MME Isabelle Duvernoy

M. Christophe Albaladejo

La réinvention du développement rural par la ville ? Les cas de
Bahia Blanca et de Pigüé en Argentine
In: Économie rurale. N°276, 2003. pp. 37-52.

Résumé
En Argentine, certaines villes disposant de services techniques importants sont en position de se saisir du mouvement de
décentralisation pour intervenir dans le développement local des zones rurales. À partir d'entretiens avec les principaux acteurs
de l'agriculture de deux districts du sud de la province de Buenos Aires comportant l'un une ville de 300 000 hab. et l'autre une
ville de 13 000 hab., cet article montre qu'émergent de nouveaux modes d'intervention des villes dans le rural. Ils divergent de la
politique de développement agricole menée par l'État et accompagnent des initiatives nombreuses, quoique discrètes, de
familles et d'entreprises et une transformation profonde des territoires ruraux.

Abstract
are cities reinventing rural development? The cases of Bahla Blanca and Pigüé in Argentina - In Argentina cities with large
technical departments are in a position to grasp the strong decentralisation movement in order to attempt implementing local
development in rural areas. This paper uses interviews with the main agricultural stakeholders in two districts in the southern part
of the province of Buenos Aires, including an average-sized city (300,000 inhabitants) and a town (13,000 inhabitants), to show
that new rural intervention methods are being used. They differ from the agricultural development government's policy in the way
they support many initiatives, some of them quite inconspicuous, from small farm families and local companies and represent an
important transformation of rural territories.

Citer ce document / Cite this document :

Duvernoy Isabelle, Albaladejo Christophe. La réinvention du développement rural par la ville ? Les cas de Bahia Blanca et de
Pigüé en Argentine. In: Économie rurale. N°276, 2003. pp. 37-52.

doi : 10.3406/ecoru.2003.5423

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ecoru_0013-0559_2003_num_276_1_5423

les municipalités sont les plus petites unités prendre en compte des espaces aux fonctions territoriales disposant d'autorités élues. tant dans les politiques sec torielles qui le concernent que dans les poli 1. Nommées partidos dans la province de Buenos tiques territoriales qui ont de plus en plus à Aires. son administration. Sassone. 2000]). la distinction entre le rural et l'urbain est de budgétaire de l'État. 1. Un des enjeux de cette réforme était la réduction du déficit En Argentine.diminution des transferts financiers vers les mica para America Latina. 2000. Ces politiques ont eu pour consé de terres agricoles souvent très fertiles. De plus. les agents des admin portion d'agriculteurs. le maire et multiples. Christophe ALBALADEJO • INRA Systèmes Agraires et Développement. santé. Les replacée dans le contexte argentin de décent partidos sont beaucoup plus vastes que les com munes françaises. accompagnée d'un plan de de l'action municipale? réajustement structurel. et d'une administration. Cette question doit également être le conseil municipal. logement social) aux provinces et aux municipalités et par la démographiques et spatiaux et englobent les campagnes environnantes (Comisiôn Econô. agglomérations de moins de 3 000 habitants). réduction permise à la plus en plus difficile à établir. depuis 1991. Leur tissu urbain s'étend au détriment 1994). en revanche. qui forment la zona urbana et une zone d'habitat dis persé où prédomine en général l'activité agricole. qui n'était jusqu'alors qu'une courroie de transmis catégorie de ceux-ci selon nos observations et sion des politiques élaborées au niveau des celles de Sili [1996] pose la question de la façon dont est organisé et évolue le dévelop gouvernements provincial et national. Toulouse L'agriculture. et dans certaines pro la majorité d'entre eux. transport. comme dans bien d'autres pays. leur superficie représentant ralisation et de réorganisation profonde des plusieurs milliers de km2. une forte pro en 1983 . Dans le reste du texte nous et les nouveaux modes de gestion municipale utiliserons le terme « district » pour faire référence L'Argentine connaît. et comprennent une ou politiques nationales de développement agri plusieurs agglomérations (villes. une au partido et le terme « municipalité » pour désigner importante réforme de l'État (privatisation. La décentralisation argentine nommée zona rural. gouvernements provinciaux (Pacte fiscal de 1998). nouveau domaine décentralisation). Cette réforme de l'État a profondément zones rurales. Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . vivent istrations provinciales et municipales sont vinces passés de 1 290000 en 1989 à 1 469000 en aujourd'hui en ville (Balsa. Ce flou croissant entre zones urbaines et 1995 [Rapoport. Les principales fois par la délégation de compétences (édu villes du pays croissent rapidement en termes cation. a réinvention du développement rural par la ville ? Les cas de Bahia Blanca et de Pigûé en Argentine Isabelle DUVERNOY. conforté par la mobilité des chefs d'exploitation (limitée à une certaine transformé l'échelon municipal '. créant quence une diminution drastique du nombre de vastes aires ayant à la fois des fonctions rési de fonctionnaires fédéraux (qui n'étaient plus que 340 000 en 1995 contre un million dentielles et agricoles. ou villages pour les cole sous forme de grands programmes. Les pementagricole. 2000).

agents publics de développement dans la Près de 2000 ingénieurs agronomes ont formation et l'accompagnement des ingé ainsi été embauchés.les catégories agents de développement de l'État dans les et les identités d'agriculteurs en vigueur : zones rurales. « el minifundista ». l'agr une aide indirecte de l'État à la profession iculture d' autosubsistance.et reproduisent . Le Programa social de développement. etc. Cambio rural et Prohuerta ont disposé de bud directe avec les producteurs (Albaladejo. De ce fait. « Pro. Le programme plus globales (à travers notamment les plans Prohuerta vise spécifiquement à amélior stratégiques. aux mères de famille et s'il comprend une 38 Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . les agropecuario et le Proinder. mais rares sont les nieurs-conseils. sont réservés aux petits producteurs veau défi sont celles comportant une ville minifundistas censés être incapables de s'in disposant de services techniques importants. Le programme Prohuerta est destiné qu'en 2000. « Programa vinciaux ad hoc (participation des syndicats. Ces pr 2. formation des producteurs et des tecnologia agropecuaria). Ces groupes sont nombre d'agences publiques de dévelop censés être à même de rémunérer direc pement rural et de recycler les anciens tement ce conseil dès la troisième année. Cambio de la recherche agronomique et de la vul rural et Prohuerta. sont venus augmenter le garisation agricole. Deux de ces programmes. Ce programme prévoit Sans que l'on puisse forcément parler d'un des dons et des crédits subventionnés à des nouveau modèle unique de gestion munici petits groupes de familles rurales pauvres pale en Argentine. Les cibles et les objectifs de cha Cette nouvelle politique a eu des effets cun de ces programmes diffèrent car ils considérables sur le contexte de travail des s'appuient . généralisation des années 1990 par la diminution des res contrats de courte durée pour ce person sources de TINTA {Institute nacional de nel. etc. L'évolution du développement agricole ogrammes partagent certains éléments argentin méthodologiques et organisationnels : appui L'organisation nationale du développe à des groupes par du personnel recruté spé ment agricole a été marquée dans les cifiquement dans ce but. on constate depuis le afin d'améliorer leur production d'auto- début des années 1990 une évolution des consommation et leur permettre d'acheter formes d'action municipale sectorielles ou du petit matériel agricole. huerta ». familles urbaines et rurales qui se trouvent en dessous du seuil de pauvreté. à provisoires qui étaient en réalité des salaires travers un conseil technique dispensé par des (précaires) de l'État. institut en charge familles. sérer sur le marché. les budgets participatifs. voire de supprimer. social agropecuario ». Bien évidemment. Cambio rural d'ingénieur agronome et a consolidé la destiné aux petites et moyennes exploitations représentation du conseil technique comme (des productores) vise à les consolider en une activité libérale grâce à des contrats tant qu'entités économiques compétitives. éloignant ainsi définitiv ement ces fonctionnaires d'une relation 2. il a permis ingénieurs agronomes à des groupes d'une de réduire. des universités.) er par F autoproduction l'alimentation des (Fernandez. gets annuels d'une dizaine de millions de dollars jus 2002). qui a pris sa municipalités les plus préparées à ce nou suite. Cambio rural a constitué « elproductor ». un grand dizaine de producteurs. financés par des fonds inte civile représentée au sein de Conseils pro rnationaux2 : « Cambio rural ». 1999). et par la création d'une budget de l'INTA qui s'en est vu confier la série de grands programmes nationaux de gestion à condition de consulter la société développement.). administrations municipales commencent groupes qui ont survécu à l'arrêt de la sub à élaborer et mettre en œuvre des politiques vention du programme. « Proinder ».

Dans un cas pouvons admettre que la re-territorialisation à l'œuvre ne produit pas un territoire de 3. comme les villes par agronomes. pouvant ainsi laisser place aux ter uniquement dispensé par des ingénieurs ritoires d'autres entités. se juxtaposer ou si c'est de façon encore discrète. qui subit en permanence coexistent durablement des exploitations des transformations et donc des processus classiques visées par les programmes de de construction d'un nouveau territoire et. celui-ci n'est pas nations. de décentralisation municipale entraîne de relations établies et institutionnalisées entre nouveaux modes d'intervention. lui-même rvention des municipalités. nous avons étudié les périodes de temps qui ne doivent pas alors interventions de développement agricole et être considérées seulement comme des le rôle que jouaient les municipalités en « périodes de transition » d'un ordre vers un nous centrant sur les actions et les pratiques autre. d'autres professions comme exemple. La nuance que nous apporterions et professionnelle pour répondre à la crise de à sa théorie est la notion de « re-territoria. incluant notamment le phé d'autres formes de territoire ont existé notamment nomène que Badie (1995)3 qualifie de « fin celui de la Cité antique. de destruction de l'ancien tions mobilisant des mobilités géographique territoire. d'autant plus des territoires » et qui désigne en fait la nécessaire que certaines familles n'ont fin de la territorialité hégémonique des État- jamais fait de potagers. Pour véri s'articuler. Pour cet assiste actuellement à l'émergence d'un ter auteur. lisation incomplète » (Albaladejo. ritoire d'exploitants ruraux diversifiés. rcément en voie d'être substitué totalement compense la fragmentation des politiques par un nouveau territoire. tandis que les familles ogrammes consolident de fait un ensemble explorent de nouvelles activités et que la d'appareils. où local et éphémère. question et objectif lète» de l'agriculture familiale argentine à Nous avons choisi de formuler nos hypo deux niveaux : celui des familles agricoles. de systèmes identitaires. pages 16-20) nous rappelle que même nature. du fait de leurs parfois déjà assemblage composite et comp nouvelles compétences. Bien qu'ils ne soient pas que met en place l'État à travers de grands liés entre eux par une vision politique glo programmes se calquent sur des anciennes bale et ont plutôt surgi comme urie addition ' identités professionnelles des agriculteurs et de programmes ciblés par groupes. 2003) Notre seconde hypothèse est que l'inte qui pose que l'ancien territoire. sionnelles. En poussant un peu plus loin. thèses dans le cadre théorique général pro et celui de l'intervention de développement. de deux hypothèses qui permettent de décrire cette « re-territorialisation incomp 3. On peut noter également que les territoire rural argentin. tout au moins durant de longues fier cette hypothèse. Économie Rurale 276/Juiluet-août 2003 . et de leur légit lexe des territoires du passé. le territoire est un ordre sociospatial. n'est pas fo imitéen terme de développement territorial. Badie (1995. et la les professions (de producteurs mais aussi construction de nouvelles identités profes de conseillers) et les administrations. ces pr des conseillers.l'agriculture familiale argentine. même toires peuvent coexister. Cadre d'analyse. Différents terri nationales de développement agricole. 1987) et fondé sur Notre première hypothèse est que l'on une vision dynamique du territoire. ensemble mis à mal par la situation argen Nous avons donc mené nos études autour tineactuelle. nous des agents de développement. où les différents agents du Prohuerta sont en grande major programmes de « développement rural » itédes femmes. Ce cadre nous paraît pertinent les travailleurs sociaux étant aussi largement pour décrire les transformations actuelles du impliquées. développement de l'État et des exploita corrélativement. posé par Raffestin (1986.part de conseil technique.

Seule ville de cette importance au sud de dangereusement endettées depuis 1991. 130 km plus au nord. Le début de la dernière décennie a été marqué par le Matériel et méthodes déclin économique et l'augmentation du 1. Choix et présentation des zones d'étude chômage dus au démantèlement des grandes entreprises de l'État (privatisa Nous avons mené des recherches dans tion du port. et une domaine des exploitations moyennes de zone rurale de moins de 300 exploitations. figure 2) et pour celles-ci de repenser leur rôle et de dans une moindre mesure au nord de la réorganiser leur action.) et à la faillite ou Bahia Blanca. usines d'engrais. sa zone d'influence s'étend à proximité étudié. située à même administration territoriale.s la province. est née. 2000) étude parce que leurs municipalités ont et des quartiers fermés privés apparaiss mis en œuvre des « plans de développe ent. suppression des juntes de deux districts du sud-ouest de la province céréales et de viande qui géraient des entre de Buenos Aires (figure 1): le district de prises de stockage. Marenco. de 300 à 600 ha.). port céréalier et d'un très important pôle chef-lieu du district de Saavedra. située à polyculture-élevage. les exploitations agricoles font de la La ville de Bahia Blanca. nous activités comment des'entremêlaient d'une production nousville. Très différents l'un de l'autre. cf. 40 Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . 2000). Garriz. 2000). de la colonisation agri lement deux autres concentrations urbaines. la croissance urbaine serait-ce que par leur population et par prend des formes territoriales nouvelles : leur profil d'activité. À tines ayant une fonction de métropole partir de 1995. etc.). 1993). le Saavedra. Buenos Aires. 1998) et le district de de dimension internationale dans le port. est d'ailleurs comp rise dans cette zone d'influence. dont la ville homonyme est baisse d'activité d'entreprises locales (abat représentative des villes moyennes argen toirs de Cerri. Notre zone d'étude a plus par district). La ville de Pigiié. santé) ou de la commercialisation de la produc i rialeset actions de développement agricole tion agricole (Municipalidad de Bahia menées par les différents acteurs d'une Blanca. etc. ces deux districts les quartiers « spontanés » se consolident nous sont apparus propices pour une telle progressivement (Formiga. Hormis une zone maraîchère à l'ouest ment stratégique » qui ont été l'occasion du district (zone de Cerri. économique (Bustos Cara. Pôle de concentration des ticulièrement couvert les zones de pro richesses extraites de la Patagonie avant duction agricole incluses dans la « zone leur expédition vers l'étranger ou vers urbaine » du district. au pétrochimique. sommes afin agricole actions de centrés sur lesà plus de 250 km pour ce qui est de l'accès comprendre exercées territo I aux services (éducation supérieure. des Majorquins. ne Dans le même temps. cole par des Aveyronnais puis par des Cerri (5789 habitants en 1991) et Cabildo Italiens. polyculture-élevage. elle dispose d'un important La petite ville de PigUé (13000 hab. dont le chef-lieu est la petite pôle pétrochimique puis la construction ville de Pigiié. célèbre en France pour son d'hypermarchés lui redonnent un essor immigration aveyronnaise (Andreu et al. l'implantation d'entreprises régionale (Sassone. etc. ville. L'espace urbanisé 700 km au sud de la métropole de Buenos s'étend peu à peu sur ces zones agricoles Aires dans une zone de transition entre la avec la construction de nouvelles rés Pampa humide et la Pampa sèche. Le district comprend éga début du XXe siècle. comidences mais également le développement prend actuellement près de 300 000 habi d'activités d'extraction de matériaux pour tants (soit plus de 95 % des habitants du le bâtiment. Elle est le (2212 habitants à la même date).

On estime que. D s'agit loppement nationaux. Nous avons nieurs des agences privées) ainsi qu'avec compté seulement une dizaine d'exploita les employés municipaux en charge de tions maraîchères familiales au nord de la l'élaboration et de la mise en œuvre des ville tandis qu'une cinquantaine ont été plans de développement de ces districts. libérant des terres leurs actions d'aménagement et de déve pour la construction de résidences secon loppement. Agriculture et développement agricole d'une coopérative agricole fondée par des à Bahia Blanca Aveyronnais (La Alianza). Les exploitants que Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . En tout. recensées par A. Lorda (Lorda. de Bahia Blanca Le maraîchage reste l'activité agricole prin 2. districts. élevages. et ialisation des produits).La ville dispose aussi de petites industries. Les exploitations agricoles ont été choi 2001) au nord-ouest. provinciaux ou muni d'exploitations de petite taille. iaires pour les autres producteurs (Ockier. ne dépas cipaux. L'agriculture autour de la ville ments de sport ayant appartenu à Addidas. Duvernoy. les maraîchers de Bahia Blanca ont perdu dans les différents programmes de déve 40 % de leurs parts de marché local. an s'éloigne progressivement de la ville à imateurs de groupes d'agriculteurs. Rosa- rencontrés n'étaient pas identifiées par ces rio par exemple) alors que jusque-là c'était agents (dans le cas de Bahia Blanca : ferme surtout les maraîchers locaux qui approvi pédagogique. 20 ha (dont à peine la moitié irrigable) dans Les entretiens menés avec les agents de la partie moyenne du bassin versant. jardins potagers sionnaient la ville par le biais d'un marché collectifs). mais loppement des transports puis l'installation cet échantillonnage a été complété quand d'hypermarchés ont favorisé la concurrence des types d'exploitations observables dans des grands bassins de production nationaux le paysage ou signalées par les agriculteurs (Grand Buenos Aires. en 2000. ainsi que des meuneries privées et d'une usine de vête 1. faiblement mécanisé. Ils détaillants et jouaient le rôle d'interméd ont porté sur les exploitations (origines. une dizaine d'entre coopératif et d'un marché privé où certains tiens ont été menés autour de la ville de disposaient d'un poste de vente aux Bahia Blanca et dans le district de Pigiié. planificateurs. certaines avec les employés municipaux (architectes familles ne disposant même pas de véhi en charge des plans de développement des cule pour transporter leur production. cette activité développement (conseillers agricoles. projets) et sur leurs insertions 1996). commerc dans le bas du bassin versant de Cerri. dans la localité de sies en partie grâce aux informations de Cerri. Dans ces deux districts. emploi. ainsi que sur l'insertion urbaine santguère 5 ha au nord de Bahia Blanca ou des producteurs (habitat. Depuis une dizaine d'années. Génér développement ont porté sur leur conception alement. il s'agit d'un maraîchage de plein et la pratique de leur métier. Les entretiens champ. et plus récemment par tiond'exploitations agricoles et d'agents de des immigrés boliviens et des familles du nord-ouest de l'Argentine. daires ou principales. modifications. nous Exercée dès la fin du siècle dernier par des avons réalisé des entretiens avec une sélec immigrés italiens. le déve différents agents de développement. beau paux)ont visé à identifier la façon dont coup d'exploitations ont été vendues ces l'agriculture était prise en compte dans vingt dernières années. Mar del Plata. durant cette période. délégués munici À l'intérieur de la zone urbaine. ingé mesure que celle-ci s'étend. Méthodes d'investigation cipale autour de la ville de Bahia Blanca.

L'objectif de ce ment que leurs enfants ne reprendront pas projet est à la fois de fournir du travail aux leur exploitation. s'est développé Les rares exploitations d'élevage restant à sous l'impulsion du programme Prohuerta. Un potager collectif d'un hectare a été réalisé par une association de quartier (sociedad 2. isolées et par considérés comme totalement en dehors de fois en concurrence. sur des tenures pré en s' appuyant sur des organisations locales caires. afin de ne relèvent de stratégies de survie ou d'al pas confiner ces tentatives dans des expé imentation familiale. ce qui les pousse également à disposant du capital social et culturel leur s'éloigner. Certains entretiennent les ter terme. la sphère de la production agricole (fermes Le maraîchage d'autoconsommation. D'autres participent à un plan de « maraî À l'incertitude foncière. Nos recherches montrent que résider en ville. au pâturage en attendant d'être valorisés. « solutions » qui passent par des distribués gratuitement aux cantines sco formes diverses d'articulation à « la ville » laires. équipement) et du programme La municipalité est une échelle importante Prohuerta (semences et conseil technique). ces expériences de développement est nécessaire. et en tout cas d'animaux. L'action de développement agricole : de multiples articulations avec la municipalité de fomento). sont de toutes manières trop isolées urbaines (associations de quartier. sous la marque d'une vols fréquents d'animaux qui obligent les chaîne coopérative locale disposant de noméleveurs à demeurer près de leur cheptel. sous pédagogiques) bien qu'ils puissent égale une forme généralement individuelle mais ment avoir besoin de conseil technique. C'est une des ra Pour les programmes officiels que nous isons pour lesquelles l'intervention publique avons décrits plus haut. ces articulations à la ville. mais où les conflits fonciers sont résolus. aussi parfois collective. À hypermarché. quand ils ne sont pas riences à la fois « réservées ». Cela leur demande souvent de des interstices urbains non construits et des compléter l'offre de leurs exploitations par vastes opérations spéculatives menées par des achats à d'autres maraîchers. soit en résidentielles. loppent une activité commerciale soit en L'élevage. interdit dans les zones classées ouvrant un magasin de légumes. il faut ajouter les chage raisonné ». avec l'aide de la municipalité (salaires. Beaucoup développent chômeurs et des aliments frais à la populat des solutions originales pour maintenir leur ion de ce quartier : légumes et fruits sont activité. groupes pour pouvoir bénéficier de ces programmes municipaux d'alphabétisation. Fermes pédagogiques et ces solutions sont majoritairement mises clubs d' equitation connaissent les mêmes en œuvre par les producteurs les mieux problèmes de précarité foncière et de vols dotés en capital économique. aux maisons de retraite du quartier (Lorda & Duvernoy. mais taller à une distance plus grande de Bahia encore sans usage. pour lutter contre les Blanca. ces exploitations cherchent à se réins rains voisins promis à la construction. 2001). proximité de la ville. L'élevage bovin profite néanmoins des casernes. les familles continuant toutefois de incendies. alors même que leur clientèle permettant d'imaginer et de mettre en œuvre était attachée à cette proximité. d'agriculteurs. breux supermarchés à Bahia Blanca et d'un alors que leur famille réside en ville. voire par des compagnies de promotion immobilière un approvisionnement sur d'autres mar qui ont acheté de grands domaines. Certains déve ainsi qu'aux habitants. est en net déclin autour de effectuant des livraisons à des restaurants ou la ville. d'articulation des grands programmes natio- 42 ÉCONOMIE RURAŒ 276/JUILLET-AOÛT 2003 . manzaneras) qui ne fonctionnent qu'avec des groupes dans des quartiers construits spontanément. laissés chés éloignés de plus de 500 ou 1 000 km. nous avons rencontrés considèrent égale sur un terrain privé inutilisé.

largement du fait que les animateurs ne disposent que Pourtant. avec des actions municipales. Sa réalisa zones urbaines en limite de la zone rurale tion. Ils conver vincial et national qui. des objectifs et encore un usage agricole. a construction pour promouvoir des activités duré deux ans et a largement fait appel à la récréatives et de promenade dans un paysage consultation de la population. Dépendant pour la province d'un ministère et Dès 1995. On peut s'étonner a priori que ces programmes sionnement en eau). la municipalité de Bahia Blanca pour la nation d'un secrétariat d'État du ministère de a mis en place un programme de dévelop l'Économie.naux de développement agricole4 de poli cupations professionnelles dans les discus tiques provinciales et d'initiatives privées sions. employés par l'État. en articulation se cantonnent donc à proximité de leur lieu de rés avec des programmes supra-municipaux. a élaboré un plan de déve urbaine très étalée avec de nombreux loppement stratégique du district. pement de la « ceinture maraîchère » à Économie Rurale 276/Juillet-aout 2003 . la municipalité de Bahia Blanca. est tout comme de nombreuses autres municip trop ample. puisqu'elle délimite la zone urbaine ion (maraîchage. au nord de la ville pour n'ont guère participé à l'élaboration du plan l'autre pour des raisons environnementales : stratégique. sance démographique jusqu'en 2015. et puiau maraîchage urbain. D'après une exploitations et l'apparition des « vides » animatrice des programmes Prohuerta. planification stratégique et aménagement. Aux dires de cette admin la planification et de l'aménagement urbain istration. agriculture-élevage). Bahia Blanca. tan et y fixe l'usage des sols. les activités agricoles existantes n'y différents acteurs et secteurs sociaux de sont pas prises en compte. où un rencontrés. 5. approvi 4. la zone urbaine de Bahia Blanca. ce qui entraîne une morphologie alitésargentines.confiée à une équipe recrutée pour sont dotées de très faibles coefficients de l'occasion et dirigée par un architecte. ou plutôt. S'il concernait a priori l'e Pour ces deux services de la municipalité. En revanche. qui travaillent dans la penser les pertes d'emploi dues à la fermet zone urbaine et périurbaine de Bahia Blanca ured'un abattoir. ne retrouvant pas leurs préoc- éloignement du pôle industriel. parmi lesquels des espaces ayant prenant un diagnostic. Ockier (1996) signale dits de « développement rural » soient présents dans même un jugement négatif vis-à-vis du ces zones urbaines (à l'exception du programme maraîchage dans le plan d'aménagement Cambio rural fortement implanté en zones rurales et urbain de 1986. des rural. cela procède urbains. Même si certaines définissant des lignes d'action. Les agents de chage devrait être concentré hors de la ville développement agricole que nous avons de Bahia Blanca (à Cerri pour l'un. Proinder et du Programa social agropecuario. le domaine agricole étant réservé se résume au maraîchage. et donc leur dis que les différents services en charge de constructibilité. nsemble du district. la province « parc d'activité maraîchère » devrait com ou la municipalité. délimitée en 1986 pour absorber la crois En 1997. ce plan s'est en fait foca l'activité agricole des pourtours de la ville lisé sur les zones urbaines et le secteur industriel. idence. qui a favorisé la vente des disposant de l'infrastructure INTA). plan com« vides ». seuls. La planification urbaine (zonage urbain et nous avons constaté que l'intervention muni plan d'aménagement) a une grande inc cipale en direction de l'agriculture reste idence sur les rapports entre ville et agri fragmentée selon les secteurs de product culture. alors même qu'on peut constater la présence d'élevage dans traditionnellement aux gouvernements pro certains de ces « vides » urbains. d'autres secteurs de la municip de leur véhicule personnel (c'est-à-dire pour certains alitésont impliqués dans des actions d'ap simplement d'un vélo) pour exercer leur métier. l'ignorent. ont officiell gent d'ailleurs pour estimer que le maraî ement des services agricoles5.

travers une convention signée avec le Dépar cette filière (prescription des pesticides et des tement d'Agronomie de l'Université et a modes d'application autorisés) et impose recruté deux ingénieurs agronomes. en projetant et au nord-est de la ville. aux maraîchers locaux qui sont ses four ci travaillent avec les maraîchers de la nisseurs de respecter ce cahier des charges. aident maraîchère de Bahia Blanca. calibrage.le terrain est mis à disposition par la technique gratuit mais vont également bien municipalité et la Cooperativa Obrera par au-delà et concernent l'animation d'ac ticipe à la construction de l'usine et s'engage tions collectives à propos de la commerci à un écoulement minimal de la marchandise alisation. a activé cette disposition pro nationaux notamment). diversement insérées pro qui dispose même d'un hypermarché à fes ionnel ement (accès aux programmes Bahia Blanca. et d'agriculture. Une chaîne locale de super développement agricole. Le maraîchage d' autoconsommation. des groupes de maraîchers de Cerri. Les programmes nationaux d'aide aux visites) n'est pas inclus dans le programme petits producteurs. et les contrats des animateurs de Malgré le constat d'un manque de coor terrain étant d'une durée très courte (un à dination et d'information entre différents trois mois) bien que reconductibles. certains types de matér municipalité de Bahia Blanca pour son agri ieln'étant pas éligibles. comme le Programa municipal de développement de la ceinture social agropecuario et le Proinder. la municip De même ce programme municipal. sans critère de taille et constitution de barquettes). est ment en place un ensemble d'actions de articulé avec une politique provinciale de développement articulées à des pro promotion du maraîchage raisonné (plan grammes nationaux et provinciaux. les budgets nants » présentant notamment l'originalité des programmes nationaux n'étant pas de réintroduire les ovins dans les exploita automatiquement reconduits d'une année tions. formations. Ce programme municipal joue un rôle individuel ou collectif. Ceux. Ces actions de la vinciale en engageant un ingénieur agr municipalité jouent un rôle nécessaire pour onome afin de faire le suivi technique de la mise en œuvre locale des programmes 44 Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . secteurs et actions municipaux. localité de Cerri (où est installé leur bureau) La municipalité accompagne et s'associe à mais également avec ceux installés au nord cette initiative du secteur privé. de l'irrigation et aussi du petit produite. la Cooperativa Obrera. En revanche. et surtout pour ins pour la « recomposition du cheptel de rumi crire ce travail dans le temps. Ces Bajo Impacto Ambientat) où la province actions visent une population traditionne édicté. sur l'autre. même si nous marchés organisée sur le mode d'une coopér avons constaté des formes très différentes ative de clients. huerta (fourniture de semences. comme les crédits subventionnés les tours d'utilisation. en le service d'action sociale de la municipalité proposant des prêts pour l'achat de matér intervient largement pour soutenir le jardin ielen commun. pour organiser culture. programme de la municipalité pour comp D'autres actions sont menées par la léter l'équipement. très soutenu par les essentiel pour l'articulation des actions animateurs du programme national Pro- aux différentes échelles de gouvernement. des producteurs. contrôle et certifie les normes de llement ignorée des services officiels de production. Les de l'usine provient d'un appel d'offre natio fonctions assurées sont celles d'un conseil nal. Le financement sans écarter les familles pluriactives. en alitéde Bahia Blanca met progressive association avec le secteur coopératif. Leur action a la construction d'une petite usine de condi commencé par un recensement exhaustif tionnement des légumes (lavage. mais ils ont besoin du collectif. équipement.

agents de vendre dans des boulangeries en ville. ne soit précisément inscrit dans des pr C'est aussi le cas de l'épouse d'un « pro ogrammes spécifiques comme Prohuerta ou ducteur traditionnel » qui. n'aura ainsi qu'elle n'a vu aucun technicien des agences aucune chance de rencontrer ce genre d'ex de développement. des pour toute sa famille et même pour un cous porcs et des lapins. Il est inutile de préciser par les organismes officiels. peu connue en Argentine). ses deux fils et deux nification et l'aménagement. ces expériences font par ferme (conserves) et envisagent de créer tie des territoires ruraux et du développe leur marque. 2001). Il a eu l'idée de mettre mettes » (2 ha. un village du district de Saa lorsque son mari a perdu son emploi. Il a créé sa propre aires en semaine. il existe un monde riche d'ini qu 'ils aiment prendre avec leur café quand tiatives et très différent du monde des inno ils viennent rendre visite à l'exploitation vations « officielles » (Albaladejo.nationaux (support financier. Il a créé de la sorte des emplois ville de Pigtié. certes non reconnue la sphère privée.. ce qui est très peu dans cette à profit le fait de vivre dans une colonie région où les techniciens agricoles estiment d'immigrés de l'île de Majorque. parfois simplement parce que ces expé pective à sa famille. un éleveur a décidé de monter simul décidé de reprendre et mettre en product tanément un atelier de charcuteries et une ion une fermette de 2 ha à proximité de la épicerie. ce qui en employés. ce qui était l'activité d'une alité). mais nous y reviendrons. L'atelier de confiture de lait a limite la portée et peut poser à moyen absorbé toute la production du troupeau de terme un problème de continuité des son mari. c'est l'atelier de confi turede lait qui a sauvé l'exploitation endet tée à cause des grandes cultures. se confiture de lait dans sa cuisine et de la déclarent peu intéressants et renvoient les Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . achètent en commun bressade. à moins que l'objet de sa visite alité. dont il qu'aucune exploitation n'est viable en des est originaire. transforment les produits à la Classiquement. C'est par exemple une mère de famille qui. Son mari l'aide les inayant perdu son exploitation du fait d'un week-ends et effectue des emplois tempor trop fort endettement. dans le district de fabrique. du matériel. laitières. Leurs zaine d'années.. Elle y élève des poules. puis de deux autres exploitations actions ou bien de concurrence territoriale. sauf ceux de la municip périences. Aujourd'hui. pour se créer une image et dif sous de 550 ha. de mon mari ». a décidé de produire de la protagonistes ne se mettent pas en valeur. Toutefois cette articulation n'est mère pour aider sa famille s'est transformée pas accompagnée d'une prise en compte en une entreprise ayant créé des emplois à explicite de l'activité agricole dans la pla temps plein pour elle. Un visiteur étranger.). mais certaine et nouvelles formes d'intervention ment pas officielle comme elle nous le fait comprendre : « Tout ce que les techniciens 1. C'est l'initiative de cette ment « non officiels » que l'on ne montre femme qui a donné une stabilité et une pers pas. Ds effectuent ensemble les fuser des produits typiques (comme la sou- travaux les plus lourds. il y a une dou le Programa minifundios de TINT A. c'est la cuillère de confiture de lait Saavedra. Elle s'est associée avec marque de charcuteries et vend principale six autres familles exploitant d'autres « fer ment dans le district. grâce à une façon de riences sont considérées comme relevant de pratiquer l'agriculture. Des innovations discrètes du développement connaissent de ma En région plus rurale. Ce cas est Pigùé : réponse à la crise en passe de se transformer en une « inno des familles agricoles vation vedette » à Saavedra. a vedra. Dix développement employés par la municip ans plus tard. guidé mais efficace. À Goyena.

disons certaines activités des territoires ruraux « officiels » : ce sont comme les porcs [. mais des efforts sont faits. La ment(Darré. Puân et Ils sont aussi de plus en plus reliés à de Adolfo Alsina (couvrant aussi les districts de nouvelles institutions municipales de déve Coronel Suârez. sation. Hormis la municip et de dispenser des formations techniques aux alitéà l'origine de la proposition. en France notam d'une administration locale territoriale. mettant en relation des institutions qui sont Le titre lui-même donne une bonne idée de présentées par nos interlocuteurs comme l'intention : compléter les ressources à « endormies » dans des fonctionnements chaque fois plus maigres allouées par TINTA parfois bien éloignés de leurs finalités ini aux deux agents de vulgarisation de son tiales ou officielles. mais on a aussi l'envers de la monnaie du développement et appuyé des euh. et des réseaux de compétences architecte. depuis 1993. groupes professionnels locaux mis en évi surtout lorsqu'il s'agit de se justifier auprès dence par certains auteurs.. de nouvelles formes de commerciali ou les travailleurs saisonniers de ceux-ci. des trois agences de Saavedra.. pour ce travail. Ces individus sont act municipalité leur a octroyé une subvention ivement et densément reliés à d'autres de 8000 dollars par an. administrations. les ins- 46 Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . la municipalité de Saavedra a gence et. « accord pour un appui complémentaire opé associations)..] les plantes aromat notamment les épouses des « producteurs » iques.. Tous ces éléments nous condui seul lieu qui ne soit aucune de ces trois sent à formuler l'hypothèse qu'il s'agit en agences.. Le plan de développement str atégique du district de Saavedra prévoit la L'agence de développement INTA de Pigiié mise en place d'une fondation pour le déve a établi. Guamini) en un loppement. ainsi que nous allons le voir maint effectué son propre « Plan de développement enant. est censée les impli agence. 1986). ils sont souvent élevage [bovin viande]. visiteurs vers des exploitations plus « clas producteurs. en apparence nels » (céréales-bovins viande) n'est pas hétéroclites en tout cas qui ne sont en rien simple pour les professionnels du dévelop comparables aux réseaux professionnels ou pement agricole. Des procédures participatives. dirigée par un 2. parties prenantes du déve rationnel et financier » (Carta Acuerdo de loppement du district. Cette fondation. de nouvelles pratiques du dévelop stratégique » qui a abouti. une convention avec la loppement local rassemblant les principales municipalité de Saavedra dénommée organisations (entreprises. 2002). ils sont très demandeurs de fo itésutilisées dans cette citation. Pringles. Il n'est pas rare en effet que les querdans le développement. concernant « en fait surtout les siques ».. Il ne s'agit pourtant pas de mar activités productives de [grande] culture- I ginaux ou de résistants. à la pement (Albaladejo.. fait de nouveaux territoires ruraux en émer En 1995.». Cet accord leur a per et des attitudes de légitimation par rapport mis de faire un certain nombre de réunions à la population locale.. des commerçants. des vention qui a été réduite à 3 000 dollars entreprises parfois importantes. et très lorsque TINTA a décidé de regrouper phy connectés à la ville malgré une apparence siquement tous les agents de vulgarisation souvent trompeuse de « ruralité profonde ». en Complementation Operativo-financiera). sub producteurs ruraux. en les remettant camionnettes de TINTA restent au garage en scène les unes par rapport aux autres et pendant des mois par manque d'argent pour en les contraignant à produire des discours acheter du carburant. création d'un service de développement ayant recruté quatre jeunes formant une équipe pluridisciplinaire. entre autres. sortir d'un rmations et d'informations qu'ils obtiennent conseil aux producteurs dits « tradition dans leurs propres réseaux. Comme le montrent les modal En revanche.

mais ils nous renseignent sur un « pos ités de la personne au sein de ses réseaux sible » dans les processus de transformation singuliers de collaboration) (De Terssac. si la hens existent avec les équipes d'autres munic réaction de l'État argentin a été de consol ipalités de taille équivalente dans la région. iderles corps professionnels constitués.. projets. ne pourraient aboutir à ça! » et non. non. Ces ités engagées dans l'activité) aux compét derniers ne sont pas « représentatifs » du ences (une définition faisant place aux qual pays.. les municipalités que nous observons dans le cas du déve essaient de passer des qualifications (une loppement rural en Argentine pour les dis définition technique et standardisée des qual tricts de Bahia Blanca et de Saavedra. réinvention des compétences dans le déve- Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . en observant les pratiques sociales Chine.. Je dirais même qu'il une réelle transformation de l'action demande souvent « comment peut-on faire publique si elles ne rencontraient pas un avec ça ? » et la décision n'est pas d'un processus de transformation de la société d'entre nous.. Cela passe par un effort important de l'œuvre dans le monde du développement formation du personnel qui n'est pas réalisé rural. en lièrement fortes depuis une dizaine d'an tant que chef il devrait dire « fais comme nées en Argentine. etc. Bon. En fait. Il fait aussi partie de notre groupe de travail. Une des choses étranges que Les mesures de réforme de l'État. mais pour les politiques urbaines? rarement. un nouveau domaine la casquette de chef quand il le faut. de l'action publique et sur les tendances à 1998). mais de tous. En effet. notamment pour cette idée sont la Chambre de commerce et échanger des idées mais aussi mener des l'INTA. à l'exception de la En fait. Pigiié a fait venir plusieurs ition à « l'économie urbaine ».). Les cadres de Pigiié et que dans les cas étudiés. grands États modernes. l'action permise au niveau des municipal ités par les lois et décrets de décentralisa 6. Des torial que ne le fait l'État. « Y. particu permet Y. ils sont très actifs. Veltz (1996) nous rappelle que les de façon isolée des autres municipalités. agents municipaux de Bahia Blanca spé Il semblerait bien qu'une économie cialistes d'un thème donné ou ayant bénéf urbaine émerge aujourd'hui en Argentine. est la prise de décision. par exemple). sont issus du pouvoir des villes. C'est bien ce certaines entreprises. [le chef de service qui dépend direc tement du maire] est un architecte qui est en fait un collègue parce qu 'il n 'a jamais mis Conclusion : avec nous la casquette de chef. pement : s'appuyer sur les qualités person pour le contrôle et la commercialisation des nelleset les initiatives des employés. il met Le rural. Euh. comme dans des différentes administrations. Entretien avec un employé du service de déve tion aboutit dans l'étude réalisée à une loppement. icié d'une formation. mais et la circulation des idées. nous nous trou qu'ils se sont construits contre elles..titutions qui se sont le plus engagées dans lises. voire s'accorder sur des décrets On retrouve par ailleurs le même esprit municipaux ou préparer des accords (sur la participatif au sein du service de dévelop législation en matière de sécurité alimentaire.. et même si ces réseaux ne sont pas forma. aliments produits localement. tous nous par argentine ainsi que des tentatives d'inno ticipons aux décisions et c 'est ainsi que le vations de la part des services et des agents groupe s 'est fortifié »6. elle se montre vont régulièrement en formation dans plus apte à faire du développement terri d'autres grandes villes (La Plata. affi vons rapidement face à un réseau de villes rmant progressivement ce que Braudel consolidant mutuellement leurs projets et appelle « l'économie territoriale » par oppos compétences.

48 Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 .Cela est d'autant plus notable que les la Coopération Scientifique (ECOS) ». urbains et périurbains. travailleur social). architecte et urban pratiqué par l'État depuis trente ans avec iste. nous retrouvons en fait un réseau d'acteurs publics et privés. Dans une ville légitimée par la ions. La vieille « planifi possible de Babia Blanca sur le monde rural cationquinquennale » est abandonnée au dépasse largement le cadre de l'aire péri- profit d'un plan flexible constamment urbaine de son district. des format Obrera. Argen types d'exploitations agricoles visées tine-Chili-Uruguay et mené à bien par l'INRA- étaient ignorés de l'action publique de SAD. deviennent tituts de recherche au niveau local d'action des unités démocratiques de base et de dont certaines équipes sont prêtes à appuyer fait. Ces der démocratie directe et la concertation. une déclinaison de la vie politique provinc d'autant plus que ces expériences semblent iale ou nationale (à travers des réseaux de encore très fragiles et demandent à être clientèle ou d'allégeance). de tailles entreprises appelées à intervenir dans le diverses. les nières sont d'ailleurs plus liées que les ins quartiers. D'autre part. Sans soutien système politique autonome ainsi que le de la part des organismes nationaux de déve décrivait déjà Castells en 1972. voire ou mal équipé. et sans reconnaissance. ■ une « zone vide ». mais un « entrepreneur » gence et encore particulièrement « dis devant jouer avec une grande pluralité crètes ». La ville n'est plus une simple sur pour l'instant le rôle d'un terrain d'apprent face dont les administrateurs chercheraient issagepour un nouveau mode d'interven à maîtriser en périphérie les « déborde tion en agriculture. Cela passe par la d'autres types d'exploitants. Cette recherche prend place dans le pro dans le contexte étudié. « la être considérée comme un simple reflet ou ville ne doit pas se faire contre l'État ». s' échangeant de façon informelle développement. elle devient un mises en valeur et consolidées. notamment des d'administrations de villes. par des pro gramme « Recomposiciones territoriales en la grammes de développement suivis. simple ment et ces nouvelles compétences en émer relais de l'État. les délégations municipales jouent un des nouveaux modes d'action. elle ne peut plus Wachter (1995) pour le cas français. des conseils. comme la Cooperativa des spécialistes. Mais comme le dit ments». ces nou que l'espace péri-urbain n'est plus consi veaux modes d'intervention dans le rural dérécomme « un territoire en transition » auront des répercussions limitées. qui semble jouer révisé. l'Université de Toulouse Le Mirail et la développement et leurs modalités de travail Universidad del Sur (Bahîa Blanca). des zona de transiciôn sur-pampeana » appuyé agences de conseil technique. La municipalité urbaine y projette une stratégie qui se manifeste. construction d'un jeu politique local. C'est alors loppement. et un réseau d'universités. L'influence rôle nouveau. ni l'espace rural comme seront résorbés. des animat par le « Comité d'Evaluation-orientation de ions. le Derrière ce nouveau style de développe maire n'est plus un « bâtisseur ». loppement et des identités professionnelles nouvelles par rapport au développement (ingénieur agronome.

Grand Buenos Aires Terrains d'étude cités District de la province de Buenos Aires Échelle = 0 100 km Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 49 . Localisation des terrains d'étude.Figure 1.

1 Échelle : 0 20 km 50 Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . Localisation de la zone de Cerri. Figure 2.

loppement rural en Argentine depuis Darré J. Anal Bustos Cara R.ar. Territorialité : Concept ou para et Cernadas de Bulnes M. Una Argentina discreta. PUF. Crecimiento de las ouse. « 8° encuentro de geôgrafos de America 276 p. Blanca. avec le (CEP AL) El rostro cruel.com. Brutalité des réformes de men II. 137- gence discrète et fragile d'un dévelop 151. 1986. El caso de General Daniel désordre international et sur l'utilité Cerri en Bahia Blanca (Argentina). 1993. Universidad Nacional del Sur. Agriscope.. Marenco S. Paris. Autonomie dans le travail. Toulouse. Retracciôn del uso del suelo hort de La Plata. Albaladejo C.argi- p. La question urbaine. Paris. 279 p. septembre 2002.. n° 1 et 2. Angers. Castells M. Mundo Agrario. In Bustos Cara R. développe nales de la ciudad de Bahia Blanca. Municipalidad de Bahia nes agropecuarias. Argentina. « Regards croisés Nord-Sud sur la Paris. n° 2. (Dir. 4 p. Geogrâficos. Tulet J. (Dir. 131-148. 1998. Pigué . In Bonnassieux A. De Terssac G. Bennassar B. Latina ». 1996. 91-96. Argentina.451p.N. ropolis. ment et vie de la colonie aveyronnaise de Mundo Urbano. 10. www. Bataillon C. Incidencia de la radicaciôn urbana Municipalidad de Bahia Blanca. Essai sur le rôn horticola. 2000. icola. 1884-1992. areas periurbanas y evoluciôn del cintu- Badie B. Comment les façons défaire et 1991 : entre la profession et le territoire. 2003. Fondation.I. 143-151. Estu digme de la géographie sociale ? Geo- dios Régionales Interdisciplinarios. Privât et Presses Universitaires du Mirail. 2001. Gestion local y programas las innovaciones de lasfamilias rurales sociales. n° 7. Balsa J. Bahia Blanca. La fin des territoires. 9 p. p. Les Aveyronnais regularizaciôn dominial en areas margi dans la Pampa. vol.). 2000. l'Homme. el municipio de Berazategui. p. n° 7. Albaladejo C. El proceso de gnard R. 43-56. Bahia Blanca. p. p. pement rural local. Paris et Ed L'Aube. 279 p. p. Algunas reflexiones vinculadas en elpartido de Saavedra.. Plan de los productores rurales bonaerenses estratégico Bahia Blanca. Raffestin C. Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . 1999. Pagina/12. Universidad Ockier C. suplemento concours de la Maison des Sciences de de vivienda.. n° 91 del 28 de octubre 2000. La integraciôn social y territorial de Fernandez M. « décentralisation » en Argentine et émer Bahia Blanca. L'étude des entre l'État et la ville. materno infantil y putricional (Promin) en Argentina. Revista de estudios rurales. 1995. diaria. Proceso de esde la Sociedad Chilena de Estudios reestructuraciôn en una ciudad interme.-P. Autrepart. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Albaladejo C. Etapa defor- en las caracteristicas de las explotacio. volû. 2000..Argentine. Maspéro. Co-édition INRA et Comisiôn Economica para America Latina UMR Dynamiques Rurales. décentralisation ».. 2000. n° 1. Santiago du Chili. graphica Helvetiva. Fayard. 2001...-C. n° 4. Les fonctionnaires et le déve 2000. 286 p. mulacion. 2000. Toul Lorda M.. Revista Uni- con la implementaciôn del Programa versitaria de Geograffa.).A. Alternativas para el cambio. 219-227. Buenos Aires. de penser se transforment. 54-74. n° 23.. p. 2e éd. IRD réseaux de dialogue. 1972. 1986. Andreu J. Gai- Formiga N. Duvernoy I. In sociale du respect. Garriz E.

n° 7. Rurales. Veltz P. 1996. (Dir. n° 34. Reestructuraciôn territorial y In L'économie d'archipel. 93 p. Montpellier. Doctorat Etudes politico y social de la Argentina (1880. 263-279. vince de Buenos Aires. Ediciones Macchi. Université 2000). p. La ville contre l'État? GIP p. 311p. spécialité Géographie. Reclus. 1998. Crise et recomposition du monde o territorialité humaine. Signos Universitarios. PUF. mutation dans le sud-ouest de la pro- Rapoport M. 263 p. Sassone S. M. de Toulouse le Mirail. 52 Économie Rurale 276/Juillet-août 2003 . 1987. Espaces et sociétés en ^ Réseaux. Buenos Aires. ciudades intermedias en la Argentina. 1996. Raffestin C. 1995. Cahier du Groupe rural de la Pampa. Mondialisation. 15-70. villes et territoires. Paris.) Historia econômica. 1 148 p. Repères pour une théorie de la Sili M. 2000. Wachter S.