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L’EXPERTISE EN ORTHOPÉDIE

Professeur Christian Dumontier, MD, PhD
Centre de la Main, Baie-Mahault, Guadeloupe
Expert près la Cour d’Appel de Basse-Terre
(anciennement expert Cour d’Appel de Paris et Tribunal administratif
d’appel de Paris et Versailles)
Expert à l’ONIAM

La présentation et des références bibliographiques sont disponibles
sur www.diuchirurgiemain.org
QUESTION: EN QUOI L’EXPERTISE EN
ORTHOPÉDIE SERAIT DIFFÉRENTE DES
AUTRES EXPERTISES ?

• Mêmes règles de droit

• Mêmes principes de l’expertise

• L’orthopédiste n’est qu’un spécialiste comme les
autres
Expert vient du latin ex-pertus qui signifie "qui a éprouvé".
Celui "qui a éprouvé" est désigné pour démontrer la preuve.
QUELLE EST DONC LA PARTICULARITÉ DE
L’ORTHOPÉDIE-TRAUMATOLOGIE ?

• Qu’est ce que l’orthopédie ?

• Orthopédie et expertise: Fréquence ?
Particularités ? Les domaines pourvoyeurs de
conflits ?

• Les problèmes techniques particuliers de
l’expertise en orthopédie
ORIGINE DE L’ORTHOPÉDIE
• En 1741 Nicolas Andry de Boisregard,
Professeur en médecine au collège royal de
Lyon, invente le mot « orthopédie » avec
son livre : « L'orthopédie ou l'art de prévenir et
corriger dans les enfants les difformités du corps; le
tout par des moyens à la portée des pères et
mères et toutes les personnes qui ont des enfans
à élever. »

• Le mot Orthopédie dérive de deux mots
grecs : ὀρϑός / orthos qui signifie « droit » et
παιδεία / paideia qui veut dire « éducation
des enfants ».

• Andry invente aussi « l’arbre tors » qui
deviendra le symbole de l’orthopédie
L’ORTHOPÉDIE

• Jusqu’en 1860, le terme d'orthopédiste est réservé aux
bandagistes, fabricants de corsets et de sabots pour pieds
bots.

• Le mot orthopédie concerne encore aujourd'hui
l’appareillage
NAISSANCE DE LA CHIRURGIE
ORTHOPÉDIQUE

• Quelques chirurgiens dont Ollier (1830-1900) s’intéressent plus particulièrement à l’appareil
locomoteur et à la chirurgie conservatrice

• Pendant la première guerre mondiale apparait le besoin d’avoir des spécialistes pour améliorer
la prise en charge des séquelles des blessés de guerre. La spécialité se sépare de la chirurgie
générale après la deuxième guerre mondiale (Service d’orthopédie du Pr Merle d’Aubigné)

• La société française d’orthopédie est créée en 1918. Il y a actuellement environ 3000
membres. La chirurgie Orthopédique prend en charge les pathologies de l’appareil
locomoteur de l’enfant et de l’adulte (malformatives, dégénératives, traumatiques, tumorales).

• Dans les pays Germaniques, la différenciation entre orthopédistes et traumatologues a
longtemps perduré, en France le chirurgien est orthopédiste et traumatologue
QUELLES SONT LES QUALITÉS POUR ÊTRE
ORTHOPÉDISTE ?

• A l’évidence, la vision qu’ont les autres médecins (ET LES
PATIENTS) n’est pas celle des orthopédistes
« I may be wrong but never in doubt”
Orthopedics vs anesthesia

Près d’un million de vues sur youtube
POURQUOI CETTE CARICATURE ?
• La chirurgie est un acte transgressif: Article 16-3 (Modifié par Loi

. « Il ne peut être porté atteinte à
n°2004-800 du 6 août 2004 - art. 9 JORF 7 août 2004)

l'intégrité du corps humain qu'en cas de nécessité médicale pour la
personne ou à titre exceptionnel dans l'intérêt thérapeutique d’autrui.
Le consentement de l'intéressé doit être recueilli préalablement hors le
cas où son état rend nécessaire une intervention thérapeutique à
laquelle il n'est pas à même de consentir. »

• « Le chirurgien doit avoir été plus loin sur la route de la
confiance en soi que les autres médecins”
Stirrat GM. Ethics and evidence based surgery. J Med Ethics 2004;30:160-165
ORTHOPÉDIE ET EXPERTISE
• La traumatologie, au sens large, incluant la
traumatologie routière, explique que l'appareil
locomoteur et la pathologie ostéo-articulaire
représentent près de 80 % des cas d’expertise en
Loi Badinter.

• Près de 1 million de patients sont opérés en France
chaque année par un orthopédiste-traumatologue
ORTHOPÉDIE ET EXPERTISE
• Fréquence des mises en cause

• Un chirurgien orthopédiste sur deux est mis en cause chaque année [Bons-Letouzey, C. Rapport
du conseil médical du Sou Médical, Les risques des professions de santé en 2008]

• Un orthopédiste est mis en cause tous les un an et 10 mois (SHAM)

• 26 % des déclarations aux assureurs sont en lien avec un acte de chirurgie orthopédique
ou traumatologique (Rapport MACSF 2015)

• 964 procédures en RCP pour des problèmes de membre supérieur sur 6 ans (Branchet)

• Pour mémoire: Sinistralité moyenne d’un médecin: 0,91 / 100 sociétaire à la MACSF
Données MACSF qui assure surtout des libéraux
• Hommes (63 %), d’âge moyen 45,6 ans (24–68 ans).

• 14/16 plaintes pour faute médicale (4 suspicions d’infections
nosocomiales) et deux pour défaut d’organisation.

• L’avis de l’expert a été suivi dans tous les cas, sauf un

• 5 patients (31 %) ont reçu une indemnisation, 11 (69 %) n’ont pas été
indemnisés après un délai moyen de 3 ans.

• Principale analyse: défaut d’information +++ (ou incompréhension)

• Indemnité moyenne 4000 €

C. Manaouil, J. Berthelet, M. de Lestang, O. Jardé. Étude de
16 dossiers de contentieux ayant abouti à un règlement
définitif sur trois ans dans un service hospitalier
d’orthopédie traumatologie. Ann Chir 2006; 131:524–528.
TOUS LES ORTHOPÉDISTES NE GÈRENT
PAS LES DIFFICULTÉS DE LA MÊME MANIÈRE
• Sur 791 dossiers de plaintes

• 6,8% des chirurgiens (54/794) concentraient 46,8% des déclarations de plaintes (370/791)
avec cinq déclarations de plaintes ou plus en cinq ans.

• 7,5 % des chirurgiens (61/794) avaient eu trois ou quatre déclarations de plaintes dans la même
période, 20,4 % des chirurgiens (162/794) un ou deux déclarations de plaintes et 65,1 % des
chirurgiens (517/794) aucune déclaration.

• Le sous-groupe multidéclaration était sur-représenté dans les mauvaises informations données
au patient, les mauvaises indications, les corps étrangers oubliés, et les paralysies

• Taux de condamnation assez stable autour de 50-60% (15% au membre supérieur)

• Julliard: 20 % au moins des procédures auraient pu être évitées si le chirurgien ne s'était pas
comporté de façon caractérielle lorsqu'il était mis en cause : affirmation péremptoire de la
qualité de son travail, refus de tout dialogue, voire même propos intempestifs, mauvaise décision
face aux complications.
QUEL TYPE
DE
CHIRURGIE ?
POURQUOI UNE PLAINTE ?
• Sur 791 dossiers de plaintes

• Les patients insatisfaits sur le
résultat fonctionnel escompté (44
%) et les infections
postopératoires (25 %)
représentaient deux tiers des dossiers

• Autre enquête: « Plus de 50% des
instances étaient liées à des propos
intempestifs tenus par le confrère consulté
sur ses prédécesseurs, désireux de se faire
valoir, de briller, ou simplement de tenter
de rabaisser un concurrent » (Julliard)

R. Amalberti, G. Bollini, J. Caton, O. Charrois, J.-Y. Nordin, P. Papin. Dimensions du risque de la chirurgie orthopédique en activité
libérale. Revue de chirurgie orthopédique et traumatologique (2011) 97, 348—358
• Le contenu d’une base de plaintes aux assureurs ne reflète pas
l’épidémiologie exacte des erreurs survenues dans une profession donnée

Une étude américaine de l’American Academy of Orthopaedic Surgeons (AAOS) des erreurs
en chirurgie orthopédique a montré une prévalence très forte des problèmes relatifs aux
dispositifs médicaux (absents, en pannes, etc., 29 %) et à la coordination des équipes (24,7 %).
Les erreurs de sites représentaient 5,6 % des déclarations, et les erreurs de produits
médicamenteux 9,7 %. Les deux chirurgies les plus concernées étaient le genou et les doigts
(35 % chacun), puis le pied et le coude (15 % chacun) et enfin le rachis (5 %).

• En Suède, la base nationale des plaintes de patients (23 364 plaintes au total sur huit ans)
montre que l’ostéotomie tibiale est l’acte chirurgical le plus à risque toutes spécialités
orthopédiques confondues.

• Les questions de matériels et de coopération échappent le plus souvent au patient, mais elles
ne causent pas nécessairement de préjudice (le matériel en panne).

• De même, la chirurgie de la main produit de nombreux incidents, particulièrement de site
opératoire, mais finalement probablement plus «pardonnés» par les patients contrairement à
une chirurgie du membre inférieur ou du rachis souvent plus invalidante quand elle
dysfonctionne.