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Je vois rouge ciel

Rouge

L'homme à la tête de taureau
dévore sa raison monochrome.
Elle éclate sous une pluie étoilée
dessine sa peau en motifs incertains
au cœur d'une symétrie
où s'élève un chant miroir.
La couleur est unique
flamboyante
primaire.
Au crépuscule de sa fureur
il danse sous les astres souillés
son corps tatoué offert au destin.
La carcasse est belle, ivre de liberté.
Les membres, la langue, déliés
n'ont plus de sens.
Brûle au soleil
danse la mâchoire
claque
mélange
danse
les membres, la la mâchoire
claque mélange danse la mâchoire
claque mélangue
déliés n'ont plus de sens.
brûle au soleil danse langue
déliés n'ont plus
de sens. brûle au soleil danse langue,
déliés n'ont plus de sens
brûle
au soleil danse la langue
danse
les délans brûles
dange méliés méliés
membre sole au soleil
dansense
soles
lange laque soles
dangue déliés dans
brûle membre méla mélaque
dange dansense sens
brûle lanse mélaque
laque se dange soleil dangue
lans ant mâchol
danse se ment dembrûlires daue
leirûle solaquemés lire
Cannibale

Je mange –
Remplir sombre le sang
Avide de ton sourire à l’ombre, brûlant
circonstancié par nos chairs
mes vacuités en carcan, laminé.
Je remplis et déplie selon un mouvement
une force calculée d’un point vers toi
une tension qui m’inonde.
J’abreuve mes espaces en références détournées
découpe tes lèvres
consume ton royaume
avide – cannibale.
Commémorisation

Nous aurions dû commémorer les visages imbriqués dans les plis - Nous aurions dû commémorer
les actes qui ont été à coups de poing - Nous étions comme agglomérés - Les espaces agglomérés
encore imbriqués dans les revers nous étions les actes visibles qui ont été - À coups de poing nous
progressions creusés à coups de poing nous avions les visages imbriqués dans le tout l'ensemble et
sa distance – C'était comme agglomérer des espaces encore des visages imbriqués dans les
excavations - C'était commémorer des espaces espaces encore visages imbriqués dans les actes
visibles qui ont été - À coups de poing nous progressions - Creusés à coups de poing nous avions
les excavations le tout l'ensemble et sa distance - C'était commémorer des actes qui ont été - À
coups de poing nous progressions dans le tout l'ensemble et sa distance - C'était comme
commémorer dans les plis - À coups de poing nous étions si vivants - Si vivants les plis les actes qui
ont été à coups de poing - Nous voulions creuser à coups de poing nous progressions dans les
visages imbriqués dans les visages imbriqués et les revers - Nous étions les revers - Nous étions
creusés à coups de poing - Nous avions creusé à coups de poing - Nous progressions si vivants les
visages imbriqués dans le tout l'ensemble et sa distance - C'était commémorer les visages imbriqués
dans les excavations - Si vivants les plis les excavations - Si vivantes les excavations - Si vivants les
visages imbriqués dans les revers - Nous voulions comme agglomérer des espaces encore visibles -
Nous avions le tout l'ensemble et sa distance - C'était commémorer les revers - Nous progressions
comme agglomérés des espaces encore visibles - Nous progressions creusés à coups de poing -
Nous avions dans le tout l'ensemble et sa distance - C'était comme agglomérer – Commémorer.
Nous sommes modernes

Il n'est pas question de repentances
absurdes
nous le sommes à bien des égards
les poumons comprimés
pour obtenir le silence nécessaire
à la bonne exécution du geste.
Égorger le mouton est un art solitaire
le poignard perce
oscille
on extirpe le sombre
une offrande à la foule de bras tendus
avide de boire le calice
Une corde maintient l'ensemble
au coude à coude
l'idole au bord des lèvres
solidaire dans le mouvement et l'ambition de dicter au temps une conduite
l'extase de l'oubli
la mémoire bien au fond avec ce qu'il nous reste de dignité.
Nos poings pour cogner la ferraille
commuer les clous en pièces de monnaie
et s'offrir une existence
un sourire de circonstance
une étole pour voiler nos épaules lacérées
par le poids de l'imposture
nos fautes
ton absence
on fera l'inventaire à la pioche.
Nous sommes modernes.
la face incandescente

ne pas exprimer sa musique
nous soumet à celles des autres
les sons s'acharnent dans l'ouverture
un sadisme en multiplex
qu'on laisse aux gens énergiques
une rengaine à coups de corne
quelle que soit la force
à même le sol
le silex cisaille les pieds
c'est drôle
la pointe donne
elle offre une crevasse qui s'étend
nous sommes là
tout au bord
on se rapproche
on veut toucher
mieux se voir
en traçant les contours en gras
les joues trouées
on voit nos dents
ça nous fait rire
la faim nous tient debout
mange, mange le souvenir
quand on se gargarisait d'être
sans brassard pour se distinguer
c'est inscrit quelque part
sur des carnets
quand on voyageait
sur la route du Cortex au Cosmos
mais à chaque bouchée
c'est trop nerveux
manque de cuisse
le contenu se dérobe
j'ai failli m'étouffer
c'était quoi déjà?
nous n'irons pas plus loin
dites au chef que
ça nous fait rire
j'ai perdu l'appétit
fin de l'extase
j'ai mal aux tympans
la fugue s'achève
à l'horizontale
sans artifices
la face incandescente
je saigne des oreilles
ça nous fait rire
Sol & Sang

Les visages sont muets
mais le goût du sang dira
comme l'eau de pluie
abondante sur l'écorce
te dit combien l'arbre pénètre le ciel
combien la boue trace un chemin
coule et ruisselle
sur cette terre qui t'appartient.
Observe celui qui approche
la voix cachée dans le poing
Il veut prendre le sexe
boire les gouttes
qui cerclent ton front
Il veut prendre
enfoncer dans son ventre
et jouir de ce trésor impunément
Il veut prendre l'eau de ce trésor
boire le ciel et jouir de ta boue trésor.
Les visages sont muets
mais le goût du sang dira
combien nos mains fendues
plissées par l'humide
répandent une même chaleur.
Nos bouches scellées de glaise
semblables à nos yeux
maquillés à outrance
carmin sur les contours
pour taire la racine
L'unique
à la source des gorges serrées
puits sombres de nos pères
où remplir les jarres
de charbon.
Le rêve du Minotaure

Les corps tombent dans un creuset de chairs et de viandes. Le blanc de leurs yeux se mélange à la
terre piétinée. Certains rient au milieu des corps, les cheveux poussent dans leurs yeux pour se
joindre à la poussière. D’autres implorent que l'on regarde leurs substances se répandre sur la chair
incomplète, écrasée par le soleil au zénith. Pour sceller cette union la bête a pris leurs yeux, la bête a
pris leurs ongles. Certains rient,d'autres implorent que l'on regarde le blanc de leurs yeux. Dans la
terre, des corps, partout des corps dans ce creuset de viandes ils tombent se vident de leurs
substances ils implorent que l'on regarde le blanc de leurs ongles arrachés certains rient d'autres
implorent que l'on regarde leurs corps ensevelis incomplets méconnaissables dans cette union
certains rient certains rient de leurs ongles écrasés de leurs yeux qui jonchent le sol des corps
piétinés certains rient de leurs cheveux souillés certains rient d’autres implorent la bête a pris leurs
yeux.
Chant des Parallèles

Je ne suis qu'une ligne de plus une ligne de plus une distance un point Je ne suis qu'une ligne de
plus un point Je ne suis qu'une distance un chemin un corps tendu vers un point Je ne suis qu'une
distance un chemin un corps tendu vers une ligne distance un corps tendu vers une ligne de plus un
point Je ne suis qu'une ligne de plus une flèche une ligne de plus une ligne de plus des parallèles
dans ma tête un point Je ne suis qu'une ligne de plus une ligne distance un corps tendu vers une de
plus un chemin dans ma tête un corps tendu vers un chemin de moi il ne restera que des vecteurs
des parallèles Je ne suis qu'une de plus un chemin un point Je ne suis qu'une ligne de plus un point
Je ne suis qu'une distance un point Je ne suis qu'une distance de plus un faisceau sur lequel s'élancer
un chemin corps tendu vers une distance Je ne suis qu'une ligne distance un point un corps tendu
vers un corps tendu vers une ligne de plus une ligne distance un chemin mon corps un chemin des
parallèles des flèches tordues gorgées d'envie un point Je ne suis qu'une ligne avec mes rugissants
une distance Je ne suis qu'une flèche tordue de plus Je ne suis qu'une ligne de plus une distance un
corps tordu vers un corps tendu vers un chemin un corps tendu vers une ligne de plus un point des
traits à main levée des traits de plus Je ne suis qu'une ligne gorgée d’envie un corps tendu vers un
chemin un chemin de moi un chemin un faisceau de moi vers un point Je ne suis qu'une ligne
distance un corps tendu vers une ligne distance un point il ne restera que des points Je ne suis
qu'une distance un corps sur lequel s’élancer tendu vers le lointain une ligne distance un chemin un
chemin des vecteurs vers mes rugissants un corps tendu vers un point gorgé d’envie Je ne suis
qu'une distance un point Je ne suis qu'une de plus une ligne distance un corps une flèche tendue vers
une de plus une de plus un corps tendu vers une ligne de plus une distance dans ma tête des
parallèles un corps tendu vers une distance un point Je ne suis qu'une ligne un vecteur de plus un
chemin sur lequel s'élancer un corps tendu vers un point Je ne suis qu'une ligne à main levée Je ne
suis qu'une ligne de plus un faisceau vers le lointain un point
Dérives

1.
Des coquillages sur la niche
un Yorkshire chien de garde
d'une tirelire abandonnée
une laisse en cuir usée
sur la balançoire
les angles se répètent à l'envi
sous la robe blanche
aux reflets hybrides
mais toujours teintés de mélancolie.
Des mots larsens
percutent l'instant
les étincelles frôlent les cous plissés
lumineux.
Près des jasmins maculés
le long de la cuisse
on touche l'univers jusqu'au nadir
dans un bruit de cuivre
bien grave.
Du gravier
là où les cerceaux s'entassent
raye le vernis
brise la croûte
les doigts affamés
fouillent la gueule béante
jusqu'au cœur de la fable
pour en extraire le mou
et se saisir du bâton.
On parle de conjuration
d'une rengaine que l'on repousse
au delà d'une longueur de bras.
L'immensité n'effraye plus
on la parcourt sans retenu
vagabonde dans les entrailles
à chercher un signe.
Mais les boites
les valises
où brillaient encore quelques contes
sont vides.

2.
Des lignes courbes et droites
que je croise
des fleurs en fil de fer
près des plaques de plâtre
un blanc cassé.
Je fixe une pierre noire
amer éblouissant
remarquable
quelque soit le plan
mais rien ne se tient
juste une foi en des lignes courbes et droites
aux trajectoires instables
frôlent ma face
prêtent à s'inviter
en moi
souffler l'hymne du pèlerin
une noire suivie d'une blanche
suivie d'un silence
qui campe sur cette position
sans trop y croire
s'accroche désespérément
et puis
repart
un mur succède à un autre mur
rien ne se tient
même les stèles déclinent
molles
déversant nos peaux mortes
sur la route
le ciel se détourne
le feu s'éteint
flocons de cendres
les corbeaux attendent.
Je fixe l'obsidienne
le reste n'est que mensonge.

3.
Par la force des courants, un dévoiement du cap, une piste écartée, l'errance inacceptable. Je dérive
sans explorer les rencontres fortuites aux alentours. En s'écartant des lieux, les corps icebergs,
monolithes, se perdent, s'éteignent doucement, c'est irréversible. Je dérive sans le cap, doucement
des corps s'écartent. L'errance sans explorer la force des lieux, une dérive sans explorer les courants,
doucement, doucement aux alentours, et se perdre, s'éteindre. L'errance que l'on ne tolère, les
rencontres fortuites s'éteignent doucement, c'est irréversible. Doucement, l'errance sans le cap,
doucement, l'errant que l'on ne tolère, dérive, n'a jamais été, jamais, une rencontre fortuite, tout au
plus, qu'il faut écarter, éteindre, sans explorer la force du courant, sans explorer les alentours, même
occasionnellement. La force monolithique, un courant irréversible, des corps aux alentours, une
dérive, corps icebergs que l'on ne tolère, écartés, une piste inacceptable, même fortuite, une dérive.

4.
Les volets se ferment pour contenir le harcèlement des piquets martelés jusqu'à tendre les peaux des
chevaux fusillés dans l'enclos autour des chardons les rictus violacés et les balles perdues polissent
les cuirasses trempées d'écumes des morceaux d’existences distraitement empilés filtrent la lumière
je fais des moulages de ces rayons délicats sertis d'émeraudes vases soli-flores verdoyants jalouse-
ment conservés sur étagère entre les albums photos il y a toujours une place pour moi et personne
d'autre à l'intérieur pour moi les morceaux sans ecchymoses l'os et la carne pour les chiens de pas-
sage autour des chardons il y a toujours une place pour les gueules affamées d'autres empreintes un
lien au-delà
Vents magnétiques

les vents magnétiques emportent les appels égarés sur les terrains vagues dans des caisses
oblongues un peu de sueur de la mitraille en paillette tout en haut sur la crête miroitent les fronts
perlés de plomb la limaille ensemence les versants égouts compris et ce jusqu'aux derniers jours les
pieds dans des bassines de fuel encore chaud le rêve parfait rongé par la sueur attiré tout en haut sur
la crête les vents magnétiques sèment la limaille sur les terrains vagues dans les égouts décorés
strass paillettes et des bassines comme refuge caisses oblongues comprises rêve de fuel de sueur
encore chaude de caisses oblongues rongées par le plomb et ce jusqu'aux derniers jours la mitraille
sur les terrains vagues miroitent les fronts perlés de sueur les pieds dans des caisses oblongues
rongées par le rêve parfait
SUPER NOVA

1.
Du plomb pour sceller
les immeubles totems
et quelques offrandes
aux pieds des gardiens
n’empêcheront pas
les morts d’arpenter
nos chemins
pour comptabiliser
les craquelures
sur les façades
une marche de biais
sur l’asphalte
le pas synchrone
pour un regroupement au son vespéral
des cloches
annonciatrices d’une reconstruction
au marteau et au burin
le bois ceinture
une écharpe
sans la douceur du cachemire
coffre nos renoncements
pour l’instant je lève la main
pour rien
pas de questions
embrassons-nous simplement
loin du protocole
2.
dans les yeux
des cathédrales en papier mâché
déclinent
des dieux peignent un royaume lointain
un centaure dressé pour voyager
attend près des tournesols.
Une contraction
dans le thorax
aspire les éléments
nous sommes témoins
malgré nous
d’un mécanisme insondable
dans les yeux
une convulsion
prend source dans le thorax
un centaure attend
les tournesols déclinent
sur-le-champ
les soubassements lâchent
la déflagration
libère les éléments
un royaume
en papier mâché
libère les dieux
va-nu-pieds
dans toutes les sphères
nous sommes témoins
la convulsion
dans toutes les sphères
les cathédrales déclinent
mais personne ne voit
la déflagration
dans les yeux blancs
hors de nos visions
la fièvre nacrée
3.
loin du protocole
près des immeubles totems
le son vespéral des cloches.
Comme une passerelle

je n'arrive pas à dire
à dire je
n'y arrive pas
je m'éveille
et je ne peux dire
plus aveuglant
sans paupière
je n'y arrive pas
je cherche
à dire
dans le cratère de ma langue
je m'éveille
sans paupière
avec une belle chemise
des poissons morts
dans le revers du col
je vois la passerelle
à dire
au dessus
du fleuve
aux poissons morts
je ne peux dire
arc-bouté
comme une passerelle
ardente
dans le cratère de ma langue
la force
contrainte à
donner des miettes
aux poissons morts
au dessus
du fleuve indomptable
je ne peux dire
la peau cautérisée
je n'arrive pas à dire
la force ardente
Sur l'ardoise

j'ai laissé
des marques à la craie
sans cesse prononcées
une voix calcaire sur l'ardoise
dans le prolongement du sabre
à tailler les trottoirs en perspectives crues
la voix
pour envelopper nos gorges ouvertes
les contenir
surplomb des caniveaux
en négatif
l'inverse des étoiles
sur les figures des marques
pour les fauves
les vautours
l'animal entre les côtes
j'ai laissé une voix crue
jaillir
visible encore sur l'ardoise
après les pluies
des figures luisent en plein jour
sans cesse en surplomb
des marques prononcées
Vision des coquelicots

je vois des hommes mordre des hommes dire qu'ils sont des hommes je vois des abeilles butiner des
thorax fleuris champ de coquelicots c'est l'après-midi des fleurs sur les assiettes en carton gâteau de
miel tu n'es pas seul jusqu'à mille les hommes ruches qui se mordent les abeilles butinent tes yeux
d'homme au milieu des thorax en fleur je vois des hommes finir leurs assiettes remplir le vide de
leur absence dans le noir je vois des coquelicots au pays des hommes jusqu'à mille les cavités
béantes vois les hommes se remplir de miel et refermer la porte dans une autre pièce croire qu'ils ne
sont pas seul l'entre-prise des hommes jusqu'au bout se tiennent se tiennent l'un l'autre je les vois
battre le fer dans le noir faire une cage pour le soleil ils disent qu'ils sont des hommes qu'ils
marchent librement une fois le soleil en cage je sens les hommes coquelicots remplis de nectar je
mords des thorax miel creux écoute le bruit des abeilles je vois les assiettes en carton oubliées dans
une autre pièce des abeilles butinent des thorax dans d'autres cavités jusqu'au bout butinent mille
soleils coquelicots savoure le miel abondant je vois des fleurs sur les assiettes en carton résonne le
bruit des abeilles dans le noir des corps entre-pris jusqu'au bout des corps se tiennent c'est l'après-
midi tu n'es pas seul au pays des hommes immobiles mille soleils coquelicots béants
Chant du monstre

un être complexe possédé par l'absence de tout / toujours à bonne distance des cercles intimes / tout
entier possède des songes / tremble et déplace les mots fous / être désarticulé / dans la jouissance /
dans le présent pas de culte / que des mystères / pas un sanctuaire / un être vortex / soigne l'esprit
dans le secret / transforme les mots / les mots s'accélèrent vers le centre / les mots ne vibrent pas
trop près ou trop loin des cercles / dans l'urgence de trouver la bonne distance / mais jamais ne
pénètre les cercles intimes / pour nourrir l'âme en échange d'une partie du corps / possédé / dans le
présent / nourrir un être complexe dans le secret / chasse le gibier en échange du corps tout entier /
le gibier / la jouissance des mystères / se nourrit dans le secret / transforme les songes intimes / les
mots désossés / trop près ou trop loin s'altèrent / vortex des songes fous / l'esprit n'est pas un
sanctuaire / dans l'urgence de se positionner / être au bon endroit / que les mots vibrent dans l'âme
désarticulée / dans le présent / tremble à bonne distance en échange / sur le principe de l'échange
d'une partie du corps / la bête ne laisse rien d'autre que l'absence de tout
Des vagues rouge ciel

je vois rouge ciel si loin - dans le ressac les morts que l'on tue encore que l'on enterre encore -
tourne sur son axe - un cerf volant gît sur la dune - l'eau de mer sur l'enfant ne purifie pas - tourne
encore - les billes rouillées restent coincées dans la bouche entre les parts claires de ma mémoire -
l'axe grince - je vois rouge ciel - le ressac ne purifie pas - j'ai laissé l'enfant sur la dune gît sur la
dune - le ciel que l'on tue encore que l'on enterre encore - coincé dans la bouche - dans le ressac se
dispersent les parts claires de ma mémoire - les morts coincés dans la bouche un axe mort - cerf
volant rouge ciel sur la dune - l'enfant les mains jointes ne purifie pas l'image pieuse ne purifie pas
l'eau de mer sur le visage ne purifie pas - l'enfant tourne sur son axe - les billes rouillées restent -
rouge ciel dans la bouche - moi un axe mort entre les parts claires - la dune si loin - coincé dans le
ressac si loin dans le ressac - je vois rouge ciel
Visions des oiseaux

les clefs sur le torse * l'aveugle ouvre les portes cachées entre les veines * sonde la nudité * la chair
peuplée d'oiseaux démange * sonde la nudité jusqu'à la dernière brique* l'aveugle griffe la chair * la
langue démange * tournoie dans le ciel peuplé d'oiseaux * l'aveugle appelle les oiseaux * offre la
gorge écarte les épaules offre la gorge le torse * offre les clefs aux oiseaux * offre tout ce qu'il
possède jusqu'à la dernière brique * les oiseaux tournoient dans le ciel tournoient dans la gorge au
son du tambourin * la langue peuplée d'oiseaux ouvre la chair sonde la nudité * ouvre les portes
cachées entre les veines ouvre le ciel * l'aveugle possède les clefs
Météore

Un jour d’été – à cheval sur la comète – météore cavalier – tête renversée – se fracasse sur la tour
millénaire – la chaleur déforme – la lumière efface la défaite des temps passés – rejoue-moi cet air
au piano – tu sais – la ritournelle cousue dans le revers de nos vestes – chante la pensée synthétique
100% polyester – pensée comète qui s’échoue dans le noir du soleil – majeur dressé – consume la
défaite à la lumière de nos manquements – pensée plastique que la chaleur déforme – météore –
déforme le ciel d’été à notre guise – tu sais – la ritournelle cousue de fil blanc – tête cachée dans
nos vestes – à cheval sur la pensée – la lumière efface – le noir du soleil chante – nos ombres
rejouent les temps passés – météore – dans les cendres de la défaite – météore chante.
Noir

au nom des siens
dire trois fois les mots couteaux
pour enlever la glotte
direction silence
sans regarder l’horizon
pour se protéger
quand le soleil disparaît
dire les mots funestes qui cloisonnent et sentent le sapin
on les utilise en baume pour soigner les plaies
prendre les mots pilons
broyer le noir dans le mortier
le réduire sans regarder
on souffre moins quand on ne voit pas
ressasser les mots éclipses
assis dans les montagnes russes
sensations fortes garanties
il faut tendre les bras
compter jusqu’à trois
et perdre l’horizon
recouvrir le corps de mots pétroles
direction le noir
au son des sirènes
réduire l’histoire
dire les mots en les jetant par dessus l’épaule
et briser le cristal des mots
le donner aux corbeaux
les mots valent que dalle
le cours est au plus bas
ressasser les mots couteaux
en hurlant de joie
et lever les bras bien haut
dans les montagnes russes
quand le soleil s’éteint
au nom des siens
au nom du silence
au nom du noir
direction le vide
direction que dalle
direction éclipse
Somewhere

je suis allé
somewhere
là où personne ne peut se cacher
moi, clochard en exile
quelque part où la peur
façonne des paysages lunaires
les lèvres sèches
à trop parler poussière
je me suis dispersé
bien over l’arc en ciel
pour ne plus entendre
le cow-boy à deux balles
veines saillantes
siffler son verre
pour tuer le temps
tuer son voisin
à cause du clébard
qui a chié sur le trottoir
j’étais loin
somewhere
j’y ai laissé
mon souffle, mes fringues et ma fierté
pour voyager léger
un peu de goudron et quelques plumes
reset de l’ego
j’ai cru que j’étais un oiseau
je me suis réfugié
dans ses paysages lunaires
perdu quelque part
sans voisin
sans clébard
je me suis dispersé
pour tuer le temps
et j’ai oublié
Que la lumière éternelle les illumine

1.
Quand la torpeur des rois
nous laisse sans mode opératoire
quand les mondes se taisent
lassés de nos vanités
fracture l'espace
à l'instinct
et force les volontés molles
à se déplacer
en dépit du sens
quand les mondes s'achèvent
dans une trajectoire cavalière
fracture l'espace sans glaive
fends l'air jusqu'à l'usure
déconstruis
et jette aux loups les chairs
avec bienveillance
dispensé de toute explication
demeure impermanent
en dépit du sens
couvert de cuivre
d'argent
pour tromper le ciel
jusqu'à l'usure

2.
Tranche l'œil souverain
et laisse le trône béant livré aux astres
du delta brisé s'éveille une langue audacieuse
elle refuse la couronne et ses remords
se déclare vagabonde
les mots se disent à voix haute
guident la main qui tisse une corde
avec les peaux dispersées
recouvre les os
cicatrise les corps
cercle l'espace
rends semblable en tout point
un nœud suffit sur le nerf orphelin
pour ne rien oublier
au crépuscule
vois comme les nimbes s'effacent
entonne le cantique des affranchis
lux perpetua luceat eis
de la terre jusqu'au ciel
un soleil
rien que pour toi

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