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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.

Préambule.
"You can know a rude chap
By the way he set his cap."

Voici ma petite histoire de la musique Jamaïcaine. Le français n'étant pas ma langue maternelle, tout d'abord je
m'excuse pour les fautes d'orthographe (Word ne corrige pas tout) et surtout pour ma syntaxe parfois lamentable.

J'ai beaucoup parcouru l'Internet pour trouver des informations, éparpilles ici et là. J'ai également acheté quelques livres
spécialisés. Toutes mes sources sont citées à la fin du dossier. Sur le site vous pouvez trouver quelques exercices de
base pour s'initier aux rythmiques reggae et 4 partitions inédites de Bob Marley & The Wailers. Par la suite il y aura des
partitions de Lloyd Knibb (The Satalites) et aussi de Sly Dunbar.

Un des problèmes majeures était la manque quasi-totale de documentation sur lequel musicien a joué sur lequel disque
pour lequel producteur, la date de sortie etc. Ce n'est que en fouillant dans bien des coins que j'ai pu trouver des
réponses. L'autre problème c'est que tout le monde essaie de tirer la couverture vers lui pour s'accorder le crédit d'être
l'initiateur des tel ou tel manier de jouer, ou le 1er a avoir sorti le 1er disque d'un style ou d'un autre. J'ai aussi
volontairement arrêté mon dossier à la fin de la période reggae avant que ça ne se transforme en ragga, car par la suite
c'est globalement des programmations des boites à rythmes et plus la batterie qui est présent sur les disques.

Les titres des morceaux sont cités à titre indicatif. Je vous recommande le coffret 4 CD Tougher Than Tough, The Story
Of Jamaican Music, très bonne compilation. Les Box Sets du label Anglais "Trojan" sont excellents, chacun cible une
tranche de l'histoire de la musique Jamaïcaine, par exemple Rude Boy, Rocksteady, Ska, Dub. Il y a 3 CD par set, et à
12 € le set ce n'est vraiment pas cher.

Pour mes erreurs historiques je m'excuse aussi. Pour ceux d'entre vous qui ont des détails concrets sur tel ou tel
information je suis preneur. Vous êtes cordialement invité(e)s a poser vos questions, déposer vos informations
supplémentaires et éventuellement poser des félicitations et encouragements sur mon site http://www.rufusbatterie.com.
Comme le titre d'un album de UB40, c'était un "Labour of Love".

Rufus O'Callaghan.

Préambule....................................................................................................................................................................1
Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque. ...................................................................................................................2
Une petite histoire politico socioculturelle de la Jamaïque. .......................................................................................2
La colonisation et l'esclavagisme. 1494 – 1834. ...................................................................................................2
La naissance du Mento. ...........................................................................................................................................3
Le dancehall et la monté des sound systems. 1950 – 1960....................................................................................4
Les Rastas, Count Ossie et les tambours Nyabinghis. 1930 – 1960.......................................................................6
Le Ska. 1960 – 1966. ..........................................................................................................................................7
Rude Boys et le Rocksteady. 1966 – 1968. ..........................................................................................................8
Les producteurs, les studios, le dub et les DJ's. 1960 – 1970.................................................................................9
Reggae et Roots Reggae. 1968 – 1985...............................................................................................................10
Quelques batteurs jamaïcains. ................................................................................................................................11
Lloyd Knibb. 19??.................................................................................................................................................11
Carlton "Carly" Barrett. 1950 – 1987. ....................................................................................................................12
Lowell "Sly" Dunbar. 1954....................................................................................................................................13
D'autres batteurs Jamaïcains. .................................................................................................................................14
La Batterie Reggae. ...............................................................................................................................................15
Charleston. .......................................................................................................................................................15
Crash. ...............................................................................................................................................................15
Caisse Claire.....................................................................................................................................................15
Grosse Caisse....................................................................................................................................................15
Toms. ...............................................................................................................................................................16
Sources : ....................................................................................................................................................................16
Livres....................................................................................................................................................................16
Internet..................................................................................................................................................................16
Photos. ..................................................................................................................................................................16

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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.

Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.
Une petite histoire politico socioculturelle de la Jamaïque.

La colonisation et l'esclavagisme. 1494 – 1834.

Le nom de Jamaïque est une esclaves parviennent à s'échapper des constamment les plantations et leurs
corruption du mot Arawak, mains des colons pour se réfugier propriétaires, tuent toute personne
"Xaymaca" (pays des sources) les dans les collines de l'île. Ces blanche qui tombe entre leurs mains.
premiers habitants de l'île. Les Cimarrones (sauvages) appelés plus En 1734 les anglais attaquent le
Arawaks, peuple paisible, émigrent couramment "Maroons", forment des bastion des Maroons à Nanny Town.
depuis la Venezuela en deux vagues, groupes de résistants. Ils continuent à Beaucoup de Maroons se suicident,
le 1er en 650 et le 2ème en 900. Ils pratiquer leurs traditions ancestrales préférant de se jeter des falaises
sont rejoints par les Caribs, un religieux et musicales. Leur musique plutôt que de tomber entre les mains
peuple Guyanais, guerrier et est composée des chants en cœur des soldats anglais. En 1738 une
cannibale. Il y a beaucoup de conflits accompagnés des tambours et des trêve est conclue, mais les Anglais
entre les deux peuples. percussions. Ces chants et danses des ne sont pas tranquilles pour autant. Il
Maroons s'appellent entre autres le y a de nombreuses rebellions
Découverte par Christophe Colomb ja-bone (jaw-bone ou mandibule), le d'esclaves, notamment en 1746, 1760
et ses conquistadores en 1494, l'île sa-léone (venu peut être de Sierra et 1789, le dernier ayant lieu en 1831
est occupée à partir de 1509. Les Léone), le tambu, le mandiga, le peu avant l'émancipation.
indigènes deviennent les 1ers esclaves burru et le kumina, proche des cultes
des Espagnoles qui les font travailler vaudou. Depuis l'arrivé des Espagnoles
durement. Les Espagnoles apportent jusqu'en 1807, date de l'abolition de
des nouvelles maladies, dont la En 1655, l'île est prise par les la traite des esclaves par les Anglais,
variole, contre lesquelles les Anglais pour le compte d'Oliver les 2 pays colonisateurs font venir
indigènes n'ont aucune défense Cromwell. Dès 1660 les Anglais ont entre 3 et 4 millions d'esclaves. Dans
naturelle. 50 ans après l'arrivé des le contrôle total de l'île, mais ils ont l'espace d'un siècle de 1672 à 1774 la
Espagnoles, les quelques 60 000 du mal à dominer les esclaves qui population passe de 17000 à 210 000
natives originaux sont presque tous sont en surnombre. Il y a de (dont 90% sont des esclaves). La
morts. Des esclaves Africains sont nombreuses rebellions cumulant majeure partie de ces esclaves
"importés" pour les remplacer. Cette dans l'insurrection de Chapletown à viennent du Côte d'Or et appartient
nouvelle colonie Espagnole n'est Clarendon en 1690. La rébellion est principalement aux ethnies twi, fante
jamais très prospère ni populaire. écrasée et les dirigeants pendus. et ashanti. Ils travaillent dans les
Quelques esclaves réussissent à plantations de canne à sucre dans les
Durant toute la période de s'échapper pour rejoindre les pires conditions.
colonisation les insurrections des Maroons qui continuent à mener la
esclaves sont constantes. Certaines vie dure aux Anglais. Ils assaillent

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La naissance du Mento.
Toute comme les autres musiques société tenus par les maîtres blancs, mento. Les instruments fusionnent;
des îles caribéens tels la meringue de les esclaves serviteurs et musiciens de l'Europe, le violon, la flûte et la
Cuba et/ou La République ont leurs premiers contacts avec la guitare, de l'Afrique, le banjo, les
Dominicaine, le calypso de Trinidad quadrille. Ils l'approprient et le tambours, hochets, rumba boxes et
et le compas Haïtien, le mento est récréent avec leurs propres percussions à racler. Les chansons du
une créolisation Jamaïcaine des orchestres lors des danses du samedi mento sont un mélange des polkas,
cultures africaines et européennes. soir, ou encore en cachette pendant valses, chants marins, marches
Accompagnant les "country dances", la nuit quand ils arrivent à s'échapper militaires et hymnes européens,
cette musique très populaire se de la surveillance des colons. couplées avec des chants et
développe depuis l'émancipation vocalismes africains. La manière de
jusqu'à dans les années 1940. Le Pour les esclaves, la musique et la danser est aussi transformé avec des
mento est joué dans les "dancehalls" danse sont une forme de résistance et mouvements typiquement africains;
lors des fêtes populaires officiels; le de maintien d'identité culturelle. Les le pliage du torse et le cerclage des
lundi de paques, Empire day (24 fêtes ont lieu le samedi soir, car le hanches. La 1ère musique Jamaïcaine,
mai), Emancipation day (1er août), à dimanche est une journée de repos. le mento, est née.
Noël, ainsi que quelques fêtes Pour les colons c'est un équilibre
occasionnels des samedis soirs. délicat. Ils veulent que les esclaves Pour les colons, les esclaves ne
s'amusent pour les "pacifier", mais peuvent pas être "à l'hauteur" des
Les racines da la musique du mento ne veulent pas que les fêtes de bonnes grâces européens, et ne font
remonte à la quadrille, une danse de samedi soir/dimanche matin aillent qu'une copie pitoyable des bonnes
bal d'origine anglo-française des trop loin et déborde en mutinerie. manières sociales et culturelles des
18ème et 19ème siècles. La quadrille blancs. Ils ne voient pas que les
est composée des pas de danses Ainsi, les danses et la musique de la esclaves poussent au ridicule les
accompagnés de 4 mouvements quadrille subissent des changements manières et prétentions de blancs se
musicales au son des marzukas, s'affectent des mouvements moquent discrètement de leurs
polkas et valses. A travers les bals de supplémentaires, dont la 5ème est le maîtres!

Peinture très stéréotypée d'une danse des esclaves.

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De l'émancipation à la fin de la 2èmè guerre mondiale. 1834 – 1945.

Avant l'émancipation de 1834, les habitants à 110 000. Par conséquence est fortement sollicité par
esclaves n'ont pas le droit de il n'y a pas assez de travail et de l'Angleterre, mère patrie, pour
pratiquer leurs religions ancestrales logement pour tout le monde. Des l'approvisionner en nourriture. Avec
et sont aussi exclus des églises. Tout bidons villes poussent comme des la mobilisation générale de la
de même certains chrétiens non- champignons à l'ouest de Kingston. population pour l'effort de guerre, les
conformistes apprennent aux La seule manière d'échapper à la big bands se dispersent. Les esprits
esclaves comment étudier la Bible. misère quotidienne est la musique. des gens sont ailleurs et les temps ne
Dans les années 1860 il y a un grand Dans les années 1930 les dancehalls sont pas enclins à la légèreté et
mouvement de Revivalisme Zioniste. fleurissent. Rien qu'à Kingston il y a l'amusement. Après la guerre, la
Certains rituels religieux Africains, environ 25 big bands jouant du Jamaïque devient une colonie
dont le Myal perpétué par les swing jazz et du mento. autonome avant de gagner son
Maroons, fusionnent avec la religion indépendance en 1962.
protestante pour créer de nouvelles Les Jamaïcains sont friands pour
croyances. Le Revivalisme compte tous ce qui est culture américaine; la Les années 1940 voient la naissance
ses propres prêcheurs les "Warners", musique, les films, les disques et la des premières parties politiques
sortes de leaders charismatiques radio. Pour le plupart des gens le prix jamaïcaines. Deux "coloureds",
indépendantes de l'église chrétienne. d'une radio ou d'une tourne disque Norman Manley et Alexander
Les Warners prêchent dans les rues est inabordable. Les quelques Bustamente forment une partie
des ghettos de Kingston des personnes chanceuses qui possèdent nationaliste, le People's National
prophéties et le respect des morales des radios aux ondes courtes peuvent Party (PNP). Peu après Bustamente
chrétiennes. Inspirés par la ferveur capter les émissions radios splitte avec Manley pour former le
religieuse des Baptistes des états du américains pour écouter les big Jamaica Labour Party (JLP). Chaque
sud des USA, les Revival Zionistes bands. Par la suite les musiciens parti dispute la vote des masses
accompagnent leurs célébrations tachent de faire importer les noires à travers des syndicats des
religieuses avec des chants et des partitions afin de jouer cette musique travailleurs. Les partisans de JLP
tambours. dans leurs orchestres. viennent de la campagne et
comprend les deux extrêmes de la
Malgré leur émancipation, les ex Malgré l'enthousiasme public pour société Jamaïcaine, les noires
esclaves vivent toujours dans la cette musique moderne des USA, les pauvres et les blancs riches. Les
misère. La transition d'une économie musiciens sont mal vus. Ils sont adeptes du PNP comprennent ceux
basée sur l'esclavage vers une considérés comme des bons à riens et qui se situent entre ces deux
économie de travail rémunéré est une des feignants qui ne veulent pas extrêmes.
catastrophe. En effet, les plantations avoir un "vrai" travail. D'ailleurs
appartiennent toujours aux colons deux écoles, Stony Hill une maison Au départ les deux parties ont
blancs qui sont aussi les seuls à avoir de redressement pour mineurs et presque la même position politique.
le pouvoir de vote. Ils en profitent l'Alpha Boys' School pour orphelins Choisir entre les deux parties devient
pour payer un salaire de misère aux sont spécialises dans l'enseignement plus une question du charisme de
ex esclaves et garder main basse sur musicale des élèves car "il n'y a rien chaque leader. La compétition entre
le pouvoir politique. Il y a de de mieux à faire avec" ! Et encore ce les parties politiques et leurs
nombreuses rebellions populaires sont des musiciens avec une certaine supporters est intense. Les meetings
accompagnées des représailles éducation musicale. Un musicien qui publics sont des scènes des attaques
sanglantes de la part des autorités. La joue à l'oreille est plus ou moins violentes entre les partisans des deux
situation continue à se dégrader infréquentable ! mouvements. Beaucoup de meetings
jusqu'aux années 1930. sont interdits durant le période 1945
Vient ensuite les années 1940 et la - 1950 à cause des violences.
De 1920 à 1940 la population de 2ème guerre mondiale. L'économie de
Kingston double, passant de 64 000 l'île connaît un essor, car la Jamaïque

Le dancehall et la monté des sound systems. 1950 – 1960.

A la fin de la guerre l'Angleterre a station touristique de Montego Bay La pénurie des groupes à Kingston
besoin des bras pour se reconstruire située sur la côte nord de l'île. prédestine la montée en puissance
et ouvre ses portes à l'immigration. L'industrie touristique est des "sound systems" ("sounds") les
Dans les années 1950 plus de 160 fleurissante et chaque hôtel premiers discos mobiles. Quelques
000 jamaïcains partent s'installer en s'empresse d'embaucher des esprits entreprenants voient une
Angleterre. La conséquence de cet musiciens pour satisfaire les utilisation nouvelle des P.A. (Public
exode est le quasi disparition des demandes des touristes qui veulent Address) systèmes utilisés lors des
groupes de musique à Kingston. Le écouter le mento Jamaïcain. meetings politiques. En ajoutant une
peu de musiciens restants rejoint la ou deux tourne disques ils peuvent

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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.
jouer la musique préféré des américain. Leurs auditeurs sont issus mélange par thème, tempo ou
quartiers populaires noires, le R'n'B de la petite bourgeoisie ou la haute ambiance. Il n'hésite pas à faire
Américain. société, les seuls avec l'argent monter la pression en ne jouant que
nécessaire pour l'achat d'une radio ou l'introduction d'un morceau
Pour animer une soirée musicale, un d'une tourne disque. Le R'n'B exclusive. Puis il l'arrête aussitôt,
sound system est moins cher à louer américain la musique préféré des histoire de tenir son publique en
qu'un groupe de musiciens. Ceux qui classes populaires est largement haleine. Quand enfin il décide de la
veulent organiser une "dance" absente des ondes. En conséquence jouer en entier, il peut le faire
embauchent un sound system. les quelques magasins de disques plusieurs fois de suite, pour faire
Joignant l'utile à l'agréable, ils existante ne stockent pas du R'n'B au plaisir à son publique qui ne peuvent
ouvrent une buvette et vendent des grand malheur des opérateurs de pas en écouter assez.
boissons et de la nourriture dans le sound systems.
but de faire un bénéfice sur la soirée. Le plus connu des selectors de cette
Tout le monde est gagnant; les Pour maintenir leur popularité les époque s'appel Matchukie. Il utilise
sounds, les organisateurs et la sound systems ont constamment le microphone pour adresser son
publique. Avec de telles conditions il besoin des nouvelles titres et de publique et pour embellir les disques
n'est pas étonnant de voir la montée préférence des disques "exclusives" qu'il joue. Il annonce les titres, salue
en popularité des sound systems à (le "special") appartenants la foule et "toast" par-dessous la
Kingston, de la fin des années 1940 uniquement à leur system. Pour se musique. Le toasting consiste à livrer
jusqu'à dans le milieu des années garantir l'exclusivité des specials les des vannes, des cries ou des
1950. opérateurs arrachent commentaires en effectuant des
systématiquement le label indiquant accents de l'anglais le plus pur au
Les sound systems appartiennent aux le nom de l'artiste et le morceau. patois jamaïcain. Le timing, la
marchands et aux commerçants, les Tout est bon pour obtenir des tonalité et le rythme ont autant
seuls qui ont assez d'argent pour en specials du R'n'B américain. La d'importance que le contenu. Ainsi
acheter. Ils montent leurs systems première source est les marins les selectors Jamaïcains ont crées les
devant leurs boutiques et jouent du américains stationnés en Jamaïque bases du rap bien avant l'heure !
R'n'B pour attirer la clientèle. Par pendant, et pour un certain temps
conséquence des groupes des jeunes après, la 2ème guerre mondiale. Vers le milieu des années 1950, les
gens traînent devant ces commerces Quand les bateaux militaires systems et les selectors sont
pour écouter la musique américains rejoignent leurs ports confrontés à un problème de taille; le
gratuitement. Devant cette demande d'attache la source de disques se tarit. changement des goûts du publique
croissante les systems augmente en Les opérateurs des systems repèrent américaine. Le R'n'B cède le terrain
puissance. Le nombre de hauts les titres convoités en écoutant la pour le rock'n'roll qui n'a jamais été
parleurs ne cessent d'accroître. Les radio américaine puis ils cherchent très populaire en Jamaïque. Le
amplificateurs primitifs délivrent de les disques aux USA, soit par source des disques R'n'B se tarit,
plus en plus de watts, se dotant des correspondance, soit en se déplacent. mais les sound systems ont toujours
réglages indépendants pour les besoin. Coxsone Dodd et Duke Reid
basses, mediums et aigues (!). Dans le milieu des années 50, la louent les services du Federal Studio
popularité et la compétition intense pour produire et enregistrer du R'n'B
Cette situation développe jusqu'à des sound systems est tel que avec les groupes locaux. Ces
l'arrivé sur la scène de deux légendes des"clashes" (batailles) sont enregistrements sont convertis en
de la musique jamaïcain, Arthur organisés entre différentes systems, "acetates" ou "dub plates" des sortes
"Duke" Reid et Clement Seymour le vainqueur étant déterminé par la de disques primaires. Ces dub plates,
"Coxsone" Dodd. Ils deviennent les réponse de la foule. Pour gagner ces fabriqués à l'unité, sont l'unique
opérateurs des sound systems les clashes, les opérateurs ne sont pas propriété des producteurs et ne sont
plus importantes. Ils se rivalisent avare des coups bas, allant même au pas destinés à une distribution
d'imagination pour attirer une sabotage d'un system rival. publique.
clientèle; leurs systems deviennent
plus puissants, ensuite ils font Plus que les specials et les moyens Duke Reid et son system
tourner plusieurs systems à la fois et techniques l'élément clef dans la
surtout ils s'équipent de disques réussite d'une soirée est sans conteste
exclusifs qu'on n'entend nulle part le DJ, plus connu sous le nom de
ailleurs. Ceci est primordial pour "selector". Le selector utilise tous ses
consolider et accroître la popularité talents pour attirer et maintenir le
d'un system aux "blues dances". publique devant son system. La
musique est jouée par tranches de
Les radios jamaïcains ne jouent que styles différentes à l'intérieur
du bop, du big band et du pop desquelles le selector fait son

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Les Rastas, Count Ossie et les tambours Nyabinghis. 1930 – 1960.

Les racines du rastafarianisme musique. Les griots tout comme les une musique propre aux rastas. Il
remontent dans les années 1930, burrus font partie des groupes cherche à mettre en avant le côté
mais ce n'est que dans les années sociaux les plus bas. Leur rôle est spirituel car son but est d'utiliser
1960 qu'il commence à être autre d'accompagner et de rythmer toutes cette musique pour exprimer la foi
chose qu'un culte obscur. Le sortes des célébrations populaires. Rastafarienne. Le jeune Count Ossie
rastafarianisme est un culte Ces rythmes sont issus de la tradition est enseigné dans les arts des
Revivaliste dévoué à Ras Tafari des "talking drums". tambours burru par le maître
Mekonnen, plus connu sous le nom tambour Watto King.
de Hélie Sélassié I, empereur de Les 2 groupes fusionnent et dans les
l'Ethiopie. Les rastas le considèrent années 1940 le culte commence à Durant la décennie 1940, Count
comme étant le réincarnation de s'étoffer. Il compte de plus en plus Ossie crée un campement de rastas
dieu. Leur musique est composée d'adeptes, composés des jeunes dans les collines de Wareika à l'est
d'hymnes Ethiopiens et des psaumes migrants qui ont quittés leur de Kingston, ou il pratique et
de la bible. campagne pour se rendre à Kingston peaufine sa musique. En 1949 lors
dans l'espoir de trouver du travail. d'un "groundation" (rassemblement
Les premiers rastas vivent dans les Ne trouvent pas de travail, et n'ayant religieux) il dévoile ses rythmes
ghettos de West Kingston, pas d'argent, ils s'entassent dans les burrus ou Nyabinghi (mort aux
notamment à Salt Lane. Non loin du ghettos des bidons villes (shanty blancs ou mort des oppresseurs). Ces
regroupement des rastas de Salt towns) à l'ouest de Kingston. rythmes sont joués à la vitesse de 60
Lane, vit une communauté de la bpm, la vitesse du cœur au repos.
caste des burrus qui s'inspirent de la Faisant parti de ce mouvement Les rythmes Nyabinghis sont joués
tradition des griots. Dans la culture religieux, le jeune percussionniste de sur trois sortes de tambours.
de l'Afrique de l'Ouest seuls les fanfare, Oswald "Count Ossie"
griots ont le droit de faire de la Williams (1926 - 1976) veut créer

1. Le bass drum joue le "1" et le "3". Le "1" est une note résonnante et le"3" est une note étouffée. Ces notes sont
parfois embellies de quelques syncopes censées d'imiter le tonnerre. Mesurant environ 50x50cm et bi membranophone,
le bass drum est posé sur le flanc sur une support ou les genoux et frappé avec une mailloche. D'une manière générale il
n'y qu'un ou deux bass drums dans l'ensemble.
2. Le fundeh joue la pulsation régulier d'un coeur sur le "1 et" et le "3 et" sans improvisation. Le fundeh est un tambour
long et étroit à peau simple, posé sur le sol et tenu entre les cuisses. Il est frappé avec le plat des doigts.
3. Le repeater à la base joue le "2 i et a" et le "4 i et a" d'une manière syncopé. Le repeater est comme un fundeh, mais
en plus petit. Il est joué avec les doigts ouverts. Le rôle du repeater est d'improviser, car il est considéré comme
l'élément qui amène les esprits.

Bass drum Fundeh Repeater Count Ossie

Ces trois tambours sont Nyabinghis sur le titre "Rasta Man de "groundations" du dimanche soir.
accompagnés de shakers. Cette Chant" de l'album "Burnin'" en 1973. Tommy McCook, Johnny "Dizzy"
musique est jouée lors des Moore, Lester Sterling et Don
"groundations" ou les adeptes Dans les années 1950 gagnant en Drummond, jeunes jazzmen et tous
pratiquent le "reasoning" notoriété et popularité Count Ossie futurs membres des Skatalites, font
(raisonnement). Par la suite ces multiplie les prestations. Des jeunes parti de ceux qui assistent aux
traditions sont perpétuées par Ras musiciens issus du célèbre Alpha groundations de Count Ossie.
Michael & The Sons Of Negus. Bob Boys' School de Kingston vient Drummond et sa femme invitent
Marley utilise également ces rythmes écouter les tambours Nyabinghis lors Ossie à se produire sur les scènes
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importantes de Kingston. Des lors, la devient une énorme influence fait naître des liens entre la musique
notoriété du Count Ossie dépasse les musicale sur le Jamaïque entier et Nyabinghi et le ska.
frontières du mouvement rasta. Il

Le Ska. 1960 – 1966.

NB. Le manque de documentation précis empêche de cibler l'artiste ou le morceau qui est responsable pour être
le premier à innover chaque changement de style.

Le début des années 60 voit la se multiplier. Le pionnier Federal la musique est édulcorée et les
naissance du ska. Les origines Studios crée en 1954, (qui devient paroles se concentrent sur les thèmes
exactes sont obscures mais il est WIRL en 1958), se voit concurrencer de l'amour évitant tout message à
généralement accordé que le ska est en 1962 par le Studio One de caractère politique (cf. My Boy
la création d'une nouvelle génération Coxsone Dodd. En 1964 Duke Reid Lollipop de Millie Small) La
de musiciens issus de l'Alpha School. ouvre son propre studio, Treasure manière de danser le ska est
Sous l'aile de Cecil "Prince Buster" Isle, continuant ainsi la rivalité qui simplifiée et les mouvements à
Campbell, ancien associé de lui à opposé à Dodd dans les années connotations sexuelles sont enlevés.
Coxsone Dodd, ils mélangent les 1950 avec les sound systems. L'idole musicale des blancs et
cuivres du big band avec les shuffles L'industrie musicale jamaïcaine coloureds n'est pas Prince Buster et
du R'n'B américain. Ils y ajoutant le démarre et la bataille des studios est The Skatellites, mais plutôt Byron
mento et les tambours burru, (fournit ouverte. Lee & The Dragonaires, d'origine
par Count Ossie et ses rythmes chinois et membre de la petite
Nyabinghis) et créent quelque chose Le succès du ska fait sortir la bourgeoisie.
d'original et uniquement jamaïcaine; musique des ghettos de l'ouest de
le ska. Cette musique est assez Kingston vers le "uptown", les Une fois l'enthousiasme initial de
cadencée (± 110/130 bpm). Partant quartiers chics du haut de Kingston l'indépendance passé, la couche
du base rythmique du shuffle, le ska ou vivent la petite bourgeoisie et populaire noire constate que malgré
place l'accent sur le contretemps et l'haute société. Les entrepreneurs de les belles promesses, leur vie et
transfert les temps forts du "1" et "3" la petite bourgeoisie remarquent conditions sociales restent
sur le"2" et le "4". Ces musiciens l'engouement et le potentiel inchangées. L'impacte des dancehalls
finissent par créer un groupe, The commercial des "uptown" jeunes commence à challenger puis à
Skatallites. Prince Buster devient le pour cette nouvelle musique. Petit à changer cette hégémonie. S'appuyant
1èr producteur du ska petit, des disques sont produits et le sur le Garvyisme, le mouvement des
ska commence à être joué à la radio. droits civiques aux USA, la religion
Le ska gagne en popularité et les La musique des noirs commence à des rastas et le mouvement des rude
opérateurs des sound systems arriver dans les foyers des blancs et boys, une culture de résistance
commencent à produire des "vrais" coloureds. Mais cette transition ne commence à naître.
disques pour satisfaire la demande s'effectue pas sans modifications. Le
publique. Les studios commencent à ska proposé à la radio est "nettoyé",

The Skatalites.

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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.

Ska. The Skatalites - Guns Of Navarone, Phoenix City, Addis Ababa, Blackberry Brandy, Smiling. Prince Buster –
Madness, Al Capone, One Step Beyond. The Folkes Brothers – Oh Carolina. Desmond Dekker – Get Up Edina. The
Ethiopians – Train To Skaville. Theophilus Beckford – Easy Snappin'. Jimmy Cliff – Miss Jamaica.

Rude Boys et le Rocksteady. 1966 – 1968.

Le mouvement des rude boys début gangsters et des mafiosi, mais surtout gratuites, aux couteaux, aux armes et
vers 1961. Les rude boys sont des avec les "spaghetti westerns" de pire au cocktail Molotov. La réaction
jeunes hommes qui ont émigrés vers Sergio Leone. Mélangeant les de la police est de fermer les
Kingston à la recherche d'un emploi, images violentes de l'écran avec leur dancehalls, des havres de violences
qu'ils ne trouvent pas. Ils s'entassent réalité de ghetto, les rude boys politiques et de criminalité à leurs
dans les bidons villes de l'ouest de deviennent des adeptes de la gâchette yeux. Les opérateurs des systems ont
Kingston et mènent une vie de la facile. de plus en plus mal à travailler et
plus grande misère. Face à cette entrent dans une phase de déclin. Du
situation, une vague de La situation post indépendance est fait de cette violence, le plupart des
mécontentement commence à toujours sous l'influence des deux opérateurs des systems cessent de
monter. Le terme rude boy est assez parties politiques, le JLP (Jamaican tourner. Les deux opérateurs les plus
généraliste et s'applique aux Labour Party) dirigé désormais par importants, Coxsone Dodd et Duke
anarchistes, rebelles, Edward Seaga, et le PNP (People's Reid concentrent désormais leurs
révolutionnaires et aux hors la lois National Party) crée par Norman activités dans leurs studios
des ghettos. Tous ceux qui refusent Manley et dirigé ensuite par son fils respectifs. Le peu de systems qui
le système de hégémonie qui les Michael. De 1962 à 1972, les 2 restent deviennent sédentaires,
maintient dans les plus basses premiers gouvernements sont teenus s'installent dans les night clubs en se
couches sociales. Les rude boys les par la JLP conservatrice. Les rebaptisent "discothèques" (sic) pour
plus marginaux et pauvres sont plus rivalités politiques continuent et les se désassocier des mots "sound
ou moins des criminels, des confrontations et violences system", synonymes de violence.
arnaqueurs et des dealers, attirés par réciproques entre les deux parties
les petits délits et le gangstérisme. Ils continuent. Leurs supporteurs Ces changements sociaux se
sont avars de violences, utilisant des respectives devient de plus en plus répercutent sur la musique. De ce fait
couteaux et des armes pour arriver à partisans. La politique est dans la musique change aussi et en 1966
leurs fins. D'autres rude boys sont l'impasse et aucune des deux parties un nouveau style de musique voit le
plus attirés par une protestation n'arrivent à résoudre le problème jour: le rocksteady. Le tempo de la
contre un système imposé par les N°1 en Jamaïque, le manque musique ralentit encore (± 75/95
blancs, d'un travail d'exploitation d'emploi. bpm) car en 1966 la Jamaïque subit
pour une salaire de misère et une forte canicule. Il fait
l'immobilité total des partis En 1966 le mécontentement avec littéralement trop chaud pour danser.
politiques. Ils se rangent aux côtés l'immobilité des politiciens et le Les studios deviennent les
des rastas avec lesquels ils partagent manque d'avancement social est en principaux lieux de création
des centres d'intérêt. ébullition totale. Le paysage musicale. C'est une période forte
politique est marqué par des pour Duke Reid, responsable pour la
Le mouvement des rude boys et leur violentes confrontations entre les production de nombreux tubes
musique sort des dancehalls en 1964. gangs rivaux des supporters du JNP rocksteady. La section de cuivres
La musique des rude boys est assez et le PNP. Ces "tribal wars" résulte s'efface au profit de la section
proche du ska, mais en plus ralenti (± dans l'imposition d'un état d'urgence rythmique et la basse prend les
90/110 bpm), ce qui laisse de place en octobre 1966. Dans les mois avant devants. Les arrangements
pour les chanteurs. Certains, comme les élections générales de 1967, les deviennent plus travaillés. Les
Alton Ellis, sont farouchement deux parties se disputent le control vocalistes profitent du changement
opposés aux rude boys. The Wailers de tel ou tel ghetto et le paysage aussi. C'est un age d'or pour les
par contre, revendique les "rudies", urbain se polarise. Les violences sont groupes vocaux, qui se s'inspirent
célébrant leurs actions en faisant omniprésentes et l'usage d'armes à des groupes de soul américain.
d'eux des véritables idoles. Le feu augment d'une manière Quoique le plupart chantent sur
plupart chantent à propos des rude alarmante. l'amour plutôt que la violence,
boys sans les condamner ni les d'autres paroles font des
approuver. Les rudies s'identifient Cette violence déborde dans les commentaires sur le manque d'ordre
fortement avec les films des dancehalls avec des attaques social.

Rude Boy : Desmond Dekker – 007 (Shanty Town), Rudie Got Soul, Rude Boy Train. Derrick Morgan – Tougher
Than Tough, Cool Off Rudies. Prince Buster – Hard Man Fe Dead, Rude Rude Rudie, Judge Dread. Alton Ellis –
Dance Crasher, Cry Tough.
Rufus O'Callaghan. 24 12 2004. http://www.rufusbatterie.com http://www.rufusdrums.com 8
Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.

Rocksteady : Alton Ellis – Rock Steady. Toots &The Maytals – 54-46 That's My Number, Pressure Drop.
The Ethiopians – Engine 54. Desmond Dekker – The Israelites. Lee Perry – The Upsetter. The Paragons – On The
Beach, Island In The Sun, Wear You To The Ball, The Tide Is High. Derrick Morgan – Do I Worry, I Want To Go
Home.

Les producteurs, les studios, le dub et les DJ's. 1960 – 1970.

Les innovations techniques Tubby" Ruddock. Tubby travail étendues, et le dub finit par devenir
commencent à changer la manière de d'abord comme selector pour Duke un sous genre de musique à part
faire des enregistrements. Depuis les Reid. Par la suite il devient opérateur entière.
années 1950 les magnétophones sont avec son "Hometown HiFi" system,
cantonnés à une simple piste mono. et achète une machine à fabriquer Le dub prévoit aussi un autre style de
Dans les années 1960 ils passent à des "acétates" ou "dub plates". Un musique, le DJ. Jusque-là le rôle du
deux, puis à quatre pistes. En soir il apporte 4 dub plates à une DJ est de "toaster" par-dessous un
Jamaïque l'utilisation des magnétos dance de Duke Reid. Le son des disque pour l'annoncer ou embellir
deux pistes démarrent à la fin des disques de Tubby emballe tellement les parties instrumentales. Toujours à
années 1960. Entre autres ces le publique que le selector ne joue l'affût des "specials", les producteurs
avancés technologiques donnent aux que ça pendant toute la soirée ! Leur enregistrent le toasting des DJ's sur
producteurs jamaïcains la possibilité prix de production quasi nul et leur ces riddims instrumentaux. Au
de séparer la piste instrumental popularité fait en sorte que bientôt le départ, les interventions des DJ's
("riddim") sur une piste et le chant plupart des faces "B" des disques comme Matchukie sont limités a
sur l'autre. Les opérateurs utilisent sont des productions de Tubby. Le annoncer le titre du morceau pour le
cette technique pour créer des dub est né. customiser un peu le son. Ce mode
"specials". Ils changent le chant par développe quand Duke Reid
rapport à la version originale du "Bidouiller" né, Tubby ne reste pas demande à Tubby d'enregistrer
morceau pour se créer des là. Bientôt ce n'est pas assez pour lui Ewart"U-Roy" Beckford. U-Roy
exclusivités. Les producteurs de simplement enlever la piste pousse l'idée plus loin et commence
profitent aussi de ces nouveaux vocale. Il commence à triturer le a toaster (tchatcher) du début à la fin
moyens techniques. Ils l'utilisent riddim en ajoutant de la reverb et de de l'instrumental. Ces disques sont
comme une économie de moyens l'écho. Il devient ainsi un élément très populaires avec ceux qui
pour tester les talents d'un nouveau créateur dans la musique, "jouant" fréquent les dancehalls et qui aiment
chanteur, sans avoir à réenregistrer, sur son console de mixage et ses entendre la musique et le DJ
et donc à repayer, les musiciens pour effets comme les musiciens jouent ensemble. Le disque DJ est né, et U-
la partie instrumental. sur leurs instruments. Un peu plus Roy est un des premières stars de ce
tard avec l'arrivé sur l'île des nouveau genre musical.
Ces techniques de multipistes magnétos quatre pistes, les
suscitent l'intérêt d'Osbourne "King possibilités offerts sont plus

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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.
Coxsone Dodd Duke Reid (avec pistolet!!) King Tubby

Dub. Agustus Pablo – King Tubby Meets The Rockers Uptown, Java. King Tubby (Albums) – Dub From The Roots,
King Tubby Meets The Rockers Uptown, King Tubby Meets The Agrovators At Dub Station, Ital Dub. Lee "Scratch"
Perry - Arkology (Triple Album)
DJ. U-Roy – Wake The Town, Natty Don't Fear, Chalice In The Palace. Big Youth – S.90 Skank, Screaming Target.
Dillinger – Cocaine In My Brain. Prince Far I – Under Heavy Manners. Dennis Alcapone – Guns Don't Argue

Reggae et Roots Reggae. 1968 – 1985.

Le règne de rocksteady, quoique très vendeur à tel point qu'il devient la paix, amour universel, entre aide et
prolifique, est de courte durée (1966 première musique du "tiers monde". anti corruption. Le rastafarianisme
à 1968). Vers 1968 une autre Le reggae fait exploser la Jamaïque influence le reggae en profondeur
manière de danser appelé reggae sur la scène musicale internationale. qui devient "roots". De plus en plus
apparaisse sur la scène, rendu célèbre Déjà présent en Angleterre depuis le de musiciens embrassent la religion
par la chanson "Do The Reggay" début des années 1960, la musique et portent des "dreadlocks".
(sic) de Toots & The Maytals. Jamaïcaine commence à devenir L'ambiance change, la basse est de
Quoique fortement influencé par le populaire aux USA. Les années 1970 plus en plus profonde, le tempo de
rocksteady, ce morceau contient les marquent le premier vrai album plus en plus lent (± 60 bpm) et les
bases de futur reggae. La ligne de la reggae, "Catch A Fire" de Bob paroles annoncent les feux de l'enfer.
guitare basse devient encore plus Marley pour le label Island sous la Le roots reggae devient "dread"
prononcée et chaloupée. Cette houlette du producteur Chris
dislocation donne plus de liberté au Blackwell. L'album bénéfice des En 1975 il y a une imposition
batteur qui fournit des rythmiques moyens de promotion inouï pour la d'embargo sur l'approvisionnement
plus syncopées, des fills de plus en musique Jamaïcaine, Blackwell en pétrole de l'île. Pour empirer
plus allongés et des accentuations à allant jusqu'à renommer "The encore plus la situation d'instabilité,
la cymbale crash. Comme avec Wailers" en "Bob Marley & The l'économie mondiale est en
chaque changement de style dans la Wailers" pour élargir son acceptante dépression. Cette situation très
musique jamaïcaine, le tempo auprès d'un publique blanc, plus tendue précède les élections de 1976.
ralentit toujours un peu (± 60/80 habitué à écouter du rock. La crise finit presque en guerre
bpm). civile, et le chaos règne. Les
Dans les années 1970, dix ans après partisans du JLP font tout pour
C'est à cette époque que le reggae l'indépendance la Jamaïque croule rendre la situation politique
naissant commence à s'éclore. La sous la violence et le crime. La intenable. Des gangs armés
collaboration entre The Wailers, la situation politique est figée et les s'entretuant dans les bidons villes de
section rythmique des frères Aston politiciens ne trouvent pas d'issue Kingston. Malgré cette situation
"Familyman" Barrett (basse) et pour régler le problème de l'emploi. extrême, le PNP remporte les
Carlton "Carly" Barrett (batterie) et En amont des élections de 1972, les élections une deuxième fois. Le CIA
le producteur Lee"Scratch" Perry est socialistes du PNP posent une et le gouvernement Américaine
très fructueuse. Ils produisent parmi concurrence sérieuse aux n'apprécie pas la politique socialiste
les premiers "vrais" morceaux conservateurs du JLP. La Jamaïque de Michael Manley et le PNP,
reggae. Mais les choses se gâtent vite connaît alors une vague de violence surtout lorsque Manley noue
car Perry en tant que producteur et de terreur inouï. Des gangs armés relations étroites avec le Cuba
vend les enregistrements à un label des supporteurs rivaux s'affrontent socialiste de Fidel Castro, leur arche
Anglais sans en informer The dans les rues. Le CIA est soupçonné ennemi. Les investisseurs étrangers
Wailers. Fâchés, The Wailers lui de livrer des armes aux partisans du quittent le pays en masse, et
claquent la porte au nez, et JLP. En 1972 le PNP gagne les l'économie et surtout le tourisme, se
commencent à chercher d'autres élections. Malheureusement la trouvent au plus mal. Le pays est
deals de production ailleurs. politique de démocratie socialiste du presque en état de siège. 700
PNP est responsable d'une fuite personnes sont tuées en amont des
Les années 1970 sont un age d'or énorme de capital étranger et élections de 1980, qui est gagné par
pour le reggae, mené par son l'inflation dépasse le 50%. Edward Seaga et le JLP. L'économie
ambassadeur international, Bob et les relations internationales sont
Marley. Cette période est encore plus Les seuls soulagements pour les restaurées sous son régime.
riche en productions, créativité et masses pauvres sont la musique et la
surtout, des tubes. Le reggae est rastafarianisme avec sa doctrine de

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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.

Reggae : Toots & The Maytals – Do The Reggay, Pressure
Drop. The Wailers – Duppy Conqueror, Small Axe. Bob
Marley & The Wailers - I Shot The Sheriff, No Woman No
Cry, Get Up Stand Up, Jammin', One Love/People Get Ready,
Could You Be Loved.

Roots Reggae : Burning Spear – Marcus Garvey, Slavery
Days. Culture – Two Sevens Clash. Bob Marley & The
Wailers – Exodus. Peter Tosh – Leagalise It. Black Uhuru -
Shine Eye Gal, Guess Who's Coming To Dinner.
Michael Manley, Bob Marley & Edward Seaga.
One Peace Concert Kingston. 22 avril 1978.

Quelques batteurs jamaïcains.

Lloyd Knibb. 19??
Le jeune Lloyd Knibb est influencé musiciens gagnent leur vie dans les Castro", "Occupation" et "Smiling"
par Donald Jarrett, le batteur de orchestres jazz et mento, jouant des Skatelites.
l'orchestre de jazz de Sonny essentiellement pour des touristes
Bradshaw. Knibb n'habite pas très dans le circuit des hôtels. Les C'est chez Dodd qu'il crée le "ska
loin du lieu de répétition de musiciens se connaissent tous, Knibb beat". Dodd est à la recherche d'un
l'orchestre de Bradshaw. joue avec le trompettiste Don nouveau rythme et demande à Knibb
Autodidacte, Knibb écoute et Drummond dans l'orchestre d'Eric de changer le rythmique R'n'B
observe Donald Barett et l'orchestre Dean, mais aussi avec le pianiste standard. Knibb puise dans ses
en répétition, puis rentre chez lui Jackie Mittoo et le trompettiste expériences et s'appuie sur les
pour essayer de refaire ce qu'il à vu Dizzy Moore dans l'orchestre The rythmes des tambours burru. Il
et entendu. Parfois Sonny Bradshaw Sheiks. change la pulsation principale du "1"
laisse le jeune Lloyd participer à la Puis en 1959, Duke Reid se lance et "3" sur le "2" et "4". Ce rythme
fin des répétitions. Comme beaucoup dans la production des disques. Il a plait à Dodd qui s'empresse de
de musiciens Jamaïcains, il n'a pas besoin des musiciens pour jouer sur l'employer dans ses enregistrements.
d'instrument et il improvise avec des ses disques, basés essentiellement Dodd, ainsi que Prince Buster,
casseroles. Par la suite il se fait sur du R'n'B. L'ère de musicien des enregistrent des titres avec Knibb et
fabriquer une batterie par une séances Jamaïcain est née. les tambours burru de Count Ossie.
connaissance. Il commence à jouer Littéralement des centaines des On peut écouter ce mariage
professionnellement dans les années disques sortent du studio Treasure rythmique sur le célèbre tube de
40 à l'age de 17 ans. Son 1èr groupe Isle de Reid. Reid est rattrapé en Prince Buster, "Oh Carolina" des
est l'orchestre de Val Bennet. Ensuite 1962 par sa rivale Coxsone Dodd qui Folkes Brothers. Le ska est né.
il joue pour Stanley Heaton, Jack se lance dans la production des
Brown et Eric Dean. Il fait ses 1èr disques aussi. Dodd a besoin des Toujours désireux de rester à la point
concerts au Coney Island Club avant musiciens de séances, et ce 1èr de la mode, des nombreuses
de rentrer dans le circuit des hôtels. noyau de "session men" enregistrent chanteurs expriment avec ce nouveau
chez lui aussi. Tellement ils jouent rythme, Delroy Wilson, Alton Ellis,
Knibb est aussi influencé par les ensembles qu'ils ne créent pas la le jeune Bob Marley, Jimmy Cliff et
tambours burru de Count Ossie. musique Jamaïcaine, ils SONT la le futur Maytals. Parmi les 1èrs
Beaucoup de musiciens fréquent la musique Jamaïcaine ! Knibb joue des morceaux de ska figure "Easy
colonie d'Ossie situé dans les séances pour tous les producteurs de Snappin'" de Theophelous Beckford.
Warieka Hills. C'est ici que Knibb l'époque; Dodd, Reid, Prince Buster
apprend les bases des tambours et Sonia Pottinger. Ce noyau de musiciens finit par
burru. Knibb condense tous ces former "The Skatelites" en 1964. Ce
éléments burrus dans son jeu de Knibb, un homme de carrure nom est un jeu de mots sur le mot
batterie, incorporant aussi du jazz, du impressionnant, aime bien frapper satellite, en vogue depuis au
latino; cha cha cha, boléro, calypso, forte. Les traits de son jeu sont des lancement du premier satellite Russe,
bossa nova et rumba, et crée "rimshots" puissants, des le Spoutnik, en 1963. Les membres
littéralement son propre style de accentuations sur le dôme de la du groupe varient d'un séance à une
batterie. cymbale ride et des ponctuations de autre, mais l'essentiel du groupe se
fin de mesure avec la cymbale crash résume ainsi: batterie Lloyd Knibb;
Dans les années 1950, l'industrie sur le "et" du "4". On peut écouter basse Lloyd Brevett; guitare Jerome
musicale Jamaïcaine est plus ou des exemples des son style sur "Fidel "Jah Jerry" Hinds; piano Donat Roy
moins non existant. Le plupart des "Jackie" Mitoo; sax alto le Cubain
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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.
Roland Alphonso; trompette Johnnie Soul Brothers, devenu ensuite The des groupes sur des bateaux de
"Dizzy" Moore; sax ténor le Cubain Soul Vendors avec Brevett, Mittoo et croisière pour touristes. Après six
Tommy Mc Cook; sax alto Lester Moore; Mc Cook forme The ans sur les bateaux il reprend la place
Stirling; et trombone Don Supersonics, le groupe de studio de qu'il a laissé au batteur Bunny
Drummond. Ces quatre derniers Duke Reid. Selon les dires de Knibb, Williams dans The Soul Brothers
musiciens sont tous issues de l'Alpha c'est Duke Reid qui demande aux avant que ce groupe splitte aussi. Il
Boys' School. Supersonics de ralentir le tempo du reprend service dans le circuit des
Ska pour faire le Rocksteady, car les hôtels a nouveau jusqu'à la
The Skatellites n'existe que pendant gens commencent à êtres fatigués réformation des Skatelites en 1986. Il
une courte période et splittent en après tant d'années de rythmes joue toujours avec The Skatellites.
1965. Alphonso forme d'abord The frénétiques. Knibb part jouer dans

Carlton "Carly" Barrett. 1950 – 1987.
Nés à Kingston, Carlton et son frère régime avec entre autres, une série de leur premier album pour Island
Aston, agrandissent au sein d'une tubes instrumentaux qui vont les "Catch A Fire" en 1972. The Wailers
famille de musiciens. Leur placer sur la carte musicale originaux se séparent en 1973, mais
adolescence est bercée par le son du Jamaïcaine et l'histoire du Reggae; Marley garde l'usage du nom du
Ska. Carlton trouve son inspiration "Clint Eastwood", "Cold Sweat", groupe et les musiciens, et remplace
en écoutant Lloyd Knibb, le batteur "Night Doctor" et "Live Projection". Tosh et Livingston avec un trio de
des Skatalites. Il fabrique sa choristes, The I Threes. Barrett fera
première batterie à partir de pots de Durant cette période The Wailers, un partie des Wailers jusqu'en 1981,
peinture vides ! Son frère Aston groupe vocal composé de Marley, quand Bob Marley meurt d'un triple
fabrique une guitare basse et un futur Peter Tosh et Bunny "Wailer" cancer.
tandem rythmique de légende est né. Livingston, enregistre avec The
Upsetters sous la houlette de Perry. A mon avis personnel la meilleure
A la fin des années 1960, après avoir Avec une telle combinaison de manière d'apprendre le style de
peaufiné leurs talents dans les bars talents, les tubes coulent de source, Carlton Barrett est de regarder
de Kingston, Carlton et Aston se "My Cup", "Duppy Conqueror", l'excellent concert de Bob Marley &
lancent dans les séances de studio. "Small Axe" et " Soul Rebel" The Wailers, Live au Rainbow
Ils forment un groupe sous plusieurs Theater à Londres en 1976,
noms différents. D'abord The Soul Ces enregistrements (entre autres de récemment réédité en DVD. Le
Mates, puis Rhythm Force, avant de la même époque) marquent le début même concert existe en CD audio.
prendre le nom définitif The Hippy du Reggae. Le style de batterie de Les parties de batterie sur l'album
Boys avec le chanteur Max Romeo. Barrett est très distinctif. Des "Exodus" ont été largement pilés et
Rapidement ils devient très demandé rimshots claquants, une caisse claire recyclés par les échantillonneurs. Les
et travaillent pour les producteurs tendue comme une timbale, une morceaux "One Love/People Get
Sonia Pottinger et Bunny Lee. Ils grosse caisse swinguant et un jeu de Ready" ou "Them Belly Full (But
obtiennent un premier tube avec charleston sautillant et expressive à We Hungry) sur le disque live, sont
"Watch That Sound" pour le souhait. Barret est crédité d'être le d'excellentes titres pour résumer et
chanteur Slim Smith, ce qui ne père du fameux groove de batterie le capturer le style de Barrett. Suite à la
manque pas d'attirer l'attention d'un "One Drop", un caractéristique mort de Marley, Barrett travaille
certain Bob Marley, chanteur avec marquant du son de Bob Marley & moins, mais néanmoins continue de
un trio de vocaliste, The Wailers. The Wailers à l'époque. faire quelques séances
Ensuite ils s'associent avec le d'enregistrement.
producteur Lee Perry ils enregistrent Mais cette association mythique ne
aussi les tubes instrumentaux "The dure pas longtemps. Perry en tant Le soir du 17 avril 1987, Barrett, un
Liquidator" pour Harry J. Allstars et que producteur et donc propriétaire, homme tranquille et introverti qui
"The Return Of Django" écrit par décide de vendre les bandes à un n'aimaient pas se mettre en avant, est
Lee Perry lui-même, sous le nom label anglais sans en informer The assassiné devant chez lui par deux
The Upsetters. Wailers, et surtout sans les payer. balles dans la tête. Peu après, la
Furieux, les Wailers claquent la porte police Jamaïcaine arrête la femme de
En effet The Hippy Boys change à Perry. Barrett, son amant et un troisième
encore de nom pour devenir The homme. Sa femme et son amant sont
Upsetters, le groupe de studio de En 1971, The Wailers partent accusés de meurtre. Ils échappent
Perry. En 1968/1969 et avec Perry s'installer en Angleterre et se font aux charges mais sont inculpés sur
comme producteur, The Upsetters signer par le label de Chris des charges de conspiration. Ils ne
commence une travaille de plein Blackwell, Island. Ils enregistrent passent qu'un an en prison.
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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.

Carlton "Carly " Barrett.

Lowell "Sly" Dunbar. 1954.
Né en 1954 à Kingston, Dunbar à Drop". En 1976 Dunbar & référence du genre. L'empreinte de
l'instar de Barrett, fabrique lui-même Shakespeare joue aussi sur l'album Sly & Robbie est omniprésente. Las
sa première batterie à partir des roots reggae d'excellence, "Two de jouer constamment les mêmes
grosses boites de conserve. Tout Sevens Clash" de Culture. choses et cherchant délibérément à
comme Barrett, Dunbar est Shakespeare & Dunbar cumule les sortir des riddims traditionnels,
également inspiré par Lloyd Knibb, succès ensembles sur l'album Dunbar innove et impose des
le batteur des Skatalites. Passionné "Leagalize It !" de Peter Tosh. Cette nouvelles bases rythmiques pour le
par la musique il claque son argent collaboration avec Tosh continuera reggae. Ses rythmiques ont plus en
dans les juke boxes, écoutant les jusqu'en 1979. Année durant laquelle commun avec le rock que le reggae.
productions de Coxsone Dodd. Son Sly & Robbie jouent sur l'album
surnom vient de son engouement "Aux Armes Et Cætera" d'un certain A l'instar de Lee Perry, la popularité
pour le groupe Américain, Sly & The Serge Gainsbourg…. Dunbar fais des Riddim Twins les amènent à
Family Stone. aussi énormément de séances de jouer pour les grandes artistes
studio. Il est tellement demandé qu'il internationaux tels que, Mick Jagger,
Dunbar commence ses premières est probablement le batteur de Joe Cocker, Joan Armatrading, Bob
séances d'enregistrement à l'age de reggae le plus enregistré du milieu Dylan, Robert Palmer et Herbie
15 ans, jouant sur le morceau "Night jusqu'à la fin des années 1970 ! Hancock. Ils enregistrent aussi
Doctor" des Upsetters. Il obtient son quelques albums avec Grace Jones,
premier tube avec "Double Barrel" Conséquence de tout ce travail, The "Warm Leatherette" en 1980,
de Dave & Ansell Collins en 1969. Riddim Twins qu'on les appelle "Nightclubbing" en 1981 et "Living
Dans les années 1970 le jeune désormais, ouvrent leur propre studio My Life" en 1982. C'est à cette
Dunbar gagne de l'expérience en "Taxi". La légende veut qu'ils aient époque que Dunbar commence à
jouant sur scène avec Tommy Mc passés des années à se nourrir de expérimenter avec les fameuses
Cook, Lloyd Parks et Ansell Collins. pain et de l'eau, pour économiser la Syndrums, et les batteries Simmons,
cagnotte nécessaire pour fonder leur premiers exemplaires de la batterie
En 1972 Dunbar rencontre le bassiste studio. Qui dit studio dit groupe de électronique. Sly & Robbie sont
Robbie Shakespeare, un protégé studio, et c'est en tout logique que actives sur le front Dub et sortent
d'Aston Barrett le bassiste des Sly & Robbie devienne la section deux albums "Crucial Reggae" en
Wailers. Shakespeare prend la place rythmique de leur propre groupe de 1982 et "A Dub Experience" en
de Barrett dans le groupe de studio studio, The Taxi All Stars. 1985. En parallèle ils enregistrent
The Hippy Boys, quand Barrett part aussi avec la vague des DJ's, Frankie
pour jouer avec The Wailers. Puis en En 1978 Sly & Robbie commence Paul et Sugar Minott entre autres.
1974 Dunbar intègre le groupe du une collaboration musicale avec le
studio Channel One, The group vocale Black Uhuru. Ils Dunbar exploit l'électronique de plus
Revolutionaires. Nom propice, car enregistrent ensembles un série de en plus, laissant sa batterie
c'est en 1975 sur le titre "Right singles; "Shine Eye Gal", "Plastic acoustique au placard. Toujours sur
Time" de The Mighty Diamonds que Smile", "Guess Who's Coming To la pointe de la mode, il préfère la
Dunbar crée le rythme "Rockers". Dinner", "Penetentiary" programmation et préfigure le ragga.
Ayant plus de ressemblance avec un et"Abortion". Ces singles sont Quoique basé sur les riddims
rythmique Rock standard, Dunbar regroupés sur l'album "Showcase". rocksteady, la son de sa batterie est
prend un départ total et voulu avec le Cet album est suivi par l'album totalement contemporaine. Couplé à
rythmique Reggae classique, le "One "Sensimillia", qui devient une la basse chaleureuse et organique de

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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.
Shakespeare, les Riddim Twins Avec la monté en puissance du ragga Shakespeare continue à jouer sa
créent un style unique, qu'on vers la fin des années 1980, Dunbar basse. Aujourd'hui encore le duo
reconnaît dès les premières notes. arrête de jouer la batterie en studio et continue à écrire, jouer et à produire.
passe à la programmation,

Sly Dunbar Robbie Shakespeare

D'autres batteurs Jamaïcains.
Voici une petite liste non exhaustive tient la rythmique sur le morceau de "Scratch" Perry, The Return Of
d'autres noms des batteurs moins Derrick Morgan "Tougher Than Django et aussi sur les morceaux The
connus du publique, mais néanmoins Tough". A également joué avec Ken Man From MI5 et Live Injection. Il a
incontournable de la musique Boothe et faisait partie des groupes joué également avec Bob Marley,
Jamaïcaine. J'ai longtemps cherché The Jets et The Soul Vendors. Dave & Ansell Collins, Aston
l'Internet pour essayer de glaner les "Familyman" Barrett, Augustus
quelques maigres informations qui Winston Grennan. Grand batteur Pablo et Jacob Miller.
circulent. En effet ce sont les oublié des livres de l'histoire de la
newsgroups qui m'ont fournis le batterie Jamaïcaine. Selon ses dires Leroy "Horsemouth" Wallace.
plupart des informations. Je n'ai c'est lui qui et pas Carlton Barrett qui Autre grand batteur jamaïcain
trouve que peu de photos. Mes invente le "One Drop". C'est lui qui méconnu. "Session man" des studios
excuses pour ceux que j'ai oublié. Si joue sur le célèbre tube de Jimmy jamaïcains lui aussi à joué sur des
quelqu'un à des informations Cliff "The Harder They Come". A centaines de morceaux. La liste est
supplémentaires ou des corrections joué sur littéralement des centaines très longue, voici quelques extraits,
à apporter, je suis preneur. Cette de disques. Quelques details non Burning Spear, U-Roy, Pablo Moses,
liste est présentée dans un ordre exhaustifs, Gregory Isaacs, Dennis Sugar Minott, Gregory Isaacs, The
chronologique et contient quelques Brown, The Heptones, Peter Tosh, Gladiators, The Abyssinians, Mikey
détails discographiques pour chaque Alton Ellis. Dread, Dennis Brown, U-Roy,
batteur. Yabby You et aussi Pierpoljak.
Hugh Malcolm. Batteur de la
Arkland "Drumbago" Parks. période rocksteady il a joué pour la Mickey "Boo" Richards. A
Spécialiste dans le style R'n'B productrice Sonia Pottinger (reine du remplacer Carlton Barrett dans The
jamaïcain qui précédait le ska. A rocksteady) mais aussi pour Peter Upsetters lorsque celui-ci part pour
également joué avec The Skatalites Tosh, Tommy Mc Cook & The jouer Avec Bob Marley & The
et Tommy Mc Cook & The Supersonics et le groupe mercuriale Wailers. Joue sur les titres "So Much
Supersonics. de Lee "Scratch" Perry, The Trouble" and "Ride
Upsetters. Natty Ride" de l'album "Survival" de
Hector "Bunny" Williams. Suite au Bob Marley & The Wailers.A
splitte de The Satalites, Bunny a joué Lloyd "Tinleg" Adams. Faisait également joué avec Pablo Moses
avec The Soul Brothers/The Soul partie de la premier mouture du Jacob Miller et Jimmy Cliff
Vendors. groupe The Upsetters aussi connu
sous le nom de Gladdy's All Stars.
Joe Isaacs. Batteur de la période C'est Tinleg qui est crédité d'être le
rocksteady/rude boy, c'est lui qui batteur sur le célèbre tube de Lee

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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.

The Soul Vendors avec Bunny Williams. Winston Grennan.

Leroy "Horsemouth" Wallace. Lloyd Knibb.

La Batterie Reggae.
classique, c'est à dire avec le timbre
Les éléments d'une batterie Reggae Crash. enclenché. Les plus habiles d'entre
sont réduits au plus simples. Pas de vous peuvent essayer de jongler avec
double pédale, trêve de cymbale ride Une crash fine avec un son court et le déclencheur selon le morceau et le
Zildjian K ! Il suffit d'un set cinq chatoyant fera très bien l'affaire. Je type de son désiré.
fûts, un charley et quelques cymbales m'avance un peu mais il me semble
crashs. Ce set peut être que le son des années 1960/1970
éventuellement agrémenté d'une Grosse Caisse.
timbale, des percussions (cloche,
wood block ou tambourine) des toms Tout d'abord, commence par enlever
supplémentaires et pourquoi pas des était plus sombre, dans le style la peau de résonance. Place une
pads pour envoyer des sons Zildjian K, pour devenir plus sourdine assez volumineuse (sans
électroniques. Le son d'une batterie brillante dans les années 1980, dans exagérer quand même) contre la peau
reggae est assez typé, le plupart des le genre Zildjian A. de frappe qui doit être relativement
sons sont très courts et sans détendue. On obtient un son à la fois
résonance naturelle, ce qui était lourd et sourd, idéal pour un son de
rajouté par l'ingénieur de son via le Caisse Claire.
reverb. De préférence une caisse claire en grosse caisse reggae. NB. Je reviens
métal de 5" de profondeur. Elle doit un peu sur le fait d'enlever la peau de
être accordée assez haute voir résonance. Il faut faire TRES
Charleston. carrément tendue à bloc, pour obtenir attention au chanfrein nu. En effet la
Un son fermé, sec et précis, joué un son bien claquante et des cross moindre choc risque de l'abîmer à vie
avec des nuances de son apportés par stick bien percutants. Selon la nature et donc nuire à la qualité du son
une pression plus ou moins forte sur des "riddims" il n'est pas inhabituel quand tu remets la peau de
la pédale. Quelques ouvertures ici et déclencher le timbre. Car si les résonance. Si tu veux utiliser un son
là, mais point de charley demi riddims joués utilisent le son cross reggae en permanence, je préconise
ouvert. D'ailleurs sur le DVD de Bob stick en permanence, on peut obtenir de découper un évent de
Marley Live au Rainbow Theater à un son rapprochant une timbale décompression extra large dans une
Londres, on voit Carlton Barrett lorsqu'on frappe la caisse claire peau usée, genre 18" pour une grosse
jouer son charley avec un chiffon normalement. C'est ainsi que Carlton caisse de 22". La peau n'aura alors
coincé entre les deux cymbales, pour Barrett, jouait ce qui explique le son aucune résonance mais protégera
obtenir un son court et sec. de sa caisse claire sur disque. Par quand même le chanfrein. Je ne peux
contre les riddims plus modernes
demandent un son de caisse claire
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Ska & Reggae, la musique de la Jamaïque.
pas insister plus sur le fait qu'il faut de frappe doivent êtres assez ne sera pas nécessaire de mettre des
protéger les chanfreins. détendues et le son sans résonance. sourdines. Comme j'ai déjà dit plus
A cet effet il est usuel de mettre un haut il faut faire attention de ne pas
maximum de sourdines, surtout sur abîmer les chanfreins. Tu peux aussi
Toms. des peaux simples. On peut monter des peaux de résonance
reproduire ce son avec des Remo découpées à 1" ou 2" du bord pour
À l'instar de la grosse caisse, les Pinstripe par exemple ou encore protéger les chanfreins.
toms reggae sont également joués mieux avec des Evans Hydrauliques
sans peau de résonance. Les peaux (les peaux bleues). Avec les Evans il

Sources :

Livres.
Du Tango au Reggae, Isabelle Leymarie, éditions Flammarion.
Wake The Town And Tell The People, Norman C. Stolzoff, éditions Duke University Press.

Internet.
Mento. http://www.mentomusic.com/WhatIsMento.htm
Count Ossie. http://www.webzinemaker.com/admi/m9/page.php3?num_web=2584&rubr=3&id=224478
http://www.sheep-team.org/forum/1008
http://www.jahmusik.net/oldies/countossie.htm
Tambours Nyabinghis. http://www.rhythmweb.com/jamaica/nyabinghi.htm
Sites générales. http://www.bbc.co.uk/music/features/reggae/history_intro.shtml
http://www.backyardtv.net/hw/JAHistory.html
http://www.discoverjamaica.com/gleaner/discover/geography/history1.htm
http://www.allmusic.com/
http://www.lonelyplanet.com/destinations/caribbean/jamaica/history.htm
Sly & Robbie. http://slyrob.3va.net/ http://incolor.inebraska.com/cvanpelt/Slyght.html
Discographie batteurs jamaïcains. http://www.megamiami.com/iplaylist/album/190720/
Interviews Lloyd Knibb & Leroy "Horsemouth" Wallace. http://incolor.inetnebr.com/cvanpelt/onlinezine.html

Photos.
Carte de la Jamaïque. wuarchive.wustl.edu/ ~aminet/pix/map/
"Danse des esclaves" du livre Wake The Town And Tell The People, Norman C. Stolzoff.
Bass drum, fundeh & repeater. http://www.sheep-team.org/forum/1008
Count Ossie. http://www.jahmusik.net/oldies/countossie.htm
The Skatalites. http://oioioi.ru/music/ska/skatalites.html

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Duke Reid & system. http://personal.telefonica.terra.es/web/skayreggae/fotos.htm
Coxsone Dodd. www.azevedo.ca/ scratch/coxsone.htm
Duke Reid. guyakera.9online.fr/ Rootssss.htm.
King Tubby.
Marley Manley & Seaga. http://www.jamaicans.com/articles/0902_election1989.htm
Carlton Barrett. http://www.bobmarley.com/life/wailers/carlton.page2.html
Barrett Brothers. http://www.fluctuat.net/musique/paris99/bacs/reggae/cobra.htm
Sly Dunbarr & Robbie Shakespeare. http://www.reggae-ecki.de/Seiten/favorit2.htm
The Soul Vendors. http://web.mit.edu/generoso/www/skaimages.html
Leroy "Horsemouth" Wallace. http://incolor.inebraska.com/cvanpelt/hossie.html
Winston Grennan. http://www.citypaper.com/2000-11-15/nocover.html.
Lloyd Knibb brianjahnphotography.com/ knibb2.html.

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