE 2012. un livre. cit.129 Les écoles secondaires (höhere Schulen) constituaient néanmoins les cibles pri- vilégiées. Bildungschancen und städtische Gesellschaft ». 129 « [sie] gehören in jede Volksbibliothek ». Bericht über das Schuljahr 1912/13. In : Schulschriften Provinz Brandenburg.131 Ceci donne une indication sur les milieux favorisés et élitistes dont était issue une partie de ces jeunes lecteurs. 1914. « Schulsystem. pp. Hans. La bibliographie critique Was sollen unsere Jungen lesen130 s’adressait aux responsables de ces institutions. 1913. 134 WOLGAST.134 127 De telles institutions existaient dans vingt-deux villes à la fin de l’année 1911 et dans trente-cinq villes à la mi-1912. Jahresbericht. cit. paraissaient avant Noël. In: Schulschriften. Lübben.13 Kinder.ture pour enfants. Dans les familles aisées. en particulier des livres d’images. « Das Religiöse und das Patriotische in der Jugendschrift ».. p.133 De même. La plupart des catalogues. 70 . cit. art. Buchdruckerei von Ernst Thelow. dont la diffusion ne se limitait pas aux responsables de bibliothèques. À la différence des maisons d’édition Loewe et Maier. 132 MAASE 2012. für das Schuljahr Ostern 1913 bis Ostern 1914. 133 DETTMAR.und Jugendbuchverlag ». semble-t-il. les imprimeurs faisaient appel à des représentants extérieurs. 130 JOHANNESSON 1913. n° 22. op. Ostern 1913. Katalog der Schülerbibliothek des Königlichen Gymna- siums zu Cüstrin. février 1913. cette série aurait dû également « figurer dans toute bibliothèque de quartier ». celle de Leipzig en premier lieu. moment de l’année où la majorité des livres étaient offerts et qui représentait la seule occasion pour les enfants d’ouvriers de recevoir. Cüstrin. cit. Nigmanns Buchdruckerei. 128 Voir à titre d’exemples quelques catalogues de bibliothèques scolaires de Saxe et du Brandebourg : Königliches Realgymnasium zu Borna. 304-313.127 l’un des principaux moyens d’accès à la littérature. op. art. in : Jugendschriften-Rundschau. SCHOLZ 1922. parfois.132 Les fabricants les plus réputés se rendaient dans des librairies ainsi qu’aux différentes foires aux livres. Peter. Heinrich. Les Vaterlän- dische Bilderbücher étaient. les associations d’instituteurs exposaient à ces occasions certains ouvrages. qui disposaient de leurs propres représentants. aux communions. cit. cit. cit. « Kapitel 5. mais touchait un large public. op. cit. 131 LUNDGREEN. Jahresbericht des Gymnasiums Albertinum zu Freiberg. Freiberg. op. op. Hans-Heino / LIEBERT. 359. Königliche Paul Gerhardt- Schule (Real-Progymnasium) zu Lübben. Ute / RIES. in : BERG 1991 (1). aux anniversaires et aux fêtes (Namenstage). Ute / EWERS. 1914. op. des livres pouvaient aussi être offerts à Pâques. 1914. Königreich Sachsen.3 %. La part des élèves masculins fréquentant ces établissements en Prusse en 1911 s’élevait à 6. les plus appréciés dans le milieu scolaire.128 Selon le Jugendschriften-Rundschau. 1913. Bon nombre des ouvrages patriotiques étudiés figuraient dans des catalogues d’établissements d’éducation de degré supérieur. Elles étaient essentiellement fréquentées par des enfants issus de la classe ouvrière. RIES 1992. 1913.

in : Le culte de la jeunesse et de l’enfance en Allemagne. Heinrich. Klaus. mais surtout les enjeux idéologiques que représentaient les jeunes générations. cit. « Kriegspädagogik als Lebensaufgabe – Wilhelm Kottenrodt (1878- 1948) ». 1982... cit. 137 Le terme de « Entfremdung » figurait dans plusieurs ouvrages critiques : Ibid. Wolgast déplora le primat de convictions politiques aux dépens de préoccupations esthétiques. Patente depuis la dernière décennie du XIXe siècle. Düsseldorf. 142 KOTZDE. 190-217. accentués dans l’institution scolaire depuis le décret impérial du premier mai 1889. 1910. pp. Der Stabstrompeter Kostmann. 30. Staat. Kotzde et Scholz publièrent de concert en 1912 un pamphlet d’autant plus acerbe en raison des résultats aux élections parlementaires : dans Der va- terländische Gedanke in der Jugendliteratur. HERMANN. L’effort publicitaire que fournissaient ces pédagogues proches des éditeurs montre là encore les liens ténus entre motivations économiques et engagement poli- tique. Der vaterländische Gedanke in der Jugendliteratur. Marc. 78-104. Ulrich. Wilhelm / SCHOLZ.143 Dans les commentaires des Hamburger Jugendschriftenausschüsse. cit.142 ils fustigèrent le manque de patriotisme des Wolgastiens. cit.140 Dans son écrit programmatique Das Elend unserer Jugendliteratur. Rennes. cit. Eine Streit. à l’occasion de la parution d’un livre de guerre pour la jeu- nesse aux forts accents nationalistes. dir. la littérature pour l’enfance et la jeunesse était une affaire patrio- tique dont dépendait « l’avenir de la patrie ». « Schundliteratur und Kriegsliteratur ». cit. Scholz. Das Elend unserer Jugendliteratur. Schwann.135 Dès l’avant-guerre. Hans-Jochen. cette que- relle139 fut ravivée en 1910. Geschichtsunterricht. 141 WOLGAST. in : SCHENDA 1976.136 La crainte que la cause nationale fût « étrangère »137 aux jeunes générations. Ces penchants patriotiques et anti-sociaux-démocrates. op. op. 136 JOHANNESSON 1913. op. accentuée depuis la victoire des sociaux- démocrates aux élections parlementaires de 1912. 1870- 1933. Ces derniers rejetaient certes des ouvrages particulièrement chauvins et repro- chaient à la maison d’édition Scholz d’exploiter les sujets nationaux à des fins commer- ciales. 71 . p. / Gerhard SCHNEIDER. 140 MARKMANN. Beiträge zu einer Geschichte der Geschichtsdidaktik und des Geschichtsun- terrichts von 1500-1980. 2003. op. dir. pp. 11-17. Selbstverlag. La littérature patriotique ne faisait cependant pas consensus. 139 Concernant cette querelle voir : CHRISTADLER 1978. [1912].141 En guise de réponse. 138 BERGMANN. rédigé par Wilhelm Kotzde. art. « Avant-propos ». KOTZDE / SCHOLZ 1913.und Wehrschrift. 143 CHRISTADLER 1978. « Imperialistische Tendenzen in der Geschichtsdidaktik ». Joseph. p.. op. 147-178. cit. p. certaines 135 CLUET. op.138 étaient virulentes dans une bonne partie de ces catalogues critiques. Mayence. par id. Presses Universitaires de Rennes. par Id. « Drittes Kapitel: Pädagogisches Denken und Anfänge der Reformpädagogik ». MAASE 2012. in : Gesellschaft. cit. pp.. pp. Les partisans des Hamburger Jugendschriftenausschüsse reprochaient à Scholz et Kotzde leur dévotion excessive à la patrie. Hambourg. op. 5.. in : BERG 1991 (1). 89. était assez répandue..

72 . L’aile réformatrice du parti. « Das Religiöse und das Patriotische in der Jugendschrift ». Le quatre août 1914. mais aussi dans la suprématie économique de la Grande-Bretagne.remarques au sujet d’un patriotisme exacerbé rappelaient assurément les critiques for- mulées par les sociaux-démocrates : Le patriotisme est tel l’amour que l’on éprouve pour sa mère.149 La littérature illustrée en tant qu’affaire patriotique s’insérait dans les premières ins- 144 « Vaterlandsliebe ist wie die Liebe zur Mutter. 148 CHRISTADLER 1978. Assimilés depuis les lois antisocialistes de 1878 à des « citoyens apatrides » ou à des « ennemis intérieurs du Reich ». 31. 1918. 146 Jugendschriften-Warte. 1914. en raison de leurs positions areli- gieuses. « Kriegserziehung durch das Jugendbuch in Deutschland und Frankreich am Vorabend des I. p. cit. Paris. art. qui incarnait la classe dominante et le capitalisme. n° 3. 147 JARDIN.. cit. le déni de la défaite. 2005. elle devait voter les crédits de guerre. op. les sociaux-démocrates se montraient moins tranchés sur les questions militaires. la social-démocratie n’était donc pas réticente à l’idée d’une guerre défensive. Weltkriegs ». Elle prit une telle ampleur que la Chambre des députés prussienne fut amenée à l’arbitrer : le 13 avril 1913 le ministre prussien de la Culture trancha en faveur des défenseurs de la politisation de la littérature pour l’enfance et la jeunesse. voyait dans la Russie tsariste. Pierre.147 La querelle entre les partisans de Scholz et ceux des Hamburger Jugendschrif- tenausschüsse atteignit son apogée en 1913 avec la parution du second brûlot. Christoph. sous l’égide d’Eduard Bernstein. p. Les représentants de ces comités progressistes recommandaient néanmoins eux-mêmes des ouvrages patriotiques qu’ils estimaient être de bonne qualité. p. cit. 26..146 Cette attitude reflétait les positions ambiguës de la social-démocratie vis-à-vis d’une guerre future. […] Die patriotischen Jugendschriftsteller prahlen auf jeder Seite von der Mutter Germania. Heinrich. Davon redet und prahlt man nicht auf Weg und Steg. Aux racines du mal. Critiques vis-à-vis de l’armée impériale. […] Les écrivains patriotiques pour la jeunesse se vantent à chaque 144 page de la Mère Patrie Germania. Kriegserwartungen in Europa vor 1914 ». Der Kampf um die Jugendschrift. Tallandier. 145 CHIRSTADLER. 149 NÜBEL. art. Ils étaient en revanche favorables à la dé- fense nationale en cas d’agression. » WOLGAST. Marieluise. ils ne vo- tèrent pas les lois militaires de 1912 et 1913. un danger pour la classe ouvrière. art. « Bedingt kriegsbereit. cit.145 dont les livres de Scholz de la série Vaterländische Bilderbücher. et s’élargit au Dürerbund. 18. Malgré des déclarations assurant son intention d’éviter un conflit armé. On n’en parle ni ne s’en vante pas à tort et à travers.148 Cette décision illustre l’enjeu politique que représen- taient ces ouvrages à une époque caractérisée par une certaine « attente de la guerre ». centralisatrices et républicaines.

152 « [Eine] rechte Gabe für Deutschlands waffenfrohe Jugend ». 29-52. Ute. qui devaient inculquer dès le plus jeune âge le respect de l’ordre monarchique.tances de socialisation qu’étaient la famille et l’école. Jugend ». p. peu de temps avant la puberté et le début de l’adolescence. p. cit. nous nous limitons ici à quelques conjectures sur la typologie du lectorat potentiel.. Les ouvrages patriotiques étaient essentiellement considérés comme des lectures pour jeunes garçons. recommandé à « la jeunesse enthousiasmée par les armes » de douze à quatorze ans. la familiarisa- tion avec la guerre. cit. cit. L’image de l’homme. Erwartungen. pp.153 Si l’intensification du discours patriotique à l’occasion du jubilé de la bataille des Nations marqua une intégration plus poussée des jeunes filles dans les préoccupations militaires et patriotiques. par Hans-Heino EWERS / Bernd DOLLE-WEINKAUF. George. pp. « Zweites Kapitel: Familie. 151 Nous renvoyons ici à l’étude magistrale de Frédéric Barbier : BARBIER 1995.. FREVERT. cit. 2012. in : ARIÈS 1975. Paris. 155 MOSSE. Bien que nous soyons consciente des difficultés méthodolo- giques qu’elle implique. 105-125. pp. Gisela. Kindheit. op. Erfahrungen im 19. dès le plus jeune âge. ces livres étaient au centre des préoccupations politiques et so- ciétales du Kaiserreich. « Mädchenlektüre und Mädchenlite- ratur ». Allons en- fants de la Patrie. même si les contacts entre frères et sœurs permettaient 150 WEHLER 1995. 1996. op.154 L’association du monde martial à l’univers masculin correspondait à l’idéal de virilité. pp. in : Deutschland in Waffen [1913]. 1997.. 136. op. Abbeville. 157 WEBER-KELLERMANN 1979. Génération Grande Guerre. cit. in : WOLGAST 1910. in : Literarischer Ratgeber für die Ka- tholiken Deutschlands. in : Theorien der Jugendlektüre: Beiträge zur Kinder. et elles s’adressaient vraisemblablement à de jeunes garçons. dir. op. WILKENDING. Weinheim.150 2) Typologie du lectorat potentiel : un public scolaire Nous l’avons vu. Manon.152 s’adressait à « l’adolescent et [à] l’homme allemands ». Juventa-Verlag. L’ouvrage Deutschland in Waffen.. op. 153 « deutsche[r] Jüngling und Mann ». les jouets ou la lecture.157 était essentielle- ment réservée aux garçonnets. cit. BERG. op. 91-145.156 Toutefois. cit. Le sentiment de l’enfance ». Jahrhundert ». op. cit. op.und Jugendliteraturkritik seit Heinrich Wolgast. 9.. 1913. Christa. in : FREVERT 1997. cit. Les pratiques de lecture151 n’étant que partiellement analysables au prix d’investigations qui dépasseraient le temps qui nous est imparti ainsi que le cadre de notre propos. l’invention de la virilité moderne. in : BERG 1991 (1). 156 « 1. que ce fût dans les jeux. Angebote. 145-173. p. 73 . 152. Ces thèmes alimentaient principalement « l’univers des garçons toujours porté sur la guerre » comme le regrettait Heinrich Wolgast. Paris. PIGNOT. il convient d’aborder la question du public de ces productions. « Das Militär als ‚Schule der Männlichkeit’. les sources d’avant-guerre étudiées dans notre corpus avaient essentiellement pour fonction de familiariser les jeunes lec- teurs avec le quotidien militaire ainsi qu’avec ses dimensions techniques et protoco- laires..155 Cette distinction genrée était surtout caractéristique des jeunes gens à partir de dix ans environ. op. Seuil. 154 « die immer kriegerisch gesinnte Knabenwelt ».

DANIEL. « Schulsystem. art. 164 L’âge de scolarisation était fixé à 6 ans. 159 MAASE 2012. la barrière de l’âge les excluant tous du combat. cit. on enseignait aux élèves l’idéal de la vie soldatesque et de la mort héroïque au combat. la répartition traditionnelle des rôles correspondait dans le Kaiserreich à « l’ordre "naturel" ». il n’existait pas. p. « Gesellschaft und Militär im 19. cit. cit. Familie und Politik im Ersten Weltkrieg. op. Scholz. entre huit et dix ans ou seulement à 158 BUDDE 1994. Que ce fût dans les écoles primaires. cit. 74 . Angelo / HENNINGSEN.160 le critère du genre restait prépondérant avant 1914. Bildungschancen und städtische Gesellschaft ».164 D’après les catalogues et les bibliographies recensés. La dimension patriotique n’était pas pour autant absente de l’éducation des jeunes filles. [1910]. à partir d’environ huit ans (dritte Stufe). les écoles moyennes (Mittelschulen) ou les établissements secondaires pour jeunes filles. Soldatenbilderbuch I und II. 165 JANK. Bien que le travail féminin existât avant 1914 et que la Première Guerre mondiale n’allât pas engendrer d’augmentation massive du taux d’emploi des femmes. 1091. on offrait davantage de livres aux garçons qu’aux filles. FREVERT.. cit. art. cit. 160 PIGNOT 2012. aussi bien dans des catalogues aux tendances patriotiques affichées que dans des revues plus pro- gressistes. Göttingen. avant le conflit. 162 LÜDTKE. Nikolaus. les jeunes filles étaient essentiellement préparées à leur futur rôle d’épouse et de femme au foyer. 161 PUST 2004. il était encore mal accepté. Ute. cit.sans doute l’échange de jouets et de livres. la littérature patrio- tique illustrée pour enfants d’avant 1914 se limitait probablement à un public sco- laire. L’histoire nationale et les valeurs patriotiques faisaient partie intégrante des programmes scolaires.161 Les jeunes femmes épousaient volontiers des officiers en raison de leur aura au sein de la socié- té. op. Die Wacht am Rhein. Beruf. Peter.163 Outre cette réduction à un lectorat essentiellement masculin. WEHLER 1995. LUNDGREEN. 163 Selon Hans-Ulrich Wehler. Arbeiterfrauen in der Kriegsgesellschaft. dans la sphère privée. op. cit. Les ouvrages de Scholz étaient les plus fréquemment recommandés. 1e éd. Alf.162 Le poids des stéréotypes genrés et de l’idéal patriarcal restait néanmoins particu- lièrement prononcé dans la société allemande et. Die Wacht am Rhein165 était respectivement conseillé à des lecteurs à partir de sept ans. Jahrhundert: Sozial-. op. Mayence. op.und geschlechtergeschichtliche Annäherungen ». art. kultur. und 20.158 À cette époque. Ute. d’ouvrages entièrement consacrés à des sujets militaires pour les enfants plus jeunes.159 Alors que fillettes et garçonnets allaient être considé- rés comme un groupe homogène en période de guerre. « Erstes Kapitel: Lebenswelten und Alltagswissen ». Vandenhoeck & Ruprecht. 1989.

Scholz. 165. » Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands.. p. Karl. 331. p. présentait l’avantage d’atteindre plusieurs classes d’âge.170 aux écoliers à partir de la vierte Stufe (neuf ans environ) dans la Jugendschriften-Warte171 et aux élèves de Sexta à partir de dix ans dans Was sollen unsere Jungen lesen?. Mayence. p. De ce fait. cit. op.177 incarnation d’un nationalisme populaire ac- 166 Jugendschriften-Rundschau. Cet ouvrage était également recommandé dans Was sollen unsere Jungen lesen aux élèves à partir de la Quinta. op. Verklärt.partir de dix ans dans le Jugendschriften-Rundschau. Friedrich der Große. [1912]. p. n° 22. est ainsi susceptible de retenir l’attention d’au moins trois classes 173 d’âges (huit-quatorze ans). paru en 1910 environ. 56.175 dont on fêtait le deux-centième anniversaire de la naissance en 1912. pp. 1912. p. Le texte du Général de division Karl Staudinger. Friedrich der Große.174 Des ouvrages tels que Friedrich der Große. 1911. [ca.. 177 BAUER. Der sachlich ernste. Franz. Mayence. 362. ». 175 MÜLLER-MÜNSTER. Verehrt. 167 Jugendschriften-Warte. 162- 163. in : Jugendschriften-Rundschau. y compris les adultes. 171 Jugendschriften-Warte. 75 .. pp. op.172 Ces variations s’expliquent sans doute par la priorité accordée au texte ou à l’image. 174 BENDICK 1999. Scholz. cit. Cet ouvrage. qui peut aussi intéresser les adultes. « Friedrich der Große ». 93. 2012. 170 « für die jüngeren Kinder ». 168 Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands... qui fournit des indications justes et précises.176 et Bismarck. Franz Steiner Verlag. La recension d’un livre d’images consa- cré à l’armée (Armeebilderbuch). 169 Literarischer Ratgeber. « Der Geschichtsunterricht in der Ära Wilhelms II.166 la Jugendschriften-Warte.169 De même. in : BERGMANN / SCHNEIDER 1982. 41. 176 KROLL.] schon bei den ganz jungen Knaben freudiges Interesse. cit. p. Ver- dammt. cit. SCHNEIDER. à la suite du décret impérial du premier mai 1889. 1911. 18. 1913.167 le Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands168 et le Literarischer Ratgeber d’Avenarius. s’adresse à la compréhension des plus grands. est à cet égard assez éclairante : Le grand et beau "livre d’images consacré à l’armée" Der Deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug […] connaît un vif succès auprès des très jeunes garçons […] en raison de ses pages illustrées. Un livre au texte étoffé. n° 21. n° 3. vorzüglich orientierende Text von Generalmajor Karl Staudinger wendet sich an das Verständnis Größerer.. 172 JOHANNESSON 1913. 102. richement illustré. op. p. 1913]. 1913. Bismarck. De surcroît. p. Berlin. 1914. art. 173 « Das große schöne ‘Armee-Bilderbuch’ Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug […] findet für seine Bildseiten [. la classification selon les niveaux scolaires dans nombre de ces cata- logues indiquait le souci d’harmonisation entre les contenus scolaires et les lectures de loisir. cit. Deutschlands Not und Befreiung et Friedrich der Große étaient recommandés « aux enfants assez jeunes » (à partir de sept ans environ) dans le Jugendschriften-Rundschau.. JOHANNESSON 1913. op. Gerhard. n° 10. 132-189. So kommt das auch für Erwachsene noch interessante Werk für mindestens drei Alterstufen (8- 14 Jahren) in Betracht. op. les nouveaux pro- grammes de 1901 prévoyaient de familiariser de manière plus intensive les plus jeunes avec les grands événements et les personnalités politiques et militaires notoires. Deutsches Historisches Museum. 1912. cit. Frank-Lothar. cit.

cit. 183 « Vaterlandsliebe ». leur acquisition reposait. GÖBELS 1981. 179 WIEGAND 1912. éditée par l’homme de lettres Johannes Ninck au prix de soixante- quinze pfennigs par trimestre. GRAF. les revues en revanche semblaient destinées à un usage domestique. The Origins of the First World War. in : FRANÇOIS / SCHULZE 2001. sur le principe de l’offre et de la demande et sur la libre initiative des parents. 1912. 86-104. William. cit.186 Bien que ces ouvrages fussent accessibles dans des bibliothèques scolaires.. 76 . cit.184 Elle représentait un outil pour la première instance de socialisation qu’était la famille. dont la fonction était d’intégrer les enfants dès le plus jeune âge à l’ordre établi. p. cit. op. Cambridge. 2. mais. 409-522. pp. 181 Jugendschriften-Rundschau. Si certains livres pouvaient être lus à l’école. vol. vol. Hundert alte Kinderbücher 1870-1945.. 182 Les mentions fréquentes dont elle fait encore aujourd’hui l’objet dans divers ouvrages sur la littérature de jeunesse étaye aussi cette hypothèse. eu égard à sa date de création assez ancienne. de ce fait. Andreas / PELLATZ. 1981.. Elle était appréciée pour la qualité de ses illustrations. « Familien. vol.179 Certains périodiques retenaient néanmoins l’attention des critiques : la revue mensuelle Deutscher Kinder- freund par exemple. op. Dortmund.183 elle pouvait « aider à resserrer le lien entre l’école et le foyer parental ». Cambridge University Press.182 La littérature destinée à être lue au foyer pendant les loisirs était conçue comme un complément à l’enseignement scolaire : en contribuant à éduquer à « l’amour de la patrie ». Avant- 178 MACHTAN. Harenberg. à des fins récréatives. in : JOHANNESSON 1913. 2010.185 Au- delà de tout enjeu patriotique. elles n’avaient pas leur place dans les bibliothèques scolaires. ».. 180 GÖBELS. op. 229. cette revue de confession protestante s’était adaptée au goût de ses jeunes lecteurs et abordait les mêmes sujets que les revues non-confessionnelles. 185 WEHLER 1995. Critiquées parfois pour leur diversité et leur superfi- cialité. cit. nous pouvons supposer qu’elle connut un succès certain auprès du jeune public.centué par la perspective du centenaire de sa naissance en 1915. p. in : JÄGER 2003. 29.178 s’inscrivaient dans cette visée pédagogique. 123. celle des prix de vente avaient facilité l’achat de livres. Susanne. 186 MULLIGAN. p. dans la sphère privée. Hubert. « Bismarck ». n° 21. 334. p. pp. op. Les pédagogues redoutaient que les enfants se contentassent de les feuilleter.. op. op. 184 « Sie kann das Band zwischen Schule und Elternhaus fester knüpfen helfen. cit. op. Nous ignorons à combien d’exemplaires elle était tirée. nous pouvons supposer que les enfants lisaient également des ouvrages de guerre par plaisir. Depuis la fin du XIXe siècle. 3. 3. cit.und Unter- haltungszeitschriften ». in : WIEGAND 1912. Eine illustrierte Bibliographie. Lothar.181 Créé en 1878. la baisse des coûts de production et.180 était conseillée à des enfants à partir de dix ans dans le Jugendschriften-Rundschau.

cit. op. un produit alimentaire de base comme le pain de seigle coûtait en 1912-1913 entre vingt-neuf et trente-deux pfennigs le kilo à Berlin et à Munich. Des ouvrages pro- duits par des maisons d’édition moins connues coûtaient trois.13 Kinder. Ute / EWERS. art.80 mark. 196 SCHOLZ 1922.197 Ils donnent à penser que ces ouvrages.188 Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug189 et Deutschland in Waffen. non paginé. 197 BARBIER 1995. « Kapitel 5. pp. les prix des albums édités par Thienemann (Stuttgart) et Loewe oscillaient entre soixante-quinze pfennigs et six marks. cit. op. 1914. Martyn. dir.. 1926 (1e éd. Adolf / WIESER. dont les cinquante- deux numéros annuels coûtaient huit marks (neuf marks avec reliure). « Les nouveaux lecteurs au XIXe siècle : femmes. 120. p. cit. Hans-Heino / LIEBERT. art. op. participaient de la démocratisation de la lecture. 468. 194 BARBIER 1995. Iéna. les prix. 365-400.190 Plus variables.187 oscillaient entre un et quatre marks. Hans-Heino / LIEBERT.). Seuil. Hans. 3. Ces montants devaient se maintenir lors de l’entrée en guerre. fixés par les éditeurs.guerre. Leur varia- tion reflétait la concurrence acharnée que se livraient les entreprises.13 Kinder. n° 3. particulièrement de la littérature enfantine. op.191 Ceux des deux leaders du marché. in : Histoire de la lecture dans le monde occidental. pp. ces prix. surtout les moins onéreux. op. Scholz et Schreiber. cit. op. durant l’avant-guerre. En comparaison. pp. cit. Handwörterbuch der Staatswissenschaften.. le revenu annuel moyen était de 1 052 marks. 195 DETTMAR. 1915.193 Étant donné que le prix de vente moyen du livre s’élevait à 4. vol. cit. À la lumière de l’exemple de Der gute Kamerad.. cit. étaient accessibles à une clientèle moins élitiste que ce que l’on aurait pu imaginer. Le prix était indiqué dans l’ouvrage.80 mark. comme c’était respectivement le cas pour Deutschlands Wehr zu Land und Meer.07 marks en 1913194 ces produits étaient plu- tôt bon marché. à la fin de l’année 1916. cit. p. Ute / EWERS. Hans. voire cinq marks. relativement faibles pour la plupart. Paris. p. 31. 190 Jugendschriften-Rundschau. Ludwig / WEBER..und Jugendbuchverlag ». 188 KNÖTEL [1912]. Ute / RIES. ouvriers ». 18. 191 DETTMAR. enfants. 77 . Ute / RIES. 1914.und Jugendbuchverlag ». 198 ELSTER. Friedrich (dir. 193 Voir la copie du fichier Schreiber de la Deutsche Bücherei : WABW B 91 Bü519. op. Les 187 SCHOLZ 1922. quatre. Le prix figurait dans : Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands. 75. 192 Jugendschriften-Warte. cit. au contraire. LYONS. dépassaient rarement 1. n° 29. 189 HOFFMANN / STAUDINGER [1910]. par Giuglielmo CAVALLO / Roger CHARTIER. 112-114. Mais la situation devait chan- ger lorsque la flambée des prix allait atteindre le marché du livre. 1890). 1997. p. Chaque volume de la série Vaterländische Bilderbücher coûtait un mark pièce. 67.196 Globalement.195 nous pouvons penser que les revues n’étaient pas meilleur marché que les albums.192 Certains cahiers de coloriage édités par Schreiber coûtaient soixante pfennigs et certains livres d’images 1. Gustav Fischer.198 À la même époque. « Kapitel 5. p.

consacraient en moyenne 30. Dès les années 1820. qui consacraient plus de 80 % de leurs dépenses à leurs be- soins de première nécessité (alimentation.6 %. Industriegesellschaft und Kulturkrise. 146. Les catégories les moins favorisées étaient surtout consommatrices de littérature de colportage – ces récits sous forme de fascicules de huit à dix pages. 200 SCHOLZ 1922. p.. pour les revenus entre 1 600 et 2 000 marks. en revanche. Karl Scholz refusait du reste de voir en ses albums des produits de luxe. 3-56. 186. 1234. op. New York. p. n’était pas hors de portée de nombreuses familles.199 Eu égard à ces chiffres. Les célébrissimes romans d’aventures de Karl May. l’acquisition de ces ouvrages restait néanmoins exceptionnelle. Ambivalenz der Epoche des Zweiten Deutschen Kaiserreichs 1870-1918 ». 202 WEHLER 1995.203 À cet égard.26 marks aux distractions. cit. a fortiori pour les familles nom- breuses. op. étaient probablement destinés aux lecteurs principalement issus des classes moyennes 199 BARBIER 1995. Berlin. Ute / EWERS. art. op. 78 . soit seulement 3 % de leurs dépenses. soit 3. cit. 23. étaient imprimés sous cette forme.individus au revenu annuel inférieur à 1 200 marks. 203 SCHNEIDER. Klett-Cotta. 201 BERGHAHN. Les familles issues de la classe ouvrière. cit. les livres d’images et les illustrés. de Gruyter. les planches de Gustav Kühn (Neu- ruppin) en particulier. 470-471. « Kapitel 5. pp.201 avaient certainement peu accès à cette littérature.. l’imagerie populaire. habillement. p.. en grand nombre.22 marks. À l’instar des revues culturelles. p. faisaient partie des lectures accessibles au plus grand nombre. 2004. pp. 2003.13 Kinder- und Jugendbuchverlag ».200 Pour la majorité des ménages à petits revenus. (1) BERG. cit. les repré- sentants de la classe ouvrière déploraient que ces ouvrages fussent conçus comme des produits accessibles au plus grand nombre . Clara Zetkin regrettait l’absence d’une litté- rature pour enfants spécifiquement prolétarienne. contre 65. in : BERG 1991 (1). dont les individus les moins fortunés pouvaient faire l’acquisition pour dix ou quarante pfennigs pièce. entre autres. dont les livres. nous pouvons supposer que l’achat occasionnel d’un livre. Hans-Heino / LIEBERT. Ute / RIES. Jost. au moment des fêtes de Noël par exemple. vendues dix pfennigs pièce et éditées à plus de trois millions d’exemplaires par an dès 1870. nous pouvons considérer que les planches d’imagerie patrio- tique analysées dans notre thèse donnent des indices sur le bain visuel dans lequel vécut la majeure partie de la population durant la société wilhelminienne. 64 . Volker. « Einleitung. Ulrich.. p. DETTMAR. Hans. cit.. Das Kaiserreich 1871-1914. Stuttgart. Sozialgeschichte des Lesens. Christa / HERRMANN. loyer et chauffage).202 Face à cette réalité. Zur historischen Entwicklung und sozialen Differenzierung der literarischen Kommunikation in Deutschland. op.

pp. GRUNEWALD. cit. Entre 1914 et 1918. de la bourgeoisie cultivée et économique. etc. « Les périodiques culturels allemands et l’Europe (1871-1914) ». 209 JARDIN 2005. 211 Nous nous référons ici à Arndt Weinrich qui a repris ces deux termes forgés par Günther Gründel en 1932. Wolfgang. 3-56. op. op. cit.207 En d’autres termes.. 79 . WEINRICH.. CHRISTADLER 1978. qui étaient trop jeunes pour être mobilisées entre 1914 et 1918 mais souffrirent des privations à l’arrière. S’y ajoutait celui de « génération du front » (« Frontgeneration ») qui désignait les individus nés entre 1890 et 1899. 207 Ibid. « Chapitre premier : Un "monde d’ennemis ». op. cit.206 Certaines catégories socio-professionnelles. op. op. Hambourg. 208 MOMMSEN. Jugend zwischen Weimarer Republik und Nationalsozialismus. les pressiers. Hamburger Edition. et entre 1911 et 1921. 210 WILDT. 206 Nous renvoyons ici à l‘étude de Frédéric Barbier : BARBIER 1995. RIES 1992. fonctionnaires. art. Der Weltkrieg als Erzieher. Außenpolitik und öffentliche Meinung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». 19-48. les styles de vie et les pratiques culturelles ainsi que le nombre d’enfants par famille étaient tout aussi déterminants. dont les compositeurs. Essen. cit. op. s’adressaient principalement aux enfants issus de familles bourgeoises et nobles. pp. Michel. cit.. cit. surtout. Ces ouvrages entretenaient donc dans ces milieux une « mentalité de guerre »208 déjà prononcée. WEHLER 1995.et. Das Führungskorps des Reichssicherheitshauptamtes. « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg.205 Le pouvoir d’achat n’est néanmoins pas le seul fac- teur à prendre en compte pour dresser une typologie du lectorat : le temps accordé aux loisirs. cit.209 Plus du tiers des intellectuels qui devaient être à la tête du Reichssicherheitshauptamt durant l’époque national-socialiste était né après 1900 et issu de ces milieux.211 respectivement nées entre 1900 et 1910. op. Ulrich. op. cit. 2002. Christa / HERRMANN. p. sans être totalement hors de portée de petits revenus. loyale envers l’armée. 478. 2013. les instituteurs et les fonctionnaires moyens. Michael. in : BERG 1991 (1).204 Cette part représentait approxi- mativement 10 % de la société. les classes moyennes (employés. atta- chaient une importance privilégiée à l’achat de livres. artisans. Rappelons à cet égard qu’avant 1914 les idées bellicistes émanaient précisément de la bourgeoisie. Klartext. art.210 Les générations qui vécurent leur enfance durant la guerre et l’après-guerre (Kriegsjugendgeneration et Nachkriegsgeneration). En 1931. 205 BERG. étaient surreprésentées dans les organisations nazies. Ambivalenz der Epoche des Zweiten Deutschen Kaiserreichs 1870-1918 ». cit. Generation des Unbedingten. Les chefs des Jeunesses hitlériennes étaient majoritairement issus de ces générations alors en âge de prendre des responsabilités politiques. cit. Arndt. « Einleitung. Industriegesellschaft und Kulturkrise. nous pou- vons supposer que les illustrés et les albums patriotiques. 90 % des soldats qui servaient dans 204 BUDDE 1994. in : INGRAO 2011.) devaient du reste être les plus touchées par les baisses de revenus et les privations et allaient grossir les rangs des nationaux-socialistes dès les années de la République de Weimar.

ils plaisaient manifestement au public.. pour des raisons de fabrication. édités chaque année. auraient été produits à plus de 200 000 exemplaires. le tirage moyen des Œuvres de Karl May sous forme de fascicules de littérature de colpor- tage. 71-72. Les vingt-six exemplaires des récits édités par Scholz (type d’ouvrages dont les tirages. 215 Nous reviendrons plus précisément sur cette question concernant les livres édités durant le conflit. Les données trouvées dans les archives de Schreiber permettent néanmoins de livrer quelques estimations. Ute / RIES. étaient généra- lement bien plus élevés que ceux des albums).214 Les données similaires des livres qui devaient paraître en période de guerre donnent à penser que le conflit.217 Étant donné que Schreiber était l’un des leaders sur le marché. 214 Landesmuseum Württemberg (LMW).218 En revanche..les SA étaient nés dans la première décennie du XXe siècle. cit. parallèlement à la nette augmentation du nombre d’ouvrages patriotiques qu’il engendra. p. Dans le cadre précisé précédemment. comme les livres de Heinrich Hoffmann (dont le Struwwelpeter).und Jugendbücher. art. voire plus importante. 197. Par ailleurs. 217 BARBIER 1995. op. 216 DETTMAR. les tirages variaient entre 5 000 et 15 000 exemplaires).13 Kinder. à 30 000 exemplaires. op. op. 112-114. de nombreux récits de guerre pour la jeunesse parus jusqu’en 1914 eurent une influence sur les engagés volontaires de 1914. Ute / EWERS. nous pouvons supposer que la production de son principal concurrent à Mayence était quantitative- ment similaire. s’élevait à 7 000 exemplaires (selon les titres. Sammlung Schreiber – VK (Volkskunde) Populäre Druckgraphik – Unterlagen zu einzelnen Produktionen – Bücher (sans autre référence d’archivage).216 Ils étaient néanmoins conséquents pour la production de livres d’images de l’époque et correspondaient au tirage moyen : Schreiber produisait en moyenne 4 000 exemplaires par ouvrage. Se référer dans le chapitre 3 à : 2) Mobilisation nouvelle des jeunes enfants : formes visuelles du discours et tirages. les Mainzer Volks. aux alentours de 1875. cit. En comparaison. « Kapitel 5. 218 KORNFELD 1999.213 Les albums patriotiques et les illustrés s’intégraient par conséquent dans un système culturel cohérent et trouvaient probablement le plus de succès auprès de catégories assez favorisées qui partageaient les convictions militaristes et monarchistes véhiculées par ces supports livresques. pp. Hans-Heino / LIEBERT. Das deutsche Heer in Bildern fut édité à 4 036 exemplaires. les tirages des al- bums produits par les petites entreprises moins bien implantées sur le marché étaient 212 Ibid. ne se répercuta pas sur les tirages. 213 CHRISTADLER 1978. Hans.215 Ces résultats étaient loin des tirages d’albums à grand succès.und Jugendbuchverlag ». cit. pp. En 1907. Leur diffusion reste difficilement mesurable.212 Une partie d’entre eux comptait probablement parmi le lectorat présenté dans cette étude. cit. 80 . au succès incontestable.

Jahrhunderts. 221 DETTMAR. Quellen und Dokumente. cit. les auteurs et les illustrateurs avaient dans les années 1910 peu de poids dans le système de production. op. Rappelons que ces ouvrages. Hans. 2010. cit. 1. La plupart des illustrateurs étaient travailleurs indépendants et tributaires des com- mandes des éditeurs. RUNDEL 1983. Ute / RIES. op. Stefan. und 20. Elles ancraient cette littérature patriotique dans une tradition assez conservatrice.222 Cette situation impliquant néanmoins des revenus irréguliers. op. ceux qui étaient formés à la peinture d’histoire. Malgré une professionnalisation depuis la fin du XIXe siècle. la majorité des au- 219 « Einleitung ». Le montant de ces rémunérations variait vraisemblablement selon la renommée de l’illustrateur.219 L’utilisation qu’en faisaient les adultes en les destinant à leurs enfants permettait d’assurer la pérennité des valeurs militaristes et monarchistes. Francfort/Main. C. in : Bilder der Macht. « Kapitel 13: Autoren ». SCHOLZ 1922.221 Cette réglementation explique en partie la récurrence des mêmes images dans de nombreux livres et cartes postales de guerre. in : Geschichte des Deutschen Buchhandels im 19.probablement moindres. par Georg JÄGER. gagnant très convenablement leur vie. Jörg. en particulier dans la bourgeoisie. Ces tendances conserva- trices se retrouvaient dans le profil des illustrateurs. Des illustrateurs proches des cercles militaires et monarchiques La transmission de ces valeurs militaires passait par des formes iconographiques spécifiques proches de la peinture d’histoire.220 Leur rémunération se limitait généralement à un versement unique par lequel l’éditeur faisait l’acquisition de l’original ainsi que des droits d’auteur et de reproduc- tion. RIES 1992. « Taken on the Spot. Susanne. par Bernd ULRICH / Jakob VOGEL / Benjamin ZIEMANN. quoique sans doute limi- tée à des catégories assez favorisées. Militär und Militarismus im Kaiserreich 1871-1914. Kriegskonstruktionen in der deutschen Militärmalerei des 19. 9-28. Macht der Bilder. vol. accessibles dans des biblio- thèques scolaires. Ute / EWERS. Berlin. in : Untertan in Uniform. 2010. pp. Autrement dit. Zur Inszenierung des Zeitgenössischen in der Malerei des 19. Les illustrateurs de ces ouvrages avaient été for- més à la peinture historique ainsi qu’à la peinture militaire et jouissaient d’une bonne réputation. Jahrhundert. proches des cercles officiels. Paderborn. 222 GERMER. ces ouvrages nourrissaient des convictions préexistantes dans une partie de l’opinion publique d’avant-guerre. Hans-Heino / LIEBERT. 2001. Jahrhunderts ».und Jugendbuchverlag ».13 Kinder. op. 220 PARTH. cit. de Gruyter. 389-91. pp. « Kapitel 5. éd. 81 . partie 3 : Das Kaiserreich 1870-1918. Zeitgeschichte in Darstellungen des 19. dir. Ces ouvrages étaient en conséquence synonymes de qualité aux yeux des contemporains. connaissaient une diffusion non négligeable. Fischer Taschenbuch Verlag. cit. RIES 1992. PARR. Rolf / SCHÖNERT. cit. Zwischen Bildbericht und Bildpropaganda. art. Schöningh.

226 En Allemagne. Heidelberg. Koehlers Verlagsgesellschaft. par Thomas W. dir. tant passés que contempo- rains. Jörgen. Rolf / SCHÖNERT. 1997. 223 PARR. Jahrhunderts. Jörg. MEYER-FRIESE. Hagen. pp. dir. « Taken on the Spot. pp. Das Entsetzen des Beobachters. pp. Frank. Götz. Oldenbourg. Jahrhundert. par Id. Reimer. Jahrhundert. 505-512. Winter Verlag. GAEHTGENS. in : Historienmalerei.229 De par sa connotation politique. 1980. à contre-courant des avant-gardes artistiques du début du siècle. 28. 224 KIRCHNER. Munich.225 La peinture de marine faisait également partie de ce courant artistique. ingénieurs. 2005. Zur Geschichte einer klassischen Bildgattung und ihrer Theorie ». 17-36.teurs et illustrateurs exerçait cette activité en complément à d’autres fonctions. cit. cit. und im 20. Krieg und Medien im 19.228 elle faisait partie intégrante de la culture officielle et s’inscrivait dans les tendances réactionnaires et souvent nationalistes de la critique de la civilisation moderne. 2011. cette peinture avait connu son apogée à la fin du XIXe siècle tout en se réduisant de plus en plus à des sujets guerriers. ce genre était un vecteur de tradition. 227 MAI. ainsi que de motifs militaires. il s’intégrait à « la préhistoire de l’ère des médias de masse »230 et répondait aux besoins croissants d’information de l’opinion publique. Ein europäisches Panorama. bien que nous ayons tendance à opposer dans notre étude le progressisme des livres pour enfants de style Art nouveau au conservatisme des ouvrages militaires. « Historienbild ». cit. Omnipré- sent dans les supports populaires. Cologne.. par Uwe FLECKNER / Martin WARNKE / Hendrik ZIEGLER. Stefan. und 20. « Kapitel 13: Autoren ». 1987. 7-21.224 cet art avait principa- lement pour objet la représentation d’événements historiques. in : Mythen der Nationen. pp. 1998. art. 231 BECKER. « Historienmalerei. Marinemalerei in Deutschland im 19. Deutsches Historisches Museum. Stalling. in : Triumph und Tod des Helden. vol. Europäische Historienmalerei von Rubens bis Manet.231 À cet égard. 151-163. pp. Beck. 1996.. Jahrhunderts ». « Historienbild im Wandel – Aspekte zu Form. Partie intégrante de l’iconographie politique. Thomas. art. « Gegenstand und Begriff der Marinemalerei ». 2001. 1981. « Themen profaner Historienmalerei in Deutschland ». 225 CZYMMEK. par Ekkehard MAI / Anke REPP- ECKERT. Thomas W. 226 BRACKER. Klinkhardt und Biermann. Oldenbourg. par Monika FLACKE. professeurs ou artistes. 71-80. / Michael NORTH / Peter TAMM. Marinemalerei in dreihundert Jahren. Certains étaient médecins. 1.223 Ces artistes étaient la plupart du temps des représentants de la peinture histo- rique et militaire. in : Handbuch der politischen Ikonographie. dir.227 Genre acadé- mique et national par excellence. op. Berlin. Munich. cit. Ekkehard. Boye. Munich. p. PARTH 2010. op.. Museum der Stadt Köln. cit. Étienne / SCHULZE. Zur Inszenierung des Zeitgenössischen in der Malerei des 19. Funktion und Ideologie ausgangs des 19. dir. Berlin. in : Maler der See. « Das emotionale Fundament der Nationen ». dir. op. in : MAI / REPP-ECKERT 1987. pp. Herford. Bilder von Krieg und Nation: die Einigungskriege in der bürgerlichen Öffentlichkeit Deutschlands 1864-1913. 230 GERMER. Jahrhundert ». 17-32. GAEHTGENS / Uwe FLECKNER. 82 . Manuel. 228 KÖPPEN. la présence de la peinture historique dans ces lectures pour enfants était à la fois un signe de tradition et de modernité. dir. 15- 76. 229 BEßLICH 2000. Electa. par Stefan GERMER / Michael ZIMMERMANN. FRANÇOIS. pp.

Richard ». in : THIEME-BECKER 1979-1990. in : PAUL 2009. cit. cit. op. la vie militaire animée de la forteresse de Glogau. pp. Kittel. et il reçut des commandes officielles pour l’Aero-Klub de Berlin et l’Office pour la marine impériale. Guillaume II. pp. 2000. 132-139. 20-21. op.235 Le profil du peintre de la flotte allemande Willy Stöwer (1864-1931). Detlef. Die Königin Luise in fünfzig Bildern für Jung und Alt. cit. Berlin.. fervent amateur de peinture historique. JUSSEN. 233 KNÖTEL. Guillaume II lui acheta plusieurs tableaux pour sa collection privée. dont un album complet à l’occasion du centenaire de 1913 intitulé Aus großer Zeit.. Ekkehard. Comme Carl Röchling (1855-1920).). 21. Reimer. Von Beich bis Thöny. considéré comme l’un des peintres de marine à tendances politiques les plus actifs du Reich. [1896]. lui commanda souvent des toiles de batailles pour orner les murs des ministères. 235 PIPER. Comme Hans Bohrdt (1857-1945) et Claus Bergen (1885-1964) qui illustrèrent des livres patriotiques pour enfants (dont des ou- vrages de Karl May). Richard Knötel (1857-1914) est certainement l’exemple le plus parlant de cette catégorie d’artistes qui illustraient des livres patriotiques. Willy Stöwer présentait la particularité d’être membre 232 « Knötel. Der alte Fritz in fünfzig Bildern für Jung und Alt. 1982. Künstlerlexikon für Sammelbilder. Bayerische Militärmaler. Bayerisches Armeemuseum Ingolstadt. Reklamekunst um 1900. Ernst. créée en 1898 et chargée d’étudier l’histoire culturelle de l’armée à tra- vers sa composition. art. das ist der Krieg!’ Zur Militär. vol. Co-fondateur de la Société de science auxiliaire de l’histoire militaire (Gesellschaft für Heereskunde). op. était assez semblable à celui de Richard Knötel. 83 . 234 Id. Berlin. « Liebigs Sam- melbilder. « Das kulturelle Leben im Kaiserreich ».. in : ROTHER 1994.. Berlin. Kittel. sa ville natale. En 1866 et 1870. LORENZ. des hôtels de ville et des casinos d’officiers. pp.und Schlachtenmalerei im Kaiserreich ». avait été à l’origine de ses premiers dessins et de sa fascination pour l’armée. 241-258. « ‚Ja. [1895]. Weltwissen und Geschichtsvorstellung im Reklamesammelbild ». ce carriériste avait trouvé dans cette spécialité un moyen de s’attirer la bienveillance de l’empereur. notamment dans le cadre de la conception des ouvrages Der Alte Fritz in 50 Bildern für Jung und Alt233 et Die Königin Luise in 50 Bildern für Jung und Alt.232 Ce peintre officiel du Reich était familier de l’univers et du protocole militaires et proche des cercles monarchiques. ses uniformes et ses armes. Il étudia à l’Académie des beaux-arts de Berlin et se spécialisa dans l’uniformologie prussienne. Ingolstadt. Carl. avec lequel il fut amené à travailler. AICHNER. Verlag Donau Kurier. Ernst (dir. mais aussi des revues familiales réputées conservatrices telles que Daheim et Über Land und Meer et des vignettes à collectionner de la marque Liebig ou encore du chocolatier Ludwig Stollwerck. Il illustra des livres pour enfants. MAI. cit. Bernhard. Richard / RÖCHLING. il fut amené à côtoyer d’éminents res- ponsables militaires prussiens tels que le futur feld-maréchal August von Mackensen.234 Richard Knötel appartenait à la génération ancrée dans le XIXe siècle et marquée par les guerres d’unification.

cit. voir : KOENIG. DEIST 1976. 32. 387-388. des cartes postales. Concernant les cartes d’avant-guerre illustrées par Anton Hoffmann. université de Strasbourg. ils étaient trop jeunes pour avoir participé à la guerre de 1870. in : THIEME-BECKER 1979-1990. Grâce à son engagement politique op- portuniste. il est volontiers exclusivement associé à l’Art nouveau. Jörg-M. op. 7-26. Il prit part à plusieurs manœuvres maritimes organisées par l’Office pour la marine impériale ainsi qu’à des croisières de l’empereur en Méditerranée et en Norvège entre 1904 et 1912. Willy ». Anton Hoffmann (1863-1938) et Angelo Jank (1868-1940) étaient des représentants de la dernière génération des peintres militaires bavarois et disposaient d’une double formation artistique et militaire qu’ils mirent à profit dans leur carrière d’uniformologues et de peintres historiques. 18. des affiches. Ihre Werke als historische Primärquellen ». Alors que ces illustrateurs étaient proches du pouvoir prussien. op. in : Recherches germaniques. op. cit. cit. pour ses livres de style Art nouveau. « Bayerische Militärmaler. 239 HANN 1977. (dir. Marinemaler und Illustrator der Kaiserzeit. 2009. Heinrich Lang (1838-1891) et Friedrich Bodenmüller (1845-1913) notamment. 111-131 . p.240 Or il fut d’abord formé à la peinture d’histoire et fut l’un des illustrateurs de livres militaires et patriotiques les plus actifs avant et pendant le premier conflit mondial. 84 .du comité directeur de la Ligue navale depuis 1899. cit.239 d’autant plus qu’il travailla pour la revue Jugend. 237 AICHNER. elle-même réputée. fut membre de la Sécession munichoise et collabora avec la maison d’édition Scholz. vol. 249. 236 « Stöwer. cit. vol. 2000.237 L’exemple d’Angelo Jank illustre bien les « difficultés de classification et de ca- tégorisation »238 des illustrateurs de livres militaires. Wilhelmshaven. op. pp. « Jank. Alan Sutton. il obtint le titre de professeur en 1907. Dans les études sur la littérature pour enfants. op. in : THIEME-BECKER 1979-1990. d’autres artistes étaient formés à l’Académie des beaux-arts de Munich et entretenaient des liens étroits avec l’armée bavaroise.. cit. Hors-série n° 6 : Mouvements de jeunesse et jeunes en mouvement. Contrairement à leurs prédéces- seurs. Il faisait également la promotion de la marine impériale à travers des vignettes pour des albums de la marque de chocolats Stollwerck. 98. p. op. Saint- Cyr-sur-Loire. « La Jugendbewegung et les images. 125. cit. Ils illustrèrent des livres et revues pour enfants. p. 27. DODERER / MÜLLER 1973. à certains combats entre 1914 et 1918. en dépit de ses traditions nationa- listes. Jean-Paul. 238 ASLANGUL. Formes et fonctions de l’iconographie des mouvements de jeunes dans le premier tiers du XXe siècle ». in : Ibid.236 Cet artiste put donc réaliser ses toiles à partir de modèles véritables. des livres pour enfants. cit. op. vol. Claire.. mais allaient assister. Ernst. MEYER-FRIESE 1981. in : AICHNER 1982.. « Hoffmann ». Angelo ».). 2008. Face à face. des cartes postales et des affiches mu- rales pour les cours d’histoire. en qualité de combattants ou de peintres-témoins. HORMANN. 1914-1918 : la guerre des images. pp. pp. Deutsches Marinemuseum. ‚Kunst braucht Gunst!‘ Willy Stöwer. 240 SCHNEIDER 1984.. op.

246 À cet égard. pp. op. dans lesquels des des- sins kitsch et des caricatures devaient occuper une place prépondérante. 242 JANK / HENNINGSEN [1910]. p. p. op. Helen. » Jugendschriften-Warte. op. cit.. 1933-1945. cit. Sparta’s German Children. Évolutions vers une culture de guerre ludique. p. 243 ROCHE. 244 Ibid. comme l’indiquait une critique de Die Wacht am Rhein : Angelo Jank a mis son art noble au service de la jeunesse et élaboré des livres d’images de soldats qui feront grand plaisir à nos petits garçons. Ces influences de la peinture historique conféraient à ces livres un caractère tradition- nel. ainsi qu’au chapitre 4. Le souci d’exactitude et de détails réalistes ainsi que la forte tendance idéalisatrice de ces représentations faisaient partie des préoccupations des critiques et des acheteurs. L’arme de la caricature : ridiculiser l’ennemi et justifier la guerre. ces lectures tranchaient nettement avec les livres d’images de guerre entre 1914 et 1918. 46 ets. The Ideal of Ancient Sparta in the Royal Prussian Cadet- Corps. Les vers de poètes tels que Max von Schneckenburger.247 * 241 HOFFMANN / STAUDINGER [1910]. conçus par des militaires et des élèves issus de ces écoles d’élites. 189. 245 « Angelo Jank hat seine große Kunst hier in den Dienst der Jugend gestellt und Soldatenbilderbücher geschaffen. cit. n° 12. Elles étaient signe de sobriété et de bon goût aux yeux des contemporains. 71. 246 Voir notamment la critique acerbe dans JOHANNESSON 1913. die unseren Knaben große Freude bereiten werden. De nombreux moments intéressants de 245 la vie de soldat y sont représentés de manière captivante et véridique. Les commentaires de Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug241 furent par exemple rédigés par le général de division Karl Staudinger. 2013. qui con- damnaient fermement le patriotisme cocardier.210. Swansea.242 Cet accent militariste et politique se retrouvait dans des récits pour la jeunesse et dans le genre particulier des romans de cadets. 247 Se référer dans le chapitre 3 à : C. En ce sens. 1818-1920. Es sind viele interessante Momente aus dem Soldatenleben […] mit großer Wahrheitstreue packend dargestellt. Classical Press of Wales. la renommée de ces ar- tistes représentait un argument de vente et un signe de qualité mis en avant par les édi- teurs. p. 3. 1911. 85 . and in National-Socialist Elite Schools (the Napolas). CHRISTADLER 1978. ces ouvrages allemands se différenciaient des pro- ductions françaises : souvent rédigées par des auteurs hostiles à la IIIe République. La surreprésentation de ces artistes proches des cercles militaires et monar- chiques révèle une militarisation de la littérature patriotique pour enfants d’avant-guerre à laquelle contribuaient également de nombreux auteurs. elles se caractérisaient par leur dimension subversive. Lilien- cron ou encore Friedrich Hebbel accompagnaient les illustrations de Die Wacht am Rhein. cit.244 Autant que les dédicaces placées en début d’ouvrages..243 Ces formes iconographiques et textuelles étaient mises au service de l’ordre établi. op.

principale- ment issus de la bourgeoisie et des classes moyennes. des soldats en puissance. Scholz en premier lieu. Ces ouvrages étaient l’expression d’un militarisme folklorique dans lequel la dimension lucrative jouait un rôle central. Probablement accessibles dans certaines bibliothèques sco- laires. nombre d’éditeurs surent exploiter l’importance accordée aux valeurs militaires dans la société wilhelminienne. De ce point de vue. Ils s’inscrivaient dans la tradition patriotique. l’engagement de certains producteurs. les garçons en particulier. Le militantisme nationaliste comptait beaucoup. L’usage de ce genre artistique était à bien des égards révélateur de la conception de l’enfance par les adultes à cette époque : les petits garçons. 248 « gemalte Ideologie ». 153. 86 . D’une part. dans laquelle le patriotisme occupait une place cruciale de- puis la fondation du Reich. n’était pas seulement dû à des motivations écono- miques. p. adultes en réduction. Pour conclure ce rapide état des lieux.. « Historienbild im Wandel – Aspekte zu Form. D’autre part. leur nombre relativement restreint avant 1914. Dans cette perspective. militariste et conservatrice du Reich. art. on notera que la littérature illustrée pour enfants aux sujets patriotiques d’avant 1914 s’insérait dans un vaste processus de milita- risation sociale. Ces ouvrages étaient conçus comme un complément à l’instruction. ils étaient certainement lus par les enfants. Jahrhundert ». ils étaient le médium d’une « idéologie véhiculée par le pinceau ». Ces ouvrages étaient donc en partie l’expression de cercles nationalistes. und im 20. ces groupes d’intérêts cherchaient à imposer leur vision nationa- liste et impérialiste de la nation et contribuaient ainsi à forger la culture mémorielle al- lemande. leur système de distribution et leur prix nous incitent à relativiser leur diffusion sans qu’il faille pour autant la sous-estimer. in : MAI. ces ouvrages s’inscrivaient dans des canons spécifiques qui relevaient d’une tradition académique et militaire. Par leurs formes iconographiques. Ekkehard. Ainsi contribuaient-ils à renforcer les convictions alors assez belliqueuses de ces catégories sociales. par- ticulièrement présent sur ce marché.248 Des vertus péda- gogiques non négligeables étaient attribuées à la peinture historique. Engagés dans le combat symbolique autour de la littérature de jeunesse. Funktion und Ideologie ausgangs des 19. l’augmentation sensible des sujets patriotiques et militaires à partir de 1911-1912 reflète selon nous la radicalisation d’une partie de l’opinion publique d’avant-guerre et l’existence d’un militarisme de conviction. cit. Concernant les albums en particulier. y étaient avant tout con- sidérés comme de futurs conscrits.

L’importance centrale accordée aux faits d’armes et aux conflits passés était accentuée par une forte tendance commémorative. 2005. Duncker & Humblot. Paris. 57. Le « travestissement historique »1 de la guerre 1) L’imaginaire héroïque. FRANCOIS. Ils se caractérisaient par un « imagi- naire héroïque de la guerre ». graveurs et dessinateurs allemands au XXe siècle. 3 ASLANGUL. Wolfgang. 298-320 .2 Par leur forme iconographique. « Das emotionale Fundament der Nationen ». in : SIEMANN. in : Was heißt Kulturgeschichte des Politischen?.] 87 . fondement de la culture de guerre Entre 1911 et 1913. pp. Politische Feste in Deutschland vor der Aufklärung bis zum Ersten Weltkrieg. Représentations de la guerre chez les peintres. 17-32. 2 BECKER. dir. p. p. Berlin. Étienne / SCHULZE. 2003. École Pratique des Hautes Etudes. pp. 129-148. par Dieter DÜDING / Peter FRIEDEMANN / Paul MÜNCH. dir. in : Öffentliche Festkultur. contribuaient à l’élaboration d’un récit téléologique de la construction nationale et renforçaient ainsi les grands mythes natio- naux. La peinture d’histoire au service de l’éducation patriotique des enfants A. l’offre de livres patriotiques connut une forte augmentation. Leur langage visuel s’inscrivait dans des représentations traditionnelles. 1988. Paris et Technische Universität. Claire. dir. par Barbara STOLLBERG-RILINGER. Frank. Dresde. 1998. dans un contexte de tensions politiques croissantes et de fièvre commémorative. « Begriff und Bedeutung des politischen Mythos ». évolutions et ruptures dans les codes iconogra- phiques. Berlin.Chapitre 2. pp. Ces ouvrages se focalisaient sur le passé prussien. in : Mythen der Nationen.3 tel qu’il était véhiculé par la peinture historique. Le héros figurait au centre de cette « mémoire 1 « in historischer Kostümierung ». [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Jacques LE RIDER et de Gerd SCHWERHOFF. Rowohlt. 310. par Monika FLACKE. Hagen. Ein europäisches Panorama. Deutsches Historisches Museum. dans le contexte européen : traditions. « Krieg und Frieden in historischen Gedenkfeiern des Jahres 1913 ». ces livres illustrés avaient pour fonction de susci- ter auprès des jeunes garçons une fascination pour l’univers militaire. Hambourg.

132-189. Pardonner et ou- blier ? Les discours sur le passé après l’occupation. ». dir. vol.10 4 FRANÇOIS. in : Gesellschaft. 1979-1990. Ein Überblick ». la guerre civile et la révolution. Aufstieg und Fall einer Grossmacht. les guerres antinapoléoniennes ainsi que la guerre franco-prussienne de 1870 constituaient les pé- riodes les plus fréquemment abordées. Beiträge zu einer Geschichte der Geschichtsdidaktik und des Geschichtsunterrichts von 1500-1980. EPKENHANS. 1. pp. Deutsches Historisches Museum. Köster. 2000. 17-96. Dans la tradition de l’historiographie prussienne incarnée par Heinrich von Treitschke. les ouvrages pour enfants présentant Frédéric le Grand. Hohengehren. Detlef. par Ulrich THIEME / Felix BECKER.). in : Vergeben und vergessen? Vergangenheitsdiskurse nach Besatzung. éditée par Scholz et illustrée par le peintre d’histoire et de genre Franz Müller-Münster. op. Frédéric II. présentés en bons stratèges et chefs mili- taires. 20. par Klaus BERGMANN / Gerhard SCHNEIDER. 225. Gerhard P. Preussen. par Peter LANGE. 2011. « Der Geschichtsunterricht in der Ära Wilhelms II.glorieuse »4 qui alimentait un enthousiasme guerrier et constituait le principal fondement de la culture de guerre enfantine qui allait atteindre son apogée entre 1914 et 1918. 7 BURKHARDT. Düsseldorf. dir. 25. Munich. 2000. Ernst Vogel. Gerhard.und Jugendliteratur von den Anfängen bis 1945. Gottfried (dir. 2012. 1981. vol. Berlin. pp. nous avons opté pour un trai- tement thématique plutôt que chronologique. 17-26 . 8 « Müller-Münster. 5 SCHNEIDER. Staat. vol. 9-86. 1996. LORENZ. Verklärt.9 Aux alentours de 1912. Oldenbourg. Reklamekunst um 1900. Munich. par Reiner MARCOWITZ / Werner PARAVICINI. 2009. 1756 – historische Argumente und Orientierungen bei Ausbruch des Ersten Weltkrieges ». Étienne. Preussen. Leipzig. 6 ASLANGUL 2003. Johannes. Reinbeck. avait été élevé au rang de personnage mythique encore très populaire avant et pendant la Première Guerre mondiale pour légitimer la guerre. dir. Konrad Theiss Verlag. in : Lange und kurze Wege in den Ersten Weltkrieg. Bürgerkrieg und Revolution. En harmonie avec les programmes scolaires. 1.5 l’époque de Frédéric II. Seemann. Verdammt. in : Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler von der Antike bis zur Ge- genwart. p.und Jugendliteratur. Berlin. 88 . L’importance des discours sur le passé ». 1813. Franz ». dir. Geschichtsunterricht. Dans la mesure où la force persuasive des mo- tifs l’emporte ici sur le strict déroulement des événements. furent favorisés par le bicentenaire de sa naissance. p. Martin-Gropius-Bau. KORFF. Versuch einer Bilanz.6 Souvent à visée idéalisatrice. « Kinder. « Kriegsgrund Geschichte? 1870. qui avait élargi le territoire et la puissance de la Prusse grâce aux guerres victorieuses qu’il avait menées. Otto. Stuttgart. pp.7 Sa biographie en images. Schwann. Künstlerlexikon für Sammelbilder. à la manière dont procédait la peinture historique. cit. Michael / GROSS. « L’histoire et la mémoire. Verehrt. 10 Friedrich der Große.8 était un équivalent iconographique des nombreuses Le- bensbilder de grands hommes. très appréciées depuis les guerres d’unification. Franz Stei- ner Verlag. Hambourg. pp. l’histoire présentée aux enfants était réduite au récit factuel des guerres et des grands hommes. in : Tas- chenbuch der Kinder. comme la production de jouets et de jeux à son effigie. Reimer. dir. par Josef BECKER / Henning KRAUß / Werner WIATER. ces images appuyaient le message textuel. 9 BRUNKEN. / BURKHARD. 1982. Schneider.

dir. Les portraits équestres du « vieux Fritz » [2] montrent combien la littérature illus- trée patriotique pour enfants se situait à la croisée des représentations nobles de la pein- ture historique officielle et de la culture populaire. 15 BECKER. Bernard & Graefe Verlag. in : Deutsche Erinnerungsorte.15 Dans l’illustration précitée.12 Proche du « mythe négatif » que Stig Förster a défini comme une mise en scène du déclin national qui vise à renforcer la conscience patriotique des lecteurs. Ces images reposaient sur des jeux de palimpsestes. Beck. par le Militärgeschichtliches Forschungsamt. Malgré ces libertés. 16 SCHNEIDER. pp.11 Mais l’allure un peu gauche du Roi-philosophe sur son cheval non-cabré trottant sur un champ de bataille sur lequel reposaient plusieurs cadavres prussiens frôlait la déri- sion.). Gerhard. 2011. Diane. in : Der Krieg in den Gründungsmythen europäischer Nationen und der USA. op. l’ancien sous le 11 BODART.13 cette image était acceptable à l’époque en raison de l’appropriation populaire du lieu de mé- moire de Frédéric II qui reposait en partie sur l’anecdotique. Stig. en sorte qu’on peut lire. La dramatisation renforçait la gloire de la victoire finale. 1. dans l’imbrication des valeurs des élites et de la cul- ture de masse. l’ancrage de ces livres pour enfants dans un univers de réfé- rences traditionnelles restait net. 2. la dérision créait également une complicité avec le jeune lecteur. cit. Munich. Comme l’image. à l’origine « un parchemin dont on a gratté la première inscription pour en tracer une autre. Hans / MESSERSCHMIDT. Munich. Ein Versuch ». Frank-Lothar. pp. « Begriff und Bedeutung des politischen Mythos ». « Rei- terstandbild ». Manfred (dir. étaient alors épuisées et en nette infériorité numérique par rap- port à l’armée autrichienne de Daun. Handbuch zur deutschen Militärgeschichte 1648-1939. cit. dir. Et l’issue victorieuse de la guerre de Sept Ans. 39-55. 1979. 3. in : Ibid.14 La particularité des mythes politiques réside. vol. que les écoliers connaissaient bien. L’illustration discrètement humoris- tique de la bataille de Kolin [3] prenait des libertés par rapport aux canons de la peinture d’histoire tout en conservant une connotation héroïque. Othmar / MEIER-WELCKER. Frank. comme on le sait. par Uwe FLECKNER / Martin WARNKE / Hendrik ZIEGLER. Ulrike. Munich. Les troupes prussiennes. « Friedrich der Große ». KELLER. 14 KROLL. « Der Geschichtsunterricht in der Ära Wilhelms II. 89 . ASLANGUL 2003. 303-309. le texte ne dissimulait pas le caractère légèrement ridicule de la défaite du 18 juin 1757. cit. « Mythenbildung und totaler Krieg. Campus. New York. « Feldherr ». 2001. pp. 12 FORSTMEIER. par Nikolaus BUSCHMANN / Dieter LANGEWIESCHE. Le motif du chef militaire che- vauchant sa monture blanche rappelait nettement celui du condottiere (chef des merce- naires) de la Renaissance italienne. art. 2003.16 relativisait la défaite cuisante qu’avait essuyée la Prusse lors de la bataille de Kolin. in : Handbuch der politischen Ikonographie. pp. Wolfgang von / HACKL. Friedrich / GROOTE. dir. 306-315. 13 FÖRSTER. 5 : Grundzüge der militärischen Kriegführung 1648-1939. dir. art. vol. en partie mobilisées pour maintenir l’occupation de Prague. vol. ». 620-635. qui ne la cache pas tout à fait. vol. Beck. Francfort/Main. par transparence. par Étienne FRANÇOIS / Hagen SCHULZE.

in : MÜLLER-MÜNSTER. 1997 (1e éd. 22 KÖPPEN. Ute. [1912].. Jahrhundert. 90 . qui avaient contribué à l’émergence de représentations martiales de plus en plus sensationnelles22 et accentuaient ainsi la force émotionnelle des illustrations. EPKENHANS / GROSS / BURKHARD 2011. und 20. on constate que le spectateur se trouve presque derrière le chef militaire. vol.21 Reprenant les mêmes modèles iconographiques. « La névrose du vrai ». 6. « Der Geschichtsunterricht in der Ära Wilhelms II. Friedrich der Große. Contrairement à la toile de Menzel. Ce choix de l’illustrateur. Notons que l’emploi du déictique allemand „jen-“ se référant au contexte (et non au cotexte) confirme cette hypothèse. vol. cette bataille s’avéra décisive grâce à la tactique de Frédéric II. d’autant plus qu’ils connaissaient l’issue victorieuse de la bataille à l’origine du mythe de l’invincibilité de l’armée prussienne. ». 18 Alors que la Silésie menaçait de tomber aux mains des Autrichiens. ces illustrations étaient « dérivées d’une œuvre antérieure. 19 « in jener berühmten Unterredung ». Angebote. jouaient un rôle prépondérant dans le contexte des commémorations de 1913. Manuel. 2005. Seuil. Ces ou- 17 GENETTE. 145-173. Ils ancraient ces illustrations dans la tradition de la peinture d’histoire. La littérature au second degré. et resta le symbole de son art de faire la guerre. Jahrhundert. 21 FREVERT. évoquant la construction des tableaux de Caspar David Friedrich qui favorisaient l’identification au personnage. dont les militaires avaient fait une valeur tradition- nelle. Hei- delberg.nouveau. Winter Verlag. « Das Militär als ‚Schule der Männlichkeit’.. Erfahrungen im 19. 20 SCHNEIDER. p. » Autrement dit. Klett- Cotta. in : Militär und Gesellschaft im 19. »17 Elles renvoyaient généralement à des œuvres de commande et traduisaient la volonté des producteurs d’inscrire leurs supports dans la tradition de la peinture historique. Jahrhundert ». les illustrations des guerres anti- napoléoniennes. 1982). L’admiration des jeunes lecteurs éprouvée pour le souverain n’en était probable- ment que plus forte. cit. Ces références à des œuvres officielles leur conféraient une légitimité d’autant plus grande. Gerhard. 2. Mayence. cit. Das Entsetzen des Beobachters. dir. Krieg und Medien im 19. par transformation ou par imitation. Gérard. cit. Stuttgart. op. art. inachevé. qua- trième de couverture. Les por- traits équestres des chefs de guerre constituaient là encore une figure héroïque par excel- lence. relevait certainement d’un souci pédago- gique. Franz. Erwartungen. Ainsi la représentation de Frédéric II en bon stratège militaire avant la bataille de Leuthen du 5 décembre 1757 [4] était-elle un palimpseste du tableau. pp. 5. par Id. op.18 Dans le texte. il était fait référence à « cette célèbre entrevue »19 abordée dans les cours d’histoire20 et à l’endurance de l’armée prussienne. Palimpsestes. Frédéric le Grand harangue ses officiers avant la bataille de Leuthen (Ansprache Friedrichs des Großen an seine Generäle vor der Schlacht bei Leuthen) [5]. FORSTMEIER / GROOTE / HACKL / MEIER-WELCKER / MESSERSCHMIDT 1979. Éditions de la Réunion des Musées Nationaux. célèbre sous le nom d’« ordre oblique » (« schiefe Schlachtordnung »). 1996. Pour l’histoire du tableau. voir : Menzel (1815-1905). Paris. Paris. und 20. 1997. Scholz.

p. L’archiduc Charles à la bataille d’Essling (Erzherzog Karl in der Schlacht bei Aspern) [11] – elle-même un palimpseste du tableau de Jacques-Louis David. Phönix. vol. 24 « Vater Blücher ». suivi de Gneisenau. [1913].24 Blücher faisait partie de ce panthéon national. 98-101 . in : Deutscher Kinderfreund. Von der Antike bis zur Gegenwart. Le portrait équestre de l’archiduc Charles-Louis d’Autriche-Teschen [10] était à cet égard frappant. 27 JÜRGENS-KIRCHHOFF. p. Das Volk steht auf. Bonaparte franchissant le Grand-Saint-Bernard – et Les vainqueurs d’Essling (Die Sieger von As- 23 « Der Feldmarschall Vorwärts ». Bachem. Cologne.. 28. était une simple reproduction d’une toile de Rudolf Eichstädt [7]. ces images avaient pour fonc- tion de proposer une réécriture idéalisée de l’histoire prussienne..25 Dans leur visée idéalisatrice. 98. 1914. in : Formen des Krieges. peuplait alors les romans de guerre. les campagnes antinapoléoniennes permettaient de prendre davantage de liberté par rapport à la réalité. KNÖTEL. texte et image renforçaient donc l’aura du chef de guerre. Elles formaient une unité thématique avec le texte. 91 . dir. Paderborn. p. Paul / WILHELM II. 28. cit. op. 498.27 Souvent au service de l’apologie du grand homme. de Marschall Vorwärts23 ou encore de « papa Blücher ». Si l’image qui représentait la bataille de Waterloo. Kattowitz. laissant à Napoléon le temps de se replier durant la troisième nuit de combats. La figure du cavalier lancé au galop et brandissant son épée. « Der Beitrag der Schlachtenmalerei zur Konstruktion von Kriegstypen ». pp. 2007. Voir à titre d’exemple la couverture de ce récit : HENNES. 1913. Aus der Kriegsgeschichte 1813-1815. 5. typique de la force émotive des images héroïques. Gravement malade. Blücher auf dem Wege zu Wel- lington. vol. Il rappelait les toiles de Johann Peter Krafft. p. dans Laon. in : Ibid. Contraire- ment à la vivacité des affrontements mise en exergue dans le commentaire. Gerhard. Ein Festbuch für die deutsche Jugend. L’illustration Blücher in Laon de Rudolf Eichstädt [6] représentait l’arrivée victorieuse du général en chef de l’armée de Silésie. les combats avaient été plutôt de faible intensité et de nature défensive. op. pp. n° 6.. 1813-1913. Marschall Vorwärts (1863)26 [9]. Schöningh. Annegret. comme le veut le mythe populaire.vrages s’inscrivaient ainsi dans un réseau d’images qui devait consolider le règne des Hohenzollern : ils renforçaient la prépondérance et la légitimité de la Prusse au sein du Reich. début mars 1814. Historiquement plus éloignées que les guerres d’unification.. Blücher s’était tenu en retrait et Gneisenau avait pris peu de risques durant la bataille. le dessin de Jank qui ornait la couverture de Deutschlands Not und Befreiung [8] était un palimpseste plus complexe des toiles d’Eichstädt et de Johann Emil Hünten. cit. 1. De simples reproductions d’œuvres issues de la peinture d’histoire conféraient une légitimité historique à la littérature pour enfants sans pour autant respecter la véracité des faits. 26 KORFF 1981. 25 FORSTMEIER / GROOTE / HACKL / MEIER-WELCKER / MESSERSCHMIDT 1979. 443-468. Qualifié. par Dietrich BEYRAU / Michael HOCHGESCHWENDER / Dieter LANGEWIESCHE.

pern) [12], ainsi que la gravure de Carl Alberti et Emile Rouargue, inspirée des tableaux
de Johann Peter Krafft [13]. Le texte et l’image reprenaient l’épisode non attesté mais
devenu légendaire de l’archiduc Charles d’Autriche saisissant le drapeau de son régiment
et défiant l’ennemi durant la bataille d’Essling, près de Vienne, les 21 et 22 mai 1809.28
Vu de profil, Charles d’Autriche brandissait fièrement le drapeau de son régiment. Ce
dernier motif, fréquent dans de telles toiles de batailles, symbolisait le combat des terri-
toires sous influence française pour la liberté nationale et la confiance en la victoire, à
une époque où le sentiment patriotique s’était intensifié.29 L’archiduc dominait la scène
du haut de son lipizzan majestueux, dont la posture était calquée sur celle des Vainqueurs
d’Essling. Ces éléments rhétoriques conventionnels de l’image soulignaient la persévé-
rance et le courage du héros guerrier.30 Le choix du moment déterminant de l’action était
typique de telles images héroïques.31
La perspective adoptée dans le tableau correspondait en réalité à un mythe autri-
chien. Alors que la Prusse avait été très affaiblie par la paix de Tilsit de 1807 et que la
Bavière avait fait alliance avec Napoléon, la scène, présentée du point de vue des Autri-
chiens, donnait l’illusion d’une opposition prussienne constante à la France. Le choix de
la bataille d’Essling, qui fut le prélude à la fin du mythe de l’invincibilité de Napoléon,
était très symbolique.32
L’archiduc Charles, pourtant issu de la dynastie des Habsbourg contre laquelle les
Hohenzollern s’étaient s’imposés en 1866, était ainsi proposé en modèle héroïque aux
jeunes lecteurs allemands. La défaite des Autrichiens à Wagram, quelques semaines plus
tard, à la suite de laquelle l’archiduc avait dû renoncer au commandement, était passée
sous silence. L’aigle noir, susceptible de rappeler le symbole prussien puis allemand,
présent dans la gravure et l’illustration, mais absent de la toile de Krafft, renforçait
l’association de l’Autriche à la Prusse. Cette assimilation exprimait l’affirmation de
l’Allemagne sur l’Autriche depuis la guerre de 1866 (qui marqua l’échec de la großdeut-
sche Lösung) et les bonnes relations qu’entretenaient les deux États depuis la signature de
la Duplice en 1879.

28
BRUCKMÜLLER, Ernst, « Österreich. »An Ehren und an Siegen reich« », in : FLACKE 1998, op. cit.,
pp. 269-294.
29
FLECKNER, Uwe, « Flagge », in : FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011, op. cit., vol. 1, pp. 324-
330. PARTH, Susanne, Zwischen Bildbericht und Bildpropaganda. Kriegskonstruktionen in der deutschen
Militärmalerei des 19. Jahrhunderts, Paderborn, Schöningh, 2010. DANN, Otto, Nation und
Nationalismus in Deutschland 1770-1990, Munich, Beck, 1993, p. 60.
30
ASLANGUL 2003, op. cit.
31
WERNER, Elke Anna, « Schlachtenbild », in : FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011, op. cit., vol.
2, pp. 332-340.
32
BRUCKMÜLLER, Ernst, « Österreich. »An Ehren und an Siegen reich« », art. cit. FORSTMEIER /
GROOTE / HACKL / MEIER-WELCKER / MESSERSCHMIDT 1979, op. cit., vol. 5.

92

Néanmoins, l’ardeur au combat n’était pas réservée au grand chef de guerre :
l’archiduc (comme Blücher sur la première de couverture précitée [08]) était suivi par ses
soldats, prêts à charger, envahissant le bord droit de l’image. Le motif récurrent du con-
dottiere était complété par la symbolique démocratique plus récente du simple soldat
héroïque : selon le changement de paradigme de la peinture historique au cours du XIXe
siècle,33 cette égalité entre le chef de guerre et ses troupes mettait en image le modèle de
la guerre entre nations qui se profilait à la même époque. Elle faisait avant tout partie du
mythe des guerres antinapoléoniennes, la contribution du peuple à la victoire restant en
réalité marginale.34 Ces représentations s’appuyaient sur la fonction idéologique de la
peinture d’histoire, chargée de mettre en image l’exemplum virtutis.35 Encourager le sa-
crifice des jeunes gens pour l’avenir de leur patrie, tel était le message de ces ouvrages.
Par conséquent, ils complétaient l’éducation au devoir envers la patrie inculquée à
l’école.36

Ces images forgeaient l’imaginaire historique des jeunes générations en leur pro-
posant une grille de lecture du passé susceptible d’influencer leur perception du présent
et de les sensibiliser à l’avenir de la nation. Elles participaient ainsi à la construction
d’une mémoire collective.37 « Figée en un mythe national »,38 l’histoire était réduite à un
outil de légitimation de la guerre, alors considérée comme un outil nécessaire au règle-
ment des conflits. Elle jouait dès lors un rôle central dans l’éducation.
L’omniprésence de cette image apologétique de la guerre dans l’univers visuel
des enfants explique que les références à de telles toiles pussent être subtiles. Les écoliers
étaient familiers de ces œuvres, qui étaient reproduites dans de nombreux supports popu-

33
BECKER, Frank, Bilder von Krieg und Nation. Die Einigungskriege in der bürgerlichen Öffentlichkeit
Deutschlands 1864-1913, Munich, Oldenbourg, 2001. JÜRGENS-KIRCHHOFF, Annegret, « Der Beitrag
der Schlachtenmalerei zur Konstruktion von Kriegstypen », art. cit.
34
PUSCHNER, Uwe, « 18. Oktober 1813: «Möchten die Deutschen nur alle und immer dieses Tages
gedenken!» – die Leipziger Völkerschlacht », in : Erinnerungstage. Wendepunkte der Geschichte von der
Antike bis zur Gegenwart, dir. par Étienne FRANÇOIS / Uwe PUSCHNER, Munich, Beck, 2010, pp. 145-
162.
35
GAEHTGENS, Thomas W., « Historienmalerei. Zur Geschichte einer klassischen Bildgattung und ihrer
Theorie », in : Historienmalerei, dir. par Thomas W. GAEHTGENS / Uwe FLECKNER, Berlin, Reimer,
1996, pp. 15-76.
36
ALEXANDRE, Philippe, « Le patriotisme à l’école en France et en Allemagne, 1871-1914. Essai
d’étude comparatiste », in : Lernen und lehren in Frankreich und Deutschland. Apprendre et enseigner en
Allemagne et en France, dir. par Stefan FISCH / Florence GAUZY / Chantal METZGER, Stuttgart, Frank
Steiner Verlag, 2007, pp. 80-103.
37
PAUL, Gerhard, « Das Jahrhundert der Bilder. Die visuelle Geschichte und der Bildkanon des
kulturellen Gedächtnisses », in : Das Jahrhundert der Bilder, dir. par Id., vol. 1 : 1900 bis 1949, Göttingen,
Vandenhoeck & Ruprecht, 2009, pp. 14-39. BECKER, Frank, « Begriff und Bedeutung des politischen
Mythos », art. cit. PARTH 2010, op. cit.
38
« eine zum Nationalmythos erstarrende Geschichte », in : BURKHARDT, Johannes, « Kriegsgrund
Geschichte? 1870, 1813, 1756 – historische Argumente und Orientierungen bei Ausbruch des Ersten
Weltkrieges », art. cit., p. 16.

93

laires et occupaient une place importante dans les écoles, ornées de statues de personnali-
tés, telles que Guillaume II et l’impératrice Auguste Victoria, ainsi que de tableaux de
peinture historique.39 Ces toiles étaient même accrochées aux murs des salles de classe
sous forme d’affiches.40 Les enfants côtoyaient ces formes iconographiques dans les mu-
sées, comme la Zeughaus de Berlin, et dans l’architecture urbaine, dont l’allée de la vic-
toire symbolisait l’hégémonie prussienne.41 Ils y étaient confrontés par le biais du pano-
rama, florissant depuis le dernier tiers du XIXe siècle,42 et de l’imagerie populaire à ten-
dance patriotique qui décorait les intérieurs bourgeois.43 Dans le Reich, la peinture histo-
rique connaissait une politisation croissante et servait d’« instrument de propagande »44
pour légitimer et idéaliser la guerre aux yeux des jeunes générations.
Outre sa fonction idéologique et stabilisatrice, ce genre, régulièrement employé
dans des supports pour enfants, avait avant tout des vertus éducatives alors reconnues par
les théoriciens de l’art et les pédagogues.45 « La matière du récit [y] est ordonnée, de ma-
nière à demeurer la plus pédagogique possible. »46 Les nombreux palimpsestes reposaient
sur un jeu de connivence avec les jeunes lecteurs tout en stimulant leur mémoire. Cette
iconographie était d’autant plus propice à la transmission d’un engouement patriotique
qu’elle se caractérisait par un fort potentiel émotionnel.47

39
PAUL 2009, op. cit. PUST, Hans-Christian, ‚Vaterländische Erziehung‘ für ‚Höhere Mädchen‘. Soziale
Herkunft und politische Erziehung von Schülerinnen an höheren Mädchenschulen in Schleswig-Holstein,
1861-1918, Osnabrück, Der Andere Verlag, 2004.
40
HEMPRICH, R. / FRITZSCHE, R. (dir.), Ratgeber für deutsche Lehrer und Erzieher. Wissenschaf-
tliches Sammelwerk für alle Unterrichtsfächer und zur Fortbildung, vol. 7 : Das Bilderbuch und Werke
bildender Kunst im Unterricht, dir. par Joseph ERLER, Langensalza, Julius Beltz, 1911.
41
PIPER, Ernst, « Das kulturelle Leben im Kaiserreich », in : Das Deutsche Kaiserreich 1890-1914, dir.
par Bernd HEIDENREICH / Sönke NEITZEL, Paderborn, Schöningh, 2011, pp. 75-96. BEIL, Christine,
Der ausgestellte Krieg. Präsentationen des Ersten Weltkrieges 1914-1939, Tübingen, Tübinger Verei-
nigung für Volkskunde, 2004. Le pacifiste Ernst Friedrich publia après-guerre un témoignage d’enfant qui
raconte sa visite de la Zeughaus. FRIEDRICH, Ernst, Vom Friedens-Museum zur Hitler-Kaserne,
Norderstedt, Books on Demand GmbH, 2007 (1e éd., 1935).
42
PAUL, Gerhard, Bilder des Krieges, Krieg der Bilder. Die Visualisierung des modernen Krieges,
Paderborn, Schöningh, 2004.
43
BUDDE, Gunilla-Friedericke, Auf dem Weg ins Bürgerleben. Kindheit und Erziehung in deutschen und
englischen Bürgerfamilien 1840-1914, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1994.
44
WAPPENSCHMIDT, Heinz-Toni, « Historienmalerei im späten 19. Jahrhundert. Verfügbarkeit und
Auflösung eines bildungspolitischen Konzepts am Beispiel des Zweiten Deutschen Kaiserreichs », in :
Historienmalerei in Europa. Paradigmen in Form, Funktion und Ideologie, dir. par Ekkehard MAI,
Mayence, Verlag Philipp von Zabern, 1990, pp. 335-345 ; p. 336.
45
BÜTTNER, Frank, « Bildung des Volkes durch Geschichte. Zu den Anfängen öffentlicher
Geschichtsmalerei in Deutschland », in : MAI 1990, op. cit., pp. 77-94. PUST 2004, op. cit.
GAEHTGENS, Thomas W., « Historienmalerei. Zur Geschichte einer klassischen Bildgattung und ihrer
Theorie », art. cit.
46
CHALINE, Olivier, « La bataille comme objet d’histoire », in : Francia. Forschungen zur wes-
teuropäischen Geschichte, dir. par l’Institut Historique Allemand, n° 2, 2005, pp. 1-14 ; p. 3.
47
FRANÇOIS, Étienne / SIEGRIST, Hannes / VOGEL, Jakob, « Die Nation. Vorstellungen, Inszenie-
rungen, Emotionen », in : Nation und Emotion. Deutschland und Frankreich im Vergleich 19. und 20.
Jahrhundert, dir. par Id., Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1995, pp. 13-35.

94

Ainsi la littérature illustrée était-elle mise au service d’une éducation tant patrio-
tique qu’esthétique des jeunes générations, prônée également par le mouvement en fa-
veur d’une éducation artistique48 et les mouvements de jeunesse.49 Dans le Deutscher
Kinderfreund les reproductions d’œuvres d’art ne se limitaient pas à la peinture
d’histoire : s’y trouvaient également en grand nombre des toiles d’artistes tels que Barto-
lomé Esteban Murillo, Hermann Kaulbach, Ferdinand Waldmüller, Otto Friedrich, Al-
brecht Dürer, Rembrandt… Outre l’acquisition d’une culture universelle, cette éducation
artistique visait avant tout à renforcer la fierté des jeunes Allemands en leur culture na-
tionale, particulièrement mise en exergue durant la ferveur commémorative de 1913.50

Également issues de la peinture historique, les scènes traditionnelles très codées
de batailles et d’attaques constituaient un autre fondement de l’iconographie héroïque des
ouvrages de guerre pour enfants d’avant 1914. Elles proposaient une « rétrospective à
visée glorificatrice »51 du passé guerrier. L’exemple de Sohrs Reiterangriff nach
Möckern,52 illustré par Jank [14], correspondait à ce phénomène. Les hussards prussiens
lancés au galop, debout dans leurs étriers, sabre au clair, étaient propices à susciter
l’affect.53 Les cavaliers occupaient la quasi-totalité de l’image. L’ennemi français était
repoussé dans le bord gauche de l’illustration, comme s’il avait déjà été vaincu. Le texte
en prose, à la fois descriptif et enjoué, venait contextualiser l’image, insistait sur les qua-
lités de précision, de calme et de détermination nécessaires pour mener une telle attaque,
tout en véhiculant le même élan d’enthousiasme que l’image. Les phrases longues, entre-
coupées de points virgules, créaient un rythme qui entretenait à la fois le suspens et la
violence de l’action :

48
CLUET, Marc, « Vorwort », in : „Lebensreform“. Die soziale Dynamik der politischen Ohnmacht. La
dynamique sociale de l’impuissance politique, dir. par id. / Catherine REPUSSARD, Tübingen, Francke
Verlag, 2013, pp. 11-48. KERBS, Diethart, « Kunsterziehungsbewegung », in : Handbuch der deutschen
Reformbewegung, 1880-1933, dir. par id. / Jürgen REULECKE, Wuppertal, Peter Hammer, 1998, pp. 369-
378.
49
ASLANGUL, Claire, « La Jugendbewegung et les images. Formes et fonctions de l’iconographie des
mouvements de jeunes dans le premier tiers du XXe siècle », in : Recherches germaniques, Hors-série
n° 6 : Mouvements de jeunesse et jeunes en mouvement, université de Strasbourg, 2009, pp. 111-131.
50
ALEXANDRE / MARCOWITZ 2013, op. cit.
51
« glorifizierende Rückschau », in : MAI, Ekkehard, « ‚Ja, das ist der Krieg!’ Zur Militär- und
Schlachtenmalerei im Kaiserreich », in : Die letzten Tage der Menschheit. Bilder des Ersten Weltkriegs,
dir. par Rainer ROTHER, Deutsches Historisches Museum, Berlin, Ars Nicolai, 1994, pp. 241-258 ; p.
250.
52
JANK, Angelo, Deutschlands Not und Befreiung, vol. 2 : Frühling und Freiheit (1813), Mayence,
Scholz, [1912], pp. 13-14.
53
JÜRGENS-KIRCHHOFF, Annegret, « Der Beitrag der Schlachtenmalerei zur Konstruktion von
Kriegstypen », art. cit.

95

S’avançant lentement, des masses sombres émergent du nuage de fumée ; l’ennemi forme
deux carrés ; à cet instant Sohr pointe en avant son sabre et d’un retentissant « En avant ! En
54
avant ! En avant ! » donne le signal du combat.

Était présentée ici l’attaque de cavalerie qu’avait menée le commandant Friedrich
von Sohr à Möckern, le 16 octobre 1813.55 Alors que la Prusse avait été appuyée par
l’Autriche, la Suède et la Russie, ses alliés n’étaient mentionnés ni dans le texte, ni dans
l’image. Cette relecture des événements au détriment de la Russie, comme des autres
alliés, s’inscrivait dans les tendances des manuels scolaires qui visaient, depuis
l’unification, à renforcer l’hégémonie prussienne dans l’univers de référence des jeunes
générations.56 Indirectement, elle traduisait peut-être également des inimitiés envers la
Russie.57
Outre ces représentations de batailles historiques, des images similaires mettaient
en scène des assauts-types, conventionnels et « décoratifs »,58 sans référence à une trame
historique précise. Le texte, généralement en vers, avait une fonction esthétisante et idéa-
lisatrice. Dans Die Wacht am Rhein, un assaut d’uhlans lancés au galop [15], typique des
livres d’images, était accompagné d’un poème de l’écrivain romantique Wilhelm Hauff,
Reiters Morgengesang, habituellement étudié à l’école.59 Les cavaliers en surnombre qui
se prolongeaient hors-champ, ainsi que leur élan majestueux, véhiculaient un sentiment
de liberté et d’invincibilité qui relativisait la dimension sacrificielle du poème. Couplé à
l’illustration, le chant, qui participait à la construction de mythes nationaux et possédait
une forte puissance émotionnelle au même titre que l’imagerie et la poésie,60 héroïsait et
déréalisait l’univers martial. La récitation de poèmes et de chansons constituait l’un des
piliers de l’instruction dans le Kaiserreich.61 Ils relevaient de l’ordre de l’affect. La poé-
sie romantique, aux accents passionnés, était prépondérante, car elle exaltait la beauté de
la patrie en l’associant souvent au sacrifice héroïque de la jeunesse, en particulier dans le
contexte des guerres antinapoléoniennes.62 En faisant appel aux connaissances acquises à
l’école et surtout aux réflexes émotionnels qu’ils suscitaient, ces vers étaient propices à

54
« Aus dem Pulverdampfe tauchen dunkle Massen auf, die sich langsam vorwärts bewegen; der Feind
bricht in zwei Karrees vor; da wirft Sohr den Säbel weit vor und gibt mit lautschallendem ‚Marsch!
Marsch! das Zeichen zum Einhauen. », in : Ibid., p. 13.
55
FORSTMEIER / GROOTE / HACKL / MEIER-WELCKER / MESSERSCHMIDT 1979, op. cit., vol. 5.
56
FLACKE, Monika, « Deutschland. Die Begründung der Nation aus der Krise », in : FLACKE 1998, op.
cit., pp. 101-128.
57
Se référer dans ce chapitre à : 3) Idéalisation de la nation, p. 108.
58
PARTH 2010, op. cit., p. 207.
59
PUST 2004, op. cit.
60
EICHNER, Barbara, History in Mighty Sounds: Musical Constructions of German National Identity,
1848-1914, Suffolk, Boydell Press, 2012.
61
LEMMERMANN, Heinz, Kriegserziehung im Kaiserreich. Studien zur politischen Funktion von Schule
und Schulmusik 1890-1918, Lilienthal, Brême, Eres Edition, 1984.
62
JEISMANN, Michael, Das Vaterland der Feinde. Studien zum nationalen Feindbegriff und
Selbstverständnis in Deutschland und Frankreich 1792-1918, Stuttgart, Klett-Cotta, 1992.

96

enthousiasmer les enfants pour la guerre, conçue comme une aventure et un sursaut pa-
triotique :
Aurore ! Aurore !
Tu m’éclaires jusqu’à ma mort
Prochaine ! Bientôt la trompette retentira
C’est alors que je devrai quitter la vie
63
Moi et tant de camarades !
Tout autant que les chants et l’apprentissage de textes par cœur, ces poèmes contri-
buaient à un « ensorcellement »64 des élèves par le discours. Associée au texte, l’image
favorisait l’identification à une patrie idéalisée et contribuait à l’acceptation du sacrifice
de soi pour la défense nationale. Par un tel « appel à des sentiments forts et de nature
émotionnelle »,65 ces livres participaient à une préparation mentale à la guerre.

Ces scènes de bataille et d’assaut spectaculaires culminaient dans la représenta-
tion de la mort glorieuse du héros, « moment-clef de l’imaginaire héroïque de la
guerre ».66 Celle-ci survenait la plupart du temps brutalement et héroïquement. Le per-
sonnage était toujours représenté au moment crucial, tragique67 : touché d’une balle en
plein cœur, il chutait de son cheval. Peu importait alors la véracité de l’image : Friedrich
Friesen, qui avait été assassiné en captivité,68 était malgré tout représenté dans cette pos-
ture [16]. Le combattant héroïque, « la personne qui s’est volontairement offerte en sacri-
fice, acceptant par avance le risque de la mort et lui donnant de ce fait un sens », consti-
tuait le fondement de cette « culture glorieuse ».69
Des cartes postales représentant la mort de Theodor Körner70 [17] s’inscrivaient
dans la même tradition iconographique. Ces images marquaient bien les « zones de pas-

63
« Morgenrot! Morgenrot! / Leuchtest mir zum frühen Tod! / Bald wird die Trompete blasen, / Dann muß
ich mein Leben lassen, / Ich und mancher Kamerad! », in : JANK, Angelo / HENNINGSEN, Nikolaus, Die
Wacht am Rhein. Soldatenbilderbuch II, Mayence, Scholz, 1e éd. [1910], p. 6.
64
LOUBES, Olivier, L’école et la patrie. Histoire d’un désenchantement 1914-1940, Paris, Belin, 2001,
p. 16.
65
CAHN, Jean-Paul / KNOPPER, Françoise / SAINT-GILLE, Anne-Marie, « Introduction », in : De la
guerre juste à la paix juste. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco-
allemand (XVIe -XXe), dir. par Id., Villeneuve d’Ascq, Presses Universitaires du Septentrion, 2008, pp. 7-
17 ; p. 8.
66
ASLANGUL 2003, op. cit., p. 57.
67
WERNER, Elke Anna, « Schlachtenbild », art. cit. STOLPE, Elmar, « Wilde Freude, fürchterliche
Schönheit. Die romantische Ästhetisierung des Krieges », in : Kriegsbegeisterung und mentale Vorberei-
tung, dir. par Marcel VAN DER LINDEN / Gottfried MERGNER, Berlin, Ducker & Humblot, 1991, pp.
37-53.
68
SCHILLING, René, „Kriegshelden“. Deutungsmuster heroischer Männlichkeit in Deutschland 1813-
1945, Paderborn, Schöningh, 2002, p. 37.
69
FRANÇOIS, Étienne, « L’histoire et la mémoire. L’importance des discours sur le passé », art. cit.,
p. 20.
70
SCHILLING 2002, op. cit., p. 36. Theodor Körner a été touché par une balle alors qu’il était à cheval. Le
poète apparaissait de manière récurrente dans les livres et les revues pour enfants d’avant-guerre. La fré-
quence de ce motif révèle le culte de la personnalité qui existait alors autour de Theodor Körner.

97

sage »71 entre la grande peinture d’histoire et les supports industriels. Des formes icono-
graphiques venues d’en haut servaient à légitimer un militarisme d’en bas, autrement dit
émanant d’entreprises familiales, indépendantes des autorités. Ces représentations, inspi-
rées de la peinture historique, dans les livres pour enfants traduisaient une popularisation,
une « trivialisation »72 du sentiment national. Dans la ferveur commémorative du cente-
naire de 1813 ces héros des guerres de libération, qui étaient devenus les représentants
d’un idéal héroique impérial à la fin du XIXe siècle (type du reichsnationaler
Kriegsheld) et dont la jeunesse facilitait l’identification, occupaient une place d’autant
plus prépondérante que les campagnes anti-napoléoniennes constituaient le terreau des
héros nationaux allemands qui contribuèrent à la militarisation de la société civile.73

Ces exemples esthétisés et surannés, tous similaires, faisaient subir à la guerre un
« travestissement historique »74 en la transposant dans le passé lointain. Cette « image
stylisée de la guerre en un combat avec cheval et cavalier homme contre homme »75 était
également véhiculée lors des manifestations commémoratives de 1913 par les discours
officiels, les poèmes et les chants d’écrivains romantiques comme Theodor Körner et
Ernst Moritz Arndt, ou encore les cartes postales vendues à l’occasion du jubilé.76 Ces
représentations, qui misaient sur l’affect, avaient pour but de glorifier la guerre. Les
combattants héroïques véhiculaient l’idéal de virilité et de maîtrise de soi tel qu’il était
prôné alors.77 Cette conception martiale était bien loin de la réalité de la guerre franco-
prussienne de 1870, en particulier des combats de francs-tireurs qui s’engagèrent après la
bataille de Sedan et qui furent bientôt immortalisés dans des productions courantes.78 Le
décalage entre cet imaginaire et les affrontements qui devaient caractériser la Grande
Guerre79 allait encore s’accentuer.

71
GERVEREAU, Laurent, L’Histoire du visuel au XXe siècle, Paris, Seuil, 2003, p. 88.
72
FLACKE, Monika, « Deutschland. Die Begründung der Nation aus der Krise », art. cit. « Triviali-
sierung », in : MAI, Ekkehard, « Historienbild im Wandel – Aspekte zu Form, Funktion und Ideologie
ausgangs des 19. und im 20. Jahrhundert », in : Triumph und Tod des Helden. Europäische Historienmale-
rei von Rubens bis Manet, dir. par Ekkehard MAI / Anke REPP-ECKERT, Museum der Stadt Köln, Co-
logne, Electa, 1987, pp. 151-163 ; p. 156.
73
SCHILLING 2002, op. cit., p. 28 et 169.
74
« in historischer Kostümierung », in : SIEMANN, Wolfgang, « Krieg und Frieden in historischen
Gedenkfeiern des Jahres 1913 », art. cit., p. 310.
75
« Bild vom Krieg als einem Kampf mit Roß und Reiter Mann gegen Mann », in: Ibid., p. 310.
76
HAGENOW, Elisabeth von, Politik und Bild. Die Postkarte als Medium der Propaganda, Hambourg,
Forschungsstelle Politische Ikonographie der Universität Hamburg, 1994.
77
MOSSE, George, L’image de l’homme, l’invention de la virilité moderne, Paris, Abbeville, 1997.
78
FORSTMEIER / GROOTE / HACKL / MEIER-WELCKER / MESSERSCHMIDT 1979, op. cit., vol. 5.
HORNE, John, 1914. Les atrocités allemandes. La vérité sur les crimes de guerre en France et en Bel-
gique, Paris, Tallandier, 2005.
79
AUDOIN-ROUZEAU, Stéphane, « 1914-1918 : la mort des batailles », in : Revue Internationale
d’Histoire Militaire, n° 78 : La bataille d’hier à aujourd’hui, 2000, pp. 141-148 ; p. 145.

98

Fondées sur un « système épique »,80 de telles images héroïques correspondaient
à « des moments attendus du lecteur ».81 Elles provoquaient « un plaisir esthétique qui
éloign[ait] le spectateur de la réalité des souffrances de la guerre. »82 En la magnifiant et
la déréalisant, elles faisaient partie du processus de banalisation de la violence guerrière
analysée par George Mosse.83 Comme l’écrivit Stefan Zweig dans un texte resté célèbre,
ces illustrations eurent certainement un impact sur les représentations mentales des
jeunes générations du début du XXe siècle :
Elle [la guerre] restait une légende et c’était justement cet éloignement qui l’avait faite hé-
roïque et romantique. On la voyait toujours dans la perspective des livres de lecture scolaires
et des tableaux des musées : d’éblouissantes attaques de cavaliers en uniformes resplendis-
84
sants ; la balle mortelle, généreusement, frappait toujours en plein cœur […].

Ces clichés héroïques donnaient une « image antiquisante de la guerre »85 et cons-
tituaient une part importante de la « mythologie visuelle »86 de la littérature pour enfants
d’avant 1914. Ils reflétaient et alimentaient « la certaine piété militaire »87 omniprésente
dans le Reich et représentaient l’équivalent visuel des traitements littéraires de la figure
du héros étudiée par Christadler dans les récits pour la jeunesse.88 Dans la mesure où ils
correspondaient à l’horizon d’attente des jeunes lecteurs, ils devaient persister en partie
durant la guerre tout en entrant en concurrence avec d’autres images.
En lien étroit avec cet héroïsme guerrier, le mythe de l’esprit de sacrifice du
peuple en 1813 était également réactivé dans ces livres pour enfants.

2) Influences de « l’esprit de 1813 »
Les guerres antinapoléoniennes occupaient une place importante dans l’histoire
allemande, car elles étaient assimilées à la naissance d’un sentiment patriotique alle-
mand.89 Par le biais des commémorations de 1813, parfois qualifiées, en raison de leur
caractère belliqueux, de « répétition générale »90 de l’euphorie mise en scène sur les

80
PUISEUX, Hélène, Les figures de la guerre. Représentations et sensibilités 1839-1996, Paris, Gallimard,
1997, p. 24. WERNER, Elke Anna, « Schlachtenbild », art. cit.
81
CHALINE, Olivier, « La bataille comme objet d’histoire », art. cit., p. 3.
82
ASLANGUL 2003, op. cit., p. 46.
83
MOSSE, George, De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes,
Paris, Hachette-Littératures, 1999.
84
ZWEIG, Stefan, Le Monde d’hier, Paris, Librairie générale française, 1996 (1e éd. 1942), pp. 268-269.
85
« ein antiquarisches Kriegsbild », in : BURKHARDT, Johannes, « Kriegsgrund Geschichte? 1870, 1813,
1756 – historische Argumente und Orientierungen bei Ausbruch des Ersten Weltkrieges », art. cit., p. 73.
86
PUISEUX 1997, op. cit., p. 24.
87
« eine gewisse Militärfrömmigkeit », in : Deutsche Geschichte, 1866-1918, Thomas NIPPERDEY,
vol. 2 : Machtstaat vor der Demokratie, Munich, Beck, 2e éd., 1993, p. 233.
88
CHRISTADLER, Marieluise, Kriegserziehung im Jugendbuch. Literarische Mobilmachung in
Deutschland und Frankreich vor 1914, Francfort/Main, Haag + Herchen, 1978.
89
DANN 1993, op. cit., pp. 56 ets.
90
BINGER, Lothar, « ‚Ein tiefer Sinn im kindischen Spiel‘ Sozialisation für den Krieg », in : August 1914.
Ein Volk zieht in den Krieg, Berliner Geschichtswerkstatt, Berlin, Nishen, 1989, pp. 38-48 ; p. 47.

99

places publiques des grandes villes en 1914, ces événements furent l’un des thèmes prin-
cipaux qui permit de faire entrer plus largement le discours sur la guerre dans la littéra-
ture pour enfants.
Pour cette raison, nous accorderons une attention particulière à la représentation
de cette période dans la littérature d’avant 1914. Bien que des ouvrages fussent égale-
ment consacrés à la guerre de 1870-1871, au cœur du mythe de l’unité allemande réalisée
par les armes, et cultivassent les ressentiments vis-à-vis de « l’ennemi héréditaire »,91
l’intérêt pour la guerre franco-prussienne, à l’instar de l’anniversaire de la bataille de
Sedan, avait sensiblement baissé après 1900. La victoire du deux septembre 1870, qui
marqua la capitulation des troupes françaises sans signifier la fin du conflit armé, était
toujours célébrée par les associations d’anciens combattants et dans les écoles. Mais la
démolition du panorama de Sedan, exposé à Berlin, dont le nombre de visiteurs ne per-
mettait plus d’en financer l’entretien, était symptomatique de ce désintéressement. Même
après 1910, alors que les tensions franco-allemandes s’accroissaient, ce mythe ne connut
pas de regain d’intérêt notable en Allemagne, contrairement à la France, qui craignit de
plus en plus une attaque allemande après la crise d’Agadir.92 Dans les manuels scolaires
allemands de la même époque, la France, à la réputation encore revancharde, ne repré-
sentait toutefois plus une menace aussi préoccupante que quelques décennies aupara-
vant.93

Durant l’immédiat avant-1914, les guerres de libération occupaient une place cen-
trale, tant dans les commémorations que dans la littérature enfantine. Nous l’avons souli-
gné, le centenaire de 1813 fut à l’origine d’une salve éditoriale impressionnante et repré-
senta l’occasion de mettre en avant la richesse de la culture allemande. La pose de la
première pierre de la bibliothèque nationale allemande à Leipzig, le 18 octobre 1913,
révélait la fierté qu’elle suscitait.94 Des périodiques annuels comme Auerbachs Kinder-
Kalender ne furent certes pas affectés par cette conjoncture, mais le jubilé des guerres de
libération marqua une intensification du discours patriotique en 1913-1914 dans le Deut-

91
Se référer par exemple aux trois volumes édités par Scholz : JANK, Angelo, Um Deutschlands Einheit,
3 vol., Mayence, Scholz, [1913].
92
VOGEL, Jakob, « 2. September 1870: Der Tag von Sedan », in : FRANÇOIS / PUSCHNER 2010, op.
cit., pp. 201-218.
93
BENDICK, Rainer, Kriegserwartung und Kriegserfahrung. Der Erste Weltkrieg in deutschen und
französischen Schulgeschichtsbüchern, 1900-1939/45, Pfaffenweiler, Centaraus-Verlagsgesellschaft, 1999.
94
ALEXANDRE, Philippe / MARCOWITZ, Reiner, « Introduction », in : L’Allemagne en 1913 : culture
mémorielle et culture d’avant-guerre. Deutschland im Jahre 1913: Erinnerungs- und Vorkriegskultur, dir.
par Id., Nancy, Presses Universitaires de Nancy – Éditions Universitaires de Lorraine, 2013, pp. 5-51. Se
référer dans le chapitre 1 à : 2) Effervescence patriotique de 1912-1913 et le militarisme de conviction,
p. 62.

100

cette recrudescence de patriotisme se mesure d’après nous au nombre de brochures traitant des campagnes antinapoléoniennes. 111-132. 97 HAGENOW 1994. Tout était mis en œuvre pour y véhiculer l’image idéalisée d’une mobilisation du peuple selon le mythe des guerres de libération.98 Lors de l’inauguration du monument de la bataille des Nations.100 Dès lors. 101 . pour accueillir le Kaiser. Uwe.96 Ces guerres étaient omniprésentes sur les cartes postales97 et dans les ou- vrages édités par les mouvements de jeunesse. la révolution manquée de 1848. op. auxquelles participa la Ligue Jeune Allemagne. Claire. 28 000 élèves se tinrent le long de la Via triumphalis. art. art. 101 DANN 1993. 165 ets. op. ou encore la révolte d’Andreas Hofer dans le Tyrol devenaient-elles des piliers de l’histoire nationale sans même que les réticences du roi de Prusse. à combattre Napoléon ne fussent abordées. n’était jamais évoquée dans la littérature enfantine. cit. pp. pp.102 95 CHRISTADLER 1978. De surcroît. Frédéric-Guillaume IV avait alors refusé la couronne que lui propo- sait l’assemblée nationale qui siégeait dans l’église Saint-Paul de Francfort-sur-le- Main. op. à la suite de trois guerres. 99 HOFFMANN. Jahrhundert ». Wolfgang. cette culture festive patriotique dé- cuplait le potentiel émotionnel du message patriotique. cit. Göttingen. Le Kaiserreich de 1871 avait pourtant été fondé par l’armée. 96 VOGEL. Oktober 1813: «Möchten die Deutschen nur alle und immer dieses Tages gedenken!» – die Leipziger Völkerschlacht ». de Schill. cit.. cit. sy- nonyme de première expérience démocratique allemande. Ainsi les résistances relativement marginales. cit. cit. du duc Friedrich Wilhelm von Braunschweig-Oels. und frühen 20. « 18.101 Mémoire concurrente de l’histoire officielle à la gloire des Hohenzollern. entre la gare principale et le mémorial. in : FRANÇOIS / SIEGRIST / VOGEL 1995. SIEMANN. « Mythos und Geschichte. p. dont les guerres anti- napoléoniennes étaient présentées comme une étape préliminaire.scher Kinderfreund. Cette mise en exergue du patriotisme populaire correspondait à une stratégie pour reconnaître symboli- quement au peuple un rôle dans la réalisation de l’unité allemande. 1997. 102 Ibid. Jakob. art. Stefan-Ludwig. Nationen im Gleichschritt. mais célèbres. l’insoumission aux forces napoléoniennes figurait au centre de ce grand récit. 100 PUSCHNER. « La Jugendbewegung et les images. 98 ASLANGUL. cit. quitte à exagérer l’importance de certains faits ou à déplacer le point de vue prussien vers d’autres perspectives régionales. op. Formes et fonctions de l’iconographie des mouvements de jeunes dans le premier tiers du XXe siècle ». Vandenhoeck & Ruprecht. « Krieg und Frieden in historischen Gedenkfeiern des Jahres 1913 ».. distribuées dans les écoles95 et lors des fêtes commémoratives. 126. Frédéric-Guillaume III. Leipziger Gedenkfeiern der Völkerschlacht im 19.99 Conjuguée au ton exalté des textes et à l’aspect glorieux des images des livres illustrés.

cette figure conférait au sacrifice sur l’autel de la patrie une légitimité quasi-religieuse : entièrement dévouée à sa cause. Ces motifs étaient susceptibles d’interpeller les jeunes lecteurs et lectrices. dir. 331. celle de 1813 : l’engagement volontaire des jeunes gens ainsi que les dons des civils constituaient des motifs récurrents qui contribuaient à cette « magnification de la guerre de 1813 ». 324-351 . s’insérait dans le mythe national des guerres de libération. sur- tout. « Bedeutungsvolle Momente. Gerhard / PIEKEN. 102 . L’image. nous l’avons évoqué. 104 Detlef Hoffmann a émis la même hypothèse au sujet de revues illustrées du Kaiserreich reprenant aussi de nombreuses toiles de peinture d’histoire. Ferdinande de Schmettau sacrifie sa chevelure sur l’autel de la patrie (Ferdinande vom Schmettau op- fert ihr Haar auf dem Altar des Vaterlands) [20]. Macht der Bilder. 200 Jahre Befreiungskriege. en 1813. comme l’homme loyal prend soin du peu de fortune que lui a confié le Seigneur. à la parabole des ta- lents racontée dans l’Évangile selon Saint Matthieu. la jeune femme sut faire fructifier ce qu’elle avait de plus précieux. fille d’un colonel. au centre. Des palimpsestes similaires se trouvaient dans de nombreux ouvrages pour enfants [21] [22]. était semblable à celui du tableau d’Arthur Kampf. Elles primaient sur le texte et étaient souvent préexistantes à ce dernier. avait vendu sa chevelure pour quelques thalers à un coiffeur afin d’en faire don. Dresde. au contraire : le commentaire était construit à partir de l’image et venait la contextualiser. Cette jeune femme. sans doute. à défaut de posséder de l’or. par Stefan GERMER / Michael ZIMMERMANN. Aux côtés d’autres concitoyens prêts à donner leurs objets de valeur. Blutige Romantik. d’autant plus que les guerres antinapoléoniennes constituaient l’un des piliers de 103 « Vergoldung des Krieges von 1813 ». « 18. p. Je donnai de l’or en échange de fer (Gold gab ich für Eisen). Zeitgeschichte in Darstellungen des 19. cit. Uwe. 105 PUSCHNER. 2013. op.). in : Ibid. in : Bilder der Macht. Il utilise le terme allemand très parlant de « einbetten ». Matthias (dir.. À défaut de cette tradition libérale. 70. Gorch / ROGG. HOFFMANN. rap- pelait Ferdinande de Schmettau telle qu’elle était représentée dans la toile de Gustav Graef. Oktober 1813: «Möchten die Deutschen nur alle und immer dieses Tages gedenken!» – die Leipziger Völkerschlacht ». L’image n’illustrait pas le texte.105 Elle était construite sur un jeu de palimpsestes des toiles d’Arthur Kampf. Le décor. Bemerkungen zur deutschen Geschichtsmalerei im 19. Munich. et de Gustav Graef.106 Allusion. p. cit. le personnage féminin vêtu de blanc. 1997. Jahrhundert ».104 Tel était le cas des nombreuses références à la célèbre campagne de dons de 1813. dans une construction inver- sée. les livres abordaient la guerre de 1870 et. Sacrifice populaire en 1813 (Volksopfer 1813) [19]. qui reposait. Militärhistorisches Museum der Bundeswehr. Detlef. sur la participation du peuple à l’effort de guerre. JEISMANN 1992.103 Les multiples références à des toiles de commande formaient le cœur du récit. 106 BAUER. Klinkhardt und Biermann. Sandstein. Jahrhun- derts. qui. symboli- sait le dévouement patriotique de chacun. pp. intitulée d’après ce slogan et illustrée par Angelo Jank [18]. art.

art.110 For- mant un véritable réseau.l’enseignement de l’histoire à l’école. FÖRSTER. V&R unipress. 113 JEISMANN 1992. En dépit de la naissance d’un patriotisme dans la bourgeoisie au début de l’année 1813. « Das Jahrhundert der Bilder. célébré en 1910. 1860-1960. cit. cit. l’engagement volontaire de jeunes gens occu- pait une place prépondérante dans les livres pour enfants. cit. Ein geschichtliches Lotto zur Erinnerung an eine große Zeit.109 comme la reine Louise. op. op. art. op.107 Alors que ces ouvrages étaient peu illustrés. Monika. Oktober 1813: «Möchten die Deutschen nur alle und immer dieses Tages gedenken!» – die Leipziger Völkerschlacht ». 110 PUST 2004. dont le centième anniversaire de la mort.108 les livres extrascolaires offraient aux enfants une iconographie abondante de cette héroïne. PUSCHNER. op. intégrées à de multiples supports populaires. art. La campagne de 1813 correspondait en fin de compte plutôt à « une guerre de cabinet d’un style ancien ». la victoire de 1813 était rétros- pectivement présentée comme le fruit d’une large mobilisation. Museum für Sepulkralkultur. les corps francs de Ferdinand von Schill et Ludwig Adolf Wilhelm von Lützow s’inscrivaient dans le mythe national du sacrifice du peuple pour la patrie. surtout après les réformes scolaires de 1889 déjà évoquées. in : DANN 1993. cit. Grafische Werkstatt von 1980. occupa une place centrale lors des commémorations des guerres de libération en 1913. « 18. Die visuelle Geschichte und der Bildkanon des kulturellen Gedächtnisses ».113 Les nombreux palimpsestes de la toile d’Arthur Kampf intitulée Les engagés volontaires de 1813 bénis dans l’Église de Ragau 107 PUST 2004. Birte. cit. cit. surtout après l’intervention de Metternich à l’automne 1813. les images de Scholz étaient reproduites dans les jeux de socié- té de cet éditeur : Sohrs Reiterangriff nach Möckern [14] et Gold gab ich für Eisen [18] faisaient partie des planches de Die Freiheitskriege 1806-1815.. op. Die Begründung der Nation aus der Krise ». FLACKE. 109 PAUL. accompagné de l’introduction du service militaire et du discours du roi de Prusse Frédéric-Guillaume III À mon peuple le 17 mars 1813. L’histoire de Ferdinande de Schmettau était relatée dans les manuels sco- laires. les intérêts des princes allemands l’avaient emporté sur ceux du peuple et de la nation. « Deutschland. elle était élevée au rang d’icône. Uwe. Der Königin-Luise-Mythos. 103 . Gerhard. Les réformes militaires avaient paradoxalement canalisé les forces populaires. 112 « ein Kabinettskrieg alten Stils ». p. cit.111 Dans les commentaires accompagnant ces images. Monika. cit. art. Mediengeschichte des ‚Idealbilds der Weiblichkeit. La représentation d’enfants sur ces images facilitait l’identification des jeunes lecteurs.112 Équivalent des sacrifices des civils. Cassel. L’illustration de Richard Knötel faisant référence à la toile de Graef. Die Begründung der Nation aus der Krise ». p. 2014. « Deutschland. Par ses représentations récur- rentes. 64. 108 BENDICK 1999. FLACKE. 111 Krieg ist kein Spiel! – Spiele zum Ersten Weltkrieg. Marginaux. présentée aux enfants dans les manuels de l’époque. 2011. 50. Göttingen. cit.

116 En raison du deux-centième anniversaire de la nais- sance de Frédéric II et du jubilé d’argent du règne de Guillaume II qui y furent célébrés. Il fleurissait dans les ouvrages et revues depuis 1911. contrairement à la perspective du tableau original. Frédéric-Guillaume III et Alexandre Ier de Russie y avaient scellé leur alliance contre Napoléon en novembre 1805. enterré aux côtés de son père. Martin. in : Die Garnisonkirche Potsdam zwischen Mythos und Erinnerung. référence au recueil de poèmes Freiheit und Vaterland de Max von Schenkendorf. par Michael EPKENHANS / Carmen WINKEL. « Die Garnisonkirche in der deutschen Geschichtskultur ». Rombach.114 accentuaient la force mobilisatrice de l’image. les jeunes lecteurs étaient habilement placés derrière le pasteur. qui fut instrumentalisée par de nombreuses associations de gymnastes et de chanteurs (Turn. Frédéric- Guillaume Ier. 2013. Lors de sa marche vers Berlin. 115 PAUL. cit.en Silésie (Die Einsegnung der Freiwilligen 1813 in der Kirche zu Ragau in Schlesien) [23] commémoraient l’héroïsme de Theodor Körner et de Friedrich de la Motte Fouqué [24]. face aux engagés. 140. 133-160 . pp. 116 « eine Art Walhalla des preußisch-deutschen Aufstiegs ». était construite sur le même palimpseste. 127-144. Ina Ulrike. Leur geste était abordée dans 114 MOSSE 1999. op. « 14.115 Ces deux événements étaient représentés dans de nombreux tableaux et gravures.und Sängervereine) jusqu’à la Première Guerre mondiale. Les enfants-héros de la Grande Guerre devaient s’inscrire dans la tradition de ces héroïnes. le vainqueur d’Iéna et d’Auerstedt avait emporté les ordres militaires et l’épée de Frédéric II pour les conserver aux Inva- lides. op. L’illustration dans Frühling und Freiheit (1813) [25]. Nous pouvons supposer que. était devenue dans le Reich « une sorte de Walhalla de l’ascension germano-prussienne au rang de grande puissance européenne ». Une telle représentation faisait référence à la valeur hautement symbolique de cet édifice.. 104 . dir. Un élément du mythe prussien y était ajouté : les engagés volontaires (en réalité en Silésie) étaient réunis ici près du tombeau de Frédéric II. cit. en raison de la barrière de l’âge. p. ils étaient ainsi invités à assister à la scène sans y prendre symboliquement part. Grâce à la perspective adoptée. le 25 octobre 1806. En lien direct avec l’esprit de résistance prussien et les humiliations subies durant les guerres antinapoléoniennes. in : FRANÇOIS / PUSCHNER 2010. dont l’œuvre contribua à idéaliser les campagnes antinapoléoniennes. elle n’était sûrement pas dépourvue d’une certaine actualité médiatique aux yeux des enfants (qui allait se renforcer en 1914 lors du départ des troupes qui défilèrent devant l’église). l’église. pp. qui abritait les trophées de guerre. in : SABROW. Fribourg. Le motif des jeunes filles héroïques était en lien avec ce discours sacrificiel. Des extraits de leur poésie patriotique. dans l’église de la Garnison de Potsdam. Oktober 1806: Über die Sieger der Doppelschlacht bei Jena und Auerstedt ».

vol. 124 « Viertes Kapitel: Schulen. Geschichtliche Bilder aus schweren Zeiten für Jung und Alt118 étaient recommandés à un lectorat féminin dans plusieurs bibliographies critiques119 et figuraient dans les catalogues de bibliothèques scolaires d’établissements tant pour gar- çons que pour jeunes filles. pp. Jahresbericht der Städtischen höheren Mädchenschule und Frauenschule zu Dresden-Neustadt. on cherchait à faire participer garçons et filles aux manifestations militaires. Kriegspädagogik im Kaiserreich. Lehrer ». in : Deutscher Kinderfreund. 1913. KORNFELD. 1991. Berlin. Die Entwicklung des Druckgewerbes in Mainz vom Beginn des 19. Deutsche Heldenmädchen. d. ces jeunes héroïnes. pp. dir. 119 Jugendschriften-Rundschau.und Jugendbücher et du Scherls Jungdeutschlandbuch123 (qui parurent dès 1912-1913) ciblaient un lectorat féminin. dir. Heike. 121 BERG. Ostern 1913. 1913. n° 22. Christa. par ARBEITSGRUPPE « LEHRER UND KRIEG ». op. Gustav Weise. intégrées à l’univers guerrier masculin. op. Quoique le modèle féminin traditionnel restât celui de la femme au foyer. Hambourg. in : Lehrer helfen siegen. 1987. (1) FÖRSTER 2011. op. 105 . Heldenmädchen und Frauen aus großer Zeit et Deut- sche Heldenmädchen. février 1913. qui avait notamment ouvert l’enseignement supérieur aux femmes. Oder. Otto. Christa. Hochschulen. Henny. in : Schulschriften Königreich Sachsen. op. op.117 Dans la perspective du cen- tenaire de la bataille des Nations. Von der Reichsgründung bis zum Ende des Ersten Weltkrieges. Stuttgart. Munich. juillet 1914. 4 : 1870-1918.les écoles de jeunes filles. Mayence. cit. cit. 168-170. Stadtarchiv Mainz. n° 20.124 avait marqué un changement dans l’éducation d’une minorité de jeunes filles. in : Schulschriften Provinz Brandenburg. cit. « Pädagogen für den Krieg ». 123 BERG. Heldenmädchen und Frauen aus großer Zeit. 179-370. Diesterweg-Hochschule. n° 10. équivalents féminins des Mainzer Volks. comme le défilé du Kaiser sur le Tempelhofer Feld. in: Handbuch der deutschen Bildungsgeschichte. « Neuntes Kapitel: Militär und Militarisierung ». 1914. in : BERG 1991 (1). cit. Schloeßmann’s Verlagsbuchhandlung. pp. Quoique ces dernières fussent préparées à leurs futurs rôles d’épouse et de mère. Buchdruckerei von Richard Zeidler. Voir à titre d’exemple : « Der Unteroffizier Friederike Krüger ». 122 VOGEL 1997. cit. 1912. Hilde.. l’idéal de la femme consolatrice et aimante en période de guerre était peu répandu dans les manuels scolaires d’avant 1914. par Christa BERG. vol. SCHRAMM. Crossen an der Oder. Geschichtliche Bilder aus schweren Zeiten für Jung und Alt. KARSTÄDT. 120 Voir à titre d’exemple : Jahres-Bericht des Realprogymnasiums zu Crossen a. « Neuntes Kapitel: Militär und Militarisierung ». la réforme con- troversée des écoles secondaires pour jeunes filles en 1908. Beck. 1999. 118 HELMENSTREIT. 2. pp. Jahrhunderts bis zum Ausbruch des Ersten Weltkrieges (1816-1914). 11-22.121 Depuis le début du siècle.120 Bien que la littérature militaire et patriotique pour enfants d’avant-guerre s’adressât en premier lieu à un lectorat masculin. PUST 1994. 117 PUST 2004. 1911.122 Des séries telles que les Neue Jungmädchenbücher et le Scherls Mädchenbuch. 501-527. cit. [1911]. Jugendschriften-Warte. Contrairement aux jeunes femmes qui faisaient des dons à l’arrière à l’instar de Ferdinande de Schmettau. art. la recrudescence de ces sujets dans les années précédant le conflit s’insérait probablement dans une tentative accrue d’intégrer les jeunes filles à la cause patriotique.

telle Jeanne d’Arc. D’une part. art. Sur la première de couverture de Deutsche Heldenmädchen [26]. Entouré de ses deux camarades. Le regard du spectateur se focalisait sur le don de la jeune fille. Celui ou celle qui avait lu l’histoire comprenait qu’il s’agissait de la geste héroïque de Johanna Stegen (ou la « jeune fille héroïque de Lüneburg »). Karen. le troisième soldat se tenait debout à droite de l’image et tendait la main vers la jeune femme pour attraper les munitions qu’elle lui of- frait.125 semblaient transgresser la frontière des genres. pp. tentaient de faire face aux troupes ennemies dissimulées par l’incendie visible au loin. op. La couleur de la tenue vestimentaire (une longue robe rouge ainsi qu’une coiffe et un tablier blancs) de la jeune femme qui surgissait du bord gauche de l’image souli- gnait ses attraits féminins et tranchait avec les uniformes sombres des soldats et les tons gris du paysage. Ce geste était au centre de l’image. cit. s’effondrait. cit. cit. op. cit. op. L’acte d’héroïsme féminin était par conséquent assimilé aux valeurs de dévouement et de générosité qui étaient promues par les associations féminines patriotiques comme le Weiblicher Wohltätigkeits- verein ou le Frauen-Verein zum Wohl des Vaterlands. Les contrastes de couleurs. L’un d’entre eux. le plus proche du spectateur. la prédominance des soldats ainsi que la position de la jeune fille encore légèrement hors-cadre créaient un déséquilibre et attiraient l’attention sur elle tout en soulignant qu’elle pénétrait dans un univers qui lui était étranger. Le même code iconographique allait être utilisé entre 1914 et 1918 pour représen- 125 CHRISTADLER 1978. Annegret. 174-200. Entwürfe ‚patriotischer’ Weiblichkeit zur Zeit der Freiheitskriege ». reconnaissables à leurs uniformes foncés et à leurs ké- pis. op. in: FREVERT 1997. « Heldenmütter. cit. cit. Dans la partie droite de l’image. trois fusiliers prussiens. leur mise en image contribuait souvent à contrecarrer leur potentiel subversif. 126 ASLANGUL 2003. Concernant l’analyse de ce change- ment de paradigme dans les représentations des combats. une jeune femme frêle était intégrée à une violente bataille. 106 . KÖPPEN 2005. Cette tension visuelle et dramatique rendait l’image plus séduisante. 127 HAGEMANN. qui connaissait un franc succès dans les livres français.126 D’autre part. elles s’inséraient dans la tendance crois- sante à représenter la guerre sous ses aspects émotionnels et participaient du processus de démocratisation du guerrier héroïque visible dans l’iconographie. « Der Beitrag der Schlachtenmalerei zur Konstruktion von Kriegstypen ». op. touché par une balle ennemie.127 La jeune fille vêtue de rouge et blanc était représentée sous les traits de la Samari- taine. voir surtout les exemples [10] et [14]. Kriegerbräute und Amazonen. FÖRSTER 2011.. Les bras tendus des deux personnages se rejoi- gnaient précisément au centre du cercle que formaient les flammes à l’arrière-plan. JÜRGENS-KIRCHHOFF. qui avait apporté au péril de sa vie des munitions à des fantas- sins alors qu’ils se battaient désespérément face aux Français.

133 Associé à la sphère féminine en guerre. 2008. Klett-Cotta. Ce décalage permettait de rapprocher la jeune héroïne à la fois de la figure biblique et de Ferdinande de Schmettau. cit. 133 BROCKS. pp.129 Malgré les apparences provocatrices. in : Ibid. Christine. Deutsches Historisches Museum. Das Phantasma vom Stillstand der Frauen ». tout en adoucissant le récit. « Die Heimkehr des Kriegers. 2003. Les mêmes procédés iconographiques étaient omniprésents dans les cartes postales de la Grande Guerre. La contradiction importait peu : le recours à de tels repères iconographiques tant bibliques qu’historico-mythiques permet- tait d’insérer cette scène dans un univers de références traditionnelles qui. cit. au sein de l’univers protégé du foyer. Une autre illustration [27]. Notons une contradiction entre l’image qui représentait une jeune fille brune (à l’instar de la Samaritaine) et le texte dans lequel on insistait sur la blondeur de ses cheveux. Berlin. La jeune fille représentée en uniforme de fantassin prussien dans sa chambre à coucher était Eleonore Proschaska. lieu intime par excellence.130 L’image avait ici une fonction similaire au texte. Religion und Tod. Ereignis und Erinnerung. 129 SCHULTE. 130 Id. couplé à la construction de l’image.).. elle pouvait être représentée en uniforme. extraite du même ouvrage. Minerva. Die bunte Welt des Krieges. Campus. Bildpostkarten aus dem Ersten Weltkrieg 1914-1918. Cette figure dévouée était peu éloignée de l’idéal féminin de l’infirmière durant la Grande Guerre. in : Die verkehrte Welt des Krieges. Das Kaiserreich 1871-1914. art. Karen. Stuttgart. Klartext. 1998. cit. Studien zu Geschlecht. « Die Heimkehr des Kriegers. était plus ambiguë. D’autres éléments atténuaient le caractère transgressif de l’image : Eleonore était représentée dans sa chambre à coucher. fille d’un sous-officier invalide qui avait réussi à s’engager dans le corps franc de Lützow sous le nom d’August Renz après s’être procuré un uniforme prétendu- ment destiné à son frère. (1) 131 BAUER / PIEKEN / ROGG 2013. Elle fut mortellement blessée lors de la bataille de Göhrde en septembre 1813. 2004. « Heldenmütter. 132 HAGEMANN. op. dans lequel on insistait sur les qualités de mère et d’épouse exemplaire qu’avait été Johanna Stegen.131 Sa mort au combat explique pourquoi elle fut la seule héroïne ayant pris les armes à être mythifiée et à conserver une postérité tout au long du XIXe siècle. New York. Regina. mais sa dimension osée et subversive s’expliquait par la popularité de l’héroïne. Kriegerbräute und Amazonen. atténuait sa dimension transgressive. pp. 107 . Rainer (dir. Volker. BERGHAHN. Entwürfe ‚patriotischer’ Weiblichkeit zur Zeit der Freiheitskriege ». Das Phantasma vom Stillstand der Frauen ». Essen. Regina. 95-116. Verwundetenpflege im Ersten Weltkrieg ». 15-34. Der Weltkrieg 1914-1918.. SCHULTE. ce lieu 128 ROTHER. le qualificatif d’héroïque appli- qué à des jeunes femmes était compatible avec les vertus féminines d’abnégation prônées à l’époque.ter la fillette héroïque Rosa Zenoch. art. « Die Schwester des kranken Kriegers. Francfort/Main.132 Pour cette même raison.128 Les munitions remplaçaient ici l’eau offerte à Jé- sus par la figure biblique.

Les revendications du mouvement féministe bourgeois du début du XXe siècle. n° 12 : Vorkrieg 1913. l’image contri- buait par conséquent à atténuer la dimension transgressive des personnages. op.s’inscrivait en contradiction avec la symbolique virile de l’uniforme. p. Ils transmettaient davantage une image de Soi idéalisée qu’une représentation dépréciative de l’Autre. Ute. soulignaient sa féminité.. cit. à consolider le sentiment d’appartenance national et à stabiliser l’ordre établi. Christoph. vol.135 En se focalisant par exemple sur des aspects secondaires du texte. elles constituaient les « modèles d’une réalité anticipée ». 137 DANIEL. 2013.138 Les images de l’ennemi qui 134 « […] ganz kurz nach Männerart ». op. 136 WEHLER. 35. Deutsche Gesellschaftsgeschichte. qui rappelaient les couleurs de la tenue de la Samaritaine. étaient ainsi implicitement remises en cause. Ein Versuch. pp. 1995. La jeune fille était affublée de sa longue chevelure brune alors qu’il était précisé dans le texte qu’un coiffeur lui avait coupé les cheveux « très court à la manière des hommes ». in : STOLLBERG-RILINGER 2005. 31. cit.. pp. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. Hans-Ulrich. 108 . « Bedingt kriegsbereit. nous pouvons nous demander si le boom patriotique de 1912-1913 ne reflète pas également le syndrome de l’encerclement ainsi que les craintes d’une guerre proche croissante dans le Reich. Munich. in : Aus Politik und Zeitgeschichte. loin du contretype de la femme fatale. 3) Idéalisation de la nation Ces représentations archaïsantes n’étaient pas le reflet fidèle d’une réalité vécue. cit. 138 « Vorbilder für eine antizipierte Realität ». comme la peinture militaire.137 Le texte trahissait parfois des inimitiés généralement absentes des images. op. qui s’inscrivait dans la tradition des Amazones. Derrière leurs apparences subversives. von der ‚Deutschen Doppelrevolution’ bis zum Beginn des Ersten Weltkrieges.. Ils contribuaient davantage à renforcer les mythes his- toriques de la nation.136 La tendance belliqueuse de ces ouvrages héroïques et patriotiques pour enfants ne figurait donc pas au premier plan. Kriegserwartungen in Europa vor 1914 ». 135 MOSSE 1997. L’illustration jouait un rôle stabilisateur et normatif. celle du droit au travail notamment. 279- 328. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». Beck.134 La main qu’elle portait à son visage en un geste délicat ainsi que sa longue robe rouge et son chapeau blanc. op. cit. p. propices. op. NÜBEL. in : HELMENSTREIT 1911. les récits textuels des gestes héroïques féminines des guerres antinapoléoniennes. servaient de moyen original et séduisant – car en apparence transgressif des normes genrées – pour conforter les jeunes lectrices dans leur rôle traditionnel d’épouse et de mère. adoucis par un discours visuel. cit. Ces nuances rendaient acceptable une telle représentation de jeune fille en uniforme. Néanmoins. 3 : 1849-1914. 22-27. consi- dérée au début du XXe siècle comme une menace de l’idéal de virilité. in : PARTH 2010. FÖRSTER 2011.

cit. 109 . elles étaient réactualisées à la lumière des tensions de l’avant- guerre.141 En revanche.140 Le Reich. l’éthos guerrier ancien du respect de l’adversaire semblait l’emporter sur le déni- grement de l’ennemi. op. […] Imperator qui voulait être le maître du monde ». la figure de Napoléon Ier. 2. « Krieg und Frieden in historischen Gedenkfeiern des Jahres 1913 ». qui peinait à suivre la cadence soutenue du réarmement. 2008). cit. le chef de guerre dominait le champ de ba- 139 SIEMANN. 140 BENDICK 1999. Stig. p. ancienne cité romaine. cit. Au premier regard. Tallandier. 143 PARTH 2010. « Kriegsgrund Geschichte? 1870. 141 FÖRSTER. L’empereur était fustigé pour son esprit de conquête et son ambition et qualifié. Une histoire franco-allemande. L’image.139 Comme dans l’opinion publique et dans l’instruction scolaire. 142 « der große Cäsar. voire les craintes du moment. Jean-Jacques / KRUMEICH. de « grand César. art. Gerd. était propice à cristalliser les ressentiments. 1756 – historische Argumente und Orientierungen bei Ausbruch des Ersten Weltkrieges ». présentait a priori l’empereur français sous des traits respectueux. 2012 (1e éd. BURKHARDT. Sur l’image accompagnant le texte. 211-252.143 de tels qualificatifs n’étaient pas dépourvus d’ironie. la littérature pour enfants contenait moins de sentiments antifrançais qu’elle n’entretenait de méfiance envers la Russie. La Grande Guerre. pp. art. in : Wie Kriege entstehen. 1813. Napoleon auf einem Erkennungsritt [28]. der Imperator. Paris. réalisée par Richard Knötel. Paderborn. La réécriture de l’histoire prussienne permettait de véhiculer un message en ac- cord avec les attentes. abordée dans les ouvrages commémoratifs. 2003. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». qui avaient grandement influencé la peinture militaire allemande dans la première moitié du XIXe siècle. in : JANK. se sentait de plus en plus insécurisé depuis que l’Empire tsariste avait repris une politique de réarmement après sa défaite contre le Japon en 1905. 1. op. JEISMANN 1992.se profilaient dans les livres pour enfants ne correspondaient pas nécessairement aux fi- gurations historiques.142 Mis en lien étroit avec des toiles de la peinture d’histoire française.144 Horace Vernet : La Bataille de Wagram (6 juillet 1809) [29]. par Bernd WEGNER. Johannes. vol. cit. Du haut de la colline. Schöningh. Elle faisait référence à un tableau d’un des peintres français ayant eu le plus d’influence sur ses homologues allemands. dir. Zum historischen Hintergrund von Staatenkonflikten. op. la Grande-Bretagne ne faisait pas véritablement l’objet d’attaques dans ces ouvrages : le Reich espérait encore une alliance avec la première puissance mondiale. Napoléon est représenté à Mayence. Deutschlands Not und Befreiung. der Beherrscher der Welt zu sein ». Wolfgang. cit. BECKER. der sich anschickte. La crise d’Agadir (et avant même la crise de Tanger) alimenta néanmoins à nou- veau les peurs d’une guerre de revanche française. À une époque où l’opinion redoutait de voir l’unité allemande remise en cause par un retour du bonapartisme. en référence à ses prédécesseurs romains. Ce procédé était courant dans les livres pour enfants d’avant-guerre. Angelo. 144 Ibid.

149 FLECKNER. September 1870). in : Napoleon und Europa. « Der Beitrag der Schlachtenmalerei zur Konstruktion von Kriegstypen ». dont Anton von Werner dans sa toile Moltke et son état-major devant Paris – 19 septembre 1870 (Moltke mit seinem Ge- neralstab vor Paris – 19. op.taille. après la débâcle de la Bérézina. constitutif de la peinture d’histoire et qui conférait un sens conventionnel à l’image. La dimen- sion ironique de ces palimpsestes était d’autant plus caustique que Napoléon avait abon- damment utilisé la peinture d’histoire comme instrument de légitimation politique. le 14 décembre 1812. 5. Kunst. L’image faisait référence au (premier) franchissement du Niémen par la Grande Armée (composée pourtant en partie de troupes de la Confédération du Rhin !). Napoleon und die Politik der Bilder ». symbolisait la puissance du souverain. 101-115.145 Toute référence à la victoire française de 1809 sur les Autrichiens était néanmoins évacuée : l’image illustrait au contraire la bataille de Dresde d’août 1813.149 145 JÜRGENS-KIRCHHOFF. pp. Les événe- ments présentés n’étaient donc pas conformes à la toile originale. Cette posture.148 Ce renversement de symbolique opéré par le texte produisait le message ironique : Napoléon n’était plus honoré mais ridiculisé. Prestel. 147 Ibid. cit. op. Annegret.146 Construite sur le même jeu de palimpsestes. Traum und Trauma. avant la marche sur Moscou qui s’était achevée par la débâcle de la Bérézina l’hiver suivant. cit. avait pour but de souligner la supério- rité des forces de la nature sur la sphère politique vaniteuse. 110 . qui éclatait au moment où l’empereur français lançait l’assaut. L’illustrateur jouait sur l’inadéquation entre ce signe iconique. l’orage. poussé à son paroxysme. 2010.. Peut-être constituait-il une référence ironique au « soleil d’Austerlitz ». Munich. en juin 1812. vol. Uwe. Le texte reprenait la figure biblique et littéraire du déluge qui s’abattit sur Napoléon pour conférer un caractère ridicule à l’image. cit. sur cette image. 148 PARTH 2010. « Die Wiedergeburt der Antike aus dem Geist des Empire. d’autre part. 146 FORSTMEIER / GROOTE / HACKL / MEIER-WELCKER / MESSERSCHMIDT 1979. Il faisait avant tout écho de manière sarcas- tique au deuxième franchissement du Niémen par les restes des troupes napoléoniennes. et les faits dont rendait compte le texte. art. l’illustration Napoleon am Njemen d’Angelo Jank [30] reposait sur un procédé similaire.und Ausstellungshalle Bonn. De cette inadéquation naissait une certaine ironie : la bataille de Dresde avait été l’une des dernières victoires françaises avant la défaite de Napoléon lors de la bataille des Nations.147 La posture souveraine de Napoléon était donc en contradiction avec le récit. Toutefois. d’une part. La campagne de Russie avait été certes ralentie par de mauvaises conditions climatiques. reprise par de nombreux artistes. Le catalogue français de la même exposition présentée à l’Hôtel des Invalides en 2013 est assez similaire à la version allemande.

[1895]. ces soldats aimaient les enfants. dir. Historische Ju- gendbücher aus vier Jahrhunderten. Paris.153 Nous pouvons avan- cer prudemment qu’elle contenait dès l’avant-guerre les germes du personnage effroyable 150 JOB / MARTHOLD. 1893. Carl. cit. 1. Berlin. Hans. Frithjof Benjamin. 197. mais leur faisaient peur en raison de leurs longues barbes qui rappelaient le Père Fouettard (Knecht Rupprecht). « Die Inszenierung der Geschichte in Bilderbüchern 1900-1930 ». Friedrich. pp. de. pp. Der alte Fritz in 50 Bildern für Jung und Alt. 2000. 152 Se référer dans le chapitre 3 à : 2) Mobilisation nouvelle des jeunes enfants : formes visuelles du dis- cours et tirages. in : FRANÇOIS / SCHULZE 2001. Si l’image im- mergeait le spectateur au cœur d’événements temporellement reculés.. Staatsbi- bliothek Preuβischer Kulturbesitz. « Deutsche Bilderbuchkritik zwischen Wolgast und dem ‘Dritten Reich’ ». vol. notamment dans la Jugendschriften-Warte. Kittel. 111 . Les considérations à la fois mo- queuses et douteuses sur les cosaques dans Die eiserne Zeit vor hundert Jahren reflé- taient sans doute l’évolution de l’opinion publique allemande d’avant-guerre.und Jugendliteraturkritik seit Heinrich Wolgast. mais aussi par des illustrateurs plus populaires. 1996. Kittel. Enfin. ils étaient très craints de leurs ennemis fran- çais. à travers des omis- sions ou des relectures du passé. L’image des cosaques des guerres antinapoléoniennes oscillait entre bonhommie. D’après les commentaires. Theorien der Jugendlektüre: Beiträge zur Kinder. Le grand Napoléon des petits enfants. J. L’exemple précité de la bataille de Möckern [12] illustrait un procédé d’omission courant : les alliés russes n’apparaissaient ni dans le texte ni dans l’image. HELLER. RIES. 438-454. 151 KNÖTEL.. Id. p. le texte permettait de mêler un récit historique à des considérations sur la situation politique d’avant-guerre. dir. Plon. à la lumière des tensions qui touchaient le Reich depuis la fin du XIXe siècle. 77-104. op. [1896]. Les artistes allemands n’étaient pas seulement influencés par les peintres mili- taires français. par Carola POHLMANN / Rüdiger STEINLEIN. la Russie était au centre des préoccupations. Ils étaient réputés gloutons et voleurs. comme son collègue Carl Röchling. bêtise et sauva- gerie. Richard Knötel. Die Königin Luise in 50 Bildern für Jung und Alt.152 Les inimitiés se lisaient également entre les lignes du texte. Durant la Grande Guerre. Weinheim. 153 SCHENK. Nous l’avons évoqué. Le rapport texte-image jouait alors un rôle central. 288-300. par Hans-Heino EWERS / Bernd DOLLE-WEINKAUFF. Berlin. s’était inspiré des dessins de JOB (Jacques Onfroy de Bré- ville) : Le Grand Napoléon des petits enfants150 avait servi de modèle pour les livres d’images Der alte Fritz et Königin Luise. pp. Juventa-Verlag. Cette image du cosaque s’inscrivait sans doute en partie dans le lieu de mémoire allemand de la première bataille de Tannenberg. in : GeschichtsBilder. Berlin.151 Cette influence extérieure était d’autant plus vraisemblable que les spécialistes de la littérature de jeunesse proposaient des critiques (souvent positives) de livres étrangers. ces recensions allaient devenir un lieu d’affrontement entre spécia- listes et illustrateurs issus des deux côtés du Rhin. Richard / RÖCHLING. au XIIIe siècle. « Tannenberg / Grunwald ».

elle était à l’origine des critiques acerbes que formulait l’Allemagne à propos d’une me- nace russe. La France et ses adversaires (XIVe – XXe siècles). pp. en particulier de l’Autriche-Hongrie. Dokumentation & Buch Wissenschaftlicher Verlag. Bien que la Russie se montrât assez conciliante en sacrifiant. la con- viction d’une hostilité russe s’accentua dans l’opinion publique allemande en raison des guerres balkaniques. 185. allait devenir pendant la Première Guerre mondiale. Le texte véhiculait un message en partie différent de celui de l’image et lui conférait une signification nouvelle. 6 février 1888 (‚Wir Deutsche fürchten Gott. plus généralement le Russe. op. Outre le réarmement de l’Empire tsariste. Une perspective internationale (France. Munich. 156 Ibid. Konrad. cit. 158 OTTOMEYER. 177-187. vol. op.que le cosaque. Ernst..157 s’inspira certainement du style de Franz von Lenbach. ASLANGUL. 2009 (1e éd. cit. in : HEIDENREICH / NEITZEL 2011. aber sonst nichts 154 GERVEREAU 2003. Karl ». Construction et instrumentalisation de la figure de l’ennemi.156 Les campagnes de 1803-1815 ne constituaient pas les seuls événements dans les- quels des images dépréciatives de l’ennemi potentiel russe venaient se lover. La présence de la Russie dans les Balkans attisait les tensions et suscitait le vif mécontentement de la Duplice.). 2006). Hambourg. les Allemands. cit. in : THIEME / BECKER 1979-1990. ces récits en mots et en images révèlent dans une certaine mesure une relecture des événements à la lumière du contexte géopolitique d’avant-guerre. mais rien d’autre au monde !". Hans / CZECH. qui menaçait dange- reusement la puissance de l’Empire austro-hongrois. Elle réunissait la Bulgarie. célèbre pour ses tableaux de Bismarck. cit. cit. la Grèce et la Serbie.158 L’image était un palimpseste de la toile d’Ernst Henseler. les intérêts de son allié serbe qui revendiquait un accès à la mer Adriatique en 1912. durant laquelle elle avait été contrainte de reconnaître l’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’Autriche-Hongrie pour ne pas risquer une guerre. Canada) ». « Das kultu- relle Leben im Kaiserreich ». par Jörg ULBERT. pp.155 en 1908-1909. Après l’humiliation de la crise de Bosnie. Minerva. 3. Deutsche Geschichte in Bildern und Zeugnissen. "Nous. Claire. L’illustrateur Karl Bauer. sous la pression allemande. 2011. 67-68. op. Le com- mentaire d’un portrait de Bismarck au Reichstag en 1888 [31] affichait ouvertement des sentiments antirusses.154 D’après nous. « Internationale Stellung und Außenpolitik Deutschlands vor dem Ersten Weltkrieg ». 155 CANIS. in : Ennemi juré. craignons Dieu. PIPER. 112 . dir. la Russie patronna une al- liance balkanique.. ennemi héréditaire. Les relations germano-russes se caractérisaient alors par des tensions croissantes. op. BECKER / KRUMEICH 2012. et à défaut d’avoir obtenu une entente avec l’Empire ottoman concernant le détroit des Dardanelles. Deutsches Historisches Museum. Hans-Jörg (dir. pp. art. connu pour ses portraits. ennemi naturel. seul véritable allié du Reich. États-Unis. 225-240. p. « L’image de l’ennemi allemand dans les affiches et cartes postales des deux guerres mondiales. 157 « Bauer.

Lothar. 68-75. Bis- marck y apparaissait sûr de lui. 160 KOHLRAUSCH. 301-305. « Der Mann mit dem Adlerhelm. 2. pp. – Medienstar um 1900 ». vol.. 1. in : FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011. 6.. On peut mentionner les nombreuses « tours Bismarck » construites à la fin du XIXe et au début du XXe siècle dans le Reich. pp. qui s’était distingué par son charisme entre 1871 et 1890 et avait connu un grand succès mémoriel au début du XXe siècle. Il avait contribué à l’élaboration d’un système international complexe que ses successeurs allaient peiner à maintenir. Jakob.159 apparaissait au Reichstag en uniforme. Geschichte einer kriegerischen Kultur. 2. adossé à une image de l’ennemi incarné par la Russie. vol. provoquée par la publication d’un article de Bismarck dans le Berliner Post le 9 avril. op. Otto von Bismarck und die preußische Haube in der Karikatur ». Dans ce portrait-taille. op. 2008).in der Welt!’. le premier chancelier du Reich. 163 BECKER. il avait cherché à entretenir les tensions entre la 159 WEHLER 1995. « Begriff und Bedeutung des politischen Mythos ».162 Seule. Martin. in : PAUL 2009. Elke Anna. Francfort/Main. le chancelier avait réclamé une augmentation des effectifs militaires. 161 PANDEL. cit. op. 299-314. Néanmoins. objet de fascination pour Guillaume II. dans lequel il avait accusé le président Mac-Mahon de vouloir réinstaurer la monarchie par le biais d’une guerre de revanche. « Der Mann mit der Pickelhaube. 100-107. MACHTAN. « Die Pickelhaube ». avait d’abord une fonction intégra- tive qui visait à renforcer la cohésion nationale. Wolfram. pp. Fischer Taschenbuch Verlag. Intitulée plus sobrement Bismarck redet im Reichs- tag. faisait occasionnelle- ment des apparitions publiques en uniforme coiffé d’un casque à pointe pour démontrer sa proximité avec l’armée et mettre en exergue son pouvoir.. « Feindbild ». elle prenait cependant un caractère plus agressif. 162 WETTE. art. VOGEL. Dans ce discours qui avait été l’un de ses derniers. in : FRANÇOIS / SCHULZE 2001. pp. cette représentation mettait d’abord en avant la puissance nationale. cit. cit. Le casque à pointe au premier-plan représentait une prise de liberté par rapport au tableau. La phrase fameuse qu’avait prononcée Bismarck au Reichstag le 6 février 1888 était citée dans le commentaire. WERNER. Hans-Jürgen. Frank. Bismarck avait cultivé son image de médiateur cherchant à préserver la paix auprès des puissances européennes. in : Ibid. Il symbolisait à la fois l’hégémonie prussienne et la vic- toire de 1870 sur la France. in : FRANÇOIS / SCHULZE 2001. l’illustration était cadrée sur l’orateur.161 Le chancelier. cit. Après « l’alerte » de 1875 (Krieg-in-Sicht-Krise). 86-104. Militarismus in Deutschland. cit. pourtant un civil. « Bismarck ». Elle renforçait l’image de sauveur de la nation qu’il ai- mait donner de sa personne et contribuait à son idéalisation. pp.160 cet attribut militaire avait une connotation positive pour de nombreux Allemands depuis les guerres d’unification. décoré de sa croix de fer. op. 113 . vol. Au même titre que l’uniforme. Le mythe qu’elle véhiculait. qui avait suivi une formation de juriste et exercé une carrière de diplomate. Wilhelm II. op. cit.. Februar 1888) [32]..163 Mise en lien avec le (con)texte. 2011 (1e éd.

in : Perceptions de la crise en Allemagne au début du XXe siècle. op. 166 BAUMGART.170 Ce livre. 165 Bismarck poursuivait ainsi : « Et c’est la crainte de Dieu qui nous fait aimer et œuvrer pour la paix. 9. MARCOWITZ. cit. était tombée dans l’oubli. afin d’assurer au Reich un rôle diploma- tique de premier plan. p. pp. art. p. Oliver. par Id. « die allslawischen Neigungen gegen Deutschland ». « Die Gottesfurcht ist es schon. Reiner. 53-67. MARCOWITZ. Francfort/Main. « Les périodiques culturels allemands et l’Europe (1871-1914) ». moins belliqueuse. JANZ. Konrad. die uns den Frieden lieben und pflegen lässt. par Jost DÜLFFER / Karl HOLL. qui s’étaient approprié le mythe de Bismarck depuis la fin du XIXe siècle. Andreas von. 1986. Schöningh.164 La phrase fameuse prononcée dans son discours de février 1888 reflétait certes l’ambiguïté de sa politique étrangère. dir. Karl. au Proche et Moyen-Orient et dans les Balkans.166 Étaient dénoncées surtout les « menaces » et les « tendances panslaves dirigées contre l’Allemagne ». 263. Peter Lang. dir. Les pério- diques et la mutation de la société allemande à l’époque wilhelmienne. 40. dir. cit. Il reflétait donc davantage l’opinion publique que les contenus scolaires . Francfort/Main. pp. pp. « Internationale Stellung und Außenpolitik Deutschlands vor dem Ersten Weltkrieg ». Vandenhoeck & Ruprecht. in : BAUER. in : Le dis- cours européen dans les revues allemandes (1871-1914). Michael / SEGGERN. Deutschland um 1900. 2003. Paderborn. [ca.168 L’idée d’un combat entre les Germains et les Slaves. Peter Lang. dir. Scholz. Der grosse Krieg. 171 Se référer dans le chapitre 1 à : 2) Effervescence patriotique de 1912-1913 et militarisme de conviction. mais les contemporains lui avaient accordé un ca- ractère exagérément agressif. Winfried. Alors qu’elle avait fait date. Warum Krieg? Die Sinndeutung des Krieges in der deutschen Militärelite 1871-1945.169 Dans les revues cultu- relles allemandes. 167 « Drohungen » . p. Michel. proche de considérations biologiques et raciales. 114 . cette animosité était en contradiction par- 164 CANIS. 62. 170 GRUNEWALD. in : Le Reich allemand du départ de Bismarck à la Première Guerre mondiale 1890-1914. Mayence. 1913]. la suite du discours.Russie et la Grande-Bretagne ainsi qu’entre l’Autriche-Hongrie et l’Empire tsariste. 1996. ». édité aux alentours de 1913 par Scholz. 2007. Krise und Umbruch in der deutschen Außenpolitik ». l’Empire tsariste était souvent associé à une menace de la culture eu- ropéenne. 2010. 2013. « Die Alldeutschen erwarten den Krieg ».165 Tel était aussi le cas dans ce livre pour enfants. Mais cette décision avait en réalité émané du chancelier Leo von Caprivi. MEIER. p.167 Ces expressions antirusses étaient typiques du discours de propagande des Pangermanistes. Krise und Umbruch in der deutschen Außenpolitik ». Éditions du temps. Roger.. 2012. Nantes. 168 CHICKERING. dont nous avons présenté l’engagement politique. Le narrateur reprochait aux Russes le non-renouvellement du traité de réassurance en 1890. cit. Bismarck. Niklaus. 189-199. 20-32. Leben im Kaiserreich.171 s’inscrivait dans ce contexte. Kriegsmentalität im wilhelminischen Deutschland 1890-1914. « Vom Bismarckismus zum Wilhelminismus. Konrad Theiss Verlag. « Vom Bismarckismus zum Wilhelminismus. 169 BECKER / KRUMEICH 2012. in : EPKENHANS. pp. Campus. Stuttgart. Göttingen. in : Bereit zum Krieg. par Jean-Paul CAHN / Bernard POLONI / Gérard SCHNEILIN. Reiner. « Die deutsche Außenpolitik 1890-1914 ». Francfort/Main. art. 1-17. New York. trouvait un écho croissant dans l’opinion depuis 1912 et était symptomatique d’une radicalisation du phénomène guerrier. par Michel GRUNEWALD / Uwe PUSCHNER.

Il allait en réalité dans le sens du message de l’image : ni la politique de division qu’avait menée Bismarck à l’égard des États du sud. Göttingen. Die Begründung der Nation aus der Krise ». 115 . BilderMACHT. La proclamation de l’Empire allemand à Versailles (Die Kaiserproklamation in Versailles) [33]. ni les discordes concernant la cérémonie. La construction des images était semblable. d’« empereur des Allemands » ou d’« empereur d’Allemagne » n’étaient évoqués. Surprenant et humoris- tique. op. le texte accompagnant l’image était des- criptif et en apparence objectif. on distinguait le prince héritier Frédéric. Munich. Gabriele. Lernziel: Untertan. Studien zur Visual History des 20. 176 JAROSCHKA.tielle avec l’image de la Russie véhiculée par les manuels scolaires : vers 1913. cit. Ideologische Denkmuster in Lesebüchern des Deutschen Kaiserreichs. Monika. Jahrhunderts. op. Wallstein.176 Comme pour les exemples précédents. Münchner Vereinigung für Volkskunde. art. cit. op. « Das kulturelle Leben im Kaiserreich ». 174 PIPER. l’espoir d’une fin des tensions germano-russes l’emportait sur la menace que l’Empire tsariste représentait. dans de nombreux ouvrages [34] [35] traduisait l’importance qui lui était accordée au détriment des autres États allemands. « Deutschland. 1992. 175 PAUL. À l’arrière-plan.172 Cette opposition entre l’image et le texte montre que l’affirmation de soi est sou- vent liée à l’image d’un ennemi. Gerhard. art. La reprise des versions de 1881/1883 et de 1885174 de l’œuvre de commande de Werner. EPKENHANS / SEGGERN 2007. cet appel au récipiendaire était dès le début du XXe siècle un procédé typique de la publicité et de la propagande politique175 et créait ingénieusement une complicité avec les jeunes lecteurs qui connaissaient cette toile. und 21. La Prusse y jouait un rôle prépondérant. cit. Le roi de Prusse était réticent à l’idée d’une telle formation politique qui risquait à ses yeux de porter atteinte à 172 BENDICK 1999. cit. grâce à la perspective adoptée – le spectateur se trouvait quasiment face à la tribune –. FLACKE. d’autant plus qu’elle figurait dans des livres de lecture (Lesebücher) utilisés à l’école. le Wurtemberg et la Hesse. Ernst. l’empereur Guillaume Ier ainsi que le grand-duc de Bade Frédé- ric Ier. Bismarck figurait au centre en uni- forme blanc. À ses côtés se tenait le comte von Moltke.173 Néanmoins. 2013. ni les désaccords de Guillaume Ier concernant la dénomination d’« empereur allemand ». dont la main levée proclamant le roi de Prusse empereur dans le tableau de Werner se transformait ici. ainsi que le rôle central des héros militaires dans la réalisation de l’unité allemande « dans le fer et le sang ». la Bavière. les images apologétiques de la nation étaient plus fréquentes dans la littérature patriotique pour enfants que les inimitiés qui y étaient exprimées. cit. 173 JEISMANN 1992. en signe chaleureux à l’égard du spectateur.

Militär und Militarismus im Kaiserreich 1871-1914. Il avait été construit à l’initiative de la Ligue des anciens combattants et des réservistes (Deutscher Kriegerbund). le texte. pp. Kaiser Rotbart. Francfort/Main. voire monumental. Un thème comme Frédéric Barberousse était probablement révélateur des goûts des cercles nationalistes qui s’affirmaient depuis les années 1890. « Versailles ». 2.180 Ce ne fut certainement pas un hasard si Scholz édita en 1913. 1. SCHULZE. 9-28. reproduite sur d’autres supports populaires comme les vignettes à collectionner. 2001. art.178 Dans les deux cas. paré des insignes du Saint Empire romain germa- nique. Die Begründung der Nation aus der Krise ». 407-421. 14-39 . Une telle « image-clé » (Schlüsselbild). 181 STASSEN. in : PAUL 2009. art. 179 PAUL. Um Deutschlands Einheit.la puissance de la Prusse. 9. in : Untertan in Uniform. 183 NIPPERDEY 1993. 116 . Mayence. Fischer Taschenbuch Verlag.179 D’autres ouvrages étaient apparemment centrés sur la représentation glorificatrice des mythes nationaux mais prenaient une dimension agressive en raison de la connotation nationaliste de leur contenu. cit.. Monika. 180 « Einleitung ». op. « Deutschland. « Liebigs Sammelbilder. [1913]. rebaptisée Ligue du Kyffhäuser (Kyffhäuserbund) en 1900. Frédéric Ier de Hohenstaufen avait connu un regain d’intérêt notable lors de la vague de nationalisme à la fin du XIXe siècle. pp.. Hagen. Die visuelle Geschichte und der Bildkanon des kulturel- len Gedächtnisses ». getauft in Heldenblut 1870-71. « Versailles ». vol. 182 FLACKE. Die Begründung der Nation aus der Krise ». in : FRANÇOIS / SCHULZE 2001. Scholz. JUSSEN. Weltwissen und Geschichtsvorstellung im Reklamesammelbild ». [1913]. pp. surtout p. l’empereur. op. op. cit. Bernhard. en collaboration avec Wil- helm Kotzde. p. 3 : Der Einheit Bund.177 Dans le commentaire de l’ouvrage de Scholz. « Deutschland. in : Ibid. 15. Dans de tels épisodes. Mayence. pp. conférait un caractère imposant. Angelo. Monika. vol. sur 177 SCHULZE. Franz.. der- rière sa prétention descriptive et documentaire. Quellen und Dokumente. alimentait le mythe véhiculé par l’image pour réécrire l’histoire. a marqué jusqu’à nos jours la mémoire collective de plusieurs générations. cit. au personnage. cit.183 Le monument à la mémoire de Guil- laume Ier sur une colline du Kyffhäuser dans lequel le réveil de Barberousse était mis en scène et associé à la situation du Reich au tournant du siècle avait été inauguré en 1896. 178 JANK. Gerhard. par lequel une partie de son corps apparaissait hors-champ. texte et image se complé- taient pour véhiculer une impression de consensus national et mettre en scène la prépon- dérance de la Prusse et l’action des grands hommes. « Das Jahrhundert der Bilder. art.182 Selon le mythe. cit. il était même ironiquement qualifié de « président ». par Bernd ULRICH / Jakob VOGEL / Benjamin ZIEMANN. 132-139. vol.. un ouvrage181 entièrement consacré à ce mythe fondateur de la nation alle- mande. éd. Scholz. FLACKE. était présenté endormi dans la caverne du Kyffhäuser [36]. Hagen. cit. Le cadrage en gros plan.

op. PUST 2004.188 retraçait le mythe de Barbe- rousse et rappelait la vague de patriotisme du début du XIXe siècle. repris comme symbole du Reich et comme moyen de légitimation de la dynastie des Hohenzollern. cit. et présent dans l’opinion.186 La légende de l’image. op. 187 « Tief im Schoße des Kyffhäusers ». Wolfgang. op. 14. 186 HOFFMANN. cit. art. und frühen 20. Frank. Cet auteur est resté célèbre pour son poème Deutschlands Berufung (La vocation de l’Allemagne). [1913]. Un autre poème de Friedrich Rückert. op. Ein Versuch. « Vom Bismarckismus zum Wilhelminismus.des fonds entièrement privés. Ces mythes s’inscrivaient néanmoins plus largement dans la symbolique nationale du Kaiser- reich. 117 .185 était égale- ment associé au mythe de la bataille des Nations. Kaiser Rot- bart. cit. cit. Philippe. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». cit. Cette fierté nationale se mêlait paradoxalement à un certain complexe d’infériorité ainsi qu’à une peur de l’Autre. ce message agressif n’avait pas de correspondance iconographique. 189 ALEXANDRE. repris par les nationaux-socialistes (Und es mag am deutschen Wesen / Noch einmal die Welt genesen). 1871-1914. Scholz et Kotzde se reconnaissaient sans doute en partie dans les idées de ce regroupement d’associations proche de la Ligue pangermaniste. cit. « Au cœur de la grotte du Kyffhäuser ». cit. 188 JEISMANN 1992. faisaient partie des sym- boles nationaux étudiés à l’école. art. Franz. auteur connu pour ses sonnets composés durant la période napoléonienne. Leipziger Gedenkfeiern der Völkerschlacht im 19. La conclusion de Die 184 « Einleitung ». 190 MARCOWITZ. véhiculé tant dans les manuels scolaires191 que dans les livres d’images. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. art. in : STASSEN. Krise und Umbruch in der deut- schen Außenpolitik ». « Le patriotisme à l’école en France et en Allemagne. Scholz.190 Ces sentiments se reflétaient dans le syn- drome de l’encerclement. cit. cit. Stefan-Ludwig. BECKER / KRUMEICH 2012. Essai d’étude comparatiste ». 9-28. Généralement.189 Placé dans son contexte éditorial.. « Begriff und Bedeutung des politischen Mythos ».187 faisait référence au poème d’Emanuel Geibel. cit.192 Les commémorations de 1813 servaient parfois de prétexte pour évoquer la guerre qui menaçait le Reich aux yeux des acteurs politiques de l’époque193 et réaffirmer la puissance et l’intransigeance de l’Allemagne. art. « Krieg und Frieden in historischen Gedenkfeiern des Jahres 1913 ». 191 BENDICK 1999. Reiner.184 L’empereur du Saint Empire romain germanique. Mayence. 192 DANIEL. Ute. Jahrhundert ». p. 185 BECKER. art. Ces auteurs. comme la légende de Frédéric Barberousse et la caverne du Kyffhäuser. op. art. cit. Kaiser Rotbart. le choix de telles références correspondait probablement à une volonté de la part de Scholz de familiariser les enfants avec l’univers de représentations des cercles nationalistes d’avant-guerre. pp. 193 SIEMANN. in : ULRICH / VOGEL / ZIEMANN 2001. « Mythos und Geschichte.

Deeskalation von Konflikten der Großmächte zwischen Krimkrieg und Erstem Weltkrieg.196 Il était devenu la deuxième puissance commerciale derrière la Grande-Bretagne. « The Topos of Improbable War in Europe before 1914 ». op. à préserver la paix pendant près de quarante ans.. mais les dirigeants étaient prêts à prendre 194 « Heute. op. Munich. malgré de nombreuses crises en Europe et dans le monde. pp. 39-60. DANIEL. New York. au plus tard en 1902. großen deutschen Vaterlande! » KNÖTEL [ca.199 Les rapprochements franco-russes. un concurrent direct de la flotte britannique. Holger. aux côtés des autres puissances européennes. Monika. Ute. op. du vaste plan de construction navale lancé en 1897-1898. en particulier. FLACKE.. / David STEVENSON. par Ib. durant le Gründerzeit. da wollen wir uns erinnern. dir. gouverné par l’héritier du premier Empereur allemand. souvenons-nous des souffrances et des exploits de nos an- cêtres du siècle passé et ne laissons pas tarir la joie que nous éprouvons devant notre grande. in : An Improbable War? The Outbreak of World War I and European Political Culture before 1914. 1997.195 Avant même son unité. De ce point de vue.. pp.198 Dans le cadre de la Weltpolitik de Guillaume II et. cit. cit. il dépassa cette année-là les États-Unis pour devenir la deuxième puissance industrielle mondiale. pp. pp. de fierté et d’impérialisme : À l’heure où le Reich. op.197 Il était donc un État assez prospère qui avait réussi. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». le Reich avait connu un déve- loppement économique et industriel rapide. Die Begründung der Nation aus der Krise ». art. 61. cit. p. 1-29. cit. notamment grâce à sa production de charbon et d’acier et au développement d’un vaste réseau ferroviaire. Hélène. dir. Malgré la dépression de 1913. Cette politique impérialiste était susceptible de menacer indirectement la paix. 1913]. considérée là encore comme l’Allemagne des princes avant d’être celle du peuple. 196 PLUMPE. heiligen. Werner. 118 . 197 WEHLER 1995. « Eine wirtschaftliche Weltmacht? Die ökonomische Entwicklung Deutschlands von 1870 bis 1914 ». Berghahn. cit. « Zur Einführung: Vermiedene Kriege im internationalen Mächtesystem ». 194 sainte et vénérable Patrie allemande ! Les guerres antinapoléoniennes y étaient présentées comme le prélude à l’unité allemande. art. cit. 1865-1914. in : Vermiedene Kriege. in : HEIDENREICH / NEITZEL 2011.eiserne Zeit vor hundert Jahren se caractérisait par ce mélange de craintes. und die deutsche Flagge von Meer zu Meer fliegt. la conquête de nouveaux territoires outre-mer s’était intensifiée. constitué de ses princes et de ses peuplades. commande le respect et que le drapeau alle- mand flotte sur toutes les mers. was unsere Vorfahren vor hundert Jahren gelitten und geleistet und wollen uns nicht verkümmern lassen die Freude am hehren. « "Une place au soleil" : La politique coloniale dans la politique étran- gère de 1890 à 1914 ». puis fran- co-anglais avaient accentué l’isolement de l’Allemagne. 195 BECKER 2001. Ein Versuch. ein Hort des Friedens. asile de paix. Oldenbourg. 199 MIARD-DELACROIX. wo unter dem Enkel des ersten deutschen Kaisers das Reich mit seinen Fürsten und Volksstämmen achtunggebietend dasteht. La politique maritime avait fait du Reich. 198 AFFLERBACH. 200-211. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. 2007. une guerre aurait menacé sa prospérité économique. Son poids industriel s’était accentué à partir de la fin des années 1870 grâce à son industrie lourde et chimique. par Jost DÜLFFER / Martin KRÖGER / Rolf- Harald WIPPICH. op. 161-182. « Deutschland. cit.

« Krieg und Frieden in historischen Gedenkfeiern des Jahres 1913 ». op. cit. art. pp. « Kriegsgrund Geschichte? 1870. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». considérés comme un signe de faiblesse.. prête à tout lui 200 CANIS.203 La conclusion d’un article du Deutscher Kinderfreund de mai 1913 illustrait la mi- litarisation croissante des héros nationaux telle qu’elle était mise en œuvre dans les cercles nationalistes. « Einkreisung und Kai- serdämmerung. dir. il était peu disposé à faire des compromis. 1994. par Wolfgang MICHALKA. society and mobiliza- tion in Europe during the First World War. pp. Cambridge. de l’effervescence nationale en 1813. art. 1813.. in : HEIDENREICH / NEITZEL 2011. pp. p. op. Ute. in : DÜLFFER / HOLL 1986. Ernst. Piper. Wahrnehmung. Außenpolitik und öffentliche Mei- nung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg. art. Cambridge University Press. glissées dans les textes à l’adresse des enfants ou affichées dans des catalogues pour adultes. 201 BURKHARDT. Ein Versuch. Wolfgang. 1914-1918 ». puis de la fondation du Reich en 1870 s’ajoutait la perspective d’un combat pour assurer à l’Allemagne une place de premier rang sur la scène internationale. in : Der Erste Weltkrieg. révélaient aussi la dimension mo- bilisatrice accordée à la littérature d’avant-guerre ainsi que le degré de dévouement pa- triotique exigé des jeunes lecteurs. 119 . Contrairement à la Grande-Bretagne et à la Russie.201 Certaines prises de position des éditeurs. « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg. SCHULIN. « Die Urkatastrophe des zwanzigsten Jahrhunderts ». MOMMSEN. 1997. 1-17. 1756 – historische Argumente und Orientierungen bei Ausbruch des Ersten Weltkrieges ».. 177-187. 213. in : State. « Introduction: mobilizing for ‘total war’. L’évocation de la mort héroïque de Theodor Körner servait à célé- brer l’unité nationale et à appeler au sacrifice de soi pour la patrie204 : Près de cent ans se sont écoulés depuis ce 26 août 1813. Ce récit téléologique assorti d’une série de victoires ac- créditait l’idée d’une guerre inévitable et victorieuse. Analyse. SIEMANN. cit. cit. Munich. John. DANIEL. cit. Konrad. Wolfgang. À la recherche incessante de prestige. Außenpolitik und öffentliche Meinung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». Wolfgang. cit. par Id. « Internationale Stellung und Außenpolitik Deutschlands vor dem Ersten Weltkrieg ».ce risque : la puissance et les intérêts allemands l’emportaient sur l’équilibre européen. Mais tant qu’il y aura une jeunesse allemande capable de s’enthousiasmer pour l’unité et la grandeur de sa Patrie. op. pp. 3-27. Wirkung. 194-224. 203 HORNE. Dans le contexte d’une guerre de plus en plus redou- tée. art. Aux récits de la construction de la Prusse pendant la guerre de Sept Ans. 202 MOMMSEN. JANZ 2013. 204 SCHILLING 2002. il était en partie dans l’intérêt du Reich de bouleverser l’équilibre européen. L’affirmation et la défense nationale se trouvaient donc au centre des préoccupations.200 Ce sentiment d’isolement et d’infériorité le confortait dans son image de victime qui ne cherchait prétendument qu’à assurer ses intérêts tout en préservant la paix. Zurich. cit. Johannes. dir.202 les thèmes des guerres de libération jouèrent un rôle prépondérant parmi les pré- mices d’une mobilisation culturelle. cit.

solange wird das Andenken jener herrlichen Zeit.. 1813. Johannes. les auto-images posi- tives l’emportaient sur les hétéro-images dépréciatives. constituait un complément à la « mobili- sation émotionnelle et idéologique »208 portée par les manifestations commémoratives en 1913.207 Ces ex- hortations. Mayence. cit. n° 8. pp. Wolfgang. Karl-Ernst. alles zu leiden. p. 10. sacrifier et à tout souffrir quand il le faut. » « Eine Juninacht 1813 und was danach geschah ». en période de guerre comme de paix. Cette idéalisation de la commu- 205 « Fast hundert Jahre sind hingegangen seit jenem 26. cit. « Kriegsgrund Geschichte? 1870. der die treue Hingebung fürs Vaterland bis in den Tod als etwas Selbstverständliches empfindet. 126-129 . art. cit. 120 . Weihevolle Erinnerungen sind es. wenn es gilt. pp. 129. die bereit ist. 209 JEISMANN. 206 « Das deutsche Volk rüstet sich. La littérature patriotique d’avant-guerre. die fähig ist. op. Aber solange es noch eine deutsche Jugend gibt. Der Kampf um die Ju- gendschrift. Joseph. en particulier le thème récurrent des guerres antinapoléoniennes. Selon l’auteur. « Krieg und Frieden in historischen Gedenkfeiern des Jahres 1913 ». Pour résumer. p. sich zu begeistern für die Einheit und Größe ihres Vaterlandes. en particulier aux trois volumes de Deutschlands Not und Befreiung portant sur les campagnes contre l’hégémonie napoléonienne : Le peuple allemand se mobilise pour le jubilé des guerres de libération. La littérature illustrée pour enfants d’avant- guerre avait principalement pour fonction de recruter de futurs soldats. 2002. 13-22. 210 BURKHARDT. Wilhelm / SCHOLZ. La déclaration véhémente de Kotzde dans son pamphlet de 1913 trahissait le po- tentiel idéologique et mobilisateur que l’éditeur accordait à ses ouvrages. 89. cit. die heute die Urenkel jenes Heldengeschlechts durchdringen und namentlich unsere Jugend einen Hauch des Geistes spüren lassen. Ce sont des souve- nirs solennels qui pénètrent à présent les arrière-petits-enfants de cette génération héroïque et qui font sentir à notre jeunesse un souffle moral par lequel le dévouement fidèle à la Patrie 206 jusque dans la mort apparaît comme une évidence. p. 1913. les enfants devaient se montrer dignes de leurs ancêtres. la mémoire de cette époque glorieuse et celle de 205 Theodor Körner ne seront pas oubliées. 207 JEISMANN 1992. Ces images désuètes servaient bel et bien d’« arguments »210 pour cultiver l’esprit de sacrifice des jeunes garçons. Ces « images historiques »209 proposaient aux jeunes gens une lecture orientée du passé national qui facilitait l’identification à la patrie et les exhortait à s’engager pour sa défense. p. révélatrices des attentes envers les jeunes générations. Leur expression se limitait au contenu textuel. die Jahrhundertfeier der Befreiungskriege zu begehen. 1756 – historische Argumente und Orientierungen bei Ausbruch des Ersten Weltkrieges ». dafür. Scholz. PAUL 2009. art. n° 52.. dévoilaient les peurs des adultes face à l’avenir. 208 SIEMANN. alles zu opfern. in : Aus Politik und Zeitgeschichte. in : Deutscher Kinderfreund. les sentiments ouvertement hostiles étaient toutefois relativement rares dans la littérature pour enfants. « Geschichtsbilder: Zeitdeutung und Zukunftsperspektive ». 298. das Andenken Theodor Körners unvergessen bleiben. » KOTZDE. August 1813. Dans les sources iconographiques empreintes de la peinture historique. op. mai 1913.

Bechtermünz Verlag. Compte tenu de la force persuasive de l’image. Par conséquent. de nature tout aussi esthétisante. in : Kindheit im Kaiserreich. 121 . que des représentations officielles.nauté nationale constituait le noyau du processus de « nationalisation des masses ». New York. À cette occasion des enfants avaient la chance de l’apercevoir. op. dépourvue de commentaire. 1998. op. plaçait 211 MOSSE. B. Elle les incitait à prendre confiance en leur fierté patriotique et donnait une impulsion à l’affirmation nationale. Les frontières entre les deux phénomènes étaient néanmoins poreuses. moins agressif que les textes. Campus. par Rudolf PÖRTNER. « Der Kaiserjunge ». cit.211 en construction depuis les guerres antinapoléoniennes. les textes achevaient d’exacerber un sentiment national au nom duquel la défense de la patrie pouvait justifier le sacrifice suprême de soi.213 Ces motifs se caractérisaient tant par une esthétisation apologétique qu’une prétention à l’objectivité. Si l’iconographie de ces ouvrages était en partie mise au service d’un imaginaire héroïque. La dévotion à l’empereur y occupait une place prépondérante. op. Plus acerbes. qui éprouvait une grande admiration pour le représentant des Hohenzollern. en a témoigné. En guise d’introduction. car l’empereur était souvent représenté dans ce contexte. cit. Une image du Kaiser était parfois proposée en tête d’ouvrage. 255-259. Dolf Sternberger. op. pp. Politische Symbolik und Massenbewegungen von den Befreiungskriegen bis zum Dritten Reich. possédaient une fonction documentaire qui visait à familiariser les enfants avec l’univers militaire. 214 Cette particula- rité rapprochait davantage les livres d’images d’un patriotisme. voire d’un nationalisme populaire. 212 GERVEREAU 2003. Augsbourg. la littérature il- lustrée d’avant-guerre se caractérisait plutôt par une dimension stabilisatrice et auto- apologétique qu’ouvertement belliqueuse. Dolf. BENDICK 1999. Die Nationalisierung der Massen. PAUL 2009. cit. Né en 1907.212 nous pouvons supposer que les jeunes lecteurs retenaient plus facilement le message iconographique. George. cit. Erinnerungen an vergan- gene Zeiten. 1993. l’image inti- tulée Seine Majestät der Kaiser im Manöver [37]. d’autres images. Ses portraits y étaient peu nombreux par rapport à l’importance accordée au culte de Guillaume II à l’école. 214 LEMMERMANN 1984. Représentation documentaire et esthétisation de l’univers militaire 1) Défilés et culte du Kaiser Les défilés et le culte du Kaiser étaient difficilement dissociables. Francfort/Main. éd. Le culte du Kaiser ne constituait toutefois pas un motif prépondérant de la littérature extrascolaire. 213 STERNBERGER. dans la représentation analogique des uniformes notamment.

Ein Festbuch für die deutsche Jugend. Ces portraits affichaient le patriotisme de l’éditeur et injectaient régulièrement des « pi- qûres de rappel » patriotiques aux jeunes lecteurs. art. atrophié de naissance. cit. cit.221 le culte du Kaiser était particulièrement prononcé. cit. – Medienstar um 1900 ». 20. Ces événements étaient considérés comme la « double fête de l’establishment ».. Berlin. cit. vol. cit. y était nettement apolo- gétique. Un portrait paru en juin 1913 à l’occasion des vingt-cinq ans du règne de Guillaume II était représentatif de cette icono- graphie : le Kaiser. 218 GÖRDÜREN. vol..215 dont la préface avait été rédigée par le prince héritier.217 Dans la continuité de la peinture d’histoire. 1 p.220 Dans l’ouvrage 1813-1913. Stuttgart. p. HAGENOW 1994. vol. cit. étaient mis au service de la représentation du pouvoir. Les traits flous trahissaient l’influence de l’impressionnisme sur ce motif de pein- ture historique.symboliquement l’ouvrage Deutschland in Waffen. Le Kaiser n’était pas mis en avant et ne se détachait pas du décor. 220 « das Doppelfest des Establishments ». [1913]. op. 124. 1. op. Paul Knötel était le frère de Richard. « première star médiatique » de la culture visuelle allemande. « Der Mann mit dem Adlerhelm. Augustin ». posait de profil en uniforme de parade orné de ses déco- rations [38]. « Herrscherbildnis ». 219 KOHLRAUSCH. Martin. 1. in : NIPPERDEY 1993. Paul / WILHELM II.216 L’intention. op. Ein Festbuch für die deutsche Jugend. comme dans toute image de dirigeant. in : FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011. 481-490. op. La composition de l’image était toutefois modérément glorificatrice. 216 EPKENHANS / GROSS / BURKHARD 2011. ils rappelaient les nombreuses cartes postales et images à collectionner à l’effigie de Guillaume II. 122 . « Knötel. Martin. l’air sérieux. 21. Cette brochure fut éditée par le Phönix-Verlag / Carl Siwinna (Kattowitz. forme iconogra- phique à tendance politique par excellence. 217 WARNKE. in : THIEME / BECKER 1979-1990. Son casque de défilé dissimulait habilement son bras gauche. stellvertretendes ». ces portraits.. « Bildnis.218 À la fois célébration de la dynastie des Hohenzollern et culte de la personnali- té. Mais ces images reprenaient en réalité les schémas de composition traditionnels. Kattowitz.. Cet éditeur présentait la particularité d’être fournisseur à la cour du roi et de 215 Deutschland in Waffen. fils de l’écrivain et peintre Augustin Knötel. [1913].. pp. in : Ibid. Des représentations du Kaiser étaient insérées dans des articles sans lien avec ce motif. sous l’autorité impériale. Carl Siwinna / Phönix-Verlag. vol. Petra. 221 KNÖTEL. Berlin. Le rôle de la photographie y était prépondérant. La revue du Deutscher Kinderfreund adoptait une stratégie quelque peu similaire. Deutsche Verlags-Anstalt. Wilhelm II. op. Le portrait de Guillaume II figurant sur la couverture [39] était révélateur de cette dimension propagandiste. 1813-1913. pp. 152-161.219 Le jubilé d’argent du règne de l’empereur favorisa une recrudescence de ces images glorificatrices et était parfois associé au centenaire de la bataille des Nations. 1902-1956).

128-155. 223 « Phönix-Verlag Carl Siwinna ». Peter. Die eiserne Zeit vor hundert Jahren. La plus grande catastrophe minière d’Europe.. fut édité par le Phönix-Verlag. Gren- zen internationaler Solidarität vor 1914 ».226 revenaient sur la catastrophe de Courrières du 10 mars 1906. dir. pp. 17-26. op. En 1914. n° 3. Guillaume II les décora lors de l’inauguration d’une caserne à Krefeld le 2 avril 1906.. pp. 230 Ibid. qui causa 1 099 morts. par patriotisme. op. 653-654. Des mineurs alle- mands. L’efficacité des secours alle- mands. d’autant plus que ce dernier soignait ses apparitions publiques et aimait prendre la pose devant les photographes vêtu d’uniformes variés. in : Geschichte in Wissenschaft und Unterricht. KNÖTEL / WILHELM II. à une époque où le Reich avait des intérêts économiques croissants dans l’industrie lourde en France. Selbstverlag des Deutschen Bergbau-Museums Bochum. p. illustré par Richard Knö- tel. « Das Erbe von Courrières im Spiegel der deutsch-französischen Presse. 653-654. 224 D’après ce qui est indiqué au dos de la couverture. 2008. op. spécialisé en littérature miliaire et en « Kriegsbilderbogen ». tel qu’il allait apparaître dans de nombreuses brochures pour enfants entre 1914 et 1918. op. « Wirtschaftlicher und finanzieller Nationalismus in Frankreich und Deutschland 1907-1914 ». Ce livret était une commande du Gouvernement Royal d’Oppeln. p..222 Contrairement à ce qu’a indiqué Reinhard Würffel. en Silésie. L’exemplarité et la solidarité des mineurs allemands à l’égard de leurs homologues français était mise en avant.. in : WÜRFFEL 2000. p. « Guillaume II et le pouvoir : un régime personnel ? ». mars 1974. BAECHLER. 226 KNÖTEL / WILHELM II. op. 150-162. pp. peu évoquée dans la presse française.224 L’empereur y était présenté comme pacifique et proche du peuple. cit. cit. Bochum. travaillaient régulièrement avec cet éditeur.l’empereur de Prusse (Hoflieferant des Königs und Kaisers von Preussen). cit. 123 . Carl Siwinna produisait des écrits pour la jeunesse. op. pp. illustrateurs proches du pouvoir prussien. cit. Le culte pro- noncé de Guillaume II s’expliquait donc aisément. Christian. in : Die Grubenkatastrophe von Courrières 1906. Cet extrait réaffirmait le patriotisme et la puissance nationale du Reich à une époque où les industriels métallur- 222 EPKENHANS / GROSS / BURKHARD 2011. Ils constituaient un prétexte pour souligner « l’amour du prochain »227 de Guillaume II. in : WÜRFFEL 2000. 225 Se réferer dans le chapitre 5 à : 1) Icônes et galerie de portraits des dirigeants. 228 POIDEVIN. il fonda le Mars-Verlag.228 s’étaient joints aux équipes de sauvetage. 40-41. 229 FRIEDEMANN.. dont l’action avait été. par Michael FARRENKOPF / Peter FRIEDEMANN. Les informations fournies dans la brochure éditée en 1913 indiquent qu’il possédait déjà ce statut à cette époque. intitulé Des Kaisers Sorge für sein Volk. [1913]. Raymond. 227 Ibid. 271.223 Siwinna ne fut pas nommé fournisseur à la Cour Royale en 1917. avait été suivie d’un élan de solidarité transnationale. 40. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. Il est intéressant de constater que Carl Röchling et Richard Knötel.229 Le discours de l’ouvrage était conforme à l’instrumentalisation de la catastrophe par les autorités allemandes. des manuels sco- laires ainsi que de la littérature de divertissement. « Phönix-Verlag Carl Siwinna ». pp. [1913].230 primait sur la détresse des victimes françaises et servait à souligner la supériorité de la réglementation allemande en matière de sécurité dans les mines. Aspekte trans- nationaler Geschichte. cit.225 L’image [40] et le texte. cit.

Munich. in : FRIEDEMANN..236 Dans ce but. En réalité. voire pompeuse. art. la fonction de tels ouvrages résidait dans leur dimension 231 Le directeur français d’une usine de locomotives de la ville.235 Les lois sociales des années 1880 (exclusivement attribuées à Guillaume Ier dans le texte. 232 « Symbol monarchischer Legitimität ». la céré- monie de Krefeld avait eu pour but de renforcer la fierté des mineurs (qui avaient joui d’une reconnaissance nationale) plutôt que d’entretenir leur conscience de classe. Volker. accusé de germanophobie après que des ouvriers avaient chanté la Marseillaise lors de la Sainte Cécile. Raymond. 236 WEHLER 1995.giques allemands. ». « Das Erbe von Courrières im Spiegel der deutsch-französischen Presse. 234 BERGHAHN. « Der Geschichtsunterricht in der Ära Wilhelms II. cit. art. le Reich était affaibli par la polarisation croissante de la vie politique et les inégalités sociales. cit. L’exploitation médiatique de la catastrophe de Courrières par les autorités allemandes avait précisément mis en exergue l’exemplarité du Reich en matière de sécurité des mineurs. p. op. (2) 235 SCHNEIDER. cit. Der Erste Weltkrieg. « L’Empereur Guillaume II récompense la loyauté de mineurs ».. « Wirtschaftlicher und finanzieller Nationalismus in Frankreich und Deutschland 1907-1914 ». 237 FRIEDEMANN.237 Comme l’illustration véhiculait auprès des enfants l’image d’un Reich socialement uni. L’affaire de Graffenstaden en 1912 par exemple révélait ces rivalités économiques croissantes. [1913]. « Das Erbe von Courrières im Spiegel der deutsch-französischen Presse. présents notamment en Lorraine. 2003. suscitaient de vives critiques en France. Mais l’objectif de ces mesures avait été de renforcer la loyauté des ouvriers envers la monarchie.231 Dans l’image. Peter.232 La légende solennelle. cit. aux dépens de Bismarck et du Reichstag. alors même que des risques d’explosion avaient été constatés quelques jours avant la catastrophe. l’empereur. cit. belobt brave Bergleute ». p. 41. en Normandie ainsi qu’en Algérie. NIPPERDEY 1993. apparais- sait comme le « symbole de la légitimité monarchique ». 1.233 insistait sur sa suprématie ainsi que sur l’obéissance des ouvriers. Beck. cit. ce qui était une fois encore révélateur de la glorification des Hohenzollern !) avaient certes doté le Reich d’un sys- tème social sans précédent en Europe.234 Le décret impérial du premier mai 1889 avait renforcé la lutte contre la social- démocratie. Gren- zen internationaler Solidarität vor 1914 ».. 124 . Grenzen internationaler Solidarität vor 1914 ». op. art. in : KNÖTEL / WILHELM II. vol. ce discours. Gerhard. L’amélioration de la condition ouvrière et la modernisation des institutions scolaires étaient au centre du commentaire. Guillaume II y apparaissait à la tête d’un Reich uni et modernisé. POIDEVIN. fut contraint de démissionner et remplacé par un Bavarois. op. représenté d’après le modèle du condottiere. cit. 233 « Kaiser Wilhelm II. Face à un délitement social certain. sem- blable aux revues spécialisées allemandes d’alors. art. Peter. 147. confortait également les jeunes lec- teurs dans l’idée que de tels accidents étaient inévitables.

la marge de manœuvre dont disposaient les généraux. occupait effectivement une place prépondérante dans le système politique et militaire. op. organisée selon une structure fédérale . MÜLLER.241 Commandant en chef des armées.240 L’approbation du budget constituait le principal moyen de contrôle du Reichstag. so- ciaux et culturels. Herrschaftsinszenierung. in : Pouvoir civil. Dans la pratique. 73-84. Nantes. WIRSCHING.242 Les défilés étaient un motif typique de la peinture mili- taire. 1871 – 1938. « Der Mann mit dem Adlerhelm. cit. pp. 239 PETZOLD. cit. p. 242 VOGEL 1997. Wilhelm II. « Die Armee unter Wilhelm II. op. 2002. art.243 238 BENDICK 1999. Aspects politiques. 106-120. le Reich se caractérisait en partie par un « militarisme politique ». op. op. ancêtres du cinéma) et des tout premiers films.. La mise en scène du retour de l’empereur de la parade sur le Tempelhofer Feld à la tête de la Compagnie des Drapeaux [41] correspondait autant à une glorification des armes qu’à une représentation documentaire du protocole militaire. Paderborn. KOHLRAUSCH. du Wurtemberg et de Bavière. cit. Guillaume II était souvent représenté en tête des défilés. dir. En raison de cet héritage du principe prussien de la monarchie militaire. 201. néanmoins limité. Manfred. Klaus-Jürgen. par Jean-Paul CAHN / Ber- nard POLONI / Gérard SCHNEILIN. 243 PARTH 2010. 240 NIPPERDEY 1993. 2. MESSERSCHMIDT.238 L’image d’un empereur bienveillant et proche de son peuple était conforme au message que Guillaume II s’efforçait de véhiculer par le biais des diapositives (Lichtbil- der. « Militär im Bismarck-Reich 1871-1890 ». Histoire d’une mésalliance ? ». L’armée ne prêtait pas serment sur la constitution et échappait en partie au contrôle par- lementaire. Ferdinand Schöningh. op. aussi roi de Prusse. cit. Alors que les dépenses militaires représentaient près de 75 % du budget impérial. Der Kaiser und das Kino. car il n’était voté que tous les cinq ans. Elle était à cet égard similaire à celle des manuels scolaires. Populärkultur und Filmpropaganda im Wilhelminischen Zeitalter. Dominik. Andreas. « Pouvoirs civil et militaire en Allemagne. à celle de Prusse s’ajoutaient celles de Saxe. d’autant plus que la parlementarisation du Reich était inachevée : seul le chancelier était responsable devant le Reichstag. dir. due à l’absence d’un chancelier d’envergure comme l’avait été Bismarck. op.239 L’empereur. cit. 2013. Vil- leneuve d’Ascq. pp. pouvoir militaire en Allemagne. ». Presses Universitaires du Septentrion. Cette manifesta- tion contribuait au culte du Kaiser et légitimait la prépondérance de la Prusse et de la dynastie des Hohenzollern. Éditions du temps. cit. in : L’Empire allemand de l’unité du Reich au départ de Bismarck 1871-1890. 21-32. vol. Martin. 241 JANZ 2013. accentuait encore davantage l’autonomie de la sphère militaire par rapport au pouvoir civil.stabilisatrice vis-à-vis de l’ordre monarchique qui profitait d’une forte expansion capita- liste. pp. par Corine DEFRANCE / Françoise KNOPPER / Anne-Marie SAINT-GILLE. – Medienstar um 1900 ». in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. cit. le poids du parlement était donc considérablement amoindri. Il disposait du pouvoir de commandement (Kommandogewalt) : il était commandant en chef de la marine et de l’armée. 2012. 125 ..

op. cit. p. surtout les 244 GEBHARDT. défilaient sous l’uniforme prussien de la Compagnie des Drapeaux. cit. Les détails des uniformes permettaient de familiariser les jeunes lecteurs avec les tenues militaires. levant son béret au passage de Guillaume II. cit. Hanovre. Le jeune gar- çon. Abbild. Susanne. Berlin. Verlag und Datenbank für Geisteswissenschaften. 249 L’usage du terme de « Volk » était réservé à des revues progressistes. défilant des deux côtés de l’empereur. « „Der Kaiser kommt!“ Das Verhältnis von Volk und Herrschaft in der massenmedialen Ikonographie um 1900 ». « Massen » .245 En comparant cette image à un cliché du défilé de 1904 [42]. art. pp. AICHNER 1982. pp. 250 « Schauspiel ». GERVEREAU 2003. Paradoxalement. op. Richard.246 faisaient défaut sur le des- sin ou étaient relégués au second rang. Au début du siècle. in : Das Volk. Weimar. p.244 Guillaume II était au centre de l’image. par Annegret JÜRGENS-KIRCHHOFF / Agnes MATTHIAS. 2006. Selon une construc- tion typique de l’iconographie conservatrice du début du XXe siècle. les catégories civiles. 126 . Hartwig. in : KNÖTEL. op. 6. nous constatons la précision avec laquelle l’artiste imitait le style photographique pour reproduire le protocole militaire : les soldats de la Compagnie des Drapeaux. étaient fidèles à l’original.250 terme théâtral habituellement utilisé pour désigner les défilés et omniprésent dans les livres pour enfants. les porte-drapeaux fermant la marche ainsi que le public. dir. Akademie-Verlag. selon la tradition con- servatrice. 1996. pour réaliser ses dessins. le public. « „Der Kaiser kommt!“ Das Verhältnis von Volk und Herrschaft in der mas- senmedialen Ikonographie um 1900 ».248 La lecture de l’image s’en trouvait simplifiée et clarifiée : l’attention se focalisait sur l’empereur. Molling. Au-delà de la concurrence entre imprimés et pho- tographie. « Medialisierung von Krieg in der deutschen Militärmalerei des 19. favorisait l’identification des jeunes lecteurs. Les princes et les fils de l’empereur qui chevauchaient à ses côtés ainsi que le préfet de po- lice. fusil à l’épaule. 63-91. Kunst und Medien. op. Contrairement à la pho- tographie. 248 PARTH. Jahrhunderts ». dir. in : Ibid. des femmes et des enfants y étaient nettement reconnaissables. Deutschlands Wehr zu Land und Meer. qualifié dans le commentaire. plusieurs soldats. in : Warshots.247 ces divergences montrent selon nous comment l’illustration permettait de mieux répondre aux attentes du lectorat. Phantasma. de « masse » et de « foule » mais non de « peuple ». autorisé à participer au défilé depuis le début du siècle. Konstruktion. par Annette GRACZYK. En tant que peintre de commande. 45-65. Il assistait au « spectacle ». 245 Ibid. GEBHARDT. Au premier plan. dessinés par l’uniformologue Richard Knötel. cit. Krieg. notamment de photographies. Richard Knötel avait toutefois pris des libertés par rapport à la photographie. Hartwig. 246 VOGEL 1997. en bas à gauche de l’image.249 jouait un rôle crucial dans le dessin. placé en rang discipliné sur le côté. Richard Knötel avait certaine- ment pour habitude d’assister à de telles manifestations militaires et s’inspirait de docu- ments. « Menge ». cit. 6. [1912]. 247 PAUL 2004.

256 Depuis le début du siècle. Ses décisions politiques étaient souvent influencées par son entourage.. dir. dir. 6. cit. 127 . avaient fortement déplu à une opinion publique de plus en plus anglophobe. il était bien moins charismatique. 256 EPKENHANS / SEGGERN 2007. 1978. op. WEBER-KELLERMANN.254 Son culte dépassait l’image imprimée : Guillaume II se faisait filmer aux côtés d’enfants afin de soigner son image de souverain soucieux des jeunes générations. 155-186. et d’assister à l’enterrement de sa grand-mère. 257 BECKER / KRUMEICH 2012.femmes et les enfants. p. 254 Comme ne manque pas de le rappeler le narrateur. étaient familiers du culte du Kaiser. afin de rendre visite à son oncle. p. op. op. cit. en particulier la par- ticipation du Reich à l’élaboration du plan militaire ayant servi durant la guerre des Boers suscitèrent un vif mécontentement dans les opinions publiques britannique et allemande 251 VOGEL 1997. « gifle durement ressentie »257 pour le Reich et qui avait accentué son isole- ment après la crise de Tanger. Suhrkamp. sa renommée avait chuté au- près des élites militaires et de l’opinion publique. Edith / MÜHLBAUER-HÜLSHOFF. Ernst. Ses séjours en Grande-Bretagne durant la seconde guerre des Boers. Francfort/Main. Mai. Erinne- rungen an die Kinderzeit. « Militär und Militarismus im Deutschen Kaiserreich. TOLLER. Les enfants. le roi Édouard VII. Aufbau Taschenbuch Verlag. in : Schule der Gewalt.251 Cette illustration visait à « fixer » cette nouvelle curiosi- té dans l’univers de références des jeunes lecteurs tout en renforçant l’ordre monar- chique.253 participaient aux fêtes en souvenir de la victoire de Sedan ainsi qu’aux anniversaires du Kaiser. 253 LEMMERMANN 1984. cit.). Insel Verlag. ils se réjouissaient de bénéficier à cette occasion d’un jour férié. op..255 En réalité. pp. op. Ingeborg (éd. 32. cit. 255 PETZOLD 2012. 252 Ernst Toller raconte ce souvenir avec beaucoup d’ironie dans son autobiographie. Stig. par Christa BERG. 2005. cit. avait aggravé la perte de confiance envers l’empereur. « Guillaume II et le pouvoir : un régime personnel ? ». Christian. Voir aussi : LORENZ 2000. 33-54. Berlin. pp.252 Les écoliers apprenaient des chansons patriotiques telles que Heil Dir im Sie- gerkranz. Cette pratique était très répandue à l’époque. La conférence d’Algésiras. Francfort/Main. En octobre 1908 l’affaire du Daily Telegraph causa une crise politique sévère : les déclara- tions de Guillaume II concernant ses rapports à la Grande-Bretagne. par Wolfram WETTE. avaient été intégrés plus avant au public de ce défilé. Versuch einer differenzierten Betrachtung ». Rowohlt. cit. 1991. Politische Indoktrination von Kindern im Kaiserreich ». (2) KNÖTEL [1912]. Renate. Ernst Toller collectionnait les images à son effigie vendues dans des tablettes de choco- lat. FÖRSTER. Was wir gespielt haben. Maladroit. in : Kinderwelten. 1981. BAECHLER. op. LERCH. op. Eine Jugend in Deutschland. entre 1899 et 1902. Reinbeck. la reine Victoria. garçonnets comme fillettes. art. surnommée « hymne à l’Empereur ». il faisait preuve d’un cer- tain manque de compétence et suscitait le mécontentement des formations politiques pro- gressistes par ses déclarations intempestives. cit. « Aufwachsen zwischen Sedantag und 1. cit. autrefois réservé aux cercles militaires. Militarismus in Deutschland 1871- 1945.

cit. que son isolement croissant allait de pair avec le sentiment d’encerclement. cit. reliquats de l’uniformologie et de l’imagerie populaire De nombreuses représentations avaient pour but de documenter l’univers de l’armée. certaines évolu- tions stratégiques étaient prises en compte. Dans Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug263 Staudinger comparait un uniforme rouge de hussard à la nouvelle panoplie de l’infanterie [43]. Attenkofer.. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ».259 Dans de telles configurations.. p. « Das Bild vom Krieg vor 1914 ». Attenkoffer. Attenkoffer édita un équivalent autrichien à ce livre d’images de l’armée allemande. Karl. la peinture d’histoire n’avait pas pour unique objec- tif de présenter le passé national glorieux aux jeunes lecteurs.262 Les uniformes de parade rutilants étaient certes surre- présentés et contribuaient à idéaliser le protocole militaire. Museum Industriekultur Osnabrück. Verfügbarkeit und Auflösung eines bildungspolitischen Konzepts am Beispiel des Zweiten Deutschen Kaiserreichs ». 2) Livres d’images de soldats. Se référer dans ce chapitre à : 2) La guerre sur terre et dans les airs. Jahrhunderts ».et contraignit le chancelier von Bülow à démissionner quelques mois plus tard. Kurt von / SCHMEDES. Rolf. Ute. comme Gerd Krumeich et Jean-Jacques Becker. avait achevé de ternir son image. 261 WEHLER 1995. Jahrhundert. op. cit. vol. 262 PARTH.258 La démonstration de force durant la seconde crise du Maroc. 47-60. Ein Versuch. La proximité avec l’Autriche-Hongrie explique vrai- semblablement la stratégie commerciale de l’éditeur de couvrir les deux marchés. op. Elle était également mise au service de l’idéalisation du présent.264 et prônait la sobriété de l’uniforme vert- 258 MÖLLER. pendant laquelle il avait débarqué à Agadir à bord de sa canonnière sans avoir pris d’autres mesures véritablement coercitives à l’égard de la France. l’armée. 264 WORTMANN. par Rolf SPILKER / Bernd ULRICH. 128 . 263 HOFFMANN. Straubing. dans le sud de la Bavière. Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug. WOINOWICH. 260 WAPPENSCHMIDT. cit. p. op. Anton / STAUDINGER. Susanne. Der österreichisch-ungarische Soldat mit Waffe und Werkzeug.260 Il fallait préserver la monarchie et assurer le prestige de l’un de ses piliers. 22-31. art. Heinz-Toni. Horst. Toutefois. « Medialisierung von Krieg in der deutschen Militärmalerei des 19. « Von Bismarck zum Weltkrieg: Das deutsche Parteiensystem zwischen 1890 und 1918 ». Armeebil- derbuch. 1998. Emil / SUSSMANN. cit. Rasch Verlag. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. DANIEL. [1912]. 292. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. Cette valeur documentaire constituait également l’une des préoccupations cen- trales de la peinture historique. pp. La maison d’édition était localisée à Straubing. BECKER / KRUMEICH 2012. Der industrialisierte Krieg 1914-1918. cit. Armeebilderbuch. [1910]. dir. 259 Ute Daniel parle d’un phénomène de « démilitarisation » de l’image du Kaiser et note. 140.. « Historienmalerei im späten 19. in : Der Tod als Machinist. Der österreichisch-ungarische Soldat mit Waffe und Werkzeug. pp. Anton. art. NIPPERDEY 1993. Straubing. Bramsche. en raison de l’efficacité des nouvelles armes. cit. Ce scan- dale raviva les débats sur le règne personnel de l’empereur et incita le Reichstag à exiger des réformes de la constitution. nettement plus discrète. Il insistait sur le danger des tenues voyantes. art. 2. op.261 La familiarisation avec l’uniformologie et le quotidien militaire remplissait cette fonction.

Dans un Soldaten- Bilderbuch267 de Schreiber sept pages étaient accordées à l’Allemagne [46]. y étaient passées en revue. / Jean-Jacques BECKER. op.268 La surreprésentation de la cavalerie aux dépens de l’infanterie et de l’artillerie était révélatrice des archaïsmes persistants dans ces ouvrages. Jürgen. 129 . dévoilait la supériorité technique et morale de l’armée al- lemande face aux troupes françaises. était présentée comme l’alliée du Reich. Bayard). in : Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918. 2012 (1e éd. vol. in : Bayerische Militärmaler. Perrin. pp. [1910]. ces considérations familiarisaient les jeunes lecteurs aux impératifs stratégiques. Les armées européennes ainsi que les différentes armes. Elles y apparaissaient par ordre d’importance..270 Sur 265 KRAUS. intégrées à une scène en couleur [44]. Uniformierung und Ausrüstung – 1914 bis 1918. 270 WEHLER 1995. turque. vol. Dans un souci pédago- gique. cit. 2. espagnole. Bayerisches Armeemuseum Ingolstadt. Schreiber. cette apparence. belge. ita- lienne. et un million et demi pour la Russie en avril 1914. suisse et américaine. par Ernst AICHNER. « Artillerie et mitrailleuses ». allait effective- ment causer de lourdes pertes humaines. 63-81. 269 AUDOIN-ROUZEAU. Zur Entwicklung der historischen Uniformkunde vornehmlich in Bayern ». française. S’agissait-il de permettre aux enfants d’identifier un allié ou de reconnaître un ennemi potentiel ? Les forces militaires allemandes y étaient surreprésentées.266 Les jeunes lecteurs étaient ainsi en mesure d’identifier les uniformes des différentes armes. pp. Tranchant avec les nombreuses représentations esthétisantes évoquées supra. des figures. signataire de la Duplice en 1879. Verlag Militaria. « Militärmaler und Uniformkunde. dir. Paris. op. 1. 2004.de-gris. Verlag Donau Kurier. Stéphane. dir.. généralisé à l’ensemble de l’armée allemande en 1907. L’uniforme français rouge garance. contre 927 000 pour la France. Esslingen. L’Autriche- Hongrie. l’armée de terre du Reich comportait 761 000 hommes. cit. qui ne devait être remplacé qu’après la bataille de la Marne par la tenue bleu-horizon. 2. 1982. décrites par un bref commentaire. 1e éd. Die deutsche Armee im Ersten Weltkrieg. anglaise. cinq à l’Autriche-Hongrie. En réalité. pourtant moins peuplée. étaient reproduites de manière isolée dans la tradition des planches uniformologiques [45]. 266 Id. Vienne.269 Ces représentations dépendaient vraisemblablement des alliances. Ces livres d’images représentant l’armée ou des soldats se caractérisaient par leur dimension apparemment informative et documentaire. moins séduisante mais plus effi- cace que les tenues de parade. Le jeune lecteur avait ainsi l’image d’une force militaire allemande puis- sante. Von Beich bis Thöny. En outre. puis une page à chacune des armées russe. vol. 2004. selon Staudinger. par Id. Ingolstadt. 268 NIPPERDEY 1993. 329- 337. Bayerisches Armeemuseum Ingoldstadt. 267 Soldaten-Bilderbuch.265 De telles considéra- tions dénotaient un goût pour les innovations au sein de représentations souvent ar- chaïques.

la planche consacrée à la Russie. p. op. peut-être par allusion au sentiment antirusse dans le Reich271 : le cavalier aux cheveux longs semblait pousser un cri agressif. Placé en haut de l’image. 149. SCHNEIDER. 83. cit. Elias Canetti jouait avec des armées entières de figurines. 277 GERVEREAU 2003. Hela. op. Ces « alignements de militaires. 279 WEBER-KELLERMANN 1981. Konrad / ZETTLER. Hans. 1999. cit. 275 PARTH 2010. Stadtmuseum. Zur Ikonographie des Krieges in den Zeitschriftenillustrationen 1914 bis 1918 ». 271 BECKER / KRUMEICH 2012. 259-272. étaient un des jeux favoris des enfants. 274 KOHLMANN. Oehmigke & Riemschneider (Neuruppin) [48] ou Burckardts Nach- folger (Wissembourg) avaient connu un succès croissant auprès du public enfantin depuis le XIXe siècle. op. 210. p.. Internationales Lexikon der Illustratoren.und Drucktechniken. Alexandre (dir. Wenner. op. L’iconographie de la littérature enfantine s’inscrivait dans ce double héritage. ils se rappro- chaient du livre spécialisé (Sachbilderbuch). cit.278 Les soldats de plomb. « Militärmaler und Uniformkunde. 278 RIES. Colin. 273 KRAUS. La Grande Guerre dans l’histoire culturelle de l’Europe. cit. Malou / TOURSCHER. au premier rang desquels figuraient ceux de la firme Spenkuch (Nuremberg). Berlin. Leur graphisme rappelait celui de l’uniformologie273 et de l’imagerie populaire. 2008 (1e éd. pp. NOLL. Il existait une filiation entre l’art noble de la peinture historique et cette imagerie. cit. Berli- ner Bilderbogen aus zwei Jahrhunderten. les sentiments d’hostilité n’étaient pas affichés ostensiblement dans ces ouvrages d’avant-guerre. op. 272 Se référer dans le chapitre 4 à : A. Märkisches Museum. il attirait le regard.. Introduction de l’iconographie politique dans les albums pour en- fants. Geschichte und Ästhetik der Original. Illustration und Illustratoren des Kinder. p. in : ROTHER 1994.277 à collectionner ou à découper. art. Theodor / VANJA. cit. « Sinnbild und Erzählung. Strasbourg. Éditions des Musées de Strasbourg. Das Bildangebot der Wilhelminischen Zeit. comme Schreiber. Paris. cit. proposés par des firmes telles que Gustav Kühn (Neuruppin). sorte de soldats de plomb en icônes ».). L’imagerie populaire de Wissembourg. Die große Welt in kleinen Bildern. Entre deuil et mémoire.und Jugendbuchs im deutschsprachigen Raum 1871-1914. Jürgen. KOHLMANN / VANJA / ZETTLER 1999. Osnabrück. 1992. Ces livres avaient pour fonction de transmettre une image idéalisée du monde mi- litaire ainsi qu’une connaissance des uniformes et des armes.274 d’autant plus que des imprimeurs. Zur Entwicklung der historischen Uniformkunde vornehmlich in Bayern ». nous l’avons mis en évidence. À cet égard. Des Mondes de Papier. 276 WINTER.275 dont les motifs patriotiques étaient de « puissants vecteurs de mobilisation des esprits »276 en raison de leur message facile à comprendre.272 Parfois insinués. 130 . Thomas. op. Jay. vendaient de telles planches. Ces dessins n’avaient néanmoins rien à voir avec les caricatures dégradantes et agressives qui devaient ridiculiser l’ennemi dans certains livres pour enfants entre 1914 et 1918.279 La revue du Deutscher Kinderfreund profitait des fêtes de Noël pour diffuser des images publicitaires de ces miniatures [49]. 2010. La posture de sa monture suggérait un assaut violent. : 1995). la figure du cosaque était stylisée [47].

Seuil. Paris. obéissance et déférence envers les parents et les profes- 284 seurs. Se référer dans ce chapitre à : 1) Défilés et culte du Kaiser. 285 EWERS. Gehorsam und Ehrerbietung gegen die Eltern und Lehrer. p. Ausdauer in allen Dingen […]. également caricaturistes. Noriko. les garçonnets en uniforme jouant sur un che- val à bascule [51] ou encore les processions d’enfants coiffés de casques en papier [52]. mi-patriotiques. Hans-Heino. 2. Comme l’ensemble de la littérature patriotique pour enfants d’avant-guerre. Karl-Jakob. Neues Soldaten-Bilderbuch.. cit. op. cette exigence se retenait plus facilement : Trompette d’un régiment de hussards. Tartin Editionen. 2 : Du XVIIIe siècle à nos jours.. p. par Egle BECCHI / Dominique JULIA. in : Histoire de l’enfance en Occident. 131 . 1. « La littérature moderne pour enfants. 457-483 . application et fiabilité. mi-neutres. op.280 y étaient récurrents. ils mettaient en scène des jeux de guerre étaient présents au même titre que d’autres mo- tifs. Das Ernst Kutzer Buch. 1910]. Les soldats de plomb ou de bois [50]. pp. Frömmigkeit und Sittlichkeit. le texte feignait de donner la parole à l’enfant pour mieux véhicu- ler les attentes des adultes envers les jeunes lecteurs. les enfants étaient marginaux. ces albums de soldats représentaient essentiellement des personnages adultes. 284 « Unsere deutsche Jugend aber soll erkennen. Sous une image de hussard [54]. Salzbourg. Recommandés dès l’âge de trois ans. dass sie schon in frühen Jahren sich für diesen ehren Stand vorbereiten muss. vol. Son évolution historique à travers l’exemple allemand du XVIIIe au XXe siècle ». op. contrairement à des livres d’images. cit. das möchte ich sein / Wie sitzt der zu Pferde so stattlich und fein ». 1998. treue Pflichterfüllung. 2003. On les inci- tait à se projeter dans l’avenir militaire auquel on les destinait. 283 « Husarentrompeter. c’est cela que je veux faire 283 Lorsqu’il est à cheval. »285 C’est pourquoi ils sont de nos jours considérés comme des productions diffici- lement accessibles aux enfants. 282 SHINDO. FRANKENBACH. cit. Ces ouvrages étaient illustrés par des représentants de l’Art nouveau. p. persévérance en toute chose […]. Par- fois. p. par opposition aux principes prônés par la pédagogie ré- 280 VOGEL 1997. Biographie und annotiertes Verzeichnis der im Druck erschienenen Werke des Malers und Illustrators Ernst Kutzer (1880-1965). dir. Dans les Soldatenbilderbücher en revanche. comme il est élégant et fier Les jeunes garçons étaient considérés comme des soldats en puissance. 30.282 qui allaient devenir des figures de proue des Kriegsbil- derbücher à partir de 1914. En vers. 281 « Schmidhammer. [ca. piété et probité. 131. 469. des jeux de bambins étaient mêlés aux exercices militaires de soldats [53]. Arpad ». référence aux défilés officiels. mais avaient pour fonction de « transmettre les savoirs séculaires dont les enfants [allaient avoir] besoin plus tard. 121. Ces ouvrages ne thématisaient pas l’univers enfantin. Cette préparation précoce était annoncée de manière programmatique dans la préface de Der deutsche Soldat mit Waffe und Werkzeug : Notre jeunesse allemande doit comprendre dès son plus jeune âge qu’elle doit se préparer à cette noble carrière . in : THIEME / BECKER 1979-1990. vol. tels qu’Arpad Schmidham- mer281 et Ernst Kutzer. » HOFFMANN / STAUDINGER [1910]. p.

comme la condition d’une bonne éducation.291 était incarné par un cavalier ano- nyme lancé au galop et brandissant une lance. The United States and German Central Europe in comparative Perspective. ayant subi un processus de démocratisation. Il serait donc anachronique de sous-estimer la valeur pédagogique de ces livres patriotiques pour enfants. pp. cit. 1973. GAEHTGENS. op. comme c’était le cas dans Neues Soldatenbilderbuch. Basel. Helmut (dir. p. signe supplémentaire de la prédominance de cette dernière dans la littérature illustrée de l’époque. cit. art. op. 105-121.. par Dirk SCHUMANN. Nombre de ces images s’inscrivaient dans la tradition du condottiere. malgré leur conservatisme. Le héros. généralement aux couleurs de la Prusse. Weinheim. la peinture d’histoire et l’uniformologie. glori- fiaient la virilité soldatesque tout en entretenant l’illusion qu’ils véhiculaient un savoir technique. Hans-Heino. Thomas W. 289 KAY.287 Pourtant. Zur Geschichte einer klassischen Bildgattung und ihrer Theorie ». « Historienmalerei. « La littérature moderne pour enfants. Klaus / MÜLLER. Oxford. cit.289 Liées à l’éthos militaire. 287 EWERS. in : Raising Citizens in the « Century of the Child ». ces images véhiculaient un engouement pour la 286 DODERER. op. 291 ASLANGUL 2003. y compris les châtiments corpo- rels. ces valeurs étaient omniprésentes dans les familles bourgeoises. cit. art.).286 La littérature qui abordait les faits d’armes en met- tant en scène des personnages adultes s’inscrivait en contradiction avec ce renouveau de la littérature enfantine moderne qui se caractérisait par une « concentration thématique sur le monde de l’enfant ». Geschichte und Entwicklung des Bilderbuchs in Deutschland von den Anfängen bis zur Gegenwart. 2010. Berghahn Books. cit.formée (Reformpädagogik) et par le mouvement en faveur d’une éducation artistique. New York. « How should we raise our son Benjamin? ». 469. 132 . dir. 290 BUDDE 1994. nous l’avons relevé. op.290 Reproduits de manière analo- gique. Beltz. les uniformes. régiments avec lesquels les écoliers étaient familiarisés dès l’âge de six ans dans les cours de dessin. Das Bilderbuch. cit. Il figurait sur les couver- tures de nombreux ouvrages sous les traits d’un hussard [55] ou d’un uhlan [56] [57]. Derrière ce caractère informatif et documentaire se cachait souvent un fort contenu émotionnel.. 288 PUST 2004. le livre d’images empreint des influences de l’Art nouveau avait connu son âge d’or vers 1900.292 A fortiori lorsqu’elles étaient assorties d’un court texte en vers. qui occupaient une place prépondérante dans ces ouvrages.288 Les spécialistes de l’enfance considéraient la discipline. Son évolution historique à travers l’exemple allemand du XVIIIe au XXe siècle ». Ce personnage faisait probablement rêver les enfants. possédaient une valeur pédagogique forte aux yeux des contemporains. Encouragé par ces initiatives. Carolyn. 292 PUST 2004.

» Ibid. le narrateur s’attachait. p. dans un commentaire descriptif assez détaillé. 4 : 1914-1949. » KNÖTEL [1912]. ce poème révélait des tendances agressives : Alors. cit. La période d’avant 1918. Anders freilich bei rauhem naßkaltem Wetter. Mais là n’est pas la question. wenn das Lager zeitig bezogen werden kann […]. op.. Malgré une hausse progressive du nombre de jours de congés payés durant la République de Weimar. BECKER 2001. Beck. Les propos étaient assez durs. Dans ce cas. vol. Munich. er spießte sie auf. il les embrocherait Ces mises en images héroïques et dépassées. sondern lagern im Freien. 10. Souvent. 209. An einem schönen warmen Sommertage.. 2003. 295 « Die Truppen biwakieren. lorsque l’on arrive tardivement sur le lieu de campement et que les hommes sont même trop épuisés pour cuisiner.h. op. PAUL 2004. Elles s’inscrivaient dans la tradition de la peinture d’histoire et de l’imagerie populaire des guerres d’unification297 et mettaient en scène la camaraderie et la convivialité entre soldats. 296 « anekdotische Kriegsbilder ». De tels bivouacs peuvent être très différents. c’est-à-dire qu’elles ne s’établissent pas dans un casernement fixe. Zum Spaße wird man nicht Soldat. à coups d’éperons. Enfin. p. froid et humide. Derrière un ton exalté. art. cit. se caractérisait par une grande sédentarité.294 allaient persister dans les livres pour enfants comme dans les supports populaires entre 1914 et 1918.298 293 « So spornt er sein Roß an zu rasendem Lauf / Und kämen jetzt Feinde. Le motif du bivouac [59] était assez récur- rent. Deutsche Gesellschaftsgeschichte. p. vom Beginn des Ersten Weltkrieges bis zur Gründung der beiden deutschen Staaten. 298 WEHLER.. 13. dont la « répétition endor[mait] l’attention ». et même d’avant 1933. 297 WERNER. La similitude de ces images est frappante. des scènes de genre du quotidien des soldats se caractérisaient par cette double fonction informative et émotionnelle. op. Darauf kommt es aber nicht an. Par un jour d’été beau et chaud lorsque le camp peut être installé à temps […]. op. in : PARTH 2010. dann ist ein Biwak etwas wundervoll Schönes. à familiariser les enfants avec le vocabulaire mili- taire [60] : Les troupes bivouaquent. 133 . C’est une tout autre affaire par temps maussade. 294 PUISEUX 1997.guerre qu’ils déréalisaient [58]. Hans-Ulrich. On 295 ne devient pas soldat pour le plaisir. wenn man erst spät auf dem Lagerplatze ankommt und die Leute zu übermüdet sind um noch abzukochen. cit. lorsque le tourisme de masse allait être introduit par le programme de « la force par la joie » (Kraft durch Freude). cit. mais installent leur camp en plein air. mais grandement adoucis par l’image qui représen- tait un camp de soldats souriants qui s’apprêtaient à manger sous un beau soleil d’été. « Schlachtenbild ». il lance sa monture à vive allure 293 Et si des ennemis se montraient. l’expérience est bien moins agréable. d. sie beziehen keine Ortsunterkunft. p. le bivouac est un très beau spectacle. cit. Elke Anna. op.. 38. Les enfants retenaient sans doute la fascination pour l’aspect idyllique de ces « images de guerre anecdotiques »296 qui se caractérisaient par leur non-violence. cit. la population allemande n’allait prendre goût au voyage que sous le national- socialisme. Dann ist die Sache freilich weniger schön. So ein Biwak kann ein sehr verschiedenes Gesicht zeigen.

in : DEFRANCE / KNOPPER / SAINT-GILLE 2013. Angebote. en Asie ainsi que des archipels dans le Pacifique avaient été acquises sur des initiatives privées puis adoptées par le Reich. « Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918 ». ce thème occu- pait une place plutôt mineure dans la littérature enfantine. L’exaltation du Reich comme puissance militaire mondiale complétait cette éducation par des messages tech- niques et impérialistes. cit.300 Construit de toutes pièces par la propagande officielle et les groupes de pression qui mili- taient en faveur d’un vaste empire impérial pour renforcer l’adhésion nationale après 299 FREVERT. art. Les jeunes lecteurs n’étaient sûrement pas insensibles à ces images qui promettaient la liber- té. mais surtout de l’armée de terre et de la marine. pp. FÖRSTER. Elles avaient pour fonction de pré- parer dès le plus jeune âge les garçons à leur avenir de soldat. quelques colo- nies et concessions en Afrique. Ces représentations étaient bien éloignées de la réalité de la socialisation militaire des jeunes recrues qui s’effectuait depuis le XIXe siècle dans des casernes. nous pouvons supposer qu’elles favorisaient plutôt l’acceptation d’un conflit futur. Derrière des apparences documentaires. 134 . Aux yeux du gouvernement. Ute. les images des livres pour enfants con- servaient par conséquent une dimension idéalisatrice.299 Ces images de genre qui mettaient en scène un univers militaire aseptisé n’incitaient pas à s’interroger sur le sens de la guerre. Stig. les colonies contribuaient peu au prestige du Reich. cit. « Das Militär als ‚Schule der Männlichkeit’. Jahrhundert ». cit. art. De ce point de vue. 33-48. Un certain nombre de leurs aînés allaient voir bientôt dans la guerre de 1914 un même espoir de puissance régénératrice. certains des jeunes gens qui éprouvaient un sentiment croissant d’enfermement et d’aliénation espéraient s’évader grâce aux longues randonnées organisées par le mouvement de jeunesse du Wandervogel. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». Eckard. 300 MICHELS. Depuis 1884. Erfahrungen im 19.. C. op. ces possessions étaient relativement négligeables pour le commerce extérieur et l’économie de la métro- pole. Erwartungen. Comparées aux vastes empires coloniaux de la Grande-Bretagne. d’autant plus qu’elles étaient en partie gérées par le pouvoir civil et concurrençaient donc la sphère d’influence des militaires. Dans la société bourgeoise d’avant-guerre. La technique au service de la défense nationale 1) Colonies et flotte À l’instar de l’importance secondaire des colonies dans le Reich. de la France et de la Russie.

chargées de maintenir l’ordre dans les colonies.307 En réalité. y compris femmes et enfants. avait connu un franc succès dans la littérature pour enfants entre 1906 et 1908 environ. Les populations avaient été massacrées. 45-63. cit. « Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918 »..302 il était abordé avec parcimonie dans la littérature extrascolaire. Philippe. art. 225-228. 302 ALEXANDRE. op. en janvier. le mythe colonial contribuait toutefois à forger un puissant imaginaire exotique. pp. Marieluise. les combats étaient bien moins héroïques : 301 GERVEREAU 2003. cit. mais la description qui en était faite dans le texte n’en était que plus effrayante : les Hereros y étaient parfois dépeints comme des êtres sournois et brutaux qui utilisaient des massues. Eckard. leur massacre apparaissait légitime. 2003. avaient péri par milliers dans le désert d’Omaheke (où ils avaient été chassés). op. in : Id. Comme dans le reste de la littérature populaire. ZIMMERER. cit. avaient surpris l’administration coloniale. puis à l’automne 1904. pp. Marieluise. CHRISTADLER. 304 BREHL. 306 Ibid. « Zwischen Gartenlaube und Genozid. / ZELLER 2003. 18-36. pp. la gestion des colonies allemandes ne constituait plus la priorité du Reich. MEIER 2012. Berlin. les autorités se concentrèrent sur la défense continentale. Peter Moors Fahr nach Südwest. Medardus. et les militaires alle- mands étaient célébrés en héros. n° 21.301 Présenté à l’école. ceux des « troupes de protection impériales » (Kaiserliche Schutztruppen). « »Das Drama spielte sich auf der dunklen Bühne des Sandfeldes ab« Die Vernichtung der Herero und Nama in der deutschen (Populär-)Literatur ». Kolonialistische Jugendbücher im Kaiserreich ». les sujets coloniaux. op. pp. Les Hereros et les Namas. art. « Krieg. furent réduits. Der erste deutsche Genozid ». cit. cit. art. KZ und Völkermord in Südwestafrika. 305 MICHELS. CHRISTADLER 1978. « Zwischen Gartenlaube und Genozid. 303 CHRISTADLER. surtout après le rem- placement de Theodor Leutwein par Lothar von Trotha à la tête du commandement mili- taire fin février 1904. 1871-1914. Les révoltes des Hereros. La guerre contre les Hereros et les Namas.1890. Der Kolonialkrieg (1904-1908) in Namibia und seine Folgen. étaient minoritaires dans les livres d’avant 1914.. dir. Alors que les effectifs militaires connurent une forte augmentation en 1913. Inquiètes d’avoir à faire face à une guerre sur deux fronts en Europe. en 1904-1907/1908. dans des camps de concentration ou avaient été fusillés sur l’ordre du général Trotha. cit. Links Verlag. avait été édité dès 1906 à plus de 130 000 exemplaires. cit. 135 . cit.303 L’ouvrage de Gustav Frenssen. art. 86-96. cristallisés autour de la guerre dans le sud-ouest africain allemand. « »Das Drama spielte sich auf der dunklen Bühne des Sandfeldes ab« Die Vernichtung der Herero und Nama in der deutschen (Populär-)Literatur ».305 Probablement en conséquence de ce désintérêt.306 L’ennemi n’était généralement pas représenté dans les images.304 Après la révolte des Hereros. 1977. par Jürgen ZIMMERER / Joachim ZELLER. Jürgen. Essai d’étude comparatiste ». in : Völkermord in Deutsch- Südwestafrika. « Le patriotisme à l’école en France et en Allemagne. in : Aus Politik und Zeitgeschichte. op. Kolonialistische Jugendbücher im Kaiserreich ». 307 BREHL. Medardus.

En Allemagne. in : PÖRTNER 1998.309 Et alors que les illustrateurs cherchaient sans doute à donner à leurs images un caractère réaliste en présentant des soldats combattant à pied.311 Et des boîtes de soldats de la firme Spenkuch étaient spécialement con- sacrées à la révolte des Hereros ! Pour Kurt Bittel. Kurt. elles lançaient un assaut vers un ennemi invisible.. Reorganisation. Des détails techniques tels que la description de leur équipement oc- cupaient une place non négligeable des commentaires. la guerre des Hereros marqua peut-être davantage les enfants que la place qu’elle occupe de nos jours dans la mémoire collective allemande. Schöningh. Munich. nous ne nous inspirions pas de la guerre de 1870/71 et encore moins de celle de 1866. Eckard. n° 34. sondern der Herero-Aufstand von 1904 in Deutsch-Südwestafrika. mais plutôt de la révolte des Hereros de 1904 dans le Sud- 312 ouest africain. in : Aus Politik und Zeitgeschichte. « Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918 ». in : Reform. cit. 309 Id. « Lateinunterricht bei Oberpräzeptor Ölschlager ». elles ne regroupaient pas plus de 2 500 soldats allemands (regroupées dans le sud-ouest africain allemand en raison de la clémence du climat) et 4 500 soldats africains (principalement au Cameroun et en Afrique orientale allemande). 311 CHRISTADLER. » BITTEL. l’infanterie se battait généralement à cheval !310 Toutefois. 312 « Wenn wir Kinder Soldaten spielten. « Politik. 2008. 2010. capable d’assurer sa sécurité et de rétablir l’ordre. l’histoire coloniale était abordée à l’école depuis les années 1890. cette guerre coloniale in- fluença abondamment son imaginaire : Lorsqu’enfants nous jouions aux soldats. Nous l’avons souligné. art. cit. 136 . p. Karl-Heinz LUTZ / Martin RINK / Marcus von SALISCH. „Der Held von Deutsch-Ostafrika“: Paul von Lettow-Vorbeck. 35-53. 248. 199-212. 247-253 . Transformation. Ein preußischer Kolonialoffizier. op. 1978. Les enfants fai- 308 MICHELS. Mythos und Mentalität. Ils étaient censés démontrer la puissance militaire et l’organisation du Reich. Französische und deutsche Jugendliteratur vor dem Ersten Weltkrieg ».le climat hostile. né en 1906. nous l’avons évoqué. Cette fascination des sociétés occidentales pour l’« ailleurs » était concomitante à l’émergence de l’ethnologie et des zoos humains. 310 Id. Représentées dans la partie gauche de l’image. gaben weder der Krieg von 1870/71 und noch weniger der von 1866 die Anregung. Le mouvement de gauche vers la droite créait une dynamique qui soulignait leur détermination. pp. Marieluise.308 Les troupes de protection étaient au centre des commentaires et des images [61]. Or ces troupes étaient plutôt mal formées et leurs effectifs restreints.. Zum Wandel in deutschen Streitkräften von den preußischen Heeresreformen bis zur Transformation der Bundeswehr. devaient gérer une vaste superficie : en 1914. les maladies et le ravitaillement insuffisant faisaient plus de victimes que les balles ennemies. pp. pp.. Il s’agissait d’un conflit récent dont ils avaient probablement entendu parler à travers les discussions de leurs parents. « Eine deutsche Kolonialarmee? Reformansätze zur Stärkung der militärischen Schlagkraft in Übersee 1900 bis 1914 ». Oldenbourg. la première exposition itinérante de ce type avait été présentée par Carl Hagenbeck en 1874. Paderborn.

Dagmar. cit. op. 320 FLECKNER. Jörg-M. ‚Kunst braucht Gunst!‘ Willy Stöwer. Michael. MESSERSCHMIDT. cit. le Reichskriegsflagge. 324- 330. une institution commune à l’ensemble du Reich. la flotte occupait une place centrale dans la littérature illus- trée. contrairement aux armées. la guerre navale figurait presque toujours en fin d’ouvrage. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. Les manœuvres donnaient l’occasion d’admirer ces bâtiments imposants [63]. 17. pp. « Das Bild vom Krieg vor 1914 ». 2. « Aufbau und Untergang der Kaiserlichen Flotte. op. Les écoles primaires bénéficiaient même de billets d’entrée au tarif réduit. Elle était considérée par l’amirauté comme l’arme décisive du futur.. Le drapeau de la marine. 82.315 Synonyme de modernité et de puissance. cit. 2. 2000. 318 NIPPERDEY 1993. 317 EPKENHANS.. dépassait le domaine de la littérature enfantine. Uwe.321 le navire suggérait ici la force du pouvoir poli- tique. Do- 313 SECK. in : FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011. Stalling. en signe d’ouverture vers l’avenir. Vera. Se référer dans le chapitre 1 à : C. Wilhelmshaven. cit. Erlangen. vol. « Aufbau und Untergang der Kaiserlichen Flotte. 319 HORMANN. Michael.. Völkerschaustellungen in Deutschland und Frankreich von 1874 bis zum Ersten Weltkrieg. 321 WOLFF. (dir. pp. Boye. vol. Oldenbourg. 1981. 316 WORTMANN. 314 GERVEREAU 2003. pp. « Flagge ». in : Ibid. encouragé par Guillaume II. cit. 1897-1918 ». 325-331.5 % en 1911. art.). art. « Die Armee unter Wilhelm II. Des œuvres de peintres de marine proches des cercles monarchiques. ». ce dernier était fasciné par la flotte britannique. tels que Michael Zeno Diemer et Willy Stöwer. au sein duquel la majorité bourgeoise-conservatrice avait soutenu le projet. alimenté par l’actualité coloniale. Jahrhundert. FAU University Press. Elle avait été l’objet de vifs débats au Reichstag. 2013. 1897-1918 ». Des illus- trateurs proches des cercles militaires et monarchiques.313 Présent dans la presse illustrée pour adultes et dans la publicité.saient partie du public. Deutsches Marinemuseum. Alors qu’il nourrissait un relatif désintérêt pour les colonies. op. p. cet imagi- naire exotique. cit. Marinemaler und Illustrator der Kaiserzeit. Marinemalerei in Deutschland im 19. 137 . op. De cette politique ma- ritime dépendait à ses yeux l’avenir de la Weltpolitik et du statut du Reich sur la scène mondiale.320 Ces images mar- quaient l’esprit par leurs jeux de répétition. Manfred. Rolf. « Schiff ».314 Plus que les colonies.317 En 1901. 179-188. cit.319 y étaient reproduites [62].316 Un vaste plan de construction navale avait été lancé en 1897-1898 par l’amiral Tirpitz. Métaphore de l’État et de ses fonctions de commandement depuis l’Antiquité. La marine représentait le symbole national par excellence dans la mesure où elle était.9 % du budget militaire avaient été consacrés à la marine contre 26.318 Cet engouement se reflétait dans la littérature pour enfants. symbolisait la force de la conquête nationale. 1. art. MEYER-FRIESE. Or elle allait jouer un rôle nettement secondaire entre 1914 et 1918. 315 EPKENHANS. vol..

Kriegsspiel.. le fonctionnement des machines. 138 . en particulier auprès de la bourgeoisie économique et cultivée. Otto Spamer. Mechanische Ra- ritäten und ihre Hersteller. op. HORMANN 2000. cit. in : Deutschland in Waffen [1913]. Albrecht. op. menée depuis la fin du XIXe siècle.tées d’une double caractéristique. Heinz-Peter. cit. Deutsche Verlagsanstalt. s’efforçait d’entretenir la popularité de la flotte dans l’opinion publique. Flottenpolitik und Flottenpropaganda. Geschichte. Elles étaient souvent construites sur des jeux de contrastes . Mosaik Verlag. « Kriegsspiele und – spielzeug. Zeitgeschehen und Zeitgeist ». Stiftung Lore und Wolfgang Hoffmann für Spielzeug. Margot / BANGERT. les tons rosés ou blancs mettaient en avant le lever du soleil ou les feux des navires dans la pénombre [64]. Ainsi les jeunes garçons étaient-ils préparés à leur futur rôle de militaires. 35-143. pp. pp. cit. Grefrath.und Kindheitsforschung. les uniformes de marin n’étaient plus commandés en Angleterre mais directement produits dans les villes portuaires alle- 322 MEYER-FRIESE 1981. op. L’Office pour la marine impériale dirigé par l’amiral Tirpitz. p. L’office faisait pression sur les autorités sco- laires pour que l’histoire récente de la politique maritime fût davantage enseignée aux élèves.327 Dans cet élan d’enthousiasme pour la flotte nationale. cit.323 Les images complétaient le texte par leur force évocatrice.324 Les enfants eux-mêmes en étaient la cible. par Id. Leipzig. 1976. in : Aggression. dir. cit. « Imperialistische Tendenzen in der Geschichtsdidaktik ».325 L’industrie de biens de consommation profitait de cette euphorie pour pro- poser une offre diversifiée de jouets de guerre maritimes aux enfants. op.. 1980. 190-217.. Stuttgart. op. Marine-A-B-C. etc. [1901]. D’autre part. Blechspielzeug. 326 DEIST 1976. Munich. Le thème de la marine ne faisait donc pas tant l’apologie de la guerre que de la technique. Wilhelm. Klaus. Gewalt. Il fallait à la fois montrer la puissance technologique du Reich et transmettre des connaissances aux jeunes lecteurs. « die langsam höher steigende Sonne ». 47. Willy. in : BERGMANN / SCHNEIDER 1982. semi-populaire. Ces livres pour enfants faisaient partie intégrante d’une vaste propagande semi- verticale.322 D’une part. PETZOLD 2012. des livres pour enfants avaient été exclusivement consacrés à ce thème. 326 Dès le début du XXe siècle. le commentaire se caractérisait souvent par une description poétique qui suscitait l’émotion et le décor contribuait à créer une atmosphère harmonieuse : « la lueur pâle de l’aube ». Das Nachrichtenbureau des Reichsmari- neamtes 1897-1914. « le soleil qui se lève lentement ». le texte livrait de nombreux détails sur la composition de la flotte. « ein majestätischer Eindruck ». 2001. et organisait des voyages scolaires dans les ports de Kiel. 327 Willy Stöwer. « une impression de majes- té ». illustra notamment un abécédaire : STÖWER. op. cit. Vielfalt und Charakteristik in Zeitlauf. la puissance des navires. membre du comité directeur de la Ligue navale. ces illustrations rappelaient à la fois l’image sensation- nelle de la peinture d’histoire et l’iconographie de reportage. 323 « ein fahles Dämmerlicht ». à la fois aidé et concurrencé par la Ligue navale. par le biais de la presse et du film. Hambourg et Wil- helshaven. 324 DEIST. 325 BERGMANN. BRAUCH. MIELKE.

qui accompagnait une image similaire [65]. 329 WEBER-KELLERMANN 1981. 139 . « Guillaume II et le pouvoir : un régime personnel ? ».330 Le commentaire sui- vant. cit. zu Angriffszwecken oder zur Verteidigung seiner alten feindlichen Unternehmungen leicht zugänglichen. cit. Hélène. 1985. op. braucht es auch zur Aufrechterhaltung seiner Seegeltung. p. 333 MIARD-DELACROIX. 2. Francfort/Main. cit.. Francfort/Main. né en 1902. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. » HOFFMANN / STAUDINGER [1910]. vol.334 mais il contribua surtout à exacerber les antagonismes avec la Grande- Bretagne.335 et l’anglophobie. art.329 À cet engouement patriotique se conjuguait un autre message contemporain : le thème de la flotte permettait d’alimenter et de diffuser le syndrome de l’encerclement. langgestreckten Küsten wie zum Schutze seines blühenden.333 Les universitaires acquis à la cause. 332 GEYER.. 24. selon les propos de l’ancien ministre des Affaires étrangères. Suhrkamp. surnommés les « professeurs spécialistes de la flotte » (Flottenprofessoren). cit. présent chez les élites militaires et dans l’opinion publique au moins depuis 1906.328 Hugo Hartung. p. publiées dans des revues pourtant peu pro-prussiennes telles 328 WEBER-KELLERMANN. l’argument d’une menace extérieure servait de prétexte pour renfor- cer sa « place au soleil ».mandes. a témoigné de son engouement pour les images de la flotte et des colonies vendues dans les tablettes de chocolat. puis chancelier Bernhard von Bülow. « "Une place au soleil" : La politique coloniale dans la politique étran- gère de 1890 à 1914 ». sich über die ganze Welt ausbreitenden Handels einer schlagfertigen Marine. Ingeborg. mener des offensives ou défendre ses espaces côtiers vulnérables à des opérations d’ennemis de longue date ainsi que pour proté- 331 ger son commerce florissant qui se développe dans le monde entier. Cet engouement avait pour fonction de renforcer le sentiment d’appartenance commun. Ce discours ne cachait pas les ambitions impérialistes du Reich.. NIPPERDEY 1993. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». situé au cœur de l’Europe et cerné de toutes parts par des puissances étrangères. 335 BAECHLER. Christian. op. 331 « Wie das Deutsche Reich wegen seiner ringsum von fremden Mächten umgebenen Lage im Herzen Europas eines starken Heeres nicht entbehren kann. 1984. qui allait trouver un prolongement dans le mythe de la guerre défensive entre 1914 et 1918. Deutsche Rüstungspolitik 1860-1980. op. 334 WEHLER 1995.332 Tout en présentant l’Allemagne comme une victime potentielle. mettaient en avant cette fierté nationale. qui se voyait concurrencée dans sa suprématie maritime. qui s’illustrait notamment dans des caricatures virulentes. ne peut se passer d’une armée forte. Suhrkamp. Ute. il lui faut également une Marine prête au combat pour préserver ses ambitions navales. cit. après la conférence d’Algésiras qui avait amorcé l’isolement du Reich. art. était représentatif de ce discours : Tout comme le Reich allemand. op. Michael. cit. art. Guillaume II éprou- vait envers elle un « amour-haine ». 33. Der Kinder neue Kleider. cit. Zweihundert Jahre deutscher Kinder- moden in ihrer sozialen Zeichensetzung. mais énonçait surtout ses objectifs défensifs. Ein Versuch. conformes à l’argumentation officielle lors du lancement du plan d’armement naval de Tirpitz. 330 DANIEL.

DEIST 1976. la France et la Russie. les autorités allemandes comprirent qu’elles ne dépasse- raient pas la flotte britannique. Les propos du chef de l’état-major s’inscrivaient dans la tradition de ses prédécesseurs. EPKENHANS. art. art. cit. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». 140 . Moltke se déclara favorable à une guerre préventive.336 Paradoxalement. 338 FÖRSTER. Guillaume II. 1961). op. Droste. se montra déçu. Ute. cit. cit.339 L’idée d’une défense continentale était mise en image dans ces ouvrages.341 a néanmoins été nuancée depuis. s’était accentuée avec la guerre des Boers. notamment par Fritz Fischer. l’ancien of- ficier d’état-major Friedrich von Bernhardi critiquait vivement le gouvernement de Bethmann-Hollweg. « Les périodiques culturels allemands et l’Europe (1871-1914) ». art. art. « Die Armee unter Wilhelm II. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». alors que le soutien russe à la Serbie inquiétait la Duplice et que la Grande-Bretagne affichait son intention de soutenir la France en cas de conflit généralisé. et prônait une politique étrangère agressive ser- vant avant tout la suprématie du Reich. Griff nach der Weltmacht. 2000 (1e éd. cit. Stig. « Einkreisung und Kaiserdämmerung. convoquée en raison de la première guerre balkanique. Die Kriegszielpolitik des kaiserlichen Deutschland 1914- 1918. Fritz. cit.340 Dans un ouvrage qui connut un grand retentissement.que Simplicissimus. der Kulturgeschichte der Politik vor dem Ersten Weltkrieg auf die Spur zu kommen ». 341 FISCHER. 340 MESSERSCHMIDT. cit. 342 FÖRSTER. Stig. 339 Le montant alloué à la flotte dans le projet de loi de 1912 fut ainsi divisé par deux. 337 GRUNEWALD. La politique d’armement connut alors un revirement au profit d’un ren- forcement de l’armée de terre. 2) La guerre sur terre et dans les airs Inquiet de la menace d’une guerre sur deux fronts contre la France et la Russie. Lors de la réunion extraordinaire du huit dé- cembre 1912. jugé trop pacifique.337 Face à la concurrence navale germano-britannique. Il s’en trouvait de plus en plus isolé. art. JANZ 2013. « Aufbau und Untergang der Kaiserlichen Flotte. l’état-major se recentrait depuis 1912 sur la guerre continentale. cit. elle était présentée comme un modèle de libéralisme politique dans Die neue Rundschau et dans Die Hilfe. Mi- chael. op.338 Au plus tard en 1912. Manfred. cit. le Reich avait sous-estimé les possibilités d’un rapprochement entre la Grande-Bretagne et ses rivaux coloniaux. Düsseldorf. 1897-1918 ». qui avait sous-évalué les conséquences né- fastes que pouvait avoir la politique maritime sur les relations avec la Grande-Bretagne. Ein Versuch. Deutschland und der nächste Krieg (1912). Michel. ». la Grande-Bretagne était l’un des rares pays que l’Allemagne reconnaissait comme son égal : malgré une rivalité croissante entre les deux puissances. La teneur belliciste longtemps accordée à ce « conseil de guerre ». art.342 336 DANIEL.

cit. STORZ. la guerre industrielle était paradoxalement davantage prise en compte dans ces ouvrages qu’elle ne devait l’être.346 et les albums d’Hansi (Jean-Jacques Waltz. op. Christian. pp. dir. 1. « L’apprentissage de la revanche en France dans la littérature de vulgarisation historique de 1871 à 1914 ». elle ne correspondait pas aux intentions des dirigeants français. « Le Tour de France par deux enfants ». Jacques et Mona. comme Richard Knötel. cit. dans le contexte des manœuvres. 1998.347 L’artillerie [66] et les mitrailleuses [67] inauguraient une « nouvelle sensibilité »348 chez les peintres militaires. Da Sarajevo a Sarajevo. d’un ennemi anonyme en supériorité numérique. (1) En France. das ist der Krieg!’ Zur Militär. in : La guerra dei bambini. « Die deutsche Außenpolitik 1890-1914 ». Depuis 1870. Au même titre que l’automobile. par Maria Christina GIUNTELLA / Isabella NARDI. La confrontation à la mort de masse et les souffrances quotidiennes allaient inciter les producteurs d’images à recentrer les arts graphiques sur des représentations désuètes familières et donc rassurantes. cit.. cit. art. paru en 1877. op.und Schlachtenmalerei im Kaiserreich ». était ancienne. Dans 343 WORTMANN. accentuées par les rivalités coloniales. Bien que les images suran- nées prédominassent. op. in : Les lieux de mémoire. pp. art. dont Le Tour de la France par deux enfants. 344 Ibid. vol. Paris.344 Les enfants étaient habitués à ce contexte de tensions. Nous pouvons supposer qu’il s’agissait d’une allusion aux armées de terre française et russe précitées. une guerre de revanche française était redoutée par l’opinion publique et le pouvoirs politique et militaire allemand. 345 BERG 1991. par Pierre NORA. pp. « L’alerte » de 1875 montre combien la méfiance et la concurrence entre les puissances européennes. Winfried. Naples.343 étaient présentées dans les livres d’images de sol- dats d’avant-guerre. Hans-Jacob). 53-65. Ekkehard. 347 BECKER / KRUMEICH 2012. BAUMGART. l’idée revancharde était présente dans de nombreux écrits pour en- fants : ALMAVI. cit. Elles offraient l’occasion aux auteurs d’insister sur la modernité et l’efficacité des nouvelles armes. cit. renforcée par la mention récurrente.345 Bien que l’idée revancharde trouvât son expression dans des livres pour enfants. Die Vorbereitungen der Armeen Deutschlands und Frankreichs auf den Landkrieg des 20. Rolf. l’artillerie et les mitrailleuses. 252-278. p. Ce revirement politique et stratégique n’était pas sans lien avec la sophistication croissante de l’armement. 277-300. « Das Bild vom Krieg vor 1914 ». 346 OZOUF. du moins dans l’imagerie de nature non photographique. art. « Die Schlacht der Zukunft. Gallimard. Dieter. 141 . in : MICHALKA 1994. 348 « […] eine neue Sinnlichkeit ». surtout des Républicains. 1997. 250. la télégraphie ou encore le génie militaire. « ‚Ja. Edizioni Scientifiche Italiane.. Ils rappelaient l’uniformologie et la littérature des mouvements de jeunesse. durant le premier conflit mondial. in : MAI. armes qui allaient être les plus importantes pendant le premier conflit mondial. La présentation des armes s’accompagnait là encore d’une obsession de la dé- fense nationale. Ces motifs n’avaient en revanche pas d’équivalent dans les revues pour enfants. dont le pseudonyme provenait de la forme allemande de son nom. dir. Jahrhunderts ».

op. p. ces armes ne confrontaient pas les jeunes lecteurs à leurs potentiels destructeurs. Kriegserfahrungen deutscher Soldaten und ihre Deutung 1914-1918. als man der Vielfalt der Läufe abkam und dafür Schnellladevorrichtungen erfand. Le narra- teur présente là les innovations ayant permis l’invention de la mitrailleuse tout en employant dans sa con- clusion le terme de pièce d’artillerie (« Geschütz »). à l’été 1914. 2003. « Artillerie et mitrailleuses ». Meinungslenkung im Krieg. cit. Anne. revendi- quaient en 1913 une augmentation des effectifs de l’armée de 300 000 hommes et ainsi 349 « Ein fördernder Schritt wurde getan. Alors que le ministère de la Guerre avait été réticent à introduire cette arme au début du siècle. 350 AUDOIN-ROUZEAU. op. était toujours gagnée par des hommes.351 Elles donnaient l’illusion que l’être humain. l’infanterie allemande était équipée. Die Patronen werden auf einen Bandstreifen gereiht zugeführt. non par des machines. 354 Deutschland in Waffen [1913]. 17. Malgré la mise en exergue de la technologie. la guerre. Une telle arme peut tirer 400 à 500 coups par minute. 142 . L’illustration insistait uniquement sur les prouesses techniques que ce matériel de guerre représentait. nous avons pris la liberté de recourir au terme générique d’arme dans la traduction. S’agit-il d’une erreur ou d’une simplification à l’égard des jeunes lecteurs ? Pour lever cette confusion. op.350 Intégrées à un paysage paisible et verdoyant. cit. Göttingen.les ouvrages d’avant 1914 les commentaires revenaient avec précision sur les innovations techniques depuis le XIXe siècle : On franchit une étape déterminante lorsque l’on s’écarta de la multitude des fûts de canon pour inventer à la place des dispositifs à charge rapide. 351 PARTH 2010. au service de la machine. 352 LIPP. leur objectivation apparente. » KNÖTEL [1912]. op. d’abord appelé Gerät 08) qui tiraient effectivement 400 à 600 coups par minute. cit.353 L’expression de « nation en armes » (Volk in Waffen) était employée de manière récurrente dans les livres illustrés. On charge les cartouches en rangée 349 sur une bande de mitrailleuse. Vandenhoeck & Ruprecht. cit. avait le pouvoir de con- trôler la force de feu. tant dans les représentations d’avant 1914 que dans celles du conflit. elle était devenue le slogan de ceux qui. Contrairement à la forte émotion que suscitaient les images héroïques des combats passés. parfois même en guise de titre.. de telles images se caractérisaient davantage par leur distanciation.352 La récurrence de ces motifs s’expliquait sans doute partiellement par la crainte croissante du Reich de devoir mener une guerre sur deux fronts ainsi que par la loi mili- taire de 1913. art. au sein de l’état-major notamment. de 12 000 mitrailleuses (de modèle MG 08.354 Forgée par l’ancien ministre de la Guerre Julius von Verdy et par le général Colmar von der Goltz. Stéphane. Ein Geschütz vermag so 400-500 Schuß in der Minute abzugeben. 353 BECKER / KRUMEICH 2012. cit.

Face à la puissance industrielle de l’armement et aux interdépen- dances croissantes entre les pays depuis la révolution des transports et des communica- tions. op. Erwartungen. cit. par Jean- Jacques BECKER / Jay WINTER / Gerd KRUMEICH / Annette BECKER. in : Guerre et cultures (1914-1918). éd. comme Jean de Bloch. op. « Das Militär als ‚Schule der Männlichkeit’. art. Certains y voient un véritable pamphlet contre la guerre. Paris.. « Ein Buch gegen die Bücher für den Krieg. Wilhelm. cit. (1 e éd. 355 FÖRSTER. Erfahrungen im 19. Les exercices sportifs et l’apprentissage de l’obéissance inconditionnelle y étaient bien plus importants. couron- née d’une bataille décisive. Versuch einer differenzierten Betrachtung ». art. Janssen.359 Certains ouvrages. « Das Bild vom Krieg vor 1914 ».. art. Rolf. Weismann. Jost. puis de Bernhardi. cit. DÜLFFER. Angebote. WORTMANN. 146-160. Holger. Ces images « séduisantes » étaient pourtant trompeuses pour les jeunes garçons : l’initiation à l’usage des armes ne repré- sentait qu’une part secondaire de la formation dispensée au cours du service militaire. « Préfigurations de la guerre en Allemagne avant 1914 ». 65-78. « Militär und Militarismus im Deutschen Kaiserreich. à l’instar de Das Menschenschlachthaus (traduit sous le titre de L’Abattoir humain) de Wilhelm Lamszus (1912). Dortmund.357 Ces motifs faisaient visiblement partie de la culture générale que l’on était en droit d’attendre des jeunes gens de bonne famille : même les jeunes filles des écoles secondaires étaient initiées aux progrès en matière d’armement.une intégration de la bourgeoisie dans le corps (à prédominance noble) des officiers. Ute. in : DÜLFFER / HOLL 1986. 143 . Berlin. Colin. 1994. 121-130. ces motifs techniques exer- çaient sans doute une fascination sur les jeunes gens. ‚Das Menschenschlachthaus’ und die militärische Jugendliteratur der Kaiserzeit ». 357 Ibid.358 Cet intérêt pour la technique était commun aux récits de guerre pour la jeunesse d’avant 1914 et à la littérature de science-fiction pour adultes. Hambourg.356 Malgré leur représentation analogique de la réalité. 359 CHRISTADLER 1978. Élaboré en 1905. BALD. Der Zukunftskrieg in der deutschen Novellistik und Illustration der Jahre 1900-1928. 1980. offensive. pp. op. in : MERKEL / RICHTER 1980. Das Menschenschlachthaus. les généraux sous-estimaient les conséquences de la sophistication de l’armement sur la stratégie mili- taire. dir.360 mettaient en scène de manière visionnaire le potentiel des- tructeur de ces armes. art. Jahrhundert ». Detlef. « Zum Kriegsbild der militärischen Führung im Kaiserreich ». cit. De ce point de vue. et éviter à tout prix une guerre longue qui cau- serait de lourdes pertes. Stig. 360 LAMSZUS. par Johannes MERKEL / Dieter RICHTER. 356 FREVERT.361 Malgré les avertissements de Moltke (l’Ancien). 361 AFFLERBACH. « The Topos of Improbable War in Europe before 1914 ». et non l’inverse. certains représentants du monde financier et industriel. étaient convaincus de l’impossibilité d’une guerre future. MÜNCH. pp.355 L’armée était le modèle de la société civile. le chef de l’état-major. cit. Synergen Verlag. Detlef. cit. 2007. Bilder vom kommenden Krieg. le plan Schlieffen misait sur une guerre courte.) La portée pacifiste de cet ouvrage fait débat. Moltke (le Jeune). cit. d’autres l’interprètent comme un récit visionnaire de la guerre industrielle moderne. cit. Dieter. pp. 1912. 358 PUST 2004. Munich. Voir entre autres : RICHTER. op. Il fallait battre la France en moins de trois semaines avant que la Russie n’eût le temps de mobiliser.

2005. « Zum Kriegsbild der militärischen Führung im Kaiserreich ». Équipée d’une puissance de feu respectable […]. 364 STORZ. des dragons à perte de vue se dirigeaient droit vers l’ennemi. 362 FÖRSTER. elle couvre ainsi les mouvements de sa propre armée et cherche à repérer ceux de l’ennemi. BALD. offrant souvent une alternance de représentations des techniques modernes et d’images surannées [68]. Wallenstein.364 Parallèlement aux images de l’armement moderne. John. 1800). « Die Schlacht der Zukunft. la victoire était une question de volonté individuelle. 363 Id. / Auch den untersten Reuter mit. le véritable esprit de cavalerie ne saurait se perdre. Jahrhunderts ». fondé sur l’ardeur au combat. Daß der echte Reitersinn darüber nicht verloren geht. Detlef. auquel le Reich n’était pas préparé. Paris. cit. die Bewegungen des eigenen Heeres deckt und die des feindlichen zu erkunden sucht. op. Stig. art. elle peut aussi. Tant les militaires que l’opinion publique espéraient. à l’exception des uniformes. Die Vorbereitungen der Armeen Deutschlands und Frankreichs auf den Landkrieg des 20.. als dichter Schleier sich vorschiebend. une guerre courte.363 Cet argument. La tension entre l’image et le commentaire révélait une conception contradictoire et archaïsante de la guerre qui faisait appel à des réflexes émotionnels et par conséquent peu rationnels : À la cavalerie incombent surtout les missions de reconnaissance.. Friedrich. op. Lancés au galop.362 Malgré l’observation attentive de la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Malgré tout. Perrin. art. 366 KEEGAN. se montrait assez pes- simiste vis-à-vis d’un conflit long. ein Feuergefecht zu unterhalten. lui-même issu de cette arme. in : HEIDENREICH / NEITZEL 2011. l’illustration. cit. Pour les vers de Wallenstein. Dieter. 144 . L’Arche. 19. marquées par des combats d’artillerie. Paris. wie Windesweben. 24. art. cit. dafür dürfte gesorgt sein. les généraux pensaient que la technique ne serait pas déterminante : selon eux. indem sie. p. wenn es darauf an- kommt. nous nous ap- puyons sur la traduction de Gilles Darras. cit. était utilisé pour justifier la persis- tance du rôle de la cavalerie. pp. « Ein militarisiertes Land? Zur gesellschaftlichen Stellung des Militärs im Deutschen Kaiserreich ». « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». soutenir un échange de coups de feu. Dans les années précédant la guerre..bien qu’il n’eût rien fait pour empêcher la guerre en juillet 1914. de mitrailleuses et de tranchées. de manière presque irrationnelle. S’avançant comme un ri- deau. car : Et le vent de l’esprit qui anime le corps 365 Emporte avec lui le plus petit soldat [cavalier]. Le début de la citation était conforme aux plans de l’état-major d’avant-guerre : il estimait que la cavalerie avait encore un rôle à jouer en assurant principalement une fonc- tion de reconnaissance pour aider l’infanterie. p. le cas échéant.’ » KNÖTEL [1912]. 365 « Vor allem liegt der Reiterei der Aufklärungsdienst ob. un état d’esprit simi- laire persistait dans les livres d’images. La Première Guerre mondiale. cit. SCHILLER. denn: ‚Der Geist. der im ganzen Korps tut leben. treize régiments de chasseurs à cheval furent ainsi créés dans l’armée allemande. / Reißt gewaltig. puis des guerres bal- kaniques de 1912-1913.366 Alors que le commentaire rendait compte de cette réalité. notamment par Friedrich von Bernhardi. Die Bewaffnung mit einem kriegsbrauchbaren Feuergewehre […] ermöglicht es auch. 157-174. continuait imperturbablement à véhiculer les stéréotypes de l’imagerie du XIXe siècle. 2005 (1e éd.

L’hybridité de ces ouvrages reflétait l’image qu’avait encore le public des ma- nœuvres militaires. cit. cit. Wallenstein. op. « Die Armee unter Wilhelm II.367 Mais les vers enjoués qui concluaient le commentaire. Peu maniables. ». Rolf. jusqu’en 1905. ces engins suscitaient la curiosité des enfants373 si bien que des ouvrages en forme de zeppelins [70]. l’iconographie de ces livres patriotiques pour enfants était entre- mêlée de stéréotypes désuets et de scènes plus modernes. Colin. cit. la guerre dans les airs était parfois abordée. que l’Allemagne connaissait une longue pé- riode de paix – plus de quarante ans s’étaient écoulés depuis la guerre franco-prussienne. 372 STORZ. d’une part. mais de manière secondaire. « Das Bild vom Krieg vor 1914 ». qui allaient persister entre 1914 et 1918.368 montraient combien la cavalerie possé- dait un pouvoir d’attraction irrationnel. Jahrhunderts ».372 Synonymes de patriotisme. correspondaient à « une guerre en rase campagne […] menée par des hommes en embuscade derrière un arbre ou un rocher. seulement partiellement consacrés à des sujets militaires. PIGNOT. 2012. La Guerre des enfants. art. Manfred. Ma- non. les images de charges de cavalerie. Dieter. 368 PUST 2004. »369 Il était d’autant plus aisé d’idéaliser les combats. 370 MESSERSCHMIDT. Allons enfants de la Patrie. et celle de susci- ter l’émotion et de fasciner. 2004 (1e éd. d’autre part. Génération Grande Guerre. Stéphane. 1993). 371 CHRISTADLER 1978. par des attaques de cavalerie. En dépit de ces motifs modernes. ils devaient néanmoins s’avérer inefficaces durant la Grande Guerre. « Die Schlacht der Zukunft. 136. d’assauts ou encore d’attaques par surprise au fusil et à la baïonnette [68a] restaient prédominantes. qui s’achevaient. cette fascination allait parfois s’avérer fatale à des enfants parisiens. op. Paris.371 Les ballons dirigeables et les zeppelins en particulier étaient toutefois un objet de fierté nationale [69]. voire d’imaginer la guerre future. cit. cit. souvent contrecarrées par le 367 WORTMANN. Autrement dit. Ces illustrations. Enfin. 373 Pendant le conflit. Seuil. Die Vorbereitungen der Armeen Deutschlands und Frankreichs auf den Landkrieg des 20. p. art. extraits d’une pièce de Schiller ordinairement étudiée à l’école. art. 369 AUDOIN-ROUZEAU. à l’instar de l’aéronautique qui était encore peu développée dans l’armée allemande par rapport à l’aviation française. Paris. 145 . 1914-1918. Ils donnent selon nous à penser que l’auteur était à court d’arguments concernant la prétendue importance stratégique de cette arme ! Cet exemple faisait là encore apparaître la tension latente dans les livres pour enfants d’avant-guerre entre l’intention de documenter et d’instruire.370 Ce thème semblait plus présent dans les récits de guerre pour la jeunesse d’avant 1914. dans de véritables opérations de partisans assez proches de celles qui affectaient les marges des fronts principaux en 1870. leur étaient destinés.

Wolfgang. La grandeur de l’histoire prussienne. Londres. « Bilder vom Krieg vor 1914 ». Ces ouvrages véhiculaient globalement la fascina- tion pour la technique et. Relayée par de nombreux jeux de palimp- sestes. 1999. art. Reflections on the origin and spread of nationalism. 375 ANDERSON. Elle connut une impulsion sous l’effet de la fièvre commémorative de 1913. de l’affect. 1983. surtout. servait à renforcer la cohésion de la « communauté ima- ginée »375 de la nation. Imagined Communities. cit. l’illusion d’une future guerre de mouvement. la peinture d’histoire avait pour fonction de renforcer le patriotisme et l’esprit de sacrifice des jeunes lecteurs tout en cultivant leur sensibilité esthétique. 1995. 146 . La transmission de l’histoire à travers les arts et la littérature jouait un rôle d’autant plus crucial que l’Allemagne s’était longtemps considérée comme une nation culturelle (Kulturnation). la peinture historique. même les mitrailleuses étaient considérées comme une arme adaptée aux assauts alors qu’elle allait s’avérer être une arme de défense pendant le conflit.376 374 Avant-guerre. qui jouait un rôle indispensable dans la légitimation du Reich depuis 1871. donc. surtout. 1914-1940. Le livre imprimé et la construction de l’Allemagne contempo- raine (1815-1914). Le Cerf. NATTER. Cette littérature était dominée par un imaginaire héroïque des faits d’armes. Londres. les mécanismes à l’œuvre dans ces livres relevaient de la répétition et. Literature at War. texte et image avaient pour but de préparer les jeunes garçons à leur avenir de futurs soldats en faisant appel à des réflexes émotionnels et. verso. idéa- lisée et élevée au rang de mythe.commentaire ou l’illustration suivante. repré- sentait une forme visuelle de prédilection. 376 BARBIER. Frédéric. couplée à des poèmes romantiques au ton exalté qui mettaient en exergue le sacrifice suprême pour la défense de la patrie. Dans la continuité de l’enseignement patriotique. KRUMEICH. Le jubilé de la bataille de Leipzig marqua une intensification du discours sur la guerre à l’égard des enfants et révé- la à la fois les craintes et les espoirs des adultes tant vis-à-vis d’une guerre probable que de l’éducation des jeunes générations. Cette littérature avait pour fonction de susciter une fascination et un engouement pour la guerre.374 * La littérature patriotique pour enfants de l’immédiat avant-guerre faisait par con- séquent partie de la culture mémorielle conservatrice du Kaiserreich. Yale University Press. Paris. Lors- qu’ils se corroboraient. New Haven. Texte et image renforçaient de concert la puis- sance émotionnelle des livres patriotiques. les enfants devaient être sensibilisés à la cause nationale. L’empire du livre. Pour ce faire. irration- nels et en leur donnant ainsi une image idéalisée de l’univers militaire. Representing the "Time of Greatness" in Germany. Benedict. Le plus souvent. Gerd.

ils constituaient le prélude à une mobilisation dans l’éventualité d’une guerre future. Ainsi allait-il pouvoir être aisément réactivé entre 1914 et 1918. étaient mises au service d’un militarisme populaire.. 377 KNOPPER. par ce biais. 147 . 165-177 . Les garçons étaient ainsi préparés à l’avenir de soldat auquel on les destinait. cette iconographie reflétait la radicalisation de l’opinion publique dans l’immédiat avant-guerre. cit. ce genre. d’alimenter le syndrome de l’encerclement carac- téristique de la société allemande d’avant-guerre. au « glissement vers la guerre ». 35. art. par conséquent venues d’en haut. Par leur force émotionnelle et irrationnelle. permettait de mettre en avant l’importance de la défense nationale et. op. Dans un Reich qui se sentait menacé. venu d’en bas : « le grand public s’endoctrinait lui-même ». étaient en mesure de conjuguer engouement patriotique et savoir technique. p. et les textes en prose. 171. qui révélait autant une glorification de la technique qu’une apologie de la guerre. L’uniformologie. Des représentations inspirées de la grande peinture officielle. était considéré comme un médium aux vertus pédagogiques.. Reiner. au ton plus sobre et objectif. pouvaient remplir une fonction docu- mentaire qui permettait de familiariser les enfants avec le protocole militaire. au service de l’ordre établi. Autrement dit. 378 ALEXANDRE. ils contri- buèrent sans doute à leur manière. cit. Centrée sur la glorification du pouvoir monarchique et militaire. L’enthousiasme guerrier et national qui en résultait contenait des sentiments agressifs et belliqueux ambivalents. par des effets de contradiction ou de panachage. au sein de la bourgeoisie dont était principalement issu le lectorat. Mais la familiarisation avec les armes. Tant par ses motifs que par ses producteurs. ces livres illustrés. p.377 En complément à cette rhétorique fondée sur l’affect. en complément à l’instruction scolaire. pp. qui mettait en scène des per- sonnages adultes. « La question nationale sous Guillaume II : du patriotisme au nationalisme exa- cerbé ». in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. selon les préoccupations en vogue de la pédagogie réformée. Philippe / MARCOWITZ. les uni- formes et les armes. cette éducation patriotique reléguait les images dépréciatives de l’ennemi au second plan. les images et / ou les textes.378 Cette rhétorique visuelle et textuelle devait persister entre 1914 et 1918 et constituer le fondement de la culture de guerre. faisaient appel aux sentiments patriotiques des jeunes générations. « Introduction ». Françoise. Bien que peu adapté au regard enfantin. qui proposait des représentations analogiques de la réalité militaire.

und daß durch euer Blut Vergangenheit und Ahnenerbe Und fernste Zukunft rollt. Daß dieses Lebens süßer Atem. Ihr zimmert Holz zu Schwert und Schild und Speer Und kämpft im Garten selig euer Spiel. ein Tod erlitten ward. Dennoch sollt ihr einst Krieger sein Und sollt einst wissen. ein Weh. in : Die Gedichte. ÉVOLUTION DE LA CULTURE DE GUERRE ENFANTINE À PARTIR DE 1914 Ihr wißt nichts von der Zeit. So steht ihr nie im Feld Und tötet nie Und fliehet nie aus brandzerstörtem Haus. DEUXIÈME PARTIE. Tragt weiße Binden mit dem roten Kreuz. So bleibt der Krieg Für euch nur dunkle Sage allezeit. Schlagt Zelte auf. Und daß für jedes Haar auf eurem Haupt Ein Kampf. Wißt nur. 148 . Hermann HESSE. « Den Kindern ». Und hat mein liebster Wunsch für euch Gewalt. daß irgendwo im Weiten Ein Krieg geschlagen wird. Daß dieses Herzschlags liebes Eigentum Nur Lehen ist.

in : Bereit zum Krieg. Eine Bilanz. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». En raison des enjeux que représentaient les intérêts des puissances européennes. L’Allemagne se trouvait donc dans une situation d’urgence. 2003.2 Le Reich attendit néanmoins la confirmation de la mobilisation générale russe. il n’avait d’autres solutions que d’appliquer le plan Schlieffen. 2 FÖRSTER. JANZ. Außenpolitik und öffentliche Meinung im Deutschen Reich im letzten Jahrzehnt vor 1914 ». le Reich se lança dans la guerre. in : Wie Kriege entstehen. avaient trop longtemps espéré que le conflit pût rester localisé. Durant l’avant-guerre. par Bernd WEGNER. 149 . Favorable à la défense nationale. cette politique comportait un risque de guerre généralisée. Paderborn. Bien que l’état-major fût conscient des risques d’un conflit prolongé. New York. 2014. le 1 MOMMSEN. « Der Topos vom unvermeidlichen Krieg. Bethmann-Hollweg réassura son allié de sa solidarité le six juillet. ce qui lui offrit la possibilité de se présenter comme une victime sans intentions belliqueuses. 211-252. Juli 1914. Malgré une tentative de négociation de Guillaume II avec son cousin le tsar Nicolas II de Russie. Gerd. pp. Campus. Les élites civiles et militaires prirent des décisions précipitées. des signes avant-coureurs faisaient craindre un conflit armé d’ampleur européenne. fit basculer l’Europe dans une guerre dont les contemporains ne soupçonnaient alors ni la durée ni l’envergure mondiale. nous l’avons souligné. Les États européens. Oliver. Paderborn. Favorable à une guerre entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie. pour déclarer la guerre à l’Empire tsariste. Francfort/Main. le Reich en premier lieu. Schöningh. 2013. 1986. pp. provoquée par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand d’Autriche et son épouse à Sarajevo le 28 juin 1914. par Jost DÜLFFER / Karl HOLL. Wolfgang. Stig. Schöningh. Göttingen. l’Autriche déclara la guerre à la Serbie le 28 juillet. dir. l’Allemagne poussa Vienne à intervenir contre les Serbes. 194-224. dir. Sur l’ordre de Guillaume II. Der grosse Krieg. Zum historischen Hintergrund von Staatenkonflikten. Ce dernier exigeait une action rapide et décisive. Après avoir considéré comme insatisfaisante la réponse serbe à l’ultimatum qu’elle lui avait lancé. Kriegsmentalität im wilhelminischen Deutschland 1890-1914. KRUMEICH. Vandenhoeck & Ruprecht.1 La crise de juillet. le 30 août 1914. Ce mythe de la guerre défensive constituait le fondement de l’union sacrée.

6 THOß.5 Les catégories non-combattantes furent intégrées de diverses manières. on s’attendait à une guerre courte.3 Cette argumentation permit également d’éluder la question des buts de guerre auprès de l’opinion publique et de taire les aspects préventifs qu’impliquaient en réalité ce conflit. vota les crédits de guerre le quatre août. Warum Krieg? Die Sinndeutung des Krieges in der deutschen Militärelite 1871-1945. pp. 1918. 5 MEIER.9 la culture de guerre enfantine se caractérisait pourtant. Aux racines du mal. 12-19. Schöningh. 9 HORNE. 1993). sym- boliques et matérielles. p. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Dieter LANGEWIESCHE / Hans- Peter ULLMANN. À mesure qu’elle se prolongeait.und Mentalitätsgeschichte des Ersten Weltkriegs. Zweiter Weltkrieg. Paris.. society and mobiliza- tion in Europe during the First World War.parti social-démocrate. Gerd. Les intellectuels dans la machine de guerre SS. 1997. les enjeux politiques. Cambridge University Press. 4 FÖRSTER. pp. Paderborn. in : Erster Weltkrieg. dir. Cambridge. Pluriel. par son émergence précoce dès août 1914 : La "culture de guerre" de 1914-1918 apparaît […] dans sa plus grande netteté au cours de la période qui suit immédiatement le début du conflit. Schöningh. Paris. Croire et détruire. par Id. Nous l’avons fait remarquer. 1914-1918. le conflit ne devait pas se limiter aux troupes régulières : on ne se battait plus seulement contre des armées. 1-17. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». mais contre des nations et des peuples. la guerre ne fit pas « irruption »7 dans les livres pour enfants dès les premiers jours d’août 1914. in : Kriegserfahrungen. malgré ses divisions. 269 ets. dans ce conflit de plus en plus « total ». et la littérature de jeunesse produite pendant le conflit. 1914-1918 ». « mobilisées ». « Kriegsfront – Heimatfront ». Krieg. Stéphane. dir. Kriegserfahrung in Deutschland.8 Ali- mentée par les références d’avant-guerre qui constituaient le soubassement de cette mo- bilisation culturelle. Christian. Stig. Paris. Bruno. John. 150 . pp. Paderborn. art. économiques et sociétaux se radicalisèrent. Pierre. En référence à l’étude de Marieluise Christadler. Ein Vergleich. cit. pp. in : State. 2002. La littérature pour enfants d’avant 1914 avait constitué un terreau favorable au développement que connurent les ouvrages pa- triotiques pendant la Grande Guerre. Studien zur Sozial. KRUMEICH. Colin. 7 INGRAO.als Erfahrungseinheit? ». dir. La Guerre des enfants. / Hans-Erich VOLKMANN. Kriegserlebnis. Stéphane Audoin-Rouzeau a évoqué cette continuité entre les récits de guerre et d’aventures d’avant 1914. selon l’historien français. le conflit s’enlisa. par Id. le déni de la défaite. 2012. « Introduction: mobilizing for ‘total war’. 2004 (1e éd. C’est quand on pense encore à une 3 JARDIN. 2005. Comme l’avait laissé présager l’expérience de 1870. Niklaus. Les troupes devaient être de retour à l’automne ou pour Noël tout au plus. Klartext. 8 AUDOIN-ROUZEAU. 20. Après l’échec du plan militaire et de l’offensive dans la Marne début septembre 1914. Tallandier. Essen. 7-30.6 Les jeunes générations furent elles-mêmes sensibilisées à la guerre. 2011. 1997.4 En Allemagne comme ailleurs. Or le Reich n’était pas préparé à une guerre de longue durée. « Die Zeit der Weltkriege – Epochen.

op. in : Formen des Krieges. 11 JÜRGENS-KIRCHHOFF. la continuité entre l’avant-1914 et le conflit est frappante. PAUL. Gerhard. Die Visualisierung des modernen Krieges.11 Appliquée à la littérature pour enfants. L’enlisement du conflit à l’automne 1914 provoqua une intensification des activités éditoriales. Malgré une constante iconographique. Les représentations guerrières amènent à s’interroger sur les intentions et les exigences des adultes envers l’enfant ainsi que sur la conception de celui-ci dans une société en guerre. par Dietrich BEYRAU / Michael HOCHGESCHWENDER / Dieter LANGEWIESCHE. les livres patriotiques pour enfants subirent des modifications conséquentes après l’entrée en guerre. Ils restèrent fidèles à l’imagerie ancienne. de caricatures et de personnages aux 10 AUDOIN-ROUZEAU 2004. 89. il est nécessaire de prendre en compte certaines modalités d’adaptation des éditeurs aux contraintes économiques et organisationnelles du temps de guerre. Annegret. Or la continuité entre les représentations d’avant-guerre et celles du conflit était certainement beaucoup plus importante que ce constat donne à penser. Paderborn. guerre courte que cette culture se cristallise. De ce point de vue. Ces formes iconographiques révèlent la persistance d’un discours héroïque traditionnel qui contraste selon nous avec la guerre de position moderne. « Der Beitrag der Schlachtenmalerei zur Konstruktion von Kriegstypen ». La culture de guerre enfantine se forma progressivement en puisant largement dans les canons esthétiques d’avant 1914. pp. prétendant immédiatement encadrer et 10 mobiliser les enfants sur le plan moral et matériel. Schöningh. cette approche ne pousse pas seulement à analyser l’image de la guerre moderne transmise aux jeunes lecteurs. 2007. Les évolutions de la nature des supports favorisèrent un élargissement du lectorat.. stimulé par une culture de guerre ludique. Krieg der Bilder. p. La Première Guerre mondiale a souvent été appréhendée comme une période marquant une transformation dans la vision imagière des combats. Au-delà des évolutions thématiques. il faut se garder de toute interprétation rétrospective qui se fonderait sur l’héritage visuel (photographique) des batailles d’artillerie. 443- 468. Paderborn. Schöningh. L’apparition de dessins kitsch. 151 . 2004. de l’imagerie populaire et de l’uniformologie dans les productions pour enfants de la Grande Guerre. dir. Von der Antike bis zur Gegenwart. Face au constat d’une survivance des influences de la peinture d’histoire. cit. telles que nous nous les représentons cent ans après le déclenchement de la « catastrophe originelle du XXe siècle ». Les premiers mois du conflit ne modifièrent pas sensiblement les représentations imaginaires que les contemporains se faisaient des affrontements. Pour mesurer la portée de l’imaginaire héroïque traditionnel. Bilder des Krieges. cette question mérite effectivement d’être posée en termes iconographiques.

L’invention du jeune enfant au XIXe siècle. par Id. Françoise / SAINT-GILLE. in : De la guerre juste à la paix juste. Par-delà son discours désuet. qui contrastaient avec les héros adultes d’avant 1914. l’entrée en guerre de la littérature pour enfants se traduisit par une émergence de la caricature dans les livres d’images patriotiques.. Jean-Paul / KNOPPER. Ces modes narratifs et visuels n’étaient toutefois pas nouveaux. Villeneuve d’Ascq. De la salle d’asile à l’école maternelle. la caricature fut un révélateur des peurs et des attentes des adultes envers les enfants. Voir : LUC. 1997. Presses Universitaires du Septentrion. 12 Nous reviendrons dans ce chapitre sur la définition de cette expression. furent introduits dans l’imagerie enfantine patriotique. ces hétéro-images dépréciatives constituaient le fondement de la « préparation psychologique collective destinée à asseoir le sentiment de la justesse de la cause. 11. p. La tentative de mobiliser la jeune enfance12 à partir de 1914 marqua certainement l’une des césures avec l’avant-guerre.traits juvéniles. dir. 7- 17 . pp. 2008. « Introduction ». Paris. 152 . Fondée sur sa force persuasive émotionnelle ainsi que sur la dimension thérapeutique du rire. révélait une volonté de raconter les hostilités à hauteur d’enfant. 13 CAHN. Outre les auto-images. Jean-Noël. Cette rhétorique visuelle vint se greffer sur les fondements anciens de ce qui allait devenir la culture de guerre enfantine. y compris celui des enfants. la caricature trahissait l’importance croissante du moral à l’arrière. présents avant 1914 dans la presse satirique pour adultes. Anne-Marie. »13 Ainsi devinrent-elles indispensables à mesure que la guerre durait et que l’adhésion populaire représentait une condition nécesaire à la poursuite du combat. Belin. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco- allemand (XVIe -XXe). La Première Guerre mondiale constitua le moment où ces codes iconographiques. Symptomatique de la guerre des idées que fut le premier conflit mondial. Elle contribua à la diffamation des ennemis du Reich.

und 20. MVB Marketing. 153 .1 Les historiens de l’édition s’accordent pourtant à souligner que la Première Guerre mondiale fut à l’origine de bouleversements conséquents pour le marché éditorial. Stéphane.3 Parallèlement à une baisse de la production. qui passa de 682 titres en 1913 à 524 titres en 1914. 2013. Harvard University Press. Livres et journaux dans les tranchées. Colin. Jahrhundert. and Authority in Ger- many. la lecture fut durant le conflit une activité d’autant plus répandue qu’elle était déjà ancrée dans les pratiques d’avant-guerre. pp. vol. Barbara. Après avoir atteint un pic à 35 078 ouvrages (littérature de jeunesse et manuels scolaires compris) en 1913. AUDOIN-ROUZEAU. Stuttgart. le constat d’une nette augmentation des sujets guerriers et patriotiques à partir de 1914 semble tout aussi indiscutable pour l’ensemble du marché du livre. partie 2 : Das Kaiserreich 1870-1918. Kinder. Benjamin. 1914-1918. 2 KASTNER.und Verlagsservice des Buchhandels GmbH. Aiga. in : Geschichte des Deutschen Buchhandels im 19. 1914-1918. 2010. 1990-2000. 300- 367. Nationalism. l’estimation de la part des titres de guerre s’avère difficile si l’on se contente d’interroger les chiffres du dépôt légal (en vigueur dans le Reich depuis 1912) de la bibliographie nationale (Deutsches 1 GILLES. Paris. Entrée en guerre progressive de la littérature pour enfants A. Autre- ment. Youth in the Fatherless Land: War Pedagogy. Lectures de poilus 1914-1918. 1993). Francfort/Main. dir. 3 KLOTZ.4 Nous l’avons évoqué dans l’introduction générale : outre le calcul de l’évolution quantitative globale. La Guerre des enfants. Cambridge.und Jugendliteratur in Deutschland: Gesamtverzeichnis der Veröffentlichungen in deutscher Sprache 1840-1950.2 Nous constatons une évolution semblable pour la littérature de jeunesse extrascolaire. Andrew. 1. 2004 (1e éd.Chapitre 3. 4 DONSON. Les éditeurs en période de guerre 1) La guerre comme opportunité commerciale ? Tant à l’arrière qu’au front. « Statistik und Topographie des Verlagswesens ». 2003. Metzler. par Georg JÄGER. Paris. la production retomba en 1914 à 29 308 parutions.

[1916]. puis 83 % en 1916. 2e éd. Malbücher ou Schattenbilder. Deutsches Bücherverzeichnis. 1924.7 Sa place dans l’histoire des programmes éditoriaux variait néanmoins selon les cas. Yale Univer- sity Press. 6 BRAUN.6 En outre. Leipzig.5 La sous-partie Jugendschriften und Bilderbücher comportait 172 entrées. Paul. Ainsi constitua-t-il un facteur de continuité et d’amplification pour Scholz alors qu’il marqua une rupture pour Schreiber. qui s’était élevée respectivement à 20 % et 25 % en 1912 et 1913.8 Ce processus résulta probablement d’une convergence d’intérêts politiques et économiques. étaient classés aux rubriques traditionnelles Bilderbücher. Des comparaisons avec d’autres programmes éditoriaux montrent son ampleur exceptionnelle. Londres. Stiftungsverlag. un titre pouvant regrouper plusieurs volumes. Ein Buch vom Weltkriege für jung und alt. Pour la seule période allant de 1915 à 1918. Verlag des Börsenvereins der Deutschen Buchhändler zu Leipzig. comportant plus de 150 ouvrages pour les seules années 5 Il s’agit du tome regroupant les années 1915-1920. absents de la partie spéciale consacrée au conflit. une rubrique de plus de 1 000 pages était consacrée aux écrits sur la guerre.Bücherverzeichnis). atteignit 80 % en 1915. New Haven. Face à une demande nettement accentuée par les hostilités. Representing the "Time of Greatness" in Germany.. En recoupant cette liste avec les titres de notre corpus. Deutschlands Jugend in großer Zeit et Wie Fels im Meer. 8 SCHNEIDER. Cornelia. La réaction de Schreiber au conflit fut moins prononcée et plus opportuniste. [Thèse préparée à l’université de Francfort/Main] 154 . n’y figuraient pas. Kriegsjahr. Kriegsjahr. Replacée dans son programme éditorial. par exemple. Deutsche Sonntagsschulbuchhandlung. il mit douze livres et albums de coloriage de guerre sur le marché pendant le conflit. Zeitschriften und Landkarten (1915-1920). Peut-être ces édi- teurs ne déclaraient-ils pas leurs nouvelles parutions à la Bibliothèque nationale de Leipzig. Literature at War. Alors qu’il n’avait édité qu’un seul livre de soldats entre 1910 et 1914. 1999. Scholz (Mainz) und Schaffstein (Köln) in den Jahren 1899 bis 1932. Pour Scholz. Wie Fels im Meer. 1916. 7 Concernant la littérature de guerre allemande pour adultes. Pour de nombreux éditeurs le conflit constitua une opportunité commerciale. les ouvrages guerriers ne représentaient pas une nouveauté. de rares titres guerriers ou patriotiques. voir : NATTER. 1984. Die Bilderbuchproduktion der Verlage Jos. Berlin. Für unsere Kinder. Potsdam. déjà « engagé idéologiquement » sur le marché du livre patriotique avant 1914. 1914-1940. Erinnerungen an das 3. Eine Zusammenstel- lung der im deutschen Buchhandel erschienenen Bücher. Erinnerungen an das 3. nous avons pu constater qu’elle comportait des lacunes. Reinhold. L’évolution était plutôt d’ordre quantitatif : la part des titres de guerre. CONRAD. cet éditeur procéda à un changement qualitatif de son programme en se lançant dans la production de livres de guerre. Le recours à la bibliographie nationale pour estimer la part de titres de guerre ne s’est donc pas avéré satisfaisant. Wolfgang. Deutschlands Jugend in großer Zeit.

non paginé . Si nous comparons les chiffres absolus.38 marks un an plus tard. Leiden. par Heather JONES / Jennifer O’ BRIEN / Christoph SCHMIDT-SUPPRIAN. 13 WABW B91 Bü675.01. la part des titres de guerre représentait en moyenne 8 % de la production de cette période. Plus récemment : DANIEL. non paginé. fût touchée par un repli national (la France. Le travail féminin se développa néanmoins dès les années 1900. ses gains s’élevaient à 36 482. op. 11 SCHNEIDER 1984. non paginé. elle embauchait 160 personnes. par Gunther MAI. 12 HOFFMANN. 277-318. voulut s’affranchir de la suprématie de l’industrie d’outre-Rhin). Néanmoins. Ute. in : Ar- beiterschaft 1914-1918 in Deutschland. pp. Klartext.9 Ces chiffres relativisent l’importance des sujets guerriers. L’industrie du jouet connut une évolution semblable. Dans la mesure où nous ne disposons pas des chiffres pour l’avant-guerre. 1985. pp. 10 Ils ont été calculés sur la base de la consultation de la liste des titres fournie par l’éditeur à la Biblio- thèque nationale (« Verlagskartothek der Deutschen Bücherei ») et du cahier des tirages (tableau de diffu- sion) de l’éditeur. 23. in : Untold War. Wirtschaftsarchiv Baden Württemberg (WABW). tant s’en faut. contre douze pour Schreiber.1914-1918. dir.und Mentalitätsgeschichte des Ersten Weltkriegs. New Perspectives in First World War Studies. Bien que la puissante in- dustrie du jouet allemande. Ute. dont près de 70 % de la production était exportée avant 1914. WABW B91 Bü519. 323-335.13 marks au premier juillet 1914 pour atteindre 42 988. Düsseldorf.46 marks au premier juillet 1916 et 43 864. DANIEL. Friktionen und Fakten – Frauenlohnarbeit im Ersten Weltkrieg ». in : Kriegserfahrungen.13 Au 23 janvier 1918.14 Les livres de guerre pour enfants. Studien zur Sozial. le nombre de titres de guerre était en réalité assez semblable pour les deux éditeurs : Scholz édita quinze ouvrages. par exemple. Brill. 155 . le programme de Scholz présentait un caractère bien plus belliqueux. « Toys.10 Si l’écart entre la part de titres de guerre de Scholz et Schreiber est indéniable. WAWB B91 Bü771. dont 88 femmes. MÜLLER. pp. nous ne pouvons pas savoir si ce taux élevé de personnel féminin est imputable à la guerre. la Première Guerre mondiale constitua une pé- riode de fleurissement du jouet de guerre. 14 Abschrift des Fragebogens zur Ermittlung des voraussichtlichen Bedarfes an Arbeitskräften bei einer Demobilmachung. nous l’avons mentionné. peu nombreux dans son programme 9 Ce chiffre représente une moyenne indicative. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Dieter LANGEWIESCHE / Hans-Peter ULLMANN. Durant la guerre qui ne fut pas un facteur d’émancipation. « ‚Schwarzer Peter im Weltkrieg’: Die deutsche Spielwarenindustrie 1914- 1918 ». fonds Ferdinand Schreiber : B91 Bü380. le second proposait une offre plus vaste et diversifiée dans laquelle les titres patriotiques constituaient un axe parmi d’autres. Heike. « Fiktionen. il doit être lui-même nuancé par l’ampleur des programmes éditoriaux respectifs : alors que le premier produisait peu d’ouvrages (une dizaine par an)11 et donnait la priorité aux sujets de guerre. Nous verrons que la production était en réalité concentrée sur les années 1915-1916. non paginé. 233-257. dir. 1997. Essen. 2008. A comparison ». dir. games and juvenile literature in Germany and Britain during the First World War. les femmes affluèrent plutôt dans les usines d’armement. Droste. Studien zu Arbeitskampf und Arbeitsmarkt im Ersten Weltkrieg. Boston. cit. D’après ses bilans comptables annuels.12 Une entreprise comme Schreiber ne souffrit pas de la guerre.1918. Sonja.

WABW B 91 Bü771. SCHNEIDER 1984. ces intérêts pécuniaires l’emportaient sur les convictions patriotiques.20 À la suite de la mobilisation générale et de la raréfaction des matières premières. p. D’après les documents d’archives concernant des livres pour enfants édités à partir de 1915 avec le soutien d’associations patriotiques. op. A. Les maisons d’édition durent souvent faire face à une baisse de la demande. cit. 2003). D. avaient valeur de « munitions idéologiques ». 19 Se référer dans le chapitre 6 à : 3) Livres vendus au profit d’associations patriotiques : enjeux symbo- liques et commerciaux et résultats des ventes. v. Paderborn. Karl. 08. 18 NATTER 1999. Schöningh. cit. 1922. 117-134. pp. 281. in : Enzyklopädie Erster Weltkrieg. 2009 (1e éd. 156 . [Thèse préparée à l’université de Francfort/Main] 21 Nous ne savons pas si le fort taux de femmes précité embauchées par Schreiber était susceptible de correspondre à une main d’œuvre peu qualifiée dans la mesure où nous ne disposons pas des chiffres d’avant-guerre.18 La guerre représenta par conséquent une opportunité commerciale de taille pour les éditeurs. non paginé. Ceci constitua. 20 SCHNEIDER 1984. Si ces organisations cherchèrent par ce biais à collecter des fonds pour subvenir aux besoins des familles en difficultés et soutenir l’effort de guerre à mesure que la lassitude s’accroissait. semble-t-il. cette exploitation commerciale et éditoriale de la fibre guerrière ne doit pas faire oublier que le conflit porta atteinte à la prospérité d’autres éditeurs. cit. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Irina RENZ. WABW B 91 Bü771. op. non paginé. et l’état-major attribuait même les stocks de papier. 08. p. W. faisait appel à des éditeurs pour produire de la littérature pour les tranchées.17 Le commandement suprême. Die volkswirtschaftliche Bedeutung des deutschen Bilderbuchverlags. comme ceux pour enfants dans une moindre mesure. op.08.éditorial. Schreiber édita toutefois pendant le conflit des livres pour le front et imprima des affiches pour les emprunts de guerre. 16 Brief an Generalmajor z. Outre sa production habituelle.1917. qui avait saisi le potentiel de mobilisation que représentait le livre. une singularité du Reich.. 17 GILLES 2013. op. cit. jouèrent vraisemblablement un rôle dans son évolution économique.19 Néanmoins.K. dir. 364. telles que le Vaterländischer Frauenverein ou la Fondation de la marine impériale (Reichsmarinestiftung).16 Les livres et journaux pour adultes. les éditeurs utilisèrent parfois des arguments patriotiques pour écouler leur marchandise. SCHOLZ.06. 15 Anzeige über die Beschäftigung von Schwerst.und Schwerarbeitern in Rüstungsbetrieben.. elles durent faire face à des problèmes techniques croissants et embaucher du personnel non-qualifié. Linck des stellvertretenden Generalkommandos XIII.15 Son importance stratégique fut reconnue en juin 1917 : la firme fut déclarée branche importante pour l’industrie de guerre (kriegswichtig).1917.21 La « Frauen ».

79-125. 71-88. Durant le conflit.30 Comparée à la retenue de Schreiber.23 Schaffstein (Cologne) ne produisit aucun livre de guerre. Bundesarchiv (BArch. pp. suspendit ses activités au début des hostilités pour ne les reprendre que courant 1918. « Deutsche Auslandspropaganda im Ersten Weltkrieg: Die Zentralstelle für Au- slandsdienst ». dir. Steinkopf et Attenkoffer. op. 33. da wir bei der Herausgabe von Büchern stets die Aufnahmefähigkeit des Auslandes mit berücksichtigen mussten. » Lettre de Molling & Comp. Böhlau.29 Contacté le jour suivant. tous deux en âge d’être mobilisés. 24 SCHNEIDER 1984. Sollicitée en octobre 1916 pour éditer des ouvrages de guerre traduits pour ces pays. spezielle Jugendschriften. 26 « Während des Krieges haben wir nun davon Abstand genommen. 28 BArch R901/72674. cit. 381-382. créée en octobre 1914 dans le but d’influencer l’opinion des pays neutres. 28 Les dossiers d’archives ne contiennent souvent aucune trace de réponse. Ute.24 Molling (Hanovre) renonça bientôt à ce marché pour privilégier les exportations vers les pays neutres. pp. Jürgen. Schreiber fit savoir aux autorités qu’il ne disposait d’aucun matériel susceptible de répondre à leurs attentes. Phönix. À la suite d’une autre sollicitation. elle justifia son refus comme suit : Durant le conflit nous avons finalement pris nos distances par rapport à la production d’écrits pour la jeunesse qui traitent de la guerre. in : Pressepolitik und Propaganda. cit. l’entreprise continua à exporter ses produits vers les pays neutres. Weimar. comme Nister. 27 BArch R901/71664. Weise. le 12/10/1916. 1986. fondée en 1906 et spécialisée dans la production de livres pour enfants (réputés pour leur qualité) dans la tradition de l’Art nouveau. Cologne. Comme l’indique une lettre du responsable éditorial adressée à la Zentralstelle für Auslandsdienst. Historische Studien vom Vormärz bis zum Kalten Krieg. Dietrich ». Scholz proposa de leur faire parvenir des exemplaires de ses livres d’images de guerre. in : Bilderbuch. par Amélie ZIERSCH. Loewe. pp. car nous devions sans cesse prendre en 26 considération la réception du lectorat étranger. 1997. Vienne. Villa von Stuck. dir.. 29 BArch R901/72674. cette réponse révélait à nouveau son opportunisme commercial et ses convictions 22 SCHOLZ 1922. herauszugeben. à la Zentralstelle für Auslandsdienst. 25 WILKE.22 Dietrich (Munich). op. par Id. Begleiter der Kindheit.firme Scholz. « Münchener Künstler – Bilderbücher Georg W. Katalog zur Ausstellung über die Entwicklung des Bilderbuchs in drei Jahrhunderten. dirigée depuis 1880 par les fils Christian Karl et Rudolf Scholz. Munich. elle accepta néanmoins en 1918 une proposition similaire concernant des romans de guerre pour la jeunesse. Sollicité le huit septembre 1916. die den Krieg betreffen. 23 LIEBERT. p. fut vraisemblablement gérée par leur père. 157 .27 De nombreux éditeurs et entreprises lithographiques précités dans cette étude. 30 BArch R901/72674. 379-380. pp. furent contactés par les services de propagande à l’adresse des pays neutres.25 la prospérité de Molling reposait sur un commerce développé vers l’étranger depuis une quinzaine d’années. Berlin-Lichterfelde) R901/72676.

art. 2005. les hostilités eurent des effets variables sur les éditeurs comme sur les livres et illustrés pour enfants. Tallandier. nous y reviendrons. Bundesarchiv. Druckerei Voigt. Eine Zusammenstellung der im deutschen Buchhandel erschienenen Bücher. La guerre représentait aux yeux des éditeurs une opportunité commerciale non négligeable. Deutsches Bücherverzeichnis. 32 AUDOIN-ROUZEAU 2004. 158 . nous pouvons supposer que les activités de la Zentralstelle für Auslandsdienst fonctionnaient sur la base d’une collaboration volontaire entre les autorités et les éditeurs : ces derniers mirent à disposition des ouvrages patriotiques déjà commercialisés dans le Reich. Ces services de propagande sollicitèrent des auteurs réputés. D’après les documents consultés.31 La littérature de jeunesse à destination des pays neutres mériterait des investigations spécifiques. Des illustrateurs furent également contactés. Zeitschriften und Landkarten (1911-1914). 1914. « Deutsche Auslandspropaganda im Ersten Weltkrieg: Die Zentralstelle für Auslandsdienst ». Jürgen. D’après une étude réalisée en 1916. Ses ouvrages teintés de patriotisme ne correspondaient vraisemblablement pas aux critères plus discrets et subversifs de la propagande à l’adresse des pays neutres : les autorités ne donnèrent pas suite à sa proposition. cit. La vérité sur les crimes de guerre en France et en Belgique. devant les romans d’aventures et les 31 Cette propagande qui visait notamment à contrer les accusations alliées depuis les crimes commis en Belgique et dans le Nord de la France fut peu efficace. les chiffres précités amènent à nuancer la prépondérance de la guerre dans la littérature pour enfants pendant le conflit. cit.nationalistes. Coblence. 1916.) Karikaturen aus dem Ersten Weltkrieg. de nombreuses revues allemandes disparurent en 1914. Eberhard / KOOPS. Le cas est avéré du côté français. Verlag des Börsenvereins der Deutschen Buchhändler zu Leipzig. Leipzig. Paris. Le discours de guerre y fit progressivement son entrée et le temps d’adaptation aux sujets guerriers fut plus rapide dans les revues que dans les livres. Outre les éditeurs qui délaissèrent le thème de la guerre ou interrompirent provisoirement leurs activités. John. 2) Adaptation progressive au conflit Malgré une nette hausse des titres de guerre après le début des hostilités. Voir : DEMM.32 Comme en France. 33 Sur la base de la comparaison des catalogues de la Bibliothèque nationale entre 1911 et 1920. comme Waldemar Bonsels. cit. HORNE. op.33 Autrement dit. afin de leur passer des commandes d’ouvrages fondés sur une trame spécifique. propice à donner l’image d’une Allemagne respectueuse du droit des peuples. WILKE. Tilman (éd. op. Les atrocités allemandes. (1915-1920). 1924. des entreprises ne purent probablement pas faire face aux événements. Deutsches Bücherverzeichnis. ils correspondaient aux lectures préférées de près de 46 % des enfants. Les livres de guerre furent indubitablement populaires durant cette période. 1990.

Opladen. Unsere Zwölfjährigen und der Krieg. favorable notamment à l’école unique (Einheitsschule) et gagnée par un élan de patriotisme en 1914. Fischer Taschenbuch Verlag. Nous constatons le même phénomène pour les revues. Der Große Krieg 1914-1918. 159-166. une circulaire souligna le caractère exceptionnel de la rentrée 1914 et le 34 LOBSIEN. Jeffrey. septembre 1914. in : Jugend als Objekt der Wissenschaften. 159 . par Id. Cette revue était l’organe de la Ligue pour une réforme de l’école (Bund für Schulreform). comme Auerbachs Kinder-Kalender et Meidingers Kinder-Kalender. alors que l’on s’attendait encore à une guerre courte. étaient mis en avant par les contemporains.. Leur importance variait toutefois selon les programmes éditoriaux. 1990. d’influencer les sondés par leurs attentes. in : Eine Welt von Feinden. pp. Toutes ne furent pas af- fectées par les sujets guerriers dans la même proportion. dès la rentrée scolaire 1914. « Deutschlands Kinder im Ersten Weltkrieg: Zwischen Propaganda und Sozialfürsorge ». n° 60.robinsonnades (21 %).36 Dans le premier périodique la guerre ne fut que timidement abordée après 1916. 35 « Kap. Contrairement à ces almanachs. En France. 1916. 90-139. dir. in : Militärgeschichtliche Zeitschrift. Westdeutscher Verlag.38 Cette multiplication précoce des sujets guerriers dans les revues pour enfants coïncidait avec d’autres mesures officielles visant à sensibiliser. 2001. les élèves aux enjeux du conflit. Le contexte de sa réalisation nuance donc la valeur scientifique de ses conclusions. 37 Du moins telle qu’elle était artificiellement mise en scène à cette époque. Nous supposons que ce décalage était en partie dû à la prise de risque éditoriale plus importante qu’impliquait le rythme de parution. 36 DEMM. Leipzig.34 Précisons que cette enquête qualitative. Nous aurons l’occasion d’y revenir dans ce chapitre. qui arrêta de paraître durant les hostilités. n° 15. 51-98. surtout. VERHEY.37 parurent dès septembre 1914. Teubner. « Kriegsbegeisterung? Zur Massenstimmung bei Kriegsbe- ginn ». Hamburger Edition. menée auprès de quarante-neuf écoliers.35 Ces pédagogues étaient par conséquent tentés de sur- interpréter les résultats de cette étude et. Geschichte der Jugendforschung in Deutschland und Österreich 1890-1933. Elle montre que les ouvrages de guerre. Dans le Deutscher Kinderfreund les premiers articles consa- crés aux hostilités et à la mise en perspective de l’euphorie patriotique stylisée d’août 1914 avec celles de 1813 et 1870. synonymes de fierté patriotique. Eberhard. Hambourg. 38 Deutscher Kinderfreund. Wolfgang. Berlin. p. fondée en 1908. Peter DUDEK. n° 12. 2000. pp. pp. n’était pas exempte d’enjeux patriotiques. 1997. relatèrent très peu les évé- nements. Elle fut publiée dans un numéro spécial de Der Säemann. la plupart des revues mensuelles abordèrent très tôt la question de la guerre. Francfort/Main. Säemannschriften für Erziehung und Unterricht. Elle reste néanmoins révélatrice du comportement patriotique que les contemporains attendaient alors des enfants. KRUSE. Der „Geist von 1914“ und die Erfindung der Volksgemeinschaft. Aspekte der Institutionalisierung der Jugendforschung 1890-1916 ». 7. Max. De célèbres almanachs. IV.

40 L’encadrement physique des jeunes gens à partir de quatorze ans fut mis en place par un décret sur la formation de compagnies de jeunes volontaires (Erlaß über die Bildung freiwilliger Jugendkompagnien) dès le 16 août 1914. voir aussi : LOKATIS. Carolyn. 1861-1918.41 Le conflit accentua la place de l’image à l’école : les salles de classes furent ornées de cartes.45 la mobilisation de la littérature illustrée pour jeunes enfants. BENDICK. la production chuta. Osnabrück. n° 9. 160 . in : War & Society. 44 NATTER 1999. les éditeurs auraient risqué de produire des ouvrages dont les sujets seraient bientôt devenus désuets. 41 SAUL. 1900-1939/45. cit. in : Geschichte des Deutschen Buchhandels im 19. pp. de photographies d’avions et de zeppelins et de dessins de batailles. l’éducation patriotique se radicalisa précocement tant dans les écoles de jeunes filles que de garçons. pp. février 2013. Centaraus-Verlagsgesellschaft. Rainer. Une véritable crise éditoriale se produisit. Jahrhundert. alors que les fronts s’étaient déjà enlisés. le marché de l’édition fut bouleversé par le départ du personnel mobilisé et la raréfaction des matières premières. n° 1. 444-469. Klaus. Parallèlement à la demande. cit. 470-517. plus particulièrement la production d’albums. 1999. Kriegserwartung und Kriegserfahrung. dir. Der Erste Weltkrieg in deutschen und französischen Schulgeschichtsbüchern. Dans le cas d’un conflit de quelques semaines. avant la deuxième étape de novembre 1914. les livres de guerre pour enfants connurent une adaptation plus tardive au conflit. Siegfried. cit. 45 GILLES 2013.42 Malgré ces tentatives précoces de sensibilisation de l’enfance et de la jeunesse à la guerre. partie 3 : Das Kaiserreich 1870-1918. 1971. 2004. 40 PUST.39 En Allemagne. Ein Beitrag zur ‘Jugendpflege’ im Wilhelminischen Reich 1890-1914 ». op. 42 KAY. cit. op. par Georg JÄGER. pour lesquelles la prise de risque éditoriale était moins importante. und 20. Berlin. Entre août et octobre-novembre 1914. Albert Sarraut. une première phase plus précoce d’adaptation à la guerre. Soziale Herkunft und politische Erziehung von Schülerinnen an höheren Mädchenschulen in Schleswig-Holstein. 97-143.43 Wolfgang Natter a tiré les mêmes conclusions concernant le marché du livre allemand pour adultes. op.ministre de l’Instruction publique. « Der Kampf um die Jugend zwischen Volksschule und Kaserne. 43 SCHOLZ 1922. déclara qu’il était du devoir des maîtres d’expliquer le conflit aux écoliers. Sur la crise éditoriale de 1914. « War Pedagogy in the German Primary School Classroom During the First World War ». p. in : Militärgeschichtliche Mitteilungen. op. confronté à de grandes difficultés durant les quatre premiers mois du conflit. « Der militarisierte Buchhandel im Ersten Weltkrieg ». Der Andere Verlag.44 Si le marché du livre (pour adultes) connut. au moins en France. 3-11. vol. Pfaffenweiler. ne fut mise en place que plus tardivement. Contrairement aux revues. la guerre faisait partie 39 AUDOIN-ROUZEAU 2004. 2010. Avec l’allongement de sa durée. Hans-Christian. dès les premières semaines d’août. ‚Vaterländische Erziehung‘ für ‚Höhere Mädchen‘. pp. 1. la mobilisation littéraire recouvrait une temporalité plus complexe. de Gruyter.

« Introduction ». aboutirent à une avance allemande fulgurante : le deux septembre des patrouilles de la cavalerie allemande atteignirent la grande banlieue de Paris. 48 Börsenblatt für den deutschen Buchhandel. 47 Börsenblatt für den deutschen Buchhandel. FLEMMING.49 Or l’équilibre des forces et la puissance de feu mirent bientôt fin à la guerre de mouvement sur les différents fronts.48 Autrement dit. Par la suite.. 23 octobre 1914 . comme Erich von Falkenhayn et Lord Kitchener. in : Vers la guerre totale.du quotidien. non paginé. avaient été respectivement annoncés les 23 octobre et 4 novembre. Heimatfront. un à deux ans tout au plus. par Id. Face à la tendance croissante à familiariser les enfants avec le déroulement et les enjeux du conflit tant à l’école que dans les loisirs. les éditeurs étaient incités à répondre à cette demande. Lieb’ Vaterland magst ruhig sein de Arpad Schmidhammer. Munich. 4 novembre 1914. Thomas / ULRICH. qui correspondait à une double 46 WABW B91 Bü380. n° 270. Eigentum und Verlag des Bör- senvereins der Deutschen Buchhändler zu Leipzig. Y parurent notamment de nombreux ouvrages de Scholz. 161 . L’évolution de ces livres d’images de guerre demanderait à être comparée plus précisément avec celle des romans pour la jeunesse. n° 256. imaginaient une guerre qui durerait plusieurs années. n° 277. entre le six et le neuf septembre. Tallandier. Emil THOMAS. après la bataille de la Marne. Le tournant de 1914-1915.46 Les éditeurs annoncèrent plus massivement leurs nouveaux ouvrages dans les numéros des 21 et 30 novembre 1914 de la Börsenblatt für den deutschen Buchhandel (souvent en amont de la parution effective). Malgré les mises en garde de certains dirigeants militaires et les avertissements visionnaires d’artistes. les troupes allemandes furent repoussées derrière la Marne et fortifièrent des lignes près de l’Aisne à partir du 14 septembre. Bernd. d’écrivains et d’industriels. tel que l’avait décrit Bethmann-Hollweg. et dans les Ardennes. 30 novembre 1914. Gloria Viktoria et Im Feindesland de Frank Müller-Münster. 11-31. Après la « course à la mer ». Bucher. les batailles des frontières.47 Auparavant. rares étaient ceux qui. Néanmoins. Ils n’anticipèrent bien sûr pas la durée des hostilités : les événements correspondaient à un véritable « saut dans l’inconnu ». Schreiber lança la production de ses deux premiers livres d’images de guerre en octobre 1914. John. 49 HORNE. 21 novembre 1914 . 2010. le 21 août. les tentatives de trouver la faille de l’adversaire pour revenir à une guerre de mouvement devaient s’avérer vaines. Personne ne se doutait qu’elle allait durer cinquante-deux mois. et Der grosse Krieg. édité par Ernst Ohle (Düsseldorf). seuls Der Weltkrieg für die Jugend erzählt. Sur le front occidental. les livres de guerre pour enfants parurent au moment où les éditeurs envisageaient une situation plus durable. en Lorraine. 2014. le 19 août. Leipzig. pp. le tournant eut bel et bien lieu fin novembre 1914. dir. Dans le corpus étudié. n° 247. paru chez Molling (Hanovre). Zwischen Kriegsbegeisterung und Hungersnot – wie die Deutschen den Ersten Weltkrieg erlebten. Paris. dont : une réédition de Die Wacht am Rhein illustrée par Angelo Jank (alors que la parution a été estimée a posteriori à 1915).

dir. Gerd / AUDOIN-ROUZEAU. pp. que ce fût le plan Schlieffen ou le plan XVII de l’armée française. nous y reviendrons. Gerd. L’instauration de cette mobilisation littéraire coïncidait avec les premiers signes d’essoufflement des initiatives spontanées dans les écoles : le six novembre les instituteurs de Prusse furent expressément incités à maintenir l’enthousiasme dans leurs classes. pp. in : Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918. deuil.52 D’une part. le six juin 1916. « Les ba- tailles de la Grande Guerre ».tentative de déborder l’ennemi. vol. L’état d’urgence. sur la droite pour l’armée allemande et sur la gauche pour les troupes françaises. »51 Nous l’avons mis en évidence. proclamé par Guillaume II le 31 juillet 1914. à l’issue de l’offensive Broussilov. en Italie ou encore en Macédoine (où combattaient les troupes germano-bulgares). l’ère de la guerre. Ils suivaient les directives émises par le Département de la presse (Presseabteilung) et de l’Office central de la censure (Oberzensurstelle). 37-71 . À la suite de la bataille des Flandres. Perrin. l’adhésion populaire était nécessaire à la poursuite du conflit. d’après la loi prussienne du quatre juillet 1851 mit fin à la liberté d’expression dans le Reich. Les autres fronts. p. 2008). 1 : 1914-1918. 2004. Aucun des deux camps n’avait donc remporté la décision au moyen des plans offensifs fondés sur la bataille décisive. 385-401. par Nicolas BEAUPRÉ / Anne DUMÉNIL / Christian INGRAO. Jean-Jacques / KRUMEICH. cit. qui devait s’avérer désastreuse pour la IVe armée austro-hongroise. créé en octobre 1914. Les commandements généraux des régions contrôlaient la censure de la presse et des productions littéraires et artistiques. Stéphane. « Violence et expérience de la violence au XXe siècle – la Première Guerre mon- diale ». vol. Paris. et ne devait quasiment pas bouger pendant plus de trois ans. avant de s’enliser aussi. Ces deux 50 BECKER. 51 GEYER. 2012 (1e éd. 52 DEMM. Eberhard. / Jean- Jacques BECKER.50 La production des livres de guerre s’inscrivait dans cette conjoncture : « [p]lus les fronts s’immobilisaient. mobilisations. Une histoire franco-allemande. Michael. dir. Tallandier. de la Somme et des Flandres (1917). le 17 novembre 1914. 2012 (1e éd. par Id. 47. les fronts s’enlisèrent dès le 28 septembre. dans les Dardanelles. Paris. le front occidental s’étendait sur plus de 750 kilomètres. qui possédait ses propres règlementations. le contrôle de l’opinion par la censure incitait les producteurs à adopter un comportement conforme aux attentes patriotiques officielles. 1. Violence. La Grande Guerre. à l’exception de la Bavière. Des tranchées étaient déjà solidifiées et la puissance de feu allait s’amplifier pour atteindre son apogée dans les batailles de matériel de Verdun. devaient s’assimiler un peu plus longtemps à une guerre de mouvement. Bayard). 162 . « Deutschlands Kinder im Ersten Weltkrieg: Zwischen Propaganda und Sozialfürsorge ». Viénot. KRUMEICH. plus les nations mobilisaient. Seules les opérations sur le front oriental. le long d’une ligne allant de la mer du Nord à la Suisse. 2004. Paris. in : 1914-1945. art. devaient connaître une évolution similaire en 1915.

université de Toulouse II Le Mirail. La reprise de la production s’inscrivit dans la perspective des fêtes de Noël. art. 1914/1918. ne pas voir la mort ? ». même les plus jeunes. Benjamin / WEINRICH. « À la baïonnette ! » Approche des imaginaires à l’épreuve de la guerre 1914-1918. 58 Voir par exemple : « Verzeichnis empfehlenswerter Bücher für den Weihnachtstisch ». ces ouvrages révélaient également l’intérêt des consommateurs pour le conflit.services dépendaient de la section IIIb du commandement suprême. comme leur assuraient les autorités mili- taires. notamment la création de l’Office de l’image et du film (Bild. Gerhard. Schöningh. op. Cologne. éprouvait le besoin de voir la guerre. Par la suite. Deutsche und Österreicher. 2014. Bilder des Krieges. les poussa à afficher leur enga- gement patriotique en commercialisant de tels livres. Ein deutsches Literaturblatt. Ces producteurs n’auraient jamais pu vendre des motifs défaitistes ou pacifistes. par Thérèse BLONDET-BISCH. n° 12. 2001. allaient tenter d’améliorer l’efficacité de cette propagande. supplément à Eckart. 59 HOFFMANN. novembre 1914. op. avec un succès mitigé. Die Visualisierung des modernen Krieges. cit. France / Allemagne. 2014.] 55 FLEMMING / ULRICH 2014. un regain éditorial se produisit également dans le domaine des ouvrages pour adultes. éd. Cédric.54 D’autre part.und Jugendlektüre. créé un an plus tard. La Martinière. op. pp. ne pas voir la guerre. dir. éd. qui devenait un phénomène « médiatique ». Krieg der Bilder. n° 29. 466-470. « Voir. 63-69. d’autres mesures. Une guerre des images. d’après la dédicace inscrite sur la deu- xième de couverture de l’ouvrage Unsere Feldgrauen. in : Voir.58 Les premiers jouets de guerre furent com- mercialisés à la même époque. Toulouse. chargé du contrôle des photographies et des films de guerre. 163 . Alors qu’en décembre nombreux étaient ceux qui espéraient encore une fin rapide des hostilités. cit. [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Rémy CAZALS. cit. Joëlle. allait être chargé d’unifier. PAUL. « ‚Schwarzer Peter im Weltkrieg’: Die deutsche Spielwarenindustrie 1914- 1918 ». 2004.59 Notons que. autant que sur les acteurs économiques de manière générale. 1914.53 La pression sociale qui pesait sur les éditeurs. par Katholische Lehrerverbände des Deutschen Reiches. in : Jugendschriften-Rundschau. JÄGER 2010. Organ zur Hebung der deutschen Jugendliteratur. 57 NATTER 1999. Paderborn. Sol- 53 GILLES. cit. 54 MARTY. Paris. Paris. Somogy. supplément à West-deutsche Lehrerzeitung. qui représentaient la plus importante opportunité commerciale de l’année. les mesures de censure au niveau fédéral. Berlin. Le conflit faisait donc vendre.und Filmamt). pp. 56 BEURIER.56 fût-ce de manière idéalisée. Chacun. Le Département de la presse de guerre (Kriegspresseamt).57 Les tout premiers livres de guerre pour enfants furent recommandés avec par- cimonie (probablement en raison des délais de publication) dans les listes spécialement établies pour les présents de fin d’année. Der Wä- chter für Jugendschriften. Heike. Arndt.55 Les familles étaient sépa- rées durablement. par Deutsche Zentralstelle zur Förderung der Volks.

« Der Geschichtsunterricht in der Ära Wilhelms II. puis à 22 020 en 1916 avant d’entamer son déclin en 1917. en particulier au cours des deux premières années du conflit. cit. même approximatifs. Staat. Si l’on tient compte de cet aspect. 132-189.66 60 Unsere Feldgrauen. tant pour l’ensemble de la littérature que pour les livres pour enfants. dir. avec 14 910 titres. 51. [1914]. 164 . V & R Unipress. 1982. ». par Klaus BERGMANN / Gerhard SCHNEIDER. Gerhard.60 La mobilisation s’intensifia ensuite en 1915. art. Soldatenbilder aus dem großen Krieg. Notre objectif consiste seulement à souligner cette tendance afin de la mettre en lien avec l’évolution des formes iconogra- phiques. Au total. Fürth. puis 1099 en 1915. op. les contenus scolaires furent toutefois adaptés graduellement au conflit. SCHNEIDER.62 Après ces premières mesures de la rentrée 1914. Die Autoren und Bücher der deutschsprachigen Literatur zum Ersten Weltkrieg 1914-1939. 65 KASTNER. le nombre de titres de 1914 restait supérieur à celui de 1915. Deutsche und Österreicher. ces chiffres reflètent une tendance générale cohérente qui semble être confirmée par les différentes études précitées. 891 en 1916 avant qu’une baisse progressive intervînt en 1917.65 Riche de 524 titres en 1914. Rappelons que. 63 BENDICK 1999. Göttingen. Johanna / PULS. 64 SCHNEIDER. in : Gesellschaft. puis 404 entrées en 1915 et 1916 avant de se stabiliser à 279 titres entre 1917 et 1919. cit. « Statistik und Topographie des Verlagswesens ». p. Julia / HISCHER. op. op. Cette adaptation progressive du marché du livre pour enfants aux conditions de guerre tend à relativiser la thèse d’un « choc culturel d’août 1914 ». Thomas F. Dès septembre 1914. mais cette différence s’expliquait probablement par les mois de production prospères d’avant août 1914. Se référer aussi dans le chapitre 6 à : 1) Tournant de 1917 : les éditeurs rattrapés par la réalité économique et matérielle. la production de livres pour enfants passa à 372. Löwen- sohn. op.datenbilder aus dem großen Krieg fut offert par une consommatrice à son petit-fils à Noël 1914. pp. cit. Beiträge zu einer Geschichte der Geschichtsdidaktik und des Geschichtsunterrichts von 1500-1980.61 L’école connut en Allemagne une évolution similaire. Il s’agit de l’exemplaire consulté à la Staatsbibliothek de Berlin. le nombre de livres passa de 29 308 en 1914 à 23 558 en 1915. Les nouveaux programmes du deux septembre 1915 concernant les cours d’histoire des établissements secondaires en Prusse marquèrent une radicalisation du nationalisme et renforcèrent la place des Hohenzollern dans l’enseignement. / HEINEMANN. cit. cit. 66 KLOTZ 1990-2000. 62 DONSON 2010. Cette tendance correspondait à l’évolution générale des titres de guerre : Thomas Schneider en a recensé 557 pour l’année 1914. 368. Frank / KUHLMANN. Barbara. la pédagogie de guerre joua un rôle central. Peter. 61 AUDOIN-ROUZEAU 2004. Geschichtsunterricht. la production globale suivit une évolution semblable. 2008. Schwann. p.63 Après une mise en place progressive à la fin de l’année. Düssel- dorf.64 En termes de production globale. avec seulement 525 entrées. Ein bio-bibliographisches Handbuch.. les livres de guerre atteignirent leur pic de production en 1915-1916 avant de connaître un net affaiblissement en 1917.

illusion de la bataille décisive Durant le conflit. 1915. Mayence. Ainsi certaines images de Die Wacht am Rhein. Verzeichnis der Essener Kriegsbücher-Ausstellung. 1979-1990. Richard. cit. un petit garçon reçut cet ouvrage de la part de sa tante pour son anniversaire en 1917. Fredebeul & Koenen. Schule und Krieg. Mayence. 165 . KNÖTEL. Alors que les éditeurs s’adaptaient au conflit qui se prolongeait et se transformait en guerre de position. Contrairement aux revues. Richard ». B.70 Le livre Unsere Feldgrauen und Blaujacken. Hans Ludwig. Seemann. 68 Comme l’indique la dédicace figurant dans l’exemplaire de Deutschlands Wehr zu Land und Meer consulté à la Staatsbibliothek de Berlin. pp. le marché du livre pour enfants ne se mobilisa véritablement que fin 1914. Peter. Zugleich eine wegweisende Übersicht für Schule und Haus. deuxième de couverture.67 Des dédicaces le prouvent. op. [1915]. Molling reprit ici les travaux de Richard Knötel. Scholz.73 Dans la mesure où ils disposaient généra- 67 Par exemple : Jugendschriften-Rundschau. Unsere Feldgrauen und Blaujacken. Verse. [ca. Molling & Comp. 1914]. 20-21. [1912]. novembre 1914. 69 JANK. Hanovre. Scholz. Weidmann. Molling.71 dont les illustrations correspondaient à celles de Deutschlands Wehr zu Land und Meer. éd. [ca. Essen. Angelo / HENNINGEN. Soldatenbilderbücher I und II. furent-elles reprises dans Unsere Feldgrauen. vol. in : Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart. [1915]. La mobilisation culturelle par le biais de la littérature extrascolaire fut donc plus ou moins rapide selon les supports. dir. les ouvrages patriotiques d’avant-guerre connurent un nouveau succès : Deutschland in Waffen et Deutschlands Wehr zu Land und Meer continuèrent par exemple à être recommandés dans divers catalogues. Berlin.68 La reprise d’images issues d’anciens ouvrages dans des productions nouvelles contribua à véhiculer une iconographie figée et à créer un décalage entre la réalité du conflit et ses représentations. Deutschlands Wehr zu Land und Meer. plus flexibles. par Ulrich THIEME / Felix BECKER. dir. Sur la première de couverture figurait une scène d’assaut à cheval [71].72 Ce recyclage d’images avait certaine- ment des raisons pragmatiques : la logique commerciale présentée supra n’incita pas les éditeurs à faire preuve d’audace esthétique. par les Kreisschulinspektoren der Stadt Essen. mort quelques mois avant le début du conflit. 70 LINKENBACH. 72 « Knötel. par la Zentralstelle für Erziehung und Unterricht. ils continuèrent paradoxalement à véhiculer l’image d’une guerre de mouvement. Richard / FERNAU. 21. Die Wacht am Rhein. 71 KNÖTEL.. était caractéristique de ce recyclage d’images d’avant-guerre. 73 MARTY 2014. Unsere Feldgrauen. dans la continuité de l’idéal héroïque. Leipzig. Héritages des canons esthétiques d’avant 1914 : persistance de la guerre de mouvement 1) La guerre sensationnelle et héroïque. 2e éd. Sonderausstellung. Hanovre. 1915]. certains furent offerts durant cette période. Nikolaus. n° 29.69 ouvrage réédité en 1915.

). surtout durant la bataille des frontières (en particulier pendant la bataille de Lorraine. so daß von weitem schon ihr Nahn die deutschen Schützen immer sahn. 76 JANZ. poussés par la coquetterie. Molling & Comp. Zurich. Le titre. Munich. Oliver. Der grosse Krieg. 1994. Francfort/Main. p. Ein deutsches Volks. reflétait la même approche. Dans Unsere Feldgrauen und Blaujacken le texte était nouveau. so kämpften denn hier die Franzosen auch diesesmal in roten Hosen. so wie sich ein Fasanenhahn dem Jäger […] schnell durch sein buntes Kleid verrät! » ANKER. Analyse. New York. STORZ. op. Hanns / MÖLLER. tels des faisans qui trahissent leur présence au chasseur par leur plumage 77 chamarré ! Le retard vestimentaire de l’armée française était une réalité. 252-278. mais sans référence au conflit. p. 86. in : Der Erste Weltkrieg. 196. Les explications d’ordre technique visaient à familiariser les enfants avec l’univers militaire – comme avant 1914. Die Vorbereitungen der Armeen Deutschlands und Frankreichs auf den Landkrieg des 20. préfèrent les uniformes colorés au vert-de-gris qu’ils jugent peu élégant et ont une prédilection pour les habits de bouffons. und Feldgrau als zu schmucklos meiden. Marx. Dieter. l’ouvrage Unsere Feldgrauen und Blaujacken apportait « la preuve que l’on p[ouvait] aussi rendre compte de manière vivante des activités militaires en faisant l’économie d’images réalistes sanglantes ». Wahrnehmung. und lieber sich wie Narren kleiden. Wirkung. Der grosse Krieg. Le pantalon rouge garance symbolisait aux yeux des auteurs la prétention des Français : Étant donné que les Français. aucunement agressif envers l’ennemi mais plutôt glorificateur. outre les erreurs stratégiques et tactiques). 2013. Jahrhunderts ». pp. Kriegs-Ratgeber. 75 « […] Beweis. Se référer dans ce chapitre à : 3) Mobilisation nouvelle des jeunes enfants : formes visuelles du discours et tirages. Munich. ils s’assuraient une nouvelle parution à moindre coût en se contentant d’en adapter les commentaires. » AVENARIUS.74 Selon un spécialiste. Piper. avant la généralisation de l’uniforme bleu-horizon au 74 BECKER / KRUMEICH 2012.. dont le titre soulignait l’importance historique du conflit.75 D’une autre publication de Molling. dass man auch ohne realistische Bilder von Blutvergießen das kriegerische Treiben lebendig erstehen lassen kann. L’habillement de couleurs vives causa de lourdes pertes dans les premiers mois de la guerre. Pourtant. 1915-1916. « Die Schlacht der Zukunft. 77 « Weil ja von Eitelkeit getrieben Franzosen bunte Kleider lieben. Ferdinand (dir. Callwey. par Wolfgang MICHALKA. Der grosse Krieg. 166 . Ce sens de la retenue qui tranchait avec la mort de masse et la banalisait plaisait à certains pédagogues réticents à l’idée d’exposer les plus jeunes enfants aux horreurs de la guerre. là encore ils combattirent en pantalon rouge si bien que les soldats allemands les repéraient toujours de loin.und Kinderbuch mit Bild und Versen. [1914].lement des droits de l’image. dir. Hanovre. Campus. cit. les mois d’août et de septembre 1914 (encore marqués par la guerre de mouvement) avaient été les plus meurtriers du conflit.76 se dégageait un ton plus railleur et hostile qui s’illustrait dans la description des uniformes de l’ennemi.

Ars Nicolai. « Kriegswaffen – Strategie. Joëlle. pp. 79 GERVEREAU. pp. 1998. L’Histoire du visuel au XXe siècle. « Images. 2008. 2008. les images de cavaliers lancés au galop [73]. op. véhiculaient une image idéalisée du conflit. et Wir müssen siegen!. Rasch Verlag. par Rainer ROTHER. révélaient une adaptation aux enjeux de la guerre. Der industrialisierte Krieg 1914-1918. comme Gloria Viktoria. in : Die letzten Tage der Menschheit. Citédis.78 Malgré ces commentaires narquois. Musée de l’Armée. vol. Dans la continuité de l’imaginaire traditionnel. Wirkung ». 1. Bilder des Ersten Weltkriegs. Zur Ikonographie des Krieges in den Zeitschriftenillustra- tionen 1914 bis 1918 ». « L’équipement des soldats ». Paris.82 Loin d’informer de ce rôle logistique. Le cheval et son image dans l’armée française durant la Première Guerre mondiale ». « Sinnbild und Erzählung. 68-83. Berlin. par Rolf SPILKER / Bernd ULRICH. cit. Damien. BEURIER. in : Les images en guerre (1914-1945). dir. cit. 53-70. Les noirs dessins de la propagande en 1914-18. Les représentations d’une guerre de mouvement dans la tradition de la peinture historique étaient répandues tant dans les revues françaises et allemandes pour adultes80 et les cartes postales de guerre81 que dans la littérature pour enfants. à la manière de la grande peinture militaire. Deutsches Historisches Museum.. Les charges de cavalerie furent pourtant brisées par l’artillerie dès l’été 1914 et la plupart des équidés réquisitionnés pendant le conflit servaient à la traction. Stéphane. BALDIN. combat et héroïsme. 78 AUDOIN-ROUZEAU. 167 . de la Grande Guerre à nos jours ». BECKER / KRUMEICH 2012. Seuls les titres des ouvrages qui se référaient à la guerre mondiale ou exhortaient à la victoire. LACAILLE. Klartext. dir. Bramsche. 82 EPKENHANS. 81 BROCKS. La Grande Guerre des crayons.cours du deuxième semestre de l’année 1915. Michael. Thomas. nous l’avons souligné. et elles persistèrent bien au-delà de l’année 1914. pp. op. in : AUDOIN-ROUZEAU / BECKER 2012. Essen.. Robert Laffont. Lausanne. 80 NOLL. Paris. Laurent. 2003. Die bunte Welt des Krieges. La Première Guerre mondiale vue par les peintres. l’illustration restait ancrée dans les anciens codes visuels [72] : en dépit des blessures légères et du manque de dynamisme et de compétence des troupes françaises (accentué par la présence d’un zouave. 363-370. pp. 1981. par Philippe KAENEL / François VALLOTON. AUCLERT. brandissant leur épée en soufflant dans des trompettes [74] ou déferlant sur l’ennemi [75]. 1994. explique selon toute vraisemblance qu’il se fût détourné de ce débouché en partie conjoncturel pour se concentrer sur la production de livres sans lien avec des sujets militaires. Ces deux ouvrages furent les seules productions sur la guerre éditées par Molling. Bildpostkarten aus dem Ersten Weltkrieg 1914-1918. La priorité que l’éditeur continua à accorder aux exportations durant le conflit. écho à la chanson patriotique homonyme. 259-272. in : Revue historique des Armées [en ligne]. Seuil. in : Der Tod als Machinist. Christine. Museum Industriekultur Osnabrück. 2007. Paris. fréquemment objet de propos racistes dans la propagande allemande).79 la scène représentée restait celle de la charge. Jean- Pierre. Éditions Antipodes. Einsatz. « De la contiguïté anthropolo- gique entre le combattant et le cheval. 195-196. pp. le cheval restait associé à la cavalerie et à ses attaques héroïques. 1998. Notons qu’un livre semblable du même auteur est paru fin 2013. dir. Frédéric.

84 l’illustration d’Angelo Jank. Raimund Pretzel. l’épée au poing. pp. Durch! [76]. comme en ont témoigné Sebastian Haffner. en rangs serrés. Actes Sud. et Ernst Glaeser. Claire. étaient directement inspirés de la pein- ture historique. n° 2. mettait en scène un cavalier au galop.87 rendaient compte des affrontements des premières semaines du conflit. incarnaient la survivance de ce langage vi- suel suranné. Elle rappelait maintes cartes postales inspirées de dessins semblables. dont les titres. baïonnettes au poing. s’estompât au cours du conflit dans cette revue. 83 HAFFNER. 2000). lancés à l’assaut de villages ennemis. dans le contexte européen : traditions. 22-24. Sturmangriff bei Lagarde [77] ou Sturm auf ein von Franzosen besetztes Dorf [78]. op. 2004 (1e éd. À bien des égards. Outre la cavalerie. elle resta prépondérante dans les livres pour l’enfance et la jeunesse. p. Arles. 1961(1e éd. 85 BROCKS 2008. mais ce n’était pas leur unique fonction. la guerre continua à être décrite de manière héroïque jusqu’en 1918. édités surtout entre 1914 et 1915. cit. plus épique et chevaleresque. les masses de combattants. 2003. né en 1902. Alors que le texte pouvait comporter des descriptions de paysages ravagés et d’armes modernes. Paris. Représentations de la guerre chez les peintres. né en 1907. des suppléments d’art présentant des reproductions en couleur d’œuvres de commande et de tableaux de peinture d’histoire furent proposés durant toute la durée de la guerre. Dans des revues pour jeunes garçons. Paris et Technische Universität. 86 Se référer dans le chapitre 5 à : 2) Silhouette et réalisme anecdotique : idéaliser les liens entre soldats et civils. évolutions et ruptures dans les codes icono- graphiques. Souvenirs (1914-1933). extraite de la revue du Deutscher Kinderfreund. Jahrgang 1902. concurrencée par la silhouette86 et la photographie – qui mériterait des investigations complémentaires –. graveurs et dessinateurs alle- mands au XXe siècle. comme Der gute Kamerad. calme et déterminé. Gütersloh. de son véritable nom. 87 ASLANGUL. Dresde.83 En lien avec le récit d’aventure d’un uhlan en captivité française qui parvint à s’évader pour rejoindre son régiment. Ernst. Sebastian. in : Deutscher Kinderfreund. 84 « Glücklich entkommen ». 1928). Bertelsmann Lesering. Les commentaires (en vers près des illustrations et en prose dans les pages précédentes) idéalisaient le sacrifice de soi. les illustrateurs faisaient souvent le choix de retenir la scène de l’attaque.Les enfants devaient être d’autant plus sensibles à ces images idéalisées que la réquisition des chevaux devait constituer l’un des souvenirs marquants de l’expérience enfantine du conflit.] 168 . Histoire d’un Allemand. novembre 1914. École Pratique des Hautes Etudes. [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Jacques LE RIDER et de Gerd SCHWERHOFF. 303.85 Bien que la peinture historique. GLAESER. Maintes illustrations.

moins nobles et plus agressives. pp. l’artiste allait adop- ter au cours du conflit un style expressionniste et vériste. par Laurent GERVEREAU. Paris. George. 792-797. in : THIEME / BECKER 1979-1990. le motif de l’image intitulée Attaque près de Lagarde (Sturman- griff bei Lagarde) [77].88 montrent selon nous que ces représentations s’inscrivaient en partie dans la continuité de celles d’avant-guerre. dont les enfants étaient devenus de grands consommateurs depuis les dernières décennies du XIXe siècle. il eut. « Illustrer la guerre : cent ans de gravures militaires chez Pellerin à Epinal ». Les illustrations de Der Weltkrieg für die Jugend erzählt. 89 SPILKER / ULRICH 1998. 575-595. un certain succès iconographique. À l’arrière-plan un Taube. et la perspective réduite. l’absence de vue d’ensemble du champ de bataille. 338. Seli Arslan.91 Aucun autre élément n’indique toutefois si ce projet put aboutir. Dans la tradition de l’imagerie médiévale. par Philippe BUTON. Adolf Uzarski devint membre du groupe révolutionnaire Das Junge Rheinland aux côtés de Max Ernst et d’Otto Dix. Ces illustrations entretenaient une filiation assez nette avec l’imagerie populaire. « Imagerie et colportage ». 2008. Nouveau Monde. sans doute pour cette raison. pp. 90 MOSSE. Frédéric. dir. cit. Adolf Spamer. pp. Laurent. 169 . dir. présentant un assaut à la baïonnette. rappelait la peinture histo- rique..92 Un germaniste et ethnologue contemporain du conflit. vol. Cette caractéristique visuelle qui conférait un semblant de neutralité au discours de propagande en faveur du Reich poussa sans doute la Zentralstelle für Auslandsdienst à en commander un exemplaire à l’éditeur Ernst Ohle. Paris. in : Dictionnaire mondial des images. p. L’historien et l’image. 92 GUILLAUME. « Uzarski. Hachette-Littératures. op. 2006). les pilotes étaient associés à des « chevaliers du ciel ». qui déno- taient une influence impressionniste. Paris. rapporta que les jeunes gens avaient une prédilection pour les planches 88 Après avoir illustré cet ouvrage encore empreint de l’imaginaire héroïque en 1914. Adolf ». Bernd. 18-19. 1999. 91 BArch R901/72674. qui allaient apparaître dans la littérature enfantine durant le conflit. pp. 2010 (1e éd. 34. les lignes saccadées qui amoindrissaient le caractère glorieux de la scène. Malgré les touches de couleur. Film und Kunst im Dienst der Heldenbildung ». HÜPPAUF.89 évoquait plutôt les représentations d’avant-guerre. Dans la requête le livre était associé aux écrits pour la jeunesse à tendance nationaliste et de bonne qualité. p. De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes. in : Zeitschrift für Germanistik. in : La guerre imaginée. engin qui incarnait les espoirs des militaires depuis 1910 mais qui fut abandonné dès les premiers mois du conflit en raison de sa lenteur et de son manque de maniabilité. 286. De plus en plus critique à l’égard de la guerre. réalisées par le peintre Adolf Uzarski. n° 3. 121-131. « Fliegerhelden des Ersten Weltkrieges. Fotografie. MAGUET. Premier avion à bombarder Paris en août 1914. 2002.90 L’iconographie chevaleresque de cet ouvrage s’inscrivait dans l’éthos guerrier du respect de l’adversaire et tranchait avec les caricatures de l’ennemi.

in : Heimat: Konstanten und Wandel im 19. aucun des deux camps ne s’était imposé par une offensive ni une percée victorieuses. Cette étude tend à nuancer les hypothèses de Elke Hilscher. in : Bayerische Hefte für Volkskunde. Die Entdeckung von Volkskunst zwischen Heimatwerk- Bewegung und Volkswerk-Forschung ».96 cette rhétorique visuelle et textuelle était encore prédominée par le motif désuet de la bataille décisive. Bayerischer Verein für Volkskunst und Volkskunde in München. 2012. Wolfgang. « Der Krieg.97 proches du siège : contrairement aux ba- tailles traditionnelles. 2005. Gerd / AUDOIN-ROUZEAU. à la tête du deuxième commande- ment suprême depuis septembre 1914. Les combats devenaient pourtant des « non batailles ». 97 AUDOIN-ROUZEAU. « 1914-1918 : la mort des batailles ». pp. 1977. cit. 94 BRÜCKNER. art. la plupart des combats de la Première Guerre mondiale s’étendaient dans la durée et dans l’espace. Ces images prolongeaient virtuellement la guerre de mouvement. cit. 98 KRUMEICH. Michael. intitulée Erfolgreiches Gefecht im Oberelsass [79]. les perspectives de victoire s’amenuisèrent pour le Reich100 – malgré les chances de réussite militaire qui allaient se présenter à lui au printemps 1918. Munich. 1. Mu- nich. op. qui avait été redouté par certaines élites. n° 78 : La bataille d’hier à aujourd’hui. Schnell. 96 JARDIN.. avait renoncé à la stratégie d’anéantissement (au sens de Niederwerfungsstrategie).94 Une des illustrations précitées [78] présentait par exemple de fortes similitudes avec une planche de guerre de Gustav Kühn (Neuruppin). courtes. « Heimatkunst.93 Proche du mouvement traditionnel du Heimatkunst qui exaltait la richesse des régionalismes. 1997. Après la bataille de la Marne. les armées s’enterrèrent progressivement. art. Der Bilderbogen im 19. 147-162. 170 . Osprey. 41. Munich. Aux racines du mal. Tallandier. 141-148 . Les enfants grandissaient dans ce bain visuel. Stéphane. structurées par des attaques et des actions défensives sur un espace relativement restreint et couronnées d’une victoire./20. Jahrhundert.98 Face à la réalité de la guerre moderne. 95 GEYER. 1918. cit. Elke. Stéphane.101 Cet imaginaire traditionnel 93 SPAMER. Bergverlag Rother. Vorstellungen und Wirklichkeiten. « Violence et expérience de la violence au XXe siècle – la Première Guerre mon- diale ».de guerre. p. pour miser sur une guerre d’usure (Ermattungsstrategie). Jahrhundert. fondée sur la recherche de la bataille décisive. cette survivance de la peinture militaire était un « pur anachronisme ». p. il était animé par la volonté de faciliter l’accès à l’image à une large part de la société. Ian. Oxford.99 Après l’échec du plan Schlieffen. op. dir. mais qui laisse somme toute la question du destinataire assez ouverte. « Les batailles de la Grande Guerre ». plus sceptique quant à l’intérêt des enfants pour les séries de guerre de Bilderbogen. Verlag Dokumentation Sauer KG. unser Archiv und unsere Freunde ». Deutscher Alpenverein. HILSCHER. 2000. le déni de la défaite. cit. Home before the Leaves Fall: A New History of the German Invasion of 1914. in : Revue Internationale d’Histoire Militaire. Pierre. pp. Dès lors. 100 SENIOR. sans attaque ni issue nette. 145.1915. Adolf. Paris. 101 JANZ 2013. 99 PAUL 2004. dans la tradition de Schlieffen.95 Alors qu’Erich von Falkenhayn. par Katharina WEIGAND.

. Nous l’avons fait remarquer. KRUMEICH. À cette époque le souvenir glorieux de 1870 nourrissait sans doute encore ces espoirs de victoire. 2001. d’autant plus que les premiers mois furent les plus meurtriers : entre août et décembre 1914 l’armée allemande compta 261 541 tués et disparus et la France 301 000. les états-majors continuèrent jusqu’en 1918 à chercher le retour à une guerre de mouvement. cit. Munich. Oldenbourg. Othmar / MEIER-WELCKER. op. Hans / MESSERSCHMIDT.104 Pour cette raison. les affiches de la première année du conflit étaient également influencées par la peinture de batailles. Munich. selon le processus de banalisation de la violence évoqué supra. ou « grignotage ». qui visait à créer une percée dans le front adverse. pp. soit une moyenne de plus de 60 000 morts par mois. cit. cit. op. dir. En total déni de la réalité combattante.103 Malgré les évolutions stratégiques. art. Elles correspondaient. Stéphane. ces images héroïques montrent surtout que la guerre des tranchées était assimilée à un état provisoire. 14. à Wis- sembourg ou encore à Wörth. p. Frank. 108 FORSTMEIER. op.masquait la réalité de cette situation assez désespérée. Manfred (dir. 106 HORNE 2010. Bilder von Krieg und Nation: die Einigungskriege in der bürgerlichen Öffentlichkeit Deutschlands 1864-1913. 1979. « »Helft uns siegen« . 164-175.107 Les difficultés des premières batailles de la guerre franco-prussienne. elles permettaient d’entretenir la foi en la victoire tout en es- sayant de protéger les enfants. Bernard & Graefe Verlag.106 Mais. était encore répandue début décembre 1914. Handbuch zur deutschen Militärgeschichte 1648-1939. 5 : Grundzüge der militärischen Kriegführung 1648-1939. cit. 105 VERHEY. Joffre et Falkenhayn (et par la suite Ludendorff) tentèrent d’emporter la décision. 104 BECKER / KRUMEICH 2012. entretenue par la presse.105 Ces illustrations jouaient un rôle central dans les imprimés parce que les combats de la Grande Guerre ne se rattachaient à aucun autre imaginaire collectif. « Les batailles de la Grande Guerre ». face à la mort de masse et à l’horreur des tranchées. op. 103 FLEMMING / ULRICH 2014.108 permettaient de relativiser les échecs du plan Schlief- fen. Les adultes n’étaient probablement pas dupes de ces images archaïques. 102 MOSSE 1999. op. et la rupture. vol. mais allait être tôt ou tard couronné d’une victoire. 36. Par l’usure. cit. au moins au début du conflit. p.. la croyance en une issue rapide du conflit. par le Militärgeschichtliches Forschungsamt. Jeffrey. Le conflit se prolongeait. Il tentait.102 de dissimuler la monotonie et l’horreur de la guerre de tranchées.). cit. aux représentations de la guerre communément répandues auprès des enfants et des adultes.. Friedrich / GROOTE.Die Bildersprache des Plakates im Ersten Weltkrieg ». Gerd / AUDOIN-ROUZEAU. Wolfgang von / HACKL. in : SPILKER / ULRICH 1998. 171 . 107 BECKER.

2013. « Le représentation de la charge à la baïonnette. p. avait créé « une attente d’images toujours plus sensationnelles ».110 Dans leurs témoignages restés célèbres. 172 . Plus elles contrastaient avec l’immobilisme du front. cet imaginaire traditionnel était puissant. cit. entre affirmation nationale et affirmation de soi ». À mesure que l’union sacrée s’étiolait. Alors que le conflit confrontait les enfants à l’absence prolongée des pères et bouleversait leur quotidien. Kindheit im Ersten Weltkrieg.. DONSON 2010. s’appliquait aussi à la population 109 ASLANGUL 2003. Philippe. 1993. Sebastian Haffner ou encore Ernst Jünger ont souligné que les hostilités engendrèrent la fin d’un monde de sécurité. entre autres. Der Weltkrieg als Erzieher.112 Ancré dans l’avant-1914. plus elles devenaient nécessaires. op. 321 . Böhlau. p. p. 114 WINTER. HÄMMERLE. particulièrement fort pour les Français. 48. en France comme en Allemagne. Dès l’avant- guerre.). Essen. la Première Guerre mondiale n’équivalut pas seulement à une « dé- faite des peintres ». Jugend zwischen Weimarer Republik und Nationalsozialismus. cit. DAGEN. Klartext. car elles incarnaient la nation triomphante.114 Ainsi ces images connues tentaient-elles de donner un sens à la guerre. Pa- ris. ces images familières étaient rassurantes. elles exorcisaient les peurs d’une communauté en danger. Christa (éd. 110 Par allusion à l’expression de Philippe Dagen qui qualifie les peintures de batailles archaïques de « maladroitement menteuses » face au réalisme photographique. Colin. elles étaient « adroitement menteuses ». fut par exemple marquée par le souvenir des uhlans vêtus de leurs uniformes rutilants qui traversaient les rues de Düsseldorf. in : CAZALS / PICARD / ROLLAND 2005. Cologne. sur le territoire desquels se déroulaient les combats. La Grande Guerre dans l’histoire culturelle de l’Europe. Stefan Zweig. 2008 (1e éd.. Fayard). l’héroïsme de la littérature enfantine persista. représentante de la Ligue des jeunes filles allemandes (Bund Deutscher Mädels) de 1937 à 1945. op. 113 WEINRICH. 112 GILLES 2013. cit. 149-157. Le silence des peintres. cit.113 Prometteuse d’un avenir plus optimiste. Les artistes face à la Grande Guerre. 73. car elles correspondaient à leur horizon d’attente. p. Jutta Rüdiger. op. op. pp. Vienne.109 Alors que le conflit se prolongeait et suscitait la lassitude. : 1995). Entre deuil et mémoire. 1996. Benoist / MARTY. Hazan. Cédric. 111 PIGNOT 2012. cit. 146. les généraux continuaient à tracer les plans de la prochaine bataille sur une carte [80].Comme dans la grande peinture militaire. 115 COULIOU. Paris.115 Ce sentiment de menace par des ennemis extérieurs.111 ces représentations possédaient avant tout un caractère rassurant. op. l’abondance des images héroïques des guerres antinapoléoniennes. Arndt. En particulier pour les jeunes lecteurs. Jay. De ce point de vue. D’après les travaux précités ainsi que les sources analysées dans cette étude. Weimar. 2012 (1e éd. cette persistance de la tradition héroïque représentait un ultime artifice pour faire face à « une guerre qui menaçait de détruire tout ce qui était familier ».

cit. bien qu’elles ne représentassent pas la guerre moderne. 2004. dont les destinataires (enfants et adultes) étaient parfois difficilement identifiables ou différenciés. vol. Après la bataille d’hiver en Mazurie. par Stephan BURGDORFF / Klaus WIEGREFE.allemande. Gifkendorf.121 Bien que les affrontements sur le front occidental fussent abordés dans Jungens! Frisch drauf!. Der Kunstwart. cit.).118 Elle fut éla- borée par le peintre Alfred Roloff. reproduits dans des illustrés pour enfants par exemple ». p. insufflait un élan d’optimisme et tentait d’entretenir la ténacité de toutes les forces de la nation. Depuis la fin 1914 la situation militaire paraissait plus favorable aux Puissances centrales sur le front oriental. Thomas. paru en 1915. art. 2008. Bernd (dir. p. constituèrent une percée con- 116 KRUMEICH. imagerie. art. livres. 65. Adolf.120 Les productions pour enfants. pp. 538. jeunes gens et adultes. qui percevait le conflit comme une guerre défensive. [81] montre d’après nous la circulation des mêmes formes iconographiques entre divers supports populaires pour enfants. Die Urkatastrophe des 20. ne pas voir la mort ? ». in : THIEME / BECKER 1979-1990. Thomas. art. 121 SPAMER. incarnaient l’ardeur au combat et incitaient à la ténacité à tous les âges. Représentant au premier plan deux soldats. dir. cit. la reconquête de Przemysl. publiée pendant la guerre dans la revue artistique éditée par Ferdinand Avenarius. cit. marsch. in : Der Erste Weltkrieg. en mai-juin. Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte Oldenburg. baïonnettes au poing. unser Archiv und unsere Freunde ». art. Sprung auf. Brest-Litovsk et Vil- nius. « Der Krieg. op. Kaunas. marsch! (1914) [81a].. en février. 117 BEURIER. Der Erste Weltkrieg und die Kunst. De telles images peuplaient également les récits pour la jeunesse. 120 NOLL. alle- mand et autrichien.117 cet imaginaire suranné rassurait. Von der Propaganda zum Widerstand. 119 « Roloff. Merlin. en août-septembre. cit. elle était un palimpseste de l’œuvre de Bernhard Winter. puis la prise de Varsovie. KÜSTER. 28.116 En contribuant à « figer les représentations dans des schémas iconographiques et mentaux connus : ceux de combats déjà déroulés. L’illustration qui figurait sur la jaquette de Jungens! Frisch drauf!. Munich. « Voir. dont les pre- mières de couverture constituaient généralement des exemples parlants. jeux et jouets. 118 NOLL. Deutsche Verlagsanstalt. Zur Ikonographie des Krieges in den Zeitschriftenillustrationen 1914 bis 1918 ». de Lemberg et de la Galicie par les troupes austro-allemandes. 84-90. 173 . à la suite d’une grande offensive. « Sinnbild und Erzählung. l’attention se focalisait sur la guerre de mouvement à l’Est. Zur Ikonographie des Krieges in den Zeitschriftenillustrationen 1914 bis 1918 ». nécessaire à la poursuite des combats.. s’inscrivaient dans un panel bien plus vaste de productions de guerre. connu pour ses nombreuses illustrations de romans triviaux. Joëlle. qui perdura pendant une majeure partie de l’année 1915. Alfred ». qui permit de chasser définitivement les Russes de Prusse-Orientale. « Sinnbild und Erzählung.119 De telles images d’assaut en contre-plongée. Jahrhunderts. Gerd. « Wacht an der Somme ».

Nachwirkung. Deutsche Literatur und die Ostfront des Ersten Weltkriegs ». [1916]. les af- frontements plus conventionnels sur le front oriental se rapprochaient davantage de l’image désuète de la guerre véhiculée de longue date par les livres pour enfants.122 À cet égard. 122. Deutschland im Ersten Weltkrieg. Der Osten 1914/15. 174 . la majorité des troupes était concentrée à l’Ouest. paru en 1916 et conçu pour tant l’usage scolaire qu’extrascolaire. in : BURGDORFF / WIEGREFE 2004. op. cit. et d’affrontements héroïques. Fischer.124 Ces caractéristiques à la fois primitives et con- ventionnelles de la guerre à l’Est permettaient de ne pas rompre brutalement avec l’imaginaire héroïque d’avant 1914. Paderborn. le décalage entre l’importance accordée au front oriental dans la lit- térature enfantine parue durant le conflit et la place réduite qu’il occupe dans la mé- moire collective est frappant. 125 « eine ruhmvolle Erinnerung prachtvoller Taten deutschen Reitergeistes ». d’après la logique du plan Schlieffen. en avril-mai. Deutsche Heldentaten. Ereignis. Schilderungen aus dem Weltkrieg für Schule und Haus. depuis mai 1915. vol. John. 124 HORN. représentait un assaut de cavalerie [82]. la jaquette de Deutsche Heldentaten. Ces progrès relatifs à l’Est contrastaient avec la stagnation et les échecs de la bataille d’hiver en Champagne. Vejas Gabriel. Cette persistance des affrontements corps-à-corps était notamment due à une infériorité logistique : les troupes du front oriental manquaient d’artillerie lourde et ne disposaient que d’un tiers du nombre de fusils fournis à l’Ouest. Kattowitz.. à l’Ouest ainsi qu’avec l’immobilisme de la guerre de position dans les Alpes. Dans la même tradition. Stratégiquement. Malgré la violence qui affectait les marges du front oriental et qui avait des conséquences dra- matiques sur les civils (dévastations. in : Ibid. p. pp. Carl Siwinna / Phönix-Verlag. et de la deuxième bataille d’Ypres. p. « Introduction ». proche du pouvoir impérial. LIULEVICIUS.). et moins impersonnelles. HORNE. ce front était considéré comme secon- daire . cit. pillages. 48. Die vergessene Front. Friedrich / ROLOFF. 105-117. « Im Osten nichts Neues. Eva. Kattowitz). Gerhard Paul (dir. les batailles res- taient plus traditionnelles. circonscrites à un espace et à une durée relativement limités..séquente avant l’embourbement des troupes allemandes devant Riga qui mit un coup d’arrêt à l’avance. art. 123 GROß.123 Mais. Francfort/Main. pp. Schöningh. Y était exaltée la « mémoire glorieuse des gestes admirables de l’esprit chevale- resque allemand »125 sur le front oriental durant l’année 1914. 1. pogromes. 217-230. Hans.126 L’ouvrage se caractérisait par une alternance de scènes dans les tranchées. Les combats sur le front 122 HIRSCHFELD. 2. p. Alfred / BOHRDT. « Der vergiftete Sieg ». 2013. 126 Se référer dans le chapitre 2 à : 1) Défilés et culte du Kaiser. Gerd. par rapport à la guerre technique et moderne qui s’y déroulait. 2006. Wirkung. épidémies). Notons que ce recueil de nouvelles et de poèmes fut édité par Carl Siwinna (Phönix-Verlag. en février-mars. Gerhard / KRUMEICH. sous-représentées. n’excluant pas des contacts avec l’ennemi. in : LAUTERBACH.

car les ennemis. Paris. Or les amirautés avaient 127 « Sie behielten […] ihr kaltes Blut und ließen die Russen. il eut tout autant recours à des clichés héroïques surannés qui se référaient explicitement aux premières semaines du conflit. Colin. Wilhelm. 175 . À l’instar de la bataille du Jutland du 31 mai au premier juin 1916. 1994. Oberjäger D. les soldats affichaient un en- thousiasme intact. daß er sich auf ein längeres Feuergefecht nicht einlassen dürfe. in : Guerre et cultures (1914-1918). op. dir. En réalité. À cet ins- tant les Russes se jetèrent à terre et commencèrent à tirer. au moment où une victoire rapide était encore envisageable. sans ré- fléchir plus longtemps. et les 127 soldats en uniforme vert-de-gris se lancèrent à l’assaut en criant "hourra". pp. comprit qu’il ne fallait pas qu’il risquât une fusillade plus longue. Die Russen warfen sich jetzt hin und nahmen das Feuer auf. cit.oriental primaient sur les théâtres d’opération à l’Ouest. sobald sie erst die eigene numerische Übermacht erkannt hätten. erkannte.. qui ne fut décisive ni pour les Allemands ni pour les Britanniques. weil die Feinde seine kleine Schar bald umzingelt haben würden. auraient bientôt encerclé sa petite troupe. Alors. Les évolutions stratégico-militaires qui suivirent. » LAUTERBACH / ROLOFF / BOHRDT [1916].128 Alors qu’un périodique comme Auerbachs Kinder-Kalender. les hommes se montraient prêts à combattre. en constatant qu’ils étaient en supériorité numérique. sorte de baïonnette ty- pique des bataillons de chasseurs). À une distance de trente à quarante mètres ils ouvrirent le feu sur ordre du sous-officier et virent avec satisfaction qu’ils flanquèrent une bonne cor- rection à quelques Russes dès la première salve. Fidèles au récit épique. mais leur épuisement et les difficultés quoti- diennes croissantes. liées notamment à la mauvaise qualité de l’alimentation. il ordonna à ses hommes de mettre la baïonnette au canon. pp. dans les Balkans et sur mer. Le sous-officier D. le motif récurrent de la flotte avait des fonctions similaires. ils rappelaient les combats corps-à-corps des guerres du XIXe siècle : Ils gardèrent […] leur sang-froid et laissèrent tranquillement approcher les Russes qui ne les avaient pas encore repérés. 91-102. La description insistait sur la supériorité numérique de l’ennemi qui accroissait le prestige des troupes allemandes. ruhig auf sich zu kommen. 66-67. daß trotz des sehr starken Unterholzes gleich mit der ersten Salve einige Russen den ihnen gebührenden Denkzettel erhielten. peu optimistes. 128 DEIST. Menés à l’orée d’un bois de manière improvisée par des hommes en mission de reconnaissance équipés de fusils et de lames (Hirschfänger. décrits comme une guerre es- sentiellement aérienne (l’aviation n’était pourtant utilisée que pour des missions de re- connaissance). en fort décalage avec la réalité du moral des troupes. il permettait de véhiculer l’illusion d’une guerre de mouvement. Tout aussi présent dans les ouvrages d’avant 1914. ne furent pas prises en compte. malgré la densité du sous-bois. nous l’avons relevé. « Le "moral" des troupes allemandes sur le front occidental à la fin de l’année 1916 ». n’aborda les hostilités qu’à partir de 1916. Les illustrations se focalisaient sur les as- sauts [83]. die sie noch nicht beobachtet hatten. Auf eine Entfernung von 30 bis 40 Meter eröffneten sie dann auf Befehl des Oberjägers das Feuer und hatten die Genugtuung. avaient un impact sur leur ténacité. Kurz entschlossen ließ er daher seine Leute die Hirschfänger aufpflanzen und mit lautem Hurra brachen die Grünröcke vorwärts. par Jean-Jacques BECKER / Jay WINTER / Gerd KRUMEICH / Annette BECKER.

sont assez représentatifs. René. p. Les équipages allemands vaincus se distinguaient par leur ardeur au combat et étaient érigés en martyrs face à la ruse des ennemis. ainsi que du « SMS Emden » le neuf novembre 1914 dans l’océan Indien. 131 « Beispiele[…] für Ritterlichkeit und Heldentum. op.nouveaux « héros techniques » de la guerre moderne (technische Helden). 176 .130 Ce croiseur allemand. Illustré par Willy Stöwer et édité par la Fondation de la marine impériale en 1916. 132 STÖWER. soit les naufrages humiliants des navires ennemis. Deutsche U-Boot-Taten. zu Gunsten ihrer Friedenswohlfahrtszwecke. Reichsmarinestiftung. 271. sabordé par l’équipage alors qu’il était menacé par des navires russes. érigé en martyr après sa disparition en mars 1915.133 Y était notamment présenté l’héroïsme du « U9 ». étaient abordées dans de nombreux récits. SONTHEIMER. en supériorité numérique. Berlin. op. 1916. cit. in : BURGDORFF / WIEGREFE 2004. pp. BROCKS 2008. Paderborn. „Kriegshelden“. Michael. Galerie-Verlag. Se référer dans le chapitre 5 à : 1) Armes mo- dernes et tranchées : sous-représentation des innovations techniques. Wirkung ». Einsatz. in : Ibid. 29. La témérité de l’« Emden ». Se référer dans le chapitre 5 à : 1) Icônes et galerie de portraits des dirigeants. p. mais rarement représentées graphiquement. telles que les naufrages précoces du croiseur « SMS Magdeburg » le 26 août 1914.129 Certaines défaites allemandes. art. 2002. « Kriegswaffen – Strategie. cit. 134 Ibid. 130 JANZ 2013. Michael. 149. p.redouté dès 1912 la possibilité de grandes batailles navales en raison des risques de lourdes pertes matérielles et ne mirent globalement pas en jeu l’intégralité de leurs flottes durant le conflit. constituaient l’un des exemples les plus fréquemment abordés dans les livres pour enfants comme dans les cartes postales. fut même reconnue par le Times après son naufrage. 291. p. op. Ce sous-marin et son commandant Otto Weddigen. die sich von den industriellen Materialschlachten dieses Krieges abhoben ». Sur les illustrations aux tons pastel qui s’inscrivaient parfaitement dans la continuité de celles d’avant- guerre figuraient soit les bâtiments allemands dans leur grandeur imposante. cet ouvrage était un véritable plaidoyer en faveur de la guerre sous-marine à outrance132 et célébrait les exploits des commandants . 215- 223. Deux exemples extraits de Deutsche U-Boot-Taten. Deutungsmuster heroischer Männlichkeit in Deutschland 1813- 1945. « Der Traum von der Seeschlacht ». .134 Le sous-marin allemand émergeait majestueusement des profondeurs [84]. correspondait aux « exemples chevaleresques et héroïques qui tranchaient avec les batailles d’artillerie industrielles de cette guerre »131 et qui étaient appréciés par l’opinion publique mondiale. cit. le plus « efficace » et prestigieux de son temps.. 133 SCHILLING.. cit. Willy. Schöningh. qui parvint sous le commandement de Karl von Müller à couler vingt-trois navires marchands et deux bateaux de guerre en moins de deux mois. rappelant des toiles d’autres peintres de marine 129 EPKENHANS.

« Der Traum von der Seeschlacht ». Le torpillage de ces trois navires suscita d’autant plus la fierté allemande que la marine avait l’impression de venger la perte des trois croiseurs torpillés par les forces anglaises au large de l’archipel d’Helgoland fin août 1914. Outre l’iconographie traditionnelle des livres. même dans les écoles de jeunes filles. [1915]. GLEICH. 136 SONTHEIMER. J.. cit. art. Alors que Willy Stöwer préféra mettre en avant le naufrage du premier croiseur touché. Ein Malbuch für die deutsche Jugend.136 cet affrontement était commodément associé au combat de David contre Goliath.135 Néanmoins. La vue du naufrage imminent d’un des trois croiseurs anglais. sur l’illustration suivante [85] contribuait à accentuer le prestige de l’équipage allemand. Cette grandeur de l’ennemi renforçait le mérite et l’héroïsme de l’Allemagne. dir. succinct. Ravensbourg. « Aufbau und Untergang der Kaiserlichen Flotte. renforçait cette impression solennelle. Jürgen. par Jean-Paul CAHN / Bernard POLONI / Gérard SCHNEILIN. Maier. 138 PUST 2004. in : Le Reich allemand du départ de Bismarck à la Première Guerre mondiale 1890-1914. l’« Aboukir ». de renommée internationale. avait servi de référence à la politique navale du Reich depuis la fin du XIXe siècle. op. Face à une double supériorité numérique (la flotte britannique était plus forte que son équivalente allemande au début de la guerre. Ce choix de l’illustrateur renforçait la dynamique de l’image et la puissance allemande. Michael.138 Comme les scènes d’assauts précitées. familiarisés avec les différents modèles de navires. Unsere Marine im Kampf. d’autre part). Cette dimension pathétique rappelait la peinture historique et exaltait la guerre autant qu’elle invitait au voyage et à l’évasion. « U-Boot- Krieg ». Le titre. Ein Malbuch für die deutsche Jugend. op. le « Hogue » et le « Cressy ». Ravensbourg.. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009. Michael. le lecteur savait d’après le texte que les deux autres navires. d’une part. cit. qui devait conduire les dirigeants allemands à surestimer la force stratégique des sous- marins. les images reproduites en couleurs puis en noir et blanc [86] [87] s’inspiraient de l’imagerie populaire [88]. allaient également être détruits. La flotte britannique. 137 GLEICH. Der Seekrieg. cette victoire. coulé par les Allemands le 22 septembre 1914. et le « U9 » parvint à couler trois navires. Nantes. laissant assez de place à l’arrière-plan pittoresque duquel se dégageait un coucher de soleil à l’horizon. 1897-1918 ». cit. pp. 177 . 179-188. J. Les jets d’eau spectaculaires provoqués par l’explosion des torpilles percutant leur cible conféraient une dynamique à des scènes 135 EPKENHANS.. Éditions du temps. des albums de coloriage entièrement consacrés à la flotte de guerre137 contribuaient à approfondir les connaissances techniques des enfants qui étaient dès l’avant-guerre. Maier. pp. avait été grandement due à l’imprudence de l’amirauté anglaise. ROHWER. [1915].tels que Hans Bohrdt. Dans de telles images les navires étaient généralement de taille relativement réduite. 931-934. 2003.

qui dépassèrent les espérances allemandes. Francfort/Main.. cit. Manon.140 Cette même fierté nationale que suscitaient les dirigeables trouvait sa place dans les livres pour enfants. 1982. Comme l’indiquait le titre de cette illustration grand format. « ‘Kindermörder’. déçurent les attentes. un journal de guerre du premier août 1914 au 29 no- vembre 1918) : HAFFNER 2004. Le zeppelin flottant dans les nuages [89]. Les amirautés ne voulurent pas mettre en jeu leurs flottes dans une mer chargée de mines qui auraient pu les détruire en quelques heures. 1985. 144 SÜCHTING-HÄNGER. la politique navale fut peu déterminante. 140 EPKENHANS. MIHALY. « Aufbau und Untergang der Kaiserlichen Flotte. elle vivait chez sa grand-mère et tint. 1897-1918 ». Der Schrecken unserer Feinde. Paderborn. Rowohlt. 143 HUGGETT.. suscitaient une fascination bien supérieure aux tranchées. Die Luftangriffe auf Paris. nettement sous-représentées durant tout le conflit. Die Luftangriffe auf Paris. Seuil. PIGNOT. 142 SÜCHTING-HÄNGER. Vom Dreißigjährigen Krieg bis zu den Kindersoldaten Afrikas. cit. pp. Londres. 1984. 2012.142 Les plus petits étaient terrifiés. Growing up in the First World War. « ‘Kindermörder’.. Les navires rouillèrent dans les ports. conforme à la légende d’une guerre riche en rebondissements telle que l’on voulait la raconter aux jeunes lecteurs. 139 BENDELE. Hambourg. op. Paris.141 incarnait les espoirs allemands du début du conflit. 2010 (1e éd. Ferdinand Schöningh. op. Tant dans l’imagerie que dans les livres pour enfants. L’attaque sur Londres du 31 mai 1915 fit sept victimes. 141 « Diemer. Fribourg. par Dittmar DAHLMANN. Klaus Mann (né en 1906) et Elfriede Kuhr (orpheline de père de naissance et âgée de douze ans en 1914.figées et sans perspective. Kind dieser Zeit. cit. Kopf und Körper. les commentaires se limitaient généralement à des considérations d’ordre stratégique rappelant les comptes rendus militaires que les enfants lisaient entre 1914 et 1918. 2000. Renée. in : Kinder und Jugendliche in Krieg und Revolution. ainsi que les succès des premiers mois de la guerre sous-marine à outrance de février-avril 1917. Jo (KUHR. Andrea. Ullstein. vol. mais aussi fascinés par les apparitions nocturnes de ces engins mystérieux.da gibt’s ein Wiedersehen! Kriegstagebuch eines Mädchens 1914-1918. Elfriede).143 Mais les dirigeables. Andrea. Allons enfants de la Patrie. dans une moindre mesure. Ulrich. Kerle Verlag. arme intrigante. Krieg. les dirigeables suscitaient essentiellement la peur des populations londonienne et parisienne (quoique les premiers bombardements de Paris en août 1914 fussent réalisés par des Tauben). Voir par exemple les témoignages de Sebastian Haffner. 178 . dir. Klaus. cit. Bastford Academic and Education- al. Lernen für das Leben – Erziehung zum Tod. 73-92. largement relatés dans la presse. navales et. aériennes. sur les conseils de sa mère. Dès 1916 les autorités militaires comprirent que les avions seraient plus efficaces. Michael Zeno ». Michael. 235. art. MANN. . London und Karlsruhe im Ersten Weltkrieg und ihre vergessenen Opfer ». représenté par le peintre d’histoire Michael Zeno Diemer. Génération Grande Guerre. p. dont trois enfants et un nourrisson. qui persistèrent jusqu’en 1918. art. 1967).144 Ces scènes héroïques d’assauts et ces batailles terrestres. 9.139 Exceptés ces quelques exploits. in : THIEME / BECKER 1979-1990. London und Karlsruhe im Ersten Weltkrieg und ihre vergessenen Opfer ».

Elles conservaient une symbolique patriotique d’autant plus forte qu’elles avaient été prépondérantes dans l’iconographie des guerres d’unifications. p. due aux succès des troupes allemandes et austro-hongroises sur les Russes en Pologne et en Galicie. Pour cette raison. La Grande Guerre et la naissance de la modernité. L’entrée en guerre de la Bulgarie aux côtés des Puissances centrales en octobre 1915. comme les adultes. la différence fondamentale résidait dans le texte. les destinataires de ces images héroïques surannées au pouvoir stabilisateur. cit. pp. comme dans l’ouvrage Soldatenleben im Frieden und Krieg. « […] le principe de la guerre d’usure – épuiser l’ennemi par l’autosacrifice. Alors que dans des productions du début du conflit [91] les commentaires continuaient à exalter la vie au grand air. das ist der Krieg!’ Zur Militär. 186. Plon. Dans ce cas. « ‚Ja. Ainsi ces images entretenaient-elles un enthousiasme national et guerrier. in : ROTHER 1994.Comme l’a souligné Modris Ekstein. toutes ces compositions épiques structuraient un imaginaire de la guerre formé de longue date et dont les contemporains n’allaient pas faire table rase à une époque de profonds bouleversements.. Parmi les illustrations-types d’avant-guerre étaient également reprises celles des bivouacs. les assauts. la Première Guerre mondiale ne signifia pas la fin de la peinture historique.146 2) Des scènes de genre insouciantes et rassurantes Les scènes de genre faisaient partie des invariants de la littérature pour enfants. 179 . 1991. Après deux 145 EKSTEINS. y était vue comme un moyen redoutable de vaincre la Serbie. 148 Notons que cet ouvrage est en partie identique à un autre livre édité par Scholz : MÜLLER- MÜNSTER. Paris. Mayence. [1916]. dans la guerre et en subissaient les conséquences au quotidien. voire matériellement. Les enfants étaient investis intellectuellement. cit. les attaques de cavalerie.147 Typique de l’iconographie des cartes postales. op. À cet égard. 147 BECKER 2001.148 paru en 1916 [91a]. Le Sacre du Printemps. les slogans adoptèrent progressivement un ton plus belliqueux. 241-258. Modris. ils étaient. Ekkehard.145 était moins attrayant.und Schlachtenmalerei im Kaiserreich ». au lieu de l’écraser par une action spectaculaire ». Les combats à la baïonnette. Scholz. le cliché de la sentinelle solitaire qui veillait paisiblement sur les foyers dans un décor enneigé [90] soulignait la ténacité des combattants et donnait une image stylisée et rassurante de la guerre. 146 MAI. Wilhelm. les prises de drapeaux ou encore les sentinelles qui montaient la garde dans la forêt. op. Die Musik kommt! Bilder aus dem Soldatenleben. Franz / KOTZDE.

ils pouvaient susciter l’empathie ou. Quoique prisonniers. 152 Voir par exemple les deux rééditions d’un Soldatenbilderbuch de Schreiber : Soldaten-Bilderbuch. 210. plus rarement. l’ennemi conservait parfois un aspect humain et respectueux. L’arme de la caricature : ridiculiser l’ennemi et justifier la guerre. le Reich fit plus de deux millions et demi de prisonniers dont les conditions de vie fluctuaient. En raison de l’enjeu que représentaient la propagande alliée et les opinions publiques étrangères. tels que Freunde und Feinde. Ainsi que : Auf in den Kampf!. les Russes vivaient de manière plus spartiate. Certaines images « pleines ». p.153 exprimaient désormais un schéma de pensée manichéen. Les expériences variaient selon leur nationalité : alors que les Français recevaient des colis de leurs familles. op. p. Au total. renforcé par la valeur documentaire de la légende (« Cette image montre des prisonniers français et russe »). p.154 149 JANZ 2013. et les soldats furent davantage sujets au typhus et à la tuberculose. furent également (ré)édités après 1914. inspirés de l’uniformologie.152 Seuls les titres. mais l’approvisionnement se dégrada. faire l’objet de mauvais traitements. S. Schreiber. à l’instar des combattants russes et français (toujours représentés vêtus de leur uniforme rouge garance) [92].[sslingen]. ces soldats. E. 153 Freunde und Feinde. Schreiber.150 Présentés comme des « spécimens » au visage sans expression. 2e éd. elle fut battue à plate couture par les troupes allemandes et austro-hongroises début novembre 1915 en quatre semaines. signe de leur impuissance militaire. [1914] . [1915].149 Dans la continuité des représentations d’avant-guerre. 189 . [1915]. op. leurs conditions de détention s’améliorèrent à partir de 1915. ils suscitaient la curiosité et non le rire ni la haine.[chreiber]. Le conflit allait néanmoins partiellement bouleverser cette culture visuelle traditionnelle de l’enfance. cit. subissaient un traitement iconographique « objectif ». Synonymes d’exotisme ou de fascination pour les civils. 3e éd.151 Des livres représentant des soldats. ainsi qu’au chapitre 4. [Schreiber. 180 . 151 FLEMMING / ULRICH 2014. Esslingen. cit. Für kleine Krieger. 154 Se référer dans ce chapitre à : 1) La guerre à hauteur d’enfant. [1915]. Dans tous ces ouvrages la représentation de la guerre restait dominée par des personnages adultes.échecs de l’armée austro-hongroise. Esslingen]. [1915]. » Unsere Gefangenen. Soldatenbilderbuch. Mais des éléments de l’armée serbe qui avaient fui en Grèce avec le gouvernement purent continuer à combattre aux côtés des Alliés. avaient pour but de familiariser les enfants aves les uniformes des ennemis. rappelant l’imagerie populaire. 4. 150 « Dieses Bild zeigt einen französischen und einen russischen Gefangenen. [1915]. Esslingen.

158 Ils ne devaient représenter qu’une part mineure de la société. Wolfgang. « Kriegsbilder: Die Bildende Kunst und der Mythos der Kriegsbegeisterung ». tout au long de la guerre. WINTER 2008. HAFFNER 2004. op. 160 « Schlüsselszene ». il existait un décalage de plusieurs mois entre. d’autre part. 389. figura au cœur des récits de guerre tout au long du conflit. cit. Cette expérience était au contraire commune à toutes les classes sociales. dont les parents possédaient une propriété en Poméranie. p. Von Krieg zu Krieg. 2000.155 certaines scènes de genre permettaient de mettre en avant les premières semaines du conflit et d’entretenir. la légende de l’euphorie patriotique d’août 1914.161 La séparation avait lieu à la gare ou au village. Kindheit von 1914 bis 1944 zwischen Weser und Hunte. Berlin. art. d’une part. Ducker & Humblot. op.159 Contrairement aux textes. pp. Syke. in : Kriegsbegeisterung und mentale Vorbereitung. Ralf. 156 KRUSE. devant la maison familiale. Yale University Press. op. La mobilisation des premières semaines. cit. était mentionné dans les textes. in : BECKER 2001. Ibid. L’étonnement des enfants. La plupart des enfants des campagnes travaillaient aux champs. d’autant plus qu’il constituait l’un des souvenirs marquants que les enfants conservaient de la guerre. VOGEDING. accentuaient la légende. An Experimental History of the Twentieth Century. surpris par les hostilités au moment des vacances d’été pour la plupart. 89-112. Londres. op. cit. De façon comparable à l’imagerie d’Épinal. Kreismuseum Syke. « Kriegsbegeisterung? Zur Massenstimmung bei Kriegsbeginn ». ce que l’on a longtemps présenté comme l’enthousiasme d’août 1914.156 Comme pour les représentations a posteriori d’une guerre de mouvement. Thomas. cit. cit. concentrées sur les grandes places publiques. Elles 155 WINTER.157 et. Les illustrations représentant des femmes agitant leur mouchoir sur le quai [93] ou apportant du café aux soldats rappelaient les nombreuses photographies de trains sur lesquels des inscriptions écrites à la main par des soldats révélaient l’euphorie et la confiance en une victoire rapide. 159 HUGGETT 1985. 1991. Le motif de la séparation. Les photographies d’époque. les illustrations se concentraient autour du départ insouciant des hommes. Voir aussi : JANZ 2013. 161 KOHUT. A German Generation. 158 L’auteur souligne non sans ironie que cela constitua la plus grande peine que lui causa la guerre. 2012. cit. 181 . par Marcel VAN DER LINDEN / Gottfried MERGNER.. « scène-clé »160 de l’imagerie des guerres d’unification inspirées de la peinture de genre bourgeoise. comme Sebastian Haffner. Ce bouleversement était parfois mal vécu par les enfants issus de milieux favorisés ayant pour habitude de partir avec leurs parents dans leur résidence de villégiature. Jay. New Haven. aujourd’hui largement nuancé. VERHEY 2000. 157 Ce phénomène se limitait surtout aux milieux intellectuels et à la jeunesse bourgeoise des grandes villes. cit. la mise en place de ce discours dans les livres pour enfants après novembre 1914. suscitait l’émotion chez le spectateur tout en le rassurant par son caractère familier. envisagée avec optimisme et légèreté. op. op. dir.

378. und 20. L’harmonie des couleurs. dir. cit. SEGAL. art. protégés de l’espace public de la rue réservé aux soldats). la disposition des personnages (les civils dans le jardin ou tout au plus au seuil du portail. conforme à la propagande de guerre. « Krieg als erlösende Perspektive für die Kunst ». Der Ausmarsch [95]. qui marquaient une étape de la vie comparable au baptême ou au mariage. Künstler und Schriftsteller im 1. Les titres et brefs commentaires parfois issus de chansons de soldats (Will’s Gott.164 l’iconographie des livres de guerre pour enfants marquait un retour aux représentations traditionnelles afin de contrecarrer les traumatismes qu’ils avaient vécus : départ du père. op. Krieg und Medien im 19. op. cit. larmes de la mère. Winter Verlag. Munich. Joes. Die Rolle der Intellektuellen. KUHR 1982. En outre. comme le décrivaient le texte et une illustration [97] de l’ouvrage Was der kleine Heini Will vom Weltkrieg sah und hörte. Muss i denn. tous ces éléments conféraient à ces scènes une aura idyllique. Oldenbourg. l’optimisme triomphait toujours. elles acceptaient toujours en fin de compte le sacrifice des hommes. Loin de s’appuyer sur les vi- sions apocalyptiques des avant-gardes modernes. vol. Jahrhundert. pp. La place de la nature était davantage prononcée dans les scènes de séparation qui se déroulaient dans des villages de campagne [95]. cit. Les influences de la peinture de paysage. 165- 170. Das Entsetzen des Beobachters. « Heimatkunst. de telles images exaltaient l’unité de la communauté nationale. 1996. Heidelberg. 182 .étaient surtout semblables aux motifs des cartes postales. Wolfgang. parfois même exode temporaire ou prolongé face à l’arrivée de l’ennemi en Prusse-Orientale. 164 KÖPPEN. non sans lien avec l’héritage du Bie- dermeier et celui du courant conservateur du Heimatkunst qui exaltait l’intériorité que suscitait la nature. la prédominance des tons verts relaxants. 2005. Weltkrieg. p. Les mouchoirs et les tabliers blancs des jeunes femmes flottant dans le vent étaient un artifice récurrent qui suggérait l’insouciance et la légèreté de la séparation.163 y jouaient un rôle de premier plan. telles que les illustrait le peintre Brynolf Wennerberg162 [94]. Même lorsque des femmes pleuraient au départ de leur fils ou de leur époux.. 35. in : Kultur und Krieg. La similitude avec l’iconographie des cartes postales y était encore plus frappante [96]. cit. Die Entdeckung von Volkskunst zwischen Heimatwerk- Bewegung und Volkswerk-Forschung ». par Wolfgang MOMMSEN / Elisabeth MÜLLER-LUCKNER. in : THIEME / BECKER 1979-1990. op. contrastait avec la multitude des émotions que suscitait en réalité 162 « Wennerberg. gekrönt mit Sieg [93]. Manuel. so sehen wir euch wieder / Bedeckt mit Ruhm. Muss i denn zum Städtele hinaus [96]) banalisaient l’horreur de la guerre. désordre de la structure familiale. 165 PIGNOT 2012. 163 BRÜCKNER. Une telle mise en scène de l’euphorie patriotique d’août 1914. Brynolf ».165 Dans ces scènes urbaines ou champêtres d’enrôlement.

1992. in : SPILKER / ULRICH 1998. elle participait également d’une historicisation des événements. aux côtés d’un vétéran de 1870. 168 LIPP. par Wolfram WETTE. Göttingen. « »Macht der Maschine« . Ancrée dans les représentations d’avant- guerre.171 Ces images interpellaient le désir d’évasion partagé par de nombreux jeunes gens qui s’engagèrent volontairement. Eine Mi- litärgeschichte von unten. Cette fonction commune explique la convergence des motifs avec les cartes postales. cit. 110-126.la mobilisation et contribuait à légitimer la guerre alors même que l’union sacrée commença à se déliter dès les premiers mois. et faisaient écho aux espoirs de régénération nationale que la guerre suscitait aussi bien à gauche que dans les milieux nationalistes. « Mission ohne Ziel. fleur au fusil. pp.Mythen des industriellen Krieges ». ZIEMANN. in : Der Krieg des kleinen Mannes. 2003. La guerre ne fut par conséquent pas exclusivement à l’origine d’une cul- ture qui se serait cristallisée en août 1914. pp. Anne. Frank. Bernd. Le défilé d’un jeune garçon. édités seulement fin 1914. Benjamin. Meinungslenkung im Krieg. 95-109. Thomas KOEBNER / Rolf-Peter JANZ / Frank TROMMLER. Thomas. op. pp. comme les manuels 166 VERHEY 2000. Der Mythos Jugend. 1985.. « Der Gesinnungsmi- litarismus der ‘kleinen Leute’ im Deutschen Kaiserreich ». cit. 171 ULRICH. BECKER / KRUMEICH 2012.169 Leur âge comme leur nombre. reconnaissable à sa moustache et sa barbe blanches. Kriegserfahrungen deutscher Soldaten und ihre Deutung 1914-1918. Über den Kult der Jugend im modernen Deutschland ».167 Le motif des engagés volontaires permettait également de cultiver la légende de l’euphorie patriotique d’août 1914 [98]. pp. cit. op. rassurante tant pour les soldats que pour les enfants. Munich. les livres pour enfants. dir. Par le biais de références historiques. cit. 170 MOSSE 1999. op. Francfort/Main. ROHKRÄMER. 167 PUST 2004. in : WETTE 1992. Vandenhoeck & Ruprecht. cit. Alors que les images des soldats âgés révélaient l’aura des anciens combattants de 1870 dans la société wilhelminienne.170 furent néanmoins largement exagérés. 14-49. op. « Die Desillusionierung der Kriegsfreiwilligen von 1914 ». 183 . 3) Historicisation du conflit Les représentations héroïques précitées trouvaient leur équivalent dans les textes. JANZ 2013. 169 TROMMLER. 176-189. op. les jeunes engagés volontaires contribuèrent à forger le mythe de la jeunesse. op. Piper. cit. les livres illustrés et les manuels scolaires.168 constituait une mise en scène supplémentaire de la communauté nationale soudée par les armes et un même élan patriotique. Cette iconographie désuète qui puisait dans les représentations traditionnelles d’avant-guerre et cultivait la légende de l’enthousiasme d’août 1914 s’inscrivait en dé- calage avec le rythme de parution des livres de guerre pour enfants. Suhrkamp. in : ›Mit uns zieht die neue Zeit‹. à l’instar du mythe de Langemarck. cit.. mais persista tout au long des hostilités en raison de sa dimension rassurante et stabilisatrice. op.166 Le motif de la séparation ainsi traité cultivait l’illusion d’un arrière immuable.

Klartext. organisé par l’Institut français d’histoire en Allemagne le 14 mai 2014 à Francfort-sur-le-Main : http://hsozkult. « Die zögerlichen Deutschen. Schnell. PLANCK. 351. 12-13. cit. occupe de nos jours une place restreinte dans la mémoire collective allemande.175 Après la défaite de 1918 et son instrumentalisation par les nationaux- socialistes. n° 5. 30 décembre 2013. Organisées à l’initiative des Länder.01.de/2014/01- 03/Themenausgabe/index.178 Si la mythologie et le passé germaniques étaient convoqués.scolaires.. 175 Voir par exemple : ANKER.172 inscrivaient le conflit dans le prolongement du passé national et lui conféraient ainsi une légitimité. Nationalsozialismus und Erster Weltkrieg. op.2014] 178 Voir entre autres : KRUMP. Essen. Marx. la grande gêne ». « Le centenaire de la Première Guerre mondiale dans la relation franco- allemande ». op. 184 . [1914]. Helene. cit. des événements hors du commun qui marqueraient leur personnalité et dont ils seraient les derniers témoins une fois la génération de leurs parents disparue. Bilder aus dem großen Kriege 1914/15. d’ordre principalement culturel. sont néanmoins riches. se référer dans le chapitre 6 à : B. PUST 2004. Consulté le 20. Hans. 173 Concernant la valeur mémorielle des ouvrages patriotiques. Ein deutsches Volks. Hanns / MÖLLER. 2013. [1916]. Sébastien. Der grosse Krieg. Kleine Buben und der große Krieg. Gerd. « Allemagne 14-18.html. Molling & Comp. comparée à celles d’autres pays comme la France. Voir aussi le compte rendu du débat entre An- toine Prost et Gerd Krumeich. Des livres pour faire face à la lassitude de la guerre. n° 1-3. victorieuse.revues. presque exclusivement vu comme la matrice de la Deuxième Guerre mondiale et de la violence du XXe siècle. WEINRICH 2013.und Kinderbuch mit Bild und Versen. Consulté le 28.org/7406?lang=de. Hanovre. 2010. intitulé La Première Guerre mondiale dans les mémoires française et al- lemande. [En ligne : http://www. Nuremberg. op. [En ligne : http://ifha. in : Libération. [1915]. Ce discours porté par la littérature révèle selon nous l’enjeu mémoriel que représentaient les jeunes générations pour l’avenir de la nation. Warendorf in Westfalen. pp. in : Revue de l’Institut français d’histoire en Allemagne. in : Das Parlament. Nister.176 ce conflit. Gerd Krumeich et Étienne François entre autres. « l’esprit de 1914 » s’inscrivait avant tout dans ceux de 1813 et 172 BENDICK 1999. La conjonction des images et des textes contribuait à une historicisation de la guerre. 3-4 mai 2014.das-parlament.2014] VERSIEUX. Haltet aus im Sturmgebraus.07. Gedenken ». 177 BERTRAND. Willy. cit. qui est peu usité aujourd’hui bien qu’il soit repris par des historiens pour souligner l’ampleur du conflit.geschichte. 174 JANZ 2013. L’enjeu consistait à faire comprendre aux enfants qu’ils vivaient un « moment historique ».173 Le terme de « Grande Guerre » (Großer Krieg).174 soulignait dans les livres pour enfants l’importance historique des hostilités. op. PAGÈS. la retenue des acteurs politiques au niveau fédéral à l’heure de la commémoration du centenaire du début du conflit est révélatrice de ce faible intérêt et de cet héritage symboliquement complexe. 176 KRUMEICH. les commémorations.de/tagungsberichte/id=5589.177 Regrettée par certains historiens. à travers des références à Siegfried ou à la bataille d’Arminius contre les légions romaines dans la forêt de Teutberg. Nathalie. cit. p.hu-berlin.

in : EISEN 1914-15. op. cit. 181 GLAESER 1961. les forces conservatrices avaient continué à se rassembler pour faire face à ce parti. mais aussi sur leur gravité et leur dureté. la social-démocratie à l’ordre monarchique. Ernst Ohle.182 Selon cette lecture.181 Au centre de ce discours figurait l’exaltation de « l’unité nationale allemande ». à appeler les enfants à la ténacité. les libéraux de gauche et la social-démocratie. Franz. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. cit. EISEN. Verlag K. Heidelberg. Les sociaux-démocrates s’étaient alors montrés. Gladbach. 3 (préface). op. Was der Krieg unsere Schulkinder lehrt. A. cit. puis. malgré l’échec du projet de loi contre l’anarchie et la social-démocratie (Umsturzvorlage) de 1894.. dans la tradition de la Sammlungspolitik menée par Bismarck et poursuivie par ses successeurs. cit. pp.185 Ces comparaisons historiques visaient à inscrire le conflit dans la continuité du grand récit national et ainsi à renforcer la fierté patriotique. Dusseldorf. Evangelischer Verlag. op. 759-777. qui avait marqué la fin du Kulturkampf. heilige[…] Zeit ». pp.179 Les parallèles les plus fréquents concernaient naturellement les victoires passées. 185 . 183 Cette dernière avait déjà été consolidée au début des années 1890. op. W. Eugen. « ernste und schwere Zeit ».. op. cit.. 1914.1870.. « August 1914 – Kriegsmentalität und ihre Voraussetzungen ». [1914]. cit. op. 3. « Von Bismarck zum Weltkrieg: Das deutsche Parteiensystem zwischen 1890 und 1918 ». 187 « große[…]. 47-60. Adolf / ARNIM. 186 GLAESER 1961. Riffarth. F. Horst. Leipzig. le nouvel empereur avait bientôt intensifié son combat contre la social-démocratie et. op.180 Dans son roman autobiographique Ernst Glaeser a évoqué l’importance qui leur était accordée durant le premier conflit mondial. mais surtout la dimension européenne et l’étendue temporelle des guerres antinapoléoniennes. Thomas. Mais face aux succès électoraux des sociaux-démocrates. Comme l’a souligné Ernst Glaeser. encore plus méfiants à l’encontre de Guillaume II qu’ils ne l’avaient été vis-à-vis de son grand- père. KÜHNEMANN. 184 MÖLLER.187 Ce langage allait dans une certaine mesure structurer par la 179 BECKER 2001. cit. 180 UZARSKI.184 Après ces tensions. 1915. considéré comme subversif. 182 CRONAU-HERBERTS. in : MICHALKA 1994. à mesure que la guerre se prolongeait.. 1914-15. Koehler. p. für die Jugend erzählt. Was sollen unsere Knaben und Mädchen durch den Krieg lernen? Ein Mahnwort an unsere Jugend. Der Weltkrieg. p. des lois antisocialistes ainsi qu’une ouverture envers le Zentrum. avec le Neuer Kurs initié par Guillaume II. An die deutsche Jugend im Weltkriegesjahr 1914.186 les auteurs n’insistaient plus seulement sur la grandeur des événements. selon la stratégie de plus en plus contestée de Bethmann-Hollweg. 185 JARDIN 2005. 183 ROHKRÄMER. la Première Guerre mondiale constituait la troisième et dernière étape de la réalisation de l’unité allemande en renforçant de l’intérieur la communauté nationale. la guerre était considérée comme une opportunité pour faire taire les revendications du mouvement ouvrier et intégrer.

Christliches Verlagshaus. la Ligue des jeunes filles allemandes ou encore les SA. 1996. Hambourg. responsable de la direction de la Jeunesse du Reich (Reichsjugendführung). op. Warum und wofür wir Krieg führen. Geburtstag von Arno Klönne. À cet égard. par Peter Ulrich HEIN / Hartmut REESE. in : Kriegserlebnisse unserer Kinder in Wort und Bild zum bleibenden Andenken an die große Zeit des Weltkrieges gesammelt. cit. 191 CRONAU-HERBERTS 1915. majoritairement les écrits pour la jeunesse. Eine Festschrift zum 65. 190 MOGGE. » STIEVE. Winfried. après 1914. Kontroverse um Schmutz und Schund seit dem Kaiserreich. op. Kaspar.“ Karriere und Nachwirkung eines Liedes 1933-1993 ». MAIER. Francfort/Main. Même vécu à l’arrière. 2012. Für die deutsche Jugend. Composé par Hans Baumann. Campus. 1870 brachte die Einheit. Die Kinder der Massenkultur. 1. à l’exception notable des mauvaises lectures de guerre (Kriegsschundliteratur). 1914 soll uns die Welt bringen. op. une expérience initiatique. MAASE. 101-109. 1914 nous offrira le monde. cit. 1914-1918. pp. « „und heute gehört uns Deutschland. [1915]. supplément au Leipziger Lehrerzeitung. encouragèrent également les lectures de guerre. Friedrich. 194 DONSON 2010. Munich.188 Entre 1914 et 1918 certains auteurs radicaux attribuaient déjà à la Grande Guerre une dimension impérialiste : 189 1813 nous offrit la liberté. Organ der vereinigten deutschen Prüfungs-Auschüsse für Jugendschriften. op. Stuttgart. p. par Hamburger Prüfungsausschuß für Jugendschriften.194 188 NATTER 1999. le conflit était considéré comme un moyen d’apprentissage unique. Es zittern die morschen Knochen. le mouvement en faveur de la littérature de jeunesse autour de Heinrich Wolgast en premier lieu.191 Aux yeux des pédagogues. Schnell. affichait un impérialisme virulent (denn heute gehört und Deutschland und morgen die ganze Welt). cit. éd.193 D’autres spécialistes encore réticents aux sujets guerriers et patriotiques en 1913. 22. 189 « 1813 brachte die Freiheit. Peter Lang. les enfants étaient dès la Première Guerre mondiale familiers de chants agressifs tels qu’ils allaient en entonner quotidiennement dans les Jeunesses hitlé- riennes.. Voir aussi la revue de Heinrich Wolgast : Jugendschriften-Warte. vol. dir. 1870 nous offrit l’unité. « l’école de la guerre »192 promettait de renforcer les vertus soldatesques innées des enfants. 192 « Schule des Krieges ». in : Kultur und Gesellschaft der Bundesrepublik Deutschland. New York. 15. Francfort/Main.. 186 . op. par exemple. 193 KÜSTER 2008. par L. Des multiplicateurs déjà favorables à la littérature de guerre pour enfants avant 1914. EISEN 1914-15. s’investirent activement dans le champ de bataille littéraire de la Grande Guerre en soulignant l’opportunité qu’elle représentait pour le renouvellement de l’« art allemand ». [1916]. p. cit. dir.190 Tant les illustrations inspirées de la peinture d’histoire que le discours textuel ancraient la guerre de 1914-1918 dans la continuité des guerres du XIXe siècle tout en lui conférant une force régénératrice cruciale pour la socialisation des enfants. cit.suite le discours national-socialiste. en premier lieu le Dürerbund.

de devoir et de discipline. édition du soir. « Zehn Gebote einer Kriegspädagogik ». « Les thèmes de la propagande allemande en 1914 ». Dimension performative de la littérature illustrée : mobilisation de l’arrière. entre autres p. dont la caractéristique résidait dans l’usage de rimes plates. p. 23. Malgré la radicalisation des hétéro-images qu’elle véhiculait. op. 199 Se référer au chapitre 5. 187 . op. DONSON 2010. op. pp. Theobald. 198 ZIEGLER. Revue trimestrielle d’histoire. Prédominance des auto-images : idéalisation du front entre modernité et tradi- tion. cit. 3-16. elle devait. couplées à un discours belliqueux. la multiplication des images héroïques. 1. Le revirement de certains maîtres d’école et critiques littéraires en faveur du livre de guerre ainsi que la production croissante d’ouvrages patriotiques signifièrent une victoire de la pédagogie de guerre. in : Guerres mondiales et conflits contemporains. nous le verrons. cit. op. employées dans de nombreux ouvrages.199 Outre l’engouement pour la guerre qu’elle suscitait. La célébration de la fin du « siècle de l’enfant » dans le dixième 195 NATTER 1999. op. de Gutenberg au programme de l’Aufklärung en passant par Luther. soulignaient également leur origine germanique. avril 1988. cit.198 Ils se caractérisaient par un nationalisme exacerbé et prônaient des fêtes pour les victoires et la lecture quotidienne de comptes rendus militaires. 196 DEMM.197 La mobilisation littéraire allait ainsi de pair avec une mobilisation morale. WEINRICH 2013. plus les jeunes générations étaient exhortées à respecter les valeurs de sens du sacrifice (matériel et émotionnel). cit. dont le philosophe Theobald Ziegler avait formulé les « dix commandements ». Les Knittelverse. 10. Partiellement influencés par les courants les plus conservateurs de la critique de la civilisation moderne. le livre. les ouvrages de guerre pour enfants devinrent les vecteurs de cette pédagogie. MOSSE 1999. 197 Se référer au chapitre 6. accentuait la militarisation de l’espace littéraire enfantin et contribuait sans doute en partie à une brutalisation secondaire200 des jeunes lecteurs. Au-delà de la sphère scolaire. p. op. cit. n° 419.195 contribuait à cette mobilisation culturelle sans précédent.196 Plus les années passaient. ainsi que les écritures Sütterlin et gothiques.. cit. 271. symbole de la germanité. in : Schwäbischer Merkur. p. MOMMSEN / MÜLLER-LUCKNER 1996.09. Eberhard. DONSON 2010.1914. n° 150. les livres de guerre pour l’enfance et la jeunesse alimentèrent indirectement la guerre des idées telle qu’elle opposait la Kultur allemande à la civilisation française. 200 Selon le terme employé par certains historiens en référence à l’étude de George Mosse. 331. Dans ce contexte. davantage familiariser les jeunes générations avec les grands hommes et les événements du conflit que transmettre une haine de l’ennemi.

s’inscrivaient dans la tradition de la peinture de bataille. New York. cit. C. The United States and German Central Europe in comparative Perspective. Schneider Verlag. revisitant les représentations canoniques tout en s’appuyant sur des formes iconographiques qui existaient déjà avant 1914 dans la littérature pour enfants sans rapport avec les sujets guerriers. par Dirk SCHUMANN. 188 . Les titres. Meike Sophia. La guerre représentée d’après les canons traditionnels tels que nous les avons analysés était encore faite par les adultes. après l’expérience des systèmes totalitaires) la priorité à l’épanouissement de l’enfant en rejetant les punitions corporelles. n° 60. 2003 (1e éd. dir. Malvorlagen für die Jugend [99]. Hohengehren. in : Raising Citizens in the « Century of the Child ». in : Klassiker und Außenseiter. Der Krieg und die Schule. 1. 139-155. 12.commandement de Theobald Ziegler201 ainsi que dans de nombreux écrits pédagogiques202 était particulièrement symptomatique de cette militarisation. Gladbach. Berghahn Books. 202 Voir à titre d’exemple : WEICKEN. D’autres figures et formats apparurent. Der Weltkrieg. les pédagogues de guerre réaffirmèrent les principes d’une éducation sévère marquée par l’autorité masculine et le baptême du feu. La pédagogue suédoise pacifiste y prônait un modèle matriarcal ainsi qu’une redéfinition des rapports intergénérationnels et accordait (non sans mettre en avant des idées eugénistes qui n’avaient toutefois pas la valeur que l’on pourrait leur accorder aujourd’hui. Carolyn. par Klaus-Peter HORN / Christian RITZI. pp. Franz. Pädagogische Veröffentlichungen des 20. KAY. « How should we raise our son Benjamin? ». celle des jeunes enfants. 2001). Le siècle de l’enfant. édité au moins quinze fois à 30 000 exemplaires jusqu’en 1911. « Zehn Gebote einer Kriegspädagogik ». 2010. Theobald. « Ellen Key: Das Jahrhundert des Kindes. p. 203 BAADER. en particulier p. l’ouvrage d’Ellen Key. [1915]. avait connu un succès retentissant. dir. L’adaptation des images héroïques traditionnelles au format des albums de coloriage constituait l’un des aspects ludiques de cette culture en évolution et propre à la guerre. pp. D’autres éléments iconographiques vinrent se greffer sur ces fondements.203 En réaction. 105-121. Avant-guerre. art.. Les ouvrages de guerre pour enfants s’inscrivaient dans la continuité des représentations héroïques et stylisées du début du siècle. Évolutions vers une culture de guerre ludique 1) La guerre à hauteur d’enfant Ces formes ne répondaient pas nécessairement aux critères des pédagogues de guerre et initièrent la mobilisation d’une nouvelle catégorie de lecteurs. Volksvereins-Druckerei. Jahrhunderts. ». Oxford. mais les supports révélaient un 201 ZIEGLER. Au cours du conflit les personnages des livres pour enfants évoluèrent. comme Schlachtenbilder.

Schreibers Anleitung zum Vorzeichnen für Eltern und Lehrer. Schreiber. L’invention du jeune enfant au XIXe siècle. 207 RIES 1992. cit. 205 GÖHL. De la salle d’asile à l’école maternelle.und Jugendbuchs im deutschsprachigen Raum 1871-1914.207 Schreiber entretenait depuis 1905 des contacts avec une association d’instituteurs dresdois qui collabora à la réalisation de cette série. 127-158. dir. 146. 1997. Wenner. par le biais du coloriage et du découpage. 1992. Th. Paris. [1915-1916]. op. Geschichte und Ästhetik der Original. Flotte und Krieg de sa collection Schreibers Anleitung zum Vorzeichnen für Eltern und Lehrer205 eut un franc succès. Jean-Noël. Hahnsche Buchhandlung. Flotte und Krieg. cet unique numéro en lien avec la guerre fut le seul à être épuisé.204 Comme Stroefer et Scholz.und Drucktechniken. in : Leben abseits der Front. par Olaf MUßMANN. La « guerre transposée dans l’enfance ». Esslingen.211 dont les enjeux symboliques ont été analysés par Stéphane Audoin- Rouzeau. op. Encore davantage qu’avant 1914. « ‚Vaterlandsverteidiger bis zum Jüngsten hinab‘ – Die hannoversche Jugend zwischen Kriegsdienst und Disziplinierung 1914-1918 ». GROTJAHN. le numéro Heer. 206 WABW B91 Bü505. n° 9. 209 PUST 2004. Das Bildangebot der Wilhelminischen Zeit. 1992. Hannoverscher Alltag in kriegerischen Zeiten. [1981]. p. non paginé. Ein Stück deutscher Kulturgeschichte. Schreiber était connu pour ses albums de guerre à colorier. Karl-Heinz. 211 AUDOIN-ROUZEAU 2004. Hanovre. des obus et des croix de fer au cours élémentaire (Unterstufe) ainsi que des fusils. pp. comme ses nombreuses planches de soldats à découper. Parmi tous les fascicules. cit. Belin.206 L’intitulé de la collection montrait la convergence de certaines activités scolaires et extrascolaires. 140. jouer à la guerre était 204 RIES. Internationales Lexikon der Illustratoren. p. 189 .. Les productions précitées [86] [87] d’Otto Maier matérialisaient également la parenté entre ces albums et les jouets. le goût de l’enfance pour l’imitation et la création. des bateaux et des sous-marins en moyenne section (Mittelstufe). L’une des évolutions majeures dans le traitement des sujets guerriers à partir de 1914 résidait dans l’apparition de personnages enfantins. op. Otto. Ces fascicules s’adressaient aux maîtres et aux parents afin qu’ils pussent proposer aux enfants des dessins à imiter. 210 LUC. Esslingen. Illustration und Illustratoren des Kinder.208 Alors que cela ne semblait pas avoir été le cas dans les écoles pour jeunes filles avant 1914. D’après les nombreuses recensions conservées par l’éditeur. Hans. reflétait la mobilisation intellectuelle et morale des enfants ainsi que les attentes des adultes envers eux. 208 BORST. Osnabrück. Heer. cit.209 Ces objets ludiques visaient à « satisfaire. Schreiber. leur contenu était probablement d’autant mieux assimilé. »210 De ce fait..effort nouveau en vue de familiariser les enfants avec la guerre de manière plus divertissante. les aspects techniques du conflit étaient désormais abordés dans les cours de dessin : les garçons comme les filles dessinaient des drapeaux. Dem Verlag Schreiber zum einhundertfünfzigsten Geburtstag.

« Kitsch ». 324-330. Uwe. pp. Il s’inscrivait en contradiction avec les principes de la pédagogie de guerre. Jugen- dliches Seelenleben und Krieg. Leipzig.212 avait une fonction rassurante pour les adultes. 215 FLECKNER. L’entrée en guerre de ces deux pays aux côtés de la Duplice. ROTHE. répondait en partie aux exigences esthétiques et pédagogiques mises en avant dès l’avant-guerre par un certain nombre de critiques littéraires et de maîtres. Schulwissenschaftlicher Verlag A. Elles étaient désormais mises au service du discours patriotique. Paris. Prag. Les drapeaux. « l’enrôlement graphique des enfants dans le conflit ». supplément n° 12. reconnaissables respectivement à leur casque à pointe et leurs uniformes vert- de-gris et bleu [101]. 924-928..216 212 Voir par exemple : Jugendschriften-Warte. 1915. Zeitschrift für angewandte Psychologie und psychologische Sammel- forschung. 214 KAENEL. ces représentations étaient issues de formes iconographiques populaires proches du dessin et des images kitsch doucereuses.214 déjà présentes dans les livres pour enfants sans sujets militaires avant 1914. William (dir. Hambourg. Barth. Au-delà de cette portée symbolique. ou incarnaient par le biais de personnages enfantins allégoriques les différents pays belligérants. 190 . pp. 1. vol. in : Handbuch der politischen Ikonographie. Une brève description des motifs principaux à partir d’exemples représentatifs nous permet de souligner la contribution de ces images à la banalisation de la guerre et de mieux comprendre les évolutions du marché de l’illustration des livres patriotiques pour enfants à partir de 1914. Ferdinand. turc (dont la coiffe rouge était typique) et bulgare (identifiable à son drapeau et son uniforme) [102]. 216 BECKER / KRUMEICH 2012. STERN. in : GERVEREAU 2010. Haase. par Uwe FLECKNER / Martin WARNKE / Hendrik ZIEGLER.un devoir. janvier-mars 1916. 213 PAIRAULT. le 29 octobre 1914 et le 14 octobre 1915. Les garçonnets symbolisant la fraternité d’armes entre les Empires allemand et austro- hongrois. abordée de manière récurrente dans la presse et dans les ouvrages sur l’enfance en guerre. 1915. Die Kinder und der Krieg.215 renforçaient leur valeur allégorique. Les jeux de guerre étaient représentés de manière « réaliste » dans l’univers quotidien des enfants. emblèmes patriotiques par excellence. Richard. Leipzig. François. Verlag von Leopold Voss. Leur acheminement devait néanmoins poser des difficultés. KEMSIES. cit. op. loin du champ de bataille traditionnel [100]. Beitrag zur grundlegenden Gestaltung der Ausdruckskultur. La Grande Guerre en cartes postales. Images de Poilus. Contrairement à l’iconographie inspirée de la grande peinture d’histoire. L’idée de cette mobilisation enfantine spontanée.). pouvaient être accompagnés de deux autres enfants. représentait pour le Reich des ressources en matières premières au moins aussi importantes que leur force militaire. n° 1-3. op.213 commun à d’autres supports populaires. Die vaterländische und militärische Erziehung der Jugend. 1915. dir. 2002. p. Munich. Philippe. Tallandier. « Flagge ». Beck. 89. cit. 2011.

Des albums de coloriage et des livres dépliants (Leporellos) de petite taille étaient adaptés aux mains des jeunes enfants. 191 .217 Les trois enfants de la famille allemande Müller (et leur chien) s’apprêtaient à affronter une bande d’ennemis jaloux et agressifs218 en compagnie de leur voisin autrichien Joseph. Quelques livres à transformation. permettaient d’accorder une place à la guerre. symbolisant par exemple la fraternité d’armes entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie [108]. Göttingen. Beruf. Herstellung. op. 210. Staatliche Museen Preußischer Kulturbesitz. Berlin. 219 MOSSE 1999. Rédigé et illustré par Kurt Rübner. des personnages enfantins. Arbeiterfrauen in der Kriegsgesellschaft. 218 Concernant les causes et les buts de guerre tels qu’ils étaient expliqués aux enfants notamment par la dénonciation de l’ennemi. Les formats de certains ouvrages accentuaient la dimension ludique de cette culture de guerre. car elle n’était pas conforme à la répartition traditionnelle des tâches. il était fait mention dans le texte de l’industrie de l’armement. ou livres-joujoux (Verwandlungsbilderbücher). op. cit. Ein Kriegsbüchlein in Verwandlungsfiguren. Ils étaient relativement abordables : Unsere Feinde.220 La question du travail des femmes dans ces usines. Familie und Politik im Ersten Weltkrieg. Vandenhoeck & Ruprecht. Das ABC des Luxuspapiers.219 Alors que sur l’image la fillette des Müller. Alors que le texte. Dans ces ouvrages le recours à de courts textes en vers était systématique. Couplé au texte. 221 PIESKE. illustré par 217 Voir : AUDOIN-ROUZEAU 2004. faisaient également partie du « papier de luxe »221 qui prenait la guerre comme sujet de divertissement. se consacrait à une tâche traditionnellement féminine (en référence aux vêtements tricotés envoyés aux soldats) en recousant un bouton de l’uniforme de son frère [104]. continuait à traiter de la thématique traditionnelle de Pâques. p. en vers. Verarbeitung und Gebrauch. 1989. 220 DANIEL. Ute. le dessin contribuait à banaliser les événements. généralement peu abordée dans la propagande entre 1914 et 1918. Les acteurs des scènes traditionnelles d’assaut et de départ au front qui y étaient reproduites avaient des traits juvéniles [105] [106] [107]. incarnant l’arrière laborieux. était ainsi évoquée de manière dédramatisée dans les albums pour enfants sans trouver son équivalent en image. 1983. Christa. 1860 bis 1930. se référer dans le chapitre 4 à : A. qui connut un afflux massif de main d’œuvre féminine (notamment en raison des salaires plus élevés que dans l’industrie textile) durant le conflit. cit. Introduction de l’iconographie politique dans les albums pour enfants. Der Krieg der kleinen Leute est un exemple de la métaphore du jardin symbolisant le syndrome de l’encerclement [103]. Des livres-objets tels que les livres en forme d’œuf (offerts pour Pâques) étaient partiellement adaptés au conflit.

dir. « Der Krieg. Ce projet avait pourtant été financé avec l’aide des Puissances occidentales. qui produisaient. op. Neueste Verwandlungsbilder vom Völkerkrieg 1914). 1992). 1993 (1e éd. L’Allemagne avait peiné à faire jeu égal avec les investissements de ces rivaux. jusqu’en juillet 1914. Cette liaison ferroviaire était sans doute une référence au chemin de fer de Bagdad. Munich. 1916.226 Certains dessins étaient reproduits à l’identique dans des livres et des cartes postales [113] [114]. 2003. vol. 226 FÖRSTER. cit. « Hedschasbahn ». Schöningh. Leipzig. coûtait 1. Stig. 223 SPAMER. 192 .223 Le graphisme de ces albums de guerre entretenait de ce fait des similitudes frappantes avec celui des cartes postales patriotiques. art. Le texte variait quelque peu. 224 NEULEN. 2 : Machtstaat vor der Demokratie. 211-252.. Des dessinateurs. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009. Adolf. à moindres coûts.222 Ils s’inséraient dans une gamme plus vaste de supports humoristiques pour petits et grands. comme Marie Flatscher [102] [109] [110] ou l’artiste connu sous les initiales P. Les deux images précitées représentaient respectivement une scène tirée du quotidien militaire (Kontrollversammlung!) et la collaboration entre les Empires allemand et ottoman symbolisée par un train. [111] [112]. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ».E. illustraient aussi bien des livres pour enfants que des cartes postales. 225 NIPPERDEY. 3e éd.20 mark. la France) concernant la poursuite de sa construction avaient abouti deux semaines à peine avant le début des hostilités. pp. dont les cartes postales et les livrets mécaniques (par exemple Neueste Wunderbilder aus dem Völkerkrieg 1914. 546-547. qui se vantait d’avoir participé à sa construction. Zum historischen Hintergrund von Staatenkonflikten.224 Les négociations entre les puissances impliquées financièrement et stratégiquement dans ce projet. Ce dernier édita notamment des albums et des cartes illustrés par le peintre et dessinateur Ernst 222 D’après le prix indiqué entre autres dans : Die deutsche Kriegsliteratur von Kriegsbeginn bis Ende 1915. Un tel recyclage d’images s’explique probablement par la spécialisation des maisons d’édition. Tel était le cas de Scholz et de Nister. unser Archiv und unsere Freunde ».225 L’appellation « Berlin-Constantinople » avait pour but de souligner les liens étroits entre l’Allemagne et l’empire ottoman. Hinrichs. inachevé mais stratégique pour le transport des troupes ottomanes durant le conflit. Hans Werner. par Bernd WEGNER.. mais restait toujours dans la tradition des poèmes militaires. pp. Deutsche Geschichte. Elle révèle par ailleurs la prétention hégémonique du Reich.O. Paderborn. in : Wie Kriege entstehen. 1866-1918. cit. Thomas. le Reich et l’Angleterre (ainsi que la Russie et. aussi bien des albums que des cartes postales. Beck.Leo Kainradl et édité par Schreiber.

331. Se référer au chapitre 6. op. cit. PIGNOT 2012. cit. Tagungsband Nürnberg. KLOSE. par Wolfgang BRÜCKNER / Konrad VANJA / Detlef LORENZ / Alberto MILANO / Sigrid NAGY. pp. les toiles de peintres tels qu’Anton Hoffmann avaient été reproduites sur des cartes postales. Lehmann (Munich) commercialisa une série de plus de vingt cartes représentant des œuvres de cet artiste envoyé comme peintre de guerre officiel sur le front oriental. 233 HÄMMERLE 1993. 1914-1918 : la guerre des images. p. op. Jean-Paul. 2008. 99-113. d’une part. Ces évolutions de la culture de guerre étaient liées à la volonté de sensibiliser aux enjeux du conflit un lectorat plus large que celui auquel étaient destinés les livres patriotiques avant 1914 : même les plus jeunes lecteurs étaient en mesure de s’identifier aux personnages enfantins. cit. cit. 228 KOENIG. op. op. Au fil des années les jeunes générations furent de plus en plus sollicitées pour faire don de leurs économies.230 La similitude entre ces supports donne à penser que l’éducation à la guerre. écrire aux soldats. 2010. l’entreprise F. Par l’exemplarité de leur exaltation patriotique. d’autre part. ces figures leur offraient un modèle. vendre des cartes postales ou rubans patriotiques au profit d’associations caritatives. 232 BROCKS 2008. in : Arbeitskreis Bild – Druck – Papier. dir.Kutzer. et incitaient les enfants. devrait être analysée de façon transversale. Waxmann. op. « Die Zusammenarbeit der Kunstver- lage Theo. cit. 193 . op. Eva. cit. op. 231 Se référer dans le chapitre 4 à : 2) Cartes postales patriotiques inspirées des albums : élargissement du bain visuel des enfants.231 qui connurent un franc succès dès la première année du conflit. cit. un peu mièvres. Elle livre surtout des indications sur les destinataires potentiels de ces cartes postales aux motifs enfantins. Saint-Cyr-sur-Loire. p. Stroefer und Ernst Nister in Nürnberg ». Munster.228 Durant le conflit. 229 BROCKS 2008. cit. à exprimer leur amour pour la patrie.229 Nombre de tableaux d’Angelo Jank. 240. cit. et plus généralement la propagande entre 1914 et 1918. Alan Sutton.232 Dans les albums ils persistèrent jusqu’au pic de production de ces ouvrages en 1916 et familiarisèrent les enfants avec l’idéal patriotique. etc. Elles rassu- raient. SCHNEIDER 1984. Face à face. Eduard Thöny Reinhold De Witt ou Hugo Spindler ornaient les cartes patriotiques. Dès l’avant-1914. collecter des objets susceptibles de servir de produits d’ersatz. SHINDO 2003. op.227 Cette porosité entre les supports ne se limitait pas au temps de guerre ni aux dessins kitsch des livres pour enfants. op. PUST 2004. 230 ASLANGUL 2003.233 227 RIES 1992. Ces images avaient ainsi une double fonction. que ce fût en jouant à la guerre ou en acceptant les sacrifices matériels exigés d’eux. Di- mension performative de la littérature illustrée : mobilisation de l’arrière.

créait un contraste visuel qui conférait à ces images un pouvoir attendrissant et atténuait leur agressivité. Haag + Herchen. 235 Si le premier accordait une attention particulière à l’enfant en tant que tel. Deutsches Historisches Museum. forgée depuis la fin du XIXe siècle sous les influences diverses du mouvement de jeunesse et de penseurs tels que Friedrich Nietzsche.). Reklamekunst um 1900. 194 . Maike. Kurt ». 2003. op. 236 STAMBOLIS. Barbara.240 étaient connus pour leurs talents de dessinateurs et de caricaturistes.. Berlin. à l’instar de Arpad Schmidhammer. Presses Universitaires de Rennes. in : FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011. pp. Les créateurs des images précitées. Der Erste Weltkrieg in deutschen Bildpostkarten. Wochenschau Verlag. 2. Detlef. « Jugend ». Seemann. aux yeux malicieux et au large sourire. Nombreux étaient ceux qui travaillaient pour des périodiques. cit.. 127.). Davantage que les figures du Putto et de l’Amor dans l’art baroque. dans des optiques tout à fait différentes. et les joues roses toutes rondes soulignant le caractère ingénu et inoffensif de l’enfance.mais alors que l’auteur des Désastres de la guerre avait recours aux enfants pour dissimuler sa critique sociale et politique. vol. Directmedia Publishing. 1978. 4.238 Kurt Rübner239 et Josef Mauder. Julius Langbehn et Gustav Wyneken se concentraient davantage sur l’idéal de la jeunesse. 2003. d’autre part. CLUET. par Hans VOLLMER. Reinhold (éd. L’imagerie de guerre à l’adresse des enfants entre 1914 et 1918 était avant tout due à l’arrivée de nouveaux illustrateurs sur le marché du livre de guerre pour enfants. 1953-1962). in : Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler des 20. Rennes. 240 LORENZ. 1870-1933. pp. Lino Salini. 238 « Schmidhammer. op. 2002. 36-43. Lino Salinis Frankfurter Bilderbogen. Le culte de la jeunesse et de l’enfance en Allemagne. 237 BRÜCKL. in : THIEME / BECKER 1979-1990. 131. cit. Marc (dir. Reimer. p. d’une part. Jahrhunderts. résidait dans la physionomie des figures enfantines : ces bonshommes ronds. Francfort/Main. actif pour la revue Jugend depuis 1896. 137-138. Berlin. 118 Karikaturen – Porträts – Skiz- zen. 239 « Rübner. 1999 (1e éd. STEINKAMP. ces évolutions iconographiques et thématiques relevaient également d’un aspect pragmatique du monde éditorial. dir. Julius Langbehn et Gustav Wyneken qui. 30.234 Ces représentations rappelaient l’image nouvelle de l’enfance et de la jeunesse. Künstlerlexikon für Sammelbilder. 2000. et de l’Autrichien Leo 234 KILIAN.236 Peut-être fruit de telles idées novatrices. s’entendaient à reconnaître à la jeunesse une fonction régénératrice. Mythos Jugend.). Leitbild und Krisensymptom. La tension entre les attributs typiquement masculins et guerriers des uniformes et des drapeaux. vol. ces représentations patriotiques au caractère martial. vol. Arpad ». Katrin (dir. Leipzig. tant pour les adultes que pour les enfants. p. possédaient un fort pouvoir de minimisation. de taille minuscule.235 La Première Guerre mondiale entraîna une militarisation de cet idéal. L’effet rassurant et attendrissant de cette imagerie. Schwalbach.237 Arpad Schmidhammer. drôle et enfantin étaient détournées pour glorifier et dédramatiser la guerre. ils évoquaient les personnages des Jeux d’enfants (1777-1780) de Francisco de Goya .

Weinheim. 625-626. Littérature.243 Ces illustrateurs avaient en commun d’être issus du courant artistique de l’Art nouveau. 2003.. 2010. Ce nouveau fonctionnement du marché semble avoir été similaire en France et en Italie. livres. op. 127-149. dir. 245 HANN. Tartin Editionen. Biographie und annotiertes Verzeichnis der im Druck erschienenen Werke des Malers und Illustrators Ernst Kutzer (1880-1965). Josef Mauder. qui contrastaient avec les tons plus sobres de la peinture d’histoire. in : Theorien der Jugendlektüre: Beiträge zur Kinder. leurs créations patriotiques (hormis quelques motifs militaires sporadiques dans certains albums d’avant 1914) correspondaient à une innovation de la période de guerre. De la Grande Guerre à la chute du régime. 1996. 241 RIES 1992.242 Dans le Reich. cit. 195 . Göttingen. op.245 Soulignons que ces revendications pédagogiques reposaient sur des critères avant tout esthétiques et non 246 psychologiques. Ils nourrissaient les espoirs des pédagogues du mouvement en faveur d’une éducation artistique autour de l’historien de l’art et pédagogue Alfred Lichtwark. collaborateur des Meggendorfer Blätter. SHINDO.244 étaient appréciés pour leurs illustrations adaptées au regard enfantin. et l’absence de décor à l’arrière-plan facilitaient la compréhension de la scène. cit. [Thèse préparée à l’université de Göttingen] 246 STEINLEIN.und Jugendliteraturkritik seit Heinrich Wolgast. Das Ernst Kutzer Buch. Noriko. Considérés par les contemporains comme une résurgence de kitsch. « Les enfants de Mussolini ». les couleurs vives. Else Wenz-Vietor et Ernst Kutzer. Ulrich. Rüdiger. 244 Cet illustrateur autrichien illustra plusieurs livres pour enfants édités par Nister (Nuremberg). les albums de guerre aux personnages enfantins suscitaient des réactions mitigées. Jahrhundert. op. certains caricaturistes furent même sollicités en 1917-1918 par la Zentralstelle für Auslandsdienst pour participer à la sensibilisation des pays neutres en faveur de l’Allemagne. Die Entwicklungsgeschichte des deutschsprachigen Bilderbuches im 20. Salzbourg.Kainradl. Mariella. Juventa- Verlag. les pédagogues éprouvaient parfois bien des difficultés à juger ces ouvrages. pp. Jahrhundert ».241 Si ces artistes avaient déjà été actifs dans le domaine de l’illustration pour enfants avant 1914. 243 DEMM / KOOPS 1990. conformes aux principes de la Kindertümlichkeit. 1977. cit. par Hans-Heino EWERS / Bernd DOLLE-WEINKAUF. Les larges surfaces. qui fut peintre de guerre officiel auprès du service général de presse du commandement de la deuxième armée autrichienne (Kriegspressequartier des 2. Armee-Kommandos) après avoir servi au front comme soldat. COLIN. 242 AUDOIN-ROUZEAU 2004. lectures d’enfance et de jeunesse sous le fascisme. pp. Toutefois. « Psychoanalytische Ansätze der Jugendliteraturkritik im frühen 20. Caen. Presses Universitaires de Caen.

. répondaient pourtant aux critères précités. 2) Mobilisation nouvelle des jeunes enfants : formes visuelles du discours et tirages Les évolutions que subit la culture de guerre enfantine au cours du conflit et qui firent place à des formes iconographiques adaptées au regard enfantin favorisèrent l’élargissement du lectorat au « jeune enfant ». cette imagerie contribuait par conséquent à intensifier la militarisation de la littérature pour enfants tout en remplissant au moins partiellement les exigences des pédagogues progressistes du début du XXe siècle.249 Nous l’avons évoqué. Cette expression. Wilhelm. cit.250 Contrairement aux ouvrages mili- taires et patriotiques pour lecteurs plus âgés. p. Hilchenbach. Theobald. éditées par Scholz.247 Apparue dans le contexte de la guerre à partir de formes préexistantes à 1914. op. art. 196 . 1. désignait les enfants âgés de deux à six ou sept ans. 250 LUC 1997. ces albums présentaient le même paradoxe que la pédagogie de guerre telle qu’elle était appliquée à l’école : bien qu’ils contribuassent tous deux à renforcer la militarisation de la sphère enfantine. op. Wiegand. 248 « Du sollst den Krieg nicht zum Amüsement werden lassen für die Schuljugend. en particulier pp. cit. alors que les mots étrangers avaient été bannis de la langue allemande durant les hostilités. cit. Les créations d’Arpad Schmidhammer et Franz Müller-Münster par exemple. Eine erste kri- tische Übersicht. soulignait le caractère superficiel et outrageux de tels ouvrages : Tu ne feras pas de la guerre une récréation pour les écoliers. » ZIEGLER. « Zehn Gebote einer Kriegspädagogik ». car c’est un sujet des plus 248 sérieux. 249 DONSON 2010. ces racines de la culture de guerre pour jeunes enfants étaient moins ancrées dans l’avant-1914. L’emploi d’un terme d’origine française (« Amüsement »). Adressés avant 1914 à des enfants en âge d’être scolarisés. 1916. certains livres de guerre ciblaient désormais un public plus jeune. denn er ist eine gar ernste Sache. forgée au XIXe siècle. 26-27. 247 FRONEMANN. cette culture de guerre ludique en formation impliquait également une redéfinition du lectorat. Dans cette perspective. Gute Bücher über den Krieg 1914-15 für Jugend und Volk. Cette évolution pédagogique dans l’éducation à la guerre et les contenus humoristiques de ces albums patriotiques étaient en contradiction avec le deuxième commandement de la pédagogie de guerre. ils offrirent paradoxalement aux jeunes générations un espace de liberté plus vaste et des formes d’enseignement plus adaptées à l’esprit enfantin tel que l’avaient exigé les défenseurs de la pédagogie réformée et du mouvement en faveur d’une éducation artistique au début du XXe siècle.

254 « Wie sich der Krieg in den Köpfen kleinerer Kinder malt […] ». Michael. Cette culture propre au conflit constituait l’indicateur d’une mobilisation des enfants à la fois complexe et probablement assez superficielle. Herder & Co. Die Geschichte vom General Hindenburg. 252 « Bilderbücher ». Cette mobilisation littéraire de la jeune enfance durant la Grande Guerre. The Great War und Juvenile Literature in Britain. une intention pédagogique des adultes qu’elle ne correspondait à des pratiques de lecture véritablement répandues chez les plus jeunes enfants.. 2004. 27. à la limite du mauvais goût (kitsch). 253 « für unsre ganz Kleinen ». Kösel’schen Buchhandlung. Cette partie de la culture de guerre allemande pour enfants représentait probablement davantage un potentiel symbolique. 483-495 . la plupart de ces ouvrages étaient conseillés à « nos tout-petits »253 dans les revues protestantes. Westport. Max ETTLINGER / Wilhelm SPAEL. op. Over the top. ces ouvrages restaient 251 Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands. Elle entraînait. d’une part. 197 . cit. par Ernst ROLOFF. Praeger. chargés de les raconter. pp. pp. nés entre 1911 et 1913. cit. les livres d’images étaient conseillés dès l’âge de trois ans et devaient être assimilés avec l’aide attentive des parents.. op. également développée en France. dir.256 Outre la prise en compte d’une nouvelle catégorie d’âge. Wir spielen Weltkrieg ou encore Der Kriegsstruwwelpeter étaient recommandés. in : FRONEMANN 1916. in : « Die Jugend. in : Lexikon der Pädagogik. la fierté des adultes : ils mettaient en avant cette mobilisation enfantine symbolique. 255 AUDOIN-ROUZEAU 2004. Selon la tradition.252 Bien qu’aucun âge ne fût indiqué précisément. in : Jugendschriften- Rundschau. Dans des catalogues non confessionnels aux commentaires parfois plus critiques l’accent était mis sur la manière dont « la guerre se profilait dans les têtes des jeunes enfants »254 par l’intermédiaire de ces albums. 1. par Dr. vol. p. nous pouvons supposer que le lectorat s’élargit aussi aux petites filles. de les expliquer et de poser des questions. dir. Voir aussi dans la même tendance : AVENARIUS 1915-1916. Hurra! Ein Kriegsbilderbuch. 1915. 1915. 519-522. Les livres d’images de guerre Lieb Vaterland magst ruhig sein. op.255 contrastait avec la culture de guerre britannique qui se caractérisait essentiellement par une culture adolescente. 1915.251 jusqu’à l’âge de huit ans. n° 4. n° 31. mai 1915. Munich. Ces lectures étaient par conséquent recommandées à un public très jeune qui correspondait en partie aux aînés de la génération d’après-guerre (Nachkriegsgeneration). Verlag der Jos.und Volksliteratur im Kriege ». qui étaient. des hésitations parmi les pédagogues qui doutaient de la valeur éducative de ces ouvrages. surtout dans les revues pédagogiques catholiques. 490. Elle suscitait. Traditionnellement. Fribourg. cit. à leurs yeux. 256 PARIS. d’autre part. p. Der Wächter für Jugendschriften.

Bechtermünz Verlag. Münster. par Rudolf PÖRTNER. Kainradl Nos ennemis finement croqués qui subissent à l’envi les transformations les plus saugrenues lorsque l’on tourne les pages. Erinnerungen an die Kinderzeit. cit. in : EWERS / DOLLE- WEINKAUFF 1996. capitaine et parfois aussi capitaine de frégate. […] Unsere Spiele waren natürlich auch hauptsächlich Soldatenspiele. die zum Überfluß durch bloßes Umblättern noch die ulligsten Verwandlungen erleben. La recommandation des 257 « Sogar die Bilderbücher unserer Kleinsten stehen im Zeichen des Krieges. 263 « […] unsere Weihnachtswünsche waren entweder eine Uniform. Jusqu’à l’âge de douze ans environ. So finden wir Unsere Feinde in einem scherzhaften Kriegsbilderbuch von L. 261 PIGNOT 2012. Margret Boveri (née en 1900). […] Ein anderes Soldatenbilderbuch aus dem gleichen Verlage führt auf vielen. Kainradl in köstlichen Typen dargestellt. 207.12. cit. pp. noch Fregattenkapitän. 1981. Ingeborg (éd. cit. 262 WILKENDING. Ainsi trouvons-nous dans un album humoristique de L.258 Elfriede Kuhr (née en 1902)259 et Regi Relang (née en 1906)260 manifestèrent leur intérêt pour les jeux de guerre au même titre que les garçons. Toutefois. Outre la production. était représentatif de cette tendance et nous donne à penser que les albums de guerre furent peut-être lus par des fillettes : […] pour Noël nous souhaitions avoir un uniforme. in : Kindheit im Kaiserreich. teilweise in Feldgrau.262 Le témoignage de la petite Hilde Wenzel. Bis-Verlag. 259 KUHR 1982. 260 RELANG. pp. op. Gisela. eine Trommel [oder] ein Säbel. de nombreux témoignages révèlent une implication plus grande des fillettes dans les loisirs liés à la guerre. 258 WEBER-KELLERMANN. p. J’obtins un jour un uniforme de hussard rutilant avec des éperons et éprouvai un sentiment de fierté lorsqu’un des officiers me demanda si je faisais partie du corps des amazones. à l’instar des lectures pour jeunes filles (Backfischliteratur). op. les barrières de l’âge entre le monde adulte et l’univers enfantin étaient plus opérantes que celles du genre. den kriegshungrigen Knaben vor Augen.).261 Les distinctions genrées s’accentuaient dans la littérature de jeunesse. in : WABW B91 Bü596. Was wir gespielt haben. ob ich vom Amazonenkorps sei. Nombre de recensions collectées par Schreiber portant sur ses livres d’images de guerre l’indiquent et donnent simultanément à penser que ces albums connurent un certain succès : Même les livres d’images pour nos tout-petits sont placés sous le signe de la guerre. non paginé. née en 1906 et issue d’une famille juive berlinoise assez aisée. ich war immer abwechselnd. meist farbigen Tafeln die wichtigsten Waffengattungen unserer Truppen. Augsbourg.probablement conçus pour des garçons.). un tambour [ou] un sabre. 105-125. « Jedes Kind hatte seinen Feldgrauen ». 198 . Après l’entrée en guerre. Ursula / GARZ. op. Oldenbourg. éd. sur de nombreuses planches généralement en couleur. » BLÖMER. Hauptmann und evtl. Insel Verlag. 235-239. en 257 partie en uniforme vert-de-gris. Francfort/Main. » Münsterischer Anzeiger.. 19. Leutnant. Erinnerungen an vergangene Zeiten. […] Nos jeux étaient bien sûr principalement des jeux de soldats. Regi. […] Un autre Livre d’images représentant des soldats paru chez le même éditeur passe en revue à nos garçonnets friands d’exploits guerriers les différentes armes de nos troupes. 2000. « Mädchenlektüre und Mädchenliteratur ». „Wir Kinder hatten ein herrliches Leben…“ Jüdische Kindheit und Jugend im Kaiserreich. Ich bekam einmal eine wunderschöne Husarenuniform mit Sporen und war dann sehr stolz als mich einer der Offiziere fragte. 1998.1914. la recommandation des ouvrages de guerre dans les catalogues et les revues pédagogiques marqua une étape supplémentaire dans la mobilisation littéraire symbolique et potentielle des enfants. Detlef (éd. J‘étais à tour de rôle sous- 263 lieutenant.

des événements. cit. 268 HORNE. op.267 Elle constituait un ressort du moral de l’arrière dans un conflit qui avait tendance à devenir de plus en plus « total ». op. sur un mode stylisé et fictif. art. wir Daheimgebliebenen – Männer. 264 Die deutsche Kriegsliteratur von Kriegsbeginn bis Ende 1915. 265 GILLES 2013. durablement séparés des hommes au front. consacré à la période juin- septembre 1915. 1916. Joëlle. cit. « Voir. doivent-ils lire des histoires relatant les crimes et les infamies de l’ennemi ainsi que celles qui rapportent les gestes victorieuses de nos soldats qui consistent aussi à tuer et à dé- truire ? […] Le terme de « Patrie » sera-t-il suffisamment ancré dans leurs petites âmes pour résoudre les contradictions qui restent pourtant bien des contradictions ? […] Malgré tout nous n’avons pas le droit d’exclure nos enfants du grand événement qui agite actuelle- 269 ment le monde. 267 GILLES 2013. Pour la même rubrique. Frauen und Kinder – wir brauchen eine Kriegsliteratur.268 L’enfance avait valeur de catégorie civile à part entière qui devait être informée.266 Elle correspondait au besoin des civils. John.und Volksliteratur im Kriege ». cit. de lire et de voir la guerre. ce qui laisse supposer une adaptation progressive au conflit tant de la part des éditeurs (production) que des critiques littéraires (recommandation). […] Et notre jeunesse ? Voici une question plus difficile.264 qui regroupait plusieurs fascicules parus depuis le début du conflit. nous qui restons à l’arrière – hommes. op. Un grand malheur s’oublie vite. cit. 269 « Ja. Toutefois. BEURIER. La réactivité de la littérature pour enfants fut visiblement moins immédiate que la littérature pour adultes. so sagen wir: 199 . nous avons constaté un saut quantitatif dans le quatrième numéro. une fragilité et une innocence singulières qui firent naître une tension entre devoir patriotique d’impliquer au moins symboliquement les plus jeunes dans la guerre et volonté paternelle de les protéger : Oui.albums de guerre pour enfants s’effectua non sans hésitation et avec un léger décalage par rapport à la mobilisation littéraire des adultes. cit. enfants – nous avons besoin d’une lit- térature de guerre. Si nous pen- sons à notre peuple nous disons : ne lui faites plus lire que des récits de sang et de larmes.265 La mobilisation littéraire des jeunes générations ne s’effectua pas sans hésitation. qui traitait de la phase allant de décembre 1914 à la fin février 1915. La durée du conflit provoqua des infléchissements dans les catalogues. ne pas voir la mort ? ». À l’automne 1914. Après avoir abordé cette question avec parcimonie dans les numéros précédents. […] Mais les enfants ! Doivent-ils regarder la catastrophe en face. Dans une brochure intitulée Die deutsche Kriegsliteratur von Kriegsbeginn bis Ende 1915. cit. la rubrique Jugendschriften (terme entendu au sens large qui désignait les écrits pour l’enfance et la jeunesse) n’apparut qu’à partir du deuxième numéro. femmes. 266 « Die Jugend. Wenn wir an unser Volk denken. art. […] Und unsere Jugend? Hier ist die Frage viel schwieriger. la rédaction de la revue évangélique Jugendschriften-Rundschau se vit dans l’obligation de consacrer un article entier à la littérature de guerre pour la jeunesse et le peuple. elle conservait une aura. donc laissez-la sans hésitation frissonner et ressentir la gravité de la situation […]. l’entrée en guerre culturelle de la jeune enfance n’était pas accomplie. art. « Introduction ».

op. 273 « Hinsichtlich der Kriegsbilderbücher drängen sich einige Fragen pädagogischer Natur auf. souvent accusa- teur et grandiloquent. 78-104.. cit. MAASE 2012. les livres d’images qui mettaient en scène la violence guerrière avec désinvolture. Die große Not ist bald vergessen. sollen sie von Mord. Si la plupart des éditeurs de tels ouvrages ont pour but de montrer aux tout-petits les différentes troupes alliées et ennemies dans des situations facilement compréhensibles. probablement insufflée par les intellectuels contemporains des hostilités. p. in : Die Lesestoffe der Kleinen Leute. […] Aber die Kinder! Sollen sie auch in die Wirrsale hineinsehen. Une telle réflexion rappelait le combat contre les mauvaises lectures de guerre. 272 « Schundliteratur und Kriegsliteratur. Bombenwürfe.. die eben doch Widersprüche bleiben? […] Aber trotzdem haben wir das Recht nicht. 270 MOMMSEN / MÜLLER-LUCKNER 1996. JANZ 2013. Explosionen und dergl. op. die die einzelnen Eltern und Erzieher zur Vermittlung kriegerischer Geschehnisse – selbst grauenvoller – einnehmen. cit. So dürften Bücher.270 poussait les adultes à éduquer les enfants dans cet esprit belliqueux. Studien zur populären Literatur im 19. den Kleinen Truppenteile von Freund und Feind in verschiede- nen leicht fassbaren Situationen vor Augen zu führen. das eben durch die Welt geht. op. Malgré le schéma manichéen du discours de guerre allemand. um diese Widersprüche zu versöhnen. mehr in farbenfroher Buntheit wiederzugeben. 200 .und Volksliteratur im Kriege ». était une com- posante de la vie. 86. unsere Kinder auszuschließen von dem Großen. notamment par Max Scheler. cette tension ne fut jamais complètement résolue. L’arme de la caricature : ridiculiser l’ennemi et justifier la guerre. quelques-unes de ces âmes enfantines devraient en être préservées. même les plus abominables. op. auxquelles les parents et les éducateurs ne pourront répondre qu’en fonction de la position qu’ils adoptent individuellement par rapport à la transmission d’événements guerriers. p. Les jeunes lecteurs devaient saisir l’importance cruciale de ce moment historique unique. Le commentaire suivant donne à penser qu’ils pouvaient avoir des effets néfastes sur des enfants à la personnalité fragile. La conviction. deren Beantwortung von der Stellung abhängig gemacht werden muß. BECKER / KRUMEICH 2012. pp. art. die als künstlerisch hochstehend zu empfehlen sind. 483-484. die doch auch im Töten und Vernichten bestehen? […] Wird der Begriff ‚Vaterland’ ihren kleinen Seelen stark genug eingeprägt sein. 210. Nahkämpfe. Rudolf SCHENDA. Brand und Schandtat des Feindes lesen und von den Siegestaten unserer Soldaten. De ce fait. cit. assimilées alors à un problème de santé publique au même titre que les ravages de l’alcool272 : Concernant les livres d’images de guerre plusieurs questions d’ordre pédagogique s’imposent. » AVENARIUS 1915-1916. so schrecken andere nicht davor zurück. und 20. lasst sie nur lesen von Blut und Tränen. 271 Se référer au chapitre 4. que la guerre. cit. wenn auch nicht für jedes einzelne Kindergemüt bedenklich sein. doch für manches. Beck. Munich. lasst sie darum ruhig er- schauern und den Ernst spüren […]. pp. d’autres n’hésitent pas à restituer dans un chatoiement multi- colore des combats corps-à-corps. des bombardements. Ein kritischer Forschungsbericht zur Sozialgeschichte der Jugendlesestoffe im Wilhelminischen Zeitalter ». Verfolgen die meisten He- rausgeber derartiger Bücher den Zweck. » « Die Jugend. a for- tiori lorsque les dessins tiraient vers la caricature. 1976. Le rapport à la violence. humour et parfois mauvais goût (selon les appréciations contemporaines) relevaient littéralement du kitsch de guerre et incarnaient un patriotisme cocardier non sans soulever des débats d’ordre pédagogique.271 restait ambivalent. des explosions et d’autres scènes du même acabit. op. cit. tant dans les textes que dans les représentations. bien que ces livres puissent être recommandés en raison de leur 273 qualité artistique. comme principe dynamique et régénérateur. À cet égard. Jahrhundert. cit.

Les tuyaux de poêles se changent en canons. au beau milieu des horreurs de la guerre. L’hostilité à l’égard de l’ennemi français se cristallisait autour des publications germanophobes de Hansi. Die Kin- der spielen Krieg. Le jeune lecteur mène ses propres guerres. das zu Weihnachten gehört. et c’est tant mieux. Leur critique révélait les réticences des adultes à confronter les plus jeunes lec- teurs à la violence de guerre. 38. tiefsinnige Einfalt des Kinderherzens! Du unberührtes Paradies inmitten der Brandung des wilden Lebens! Wir wollen staunend vor deinen Ufern stehn und dich wohl behüten. […] Les terrifiantes vagues de notre époque sanglante déferlent dans le silence des chambres d’enfants. ces ouvrages n’étaient pas entièrement satisfaisants pour les deux camps. Floury. Le patriotisme français des petits Alsa- 274 DONSON 2010. Ô merveil- leuse et profonde naïveté du cœur enfantin ! Ô toi. C’est pourquoi. Da soll von Bilderbüchern die Rede sein? Nun. Selon une grille de lecture qui évoquait l’idéal romantique d’harmonie entre l’enfance et la nature. Die gegenwärtige bluternste Zeit schlägt ihre furchtbaren Wellen in die stille Kinderstube. les pages du journal deviennent des casques fantasques. il faudrait parler de livre d’images ? Cela dit. Das Bilderbuch-Alter führt zwar auch seine Kriege […]. das Zeitungsblatt zum kunstvollen Helm. cit. Spiel und Tanz sind dem kindlichen Gemüt die Angelegenheiten der Großen. 275 comme les clochettes des traineaux et l’odeur des sapins. O wundervolle. Répondant en partie aux critères de la pédagogie de guerre et à ceux de la péda- gogie réformée. paradis intact au milieu des tempêtes de la vie effrénée ! Nous restons interdits devant tes rives et voulons te protéger de toute dé- tresse menaçante qui pourrait te ravager. le ton devint plus agressif.274 qui incarnaient en fin de compte l’avenir de la nation. mais son jeu occupe le centre de sa vie. un enfant reste un enfant. Dans le numéro du 17 octobre 1914 les titres recommandés étaient presque tous sans lien avec les sujets militaires. 1912. Ils jouent à la guerre. L’évolution de la revue catholique Der Wächter für Jugendschriften était également assez représentative du développement de la mobilisation des jeunes lecteurs à partir de 1914 et révélatrice du schéma manichéen du discours de guerre allemand. wie Schlittengeläut und Tannenduft.. Ceux qui n’oublient pas. [1913]. Mon Village. 201 . daß kein irrendes Elend dich verwüstet. das Kind bleibt Kind. p. » « Neue Bil- derbücher ». Ils devaient être avant tout préservés : Des livres d’images ! Alors qu’au dehors se déchaîne la folie guerrière. Paris. in : Der Wächter für Jugendschriften. Darum sprechen wir in der Schreckenszeit des Krieges gern und mit Fleiß vom Bilderbuche. ainsi que leurs inquiétudes face à un ensauvagement potentiel des jeunes générations. Les auteurs ne dissimulaient pas leur scepticisme quant à la légitimité des premiers livres d’images de guerre. pp. 275 « Bilderbücher! Und draußen wütet und brüllt die Kriegsfurie. L’Histoire d’Alsace racontée aux petits enfants de France par l’oncle Hansi. 276 HANSI (WALTZ. Paris. dont les al- bums L’Histoire d’Alsace racontée aux petits enfants de France par l’oncle Hansi276 et Mon Village277 étaient parus en 1912 et en 1913. 38-39 . les enfants se caractérisaient par leur insouciance. nous aimons à évoquer passionnément le livre d’images. op. même lorsqu’ils étaient enclins à jouer à la guerre. issu du monde de Noël. Le jeu et la danse sont à l’âme enfan- tine ce que les affaires sont aux adultes. aber sein Spiel ist ihm der Ernst des Lebens. fût-elle dédramatisée. glücklicherweise. Die Ofenröhre wird zur Kanone. n° 10. 17 octobre 1914. Un mois plus tard. Jean-Jacques). 277 Id. Floury.

voilà qui appelle notre plus profond mépris. erfüllt uns als Deutsche. Qui sème le vent récolte la tempête. la Grande Guerre et les petits enfants ». das sein Leben hegte. pp. Ce discours reflétait la conviction répandue dans l’opinion publique allemande que les Français étaient prêts à mener une guerre de revanche pour récupérer les pro- vinces perdues. die den politischen Haß zum Seelenmörder an der unschuldigen Kindheit werden läßt. cit.279 Dans un article intitulé « Das ‚Kinderbuch’ eines Landesverraters » qui s’attaquait à L’Histoire d’Alsace racontée aux petits enfants. 41-43. p. n’avait pas connu l’Année terrible. Le moyen qu’il utilise pour ce faire – attirer. et nous voyons l’aveuglement qui fait de la haine politique un crime spirituel à l’encontre de l’enfance innocente. 279 BISCHOFF. das er dabei anwendet: unmündige Kinder durch Wort und Bild in die Kreise seines verbrecherischen Wirkens zu ziehen. in : Boches ou Tricolores ? Les Alsaciens-Lorrains dans la Grande Guerre. cit. pp. n° 11. « "Mon Village" à l’heure des tranchées. 280 « Das „Kinderbuch“ eines Landesverraters ». 281 « Wir lernen dabei auch aus einem ‘berühmt’ gewordenen Beispiel den Mißbrauch kennen. confrontés à des instituteurs et des gendarmes « boches » bêtes et arrogants. unmöglich und ausgeschlossen. par des mots et des images. 183. Bien que l’idée et le discours de revanche eussent globalement disparu depuis le début du XXe siècle et que la France n’eût pas été prête à mener une guerre pour récupérer l’Alsace-Lorraine. par Jean- Noël GRANDHOMME. so trifft ihn dafür unsere tiefste Verachtung. Oncle Hansi.und Lehrbüchern den Haß gegen Deutschland kultiviert. deren Einlösung in dem furchtbaren Kriege 1914 auf ihr Haupt zurückfällt und sie zerschmettern kann. Si le gouver- nement français cultive la haine de l’Allemagne dans des manuels et des livres officiels. 181-195 .278 la mémoire des pro- vinces perdues restait assez vive tout en s’affranchissant de certaines crispations. des voix s’étaient élevées des deux côtés du Rhin 278 BECKER / KRUMEICH 2008. als Pädagogen und Väter mit der gerechten Entrüstung. Georges. 25 novembre 1914. der mit dem Kinderbuch getrieben werden kann. und sehen die Verblendung. dir. op. dem Feinde in die Hände arbeitet. dann erwächst ihr daraus eine politische Schuld.280 le support livresque pour enfants devint un lieu d’affrontement entre pédagogues et illustrateurs des deux côtés du Rhin. in : Der Wächter für Jugendschriften.. art. […] Eine Herabsetzung Frankreichs und eine Verspottung seiner Bewohner nach Hansis Muster ist bei uns. die jedes Aergernis an den Kleinen in uns erregt. Strasbourg. cit. La mobilisation de la jeune enfance dans le camp ennemi y fut dénoncée comme une entreprise immorale et illégitime destinée à instiller la haine des Allemands dès l’avant-guerre : Un exemple devenu "célèbre" nous renseigne ainsi sur les possibles abus du livre pour en- fants. 202 . des enfants sans défense dans le champ de son in- fluence criminelle – en tant qu’Allemands. das weiß jeder. […] Chacun sait que nous excluons catégoriquement de rabaisser la France et de nous moquer de ses habitants comme le fait Hansi. comme ses lecteurs (enfants et parents). Das Mittel.282 Dès l’avant-guerre. La Nuée Bleue. Mais qu’un ressortissant du Reich travaille main dans la main avec l’ennemi au détriment du pays qui l’a nourri. que pédagogues et que pères nous remplit d’une 281 juste indignation que suscite tout outrage à nos chers petits. y était mis en scène de manière légère et naïve. 2008. pp. Hansi. op.ciens. il en porte une responsabilité politique dont il subit les conséquences lors de cette guerre ef- froyable de 1914 qui menace de l’écraser. 282 BECKER / KRUMEICH 2008. Wenn die französische Regierung in amtlich eingeführten Lese. Wenn aber ein Reichsangehöriger auf Kosten des Landes. 41-43. erntet Sturm. Wer Wind sät. ce qui ex- pliquait en partie cette « mobilisation souriante ». » « Das „Kinderbuch“ eines Landesverraters ».

vol. cit. Munich. 287 STAHL. Hans-Ulrich. Si leurs rédacteurs étaient encore quelque peu réticents à l’idée nouvelle de sen- sibiliser les plus jeunes. la Grande Guerre et les petits enfants ». 286 AUDOIN-ROUZEAU 2004. par Stefan FISCH / Florence GAUZY / Chantal METZGER. 45-48. n° 12. À la fin de l’année 1915. « "Mon Village" à l’heure des tranchées. 285 BISCHOFF. Wilhelm. dir. 5 décembre 1914. 13-16. Elle ne parut plus une fois par mois. Stuttgart. Philippe. Beck. 284 WEHLER. affirmé selon cette logique manichéenne. décembre 1915. 288 « Literaturverzeichnis zum Weltkriege ».283 Les provocations francophiles des caricaturistes Hansi et Zislin ainsi que des incidents tels que le scandale de Saverne. Des recherches complémentaires mériteraient d’être menées 283 ALEXANDRE.284 avaient envenimé les rapports entre la population alsacienne et les autorités allemandes. 203 . « Le patriotisme à l’école en France et en Allemagne. 1871-1914. Notons qu’à partir de 1915 le rythme de parution de la revue changea. Les livres de guerre figuraient au centre d’un véritable champ de bataille pédagogique. von der ‚Deutschen Doppelrevolution’ bis zum Beginn des Ersten Weltkrieges. cit. révélateurs de la prégnance de la sphère militaire dans la société. art.287 Le patriotisme et la défense du Reich face à des ennemis agressifs et en supériorité numérique justifiaient cette mobilisation. op. n° 4. la mobilisation de l’enfant de l’ennemi était par définition illégitime et mé- prisable. 3 : 1849-1914. pp. 1995. le bien-fondé de la propagande allemande. Il n’est toutefois pas aisé d’évaluer sa diffusion. mais seulement quatre fois par an. in : Der Wächter für Jugendschriften. Jean-Jacques Waltz avait été con- damné à un an de prison par la Haute Cour de Leipzig avant de réussir à fuir vers la France où il se mit au service de la propagande de guerre.286 Cette condamnation de la propagande ennemie pour enfants n’empêcha pourtant pas les pédagogues allemands de recommander dans le numéro suivant des ouvrages pour la jeunesse évoquant les souvenirs de la guerre de 1870 ni de souligner que les livres de guerre constituaient les lectures préférées des jeunes garçons dans les bibliothèques de jeunesse.288 Cette littérature de guerre pour enfants fit par conséquent l’objet de nombreuses recommandations dans les catalogues et les revues pédagogiques. Oncle Hansi. « Kriegsliteratur ». Essai d’étude comparatiste ». Ses livres furent interdits dans le Reichsland. pp. Deutsche Gesellschaftsgeschichte.pour dénoncer les excès de patriotisme que chacun voyait dans l’école du pays voisin. pp. 2007. Frank Steiner Verlag. 80-103. Incompatible avec les buts de guerre allemands. Apprendre et enseigner en Allemagne et en France. la plupart des titres de livres d’images de guerre figuraient sur les listes de recommandation de cette revue. in : Lernen und lehren in Frankreich und Deutschland. in : Der Wächter für Jugendschriften.285 Ces propos révélaient également un rapport manichéen à la sensibilisation des jeunes enfants aux sujets patriotiques et guerriers. leur permit de franchir ce pas supplémentaire dès lors que le con- flit se prolongea. Peu de temps avant le début du conflit. Georges.

91-184. cit. cit. les prix (généralement indiqués dans les catalogues) restaient comparables à ceux d’avant- guerre. art. in : Militärgeschichtliche Mitteilungen. pp. 1915]. Nous nous limiterons ici à quelques conjectures. cit. Au début du conflit. 204 . Nous l’avons souligné. Munich. au foyer. La rédaction du Wächter für Jugendschriften recommandait vivement aux bibliothèques scolaires d’en faire l’acquisition. l’acquisition de livres par des acteurs issus de la bourgeoisie devint vraisemblablement plus difficile. pour de nombreuses familles dont les hommes avaient été mobi- lisés. 295 SCHOLZ 1922. la guerre ne se fit pas sentir avec la même envergure ni la même rapidité selon l’appartenance sociale. Klaus. 4 : 1914-1949. pp. à la fin de l’année 1916 seulement. k. op. in : Deutsche Gesellschaftsgeschichte. sur qui reposait majoritairement l’effort de guerre industriel. Hans-Ulrich WEHLER. 293 KREISSCHULINSPEKTOREN DER STADT ESSEN [ca. Beck. 291 « Die deutsche Gesellschaft im Weltkrieg ». Wilhelm. vom Beginn des Ersten Weltkrieges bis zur Gründung der beiden deutschen Staaten. cit. 294 STAHL. l’augmentation des prix engendrant en fin de compte une nette baisse de leurs revenus réels). vol. op. Ces instances en informaient les éta- 289 SCHOLZ 1922. la mobilisation littéraire commençait dès le plus jeune âge. puisèrent d’abord dans leurs économies avant de subir les baisses de revenus proportionnellement les plus conséquentes (en comparaison. ZENTRALINSTITUT FÜR ERZIEHUNG UND UNTERRICHT 1915. 1983.290 Si la société dans son ensemble devait être affectée par les privations. cit. 2003. Les familles issues des classes moyennes et supérieures de la bourgeoisie. voire superflue. les classes ouvrières. op. « Jugend im Schatten des Krieges. op. la guerre était synonyme d’un appauvrissement conséquent. cit. connurent une hausse de leurs salaires nominaux. n° 34.294 Comme pour les albums d’avant-guerre. « Kriegsliteratur ». 290 JANZ 2013. Face à la flambée inflationniste. 292 SAUL. la faim et le deuil. 69-111. certains éditeurs répercutèrent.295 En Au- triche-Hongrie les livres de guerre pour enfants faisaient l’objet de recommandations de la part du ministère de l’Instruction qui publiait des listes d’ouvrages dans le Veror- dungsblatt für den Dienstbereich des k. Ministeriums für Kultus und Unterricht et les communiquait aux autorités scolaires régionales.289 Néanmoins. mais aussi au jardin d’enfant. Vormilitärische Ausbildung – kriegswirtschaftlicher Einsatz – Schulalltag in Deutschland 1914-1918 ».292 Des catalogues d’expositions de guerre (organisées avec l’aide des autorités scolaires)293 dans lesquels ces ouvrages étaient pré- sentés donnent à penser qu’ils étaient également lus à l’école.sur cet aspect. op.291 Dans ce contexte. principales con- sommatrices potentielles des albums de guerre. ce qui ne réduisit néan- moins pas leur paupérisation. les établissements scolaires étaient sollicités par certains éditeurs lors de la promotion de ces ouvrages. l’augmentation du coût des matières premières sur le prix d’achat.

Dans d’autres cas. 302 WABW B91 Bü380. p.297 Les indications que nous avons pu obtenir sur les tirages donnent à penser que ces albums rencontrèrent un certain succès. non paginé. 304 Contrairement aux indications qui figuraient dans le catalogue en ligne de la Staatsbibliothek de Ber- lin. non paginé. non paginé. 191 Nr. Il s’agit d’une seule et même édition. Bozen. dont il fallait presque entièrement renouveler les fonds. dans la Somme). vendu au prix de 3. cit.301 Dans la mesure où le nombre d’exemplaires de la plupart des livres produits par cet éditeur oscillait entre 2 000 et 6 000. du GStA PK. 297 AUDOIN-ROUZEAU 2004. 74. Berlin-Charlottenbourg. à une hauteur de 12 000 tirages. probablement dans un élan de patriotisme. éd. Michel Hannemanns Traum. 301 WABW B91 Bü380.302 ces chiffres laissent supposer que ces ouvrages plurent au public.296 Dans certaines bibliothèques scolaires fran- çaises des régions dévastées (à Ham et Nesle.blissements auxquels incombait l’achat.298 Les éditeurs de Kinderfreud’ aus großer Zeit furent autorisés à en commercialiser 5 000 copies. Moritz. 298 Lettres datées des 2 octobre 1915 et 1er février 1916 du comité central de la Croix-Rouge allemande à l’intention du commissaire chargé du contrôle de l’action caritative. certains tirages dépassèrent occasionnellement les chiffres précités des best-sellers d’Heinrich Hoffmann (30 000 exemplaires en 1875) : Michel Hannemanns Traum303 fut édité à 40 000 exemplaires304 et Deutsche U-Boot-Taten fut 296 GRUBER. 3599. [1916]. Otto Hirschland. I HA Rep. « Mobilisierung von Kindern und Jugendlichen im Vorfeld und während des Ers- ten Weltkrieges ». 303 BARS. 191 Nr. les titres de guerre représentaient plus de la moitié des commandes. 191 Nr. non paginé. 2005. le propriétaire de la Märkische Verlagsanstalt. par le Vaterländischer Frauen-Verein. par Brigitte MAZOHL-WALLNIG / Gunda BARTH-SCALMANI / Hermann KUPRIAN. I HA Rep. Lettre datée du 2 oc- tobre 1917 du Vaterländischer Frauenverein (section Berlin-Charlottenburg) au commissariat de police royal de Charlottenburg. GStA PK. ayant cédé. non paginé. GStA PK. L’album Heil und Sieg connut le même tirage en août 1916 avant d’être réédité à 3 000 exemplaires en novembre 1917. pp. Paru en octobre 1916. le livre à transformation Unsere Feinde (octobre 1914) ainsi que le Schützengrabenbilderbuch (juin 1917) furent respectivement produits à 4 000 exemplaires. après son départ au front. Verena. le livre Für unser Kriegskind faisait figure d’exception dans le programme éditorial de Schreiber. dir.50 marks. 300 Se référer dans le chapitre 1 à : 2) Typologie du lectorat potentiel : un public scolaire. parut à 4 000 exemplaires. Athesia. Märkische Verlagsanstalt. 233-252. cet ouvrage ne fut pas réédité en 1920. Des Kindes Kriegsbilderbuch. Richard / PATHE. 3050. Cette information erronée a finalement été corrigée dans le catalogue électronique. I HA Rep.299 Ces chiffres se rapprochent des tirages des livres patriotiques de Schreiber300 : l’édition de 1914 du Soldaten- Bilderbuch (octobre). in : Ein Krieg – Zwei Schützengraben. 299 Lettre datée du 15 octobre 1916 du commissaire chargé du contrôle de l’action caritative à l’attention de la Huwald’sche Buchhandlung (collaboration avec le Marine-Frauenverein de Flensburg). 205 . op. Ein Buch für Deutschlands Jugend. 3127. la totalité des droits de cet ouvrage au Vaterländischer Frauenverein en 1917.

107-128.307 Le nombre des tirages ne correspondait néanmoins pas à la quantité vendue et les documents relatifs aux livres coédités par des associations patriotiques révèlent que. l’imagerie pour enfants. cit. les producteurs n’écoulèrent pas leur marchandise aussi bien qu’ils l’eussent souhaité et essuyèrent parfois des pertes financières non négligeables. se rapprochaient des tirages de récits et romans pour l’enfance et la jeunesse.308 En outre. « Zum Opfern bereit: Kriegsliteratur von Frauen ». Paul Felisch. le début du conflit marqua plutôt une intensification des représentations de la guerre. p. * En conclusion. cit. Staatskommissar für die Regelung der Wohlfahrtspflege Nr. des tirages plus conséquents : Ohne den Vater d’Agnes Sapper fut imprimé en 1915 à plus de 50 000 exemplaires. la culture de guerre enfantine n’apparut point ex nihilo en août 1914. Cette 305 Lettre datée du 12 mai 1917 du Galerie-Verlag au conseiller privé de l‘amirauté et responsable de la Fondation de la marine impériale Dr. exceptionnels pour des albums. I HA Rep. qui connurent. les chiffres précités sont révélateurs de l’ampleur de la mobilisation des enfants. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / LANGEWIESCHE / ULLMANN 1997. comme de la « mobilisation » des enfants. op. Hans-Otto. des échantillons plus larges d’éditeurs pour les cas allemand et français demanderaient à être comparés. face aux disparités présentées supra. 308 Se référer dans le chapitre 6 à : 3) Livres vendus au profit d’associations patriotiques. probablement en raison des coûts de production moins élevés et du lectorat plus large. 306 BINDER.306 en France. à partir de la fin 1914. Les livres pour enfants avaient leurs racines dans les canons esthétiques d’avant-1914 et continuaient à véhiculer l’image d’une guerre héroïque. non paginé. continua paradoxalement à nourrir l’illusion de la bataille décisive. pp. Alors que les éditeurs commencèrent à produire des livres de guerre en octobre-novembre 1914. Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz (GStA PK). Malgré la désorganisation du secteur éditorial. 206 . 3196.305 Ces chiffres. fondée sur des scènes épiques dans la tradition de la peinture d’histoire. alors qu’apparaissaient les premières tranchées et que se mettait en place la guerre d’usure. Les enfants héroïques de 1914 de Charles Guyon (janvier 1915) et Nos alliés les Américains (1917) furent respectivement édités dans la collection des livres roses pour la jeunesse à 30 000 et 100 000 exemplaires. 191 Ministerium für Volkswohlfahrt. 307 GILLES 2013. malgré un certain succès. op.produit à 220 000 exemplaires. En d’autres termes. Jur. en particulier des jeunes enfants. 364. au sens d’un appel à leurs sentiments patriotiques.. comme celle pour adultes.

Ils étaient également. l’expression de cercles nationalistes. Elle s’enrichit de caricatures et de dessins kitsch. connurent une diffusion assez conséquente. les évolutions des formes visuelles et du lectorat analysées précé- demment étaient liées à la nécessité d’intégrer les plus jeunes à la communauté natio- nale et de justifier la cause des hostilités. qui vinrent se greffer. Ces évolutions allèrent de pair avec un élargissement du lectorat. les sacrifices mutliples qu’elle impliquait. Au cours de cette guerre de plus en plus « totale ». ces ouvrages s’inscrivaient dans la tradition pa- triotique et conservatrice du Reich. ils furent produits et recommandés par des acteurs divers. la culture ludique marqua la volonté des péda- gogues de sensibiliser les enfants. Forte de ce constat. Il ne suffisait plus de suciter l’admiration en- vers l’armée – il fallait désormais faire accepter la guerre et. Il correspondait à une autre stratégie pour (ne pas) représenter la guerre moderne. dessinateurs et caricaturistes. sans le remplacer. par strates. pour une part.continuité graphique possédait un caractère profondément rassurant pour les enfants. à la fois plus ludiques et plus agressifs. Ce langage visuel plus ludique et coloré était dû à l’arrivée de nouveaux illustrateurs. Avec le conflit. environ 4 000 exemplaires. sur ses fondements. Par ailleurs. L’introduction de personnages en- fantins. aux enjeux du conflit. traduisit parallèlement une tentative de la part des adultes de se mettre à hauteur d’enfant en proposant des contenus adaptés au regard enfantin. L’humour s’allia progressivement au pathos héroïque. Avant 1914. Les fonctions de la littérature illustrée devinrent par consé- 207 . de ce fait. nous pouvons supposer que ces ouvrages. probablement dès l’âge de trois ans. y compris par ceux qui étaient réticents. à une omniprésence de récits guerriers dans la littérature. Ainsi certaines exigences de la pédagogie réformée furent-elles partiel- lement réalisées malgré le message belliqueux de ces livres. Parallèlement à la persistance de ces images héroïques anciennes. ces livres de guerre connurent probablement un certain succès : ils furent pour la plupart édités au nombre d’exemplaires moyen de l’époque. eu égard à la typologie du lectorat potentiel dressée dans le chapitre premier. D’après les informations sur les tirages dont nous disposons. la culture de guerre enfantine s’élargit au cours du conflit et subit des évolutions. de formes simples et de couleurs vives. Certains furent même imprimés à un nombre d’exemplaires qui dépassait les chiffres de production de certains best-sellers de l’époque. voire hostiles. qui virent dès le début du conflit leur quotidien bouleversé. Cette recrudescence de sujets patriotiques donna une impulsion supplémentaire à la pédagogie de guerre. sur le marché du livre de guerre. Cette évolution graphique marqua une étape dans la militarisation de la littéra- ture illustrée pour enfants.

208 . avaient leurs racines dans des codes visuels déjà établis dans des supports pour adultes avant 1914. propices à ridiculiser l’ennemi et à justifier la cause du conflit. Cette démarche traduisait une évolution par rapport à l’avant- guerre. Ces des- sins drolatiques. tirant vers la caricature. Ils permirent de mettre en scène un grand jeu de la guerre qui culmina dans des représentations caricaturales.quent plus pragmatiques. mais ni le contenu ni le langage visuel n’étaient entièrement nouveaux.

3 Ils étaient propices à véhiculer des représentations dépréciatives des ennemis. Druckerei Voigt. n° 150. Bundesarchiv. Tilman (éd. Ferdinand. 2 GERVEREAU. Tan- ja. Beck. [1915]. 2012. « Karikatur ». WESSOLOWSKI. p. Concepts et débats. avril 1988. Paris. Reposant sur l’affect et favorisant la simplification. « Caricature ». Laurent. vol. par Christian DELACROIX / François DOSSE / Patrick GARCIA / Nicolas OFFENSTADT. Leipzig. 2011. 5 « Die Karikatur ist eben eine Großmacht. 313. indispensables à la définition et à la consolidation de la communauté nationale à mesure que la guerre durait. Die Karikatur in der Völkerverhetzung. Annie.. Id. 3-16.) Karikaturen aus dem Ersten Weltkrieg. 4.Chapitre 4. Eberhard / KOOPS. L’Histoire du visuel au XXe siècle. 3 DEMM. 1990. Génération Grande Guerre. Das Bild als Narr. Seuil. « Les thèmes de la propagande allemande en 1914 ». Manon. Ein gut gezeichnetes Blatt prägt sich dem Gedächtnis weit stärker ein als der schönste Leitartikel. vol. 44-50. Un journal comportant de bons dessins reste bien mieux ancré dans la mémoire que le meilleur des éditoriaux et certains journaux peu- 5 vent même avoir des vertus pédagogiques ! 1 PIGNOT. Gallimard. Munich. 312-317 . dont l’essor au XIXe siècle avait favorisé celui de la caricature. éd. 2. la caricature devint « une arme de combat ». p. 2003. Ernst. dir. 4 DUPRAT.2 En raison de la dimension morale et idéologique sans précédent du conflit. in : Historiographies. Die Karikatur im Weltkriege. 2010. L’arme de la caricature : ridiculiser l’ennemi et justifier la guerre A. par Uwe FLECKNER / Martin WARNKE / Hendrik ZIEGLER. 209 . Voir aussi : AVENARIUS.4 à la manière dont le résuma l’auteur d’une étude sur le dessin politique durant la Guerre mondiale : [Elle] possède précisément un grand pouvoir. Co- blence. in : Handbuch der politischen Ikonographie. p. par le Kunstwart. was sie aussagt – und was sie verrät. Introduction de l’iconographie politique dans les albums pour enfants Comme l’a souligné Manon Pignot. und manche Blätter können sogar erzieherisch wirken! » SCHULZ-BESSER. in : Guerres mondiales et conflits contemporains. 1. Seuil. Callwey. Paris. Revue trimestrielle d’histoire. 1918. Paris. pp. Munich. les contemporains accordèrent une importance nouvelle à ces dessins humoristiques. pp.1 les livres de guerre pour enfants avaient pour modèle la presse satirique pour adultes. dir. Allons enfants de la Patrie. Seemann.

la Première Guerre mondiale représenta une tentative de familiariser les plus jeunes avec la caricature politique. Tallandier. 15-26.8 elle était mise au service d’une entreprise de dénigrement de l’ennemi. John. 1983. 9 BUSSEMER. 2010. Le tournant de 1914-1915. pp.. Thymian. devinrent des « agents propagandistes ». Von der Propaganda zum Widerstand. s’est souvenu de ses lectures du Simplicissimus dès l’âge de huit ans.6 mais participait d’un « mécanisme de mobilisation négative ». et « l’animalisation des peuples ».7 S’étalant des dessins drôles aux images satiriques. 1994. Gunilla-Friedericke. 204-217. n° 1. par Id. GENTNER. 1992. John. janvier 1993. 163-192. Paris.. in : Vers la guerre totale. Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte Oldenburg. indépendamment de l’âge et du sexe. p. 10 DEMM. Propaganda: Konzepte und Theorien.10 Dans ce contexte. l’un des ressorts principaux de la propagande de guerre.11 d’autre part.14 Dès l’avant-guerre. Siegfried. « Introduction ».und Drucktechniken. p. 15 GERVEREAU 2003. Kindheit und Erziehung in deutschen und englischen Bürgerfamilien 1840-1914. Vandenhoeck & Ruprecht. d’une part. Wiesbaden.9 Les caricaturistes. 14 RIES. « Die deutsche Karikatur im Ersten Weltkrieg ». Dès le XIXe siècle. cit. p. dir. 11-31 . par Id. Wenner. Eberhard. à l’instar de la « violence culturelle »12 présente dans les supports de propagande pour adultes.und Jugendbuchs im deutschsprachigen Raum 1871-1914. dans les milieux de la bourgeoisie. Verlag für Sozialwissen- schaften.. 210 . Internationales Lexikon der Illustratoren. Illustration und Illustratoren des Kinder. Hans. pp. la compréhension de l’image en faisant ressortir certains traits caractéristiques des personnages. dir. La caricature. sociaux ou culturels. la lecture de revues familiales telles que Die Gartenlaube et Über Land und Meer et de périodiques satiriques comme Kladderadatsch avait fait partie des pratiques familiales. Elle ne dénonçait plus des dysfonctionnements politiques. 28. par Bernd KÜSTER. 2005. « Alltagsleben und Ereigniskarikatur ». Das Bildangebot der Wilhelminischen Zeit. au même titre que de nombreux peintres et écrivains. Merlin. in : Ibid. 27-38. op. 11 GERVEREAU 2003. 2008. « Politische Geschichte und Bildsatire ». Osnabrück. Westfälisches Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte. car l’exagération (caricare signifie « charger » en italien)15 facilitait. 8 KESSEMEIER. Après quelques signes annonciateurs en 1914. in : Der Erste Weltkrieg und die Kunst.. 13 BUDDE. Auf dem Weg ins Bürgerleben. « Propaganda and Caricature in the First World War ». cit. pp. né en 1890. les images drolatiques et caricaturales avaient été appréciées dans la littérature enfantine dépourvue de sujets militaires. Geschichte und Ästhetik der Original. 12 HORNE. vol. 15. 53. Gifkendorf. Deux procédés typiques apparurent dans la littérature pour enfants : les allégories nationales. Carin. cit. « Introduction ». in : Journal of Contempo- rary History. Göttingen. p. dès lors qu’elle grossissait certains éléments sans les 6 STOLAROW. dir. op. art. Münster.. Geschichte in Spottbildern 1600-1930. 7 HORNE.13 Viktor Mann. Katja. ces codes se généralisèrent dans les albums en 1915. selon les pédagogues. in : Ereignis Karikaturen. pp. 24.

surtout. 17-96. dir. 17 BRUNKEN. Otto. La préface de l’album Das Weltkriegsbilderbuch affichait ce souci pédagogique : [Nous avons l’intention] de dépeindre avec gaité aux esprits enfantins qui n’ont pas véritablement mesuré la gravité de cette période difficile les terribles événements de cette 20 guerre. pp. 229-258. 33. in : Mots. septembre 1996. in heiterer Form zur Darstellung zu bringen. 17. Oldenbourg. Fribourg. in : Taschenbuch der Kinder. L’opposition entre la gravité des événements (ernst) et la gaité des ouvrages (heiter). par Ernst ROLOFF. Nous reviendrons sur ces nuances dans ce chapitre. Christian. Fritz. « Bilderbücher ». Munich. in : Lexikon der Pädagogik. 20 « [Wir haben vor.1913. art.und Jugendliteratur von den Anfängen bis 1945. 1. Weidmann. Franzl – Michl – Mohammed.16 Elle était adaptée au regard enfantin au même titre que l’humour à la manière des farces de Max und Moritz de Wilhelm Busch. pp. « Politische Geschichte und Bildsatire ». JOHANNESSON.17 Avec le conflit. 2000. 21 KESSEL. ou Ereigniskarikaturen. Lehrer und Buchhändler. 1916. ‘Deutscher Humor’ in den Weltkriegen ». Berlin.déformer entièrement. dir. 37-38. une nouvelle forme de caricature fut introduite dans la littérature enfantine : celle des dessins politiques. 2007. Was sollen unsere Jungen lesen? Ein Ratgeber für Eltern. dir. Munich.21 y était récurrente. 211 . Ces dessins permettaient de familiariser les jeunes lecteurs avec le déroulement des événements et. p. Le spécialiste Fritz Johannesson opposait ainsi des « caricatures drolatiques » (drollige Karikaturen) à des « images déformantes ». dem der Ernst dieser schweren Zeit kaum recht zum Bewußtsein gekommen ist. p. 19 DELPORTE. Cette déclaration programmatique constituait un pacte pédagogique entre les auteurs et les parents auxquels s’adressait cet avant-propos. par Günter LANGE. vol. cit. Albert. L’élargissement du public ciblé était avant tout dû à l’ardeur au combat induite par le processus de « totalisation » à l’œuvre entre 1914 et 1918. pp. Schneider. 1. « Gewalt schreiben. Das Weltkriegsbilderbuch. avait été très tôt considérée comme un moyen pédagogique efficace.. ouvrage qui n’avait pourtant pas été conçu pour un public enfantin.] die gewaltigen Geschehnisse dieses Krieges dem kindlichen Geiste.19 ainsi que sur la dimension ludique des allégories pour rendre la guerre compréhensible aux plus jeunes. Hohengehren.. Ein Überblick ». Ludwig / HENSELMANN. n° 48. L’allongement du conflit provoqua une radicalisation de l’implication des populations 16 La palette des termes allemands permet de mieux cerner les différentes formes caricaturales. « Méfions-nous du sourire de Germania ! L’Allemagne dans la caricature fran- çaise (1919-1939) ». de justifier la guerre. Attenkofer. par Wolfgang HARDTWIG. Les vertus pédagogiques de la caricature n’expliquaient pas à elles seules qu’elle fît son entrée dans les albums et abécédaires de guerre pour enfants. littéralement caricature (Zerrbild). 1. 2e éd. Les concepteurs des livres de guerre s’appuyaient sur la force de persuasion de la caricature. vol. 18 KESSEMEIER. pp. Martina. Herder & Co. sa « schématisation » et sa « charge émotionnelle ». Straubing.und Jugendliteratur. inspirée du domaine théâtral et typique de la littérature patriotique depuis le XIXe siècle. 519-522. 1915. Ces vertus ludiques et patriotiques avaient valeur d’arguments de vente. in : Ordnungen in der Krise.. » PRONOLD. p. pp. Zur politischen Kulturgeschichte Deutschlands 1900-1933. 33-54 . « Kinder. Siegfried.18 Ces codes alimentaient leur discours humoristique.

Images. Prestel-Verlag. 331. à la pénurie alimentaire et aux privations matérielles croissantes. 23 MEIER. cit. in : L’ennemi en regard(s). 212 . in : FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011. 28 LANGEMEYER. Herwig / STÖZL.26 1) Allégories et stéréotypes nationaux L’un des procédés courants pour expliquer la guerre consistait à recourir à des allégories nationales. l’objectif était d’épuiser l’ennemi sans faillir. op. « L’"ennemi". ces représentations correspondaient à une radicalisation de l’image de l’Autre. 1984. 24 WERNER. Katja. GERVEREAU 2003. pp. vol. par Id. Schöningh. Ces représentations étaient le corollaire de ressentiments nationaux croissants. Dorénavant l’ennemi.25 faisait l’objet de moqueries et d’humiliations. POHLMANN. Gerhard / UNVERFEHRT. Paderborn. 27 STOLAROW. 26 MEIER 2012. leur taille exagérément petite ou grande. étaient 22 Concernant ce sujet. Warum Krieg? Die Sinndeutung des Krieges in der deutschen Militärelite 1871-1945. Peter Lang. confrontés à la mort de leurs proches. Bern. p. gauches ou efféminés. On ne se contentait plus de présenter les différentes armées européennes par le biais de planches uniformologiques. Niklaus.23 Les enfants furent dès lors familiarisés avec l’image des ennemis. p.et des buts de guerre : les hostilités devinrent de plus en plus concrètes pour les civils. 2012. 39-52. 301-305. leurs gestes agressifs. cit.22 Falkenhayn l’annonça à Bethmann-Hollweg dès la fin 1915 : le Reich était de moins en moins prêt à faire des compromis. Ces personnages étaient déjà présents dans la presse pour adultes depuis la seconde moitié du XIXe siècle. in : KESSEMEIER 1983. le Japon et la Serbie.. hostis. issus d’un type de guerre dont les signes avant-coureurs étaient apparus au XIXe siècle et qui impliquait désormais des nations entières.. Comparées aux ouvrages d’avant-guerre. Gerd / GURATZSCH. Brigitte.27 L’attention accordée aux différents ennemis dans la littérature illustrée pour enfants correspondait à une simplification du discours de guerre pour adultes. Elke Anna. la France. D’après un procédé typique de la caricature. Mittel und Motive der Karikatur in fünf Jahrhunderten. Selon une stratégie d’usure. pp.. Les dessins caricaturaux contrastaient avec la peinture d’histoire qui présentait tous les adversaires sur un pied d’égalité. cit. Christoph. op. Par sa portée réductrice et manichéenne la caricature véhiculait des représentations de l’ennemi percutantes24 qui tranchaient avec le pathos de l’imagerie patriotique héroïque. dir. « Die deutsche Karikatur im Ersten Weltkrieg ». 25 KRULIC. op. 1-12. op. Alfred. Bild als Waffe. 2012. pp. 1. concept nécessaire et construit ».. devant l’Italie. cit. 292. usages et interprétations dans l’histoire et la littérature. se référer surtout au chapitre 6. Munich. cit.28 leur laideur. Dimension performative de la littérature illustrée : la mobilisation de l’arrière. « Feindbild ». « Bildüberlieferung in der politischen Ereigniskarikatur ». art. en premier lieu la Grande-Bretagne et la Russie. « celui qui ne sacrifie pas au même foyer ».

mi-poisson symbolisant l’Angleterre. La Grande Guerre. Les scènes se passaient presque toujours dans un décor maritime. nombre de soldats russes [116]. il était représenté sous les traits d’un grand personnage maigre avec une pipe et une casquette. composé par Ernst Lissauer en 1914 (Hassgesang auf England). par Rolf SPILKER / Bernd ULRICH. parfois sous forme de croquis que les enfants pouvaient imiter [115]. p. bonhomme petit et rondouillard au chapeau haut-de-forme fumant une pipe. Vejas Gabriel. il était le plus redouté et le plus haï par l’Allemagne. Der industrialisierte Krieg 1914-1918. Une histoire franco-allemande. Museum Industriekultur Osnabrück. paru en 1916. leur jalousie et leur volonté de nuire.29 Selon le Chant de la haine contre l’Angleterre. les bottes dans l’eau. John Bull. Bien que cette apparence ne correspondît pas tout à fait à l’allure traditionnelle de John Bull. 31 LIULEVICIUS. L’image rappelait une illustration de la revue satirique des Lustige Blätter dans laquelle des sous-marins entraient dans les manches d’un monstre mi-homme. 213 . dir. non sans connotations racistes. Jean-Jacques / KRUMEICH. Deutsche Verlagsanstalt. de l’Anglais en particulier. D’une part. Kriegs-ABC. « Der vergiftete Sieg ». selon la propagande alle- mande. appris à l’école et distribué aux troupes.. Der weiße Engländer. cit. subissait deux types de traitements. Bramsche.associés à leur bêtise. Wirkung ». 105-117. op. Au premier rang figurait la Grande-Bretagne. faisait référence. Chaque ennemi se caractérisait par ses défauts propres et remplissait une fonction particulière. Alors que jusqu’au début du mois d’août 1914 l’engagement de ce pays dans la guerre était encore incertain. cette figure-type en portait le nom. qui fut dé- clenchée en février 1917 par l’Allemagne et provoqua l’entrée en guerre des États-Unis 29 BECKER. 30 EPKENHANS. par Stephan BURGDORFF / Klaus WIEGREFE. en référence à la concurrence navale entre la Grande-Bretagne et l’Allemagne croissante depuis la fin du XIXe siècle. Ce procédé était typique des caricatures pour adultes. 1998.31 Dans un autre ouvrage. dir. Paris. Tallandier. Einsatz. 32 KESSEMEIER 1983. Gerd. leur hypocrisie. in : Der Tod als Machinist. Notons que la légende de l’image. Michael. Rasch Verlag. associés à des crabes jetés à la mer par l’amiral Tirpitz [117]. 2008). 68-83. in : Der Erste Weltkrieg.32 Ces représentations traduisaient les espoirs que suscitait alors la guerre sous-marine à outrance. 296. Munich.30 Dans un abécédaire de guerre. le Reich n’avait « qu’un seul ennemi : l’Angleterre ». se faisait mordre par des sous-marins. Jahrhunderts. 2004. Die Urkatastrophe des 20. 2012 (1e éd. La figure du Britannique. Son habit rappelait parfois le kilt écossais. pp. pp. aux troupes britanniques issues des dominions (aux Indiens notamment). illustré par Arpad Schmidhammer. la lettre M mettait en paral- lèle le stéréotype des combats de mines qui menaçaient les navires britanniques et celui des batailles des lacs Mazures dans lesquels se noyèrent. « Kriegswaffen – Strategie.

Berlin. Magere. Le texte comique et railleur. reconnaissable à son chapeau haut-de-forme.en avril. Les deux types cohabitaient parfois dans un même ouvrage. 36 « Der Große. visiblement le meneur de toute la troupe. La priorité accordée au ravitaillement de l’armée. Munich. D’une part. Curt von FRANKENBERG / Robert LEONARD / [Walter TRIER]. 69. [1915]. 1915. Bien que la pénurie alimentaire se fît bientôt sentir en Allemagne. de nombreux commentaires d’ouvrages non illustrés. utilisés dans le milieu scolaire. leur mémorisation. 35 « […] so sicher auf seiner Insel ». Schnell. elles laissaient supposer leur vaste diffusion. 1915. 214 . 34 GERVEREAU 2003. accentuait le caractère risible de l’allégorie. Luftfahrerdank. à 33 « Meerbeherrscher Albion ». faisaient écho à ces stéréotypes graphiques.35 Certaines descriptions physiques correspondaient à une transposition textuelle des représentations graphiques : Le spécimen grand et maigre..34 Entre 1914 et 1918. » MÜLLER-RÜDERSDORF. 7. Les grimaces des allégories de l’Angleterre traduisaient sa jalousie. Wilhelm. encerclé de sous-marins et de zeppelins et condamné à assister au naufrage de ses navires [119] [120]. Für die deutsche Jugend. Munich. Les images correspondaient à une variation du même motif : John Bull. sa pipe et son gilet [118]. in : Die Luftbuben. Deutschland über alles! 1914-15 Kriegslesebuch für Schule und Haus. D’autre part. son ventre rebondi. Le qualificatif historique d’« Albion maîtresse des mers »33 était employé de manière ironique et récurrente. Ces dessins s’inspiraient de la littérature pour adultes dans laquelle cette allégorie nationale était représentée depuis la seconde moitié du XIXe siècle. offenbar der Führer der ganzen Truppe. U. l’Angleterre était dépeinte comme « tellement sûre d’elle sur son île ». En référence aux sentiments prétentieux que la propa- gande allemande lui prêtait. p. Friedrich STIEVE. elle n’était pas seulement due au blocus. 2e éd. in : Warum und wofür wir Krieg führen. Lustige Erzählungen in Versen. p. D’autre part. restait isolé sur son île. p. ces des- criptions facilitaient. dont l’onomatopée « U. grincheux et dépité. U. 4. geht nunmehr zurück zum Schiffe […]. U » faisait allusion tant à la douleur de John Bull (plutôt exprimée habituellement par « Au » en allemand) qu’à l’initiale du mot allemand sous-marin (U-Boot). par la répétition. l’Angleterre apparaissait sous les traits traditionnels de John Bull. Seybold’s Verlagsbuchhandlung. retourne alors à son 36 bateau […]. Elle était ac- cusée de vouloir mettre fin à la puissance de l’Allemagne en menant une « guerre de la faim » (Hungersblockade) au moyen du blocus maritime qui toucha les Puissances cen- trales dès 1914. cit. op.

les maîtres étaient chargés d’orienter la colère vers l’Angleterre et même de s’assurer que les élèves n’allassent pas acheter ou échanger des vivres contre des biens de première nécessité dans les campagnes.37 Surtout depuis 1916. reprochaient à la Prusse ses prétentions hégémoniques qui entrainaient à leurs yeux un partage déséquilibré des denrées à leur détriment. Anne-Marie. D’après les instructions données par le conseiller de Bethmann-Hollweg. Tallandier. Paris. pp. le 19 octobre 1914. était formellement interdit. Les états du sud. « Der Kampf in den Küchen ». Jean-Paul / KNOPPER. 2008. par Id. La crise de juillet 1914 lui avait permis d’affronter la Russie avant qu’elle n’atteignît le maximum de ses capacités militaires en 1916. qui prévoyait une intensification extrême du rythme de la production industrielle pour répondre aux besoins de l’armée. Il était dans l’obligation de se défendre pour la survie de la nation et était par conséquent impliqué dans un combat « juste ». tout débat sur les buts de guerre. MAI. « Introduction ». Das Ende des Kaiserreichs: Politik und Kriegführung im Ersten Weltkrieg. 39 DEMM.38 Cette figure de l’ennemi permettait de canaliser le mécontentement croissant en rejetant la faute sur un acteur étranger. L’Allemagne était également animée par des ambitions hégémoniques qui s’accompagnaient d’une volonté de s’affirmer en tant que puissance mondiale. « German Teachers at War ». Elle avait saisi l’occasion de se mesurer à son rival britannique pour tenter de lui dérober son statut de première puissance navale. dir. dir. op. eut effec- tivement des conséquences désastreuses sur le système de ravitaillement. cit. op. 2005. Eberhard. Presses Universitaires du Septentrion. Londres. 215 .39 Cette pratique était appelée couramment « hamstern ». À l’école. sur lesquels les élites civiles et militaires elles-mêmes peinaient à trouver une position de compromis. Aux racines du mal.. avait également des conséquences sur l’approvisionnement des civils. indispensable pour légitimer le conflit. 1918. The First World War Expe- rienced. 134-146. l’opinion attribuait la pénurie à une mauvaise gestion et ré- partition des denrées alimentaires par les autorités. pp. Michael. la Bavière en par- ticulier. Selon cette grille de lecture manichéenne. Gunther. ainsi qu’entre le nord et le sud du pays.40 En réalité. DTV. Munich. 1996. d’après 37 JANZ 2013. Officiellement. par Hugh CECIL / Peter LIDDLE. Aspects confessionnels de la construction de la paix dans l’espace franco- allemand (XVIe -XXe). le déni de la défaite. in : BURGDORFF / WIEGREFE 2004. Françoise / SAINT-GILLE. pp. considérées comme intransigeantes. la guerre avait été imposée au Reich. rigides et injustes. Villeneuve d’Ascq. cit. il menait une guerre préventive. 40 CAHN. 709-718. in : De la guerre juste à la paix juste.laquelle étaient réservés les deux tiers des ressources alimentaires. Pierre. Kurt Riezler. in : Facing Armageddon.. littéralement « faire des provisions ». SCHMIDT-KLINGENBERG. voire agressive. 1987. 7- 17. Le programme Hindenburg. Mais l’opinion publique ignorait ces calculs. Leo Cooper. Cette convic- tion répandue n’était pas sans lien avec un accroissement des tensions entre villes et campagnes. 38 JARDIN.

2014. la Grande-Bretagne fit preuve d’une certaine am- biguïté sur la position qu’elle adopterait en cas de conflit en raison de désaccords au sein du gouvernement. 11. Jean-Paul / KNOPPER. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Irina RENZ. « Im Reich des Absurden: Die Ursachen des Ersten Weltkrieges ». cit. Zum historischen Hintergrund von Staatenkonflikten. Gerd.41 Dans ce contexte. Paderborn. dir.42 Durant la crise de juillet 1914. Corrompu par le Fran- çais. 1992. Schöningh. Françoise / SAINT-GILLE. jour de l’invasion de la Bel- gique par le Reich. Juli 1914. Stuttgart. Mais bien qu’elle annonçât à la France et à la Russie qu’elle ne se sentait pas liée par le système des alliances. L’Empire tsariste. la France était assez peu représentée. le Reich combattait la Russie tsariste et la domination anglaise.43 Garante de la neutralité belge. Ainsi en appelait-on « exclusivement aux sentiments […] pour taire les "buts de guerre" ». Joffre. Les deux alliés de la Grande-Bretagne subissaient des traitements de degrés différents. Schöningh. il portait dans les mains deux sacs de pièces. Malgré l’inimitié franco-allemande de longue date. même après la généralisation de 41 JARDIN 2005. Eine Bilanz. La France et la Russie n’étaient que ses subordonnés. Autrement dit. était un colosse aux pieds d’argile qui avait malgré tout connu un développement industriel grâce aux investissements étrangers. p. in : Enzyklopädie Erster Weltkrieg. étaient propices à alimenter ce discours manichéen et à créer une adhésion en- fantine. car défensive. terme qui n’était plus employé durant la Grande Guerre. « Der Weg in den Krieg ». in : Wie Kriege entstehen. qui reposaient sur des réflexes émotionnels et irra- tionnels. Studien zum nationalen Feindbegriff und Selbstverständnis in Deutschland und Frankreich 1792-1918.44 Dans cette image les forts contrastes de taille et de poids rendaient les trois figures ridicules. 2003). 2009 (1e éd. Elle était considérée comme le meneur de guerre [121].les principes de l’union sacrée. l’esprit revanchard et la prétention française. pp. op. 216 . « Introduction ». la Grande- Bretagne déclara la guerre à l’Allemagne le quatre août. 45 JEISMANN. selon les commentaires. FÖRSTER. par Bernd WEGNER. le type du Français était reconnaissable à son uniforme rouge garance. 2003. Paderborn. petit et guindé. 44 DÜLFFER. La Russie apparaissait sous les traits d’un gros et grand soldat laid et repoussant au sourire crédule et malhonnête. 233- 241. L’« ennemi héréditaire ». Anne-Marie. pp. dir. Michael.45 La plupart du temps. portant l’uniforme de Napoléon trop grand pour lui et mal taillé. Klett-Cotta. marquée par les guerres antinapoléoniennes et la guerre franco-prussienne. 211-252. 42 CAHN. Das Vaterland der Feinde. elle fit clairement comprendre au Reich qu’il ne devait pas compter sur sa passivité. il menait une guerre juste. les figures dépréciatives des ennemis. 43 KRUMEICH.. cit. affaibli par la guerre russo-japonaise. incarnait. Stig. Paderborn. Jost. art. avait fait place à la « perfide Grande-Bretagne ». Schöningh.

et selon la nature des supports pour enfants. 1982. allusion humoristique à l’issue de la bataille de Tannenberg et de la première bataille des lacs de Mazurie.46 Ce stéréotype renforçait l’image d’une France alcoolique et dépravée. Alors qu’il incarnait la figure du « barbare » dans la propagande allemande. Le lieu commun 46 TILLARD. Ils reflétaient une évolution de l’image de l’enfant au cours de la guerre : face aux enjeux et à l’ampleur du conflit. Kerle Verlag. Jo (KUHR. . Dans les albums prédominaient les caricatures d’un soldat inoffensif se noyant dans les lacs de Mazurie. Marie-Estelle / ASLANGUL-RALLO. 48 Verzeichnis der Essener Kriegsbücher-Ausstellung. La France et ses adversaires (XIVe – XXe siècles). Parfois. Elfriede). à une soixantaine de kilomètres de Paris. Essen. in : Ennemi juré. 217 . 1915].. par Jörg ULBERT. dir. 49 PUST. MIHALY. le personnage du Russe occupait une place prépondérante dans les illustrations pour enfants. Ils figuraient soit dans la rubrique d’ouvrages pour adultes « Humour et revues satiriques ». Fribourg. Zugleich eine wegweisende Übersicht für Schule und Haus. Leipzig. Claire.50 il subissait des traitements différents dans les images et les textes. De l’icône à la caricature. durant laquelle 45 000 Russes furent faits prisonniers. 2011. 2010. p. États-Unis. in : Die deutsche Kriegsliteratur von Kriegsbeginn bis Ende 1915. ennemi héréditaire. Nombreux furent ceux qui moururent dans les marécages. du 6 au 15 septembre 1914.. Claire. Le personnage minuscule au nez et aux oreilles rougies pleurant à chaudes larmes rappelait les caricatures pour adultes dans lesquelles le chef de l’État noyait son chagrin dans un verre de Bordeaux. Hambourg. par les Kreisschulinspektoren der Stadt Essen. ‚Vaterländische Erziehung‘ für ‚Höhere Mädchen‘.48 Les parents autant que les enfants en étaient donc les cibles.. on s’adressait désormais aux enfants comme à des adultes. Construction et instrumentalisation de la figure de l’ennemi. Une perspective internationale (France. en- nemi naturel. Canada) ». p. Hinrichs. il était incarné par l’allégorie nationale de Marianne ou représenté sous les traits de Poincaré [122]. 225-240. 3e éd.49 ils ne comprenaient probablement pas les subtilités du contenu sans les explications de leurs parents. 1861-1918.l’habit bleu horizon en 1915. pp. La représentation des personnalités pendant le premier conflit mondial. Le Fantascope éditions. 47 « Humoristisches – Witzblätter ». 1916. Soziale Herkunft und politische Erziehung von Schülerinnen an höheren Mädchenschulen in Schleswig-Holstein. Soulignons que ces abécédaires avaient des destinataires multiples. début septembre 1914. 2004. exemple de la lettre P dans un abécédaire. 121. Hans-Christian. en référence au repli du gouvernement français en Gironde face aux troupes allemandes qui avaient atteint la Marne. Fredebeul & Koenen. Mons-en-Montois. Dokumentation & Buch Wis- senschaftlicher Verlag. Der Andere Verlag. « L’image de l’ennemi allemand dans les affiches et cartes postales des deux guerres mondiales.da gibt’s ein Wiedersehen! Kriegstagebuch eines Mädchens 1914-1918.47 soit aux côtés de livres illustrés pour enfants dans des catalogues consacrés à la lecture à l’école et au foyer. Osnabrück. 26 . Comparé au Français. Même s’ils étaient familiers des événements et du vocabulaire militaire grâce aux enseignements scolaires. [ca. éd. 50 ASLANGUL.

p. Herbert. 51 LIULEVICIUS. in : Ibid. 57 Voir par exemple : « Unser Zug nach Mlawa ». Nourrie des préjugés vis-à-vis des Slaves répandus dans la société bien avant le conflit. Il paraissait inoffensif. n° 3. Paris. cit. Hurra! Ein Kriegs-Bilderbuch. 56 Voir par exemple : « Meine Erlebnisse im Felde ». 52 STENNER. la propagande allemande amplifia grandement ces actes de cruauté. in : Der Erste Weltkrieg. les représentations du Russe divergeaient. De nombreux récits revenaient sur les atrocités commises par les Russes envers les civils en Prusse-Orientale. / Klein Willi aber fröhlich lacht / Und denkt. 218 . qui permit de repousser définiti- vement les Russes du territoire. in : Deutscher Kinderfreund. les Russes tombaient dans une bassine [123] ou dans des flaques d’eau ou de boue après avoir trébuché ou été victimes de la farce d’un petit soldat au casque à pointe sous les applaudissements de Hindenburg. pp. pp. das hab‘ ich schlau gemacht. Hachette-Littératures. » RIKLI. Lors de leur retrait de Prusse-Orientale. in : SPILKER / ULRICH 1998. op.56 dévasté des villages entiers57 et se distinguaient par leur brutalité sur le champ de bataille. / Schnell an die Wange das Gewehr. pan ! Et le Russe a péri. Rowohlt.52 Dans d’autres dessins un garçonnet minuscule tirait sur un Russe gigantesque et barbu pris au piège des marécages [125]. De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes.. 55 La seconde bataille des lacs de Mazurie. ZIEMANN. janvier 1914. / Drauf hat klein Willi nur gepaßt. 53-96. Petit Willi y a bien veillé. Benjamin. les Russes pratiquèrent une politique de la terre brûlée. Berlin. « Der vergiftete Sieg ». du 7 au 25 février 1915. Les proportions et les couleurs vives du dessin ainsi que les rimes et le ton simplet du texte minimisaient la violence et véhiculaient la conviction que les batailles pouvaient être remportées facilement : Le Russe dans le marécage reste embourbé. pp. Des cosaques avaient sauvagement assassiné un pasteur d’une balle dans la poitrine. art. Stuttgart. 2004. Dans un ouvrage précé- demment cité. par Christine BEIL. 176-189.55 Des motifs similaires se trouvaient dans la revue satirique des Lustige Blätter [127]. Loewe. Susanne.Mythen des industriellen Krieges ». Prestement il ajuste son fusil Pan. des caricatures présentes dans les albums pour enfants. dir. 68-70. 12. héros de Tannenberg [124]. tant dans le texte que dans l’image. Ces images qui contribuaient à banaliser la guerre54 ne visaient pas tant à diaboliser cet ennemi qu’à le ridiculiser. paff! Der Russe lebt nicht mehr. « Mythos Tannenberg ». A contrario. Petit Willi alors rit gaiement 53 Et pense : j’ai agi habilement. dans les revues. cit. « »Macht der Maschine« . George. pp. [1915]. fit l’objet d’un traitement humoristique similaire. 1999. 53 « Der Ruß bleibt stecken im Morast. décembre 1914. / Piff. n° 4. Die Geschichte vom General Hindenburg. 54 MOSSE.des Russes qui se jetèrent par panique dans les lacs et s’y noyèrent fut véhiculé par la propagande allemande. elle était représentée sous la forme d’une ba- taille de boules de neige [126]. Vejas Gabriel. 44-47.51 Représentés sous des traits enfantins.

analphabètes et indisciplinés.59 Ce discours qui dramatisait une telle menace extérieure ne faisait qu’accentuer le caractère défensif de la guerre. 1-17 . 2001. Karin / KÖLM. pillages et incendies. Les représentations de cet ennemi étaient prépondérantes durant les deux premières années du conflit.). Ses filles tinrent chacune un journal de bord. Susanne. n’eut lieu qu’en 1920). Le degré de violence admis dans les textes transparaissait peu dans les images. très meurtriers. se cantonnaient à la lâcheté russe [128]. chargées de véhiculer optimisme et confiance en la victoire. par Id.62 Cet exemple toutefois exceptionnel montre combien les troupes du tsar pouvaient susciter la peur. pp. les combats à l’Est. maître d’école.58 Dans la continuité de ces stéréotypes. 219-245. fibre Verlag. op. cit. dont seize autres enfants. Peter Lang. n° 2 : Sibirien: Kolonie – Region. 1996. la Russie avait été dès le XIXe siècle exclue de la « communauté de civilisation » que formaient les peuples latins et germaniques sur le continent européen. cit. témoignèrent d’une expérience enfantine exceptionnelle de la guerre : les deux fillettes furent déportées en Sibérie avec leur père et une trentaine d’habitants. en Prusse-Orientale. à Lyck.viols. Leur père. Au cours des six années passées en Sibérie (le rapatriement vers la Prusse- Orientale. correspondaient encore à ceux d’une guerre de mouvement et semblaient plutôt tourner 58 GRUNEWALD. Osnabrück. Vejas Gabriel. Gefangen in Sibirien. Cette facette « barbare » du soldat russe ne trouvait quasiment jamais son équivalent en images. p. art. dans la tradition de la peinture historique. « Der vergiftete Sieg ». Karin. Lothar (éd. 219 . cit. 61 MIHALY 1982. 62 BORCK.60 Dans son journal Elfriede Kuhr relata la panique qui secoua le village lors de l’avance des Russes. « Die Tagebücher und Erinnerungen der Familie Sczuka aus Popowen in Ostpreußen aus der Zeit ihrer Verschleppung nach Sibirien 1914 bis 1920 ». s’était plaint de soldats russes qui troublaient la tranquillité du village durant la nuit. BORCK. Presque tout au long de l’année 1915. Michel. in : Le dis- cours européen dans les revues allemandes (1871-1914). nous l’avons mis en avant.61 Hildegard et Elfriede Sczuka. dir. Incarnant aux yeux d’une partie de l’opinion allemande les dangers du panslavisme et du tsarisme. La tête de Janus d’un Russe à la fois inoffensif et « barbare » allait de pair avec l’évolution stratégique du conflit. il continua à dispenser des cours. « Mythos Tannenberg ». 11. 59 STENNER. âgées de sept et dix ans en 1914 et originaires de Popowen. 60 LIULEVICIUS. l’invasion de la Prusse- Orientale à l’été 1914 est restée gravée dans la mémoire allemande comme un traumatisme. 1996.. art. Les illustrations des revues. Francfort/Main. in : Berliner Jahrbuch für osteuropäische Geschichte. pp. Tagebuch eines ostpreußischen Mädchens 1914-1920. les Slaves étaient considérés comme sales. « Les périodiques culturels allemands et l’Europe (1871-1914) ». D’autant plus choquante en raison de ces préjugés.

LIULEVICIUS. 1905 et 1927). Sans épargner aux jeunes lecteurs la violence des combats. 65 « Iwan Iwanowitsch Baecker ». Les troupes y commirent des exactions contre les populations civiles. 132-134. mai 1915. 2010 (1e éd. Deutschland im Ersten Weltkrieg. Il revenait sur la mort d’un soldat russe d’origine alle- mande. art. 2013.64 Sur le front oriental les Allemands allaient sortir provisoirement victorieux après la Révolution d’octobre 1917. regroupant la Courlande. Gerhard / KRUMEICH. une politique annexionniste d’une ex- trême violence et misaient sur une exploitation à outrance des ressources naturelles. La dureté de cette administration civile qui allait être étendue à des territoires plus vastes après la signature du traité de Brest-Litovsk le trois mars 1918 allait influer sur l’intransigeance des Alliés lors de la signature du traité 63 HIRSCHFELD.à l’avantage des Puissances centrales. La moquerie servait d’exutoire tout en mettant en valeur la supériorité allemande. Dans la région de l’Ober Ost.65 Les origines allemandes du soldat faisaient référence à la forte présence de ger- mano-baltes (germanophones) dans cette région qui représentait une sphère d’influence de l’Allemagne. Vejas Gabriel. L’ennemi à la fois le plus méprisé et le plus craint était le plus ridiculisé. les forces occupantes. Un article du Deutscher Kinderfreund paru en mai 1915. ce discours à l’égard de la Russie et des pays baltes qui faisaient partie de l’Empire tsariste s’accompagna d’une stratégie de justification de la politique d’occupation allemande à l’Est sans atténuer la vigueur de ces stéréotypes. Des ouvriers furent déportés dans des usines allemandes. 220 . Francfort/Main. art. n° 8. illustrait ce procédé. Au cours de la guerre. décrit comme illettré. 64 KESSEMEIER. Der Humor. Sigmund. La politique de colonisation menée depuis le début du XXe siècle pour concurrencer la Russie connut une nette radicalisation à partir de 1915. cit. Le mot d’esprit et ses rapports avec l’inconscient (1905) : FREUD. Der Witz und seine Beziehungen zum Unbewußten. Siegfried Kessemeier s’appuie sur l’étude de Sigmund Freud sur l’humour. « Politische Geschichte und Bildsatire ». in : Deutscher Kinderfreund. sous contrôle allemand. se sentant investies d’une mission civilisatrice. mais loyal et persévérant. Francfort/Main. « Der vergiftete Sieg ». alors que les troupes allemandes occupaient la Lituanie et s’apprêtaient à conquérir une partie de la Courlande et de la Lettonie. pp. polonaises et des morceaux de la Biélorussie occidentale et considérée comme un protectorat. selon les buts de guerre allemands. attendant en vain de ses nouvelles. appliquaient. des régions litua- niennes. Gerd. Iwan Iwanowitsch Baecker. Siegfried. l’article mettait en avant la bonté des soldats allemands qui lui avaient creusé une tombe et s’attardait sur les senti- ments de désespoir de son épouse. Fischer. Fischer Taschenbuch Verlag.63 Ce double visage de l’ennemi russe permettait d’entretenir la foi en la victoire et d’inciter à la ténacité tout en accréditant l’idée d’une guerre défensive. cit.

Oliver. 221 . 2012 (1e éd. cit. 257-278. le personnage prédominait surtout dans les 66 DAHLMANN. art.68 La coloration religieuse de la revue favorisait sans doute la question de la sépulture décente.66 Tout en entretenant les clichés sur les Slaves et en dissimulant à peine les intentions annexionnistes allemandes. Jürgen. cet article possédait aussi une fonction cathartique. pp. dir. in : Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918. 368-370. op. in : Pressepolitik und Propaganda. HORNE. vol. in : WIEGREFE / BURGDORFF 2004. par Stéphane AUDOIN-ROUZEAU / Jean-Jacques BECKER. John. 1. op. mais nous verrons qu’elle était un leitmotiv de la littérature enfan- tine. Historische Studien vom Vormärz bis zum Kalten Krieg. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009. ne pouvaient être inhumés. Dittmar. STENNER. dir. MOSSE 1999. étaient souvent portés disparus. p. LIULEVICIUS. 69 Se référer dans le chapitre 5 à : 1) Culte du père absent. l’attente angoissée des civils lorsqu’ils n’avaient plus de nouvelles de leur(s) proche(s) au front ainsi que la perte d’un être cher. Bayard). de gagner leurs opinions publiques. Vienne.. « Deutsche Auslandspropaganda im Ersten Weltkrieg: Die Zentralstelle für Auslandsdienst ». « Baltische Staaten ».. in : Politische Kultur und Medienwirklichkeiten in den 1920er Jahren. Norbert. « Atrocités et exactions contre les civils ». cit.67 Malgré la violence des combats décrits. cit. Il était représenté sous les traits d’un brigand prénommé Katzelmacher. 1997. ce récit jouait à la fois sur la mise à distance et l’identification et permettait d’aborder de manière moins frontale les liens entre le front et l’arrière. dir. pp. d’autres. La figure de l’Italien complétait les défauts de la horde d’ennemis en incarnant la trahison. Böhlau. op. cet article soulignait la bienveillance des Al- lemands et devait ainsi améliorer l’image des forces d’occupation à l’Est. 2010. Italien und Deutschland im Vergleich ». art. Susanne : « Mythos Tannenberg ». Des combattants. « Trauer und Gefallenenkult nach 1918. face au feu ennemi. 79-125. pp. Cologne. Vejas Gabriel : « Der vergiftete Sieg ». Dans la me- sure où il mettait des mots sur ces souffrances. 68 PÖTZL. 2004. 312. la technicisation croissante des armes démultipliait leur force de destruction. En raison des enjeux territoriaux entre l’Italie et l’Autriche-Hongrie et de la proximité du front sur lequel se battaient ces deux nations. « Verkäufer des Todes ». JANZ. aux corps déchiquetés et pulvé- risés.de Versailles.. Si les soldats tentaient d’enterrer les corps au fur et à mesure et d’accorder à chacun une sépulture. cit. Munich. par id. pp. 172- 177. Perrin. Cette stratégie était également pratiquée auprès des pays neutres pour tenter. 67 WILKE. Paris.69 En adoptant la perspective d’un ennemi aux lointaines origines allemandes. cit. Weimar. en vain. d’après le terme dépréciatif désignant les travailleurs immigrés d’origine italienne. pp. Ces sujets apparurent dans la littérature enfantine en 1915. Oldenbourg. ce récit avait également pour objectif de masquer l’horreur de la mort de masse. 473-489. par Ute DANIEL / Inge MARSZOLEK / Wolfram PYTA / Thomas WELSKOPP.

outre une partie des îles de l’Adriatique et la côte dalmate. 222 .. « Mobilisierung von Kindern und Jugendlichen im Vorfeld und während des Ersten Weltkrieges ». 71 BECKER / KRUMEICH 2012. op. L’assimilation du Reich à un fort assiégé par la Grande-Bretagne et ses alliés. héritier de la conception géopolitique de Schlieffen. 75 SCHNEIDER. les auteurs se contentaient de signaler sa propension à la trahison d’une manière manichéenne. cit. [1916]. allégorie traditionnelle de l’Allemagne. Dans les livres pour les plus jeunes. Scholz (Mainz) und Schaffstein (Köln) in den Jahren 1899 bis 1932. omniprésente dans la propagande. les Alliés lui avait promis. Bozen. dir. 72 SALEWSKI. Paul. op. 73 JARDIN 2005. Schöningh. 233-252. Wie Fels im Meer. Berlin. 236-237. 2002. n’était pas mentionnée et ceci n’était pas un hasard : alors que l’Autriche-Hongrie n’avait proposé à l’Italie que le Trentin et un statut particulier pour Trieste en échange de son entrée en guerre. en particulier. pp. Michael. Maledetto Katzelmacher. Ces accords devaient figurer dans le pacte de Londres du 26 avril 1915. Athesia. Cette apparence était d’autant plus ironique que ces militaires étaient déployés contre les brigands. Die Bilderbuchproduktion der Verlage Jos. considérés comme res- 70 GRUBER. allait souvent employer cette métaphore. le ministre des Affaires étran- gères Georgio Sidney Sonnino et le roi Victor-Emmanuel III. GERVEREAU 2003. op. accréditait les topoï de l’encerclement et de la guerre défensive. la ville et les deux régions précitées. Cette fi- gure rappelait les dessins de revues pour adultes [130]. Kriegsjahr. Paderborn. dodu. 1984. L’Istrie.72 Ludendorff.75 Parfois. qui recourait déjà avant 1914 à l’exagération dans des livres pour enfants sans lien avec l’univers militaire. cit. 74 CONRAD. Für unsere Kinder. mal rasé et coiffé de son chapeau typique.73 présente dans de nombreux livres pour enfants.manuels scolaires autrichiens.74 La stylisation de l’Italien par Arpad Schmidhammer. in : Ein Krieg – Zwei Schützengraben. 2005. pp. en référence aux terres irrédentes [131]. Erinnerungen an das 3. par Brigitte MAZOHL-WALLNIG / Gunda BARTH-SCALMANI / Hermann KUPRIAN. convoitait le perroquet de l’Autrichien Seppl. évoquait les caricatures antisémites que ce dessinateur publiait dans la revue Jugend au début du siècle. cit.70 Il portait un chapeau à bords larges décoré de plumes noires et vertes de coq de bruyère typique des bersaglieri [129].71 Sur la même image Maledetto devenait le complice des voleurs de l’Entente qui cherchaient à cambrioler la forteresse de Michel. toutefois. le président du Conseil Antonio Salandra. [Thèse préparée à l’université de Francfort/Main] Les motifs antisémites contribuèrent au développement de la caricature. moustachu. qui avaient été déterminants pour l’entrée en guerre de l’Italie. Verena. Le recours à des allégories permettait de faire référence aux enjeux territoriaux. Deutsche Sonntagsschulbuchhandlung. Der Erste Weltkrieg. Sa cage portait l’inscription « Trentin – Trieste ». Cornelia.

rappelait la construction des intitulés des histoires du Struwwelpeter. Francfort/Main. soulignant ainsi la barbarie de l’attentat de Sara- jevo. mais agissaient. 27. op. New York. se référer dans ce chapitre à : 1) Kitsch patriotique pour enfants. « Sonnino. boulet de canon.79 Des armes de toutes sortes. Le titre de ce récit. Le texte faisait référence au pacte de Londres et omettait à nouveau les autres promesses territoriales des Alliés.78 Rappelant le brigand italien mal rasé. En réalité. tourmentée dès le début du siècle par une profonde peur de l’avenir et prête à risquer une guerre de grande ampleur en juillet 1914 pour tester la réactivité de la Russie (soutenant la Serbie). p. CLARK. sur ordre de John Bull. Campus.ponsables de l’entrée en guerre de la péninsule aux côtés de l’Entente. l’attentat fut commis par un étudiant bosniaque d’origine serbe. (Traduction de l’anglais par Marie- Anne Béru) KRUMEICH 2013. op. L’autre a rappelé la responsabilité de l’Allemagne. comme le mentionnait le commentaire. fusil. la figure du Serbe [133]. n’assurait pourtant pas ses fonctions en juin-juillet 1914. cit. 81 KRUMEICH 2013. Les somnambules : été 1914. dont « Unité ou Mort ». Dans une parodie de Pierre l’ébouriffé. Ga- vrilo Princip. in : PRONOLD / HENSELMANN 1916. Sidney Son- nino était particulièrement vilipendé par l’Allemagne. Die traurige Geschichte von den zwei Abruz- zenräubern und ihren Genossen. p. pour des raisons de santé. 2013. cit. 77 AFFLERBACH. 223 . soutenu par plusieurs organisations nationalistes serbes. Georgio Sidney Baron ». Il avait été longtemps favorable à une alliance avec l’Autriche-Hongrie mais lui avait réclamé des terres dans la province de Trente et près de l’Isonzo en échange de la neutralité. cit. Les trois dirigeants italiens étaient présentés comme des fauteurs de guerre. Com- ment l’Europe a marché vers la guerre. plus connue sous le nom de la « Main Noire ». op. 80 Concernant l’adaptation d’œuvres pour enfants aux sujets de guerre. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009. 78 JANZ. Ils étaient qualifiés de « brigands des Abruzzes ». pp. cit. Paris. 2013. Der Kriegsstruwwelpeter. représentée avec parcimonie. jouait un rôle de catalyseur dans le déclenchement du conflit d’après le dis- cours tenu aux enfants. sujet austro-hongrois. 231. Der grosse Krieg. op. voir no- tamment les ouvrages de Christopher Clark et Gerd Krumeich. aux cheveux hirsutes et aux mains maculées de sang était accusé d’avoir agi aveuglément sur ordre de la Russie. L’un a mis en avant le rôle de ce pays dans la crise de juillet et accordé un poids déterminant à l’attentat de Sarajevo dans le déclenchement du conflit. étaient caricatu- rés [132].77 L’Italie déclara la guerre à l’Autriche-Hongrie le 23 mai 1915.81 Ce personnage monstrueux aux couleurs serbes. 79 Concernant les débats sur la responsabilité de la Serbie dans le déclenchement des hostilités. constituaient ses attributs. 855-856. qui leur promettait la province de Trente et Trieste. Oliver. Il avait finalement entamé des négociations avec l’Entente en mars 1915 tout en feignant la poursuite des discussions avec les Puissances centrales. Holger. Bien que 76 « Abruzzenräuber ». allusion humoristique à Pierre Ier de Serbie qui.80 le « Stru- wwelpeter » devenait le « Bombenpeter » [134].76 région connue pour son grand banditisme... couteau ensanglanté. Flammarion. alors que la majorité de l’opinion publique y était défavorable. Christopher.

selon Gerd Krumeich. d’autre part. « Belgien im ‚Grande Guerre’ ». 85 BENDELE. dont la puissance risquait de s’accroître. pp. 2010. d’une part. Cette image interpella sans doute d’autant plus les enfants que les châtiments corporels étaient courants dans le Kaiserreich. barricadé dans sa forteresse. Laurence von. Francfort/Main. la présentation de la Belgique et des raisons de son entrée en guerre était encore plus épineuse. n° 29- 30 : 90 Jahre Erster Weltkrieg. Dans ce dernier exemple tiré de la parodie précitée. Le fort symbolisait. selon la propagande allemande. avait assu- ré son soutien à l’Autriche-Hongrie et était prêt à assumer une guerre contre la Russie. 21-29. Ulrich. 35-37. Kopf und Körper. Krieg. ne fut. Le fort faisait probablement référence.85 Avant le conflit. pp. 84 HOFFMANN. en référence au récit original de l’enfant qui suçait son pouce (Daumenlutscher). il « tirait la langue à la neutralité » (Neutralitätslutscher). Der Kriegsstruwwelpeter. Lernen für das Leben – Erziehung zum Tod. lieux de résistance belge et cibles des bombardements allemands. La Belgique était incarnée par le roi Albert Ier. Der Struwwelpeter. aux nombreuses places fortifiées. Heinrich. Le Reich des Hohenzollern souhaitait venir à bout de la menace serbe. comme le prévoyait le plan Schlieffen. de laisser passer les troupes allemandes pour envahir la France par surprise. Le premier ministre serbe Nikola Pašić répondit favora- blement à tous les points de l’ultimatum qui ne remettaient pas en cause la souveraineté serbe. 83 YPERLE. le Reich accusait ce petit royaume d’avoir coopéré avec la France et l’Angleterre afin de justifier son invasion.82 Enfin. comme dans les livres pour adultes.83 Le roi refusait d’ouvrir sa porte à Michel [135] ou était accusé d’avoir accueilli Marianne en dépit des avertissements de Mère Germania [136]. Reclam. in : Aus Politik und Zeitgeschichte. Dans d’autres cas. telle que le prévoyait le plan Schlieffen. le refus de la Belgique. La Russie avait encouragé la formation d’une alliance balkanique autour de la Ser- bie dans les années 1912-1913. l’implication du gouvernement à Belgrade. Mais l’annonce de son soutien à Belgrade en cas d’intervention militaire de l’Autriche-Hongrie n’influença sans doute pas la réponse serbe à l’ultimatum de Vienne. 224 . Germania lui envoya la « grosse Bertha » [137]. Stuttgart. 1984.84 En guise de punition. Albert Ier avait encouragé la résistance belge. jamais prou- vée. Ullstein. permettait d’éluder la question de la violation de sa neutralité.les terroristes entretinssent des liens avec l’armée serbe. il n’existait pas d’images dépréciatives de cette petite nation comparables aux allégories des autres pays européens. 2004. Dans de nombreux livres pour enfants l’idée d’une traversée toute naturelle et rapide de la Belgique. car le Reich n’en avait pas 82 Ibid. informé des menaces terroristes.

Françoise / SAINT-GILLE. chacun des deux camps. Synchron.91 Pré- senter l’invasion de la Belgique comme une mesure défensive était conforme au dis- cours selon lequel le Reich menait une « guerre juste ». 90 HORNE 2005. qui achève actuellement sa thèse de doctorat consacrée à l’image de la Belgique dans la propagande allemande de la Grande Guerre. mais aussi la Russie. cit. Belgien und den Niederlanden im 20. « Belgien im ‚Grande Guerre’ ». p. 89 MEIER 2012. 104-105. op. La référence au mortier de 42 centimètres. cit. cit. art. emploie le terme allemand parlant de « Mo- saikstereotyp ». « Introduction ». 11. Transfer und Konflikt zwischen Deutschland. « Verkäufer des Todes ». par des Autrichiens. ces représentations dépréciatives étaient censées expli- quer aux enfants que les causes du conflit étaient imputables aux ennemis. Laurence von. op. par Krijn THIJS / Rüdiger HAUDE.89 La propagande alliée s’empara de cet événement comme argument contre le Reich et exagéra les atrocités commises par les troupes allemandes. Le complexe d’encerclement structurait l’argumentation des brochures pour 86 Sebastian Bischoff. art. en premier lieu la France et la Grande-Bretagne.88 La violation de la neutralité belge par le Reich révélait la priorité qu’il accordait à ses propres intérêts étatiques par-delà le respect de toute garantie internationale : en d’autres termes. Nous l’avons souligné.. 2013.l’utilité : bien qu’elle eût été peuplée. Anne-Marie. comme les autres nations. cit. des Français et des Néerlandais et eût été l’objet des convoitises des puissances européennes avant son indépendance. cit. Ils correspondaient à une combinaison de stéréotypes attribués aux grandes nations européennes. Jahrhundert. devait persuader les opinions publiques qu’il se battait pour « la bonne cause ». a fortiori le Reich. Norbert. des siècles durant. dir.90 Dans cette guerre idéolo- gique. « Vom ‚Kulturvolk‘ zum ‚Abschaum der Menschheit‘. avant 1914.86 Dans les livres le roi belge ne se définissait que par ses relations avec les puissances alliées. Les enjeux de la défense du Reich s’inscrivaient dans la continuité de la grille de lecture d’avant- guerre. pp. 15-39 . 225 . art. Cette notion morale conférait une légitimité au conflit. 91 CAHN. Belgien in der deutschen Kriegsöffentlichkeit 1914-1918 ». Heidelberg. Sebastian. p.87 évoquait le bombardement victorieux du fort de Loncin. L’Allemagne. la Belgique était. lorsqu’il fallut justifier l’invasion du quatre août et répondre à la propagande alliée. neutre. Jean-Paul / KNOPPER. qui avait bafoué les droits belges. Ces clichés apparurent entre 1914 et 1918. 87 PÖTZL. par allusion à l’héritière du grand industriel d’Essen. 88 YPERLE. in : Grenzfälle. BISCHOFF. 35. dite « grosse Bertha ».. pp. en 1830. Bertha Krupp. menait un combat pour l’existence. le 15 août 1914. des Espagnols. elle marquait une radicalisation du conflit et une étape vers la « guerre totale ».

Même après l’entrée en guerre de l’Empire ottoman. 1915.enfants consacrées au déclenchement des hostilités. in : BURGDORFF / WIEGREFE 2004. 1993). Das eiserne Jahr 1914: ein Büchlein für Kinder. Riffarth. A. p. Dans Der Kriegsstruwwelpeter l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie étaient incarnées par les adultes garants de l’autorité tandis que les enfants désobéissants symbolisaient les ennemis. cit. Franc- fort/Main. entretenu par la propagande. Ces ennemis étaient toutefois facilement vaincus et punis.93 slogan emprunté à Guillaume II. économiques et industrielles des Puis- sances centrales étaient inférieures à celles de l’Entente. Guillaume II remplaçait le grand Nikolas et trempait le tsar Nicolas II. STIEVE [1915].96 Cette conviction de contrer une menace. Berlin. 94 KLAUKE. Selbstverlag des Verfassers.. 8. Paris.92 Les expressions de « Des ennemis tout autour ! » (Feinde ringsum!). États-Unis. cit. 95 JANZ 2013. op. Emil. op.. Au centre deux garçonnets en uniformes vert-de-gris et bleu incarnant les Empires allemand et austro-hongrois défendaient leur jardin assailli par une horde d’ennemis. cit. pp. op. Heidelberg. 93 Ibid. de mener une guerre dé- fensive bien qu’elle portât une part majeure de responsabilité dans le déclenchement du conflit. cit. Wilhelm / HOCHHÄUSLER. W. Canada) ». et de « supériorité numérique » (terme de Übermacht94) étaient récurrentes. La Guerre des enfants.. 3. Das deutsche Kind im deutschen Krieg. Claire. Gladbach. Dans la pa- rodie de Die Geschichte von den schwarzen Buben (histoire extraite du célèbre Stru- wwelpeter). Stéphane. p. d’où la nécessité vitale pour le Reich de mener une action rapide et décisive. « Wacht an der Somme ». 98 Pour l’analyse de ce procédé. 99 ASLANGUL. 2004 (1e éd. 96 KRUMEICH. op. Pourvues d’une forte puissance émo- 92 CRONAU-HERBERTS. 97 MAI 1987.97 Dans l’imagerie l’accumulation d’une horde d’ennemis sur une même page [138] et la métaphore du jardin98 [139] représentaient l’équivalent graphique du syn- drome de l’encerclement. provenant de la Russie tsariste no- tamment.. Deutsche Sonntagsschulbuchhandlung. Was der Krieg unsere Schulkinder lehrt. art. « L’image de l’ennemi allemand dans les affiches et cartes postales des deux guerres mondiales. voir : AUDOIN-ROUZEAU. 226 . cit. Was sollen unsere Knaben und Mädchen durch den Krieg lernen? Ein Mahnwort an unsere Jugend. conforme au plan Schlieffen. Colin. 1915. Une perspective internationale (France. Ces dessins humoristiques et le ton moqueur et railleur de leurs commentaires n’avaient pas tant pour objectif d’inculquer une haine des ennemis que de légitimer le conflit tout en réaffirmant la supériorité du Reich. 84- 90. Gerd. Evangelischer Verlag.95 L’Allemagne avait le sentiment. 1914- 1918. le ministre des Affaires étrangères Edward Grey et le président de la République Raymond Poincaré dans un encrier [141]. poussa en août 1914 les sociaux-démocrates à voter les crédits de guerre. Paul. les ressources humaines. EISEN. Le to- pos de la « bonne fessée »99 [140] rappelait de nombreuses cartes postales. CONRAD. 1914-15. 1914.

Tenu en laisse par. Philippe. Adolf. 430-439. Sa toque rouge. BRÜCKLE. Nouveau Monde. op. p. « Tierver- gleich ». 1. « Der Krieg. KILIAN. 103 RIES 1992. L’association des ennemis. cette symbolique animalière était moins prononcée que les allégories nationales. Hugo Images. le recours à « l’animalisation des peuples »100 favorisa l’introduction des codes de l’iconographie politique pour adultes dans la littérature pour enfants. Par la foi en la victoire qu’elles entretenaient. 2010 (1e éd. Der Erste Weltkrieg in deutschen Bildpostkarten. Le bestiaire se limitait au coq français et aux singes japonais et africain. pp. Dans le livre à transformation Unsere Feinde.102 Dans les albums pour enfants. op. Le bestiaire politique se fixa véritablement au XVIIIe siècle. pp. coiffé d’un bonnet phrygien rappelant l’attribut de Marianne [142] ou prêt à se faire déplumer par deux garçonnets symbolisant les Puissances centrales [143]. 625-626. Paris. Katrin (dir. unser Archiv und unsere Freunde ». Guillaume. qui tra- vaillait pour la revue satirique des Meggendorfer Blätter. le meneur de guerre. « Animal. SCHULZ-BESSER [1915]. illustré par Leo Kainradl. plus généralement des puis- sances nationales. Schnell. par Laurent GERVEREAU. ces images alimentaient un schéma manichéen qui rejetait la faute sur les en- nemis et entretenait l’illusion que l’Allemagne menait une guerre défensive et juste. 53. 102 BROULAND. in : Bayerische Hefte für Volkskunde. cit. 2. traité de « Japs ». John Bull. Munich. 227 . Bayerischer Verein für Volkskunst und Volkskunde in München. pp.101 Il était omniprésent dans les revues satiriques et les cartes postales de la Grande Guerre. le singe japonais s’apprêtait à voler à la famille Müller (incarnant l’Allemagne) une tartine bien garnie.. cit. éta- blie depuis le Moyen Âge. dir. aux dents acérées et à la queue de singe [139] faisait référence à l’habilité sournoise et à la gloutonnerie du Japonais.). Dans une perspective raciste. La Grande Guerre des cartes postales. Le coq. op.. une figure petite et trapue au visage jaune. Pierre / DOIZY. op.tionnelle. 100 GERVEREAU 2003. Directmedia Publishing. 2002. Wolfgang. aux grosses lèvres rouges et au visage grimaçant évoquait celle d’un singe.103 une image était représenta- tive des stéréotypes racistes d’alors [145] : l’apparence d’un Noir à la forte pilosité. Paris. Berlin. 2006). à des animaux remontait à une longue tradition des arts visuels. cit.1915.. in : Dictionnaire mondial des images. Deutsches Historisches Museum. 2013. allusion humoristique à la conquête du comptoir allemand de Kiautschou par l’armée impériale japonaise en novembre 1914 [144]. incarnait l’arrogance attribuée à la France depuis les conquêtes napoléoniennes. 101 KAENEL. 72-76. Symboliques ». voir aussi ces deux études contemporaines au conflit : SPAMER. cit. 2) Animalisation des peuples Outre l’usage d’allégories nationales. vol. elles étaient rassurantes et insufflaient un élan d’optimisme régénérateur. Concernant la symbolique animalière des ennemis. FLECKNER / WARNKE / ZIEGLER 2011.

106 Dans certaines brochures pour enfants. étaient également présentés comme des sauvages et primitifs. Sur le sac de munitions accroché à sa taille figu- rait l’inscription « Dum-Dum ». 106 SECK. 228 . Leipzig. GERVEREAU 2003. John. n° 15. 2013. Concernant les atrocités belges et leur instrumentalisation par la propagande.104 et était connue des enfants. Tallandier. Cette illustration véhiculait ainsi la conception d’une infériorité intellec- tuelle des Noirs répandue à l’époque. les Allemands cherchèrent en vain à contrer la propagande alliée qui les accusait d’avoir commis des atrocités envers des femmes et des enfants en Belgique.107 En guise de punition. Ces caricatures de l’ennemi faisaient écho à l’iconographie de nombreux jeux de société et de jouets et contrastaient avec les repré- sentations nobles des dirigeants. Württembergische Landesbibliothek. Berlin. qui apprenaient sa dangerosité à l’école. Dagmar. Par cet argument. 107 Se référer dans le chapitre 5 à : 2) Silhouette et réalisme anecdotique : idéaliser les liens entre soldats et civils. Paris.108 Certaines illustrations analysées précédemment rappelaient également les caricatures 104 Voir l’analyse de cet ouvrage par Christian Pust dans ce catalogue d’exposition : Wir sammeln für die Zukunft. en référence à ces projectiles dont l’usage était interdit en raison des blessures particulièrement graves qu’ils infligeaient. Dans la presse satirique pour adultes ce bain visuel. Säemannschriften für Erziehung und Unterricht. en particulier. 1914.105 Ainsi comprenaient-ils probablement en par- tie ce message visuel. Voir aussi : LOBSIEN. dir. 2012. Alfred. Scheufele. 1916. Dans les zoos humains précités. il n’était pas rare que les ennemis fussent mis en cage. p. « Bildüberlieferung in der politischen Ereigniskarikatur ». tels des bêtes sauvages [146] [147]. Völkerschaustellungen in Deutschland und Frankreich von 1874 bis zum Ersten Weltkrieg. Si les enfants connaissaient probablement ce projectile. op. était dénoncé comme un acte de barbarie. cit. Erlangen. la littérature extrascolaire servait de relai et de complément aux enseignements dispensés par les instituteurs. Stuttgart. De ce point de vue. cit. Cette arme évoquait la réputation violente et inhumaine des troupes coloniales. La vérité sur les crimes de guerre en France et en Bel- gique.son gilet bleu-or et son pantalon ample (quoique blanc alors qu’il était habituellement rouge) rappelait la tenue des zouaves. par Vera TROST. ils associaient sans doute d’abord le terme « Dum-Dum » à l’idée de bêtise. art. Katja. p. « Die deutsche Karikatur im Ersten Weltkrieg ». op. allégories nationales autant que comparaisons animalières. La connotation de ce mot qui évo- quait de manière « humoristique » l’adjectif dumm accentuait la dimension raciste de cette image. 105 MIHALY 1982. cit. art. FAU University Press. Max. POHLMANN. avait été fixé dès la seconde moitié du XIXe siècle. visités par de nombreux enfants. 108 STOLAROW. Teubner. 88. voir : HORNE. 2005. l’enrôlement de troupes coloniales par l’Entente. cit. assimilées à des hordes d’animaux sauvages. les peuples d’Afrique. Les atrocités allemandes. Unsere Zwölfjährigen und der Krieg. 303.

Christine. La prise en compte de cette catégorie de la société civile correspondait à une radicalisation de la guerre entre nations.des Kriegsbilderbogen pour adultes parus entre 1914 et 1916. cit. La Première Guerre mondiale marqua une étape cruciale dans l’apprentissage de ce nouveau langage visuel. Kindheit im Ersten Weltkrieg. DIDIER. 2008. 116 BROCKS. elle permit d’inculquer presque intuitivement aux plus jeunes un schéma de pensée manichéen tout en les responsabilisant et en les amusant. 44-48. pp. in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009. Leur compréhension présupposait. 1993.). Weimar. cit.111 Les enfants représentaient un enjeu de la guerre. Hildesheim. « Bunte Kriegsbilderbogen ». Eckart. mais le mépris ainsi que des sentiments d’appartenance nationale et de supériorité morale. Bildpostkarten aus dem Ersten Weltkrieg 1914- 1918.116 En référence à l’article 22 du décret sur le droit de guerre 109 SACKMANN. 2008. 111 JEISMANN. Bien qu’ils ne comprissent probablement pas la complexité du message textuel et visuel qui s’adressait en priorité à leurs parents. KESSEMEIER 1983. Christophe (dir. Les adultes étaient en mesure d’exiger des enfants qu’ils les connussent. op. Vienne. MAY. in : GERVEREAU 2010. cit.115 Elles ne devaient pas susciter la peur. cit. Orages de papier : 1914-1918. comme pour toute caricature politique. 252- 256. op. op. des cartes postales outrageuses furent saisies par la censure. Lax Hildesheim. Ansichtskarten als Spiegel von Mentalität und Untertanerziehung in der wilhelminischen Ära (1888-1918). in : Deutsche Comicforschung. op. « Propaganda ». 112 AUDOIN-ROUZEAU 2004. au plan intellectuel. 198-209. 229 . 110 MEIER 2012. pp.).113 ils étaient captivés par ces images distrayantes. Co- logne. HÄMMERLE. 4. Böhlau. op. 2008. Michael. 1998.109 De telles représentations étaient devenues conventionnelles.110 Le conflit fut à l’origine d’une bataille propagandiste qui visait à mobiliser les esprits et à entretenir le moral des populations. cit. « Caricature et dessin de presse ». Somogy. Deutsch sein heisst treu sein. op.. BUSSEMER 2005. 258. vol. Essen. Les collections de guerre des biblio- thèques. Elles restaient relativement mesurées. 113 Se référer dans ce chapitre à : 2) Les enfants comme médiateurs auprès des adultes à travers la littéra- ture illustrée. Au début du conflit. Klartext. Otto. 269 ets. moral et parfois matériel. pp.. Paris.114 L’arme du rire revêtait toutefois une dimension complexe : par sa force émotive. Die bunte Welt des Krieges. cit. Ces caricatures nationales et ces comparaisons animalières avaient davantage pour fonction de ridiculiser les ennemis que de les diaboliser. p. capables de créer une relation de connivence entre le dessinateur et le lecteur..112 La gravité de la situation justifiait que l’on s’adressât à eux comme à des adultes. pp. 114 DELPORTE. Christa (éd. Cette retenue s’expliquait sans doute par une raison pragmatique : les représentations dégradantes de l’ennemi étaient interdites dans le Reich. Christian. un savoir et des références communes. 115 D’après les deux fonctions principales attribuées par Thymian Bussemer à la propagande.

Werdet Helden! Ein offener Brief in der Kriegszeit an die deutschen Kinder. Jacques. mais entretenait son image de « bonne » puissance. » BÖRNER. cette strate de la culture de guerre était plus fragile. Vormilitärische Ausbildung – kriegswirtschaftlicher Einsatz – Schulalltag in Deutschland 1914-1918 ». La raillerie jouait un rôle plus déterminant que la haine qui générait l’inquiétude de maints pédagogues.118 Évoquant Sophocle. considérée comme une entreprise condamnable et illégitime.’ Dieser Satz gilt für alle Menschen. un auteur condamnait les sentiments d’inimitié inculqués aux enfants : La faute la plus épouvantable dont peut se rendre coupable un enfant est la haine.120 Malgré l’allongement du conflit. mais particulièrement à tous les en- 119 fants. tout autant que les bandeaux inspirés de ce poème. au contraire : moins ancrées dans l’imaginaire enfantin d’avant 1914. mais pour aimer. Cette retenue dans la littérature enfantine. Klaus. 23. les plus jeunes étaient incités à se penser comme membres de la communauté nationale. 120 SAUL. besonders aber für jedes Kind. « Jugend im Schatten des Krieges. mitzulieben bin ich da. Ces préceptes s’inscrivaient dans un discours manichéen qui affirmait son bien-fondé et discréditait la propagande ennemie. Par le biais de ces figures repoussoirs. Histoire de la propagande. Plus récente. révélait également une volonté de ne pas exposer les enfants à une violence exacerbée. 91-184. 230 . qui contrastait malgré tout avec les productions pour adultes.] Ein großer Dichter hat das schöne Wort geschrieben: ‚Nicht mitzuhassen. ornés de la mention « Que Dieu punisse l’Angleterre » (Gott strafe England) que portaient les jeunes filles. Presses Universitaires de France. in : Militärgeschichtliche Mitteilungen. ces dessins renforçaient l’unité nationale. Wilhelm. elles s’estompèrent des livres en 1917. pp. 121 JEISMANN 1992. Munich. À partir de 1916. dessen ein Kind sich schuldig machen kann. Paris. cit. les désaccords des autorités scolaires sur les buts de la pédagogie de guerre se multiplièrent." Cette phrase s’applique à tous les êtres humains. ist der Haß. cit. 1983. op. [. En les impliquant plus avant dans cette définition exogène de la nation. […] Un grand écrivain a écrit la plus belle parole : "Je ne suis pas née pour haïr. p. 1967. n° 34. 1916. Mais cette rhétorique traduisait également une volonté de préserver les jeunes lecteurs d’une certaine radicalité induite par le conflit.121 Sensibilisés de la sorte aux visages des ennemis. 118 CRONAU-HERBERTS 1915. ces représentations de l’ennemi ne se radicalisèrent pas. l’Allemagne faisait valoir qu’elle respectait l’interdiction de s’ingérer dans le droit des pays à disposer d’eux-mêmes en provoquant leur population ou leur armée. 117 ELLUL. les enfants étaient plus enclins à supporter la dureté du conflit et à accepter les sacrifices exigés d’eux. Beck.117 Cet argument tranchait avec sa politique d’agression. op. 119 « Das Allerscheußlichste... À l’école l’apprentissage du Chant de la haine contre l’Angleterre faisait l’objet de vives réprobations.adopté en 1907 à La Hague.

p. resta hautement symbolique dans le Reich.. ces illustrations mettaient en exergue la faiblesse des ennemis et. en creux. La guerre telle qu’elle était menée par les personnages enfantins dans les livres pour enfants était une « guerre de rêve ». op. Incitant à la ténacité. Les enfants ne disposaient sans doute pas de toutes les connaissances nécessaires à leur parfaite compréhension. p. Plus ridiculisés que diabolisés. Dans le contexte de la Grande Guerre et des enjeux nouveaux qu’elle impliquait. les écrits pour enfants se réapproprièrent partiellement les codes du patriotisme et d’un langage visuel pour adultes préexistant au conflit. 123 AUDOIN-ROUZEAU 2004. 231 . les dessins kitsch aux motifs enfantins alimentèrent l’humour des albums patriotiques. favorisa une fami- liarisation précoce et progressive avec les codes de l’iconographie politique. 124 Cet aspect a été analysé par Stéphane Audoin-Rouzeau. dans lesquels persistaient des formes surannées. Les événements avec lesquels les jeunes lecteurs étaient familiarisés se limitaient à une série de batailles-types. 271. 137. Outre les victoires de Tannenberg et des lacs de Mazurie.122 Des recherches resteraient à mener sur la part conséquente qu’occupait la photographie dans les revues et les brochures pour enfants. La caricature et les jeux de guerre menés par des enfants étaient absents de la plupart des revues et des récits pour la jeunesse. L’affect et l’intuition jouaient un rôle central. Ibid. mais la récur- rence des stéréotypes. La prise des derniers forts de Liège. Prédominance des auto-images : idéalisation du front entre modernité et tradi- tion. car elle fut prématurément associée à une 122 Se référer au chapitre 5. les ennemis avaient perdu la dignité qui leur était accordée dans les livres pour enfants du début du siècle. Le grand jeu de la guerre 1) Kitsch patriotique pour enfants Outre les caricatures. Les codes du dessin politique dans la littérature enfantine se limitaient toutefois au corpus des albums de guerre. B. couplée à l’actualité guerrière traitée à l’école. cit. le 16 août 1914.123 La scène initiale de nombreux ouvrages présentant un garçonnet dans son sommeil qui s’imaginait en héros guerrier accentuait la dimension onirique du message patriotique.124 Totalement idéalisé et déréalisé. la prise des forts belges véhiculait à la fois l’image d’une guerre de siège médiévale et d’une guerre de mouvement en insufflant un élan d’optimisme. le conflit allait s’achever par une victoire facile sur des ennemis ridicules et lâches. la supériorité du Reich.

son goût pour la guerre vue de l’arrière resta intact jusqu’en 1918 : […] pour un écolier berlinois. comme celui d’Anvers. Souvenirs (1914-1933).125 À en croire l’étude de Max Lobsien précitée. Matérialisée par un canapé. op. faisait l’objet d’un traitement similaire [150]. Histoire d’un Allemand. L’histoire du conflit se réduisait à des symboles. Dans ces caricatures de l’ennemi et ces dessins humoristiques la guerre était pré- sentée comme un jeu. 2004 (1e éd. YPERLE.). D’après ses propos. Sebastian.127 L’anéantissement des ennemis britanniques. op. 232 . Bernard & Graefe Verlag.victoire rapide telle que le prévoyait le plan Schlieffen. dir. qui faisaient probablement référence aux affrontements de la guerre de 1870 (à la forteresse de Sedan par exemple). sans précisions géographiques. devant Tannenberg. 5 : Grundzüge der militärischen Kriegführung 1648-1939. étaient représentés comme la cible de l’artillerie lourde allemande manipulée par un garçonnet [148]. 129 BROCKS 2008. cit. Dans ces dessins qui représentaient des enfants jouant à la guerre. Othmar / MEIER-WELCKER. Les albums de guerre avaient surtout pour objectif d’amuser et de divertir. op. vol. elle n’était véritablement reconnaissable que grâce au commentaire. Manfred (dir. 126 LOBSIEN 1916. Laurence von. 130 HAFFNER. art. Les ouvrages les plus fréquemment recommandés. La tranchée. cit. p. Dans les livres à l’intention des jeunes enfants. 1979. Wolfgang von / HACKL. cit. Ils fai- saient l’objet de jugements divergents dans les revues pédagogiques. le fort se limitait à un stéréotype [149]. « Belgien im ‚Grande Guerre’ ». cit. Ces personnages enfantins facilitaient l’identification. Cette comparaison était un procédé typique de la caricature dans les cartes postales patriotiques. la guerre était une chose parfaitement irréelle : irréelle 130 comme un jeu. qui tomba début octobre 1914. 128 AUDOIN-ROUZEAU 2004. 2000).126 Les forts.. Arles. op. 127 FORSTMEIER. les batailles de Liège et d’Anvers étaient les plus connues des écoliers. p. par le Militärgeschichtliches Forschungsamt. 172. symboles de « l‘idée d’une mobilisation totale de la nation ». 31. Handbuch zur deutschen Militärgeschichte 1648-1939. russes et français devant un fort dépassait la réalité des combats en Belgique tout en s’appuyant sur les mêmes références. Munich. cit. Hans / MESSERSCHMIDT. Actes Sud. Friedrich / GROOTE.128 l’humour prédominait sur l’héroïsation. sous-représentée.129 Dans son autobiographie Sebastian Haffner a employé la métaphore filée du sport pour désigner sa perception banalisée et déréalisée du con- flit. Die Geschichte vom General Hindenburg. Lieb’ 125 BECKER / KRUMEICH 2012.

26. par Rainer ROTHER. BROCKS 2008. Gute Bücher über den Krieg 1914-15 für Jugend und Volk. 1994. pp. Le kitsch. Eine erste kritische Übersicht. 134 WEIGEL. les 135 jouets et jeux. « Bilder für den Sieg. 924-928. 137 LORENZ. in : Jugendschriften-Rundschau. Quant à la 132 grande majorité de ces ouvrages. op. il contribua grandement à banaliser la guerre : La banalisation permettait de s’accommoder de la guerre. 133 KAENEL. op. dir.Vaterland magst ruhig sein. sous-catégorie de ce produit ar- tistique de mauvaise qualité. Brandstätter. 68-74. Berlin. p. Le phénomène ne toucha pas seulement la littérature kitsch et populaire. Max. Wir spielen Weltkrieg. Dieter. Schmidhammers ‚Lieb Vaterland magst ruhig sein’ erfüllt nach Text und Bild nur mäßige Anforderungen. mais les cartes postales illustrées. Walter / PEYFUSS. par Dr. Munich. dir. Max ETTLINGER / Wilhelm SPAEL. in : GERVEREAU 2010. 135 MOSSE 1999. Jeder Schuss ein Russ. étaient accueillis favorablement. une massification entre 1914 et 1918. 1983. Wilhelm. 136 GELFERT. les cartes postales ou encore la vaisselle patriotique (assiettes à l’effigie de Hindenburg. leur ton humoristique et la complémentarité du texte et de l’image étaient mis en avant. Philippe.). sans l’exalter ni la glorifier. » FRONEMANN. cit.und Volksliteratur im Kriege ».133 connut. Wiegand. pp. 2000. Deutsches His- torisches Museum. 132 « Das beste [Kriegsbilderbuch] unter ihnen. Mais alors que ces objets étaient empreints de formes iconographiques issues de la grande peinture d’histoire. Un auteur plus critique et distancié. à travers les affiches.). cit. Reimer. concept apparu dans les années 1860-1870. Callwey. ne répond que modérément aux critères de qualité concernant le texte et l’image. Literarische und graphische Kriegspropaganda in Deutschland und Österreich 1914-1918. les productions de la Grande Guerre provenaient de formes plus populaires proches de la caricature et du dessin. 2000.. Künstlerlexikon für Sammelbilder. L’adaptation d’œuvres d’avant 1914 à des sujets guerriers s’inscrivait dans cette tendance humoristique et populaire. Munich. Ars Nicolai. « Die Jugend. associé au mauvais goût. VORSTEHER. les livres et les vignettes à collectionner aux sujets militaires137 en constituaient les premières expressions. Hans / LUKAN. Reklamekunst um 1900. Hans-Dieter. cit. n° 31. p. etc. en l’intégrant à un monde familier qui repoussait les terreurs incontrôlables. in : Die letzten Tage der Menschheit. En circulation dès le début du siècle. 1915. sois calme de Schmidhammer. 1915-1916. Kösel’schen Buchhandlung.134 Comme l’a décrit George Mosse. jeder Stoß ein Franzos.131 Leur vertu pédagogique. Was ist Kitsch?. 233 . Kriegs-Ratgeber. Ce kitsch patriotique ou cocardier (Hurrakitsch). Berlin. Chère Patrie. « Kitsch ». Bilder des Ersten Weltkriegs. Das Plakat im Ersten Weltkrieg ».136 fut introduit pendant le conflit dans la littérature pour enfants. pp. Die große Masse aber ist in jeder Hinsicht vollendeter Kitsch. Hilchenbach. Vienne. Ferdinand (dir. tasses aux couleurs nationales. Verlag der Jos. Vandenhoeck & Ruprecht. ANTZ. in : Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands. op. 483-495. cerna l’existence d’un phénomène qui s’intensifia dans la littérature pour enfants pendant la Grande Guerre : Le meilleur [album de guerre] d’entre eux. Detlef. mai 1915. pp. Tout comme l’historicisation du conflit ancrait le 131 AVENARIUS. 149-162. 1916. le tourisme des champs de batailles. Göttingen. Jo- seph. ils relèvent purement et simplement du kitsch. 145-146. « Jugendschriften ». contemporain des hos- tilités..

Harenberg. Wilhelm II. Véritable lieu de mémoire allemand. Hubert. vol. vol. Constanze. 15. parue fin 1914. DODERER. p. Hanovre. cette parodie de guerre n’eut pas de succès auprès des mères de famille. 145 « Olszewski hat mangels eigener Erfindung den alten lieben Struwwelpeter ins Weltkriegerische übersetzt. Eine illustrierte Bibliographie. En tant qu’œuvre d’art Pierre l’ébouriffé en période de guerre (édité par Holbein) n’est pas raté. aber Kinder und Mütter lehnen ihn einmütig ab. Swollen-Headed William. Eberhard (éd. char- gées de l’éducation des enfants et du choix des lectures144 : À défaut d’inspiration personnelle Olszewski a transposé notre bon vieux Pierre l’ébouriffé dans l’univers de la guerre mondiale. 143 DEMM. cit. in : Das Jahrhundert der Bilder. [137]. 138 Se référer aux illustrations précédemment analysées dans ce chapitre : [134]. D’après une étude allemande précitée sur la caricature en période de guerre. est un album politico-satirique pour adultes. La satire d’outre- Manche dénonçait le militarisme de Guillaume II. Fackelträger. denn das Werk ist. Martin. par Gerhard PAUL. 122-137. ces parodies conféraient. Vandenhoeck & Ruprecht. – Medienstar um 1900 ». 2009. Basel. Helmut (dir. 1988. Beltz. Dortmund.).138 allusion au livre réalisé par le médecin francfortois Heinrich Hoffmann pour son fils à la Noël 1844. [141]. Der erste Weltkrieg in der internationalen Karikatur. Klaus / MÜLLER.140 Ces caricatures étaient fréquentes dans la presse satirique anglaise : l’importance que l’empereur accordait au culte de sa personnalité l’exposait à de virulentes critiques de la sorte. op.141 Swollen-Headed William s’inscrivait dans cette culture visuelle et constituait un exemple des transferts culturels qui pouvaient s’effectuer au début du XXe siècle par le biais des images dépréciatives de l’ennemi. 139 CARCENAC-LECOMTE. pp. dir. cit. par Étienne FRANÇOIS / Hagen SCHULZE. in : SCHULZ-BESSER [1915]. 140 Voir aussi : GÖBELS. « Der Mann mit dem Adlerhelm.139 Sa popularité inspira de nombreux caricaturistes qui en proposèrent des variantes humoristiques . 142 « gemeinste[s]. 1981. Weinheim. cet ouvrage eut un succès retentissant en Grande- Bretagne et fut qualifié en Allemagne de « torchon des plus odieux et détestable ». 68-75. in : Deutsche Erinnerungsorte. Das Bilderbuch. 144 BUDDE 1994. p. Göttingen. une légitimation supplémentaire aux hostilités. Beck. « Der Struwwelpeter ». D’après un critique d’alors. par des références à la littérature populaire. car cet ouvrage. 3. 141 KOHLRAUSCH. Kein Wunder.. [136]. blödeste[s] Machwerk ». Der Kriegsstruwwelpeter. bien qu’il se présente comme 145 l’adaptation d’un livre pour enfants. le Struwwelpeter eut un tel succès qu’il fut réédité plus de quatre-cents fois jusqu’en 1920. 2001. Der Kriegsstruwwelpeter fut édité en réac- tion à une parodie anglaise.).142 Ces parodies figuraient au cœur de la « guerre des caricaturistes »143 entre 1914 et 1918. dir. Munich. vol. Als Kunstwerk ist der ‚Kriegsstruwwelpeter’ (Holbein-Verlag) nicht übel geraten. Ceci n’est pas étonnant. et leur complexité était peu adaptée au regard enfantin. Hundert alte Kinderbücher 1870-1945. 1 : 1900 bis 1949. mais les enfants et les mères de famille le rejet- tent à l’unanimité. trotzdem es sich als Uebertragung 234 . pp. en constituait l’exemple le plus connu. Geschichte und Entwicklung des Bilderbuchs in Deutschland von den Anfängen bis zur Gegenwart. op. 23. 1973. 3. représenté en fauteur de guerre sous les traits d’un personnage au crâne chauve sur lequel trônait une couronne [151].discours patriotique dans des références historiques.

créé en 1906 et dirigé par William Stern. p. 146 Tel était le cas des parodies du Struwwelpeter réalisées de la Révolution manquée de 1848 à la Pre- mière Guerre mondiale présentées dans un catalogue du Heinrich-Hoffmann-Museum.148 Stéphane Audoin-Rouzeau l’a aussi classé parmi « les ouvrages édités pour des enfants très jeunes » qui « signal[ai]ent une volonté d’intégration rapide et aussi précoce que possible de l’enfance dans la guerre. Verlag Grotesk.147 Malgré ses tendances poli- tiques. En Allemagne.. éditait aussi des livres pour enfants. était révélatrice des enjeux nouveaux que représen- taient les enfants dans une « guerre totale ». à l’intention des adultes. au conflit. Toutefois. Deutsches Bücherverzeichnis. cit. 235 . p. cit. 1915. ein politisch-satyrisches [sic] Bilderbuch für Erwachsene. Der Kriegsstruwwelpeter était recommandé dans certaines revues jusqu’à l’âge de huit ans et figurait dans la bibliographie nationale de Leipzig à la rubrique Jugend- schriften und Bilderbücher. dont l’Institut de psychologie appliquée et expérimentale (Institut für angewandte Psychologie und psychologische Sammelforschung). 148 Literarischer Ratgeber für die Katholiken Deutschlands. Von Peter Struwwel bis Kriegsstruwwelpeter – Struwwelpeter-Parodien von 1848 bis zum Ersten Weltkrieg. in : Lexikon deutscher Verlage von A-Z. les livres pour enfants étaient conçus d’après des critères moins psychologiques qu’esthétiques. p. 2000. Berlin. 378. et l’Institut central d’éducation et d’enseignement (Zentralinstitut für Erziehung und Unterricht). p. Bien que la Grande Guerre contribuât aux progrès de la psychanalyse (sur les névroses de guerre notamment). plusieurs revues et instituts spécialisés avaient vu le jour entre 1891 et 1918. symboliquement et matériellement. fondé en 1910 et spécialisé dans le domaine artistique. Eine Zusammenstellung der im deutschen Buchhandel erschienenen Bücher. Francfort/Main. Reinhard WÜRFFEL. 149 AUDOIN-ROUZEAU 2004. Ces établissements publièrent tous deux des études sur l’impact de la guerre sur les enfants.146 Des illustrations inspirées du Kriegsstruwwelpeter et de sa version originale étaient reproduites dans la revue satirique des Lustige Blätter [152].. Leipzig. 1924. 147 « Holbein Verlag ». Heinrich-Hoffmann-Museum. Zeitschriften und Landkarten (1915-1920). Graphia-Huß & Co. op. À cette époque. La psychologie enfantine avait émergé dans les années 1890. 27.. cit. n° 4. Verlag des Börsenvereins der Deutschen Buchhändler zu Leipzig. op. »149 Cette intention. 1985. Der Wächter für Jugendschriften. fondé en mars 1915. eines Kinderbuches darstellt.. née pendant le conflit. op. Holbein (Munich). Elle traduisait un nouveau potentiel mobili- sateur : toutes les composantes de la société durent prendre part. 66. » FRONEMANN 1916. 1863. Un tel jugement donne à penser que cette parodie dépassait le cadre de la littéra- ture enfantine. la théorisation psychologique de la littérature enfantine ne s’implanta néanmoins dans le paysage scientifique allemand et autrichien qu’après la Première Guerre mondiale.

« Psychoanalytische Ansätze der Jugendliteraturkritik im frühen 20. op. l’illustrateur Arpad Schmidhammer s’appuyait volontiers sur des personnages célèbres de la littéra- ture enfantine pour raconter la guerre. Jahrhundert ». Enßlin & Laiblin. 153 FORSTMEIER / GROOTE / HACKL / MEIER-WELCKER / MESSERSCHMIDT 1979. Stéphane. pp. 363-370. parfois chauffées et éclairées à l’électricité. 151 DODERER / MÜLLER 1973. 152 SCHEEL.150 Cette méconnaissance partielle de la psychologie enfantine explique peut-être le décalage entre le contenu de certains ouvrages et le niveau de compréhension potentiel des jeunes lecteurs. l’artiste raillait les dysfonctionnements du système de ravitaillement et les mau- vais équipements de l’armée française. par Hans-Heino EWERS / Bernd DOLLE-WEINKAUF. nous l’avons relevé.. Dans cet album dont l’intrigue se passait dans les tran- chées. dir. quotidiennement sensibilisées aux sujets militaires et patriotiques.surtout grâce aux travaux de Charlotte Bühler et de Melanie Klein. pp. 5. 1996. à Vienne. Le nom de ce dernier avait été francisé [153]. Cette caricature faisait peut-être allusion à la famine durant le siège de Paris par les troupes allemandes. [1912]. Aspekte der Institutionalisierung der Jugendforschung 1890-1916 » et « Kap. Weinheim. in : Jugend als Objekt der Wissenschaften. in : AUDOIN-ROUZEAU / BECKER 2012. Juventa-Verlag. vol. Cette image de l’enfant responsabilisé et impliqué dans la sphère des adultes était tellement éloignée de la conception actuelle de l’enfant (surprotégé) que certains contemporains peinent à envisager que de tels ouvrages aient pu être destinés à un lectorat jeune.und Jugendliteraturkritik seit Heinrich Wolgast. 140-188. Geschichte der Jugendforschung in Deutschland und Österreich 1890-1933. op. Opladen. pp. Les références culturelles d’avant-1914 étaient ainsi adaptées au conflit. IV. du 19 septembre 1870 au 26 janvier 1871. Hans und Peter. les jambières de Pierre et sa posture hésitante lui donnaient un air à la fois archaïque.151 Dans le prolongement de l’intertextualité évoquée précédemment. 1. pp. Peter DUDEK. Johann Nepomuk / HAMMER. « L’équipement des soldats ». Hans. Aspekte der Institutionalisierung der Jugendforschung 1916-1933 ». Face aux bottes solides de Hans. cit. 127-149. op. À cela s’ajoutait. vol. cit. Selon le modèle des farces à la Wilhelm Busch. en béton. L’habillement vétuste des troupes françaises qui portaient un pantalon rouge ga- rance très voyant et ne disposaient pas de casque154 donnait prétexte à recourir au sté- réotype de la coquetterie française rappelant la Parisienne à la mode. le contexte sociétal et scolaire dans lequel vivaient ces jeunes générations. STEINLEIN. les galopins Hans et Peter152 devinrent les soldats allemand et français Hans et Pierre. cit. in : Theorien der Jugendlektüre: Beiträge zur Kinder. V. zwei Schwerenöter. Les tranchées allemandes. 154 AUDOIN-ROUZEAU. étaient mieux équipées que les abris 150 « Kap. précieux et lâche [154].. plus pro- fondes. 236 . 1990.153 Elle visait surtout à mettre en avant l’efficacité de l’organisation alle- mande. Westdeutscher Verlag. Reutlingen. Rüdiger. 90-139 .

« Bildüberlieferung in der politischen Ereigniskarikatur ». Tirpitz démissionna en mars 1916. lorsque le Reich avait cher- ché à étendre ses zones d’influence.157 et. 2003. in : Ibid.. cit. Geschichten und lustigen Schwänken für Mädchen und Buben im Alter von 7 bis 10 Jahren. Mis à terre et détroussé par ses ennemis. 159 POHLMANN. par Jean-Paul CAHN / Bernard POLONI / Gérard SCHNEILIN. [1906]. cit. 1897-1918 ». vol. John Bull était étouffé par un Michel vêtu d’un uniforme vert-de-gris et coiffé d’un casque à pointe qui lui enfon- çait des journaux dans la bouche à coups de fusil [156]. 157 MIARD-DELACROIX. Ein Bilderbuch mit Märchen. arborant les traits d’un ogre « jamais repu » [155]. Nantes. l’Angleterre. est maltraitée en image. faisaient référence à la propagande alliée 155 Id. 1. art. Éditions du temps. Ce ton anecdotique permettait de dédramatiser les conditions de vie dans la boue des tran- chées tout en soulignant la supériorité du Reich. les poissons qu’il avait pêchés représentaient entre autres l’Afrique orientale allemande et Agadir. John Bull Nimmersatt.français. 158 BECKER / KRUMEICH 2012. pp. illustré par le même caricaturiste. Schaffstein. cit. allusion humoristique au garçonnet prénommé Der kleine Nimmersatt. fervent défenseur de la guerre sous-marine à outrance face à Bethmann-Hollweg. dont le Times.. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. op. Hélène. d’après le poème de Heinrich Seidel. à la crise de 1911 qui avait mené à un rapprochement franco-britannique. nous surprend par l’agressivité de certaines de ses images. aux tensions germano-britanniques qui s’étaient développées durant le dernier tiers du XIXe siècle. in : Le Reich allemand du départ de Bismarck à la Première Guerre mon- diale 1890-1914. Outre Michel et les figures au- trichienne. « Les tranchées ».158 Une des illustrations correspondait au procédé de l’executio in effigia159 : à dé- faut d’être vaincue sur le champ de bataille.155 Mal vêtu et affamé. Selon les commentaires. d’autre part. pp. Ces disparités s’expliquaient notamment par des enjeux symboliques : les Français restaient plus attachés à un type de guerre provisoire et rejetaient la perspective d’un enterrement prolongé. Cet ouvrage parut probablement au dé- but de l’année. Les titres de journaux britanniques reconnaissables sur l’image. Ces person- nifications faisaient référence. « Aufbau und Untergang der Kaiserlichen Flotte. 200-211.156 trônait sur son siège en forme d’île. 319-327. bulgare et ottomane reconnaissables à leurs attributs habituels. 160 De plus en plus désavoué. Cologne. 156 Der kleine Nimmersatt. incarnée par John Bull. « "Une place au soleil" : La politique coloniale dans la politique étrangère de 1890 à 1914 ». 237 . dir. op. Alfred. 179-188.160 Les sourires des bourreaux accentuaient la cruauté de l’image. pp. L’ouvrage John Bull Nimmersatt und wie es ihm ergangen hat. Pierre tomba finalement dans le traquenard de Hans et fut fait prisonnier. révélaient la dimension stratégique encore accordée aux dirigeables et à la flotte au début de l’année 1916. Michael. d’une part. car ils souhaitaient reconquérir leur territoire. EPKENHANS. les caricatures de Ferdinand von Zeppelin et de l’amiral Alfred Tirpitz..

les soldats allemands devenaient les victimes d’une agression étrangère. Aucun indice ne nous permet toutefois de l’affirmer avec certitude . op. op. certaines descriptions tex- tuelles s’avéraient plus violentes : pour tenter de contrer la propagande alliée antialle- mande. cit.. 167 ERMLER. Soulignons que ces deux types d’images constituaient des sous-catégories du dessin poli- tique (« Ereigniskarikatur »). Julie / EBELING. ne trouvaient pas leur équivalent en images. Märchen in Feldgrau. grâce à un retournement habile. p. en référence au conte des frères Grimm. Dusseldorf. en particulier aux cas [123] à [126]. moins aptes à minimiser la violence infligée à l’Autre. 238 . permit de justifier le comportement sauvage des troupes allemandes en Belgique : il ne s’agissait plus d’actes de barbarie. cit. L‘humour caustique et le sadisme qui s’en dégageaient les rapprochaient des des- sins satiriques (Bildsatire). 27. moins travaillées et plus faciles à comprendre. 163 Ibid. Si le message visuel restait la plupart du temps mesuré.165 Dans la tradition des événements de la guerre de 1870.167 dans lequel l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie étaient par exemple incarnées par Brüderchen et Schwesterchen. Schwann. Carin. Dans le Times avait été publié en septembre 1914 un appel de cinquante-trois écrivains britanniques dénonçant la violence de la politique de guerre du Reich. « Alltagsleben und Ereigniskarikatur ». cet album ne figurait pas dans les listes de livres recommandés.. des récits pour enfants revenaient sur les actes de violence prétendument com- mis à l’égard des soldats allemands en Belgique. Martha. [1916]. mais de légitime défense . s’appuyant sur des expériences passées. cit. L’iconographie de la littérature enfantine était généralement exempte d’un tel degré d’agressivité. 165 Voir par exemple : CONRAD 1914. plus que jamais conformes à l’idée d’une guerre juste et défensive. qui caracté- risaient la plupart des livres de guerre pour enfants.162 Elles tranchaient avec les images humoristiques (Bilder- witz)163 aux traits plus doux. ils étaient attribués à la malveillance et à la perfidie d’hypothétiques francs-tireurs. s’adressait plutôt à des adultes. Les contes de fées étaient également détournés au profit du discours de guerre : le recueil Märchen in Feldgrau. vilipendée dans le commentaire acerbe (Nun stopft man dir das Lügen- maul : « Et maintenant on va te clouer ce bec de menteur »). 162 GENTNER. tout en jouant sur le destinataire.166 Ce discours erroné. op. nous tendons donc à penser que cet ouvrage. art. 164 Nous nous référons à la plupart des exemples analysés dans ce chapitre. 34. Ces textes. cit. Forte de ce constat.164 Le contenu extrêmement agressif de cet album est d’après nous éloquent. présentait les causes du conflit de manière manichéenne. quel que fût le lectorat ciblé. 166 HORNE 2005.antiallemande.161 De telles illustrations suscitaient le mépris et la haine de l’ennemi. 161 HIRSCHFELD / KRUMEICH 2013. p.

Elles servaient d’illustrations à un album « pour petits et grands » intitulé Kriegs-Bilderbuch. Des soldats bavarois. cit. 239 . 169 BRUNKEN.169 Ces parodies et ces albums qui mettaient en scène des enfants jouant à la guerre instauraient la généralisation du kitsch patriotique pour enfants. cit. Inspiré des albums. qui pleurait à chaudes larmes ses trois croiseurs détruits par le sous-marin d’Otto Weddigen le 22 septembre 1914 [157]. Cette vaste confusion des destinataires constituait une caractéristique de la culture de divertis- sement du Kaiserreich et se radicalisa entre 1914 et 1918. Jean-Jacques Becker et Gerd Krumeich ont également souligné la retenue de la propa- gande pour enfants allemande par rapport au cas français. « Kinder. les pieds dans l’eau.168 soulignons que les parodies allemandes d’œuvres classiques pour enfants se distinguaient par leur agressivité. Dans le bilan des études sur les cultures de guerre nationales qu’ils ont dressé. des contes de guerre patriotiques tels que L’Histoire du Petit Chaperon Rouge de Charles Moreau-Vauthier et Guy Arnoux et les aventures de Bécas- sine pendant la guerre étoffaient la liste des ouvrages patriotiques. Alors que la culture de guerre enfantine française se caractérisait par sa violence ainsi qu’une haine exacer- bée envers l’ennemi. Ein Überblick ». le bain visuel dans lequel évoluaient les enfants entre 1914 et 1918 s’élargit à des supports de propagande qui ne leur étaient pas explicitement destinés mais qui entretenaient un lien ténu avec l’iconographie des livres pour enfants. s’apprêtaient à rouer de coups des Français qui prenaient la fuite [158]. op. Otto. 258. Par ailleurs. 2) Cartes postales patriotiques inspirées des albums : élargissement du bain visuel des enfants Certaines productions à destination du public enfantin entretenaient des ambiva- lences quant à leurs destinataires. Ces adaptations guerrières de clas- siques pour enfants se caractérisaient par l’ambiguïté sur la nature de leur lectorat. Ernstes und Heiteres für Kinder und Erwachsene. p. Se référer dans ce chapitre à : 2) Les enfants comme médiateurs auprès des adultes à travers la littérature illustrée. il dépassait parfois le cadre de la littérature enfantine tout en véhiculant les mêmes stéréo- types. Une autre carte s’inscrivait dans la lignée des caricatures dites « à la Ulk ». Y figurait par exemple le stéréotype de John Bull. Selon une note du ministère de la Guerre ajoutée en début d’ouvrage. en référence à la revue satirique du même nom. cette carte fut retirée par la censure militaire après sa 168 AUDOIN-ROUZEAU 2004. art. En France. vêtu d’un kilt.und Jugendliteratur von den Anfängen bis 1945. Tel était le cas des cartes postales. BECKER / KRUMEICH 2012. Cette réappropriation de références traditionnelles ne constituait pas une exception allemande. prénommés les « lions bavarois » (bayerische Löwen). cit. op.

pp. Munich. Elle véhiculait une image peu digne de l’ennemi et correspondait aux représentations des premiers mois de la guerre qui se raréfièrent bientôt. de nombreux motifs de cartes postales. par Ulrich THIEME / Felix BECKER. par son arrière-grand-mère le 26 août 1916. l’innocence du Reich dans le déclenchement du conflit. Feldpostkarten im Ersten Weltkrieg ». « Zwischen Propaganda und Dokumentation des Schreckens.173 L’illustration avait été réalisée par la peintre et dessinatrice Hela Peters.174 L’ouvrage.parution. Si des cartes patriotiques servaient de base à quelques ouvrages. Cet ouvrage matérialisait à la fois le passage des codes du dessin politique dans des supports adressés aux enfants et la proximité graphique des cartes postales et des livres illustrés. mais les descriptions conventionnelles des personnages faisaient écho aux stéréotypes iconiques. 170 FLEMMING. Leipzig.171 Les lettres qu’ils recevaient de leurs proches au front influençaient probablement leur perception de la guerre. de livres pour enfants. provenaient. La version de la carte dont nous disposons fut envoyée à Carlo Boger. conforme à l’idée de guerre juste. Stéphane Audoin-Rouzeau a évoqué ces similitudes dans la culture de guerre allemande. 479-480. Hela ».172 L’exemple suivant est représentatif de ce phénomène : l’illustration figurant sur la première de couverture de l’ouvrage Der große Teich oder die eifersüchtigen Knaben [159] fut éditée sous la forme d’une carte postale intitulée Freund und Feind am großen Teich [160]. Stuttgart. Seule la couverture était illustrée. 67-87. Bercé tout au long de leurs lectures par les mêmes clichés visuels et textuels. construit sur le modèle du conte (introduit par « il était une fois »). Thomas. nous l’avons mentionné dans le chapitre précédent. 172 AUDOIN-ROUZEAU 2004. soulignait. né le 19 janvier 1911. pp. par Matthias KARMASIN / Werner FAULSTISCH. Fink. ces derniers lisaient souvent des comptes rendus militaires et des quotidiens pour adultes. qui rendait l’image accessible aux lecteurs les plus jeunes. Bibliothek für Zeitgeschichte (BfZ). in : Allgemeines Lexikon der bildenden Künstler von der Antike bis zur Gegenwart. cit. Seemann. 171 Voir par exemple : HAFFNER 2004. cit. op. 26. dir. les enfants étaient probablement imprégnés de ces représentations. dir. cit. vol. à l’inverse. op.170 Les légendes des cartes se caractérisaient par leur qualité pédagogique. in : Krieg – Medien – Kultur – Neue Forschungsansätze. 240 . Le texte était en interaction avec l’image et renforçait sa force persuasive. Il révèle selon nous la porosité croissante entre l’univers de représentations des adultes et celui des enfants. MIHALY 1982. 2007. À la maison comme à l’école. 173 Carte n° I AH 4-2/191 dans l’album personnel de Margot Boger-Langhammer et Carlo Boger intitulé Album 3 Vati im Felde – 1916 bis April 1917 (I AH 4-2). 174 « Peters. op. 1979-1990. tant par l’image que par le récit.

Kommissionsverlag der Dürr’schen Buchhandlung.. Regroupant les deux 175 « ein großer. 8. op. se tenait au bord du lac à côté de sa petite sœur. qui « avait toujours le bas de son pantalon retroussé et une petite pipe à la bouche trouvée on-ne-sait-où ». Wilhelm devait simultanément faire face à John. Bien que le militarisme imprégnât la plupart des sociétés européennes. Leur cohabitation paisible avec leurs amis Franzl et Andra.. l’Angleterre était bien plus puissante : elle était en possession de vingt cuirassés et de neuf croiseurs et dépassait les forces allemandes pour tous les autres types de navires. l’image renforçait la métaphore de l’encerclement du Reich contraint à mener une guerre défensive. « un garçon grand et fort aux yeux bleus pétillants et aux cheveux blonds comme les blés »175 vêtu d’un uniforme de marin et symbolisant le Reich. das er irgendwo gefunden hatte. Rustuk et Iwan.178 La compagne française de John. allusion à Marianne. fut troublée par deux garçonnets serbe et russe. 1e partie. Kriegskindergeschichte. 10. Emma / PETERS. dunkle.. Entouré d’une horde d’enfants agressifs. un couple d’enfants représentant l’Autriche-Hongrie. 241 . Der grosse Teich oder Die eifersüchtigen Knaben. Alors qu’en août 1914 l’Allemagne disposait. 178 SALEWSKI. entre autres. 176 « vorstehende Backenknochen. de quinze cuirassés. Au centre de l’image. 10-11. tiefliegende Augen und straffes Haar ». des yeux enfoncés dans les orbites et des cheveux hirsutes »176 et incitait son complice à écraser le soldat de bois appartenant à Franzl et Andra. quatre croiseurs et vingt-deux vaisseaux de ligne. Ce dernier avait des « pommettes saillantes. il ne supportait pas que Wilhelm possédât plus de bateaux que lui. d’après le texte. Hela. 177 « er hatte […] immer umgekrempelte Hosen und im Munde ein kleines Pfeifchen.177 référence à son engouement pour la mer et à l’attribut de John Bull. nous l’avons expliqué. in : Ibid. Wilhelm. L’autre sens du terme keck (coquet) faisait à nouveau référence à la superficialité de la jeune fille. Wilhelmine. p. Selon une lecture conservatrice. kräftiger Junge mit blauen. Reprenant tous les stéréotypes analysés précédemment. in : MÜLLER- AACHEN. in : Ibid. p. vêtue d’une robe blanche soyeuse et coiffée d’un bonnet phrygien rouge. Leipzig. la Prusse. « Seekrieg ». in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009. les spécificités constitutionnelles du Reich accordaient une place prépondérante au pouvoir militaire et à la Prusse. L’empereur disposait. 828-832. l’Allemagne était considérée comme l’héritière de la tradition politique et militaire prussienne. pp. pp. allusion humoristique à l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand. Selon une distorsion de la réalité des rapports de force germano-britanniques. leuchtenden Augen und goldblondem Haar ». ». [1914]. cit. 179 « die kecke Jeanne ». du pouvoir de commandement aux limites mal définies. « Jeanne l’effrontée ». 1 e et 2e éd. Michael.. 7. in : Ibid.179 lançait un regard méprisant en direction de Wilhelm. Celle-ci incarnait. p.

185 AVENARIUS 1915-1916. Der große Teich oder Die streitenden Knaben. 364. p.185 Ce livre fut toutefois édité à deux reprises en 1914. étaient incités à contribuer à leur manière à l’effort de guerre en faisant don de leur tirelire à cette association patriotique conservatrice. sociaux et culturels.187 pouvaient donner l’impression d’une immense manipulation par l’État. Emma / KLOCKMANN. les enfants.. Presses Universitaires du Septentrion. 5. « Première Guerre mondiale.. cit. « Feindbild ». Elke Anna. Il existait seulement un ministère de la Guerre prussien. parut en 1916 chez un éditeur différent. voir aussi : WERNER.186 De telles circulations entre l’iconographie des livres pour enfants et celle des cartes patriotiques. Andreas. in : Pouvoir civil. cit. « Pouvoirs civil et militaire en Allemagne. Roger. art. p. 1871 – 1938. Certains pédagogues lui reprochaient son mélange de fiction et de récit informatif sur la guerre ainsi que la mauvaise qualité de son illustration. « Die Jugend. art. M. De ce point de vue. édités par le Flottenbund deutscher Frauen. in : GERVEREAU 2010. in : MÜLLER-AACHEN / PETERS [1914]. 181 WIRSCHING. M. ces « réseaux d’images » produites par des entreprises privées relevaient de logiques éditoriales. l’image ne possédait pas seulement une fonction narrative et informative. 2013. 188 Voir les diverses spécialités des éditeurs présentés dans le chapitre 1 : 1) Militarisme folklorique. 2005. Jacobi’s Nachfolger (Schurp & Schumacher). 1916. Beck. 184 « Tante Marie Peters aus Leipzig vom Flottenbund ». Aix-La-Chapelle. 183 Concernant la fonction des images de l’ennemi qui orientent le comportement et incitent à l’action. illustrée par un autre artiste.183 Le lien fa- milial imaginaire que l’auteur créait en présentant l’illustratrice comme « tante Marie Peters de Leipzig du "Flottenbund" »184 avait pour objectif de gagner la confiance des jeunes lecteurs. 673-680. par Corine DEFRANCE / Françoise KNOPPER / Anne-Marie SAINT-GILLE. Das Deutsche Reich und der Erste Weltkrieg.. cit. se référer dans le chapitre 6 à : 3) Livres vendus au profit d’associations patriotiques. phénomène typique des supports de propagande de la Grande Guerre. L’importance accordée aux enjeux maritimes s’expliquait par l’origine de ce livre et de cette carte. Joëlle. p. 242 . mais aussi performative. Aspects politiques. pp.188 180 CHICKERING.und Volksliteratur im Kriege ». 182 Concernant le rôle joué par les associations patriotiques dans l’édition de livres de guerre pour enfants. pp. dir.182 Face à la menace pesant sur le Reich. 2e partie. 187 BEURIER. filles comme garçons. 21-32. pouvoir militaire en Allemagne. Villeneuve d’Ascq. 52. 186 MÜLLER-AACHEN. cit. Le mot Teich désignait familièrement l’Atlantique. op. Une deuxième partie. cit. op.181 L’ouvrage mettait en scène la guerre navale face à l’hégémonie britannique. Cet ouvrage fit l’objet de critiques mitigées. Histoire d’une mé- salliance ? ». op.180 la Prusse conservait un poids particulier dans le Reich. images et Grande Guerre ». Munich.tiers de la population allemande. En réalité.

nous nous amusions des cartes postales kitsch aux couleurs vives qu’il y avait partout et sur lesquelles le soldat bar- 189 MOSSE. 243 . 1998. aussi pour les enfants.. autant que les chansons patriotiques.. Nun viele Grüße an euch alle und dir noch einen Kuss von Tante [. Elle était 192 accompagnée du titre "Restez toujours intransigeants !". LEMMERMANN. se mémorisaient facilement et renforçaient la force de persuasion de l’image. op. cit. a décrit une carte semblable à celle précitée. qui semblait correspondre à son idéal de virilité189 dont devait se montrer digne le petit garçon : [. Karl Schönböck194 et Klaus Mann se sont souvenus de ce kitsch patriotique dont l’iconographie correspondait à celle des albums de guerre : Nous ne remarquions pas les changements du paysage urbain . So erinnere ich mich an eine solche Karte. Heinz. p. Ces motifs enfantins donnaient des indications sur les destinataires de ces cartes. 194 SCHÖNBÖCK. Bertram Reguis. 190 « […] Lieber kleiner Heinrich! Tante gratuliert dir herzlich zum Geburtstag und hofft. Hans Ries a présenté les cartes postales comme un moyen d’accès à l’image pour les enfants. 196-209 . REGIUS. Bechtermünz Verlag. 1997. pp. mit der Überschrift: ‚Immer feste druff!’ ». 289-293. Lilienthal. à l’exception du slogan : Il existait également des cartes postales aux motifs guerriers. de fusils et d’autres armes de guerre qui marchaient au pas militaire. Du kannst ja jetzt schon so schön marschieren wie die Jungens auf dem Bild. Une carte mettant en scène un défilé de bambins déguisés en soldats et armés d’épées et de fusils [161]. Kriegserziehung im Kaiserreich. Erinnerungen an vergangene Zeiten. auch für Kinder. Paris. L’image de l’homme. « Die Schönböck. Maintenant tu sais déjà bien marcher au pas du soldat comme les petits garçons sur l’image. Deutsches Historisches Museum (DHM). Brême. Bertram. Jahrbuch des Deutschen Volksliedarchivs Freiburg. Eres Edition.. Abbeville. apprises aux écoliers grâce à des anthologies (Liederbücher). 191 RIES 1992. in : HÄMMERLE 1993. n° 50-51. « …drei Jahre im engsten Kriegsgebiet… ». Un petit garçon nommé Heinrich la reçut de la part de sa tante pour son anniversaire.. Ces formules. né en 1911.7.]. Les cartes patriotiques leur transmettaient des représentations déréalisées de la guerre. die Zanetti und die Balaban ». 1984.191 Des témoignages ont indiqué que les enfants se sentaient interpellés par leurs personnages enfantins et leur graphisme coloré.. Gewehr und sonstigem Kriegsgerät ausgestattet zu sehen waren. 203. Sabine. 55-97. servit de cadeau. » Carte n° 1988/1184. Studien zur politischen Funktion von Schule und Schulmusik 1890-1918. cit. pp. Augsbourg. par Rudolf PÖRTNER. Nombre d’entre elles étaient adressées à des enfants et spécialement choisies pour eux.] Cher petit Heinrich ! Tatie te souhaite un joyeux anniversaire et espère que tu devien- dras un garçon grand et fort. L’expéditrice fit référence à l’image du recto. éd. Karl. Alors un bonjour à vous tous et pour toi encore un baiser de 190 tatie […]. 193 GIESBRECHT. Berlin. Je me souviens par exemple d’une de ces cartes sur laquelle on pouvait voir des enfants armés de sabres. 192 « Auch Ansichtskarten mit kriegerischem Inhalt gab es. l’invention de la virilité moderne. pp. 2006. in : Kindheit im Kaiserreich. George. op. dass du ein recht großer starker Junge wirst. auf der marschierende Kinder mit Säbel. « Deutsche Liedpostkarten als Propagandamedium im Ersten Weltkrieg ».193 Le slogan précité rappelait une injonction de Guillaume II à l’intention des militaires présents en Alsace lors du scandale de Saverne. in : Lied und populäre Kultur.

Elle n’hésitait pas à associer son petit-fils à un combattant. den Gott strafen sollte. [1915]. Vater ist im Kriege. Klaus. Dir viele Grüße bringen von uns allen / In Liebe / Omama » Carte n° I AH 4-1 / 158. BfZ. Carlpeter Boger (1884-1949) combattit entre 1914 et 1918 sur le front occidental. ce qui donne à penser qu’il en existait un troisième (le numéro 1). Rowohlt. Certaines cartes étaient écrites par des membres de la famille restés à l’arrière. daß Du sicher im Zimmer bleiben mußt. Franzmann und der Engländer.196 Les deux albums étaient constitués de cartes postales. ces quatre camarades aimeraient te rendre visite et te dire bien le bonjour de la part de nous tous Avec tout mon amour 198 Grand’ maman 195 « Die Veränderung des Straßenbildes fiel uns nicht auf. Hambourg. entre Verdun et Saint-Mihiel. Comme tu dois rester dans ta chambre en raison du temps maussade. p.3. 49. Hillger. / Da solch schlechtes Wetter ist. Hambourg. près d’Hattonchâtel. Rudolf. Leipzig. Ainsi la grand-mère écrivait-elle régulièrement à Carlo Boger en l’incitant à s’identifier aux personnages enfantins de la carte [162]. Berlin. Nous ne l’avons toutefois pas trouvé dans les fonds consultés. Sa mère y classa aussi. 244 . Carlo Boger. puis à Pristerwald. le 29 novembre 1943 : 6. oder Katzelmacher. 1967). wir freuten uns an den bunten Kitschpostkarten. 72. BfZ. Michael Wildt renvoie au même extrait. près de Metz.1916 Soldat Carlo Boger Mon cher petit garçon. Ein Bilderbuch für Kinder. Genera- tion des Unbedingten. Pour toutes les cartes nous avons res- pecté la ponctuation d’origine. auf denen der bärtige Feldgraue das Mädchen in der properen Schürze herzte. 196 Informations indiquées sur les premières pages d’un des albums : Album 2 Vati im Felde – Bilder von 1915 und 1916 (I AH 4-1). Kind dieser Zeit. en les personnalisant. 198 « 6. Michael. Margot Boger- Langhammer (21 janvier 1888 – 31 octobre 1968) les confectionna pour son fils. p. 2010 (1e éd. en Ukraine. représentés sous les traits 195 d’épouvantables bouffons.3. Cette comparaison militaire laisse d’autant plus interdit que Carlo Boger allait tomber sur le front oriental. ce qui montre la proximité de ces supports. Nous remercions Irina Renz de nous avoir mis sur la piste de ces précieux documents. près de Kirilovka. WILDT. La famille habitait à Weimar. MANN. 197 PRESBER. découverts dans les archives de la Bibliothek für Zeitgeschichte de Stuttgart. Deux albums. ou le brigand italien. als abscheuliche Narren anschaulich verhöhnt wurden […] ». Les albums portent les numérotations deux et trois. des illustrations d’un livre pour enfants intitulé Vater ist im Kriege197 après les avoir soigneusement découpées. Conflans et Saint-Maurice. Hamburger Edition. 2002. Kriegskinderspende deutscher Frauen. le Français et l’Anglais que Dieu devait punir. Das Führungskorps des Reichssicherheitshauptamtes. toutes adressées ou offertes au petit garçon.1916 / Soldat Carlo Boger / Mein lieber Bub. dont le père. bu en uniforme vert-de-gris cajolait la jeune fille vêtue d’un tablier pimpant. möchten Dich diese vier Kameraden gerne besuchen u. illustrent les fonctions similaires des livres et des cartes patriotiques auprès des enfants en période de guerre tout en retraçant un destin individuel. étaient ridiculisés […]. die es überall gab. ce qui donne à penser que les figures similaires présentes dans les albums pour enfants devaient remplir la même fonction.

den 1. permettaient aux adultes d’impliquer les enfants dans la guerre sur un ton humoristique et divertissant. Benjamin / ULRICH. Maurice bei Hattonchâtel ». 200 « Einen lieben Gruß vom Datti / 2. Un petit garçon prénommé Richard écrivit avec l’aide de sa mère une carte à son père au front. Si ces cartes. Cher papa. […] En ce qui nous concerne. Je suis maintenant – Dieu merci – presque guéri mais je ne vais pas encore à l’école. September 1916. Herr Kinder sagte zu mir. ta maman peut en choisir quelques-unes bien belles pour les envoyer à ton père. cit. De la part de papa pour son petit garçon 201 Novembre 1915 Les enfants ne se contentaient pas de recevoir des cartes. bien que le texte fût peu clair. dass Du das Paketchen gesund erhälst. BfZ.199 Les albums de Carlo Boger comportaient de nombreuses cartes aux motifs enfantins envoyées du front par son père. nous espérons maintenant que tu rece- vras le petit paquet en bonne santé.). 202 ZIEMANN. nous sommes – Dieu merci – toujours en bonne santé. 1915 de St. Lieber Pappa. Fahne angeklebt aus einem Kästchen. par sa banalité. 1994. hoffen nun. Sinon je n’ai rien de nouveau à te dire. BfZ. 9 heures ¼ soir [?] Cher papa ! Nous t’avons envoyé aujourd’hui un paquet avec des pommes. était représentatif des correspondances entre le front et l’arrière. Maurice près d’Hattonchâtel Dans une autre carte. 1915 aus S. Carte n° I AH 4- 1 / 100. Ton Richard qui espère te 203 revoir bientôt et. elles exprimaient l’amour de Carlpeter pour son fils [163] : Affectueuses pensées de la part de papa 200 Le 2 nov. Avec ou sans référence à l’image. Diese habe ich heute Nachmittag bei Kinders runtergemacht. 199 PIGNOT 2012. le père se référait à l’image reprenant le cliché du fort assailli et vaincu. Je te souhaite un bon appétit pour les pommes. Deine Mamma mag sich paar schöne aussuchen und deinem Vater schicken. Frontalltag im Ersten Weltkrieg. tout autant que les albums. L’absence durable des hommes durant la Première Guerre mondiale renforça paradoxalement les rapports entre les pères et leurs enfants et contribua à la naissance du sentiment paternel moderne. / von Datti für sein Bübchen / November 1915 ». […]. Nov. sur lequel le drapeau symbolisait la victoire. vêtu d’un uni- forme. Ils en étaient aussi les expéditeurs. d’autres favorisaient la communication avec les proches au front. Bin soweit – Gott sei Dank – wieder gesund. plus particulièrement les échanges avec les pères. Je les ai cueillies cet après- midi chez les Kinder. das Dir Mütt schenkte. Monsieur Kinder m’a dit. Francfort/Main. qui s’apprêtait à poster une lettre [165]. Les invocations à Dieu prenaient la valeur d’un véritable rituel incantatoire202 : Gersd. abends ¼ 10 Uhr [?] / Lieber Vater! / Haben Dir heute ein Päckchen mit Äpfeln geschickt. Wahn und Wirklich- keit. 203 « Gersd. 201 « kl. le 1er Septembre 1916. Bernd (dir. aber zur Schule 245 . ce que nous espérons aussi de toi. Quellen und Dokumente. cher papa. ils s’identifiaient probablement davantage aux motifs et se les appropriaient. typique des albums [164] : Petit drapeau collé qui sort d’une petite boîte que maman t’a offert. en bonne santé. Le contenu du verso. Fischer Taschenbuch. Carte n° I AH 4-1 / 105. La récurrence du champ lexical de l’espoir exprimait une profonde inquiétude. L’image représentait un garçonnet souriant. Dans de tels cas. op. si Dieu le veut.

op. 3) Poids des stéréotypes dans l’imaginaire enfantin En 1915 un critique souligna les vertus divertissantes des livres de guerre pour enfants tout en relativisant leur fonction pédagogique sur le long terme : Tous ces ouvrages procureront sûrement cette année beaucoup de joie à nos enfants. 204 PIGNOT 2012. was wir von Dir. » Carte n° 1988/1184. Dauernden Wert hat indes m.204 Ils représentaient aux yeux des hommes mobilisés une raison centrale de combattre et de survivre. Joseph. p. p. la guerre favorisa un élargissement du bain visuel des enfants.. ils répondaient à leurs besoins émotionnels et constituaient un pilier du moral du front. 206 Se référer aussi dans ce chapitre à : C. cit. cit. S’inspirant de la candeur et de la force de minimisation des figures enfantines. 246 . Dein Richard. 208 « All diese Sachen werden unsern Kindern gewiß in diesem Jahre eine große Freude bereiten. Que ce fût dans la fiction d’une guerre enfantine ou dans la réalité. Autrement dit. DHM. 205 AUDOIN-ROUZEAU 2004. so Gott will. E. Témoins. Weiß so weiter nichts Neues. art.206 Ainsi les enfants participaient-ils symboliquement à la guerre. Auf baldiges ge- sundes Wiedersehen hofft. Il ne se limitait toutefois pas aux motifs enfantins bien qu’ils fussent prédominants. Les albums de Carlo Boger comportaient également des photos de dirigeants et quelques clichés violents de champs de bataille dévastés. La prédominance du kitsch et de la caricature par le biais desquels étaient véhiculés des images dépréciatives de l’ennemi et qui contribuaient à banaliser la guerre amène à s’interroger sur leur impact sur l’imaginaire enfantin. cit. […] Soweit sind wir – Gott sei Dank – noch gesund. keins von ihnen. les cartes postales autant que les albums familiarisaient les plus jeunes avec le conflit.24. gehe ich noch nicht. 72. ils étaient également semi-acteurs de la guerre. Les images extraites du livre Vater ist im Krieg207 dans l’album de Carlo Boger avaient pour fonction d’entretenir un culte du père en son absence. op. Ils n’étaient pas seulement les cibles de cette propagande. 255. qui s’inspirait de l’iconographie des albums patriotiques. comme l’indique l’inquiétude de Richard. » ANTZ. 312.205 Par ces échanges épistolaires. Wünsche Dir guten Appetit zu den Äpfeln. lieber Pappa auch hoffen. p. 207 Nous reviendrons sur l’idéalisation des pères dans la littérature patriotique pour enfants. Inversement. Mais 208 ils n’auront à mon avis aucune valeur à long terme. Se référer dans le chapitre 5 à : 1) Culte du père absent. les enfants étaient « happés » par le monde des adultes. Les enfants comme enjeux du moral. le bain visuel des cartes et des albums entretenait les liens entre les pères mobilisés et leurs enfants en proposant des représentations valorisantes des soldats qui suscitaient l’admiration. « Jugendschriften ».

La présence de certains clichés dans des productions textuelles et visuelles d’écoliers tend à étayer l’hypothèse d’une influence sur l’imaginaire enfantin. cit. art. Plochingen. comme l’a analysé un spécialiste d’iconologie : La portée de ces images ne se limite donc pas au laps de temps durant lequel on les regarde. Katja. par Gerhard HERGENRÖDER / Eberhard SIEBER. Beiträge zur Landeskunde und Geschichtsdidaktik. la littérature patriotique se fondait sur une pédagogie de la répéti- tion. Händler und Helden. dir. employé de manière récurrente dans les ouvrages pour enfants pour désigner la Grande-Bretagne.212 Ils révélaient « une certaine forme d’investissement des enfants – ou de certains enfants – dans la guerre ». op. par Nadine-Josette CHALINE. quarante-six élèves considéraient la Grande-Bretagne comme l’ennemi le plus dangereux pour le Reich. Bien qu’il soit malaisé de mesurer l’effet de la propagande. p. Zwei Mädchen schreiben Kriegstagebuch ». « Kinder im Krieg 1914-18. 212 Elise Nollenberger. Les stéréotypes dont ils rendirent compte de manière plus générale nous autorisent cependant à supposer qu’ils ne furent pas insensibles à la propagande. Et il est vraisemblable que les élèves mémorisèrent en partie les enseignements dispensés à l’école et relayés par la littérature extrascolaire. in : Chrétiens dans la Première Guerre Mondiale.211 Le qualificatif de « jalousie » (Neid). De concert avec les manuels scolaires et d’autres sup- ports de propagande. 213 AUDOIN-ROUZEAU. paru en 1915. Ces clichés faisaient appel à des mécanismes mnémotechniques qui renforçaient sans doute leur force de persuasion. à laquelle les livres para. figurait dans des journaux intimes de guerre.. il convient de s’interroger brièvement sur ses potentielles consé- quences à moyen et long terme. Paris. cit. « Une enfant catholique dans la Grande Guerre . Peter. dont le terme de jalousie évoqué précédemment. L’ouvrage de l’économiste Werner Sombart. les jeunes diaristes ne faisaient pas mention de la littérature enfantine. « Die deutsche Karikatur im Ersten Weltkrieg ». dir. 211 BECKER / KRUMEICH 2012.Cette remarque semblait écarter les questions de la réception de ces ouvrages et de l’impact de leurs stéréotypes sur les enfants. 443-488. Herba. 209 « Die Wirkung dieser Bilder beschränkt sich also nicht allein auf den Zeitraum des Betrachtens. 1993. Son journal a été intégralement retranscrit à la fin de l’article suivant : KNOCH. 209 Par la répétition constante des mêmes stéréotypes elle a un effet durable. employait plusieurs mots typiques de la propagande. cit. 217. op. 35-46 . 247 . p.et extrascolaires participèrent. D’après l’enquête précitée. 210 LOBSIEN 1916. Précisons d’emblée que.213 Ce lieu commun se retrouvait dans le dis- cours de Guillaume II du 31 juillet 1914. eut un succès re- tentissant. 43. véhiculée dans la littéra- ture enfantine. op. Le Cerf. était répandue dans l’opinion publique allemande. Rainer Jooß zum 50. 1988. dans les journaux intimes consultés. Stéphane. » STOLAROW.210 Cette conviction. en complément à l’instruction publique. née en 1903 à Kirchheim-sur-le-Neckar. pp.. le Journal d'enfance d'Anaïs Nin ». p. JANZ 2013. cit. sondern evoziert durch die mehrfache Wiederholung der Stereotypen eine Langzeitwirkung. qui mettait en exergue la supériorité du Reich face à l’esprit marchand britannique. in : Varia historica.

dérivé du mot Bub (le gamin). des brancar- diers acheminaient des blessés vers un campement provisoire. Réalisées en cours de dessin. 2004. pédago- gique. Weidmann. voire prémilitaire. telles que Bubi will an die Front [167]. 248 . la physionomie d’un garçonnet qui jouait à la guerre [166]. et d’ouvrages humoristiques « grand public ». cit. des enfants en Allemagne et dans une moindre me- sure en Autriche-Hongrie. Heiteres und Ernstes aus dem großen Kriege. matérielle. Colestin. dans l’intention de répondre à une attente adulte. Au premier plan se profilait un lac dans lequel deux personnages se noyaient. Präsentationen des Ersten Weltkrieges 1914- 1939. Kriegs-Anekdoten und -Erlebnisse. était propice à dédramatiser la guerre. Nette référence au sort des Russes dans les lacs de Mazurie. se constituait prisonnier auprès d’un cavalier allemand coiffé d’un casque à pointe.. « Kriegszeichnungen der Knaben und Mädchen ». Zeitschrift für angewandte Psychologie und psychologische Sammelforschung. tandis qu’au centre un Russe.217 Issu de ce fonds. ces cartes étaient destinées à être vendues au profit des combattants. les mains en l’air. fusil au poing. in : Jugendliches Seelenleben und Krieg. Leipzig. les autorités scolaires et le ministère prussien de l’Instruction et des affaires reli- gieuses.216 La section locale de Breslau collecta des productions dites libres. Christine. Sonderausstellung. Georg Müller. cette scène qui occupait plus du tiers du dessin laisse supposer la force de l’impact de ce motif sur 214 FLOERKE. Bubi. Hanns / GÄRTNER.215 La Ligue pour une réforme de l’école mit à disposition des dessins d’enfants pour l’exposition berlinoise Schule und Krieg. Bien qu’ils correspondissent sans doute en partie à une expression enfantine spontanée. 1915. 1-21. évoquait les personnages enfantins de cartes pa- triotiques. rappelait celle du héros du livre précité Hurra! Ein Kriegs- Bilderbuch [125]. 217 KIK. ces dessins étaient réalisés à la demande des enseignants. dans le Schleswig-Holstein. BEIL. 216 Schule und Krieg. Berlin. 2e éd. dir. 1915. le dessin d’une fillette âgée de huit ans [168] proposait un con- densé de différents motifs des livres pour enfants. À gauche de l’image. Son prénom. par la Zentralstelle für Erziehung und Unterricht. cette rétrospective était consacrée à la mobilisation psychologique. supplément n° 12. pp. dir. Certains dessins d’enfants étaient marqués par l’iconographie du kitsch patrio- tique. Barth. Tübingen. Organisée de con- cert par l’Institut central d’éducation et d’enseignement (à l’occasion de son inaugura- tion). Georg (dir. 215 PIGNOT 2012.214 Ce diminutif mignonnet courant. dont la consigne imposait le thème de la guerre. Der ausgestellte Krieg. Tübinger Vereinigung für Volkskunde. par William STERN. Parmi une série de cartes postales réalisées par des jeunes filles du lycée de Groß- Flottbek. Munich. op.). 1915.

Daté de 1914. – Medienstar um 1900 ». illustraient souvent les rédactions. Les petits Français s’inspiraient aussi du graphisme des caricatures politiques. représenté sous les traits d’un porc « kaiserisé »220 [171]. cit. La guerre des crayons. les influences de la culture de guerre étaient visibles dans les dessins d’enfants d’autres pays belligérants. 2004. ainsi que leurs attributs laissent néanmoins supposer une intériorisation du discours de guerre. 220 GERVEREAU 2003. 221 KOHLRAUSCH. Wilhelm II. dressait le portrait d’une Allemagne militariste telle qu’on se plaisait à la voir. Ils étaient entourés. réalisés sur commande et dont les maîtres sélectionnèrent sans doute les meilleurs selon des critères scolaires et patriotiques. Par ailleurs. dans la caricature française. qui variait selon la puissance et la dangerosité accordées aux différents acteurs. Parmi le fonds de dessins réalisés entre 1914 et 1918 par les élèves du cours supérieur des écoles parisiennes Sainte-Isaure et Lepic. Les deux images comportaient les mêmes éléments : la coupe de cheveux de l’empereur. cit. 113. La taille des personnages.218 Les avions et zeppelins larguant des bombes à l’arrière-plan rappelaient la dimension technique de la guerre présentée aux enfants. 219 PIGNOT. 218 Certaines remarques extraites du journal d’Elfriede Kuhr viendront étayer cette hypothèse à la fin de cette sous-partie tout en montrant que la propagande pouvait produire des effets différents de ceux es- comptés. conservé au Musée du Vieux Montmartre. intitulé La famine à Berlin [170]. Paris. Parigramme. Nous ne pouvons pas exclure qu’il ait été directement copié d’un modèle. Son uniforme évoquait probablement son goût pour les tenues militaires221 et. art. Quand les petits Parisiens dessinaient la Grande Guerre. p. du Français et de la petite Serbie outrecuidante et à droite du Japonais à la queue de singe. les figures du Russe barbu et invalide et du Britannique portant un navire miniature. op. Au centre se tenaient.219 l’un d’entre eux. à gauche. » Ces dessins. rappelait les caricatures françaises de Guillaume II. 249 ..l’imaginaire enfantin. « Der Mann mit dem Adlerhelm. Les tendances caricaturales de la propagande patriotique se retrouvaient dans certains travaux d’enfants provenant de Breslau : un élève âgé de treize ans représenta les ennemis tels qu’ils étaient caricaturés habituellement [169]. Martin. Manon. ses moustaches exagérément tirées vers le haut et l’assimilation de son visage à une tête de cochon. ce dessin révélait la rapidité avec laquelle les stéréotypes étaient susceptibles de s’ancrer dans les esprits enfantins. Le commentaire accompagnant le travail de l’écolier accentuait son sarcasme : « Guillaume : Mein Gott! [sic] Plus que ma tête à manger. imposantes.

cette propagande favorisait un abêtissement de la population et ne s’adressait pas exclusivement aux jeunes générations. in : WILDT 2002. mais les enfants. 1991. Les idées avec les- quelles on nourrit et on ébranle les masses sont puériles à n’y pas croire. 223 GESTRICH. Cette vision positive est la base même du nazisme. où elle reste ancrée durant quatre ans. p. tant en Allemagne que dans d’autres pays belligérants. les garçons surtout. que l’expérience 222 HAFFNER 2004. une idée doit être simplifiée jusqu’à devenir accessible à l’entendement d’un enfant. Concernant les facteurs générationnels structu- rant le national-socialisme. 2013. en référence aux travaux de Peter Merkl. Paris. avec la montée du national-socialisme. personnalités en devenir. 250 .. pp. furent selon lui particulièrement exposés au discours patriotique à l’école et durant leurs loisirs. Et une chimère puérile forgée dans le cer- veau immature de dix classes d’âge. Kriegsverarbeitung bei Jugendlichen in und nach dem ersten Weltkrieg ». à un vaste phénomène d’infantilisation des adultes. Elle s’apparentait. cit. costumée en idéologie délétère. « Krieg als Spiel ». Michael Wildt a mentionné la « guerre comme jeu ». les représentations de l’ennemi. voir aussi : INGRAO. Der Weltkrieg als Erzieher. Parmi les expériences enfantines susceptibles d’avoir marqué certains futurs responsables nazis entre 1914 et 1918. 34-35. passionnant. Selon lui. Croire et détruire. Jugend zwischen Weimarer Republik und Nationalso- zialismus. cette composante générationnelle de la guerre vécue à l’arrière permettait d’expliquer la radicalisation de la vie politique dans l’Allemagne des années 1920 et 1930 : C’est d’une façon identique ou similaire que toute une génération d’Allemands a vécu la guerre dans son enfance ou sa prime jeunesse – et il est révélateur que ce soit cette généra- tion-là qui prépare aujourd’hui la prochaine. op. Les intellectuels dans la machine de guerre SS. op. notamment ses élites. peut très bien faire vingt ans plus tard son entrée sur la scène politique. Vienne. Après avoir suivi par procuration les actions de leurs pères au front. elle procure des distractions plus substantielles et des émotions plus délectables que tout ce que peut offrir la paix : voilà ce qu’éprouvèrent quotidiennement. qualifiée par Arndt Wein- rich. Andreas. dir. 633-652. pp. Weimar. facilement influençables. dans lequel les nations s’affrontent . 224 WEINRICH. semble-t- il. cette jeune génération. voire plus déterminantes. Pluriel.224 La brutalisation secondaire et la banalisation de la guerre dont furent victimes les enfants à l’arrière auraient été aussi. Il le laissa entendre.. Beiträge zur europäischen Geschichte. fut confrontée à leur défaite. Le caractère divertissant et ludique de cette propagande capable de susciter l’engouement amena Sebastian Haffner à mettre en lien les images mièvres et insouciantes de la guerre présentées aux enfants. cit. Ils y furent peut-être d’autant plus attentifs que nombre d’entre eux. Cologne. La guerre est un grand jeu excitant. par Martin KINTZINGER / Wolfgang STÜRNER / Johannes ZAHLTEN. Arndt. Pour devenir une force historique qui mette les masses en mouvement. de victory watchers. présentées par la propagande comme un enchaînement de victoires. Ces exemples révèlent l’intensité du bain visuel dans lequel évoluaient les enfants durant le conflit et donnent à penser qu’ils assimilèrent en partie. éprouvèrent un sentiment 223 d’incompréhension et d’aliénation à l’égard des pères partis combattre. […] L’âme collective et l’âme enfantine réagissent de façon fort semblable. Essen. 2011. de 1914 à 1918. 49. Böhlau. in : Das andere Wahrnehmen. « Jugend und Krieg. Klartext. dix généra- 222 tions d’écoliers allemands. Christian.

particulièrement nom- breuses en raison de l’essor démographique du Kaiserreich cumulé aux lourdes pertes humaines entre 1914 et 1918. 2013.229 Principalement par refus de la défaite à laquelle ils n’étaient pas préparés. aux troubles révolutionnaires et aux difficultés économiques de la République de Weimar.226 Aux yeux des Allemands. pp. 2010. 108-133. cit. dir. Paramilitärische Gewalt in Europa nach dem Ersten Weltkrieg. 226 WEINRICH 2013. Gerd. An Experimental History of the Twentieth Century. les sacrifices de plus de quatre années de guerre apparurent absurdes. 227 KRUMEICH. sans être le moins du monde 225 perturbés par sa réalité. nées entre 1900 et 1918. pp. Essen. / John HORNE. 45-53. 251 . n° 5. Les jeunes générations. à l’instar d’Ernst von Salomon. Ils éprouvèrent une nostalgie 225 HAFFNER 2004. 230 GERWARTH.. Essen. qu’elle fût issue des milieux nationalistes.231 Les nazis captèrent la génération née entre 1900 et 1910 et ayant vécu sa jeu- nesse durant la guerre. par Id. catholiques ou socia- listes. Ce sont les enfants qui ont vécu la guerre comme un grand jeu. Klartext. Gerd. Wallstein. 2002. Non. 7-17. 228 HORNE. 229 KOHUT. 35-36. eut des répercussions sur la vie politique d’après-guerre. cit. pp. pp. A German Generation. in : Krieg im Frieden. op.combattante pour la montée du national-socialisme. Sebastian Haffner eut la prémonition de cette analyse : Mais c’est là que se trouvent ses racines [du national-socialisme]. cit. notamment auprès des jeunes gens. Gegenrevolutionäre Gewalt in den besiegten Staaten Mitteleuropas ». des jeunes hommes.232 Face à la défaite. […] La génération nazie proprement dite est née entre 1900 et 1910. dir. « Démobilisations culturelles après la Grande Guerre ». s’engagèrent dans des milices paramili- taires et prirent part aux combats qui affectèrent à partir de 1919 la Haute-Silésie ainsi que les régions du Burgenland. 230 Dès l’après-1918 l’expérience traumatique de la « catastrophe originelle du XXe siècle » et sa mémoire furent instrumentalisées par les nationaux-socialistes.228 Les enfants ressentirent le traité de Versailles comme une profonde injus- tice. 231 KRUMEICH. Robert. nombres d’individus de cette génération conservèrent para- doxalement des souvenirs idylliques de leur enfance durant la guerre. connurent la crise économique et le chômage durant la République de Weimar. dans l‘expérience des tranchées. Klartext. 2002.227 empêchant une véritable « démobilisation cul- turelle ». Göttingen. Dans ses réflexions sur les origines du mouvement nazi. la défaite. op. Thomas. « Im »Spinnennetz«. Londres. d’autant plus que ces changements radicaux eurent lieu au moment où ils commençaient à sortir de l’enfance et à prendre en considération le monde extérieur. 2012. Nationalsozialismus und Erster Weltkrieg. New Haven. par Jost DÜLFFER / Gerd KRUMEICH. 232 WEINRICH 2013. de la Styrie et de la Carinthie. mais dans la guerre telle que l’ont vécue les éco- liers allemands. « Einleitung: Die Präsenz des Krieges im Frieden ». in : Revue 14-18 Aujourd’hui. comme on pourrait le croire. sanctionnée par le traité de Versailles. John. Yale University Press. op. en faisant du mythe du héros sacrifié un moyen d’émancipation. in : Der verlorene Frieden. Après les privations et les lourds sacrifices dus à la Première Guerre mondiale.

in : L’Homme. Zeitschrift für feministische Geschichtswissen- 252 . 88-128.234 Engagé contre le national-socialisme. cit. op. Pourtant. Les responsabilités attribuées aux enfants étaient sou- vent incompatibles avec l’insouciance soulignée par Sebastian Haffner. comme l’indique le témoignage de Hilde Wenzel. » SCHLÖGL. qui devaient aider leur mère au foyer et faisaient l’objet de nombreuses sollicitations de la part des associations patriotiques par le biais des écoles pour tricoter des accessoires chauds pour les soldats. il n’hésita pas à procéder à des exagérations et des simpli- fications afin de mettre en avant un facteur d’explication de la montée du nazisme : outre les troubles révolutionnaires de 1918-1919 et les difficultés économiques de la République de Weimar. 235 CLUET.. cit. Nous entendions certes les grandes personnes gémir : « Cette horrible guerre ! C’est une véritable croix et cela va se transformer en catastrophe. Les filles. comme Günther Gründel. » Mais nous. qui adhérèrent aux mouvements de jeunesse nationalistes (« bündische Jugend ») qui leur procuraient un sentiment d’appartenance collective tel qu’ils l’avaient vécu en 1914. Adolf. Le culte de la jeunesse et de l’enfance en Allemagne. correspond à une construction littéraire et politique. l’insouciance et l’optimisme de l’instant présent semblaient rétrospectivement avoir pris le dessus sur les souvenirs malheureux de la guerre malgré la faim dont il souffrit : La guerre elle-même ne nous affectait pas trop. Wir hörten zwar die alten Leute jammern: „Dieser schreckliche Krieg! Ein Kreuz ist es.). Id. in : HÄMMERLE 1993. Marc (dir. la reprise du mythe de l’insouciance et de la spontanéité enfan- tines235 sous-tend son argumentation. 1870-1933. 237 Ibid. né en 1909.“ Wir aber lebten sorglos in den Tag hinein.237 étaient particulièrement sensibles aux duretés de la guerre. 2003.. Liée à ce mythe.du Kaiserreich. nous enfants. Presses Universitaires de Rennes.233 L’ouvrage autobiographique de Sebastian Haffner. 236 « Der Krieg selbst belastete uns Kinder nicht allzusehr. Ibid. la littérature pour enfants qui décrivait la guerre comme une grande aire de jeux s’appuyait sur ces représentations et avait pour fonction de maintenir l’illusion d’un univers enfantin préservé et intact. « ‚Wir strickten und nähten Wäsche für Soldaten…’ Von der Militarisierung des Handar- beitens im Ersten Weltkrieg ». associé à une période de stabilité et à un sentiment de sécurité par rap- port aux bouleversements de la République de Weimar. p. 234 Soulignons que le parcours de ce journaliste fut bien différent de celui de nombreux autres jeunes gens. op. rédigé avant la Deuxième Guerre mondiale. l’idée que les enfants en bas âge ne comprenaient pas la guerre structurait maints témoignages. und ein Elend wird’s werden. pp. âgée de neuf ans en 1915 : 233 KOHUT 2012. nous vivions insouciants sans penser au lende- 236 main. Selon Alfred Schlögl. à la demande d’un éditeur et pu- blié à titre posthume. p. Thomas Kohut a souligné qu’il s’agissait là d’une idéalisation a posteriori. 230-235 . 234. Conforme à l’analyse de la propagande qu’en fit Sebastian Haffner. Rennes. « Der Krieg selbst belastete uns Kinder nicht allzusehr ». la Grande Guerre fut parfois ressentie comme une épreuve douloureuse synonyme de maturité précoce.

Le discours manichéen visant à charger les ennemis et à dédouaner le Reich de toute responsabilité dans le déclenchement de la guerre se répercutait sur la manière d’expliquer le déroulement des hostilités aux enfants. aber ich war nicht mehr das fröhliche. op. unbeschwerte Kind von Einst. âgée de 11 ans en 1914. Fischer Taschenbuch Verlag. Ursula / GARZ. Weimar. froren. souffrions du froid et de la faim et tout autour de nous tombaient au front des camarades de ma grande sœur et des amis plus âgés de mon frère. op. faisions la queue pour acheter des produits alimentaires. Bekannte. 1997. waren schwer verwundet. Le 13 août 1914. hungerten und um uns herum fielen die Kameraden meiner älteren Schwester. souffrit de la faim et dut aider son père à effectuer des travaux agricoles pénibles. 211. p. Oldenbourg. in : HÄMMERLE 1993. n° 1 : Der Krieg. Heimat/Front.. 2014. tot. ». pp. cit. Bis-Verlag. D’autres témoignages montrent que les écrits pour enfants n’avaient pas toujours l’effet escompté. in : MIHALY 1982. morts ou blessés. » BLÖMER. nous n’étions plus du tout des enfants. Francfort/Main. Verwandte wurden vermisst. Christa Hämmerle a étayé ces hypothèses en soulignant leur dimension genrée dans son dernier ouvrage : Id. Wir strickten Soldatenstrümpfe. gewiss machten wir auch unsere Schulaufgaben. Elfriede Kuhr écrivit qu’elle ne comprenait pas « pourquoi la Belgique nous [avait] déclaré la guerre. 2000. On lui retira sa poupée et ses jouets en lui reprochant de ne pas se rendre utile. cit. Geschlechtergeschichte/n des Ersten Weltkriegs in Österreich-Ungarn. Detlef (éd. „Wir Kinder hatten ein herrliches Leben…“ Jüdische Kindheit und Jugend im Kaiserreich. Böhlau. Hermine. wann uns Belgien den Krieg erklärt hat. Ainsi la difficulté du Reich à justifier son invasion de la Belgique tout en entretenant le mensonge d’une guerre défensive suscitait-elle le désarroi. 1992. Hermine Gerstl. bien sûr nous faisions aussi nos devoirs. Nous tricotions des collants pour les soldats. Elle perdit sa mère peu de temps après la déclaration de guerre.242 schaft. les jeunes Allemands n’assimilèrent pas correctement les raisons pour lesquelles elle avait quitté la Triple Alliance. Eine Jugend in Deutschland. je n’étais plus l’enfant gaie et insouciante d’autrefois. 242 D’après l’étude précitée menée auprès d’écoliers : LOBSIEN 1916. 240 « Ich weiß immer noch nicht. mais moi..). Des connais- 238 sances et des proches étaient déclarés disparus. 39. 119-142. 239 GERSTL.239 Ces témoignages dévoilent toute l’amertume que causa la Première Guerre mondiale et montrent que le grand jeu de la guerre tel qu’il était mis en scène dans la littérature illustrée constituait une illusion et une parade à la réalité du quotidien durant le conflit. Bien sûr nous jouions entre 1914 et 1918. p. « Eine furchtbar traurige Zeit schritt im Riesentempo vorwärts ». wir waren überhaupt keine Kinder mehr. associa également l’entrée en guerre à une fin brutale et prématurée de l’enfance. Erinnerungen und Gedanken.241 Cependant. 253 . standen nach Lebensmitteln an. Vienne. »240 Les raisons de l’entrée en guerre de l’Italie restaient également confuses. die älteren Freunde meines Bruders. Golo.. Dans ses mémoires Golo Mann s’est souvenu de la haine prononcée à l’égard de la péninsule et des discours vilipendant sa trahison. op. 241 MANN. 238 « Gewiss spielten wir auch in den Jahren von 1914-18. Cologne. cit.

Le récit de la noyade des Russes. en particulier le stéréotype du sort des Russes dans les lacs de Mazurie. Willi dit : « Comment t’imagines-tu que nous pourrions les aider ? On tirerait sur nous si 244 nous sortions de nos abris. Pour lui. elle s’attarda si longuement devant le kiosque à journaux qu’elle arriva en retard à l’école. rythmé par des chants patriotiques. p. je ne pus m’empêcher de repenser aux Russes pris au piège des marais et imaginai leur noyade : d’abord la poitrine. Lors de sa fréquentation de l’office religieux Elfriede Kuhr se dit fière de la défaite des Russes et refusa de réciter le « Notre Père ».247 L’intérêt pour la souffrance et la disparition physique de l’ennemi s’apparentait peut- 243 Les environs de Hohenstein où se déroulèrent les combats étaient une région lacustre. 247 MIHALY 1982.. Peter Knoch a analysé cette obsession pour les horreurs de la guerre comme le signe d’une évolution précoce de la jeune fille vers une conviction pacifiste. certaines images éveillaient l’inquiétude. « Mythos Tannenberg ». La banalisation de la guerre à l’œuvre dans la littérature illustrée. cit. dann der Mund und alles. Au lieu de susciter le mépris des ennemis et l’adhésion aveugle à la cause nationale. à l’entrée du premier septembre 1914. cit. alors qu’elle assistait à la messe en souvenir de la victoire de Sedan. dann die Schultern. Je chuchotai à mon amie Dora : « Nous devrions louer et remercier Dieu de nous avoir permis 245 de tuer tant de Russes ! ».. D’après son témoignage. « Kinder im Krieg 1914-18.246 Il nous paraît difficile de défendre un avis aussi tranché. cit. 245 « Während der Kirchendiener mit dem roten Samtbeutel herumging. Ich flüsterte meiner Freundin Dora zu: ‚Wir sollen Gott loben und danken. Zwei Mädchen schreiben Kriegstagebuch ». art. 244 « ‚Stecken die Russen wirklich in den Sümpfen?’ / ‚Das ist doch Hindenburgs großer Sieg!’ erklärte Willi. vivant à Schneidemühl. 52. Dans son journal. wenn wir außer Deckung gingen. Personne ne les aide à en sortir ? Ils sont condamnés à se noyer ? demandai-je. car elle ne voulait pas « pardonner à ceux qui nous ont offensés ». op. Susanne. assimilé ici à cette bataille. art. op. Elle rendit compte d’une conversation avec son frère Willi : Est-ce que les Russes sont vraiment embourbés dans les marais ? C’est la grande victoire de Hindenburg ! expliqua Willi. p. » Le jour suivant. puis les épaules. voire la compassion. dann das Kinn. 246 KNOCH. cit. durablement.243 la marqua. musste ich wieder an die Russen in den Sümpfen denken und stellte mir vor. wie sie untergingen: erst die Brust. ensuite le menton. / Willi sagte: ‚Wie stellst du dir das vor: raushelfen? Man würde doch auf uns schießen.’ » MIHALY 1982. non loin de la Prusse-Orientale. L’armée russe du Niémen fut pressée dans ces marécages. 254 . Le 16 janvier 1915 elle décrivit l’illustration du numéro spécial d’une revue pour adultes qui traitait du même motif. la bouche et enfin tout le reste. semble-t-il. p. dass wir so viele Russen getötet haben!’ » Ibid. elle ne s’identifiait pas au triomphe des vainqueurs mais à la souffrance de l’ennemi. STENNER. bouleversa la jeune Elfriede Kuhr. Peter. l’idée la hantait toujours : Alors que le sacristain passait dans les rangées avec sa bourse de velours rouge. l’écolière de douze ans relata l’euphorie qu’engendrèrent dans le village la victoire de Tannenberg et l’annonce d’un jour chômé. / ‚Hilft ihnen keiner raus? Müssen sie ertrinken?’ fragte ich.. 54. 54.

368. Sensibilisés quotidiennement à l’école et dans les loisirs. s’accrut à mesure que le conflit se prolongeait. Par ses vertus exutoires. elle allait exprimer une profonde lassitude de la guerre. 255 . Son journal ne fut édité qu’en 1982. op. au déroulement des hostilités. 2003. allait mettre à l’épreuve tant sa naïveté que son patriotisme. ils ne résistèrent pas entièrement à des rencontres inopinées avec des prisonniers de guerre ni à la lassitude progressive. véhiculée tant dans les ouvrages pour enfants que pour adultes. Vandenhoeck & Ruprecht. Meinungslenkung im Krieg. a fortiori dans une région exposée telle que la Prusse- Orientale. Le contact avec des prisonniers contribua à nuancer son imaginaire des premiers mois du conflit. Anne. Cette familiarisation avec l’univers guerrier. 248 À côté de ses activités de danseuse. les enfants avaient connaissance de nombreux détails qui leur facilitaient un accès à ces livres tel que nous ne le soupçonnerions pas aujourd’hui. Après 1916. Concernant l’évolution de la production des albums de guerre et la lassi- tude engendrée par le conflit. 249 LIPP. Les images de l’ennemi. bien qu’elle restât sous l’influence de sté- réotypes vivaces (comme celui des Russes pouilleux). se référer aussi dans le chapitre 6 à : 1) Tournant de 1917 : les éditeurs rattrapés par la réalité économique et matérielle. 250 HÄMMERLE 1993. S’il est difficile de cerner les sen- timents de cette jeune fille.250 Les enfants ne furent donc pas toujours dupes de la propagande. Elfriede Kuhr devint dans les années 1920. fût-il faussé par l’inexactitude des souve- nirs ou par une réécriture postérieure. Göttingen. p. Même s’ils persistèrent plus longtemps dans la littérature enfantine que dans les jour- naux de tranchées. étaient nécessaires pour légitimer la poursuite de la guerre.249 Au front. sous le pseudonyme de Jo Mihaly. ces ouvrages aux tendances caricaturales firent probablement l’objet d’une compréhension partielle. l’arme du rire visait toutefois à contrer le découragement et l’ennui afin de maintenir le moral des enfants à l’arrière. tant à l’arrière qu’au front. cit. Kriegserfahrungen deutscher Soldaten und ihre Deutung 1914-1918. source de nombreuses querelles avec sa mère. en vogue dès l’avant-1914. C. L’allongement du conflit. un écrivain engagé en faveur de la paix et s’exila en 1933 en Suisse. Les enfants comme enjeux du moral 1) La fonction exutoire du rire Nous l’avons relevé. son témoignage. La jeune fille était alors proba- blement tiraillée entre une fierté nationale et un dégoût pour les atrocités de la guerre.248 révèle qu’elle était réceptive à cette iconogra- phie de guerre.être à de la fascination mêlée à un sentiment de peur. ces stéréotypes perdirent de leur vigueur dès la deu- xième année de guerre en raison des contacts multiples des soldats avec les ennemis.

vol. 252 VONDUNG. cit. 256 FREUD 2010. op.251 Ces caricatures et dessins drolatiques canalisaient l’émotion. Malgré des conséquences de plus en plus palpables. ce sentiment d’aliénation par rapport au conflit devait être d’autant plus important dans le Reich que les affrontements. à l’exception des combats en Prusse-Orientale. Elles possédaient des vertus rassurantes. et pour la première fois. Paris. Joëlle. il [fallut] 257 dédramatiser. Viénot. mais insaisissables. pp. cit. à travers ces allégories nationales et ces symboles animaliers. surtout la peur de l’ennemi. 258 Ibid. 2004. op. Le tribut [était] trop lourd pour que l’imagerie trait[ât] les batailles de façon traditionnelle. ne comprenaient pas toutes les références subtiles au contexte politique. 121-131 . 1 : 1914-1918.. comme la faim. Les contemporains attribuaient à la plaisanterie et à l’humour une importance non négligeable en période de guerre. « Violence et expérience de la violence au XXe siècle – la Première Guerre mon- diale ». 63-69.. dir. in : Kriegserlebnis. 255 SCHULZ-BESSER [1915]. ne pas voir la mort ? ». 1980. « Einleitung. 253 GEYER. « Illustrer la guerre : cent ans de gravures militaires chez Pellerin à Epinal ». in : 1914-1945.252 Les enfants. l’ère de la guerre. 130. ces images constituaient l’un des moyens privilégiés pour les enfants de se représenter la guerre. dir. par Id. par Thérèse BLONDET-BISCH. perceptibles. 130. dir. dir. à l’arrière. 2001. op. sur des figures précises. Seli Arslan. p. Paris. se déroulaient en dehors du territoire. 257 GUILLAUME. une représentation « concrète » de l’ennemi. cette iconographie visait à rendre supportable leur quotidien en guerre : […] la dureté du conflit […] impos[ait] de réinventer une réalité. Ces images n’étaient pas seulement informatives. Paris. 11-37. Violence. mais surtout sur l’affect et l’intuition. Göttin- gen.258 251 KESSEMEIER 1983. pp. « Voir. p. peut-être la haine. pp. face à des caricatures prononcées. 256 . Michael.254 Malgré la déréalisation qu’elles induisaient. étaient confrontés à des menaces. Somogy. in : La guerre imaginée. 254 BEURIER. laquelle ne reposait pas seulement sur l’intellect.256 Comme l’a suggéré Laurent Guillaume. Propaganda oder Sinndeutung? ». le rire représentait aussi une arme défensive. les caricatures et les dessins kitsch correspondaient à un « effort de l’imagerie pour ‘rendre le sourire’ ». ils conservaient une impression générale du message véhiculé. Le blocus maritime qui toucha les civils des Puissances centrales jusque dans leur chair253 était mené par un ennemi invisible. À mesure que les mois s’écoulaient. Ainsi avaient-ils. Laurent. par Philippe BUTON.255 Instrument offensif propice à ridiculiser les ennemis. Der Erste Weltkrieg in der literarischen Gestaltung und symbolischen Deutung der Nationen. deuil. mobilisations. cit. le mépris. par Nicolas BEAUPRÉ / Anne DUMÉNIL / Christian INGRAO. Vandenhoeck & Ruprecht. Klaus. pp. 37-71. Même si les enfants. À mesure que les conditions de vie à l’arrière se dégradaient. L’historien et l’image. ne pas voir la guerre. L’enjeu [était] désormais de faire oublier les trop grands sacrifices. 2002. les populations éprouvèrent le besoin de voir la guerre. in : Voir.

fin août 1916. p. 262 KESSEL. 2010. à se montrer 259 « Stärkung der Heimatfront ». Harvard University Press. Surtout après l’arrivée de Ludendorff à la tête du troisième commandement suprême. 260 JARDIN 2005.263 En 1915. 58 % des ménages étaient dirigés par des femmes. 6. cit. Youth in the Fatherless Land: War Pedagogy. elles les incitaient à faire don de leur argent de poche à des œuvres charitables. dans le cadre du programme d’Aufklärung. Dans la préface les images. ‘Deutscher Humor’ in den Weltkriegen ».. cit. délibérément ou non. cit. 264 CHICKERING. censure et propagande ». op. p. incitaient à « trancher » (zerschneiden) l’ennemi comme avec une épée. Le traitement du visage de l’Anglais présentait des similitudes frappantes. Nationalism. scindées en trois parties. op. L’enfant devint un enjeu du moral pour l’ensemble de la population. in : DEMM 1988. Beck. l’« enseignement patriotique » (Vaterländischer Unterricht). FORCADE. Cambridge. op.und Notsituationen ». Roger.260 Les écoles et les Églises participèrent à ce plan. Munich. revues et cartes postales. cit. le maintien du moral au front et à l’arrière fut indispensable pour gagner la guerre. 265 TILLARD / ASLANGUL-RALLO 2010. Unsere Feinde [174]. and Authority in Germany. rappelaient l’iconographie du livre à transformation du même éditeur. Andrew. 263 DONSON. Olivier. ces images possédaient une fonction performative : en permettant aux jeunes lecteurs de mieux comprendre les sacrifices que l’on exigeait d’eux.. Das Deutsche Reich und der Erste Weltkrieg. Ludendorff fut à l’origine de l’élaboration d’une vaste campagne de propagande à l’intention des combattants et des civils. « Information. « L’effet libérateur de l’humour en situations de crise et de détresse »261 explique selon nous la présence de la caricature dans les productions pour enfants. BUSSEMER 2005. cité d’après : DEMM 1988. au sens étymologique du terme ». 13. pp. cit.. art.262 L’absence prolongée des pères engendra un délitement de la sphère familiale ainsi qu’une augmentation de la criminalité juvénile.264 Ces ouvrages n’avaient pas seulement pour objectif d’amuser. 583-601. selon Sigmund Freud dans Der Witz und seine Beziehungen zum Unbewußten. 5. op. cit. dû aux mauvaises conditions de ravitaillement. Le mécontentement croissant. op. 257 . par les producteurs de livres. un défouloir et un divertissement.265 Certaines planches éditées par Schreiber répondaient à ces besoins : l’Anglais était transformé en pantin [172] et les enfants pouvaient passer leur colère sur un Français en forme de cible [173].. à une période où de nombreuses valeurs étaient remises en cause. aux côtés de Hindenburg. 1914-1918. Entre avril et août 1917. En outre. 2005. mais aussi de détourner des préoccupations : le rire fonctionnait « comme une soupape de sécurité. qui formaient un réseau de références. émanait principalement de ces femmes et de leurs enfants et affaiblissait le Reich. « Gewalt schreiben. Ces images. 261 « befreiende Wirkung des Humors in Krisen. cit. in : AUDOIN- ROUZEAU / BECKER 2012. Martina. op. p. Le rire présentait des vertus stabilisatrices et thérapeutiques qui étaient exploitées.Ces livres contribuaient à la « consolidation de l’arrière »259 en amusant les jeunes lecteurs.

269 MANN 2010. » GLAESER 1961. À mesure que les difficultés s’aggravaient. à participer docilement aux cueillettes de fruits et légumes organisées dans les écoles. 264. op. Se référant implicitement à la spontanéité enfantine. à me- sure que le conflit durait. 268 HAFFNER 2004. 2) Les enfants comme médiateurs auprès des adultes à travers la littérature illustrée Le rire des enfants ne pouvait qu’améliorer le moral des adultes. cit. cit. montre que la nourri- ture était au centre des préoccupations enfantines : 270 La conquête d’un jambon nous bouleversa bientôt plus que la chute de Bucarest. Les lettres de lamentations étaient redoutées et traquées par les 266 PIGNOT 2012. 258 .patients lors de l’attente devant les boutiques d’alimentation lorsqu’ils aidaient leurs mères. Se référer au chapitre 6. op. op. Klaus et Golo Mann mirent en avant la pénurie alimentaire dont souffrit la famille Mann. cit. p. p. p. semble-t-il. 32. Miroir inversé du témoignage précité de Sebastian Haffner..266 Ce kitsch nouveau correspondait à « une bouffonnerie exutoire ». HÄMMERLE 1993.. cit.267 sans doute dérisoire. p. 122. la propagande fut. Leur moral avait des répercussions sur les lettres qu’elles envoyaient à leurs époux au front. Sebastian Haffner affirma certes que l’enthousiasme suscité par le grand jeu de la guerre supplantait l’expérience de la faim : 268 Les nouvelles du front m‘intéressaient davantage que le menu. cit. op. mais aussi indirectement celui de leurs parents. 331. pourtant assez aisée. Mais d’autres témoignages suggèrent les limites de cette propagande. op. allu- sion à la prise de Bucarest par les Puissances centrales fin 1916. extraite du roman pacifiste d’Ernst Glaeser. les ouvrages humoristiques n’entretenaient pas seulement le moral des enfants. Dimension performative de la littérature illustrée : mobilisation de l’arrière. 270 « Bald erschütterte uns ein eroberter Schinken mehr als der Fall von Bukarest. op. cit. nombre d’enfants qui habi- taient en ville étaient envoyés dans les campagnes pour tenter d’acheter ou d’échanger quelques denrées alimentaires aux paysans. se sentaient sans doute quelque peu soulagées. la phrase suivante. Si ces albums contribuaient à égayer l’état d’esprit des enfants. Malgré leur portée limitée.269 Selon la pratique du Hamstern. moins convaincante. 267 GERVEREAU 2003. Bien qu’ils soulignassent l’engouement pour ce kitsch patriotique. les mères.. de plus en plus épuisées par les conditions de vie et les difficultés à se ravitailler.

in : Lernen aus dem Krieg? Deutsche Nachkriegszeiten 1918-1945. 225. 275 DIEHL. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Dieter LANGEWIESCHE / Hans-Peter ULLMANN. 1989.und Jugendliteratur von den Anfängen bis 1945. à travers la littérature illustrée. Sophie 271 DANIEL. in : CLUET 2003. vol. 11-17 . Hans-Heino / LIEBERT. 272 BRUNKEN. Bernd. dir.und Mentalitätsgeschichte des Ersten Weltkriegs. « ‚Schwarzer Peter im Weltkrieg’: Die deutsche Spielwarenindustrie 1914- 1918 ». Brönners Druckerei Breidenstein KG.276 l’ouvrage Das Bilderbuch vom Landsturmmann était en réalité prioritairement destiné aux combattants. 1976. 275 Cette force mobilisatrice conduisit à un détournement des formes de la littérature enfantine dans des ouvrages qui s’adressaient à des adultes. Cette question pourrait faire l’objet d’une étude à part entière. p.und Verlagsservice des Bu- chhandels GmbH. Francfort/Main. Nous nous contentons ici de souligner la vaste confusion des destinataires qui amène parfois à relativiser l’importance accordée à la mobilisation des enfants entre 1914 et 1918. plusieurs éléments nous laissent supposer que les enfants. 13. Studien zur Sozial. 319-330. MVB Marketing.. Marc Cluet a souligné que « tous les "fabricants" d’images d’enfants et de jeunes. und 20. Ute / EWERS. Ute / RIES. dir. p. Beruf. cit. par Gottfried NIEDHART / Dieter RIESENBERGER. Otto. Nous l’avons souligné. in : Geschichte des Deutschen Buchhandels im 19.273 Les figures enfantines joufflues et vives aux pantomimes guerrières reproduites sur maints livres illustrés exerçaient un effet merveilleux et envoûtant sur les adultes. Marc. Arbeiterfrauen in der Kriegsgesellschaft. 1.). Heike. Beck.. acheteurs potentiels de ces ouvrages.271 Bien qu’un tel lien de cause à effet reste de l’ordre de la conjecture. Les productions de jeunesse se mêlaient à la littérature de divertissement. Francfort/Main. in : Kriegserfahrungen. Ingrid (dir. Vandenhoeck & Ruprecht. ULRICH. Zur Rolle von Feldpostbriefen während des Ersten Weltkrieges und der Nachkriegszeit ». pp.13 Kinder. 2003. 1997. Édité par le Vaterländischer Frauenverein de Potsdam avec le soutien de la duchesse d’Oldenbourg.274 Les femmes. La mention Für Jugend und Volk. op. Cet intitulé figurait également sur les jouets et jeux de guerre. « ‚Eine wahre Pest in der öffen- tlichen Meinung’. Ein Überblick ». comptaient sur un effet de ce type ». Ein Krieg wird ausgestellt. Hans. à caractère visuel et/ou poétique.autorités militaires chargées de la censure.272 est révélatrice de cette évolution. Jahrhundert. « Avant-propos ». 103-163. 323-335. « Kapitel 5. cit. Munich. pp. 259 . 276 DIDIER 2008. pp.und Ju- gendbuchverlag ». qui lisaient vraisemblablement ces albums à leurs enfants. dir. 1992. pp. Klartext. op. art. Présenté dans un catalogue d’exposition récent comme un livre pour enfants. Göttingen. partie 2 : Das Kaiserreich 1870-1918. Familie und Politik im Ersten Weltkrieg. par Georg JÄGER. la production massive de livres contribua à un effacement du destinataire. Ruth / HOFFMANN. 273 HOFFMANN. 274 CLUET. cit. eurent pour fonction de véhiculer inconsciemment la propagande auprès de leurs parents. Ute. « Kinder. DETTMAR. et leur insufflaient un élan d’optimisme. lisible dans de nombreux ouvrages analysés dans cette thèse et prometteuse d’un chiffre d’affaire plus élevé. étaient particulièrement sensibles à de telles représentations. Essen. Detlef / TABRIZIAN.

260 . Wilhelm. Geheimes Staatsarchiv Preußischer Kulturbesitz (GStA PK). op. Son graphisme sobre rappelait les planches de soldats d’avant-guerre [175]. Alors qu’au cours du conflit les combattants comme les civils éprouvaient le besoin de se rapprocher. 191 Ministerium für Volkswohlfahrt.277 Au front.279 D’après les indications données par cette association au commissaire chargé du contrôle de l’action caritative. 2013.282 Cet album mettait en exergue les liens entre le front et l’arrière et tentait ainsi de répondre aux besoins des familles durablement séparées. « Der militarisierte Buchhandel im Ersten Weltkrieg ». soit 20 %). cit. par Georg JÄGER. Jahrhundert. vol. 3563. Museum für Sepulkralkultur.Charlotte Eitel Friedrich von Preußen. Hillger. 91-102. 278 GILLES. fumant sa pipe et entouré de sa femme et de ses enfants [176]. p. Berlin. Paris. dir. la lecture constituait l’une des activités les plus répandues. en opposition avec son titre. éd. Cassel. partie 3 : Das Kaiserreich 1870-1918. il était dédié au « réserviste invalide de guerre ». DEIST.278 Des jeux de société étaient spécialement conçus pour les soldats. Cette image sous-entendait que les hommes se battaient pour le bien de leurs proches. 2010. 282 Se référer dans le chapitre 5 à : 2) Silhouette et réalisme anecdotique : idéaliser les liens entre soldats et civils. Au- trement. in : Guerre et cultures (1914-1918). Das Bilderbuch vom Landsturmmann. I HA Rep. Livres et journaux dans les tranchées. pp. Sophie Charlotte Eitel Friedrich von. dir. Dem kriegsbeschädigten Landsturmmann gewidmet. Grafische Werkstatt von 1980. LOKATIS. »280 D’après le même document.281 des publicités qui vantaient les mérites de certains ouvrages enfantins s’approprièrent cette idée d’échange entre les proches et en firent un argument de vente. dessinée à la manière impressionniste par petites touches. 280 « […] die erfolgreiche Tätigkeit von Landwehr und Landsturm in diesem gewaltigen Völkerkämpfe zu bekräftigen. » Lettre datée du 23 juin 1916 du Vaterländischer Frauenverein au commissaire chargé du contrôle de l’action caritative. 303. [1917]. nous pouvons également supposer que les soldats achetèrent cet album pour l’offrir à leurs enfants. 444-469. elle correspondait surtout aux attentes des combattants et des civils d’être réunis. « Le "moral" des troupes allemandes sur le front occidental à la fin de l’année 1916 ». pp. 281 ZIEMANN / ULRICH 1994. la scène idyllique. pour tromper l’ennui alors que les offensives se faisaient de plus en plus rares. vendu au profit des blessés de guerre. Paris. non paginé. Alors que la légende soulignait le devoir de partir au front. Lectures de poilus 1914-1918. in : Geschichte des Deutschen Buchhandels im 19. Berlin. 277 PREUßEN. ce livre. par le Vaterländischer Frauenverein. Face à la confusion des destinataires. de Gruyter. ainsi que dans les hôpitaux militaires. les réservistes qui commandaient cet ouvrage d’avance bénéficiaient d’une réduction de soixante pfennigs (sur un prix total de trois marks. Colin. Leipzig. mais. par Jean-Jacques BECKER / Jay WINTER / Gerd KRUMEICH / Annette BECKER. Benjamin. und 20. 1. représentait un soldat à la longue barbe. avait pour objectif « de mettre en avant les succès de la Landwehr et de la réserve de l’armée territoriale dans cet affrontement violent entre les peuples. Siegfried. 279 Krieg ist kein Spiel! – Spiele zum Ersten Weltkrieg. 2014. 1994. Staatskommissar für die Regelung der Wohlfahrtspflege Nr.

cit. Steinkamp.. Hans-Heino / LIEBERT. les adultes étaient réceptifs au message propagandiste. Kriegs-Bilder-Buch 1914-1916. Les associations patriotiques jouaient précisément un rôle de trait d’union entre le front et l’arrière. Berlin. « Kapitel 5. 2e éd. [ca. En lisant ces ouvrages à leurs enfants. op. viel Ehr!. Ils contenaient des reproductions de Kriegsbilderbogen pour adultes. Les écoliers furent par exemple chargés d’y exposer les jouets de guerre.und Jugendbuchverlag ». firent des jeunes lecteurs eux-mêmes des médiateurs auprès de leurs parents.283 Malgré leur format. Paderborn. Les effets de la guerre sur les institutions et les supports (para)scolaires y étaient documentés. Elle organisa des collectes de livres destinés aux soldats dans lesquelles les écoles étaient impliquées. Ute / RIES. Dieter. semble-t-il. Schloß. Max und Moritz im Felde. Paul. les écoles moyennes et les lycées réunirent respectivement un et deux millions d’ouvrages. La Croix-Rouge.285 pourtant édités par Steinkamp. les livres pour enfants. Entre juin et juillet 1917. 289 BEIL 2004. Das Deutsche Rote Kreuz: eine Geschichte 1864-1990. Tel était aussi le cas de Max und Moritz im Felde. 1917]. disposait d’une commission chargée de distribuer des livres au front et dans les hôpitaux militaires (Gesamtausschuss zur Verteilung von Lesestoff im Felde und in den Lazaretten). La salle donnait alors l’impression d’un immense terrain de jeu et mettait en exergue tant l’inventivité des producteurs que la créativité des enfants.. 2002. [ca. les ouvrages Kriegs-Bilder-Buch284 et Viel Feind.287 qui comportait des allusions grivoises. Duisbourg. Ute / EWERS. directement impliqués dans sa conception. 284 WENDLING.289 On ne se contentait pas de sensibiliser les enfants aux enjeux guerriers : on revendiquait et on exposait cette mobilisation.13 Kinder. De 1915 à 1916. Schöningh. op. [1916].288 À cette occasion l’investissement des instituteurs et des élèves. A.286 étaient probablement aussi conçus pour un lectorat plus âgé. art. Si certains ouvrages pour adultes s’inspirèrent de la littérature enfantine. atteignit. Duisbourg. Eine lustige Soldatengeschichte. caractérisés par un double destinataire. 283 RIESENBERGER. 1915]. 1e éd. à laquelle était rattaché le Vaterländischer Frauen- verein. cit. 286 DETTMAR. Steinkamp. Hans. Ces livres patriotiques furent présentés dans le cadre de l’exposition berlinoise de 1915 Schule und Krieg. connu pour ses livres pour enfants. cit. 287 SCHNEIDER. 288 ZENTRALSTELLE FÜR ERZIEHUNG UND UNTERRICHT 1915. 261 . 285 Viel Feind – viel Ehr! 1914-1916. un large public. [1916]. une collecte de dons pour l’achat de livres à l’adresse des soldats (Deutsche Volksspende zum Ankauf von Lesestoff für Heer und Flotte) fut également organisée à l’initiative de la Croix- Rouge.

1997. Vormilitärische Ausbildung – kriegswirtschaftlicher Einsatz – Schulalltag in Deutschland 1914-1918 ». Da Sarajevo a Sarajevo. « Das zweite Heer des Kaisers. in : AUDOIN- ROUZEAU / BECKER 2012. Gerhard. in : Militärgeschichtliche Zeitschrift. la lassitude s’accentua. 54. Cette mise en scène de l’enrôlement des enfants correspondait à un phantasme d’adultes. cit. « Jugend im Schatten des Krieges. Naples. Il fallait que toutes les forces de la nation fussent convaincues que la guerre.292 Cette fonction de la littérature patriotique pour enfants s’inscrivait par ailleurs dans le prolongement du rôle de l’école durant la guerre. n° 60. cit. par John HORNE. in : „Als der Krieg über uns gekommen war…“ Die Saarregion und der Erste Weltkrieg. 296 DEMM.291 Cette mise en exergue de la mobilisation littéraire des plus jeunes facilita l’identification des enfants à la cause nationale et incitait également les adultes à tenir. 291 CAHN. en particulier aux problèmes économiques à l’arrière.295 Cette conception de l’école et de la littérature patriotique illustrée influait sur la place des enfants dans la société durant la guerre. « War. « Introduction ». »296 Par le biais des livres de guerre. 1915-1918 ». ‘national education’ and the Italian primary school. BUSSEMER 2005. op. Eberhard. 295 FAVA. définie par le ministère de la Culture prussien en avril 1915. Isabella (dir. était légitime et nécessaire. Les parents y étaient ciblés à travers les élèves. art. Anne-Marie. pp. Merzig. 294 HECKMANN. FORCADE.290 L’adhésion populaire était indispensable pour remporter la victoire. les autorités scolaires proposèrent de placer les cours d’histoire et de géographie en lien avec la guerre en fin de journée pour que les enfants fussent susceptibles de relater plus efficacement ces contenus à leurs proches. in : State. malgré les sacrifices qu’elle impliquait. Cam- bridge University Press.). cit. GIUNTELLA. cit.. art. p. Klaus. Andrea. « Information. Nous l’avons évoqué.293 En Sarre. pp. 583-601. op. pp. op. dir. Cambridge. L’une de ses tâches. op. Jean-Paul / KNOPPER. 141-155. cit. La guerra dei bambini. consista à renforcer la ténacité des parents en sensibilisant les écoliers aux événements. 53-69. pp. « Deutschlands Kinder im Ersten Weltkrieg: Zwischen Propaganda und Sozialfürsorge ». 1998. 293 SAUL. ils furent des acteurs indirects du conflit susceptibles d’influer à leur niveau sur le moral des civils et des 290 JARDIN 2005. l’élaboration d’un « enseignement patriotique » par Ludendorff en 1917 pour maintenir le moral au front et à l’arrière allait représenter l’une des priorités de la propagande. Elle faisait d’eux des « agents de la propagande de guerre. 51-98 . les autorités appréhendaient une politisation de la protestation. cit. Edizioni Scientifiche Italiane. Regionalgeschichtliches Museum Saarbrücken. À mesure que le conflit durait. society and mobilization in Europe during the First World War. Schule und Jugend im Krieg ». 262 . Face au mécontentement croissant engendré par la situation de ravitaillement et à l’émergence d’une force contestataire au sein de la social-démocratie. dir. 1993. 2001. Françoise / SAINT-GILLE. Olivier. à leurs attentes de voir une société entièrement vouée à la guerre ainsi qu’à leurs craintes quant à l’avenir de la nation.294 La même fonction fut attribuée à l’école en Italie. Maria Christina / NARDI. 292 BEIL 2004. Merziger Verlag. par Liselotte KUGLER. censure et propagande ».

justifièrent la guerre. Cette circulation des images explique probable- ment en partie la confusion des destinataires dans bien des ouvrages. l’humour. Ni les formes. bien que moins présent. 263 . cit. exal- taient les vertus épiques et enivrantes des combats. souvent en vers. de justifier le conflit tout en divertissant. ils durent. ni les contenus n’étaient cependant nouveaux. put heureusement être mise au service de cette entreprise de persuasion et forma une strate supplémentaire de la culture de guerre enfantine. nous pouvons souligner qu’au cours du conflit. Milan. Les albums de guerre se réapproprièrent des codes visuels présents dans la presse satirique pour adultes dès la seconde moitié du XIXe siècle. les codes de l’iconographie politique firent leur entrée dans une partie de la littérature enfantine patriotique : les albums de guerre. La Première Guerre mondiale marqua en revanche une étape centrale dans la sensibilisation des en- fants en faveur de la cause nationale.troupes. assu- mer une fonction nouvelle : sur un ton toujours aussi émotionnel. entre 1914 et 1918. La caricature. De ce point de vue. L’image perdit aussi sa valeur documentaire pour faire appel de manière croissante à des réflexes émotionnels. 2003. PIGNOT 2012. op. Historial de la Grande Guerre. Alors qu’avant le conflit les textes. parallèlement à la persistance d’anciennes formes héroïques issues de la peinture d’histoire et à l’émergence de dessins aux motifs enfantins. cette iconographie marqua un changement qualitatif par rapport aux sujets militaires et patriotiques de la littérature enfantine du début du siècle. Ils s’inséraient dans une gamme de productions kitsch et révélaient des efforts pédago- giques pour s’adapter au regard enfantin. surtout. Cinq Continents. les représentations animalières des ennemis. jouait un rôle aussi important que le pathos dans la littérature patriotique pour enfants. par sa nature simplificatrice et outrancière. * Pour résumer.297 De ce point de vue. grâce à l’affect. justifiait que l’on familiarisât les enfants avec les allégories nationales et. ils expliquerèrent et. qui nécessitait une mobilisation sans précédent des popu- lations. dont les degrés d’agressivité. Les images de l’ennemi véhiculées par la cari- cature et les dessins drolatiques tranchaient avec les hétéro-images respectueuses dans les livres illustrés d’avant-guerre. La caricature pré- sentait des formes ludiques et diverses. Cette guerre moderne. dans une moindre mesure. aux deux sens du terme : amuser et changer les idées. Il permit de raconter et. de l’image humo- 297 Les enfants dans la Grande Guerre. car circonscrit aux albums. L’humour côtoyait désormais le pathos héroïque.

Ainsi les images humoristiques se caractérisaient-elles par leur dimension per- formative et stabilisatrice. Son élargissement à d’autres productions décupla probablement l’efficacité de cette propagande. qu’ils furent d’autant mieux assimilés. qui s’inspiraient partiellement de formes iconographiques traditionnelles restèrent prédominantes. les enfants étaient incités à tenir et à accepter de petits sa- crifices. Toutefois. Intégrés plus avant dans la communauté nationale défi- nie par rapport à l’extérieur. 264 . ces images kitsch et caricaturales étaient subver- sives. persuader les enfants que le Reich menait une guerre juste. Cette circularité favorisa la récurrence des stéréotypes. dont nous pouvons supposer. L’objectif n’était pas tant d’inculquer une haine viscérale de l’ennemi que de le ridiculiser pour désamorcer les peurs qu’il suscitait et. à la lumière des exemples de témoignages cités.ristique à la satire. le rire possédait une fonction exutoire et rassurante. Leur simplicité réductrice et séductrice n’empêcha pas certains enfants. Par ailleurs. de questionner ces clichés de l’ennemi. Derrière leur légèreté et la banalisation de la violence guerrière qu’ils alimentaient. En matérialisant une menace omniprésente mais invisible et en rabaissant les ennemis. Tout au long du conflit les auto-images. variaient. dans les livres pour enfants. car elles ne s’inscrivaient pas dans les formes traditionnelles qui renforçaient l’ordre établi. en particulier les représentations apologétiques des dirigeants. le bain visuel des enfants ne se limitait pas aux supports qui leur étaient explicitement destinés. Les nombreuses ressemblances et similitudes entre les albums de guerre et les cartes postales patriotiques. révèlent une circulation des formes iconographiques qui contribua à une homogénéisation de la culture de guerre. En transmettant aux enfants l’illusion d’une victoire assurée. en premier lieu. entre 1914 et 1916. les livres illustrés contribuèrent sans doute à la brutalisation secondaire des jeunes générations à l’arrière. Tout en possédant une vertu stabilisatrice grâce au rire. ces stéréotypes se caractérisaient par un certain degré de cruauté. comme Elfriede Kuhr. souvent spécialement adressées aux enfants. les caricatures représentèrent seulement un phénomène de la première moitié du conflit.

Doch hab ich im Kampf dich Kleinen Erst einmal groß gekriegt Dann hab ich gewonnen einen Der mit uns kämpft und siegt. TROISIÈME PARTIE. mein Kind Wo schon ein paar Windeln und Tücher Riesige Siege sind. 265 . Der Moltke und der Blücher Die könnten nicht siegen. daß ich dich trug. LA CULTURE DE GUERRE ENFANTINE À l’ÉPREUVE DE LA « GUERRE TOTALE » Ich hab dich ausgetragen Und das war schon Kampf genug. Brot und ein Schluck Milch sind Siege! Warme Stube: gewonnene Schlacht! Eh ich dich da groß kriege Muß ich kämpfen Tag und Nacht. « Wiegenlieder ». Dich empfangen hieß etwas wagen Und kühn war es. Bertolt BRECHT. in : Lieder Gedichte Chöre. Denn für dich ein Stück Brot zu erringen Das heißt Streikposten stehn Und große Generäle bezwingen Und gegen Tanks angehn.

toucha Berlin dès le mois de février. par Id. Au début du mois. Le tournant de 1914-1915. puis le 27 août 1916 contre l’Allemagne. le même jour.2 L’économie allemande. Les batailles d’artillerie des années 1916 et 1917 ne furent pas déterminantes pour l’issue du conflit. Dans tous les pays belligérants. à commencer par celui du pain. in : Enzyklopädie Erster Weltkrieg. S’installa « l’incertitude la plus profonde quant au type de guerre menée et à ses horizons temporels. Le rationnement. en particulier dans les villes et les régions industrielles. temporelle et humaine. surtout en juillet 1916. 17. aspirèrent à une paix victorieuse. des souffrances des civils. Les armées piétinaient. et de la Roumanie. La pénurie. le tournant vers la « guerre totale » en raison de l’extrême violence des combats. 2009 (1e éd. selon John Horne. « Introduction ». eut un fort impact sur le moral des populations. 2010. p. Tallandier. dir. in : Vers la guerre totale. n’avait pas été préparée à une guerre d’une telle ampleur logistique. sans oublier le génocide arménien. 2 FÖRSTER. La dégradation de la situation alimentaire. « Totaler Krieg ». le Reich se trouvait dans une situation militaire de plus en plus difficile. La guerre devenait un univers en lui-même […].. 266 . John. l’année 1915 marqua. sans compromis. Depuis l’entrée en guerre de l’Italie. les autorités militaires. Paris. Stig. Paderborn. surtout. dir. 1 HORNE. pp. la cherté des produits et la flambée inflationniste générèrent un mécontentement croissant. Schöningh. des mouvements de grève éclatèrent à Essen et à Berlin. où ils touchèrent le secteur de la métallurgie. en particulier. puis l’ensemble du Reich en juin. 924-926. le 24 mai 1915. contre l’Autriche-Hongrie. 11-31 . pp. contrairement à ce que les contemporains avaient espéré. les civils furent mobilisés de manière croissante et les buts de guerre se radicalisèrent : dans un paysage politique de plus en plus divisé. C’est dans les tentatives de maîtriser cet univers et de le forcer à donner la victoire que résident les dynamiques internes de la guerre […]. 2003). par Gerd KRUMEICH / Gerhard HIRSCHFELD / Irina RENZ. »1 De surcroît. des lourdes pertes humaines.

Pour ce faire. 91-102. Schöningh. elle prévoyait la mobilisation de tous les hommes de seize à soixante ans dans le secteur de l’industrie de guerre. Gottfried. Colin. marqua une intensification de la mobilisation de l’arrière. surtout après l’échec de la 3 BECKER. 2002. devait montrer la détermination du peuple allemand. des mesures furent prises pour améliorer la qualité de l’alimentation et l’efficacité du service des postes. il avait compris que la mobilisation de toutes les forces de la nation était indispensable. chef d’état-major. 6 JARDIN. Aux racines du mal. Wilhelm. adoptée en décembre 1916 dans le cadre du programme Hindenburg (qui allait s’avérer être l’un des échecs les plus cuisants de l’Allemagne en matière de gestion industrielle). dir.6 La « loi pour la sauvegarde de la nation » (Vaterländischer Hilfsdienst). 267 . Ces mesures avaient également pour but de contrer la propagande ennemie qui. « Le "moral" des troupes allemandes sur le front occidental à la fin de l’année 1916 ». rendait toute autre issue qu’une paix victorieuse inenvisageable. l’arrivée de Hindenburg. Paderborn. visait à renforcer l’idée de danger extérieur par le topos de l’encerclement. 2008). Après le renvoi de Falkenhayn. le 29 août 1916. 187-211. L’aura de Hindenburg. Wege zum Frieden von der Antike bis zur Gegenwart.4 Le troisième commandement suprême. notamment par le biais de l’« enseignement patriotique ». Après avoir renoncé à inclure les femmes et les jeunes filles. Paris. Tallandier. par Jean-Jacques BECKER / Jay WINTER / Gerd KRUMEICH / Annette BECKER. La Grande Guerre. 1994. même des parlementaires. Gerd. à protéger le peuple d’influences jugées subversives en luttant contre la social-démocratie et à inculquer la foi en la victoire. à stabiliser le système monarchique. visait à prévenir la lassitude : aux yeux d’une majeure partie de la population. Von der Gewalt im Krieg zu den Konflikten im Frieden ». Pierre. commandant en chef. ancrée dans la logique militaire dès l’avant-guerre et dont la nécessité s’accentua à mesure que l’ampleur des sacrifices augmentait. eut un temps un effet positif sur le moral de l’opinion. Paris. Une histoire franco-allemande. Jean-Jacques / KRUMEICH. La priorité absolue devait être donnée aux besoins de l’armée. il allait miser sur la destruction de l’adversaire (au sens de vernichten) et la « guerre totale ». « héros de Tannenberg ». Paris.5 Ludendorff allait rompre avec la ligne de Falkenhayn : au lieu de poursuivre une stratégie d’usure. 2005. à la tête du troisième commandement suprême des armées. Bernd WEGNER. 1918. « Der Erste Weltkrieg. in : Guerre et cultures (1914-1918). et Ludendorff. dir. L’intensification et l’effort de centralisation de la propagande à partir de 1917. 2012 (1e éd. in : Wie Kriege enden. pp. pp. La foi en une victoire. qui allait imposer de plus en plus son influence sur les décisions politiques. 5 NIEDHART. indispensable à la communication entre les soldats et leurs familles. le déni de la défaite. ils incarnaient l’espoir en la victoire. Tallandier.3 Face aux nombreuses plaintes des combattants. 4 DEIST.

Die Nationalisierung der Massen. Politische Symbolik und Massenbewegungen von den Befreiungskriegen bis zum Dritten Reich.9 Ces auto-images positives tentaient de renforcer une nation fragilisée et de mettre en scène les liens entre le front et l’arrière. Museum Industriekultur Osnabrück. tels que le casque d’acier et les avions. in : Durchhalten! Krieg und Gesellschaft im Vergleich 1914-1918.Die Bildersprache des Plakates im Ersten Weltkrieg ». en référence à l’expression de « langage et images de la ténacité » employée par Anne Lipp. Erlebnis und Wirkung des Ersten Weltkriegs. op. Meinungslenkung im Krieg. Face à la déstabilisation engendrée par cette guerre moderne. Vandenhoeck & Ruprecht. les auto-images apologétiques de la nation dans les livres pour enfants. 1993. Loin de la légende de l’euphorie patriotique d’août 1914. Dans ce contexte. pp. 8 VERHEY. « »Helft uns siegen« . HÜPPAUF. l’imaginaire traditionnel restait prédominant. Campus. les affiches aux motifs caricaturaux qui laissaient entendre que la guerre était un grand jeu sans conséquence avaient été peu appréciées des combattants et avaient bientôt disparu. in : „Keiner fühlt sich hier mehr als Mensch…“. Kriegserfahrungen deutscher Soldaten und ihre Deutung 1914-1918. partie intégrante du processus de « nationalisation des masses ». De nouveaux motifs. Klartext. Bien que cette iconographie concurrençât les représentations surannées. 2010. in : Der Tod als Machinist. dir. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Irina RENZ. l’emportèrent sur la diabolisation des ennemis. « Vor-Bilder des Durchhaltens. p. 11 « Sprache und Bilder des Durchhaltens ». les portraits des dirigeants avaient pour objectif d’entretenir le culte des responsables civils et 7 MOSSE. l’apparition d’un langage visuel appelé « iconographie du combattant du front » (Frontkämpferikonographie).guerre sous-marine à outrance et les débats sur la résolution de paix de 1917. Francfort/Main. pp.10 mit en scène la détermination et la volonté de fer du simple soldat. pp. Vandenhoeck & Ruprecht. martelait que le Reich était à bout de souffle. dir. cette rhétorique par l’image incita les jeunes lecteurs à faire preuve de persévérance et à accepter les sacrifices matériels et émotionnels que les adultes exigeaient d’eux. Dès 1915. dir. 43-84. in : LIPP 2003. cit. tant les motifs que les formes puisaient dans le répertoire du XIXe siècle et de l’avant-1914. révèlent une adaptation parcimonieuse à la réalité des champs de bataille de la guerre moderne. Anne.8 Ces supports étaient également prédominés par une iconographie centrée sur le camp allié. Jeffrey. « Schlachtenmythen und die Konstruktion des „Neuen Menschen“ ».7 Les caricatures s’estompèrent des derniers albums fin 1916. 1998. par Rolf SPILKER / Bernd ULRICH. Bramsche. New York. Göttingen. Bernd.11 nous avons qualifié ce nouveau bain visuel d’« iconographie de la ténacité ». 81-108.. 1993. Die deutsche Kriegsanleihe-Werbung 1917/18 ». Calquée sur l’évolution des supports de propagande pour adultes. 9 BRUENDEL. Rasch Verlag. par Arndt BAUERKÄMPER / Élise JULIEN. Inspirés de la peinture d’histoire officielle. 268 . 10 LIPP. 148. Göttingen. 2003. George. Der industrialisierte Krieg 1914-1918. Pour cette raison. 164-175. Steffen. Essen.

Face à la lassitude engendrée par le conflit ainsi qu’à la pénurie de papier probablement due à l’essoufflement économique. 269 . Harvard University Press.). Moins spectaculaire et plus sobre que le récit épique des combats. Cologne. À mesure que le conflit se prolongeait. L’idéalisation des dirigeants et des soldats allemands ainsi que de leurs alliés révèle selon nous une culture de guerre enfantine centrée sur les auto-images et moins agressive que son équivalente française. mais aussi dans une moindre mesure domestique et économique des jeunes lecteurs. ce retour à des formes iconographiques surannées permit d’aborder un thème caractéristique de la « guerre totale » : le quotidien des enfants à l’arrière fit son entrée dans les livres pour enfants en 1915. il était susceptible d’exercer un impact marquant sur les représentations des jeunes lecteurs. Kindheit im Ersten Weltkrieg. En leur retournant une image idéalisée des contributions civiles à l’effort de guerre. des associations patriotiques interpellèrent les enfants à travers des livres con- çus pour eux. Bucher. les images devinrent de plus en plus per- formatives. Weimar. 1993. Bernd. Malgré une disparition précoce des albums. Nationalism. HÄMMERLE. notamment dans les publications éditées par les associations patriotiques. 2010. Vienne. Zwischen Kriegsbegeisterung und Hun- gersnot – wie die Deutschen den Ersten Weltkrieg erlebten. ces livres devaient inciter les enfants à faire don de leurs économies à la patrie et à partici- per aux nombreuses activités patriotiques organisées à l’arrière. FLEMMING. Cambridge. Thomas / ULRICH. La littérature illustrée contribuait à une mobilisation morale et intellectuelle. Heimatfront. 13 Ibid. la production de livres pour enfants enregistra néanmoins une baisse à partir de 1916-1917. 1914-1918. Munich.13 Signe de la guerre longue. L’éloignement prolongé des familles favorisait la multiplication des images idéalisées du père. Prépondérant. 12 DONSON. Böhlau. 2014.militaires. Outre l’idéalisation du front. les livres illustrés et les revues pour enfants. dont le canon correspondait à un imaginaire suranné. Youth in the Fatherless Land: War Pedagogy. Andrew. and Authority in Ger- many. la guerre resta présentée dans les brochures.12 Cette iconographie contribua également à une forte déréalisation de la violence moderne et sans doute ainsi à cultiver le goût pour la guerre des jeunes générations. Christa (éd. il représenta l’évolution thématique majeure de la littérature illustrée entre 1914 et 1918.

La dégradation des conditions de vie à l’arrière. 1994. De la vénération des dirigeants au culte du simple soldat : doutes d’une société en guerre ? 1) Icônes et galerie de portraits des dirigeants Prépondérants durant les deux premières années du conflit. Oldenbourg. 2005. 1813. Prédominance des auto-images : idéalisation du front entre modernité et tradition A. Ernst Vogel. comme Unsere Führer et Helden zur See. suscitait le mécontentement croissant de la population. les « pionniers de l’esprit allemand ». Elisabeth von. Das Deutsche Reich und der Erste Weltkrieg. annon- çaient la dimension apologétique. où l’accès aux produits alimen- taires de base était moins compliqué. pp. « Kriegsgrund Geschichte? 1870. Munich. Munich. dir. 3 BURKHARDT.Chapitre 5. 9-86. mais dont les titres. 2001. Die Postkarte als Medium der Propaganda. Frank. Munich. BECKER. Roger. 1996. Die Einigungskriege in der bürgerlichen Öffentlichkeit Deutschlands 1864-1913. en partie due au mauvais ravitaillement. Les inégalités entre les catégo- ries sociales ainsi qu’entre les villes et les campagnes. 1756 – historische Argumente und Orientierungen bei Ausbruch des Ersten Weltkrieges ».2 Les jeunes lecteurs furent familiarisés avec une galerie de portraits reproduits généralement sur des planches sans texte. Hambourg. Johannes. en devinrent d’autant plus marquées.3 les dirigeants étaient présentés comme l’incarnation du peuple. in : Lange und kurze Wege in den Ersten Weltkrieg.1 Ils contri- buèrent à leur manière au renforcement d’une monarchie de plus en plus déstabilisée. Beck. 2 CHICKERING. par Josef BECKER / Henning KRAUß / Werner WIATER. Dans la continuité des guerres antinapoléoniennes et d’unification. les portraits des diri- geants correspondaient à une forme de représentation traditionnelle propice à mettre en exergue la dignité et l’importance hiérarchique des personnalités officielles. deux numéros de la série Bildermappen fürs deutsche Haus. d’après la notice introductive à la collection de 1 HAGENOW. Politik und Bild. Forschungsstelle Politische Ikonographie der Universität Hamburg. 270 . Bilder von Krieg und Nation.

Internationales Lexikon der Illustratoren. Eigentum und Verlag des Börsenvereins der Deutschen Buchhändler zu Leipzig. 1. 8 octobre 1914. Hans. 6 BAUER [1914]. dont le centième anniver- 4 « Vorkämpfer deutschen Geistes ». Parmi les sources consultées. après avoir fait l’objet d’attaques permanentes. n° 234. étaient proba- blement affichées dans les écoles. a contrario. Leipzig. Sonderausstellung. un unique portrait de Bethmann-Hollweg [177] était révélateur de l’importance relativement faible accordée au pouvoir civil et parlementaire dans la so- ciété wilhelminienne. Même un personnage comme le comte Ferdinand von Zeppelin. 1992. Weidmann. en particulier les planches de Teubner (Leipzig). Wenner. Pierre. Tallandier. Paris. Teubner. à la fois général de cavalerie et ingénieur. les forces de droite lui avaient reproché sa modération et. le déni de la défaite. son attitude jugée trop conciliante à l’égard de la social-démocratie. in : Führer und Helden. Das Bildangebot der Wilhelminischen Zeit. 2005. 1. cit. Emil THOMAS.und Jugendbuchs im deutschsprachigen Raum 1871-1914. 109. Wilhelm. p. 1915. Osnabrück. de profil. un dirigeable à l’arrière-plan consti- tuant son attribut principal [178]. 8 FRONEMANN. dir. était représenté en uniforme. il allait être contraint de démissionner le 13 juillet 1917.6 Ces images. 271 . 1916. Illustration und Illustratoren des Kinder. d’après les catalogues. [1914].4 L’illustrateur Karl Bauer. 7 RIES. par la Zentralstelle für Erziehung und Unterricht. définis par leur nom et par leur grade et dignes d’admiration en raison de leurs uniformes. Les images de Bismarck. Plus tard. surtout.5 y était qualifié de « maître du portrait historique ». Schule und Krieg. p. Börsenblatt für den deutschen Buchhandel. Dès l’avant-guerre. Contrairement aux représentants militaires et impériaux. suscitait certainement l’admiration des enfants.und Drucktechniken. Federzeichnungen. 9 JARDIN. qui avait contribué dès l’avant- guerre à la constitution du bain visuel patriotique pour enfants. trouver leur place tant dans les salles de classe que dans les chambres d’enfants. Ce portrait de 1914 peut être vu comme une tentative de redorer son blason. Wiegand. 5 Se référer en particulier dans le chapitre 2 à : 3) Idéalisation de la nation. Eine erste kritische Übersicht. Nombreux devaient être les en- fants qui ne connaissaient pas ou peu ce chancelier. Leipzig.planches Führer und Helden.8 En raison du respect qu’inspirait l’uniforme dans la société wilhelminienne.. op. notamment en raison de son refus de la guerre sous- marine à outrance et de ses concessions aux syndicats lors de l’élaboration de la loi du deux décembre 1916. réputé pour son manque de fermeté. Aux racines du mal. il était seulement présenté par sa fonction de chancelier et restait ainsi anonyme et imper- sonnel. Berlin. Karl BAUER. elles devaient.7 De dix à cinquante pfennigs l’unité selon leur édi- teur. Geschichte und Ästhetik der Original. Gute Bücher über den Krieg 1914-15 für Jugend und Volk. éditeur réputé pour ses lithographies et ses manuels scolaires.9 L’uniforme. p. Ce titre sobre ne favorisait pas l’identification. les chefs militaires étaient surreprésentés par rapport aux personnages civils. Hilchenbach. 1918.

persistèrent entre 1914 et 1918. 2003). MIELKE. p. Dans l’un de ses portraits du chancelier de fer. op.12 l’amiral Maximilian von Spee. Stiftung Lore und Wolfgang Hoffmann für Spielzeug. « Spee. 2013. Presses Universitaires du Septentrion. Hans-Christian. 17 Soulignons que cette série dont la parution a été estimée à 1914 fut manifestement éditée en 1915. Paris. nous y reviendrons à la page suivante. SCHILLING. permettaient aux enfants de mettre un visage sur ces nouveaux 10 PUST. Vandenhoeck & Ruprecht.14 Dans la lignée des portraits de condottiere. voir : BAUER [1914]. August von Mackensen. in : Pouvoir civil. « Kluck. George. suscitaient l’admiration et incitaient à respecter l’ordre établi. 272 . Holger. car la mort de Weddigen. par Corine DEFRANCE / Françoise KNOPPER / Anne-Marie SAINT-GILLE. cit. Schöningh. comme le loto Der eiserne Kanzler. « Kriegsspiele und –spielzeug. in : Ibid. sociaux et culturels. Maximilian Reichsgraf von ». 2001. 14 AFFLERBACH. en particulier les autorités militaires qui avaient. pp. Erik. par Id. ces images faisaient la part belle aux chefs de guerre héroïques. en 1915.13 ou encore le général commandant du septième corps d’armée. omniprésents dans la littérature pour enfants du début du siècle. Parmi eux figuraient le commandant en chef de la première armée. Bien qu’inspirées de formes iconographiques traditionnelles. Concernant ces trois chefs militaires. 1999.10 ne dif- féraient pas de celles d’avant-guerre. Der Andere Verlag. y est indiquée. dir. 861. pp. dir. Gewalt.15 Leurs visages sérieux et déterminés inspiraient la confiance en la victoire. Grefrath. « Mackensen. assiettes. 1997. Alexander von ». 1871 – 1938. à la tête de l’escadre d’Extrême-Orient depuis 1912. fut fêté dans les écoles et engendra la parution de jeux de société. édité par Hausser (Ludwigsburg). Alexander von Kluck. Andreas. Karl Bauer reprenait la référence à la toile d’Ernst Henseler comme dans l’une de ses illustrations d’avant-guerre [31]. Nationen im Gleichschritt. 2004. in : Aggression. 11 VOGEL. Paderborn. produites à leur effigie16 qui peuplaient l’univers visuel des enfants. in : Enzyklopädie Erster Weltkrieg.. Villeneuve d’Ascq. Vielfalt und Charakteristik in Zeitlauf. 15 WIRSCHING. 35-143. dir. 1861-1918. Comme dans de nombreux pays européens à cette époque. debout en uniforme devant le Reichstag [179]. Osnabrück. Kriegsspiel. Jakob. Holger. 16 MOSSE. « Pouvoirs civil et militaire en Allemagne. qui périt en mer en mars.11 Bien d’autres visages s’ajoutaient à cette galerie de portraits. Ce détail est d’importance car c’est préci- sément sa mort. 2009 (1e éd. Soziale Herkunft und politische Erziehung von Schülerinnen an höheren Mädchenschulen in Schleswig-Holstein. Göttingen. pp. Ces jeux de palimpsestes. 12 KLEINE VENNEKATE.. ‚Vaterländische Erziehung‘ für ‚Höhere Mädchen‘. Les portraits d’Otto Weddigen17 [180] et de l’amiral Tirpitz [181]. Zeitgeschehen und Zeitgeist ». 13 HERWIG. 693-694. 21-32. rubans patriotiques. Aspects politiques. pouvoir militaire en Allemagne. 616. l’uniforme restait symbole de prestige. Histoire d’une mésal- liance ? ». l’ascendant sur le pouvoir civil dans le Reich. De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes. p. tasses. in : Ibid.. August von ». arborant leurs décorations militaires. ces représentations de dirigeants s’inséraient dans une gamme d’objets kitsch. qui lui fit accéder au rang d’icône. Geschichte. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Irina RENZ. Heinz-Peter.saire de la naissance. pour des raisons constitutionnelles et personnelles. Hachette-Littératures.und Kindheitsforschung.

Il en allait de même pour les aviateurs. Pfaffenweiler. op. 1900-1939/45. Gladbach. 29. en matière de politique navale. 18 Ibid. par Id. ses représentations omniprésentes contribuaient tant au culte de sa personnalité qu’à l’apologie de la dynastie des Hohenzollern. face à la Grande- René. le commandant du « U9 » s’éleva même au rang d’icône : mort. in : Das Jahrhundert der Bilder. 2009.. Parmi ces images qui se distinguaient par leur récurrence et leur célébrité19 figuraient celles de Guillaume II. 1 : 1900 bis 1949. Centaraus-Verlagsgesellschaft. 21 PUST 2004. dir. Der Erste Weltkrieg in deutschen und französischen Schulgeschichtsbüchern. 19 D’après la définition d’« icône » proposée par Gerhard Paul : « Das Jahrhundert der Bilder. cit. Deutungsmuster heroischer Männlichkeit in Deutschland 1813-1945. Vandenhoeck & Ruprecht.héros modernes dont on narrait infatigablement les exploits. il rejoignait le panthéon des héros de guerre impériaux au même titre que Theodor Körner et Friedrich Friesen. p. Central dans l’instruction et les livres d’avant-guerre. Surtout au début du conflit. p. La réforme des programmes d’histoire des lycées (Neuer preußischer Lehrplan für den Geschichtsunterricht an den höhren Schulen) renforça en 1915 la place des Hohenzollern dans l’enseignement. 2002. Après sa disparition en mer. p. 29. pp. Paderborn. Kriegserwartung und Kriegserfahrung. 1999. le respect de la hiérarchie et des autorités restait important dans la littérature enfantine. „Kriegshelden“. On continua à célébrer l’anniversaire de Guillaume II dans les écoles durant la guerre. surtout entre 1914 et 1915. p. Was sollen unsere Knaben und Mädchen durch den Krieg lernen? Ein Mahnwort an unsere Jugend. comme ce fut le cas de Lothar Arnauld de la Perière. Il avait pourtant accumulé les maladresses. Die visuelle Geschichte und der Bildkanon des kulturellen Gedächtnisses ». 29. 20 BENDICK. Schöningh. 273 . Riffarth. Göttingen. Ceci explique cette grande notoriété. 290. 22 Voir par exemple : CRONAU-HERBERTS. A. vol.21 Guillaume II était dépeint comme « l’Empereur de la paix » (Friedenskaiser)22 qui avait su préserver le Reich de la guerre depuis le début de son règne. Les icônes concouraient à cette simplification et encourageaient l’identification à la cause nationale. 1915. la littérature enfantine délivrait ainsi un message clair : les enfants devaient être préparés à se sacrifier pour leur patrie. Rainer. bien que d’autres sous-mariniers coulassent plus de navires. 14-39 .20 Une journée commémorative des 500 ans du règne de la famille des Hohenzollern (Gedenktag der 500jährigen Herrschertätigkeit des Hohenzollernhauses) fut introduite dans les écoles en octobre.. Voir aussi dans ce chapitre : 1) Armes modernes et tranchées : sous-représentation des innovations techniques. Ainsi étaient-ils également en mesure de reconnaître des caricatures simples telles que celle de Tirpitz parue dans John Bull Nimmersatt [156]..18 Fondée sur des répétitions qui facilitaient la mémorisation du message patriotique.

Schöningh. pp. 1997. L’empereur. il n’expliqua pas en quoi cet arbitrage aurait pu consister. par- dessus tout au monde" ? Allemande est votre patrie. « Das Militär als ‚Schule der Männlichkeit’. N’aimez-vous pas chanter le chant : "L’Allemagne. au matin du 28 juillet. par Id.24 Comme dans les livres d’instruction pour l’armée. 2003. Paderborn. Si l’empereur. qui continuèrent à afficher leur soutien à l’Empire austro-hongrois. dir. Eine Bilanz. Tel était le cas de Das deutsche Kind im deutschen Krieg [182]. son opinion ne fut pas prise en considération par les militaires et diplomates allemands. dir. Nantes. « Ein militarisiertes Land? Zur gesellschaftlichen Stellung des Militärs im Deutschen Kaiserreich ». 274 . proposa dans son télégramme du 28 juillet 1914 à Nicolas II une médiation entre la Russie et l’Autriche-Hongrie. par Jean-Paul CAHN / Bernard POLONI / Gérard SCHNEILIN. in : Das Deutsche Kaiserreich 1890-1914. Jahrhundert ». allemands 23 BAECHLER. in : Le Reich allemand du départ de Bismarck à la Première Guerre mondiale 1890-1914. décoré de ses ordres militaires. par Bernd HEIDENREICH / Sönke NEITZEL. allemande votre langue. pp. Stuttgart.. tenait entre ses mains un casque à pointe et regardait le lecteur d’un air assuré. 24 FÖRSTER. 2014. Favorable à un conflit localisé entre l’Autriche-Hongrie et la Serbie. 25 FREVERT. l’Allemagne au-dessus de tout. in : Militär und Gesellschaft im 19.25 il n’était pas rare que des portraits figurassent au début des ouvrages pour enfants afin de leur conférer une légitimité supplémentaire. KRUMEICH. Paderborn. le fait que l’Allemagne attendît la confirmation de la mobilisation générale russe le 30 août 1914 pour déclarer la guerre à l’Empire tsariste offrit d’autant plus l’occasion à la propagande de présenter le Reich comme une victime sans intentions belliqueuses. Erfahrungen im 19. il autorisa Bethmann-Hollweg à réassurer son allié de sa solidarité par le biais du fameux « chèque en blanc » du six juillet. Klett- Cotta. 2011. pp. mais mettait en avant la nécessité d’une solidarité patriotique enfantine qui se fondait sur un sentiment national prononcé : Tout enfant allemand digne de lui-même se dit : Je suis un enfant allemand et veux le rester.Bretagne par exemple ou lors de son incursion impromptue à bord de sa canonnière à Agadir face aux Français en 1911. Gerd. agrémentés de photos de la famille impériale et d’un portrait de Guillaume II.23 Bien que les hypothèses sur le jeu d’intrigues qu’aurait pu mener Bethmann-Hollweg pendant cette crise ne fassent pas l’unanimité chez les historiens. Angebote. Alors qu’il estimait. Le texte n’entretenait pas de lien direct avec cette image. 157-174. 145-173. Jahrhundert. Éditions du temps. Cette image pacifique visait probablement à contrecarrer sa politique agressive et s’expliquait par son rôle ambivalent pendant la crise de juillet 1914. Erwartungen. Christian. Schöningh. dir. « Guillaume II et le pouvoir : un régime personnel ? ». face au risque de mobilisation russe imminente contre l’Autriche-Hongrie. Juli 1914. und 20. Ute. 17-26. Stig. satisfaisante la réponse serbe à l’ultimatum autrichien.

Max. n° 50-51. art. Francfort/Main. « Der Mann mit dem Adlerhelm.32 Également reproduits sur des cartes 26 « Ein gutes deutsches Kind sagt sich: / Ich bin ein deutsches Kind und will auch deutsch bleiben. Heinz.27 Le Chant des Allemands (Lied der Deutschen). 32 Voir par exemple le titre du journal de Elfriede Kuhr publié dans les années 1980 : . op. 68-75. Fribourg. Eres Edition. n° 15. cit. Le recours à des chants patriotiques était une méthode pédagogique répandue dans les écoles. WIRSCHING.29 révèle peut-être la prédominance de l’amour pour la patrie sur la place symbolique et politique du monarque dont l’aura et le pouvoir de décision allaient connaître un déclin au cours du conflit au profit des autorités militaires. nous l’avons évoqué. 28 PUST 2004. Mit Herz und Hand fürs Vaterland. Brême. cit. 1984. « Pouvoirs civil et militaire en Allemagne. Martin.. Unsere Zwölfjährigen und der Krieg. über alles in der Welt‘? Deutsch ist eure Heimat. Studien zur politischen Funktion von Schule und Schulmusik 1890-1918. Le choix de ce chant au détriment de Heil Dir im Siegerkranz. p. Histoire d’une mésalliance ? ». 29 GIESBRECHT.. « Deutsche Liedpostkarten als Propagandamedium im Ersten Weltkrieg ». ces chants. Berlin. Andreas. à la bonne connaissance de ce répertoire par les écoliers. deutsch eure Sprache. 1915.. Das deutsche Kind im deutschen Krieg. 1916. was ihr liebt: eure Eltern und Geschwister […]. O Deutschland hoch in Ehren. pp. étaient les préférés des enfants. composé par Hoffmann von Fallersleben et reproduit dans les anthologies de chants d’avant-guerre. Kerle Verlag. – Medienstar um 1900 ». 5. Lilienthal. Gloria Viktoria) étaient dus. cit.da gibt’s ein Wie- dersehen! Kriegstagebuch eines Mädchens 1914-1918. Emil.28 n’avait encore ni le statut d’hymne national ni la connotation expansionniste qu’allaient lui donner les nationaux-socialistes. Concernant les vertus pédagogiques de la musique. deutsch ist alles. Leipzig. en référence à Die Wacht am Rhein. deutsch euer Geist und Gemüt. Selbstverlag des Verfassers. 27 LEMMERMANN. op. Nous respectons la présentation d’origine.30 Les nombreux titres de livres pour enfants se référant à des couplets de chansons patriotiques (Es braust ein Ruf wie Donnerhall. 30 KOHLRAUSCH. Les répétitions et les exemples simples tentaient d’inculquer une conscience nationale et un sentiment patriotique forts aux plus jeunes afin de les sensibiliser aux enjeux économiques et domestiques du conflit. Jahrbuch des Deutschen Volksliedarchivs Freiburg. 55-97. 1982.31 Nous retrouvons cette prédilection dans de nombreux témoignages. Wilhelm II. Säemannschriften für Erziehung und Unterricht. cit. votre esprit et votre âme . ce qui donne à penser que ces vers marquaient durablement leur mémoire. » KLAUKE. / Singt ihr nicht gerne das Lied: ‚Deutschland. 1871 – 1938. op. in : PAUL 2009. Kriegserziehung im Kaiserreich. à la musique rythmée par les tambours et les trompettes et facile à retenir. tout ce que vous aimez est allemand : vos parents et frères et 26 sœurs […]. 31 LOBSIEN. pp. 2006. Sabine. Deutschland über alles. voir aussi : LEMMERMANN 1984. Teubner. in : Lied und populäre Kultur. Selon l’étude menée par Max Lobsien en 1916. Wilhelm / HOCHHÄUSLER. 275 .

La crispation était telle que François- Joseph déconseilla dès 1915 l’emploi du terme de « fraternité d’armes » dans les télé- grammes adressés au commandement allemand. La double monarchie avait été affaiblie dès l’avant-1914 tant au plan de sa politique étrangère qu’intérieure à cause des tensions avec la Serbie et des revendications des minorités regroupées dans cet empire multinational. révélait cette intention [183]. art. cit. Sabine. Der grosse Krieg. dont nous avons souligné la symbolique archaïque. tout autant que les portraits de dirigeants. Durant le conflit elle fut minée par de graves difficultés économiques et militaires : outre l’inflation et le mauvais approvi- sionnement des villes. le peintre. 401. fortement affaiblie par les combats sur le front oriental dès 1914. ne put poursuivre les hostilités sans faire appel à plusieurs reprises au soutien militaire de l’Allemagne. Cette célébration de l’alliance indéfectible entre l’Allemagne et l’Autriche- Hongrie était à même de dissimuler la perte de prestige de l’Empire de François-Joseph. op. op.33 L’exaltation de la fraternité d’armes entre les Empires allemand et austro- hongrois à travers les portraits de Guillaume II et de François-Joseph accentuait l’apologie de l’ordre établi. de persuader petits et grands que la monarchie sortirait renforcée de ce conflit. « Deutsche Liedpostkarten als Propagandamedium im Ersten Weltkrieg ». achevaient de conférer un caractère patriotique à cette image à la construction symbolique conventionnelle.35 puisait dans les canons esthétiques traditionnels. selon un procédé typique des cartes patriotiques. La fraternité d’armes était accentuée par la position croisée des deux gardes : l’Autrichien se tenait près du portrait de Guillaume II et vice-versa. la capacité des chemins de fer était insuffisante pour assurer les transports des troupes et l’armée austro-hongroise. Les feuilles de chêne tressées de rubans aux couleurs nationales des deux pays. Hanns ». in : RIES 1992. La couverture d’un livre paru au début du conflit. 35 « Anker. De part et d’autre des médaillons deux soldats allemand et austro-hongrois aux uniformes bleu-gris qui ne se distinguaient qu’aux détails de leurs uniformes et à leur képi et casque à pointe montaient la garde. sculpteur et graphiste Hanns Anker. les visages des deux dirigeants étaient représentés. 276 . Dans la partie supérieure de l’image.34 Son illustrateur. Tenant fermement leur baïonnette..postales. dans des médaillons dont l’ornementation en forme de poignée de mains soulignait l’entente et la solidarité entre les deux nations. 34 HAGENOW 1994. cit. cit. ils avaient pour fonction. L’état de déliquescence de l’Autriche- 33 GIESBRECHT. ils affichaient leur détermination à défendre la Duplice. au centre. p.

petit-neveu et successeur de François-Joseph. 79. Nation. Paris.37 Alors que de nombreux enfants grandissaient seuls aux côtés de leurs mères. op. fut célébrée dans les écoles allemandes. Das symbolische Kapital der Trauer. cit. 75-96 . 1996. et Raymond Poincaré menées par l’intermédiaire du prince Sixte. « Österreich-Ungarn ». Max Niemeyer Verlag. qui est resté dans la mémoire collective comme le vainqueur de la bataille de Fehrbellin face aux Suédois en 1675. entre janvier et mars 1915. 277 .). op. 248-253. 2006). avait également pour fonction de faire le panégyrique de la dynastie des Hohenzollern et de la Prusse. le Reich se ravisa. Tübingen. Munich. Les négociations de paix secrètes entre Charles Ier. « Wir Schüler mußten auch Abzeichen und Karten verkaufen… ».39 L’association symbolique de la nation à la famille était courante durant la Grande Guerre et contribuait à une émotionalisation de la na- tion. pp. Jean-Jacques. 64-86. Cologne. 36 RAUCHENSTEINER. Oliver. pp. éd. devaient inciter l’Empire allemand à renoncer à l’Alsace-Lorraine et favoriser l’indépendance belge. Manfried. avait initié l’ascension de la Prusse et du Brandebourg au rang de grande puissance. 37 BECKER. François-Joseph était présenté aux écoliers comme une figure paternelle.36 Dans la seconde moitié du conflit le scandale Sixte devait accentuer les relations germano-autrichiennes. inauguré par Guillaume II sur l’allée de la victoire en 1901.41 édité par Scholz en 1915 et illustré par Franz Müller-Münster dans la tradition de la peinture historique. né en 1905 près de Vienne. par Christa HÄMMERLE. p. Der große Kurfürst. 42 OTTOMEYER. pp.. cit. Deutsches Historisches Museum. Hans-Jörg (dir. L’Europe dans la Grande Guerre. 2009 (1e éd. 38 ZALESKY. in : Kindheit im Ersten Weltkrieg. Minerva.42 Son buste. Vienne. cit. « Das kulturelle Leben im Kaiserreich ». in : HIRSCHFELD / KRUMEICH / RENZ 2009.40 Un livre consacré à Frédéric-Guillaume de Brandebourg. officier et frère de la femme de l’Empereur austro-hongrois qui servait dans l’armée belge. in : PIPER. 43 « eine imperiale Reichsikonografie ». Karl. D’après les souvenirs de Karl Zalesky. le 25 novembre 1916. 1993. Böhlau. Hans / CZECH. Deutsche Geschichte in Bildern und Zeugnissen. [1915]. Scholz. 41 MÜLLER-MÜNSTER. Weimar. Belin. Conscient qu’il ne pourrait pas faire face aux Puissances occidentales sans l’aide de la double monarchie.. p. Ernst. Der große Kurfürst. Le Grand Électeur. Religion und Familie im italienischen Gefallenenkult des Ersten Weltkrieges. 2009. incarnait « l’iconographie impériale du Reich »43 dans la tradition dynastique prussienne.Hongrie eut de graves conséquences sur les rapports entre les deux alliés : après les re- vers des Austro-Hongrois dans les Carpates. 90. Berlin hésita à renoncer à son alliance avec un pays qui n’était plus en capacité de mener la guerre. in : HEIDENREICH / NEITZEL 2011. Mayence.38 Sa mort. 39 PUST 2004. Franz. ces chefs militaires et politiques avaient une valeur symbolique de pères de substitution. 40 JANZ. op.

Cette initiative parlementaire marqua un tournant : désormais défenseur d’une paix de conciliation. par son style et son ambition de contribuer à la construction d’une mémoire culturelle nationale. Friedrich C. Cette raréfaction des portraits doit être mise en relation avec l’affaiblissement de l’autorité des dirigeants au cours de la guerre.und Ruhmeshalle) mais qui ne fut jamais réalisé. d’autres exaltaient moins les héros militaires du passé autrichien que des personnalités littéraires et artistiques telles qu’Adalbert Stifter. possédaient toutefois une symbolique plus universaliste. les autorités civiles et militaires redoutaient une politisation de la contestation. Handbuch zum künstlerisch illustrierten Kinderbuch in Wien. Brandstätter. Dans la littérature enfantine allemande. perdit de sa vigueur en 1916. surtout après les attaques virulentes des conservateurs à l’encontre de Bethmann- Hollweg concernant sa politique à l’égard de la social-démocratie et son refus de la guerre sous-marine à outrance entre 1916 et début 1917. édités par Haase (Prague. Vienne. Fortschrittspartei.44 Cette série autrichienne donne à penser que la culture de guerre enfantine de l’Empire austro-hongrois était plus modérée que son équivalent allemand. Leipzig). sociaux- démocrates. entretenait. le Reichstag avait rompu avec la politique du gouvernement et du commandement su- 44 Pour une brève présentation de cette série. Face à la lassitude de la population. Une série autrichienne intitulée Österreichs Ruhmeshalle. d’autant plus que les appels en faveur d’une paix de conciliation ne se li- mitaient pas à la social-démocratie. Ensemble. Elle reflète les doutes croissants de l’opinion vis-à-vis du commandement. la majorité parlementaire. voir : HELLER. Franz Grillparzer et Joseph Haydn. allait revendiquer une paix de conciliation. le culte de Guillaume II. 2008. 1890-1938. Die bunte Welt. Vienne. associés de manière passagère aux nationaux- libéraux. Ces ouvrages. marionnette du troisième commandement suprême. comme celui de la plupart des dirigeants. 278 . Tout en continuant à soutenir la politique de guerre. sans doute en référence au projet de monument qui devait être érigé sur la Leopoldsberg en souvenir du siège de Vienne de 1683 (Österreichische Völker. ces partis formèrent au Reichstag un comité intergroupe et déposèrent une résolution de paix « sans contribu- tions ni annexions » le 19 juillet 1917 qui fut bientôt rejetée par le nouveau chancelier Georg Michaelis. des similitudes avec la série Vaterländisches Bilderwerk de Scholz. l’argument d’une guerre défensive devait être de moins en moins soutenable.. Si certains retraçaient le déroulement des hostilités depuis 1914. Zentrum. causée par les privations et la séparation du- rable des familles. Après la révolution russe de février 1917.

et menacèrent de mettre fin à l’unité du pays. vom Beginn des Ersten Weltkrieges bis zur Gründung der beiden deutschen Staaten. D’après les indications controversées dont on dispose. der Befreier Ostpreußens. en réfé- rence aux batailles des lacs de Mazurie évoquées précédemment. dont les revenus réels baissèrent de 47 % par rapport à 1913. cit. surtout. dans ce contexte. pp. À cours d’économies. Ces profonds désaccords ravivèrent les débats sur les buts de guerre. Ce parti s’inscrivait dans la tradition des organisations nationalistes d’avant-guerre : Heinrich Claß par exemple.47 Alors qu’il formait un duo inséparable avec Ludendorff de- puis la reprise de ses fonctions en 1914. 2003. 80 . réactionnaires. était avant tout célébré comme le « héros de Tannenberg » et. « Von Bismarck zum Weltkrieg: Das deutsche Parteiensystem zwischen 1890 und 1918 ».25 million de membres au printemps 1918. Deutsche Gesellschaftsgeschichte. les classes moyennes et supérieures. Beck. les portraits apologétiques avaient tendance à dispa- raître. le Vaterlandspartei aurait rassemblé 1. la figure de Hindenburg faisait figure d’exception. 47 Unser Hindenburg. 46 WEHLER. JARDIN 2005. Appelé à la tête de la huitième armée fin août 1914 alors qu’il était retraité depuis 1911. cit. 47-60. soutenu par Hindenburg. p. 45 L’engagement du Reichstag en faveur d’une paix de conciliation engendra un regain de nationalisme de la part des forces les plus conservatrices. Le Vaterlandspartei trouva la majorité de son électorat dans les couches sociales dont était probablement issu le lectorat potentiel des livres de guerre pour enfants : la bourgeoisie cultivée.prême. op. puis à la tête du troisième commandement su- 45 JARDIN 2005. op. il déplorait la lassitude généralisée de la popu- lation. MÖLLER. aspirait. a contrario. in : CAHN / POLONI / SCHNEILIN 2003. ce général.46 Considéré comme un danger pour la paix par les autres formations politiques. 279 . le président de la Ligue pangermaniste. les employés. 1915]. c’est-à-dire plus que la social-démocratie. se réappropria le concept de « communauté nationale » en reprochant au parlement son absence de représentativi- té populaire et fit valoir une paix victorieuse. cit. aux tendances anti- parlementaires. Munich. les fonctionnaires et les artisans. 4 : 1914-1949. Alors que. était membre de son comité directeur. alors âgé de soixante-six ans. Fondé en septembre 1917 et soutenu par Ludendorff et Hindenburg. comme le « libérateur de la Prusse-Orientale ». connurent une paupérisation relative qui s’accompagna d’une perte de prestige. y adhérèrent massivement. [ca. vol. op. antisémites et pangermanistes. le Vaterlandspartei.. à une paix victo- rieuse et refusait tout retour au statu quo. la bourgeoisie cultivée. formellement interdits. Horst. Hans-Ulrich. 125-128. Ludendorff. dont le désarroi s’accroissait parallèlement à la dureté des privations endurées. pp.

Der Sieger. plus complexes. Ludendorff. étaient d’une double na- ture. Deutscher Volkskundekongreß in Bremen vom 7. seuls ses portraits ornaient de manière récurrente les livres pour enfants. Siedler. en raison de sa prestance et de son habilité. Michel. lui étaient consacrées [184] [185]. [1914]. Siedler. Cette représentation rappe- lait les illustrations d’avant-guerre construites sur le même modèle. incarnait l’autorité et symbolisait les victoires allemandes sur le front oriental de ma- nière charismatique. Diktator im Ersten Weltkrieg. Son arrivée provoquait un élan de joie parmi les soldats dont les regards. certaines repré- sentations s’inscrivaient dans la tradition du portrait et de la peinture historique. à l’instar de « papa Blücher ».51 Dans un contexte d’absence durable des hommes. étaient tournés vers lui. Berlin. par Konrad KÖSTLIN. BRODER-HEINRICH. Hindenburg était dépeint sous les traits du condottiere [186]. 1987. dir.prême en août 1916. Berlin. 2007. p. 280 . Les initiatives émanaient de Ludendorff. selon la tradition militaire. qui tranchaient avec le caractère impulsif de son associé. Ein lustiges Bilderbuch für unsere Jugend aus grosser Zeit. Bien que le chef de guerre se détachât peu du fond comme c’était le cas dans les peintures apologétiques. Herrschaft zwischen Hohenzollern und Hitler. de « papa Hinden- burg ». Il accentuait également la fonction rassurante de ce chef militaire. Wolfram. Hindenburg. 50 PUST 2004. Toutes faisaient de lui un héros garant de l’unité nationale et de la Volksge- meinschaft et trait d’union entre l’héritage guerrier du XIXe siècle et la guerre de 1914- 1918. Pour souligner l’ancrage de ce personnage dans le passé national. qualifié dans un autre livre pour enfants. op. Berlin. in : Kinderkultur: 25. Christiansen. 51 TELEMANN. 163-170.50 Contrairement aux portraits conventionnels de Guillaume II. 15. comme celle de Blücher faisant son entrée dans Laon en mars 1814 [06]. bis 12. 2011. Oktober 1985. sa posture magistrale.48 mais le vieux général. renfor- çait sa légitimité. Paul. 49 PYTA. Cette circularité des représen- tations faisait appel aux réflexes visuels des jeunes lecteurs. entrant victorieux dans un village après la victoire de Tannenberg. 48 NEBELIN. « Militarisierung des Kinderzimmers ». les représentations de Hindenburg dans la littérature enfantine. Brême. Bremer Landesmuseum für Kunst und Kulturgeschichte.49 Ses exploits étaient abondamment commentés à l’école et des jouets étaient produits à son effigie. cit. au centre de l’image. À cheval. ornées de couronnes de feuilles de chêne tressées de rubans patriotiques. Son aura était accentuée par le contraste entre la dévastation du village incendié et sa placidité. pp. De nombreuses images à son effigie. le vieux général jouait le rôle de figure paternelle charismatique et représentait le lien symbolique entre le passé national et la guerre moderne. Ce palimpseste inscrivait Hindenburg dans la continuité historique des guerres de libération et dans la tradition prussienne. Manfred.

pp. Norderstedt. « Der Mann mit dem Adlerhelm. par Michael HÜTT / Hans-Joachim KUNST / Florian MATZNER / Ingeborg PABST. Annonciatrices du culte dont il devait faire l’objet durant l’entre-deux-guerres. p. 2004. Richard / PATHE. dir. 53-96. Jonas Verlag. 281 . 54 KOHLRAUSCH. 53 KRONENBERG. Hindenburg resta longtemps une figure charismatique dans la littérature enfantine.55 accentua la prépondérance du pouvoir militaire sur les autorités civiles. 2010. dont l’objectif ne consistait pas à informer. – Medienstar um 1900 ». par Christine BEIL. op. Martin. cit. avec son propre concours. la « ligne Hindenburg » (à propos de laquelle nous reviendrons) ou encore le vaste plan d’annexion baptisé « paix de Hindenburg ».53 Il devint bientôt une sorte d’« empereur de substitution » (Ersatzkaiser). Hintergründe eines Mythos ». les comparaisons de Hindenburg avec Hannibal. 56 Voir par exemple : BARS. [1916]. Grin Verlag. Wilhelm II. Munich.54 Malgré une diminution du nombre de ses portraits après 1916.56 ou avec Siegfried achevaient de lui conférer une grandeur et une légitimité historique et mythologique. 57 FISCHER. Heike. à améliorer l’image des grands projets menés par Ludendorff. fût-ce de manière enjolivée. Martin. in : Der Erste Weltkrieg. 1918. mais à renforcer le culte de Hindenburg. devant la colonne de la victoire. Guillaume II fut de plus en plus évincé des décisions politico-militaires et le nom du vieux général contribua plus que jamais.58 le chef militaire était 52 PYTA 2007. dédié à « Son Excellence le Maréchal Hindenburg ». Dietrich. « Mythos Tannenberg ». éd. en son honneur en 1915 et dans laquelle les écoliers pouvaient enfoncer des clous en échange d’un don patriotique était révélatrice de ce phénomène. La légende. le deuxième cavalier à l’arrière-plan. Berlin-Charlottenbourg. 3.52 La statue colossale érigée à Berlin. à la tête duquel il fut appelé en raison de sa popularité. Moritz. Rowohlt. Marbourg. 58 « Seiner Exzellenz dem Generalfeldmarschall von Hindenburg zugeeignet. Anneliese von / MAUSE. cit. de l’avance des troupes. Sei gegrüßt mein Heimatland!. Berlin. Cette absence d’ancrage historique accentuait la portée générale de l’image. in : Unglücklich das Land. Dans le Reich. était dépourvue de toute référence précise au conflit. dir.57 Dans Sei gegrüßt mein Heima- tland!. Michel Hannemanns Traum. le troisième commandement suprême. 55 JARDIN 2005. cit. Susanne. général carthaginois célébrissime pour sa réputation de tacticien militaire. Hindenburgs Einzug in eine eroberte Stadt. das Helden nötig hat. que ce fussent le « programme Hindenburg ». probablement Ludendorff. pp. Leiden und Sterben in den Kriegsdenkmälern des ersten und zweiten Weltkrieges. par le Vaterländischer Frauenverein. Ruth von. Ein Buch für Deutschlands Jugend. 1e éd. 28-49. Märkische Verlagsanstalt. « Tannenberg-Denkmal und Hindenburgkult. En partie dissimulé par sa cape. passait inaperçu : le vieux général symbolisait à lui seul la tradition historique et l’aura de l’armée et de la nation allemandes. op. 1990. art. » LEWINSKI. Die Bedeutung der Schule für die Heimatfront im Ersten Weltkrieg. STENNER.

. L’ancienne rédactrice en chef de l’hebdomadaire Die Zeit Marion Gräfin Dönhoff.60 Paru en 1918. s’est pourtant souvenue avoir été déçue à son arrivée : il lui paraissait moins héroïque que sur les portraits des illustrés. dans la revue Die Zeit im Bild. la publication sous forme de feuilleton. Kindheit in Ostpreußen.63 semblait être circonscrit aux livres pour enfants. 61 WEHLER 2003. p.61 qui reçut Hindenburg dans sa propriété de Friedrichstein en Prusse- Orientale. Incarnant l’autorité et la ténacité. 282 . Marion Gräfin. sa taille minuscule et son air bonhomme et jovial tranchaient avec les mines sérieuses affichées par les chefs de guerre des portraits traditionnels [188]. Après 1916 sa popularité connut. Dresde. « »Macht der Maschine« . 126. btb Verlag.] 64 TELEMANN [1914]. Les producteurs de ce type d’images pouvaient exploiter le succès de ce kitsch de guerre sans risquer de s’exposer à des procès de crime de lèse-majesté en vigueur pour la personne de l’empereur. Der industrialisierte Krieg 1914-1918. Museum Industriekultur Osnabrück.. contrairement aux portraits traditionnels présents sur les affiches et dans de nombreuses productions courantes. par Rolf SPILKER / Bernd ULRICH. Paris et la Technische Universität. Munich. il faisait l’objet d’un traitement humoristique qui. Ce chef de guerre faisait l’objet d’une forte idéalisation. Inversement. Eu égard à l’union sacrée. Face au mécontentement croissant des civils. p. 176-189. de profil sur sa monture. dont le père. p. Si Hindenburg. 471. 1998. 7. [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Jacques LE RIDER et de Gerd SCHWERHOFF. restait représenté sous les traits du condottiere [187]. 63 ASLANGUL.62 Parallèlement à cette héroïsation grandiose. 60 ZIEMANN. dans le contexte européen : traditions. Représentations de la guerre chez les peintres. Claire.59 Dans ces représentations traditionnelles ce général prussien. la statue colossale érigée à son effigie à Berlin fut retirée avant d’être recouverte de clous. Rasch Verlag. qui fut promu au rang de maréchal à la suite de la bataille de Tan- nenberg. Bramsche. Benjamin. l’ouvrage précité montre néanmoins la persistance de l’aura de Hindenburg tout au long du conflit.Mythen des industriellen Krieges ». certes. op. l’opposition entre l’allure bedonnée et imposante du chef militaire qualifié de « papa Hindenburg »64 face à un garçonnet svelte et élancé [189] créait un effet 59 « Ritter. in : Ibid. 62 DÖNHOFF. Paris. dir. 15. du roman satirique Der Untertan (Le Sujet de l’Empereur) de Heinrich Mann fut interrompue à la mi-août 1914. Son apparence monu- mentale devait souligner la puissance du Reich. École Pratique des Hautes Etudes. 1998 (1e éd.. p. cit. des limites. graveurs et dessinateurs alle- mands au XXe siècle. il s’inscrivait également dans la lignée du mythe du chancelier de fer. membre héréditaire de la Chambre des seigneurs de Prusse et fervent défenseur du Va- terlandspartei.comparé au « chevalier qui abattit le dragon ». 2003. évolutions et ruptures dans les codes icono- graphiques. in : Der Tod als Machinist. 1988). op. cit. pp. der den Drachen schlug ». August Graf Dönhoff. apparaissait comme un personnage imposant.

La dimension humoristique de ces images kitsch en était accentuée. « Mythos Tannenberg ». Scholz. en 1934. La crypte aménagée à la mort du chef de l’État. [1915]. au contraire. cit. La défaite n’allait guère affecter son prestige. Angelo / FRONEMANN. restée « invaincue sur le champ de bataille » (im Felde unbesiegt). L’imposant mémorial de Tannenberg. [1926]. bien qu’il fût un adversaire politique durant la République de Weimar. partie intégrante du bain visuel des enfants. op. in : SPILKER / ULRICH 1998. Il deviendrait un lieu de pèlerinage des mi- lieux conservateurs et nationalistes.attendrissant. Wilhelm. et dans laquelle il serait inhumé avec son épouse allait faire de lui. Susanne.Die Bildersprache des Plakates im Ersten Weltkrieg ». 68 VERHEY. Unser Hindenburg. STENNER. Hindenburg. Paderborn. 69 JANK. art. Élu président en avril 1925. op. Hindenburg allait rester une figure paternelle d’autant plus rassu- rante pour les jeunes adultes qu’elle avait été omniprésente dans la littérature enfantine depuis le début des hostilités. [ca. Niklaus. Cette appropriation presque affectueuse de la figure du feld- maréchal suggère une forme d’adhésion des producteurs de livres pour enfants au personnage charismatique de Hindenburg : celui-ci était l’icône nationale par excellence. dédouanât l’armée. 2012. cit. Warum Krieg? Die Sinndeutung des Krieges in der deutschen Militärelite 1871-1945. Il incarnait l’idéal naissant de l’homme charismatique tel qu’il devait être théorisé par les nationaux-socialistes : un chef derrière lequel devait se réunir une communauté nationale soudée et combative. Schöningh. Mayence. À ces jeux de contrastes sur lesquels reposait la force émotionnelle de ces images s’ajoutait la discordance entre les traits doux et colorés de ces dessins et les multiples portraits et photographies en noir et blanc de Hindenburg. « »Helft uns siegen« . Ludiques. inauguré en 1927 en sa présence. davantage que l’admiration comme c’était le cas des portraits traditionnels. pp. de toute responsabilité dans la défaite.68 Un an plus tard Scholz éditerait un album qui rendrait à la fois hom- mage au « héros de Tannenberg » et au président du Reich. Avant que la légende du coup de poignard dans le dos. partiellement forgée par Hinden- burg lui-même. Jeffrey. dans un contexte de fortes divisions poli- tiques. cit. Le possessif figurant devant son nom dans plusieurs titres d’ouvrages (Unser Hindenburg)65 reflétait ce phénomène. der Befreier Ostpreußens..67 Ludendorff fut accusé des échecs de 1918. quoique peu respectueux des représentations conventionnelles. op. allait réunir les deux facettes de son mythe tout en mêlant des symboliques médiévales et germaniques. 67 JARDIN 2005. un pionnier du national- 65 Unser Hindenburg. 283 . Hindenburg allait demeurer une figure paternelle symbole d’une Allemagne unie et victorieuse. 66 MEIER.69 Cet ouvrage aux illustra- tions sombres héritées de l’iconographie du combattant du front au casque d’acier allait alimenter le culte de Hindenburg. 1915]. cit.66 Après-guerre. elles favorisaient l’identification. 164-175.

Erfahrungen der Kriegsgeneration. 71 SCHULZ. Italien und Deutschland im Vergleich ». Söhne ohne Väter. Jürgen. une attention croissante fut accordée au simple soldat dans l’imagerie et les monuments aux morts. 72 PYTA 2007. elle marqua durablement la lit- térature enfantine. À l’exception de l’icône de Hindenburg qui persista bien au-delà de la Première Guerre mondiale. Les deux combattants du front aux casques d’acier gardant l’entrée seraient inspirés de l’iconographie née au cours de la Première Guerre mondiale et reprise par les nationaux-socialistes. « Tannenberg-Denkmal und Hindenburgkult. Heike. cit. « Mythos Tannenberg ». d’afficher la détermination des chefs militaires et d’insuffler la confiance en la victoire. ces portraits étaient axés sur les auto-images nationales et possédaient une dimension stabilisatrice.72 Produits dans le but de susciter l’admiration ou l’identification. 2004. art. pp. la littérature illustrée pour enfants faisait donc de Hindenburg une figure d’identification pour les enfants.73 Face à ces doutes et au potentiel déstabilisateur de la mort de masse.70 Né en 1938. cit. Berlin.74 70 FISCHER. STENNER. Hartmut / REULECKE. Cette évolution reflétait probablement les doutes croissants de l’opinion quant au commandement du pays et la crise de confiance envers les dirigeants que Ludendorff. 284 . Links. Hintergründe eines Mythos ». art.socialisme. 73 JARDIN 2005. Munich. Susanne. ces portraits eurent tendance à disparaître en 1916. Johann Meseth s’est souvenu avoir feuilleté durant son enfance un ouvrage également intitulé Unser Hindenburg qui datait de 1916. par Ute DANIEL / Inge MARSZOLEK / Wolfram PYTA / Thomas WELSKOPP. cit. 257-278. op. eut peine à rétablir. par le biais de son « enseignement patriotique ». Outre les supports de propagande entre 1914 et 1918 et la mémoire collective des années 1920 et 1930. dir.71 Comme tel était le cas dans la société allemande de la période du premier conflit mondial et de l’entre-deux-guerres. ses représentations matérialisaient le trait d’union symbolique qu’il incarnait entre la figure nationale de Bismarck et le culte de la personnalité de Hitler. Mêlant des formes graphiques tradition- nelles et innovantes. Oliver. in : Politische Kultur und Medienwirklichkeiten in den 1920er Jahren. Hermann / RADEBOLD. De par la longévité de son suc- cès. « Trauer und Gefallenenkult nach 1918. cette icône était exceptionnelle. op. Oldenbourg. La célébration de ce personnage charismatique par les producteurs de littérature pour enfants confirme la thèse selon laquelle le charisme de Hindenburg rem- portait une certaine adhésion de la population. 74 JANZ. 2010. cit.

in : Encyclopédie de la Grande Guerre 1914-1918. selon le poème intitulé Die lebende Mauer qui accompagnait une image de soldats imposants montant la garde. 2014.78 75 ASLANGUL 2003. « À la baïonnette ! » Approche des imaginaires à l’épreuve de la guerre 1914-1918. la combativité du front devint un leitmotiv qui devait inciter l’arrière à afficher sa solidarité avec les soldats sans céder à la lassitude et en participant à l’effort de guerre. dir. New York. Stéphane. ces motifs étaient surannés. l’imagerie enfantine connut quelques « aménagements ré- alisés pour ‘sauver’ le héros à l’âge de la guerre industrielle ». des illustrations qui cor- respondaient à une synthèse entre des éléments traditionnels et des innovations gra- phiques émergèrent avec parcimonie dans la littérature enfantine. université de Toulouse II Le Mirail.76 D’une part. 1. 363-370 . p. la fraternité d’armes entre les Empires allemand et austro-hongrois in- carnés par deux sentinelles vers lesquelles étaient pointées des baïonnettes ennemies en surnombre [191]. Francfort/Main.75 Ils étaient communs à la plupart des productions courantes. 2) Iconographie de la ténacité : le culte du combattant du front Au cours de la guerre. Perrin. sur- nommée ligne Hindenburg par les Alliés. Campus. 2013. 2012 (1e éd. par Stéphane AUDOIN-ROUZEAU / Jean-Jacques BECKER. Paris. Vecteurs d’optimisme. Der grosse Krieg. Oliver. allait être relativement efficace pour contrer l’offensive du commandant en chef des armées fran- çaises Robert Nivelle au Chemin des Dames qui débuta le 16 avril 1917. 364. vol. 78 MARTY. p. À mesure que le conflit s’enlisait. Armés de baïonnettes.] 285 . 76 JANZ. 2004. Bayard). pp. cit. Ce topos familier et rassurant constituait une « allégorie de la victoire promise dans un avenir plus ou moins proche ». entre octobre 1916 et mars 1917. « L’équipement des soldats ». Cédric. elles promettaient la victoire. la baïonnette resta ancrée dans l’imaginaire de la Grande Guerre. Dès 1915. La méta- phore de la forteresse invincible était omniprésente. les combattants continuaient à arborer leur casque à pointe en dépit de l’introduction du casque d’acier en 1915 et de sa généralisation en 1916. Toulouse. l’immense consolidation du front le long de la ligne Siegfried. Ces représentations exaltaient la puissance et la ténacité des forces armées et s’inscrivaient dans un discours défensif. 77 AUDOIN-ROUZEAU. 358.77 Malgré une baisse sensible de sa représentation dans la presse d’information française depuis fin 1915 au profit d’images plus sobres et réalistes en raison des échecs successifs des offensives. Les enfants eux- mêmes devenaient les destinataires de ce discours. Cet équipement en cuir bouilli qui protégeait peu des impacts témoignait d’une « fascination pour la coiffure de guerre ». des « murailles humaines » [192]. Parmi les motifs se dégageaient des scènes d’assauts [190]. [Thèse de doctorat préparée sous la direction de Rémy CAZALS. Au plan stratégique. op.

dir. in : Der Erste Weltkrieg. cette campagne eut un franc succès. Helft uns siegen.82 Les messages véhiculés par cette rhétorique étaient conformes à la conviction de Ludendorff selon laquelle la volonté triompherait sur les manques matériels et humains. Anne. En soulignant les sacrifices des soldats. Munich. in : „Keiner fühlt sich hier mehr als Mensch…“. « »Helft uns siegen« .79 Contrairement aux figures du réserviste barbu de la guerre de 1870 et des jeunes soldats à la pilosité visible du mythe de Langemarck. HÜPPAUF. qui naquit après les batailles d’artillerie de 1916. Deutsche Verlagsanstalt. Jahrhunderts. il deviendrait l’emblème du « langage de la ténacité ». le devoir de préserver le Reich d’une invasion ennemie était particu- lièrement prononcé dans l’esprit des combattants allemands. elle appelait les civils à la solidarité et la ténacité. L’affiche conçue pour le sixième em- prunt de guerre de mars 1917. 81 JANZ 2013. Klartext.80 Évolution iconographique majeure dans tous les supports de propagande au cours du conflit. « Schlachtenmythen und die Konstruktion des „Neuen Menschen“ ». Kriegserfahrungen deutscher Soldaten und ihre Deutung 1914-1918. Die deutsche Kriegsanleihe-Werbung 1917/18 ». art. Steffen. Bernd. cit. 2004.81 Dès 1916. éd. 82 BRUENDEL. une maîtrise de soi et un sang-froid prêts à ne faire qu’un avec la machine de guerre. Alors que le conflit se déroulait en dehors des fron- tières allemandes. op. 80 KRUMEICH. ces héros modernes à la peau lisse et rasée affichaient un caractère impersonnel. en particulier celle de la Somme. 84-90. par Stephan BURGDORFF / Klaus WIEGREFE. Erlebnis und Wirkung des Ersten Weltkriegs. pp. ZIEMANN. Essen. Personnage très masculin et imposant dont le casque d’acier allait être l’attribut principal.Die Bildersprache des Plakates im Ersten Weltkrieg ». Gerd. Göttingen. déjà évoquée. Avec 13. leurs mentons protubérants et leurs lèvres fines en particulier. Malgré les scènes traditionnelles stylisées. « Wacht an der Somme ». l’artillerie lourde à l’arrière-plan conférait également une dimension moderne aux images. l’iconographie de la ténacité se développa dans les journaux des tranchées et d’autres biens culturels. 2003. 83 JARDIN 2005. VERHEY. par Gerhard HIRSCHFELD / Gerd KRUMEICH / Irina RENZ. Benjamin. par Arndt BAUERKÄMPER / Élise JULIEN. « Vor-Bilder des Durchhaltens. art. ou Frontkämpfer. cit. Göttingen.83 79 LIPP. était para- digmatique. Vandenhoeck & Ruprecht. cit. op. sur laquelle un combattant au casque d’acier et au masque à gaz scrutait le spectateur à travers des fils barbelés. les postures assurées et les corps imposants étaient précur- seurs de la figure héroïque du « combattant du front ». la détermination des visages. Elles soulignaient la protection indéfectible du territoire par les troupes allemandes. in : Durchhalten! Krieg und Gesellschaft im Vergleich 1914-1918. 2010. 286 . Meinungslenkung im Krieg. s’accroissait. Vandenhoeck & Ruprecht. Jeffrey. D’autre part. dir. 81-108. pp. pp.Mythen des industriellen Krieges ». « »Macht der Maschine« . cette rhétorique visuelle remplaça le mythe de l’euphorie patriotique de la guerre de mouvement à mesure que l’union sacrée se fissurait et que la lassitude. 1993. 43-84. Die Urkatastrophe des 20. cit.1 milliards de marks.

créé en janvier 1917 à l’initiative du commandement suprême. puis de stabiliser le moral des civils. Paderborn. ils accor- daient une place démesurée à l’opinion publique. op. il faisait preuve d’une détermination qui tranchait avec sa bonhommie habituelle. lui conférait une combativité nouvelle (Ich bin bereit!) tout en entretenant l’idée d’une guerre défensive. Lax Hildesheim. Elle s’inscrivait dans des formes de propagande nouvelles qui faisaient la part belle à l’image. p.85 Dans l’image précitée il se caractérisait par une synthèse de symboliques médiévales et modernes. Bilder des Krieges. 85 HAGENOW 1994. D’après leur point de vue monarchiste. 1914. PAUL. Les images fixes et mobiles firent également partie du programme de l’« enseignement patriotique » entrepris par les autorités militaires à partir de juillet pour tenter de contrer le découragement dans les tranchées. allégorie nationale depuis la révolution de mars 1848. Hildesheim. En raison de sa symbolique ambigüe. 287 . in : Das eiserne Jahr 1914: ein Büchlein für Kinder. mais faisait également de lui un héros d’acier.84 Certains attributs modernes se firent plus visibles en 1916. il était moins représenté que Germania. MAY. cit. Calquées sur l’évolution des journaux des tranchées et 84 JARDIN 2005. Deutsche Sonntagsschulbuchhandlung. des soldats armés de grenades [195] et coiffés de casques d’acier [196] [197] côtoyaient des représentations traditionnelles de combats à la baïonnette et d’assauts à cheval. associant ses vertus pacifiques à sa perspicacité et à son ardeur au combat. Schöningh. abandonna sa pipe et son bonnet pour un uniforme vert-de-gris et un casque à pointe [193] [194]. Le « Michel allemand ». Cette évolution reflétait la militarisation que connut ce personnage durant la Grande Guerre avant de disparaître des représentations populaires. Die Visualisierung des modernen Krieges. Par sa posture et sa taille gigantesque qui remplissait tout le format de l’image.86 En outre. certains commentaires faisaient allusion à la figure allégorique du Michel en précisant que le Reich ne se laisserait « pas envahir pendant son sommeil ». Dans d’autres brochures. LIPP 2003. La légende de l’illustration précédente. Berlin. op. typique de l’iconographie de la ténacité : son uniforme évoquait une armure de chevalier. Gerhard. La diffusion de films de propagande et de photographies dans des cinémas à l’arrière-front et à l’intention des civils fut gérée par l’office de l’image et du film. Otto. Deutsch sein heisst treu sein. Krieg der Bilder. 2004. à la manière des démocraties occiden- tales. Les supports visuels avaient pourtant été longtemps considérés avec réticence par les autorités allemandes. 1998. cit. 86 « […] nicht im Schlaf überfallen werden ». op. cit. Paul CONRAD. Personnage civil gauche et débonnaire. Ansichtskarten als Spiegel von Mentalität und Untertanerziehung in der wilhelminischen Ära (1888-1918). il avait avant-guerre la réputation d’être un gros dormeur qui risquait de ne pas assurer la sécurité du pays. 1.

p. die ein solches Artilleriefeuer nicht aushalten können und den Stärkeren weichen. 2. grâce auxquelles les civils firent des dons partiellement reversés à des associations patriotiques : fin 1916 ces gros objets prirent la forme de casques d’acier ou de sous- marins.90 Parallèlement à ce nouveau langage visuel. 89 MEIER 2012. ce barrage d’artillerie visa nos troupes soixante-dix heures durant.91 Des expressions telles qu’ « une attente interminable »92 trahissaient l’ennui quotidien.87 Ces nouveaux symboles de la guerre moderne apparurent également dans des statues « à clouer » (Nagelungen). 90 Concernant cet aspect. lors de la grande tentative de percée qui s’étendait sur tout le front. cit. ces représentations contribuèrent à familiariser les enfants avec l’image d’un « Homme nouveau ». 91 JANZ 2013. wurde siebzig Stunden lang. la monotonie des combats sur le front occidental et la lassitude de l’arrière.88 Ces attributs symbolisaient la volonté qui devait caractériser la communauté nationale dans la « guerre totale ». « héros d’acier ». art. in : Les images en guerre (1914-1945). Bernd. Joëlle. « Schlachtenmythen und die Konstruktion des „Neuen Menschen“ ». dieses grausame Trommelfeuer auf unsere Truppen gerichtet. mirent en avant la volonté de fer et la force de caractère des combattants. se référer à la sous-partie suivante : 1) Armes modernes et tranchées : sous- représentation des innovations techniques. zitternd und bebend vor Todesgrauen. pp. Thomas / ULRICH. Tel était le cas dans ce récit relatant la grande offensive française en Champagne du 22 septembre au 6 novembre 1915 : Au mois de septembre. Bucher. Aber unsere Soldaten haben standgehalten. cit. Zwischen Kriegsbegeisterung und Hungersnot – wie die Deutschen den Ersten Weltkrieg erlebten. 87 BEURIER. Lausanne. par Philippe KAENEL / François VALLOTON. HÜPPAUF. […] On ne peut pas traiter de lâches ceux qui ne résistent pas à un tel feu d’artillerie et qui cèdent devant le plus fort. 2008. les jeunes corps blottis les uns contre les autres. die jungen Leiber eng aneinander geschmiegt. Éditions Antipodes. calqués sur le discours de guerre à l’adresse des adultes. Nos soldats restaient retranchés dans leurs abris. also fast drei Tage und drei Nächte hintereinander. 53-70 . il est frappant de constater que ces batailles ne furent presque jamais abordées dans la littérature enfantine. Von Ost und West. der auf der ganzen Front vom Meer bis auf die Vogesen erfolgte. Da lagen denn unsre Soldaten. 93 « Im Monat September bei dem großen Durchbruchsversuch. Berlin. Les décharges d’artillerie incessantes explosaient dans un fracas assourdissant. Bilder aus dem Großen Kriege für unsere Kinder.. Deutsche Sonntagsschulbuchhandlung. 2014. Munich. les messages textuels. 93 Mais nos soldats ont tenu le coup. 1. 92 « Warten und kein Ende ». Bernd. de la mer aux Vosges. soit trois jours et trois nuits d’affilée. de la Grande Guerre à nos jours ». Paul. [1916]. in : CONRAD. dir. » Ibid. cit. Unaufhörlich krachten die Geschütze mit ohrenbetäubendem Lärm. combat et héroïsme. […] Man braucht die nicht feige zu nennen. Heimatfront. 288. p. 65. 288 . « Images.des revues pour adultes. op. L’enfer des affrontements n’était pas toujours épargné aux jeunes lecteurs. au-delà de toutes considérations matérielles. Ils remplacèrent le mythe de l’euphorie patriotique du début du conflit. 88 FLEMMING.89 Bien que cette rhétorique visuelle apparût dans le contexte de la bataille de Verdun et de l’offensive britannique dans la Somme. tremblant et flageolant de peur. p. plus sobres. op. p.

Malgré des accents réalistes susceptibles de contredire l’héroïsation des soldats. à l’automne 1915. devons apprendre à être patients et à attendre. à partir de février 1916. […] Rassurez-vous . au coût de lourdes pertes humaines. durant laquelle un nouveau seuil de violence fut franchi avec l’utilisation des gaz de combat.95 Chacun camp tenait sans pouvoir remporter de victoire décisive. Steffen. au front. se demandant ce qu’il allait advenir. Tout comme ils étaient parvenus. cit. ce ne fut pas facile tous les jours. MAI. car les soldats protégeaient leurs familles.96 Tel était le message qui s’appuyait sur une comparaison entre l’endurance des combattants et l’aura autoritaire de Blücher auprès de ses troupes en 1813 : Notre peuple scandait la même devise cette année-là : persévérer et tenir ! Cet état d’esprit régnait sur le champ de bataille comme à l’arrière. 95 JANZ 2013. ni lors de la deuxième bataille d’Ypres du 22 avril au 25 mai 1915. Das Ende des Kaiserreichs: Politik und Kriegführung im Ersten Weltkrieg. Dimension performative de la littérature illustrée : mobilisation de l’arrière. op. MOSSE 1999. op. Die deutsche Kriegsanleihe-Werbung 1917/18 ». Néanmoins. Munich. Gunther. « Vor-Bilder des Durchhaltens. l’Allemagne était sur le point de gagner la guerre. Outre une victimisation des troupes allemandes. art. Une telle description de la bravoure des combattants allait de pair avec un encouragement à la ténacité adressé à l’arrière.Mythen des industriellen Krieges ». contraintes de se défendre. Certains ont cédé à l’inquiétude. 96 BRUENDEL. cit. Le narrateur ne manquait pas de rappeler inlassablement les mérites des troupes qui avaient libéré la Prusse-Orientale du joug russe et l’échec allié de la bataille des Dardanelles. 331. ce discours restait fortement stylisé. ils ne réussirent à reprendre l’offensive. nous montons loyalement la garde pour vous et ne laisserons passer 94 ZIEMANN. cit. art. Mais un avertisse- ment se faisait alors à nouveau entendre de France : tout se passe bien. et aux enfants eux-mêmes. p. Benjamin. 1987. mais vous devez faire preuve de patience. Nous aussi. ce discours devait donner l’impression d’un avantage militaire et stratégique des Puissances centrales sur les Alliés : alors que les ennemis étaient. « »Macht der Maschine« . DTV. qui devait se montrer solidaire avec le front. 289 . selon ce discours. en grande difficulté. ni lors de leur attaque de Verdun. à résister aux offensives des Français et des Britanniques en Champagne. Cette rhétorique qui mettait en exergue l’endurance des soldats face à la machine dissimulait néanmoins l’absence de victoire décisive. Les jeunes corps évoquaient encore la fleur de l’âge et l’enthousiasme des héros du mythe romantique de Langemarck. en particulier à l’offensive fulgurante de Broussilov du 4 juin au 20 septembre. Se référer aussi au chapitre 6. cit. les Allemands défendirent leurs positions durant la bataille de la Somme et vinrent urgemment en aide aux troupes autrichiennes durant les trois offensives russes de 1916 en Galicie et en Bucovine. Certes. 94 La description réaliste était contrecarrée par des références aux guerres antinapoléoniennes qui exaltaient l’honneur et la discipline militaires.

98 HÜPPAUF. Gewiß. au moment où cette figure combative deviendrait l’icône de la propagande nationaliste et conservatrice de la République de Weimar. furent employées à partir de 1917 et contribuèrent à la capitulation de la Roumanie. et idéalisée par Ernst Jünger dans ses carnets de guerre. op. op. cit. En 1916. armés de mitrailleuses. de mortiers (en particulier de Minenwerfer. et avec lui l’image des batailles industrielles modernes. leicht ist uns das nicht geworden. pp. 68-83. cit. aber ihr müßt Geduld haben. Adaptations à la guerre industrielle ? 1) Armes modernes et tranchées : sous-représentation des innovations techniques Les armes et aménagements modernes du champ de bataille occupaient une place minoritaire dans les livres pour enfants. art. Was der kleine Heini Will in großer Zeit erlebte. cit. d’obus. Der Weltkrieg als Erzieher. puis la base de l’« Homme nouveau » tel qu’il serait conçu par les nationaux-socialistes.99 B. au moment où le Reich serait en voie de remporter la victoire décisive. Einsatz. wir halten treue Wacht für euch und lassen keinen Feind durch. op. 290 . le premier conflit mondial allait être dépeint comme la guerre des tranchées où prédomineraient les obus et les grenades [198]. des corps francs en particulier. Bernd. cette tactique n’allait pas parvenir à rétablir une guerre de mouvement. cit. so dachten auch die in der Heimat. 99 EPKENHANS. Jugend zwischen Weimarer Republik und Nationalsozialismus. p. Michael. Le combattant du front au casque d’acier. Pratiquée durant les offensives allemandes du printemps 1918. WEINRICH. dans un contexte de lassitude croissante. in : SPILKER / ULRICH 1998. Wir hier draußen müssen ja auch geduldig sein und warten lernen. on se s’adressait plus de la même manière aux enfants qu’en 1914.. aber ihr zu Hause müßt nun auch tapfer sein und dürft nicht den Kopf hängen lassen.. Mancher mag wohl doch gebangt und gefragt haben: wie wird das noch werden? Aber dann kam wieder von Frankreich her die Mahnung: es steht gut. paru en 1920 et conçu comme la suite de Was der kleine Heini Will sah und hörte. mais vous aussi. 2013. Arndt. à la maison. Alors que le conflit connut une 97 « So hieß es auch bei unserm Volk in diesem Jahr: aushalten und durchhalten! So dachten die draußen. « Kriegswaffen – Strategie. Comparée aux canons esthétiques traditionnels. vous devez être vaillants et n’avez pas le droit 97 de baisser les bras. Essen. « Schlachtenmythen und die Konstruktion des „Neuen Menschen“ ». le 9 novembre. qui terrorisaient les soldats ennemis) et de lances-flammes. Klartext. cette iconographie de la ténacité restait néanmoins marginale.98 Dans Gestern und Heute. Ainsi n’avons-nous répertorié dans notre corpus que trois sources prenant en compte le casque d’acier. n’allait s’imposer que rétrospectivement dans les livres pour enfants et les revues de mouvement de jeunesse. JANZ 2013. […] Seid nur getrost. petits groupes indépendants et rapides. les troupes de choc (Stoßtruppen). aucun ennemi . Wirkung ». » CONRAD [1916]. 3. Créés en 1916 par Ludendorff.

Heidelberg. in : SPILKER / ULRICH 1998. Violence. deuil. étaient sous- représentés.. elle était réduite à une simple séquence au sein d’un récit suranné qui faisait la part belle à une guerre de mouvement. dir. restèrent vivaces tout au long du conflit. 1. in : 1914-1945. éditées par Ullstein (Berlin). guerre des mines) : Dans les premières semaines de la guerre nos troupes avançaient à la vitesse de l’éclair. op. Viénot. pp. Das Entsetzen des Beobachters. op. Contrairement à d’autres biens culturels pour jeunes gens et pour adultes. Elles montrent. des photographies et des avant-gardes comme le futurisme. à la manière de la guerre hé- roïque traditionnelle. und 20. 22-31. tels que les revues Der Krieg 1914/15 in Wort und Bild et Kriegs- Echo. « Les batailles de la Grande Guerre ». Ils s’enterrent dans des trous. au moyen d’une percée dans le front ennemi. 101 KÖPPEN. la tranchée et l’artillerie. desquelles se dégageait une nette fascination pour la technique. l’ère de la guerre.103 les descriptions souli- gnaient les conditions de survie extrêmes et la menace des armes modernes (obus. symbole de la guerre de position et. surtout. vol. vol. À partir de 1915-1916 les avions. 2004. donc. « Violence et expérience de la violence au XXe siècle – la Première Guerre mon- diale ». 385-401. 103 WORTMANN. Jahrhundert.technicisation croissante. la dichotomie entre le texte et l’image était parti- culièrement prononcée. 102 KRUMEICH. Lorsqu’elle était mise en image. Krieg und Medien im 19. Puis vint l’horrible guerre de position qui retient les soldats au même endroit des semaines entières. la tranchée. redoutée dès l’avant-1914 en raison de la technicisation croissante des armes et de l’équilibre des forces de destruction entre les puissances. 1 : 1914-1918. Paris. surtout sur le front occidental. 37-71. plus utilisés désormais que les zeppelins. Ces alternances et ces rebondissements contribuaient grandement à relativiser la monotonie et l’horreur de la guerre d’usure. Ils ne s’inscrivaient pas dans l’esthétique moderne des revues précitées. alliés comme ennemis. Ses symboles. d’un état temporaire aux yeux des contemporains. Debout dans les tranchées les adversaires se tirent dessus.100 la guerre d’usure était dépeinte avec parcimonie. Manuel. mobilisations. Bien qu’elles ne donnassent aucune explication à la guerre de position. gre- nades. pp. par Nicolas BEAUPRÉ / Anne DUMÉNIL / Christian INGRAO. in : AUDOIN-ROUZEAU / BECKER 2012. On creuse aussi des cavités sous-terraines en direction de la 100 GEYER. Winter Verlag. « Das Bild vom Krieg vor 1914 ». Dans ce contexte. ponctuée d’assauts de cavalerie et d’affrontements corps à corps. entretenaient davantage une imagerie médiévale héroïque qu’ils ne reflétaient l’évolution stratégique du conflit. ces motifs étaient traités de manière anecdotique dans l’imagerie de la littérature enfantine.102 Dans le traitement de ce motif. Michael. Gerd / AUDOIN-ROUZEAU. 291 . cit.101 Parfois abordée dans les textes. qui poussèrent les troupes sur le front occidental à s’enterrer dès fin septembre 1914. 2005. Rolf. avait rarement un équivalent visuel. la tran- chée restait une construction exceptionnelle. Stéphane. pp.. cit. selon nous que les espoirs d’une reprise de la guerre de mouvement.

par nature. 107 GILLES. cit. ni la causalité. ce semblant de réalisme était contrecarré par une illustration d’autant plus édulcorée que l’image.106 la lecture des journaux permettait effectivement aux soldats de tuer l’ennui. 2013. 106 BECKER 2001. cit. Willy. étaient intégrés à un décor verdoyant qui rappelait davantage les champs de bataille désuets de l’imaginaire populaire que le no man’ s land de la guerre indus- trielle [201]. autrement dit. Elle l’est encore davantage lorsque les soldats doivent 104 faire face au feu d’artillerie. Livres et journaux dans les tranchées. » PLANCK. dann kommen oft alle Soldaten um. ils pas- saient des moments oisifs sous un soleil radieux [200]. In den Schützengräben stehend. op. De telles installations disparurent toutefois dès la fin 1915.108 Outre les convois de blessés. dann häuft man Sprengstoff auf. Symbole de l’imaginaire de la guerre industrielle. Ils rappelaient les répliques installées dans les villes et les campagnes qui constituaient un lieu de visite lors des sorties du dimanche et qui faisaient des tranchées reconstituées une attraction pour enfants. Cependant. le barbelé. cit. Man gräbt auch unterirdische Gänge nach dem feindlichen Graben hin. on amasse des explosifs. p.107 Les réseaux de tranchées rectilignes. Des explications techniques y étaient consacrées. En cas de forte pluie ou de froid glacial qui tourmente les fantassins la vie dans les tranchées est atroce. qui affluèrent massivement dès l’automne 1914 et desquels les enfants étaient familiers. Freund und Feind. dont l’usage devint systématique durant la Grande Guerre mais qui allait revêtir toute sa signification avec l’expérience 104 « Wie im Sturm ging es vorwärts in den ersten Kriegswochen. des poux. Furchtbarer noch ist es. Nuremberg. art. des rats et de la puanteur des cadavres. Ils étaient équipés de fusils (auxquels était adjointe une baïon- nette). dont les têtes dépassaient dangereusement des tranchées. wenn starker Regen fällt oder eisige Kälte die Schützen peinigt. Haltet aus im Sturmgebraus. wenn die Soldaten im Granatfeuer aushalten müssen.105 Même en première ligne. Stéphane. qui constituaient l’armement rudimentaire du fantassin au début du conflit. 108 FLEMMING / ULRICH 2014. die im Schützengraben sind. Benjamin. loin de la boue. 292 . Si la position ennemie saute. il n’est pas rare que tous les soldats qui se trouvent dans la tranchée meurent. les soldats. man wäre unter ihm angekommen. arboraient des te- nues impeccables [199]. Furchtbar ist das Leben im Schützengraben. Au- trement. « L’équipement des soldats ». avant que les grenades prissent une place plus importante. 105 AUDOIN-ROUZEAU. Motif typique des scènes de genre des guerres d’unification. beschießen sich die Gegner. Dann aber kam der furchtbare Stellungskrieg. der die Soldaten wochenlang an derselben Stelle festhält. contrairement au texte. n’est pas à même. tranchée ennemie. jamais construites ainsi pour éviter les tirs en enfilade. Lectures de poilus 1914-1918. 29. Bilder aus dem großen Kriege 1914/15. à re- présenter la durée. Coiffés d’un ancien casque à pointe. op. Sie wühlen sich in die Erde ein. und wenn man glaubt. le potentiel destructeur des armes et la dimension meurtrière des combats. Paris. [1915]. donc l’ennui. Fliegt die feindliche Stellung in die Luft. et quand on croit se trouver en-dessous d’elle. Nister. le fil barbelé comptait parmi les motifs de la guerre de position.

Benjamin. Paderborn. Celle de la Somme primait toutefois sur celle de Verdun. op. pour nous. cit. op. Les mots ne suffisent pas pour exprimer notre gratitude 109 ASLANGUL 2003. 180. Le paysage intact à l’arrière-plan ainsi que les corps sains et saufs des deux soldats qui avaient réussi à se faufiler à travers les barbelés amoindrissaient la menace qu’il représentait. 112 PUST 2004. on ne voit plus un seul arbre ni le moindre buisson . Nous n’oublierons jamais la bravoure des héros de la Somme. dans la Somme. la pluie d’acier a tout dévasté. qui était considérée des deux côtés du Rhin comme le symbole de la défense héroïque française. in : Deutscher Kinderfreund. ZIEMANN. Michael. p. Les illustrations nuançaient. Dans Wie Fels im Meer elle était renforcée par les métaphores filées de la forteresse et des flots qui faisaient écho à l’union sacrée et à la ténacité. synonymes de l’horreur de la guerre moderne. Dessiné au premier plan. constituait la seule référence à l’attaque allemande de 1916 dans le Deutscher Kinderfreund. n° 11. voire contredisaient. Schöningh. Der Erste Weltkrieg. 110 LIPP 2003. Les batailles d’artillerie de l’année 1916. ces descriptions. 293 . Philippe Pétain. À l’époque déjà.concentrationnaire de la Deuxième Guerre mondiale. cit. La prise du fort de Douaumont.Mythen des industriellen Krieges ». cit. 2002. « »Macht der Maschine« . les tranchées étaient assimilées à un véritable enfer et les sacrifices con- sentis par les combattants devaient susciter la gratitude des civils. l’extrait suivant trahissait la réalité de la guerre de position : Là-bas. fut glorifiée dans les écoles sans devenir néanmoins une occasion festive. pour leur Patrie. cit. le 25 février. se prêtait mieux à cette rhétorique. août 1916. […] ce fut un véritable enfer ! Mais même dans cet enfer ils [nos soldats] ont gardé leur sang-froid et ont tenu bon. le fil de fer occupait à peine un tiers de l’image [202]. la bataille de la Somme. déclen- chée par une offensive britannique. Plus que l’attaque sur Verdun qui fut lancée par Falkenhayn le 22 février dans l’espoir de parvenir à une vic- toire décisive parallèlement à la guerre sous-marine. Certains détails crus n’étaient pourtant pas épargnés aux enfants : on précisait qu’il déchirait les vêtements et les mains en omettant toutefois d’évoquer les cadavres qui restaient prisonniers de ces obstacles.109 était encore plus rarement représenté dans les livres pour enfants que les tranchées. op. n’étaient quasiment pas abordées.110 Une photographie du général en chef des troupes fran- çaises. art. 113 SALEWSKI. 111 « der Verteidiger von Verdun ». à qui l’on reconnaissait l’honneur d’être « le défenseur de Ver- dun »111.112 Les rares descriptions réalistes des dévastations et des tranchées s’axaient autour d’un discours entièrement défensif qui dénonçait en creux la cruauté de l’ennemi.113 Derrière son ton héroïque défensif.

op. les rats. Erinnerungen an das 3. Wie Fels im Meer. 2008. Eckard. se contentaient de défendre leurs frontières. dont le moral fut fortement atteint au cours de la ba- taille. kein Strauch mehr zu sehen. Berlin. la guerre racontée aux enfants se déroulait presque exclusi- vement sur les fronts européens. parues en août 1919. notamment par le biais de la propagande. 116 JANZ 2013. um den Männern zu danken. nous l’avons souligné. um unsere Grenzen von der feindlichen Ueberflutung zu schützen. alors chef de l’état-major. la boue et la puanteur des ca- davres.115 L’insistance sur les conditions de vie difficiles des soldats. dans ses Mémoires. p. accorda une importance cruciale à la mobilisation de toutes les forces de la nation. tel était le message récurrent de ces livres. avait pour but d’accroître le prestige des combattants. qui fut célébré en héros dans les romans pour la jeunesse en raison de ses vic- toires en Afrique orientale durant les deux premières années de la guerre et resta long- temps un mythe dans la culture mémorielle allemande. Das werden wir den Helden von der Somme nie vergessen. prisonniers). Après-guerre. Die Sprache ist zu arm. La bataille de la Somme fit pourtant plus de 419 000 vic- times britanniques (morts. 115 JARDIN 2005. qui restait toutefois formelle et passait sous silence l’insalubrité. ces descriptions incitaient à accepter les conditions de com- bats et forçaient l’admiration. Für unsere Kinder. de dénon- cer l’horreur de la guerre. Nous l’avons souligné. en premier lieu Paul von Lettow- Vorbeck. die Uebermenschliches geleistet haben. Les troupes allemandes. le comte Alfred de Waldersee. Deutsche Sonntagsschulbuchhandlung. Paul. für unser Vaterland. 12. Hormis quelques exceptions. La quasi-absence des colonies était symptomatique de cet eurocentrisme. bien sûr. Les civils devaient leur en savoir gré. [1916]. Il correspondait à l’évolution stratégique du conflit : a fortiori après son arrivée à la tête du commandement suprême. für uns. avait accordé à la 114 « Dort an der Somme ist kaum Baum. le Reich se définissait comme une puissance continentale européenne. blessés. il allait reprocher au gouvernement de ne pas avoir pris en considération le rôle stratégique de l’arrière et de la mobilisation des esprits dans ce nouveau type de « guerre totale ». 294 . Schöningh. disparus. 117 Ibid. Paderborn. alles ist zerschossen von dem Eisenhagel. op. à ces hommes qui accomplissent des actes surhumains pour protéger nos frontières d’un 114 débordement ennemi.117 la quasi-disparition de ce sujet par rapport à la littérature d’avant-guerre reflétait la politique coloniale allemande.116 On l’aura remarqué. MICHELS. cit. Ein preußischer Kolonialoffizier. cit. […] das war wie in der Hölle! Aber auch in dieser Hölle haben sie [unsere Soldaten] sich nicht gefürchtet und haben standgehalten. » CONRAD. 200 000 du côté français et causa près de 600 000 pertes allemandes sans apporter la percée espérée par les Al- liés. Kriegsjahr. Loin. „Der Held von Deutsch-Ostafrika“: Paul von Lettow-Vorbeck. Dès 1888. Ludendorff.

Cet eurocentrisme explique peut-être en partie que la dimension extra-européenne et globale du conflit ait occupé une place mineure dans la mémoire culturelle et qu’elle ait été longtemps délaissée par l’historiographie. des récits de combats héroïques sur ces territoires auraient été peu séduisants dans la mesure où le Reich perdit la plu- part de ces colonies dès les premières années du conflit. Wirkung ». op.118 En outre. […] Trotzdem gelang es nach dem ungestümen Drang noch vorwärts. Kriegsbilder aus Ost- und West. S’appuyant sur leurs interprétations de la guerre russo- japonaise.. Ils occupaient plus de la moitié de l’image et convergeaient vers son centre. « Kriegswaffen – Strategie.sécurité continentale du Reich une priorité absolue. les états-majors étaient alors convaincus que l’ardeur au combat l’emporterait 118 Id. […] Animées par une volonté irrépressible de percer les lignes ennemies. der unsere Leute beseelt. 120 « Noch wichtiger als in früheren Kriegen ist in diesem die Artillerie. Franz. Scholz. ainsi qu’au sein du récit lui-même. autant que la dernière phrase de l’extrait précité. « Pouvoir militaire et pouvoir civil dans les colonies allemandes entre 1884 et 1918 ». donnant ainsi l’impression d’une avance irrésistible. cit. sie durch Sturm zu nehmen. l’artillerie conférait un semblant de modernité aux livres pour enfants tout en restant inscrite dans des schémas iconographiques conventionnels. französische Batterien zu nehmen. Michael. » MÜLLER-MÜNSTER. l’image retenait l’exception évoquée dans le récit. Le discours textuel affichait une intention documentaire et informative en prétendant expliquer les fonctions nouvelles de l’artillerie lourde pour s’achever sur une remarque épique : Durant cette guerre l’artillerie a revêtu une importance encore plus cruciale que durant les conflits précédents. Einsatz. Les autorités considéraient que le sort des colonies se déciderait en Europe. elle devait bombarder les positions ennemies tout en soutenant l’assaut de l’infanterie. Arme dominante à partir de 1915. 5. [1914]. pp. Cette illustration. il est difficile de les prendre par assaut. Mayence. les fantassins allemands s’apprêtaient à conquérir une batterie française submergée par l’assaut ennemi. In Treue fest. nos troupes sont toutefois 120 souvent parvenues à conquérir des batteries françaises.. 295 . art. cit. 33-48. doch manches Mal.119 Les rapports à la fois contradictoires et complémentaires entre le texte et l’image. La force explosive colossale de ces projectiles sème la mort et la tourmente dans les rangs adverses. Comme des troupes d’infanterie sont aussi envoyées pour couvrir les pièces d’artillerie. p. A contrario. Die ungeheure Sprengwirkung der Geschosse sät Tod und Verderben in den Reihen des Gegners. Au centre de la stratégie de la guerre de position. La scène d’assaut qu’elle représentait [203] sapait l’aspect réaliste du texte. 119 EPKENHANS. in : DEFRANCE / KNOPPER / SAINT-GILLE 2013. ist es schwer. Da die Geschütze zudem durch vorgeschobene Infanterie gedeckt werden. était encore sous l’influence des représentations martiales d’avant-1914. Baïonnettes au poing. étaient frappants.

sur la puissance industrielle.121 La forte charge émotionnelle de l’image permettait non
seulement de dédramatiser le contenu terrible du texte, mais elle risquait aussi de biaiser
l’information, plus rationnelle et documentaire, fournie par le texte.
Par ailleurs, la grosse artillerie, qualifiée dans un argot militaire de Brummer
(littéralement gros bourdon), allusion humoristique à sa puissance sonore, était insérée
dans un décor rappelant la guerre telle qu’elle était dépeinte dans les anciens livres
représentant des soldats qui abondaient d’épées brandies et de combats corps à corps
[204] [205]. Les usines d’armement de Krupp à Essen, évoquées dans certains manuels
de géographie,122 étaient présentées comme la fierté du Reich. L’entreprise, qui
répondait à 80 % des besoins de l’armée, était sous la protection de Guillaume II. Il
avait du reste été le témoin du mariage de Bertha Krupp !123 Là encore, la littérature
enfantine, réactivant un savoir transmis à l’école, constituait un complément ludique à
l’instruction scolaire.
Ces images suggéraient la puissance de feu de ces armes, susceptible de fasciner
les acheteurs potentiels. Elles mettaient en avant la puissance du Reich : au début de la
bataille de Verdun par exemple, il disposait, avec 850 canons contre 263 du côté
français, d’une nette supériorité en matière d’artillerie lourde. Les autorités françaises,
qui avaient du reste délaissé cette section du front, rattrapèrent bientôt leur retard
technique.124
En revanche, le pouvoir de destruction de ces armes était totalement éludé.
Figurant sur la couverture de Was der kleine Heini Will vom Weltkrieg sah und hörte
[206], les mortiers n’étaient pas abordés dans le récit. Cette illustration conférait une
pointe de réalisme à cet ouvrage dont le titre affichait l’intention de relater de manière
documentaire la guerre telle qu’elle était vécue par un enfant. Hormis quelques
descriptions convenues des conditions de vie au front, il faisait abstraction de la guerre
industrielle pour se concentrer sur l’expérience de la guerre à l’arrière.
Or nombreuses étaient les mères de famille contraintes de travailler pour pallier
la baisse de revenus induite par la mobilisation de leurs maris. Beaucoup privilégiaient
les travaux domestiques aux emplois dans les usines d’armement, plus contraignants
pour la garde des enfants. Mieux rémunérés, les emplois dans l’industrie lourde étaient

121
STORZ, Dieter, « Die Schlacht der Zukunft. Die Vorbereitungen der Armeen Deutschlands und
Frankreichs auf den Landkrieg des 20. Jahrhunderts », in : Der Erste Weltkrieg. Wirkung, Wahrnehmung,
Analyse, dir. par Wolfgang MICHALKA, Munich, Zurich, Piper, 1994, pp. 252-278.
122
PUST 2004, op. cit.
123
PÖTZL, Norbert, « Verkäufer des Todes », in : WIEGREFE / BURGDORFF 2004, op. cit., pp. 172-
177.
124
KRUMEICH, Gerd / AUDOIN-ROUZEAU, Stéphane, « Les batailles de la Grande Guerre », art. cit.

296

toutefois assez prisés malgré leur dangerosité. De nombreuses crèches et garderies
furent créées au cours de la guerre pour inciter les femmes à participer à l’effort de
guerre dans ces usines. Les contemporains devaient comprendre au plus tard après la
défaite que leurs contributions étaient indispensables pour remporter la victoire.125 Ces
contraintes professionnelles des femmes faisaient donc partie du quotidien de nombreux
enfants d’ouvriers et de classes moyennes. Mais les livres patriotiques taisaient ces
expériences difficiles pour se concentrer sur des représentations extraordinaires et
héroïques. Tout en exaltant la puissance technologique du Reich, ils mettaient en avant
les valeurs traditionnelles de courage.

Nous l’avons évoqué ci-dessus, la guerre, comme toute situation inconnue, re-
présenta l’occasion d’apprendre du vocabulaire nouveau. Les enfants furent familiarisés
avec des termes techniques ainsi qu’avec l’argot des tranchées. Par le biais de l’école,
des abécédaires, des livres illustrés et de la presse pour adultes ils découvrirent les mots
« grenade » (Handgranate), « mortier » (Mörser), « abri » (Unterstand), « poste
d’observation » (Beobachtungsstand), ou encore la cuisine mobile transportée par
l’artillerie, désignée de manière imagée dans le jargon populaire par le terme de Gu-
laschkanone.126 Le sac à dos des soldats, appelé Tornister, et dans l’argot des tranchées
« singe » (Affe), en raison de la peau qui recouvrait sa partie extérieure, faisait partie des
curiosités militaires présentées aux enfants.127
En 1914 Sebastian Haffner ignorait par exemple le sens de mots que les adultes
utilisaient quotidiennement durant la crise de juillet et le début des hostilités :
Les jours suivants, j’appris un nombre incroyable de choses en un temps incroyablement
bref. Moi, un garçon de sept ans, qui naguère savait à peine ce qu’est une guerre, sans
même parler d’un "ultimatum", d’une "mobilisation", d’une "réserve de cavalerie", voilà
que je savais, comme si je l’avais toujours su, absolument tout sur la guerre […]. Un beau
jour, je me mis tout simplement à lire le journal, en m’étonnant de le comprendre si facile-
128
ment.

Cet apprentissage facilita l’accès précoce aux lectures et à l’univers de références tex-
tuelles et visuelles des adultes. Nous avons comparé des fascicules respectivement

125
DANIEL, Ute, Arbeiterfrauen in der Kriegsgesellschaft. Beruf, Familie und Politik im Ersten
Weltkrieg, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1989. Id., « Zweierlei Heimatfronten: Weibliche
Kriegserfahrungen 1914 bis 1918 und 1939 bis 1945 im Kontrast », in : Erster Weltkrieg, Zweiter
Weltkrieg. Ein Vergleich. Krieg, Kriegserlebnis, Kriegserfahrung in Deutschland, dir. par Bruno THOß /
Hans-Erich VOLKMANN, Paderborn, Schöningh, 2002, pp. 391-409.
126
LOBSIEN 1916, op. cit., p. 4. KROLL, Karl, Lieb Vaterland magst ruhig sein! 140 Szenen aus dem
Weltkrieg, gezeichnet für Kinderhand und Kinderherzen, Strasbourg, Beust, [1917], p. 13 ; p. 15.
127
« Die deutsche Soldatensprache », in : Deutscher Kinderfreund, n° 10, juillet 1916, pp. 170-173.
BARS / PATHE [1916], op. cit., p. 32.
128
HAFFNER, Sebastian, Histoire d’un Allemand. Souvenirs (1914-1933), Arles, Actes Sud, 2004 (1e éd.
2000), pp. 28-29.

297

adressés à des jeunes garçons et filles129 et avons constaté que les exigences en matière
de connaissance de l’armée n’étaient pas si différentes selon les sexes. Malgré la valori-
sation de l’armée dans le Reich d’avant-guerre, cette familiarisation avec l’univers mar-
tial connut des limites. Des fautes d’orthographe se glissaient dans les rédactions des
plus jeunes : la guerre (Krieg) devenait Krik et la tranchée (Schützengraben) se trans-
formait en Schietzengraben.130

Les mitrailleuses, quoique représentées avec parcimonie, subissaient un
traitement similaire à celui de l’artillerie. Abordés dans des revues techniques pour
jeunes garçons, comme Der gute Kamerad ou Das neue Universum, les chars, utilisés
expérimentalement par les Britanniques en 1916, puis plus efficacement en 1917,
étaient absents des livres pour enfants. Cette sous-représentation de la technique dans la
littérature illustrée entre 1914 et 1918 révèle que la guerre, a fortiori au moment où elle
s’industrialisait, devait être remportée par des hommes et non par des machines.131

L’aviation, domaine dans lequel, contrairement aux mitrailleuses et aux chars,
les Allemands avaient les capacités de concurrencer les Alliés,132 occupait une place
plus importante. Elle possédait une symbolique plus ambiguë : elle exaltait la victoire
de l’homme sur la technique tout en se référant à l’imagerie médiévale. Les pilotes,
« chevaliers du ciel », incarnaient la nouvelle élite et jouissaient d’une réputation
prestigieuse.133 Ils étaient enviés pour leurs conditions de vie privilégiées au sol, mais
leur chance de survie dans les airs étaient réduites. Dès l’avant-guerre, ils avaient été un
personnage central de nombreux romans pour la jeunesse, surtout en France, 134 dont la
force aérienne était alors supérieure à celle de l’Allemagne.135 À partir de 1916, les
avions furent davantage représentés que les zeppelins. Ces derniers avaient bombardé,
entre autres, Liège et Anvers en 1914, puis Londres ainsi que les côtes anglaises et
russes en 1915. Malgré leur grande popularité, notamment en raison de la promotion

129
SCHINDLER, Hermann, Kriegs-Mahnruf an die deutsche Jugend, Dresde, Apollo, 5e éd., [1915]. Id.,
Kriegs-Mahnruf an die weibliche Jugend, Dresde, Friedrich Schindler, [1917].
130
MANN, Alfred, « Aufsätze von Kindern und Jugendlichen über Kriegsthemata », in : Jugendliches
Seelenleben und Krieg, Zeitschrift für angewandte Psychologie und psychologische Sammelforschung,
dir. par William STERN, supplément n° 12, Leipzig, Barth, 1915, pp. 57-133 ; p. 97.
131
LIPP 2003, op. cit.
132
JANZ 2013, op. cit.
133
MOSSE 1999, op. cit. HÜPPAUF, Bernd, « Fliegerhelden des Ersten Weltkrieges. Fotografie, Film
und Kunst im Dienst der Heldenbildung », in : Zeitschrift für Germanistik, n° 3, 2008, pp. 575-595.
134
CHRISTADLER, Marieluise, Kriegserziehung im Jugendbuch. Literarische Mobilmachung in
Deutschland und Frankreich vor 1914, Francfort/Main, Haag + Herchen, 1978.
135
Notons toutefois que les pays ne disposaient pas de véritable armée de l’air durant la Première Guerre
mondiale. Les aviateurs étaient rattachés à l’armée de terre ou à la marine. EPKENHANS, Michael,
« Kriegswaffen – Strategie, Einsatz, Wirkung », art. cit.

298

habile qu’en avait faite leur inventeur, le comte Ferdinand von Zeppelin, ces engins,
trop lents et peu maniables, cibles faciles des avions ennemis, avaient bientôt déçu les
espoirs de l’état-major. Sur les soixante-dix-huit dirigeables dont disposait le Reich en
1914, seuls seize ne furent pas détruits à la fin de la guerre. Cette tendance dans la
littérature enfantine reflétait vraisemblablement l’évolution stratégique sur le terrain.
Bien que l’aviation accomplît principalement des missions de reconnaissance
pendant la Première Guerre mondiale, les illustrations mettaient en scène des
affrontements aériens qui évoquaient les anciens duels [207]. La même fonction de
panachage entre la rhétorique visuelle et le récit constatée pour l’artillerie s’appliquait à
ce motif. Alors que le texte relatait l’aventure d’un sous-lieutenant et d’un pilote
brutalement attaqués par l’ennemi alors qu’ils étaient en mission de reconnaissance,
l’image, intitulée Un combat dans les airs (Ein Kampf in den Lüften), se centrait sur le
duel aérien. Dos au spectateur, l’ennemi pointait sa mitrailleuse sur le biplan allemand.
Cette perspective soulignait la menace ennemie tout en renforçant le prestige des
personnages allemands, dont le lecteur savait, grâce au récit, qu’ils reviendraient sains
et saufs. Cette reproduction mettait en scène une guerre héroïque. En dépit de la
dimension épique de cette illustration, les combats aériens à la mitrailleuse étaient en
réalité peu probants, surtout lorsque cette arme, comme sur l’image précitée, n’était pas
fixée à même le fuselage.136
Les bombardements de Londres constituaient un motif de prédilection de la
propagande allemande [208]. Le décor londonien en forme de silhouette, art d’origine
orientale proche de l’ornementation qui avait connu un franc succès tant auprès des
cours royales européennes (de Goethe à Weimar en particulier) que dans les productions
courantes et qui allait retrouver une place importante dans la littérature enfantine au
cours de la Grande Guerre,137 contrastait avec les deux engins modernes au centre de
l’image. Il maintenait un équilibre entre tradition et modernité. Le Taube,
reconnaissable à la forme de ses ailes, en haut de l’image, qui allait bientôt être
remplacé par des avions de chasse plus performants, était synonyme de terreur pour