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Médecine & Droit 2010 (2010) 161–170

Droit civil

Évolutions récentes de la responsabilité pour défaut d’information
Recent developments in physician liability for failure to inform
Franc¸ois Vialla
Centre européen d’étude et de recherche droit et santé CEERDS, université de Montpellier, 39,
rue de l’Université, 34060 Montpellier cedex 02, France

Résumé
C’est à tort que l’on penserait que la question de l’information due par le médecin à son patient n’est plus susceptible d’évolutions. Quatre arrêts
récents en donnent la parfaite illustration et conduisent à considérer que ce devoir d’informer accède à une véritable autonomie. La réparation du
défaut d’information peut, en certaines occurrences, sortir du cadre strict de la perte de chance dans laquelle on la croyait circonscrite.
© 2010 Publi´e par Elsevier Masson SAS.

Mots clés : Information, obligation ; Obligation d’information ; Perte de chance, réparation: Oniam, obligation d’information

Abstract
It is wrongly that one would think that the question of the information due by the physician to the patient is not likely of any further developments.
Four recent rulings provide the perfect illustration and lead to consider that this duty to inform has attained a genuine autonomy. In some instances,
the compensation arising out of the failure to inform may depart from the strict framework of loss of chance in which many believed it was confined
to.
© 2010 Published by Elsevier Masson SAS.

Keywords: Requirement of information; Information, requirement; Oniam

Si comme l’affirmait justement le professeur Hoerni « Il n’y si le malade est pusillanime ou bénin, de crainte qu’il ne se
a pas de soins sans confidences, de confidences sans confiance, désespère2 ».
de confiance sans secret1 », l’homme de l’art ne saurait pour L’information n’était pas absente de la relation de soins au
autant se cantonner à un rôle « passif » d’auditeur attentif. Nul moyen-âge mais, on le voit, elle se fondait avant tout sur une
ne doute aujourd’hui que la parole incombe aussi au prati- recherche d’obéissance, véhiculant l’idée que les patients – au
cien. sens propre : le patient est celui qui souffre, qui pâti, en latin,
Cette parole attendue n’est au demeurant pas une originalité le verbe patior désigne subir, souffrir – comme les soldats,
contemporaine. Si le Montpelliérain Gui de Chauliac pouvait acceptent mieux les peines et tourments quand ils leurs donnent
écrire « le médecin attend de son patient qu’il lui obéisse tel du sens. Ainsi ressentie et perc¸ue, avec du sens – cum sensus ? –
un serf à son seigneur », un autre grand chirurgien, Henri de la parole du médecin est mieux acceptée et la souffrance
Mondeville, passé par cette même école de médecine, préci- consentie.
sait « Le moyen pour le chirurgien de se faire obéir de ses
malades, c’est de leur exposer les dangers qui résultent pour
eux de leur désobéissance. Il les exagèrera si le patient à
l’âme brave et dure ; il les atténuera, les adoucira ou les taira
2 H. de Mondeville, Chirurgie, xive siècle ; chirurgie de maître Henri de Mon-
deville, chirurgien de Philippe le Bel, roi de France, composée de 1306 à 1320,
Adresses e-mail : droitetsante@univ-montp1.fr, f.vialla@gmail.com. traduction franc¸aise avec des notes, une introduction et une biographie par E.
1 Commentaire de l’art. 4 du CDM, par le professeur Bernard Hoerni, citation Nicaise, avec la collaboration du docteur Saint-Lager et de F. Chavannes, Alcan,
tirée de son ouvrage « Ethique et déontologie médicale » Masson, 2000. Paris, 1893 : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k288444.pdf.

1246-7391/$ – see front matter © 2010 Publi´e par Elsevier Masson SAS.
doi:10.1016/j.meddro.2010.07.002
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L’idée du médecin prodiguant des conseils n’est pas absente Sécularisée, la relation voit assurément le patient demeurer en
dès cette époque. Comme le remarque Madame C. Crisciani3 état d’infériorité, infériorité qu’accroît son état. Mais débarrassé
« depuis le xiii siècle, la compétence doctrinale, acquise et légiti- d’un certain mysticisme rien ne justifie que le patient demeure
mée auprès des institutions universitaires, est la base de l’autorité dans l’ignorance et dans la passivité. Appelé à consentir9 à l’acte
nouvelle et du prestige plus solide qui permettent au médecin de qu’il va subir, il doit bénéficier d’une information de nature à per-
se mouvoir par ses conseils dans des domaines parfois éloignés mettre cet assentiment. Pierre Sargos remarquera d’ailleurs que
de son subiectum4 propre et spécifique ». l’information se trouve « au cœur de l’éthique de tout praticien
On trouvera dans une Déclaration royale de 1712 trace d’une quelle que soit sa spécialité10 . ».
obligation d’information pesant sur le praticien5 . Ce texte La question de l’information due au patient est de celles
impose aux médecins l’obligation d’informer un patient atteint qui font hésiter le commentateur entre deux attitudes opposées.
de maladie grave afin de lui permettre de se confesser ! La sanc- D’une part, tout semble avoir été dit et écrit en la matière et,
tion envisagée était lourde et pouvait aller jusqu’à l’interdiction d’autre part, la question est à l’évidence si riche et si complexe
d’exercer. Remarquons cependant que l’obligation était à fina- qu’elle semble inépuisable. On aurait pu croire qu’avec les
lité religieuse et le défaut d’information n’était pas considéré dispositions de la loi du 4 mars 200211 les problèmes liés au
comme une faute médicale au sens propre. contenu, à l’intensité, à la sanction de l’information allaient
Plus près de nous, le professeur Portes écrira « Face au patient, s’apaiser en raison de l’existence d’un cadre désormais clair
inerte et passif, le médecin n’a en aucune fac¸on le sentiment et commun.
d’avoir à faire à un être libre, à un égal, à un pair qu’il puisse Les quatre décisions rapportées nous persuadent, au
instruire véritablement. Tout patient est, et doit être pour lui, contraire, de la permanence et de la vivacité des débats autour
comme un enfant à apprivoiser, non certes à tromper – un enfant des questions d’informations. Elles sont l’occasion de faire un
à consoler, non pas à abuser – en enfant à sauver, ou simplement tour d’horizon actualisé des exigences en la matière et des
à guérir, à travers l’inconnue des péripéties. . . le patient à aucun « nouvelles » données mise à jour par la Cour de cassation.
moment ne connaissant, au sens exact du terme, sa misère, ne
peut vraiment consentir ni à ce qui lui est affirmé, ni à ce qui lui 1. L’autonomie confirmée du devoir d’information
est proposé6 ».
On le voit la question de l’information due au patient est « Figure imposée » de la relation de soins, l’information
depuis toujours largement débattue. Son existence, son intensité, fut longtemps encadrée sur les seules règles déonto-
sa sanction même, sont fonctions de la place faite au patient. logiques, relayées, il est vrai par une activité préto-
Comme le remarquait le Doyen René Savatier7 , cette relation fut rienne dense. Si aujourd’hui encore le cadre déontologique
longtemps celle d’un profane envers un initié avant de devenir demeure12 , il est cependant couronné depuis 200213 par
celle d’un ignorant envers un savant. Nous remarquions que
« cantonné par la maladie, par l’ignorance et, peut-être, par un
9 Sur le consentement à l’acte médical V. l’étude réalisée par G. Croizé dans :
certain mysticisme dans une situation d’infériorité, le patient
n’était pas considéré comme une être libre8 ». F. Vialla et al., Les grandes Décisions du Droit Médical, LGDJ 2009, p126 et s.
10 P. Sargos, « L’obligation d’informer le patient », LPA, 22 septembre 1999

no 189, p. 9.
11 Sur la question v. notamment :. Rougé-Maillart, N. Sousset et
3 C. Crisciani, Ethique des consilia et de la consultation : à propos de la cohé- M. Penneau, Influence de la loi du 4 mars 2002 sur la jurisprudence récente
sion morale de la profession médicale (xiiie –xive siècles), Médiévales 2004 en matière d’information du patient, Méd. et droit 2006, 64.
Presses universitaires de Vincennes, no 46, http://medievales.revues.org/989 12 CSP Article R4127-35 : « Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il

p. 23 ; du même auteur V. aussi Consilia, responsi, consulti : i pareri del medico soigne ou qu’il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son
tra insegnamento e professione, dans : Consilium. Teori e pratiche del consi- état, les investigations et les soins qu’il lui propose. Tout au long de la maladie,
gliare nella cultura medievale, Casagrande, Christiani, Vecchio dir. Florence, il tient compte de la personnalité du patient dans ses explications et veille à leur
2004, p.259–279. compréhension. / Toutefois, sous réserve des dispositions de l’article L. 1111-7,
4 L’auteur rappelle que le subiectum propre du savoir médical est « le corps dans l’intérêt du malade et pour des raisons légitimes que le praticien apprécie
humain en tant qu’il peut être guéri », op. et loc. cit. en conscience, un malade peut être tenu dans l’ignorance d’un diagnostic ou
5 Sur une approche historique de la responsabilité médicale, V. notamment, d’un pronostic graves, sauf dans les cas où l’affection dont il est atteint expose les
J.-C. Careghi, La responsabilité médicale au crible de l’histoire, Les cahiers tiers à un risque de contamination. / Un pronostic fatal ne doit être révélé qu’avec
de droit de la santé du sud-est, no 7, PUAM, coll. Droit de la santé, juin 2007, circonspection, mais les proches doivent en être prévenus, sauf exception ou si
du même auteur, une responsabilité civile médicale a-t-elle existé dans l’ancien le malade a préalablement interdit cette révélation ou désigné les tiers auxquels
droit fran¸cais ? (xvie –xviiie siècles), Revue de la recherche juridique – droit elle doit être faite ».
prospectif – no XXVIII, 98e no , PUAM 2003. 13 CSP Article L1111-2, Modifié par Loi no 2009-879 du 21 juillet 2009 –
6 L. Portes, du consentement du malade à l’acte médical, dans : À la recherche art. 37 : « Toute personne a le droit d’être informée sur son état de santé.
d’une éthique médicale, Masson 1964, p. 163. Cette information porte sur les différentes investigations, traitements ou actions
7 Les Métamorphoses économiques et sociales du droit privé d’aujourd’hui, de prévention qui sont proposés, leur utilité, leur urgence éventuelle, leurs
2e série, Dalloz 1959, chap. VII, p. 191. L’auteur remarque p. 189 : conséquences, les risques fréquents ou graves normalement prévisibles qu’ils
« N’imaginons pas que tout soit disparu de ce fondement mystique initial comportent ainsi que sur les autres solutions possibles et sur les conséquences
des professions libérales ! le représentant d’une de ces professions donnera prévisibles en cas de refus. Lorsque, postérieurement à l’exécution des investiga-
encore aujourd’hui à ces devoirs un côté “religieux¨; il s’attribuera un tions, traitements ou actions de prévention, des risques nouveaux sont identifiés,
“ministère¨, voir un “sacerdoce¨ ». la personne concernée doit en être informée, sauf en cas d’impossibilité de la
8 F.Vialla Les Grandes Décisions du Droit Médical, LGDJ 2009, étude Liberté retrouver. /Cette information incombe à tout professionnel de santé dans le cadre
de choix du médecin par le patient, p. 183. de ses compétences et dans le respect des règles professionnelles qui lui sont
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un corpus législatif. Ce cadre légal présente, notam- L’information attendue du médecin est l’une de ces obligations
ment, l’intérêt de synthétiser et d’unifier les règles pré- de conscience.
toriennes « créées » au fil des ans par les juridictions Le cadre proposé depuis la loi du 4 mars 2002 permet en outre
de cassation de l’ordre administratif et de l’ordre judi- de franchir un cap supplémentaire. L’information est et demeure
ciaire. un devoir (déontologique) et une obligation (contractuelle et
On sait que l’un des apports de l’arrêt « Mercier » du 20 mai légale17 ) du médecin18 , mais elle intègre par ailleurs la qualifi-
193614 fut de permettre de distinguer les obligations, contrac- cation de droit du patient19 , droit dérivé du principe de dignité
tuelles, du praticien envers son patient. due au patient20 .
L’homme de l’art est tenu, de première part, d’obligations de L’information considérée comme droit de la personne malade
science. Il doit, à ce titre, une prestation conforme aux données était d’ailleurs annoncée par la jurisprudence. Déjà, en 1942,
acquises de la science15 voire, aujourd’hui, en adéquation avec l’arrêt Tessier21 l’avait affirmé dans un attendu précurseur :
les connaissances médicales avérées16 . « Mais attendu que, comme tout chirurgien, le chirurgien d’un
Le praticien doit, de seconde part, respecter des obligations service hospitalier est tenu, sauf cas de force majeure, d’obtenir
de conscience, il se doit de respecter l’humanisme médical. le consentement du malade avant de pratiquer une opération
dont il apprécie, en pleine indépendance, sous la responsa-
bilité, l’utilité, la nature et les risques ; qu’en violant cette
applicables. Seules l’urgence ou l’impossibilité d’informer peuvent l’en dis- obligation, imposée par le respect de la personne humaine, il
penser. / Cette information est délivrée au cours d’un entretien individuel. / commet une atteinte grave aux droits du malade, un manque-
La volonté d’une personne d’être tenue dans l’ignorance d’un diagnostic ou
ment à ses devoirs proprement médicaux, et qui constitue une
d’un pronostic doit être respectée, sauf lorsque des tiers sont exposés à un
risque de transmission. / Les droits des mineurs ou des majeurs sous tutelle faute personnelle se détachant de l’exercice des fonctions que
mentionnés au présent article sont exercés, selon les cas, par les titulaires de l’administration des hospices a qualité pour réglementer ».
l’autorité parentale ou par le tuteur. Ceux-ci re¸coivent l’information prévue
par le présent article, sous réserve des dispositions de l’article L. 1111-5. Les
intéressés ont le droit de recevoir eux-mêmes une information et de partici-
per à la prise de décision les concernant, d’une manière adaptée soit à leur
degré de maturité s’agissant des mineurs, soit à leurs facultés de discernement
s’agissant des majeurs sous tutelle. / Des recommandations de bonnes pratiques
sur la délivrance de l’information sont établies par la Haute Autorité de santé
et homologuées par arrêté du ministre chargé de la santé. / En cas de litige, il
appartient au professionnel ou à l’établissement de santé d’apporter la preuve
que l’information a été délivrée à l’intéressé dans les conditions prévues au pré-
sent article. Cette preuve peut être apportée par tout moyen. / L’établissement
de santé recueille auprès du patient hospitalisé les coordonnées des profession-
nels de santé auprès desquels il souhaite que soient recueillies les informations 17 Sur cette dualité de source V. par exemple : Cass. 1re civ., 25 février 1997,

nécessaires à sa prise en charge durant son séjour et que soient transmises celles no 94-19685 : « Attendu que celui qui est légalement ou contractuellement
utiles à la continuité des soins après sa sortie ». tenu d’une obligation particulière d’information doit rapporter la preuve de
14 Cass. civ., 20 mai 1936, Mercier, D.P. 1936, 1, p. 88, note E.P., rapp. L. l’exécution de cette obligation » ; G. Mémeteau, Devoir d’information renverse-
Josserand, concl. P. Matter ; Gaz. Pal. 1936, 2, p. 41 ; S. 1937, 1, p. 321, ment de la charge de la preuve: Commentaire de l’arrêt de la première chambre
note A. Breton ; JCP 1936, 1079 ; GAJ civ., tome 2, no 161-162 ; F. Vialla et civile du 25 février 1994, Médecine & Droit, Volume 1997, 24, mai-juin 1997,
al., Les Grandes Décisions du Droit Médical, LGDJ 2009, études L’obtention Pages 6-13, Gérard Mémeteau Gaz. Pal. 27-29 avril. 1997. p. 13, rapp. M. Sar-
du consentement, par G. Croizé, p.126 et s., Données acquises de la science, gos, Contrats, conc., consomm.1997, Chron. no 5, par L. Leveneur ; Defrénois
connaissances médicales avérées, par F.Vialla, p. 209 et s. ; Relation de soin et 1997, p. 751, obs. J.-L. Aubert ; JCP 1997, I, no 4025, obs. G. Viney ; RTD civ.
lien contractuel, par M. Girer, p. 313 et s., Les fautes techniques et les fautes 1997, p. 434, obs. P. Jourdain et p. 924, obs. J. Mestre ; D. 1997, Somm. p. 319,
d’humanisme dans la jurisprudence de la Cour de cassation, par B. Muller, p. obs. J. Penneau ; V. aussi sur cette décisions les études dans : F. Vialla et allii,
519 et s. Les grandes décisions du Droit Médical, LGDJ 2009, M. Reynier, L’obligation
15 CSP Article R4127-32 : « Dès lors qu’il a accepté de répondre à une d’information due par le médecin, p.147 et s.
demande, le médecin s’engage à assurer personnellement au patient des soins 18 Notons que cette obligation incombe aussi à l’établissement de santé, V. par

consciencieux, dévoués et fondés sur les données acquises de la science, en ex. Cass. civ.1re 11 juin 2009, pourvoi numéro 08-10.642, D. 2010 p. 363, note
faisant appel, s’il y a lieu, à l’aide de tiers compétents ». ; sur la question voir G. Mémeteau.
notamment, F. Vialla et al., Les Grandes Décisions du Droit Médical, LGDJ 19 V. par exemple S. Hocquet-Berg, Les sanctions du défaut d’information en

2009, étude Données acquises de la science, connaissances médicales avérées, matière médicale, Gaz. Pal. 10 sept. 1998. 1121 : « afin de mieux sanctionner
par F. Vialla, p. 209 et s. les atteintes à ce devoir d’humanisme, mais aussi pour ériger celui-ci au rang
16 CSP Article L1110-5, al.1, Modifié par Loi no 2005-370 du 22 avril 2005 - de droit à la dignité du patient, il est sans doute possible et souhaitable d’y voir
art. 1 JORF 23 avril 2005 ; Modifié par Loi no 2005-370 du 22 avril 2005 - art. là un véritable droit subjectif ».
2 JORF 23 avril 2005 : « Toute personne a, compte tenu de son état de santé 20 V.artL1110-2 du Code de la santé publique ; Y. Lambert-Faivre, Droit du

et de l’urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir les dommage corporel, Dalloz, 2004, no 591-2 : « le défaut d’information qui infanti-
soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l’efficacité lise le patient est souvent ressenti comme une atteinte à la dignité de la personne,
est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire au regard des constitutive d’un préjudice moral spécifique, dont l’indemnisation demeurerait
connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d’investigation ou en tout état de cause à la victime ».
de soins ne doivent pas, en l’état des connaissances médicales, lui faire courir 21 Cass. req., 28 janvier 1942, Teyssier, Gaz. Pal, 62, 1942, 1, p. 177 ; D.,

de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté » ; sur la question 1942, p. 63 ; V. aussi sur cette décisions les études dans : F.Vialla et allii, Les
voir notamment, F. Vialla et alii, Les Grandes Décisions du Droit Médical, LGDJ grandes décisions du Droit Médical, LGDJ 2009, not. M.-F. Callu, La dignité de
2009, étude Données acquises de la science, connaissances médicales avérées, la personne humaine, p.27 et s., G. Croizé, L’obtention du consentement, p.125
par F.Vialla, p. 209 et s. et s., M. Reynier, L’obligation d’information due par le médecin, p.147 et s.
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On se souviendra, encore, de la décision du 9 octobre 200122 patient d’un risque qui n’était pas lié à l’intervention préco-
par laquelle la Cour de cassation ancrait l’information dans nisée ».
l’environnement constitutionnel de la dignité de la personne Pour les magistrats aixois, le fait que l’acte accompli soit
humaine : « Attendu, cependant, qu’un médecin ne peut être conforme aux données acquises de la science privait le patient de
dispensé de son devoir d’information vis-à-vis de son patient, la possibilité de reprocher au praticien un défaut d’information.
qui trouve son fondement dans l’exigence du respect du prin- De fac¸on audacieuse, la Cour d’appel considérait que
cipe constitutionnel de sauvegarde de la dignité de la personne l’absence de faute d’humanisme était induite par l’absence
humaine, par le seul fait qu’un risque grave ne se réalise de faute technique. Les magistrats avaient, de fac¸on osée, lié
qu’exceptionnellement ; que la responsabilité consécutive à la l’absence de faute technique24 !
transgression de cette obligation peut être recherchée, aussi bien La Cour de cassation va profiter de l’occasion offerte pour
par la mère que par son enfant, alors même qu’à l’époque des réaffirmer l’autonomie du devoir d’information et, plus généra-
faits la jurisprudence admettait qu’un médecin ne commettait lement, des devoirs d’humanisme, par rapport aux exigences de
pas de faute s’il ne révélait pas à son patient des risques excep- conformité de l’actes aux règles de arte : « Qu’en statuant ainsi,
tionnels ; qu’en effet, l’interprétation jurisprudentielle d’une alors qu’elle ne pouvait, en présence d’un risque d’infection
même norme à un moment donné ne peut être différente selon nosocomiale scientifiquement connu comme étant en rapport
l’époque des faits considérés et nul ne peut se prévaloir d’un avec ce type d’intervention, se fonder sur la seule absence de
droit acquis à une jurisprudence figée ; d’où il suit qu’en sta- faute du praticien dans la réalisation de celle-ci pour détermi-
tuant comme elle l’a fait, la Cour d’appel a violé les textes ner la teneur de son devoir d’information, la Cour d’appel a
susvisés ». violé le texte susvisé ».
Remarquons, ici, que la décision du 3 juin dernier est rendue Comme nous le remarquions, « la faute d’humanisme, de
sous le visa multiple des articles 16 et 16-3, al2 et. . .1382 du conscience, ne saurait être soluble dans la faute de science25 ! ».
Code civil. La référence à l’article 16 n’est pas sans rappeler Dans la décision du 3 juin visa multiple et civiliste -16 ; 16-3,
la décision de 2001 puisque ce texte dispose « La loi assure la al.2- 1382- se révèle aussi riche d’enseignements. Nous avons vu
primauté de la personne, interdit toute atteinte à la dignité de que le premier de ces textes permet de rattacher l’arrêt rapporté
celle-ci et garantit le respect de l’être humain dès le commen- à la filiation de celui du 9 octobre 2001 dans lequel le devoir
cement de sa vie ». d’information était rattaché au respect de la dignité. Sur la base
Devoir et obligation, d’une part, droit, d’autre part, de ce visa, la Cour rappelle dans sa décision du 3 juin dernier
l’information a donc acquis une véritable autonomie comme « qu’il résulte des deux premiers de ces textes -16 ; 16-3, al.2-
le rappelle chacune des décisions étudiées. que toute personne a le droit d’être informée, préalablement aux
La décision du 8 avril dernier23 est rendue sous le double visa investigations, traitements ou actions de prévention proposés,
des articles L. 1111-2 du Code de la santé publique et 1147 du des risques inhérents à ceux-ci, et que son consentement doit être
Code civil. Les hauts magistrats rappellent, tout d’abord, le recueilli par le praticien, hors le cas où son état rend nécessaire
contenu de l’obligation pesant sur le praticien en vertu des dis- une intervention thérapeutique à laquelle elle n’est pas à même
positions de l’article L1111-2 : « toute personne a le droit d’être de consentir ; que le non-respect du devoir d’information qui
informée, préalablement à toute investigation, traitement ou en découle, cause à celui auquel l’information était légalement
action de prévention qui lui est proposé, sur les risques fréquents due, un préjudice, qu’en vertu du dernier des textes susvisés, le
ou graves normalement prévisibles qu’ils comportent ». juge ne peut laisser sans réparation ». . .
En l’espèce, la Cour était appelée à statuer sur les consé- « Attendu que pour écarter toute responsabilité de M. Y.
quences d’une infiltration intra-articulaire. À la suite de l’acte envers M. X., l’arrêt, après avoir constaté le manquement du
le patient souffrait, en effet, d’une arthrite septique du genou. premier à son devoir d’information, retient qu’il n’existait pas
Pour la Cour d’appel d’Aix-en-Provence, le patient devait d’alternative à l’adénomectomie pratiquée eu égard au danger
apporter la preuve « d’un défaut fautif d’asepsie imputable d’infection que faisait courir la sonde vésicale, qu’il est peu pro-
au praticien dans la réalisation de l’acte médical », elle bable que M. X., dûment averti des risques de troubles érectiles
considérait que cette preuve n’ayant pas été apportée « il ne qu’il encourait du fait de l’intervention, aurait renoncé à celle-
pouvait être reproché à celui ci de n’avoir pas informé son ci et aurait continué à porter une sonde qui lui faisait courir des
risques d’infection graves ». De fait, constatant l’existence d’un
défaut d’information, les magistrats sont conduits, sur la base
du deuxième alinéa de l’article 16-3 du Code civil, à envisager
22 Civ. 1re , 9 oct. 2001, Bull. civ. I, no 249. Sur cette décision V. dans F.Vialla
d’engager la responsabilité du praticien sur le terrain délictuel, le
et alii Les Grandes Décisions du Droit Médical, LGDJ 2009, les études de M.-F.
Callu La dignité de la personne humaine, p.27 et s., G. Croizé, L’obtention
consentement du patient n’ayant pu être obtenu. Peut-être s’agit-
du consentement, p.125 et s. ; B. Pitcho, JCP 2002, éd E, cahier Dt entr, il au demeurant d’une confusion entre le consentement donné
no 1, supplément Droit des entreprises de santé, De l’indignité médicale face au contrat médical et le consentement à l’acte lui-même. . . !
au temps, p.27; D. 2001. Jur. 3470, rapport P. Sargos, note D. Thouvenin ; JCP Quoi qu’il en soit, dans cette décision, les magistrats après
G 2002. II. 10045, note O. Cachard ; RTD civ. 2002. 176, obs. R. Libchaber,
et 507, obs. J. Mestre et B. Fages ; LPA, no 243, 6 déc. 2001, note C. Clément
; LPA, no 52, 13 mars 2002, p. 17, note F. Marmoz ;Resp. civ. et assur. 2001,
comm., no 374. 24 Ou à tout le moins l’absence de preuve d’une telle faute de la part du praticien.
23 Cass. civ.1re ,8 avril 2010, no de pourvoi: 08-21058, Publié au bulletin. 25 F. Vialla, Revue Droit et Santé 2010, no 35.
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avoir constaté dans l’analyse des premières branches du moyen La décision de janvier dernier est rendue sous le double visa,
une absence de manquement au devoir de science26 considèrent original, des articles 1142-1 du Code de la santé publique et
qu’existe un manquement fautif27 aux devoirs de conscience et 16-3 du Code civil. Les hauts magistrat rappellent « qu’en vertu
d’humanisme médical28 . Confirmation est faite, si besoin était, du premier de ces textes, le médecin répond, en cas de faute,
de l’indépendance entre faute de science et de conscience. des conséquences dommageables des actes de prévention, de
Cette autonomie affirmée de l’exigence d’information anime diagnostic ou de soins qu’il accomplit et, en vertu du second,
encore les décisions du 28 janvier29 et du 11 mars 201030 . qu’il ne peut être porté atteinte à l’intégrité du corps humain
C’est alors sur le terrain de l’indemnisation à laquelle le qu’en cas de nécessité médicale pour la personne ou à titre
patient peut prétendre que ces deux décisions se révèlent remar- exceptionnel dans l’intérêt thérapeutique d’autrui ».
quables. Il est alors reproché à la Cour d’appel d’avoir eu une
approche « étriquée » des conséquences d’une information
défectueuse : « Attendu que pour limiter la condamnation de
2. Les sanctions amplifiées du défaut d’information M. X. à l’indemnisation de certains dommages subis par Mme
Y., la Cour d’appel retient qu’en raison de la violation de son
Il est classiquement accepté que le défaut d’information ne devoir d’information par le médecin, celle-ci a perdu une chance
saurait entraîner une réparation intégrale du préjudice subi et que d’éviter l’opération chirurgicale incriminée ».
l’indemnisation doit, en ces cas, être circonscrite dans les limites La position adoptée par les juges d’appel était sommes toutes
de la perte de chance31 d’éviter le dommage. Cette question de classique, elle n’en sera pas moins sanctionnée par la Cour de
la limitation de la réparation à la perte de chance est d’ailleurs cassation. Pour la Haute Juridiction, en effet, circonscrire en
particulièrement débattue en doctrine32 . l’espèce les conséquences du défaut d’information à la perte de
Les deux arrêts étudiés permettent cependant d’envisager des chance s’avère erroné.
alternatives importantes à l’indemnisation de la seule perte de Le visa de l’article 16-3 du Code civil est alors instructif.
chance. En vertu de ce texte, en effet, l’atteinte au corps du patient
n’est envisageable qu’en cas de nécessité médicale. Or, en
l’espèce, l’acte réalisé est qualifié d’intervention mutilante non
26 « Mais attendu qu’ayant relevé que M. X. n’avait pas été laissé sans sur- justifiée et inadaptée ! Si l’information due par le praticien
veillance postopératoire, que le suivi avait été conforme aux données acquises avait respecté les « canons » exigés, loyauté, clarté et carac-
de la science, que le praticien avait rec¸u le patient à deux reprises et prévu de le tère approprié33 , il ne fait nul doute pour les magistrats de la
revoir une troisième fois, ce qui n’avait pas été possible en raison de la négli-
Cour de cassation que la patiente eut refusé de se plier à un acte
gence de M. X., la Cour d’appel a pu en déduire l’absence de manquement fautif
dans le suivi postopératoire ; que les griefs ne sont pas fondés ». manifestement hors de proportion et, donc, prohibé puisque sans
27 sur le terrain délictuel –visa 1382 du Cde civil- véritable nécessité médicale au sens de l’article 16-3 ! Rappelons
28 « que le non-respect du devoir d’information qui en découle, cause à celui d’ailleurs que le praticien ne saurait se contenter d’informer son
auquel l’information était légalement due, un préjudice, qu’en vertu du dernier patient. Il lui doit encore conseils et préconisations34 . Comment
des textes susvisés, le juge ne peut laisser sans réparation »
29 Cass. civ. 1re 28 janvier 2010, no de pourvoi: 09-10992, Publié au bulletin ;
envisager alors qu’un homme de l’art puisse préconiser un
C. Radé, Responsabilité civile et assurances no 4, Avril 2010, comm. 85, Inter-
acte dont la nécessité médicale est douteuse, contestée, voire
vention chirurgicale mutilante non justifiée ni adaptée ;S. Hoquet-Berg, La perte absente.
d’une chance pour fixer la réparation à la mesure statistique du lien causal entre Il apparaît ici que l’article L. 1110-5 du Code de la santé
les fautes et le dommage, JCP 2010, éd. G,, 474 ; Jean-Philippe Bugnicourt, note publique aurait pu être appelé au visa de la décision. Le pre-
sous Cour de cassation, première Chambre civile, 28 janvier 2010, Réparation mier alinéa de ce texte impose, en effet, au praticien de ne pas
intégrale ou double indemnisation, comment choisir ?, Revue Lamy Droit Civil,
69, p. 21 ; V. obs. I. Gallmeister, Dalloz actualité 11 février 2010, www.dalloz.fr.
faire courir au patient des risques disproportionnés en regard
30 Cass. 1re civ., 11 mars 2010, no 09-11.270, FS P+B+R+I V. notamment, P. des bénéfices escomptés35 . L’acte accompli étant ici qualifié de
Jourdain, JCP, Edition Générale 2010, no 14, 379, La responsabilité pour défaut non justifié et d’inadapté, il se révélait de fait disproportionné
d’information médicale n’exclut pas la mise en œuvre de la solidarité nationale ; au regard du rapport risques vs bénéfices.
D.2010, somm. p827, Accidents médicaux : réparation au titre de la solidarité
La faute d’humanisme conduit alors à la réparation intégrale
nationale ; S. Hoquet-Berg, Responsabilité Civile et Assurance, mai 2010, p.5
et s. des préjudices subis : « les préjudices dont Mme Y. avait été vic-
31 Sur la perte de chance v. notamment V. not. G. Mémeteau, Perte de chance time découlaient de fac¸on directe, certaine et exclusive d’une
et responsabilité médicale, Gaz. Pal. 24-25 oct. 1997 ; F. Descorps Declère, La
cohérence de la jurisprudence de la Cour de cassation sur la perte de chance
consécutive à une faute du médecin, D. 2005. Chron. 742 ; S. Hocquet-Berg,
Les sanctions du défaut d’information en matière médicale, Gaz. Pal. 10 sept. 33 Article R4127-35, al1, « Le médecin doit à la personne qu’il examine, qu’il

1998. 1121 ; F. Vialla et allii, Les grandes décisions du Droit Médical, LGDJ soigne ou qu’il conseille une information loyale, claire et appropriée sur son
2009, étude de M. Reynier, L’obligation d’information due par le médecin, not. état, les investigations et les soins qu’il lui propose. ».
p.157 et s. 34 CSP Article L1111-4, Modifié par Loi no 2005-370 du 22 avril 2005 - art.
32 D 2008, dossier colloque de la Cour de cassation du 29 mai 2008, Droit de 3 JORF 23 avril 2005 rectificatif JORF 20 mai 2005, al1, « Toute personne
la santé. Regards croisés, v. notamment Anne-Elisabeth Crédeville Le défaut prend, avec le professionnel de santé et compte tenu des informations et des
d’information sur les risques de l’intervention : quelles sanctions ? Non à la préconisations qu’il lui fournit, les décisions concernant sa santé ».
dérive des préjudices, par, p. 1914 ; Mireille Bacache, D.2008, p. 1908, Le défaut 35 CSP art. L1110-5 al.1 : « . . . Les actes de prévention, d’investigation ou de

d’information sur les risques de l’intervention : quelles sanctions ? Pour une soins ne doivent pas, en l’état des connaissances médicales, lui faire courir de
indemnisation au-delà de la perte de chance Recueil Dalloz 2008. risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. ».
166 F. Vialla / Médecine & Droit 2010 (2010) 161–170

intervention chirurgicale mutilante, non justifiée et non adaptée, Cette absence de nécessité urgente est importante en ce
de sorte qu’ils ouvraient aussi droit à réparation ». qu’elle conduit à mettre à jour le défaut fautif d’information39
La Haute Juridiction considère qu’en de telles occurrences constaté par les juges du fond40 .
les conséquences du défaut d’information ne pouvaient être can- La Haute Juridiction constate donc qu’il résultait du défaut
tonnées dans la simple perte de chance. En effet, en raison du d’information que le patient n’avait pu consentir de manière
caractère mutilant, non justifié et non adapté de l’acte réalisé éclairé à l’intervention41 . Le praticien n’ayant pas respecté
tout patient correctement informé ne se plierait pas à l’acte pro- cette règle élémentaire d’humanisme médical, il « . . .avait
posé. La confiance du patient en l’espèce a été abusée par la ainsi privé le patient d’une chance d’échapper à une infir-
réticence du praticien, de telle sorte que le défaut d’information mité ».
est à l’origine de l’ensemble des préjudices occasionnés. Cette Pour le praticien, les conséquences de son comportement se
décision nous semble être le juste reflet de celles qui, à l’inverse, limitait donc à la réparation de la perte de chance. Contrairement
conduise à l’absence de réparation lorsque même correctement à la décision précédemment rapportée, en effet, l’acte demeurait,
informé, il est établi que le patient aurait accepté l’acte36 . nonobstant sa précipitation, conforme aux préconisations de la
Remarquons brièvement que dans sa décision du 3 juin der- science médicale.
nier référence est faite à l’article 16-3 mais au regard du seul La décision acquiert cependant une portée inégalée en matière
second alinéa. La décision nous l’avons vu est cependant d’une d’information. Elle rebondit, en effet, d’une manière originale
réelle importance puisqu’elle nous fournit d’utiles précisions et sommes toutes logique.
sur les limites pouvant exister au devoir d’information. La ques- Sous le double visa des articles L. 1142-1 et L. 1142-18 du
tion se posait de savoir si le manquement constaté au regard de Code de la santé publique la Cour de cassation va aller au-delà
l’information due au patient pouvait être exonérée par l’absence de toutes les décisions jusqu’alors rendues sur le terrain du défaut
d’alternatives thérapeutiques et à la faible probabilité que le d’information.
patient ait pu refuser l’acte nonobstant une parfaite informa- Elle remarque que le rapprochement des deux textes visés,
tion. La réponse de la Cour de cassation est parfaitement claire L. 1142-1 et L. 1142-18 du Code de la santé publique, conduit à
puisqu’elle considère que la juridiction d’appel a violé par refus devoir dépasser la seule réparation de la perte de chance42 .
d’application les articles 16, 16-3, al2, et 1382 du Code civil en se Les hauts magistrats constatent que depuis la loi du 4 mars
contentant d’écarter toute responsabilité du praticien, après avoir 2002 la solidarité nationale, par l’entremise de l’Oniam, inter-
constaté le manquement à son devoir d’information, au prétexte vient pour indemniser les conséquences d’un accident médical
qu’il n’existait « pas d’alternative à l’adénomectomie pratiquée pour lesquels un responsable n’est pas engagé43 .
eu égard au danger d’infection que faisait courir la sonde vési- La Cour tire alors les conséquences de son affirmation et
cale, qu’il est peu probable que M. X., dûment averti des risques sanctionne la décision d’appel qui « pour rejeter la demande diri-
de troubles érectiles qu’il encourait du fait de l’intervention, gée par M. Y. contre l’Oniam et mettre celui-ci hors de cause,
aurait renoncé à celle-ci et aurait continué à porter une sonde l’arrêt attaqué retient que, dès lors que, comme en l’espèce, une
qui lui faisait courir des risques d’infection graves ». faute, quelle qu’elle soit, a été retenue à l’encontre du prati-
Sur un tout autre plan, la Haute Juridiction avait au mois de
mars rendu une décision particulièrement importante.
À la suite d’une opération d’une hernie discale, le patient était 39 On sait que l’urgence est une des exceptions prévues à l’obligation

atteint d’une paraplégie. Lui-même et ses ayants droit récla- d’informer le patient ; CSP article L1111-2, al.2 : « Cette information incombe
maient du praticien, de son assureur et de l’Office national à tout professionnel de santé dans le cadre de ses compétences et dans le res-
d’indemnisation des accidents médicaux, des affections iatro- pect des règles professionnelles qui lui sont applicables. Seules l’urgence ou
l’impossibilité d’informer peuvent l’en dispenser » ; remarquons cependant que
gènes et des infections nosocomiales (Oniam) la réparation des l’article R4127-35, al.2, utilise toujours la formule ambiguë « Toutefois, sous
dommages subis. réserve des dispositions de l’article L. 1111-7, dans l’intérêt du malade et
Suivant ici la solution dégagée par la Cour d’appel, la Cour de pour des raisons légitimes que le praticien apprécie en conscience, un malade
cassation observe que l’intervention préconisée était conforme peut être tenu dans l’ignorance d’un diagnostic ou d’un pronostic graves, sauf
aux données de la science37 tout en remarquant qu’aucune dans les cas où l’affection dont il est atteint expose les tiers à un risque de
contamination ».
urgence ne la rendait impérieuse38 . 40 « qu’elle a ensuite, sans contradiction, constaté qu’en raison du court laps

de temps qui avait séparé la consultation initiale et l’opération, M. Y., n’ayant
re¸cu aucune information sur les différentes techniques envisagées, les risques
de chacune et les raisons du choix de M. X. pour l’une d’entre elles, n’avait
36 Cass. 1re Civ. 20 juin 2000, Bull. civ. I, no 193 : «c’est par une appréciation pu bénéficier d’un délai de réflexion, pour mûrir sa décision en fonction de la
souveraine tirée de ces constatations que la Cour d’appel a estimé qu’informé pathologie initiale dont il souffrait, des risques d’évolution ou d’aggravation de
du risque de perforation, M. X. n’aurait refusé ni l’examen, ni l’exérèse du celle-ci et pour réunir d’autres avis et d’autres informations nécessaires avant
polype, de sorte qu’il ne justifiait d’aucun préjudice indemnisable » ; D. 2000. une opération grave à risques. . . ».
Somm. 471, obs. P. Jourdain ;Defrénois 2000. 1121, obs. D. Mazeaud ; RDSS 41 « . . .ce dont il résultait qu’en privant M. Y. de la faculté de consentir d’une

2000. 729, obs. L. Dubouis ; F. Vialla et allii, Les grandes décisions du Droit fa¸con éclairée à l’intervention. . . ».
Médical, LGDJ 2009, étude de M. Reynier, L’obligation d’information due par 42 « qu’il résulte du rapprochement de ces textes que ne peuvent être exclus du

le médecin, not. p.159. bénéfice de la réparation au titre de la solidarité nationale les préjudices, non
37 « l’intervention chirurgicale était une réponse thérapeutique adaptée. . . ». indemnisés, ayant pour seule origine un accident non fautif ».
38 « . . .même si la nécessité immédiate n’en était pas justifiée au regard de 43 Hypothèse souvent qualifiée de manière restrictive sous l’appellation d’aléa

l’absence d’éléments en faveur d’une rapide aggravation des troubles. . . ». thérapeutique.
F. Vialla / Médecine & Droit 2010 (2010) 161–170 167

cien, l’indemnisation est à la charge de ce dernier, l’obligation Comme le remarque le professeur Patrice Jourdain des inter-
d’indemnisation au titre de la solidarité nationale n’étant que rogations persistent cependant, notamment lorsque « le défaut
subsidiaire ». d’information conduirait le juge à réparer intégralement le pré-
Le raisonnement suivi est novateur mais logique. Il judice subi47 » comme ce fut le cas dans la décision de janvier
conduit subtilement44 à distinguer les conséquences du défaut dernier !
d’information, d’une part, et de l’accident médical sans respon- On le voit loin d’être figée la question de l’information médi-
sable, d’autre part. cale demeure en constante évolution et les praticiens peuvent
Le défaut d’information n’est pas à l’origine de l’accident parfois se sentir acculer par ces exigences. Il conviendrait, peut-
médical mais seulement la cause d’une perte de chance de être, d’exiger aussi des patients qu’ils assument une obligation
l’éviter ! Dès lors, l’accident médical doit être abordé de manière de renseigner l’homme de l’art et qu’ils se montrent plus curieux.
autonome à la lumière des dispositions des articles visés. N’oublions pas cependant que comme le remarque Virginia
Puisqu’au regard du choix de l’intervention et de son dérou- Woolf48 les mots des maux sont souvent délicats à exprimer :
lement aucune faute ne peut être reprochée au praticien, il s’agit « Le dernier obstacle à la description de la maladie en littéra-
réellement d’un accident médical sans responsable. Dès lors, ture, c’est l’indigence de la langue. L’anglais, capable de donner
si cet accident remplit les conditions émises par les disposi- voix aux pensées de Hamlet et à la tragédie du roi Lear, est pris
tions de l’article L. 1142-1 la solidarité nationale doit intervenir de court par le frisson et la céphalée. Tout son développement
pour que les conséquences de « l’aléa » soient réparées ! La s’est limité à un seul domaine. Lorsqu’elle tombe amoureuse,
Cour remarque alors logiquement « que l’indemnité allouée à n’importe qu’elle écolière peut faire appel à Shakespeare ou à
M. Y. avait pour objet de réparer le préjudice né d’une perte Keats pour s’exprimer ; mais qu’une personne souffrante tente
de chance d’éviter l’accident médical litigieux, accident dont de décrire un mal de tête à son médecin et le langage aussitôt
la survenance n’était pas imputable à une faute de M. X., à lui fait défaut. N’ayant rien à sa disposition, la voilà obligée
l’encontre duquel avait été exclusivement retenu un manque- d’inventer elle-même des mots et, sa douleur dans une main et
ment à son devoir d’information, la Cour d’appel a violé les un morceau de son pur dans l’autre (comme l’a peut-être fait
textes susvisé ». le peuple de Babel à l’origine), elle espère faire naître de leur
Bien entendu, l’autonomie n’est que relative entre la perte entrechoquement un vocable entièrement neuf. Il en résultera
de chance indemnisée et les conséquences de l’accident médi- probablement quelque chose de ridicule. Car quel anglais de
cal. Le raisonnement suivit par la Haute Juridiction ne peut, en souche peut s’autoriser de prendre des libertés avec la langue ?
effet, entraîner une réparation allant au-delà des préjudices subis. À nos yeux, c’est une chose sacrée et, partant condamnée à périr,
Dès lors le jeu de l’article L. 1142-1845 conduit à envisager un à moins que les américains, dont le génie est bien plus heureux
partage d’indemnisation. dans la création de nouveaux mots que dans le maniement des
L’Oniam devra donc participer à la réparation du préjudice anciens, ne viennent à notre secours en rouvrant les vannes de
corporel subi par le patient46 . l’invention ».

44 V.P. Jourdain note précitée sous Cass. civ. 1re 11 mars 2010 : « Plus subtile-

ment, la Cour de cassation a considéré qu’il fallait avoir égard au fait générateur
de la responsabilité encourue. Ici le fait générateur de responsabilité était un
défaut d’information médicale, c’est-à-dire une faute d’éthique médicale. Or
bien que cette faute engageât la responsabilité d’un praticien, elle était dis-
tincte de l’acte médical (acte de soins en l’occurrence) qui était directement à
l’origine de l’accident. Si la responsabilité pour défaut d’information n’est pas
de celles qui excluent la solidarité nationale, c’est parce qu’il n’y a pas de lien de
causalité direct entre la faute relevée et le dommage causé par l’accident. . . ».
45 Article L1142-18 « Lorsque la commission estime qu’un accident médical

n’est que pour partie la conséquence d’actes de prévention, de diagnostic ou de
soins engageant la responsabilité d’un professionnel ou d’un établissement de
santé, elle détermine la part de préjudice imputable à la responsabilité et celle
relevant d’une indemnisation au titre de l’office ». 47 P. Jourdain note précitée sous Cass. civ. 1re 11 mars 2010.
46 Sur ce point v. P. Jourdain note précitée sous Cass. civ. 1re 11 mars 2010. 48 De la maladie, Rivage Poche / petite bibliothèque, p. 29.
168 F. Vialla / Médecine & Droit 2010 (2010) 161–170

Encadré
Cour de cassation. 1. que, d’une part, la violation de l’obligation
chambre civile 1. d’information incombant à tout professionnel
Audience publique du 28 janvier 2010. de santé n’est sanctionnée qu’autant qu’il en
No de pourvoi : 09-10992. est résulté pour le patient une perte de chance
Attendu qu’en vertu du premier de ces textes, de refuser l’acte médical et d’échapper au
le médecin répond, en cas de faute, des consé- risque qui s’est réalisé ; qu’en se bornant à
quences dommageables des actes de prévention, énoncer que le patient n’avait pas bénéficié
de diagnostic ou de soins qu’il accomplit et, d’un temps de réflexion suffisant pour mûrir
en vertu du second, qu’il ne peut être porté sa décision et pour réunir d’autres avis avant
atteinte à l’intégrité du corps humain qu’en cas une opération grave à risques, tout en consta-
de nécessité médicale pour la personne ou à tant qu’il était informé du risque de paralysie
titre exceptionnel dans l’intérêt thérapeutique inhérent à l’exérèse d’une hernie discale et que
d’autrui. l’indication opératoire était une réponse thé-
Attendu que pour limiter la condamnation rapeutique adaptée compte tenu du volume
de M. X. à l’indemnisation de certains dom- impressionnant de la hernie dont il souffrait,
mages subis par Mme Y., la Cour d’appel retient relevant ainsi que l’intervention était néces-
qu’en raison de la violation de son devoir saire et qu’il n’existait aucune relation causale
d’information par le médecin, celle-ci a perdu une entre le défaut d’information et le consente-
chance d’éviter l’opération chirurgicale incrimi- ment du patient à l’opération envisagée, la
née. Cour d’appel a violé l’article L. 1111-2 du Code
Qu’en statuant ainsi alors qu’elle avait retenu de la santé publique ;
que les préjudices dont Mme Y. avait été victime 2. que, d’autre part, la contradiction des motifs
découlaient de fac¸on directe, certaine et exclusive équivaut à leur absence ; qu’en retenant, d’un
d’une intervention chirurgicale mutilante, non jus- côté, que la hernie discale dont souffrait le
tifiée et non adaptée, de sorte qu’ils ouvraient patient ne permettait pas de considérer le
aussi droit à réparation, la Cour d’appel a violé risque de paraplégie comme une fatalité à
les textes susvisés. court, moyen ou long terme, considérant ainsi
Cour de cassation qu’une intervention ne présentait aucun carac-
chambre civile 1 tère de nécessité et, de l’autre, que l’indication
Audience publique du 11 mars 2010 opératoire était une réponse thérapeutique
No de pourvoi : 09-11270 adaptée compte tenu de la volumineuse her-
Attendu que suite à une opération d’une her- nie discale dont le patient était porteur, ce dont
nie discale pratiquée le 23 mars 2004 par M. il résultait qu’aucune amélioration spontanée
X., chirurgien, au sein de la Clinique Clair- n’était à attendre et qu’un risque d’aggravation
val, M. Y. a présenté une paraplégie ; qu’il a neurologique progressive était prévisible, la
sollicité, de même que ses ayants droit, la répa- Cour d’appel s’est contredite en méconnais-
ration des dommages à l’encontre de l’Office sance des exigences de l’article 455 du Code de
national d’indemnisation des accidents médi- procédure civile.
caux, des affections iatrogènes et des infections
nosocomiales (Oniam), de M. X. et de son assu- Mais attendu que la Cour d’appel a tout d’abord,
reur. pour écarter toute faute diagnostique ou opéra-
Sur le moyen unique du pourvoi principal pris toire de M. X., retenu, adoptant les conclusions
en ses deux branches. de l’expert, que l’intervention chirurgicale était
Attendu que M. X. et son assureur, la société une réponse thérapeutique adaptée, même si
Medical Insurance company Ldt, reprochent à la nécessité immédiate n’en était pas justifiée
l’arrêt de les avoir condamnés in solidum au regard de l’absence d’éléments en faveur
à réparer le préjudice subi par M. Y. ainsi d’une rapide aggravation des troubles ; qu’elle
que par les consorts Y. à raison d’une perte a ensuite, sans contradiction, constaté qu’en
de chance évaluée à 80 %, alors selon le raison du court laps de temps qui avait séparé la
moyen : consultation initiale et l’opération, M. Y., n’ayant
rec¸u aucune information sur les différentes
F. Vialla / Médecine & Droit 2010 (2010) 161–170 169

techniques envisagées, les risques de chacune et de son action en responsabilité à l’encontre de ce
les raisons du choix de M. X. pour l’une d’entre dernier, l’arrêt retient qu’en l’absence de preuve
elles, n’avait pu bénéficier d’un délai de réflexion, d’un défaut fautif d’asepsie imputable au prati-
pour mûrir sa décision en fonction de la patholo- cien dans la réalisation de l’acte médical, il ne
gie initiale dont il souffrait, des risques d’évolution pouvait être reproché à celui-ci de n’avoir pas
ou d’aggravation de celle-ci et pour réunir d’autres informé son patient d’un risque qui n’était pas lié
avis et d’autres informations nécessaires avant à l’intervention préconisée.
une opération grave à risques, ce dont il résul- Qu’en statuant ainsi, alors qu’elle ne pouvait,
tait qu’en privant M. Y. de la faculté de consentir en présence d’un risque d’infection nosocomiale
d’une fac¸on éclairée à l’intervention, M. X. avait scientifiquement connu comme étant en rapport
manqué à son devoir d’information ; qu’elle en avec ce type d’intervention, se fonder sur la seule
a déduit qu’il avait ainsi privé le patient d’une absence de faute du praticien dans la réalisation
chance d’échapper à une infirmité, justifiant ainsi de celle-ci pour déterminer la teneur de son devoir
légalement sa décision. d’information, la Cour d’appel a violé le texte sus-
Que le moyen, non fondé en sa première visé.
branche, manque en fait en sa seconde. Cour de cassation
Mais sur le moyen unique du pourvoi incident. chambre civile 1
Vu les articles L. 1142-1 et L. 1142-18 du Code de Audience publique du 3 juin 2010
la santé publique . No de pourvoi : 09-13591
Attendu qu’il résulte du rapprochement de ces Attendu qu’ayant subi, le 20 avril 2001, une adé-
textes que ne peuvent être exclus du bénéfice de nomectomie prostatique, M. X. qui s’est plaint
la réparation au titre de la solidarité nationale les d’impuissance après cette intervention, a recher-
préjudices, non indemnisés, ayant pour seule ori- ché la responsabilité de M. Y., urologue, qui l’avait
gine un accident non fautif. pratiquée ;
Attendu que pour rejeter la demande dirigée Sur le moyen unique, pris en ses deux pre-
par M. Y. contre l’Oniam et mettre celui-ci hors mières branches :
de cause, l’arrêt attaqué retient que, dès lors Attendu que M. X. fait grief à l’arrêt attaqué de
que, comme en l’espèce, une faute, quelle qu’elle l’avoir débouté de ses demandes, alors, selon le
soit, a été retenue à l’encontre du praticien, moyen :
l’indemnisation est à la charge de ce dernier,
l’obligation d’indemnisation au titre de la solida- 1. que le médecin, tenu de suivre son patient aus-
rité nationale n’étant que subsidiaire. sitôt qu’il l’a opéré, doit être diligent et prudent
Qu’en statuant ainsi, alors que l’indemnité dans l’exécution de cette obligation, dont il ne
allouée à M. Y. avait pour objet de réparer le pré- peut se décharger ; qu’ainsi, viole ladite obli-
judice né d’une perte de chance d’éviter l’accident gation le médecin qui se désintéresse du sort
médical litigieux, accident dont la survenance de son patient au point de ne le recevoir en
n’était pas imputable à une faute de M. X., à consultation qu’un mois après l’avoir opéré,
l’encontre duquel avait été exclusivement retenu sauf à ce qu’il eut été convenu avec ce dernier
un manquement à son devoir d’information, la que, durant ce délai de latence, il serait substi-
Cour d’appel a violé les textes susvisés. tué par un autre médecin dans l’exécution de
Cour de cassation son obligation de suivi post-opératoire ; qu’en
chambre civile 1 l’espèce, après avoir relevé que M. Y. n’a rec¸u
Audience publique du 8 avril 2010 en consultation M. X. que le 25 mai 2001, soit
No de pourvoi : 08-21058 plus d’un mois après avoir pratiqué sur lui
Vu l’article 1147 du Code civil, ensemble l’article une adénomectomie prostatique, et en jugeant
L. 1111-2 du Code de la santé publique ; néanmoins que ce médecin n’avait pas failli
Attendu qu’en vertu du second de ces textes, à son obligation de suivi post-opératoire au
toute personne a le droit d’être informée, préa- prétexte qu’un autre urologue avait “vu” son
lablement à toute investigation, traitement ou patient, sans constater qu’il avait été convenu
action de prévention qui lui est proposé, sur les avec M. X. que son obligation de suivre ce der-
risques fréquents ou graves normalement prévi- nier serait exécutée par cet autre urologue, la
sibles qu’ils comportent. Cour d’appel a violé l’article 1147 du Code civil ;
Attendu que pour débouter M. X., atteint d’une 2. que seul le fait du créancier constituant une
arthrite septique du genou après que M. Y., méde- force majeure exonère totalement le débi-
cin, y eut pratiqué une infiltration intra-articulaire, teur défaillant ; qu’en l’espèce, en écartant
170 F. Vialla / Médecine & Droit 2010 (2010) 161–170

Attendu qu’il résulte des deux premiers de
la faute de M. Y. consistant à avoir violé ces textes que toute personne a le droit d’être
son obligation de suivi post-opératoire au informée, préalablement aux investigations, trai-
motif que M. X. n’avait pas pris rendez-vous tements ou actions de prévention proposés, des
avec lui à l’issue de la seconde consulta- risques inhérents à ceux-ci, et que son consen-
tion en date du 16 juillet 2001, soit trois tement doit être recueilli par le praticien, hors
mois après l’intervention chirurgicale, sans le cas où son état rend nécessaire une inter-
caractériser le comportement imprévisible et vention thérapeutique à laquelle elle n’est pas à
irrésistible de M. X. qui aurait interdit son suivi même de consentir ; que le non-respect du devoir
par M. Y. aussitôt après l’opération, la Cour d’information qui en découle, cause à celui auquel
d’appel a violé les articles 1147 et 1148 du Code l’information était légalement due, un préjudice,
civil. qu’en vertu du dernier des textes susvisés, le juge
ne peut laisser sans réparation.
Mais attendu qu’ayant relevé que M. X. n’avait Attendu que pour écarter toute responsabi-
pas été laissé sans surveillance postopératoire, lité de M. Y. envers M. X., l’arrêt, après avoir
que le suivi avait été conforme aux données constaté le manquement du premier à son
acquises de la science, que le praticien avait devoir d’information, retient qu’il n’existait pas
rec¸u le patient à deux reprises et prévu de d’alternative à l’adénomectomie pratiquée eu
le revoir une troisième fois, ce qui n’avait égard au danger d’infection que faisait courir la
pas été possible en raison de la négligence sonde vésicale, qu’il est peu probable que M.
de M. X., la Cour d’appel a pu en déduire X., dûment averti des risques de troubles érec-
l’absence de manquement fautif dans le suivi tiles qu’il encourait du fait de l’intervention, aurait
postopératoire ; que les griefs ne sont pas fon- renoncé à celle-ci et aurait continué à porter une
dés. sonde qui lui faisait courir des risques d’infection
Mais sur la troisième branche du moyen. graves.
Vu les articles 16, 16-3, alinéa 2, et 1382 du Code En quoi la Cour d’appel a violé, par refus
civil. d’application, les textes susvisés.