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Annales littéraires de l'Université

de Besançon

Le regard des autres. Les origines de Rome vues par ses ennemis
(début du IVe siècle / début du Ier siècle av. J-C.)
Dominique Briquel

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Briquel Dominique. Le regard des autres. Les origines de Rome vues par ses ennemis (début du IV<sup>e</sup>
siècle / début du I<sup>er</sup> siècle av. J-C.) Besançon : Université de Franche-Comté, 1997. pp. 5-210. (Annales
littéraires de l'Université de Besançon, 623);

doi : 10.3406/ista.1997.2114

http://www.persee.fr/doc/ista_0000-0000_1997_mon_623_1

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Institut des Sciences et Techniques de l'Antiquité 158
Institut Félix Gaffiot 14

Dominique BRIQUEL

LE REGARD DES AUTRES

LES ORIGINES
(début du DE
IVe siècle
ROME / début
VUES
du 1er siècle
PARav.SES
J.-C.) ENNEMIS

1997

Introduction

Notre temps s'intéresse à la vision des vaincus. Ainsi, dans
les mouvements de colonisation que le monde a connus depuis la
Renaissance, il se refuse en prendre en compte le seul point de
vue du colonisateur européen : il recherche l'image que
pouvaient s'en faire le Mexicain ou le Péruvien confronté à
l'attaque des Conquistadores, le "peau-rouge" des grandes
plaines du nord du continent voyant ses territoires grignotés par
ceux qui n'hésitaient pas à s'intituler tout simplement "les
Américains", les divers peuples d'Afrique ou d'Asie sur qui
Français, Anglais ou autres puissances coloniales venaient établir
leur empire. Il est inutile d'insister sur l'élargissement des
perspectives, l'enrichissement de la problématique que ce
retournement a permis. Il fait envie au spécialiste de l'Antiquité,
pour qui il serait tentant de pouvoir procéder au même salutaire
changement de point de vue.
Un tel renversement de perspective paraît particulièrement
indiqué dans le domaine de l'histoire romaine. Celle-ci, c'est un
truisme de le dire, a toujours été romanocentrique. Non sans
raison d'ailleurs : on comprend qu'après les Anciens des
générations de Modernes aient été fascinées par le lent et
irrésistible mouvement qui a fait d'une petite cité des bords du
Tibre la maîtresse de ce qui était considéré comme l'ensemble de
la Terre habitée. Mais nous sommes sans doute aujourd'hui
moins sensibles que nos prédécesseurs à cette vision,
puissamment unitaire mais par trop réductrice, de l'histoire. Nous
aimerions la compléter par la connaissance des réactions des
autres, de ces divers adversaires auxquels Rome a été confrontée
et qu'elle a vaincus.
Nous sommes malheureusement dans de très mauvaises
conditions pour le faire. Nous avons infiniment moins de prise
sur cette histoire vue par le regard de l'autre que cela n'est le cas
pour des phénomènes d'expansion plus récents. Nous sommes
tributaires d'une documentation quasiment unilatérale. Les textes
latins - ou grecs, mais écrits par des Hellènes intégrés dans le
monde romain - qui racontent cette histoire émanent toujours du

côté du vainqueur. S'agissant d'histoire romaine, la tradition
romanocentrique de nos manuels d'histoire est l'héritière directe
de l'historiographie antique. Il suffit de relire Tite-Live pour
constater combien peu il nous renseigne sur ce qui n'est pas
romain. ? ne le fait que par de rares excursus, jamais très longs et
qui expriment surtout le jugement de ses compatriotes sur les
peuples dont il parle, ou par des informations de détail, glissées
dans la trame d'un récit qui est déterminée par les seules
préoccupations de VUrbs. Ce n'est que par les interstices de
l'historiographie antique, centrée sur Rome, que nous pouvons
deviner les autres, et ce qu'ils pensent. Ajoutons que les
témoignages directs qu'ils nous ont laissés, épigraphiques ou
archéologiques, relativement peu abondants et d'interprétation
difficile, ne peuvent apporter que de très maigres informations
sur un problème comme celui-ci. Des cas comme ceux de la
tombe François, en Etrurie, ou des monnaies émises par les
insurgés de la guerre sociale, que nous examinerons, sont tout à
fait exceptionnels.
Une enquête sur la vision des autres est donc condamnée à
devoir extraire celle-ci de textes qui ne la privilégient pas, et
même ne s'y intéressent pas. Elle a nécessairement un aspect
laborieux, et décevant quant aux résultats, forcément encombrés
de lacunes et de reconstructions hypothétiques. Il faut le
reconnaître, nous sommes loin de pouvoir nous faire l'idée que
nous souhaiterions de ce que Grecs, Etrusques, Italiques,
Puniques, Gaulois ou autres pensaient de Rome et des
événements qui marquaient les étapes de sa mainmise sur leur
pays. Ce qui ne veut pas dire qu'une telle enquête ne mérite pas
d'être tentée, même si on ne peut guère espérer qu'elle aboutisse
à des résultats autres que provisoires et hypothétiques.
C'est ce que nous avons essayé de faire dans ces pages.
Nous avons choisi un point particulier : celui de la conception
des origines de Rome que ses adversaires pouvaient se faire.
C'est un aspect très limité de la question, nous en avons
parfaitement conscience. Mais il nous a semblé suffisamment
important pour justifier une étude. En effet le thème des origines
gentium, pour reprendre le titre de l'article fondamental que E. J.
Bickerman a consacré au sujet dans le volume de 1952 de
Classical Philology, était capital aux yeux des Anciens. Pour un
peuple ou une cité, son origine constituait une véritable
définition, était une donnée essentielle de l'image qu'il voulait

et d'interprétation problématique. dont nous avons déjà souligné le caractère limité et orienté. de sa conception de la genèse de cette légende. Nous n'avons pas voulu charger notre propos du lourd apparat de discussions érudites que nécessiterait une étude complète. climatiques ou économiques. Pour cette raison aussi nous avons choisi de donner uniquement en traduction les textes antiques sur lesquels nous nous appuyons. Perret. parue en 1942. Boyancé. faite dès 1943 par P. ses tout débuts. On peut rappeler à ce sujet la place que tient la question des origines dans le genre rhétorique de l'éloge des cités et des peuples.donner de lui-même comme de la perception qu'en avaient les autres. Lévêque l'a dégagée dans son Pyrrhos de 1957. Mais la critique radicale. et nécessaire. On sait l'importance que J. Nous avons de toutes manières cherché à être le plus succinct possible. n'empêchent pas que les remarques de J. La manière dont les autres se représentaient la naissance de Rome. Bien sûr la nature de notre documentation. telle que P. En proposant cet essai. fait que notre enquête aura un aspect très technique. notre seule ambition aura été de suggérer la fécondité d'un tel champ de . fournit donc un bon point de départ pour une enquête comme celle que nous envisageons ici. Perret a donné à ce point dans sa thèse sur Les origines de la légende troyenne de Rome. et aussi une plus juste perception de la personnalité de Pyrrhus. et celles qu'elles ont suscitées en retour. La géographie elle-même était envahie par cette problématique : dans les notices de Strabon. et ressemblera souvent à un essai de reconstitution à partir d'indices ténus. le rappel des origines tient au moins autant de place que les considérations proprement géographiques. sans aucune prétention à l'exhaustivité. forment une base suffisante pour que nous n'ayons pas jugé indispensable de reprendre l'enquête sur ce point. topographiques. Nous avons simplifié la graphie des formes osques que nous citons en ce qui concerne l'emploi des signes diacrités. Nous avons préféré ne pas reprendre la question de l'utilisation du thème des origines troyennes de Rome dans le contexte de l'expédition italienne de ce nouvel Achille que fut Pyrrhus.et ce n'est pas à nous de dire si l'entreprise en valait la peine ! Nous avons volontairement circonscrit notre étude à quelques-uns de ses points d'application possibles. Nous ne pensons pas qu'il puisse en être autrement .

Nous avons abordé certains points particuliers de cette recherche dans le cadre de communications au colloque Florus. exprimant ainsi les liens qui nous unissent dans le cadre de notre commune école doctorale*. Mastrocinque. mais toujours auditeurs curieux et stimulants. 6. 10 - recherche. sous la direction de L. de proposer des pistes pour une réflexion future . Debrecen. sous la direction de A. 1995 (Pastores Aboriginum (Justin. Havas (La formation du corps de Rome : Florus et la question de YAsylum). 1993. 1994 (Il mito degli Iperborei. Paris. Il est également juste que nous l'exprimions à nos collègues bisontins. 7). Portogruaro. Il est juste que nous leur exprimions toute notre reconnaissance. 1995 (La propagande d'Hannibal au début de la deuxième guerre punique : les fragments de Silènos de Calèactè). . dal caput Adriae a Roma). au colloque L'alto Adriatico. qui ont accepté d'accueillir dans leur collection ce travail de leur collègue de Dijon. que nous devons la matière de ce livre. venus de champs très divers et souvent engagés dans de tout autres études que celles de l'Antiquité classique. nous avons eu le plaisir de poursuivre cette enquête préliminaire pendant plusieurs années avec les étudiants de notre séminaire dijonnais. à la recherche d'une historiographie grecque antiromaine disparue). Pour notre part. un crocevia délia storia. à la Société des Etudes Latines. C'est à eux.que d'autres entreprendront. 38. Cadix. au IVème Congrès International d'Etudes Phéniciennes et Puniques.

le pomerium.-C. cette inviolable limite qui avait été en quelque sorte consacrée par le sang de Rémus. on le voit par Tite-Live. la seule de l'histoire de la cité. où le destin de VUrbs a paru vaciller. telle que le héros troyen est censé la découvrir en contemplant les scènes que Vulcain a ciselées sur le bouclier que sa mère Vénus a su lui obtenir de son époux. J. Mais elle est bien forcée de reconnaître que cette fois. les armes à la mains. qui avait payé de sa vie le fait de ne pas l'avoir respectée. à la faveur de la nuit opaque. aller occuper la citadelle"1. l'intervention miraculeuse des oies de Junon aurait permis au moins de préserver le lieu le plus auguste de la cité. . un ennemi avait franchi. selon la grecque. selon la chronologie latine. le Capitole où la déesse trônait. Bien sûr le récit traditionnel. en compagnie de Jupiter et de Minerve. VIII. il prétend même que la ville n'a pas eu à subir le déshonneur de devoir acheter sa délivrance : l'arrivée inopinée de Camille. attendant la mort avec une immobilité telle que les soudards gaulois les prennent pour des statues . J. s'attache surtout à mettre en valeur les épisodes glorieux. et où on a vu "les Gaulois se glisser parmi les buissons. serait venue fort 1. 656-8. protégés par les ténèbres. comme le sacrifice de ces impassibles vieillards. et 387 av. Virgile dresse un rapide tableau de l'histoire de Rome. Enéide. A en croire la tradition. à la tête d'une armée de secours. Virgile.-C. Chapitre 1 LE PASSÉ GAULOIS DE ROME OU LES GÉNÉALOGIES MYTHIQUES DE DENYS DE SYRACUSE À HANNIBAL La catastrophe gauloise Dans le VIIIeme chant de YEnéide. Or le poète met particulièrement en relief un épisode qui ne devait cependant pas être des plus plaisants pour les Romains : ce moment de 390 av. et.

Ces enjolivements. Cependant on constate que le sac de Rome par les bandes de Brennus a été noté par les Grecs de l'époque.né vers 360 . Les Grecs également ont relevé l'événement. ces édulco- rations ne font que rendre encore plus sensible le poids qu'a eu l'événement dans la mémoire collective des Romains. 610 Rose. 57 = FGH 115 F 117. mais aussi de l'écho qu'a dû avoir le fait qu'il évoque. et qu'il en allait de même pour le défenseur du 2. III. Camille. comme le relève Denys d'Halicarnasse. 73. Vie de Camille. Plut. Ainsi l'historien Théopompe . Sicélos. 4. en pays tyrrhénien.. Mais les Romains n'ont pas été les seuls à ressentir l'importance de ce qui est alors advenu. 22. 4 = FGH 555 F 6). . 3. Aristote . fr. ce qui laissait l'auteur de Chéronée perplexe.né en 384 et mort en 322 . A cette époque Rome s'était à peine engagée sur le long chemin qui devait la conduire à la domination sans partage de l'Italie d'abord. Il touchait pourtant une cité encore bien marginale aux yeux des Hellènes. puisque celui qui fait habituellement figure de sauveur de VUrbs. précise que c'est le seul point dont il parlait à propos de la ville : preuve à la fois de la connaissance toujours limitée qu'en avaient alors les Grecs3. Cette affirmation est évidemment inexacte. du monde méditerranéen ensuite. l'historien syracusain Antiochos faisait jouer un rôle à Rome dans sa présentation du passage des Sicules de la péninsule dans son île natale : leur éponyme. Mais elle n'en restait pas moins une puissance secondaire.12 heureusement interrompre les opérations de versement de la rançon. 4 = Aristote.appartient à une génération antérieure : lui aussi a été sensible à l'événement. Pline affirme qu'il aurait été le premier auteur grec à parler de Rome. déjà largement entamées. I. Véies. même à l'aune de l'Italie. aurait été originaire de Rome. Plutarque précise qu'il "avait été informé exactement de la prise de Rome par les Celtes"4 - mais qu'il attribuait le salut de la ville à un certain Lucius. PL.avait signalé dans ses Histoires philippiques que "la ville avait été prise par les Gaulois"2. ainsi. qui rapporte son témoignage. avait pour prénom Marcus. son expansion la menait ainsi pour la première fois en dehors du Latium. Elle venait tout juste de triompher de sa vieille adversaire étrusque. Pline l'Ancien. . et de s'implanter solidement de l'autre côté du Tibre . dès le Vème siècle. dont il aurait été chassé (DH.

né vers 390 et mort vers 310 -. 6. rapportait la prise de la ville dans son traité De l'âme. Manlius5. 7. 22. J. Piccirilli. L'affabulation que dénonce l'auteur des Vies parallèles est au moins signe que le sac de la cité n'avait pas laissé les Grecs indifférents. de l'océan entourant le monde lui paraissaient évidemment absurdes. aussi Plutarque. et c'est comme telle qu'elle apparaissait dans les Coutumes barbares d'Aristote puisque le philosophe y traitait de plusieurs usages romains7. située quelque part là-bas. ce qui serait le signe d'une information transmise par cette ville étrusque. 3. Là encore. Furio Camillo. Rome. en racontant qu'"une armée sortie de chez les Hyperboréens avait pris une ville grecque appelée Rome. et en contradiction avec ce que les Hellènes savaient de source sûre. cf. VII. Heurgon.331. De la langue latine. La componente "alba" di M. Il mélangeait en effet la fable à la réalité. Rome . fr. mais 5. CCC. Albinius qui transporta à Caeré les Vestales et leurs objets sacrés. Le vite di Temistocle e di Camillo. semble-t-il. p. 1. et Plutarco. Plut. qui estime que cette précision remonte à une époque antérieure à la fixation de la tradition et de la geste de Camille. pense qu'il s'agit de L. tt???? ???????.609. Un autre philosophe. Voir Varron. 1969. Milan. contemporain d'Aristote.où on ne parlait évidemment pas grec !- était indiscutablement une ville barbare. 1983. disciple de Platon qui devait jouer un grand rôle dans l'Académie. près de la grande mer"6. p. p.299. ville grecque Un point particulier de la présentation d'Héraclide du Pont mérite de retenir notre attention/Rome y est qualifiée de ville grecque. peuple mythique qu'on se représentait comme établi dans le grand nord. 70 = Aristote. . alliée de Rome et qui avait des relations commerciales intenses avec la Grèce. Vie de Camille. 13 Capitole. Paris. qui trouve également à redire à son récit. Questions romaines.95-102. C'est bien évidemment faux. la localisation de Rome au bord. Héraclide du Pont . Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques. Il convient donc d'attribuer à l'appellation de "ville grecque" donnée à Rome par Héraclide du Pont non pas le sens d'une définition ethnique qu'elle ne peut manifestement pas avoir. Pour des Grecs. L'intervention dans l'affaire des Hyperboréens. Elle témoigne de l'intérêt du public hellénique.604 Rose. Voir aussi L. 6 = fr.. 1980. notre témoin est Plutarque.

2. tel ou tel peuple. de s?????e?a. il signifie que les villes ainsi désignées. . et qui furent à ce point considérées comme équivalentes à de véritables cités grecques qu'elles eurent le privilège insigne de posséder leur propre trésor dans le grand sanctuaire panhellénique de Delphes8. Ainsi. sans plus. l'impression positive que les Grecs. qu'une telle définition s'oppose à son contraire. Il est inutile de préciser qu'une telle qualification. 32. dont la fondation était rapportée aux Pélasges. Il faut bien voir. Mais elles pouvaient être d'usage plus large et traduire. Genève. On ne s'étonnera donc pas de la voir appliquée à des villes qui avaient des relations suivies avec la Grèce. Voir aussi maintenant O. La question des origines étrusques fournit un excellent exemple de telles prises de 8. 9. . C'est par exemple le cas pour l'Italie des deux villes étrusques de Spina et de Caeré. Pour les données sur ce point. p. en effet. ou du moins certains d'entre eux. lui conférant l'honneur d'une origine hellénique. qui sont objectivement des cités barbares. dont le grec était la langue. On constate que dans certains cas un débat s'instaure entre la thèse "grecque" et la thèse "barbare" : on y décèle souvent le jeu contradictoire des intérêts des différentes villes grecques.224-239. ASNP. et. au gré des intérêts divergents que les cités grecques pouvaient avoir du fait de leurs liens commerciaux.14 - un sens plus large qu'on rencontre souvent : appliqué à des cités qui ne sont pas des cités grecques. ont cependant été rattachées à l'hellénisme par le biais de traditions qui leur attribuaient des fondateurs issus du monde grec. diplomatiques ou militaires avec le monde barbare. celle d'une cité purement barbare. Rome. voir notre ouvrage Les Pélasges en Italie. étrangère à l'hellénisme et à ses valeurs. 1984. à défaut d'être présentement une cité grecque. Curty. p. Cet aspect a été bien étudié par D. 1995.3-30 et 169-224. L'idea di s?????e?a nelle iscrizioni greche. De telles affirmations ont joué un rôle important dans la diplomatie du temps : elles permettaient d'appuyer la conclusion d'un traité d'alliance sur la fiction d'une reconnaissance d'une parenté ancestrale entre les partenaires9. avaient. ne pouvait avoir qu'un sens favorable. 1963. Musti. Les parentés légendaires entre cités grecques. telle ou telle cité pouvait être qualifiée de ttoXiç ??????? par une légende d"' apparentement". aux yeux d'un Hellène. les Hellènes pouvaient être tentés de donner des définitions opposées de telle ou telle cité. et voulaient diffuser. d'une cité barbare.

Voir Eraclide Pontico e Roma città greca. p. Ampolo.264-5. une telle qualification n'est pas exclusive du caractère objectivement barbare qui lui était reconnu pour le temps présent11. dans Plutarco. Rome. Pour le témoignage d'Aristote. Dans la référence à Troie. p.81-95. et tout spécialement à Syracuse qui était en rivalité avec eux pour la maîtrise des trafics en mer Tyrrhénienne10. I. on a certainement affaire à une affirmation de ce genre. 1991. mettant ainsi fin à leurs errances13. Comme notre collègue italien A. Elle s'explique simplement par l'existence des légendes qui. et notamment à Athènes qui alla jusqu'à s'allier militairement à eux lors de l'expédition de Sicile. Les Tyrrhènes. attribuaient à la ville une origine la rattachant au monde grec : c'était le cas de la légende lui donnant des fondateurs troyens12. Musti. 13. à mettre le feu aux vaisseaux achéens qui les transportaient. 1993. Aux thèses pélasgique et lydienne établissant un certain rapport entre les Etrusques et le monde hellénique s'opposait la thèse autochtoniste. depuis longtemps. sous la direction de A. voir C. Perret.15 - position contrastées. c'est qu'elle permet d'établir un lien avec 10. Fraschetti l'a très bien montré dans une étude récente. captives comme elle. 3-4 = FGH 840 F 13 a. Milan. 11. réduisant les anciens Toscans à n'être qu'un peuple barbare de l'Italie. Rome. Aristote .semble avoir connu une forme ancienne de la légende des origines troyennes de Rome qui lui donnait pour fondatrice la Troyenne Rhômè. Avec la présentation de Rome comme ville grecque chez Héraclide du Pont. 1988. 72.C. . Cassio et D. Rome. 1984. qui aurait incité ses compagnes.le même donc qui dans ses Coutumes barbares rangeait la ville dans la catégorie des cités barbares . . L'aspect troyen de cette légende ne doit en effet pas être considéré comme impliquant au départ une différenciation quelconque par rapport à l'hellénisme. il n'y a pas à voir l'affirmation d'une d'hostilité. 12. pour l'appréciation de ce témoignage. ou même d'une différence envers les Grecs : ce qui compte. alors que la troisième l'aurait été dans des milieux hostiles. Le vite di Teseo e di Romolo. Naples. Nous aurons à revenir dans le chapitre suivant sur la question de l'ancienneté de la légende troyenne et la datation basse avancée par J. Les deux premières thèses semblent avoir été avancées dans des milieux grecs favorables aux Etrusques. Voir nos ouvrages Les Pélasges en Italie. L'origine lydienne des Etrusques. peuple des tours. dans Tra Sicilia e Magna Grecia. DH. 1987 (1989).

How to Reconcile Greeks and Trojans. long et difficile. et consciemment mise en avant (à l'occasion non seulement de l'expédition de Pyrrhus. au Illème siècle ap. avéré. écrite à l'époque augustéenne. face à la ligue italiote. Denys. le Gaulois Trogue- Pompée. que. remonte à des sources grecques anciennes. 1984. dans le milieu étrusque où s'est élaboré le décor de la tombe François). comme nous le verrons. en particulier p.-C. mais aussi. Le fait. 1943. . dans certains cas. Lévêque. p. être ressentie comme une cité grecque14. vers 386. voir aussi A. Elle prend toute sa signification dans un débat plus vaste. ne doit pas faire conclure que. parue l'année précédente (Les origines de la légende troyenne de Rome. devait lui assurer. de Rhégion.437-462. à ce titre. selon la datation la plus souvent admise. dont il résume l'oeuvre.275-290. à partir de la première étape qu'avait été le siège. Denys de Syracuse et les Gaulois Cette définition donnée à Rome n'est pas un détail indifférent dans la présentation de la prise de Rome par les Gaulois dans laquelle elle s'insère chez Héraclide du Pont. L'historien Justin. une alliance avec le tyran de Syracuse. la référence troyenne a eu un sens d'opposition par rapport à l'hellénisme. qui vécut. donne une précision capitale au sujet de ces Gaulois. partout où elle se rencontre. Mais il nous faut d'abord préciser que le devenir ultérieur des bandes celtiques qui avaient pris Rome nous est quelque peu connu. a pu. 45. p. Pyrrhos. Perret. cité troyenne. une situation de domination incontestée analogue à celle dont il jouissait déjà en Sicile : il avait été ravi d'accueillir ces 14. L'absence de contradiction entre référence troyenne et rattachement à l'hellénisme avait été relevée dès 1943 par P. . P.278-9). par-delà sa source immédiate. Celui-ci était alors lancé dans la campagne qui.251-8. Boyancé dans l'article qu'il a consacré à la thèse de J. J.16 - le monde de l'épopée. avec critique de la position de J. Rome. Perret. la différence ait été ressentie. Momigliano. Sur la question. Paris. 1957. REA. qui dépasse de beaucoup ce qui s'est passé dans la cité latine en 390 (ou 387). Rome. et sur l'analyse de la valeur de la référence à Achille et Troie chez Pyrrhus. mais dont l'information première. cette composante essentielle de la culture hellénique et la base même de l'éducation des jeunes Hellènes. et y auraient conclu. Les mêmes bandes qui "quelques mois auparavant avaient incendié Rome" se seraient dirigées vers l'Italie du Sud. dans Settimo contributo alla storia degli studi classici. p.

Braccesi. 2. Histoires variées. et L. 17. 1980. comme l'a prétendu une historiographie hostile dont les témoignages dont nous disposons sur l'événement reflètent le parti-pris18. 1974-5. 16. . C'est contre son territoire qu'il lance sa flotte en 384/383. p. Strabon. 2. AFLPer. possibilité qu'il ne convient sans doute pas d'écarter aussi rapidement que le fait A.25-52.88. cité à n. 5. 117. 8 (226). 20.17 - alliés imprévus qui lui permettaient de prendre ses adversaires à revers15. Un passage de Diodore (XIV. . Rome. Cette attaque ne saurait se réduire au seul besoin de remplir les caisses de son trésor. dans Tra Sicilia e Magna Grecia. Justin. Polyen. Même le heurt avec les Cérites rentre dans cette politique à ample visée et ne doit pas seulement être jugé en fonction des rapports existant alors entre Rome et sa voisine tyrrhénienne. et les anecdotes relatées dans Ps. 21.15. XV. n. AION (Arch). 1987 (1989).39-59. L. p. Car Caeré est aussi l'ennemie de Denys. Fraschetti. Sordi et L. I. p. Naples. 1971. 2.si du moins on y admet une erreur de la tradition manuscrite. 14.57-64. sur lequel bien sûr s'est focalisée l'attention de l'historiographie romaine17. Ces auxiliaires du tyran ne devaient cependant pas rester dans le Sud de la péninsule. Elle rentrait en réalité 15. 1960. et L'avventura di Cleonimo. Strabon. Sordi. 2. Ancora sulla colonizzazione siracusana in Adriatico (Dionigi.et sommes à même d'apprécier à sa plus juste mesure l'épisode qu'en a été la prise de Rome. 147-61. p. 18.pAS5-204. 20. Diomède e i Galli). nous percevons mieux quel a été le rôle de ces Gaulois dans l'histoire de l'Italie . Sur la question. Economiques. 20. Depuis les études fondamentales consacrées par M. Voir M. 6) évoque peut-être également cet événement . p. Un passage de Strabon révèle que les Gaulois qui avaient pris Rome avaient été finalement anéantis par les Etrusques de Caeré : ceux-ci leur avaient repris le butin qu'ils avaient fait à cette occasion et l'avaient rendu à leurs alliés romains16. Ils ont eu partie liée avec le maître de Syracuse dans la vaste entreprise d'affirmation de son hégémonie sur l'Italie grecque dans laquelle il s'était engagé. Grecità adriatica. Bonamente.l 1. Aelien. Les Pélasges enItalie. Stratagèmes. Aristote. 2.101-110. 1990. 4-6. 3. alors dangereusement vides. Sur la question. / rapporti romano-ceriti e l'origine délia civitas sine suffragio. V. V. un des objectifs de sa politique. p. V. M. lors du raid qui aboutit au pillage du riche sanctuaire côtier de Pyrgi. Braccesi. p. II. Braccesi à la question.67-85. Voir Diodore. Bologne. Rapporti tra Dionisio il Vecchio e i Galli in Italia. 3 (220). art. et I Ceriti e il castello ceretano. Padoue.

même si les Gaulois responsables de l'événement se sont faits ensuite les auxiliaires du tyran. selon la présentation qu'en donnent les sources romaines. 1983. M. La prise de Rome se situe . La prise de Rome par la troupe de Brennus ne peut donc pas être lue dans la seule perspective de VUrbs. telle que nous la livre Justin . terrestre et maritime.selon le comput grec . dont la politique maritime syracusaine lésait les intérêts. .en 387 et ce n'est que l'année suivante que l'alliance est conclue. il convient de respecter la chronologie des faits. lancé dans une entreprise de suprématie. qui aurait été spécialement exercée par les gens de Caeré : il faut voir derrière cette justification avancée par le maître de Syracuse la volonté de supplanter la grande métropole du Sud de la Toscane. Rome. mer Tyrrhénienne. mais plus rapide. 1958. Dionysios I. Milan. En s'attaquant aux bandes gauloises qui remontaient du sud. Caeré ne manifestait pas seulement son attachement à l'alliance romaine : elle réagissait aussi conu*e la volonté d'étouffement de sa puissance maritime dont témoignait la politique de Denys. Gestalt und Geschichte des Tyrannen von Syrakus.dans "thalassocratie" un plan beaucoup syracusaine plus en ample. La question de la piraterie étrusque a donné lieu à une série d'études assez récentes : M. Giuffrida Ientile. F. Rome. déjà ancien mais toujours fondamental. 1985. 20. Gli Etruschi del mare. Wiesbaden. 1983. La référence de rigueur reste l'ouvrage. visant à l'affirmation c'est-à-dire d'uneà assurer à Denys le contrôle de ses circuits commerciaux.qu'il n'y pas de raison de suspecter. momenti e fortuna. La pirateria tirrenica. Elle intéresse . de K.au moins indirectement . On ne peut cependant pas estimer que l'attaque contre Rome aurait été en quelque sorte télécommandée par Denys : même si VUrbs était l'alliée de Caeré. présentation utile. War-Lord ofSicily. New Haven - Londres. et cet acteur essentiel qu'en a été le tyran de Syracuse. Gras. Dionysios I. de B. M. Caven. 1990. qui occupait alors une place prépondérante dans le contrôle des voies d'échange19. Stroheker. Cela obligeait le tyran à mener ce qui était présenté comme la répression de la piraterie étrusque. Cristofani. Et si plusieurs auteurs ont relevé des synchronismes entre les menées des Celtes jusqu'à la prise de Rome et les développements de la politique du tyran en 19. bien au-delà des anecdotes mesquines que nous a transmises la tradition^. Trafics tyrrhéniens archaïques. dont on s'accorde à reconnaître aujourd'hui l'ampleur de vues.la grande politique internationale du moment.

et il n'hésitait pas à se poser en défenseur de l'hellénisme face à la barbarie. mais n'était cependant pas la totale inconnue pour les Grecs d'alors qu'évoquent Denys d'Halicarnasse ou Pline l'Ancien. De son côté. de s'emparer d'une cité qui certes restait encore d'importance secondaire. sans doute. Denys ne manquait pas de mettre en valeur ce qu'il avait fait. Berlin-Leipzig. . la menace avait été écartée grâce à une épidémie providentielle qui avait décimé l'armée ennemie. J. . 6.dont les historiens anciens étaient friands -.-C. ce ne sont là que des coïncidences chronologiques . peu de temps auparavant. XIV. qui avait bloqué les 21. (voir J. Ce n'était évidemment pas dans une intention favorable : les adversaires. en 480. 113. Polybe relève le synchronisme entre le siège de Rhégion. de l'assaut des Carthaginois. au moment où celui-ci s'avançait jusqu'à Syracuse et où on pouvait croire perdue la cause de l'hellénisme en Sicile : il avait écrasé les forces d'Hamilcar. L'hostilité à Denys de Syracuse dans le monde grec On ne pouvait néanmoins manquer de relever que c'étaient ces mêmes barbares celtes avec lesquels Denys allait bientôt faire alliance qui venaient. Mais en 396 au moins Denys avait remporté un triomphe éclatant sur l'ennemi. Il faut en effet tenir compte de ce que les faits et gestes du maître de Syracuse étaient soigneusement observés. la contraignant ainsi aux tractations qui allaient aboutir à la paix de 405. En 392 aussi l'arrêt de l'offensive de Magon et la paix alors conclue devaient davantage à l'épuisement de l'adversaire qu'à de véritables succès militaires. Diodore. non déjà la marque d'une connivence21. 6. 396. 5. par Gélon à Himère. et spécialement à Athènes. entre la prise de Rome et la paix d'Antalcidas. Rômische Geschichte. entre le siège de Rhégion et l'attaque gauloise. Justin. la prise de Rome et la paix d'Antalcidas (I. La première fois. du tyran ne perdaient pas une occasion de critiquer son ambition et ses appétits de domination. nombreux. en une victoire dont le retentissement avait égalé celui de celle remportée jadis. 1). 140-1). 3. 1926. Beloch. 1. Ces notations remontent à Timée de Tauroménion. 6. dont l'oeuvre remonte au début du Illème siècle av. en 392. et les Grecs de Sicile en général. Orose.19 - Italie. 1. p. Par trois fois. en 405. il pouvait se targuer d'avoir sauvé sa cité.

c'est en tant que traîtres à la cause grecque23. On est loin de la liberté des Grecs. Beaucoup des habitants étaient morts de faim. p. qui avait détruit Messine. de quelque manière qu'ils aient été obtenus. 23. en 391. Outre bien sûr le fait que le pouvoir de Denys était de type tyrannique. Diodore.20 - velléités agressives de Carthage en Sicile pour près d'un siècle22. En outre il avait profité de l'attaque punique de 396. inquiets de voir le tyran s'établir ainsi en face de leur cité. La plupart des cités chalci- diennes de Sicile étaient tombées en son pouvoir à la suite d'une rapide campagne. en 403 : il avait pillé et détruit Naxos. XIV. il s'empare de la ville. et la reddition de Léontinoi ne l'avait pas empêché d'en déporter les habitants24. Et cela devait apparaître d'autant plus choquant que le Syracusain n'avait pas hésité à faire 22. et 51 sq. et rase la cité. voir K. En 388. et en 396 enfin. 24. Diodore. respectivement XIV. Pour le détail des événements. de l'autre côté du détroit25. est cohérente avec cette affirmation : s'il les fait crucifier. 25. En outre il met à mort leur chef Phython. En 398. Voir Diodore. cette même année. XIV. à l'issue d'un terrible siège de onze mois. Stoheker.. faisaient de Denys l'indiscutable rempart des Grecs de Sicile contre l'ennemi punique. lorsqu'il entreprend d'attaquer la zone carthaginoise de l'Ouest de l'île.58-85 ("der grosse Karthagerkrieg"). . on ne pouvait manquer de relever qu'il ne s'en était pas pris seulement au barbare carthaginois. 45. spéc. fort de l'appui de Locres. il met en avant le motif de la liberté des Grecs : il vient délivrer les Hellènes qui ploient sous le joug barbare. Dionysios.F. il fait subir une sévère défaite aux troupes de la ligue italiote venues au secours de la cité chalcidienne du détroit. dont il avait remis le territoire aux Sicules. à l'attaque des habitants de Rhégion. pour y installer une garnison qui allait résister victorieusement. il avait livré Catane à ses mercenaires campaniens. 13. Et c'est consciemment qu'il s'est posé dans son rôle de défenseur de l'hellénisme contre la barbarie. et Denys fait vendre comme esclaves les quelques 6000 survivants. Mais on pouvait juger des choses tout autrement. De toutes façons ces succès. . sur les bords de l'Elléporos.. à la seule exception de ceux à qui leurs richesses permettaient de se racheter. Leurs craintes étaient fondées : en 390 il entame les hostilités contre eux. Sa conduite cruelle à l'égard des Grecs capturés dans les rangs ennemis lors de la prise de Motyé. 97.

Ainsi lorsque. . cette politique débute par l'appui apporté au prince illyrien Alcétas. p.85-140. ou au jugement porté sur les affaires de la Grèce d'Occident. Telle est la date donnée par Diodore. le tyran s'en prend à une cité qui était en relations commerciales suivies avec Athènes. Denys se lance dans une politique de présence maritime et d'établissement de points d'appui syracusains en Adriatique.435-7. 21 appel au barbare contre ses ennemis helléniques : les Lucaniens. Il en va de même en mer Tyrrhénienne : s'attaquant à la ville étrusque de Caeré. et qui. p. L'hostilité ressentie par les Athéniens à l'encontre du tyran ne tenait pas uniquement aux souvenirs du passé. Dionysios. p. au moment de l'expédition de Sicile. Stroheker. 28. Voir L. Spécialement à Athènes. survenue en 395 : les Athéniens devaient s'en apercevoir lors de l'échec de leur tentative de détourner le maître de Syracuse de l'alliance Spartiate en 39227. En 396. 29. étaient intervenus à son instigation en 389 et avaient alors attaqué Thourioi26.69-86. p. 13. une aide était venue de Sparte. 28. Ces événements qui avaient pour théâtre le monde grec occidental étaient attentivement suivis par les Grecs de Grèce. Denys intervenait dans d'autres secteurs.F. Braccesi. la validité historique globale de l'analyse ne nous semble pas avoir été remise en cause par des mises au point comme celle de L. XV. Dionysios. Et. Les bonnes relations avec les Lacédémoniens ne devaient pas subir d'éclipsé après la mort de Lysandre. il bénéficiait de l'appui de Sparte. où ils rappelaient les cuisants souvenirs d'un passé récent : il n'était pas loin le temps où les Athéniens avaient subi un désastre sans précédent devant Syracuse lors de l'expédition de Sicile ! La politique de Denys semblait s'inscrire dans la droite ligne de ce qui s'était alors passé : il s'attaquait aux cités chalcidiennes sur lesquelles Athènes s'était appuyée pendant cette campagne. il s'immisce dans une région qu'Athènes pouvait considérer depuis longtemps comme une de ses zones d'action privilégiées29. Lysandre avait joué un rôle non négligeable lors de la crise de 403 où son jeune pouvoir avoir failli sombrer.111-8. très probablement. ArchClass. 26. avait fourni un appui militaire à celle-ci lorsque. Stroheker. Grecità adriatica. 27.F. 1978. Massei. ennemis traditionnels des cités grecques contre lesquels s'était organisée la ligue italiote. Presenza siceliota alla foce del Po. Sur tous ces événements. alors en exil à Syracuse. où son action lésait plus directement les intérêts d'Athènes. Voir K. en Grèce propre. K. en 385/38428.

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elle avait demandé l'aide des cités toscanes30. Qui plus est, Denys
n'hésitait pas à jouer un rôle dans les affaires de la Grèce propre,
et cela en intervenant directement contre Athènes. On vit en 388,
tandis qu'en Orient Antalcidas entamait des pourparlers avec le
Grand roi, une ambassade lacédémonienne conduite par Pollis se
rendre à Syracuse : Sparte était en passe de se ménager une
grande alliance internationale, avec le souverain perse à l'est et le
tyran syracusain à l'ouest. Denys ne refusa pas son aide, et il prit
une part directe à la lutte contre Athènes : en 387 une escadre
syracusaine de 20 trières se joignit à la flotte d'Antalcidas pour
bloquer la route de l'Hellespont, vitale pour l'approvisionnement
en blé de l'Attique31. En 372 encore Denys agit militairement aux
côtés de Sparte contre la cité attique : il envoya des vaisseaux
aider la flotte lacédémonienne qui tentait de s'emparer de
Corcyre. Ce fut d'ailleurs un échec, et l'Athénien Iphicrate s'empara
des navires siciliens32. Seule la transformation radicale de la
situation en Grèce, avec la montée en puissance de la nouvelle venue
dans la lutte pour l'hégémonie qu'était Thèbes, modifia cette
opposition permanente entre Athènes et le maître de Syracuse. A
partir du moment où Athènes et Sparte faisaient cause commune
contre Thèbes, les relations - au moins officielles - entre le tyran
et Athènes ne pouvaient pas ne pas changer. Et effectivement,
tandis que Denys envoyait un contingent de mercenaires contre
Epaminondas, Athènes gratifia d'une couronne d'or en 368 celui
qui avait été, si longtemps, la bête noire de ses habitants33.
On peut cependant douter que ce revirement de dernière
minute - Denys allait mourir l'année suivante -, dû aux
vicissitudes de la lutte pour l'hégémonie en Grèce, eût beaucoup changé
les sentiments que les Athéniens portaient envers le tyran de
Syracuse. L'incompatibilité de principe entre la démocratie
athénienne et le régime instauré par Denys explique tout autant que les
facteurs de politique extérieure l'hostilité quasiment viscérale que
suscitait le tyran. Et celle-ci se manifestait d'une manière
évidente. En 389, on joua à Athènes une pièce, le Cyclope ou Galatée,
due à Philoxène de Cyrène qui, après avoir exercé son activité
poétique à la cour de Denys, avait rompu avec lui et s'était enfui
en Attique : sous les traits du monstre sicilien, il ridiculisait le

30. Voir Thucydide, VI, 88, 6; Les Pélasges en Italie, p.208-210.
31. K.F. Stroheker, Dionysios, p. 138- 140.
32. K.F. Stroheker, Dionysios, p. 142-3.
33. K.F. Stroheker, Dionysios, p. 143-4.

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maître de Syracuse34. En 388, c'est au tour d'Aristophane : dans
son Ploutos, il raille le Cyclope "couvert de crasse, cuvant son
vin", dont il faut "faire sauter l'oeil avec un grand pin
enflammé"35. Là encore, le public ne s'y trompait pas : c'était une
allusion à Denys. D'autres auteurs comiques, moins connus, s'en
sont pris au tyran. Il a fourni le sujet du Dionysios d'Eubule.
Ephippos s'est moqué de ses prétentions littéraires. Strattis l'a
mis en scène, se faisant couper la barbe de peur de devoir la
confier aux soins d'un barbier36. L'ironie déployée dans les
comédies témoignait d'une haine profonde. Celle-ci éclata au
grand jour lors des jeux Olympiques de 388, où la foule,
scandalisée par la participation du tyran à la course de chars et au
concours de poésie et enflammée par le Discours olympique de
Lysias, s'en prit à la délégation syracusaine37. Le texte du
discours de l'orateur attique est important pour comprendre
comment Denys était perçu par ses ennemis. Il est mis sur le
même plan que le Grand roi perse, apparaît associé à lui dans une
entt'eprise d'asservissement de la Grèce contre laquelle il convient
de renouveler les exploits d'Hérakles, qui avait fondé les jeux en
débarrassant le monde des monstres et des tyrans. L'appel est
explicite à "chasser le tyran Denys de son pouvoir et délivrer la
Sicile". Le motif de la liberté des Grecs est exactement retourné
par rapport à l'utilisation qu'en avait faite Denys en 396.

Denys de Syracuse, ennemi de l'hellénisme

C'est donc dans cet esprit de haine vigilante qu'on devait
suivre à Athènes les agissements du tyran sicilien. On ne devait
certes pas y manquer une occasion de dénoncer ses prétentions à
se poser en défenseur de l'hellénisme, alors que c'était lui qui -
aux yeux des Athéniens - réduisait les Grecs en esclavage, se
faisant ainsi l'égal des pires barbares. Un texte rend sensible cette
opposition systématique, toujours en éveil, à l'affût des moindres

34. Voir scholie à Aristophane, Ploutos, 290 et 298, Athénée, I, 6 F - 7 A.
Fragments dans PLG, p.609 sq, fr.6-11, Anth. Gr., II, p.132, fr.1-3.
Nous aurons à revenir sur cette pièce.
35. Voir v.290-8, et aussi v.550, où Denys est nommément cité.
36. Voir respectivement Athénée, I, 260 CD, fr. 16 Kock; fr. 25 Kock; fr.6
et 65 Kock.
37. Voir Diodore, XIV, 109, XV, 7. Pour la date du discours, voir K.F.
Stroheker, Dionysios, p.233-4, n.43.

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développements de la politique de Denys : celui où Justin évoque
le début de la campagne du tyran en Italie, avec l'attaque contre
Rhégion. Cette attaque devient l'amorce d'une guerre
systématique contre l'hellénisme en Italie de la part de celui qui s'en
posait comme le défenseur : "Sa première expédition fut contre
les Grecs qui habitaient les rivages proches de la mer d'Italie.
Après les avoir vaincus, il attaque tous leurs voisins et s'en
prend, comme à des ennemis, à tous ceux qui appartenaient à la
race grecque et occupaient l'Italie38". Mais les Grecs dont il est
question ne sont pas seulement des Hellènes véritables : ce sont
aussi toutes les populations - nombreuses - qu'on pouvait
rattacher au monde grec par des traditions de rji>Yyéveia. Ce qui fait
beaucoup, Justin l'avoue : "Ces populations n'étaient pas
établies à cette époque seulement dans une partie de l'Italie, mais
presque dans toute la totalité39". Et, à l'appui de ses dires, il
donne une longue liste de ces peuples ou cités qui n'ont de grec
que leur origine légendaire - avant de passer enfin à des villes
dont le caractère hellénique est incontestable : Tarente, Thourioi,
Métaponte, rejetées en position finale, en bonne efficacité
rhétorique40. Entre temps il a pu citer, en distinguant la côte tyrrhénien-
ne (et évoquant à ce propos les Etrusques) et la côte adriatique (et
évoquant alors les Vénètes), de nombreux peuples et villes
indigènes. Sur le versant adriatique, il mentionne Adria, Arpi,
Spina, sur le versant tyrrhénien, Pise, Tarquinia, Pérouse, Caeré,
les Latins, les Falisques, Nola et Abella puis les Campaniens en
général, les Bruttiens, Sabins et Samnites. On se trouve en
présence d'une liste fort complète des traditions attribuant une
origine grecque à des groupes indigènes de la péninsule italienne,
telles qu'elles devaient exister au IVème siècle av. J.-C, époque
à laquelle on peut faire remonter la première élaboration de ce
texte41. La liste présente des exagérations manifestes. Ainsi, cer-

38. Justin, 20, 1, 3.
39. Justin, 20, 1, 4.
40. Justin, 20, 1, 15 - 2, 2. Pour le détail de l'analyse de ces traditions, voir
notre article Haieso eroe campano (Virgilio, Enéide, VII, 723-730) e i
Falisci coloni calcidesi (Giustino, 20, 1, 3), Hesperia, 4, 1994, p.83-
94.
41. Hypothèse d'un dépendance de Timée dans R. Donceel, Timée et la
mention d'une fondation chalcidienne de Noie dans Trogue-Pompée et
Silius Italicus, BIBR, 34, 1962, p.27-55; en revanche M. Sordi, /
rapporti romano-ceriti, p.65, n.l, et déjà F. Jacoby, FGH 111 F 317,

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taines des légendes évoquées font appel à des origines qui ne sont
pas strictement grecques : c'est le cas pour les Etrusques,
rattachés aux Lydiens, ou pour les Vénètes, qui le sont aux Hénètes
d'Asie Mineure. Il est vrai que ces légendes - moins probantes -
sont prudemment citées d'abord, avant les autres. Plus étonnant :
la liste comprend des populations auxquelles Denys n'a jamais eu
affaire, ni même n'a sans doute jamais envisagé de s'attaquer -
comme les Falisques, Sabins, Samnites, isolés dans leurs
montagnes, ou les habitants de cités intérieures comme Pérouse, Nola
ou Abella, que ses entreprises ne pouvaient guère toucher. Le
texte est donc loin de s'en tenir au cas des peuples contre lesquels
le tyran a effectivement tourné ses armes, en Grande Grèce, dans
l'Adriatique ou en mer Tyrrhénienne. Il donne de ce fait une
indéniable impression de construction artificielle, d'échafaudage
gratuit.
Cependant ce texte traduit bien, jusque dans ses
exagérations, la manière dont la politique agressive de Denys a dû être
ressentie par ses adversaires. Elle devait ne paraître rechercher
rien moins que l'asservissement de toute l'Italie. Il s'agissait là
d'un comportement digne d'un despote barbare, et d'une trahison
de l'hellénisme. Ce dernier point a été bien sûr mis en avant
lorsque le tyran s'est attaqué à une véritable cité grecque comme
Rhégion. Mais il l'a également été lorsque Denys s'en est pris à
certains peuples, à certaines cités indigènes depuis longtemps
liées à la Grèce et à propos desquels des traditions de ovyyeveux.
s'étaient développées. On le perçoit bien pour le raid sur Pyrgi de
384/383 : la critique des agissements du tyran s'est appuyée sur
le caractère pélasgique reconnu à Caeré, et au sanctuaire de Pyrgi
en particulier^. On en a la trace dans le texte de Justin, avec la
référence à Caeré, posée comme une manifeste "ville grecque".
Mais, à partir des événements réels, il était aisé d'extrapoler - et
d'affirmer que Denys allait s'attaquer systématiquement à
l'ensemble de ces populations grecques, qu'elles le fussent
réellement ou seulement par l'existence d'une tradition d'origine. A ce

comm., p.395, avancent le nom de Théopompe (comme peut le faire
penser ce fragment). Point sur la question dans D. Musti, La nozione
storica dei Sanniti nelle fonti greche e romane, dans Sannio, Pentri e
Frentani dal VI al I s. a. C, Campobasso, 1980 (1984), p.77, n.ll =
Strabone e la Magna Grecia, Padoue, 1988, p.216, n.l 1.
42. Voir Les Pélasges en Italie, p. 193-204.

Ici encore il y a une certaine exagération : jamais Denys ne s'est attaqué aux Latins en tant que tels. . au moment même où ils en observaient les développements. le texte de Justin est un bon témoin de la réaction d'indignation qu'a dû suciter chez ses adversaires. cette présentation hostile pouvait s'appuyer sur une preuve concrète : bien que ce ne fût pas. la référence aux Latins . pour Rome. Comme c'est le cas pour les autres urbes Graecae de la liste. il pouvait. Le cas de Rome était particulièrement intéressant : alors que dans bien des cas on ne pouvait guère prêter au maître de Syracuse que des intentions agressives envers des cités ou des peuples contre lesquels il n'avait sans doute jamais songé à diriger son action. voir supra n. L'allusion à Rome dans la liste de Justin est donc susceptible de remonter au temps même des agissements de Denys.qui figure dans le passage mérite d'être relevée.26 - titre. Et ce contexte de dénonciation des entreprises syracusaines. on pouvait estimer que le tyran s'en était pris à YUrhs au moins par le truchement de ses alliés celtes. S'étant fait leur allié.rattachés à l'hellénisme par la légende d'Enée43 . la politique du maître de Syracuse. Elle nous replonge dans l'atmosphère de lutte de propagande qui a dû accompagner la mise en oeuvre des plans du maître de Syracuse. le caractère hellénique que valait à Rome son origine réputée troyenne a dû être mis en avant pour dénoncer le caractère foncièrement antihellénique des menées du tyran. comme pour la ville étrusque. comme pour Caeré. Sur le caractère hellénique de la référence troyenne. 14. qui ne le sont que par les légendes qui leur attribuaient des fondateurs grecs. Il était facile de lui en faire partager rétrospectivement la responsabilité : la propagande hostile pouvait ainsi trouver un nouveau grief à reprocher à Denys. au moins. par une attaque directe de sa part. Mais il a eu partie liée avec les Gaulois responsables de l'incendie de la ville qui devait apparaître depuis longtemps comme la plus importante du Latium. que révèle le passage des Histoires philippiqueSy confère toute sa signification à la qualification de 43. Le cas de Rome A ce titre. apparaître comme approuvant l'attaque de ces barbares contre une cité dont on connaissait les origines troyennes. Rome. .

Comme l'a bien vu A. n. faisant flèche de tout bois dans leurs attaques. Voir supra. le caractère "hellénique" de Rome a donc été une arme mise en avant en ce début du FVème siècle pour critiquer les menées du maître de Syracuse dans cette sorte de guerre de propagande à laquelle le soumettaient ses adversaires. et notamment à Athènes. . La réponse de Denys de Syracuse Nous sommes désormais mieux à même de comprendre l'intérêt suscité en Grèce par la prise de Rome par les Gaulois. donnée par Héraclide du Pont à Rome. portaient sur la politique de Denys de Syracuse. 44. les adversaires du tyran ne se sont pas pour autant donné la peine de préciser vraiment ce qu'était Rome et qui étaient les ennemis qui l'avaient assaillie. mais il venait de ce que l'événement paraissait conforter le jugement négatif que bien des Hellènes de Grèce. Fraschetti44. face à des accusations de ce genre. loin d'oeuvrer pour la défense du monde grec et de ses valeurs comme il l'affirmait. grâce auquel ce qui s'était passé à Rome venait confirmer les ennemis de Denys dans la conviction qu'il faisait la guerre à l'hellénisme. Il s'agit effectivement de propagande : outre le fait que les Romains ne pouvaient être sérieusement tenus pour des Grecs.dans laquelle on aurait été alors bien en peine de deviner ce qu'elle deviendrait plus tard -. n'hésitait pas à s'appuyer sur les barbares les plus sauvages pour attaquer des villes grecques.27 - "ville grecque". . Il apportait une preuve supplémentaire de ce que le tyran. Car.ce qui leur aurait montré qu'à ce moment les bandes celtiques agissaient de leur propre initiative. Il ne tenait finalement pas essentiellement à ce qu'était la ville . De plus la référence au sort de YUrbs pouvait aller de pair avec une connaissance encore approximative de la cité. Mais nous n'avons pas que le point de vue des adversaires de Denys sur la question. Les affabulations que Plutarque reproche à Héraclide montrent que.ll. les milieux hostiles qui ont ainsi eu recours à l'incendie de Rome par les Gaulois ne se sont guère souciés d'approfondir les circonstances de l'événement . Elle rentre dans cet effort de récupération des traditions de συγγένεια hellénique fait par les adversaires de la politique syracusaine. justement en liaison avec sa prise par les Gaulois. et n'étaient pas encore entrées en relation avec Denys.

Nous en entrevoyons les modalités à travers plusieurs traditions qu'on peut faire remonter. 200. fût-ce par une affirmation de συ yyeveva les apparentant aux Grecs. fils du Cyclope et de Galatée". avec une certaine probabilité. qui ont reçu le nom de Celtes d'après celui d'un roi bien . A la différence des indigènes d'Italie. par la nécessaire relation de auyyeveia. et on alla chercher dans l'île leurs ancêtres : ainsi se trouvait justifiée. Voir Etymologicum Magnum. Mais au moins pouvait-on les rapprocher du monde où vivaient les Grecs. Un fragment de l'historien sicilien Timée explique le nom de la Gaule (Γαλατία) comme tiré de celui d'un certain Galatos (ou Galatès). la politique d'alliance que le maître de la Sicile menait à leur égard. Hérodote. eux ne vivaient pas encore dans le monde de la cité. ou même en en faisant d'anciens Pélasges . semblaient encore bien extérieurs à l'hellénisme et à ses valeurs. 9. 57.c'est-à-dire de Polyphème . 46. . visant à disculper le tyran du grief de mener une politique antihellénique en s'appuyant sur les pires des barbares. dont le témoignage a été recueilli par Ammien Marcellin (XV. d'après Timée. Les ressources de la mythologie furent mises à contribution. 2 = FGH 566 F 69 : "La Gaule (Galatie) a reçu son nom. fils du Cyclope . en posant une relation entre eux et des populations avec lesquelles les Hellènes étaient en rapport. 2 = FGH 88 F 2 : "Certains ont affirmé que les premiers habitants que l'on a vus dans ces régions ont été des Aborigènes.qui s'ils avaient vécu sur le sol de l'Hellade n'en étaient pas moins antérieurs aux Grecs proprement dits. On imagina donc que les Gaulois étaient apparentés aux populations de la Sicile. et définis par Hérodote comme "barbarophones"45. à une élaboration syracusaine de cette époque. La doctrine a été reprise à l'époque d'Auguste par Timagène d'Alexandrie. de Galatos (ou Galatès). I. 45. Ce n'est là qu'un aspect d'une doctrine plus complexe. qui appartenaient à leur univers : c'est après tout ce qu'on avait fait pour les Etrusques en les identifiant aux Lydiens. Sans doute aurait-il été difficile de faire de ces barbares encore bien arriérés qu'étaient les Celtes des Hellènes.et de Galatée46. Il apparaît qu'ils ont développé de leur côté toute une contre-propagande. C'est ainsi qu'on devine le développement d'une entreprise de justification de l'alliance gauloise. de la polis. qui étaient des barbares et non de véritables Grecs.28 - Denys et son entourage ne sont pas restés indifférents.

90-1. de l'éponymie pour rattacher des populations barbares . p.91-2. On a reconnu depuis longtemps dans cette construction généalogique.et en l'occurrence réputées particulièrement sauvages . Tous trois seraient partis de l'île pour établir leur pouvoir dans les régions auxquelles ils devaient laisser leurs noms47. à une oeuvre de cabinet.335. FGH 566 F 69. voir. notes 353-360. Illyrios. 2) et les efforts faits par la propagande syracusaine pour "helléniser" ces barbares. L'archaiologia siracusana di Filisto. p. Trente. note 360.35-60. sur la doctrine. 2 : "Polyphème le cyclope et Galatée eurent comme fils Celtos. Vanotti. celui des Illyriens. art. 50. Da Cnido a Corcira Melaina. Paris. XV. celui des Gaulois. figures du voyage et rhétorique du monde. Diomedes cum Gallis. p. outre L.334-5. éponyme des Celtes. Sur les liens établis entre Denys et les Illyriens (grâce à l'appui prêté au prince exilé Alcétas.ici partagées et fécondes . G. Braccesi. 47. p. Braccesi. . p. p. 3.. Voir Appien. 48.de la nymphe et du cyclope auraient donné naissance à trois fils. 1988. Les amours . on lira l'excellente analyse de C. On a eu donc recours au procédé. Jacoby.569-570. comme c'est souvent le cas.29 - qui nous a été conservée par Appien. Illyriens et Galates". 2. ///. F. Mastrocinque. banal. voir Diodore. p. Jacob. Hesperia.225. dans Arts et légendes d'espace. comm. 49. qui cherchait ainsi à justifier la politique d'alliance que le tyran menait tant envers les Gaulois qu'envers les Illyriens50. p. 1979 (1981). comm. Illyrios et Galatès. L'oeil et la mémoire.65-68. élucubration de quelque poète ou quelque érudit désireux de donner une explication originale de l'ascendance d'un peuple. L. FGH 566 F 69. Jacoby. Hesperia.car on appelle ainsi les Gaulois en grec"). L'heureuse coïncidence qui faisait que la nymphe de la légende sicilienne portait un nom dont la consonance évoquait celui des Gaulois rendait aisé un tel enrichissement de sa aimé et de Galates d'après celui de sa mère . qui quittèrent la Sicile et régnèrent sur ceux qu'on appelle à cause d'eux Celtes. F.. cité. . Celtos. par-delà Timée qui n'aura fait que transmettre ce qu'il avait recueilli dans une source plus ancienne.ex. A. Sur le procédé en général. une création syracusaine de l'époque de Denys4^. voir p. FGH 88 F 2. Dans ce sens..l 19-120. p. sur la Périégèse de la Terre habitée de Denys. 1991. 1993. Mais nous n'avons pas affaire ici. et Galatès.à des figures connues de la mythologie grecque48.

Vanotti. voir P. 56. Scherling. 121. 54. . sur la vie culturelle de Syracuse à l'époque de Denys et sa politique à cet égard.137-145. p.7 A.qui bien sûr ne s'appuyait sur aucune donnée historique51. une création faite dans l'entourage direct du tyran.30 - légende . 17. 6 F . p. sur la légende elle-même. 1. Cela ne tient pas seulement au caractère indiscutablement poétique de la légende de la belle nymphe et de son monstrueux amant54. 52. 1987. Ploutos. I. Sur cette question. et se serait attribué le rôle du malin Ulysse. Loicq- Berger. 290. Pour l'histoire de la légende. Un autre type de référence a servi à justifier l'alliance de Denys avec les Gaulois : la légende de Galéotès et Telmessos (voir Etienne de Byzance. 53.49) .F. il aurait même transposé dans cette fable sa rivalité amoureuse avec le tyran pour les beaux yeux d'une joueuse de flûte : il aurait dépeint celle-ci sous les traits de Galatée. Voir Athénée. p. Dionysios. inconnue en dehors de la Sicile55. L'anecdote est suspecte : la légende est certaine- 51. Munich. A. CS. qui triomphe du monstre5^.-P.98-100. p. Γαλεώται). On peut sans doute même être plus précis. . Cet aspect fait néanmoins que nous ne serions pas porté à attribuer à un historien comme Philistos l'origine première de cette tradition (hypothèse envisagée par L. Une telle élaboration répondait à un besoin précis. 1909. s. Catturini. à n. p.l. Polyphemos. Gruppe dès 190952. 55. 1980. Dionigi di Siracusa e il mito di Galeote. Or celui qui avait été une figure marquante de l'entourage du tyran. contributo alla storia délia precolonizzazione micenea. Telmesso e Galeote. Mastrocinque. due à un des ces poètes de cour dont il aimait s'entourer53. pour railler son ancien protecteur. c. Dans Griechische Mythologie. 1967. 21. Braccesi et G.même si Philistos a pu la recueillir et la diffuser. Le. Syracuse. comme l'avait fait O. aussi scholie à Aristophane. Bruxelles. 1951. Stroheker.v. s'était servi de la figure du monstre cruel.1810-1822. cf. mais en même temps amoureux ridicule de la belle Galatée.391. mais avait rompu avec lui et ne songeait qu'à se venger des mauvais traitements qu'il avait alors subis. RE.v. s. A en croire Athénée.15-23. voir K. et envisager. n. Sur ce milieu des poètes de la cour de Denys. on consultera également M. Car l'histoire de Galatée semble avoir été répandue dans le monde grec justement par la pièce de Philoxène de Cythère que nous avons déjà évoquée. I. RIL. le Cyclope ou Galatée : elle était restée jusque là une légende locale. on pourra se reporter à K.3-22. histoire culturelle d'une cité grecque.

et donc l'oeuvre de ce "poète de cour" qui. Dans Dictionnaire de la mythologie. et à justifier ainsi l'alliance 57. 235. le tyran ne pouvait pas rester indifférent. . séduit et enlève sa fille et s'enfuit après lui avoir crevé l'oeil.. et avec le sens même qu'on peut prêter à une telle légende. attribuant un rôle négatif à Ulysse (sous les traits de qui Philoxene se serait dépeint). Φιλόξενου γραμμάτιον). Jean d'Antioche. Contre un bibliomane ignorant. hôte indigne qui trahit la confiance de Polyphème.v. remontent également à cette élaboration syracusaine : des sources tardives (Dictys de Crète. pour complaire à Denys. On sera de ce fait porté à y voir une modification volontaire de la tradition. Mais elle traduit bien l'âpreté du ressentiment que celui-ci avait dû exprimer dans sa pièce. V. Lucien. 15.. Le recours aux Aborigènes : Rome et les Gaulois La légende de Galatée. 163. Mais l'explication la plus courante était que Philoxene se serait permis de critiquer les essais poétiques de Denys (Diodore. i. 116) font du héros d'Ithaque un traître. 551. 6.31 - ment plus ancienne. 46. et d'autres motivations que cette histoire de flûtiste sont avancées pour rendre compte de la rupture entre Denys et son poète attitré57. Selon Plutarque. Souda. La singularité de cette forme de la légende a en effet été bien soulignée par P. p. 58. IV. Malalas. 1969. Paris. Grimai5^ : on ne s'attend guère à ce que la belle nymphe finisse par succomber au charme de son monstrueux amant. Devant une telle attaque. ainsi revue. C'est là une fin en contradiction avec tout ce qu'on sait par ailleurs. FHG. en donnant une image positive de ce Polyphème en qui tous étaient portés à reconnaître le maître de Syracuse59. 3. aura exposé les aventures du cyclope et de la nymphe d'une tout autre manière que ne l'avait fait Philoxene. // ne faut pas s'endetter. p. semble donc avoir servi à rapprocher Siciliens et Gaulois. 59. qui présentait les choses sous un jour très différent : nous en verrions la trace justement dans ces notices attribuant une généalogie faisant des éponymes de peuples du nord les fils nés de l'union de Galatée et de Prométhée. Et on peut penser qu'il a réagi en cherchant à opposer à la version de la légende popularisée par Philoxene une autre. IV. XV. . 5. scholie à Aristide. le poète en aurait eu assez de la vie de cour à Syracuse.'Anaye με. 8 = 831 F. Il est possible que certaines formes de la légende du cyclope.

1991. mais aussi à donner une explication favorable pour ces alliés du tyran de ce qui s'était passé à Rome^o. p. Le passage où Ammien Marcellin se réfère à cette généalogie de Polyphème et de Galatée s'inscrit dans une série d'explications sur l'origine des Gaulois. n'est qu'un composé de ab et origo. . XV. Sur ce point. cette présentation nouvelle de la légende de la nymphe sicilienne a visé non seulement à appuyer l'accord survenu entre Denys et les Gaulois.28. 63. Denys d'Halicarnasse relève une doctrine qui va dans le même sens : selon une tradition dont il est pour nous le seul témoin. A propos de ces mêmes Aborigènes. ceux en qui les Latins . Or il donne une précision étrange.32 - conclue au lendemain du sac de Rome. 3. dont est issue la race des Romains. et L'occidente : mire ateniesi e trame propagandistiche siracusane.au travers de cette construction généalogique.108-113. Voir Ancora sui Celti. Voir Ammien. 1993.des temps ultérieurs reconnaissaient leurs ancêtres. les Aborigènes auraient été non des autochtones comme on l'affirmait généralement. Comme l'ont bien montré des études récentes de notre collègue italienne A. témoin de traditions disparues. p. 62. désignant les premiers occupants du Latium. 61. n.. 2. et totalement isolée dans notre documentation : au moment de l'arrivée du fils du cyclope et de la nymphe. qu'il a trouvées chez Timagène. . selon l'étymologie la plus probable. L'emploi de ce terme ici est extrêmement important : il ne peut avoir comme signification que de vouloir établir une relation entre les Gaulois et les plus anciens habitants du pays latin. 1 : "Les Aborigènes. Coppola.et les Romains62 .107-8.411-2. p. Mais les Aborigènes correspondent à un concept spécifiquement latin. 10. 106).là encore pour répondre aux critiques qu'il permettait d'adresser à la politique du tyran . Ce n'est pas la seule trace que nous ayons d'une telle mise en relation des Latins et des peuples du nord. Les Pélasges en Italie. et signifie "ancêtres". Iperborei e propaganda dionigiana.. l'identification des Aborigènes aux Ligures. les premiers occupants du sol de YUrbs. et notre article Denys. MEFRA. Mais cet événement paraît avoir été lui-même pris en compte . 1989. La signification des Aborigènes pour les Romains est clairement posée par Denys d'Halicarnasse en I. p. 103-6 (spéc. "ceux de qui on descend"63.". 2 = FGH 88 F 2. Hesperia. 9. la Gaule aurait été peuplée d'Aborigènes. Le nom. 101. Hesperia. p. ni des immigrés de Grèce 60. qui en auraient été les premiers habitants61.

il ne peut s'agir que d'une source grecque occidentale : ce qui est cohérent avec une élaboration sicilienne du genre de celle que nous envisageons ici. dont les Troyens. 10. non de Timée selon la doctrine traditionnelle. p. 66.33 - selon une thèse hellénisante qui avait été notée par Caton. le substrat local des pays du nord auxquels Galatès et Celtos auraient donné leurs noms était conçu comme formé de Ligures. FGH 566 F 71 = Pseudo- Scymnos. voir notre article cité à la note précédente. DH. p. bien connue de l'historiographie sicilienne (Timée. 1982. ce qui pose de gros problèmes. mais de Lycos de Rhégion. Lycophron. sur cette question.-C. donne au nom des Aborigènes dans les vers où il évoque la légende d'Enée. .209-213). un peuple voisin des Ombriens". Ici encore un lien est posé entre les Aborigènes et un peuple septentrional : les Aborigènes seraient venus du nord. C'était sous ce nom que les Hellènes se représentaient les plus anciens occupants de la région^. seule trace que nous ayons d'une thèse posant une origine septentrionale pour les Aborigènes67.452-460). la tradition sur la fondation de Marseille. 3 : "D'autres encore inventent une histoire selon laquelle les Aborigènes seraient des colons des Ligures. seraient d'anciens Ligures. mais des colons des Ligures64. 67. I.109-111. v. à notre avis. 64. On évoquera p. J. Car elle permet de rendre compte. Athenaeum.1253. dans son Alexandra qui reflète un état de la tradition des environs de 300 av. voir notre article cité à n. . 65. Amiotti. ex. Quelle que soit la position que l'on adopte dans la question controversée de la source de l'information de Lycophron dans ce passage (nous rappellerons l'intéressante proposition de G. On a affaire avec cette notice de Denys à une doctrine certainement ancienne. dans la doctrine faisant remonter le nom des Gaulois (et des Celtes) à la descendance de Galatée et Polyphème à laquelle il fait allusion. Le nom Bopeiyovoi ne peut signifier que "hommes du nord". et ne peut s'expliquer que par la mise en relation avec les Ligures dont parle Denys. v. 60. voir Lico di Reggio e l'Alessandra di Licofrone. qui envisage une dépendance. arrivant en pays latin.63. de la forme étrange Bopeiyovov que Lycophron. Mais ces Ligures ne sont pas foncièrement différents des Gaulois auxquels se réfère le passage d'Ammien : il est vraisemblable que. viennent fusionner avec le substrat local des Aborigènes pour donner naissance au nouveau peuple des Latins66.

voir notre article cité n. 69. qui fut l'ami du tyran. avant de passer dans l'île. 102-3. Denys d'Halicarnasse établit il est vrai une distinction rigoureuse entre Sicules et Aborigènes : il fait des premiers un substrat local. Au Vème siècle av. 4 = FGH 556 F 46 : "Selon Philistos de Syracuse (le passage des Sicules dans l'île) eut lieu 80 ans avant la guerre de Troie.60. est déjà impliquée dans le très ancien document qu'est la liste des trente peuples latins transmise par Pline l'Ancien en III. estimait que les Sicules étaient d'anciens Ligures que leur éponyme Sicélos avait conduits dans l'île71.. Voir notre article Denys d'Halicarnasse et les Aborigènes. dans Denys d'Halicarnasse. 73. Coppola.-M. et non l'expression. 70.63. Sur la question.] Sous son règne un homme arriva de Rome. Voir DH. on constate que les Sicules sont eux aussi mis en rapport avec les Ligures. p. d'un même substrat primitif. On connaissait bien sûr sous ce nom le peuple indigène qui était fixé dans la majeure partie de la Sicile. Mais c'est sa volonté de rattacher les Aborigènes à la Grèce... 1992 = Pallas. mais des seconds des immigrés grecs. Son nom était Sicélos". Pour d'autres références. sous la direction de P. 71. .. voir notre art..-C. où ils se confondent avec les Sicanes. I. se confondant en pratique avec les Aborigènes6^. cité. solidement implantée dans les données locales : il présentait l'éponyme des Sicules. et c'est Sicélos qui le conduisait". vint le trouver un homme exilé de Rome. Je le cite : [. 22. art. les Sicules avaient jadis vécu dans plusieurs secteurs de l'Italie péninsulaire. la Sicile et le Latium et Rome : celle de Siculesss. Montpellier. et le peuple qui se transporta hors d'Italie était. barbare. sous deux formes différentes. La présence de Sicules dans le Latium. Or. Voir DH. 56. cités à n. ils représentaient la plus ancienne couche de population. Sicélos. J. arrivés à une époque ultérieure. déclare que. comme originaire de Rome70. à l'époque de Denys. ligure. p..34 - Une autre notion venait s'ajouter à celle d'Aborigènes. L'historien Philistos. et en particulier dans le Latium. qui l'amène à voir dans ces deux notions deux couches successives de la population du Latium. contrairement à la doctrine la plus répandue et la plus ancienne. Dans cette région. l'historien Antiochos de Syracuse se faisait l'écho de cette tradition. quand Morgès régnait sur l'Italie. Mais on savait aussi que.. 39. historien des origines de Rome. Martin. déjà. Ce point a été bien dégagé par A. 1993. Les Sicules recevaient donc une définition qui les rappro- 68.. un exilé.. I. Cette définition des Sicules comme d'anciens Ligures trouve une justification dans les données padanes et adriatiques : les . 4 = FGH 555 F 6 : "Antiochos de Syracuse.17-39. et renforçait la relation ainsi posée entre la Gaule.

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chait des Aborigènes, du moins tels que ceux-ci apparaissent
dans la doctrine rapportée par Denys. Eux aussi étaient issus du
nord, étaient d'anciens Ligures, et en pratique les deux
définitions se superposaient.
La référence aux Sicules permettait cependant d'adjoindre
un nouvel élément à cette mise en relation des Ligures, et, à
travers eux, des Gaulois avec lesquels le tyran de Syracuse avait
fait alliance, et les peuplades anciennement établies sur le site de
Rome. Si les Aborigènes étaient une notion strictement locale, les
Sicules intéressaient au premier chef la Sicile. Symétriquement à
ce que permettait de faire la thèse rattachant les Gaulois à Galatée
et Polyphème, cette nouvelle définition des Sicules établissait une
relation entre les peuples du nord et l'île, cette fois au travers
d'un mouvement du nord au sud, par la venue de ces Sicules,
anciens Ligures, en Sicile.
Mais l'intérêt de la référence aux Sicules - dans cette
optique de propagande syracusaine - n'était pas uniquement de poser
un nouveau lien entre les peuples septentrionaux et l'île. Ils
permettaient de préciser la relation de ces anciens Ligures avec
Rome. Car on savait, depuis Antiochos, que les Sicules n'étaient
plus à Rome - ni dans le reste du Latium -, qu'ils en avaient été
chassés et étaient alors partis vers le Sud de la péninsule, et de là
étaient passés en Sicile. L'historien du Vème siècle faisait de
Sicélos, explicitement, un exilé - et on a pu voir dans cette
présentation de l'éponyme des Sicules un reflet du fait que, pour les
Grecs du temps, Rome était une ville étrusque, ttoXvç Τυρρηνίς-,
selon une définition contre laquelle s'élèvera Denys
d'Halicarnasse72.

Sicules aussi bien que les Ligures étaient attestés dans ce secteur.
Philistos a été un des artisans de la politique de Denys dans cette
région : on comprend qu'il ait avancé cette nouvelle définition des
Sicules, en liaison avec la nouvelle zone d'action qui s'offrait aux
Syracusains. Voir sur la question Les Pélasges en Italie, p.44-53. Mais,
appliquée aux Sicules de Rome, l'identification avec les Ligures ne
répond plus à aucune réalité locale : elle ne peut qu'avoir un sens de
rapprochement entre les Sicules, qui renvoient au substrat primitif, et
les peuples du nord - et en l'occurrence les Gaulois, les seuls à être
effectivement intervenus à Rome.
72. Voir E. Manni, La fondazione di Roma secondo Antioco, Alcimo e
Callia, Kôkalos, 9, 1963, p. 344-352.

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On voit ce que cette précision pouvait signifier dans le
contexte de la prise de Rome par les Gaulois, dont toutes ces
constructions autour de la figure de Galatée, autour de la notion
d'Aborigènes et de celle de Sicules venaient faire des parents tant
des indigènes de Sicile que des plus anciens occupants du site de
YUrbs. En se dirigeant vers le Latium, en s'emparant de Rome,
Brennus et ses compagnons ne faisaient que suivre le chemin
tracé par leurs lointains parents. Ils revenaient en des lieux où
certains de leurs ancêtres s'étaient fixés - et dont ceux-ci avaient
ensuite été chassés. Autrement dit, ils pouvaient faire valoir une
sorte de droit héréditaire sur cette région : si l'on peut dire, le
Latium était une terre celtique, et Rome une ville gauloise. On est
donc loin du scandale de sauvages barbares s'en prenant à une
ville grecque que dénonçaient les ennemis de Denys en Grèce.
Les Gaulois étaient parfaitement justifiés à s'emparer de Rome :
ils se bornaient à reprendre une terre sur laquelle ils avaient des
droits ancestraux.
Ainsi, pour les besoins de la cause, et contre toute
vraisemblance, Rome et le Latium se voyaient rattachés au monde des
Celtes - et les encombrants alliés gaulois du maître de Syracuse se
trouvaient ainsi lavés d'une accusation qui, à travers eux, ne
manquait pas de toucher le tyran. On est assurément loin de toute
véritable préoccupation ethnographique, on nage dans des
rapprochements que rien dans la réalité des peuples concernés ne
vient justifier ! Ces constructions compliquées, utilisant les
connaissances que les Grecs pouvaient avoir des peuples indigènes
mais les insérant dans des combinaisons artificielles, et les mêlant
aux ressources que fournissait la mythologie, peuvent nous faire
sourire. Mais à une époque où les Hellènes n'avaient encore
qu'une notion limitée des peuples occidentaux, elles montrent
comment la faculté d'invention des Grecs pouvait se donner libre
cours pour donner une image de Rome adaptée aux besoins de la
démonstration. Et après tout la thèse des fidèles de Denys de
Syracuse, attribuant à la ville un passé qui donnait aux Gaulois
des droits sur elle, n'était ni plus, ni moins artificielle que celle de
ses adversaires, posant la cité comme une authentique ville
grecque !

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De Denys de Syracuse à Hannibal : un fragment de
Silénos

Née dans des circonstances déterminées, et pour répondre à
un besoin précis, la théorie voulant que le sol de Rome eût pour
premiers habitants une population apparentée aux Gaulois aurait
pu sombrer dans l'oubli. Mais il n'en a rien été : d'autres
circonstances, près de deux siècles plus tard, devaient lui donner
une nouvelle vitalité. Après avoir servi les desseins de Denys de
Syracuse, elle a en effet été ressuscitée pour servir ceux de celui
qui fut sans doute le plus dangereux ennemi que les Romains
aient jamais connu : Hannibal. Mais ce fut sous une forme
sensiblement renouvelée, et en fonction de préoccupations propres au
chef carthaginois, qui ont donné à cette nouvelle mouture de
l'affirmation des droits des Gaulois sur le sol de YUrbs une tout
autre consistance légendaire que celle qu'elle avait eue dans
l'élaboration syracusaine du lendemain de l'incendie de 390.
Cette fois, la conception de Rome, ville gauloise, ne mettait plus
en avant la figure un peu mièvre de la nymphe de Sicile, ou celle,
peu amène, de son amant à l'oeil unique. Elle faisait intervenir un
des plus importants personnages de la mythologie hellénique - le
plus célèbre de ses héros, Héraklès.
Dans Y Enéide, Virgile a su donner au personnage de
Pallas, fils de l'Arcadien Evandre, l'éponyme du Palatin, une
profondeur humaine que des figures de ce genre, simples
inventions ad hoc pour rendre compte d'un toponyme, n'ont
généralement pas. Mais la tradition à laquelle il se réfère est ancienne.
Déjà Polybe connaissait un Pallas lié à la légende arcadienne : il
en faisait pour sa part un petit-fils d'Evandre, né de l'union de la
fille de celui-ci, Launa (ou Lavinia) et d'Hercule, lors du passage
du héros sur le site de Rome73. Cependant, à côté de cette
doctrine courante qui faisait appel à un éponyme masculin, Pallas, lié à
Evandre74, on a la trace d'une explication éponymique toute
différente, qui avait été avancée par le Grec Silénos, de Calèactè
en Sicile, qui participa à la deuxième guerre punique dans les
rangs de l'armée d'Hannibal et s'en fit ensuite l'historien. Solin

73. DH, I, 32, 1 (cf.43, 1) = Pol., VI, lia.
74. On avait aussi imaginé une éponyme féminine, Pallantia, fille d'Evan-
dre, qui aurait été violée par Hercule; c'était, d'après Servius, la thèse
adoptée par Vairon (voir commentaire à Y Enéide, VIII, 51; mais Varron,
De la langue latine, V, 53, présentait une série d'autres explications).

- 38 -

rapporte son opinion selon laquelle la colline devait son nom à
une certaine Palantho, fille d'Hyperboréos, qui aurait été
engrossée en cet endroit par Hercule75. L'abrégé du grammairien Festus
fait par Paul reprend cette explication, mais en y ajoutant un détail
important que Solin avait négligé : le nom du fils né de cette
union. Il se serait agi de Latinus, c'est-à-dire de l'éponyme cette
fois des Latins76. Mais c'est sans doute Denys d'Halicarnasse qui
nous permet de nous faire l'idée la plus précise de cette doctrine -
bien qu'il la mélange avec la référence au Pallas de la légende
arcadienne, et même omette le nom de Palantho : "Certains
racontent qu'Héraklès laissa dans les lieux aujourd'hui habités
par les Romains des enfants nés de deux femmes, Pallas, qu'il
eut de la fille d'Evandre qui, dit-on, avait pour nom Launa, et
Latinus, qu'il eut d'une jeune fille hyperboréenne qui
l'accompagnait parce que son père la lui avait remise comme otage, et dont
il respecta la virginité pendant quelque temps ; mais durant la
traversée jusqu'en Italie, enflammé de désir pour elle, il la rend
enceinte. Puis, sur le point de partir pour Argos, il la donne à
Faunus, le roi des Aborigènes, pour qu'il en fasse sa femme.
C'est pour cette raison que beaucoup considèrent Latinus comme
le fils de ce dernier et non comme le fils d'Héraklès"77.
Cette histoire constitue un des nombreux enjolivements
auxquels a donné lieu le passage à Rome du héros à la peau de
lion, lorsqu'il revenait de son expédition vers l'extrême-Occident
en poussant devant lui le troupeau des boeufs de Géryon. La
légende est ancienne : elle est liée au culte de l'Ara Maxima au
Forum Boarium, qui remonte aux débuts de la fonction
commerciale de la cité, et semble trouver une illustration, dès le Vlème
siècle av. J.-C, dans le choix du groupe figurant l'apothéose

75. Solin, I, 14-15 = FGH 175 F 8 : "D'après l'explication qui a
l'approbation de Silénos, la colline (= le Palatin) reçut son nom de Palantho, fille
d'Hyperboréos, qui, apparemment, conçut un enfant d'Hercule en cet
endroit".
76. P. Festus, 220 L = "Le Palatin (a reçu ce nom) parce que Palant(o), fille
d'Hyperboréos, qui enfanta Latinus de son union avec Hercule, habita en
ce lieu".
77. DH, I, 43, 1 (traduction de V. Fromentin, coll. La roue à livres, Paris,
1990); pour la précision relative à Faunus, voir plus loin.

cité par Servius. 79. L'importance de cet élément est soulignée à juste titre par A. le chapitre 2 ("Ercole e le donne") de cet ouvrage constitue une étude fondamentale pour la question qui nous occupe ici. D'ailleurs à Rome 78. il se serait uni à Keltinè ou Keltô. mère de Latinus (stupro conceptus). Bayet. Tzetzès. Il était facile de lui raccrocher des données de toponymie locale. on a affaire à des héroïnes locales. C'est ce qu'on constate ici : on a rattaché à la légende du héros à la massue une étiologie à la fois du nom du Palatin et de celui des Latins. Paris. V. Mastrocinque. Este. chez Dion Cassius (cf. 1. dans les étiologies "héracléennes" du Palatin ou du Latium cet aspect est souvent présent : pour Vairon. souvent présentées comme filles de divers souverains indigènes81.ou une fille de l'éponyme des Hyperboréens Hyperboréos. VIII. Par ailleurs il n'y a pas à s'arrêter sur le caractère peu courtois prêté aux amours du héros : la référence très crue à un viol figure dans bien des histoires de ce type. lafondazione di Roma tra storia e leggenda. ce qui revient fonctionnellement au même ? Dans les autres cas d'explications éponymiques par des rejetons ou des amantes du héros. Voir les exemples cités par A. . 1993. Par exemple Héraklès aurait engendré Galatès de la fille d'un roi local (Diodore. Mastrocinque. p. commentaire à l'Enéide. Pallantia aurait été violée par le héros (vitiata). tributaire d'une documentation archéologique inévitablement aujourd'hui dépassée. 9. La geste du héros a souvent été utilisée dans ce sens : étant donné le nombre de succès féminins qui étaient attribués au viril personnage. comme conquête féminine du héros. il était particulièrement aisé de lui faire rencontrer une héroïne dont le nom . 81. c'aurait été le cas de la fille de Faunus. qui n'hésite pas. 1926. 80. par exemple. Le. 43. 1232) Héraklès aurait engendré Latinus de la propre femme du roi local Faunus. à séduire la fille de ses hôtes80. Le travail de J.permettait d'expliquer tel ou tel nom de lieu79. et pour Justin. n'a malheureusement toujours pas été remplacé. Les origines de l'Hercule romain. une Hyperboré- enne . éponyme des . 51. Pourquoi avoir été chercher. et est cohérente avec le comportement sexuel souvent brutal attribué à Héraklès. scholie à Lycophron. La référence aux Hyperboréens Mais cette suite donnée à la légende romaine d'Hercule par Silénos comporte une évidente incongruité. Romolo.ou celui du fils né de cette union .23. 24).39 - d'Héraklès pour orner le faîte du temple de Sant'Omobono78.

on se trouve renvoyé à un tout autre secteur géographique. pour laquelle on ne trouve rien de comparable dans la tradition latine ou romaine.40 - même. 5 et 10). Pomponius Mêla au nord de la mer Caspienne (I. Este. 82.entre le nord-est et le nord-ouest de l'Europe82. 143-1 57. éponyme des Pyrénées (Silius Italicus. 30). Sur la question. La notion semble avoir subi un déplacement progressif vers l'est. est seulement de renvoyer aux peuples qui habitaient dans le lointain nord. Voir R. dès le départ leur localisation reste vague. Dion. . . FGH 88 F 2 = Ammien. celui des Bretons. 2). 32-36). Cependant si les Hyperboréens ne renvoyaient pas nécessairement à une région précise.et qu'on ne voit pas très bien a priori ce qu'une telle référence. En réalité. La notion d'Hyperboréens et ses vicissitudes au cours de l'Antiquité. On peut relever une autre singularité dans l'histoire de la vierge hyperboréenne Palantho. Ce n'est guère dans les habitudes du héros à la massue de parcourir des centai- Celtes. Mais le sens originel de la notion. comme son nom l'indique. de plusieurs "nobles femmes" indigènes des fils qui auraient donné leur nom à leur région (Timagène. 5.et aussi un produit comme l'ambre83. III. 83. point sur lequel nous allons revenir. 56). 1972. 1(295)). 675 = FGH 87 F 103). nous pouvons renvoyer à A. Ptolémée au nord de la mer d'Azov (III. au fur et à mesure que la Gaule et la Germanie étaient mieux connues : Posidonios les situe au nord des Celtes (scholie à Apollonios de Rhodes. mais en passant ensuite par l'Adriatique (IV. mère de Latinus. II. vient faire dans une étiologie du Palatin ou du Latium. et qu'on a été porté à situer dans des directions diverses . BAGB. III. fille de Brettanos. Strabon à l'est de l'Elbe (VII. L'ambra e l'Eridano. en Espagne et en Gaule. ce mystérieux pays avec lequel les Grecs n'avaient pas de contact direct. il aurait séduit (et abandonné) Pyrènè. Il s'agit certes d'un peuple mythique. 1991 (p. Narrations amoureuses. 3.41-5 pour les offrandes hyperboréennes à Délos). 12-13. mais d'où parvenaient régulièrement les offrandes adressées au sanctuaire de Délos . d'autres formes de la légende héracléenne font intervenir des femmes liées aux traditions locales. il aurait eu. Mastrocinque. p. il est clair en tout cas qu'ils n'ont aucun rapport avec le Latium et avec Rome . et n'est pas nécessairement occidentale : Hérodote estime que leurs dons parviennent à Délos à partir d'une région voisine des Scythes. Avec les Hyperboréens. XV. et en aurait engendré Keltos (Parthénios. 415-446).

Nous avons en effet vu que. .73. la légende d'Héraklès. on pourra se reporter à A. hellénisant. en qui il faut certainement reconnaître l'éponyme et le souverain des Hyperboréens. 85. de la tradition. Faunus et Evandre est ancien- 84. De plus. Ainsi chez Dion le héros s'éprenait de la femme de Faunus.au héros séducteur ne peut s'expliquer que par un transfert : on a voulu mettre en relation avec le site de Rome un personnage qualifié d'hyperboréen qui n'avait primitivement rien à voir avec ce secteur. n. p. ce sont des personnages importants de la tradition locale . pour qu'arrive ce qui devait arriver. fille d'Evandre. et sont en accord avec ce qu'on attend pour des légendes de ce genre. Le récit.. Toutes ces figures renvoient uniquement à des données locales. Il s'agit d'éponymes du Palatin ou du Latium. Chez Justin. sur Faunus : on serait parti de l'explication du nom de ce dernier parfaveo. dans ses divers développements. Brelich. ou avec la fille. sur les bords du Tibre. mais dont on ne pose pas l'origine au loin : ce sont des héros ou héroïnes indigènes. Rome. l'a remise à Héraklès. et Polybe à Pallas. donc bien après que son père. 80. dieu et roi mythique du Latium. En fait l'incohérence d'une telle retenue attribuée - temporairement . Varron attribuait l'éponymie du Palatin à Pallantia. Références supra. et que se produisent cette union et cette naissance sans laquelle la figure de Palantho n'aurait aucune raison d'être. qui donnait alors naissance à Latinus. que la légende de l'Arcadien Evandre est elle-même un développement secondaire.41 - nés de kilomètres en compagnie d'une jeune fille avant de s'intéresser à elle et de lui témoigner son amour. véritablement à la tradition locale. Et on lui a donné le rôle d'une figure qui appartenait. né de la fille de ce même Evandre. être favorable. et on en aurait trouvé l'équivalent grec dans Evandre. c'est-à-dire "homme de bien"8^. la mise en rapport d'Héraklès.et il est très probable. Tre variazioni romane sul tema délie origini. Latinus était issu de la fille du même roi local. On lui connaissait des amours avec la fille d'Evandre. 1956. profondément ancrée dans les réalités latines. 74. comme on l'a reconnu depuis longtemps.. ne mettait pas le héros en présence seulement de cette Palantho venue du nord lointain. Quant à Faunus et Evandre. . frise l'absurdité : il faut attendre l'arrivée sur le site de Rome. qui est le plus riche en détails sur ce point. Sur la figure de Faunus. voire la femme de Faunus. Launa84. tel surtout que le présente Denys. elle.57-74.

en recourant au motif. n'en apparaissent pas moins "authentiques". éponyme du Palatin. qui fait intervenir une fille de Faunus. Voir pour l'évolution de la tradition J. Et . il est clair que nous avons affaire à des adjonctions ultérieures à la tradition qui s'est constituée autour de ces figures et du thème général du passage d'Héraklès dans la région. que mentionnait Varron.motif dont nous avons souligné l'importance . C'est bien d'un calque qu'il s'agit : le parallélisme entre l'histoire de Palantho. en ce sens qu'ils répondent à une évolution normale de la légende. est patent. La notice de Denys d'Halicarnasse semble au reste confirmer le caractère de création a posteriori de la figure de l'Hyperboréenne Palantho : l'auteur s'inscrit en faux contre une doctrine dont il avoue qu'elle est plus courante. Palantho. Néanmoins c'est surtout . voire de l'épouse de Faunus chez Dion. où Latinus naît de la fille du roi local Faunus. est certes attestée au niveau de Silénos. fille d'un souverain hyperboréen et mère de Latinus. et non d'une héroïne venue du nord. Les origines de l'Hercule romain. mais Polybe est témoin de la version locale. purement locale. Bayet. 87. La conclusion s'impose : cette forme "hyperboréenne" de la tradition a été créée à partir de celle. A tout le moins servent-ils à ancrer encore mieux la légende héracléenne dans les réalités locales . celle voulant que Latinus soit fils d'une fille de Faunus.le caractère violent de ses amours avec Héraklès aligne le cas de Palantho sur ceux de la fille de Faunus chez Justin ou de la Pallantia varronienne. ressemble comme une soeur à la Pallantia. de ses amours avec des femmes indigènes. fille de roi. 86. Ces développements éponymiques. . et que c'est cela qui explique l'opinion habituelle à ce sujet révèle clairement la nature secondaire de la généalogie défendue par Silénos87. et une tradition comme celle rapportée par Justin. fils d'Hercule. Les données chronologiques ne s'opposent pas vraiment à une telle conclusion. donc au lendemain de la deuxième guerre punique. La gaucherie avec laquelle il se croit obligé de dire que la mère de l'éponyme des Latins a été ensuite confiée à Faunus. fille d'Evandre. La version "hyperboréenne" de la légende de Latinus. qui se réfère à Faunus ou Evandre. Ce qui n'est pas le cas avec la version "hyperboréenne" de Silénos : elle introduit un élément hétérogène. attendu et naturel pour Héraklès.42 - ne86 : avec les éponymes féminins ou masculins que nous évoquons. clairement étranger. pour artificiels qu'ils puissent nous sembler.

en liaison avec la légende romaine d'Hercule. Stra- bon. n. Déjà Pindare amorce une définition géographique lorsqu'il situe aux sources de l'Ister.82.qui introduisait la référence aux Hyperboréens. cette notion Hyperboréens. il présentait leur pays comme une grande île de l'Océan. il convient tout d'abord de préciser ce que pouvait recouvrir. Références supra. qui vécut de 330 à 270 environ. Pomponius Mêla témoignent de la même préoccupation . . Il parlait du culte qui était rendu à Apollon dans de vastes temples circulai- l'analyse de la tradition qui oblige à tenir la variante indigène pour antérieure. Mais il n'est guère surprenant qu'on ait rapidement voulu dépasser cette imprécision. pour en présenter une nouvelle mouture . 10-25. Cela semble même avoir été la localisation la plus courante vers l'époque hellénistique^. 88. et à une époque où la Gaule n'était encore que très peu connue des Grecs. III. 90. Mais avant ces auteurs. on a souvent été porté à localiser les Hyperboréens dans cette région. . 89. située au-delà du pays des Celtes. Plus tard. Il n'y avait sans doute pas lieu.en faisant intervenir diverses zones du nord de l'Europe ou de l'Asie89. voir n. le pays des Hyperboréens d'où Héraklès aurait rapporté à Olympie le laurier sacré88. Dans son Sur les Hyperboréens en effet. Elle correspond en effet à ce qui était avancé dans l'ouvrage qu'Hécatée d'Abdère.82. La position de Posidonios se rapproche encore de cette thèse.43 - Hyperboréens et Gaulois II est probable donc que Silénos soit parti d'une tradition préexistante sur l'éponymie du Palatin et du Latium. en soi. Posidonios. de taille comparable à la Sicile. Ce qui suppose bien sûr que l'historien d'Hannibal ait eu des raisons particulières d'introduire dans des questions de toponymie latine et dans la légende héracléenne de Rome une référence à ces hommes du nord. consacra à ce peuple légendaire et qui constitua dès lors la référence essentielle sur le sujet. Mais pour saisir les motivations de l'historien de Calèactè. lesquels au départ n'avaient aucune raison d'apparaître dans un tel contexte. Ptolémée. c'est-à-dire du Danube. Voir Olympiques. pour lui. et donner un contenu plus concret à cette dénomination. de localiser précisément ce qui n'était qu'une population mythique.

New York. Lund. Ce n'est cependant pas dans cette courte allusion du traité De l'âme qu'il devait vraiment traiter de la question. art. Die Ansichten der Hellenen iiber den Nordrand der Oikoumene vor Pytheas : Rhipaien und Hyperboreer. A. 1912. cité à n. en particulier Diodore nous a conservé une longue description du pays empruntée à cet ouvrage (II. où il racontait l'histoire . Oxford . Milan. Aristeas of Proconnesus.. parlé d'"une année sortie de chez les Hyperboréens".. 93. effectivement placée au nord de la Gaule et qui avait une imporance toute particulière pour la religion des druides92.24.de ce maître de sagesse issu des pays du nord.44 - res9i. 92. RE. Voir dans ce sens les remarques de G.. I druidi. Zecchini. 47 = F 2). Bolton. il est probable que c'est chez lui qu'Hécatée a trouvé la définition celtique des Hyperboréens93. . au cours de ses voyages. Par là 91. Wikén. 157-8. 1962. La dépendance du Sur les Hyperboréens d'Hécatée d'Abdère par rapport à YAbaris d'Héraclide du Pont a été envisagée par J. Zecchini. il avait. 1984. Pour les fragments de l'oeuvre. nous l'avons vu. Nilsson. il s'agissait des Gaulois. p. ces derniers émergeant alors à peine à l'horizon des Grecs. / druidi e l'opposizione dei Celti a Rotna. c. Dans le passage où il évoquait la prise de Rome par les Gaulois.ou la légende. p. et. 94. Cette fois il ne s'agit plus d'un pur jeu d'imagination : il est assez probable que cette île n'est autre que la Bretagne. Données dans Dâlbritz.ll. p. On peut donc penser que. s. qui aurait.que les Grecs commencent alors à découvrir. si Silénos songeait à un peuple donné lorsqu'il faisait intervenir les Hyperboréens dans les aventures romaines d'Héraklès. P. voir F. peut tenir sans plus au fait que. FGH 264 F 2-14. étant donné l'importance qui a été la sienne du fait de sa position dans l'Académie. p. p. songe à l'influence de milieux pythagoriciens d'Italie (intéressés à la figure d'Abaris).D.P. Il a été précédé par un personnage auquel nous avons déjà eu à nous intéresser : Héraclide du Pont. 94. L'insertion dans ce contexte des Hyperboréens. mais connue (E.476. Herakleides. . été en contact avec Pythagore94.22-3. 1939. Il faut plutôt penser à son Abaris. dans Mélanges M. G. 8.v. à la place des Celtes. Il identifiait donc déjà les deux notions. Cependant Hécatée d'Abdère n'a pas été pas le premier à proposer ce rapprochement des Hyperboréens et des Gaulois. il pouvait paraître indiqué de les identifier à une notion certes légendaire. 547). Fraschetti. Jacoby. Le mythe des Hyperboréens rejoint la réalité des Celtes .

45 - sa présentation de la geste héracléenne rejoindrait ce que nous avons constaté au niveau de la littérature syracusaine du temps de Denys : elle aurait introduit les Celtes dans le passé de Rome. Après la défaite finale. 1970.228. Ce témoin direct était effectivement à même de raconter la campagne. Pour comprendre ce que pouvaient signifier pour cet auteur un tel appel aux Gaulois à propos de Rome et leur mise en relation avec la légende d'Hérakles. 49 = FGH 175 T 3. Vie et mort de Carthage. à justifier des droits de ceux-ci sur le sol latin. . 1. après la prise de Sagonte. Voir Hannibal.pour être informé de détails le concernant personnellement. Paris. il nous faut nous interroger sur sa personnalité et sur le sens de son oeuvre. Mais les raisons ne peuvent assurément pas être les mêmes que celles qui avaient joué en milieu syracusain au début du IVème siècle . chez l'historien d'Hannibal. et Silénos. p. L'expression est de G. et surtout de fournir des informations de première main sur la vision carthaginoise des événements . Picard et C. comme le Spartiate Sosylos. . 96. au jugement de Cicéron. Picard. On retrouverait donc. une vision gauloise de Rome et une orientation proceltique analogues à celles que nous avons rencontrées dans l'entourage du tyran sicilien. La personnalité de Silénos Le Grec de Sicile Silénos. ni ne voulait faire. relata les faits "avec le plus grand soin"96. tous deux "l'accompagnèrent dans son camp et vécurent en sa compagnie tant que la Fortune le permit"95. en Espagne.-C. ils se firent les historiens de ce qu'ils avaient vécu. avait participé à l'expédition d'Hannibal . dans le cas de Silénos. de la valeur propre de la référence héracléenne avec laquelle se combine l'allusion aux Hyperboréens. 97. 3 = FGH 175 T 2 = FGH 176 T 1. La référence aux Hyperboréens aurait donc elle aussi visé à établir un lien.ce que bien évidemment la tradition romaine ne pouvait. 13. et lui confier la mission d'être une sorte de "fléau de Dieu" pour l'Italie : il lui 95.d'autant plus qu'il faut tenir compte. entre ces barbares du nord et VUrbs. Il semble avoir été assez proche du chef punique . C'est à lui en tout cas que remonte la tradition sur le songe qu'Hannibal aurait eu au début de la guerre. Il aurait vu en rêve Jupiter l'appeler à son conseil. Voir De la divination. inattendu. aux dires de Cornélius Nepos.peut-être avait-il joué le rôle d'un officier d'état-major97 .

Voir K. le. Annibale in Sileno. qui montre Hannibal désobéissant aux dieux. . Sosylos ou d'autres historiens grecs analogues qui ont 98. Valère- Maxime. 16. Mais c'est chez Silénos que les auteurs ultérieurs ont trouvé le motif . dans le passage qui nous occupe. Forschungen zu Hannibal. Seibert. III. Jacoby. 163-213. comm. 5-9. apercevant alors le monstre. Studi di storia annibalica. le motif est repris par Tite-Live. G. 22).et nous verrons que. Après Coelius.600. 1971. Jacoby se fonde sur la fin du F 2. 1984. J. Silius Italicus. mais contestable (F. 20. 188). sous la conduite d'un guide divin. sert à rendre compte de l'échec final : mais elle ne peut pas remonter à la présentation faite par Silénos (dans ce sens.3-9. XXI. p. p. FGH 175. = FGH 175 F 2. D'ailleurs il convient de rappeler l'impact qu'a eu à Rome l'oeuvre de Silénos. Maia. 56. Faenza. Polybe y fait allusion lorsqu'il critique ceux qui prétendent qu'Hannibal a été guidé par une divinité lorsqu'il est passé par les Alpes (III. avec raison.quitte. XIII. C'est certainement à lui qu'il faut attribuer la fin de l'histoire telle que la présente Cicéron : malgré l'interdiction que lui en a faite son divin guide. Forschungen zu Hannibal. qui se réfère lui-même à Silénos. p. L'orateur rapporte la tradition d'après l'annaliste romain Coelius Antipater. 1993. 100. 99. 1. Voir Cicéron. Silénos était donc particulièrement bien placé pour présenter cette guerre d'une manière favorable aux Carthaginois. Brizzi. avec des variantes qui sont analysées par J. Dion Cassius. Silénos reflète fidèlement un thème de la propagande carthaginoise. Mais cette idée d'un observateur objectif et impartial est sans aucun doute à rejeter101 .26. 22. n. 7. Sans doute a-t-on parfois estimé qu'il offrait "un récit historique neutre".188-190.. elles correspondent à une tendance ancienne. n'a rien d'un "écrit de propagande"100. Seibert. qui est dû à une adjonction de Coelius).46 - aurait enjoint de marcher vers l'Italie. à en infléchir la signification dans un sens négatif". p. montrant par là qu'il se considérait comme investi d'une mission divine. 23. Nous empruntons ces expressions à F. Meister. . Cette fin. Dannstadt. et il est certain que son oeuvre. 12. Silénos n'a certainement pas inventé cette vision nocturne du général carthaginois : celui-ci a dû en faire état au début de la campagne. 47-48). J. tandis que s'avançait à sa suite un énorme dragon qui semait mort et dévastation sur son passage98. 101. Déjà Coelius déforme le récit primitif. VIII. Hannibal ne peut s'empêcher de se retourner. p. 9 (= Zonaras. dans la présentation qu'en font les auteurs latins. p. Seibert. I. bien informée.

5) cite. Pline. de ces six fragments. en même temps que Sosylos (FGH 176 T 3). directement ou indirectement.. Si celle-ci a été rédigée d'abord en grec. 7 (172) = FGH 175 F 9.Namur. Polybe (III. 120 = FGH 175 F 7 : "Gadès. Nous connaissons l'oeuvre de l'historien sicilien par neuf fragments. Paris . cultes et mythes de l'Héraclès tyrien en Méditerranée. sur des "unbesummte Hannibalhistoriker". Héraklès. Mais c'est aussi le cas du fragment tiré de Strabon qui décrit une particularité remarquable du célèbre sanctuaire d'Hérakles à Gadès : on y voyait une fontaine dont le régime variait en fonction inverse de la marée104. p. un Chairéas. Or il est remarquable que. 105. Strabon. 47 - raconté la geste d'Hannibal102. C'est le cas du passage que nous étudions. dont six se rapportent à son histoire d'Hannibal103. 103.203-230. Mais on peut très vraisemblablement y reconnaître Héraklès (ou si l'on préfère 102. Ces écrits. c'est parce qu'elle était destinée aux Hellènes. 1989. et les quatre fragments restants relèvent certainement de cet ouvrage : les fragments F 6. Les fragments F 1 et 2 sont expressément référés à l'histoire d'Hannibal. 1). Car la divinité que Jupiter désigne comme guide du chef punique n'est pas nommée. Héraklès aux portes du soir. Les fragments F 3. 5. p. voir aussi FGH 180 (= Polybe. ne sont pas sans rapport avec l'émergence d'une historiographie romaine. Silénos a certainement parlé de Gadès à cause de ce sanctuaire et de la visite qu'y fit Hannibal au début de hostilités. Studia Phoenicia. et visait à contrebalancer l'image défavorable pour les Romains que répandaient les milieux procarthaginois. Enfin un dernier fragment doit être compté dans ce nombre : celui relatif au songe d'Hannibal. III.Annequin. III. et le succès qu'ils ont connu auprès du public hellénique. Et on peut ajouter le court passage de YHistoire naturelle de Pline l'Ancien. 5. se rapportent à un ouvrage consacré à l'histoire de la Sicile.Besançon. Sur le sanctuaire gaditain de Melqart. par ailleurs inconnu (FGH 177). qui traite de la venue du héros sur le site de Rome. identifié avec le héros grec. . 104. où Gadès est évoquée105 : comme nous allons le voir. Jourdain. . 4. 20. avec Fabius Pictor et Cincius Alimentus. voir C. 1988. Bonnet. Melqart. quatre concernent. 1.l 19-127. C. Louvain . et le fragment F 8 (qui nous occupe ici) traite de Rome. On ne peut trouver meilleure preuve de ce que la présentation des faits chez des auteurs comme Silénos était orientée dans un sens philopunique.est appelée Aphrodisias par Timée et Silénos". 7 et 9 concernent des faits espagnols. IV. 6.

Brizzi. 106. et Hannibal lui-même. pour la plupart de ses compatriotes. C. 4. . J. Studia Phoenicia. p. 186-7 (avec rejet justifié d'une identification avec Hermès). Silius développe longuement l'épisode dans son épopée des Punica (III.Melqart106). Annibale : esperienze. Pour le Barcide. ainsi que l'ont proposé G.83. punique et grec. Brizzi. Seibert. Voir G. entre le général punique et le héros vainqueur de monstres. Cette présence d'Hérakles ne tient probablement pas seulement au hasard de la transmission des fragments.Annequin. mais les colonnes d'Hercule. Car si Silénos a parlé de cette ville d'Espagne. avec n. ce ne peut être qu'à l'occasion du voeu qu'Hannibal y a formulé en 219. dans la vision que les Carthaginois. A son habitude. à un moment crucial pour lui. Namur. 43. au moment du départ de son armée vers l'Italie. 107. à son époque. et. Seibert107. oggi. sont réunis dans le sanctuaire. p. p. par-delà. 108. étroit et voulu. XXI. prospettive. dans Religio Phoenicia. 21. Il devait en aller de même.237-8. 1994 (1995). Jourdain.181. Brizzi. le Barcide s'est rendu en ce lieu après la prise de Sagonte et y a prononcé un voeu solennel108 : on a insisté à juste titre sur l'importance que devait avoir pour lui cette démarche. Forschungen zu Hannibal. On le décèle nettement pour les deux fragments relatifs à Gadès. W.48 Héraklès . . domani.66-70. Elle répond à une présence effectivement importante du héros dans l'oeuvre de Silénos. on pourra se reporter maintenant à C. 1986. Tite-Live souligne ce point dans le discours qu'il prête à Hannibal en XXI. Bonnet. dans / Fenici : ieri. Huss et J. 9. Melqart. c'est qu'il jugeait essentiel de mettre ainsi son entreprise sous le patronage d'Hérakles. non sa base de départ. Rome. Huss. Studi di storia annibalica. avec bibliographie et discussion des positions en présence). W. 1-213). Les deux aspects. l'alliance des deux est en accord avec la double culture qu'il convient certainement de reconnaître chez Hannibal (voir les justes remarques de G. et de lui poser comme point d'origine. également. Hannibal und die Religion. d'où le héros avait commencé sa marche de retour depuis les limites occidentales de l'univers109. riflessioni. p. Sur la geste occidentale d'Hérakles. Tite-Live. et à l'image qu'ils ont voulu en donner. Tite-Live le précise bien. p. 13. Il a existé un rapport. S'il l'a fait. 109.92. la mythologie d'Hérakles à laquelle il a eu recours n'était pas une donnée étrangère. qui l'obligeait à effectuer un voyage de plus de mille kilomètres depuis Sagonte. Héraklès aux portes du soir. ont eue de leur expédition.

Knapp. Bruxelles. 11. 1941. 54. Suppl. sur les monnaies qu'ils ont émises en Espagne. depuis les extrémités du monde occidental. 1983. Nicolet. Puisque cette histoire remonte en dernier lieu à un événement vécu par Hannibal et raconté par lui110. Huss. 106-11 (voyant surtout en Hannibal un rationaliste usant consciemment de la religion au service de ses desseins). R. II.103-122. La référence au modèle d'Hérakles correspond à une tradition bien ancrée dans la famille des Barcides. on ne saurait en minimiser l'importance pour le sens qu'elle permet de donner à l'expédition. la Gaule. Punie Coins of Spain and their Bearing on Republic Séries. Sznycer. Le déclenchement des hostilités contre Rome. R. Mattingly. Ses membres ont. Rome and the "Road of Héraclès". F. 59-69. Nous n'avons pas besoin de rentrer ici dans la discussion relative à la sincérité d'Hannibal en matière de religion. il convient d'y faire intervenir Héraklès.223-238 (accordant une religiosité sincère au chef punique) et de G Brizzi. sous l'apparence du héros à la peau de lion112. dans Hommages à A. Studi di storia annibalica. dans Rome et la conquête du monde méditerranéen. n'était que la reproduction de la marche du héros. 112. p. telle que la concevait le principal intéressé. Carthage et la civilisation punique.57-73.49 - La même mise en parallèle du demi-dieu et du chef punique s'exprime à travers le songe relaté par Cicéron .31-53.si du moins. cité à n. p. art. et l'entre- 110. Le chef carthaginois et ses troupes s'avançaient par la "voie héracléenne". choisi de se faire représenter. voir N. TAPhA. Villalonga. L'interprétation de ces monnaies a fait couler beaucoup d'encre. 1956. 1978. p. Robinson. L.107. M. Sur la question de la voie héracléenne.ex. Paris. Oxford.S. J. 111. 1962.566). Son trajet. et la thèse que nous suivons ici n'a pas été acceptée par tous les savants (contra. on verra les positions différentes de W. ramenant des bords de l'Océan les boeufs de Géryon après ses exploits réalisés à la limite même de l'univers. p. La genèse d'un empire. arqueologia. La via heraclea en el occidente : mito. . semble-t-il. à travers l'Espagne. Diez anos de novedades en la numismatica hispano-cartaginesa. 72. p. dans Essays in Roman Coinage Presented to H. sous la direction de C. 1973-1983. Emerita. Or elle revient à affirmer que l'armée suivait la voie ttacée par le petit-fils d'Alcée. De Witt. 264-27 av. RSF.9-29.J. historia. puis par les Alpes jusqu'en Italie. Dion.C. Dans le sens adopté ici. se posaient comme répétant la marche glorieuse du héros et de ses compagnons111.-C. 1986. propaganda. p.527-543. . La voie héracléenne et l'itinéraire transalpin d'Hannibal. p. p.G. comme nous le croyons. dans Studi di numismatica. Grenier.

1989. ce qui se réfère au fils d'Alcmène114. Timagene di Alessandria. dont on prétendait retrouver le souvenir dans l'appellation d'" Alpes Poenines"115. Silius Italicus. 136-7. p. 4-5. strategia e immagine. dans Studi annibalici. 195- 207. p. Cartagine e altri scritti. Darmstadt. p. 42. W. cf. Dans ce franchissement de la barrière montagneuse G. Hannibal as Alexander. Brizzi. Tite-Live. 1961 (Cortone. D.788-793).Sassari. voir p. Il n'est pas surprenant de constater que Cornélius Nepos. 1974. n. dit de lui son adversaire romain Scipion.-C. Hannibal. Huss. 1. 115. Paris.53-55. Ozieri . A.Tuoro . A la "voie d'Hercule" ouverte par le Grec fait pendant un nouveau passage. 30. Voir Cornélius. IV. X. FGH 88 F 14). II. p. Annibale. 54. range au nombre des fables la tradition sur le franchissement des Alpes par Héraklès . 123.9-13. 3. cf. 1964). Christ. 513-5. W. XV. uno storico ellenocentrico e filobarbaro. Bonnet. G. ne parle que du passage d'Hannibal. Picard. 4. G. Ammien Marcellin. 7. 34. Hercule. Voir Silius. Le. dans Carcopino. C. ANRW. 1982.l 11-128). 1940.224-7. V. 1967. Cortone . 113. 1983. 13. Sordi. The Ancient World.46-7. Brizzi. Tite-Live. p. Le portrait d'Hannibal : hypothèse nouvelle. cité supra. Pline. Dion.77. Carcopino. Picard. 1.-C. dans le discours que lui prête Tite-Live avant la bataille de la Trébie en 218113. Le modèle héracléen peut se combiner avec celui d'Alexandre (J. se référant aussi au modèle d'Hérakles. Gagé. . III.425-438. et Carcopino. et IV. Cartagine e Annibale in un célèbre "profilo".Pérouse. Pline. 4-5. également Tite-Live. Melqart et les Romains à Gadès. dans un passage où il parle du Gaulois Bellovèse et des invasions celtiques en Italie mais où le souvenir d'Hannibal est présent (V. Servius. 10. p. Melqart. Cartagine ed altri scritti.ex. p. 6). XXI. art. p. Le passage des Alpes fournissait un terrain d'application privilégié de cette imitatio Herculis : le franchissement de la chaîne par le héros était un de exploits les plus illustres de son retour vers la Grèce.50 - prise en direction de l'Italie se sont donc alignés d'une manière naturelle sur le précédent héracléen : "Il se présente lui-même comme émule d'Hercule". Città del Castello. G.232-3. Problème um Hannibal. ouvert par le chef punique. 114.ce qui rentre dans une polémique visant le chef carthaginois (comme cela a été très bien montré par M. p. p. 38 .107. 1984. Pline l'Ancien associent à ce propos les noms d'Hannibal et d'Hérakles. REA. Silius. ou que Dion Cassius parle du Carthaginois comme du premier des "non- Européens" à avoir franchi les Alpes. Silius Italicus. J. 47. II. p. Breckenridge. commentaire à YEnéide. Hannibal. Sur la question en général. 10 et 11 (se fondant sur Timagene.

Il est précisé qu 'Héraklès rend possible le passage d'armées : il assure la sécurité du franchissement des Alpes en châtiant . . Ce rôle est particulièrement mis en relief pour l'Italie dans le passage des Antiquités romaines que Denys d'Halicarnasse consacre au héros. 120.-M.. à cette époque. IV. Héraklès en Italie d'après Denys d'Halicarnasse (A. 116. Son rôle de "tueur de monstres" se double d'une mission civilisatrice. de volonté de s'égaler aux dieux .R. BAB. 1972. Melqart.252- 275. 60.34-59. p. Mais l'Alcide. 118. Voir la présentation de la légende que faisait Timagene. 19. aussi Diodore.et porte en germe l'échec final. 9 (= FGH 88 F 2). de la civilisation sur la barbarie et cette signification est soulignée vis-à-vis des peuples dont ses voyages l'ont amené à parcourir le territoire. Ce double aspect d'Hé ra- (mais l'historien refuse la tradition sur Héraklès et s'oppose à l'explication du nom des Alpes Poenines en référence aux Puniques). et surtout C. et a certainement été affirmée comme telle par Hannibal116. Qu'un chef de guerre comme le Barcide prenne pour modèle le héros guerrier qu'est Héraklès peut paraître assez normal. Athenaeum. 117. La question a été étudiée par P. passim. permettant le passage des voyageurs et des marchandises120. qui a été conservée par Ammien Marcellin. cf. sur laquelle il est de plus en plus insisté117. Son triomphe est celui de la culture sur la nature sauvage. héros voyageur et civilisateur. L'ennemi romain a pu donner de cette imitation une interprétation négative : chez Silius Italicus le choix par Hannibal d'une route autre que celle suivie par Héraklès est interprété comme une marque de démesure. On se reportera à l'article de L. Bonnet. 119. Il introduit la justice et l'équité chez les barbares. Diodore. Jourdain-Annequin. I.51 - qui séparait l'Italie des pays du nord. IV. XV. Le passage des Alpes aussi se voit lié à cette mission : chez Diodore l'épisode prend la signification de l'ouverture d'une voie de communication. Martin. p. 1974. Il s'est déjà auparavant manifesté en Espagne et en Gaule : il aurait délivré les deux pays de leurs "cruels tyrans" Géryon et Tauriscus. 50. introduisant la civilisation en ces contrées barbares119.233-4. notamment dans la version evhémériste qu'il fournit118. Héraklès aux portes du soir. 34-44). p. l'imitation d'Hérakles est patente. Héraklès. Lacroix. n'est plus perçu seulement comme le héros fort qui vainct tous les adversaires qu'il rencontre. en les débarrassant de leurs mauvais rois. Voir également C. 19.

Comme le héros de Tirynthe avant lui. 122. et il ne laissa personne d'invaincu. et le menait précisément à Rome. Vimitatio Herculis joue toujours : ce geste proclame à la face du monde . avec ses cavaliers. pour une étude générale de la signification de la référence à Héraklès vis-à-vis de Rome en cette période. il se heurta à tous les indigènes. Héraclès. Il arriva aux Alpes.111-132. Piccaluga. guerrier mais aussi pacificateur. 3. faire comme le fils d'Alcmène qui. il ait choisi de se rendre. Rome. XXI. les brigands "qui avaient coutume de piller et massacrer les troupes qui les traversaient" . voir G. et fit en sorte qu'un éléphant tout équipé pût aller là où auparavant c'est à peine si un homme sans armes pouvait se glisser". Hannibal. 10. et. il ouvre la voie des Alpes en s'imposant par la force aux sauvages montagnards.qui rappelle le précédent d'Hérakles . jusqu'aux murs de VUrbs. 31. Il n'est assurément pas fortuit que. Tite-Live. Melqart e la penisola iberica. dans Minutai. 3. rendit ces lieux accessibles.souligne que le chef carthaginois a rendu accessibles ces lieux hostiles. s'avançant jusqu'aux bords du Tibre. Hannibal. Mais le Barcide agit également en arbitre et en conciliateur : il règle une querelle dynastique chez les Allobroges121. lorsqu'en 211 encore ses troupes s'avanceront. 123. Cornélius Nepos. et y a ouvert une route pour ses successeurs122.ce qui évoque Hannibal (et Bellovèse). Elle se poursuivait en Italie. se retrouve dans la présentation de la marche d'Hannibal vers l'Italie. en remportant la victoire. Mais Cornélius Nepos . va suivre l'exemple de son modèle héroïque. . cette chaîne qui sépare l'Italie de la Gaule. Certes elle comporte bien des épisodes guerriers. auprès du temple d'Hercule à la porte Colline123. pour la seconde fois. vainqueur de Cacus. XXVI. Tite-Live. . 121. que personne avant lui n'avait franchie avec une armée si ce n'est le Grec Hercule (ce qui fait qu'on conserve aujourd'hui le nom de "passage grec"). avait purgé les lieux des brigands qui les infestaient. organisa les voies de passage.et des Romains - qu'Hannibal. émule d'Hérakles. 3-4 : "Partout où il passa. p. il vainquit les peuples des Alpes qui cherchaient à l'empêcher de traverser. 1979.52 - klès. et Rome La mission d"'émule d'Hercule" qui était dévolue à Hannibal ne s'achevait pas une fois les Alpes franchies.

97). C'est pourtant elle qui va donner son nom à la plus authentiquement romaine des collines de VUrbs.63. à éclairer un détail du cadre géographique de la campagne. que cet exploit avait révélée. il ne convient certainement pas d'y voir un simple souci d'érudition. n. en liaison avec Héraklès. et le sens qu'il donnait au modèle héracléen. sa présentation prend sciemment le contrepied de la légende courante. cités supra. c'était donc bien à Rome. . révèle le but que le Punique assignait à la marche de son armée. art. en abattant Cacus. Et s'il entre en rapport avec quelqu'un sur l'emplacement de la future Rome. cette étrangère venue du nord. p. Non seulement il y était apparu dans la plénitude de son rôle de vainqueur de brigands. S'il était un lieu où l'identification du chef punique avec le demi-dieu grec devait se manifester. n. Le Palatin est justement le lieu où Héraklès a triomphé de Cacus. 60 (Hesperia. Il allait à son tour débarrasser le Palatin. l'éponyme Latinus. et le Latium tout entier se voit rapporté à elle. qui fait intervenir des figures indigènes.24. Etant donné ce qui apparaît de l'importance de la référence héracléenne pour la manière dont Hannibal présentait son expédition. à travers son fils. 124. le Palatin sur lequel le fondateur Romulus avait établi sa première cité. Coppola. mais c'est là qu'avait été proclamée pour la première fois sa divinité. et de la geste du héros dans son ensemble. Mastrocinque.lll). pour y installer ceux qui pouvaient vraiment se réclamer d'Hérakles. Ce point a été justement relevé par A. Romolo. Silénos ne mettait en effet nullement en relation les épony- mes du Palatin et du Latium avec la population locale. Braccesi et A. Nous l'avons vu. On voit l'intérêt que prend dans ces conditions le fragment de Silénos sur le nom du Palatin124. p. Il n'y a donc plus chez lui de relation positive entre les habitants des lieux et Héraklès : il semblerait que le seul occupant du site auquel il ait eu affaire ait été le cruel Cacus. une précision destinée.49 (p. Ce but de guerre répondait à la logique de la référence légendaire : Rome avait été aussi une étape essentielle du trajet d'Hérakles. et le Latium tout entier. sans plus. 3. méritant ainsi d'être proclamé dieu. L'attention portée au Palatin. qui ne pouvait être que Rome. et L. qui l'a accompagné depuis la Gaule. c'est avec Palantho. 53 Cette perspective héracléenne dans laquelle le Carthaginois avait inscrit sa marche depuis l'Espagne jusqu'à l'Italie culminait en effet sur l'étape ultime. respectivement n. des brigands qui l'occupaient.

pour qui il était immédiatement compréhensible . à la différence de ceux-ci. une référence favorable aux Gaulois. Celle-ci répond à la présentation que le chef carthaginois donnait de son entreprise. désormais. ils sont assimilés à des monstres dont le chef punique. n.qui ne feraient.54 - L'importance de la référence celtique Cette histoire représente donc une véritable dépossession du Latium en général et du site de Rome en particulier vis-à-vis de ses habitants. dont il permettait de galvaniser les énergies en les mettant sous un patronage aussi prestigieux ! 125. nouvel Héraklès. le Palatin ou le Latium dans son ensemble. C'est à eux. qu'est rapportée l'explication de points essentiels de la toponymie locale. ce sont les Gaulois . Le modèle héracléen qu'il mettait en avant était destiné au public grec ou carthaginois. elle prend bien sûr ici son sens en fonction du contexte global de la deuxième guerre punique dans lequel il faut comprendre la doctrine de Silénos. que retrouver des lieux qui leur doivent leur nom. au héros montre que.119).à travers la figure de la fille du roi Hyperboréos . Or c'était justement ce qui était en train de se passer avec l'expédition d'Hannibal. Ce qui implique. le petit-fils d'Alcée a gagné ce pays à la civilisation. Car si cette valorisation de l'élément gaulois en relation avec Rome rappelle ce que nous avons vu avec les élaborations syracusaines de l'époque de Denys. en liaison avec le héros grec. Les indigènes ne sont plus à comprendre qu'à l'image du brigand cruel que le héros à la massue a vaincu en ces lieux. Sa position d'otage remise par son père.et on peut penser qu'il était destiné avant tout à ses soldats. Il lui fait allégeance . . s'il est un peuple qui mérite d'occuper le sol de Rome.un peu à la manière du Faunus de la légende latine -. l'éponyme des Hyperboréens n'est certainement pas à poser comme un personnage négatif. pour le présent. en y revenant. Mais. avec la jeune fille hyperboréenne. va bientôt triompher. . Et leur intervention . le souverain local. que. on retrouve. On retrouve le motif des rois indigènes rencontrés par le héros pour le Géryon et le Tauriscus de Timagene (voir supra. qu'il est devenu digne d'assumer un rôle positif dans son entreprise125. Autrement dit. A l'inverse. ce qui n'exclut pas nécessairement une opposition initiale d'où il serait sorti vaincu. un monstre que le héros doit châtier.répond parfaitement au rôle civilisateur dévolu à Héraklès lors de son voyage de retour depuis l'extrême-Occident.

à l'époque d'Auguste.que ce passage de Silénos. Sordi citée supra.et non simplement superposées. M. Mais c'est le recours chez Silénos à une éponyme du Palatin venue du nord en compagnie d'Héraklès qui nous permet peut-être le mieux de saisir concrètement l'effort de propagande qui a dû alors se faire jour. L'invasion gauloise de 390. la référence au héros fort et celle aux Gaulois se sont combinées . mais aussi celui de Bellovèse.au reste nombreux . l'exemple des bandes de Brennus qui ont pris Rome. Cela s'est accompagné de toute une propagande à leur égard . 128. Sordi a bien dégagé le fait que le franchissement de la chaîne par Hannibal. Voir Tite-Live. On le voit par cette histoire. avec l'étude de M.II visait sans doute aussi les Italiens. la seule occasion où un ennemi était parvenu à franchir les murailles de YUrbs et à en occuper le sol. 34. La référence celtique s'est ainsi superposée à la référence héracléenne dans la présentation de cet exploit essentiel qu'a été le passage des Alpes. Ce rappel du précédent celtique n'est pas dû à une élaboration tardive127 : il doit remonter à Hannibal lui- même. Tite-Live. Tite-Live ne semble pas trahir la réalité des faits lorsqu'il fait évoquer par le chef punique. reproduisait non seulement le modèle d'Héraklès. avant le passage des Alpes. . Mais il faut également tenir compte des Celtes : ils ont été un élément non négligeable du conflit. 30.que ce soit en Gaule propre ou en Cisalpine -. Sordi s'est intéressée à la présentation des faits au niveau de Timagène. et Hannibal a développé une activité diplomatique intense pour s'appuyer sur eux . était de nature à enflammer l'ardeur de l'armée punique. M. 10. le posant comme modèle pour ses propres soldats128. V. tel qu'il apparaissait dans une historiographie grecque hostile à Rome contre laquelle polémique Tite-Live. le chef qui avait jadis mené les Gaulois à l'attaque de l'Italie126.comme l'atteste précisément notre fragment de Silénos.l 14. XXI. avec la place qui y est dévolue aux Hyperborécns. n. Mais celui-ci suit certainement une tradition ancienne . concernés au premier chef par cette mythologie sur la venue du héros de Tirynthe dans la péninsule. pour les gagner à sa cause et les détacher de l'alliance romaine. comme c'était le cas pour le double 126. paraît refléter. et non d'ailleurs des seuls éléments gaulois .qu'elle comptait dans ses rangs. 127. Ils ont fourni des contingents nombreux à l'aimée d'invasion. Dans son article. mais dont on a d'autres indices.

avec à sa tête un chef en qui elle pouvait reconnaître un nouvel Héraklès. accompagné de la fille d'Hyperboréos. en s'avançant jusqu'à Rome.56 - passage des Alpes. La signification que devait prendre la légende de Palantho pour les troupes que menait Hannibal est claire : en franchissant les Alpes. l'armée allait reproduire les exploits jadis accomplis par le héros. . elle allait y revendiquer ce qui apparaissait comme son héritage légitime. un pays dont les occupants d'alors. . En se fixant comme objectifs le Latium qui devait son nom au fils né de cette union et le Palatin qui perpétuait le souvenir de la jeune femme venue du nord qu'avait aimée le fils d'Alcmène. les Romains qu'elle s'apprêtait à affronter. en pénétrant en Italie. n'étaient que des brigands qu'il convenait de mettre à la raison comme jadis Héraklès l'avait fait pour Cacus. celui d'Héraklès et celui de Bellovèse.

J. en particulier des frises qui surmontent les panneaux figuratifs. J. Ricerche sulle pitture délia tomba François di Vulci : i fregi decorativi.1.-C. venant assister au cruel sacrifice humain accompli en son honneur.-C.-C. dont l'ombre est figurée sur la peinture étrusque. Cristofani. elles figurent en bonne place dans tous les ouvrages qui lui sont consacrés. dans le cadre de fouilles qu'il avait entreprises sur le site de Ponte Rotto. La plus célèbre de ces peintures est sans doute celle où est représentée une scène de Y Iliade plutôt dérangeante pour notre sensibilité moderne : la mise à mort de prisonniers troyens par Achille lors des funérailles de son compagnon Patrocle. autorisent à avancer avec une bonne sûreté une datation au troisième quart du IVème siècle av. allant jusqu'à y voir une oeuvre du 1er siècle av. Chapitre 2 ROME. p. On a longtemps hésité sur la date de ces peintures. L'étude fondamentale pour la datation est celle de M. Mais aujourd'hui une meilleure connaissance de la peinture étrusque. 1967. comptent parmi les réalisations les plus achevées de l'art pictural des anciens Toscans : c'est à juste titre que. 1. J. et une analyse précise des éléments secondaires du décor. 186-269. La composition d'ensemble est remarquable de simplicité et d'efficacité : au centre le héros grec se penche sur un captif assis à ses pieds et lui 1. le commissaire de la marine du grand-duché de Toscane Alessandro François découvrit une tombe qui depuis est connue sous le nom de "tombe François". où se trouvait une des nécropoles de la ville étrusque de Vulci. NOUVELLE TROIE CE QU'APPREND UNE TOMBE ETRUSQUE La tombe François En avril 1857. datables du troisième quart du IVème siècle av. depuis. Ce monument nous a livré une série de peintures pariétales qui. . DArch.

mais cette fois tiré du Le modèle originel correspond à ce que l'on sait par ailleurs de la peinture grecque du IVème siècle av. trahissent l'imitation d'un modèle de la grande peinture grecque2. Et les adjonctions dues à l'artiste toscan qui a repris ce modèle se laissent clairement déceler. Todesdâmonen und Totengôtter im vorhellenistischen Etrurien. Ajax fils de Télamon et un autre prisonnier troyen qui attend de subir le même sort que son compatriote à droite . démon masculin à la chair bleue et au nez crochu. Mais cet équilibre dans la composition. Sur les démons étrusques et leurs représentations. voir B. avec références et bibliographie. Autre épisode tout aussi brutal. . de Ruyt. la profondeur donnée à la représentation par la position oblique de la victime. 1985. 1. Rome. la manière dont meurtrier et victime échangent un dernier regard au moment où s'accomplit le geste fatal donnent à l'ensemble une intensité dramatique qui fait de cette peinture une des plus belles réussites de l'art étrusque. évoquée. par celle de démons. 1987. probablement. fils d'Oilée. et à droite un effrayant Charun. brandissant un énorme maillets.encadrent la scène centrale. ou encore le jeu des ombres. F. comme sur tant d'urnes funéraires étrusques. Quoi qu'il en soit. une Vanth aux ailes largement déployées. le fils d'Oilée).-C. J. et la présence de la mort. Ajax le petit. des groupes de deux personnages debout . celle de deux figures démoniaques : à gauche un démon féminin de la mort.-C. p. dans le catalogue de l'exposition Artigianato artistico in Etruria.208-12. une jambe fléchie et l'autre étendue. de part et d'autre.Agamemnon et l'ombre de Patrocle à gauche.58 - plonge son glaive dans la gorge tandis que. se fait d'autant plus obsédante. J. l'adjonction à droite d'un second groupe avec un héros grec amenant un captif troyen (il s'agit cette fois du second Ajax. Krauskopf. Ces adjonctions nuisent peut-être à l'équilibre de l'ensemble : mais la scène y gagne en expres ivité pathétique. 1934. Charun démon étrusque de la mort. On y voit une autre scène de violence empruntée au cycle troyen : la prophétesse Cassandre arrachée à l'autel auprès duquel elle s'est réfugiée par Ajax. Hartmann. cette scène est issue du répertoire hellénique. La convergence de l'attitude de tous vers la mise à mort qui se déroule au centre. Florence. . . Beaucoup d'autres éléments du décor de la tombe François renvoient également à la Grèce. sur le motif et sa diffusion. outre. . Milan. C'est à lui qu'est due. il semble encore fidèlement suivi sur une amphore apulienne à figures rouges de la seconde moitié du IVème siècle av.

Celui-ci se tient majestueusement debout. la victoire. Wiesbaden. Le chef étrusque s'apprête donc à prendre les auspices. l'accord obtenu des dieux par la prise d'auspices. 1968. en même temps que la cérémonie elle-même. et ce qu'il a permis. Vel Saties. de Vulci. S. qui semble issu du grec θρίαμβο? et passé en latin par l'intermédiaire de l'étrusque. les enfers helléniques ne sont pas oubliés : on voit .59 - cycle thébain : le duel mortel des deux frères ennemis Etéocle et Polynice lors de l'expédition des sept chefs argiens contre la capitale de la Béotie. . et à qui il va laisser prendre son envol. On y verra le souvenir d'un épisode de guerre. Dans cette profusion d'images effrayantes. De Simone. Phénix et Nestor. On a donc affaire à une représentation de nature historique - même si le mélange de la prise d'auspices et du triomphe montre qu'il ne s'agit pas d'une scène réaliste. Triumphus. Il s'agit certainement d'une bataille. Sur le triomphe et ses origines étrusques. Development and Meaning ofthe Roman Triumph. 141-2. vu l'état actuel de la fresque . connue pour Rome mais que les Romains ont empruntée.c'est-à-dire "le petit Arnth"-. Die griechischen Enîlehnungen im Etruskischen. il existe cependant des figures qui renvoient au monde étrusque. au cours de laquelle ce noble étrusque aura exercé le commandement des troupes de sa cité.Sisyphe portant son rocher ainsi que le devin Amphiaraos. drapé dans une toge somptueusement ornée de motifs représentant des personnages armés.ou plutôt devine. Leyde. des deux sages vieillards de l'armée des Achéens devant Troie. Mais la représentation mêle l'avant et l'après. Arnza . an Inquiry into the Origin. puisque nous sommes à Monterozzi. voir C. la tête ceinte d'une couronne de lauriers : c'est là la tenue du triomphateur. englouti dans les profondeurs de la terre au cours de l'expédition thébaine. . à interroger les dieux pour savoir s'ils donnent leur assentiment à ce qu'il est sur le point d'entreprendre. 1. A côté de cette imagerie grecque. Versnel. en pied et disposées de part et d'autre de la porte d'entrée d'une chambre latérale. 1970. Chacun connaît l'impressionnant portrait d'un noble étrusque. ou plus généralement italien. à leurs voisins toscans4. on se reportera à l'étude de H. Sur le mot. c'est-à-dire. Les seules figures qui apportent un peu de sérénité dans cet univers de meurtre et de mort sont celles. p. Mais Vel Saties n'est pas figuré dans le déroulement de son triomphe : il s'apprête à observer le pic que tient un esclave nain accroupi à ses pieds.

tout bébé. telle que la reflète par exemple Tite- Live. Elle est sans doute moins réussie d'un point de vue esthétique. esclave. 7. 5. Fastes. faisait du sixième roi de Rome le fils d'une captive de son prédécesseur. IV. 7. . Il faut dire que l'enfant aurait bénéficié. 6. sans le nom). 4. Tite-Live raconte que. La plupart des sources précisent le nom de cette servante. Aurelius Victor. 39. I. 100. V. XXXVI. Arnobe. 627-34. Ocresia6. tandis qu'il dormait. 70 (204). dès sa naissance.60 - La tombe offre une autre peinture à sujet "italien". et de devenir le successeur de Tarquin l'Ancien. 10 = 323 AD (et Questions romaines. ramenée lors de la prise de la ville latine de CorniculumS. le roi Tarquin l'aurait choisi comme gendre. VI. 1-2. prétendent que sa mère l'avait enfanté après s'être unie à un phallus surgi du feu du foyer du palais royal. Pline. et également de caractère historique. Denys d'Halicarnasse. et fut d'ailleurs saluée comme telle dès sa découverte. Devant de tels prodiges. et la reine Tanaquil l'aurait poussé sur le trône lors de la mort de son 5. On voyait dans cette origine servile l'explication du prénom Servius porté par le personnage. 223. 7. 39. . 6. 1. De la fortune des Romains. 10. 2. 627. où on reconnaissait un dérivé de servus. 2. Denys d'Halicarnasse. De la fortune des Romains. VII. Eutrope. La tradition romaine sur Servius Tullius La tradition romaine. I. XXXVI. Pline. Festus.-C. inscription CIL. III. IV. 182 L. L'humilité de sa naissance n'aurait pas empêché Servius de connaître un destin hors pair. elle était allé lui porter les offrandes requises pour le culte domestique». plus crues. sans le nom : Valère Maxime. Plutarque. Plutarque. commentaire à l'Enéide. Fastes. Ovide. 1668. de signes divins qui le qualifiaient comme étant digne du trône. Zonaras. 18. Des hommes illustres. II. Claude. D'autres sources. 70 (204). VI. et les conditions dans lesquelles le roi Servius Tullius a accédé au pouvoir. Tite-Live. 2. 8. mais est d'un intérêt documentaire capital. signes manifestes de l'élection divine du jeune enfant. Tarquin l'Ancien. J. 1-3. Ps. 683. 9. Servius. sa tête se trouva subitement entourée d'une auréole de flammes qui ne s'éteignit qu'à son réveil?. Car elle jette une lumière tout à fait inattendue sur les événements de la Rome du Vlème siècle av. alors qu'accomplissant son office. XIII. I. I. Table de Lyon. 9 . Tite-Live. Ovide.

rapportant dans ses Antiquités romaines l'histoire du phallus émergeant des flammes. Solin. II. le Grec Denys d'Halicarnasse ne cachait pas son scepticisme : c'était pour lui "une histoire fabuleuse. Cette légende apparaît déjà dans un fragment des Origines de Caton. Voir Vie de Romulus. les libri Praenestini). p. après avoir épousé Tullia. et déjà dans l'Antiquité le récit traditionnel de l'arrivée au pouvoir de Servius Tullius était apparu comme dépourvu de la moindre crédibilité historique. Dans ce cas le détail spécifique du phallus surgi du foyer n'apparaît pas : l'enfant est procréé par une étincelle jaillissant d'un feu. il tenait à s'en excuser "auprès des dieux et des démons". 1954. comme celles notées par G. . On a donc affaire à un type de légende bien caractérisé. Paul abrégeant Festus. Rituels indo-européens à Rome.suscitant ainsi. mais de celle d'une servante du roi d'Albe et d'un phallus apparu dans le feu du foyer du palais10 : c'est une application au cas du fondateur de Rome du type de récit que nous rencontrons dans le cas du sixième de ses rois. Tarquin le Superbe. 9. VII. si. II. elle est connue également par des allusions plus ou moins explicites dans Virgile. Paris. 10. à terme. 84. qui. ce récit est rapporté à un auteur grec par ailleurs inconnu. destiné à souligner la naissance d'un être exceptionnel. comme dans la version courante. qui suggéreraient l'existence d'un thème mythique indo- . On racontait une histoire analogue à propos du héros fondateur de Préneste. Mythographes du Vatican. devait assassiner son beau-père avec l'aide de sa femme et s'emparer ainsi du pouvoir. 38 L. qui sera le chef de la communauté. qui ne semble avoir rien de crédible". spécifiquement latin11. 38-9. conservé par le scholiaste de Vérone à l'Enéide. 1 . 2. Ce qui n'exclut pas par ailleurs des analogies plus lointaines. Caeculus9. fille de Servius. la jalousie meurtrière de son propre fils. Enéide. et. Promatliion (= FGH 817 F 1). 11. attesté en pays latin par plusieurs récits parallèles. 681 . Nous nageons bien sûr en pleine légende. Dumézil. VII.61 - époux . Nous sommes aujourd'hui sans doute mieux armés que ne l'étaient les Anciens pour analyser un tel récit : nous pouvons y reconnaître un motif légendaire courant. 678-681 (avec commentaire de Servius au vers 678). il se croyait obligé d'en faire état. la trouvant dans ses sources. Plutarque nous a même conservé une version archaïque de la légende de Romulus selon laquelle le futur fondateur de Rome et son jumeau Rémus seraient nés non de l'union de la Vestale Rhea Silvia et du dieu Mars. 9 (se référant à une source locale. Ainsi.

Rome. faite d'instabilité et d'événements violents. Mythe et pensée chez les Grecs. des circonstances qui ont amené à Rome des bandes armées conduites par deux chefs étrusques originaires de Vulci. mais d'y ménager l'accès de Servius Tullius ! En outre la présence à la tête de la cité de deux membres de la même dynastie des Tarquins. En effet. 1995. J. Le second l'aurait été par Tarquin le Superbe. la fin du Vllème siècle et le début du Vlème siècle représentent pour Rome une période de troubles. 133. I. On racontait que c'était la tête d'Aulus Vibenna qui avait été découverte sur le Capitule lorsqu'on avait creusé les fondations du temple de Jupiter Capitolin . et en bénéficiant. Capdeville. en conserve un certain souvenir.sont une reconstruction complaisante d'événements qui ont été infiniment moins pacifiques : Servius est très probablement parvenu au pouvoir en renversant son prédécesseur Tarquin. p. Nous entrevoyons quelque peu comment a dû vraiment se passer l'accession au trône de Servius Tullius. Volcanus. qui ne jouent aucun rôle dans le récit habituel de l'accession au pouvoir du roi Servius Tullius.3-154. avec d'autres considérations. selon des modalités qui ne sont pas exactement déterminables. les frères Vibenna. Egalement. Paris. Ces signes divins. puisque ce meurtre a pour effet. Sur le motif en général. Ainsi il admet que les rois Tarquin l'Ancien et Servius Tullius soient tous deux morts assassinés. 1974. .-P. malgré la déformation qu'il fait subir à la réalité.ce qui est absurde. et le premier par les fils de son prédécesseur. p. Le récit classique. Ancus Marcius . ces relations idylliques existant entre Servius et la famille des Tarquins . non de les faire parvenir au trône. on pourra maintenant se reporter à G.événement qui avait été interprété européen. l'Ancien et le Superbe. Ils ne sont cependant pas vraiment des inconnus pour la tradition romaine. Aulus et Caeles Vibenna. avec l'interruption marquée par le règne de l'étranger Servius Tullius risque fort de dissimuler le souvenir de l'éviction temporaire des membres de la famille régnante par un usuipateur. deux frères. . Nous avons fait allusion à ces autres personnages.62 - Légende et réalité dans la geste de Servius Tullius Ce schéma légendaire a été plaqué sur une réalité historique sensiblement différente. Vernant.à l'exclusion du seul "méchant" qu'est le Superbe .

Isidore. VIII. II. XIII. celui de "mont aux chênes". mons Querquetulanus15. 34. Festus. 7. Mommsen.v. Le nom de la colline était ainsi expliqué à partir du nom latin de la tête. 13. I. Sur l'histoire de cette tradition et les différentes modalités sous laquelle elle nous est parvenue. Son frère Caeles Vibenna avait une célébrité plus grande - ou tout au moins moins parcimonieusement attestée ! Une série de textes met son nom en rapport avec une autre des collines de Rome : le mont Caelius. Sur cette légende. 2 (4). 9. Min. commentaire à l'Enéide. caput. ou caput Auli. Καττιτώλιον. 15. La référence à Aulus Vibenna permettait de compléter l'explication : Capitolium viendrait non seulement de caput. 2. 1990. 65. Vie de Camille. 31. 1668) sur laquelle nous aurons à revenir. interpolateur de Servius. 2. Dans ce sens. Tacite. 68. XV. Denys d'Halicarnasse. qui lui devrait la dénomination sous laquelle il était connu à l'époque classique14 et qui aurait succédé à un plus ancien nom. 46. 36. p. Plutarque. Origines. Cette précision apparaît dans les allusions d'Arnobe. dont le second élément serait le génitif du prénom Aulus. le premier historien romain qui écrivit son oeuvre en grec au début du Ilème siècle av. 15-6. Denys. XXVIII. De la langue latine. 12. Pline. le.63 - comme un signe hautement favorable adressé par les dieux à la cité : elle serait la tête du monde12. J. 59-61. à une époque dont nos sources ne savent plus très bien s'il faut la situer sous le règne de Romulus ou sous celui de Tarquin l'Ancien ie. s. 345. On nous dit en effet que c'est là que s'étaient établis les soldats étrusques qu'il avait amenés à Rome. 38 L. Souda. Des hommes illustres. Vairon. Florus. mais de caput OH. 7. Martianus Capella. et non le seul Caeles. ce qui seul nous importe ici. également interpolateur de Servius. outre l'inscription de la table claudienne de Lyon {CIL.86-108. 486 L et abrégé de Paul. Vairon. allusions au prodige de la tête dans Vairon.) et dans la mention de la chronique de 354 (chronique de Vienne = Chron. III. éd. 31. . Voir Tacite. 8. Ps. VII. Aurelius Victor. 7 (se référant à des auteurs anciens. Festus est le seul à mentionner les deux frères.-C. I. 144) . De la langue latine. Denys d'Halicarnasse. VI. de ce qu'Aulus Vibenna était un personnage assez connu pour avoir pu s'imposer dans ce contexte. Et cet Aulus ne serait autre qu'Aulus Vibenna13. 14. 16. 4. le. comme Valerius Antias et même Fabius Pictor. voir notre article Le témoignage de Claude sur Mastarna-Servius Tullius. Zonaras. V. 38 . RBPh. 11. . Il est inutile de souligner l'inanité de l'étymologie proposée : elle témoigne au moins. Annales.. 223. IV. V. IV.

Capdeville. Festus et Tacite (mais celui-ci en faisant état d'une incertitude à ce sujet) évoquent Tarquin l'Ancien. Aucune de ces sources ne fait référence à Servius Tullius18. Il nous paraît très douteux qu'on puisse rétablir le nom de Macstarna. manque de précision sur le plan historique : mais le nom de Caeles Vibenna nous est ainsi parvenu non tant par des historiens que par des grammairiens. comme Varron ou l'érudit augustéen Verrius Flaccus qui a été la source du traité De la signification des mots de Festus. Rome.ex. table-ronde en l'honneur de M.48. Coarelli.7 : il faut tenir compte de l'isolement complet du témoignage de Claude. Denys d'Halicarnasse rapporte cette étymologie. . 18. Mais ce dernier était impliqué dans l'entreprise des deux frères vulciens19. D'ailleurs Tite-Live ne dit rien de ces frères Vibennai7. et ceci aussi sur d'autres points que la référence à Mastarna. légende et histoire. 19. Ces auteurs s'intéressaient non aux circonstances précises qui avaient mis ce Caeles Vibenna en rapport avec Rome. et donc de Servius Tullius. p. Pallottino. dans le max mutilé qui figure dans le texte de Festus (opinion courante suivie p. détail de type antiquaire glissé dans le corps de la narration.200). 7. Festus. Il s'agit chez lui d'une précision érudite. qu'il a emprunté à Claude. celle du seul Aulus.ce qui correspond à un report secondaire de la référence sous le règne du fondateur.alors que la réalité historique sous-jacente renvoie au règne de Tarquin l'Ancien -. dans l'histoire de la tradition). Pallottino. 486 L. En revanche il est très tentant de voir une allusion à Macstarna-Servius Tullius dans le servulus de Caeles Vibenna qui aurait tué Aulus Vibenna selon une restitution très probable du texte d'Arnobe. p. mais en la mettant en relation avec le règne de Romulus . Paris. De même si Tacite signale ce point. Voir notre article cité n. n. 1990 (Florence.64 - Cette référence. et non d'histoire proprement dite. portant sur un point de toponymie. mais par Paul situent les faits sous Romulus . on le voit. c'est à l'occasion d'un excursus érudit sur le nom du Caelius. VI. dans Gli Etruschi e Roma. Le nom de Servius Tullius. incontro di studio in onore di M. 17. par G. . précise l'origine vulcienne de Caeles et Aulus Vibenna et Arnobe. 7 (voir F. Nous l'apprenons non par un texte littéraire. dans La Rome des premiers temps. Il s'agit ici d'érudition.16. VI. 1992). On est dans le domaine des antiquaires : un tel souvenir a dû être transmis par d'autres canaux que ceux de l'annalistique. 1979 (1981). mais à l'explication que cela fournissait pour le nom du mons Caelius.

92-7 = Scripta varia. 1953. Heurgon. l'empereur .65 - un document épigraphique : la table claudienne de Lyon. ' reste Textecelle de cededocument P. cette tradition n'était pas romaine. Fabia. Voir à ce sujet J. 1986. p.contestée par l'aile conservatrice de l'assemblée .par des exemples de personnages d'origine étrangère admis dans la cité et y ayant joué un rôle positif. donné La table dans claudienne CIL. lui qui l'opposait à la forme classique de la tradition qu'il avait rapportée auparavant. La vocation étruscologique de l'empereur Claude. recevant ainsi un gentilice formé sur le nom de sa cité d'origine.précisait que Servius Tullius avait été en réalité un étranger. c'est-à-dire Lucius le Tarquinien. il aurait été un compagnon de Caeles Vibenna. En soi un changement de nom pour un étranger au moment où il est intégré dans la cité n'a rien d'étonnant : c'est ce que la tradition affirme de Tarquin l'Ancien.16). l'étude Lyon. XIII. p. fondamentale 1929. venu s'établir à Rome sous le règne de Tarquin l'Ancien avec les restes de l'armée de ce chef toscan22 et aurait pris dans cette cité le nom sous lequel il devait régner23. conforme au système onomastique romain. Cette version est totalement incompatible avec celle qui avait cours habituellement à Rome : l'empereur ne s'y trompait pas. un Etrusque du nom de Mastarna . Sa présentation des faits diffère par ailleurs de celle des autres auteurs en ce qu'il fait mourir Caeles en Etrurie avant qu'il ne vienne à Rome : tous ces témoignages présentent des différences sur des points de détail sur lesquelles il est inutile de nous attarder ici (voir pour une étude approfondie des diverses versions notre article cité n. recevant la citoyenneté romaine. de Lucius Tarquin. . Bruxelles. comme Denys) seraient venus se fixer sur cette colline. Soucieux d'appuyer sa proposition . Comme le soulignait le prince.dont on connaît le goût pour l'érudition. Claude retrouve ici l'explication du nom du mont Caelius par celui de Caeles Vibenna que nous avons rencontrée chez les grammairiens latins : les restes de l'année de ce Caeles (qu'il nomme Caelius. mais étrusque : il disait l'avoir trouvée chez les auteurs étrusques auxquelles sa passion pour l'étruscologie lui avait 20. cette magnifique plaque de bronze découverte dans l'ancienne capitale des Gaules où avait été reproduit le texte du discours par lequel l'empereur Claude avait convaincu en 47 le sénat d'admettre en son sein des notables gaulois20. et singulièrement en matière d'antiquités étrusques21 .de1668 Lyon. qui.427-32. 21. CRAI. 23. 22. aurait échangé son nom étrusque de Lucumon pour celui. . .

voir M. représentés sur une des parois de la tombe avec des didascalies qui en précisent le nom. Elle seule permet de savoir que l'accession au pouvoir de Servius Tullius s'est faite en liaison avec leurs entreprises. et ce Macstarna dont nous savons par Claude qu'il n'était autre que celui que les Romains connaissaient sous le nom de Servius Tullius25. . sur les frères Vibenna. les deux frères Vibenna. Claude donne une forme phonétiquement évoluée du nom.66 - permis d'avoir accès24. . 1987. p. dans catalogue de l'exposition La tomba François di Vulci. L'origine étrusque ultime de la tradition ne fait aucun doute et se voit confirmée d'une manière éclatante par le témoignage de la tombe François. Et c'est sans doute ce monument qui permet le mieux d'appréhender dans quelles circonstances exactes s'est fait. On retrouve en effet.sur lesquelles nous ignorons tout - ou s'il s'est reporté à un intermédiaire latin comme Verrius Flaccus. Cité du Vatican. Mais dans la tombe François ces personnages luttent contre des adversaires parmi lesquels figure en bonne place un "Cnaeus 24.225-233. sur ce nom et sa signification. dans la Rome du début du Vlème siècle. indépendamment du récit événementiel sur le règne des rois de Rome. Il fregio dei Vibenna e le sue implicazioni storiche. J. Ils apparaissent dans la fresque de la tombe François comme des compagnons d'armes : ce qui est en accord avec ce que nous apprend la table de Lyon sur les liens étroits ayant existé entre Caeles Vibenna et Mastarna-Servius Tullius. qui avait composé un ouvrage spécifique sur les "choses étrusques" (res Etruscae). Mais seule cette ttadition toscane permet d'insérer dans une histoire cohérente les vagues souvenirs que les Romains avaient conservés. Or cette même tradition présentée comme étrusque par l'empereur Claude en 47 avait fourni le sujet d'une des peintures à thème "italien" de la tombe François.-C. Pallottino. Caeles et Aulus. qui auraient appartenu tous deux au même groupe de guerriers professionnels. sous la direction de F. 25. La tombe François et l'histoire de Rome au Vlème siècle av. le passage du pouvoir d'un membre de la famille des Tarquins à cet étranger de basse extraction qu'était Servius Tullius. Mastarna . Buranelli. Il est d'importance secondaire pour nous de savoir si Claude a directement consulté des sources étrusques .

par leur ethnique : ainsi. il y aurait eu Rome. elle. la série de duels où s'affrontent à chaque fois un héros vulcien et un adversaire appartenant à une autre cité est présentée de manière unifonne (ennemi au moins incomplètement équipé vaincu par un membre de la troupe vulcienne). leurs ennemis sont désignés. 1965. les héros vulciens font face à un adversaire de Volsinies. mais on ne peut pas totalement exclure qu'on ait réuni en une même représentation plusieurs épisodes distincts (comme le fait remarquer F. c'est-à-dire un représentant de la famille des Tarquins qui régnait alors sur Rome. Roncalli. . Ils seraient. mais sans intention hostile : ils auraient offert leurs services comme mercenaires au roi de Rome. p. et c'était le cas en particulier de la version étrusque évoquée par l'empereur Claude.266-7). 1970. également J. Bruxelles. Les frères Vibenna et Macstarna sont liés à Vulci. tradition et histoire. Rome. présente les choses sous un jour bien différent : une guerre aurait mis aux prises la troupe des frères Vibenna. p. Nous avons vu que certaines sources (Varron.67 - Tarquin de Rome".212-8) . peut-être un de Faléries. en dehors du Cnaeus Tarquin de Rome. Les origines de Rome. Ce n'est sans doute pas une surprise de rencontrer ici un Tarquin : les sources les plus fiables mettaient déjà les frères Vibenna en relation avec le règne de Tarquin l'Ancien26. aurait été libéré (selon l'interprétation de A. Nous ne chercherons pas ici à reconstituer le détail des événements auxquels cette peinture fait référence . Poucet. et dans cette guerre28 les 26. si bien qu'on a généralement pensé à la représentation d'un événement unique. Ann Arbor.95-8). par ailleurs bien affirmée. Early Rome and the Latins. Denys. 27. studi su Livio e Dionigi di Alicarnasso. venus à la tête d'une armée. 1985. par exemple un coup de main nocturne sur le camp ennemi au cours duquel Caeles Vibenna. nous dit-on.. La tombe François. cité sur le territoire de laquelle s'élève le monument : il n'est donc pas nécessaire que leur origine soit précisée par un ethnique. Paul) faisaient intervenir Romulus : mais cela rentre dans une tendance. et des ennemis appartenant à plusieurs cités gravitant autour du Tibre27. à faire remonter jusqu'au règne du fondateur des données concernant l'histoire ultérieure de la cité et en particulier la période des rois étrusques (voir D. . p.82-100 . un de Sovana. Parmi celles-ci. et celui-ci les aurait accueillis à ce titre dans la cité. Mais toutes les autres sources présentent les contacts entre les Vibenna et Rome comme ayant été pacifiques. où figurait le futur Servius Tullius. Inversement. outre par leur nom. 28. dans La tomba François di Vulci. p. Tendenze nella storiografia romana e greca su Roma arcaica. Alfoldi. fait prisonnier auparavant. Musti.

s. alors établie sur le trône de VUrbs29. que leur armée se serait établie à Rome30 et que Macstarna y aurait pris le pouvoir31. mis à la tête de l'année romaine. voir en particulier M. article cité à n. Ce Tarquin porte un prénom Cnaeus. 31. et nous nous trouvons en face de fragments épars d'une histoire dont il nous manque trop d'éléments pour que nous puissions reconstituer les événements d'une manière claire et continue. un souverain ayant appartenu à cette dynastie dont le souvenir se serait perdu.même si certains points significatifs apparaissent : ainsi Caeles Vibenna a dû être un moment vaincu et même capturé par ses adversaires. puisqu'on voit. Schachermeyr dans la Real-Enzyklopadie. de ce qu'ont été les rapports entre la troupe menée par les héros vulciens et Rome que toutes 29. ou. sur la fresque de la tombe François. La tombe François. aurait assassiné le frère de son ancien chef. et par la force.25. fait allusion. C'est donc dans des circonstances guerrières. d'une manière malheureusement très obscure. Macstarna le délivrer en coupant les liens qui lui attachent les poignets. Tarquinius. Mais il est certain que le monument vulcien doit avoir conservé une image plus authentique. 30. ne permet de déterminer exactement comment Servius Tullius serait parvenu sur le trône. Sur cette question l'article de F. parle d'une "fortune variée" de Caeles Vibenna et laisse entendre qu'il serait mort en Etrurie dans ces circonstances obscures. qui n'est pas celui des deux rois de ce nom connus par l'annalistique. IV A. qui se prénomment tous deux Lucius : ce peut être un de leurs parents. avec Mastarna.et ne s'est pas nécessairement réduite au règne de deux membres de la famille. Le passage d'Arnobe.2348-2390. Macstarna. après la disparition de Caeles auquel il était lié. à la suite de la victoire des héros vulciens. au meurtre d'Aulus Vibenna (dont la tête serait celle trouvée sur le Capitole) par "un esclave de son frère" : on a donc émis l'idée . reste encore fondamental. 68 Vibenna. pourquoi pas. correspond à une réfection a posteriori d'une réalité qui a des chances d'avoir été plus complexe . . à Rome. dans sa brutale réalité. pleine de doublets entre le père et le fils. Claude.vraisemblable dans le climat de troubles qui a été visiblement celui de la Rome d'alors . sur la table de Lyon.v. Pallottino. c.Servius Tullius et leurs compagnons auraient vaincu un membre de la famille des Tarquins. ce qui aurait amené les débris de sa troupe à se fixer. Il est impossible de reconstituer le détail des événements . qui. 1932.qu'Aulus Vibenna aurait été tué par Servius Tullius. Sur l'arrière-plan historique de tout cela. prenant ainsi seul le pouvoir. pas plus que la table de Lyon. Certes. l'Ancien et le Superbe. La tradition sur les deux Tarquins. beaucoup de détails nous échappent.

sur le trône de Rome. G. Voir H. Korte. trouvé à Bolsena. ont dû être l'équivalent de ce qu'ont été les hauts faits de du Guesclin ou du chevalier Bayard pour des générations d'écoliers français ! On a plusieurs attestations de la célébrité des Vibenna. J. J. Kôrte. pl.. Quant aux sources romaines.166-172.-C. et de quatre urnes cinéraires du Illème siècle av. 1890. On y voit des héros forcer une être doté de capacités 32. p. Rome. Cette histoire avait fourni le sujet du décor d'un miroir étrusque du dernier quart du IVème siècle av. II. / rilievi délie urne etrusche. Problème der etruskischen Malerei des Hellenismus. 1930.75-6.69 les autres sources. Messerschmidt. spéc. 33. Voir F. p. 1897. celui de la "capture du devin". Ils le surprenaient dans le bosquet où il prophétisait et lui arrachaient les secrets du destin qui les attendait.62 sq. Etruskische Spiegel. Tp. V. . JDAI. il apparaît que le souvenir de ces événements du Vlème siècle. A.254. et les articles cités à la note précédente. Brunn. patrie des frères Vibenna. Le souvenir des frères Vibenna en Etrurie En revanche. . et finir par installer un de ses membres. Claude se fonde sans doute sur des sources toscanes : mais celles-ci datent d'un temps où les Etrusques avaient tout intérêt à présenter une image édûlcorée des heurts qui les avaient opposés à Rome. p.-C. et particulièrement à Vulci. qui avaient vu une troupe de guerriers vulciens accomplir différents exploits. p. trois provenant de Chiusi et une de Volterra33. aujourd'hui conservé au British Muséum32. J. était resté très vivant dans le monde étrusque. Berlin.127 .lAl-'i. 45. Cacu. Ainsi un autre épisode de leur geste les mettait en présence d'un devin. Macstarna. Gerhard.-C. Mais il ne faut pas chercher le souvenir d'un événement historique derrière cette représentation : cette aventure prêtée aux frères vulciens n'est qu'une des nombreuses occurrences d'un thème légendaire connu. G.Servius Tullius. catalogue La tomba François di Vulci.. on peut d'autant moins leur accorder confiance sur ce point que l'idée ne devait guère effleurer les Romains de cette époque que leur cité ait pu jadis tomber au pouvoir d'une bande d'aventuriers étrusques. F. Au fond les exploits de ces deux héros du Vlème siècle av. Klugmann.

dans D'Hérakles à Poséidon. pour Conon. cf. IV. b. commentaire à YEnéide. La légende phrygienne de Silène endormi par l'ivresse et capturé par les serviteurs du roi Midas est attestée dès Hérodote (VIII. ex. Proclos. interpolateur de Servius. Tzetzès. et Théopompe. 4. les Grées37. Phérécyde connaissait aussi cette tradition (FGH 3 F 1 1 = scholie à Apollonios de Rhodes. 1961. dans le passage du chant IV où Ménélas s'emparait du Vieux de la mer Protée et apprenait ainsi de lui ce qu'étaient devenus ses compagnons d'armes de la guerre de Troie35. Bloch. 37. Philoctète. entre autres conditions. Bucoliques. le roi Midas de Silène38 . scholie à Lycophron. p. Posthomerica. des Grecs non autrement précisés chez Conon. on disait également que les Achéens. 2. 39. 38. Ulysse chez Sophocle. 166). 5). La vie quotidienne chez les Etrusques. 571-2 . II. Heurgon. Le prototype du motif était fourni par V Odyssée.64 . il aurait donné le conseil de fabriquer le cheval de . au Vème siècle (FGH 3 F 16a = scholie à Apollonios de Rhodes. 141-58. 1396 . Bibliothèque. 1985. lors du siège de Troie. appartenant aux développements secondaires du cycle troyen. II. 351-572. Persée obtient des trois Grées les objets qui lui permettent d'affronter la Gorgone . I. Paris-Genève. La légende. VI. La tradition sur Héraklès forçant Nérée à lui indiquer le chemin du jardin des Hespérides est attestée dès Phérécyde. et Servius. 3. p. pour les origines mythiques du motif. 45 c). 18. voir J. Histoires variées. mythologie et protohistoire. 35. Voir Odyssée. Anabase. et de même le contenu de la révélation attribuée à Hélénos diverge selon les auteurs (p. 138 . Apollodore. dans des circonstances analogues. 13. c = Aelien. 34. et Tzetzès. III. 2. n'avaient pu s'emparer de la ville de Priam qu'après avoir capturé le devin troyen Hélénos. Xénophon.pour qui il s'agit d'une reddition volontaire . FGH 115 F 75 a. commentaire à Virgile. cf. Ainsi l'identité du ou des héros grecs qui capturent Hélénos varie (Diomède et Ulysse chez Dictys de Crète. voir notre article Vieux de la mer grecs et descendant des eaux indoeuropéen. Mais il avait été ensuite largement repris : on racontait que. Paris. à les leur faire connaiïre34. mais qui renâclait à leur révéler des vérités dont il avait le secret. prendre possession du Palladion. 23. Apollodore. cette statue d'Athéna qui protégeait la cité39. Narration. 1515 . IV. 838). 2. 70 prophétiques. ne nous est connue que par des sources tardives et divergeant souvent dans le détail. Sur ce motif légendaire. Persée des trois filles de Phorcys. 13. Chiliades. Athénée. sous la direction de R. 36 Kinkel. 11. 36. cf. VI. Héraklès avait pu apprendre ce qu'il souhaitait de Nérée36. IV. 18 . qui leur avait révélé qu'il leur fallait. 508-16. 604-9. 5. IV. 26. 34.

p. dont le témoignage a été conservé par Arnobe. Posthomerica. 71 De Grèce. 4L Cette histoire était déjà racontée par l'annaliste Valérius Antias. 42. 11-13. 1 . 346. Heurgon a attiré l'attention sur une coupe étrusque à figures rouges du Musée Rodin. Paris. voir F. 604. celui de s'emparer du Palladion. remontant probablement au Vème siècle43. Or elle porte une inscription étrusque la présentant comme la coupe d'Aulus Troie. peut-être même au IVème siècle . cf. p. 44. Plutarque. les Romains l'avaient utilisé pour l'histoire du roi Numa Pompilius forçant les dieux silvestres Faunus et Picus à lui révéler le moyen de procurer les foudres41. Vie de Camille. ce qui seul nous importe ici. pour Apollodore et Tzetzès. eussent-ils eu une existence historique réelle.5 15-28 = Scripta varia.273-83. ce témoignage renvoie à une époque antérieure à la tombe François. X. 40. p. 36 Kinkel. Mais on a une preuve de ce que les frères Vibenna étaient déjà illustres à Vulci au siècle précédent. IV. V. mais. Gilotta. 1966. pour le même Conon. Bruxelles. à Paris. comme les frères Vibenna. qui avait été découverte à Vulci44. Plutarque. 10. 15-17. Proclos. ou pour celle du devin étrusque opportunément capturé lors du siège de Véies et livrant à ses adversaires romains le secret de la procédure à suivre pour s'emparer de la cité42. 285-348. celui encore d'apporter les os de Pélops). D. Apollodore. Vie de Numa. 43. La datation de l'objet. qui imite. 5. 573-6. Quintus de Smyrne. Le miroir de Bolsena date d'une époque voisine de celle des peintures de la tombe François. pour Sophocle. Tzetzès. aussi Ovide. Beazley l'attribuait à la période 460/450. est très discutée . . III. Antiquités romaines. pour une part. 33). 20. Philoctète. 1986. De la divination. le motif était passé en Italie : bien avant que Virgile n'en fasse une adaptation littéraire dans l'épisode d'Aristée et de Protée des Géorgiques40. 9. XII. la tendance est actuellement à le situer sensiblement plus tard. La série de monuments toscans à laquelle nous faisons allusion montre que les Etrusques aussi avaient eu recours au même thème et l'avaient utilisé pour embellir ce qu'ils racontaient de leurs propres héros. Zonaras. dans Mélanges Jérôme Carcopino. 317-529 . alors que J. Tite-Live.234-5 . le décor d'une coupe attique de Douris. 100 (et II. VII. Aristée veut apprendre de Protée comment remédier au désastre qui frappe ses abeilles. frag. Denys d'Halicarnasse. V. Cicéron. Voir La coupe d'Aulus Vibenna. J. Fastes. dans La tomba François di Vulci. 15. 3-4. I. Voir Géorgiques. celui de prendre l'arc de Philoctète.

Mais cette historiographie étrusque - 45.alors que ce sont quasiment des inconnus pour la tradition romaine. C'est une des très rares occasions qui nous sont données d'appréhender l'histoire vue du côté étrusque. nous pouvons. avec la fresque où sont représentés les exploits des frères Vibenna et de Macstarna. il ne faut pas envisager des souvenirs transmis par simple transmission orale. la vision du vaincu et celle de son conquérant. sous une forme sensiblement différente . 35 qui se lit mini muluva[an]ece avile vipiienas. Sur le problème de l'historiographie étrusque.quoique. 17. Censorinus. appartenant à la famille du roi de Véies Lar Tolumnius. . Il s'agit bien évidemment d'un faux. Son témoignage nous a été conservé par l'auteur du Illème siècle ap. Heurgon. Tuscae historiae41. pour une fois. et Vairon connaissait des "Histoires étrusques". Ce qui prouve que dès cette époque le personnage avait une renommée telle à Vulci qu'on pouvait être tenté de faire passer un objet contemporain comme lui ayant appartenu46. 47. J. et est donc contemporain des frères Vibenna : Aulus Vibenna aura ainsi voulu honorer d'un don ce sanctuaire de Véies dont le prestige était tel qu'il a attiré des dédicatai- res qui étaient de hauts personnages originaires non seulement de cette cité (comme deux Tulumnes. Les Anciens savaient que les anciens Toscans avaient développé une littérature historique.- C. c'est-à-dire "m'a donné Aulus Vibenna". voir J. confronter la vision étrusque et la vision romaine. J. 6. elle se lit avles v(i)pinas naplan. puisque les Vibenna ont vécu au Vlème siècle : mais c'est un faux du Vème siècle.par la tradition romaine. un Acvilnas d'Ischia di Castro). Et comme il s'agit d'événements connus . Tradition étrusque et tradition romaine Ainsi ces documents toscans attestent que le souvenir des frères Vibenna (et de leur compagnon Macstarna) s'était maintenu vivant en Etrurie . L'objet date de la première moitié du Vlème siècle av. 46. La vie quoti- . Derrière un document comme celui-ci. dans son traité Sur le jour anniversaire. On voit donc le caractère tout à fait exceptionnel d'un document tel que le décor de la tombe François. c'est-à-dire "naplan (mot peut-être d'origine sémitique désignant un vase) d'Aulus Vibenna". En revanche nous possédons un authentique ex-voto d'Aulus Vibenna . les fouilles du sanctuaire du Portonaccio à Véies ont livré un pied de bucchero portant l'inscription TLE. connu par la tradition romaine).-C. Inscription 942 du recueil de M. Pallottino Testimonia Linguae Etruscae (TLE) . mais aussi d'autres villes étrusques (un Teithurna de Caeré. nous l'avons vu.72 - Vibenna45.

Cela ne va jamais très loin : nous avons déjà rappelé le caractère étroitement romanocentrique de l'historiographie romaine. On peut ajouter que. Sur la langue latine. 1 1 1-7. Paris. voir notre ouvrage Les Etrusques. ASNP. et que nous soyons bien incapables de donner par exemple une liste des rois ou une description des magistratures des principales cités étrusques. V. c'est par le biais de l'histoire de Rome. p. p. 6. T. ou aux Grecs. 1993. 55 . sur cette question. La vie quotidienne. est infiniment plus crédible que la fable édifiante sur le petit esclave remarqué par le roi Tarquin et son dienne chez les Etrusques. Etruscan Historiography. comme les tragédies auxquelles le même Varron fait une fois allusion dans son traité Sur la langue latine4*. si nous avons par les sources latines ou grecques quelques renseignements sur les démêlés qui ont opposé les anciens Toscans à Rome. 1961.J.298-304 49.a totalement disparu : rien n'en a été conservé lorsque la langue étrusque est sortie de l'usage. Heurgon.305-317. voir J. telle que nous la révèle la tombe François. . p. le point de vue n'est jamais celui des Etrusques : on ne sera pas surpris de constater que l'image qui est donnée de ce peuple soit nettement négative. Paris. Il n'est pas étonnant que ces informations acquises en quelque sorte par les interstices de l'histoire de Rome se révèlent bien maigres. sur les événements qui ont marqué leur histoire. ni même n'a éprouvé le besoin d'en maintenir le souvenir. Sur les circonstances dans lesquelles Servius Tullius a accédé au pouvoir à Rome. On mesure l'étendue du naufrage quand on voit combien infimes sont nos connaissances sur la vie interne des cités toscanes. la version étrusque. 1976. 73 comme tout le reste de la littérature étrusque. lorsque VUrbs est engagée dans des conflits avec ses voisins du nord. p.41 1-439. que nous glanons quelques détails. Sur l'image des Etrusques dans la littérature classique. Cornell. Nos dernières inscriptions datent du règne d'Auguste : il apparaît que très rapidement après cette date plus personne n'a dû être en mesure de comprendre la langue.59-74. peuple de la différence. insistant sur les griefs d'ailleurs peu compatibles à nos yeux que sont la mollesse et la cruauté49. Le peu que nous savons sur l'histoire propre de l'Etrurie provient d'allusions glissées en passant dans des oeuvres d'auteurs grecs et latins dont le propos n'est jamais de faire une description détaillée du monde tyrrhénien . 48.

74

épouse que nous présente la tradition romaine. La série de duels
que montre la peinture étrusque, et notamment celui qui voit la
défaite d'un "Cnaeus Tarquin de Rome" offre une image des
événements beaucoup plus conforme à ce qu'a dû être la réalité
du début du Vlème siècle dans VUrbs.
On pourrait de ce fait être tenté de faire porter la différence
entre la vision étrusque et la vision romaine des faits avant tout
sur le point de leur plus ou moins grande véracité historique. Aux
Romains qui racontaient de belles légendes sur leur roi Servius,
les Etrusques démontreraient l'inanité de leur tradition, et leur
jetteraient à la figure la brutale réalité, celle d'une bande de
soldats étrusques renversant la dynastie en place et imposant son
pouvoir sur VUrbs.
On aurait alors affaire à une sorte de polémique entre
Etrusques et Romains, portant sur un terrain somme toute scientifique
- puisqu'il s'agit de l'établissement des faits. Mais une telle
vision nous paraît tout à fait improbable. Elle suppose en effet
une connaissance de la version romaine des événements50, et
même la simple existence d'un intérêt pour une vision romaine du
passé, qui nous paraît impensable dans la Vulci du IVème siècle
av. J.-C. La comparaison des deux versions de l'avènement de
Servius Tullius avait certes un grand intérêt pour l'empereur
Claude au 1er siècle ap. J.-C. : il était très fier de montrer que ses
recherches érudites lui avaient fait connaître une présentation des
faits ignorée de ses compatriotes. Mais une telle curiosité est

50. La légende de Servius Tullius n'avait certainement pas d'expression
écrite à cette époque : nous sommes plus de deux siècles avant le
moment où Fabius Pictor, le premier, donnera une forme écrite à la
tradition romaine. Mais cette légende a dû se constituer très tôt. S.
Mazzarino a bien vu que l'image qui est donnée de ce roi dans la
tradition s'est modelée sur celle du fondateur Romulus, à qui il a en revanche
fourni certains traits (Il figlio délia schiava, dans // pensiero storico
classico, Rome-Bari, 1966, 1, p. 197-9 ; voir aussi dans le même sens
F. Coarelli, Il for o romano, Rome, 1983, 1, p. 198-9). Cette élaboration
légendaire a dû commencer du vivant même du roi. Par ailleurs une sors,
pierre utilisée pour le tirage au sort, du IVème siècle av. J.-C, porte
une inscription se référant aux rapports ambigus du roi Servius et de la
Fortune (inscription publiée par M. Guarducci, La Fortuna e Servio
Tullio in una antichissima "sors", RPAA, 25-26, 1949-1951, p.23-32 ;
A. Degrassi, ILLRP, 1070 = CIL, I 2, 2841) : le thème, si important
dans la geste de ce roi, de Servius et de la Fortune était déjà connu à
cette époque, bien avant la moindre mise en forme littéraire.

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inimaginable en Etrurie quatre siècles auparavant, au moment où
le décor de la tombe François a été réalisé.
Nous sommes à l'époque où, Tite-Live le relève avec
étonnement, les jeunes Romains de bonne famille allaient "faire
leurs humanités" en Toscane comme ils le faisaient de son temps
en Grèce51. Ils allaient se frotter de "lettres étrusques", Etruscae
litterae, dans les cités tyrrhéniennes, notamment dans la ville
voisine et alliée de Caeré. L'historien padouan le note bien, ils
allaient chercher au-delà du Tibre l'équivalent de ce que, plus
tard, Cicéron, César et tant d'autres de leurs compatriotes iront
chercher auprès de l'hellénisme : à cette époque les Etruscae
litterae représentaient exactement ce que représenteront plus tard
les Graecae litterae, les "lettres grecques". Par rapport à la ville de
Romulus, encore bien fruste, le monde toscan offrait le prestige
d'une civilisation raffinée, d'une culture développée. Assurément
cette avance sur Rome, cette attirance vis-à-vis des habitants de
YUrbs venaient en grande partie de ce que le monde étrusque
s'était depuis longtemps ouvert à l'hellénisme, nourri des apports
du monde grec et de ses valeurs : à travers l'Etrurie, c'est déjà
cette culture grecque que les jeunes Romains venaient chercher.
Mais seul nous importe ici le fait que cette irradiation se faisait
dans le sens Etrurie/Rome. L'inverse était impensable : aux yeux
de leurs voisins du nord, les Romains devaient apparaître comme
des rustauds arriérés. Dans une telle situation, il paraît totalement
exclu que les Etrusques aient eu le souci de s'informer de leurs
traditions, ni même s'imaginer qu'ils en aient eues qui fussent
susceptibles de présenter le moindre intérêt pour eux.
Si bien que, si la tombe François se réfère à la forme
étrusque de la tradition sur Servius Tullius, c'est tout simplement
parce que c'était la seule connue dans la Vulci du temps. Elle
rentrait dans cet ensemble de récits, mêlant données authentiques
et thèmes légendaires, qui s'était développé autour du souvenir
des frères Vibenna et en faisait sans doute les héros les plus
illustres dont la cité pût s'enorgueillir.

51. Tite-Live, IX, 36, 3. Sur ce passage, on se reportera aux excellentes
pages de J. Heurgon, La vie quotidienne, p. 294-6.

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L'organisation de la tombe François

Mais pourquoi aurait-on choisi de décorer cette tombe
étrusque avec la représentation de ces événements du Vlème
siècle av. J.-C. ? Quel sens pouvait avoir un tel choix ? Cela va
nous obliger à nous interroger sur la signification d'ensemble du
décor du monument - où la fresque sur laquelle figurent les
aventures des frères Vibenna et de leurs compagnons ne
représente qu'une partie d'un programme complexe. Car, il ne
faut pas isoler cette peinture des autres qui ornent les parois de la
tombe. C'est de cette remarque préalable qu'est parti
l'archéologue italien Filippo Coarelli, dont les analyses, publiées
en 1983 dans la revue Dialoghi di Archeologia52, ont entièrement
renouvelé la compréhension que nous pouvons avoir de ce chef-
d'oeuvre de la peinture toscane. Ces peintures - faites en une
seule fois - ne doivent en effet pas être considérées
indépendamment les unes des autres, et on peut déceler, ainsi que l'a proposé
notre collègue italien, une intention précise derrière le choix des
thèmes, l'idée d'un programme mûrement réfléchi. C'est cette
analyse que nous suivrons dans les pages qui suivent - en la
complétant, et éventuellement la conigeant sur tel ou tel point par
les données nouvelles concernant l'histoire du monument et son
organisation qui ont été dégagées par l'étude collective entreprise
à l'occasion de la remarquable exposition La tomba François di
Vulci présentée en 1987 au Musée grégorien étrusque du Vatican
par F. Buranelli53.
La tombe François était la sépulture familiale d'une des plus
grandes familles de Vulci, celle des Saties. Nous avons déjà
évoqué Vel Saties, dont le portrait en triomphateur orne l'entrée
de la chambre V. Des inscriptions nous font connaître d'autres
membres de la famille dont les restes avaient été déposés dans le
monument54. Ainsi l'architrave d'entrée de la chambre X portait
le nom d'un Laris Saties qui avait été placé à cet endroit. Un autre
Saties, au nom mutilé et dont le prénom a disparu, avait été
déposé dans un sarcophage installé à gauche de l'espace III, en

52. F. Coarelli, Le pitture délia tomba François a Vulci : una proposta di
lettura, DArch, 3, 1/2, 1983, p.43-64.
53. Le catalogue paru sous le même titre en 1987 constitue maintenant un
instrument de travail essentiel pour l'étude de ce monument.
54. Pour les données épigraphiques, on se reportera à P. Tamburini, dans le
catalogue de l'exposition La tomba François di Vulci, p. 147- 161.

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avant de la chambre axiale VII : il appartenait vraisemblablement
à une génération plus récente, à un moment où les chambres
étaient occupées, et où on a dû lui faire une place en utilisant un
espace libre, non destiné primitivement à un usage funéraire.
Mais, parmi les membres de la famille Saties, il en est un
qui émerge indiscutablement : Vel Saties, le seul qui ait eu le
privilège d'avoir son portrait dans la tombe. En outre sa tenue
triomphale souligne assez quelle gloire il a acquise de son vivant,
combien il s'est illustré personnellement comme chef de guerre et
comment il a ainsi fait honneur à toute la gens. C'est visiblement
lui le personnage central de tout ce monument, celui autour
duquel il faut chercher à comprendre l'organisation d'ensemble
du décor.
On doit cependant signaler une apparente incohérence. Le
portrait de Vel Saties figure sur le panneau 4, c'est-à-dire sur le
côté de l'entrée d'une chambre latérale du monument, la chambre
V. Or ce n'est sans doute pas là que son corps avait été déposé.
On s'attend à ce que le défunt considéré comme le plus important
soit déposé dans la chambre axiale - ici la chambre VII. C'est
autour d'elle que s'ordonne la disposition architecturale du
monument : c'est donc en principe la chambre destinée au chef
de famille, à celui qui fait fonction d'ancêtre du groupe familial.
La même chambre peut également abriter des membres de la
famille qui lui sont proches - sa femme en particulier - ou que
l'on veut particulièrement honorer ; les autres, et notamment les
représentants des générations ultérieures, ses fils et petits-fils,
ainsi que leurs épouses, sont disposés ensuite, en retrait, dans les
chambres latérales.
Or c'est bien, probablement, comme l'a proposé P.
Tamburini, dans cette chambre axiale VII, et non dans la V à
l'entrée de laquelle figure son image, que reposait Vel Saties55.
Même si cette chambre a abrité d'autres personnages, dont les
noms ont été inscrits sur ses parois, ceux-ci ont dû être déposés
là en un second temps, après que Vel Saties y ait été placé,
vraisemblablement en compagnie de sa femme56. Cela est en

55. P. Tamburini avait même cru pouvoir lire le nom de Vel Saties sur la
paroi interne de la chambre VII (voir La tomba François di Vulci,
p. 152). Mais on verra les réticences justifiées de M. Cristofani, SE, 55,
1987-1988, p.335-7.
56. Pour le détail des inscriptions relevées à cet emplacement, voir P.
Tamburini, La tomba François di Vulci, p. 15 1-154.

Coarelli. ce soit cette chambre latérale V qui ait été occupée la première.78 - accord avec le fait que Vel Saties était le personnage le plus important de la famille. Sur ce qui reste de ce décor. comme on pourrait s'y attendre. et dont la chambre axiale VII aurait déjà été occupée au moment de cette modification qui donnait un rôle particulier à cette chambre latérale V. En fait cette bizarrerie tient à l'histoire compliquée du monument et aux conditions particulières dans lesquelles s'est fait l'aménagement de la chambre V5?. Cette chambre paraît en effet avoir été isolée dès le début du reste de la tombe : elle est dépourvue du revêtement qui se rencontre partout ailleurs et. dans La tomba François di Vulci. et non pas. paradoxalement. Maggiani. La chronologie de cet aménagement particulier de la chambre V montre qu'il ne s'agit pas d'un réaménagement a posteriori d'un monument déjà construit. L'hypothèse d'un aménagement postérieur du monument au moment où y avaient été déposés les restes de Vel Saties avait été celle de F. p. on se reportera à l'étude de F. centre de convergence du plan de la tombe. Le Pera Buranelli amènent à rejeter cette interprétation. . faisant ainsi se rejoindre les panneaux 4 et 12. Le Fera Buranelli. Un mur a occupé l'emplacement de la porte. celui dont la dépouille devait occuper la place d'honneur dans le monument. Buranelli et S. exécuté en même temps que le reste de l'ornementation de la tombe58. et il a été lui-même recouvert d'un décor peint. on en a fermé l'entrée dès la phase initiale de l'aménagement. Mais il convient de tenir compte de ce que la sépulture familiale des Saties que nous connaissons a connu un précédent. La tombe François n'a été creusée que dans un second temps. voir A. DArch. en fonction de la chambre axiale. que ce soit donc en fonction d'elle que la décoration d'ensemble ait été conçue. Il y a donc là une indéniable bizarrerie. 59. Nuovi dati per la ricostruzione del ciclo pittorico délia tomba François. il convient de corriger en fonction des résultats de cette étude certaines vues de F. 1/2. la mettant en quelque sorte en valeur au détriment de la chambre située dans l'axe59. mais les données chronologiques nouvelles introduites par F. . 3. Cela suppose que. Mais son portrait ne figure pas pour autant à l'entrée de cette chambre VII où il reposait. alors que l'accès à toutes les autres chambres est resté libre. Buranelli et S. 58. Ce vaste hypogée aménagé au flanc d'une pente avait été précédé 57.71-78. Sur l'histoire de la tombe et de son aménagement.57-77 . Coarelli . p. 1983.

C'est à cela que servit la chambre V : ce qui explique son aménagement particulier dès le début de l'utilisation de la nouvelle sépulture. Adembri. . 139. plus nombreux en 'tout cas que ceux retrouvés dans les autres chambres du monument. p. 60. assumait le rôle de chef de la famille des Saties . à la construction de la nouvelle tombe. voir B. Ce premier tombeau a donc dû être rapidement abandonné. Elle en reprend d'ailleurs la rampe d'accès. Mais l'abandon de la première tombe n'a pas été immédiat : la chambre supérieure a dû connaître un certain temps d'utilisation. au moment de cette opération de transfert de la tombe familiale. jusqu'à la rencontre d'une couche de roche plus solide où il fût possible d'installer un monument durable. particulièrement instable. qui avait été creusée juste au-dessus. le jour où cela serait nécessaire.140.79 - d'une première tombe. en la prolongeant vers le bas. il semble bien qu'on y ait retrouvé les restes de nombreux individus. Lorsque le caveau initial a été abandonné. La chambre axiale VII était laissée provisoirement libre : elle était destinée à recevoir. C'est le cas surtout d'une amphore attique à figures rouges attribuée au peintre de Syleus de la période 480/470 .déficientes comme très souvent lorsqu'il s'agit de fouilles anciennes . Mais l'emplacement de la première tombe avait été mal choisi : elle était située au milieu d'une couche de grès friable.c'est-à-dire Vel Saties. et des éléments de mobilier funéraire plus anciens que ceux qu'ont livré les autres parties de la tombe. certaines pièces remontant à la première moitié du Vème siècle60. Même si les données de fouilles . L'explication s'impose : cette chambre V a servi à recueillir les restes des défunts préalablement déposés dans l'ancienne tombe familiale. et la famille a dû chercher un emplacement plus favorable : pour ce faire elle s'est bornée à creuser plus profondément au même endroit. . le corps de celui qui.ne sont pas très explicites. La tomba François di Vulci. et les restes de certains défunts de la famille ont dû y être déposés. il fallut donc transporter ces restes dans la nouvelle tombe. On peut au reste penser que c'est Vel Saties lui-même qui a procédé au nouvel aménagement de la sépulture de la famille. au niveau inférieur.

114 . dans catalogue La tomba François di Vulci. c'est-à-dire ce serviteur nain qui. 111) nous paraît excessive : la présence. le même A. semble le signe indubi- . Dans ce sens. Mais le décor se poursuivait sur l'emplacement de la porte de la chambre. Recherches sur l'art et l'artisanat étrusco -italiques à l'époque hellénistique. p. il apparaît que c'est autour d'eux. envisageait cette hypothèse sans écarter totalement l'idée que le personnage représenté sur ce panneau 12 ait été un autre membre de la famille que Vel Saties. et placés dans la chambre V. Maggiani. et non seulement autour de la grande figure de Vel Saties. précisément au moyen de la décoration de l'entrée de la chambre V. encore clairement visible : ce qui est un symbole funéraire bien connu. de ce qu'ils avaient représenté pour la famille. Le panneau 4 est le seul de la paroi qui fermait la chambre V qui nous soit parvenu intact.75. d'Arnza. Maggiani.-H. p. on constate que le panneau 12 était occupé par un personnage debout. Il semble que le programme pictural ait tenu à associer. Massa. Buranelli. article cité à n. . 62.78-9. Cependant. et sur le panneau 12.80 - Vel Saties et ses ancêtres Lorsque les restes des défunts qui avaient été déposés dans la première tombe ont ainsi été transférés dans la nouvelle sépulture. Arnza n'était que le comparse de Vel Saties62 : mais la présence du grenadier montre que Vel Saties et 61. il reste une inscription avec le nom Arnza : on retrouvait donc de ce côté le même Arnza que sur le panneau 4. 1985. et leur couleur rouge montre qu'il s'agissait d'un personnage de sexe masculin^. A. Et surtout. Selon les conventions de la peinture étrusque. Au contraire. Rome. F.Pairault. Vel Saties et ses ancêtres. Cette prudence (qui est aussi celle de F. désormais bouchée. symétrique du panneau 4 de l'autre côté de la porte. La tomba François di Vulci. regardant vers la gauche : des doigts en subsistent. Il est probable que. assurée. Cette fois il tenait une branche de grenadier. Il ne subsiste malheureusement que de très maigres restes des peintures qui couvraient ces parties de la tombe. la chair féminine est blanche. tenait l'oiseau dont l'envol allait permettre à Vel Saties de prendre les auspices. que le décor du nouveau monument prend son sens.58. p. sur la gauche. on n'avait pas perdu le souvenir de ce qu'ils avaient été. sur ce panneau 12 comme sur le 4 qui lui était symétrique. p.

et cela d'autant plus que sa chair était rendue avec une tonalité plus sombre que la sienne. est en accord avec le fait que ce panneau 12 se prolonge par le panneau 1 1 . 1978. on avait affaire au chef de guerre. Maggiani64. et portant une robe ornée de riches broderies comparables à celle que porte Vel Saties sur le panneau 4. AJAH. Maggiani.lll.8. Il peut difficilement s'agir de Vel Saties lui-même63 . cette fois dans l'au- delà. qui occupent une position comparable de l'autre côté de la tombe. n. pour évaluer exactement la valeur de cette double représentation de Vel Saties. Nestor et Phénix. A gauche. peut-être son père comme le suggère A. p. p. celle qui occupait l'emplacement de l'ancienne porte de la chambre V. en une correspondance sur laquelle nous aurons à revenir. .58. Une telle présentation de Vel Saties. Mais. il faut tenir compte également de la figure centrale. 3. à cette chambre V où reposaient les plus lointains ancêtres de la famille. La tomba François di Vulci. Historical Art : Etruscan and Early Roman. cité à n. représenté en pied. H aurait ainsi répondu. représenté dans l'immortalité bienheureuse à laquelle ses exploits l'avaient conduit. donc au héros de la cité . et ses pieds étaient placés à un niveau inférieur à celui des figures des panneaux latéraux . Le bas de la peinture subsiste : il s'agissait encore une fois du portrait d'un homme. 63.et de la famille . Cependant certains traits distinguent nettement cette représentation centrale de celles qu'on avait sur les côtés : le personnage était sensiblement plus grand. Bonfante. 137. sur les panneaux 8 et 9. dans le même sens. De plus le contour de la porte l'isolait complètement. A droite.81 - son serviteur n'étaient plus représentés dans le même contexte. art. .représenté dans toute la gloire de sa vie terrestre. L'hypothèse a été avancée par L. Buranelli. en tant qu'ancêtre de la famille Saties. au vainqueur représenté dans l'appareil du triomphe. c'était le même personnage dans l'au-delà. F. qui est celui où sont représentés les enfers du mythe grec. 64.75-8 . sans qu'il parût reposer sur une ligne de sol. Il est probable qu'on avait cette fois affaire à un ancêtre de Vel Saties.Vel Saties et Arnza -. comme pour souligner qu'il appartenait au monde de par-delà la porte. p. aux figures de la légende grecque. Voir A. table de ce qu'on a affaire au même personnage. dans une représentation symétrique et conceptuellement complémentaire de celle du panneau 4.

1975. Bonne présentation des faits et des sources dans M. J. La guerre de 358/351 entre Rome et les cités étrusques Cette focalisation sur le personnage de Vel Saties. la mise en valeur de son triomphe et . Or il ne paraît pas impossible de déterminer plus exactement ce qu'ont été ces exploits de Vel Saties. 66. On peut penser que c'est cette gloire militaire.82-92 . il est donc représenté comme le général qui. il est vêtu en triomphateur. il les a portées à un point que ceux-ci n'avaient pas atteint. . La tombe est maintenant assez sûrement datée des environs de 330 av. jusqu'à l'entrée de la chambre V où on ne l'attendrait pas. a mené à la victoire les années de sa cité. Son costume et aussi le fait qu'il soit représenté au moment de prendre les auspices permettent de se faire une idée du type de gloire qu'il s'est ainsi acquise personnellement et qu'il a fait rejaillir sur l'ensemble de sa lignée.82 - Mais il apparaît significatif que cet ancêtre soit encadré de deux figurations de Vel Saties. les inscriptions trouvées sur le . Mais c'est autour de son triomphe à lui.-C. Nous l'avons déjà noté. Torelli. Florence. dans quelles circonstances et contre quels ennemis il a remporté les honneurs du triomphe. 65. Elogia Tarquiniensia. Une longue guerre. les honneurs auxquels elle a mené qui sont au centre du programme pictural de la tombe65. Or cela correspond à un moment qui suit de peu une période de guerres acharnées entre Rome et les cités étrusques. c'est Vel Saties lui-même qui est mis en relief.sans doute . fort de l'appui des dieux qui lui ont accordé leur faveur à travers la cérémonie des auspices. s'il a hérité des qualités de ses ancêtres. La redondance insistante de sa propre figure. Vei Saties n'est peut-être pas le seul membre de sa famiille à avoir reçu les honneurs du triomphe . Jusque dans cet hommage rendu aux membres antérieurs de la famille. a en effet vu s'affronter les armées de YUrbs et celles d'une série de cités étrusques66. signifie que c'est en fonction de lui que l'ensemble du décor a été conçu. de sa gloire personnelle que tourne l'ensemble du décor de la tombe. il n'est pas impossible que l'ancêtre figuré sur la porte bouchée de la chambre V ait porté lui aussi la toge brodée (toga pictà) du triomphateur. entre 358 et 351.de son héroïsation montrent que. p.

Il n'est pas impossible que Rome ait d'abord remporté une victoire. Tite-Live. 4. Tite-Live. 67. elles ont donné lieu. . 5. qui lui auraient permis de reprendre l'avantage. décident d'en rester là. VII. poussant ainsi Tarquinia à recourir à l'aide d'autres cités de la ligue. fatigués d'hostilités qui durent depuis huit ans et qui se prolongent sans donner lieu. 68. 70. Quant aux opérations elles-mêmes. ne faisant intervenir la ligue étrusque que plus tard (en 17. cf. 10-11.9-11. En 351 Rome conclut une trêve de quarante ans avec Tarquinia et Faléries . sans que les Romains aient acquis un avantage décisifs?. . 17. 1-5 . 15. VII. les dernières années. lorsque les Romains peuvent enfin user de représailles en mettant à leur tour à mort sur leur forum de Tarquinia célébrant les hauts faits de membres de la grande famille locale des Spurinna font en effet référence à ces événements. Puis YUrbs subit de nouveau une défaite en 356. elle a été suffisamment grave pour permettre à l'ennemi de capturer de nombreux prisonniers. VII.en dépit de leurs visibles efforts pour les minimiser et pour mettre en relief les seules victoires romaines. à de cuisants revers dont la gravité transparaît à travers le récit des historiens . 22. Diodore. Voir Tite-Live. loin de là. Tite-Live. 36. 6-9. ravageant ainsi impunément le territoire romain. Ce n'est qu'en 354 que Rome parvient à redresser la situation : il est significatif que ce soit seulement cette année-là que Tite-Live estime vengé l'affront subi par le massacre des prisonniers en 358. à aucun engagement notable.83 - Or ce conflit ne s'est pas toujours déroulé à l'avantage de Rome. VII. dont 307 seront mis à mort sur le forum de Tarquinia. VII. En dépit de ce que l'historien latin présente comme une victoire romaine obtenue après un moment de flottement71. année pour laquelle Tite-Live évoque l'intervention de la ligue étrusque dans le conflit™. 15. en un monstrueux sacrifice humain sur lequel nous aurons à revenir. l'historien mentionne ici comme seuls adversaires les Tarquiniens et les Falisques. 17. Même le succès final affirmé dans nos sources (bien sûr exclusivement romaines) ressemble plus à une sorte de "match nul" où les adversaires. 69. XVI. 71. Ainsi Tite-Live reconnaît une première défaite en 358. subie devant les seules forces tarquiniennes^s . 6). Tite-Live. le revers est tel que l'ennemi s'avance jusqu'à la zone des salines de l'embouchure du Tibre. pour les Romains.

évoque les hauts faits accomplis alors par un représentant d'une des plus importantes familles de l'aristocratie locale. VII. et des victoires sur Rome auxquelles elle 72. Les Etrusques ont gardé un souvenir durable de ces hostilités. et que celle-ci allait reprendre dès la réouverture des hostilités. qui s'était maintenue à travers les siècles. p. ss adversaires toscans ont pu avoir le sentiment qu'ils avaient marqué un coup d'arrêt à la progression de la cité dont la victoire définitive sur Véies avait pu apparaître. La tradition romaine a eu tendance à estomper l'importance de ce conflit. Une inscription latine découverte sur le forum de Tarquinia. XVI. selon l'analyse convaincante de M. . cité qui a été la plus impliquée dans le conflit. qui sont à situer. . depuis la période de l'indépendance jusqu'à celle de la romanisation. Tite-Live. en 396. Le souvenir de cette guerre. 73. dont l'épisode final avait été la prise de Volsinies en 264.84 - propre Forum un nombre encore plus grand de captifs tarquiniens (357) que les victimes romaines d'alors72. et dont plusieurs concernent directement cette guerre de 358/35 173. fils de Velthur. en 311. Sur le moment. pour une fois. Torelli.-C. Torelli. 1-4. et ne s'achever qu'avec la soumission complète du pays étrusque. J.67-92. 19. Des siècles plus tard. celle des Spurinna. au IVème siècle av. Rome n'avait pas été aussi nettement victorieuse qu'elle avait l'habitude de l'être. Diodore. Il n'en a pas été de même du côté étrusque : on a l'impression que cette guerre a eu une importance psychologique extrême. témoigne de cet état d'esprit persistant à propos de la guerre de 358/351 et des nostalgies qu'il nourrissait encore à cette époque. 8 (situant les faits en 351 et parlant de 260 prisonniers). datant du 1er siècle de notre ère. ils savaient bien que ce moment d'arrêt n'avait représenté qu'une brève pause dans l'avancée inexorable de la conquête romaine. Ils pouvaient néanmoins rappeler avec fierté ce moment de la lutte où le sort des armes avait paru indécis et où leurs ancêtres avaient pu se bercer de l'illusion d'avoir imposé un terme définitif à l'expansion romaine. Un document remarquable. comme le début d'un lent processus de grignotage de leur pays. Il faut dire que. Elogia Tarquiniensia. aux leviers de commande de la cité. Ce document du 1er siècle célèbre les exploits d'un Aulus Spurinna. Voir M. où les légions ont été plusieurs fois battues et dont l'issue finale n'a pas été très glorieuse pour VUrbs.

en 354. 1-4 . Pallottino. dès que le sort des armes le leur permit. p.qui lui répondirent. 17. Sur cette affaire. 19. 76. 77. L'historien peut condamner avec mépris une telle attitude : pour lui il ne peut s'agir que de "fous" et leur accoutrement n'est qu'"un vain appareil". légende et histoire. à des procédés que nous serions portés à considérer comme relevant de la magie. 1975. VII. Mais pour les Etrusques de l'époque il en allait bien autrement : ces prêtres avec leurs torches et reptiles s'assimilaient aux démons que tant de fois l'art étrusque nous montre conduisant. Tite-Live. Et c'est bien d'une haine vibrante contre l'ennemi romain dont il faut alors parler. pour des faits analogues à Fidènes en 426. Florus. Du côté étrusque. J. On ne peut manquer d'être frappé par l'acharnement. dans cette guerre. VII. Voir A. était donc resté vivant dans la Tarquinia romani- sée du début de l'Empire. Pfifïïg. avait une tout autre valeur dans la passion des luttes du IVème siècle av. 33-34. 1990 (Florence. p.37-46. . C'était un moyen de vouer l'adversaire aux puissances infernales75. On le voit. exécutant à leur tour 357 captifs77. table-ronde en l'honneur de M. Diodore. 75.235-7. munis de tels attributs. les humains promis à la mort vers les enfers. I. 7. L'annalistique a gardé le souvenir du comportement étrange des Tarquiniens en 356 : les légions de C Fabius Ambustus voient s'élancer contre elles des prêtres brandissant des torches et des serpents74. Tite-Live. affirmation nostalgique d'un passé révolu. voir notre article Sur un épisode sanglant des relations entre Rome et les cités étrusques : les massacres de prisonniers lors de la guerre de 358/351. Paris. XVI. Tite-Live. XII. 27. Religio Etrusca. Cette gigantesque mise à mort souleva évidemment l'indignation des Romains . Mais il est à noter que du côté romain. les Etrusques ne se sont pas contentés de combattre l'ennemi romain par les armes : ils ont fait appel aux ressources de la religion. 1992). 74. Graz. 15. 2-4 . la hargne qui semble avoir poussé les combattants du côté étrusque. que nous avons signalée.85 - avait donné lieu. 80. de 307 prisonniers romains sur le forum de Tarquinia en 35876. 8 (pour 351 et donnant le chiffre de 260 captifs). Un autre épisode est encore plus révélateur de l'état d'esprit qui devait alors régner chez les Etrusques : l'exécution.J. VII. 11. Diodore. Tite-Live. dans La Rome des premiers temps. . IV. au 1er siècle. la mesure est présentée comme une simple exécution.-C. Mais ce qui était.

Caeré. 1960. Sur ces événements. XVI. pourtant en principe alliée fidèle de Rome qu'elle avait aidée de son mieux au temps de la catastrophe gauloise80. traduit au moins la force de la haine qu'ils vouaient à l'ennemi romain. dans La mort. 12. Diodore. Tite-Live insiste sur le rôle de Tarquinia. 86 - l'acte avait une coloration religieuse : il s'agissait d'un sacrifice humain. a basculé un moment dans le camp ennemi et a fait 78. dont les Tarquiniens pensaient qu'il devait permettre à ceux des leurs qui étaient tombés dans cette guerre d'accéder à une immortalité bienheureuse78. semble s'opposer une raison péremptoire : nos sources ne mentionnent pas Vulci parmi les adversaires que les Romains ont alors combattus. 31. également. de 12 à 22. 80. Caen. Sur les rapports entre Rome et Caeré. et donc contre Rome. le témoignage principal est celui de Tite-Live. au moyen de sacrifices appropriés. qui a valu à Vel Saties les honneurs du triomphe. certains de leurs juvenes auraient combattu aux côtés de Tarquinia (Tite-Live. Le triomphe de Vel Saties On peut penser que c'est une victoire remportée au cours de cette guerre. VII. Hinard. voir notre article Regards étrusques sur l'au-delà. et que c'est cet événement glorieux entre tous pour la famille des Saties qu'on a voulu célébrer à travers le décor de la tombe François. Sordi. et mentionne également la part prise au conflit par Faléries. 5-6. p. Ce sacrifice rentre vraisembablement dans la croyance étrusque en la capacité de faire accéder les âmes des défunts. dès le début. mais. Rome.). sous la direction de F. 16.263-78. A cela. Mais nulle part ailleurs on n'a d'attestation d'une telle pratique à l'encontre de prisonniers : que les Etrusques y aient alors eu recours. 79. ibid. alors que tout induit à penser que cela a été un acte exceptionnel. 1985 (1987). cité falisque et non proprement étrusque79. . au statut de "dieux formés d'une âme" (dii animales). Mais ces deux villes n'ont pas été seules. il est vrai. Sur cette question. Mais il est cependant très probable que les Vulciens aient participé aux hostilités. l'historien ne mentionne que Tarquinia (VII. les morts et l'au-delà dans le monde romain. La participation officielle des Falisques au conflit est évoquée à partir de 357 (VII.7). Au début. pour 358). / rapporti romano-ceriti e l'origine délia civitas sine suffragio. 2 . étude fondamentale de M.

p. Mais voir aussi maintenant les remarques de M. 83. Pareti avait bien mis en relief l'absence de cohésion de la ligue étrusque dans La disunione politica degli Etruschi e i suoi riflessi storici ed archeologici. Surtout l'historien évoque. pour 352 encore. Le choix de certains thèmes. l'historien fait état de la menace d'une action commune des cités toscanes (VII. 7. Nous pouvons déjà invoquer en ce sens la place accordée à la geste des frères Vibenna et Macstarna. 20). Caeré est impliquée dans le conflit en 353 (VII.45-102.67-92. d'un commun accord. RPAA. Par là. c'est le fait que ces héros de Vulci avaient installé l'un des leurs sur le ttône de Rome.et eux seuls . 8- 10). Mais elle revient vite à l'alliance romaine. avaient établi leur pouvoir sur la cité des bords du Tibre. Torelli dans Elogia Tarquiniensia. pour 356. . loin dans le Nord-Est de la Toscane comme Chiusi ou Arezzo. 6 . le futur roi 81. Torelli. par exemple. 1929-1930. VII. p. une intervention de la ligue étrusque dans le conflit et l'appui apporté à Tarquinia par les autres cités toscanes82. 19. qu'on a voulu célébrer. Mais cela signifie que Tarquinia a alors bénéficié au moins de l'appui de certaines cités : parmi elles. contre Rome. Mais c'est finalement avant tout le décor de la tombe François qui permet d'être sûr de l'intervention de Vulci aux côtés de Tarquinia dans la guerre de 358/351.dont nous avons souligné le caractère exceptionnel dans tout ce qui nous est parvenu de la peinture funéraire étrusque. c'aura été vraisembablement le cas de Vulci.Servius Tullius . Voir Tite-Live. toutes les cités aient agi.87 - cause commune avec Tarquinia81. dont le territoire jouxtait le sien au nord et qui devait se sentir plus directement menacée par l'avancée de Rome que des villes situées. . dans ces circonstances comme dans d'autres. p. 82. 21.à intervenir (VII. Sans doute ne convient-il pas de prendre à la lettre une telle affirmation : ce qu'on sait du fonctionnement de la dodécapole étrusque83 montre qu'il est peu probable que. 17. la mise en relief de certains motifs ne peuvent se comprendre autrement que par référence à cette guerre qui est apparue comme une guerre générale des Etrusques contre Rome. Car ce ne sont pas n'importe quels exploits que l'on a choisi ici de représenter : il s'agit d'épisodes où les deux frères agissent de concert avec Macstarna. L. rejetant la responsabilité de son intervention à la pression de Tarquinia qui aurait amené certains jeunes gens de la cité .89-100. Chez Tite-Live.9). Elogia Tarquiniensia. voir M. Sur les données nouvelles fournies à ce propos par les éloges de Tarquinia.

Or celui-ci est disposé à un emplacement privilégié : le duel où il intervient . soulignée par toute la tradition romaine : non seulement l'ethnique la rattache exclusivement à Rome. Ainsi la focalisation sur cet aspect de la geste des frères Vibenna paraît traduire une orientation antiromaine. et parmi les ennemis dont ils triomphent. qui ont opposé les Etrusques aux Romains.entre . avec une terminaison de type latin. et suggère encore plus nettement un rapport avec ce conflit : la peinture . pourtant nombreux. celle accomplie par Achille lors des funérailles de Patrocle. Et ce caractère isolé de l'acte. Tarchna. et cela montre qu'on a voulu donner à cette peinture un caractère de lutte entre les deux peuples. étrusque et romain : on a voulu le présenter comme une victoire étrusque . désigné comme tel.sur Rome. On peut en effet remarquer que ce membre de la famille des Tarquins n'est plus du tout référé à l'Etrurie.et précisément vulcienne .hélas bien réel cette fois : celui dont ont été victimes les captifs romains en 358.qui a pour sujet la mise à mort des prisonniers troyens par Achille.de Rome. qui cadre bien avec l'hypothèse d'une victoire remportée par Vel Saties sur les Romains au cours de la guerre de 358/351. Il y a donc une volonté de mettre en relief ce combat contre un Romain. Les Tarquins se voient par là rejetés exclusivement du côté romain. Mais un autre élément du décor de la tombe oriente vers la même conclusion.qui fait face dans la tombe à celle où sont représentées les aventures des frères Vibenna . visible dès qu'on entre dans la tombe. figure Cnaeus Tarquin de Rome. Nous l'avons souligné. tout amène à penser qu'il s'est agi d'une procédure exceptionnelle : on n'a pas d'autre exemple d'un tel sacrifice de prisonniers au cours des conflits. c'est-à-dire sur un retour en angle.et est vaincu . mais il semble même qu'on ait choisi de donner à son nom une forme Tarchu- nies. au lieu de la forme étrusque qui serait la plus naturelle. qui décore .est représenté sur le panneau 4. en dépit de l'origine tarquinienne de la dynastie. Le choix d'un tel sujet a en effet peu de chances d'être indépendant d'un autre massacre des prisonniers . le fait qu'il s'est agi d'une innovation amènent à croire que ce qui s'est passé à Tarquinia en 358 n'est pas indépendant de cette autre mise à mort rituelle de captifs.

Le motif est également attesté en Etrurie par les reliefs du sarcophage de Torre San Severo (région de Volsinies) et d'une urne de Volterra. dans Le délit religieux dans la cité antique. aussi F. p. ainsi que.-C. et par la ciste Revil de Preneste. de ce sarcophage.une des parois de la tombe François85. une justification du comportement des Tarquiniens à l'encontre de leurs propres captifs86. Nous aurons à revenir plus loin sur cette question . Faléries a participé au conflit). Rome- Bari. et Storia degli Etruschi.comme la participation de Vulci à la guerre de 358/351. . et qui date de la fin du IVème ou du début du Illème siècle av. 86. o. p. cf.237. Il delitto religioso : qualche indizio sulla situazione in Etruria. qui appartenait à un membre de la grande famille locale des Partunus.c. ce monument permet de rentrer dans la vision que les Etrusques avaient de l'histoire. p.76. Blanck. Sur les peintures. . par un cratère falisque de la seconde moitié du IVème siècle (mais.89 - autres84. On peut relever que la même scène a été choisie pour décorer un monument de Tarquinia . 1978 (1981). L'exemple d'Achille fournissait un précédent mythique. Coarelli pour la compréhension du monument : les peintures ne sont pas juxtaposées au hasard. J.122-3.donc de la cité où a eu lieu la mise à mort des captifs romains .3-5. à n. Dans le choix de cette scène homérique pour le décor de la tombe François. en dehors de la zone proprement étrusque. que la tombe François laisse appréhender. mais leur agencement s'inscrit 84. Dans ce sens. Leur intérêt va beaucoup plus loin : comme nous allons le voir. aujourd'hui effacées. articulée sur une conception spécifique du temps.-H. Rome. 85. Distribution des scènes du décor Mais les fresques de la tombe François ne nous permettent pas seulement de connaître des faits qu'autrement nous ignorerions. Nous avons déjà souligné l'importance de l'apport de F. rappelons-le. p. juste remarque de M. Massa-Pairault. sur cet événement.et que la gloire acquise par Vel Saties (comme celle d'Aulus Spurinna) l'a été au cours de ce conflit. Die Malereien des sogenannten Priestersarkophages in Tarquinia.62. 11 -23 . on aurait donc la preuve que c'est bien cette guerre qu'on a voulu évoquer . ou qui resteraient hypothétiques . voir aussi notre article cité n. Torelli.vers la même époque : le sarcophage dit "du prêtre". Rome. 1981. 1982. voir H. C'est en effet une vision historique précise. dans Miscellanea archeologica Tobias Dhorn dicata.

F. avec le sacrifice des prisonniers troyens. On peut distinguer. se répondent et s'opposent à la fois. sans compter le portrait (sans doute redoublé à l'origine) de Vel Saties. tandis que Macstarna tranche les liens de Caeles Vibenna. Voir La tomba François di Vulci. debout. qui renvoie à l'époque même du monument. domine l'autre tombé sur les genoux. sur les panneaux 5 et 6. de part et d'. en 1. Mais le captif troyen est lié et mené au supplice. Là encore la correspondance conceptuelle est accentuée par l'aspect formel : dans les deux cas un des deux adversaires. Ces remarques l'indiquent déjà.95-8. Ce sont cette fois deux scènes de duel : à gauche. de part et d'autre de l'axe central qui est l'axe de l'architecture de la tombe. et de la victoire que. élément significatif puisqu'il concerne des parties du décor qui s'offrent immédiatement aux yeux de qui pénètre dans le monument. un côté grec à gauche. On a affaire à deux prisonniers . . La polarité est soulignée par un élément de décoration : l'image se termine au centre. les deux frères ennemis de la légende thébaine. Mais cela ne signifie pas qu'il n'y ait pas une correspondance entre des thèmes apparemment si disparates. . et un Troyen à gauche en 4 -. on a affaire à la lutte de Marce Camitlnas et du "Cnaeus Tarquin de Rome"87 dont nous avons déjà souligné qu'il occupait une place privilégiée dans le décor. Certains ont été choisis dans le mythe grec. d'autres dans l'histoire de l'Italie centrale au Vlème siècle. en 7.Caeles Vibenna à droite. comme nous venons de le voir. mais fait prisonnier. Un effet analogue existe pour les deux autres panneaux que le visiteur aperçoit en entrant dans le monument : les n°3 et 7. et en 3.autre de la chambre axiale VII. sur le panneau de droite comme sur celui de gauche. et le couple italien est manifestement l'image inversée du modèle fourni par les deux frères du mythe hellénique. Roncalli estime que Cnaeus Tarquin n'est pas tué par son adversaire. il a dû remporter sur les Romains au cours de la guerre de 358/351. les deux images qu'il aperçoit tout au fond. par les deux moitiés d'un même bouclier. p. au IVème siècle.90 - dans une logique précise. Ainsi. Etéocle et Polynice. puis le duel d'Etéocle et Polynice sur le panneau 87. tous deux figurés tournant le dos à la porte de la chambre. les thèmes ne sont pas répartis au hasard. Les sujets sont des plus divers. s'affrontent en un combat mortel. Des détails formels le suggèrent. centrée autour de la figure de Vel Saties.

Mais il faut tenir compte de ce que le personnage a en quelque sorte une position double : il est l'occupant de la chambre axiale VII. . La même répartition apparaît valable pour les panneaux qui prolongent directement ceux-ci. sur les panneaux suivants.Phénix et Nestor . 2. Aux héros grecs de gauche . empiétant donc sur le côté droit de la tombe par rapport à l'axe central du dromos. mais aussi de Vel Saties et de l'autre personnage de sa famille qui figurent à l'entrée de cette chambre qu'il faut penser le décor. Ce n'est que le premier signe d'une rupture qui s'accentue plus loin : le principe de symétrie de part et d'autre de l'axe central ne s'applique plus ensuite. à gauche. où figurent les enfers de la mythologie grecque. probablement dans l'au-delà. 4 et 12 à droite. transférés depuis la tombe primitive. avec les combats des héros vulciens. avec Arnza.ou plus exactement l'image (sans doute) dédoublée de Vel Saties encadrant Lancette représenté sur la porte bouchée de la chambre V. C'est donc bien par rapport à Vel Saties que s'ordonne la distribution des sujets entre cycle grec et cycle italien. recueille et porte à son point de perfection l'héritage des Saties plus anciens dont les corps. C'est en fonction non seulement du visiteur entrant dans la tombe. 3. ici une certaine le côté "italien". "grec"Mais à gauche on constate offre deux déjà figures. distorsionà : droite. sur les panneaux 1. Il n'y a plus désormais à droite de sujet "italien". avec Sisyphe et Amphiaraos. Car.puisqu'à la double représentation de Vel Saties s'ajoute l'ancêtre de la porte murée. mais aussi celui qui. mais ne sont plus visibles de l'entrée . si le côté en présente trois . Non seulement en effet le panneau 10. La raison de cette rupture est claire : nous sommes en présence de cette chambre V qui est venue perturber l'agencement régulier de la décoration. offre un sujet tiré du répertoire hellénique (Ajax saisissant Cassandre). à droite. les thèmes grecs envahissent le côté droit.c'est-à-dire les n°8 et 9 à gauche. mais il en va de même pour le panneau 11.91 - 7. en accord avec le fait que la figure de Vel Saties qui lui est attenante est celle qui le représente. à l'entrée de la chambre V. C'est relativement à eux que se marque l'opposition entre côté "italien" et côté "grec" : celui-ci commence dès le panneau 1 1 qui jouxte à droite la paroi de la chambre V88.répondent les héros étrusques de droite . reposent désormais à 88. . et un côté italien à droite. Nous avons relevé que ce panneau 1 1 offre une scène dans les enfers.

Si on tient compte de la distinction générale entre sujets grecs et sujets italiens. Mais si on fait intervenir la chronologie. trois époques sont représentées : celle de Vel Saties lui-même. C'est par rapport à elle que s'ordonne la distinction entre les deux côtés. ou du moins à la décoration de l'enttée de la chambre V où sa double représentation souligne sa place essentielle dans le monument. se réduit pour ainsi dire à la figure de Vel Saties. le décor distingue bien un côté "italien" et un côté "grec". . qui s'étend sur l'ensemble des panneaux du côté opposé89. Le décor associe des figures de la légende thébaine. entre côté "grec" et côté "italien". celle du Vlème siècle italien. au même titre que les exploits des héros vulciens du Vlème siècle av. et à la figuration . Mais il s'agit globalement du même "temps des héros". corrélative. qui occupe tout un côté par rapport au portrait du chef vulcien. 92 cet endroit. La figure de Vel Saties occupe de ce fait une place originale dans l'ensemble de la décoration du monument. et leur jeu réciproque. Mais le temps le plus récent. Ce temps du mythe grec apparaît moins unifié que les deux autres temps qu'on peut distinguer. et doit être tenue à part de tout le reste. avec Etéocle et Polynice ou Amphiaraos. Mais cette opposition ne correspond pas exactement à celle qui découle de l'architecture de la tombe : elle apparaît valable surtout par rapport à la chambre V. En effet. a à sa droite les scènes italiennes. mais ternaire. mais aussi le rapt de Cassandre et les figures de Nestor et Phénix. qui relie chambre VII et chambre V. son portrait rentre sans doute dans la catégorie des sujets italiens. et que c'est par rapport à lui que doivent se comprendre à la fois les deux autres "temps" que nous avons distingués et la distinction. à sa gauche les scènes grecques. On peut donc considérer que le décor est conçu dans la perspective propre de ce personnage. tel qu'il est figuré. Vel Saties est aux deux extrémités d'un axe. De cette manière. à celles de la guerre de Troie. Vel Saties. l'époque de la réalisation de la tombe et de son décor.-C. Nous verrons l'importance de cette position privilégiée. 89. J. Et on peut noter la nette prépondérance du cycle troyen : y renvoient non seulement la scène du sacrifice des prisonniers troyens. Un point le marque bien. on a une distinction non plus binaire. et enfin celle du temps héroïque du mythe grec.de Vel Saties qui en marque l'entrée.double .

c'est . 1/2. p. choisissait d'orner le flanc d'un cratère par la scène de l'aveuglement du Cyclope Polyphème. dès les origines. ces héros sont clairement situés dans les enfers. l'atrium. 1955.68-89. Zum Krater des Aristonothos. comme le couple des dieux des enfers Hadès et Perséphone. La tombe François se réfère à l'épopée homérique : mais. J. MDAI(R).191-202). à l'extrémité de la partie élargie à l'enttée de la tombe. Cristofani. cf. . que pour en tirer des scènes proprement légendaires92. ou des jeux. Milan. dans leur vie dans l'au-delà . l'art étrusque baigne dans une atmosphère hellénique et va chercher du côté de la Grèce la plupart des sujets qu'il choisit de représenter. une oeuvre locale comme la pyxide d'ivoire trouvée à la Pania était illusu*ée de scènes homériques90. le montre : les deux figures symétriques de Phénix et de Nestor. 39. Tirésias. Bien sûr des exceptions existent : on songera à Achille et Troilos dans la tombe des Taureaux. Bonghi Jovino.-C. Rebuffat. Cristofani. 92. ou à l'aveuglement de Polyphème dans la tombe de l'Ogre II de Tarquinia (dans ce dentier cas.plus pour lui emprunter des scènes infernales. Torelli. Pittura funeraria e celebrazione délia morte : il caso délia Tomba dell'Orco. ne se réduit pas à un étalage de culture hellénique. Ideologia e rappresentazione nelle tombe tarquiniesi dell'Orco I e II.comme il est au reste assez normal . M. Per una lettura délie pisside délia Pania. p. voir pour ce monument. justement relevé par D. Certes. assez exceptionnel. Schweitzer. 62. Cependant on ne peut pas dire que de tels sujets aient envahi la peinture funéraire : les thèmes en sont beaucoup plus souvent des banquets. voir M. DArch. la présence d'Ajax. dans Tarquinia : ricerche. le Grec Aristonothos.p. que cette partie du monu- 90. SE. artiste hellénique fixé à Caeré91. 1986 (1987). occupent. Ce choix. Et si.78-116. c'est parce que ce sujet tiré de YOdyssée répondait au goût et à l'attente de sa clientèle étrusque. Agamemnon n'est pas comparable à celle des scènes homériques de la tombe François . 91. Un détail. aussi tôt que la fin du VIIeme siècle av. aussi M. On y voit Ulysse échappant à Polyphème ou affrontant le monstre Scylla . 3. . peu de temps auparavant. 1971. Et si on fait appel à la mythologie grecque.7-18 . sous la direction de M.93 - Signification de scènes grecques : Phénix et Nestor Il n'est pas habituel qu'une tombe étrusque soit décorée avec des scènes tirées du répertoire de la légende grecque. p. liés au rituel des funérailles. dans le vestibule. Voir sur le personnage l'étude fondamentale de B. scavi e prospettive. et R.

. ce rattachement général. D'ailleurs ils font face. 94 - ment constitue. 1956). selon l'opinion d'Hérodote. Sur ces traditions. on se reportera à nos études Les Pélasges en Italie. L'existence d'une telle prétention n'a rien d'inconcevable. D. article cité à n. 95. La famille Saties aurait donc proclamé sa descendance de héros du mythe grec. F. 37. Paris. certains groupes. et R. comme des descendants de colons lydiens. p. p. et en l'occurrence de Phénix. très probablement à celle d'un de ses ancêtres directs. peut-être son père. p. ou. à l'autre extrémité. certaines familles ont voulu s'ancrer plus directement dans le mythe hellénique. non seulement à la représentation de Vel Saties. 1941 (2ème éd. à qui se rattachent généalogiquement les Saties. 1984. Latomus. 1978. La tradition homérique se prêtait aisément à de telles prétentions : par le biais des nostoi. des retours difficiles que les développements ultérieurs de la tradition avaient prêtés à nombre de héros de la guerre de Troie à l'image d'Ulysse. figuré à l'emplacement de l'ancienne porte de la chambre V. Certaines cités. le précepteur d'Achille. il était facile de prétendre que tel ou tel d'entte eux était passé par l'Italie et y avait fait souche95. la place normalement dévolue aux images des ancêtres dans la maison des nobles romains93. si les Etrusques. en affirmant qu'ils se rattachaient à tel héros en particulier. qui apparaissent comme les sages vieillards de l'armée des Achéens. Bérard. et L'origine lydienne des Etrusques. Sur ces traditions et leur réception en Etrurie. C'était bien sûr le cas d'Ulysse. Rome. En effet. La présence de ces deux personnages de la guerre de Troie ne se ramène donc pas à une référence générique à des héros helléniques : ils sont posés comme des ancêtres. Rome. dont la famille 93. les reliant à des populations qui n'étaient pas véritablement grecques. étaient conçus comme issus de ces mystérieux Pélasges qui avaient occupé l'Hellade avant les Grecs. 94.58. De Sidoine Apollinaire à la tombe François. 98-9 . dans le même sens. n'a pas paru suffisamment prestigieux à nombre d'entre eux94. et de Nestor. le conseiller de l'expédition.339-402.52. 1991. mais aussi. étude classique de J. Rebuffat. Coarelli. nous l'avons vu. La colonisation grecque de l'Italie méridionale et de la Sicile. globalement.

affirmait être issue96 : des traditions proprement étrusques lui assignaient Cortone comme dernière demeure^. 49. . v. En choisissant les sages conseillers de l'Iliade. IV. 2.-C. est représenté dans l'attitude d'un haruspice toscan examinant le foie d'une victime alors que la tradition grecque ne lui prête pas de compétence particulière en matière d'hépatoscopie : cela montre que les spécialistes étrusques de divination avaient voulu se rattacher à ce précédent illustre^. l'artisan qui avait construit le cheval de Troie". 130 L. Ainsi sur un célèbre miroir de Vulci de la fin du Vème siècle. 1. Pérouse aussi se disait fondée par des Achéens. Festus. 45. fort de leur appui que la prise d'auspices préalable lui avait garanti. Calchas. 49. Le choix de ces deux personnages est intéressant.passait pour le fondateur de Pise. J. 9. Et cela correspond bien à l'impression qui se dégage de la figure de Vel Saties qui fait face. Car on peut penser qu'il traduit l'image que la famille voulait donner d'elle-même. V. à Tusculum. 98. 20. 100. Denys d'Halicarnasse. Justin. et non des héros guerriers. 99. au niveau d'une famille cette fois : ses membres s'étaient donné une généalogie remontant à Phénix et Nestor.92) doit s'interpréter dans le même sens . 1. Strabon. p. aux deux héros d'Homère. comme Achille ou Diomède. Des groupes plus spécifiques faisaient étalage d'une origine les rattachant au cycle troyen. mais le fait qu'il l'ait remportée en accord avec les dieux. Tite-Live. mais ce qui est mis en avant dans sa victoire. sur le côté opposé du vestibule. I. Il s'est donc comporté en 96. qui paraît suivre ici l'historien Timée de Tauroménion. et Lycophron. 97. La présence de Tirésias dans la tombe de l'Ogre II (voir n. Et le sage Nestor . sans aucun doute lors de leur retour de Troie98. le devin de l'armée achéenne. Il est sans doute représenté comme un général vainqueur. elle a voulu se présenter avant tout comme capable de réflexion et de sagesse. Latomus. sur la question. Voir en part. voir en part.dont l'image figure sur notre monument .321-42. 1990. cité par le scholiaste de Lycophron. voir notre article Divination étrusque et mantique grecque : à la recherche d'une origine hellénique de VEîrusca disciplina. nous avons l'exemple d'une prétention analogue. Sur ces traditions. qui vivait autour de 300 av. à moins qu'on ne lui préférât Epéios. 5 (222). 11. ce n'est pas son aspect militaire. . Alexandra.95 - latine des Mamilii. 804-6 (et 1342-4). Théopompe. Avec les Saties de Vulci.806 (= FGH 115 F 354).

Nous avons déjà évoqué un point concernant cet indiscutable morceau de bravoure que constitue la scène du sacrifice des prisonniers troyens par Achille. La relation entre Vel Saties et ses compatriotes impliqués dans les hostilités contre Rome et les Grecs de l'épopée homérique ne se réduit donc pas au seul lien généalogique entre Phénix et Nestor et la famille des Saties. son retentissement a dû être tel que les Vulciens. Le choix du motif ne peut s'expliquer qu'en fonction de ce qui s'est passé en 358. est faite de soumission consciente et réfléchie aux desseins des dieux. et les héros de l'armée achéenne lors du siège de Troie. Il n'est pas fortuit qu'on ait voulu faire ainsi une référence indirecte à cet acte. Vel Saties de l'autre montre qu'on peut . victorieusement à leurs yeux.96 - digne descendant de Phénix et Nestor : lui aussi a su agir avec sagesse. celui peut-être où les dieux. 6.poser un rapport précis entre les images renvoyant au mythe grec et celles se référant au monde italien. donc dans un des épisodes de cette guerre contre Rome dans laquelle Vel Saties s'est acquis la gloire éternelle qui est désormais la sienne. 165-9. nouvelle Troie Ce cas particulier de la relation existant entre Phénix et Nestor d'une part. Les Etrusques. contre Rome. au sein de ce peuple imbu de religion au point de passer aux yeux des Romains pour "le plus religieux de tous". p.et doit . Sur la religiosité étrusque. y ont vu un des grands moments de cette guerre. sur le forum de Tarquinia. à un destin qui commande au cours des choses102. Cela implique un jeu de correspondance entre les Etrusques du IVème siècle dans la guerre qu'ils ont menée. . de la différence. 102. sollicités de cette manière. Tite-Live. peuple. descendants des héros grecs. nous sommes dans le monde étrusque. 1993. bientôt alliés des Tarquiniens contre Rome. selon la formule de Tite-Liveioi. se sont décidés en faveur des Etrusques.ex. notre ouvrage Les Etrusques. Simplement. Même si Vulci n'a pas été directement impliquée dans l'événement. V. Cette sagesse prend donc une coloration religieuse. Les Etrusques sont posés comme étant globalement les 101. voir p. contre Rome. Paris. . La correspondance est loin de se limiter aux qualités dont Vel Saties aurait hérité des sages de l'épopée hellénique. 1. qui concernait uniquement Tarquinia.

catalogue d'exposition Roma medio-repubblicana. Perret. 1952. Dès cette époque la légende voulant que Rome soit la nouvelle Troie.399-417. Paris. des statuettes représentant Enée portant sur ses épaules son père Anchise. Rome. Aristote sont d'indiscutables témoins de la vitalité de cette légende troyenne du Latium et de Rome en particulier : il n'est pas besoin de rappeller combien la critique a unanimement rejeté les vues proposées par J. n. 103. Et cette correspondance trouve une confirmation et un appui dans le fait que leurs adversaires romains se trouvent symétriquement rapportés aux ennemis des Grecs venus attaquer Ilion : par les Troyens. Torelli. Malgré la critique qu'on peut faire de la thèse de base de l'auteur. de leurs propres références mythologiques ou légendaires la nature de ce peuple barbare104. p. ce qui exclut toutes les conclusions qu'on a pensé en tirer sur l'existence d'une forme .témoignages antérieurs que des falsifications ou des erreurs d'interprétation iO3.J. p. Ce n'était pas seulement une doctrine professée par les Grecs examinant les réalités du Latium. Sur la manière des Grecs d'appréhender la réalité indigène en la rattachant à leur mythologie. voir l'article classique de E. une manière pour eux d'exprimer en fonction de leurs propres schémas.88.l. p. 105. CPh. Damaste. 181. Florence. Selon la datation la plus probable.nombreux . elles paraissent dues non aux habitants de la cité étrusque prise par Camille en 396. Ceux-ci se référaient ainsi au mythe fondateur de leur cité. est largement diffusée. On a retrouvé à Véies. datant des décennies centrales du IVème siècle.335-6. 1985. . 1942.65-81 = Religion and Politics in the Hellenistic and Roman Periods. 104. mais aux colons romains qui se sont établis sur les lieux à la suite de la décision du sénat de 3861Q5. Voir Les origines de la légende troyenne de Rome. Vagnetti. 1971.97 - homologues des Achéens de la guerre de Troie. il est fait référence à Rome. // deposito votivo di Campetti a Veio. et ne voyant dans les . la cité héritière d'Ilion à laquelle Enée est venu donner naissance en Italie. Côme. n'acceptant de voir dans cette légende qu'une élaboration de l'époque de Pyrrhus. 47. Les intéressés eux-mêmes proclamaient fièrement leur ascendance troyenne. et M. La chronologie de ces statuettes semble avoir été établie de manière définitive par L. Origines gentium. p. Bickerman. ce travail reste fondamental par la recension minutieuse des sources antiques sur la question. Hellanicos. 1973. dans un dépôt votif attenant au temple de Campetti.

Vernant. La référence à l'épopée vaut donc pour les deux adversaires que la guerre de 358/35 1 met aux prises : elle signifie . 107.selon la vision étrusque que révèle notre monument .dont Achille avait fourni le modèle. Materiali voiivi del santuario di Campetti a Veio.213. Les funérailles de Patrocle. . p. dont tout porte à croire qu'il est resté unique. Schnapp- Gourbeillon. affrontant Rome et remportant d'éclatantes victoires sur elle. G. du comportement . s'inscrivent dans la ligne d'Achille et des autres guerriers de l'armée grecque qui a détruit Ilion dont ils proclament qu'ils sont issus. les rejetons de ces Troyens que leurs ancêtres ont jadis vaincus.que Vel Saties et ses compatriotes. Gnoli et J.76.77-88. A.-P. a été accompli parce que les habitants de Tarquinia ont voulu reproduire le geste du plus grand des héros grecs de la guerre de Troie. Cambridge. 106. Leurs succès répètent ceux de leurs ancêtres. Stefani. lorsqu'il a offert les captifs troyens aux mânes de son compagnon Patrocle.en principe hors nonne107 . Mais que signifie une telle répétition ? Pourquoi les Etrusques ont-il. estimé qu'ils devaient se comporter comme l'avaient fait leurs ancêtres. sous la direction de G. J. voir noue article cité à n. et ce que ces ennemis de Rome mettent en avant dans le thème de l'origine troyenne de YUrbs est l'assurance de leur propre victoire sur elle. Voir aussi maintenant A. les morts dans les sociétés anciennes. les Grecs de étrusque de la légende d'Enée. Pour une bonne analyse du comportement d'Achille. chantés par Homère. 1990. contre les Romains issus des Troyens. Rome. Comella. Et un geste comme celui auquel les Etrusques se sont livrés sur le forum de Tarquinia en 358 s'explique dans la même logique de répétition du passé106 : ce monstrueux sacrifice humain. Mais le sens de la référence est bien sûr inversé. Le troisième temps du décor : les héros vulciens du Vlème siècle av. Les Etrusques se définissent comme les descendants des héros grecs de la guerre de Troie : en s'opposant aux Romains. p. . Sur cette question. 1982. ils affrontent la nouvelle Troie.98 - Dans la tombe François. Il y a eu là une répétition volontaire. au cours de cette guerre. dans La mort.-C. Achille. ce sont les Etrusques qui utilisent ce mythe.

Par rapport à la scène puissamment unitaire qu'est le sacrifice des prisonniers troyens. semble encore reprendre ce même modèle. lors du siège de Troie ? Pour donner une réponse à ces questions. des groupes qui constituent la scène "italienne". pour laquelle il n'existait aucune tradition iconographique. celui sur lequel s'achève le panneau 2. les scènes grecques et italiennes n'ont pas grand- chose en commun. est clairement inspiré "italienne" de la a été scène créée où en Ajax partant saisitdeCassandre. .-C. et de celui formé par Caeles . Les Etrusques ont voulu représenter des épisodes de leur histoire. J. Celui-ci a même joué deux fois puisque le troisième couple de combattants. celui qui voit la défaite de Cnaeus Tarquin a manifestement été imaginé à partir du modèle des deux frères ennemis de la légende thébaine. de prime abord. Ce n'est pas le seul : le groupe situé immédiatement à droite de celui formé par Macstarna et Caeles Vibenna. par rapport à Vel Saties. Néanmoins. c'est-à-dire le temps intermédiaire entre les héros grecs et Vel Saties et le conflit entre Rome et Véies du milieu du IVème siècle av. l'époque des exploits des frères Vibenna et de Macstarna. nous avons déjà relevé que.99 - l'armée achéenne. où un certain Larth Ulthes abat un Laris Papathnas de Volsinies. On pourrait expliquer cela par une simple raison technique.-C. des scènes tirées de la légende grecque. l'image fournie Là encore par lela modèle scène grec. il n'y a pas de sacrifice humain qui corresponde à celui accompli par Achille et on ne peut relever qu'une analogie générale entre les deux scènes de lutte qu'offre le côté grec. Du côté "italien". 2 et 3. mais cette fois en le retournant et en inversant la victime par rapport à son vainqueur. la scène "italienne" se présente comme une simple juxtaposition de couples de combattants affrontés. J. avec le combat fratricide d'Etéocle et Polynice et le rapt de Cassandre. On peut d'ailleurs estimer que le résultat n'a pas été des plus heureux. la peinture des aventures des héros vulciens est clairement conçue comme symétrique. et en substituant les personnages de leur propre histoire aux figures du mythe hellénique. Il s'en sont donc donné les moyens en s'inspirant des schémas que leur offrait l'art grec. où se fait encore sentir la qualité du modèle initial. il convient de prendre en considération la troisième période que nous avons distinguée dans le décor de la tombe : le Vlème siècle av. et les scènes guerrières des panneaux 1. Mais. Nous l'avons souligné.

qui se dégage de cette scène. et de qualité inférieure. en tant que chef d'Etrusques s'affirmant comme descendants des héros grecs de la guerre de Troie. Ainsi donc. il convient de voir là un signe d'une vérité profonde que cette reprise des modèles fournis par les scènes "grecques" veut traduire. Mais les exploits de Macstarna et des frères Vibenna sont à replacer dans la même perspective de répétition du passé. Nous pouvions déjà le pressentir pour Vel Saties : ses hauts faits. reproduisaient ce qui s'était passé lors du siège d'Ilion par l'armée des Achéens. ils en sont la répétition. exprime la reproduction d'événements homologues au cours de l'histoire : cette décoration traduit une conception précise du temps. Un autre document étrusque. Sur l'intérêt de ce point de vue du choix de la forme Tarchunies et non Tarchna de son nom. Les héros vulciens du Vlème siècle. Eux aussi. et à rencontre de Romains issus pour leur part du Troyen Enée. à l'époque où la tombe François a été aménagée. avec les trois époques qu'on peut y distinguer. ou plus exactement la première occurrence du processus de répétition de l'histoire qui aboutit. . Au fond. au stade suivant. une conception cyclique de l'histoire. après la victoire remportée sur un Cnaeus Tarquin clairement désigné comme Romain (et coupé de toute attache avec l'Etrurie108). . remontant à une date voisine de celle de la tombe François. Ils représentent une étape intermédiaire. Mais par-delà l'impression indéniable d'imitation. sans aucun souci de composition d'ensemble. Les événements que dépeint cette fresque reproduisent ce qui s'est passé en Grèce dans le temps des héros. et précisément du passé glorieux de la guerre de Troie. à ce que Vel Saties reproduise à son tour les exploits des héros chantés par Homère. tout comme leurs compatriotes du FVème siècle. voir supra. le décor de la tombe. étaient de la race des héros de l'épopée grecque. confirme que les Toscans de l'époque voyaient dans les hauts faits attribués à Macstarna et aux frères Vibenna la reprise de ceux des Achéens lors de la guerre de 108. avaient refait ce que Achille et les autres Achéens avaient fait en combattant Troie. dont l'action aboutit à l'établissement de Macstarna- Servius Tullius sur le trône de Rome. ces événements du Vlème siècle à la fois répétaient les exploits des héros grecs de l'épopée et préfiguraient ce que ferait plus tard Vel Saties.100 - Vibenna et Macstarna.

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Troie. Nous y avons déjà fait allusion : il s'agit du miroir sur
lequel on voit les frères Vibenna surgissant, les armes à la main,
dans la clairière où le devin Cacu est en train de prophétiser^»
Nous avons rattaché cette scène au thème légendaire de la
"capture du devin". Mais, comme l'a bien souligné F.-H. Massa-
Pairault, il ne s'agit pas d'une simple reprise générique du
motif110. Cet épisode est à comprendre en fonction de ce qu'on
sait - ou au moins devine - de l'ensemble de la geste des frères
Vibenna. Leurs entreprises ont permis à l'un de leurs
compagnons, Macstarna-Servius Tullius, de s'emparer du pouvoir à
Rome : la capture du devin Cacu a donc des chances d'avoir été
un préalable à ce que les Etrusques interprétaient comme une
prise de YUrbs par les héros vulciens. Or nous avons vu que la
tradition grecque sur la guerre de Troie, dans ses développements
posthomériques au moins, racontait que la prise d'Ilion avait été
rendue possible par les révélations du devin troyen Hélénos,
capturé par Diomède et Ulysse (ou d'autres héros)111. La légende
toscane serait la transposition de cet épisode à la "prise" de Rome
par les frères Vibenna : les deux frères vulciens auraient forcé le
devin Cacu, auquel il paraît difficile de refuser tout lien avec la
figure romaine de Cacus112, à leur dire comment ils pourraient
s'emparer de la ville113.
Cette analyse de la scène montre qu'on a appliqué à la geste
des frères Vibenna un thème aussi clairement "troyen" que celui

109. Voir supra, avec n.32.
110. Voir L'art et l'artisanat étrusco-italicjues à l'époque hellénistique, Rome,
1985, p. 53-8, et catalogue de l'exposition Civiltà degli Etruschi,
Florence (Milan), 1985, p.354.
111. Références supra, n.39.
112. Il faut reconnaître cependant que les données que nous avons sur Cacus
ne permettent pas de déterminer une relation précise avec le Cacu des
documents étrusques (en dépit de tentatives comme celles de J. Penny
Small, Cacus andMarsyas in Etrusco-Roman Legend, Princeton, 1982).
113. En fait cette utilisation faite par les Etrusques au IVème siècle, contre
Rome, du motif de la capture du devin rentre dans une polémique
précise : car les Romains avaient recours au même motif dans le cadre des
traditions qu'ils avaient développées de leur côté - certainement à la
même époque - sur l'événement central de leur histoire (au moins à ce
moment) qu'avait été la prise de Véies. La capture de l'haruspice véien
lors du siège de la cité étrusque (références supra, n.42) est le pendant
romain de la capture d'Hélénos par les héros grecs (et de celle de Cacu par
les frères Vibenna). Nous aurons à revenir plus loin sur cette question.

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de la capture d'Hélénos par les héros grecs. On a donc là une
confirmation de la clef de lecture proposée pour la tombe
François : les héros vulciens du Vlème siècle auraient reproduit à
leur époque, contre Rome nouvelle Troie, ce que les Achéens
avaient accompli lors du siège d'Ilion.

L'histoire comme répétition

Ainsi les Grecs de l'épopée ont pris Troie ; au Vlème siècle
les héros vulciens, posés comme leurs descendants, se rendent
maîtres de la nouvelle Troie fondée sur le sol italien ; au IVème
siècle encore, la victoire de Vel Saties sur les légions romaines
répète la même histoire. A travers les siècles les événements se
reproduisent. On est aux antipodes d'une conception linéaire,
continue de l'histoire, où chaque événement est original, a sa
valeur propre, s'inscrit dans un devenir où certes le présent se
fonde sur le passé, mais le prolonge et ne le répète pas. Dans
l'appréhension du temps que ces fresques révèlent, l'histoire est
cyclique : les mêmes événements reviennent à des échéances
déterminées.
Nous ne sommes plus habitués à appréhender le temps de
cette manière. De telles idées n'avaient déjà plus guère cours chez
les Romains de l'âge classique : souvent, ils étaient enclins à
interpréter l'histoire plutôt en termes de progrès, avec la vision
d'une Rome partant des modestes débuts de la fondation de
Romulus et étendant peu à peu sa domination sur l'ensemble de la
Terre habitée. Même le thème du retour de l'âge d'or, si présent
dans la poésie augustéenne, est perçu comme lié à
l'accomplissement de ce qui apparaît comme un monde parfait, une sorte de fin
de l'histoire, non comme le recommencement d'un processus se
répétant indéfiniment. Mais après tout la réussite exceptionnelle
de leur cité imposait peut-être aux Romains une conception
linéaire - et exclusivement centrée sur leur cité - de l'histoire.
Il n'en allait pas de même pour les Etrusques. Ils ne nous
ont pas laissé de textes où ils exposaient leurs réflexions sur le
temps et sur l'histoire et même les informations que nous ont
transmises les auteurs grecs ou latins se limitent, comme nous
allons le voir, à un point particulier, la question des "siècles".
Mais le document exceptionnel qu'est la tombe François permet
dans une certaine mesure de suppléer à cette absence de
témoignage direct. Ce document figuré nous permet de comprendre, à

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travers le jeu de correspondance thématique entre les différents
stades chronologiques qui y sont dépeints, que les anciens
Toscans (ou au moins certains d'entre eux) avaient une
conception articulée du temps, qu'ils estimaient que l'histoire se faisait
par le retour, à échéances successives, des mêmes événements.
Ce témoignage permet de nous faire une idée quelque peu
différente, et en tout cas plus riche, des vues des anciens Toscans
en matière d'histoire que ce que nous pouvons tirer des rares
textes d'auteurs grecs et latins dont nous disposons. Ceux-ci
nous confii-ment que, pour les Etmsques, le temps ne se déroulait
pas d'une manière continue, uniforme : il était scandé par des
siècles114. Mais les informations que nous avons sur ces siècles
étrusques n'impliquent pas une conception cyclique du temps.
Cette question des siècles n'était pas une simple affaire de
comput chronologique. Les siècles étrusques n'avaient pas une
longueur uniforme, la durée de cent ans que nous entendons par
ce nom ou une autre : ils étaient variables, et duraient aussi
longtemps qu'avait vécu celui des individus d'une génération
donnée qui était mort le plus âgé. Tel siècle étrusque aurait ainsi
duré 123, tel autre 119 ansiis.
Ces siècles qui rythmaient le temps étaient les étapes d'un
destin régi par la volonté des dieux, ou plutôt soumis aux vues de
mystérieux maîtres du destin, entités qu'on se représentait comme
supérieures aux dieux habituels116. Il s'agit donc d'une notion
avant tout religieuse, et cela est bien marqué par le fait que les
dieux avaient souci de faire connaître aux hommes le passage
d'un siècle à l'autre. Ils le faisaient par ce qui est, en Etrurie, le
mode habituel de communication entre hommes et dieux : les
prodiges, événements sortant du cours naturel des choses, dans
lesquels la "discipline étrusque", la science religieuse nationale

114. Sur les siècles étrusques, on pourra se reporter à J. Heurgon, La vie
quotidienne chez les Etrusques, p.279-83, A.J. Pfiffig, Religio Etrusca,
Graz, 1979, p. 13 8-50, ou notre ouvrage Les Etrusques, peuple de la
différence, p. 183-5 (et, avec plus de détails, notre article Les
changements de siècle en Etrurie, dans Colloque "Les fins de siècle",
sous la direction de P. Citti, Tours, 1985 (Bordeaux, 1990), p.61-76).
115. Le témoignage essentiel est celui de l'auteur du IHème siècle
Censorinus, Sur le jour anniversaire, 17. Il nous dit se fonder sur ce
qu'il a lu dans Varron : mais celui-ci suivait une source étrusque, des
Historiae Tuscae ou "histoires étrusques".
116. Sur ces divinités qui président au destin, voir plus loin.

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des haruspices, avait appris à reconnaître des avertissements
donnés par les dieux et dont elle se faisait fort d'analyser le sens.
Ainsi, au témoignage de Vairon, les dieux annonçaient les
changements de siècles par le fracas de trompettes retentissant
dans le ciel117. D'autres fois, ce pouvait être par le tonnerre,
surtout s'il se manifestait soudainement dans un ciel sereines, ou
encore l'apparition d'une comète1 ^.
De tels prodiges venaient rappeler aux hommes qu'ils
n'étaient pas vraiment maîtres de leur histoire, que celle-ci
s'inscrivait dans un destin s'imposant à eux. Les siècles qui
l'articulaient étaient un des aspects de cette maîtrise des dieux sur
le temps des hommes : il avait été alloué à chaque cité, à chaque
nation une durée de vie déterminée, un nombre donné de siècles.
On croyait ainsi savoir que le peuple étrusque existerait pendant
dix siècles120. Et en fonction de spéculations analogues, et
d'origine étrusque, on avait parfois attribué à Rome une durée de
vie de 1200 ans, c'est-à-dire de douze siècles121.
Ce n'est pas en effet d'un devenir global de l'humanité que
se préoccupait cette réflexion étrusque sur le temps. Une visée
universaliste ne pénétrera la doctrine des haruspices que très tard,
vers la fin de l'Empire romain, lorsque la vieille science religieuse
tyrrhénienne subira l'influence de conceptions juives ou
chrétiennes122. Mais avant cette évolution tardive, la discipline étrusque
ne s'intéressait qu'au destin échu à chaque cité, à chaque peuple.

117. Vairon, cité par l'interpolateur de Servius, commentaire à YEnéide, VIII,
526.
118. Voir Plutarque, Vie de Sylla, 7, pour des prodiges survenus en 88 av.
J.-C. ; cf. aussi Dion Cassius, 47, 3-5 (pour 19 ap. J.-C), s'il faut
reconnaître ici la fin d'un siècle de type étrusque comme le propose
W.V. Harris, Rome in Etruria and Umbria, Oxford, 1970, p.36.
119. Cas de la comète de 44 av. J.-C. apparue à la mort de César. Voir
interpolateur de Servius, commentaire à Virgile, Bucoliques, IX, 47,
pour l'interprétation de l'haruspice Vulcacius (ou Vulcatius), y voyant le
signe du passage au dixième siècle.
120. C'est ce qui apparaît dans l'épisode de l'haruspice Vulcacius ; voir note
précédente.
121. Voir Censorinus, 17, 15, citant (à travers Varron), le témoignage de
l'augure Vettius ; sur cette question, voir notre article Sur un fragment
d'Umbricius Melior : une vision étrusque des origines de Rome ?
BAGB, 1996, l,p.32-43.
122. Sur cette question, voir notre ouvrage Chrétiens et haruspices, la
religion étrusque, dernier rempart du paganisme romain, à paraître.

sans que l'idée d'une possible renaissance. et leur comput débutait pour chacune d'entre elles le jour de sa fondation. Mais il est plus sage d'avouer qu'en dehors de ce point particulier 123. même en admettant que les siècles étaient différents. impliquant la répétition de groupes de siècles. affectant l'humanité entière. 7. on a affaire à un temps non uniforme. et non proprement de siècles. Vie de Sylla. Et ce qui est le plus apparent dans la doctrine est que chaque nation. scandé par des échéances. chaque cité avait une durée de vie déterminée. de l'humanité en général. on peut envisager des cycles plus longs. compté en siècles : et c'était bien sûr avant tout la destinée dévolue au nomen Etruscum. était marqué par une rupture nette par rapport à celui qui l'avait précédé et celui qui le suivrait123. et non du peuple étrusque ou de tel autre. d'origine autre. La théorie séculaire étrusque semble ici s'être au moins combinée avec une doctrine plus large. fondée sur un cycle de huit "grandes années". ne se reproduisaient pas l'un l'autre. Mais cela n'oblige pas à supposer que les Etrusques aient récusé toute vision cyclique du temps et de l'histoire : après tout. leur destin. Voir dans ce sens Plutarque. c'est-à-dire de savoir si cette idée d'un temps rythmé par des échéances à peu près régulières se combinait avec la conviction d'une répétition de siècle à siècle. tel ou tel peuple.105 - Les siècles étaient différents de ville à ville. 1 14. et conforme à un destin guidé par les puissances surnaturelles. Voir notre article cité à n. . fût-ce à travers un nouveau groupe ethnique. Les divers peuples aussi avaient. globalement. c'est-à-dire au peuple toscan. où il est question d'une différence dans l'attitude des hommes des divers siècles envers les dieux et la religion. limitée dans le temps . fût évoquée. Mais les sources littéraires sur les saecula ne nous peiTnettent pas d'affirmer que cette vision articulée du temps reposait sur une conception cyclique. ou des séries de siècles allouées à tel ou tel groupe. Certains textes amèneraient même plutôt à penser que chaque siècle avait sa physionomie propre. On retrouve assurément des points communs entre la conception du temps sous-jacente au décor de la tombe François et la doctrine des siècles : dans les deux cas. Mais la pertinence de ce passage et de la doctrine qui y est exprimée pour la détermination de la conception tyrrhénienne des siècles est controversée : il est question ici de "races" successives. d'un retour à chaque fois des mêmes événements. . qui faisait l'objet de l'attention des haruspices.

Did Orphie Influence on Etruscan Painting exist ?. Déterminisme et liberté Dans ces conditions. Il est possible que l'adoption de telles vues par une partie au moins du monde tyrrhénien ait été due à l'influence de doctrines grecques. et qu'on ne saurait dire que leurs réflexions s'étaient bornées à cet unique aspect. et même. nos textes ne nous révèlent pas grand- chose sur les idées que les anciens Toscans se faisaient sur le temps. 50. mais aussi orientales. Sans qu'on soit en droit de penser que ces peintures reflètent le seul type de représentation qui ait eu cours en Toscane. le témoignage figuré fourni par la tombe François mérite d'être considéré avec autant d'attention que les textes de Censorinus ou de l'interpolateur de Servius qui nous parlent des saecula. confrontant ce qu'a fait ce personnage au IVème siècle à ce qu'avaient réalisé les frères Vibenna et Macstarna au Vlème siècle et les héros grecs au temps de la 124. H. Van Essen. Maggiani a proposée du système de représentation sous-jacent au foie de Plaisance. Bulle. 42. de type pythagoricien. l'organisation du décor autour de la figure centrale de Vel Saties. Amsterdam. Il serait extrêmement dangereux de conclure que c'était là le seul type de spéculation qui avait été élaboré dans ce domaine.53-88). Voir également note suivante. PhW. p. Une telle influence ne peut rester que du domaine de l'hypothèse. Nous l'avons vu. 1927. 1922. C. p.C. Il serait d'autant plus erroné de prétendre reconstituer une doctrine étrusque unitaire à partir de nos divers témoignages que ceux-ci montrent que la doctrine des haruspices n'a jamais formé un tout intangible. . Orphisch- pythagoreischer Glaube bei den Etruskern ?. ou même de s'imaginer que toutes les données que nous avons se rapportent nécessairement à une doctrine unique. où se superposent des apports grecs et orientaux (Qualche osservazione sul fegato di Piacenza. replié sur lui-même et coupé de toute influence extérieure : au contraire ce que nous en percevons montre que les Etrusques ont intégré des données externes. comme nous l'avons rappelé. Voir sur la question p. On verra de ce point de vue l'analyse que A. 1982. . qu'on serait autorisé à reconstituer à partir d'elles^.692-4. à époque tardive judéo-chrétiennes. 125. SE. elles garantissent au moins l'existence d'une vision cyclique du temps125. Et effectivement ce qu'il nous apporte permet d'enrichir sensiblement la connaissance que nous avons des vues des Etrusques en matière de temps et d'histoire.106 - de la doctrine séculaire. ex. grecques principalement.

la tombe de l'Ogre II.tout comme dans les enfers virgiliens Anchise le fait en dévoilant à son fils Enée la carrière qui sera celle des héros de la future Rome (voir article cité supra. Or celui-ci est accompagné de petits personnages. Elle est ornée d'une représentation des enfers.de héros grecs de la guerre de Troie ou de la légende thébaine installés au bord du fleuve infernal : Agamemnon. se réfère expressément à cette idée.-C. cela ne garantit pas qu'on puisse la transférer au cas de la tombe François. Et effectivement.chez qui il n'est pas besoin de souligner l'importance des représentations d'origine étrusque -. n. On peut se demander si cette répétition.3. Sur les démons étrusques. les événements se font écho. Torelli a proposé d'y reconnaître des âmes. qui s'aggrippent à la végétation : M. décrivant les âmes en attente de remonter à la lumière du jour (703- 751). J. Ajax et le devin Tirésias. entre autres. voir supra n. On doit cependant insister sur le fait que c'est là un document unique. des exploits des héros grecs de la prise de Troie. La destinée qui mène le monde fait qu'à chaque cycle les Grecs. de l'une à l'autre de ces trois époques. puis de la nouvelle Troie établie en Italie1 26. et on y voit. de Tarquinia. à propos du décor d'une autre tombe étrusque du IVème siècle av. à qui le devin grec prédirait le destin qui leur est échu .92). puis leurs descendants étrusques. posant le retour par métempsychose des mêmes âmes à des époques successives - conformément à des vues que les pythagoriciens avaient popularisées en Italie. des figures . dans la description qu'il offre des enfers au chant VI de l'Enéide. Torelli.107 - guerre de Troie. ou du moins à certains d'entre eux ? Aucun texte ne permet de l'affirmer.encore une fois . Peut-on attribuer déjà cette conception aux Etrusques. la même histoire se répète. . ce que nous savons des conceptions des anciens Toscans quant aux 126. à deux reprises. et dont on se plaît à voir l'image dans ce qui nous apparaît comme une sorte de complaisance morbide pour les représentations de démons de la mort assistant aux actions des humains et prêts à emporter leur âme dans les enfers127. par les Etrusques qui sont leurs descendants était justifiée par une croyance en la réincarnation. montre que. et que même si on admet l'existence d'une telle croyance dans le cas de la tombe de l'Ogre. 127. Mais on peut rappeler une intéressante remarque de M. et encore moins lui supposer une diffusion générale en Etrurie. Cette perception d'un retour récurrent d'événements parallèles est bien dans la ligne de la croyance en un destin pesant sur les hommes que l'on s'accorde à attribuer aux Etrusques. triomphent de Troie. . On sait que Virgile .

ceux qu'on appelait "supérieurs et cachés"132. six masculins et six féminins. plus forte et qui avait la capacité de causer des dommages. qui suit la doctrine exposée par le spécialiste toscan û'Etrusca disciplina qu'était Caecina. 146-50. de trente ans dans le domaine public129. voir aussi Festus. Ces renseignements sont donnés par Arnobe. 1975. ne se sont pas laissés arrêter par des revers aussi cuisants que ceux 128. Quant à la dernière. On a souvent parlé pour cette raison de fatalisme à propos des Etrusques. Liberté et déterminisme chez les Etrusques. 398. dans Sludi in onore di L. L'interpolateur de Servius. II. ne disposait librement que d'une des trois foudres dont il était armé. . parle de fata. 1965. il devait suivre l'avis d'un conseil de douze dieux dénommés dii Consentes. 114 L. et dont les décisions s'imposaient aux dieux mêmes. commentant Enéide. Danli. 130. Pfiffïg. La théorie des trois foudres (ou manubiae) de Jupiter est exposée par Sénèque. Questions naturelles. 1 14 L. leur Jupiter auquel ils donnaient le nom de Tinia. L'homme avait le pouvoir de retarder les échéances . VIII. Religio Etrusca. dont on ne savait guère plus que le fait qu'ils étaient douze. 131. p. La question a été bien étudiée par R. et de la moins puissante. que reposait le fatum. .de dix ans dans la domaine privé. Graz. mais pouvait également avoir un effet bienfaisant.108 - possibilités d'action de l'homme nous laisse l'impression d'un champ de liberté bien réduit128. II. 398. p. Bloch. que l'homme ne pouvait pas vraiment connaître.63- 75. Pour les Etrusques en effet le roi des dieux lui-même. et qu'ils étaient "très peu portés à la pitié" i3i. 133. 129. le destin133. Rome. VIII. Voir Servius. distincts de Jupiter que l'on doit prier devant un destin menaçant. III. pragmatiques. 41. parle du conseil des dii superiores. C'était donc entre les mains de ces mystérieuses entités. elle avait le pouvoir de tout détruire et de ne rien laisser en l'état : cette fois son usage était soumis à l'accord de dieux encore plus inaccessibles. et A. 41. 2) et Festus. commentaire à Γ Enéide. Sénèque les appelle dieux supérieurs et cachés (super iores et involuti . 132. Mais il ne pouvait pas annuler les arrêts du destin : le dernier mot revenait aux dieux. et encore plus à ces mystérieuses divinités qui présidaient au cours des choses. et vu dans cette conviction qu'ils étaient soumis à un destin contre lequel ils ne pouvaient rien une des causes de leur défaite devant Rome : les Romains.J. qui ne servait qu'à donner des avertissements aux humains13*). Pour la deuxième. 40 .

175-8. se seraient laissés gagner par le désespoir. n'avait rien à envier à ce que des scientifiques modernes noteraient à ce propos134 ! Une analyse scientifique de l'événement C'est bien en fonction de cette science religieuse étrusque qu'il convient d'interpréter la perception de l'histoire et du temps que révèle notre monument. une traitait spécifiquement du destin : c'était celle des "livres fatals". dans les "livres fatals" qu'il a trouvé l'indication de la procédure que Rome devait mettre 134. la tombe François fournit la preuve que l'analyse de l'attitude des Etrusques. Face au destin qui leur incombait. l'ouvrage de C. Parmi les différentes catégories de livres sacrés que possédaient les haruspices.57-75. Leur "discipline" était. 1906-1909. Pour un aperçu de la subtilité de l'analyse des foudres. n'a toujours pas été remplacé. peuple de la différence. les livres du fatum. p. En réalité. selon le sens du mot disciplina en latin. ne peut être retenue.O.O. ils ont toujours cherché par tous les moyens à déceler quelle était la volonté des dieux à leur égard. . voir Les Etrusques. La doctrine des siècles y était exposée. de soumission aveugle aux arrêts des destins. p. IV. spécifiquement. Thulin. et c'était là l'essentiel de leur science religieuse. . une analyse raisonnée des faits et de ce qu'ils pouvaient révéler du destin.109 - qu'ils ont subis au cours de la guerre de 358/351. Données dans C. de couleur ou de point de chute de l'éclair. estimant qu'ils étaient le jouet d'une destinée qui avait décidé leur perte. et aussi ce qu'on pouvait dire du destin de chaque cité en particulier : la tradition romaine sur la capture du vieil haruspice véien lui fait dire que c'est. d'abdication de toute réaction face à l'événement . Ainsi la description des foudres à laquelle était parvenue la discipline étrusque. une véritable science. 135. tandis que les Etrusques. mais qui se voulait appuyée sur l'observation rigoureuse et objective des signes à travers lesquels l'homme pouvait appréhender ce qui l'attendait. Goteborg. Elle était sans doute une science religieuse. les Etrusques n'étaient pas aveugles : au contraire. Die etruskische Disciplin. Thulin. du destinas. en termes de fatalisme. avec ses minutieuses distinctions de forme. dès leurs premiers échecs. elle se voulait au contraire une attention intelligente. Leur attitude n'était nullement faite de passivité. Sur la science religieuse étrusque en général.

Car ce n'est pas par une révélation directe. dit avoir trouvé les informations dont il fait état à propos des siècles de la nation étrusque dans des livres d'histoire. 17. Sur l'arrière-plan mythologique de cette histoire. Kernos. Dumézil. Cette perception religieuse ne signifiait nullement une inattention à l'événement. p. Varron. Le caractère évidemment refait de l'anecdote*37 n'empêche pas que sur ce point elle donne une juste idée de ce qu'était le contenu des livres du destin. C'est à froid. L'Etrurie n'a pas connu de prophètes inspirés139 et ne s'en est pas remise à des devins extatiques pour déterminer ce qui l'attendait et comment elle devait se comporter. elle a admis seulement pour les premiers temps de la nation étrusque l'existence de tels prophètes. 1973. prise de Babylone et prise de Véies. BAGB. 139. L'analyse de G. Son témoignage a été conservé par Censorinus. Voir sur ce point notre article Le paradoxe étrusque : une parole inspirée sans oracles prophétiques. il est évidemment exclu que les livres du destin étrusques aient pu contenir les indications précises sur l'éruption des eaux du lac Albain qui leur sont attribuées dans ce récit. d'histoire indépendante de la notion de destin et de la conception articulée du temps à travers laquelle il se mettait en oeuvre. pourrait-on dire. par l'observation précise et rigoureuse des phénomènes que les haruspices procédaient. . Mythe et épopée. Ou du moins. comme Tagès ou Végoia qui avaient alors révélé aux hommes les premiers principes de la discipline étrusque : ce qui revenait à les exclure de la réalité présente. III. Dumézil a montré qu'il y avait à la base un schéma mythique sur la puissance des eaux et de la divinité qui en est maîtresse qui se retrouve chez d'autres peuples indo-européens . 3. 19-199.42. p. ce qui revieni en pratique au même. il est vrai. 1981. p. voir G. Références supra n.110 - en oeuvre pour remédier à la brusque montée des eaux du lac Albain et être ainsi sûre de bénéficier de l'appui des dieux pour triompher de son ennemie *36. et les "livres fatals" eux-mêmes devaient contenir la description précise des faits auxquels on avait pu accorder une signification pour le destin des peuples ou des cités.293-306. et notre article Sur un passage d'Hérodote. Paris. et ils confrontaient soigneusement le 136. les "histoires étrusques"! 38 : mais pour les anciens Toscans il ne pouvait pas y avoir d'histoire profane. par un enthousiasme qui saisit l'individu de l'intérieur de son être que les dieux étrusques faisaient connaître à l'homme toscan les décrets de la destinée. 1990. 138.67-75. . 137. un refus de l'observer : ces "histoires étrusques".

de l'image habituelle d'Etrusques écrasés par leur 140. p. qui permettra de lire l'événement en fonction de la répétition cyclique des temps. La même qualité d'observation a dû se manifester vis-à-vis des événements historiques. Et nous en verrions une illustration justement dans l'attitude que le réalisateur du portrait de Vel Saties a prêtée au personnage : il se tient debout. cf aussi La tomba François di Vulci. Assurément. dans cette Vulci du troisième quart du IVème siècle. nous ne parlerions plus de science à ce propos : ce que cherchaient les spécialistes toscans.-C. Mais c'est tout aussi important de son point de vue : car il s'agit d'un signe de portée historique. et donc un signe religieux. . Nous sommes loin. Vel Saties agit en parfait historien. D'un point de vue étrusque. J. c'était toujours des signes. ce corpus de la divination toscane où les principes fondamentaux remontant à la révélation de Tagès ou de Végoia étaient complétés par le résultat de l'expérience des générations successives d'haruspices. Mais l'observation de ces signes. On ne peut manquer d'être sensible à l'attention avec laquelle le Calchas représenté sur un célèbre miroir de Vulci de la fin du Vème siècle av. 209. leur but ultime était toujours d'interpréter les phénomènes en y voyant l'intervention des dieux. des deux cycles précédents qui ont été la prise de Troie et les entreprises des héros vulciens du Vlème siècle. Et l'attention portée à la manifestation de l'accord des dieux à travers la prise d'auspices n'a de valeur qu'étant donné la connaissance préalable de l'histoire passée. leur étude en fonction de la documentation recueillie dans la littérature divinatoire avaient un côté rigoureux qui n'est pas si éloigné de l'attitude d'un savant actuel.et de rendre possible par son action .140 observe le foie qu'il tient entre les mains. visiblement concentré et s'apprêtant à noter exactement le signe qui va lui être donné lors de l'envol de l'oiseau tenu par Arnza. la connaissance qu'elle autorise du dessein des dieux lui permettent de s'assurer qu'il est bien en train de vivre . Ce qu'il s'apprête à observer ainsi n'est sans doute pas à nos yeux un événement historique : c'est l'envol de l'oiseau censé traduire l'assentiment des dieux. C'est le n°223 des Etruskische Spiegel de E. Gerhard . L'observation du vol de l'oiseau.la reproduction d'un nouveau cycle de la même histoire. .111 - résultat de leur examen au cadre interprétatif offert par leurs livres. le regard fixe. droit.

. et la fortune. qui avait paru un moment hésiter vers le milieu du IVème siècle. en ce sens qu'ils ont imposé leur manière de voir à leurs vainqueurs. C'est la ville d'Enée qui l'a finalement emporté. qu'ils croyaient objectivement appuyée sur la considération des événements. et que Rome allait connaître le même soit que Troie. Mais ce réalisme serait à courte vue : il apparaît que les Etrusques ont été à leur manière victorieux. de le replacer dans la perspective historique qui était la leur. La conception qu'ils se faisaient de l'histoire. L'influence des conceptions étrusques à Rome Nous poumons nous arrêter ici . Mais c'était leur vision de l'histoire qui autorisait cet optimisme : ils s'étaient efforcés d'analyser l'événement. . mais sans importance véritable dans l'histoire de la mainmise progressive de Rome sur l'ancien pays tyrrhénien. universellement admise dès cette époque. Car cette façon d'envisager le temps comme une suite articulée de cycles a imprimé sa marque sur la vision que les Romains ont eue de l'histoire. M. de l'origine troyenne de Rome à travers Enée. le sens qu'elle permettait de donner aux événements qu'ils avaient vécus au cours des luttes de la période 358/351 leur en faisait une certitude.112 - défaite et se laissant aller à un pessimisme qui leur ôtait toute capacité à réagir. dans le camp romain. s'est bien vite rangée. la preuve que les destins allaient encore une fois se répéter. et les victoires qu'ils avaient remportées au cours de la guerre de 358/351 leur semblaient être le signe d'une issue favorable de leur lutte contre Rome.et nous contenter de noter que les Etrusques qui ont ainsi interprété les faits du IVème siècle se sont trompés et que l'analogie de la guerre de Troie n'a pas joué. La doctrine. et qui a fait jouer un rôle central à la lutte séculaire qui a opposé Rome à sa grande rivale étrusque. au moins à une certaine époque. Sordi a bien mis en valeur l'importance qu'a eue pour Rome une telle conception du temps. Ils estimaient avoir des raisons d'espérer. qu'elle qualifie ajuste titre d'étrusco-romaine. heureuses certes pour les Etrusques. définitivement. leur propre affirmation de leur descendance des héros grecs de l'épopée leur permettaient de déceler dans ce qui nous apparaît sans doute comme des péripéties.

Paris. nous pouvons citer J. Carcopino. M. Virgilio e la storia romana del IV secolo. Paris.781-793. . D'autres influences . D'autre part. la victoire définitive sur la grande rivale étrusque comme fin d'un premier cycle de l'histoire de l'Urbs. Voir Rome et Véies. A ce premier cycle les auteurs de l'entourage d'Auguste (et notamment Virgile) en auraient adjoint un autre. Athenaeum. Sordi a bien marqué l'importance qu'a eue pour les Romains.113 - Véies141. par l'héritage de représentations étrusques.ont joué. Rome. débutant avec la victoire d'Enée sur Mézence (/ rapporti romano-ceriti e l'origine délia civitas sine sujfragio. édition G. 1964. s'achevant à la victoire d' Actium. p.141. L'idea di crisi e di rinnovamento nella concezione etrusco-italica délia storia. 144. Atti del H congresso internazionale etrusco. p. M. et que le poète envisageait d'autres cycles de 365 ans. dès une époque ancienne.qui préfigurait celle de Camille sur le roi de Véies . ANRW. H. I. d'une "grande année" H2. en une intuition remarquable. 1972. Sur ce point. chez le poète de Mantoue ou ailleurs. 2. Florence. puis surtout la "grande année" allant de la victoire sur Véies à celle remportée par Octave- Auguste à Actium. 143.d'origine grecque . dans Tite-Live. p. montré que la catastrophe gauloise et la crise qu'elle constitue avant le nouveau départ marqué par l'action du nouveau fondateur qu'est Camille coïncidait avec la fin d'un cycle de 365 ans. et le mélange des apports helléniques et toscans est sans doute encore plus patent dans le retour de l'âge d'or célébré par la IVème églogue 144. Assurément cette vision cyclique de l'histoire de Rome n'est pas explicable uniquement. amenant une régénérescence de l'empire. p. Les critiques de J. 1989). Virgile et le mystère de la IVème églogue. Bayet. n'emportent pas la conviction. Budé.à la fondation de Rome. J. A travers ces différents cycles. 142.82-3. . Hubaux avait déjà.177-82. le poète aurait dégagé l'existence d'un cycle antérieur à la fondation de la cité. p. Paris. Storiografia e cultura etrusca neU'Impero romano. 1954.133-4. 1958. 1985 (Rome. voir. que 141. p. un plus ancien déjà allant de la victoire d'Enée sur l'impie Mézence . les événements se répondent d'une époque à l'autre : la victoire du prince sur ses adversaires est l'écho de celle de Camille sur l'impie roi de Véies. le pieux Enée. outre les textes cités n. Dans la vaste bibliographie sur le sujet. V. spéc.41-51). le contemptor deum qui affichait son mépris envers les dieux 143. et celle-ci à son tour répète celle que le pius Aeneas. 42. avait remportée sur Mézence. 1960. 1930. Sordi a relevé à son tour que cette idée se retrouvait chez Virgile.13-107.

p. les jeunes Romains du Jeanmaire.33-52. Plus tard. Cortona e la leggenda etrusca di Dardano. 146. A propos de l'Enéide de Virgile. 1959. 45. Voir commentaire à Virgile. Β loch. 1-12. Vergilius Maro. Néanmoins pour Virgile. . Et il n'y avait pas alors à Rome d'autre influence culturelle qui pût rivaliser avec celle qu'exerçait le monde étrusque : nous l'avons rappelé. au cours du IVème siècle av. G. voir P. p. p. 1974. R. ANRW. La religion de Virgile. Vergils vierte Eklogue. L'astrologie grecque. 32. peu après la chute de la cité. MDAI(R). 1982. p.65-96. Sur les liens de Virgile avec le monde étrusque.604-45. 1936. L'étude la plus complète reste celle de A. Paris. Paris. 4.611- 8. Nous sommes à l'époque de la tombe François. 24.1-15. Archeologia Classica. 125-35 . 1959. Boyancé. 160 sq. J. c'est-à-dire dans une cité fière de son passé étrusque. né à Mantoue. 1991. Caesarodunum. 31. Gordon. 1980. p. elle renvoie au départ à des conceptions orientales146 : rien ne permet de savoir si les Etrusques l'ont adoptée.114 - Servius fait intervenir au terme d'un cycle de dix siècles se terminant par le siècle d'Apollon*^. 145. IV. p. 1934. voir aussi P.325-42. 147. le poète étrusque qu'est Virgile. REL. comprise comme un cycle de 365 ans. Bouché-Leclercq. Colonna. plus récemment. 66. . Bucoliques. Quant à la notion de "grande année". Paris. et notre article Virgile et Y Etrusca disciplina. Mais cette influence des idées tyrrhéniennes s'est fait sentir à Rome bien avant le vates Etruscus. Il convient de la faire remonter au moment même où la tradition sur la guerre avec Véies s'est formée. l'influence des conceptions tyrrhéniennes a certainement joué. 1899 . vates Etruscus. La Sybille et le retour de l'âge d'or. p. spéc. Kraus. et dans quelle mesure elle a pu influencer leurs propres représentations de l'histoire. Etudes sur le songe de Scipion. Virgilio. L. p. The Family of Vergil. p. Boyancé. l'appartenance au cercle de Mécène qui proclamait hautement que ses ancêtres avaient régné sur Arezzo n'a pu que renforcer son attention envers les doctrines toscanes. avec l'influence de ces représentations dans les doctrines pythagoriciennes. 1. JRS. dans Les écrivains du Siècle d'Auguste et l'Etrusca disciplina. synthèse de W. et au sein d'une famille qui en choisissant de lui donner le cognomen étrusque de Maro affichait son orgueil d'avoir donné des magistrats à sa cité147. Supplément 60. P. 1967.-C. Bordeaux-Paris.

Mais cette victoire a été magnifiée aussi parce qu'elle était comprise. Paris. 1958. Cette polarité. celui qui clôt l'ère commencée par le conditor . achevant ainsi sa carrière terrestre. Nous avons d'ailleurs vu qu'une notion comme celle de siècle chez les Etrusques correspondait à une durée variable. Ce n'est pas le seul épisode "homérique" du récit traditionnel de la guerre finale entre Rome et Véies. IX. une reprise du thème de la capture du Palladion par Ulysse et Diomède (voir J. dès cette époque. est le signe de ce que les Romains avaient 148.-C. . comme marquant la fin d'un cycle.que le siège de Troie. le dernier des trois qu'il avait célébrés. voir plus haut. Cette guerre a été pour les Romains une véritable épopée. ils ont inséré dans son récit un épisode comme celui de la capture de l'haruspice véien. dans Apollon sonore et autres essais. Rome et Véies.221-285. G. leur Iliade : ils lui ont attribué la même durée . à la manière étrusque. "le sacrifice interrompu"). p. Hubaux. sur cette question. Mais cela n'implique pas pour autant que le sac gaulois n'ait pas pu être.192-203) a pensé retrouver d'autres analogies. ce qui n'était certainement pas le cas au IVème siècle av. Et c'est certainement à cette époque que s'est formée la tradition autour de la première grande victoire que VUrbs avait remportée sur une cité étrusque. On ne peut évidemment pas en dire autant de l'interprétation de la crise représentée par la catastrophe gauloise en termes de "grande année" de 365 ans : cela suppose que la date de fondation ait été fixée à 753 av.dix ans . 1982. 149. C'est donc cette conception toscane de l'histoire qui devait alors s'imposer aux Romains. Voir Tite-Live.Dumézil (Troie et Véies. et a été certainement voulue (malgré J. 4 . par certains de ses aspects au moins. . Camille est le second Romulus. Paris. les litterae Etruscae14*. pour Romulus. J. J.-C. 36. L'homologie d'ensemble est claire.-C.115 temps allaient chez leurs voisins du nord étudier les lettres étrusques. la prise de Véies en 396 av. le premier triomphe de Camille est celui sur Véies. Ces symétries sont certainement anciennes. p. 150. Le. Dans cette perspective la victoire sur Véies achève un cycle de l'histoire de la cité. une crise dont Rome avait pu sortir victorieuse en abattant sa rivale avec l'appui des dieux. La capture des entrailles de la victime que le roi de Véies est en train d'offrir dans la citadelle de la cité par des soldats romains surgissant d'un tunnel est. alors que son triomphe véien avait été. Bayet. voulue et certainement ancienne150. calqué sur la capture d'Hélénos149.142). J. à n. ressenti comme une crise liée à la fin d'un temps : l'idée de cycle et de crise ne nécessite pas la référence à un laps de temps déterminé.

leur manière de répondre à l'interprétation de l'histoire que nous voyons mise en oeuvre du côté étrusque sur les peintures de la tombe François. la première époque de la cité depuis sa fondation. où le cycle à prendre en considération était la période qui avait vu l'affrontement de Rome et Véies. ils ont opposé leur propre vision. . ce soit à une représentation du temps d'origine tyrrhénienne qu'elle ait fait appel pour répondre à ses ennemis d'au-delà du Tibre. Au fond. Mais il est significatif qu'à cette époque où Rome baigne dans une atmosphère culturelle encore tout étrusque. pour les Romains. les autres villes étrusques allaient être conquises.116 - ressenti cet événement comme achevant le premier temps de son histoire. Rome pouvait donc opposer son interprétation cyclique du temps à celle à laquelle ses adversaires toscans raccrochaient leur espoir de la vaincre un jour définitivement. . A l'explication des événements en termes de cycles répétant la guerre de Troie. La défaite finale de la cité étrusque annonçait la victoire future de VUrbs sur les autres composantes de la dodécapole toscane : comme Véies. cette affirmation d'un cycle "véien" au début de l'histoire de Rome a dû être.

Chapitre 3 AUTOUR DE MITHRIDATE : LE RETOURNEMENT DE LA TRADITION ROMAINE OU POURQUOI DENYS D'HALICARNASSE ENTREPREND UNE OEUVRE HISTORIQUE L'adversaire de Denys d'Halicarnasse Lorsque. il ne s'agit pas véritablement d'ignorance. Paris. Schnàbele pour le livre IL 2. J. il l'avoue lui-même. On pourrait donc estimer que la 1 . pour les remplacer par des vraies"2. pour y exercer ses activités de rhéteur.-C. 1990. communément admises dans le monde hellénique de son temps. Denys d'Halicarnasse entreprend dans ses Antiquités romaines de raconter à ses compatriotes grecs l'histoire des débuts de la ville où il est venu se fixer vers 30 av. il justifie cette entreprise en affirmant "que l'ignorance est encore quasi générale chez les Hellènes en ce qui concerne l'histoire ancienne de la cité des Romains"1. 4.comme il l'a fait dans les Opuscules rhétoriques -. Mais. 2 . s'il se met à faire oeuvre d'historien et non seulement de rhéteur . qui seraient. induisent la plupart des gens en erreur". il continue en précisant "que certaines opinions qui. 1. loin d'être vraies. Les opinions erronées que combat Denys sont présentées par lui comme des "racontars". DH. I. Il lui faut redresser ce qu'il estime être des erreurs. sous le règne d'Auguste. nous citons Denys d'Halicarnasse dans la traduction parue dans la collection La roue à livres. due à V. se fondent sur les premiers racontars venus. Fromentin pour le livre I. . c'est en réalité moins pour instruire des ignorants que pour "extirper de l'esprit de la plupart des idées fausses. I. à l'en croire. J. 5. Il constate donc que ses compatriotes grecs se font une certaine idée de Rome. DH. et. L'oeuvre a donc une dimension fondamentalement polémique.

Origines gentium. mais bien une représentation déterminée du passé de Rome. mais non approfondi. se voulant fondée sur une vision historique argumentée. Mais il donne au sujet de ces histoires antiromaines et de leurs auteurs des détails non négligeables. qui a été exposée en tant que telle dans des ouvrages à caractère historique. mais qui serait davantage de l'ordre des simples préjugés. 4. 1952. de la naissance et de la nature de VUrbs : il viserait non une conception représentée par des histoires écrites. et les laisser à la postérité. Mais ici non plus il ne faut pas être dupe de la formulation du rhéteur d'Halicarnasse. dans le monde grec à l'égard des Romains pouvait après tout bien exister : les Hellènes. que d'une représentation précise. CPh. . C'est bien une conception historique déterminée relativement à la question des origines de Rome. p. Sans doute ravale-t-il le contenu de telles oeuvres à n'être que la reproduction. de ces "racontars". à des rois barbares qui haïssaient l'hégémonie romaine et auprès desquels ils jouèrent eux-mêmes toute leur vie le rôle de serviles courtisans"4. dans le seul but de complaire. sans chercher à les connaître en détail3. L'existence d'un tel sentiment diffus. 118 - conception de Rome et de son histoire contre laquelle il s'élève correspond à une opinion courante. mais bien le travail d'historiens dont il estime qu'il a une influence déterminante sur la vision de ses compatriotes : "Il s'est trouvé même des historiens pour oser écrire ces mensonges dans leurs histoires. DH. défendue dans des ouvrages qui feraient alors autorité dans le monde grec. Bickerman. L'historien augustéen ne nomme pas ces devanciers contre qui il estime nécessaire de réagir. pour eux barbare. qui pousse Denys à composer sa propre oeuvre historique. 47. forts de leur culture et de leur prestigieuse histoire. sans aucune distance ni critique. Il n'en reste pas moins que la cible est clairement désignée comme une histoire écrite. qui avait étendu sa domination sur eux. pouvaient se contenter de regarder avec mépris les modestes débuts de la puissance. Ce ne sont pas des on- dit qu'il vise. EJ.65-81. I. mais de simples "racontars" oraux. L'auteur des Antiquités romaines avance en particulier des éléments biographiques qui permettent de dessiner un portrait assez net de sa cible : il s'agirait de travaux réalisés non dans le Voir dans ce sens. 4. Ce n'est pas une opinion collective et anonyme contre laquelle il s'élève. des idées reçues. par des histoires qui n'étaient ni justes ni vraies.

Cette hypothèse. le travail ne fait que commencer : il reste à le déterminer. Mais. Pour situer l'homme et l'oeuvre dans son temps. on dispose maintenant de la base constituée par l'ouvrage de E.Los Angeles . 1991.c. qui aurait traité de l'histoire des origines et des périodes les plus anciennes de VUrbs dans un esprit antiromain. On est en droit de douter que des renseignements aussi circonstanciés puissent s'appliquer à plusieurs écrivains. à qui le récit des aventures occidentales du roi d'Epire aurait fourni l'occasion d'aborder la question des débuts de Rome. le 1er siècle est certainement plus indiqué que le Ilème ou le Illème. 6. qui a vu une véritable explosion 5. comme la précédente. que Denys songe à un auteur précis. En fait le pluriel que Denys emploie peut avoir valeur rhétorique : il y a les plus grandes chances que ce soit le cas ici. Berkeley . Ou. . Les hypothèses.Oxford. Mais une fois reconnu le fait. o. On a ainsi évoqué la possibilité que Denys ait voulu répondre à l'oeuvre d'un historien de l'époque de Pyrrhus. p. s'il s'agit d'un auteur dont l'oeuvre avait un grand impact sur ses contemporains. n. ou au moins une partie du monde grec. mais en milieu barbare. Fromentin. The History ofArchaic Rome. là encore.selon Denys . n'ont pas manqué. on peut songer à l'époque de Mithridate. qui aurait pu se traduire par l'existence d'un état d'esprit antiromain susceptible de donner naissance à une oeuvre historique hostile à VUrbs. par . on s'en doute. des plus probables."des" auteurs qui y auraient vécu jusqu'à la fin de leur vie. àn. Au début du 1er siècle. aux antipodes de ses propres convictions5. dans un sens défavorable pour ces ennemis du souverain. où on trouvera une abondante bibliographie. On peut dire qu'on a fait intervenir des personnalités littéraires correspondant à toutes les époques pour lesquelles un état d'hostilité a existé entre Rome et la Grèce. on a proposé que Denys ait visé des historiens philopuniques de l'époque d'Hannibal6.213. A ce titre. il ne devait pas s'agir d'un écrivain trop éloigné dans le temps. 119 monde grec à proprement parler. à la cour d'un monarque non grec. plusieurs possibilités s'ouvrent. Gabba. autre période qui a donné lieu à une floraison d'histoires d'orientation antiromaine. On a cependant généralement préféré des périodes plus proches de celle où écrivait Denys : il est effectivement assez probable que. L'hypothèse la plus vraisemblable est donc que le rhéteur d'Halicarnasse vise un auteur précis..21.. est évoquée par V.l.

RSI. comm. 11. et un milieu différent : on sait que toute une polémique antiromaine s'est développée en milieu alexandrin. qui a eu une certaine importance à Rome. 1982. De nombreux intellectuels ont été des partisans actifs du roi du Pont : on a ainsi proposé les noms de Métrodore de Scepsis. qui. Elle s'est donné libre cours à l'époque de Cléopâtre. en profitant du rêve oriental d'Antoine.. en Grèce aussi bien qu'en Asie Mineure. . en le traitant de "plus léger parmi les Grecs" et en précisant qu'il exaltait la gloire des Parthes au détriment de celle des Romains. n'hésitait pas à se poser en "ennemi de la félicité de Rome"9. s. Le nom de Timagene est avancé (mais avec d'autres) par H. ANRW. RE. 10. Une dernière hypothèse encore peut être prise en considération. Der geistige Widerstand gegen Rom in der antiken Welt. 9. Fuchs. Son oeuvre semble en effet avoir été caractérisée par une exacerbation de l'hellénisme. Aisopos. 14-5. 1964. 1693-4. Gabba. II. Berlin. Mais on peut envisager une époque plus proche de Denys. a pu exprimer Sans son oeuvre historique les tendances hostiles du milieu alexandrin : Timagene d'Alexandrie. Héraclide de Magnésie et Ara- phicratès d'Athènes7. l'amenant à considérer de haut ces barbares qu'étaient les Romains10. également F. Sordi. 365. Pour des historiens de l'entourage de Mithridate (mais sans écarter l'hypothèse de Timagene). 8. .v. Sur Timagene. p.120 - de haine contre Rome. Sénèque. p. qui cite nommément les trois premiers . Jacoby. ainsi que par E. c. Der geistige Widerstand. H. On comprend que son nom ait été évoqué comme étant celui de l'historien contre lequel s'élève son contemporain Denys11. Fuchs.15.224. on peut songer à un historien qui aurait rédigé son 7.775-796. le nom d'Amphicratès est avancé par E. dans VUrbs où il avait été amené en 55 comme captif par Pompée8. ??µa????? = FGH 88 T 1. 30. Or un personnage. 1. Amphikrates. Storici greci dell'impero romano da Augusto ai Severi. Lettres. p. et notamment à Athènes. p. uno storico ellenocentrico e filobarbaro. p. 1971. 13 = FGH 88 T 8. 71.v. I. Pour des auteurs liés à Midiridate. Schwartz. FGH 88 T 9. Voir Souda. Si on identifie l'écrivain contre lequel Denys aurait éprouvé le besoin de réagir en composant son ouvrage historique avec celui que Tite-Live paraît avoir de son côté pris pour cible dans l'excursus sur Alexandre et les Romains du livre IX. s. et avaient pu s'exprimer déjà auparavant. Timagene di Alessandria. 1884. 91. mais elle répond à des sentiments qui existaient depuis longtemps. très bonne mise au point de M.

6. et on comprend que. aussi F.comme la distinction patriciens/plébéiens. il est clair qu'il répond à l'avis exposé dans cette historiographie grecque défavorable à Rome. 1 = FGH 154 F 13. Même Timée de Tauroménion n'a certainement pas abordé très en détail le plus lointain passé de Rome : sa connaissance de la légende troyenne n'implique pas qu'il ait signalé des points aussi précis que ceux dont il faut admettre la mention chez 12. L'expression figure en IX. répondant ainsi à la définition que Denys donne de l'auteur qu'il critique comme vivant à la cour d'un monarque barbare12. . Dans cet excursus. sans avancer un nom précis. l'historien antiromain à qui songe Denys connaît des détails précis de la tradition romaine . Voir DH. 6. Dans le cas de Tite- Live également l'expression est mise au pluriel (levissimi ex Graecis).121 - oeuvre auprès du souverain parthe. 18. I. FGH 88 T 9). en qui il convient sans doute de reconnaître Timagene (voir discussion dans M. ou des institutions de la cité . Ces deux savants font cependant justement remarquer qu'il ne convient pas d'identifier automatiquement le (ou les) auteur(s) visé(s) par Tite-Live et celui (ou ceux) visé(s) par Denys. Mais ce faisant. on ait préféré laisser le débat ouvert. 13. Cela n'encourage guère à envisager un auteur ancien. lequel aurait rédigé son oeuvre à une époque où les connaissances que les Grecs pouvaient avoir des réalités et des traditions romaines étaient encore très limitées.comme l'appel fait par Romulus aux réfugiés de VAsylum pour peupler la ville qu'il venait de fonder -. Sordi. cf. Cela rend très improbable l'hypothèse d'un historien du temps de Pyrrhus : Denys lui-même dit à propos de Jérôme de Cardia. souvent. Mais ici encore elle a de bonnes chances de se rapporter à un auteur unique. Nous le verrons. art. Jacoby. L'hypothèse de Métrodore de Scepsis L'éventail des possibilités est donc très large. qui avait narré la guerre du roi d'Epire dans son histoire des Diadoques. qu'il s'était borné à "consacrer quelques mots rapides aux antiquités romaines"13. cité supra à la note 10 . l'historien padouan se pose la question de savoir qui d'Alexandre le Grand ou des Romains l'aurait emporté si le souverain macédonien avait eu loisir de tourner ses armes contre l'Occident. . Néanmoins il est indéniable que certaines hypothèses ne méritent guère d'être retenues. Tite-Live conclut bien évidemment à la victoire de Rome.

III. et justement en réaction contre l'influence de Silénos. Atene nei III secolo e la scoperta di Roma nella storia di Timeo di Tauromenio. Au reste nous avons vu quel type de présentation du plus lointain passé de Rome existait chez un auteur comme Silénos : on en est encore au stade de constructions généalogiques introduisant des éléments qui n'ont aucune assise dans les traditions locales. J. Rome. La même remarque vaut pour l'hypothèse d'un historien de l'entourage du souverain 14. Il faut donc écarter le nom de Timagene .l. 48. il ne faut vraisemblablement pas songer à une date antérieure au moment où les Romains diffuseront eux-mêmes leur légende nationale. Le type de vision historique contre lequel s'élève Denys d'Halicarnasse n'est plus de cette nature. 71. Sénèque. J. Rome. qu'on peut envisager une bonne connaissance par les Grecs de la tradition romaine. En fait.-C Cependant nous ne serions pas porté à penser à un auteur contemporain de Denys. 4). Souda. ou plus exactement au moment où il le commence. et n'hésitent pas au contraire à en prendre le contre-pied. 3. aspects idéologiques de la conquête romaine. puisque sa propre histoire est née en réaction contre la sienne. Voir. X. 15. et qu'il a été lié à Pompée puis à Auguste. s. Ce qui exclut également qu'il faille penser à un auteur de l'entourage d'Hannibal. 5. p. Controverses. Sosylos et des autres historiens procarthaginois.529-556 = Terzo contributo alla storia degli studi classici e del mondo antico. 1988. 1966. n. avant que sa liberté de langage ne lui valût de tomber en disgrâce et de ne devoir sa subsistance qu'à l'indépendance d'esprit d' Asinius Pollion16. pour des détails de ce genre. 22. Sénèque le Rhéteur. Sur la colère. 122 l'auteur que vise Denys14. puisque c'est seulement avec Fabius Pictor et Cincius Alimentus. 16. p. Momigliano. Sur Timée et Rome. ?????? (= T 2. p.-L. p.dont on ne peut d'ailleurs pas dire qu'il ait passé sa vie auprès d'un roi barbare. Il faudrait donc envisager un historien ayant écrit son oeuvre en un temps où la tradition romaine était connue et considérée comme la seule base de documentation historiquement sérieuse sur la question : ce qui n'est guère possible avant le Ilème siècle av. puisque son activité s'est déroulée à Rome.227-8.228.v. 1959. . Un strict contemporain est donc exclu. 22. on pourra se reporter à l'article classique de A.23-53. Ferrary a mis en relief un élément important du portrait que Denys trace de cet auteur15 : sa formulation implique qu'il fût décédé au moment où Denys écrit son ouvrage historique. RSI. Voir Philhellénisme et impérialisme. outre FGH 88 T 1. en part.

On peut de plus douter qu'un tel auteur . Schwartz. est celle d'un écrivain de l'entourage de Mithridate. On ne peut guère retenir la proposition concernant Amphicratès d'Athènes. V. 17. IV. Sur le personnage et son oeuvre. le premier est connu par la Souda. 300. puisque nous ne connaissons aucun historien grec qui ait vécu à la cour parthe. Mais toutes les hypothèses n'ont pas le même degré de probabilité. avant de s'achever par un suicide17. c'est-à-dire d'une histoire de Mithridate. RE. eux sont bien des historiens. 22. 94 (= T 1).v.1693-4. et c'est assez probable également pour le premier. H. .ait pu exercer beaucoup d'influence à l'extérieur. Amphikrates. 18. Voir sur Aisopos et Héraclide respectivement FGH 187a et 187 . Mais ce sont pour nous de quasi inconnus. 19. Au total. 6. On ne peut pas parler de lui comme d'un historiographe attitré de Mithridate. et on ne sait d'eux que les quelques mots que leur consacrent respectivement un passage de Diogene Laërce et une notice de la Souda19. Ce rhéteur. voir CO. Muller. Voir Plutarque. Vie de Lucullus. qui se rallia à Mithridate au moment où Athènes passa dans son camp. dont on sait qu'il fut auteur de Mitrhidatica. ??s?p?? (= T 1) et le second par Diogene Laërce. Ce qui n'est pas le cas pour le dernier auteur de l'entourage du roi du Pont dont le nom a été proposé. un Sur les hommes célèbres ne correspond guère aux précisions érudites que donne Denys18. la meilleure solution. s. Métrodore de Scepsis. c. Au moins le second a probablement fait partie de l'entourage du roi du Pont. l'épouse de Tigrane. puisqu'on connaît de lui un Eloge de Mithridate. d'un point de vue chronologique. déjà dans l'Antiquité. G. I. F. et E.v. et le titre du seul ouvrage à caractère historique qu'on lui connaît.123 - parthe : on peut en outre dire dans ce cas qu'il s'agit plus d'une hypothèse d'école que d'une possibilité concrète. s. au point de rendre nécessaire que Denys entreprenne une réfutation en règle de sa présentation. Plusieurs noms sans doute entrent alors en ligne de compte. Quant à Aisopos et Héraclide. 1884. . n'a que peu séjourné auprès du roi du Pont : une vie mouvementée devait bientôt le mener en Arménie auprès de sa fille Cléopâtre. ils n'étaient pas des auteurs de premier plan.si tant est qu'il ait existé ! .. Cette insignifiance dans notre documentation semble traduire le fait que.

Mais qu'il ait encouru. Jacoby. 55 (609-610) = FGH 184 T 2. il se rendit à la cour de Mithridate..131. 1-5 = FGH 184 T 3. 45). Jacoby de la vie de Métrodore doit être sérieusement corrigée. Il est très probable qu'il exerça. F. grâce à la notice que Strabon lui a consacrée dans la présentation qu'il a faite de sa ville natale21.3. à Métrodore de Scepsis des renseignements qui concernent en réalité Métrodore de Stratonice et fait par conséquent de notre historien un élève de Carnéade. Bowersock. selon l'expression de Denys.227-8 . Sa fin fut certes tragique : pour des raisons et selon des modalités que Strabon et Plutarque présentent différemment. n.-L.124 - La personnalité de Métrodore Métrodore de Scepsis. Le. p. p. correspond assez exactement à la description de Denys d'Halicarnasse. Ferrary. p. p. sur l'invitation du souverain. semble certainement le candidat le plus indiqué pour être identifié avec l'historien antiromain évoqué par Denys20. Voir Philhellénisme et impérialisme. ou plutôt d'historiographe . Ce que nous savons de sa carrière. De l'orateur. 22.229. Ce qui l'a amené à échafauder l'hypothèse de deux auteurs. . Voir J.3. Augustus and the Greek World. 21. Vie de Lucullus. il fut mis à mort par Mithridate au cours d'une ambassade qu'il effectuait auprès de Tigrane d'Arménie. J. FGH 88 T 9. Il a en effet rapporté. I. n. une activité d'historien. qu'il n'y a pas lieu de retenir. = FGH 184 T 2 et T 3. Il fut un personnage important du royaume.ex. p. la jalousie et la colère cachée du roi.224 (mais sans écarter d'autres historiens de l'entourage de Mithridate). Philhellénisme et impérialisme. père et fils. 1. l'idée avait déjà été avancée p.-L. Voir Strabon. dans son FGH 184 F 4a (= Cicéron. Après s'être marié et fixé un moment à Chalcédoine.-C.2. chargé de hautes fonctions judiciaires et Plutarque précise qu'on allait jusqu'à l'appeler "père du roi"22. 20. qu'il resta jusqu'à sa mort au service d'un roi barbare23. 1966. désireux de s'attacher les services d'un intellectuel qui devait déjà jouir d'un certain renom. par G. XIII. La présentation que fait F. . Voir Plutarque. comm.même si celle-ci ne se laisse pas déterminer d'une manière précise par les fragments qui nous sont parvenus. n. Voir Strabon et Plutarque. depuis un certain temps déjà. dont le nom a été avancé encore récemment par J. 23. dont l'activité d'enseignement à Athènes ne s'est guère prolongée au-delà du milieu du Ilème siècle av. Oxford. n'empêche pas qu'on puisse dire. Ferrary. 22. dans ce milieu.109.

le F 12 (= id. Le seul fragment qui nous en est parvenu est d'ordre géographique28. Cette oeuvre fut certainement rédigée dans le cadre de ses activités diplomatiques. posait le cadre géographique et probablement historique. qui remonte à 264 av. 5 et F 6.. 136). Le F 10 (= Pline l'Ancien. Ainsi les nombreux fragments . . J. XXVIII. VIII. Cela apparaît d'une 24.sans titre d'oeuvre . . 78). Voir FGH 184 F 1 = scholie à Apollonios de Rhodes. IV. comm. mais le titre reste vague et l'unique fragment qui soit nommément rapporté à cet ouvrage concerne un phénomène naturel24. l'Italie centrale. on peut noter qu'elle témoignait au moins de certaines préoccupations d'allure scientifique. Mais il témoigne bien de ce qu'a dû être l'histoire chez Métrodore : un produit de sa situation auprès du roi du Pont.apparemment - qu'un livre sur l'art d'oindre d'huile pour les bains25. il a eu une activité de polygraphe : on connaît de lui un traité Sur l'habitude. 834.-C.610. IV. le F 11 (= id. sur ce qu'on peut dire des circonstances de la réalisation de cet ouvrage. et même la Germanie26. Ce n'était pas nécessairement une oeuvre historique véritable : il s'agissait peut-être d'un simple éloge du roi d'Arménie. rapidement écrit. 34). 27. 25. avec Volsinies. y compris l'Italie du Nord. 122) et le F 13 (= id. 61). le F 9 (= id. XXXVII. V. IV. Qualifié de philosophe et rhéteur.... 4. à l'occasion de son ambassade auprès du roi d'Arménie. F. XXXJV. mais aussi l'Italie. Le Sur Tigrane a été un ouvrage de circonstance. 131 . 28. III. Mais même dans ce cas.. Ils montrent également que l'auteur ne s'intéressait pas qu'aux faits contemporains : un de ces fragments évoque la prise de Volsinies par les Romains. 36) concerne le Pont. Mais son activité littéraire paraît avoir été parfois directement liée à son activité politique au service du roi du Pont. Jacoby. la zone padane. XXXVII. dans lequel il décrit des particularités concernant des plantes et des animaux. Voir les fragments FGH 184 F 3. On connaît de lui un Sur Tigrane27. le F 14 (id. la Cappadoce.. 26. Chios. le F 8 (= id.qui nous ont été conservés par YHistoire naturelle de Pline l'Ancien concernent des secteurs géographiques très divers : l'Asie Mineure et ses abords bien sûr. 131. ainsi . Voir FGH 184 F 1 = scholie à Apollonios de Rhodes. Voir FGH 184 F 2 = scholie à Apollonios de Rhodes. T 2-3. la Germanie. p. une illustration et une justification de sa politique. 34).125 - On connaît de lui il est vrai un Sur l'histoire. Au moins la largeur de ses intérêts ne fait pas de doute.

qui précise bien qu'il "avait reçu (son) surnom à cause de sa haine pour Rome"31. FGH 184. Torelli. provenant certainement du butin alors réalisé. et l'animosité même de ses attaques lui valut d'être lu par les victimes de sa plume. 32. Jacoby. elle supporta néanmoins avec égalité d'âme les accusations mensongères et ne tint pas grief à leur auteur de sa langue assassine"32. Voir FGH 184 T 6a = F 12 = Pline. F. IV. Métrodore ne sort pas de son rôle d'intellectuel au service de Mithridate : il dénonce dans cet événement le fait que les Romains aient profité de l'occasion pour donner libre cours à leur avidité. le consul M.103-4. les Romains s'intéressèrent à son oeuvre : les moralisateurs y trouvaient matière à nourrir leurs critiques de la décadence des moeurs. 14. XXXIV. l'homme de Scepsis. Rome. XXXIV. 37-40. Ovide évoque également ses critiques acerbes à l'encontre des Romains : "Ce ne sont pas les lieux. le seul qui nous soit parvenu qui traite d'un fait en rapport avec la politique romaine29. p. Elle lui avait mérité d'être surnommé Misorômaios. Au lieu de réagir par un refus indigné. est coupable . l'esprit antiromain de Métrodore a pu tout aussi bien s'exprimer d'une manière diffuse à travers son oeuvre. Voir M.609. Il était devenu G Antiromain par excellence. elle y jouit d'une certaine célébrité. 34. dans ses aigres écrits. Loin de subir la censure. 1973. mais les moeurs des Ausoniens qu'attaqua.126 - manière évidente dans le fragment sur la prise de Volsinies. 34. p. c'est-à-dire "celui qui déteste les Romains" : c'est ce que nous apprend Pline l'Ancien. qu'il poursuivit ainsi. 30. Elle a servi à présenter plusieurs statues. Ce qui était advenu lors de la chute de la cité étrusque lui permettait d'exprimer cette orientation antiromaine qui est le trait le plus saillant que la postérité ait retenu de lui. Fulvius Flaccus. en enlevant deux mille statues30. Son attitude critique à l'égard de VUrbs est en effet nettement affirmée dans les témoignages que nous avons à son sujet. Fût-ce à propos d'un événement ancien comme celui-là. 31.. Le texte du poète est révélateur de l'impact que l'oeuvre de Métrodore eut à Rome. Pontiques. Voir FGH 184 F 12 = Pline. qui a été découverte à Rome lors des fouilles de l'aire sacrée de S. émet l'hypothèse d'un livre spécifiquement consacré à Rome. Omobono. et les autres une occasion de souligner la noblesse et la 29. comm. Voir FGH 184 T 6b = Ovide. On a une trace archéologique de ce pillage avec la base dédiée par le vainqueur de Volsinies. qui aurait été un Contre les Romains . . et Rome. catalogue de l'exposition Roma medio-repubblicana. mais comme il le note lui-même. .

2 : "Ce ne serait pas grâce à sa piété ni à son sens de la justice ni à ses autres vertus qu'elle serait parvenue avec le temps à l'hégémonie universelle. est donc certainement celle qui reconnaît en lui Métrodore de Scepsis. 17. et tout particulièrement . mais grâce à quelque hasard et à une fortune injuste qui distribuerait inconsidérément les plus grands biens à ceux qui en sont les plus indignes". par contrecoup. mais à un simple caprice de la Tychè (même idée en II. Mais si on lui attribue ce que dit Denys de l'historien antiromain contre lequel il entreprend de réagir. il devient possible de se faire une idée beaucoup plus précise et plus riche de la vision qu'avait de Rome le Misorômaios Métrodore. En particulier. La question de l'asile romuléen Si on accepte cette identification.41. on constate que bien d'autres éléments venaient appuyer sa présentation négative de F Urbs.on le voit par Ovide . outre sur une explication des succès de Rome par la seule fortune et non par les qualités de ses habitants33. à la fides ou aux autres vertus dont ses citoyens font preuve. On a là un autre thème central de la vision négative de Rome propagée par cette historiographie hostile : ses succès ne sont pas dus à la pietas.ce que ne pouvaient évidemment pas être ces figures évanescentes que sont Aisopos ou Héraclide de Magnésie. En fait Métrodore. 3). Et sur ce point. p. Mais elle le prend nécessairement à partir du moment où elle est posée en antithèse par rapport à l'exercice des vertus.43.à l'époque même où Denys rédigeait ses Antiquités romaines. n. on peut relever que Métrodore faisait jouer un rôle essentiel à un point particulier du récit traditionnel de la fondation 33. Voir DH. celle-ci aurait été fondée. et dont les écrits hostiles à Rome nous ont valu. sur une conception déterminée des origines du peuple romain. I. 4. 127 - grandeur d'âme de leur cité qui se montrait supérieure aux injures de son adversaire. Il était l'exemple classique de l'auteur antiromain . était connu et lu. Comme le remarque H. Der geistige Widerstand. seul celui concernant la prise de Volsinies et le pillage de ses statues regarde cette question. Des fragments qui nous sont parvenus. L'hypothèse la plus probable en ce qui concerne l'historien que Denys d'Halicarnasse prend pour cible en écrivant son ouvrage historique. les Antiquités romaines. y compris dans VUrbs. Fuchs. la référence à la Fortune des Romains n'a pas en elle-même un caractère négatif. qui seul rentre dans le cadre de notre étude. . justement parce qu'il était hostile à Rome.

que des couches d'émigrants de pure souche grecque . "comme le pensent certains. s. à qui Denys attribue une origine pélopon- nésienne. Fuchs.959. il paraît de plus impossible . des barbares qui n'étaient même pas de condition libre"34. position plus nuancée dans L. une fois expulsé le substrat originel et barbare des Sicules. L'historien d'Halicarnasse cite en effet comme exemple typique des "racontars" propagés par l'auteur hostile à VUrbs dont il évoque l'oeuvre que "Rome se flatterait d'avoir eu pour fondateurs des hommes sans feu ni lieu. VII. est certainement ancienne . qui auraient créé le motif afin de déprécier les origines de la cité (voir surtout H. RIL. Dionysios. Motivi antiromani nella tradizione storica antica. p. E. 34.Aborigènes identifiés pour les besoins de la cause aux Oenôtres venus d'Arcadie. C'est à partir de la légende de l'asile romuléen qu'était défini le peuple romain. Mais cette tradition. 70. visant à montrer que Rome n'a jamais accueilli sur son sol. SHAW. n. Cette insistance de l'historien d'Halicarnasse montre à l'évidence que c'était là un point essentiel de la présentation négative de Rome contre laquelle il s'élève37. Il peut enfin conclure : "C'est désormais avec beaucoup d'assurance qu'il faut renvoyer tous ceux qui font de Rome un refuge de barbares. lorsqu'il estime l'avoir définitivement balayée au terme de la longue démonstration qui sous-tend le livre entier. déjà dans ce sens. Castiglioni.628). I. formée de barbares et de vagabonds"36. DH.128 par Romulus : la question de VAsylum.v. solidement ancrée dans la topographie romaine. la plus accueillante et la plus humaine de toutes"35. 1. compagnons d'Evandre. 61. DH.26-32 . Schwartz. On sait que plusieurs auteurs ont estimé que la légende de YAsylum était née dans les milieux grecs hostiles à Rome. et enfin Troyens d'Enée.41. c. Zur Sage von der Grundung Roms. 2. . 1968. 37. 35. et non. 1. Pélasges. 1905. 1. Strasburger. Il revient triomphalement sur cette présentation dépréciative des origines de la cité à la fin du livre I. p. 89.4. RE. H. DH. Le souvenir de cette utilisation malveillante de la tradition sur VAsylum est présente jusque dans le livre VIL Lorsqu'il y décrit les jeux romains. Der geistige Widerstand. p. pour affirmer qu'elle est une cité grecque. 36.40 . 5. d'évadés et de vagabonds. 1928. Denys insiste encore sur le fait que la population de Rome est grecque. groupes helléniques divers amenés par Héraklès lors de son passage sur le site de Rome. V.

DH. avait accueilli indistinctement tous ceux qui se présentaient dans le lieu d'asile qu'il avait ouvert sur le Capitole. mélange indistinct d'hommes libres et d'esclaves"39. 5. I. L'historien padouan n'hésite pas à affirmer la tradition dans sa forme la plus intransigeante : chez lui l'asile du Capitole accueille "une foule de toute sorte. Une position plus agressive aurait été envisageable : c'est celle qu'adopte Tite-Live. Aussi. de son côté. On a chez lui l'impression que Rome comprend déjà l'essentiel de son peuplement au moment où Romulus ouvre ce lieu de refuge. 39. II. .) et de signification antiromaine ait pu s'insérer dans la tradition nationale. a été élaborée précisément pour répondre à la critique. Tite-Live. Prudemment. La formule a une qu'un motif créé à une date assez récente (H. et il parle d'eux comme d'individus forcés à quitter leur foyer et leur patrie pour les plus nobles motifs.129 - C'est ce que semble confirmer le traitement que l'historiographie romaine. 38. Mais les précisions qu'il donne montrent bien qu'il y songe. Au départ.-C. afin de peupler la cité qu'il venait de fonder. 3. 8. la légende affirmait que Romulus. pouvaient aisément être montés en épingle dans une intention hostile. et après avoir développé les institutions de Rome. il ne signale pas dans ce passage l'utilisation appréciative qui a été faite du thème. et la version de la légende qu'il présente. Voir sur la position de l'historien notre article Les Romains ne sont pas des autochtones : à propos de Tite-Live I. . et que l'apport de l'asile reste marginal. des origines de VUrbs. Denys s'empresse-t-il de poser de strictes limites : Romulus aurait exigé des fugitifs qu'ils "fussent de condition libre". lorsque le cours de sa narration l'amène. Strasburger pense au Illème siècle av. De tels caractères. 6. et donc les fautes qu'ils avaient pu commettre se trouvaient pour ainsi dire effacés dans l'espace à part qu'était VAsylum. et leur passé. 8. On sera sensible à la place réduite qu'occupe la question de YAsylum dans la présentation de Denys d'Halicarnasse : il ia traite rapidement. qui en édulcore les aspects les plus dérangeants. à traiter du sujet. J. sur ce point. Ces fugitifs pouvaient être des esclaves aussi bien que des hommes libres. réserve à la question. Cela traduit sa réticence à aborder un point qui occupe une place essentielle dans la vision hostile contre laquelle il s'élève. 15. tenant à la nature d'un lieu d'asile. dans son livre II. comme celui de fuir "des cités soumises aux excès d'un gouvernement tyrannique ou oligarchique"38.

sous la direction de R. voir aussi notre ouvrage Les Tyrrhènes. et dont les Athéniens étaient si fiers : la prétendue autochthonie n'est qu'un habillage mensonger afin de masquer une origine qui n'est pas différente de celle que la tradition sur VAsylum attribue aux Romains41. ou du moins de certains Hellènes. .293-4.3-26) et de E. ni le criminel aux magistrats" (Vie de Romulus. idées athéniennes sur la citoyenneté et la division des sexes. p. Cela explique que la présentation de la question donne lieu à une attaque de la notion d'autochthonie. 9. 40. Le vite di Teseo e di Romolo. Tours. chez lui.. p. 4L Voir notre article cité n. Tite-Live. 1988. 1993. dont les origines sont discutées : qu'il nous suffise de constater que.67-78.75-112. 1979. le mythe dans l'espace civique. Voir sur la question C. Rome. Milan. Mais. qui était le type d'origine réputé le plus noble aux yeux des Grecs. . p. une topique athénienne". Montanari (// mito dell' autoctonia.39. ni le misérable débiteur à ses créanciers. Il précise crûment qu'on ne rendait "ni l'esclave à ses maîtres.130 - tonalité volontairement provocante. Préface.C. ce qui est bien évidemment une manière de la présenter favorablement aux yeux du public grec. peuple des tours. chapitre 'Tautochthonie. Chevallier. Paris. avant d'être promue sous l'Empire quasiment au rang de symbole du melting-pot ethnique qu'était alors devenu dans Présence de Tite-Live. Rome. Il n'y a pas lieu pour nous d'examiner en détail la légende de YAsylum. Loraux (Les enfants dAthéna.S. Plutarco. l'institution est présentée comme consécutive à une consultation de l'oracle de Delphes. reprenant l'article L'autochthonie athénienne. c'est bien parce qu'il existe une polémique sous-jacente vis-à-vis des Grecs. linee di una dinâmica mitico-politica ateniese. A l'inverse. p. Denys d'Halicarnasse et l'autochthonie des Etrusques. 1981. Mais si l'auteur des Livres depuis la fondation de Rome s'exprime ainsi. 3). L'autochthonie athénienne a fait l'objet d'importants travaux de la part de N. Annales E. 1981). bien en accord avec l'orgueilleuse déclaration de la préface proclamant le droit du peuple romain à imposer sa tradition nationale aux peuples soumis tout comme il leur a imposé sa domination par la force de ses armes40.35-73. Plutarque va encore plus loin que Tite-Live dans l'affirmation de la tradition dans toute sa dureté. Ampolo. 1. p. sur la notion d'authochtonie en général dans le monde grec. 1992 (1994).

voir sur ce point notre communication au colloque Florus.la référence à l'asile romuléen n'était pas un point de détail. Cette explication se fonde sur la tradition de l'asile capitolin. 7. 17). les Romains sont désignés comme un "ramassis de vagabonds" . 1 : dans une harangue de Mithridate. Un passage du livre II vise en effet le même adversaire : là encore le rhéteur d'Halicarnasse fustige des auteurs qui "traitent de la question (des patriciens) en fonction de leurs jalousies personnelles et. les autres n'étant que des fugitifs incapables de faire état d'un père de naissance libre"44. où il finit par constituer une sorte de motif obligé43.9). On en a la preuve par le fait que ce même historien contre lequel s'élève Denys rattachait à la question de l'asile romuléen l'origine du patriciat.ex. Debrecen. que des esclaves en rupture de ban. 1993. Havas. Les 42. un grief glissé en passant comme il l'est dans nombre de discours censément tenus par des ennemis de VUrbs. 1. dans la lettre du même Mithridate au roi parthe Arsace qui nous a été conservée dans un fragment des Histoires de Salluste. . sous la direction de L. voir plus loin. c'est cette origine qui explique sa nature profonde. 8. toute une polémique antiromaine dont Tite-Live aussi bien que Denys d'Halicarnasse attestent l'impact à l'époque d'Auguste. Sous la plume de Métrodore de Scepsis . avides de calomnier la cité en lui attribuant une origine sans noblesse. 3.si on accepte de reconnaître en lui l'auteur malveillant que vise Denys . Voir p. prétendent qu'on les appela patriciens parce qu'eux seuls étaient capables de préciser qui était leur père. DH. 44. Sur ces textes. II. pour la plupart. il est question de "vagabonds autrefois sans patrie et sans parents" (fr. en en tirant bien sûr des conclusions négatives pour VUrbs. et rejoint l'utilisation dépréciative du thème qui réduit les premiers Romains à n'être. On le constate chez Florus (I. 43. L'écrivain antiromain que visent ces lignes trouvait donc dans la question de YAsylum matière à rendre compte de la dualité patriciens/plébéiens. . 6. dans des milieux grecs hostiles.131 - le monde romain42. Il exprime une vision précise de l'histoire de Rome : c'est par YAsylum qu'a été formé le peuple romain. elle a nourri. L'information de l'adversaire de Denys Cette conception devait s'exprimer au travers d'un récit assez détaillé. 38. Justin.

Elle se retrouve chez Plutarque. 46. Lange. p. J. DH. Leipzig. au son de la trompe47. 1978. qui se fonde sur le rapport évident entre le nom des patriciens et celui du père en latin (pater). Il avait 45. Richard (Les origines de la plèbe romaine. puisque les liens de paternité ne sont pas juridiquement reconnus dans le cas des esclaves. alors que les plébéiens l'auraient été indistinctement. en lui donnant une orientation défavorable qui n'est pas marquée dans les autres témoignages que nous avons à ce sujet. et que l'auteur visé par Denys d'Halicarnasse y a eu recours dans une intention de dénigrement de Rome. L'explication. 47.40). ils auraient fait appeler par les hérauts les pauiciens en donnant leur nom et celui de leur père. qui la jugeait la meilleure de celles qu'il connaissait. et Vie de Romulus. p. Rome.132 - premiers auraient été les très rares individus ayant véritablement un père. . II. qui vivait au 1er siècle av. Rômische Staatsgeschichte. n'est pas en elle-même originale. p. 58 = 578 D.-C. qui y voit une construction artificielle à partir du rapprochement entre le nom des patriciens et celui du père. et qu'elle n'avait certainement pas au départ. Rômische Altertiimer. H. 221 -2). Et la suite du texte des Antiquités romaines montre qu'on la justifiait par un fait institutionnel précis . c'est-à-dire les seuls à ne pas être de condition servile.-C. le seul point qui nous importe ici est qu'elle existait. Elle suppose en effet une distinction entre patnciat et plèbe qui ne peut être antérieure à la constitution du patriciat en tant que groupe fermé à caractère héréditaire. Plutarque. 3.41-2.306-7. Outre Plutarque et tite -Live. qui cite l'antiquaire Cincius Alimentus. terme qui signifie habituellement "de naissance libre"46. 3 . 13. 4. 277 L. 10. 1887. 8. n. Berlin. X.qui donc a dû être allégué par l'auteur que critique ici Denys : lorsque les rois convoquaient l'assemblée des citoyens. T. Ce n'est certainement pas un point que l'auteur malveillant pour Rome aura lui-même imaginé : il aura repris une explication préexistante du nom des patriciens. La validité de l'information dont Denys fait état a été admise par plusieurs savants (T. Elle pouvait s'appuyer sur l'idée que les patriciens auraient été à l'origine les seuls ingénia. Le recours à un tel détail montre que l'écrivain auquel s'oppose Denys était bien informé des réalités romaines. Le. Mommsen. Mais que cette explication repose ou non sur un fondement objectif. Der geistige Widerstand. p. Fuchs. 1876.401. ce qui n'est pas vrai avant le début de la République. Tite-Live. I. 8. 3. et est impliquée par une allusion de Tite-Live dans son livre X45. . mais récusée par J. voir surtout Festus. III. Questions romaines.

133 - connaissance . comme il était habituel de le faire dans la tradition annalistique. dans les présentations de la question des origines de Rome remontant à une date plus ancienne que nous avons examinées précédemment. de donner des indications étiologiques dans son récit4» . Cela prouve la minutie avec laquelle il avait abordé la question de YAsylum. Il se serait intéressé à des points de détail des institutions romaines. il est vraisemblable que Métrodore rendait également compte de cette manière de la formation du sénat. p. qui sont aussi des patres. Voir JRS. qui prive la plèbe. 53. L'auteur de Scepsis se serait bien renseigné sur la tradition romaine : il se serait attaché au point particulier de la légende de YAsylum. et l'ampleur qu'il lui attribuait dans la vision de Rome qu'il proposait. de toute ascendance légitime. Rome. ou du moins de ce qu'on croyait en savoir pour les époques anciennes.si on lui rapporte. 1963.de ce point particulier du fonctionnement de la vie politique romaine. a-t-on pu arriver à cette dualité du patriciat et de la plèbe ? De plus. On a affaire à une conception bien articulée de l'origine de la cité et de certaines de ses principales composantes. cet auteur . Cette question de l'asile romuléen serait donc un signe du sérieux de l'information de Métrodore . Bruxelles. ni même d'une simple connaissance de leur part. Il convient en effet de ne pas s'attacher seulement à l'aspect injurieux que prend chez lui cette explication. On est dans le domaine de l'histoire - même si celle-ci est des plus partiales ! .prenait position sur un des problèmes essentiels de l'histoire des débuts de Rome.257-9. comme nous serions enclin à le faire. et aux explications qui 48. Momigliano soulignait comme tel dans son Intérim Report on the Origins ofRome49 : comment.545-598. Poucet. des pères. c'est-à-dire la grande majorité des Romains.Métrodore donc selon nous . p. . 1966.sans doute par un historien soucieux. étant donné que la tradition antique pose un rapport constant entre les patriciens et les sénateurs. Voir sur ce point J. dans une cité qui ne connaissait certainement pas à l'origine une telle distinction entre deux catégories de citoyens. les précisions qu'on peut tirer du texte de Denys d'Halicarnasse. que par exemple A.95-122 = Terzo contributo alla storia degli studi classici e del mondo antico. p. 49. tradition et histoire. En avançant cette inteiprétation du nom des patriciens. Les origines de Rome.et non du simple pamphlet. . dont on n'a nulle trace de l'utilisation dans des milieux grecs hostiles. 1985.

de ce que la ville raconte de son passé. On a la trace d'une réinterprétation analogue d'autres motifs du récit romain des origines. précisément. comme Métrodore. s'il ne fait pas preuve de la moindre objectivité . Les ennemis de Rome. Traces d'une historiographie antiromaine disparue Ce travail de relecture de la tradition romaine ne se limite pas à la question de l'asile romuléen. ait été à la source des passages où une telle vision malveillante de la tradition nationale apparaît. sans aucune correspondance dans les données locales. comme le soulignait Tite-Live. En somme. que nous avons rencontrés pour l'époque de Denys de Syracuse ou même celle d'Hannibal. et construit sa vision de Rome à partir d'elle. Et la connaissance des traditions romaines va bien au-delà de la simple référence aux origines troyennes de la cité sur laquelle Pyrrhus avait bâti sa prétention à se poser en nouvel Achille qui allait vaincre la nouvelle Troie. doivent partir des données romaines. c'est désormais Rome qui. Leur entreprise devient un dénigrement systématique. A ce stade l'historiographie hostile part d'une bonne connaissance de Rome. Il n'est plus possible désormais d'inventer des légendes. 134 en étaient avancées : on le voit avec sa prise de position sur le problème de la dualité patriciat/plèbe. genre maintenant bien constitué. Mais par là même on peut dire que sa faculté de jeu se trouve limitée. contre toute vraisemblance. impose ses traditions aux autres - même lorsqu'il s'agit d'adversaires.qu'elles n'avaient évidemment pas au départ. ou au moins certains de leurs ancêtres. que les Gaulois. comme celles affirmant. . nous sommes en présence d'un véritable historien en ce sens que. et sans doute corrélativement sur celui de la formation du sénat. de ses réalités et de ses traditions. qui se voient contraints de se fonder sur ce qu'elle dit d'elle-même. de les réinterpréter dans un sens négatif . un retournement constant de ce qu'offrait l'historiographie romaine. Bref.tant s'en faut ! . il n'en éprouve pas moins le besoin d'amasser une documentation très sérieuse. avaient joué un rôle dans le plus lointain passé romain.et fait oeuvre polémique. à base de références mythologiques et d'inventions d'éponymes. et leur rôle ne peut plus être que de les biaiser. On est loin des échafaudages généalogiques. et il y a parfois de bonnes raisons de penser que Métrodore.

chaque fois qu'on se trouve en présence d'un motif antiromain. Lorsque donc des considérations de sources amènent à envisager que l'historien qui présente de tels discours dans le cours de sa narration ait eu recours à une information extra-romaine. et par 50. p. REL. A la valeur proprement historique de ces discours s'ajoutait bien sûr le fait qu'ils permettaient à l'historien d'insérer dans son oeuvre ces morceaux d'éloquence qui apparaissaient comme l'indispensable ornement du genre ! Les discours "antiromains" des historiens latins relèvent souvent de cette catégorie. Cependant on ne doit pas davantage exclure a priori que.45. l'auteur se soit inspiré de sources hostiles. Il suffit de citer comme exemples du procédé les propos que César fait tenir à l'Arverne Critognatus au cours du siège d'Alésia. depuis la naissance du genre historique. Etant donné ce qu'on sait du rôle de Métrodore auprès du roi du Pont. . Jal a eu raison de rappeler récemment le poids qu'a eu en l'affaire une donnée simplement littéraires*) : il était de règle.135 - Précisons-le bien : il ne s'agit pas de dire que. 1987. il n'est pas illégitime de penser retrouver dans des passages de ce genre l'écho de griefs effectivement avancés par des auteurs hostiles à VUrbs. VII. on soit en droit de le faire remonter à une tradition hostile d'origine étrangère. afin d'expliciter ainsi les positions respectives. de faire prononcer des discours par des représentants des deux parties en présence. Agricola. 65. Voir Agricola. 33-34. 52. Il serait illusoire de prétendre retrouver derrière les paroles que leur prête l'auteur latin le reflet de propos effectivement tenus ! D'ailleurs la harangue de Calgacus dans YAgricola fait couple avec celle du chef romain qui lui succède^ : on a là une application de la méthode de la "dispute". pour certaines au moins de ces diatribes antiromaines. 5 1 . 77. nous l'avons vu. ou Tacite au chef calédonien Calgacus avant l'ultime bataille contre les Romains lors de la campagne de 8351. facilement accessible. .204. et en particulier depuis que Thucydide en avait posé le modèle. P. n. 30-32. Voir respectivement Guerre des Gaules. Dans ces conditions il n'est peut-être pas fortuit que certaines des notations les plus intéressantes pour notre recherche se rencontrent précisément dans des propos attribués au roi Mithridate. L'oeuvre de Métrodore était. fût-il mis expressément dans la bouche d'un ennemi de VUrbs. Voir A propos des Histoires philippiques. des discours antithétiques alternés tels qu'on les pratiquait dans les écoles de rhétorique.

au moins médiate. Der geistige Widerstand. Coppola. n. en 38. Cela ne permet cependant pas de savoir quelle était la nature du texte de Métrodore qui serait à la base de ce développement de Justin (un exposé de Métrodore lui-même. et P. Valore storico e fonti di Pompeo Trogo. p. 54. p. De nombreux auteurs ont défendu l'idée d'une orientation critique à l'égard de Rome (A. Uno storico filobarbarico.nous allons le voir . l'auteur a précisé qu'il suivait exactement sa source dans ce discours. Le contact entre Métiodore et Trogue-Pompée n'a pas nécessairement été direct.778. La position adoptée sur ce point n'influe en rien sur la possibilité de retrouver dans le texte de Justin. de Métrodore. 11.540-2. Seel. M. Momigliano. dans L'AIessandro di Giustino. p.62. 55. Pompeo Trogo. Weltgeschichte von den Anfdngen bis Augustus im Auszug des Justins. ce qui fait penser à une source étrangère.22. 37. Livio.paraissent impensables en milieu romain. dans les passages qui nous occupent. II pensiero storico classico. Plutarco e Giustino su virtù e fortuna dei Romani. art. mais parfois contestée (voir bibliographie citée par M.44. S. Zurich . p. 53. Jal. d'une dépendance de . p. p.10). Jacoby ? un discours attribué à Mithridate dans des Histoires ?). 1934. n. c'est encore une fois la personnalité du Misoromaios qu'on peut espérer entrevoir par de tels passages.45-57. Rome. n. D'autres en revanche ont vigoureusement réagi contre cette idée (O.44. un écho de Métrodore. p. Mazzarino. 1972. Malaspina. 1882. 3. n. Sordi. RhM. Nuremberg. Justin. Urbino. L'imitalio Alexandri in Trogo e in Livio : un confronto aperto. Gutschmid. 38. art. voir H.21 sq. L'hypothèse d'une dépendance. 1993. Nous n'avons pas à aborder ici la question du sens à attribuer à l'oeuvre de Trogue-Pompée (et de Justin).136 - ailleurs de l'impact de son oeuvre à Rome. Forni. cité à n. 1958.. certaines formules . après les premières escarmouches qui avaient opposé ses troupes aux contingents asiatiques d'Aquilius et Mallius Maternus.548-555). 1972. 1. n. Sordi.Munich. Fuchs. 135-145.10) a apporté de solides arguments à l'appui de la thèse ancienne (elle remonte à A. Athenaeum.8 et 9). E. par exemple dans le Contre les Romains qu'envisageait F. G. . 1966. p. Sordi (article cité supra. A. Eine rômische Weltgeschichte. 194-207). Bari. Métrodore a ainsi été considéré comme la source ultime d'un discours de Mithridate qu'offrent les Histoires philippiques de Justin53 . paraît ici fondée55. M. 12. De fait. p. 3-7 . Romanobarbarica. cité supra. 1976.et pour lequel Justin affirme suivre exactement le texte initial de Trogue-Pompée qu'il a entrepris de résumer5! Le roi du Pont l'aurait prononcé au moment où il allait réellement engager les hostilités contre Rome.50. Pour Métrodore comme source première. et Pompeius Trogus. II. Trogus und Timagenes.

des haruspices sabins. 15-17 . Cependant. 217-86 v. Berlin . voir également J. ou. dans ces conditions. pour la suite. Der poliîische Widerstand gegen Rom in Griechenland. des esclaves acquis ou de naissance étrusques. Justin. le premier dans De l'orateur. Fuchs. 1971. Der geistige Widerstand. qui faisait l'objet des critiques de Denys d'Halicarnasse : le roi désigne les Romains comme un "ramassis de vagabonds"56. que le second terme n'impose pas obligatoirement (Cicéron et Tite-Live l'emploient pour parler des premiers Romains. . des exilés corinthiens. de ce qu'offrait la tradition romaine.New York. 9) 57. sans doute parce qu'eux-mêmes eurent des rois tels qu'ils rougissent même de leur nom. I. en un sens négatif. de retrouver dans ce texte une trace de la conception négative des origines de Rome. voir H. seuls Tullus Hostilius et Ancus Marcius étant omis. et le second en V. qui avait mené une vie de berger avec son Justin envers l'historien alexandrin. Deininger. Mais ce n'est pas le seul point de ce discours qui implique un renversement.. On reconnaît sans difficulté dans cette évocation cinq des sept rois de la liste traditionnelle. 9. 56. On y voit en particulier Mithridate fustiger. 38. 1 (Ma conluvie convenarum) . 7. 6. Justin. 58. il faut entendre Romulus. en une ample période. la présence de conluvies (amas) à côté de convena (fugitif. s'agissant d'une harangue de Mithridate. ce qui fut le plus honorable dans cette série. . 7 On ne s'étonnera pas. Par l'expression "pasteurs aborigènes". des superbes"58. 53. l'ensemble des rois que Rome a connus : ils auraient été si peu reluisants que les Romains en auraient conçu. Chr. 37. à travers la légende de l'asile romuléen.137 - La liste des rois de Rome en Justin. vagabond) précise la valeur péjorative de l'expression. 38. une telle hostilité envers les rois qu'ils leur auraient voué cette haine indistincte et irréfléchie que leur reprochaient les monarques hellénistiques57. 6. Nous pouvons citer ce texte : "Ils se sont fixé pour règle cette haine envers tous les rois. p. 7. qu'ils désignent comme "pasteurs et vagabonds". Sur le motif de la haine de rois chez les Romains. des pasteurs aborigènes. 38. Timagène est susceptible d'avoir eu recours à l'oeuvre de celui qui en fut probablement l'historiographe et a pu diffuser un modèle pour un tel discours.

et même par rapport aux réalités romaines. De même Servius Tullius n'est pas véritablement un Etrusque pour la tradition romaine : sa mère est latine. . telle quelle. que devait chasser la révolution de 509. Quant à l'épithète de "superbes". comme nous le verrons. Démarate. esclave. Tarquin l'Ancien. dans ce contexte. Corinthe" tradition. qui induisent à y voir plutôt une oeuvre étrangère. et qui se voit paradoxalement ici mieux traité que ses prédécesseurs. avec l'ensemble de la tradition latine sur Enée. et peuvent tenir. ce qui est en contradiction. où on reconnaissait le mot servus. dont le père. et non ce roi : mais. le cas de concerne la qualification le père d'"exilés de Tarquinde l'Ancien. Tout d'abord Romulus est ici défini comme un Aborigène. D'autre part son successeur. mais que des prodiges. avec les deux Tarquins dont les règnes encadrent le sien. à des à-peu-près dans l'évocation de laqui. le successeur de Tarquin l'Ancien. Elle comporte en effet des "erreurs" par rapport à la tradition. Mais on peut considérer qu'il appartient à la série des rois étrusques de YUrbs. avait quitté Corinthe pour s'établir dans la ville étrusque de Tarquinia où il s'était établi et où son fils était né. et qui aurait été plus précisément un verna. un esclave né dans la maison de son maître : la légende romaine racontait qu'il était né au palais du roi Tarquin. est présenté comme un haruspice : or une telle qualifica- . le tyran honni Tarquin le Superbe. Certaines de ces "erreurs" sont il est vrai de peu de conséquence. en accord avec le sens qui était attribué à son prénom. et bientôt ses dons évidents avaient fait remarquer du souverain et de sa femme Tanaquil. d'une servante.138 - frère Rémus auprès de Faustulus. par "esclaves acquis ou de naissance étrusques". qui était venu de Cures en Sabine. Cependant deux points ne peuvent être éliminés aussi facilement. le Sabin Numa. sa mère Ocresia qui avait été ramenée captive de la ville latine de Corniculum. à qui on attribuait une origine servile. alors que la tradition romaine fait de lui la seule figure vraiment négative de toute la série des rois. Servius Tullius. elle s'applique bien évidemment au dernier des rois. puis avait été accompagné d'un groupe de pasteurs lorsqu'il était parti fonder sa cité. Néanmoins on sera sensible à des détails qui suggèrent que. et il est né à Rome. sans plus. par "haruspices sabins". le roi éminemment religieux que fut Numa Pompi- lius. par "exilés corinthiens". le transfert du père au fils n'a pas une très grande importance. en toute C'est rigueur. cette présentation des rois de la liste canonique ne saurait avoir été élaborée en milieu latin.

61. de ce passage et de l'ensemble où il s'insère. L'origine toscane de cet art et de ses spécialistes est une donnée essentielle de l'image qu'on s'en fait59 : il semble impossible qu'on ait pu désigner ainsi un roi qui n'était pas tyrrhénien. Zehnacker et G. dans un monde encore sauvage où ils côtoyaient bêtes fauves et hors-la-loi61. au-delà même des zones cultivées de la campagne. II. sous la direction de H. v. Le mot de Caton l'Ancien sur les haruspices est cité dans Cicéron. p. vivant loin des cités. . Elle suppose une bonne connaissance de celle-ci. à la situation de marginaux qui était souvent celle de ces individus. mais sabin60. dans Hommages à Robert Schilling. Tarquin l'Ancien se voit reprocher la 59. développement tardif de la tradition lui attribuant l'origine des sacerdoces et des cultes romains.en principe au moins . La mise en relation des haruspices et de la Sabine que défend E. qu'elle se borne à réorienter dans un sens négatif. 60.139 - tion nous paraît totalement impensable en milieu romain. De telles aberrations par rapport aux données locales ne peuvent avoir été imaginées qu'en milieu non romain : cela renforce l'hypothèse d'une origine étrangère.et il faut songer. derrière ce terme. 62. Paris. . Hentz. Le pieux roi Numa. PP. Pourtant. n'a pas de fondement dans la perception que les Romains pouvaient avoir du phénomène. nombreux. est impensable à l'époque que nous prenons en considération. en dehors de ces points qui trahissent l'origine hellénique de cette présentation des rois de Rome. De la divination. se trouve ici ravalé à n'être qu'un de ces bonimenteurs dont Caton disait qu'ils ne pouvaient voir un de leurs confrères sans rire62. p. Peruzzi. qui se présentaient comme haruspices et n'étaient que des charlatans. Mais une telle confusion. à partir précisément de cette expression de Justin (Haruspices sabinorum. prompts à abuser de la crédulité publique.des Etrusques. les haruspices sont . qui avait institué les plus augustes des cultes et des sacerdoces du peuple romain.5-33). 24. et en l'occurrence grecque.35).53-66. elle reste fondamentalement fidèle à la tradition canonique. on tendra à considérer Numa comme l'inventeur de l'haruspicine (Carmen adversus paganos. 1983. Numa est qualifié d'haruspice : le choix de ce terme doit se comprendre en fonction de la réputation douteuse de ceux. Le fondateur n'est plus qu'un berger . 24 (52).-C. J. Les techniques mises en oeuvre par î'haruspicine sont d'origine étrusque. voir notre article Les enfances de Romulus et Rémus. Sur la manière dont ces valeurs attachées au monde pastoral sont mises en oeuvre dans la légende de Romulus. Vers 400 ap. 1969.

Cicéron la considérait comme la preuve des hautes qualités du père de Tarquin : son départ avait eu le motif le plus honorable qui soit. 1988. qui avait apprécié ses qualités au point de le désigner comme successeur. . On le voit. 3-4. ce texte présente sous un jour systématiquement négatif des éléments du récit traditionnel qui n'ont. Il est lui aussi conforme au schéma traditionnel . De la république. nullement ce sens.-C. Mais loin d'y voir une tare. et une supériorité de sa part sur les autres. Nous avons étudié cette tradition dans Une vision tarquinienne de Tarquin l'Ancien. 109 . Et le rappel des rois étrangers qui avaient présidé aux destinées de la cité a été un des arguments les plus forts que l'empereur Claude a pu avancer lorsqu'il a défendu. aussi DH. 64. 34. sous la direction de M. II. Tusculanes. par les dieux d'abord. alors qu'il avait un fils. Torelli. cet ancien Etrusque du nom de Lucumon qui avait choisi de quitter sa ville natale de Tarquinia parce qu'on lui reprochait son ascendance corinthienne. qui l'avaient signalé. On peut faire la même remarque pour l'ethnique qui est accolé à l'évocation de chacun des rois. III. par des prodiges. en 47 ap. et de se fixer à Rome parce que cette cité était au contraire accueillante au mérite. cf. J. V. Quant à Servius Tullius. 46. le droit des notables gaulois à accéder à leur assemblée - dans un discours dont la teneur exacte nous a été conservée par la 63. au départ. Les Romains voyaient en effet une marque d'ouverture de leur cité.140 - condition d'exilé qui était celle de son père Démarate. La légende de Tarquin l'Ancien. quelle que fût son origine. dans le fait qu'elle n'avait pas hésité à faire appel à des souverains étrangers si ceux-ci lui semblaient être les plus indiqués pour la gouverner. et par le roi Tarquin ensuite. p. le futur Tarquin le Superbe. tout enfant. devant des sénateurs réticents. et à qui effectivement ses qualités avaient valu d'être appelé à régner sur YUrbs par les suffrages du peuple. .compte tenu des légères inexactitudes concernant Tarquin l'Ancien et Servius Tullius que nous avons signalées. Rome. Voir Cicéron. Mais la signification donnée à cette provenance étrangère de beaucoup des rois que YUrbs a connus est faussée par rapport à ce qu'en disait la tradition romaine. celui d'échapper à la tyrannie de Cypsélos63. sa condition servile reconnue ne l'avait pas empêché d'être jugé digne des plus hautes fonctions. dans Studia Tarquiniensia. avait valeur exemplaire à cet égard64. 15-32.

Mais reconnaissons que nous n'en savons rien. 1929. en dernier ressort.141 - table claudienne de Lyon^s. à l'expédier en une seule période comme celle qui apparaît dans ce discours. est traité ici d'une tout autre manière. sur une information remontant à Métrodore de Scepsis.permet de conclure qu'il s'est intéressé aussi à la geste des souverains de YUrbs. . Les rois de Rome ne sont que des étrangers méprisables. il a fait véritablement oeuvre d'historien. 24). nous l'avons vu. Juste après la phrase sur les rois. ils ne sont même pas capables de se fournir des rois66. et qu'il lui a appliqué le même procédé de retournement des données fournies par la tradition romaine que nous avons vu mis en oeuvre à propos de l'asile romuléen. L'inscription que porte cette table de bronze (CIL. du discours (Annales. réécrite. On sait que Tacite a donné sa propre version. La table claudienne de Lyon. où qu'il se manifeste. Fabia. Cependant cette simple phrase . et n'avons aucun moyen de l'apprendre. Si. Cette phrase de la harangue de Mithridate ne nous révèle sans doute pas vraiment la manière dont il traitait l'histoire des rois de Rome. XI. Mais ce qui est ailleurs considéré comme une ouverture sans préjugés au talent. dont la venue dans YUrbs ne fait pas plus honneur à celle-ci que celle des fugitifs de YAsylum. . comme il est probable. dans toute son oeuvre. C'est ce point qui explique vraisemblablement le silence fait sur Tullus Hostilius et Ancus Marcius : eux sont romains (pour Ancus. Lyon. Autres exemples de retournement de la tradition romaine Peut-on trouver d'autres traces de cette version systématiquement poussée au noir de l'histoire de Rome qui aurait été caractéristique de sa méthode ? Le texte de ce discours de Mithridate. le roi 65.si on lui attribue la paternité de la présentation des rois de Rome qu'elle offre . 66. et ils ne font pas partie de ces étrangers qui ont régné sur Rome. invite à l'envisager pour un autre élément de la tradition romaine. Quant aux Romains eux-mêmes. et ces immigrés bien peu reluisants sont encore ce qu'ils peuvent trouver de mieux. XIII. sa lointaine ascendance sabine n'est pas vraiment soulignée dans la tradition). que le texte de Justin se fonde. il devait aborder le sujet plus en détail. Il y a une bonne probabilité. Il est douteux qu'il se soit borné. 1668) a été étudiée en détail par P. chez Justin.

72-97. o.si on en rapporte l'origine à Métrodore . 21.40. Β loch.montrerait que ce proche du roi du Pont a connu et utilisé d'autres points de la légende du fondateur que la seule question de YAsylum évoquée par Denys. Cette allusion . insatiable. 3- 4. il fallait en réalité déceler une allusion au métier qu'exerçait Larentia. 38. cité supra.26-32). I. sous la direction de R. Strasburger a attribué à des milieux grecs hostiles l'origine de cette explication. mais marque le degré ultime auquel la réflexion rationaliste sur la légende des origines avait pu parvenir^. 6. 7. n. Le mot a en effet deux sens en latin. On en a conclu que. Vie de Romulus. Cette fois. outre la louve la prostituée. comme ils le racontent. Mais il semble impossible de le suivre sur ce point (voir p. à la vache.ex. puisqu'il désigne. DH. H.142 - glisse une allusion à la légende des jumeaux fondateurs et de leur allaitement miraculeux par la louve : "et de même que. leurs fondateurs ont été nourris par les mamelles d'une louve. l'épouse du berger Faustulus qui avait recueilli et élevé les deux frères. Pour des parallèles de l'allaitement de Romulus et Rémus. 1976. 4. . Ampolo. Elle montrerait aussi que Métrodore n'a pas nié la tradition sur l'allaitement miraculeux des jumeaux par la louve. 4. se référant à l'annaliste Valerius Antias. à la chienne. Genève. c'est la référence au plus célèbre des prodiges qui émaillent la légende romaine des origines qui fournit un argument négatif : les Romains ne sont que des loups pour les autres peuples. voir notre article Les jumeaux à la louve et les jumeaux à la chèvre. 6-7.qui peut nous faire sourire. cette interprétation de la légende correspond à une volonté d'explication rationaliste.37. Ce serait par contresens qu'on y aurait vu une louve. Justin. Métrodore n'aurait pas repris à son compte ce type d'explication . 68. Il ne se serait donc pas lancé dans le type de critique rationaliste qu'on rencontre fréquemment sur ce point chez les historiens. p. Plutarque. 4. Bien sûr l'analyse en fonction de schémas légendaires récurrents dans ce genre de tradition était impensable dans l'Antiquité. 84. avide et toujours assoiffé de sang. à n. . I. p. Voir Tite-Live. et VOrigo gentis Romanae. C. de domination et de richesses"67. à la jument. effectivement peu reluisante pour Rome (art. de même ce peuple tout entier possède l'âme d'un loup. 1. sans connotation péjorative.c. et créé ainsi cette histoire d'animal secourable.284-5) : partout où elle apparaît. dans Recherches sur les religions de l'Italie antique. 69. Ce trait montre bien 67. et qui explique le miracle en affirmant que la tradition s'est formée à partir du terme lupay qui aurait été mal compris68. p. derrière la lupa de la légende.

Salluste met lui aussi en scène le roi du Pont : il y invite le roi des Parthes. Salluste. On peut éventuellement envisager de faire intervenir dans le débat d'autres textes que ce discours de Mithridate présenté par Justin. leurs demeures. Dans une des lettres que comprenaient ses Histoires qui nous sont parvenues grâce à un recueil d'extraits connu par un unique manuscrit du Vatican du IXème siècle.pour que l'idée d'une source non romaine s'impose absolument. leurs champs. Voir Histoires. ait pu fournir un argument aux détracteurs de Rome. Histoires. fr. à partir de la tradition courante. La mention des épouses se réfère bien sûr aux Sabines et autres jeunes filles que les compagnons de Romulus. 70. . On ne trouve pas dans ce passage de points suffisamment originaux par rapport à la tradition habituelle . commis au mépris des lois de l'hospitalité et de la sacralité de la fête. à faire cause commune avec lui contre les Romains70. les individus qu'il avait rassemblés dans YAsylum et qui étaient exclusivement des hommes. Arsace.143 - combien sa propre présentation reste tributaire de la tradition romaine : elle ne procède pas à une véritable remise en cause de son contenu. On est en droit au moins de poser la question de savoir si Salluste également aurait pu ici s'inspirer de Métrodore. Mais faut-il ici en créditer une source grecque qu'aurait suivie Salluste.comme la désignation de Romulus comme Aborigène chez Justin . leurs épouses. et donc le cas échéant Métrodore ? Il convient d'être prudent. avaient enlevées en profitant de l'occasion des jeux en l'honneur de Consus auxquels ils avaient invité leurs voisins. On peut avoir affaire à une création de Salluste lui-même. 71. Mais la lettre donne d'autres précisions : "il n'y a rien depuis le début qu'ils n'eussent volé. avec son interprétation défavorable : les premiers Romains ont été des "vagabonds sans patrie. 6. comme cette atteinte au caractère sacré des jeux. On retrouve donc un nouveau morceau d'éloquence antiromaine. sans parents". 17. et attribué au même Mithridate. fr. . 6. On conçoit qu'un tel forfait. On retrouve dans ce texte une brève allusion à l'asile romu- léen. Son esprit critique le rendait assurément capable d'interpréter en un sens négatif les éléments classiques de la légende nationale - surtout ceux qui gênaient déjà les Anciens. leur empire"7 1.

finalement guère différent de celui des 72. à la différence du discours prêté à Mithridate. 8-10. qui enfin ont fondé leur cité par un fratricide et ont aspergé du sang d'un frère le fondement de leurs murailles"72. a pu faire l'historien du roi du Pont. qui se sont acquis des femmes par rapt parce qu'ils n'en trouvaient pas à cause de la bassesse de leur origine. 28. clairement méprisants. il y a une insistance sur le côté marginal des bergers. et ils se le rappelaient avec effroi au cours des guerres civiles qui leur semblaient la conséquence de cette tare originelle. rien ne permet de supposer que Justin. qui occupent un sol qu'ils ont enlevé par leurs brigandages à ses justes propriétaires. On y retrouve une allusion à l'enlèvement des Sabines. et plus généralement aux origines peu flatteuses des premiers Romains : "Quel genre d'hommes sont les Romains ? Certes des bergers. Une définition pastorale ne semble pas a priori négative. était un souvenir gênant pour les Romains eux-mêmes. dépende de Métrodore et non d'une autre source. qualifiés d'haruspices. qui accompagnent la mention des autres rois. Cependant il reste quand-même un point par lequel ce passage se révèle intéressant pour notre propos : il met bien en relief la signification négative que peut prendre la référence aux bergers.144 - On peut également faire intervenir dans cette recherche d'une historiographie grecque hostile disparue un autre morceau "antiromain" des Histoires philippiques de Justin : la réponse hautaine qu'il prête aux Etoliens après les réclamations qu'est venue leur porter une ambassade romaine. compagnons de Romulus. Mais le discours des Etoliens montre clairement en quel sens dépréciatif il faut entendre le terme "pasteurs" : il est synonyme de brigands. Dans ce rappel du genre de vie prêté au fondateur et à ses compagnons. . On ne peut donc pas se fonder sur ce texte pour déterminer quelle utilisation de la légende romaine. est loin d'avoir la charge d'agressivité qu'ont ceux. Justin. Il est certain que la mort de Rémus. exilés ou esclaves. il faut avouer que ce terme. Mais dans ce passage. 2. Dans le passage sur les rois de Rome que nous avons examiné. . tué par son frère au moment même de la fondation de la cité. mais également au meurtre de Rémus par son frère Romulus. et précisément de la tradition sur Romulus. ou plutôt sa source Trogue-Pompée. appliqué au fondateur. A plus forte raison des ennemis de YUrbs ont-ils pu être enclins à y avoir recours.

faire des brigandages. Son contenu suggère une utilisation de la part de celui-ci des motifs classiques du récit des origines et des premiers temps de la cité. Eutiope emploie en I. .145 - hors-la-loi qui infestent les zones écartées où ils exercent leurs activités. et sans doute ici Métrodore. Sur cette question. lorsque des Hellènes pouvaient se permettre d'échafauder des schémas généalogiques sans le moindre rapport avec les traditions locales. Or cela. à partir du moment où la tradition grecque peut fournir une base de discussion et une alternative à ce qu'affirmait l'annalistique. tels que l'annalistique les diffusait jusque dans le monde grec. 2). selon la date varronienne. il était exclu que Romulus fût un Aborigène. pour la période où ils sont à la tête du groupe des jeunes bergers . Mais au moins le discours de Mithridate chez Justin est susceptible. le verbe latrocinari. ni encore moins d'une indifférence complète à ce que les Romains pouvaient raconter sur leur propre passé. . On ne peut donc pas aboutir à une conclusion précise en ce qui concerne la plupart des passages "antiromains" de l'historiographie romaine. nous l'avons déjà signalé. Romulus y est en effet qualifié d'Aborigène. en 753 av. 10. comme lorsque Silénos reconstruisait à sa manière la légende indigène d'Hercule. mais elle est présentée comme non fondée (I. 1. 79. Désormais les adversaires de Rome sont obligés de partir de ce qu'elle-même disait de son histoire. l'accusation apparaît chez Denys d'Halicarnasse. le substrat originel de 73. comme cela avait été le cas au temps de Denys de Syracuse. Ils étaient. Lorsqu'il fonda sa ville. voir supra. 2. avec une bonne probabilité. J. Romulus et les Aborigènes Cela ne signifie pas cependant que tout soit accepté dans la tradition romaine. dans l'idée des Latins. il y a bien longtemps que les Aborigènes avaient disparu. au sujet de Romulus et Rémus. donnait de l'histoire la plus ancienne de Rome.61. On ne peut donc plus parler d'une attitude systématique de refus des traditions romaines. de nous conserver l'écho de la présentation qu'une historiographie grecque hostile. Pour eux en effet.-C. n. est en opposition totale par rapport à la représentation que les Romains se faisaient de leur passé. et qu'ils sont censés combattre73. et 81. Un détail de la présentation des rois de Rome chez Justin nous le montre.

dans un ensemble radicalement nouveau. dans une des explications alternatives de leur nom qu'il avance75 : "D'autres disent qu'il s'agissait d'hommes sans feu ni lieu.dans Rome qui est alors fondée. 6. 10. et donc du peuple latin lui-même : les Latins étaient le nouveau peuple qui avait été formé par la réunion des deux composantes aborigène et troyenne. 2. 75. . qui se rencontrèrent là par hasard. et si le roi du peuple ainsi créé était Enée. qu'ils se soient fondus. voir G. p. Et le sens fondamental qu'avait la légende du héros troyen pour la question du peuplement du Latium était qu'elle rendait compte de l'apparition du nom ethnique de Latins. s'y installè- 74. il devait sa dénomination au dernier souverain des Aborigènes. renvoyant à la composante troyenne. Latinus. permet de les faire accéder à une vie policée et à la civilisation de la cité . Voir Catilina. Ils résultaient de la fusion de ces deux éléments jusque là hétérogènes. L'appellation d'Aborigène que reçoit Romulus dans notre texte est donc erronée au vu de la tradition normale. et les Romains avaient de leurs origines : après l'arrivée d'Enée dans le Latium. Or ce n'est pas vraiment surprenant : car d'autres textes témoignent d'une présentation défavorable de ces habitants originels du Latium. Seule l'arrivée des Troyens d'Enée. vivant dans une anarchie totale"74. La question des Aborigènes concernait donc un point crucial de la vision que les Latins. Mais cette fois il ne s'agit pas d'une erreur sans conséquence. apportant la culture qui s'est développée dans l'Orient hellénique. la population indigène qui était établie sur place au moment de l'arrivée d'Enée et de ses compagnons troyens. et sur l'intérêt de ce texte (qui rapporte encore la fondation de Rome à Enée). Sur la dépendance de ce texte par rapport à Caton. que nous avons examinée. Problemi di letteratura latina arcaica. D'Anna. sans lois. et l'utilisation qui est faite des autres ethniques. venus de plusieurs pays. locale et immigrée. les Latins. L'orientation générale du passage. Salluste en fait des barbares qui en sont restés à un stade très primitif de civilisation : il les décrit comme un "peuple agreste. commentaire à VEnéide.146 - leur province. Mais la présentation négative des Aborigènes la plus intéressante pour nous est celle qu'offre Denys d'Halicarnasse. et prend un sens dépréciatif. 6. I. Rome. avec les immigrés troyens. I. induit à penser que cette désignation est intentionnelle. sans gouvernement. Voir DH.113-119. . affirmée par Servius. il était essentiel qu'ils aient disparu. d'un banal à- peu-près. 1976.

Rome.147 - rent à l'abri de fortifications et vécurent de rapines et de pâturage. Denys se réfère ici à une doctrine connue par ailleurs.475). ces errants qui sont les premiers occupants du sol latin. 1992 = Pallas. (L'occidente : mire ateniesi e trame propagandistiche siracusane. . 105-8). 328 L). Coppola d'y reconnaître une élaboration athénienne du Vème siècle av. ailleurs. 4. qu'on les ait rapprochés des Pélasges. 17 L. en les appelant Aberrigènes. . et les différente explications proposées dans l'Antiquité. ces Aberrigènes sont mis en relation avec les Thespiades . dans YOrigo gentis Romanae. Chez "Hyperochos de Cumes". Mais il est remarquable que cette explication prenne dans les Antiquités romaines un aspect péjoratif (et en même temps pastoral) qu'elle n'a pas dans les autres textes qui l'évoquent. n. 1984. étrange. sous la direction de P. et du site de Rome en particulier. 77. et surtout dans un fragment d'Hyperochos de Cumes. Hesperia. 78.-M. pour bien montrer que c'étaient des errants". Cette explication du nom des Aborigènes par un prétendu plus ancien Aberrigènes se retrouve chez Paul. qui faisait du groupe de bergers rassemblé autour des deux jumeaux de véritables bandits. 76. La personnalité et la datation de cet Hyperochos de Cumes ont été très discutées (voir Les Pélasges en Italie. Mais la doctrine sous-jacente a de bonnes chances d'être ancienne. Ces auteurs vont jusqu'à modifier le nom de ces hommes. abrégeant Festus. 3. Or cela les rapproche de ce qu'on peut dire des compagnons de Romulus. Montpelllier. 1993.-C. dans Denys d'Halicamasse. eux aussi définis comme errants. c'est-à-dire un terme tiré d'un verbe signifiant errer en latin (aberrare. il est possible. historien des origines de Rome. vivent de "rapines et de pâturage" : ils sont donc des pasteurs-brigands. des errants dont le véritable nom aurait été Abenïgènes76.22).ce qui confirme que l'utilisation. Ceux-ci semblent d'ailleurs faire intervenir de tout autres contextes légendaires78. Sur la question du nom des Aborigènes. p. voir notre article Denys d'Halicamasse et la tradition antiquaire sur les Aborigènes. au moins dans l'interprétation dépréciative que nous avons examinée. spécialement en rapport avec Rome (voir Les Pélasges en Italie. Chez Denys en tout cas. Martin.499. 39. p. La définition négative des Aborigènes rejoint donc l'image qu'une historiographie grecque hostile voulait donner des premiers compagnons du fondateur . p. 2.17-39. rapporté par Festus (FGH 576 F 3 = Festus. On verra l'intéressante proposition de A. voulant que les Aborigènes aient été une population nomade. afin qu'il soit davantage en rapport avec leur condition. 1993. composé à partir du verbe simple erraré)11. p. J.

il convient de tirer de cette constatation une conséquence radicale vis-à-vis de la légende du héros troyen : que le Latium soit encore peuplé d'Aborigènes à l'épo- 79. 3. I. mais il est clair que. Voir respectivement DH. 81. les définitions données pour les Aborigènes. n'est venu helléniser. 1 . esclaves fugitifs. 2 . ne peuvent être que des barbares. comme celui que représenterait le héros troyen. Le même caractère barbare. 70. dès lors. Ce point est bien précisé p. en tant qu'Aberrigènes. et qui implique le rejet de la légende de l'arrivée d'Enée dans le Latium. par Tite-Live. Mais ce ne sont pas seulement les pastores du récit des enfances des deux frères (et dont certains devaient suivre Romulus dans la nouvelle cité qu'il allait fonder^) qu'il convient de faire intervenir ici. ces Aborigènes. Nous avons souligné la contradiction qu'il y a. les bergers compagnons d'enfance de Romulus et les réfugiés de YAsylum se superposent^. par rapport à la tradition canonique. qui correspondent aux habitants primitifs de la région. composé selon l'historien antiromain qu'attaque Denys d'"hommes sans feu ni lieu. La précision "barbares" n'est pas explicite pour les Aborigènes dans la présentation négative que nous avons citée . 1. On peut considérer qu'il s'agit de la même population. de "barbares et hommes sans feu ni lieu"80. Les Aborigènes. Le refus de la légende latine d'Enée La question des Aborigènes paraît donc avoir joué un rôle dans cette présentation malveillante des origines de Rome. venus de plusieurs pays. qui se rencontrèrent par hasard". Mais cela ne tient pas seulement au portrait peu flatteur qui était fait de cette population primitive du Latium. que nul apport grec. 80. conformément à la définition ethnique de Romulus donnée par Justin. On ne peut pas ne pas songer au peuplement de YAsylum. 89. sont également définis comme "hommes sans feu ni lieu.148 - de cette désignation ethnique pour Romulus et son association au terme "bergers" ont un caractère voulu. En fait. barbares". I. . 4. dans la conception qui fait de Romulus encore un Aborigène. 6. I. . qui fait du fondateur de Rome. et avec lui de ses compagnons et des habitants du Latium d'alors des Aborigènes. s'applique également aux bergers compagnons d'enfance du fondateur de Rome. On le voit. vagabonds". à faire descendre la notion d'Aborigènes au-delà de l'arrivée d'Enée dans la région. VII. de "barbares. ex.

dans ce chapitre Denys n'évoque pas une autre forme de la légende d'Enée. des barbares arriérés. par laquelle elle s'était le plus opposée à l'idée qu'elle fût une cité barbare. à propos de la venue d'Enée en Italie. que des Aborigènes. . dans les Antiquités romaines. le refus de la venue d'Enée sur les côtes latines. Que le refus de la légende troyenne ait été un des aspects importants de cette vision négative de Rome contre laquelle s'élevait Denys d'Halicamasse ne tient pas seulement au souvenir du rôle que la question avait jouée au temps lointain de la polémique autour des entreprises de Denys de Syracuse. ni même sans doute en Italie. La définition de Romulus comme aborigène n'implique rien moins que la négation de la légende troyenne. Bien sûr. L'historien augustéen éprouve le besoin de consacrer tout un chapitre à l'exposé. par conséquent les Latins n'étaient encore. et l'utilisation défavorable qui pouvait être faite de ces formes de la légende d'Enée. . le faisant se fixer et mourir en Thrace ou en Arcadie82. la tradition latine a le dernier mot : mais que Denys d'Halicamasse se croie obligé de rappeler des doctrines souvent bien obscures pour nous montre qu'elles ne devaient pas vraiment l'être de son temps. à l'époque de Romulus. qui dans le cas de Métrodore est certainement la plus importante : celle qui le faisait rester en Troade. et qui niaient que le héros troyen fût jamais venu dans le Latium. qu'il n'y a pas eu de Troyens dans le Latium. qu'elles étaient de véritables alternatives à la légende reçue en milieu romain. étant 82. ici encore. Voir DH. il commence son exposé par ces mots : "Je voudrais. loin de pouvoir se prévaloir du titre glorieux de cité grecque qui lui était attribué déjà au temps de Denys de Syracuse. Le problème restait d'actualité.149 - que de la fondation de Rome signifie que ceux-ci n'ont pas fusionné avec les Troyens. des adversaires précis. on se tromperait en voyant dans ce rappel et cette discussion d'allure tout à fait émdite de traditions peu connues un simple débat intellectuel. des thèses divergentes qui existaient en Grèce quant au devenir final d'Enée. et à la critique. Rome. Nous allons examiner ce point. Un des caractères de cette présentation hostile de l'histoire du Latium et de Rome aurait donc été son rejet de la tradition sur laquelle YUrbs avait le plus fondé son rattachement au monde hellénique. 49 . n'était qu'une ville barbare. I. Denys vise. Une fois de plus. Dans la version dépréciative des origines de Rome qu'offrait Métrodo- re. Enée n'était jamais venu dans le Latium.

une hostilité vis-à-vis de YUrbs*4. 45.630-2.-L. à intervenir directement dans leurs affaires. p. 1974. nous pouvons renvoyer à cet ouvrage pour les références et la bibliographie de la question. pour laquelle nous nous bornons à relever ses implications pour Métrodore de Scepsis. qui adopte sur ce point une position différente de celle qu'avait exprimée E. Cette doctrine nous est connue par Strabon. Il pouvait s'agir. comme le fait J. originaire la même cité que Métrodore. tandis que d'autres en donnent des versions divergentes. Gabba85. 85. sans plus. qui l'expose assez longuement d'après la présentation même de Démétrios : après la chute de Troie. Gabba. 86. si on suit J. RSI. qu'une conception du destin d'Enée autre que celle qui avait cours à Rome ne doit pas être automatiquement interprétée comme exprimant. Il convient cependant de remarquer. Enée n'était pas parti par- delà des mers. vers l'Italie. Ferrary. . et défendues par "certains historiens". l'attitude d'un auteur du Ilème siècle av. Des auteurs ont donc pu les rapporter sans que la question romaine interférât en quoi que ce fût. Storiografia greca e imperialismo romano (III-I secolo). ne pas le relater de façon superficielle. puisque j'ai recueilli les histoires auxquelles à la fois Grecs et Romains accordent le plus de foi"83. qu'Enée s'était fixé et avait passé la fin de sa vie à Scepsis. Voir E. 84. 4. de l'attachement à ses propres traditions . On retrouve une opposition à des opinions incompatibles avec la vision de l'historiographie romaine qui auraient été admises en Grèce.-C.223-264 . Ferrary. de l'affirmation d'un patriotisme local. il ne faut pas nécessairement conclure que tout rappel d'une forme de légende divergente par rapport à celle qui était reçue en milieu latin exprimât une position antiromaine. I. Démétrios de Scepsis. p. qui estimait. la Macédoine ou quelque autre pays 83.-L. . Voir Philhellénisme et impérialisme. conformément à la tradition de sa ville natale.150- donné que certains historiens ignorent le récit le concernant. A l'origine les formes de la tradition assignant une autre fin à Enée étaient bien évidemment totalement indépendantes de la légende latine. de la part de l'auteur qui en fait état. J. DH. C'est en particulier de cette manière qu'il faudrait juger. Elles se sont créées et ont existé sans que cela impliquât aucun rapport avec celle-ci. Et même lorsque Rome commença à compter pour les Grecs.sans qu'on soit en droit de parler d'agressivité à l'égard de Rome.

Ainsi on peut penser que Métrodore complétait sa vision des origines de Rome par un refus de la légende troyenne. il était resté en Troade. un rejet de cette suggéneia avec la Grèce par le biais de la légende troyenne à laquelle Rome se référait dans ses relations avec le monde hellénique. 1. Diogène Laërce. Il est de ce fait très probable que le second ait retenu au moins certains points de la doctrine du premier . et les habitants du Latium. Nous retrouvons à ce stade un type de discussion qui s'était déjà instauré. 52-53 (607). fils d'Hector86. Métrodore a récusé la thèse voulant qu'Enée soit venu dans le Latium. étaient de purs barbares. Ce n'est plus le cas à 86. comme on est par ailleurs induit à le penser. XIII. Mais cette doctrine est intéressante pour nous dans la mesure où elle nous ramène à Scepsis. l'autre se rattachant à Scamandrios. 84 = FGH 184 Τ 1. à l'invention de généalogies justifiant la thèse adoptée. Démétrios aurait largement favorisé les débuts de son jeune compatriote Métrodore87. si. V. semblent avoir eu des rapports étroits. et avait régné sur Scepsis. Chez un auteur caractérisé par une hostilité exacerbée à l'égard de YUrbs. il faut y voir un refus conscient de la tradition romaine.et en l'occurrence que. Démétrios et Métrodore. elle a un tout autre sens chez le Misorômaios Métrodore. Le problème de déterminer la valeur de la prise de position de Démétrios de Scepsis sur la légende d'Enée ne nous concerne pas directement ici. les deux personnages. 87. Qui plus est. si on peut discuter de la portée d'une telle attitude chez Démétrios. que le héros troyen avait fini ses jours dans leur commune patrie. . comme lui. ces Aborigènes qui allaient plus tard former la base du peuplement de YAsylum et de YUrbs elle-même. Selon Diogène Laërce. telle qu'elle était admise en milieu latin et présentée par les historiens romains.151 - que ce fût. et ait affirmé. autour de la politique de Denys de Syracuse. il ait sur ce point adopté la position qui avait été celle de son protecteur. trois siècles plus tôt. Mais il est clair que. Mais il avait alors donné lieu à des constructions originales. patrie de Métrodo- re. et estimer qu'elle n'exprime rien d'autre que la volonté de sa part de défendre les traditions qui avaient cours dans sa petite cité. . Strabon. Scepsis. donnant ainsi naissance à une des lignées de rois qui devaient pendant longtemps présider aux destinées de la cité. Pour lui la coupure entre les Romains et l'hellénisme était radicale.

. qui avaient marqué son histoire ultérieure. . le problème des origines.152 - l'époque de Mithridate. d'une manière aussi directe que lorsqu'elle se borne à reprendre le récit annalistique en en soulignant les implications négatives. comme le faisait l'historiographie romaine. C'est ce que paraît confirmer le fragment sur la prise de Volsinies. le cadre de la discussion. Nous avons signalé qu'il existait dans l'oeuvre de l'historien antiromain contre lequel s'élève Denys. il s'agit d'accepter ou de refuser la légende romaine d'Enée. impose. d'interprétation de l'histoire s'est déplacé. que ce fût pour y déceler la marque d'un destin hors pair. qu'un historien pouvait appuyer le jugement qu'il portait sur Rome. d'examiner avec attention ce qu'avait été l'histoire effective de la cité88. en dehors de la question de YAsylum et donc. XXXIV. lui permet. Il s'agissait donc de prendre en considération ce qui s'était déroulé après la fondation. La présentation dépréciative des origines de YUrbs qu'offre un auteur comme Métrodore suit désormais les lignes fixées par l'historiographie romaine. ou au contraire pour dénigrer la Ville qui étendait irrésistiblement son emprise sur le monde grec. sur ce point. à travers elle. Et l'existence d'une tradition alternative. les règles du débat. Mais c'est finalement Rome qui. FGH 184 F 12 = Pline. même si ce n'est pas. bien réels. La démarche d'un historien hostile comme Métrodore peut elle-même apparaître comme un sous-produit de l'historiographie romaine. comme à propos du récit de la fondation de la ville ou du règne de ses rois. même dans ce cas. 34. de récuser ce qu'affirmait l'historiographie romaine. dans le cas de la légende d'Enée. lorsque Métrodore aborde à son tour la question : un historien digne de ce nom ne peut plus se permettre de telles inventions. Ou plutôt l'effort de réflexion. un autre point auquel l'historien d'Halicarnasse attribue une place primordiale : le rôle attribué à la Fortune dans les succès de Rome. Désormais il ne porte plus essentiellement sur la question des origines et les traditions légendaires qui peuvent en rendre compte. C'est par l'analyse des événements. par sa tradition nationale. sans doute davantage que par la présentation des légendes qui rendaient compte de sa fondation. comme le faisait Métrodore. qui exclut que le héros troyen fût jamais venu en Italie. Pour Métrodore.

. Florence. 38. prononça des paroles menaçantes à rencontre des habitants qui étaient en train de célébrer une fête religieuse : il fut assassiné avec son légat Fonteius. dans le Picénum. nous ne disposons pour cette période que des abrégés. qui s'était rendu à Asculum. J. se donnèrent une organisation structurée et entamèrent les hostilités. Voir E. Herius Asinius. furent écrasés par Sylla. pour enquêter sur l'agitation qui commençait à se faire jour parmi les alliés de Rome. Celles-ci se prolongèrent dans les zones montagneuses du Samnium bien après l'indéniable succès de la contre-offensive romaine de 88. On comprend que Diodore de Sicile. 170-175. le propréteur Servilius. revendication qui avait été au centre de la révolte. avait été un des chefs italiens. pour Tite-Live. Gabba. Chapitre 4 LE MONNAYAGE DES INSURGES DE LA GUERRE SOCIALE OU LA VOLONTE DE S'AFFIRMER FACE A ROME La révolte des alliés A la fin de 91 à moins que ce ne fût déjà au début de 90 av. très succincts (ici celui du livre 72). La source principale est Appien. La guerre ne s'acheva vraiment qu'en 82.-C. Le témoignage d'Appien sur la guerre sociale est d'autant plus précieux qu'on peut selon toute vraisemblance en faire remonter l'information à l'histoire des guerres civiles qu'Asinius Pollion écrivit sous Auguste. ralliés aux marianistes. en se référant sur ce point à des renseignements recueillis dans sa propre famille : son grand-père. ce qui aboutit à un massacre général. Rappelons que. I. 1956. et la foule s'en prit aux citoyens romains établis dans la ville. qui dans 1. Appiano e la storia délie guerre civili. un Marrucin. qu'avait efficacement doublée la concession du droit de cité aux Italiens. Guerres civiles. L'incident d'Asculum donna le signal de l'insurrection1: les alliés italiens qui en étaient restés au stade du complot passèrent à la rébellion ouverte. lorsque les derniers insurgés.

. 62-63. Appien. lors de leur tribunat de la plèbe conjoint en 123. On peut suivre les auteurs anciens lorsqu'ils affirment que le but initial des révoltés était d'acquérir le droit do cité romaine. se comportaient envers les socii avec une dureté. ait affirmé de cette guerre. 4). des supplices. sous son consulat en 125. battu de verges et décapité par Metellus pour avoir capitulé devant Jugurtha à Vaga en 109 : comme le souligne Salluste {Jugurtha. socii. 2. -154- sa jeunesse avait été contemporain de ces événements. 2. un tel traitement est (selon lui et malgré la lex Livia de 122) en accord avec son statut inférieur. On verra p. venaient une nouvelle fois de connaître un coup d'arrêt brutal avec l'assassinat du tribun Livius Drusus et le blocage de son projet de loi sur la citoyenneté qui devait. sans la moindre contrepartie ou retombée véritable. les contingents requis par les traités et en versant un lourd impôt. Ils ne pouvaient plus supporter les vexations.. à Rome. associé à Fulvius. 3. Fulvius Flaccus. battu de verges et crucifié par Verres à Messine4. qu'elle "fut plus importante qu'aucune dans le passé"2. les brimades des magistrats de YUrbs qui. Diodore de Sicile. Les espoirs d'intégration des alliés italiens dans la cité romaine. après les projets avortés de M. au cours même des campagnes dont ils partageaient les peines et les dangers avec les Romains et dont ils estimaient ne tirer aucun bénéfice. puis de Caius Gracchus.ou l'équivalent de l'époque. Contre Verres.alors que. XXXVII. le stipendium . de droit latin et non romain.ex. les Romains étaient dispensés de toute contribution directe. La situation était devenue explosive. 155. en fournissant. Cicéron. le cas de Turpilius. L'événement porta à leur comble les rancoeurs accumulées depuis la conquête romaine et le passage de ces peuples jadis indépendants à un état d'alliés qui leur donnait l'impression de ne servir que de "chair à canon" . depuis la victoire sur la Macédoine en 168. 1.. protégés par une législation dont Cicéron a tiré les effets que l'on sait à propos du cas de Gavius. dite sociale d'après le nom des alliés. "les faire passer de l'état de sujets à celui de maîtres de l'empire1'3. 69. 35.et de féaux pressurables à volonté. Les châtiments les plus durs n'étaient pas critiqués quand ils étaient appliqués à des alliés. voire une cruauté qui auraient été jugées scandaleuses à l'égard de citoyens. Guerres civiles. 162-3. qui avait amené l'abolition du tributum. selon l'expression d'Appien. . lancée dans la conquête du monde méditerranéen. 4.

qui vont faire l'objet de notre étude . Gabba. 193-395 (soulignant. Paris. une fois que les hostilités eurent éclaté. Italia. 55. p. p. p. 7.80-89. 38. des Italiques que des traditions ancestra- les faisaient venir de Sabine et qui. 1965. p. les rebelles eurent tendance à s'ériger en Etat autonome. 16. Diodore de Sicile. 2. 5. d'Hannibal à César. C'est la forme donnée par Strabon. en Italie centrale et méridionale. 1973. donne en revanche Italia . outre le désir des élites locales de s'intégrer dans celles de Rome. article repris avec complément bibliographique dans Esercito e società nella tarda Repubblica. Il paraît tout à fait improbable que ce nom désigne la capitale que se sont donnée les insurgés. donné le nouveau nom d'Italica7. Viteliù6. I. P. Athenaeum. II. XXXVII. soit sous la forme osque. La situation même de la zone insurgée renforça sans doute cette tendance. les avantages économiques visés par les negotiatores italiens). L'organisation des insurgés Face à Rome. . -155 "cette citoyenneté tant désirée" qu'évoque Velleius Paterculus5. Italian Aims at the Time of the Social War. 13. et un samnite plus au sud : elle ne concerna donc pour ainsi dire que des peuples apparentés. 7. 295-345. 15 . et Velleius Paterculus. Ils se sont donné les 5. Leurs monnaies . C.41-114. au reste celle- ci a dû s'appeler Italica plutôt qu'Italia (voir note suivante).portent le nom de l'Italie. pour la plupart. Brunt. C. E. Les cités grecques en revanche ne participèrent pas à la rébellion. Ils se sont choisi une capitale. Dans ce sens. bonnes mises au point récentes de C. Paris. Et plus au nord les Etrusques et les Ombriens ne connurent qu'une agitation limitée.90-109 (surtout sensible à l'aspect politique de l'avantage ainsi recherché). la cité pélignienne de Corfinium. 1954. 2 (241). Le Latium ne bougea pas davantage. 6. L'Italie romaine. un marse dans la zone apenninique à l'est et au sud-est de Rome. Florence. usaient d'un parler de type osque au sein du groupe des langues osco- ombriennes. soit sous la forme latine. Mais. significative- ment. à laquelle ils ont. Corfinium qu'ils ont rebaptisée . et O. 1994. II. 4. 4. 32. JRS. La révolte ne toucha en fait qu'un partie des alliés. cf. Florus. Justin. les révoltés se sont posés comme représentant l'Italie. Velleius Paterculus. Le origini délia guerra sociale e la vita politica romana dopo l'89 a. 1977. Nicolet. Les structures de l'Italie romaine. Moatti. de Cazanove. distinct et rival de Rome. Rome et la conquête du monde méditerranéen. V. II. Sur la question. 6. p.290- 7. autour de deux noyaux.

Il n'est pas sûr.classiquement . 9. Le). La question reste cependant obscure. Dans sa Rômische Geschichte. agrandi pour la circonstance. selon le vieux terme osque qui désignait les magistrats (et qui est formé d'une manière comparable au judex latin qui est un composé de jus. il s'exprimait ainsi : "Il est évident que leur constitution n'était qu'une pure copie de celle de Rome" (nous citons la traduction de M. On a pu envisager que cette désignation ait correspondu à un titre décerné à un chef après une victoire et l'acclamation subséquente de ses soldats. 10. Mais ces vues . qui est le seul auteur qui nous décrive avec quelque détail l'organisation des rebelles8. qui avait son lieu de réunion propre. Diodore de Sicile. Paris. 156 structures d'un Etat. Les deux termes sont également employés par Strabon. Ils se sont pourvu de leurs propres magistratures. a estimé qu'on avait affaire à des meddices. II. ce qui transcrit habituellement en grec la fonction romaine de préteur9. L'historien grec distingue deux échelons. 11. L'auteur sicilien estime que les insurgés n'ont fait que reproduire le modèle romain. pour lesquels il parle de stratégoi. Mommsen. qui se réunissait sur le forum .doivent être fortement nuancées. 1897). XXXVII. pour commencer. mais il paraît plus vraisemblable que la ville ait reçu un nom qui fût un adjectif dérivé du nom du pays que ce nom lui-même. Il a pu exister un couple de deux imperator es^. à la suite de T. La Regina. Mommsen10 . issu de dicere. lui donnent le titre osque d'embratur.228. . et de -dix. le droit. une curie que l'historien désigne sous le nom grec de bouleutérion. celui.de Corfinium. Berlin. 1857. inférieur.Diodore dit Vagora . stratèges. 8. supérieur. p. ce qui est en latin imperator. 4-6. de deux magistrats suprêmes. 2. qui avait depuis longtemps fait ses preuves. et celui. et un sénat de cinq cents membres. Les monnaies émises par un des deux "consuls" insurgés.même si elles ont été reprises par de nombreux modernes. même par ceux des rebelles qui avaient abandonné leurs parlers nationaux et utilisaient le latin comme langue usuelle. p. que les noms de consuls et préteurs aient été employés. de Guérie. A. qui désigne en grec les consuls romains. dans Italia. Milan. pour lesquels il emploie le terme hupatoi. 1988. ni le rôle de ceux qu'il désigne par ces mots. le Samnite C Papius Mutilus. I Sanniti. Le. omnium terrarum parens. de douze subordonnés. nous apprend qu'ils ont formé . Diodore de Sicile. 334.deux types d'assemblées : une assemblée populaire. mais celui- ci ne précise ni le nombre. 361. comme cela se pratiquait à Rome (T. .

dans meddix on a un premier élément signifiant la mesure. Ce peut être un emprunt tardif au latin (dans ce sens A. offre un système constitutionnel calqué sur le modèle romain (il connaît les échelons de censeurs. 1994. p. 3. 44. 3. 16. préteurs. . 15. 21. comme celui de meddiks : ce mot.apparenté au latin modus . peut s'appliquer à des magistrats subordonnés au chef qu'est le meddiks tùvtiks. 13. 30. Letta. ce qui n'empêche pas qu'il ait pu être employé comme terme institutionnel. Dictionnaire étymologique de la langue latine. Ernout. p. Padoue - Urbino. 1983. Le terme latin praetor a pu être emprunté par les Italiques. attesté dans de nombreuses inscriptions. dans les deux cas.387- 407). 8. qui désigne en osque les magistrats d'une manière générale. génériquement. y compris en X. dans Federazioni e fédéral ismo nell'Italia antica. celle de L. qu'il faut supposer derrière le "stratège" du grec. 1959. 29. Mais cela rentre dans son hypotiièse consistant à voir dans le meddix tuticus (osque meddiks tùvtiks). qui emploie l'écriture latine et non plus la vieille écriture nationale. il s'agit de "celui qui dit le droit"). On le rencontre dans la loi municipale de Bantia. la norme . l'idée de collégialité ne doit dire . 1. 14 et 21. De plus. Or cette idée se heurte à de grosses difficultés (voir les remarques de C. Il est simplement alors accompagné d'un adjectif qui en précise la valeur12. Mais ce texte. 31. on trouve également dux en X.310). DalYoppidum al nomen. un magistrat fédéral et non le magistrat suprême de chacune des composantes (parvenues ou non au stade de la cité) qui forment ensemble le groupe ethnique. 19. i diversi livelli deU'agregazione politica nei mondo osco-umbro. 2. pour désigner le magistrat suprême (praitur). Ici encore on se gardera d'une conclusion tranchée. magistrat suprême de la communauté. dérivée de l'étrusque. Meillet. et en tout cas après la guerre sociale (voir la dernière étude. Milan. 13.157- Quant au terme de préteur. donné comme imperator m 29. A. D'autre part le terme embratur n'est pas attesté dans des inscriptions osques antérieures à ces monnaies (l'emploi û'imperator chez Tite-Live pour désigner les chefs samnites en VIII.1. qui le daterait d'après les réformes de Sylla). IX. On a tendance aujourd'hui à la dater assez bas. On relèvera . X. c'est-à-dire meddix de la communauté (touta). il a pu lui aussi servir à rendre un terme local. et même des tribuns de la plèbe. pour Gellius Egnatius. rendu en latin par meddix tuticus. questeurs. 16 et 31. l'ensemble des magistrats). 9. ne prouve rien . Paris. 13).et le même second élément -dix que dans judex . Del Tutto Palma. 12. 13. le terme meddices ne servant plus qu'à désigner. La tavola Bantina (sezione osca) : proposte di lettura. 19. 39. Il y verrait même un exemple de meddix tuticus. rédigée en osque. 4ème édition.

cf. et même dans la future Italica.214-9. Les Italiques ont connu des couples de magistrats suprêmes tout à fait comparables aux deux consuls de VUrbs. chez les Péligniens13. sur une des balles de frondes trouvées à Asculum qui remontent au siège que subit alors la cité italique (inscription CIL. L'existence d'un sénat transparaît dans toutes les dédicaces où un magistrat dit qu'il a construit un bâtiment par décision du sénat. I 2. est conforme aux pratiques des villes italiques. Laf(renius) Pr(aetor). les Campaniens de Nola. ce qui serait en latin surtout que le titre de préteur accompagne le nom de T. I 2. 212 du recueil de E. Gli antichi Italici. Lafrenius. 115. de l'autre T. en cadeau pour les gens d' Asculum. 13. Handbuch der italischen Dialekte. De même on verra difficilement un emprunt à Rome dans le fait que les rebelles se soient dotés d'un sénat et d'une assemblée populaire. . les Volsques de Velletri. Heidelberg. 848). L'existence dans certaines cités de deux. et non d'un seul meddix tuticus. L'objet porte d'un côté l'inscription Itali. d'une collégialité inégale ne rend pas compte des nombreux cas. le latin est employé aussi bien par les assiégés que par les Romains qui les assiègent : c'est des révoltés que provient le n°857 qui vise le chef romain Cn. banal en soi et pour lequel on pourrait invoquer tout aussi bien l'exemple des cités grecques. ait ainsi été rendu par ceux des insurgés qui parlaient latin. senateis tanginud. Voir respectivement les inscriptions n°196. Devoto.bien qu'on ne puisse totalement exclure qu'un mot indigène. est bien attestée épigraphiquement : on rencontre de tels couples chez les Mamertins de Messine. Le fait. à Corfinium. Que cet état de fait résulte éventuellement d'une évolution due à l'influence de Rome. L'hypothèse de G. 47. 204) qu'il fut un des chefs insurgés. a été évidemment lancé par les Romains. Vetter. Ce peut être un indice plus sérieux de l'emploi du terme préteur par les insurgés . 1952. 1969. alors que le n°859 qui porte Asc(u)lanis [d]on(o). 158 pas être nécessairement interprétée comme une imitation des faits romains. Dans cette série de documents (CIL. p. 848-884). Pompéius Strabo (fer(i) Pom(peium) : frappe Pompée . 858). 4ème édition. dont Appien nous révèle (en I. 222. où les noms des deux magistrats sont mis exactement sur le même plan. employé au moins par la partie de langue osque de la rébellion. qui aurait amené à susbsituer un collège de deux meddices à un meddix unique ne nous importe pas ici : il suffit de constater que la collégialité existe dans des inscriptions qui nous renvoient à un milieu indigène des IlIème/IIème siècles. Florence.

L'existence des deux chefs principaux que sont le 14. parallèlement. n°ll. n°17 : kùmparakineis tanginud). 1845. (Vetter. p. les révoltés se sont donc organisés selon un modèle qui correspondait à leurs habitudes - lesquelles n'étaient au reste guère différentes des pratiques romaines16. 89.74-9. Kiene. 15. à n. Notes on the Social War. Nicolet. 175 (Rossano di Vaglio) du recueil de P. 1924.ex. 18: kùmbennieis tanginud) ou encore à un "comparacinum" (Vetter. réagissant contre le centralisme de l'organisation mise en place par Rome. p.221-2). 167. TAPhA.1-31. 1958. -159- senatus sententia14. SBAW. o. outre sur le cippe d'Abella et dans la loi osque de Bantia. Historia. remplaçant ainsi un terme indigène (comme le pense G. dans les n°20 (Pietrabbondante). Meyer. déjà combattue par T. Die Organisation der Italiker im Bundesgenossenkrieg. p. auquel nous renvoyons pour la vaste bibliographie. Mais. n'a pas plus d'importance dans notre cas que celle concernant l'origine première de la collégialité. 16. Der rômische Bundesgenossenkrieg. Gli antichi Italici. Mais cette conception.293. Mais le sens de ces notions est loin d'être clair (voir G. On rencontre à Pompei dans le même contexte que la mention de la décision du sénat. Voir Bellum Marsicum. au "préteurs" niveau (affectés des deuxpar"consuls" moitié à chacun aussi bien des que "consuls"). l'Etat constitué par les révoltés.5. Vetter. Qu'il ait également existé. Mommsen.221-2). s'était donné une dimension fédérale qui est tout à fait étrangère aux institutions romaines et au type de pouvoir que VUrbs exerçait sur la péninsule. 190). Salmon ont montré que les cadres que les insurgés se sont donnés répondaient. des douze à la réalité concrète de la révolte et des peuples qui s'étaient soulevés17. 12.D. La formule apparaît. une assemblée du peuple paraît également hors de doute15. une référence à ce qui serait en latin un "convenium". 1958. On a longtemps discuté pour savoir si les Italiens en révolte contre Rome s'étaient donné des institutions représentatives (l'idée remonte à A. est certainement à rejeter : l'idée de délégation de pouvoirs est anachronique. Voir la mise au point de H. p. Se donnant les structures d'un Etat. Nuovi documenti italici. Devoto.228-9.c. von Domaszewski et E. II. 148 (Atena Lucana). Gli antichi Italici. Des études précises comme celles de A. . n°l et 2. 7. 168. Pise. p. 201. Rômische Geschichte. p. et il faut considérer p. 17. 1979. Leipzig.159-184. l'assemblée populaire de Corfinium comme la réunion de l'armée. ce qui est plus important. Devoto. Voir aussi C. La discussion pour savoir si le terme de sénat a été ou non emprunté au latin. p.T. p. Poccetti.

Samnites. de sept noms : Picènes. pour les douze "préteurs". 18. 175. Péligniens. centrés respectivement sur les Marses - cités en tête . qui désigne non un territoire à proprement parler. 20. L'abrégé du livre 72 de Tite-Live donne une liste. On a mis à juste titre ce chiffre en relation avec le fait que la liste la plus complète. Lucaniens.160- "consul" marse Q. Péligniens. 2. 6. Appien. Frentans. Papius Mutilus.au sens premier du terme. Marses. on ne s'en étonnera pas. Ces douze noms se laissent facilement répartir en deux groupes de six. Le nombre de douze n'est pas dû ici au simple besoin de disposer d'un nombre suffisant d'exécutants. ne conserve que trois des noms de la liste livienne : Picènes. et Picènes et Ascoliens artificiellement distingués (puisqu'Asculum est la ville du Picénum où l'insurrection a éclaté). V. mais sans prétendre être exhaustif : Samnites. au lieu de celui des Picentins donné par le texte . 5. Poppaedius Silo . mais la zone d'action géographiquement déterminée affectée à un magistrat. c'est-à-dire sur les deux peuples qui ont fourni les 18. Eutrope. Cette liste est reprise par Orose. Vestins. cite cinq peuples. des mots grecs qui rendent le latin provincia . habitants de Pompei21. habitants du Picénum. Il faut rétablir ici le nom des Picènes. Diodore. et l'autre plus au sud. Marrucins. 39. Marses. 1. V. comme Nola dont la résistance se prolongera longtemps . .et son collègue samnite G. Diodore emploie en XXXVII. . Marrucins. Vestins. Péligniens. 21 .qui est. 22. de Venouse. et la plus fiable. 19. 3. des peuples qui ont pris part à la révolte . et principalement des Marses qui ont valu à la guerre son appellation ancienne de "guerre marsique". l'un autour des peuplades de l'Italie centro-méridionale. et ethnique.en énumère justement douze : les Marses. Iapyges.et sur les Samnites . 8. Picènes20. traduit le fait que la révolte s'est articulée autour de deux foyers principaux. Hirpins. D'autres villes de Campanie sont passées à la révolte. Il convient également d'admettre une articulation géographique. mais Pompei a dû jouer un rôle moteur dans son déclenchement dans la région. mais la mention de faits qui se passent dans le Picénum montre qu'il s'agit d'une erreur. Lucaniens. habitants de Nola (équivalant ici aux habitants de Pompei de la liste d'Appien). Lucaniens et Samnites22. qui seraient plus ou moins interchangeables comme le sont les préteurs romains. I. autour des Samnites.dont le nom est donné en fin de liste -. XXXVII. celle d'Appien19 . qui n'est pas nécessairement complète.qui avait été lié à Livius Drusus par des liens d'hospitalité . avec les deux "provinces" qui leur sont affectées18.

encore maintenue à cette époque. dans la seconde moitié du Vème siècle. dans Italia. Samnium and the Samnites. Il s'agit. 1988. Rome et la Méditerranée occidentale jusqu'aux guerres puniques. la religion et la civilisation de Capoue préromaine. Parmi eux on peut ranger les Frentans. Recherches sur l'histoire. réputés d'ascendance sabine. le populus Campanus. 1967. Voir également. p. 24. Milan. ou plus généralement les Campaniens de langue osque. p. dans une certaine mesure. 25. qui forment le groupe septentrional des rebelles. époque où elle regroupe les quatre groupes des Pentri. Les Lucaniens peuvent être considérés comme le prolongement vers le sud du même mouvement qui a amené l'établissement du peuple samnite dans le Samnium25. Les six noms restants constituent en revanche le groupe méridional de la rébellion. Paris. Sur la question en général. Heurgon. la thèse de J. Sur la question de la mise en place des peuples sabelliens dans le Centre et le Sud de l'Italie entre le Vlème et le IVème siècle. 4. qui marque le renversement des anciens équilibres dans cette région aux dépens des Etrusques et. des Grecs. de langue messapienne et donc illyrienne mais soumis depuis longtemps à l'influence samnite. voir E. reste fondamentale. ils sont mentionnés ici comme groupe autonome dans la mesure où cette colonie latine est la seule à avoir fait cause commune avec l'insurrection. Salmon. Paris. Les habitants de Pompei. de l'Apennin centro-méridional.579-89. 3 9-49. p. Les six premiers sont les peuples. D'Agostino. p. était l'osque et qui étaient liées aux Samnites. étaient également liés aux Samnites : la formation du peuple campanien. Mais sa révolte traduit le fait que la population en 23. 1969. 26. a dû aussi s'accompagner de l'arrivée de groupes samnites venus s'établir dans la plaine26. Sur la question. Cambridge. avec la bibliographie plus récente. Voir Strabon. à qui on attribuait une origine samnite23 mais qui n'ont jamais fait partie de la fédération samnite. omnium terrarum alumna. voir la mise au point de J. s'il traduit avant tout l'affirmation d'éléments italiques déjà présents sur place. Hirpins. 2 (241). Quant aux gens de Venouse. 292-5. Le genti délia Campania antica. 1942. telle que nous la connaissons pour le IVème siècle.. 161- "consuls" des révoltés. Heurgon. Caudini et Caraceni24.T. . B. de populations dont la langue. mis à part les lapyges. V. Ainsi les Hirpins avaient jadis fait partie de la fédération samnite avant que la victoire romaine ne détruisît celle-ci.81-96.

sur tel ou tel point. La réaction des Romains le confirme à sa manière : il se sont aussi donné douze chefs militaires pour lutter contre les rebelles29. il s'agit ici de ses n°619-621. L'organisation duodécimale de la préture exprime donc la base ethnique de la révolte et la nature qu'on peut qualifier de fédérale de l'organisation mise en place par les Italiens. L'interprétation la plus 27. von Domaszewski et E. trois ou quatre soldats en armes30. Sydenham. pour 90 et 89 av. 629. 1873). p.ll. E. Bompois. 641. Pour des études récentes. on peut citer également comme travail ancien rédigé en français la monographie de H. Salmon. A. d'une scène représentant le sacrifice d'un porc. 637. On a vu l'expression du caractère de type fédéral de l'Etat créé par les Italiens en révolte contre Rome dans le choix. A partir des noms des chefs rebelles qui sont connus.17. dans l'ensemble. ces reconstitutions du système mis en place par les insurgés peuvent être critiquées2». Même si. Appien. p. de part et d'autre.T. 1952. art.qui tendent à confirmer que ces préteurs étaient les chefs des différents groupes cités par Appien. En 1845 déjà Prosper Mérimée leur consacrait un article dans la Revue numismatique (Médailles italiotes de la guerre Sociale. 626. p. von Domaszewski n'estimait pouvoir retrouver que le nom de sept préteurs. J. en présence. d'un. 634. -162- avait été fortement "osquisée" par l'afflux d'éléments samnites du voisinage.90- 95 . La Regina. Voir les articles cités n. Bernareggi. Les types monétaires de la guerre sociale. cité à n. Nous citerons les monnaies selon la numérotation donnée par E. 175) repose sur le témoignage d'une unique monnaie d'or du Cabinet des médailles qu'il faut très certainement considérer comme un faux. cité à n. 30.17. Salmon s'estime même en mesure de donner une liste complète des douze préteurs.T. 28. dont six du groupe septentrional.164. 1. E. 179 . 640. Paris. The Coinage ofthe Roman Republic. une étude prosopographique de ce type confirme que la révolte s'est bien organisée sur une base ethnique et géographique. p. A. Voir en dernier lieu A. et constituent donc une documentation exceptionnelle. Problemi délia monetazione dei confederati italici durante . 29. on peut retenir que.331.77-111 . voir F. cité à n.T. Salmon ont avancé des propositions - qu'il n'y a pas lieu de discuter ici dans le détail . sur beaucoup des monnaies qu'ils ont émises. art. Ainsi l'existence d'un Minius ou Minatius Iegius (E.T. Londres. On comprend qu'elles aient de ce fait attiré depuis longtemps l'attention du monde savant.17. Salmon. -F. art. vue du côté des Italiens. répartis par peuples.-C27. 40. Elles fournissent un témoignage direct sur l'insurrection.A. p.

comme c'est souvent le cas. Campana. . en usage en Campanie et dans le Samnium. qui bien sûr avaient au départ un tout autre sens et figuraient un traité conclu entre deux contractants. La monetazione degli insorti italici durante la guerra sociale. connues comme les "légions de lin". selon la procédure décrite par Tite-Live en X. était resté fidèle à la vieille langue nationale. ou. Dans ce secteur les inscriptions rédigées dans ce parler sont encore courantes au Ilème siècle. Il giuramento délia legio linteata e la guerra sociale. 4.d'unité linguistique. 32. Peintes sur les murs. . 38. celui situé au sud. près de Potenza. 1966. qui remontent aux vicissitudes de la guerre sociale33. et c'est par exemple en osque que sont inscrites les dédicaces officielles des magistrats - qu'elles soient rédigées dans l'alphabet national. autour du Samnium.163- généralement retenue31 y voit la conclusion d'un traité d'alliance entre les différents peuples révoltés . Il n'y avait pas . 1976 = CISA. Diversité et unité de la révolte : une autre conception de l'Italie Les insurgés pouvaient difficilement se donner une organisation centralisée. dans / canali délia propaganda nei mondo antico. 33. a proposé une interprétation différente : ces pièces feraient allusion à la coutume italique de la sélection par serment de troupes d'élite. ce qui est le cas en Lucanie et notamment pour la riche documentation fournie par le sanctuaire de Rossano di Vaglio. 1987. c'est dans cette langue que les rebelles de cette région s'exprimaient. On en a conservé un témoignage direct avec les inscriptions dites eituns de Pompei. Milan. M. dérivé de l'étrusque. on ne se trouve pas en présence de douze partenaires. sur de si petits objets. ces deniers des rebelles reprennent des types romains.ou plus . p. Au cours de la guerre. elles indiquaient aux habitants de tel ou tel quartier quel secteur de la muraille ils devaient la guerra sociale.sans qu'il faille accorder une valeur particulière au fait que. l'osque32. A. 160-8. dont le parler national était autre. La diversité des participants à la révolte apparaît clairement. Sordi. Soliera. 78. Compte tenu de l'exception que représentent les lapyges. ni à celui que. n°23-28. Des deux groupes géographiques. 31. dans un alphabet grec adapté.61-90. p. Voir Vetter. RIN.

Cette inscription figure parmi les vetustissimae du Corpus des inscriptions latines (CIL. Ni(umsis) Lùvk(iis). Les inscriptions dialectales y sont très peu nombreuses. le latin devait être la langue couramment parlée : nous avons signalé que les assiégés d'Asculum s'exprimaient en latin34. est rédigée en latin35. l'un établi au 34. cité à n. il est préférable d'y reconnaître. chez les Marses. de renouvelé dans ses fonctions après sa première magistrature de 90. charge Papius.T. signe de l'influence dominante exercée par le Latium et par Rome. p. 175).28. le Samnite C. Papius Mutilus36. n°634 et n°635. La dualité linguistique au sein de la rébellion apparaît clairement sur le monnayage émis par les insurgés : une partie des émissions porte des légendes latines . Voir respectivement Sydenham.l2. . 164 défendre. mais utilisent l'alphabet latin. art. p. Numerius Lucius : plutôt que d'y voir un "préteur" qui aurait exceptionnellement battu monnaie à son nom (E. Il ne conviendrait cependant pas de forcer l'opposition entre les deux groupes selon lesquels s'articule la révolte. On peut rappeler à ce propos que l'hypothèse traditionnelle de l'existence de deux ateliers monétaires distincts. art. On se trouve en effet dans une région où l'influence de la langue latine se fait sentir très tôt. de langue latine. les révoltés appartenant au groupe septentrional devaient être. Q. à cette époque. voir supra. à la différence de leurs congénères méridionaux. Salmon. voir n. n. Poppaedius Silo -. cité à n. alors que les autres portent des légendes osques . dans le groupe nord des révoltés. legius. Elle témoigne de ce que cette langue avait déjà acquis un statut officiel à cette époque : il ne s'agit pas d'un document privé puisque la dédicace est faite "pour les légions marses". et.17. Sur le n°642 apparaît un autre nom osque. 5). Ainsi. Sur le cas d'un prétendu M.ll. avec A.et c'est le cas de celles inscrites au nom de l'autre magistrat suprême. le "consul" nom d'un pourpersonnage le groupe méridional. pro l[ecio]nibus Martses. significativement. La pénétration du latin est manifeste dès la fin du Vème siècle. D'après le témoignage des balles de fronde qui ont été retrouvées .332-3.et c'est le cas. 637-641. I 2. La Regina. Une inscription aussi ancienne que la dédicace à la déesse Angitia. 35. elles ne recourent pas à l'alphabet national. qui aurait temporairement avant d'être remplacé exercépar la C. d'une monnaie qui porte le nom du "consul" marse. Mais. faite par un certain Caso Cantovio et retrouvée près du lac Fucin. 36.

La critique de Rome : le motif de la louve Une telle proclamation de la dimension italienne avait évidemment valeur de ciitique à rencontre de la politique romaine qui continuait à subordonner étroitement l'ensemble de la péninsule à YUrbs. Un denier présente même un mélange des deux langues. Mais. légende osque Viteliù sur le n°625 et nom du chef samnite C. Papius qui se retrouve seul sur le n°639 et sur le n°640 avec le titre embratur. et qui. G. représentant "consul" C. tantôt Iatines37. sur le n°635. Dioscures. l'Italie que les insurgés ont voulu constituer se voulait non une simple juxtaposition de peuples. On a fait remarquer que les mêmes types de monnaies se rencontraient avec des légendes tantôt osques. . dans ce dernier cas avec en outre le nom. puisque la tête du droit porte la légende latine Italia alors que le revers. Les monnaies avec tête de l'Italie au droit et conclusion d'une alliance au revers. de types divers. a été rendue caduque par les travaux les plus récents sur la question. en osque. C'est une Italie nouvelle qu'ils ont voulu former et la présence. offre la forme Les osque confédérés du nom n'ont du probablement possédé qu'un seul lieu d'émission. -165- nord et recourant au latin. à la différence de ce qui se passait avec le système mis en place par Rome. Papius. un Etat organisé. appliquant la politique 37. atteste clairement que. et l'autre au sud et utilisant l'osque. exprimé aussi bien sous sa forme latine Italia que sous sa forme osque Viteliù. C'est le cas de deniers portant la tête de l'Italie au droit et les Dioscures au revers : légende latine lia lia sur le n°617. récurrente sur ces monnaies. se retrouvent aussi dans les deux séries : nom en latin du chef marse Q. forme osque du nom de l'Italie sur les n°626 et 637. mais bien une entité commune. proclamait hautement cette ambition d'une unité qui ne se fît pas au détriment de la diversité des ethnies et de leur culture propre. du nom de l'Italie. ce signe éclatant de la souveraineté et l'expression visible de l'existence d'un Etat. et le fait que les deux langues aient été utilisées conjointement sur la monnaie. les Papius. inscrit en osque. l'Etat des alliés en révolte respectait la personnalité propre de chacune de ses composantes. de C. 38. par-delà la diversité pleinement reconnue et admise de ses parties. Silo sur le n°634.Paapi(is)38. n°636. Monnaie Sydenham. au point de s'opposer avec acharnement à l'attribution du droit de cité aux Italiens.

préférait avoir affaire à une mosaïque de partenaires de petite taille. les deux autres (n°641 et 641a) présentent le nom de C. et surtout à la signification que les Romains lui donnaient.166- du "diviser pour régner". La signification de la scène est obvie. elles diffèrent par l'inversion du motif : le taureau est tourné tantôt vers la droite (ce qui est le cas aussi sur le n°628). était un des sujets les plus fréquemment représentés sur les pièces frappées au nom de la res publica. qui est vitulus en latin.au lieu de les dévorer comme on aurait pu s'y attendre - les jumeaux qui auraient dû normalement périr lorsqu'ils avaient 39. qui. Les monnaies des Italiens font apparaître elles aussi la louve romaine : mais elle est écrasée par le taureau qui symbolise l'Italie39. cette intervention salvatrice de la louve. Mais cette critique de Rome passe aussi par une prise en considération de la légende romaine des origines. tantôt vers la gauche. . Dans le récit des origines de la cité en effet. nourrissant de son lait . Par là le monnayage des insurgés de la guerre sociale nous fournit un nouvel exemple de vision hostile des origines de Rome. aux statuts et obligations différents. Elle renvoie à la légende de fondation. l'intervention de l'animal manifestait d'une manière éclatante le grand destin qui était promis à la ville. fixés chaque fois par le foedus particulier qui avait été conclu entre la communauté concernée et Rome au moment de la conquête. par-delà la geste de son fondateur Romulus. En face. depuis les premières émissions de monnaies romaines. la louve est l'animal symbolique de Rome. . avec son titre d'embratur . Ces monnaies le montrent. D'une manière générale.avec quelque raison ! . l'un porte la légende Viteliù (Sydenham.comme l'égoïsme et l'injustice de Rome : le motif probablement le plus célèbre auquel a eu recours le monnayage des insurgés a consisté à reprendre dans un sens hostile à YUrbs la référence à la louve qui avait nourri les jumeaux fondateurs. n°628) . la référence aux origines de YUrbs a fourni un des thèmes sur lesquels les alliés italiens ont appuyé leurs revendications face à ce qu'ils considéraient . qui a été développé par toute une tradition que nous allons examiner en détail. Les deniers qui portent cette représentation appartiennent à la série portant des légendes osques. et donc comme symbole de la liberté) . Papius. Ils se répartissent en trois types. Le taureau est une sorte de blason animal de l'Italie. portant toujours au droit la tête de Bacchus (compris sans doute comme Liber Pater. en vertu du rapprochement de ce nom avec celui du jeune bovin.

atteste la faveur accordée par les dieux aux enfants.9. dès cette époque et bien avant qu'on ne lui adjoignît les statuettes des deux enfants. Bloch. p. on pourra se reporter à l'ouvrage de G. Dulière. Voir C. sous la direction de R. élevé en un lieu public et proclamé à la face du monde43. Les Romains étaient donc enclins à voir dans cette scène une préfiguration de ce qu'ils ressentaient comme la mission de domination militaire universelle que les dieux leur avaient assignée.21-43 (qui préfère y voir pour sa part un fauve apotropaïque. Plus précisément. voir notre article L'oiseau ominal. . 1976. p. Lupa Romana. Dulière. d'autant plus que l'intervention d'un autre animal lié au dieu de la guerre. 41. au moins dans la forme classique de la tradition. et ce type de légende en général. à la jument. Lupa Romana. dans Recherches sur les religions de l'Italie antique.73-97. Pour l'interprétation de la légende. Sur le sens de la scène. Kyros und Romulus.31-50. Meisenheim. 42. Sur ce point. Binder. MEFRA. En l'absence de données sûres 40. On ne s'étonnera pas qu'ils se soient plu à mettre en avant cette composante essentielle du récit des origines de leur cité. cet impressionnant chef-d'oeuvre de la statuaire en bronze de la période 480/470. leur élection et à travers eux celle de la cité qui leur devra sa naissance40. à la vache. Die Aufsetzung des Ko'nigskindes. Ce travail est fondamental pour l'étude de la documentation figurée. sans référence à un récit de fondation). p. la louve de Mars. picus Martius. p. recherches d'iconographie et essai d'interprétation. 1979. Genève. voir aussi notre article Les jumeaux à la louve et les jumeaux à la chèvre. Les attestations iconographiques ont été diligemment répertoriées par C. p. explication de type allégorique qui paraît inacceptable pour l'époque archaïque. étant donné le caractère martial du loup . à la chienne. 88. conférait une coloration guerrière à ce destin providentiel. il reste malheureusement parfois tributaire d'idées dépassées et contestables (notion de totémisme. le rappel tangible. l'aide apportée aux jumeaux qui sont les fils du dieu de la guerre. le pic.167- été exposés. rejetés hors de la cité et abandonnés dans la nature sauvage.lupus Martius. venait se superposer à celle de la louve dans la scène de l'allaitement miraculeux41. La fameuse louve du Capitole. a toutes chances de se rapporter au mythe fondateur et d'en avoir été. loup de Mars -. . la truie féconde. 43. soulignant ainsi le sens positif qu'elle prenait pour son avenir^. 19 et 42). Bruxelles .Rome. et l'évolution de la signification du pic dans la légende en liaison avec le renforcement de son aspect martial. 1976. 1964 .

5). Dulière propose d'identifier avec la louve du Capitole) et celle d'une dédicace d'un groupe complet. J-C. les deux frères Ogulnii dédient. associant l'animal aux jumeaux. et que les pièces émises par les insurgés de 90 ont très souvent repris des modèles fournis par les monnaies romaines. Mais. Mais le signe le plus net de la valeur "nationale" de la louve est sans doute son utilisation dans le monnayage romain^. 23. Mais le loup n'occupe pas une place privilégiée dans cette liste et sa présence paraît s'expliquer par d'autres considérations qu'une valeur prétendument "nationale" (voir notre article cité à n. les deux effigies de Romulus et Rémus dont ils ornent une figure de louve placée près du figuier Ruminai.49-50). 45. Pour la question. . X. dès "romano-campaniennes" les émissions les plus: ce anciennes qui est d'autant de monnaies plus important d'argent. ce qui y expliquerait la présence de son effigie. la valeur de cette statue peut peut- être être discutée. Dulière. La formulation de Tite-Live n'est pas très claire. devant le Lupercal. On peut penser que ces pièces ont été frappées par un ancien atelier romain tombé entre les mains des révoltés. en tant qu'édiles.43- 64. 216-233 . en 295 av. 47. C'est d'ailleurs au même moment que le lupus Martiusy le loup de Mars. Lupa Romana. lorsque. Sur la question. p. . il est évident que le geste a un sens d'affirmation de la cité à travers sa légende de fondation.41. au pied du Palatin^. trois siècles plus tard. Lupa Romana. Le loup aurait été un des symboles animaux portés par les enseignes militaires romaines avant que la réforme de Marius ne réduisît l'ancienne série de cinq animaux au seul aigle (Pline. 27. on se reportera à la mise au point de C. sur laquelle nous allons revenir45. 46. Tite-Live. X. est interprété comme un symbole de Rome dans une scène de présage qui précède la bataille de Sentinum livrée et remportée en cette même année 295 contre une armée ennemie composée de Gaulois et de Samnites. comme les deniers figurant les Dioscures ou une tête de l'Italie qui n'est guère qu'une reprise de celle de Rome du monnayage romain47. contro versée. ρ . 8-9. 44. X. de l'utilisation de la louve comme signe du statut de colonie romaine d'une cité.168 - sur l'histoire du monument. p. dites pour nous que les documents italiens que nous étudions concernent également des monnaies. C. de toutes façons les faits ne concernent pas la période qui nous intéresse. 11. Voir Tite-Live. Dulière. et on a hésité entre l'hypothèse d'une statue préexistante (que C.

J. 49. Zehnacker. Un didrachme de la série dite "romano- campanienne". où figure la scène de l'allaitement par la louve (id. Le recours au motif n'en est que plus significatif.64-5). Le miroir prénestin de l'Antiquario Comunale de Rome et la légende des jumeaux divins en milieu latin à la fin du IVème siècle av. et à qui on a donc apparemment voulu conférer un rôle nourricier. Crawford. émise en 165/155.36-38. offre au revers l'image de l'animal tournant la tête vers les petits qui sucent ses mamelles. Voir p. voir notre article cité n. 1980. dans R. (C. reprend le même modèle. H. Sa présence a pour effet de caractériser clairement comme romaines des monnaies qui. autrement. Roman Republican Coinage.169 - Or sur cette incontestable manifestation de l'Etat qu'est la monnaie48. p.253-4. qui porte la représentation d'Hercule au droit. A Rome même. ou la série des médaillons de la céramique de Calés. catalogue. M. d'un aigle qui semble porter un fruit dans son bec.H. p.ex.67-74. du Illème siècle.so. qui écarte l'hypothèse d'un faux . p. une série en bronze. p. Sur ce point. Briquel. 1982. ne l'apparaîtraient pas 48. Adam. 1973.76-78. Une autre monnaie reprend le thème à une époque postérieure : un sextans de bronze. ou le miroir de Bolsena qui remonte encore au IVème siècle (la question de l'authenticité a été reprise par R.65-89.36 et 89). frappé en Italie du Sud dans la décennie 205/195. la louve est un des sujets les plus fréquemment représentés. Dulière énumère ainsi cinq occurrences de la louve sur des émissions monétaires antérieures à la guerre sociale49.-C.. p. n°20. Adam et D. II. Moneta.33-65. MEFRA. Le catalogue de C. 1974. catalogue. p. .-C.41. Lupa Romana. des premières pièces d'argent frappées au nom de YUrbs. plus couramment dévolu au pic5i. J. Il est certain qu'on ne peut pas accorder exactement la même valeur à un document à caractère officiel comme une monnaie (ou une statue élevée dans un lieu public) et des objets à caractère privé comme les gemmes des Ilème/Ier siècles av. au droit.-C. Paris. p. Cambridge. voir déjà du même auteur Recherches sur les miroirs prénestins. J.71-4). reprenant de vieux motifs remontant à la période de l'as libral en métal coulé du IVème siècle. II. avec ces émissions. p. p. II. 51. complémentaire par rapport à celui de la louve. Dulière. 50. Voir Lupa Romana. Il s'agit. associe à la proue de navire qui figure au revers de pièces ornées au droit de la tête de Janus pour l'as (et d'autres dieux pour ses subdivisions) une petite image de la louve allaitant les jumeaux. qu'on tend maintenant à attribuer à Rome et à dater de 269 a. Rome. . 94. en le complétant par la présence cette fois.

II. Budé. qui. contemple la scène. J. lors de la bataille de la porte Colline. qui adjoint à la louve nourrissant les jumeaux. Hellegouarc'h. ils en ont inversé la signification. la silhouette du berger Faustulus appuyé sur son bâton. Il n'est pas exclu que. 16. Velleius Paterculus fait prononcer par un des chefs rebelles. 27. un casque à ses pieds. Il est assurément impossible d'affirmer que l'historien rapporte ici des propos qui auraient été réellement tenus par le chef samnite. La défaite de la louve romaine Les Italiens en révolte contre Rome connaissaient bien évidemment l'histoire de la louve et la valeur de symbole national que l'animal avait pour les Romains. Nous donnons la traduction de J.41 . Dans un passage précédent.170- nécessairement. En revanche on assiste à une récupération gentilice du thème sur le denier émis vers 133/126 par le triumvir monétaire Sextus Pompeius Fostlus. mais comme l'avait fait de son côté une historiographie grecque hostile dont nous avons étudié la démarche. minuscule. 53. Le groupe de l'animal et des enfants. Ils se sont donc référés à la tradition romaine. Sur la question des oiseaux et de leur valeur. celle-ci. 2. en II. édition G. Velleius Paterculus. Le groupe a donc clairement une valeur "nationale" : il en va de même sur le dernier type de monnaie émis dans la période qui nous concerne. le Samnite Pontius Telesinus.-C. Velleius Paterculus a cité Pontius Telesinus comme étant un des chefs des insurgés de la guerre Sociale. armée de la lance et assise sur des boucliers. en 82. le denier dit de Yaugurium Romuli. 1982. marque l'écrasement définitif des derniers restes de l'insurrection. frappé vers 104 av. l'affirmation "qu'il fallait détruire et raser Rome parce qu'il ne manquerait jamais de loups pour ravir la liberté de l'Italie si l'on n'abattait pas la forêt qui était leur habituel refuge"53. . visiblement posé ici comme ancêtre du triumvir. ils aient mis en avant les connotations négatives que pouvait avoir la référence à un tel prédateur dans le mythe romain des origines. comme les Grecs semblent l'avoir fait. voir notre article cité n. est associé à la figuration de la déesse Rome. ou même simplement reprenne un motif qui ait été 52. outre le figuier Ruminai portant un ou deux oiseaux52. dans un atelier non romain. . Paris. 1.

On doutera qu'une donnée aussi anecdotique ait pu avoir une grande importance. 38. n. Lupa Romana. 1932. avec lequel elle forme couple. Bayet a pu parler. The Roman Republic. qui vivait à l'époque de Tibère. . et la valeur de la scène est avant tout celle de l'affrontement de deux animaux symboliques. elle relève de la catégorie des présages. estime que Velleius Paterculus. p. 6. de truchement entre les dieux et les hommes. Dulière. il a cependant une signification beaucoup plus forte. C'est par rapport à lui qu'elle prend son sens. Hellegouarc'h. Même si. Cambridge.c. Un tel symbolisme est banal . affrontement qui se termine bien évidemment par la victoire du taureau italien sur la louve romaine55. suivi par C.5. Sur les deniers. . des signes à valeur prémonitoire par lesquels on pensait que les dieux adressaient à l'homme des indications sur l'avenir qui l'attendait. p. 172. une telle scène relève de l'imagination et non de la réalité concrète. Gardner. pour les Italiens. et qu'ils l'aient exploité en ce sens reste plausible. Sa présence sur leurs monnaies montre que c'était pour eux un symbole caractéristique de leur ennemie. Que de tels omina se fassent par l'intermédiaire d'animaux est assez naturel : ceux-ci jouent fréquemment le rôle de messagers des dieux. on ne peut pas séparer la louve du taureau. dans la Cambridge Ancient History. dans le cas de nos monnaies. l'un représentant Rome et l'autre l'Italie en lutte contre elle. Mais le seul témoignage irrécusable que nous ayons est celui fourni par les monnaies. IX. 190-1. c'est-à-dire "le loup". l'animal dont Rome se réclamait. s'est borné à mettre ici en oeuvre un thème rhétorique et évoque à ce propos Justin.171- utilisé par les insurgés54. p. J. Mais on ne peut pas non plus exclure qu'il se réfère ainsi à des sarcasmes qu'aurait effectivement suscités. de "l'efficience des animaux augur- 54. II. pour un cas comme celui-ci. o. R. voit dans la présence de la louve une allusion au fait qu'un des consuls romains chargés de mener la guerre contre les rebelles était P. 143. Rutilius Lupus.et on ne serait pas en peine de citer des prolongements encore à époque récente : la propagande française de la première guerre mondiale n'a-t-elle pas eu recours au thème du coq gaulois mettant en fuite l'aigle germanique ? Dans l'Antiquité. la référence à la louve à propos de Rome. 8. chez les rebelles italiens. J. 55. et ce n'est pas exactement dans ce sens qu'il permet d'orienter la signification que pouvait avoir.

Voir Présages figuratifs déterminants dans l'Antiquité gréco-latine. Bayet. Les bêtes sont de plus aisément susceptibles de fournir des "blasons". surgissant. auquel nous avons déjà fait allusion : Yomen qui a précédé la bataille de Sentinum. avait engagé la lutte avec le taureau qui menait ce troupeau et l'avait vaincu. Le présage . les lignes romaines.27-51 (spécialement p. 113-122. 3-4. 58. p. La biche ayant été tuée par les Gaulois alors que le loup traversait. . Antigone. de représenter symboliquement des individus ou des groupes humains : comme le dit encore J. 8-9. en qui les légionnaires ont reconnu leurs adversaires gaulois59. 1936. un loup. un des soldats romains a pu déterminer ainsi le sens du présage : "D'un côté se porte la fuite et le massacre. 4. Cumont = Annuaire de l'Institut de Philologie et d'Histoire Orientales et Slaves. 57. -172- aux"56. 19. L'histoire est racontée par Pausanias. C'est un présage tiré de la lutte de deux animaux qui lui aurait permis de l'emporter auprès des Argiens. Les habitants avaient reconnu dans la bête solitaire venue de l'extérieur le symbole de Danaos. II. tandis que Gélanor était représenté par l'animal domestique57. Bruxelles. Il était facile d'imaginer des prodiges bâtis sur le même modèle : Sophocle le fait dans son Antigone lorsqu'il évoque le dragon de Thèbes mettant en fuite l'aigle argien58. là où vous voyez l'animal sacré de Diane gisant à terre. 59. ce qui s'est passé sous les yeux des deux armées annonçait clairement la victoire des Romains. et qui a vu le loup. . Alors qu'un troupeau de bovins paissait devant la muraille. Mais dans leur cas on peut songer à un modèle précis. victorieux. "on conçoit dès lors des luttes d'animaux qui seront. la défaite des 56.que les Italiens ont fait figurer sur leurs monnaies constitue une nouvelle application du même procédé. dans Mélanges F. indemne.(des) préfigurations et présages de luttes de clans". De l'autre le loup de Mars.évidemment imaginaire . clair symbole animal de Rome. Sophocle. La légende grecque fournit un bon exemple d'histoire de ce type avec la tradition sur Danaos revenant à Argos disputer le trône occupé par Gélanor. 27.29- 33). X. Voir Tite-Live.. intact et inviolé nous encourage à nous souvenir de notre origine martienne et du fondateur de notre ville". mettre en fuite la biche. Bref.

60. elle a incontestablement représenté une étape capitale dans le processus d'assujettissement de la péninsule à la puissance romaine. les pièces frappées par les insurgés de 90 offrent un symétrique exact : cette fois la louve a le dessous. est un signe du retentissement que cette victoire a connu dans le monde hellénique62. Grenier. portent des légendes osques. Il y a vraisemblablement beaucoup plus ici que le simple désir de tourner en dérision l'animal que Rome faisait si souvent figurer sur ses monnaies en le présentant cette fois comme vaincu par le taureau. L'étrange omen de Sentinum et le celtisme en Italie. En Italie. mais ils avaient perdu dans la bataille un de leurs plus grands généraux. Gellius Egnatius. 1974. Nous pouvons renvoyer aux justes remarques de J. XXI. qui avait manifesté la victoire de l'animal carnassier dans lequel Rome se reconnaissait. Bruxelles. 1962. . 244-256 = Idéologie et plastique. -173- Gaulois et le massacre de nombre de leurs guerriers - conformément à ce qui allait effectivement se produire60. 62. dans Hommages à A. Bayet.333-4. les Samnites avaient dû être particulièrement sensibles à l'événement : non seulement leur armée avait combattu aux côtés des Gaulois et avait été écrasée en même temps qu'eux. essentiellement positive pour les Romains. Heurgon. elle ne doit pas masquer la signification première du présage. J. Cela fait que le rapprochement entre la scène figurant sur les deniers émis par les rebelles de 90 . qui pourtant écrivait peu de temps après l'événement . 1378. qui est celle dégagée dans le texte de Tite-Live. Rome. Sans être fausse en son principe.il parle de cent mille morts. p. Pour leur part. est défaite par la bête à laquelle les ennemis de VUrbs peuvent s'identifier.169-183. émanent donc du groupe samnite des révoltés .et qui. par rapport au prodige de 295. L'exagération du chiffre des victimes du côté des ennemis de Rome dont fait état le Grec Douris de Samos. 6 = scholie à Lycophron. Or. Rome et la Méditerranée occidentale. Il ne faut pas oublier l'importance considérable qu'a eue la bataille de Sentinum61. notons-le. Voir FGH 76 F 56b = Diodore.et Yomen de Sentinum nous semble aller bien au-delà de la simple analogie : c'est d'un retournement voulu de ce qui était affirmé pour 295 qu'il convient de parler. a proposé une exégèse du présage fondée principalement sur la fin de l'épisode (avec le sort final des deux animaux). p. p. alors que Tite- Live n'en admet que le quart -. 61 .

même s'il domine la péninsule.et notamment des Samnites . à toutes les autres composantes de l'Italie. qui peut tous les accueillir et au sein de laquelle tous peuvent se sentir égaux. plus que toute autre. Mais déjà ce fait à lui seul mérite d'être relevé : les insurgés se posent comme étant l'Italie. l'Italie des révoltés .en vertu d'une tradition que nous allons analyser. Que cette fois la louve romaine fût vaincue signifiait que les temps avaient changé et que l'Italie allait prendre sa revanche63.comme romain. A rencontre de la res publica romaine. Mais il paraît exclu que la tradition argienne ait joué ici le moindre rôle. En premier lieu. ils n'en constituent qu'une partie.à cette époque . l'animal qui avait nourri les jumeaux de la légende romaine de fondation et qui figure sur le monnayage des alliés en position de vaincu. avait accompagné la défaite des ennemis de Rome . et ses traités. alors qu'à considérer la carte de la révolte. oppose les deux mêmes animaux. sur les monnaies des insurgés. le loup et le taureau. dans la légende argienne de Danaos. Par cette affirmation néanmoins ils se donnent une dimension collective. Le taureau italien La valeur du symbole constitué par la louve. continue à se considérer . c'est-à-dire comme appartenant à une cité qui a imposé sa loi. Le fait que le nom de l'Italie soit inscrit tantôt en osque.même si elle n'est que fort partiellement constituée sur le terrain . sans qu'aucun groupe n'impose son nom. et même une partie minoritaire.est donc une entité au-dessus des groupes ethniques et des cités. peut donc apparaître assez claire. Mais il convient aussi de souligner la signification que recouvre le choix du taureau pour représenter ses adversaires. . avait pu sembler permettre aux Romains d'étendre leur domination sur l'Italie. se donnent les moyens de représenter l'ensemble du monde italien face à un adversaire qui. en 295. Celle-ci est en effet plus complexe qu'il ne le semblerait de prime abord. il faut rappeler que l'animal représente l'Italie . ne domine les autres. est inverse de celle qui. Le résultat de la lutte. -174- Ainsi la scène représentée sur les monnaies des confédérés pouvait apparaître comme le renversement du présage qui à Sentinum.qui. tantôt en latin n'est pas anodin de ce point de vue : cela signifie que l'organisation mise en place par les rebelles 63.

325. 24. 66. 1957.65 n'avait rien à voir avec le terme qui. et qui a donné le nom du veau en latin. Meillet et A.phénomène qui ne se produit pas dans les langues italiques. Dictionnaire étymologique de la langue latine. ce qui est en accord avec le fait que les Latins n'avaient aucun contact avec l'Italie au sens primitif. A. dans leur Dictionnaire étymologique de la langue latine. qui nous semble avoir le plus de probabilité (même si le terme de calembour nous paraît trop réducteur. 1942. Le terme s'applique. et inexact dans le cas des monnaies que nous étudions) . A. Le terme est repris par J. D'autre part la référence au taureau comme figure de l'Italie résulte d'un processus qui va certainement bien au-delà du simple jeu de mots auquel on l'a parfois réduit64. celle qui a été conservée dans le Viteliù osque. Les vues exprimées par les savants modernes sur la question sont cependant loin d'être unanimes. Meillet. 21. 1958. -175- respecte la diversité des langues et des cultures. Lateini- sches etymologisches Wôrterbuch. Bérard. à Iguvium. dans les langues italiques. Hofmann. Heidelberg. Nous nous en tenons pour notre part à l'avis exprimé par A.B. 43 et 45). ou plutôt la forme primitive du nom. c'est-à-dire le pays des Itales. Ce qui amène à penser que la forme Italia du latin résulte d'un emprunt au grec. p. p. Il est assez probable. avec la semi-voyelle initiale que le grec a fait disparaître. Il convient en effet de le souligner. à des bêtes offertes en sacrifice dans le rituel des tables eugubines (à Jupiter Sancius en Hb. Mars Hondius et Hondus Serfîus en Ib. et ne correspond pas à un terme anciennement connu en latin .465. La colonisation grecque de l'Italie méridionale et de la Sicile dans l'Antiquité. Ernout.325 ("le rapprochement de vitulus qui fait de l'Italie "la terre des veaux" n'est qu'un calembour"). L'/ca/ia/Viteliù des révoltés se fonde sur la personnalité propre de chacune de ses composantes. La forme Italia du nom s'explique par l'amuissement en grec de la semi- voyelle vélaire . et son correspondant ombrien vitlu66 - l'ombrien étant le seul parler du groupe osco-ombrien pour lequel le nom de l'animal est connu. 65. dans un sens analogue. 2ème édition. Paris. p. réduit à la pointe sud du Bruttium. Mais cette ressemblance a cependant conduit à un rapprochement artificiel entre les deux termes. vitulus. linguistiquement. désigne un jeune bovin. . et Vlb. 3ème édition. Ernout et A. p. l'animal 64. réduisant un *Witalia originel à Italia. J. On rencontre aussi le féminin vitla. que le nom de l'Italie. Walde. 67. et donc à une pseudo-étymologie qui faisait de l'Italie la "terre des veaux"67. parlent ici de "calembour". 1 et 4.444.

Denys d'Halicarnasse fait précéder cette explication par celle. sur le détroit séparant la péninsule italienne de la Sicile. apparaît clairement comme un dérivé du mot qui signifie l'année. -176 dont il est question dans ce rapprochement linguistique est bien le veau. .et ne se réduit donc nullement au simple jeu de mots qu'on a parfois voulu y voir. ??t???. Genève.même si elle se fonde sur la connaissance par les Grecs du nom local du veau et de la forme indigène du nom de l'Italie. Le nom de l'Italie.723. d'Antiochos de Syracuse. p. ?t??. et ne paraît pas avoir eu le moindre retentissement auprès des indigènes . cette tradition avait donné lieu à des développements secondaires qui lui rattachaient des éléments de la toponymie locale. mythe et histoire. Selon l'historien milésien. rendait compte du nom de l'Italie par un éponyme Italos (FGH 555 F 5 = DII. En outre elle n'apparaît pas isolée . et non un autre bovin. 1). 69. Voir FGH 1 F 76 = Etienne de Byzance. J. aux environs de 500. 70. gardait le souvenir de ce qu'un taureau d'Hérakles s'était p. qui a des parallèles grecs dialectaux6».v. Les termes italiques vitulus ou vitlu désignent spécifiquement le tout jeune animal. 2 . devait son nom à une femme qui avait dénoncé au héros ceux qui avaient maltraité ses boeufs70. Plus tard. qui. 1991. Le vitulushïtlu est proprement une bête d'un an.-C.24-5. comme le boeuf ou le taureau. S. Gély. la fait rentrer dans la geste d'Hérakles et la légende de son passage par l'Italie lorsqu'il ramenait à Argos le troupeau des boeufs de Géryon69. On connaît la forme dorienne ?te??? et la forme éolienne ?ta???. et donc un veau. Et cela est conforme à la formation du nom. dans cette langue. 68. I. alternative. FGH 4 F 111 = DH. Déjà au stade d'Hécatée de Milet. l'île de Motyé. à l'aide de justifications linguistiques arbitraires. qui vivait au Vème siècle av. faisait partie d'une légende complexe : notre premier témoin. Pour une présentation récente de la question. et qui. 35. qui repose sur un ancien *wetos. I. Le plus ancien témoignage que nous ayons à ce sujet montre en effet qu'elle était intégrée dans un récit élaboré. à la même époque qu'Hellanicos. d'Hellanicos à Virgile. 35. au large de la côte ouest de la Sicile. La légende d'Hérakles et le nom de l'Italie Au départ cette doctrine est grecque. l'historien Hellanicos de Lesbos. s. on racontera que la ville de Rhégion.

qui signifie briser. spécifiquement. 11. Qu'avec le temps ce nom se soit transformé jusqu'à devenir ce qu'il est aujourd'hui n'a rien d'étonnant. Nous pouvons citer le témoignage d'Hellanicos. Mais le motif du bovin échappé du troupeau guidé par le héros à la peau de lion avait donné lieu. 27. de la région et connue des Grecs fréquentant le secteur. et aussi F 2 = DH. tel qu'il nous a été transmis par Denys : le héros "ne cessait de demander à chaque indigène qu'il rencontrait en poursuivant le bouvillon s'il ne l'avait pas vu quelque part. 1952. 12. la référence à la langue des indigènes amène plutôt à y voir l'oeuvre de Grecs d'Occident : l'historien n'aura fait que recueillir et transmettre cette étiologie (cf. Voir FGH 555 F 5 = DH. 5. pour une histoire de ce genre. d'où briser des liens pour s'enfuir71. chez Hellanicos72. Voir Origines gentium. ce récit n'est qu'un des innombrables exemples de la propension des Grecs à attribuer aux toponymes des pays barbares une origine qui les rattachât à leurs propres traditions. puisque beaucoup de noms grecs ont subi le même genre d'altération"75. dès cette époque. 47. Voir Apollodore. 73. 74. Comme les gens du pays appelaient dans leur langue natale le bouvillon vitulus. Il n'y a pas lieu de penser que ce soit Hellanicos qui ait inventé cette explication . En lui-même. scholie à Lycophron. mais Hellanicos devait se référer à une forme indigène.qui a été justement soulignée par E. Glotta. 1990. On constate que cette explication du nom de l'Italie coexistait. à une étymologie autrement importante : celle de l'Italie.65-81. aucun fondement à chercher dans les 71. Les origines de Rome. 1. italique. CPh. 76. 75. Paris. Traduction de V. La référence. 1232. R. comme c'est encore le cas aujourd'hui74. F 6 = I. au latin .et à l'époque de Denys lui-même . Literaturbericht fur das Jahr 1935. collection La roue à livres. 72. 73. I. . à leur propre mythologie . .177- enfui à cet endroit et était passé dans l'île à la nage : on avançait comme justification le fait que le nom de la cité venait du verbe ?p????????µ?. Tzetzès. p.tient évidemment à une précision apportée par l'auteur augustéen . rapprochée du terme désignant le veau dans la langue des indigènes. Bickerman76. 35. employée dans le parler. il tira du nom du bouvillon celui de la région qu'il avait parcourue et l'appela Vitulia. p.10. I. Fromentin dans Denys d'Halicarnasse. avec celle par un éponyme Italos qui avait les faveurs d'Antiochos de Syracuse73. Il n'y a bien évidemment. 3. Leumann. 1939..90).J.

Pour une époque plus récente. qui expose les différents stades d'extension du concept jusqu'à son époque : voir FGH 555 F 3 = Strabon. en se référant au latin vitulus. fourni le moyen de rendre compte du nom de la population indigène des Itales et.dont il convient de rappeler qu'il ne s'applique encore. ce qui avait dû être le domaine des Itales. 444-5. 1937. 1966.c.-C. 4 (254-255). un veau. sous sa forme indigène avec semi-voyelle vélaire initiale. Mazzarino. p. au sud d'une ligne allant de Poseidonia à l'ouest à Métaponte à l'est : cette Italie se réduit alors au Bruttium et à la Lucanie77.64.212-232. qui nous a conservé le témoignage d'Hellanicos. 73. Le thème du retour d'Hérakles de l'extrême- Occident aura. da Polibio a Dionisio e ai gromati- ci. et non d'un taureau. à l'est. voir S. J. on pourra se reporter à l'étude fondamentale de E. 2ème édition. ici comme dans d'autres cas. Lund. Cet état de choses témoigne déjà d'une extension du concept par rapport à une situation plus ancienne. où le terme d'Italie ne s'appliquait qu'à l'extrémité méridionale du Bruttium. I. . p. Sans doute Denys d'Halicarnasse. dans II pensiero storico classico. I. 178 traditions indigènes. et l'extension de la notion jusqu'à son acception actuelle. ou si on veut d'un bouvillon. Et cela est cohérent avec le rapprochement entre le nom de l'Italie. VI. au sud de T'isthme" joignant Hipponion (à l'ouest) à Scyllétion (à l'est). latinise-t-il le terme du parler indigène. L'historien sicilien distingue l'Italie non seulement de la Tyrrhénie. Wikén. o. Déjà Hellanicos emploie le terme damalis pour désigner l'animal. Mais c'est bien une forme italique du mot. que nous percevons à travers l'osque Viteliù. Sur la question. partant. Die Kunde der Hellenen von dem Lande und den Vôlkern der Apenninen- halbinsel bis 300 v. p. qu'il convient de poser à la base de l'explication : les Hellènes à qui est due cette étiologie seront partis des termes employés par 77. Il tema délia terra Italia. qu'à une portion limitée de la péninsule. Bérard. de celui de l'Italie . C. Le témoignage essentiel est encore une fois celui d'Antiochos. mais également de la Iapygie.Bari. et celui de la bête dans le parler local. Cf. également J. une "bête d'un an". Il s'agit donc clairement d'un veau. dont on a la trace dans l'ombrien vitlu.465-6. Rome . qui désigne incontestablement un très jeune animal. à n. qui représente la forme originelle sous laquelle l'étiologie mettant le nom de l'Italie en rapport avec le nom d'un bovin est apparue. au nord. Nous pouvons relever deux points dans cette explication. au Vème siècle av. FGH 555 F 6 = DH. 4. rapprochée du nom également italique du pays. Selon la définition donnée par Antiochos de Syracuse.

qui. Mais ce terme a toutes chances d'avoir été inventé pour la circonstance81. Dans la forme . qui ont une voyelle i (ce qui pose d'ailleurs problème. Ces termes ont le sens de veau. 94 L (parlant de boves) . ne sort 78. F 42b = Varron. I. Festus. . lui. différent de celui des formes italiques. p. elle n'aura été que marginale.v. Economie rurale. disant que ce terme signifie taureau en latin. chez les auteurs ultérieurs. II. 1 (parlant de boves. en les insérant dans une histoire tirée de leur propre mythologie. Nuits attiques. Meillet. De plus. un taureau se subsitue souvent au damalis d'Hellanicos. et présentent un vocalisme initial en e. 11. s. 81. Ernout et A. 5 (parlant de boves et tauri. le nom de l'Italie avait perdu sa semi-voyelle initiale et était devenu Italia. II. en grec. 79. 2. L'évolution de la doctrine L'étiologie devait évoluer par la suite. Tzetzès. Aussi a-t-on estimé que le terme reposait. voir A. Apollodore. Le. I. 1232. également Servius.742). ?ta??? a pu jouer. non plus sur un mot indigène qui aurait eu une forme en Vita-. Si l'influence des termes grecs dialectaux du type ?te???. également Hésychius. Voir FGH 566 F 42a = Aulu-Gelle. mais sur un ancien nom grec du taureau. 1. plus que de veaux78. qui aurait eu une forme en Ita-. Voir aussi Servius.de la tradition à laquelle se réfère Timée. îtocXoç. -179- les habitants de la région. ils semblent avoir été sensibles au fait que. est authentique. scholie à Lycophron. non de taureau. n'était probablement pas assez flatteuse. il est question de taureaux. faisant de l'Italie la "terre des veaux". La référence à un veau. (parlant d'un nobilem taurum. commentaire à YEnéide. Cela a en tout cas comme conséquence que l'explication. Timée se référait ainsi à un mot ?ta???. Varron. Dictionnaire étymologique de la langue latine. ou à la rigueur de boeufs. Voir FGH 566 F 42a et 42b . et sur ce point se rapprochent davantage du nom de l'Italie. 10. Et les écrivains qui reprennent l'histoire d'Hérakles poursuivant l'animal échappé de son troupeau le définissent comme un taureau79. 80. commentaire à YEnéide. linguistiquement. taureau remarquable). dont il dit qu'il aurait jadis existé en grec80. Aussi constate-t-on que. taureaux). boeufs). 533. se substituant ainsi au nom italique du veau du type vitulus/\it\u invoqué dans la forme ancienne de l'explication.différente . 533 (parlant de boves). ces Itales qui devaient parler une langue italique.

Olzschka. si on se réfère à des mots italiens .180- désormais plus du domaine grec. Voir respectivement Festus. Leumann. toujours compris comme formé à partir d'un nom de bovin.v. SE. 94 L. à n. Mais il ne la fait plus intervenir dans l'explication du nom de l'Italie. 84. p. . 94 L. L'attribution du mot à l'étrusque. Pour l'historien de Tauroménion. et surtout F 90 = id. sans autre précision. Le. comme explication alternative. 10. l'Italie . scholie à Lycophron. Timée continue certes à relater cette histoire83. Mais on doit souligner que rien 82. et les auteurs latins les ont suivis. Les auteurs grecs s'y sont plusieurs fois référés.78 (mais Varron se réfère aussi. II. s. Hésychius. Apollodore. à la légende d'Hérakles). commentaire à YEnéide. Ou. Deux siècles après Hellanicos. 5-7. IV. en se tenant à la come d'un taureau de son troupeau. Ainsi la thèse voulant que l'Italie ait dû son nom à un mot désignant un bovin a eu un certain succès dans la littérature antique. I. Apollodore et Tzetzès en font un mot étrusque82. 10. la diversité des attributions montre qu'il n'y a plus la moindre réalité linguistique sous-jacente : Festus parle d'un terme italien. 21. Par ailleurs. a été justement critiquée par R. Hésychius l'attribue au latin. Désormais le nom de l'Italie. et Servius. . Der Naine Italia und etr. Et c'est sous cette nouvelle mouture. que l'étiologie est la plus répandue dans la littérature ultérieure : Aulu-Gelle et Varron la rapportent. Voir FGH 566 F 89 = Diodore. 83.72. 1232 (mais dans cette optique la Tyrrhénie est un ancien nom de l'Italie en général). n'est plus rapporté aux aventures du héros à la massue et du troupeau des boeufs de Géryon. on note une tendance à déconnecter cette explication de la légende d'Hérakles et à lui donner un fondement qui ne soit plus mythique. à n. 533. ?ta???. 1935. Festus. retenue par K.terme qui à son époque n'a plus l'extension limitée qu'il avait du temps d'Antiochos et d'Hellanicos . racontant que le héros avait franchi le détroit de Sicile à la nage. 22. Voir Aulu-Gelle et Varron.qui ont toutes chances d'être aussi imaginaires que le prétendu nom grec du taureau de Timée -. Timée témoigne d'une volonté de rationaliser la doctrine.. et Festus et Servius avancent également cette forme de l'explication84.a reçu son nom à cause de la richesse des troupeaux de bovins qu'elle permet de nourrir. ital. faisant appel aux réalités économiques de l'Italie. et Tzetzès.263-275. 6. en se référant explicitement au témoignage de Timée. Le.

Il s'agit d'une doctrine élaborée en milieu hellénique. Mais cette pose est en accord avec le contenu de la légende narrée par Hellanicos et ses successeurs. à une légende grecque. ne laisse aucun doute sur le sens de la représentation : c'est bien la légende du passage du héros à la peau de lion à travers l'Italie. La taille de l'animal est celle d'un animal adulte. le taureau fait figure de symbole national. associé à la bête. En tout cas la présence d'Hérakles. combative. casquée. c'est donc à une tradition grecque qu'ils font appel. la tête couverte de la peau du lion de Némée. et l'explication corrélative du nom de l'Italie qu'on en tirait qu'on a voulu faire figurer sur ces monnaies85. en introduisant l'idée d'un nom grec du taureau. au moins avant Timée. rattachée. Cette histoire et l'explication du nom 85.dépourvu de légende - porte au droit un buste de l'Italie. à partir de la littérature grecque. tenant de la main gauche une lance et posant sa main gauche sur la tête d'un boeuf (ou d'un taureau) en position de repos. qui a toutes chances de n'avoir jamais existé. Dans la tradition littéraire la qualification de la bête comme taureau apparaît d'abord dans la forme non héracléenne de l'étiologie. et au revers la figure d'Hérakles. Une autre monnaie paraît en apporter la preuve : un autre type de denier émis par les rebelles . debout. L'animal ne peut. Mais elle se manifeste également dans la . qui évoque un animal faisant partie d'un troupeau. que représenter l'Italie. Héraklès et le taureau sur les monnaies des insurgés Lorsque les insurgés italiens de 90 frappent leurs monnaies où. Lorsque des écrivains latins la reprennent. dont le seul rapport avec les réalités indigènes est qu'elle fait intervenir les dénominations italiques du veau et de l'Italie . qu'il a sur les deniers où il affronte la louve : il a cette fois plus l'aspect d'un paisible boeuf que d'un dangereux taureau. en accord avec la représentation qui orne l'autre face de la monnaie. adoptée par Timée. Certes son attitude n'est plus celle. on le voit par Varron qui cite nommément Timée comme source.avant que Timée ne fit même disparaître cette référence linguistique aux données locales. face à la louve romaine. 181 n'atteste qu'elle ait jamais eu le moindre ancrage dans les traditions locales. ici encore. celle d'Hérakles. c'est par un processus de transmission livresque. et non d'un veau comme chez Hellanicos. à la tête du troupeau des boeufs de Géryon.

Les monnaies représentant Héraklès et le taureau sont anépigraphes. et soient frappées au nom de Yimperator samnite C Papius. Varron. avec un terme du genre de vitulus/\\t\u peut sembler séduisant pour des individus parlant osque. ils savaient bien que ce terme désignait dans leur parler le veau. Ce peut être le signe de ce que la référence à l'animal comme symbole de l'Italie a été le fait plutôt des confédérés de langue osque que de ceux de langue latine. Mais une difficulté surgit alors. junge Stiere. . comme le fait F. Voir F. Cela se justifie aisément du point de vue linguistique : le rapprochement entre le nom de l'Italie et un mot comme vitulus/\it\u est plus satisfaisant pour des individus qui ont présente à l'esprit la forme osque Viteliù que pour ceux qui songeraient à la forme latine Italia. Des personnes de langue osque étaient de ce fait davantage susceptibles d'admettre une étymologie de ce genre. Or le veau n'a rien d'un animal dangereux. s'apparente à un abus de langage : la forme la plus ancienne de la légende. le montre. Pour déterminer quelle est la partie des insurgés qui a pu reprendre cette explication d'origine grecque du nom de l'Italie. Altheim. Il n'est cependant sans doute pas fortuit que les monnaies offrant l'image du taureau piétinant la louve portent une légende osque et non latine. il ne s'agissait pas dans version faisant appel à Héraklès (Apollodore. Altheim87. 86. tel que celui qui apparaît sur les monnaies. Car si le rapprochement du nom de l'Italie dans leur langue. et c'est d'elles qu'ils ont tiré l'idée de faire du taureau le symbole de leur pays. 1934. on est obligé de se fonder sur les seules pièces où figure la lutte du taureau et de la louve. p. plutôt de ceux du groupe samnite que de ceux du groupe marse. 128-9. et ne peuvent donc être attribuées à aucun des deux groupes linguistiques. 10. Mais on se gardera de songer nécessairement à une source littéraire : la légende a pu se répandre par voie orale. 182- de l'Italie qu'elle fournissait étaient donc connues des Italiens de la guerre sociale. Tzetzès). Parler en l'occurrence de "jeunes taureaux". introduisant la référence au taureau. et non le taureau. Viteliù. La forme de la légende suivie par les Italiens à qui est due la représentation figurant sur cette monnaie appartient donc à cette catégorie évoluée de la tradition héracléenne. susceptible de se mesurer à une louve. celle qu'on a chez Hellanicos. et même simplement de lui accorder leur attention que des personnes parlant latin86. 87. Italia. SMSR.

il apparaît également clairement comme une bête adulte. ni même que ce fût la plus importante. Celui-ci ne pouvait assurément pas être méconnu : il n'y pas d'autre solution que d'admettre que les rebelles qui se sont référés à la doctrine voulant que l'Italie fût la "terre des veaux" en ont consciemment et volontairement altéré le contenu. et substitué le taureau au veau. par le fait que le taureau est un symbole autrement flatteur que le veau. banalement. pour les besoins de la cause. Nous l'avons relevé. en compagnie d'Hérakles. les Grecs avaient de leur côté déjà fait subir un tel coup de pouce à la doctrine. dans le cas des Italiques qui se sont ainsi posés comme le peuple du taureau et dont nous avons noté qu'ils étaient plus vraisemblablement des représentants du groupe samnite de la révolte que de son groupe marse. Les Italiens en révolte contre Rome ont voulu se présenter comme des taureaux. La légende d'origine des Samnites Le remplacement du veau par le taureau s'explique bien sûr déjà.183 - cette histoire de mettre en valeur la force et l'agressivité de l'animal qui donnait son nom à l'Italie. dans le choix . affrontant la louve. du type vitulus /vitlu. ils ont laissé tomber la référence au mot désignant le veau dans les langues italiques. pour le remplacer par un prétendu nom grec ?ta???. Mais ce n'est pas la transformation de la doctrine survenue en milieu hellénique qui peut rendre compte des faits en milieu italique. ou plutôt un vitulus/\it\u. et sur ceux où l'animal est représenté au repos. . sur les deniers des insurgés. de "terre des veaux" est devenue pour les Italiens la "terre des taureaux". non comme un veau. en principe une bête d'un an. on peut penser que ce n'est pas la seule raison qui ait joué. Mais. Les Grecs n'étaient pas gênés par l'aspect linguistique de l'explication : nous avons vu que. qui est un tout jeune animal. Il y a donc une distorsion entre le fondement linguistique de l'explication et l'image qu'en donnent les monnaies. Car. Mais des Italiques pouvaient difficilement se débarrasser aussi cavalièrement du mot vitulus/\\t\u et de son sens exact. Aussi faut-il admettre un glissement de la doctrine initiale. C'est pourtant bien un taureau qui figure. désignant cette fois le taureau. Elle mettait en scène un damalis. L'Italie. et non bien sûr comme des veaux.

ne remet pas vraiment en cause cette interprétation. Italia. fait brièvement allusion à la migration des Samnites. C'est en effet. Types n°627 et 638 du répertoire de E.A. on rencontre aussi des pièces portant au droit le nom de C. Sydenham (portant comme légende respectivement "consul" samnite C. 89. II. s. Papius soit Mutilus le seul mot au droit Viteliù et Viteliù au droit. en donnant le nom du chef qui l'aurait conduite. mais celui du Samnium. selon une tradition rapportée par Strabon. le chef qui avait pris la tête de la migration depuis la Sabine. Viteliù. une tradition indigène faisant appel au taureau (et cette fois spécifiquement au taureau) a dû venir s'ajouter à l'influence de la légende hellénique d'Hérakles : le récit que les Samnites faisaient des origines de leur peuple. Déjà Prosper Mérimée. Comius Castronius. casqué. Safinim. Que l'identification du guerrier soit discutée . le nom Point du sur lequel nous allons revenir. Strabon. tenant la lance et ayant le pied gauche posé sur des dépouilles militaires. C. la légende osque ne donne pas le nom de l'Italie. a dû jouer un rôle. Elle nous paraît garantie par le fait que. 184 de cette référence animale pour symboliser l'Italie. mais d'autres fois le Génie de l'Italie. au soit revers). Festus. offrent l'image d'un groupe formé par un guerrier debout. 436 L.v. 12 (250). 1894. Safinim (n°639). fondant ainsi le Samnium88. et un taureau en position de repos89. Là encore. Références dans Drexler.561. 90. Roschers Lexicon.on a parfois voulu reconnaître en lui Comius Castronius. mais au revers le nom du Samnium en osque. 4. . sur certaines des monnaies où la scène est représentée. 1. La présence du nom du Samnium à la place de celui de l'Italie s'explique par l'histoire de la révolte. ou une personnification du pays. un taureau qui les aurait menés vers le pays où ils devaient s'établir. voire le dieu Mars90 . V. reconnaissait dans cette scène une allusion à la tradition sur l'origine des Samnites : "Le guerrier personnifie ces émigrés prenant possession de la terre opique au moment où ils voient s'abattre l'animal qui leur servait de guide". toujours dans la série portant des inscriptions osques et donc émanant du groupe samnite. dans son article de la Revue numismatique de 1845. proprement italienne. Car il existe. A partir du moment où le 88. des pièces qui. au revers de la tête féminine représentant l'Italie qui est courante dans toutes ces émissions. le monnayage de la révolte apporte la preuve de ce que cette légende. Papius Mutilus.

Ces monnaies témoignent donc d'un second moment de la révolte. Mais la mise en forme hellénique n'empêche que ce récit se fonde sur une tradition indigène authentique.le "printemps" d'une année.appelé Mars ou Mamers selon les régions . du "printemps sacré"91.ancêtres des Samnites dont le nom n'est qu'un dérivé du leur . Dès lors les révoltés ne se considérèrent plus comme des Italiens. représentent un stade chronologiquement postérieur à celui attesté par les pièces portant la légende Viteliù. avec un schéma en deux temps qui souligne la singularité de l'offrande aux dieux d'êtres humains. de pratiques comparables en Grèce - allusion probable aux cas de dîme delphique appliquée à des hommes. confronté au problème de la pression des Samnites sur les populations de la plaine campanienne .185- foyer de résistance marse était tombé devant la contre-offensive romaine. et non seulement d'animaux ou de produits végétaux. Nous connaissons cette légende principalement par le récit de Strabon. Les Sabins . "Printemps sacré" et formation des peuples italiques Cette légende samnite des origines développait le thème du ver sacrum. 12 (250). Mais qu'on ait pu ainsi subsituer le nom du Samnium à celui de l'Italie sans éprouver le besoin de rien changer à l'image qui ornait ces monnaies est révélateur pour l'identification de cette scène : cela montre que cette image référée à l'Italie se rapportait en réalité au Samnium. Il est probable que ce texte repose en dernier ressort sur l'exposé qu'aura fait sur la question un auteur comme Antio- chos de Syracuse. . mais comme des Samnites. c'est-à- dire tous les enfants qui naîtraient alors. qui faisait qu'on consacrait au dieu de la guerre . Cela se traduisait par le fait que. n'était autre que l'illustration de la légende d'origine du peuple samnite. puis Aesernia se substituèrent à Corfinium comme centre de l'insurrection. 4. effectivement choquante pour des Hellènes (malgré l'évocation. la lutte se poursuivit autour du seul foyer samnite et Bovianum. l'antique centre religieux des Samnites. devenus grands et étant considérés comme "sacrés". . Ce récit repose sur une mise en forme grecque. que l'on trouvait dans les légendes de fondation de certaines cités coloniales comme Rhégion). et 91. transposée à l'ensemble de l'Italie.auraient eu recours à ce rituel caractéristique des populations italiques. V.qui se manifeste vers le troisième quart du Vème siècle. dans le texte même de Strabon.

192. 32. 1969. Latomus. J. Cette coutume du ver sacrum. Depuis la Sabine au nord. p. on pourra se reporter à E. Paris.292-5. 1957. Or le "printemps sacré". 187. les dieux indiquaient aux hommes qui partaient fonder un peuple ou une cité l'endroit où ils devaient s'établir en leur envoyant un animal qui le leur 92. et sur son sens premier de mise à l'écart de la communauté normale des hommes. Sur toute cette question. ou au moins la représentation qu'en donnait la tradition. Heurgon. jusqu'à la Lucanie et le Bruttium au sud. 93. au caractère militaire évident. Rome et la Méditerranée occidentale. Trois études sur le ver sacrum. Remarques importantes également de P. Heurgon. Benveniste. Bruxelles. que ce soit en direction de la mer Tyrrhénienne à l'ouest. en passant par le domaine des divers peuples sabelliques puis le Samnium. faisait intervenir des animaux. p. II.23-38. Les traditions que nous avons sur ces mouvements et sur l'établissement des nouveaux peuples qui apparaissent à ce moment font généralement appel à cette notion de ver sacrum : que cela soit conforme à la réalité historique ou l'effet d'une représentation légendaire dont on aura voulu habiller après coup une réalité historique qui aurait été différente. 94. on voit se manifester alors une effervescence de ces populations italiques établies dans la chaîne centrale et gagnant peu à peu vers le sud. ils devaient partir et se trouver une terre où ils pussent s'établir par la force des armes - et grâce à la protection du dieu de la guerre à qui ils étaient voués93. en exerçant leur pression sur les peuples des plaines littorales. paraît avoir joué un rôle essentiel dans le processus d'expansion des groupes d'origine sabine et de mise en place des diverses populations italiques qui a donné une physionomie entièrement nouvelle à l'Italie du Centre et du Sud entre le Vlème et le IVème siècle av.-M. p. on se reportera J. et notamment en Campanie. cela montre l'importance qu'avait cette notion dans l'idée que ces Italiques se faisaient de leur passé94. Martin dans Contribution de Denys d'Halicarnasse à la connaissance du ver sacrum. La coutume du ver sacrum a fait l'objet de l'excellent livre de J. Sur le caractère éventuellement négatif de la notion de sacré. ou vers l'Adriatique à l'est. Selon le motif de l'"animal-guide". Le vocabulaire des institutions indo-européennes.-C.186- donc mis en dehors de la communauté^. avec les Picènes. 1973. . .

à propos du ver sacrum samnite. mais à celle. Paul- Festus. comme les Samnites. 98. appellation grecque qui recouvre le Mars/Mamers italique. Les origines de Thèbes. X. Dans le cas des Hirpins - qui sont une subdivision des Samnites -. Le terme bos. . Pline l'Ancien. On le constate pour les Mamertins de Messine. et surtout Paul-Festus. 1 10. d'un ver sacrum sabin. Sur le motif en général. manifestant par là que c'était là le lieu de destination de leur "printemps sacré". III. 93 L. rendait compte de leur nom. précisément. suivi dans leur marche un pic . Strabon nous précise que les jeunes Sabins expulsés de chez eux "le sacrifièrent à Ares qui le leur avait donné comme guide". Strabon ne donne pas le nom de l'endroit où le taureau s'était arrêté. 97. 12 (250). mais on a depuis longtemps compris qu'il s'agissait de Bovianum. Strabon. Paris. voir F. Voir G. Rome. p. 235 L. commentaire à l'Enéide. et de toute l'entreprise. puisque loup se dit hirpos dans les parlers osco-ombriens97. ne désigne pas nécessairement le seul animal châtré. au nom claire - 95. issus. Dans le "printemps sacré".187- désignât95. les hommes le rendent au dieu qui le leur a envoyé. ici encore. l'animal envoyé comme guide par les dieux avait été un loup : ce qui. mais peut s'appliquer également à un taureau. p.l 15-123. Heurgon. en ce qui les concerne. les Picentes du Picénum. du dieu de la guerre auquel les jeunes gens ont été consacrés : Strabon précise. 4. avaient été conduits depuis la Sabine par un taureau : une fois que l'animal se fut arrêté sur le territoire jusque là occupé par les Opiques. dans Mélanges offerts à J. soulignant ainsi le caractère divin de son intervention. . on n'a pas affaire à une intervention divine générique. disait-on. V. qui a joué le rôle de métropole religieuse du SamniunA Comme dans le cas des Picènes ou des Hirpins.77-80. Taunis et bos mas. 1963. 96.auquel ils devaient leur nom . Tel est en effet le sort habituel de l'animal-guide : une fois qu'il a rempli sa mission. Capdeville. Servius. Le même patronage se laisse reconnaître dans les autres cas. Ainsi. avaient. considéré autrement que sous l'angle de la fonction reproductrice.qui les aurait conduits dans la région d'Asculum96. la tradition a donc une fonction de justification des noms qui intéressent le groupe humain concerné. Les Samnites. Vian. qu'il s'agit d'Ares. 785. Parfois les peuples ainsi formés doivent leur nom au dieu de la guerre. qui est à la base du nom de Bovianum. 1976.

283-323. p. Religion und Kultus der Rômer. D'autres fois. qui veut qu'il soit offert comme victime à Mars. ce récit a été étudié par J. 100. 1961. n. 1912.242-250 (le titre de cet article reprend une formule du juriste Ateius Capito citée dans Macrobe.21-25. spécifiquement. Benveniste. G.98. IX 624. Wissowa. pour lesquels Festus nous a conservé un récit d'origine qui apparaît comme une reprise de celui que Strabon nous a laissé pour les Samnites99. en Vb. 1971. au même 99. On le devine pour les Marses : dans leur cas on ne connaît pas de récit d'origine. l'aspect "martial" du peuple et de sa fondation s'exprime par l'animal qui a guidé la migration et qui a donné son nom au peuple ainsi formé : car le pic qui a mené les Picènes dans le Picénum et auquel ils doivent leur dénomination. Heurgon. également Servius. s'adresse spécifiquement au dieu Mars102. p. est offert à Jupiterioi. viril. voir E. Ainsi le suovétaurile. p. Le vocabulaire des institutions indo-européennes. laisse penser qu'ils se considéraient eux aussi comme le résultat d'un ver sacrum. Saturnales. Capdeville. Le . cf. et le loup qui a joué le même rôle pour les Hirpins sont. 9. où le taureau intervient comme victime dans une triple série de bêtes dont le caractère masculin.20. On le constate dans la pratique sacrificielle romaine. voir la formule d'Ateius Capito citée à la note précédente . animal batailleur. p. I.ex. 14. REL. commentaire à l'Enéide. Trois études sur le ver sacrum. Voir Festus. lovi tauro verre ariete immolari non licet. Cependant G. 10. mais leur nom. Sur la question voir p. 3). certainement issu de celui du dieu Mars. Sur ce principe. 39.188 - ment dérivé de la forme Mamers du nom du dieu combattant. G. Substitutions de victimes dans les sacrifices d'animaux à Rome. p. 101. est affirmé. mais non utilisé pour la reproduction. 83. Sur la distinction entre mâle et reproducteur au niveau indo-européen. alors que le boeuf. 20-35. estime qu'il ne faut pas nécessairement interpréter cette opposition comme celle entre animaux châtrés et animaux entiers : le bos mas offert à Jupiter peut être une animal entier. 2ème édition. 150 L . Il en va de même pour le taureau qui a montré aux Samnites l'endroit où ils devaient se fixer. Le taureau du ver sacrum samnite est donc. Cette forme de génitif apparaît sur une table en écriture latine. Dumézil. . des animaux du dieu Mars. 102. MEFRA. article cité supra. animal placide. Le taureau. Munich. On parlait en latin du picus Martius et du lupus Martius et le rituel ombrien d'Iguvium évoque un Piquier Martier^^. est lui aussi lié au dieu de la guerre. G. Capdeville. III.

Mais le rapprochement est linguistiquement erroné : outre que loup ne se disait pas lukos dans les langues italiques. Notons que. n'est en rien spécifique de Mars (voir supra. vitlu. n. on a voulu se référer au modèle du ver sacrum. Quirinus. en grec. des boeufs. Il est remarquable que. . et leukos. homologue de la triade romaine primitive qui réunissait Jupiter. Le u du nom grec du loup est bref. et repose sur une ancienne diphtongue. C'est ce qui a dû se passer pour les Lucaniens. qui a donné lux en latin. et on peut légitimement le supposer pour les Marses. pour les Samnites. la prétendue dérivation du nom des Lucaniens de lukos se heurte à la quantité différente du u dans les deux mots.66). et il principe général n'empêche pas qu'on offre. En réalité le nom des Lucaniens est de la famille du nom de la lumière. Même dans ce cas. mais hirpos. Mais le fait est encore plus significatif lorsqu'on rencontre de telles traditions alors même que nous savons par ailleurs que la réalité historique a été différente. Mars. lukos. Le succès des légendes de "printemps sacré" Les diverses populations sabelliennes ont été sensibles à cette connotation martiale et s'en sont volontiers réclamés. nous l'avons vu. dans certaines circonstances. Or cela s'appuie sur une fausse étymologie de leur nom : on a voulu interpréter le nom des Lucaniens à partir du nom grec du loup.189 - titre que le pic des Picènes ou le loup des Hirpins. Vofionus. lorsque nous connaissons des traditions d'origine. Mais ce qui compte alors est le regroupement de ces trois dieux. et non des taureaux. Mars. alors que celui du nom des Lucaniens est long. les Picènes. en souligne le caractère militaire. les Hirpins. C'est le cas dans le rituel ombrien d'Iguvium lors de l'offrande de trois boeufs à chacun des trois dieux qui composent la triade fondamentale des dieux Grabovii. dans le rituel ombrien. non le caractère propre de chacun d'entre eux. Il situe d'emblée ce peuple sur un registre guerrier. à Mars. le sacrifice d'un veau. un animal martial. . Jupiter. Le sens premier devait être "les brillants" : le nom de ce peuple n'a donc rien à voir avec le nom du loup. qui signifie éclatant. blanc. Leurs monnaies affichent comme symbole une tête de loup : ce qui paraît se rapporter à une légende d'origine analogue à celle connue pour leurs voisins hirpins. C'est le cas. elles fassent appel à un "printemps sacré".

Ils se sont forgé un récit qui est une adaptation de la légende d'origine du peuple samnite103. en 288. qui édulcore la brutalité des faits et substitue le grec Apollon à l'italique Mamers . 150 L (dont le récit procède d'un certain Alfius. dont la geste avait introduit le rapprochement entre Viteliù et 103.. et plusieurs noms de lieux paraissent formés sur le nom du taureau. la tête d'Apollon et des symboles apolliniens ne les remplacent. . Sans doute le souvenir du héros à la peau de lion.selon un processus qui s'est déroulé plusieurs fois dans l'histoire de l'Italie et de la Sicile grecques. se sont emparés de la cité .20-35. étaient désireux de se référer à la tradition nationale de leur peuple et de proclamer hautement par là leur valeur militaire. Elle transparaît sur les monnaies émises au Illème siècle par les Mamertins.190 - n'y pas de référence animale à chercher dans son cas comme dans celui des Picènes ou des Hirpins. par-delà la mise en forme hellénisante connue par Festus. la même qui transparaît sur les plus anciennes monnaies des Mamertins de Messine. L'étude de J. ce qui s'est réellement passé. Mais l'événement a été ensuite interprété par les intéressés à la lumière des traditions de "printemps sacré". La référence à cet animal souligne la valeur militaire de l'Italie qui se posait ainsi face à Rome. avant que.avec l'absurdité résultante que le nom de Mamertins n'est plus expliqué.et non plus du veau ! . vers 220. vraisemblablement originaires du Samnium ou de zones voisines occupées par des populations d'origine samnite 1Q4.comme symbole de l'Italie sur les monnaies des rebelles de la guerre sociale. On rencontre dans cette zone un toponyme Mamertion. On relèvera notamment qu'il a reconnu. se référant à une légende d'origine de type samnite. qui semble avoir été un poète campanien d'époque augustéenne). a remarquablement mis en lumière ce processus de formation de la légende. J. Nous savons. l'existence d'une version primitive de la tradition identique au récit connu pour le Samnium (référence au dieu de la guerre. Il est clair que ces Italiens. C'est d'un désir analogue que doit procéder le choix du taureau . p. Heurgon a montré que les Mamertins ont dû appartenir à un groupe qui est resté fixé un certain temps dans le Bruttium. et doit être réintroduit par l'artifice d'un tirage au sort du nom qui sera attribué au peuple . . Heurgon. dans leur cas. taureau guidant la migration). Ce sont d'anciens mercenaires italiques d'Agathocle qui. sur lesquelles figurent la tête d'Ares et le taureau. Trois études sur le ver sacrum. ce qui laisse supposer l'existence dans ce secteur de Mamertins. 104. L'exemple des Mamertins est encore plus éclairant.

16. Il présentait de plus pour les insurgés l'avantage de rattacher l'Italie à une coutume spécifiquement italique et non romaine106. et qui semblent avoir été avant tout les insurgés du groupe samnite. donnant ainsi naissance à un peuple qui était fondé à se considérer comme tout aussi martial que les Romains. Pour les besoins de la cause.la tradition du ver sacrum mené par le taureau105. moins affirmée mais tout aussi réelle pour le pic). . Des légendes de ver sacrum. elle n'a exécuté ce voeu qu'avec une réti- 105. 1-4. ou de groupes apparentés. "blason" a-t-il animal. Mais la notion de Sacranes renvoie à une lointaine préhistoire. qui voulait que leurs ancêtres aient été conduits sur les terres qu'ils occupaient par le taureau du dieu Mars/Mamers. forcée de faire flèche de tout bois dans la crise sans précédent qu'a été l'invasion d'Hannibal. ils intervenaient dans la tradition romaine. 796). faisaient appel au pic et au loup. ni à une origine sabine. et dont nous avons vu qu'elle avait été reprise à leur compte par d'autres groupes. Venant de la part de Samnites. comme les Mamertins.dans le cadre de son opposition à Rome . Mais. Denys d'Halicamasse. Mais et contribué les rebelles à cette quisignification se sont réclamé guerrière ainsi du taureau. 424 et 425 L . VII. YUrbs s'est décidée. existaient (voir Servius.191 - vitlu. commentaire à l'Enéide. sans incidence sur les réalités du Latium des temps ultérieurs. un tel transfert devait être relativement aisé. Il était exclu que les Italiens pussent s'en prévaloir dans leur révolte contre Rome. I. Simplement. ils ont dû appliquer à l'ensemble de l'Italie cette légende d'origine qui avait été élaborée pour le Samnium. en 217. des Sacranes qu'on disait issus d'un ver sacrum en provenance de Réate. ont dû avoir encore davantage à l'esprit la tradition du "printemps sacré". et la seule fois de son histoire où. qui ne faisaient pas appel à la notion de ver sacrum. . outre que ni le loup ni le pic ne permettaient d'introduire l'explication du nom de l'Italie par un terme du genre de vitulus/vitlu. Le "printemps sacré" ne fait en effet nullement partie des coutumes romaines. et celle-ci les mettait en avant (d'une manière évidente pour le loup. animaux également liés au dieu de la guerre. se réfère à cette tradition mais sans donner le nom). joué. Rome aurait connu sur son sol. en des temps anciens. en Sabine (Paul et Festus. nous l'avons rappelé. à vouer un ver sacrum. En outre leur définition faisait l'objet de discussions et d'autres thèses. 106. l'Italie entière se voyait désormais attribuer .

dans un second temps. . Mais surtout cela en souligne la liaison avec le héros fort vainqueur de monstres de la mythologie grecque. en compagnie d'Héraklès. son irréductible hétérogénéité.qui est la caractéristique essentielle de la coutume . L'existence d'autres monnaies que celles qui montrent l'affrontement du taureau italique et de la louve romaine prouve que l'animal était porteur d'autres valeurs. dans cette version romaine. Le taureau italique. 108. du rapprochement linguistique qui mettait en rapport le nom du pays avec un terme désignant un bovin dans les langues italiques. parce que la cérémonie avait été mal accomplie l'année précédente ! En outre un certain nombre d'innovations dénaturaient la nature du "printemps sacré". qui n'ont pas été indifférentes à son choix comme "blason" par les Italiens rebelles.ce qui constituait pourtant le caractère le plus original de ce voeu. il a même fallu recommencer en 194.91. on offre aux dieux végétaux et animaux. J. C'est cette particularité qui explique la structure en deux temps du récit sur le ver sacrum samnite ou mamertin.soit accomplie. l'Italie de la guerre sociale affirmait sa différence. Cela rappelle déjà que l'explication était née en liaison avec la légende du passage du héros dans la région. dans certaines émissions. n. plus complexes. celui qui avait frappé les Grecs confrontés au phénomène^. p. et il faut une révélation particulière pour que. Le taureau apparaît. en 195. . voire hostile à la coutume du ver sacrum. La promesse de 217 n'a été exécutée que dix- sept ans plus tard. qui répond à une élaboration en milieu grec : dans un premier temps. Cet épisode fait l'objet de la dernière des Trois études sur le ver sacrum de J. Face donc à une Rome étrangère. Voir supra. à Mars et surtout on s'était bien gardé de faire porter le voeu sur les enfants . ne doit pas être ramené à l'étroite dimension d'une utilisation complaisante. Heurgon. en privilégiant ce type de légende. Jupiter se substituait. de la part des insurgés. sans comprendre qu'il exigent aussi l'offrande des êtres humains nés lors du "printemps sacré". cette partie du voeu .-C. réponse à la louve romaine Ainsi la mise en avant du taureau comme symbole de l'Italie sur le monnayage des révoltés de 90 av. depuis longtemps intégré dans le panthéon 107.192- cence extrême107.36-51.

Il renvoyait par là à une page glorieuse du passé des populations de souche sabine . Au départ le 109. 189-199. à celle de taureau. seule susceptible de rendre compte du nom de l'Italie. on ne peut pas parler d'une véritable tradition qui aurait fait de l'Italie la terre du taureau. p. Au moment où. Devoio. Cependant. on ne doit pas méconnaître ce que cette référence au taureau avait d'artificiel. p. Données dans G. ont assurément compté plus que la stricte fidélité à l'étiologie rendant compte du nom de l'Italie à partir de vitulus/xit\u : contrairement à la rigueur linguistique du rapprochement. de son passé.sur lesquelles le nom du Sam- nium vient parfois remplacer celui de l'Italie . Voir aussi maintenant A. l'Italie semblait tourner le dos à Rome et à son modèle de res publica. Et c'est probablement cette référence qui a été la plus importante pour les révoltés. Ces valeurs.193- italiquelo9. centrée sur des traditions proprement italiques. du Vlème au IVème siècle. Le taureau renvoyait à la coutume du "printemps sacré". et surtout ceux du groupe samnite auquel ces monnaies paraissent avoir été destinées en priorité. Gli antichi ïtalici. 1989. à travers l'organisation de type fédéral qu'elle se donnait. sémantiquement abusif et qui ne pouvait pas ne pas être perçu par des individus de langue osque. Par ailleurs. de construit.529. liées à la personnalité d'Héraklès. . l'image du taureau venait lui proposer une autre vision d'elle-même. le taureau exprimait la grandeur et la force militaire d'une Italie qui n'était pas romaine.parmi lesquelles se recrutait la quasi-totalité des rebelles -. et non romaines.en une histoire qui ne devait rien à Rome. sur la majeure partie du Sud de la péninsule . Elle forçait les données linguistiques. Le religioni degli ïtalici. Prosdocimi. Mais d'autres monnaies . issu d'un ver sacrum guidé par le taureau envoyé par le dieu Mars. dans Italia omnium terrarum parens. promue au rang de légende valable pour l'Italie entière. Milan. En somme. qui parle d'Héraklès comme de "la divinité grecque qui a le plus profondément et le plus précocement pénétré la religion italique".montrent qu'une autre tradition. a exercé son influence : celles qui paraissent évoquer la légende d'origine du peuple samnite. mais en accord avec la nature du héros et les valeurs dont il était porteur.L. l'épopée de leur expansion. puisqu'elle suppose le glissement. que Rome refusait pour sa part. on a remplacé le veau de l'anecdote par un vigoureux taureau. de ses références légendaires. de la notion de veau. italique cette fois. .

véhiculée par la littérature grecque. le genre humain accepte cette prétention sans difficulté. faite en milieu hellénique et sans la moindre incidence quant aux représentations des indigènes eux-mêmes. quand elle attribue sa naissance et celle de son fondateur au dieu Mars de préférence à tout autre. Au fond. Face à la louve qui avait nourri de son lait les jumeaux fondateurs. les alliés se sont aussi opposés à ses traditions.194- rapprochement avec le nom d'un bovin. s'appuyant sur une tradition connue et admise par tous. Au reste la superposition des références légendaires dans le motif du taureau italien . Préface.cette doctrine comme étrangère. Il est probable que les Italiens ont toujours perçu .à l'image des auteurs latins qui rapportent cette explication . 7 : "Si jamais on doit reconnaître à une nation le droit de sanctifier son origine et de la rattacher à une intervention des dieux. tout comme il accepte son autorité" (traduction G. Sans doute la tradition relative au ver sacrum. qui elle est profondément ancrée dans les réalités italiques. l'application à l'ensemble. 1940). S'insur- geant contre la res publica romaine. Mais on savait parfaitement que c'était là la légende d'origine des Samnites.celle à Héraklès et celle au ver sacrum - montre qu'on ne saurait y voir l'expression d'une conviction profondément ancrée dans les mentalités. a les caractères d'une élaboration érudite. Paris. Tite-Live. Budé. on a l'impression que ces Italiens en révolte ont voulu se donner une identité en s'attiibuant un symbole animal. Or les monnaies sur lesquelles le taureau italien lutte contre la louve romaine nous donnent peut-être la clé de cette tentative d'affirmation d'une Italie dressée contre Rome. Baillet. et que son application à l'Italie ne pouvait être le résultat que d'un transfert. est-elle venue renforcer l'idée que l'Italie fût la terre du taureau. qui pour les Romains était le signe de la protection accordée par le dieu Mars à leur cité et de l'hégémonie universelle qui lui était promise. Mais on ne peut se départir d'un sentiment de création artificielle. . ils ont 110. Il faut plutôt le considérer comme un symbole que les Italiens ont voulu se donner et mettre en avant dans le cadre de leur sursaut contre Rome. . la gloire militaire de Rome est assez grande pour que. à cette histoire romaine des origines dont Tite-Live proclamait que YUrbs avait le droit de l'imposer aux peuples qu'elle avait vaincus110. édition G. et qu'ils l'ont trouvée en se posant comme le peuple du taureau. de la péninsule d'une histoire dont on savait bien qu'elle concernait au départ le seul Samnium.

Mais nous retrouvons ici ce que nous avons déjà cru pouvoir constater pour Métrodore. . Dans le cas des insurgés italiens de la guerre sociale. Mais le taureau italien. 195- voulu se donner un autre animal. En ce début du 1er siècle av. c'est la tradition romaine des origines qui est première. cette position désormais dominante de la tradition romaine s'est traduite par l'élaboration d'une doctrine. J. tel que les alliés en révolte l'ont fait figurer sur leurs monnaies. dans un tout autre milieu.-C. qui triomphât de la lupa Romana et montrât que les faveurs du dieu de la guerre n'allaient pas nécessairement à VUrbs. ou au moins d'un symbole qui se voulût le pendant italique de la légende de la louve du Lupercal. n'est finalement qu'une pâle imitation de la louve romaine qu'il affronte. qui impose aux ennemis de VUrbs leur propre vision.

mais qui avaient aussi bien sûr leurs caractères propres et le cas échéant. aux extrémités occidentales du monde antique. au service de Carthage. de l'époque de Denys de Syracuse à celle de Mithridate. d'Italiques. nous l'avons vu avec les derniers.-C. dans l'Antiquité. mais également des Hellènes qui étaient sortis des frontières du monde grec pour trouver de nouveaux champs d'action en terre barbare. Conclusion Notre enquête nous a mené des débuts du IVème à ceux du 1er siècle av. d'une vision négative des origines de Rome nous ont permis au moins d'entrevoir la diversité de la réflexion que l'avancée de la conquête romaine a suscitée chez ceux qui en ont été les victimes. Elle nous a fait rencontrer des Grecs.. on ne s'étonnera pas de constater . Les maigres restes que nous avons essayé de retrouver. ce qui. pouvaient aboutir à des synthèses profondément originales. Mais elle nous a conduit beaucoup plus loin. jusqu'aux marges asiatiques de l'hellénisme.. Mais ils n'ont pas été les seuls que nous avons dû prendre en considération : notre étude nous a mis en présence de Puniques. que ce soit à l'ouest. au service d'un monarque aux claires attaches iraniennes comme Mithridate. Elle nous a mis en présence de peuples voisins des Romains. Etant donné l'origine hellénique de beaucoup des témoignages que nous avons examinés. malheureusement. peuples chez qui l'influence culturelle grecque a sans doute été essentielle. que nous avons trop souvent été contraint de tenter de reconstituer à partir d'hypothèses. se répétant à plusieurs reprises dans le temps. que ceux de Grèce propre. Nous avons même senti. la présence menaçante des Gaulois en arrière-plan . ou à l'est. depuis les bords de l'Océan. était un mode normal d'appréhender ce qu'était un peuple ou une cité. J. avec Syracuse. d'Etrusques.au point qu'on ait pu imaginer l'aberration historique d'un passé celtique de Rome. et ils ont cherché à en définir la nature et les caractères par une prise de position sur le problème de Yorigo gentis. ou plutôt. avec le royaume du Pont. Rome leur a posé problème. aussi bien de ceux des colonies occidentales. avec l'Héraklès- Melqart gaditain. comme les Etrusques et les Italiques.

Même des non-Grecs comme les Etrusques s'y réfèrent : eux-mêmes se posent comme de pure souche hellénique. jusque par-delà la barrière infranchissable des Alpes. . qui était au reste mal placé pour jouer de l'opposition Grecs/barbares puisque.si du moins c'est bien lui. et jouent de cette prétendue ascendance grecque pour justifier leur hostilité envers les descendants des Troyens que sont les Romains. qui était simplement de relier la ville au monde de l'épopée. il s'était mis. à caractère prophétique et ouverte sur l'avenir.198 - que l'opposition Grecs/barbares a joué un rôle essentiel. Cependant le jeu de l'opposition Grecs / barbares peut être plus subtil . ou plutôt les lettrés. pour fonder sur cette observation une conception articulée et répétitive du temps. pour qui n'apparaît rien de tel. comme Denys d'Halicarnasse se fera un malin plaisir de le faire remarquer . que le point de départ d'une réflexion sur le sens de l'histoire. Mais c'est peut-être la démarche de ce dernier auteur. Mais d'autres préoccupations se font jour. en détournant la signification qu'elle avait au départ. il ne joue de ce thème que comme d'un élément parmi d'autres de l'entreprise de retournement de la tradition romaine à laquelle il s'emploie. sur les fresques de la tombe François à Vulci. tenant compte des événements ultérieurs. L'expédition d'Hannibal se place sous l'éclatant patronage d'Hérakles. de leur entourage. différents des Romains. Dès avant Pyrrhus donc. liés à l'hellénisme . au service d'un roi barbare. le plus récent de ceux que nous ayons étudiés.par le biais de leurs liens avec la Sicile ou leur association à l'aventure occidentale d'Hérakles -. ont dû faire place à leurs encombrants alliés celtes : dans leur vision du passé de Rome. ils ont utilisé dans un sens polémique la légende des origines troyennes de Rome. soigneusement enregistrés. parfois de plus vaste portée et susceptibles de faire passer au second plan la définition barbare de Rome. L'entreprise de . qui devient le modèle et le prototype du chef carthaginois dans sa marche depuis les bornes de l'extrême-Occident. qui permet le mieux de replacer dans une perspective historique globale les divers éléments que nous avons pris en considération. comme nous le pensons. poètes ou historiens. Denys de Syracuse puis Hannibal. que ses critiques visent !-. lui Hellène.si les circonstances y obligent. il y aura dès lors de bons barbares. La perception religieuse de l'univers qui est un trait essentiel de la mentalité tyrrhénienne fait que la référence à la guerre de Troie ne constitue plus. Quant à Métrodore de Scepsis.

Néanmoins cette démarche témoigne de ce que.après Phérécyde . c'est désormais Rome qui impose ses traditions : la version des origines de la cité de ses adversaires ne peut plus être qu'une lecture inversée du récit romain. avec les Etrusques de Vulci dont la tombe François nous a gardé trace des conceptions. 199 Métrodore est intellectuellement décevante : elle se réduit à un dénigrement systématique du contenu du récit annalistique. Au IVème siècle av. on peut dire que c'est désormais leur propre tradition qui se forme par référence au modèle romain. au stade de Denys de Syracuse. on a assurément une attention réelle à Rome. que l'on s'intéresse à Rome : elle n'est pas vraiment prise en considération pour elle-même. et en réaction contre lui.un point comme l'allaitement miraculeux des jumeaux fondateurs par la louve : mais. en ce début du 1er siècle av. elle n'en est plus qu'un sous-produit.-C. on a même un souci d'information et une connaissance du passé romain qui se révèlent des plus précieux pour nous par ce . le lettré de Scepsis semble avoir considéré le fait comme historique.même dans les conditions de l'époque . et à en donner une certaine idée au travers de la grille de lecture qu'ils permettaient. Bien du chemin a donc été parcouru depuis les premières formes de visions négatives que nous avons rencontrées ! A l'époque de Denys de Syracuse. On restait à l'intérieur de schémas helléniques. et dans lesquelles on jonglait avec les figures mythologiques et les éponymes inventés pour la circonstance. sans que la prise en compte des données locales entrât réellement en ligne de compte. C'est à peine même si on peut dire. J. la dépendance par rapport à la ti'adition romaine devient encore plus flagrante : dans la mesure où on peut parler d'une sorte de légende d'origine à leur propos. J.-C. Et dans le cas des Italiques en révolte contre Rome à l'époque de la guerre sociale. puisqu'elle ne semble avoir fait l'objet d'une reconstruction de son plus lointain passé que dans la mesure où elle concernait indirectement le tyran syracusain. sans qu'il y avait véritablement effort de construction personnelle. à la différence de certains auteurs latins de son époque. Il aurait été pourtant possible de soumettre à une critique rationnelle . on avait toute latitude pour se lancer dans des constructions généalogiques d'un genre que les historiens . par le biais de ce qu'avaient fait ses alliés gaulois avant qu'il les associât à sa politique. on cherchait à appréhender la réalité indigène.avaient de plus en plus tendance à abandonner aux poètes.

est apparu : l'intervalle entre Silénos et Métrodore a vu la naissance de l'historiographie romaine . Et surtout le souvenir des événements réels est mêlé à la référence mythique à la guerre de Troie. Désormais les historiens étrangers ne peuvent plus ignorer le discours que Rome tient sur elle-même.200 - que document nous apprend de l'histoire effective de VUrbs au Vlème siècle av. Il n'en reste pas moins que. Bickerman l'a souligné dans son article sur les origines gentium paru en 1952 dans Classical Philology. dans ses implications par rapport à Rome. les Grecs ont été lents à admettre le récit romain des origines de VUrbs. comme E. et des données que les habitants de Vulci pouvaient connaître par leurs propres traditions sur Rome. En revanche. et c'est sa conception du passé qui sert de base incontestable pour toute présentation qui se veut sérieuse et crédible de son histoire. J.dont la nécessité s'est précisément fait sentir lorsque les Romains ont constaté l'impact de l'oeuvre de Silénos. Sosylos et leurs semblables dans la perception que les Grecs avaient de leur cité. ou son avatar hellénisant Evandre.-C. fondée sur une conception du temps de nature religieuse. elle s'inscrit exactement dans la ligne de la tradition qui avait alors cours dans VUrbs : la présentation de Silénos ne se comprend que comme une réfection d'un type de légende locale. Assurément.J. La présentation héracléenne qu'Hannibal donne à son expédition ne se réduit certes pas à une simple reprise de la légende romaine d'Hercule. et qui faisait appel à la figure profondément ancrée dans la réalité indigène qu'est Faunus. Mais à ce stade un facteur nouveau. intégré avec lui dans une perception de l'histoire qui est profondément tyrrhénienne. On est déjà sur la voie de ce qui apparaîtra à plein au niveau de Métrodore de Scepsis. . lorsqu'on descend au fil des siècles. qui apparaît historiquement bien plus crédible que les légendes et les reconstructions complaisantes du récit annalistique. A cette époque d'ailleurs le rapport intellectuel avec Rome est inverse de ce qu'il sera plus tard : dans la mesure où on devine une perception romaine de l'histoire pour cette période. la part de Rome devient de plus en plus importante dans l'image que ses adversaires en donnent. Mais il s'agit d'une documentation étrusque. que nous pouvons saisir par Polybe ou Justin. elle semble tributaire de la vision étrusque du temps. L'essentiel est donc étrusque. pendant longtemps ils ont continué à diffuser des présentations de la naissance de la cité qui n'avaient pas grand rapport avec la . et capital.

Des fables comme celle des fils de Galatée et de leurs liens avec les Aborigènes. et qui le cas échéant émanaient d'ennemis de la cité. la conception négative qu'avait répandue cette historiographie hostile prévalait encore chez beaucoup de ses compatriotes. L'histoire de la vision négative des origines de Rome qu'ont propagée ses adversaires a suivi les étapes de la lente progression qui. celle que les historiens romains et les Grecs qui reprennent leur point de vue présentent dans leurs écrits. qu'il n'est pas conforme à la version la plus accréditée de la naissance de la cité. devait aboutir à ce que VUrbs égalât quasiment son empire aux dimensions du monde alors connu. Nous nous sommes arrêté avec Métrodore de Scepsis à l'époque de Mithridate. . même après que Rome eut commencé à diffuser sa propre présentation des faits. se poursuivant de génération en génération. il restait encore beaucoup à faire pour que disparût le geistige Widerstand gegen Rom dont parlait H. une grande importance. La vision des ennemis a eu. Elle avait certes beaucoup évolué depuis les élucubrations sur le passé celtique de Rome que nous avons rencontrées pour une période antérieure . . Et c'est peut-être encore plus vrai pour un auteur cherchant par là à discréditer les Romains : sa critique serait trop facile à réfuter s'il suffisait d'opposer à son récit qu'il n'a aucune valeur historique. Mais il serait faux de ne prendre en considération que cet aspect finalement subordonné à Rome et au progrès de sa conquête. en pleine époque augustéenne. Comme le rappelle E. Des poètes de l'entourage de Denys de Syracuse à Métrodore de Scepsis. la présentation antiromaine des débuts de VUrbs a donc été contrainte à de profondes transformations.mais qui après tout restaient encore possibles aux environs de 200 av. Mais au 1er siècle av. Fuchs. en son temps.201 - légende nationale du fondateur Romulus. A l'aube de l'Empire. un historien qui se veut fiable ne peut plus se permettre de présenter une version qui serait par trop contraire à la tradition romaine. Il pouvait se faire une idée de VUrbs et de ses origines d'après des versions qui lui étaient plus directement accessibles. J. à l'époque de Mithridate. les interprétations déprécia- tives d'une tradition comme celle de YAsylum étaient souvent la seule information que des étrangers pouvaient avoir sur Rome.-C.-C.J. Mais le témoignage de Denys d'Halicarnasse . J. le public hellénique n'était pas nécessairement porté à privilégier ce type de récit. Bickerman dans ce même article.qu'il n'y a pas lieu de récuser .montre que.

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-205- Planche I TOMBE FRANÇOIS Plan d'ensemble de la tombe François Panneau n°6 : le sacrifice des prisonniers troyens .

-206- Planche II Panneau n°2 : exploits des héros vulciens ÎlM ) Panneau n°7 : combat d'Etéocle et Polynice Panneau n° 3 : défaite de Cnaeus Tarquin de Rome Panneaux n°8 et 9 : Nestor et Phénix .

-207- Planche III Panneaux n°5 et 1 à l'entrée de la chambre VII panneau n°5 : prisonnier troyen panneau n°l : libération de Caeles Vibenna Entrée de la chambre V avec sa porte murée (panneaux n°4 et 12 du décor de part et d'autre de la porte) .

1983. . Maggiani parus dans Dialoghi di Archeologia. -208- Planche IV Panneau n°10 : Ajax se saisit de Cassandre Panneau n°ll : les Enfers Le plan de la tombe François et les dessins du décor ont été tirés des articles de F. 3. 1/2. Coarelli et A.

-209- Planche V MONNAIES DES INSURGES DE LA GUERRE SOCIALE Monnaies avec le taureau terrassant la louve Monnaies avec Héraklès et le taureau .

L'Italie romaine. d'Hannibal à César. . de Cazanove et C. 1994. Moatti. Paris. -210- Planche VI MONNAIES DES INSURGES DE LA GUERRE SOCIALE (suite) Monnaies avec homme armé et taureau (monnaies avec légende Viteliù) Monnaies avec homme armé et taureau (monnaies avec légende Safinim) Les dessins des monnaies ont été tirées de l'ouvrage de O.