LES BIDONVILLES EN INDE

UN MODÈLE D’HABITAT URBAIN ALTERNATIF
Cas de Chennai, Tamil Nadu

Énoncé Théorique - Salomé HOULLIER - EPFL - 2013

LES BIDONVILLES EN INDE
Un modèle d’habitat alternatif
Cas de Chennai, Tamil Nadu

Énoncé théorique du projet de diplôme

EPFL, Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne

SAR, Section d’architecture

Groupe de suivi
Yves Pedrazzini
Monique Ruzicka-Rossier
Tobias Baitsch

Expert
Patrick Mestelan

Etudiante
Salomé Houllier

Janvier 2014

• Priti Narayan de l’organisation TransparentChennai pour toutes ses informations sur les projets de réhabilitation à Chennai. merci au groupe de suivi de l’EPFL. photos. pour son soutien. qui a permis l’étude de ce travail en m’accueillant dans son bureau. Monique Ruzicka- Rossier et Tobias Baitsch. livres et surtout projets de diplômants..). • Anna University. • Vinaya.REMERCIEMENTS Je tiens à remercier les personnes ci-dessous.. architecte à moad. Dhivya et Ashwin pour leurs conseils et accueil à Chennai. architecte d’ARTES à Chennai. en me guidant. Manimekalai. éditeur en architecture et urbanisme dans le journal The Hindu. • U. stagiaire à ARTES qui a participé à l’étude réalisée à Chennai. Anuja. Yves Pedrazzini. Chennai. qui m’a donné une interview concernant l’état des bidonvilles à Chennai. « deputy planner » au Tamil Nadu Slum Clearance Board qui a accepté de se libérer pour m’expliquer les normes du TNSCB ainsi que pour les différents documents qu’elle a bien voulu fournir (plans des projets. qui m’ont aidé d’une manière ou d’une autre dans l’élaboration de ce travail de diplôme : • Durganand Balsavar. • Enfin. Par ailleurs je tiens aussi à remercier Ben. ses conseils et ses contacts.. en m’aidant à développer et à ap- profondir le corps de ce travail grâce à ses nombreuses connaissances sur le thème et en organisant les différentes visites réalisées sur place. . • L’équipe de Peoplebuildingbettercities pour leur exposition et conférences sur les bidonvilles dans le monde. • Mahesh Radhakrishnan. Ann. qui m’a ouvert ses archives et sa bibliothèque. en m’accompagnant lors des visites et en agissant en tant que traductrice lors des interviews auprès des habitants. • Srivathsan A.

mais est peu offert aux nouveaux citoyens urbains. se déroule sur une année et est divisé en deux parties : un premier semestre au cours duquel je réalise ce travail. Ce diplôme. Ce choix a tout d’abord découlé d’un passé personnel en lien avec l’Inde et d’une envie de transmettre cette connaissance et sentiment vis-à-vis du pays. Lausanne. l’habitat est un des droits les plus fonda- mentaux dans la ville. aussi bien dans leur développement dans la ville que dans leur forme. leurs con- séquences sur les habitats des classes les plus défavorisées et sur un phénomène univer- sel dans le monde : le développement des bidonvilles. En outre. puis à développer une vi- sion plus subtile. Cet énoncé porte sur les phénomènes d’urbanisation incontrôlés en Inde. A travers ce travail je cherche à comprendre les problématiques des nouvelles villes indiennes. à dévoiler la complexité et la richesse qui définissent toute l’Inde et à révéler sa beauté inhérente qu’on peut retrouver même dans ses bidonvilles. Le travail cherche dans un premier temps à offrir une réflexion générale sur la problématique citée. Janvier 2014 .PRÉFACE Ce travail se fait dans le cadre d’un diplôme d’architecture de l’Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne (EPFL). qui conclut six années d’études. cherchant à montrer que les bidonvilles peuvent avoir des aspects positifs. comme dans la plupart des autres pays du Sud . Salomé Houllier. énoncé théorique qui porte sur un sujet choisi et qui forme la base d’un projet développé lors du second semestre. traiter des phé- nomènes d’urbanisation et des bidonvilles est un sujet contemporain et pressant en Inde. Suisse.

1.6. LES BIDONVILLES EN INDE 47 .7.3. LA VILLE CINÉTIQUE 39 2.1.3.1. URBANISATION MODERNE – MENACE ET ESPOIR 21 2.2. DÉFINITION GÉNÉRALE 45 3.2. UN MONDE URBAIN 1 1. INTRODUCTION 15 2. STRATÉGIE D’HABITER 27 2.5.3. PROBLÉMATIQUE DE L’ÉNONCÉ 11 1. MÉTHODOLOGIE ET DÉMARCHE 13 CHAPITRE 2 – PHÉNOMÈNES D’URBANISATION EN INDE 15 2. CONCLUSION – LA VILLE. UN ORGANISME VIVANT 41 CHAPITRE 3 – THÉORIE DES SLUMS 43 3.4.8. UNE HISTOIRE URBAINE INFORMELLE 36 2.10.2. LE VISAGE DES VILLES INDIENNES 24 2.9.TABLE DES MATIÈRES CHAPITRE 1 – INTRODUCTION 1 1.4.5. LES BIDONVILLES – UN PHÉNOMÈNE UNIVERSEL 5 1. RÔLE ET IMPACT DU BRITISH RAJ 19 2. LES BIDONVILLES – UNE IMAGE NÉGATIVE 9 1. ORIGINES 43 3. MIGRATIONS 30 2. INÉGALITÉS ET PAUVRETÉ URBAINE 34 2.

3.8. CONCLUSION – L’ARCHITECTURE VERNACULAIRE ET LE SLUM 113 CHAPITRE 5 – CONCLUSION 115 5.1.4. PROJETS DE RÉHABILITATION PAR LE GOUVERNEMENT 85 4.5.5. LA NATURE DES BIDONVILLES 57 3.2.10.7.2.7. LE PROJET 120 GLOSSAIRE 123 BILBIOGRAPHIE 124 .6. LES POLITIQUES DE SLUMS DE LA VILLE 82 4. URBANISATION DE LA VILLE 76 4. LES BIDONVILLES À CHENNAI 78 4. REPRÉSENTATION DES SLUMS PAR LES INDIENS 49 3. LES BIDONVILLES – UN PHÉNOMÈNE À ÉRADIQUER ? 115 5.1.6.4. CHENNAI DANS L’INDE 73 4. UNE POPULATION INVISIBLE MAIS FORTE 60 3. CONCLUSION – UN MONDE PARALLÈLE SURRÉALISTE 71 CHAPITRE 4 – CONTEXTE LOCAL : CHENNAI 73 4.9. LE RÔLE DE L’ARCHITECTE 65 3.3. LES BIDONVILLES – UN MODÈLE D’HABITAT ALTERNATIF 117 5. LES MESURES DU GOUVERNEMENT 53 3.3. IDENTITÉ ARCHITECTURALE D’UN SLUM 63 3. ÉTUDE DE CAS 91 4.

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but to help subsidize the surrounding rural areas as well. 2 Cities are engines of economic growth : There is no way. On the contrary.AN URBAN MANIFESTO I believe in the cities of India. Like the wheat fields of Punjab. Delhi. cities. Kolkata and Chennai. and the coalfields of Bihar. the failures. nurses. Mumbai. CORREA. 1 They generate the skills we need for development : Doctors. can generate surplus funds not only for their own development. landless labour and wretched have- nots of our society. that we can divert rural funds to develop towns and cities. properly managed. their only gateway to a better future. But for millions and millions of migrants. either politically or morally. So we see only the shortages. 3 Cities are centres of hope : Too often we look at our cities from our own self-centered point of view. but from a hundred smaller urban centres across the country. administrators. cities are perhaps their only hope. Charles . they are a crucial part of our national wealth. engineers – not just from the great metropolises. lawyers.

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CHAPITRE 1 INTRODUCTION .

représenté par les grandes agglomérations. aujourd’hui. 2008 2 vedura. UN MONDE URBAIN “ Sometime in the next year or 2. En revanche on voit que dans la plupart des pays dits dopalruka.6% en 2012 (illustration 1) et d’ici 2050.com itairement urbaine : selon la Banque Mondiale. A la suite de la révolution industrielle. la population mondiale est major. 1.fr/social/logement/bidonvilles-pauvrete-urbaine 1 . en particulier en Afrique cen- trale et en Asie du Sud (illustration 3).com 1 DAVIS.blogspot. la croissance urbaine mondiale est concentrée à 95% dans les pays en développement et cinq millions de nouveaux habitants viennent s’installer chaque mois dans leurs villes2. En effet. Nonetheless it will constitute a watershed in human history. Mais la situation est en train de changer : depuis ces dernières décades. pour la première fois dans l’Histoire. seules 86 villes possédaient une population qui dépassait un million d’habitants . For the first time the urban population of the earth will outnumber the rural. Par exemple. Planet of Slums.ch du Sud. Verso. comparable to the Neolithic or industrial revolution. Shanghai. ces dernières dizaines d’années la Terre a connu une explosion du monde urbain. Nigeria Depuis 2007. Depuis 1950. ” — DAVIS. ces pays connaissent une urbanisation féroce. or a farmer will move his impoverished family into one of Lima’s innumerable ‘pueblos jovenes’. la population urbaine a atteint 52. a young man will flee his village in west Java for the bright lights of Jakarta. 75% de la population vivra dans des villes (illustration 2). l’augmentation de la population urbaine équi- vaut au 2/3 de celle de la population globale1. Lagos. 2008 Marché Oshodi. Planet of Slums. en 1950. Mike. il y en a 400 et on en prédit 550 d’ici 2015. Chine Notes china-mike.1. Mike. The exact event is unimportant and it will pass entirely unnoticed. a woman will give birth in the Lagos slum of Ajegungle. En effet. la majorité de la population est devenue urbaine Rue en Inde dans les pays les plus développés. theguardian. Verso. la population reste encore majoritairement rurale.

net/2050-urbanization/ Source: Banque Mondiale 2 .5 55.0 52.Proportion de la population urbaine mondiale en pourcentage Source: Banque Mondiale 1900 2 personnes sur 10 vivent dans une aire urbaine 1990 4 personnes sur 10 vivent dans une aire urbaine 2010 5 personnes sur 10 vivent dans une aire urbaine 2030 6 personnes sur 10 vivent dans une aire urbaine 2050 7 personnes sur 10 vivent dans une aire urbaine Aire urbaine: ville avec une population de plus de 10 millions (UN-HABITAT) Population urbaine (% du total) 10% 100% Illustration 2 .5 45.Population urbaine et rurale d’ici 2050 Illustration 3 . 57.0 47.Population urbaine dans le monde Source: udconnect.0 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 Illustration 1 .5 50.

en partie due à une migration ingérable. ou encore de logement et de planification urbaine. et personne n’est vraiment sûr de sa force ni de ses conséquences . provoque de grandes inégalités dans les villes et la création de ce qu’on appelle les pauvres urbains invitant alors à la genèse de nouvelles structures urbaines économiques et sociales – le secteur informel – et de nouvelles formes urbaines – les bidonvilles. par exemple. Inde. c’est aujourd’hui dans les pays en développement que se trouvent les villes les plus peuplées du monde (illustration 4 et 5). l’augmentation de la taille des villes pose aujourd’hui de nombreuses questions. cette nouvelle urbanisation. On voit ainsi que le regard se tourne maintenant vers le Sud. là où les nouveaux enjeux se trouvent. de conservation de l’environnement. dépasse les 25 millions d’habitants. le monde occidental possédait la majorité des plus grandes villes. Que dire de ces nouvelles formes urbaines? Sont-elles une simple conséquence de la pauvreté urbaine ou reflètent-t-elles une nouvelle ère? Par ailleurs. d’ici 2025. Et bien qu’auparavant. Cette nouvelle urbanisation ne fait que commencer dans ces régions. en matière de pollution. 3 . jusqu’où peut réellement aller cette urbanisation ? Faut-il la contrôler ? En effet. En effet. l’ONU prévoit que la population urbaine de Mumbai.

000 5 5 0 0 USA JAPON LONDRES FRANCE RUSSIE ARGENTINE USA INDE CHINE JAPON JAPON INDE BRESIL INDE MEXIQUE USA CHINE INDE BANGLADESH PAKISTAN NEW YORK TOKYO ANGLETERRE PARIS MOSCOU BUENOS AIRES CHICAGO KOLKATA SHANGHAI OSAKA-KOBE TOKYO DELHI SAO PAULO MUMBAI MEXICO CITY KOLKATA DHAKA KARACHI NEW YORK SHANGHAI Illustration 4 .260.000 6.580.000 13.000 30 30 25 25 POPULATION EN MILLIONS POPULATION EN MILLIONS 20 20 22. 2010 Source: ONU.000 20.150. 1950 2010 35 35 36.100.000 10 10 5.Les dix villes les plus peuplées du monde en 1950 Illustration 5 .000 5.300.000 4.000 4.650.000 19. Department of Economic and Social Affairs.340.000 19.000 4.670. 2010 4 .000 5.000 15 15 16.Les dix villes les plus peuplées du monde en 2010 Source: ONU. Department of Economic and Social Affairs.000 12.550.000 15.120.510.520.000.040.000 14.000 8.360.270.000 11.360.000 20.460.160.430.

Londres. deux milliards de personnes vivront dans des bidonvilles. 1936 nouvelles politiques de logement. LES BIDONVILLES – UN PHÉNOMÈNE UNIVERSEL “ Poverty is not natural. ” — MANDELA.com De plus. soit une personne sur six dans le monde. it is manmade. Inde boston. ce qui fait d’eux la forme d’habitat urbaine la plus importante du 20ème siècle4. et ce chiffre continue Bidonville à Mumbai. et sont souvent sans installations sani- taires fournies par la ville. 1872 3 vedura. laissant ses habitants à l’abandon (illustration 6). encore aujourd’hui en Europe comme aux Etats-Unis. il existait de nombreux bidonvilles en Europe et aux Etats-Unis avant la révolution industrielle (Dublin était un exemple fort en matière de quartiers insalubres. qui suite à cette dernière ont disparu petit à petit grâce à de Bidonvilles de Toronto. Nelson. mais il faut savoir que ce ne sont pas des structures urbaines inhérentes à ces pays . En effet.co. sur des terrains vagues et abandonnés ou le long des voies de chemin de fer. les nouveaux habitants urbains se concentrent dans les bidonvilles qui sont en pleine en expansion dans les pays en développement. les bidon- villes sont en fait des logements inadéquats à la vie humaine .2. wikimedia. on a tendance à associer bidonvilles et pauvreté aux pays du Sud. un milliard de personnes vivaient dans les bidonvilles. 1. Aujourd’hui.. A cause des migrations rurales-urbaines dues à l’urbanisation et au développement des villes. les quartiers Roms en France suivent certaines caractéristiques des bidonvilles des pays en dévelop- pement : ils se trouvent généralement aux frontières des villes. 2005.com d’augmenter3..fr/social/logement/bidonvilles-pauvrete-urbaine bbc. and can be overcome by the actions of human beings. dans ce sens. En 2008. de même que certains quartiers de Londres ou encore Naples). on peut retrouver des structures urbaines qu’on pourrait assimiler à des bidonvilles : par exemple.uk 4 UN-HABITAT 5 . beaucoup de quartiers dans le monde peuvent être vus comme des bidonvilles. Il est prévu que d’ici 2030. Notes Bidonville de l’époque victorienne.

2003 (estimations pour 2001) 6 . 2001 Source: UN-HABITAT. AMÉRIQUE DU NORD EUROPE EUROPE OCCIDENTALE ORIENTALE ASIE ORIENTALE MOYEN-ORIENT AFRIQUE DU NORD AMÉRIQUE LATINE ASIE DU SUD ASIE DU SUD-EST AFRIQUE SUB-SAHARIENNE OCEANIE Population urbaine (millions d’habitants) 500 Population urbaine totale 200 Population urbaine vivant dans des bidonvilles 100 Illustration 6 .Proportion de la population des bidonvilles dans le monde.

000 bidonvilles sur la planète.nouvelobs. shanty ou encore jhuggi – autant de termes qui suggèrent d’innombrables formes et typologies. Delhi.00 habitants sur plus de 2km2). 2010 tempsreel. Kosovo Il existe probablement plus de 200. les plus grands pourcentages de population des bidonvilles sont en Campement Roms. bien que l’Inde ne fasse pas partie des pays à la population de bidonvilles la plus importante. Chad. Dispersed Initiatives in Changing Urban Landscapes. au Moyen-Orient de ishish.france24. Mumbai – avec 6 à 8 millions d’habitants vivant dans des colonies illégales selon le Census – est la capitale mondiale du bidonville. au Pérou de pueblos jovenes. Cependant. mais est en fait un terme français utilisé en premier lieu pour les quartiers illégaux du Maroc . Vigneux-sur-Seine Ashgate. ces derniers sont de réels challenges pour la planification ur- baine moderne des grandes villes. chaque ville va développer une structure différente de colonies. Les cinq grandes observers. ce qui a pour conséquence que la population des bidon- villes ne représente que 6% de leur population totale. Roms de Mitricova. La planification. En revanche. Learning from Delhi. la situation est différente dans les pays en développement : avec un 1/3 de la population de ces pays qui vit dans des bidonvilles (illustration 7). Lille nord-pas-de-calais. Le problème est d’une énorme complexité. on parle de favelas. cherchant à déterminer les activités des habitants urbains ainsi qu’à standardiser la vie citadine quotidienne. Verso.000 communautés de bidonvilles dont la population totale dépasse les 20 millions6. Pour preuve. en Indonésie de kampungs.com 6 DAVIS. chaque région. 2008 7 . Afghanistan et Népal.france3. les pays développés arrivent aujourd’hui à plus ou moins bien contrôler le développement de leurs bidonvilles.fr Ethiopie. se retrouve confron- tée à cette croissance instoppable des colonies illégales5. suivie par Delhi (1. Planet of Slums. un des plus grand bidonvilles du monde (environ 600. le mot bi- donville n’est pas un terme global. Au Brésil. en particulier à cause de Dharavi. Kolkata et Dhaka – contiennent à elles seules 15. elle reste une des représentations internatio- nales d’un pays aux colonies illégales. Mike. Selon UN-HABITAT. les bidonvilles ne sont pas uniformes : chaque pays.com métropoles d’Asie du Sud – Karachi. Seulement.5 à 2 millions). ainsi qu’à fournir une planification urbaine efficace et une bonne politique de logement. En effet. et en Inde de slum. Mumbai. mais montre très clairement que la majorité des villes ont du mal à loger ses résidents de manière formelle. Maurice. Notes 5 MITCHELL. Pourtant. Campement Roms.

1000k 750k Population (en milliers) 500k 250k 0k 1990 1995 2000 2005 2007 2010 2012 Illustration 7 .Evolution de la population des bidonvilles dans les pays en développement Source: UN-HABITAT 8 .

déjà peu solides (ils sont sou- vent réalisés en paille. En effet.. bien sûr. ils ne correspondent pas du tout à l’idéal du développement urbain dans les pays du Sud. de par flickr. les bidonvilles sont des structures officiellement illégales puisqu’ils ont été construits sans autorisation sur des terrains privés ou gouvernementaux. p. criminalité et insécurité sont souvent présentes dans les bidonvilles. des voies ferrées principale- ment – augmentant le risque d’effondrement des logements.com la pauvreté et le manque de ces services primaires.3. Chris. Kolkata. et ils ne suivent aucun plan d’urbanisme défini. De plus. nid de mala- dies. les habitants des bidonvilles ont très rarement accès aux services sanitaires de base (installations sanitaires. boue. Etant illégaux. ils sont le plus souvent peints comme la gangrène d’une ville. logements précaires. Inde accentué dans les colonies illégales ce qui augmente le risque de maladies. . Les bidonvilles ont toujours porté une image très négative : insalubrité. De plus. 1. Camps Roms. les bidonvilles s’installent généralement sur des terrains à risque (inondations. En effet. forçant les habitants à se relier illégalement au réseau public.. New York.) – le long des rivières. half paradise. Medgidia flickr. accès à l’eau potable) ainsi qu’à l’électricité. pauvreté. les Etats ne vont généralement pas chercher plus loin que ce statut illégal pour dé- cider de leur destruction et de la relocalisation de milliers de personnes. La gestion des déchets est quasi-inexistante. LES BIDONVILLES – UNE IMAGE NÉGATIVE “ He let his mind drift as he stared at the city.com 9 . ou matériaux de récupération comme la tôle). flickr. Enfin. Graceland. En effet. problème déjà présent dans beaucoup de villes du Sud. Inde comme dans les pays développés d’ailleurs. la honte de cette dernière et l’ennemi numéro un à éliminer à tout prix. 2004.7. How could a place be so ugly and violent. yet beautiful at the same time ? ” — ABANI. half slum.com Cette représentation a. ils doivent donc forcément être détruits. mais Mumbai. une grande part de réalité. glissement de terrain.

on tend à opposer systématiquement pauvre et riche. bidonville et ville moderne : « En lieu et place des cités de verre s’élevant vers le ciel. Bien que la volonté – celle d’offrir des logements pour tous. Mike. plus impor- tants que jamais. Cependant cette vision correspond à une vision binaire du monde. les excréments et la décomposition »7. Planet of Slums. 2008 10 . ses habitants et son fonctionnement? Notes 7 DAVIS. centre commercial). Les bidonvilles ne sont-ils vraiment qu’insalubrité. voyant la ville moderne comme bonne et les bidonvilles comme mauvais. pollution et crime ? La problématique est-elle aussi simple. Verso. Le film dépeint un niveau de vie déplorable et une constante bataille afin de survivre dans les slums indiens. Le plus souvent. l’un des slums les plus connus au monde. un accès aux services publics et une meilleure santé – soit louable. et d’autre part de nouveaux équipements publics (école. hôpital. libérant ainsi les terrains afin de cons- truire. on peut se rendre compte aujourd’hui qu’aucune de ces mesures n’a été une réelle réussite : les bidonvilles sont toujours présents. son développement. Ne serait-il pas alors temps de remettre en question certaines idées reçues afin de développer une solution intégrée. en compréhension plus approfondie avec ce qu’est un bidonville. Cette représentation peut même se trouver dans diverses littératures et médias comme dans le célèbre film « Slumdog millionnaire » de Danny Boyle (2008). une bonne partie du monde urbain du XXIème siècle vit de façon sordide dans la pollution. en particulier dans les pays du Sud aux situations tellement complexes? La tendance générale des Etats a été de promouvoir une ville sans bidonvilles. et un futur proche où leur éradication totale serait possible semble peu probable. équipements qui ne profitent que rarement aux plus démunis. film relatant la vie d’un jeune habitant de Dharavi. d’une part des logements. c’est-à- dire de détruire tous les colonies illégales existantes.

On l’a vu. Bidonvilles et architectes être aussi vu comme la première étape entre sans-abris et abris. il n’y aurait pas certains éléments qui mériteraient d’être étudiés. mais grâce à la volonté de sa conclusion.htm population. 1.fr/site%20bidonville/bv- et espoir. plutôt que de considérer l’ensemble d’un bidonville comme mauvais et à supprimer. préface pour TEKIN.free. Marion Boyars Publishers . manque d’infrastructures. the scattered feathers. ils peuvent BARNET. précarité des constructions. et il est vrai qu’ils posent beaucoup de questions en matière d’organisation urbaine.1993. from the garbage. ils représen- tent l’anti-développement et l’anti-urbanisation par excellence . Ainsi on peut se demander si. something new and beautiful may be born ” — BERGER. Yann. John. les bidonvilles sont en fait des quartiers d’espoir.4. exemple de la déter- mination de ces migrants. les bidonvilles sont effectivement la source de nombreux problèmes – sani- taires. En effet. voire même d’être transposés dans d’autres situations urbaines ? Le bidonville est-il vraiment un phénomène à éradiquer ? Les bidonvilles peuvent-ils aussi être vus comme des exemples de formes urbaines ainsi que d’architecture traditionnelle et vernaculaire. the ashes and broken bodies. entre pauvreté extrême barnet. Schéma de Le Corbusier - Voir les deux faces des bidonvilles Mais les bidonvilles ne sont pas forcément qu’un symbole de rétrogression . utilisation du terrain de manière illégale. Ainsi. d’en faire un chez-soi – aussi primaire soit-il – et à survivre au quotidien dans le monde difficile qu’est la ville. Ils sont le résultat de la formation d’une communauté. PROBLÉMATIQUE DE L’ÉNONCÉ “ The promise is that again and again. Berji Kristin: Tales from the Gar- bage Hills. d’un abri dans un milieu qui leur est hostile. ils ne correspondent pas aux idéaux de la ville moderne et par conséquent doivent être éliminés. conservés. « Rumor ». En leur sein sont concentrées la pauvreté et la misère d’une ville. de leur capacité à s’adapter à un environnement alors étranger. étape franchie non pas grâce au gouvernement.yann. Latife. à construire un abri par soi-même. peut-être plus capable de répondre aux besoins et au mode de vie des habitants locaux qu’un bâtiment moderne construit de fer et de béton ne peut le faire ? 11 .

leurs connaissances. arrivent en ville avec leur passé. Cependant ces pays restent riches en histoire. et réussissent à les implanter dans l’espace urbain en dépit de sa volonté de formatisation. en terme d’urbanisation et d’architecture vernaculaire. l’espace urbain est caractérisé par les gratte-ciels. pas celui qui parle d’insalubrité. 12 . sous certains aspects. en culture. Peut-on chercher à comprendre les bidonvilles comme faisant revivre les traditions locales dans la ville ? Dans cet énoncé. leur culture. L’Inde. comme faisant partie de l’héritage in- dien. très stéréotypée pour ses bidonvilles . la construction de verre et d’acier. en construction et en architecture.les pays développés mêmes. qui viennent des villages et zones rurales. Ainsi. elle est actuellement en phase de devenir un des géants sur la scène internationale : les questions d’urbanisation et de ges- tion des bidonvilles sont alors primordiales pour son ascension et son développement. Ainsi on peut se demander si les bidonvilles indiens pourraient être considérés. histoire qui se lit rarement dans l’espace urbain des pays en développement qui cherchent à effacer certaines de leurs traditions au nom de la modernisation. de continuation de l’architecture traditionnelle à travers les bidonvilles. mais aussi en terme de hiérarchie sociale et de mélange de populations. l’Inde est un pays qui possède une très grande richesse historique. Mais ces migrants. et un nouveau mode de vie calqué sur le modèle occidental. leurs traditions et leurs mœurs. leurs savoir-faire. calquent ce qui est l’exemple de l’urbanisation et de développement . par conséquent. ce qui est aussi le cas du phénomène des bidonvilles et des secteurs informels. de sensibilité. voire même à reproduire dans une certaine mesure en les considérant comme un modèle d’habitat urbain alternatif. mais plutôt celui qui parle de traditions. et plus particulièrement sur la ville de Chennai dans le Tamil Nadu. en savoir-faire. Le travail portera sur l’Inde. en tradition. de mode de vie et de capacité d’adaptation de la part de ses habitants. Par ailleurs. Aujourd’hui les pays du Sud cherchent à tout prix à gagner la course au développement afin d’obtenir une place importante sur la scène internationale et. je cherche à développer un autre point de vue des bidonvilles. Les choses n’y sont jamais noir ou blanc et toute situation indienne est extrêmement complexe. de précarité et de régression – sans l’oublier pour autant –. me semble-t-il est un des exemples les plus frappants en matière d’inégalités au sein des villes. et donc être vus comme des éléments à conserver.

je me pose la question du rôle de l’architecte dans cette problématique. MÉTHODOLOGIE ET DÉMARCHE Afin de répondre à ces questions et d’établir une vision plus positive des bidonvilles. mais il est aussi un dépassement des savoir-faire ruraux. la sociologie. organisation – à condi- tion qu’il soit intégré et pris comme un élément de la ville à part entière. 13 . il permettrait de développer une nouvelle forme transitionnelle entre urbain et rural. il me semble important d’élargir le champ de domaines. • Je cherche à montrer que le bidonville sous sa forme originelle pourrait être une alternative crédible aux réhabilitations proposées par le gouvernement. A quel moment. quatre hypothèses formeront la base de ce travail : • Tout d’abord. Il permet l’apprentissage de l’un avec l’autre. Le bidonville n’est alors pas qu’un simple village qui s’est retrouvé dans la trame urbaine. Le mythe de l’architecte comme Dieu doit être détruit. il est un seuil entre le monde rural et le monde urbain.5. Dans un sujet comme celui-ci. Mon travail se base sur une situation où les changements urbains et culturels rapides affectent les communautés traditionnelles et transitionnelles qui n’ont accès qu’à un nombre limité de ressources. générant des savoir-faire. je considère le bidonville comme une synthèse entre les pratiques rurales et urbaines. • Finalement. de ne pas le restreindre à ma simple formation – archi- tecture – mais aussi de l’ouvrir à l’urbanisme. mais plutôt celui du professeur. les interactions générées par les bidonvilles commencent-elles à intéresser les architectes? Son rôle ne va pas être celui du concepteur tout puissant. suggérant une critique de l’urbanisme duquel ces projets découlent. et non comme deux entités distinctes. En effet. la politique et l’économie afin d’offrir une vision globale du sujet. j’établis que le bidonville n’est pas forcément un problème à éradiquer. mais qu’il peut devenir une opportunité – force de travail. Ces projets seraient alors inutiles à conditions de « développer » et « d’assainir » de manière sensible et appropriée à chaque bidonville. des modes de vie. logement. voire de nouvelles traditions. qui guide et accompagne les habitants des bidonvilles dans la construction et l’organisation de leurs logements. et il faut voir l’architecte comme un égal aux habitants des bidonvilles. 1. • Ensuite.

ainsi que visiter plusieurs types de maisons afin de les étudier.livres. avec cet énoncé je cherche à comprendre les modèles d’urbanisation qui ont amené à la globalisation des bidonvilles. Fruit de ces deux étapes. plus posi- tive. et quels sont ses liens avec l’architecture traditionnelle indienne. intrinsèques à la culture et à l’architecture indienne. je me base sur une étude de cas à Chennai. de même que des projets de réhabilitation réalisés par le gouvernement. Inde. Durant ces visites. je compte pouvoir dessiner cette autre vision des bidonvilles. avant de pouvoir proposer une intervention. de visiter les différents organes politiques. l’Inde possède une histoire urbaine assez complexe. En effet. Dans le cadre de ce travail j’ai suivi une double démarche – théorique et pratique. celle. confirmant le fait que ces derniers ne sont pas qu’un simple élément dû à l’urbanisation trop rapide du pays. puis pratique grâce à un voyage à Chennai. de part sa colonisation britannique. afin de com- prendre les enjeux actuels. Dans un deuxième temps. Je compte aussi étudier les phénomènes d’auto-construction qui régissent la formation des bidonvilles. Pour finir. cher- chant à comprendre leur définition et leur signification en Inde. quelque part. en analysant les différents types de maisons visitées. Avec ceci. et à comprendre ces bidonvilles. mais surtout afin de visiter plusieurs de ces colonies illégales. dans le but de comprendre la ville. documents officiels –. articles. Plus en détail. A partir de là. qui lie les bidonvilles à la tradition indienne. je compte tisser des liens entre architecture des bidonvilles et architecture vernaculaire indienne. ainsi que leur avenir. je compte développer une théorie des bidonvilles. leur formation et leur dével- oppement. j’ai pu réaliser des interviews des habitants. Ainsi. Tamil Nadu – une des plus grandes villes de l’Inde – afin de confirmer cette théorie des bidonvilles développée pré- cédemment. A travers cette notion d’informel. ses politiques de planification urbaine et de logement. et de part la présence très forte du secteur informel qui induit un urbanisme parallèle. mais sont aussi. je compte identifier quelles sont les limites des bidonvilles et quelles sont ses relations avec la ville « formelle ». Théo- rique afin de récolter toutes les informations nécessaires dans différents ouvrages . le fonctionnement indien. l’énoncé se développera comme suit : dans un premier temps je compte me pencher sur les phénomènes d’urbanisation en Inde. 14 . j’ai pu choisir un bidonville en particulier qui fera l’objet d’une étude plus approfondie et qui sera le site du projet à venir.

.

CHAPITRE 2 PHÉNOMÈNES D’URBANISATION EN INDE .

25 Mais.5% de la population mondiale . Global Report on Human Settlements . Writing the Anxious City : Images of Lagos in Nigerian Home Video Films. 2011 0 1951 2000 2001 2005 2011 2031 9 DUPONT.1. ce chiffre est estimé à 463 millions selon UN-HABITAT (illustration 9).Villes de plus d’un 10 UN-HABITAT. 2. seuls deux pays ont une population supérieure à un milliard : l’Inde et la Chine . malgré son augmentation importante. la population indienne représente 17. 377 millions d’indiens 45 vivaient dans les villes. la croissance de la population urbaine a dépassé celle de la population rurale. et selon un rapport 60 de l’ONU. elle s’élève à 1. alors qu’en Chine elle vient de 20 dépasser la barre des 50% (illustration 10). L’Inde est ainsi un pays aux multiples visages. mais aussi par une population très largement rurale. « L’urbanisation en Inde : Révision de Quelques Mythes et Vrais Défis ». et d’ici 2020. 2011 15 . and for that reason we glorify it. 40 35 En 1951. ce qui place la population urbaine indienne au deuxième rang mon. 2002 70 L’Inde est un pays qui est en train de prendre de plus en plus d’importance dans le 70 monde. lorsque les deux 55 pays atteindront une population d’environ 1. 65 selon la Banque Mondiale. Mars 2008 Illustration 8 . 30 tion 8). The city is everything to us – it consumes us. million d’habitants en Inde Source: IIHS tlement Programmes. 15 caractérisé à la fois par une scène urbaine et les grandes métropoles qui la caractérise. Actuellement. 40 dial8. représentant 19% 35 de la population totale9 . la population urbaine reste encore relative.Cities and Climate Change. dans: Rayonnement du CNRS n°47. INTRODUCTION “ We live in the age of the city. 53 50 Entre 2001 et 2011. 23 ment faible : elle ne représente 31% de la population totale. ” — OKOME. Onookome. pour la première fois depuis son indépendance. Aujourd’hui.45 milliards.237 milliards (2012). soit plus de dix fois en 60 ans10 (illustra. UN Human Set. en 2011 il en comptait 53. le pays possédait 5 villes de plus d’un million d’habitants. 10 Notes 5 5 8 Census of India. la population indienne dépasserait celle de la Chine d’ici 2028. Véronique. En 2011.

CHINE
EUROPE
552,486 786,761
USA
293,732

INDE BANGLADESH
463,328 62,886 THAILAND
27,800

KENYA
13,826 PHILIPPINES
57,657
BRESIL
187,104 AUSTRALIE
AFRIQUE DU SUD 21,459
35,060

Illustration 9 - Projection de la population urbaine en 2020 (en millions)
Source: UN-HABITAT : Climate Change and Cities

60,00

50,00

40,00

30,00

20,00

10,00
1960

1965

1970

1975

1980

1985

1990

1995

2000

2005

2010
Population urbaine (% de la population totale), Inde
Population urbaine (% de la population totale), Chine

Illustration 10 - Evolution de la population urbaine en Inde et en Chine
Source: La Banque Mondiale
16

L’Inde est aujourd’hui un pays passé à la loupe de par sa rapide expansion et moderni-
sation, et de par la place qu’elle est en train de prendre dans le monde (illustration 11 et
12). Son urbanisation reste quelque chose de très complexe à cause de l’énorme diversité
de ce sous-continent et des nombreuses données à prendre en compte. De plus sa grande
rapidité fait peur, et le pays a du mal à la contrôler et à suivre en matière de logements et
d’infrastructures. L’Inde est-elle capable de maintenir sa croissance tout en fournissant les
infrastructures de base à ses habitants urbains ?
En révisant le mythe de l’explosion urbaine en Inde, je cherche à identifier les défis
que cette dernière pose – les inégalités sociales qui entrainent une fragmentation urbaine,
l’insuffisance des logements et des infrastructures – et comment le gouvernement pourrait
développer une urbanisation plus modérée et plus apte à répondre aux problématiques in-
diennes. Dans cette partie, je cherche à comprendre la nature des villes indiennes, l’impact
de la colonisation sur leur développement, leur fonctionnement, leurs caractéristiques et
politiques en place, et à montrer la complexité des phénomènes d’urbanisation en Inde,
desquels découlent les bidonvilles.

17

Taux de Taux annuel
Année du Population Pourcentage croissance de croissance
Census urbaine de l’urbain décennal exponentielle
1901 25,850,000 10,84% - -
1911 25,940,000 10,29% 0,35% 0,03%
1921 28,070,000 11,17% 8,2% 0,79%
1931 33,460,000 11,99% 19,2% 1,76%
1941 44,150,000 13,86% 31,97% 2,77%
1951 62,440,000 17,29% 41,42% 3,47%
1961 78,940,000 17,97% 26,41% 2,34%
1971 109,110,000 19,91% 38,23% 3,24%
1981 159,460,000 23,34% 46,14% 3,79%
1991 217,180,000 25,72% 36,19% 3,09%
2001 286,120,000 27,86% 31,74% 31,74%
2011 377,110,000 31,16% 31,80% 31,80%

Illustration 11 - L’urbanisation en Inde entre 1901 et 2011
Source: Bhagat and Mohanty (2009)

Illustration 12 - Image satellite de l’Inde
Source: manikarthik.com/news/india-pictures/india/
18

It’s still seen as something elitist. la population indienne devient de plus en plus urbaine .2. La croissance urbaine et sa gestion ont Daly College. Ce sont eux qui ont introduit l’urbanisation moderne du pays et qui ont donné aux villes leur forme moderne.com rarement été au centre des plans de développement11. En effet. d’un point de vue économique comme politique. Shirish. director of McKinsey in Mumbai Gandhi disait « India lives in its villages » . et bien que les villes indiennes ont effectivement appartenu aux anglais dans le passé. à leur arrivée. Indore wikipedia.com 11 SIVARAMAKRISHNAN. Les indiens ne les ont pas encore accepté en tant que telles et aujourd’hui ils subissent un grand retard en matière d’urbanisation et de développement de leurs villes. wikipedia. ” — SANKHE. the Urban Renewal Mission. 2011 19 . Nous l’avons vu. que 20 à 30 ans après l’indépendance. que ces derniers contrôlaient et géraient et donc dont les in- diens n’avaient pas à se soucier ni à comprendre. K. le nom du site choisi par la British East India Company pour s’établir de manière permanente sur la côte Sud-Est. Chennai wikipedia. Par exemple.C. Ces dernières étaient donc quelque chose qui « appartenait » aux anglais. Chennai « construit » la ville de Chennai en 1639. depuis son époque déjà. alors nommée Madras. Notes Université de Madras.. bien que ce soit encore vrai d’un point de vue des chiffres. nom dérivé de Madras.com patnam. comme Kolkata ou Delhi. 2. ce sont les anglais qui ont Ripon Building. RÔLE ET IMPACT DU BRITISH RAJ “ For most people it’s still not clear what the role of the city is. Sage publi- cations. l’Inde commençait aussi à vivre dans ses villes. Re-visioning Indian Cities. de les étudier et de les comprendre afin de pouvoir y vivre correctement. les anglais ont fortement contribué au développement des villes. Cependant ce fait n’a commencé à être accepté. Ceci est en grande partie dû au fait que les villes indiennes sont encore assimilées au souvenir de la colonisation anglaise. il devient maintenant urgent pour les indiens et le gouvernement d’accepter leurs villes.

dans leur propre pays L’esclavage britannique manikarthik. leur refus d’améliorer l’assainissement ou encore de fournir les infrastructures primaires aux quartiers indiens a engendré de nombreuses épidémies et pertes humaines au début du 20ème siècle et a créé d’immenses problèmes de misère urbaine qui ont été hérités par les élites nationales au lendemain de l’indépendance. formant déjà ce qui deviendra les slums en reléguant la majorité des indiens hors de « leurs » villes. En Inde. mais d’autre part. formant une ségrégation raciale qui a entrainé de fortes fragmentations spatiales : ils restaient dans leur section des villes. les anglais étaient sans doute les plus grands bâtisseurs de bidonvilles de tous les temps. Le gouvernement indien s’est retrouvé à devoir gérer un terri- toire immense. De plus. Ainsi.wikispaces.com 20 . ils ont aussi poussé à l’augmentation d’inégalités (alors entre britanniques et indiens) et à la création de quartiers insalubres poursuivant ainsi un modèle urbain – d’utilisation du territoire et de densité de population – de dominance raciale. bien qu’ayant savamment préparé leur départ pendant presque un an. Baluchistan Hyderabad Règle britannique Mysore Administration britannique Etats indiens Le territoire anglais en Inde. une population grandissante et le développement de villes dont il n’avait pas Kashmir géré la formation au départ. au moment de l’indépendance les britanniques ont laissé les indiens sans aucun réel outil pour appréhender la situation en matière d’urbanisation – entre autres –. dans des quartiers souvent insa- lubres. Il est vrai que les britanniques ont largement contribué à l’urbanisation du pays et à son développement .com/news/india-pictures mais aussi dans le monde. Par ailleurs. confirmant leur statut de colons. provoquant une grande inégalité de densité de population. Le bidonville moderne tel qu’on l’entend aujourd’hui était ainsi un futur inévitable dans le développement urbain du pays. De plus. 1860 imperialismunit5hot. les anglais restaient générale- ment entre eux. malgré leur antipathie pour les grandes colonies urbaines indigènes.

elle appartient à une société urbaine minoritaire dans un sous-continent à dominance rurale – et qui le restera à moyen terme – mais qui produit des villes géantes au rang de mégapoles mondiales. la fragmentation sociale et spatiale. Notes 12 La Banque Mondiale 21 . qui entraîne de nombreux problèmes sur son passage comme la pollution. le manque d’espaces publics et la pauvreté urbaine. elles abritent moins d’un tiers de la population totale mais génèrent les deux tiers du PIB du pays12. Effectivement. la plupart des villes indiennes se sont étendues de manière incon- trôlée et ne disposent ni d’infrastructures suffisantes pour accueillir la population grandis- sante. ni de système de transport public efficace pour circuler. 2. URBANISATION MODERNE – MENACE ET ESPOIR “ All cities are mad. La ville peut alors être vue à la fois comme un espoir mais aussi comme une menace. Minoritaires sur le plan démographique. En 1991.3. All cities are beautiful. Christopher La ville en Inde – comme la plupart des villes du Sud – s’inscrit dans un contexte para- doxal à plusieurs niveaux : elle peut revendiquer des vestiges de cités et d’architecture parmi les plus anciens de la planète (plus de 3000 ans). La plupart de ces mégavilles dans les pays en développement ont suivi la même trajec- toire : une croissance d’abord lente voire en retard. but the madness is gallant. en constante croissance. mais c’est aussi un système incontrôlable. but the beauty is grim. la congestion. ces dernières jouent cependant un rôle décisif dans l’économie nationale : en Inde. puis soudainement une forte accéléra- tion dans les années 1950-1960. de s’ouvrir et de monter sur la scène internationale .” — MORLEY. C’est cette magnifique machine qui permet au pays de se développer. mais elle se situe aujourd’hui dans une des régions les moins urbanisées du monde . l’Inde lance une politique de libéralisation de son économie ce qui catapulte les zones urbaines au centre du développement économ- ique du pays.

elle n’est maintenant plus qu’un axe qui sert à peine à accéder aux bâtiments qu’elle longe. Ne risque-t-on pas de perdre ces connaissances et savoir-faire à cause de la croissance incontrôlée des villes? La ville moderne est aujourd’hui une ville anonyme. Maurice. de vendeurs. faisant partie de l’héritage indien et répondant directement au contexte. à la dégradation de l’environnement due à la modernité et aux forces du marché mondial13. matériaux symboliques de l’industrialisation et de la modernisation. La planification de Chandigarh par Le Corbusier en est un exemple : bien que la ville soit effectivement mieux « organisée » et la circulation plus contrôlée. Cependant. Chennai plus anciens et de techniques de construction traditionnelles. par conséquent. aujourd’hui la construction ressemble de plus en plus à celle vue en Occi- dent. de charrues tirées par des vaches. tout simplement de par la différence géographique et donc météorologique. il ressort de cette rigidité un sentiment général d’absence de vie et d’activités et donc d’insécurité. Ainsi. de rickshaws. métal ou en béton. Learning from Delhi. … Les espaces au rez-de-chaussée sont aujourd’hui de plus en plus utilisés pour des parkings. celle de bâtiments modernes en verre. L’urbanisation trop rapide des villes indiennes modifie profondément le paysage urbain et. Cette dernière est désormais complètement engorgée de voitures. Alors que la rue était l’espace par excellence qui permet- tait l’interaction sociale de la communauté. 2010 22 . architecturales et sociales et la nouvelle modernité qu’elles décou- vrent : en effet. route tres urbains. dans les villes indiennes les traditions et savoir-faire locaux se retrou- vent juxtaposés avec ceux du changement brusque dû à l’urgence. Notes Les routes à Chandigarh 13 MITCHELL. Dispersed Initiatives in Changing Urban Landscapes. L’espace urbain le plus touché par ce phénomène est la rue. ceci se fait au détriment de bâtiments Rue à George Town. le mode de vie des indiens. Ashgate. ne correspond pas aux mœurs indiens. Cette expansion incontrôlée a par ailleurs conduit à la formation de bidonvilles. à Charrue tirée par une vache sur la l’intérieur comme à la périphérie des villes. de scooters. les villes indiennes ne sont pas en mesure de faire une synthèse entre leurs traditions urbaines. et les balcons donnant sur les rues sont souvent fermés afin de se protéger de la poussière et de la pollution. de vélos. Alors comment effectuer une continuité entre eux? Pour le moment. Il y a aujourd’hui un besoin pressant de rendre la rue aux piétons afin de ranimer ces interactions sociales propres à l’Inde. de piétons. et ce dans quasiment tous les grands cen. L’Inde est un pays très riche en techniques et matériaux dont l’Occident n’a pas l’habitude. qui bien que fonctionnant en Occident.

Le développement urbain. non voulue. leur richesse et leur complexité – et le chaos créé par la rencontre incontrôlée entre la ville indienne et l’urbanisation moderne.html#axzz2k4brCpwZ 15 KALPANA. C’est cette rapidité qu’il faut surveiller15. ft. Il est important de différencier le « chaos indien » – qui fait partie des caractéristiques des villes indiennes. la confusion qui nait de l’indifférence et de la négligence ne peut que préoccuper. On voit ainsi que l’urbanisation en Inde est quelque chose de très complexe. SCHIFFER. leur flexibilité. Dans la mesure où le déclin et le renouveau sont des proces- sus naturels. cependant ces dernières ne correspondent pas au même contexte et ne répondent pas aux mêmes enjeux que les villes indiennes. non autorisée. c’est la rapidité du changement qui maintient l’équilibre. Ce qui est intéressant c’est de voir ce qui se passe lorsque ces deux faces se rencontrent. « India Unprepared for Urban Migration ».. Mais la modernisa- tion a entraîné un changement nettement plus rapide qui a abouti à des perturbations de l’urbanité. K. Notes 14 LAMONT. mal construite et avec peu de services et infrastructures. Madras. 22 Avril 2010. 2003 23 . the Architectural Heritage. le directeur de McKinsey à Mumbai14. Alors que le chaos peut être vu comme une qualité positive inhérente à beaucoup de centres urbains historiques en Inde. est un phénomène cyclique qui montre un roulement continu entre déclin et renouveau des aspects physiques et socio- économiques de l’urbanité. représentant leur diversité. James. propre.com/intl/cms/s/0/b5dfac22-4dd1-11df-b437-00144feab49a. Frank. dans : Financial Times. le gouvernement cherche souvent des réponses et des exemples dans les villes occidentales. mais aussi en Europe. Pour preuve. Il y a urgence de développer une solution contextuelle propre aux spécificités indiennes. non planifiée. problème auquel les solutions classiques « européennes » ne suffiront pas : « The current approach of business-as-usual will not work » selon Shirish Sankhe. avec toutes les infrastructures nécessaires. Quasiment toutes les villes ont cette double face : une partie bien planifiée. d’une perspective historique. et une autre partie. INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage).

efficace ou non soit-elle. de planifica- tion à l’éradication de la pauvreté et à l’établissement d’une société urbaine industrielle prospère. LE VISAGE DES VILLES INDIENNES “ Urbanisation is a relentless process. Depuis l’indépendance. le pays poursuit une politique d’économie mixte. Discours du lancement du JNNURM. 3 Décembre 2005 Face à cette urbanisation et métropolisation féroce on peut se demander quelle est la position du gouvernement indien ? Comment propose-t-il de gérer et de contrôler ces phé- nomènes qui façonnent le visage des villes indiennes ? A cause de la croissance énorme que subit l’Inde. Rapid urbanisation has not only outpaced infrastructure development. of relentless march of pollution and ecological damage. privilégiant ainsi la fragmentation de cette dernière et favorisant l’apparition de colonies informelles. This gives you an idea of the massive challenge that lies ahead. With urbanisation comes the need to invest in infrastructure and improve the quality of life in our cities. ” — SINGH. Premier minisitre d’Inde. which has come to stay and has to be factored into all our developmental thinking and development processes.2. Manmohan. 24 . the down- side of increasing homelessness.4. Cette politique s’est articulée autour de séries de « Five-year plans » pour chaque Etat et grande ville. but has also brought in its train a terrible downside – the downside of proliferating slums. ce depuis 66 ans : le développement urbain indien est ainsi un produit de cette planification. the downside of growing urban poverty and crime. (…) We are poised to have nearly fifty per cent of India living in our cities by the earlier part of the present century and that should give you an idea of the magnitude of the development and renewal task that awaits all of us. une des grandes règles d’urbanisme a été celle de la décentralisation dans les grandes villes.

le gouvernement reconnaît pour la première fois l’importance du secteur urbain pour l’économie nationale. pourvoir un bail assuré à des prix abordables. l’attention se porte en priorité sur la croissance urbaine et comment la contrôler. Il veut créer des villes productives. Ces dernières années un programme se distingue. on peut dessiner trois grandes étapes : • Durant les années 1950-1970 (les trois premiers « Five-year plans »). Notes 16 Jawaharlal Nehru National Urban Renewal Mission Overview. Le JNNURM compte développer de nouveaux plans de développement urbain pour chaque ville choisie. programme de sept ans lancé en 2005 et prolongé jusqu’en 2014 qui cherche à améliorer la qualité de vie et les infrastructures dans les villes. mais aussi la problématique liée à la pauvreté urbaine. le JNNURM (Jawaharlal National Nehru Urban Renewal Mission). mais surtout parce que le prix de ces logements étaient bien trop élevés pour ceux qui en avait besoin . Avec ce programme le gouvernement cherche à développer les villes en terme de qualité. efficaces et responsables en améliorant les infrastructures économiques et sociales. mais aussi cherche à s’assurer que l’urbanisation soit contrôlée en suivant un développement planifié. avec la création du UBSP (Urban Basic Service for the Poor). même les programmes de logements pour les LIG (Low Income Group) dépassaient les capacités financières de ces derniers. • Durant les années 1970-1980. le gou- vernement se concentre sur la politique de logement. Ce programme détecte trois types de villes : les méga-villes – dont font partie Chennai ou Mumbai –. A partir de ces différents « Five-year plans ». Mais ces politiques sont restées au stade d’intention à cause du manque de financement. On cherche à décongestionner les villes et à disperser la population en promouvant des petites villes et de nouveaux centres urbains. • Au cours des années 1990-2000. différenciée de la pauvreté rurale. les villes de plus d’un million d’habitants – comme Agra ou Varanasi – et les villes de moins d’un millions – comme Chandigarh ou Mysore. Ministry of Urban Employment and Poverty Alleviation and Ministry of Urban Development 25 . avec pour but que chaque famille ait un toit. amélioration des logements et de fournir aux pauvres urbains un logement près de leur lieu de travail16. Il s’agit de la plus grande initiative prise par le gouvernement en matière de planification urbaine nationale. Par ailleurs la première NHP (National Housing Policy) qui vise à éradiquer l’habitat précaire est créée en 1992. en particulier pour les plus pauvres – accès aux infrastructures de base.

Celle-ci fait défaut dans la plupart des villes indiennes mais constitue un des principaux objectifs de la nouvelle politique nationale des transports urbains proposée en 2005.. mais aussi du gouvernement et d’ONG. Ils sont rarement appliqués tels quel. nous avons vu précédemment l’état critique des rues et routes indiennes et de la congestion qu’elles subissent. Cependant. Par ailleurs. Et bien que relativement active en terme de lancement de programmes divers et variés. Notes 17 DESAI. Sangam Books. La planification urbaine a besoin de développer de nouvelles méthodes. les planifications urbaines et la modernisation de l’économie contribuent aux disparités entre les classes rendant la vie des habitants des quartiers illégaux de plus en plus difficile17. les masterplans sont inadéquats et de toutes façons obsolètes car ils n’arrivent pas à répondre aux besoins des habitants et à ceux des moins aisés en particu- lier. de la corruption qui régit le gouvernement et du manque d’implication et de volonté de ceux qui ont le pouvoir. Une réutilisation et adapation du tissu urbain déjà existant permettrait de répondre aux aspirations changeantes des habitants et placerait les villes dans un processus de renouvellement constant. S. 1991 26 . La planification urbaine en Inde peut alors être considérée comme un échec. Ils reflètent peu une volonté d’inclusion car ils sont préparés de manière technique et bureaucratique. depuis l’indépendance. DEVADAS PILLAI. Mais il faut noter certaines notes positives : ces dix dernières années on peut voir une plus grande détermination de la part de la population. Dans la plupart des villes. néces- site une planification intégrée à celle des plans d’occupation des sols. n’intégrant pas les citoyens. Plutôt que de réduire le chômage et la pauvre- té. les visions sont restées figées et les plans qui en découlent n’ont que très peu évolué. Celui-ci est en partie dû à une compréhension non globale des prob- lématiques en jeu ainsi qu’à une stagnation des planifications . Les transports urbains. A. tous ces programmes ne font que répondre à court terme à ces problé- matiques que l’urbanisation rapide apporte.. plus globales et précises. à cause du manque de financement. Le fait que le gouvernement ait décidé de décentraliser son pouvoir en terme de planification urbaine et de le donner aux villes elles-mêmes serait une bonne étape dans cette direction. Slums and Urbanization.R. à vouloir développer une meilleure planification urbaine dans le but de répondre à leurs objectifs. incluant les habitants. facteur critique pour assurer la viabilité de l’expansion spatiale des grandes villes et leur efficacité économique. l’Inde accuse un clair retard en terme de développement.

1/4 des logements urbains sont des bidonvilles. En effet. Et lors de réhabilitation. En effet. De plus. Quelles sont les différentes mesures prises en terme de logement. STRATÉGIE D’HABITER “ Ultimately. Nandini. spécialement pour les pauvres. mais aussi et surtout à les abriter. The war against slums came dangerously close to being a bat- tle to control the settlement and habitation of the poor. Cam- bridge University Press. The Politics of the Urban Poor in Early Twentieth-century India. selon la Banque Mon- diale. il est clair que le nombre de personnes expulsées est bien plus grand que le nombre de personnes potentiellement relogées dans des nouveaux logements . the grand conception of urban transformation was whittled away and domes- ticated to meet the immediate interests of the propertied classes. nous avons vu que le gouvernement peine à fournir les infrastructures nécessaires à la population grandissante. surtout dans les grandes métropoles. the town planning schemes evolved as avenues to further the interests and aspirations of the propertied and the instrument of the growing marginalization of the poor.5. on voit bien qu’il n’arrive pas à suivre l’augmentation de la popula- tion urbaine. ” — GOOPTU. d’abord de manière générale. puis plus précisément en terme de low cost housing ? Bien que le gouvernement soit relativement actif en termes de politiques et de tenta- tives de changement. n’a pas su suivre la demande. l’augmentation des inégalités de revenus a réduit les possibilités pour les intégrer dans le marché du logement formel. l’approvisionnement de logement. Instead of unfolding as idealistic projects of social regeneration. a éliminé les pauvres des mar- chés du logement et des terrains. L’augmentation forte et constante des prix. Une des tâches majeures dans le secteur du logement pour l’Inde est celle de l’approvisionnement de logements adéquats pour les pauvres. il échoue à produire un nombre suffisant de logements à bas coût à l’intérieur des villes et pas seulement à leur périphérie. En Inde. and indeed an offensive against the poor themselves. 2001 Un des problèmes les plus pressants des centres urbains est celui du logement. 27 . 2.

• On trouve aussi des plans de développement in situ sur les terrains déjà occupés par les bidonvilles pour les résidents de ces mêmes bidonvilles. C’est seulement 45 ans après l’indépendance qu’une réelle politique du logement est dévelop- pée. Ces plans sont générale- ment financés par des subventions. une des premières vraies politiques en matière de logement qui visait à freiner la construction de logements luxueux pour laisser la place aux logements sociaux. International Migration in India Initiative. • Enfin il y a des schémas de développement pour l’amélioration de l’environnement des bidonvilles urbains (Environmental Improvement of Urban Slums (EIUS)) 18. National Workshop on internal mi- gration and human development in India. les accusant même de prendre de la place dans une aire urbaine qui ne leur appartiendrait pas. Notes 18 UNESCO et UNICEF. et prive de plus en plus la masse des producteurs et vendeurs de main-d’œuvre. La Constitution indienne établit le droit à la propriété comme basique et fondamental. suit une triple politique afin d’augmenter les logements pour les pauvres urbains vivant dans les bidonvilles : • Tout d’abord. de plus. il est désiré par les classes supérieures mais aussi par l’Etat. à travers lesquels les person- nes qui ont été expulsées d’un bidonville sont relogées dans la périphérie urbaine . 2012 28 . national comme local. le droit au logement et le droit à l’éducation. mais ce n’est pas le cas pour le droit au travail. Le gouvernement. Le terrain étant une denrée rare. rendues plus profitables en augmentant la FSI (Floor Space Index). ces politiques ne couvrent qu’une petite partie de la population de bidonvilles actuelle. La particularité du développement urbain indien est que la croissance économique enrichit les propriétaires et une petite partie des classes professionnelles. et depuis très peu de progrès ont été faits . Mais cette solution est assez rare à cause de la valeur du terrain en ville. Ces plans suivent les recommandations faites sous la National Housing Policy créée en 1992. il y a les Slum Resettlement Schemes. Le dilemme crée par cette prescription contradictoire – le droit à vivre mais ne garantissant pas le droit de travailler ou de pouvoir d’achat à ceux qui ne peuvent que vivre en vendant leurs compétences et force de travail – a donné lieu à de fortes tensions dans le pays.

et le gouvernement est à l’affût de chaque espace occupé par les bidonvilles pour y construire. car cela impliquerait être trop loin de leur lieu de travail. Chennai Notes TNSCB 19 UN-HABITAT. Par ailleurs. la stratégie d’habiter peut être couplée avec la stratégie de transports en commun de qualité. l’assurance au bail. provoquant de forts coûts de transport. les populations se tournent vers des colonies illégales19. Selon ILO (International Labour Organization) le marché de logement « formel » ne fournit pas plus de 20% des nouveaux logements. mais. Pour conclure. en Inde et dans la plupart des villes du monde en développement. Oxford 1996 29 . An Urbanising World : Global Report on Human Settlements. ainsi que de longues Projet à Ezhil Nagar. et les relogent toutes aveuglément dans les mêmes barres TNSCB de logements. donc par nécessité. peu de ces projets sont réalisés : les villes indiennes – caractérisées par un manque d’espace – subissent une pression du terrain énorme. détruisant toutes interactions sociales traditionnelles au profit d’un gain de place. ils ne se posent pas la question d’un logement adéquat aux populations. même si le gouvernement leur y construit des logements. les pauvres urbains refusent de s’installer à l’extérieur des villes. mal- heureusement. Les citadins pauvres doivent encore se loger eux-mêmes avec peu ou pas d’aide provenant de l’Etat pour se procurer des terres ou des infrastructures. la qualité du logement et le trajet pendulaire. il y a peu de bien-être social et presque aucune tentative de logements sociaux. le gouvernement entend un prix de construction faible et un logement comprenant toutes les infrastructures basiques permettant de vivre correctement. Ainsi le gouvernement échoue. La planification urbaine conventionnelle est-elle vraiment si incapable de développer des solutions viables à la problématique des logements pour les pauvres ? Proposition pour la réhabilitation de Perumbakkam. Cependant. Ceci contribue alors au développement des bidonvilles à l’intérieur des villes. Par adéquat. le gouvernement ne regarde ni la provenance ni les traditions de Projet de réhabilitation à Chennai chacune de ces populations. Chennai TNSCB heures de trajet. Dans la pratique. peu de logements pour les plus démunis. En effet. Les pauvres urbains doivent ainsi jongler entre le prix du logement. non seulement à produire des logements à bas coûts. en matière de proximité au lieu de travail. De plus ces schémas ont généralement peu de succès de par leur manque de com- préhension globale du problème. Sans trans- ports en commun efficaces. mais surtout à produire des logements qui correspondent aux attentes de ses habi- tants. de mode de vie et de traditions sociales. car de ces derniers dépend la localisation des logements.

les migrations religieuses ont conduit des millions de per- sonnes dans des bidonvilles : Mumbai. MURAYAMA. et en particulier les migrations internes. Mayumi. il faut réussir à comprendre et à contrôler les phénomènes de migrations internes. Karachi. Alors que certaines régions sont en retard dans leur capacité à supporter les populations grandissantes. d’autre part. Kolkata. Comment se passent les migrations dans le contexte indien? Quelles sont leurs caractéristiques? La migration d’un endroit à un autre à la recherche d’un meilleur niveau de vie est une des clés de l’histoire humaine. le vaste territoire indien. MIGRATIONS “ Much of the urban ills are attributed to the rural-spills. les différentes opportunités économiques et de travail variant d’Etat en Etat. d’autres se développent et les gens y migrent afin d’accéder à ces nouvelles opportunités. En 2011. Social Inclusion of Internal Migrants in India. Delhi. Rural to Urban Migration : A District Level Analysis for India. on ne peut pas entièrement se fier à ce chiffre car on sait que beaucoup de ces migrations sont invisibles. En ef- fet. ” — MITRA. La migration rurale-urbaine est l’un des facteurs principaux de l’urbanisation. ce sont les migra- tions. soit un tiers de sa population20. de démographie et de densité. Notes 20 Rapport de l’UNESCO. JETRO. les familles jointes. Cependant. qui contribuent de manière significative à la croissance des villes indiennes. la diversi- té des langues et de culture pourraient expliquer une faible migration. et surtout le droit à la circulation à l’intérieur du pays définit par la Constitution suggèrent une longue histoire de migration interne (illustration 13). 2013 30 . Bien que le système des castes. Pour contrôler l’urbanisation trop rapide des villes. aux premières heures de son indépendance. Ainsi. les valeurs traditionnelles. L’Europe l’a connu durant la période du 17ème-19ème siècle. Lahore et Dhaka ont dû ab- sorber des vagues de réfugiés. les migrations rurales se font de plus en plus nom- breuses. augmentant le vide entre rural et urbain. Arup. dramatiques en termes de culture. l’Inde a subi de fortes migrations. avec le développement des villes. Effectivement. l’Inde affiche un total de 400 millions de migrants internes.6.2. Institute of Developing Economies (IDE). 2008 Au moment de la partition.

12% 200 .200 Inter-District 24. Jammu and Kashmir Himachal Pradesh Punjab i Uttaranchal Delh na rya Ha Sikkim Arunachal Pradesh Rajasthan Uttar Pradesh Assam d lan Bihar ga Na Meghalaya Migrent vers ur nip Ma ura Madhya Jharkhand Aires rurales Aires urbaines Mizoram Trip Pradesh Raison pour migrer West Gujarat Bengal Hommes Femmes Hommes Femmes Chhattisgarh Emploi 286 7 557 27 Dadar Nagar Odisha and Haveli Maharashtra Etudes 107 5 68 22 Andhra Mariage 94 912 14 608 Arabian Sea Pradesh Bay of Bengal Déménagement des parents 221 44 252 294 Goa Karnataka Autre 292 32 109 49 Total 1000 1000 1000 1000 Andaman and Nicobar Illustration 14 .Carte des migrations internes indiennes en 2001 Illustration 15 . 2001 Source: Bhagat et Mohanty (2009) Source: Census of India 2001 31 .Distribution des migrants internes en pourcentage.Raisons pour migrer en 2008 Islands Tamil Source: Census of India 2011 Kerala Lakshadweep Nadu Population en milliers Intra-District 62.57% moins de 100 100 .31% Illustration 13 .300 plus de 300 Inter-Etat 13.

les migrants du travail travaillent souvent dans des endroits où les gens locaux refuseraient de travailler. 32 . il ne s’agit pas seulement de l’attrait des zones urbaines. des transports et des com- munications. en partie à cause du prix. les populations rurales sont de plus en plus attirées par les villes. Enfin. …). Par ailleurs les facteurs poussant les populations hors des zones rurales sont le faible revenu. En effet. faible niveau d’alphabétisation. mais aussi car ils trouvent plus facile de les discipliner. Il est cependant important de noter que la plupart des migrants vers les zones urbaines sont souvent les personnes les plus éduquées et les plus riches des zones rurales. Ceci vaut pour les migrants du travail qualifiés comme non quali- fiés. contre seulement 13% vers un autre Etat (illustration 15). Cependant. les offres de travail sont les nouveaux facteurs qui influencent les schémas de mobilité (illustration 14). La migration interne est principalement intra-état – les populations des zones rurales se déplaçant vers les grandes villes avoisinantes. mais aussi de l’incapacité des zones rurales à faire vivre ses habitants. il semblerait qu’il s’agit même d’une migration inter-district. Ainsi. on peut voir que la raison principale de migrer est celle du travail. ce qui entraine du stress et un fort impact sur leur attitude et leurs habitudes. Par ailleurs la migration d’une zone rurale à une zone urbaine est très traumatisante pour beaucoup : les migrants se trouvent exposés à un environnement différent. Il n’y a pas d’études qui puissent directement lier la migration au schéma de croissance dans les lieux de destination. forte pauvreté. A Chennai par exemple. dépendance sur l’agriculture. Avec l’ouverture de l’économie indienne en 1991 qui a entraîné l’industrialisation des villes d’une part. Ces migrants permettent de réduire la demande de main-d’œuvre. car il s’agit de travail rude et parfois dangereux. Ceci prouve que la migration en Inde se fait sur des distances courtes : 62% des migrants se déplacent à l’intérieur même de leur district. et le manque de soutien des zones rurales par le gouvernement d’autre part. les indiens savent qu’il est dur de s’en sortir en ville. il y a une nette préférence de la part des employeurs pour un migrant. l’amélioration de l’éducation. surtout à cause du prix élevé de la vie. textile. Les facteurs attirant les populations rurales vers les villes sont de plus en plus importants : la transformation rapide de l’économie indienne. formant une composante majeure de la force de travail dans beaucoup de secteurs et d’industries (construction. De plus.

De manière générale. les masterplans ne sont pas capables de répondre aux besoins des habitants urbains. Le résultat est que les coûts de la migration reviennent presque entièrement aux migrants mêmes. Ceci entraine des attitudes néga- tives et même de la haine et violence vis-à-vis de ces populations. Nous l’avons vu. Mais dans la plupart des villes. Notes DESHINGKAR. on peut considérer la planification urbaine indienne comme un échec. Une approche prenant en compte le droit à la ville démocratiserait la préparation du masterplan. les pratiques locales nient souvent les droits à la citoyenneté aux citoyens migrants. en particulier de ceux des migrants. la migration interne soulève les mêmes problématiques politiques que la migration internationale. La planification urbaine est pourtant un instrument important dans le droit à la ville des migrants. et le gou- vernement cherche à échapper toute à responsabilité de leur fournir les besoins basiques21. de par la grande diversité ethnique entre les Etats. Malgré des lois nationales qui garan- tissent le droit à la migration sur le territoire indien. signifie placer les migrants au cœur de l’agenda du développement de la ville et donc les bidonvilles avec eux. inclurait une stratégie de déve- loppement de ville-noyau et offrirait des possibilités non seulement pour réaliser les droits des habitants dans la ville – droit au logement. Il y a toujours eu en Inde des mouvements de « sons of the soil ». mais aussi leur droit à changer la ville selon leurs envies. droit aux infrastructures sanitaires. En Inde. 2004 33 . qui montrent que les migrants sont souvent traités comme des étrangers dans leur propre pays. Priya. droit à l’éducation et à la santé –. Ceci entraine l’augmentation d’une population « informelle ». les politiques vis-à-vis des migrants sont hostiles : les mas- ter plans des villes cherchent à les exclure . Livelihood Diversification in Andhra Pradesh and Madhya Pradesh India. les politiques de développement rural et d’agriculture cherchent à contrôler la migration vers les zones urbaines . et la migration est vue comme un processus déstabilisant politiquement et socialement. 21 Overseas Development Institute London. Faire ceci. ce pour quoi les migrants sont constamment accusés.

A travers tous les pays en développement. Mike. les plus riches ont adapté le zonage racial de l’époque coloniale pour défendre leurs propres privilèges d’exclusivité du territoire. Verso. Franklin Delano Les migrants. au manque de preuve d’identité. qu’on peut retrouver dans quasiment tous les pays à un moment de leur histoire (l’Apartheid en Afrique du Sud. environ les 3/4 de l’espace urbain indien est détenu par 6% des ménages urbains23 (illustration 16). 2002 tion du milieu urbain 23 DAVIS. éducation et logement. mais aussi entre ces dernières : « The root cause of urban slumming seems to lie not in urban poverty but in urban wealth »22.7. INÉGALITÉS ET PAUVRETÉ URBAINE “ The test of our progress is not whether we add more to abundance of those who have much . Planet of Slums. ordre qui accentue les inégalités à l’intérieur des villes. la ségrégation des noirs aux Etats-Unis). Gita. de représentation politique. les bi- 1 ménage urbain donvilles logent pour la plupart ces migrants. une fois arrivés en ville. ” — ROOSEVELET. poussant alors les migrants à développer un secteur informel. Pour preuve. Slumming India : A Chronicle of Slums and Their Saviours. Effectivement. Les modèles polarisés d’utilisation du territoire et de densité de population qu’on trouve dans les villes indiennes aujourd’hui reprennent des logiques plus anciennes de colonisation et de dominance raciale. ces migrations génèrent une surpopulation dans les villes. C’est ainsi que se développent les slums. Simplement les colons sont remplacés par les classes sociales élevées indiennes et la population indi- enne par les classes défavorisées. New Delhi. it is whether we provide enough for those who have too little. ainsi qu’un 1/4 de l’espace urbain manque de travail.2. 1 ménage urbain Notes Illustration 16 . En dépit d’une volonté officielle de libération nationale et de justice sociale. 3/4 de 3/4 de l’espace l’espaceurbain urbain A long terme. Ces migrations créent ainsi un nouvel ordre urbain. doivent souvent faire face au manque de droit au logement. à des travaux mal payés et dangereux. l’indépendance n’a pas vraiment changé cette situation d’exclusion géographique et sociale mise en place durant le Raj. 2008 34 . et à un accès limité aux services normalement pourvus par l’Etat – santé. ces pauvres urbains. les élites post-coloniales ont hérité et reproduit les bases des villes coloniales ségrégées.Densité de popula- 22 VERMA. En Inde. et à se 1/4 de l’espace urbain loger là où il est possible .

non seulement les politiques de développement urbain profitent 45-50% aux plus riches. Ainsi. entièrement équipés et souvent hermétiques au 50 reste de la ville. Mars 2008 pauvreté urbaine par rapport à la 25 DUPONT. Mars 2008 Source: World Bank 35 . mais le développement de schémas semblables déraillent même la planifi- 40 cation prévue. d’ici 2020. Cette fragmentation urbaine est d’autant plus forte avec le développement de « villes nouvelles privées » : des complexes résidentiels hauts de gamme. « L’urbanisation en Inde : Révision de Quelques Mythes et Vrais Défis ». population urbaine mondiale dans: Rayonnement du CNRS n°47. de travail. mais plutôt en constant mouvement dans lequel l’Etat intervient au nom du progrès. certains espaces restent à l’écart de l’urbanisation perpétuant l’existence 20 d’inégalités spatiales. « L’urbanisation en Inde : Révision de Quelques Mythes et Vrais Défis ». la pauvreté urbaine mondiale pourrait atteindre 45 à 50% de la population urbaine totale25 (illustration 17). utilisés pour les plus démunis ? Selon le UN 15 Urban Observatory. de l’embellissement et de la justice sociale 30 pour les pauvres. en tout cas en partie. Les plus pauvres se voient nier leurs droits civiques et la culture urbaine et sont vus comme un frein au pro- grès et à l’amélioration de la société urbaine. pour redessiner les frontières à l’avantage des propriétaires. le fait de fournir différents niveaux de services urbains en fonction de la capacité à payer des habitants renforce le processus de segmentation des villes entre quartiers riches et quartiers pauvres. Véronique. L’exode rural et la ségrégation entrainent de fortes inégalités à l’intérieur de l’espace urbain. ne serait-il pas juste qu’ils soient. De plus. locaux comme étrangers. ne prenant pas du tout en compte la ville et niant toute forme de démocratie urbaine. en termes de richesse. 10 5 0 1988 2000 2000 2020 Notes 24 DUPONT. Ces structures ne font ainsi qu’accentuer les fractures sociales et spatiales24. de logement et d’espace. 25 Malgré la multiplication du nombre de villes au cours du 20 siècle et la densification ème 25% 24% du réseau urbain. des investis- 30% seurs. Ces nouvelles enclaves sont conçues comme des entités urbaines in- tégrées qui permettent d’aménager l’espace en court-circuitant les villes existantes et leur 45 problème de gestion. et de l’élite indienne.Proportion de la dans: Rayonnement du CNRS n°47. Véronique. 35 La ségrégation urbaine n’est pas un statut figé. Pourtant si les terrains appartiennent au gouvernement. Illustration 17 .

2003 Selon Mike Davis. unprotected and low-wage informal sevice industries and trade. Mais l’informalité vient aussi du mode de vie indien. Au-delà d’un simple revers de la médaille. Notes 26 CDP. au jour le jour. le développement du secteur informel est un résultat direct de la libéralisation du pays. the cities have become a dumping ground for a surplus population working in unskilled. City Development Plan. UN Human Settlement Programme. on peut chercher à comprendre quelles sont les limites de cette informalité dans le contexte indien. la libéralisation. seul 35% des travail- leurs migrants seraient employés de manière formelle27. est la classe sociale grandissant le plus vite dans le monde. La majorité de cette classe est constituée de migrants ruraux qui sont absorbés par le secteur informel. la croissance urbaine incontrôlée et l’augmentation des disparités aussi bien sociales que spatiales amènent à des processus informels. et 70% couvre le secteur informel26. Que signifie vraiment « informel »? En utilisant ce terme je fais référence aux activités (ou constructions). UNE HISTOIRE URBAINE INFORMELLE “ Instead of being a focus for growth and prosperity. La classe travailleuse informelle. de travail comme de construction. L’essentiel de la ville est dans l’invisible. ” — UN-Habitat. mais qui ne sont pas interdites en tant que telles pour autant.8. En effet. Global Report on Human Settlement. qui ne sont ni autorisées ni contrôlées par le gouvernement.2. dans ce qui ne se voit pas : A Chennai par exemple. En Inde. avec plus d’un milliard de personnes. seulement 30% de l’emploi est officiel. On peut ainsi essayer de tracer une histoire parallèle de l’urbanisme « officiel » de l’Inde – un urbanisme informel construit par le peuple même. où les choses ne sont pas aussi carrées qu’en Occident et où la vie se déroule à la frange de ce qui est officiel et illégal. 2009 27 National Sample Survey Organisation. 2010 36 . L’informalité vit de l’incapacité du gouvernement à poser des règles de manière claire et à les faire respecter. The Challenge of Slums.

en Inde. le secteur informel aurait une place nettement moins importante. au détriment des piétons en particulier. une non transparence de son marché et l’incapacité du gouvernement à anticiper et à exécuter des politiques foncières dont les mesures mal conçues continuent de stimuler plutôt que de ralentir le secteur informel. 37 . Ils sont ainsi très sensibles aux aléas du marché du travail et du manque de protection sociale. poussant les piétons sur la route. à vivre dans des conditions insalubres sans avoir accès aux programmes de santé et de famille. Le bruit. mais le gouvernement peine à fournir des moyens simples pour être employé dans le secteur formel. les opportunités sont présentes. On pourrait penser que l’existence du secteur informel est due au manque d’opportunités formelles dans les villes . Dans une ville plus ouverte. Informalité et bidonvilles ne signifient pas forcément crime et délinquance. ensemble avec les nouvelles formes de bureaux climatisés et hermétiques. ont rompu toutes connections avec la rue. mais qui se voient refuser une légalisation de leur statut. puisque les magasins formels seraient eux-mêmes déjà ouverts sur l’extérieur. des terrains de plus en plus rares. Ceci rend les rues et trottoirs libres pour les vendeurs informels et les sans-abris. Spatialement le secteur informel contribue à la congestion dans les rues. Le secteur informel a pu se développer spatialement grâce à une « fermeture » de l’espace public dû à une urbanisation qui cherche à calquer le modèle occidental. Le phénomène d’urbanisation informelle est un symptôme du mal fonctionnement du secteur immobilier qui est touché par des prix très élevés. la pollution et la congestion des rues. C’est donc dans le secteur informel que la majorité des activités se passe et c’est dans le secteur informel encore que les plus pauvres ont les meilleures perspectives pour changer rapidement et régulièrement de travail et devenir plus mobile. Les habitants des bidonvilles sont aussi des citoyens indiens respectables qui viennent en ville afin d’améliorer leur niveau de vie. les forçant à travailler de manière illégale dans des conditions souvent difficiles. Il est aussi important de noter que les bidonvilles n’accueillent pas exclusivement la population informelle (beaucoup de jeunes viennent étudier dans les villes et vivent dans des bidonvilles pour dépenser moins d’argent par exemple). à ne pas avoir accès aux aides gouvernementales.

Selon une étude.timesofindia. nommée informelle par comparaison avec l’économie « officielle » déterminée et gérée par le gou- vernement. les mécaniciens.com/2013-10-16/india/43105718_1_slum-dwellers-urban- poor-expenditure 38 . c’est le gouvernement qui manque à ses responsabilités. les gardiens. 16 Octobre 2013. poursuivant un chemin de développement précis qui ne les inclut pas. Il est important de noter que le secteur informel provient aussi en partie de l’énorme corruption et du système de pot-de-vin qui font fonctionner la politique indienne. une ville qui génère une économie parallèle. les ouvriers en construction. 33% des indiens reconnaissent qu’ils dépendent de services offerts par des habitants de bidonvilles28. entre autres. les vendeurs. … La majorité sont des travailleurs indépendants. mais il faut réussir à trouver des manières de le faire sans étouffer l’esprit d’entreprise et d’autonomie qui régit l’informalité qu’on trouve. http://articles. maçons.indiatimes. dans les slums. Ces habitants pauvres ne devraient pas être pris pour responsables du développe- ment de l’informalité. Mais on peut aussi le regarder comme une ville dans la ville. Dipak Kumar. un bidonville peut être vu comme un simple bidonville. l’informalité est vue comme quelque chose de négatif. les femmes de ménage. Ainsi. Notes 28 DASH. peintres. Par ailleurs. Il est vrai qu’une certaine régulation du secteur informel est nécessaire dans l’intérêt de la sécu- rité publique et de l’hygiène (c’est le secteur informel qui détient une partie du traitement des déchets). « Slums Make Life Easier ». dans : Times of India. mais il faut comprendre que le secteur informel permet aux villes « formelles » de fonctionner : il comprend les chauffeurs de rickshaws. envers de la formalité.

il y aurait deux faces aux villes indiennes actuelles : la phase pré-indépendance où la majorité des parcs et bâtiments publics étaient construits selon la ville européenne.com poraires et illégales qui a conduit à la ville cinétique. de la tôle et de la chaume. comme les visuels pourraient le suggérer . usually depicted as half human and half elephant. Ce qui est intéressant en Inde est de voir comment des structures perma- nentes et temporaires occupent le même espace. et la phase de croissance post-indépendance de colonies tem. ” — MACK.com être étendues afin d’inclure des activités et des utilisations nouvelles dans des conditions urbaines denses. Michael. mais qui suggère aussi comment les limites spatiales peuvent boston. Kinetic City. Ce phénomène est un résultat de la pression de la croissance. Aujourd’hui la ville indienne est comprise entre deux composantes : la ville statique – qui correspond à la ville « permanente ». et comment la ville cinétique s’appuie sur la ville statique afin de se développer : « The result is both glamour and displacement »29. The “Kinetic City” Key to Development in India’s Urban Boom Selon l’architecte Rahul Mehrotra. ainsi que des attitudes culturelles des migrants ruraux qui ont fait gonflé les villes durant cette période. c’est plutôt une occupation de l’espace qui Temple de Krishna. Mouvement dans la ville Robert Stephens Notes 29 MEHROTRA. de la ferraille. Népal crée une spatialité plus riche. la brique ou le métal – et la ville cinétique – qui fait partie d’un flux constant qui fait et refait sans cesse la ville existante. LA VILLE CINÉTIQUE “ Like the Hindu god Ganesh. Rahul. construite de matériaux « durs » comme le béton.9. Emerging Urbanism in India. To successfully build in India. Ganesh Chaturthi boston. 2013 39 . cities in India have two aspects. developers must understand their interplay. 2. construite en matériaux temporaires comme du plastique. La ville cinétique n’est pas forcément la ville des pau- vres.

ils sont la preuve qu’une alternative peut être développée. Rahul Mehrotra explique que la population informelle – les vendeurs. dû à un manque de compréhension de ses dynamiques. les chauffeurs de rickshaws – est la créatrice d’un paysage urbain en transforma- tion permanente : une ville en mouvement constant où le tissu même est caractérisé par cette mobilité. La ville cinétique devient l’image symbolique de la condition urbaine indienne émergente. les problématiques liées à ces notions de mouvement ne sont pas traitées dans le processus de planification. De la même manière. ainsi que des attitudes culturelles des migrants ruraux qui ont fait gonfler les villes durant cette période. mais en considérant comme valides ces deux entités en les associant entre elles. peuvent devenir les représentants de cette nouvelle forme urbaine. Ce phénomène est un résultat de la pression de la croissance. non pas timesofindia. Face à ces forces – de croissance et de conflit de culture – les centres définis par les anglais se sont désintégrés et ont perdu leur rôle de centre de la ville. plutôt que d’être la gangrène des villes car ils ne correspondent pas aux symboles de la modernité. les bidonvilles. Construire des formes urbaines et architecturales doivent permettent cette superposition de monde. de cette ville cinétique propre à l’Inde . En fait. La notion er- ronée que la préservation du tissu historique freine la modernisation d’une manière ou d’une autre doit être révoquée. mais aussi se compléter l’un l’autre en créant une variété dans la forme bâtie de cette ville animée et passionnante. La ville cinétique et chaotique Le challenge des villes indiennes est de faire face à leurs transformations. l’ancien et le nouveau peuvent non seulement coex- ister. 40 . Les bâtiments historiques représentent l’histoire architecturale de la ville et devraient être une source de fierté et non de honte. Ces espaces « perdus » peuvent-ils être ravivés ? Actuellement. L’existence de ces deux mondes dans un même espace implique l’accommodation d’utilisations variées et la superposition de perceptions différentes et de formes différentes.in en augmentant les polarités. La ville cinétique est une vision qui permet de mieux comprendre les limites de l’urbanité contemporaine ainsi que les rôles changeants de la population et des espaces dans la société urbaine. Une nouvelle forme urbaine qui soit capable de chevaucher les deux mondes sans conflit doit être développée. ainsi qu’une capacité de réinterprétation (les arcades par exemple peuvent accueillir d’autres activités tout en gardant l’illusion que leur architecture est intacte).

2.10. CONCLUSION – LA VILLE, UN ORGANISME VIVANT
“ What we need is a flexible plan for an ever changing world. ”
— Governor BROWN, Jerry

L’Inde est un pays qui n’arrive pas encore à gérer son urbanisation et l’expansion de
ses villes, en particulier en matière de logement pour toute cette nouvelle population ur-
baine. En effet, il devient pressant aujourd’hui de réussir à contrôler cette urbanisation qui
augmente de plus en plus les inégalités entre urbain et rural, mais aussi à l’intérieur même
des villes, provoquant d’énormes disparités sociales, spatiales, économiques et politiques.
Mais pour cela une compréhension plus globale et précise des enjeux de l’urbanisme est
nécessaire afin de développer des solutions sur le long terme. Une des solutions à la pres-
sion de l’urbanisation que le gouvernement cherche à développer serait développer de
nouvelles zones urbaines, voisines des grandes villes existantes mais de taille inférieure, de
manière à atténuer la pression qu’elles subissent (illustration 18).
Dans tous les cas, le challenge primordial du gouvernement en terme de planification
urbaine est de réussir à augmenter la capacité d’absorption de la population dans les villes
tout en fournissant un niveau de base d’infrastructures aux habitants.
La forme et la composition d’une ville dépendent de sa topographie et de son climat, et
ses caractéristiques sont uniques et propres à elle. Alors pourquoi vouloir tout unifier sous
la bannière moderne, perdant toutes ces caractéristiques inhérentes aux villes – les indien-
nes comme les européennes ?
Souvent on ne reconnaît pas des fragments du nouveau paysage, parce que la vi-
sion occidentale des pays du Sud est limitée, et surtout il s’agit d’une vision égocentrique.
Par exemple, prenons la caractéristique des pays du Sud la plus spectaculaire : malgré la
pauvreté et l’exploitation, malgré des siècles de privation, les populations en tant qu’entités
sociales et humaines sont encore largement intactes. C’est un facteur d’importance cru-
ciale pour le futur développement de leur pays. Aux yeux du citoyen « officiel », le squatter
luttant pour faire vivre sa famille, la loger et la nourrir, est un élément anti-social ; d’un autre
point de vue, son effort est aussi merveilleux, intuitif et socialement positif comme un oiseau
qui construit son nid.
41

Par ailleurs, il ne faut pas voir les villes comme des éléments statiques, et sûrement pas
les villes indiennes, qui subissent des changements rapides. Au contraire, selon la
théoricienne Jane Jacobs, le seul moyen pour comprendre la ville serait de la concevoir
comme un organisme vivant, capable de s’adapter, s’opposant aux politiques de planifica-
tion urbaine modernistes qui visent à détruire des quartiers historiques afin de construire
des barres d’immeubles. Ceci montre que les planifications nationales actuelles ne
correspondent pas aux réels problèmes.
« I think both the architecture and urban landscape of India has to necessarily be one of
pluralism because India is a multiethnic, multicultural landscape and I think architecture and
cities are the physical expression of those aspirations. I don’t think we can go the China
way, where everything is made in a singular image ; in the mutinous democracy of India
that’s going to be impossible »30.

CONGESTION

SITUATION ACTUELLE – PROPOSITION –
Migrations vers la ville ce qui la congestionne. Elle Formation de nouveaux centres urbains pour décon-
s’étend de plus en plus, englobant les villages voisins. gestionner la ville et créer de nouvelles oppportunités.

Illustration 18 - Stratégie de décentralisation du gouvernement

Notes
30
MEHROTRA, Rahul, Kinetic City, Emerging Urbanism in India, 2013
42

CHAPITRE 3 THÉORIE DES SLUMS .

ORIGINES “ Slum. On peut alors se demander quelles sont les caractéris- tiques d’un bidonville. ” — GEDDES. 2001 43 . il était aussi utilisé pour définir « neglected parts of cities where housing and living conditions are appallingly lacking »32 . and super-slum – to this has come the evolution of cities. Notes 31 SCHNEIDER-SLIWA. les principaux éléments de la nouvelle urbanité étaient l’usine. ils ont en réalité de forts antécédents historiques en Europe : Naples. le Cardinal Wiseman transposa le terme de slum de l’argot au langage commun. bien qu’étant un phénomène universel. et commencent à être considérés comme un phénomène international. naissant avec l’industrialisation des pays en développement. Recovering Slums – Determinants of Poverty and Up- ward Social Mobility in Urban Slums. Patrick Il a été définit que les bidonvilles prennent naissance dans les villes et sont une con- séquence de l’urbanisation ainsi que de l’augmentation des inégalités dans les centres urbains.1. 2008 32 La Banque Mondiale. avant la révolution industrielle. Car. Nous l’avons vu. enfin on le retrouve dans l’ouvrage de James Hardy Vaux où il est synonyme de commerce criminel et escroquerie. Rita et BHATT. A la moitié du 19ème siècle. bien que les bidonvilles et le secteur informel soient consi- dérés comme de nouvelles structures du 20ème siècle. étaient souvent composés de plu- sieurs quartiers qu’on pouvait qualifier de bidonvilles . Université de Bâle. A partir des années 1830-1840. Dublin. le chemin de fer et le bidonville. des bidonvilles sont identifiés en Europe. Londres. ils restent spécifiques au pays dans lequel ils se trouvent. et plus spécifiquement d’un bidonville indien? Que cela signifie-t-il de vivre dans un bidonville ? Au 19ème siècle. Mihir. le terme slum était utilisé pour désigner des back-room. semi-slum. pièce où des actes illégaux prennent place31 . utilisé par tous. 3. Amérique et en Inde.

logement à faible revenu. Les constructions varient mais aussi les différentes infrastructures disponibles (eau. où les traditions indiennes sont très fortes – que ce soit en termes de structure sociale. Les bidonvilles abritent des millions de personnes. Comme nous l’avons déjà brièvement vu. habités par les populations les plus pauvres. parce que ce qui n’est pas définit ne sera ni mesuré ni comparé. Les questions majeures sont celles de savoir comment maintenir ces bidonvilles au minimum. Cependant. les mesures du gouvernement. l’organisation et les habitants qui y vivent. Le problème de la définition semble être aussi complexe à résoudre que le prob- lème des bidonvilles en soi. com- ment limiter leurs effets et comment les inclure dans la planification urbaine afin de rendre l’inévitable plus gérable. il serait intéressant d’aborder une approche plus sensible à cette forme urbaine afin d’en comprendre réellement le fonc- tionnement. afin d’éviter les douloureuses « réhabilitations » et relocalisations que le gouvernement indien prône aujourd’hui33. les bidonvilles sont des structures urbaines qualifiées d’illégales. squatter. En effet. A. Sangam Books. urbanistiques et archi- tecturaux plutôt que purement techniques.. Notes 33 DESAI. S. …). 1991 44 . Tout comme la migration vers les villes durant la révolution industrielle a largement développé les bidonvilles dans l’Europe urbaine. installations sanitaires.. Ce qui contribue aussi à la confusion sont tous les autres termes utilisés autour du slum. et les autres termes venant d’autres langues et cultures. la représentation que les indiens en ont. électricité. Je cherche ici à définir les bidonvilles sous des termes sociaux. mais surtout ne sera pas suffisamment pris au sérieux. En effet. le terme de slum est très imprécis parce qu’il peut tout inclure. à l’image négative car ce sont des lieux souvent insalubres.R. de mode de vie. L’absence d’un seul terme pour l’ensemble rend le travail des urbanistes très difficile. Slums and Urbanization. du simple bidonville « temporaire » aux colonies construites. d’organisation du territoire ou d’architecture – on pourrait considérer les bidonvilles comme un endroit où l’héritage social est concentré. la nature et l’identité des slums ainsi que le rôle de l’architecte dans cette situation. les habitants provenant le plus souvent de zones rurales. DEVADAS PILLAI. on peut ainsi supposer que ces mil- lions d’indiens ne vivent pas de manière homogène que dans la pauvreté et l’insalubrité. Je compte montrer ce qu’est un bidonville en Inde. il est normal que la même chose se pro- duise dans les pays en développement au moment de leur industrialisation.

La définition la plus utilisée est celle de UN-Habitat en cinq points lors de la Conférence de Nairobie en Octobre 2002 (illustration 19)36. 2003 35 SCHNEIDER-SLIWA. Pour résumer. dans la majorité des cas. Leur définition reste ainsi assez tradition- nelle. ” — ONU. Cette définition est réduite aux caractéris- tiques physiques et légales des bidonvilles. plus difficiles à définir. l’installation d’infrastructures de base et l’assurance d’une sécurité légale35. Ces derniers doivent reconnaître en premier lieu que le bidonville est un phénomène résolument urbain et qu’ils doivent mettre en œuvre des plans de villes et de quartiers. Leur définition varie de pays en pays. Rita et BHATT. Earthscan. un bidonville n’est pas facilement définissable. Mihir. Notes 34 ONU. mais la définition « d’inadapté » peut varier selon les pays et leur niveau. Selon l’ONU il n’est pas possible de définir les bidonvilles de manière universelle car il s’agit de structures mouvantes qui évoluent trop rapidement pour valider certains critères à long terme et qui sont dépendantes du contexte et des variations locales34. State of the World’s Cities 2008/2009 Harmonious Cities. Ceci a pour conséquence que les urbanistes manquent souvent d’expérience et de ressources pour diriger convenablement la croissance urbaine. 2008 36 UN HABITAT. des logements abordables. DÉFINITION GÉNÉRALE “ Slums are too complex to define according to one single parameter. On peut s’accorder à considérer que les bidon- villes sont des logements inadaptés à l’humain. Human Settlements Programme. 2003 Les bidonvilles ponctuent presque toutes les villes du monde. même si ce sont elles qui correspondent. 2008 45 . à la marginalité sociale et économique. mais ne prend pas en compte les dimensions sociales. ne regardant que les faits physiques.2. Human Settlements Programme. 3. et leur type est innombrable. Recovering Slums – Determinants of Poverty and Up- ward Social Mobility in Urban Slums. Université de Bâle.

les mœurs sociaux et architecturaux. en définissant le bidonville comme « une aire caractérisée par la sur- population. entouré par des espaces en changement constant. il pourrait aussi être plus que ça en étant étudié à travers les traditions. la sécurité et la morale des habitants »37.Définition des bidonvilles en cinq points Source: UN-Habitat En revanche le rapport de l’ONU sur l’Urban Land Policies commence timidement à inclure l’aspect social. Il peut être vu comme un espace interstitiel. conditions qui mettent en danger la santé. Document ST/SCA/9. il peut être vu comme un espace d’habitation dans une position intermédiaire entre une ancienne et une nouvelle utilisation à venir de cet espace. United Nations Secretariat. à première vue statique. Ou bien. la détérioration. Avril 1952 46 . New York. Bien que le bidonville soit effectivement toutes ces choses lorsqu’il est vu en rela- tion avec la croissance et le changement urbain. des conditions insalubres. Notes 37 Urban Land Policies. avec le temps. QU’EST-CE QU’UN BIDONVILLE? UN HABITAT AVEC UN OU PLUS DE CES CRITERES : EAU NON POTABLE MANQUE D’INSTALLATIONS SANITAIRES CONSTRUCTIONS SURPOPULATION ABSENCE DE SECURITE PRECAIRES AU BAIL Illustration 19 .

Rita et BHATT. et il n’y a pas suffisamment de bonnes solutions 70 POPULATION EN MILLIONS pour réduire le problème. C’est pourquoi les 30 questions de structure interne des bidonvilles et des logements. Katherine. 3. 2012 90 93.000. Mais. and we’re the shit in between. 80 abris ou de bidonvilles dans les villes indiennes. Mihir. 65. 2008 population des bidonvilles Census of India / Pranab Sen Committee 39 UN HABITAT. Illustration 20 . d’où la forte proportion de sans. Université de Bâle. Behind The Beautiful Forevers.000. de richesse et d’histoire ont des con. les cultures vont grandement influencer la vie 40 sociale des bidonvilles. la population des bidonvilles est passée de 52 millions en 0 2001 à 65 millions en 2011. c’est aussi le cas à l’intérieur du sous-continent. 2008 47 . En effet. LES BIDONVILLES EN INDE “ Everything around us is roses. il y a de grandes différences d’apparence. Earthscan. Recovering Slums – Determinants of Poverty and Up. De 20 telles recherches permettraient au gouvernement de mieux organiser les planifications ur- baines afin de réduire les mauvaises conditions de vie38. Notes 38 SCHNEIDER-SLIWA. En revanche 2001 2011 2011 selon le Pranab Sen Committee. Les bidonvilles semblent se répandre de manière incontrôlée à travers les villes. de même que la manière de survivre des habitants et de sortir de la pauvreté sont particulièrement intéressantes.” 100 — BOO.000 Nous l’avons mentionné.000 En Inde. en 2011 la population des slums serait en fait de 93 mil- PRANAB SEN OF INDIA OF INDIA CENSUS CENSUS COMMITTEE lions. Cette différence montre probablement une tendance du gouvernement à « diminuer » certaines données (illustration 20).3. de communautés. des conditions économiques insuffisantes pour des millions de personnes se traduisent en des conditions de logement insuffisantes.Comparaison de la ward Social Mobility in Urban Slums. de conditions de vie et de stratification sociale dans les slums indiens. sa grande variété de territoire. les bidonvilles ne sont pas un phénomène homogène sur 60 l’ensemble de la planète . Par conséquence.000. ce qui représenterait 44% des ménages urbains39.000 séquences sur les bidonvilles indiens. 10 Selon le Census de 2001. il ne prend pas en compte ce type de paramètres. pour l’instant. 50 52. en particulier en terme d’organisation sociale : les castes. les provenances des habitants. Portobello Books. State of the World’s Cities 2008/2009 Harmonious Cities.

il existe différents types de naissances des bidonvilles : il y a ceux qui étaient des quartiers « d’indiens » à l’époque coloniale. En Inde.B. Notes 40 PRASAD D. Cherries au Tamil Nadu et au Kerala40. de la surpopulation. et qui lors de l’indépendance sont progres- sivement devenus des quartiers « de pauvres » . Malla. il y a les nouveaux bidonvilles. Basties à Calcutta. et il y a les bidonvilles qui étaient alors des petites villes ou villages et qui ont progressivement été englobés dans la ville lors de son expansion. qui vont venir s’installer dans des espaces rejetés par l’urbanisation « normale ». ce qui permet au gouvernement d’ignorer certaines de ces struc- tures dans leurs Census : • Informal settlements : il s’agit des quartiers illégaux. de lumière et d’installations sanitaires. • Resettlement colonies : ils correspondent aux quartiers réhabilités par le gou- vernement. et sur un terrain intéressant). Tout comme le bidonville porte différents noms selon les pays. de ventilation. Satyanarayana. De plus. Environmental Improvement of Urban Slums – The Indian Experience. des voies de chemins de fer ou près des aéroports . la sécurité et la morale à cause du délabrement. le long des rivières. K. du manque d’espace. REDDY. Le Slum Improvement and Clearance Act définit en 1956 le bidonville comme étant un quartier où les bâtiments ne sont pas adaptés à l’habitation humaine et dangereux pour la santé. non reconnus par le gou- vernement.Ravindra. Zopadpati à Bombay. A. à l’intérieur même du sous-continent indien. plusieurs appellations se font connaître en fonction des régions : Juggi-Jhopri à Delhi. 1994 48 . mais cela correspond en fait uniquement à ceux reconnus par le gouvernement (donc de taille suffisante. il y a aussi différentes terminologies gouvernementales. en fonction du statut de ces derniers. • Slum designated areas : c’est ce que nous appelons plus communément bidon- villes.

it is better to pay for the cost of clearing slums than to pay the mounting cost of slums and suffer their destructive effects upon human lives and property indefinitely. Governement of India. 2011 49 . From the national point of view. Sage publi- cations. la présence des bidonvilles en Inde reste relativement peu médiatisée. ” — NEHRU. First Five Year Plan. la position est claire : les bidonvilles sont une honte pour le pays et ce sont des phénomènes à éradiquer à tout prix afin que les villes indiennes correspondent aux idéaux modernes occidentaux. New Delhi. quelle est la per- ception des indiens vis-à-vis des bidonvilles? Ont-ils conscience de la problématique en jeu ? Que pensent-ils des directives du gouvernement ? Cette partie se base sur une série d’interviews auprès de plusieurs indiens. Jawaharlal. bien que ce soit de plus en plus le cas ces dernières années. Du point de vue du gouvernement. the Urban Renewal Mission.. 1951 Les bidonvilles ont été une préoccupation majeure et irritante dans l’esprit du gou- vernement indien depuis l’indépendance. Nehru lance le ton lors du premier Five Year Plan (voir ci-dessus) 41. 3. réalisée sur place et cherchant à montrer les dif- férentes visions indiennes. have so far paid little attention to this acute problem… A person who becomes a juvenile delinquent or a tuberculosis case because of slum conditions is no less a national than a local liability.C. REPRÉSENTATION DES SLUMS PAR LES INDIENS “ Slums are a disgrace to the country and it is a matter of regret that governments. both central and state. K. Re-visioning Indian cities. Avec l’ouverture du pays et la meilleure connaissance des problèmes auxquels ils doivent faire face. L’échantillon comprend des personnes de différents domaines et essaie d’être représentatif des classes moyennes et aisées. D’autre part. Planning Commission.4. Notes 41 SIVARAMAKRISHNAN.

and forever the governement has can a person accept to live with no basic only done very little things to prevent infrastructure while knowing that others it. It’s like it doesn’t concern us. » know any better. » 50 . but the people as well. about it. EVERYTHING in India is a slum! » want to see. the governement of course. We all know that they are there. » Durganand – Architecte chez ARTES Srivathsan – Journaliste à the « Slum is a fascinating subject because it hindu is so rich and full of potential. To me it is a big mystery how the see what will the governement do slum-dwellers can live in a surreal world. We all know that our maids are living in slums for instance. but nobody « To me what’s really interesting is to sees it. It is sad really. and what will it do when it migrants who came to the city and don’t realizes that it has to change. somewhere nearby. but we don’t acknowledge them. They are hermetic to the urban environment and their mind is still following the rural time which makes them accept the surreality of their situation. I’m wondering until when this will have so much ? Because those are rural continue. but I don’t know how we could change this mind set. How else ever. but we won’t talk about it and we won’t do anything about it.Ben – Gérant de Spa Opulence à Chennai Mira – Mère de famille « I don’t know why you bother studying « I think slums are what indians don’t slums. Slums have been there for- but they do and that is amazing.

driver. we have a guy for eve- rything. why coming to India to work on habitants I wouldn’t know what to do. but I know that without it’s in- anything. gardener. Ann – Business development manager Selvaganapathy – Informaticien « Oh my god. We are not going to build lem of what they are doing. SLUMS? » If they’re not there. dog keeper. who’s gonna fix my shoes ? Who’s gonna make a shirt for 300 INR (4-5 CHF) ? Whom can I call when I need an emergency key ? Here in India. why are you working on « I don’t know anything about slum in this ? You can go anywhere and study details. I think we have to resettle them with officials. A friend of measures to prevent the expansion of told me about the visits she made slums. maid. gas guy. key guy. The thing is that those in whatever we can build and they’ll just officials guys don’t even see the prob- get used to it. to them it them their old tiny dirt houses. » 51 . and everything make the city beautiful. It’s like they’re from another planet because they still have this crazy idea that it is possible to eradi- cate all the slums of India. we actually barely do anything ourselves ! » Etesh – Directeur de l’hotel Harrisons Dhivya – Etudiante en architecture « It is true that it’s an important question « We have very often students who for the cities. water guy. but I think has taken a lot work on slums for their thesis. » is right. it doesn’t makes perfect sense. cable guy.

C’est grâce au secteur informel que la vie des classes mo- yennes et aisées est rendue plus simple : il y aura toujours quelqu’un pour réaliser une tâche spécifique. faire les courses. mais peu réalisent que les bidonvilles sont en fait au cœur des villes indiennes. on se rend compte que beaucoup réalisent que les mesures du gouvernement ne sont pas forcément adap- tées à la situation. Cependant. refaire des clés. elles ont besoin de ces habitants de slums pour sur- vivre dans leur quotidien et ont donc besoin qu’ils restent dans une certaine « misère » afin qu’ils continuent à réaliser certaines tâches à leur place. Cette « entraide » et cohésion représente en fait assez bien le cœur du fonctionnement de la société indienne : les classes aisées se retrouvent dans une situation paradoxale où pour le bien-être et la sécurité de l’humain et pour la beauté de la ville elles prêchent une éradication des slums et une amélioration des conditions de vie de ses habitants. tout simplement parce qu’ils n’ont aucun intérêt à s’y rendre. repasser ses chemises. bien qu’ayant conscience du phé- nomène et connaissant souvent des gens qui y vivent. ce sont grâce à leurs habitants qui réalisent les « petits » travaux que la ville peut fonctionner comme elle le fait à présent. … Tous les indiens fonctionnent en fait grâce à cette informalité. la classe moyenne ou aisée suit l’opinion du gouvernement et considère les bidonvilles comme mauvais. réparer une chaussure cassée. Les indiens ont tendance à voir les bidonvilles uniquement comme un empêchement à leur développement. En effet. 52 . De manière générale. mais par ailleurs pour leur confort personnel et leurs besoins individuels. la plupart n’y est jamais allé. que c’est le secteur informel qui leur permet de fonctionner. mais les slums restent tout aussi présents. car ils voient ces nouveaux immeubles de logements se proliférer. les rendant complètement dépendants d’elle et des habitants des slums. Par ailleurs.

.R. Puis la population se fait déplacer et le gouvernement détruit les logements du bidonville de départ afin de pouvoir y reconstruire d’autres bâtiments. De manière globale. Ce système a fait très peu de progrès depuis sa création et ne couvre qu’une infime partie de la population des bidonvilles. ” — CHESTERTON. La suppression des bidonvilles et le logement public ont été rendus inséparables comme faisant partie d’un seul et même programme : aucun programme de logement ne peut être valable sans la destruction des bidonvilles43. Ils sont vus comme un fléau et leur élimination comme une bénédiction. Chennai et autres. souvent à plusieurs étages. Le National Slum Clearance and Improvement Act en Inde est un programme national fonctionnant à travers les gouvernements des Etats et des municipalités. Mumbai. A. 1964 53 .5. LES MESURES DU GOUVERNEMENT “ It isn’t that they can’t see the solution. Gilbert Keith Nous l’avons vu. Charles. 3. Notes 42 DESAI. Ce sont aux gouvernements locaux de réserver un cer- tain pourcentage de leur budget à l’éradication des slums (Chennai doit réserver 20 à 25% de son budget municipal aux logements pour les pauvres) 42. Faber and Faber London. Sangam Books. et par conséquent. le gouvernement définit un nouveau terrain et y construit des logements. Comment ils sont définis restent relative- ment flou ce qui permet de « jouer » avec. sa pauvreté. 1991 43 ABRAMS. DEVADAS PILLAI. sa surpopulation et son illégalité. Toutes les politiques à ce sujet se font donc dans cette seule optique . les politiques d’élimination des bidonvilles se basent sur les Slum Resettlement Schemes : en premier lieu il faut identifier les différents bidonvilles de la ville. le manque de financement est un des gros obstacles à l’avancement de l’élimination de ces derniers. Après cela. S. le gouvernement prône une éradication de tous les bidonvilles. It is that they can’t see the problem. le bidonville est considéré comme un aspect très négatif des villes. de par son insalubrité.. Housing in the Modern World. le terme choisi pour la politique en matière de bidonville est très clair – Slum Clearance. Slums and Urbanization. Sous cette législa- tion plusieurs schémas d’élimination des bidonvilles sont lancés dans différentes villes. Delhi. cependant.

Université de Bâle. 2008 54 . Rita et BHATT. • La réhabilitation par relogement sur un autre site. National Urban Housing and Habitat Policy (2007). Notes Illustration 21 . (nouveaux ou anciens). Chaque Etat et municipalités doivent assurer une croissance planifiée des bidonvilles et prévoir une superficie pour les logements des EWS (Economically Weaker Section) en fonction de leur proportion d’habitants de bidonvilles (10% de la superficie pour 20% d’habitants pauvres . ETAPE 1 – Migrations des zones En termes d’amélioration des bidonvilles. ETAPE 3 – Pendularité forcée qui entraîne une augmentation de la • De compter 25 m2 comme superficie moyenne pour un logement EWS.Les conséquences SCHNEIDER-SLIWA. • L’apport de services minimaux in situ. ils ne doivent réserver que 3% de leur superficie). Recovering Slums – Determinants of Poverty and Up- 44 des politiques ward Social Mobility in Urban Slums. De plus. Retour vers les bidonvilles une chambre. sous le Scheme of Environmental Improve- ment in Urban Slums. un salon et une salle de bain. ils doivent assurer l’assurance permanente d’un logement à tous les habitants. Son but est vers des complexes de réhabilitation à de formatiser le traitement des bidonvilles sur l’ensemble du territoire qui jusqu’alors subis. Ce système de relocalisation vers les périphéries a pour conséquence que beaucoup de ses habitants revendent illégalement leur nouveau logement pour retourner vivre dans leur bidonville originel ou un autre plus proche de leur cercle d’activité (illustration 21). trois grandes possibilités sont développées : rurales vers la ville dans des bidonvilles. Il prévoit : • De ramener les bidonvilles existants dans le système formel en leur donnant le même niveau d’infrastructures que le reste de la ville. considérée comme une condition essentielle pour la motivation des hab- itants à améliorer l’environnement dans lequel ils vivent44. si ce pourcentage est inférieur à 20%. • La réhabilitation in situ. comprenant congestion. Urban Poverty Eradication Programme (1995). Mihir. Forte densité de ces quartiers. l’extérieur de la ville sait une multitude de politiques différentes – Environmental Improvement of Urban Slums (1974). En 2009. le président du pays Shrimati Pratibha Devisingh Patil déclare comme but ETAPE 2 – Evictions des bidonvilles national des « slum free cities » grâce au lancement du RAY (Rajiv Awa Yojana). une cuisine. • De lutter contre la pénurie de terrains et de logements urbains qui rend l’habitat inaccessible aux pauvres urbains et qui les force à revenir à des solutions illégales dans le but de conserver des moyens de subsistance et d’emploi. National Slum Development Pro- gramme (1996).

constamment rallongés dans le temps. un des critères d’attribution d’un logement est de prouver que la famille a un revenu par mois de 175 INR ou moins. comme le projet de Dharavi à Mumbai. mais aucune étude n’a été faite concernant l’efficacité de ces programmes. ce qui s’avère très difficile à démontrer pour des travailleurs informels45. beaucoup d’argent a été dépensé en particulier pour le JNNURM et le RAY. DEVADAS PILLAI. du nouveau quartier.. Les efforts continus en terme de redéveloppement de certaines zones des villes. Pour ce faire. l’attribution d’un nouveau logement est très compliquée : les habitants doivent être capables de prouver leur présence depuis un certain nombres d’années et de prouver leur citoyenneté. Par ailleurs le système de relocalisation pose des problèmes vis-à-vis des habitants : en plus de la mauvaise localisation du nouveau terrain. Sangam Books. 1991 55 . S. Enfin ces politiques n’incluent pas les habitants des bidonvilles dans le choix du nou- veau terrain ou des logements construits. Par exemple à Chennai. sans aucune nouvelle réelle politique ou attitude. Bien que les bidonvilles soient effectivement dans les têtes des politiciens depuis l’indépendance. A. ces mesures ont cependant toujours suivi la même ligne de pensée et ce encore aujourd’hui. Ceci démontre la non compréhen- sion au niveau urbanistique – en détruisant les slums et en relogeant à l’extérieur des villes – et au niveau architectural – en construisant du high rise high density plutôt que du low rise high density qui correspond plus au mode de vie des habitants – des solutions proposées par le gouvernement. ils ne sont pas inclus dans la construction même du nouveau logement. Notes 45 DESAI. le RAY prévoit de faire un inventaire de tous les slums des villes et de tous les terrains libres qui pourraient être utilisés pour les projets de réhabilitation (illustration 22). Slums and Urbanization.. dans lequel ils seront forcés de vivre.R. mettant en avant leur position d’étrangers dans leur propre pays. montrent que l’objectif principal des développeurs. que ce soit le gouvernement ou les privés. est de reprendre le terrain du slum pour des développements profitables et non le relogement des habitants. De plus.

à les intégrer dans la ville afin qu’ils se développent par eux-mêmes. En refusant d’accepter les bidonvilles pour ce qu’ils sont dans leur ensemble. Identification des bidonvilles infrastructures primaires. Mais en prenant en compte les facteurs sociaux. architectural. Par bidonvilles data démographique. ces schémas n’ont aucun sens et vont même jusqu’à détruire ces facteurs. il est logique d’établir des schémas d’éradication des bidonvilles.Méthodologie du RAY Source: RAY Guidelines 56 . plutôt que de les éradiquer. de construction précaire. En ne prenant en compte que les facteurs d’hygiène. socio-économique et autres Création d’une database GIS et MIS* des Par zones (spatiale et non-spatiale) bidonvilles Différence dans le logement. les Par villes services basiques entre les slums et la ville *GIS : Geographical Information Systems *MIS : Management Information Systems Choix d’un modèle de redéveloppement des bidonvilles Développement in situ Relocalisation Slum Free City Plan (avec des phases et des délais) Changements dans le Master- plan pour des règlements appropriés pour faciliter une ville dans bidonvilles Illustration 22 . d’héritage social. toutefois de manière guidée. le gouvernement ne fait qu’accentuer le problème et il gagnerait à les accepter afin de développer de nou- velles politiques qui chercheraient. Sélection de villes pour la 1ère phase du RAY Disponibilité des logements. d’insalubrité. les modes de vie et les coutumes.

Cependant à partir d’un moment le flux de personnes dépasse la demande de travail. Mais quelle est la vraie nature des bidonvilles et comment sont-ils liés à la ville ? Les slums et la ville entretiennent une relation complexe . Pier Paolo Nous l’avons vu.6. ce dernier ne cherche pas vraiment à s’occuper de ces popu- lations ni de leur bien-être. ” — PASOLINI. les employeurs ne réalisent pas que le travail de leurs employés dépend en partie de l’environnement dans lequel ils vivent. ce qui suppose une plus grande arrivée de per- sonnes vers ces nouvelles aires industrielles. De la même manière. tout d’abord. les bidonvilles indiens se trouvent souvent adjacents aux quartiers les plus aisés. et où en fait elle recommence. On peut ainsi voir un lien économique très fort entre les bidon- villes et la ville qui se traduit par une proximité géographique entre les quartiers informels et les quartiers formels. les quartiers sous-intégrés ne vivent généralement pas en autarcie par rapport au reste de la ville. LA NATURE DES BIDONVILLES “ Là où on pense que la ville finit. 57 . informalité qui permet à la ville « formelle » de fonctionner. Bien que conscient de cette réalité. route. Cette situation entraîne le développement du secteur informel. mais prennent le plus souvent des éléments de la ville comme limites (rivière. 3. Au contraire. les bidonvilles permettent à l’industrialisation et à la ville de se développer : en effet. le slum a besoin de la ville pour survivre et par conséquent ses frontières sont rarement matérielles (mur. la croissance de l’industrie requiert plus de main-d’œuvre. l’incapacité des centres urbains à répondre aux exigences de ce phénomène et la pauvreté d’un grand nombre de citadins sont à l’origine de la formation des quartiers sous-intégrés. De plus. car c’est là qu’il y aura du travail. grillage). comme le font par exemple les villes nouvelles privées de haut standard. rails de métro). la croissance démographique rapide. les poussant à accepter des logements de mau- vaise qualité ainsi que de ne pas être pris en charge par le gouvernement. En effet.

non pas seulement le résultat de la ségrégation. faute d’argent. une étape entre urbain et rural Source: le-cartographe. qui selon l’anthropologue Gregory Guil- din serait « une nouvelle voie dans l’occupation humaine et le développement. What’s a Peasant to Do ?. de par sa nature hybride. le bidonville n’est-il pas finalement juste un autre type de quartier dans la ville ? En effet. Le bidonville naîtrait de cette colli- sion entre urbain et rural . le bidonville n’est pas en connexion directe avec la ville . une zone tampon entre ces deux typologies. Campagne Banlieue Ville Illustration 23 . Westview Press.net Notes 46 GULDIN. pour profiter des services offerts. Les habitants des bidonvilles sont écartés de la ville conventionnelle. mais aussi une synthèse entre l’espace urbain et rural. Il est considéré comme marginal par rapport au reste de la ville. le bidonville serait en fait. C’est l’autre ville… Ainsi. il s’agit d’un acte violent. le développement des bidonvilles épouse les tendances de développe- ment urbain de la ville dans laquelle ils se trouvent : le slum est DANS la ville et représente sans conteste un élément constitutif de son évolution. aussi bien socialement qu’économiquement. réunissant des caractéristiques de l’un comme de l’autre (illustration 23). à cause de sa marginalité forcée mais aussi à cause de la provenance rurale de ses populations. Le résultat de cette collision est un paysage hermaphrodite. naturel et fort.Les bidonvilles. A la vue de ceci. une forme ni rurale ni urbaine mais un mélange des deux dans lequel un réseau dense de transactions lient les grands centres urbaines et leurs régions avoisinantes »46. L’espace urbain « normal » est rarement parcouru. 2001 58 . Gregory. cette dernière va chercher à les éviter et à les concentrer dans un même en- droit en périphérie. de la pauvreté et des inégalités sociales et spatiales dans la ville. Pourtant. une campagne partielle- ment urbanisée ou une ville partiellement ruralisée.

complexe et pas facile. Mais Strokes émet aussi ses doutes : « Slums may be a necessary and even helpful phase of the ecological processes by which city growth can be described ». Charles.000 habitants. En effet. ce mélange de cultures. are they like cancer ? Cancer has its own growth process distinct and ultimately inimical to the human body. le bidonville ne peut-il pas être considéré comme un de ces éléments clés dans les villes dans la mesure où il représente cette hybridation entre deux types d’espaces. structures urbaines à détruire afin de sauver la ville. Charles J. Is the presence and continued growth of slums destructive of the city ? ». règle qui est lage ? En tout cas. les bidonvilles semblent même être anti-planification . ment définissable. Main- les bidonvilles comme des quartiers où les processus de développement sont tellement dif. Ah! un témoignage des villes indiennes traditionnelles dans les villes indiennes modernes ? Un moment historique : deux bleus se Dans un pays comme l’Inde où tout est entremêlé. A Place in the Shade 59 . Indeed. la nature des bidonvilles est sûrement plus complexe que cela . de langues. rencontrent pour la première fois. Strokes se pose la question de leur nature : « Slums. imbriqué. violet! Illustration 24 . 4 – Une ville de 100. par là j’entends la planification 1 – Un village . do not yield themselves readily to re-arrangement. férents de ceux de la ville qu’ils vont forcément la détruire. urbaine du gouvernement local. it is argued. En répondant à l’affirmative on définit 2 – Une ville de 1. les bidonvilles suivent malgré tout une certaine règle de développement. certains ronds rouges sont en train de devenir. Le bidonville provient donc d’une origine spontanée et non planifiée – spontanéité qui rend sa définition extrêmement difficile. sa structure et ses processus de dével- oppement ne sont-ils pas des preuves des traditions rurales indiennes d’une part. Mais plus que d’être des structures non-plani- fiées. et qu’il permet à la ville formelle de fonctionner de s’enrichir. En revanche il faut noter que bien qu’étant d’origine spon.. Et aux frontières de ces colonies. 250 rouges et un bleu. Il s’agit là de la nature attribuée aux slums depuis leur création. de modes de vie. il n’est pas rouge.000 habitants avec plusieurs quartiers de ronds bleus. tenant il y a cinq ronds bleus. Pourtant. Qui est le bleu ? Einstein ? L’idiot du vil- tanée.. devenant 3 – Une ville de 25.000 habitants. économiquement mais surtout socialement ? (illustra- tion 24). c’est lui qui permet de former le paysage urbain tel qu’il est aujourd’hui dans les villes.La nature des villes Source: CORREA. propre à chacun et qui n’est à première vue pas visible.

to share and to love. A place in the Shade 60 . qui permettent leur propre La volonté de survivre survie dans un environnement qui leur est hostile. Cette question est orientée dans le but de savoir La population invisible si les conditions d’habitat des slums sont dues aux standards sociaux ou inversement. Dominique. On trouve beaucoup de discussions sur le fait de savoir si ce sont les gens qui font le bidonville ou le bidonville qui fait les gens. sont capables de se construire un logement . et uniquement eux. ils cherchent à cacher leur provenance. il n’est plus possible de les « oublier ». de peur de ne pas se voir attribuer un nouveau logement lors d’une éviction gouvernementale éventuelle : lors des premières discussions avec les habitants des bidon- villes de Chennai.7.) ne sont pas en lien direct avec les habitants.3. despite incredibly difficult odds. selon moi. mais ce sont certainement eux. pas d’électricité. Charles.. socialement. Je ne pense pas que ce soit les gens qui produisent la partie négative des bidonvilles. mais. pas du point de vue des conditions d’insalubrité : ces conditions (pas d’accès à l’eau. d’un autre côté le bidonville conditionne ses populations de par son autocollant de « cancer de la ville » et les condamne à l’isolation du reste de la ville. à la santé. CORREA.. Quant à la réponse.. La thehindu. . Le fait que le gouvernement ne reconnaisse pas une grande partie des bidonvilles La population indienne existants. par leur seule volonté. ” — LAPIERRE.in question est légitime.. tous disent être de Chennai depuis plusieurs générations. transforme leurs habitants en population invisible.. Robert Laffont. les quartiers sous-intégrés n’apparaissaient sur une au- cune carte et les espaces leur correspondant étaient simplement laissés vides. UNE POPULATION INVISIBLE MAIS FORTE “ (…) how people learn. en plus de devoir se battre pour leur droit au logement. doivent avant tout prouver leur existence. to survive. C’est TNSCB une population composée principalement de migrants internes non enregistrés lors de leur arrivée en ville qui. il me semble qu’elle est juste dans les deux sens : ce sont les migrants qui arrivent et qui. La Cité de la Joie. Aujourd’hui. mais sont des conséquences du manque d’implication du gouvernement. économiquement et politiquement. virtuellement inexistante. 1985 Il y a encore quelques années. Ce n’est qu’au fil de nombreuses discussions qu’ils laissent entrevoir leurs véritables origines. etc. Mais d’autre part. grâce aux satellites et à Google Maps/Earth.

voire même de grandes marques comme BMW garées dans les bidonvilles. mais.wordpress. santoshchaubey. 1991 61 . Il peut parfois paraître étonnant de voir des voitures. Bien qu’il existe certains problèmes de gangs et de violence dans certains bidonvilles. DEVADAS PILLAI. Recovering Slums – Determinants of Poverty and Up- ward Social Mobility in Urban Slums. Rita et BHATT. mais il n’y a en fait aucune réelle preuve de ça. On trouve d’ailleurs beaucoup d’étudiants en médecine. vivant dans les bidonvilles afin de réduire leurs dépenses. De plus on attribue certaines perversions à la vie dans les bidonvilles. encore une fois. et que tous les habitants des bidonvilles sont forcément pauvres : nettement plus de la moitié des familles affirment que bien que généralement pauvres. Sangam Books. Notes 47 SCHNEIDER-SLIWA. Cependant il faut prendre en compte une éventuelle subjectivité. Recognised and Identified. Mihir. les slums indiens restent globalement des quartiers aussi sûrs qu’autre part en ville.com. elles sont capables de se nour- rir et lors des visites nous n’avons jamais vu de familles dans des situations d’extrêmes pauvreté. Il est donc faux de dire que toute la pauvreté urbaine est concentrée dans les bidonvilles. Par ailleurs. mais montrent en tout cas la détermi- nation de ses habitants à avoir une vie meilleure. Ce fait a été attribué à la débauche qui régit les bidonvilles et leurs habitants. dans une certaine caste. S. ce n’est pas forcément vrai : par exemple. chose quasi-impossible dans la société indienne. Et bien qu’abritant le plus souvent les citadins les plus pauvres. des études montrent clairement que les bidonvilles en Inde s’améliorent en terme de personnes qui travaillent. Slums the Governement of India Way : Notified. les bidonvilles ne sont pas forcément un signe de pauvreté et de faiblesse pour autant : on trouve régulièrement des membres des classes supérieures MIG (Middle Income Group) qui ont réussi écono- miquement mais qui continuent de vivre dans un bidonville car ils y ont une certaine notorié- té. il est possible de divorcer et de se remarier. de criminalité et de corruption de toutes sortes. 2008 48 CHAUBEY. en informatique.. et qu’ils ont un meilleur taux d’alphabétisation et de ratio garçons/filles que la moyenne du sous-continent48. Université de Bale. De plus.. Slums and Urbanization. Ces éléments ne sont certainement pas la preuve que la vie est meilleure dans un bidonville.R. 8 octobre 2013 49 DESAI. mais il s’agit en fait une spécificité culturelle et non une spécificité du bidonville en question49. la malnutrition et sous-nutrition n’étant souvent pas perçue par ceux qui en sont affectés47. Santosh. A. y sont respectés et servent leur communauté. on pense souvent des bidonvilles que ce sont des espaces de violence.

Effectivement. Alors qu’on peut voir les slums comme un échec de la part de la planification du gouvernement. Mais étant dans l’illégalité. de leurs activités. Des processus émergent la forme : le paysage est le reflet de ses habitants. mouvant. celle du tissage d’une société fière dont la force est en passe de se faire entendre. de leur histoire. désormais. Il s’agit en réalité d’un système très efficace qui n’est pas façonné par l’Etat. 62 . de l’affranchissement de la mauvaise réputation. comment faire entendre ses droits ? Le nombre et l’ancienneté sont-ils des arguments suffisants ? Alors que le bidonville cherchait généralement à se cacher ou à être caché. Selon Devadas Pillai. qui est capable de construire de ses propres mains un abri pour se loger. et qui est capable de s’adapter à n’importe quelle situation dans laquelle la population « officielle » lui force de vivre. en Inde il n’y a pas réellement de culture de slums en tant que telle. on peut aussi les voir comme le succès d’une force de survie. de survie – se retrouvent dans n’importe quel bidonville indien et sont le témoin de la force de la population des bidonvilles. réclamant son droit d’exister. de se construire un temple où prier. il s’agirait simplement de l’adaptation des cultures variées des différents habitants au contexte urbain dans lequel le bidonville se développe. En revanche. et c’est celle des bidonvilles. certaines caractéristiques des populations – volonté de s’intégrer. chaque habi-tant de chaque bidonville va être différent et on ne peut donc pas établir une culture des slums même de manière locale. La croissance de la ville peut alors être vue comme le résultat de la force de la population. c’est une nouvelle étape qui est franchie : celle de la visibilité. mais par le peuple même. d’organiser une école à la maison du professeur pour ses enfants. celle à qui on ne donne rien. Semblable à la ville de Jane Jacobs – celle conçue comme un organisme vivant – dans un bidonville tout y est interconnecté.

” — BAKER.8. familiaux. économiques et culturels traditionnels qui sont extrêmement codifiés et impor- tants dans le quotidien des indiens. c’est à travers ces cultures rurales que l’architecture et l’organisation du bidonville doit être perçue. the families do it themselves. mais le plus important est qu’on y est entouré d’habitants à la culture hospitalière et incroyablement riche. 63 . you can see it in the old buildings – the way wood lattice work with a lot of little holes filters the light and glare. celles en tôle aussi. in any case it is always cheapest and simplest because ordinary people do it. il est vrai qu’il y a peu d’ordre architectural en tant que tel . comme la plupart des bidonvilles du monde d’ailleurs. Laurie S’il est vrai que leur statut en marge de la loi est en partie à l’origine de conditions dif- ficiles. Si on peine à appliquer ces qualificatifs à la société des bidonvilles. I’m absolutely certain that con- crete frames filled with glass panels is not the answer. nous avons remarqué une certaine division du bidonville en fonction du type de logement : les habitations en chaume sont regroupées. cela ne signifie pas pour autant qu’il n’existe aucune règle et aucune organisation. En effet. They don’t even employ builders. qui fait qu’un nouvel arrivant bâtira sa maison à cet endroit précis plutôt qu’un autre. sont le fruit d’une auto-construction qui s’est réalisée dans le temps. Il est évidemment impossible de nier le fait que les bidonvilles manquent le plus souvent d’infrastructures. les bidonvilles indiens. dans les bidonvilles visités. le plus souvent en lien avec l’origine de ses voisins et la relation qu’il peut avoir avec eux. un bidonville est la surimposition des systèmes hiérarchiques sociaux. IDENTITÉ ARCHITECTURALE D’UN SLUM “ I learn my architecture by watching what ordinary people do . se ramenant aux cultures plus rurales . 3. Ceci n’est qu’une tendance et non pas une division stricte. la planifi- cation suit principalement une hiérarchie sociale (des castes. Bien au contraire. mais cela montre com- ment l’habitat est le reflet des moyens économiques et du mode de vie de la famille. De plus. ce sont pourtant bel et bien les relations de pouvoir et d’allégeance qui sont le moteur central de la vie et de l’organisation architecturale dans les slums. En terme de plani- fication du quartier. et ainsi de suite. que la santé y est souvent précaire. des familles). The job works.

Rajasthan avniarts. ou simplement une population à l’origine rurale qui migre vers la ville – et un espace urbain – la ville. caractéristique de la disposition dans les vil- lages mais aussi de beaucoup de maisons traditionnelles. le bidonville se place au cœur de cette problématique. dans ces villes certains de leurs quartiers étaient insalubres et qualifiés de bidonvilles. à les restaurer et à les faire revivre. ces centres historiques sont le symbole de ces villes. et bien que peu de personnes acceptent de le voir. de cuisine. mais en tout cas des constructions basses et compactes. Rajasthan • La tendance à organiser les maisons autour d’un espace central plutôt que le long Bruno Paolo Benedetti de rues rappelle le système de cour ouverte. Certes beaucoup des bidonvilles indiens n’ont pas autant d’histoire que ces centres historiques. intimité. • La construction des maisons sur un étage. et surtout ne sont pas l’origine de la ville indienne actuelle . on cherche à les protéger. ou sim- plement un lieu où s’assoir. Nous avons vu que les bidonvilles naissent d’une collision entre un espace rural – un village qui est englobé dans la ville.com général de communauté – ressemblent en fait beaucoup aux centres historiques des villes européennes – Barcelone. Qu’en devient-il alors de l’identité de la ville. Mais un bidonville n’est pas qu’une entité architecturale faussement chaotique. et de leur héritage urbain? Existe-t-il réellement un héritage urbain indien ou seulement un héritage rural indien transposé en zone urbaine? Dans la mesure où il fait la synthèse entre ces deux zones. … Pourtant à leur époque. les bidonvilles indiens – avec leurs dédales de rues étroites. mais aujourd’hui. en constante croissance. Aujourd’hui avec l’industrialisation et la modernisation des villes indiennes. comme par exemple : Cour d’une maison. avec l’immense diversité qui les régit et un sentiment gkamesh. Montpellier. otla au Nord) qui peut servir d’espace de rangement. ces dernières ressemblent de plus en plus à n’importe quelle autre métropole occidentale. d’entrée. Otla. voire parfois deux. Gènes. Par ailleurs. cependant ils restent un témoignage du passé dans le présent et il en ressort le même effet. l’architecture des slums indiens représente une perpétuation des traditions architecturales ancestrales.wordpress. plutôt basses. leur multitude Thinnai de maisons diverses. communauté.org 64 . • L’aménagement d’un espace légèrement surélevé devant la maison (thinnai en Inde du Sud. et surtout les mêmes qualités que ceux que ces centres historiques offrent : convivi- alité.

Par ailleurs. or nous avons vu que les populations des bidonvilles étaient des populations souvent d’origine rurale. Le gouvernement tend à réaliser des barres de loge- ments à quatre voire cinq étages . aux traditions et mœurs très marqués. Au-delà de la problématique de la localisation de ce nouveau site. quel peut être le rôle d’un architecte ? Contrairement aux réhabilitations du gouvernement. L’architecte. Face à ces monstres gouvernementaux. ces typologies sont de simples modèles. Et bien que le bidonville ne rencontre pas les normes en termes d’infrastructures et de prop- reté. se pose aussi la problématique de la typologie architecturale proposée. Ces projets se ressemblent tous. doit prendre en compte toutes les composantes en jeu – et il y en a beaucoup ! – afin de proposer des solutions intégrées plus sensibles et qui soient spécifiques à une localisation et à une popu- lation particulière. lui. LE RÔLE DE L’ARCHITECTE “ It would be foolish to pass from one distortion – that the slums are places of crime. comment les architectes peuvent-ils con- tribuer à l’amélioration des logements sociaux quand ils ne sont pas autorisés par les régu- lations de construire aux densités nécessaires ou de contribuer à l’amélioration graduelle des bidonvilles existants au cas par cas ? Le gouvernement prône le plus souvent des réhabilitations dans des localisations aux frontières de la ville. celles des architectes devraient être plus sensibles. 65 . sans aucune prise en compte des spécificités de la population qui va y vivre. Jeremy. presque inhu- maine. et accentue l’individualisation de ces derniers. disease and despair – to the opposite : that they can be safely left to look after themselves. 3. sans nom et sans auteur. In the Cities of the South En acceptant que la problématique primaire soit celle du manque de territoire pour construire dans des localisations convenables. à très grande échelle.9. ” — SEABROOK. un mode de vie souvent communautaire. il reflète le mode de vie de ses habitants. cherchant à transporter la tradition des habitants avec. Mais ces typologies développées par le gouvernement rompent tout lien que les habitants peuvent avoir entre eux.

Charles Correa ou encore ARTES à travers les exemples qui suivent. Bien que les bidonvilles soient des exemples d’auto-construction et d’auto-gestion. le musée du Quai Branly de Jean Nouvel – mais de construire une maison à l’effigie de l’habitant. c’est ce que font Laurie Baker.V Doshi. Notes 50 MITCHELL. en ne prenant en compte que ses besoins et ses volontés sans chercher à s’imposer. Sa position ici n’est pas de construire un bâtiment à son effigie. Learning from Delhi. « What do architects and what do the people have in their minds when they hear the word ‘Architecture’ ? I unobtrusively tried to find out what the people think – and found that a very large proportion. Ashgate. ils recher- chent l’expression d’une architecture traditionnelle vernaculaire à travers la population qui la représente . il ne faut pas oublier les nombreux problèmes que cela peut engender. 2010 66 . d’où l’importance du rôle de l’architecte. comme les architectes modernes ont tendance à faire aujourd’hui – le nid d’oiseau d’Herzog et De Meuron. Maurice. maison dans laquelle il peut vivre heureux avec sa famille. Dispersed Initiatives in Changing Urban Landscapes. big important buildings’ »50. think of the word with a capital A and feel that it mainly applies to ‘proper. B. especially architects. Certains architectes arrivent à comprendre la situation de ces pauvres urbains mais surtout arrivent à voir plus loin qu’une simple situation économique et sociale .

Il en ressort un quartier uni mais divers. .V. Le plan d’Aryana est ainsi un plan contrôlé mais rempli de liberté. allant de 35m2 pour les EWS jusqu’à 475m2 pour les HIG (High Income Group). • B.000m2 qui comprend 6.net dessins de Doshi. avec chaque maison représen- tant sa famille. De plus. projet de 100.500 terrains pour des logements. le projet se base sur le concept des Sites & Services : plutôt que de construire des logements complets. Ceci leur permet de façonner la maison selon leurs besoins. DOSHI : Aryana Low Cost Housing. escaliers).slideshare.). Les objectifs étaient de créer un quartier uni en donnant un caractère communautaire avec plusieurs groupes socio-économiques. Le quartier est divisé par une hiérarchie de rues différentes qui sont ensuite décalées entre elles afin de créer un système continu d’open spaces pour la communauté et d’éviter un unique grand espace. tuyauteries) puis on laisse les habitants construire leur maison au fil du temps. la colonie s’intègre dans le tissu urbain tout en gardant sa propre identité. vendeur de thé. Les maisons sont ainsi connectées par ces espaces informels inter-liés où le secteur informel peut se développer (bazar.. 1986 Doshi est un architecte indien né en 1927.slideshare. Logements Grâce à la sensibilité de Doshi et à sa compréhension de l’architecture traditionnelle et fr. représentant ainsi un nouveau modèle.slideshare.net moderne.slideshare. Pour ce faire. Indore. Doshi reprend certains éléments architecturaux classiques de la région (couleur. type de jali. mais aussi des mœurs des habitant.net/ankita224/aranya-low-cost-housing 67 . particulièrement connu pour avoir travaillé avec Le Corbusier.. Espace informel fr.net Source : fr. mi-rural mi-urbain. En 1986 il réalise un projet de Low Cost Housing à Aranya. Ainsi le projet prend en compte les habitudes et les traditions indiennes. on construit les infrastructures premières (toilettes. Les Master Plan habitants sont libres de choisir parmi ce qui est disponible dans la région et parmi certains fr.

2012 68 . It would seem that we want to believe that the rea- son the poor do not have houses is their ignorance . ne se fait pas entre quatre murs. le projet se développe sur 55 hectares et suit un schéma de clusters imbriqués : un premier cluster se fait autour d’un petit espace com- munautaire.com/projects/housing/ Notes artist-village-charles-correa 51 CORREA. Charles. so we’ve got to show them how. that they are homeless because they are on the losing end of the system »51. This is much easier on our conscience than the truth : which is. La hiérarchisation spatiale se poursuit jusqu’à former des places de quartiers où sont situées les écoles et autres équipements publics. Avec ce projet. Belapur. en particulier à travers ses théories. En raison du climat indien. ses processus de conception et sa vision de l’architecte : « We (architects) decide that someone has to ‘design’ houses for these people. écono. A Place in the Shade. Correa montre qu’il y a un intermédiaire entre un bidonville insalubre et la ville moderne. La com- binaison de trois clusters forme un module plus large de 21 maisons encerclant un espace ouvert de 12x12m. dormir. la plupart des activités (cuisiner. New Bombay. Why do we do this ? Our attitude is really quite ugly. En Inde. vérandas et cours. 1983-1986 Charles Correa est une des grandes figures de l’architecture moderne indienne. Hatje Cantz Verlag. foundationsakc. Finalement le dernier niveau d’espace commun de 20x20m est définit par le regroupement de trois de ces modules. en gardant la vie et la diversité qu’on peut retrouver dans un bidonville. C’est ce que Correa fait à Belapur . mais plutôt dans des espaces extérieurs – vérandas. cours. faisant alors disparaître le caractère parcellaire au profit de celui d’un village compact et irrégulier.com Cette hiérarchie d’espaces extérieurs et leur dématérialisation participent à la création d’un environnement propre à chacun et encourage le développement d’activités lucratives. Une cour foundationsakc. accueillir). Le quartier foundationsakc.com miquement et socialement. sept modules étant groupés autour d’une cour semi-privée de 8x8m. Chaque unité se développe sur un terrain permettant de futures extensions. il s’agit surtout du low rise high density qui permet une grande utilisation de terrasses. C’est Schéma en cluster en fonction de ces tendances qu’on peut déterminer la typologie d’habitat idéal. • CHARLES CORREA : Artist village. mais aussi en instaurant une planification claire et définie.

Laurie Baker – Life. Au contraire. une véranda et des toilettes. deux chambres. Laurie Baker. Pour ce projet. la communauté de pêcheurs de Thankassery est détruite. On retrouve les techniques de construction et détails que Baker développe dans son ouvrage A Manual of Cost Cuts for Strong Acceptable Housing dans lequel il décrit dif- Maison octogonale férentes manières de réduire les coûts d’une construction. A la suite d’une inondation en 1993. décembre 2000 lesquelles les pêcheurs pouvaient choisir. Ce projet n’est pas un projet urbain. n°12. rond. la structure est réalisée en briques et sable. des différentes habitudes culturelles et modes de vie. La maison préférée par les pêcheurs était de plan rectangulaire avec une toiture plate afin de faire sécher les poissons et de laisser une possibilité d’extension dans le futur. à un étage ou plusieurs. La diversité des typologies est grande : plan carré. mais traite aussi des populations marginales et pauvres. Ouverture typique a+u. Baker a commencé par réaliser plusieurs typologies de plans parmi Colonie de pêcheurs a+u. Laurie Baker. n°12. Gautam. rectangulaire. décembre 2000 d’ouverture le plus économique : plutôt que de réaliser des grandes fenêtres.. le tout à un moindre coût (une maison coûte ici dans les 1. Chaque maison comporte une pièce principale. décembre 2000 Notes 52 BHATIA.. se voient donner le choix de leur habitation. • LAURIE BAKER : Fishermen’s Housing Colony. Afin de con- server une certaine unité. 1996 Laurie Baker est probablement l’un des architectes les plus connus en Inde. Il estime que ces besoins doivent être satisfaits à travers une architecture sensible qui utilise des matériaux locaux et qui s’exprime sous des formes diverses52. Writings. qui bien que très pauvres. Il a tou- jours rejeté le style international lancé par Le Corbusier et n’a jamais accepté l’idée que la multiplicité des besoins et des aspirations humaines puisse être réalisée par un ensemble de standards. Laurie Baker. Penguin Books. Il montre l’importance de l’intégration des habitants dans le projet. n°12. Work. le climat indien prône plutôt plusieurs petites ouvertures dans le mur. etc.300 CHF). et va même jusqu’à construire les maisons types afin qu’ils puissent réellement voir le résultat. Il décrit par exemple le type a+u. une cuisine. il croit que les besoins individuels découlent des environne- ments divers du territoire indien. 1991 69 . Thankassery.

300 CHF environ) pour une maison de 32m2.blogspot. l’approche de l’architecte doit donc changer avec chaque communauté. New Directions in Sustainable Design. leur offrant ainsi une connaissance supplémentaire qui peut devenir un métier dans le futur. It would have been naive to think of myself anything more than a facilitator »54. Down To Earth. Balsavar suit un processus participatif avec les habitants . il les a formé afin qu’ils ne dépendent pas d’ouvriers extérieurs.000 INR (1. Balsavar a utilisé les savoir-faire et matériaux locaux . 30 avril 2013 70 .ch dirige. Michael. Cette thinnai abrite la cuisine. ce que les habitants ne savaient pas faire. Il réalise une architecture durable dans le sens qu’elle est contextuelle. Selon Balsavar. ZARETSKY. il a commencé par demander à tous de dessiner à la craie leur maison idéale sur le sol de l’église du village.ch 53 PARR. 2010 54 SOMVANSHI. l’architecte prend le rôle d’une aide. Les maisons sont composées de deux pièces et sont toutes ouvertes avec une thinnai – espace couvert devant la maison et surélevé par rapport à la rue – couverte par une toi- ture en pente.ch environs. pas de manière autoritaire. Notes Les hommes travaillent la brique urr-files. mais qui surveille et conseille : « Communities tend to appropriate resources according to their needs. Avikal. Thinnai – cuisine et véranda Dans un projet comme celui-ci. C’est un processus lent et difficile mais qui permet d’offrir des projets plus sensibles et humains. vis-à-vis du site et de la population : ses projets cherchent à procurer une bonne qualité de vie tout en étant en respect avec la nature environnante et ce à travers la participation des habitants53. mais c’est ce que voulaient les habitants parce que cela correspondait à leurs habitudes. à 90.000 mai- sons ont été construites. Adrian. Ce projet nous montre que chaque communauté – rurale comme urbaine – est diffé- rente . réalisée avec des cadres de bois et des tuiles terracotta disponibles dans les Plan type d’une maison urr-files. quelqu’un qui urr-files.blogspot. Puis. Cette étude de cas porte sur une communauté de pêcheurs dont le village a été dévasté par le tsunami de 2004. 2005 ARTES est un bureau d’architecture basé à Chennai et dirigé par Durganand Balsavar. il faut abandonner la volonté de contrôle de l’architecte pour laisser place aux aspirations des communautés. Rolling Back The Architect. • ARTES : Nagapatinam tsunami rehabilitation housing. ce qui va à l’encontre des principes architecturaux. il a développé une unité de logement en incluant les désirs des habitants.blogspot. Routledge. 15. Au total. à partir de ces dessins.

la vie indienne est incompréhensible et encore plus le sont les bidonvilles : l’organisation spatiale. il est évident que c’est en premier lieu les conditions socio- économiques des familles qui les y poussent. 3. les villes.com/news/india-pictures/ initiés mais qui forment un dessin limpide pour ceux qui les empruntent et en connaissent les moindres détours. And these can boston. tout y est absolument chaotique. vivre en marge des services sociaux et urbains : les habitants des bidonvilles semblent aux premiers abords initiateurs – ou aujourd’hui ce qui perpétuent – d’un monde parallèle. manikarthik. que l’on distingue à peine sur les vues aériennes de Nairobi. de contraintes mais aussi de libertés vis-à-vis de l’univers étatique. A place in the Shade. but in projects of a much smaller. de notre point de vue. Hatje Cantz Verlag. fait de concessions et d’héritages. CONCLUSION : UN MONDE PARALLÈLE SURRÉALISTE “ Fiction is primordial memory. Mère indienne en Harley Davidson larité de ces fourmilières humaines. Pyramide humaine materials and texture. lie the deepest and most compulsive layers of all.10. Correa fait allusion à l’architecture : « Perhaps so also is built-form. 2012 Reprenant Cocteau ci-dessus. en dur ou de fortune. l’organisation d’un bidonville est pour l’étranger incompréhensible. Rio. Charles. Charles.com manifest themselves not only in epic monumental architecture. A Place in the Shade. A l’image des entrelacs de ruelles obscures aux non. on ne peut qu’admirer la singu. l’architecture. à l’instar des toitures bari- olées. Néanmoins. ” — COCTEAU. cité par CORREA. more humble scale as well »55. Faire fi des autorisations administratives. Alors que les indiens sont fiers de leur diversité. Hatje Cantz Verlag. Mumbai ou Phnom Penh ? S’il y a bien un mot qui décrit les villes indiennes c’est « chaos ». 2012 71 . des disponibilités foncières et de l’intégration urbaine. Beneath and beyond the strata of function and structure. Certainly architecture is concerned with much more than just its physical attri- butes. N’est-ce pas l’incarnation même d’une existence chaotique. Jean. Une femme en skateboard manikarthik. des monceaux de tôles et de tissus tendus en labyrinthes.com/news/india-pictures/ Notes india/ 55 CORREA. It is a many-layered thing. Qu’on ne s’y méprenne pas : vivre dans un bidonville n’est pas un choix de penseur anarchique.

Dans un sens comme dans l’autre. et l’appliquer aussi bien à l’urbanisme. for the city to act as the path out of poverty . Selon Correa. I think we might begin to experience new at- titudes to many things around us : to the clothes we wear. les logiques de vie. Bernard. « Slums are not a necessary evil. They are necessary for the growth and functioning of the city . Charles. il serait intéressant de fusionner ces deux points de vue. « Why Can’t We Live Without Slums ». Ce surréalisme nous paraît à première vue sale. Rudofsky décrivait le paradoxe du citadin ayant besoin de s’échapper du monde urbain Transporteur de brique pour retrouver la nature et son côté primitif57. à combiner ce- tte « sauvagerie » de manière plus ou moins contrôlée dans le monde urbain et formaté. les subtilités. 2012 57 RUDOFSKY. for the transformation of India »58. Et les bidonvilles sont la représentation la plus flagrante de la (ré)introduction de la folie dans la ville. Ganesh Chaturthi boston. à la fois surréaliste et pragmatique. bruyant.com afin de générer une nouvelle vision. dans : indiatoday. si on arrive à rentrer dans la logique indienne. 1977 Dévotion pour les vaches manikarthik. « if we can conjure up such a fantasy in our minds. Partha. qui pour nous paraît totalement surréaliste. Il faut en fait quitter notre vision occidentale et essayer de rentrer dans une vision in- dienne. mais dans un sens où. Il est vrai que notre vision occidentale se focalise sur certains points plus pratiques et réalistes. 18 Janvier india/ 2013 72 . simplement pas dans la nôtre. En un sens les indiens vivent dans un monde parallèle. mais à y regarder de plus près. où les choses les plus folles peuvent se passer . de folie. Ceci est effectivement le cas pour l’Homme manikarthik. en parlant de surréalisme. l’Inde suit une logique à la fois simple et définie. They are just necessary.com/news/india-pictures/ occidental. d’organisation et de construction. Mais attention. Chênes. mais l’Homme indien aurait déjà réussi. ce n’est pas dans un sens négatif. volontairement ou pas. dans leur vision. Notes 56 CORREA.com/news/india-pictures/ 58 MUKHOPADHYAY. les indiens tentent de marier la modernité occiden- tale avec leurs traditions et leur façon de penser. Architecture Sans Architectes. even to our manner of sitting in it »56. mais d’autre part. à leur manière. to the room in which we are sitting – in fact. qu’à l’architecture et aux bidonvilles. chaotique. on peut y apercevoir les couleurs. Hatje Cantz Verlag. mais le mode de vie indien est régit par plus que ces simples aspects matériels. A Place in the Shade.

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CHAPITRE 4 CONTEXTE LOCAL : CHENNAI .

Ce chapitre relate donc principale- ment les visites et les interviews réalisées lors de mon voyage. Chennai Not Madras: Perspectives on the City. is sometimes described as the Queen of the Coromandel. Ramu. En se concentrant seulement sur une ville. Malgré la croissance de nouvelles grandes villes comme Bangalore qui viennent complexifier la situation. Avec sa population avoisinant les 7 millions. that was Madras.html 73 . Delhi (15 millions). Sa forme moderne a été créée par les anglais à partir de 1639 sous le nom de Madras. Notes 59 citymayors. Kolkata (14. It is the first of India’s colonial cities. 4.9 millions) (illustration 25 et 26). A travers des exemples con- crets. Chennai est la 33ème ville la plus peuplée du monde59. le sous-continent indien a toujours été dominé par quatre grandes métropoles : Mumbai (18. 2006 L’étude de cet énoncé se base plus particulièrement sur la ville de Chennai. CHENNAI DANS L’INDE “ Chennai. renommée ensuite Chennai en 1996. les trois autres métropoles sont d’anciens comptoirs coloniaux.3 millions) et Chennai (6. Marg Publications India.com/statistics/largest-cities-population-125. cela me permet d’approfondir les points dével- oppés précédemment et en réalisant une étude de cas afin de rentrer dans l’univers des bidonvilles et de réellement comprendre ce qu’il en est. Il s’agissait à l’époque d’une ville prisée pour son port vers l’Est et correspondait au point d’attache des britanniques dans le Sud du pays afin de développer leurs voies maritimes. dont le développement a bénéficié de situations géographiques favorables. a title not unworthy of this fascinating city. though it has slipped from the pre-eminent position of its early days to being only the fourtht largest of India’s metropolitan cities today. C’est la Municipal Corporation la plus vieille d’Inde. ” — ARAVINDAN. Tamil Nadu. A l’exception de Delhi qui est la seule à être située à l’intérieur des terres.1.2 millions d’habitants en 2005). je cherche à rentrer dans la composition même d’un bidonville et de le décortiquer dans le but de montrer ses liens avec l’architecture traditionnelle indienne. Elle est la capitale de l’Etat du Tamil Nadu – un des Etats les plus développés du pays – et la plus grande ville du Sud de l’Inde.

5 millions 0.1 millions 0 .Les villes indiennes en 2011 Source: IIHS Source: IIHS 10 .0.1 .Les villes indiennes en 1951 Illustration 26 .10 millions 1 .1 millions 74 .30 millions 5 . DELHI DELHI Ahmedabad KOLKATA KOLKATA MUMBAI MUMBAI Hyderabad Pune Bangalore CHENNAI CHENNAI Illustration 25 .

Madras State – qui de- viendra le Tamil Nadu en 1968 – et l’Andra Pradesh. Elle prendra le nom de Chennapatnam (d’où le changement de nom à Chennai par la suite) 60. il n’y avait pas de Madras. est la genèse de la métropole d’aujourd’hui. ce territoire historique à la culture ancienne. malayam et kannada .1km2. sa métallurgie et son informa- tique. bâtiment iconique de Chennai).. l’Etat de Madras a été divisé en deux parties. INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage). Madras. Chennai est aujourd’hui réputée pour son industrie automobile et textile. Ce comptoir n’était à l’époque qu’une zone fortifiée à l’intérieur de laquelle se trouvait le Fort (aujourd’hui le Fort George. INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage). 2003 61 CMDA. Il suffit ainsi de remonter à la période coloniale pour comprendre sa forme actuelle. Madras. Frank. avec la Ville Blanche à Le front de mer. K. 1925 l’Orissa.com 62 KALPANA. Prise en charge par les anglais. Madras s’est petit à petit développée. Notes 60 KALPANA. C’est sur cette bande de plage que les britanniques ont fondé un comptoir commercial qui était destiné à assoir leur pouvoir dans l’Est. est en fait une ville rela- tivement jeune.. Chennai est aujourd’hui devenue une ville résolument urbaine dominant la partie Sud du pays. de 20km le long de la côte et 13km vers les terres61. qui incluait des territoires aux langues tamil. En 1956. Etat telugu62. Ville Noire qui se développe dans l’ombre du Fort. 1915 l’intérieur et la Ville Noire à l’extérieur. K. Avant les britanniques. sorte de rectangle irrégulier qui s’étend sur 181. 2003 75 . « L’agglomération urbaine » du Fort. Petit à petit des maisons de colons se sont construites au Nord et au Sud du Fort avec des murs de protections et bastions autour pour les pro- téger : c’est ce qu’on appelait la « White Town ». ni de Chennai. Avant l’Indépendance. Ville Blanche. Frank. Ceci correspondait à l’entier du Sud de l’Inde ainsi que des parties du Maharashtra et de Central Railway Station. the Architectural Heritage. telugu. Ce qui est la première ville du Sud de l’Inde. englobant les villages avoisi- nant qui étaient séparés les uns des autres par des bouts de jungle. Au Nord de cette dernière s’étendait ce qu’on appelait « Out Town » ou « Black Town ». Madras était la capitale de ce qu’on appelait la Présidence de Madras. Toujours emprunte de son passé colonial. SCHIFFER. the Architectural Heritage. White Town. 2011 Rue de la Black Town hindu. son cinéma. SCHIFFER. La ville est traversée de plusieurs rivières et possède de nombreux lacs – naturels et artificiels – permettant le développement des bidonvilles le long de ses berges.

1972 hindu. 2008 65 CHANDRA. Il en a découlé la planification de nombreux quartiers résidentiels. car il n’existe plus rien d’autre que du temps qui passe. mais plus d’espace.com Planning Act. était une capitale administrative. Notes 63 KALPANA. lorsqu’on parle de Madras on fait souvent référence à un « village trop grand ». Cities and Towns of India. the Architectural Heritage. sous le Madras Town hindu. URBANISATION DE LA VILLE “ Le moment est grave. Il faut maintenant créer de l’espace et il faut l’occuper pour combattre cette accélération. Madras. En effet. depuis sa création la Transport en bus ville a suivi une longue tradition de planification urbaine. La ville de Chennai augmente logiquement plus rapidement que les zones rurales alen- tours et. Cependant. comparable à n’importe quelle ville dans le monde. Pourtant le Tamil Nadu est un des Etats les plus urbanisés du pays avec 44% de son territoire urbain. selon le Census of India. En fait. INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage). plusieurs plans de développement ont été instaurés à Madras qui consistaient entre autres au développement de la ville par incorporation de villages voisins plutôt que par extension.com 64 DAVIS. Ramesh. George Town était un centre de business important et Park Town se définissait comme un centre- ville reconnaissable par ses bâtiments publics et ses parcs. Mike. le consultant à la planification du gouvernement de Madras en 1915.2. Il est alors étonnant de savoir que la Madras des années 1930 possédait des fonctions urbaines impressionnantes. 2004 76 .4. ce qui est plus que le Maha- rashtra avec 42%64. SCHIFFER.com la ville n’a jamais eu un véritable plan et une grandeur digne d’une capitale63. Commonweath Publishers. Verso. ” — MULLER. K. 1949 selon Lancaster. Frank. en tant que ville coloniale créée par les Britanniques et développée en tant que presidency town. 2003 Route surélevée Gemini. Planet of Slums.. hindu. En 1920. terme qui montre le manque de caractère urbain de la ville. Heiner Madras. Foule et tramway. politique puis culturelle. ceci est largement dû aux migrations venant des districts voisins de Chingleput et North Arcot65.

Le scénario social a aussi changé. Son rôle est de préparer les plans de dével- oppementKolkata spatial de la métropole de Madras. Le prix des terrains a flambé et l’apparence de la ville a subit de 6. le terrain a commencé à être vu comme une marchandise à exploiter .2 investissant million dans l’immobilier 1991 6. et naturellement. Au lieu de prendre des positions osées etChennai positives. A partir de là.6 million 2000 de manière importante.2 million 1991 Au début des années 1970. Avec la croissance démographique et le flux de population rurale vers les villes. Les promoteurs privés qui avaient peu de respect vis-à-vis de la planification officielle et des règles déterminées par le gouvernement local ont profité de la forte demande. la Madras Metropolitan Development Authority (MMDA) 5.S. les quartiers comme Park Town (au cœur de la ville britannique) se sont désintégrés dans le chaos et la confusion en perdant leur rôle de centre de la ville. le second master plan est rendu public. Sudhira (2011) et analyse du IIHS 77 Source: and IIH . toute l’approche du terrain et de la construction a changé.2 millions 1991 – qui deviendra CMDA par la suite – est créée. 8. Dans un courtChennai laps de temps. la stratégie du CMDA a été de se démettre de toutes responsabilités et de ne proposer que des actions 5. le logement et même les bâtiments commerciaux étaient construits directement par les usagers.6 millions 2000 grandes transformations.2 million 1991minimes.1 million 2010 Avec l’ouverture de l’économie en 1991. Le changement rapide.7 millions 2009 [18] Evolution du bâti à Chennai Source : H. a forcément créé du chaos. la demande de logements est devenue plus importante.6. En 1995. avec le public5. et10. La ville n’a alors pas réussi à faire face à ces forces de croissances et de conflits de culture.3 de coordonner million les projets 1990réalisés par les organisations 13.2 million gouvernementales.7 million 2009 plaindre du manque de demande de participation et de discussion. avant ça. sans suivre le zonage défini. d’identifier et d’implanter des projets si besoin. Change in Urban Built-up Area & Land Cover Chennai 5.6 la population million a commencé 2000 à se 8. 2001 14.

3. 1. exposing slum dwellers living in the area to all sorts of 820. ” 293 256 189 — TRANSPARENT CHENNAI 129 125 125 122 71% 46% 74% 95% 100% Tamil Nadu Uttar Pradesh Maharashtra West Bengal Andhra Pradesh Les cinq Etats avec le plus de bidon- Les slums à Madras existaient déjà dans les années 1930 : selon le Special villes. During rainy season. practice their livelihoods. à la santé.R. 20% sus de 2011.. the thatched huts are prone to fire accidents ». Il est cependant important de noter que ces chiffres ne sont pas sûrs.168.0 0 5. 737.. le gouvernement tend à baisser ce chiffre.8% de la popula- tion66. Slums and Urbanization. dispensaire médical – et aide aux femmes – Speed for Trust forme 287. elle possédait 189 bidonvilles en 1933 .000 fertile breeding place for mosquitoes.079. 1956 1961 1971 1986 2001 2011 Notes Population des slums à Chennai 66 DESAI. 2012 Housing Committee. Population urbaine du Tamil Nadu 0 Selon le Tamil Nadu Slum Clearance Board un slum correspond aux « hutting areas . et d’autre part. nauseating scene. DEVADAS PILLAI. Sangam Books. Slums TNSCB generally present the most unhygienic.079. including the poor- 648 Villes “réglementaires” est. S. 1991 TNSCB 78 . aide à l’éducation. and invest in their homes and families. aide à la santé – 412.000 diseases. A. LES BIDONVILLES À CHENNAI 721 “ Cities are supposed to be places of opportunity for their residents. ce qui représente un quart de la population chennaite (illustration 27). car il est difficile de déterminer le nombre d’habitants des bidonvilles. 50 0.5 du Tamil Nadu with huts erected in a haphazard manner without proper access.4.219 bidonvilles dans la Chennai Corpora. ugliest.000 installations sanitaires. ce qui représenterait 23.000 les femmes à devenir des chauffeuses d’auto-rickshaws – . without protected water Slums au Tamil Nadu. tion.0 Population des slums 00 2 7 . During the summer. the path becomes swampy and the entire colony becomes a 1.000 Les ONG visant à aider les bidonvilles à Chennai sont assez nombreuses : aide à l’éducation – construction de nombreuses écoles dans les bidonvilles –. the whole area gets flooded. Aujourd’hui la population des slums de Chennai a dépassé le million : selon le Cen.414 personnes vivent dans 1. But flawed policies and poor implementation have made it difficult for low-income city Villes avec des slums 507 residents to access basic services.000 650. en 1961. 2012 and drainage arrangements and so congested as to allow of little free air to get in. ce nombre était de Census of India 548 bidonvilles avec une population de 412.

Illustration 27 .Les bidonvilles à Chennai Source: TNSCB 79 .

40 144.25 Illustration 29 .. A.S.240 31. De par leur construction elles sont sensibles aux intempéries et au feu. Stockholm.845 40.83 22.53 22. il n’y a pas tellement de bidonvilles « commerciaux » comme l’est Dharavi.723 2.61 Illustration 28 . 2003 68 MISHRA. où le logement est divisé en logement personnel et espace de travail.46 Total 721.. 1991 80 .19 7. mais la majorité des logements des bidonvilles sont en-dessous de cette norme69. elle monte à 67% dans les quatre grandes métropoles dont Chennai68 (illustration 29).R.128 64..Nombre de pièces dans les bidonvilles de Chennai en 2000 Source: World Water Week. Slums in Chennai : a Profile.659 30. vendeur de légumes.492 87. Slums and Urbanization. Stockholm.054 5.465 5.193 66.21 37.28 24. Nous avons remarqué une large utilisation de matériaux et éléments de récupération. août 2008 Alors que dans tout le pays la proportion de familles vivant dans une seule pièce est de 34%. août 2008 Notes 67 Dr. bâches.64 Non Slum 640. A Chennai. CHANDRAMOULI.728 36. La majorité des bidonvilles sont plutôt exclusivement des espaces de logements (à l’exception du travail comme cuisinière.182 17.51 136.149 17. Ils sont majoritairement habités par des mi- grants venus des zones rurales avoisinantes. portes.93 251.18 46.88 Total 338.158 11.435 12.Types de maisons dans les bidonvilles de Chennai en 2000 Source: World Water Week. J.790 19.359 5.… Semi- Permanente % Permanente % Temporaire % Slum 81.364 91. la plupart sont donc des tamil.96 30.17 Non Slum 258.419 24. C.283 3. DEVADAS PILLAI.48 90.. S.16 59. Sangam Books. 2002 69 DESAI.469 7. 64% des maisons des bidonvilles sont en matériaux « permanents »67 peu chers (illus- tration 28). Har-Anand Publications.85 221. A Quest for Dream Cities.415 17.41 93. …). jalis. tôle. University of Madras. Le gouvernement du Tamil Nadu a défini une taille standard de 25m2.85 2. 1 pièce % 2 pièces % 3 pièces % > 3 pièces % Slum 84.

.73 Total 533.00 Illustration 31 . CHANDRAMOULI.61 Non Slum 499.975 23.39 Non Slum 319.066 85. A.998 70. Stockholm.272 3. et seuls 40% sont locataires (illustration 30). mais aussi le déroulement d’une vie comme les autres malgré le manque d’infrastructures71 (illustration 31 et 32).43 Illustration 30 . DEVADAS PILLAI.64 Non Slum 494. C. Les maisons sont souvent construites très proches les unes des autres.73 Slum 33. Radio % Télévision % A l’intérieur % Proche % Loin % Slum 55. août 2008 Notes 70 DESAI. Sangam Books. ce qui montre une certaine volonté de « modernisation ». les maisons sont principalement détenues par leurs habitants.423 26. Stockholm. 1991 71 Dr. Slums in Chennai : a Profile.911 7.45 7.911 47. Propriétaire % Locataire % Autres % Slum 70.78 23.870 54.23 50.87 75. 2003 81 . avec des pas- sages très étroits entre elles. University of Madras.10 426.93 34.845 28. sans ordre ou alignement premier.Télévision et radion dans les bidonvilles Illustration 32 .154 43.39 236.16 167. En 1991.764 40.847 1..Accès à l’eau potable dans les bidonvilles de Chennai en 2000 de Chennai en 2000 Source: World Water Week.61 57. Slums and Urbanization.38 4. août 2008 Source: World Water Week.222 45.R.152 66.47 375..07 Total 389.8% des habitants étaient propriétaires de leur logement et 56.46 676.1% n’avaient pas de droit sur leur logement70. 60% des logements sont équipés de télévision.47 11. Stockholm.58 68.689 56.432 18. Elles sont généralement disposées de manière aléatoires et selon la volonté de l’habitant. S.479 4.50 601.632 71.Propriétaires et locataires dans les bidonvilles de Chennai en 2000 Source: World Water Week.289 53.588 81.575 1.055 64. seuls 22.91 Total 550.522 81. contrairement à la tendance générale. Mais aujourd’hui.053 51. août 2008 Alors que seulement 26% des habitants ont accès à l’eau potable.

il n’y a pas men- tion de la destruction de bidonvilles pour la construction de nouvelles infrastructures ou l’embellissement de la ville.. Nithya V. ne peuvent se faire que si le bidonville a été déclaré auparavant. de prévenir la création de nouveaux et de cons- truire les infrastructures basiques pour tous les habitants des bidonvilles en attendant que leur abris puissent être détruits et remplacés par de véritables logements. il est clairement spécifié que l’identification et l’éradication des bidonvilles ne doit se faire que dans le cadre de l’amélioration des conditions de vie . Pourtant. sous la forme du Tamil Nadu Slum Clearance Board (TNSCB) en 1971 . L’acte précise qu’il faut d’abord identifier les bidonvilles. elles. Re-visioning Indian Cities. the Urban Renewal Mission. LES POLITIQUES DE SLUMS DE LA VILLE “ God we shall see in the smile of the poor ” — Motto du TNSCB Le Tamil Nadu est l’un des premiers Etats à créer un Slum Clearance Act. Alors qu’on estime que 72% du terrain de Chennai est utilisé pour le logement. la ville est tenue de réserver 10% de sa superficie pour la construction de Economically Weaker Housing Section (EWHS) car elle possède une population de bidonvilles supérieure à 20%. les bidonvilles n’ont jamais été éradiqués et.4.. De plus. 21 Juillet 2012 73 SIVARAMAKRISHNAN.C. Sage publi- cations. La construction d’infrastructures de classe mondiale dans les métropoles indiennes est généralement associée à la démolition des bidonvilles et l’éviction de leur population. les reconnaître officiellement en tant que slum designated areas avant de pouvoir construire des nouveaux logements et/ou améliorer les conditions de vie en construisant des infrastructures. Transparent Chennai.4. Malgré cela. comme c’est souvent le cas aujourd’hui72. Summary Analysis of Slum Policies in Chennai and their Implementation. K. elle consacrerait 20-25% de son budget municipal pour les pauvres urbains73. pourtant. les politiques en place sont toujours les mêmes. 2011 82 . Les évictions. Notes 72 RAMAN. ses buts étaient de nettoyer la ville de tous ses bidonvilles en sept ans.

infrastructures et bâtiments publics (écoles.202 bidonvilles étaient déclarés. il y a aujourd’hui des centaines de quartiers sous-intégrés sur lesquels le gou- vernement exerce différentes pressions : en les ignorant. et en offrant un nouveau logement seulement à certains habitants (ceux qui sont en mesure de prouver leur existence). Mais parallèlement à ça. Chance2sustain. les habitants doivent payer un loyer de 250 INR par mois pendant 20 ans. et en la seconde en 1985 où seulement 17 bidonvilles ont été rajoutés.. Alors que le TNSCB était un des pionniers dans la reconstruction in situ. Son approche conceptuelle n’a pas vraiment changé depuis ces trente dernières années. Depuis. il a aussi commencé à intervenir de manière « illégale » (qui ne respecte pas la procédure identification – déclaration – amélioration)76 sur les autres slums. Une fois relogés. En revanche. Nithya V. les routes et les installations sanitaires sont construites sur les sites des bidonvilles. le TNSCB n’a déclaré des bidonvilles comme slum designated areas que deux fois : la première au moment de sa création en 1971. De plus. Une unité de logement leur coûte 10. DHANALAKSHMI. Véronique. dispensaire médical) sur un terrain différent que celui du bidonville originel. La surface de logement déclarée comme norme est de 25m2. Notes 74 TNSCB 75 DUPONT.000 CHF (30% vient de donations et 70% du gouvernement). Février 2013 76 RAMAN.. où 1. • Réhabilitation : construction de logements. Le TNSCB suit trois stratégies en matière d’amélioration des conditions des bidonvilles : • Développement in situ : les infrastructures basiques comme l’eau. • Reconstruction in situ : des unités de logements (de plusieurs étages) sont cons- truites sur le site du bidonville original. par conséquent. Addressing Sub-Standard Settlements WP3 Settle- ment Fieldwork Report. Summary Analysis of Slum Policies in Chennai and Their Implementation. avec une pièce principale de 13m2. Transparent Chennai. le TNSCB a construit de nouveaux logements pour tous les 1. il prône des réhabilitations en périphérie75. en évictant les habitants sans réels processus. de nos jours.219 slum designated areas. de nouveaux bidonvilles se sont bien sûr créés et ceux reconnus se sont développés . R. à cause du mande d’espace dans la ville. mais 30-40% quittent bien avant et louent ce logement à d’autres74. 21 Juillet 2012 83 . avant qu’ils ne deviennent officiellement propriétaires de leur logement.

dans : The Hindu. mais ne les reconnaît pas pour autant. En 2002.ece Illustration 33 .333 hab / km2 77 RAMAN.. Nithya V. ces bidonvilles comprennent près d’un demi-million de ré. Nithya V. D’un autre côté tous les bidon- villes non déclarés par le TNSCB occuperaient 4. Par ailleurs. étant donné la vitesse de construction de ces projets par le TNSCB. 21 Juillet 2012 84 .7% de la surface de Chennai (426km2). un Chennai invisible aux yeux de l’Etat. ainsi que le nombre de familles vivant dans des bidonvilles (en incluant les 444 bidonvilles non 1663 bidonvilles occupent reconnus). cela prendrait plus de 40 ans pour tous les reloger. « India’s Invisible Population ». Ne serait-ce pas le temps de prendre conscience de l’illogique de la situation et Chennai de développer une stratégie plus réaliste ? Typiquement une solution plus souhaitable pour tous serait. 426km2 sidents. Le TNSCB lui-même admet que la réhabilitation d’une famille dans un nouveau 6 millions sur 414km2 – bâtiment coûterait 90 fois plus cher que d’améliorer un bidonville existant79.8km2 de la ville. 12km2 fie les bidonvilles non reconnus. tout d’abord la reconnaissance de tous ces quartiers informels. NARAYAN.8% de la surface de familles78.000 ménages ont été expulsés.492 hab / km2 1 million sur 12km2 Notes 83. L’organisation Trans- parent Chennai estime qu’entre 2005 et 2009.1% de la surface de la ville77 (illustration 33). Summary Analysis of Slum Policies in Chennai and Their Implementation.. Nithya V.. Summary Analysis of Slum Policies in Chennai and Their Implementation. 21 Juillet 2012 78 RAMAN. Le traitement des bidonvilles est un exemple de la contradiction indienne : le TNSCB identi. et d’ici là il y aura d’autres 2. thehindu. Priti. les procédures d’éviction et d’admissibilité pour la réhabilitation ne sont jamais clairement définies. afin que par eux-mêmes ils puissent améliorer leur situation au fur et à mesure. puis leur amé- 7 millions d’habitants à lioration in situ. au moins 20.. 19 Octobre 2013. en fournissant les infrastructures de bases et en offrant des opportunités de Chennai travail aux habitants. et les habitants ne sont pas clairs sur leurs droits. .Emprise au sol des 79 RAMAN. bidonvilles Transparent Chennai Transparent Chennai..com/opinion/lead/indias-invisible-population/article5248725. soit seulement 1. 14. Ensemble. et seulement quelques-uns se sont vus attribués un nouveau logement. La réticence du gouvernement à déclarer de nouveaux bidonvilles est surprenante quand on sait le peu de terrain qu’occupent les bidonvilles : les slum designated areas prennent environ 1. De plus. le TNSCB a réalisé une étude de tous les bidonvilles non reconnus : cette limite déterminée par la CMDA dernière a relevé 242 bidonvilles illégaux dans la Chennai Corporation et 202 dans la Chen- nai Metropolitan Area. Transparent Chennai. Ceci forme une seconde face de Chennai.

2km2 de terrain serait disponible. Cependant.5. They have started demolishing their dwellings non-chalantly... Programmes for 2004-2005 85 . Deux exemples sont étudiés ci-dessous. « India’s Invisible Population ». Nagar et Mylapore – deux quartiers centraux de la ville – 0.R. 1991 Les projets de réhabilitation réalisés dans les années 1960-1970 étaient assez bien accueillis par la population comme étant abordables et modernes. NARAYAN. 19 Octobre 2013. Priti. Mais cette percep- tion a changé dans les années 1980 quand les habitants de ces projets ont commencé à se plaindre de la localisation et de la qualité des constructions. DEVADAS PILLAI. Dans les quartiers de Madhavaram et Alandur. Sangam Books.396 logements en plus 30 ans81 – . Slums and Urbanization. plutôt que d’investir dans l’installation d’infrastructures dans les slums existants. in the name of over- coming congestion and improving the overall civic atmosphere of the city.49 km2 de terrain est disponible. Notes 80 RAMAN. Le gouvernement a souvent mentionné le manque de terrain dans la ville afin de justifier les politiques de réhabilitation à grande échelle dans les périphéries. une étude faite sous le Urban Land Ceiling Act révèle que le gouvernement possède 10. il a souvent été critiqué pour l’inadaptation de ses nouveaux logements aux besoins des habitants des bidonvilles. S. Aujourd’hui. PROJETS DE RÉHABILITATION PAR LE GOUVERNEMENT “ In the name of beautification.ece 81 TAMIL NADU SLUM CLEARANCE BOARD.42km2 de ter- rain non utilisé à Chennai. 4. in the name of combating pollution. dans : The Hindu. Bien que le Slum Clearance Board soit assez actif à Chennai comparé à d’autres villes – il a construit 61. et le Slum Clear- ance Board prévoirait d’en construire encore plus dans tout l’Etat80. exemples visités sur place (illustration 34). thehindu. plus de 75% des fonds du JNNURM va dans la construction de ces nouveaux quartiers.com/opinion/lead/indias-invisible-population/article5248725. A. usurping their belongings and by branding them as vagrants are exiling them en masse outside the city limits. ” — DESAI. the authorities have launched an increasingly massive ruthless physical assault on these citizens (of slums).. Nithya V. soit la moitié de ce qui serait nécessaire pour loger tous les bidonvilles non déclarés de la Chennai Corporation Area. Par exemple à T. 2.

Les projets de réhabilitation du TNSCB à Chennai Source: TNSCB 86 . SRI NIVASAPURAM ET NOCHIKUPPAM KANNAGI NAGAR Illustration 34 .

• SRI NIVASAPURAM ET NOCHIKUPPAM : Communautés de pêcheurs

Il s’agit d’un des premiers projets réalisés dans les années 1950-1960. La réhabilita-
tion des communautés de pêcheurs se fait graduellement, en construisant chaque décade
de nouveaux bâtiments pour reloger les familles voisines. On peut ainsi lire l’évolution des
projets de 1950 à aujourd’hui. De manière générale, les structures à plusieurs étages ne re-
flètent pas le mode de vie et les besoins des familles de pêcheurs. Avec le temps, le nom-
Vue aérienne de Nochikuppam
bre d’étage a continué d’augmenter, sans prévoir d’espaces pour les entreprises informel-
les ou même les animaux (chèvres, chien, ...) qui sont une part importante des familles.
Traditionnellement les pêcheurs vivaient sur la plage le long de Marina Beach dans des
huttes avec leurs bateaux accrochés à ces dernières ; la plage servait aussi de marché. Le
terrain choisi par le gouvernement se trouve plus à l’intérieur de la plage, sûrement dans le
but d’aménager un accès par la route principale qui longe la mer, ainsi que pour protéger
les habitations d’éventuels raz-de-marée. A part certains bâtiments religieux (dont un tem-
ple hindou en perpétuelle construction), ces réhabilitations ne comprennent aucun équipe-
ment public comme une école ou un dispensaire. Le marché aux poissons se fait mainten- Nochikuppam
ant en plein cagnard, le long de la route où passent tous types de véhicules afin d’éviter le
trafic de la route principale parallèle. On peut noter un cruel manque d’espaces publics qui,
à part les rues, sont quasiment inexistants.
Les logements les plus anciens suivent une norme de 23m2 comprenant une pièce, une
cuisine et une salle de bain ; la norme est ensuite passée à 27,5m2 (illustration 36).

7,73
3,81 3,35
Anciens et nouveaux logements

2,44
salon chambre
Route de la plage
cuisine

3,94
(26,9m2)

Bâtiments - 4 étages, 18m de largeur,

1,05
36 à 75m de longueur WC SDB balcon

Parc - entre 1,000 et 1,200m chacun
2
1,21 1,52 1,83

Illustration 35 - Master plan de Nochikuppam Illustration 36 - Plan type d’un logement
Source: TNSCB Source: TNSCB Marché
87

En 2012, de nouveaux bâtiments ont été construits (en rose sur les photos), mais ils ont
été fermés et jamais occupés suite à de vives protestations de la part de la communauté
et des ONG vis-à-vis de la monstruosité du projet et de sa totale inadéquation au site, aux
communautés et même à la ville. Pour l’instant le site est protégé, et personne ne sait ce
qu’il adviendra de ces bâtiments.
En revanche on peut noter une meilleure adéquation des bâtiments des années 1970-
1980, à deux ou trois étages, à une échelle se rapprochant plus de celle des bidonvilles. Construction informelle
Mais ce sentiment est surtout accentué par la construction informelle d’extensions, en
maison ou en boutique (illustration 37), ainsi que l’extension de la vie sociale dans les rues :
à partir de 16h, les femmes se retrouvent pour jouer aux cartes, les enfants jouent au ballon
ou au cricket. Il en découle une véritable sens de la communauté qui est né de la fusion
entre les constructions gouvernementales formelles et les extensions informelles.
Par ailleurs, bien que le TNSCB soit censé maintenir ces nouvelles constructions en
état, il en a été incapable dû au manque de personnel ou de volonté. Si bien qu’une fois
construit, ces complexes sont laissés à l’abandon par l’Etat et leur conservation ne tient
Construction informelle
qu’au bon vouloir des habitants en particulier en ce qui concerne la gestion des déchets
(illustration 38).
Cet exemple montre les limites du terme slum : officiellement ces structures ne sont
plus des bidonvilles car ils ont été améliorés, cependant à cause d’une mauvaise mainte-
nance et le développement de l’informalité on retrouve certaines caractéristiques des slum
designated areas.

ETAPE 1 – ETAPE 2 – ETAPE 3 – Match de cricket
Une rue ouverte
Construction formel- Extension 1 : bou- Extension 2-3 : mai-
pour la circulation
le du gouvernement tique ou maison son et terrasse
et une rue fermée
(pas d’accès
depuis les mai-
sons), remplie
d’ordures

Illustration 38 - Schéma de principe
Illustration 37 - Construction informelle de la gestion des déchets Rue d’accès Rue de déchets
88

• KANNAGI NAGAR

Kannagi Nagar et Semmenchery sont les deux plus grands projets du TNSCB. Ils abri-
tent respectivement 16,000 et 6,800 habitants. De plus, Kannagi Nagar est le plus grand
projet de réhabilitation dans toute l’Inde ; il s’agit d’un site sur lequel le TNSCB a construit
de nouveaux immeubles années après années.
A Kannagi Nagar, 20% des logements seraient abandonnés et 50% des habitants origi-
nels (ceux à qui on avait attribué les logements) n’y habiteraient plus (ils ont loué ou vendu
leur logement) 82. Alors qu’il y a une dizaine d’années, ce site était presque vide, un lieu
dangereux où les femmes n’osaient pas sortir, aujourd’hui pourtant on trouve un quartier
plein de vie où tout le monde se retrouve à l’extérieur devant les bâtiments.
Comme se trouvant à l’extérieur de la ville, le complexe est équipé d’une école, d’un
dispensaire médical, d’un arrêt de bus. Plusieurs familles expliquent être plus heureuses ici
parce que bien que se trouvant loin du centre-ville, elles bénéficient ici de ces infrastruc-
tures ainsi que d’un environnement globalement plus sain ce qui réduit les maladies, chez
Les 1ères typologies (1950-1960)
les enfants en particulier. Aujourd’hui, la majorité de la population se dit satisfaite mais a
peur de ces nouvelles constructions qui sont censées amener encore plus de monde et
alors entraîner une congestion des infrastructures existantes minimales.
Encore une fois, on voit que l’échelle des constructions des années 1950-1960 est en-
core acceptable : la première typologie est un bâtiment sur deux étages comprenant seule-
ment deux logements, un par étage. La disposition des bâtiments permet l’aménagement
d’un petite cour ouverte, à l’échelle de quatre familles ; là tous se retrouvent pour discuter
ou jouer aux cartes.
Mais au fil du temps l’échelle est devenue de plus en plus grande, urbaine et inhumaine
jusqu’à en arriver à l’atrocité des projets proposés ces dernières années : d’immenses
barres de logements, répétitives, et des espaces publics ouverts beaucoup trop grands
non aménagés et très peu ombragés rendant leur utilisation impossible dans un climat
chaud comme celui de Chennai.

Notes
82
RAMAN, Nithya V., NARAYAN, Priti, « India’s Invisible Population », dans : The Hindu, 19 Octobre
2013, thehindu.com/opinion/lead/indias-invisible-population/article5248725.ece Les 2èmes typologies (1970)
89

Sur place. bien que quasiment terminé.12 1.33 SDB chambre 2.75 0. Les appartements de cette typologie sont extrêmement stricts et inflexibles et n’offrent pas vrai- ment de possibilité de modification ou même d’adaptation (illustration 39).000 logements. Intérieur de la dernière typologie 90 .72 5.72 5.72 2. matériaux et savoir-faire. encore une fois à cause des protestations de la population . Les 3èmes typologies (1980-1990) 4.43 cuisine 2. financé par le JNNURM. et qui doit accueillir 20. prônant une planification « universelle » qui ne répond ni à l’héritage local ni aux traditions. Comme à Sri Nivasapuram. on voit que tous ces projets manquent à l’origine de caractère informel .Plan type d’un logement dans la dernière typologie (2011-2012) Source: TNSCB Perumbakkam est le nouveau grand projet en construction.33 2. le dernier projet construit en 2011-2012 est actuellement en attente.80 0.72 salon 2.12 4. Au moins 12. en effet.75 2. dans les plus récents en revanche on voit que le caractère local n’est pas pris en compte. personne ne veut vivre dans ces bâtiments. De plus.3m2) La vie de quartier 2. quelques appartements sont squattés au rez-de-chaussée.43 (27.000 familles devraient être relocalisées à Perumbakkam dans des logements de plus de 37m2 d’ici la fin 2013. mais les immeubles restent majoritairement vides. La dernière typologie (2011-2012) Alors que les premiers projets de réhabilitation ont une échelle humaine.80 Illustration 39 . ils sont tellement planifiés qu’ils laissent peu la place à une flexibilité des plans d’appartements et une appropriation des espaces ouverts par les habitants.22 2.22 1.

6. M. Par conséquent.500 à habiter le bidonville mais ce nombre paraît un peu surestimé. en grande partie à cause de la construction du métro et parce que l’expansion de la ville se fait naturellement vers l’Ouest. De plus. 2013 googleearth.320 km2.Ambedkar Slum.com cipale du quartier se trouvera très proche du slum.Ambedkar Slum. Those who merely live according to rule do not advance society. il se trouve sur un terrain gou- vernemental qui est en partie occupé par un hôpital et une école de médecine. La partie qui suit décrit l’étude de cas d’un bidonville visité à plusieurs reprises à Chen- nai. they only carry it along. googleearth. De l’autre côté. Une nou- velle aile est par ailleurs en construction derrière le bidonville. Le bidonville longe une des routes principales de Chennai qui relie directement la ville à Dr. Il s’étend sur une parcelle de 148m de long et 90m de large soit 13. mais ce chiffre est très dur à déterminer et aucune informa- tion officielle n’a été trouvée à ce sujet bien qu’il fasse partie des slum designated areas du TNSCB. ce qui ne lui laisse pas de possibilités d’agrandissement.com Le Dr. Selon les habitants.K. On voit donc que le bidonville est encerclé de tous ses côtés. 4. 2000 la situation actuelle de la ville. le bidonville est longé par un nouveau complexe résidentiel de moyenne gamme (illustration 40). la station prin. 2006 l’aéroport et au-dessus de laquelle on est en train de construire le métro . Sur ce terrain se trou- verait environ 350 logements. le quartier d’Ashok Nagar est en train de connai- tre un fort développement. Ambedkar Slum est un bidonville de taille moyenne qui serait apparu il y a trente ans et qui se trouve à Ashok Nagar. Dr. Il s’agit donc d’un bidonville assez peu dense. ce qui est surtout dû au fait que les logements sont tous des maisons individuelles d’un étage. un quartier dans la partie Ouest de la ville. le bidonville risque connaître de fortes pressions pour son terrain et sera probablement détruit et relocalisé autre part dans un futur proche.com ation stratégique. Ce dernier est un bon exemple car il se trouve au cœur de la ville et est représentatif de Dr. Par ailleurs. de par sa situ.Ambedkar Slum. 91 .000-2. ce qui génère du travail pour ses habitants. googleearth. ÉTUDE DE CAS “ Those in this world who have the courage to try and solve in their own lives new problems of life are the ones who raise society to greatness. ” — GANDHI. ils seraient 2.

Contexte du Dr. Hôpital Terrain gouvernemental à proximité Construction du métro aéroport hôpital et école de médecine complexe de logements moyenne gamme ligne de métro en construction Illustration 40 . Ambedkar Slum Nouveaux logements 92 .

deux pour les femmes). De plus. les habitants doivent venir dépo. car il n’y a aucune ventilation dans la salle et qu’il y fait beaucoup trop chaud. on peut relever quelques éléments principaux (illustration 41) : • Les toilettes et installations sanitaires sont inexistantes à l’intérieur du bidonville . L’approvisionnement en eau se fait tous les jours avec un camion public. les habitants disposent de toilettes publiques payantes (deux toilettes pour les hommes. Les coupures de courant sont assez fréquentes mais beaucoup moins qu’il y a quelques années. mais parfois celui-ci ne fait que les déposer sur un terrain gouvernemental vacant voisin. • Les déchets sont récoltés par la ville chaque jour . il n’y a aucune tuyauterie ou puits installés. • Une ONG a installé une école en bordure du bidonville. aucune n’est présente de manière permanente Intérieur de l’école sur le site ou aux alentours. Pour le reste certains petits terrains en périphérie du slum sont utilisés comme espaces de défé- cations à l’air libre. les ordures sont localisées et les rues et espaces publics principaux sont relativement propres. entre quatre et six par logement selon le nombre de ses membres. mais les cours se font dehors. Chaque habitant vient chercher son eau à l’aide de seaux. il n’y a aucun dispensaire médical et. Classe donnée à l’extérieur ser leurs ordures dans un camion. mais il n’est pas clair de savoir si elles sont rattachées au réseau public. Classe donnée à l’extérieur • En revanche. 93 . • L’eau n’est pas disponible directement dans le bidonville. les enfants y vont quand ils veulent. mais plutôt de cours du soir où les enfants se rendent après la véritable école. légalement ou illégalement. • Par contre. Une salle a été construite à ce but. qui se trouvent à l’extérieur du slum. Il ne s’agit pas d’une vraie école. L’école semble se faire de manière aléa- toire. le long de la route principale. la plupart des maisons sont fournies en électricité. Encore jusqu’en 2012. Les bidonvilles étaient alors largement privés d’électricité étant don- nés que ce sont des endroits où les coupures « imprévues » sont les plus nombreuses. tous les mois chaque quartier subissait une coupure de courant de 8 heures. Concernant les infrastructures de base. A l’intérieur du bidonville. bien que le bidonville reçoive régulièrement le soutien de plusieurs ONG. la ville de Chen- nai établissait des coupures de courants quotidiennes d’une heure par quartier en plus des coupures « imprévues ». ou bien s’il s’agit d’un réseau indépendant.

Carte des services dans Dr. Ambedkar Slum Poteau d’électricité 94 . Espace de déchets Toilettes publiques Réservoirs d’eau réservoir d’eau poteau d’électricité terrain d’ordures maisons avec électricité toilettes publiques école maisons sans électricité espaces de défécation à l’air libre Illustration 41 .

sous différentes variations. Lors de nos visites. les maisons des bidonvilles peuvent se classifier en trois types différents: • Katcha houses : ce sont des maisons dites « temporaires » construites en boue. • Semi-pucca houses : ce sont des maisons « semi-temporaires ». • Pucca houses : ce sont des maisons « permanentes ». le bidonville comprend deux temples hindous et une église. le dernier datant de 2005. Il y avait cependant peu de pucca houses. celle de meilleure qualité en terme de solidité. En effet. il semblerait que le bidonville soit divisé en deux parties distinctes. Nous n’avons pas trouvé beaucoup de boutiques. Généralement. Les pages qui suivent décrivent différentes typologies de maisons visitées. nous nous promenions toujours dans le bidonville avec un des habitants et nous nous sommes rendus compte qu’en fonction de la personne nous allions toujours dans la même partie . probablement pour des raisons religieuses car on trouvait différentes classes et castes dans une partie comme dans l’autre. Les deux temples se trouvent d’un côté et l’église de l’autre. Lors des Temple principal visites nous avons donc pu voir la différence entre les maisons construites au fil des années et des générations et les maisons reconstruites dans l’urgence après un incendie qui sont construite exclusivement en tôle (illustration 42). argile et toiture en feuilles de palmier. Eglise 95 . simplement deux principales ainsi qu’un vendeur de thé qui fait des rondes et certains habitants qui vendent des snacks ou des fruits et légumes. Elles sont généralement construites en béton ou ciment. pour les grandes célébrations les habitants se déplacent dans un plus grand temple à 15km de là. Ici on retrouve les trois types. mais pas de mos- quée. Bien que possédant un temple dans le bidonville. il n’y a pas réellement d’ordre clair et défini. Ce bidonville a souvent été sujet aux incendies. car nous n’avons jamais vu de toiture en béton. Ce sont les moins chères. En terme d’organisation des maisons. On peut cependant discerner quelques routes principales et secondaires par lesquelles on rentre dans le cœur du bidonville. Les murs sont généralement faits de briques. mais peu durables. La majorité des maisons dans le bidonville visité étaient des maisons en chaume. et la toiture est composée de chaume ou de tôle ne la rendant pas complètement imperméable.

Ambedkar Slum Echoppe 96 .Plan du Dr. église maison de Thomas Accès secondaire maison d’Arpita maison de Vidhya vend des Vanitha temple samosas maison de Sadhvika Maison reconstruire après incendie maison de temple Vetrivel Vendeur ambulant de chaï maisons visitées vendeurs ponctuels bâtiments religieux ligne de division du bidonville Accès principaux échoppes zone touchée par l’incendie de 2005 Accès secondaires Illustration 42 .

• MAISON EN BRIQUE : Maison de Vetrivel « Nous sommes quatre dans la maison. L’école n’est pas trop loin alors je peux y aller à pied. L’après-midi je vais jouer à côté du temple et je vais aussi au centre d’éducation construit par une ONG. Un jour je serai le chef de la maison. Ma famille habite ici depuis 30 ans. à l’intérieur et à l’extérieur. Mon père travaille comme ouvrier. ça a duré une semaine avec des ouvriers . Mes vacances préférées sont Diwali parce que je peux aller dans la rue et lancer des pétards! » BRICK HOUSE • Structure : la maison est construite en- tièrement en brique. Je me lève à 7:30 le Les femmes cuisinent à l’entrée matin pour aller à l’école à 8:30 jusqu’à 15:30. 1. formée grâce à des feuilles de bananier et des bâches. 2. • Sol : le sol est simplement bétonné sans revêtement par-dessus. à l’exception de la zone Intérieur : télévision et rangements d’eau à l’extérieur.2 Illustration 43 . aujourd’hui elle nous appartient. • Surface extérieure : 2m2. ma sœur.8 (amiante). • Surface intérieure : 9. 1.8 • Toit : la toiture est composée d’une structure de colonne en bois et d’asbestos 2.5 2.5 • Murs : les murs sont laissés brut avec la 3. ma mère et mon père.Plan et Coupe Salle d’eau 97 .5m2. à cause d’un incendie on a du reconstruire la maison . Il y a un an et demi.4 brique apparente.

• Murs : à l’extérieur les murs sont lais. ma mère a rejoint mon père après leur mariage. 3 • Surface : 14.Plan et Coupe Seconde pièce : cuisine 98 . Ils Entrée principale de la maison vivent dans la maison d’à côté. chambre • Toit : la toiture est composée d’asbestos 2.8 l’autre). Première pièce : chambre cuisine sés avec les blocs de béton apparents . » OCK • Structure : en blocs de béton.4m2. 3 Illustration 44 . Je suis née ici. Mon mari travaille dans les échoppes à côté de l’hôpital. il vend des fruits et légumes.4 l’intérieur ils sont recouverts d’un enduit de couleur (rouge dans une pièce et bleu dans 4. à 2. • MAISON EN BETON : Maison d’Arpita « Je vis ici avec mon fils et mon mari. • Sol : le sol est revêtu d’un enduit.3 (amiante). Le soir on mange ce qui reste ou on les jette dans le terrain à l’entrée. Il se lève à 4:00 du matin pour partir en rickshaw les acheter au marché et les revends ici. Je travaille avec ma mère comme femme de ménage chez des familles du quartier.

Je ne travaille pas car mon dernier fils est encore bébé.7m2. il travaille par contrat journalier.4 • Sol : le sol est revêtu d’un carrelage avec motif. 4. chambre cuisine • Toit : la toiture est composée d’une struc- ture de colonne en bois et d’asbestos. 3.Plan et Coupe Décoration végétale 99 .8 Travail du revêtement de sol 2. J’ai trois enfants qui vont à l’école. Maintenant. Nous avons construit notre maison en engageant des ouvriers il y a un an.9 0. mais on lui a été retiré son permis parce qu’on n’a pas pu payer la location donc il est actuellement sans em- ploi. » HOUSE • Structure : en rondin de bambou. frigo • Murs : les murs sont constitués entière. Les deux plus grands vont à l’école mais seulement celle de l’ONG. Mon mari est électricien mais travaille comme chauffeur d’autorickshaw par manque Espace extérieur adjacent de travail . Cuisine ment de tôle ondulée. • Surface : 16. • MAISON EN TÔLE : Maison de Sadhvika « Je suis venue ici avec mes parents.2 Illustration 45 .

1.1 Illustration 46 .2m2. ce sont mes parents qui s’y sont installés. • Surface : 7. mais au jour le jour. en bâche. • Toit : la toiture est continue avec les murs. Je travaille au restaurant Saravana Bhavan où je fais la vais- selle. c’est de la 2. • Sol : le sol n’est pas recouvert. Je dois me lever à 5:00 le matin pour préparer à man- ger pour mes enfants avant de partir.Plan et Coupe Espace de rangements 100 . posters de publicité géné- chambre ralement. Des éléments USE espace de rangement Elévation de la maison ont été rajoutés à l’intérieur pour soutenir la toiture. Nous avons tout ce qui nous faut . » • Structure : la maison est tenue par des NYLE SHEET rondin de bois ou de bambou. J’ai deux enfants et mon mari travaille comme transporteur de marchandises.8 1. Notre maison est petite Extérieur de la maison mais pratique. • MAISON EN VINYLE : Maison de Vanitha « J’habite ici depuis que je suis petite.4 Intérieur de la maison terre comme à l’extérieur. • Murs : les murs sont remplacés par des 3 posters de vinyle. mais ce qui est embêtant c’est que les seules toilettes publiques se trouvent au bord de la route.

Illustration 47 .8 2. mais Intérieur : télévision et rangements la vente est imprévisible.3 revêtement par-dessus.5 • Surface intérieure : 10. 4. cuisine Arbre entre les deux maisons • Murs : les murs sont réalisés avec de la 2. • DOUBLE MAISON : Maison de Vidhya « Ma famille loge dans deux maisons . • Toit : la toiture est composée de bâche. Entrée de la maison de chaume 101 . depuis je vis là gratuitement. 2 • Toit : la toiture est composée d’asbestos et de bâche. » 1. Nous sommes arrivés ici il y a 20 ans.6m2.Plan et Coupe • Surface extérieure : 3. mon fils et ma belle- fille habite dans la maison en brique et moi dans la maison en chaume.2 0. espace • Sol : le sol est simplement bétonné sans chambre couvert revêtement par-dessus. Mon mari travaille de nuit comme gardien.8 Maison de brique UBLE HOUSE chambre • Structure : entièrement en brique.9 mais ouvert Maison de chaume • Structure : en bois ou en bambou.2 • Murs : plâtre à l’intérieur et à l’extérieur. Espace d’eau 2.7m2 et 17. Cette maison était celle d’un leader de gang du bidonville et il a été tué il y a quelques années. 1.96m2.6 4.6 chaume ou des feuilles de bananier. • Sol : le sol est simplement bétonné sans 3 2. Pour gagner de l’argent je cuisine des snacks l’après-midi.

4m2. Extérieur de la maison • Murs : un retour de béton de 30cm cuisine remonte pour protéger de l’eau. au fur et à mesure. gardien. J’ai moi- même construit la maison.1 1. j’enchaîne ce que je trouve – chauf- feur. puis recouverte de feuilles de vinyle. J’ai eu de la chance car elle n’a pas été touchée par l’incendie de 2005... Je n’ai pas d’emploi fixe. ni sa femme. . • MAISON MIXTE : Maison de Thomas « J’habite dans cette maison avec ma fille et mon fils.7 à l’intérieur ils sont recouverts de bois con- treplaqué. 2 Vêtements suspendus • Sol : il est entièrement bétonné. » Nous n’avons jamais vu ni ses enfants. • Structure : la structure est réalisée en rondin de bois ou de bambou.Plan et Coupe Mezzanine de rangement 102 . 3. chambre • Toit : la toiture est constituée de feuilles de bananier et de chaume.4 0. • Surface : 9. 4. On suppose qu’il s’agit ici d’une maison « vitrine » dans le but d’obtenir un nouveau logement lors d’une réhabilitation afin THOMAS HOUSE de pouvoir ensuite la revendre ou la louer. A l’extérieur ils sont en chaume et feuilles de bananier .3 Illustration 48 . Ma fille étudie à l’université. elle travaille tout le temps.

jouer. invitant à la création de nombreux seuils. Tout type d’activités s’y déroule : cuisiner. . espace dans lequel on peut étendre le linge. de rangement ou en espace de jeu tout simplement. Ainsi. vendre. Soit ils n’appartiennent clairement à personne et dans ce cas ils ne sont utilisés que ponctuellement de manière aléatoire et sont souvent laissés à un abandon progressif. les espaces extérieurs sont de petites tailles.. en retrait d’eau Espace extérieur privatisé 103 . On trouve une grande diversité de ces espaces. Ceci est dû en grande partie à la différence de climat qui induit une gradation plus importante entre les espaces Maison traditionnelle à cour. ouverts. la maison indienne est or- ganisée autour d’une cour ouverte. on fait tout enfermé entre quatre murs. discuter. . mais on peut voir que dans la mesure du possible les habitants ont essayé de disposer leurs maisons de manière à créer des sortes de cours. Belapur trop petites pour aménager une cour intérieure à part quelques exceptions (la double mai- son de Vidhya). d’espaces clos. Traditionnellement. Ceci leur permet de sous-diviser l’espace extérieur et de créer un seuil supplémentaire entre le public et le privé afin de pouvoir s’approprier une partie de cet espace et de le transformer espace bâche qui couvre en espace d’eau. les espaces extérieurs jouent un rôle principal dans la vie des indiens.. à l’échelle des maisons et de l’espace libre. soit la proximité avec une maison induit une utilisation plus intime permettant ainsi d’aménager rue l’espace de manière plus privée. acheter.. en lieu de cuisine. Une femme vend des samosas devant sa maison. semi couverts ou couverts. Correa. les maisons sont bien sûr Les différentes cours. • ORGANISATION SPATIALE ET ESPACES EXTÉRIEURS Ces typologies suggèrent un mode de vie très différent du nôtre : on vit. faire la cui. Baker extérieurs et intérieurs. Dans le Dr. seaux maison sine. dans les zones rurales comme urbaines. Ambedkar Slum. une mère et son fils vendent des fleurs et des légumes dans une rue couverte. tandis que les indiens – et les populations du Sud en particu- lier – vivent plutôt à l’extérieur : les activités qu’ils considèrent primordiales comme cuisiner se passent toujours dans les espaces extérieurs ou semi-couverts. cuisine l’espace Ici..

Cela permet aussi de faire respirer ces espaces souvent exigus De manière indirecte c’est ce qu’on retrouve aussi dans le choix des bâches utilisées: il ne s’agit pas souvent de bâche de couleur unie. représentant des stars de cinéma ou des politiciens. Par ailleurs. orange.. Mais traditionnellement la peinture des murs est utilisée pour les maisons de certains villages. Pondicherry Poster bâche. Ambedkar Slum c’est un élément qui n’était pas très présent dû aux types de matériaux de construction utilisés (tôle. Dr. chaume. les menus de restaurants ou encore les campagnes des politiciens qui représentent les visages de ces derniers à une très grande échelle. En ville on le re- trouve partout avec les publicités. Peinture murale à Sri Nivasapuram tions aux couleurs très vives : jaune. Pondicherry Maison moderne. mais plutôt d’anciennes bâches de publicité ou de campagne politique. grise ou bleue. il y a une grande tradition de peindre directement sur les murs. • APPARENCE ET COULEUR En Inde. Les femmes de la tribu Meena sont particulièrement Femmes meena qui peignent connues pour leurs peintures d’animaux et de créatures sur tous les murs de leur maison. bleu. . Le bidonville reprend cette volonté de s’approprier chaque espace disponible en y laissant son empreinte. certains quartiers sont multicolores! Au Dr.. Maisons à Kânyâkumârî Maison traditionnelle. les Etats du Sud comme le Tamil Nadu se distinguent par des construc. au Rajasthan en particulier. Mais les maisons en briques ou en béton étaient le plus souvent peintes (à l’intérieur comme à l’extérieur).). Ambedkar Slum 104 .

mais prend forme uniquement le soir. Division en deux pièces Par ailleurs. ces dernières ne sont pas limitées à une fonction unique. dor- mir. n’est pas un espace permanent comme nous en avons l’habitude. les indiens ont un rapport très fort avec le sol ce qui a pour résultat que leur habitat (que ce soit dans un bidonville ou non). accueillent des fonctions plus spécifiques comme la cuisine ou la puja. fonctions qui n’occupent pas forcément toute la pièce permettant encore une flexibilité d’utilisation de l’espace. dans le cas d’une maison avec plusieurs chambres. les habitants cherchent à tout mettre en hauteur afin de protéger leurs biens de la pluie et des insectes. Finalement. les espaces vont prendre des fonctions et des caractéristiques différentes. Le meuble trouvé le plus souvent dans les maisons des bidonvilles est l’étagère . Ainsi. toutes les maisons visitées dénotaient une certaine modernité et un certain confort à travers l’installation d’un ou de plusieurs ventilateurs – nécessaires à l’occupation des maisons en particulier en été – et la constante présence de la télévision – presque tou- jours allumée. Les autres pièces quant à elles. Bien que ces meubles se soient démocratisés il faut comprendre qu’à l’origine ce ne sont pas des éléments dont les indiens ont besoin. Au contraire ils sont presque toujours mélangés au profit de l’aménagement d’un espace de cuisine fixe. en particulier la dissociation tra- Etagère ditionnelle occidentale entre espace de jour (salon) et espace de nuit (chambre à coucher). • TYPOLOGIES ET INTÉRIEURS Les maisons des bidonvilles sont caractérisées par une grande flexibilité et un carac- tère vivant : au fil de la journée. voire deux. Etagère et espace cuisine 105 . recevoir. Le manque de meuble ne peut donc pas être interprété comme un signe de précarité et de pauvreté. Les intérieurs étant souvent composés d’une seule vraie pièce. L’espace de nuit par exemple. la pièce d’entrée devient l’espace principal où toutes sortes d’activités se passent : manger. alors qu’ils sont pour nous pri- mordiaux. apparait généralement assez austère avec très peu de meubles. travailler. Les maisons ne suivent en effet pas une séparation stricte des fonctions. au fil des saisons. On trouve rarement un lit ou une table à manger dans tout type de logements.

les toitures sont plutôt en pente simple ou double. nous avons aussi rencontré de nombreuses toitures en tôle. Le thinnai correspond à un espace surélevé à l’entrée de la maison. En plus de protéger la maison des pluies et infiltrations.. En effet. Il n’y a pas de vraies fenêtres. dans les grands palais mais aussi dans l’architecture plus moderne. mais on peut aussi le retrouver sous certaines formes dans des maisons en tôle ou en chaume : dalles empilées. Il peut être en métal mais Jali d’une maison du bidonville aussi en pierre ou en béton. Ceci se retrouve assez fortement dans le Dr. type le plus présent dans les bidonvilles car ils peuvent être achetés indépendamment puis montés sur le mur directement. rurales comme urbaines. • ELEMENTS ARCHITECTURAUX Certains éléments architecturaux se retrouvent dans quasiment toutes les maisons : Alors que les maisons traditionnelles du Nord de l’Inde possèdent plus souvent des toitures plates. Cet élément était particulièrement visible dans les maisons en brique ou en béton. Il s’agit là d’un élément vernaculaire qui fait par- tie de toutes les maisons traditionnelles. Il se retrouve partout. au Sud en revanche. mais les ouvertures dans le mur sont caractérisées par le jali : il s’agit d’un élément typique de l’architecture traditionnelle indienne qui sert à filtrer et à tempérer la lumière du soleil. en tissu ou en panneau de tôle. réalisées en chaume ou en tuile. Jali d’un palais Thinnai Thinnai traditionnel dans un village Thinnai urbain et toiture. dans l’architecture domestique vernaculaire. Les ouvertures sont presque toujours des éléments de récupération que les habitants ont pu trouver : la porte peut être en bois. Ambedkar Slum car nous avons visité très peu de maisons à la toiture plate et accessibles et aucune n’était réalisée Maison rurale près d’Auroville en béton ou autre matériau « dur ». . Pondicherry 106 . banc en bois.. recouverte ensuite par des bâches afin d’assurer une meilleure protec- tion . c’est l’endroit où les femmes s’assoient traditionnelle- ment. la majorité des toitures étaient en chaume ou feuilles de bananier.

Contrairement aux autres villes modernes comme Bombay ou Calcutta. dans le passé comme dans le présent et les temples sont au centre de la vie communautaire. La raison de cette forte présence est l’évolution unique de la ville qui. 2003 Espace dédié à la puja 107 . aussi bien mentalement que physiquement dans la maison. chantent et dansent. mais c’est surtout là que les enfants viennent tous les après-midi en rentrant de l’école . il avait été estimé que la ville possédait plus de 600 temples. SCHIFFER. chaque maison possède un élément central religieux : un espace Rassemblement dans un temple dédié à la puja – l’équivalent de la prière. Ensuite le temple est formé de l’autel et d’un espace couvert. surtout dans le Sud de l’Inde sont une part très importante du quotidien logements des indiens. font leur devoir. ils y jouent. C’est ici que les habitants se regroupent pour différentes occasions. souvent sur un des seuls meubles ou étagères du logement. entrée des Les temples. lui donnant alors plus d’importance et une certaine sacralité. et ce chiffre a fort probablement augmenté depuis83. La religion – et l’hindouisme plus particulièrement – prend une place importante dans le quotidien des indiens. Notes 83 KALPANA. Madras. En 1981. Il a été construit par les habitants depuis sa création. Cet espace prend une place importante. On y accède depuis une grande place. nous l’avons vu. Frank. mur autour du temple • LA RELIGION Les espaces extérieurs sont assez nombreux dans le Dr.. qu’ils soient adjacents à une maison et donc semi-privés ou qu’ils soient une prolongation de la rue et couvert donc publics. le plus grand espace libre du bidonville. the Architectural Heritage. religieuses comme non religieuses. Il en découle une très belle animation qui place le temple au cœur du bidonville. il se trouve d’ailleurs plus ou moins au centre du bidonville. Cette place n’est pas vraiment utilisée car toutes les maisons qui l’entourent sont fermées de ce côté-là. Espace du temple nai possède de nombreux temples de toutes sortes. De la même manière. K. Ambedkar Slum. INTACH (Indian National Trust for Art and Cultural Heritage). a petit à petit englobé les villages avoisinants et donc chacun de leurs temples avec. Mais c’est le temple principal du bidonville qui représente l’espace public par excellence. Chen.

mais ils restent assez présents malgré tout. chacune est agrémentée de plante. mais ressemblaient à de véritables maisons habitées et pleines de vies. On peut toujours en voir dans les Kolams et turmeric villages et même dans les villes. Décoration sur une vieille maison • CRÉER UN CHEZ SOI – NATURE ET ANIMAUX La végétation était très présente dans l’ensemble du bidonville. En effet. cela fait partie du mode de vie traditionnel des populations rurales. Ainsi l’acquisition d’animaux à la fois pour l’alimentation et pour le loisir reflète un mode de vie alternatif entre rural et urbain. Végétation 108 . Surtout. toutes les maisons n’en n’ont pas forcément. nous avons remarqué des enfants avec des chats. Ici. et beaucoup de poules et pou- lets qui permettent de se nourrir. des pots de plantes amé- nagés dans leur espace extérieur privé. Comme les rues du bidonville sont très étroites. Les habitants récupèrent des sortes de poulaillers pour les installer dans la rue. poules) est un signe de richesse et permet de subvenir à certains besoins. réputé pour chasser les mauvais esprits ainsi que les insectes. que ce soit à l’entrée ou. Aujourd’hui le turmeric est souvent remplacé par de la pein- ture mais les portes sont toujours « protégées » par cette tradition vernaculaire. les animaux étaient très présents. Ceci correspond à une appropriation de la maison. Chaque porte est entourée de turmeric (ou curcuma). • LES SYMBOLES Bien qu’étant primaire. devant leur maison. que ce soit les arbres plantés ou bien les végétations domestiques entretenues par chaque famille. afin de rendre leur maison encore plus agréable. les maisons sont toujours décorées selon chaque habitant de telle manière que les maisons visitées ne paraissaient pas insalubres ou dangereuses. Nous l’avons vu à Sri Nivasapuram. Le fait de posséder des animaux (chèvres. pour ceux qui ont plus de place. Les kolams sont un exemple de la perpétuation d’une tradition rurale dans un environnement urbain parce qu’aujourd’hui on peut même en voir au milieu des routes où passent les voitures. mais aussi provient d’une tradition de la culture d’herbes médicinales et d’épices dans les Réalisation de kolam dans un village maisons rurales pour l’utilisation domestique. En Inde du Sud les kolams sont traditionnels : il s’agit de ces dessins à la poudre blanche réalisés dans la rue devant la porte de la maison.

Cuisinière fixe à Dr. …). casseroles. de sa caste et de ses mœurs familiaux). il n’y a pas de véritable pièce pour cuisiner. Ambedkar Cuisinière fixe dans un village 109 . il existe aussi des éléments mobiles (métal. La cuisson se fait au feu. nous n’avons jamais vu d’utilisation du gaz. à l’aide de charbon qu’ils réalisent souvent eux-mêmes. ce n’est donc pas un espace que les familles se partagent en particulier à cause des différentes restrictions que chacun peut connaître (en fonction de sa religion. Ambedkar Différentes formes de « cuisinière » peuvent être mises en place : il existe des éléments « permanents » que l’on peut acheter tels quels et qu’on « moule » directement avec le béton du sol . La cuisine est une activité sacrée dans la culture indienne. Ambedkar Slum en tout cas. En effet. devant l’entrée de la maison le plus souvent. En revanche. A Dr. cuisiner à l’intérieur enfumerait très vite le logement et augmenterait Femme qui cuisine à Dr. Ambedkar fortement la température. les maisons des bidonvilles sont particulièrement her- métiques à l’extérieur . Cuisinière mobile à Dr. Le climat subtropical de la majorité du territoire indien ainsi que faible ventilation des maisons sont la cause de cette spécificité. assiettes – et au stockage des aliments. Ces derniers ne concer- nent d’habitude que les repas de la journée car peu possède un frigo ou autre moyen de conservation des aliments. La cuisine se fait généralement à l’extérieur. un espace à l’intérieur de la maison est toujours dédié au matériel de cui- sine – poêles. • CUISINER En ce qui concerne la cuisine.

. Dans tous les cas il s’agit toujours d’un espace extérieur. Durant la journée. ces derniers sont déposés dans certains espaces du bidonville. ce qui provoque de régulières infections et maladies. Le seul élément de salle de bain – brosse à dent.) ne se fait pas à cause de la poussière. près de la porte. Zone de lavage L’évacuation des eaux usées – eau de vaisselles. l’utilisation du sol comme base de rangement (commode. Comme expliqué précédemment. et pour d’autres. jours. les habitants des bidonvilles développent des moyens originaux afin de ranger leurs affaires. pots. cette zone est réellement privée. seaux. le sol reste presque entièrement libre et le rangement se fait en hauteur. le linge et une bâche parfois la douche. Pour les plus aisés. de bain – se fait grâce à l’aménagement de trous creusés devant les maisons. dentifrice.. il ne s’agit que d’un espace aménagé à l’extérieur au bord de la rue. l’intérieur de la maison ne devant casseroles pas être contaminé par les eaux sales et l’évacuation y étant inexistante. rasoir – est très souvent ac- croché au mur. chacun y verse l’eau sale qui est censée s’évacuer pendant la nuit. réserve • ESPACES D’EAU ET EVACUTATION d’eau privacité avec La plupart des maisons possède une zone d’eau où s’effectue la vaisselle. incluse dans la mai- son. Il faut noter que ce système d’évacuation n’est pas utilisé pour les excréments. surtout en période de mousson où l’eau déborde. Cependant ceci ne se réalise pas tou- seaux. de la pluie et du manque de place . Evacuation des eaux usées • RANGEMENT N’ayant pas beaucoup d’espace. trou creusé dalle pour couvrir cachés et non traités. Comme dans les maisons vernaculaires. boîte. Brosses et dent accrochées au mur 110 . se répand dans la rue et y stagne casseroles pendant plusieurs jours voire semaines. de lessive. . Cer- tains utilisent des valises qu’ils remplissent et qu’ils empilent les unes sur les autres. Le moyen Etagère de rangement de rangement le plus répandu est celui de l’utilisation de sacs plastique accrochés.

de la chaume et feuilles de bananier. comme cette maison « mezzanine » construite au-dessus d’un toit de tôle. Ambedkar Slum ont été construites en tôle. La feuille de palmier est largement utilisée. bien que Maison en morceaux de tôles combustible. tissu. Il est drôle de voir que soudainement la brique ainsi que le bambou et la chaume. Parmi les maisons en brique. Asbestos. De manière générale. Nous l’avons vu. beaucoup des maisons du Dr. en particulier en été. contrai- rement à la tôle qui rend l’intérieur quasi-insupportable durant la saison chaude. Nous avons aussi relevé des toitures en asbestos. nous avons vu peu de maison en brique ou en béton. permettant une combinaison avec des feuilles de bananier ou des bâches pour la toiture. Mezzanine 111 . deviennent des matériaux remis au goût du jour dans l’architecture contemporaine du monde entier. plus légers que des blocs pleins. construites en chaume et bâche ou en tôle. Beaucoup des habitants du bidonville étaient des ouvriers du bâtiment – des peintres. Nous avons par ailleurs trouvé quelques maisons originales. nous avons relevé l’utilisation de la tôle. des matériaux traditionnels utilisés dans l’architecture vernaculaire et les bidonvilles. de plus il a de forts an- técédents dans les traditions rurales de par ses multiples possibilités d’utilisation et de mise en œuvre. des maçons – leur permettant d’accéder à beaucoup de matériaux de récupération ce qui se reflète dans certaines constructions. de bâches. nous avons pu identifier l’utilisation de brique en terre cuite majoritairement. qui. le matériau le plus Toiture de bâche « permanent » utilisé pour les toitures. de bois. les toitures étaient principalement en pente. Ambedkar Slum nous avons pu identifier de nombreux matériaux différents permettant ainsi une construction très variée des différentes maisons. de bambou. La seule construction en béton visitée était réalisée à l’aide de blocs de béton perforés. tôle. de céramiques. de béton et de brique. • MATERIAUX DE CONSTRUCTION Au Dr. Durant nos visites nous avons trouvé très peu de toitures en béton. sur les murs ou la toiture. permet une certaine ventilation dans la maison. chaume En revanche. accessible par une échelle. d’asbestos. C’est le matériau le plus utilisé car il est facile à trouver et peu cher . En raison des nombreux incendies. entière et en morceaux.

Ces différentes typologies de maisons et ces différentes caractéristiques développées ci-dessus permettent de montrer que l’habitat des bidonvilles reflète une certaine tradi- tion des mœurs : en effet. les maisons des bidonvilles sont en partie représentatives de l’architecture vernaculaire indienne. . permettant à la fois d’améliorer leur qualité de vie.) est représentative d’une relative étanchéité entre le monde de la ville et le monde du bidonville. 112 . de par la provenance rurale des habitants et un certain manque de moyens financiers. empêchant à ce dernier un accès aux nouvelles technologies de construction.. Ambedkar Slum reprennent plutôt des méthodes de construction et des matériaux plus vernaculaires et ruraux. mais aucune ne se concentre sur la construction des habitats des slums. les logements pourraient gagner en solidité et permanence grâce à une introduction localisée de techniques et matériaux modernes et grâce à une fusion entre principes de constructions vernaculaires et techniques modernes. nous avons vu que les ONG étaient relativement présentes dans les bidonvilles de Chennai.. on peut noter que la faible utilisation du béton ou de métal (sections de métal récupérées. selon des principes et de techniques simples et peu coûteuses. la création d’ONG architecturales pourraient être bénéfiques . Par ailleurs. en effet. mais aussi d’apprendre une discipline. leur quartier. Pour ce faire. Alors que les habitants du Dr. aussi bien rurale qu’urbaine. De telles organisations pourraient chercher à aider les habitants à améliorer par eux-mêmes leur maison.

la flexibilité et la nature changeante des espaces. Ainsi. C. dans la conception d’un logement ou dans l’architecture traditionnelle: l’importance des espaces extérieurs et des seuils. 113 . 4. le plus souvent de récupération. beaucoup d’encre coule sur le sujet des bidonvilles et beaucoup d’actions sont prises. Elle est le reflet de ces populations rurales qui s’installent dans la ville urbaine. L’architecture est ici ce que tout architecte voudrait réussir à faire : à l’image de l’homme. monuments and forts . The Unhurried City : Writings on Chennai. les slums sont bien loin de l’idéal des immenses barres de logements aux nombreux étages rêvées par le gouvernement. que ce soit dans le quotidien. Penguin Books India. tous sont influencés par la culture traditionnelle indienne plutôt que par la nouvelle culture urbaine moderne. mais ces projets ne sont malheureusement souvent pas adéquats aux mœurs des habi- tants des bidonvilles en termes de planification et d’architecture. statues and memorials. L’architecture dans les bidonvilles est simple et construite avec des matériaux peu chers.. of happenings. bridges and flyovers . à travers la multiplication des projets de réhabilitation. 2004 L’histoire des bidonvilles se développe dans une situation très complexe : avec l’exemple de Chennai on voit bien. But a city is actually built with memories – memories of people. of events. le bidonville comprend de nombreux éléments du vernaculaire indien. la peinture ou encore les symboles. se pose la question de leur compatibilité avec des communautés d’origine rurale (comme urbaine d’ailleurs). l’utilisation des jalis et des thinnai. Brick and mortar stuff. Effectivement. devenant ainsi une synthèse entre ces deux mondes.7. Au-delà du problème de la localisation de ces projets dans la ville. CONCLUSION – L’ARCHITECTURE VERNACULAIRE ET LE SLUM “ A city is believed to be built with roads and buildings .S. que le gouvernement a conscience de la problématique des slums et de son importance. highways and avenues . ” — LAKSHMI. mais elle est efficace car elle a été pensée et réali- sée par les gens qui vont l’habiter au quotidien.

d’un relativement bon confort. Ambedkar Slum. à ce qui est strictement néces- saire sans aller chercher une abondance – d’espace. L’architecture des bidonvilles revient en fait à l’essentiel. bien qu’extrêmement petites – entre 7m2 et 17m2 environ. soit la taille d’une petite cuisine ou d’une chambre assez spacieuse – étaient toutes propres. En Europe. d’ouverture. juste ou faux . on est dedans ou dehors.un bâtiment auto-suf- en Inde le monde est gris. mais Tara Books . Enfermés dans leur monde. tout est ouvert –à l’aide de jalis et d’espaces extérieurs – permettant à l’air de circuler librement. les maisons visitées au Dr. en verre et en béton reprenant les logiques européennes et ac- centuant encore plus le chaos du monde extérieur par comparaison à l’intérieur froid et aseptisé. degrés moad de privacité. à travers cette dernière partie. chose qui n’est pas donnée dans un environnement qui leur est hostile. le bâtiment d’une maison d’édition. le monde est noir ou blanc . … Cependant les espaces urbains prônent une construction moderne. on peut voir que les bidonvilles sont bien plus que de simples quartiers insalubres remplis de criminels : il s’agit en fait de quartiers urbains capables de reprendre une architecture vernaculaire indienne. Le résultat est une brise fraiche constante qui fait oublier la climatisation et presque les ventila- teurs. de beauté – comme les citadins ont de plus en plus tendance à vouloir faire. rien n’est vraiment défini de manière claire et rien n’est simple. En effet. de richesse. Ainsi. sans climatisation nécessaire Ceci se reflète bien sûr dans l’architecture avec une multitude de différents seuils. Certains architectes contemporains incluent la tradition dans l’architecture moderne comme Mahesh Rad- hakrishnan. fisant. architecte de moad : à Tara Books. Il semble pourtant évident que ces solutions ne conviennent ni au climat indien ni au mode de vie et que des solutions plus adaptées sont nécessaires. de protection. 114 . avec tout ce dont la famille avait besoin et représentaient ses habitants qui avaient réussi à la personnaliser à leur manière afin de se sentir chez soi. les habit- ants des bidonvilles ne se rendent qu’à moitié compte de ce qui se passe dans le monde urbain et ne suivent pas la logique de vouloir posséder toujours plus.

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CHAPITRE 5 CONCLUSION .

Selon Charles Correa. des réussites de sous-villes intégrées qui sont nées grâce à des phénomènes d’auto-construction et grâce à la volonté de ses habitants. ” — CORREA.1. Charles Conséquence d’une urbanisation incontrôlée et incontrôlable. expressing the presence of a reality more profound than the manifest world in which it exists. Housing in the Modern World. Like religion. réalisant alors que ces derniers sont beaucoup plus que juste l’insalubrité ou la criminalité que nous dépeignent les grandes organisations gouvernemen- tales. comme le ventre qui s’étend pendant une grossesse. 5. ils sont un produit inévitable du dével- oppement urbain. 1964 115 . urbaine et archi- tecturale. architecture too is generated by mythic beliefs. since the beginning of time. Yet. Le problème est que la majorité continue de penser que toute grosseur anormale doit être excisée84. de l’architecture traditionnelle et du peuple. philoso- phy and the arts. Charles à être perçus négativement : pauvreté. les bidonvilles doivent-ils être impérativement éradiquer de toutes les villes indiennes (et du monde) ? Les villes indiennes sont appréhendées à travers un filtre occidental qui les voit comme chaotiques. presque tous les maux de la ville leur sont attribués. insalubrité. Charles. Faber and Faber London. man has intuitively sensed the existence of another world : a non-manifest world whose presence underlies – and makes endurable – the one he experiences every day. plus sensible et contextuel et surtout plus conscient de la mentalité indienne. les bidonvilles ont une place centrale : ils se trouvent à la con- vergence de la ville. permet de comprendre le surréalisme qui régit les villes indiennes et donc ses bidonvilles. criminalité et d’autres encore. les bidonvilles continuent Les bidonvilles au centre CORREA. Un nouveau filtre. Ainsi. En effet. LES BIDONVILLES – UN PHÉNOMÈNE À ÉRADIQUER ? “ We live in a world of manifest phenomenona. les slums peuvent aussi être vus comme des exemples de réussites d’organisation sociale. Notes 84 ABRAMS. C’est là leur richesse : ils font partie d’un certain héritage indien et ils perpétuent les traditions rurales à l’intérieur d’un milieu urbain naissant. Pourtant.

Dispersed Initiatives in Changing Urban Landscapes. Pour Correa. qui est volatile et dynamique. il y a des choses à ap- prendre de la part des populations qui sont capables de se créer un chez soi en dépit du nombre limité de moyens dont ils disposent. 2010 116 . Ashgate.. Charles ture rurale-urbaine des populations. formes urbaines qu’on peut retrouver dans les bidonvilles pourrait permettre d’en sortir leur essence afin d’en tirer un modèle applicable à d’autres slums ou d’autres parties de la ville. • Le climat. Selon lui. « I never doubted the inherent and inherited ability of the people to know what good architecture is. Comme le dit Maurice Mitchell. Notes 85 MITCHELL. Learning from Delhi. qui est une force fondamentale et permanente. calme et continu et qui n’évolue que graduel- lement et lentement. techniques. With limited resources they have built for themsleves effectively and well . le climat.. et la technologie à travers d’une part certains matériaux modernes comme la tôle ou le béton. l’aspiration à s’intégrer et à réussir dans ce nouvel environnement. l’alliance de ces quatre facteurs n’est possible que dans le domaine archi- tectural. toujours présent. ces derniers sont tous présents à différents degrés – la cul. • La technologie. La dissection des différentes caractéristiques. Puisque tous ces facteurs sont réunis dans le bidon- ville il en découle un intérêt architectural à développer. and we can learn from them ! »85. C’est le climat qui qualifie la culture.). et d’autre part à travers la présence ac- crue d’appareils technologiques permettant aux bidonvilles de se connecter avec le monde (téléphone. L’architecture CORREA. Maurice. l’architecture se trouve au centre de quatre facteurs qui permettent de développer un paysage régional et contextuel : • La culture. • L’aspiration. . télévision. qui est un grand réservoir. Dans les bidonvilles. son expression et ses rituels. ordinateur. savoir-faire.

construire local). permettant de la perpétuer dans le monde urbain moderne. Pourtant. les habitants des bidonvilles – dans leur monde parallèle caché et silencieux – mettent ensemble leurs traditions et leur héritage respectifs en créant un quar- tier d’un nouveau genre. Selon Pietro Belluschi : « un art communautaire est produit. Thomas Tout au long de cet énoncé nous avons vu que zone urbaine et zone rurale étaient opposées. les habitants des bidonvilles instinctivement adaptent des méthodes rurales et des matériaux et éléments disponibles localement aux structures urbaines de la ville. Ainsi. elle se retrouve ici dans les bidonvilles qui font revivre cette architecture vernaculaire en leur sein. Mais elle va en réalité plus loin que ça : l’architecture ver- naculaire est d’habitude pratiquement immuable. Bernard. Alors qu’elle devait res- tée figée à jamais. à juste titre en particulier dans un pays comme l’Inde où les différences sont si grandes. Effectivement. mélangeant plusieurs traditions vernaculaires. ” — JEFFERSON. l’architecture des bidonvilles fait la synthèse entre le monde rural et le monde urbain. dépositaire d’un héritage commun et obéissant aux leçons d’une commune expéri- ence »86. 1977 117 . 5. le bidonville la perturbe. Architecture Sans Architectes. mais par l’activité spontanée et continue d’un peuple tout entier. la bouscule et l’intègre dans un monde urbain qu’elle ne connait pas. mais aussi en créant de nouvelles traditions rurales-urbaines. elle n’est pas susceptible d’améliorations puisqu’elle répond parfaitement à son objet. Notes 86 RUDOFSKY. Mais ces deux mondes sont-ils réellement si incompatibles? Comme développé précédemment. En général l’origine des formes architecturales et des méthodes de construction indigènes se perd dans la nuit des temps. Alors qu’on peine aujourd’hui à promouvoir la localité (manger local. les bidonvilles reprennent des éléments de l’architecture vernaculaire venant des zones rurales et les transposent dans des logements urbains. non pas par quelques intel- lectuels ou quelques spécialistes. LES BIDONVILLES – UN MODÈLE D’HABITAT ALTERNATIF “ I like the dreams of the future better than the history of the past. Chêne.2.

Notes 87 DAVIS. où les con- structions reflètent les constructions vernaculaires indiennes et les traditions. Mike. une bonne partie du monde urbain du XXIème siècle vit de façon sordide dans la pollution. le milliard d’urbains qui vivent dans les bidonvilles postmodernes pourraient à juste titre envier le sort des habitants des solides maisons de torchis de Catal Hüyük. les villes du futur sont au con- traire pour l’essentiel faites de brique brute. la création d’une architecture moderne. effectivement. l’architecture moderne et l’architecture vernaculaire : il oppose bidonville et architecture vernaculaire. répondant au contexte local et aux besoins des habitants et du climat tout en prenant en compte les nouvelles technologies. De fait. les bidonvilles – étant la réalisation de populations à l’origine rurale – repren- nent plus souvent les traditions et matériaux vernaculaires que ne le font les gratte-ciel et permettent. il y a 9000 ans »87. Les bidonvilles eux. représentant la force de travail des villes. où les infrastructures basiques manquent et où il n’y a pas d’assurance au logement. « loin des structures de verre et d’acier imaginées par des générations passées d’urbanistes. il me semblerait que ce constat est faux : architecture moderne. Le gouvernement prône davantage un développement qu’une conservation de l’héritage. Il est vrai que les bidonvilles sont des lieux surpeuplés. active. Bien que le développement des villes et du pays soit nécessaire. En effet. 2008 118 . Selon Mike Davis dans son livre « Planet of Slums ». les excréments et la décomposition. faite de verre et d’acier. de tôle ondulée et de bois de récupération. Cependant. de plastique recyclé. indirectement et inconsciemment. permettent la survie d’une partie de l’héritage architectural indien. est celle qui s’oppose à l’architecture vernaculaire. mais ce sont aussi des lieux où la population y est vivace et forte. le premier comme devant prendre exemple sur le second dans le but de développer l’architecture moderne. En lieu et place des cités de verre s’élevant vers le ciel. de parpaings. transformées et adaptées au milieu urbain. L’auteur fait ici le rapprochement entre les bidonvilles. construites aux toutes premiers lueurs de l’aube de la vie urbaine. Planet of Slums. mais pas celle citée ci-dessus : il s’agit ici d’une architecture moderne plus sensible. les slums font prendre conscience de la nécessité d’une balance entre déve- loppement et conservation. Verso. de paille. faite souvent des mêmes matériaux qu’il cite comme composant du bidon- ville. en Anatolie.

inexpensive materials. les bidonvilles peuvent permettre le développement d’un nouvel héritage indien urbain. C’est cette Inde là qu’on retrouve dans les bidonvilles et qu’on peut apprendre à reproduire. . Ainsi la conservation et l’étude des bidonvilles pourrait permettre le développement d’un nouveau modèle d’habitat. avec une multi- tude de seuils. La vraie Inde est celle des rues étroites.. un qui inclut vernaculaire et modernité sous une même bannière et qui crée ainsi un habitat plus à l’image des villes indiennes. We will be seing no more plaster imitations of that double joist projection of Japanese post-and-beam construction. Notes 88 BAKER. On n’attend pas de l’Inde de voir des gratte-ciel et des bâtiments de verre. Laurie. Alors que l’héritage rural indien est très fort et toujours présent. de paille. « How wonderful it will be when our architects and engineers combine the lessons learned from our own traditional building styles with the honest undisguised use of our regionally plentiful. Low-cost Building For All 119 . de terre crue.. faits de brique. d’ambiance. reinforced con- crete blocks of Europe will no longer cost us the unnecesary and wasteful use of precious limited supplies of steel and ciment »88. des bâtiments plus bas. The upside-down arches of Brazilia will cease to be badly copied all over our country and the brutal. de protections solaires différentes.

Le site choisi sera celui du Dr. prouvant sa possible intégration. la seconde partie détruit selon moi ce qui fait la spé- cificité de l’Inde : sa diversité et sa richesse. A travers l’étude réalisée. Ambedkar Slum vu dans l’étude de cas. de matériaux et d’éléments architecturaux qui me permettront de proposer un projet de « redéveloppement » d’un bidonville bien que le mot en soi me Participation des habitants archdaily. je pourrais essayer de développer des « ponts » entre la ville et le bidonville.com semble incorrect. en revanche. Grâce à cette localisation. cherchant non seulement à as- sainir et à améliorer les conditions de vie des habitants mais aussi à formater l’ensemble de la ville sous des idéaux plus occidentaux qu’indiens. car en disant slum-free on englobe tous les aspects d’un bidonville. 120 . il me semble qu’un travail in situ est le plus approprié. A la vue des différentes possibilités présentes et des résultats des différentes réhabilita- tions.5. j’ai essayé de créer un catalogue de typologies de formes urbaines. Il est clair de la première partie est nécessaire et louable. LE PROJET “ To think globally and act locally. En effet. La dimension sociale de ce type de projet prendra une place importante dans le développe- ment des typologies d’habitats.3. de logements. Patrick De cet énoncé découlera une proposition de modèle de développement urbain et architectural d’un quartier sous-intégré se basant sur cette étude et les modèles vus sur place. il me semble que sa situation stratégique met en jeu plusieurs composantes urbaines qui seront intéressantes à prendre en compte afin de réaliser un projet intégré à la ville. ” — GEDDES. En effet. le but d’avoir une ville « slum-free » n’est à la base pas juste.

de la beauté dans le quotidien. La con- struction devrait être réalisée avec des matériaux locaux et économiques qui soient adaptés au climat indien. je compte travailler l’architecture comme le support d’un message sur l’artisanat local. Le projet se développera en trois phases : • La planification du quartier : elle doit prendre en compte la manière de vivre et les besoins des habitants en termes d’espaces publics. de la culture. la tradition et l’économie des moyens. A travers cet énoncé. de par leurs antécédents historiques. Une étude plus approfondie des techniques de construction vernaculaires permettra de développer différentes méthodes de construction et de proposer une typolo- gie en lien avec les traditions et le monde urbain. Il s’agit d’une architecture qui reconnaît l’extraordinaire dans l’ordinaire. d’infrastructures et d’équipements. semi-publics. • La construction de l’habitat : il faudra laisser la possibilité d’une construction par étape. 121 . • La conception de l’habitat : nous avons vu que l’habitant est capable de concevoir sa propre maison. Plus qu’un simple projet de réhabilitation. de l’héritage et du peuple indien. Les bidonvilles sont un parfait exemple de cette volonté. ainsi que de prévoir de futures extensions – formelles comme informelles. néanmoins une aide professionnelle peut assurer une distribution opti- male des espaces. parfois mieux que quiconque du moins en terme d’adéquation à sa manière d’habiter . j’ai cherché à montrer que le bidonville n’est pas un phénomène à éradiquer et n’est pas étranger à la ville . Les logements proposés devront être adap- tés aux mœurs de la population et devront être flexibles pour pouvoir s’adapter aux besoins et aux moyens de chacun. une sécurité en terme de qualité-resistance et parfois même permettre une ouverture à de nouvelles formes d’habitat. il se trouve au cœur de la ville. L’histoire des bidonvilles est celle de la décou- verte de l’unique. au contraire. leur richesse architecturale et sociale et les traditions qu’on y trouve. L’illustration 49 ci-contre représente le processus de pensée développé dans le but d’élaborer ce projet.

Choix d’une ville .Dr. urbanistiques.. .Diagramme du processus du projet 122 . VILLE tradition et moderne Création de ponts et connections pour une intégration complète dans la ville (espaces d’échange. Ambedkar Slum étude de son contexte et de son histoire Création d’un “catalogue” des différents éléments relevés (éléments architectur- aux. lieux publics) Illustration 49 ..) Choix d’un modèle urbain profitable pour le gouvernement (rentabilité du terrain) Relocalisation uniquement lorsqu’il n’y a pas Développement in situ d’autres solutions (danger pour les habitants) ARCHITECTE Implication des HABITANTS aide et accompagne les dans la conception habitants Méthodes de construction et Planification urbaine du site Conception de l’habitat matériaux NOUVEAUX QUARTIERS fusion entre rural et urbain.Chennai étude de son histoire architec- turale et culturelle Identification d’un bidonville .

GLOSSAIRE CMDA – Chennai Metropolitan Development Authority EIUS – Environmental Improvement of Urban Slums EWHS – Economically Weaker Housing Section EWS – Economically Weaker Section FSI – Floor Space Index HIG – High Income Group JJNURM – Jawaharlal Nerhu National Urban Renewal Mission IIHS – Indian Institute for Human Settlements ILO – Internationa Labour Organization LIG – Low Income Group MIG – Middle Income Group MMDA – Madras Metropolitan Development Authority NHP – National Housing Policy NSDP – National Slum Development Programme RAY – Rajiv Awa Yojana TNSCB – Tamil Nadu Slum Clearance Board UBSP – Urban Basic Service for the Poor 123 .

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“ I do not want my house to be walled in on all sides and
my windows to be stuffed.

I want the culture of all lands to be blown about my house
as freely as possible.

But I refuse to be blown off my feet by any. ”

Mahatma Gandhi

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2013/2014 .PDM .SAR .EPFL .ENAC .