2

CHAPITRE

Relations--eau--sol--plante

2.1 INTRODUCTION
Le but de ce chapitre est de présenter les éléments de bases concernant le sol, l’eau, la plante et les
relations entre eux et qui sont d’intérêt pour le drainage. La présentation y est faite principalement
dans une perspective agronomique. La présentation ne retient que les principaux éléments et le lec-
teur est invité à consulter les ouvrages plus spécialisés en physique des sols, mécanique des sols, chi-
mie des sols, pédologie ou en physiologie végétale pour approfondir le sujet.

2.2 CE QU’EST UN SOL
Le sol est vu différemment par chaque discipline. La présentation des définitions ou des perspectives
qu’en ont certaines disciplines aidera à comprendre.
Ingénieur civil : le sol est la terre non consolidée par rapport au roc solide. C’est un matériel qui
est enlevé lors de la construction des routes ou des édifices.
Physicien des sols : le sol est un milieu poreux qui peut être analysé mathématiquement.
Chimiste des sols : le sol est une poudre, plus ou moins colorée, avec des grains plus ou moins
grossiers (inférieurs à 2 mm) ayant des propriétés chimiques et physiques complexes.
Pédologue : le sol est un corps naturel qui a subit une évolution résultat d’une dégradation de la
roche mère. Il considère le sol avec ses horizons pédologiques. Il classifie les sols en regard de
leur environnement naturel avec une attention particulière à leur utilisation pratique en agri-
culture et foresterie.
Aménagiste : les sols sont une collection de corps occupant des portions de territoire. Ils suppor-
tent une végétation et ont des propriétés dues au climat, à la roche mère, au relief et au temps.
Une attention particulière est accordée à leur utilisation.
Agronomes : le sol est un milieu de croissance pour les plantes. Ils sont surtout intéressés par la
couche des racines.

4 RELATIONS-- EAU-- SOL-- PLANTE

Spécialistes en drainage : le sol est un milieu poreux vivant permettant la circulation de l’eau,
supportant une végétation ou une culture et permettant la circulation des machines.
En ce qui concerne le drainage, un sol peut être caractérisé par ses aspects physiques, chimiques,
pédologiques et biologiques. Le sol est un milieu vivant et il évolue dans un contexte hydrologique et
climatique. Il est utilisé pour produire des plantes, supporter une végétation et permettre la circula-
tion des machines pour réaliser certaines activités comme le travail du sol et les récoltes.

2.3 PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES SOLS

2.3.1 Introduction
Les principaux objectifs de la physique des sols consistent à établir les lois générales décrivant de
manière quantitative le comportement des sols à court terme, de sorte qu’elles puissent être utilisées à
la solution de problèmes. Les phénomènes rapides de transfert d’eau, d’air, de chaleur et de solutés
exercent une influence déterminante sur les conditions et la croissance des plantes, mais aussi sur la
protection et la conservation des sols et la protection des nappes phréatiques contre les contaminants.

Cette section présente les notions de physique des sols nécessaires à la compréhension des principaux
phénomènes liés au drainage.

2.3.2 Les composantes du volume de sol
En première analyse, le sol peut être représenté schématiquement comme constitué d’un volume de
solides et d’un volume de vides (figure 2.1). Le volume des solides est constitué des différents miné-

Liquides Gaz
Solides
Vides

Figure 2.1 Représentation schématique d’un volume de sol.

raux et des particules de matière organique et les vides occupent les espaces libres entre les particules
(minéraux et matière organique). À son tour, le volume des vides est divisé en une phase liquide et une
phase gazeuse. La phase liquide est constituée principalement de l’eau et des éléments (sels, nitrates,
etc.) en solution dans celle--ci. La phase gazeuse est constituée d’azote gazeux (N2), d’oxygène (O2),
de gaz carbonique (CO2), de vapeur d’eau et d’autres gaz (CH4, H2S, etc.). La phase gazeuse est le
complément de la phase liquide, les gaz remplaçant l’eau lorsque celle--ci se retire. Le volume des
solides est considéré comme constant pour autant que le sol ne subisse pas de stress à la déformation.
Le volume des vides est aussi appelée porosité totale. Un bon sol agricole a une porosité de 50%.

2] Vt = Volume total du sol (cm3) Vs = Volume des solides (cm3) Vv = Volume des vides (cm3) Ve = Volume d’eau ou de liquide (cm3) Vt = Volume d’air ou de gaz (cm3) 2. Le premier est la masse volumique réelle ρs qui est le rapport de la masse des constituants solides Ms sur leur volume Vs : Ms s = [2.3] Vs ρs = Masse volumique réelle du sol (g/cm3) Ms = Masse des solides (g) La masse volumique réelle des éléments constituants les particules de sol est fonction du type de matériaux : minéraux argileux 2. Les relations entre les différents volumes sont représentées par les équations suivantes : Vt = Vs + Vv = Vs + Ve + Va [2.40 g/cm3 Les valeurs moyennes des masses volumiques réelles sont généralement comprises entre les valeurs suivantes : sols minéraux 2.90 -.30 -.2.PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES SOLS 5 Les volumes de solides.2.3 Masses réelles et apparentes Les paramètres fondamentaux sur lesquels reposent la description générale d’un sol relèvent des relation de masse et de volume caractérisant sa constitution.1] Vv = Ve + Va [2.3.50 -.60 g/cm3 minéraux contenant des éléments métalliques 4.1. la masse volumique apparente sèche ρas permet de tenir compte de l’impor- tance relative du volume des solides et des vides du sol : Ms Ms  as = = [2.60 -.2.5.65 g/cm3 quartz et feldspath (limon et sable) 2.2.4] Vt Vs + Vv ρas = Masse volumique apparente sèche du sol (g/cm3) Édition 2016 .00 -.00 g/cm3 Le second paramètre. de liquides et de gaz sont généralement exprimés en terme de m3 ou cm3 et parfois en terme de fractions ou pourcentages (m3/m3 ou cm3/cm3).70 g/cm3 sols organiques 1.40 -.30 g/cm3 fraction organique 1.

00 g/cm3 2.3. Les ordres de grandeur des masses volumiques apparentes sèches sont pour différents types de sols : sols sableux 1.40 -.050 mm et 2. puisque la masse solide est toujours rapportée au volume total apparent et non seulement au volume de solides.1.050 mm et 0.00 -.PLANTE La masse volumique apparente sèche d’un sol est toujours inférieure à sa masse volumique réelle. . 100 A : Argile 90 Al : Argile lourde ALi : Argile limoneuse 80 Pourcentage d’argile (%) AS : Argile sableuse Al 70 L : Loam 60 LA : Loam argileux LLi : Loam limineux 50 A ALi LLiA : Loam limono--argileux 40 AS LS : Loam sableux LLiA LA 30 LSA : Loam sablo--argileux LSA 20 Li : Limon L LLi LS S : Sable 10 Li SLi SL S SL : Sable loameux 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 100 SLi : Sable limoneux Pourcentage de sable (%) Figure 2.1.70 g/cm3 sols argileux 1.2. Selon le système canadien de classification des sols (CANSYS) et le USDA soil classification sys- tem.002 mm et les limons et les sables ont des diamètres effectifs respectivement dans les plages de 0.0. La classe texturale est selon le pourcentage de sable et de limon que contient le sol en utilisant le triangle textural de la figure 2.EAU-.30 -.1. 6 RELATIONS-.4 Texture -.00 mm.2 Triangle de classification texturale des sols. les argiles sont des particules qui ont un diamètre effectif inférieur à 0.SOL-. limon et argile que contient le sol ou sur la distribution de la grosseur des particules de sol.002 mm -. La texture ou la granulométrie d’un sol est généralement décrite par la classe texturale basée sur les proportions de sable.granulométrie La texture d’un sol ou granulométrie est la représentation de la taille des particules qui compose le sol.50 g/cm3 sols tourbeux 0.

permet aussi de caractériser les espaces entre les particules de sol : Vv  as p= =1−  [2. diminuent la mouillabilité des argiles. Les formes qui nous intéressent le plus sont les composés acides et la forme colloïdale. ce qui se traduit par une augmentation de la capacité d’échange cationique du sol. la distribution de la taille des particules est plus utile. définie comme le rapport du volume des vides sur le volume total du sol (aussi appelé le volume apparent). 2. les fumiers et lisiers. La matière organique décomposée est constituée d’une multitude de composés. Les sources de matière organique dans le sol sont les résidus de récolte. La décom- position de la matière organique par les bactéries est la principale source d’énergie pour les bactéries non symbiotiques fixatrice d’azote. la matière organique nécessite une considération spéciale car elle évo- lue rapidement dans le temps par rapport aux minéraux et elle joue un rôle spécial dans le sol.5 La matière organique Dans la constitution d’un sol. La matière organique non décomposée joue un rôle de grosses particules qui favorisent l’aération du sol et la circulation de l’eau. Cela demande un entraînement. La matière colloï- dale représente de grandes surfaces de fixation des anions et des cations. La classe texturale peut être aussi déterminée au champ par le simple touché d’une motte de terre pressée entre le pouce et l’index. 2.PROPRIÉTÉS PHYSIQUES DES SOLS 7 La distribution de la grosseur des particules du sol est représentée par une courbe de fréquence cumu- lée du pourcentage de particules (poids) en fonction du diamètre effectif ou selon un tableau présen- tant le pourcentage de particules (poids) contenu dans chaque classe de taille. La stabilité structurale favorise aussi la porosité et la circulation de l’eau dans le sol. Le milieu agronomique représente généralement la texture d’un sol en utilisant la classe texturale alors qu’en ingénierie et en drainage. La matière organique non décomposée est la principale source de matériel pour les microorganismes et les petits animaux (verre de terre) vivant dans le sol. La matière organique est constituée d’une partie considérée stable qui se dégrade lentement et d’une partie plus facilement dégradable que les microorganismes dégradent rapidement.6 Porosités et indice des vides La porosité p. ce qui augmente la stabilité structurale et rend les sols plus résistant à l’érosion.5] Vv + Vs s Édition 2016 . Les acides organiques enrobent les particules de sol.3. La matière organique est dégradée rapidement sous l’action des bactéries et des organismes vivants dans le sol. La matière organique dans le sol peut être décrite par deux grands rôles : la matière organique non décomposée et la matière organique décomposée.3. L’espace intracellulaire peut absorber l’eau et ainsi augmenter la capa- cité de rétention en eau du sol. les engrais verts et les racines des plantes mortes. favorisent une meilleure agrégation des par- ticules de sol.

3.7 Structure du sol La structure du sol représente l’arrangement des particules de sol entre elles.6] Vs e = Indice des vides Il existe une relation entre l’indice des vides et la porosité : p e= [2. considéré comme un réseau de pores et de conduits de faibles dimensions commu- niquant entre eux. la porosité varie entre 30 % et 60 %. 8 RELATIONS-. Les structures d’agrégation présentent des plans de clivages identifiables et définis dans les axes ver- tical et horizontal : -.PLANTE Dans les sols minéraux.plates (plan de clivage horizontal principalement) -. Les deux plus importantes sont : Macroporosité : la partie des pores dans laquelle se déroulent la majorité des transferts d’eau et d’air.SOL-. Les phénomènes de mouvement de l’eau se font principalement sous l’action des forces de la gravité dans les macropores. 2. L’espace des teneurs en eau entre la capacité au champ et la saturation provient des macropores.7] 1−p p= e [2. Les types de structure sont regroupées sous les structures simples et les structures d’agrégation. La structure d’un sol influence considérablement la circulation de l’eau et des gaz à l’intérieur de celui--ci. Ce sont ces pores qui sont libérés de leur eau suite au drai- nage. -. Les diamètres apparents de 30--60 µm sont généralement considérés comme la limite entre la macro- porosité et la microporosité.EAU-.8] e+1 Le système poral. Microporosité : la partie des pores de faibles diamètres qui retiennent l’eau suite au drainage.massive (le sol semble une masse qui se brise en grosses mottes sans formes définies). Les structures simples sont sans plan de clivage définis : -. Ils réagissent peu aux forces de la gravité mais sont le site des force capillaires.à grain unique (sables lâches et limons avec un faible pourcentage de matière organique). Le volume relatif des vides peut aussi être exprimé par l’indice des vides e qui est peu utilisé princi- palement en ingénierie : Vv e= [2.prismatiques . peut être décomposé en plusieurs classes de porosité. alors que les tourbes peuvent présenter des porosités de près de 90 %.

E.9 Conductivité hydraulique La conductivité hydraulique d’un sol est la propriété physique fondamentale nécessaire lors du design d’un système de drainage souterrain.) La capacité d’échange cationique (CEC) d’un sol est la quantité de cations que celui--ci peut retenir sur son complexe adsorbant à un pH donné.8 Couleur du sol La couleur d’un sol est un bon indice du régime hydrique que subit un sol et de l’état d’oxydation des minéraux. 2. Édition 2016 .4.C.PROPRIÉTÉS PHYSICO-. La couleur est déterminée selon les codes de la charte de couleur de Munsell. La CEC correspond donc au nombre de sites négatifs dans la matrice du sol où peuvent être stockés les principaux cations : calcium. Elle n’est nul autre que le coefficient de proportionnalité de la loi de Darcy reliant le flux d’écoulement au gradient hydraulique. sodium et ammonium. La CEC est exprimé en milliéquivalents par 100 grammes (mEq/100 g) de sol.3. Les sols aérés et bien drainés présentent des couleurs plus claires caractéristiques d’une oxydation des minéraux et de la présence d’air. magné- sium. Les structures granulai- res sont les plus intéressantes pour la circulation de l’eau car elles offrent un plus grand volume de macropores par unité de volume.CHIMIQUES DES SOLS 9 -. plus sa CEC est importante car les argiles et la matière organique offrent de grandes surfaces d’échanges par rapport à leur poids. la matière organique et la présence de calcium. 2. Plus le sol est riche en argile et matière organique.granulaires Les plans de clivage présentent des espaces où l’eau peut circuler facilement. Elle représente la facilité d’un milieu à laisser circuler l’eau dans celui--ci. 2.4 PROPRIÉTÉS PHYSICO--CHIMIQUES DES SOLS 2.C.1 Introduction Les principales propriétés physico--chimiques des sols qui nous intéressent sont la capacité d’échange cationique du sol (C. Elle sera étudiée en détail au Chapitre 6.2 La capacité d’échange cationique du sol (C. Les sols humides et gorgés d’eau présentent des couleurs ternes signe de réduction des minéraux et d’une absence d’air. 2. La CEC est un indice du potentiel de fertilité et de productivité d’un sol. potassium.) et le pH. Elle est influencée par la granulométrie.4. La stabilité structurale représente la capacité de la structure d’un sol à résister à la battance et à l’éro- sion du sol.3.blocs -.E.

Au Qué- bec. Les gaz circulent de la surface du sol (atmosphère) vers l’intérieur du sol et en sens inverse principa- lement par diffusion.93 % vol Dioxyde de carbonne CO2 382 ppmv 0. de gaz carbonique (CO2). L’eau contenu dans le sol est décrite par la teneur en eau. d’oxygène (O2).08 % vol Oxygène O2 20.3 Le pH Le pH ou potentiel hydrogène mesure l’activité chimique des ions hydrogènes (H+).02 ppmv > 0. H2S. etc. etc.7 ppmv > 2 ppmv Sulfure d’hydrogène H2S < 0. Elle occupe une portion de l’espace des vides. Le tableau 2.5) et ils doivent être chaulés.PLANTE 2. les concepts de teneurs en eau caractéristiques et de profil d’humidité.1 Composition de l’air atmosphérique et dans le sol. nitrates. la proportion des différents gaz est près de celle de l’air atmosphérique alors que dans les sols mal aérés.1 Introduction La phase liquide est constituée principalement de l’eau et des éléments (sels. l’oxygène est remplacée par le gaz carbonique (CO2) et d’autres gaz résultant de l’activité anaérobique (CH4. Tableau 2.).1 présente la composition de l’air atmo- sphérique et de l’air contenu dans le sol. Dans les sols bien aérés.2--0.) en solution dans celle--ci.6. 2.SOL-.08 % vol 78.02 ppmv 2. les changements de pression atmo- sphérique et la remontée et le rabattement de la nappe phréatique. 2. Gaz Formule Air atmosphérique Air dans le sol Azote N2 78.4. de vapeur d’eau et d’autres gaz (CH4.6 L’EAU DANS LE SOL 2.9] Ve ρe = Masse volumique du liquide (g/cm3) .20.EAU-. La majorité des plantes agricoles exige des sols avec un pH entre 6. 10 RELATIONS-.5 LES GAZ DANS LE SOL La phase gazeuse est constituée d’azote gazeux (N2).2 Teneur en eau La masse volumique réelle “ρe “ de la phase liquide est définie comme le rapport de la masse du liquide Me sur son volume “Ve “ : Me e = [2.934 % vol ∼ 0.7 % vol Argon Ar 0.95 % vol 0 -.6. Les autres mécanismes sont la convection. H2S.5 et 7 pour offrir une bonne productivité.5 à 15 % vol Méthane CH4 1. les sols ont tendance à être acides (pH<6.). etc.

12] e 2.3 et ils sont aussi en relation avec l’utilisation de l’eau par la plante. Elle est aussi appelée point de flétrissement temporaire par certains. Les concepts d’humidités caractéristiques sont présenté à la figure 2. La teneur en eau volumique θ est définie comme le rapport du volume d’eau contenu dans le sol à son volume apparent de sol (ou volume total de sol) : Ve θ= [2.3 Teneurs en eau caractéristiques Différents concepts et définitions relatifs à l’humidité des sols ont été développés dans l’optique d’une utilisation pratique. ce qui se produit habituellement de un à trois jours après une pluie ou une irrigation. Point de flétrissement (PF) : teneur en eau du sol où la plante ne peut y puiser l’eau nécessaire à sa survie. Sa caractérisation est importante et elle est définie par la teneur en eau volumique et la teneur en eau pondérale. Les définitions des humidités caractéristiques sont : Saturation (Sat) : teneur en eau à saturation du sol en condition de champ.L’EAU DANS LE SOL 11 Me = Masse de liquide (g) Comme la phase liquide est constituée principalement de l’eau et des éléments (sels. etc. les teneurs en eau volumiques sont utilisées car elles facilitent les calculs alors qu’en agronomie.11] Ms En hydrologie.10] Vt La teneur en eau pondérale w est quant à elle définie comme le rapport de la masse d’eau contenu dans le sol à la masse des particules de sol : Me w= [2. le sol n’at- teint jamais une saturation complète car une certaine quantité d’air y reste toujours emprison- née. nitrates. En réalité. y subit des dégâts irréversibles et elle meure. soit 1. Cette teneur en eau est utilisée en gestion de l’irriga- tion. La quantité de liquide ou d’eau contenu dans le sol est variable dans le temps et dans l’espace. Capacité au champ (CC) : teneur en eau du sol après que l’excédent d’eau se soit drainé et que le régime d’écoulement vers le bas soit devenu négligeable.6. Point critique (PC) : la teneur en eau du sol lorsque la plante commence à souffrir d’un manque d’eau et que sa croissance en est affectée. Cette valeur se situe Édition 2016 . Il existe une relation entre la teneur en eau volumique et la teneur en eau pondérale d’un sol :  as θ=  w [2.) en solution dans celle--ci et que les sols agricoles présentent de faibles concentrations et qu’ils sont sou- mis à de faibles variations de température. la masse volumique liquide est assimilée à celle de l’eau pure. il est de tradition d’utiliser les teneurs en eau pondérales.00 g/cm3.

12 RELATIONS-. mouvement qui n’est pas traité ici. Si cette différence est due à la transpiration des plantes.4). ce volume correspond à l’infiltration. Si cette différence est due à une précipitation.EAU-. la surface comprise entre deux profils représente la différence de volume d’eau par unité de surface contenu dans le sol. Crois s ance θ PF PC CC SAT RU RFU Liquides Gaz Solides Vides Figure 2. Deux autres concepts utilisés en gestion de l’eau en découlent et ils sont : Réserve utile (RU) : quantité d’eau contenue dans le sol que la plante peut utiliser pour sa crois- sance. Pour des plants de maïs ayant une profondeur effective des racines de 90 cm dans un sol ayant une capacité au champ .4 Profil d’humidité Le profil d’humidité appelé aussi le profil hydrique est la représentation graphique de la teneur en eau du sol en fonction de la profondeur (figure 2.6.PLANTE entre le tiers et les deux tiers de la différence entre le point de flétrissement et la capacité au champ. C’est la différence entre la capacité au champ et le point de flétrissement. Si le profil d’humidité présente la teneur en eau volu- mique. Réserve facilement utilisable (RFU) : quantité d’eau contenue dans le sol que la plante peut utiliser facilement pour sa croissance et sans subir de stress dommageable.SOL-. Le modèle hydrique décrit ici est un modèle statique et simplifié. Un exemple simple permettra d’illustrer le concept.3 Teneurs en eau caractéristiques des sols et croissance des plantes. ce volume correspond à l’éva- potranspiration pour la période. 2. Il ne fait pas intervenir le mouve- ment dynamique de l’eau dans le sol.

matières organiques). matériel déposée) qui. pH). porosité). 40 cm 3 − 0.PÉDOLOGIE 13 Teneur en eau CC Sat Profondeur Figure 2. structure.science) est la science qui étudie les sols. leur formation. les classifie et les cartographie et s’intéresse à leur utilisation. l’évolution d’un sol s’observe par l’analyse et la description de son profil.13] = 9 cm = 90 mm Le volume d’eau exprimé en cm correspond à 9 cm3/cm2.2 Profil de sol Pour la pédologie. dans sa situation topographique. leurs propriétés chimiques (capacité d’échange cationique. Le pro- fil d’un sol est constitué de plusieurs couches horizontales superposées appelées ”horizons” qui se Édition 2016 .7 PÉDOLOGIE 2. 2.40 cm3/cm3 et un point critique de 0.1 Introduction La pédologie (du grec Πεδον (Pedon) : sol et Λογοσ (Logos) : discours -.7.4 Description du profil d’humidité. Elle étudie les sols. leur constitution et leur évolution. 30 cm 3 90cm cm cm  [2. leurs propriétés physiques (capacité de rétention. a évolué sous l’action du climat et des processus chi- miques. La pédologie examine les constituants du sol (minéraux. Les sols sont le résultat d’une évolution d’un matériel originel appelé roche mère (roche.7. conductivité hydraulique). 2. la quantité d’eau nécessaire pour ramener ce sol du point critique à la capacité au champ sera :  3 3 V eau = ( CC − PC ) Prof racines = 0. biologiques et hydrologiques. leur agencement (gra- nulométrie. de 0.30 cm3/cm3.

Horizon B : L’horizon B est un horizon d’accumulation apparaissant dans les sols lessivés. Horizon C : L’horizon C un horizon d’altération de la roche mère dans lequel la transformation de celle--ci reste limitée si bien que nombre de ses caractères originels (litage. rents types d’horizons sont décrits de la façon suivante : Horizon O : L’horizon O est l’horizon organique (ou humus) dans lequel les débris végétaux s’accumulent à la surface du sol. Un profil de sol est représenté par la structure et la nomenclature présentées à la figure 2.PLANTE différencient par leur épaisseur. teneurs en sables. .EAU-. etc. composition chimique. insectes) ou bien matérialise l’intervention des outils de travail du sol dans le cas des sols cultivés. minéraux) sont encore très visibles.5 Profil typique de sol (source Wikipedia. colonisation par les racines..SOL-. Sa couleur est souvent plus claire. couleur. Il est enrichi en éléments fins et amorphes (argiles. Il se retrouve souvent sous l’horizon A. humus). limons et argile. en général.5. le résultat d’un brassage mécanique par les organismes vivant dans le sol (vers. ce qui le rend pauvre en ions. Horizon E : L’horizon E est est un horizon lessivé. schistosisé. Il est. hydroxydes de fer et d’aluminium. 2009). Les diffé- Figure 2. en composés humiques et hydroxydes de fer et d’aluminium. 14 RELATIONS-. Horizon A : L’horizon A est un horizon mixte contenant à la fois de la matière organique et de la matière minérale. en argiles.

la même topographie.1/5 000) : Ces cartes détaillées sont réalisées lors d’études détaillées pour la réalisation d’aménagements comme ceux du drainage des parcelles. Lors des études détaillées.) de France (Servat et al. un profil par 300 à Édition 2016 .3 Cartes et rapports pédologiques Les résultats de l’étude pédologique d’un territoire sont généralement présentés sous forme de rap- ports et de cartes pédologiques (figure 2.6). des textures et des structures très voisines.1/20 000) : Ces cartes semi--détaillées sont réalisées à l’échelle de canton ou comté et ont pour objectif d’établir le potentiel de mise en valeur agri- cole. Cartes à grande échelle (1/10 000 -. cette homogé- néité n’est pas absolue et elle est considérée comme effective lorsque les variations sont assez faibles pour ne pas modifier de façon significative les caractéristiques et le comportement du sol. la “zone homogène de base” est la série de sols. en particulier le même développement du profil et les mêmes horizons pédologiques. L’échelle d’une carte pédologique implique aussi une précision des limites et une densité de relevés nécessaires pour le niveau de détails désirés.8).P. qui regroupe les sols présentant les mêmes caractéristiques physico--chimiques.1/100 000) : Ces cartes sont liées aux études de reconnais- sance qui ont pour objectif principal un zonage des grands types.7). La cartographie des sols a pour but de délimiter les portions du territoire ayant le même profil de sol et où les sols ont les mêmes caractéristiques. des pier- rosités. La plupart des études pédologiques réalisées au Québec sont à l’échelle 1/63 000 ou 1/50 000. les unités sont délimitées avec une précision de 35 à 50 m et avec une pureté de 85% à 95%.PÉDOLOGIE 15 2.A. Cartes à moyenne échelle (1/50 000 -. Cette homogénéité se rapporte à la fois à la précision des limites et à la pureté des unités cartographiques. Pour obtenir ces précisions. 1972). En cartographie des sols. les unités sont délimitées avec une précision de 500 à 1000 m et avec une pureté de de 50% lors des études de reconnaissance. les sondages (observation des profils pédologiques dans une fosse) sont réalisés d’un profil par 500 à 800 ha pour une carte 1/100 000. À moyenne et grande échelle. une description de la géolo- gie à l’origine de la formation des sols. une description des unités de sols rencontrées (figure 2. d’après l’importance. il existe trois types de cartes qui sont déterminés en fonction des objectifs et aux quelles sont associées des échelles : Cartes à petite échelle (1/200 000 -.P. les unités sont délimitées avec une précision de 100 à 200 m et avec une pureté de 80%. La cartographie se traduit par la détermination de zones homogènes. de prépa- rer des programmes régionaux et d’en évaluer le coût. Dans la nature. Le rapport peut aussi contenir les résultats d’analyse des échantillons de sol prélevées dans les unités (figure 2. puis de sélectionner certaines zones à aménager et qui seront étudiées en détail. Ce zonage permet aux plani- ficateurs.E. Selon le Groupe d’étude des problèmes de pédologie appliquée (G.7. Le rapport contient généralement une description générale du territoire.. avec des profondeurs. Lors des études semi-- détaillées. le degré d’urgence ou l’intérêt des aménagements.

1962). un profil par 20 à 50 ha pour une carte 1/10 000.EAU-. La lecture des cartes pédolo- giques doit être interprétée en conséquence.8 en présente les caractéristiques. .PLANTE 400 ha pour une carte 1/50 000.SOL-. La figure 2.6 Extrait de la carte pédologique du comté de Lévis (Laplante.6 présente un extrait d’une carte pédologi- que. 16 RELATIONS-. La figure 2. un profil par 1 à 5 ha pour une carte 1/5 000. Figure 2. un profil par 50 à 100 ha pour une carte 1/25 000.7 présente une description d’une série de sol alors que la figure 2.

maïs fourrager. Il est cependant consacré d’une façon toute spéciale aux plantes fourragères. Des taches de rouille se rencontrent dans toute la profondeur du profil. ceci aurait pour heureux effet d’améliorer l’état physique de ce sol. Édition 2016 . etc. luzerne). Agriculture Ce sol est le plus agricole de ce comté. orge) des foins (mil. il est presque impossible de le rencontrer à l’état vierge. Si le labour Richard était mis plus en pratique. Ils se présentent en une plaine unie. L’argile Kamouraska est parfois très humifère et il arrive assez fréquemment d’y noter la présence de lentilles de sable. Figure 2. 17 KAMOURASKA (15209 acres ou 9. Les pâturages pourraient être luxurieux si on les fertilisait plus adéquatement. Il convient très bien à la culture des grains (avoine. Il arrive rarement que cette argile soit encore recouverte de pierres dans le comté. La présence d’un horizon Aeg est assez fréquente. Son sous--sol et une roche--mère alcalins donnent généralement l’effervesce au contact du HCl dilué.. 1962). choux de Siam. Vu la qualité de ce sol. ce qui leur occasionne un drainage interne particulièrement lent et parfois mauvais lorsqu’ils voisinent les sols organiques.7 Description pédologique du loam Kamouraska (extrait de Laplante. trèfles.5°/0) Ces sols ont comme origine les dépôts de la mer Champlain.

.18 Figure 2.8 Exemple de tableau d’analyse de sol (extrait de Laplante. 1962).

Par la suite. etc. la diffusion de l’oxygène est très faible. LES BACTÉRIES ET L’EAU La plante est un organisme vivant qui a besoin d’oxygène pour transformer les sucres en énergie (cycle de Krebs). NO3. En général. Ces périodes critiques diffèrent d’une espèce à l’autre.1 Durée de submersion Les plantes peuvent résister à un certaine submersion de leurs racines car. Les racines deviennent brunes. malgré une abondance d’eau. les bactéries aérobiques cessent leurs activités. Dans certains cas. sont plus sensibles aux maladies et aux attaques des champignons. De plus. Les bactéries fixatrices de l’azote qui se retrouvent dans les nodules des racines des légumineuses (luzerne. la pourriture du collet apparaît et la plante meure. de réduire ainsi sa transpiration et l’absorption des minéraux et leur transport des racines aux feuilles. de minéraux (P. 2. CH4. Les plantes. Lorsque le manque d’aération de la zone des racines se prolonge. Une aération insuffisante du sol a comme pre- mier effet de diminuer l’activité respiratoire des racines et de modifier son métabolisme respiratoire (cycle de Krebs). des racines blanches et plus vigoureuses peuvent apparaître à la base de la tige au--dessus du plan d’eau. H2S et d’autres substances toxiques pour les plantes.) transfor- ment l’azote atmosphérique (N2) en azote assimilable. les feuilles à la base des tiges jaunissent et meurent et la plante peut flétrir. la faible diffusion des gaz dans l’eau amène l’accu- mulation des gaz toxiques dans le sol et accroît par le fait même la toxicité du sol. En conditions aérobies. K. la réduction de l’azote assimilable et des plants jaunes à croissance ralentie. molles et très visqueuses. ce. ce qui entraîne une oxygé- nation déficiente et la création d’un milieu anaérobie. au tout début. LES BACTÉRIES ET L’EAU 19 2. de l’allongement des entre--noeuds et en début de matura- Édition 2016 . soya. les bactéries nitrificatrices du sol transforme l’azote du sol en azote assimila- ble (NO3) par les plantes et d’autres bactéries oxydent les métaux. les plantes sont beaucoup plus affectées en période de croissance végétative ou floraison qu’au stade de fructification. En conditions anaérobiques du sol. etc.) pour la constitution de ses cellules.8. trèfle. d’eau pour sa turgescence et comme moyen de transport des minéraux des racines jusqu’aux feuilles. Dans un sol saturé ou quasi saturé. elles consomment l’oxygène dissout dans l’eau ou emprisonné dans certains pores du sol. de CO2 et de lumière pour produire par photosynthèse des composés organiques qui constitueront l’essentiel des tissus de la plante. L’orge semble plus sensible au moment du tallage.8 LA PLANTE. 2. étant plus faibles.2 Stade physiologique ou stade de croissance Il semble exister des périodes critiques pendant lesquelles les plantes sont plus touchées par l’en- noyade. la diminution de la décomposition de la matière organique et par le fait même. la croissance des plantes est très ralentie. Ca.8. Les conditions anaérobiques amènent aussi la réduction des métaux. L’aération insuffisante a comme second effet de réduire l’alimentation en eau de la plante. La perturbation du cycle de Krebs entraîne la formation de produits toxiques comme l’éthanol et l’acide lactique. les bactéries anaé- robiques se développent et amènent la production de CO2.LA PLANTE.

Le pois est plus affecté dans les quelques jours qui précèdent ou pendant la floraison qu’en début de croissance.3 Conditions du milieu Les effets d’un excès d’eau sont plus marqués lorsque l’activité photosynthétique et la transpiration des plantes sont plus élevées. Le SEW30 est défini comme : n SEW30 =  30 − Nappe i Nappe ≤ 30cm [2.8.14] i=1 SEW30 = Indice cumulée de l’intensité de la submersion (cm) Nappe = Profondeur de la nappe (cm) .5 SEW30 Plusieurs recherches ont démontré un lien entre le SEW30. 20 tion. Le haricot est plus touché au stade ouverture des bougeons qu’au stade trois feuilles ou à la flo- raison. l’oxygénation de l’eau amène suffisamment d’oxygène aux racines des plantes. facteur évaluant l’intensité et la durée de la submersion des racines dans les 30 premiers cm de sol et le rendement du maïs et des céréales.8. Le seigle et le blé seraient plus résistants que l’orge.8.4 L’espèce et la variété Les réactions à la submersion varient beaucoup d’une espèce à l’autre et parfois même d’une variété à l’autre. 2. 2. Ainsi. Certaines plantes comme le riz et les nénuphars qui vivent littéralement les racines dans l’eau ne sont pas incommodées par l’absence d’oxygène au niveau des racines car elles ont développé la capacité d’absorber l’oxygène au niveau des feuilles ou d’autres tissus. Dans le cas des cultures hydroponi- ques où les racines baignent dans l’eau. 2. la tolérance diminue lorsque la température ambiante augmente car la consommation d’oxygène augmente avec la transpiration.

augmen- tent les risques de bris des machines et diminuent l’efficacité des machines et des opérations. entraînent de pertes plus élevées. aux traitements et à la récolte. Au printemps. la circulation est impossible et la récolte doit être retardée. Le travail du sol dans ces conditions demande plus de puissance et plus d’énergie. Le semis dans des conditions de grosses mottes entraîne une levée irrégulière et retardée. des plants chétifs et défor- més et un bris de la structure du sol. Il a été observée que la circulation des machines et le travail du sol sont difficiles lorsque les nappes sont à moins de 50 à 60 cm de la surface du sol. Ces conditions demandent une plus grande de traction. au semis. diminue la portance du sol et sa résistance à la traction tout en augmentant la résistance au roulement car les roues s’enfoncent plus dans le sol.9 L’EAU. La frange capillaire garde la surface du sol humide. Le travail du sol est généralement effectué lorsque le sol est friable. Édition 2016 .L’EAU. Lorsque le travail du sol est effectué en conditions trop humides. cette non accessibilité se traduit par un retard dans les semis et une perte de jours de croissance disponibles et une diminution des rendements. LE SOL ET LA MACHINE 21 2. La non accessibilité au champ se traduit par la perte de jours ouvrables et une efficacité réduite des machines. un enracinement chétif. LE SOL ET LA MACHINE Une des raisons invoquées par les agriculteurs justifiant les travaux de drainage est liée à l’accessibi- lité aux champs pour y effectuer les travaux liés au travail du sol. Des récoltes dans des conditions trop humides demandent une puissance accrue. le sol se brise en grosses mottes au lieu de se briser en une mie fine. seul le labour peut être réalisé lorsque le sol est plastique. Des récoltes dans des conditions trop humides occasionnent une circulation plus difficile au champ et dans certains cas.

. Duthion. France. Ministère de l’agriculture et de la colonisa- tion. 22 BIBLIOGRAPHIE Henin. France. 809--814. Étude pédologique préalable au drainage. S. Bulletin technique No 10. Profil de sol. Province de Québec. http://fr.wikipedia. Favrot. Grass et C. No 271--272 : p.Assainissement et drainage (premier volume) Ministère de l’agricul- ture. Servat. Bulletin technique d’information -. 1962. C. 2009.--C.org/wiki/Profil_du_sol (consulté le 11 août 2015). Les réactions des plantes aux excès d’eau. 1972. E. 1972. No 273--274: p. No 271--272 : p... M. Monnier. Dupuis et J. Bulletin tech- nique d’information -. L. Bulletin technique d’information -- Assainissement et drainage (second volume) Ministère de l’agriculture. Étude pédologique du comté de Lévis. 1972. Laplante. 723--748. France. R. Wikipedia. Caractérisation physique et hydrodynamique des sols (Annexe). 1071--1076.Assainissement et drainage (premier volume) Ministère de l’agriculture.