You are on page 1of 47

CERNA, Centre d’économie industrielle Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris 60, bld St Michel - 75272 Paris cedex

06 Téléphone : (33) 01 40 51 90 91 / 90 71 Télécopie : (33) 01 44 07 10 46 E-mail : cerna@cc.ensmp.fr http://www.ensmp.fr/Fr/CERNA/CERNA

Les trois premières années de la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun (95/96-96/97-97/98) : origine des conflits entre les acteurs et proposition d’une nouvelle démarche
Jean-Christophe Carret

Présenté au Séminaire FORAFRI de Libreville Session 0 : politiques et marchés Octobre 1998

Jean-Christophe Carret

Cerna

Résumé
Ce texte1 propose une analyse des trois premières années (95/96-97/98-98/99) du processus en cours de réforme de la fiscalité forestière au Cameroun, premier pays à s’être engagé dans une réforme qui progressivement devrait s’étendre à l’ensemble du bassin du Congo. Elle se déroule dans un contexte marqué par l’ajustement structurel auquel sont soumis tous les États de la région et par l’existence d’une forte préoccupation internationale pour les conséquences environnementales de l’exploitation de la forêt tropicale. La principale caractéristique de ces trois premières années est qu’elles se sont déroulées dans une atmosphère de crise. Les différents acteurs, le gouvernement camerounais, la Banque Mondiale et les entreprises, ont campé sur leurs positions respectives en concluant des accords qui, à chaque fois, n’ont duré que le temps d’une trêve. Le texte essaie de comprendre les raisons qui, au delà d’une divergence de points de vue normale compte tenu de la présence de plusieurs acteurs aux logiques différentes, ont divisé et continuent à diviser si profondément les trois principaux protagonistes. Pour cela, une enquête a été menée pendant les mois de décembre 97 et de janvier 98 : des entretiens ont été effectués avec les différentes administrations concernées par la réforme, les principaux bailleurs de fonds et les directeurs d’entreprise et une recension quasi exhaustive de l’ensemble des documents produits par les uns et les autres au cours du processus de réforme a été réalisée. La chronologie des principales étapes des trois premières années de la réforme a été reconstituée et plusieurs façons de réaliser le bilan chiffré de la réforme ont été expérimentées. Deux raisons, fondamentalement, expliquent le caractère conflictuel de la réforme : • quelque soit la méthode choisie, il est très difficile de réaliser le bilan chiffré de la réforme. La procédure est fastidieuse compte tenu du grand nombre de cas de figures à prendre en considération et aléatoire en raison de la mauvaise qualité des statistiques. De plus, l’Etat et les entreprises n’ont pas la même façon de calculer le « coût de la matière première » ou « prix du bois sur pied » dont l’augmentation est un des principaux enjeux de la réforme,
1

Ce texte reprendet enrichit la synthèse de l’étude du Cerna réalisée avec la collaboration de P.N. Giraud « La réforme de la fiscalité forestière au Cameroun : contexte, bilan et questions ouvertes », à la demande de l’IFIA (Interafrican Forest Industries Association). Cet organisme regroupe les syndicats des principaux pays forestiers africains, donc les principaux opérateurs industriels présents dans cette région. L’étude, un document de 159 pages datée du mois de main 1998, a été présentée au gouvernement camerounais le 17 juin 1998 à Yaoundé (hôtel Hilton).

2

Jean-Christophe Carret

Cerna

• l’utilisation de la fiscalité forestière d’une part comme un instrument économique d’incitation à la gestion durable et d’autre part comme un instrument tarifaire de protection de l’industrie locale de transformation a été envisagée d’un point de vue purement dogmatique et n’a pas fait l’objet d’un véritable débat. La Banque Mondiale a en effet entrepris cette réforme en considérant premièrement que la taxe était forcément supérieure à la règle pour obtenir des exploitants forestiers qu’ils se conforment aux principes de la gestion durable et deuxièmement que la protection tarifaire des usines de transformation devait être supprimée parce qu’elle avait d’évidents effets pervers sur l’efficacité de la transformation et sur les conséquences environnementales de l’exploitation. En conclusion, les principes d’une réforme qui éviterait ces deux écueils sont esquissés. Il est proposé de construire une modèle d’entreprise forestière et de simuler son comportement face à des changements de la fiscalité forestière. Cette méthode présente un triple intérêt : • elle permet, en proposant un niveau d’analyse micro-économique, de contourner les difficultés statistiques associées à l’analyse macro-économique, • elle constitue un plan d’épreuve expérimental des deux idées qui ont guidées la réforme au Cameroun, c’est à dire l’utilisation de la taxe comme un instrument d’incitation à la gestion durable et la suppression de la protection tarifaire de l’industrie de transformation, • elle fournit une représentation objective de la dynamique de l’exploitation des forêts et de la transformation du bois au Cameroun pouvant servir d’instrument de négociation entre l’Etat, l’industrie et les bailleurs de fonds et prévenir ainsi d’éventuels conflits. Le texte est construit en six parties. L’introduction précise le champ de l’analyse d’une réforme de la fiscalité forestière (I). Le contexte général dans lequel la réforme a pris place ainsi que la logique des trois principaux acteurs engagés sont rappelés (II). La chronologie des principaux événements ayant marqué les trois premières années du processus de la réforme est résumée (III). Le bilan chiffré des trois premières années de réforme selon les critères de l’Etat et de la Banque Mondiale est présenté sous forme synthétique et commenté (IV). La façon dont les entreprises pourraient réaliser leur propre bilan selon une méthode qui n’est pas celle de l’Etat ni de la Banque Mondiale est explicitée et commentée (V). La conclusion détermine les causes du caractère conflictuel de la réforme et propose les principes d’une démarche destinée à éviter les conflits (VI). En annexe sont réunis et brièvement commentés l’ensemble des documents recensés et analysés au cours de l’enquête.

3

Jean-Christophe Carret

Cerna

Introduction : champ de l’étude
La fiscalité forestière est un instrument qui permet à l'État de prélever une partie de la « rente différentielle forestière ». Cette rente différentielle forestière naît de l'existence d'une différence entre le coût de production et le prix de vente du bois sur le marché international. La différence est due à la qualité "naturelle" de la ressource forestière. Il est donc normal que l'État en prélève une partie puisque celui-ci est propriétaire de la ressource naturelle. En revanche, il doit en laisser une partie aux entreprises, de manière à ce que le taux de profit qui en résulte soit incitatif à investir dans la filière bois du pays. La rente différentielle est variable : • dans le temps car les prix de vente connaissent des fluctuations importantes, • dans l'espace selon les régions d'exploitation (en raison de la distance au port d'exportation, du mode de transport, du relief et de la qualité naturelle des sols), les essences et les qualités. L'intensité et le mode de capture de la rente différentielle forestière par l'État ont une importance capitale sur la dynamique industrielle : • en faisant varier l'intensité, c'est à dire en laissant une proportion plus ou moins importante de la rente différentielle aux exploitants forestiers, l'État est susceptible de rendre l'exploitation de sa ressource plus ou moins attractive pour les investisseurs notamment en comparaison avec d'autres territoires africains ou de la zone tropicale. • en adoptant un mode de capture plutôt qu'un autre, l'Etat peut orienter l'exploitation forestière en incitant au prélèvement de certaines essences et de certaines qualité et influer sur le mode de valorisation national des grumes exploitées en incitant plutôt à l'exportation des grumes ou à leur transformation sur place. L’analyse des trois premières années de la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun porte strictement sur la fiscalité forestière. • elle récapitule les changements intervenus lors des Lois de Finances successives (95/96, 96/97, 97/98) dans les assiettes et les taux des cinq taxes qui composent la fiscalité forestière, telle qu’elle est définie par le code forestier du 20 janvier 1994 : la redevance annuelle de superficie, la taxe d’abattage, les droits et taxes de sortie sur les grumes consommées par les usines du territoire national et ceux sur les grumes exportées en l’Etat, la surtaxe progressive à l’exportation.

4

Jean-Christophe Carret

Cerna

• elle évalue les conséquences de la réforme sur les recettes fiscales de l’Etat et des collectivités locales. • elle examine l’évolution du « coût de la matière première », dont une définition précise est donnée dans la cinquième partie (car pour les entreprises, il ne se limite pas aux cinq taxes recensées par le code forestier), pour une entreprise-type exploitant et transformant diverses essences en zone III2 (régions du centre et de l’est). On ne saurait pourtant réduire les retombées fiscales de l’industrie d’exploitation et de transformation du bois à la seule fiscalité forestière ni les conséquences d’une telle industrie pour l’économie du pays aux seules retombées fiscales de quelque nature qu’elles soient. Les entreprises paient en effet de nombreuses autres taxes dont (mais la liste n’est pas limitative) : les taxes à l’importation des biens d’équipements et des consommations intermédiaires, les impôts sur les bénéfices industriels, la taxe sur le chiffre d’affaires (TCA) et les impôts sur les salaires. Quant aux conséquences pour l’économie du pays, il faut notamment prendre en compte les emplois directs et indirects créés par cette activité ainsi que les infrastructures économiques et sociales qu’elle contribue à mettre en place, notamment en milieu rural. Leur prise en compte serait indispensable à une évaluation d’ensemble du rôle de cette industrie dans l’économie camerounaise. Ce sont aussi des questions qui ont fréquemment été évoquées au cours des discussions entre acteurs pendant les trois premières années de la réforme de la fiscalité forestière. Cela dit, cette analyse, à dessein, n’étudie pas ces deux aspects de l’activité industrielle. Premièrement pour des raisons de clarté, évidentes à la lecture du texte (cet article et l’étude complète), étant donné l’extrême complexité du processus de réforme de la fiscalité forestière, deuxièmement parce que le processus pose en lui-même des questions que l’on peut résoudre, dans un premier temps, indépendamment des deux autres.

Contexte de la réforme et logique des acteurs
Au départ, la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun est imposée par la Banque Mondiale et le FMI, dans le cadre des programmes d’ajustement structurel. La même réforme est aujourd’hui à l’étude pour le Gabon. Elle devrait ensuite s’étendre progressivement aux autres pays du bassin du Congo : la République de Centrafrique, la Guinée Équatoriale et les deux Congo.

2

Au Cameroun, la table des valeurs mercuriales utilisée pour le calcul des taxes ad-valorem distingue trois zones d’exploitation : I, II, III. Elles identifient des classes de distances croissantes pour le transport intérieur.

5

Jean-Christophe Carret

Cerna

Cela dit, la réforme se déroule ou se déroulera dans des pays où l’Etat, si endetté soit-il, reste souverain et où le gouvernement est forcément obligé de négocier, selon des modalités qui peuvent varier d’un pays à l’autre, avec l’assemblée nationale et le patronat, voire avec les populations locales. Autrement dit, il n’existera certainement pas de réforme « standard » et il est donc préférable de parler de réformes au pluriel même si les processus et leurs résultats vont présenter un certain nombre de caractéristiques communes. De plus, la Banque Mondiale et le FMI bénéficieront progressivement d’un recul qu’elles ne possédaient pas au Cameroun et elles ajusteront certainement leurs principes aux réalités régionales. Contexte Une réforme fiscale incorpore nécessairement des éléments d’un contexte qui la rendent indissociable de celui-ci. De plus, une même mesure fiscale peut avoir, selon le contexte, des conséquences différentes. Pour les pays du bassin du Congo, le contexte est celui : • de l’après sommet de Rio, c’est-à-dire celui du débat général sur la gestion durable des forêts tropicales et celui, plus technique, sur l’aménagement durable des concessions forestières, • des ajustements structurels auxquels sont soumis les États et leurs administrations, • de l’apparition soudaine en Afrique Centrale des acheteurs de bois en grumes puis des investisseurs d’Asie de l’Est. La mise en œuvre d’une réforme de la fiscalité forestière dans les pays du bassin du Congo, après le sommet de Rio, doit contribuer si possible à réglementer l’exploitation forestière de façon à la rendre compatible avec les règles de gestion d’une ressource naturelle renouvelable et procurer des revenus aux populations locales. Les programmes d’ajustement structurels confèrent à la réforme de la fiscalité forestière un caractère obligatoire, à terme, pour tous les pays du bassin du Congo, en font l’instrument privilégié de la politique économique des États et lui fixent comme objectif premier d’augmenter les recettes fiscales des États tout en essayant si possible de concilier cet objectif avec les préoccupations environnementales au sens large, issues du sommet de Rio. L’arrivée d’acheteurs asiatiques de grumes de déroulage ou d’investisseurs malaysiens, n’exerce aucune contrainte, contrairement aux deux précédents événements, sur la réforme. Au contraire, elle offre des possibilités nouvelles au réglementeur puisqu’elle favorise la récolte de nouvelles essences et de qualités plus basses pour les essences connues. Mais si les

6

Jean-Christophe Carret

Cerna

possibilités sont en théorie plus nombreuses, la complexité de l’outil fiscal, en revanche, s’accroît et la possibilité de l’utiliser à bon escient, s’amenuise. Toujours est-il que cet événement, toutes choses égales par ailleurs, contribue certainement par ses effets sur les prix et les volumes, à augmenter les recettes fiscales des États. Tel est donc le contexte dans lequel s’inscrit ou s’inscrira, pour ceux des pays du bassin du Congo où elle n’a pas encore commencé, la réforme de la fiscalité forestière. La tâche du réglementeur est donc de conjuguer et les différentes contraintes, et les nouvelles possibilités qui lui sont offertes. Qui est le réglementeur ? Si, comme nous le disons plus haut, le FMI et la Banque Mondiale sont les instigateurs de la réforme, l’Etat, souverain, en est le promoteur. Sans oublier les entreprises avec qui l’Etat, et la Banque Mondiale, dans une moindre mesure, doivent composer. Par conséquent, si on considère que le réglementeur doit négocier avec les entreprises, il convient d’examiner soigneusement la logique de chacun. La logique des acteurs Pour la Banque Mondiale et le FMI, l’objectif de la réforme doit être conforme à la philosophie générale de l’ajustement structurel : elle doit augmenter les recettes fiscales de l’Etat, à condition, surtout pour la Banque Mondiale, que cela satisfasse aux recommandations du sommet de Rio, notamment celles concernant la gestion durable des forêts tropicales. De fait la Banque Mondiale, du moins ses représentants chargés du dossier au Cameroun, estime que l’augmentation de la pression fiscale couplée à un transfert en amont du processus productif et à une diminution voire une suppression de la protection de l’industrie nationale de transformation (la protection se justifiant par le fait que ce sont des industries « naissantes ») constituent des incitations économiques au respect par les entreprises de la contrainte imposée par le sommet de Rio. L’Etat, lui, a une double contrainte : celle imposée par le sommet de Rio et celle issue des principes de l’ajustement structurel. Mais il n’a pas, à proprement parler, de principes et d’objectifs spécifiquement fiscaux. Il a une « politique forestière », composée d’objectifs hétérogènes et imbriqués, dont l’augmentation des recettes fiscales et la gestion durable de ses forêts puisque ce sont des objectifs qui lui sont imposés, mais aussi des objectifs qui lui sont propres comme la promotion des entrepreneurs nationaux ou l’industrialisation de sa filière bois. Les entreprises d’exploitation et de transformation implantées en Afrique Centrale n’ont pas a priori de principes et d’objectifs pour la réforme de la fiscalité forestière à proprement parler, si ce n’est qu’elles ont leur point de vue à exposer sur la complexité des procédures

7

Jean-Christophe Carret

Cerna

administratives auxquelles les contraint un changement de fiscalité. En revanche, elles ont d’une part un objectif de rentabilité et d’autre part deux contraintes réglementaires imposées par les États : transformer une partie de leur production dans des usines de transformation locales et préparer des plans d’aménagement durables des concessions que l’Etat leur attribue, puis se conformer aux règles d’exploitation qui en découlent. Si le problème de la Banque Mondiale est de convaincre que ses principes de réforme sont compatibles avec les recommandations du sommet de Rio, celui de l’Etat et des entreprises est de faire en sorte que la réforme soit compatible avec, pour le premier, sa politique forestière prise dans son ensemble, pour les secondes, leur stratégie globale de développement et donc d’investissement. L’existence d’un réglementeur composé de deux acteurs aux logiques différentes qui doivent négocier avec un troisième qui est encore doté d’une autre logique, ajoute donc une difficulté supplémentaire, par rapport à celle qui dérive du contexte général, pour élaborer une nouvelle fiscalité forestière.

Processus de la réforme et bilan des innovations fiscales
Avant la réforme, la fiscalité forestière camerounaise était basée sur deux sortes de taxes, toutes deux affectées : une taxe fixe, la redevance annuelle de superficie, et deux taxes variables, la taxe d’abattage et les droits et taxes de sortie sur les grumes exportées en l’état, qui diffèrent par l’assiette. Ces deux dernières sont calculées grâce à une double table des valeurs mercuriales qui a connu, en dix ans, quelques réajustements pour tenir compte des fluctuations des prix sur les marchés des bois en grumes et des effets de la dévaluation du F.CFA. L’affectation des droits et taxes de sortie a été supprimée et leur taux modifié par la Loi de Finances 94/953 . Ainsi la fiscalité forestière camerounaise, notamment parce qu’elle est basée, pour deux taxes sur trois, sur des tables de valeurs mercuriales, a déjà connu des changements, sans que l’on puisse pour autant parler de réforme. Processus En 1994, le gouvernement réforme, à la demande de la Banque Mondiale, son code forestier. L’assemblée nationale s’oppose à certains des principes proposés par la Banque Mondiale et oblige le gouvernement à modifier son projet initial. D’un point de vue fiscal, le code

3

Au Cameroun, l’année fiscale commence le 1er juillet. Elle est donc à cheval sur deux années calendaires.

8

Jean-Christophe Carret

Cerna

forestier reste volontairement évasif, notamment sur la question de l’affectation des taxes et sur le partage des recettes avec l’administration décentralisée et les populations locales. La Loi de Finances 95/96 introduit plusieurs innovations fiscales dont la principale et la plus inattendue, à l’époque, est l’introduction de droits et taxes de sortie (DTS) sur les grumes consommées par les usines, conformément à l’objectif de la Banque Mondiale qui est de réduire, voire de supprimer la protection des usines de transformation du territoire national. Cette mesure est à l’origine du premier conflit entre l’administration camerounaise et les entreprises. Il dure quatre mois et se solde finalement par l’instauration d’une taxe d’un niveau très inférieur à celui de la taxe sur les grumes exportées en l’état et par la création de deux syndicats nationaux et d’une représentation internationale des entreprises au sein de l’IFIA (Interafrican Forest Industries Association). La fin de l’année 1995 est marquée par deux autres événements : la mise en place d’un programme de sécurisation des recettes douanières et la création au sein de la commission de réforme de la fiscalité au Cameroun d’une sous-commission chargée des questions de fiscalité forestière. Le gouvernement confie à la SGS (Société Générale de Surveillance) le contrôle des exportations de grumes. Celle-ci va constituer un élément central dans le dispositif étatique accompagnant la réforme puisqu’elle apportera aussi un appui technique au Ministère des Finances et qu’elle participera à la fixation des valeurs mercuriales pour le calcul des taxes ad-valorem, alors même que la rémunération de cette entreprise est un pourcentage de ces valeurs mercuriales. Quant à la sous-commission, elle deviendra le lieu privilégié des négociations entre l’Etat et l’industrie pour préparer les Lois de Finances suivantes et marquera le début de la prééminence du Ministère des Finances sur le Ministère de l’Environnement et des Forêts dans la mise en œuvre de la réforme. La première moitié de l’année 1996 est relativement calme. La première mise aux enchères de ventes de coupe se déroule normalement dans le courant du mois de mai à la plus grande satisfaction de la Banque Mondiale. Le Ministère de l’Environnement et des Forêts introduit dans le cahier des charges des ventes de coupe une taxe de 1 000 F.CFA/m3 sur les grumes abattues au profit des populations locales. L’instauration de cette taxe, sans véritable base légale, passe inaperçue mais elle va empoisonner toutes les négociations entre l’Etat et l’industrie au cours des deux années suivantes. La parution de la Loi de Finances 96/97, contrairement à celle qui précède et à celle qui suivra, ne donne lieu à aucun conflit au moment de sa parution. La raison en est simple : les droits et taxes de sortie sur les grumes consommées par les usines ne sont pas modifiés et le prix plancher de la redevance annuelle de superficie est presque maintenu à son niveau

9

Jean-Christophe Carret

Cerna

antérieur (300 F.CFA/ha) en dépit de la volonté de la Banque Mondiale de la voir passer à 2 000 F.CFA/ha. La trêve estivale en revanche, est marquée par un conflit sur la procédure de mise aux enchères des premières Unités Forestières d’Aménagement (UFA), conflit qui se solde par l’annulation de la première mise aux enchères. En effet, conformément au nouveau code fiscal, les licences sont remplacées par des UFA dont l’attribution se fait par appel d’offres public et dont l’exploitation est soumise à la réalisation, dans les trois années suivant l’attribution, d’un plan d’aménagement durable. Le conflit survient quand le Ministère de l’Environnement et des Forêts accepte, sur les conseils de la Banque Mondiale, de relever, alors que l’appel d’offres a déjà été lancé, le taux plancher de la redevance annuelle de superficie, de 300 à 2 000 F.CFA/ha. Il faudra attendre cinq mois pour qu’un nouvel appel d’offres soit lancé et encore dix mois, c’est-à-dire novembre 1997, pour que les résultats soient annoncés dans la plus grande confusion. Premièrement, les résultats définitifs diffèrent significativement des arbitrages effectués par la commission interministérielle chargée de dépouiller les propositions financières et techniques. Deuxièmement, il existe un nouveau débat pour savoir si les entreprises paieront seulement le prix plancher de la redevance annuelle de superficie (1 500 F.CFA/ha) pendant les trois années de préparation du plan d’aménagement durable, comme cela semble avoir été convenu au sein de la commission interministérielle de réforme de la fiscalité forestière, ou si elles paieront, dès la première année, le prix plancher plus l’offre financière. L’année fiscale 96/97 se termine dans une atmosphère de crise. En effet, les propositions de la commission interministérielle de réforme de la fiscalité forestière pour la Loi de Finances 97/98 sont contestées par les entreprises car elles ne respectent pas, selon elles, le principe de pause fiscale qui semblait avoir été acquis au sein de la commission interministérielle. La Loi de Finances 97/98 propose d’une part de calculer toutes les taxes ad-valorem sur une même table des valeurs mercuriales indexée sur les valeurs FOB qualité Loyale et Marchande (LM, c’est-à-dire la meilleure qualité) et d’autre part de supprimer de nouveau la protection des usines de transformation en remontant les droits et taxes de sortie sur les grumes consommées par les usines au même niveau que ceux sur les grumes exportées en l’Etat. Un conflit très dur oppose de nouveau l’administration aux entreprises pendant toute la trêve estivale. Finalement après quelques jours de mise en chômage technique des ouvriers travaillant dans les usines, l’Etat et l’industrie se mettent d’accord, au début du mois de septembre, sur un certain nombre d’abattements des valeurs mercuriales et surtout sur le retour à une protection des usines de transformation. Cet accord est immédiatement critiqué par la Banque Mondiale. Les discussions entre les trois acteurs sont interrompues par la trêve de Noël. Elles reprennent en 1998. Le gouvernement publie un décret d’application de la loi de Finances 97/98 qui mécontente les entreprises car il ne règle aucune des questions ouvertes et il s’engage par ailleurs auprès de la Banque Mondiale et du FMI à revenir sur

10

Jean-Christophe Carret

Cerna

l’accord de septembre et notamment sur le maintien de la protection des usines de transformation. La Loi de Finances 98/99 maintient le statu quo. Bilan des innovations fiscales Le tableau 1 synthétise les différentes innovations et les compare à la situation qui prévalait au début de la réforme. L’ensemble des ces différentes innovations fiscales constitue la réforme de la fiscalité forestière à proprement parler. C’est précisément pour cela que l’on peut parler de réforme par rapport à la période précédente qui connaissait elle aussi des modifications des assiettes ou des taux des taxes ad valorem. Tableau 1 : les innovations fiscales des trois premières années de réforme de la fiscalité forestière
domaine de l’innovation taxes avant la réforme • redevance de superficie • taxe d’abattage • droits et taxes de sortie sur les grumes • commission des mercuriales douanières • • • voie réglementaire type d’innovation fiscale après trois ans • taxes sur les grumes consommées par les usines, • surtaxe progressive à l’exportation des grumes en cas de non-respect du quota. • • • • liquidation • affectation (FEICOM, ONADEF) • • • négociations simulations • • commission des mercuriales douanières aucune • • • • valeur FOB qualité LM révisable semestriellement par une commission utilisant les sources des réseaux REUTER, SGS et Marchés Tropicaux. mise aux enchères de la redevance de superficie et analyse des propositions techniques et financières par une commission interministérielle. programme de sécurisation des recettes douanières pour le contrôle des volumes et des qualités, sur les ports à bois, des grumes exportées, brigade de la direction des impôts pour le recouvrement de la taxe d’abattage. suppression des affectations, principe de caisse unique (direction des impôts), création d’un fonds spécial de développement forestier alimenté par une partie du produit de la surtaxe progressive à l’exportation, principe de décentralisation pour 50% de la redevance de superficie. création de la commission interministérielle de réforme de la fiscalité forestière. SGS-Forestry pour le Ministère des Finances, des consultants canadiens pour le Ministère de l’Environnement et des Forêts, secrétaire général ou consultant pour deux des trois syndicats.

fixation de l’assiette des taxes ad-valorem fixation du prix plancher pour la taxe fixe recouvrement

Eaux et Forêts Douanes

Une des caractéristiques de cette réforme est qu’au bout de trois ans, toutes les innovations, qu’elles concernent les taxes, leur taux, leur assiette ou leur administration posent, à des degrés divers, des problèmes : aucune n’est définitivement acquise et unaniment acceptée. Que dire dans ces conditions d’une réforme que l’on définit comme l’ensemble des innovations qu’elle introduit, si chaque innovation, sans aucune exception, est l’objet d’une controverse entre les acteurs ou pose des problèmes de technique fiscale ? On dira, mais c’est le moins qu’on puisse dire, que c’est une réforme qui n’a pas atteint son but ou qui peine, trois ans après son démarrage, à se mettre en place.

11

Jean-Christophe Carret

Cerna

Ce premier constat réalisé, il convient d’effectuer le bilan chiffré de la réforme : pour la Banque Mondiale et l’Etat qui espèrent augmenter les recettes fiscales, pour les entreprises qui voient le coût de leur matière première augmenter. Ces deux bilans font chacun l’objet d’une présentation.

Bilan pour l’Etat et les bailleurs de fonds
Le bilan est établi de trois façons différentes : 1) pour chacune des taxes et pour un m3 de trois essences types (Ayous, Sapelli et Azobé4 ), 2) pour l’ensemble des taxes selon le type de permis exploité et la destination des grumes, toujours pour un m3 des trois essences types, 3) pour l’ensemble de la production annuelle du Cameroun. Première évaluation : l’évolution du coût au m3 , taxe par taxe, pour les trois essences, depuis le début de la réforme - principaux résultats • Toutes les taxes augmentent en valeur absolue sauf les droits et taxes de sortie sur les grumes de Sapelli, qu’elles soient exportées en l’état ou consommées par les usines. On ne sait pas si ce constat est généralisable à l’ensemble des essences dites traditionnelles dont le Sapelli fait partie. On ne connaît pas non plus la logique de cette évolution à l’inverse de celle des deux essences à faible valeur étudiées (Ayous et Azobé), • la redevance annuelle de superficie et les droits et taxes de sortie sur les grumes consommées par les usines connaissent, quoique pour des raisons différentes, les évolutions les plus remarquables, • les droits et taxes de sortie sur les grumes exportées conservent, de loin, rapportés au m3 , le poids relatif le plus important dans la nouvelle fiscalité forestière, • le niveau des droits de sortie sur les grumes consommées par les usines se maintient à un niveau très inférieur à celui des droits et taxes de sortie sur les grumes exportées (entre 4 et 5 fois moins élevé en 97/98). Il est en réalité beaucoup plus proche de celui de la taxe d’abattage.

4

Ces trois essences ont été retenues parce qu’elles étaient les trois premières essences récoltées. Une autre manière de procéder aurait pu consister à retenir le fraké plustôt que l’azobé. Nous aurions pris ainsi une essence dans chacune des catégories des essences forestières au Cameroun : traditionnelles, à faible valeur, à promouvoir, le fraké étant une essence à promouvoir et l’azobé, comme l’ayous, une essence à faible valeur. De plus, le fraké est désormais la trosième essence la plus récoltée au Cameroun, devant l’azobé.

12

Jean-Christophe Carret

Cerna

Tableau 2 : les taxes par essence (F.CFA/m 3 ), avant et après trois ans de réforme, pour une exploitation dans une licence puis une UFA de la zone III et une transformation dans un point franc industriel
essence date 1) redevance annuelle de superficie 2) taxe d’abattage 3) droits et taxes de 4) droits et taxes de sortie sur les sortie sur les grumes exportées en grumes l’Etat consommées par les usines 13 000 0 14 131 2 850 27 500 0 21 120 4 275 10 500 0 11 022 2 223

Ayous Sapelli Azobé

avant après avant après avant après

147 4 500 147 4 500 147 4 500

450 2 019 1 200 3 028 300 1 575

Deuxième évaluation : analyse globale de l’évolution de la pression fiscale au cours de la réforme - principaux résultats L’agrégation des trois taxes nécessite de recourir à un nombre important de cas de figure alors même que nous avons restreint le bilan à trois essences sur quatre-vingt-treize, à une zone de production sur trois et, à un type de transformation sur trois (le sciage plutôt que le déroulage et le tranchage parce que c’est le type de transformation dominant). Il faut quand même examiner dix huit cas de figure différents. Autrement dit, il est difficile d’évaluer les conséquences de la réforme fiscale selon cette évaluation et d’en discerner les grandes tendances. Un examen complet de tous les cas de figure possibles au Cameroun aurait nécessité de comparer 2 511 situations différentes. Il est impossible, dans ces conditions, pour le réglementeur d’en faire le tour et surtout d’utiliser l’instrument fiscal avec finesse et discernement. On peut néanmoins retenir quelques grandes tendances des trois premières années de la réforme pour les 18 cas de figure étudiés : • la pression fiscale globale au m3 a augmenté dans des proportions variables selon le cas de figure envisagé, sauf pour le Sapelli (entre 94/95 et 97/98 pour les grumes exportées en l’état et entre 95/96 et 97/98 pour les grumes transformées), • elle se répartit plus également entre les grumes exportées et celles qui sont transformées dans les usines du territoire national, autrement dit, le taux apparent de protection des usines de transformation camerounaises, taux calculé comme le rapport de la pression fiscale d’une grume exportée sur celle d’une grume de même essence, issue du même type de permis, transformée dans une scierie avant d’être exportée, a diminué, • elle est plus également répartie entre l’amont et l’aval du processus productif notamment pour les grumes transformées dans les scieries du territoire national, la pression fiscale en amont étant calculée comme le rapport de la redevance annuelle de superficie et de la taxe d’abattage sur la totalité des taxes forestières.

13

Jean-Christophe Carret

Cerna

Tableau 3 : la pression fiscale globale par essence, la pression fiscale amont, le taux de protection d’une usine en point franc industriel, avant et après trois ans de réforme
essence Pression fiscale si la grume est exportée en l’Etat (F.CFA/m3) 13 19 28 28 10 17 600 650 900 650 950 100 pression fiscale amont 4% 28% 5% 26% 4% 36% pression fiscale si la grume est consommée par une usine (F.CFA/m 3) 600 8 370 1 350 11 800 450 8 900 pression fiscale amont 46% 66% 25% 64% 45% 68% taux de protection

Ayous Sapelli Azobé

23 2,3 21 2,4 24 1,9

Troisième évaluation : l’évolution des recettes fiscales de l’Etat - principaux résultats L’analyse de l’évolution des recettes de l’Etat ne peut se faire sans comparaison avec l’évolution des principales variables de production dont elles dépendent. Le principal problème pour l’analyse de l’évolution des recettes fiscales de l’Etat, comme pour celle de l’évolution des variables de production, est l’absence de statistiques fiables. Pour pallier ce manque, l’analyse s’appuie sur la compilation des données fournies par 15 documents réalisés par des organismes différents et à différentes périodes (ils sont recensés en annexe). Les écarts, selon les sources, peuvent être importants. La seule façon de donner l’évolution des différentes variables était de faire des moyennes arithmétiques. Il faut donc considérer tous ces chiffres avec beaucoup de précaution. • L’évolution, au cours de ces dernières années, des superficies des permis attribuées et des assiettes annuelles de coupe autorisées est très difficile à saisir pour de nombreuses raisons parmi lesquelles la réforme du code forestier. Il est donc impossible de savoir si la réforme de la fiscalité forestière a eu une quelconque influence sur la superficie totale des permis et des assiettes annuelles de coupe attribués. • En l’espace de 7 ans, la récolte camerounaise est passée d’un peu plus de 2 millions de m3 à environ 3 millions de m 3 . Autrement dit, elle a augmenté de près de 50%. De quelle façon la réforme de la fiscalité forestière a-t-elle contribué à cette évolution ? La seule certitude qu’on puisse avoir est que la réforme de la fiscalité forestière n’a pas enrayé une tendance à l’augmentation de la récolte nationale dont deux facteurs sont la dévaluation du F.CFA et l’arrivée des acheteurs asiatiques de bois en grumes. Impossible en revanche de dire si elle y a contribué ou non. De plus, personne ne sait comment va évoluer la récolte dans les années à venir. L’évolution des marchés asiatiques est incertaine (notamment par manque d’informations) tant en volume qu’en durée, et on ne connaît pas l’effet conjugué des évolutions fiscales et des évolutions de marché pour chacune des essences et chacune des zones sur la récolte des différentes essences par zone.

14

Jean-Christophe Carret

Cerna

• Dans une conjoncture générale d’augmentation des volumes récoltés, des volumes de grumes exportés et des volumes de grumes transformés, la réforme de la fiscalité forestière coïncide en apparence, bien qu’elle diminue la protection des usines de transformation du bois, avec une augmentation du taux de transformation qui était à moins de 50% après la dévaluation du franc CFA. • Nul ne peut dire, compte tenu de la faiblesse de l’appareil statistique, de quelle façon l’évolution de ces trois variables de production est corrélée à la réforme de la fiscalité forestière. De toutes façons, le seul moyen, à notre avis, de formuler des conjectures solides sur les conséquences de la réforme de la fiscalité forestière sur la production, est de bâtir, comme nous le proposons dans la partie conclusive, un modèle micro-économique quantitatif de simulation des réactions d’une entreprise-type à différents niveaux et combinaisons de taxes. A un niveau global, les recettes fiscales de l’Etat camerounais sont passées d’environ 10 milliards de F.CFA (en valeur du franc CFA d’après la dévaluation) avant la dévaluation, à 14 milliards après la dévaluation puis à 23 ou 24 milliards pour les deux premières années de la réforme fiscale. Les recettes fiscales ont donc plus que doublé en l’espace de 6-7 ans. Comme au cours de la même période, la récolte a connu une augmentation d’un peu moins de 50%, l’Etat a augmenté son prélèvement au m 3 . Ce prélèvement est passé d’environ 6 000 F.CFA/m3 avant la réforme à environ 10 000 F.CFA/m3 depuis le début de la réforme. Ce constat ne doit cependant pas cacher que l’administration camerounaise doit faire face, hormis le problème des statistiques, à deux problèmes importants de technique fiscale : la gestion de l’assiette de certaines taxes et le recouvrement (pas seulement en amont mais aussi en aval). Au final, le bilan chiffré de la réforme de la fiscalité forestière selon les critères de l’Etat et de la Banque Mondiale fait ressortir trois sortes de problèmes : 1) l’évolution de la pression fiscale taxe par taxe n’est pas la même pour les différentes essences étudiées sans que l’on puisse trouver de raison valable à cette différence, 2) le calcul de la pression fiscale globale au m3 et surtout de la protection des usines de transformation et du rapport de la pression fiscale entre l’amont et l’aval est techniquement difficile en raison du trop grand nombre de cas à étudier, 3) l’évolution des recettes fiscales de l’Etat, toutes choses égales par ailleurs, ne peut pas être correctement appréhendée à cause de la faiblesse de l’appareil statistique concernant les variables de production et les recettes des différentes taxes.

15

Jean-Christophe Carret

Cerna

On comprendra dès lors que tout cela ne facilite pas les négociations entre les trois principaux acteurs.

Bilan pour une entreprise-type d’exploitation et de transformation
Pour les entreprises, la fiscalité forestière est intégrée à un calcul particulier qui est celui du prix qu’elle donne à la matière première au moment où elle établit son coût de production. Elle a besoin de calculer ce prix pour déterminer la rentabilité de ses investissements car ce prix représente ce qu’elle doit payer avant de commencer toute opération. C’est pour cela que le prix de la matière première est aussi appelé prix du bois sur pied. Ce prix du bois sur pied ne comprend cependant pas les frais d’approche et les travaux sociaux spécifiques aux forêts vierges. En définitive, il représente pour les entreprises l’ensemble des charges hors le coût d’exploitation d’une forêt. Pour calculer ce coût de la matière première, les entreprises premièrement prennent en compte toutes les taxes, qu’elles soient versées au niveau local ou national, qu’elles soient recouvertes ou non par l’Etat et deuxièmement font entrer dans ce calcul d’autres éléments que la fiscalité forestière au sens strict. Cependant, comme ce prix du bois sur pied n’est pas du tout le même selon qu’elles choisissent d’exporter la grume en l’état ou de la transformer dans une usine du territoire national (car la différence entre les droits de sortie sur les grumes exportées et ceux sur les grumes consommées par les usines est importante) les entreprises décomposent le prix du bois sur pied en deux postes : un prix du bois sur pied après abattage, qui est pour elles un coût fixe car c’est un prix quelle que soit l’essence et quel que soit son devenir, et un prix du bois sur pied après arbitrage entre exportation directe et transformation sur place qui est pour elles un coût variable puisqu’il dépend de l’utilisation qu’elles font de la grume. Le coût fixe est composé de deux parties : • la fiscalité forestière proprement dite qui comprend la somme des redevances annuelles de superficie rapportée à la production totale de l’année (RDS) et la moyenne pondérée des taxes d’abattage payées pour l’ensemble des essences récoltées (TA). Ces deux taxes correspondent pour l’Etat et le réglementeur à la fiscalité forestière amont, • la somme des redevances de fermage payées par l’entreprise aux attributaires des permis exploités au cours de l’année rapportée à la production totale (RF), ajoutée à la somme des taxes informelles payées par l’entreprise aux communautés villageoises quand elle

16

Jean-Christophe Carret

Cerna

exploite des ventes de coupe rapportée à la production totale (TIC), ajoutée au montant de l’investissement à consentir sur trois ans pour préparer le plan d’aménagement forestier des UFA qu’elle exploite (directement ou en fermage pour le compte d’un tiers) rapporté à la production totale de l’entreprise sur trois ans (PAF). Le coût variable est constitué pour les grumes exportées en l’état des droits et taxes de sortie sur les grumes exportées (DTS GE) et de la taxe payée à la SGS dans le cadre du programme de sécurisation des recettes douanières (SGS) et pour les autres des droits et taxes de sortie sur grumes consommées par les usines (DTSGCU). On a donc :
Coût de la matière première (prix du bois sur pied)
1. grume exportée en l’état coût de la matière première pour l’entreprise = ([RDS + TA] + [RF + TIC + PAF]) + (DTSGE + SGS) 2. grume consommée par une usine du territoire national coût de la matière première pour l’entreprise = ([RDS + TA] + RF + PAF) + (DTSGCU) avec RDS : la somme des redevances annuelles de superficie rapportée à la production totale de l’année TA : la moyenne pondérée des taxes d’abattage payées pour l’ensemble des essences récoltées RF : la somme des redevances de fermage payées par l’entreprise aux attributaires des permis exploités au cours de l’année rapportée à la production totale TIC : la somme des taxes informelles payées par l’entreprise aux communautés villageoises quand elle exploite des ventes de coupe rapportée à la production totale PAF : le montant de l’investissement à consentir sur trois ans pour préparer le plan d’aménagement forestier des UFA qu’elle exploite (directement ou en fermage pour le compte d’un tiers) rapportée à la production totale de l’entreprise sur trois ans DTSGE : la somme des droits et taxes de sortie sur les grumes exportées en l’état rapportée au volume des grumes exportées SGS : la somme des taxes payées à la SGS dans le cadre du programme de sécurisation des recettes douanières rapportée au volume de grumes exportées DTSGCU : la somme des droits et taxes de sortie sur grumes consommées par les usines rapportée au volume de grumes consommées par l’usine

On peut donc établir le bilan des trois premières années de la réforme de la fiscalité forestière à l’aide de cette formule, pour une entreprise-type d’exploitation et de transformation de la zone III que l’on caractérise de façon précise par les différents permis qu’elle exploite, la structure par essence, de la récolte et des exportations, et par le prix de vente des différents produits à l’exportation. Nous donnons ci-dessous le tableau récapitulatif des caractéristiques de l’entreprise-type que nous avons bâtie. Tableau 4 : récapitulatif des caractéristiques de l’entreprise-type
caractéristiques valeurs localisation Zone III, 600 km de Douala permis 9 ventes de coupe de 2500 ha dont 3 exploitées chaque année, 2 UFA de 50 000, 2 AAC de 2 000 ha rendement de l’exploitation forestière 6 m3 dans les ventes de coupes, 10 m3 dans les UFA essences exploitées 11 essences : Ayous, Sapelli, Moabi, Sipo, Iroko, Doussié, Tali, Fraké, Aiélé, Eyong, Azobé récolte et exportation de grumes 85 000 m3 dont 31 000 m3 exporté soit un taux de transformation = 36% mais 10 000 m3 d’essences à promouvoir transformation rendement 54 000 m3 de grumes transformées en avivés avec un rendement de 33%, soit 18 000 m3 d’avivés chiffre d’affaires annuel 7,268 milliards de F.CFA dont 61 % réalisé par la scierie et 39% par l’exportation des grumes

17

Jean-Christophe Carret

Cerna

Si cette entreprise-type choisit d’exporter la grume plutôt que de la transformer, la matière première lui coûte 26 000 F.CFA/m3 en 1997/98 sous l’hypothèse qu’elle exploite déjà des UFA ce qui n’est pas en réalité tout à fait le cas, alors qu’elle ne lui coûtait que 18 000 F.CFA en 1994/95 avant le début de la réforme de la fiscalité forestière. L‘augmentation est donc enquatre ans de 70%. En 1997/98, l’Etat capture sous forme de recettes fiscales seulement 72% de ce coût de la matière première alors qu’il en capturait 88% avant le début de la réforme. Tableau 5 : coût de la matière première quand l’entreprise-type choisit de l’exporter sans la transformer
années fiscales 94/95 RDS TA RF TIC PAF coût fixe DTSGE+ SGS coût de la matière première en FCFA/m3 84 854 2 118 3 056 15 057 18 113 % du total 95/96 256 1 708 2 118 4 082 15 057 19 139 6% 42% 52% 96/97 287 1 820 2 118 4 225 14 574 18 799 97/98 2 426 2 596 2 588 530 1 960 10 100 16 264 26 364

17% 83% 100%

21% 79% 100%

22% 78% 100%

38% 62% 100%

Si l’entreprise-type choisit de transformer la grume, le coût de la matière première est de 14 000 FCFA en 1997/98 alors qu’il n’était que de 3 000 FCFA avant la réforme fiscale. L’entreprise-type paie donc sa matière première près de cinq fois plus cher en 1997/98 qu’en 1994/95. En 1997/98, l’Etat capture 55% de ce coût de la matière première alors qu’il en capturait 31% en 1994/95. Tableau 6 : coût de la matière première quand l’entreprise-type choisit de la transformer
années fiscales 94/95 RDS TA RF TIC PAF Coût fixe DTSGU coût de la matière première pour l’entreprise-type en FCFA/m3 84 854 2 118 3 056 3 056 % du total 95/96 256 1 708 2 118 4 082 2 716 6 798 96/97 287 1 820 2 118 4 225 2 716 6 941 7% 43% 50% 97/98 2 426 2 596 2 588 530 1 960 10 100 4 003 14 103

100% 100%

60% 40% 100%

61% 39% 100%

72% 28% 100%

Le point à souligner, en conclusion de cette présentation du bilan chiffré de la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun pour une entreprise-type, est la longueur de ce bilan (nous ne reproduisons ici que les tableaux de synthèse). En effet, même en prenant, comme nous l’avons fait, un nombre réduit de caractéristiques de l’entreprise-type et une seule entreprise-type, alors qu’il en faudrait, en théorie, plusieurs pour refléter la diversité des situations camerounaises, les calculs deviennent rapidement fastidieux, difficiles à appliquer

18

Jean-Christophe Carret

Cerna

et à contrôler. Cette lourdeur est due pour une part à la diversité des essences, c’est-à-dire qu’elle est structurelle, et pour une autre part, aux nombreux changements intervenus en trois ans de réforme, ce qui est éventuellement conjoncturel même si la fiscalité forestière a aussi connu des changements avant la réforme. Cela indique que les entreprises elles-mêmes ont certainement la plus grande difficulté à tenir compte de tous ces changements dans leurs décisions stratégiques en matière de récolte, d’exportation et de transformation, sans parler évidemment des calculs de rentabilité concernant d’éventuels nouveaux investissements en exploitation forestière ou dans les usines de transformation. Cela est vrai aussi pour la visibilité et la stratégie des actionnaires à moyen terme. Si on ajoute aux évolutions de la fiscalité forestière les autres évolutions du cadre réglementaire camerounais, notamment le passage du système de licences à celui des Unités Forestières d’Aménagement (UFA) et les évolutions des marchés, notamment celles de marchés asiatiques pris dans la tourmente financière, on imagine aisément la perplexité des actionnaires. De surcroît, c’est un bilan qui utilise une technique volontairement élémentaire puisque, dans notre exemple, l’entreprise-type est absolument inerte. Elle ne réagit pas, en effet, aux différents types et niveaux de taxes, ni en modifiant la nature des essences exploitées, leur nombre ou leur répartition entre l’usine et l’activité d’exportation des grumes, ni en investissant dans son usine de transformation. De la même manière, quand elle investit, comme c’est le cas, dans la réalisation du plan d’aménagement, une meilleure connaissance de la forêt ne modifie pas l’intensité de son prélèvement à l’hectare et la nature des essences exploitées. Cela dit, ce bilan reflète probablement assez bien la réalité de la situation des entreprises au Cameroun. Ne disposant pas encore d’outil d’aide à la décision pour optimiser leur production ou programmer des investissements, et attendant que la situation fiscale se stabilise, les actionnaires, prudents, ne modifient pas grand chose à leur stratégie de départ. Les trois ans de réforme de la fiscalité forestière ont néanmoins trois effets indiscutables sur les entreprises camerounaises d’exploitation et de transformation (représentées par l’entreprise-type que nous avons construite). 1) Le passage du système de licence au système d’UFA résultant de la réforme du code forestier et exprimant la volonté du gouvernement de promouvoir l’aménagement durable des concessions forestières augmente fortement le coût de la matière première pour les entreprises, en raison non seulement de l’augmentation du coût de la redevance annuelle de superficie mais aussi, pendant les trois premières années, du coût de réalisation du plan d’aménagement forestier.

19

Jean-Christophe Carret

Cerna

De plus, le gouvernement poursuit, à travers sa politique forestière, un autre objectif qui est celui de faire profiter les Camerounais, et pas seulement les entrepreneurs nationaux, plus largement des richesses engendrées par l’exploitation des forêts du territoire national. C’est un objectif de redistribution dont la légitimité ne doit pas être envisagée seulement sous l’angle de l’économie mais aussi sous celui de la politique, le risque étant, sinon, d’en sousestimer l’importance. Cette politique se traduit pour l’entreprise-type par une augmentation du coût de la matière première qui prend la forme soit d’une redevance de fermage, soit d’une taxe informelle pour les populations locales. Ainsi, l’entreprise voit son coût de la matière première augmenter non seulement sous l’influence de la réforme de la fiscalité forestière dont l’un des objectifs est d’augmenter les recettes fiscales de l’Etat mais aussi sous l’influence de la poursuite par l’Etat de trois autres objectifs qui sont : la promotion des entrepreneurs nationaux, la participation des populations locales et l’aménagement durable de ses forêts, ce qui peut éventuellement se révéler inconciliable. Par conséquent, si l’Etat perçoit après trois ans de réforme fiscale environ 10 000 F.CFA/m3 de grumes récoltées sur son territoire, les entreprises paient quant à elles, en moyenne (moyenne pondérée entre le volume de grumes exportées par l’entreprise-type et celui consommé par son usine), 19 000 F.CFA/m3 de grumes récoltées, soit près du double. On comprend mieux dans ces conditions que les négociations aient pris, au fil des années, l’aspect d’un dialogue de sourds. Tableau 7 : comparaison des prix du bois sur pied pour l’Etat et pour l’entreprise-type
en F.CFA/m 3 prix du bois sur pied l’Etat prix du bois sur pied l’entreprise-type si la est exportée prix du bois sur pied l’entreprise-type si la est transformée avant le début de la réforme fiscale pour pour grume pour grume 6 000 18 000 après trois ans réforme fiscale 10 000 26 000

3 000

14 000

En définitive, tout le problème est de savoir si les entreprises sont en mesure de financer un nombre croissant d’objectifs, chacun de ces objectifs ayant pour le moment un coût croissant. Par conséquent, un jour viendra où il faudra faire des choix, lesquels ne seront pas seulement économiques mais politiques. 2) Le transfert d’une partie de la taxation en amont du processus productif, c’est-à-dire sur la redevance annuelle de superficie et la taxe d’abattage, et l’introduction d’un droit de sortie sur les grumes livrées aux usines de transformation, diminuent la différence de coût de la matière première entre une grume exportée et une grume consommée par une usine,

20

Jean-Christophe Carret

Cerna

autrement dit, il diminue la protection dont bénéficiaient les usines de transformation avant le début de la réforme. Tableau 8 : comparaison du coût de la matière première et du prix de vente pour l’entreprise-type
année fiscale 94/95 95/96 96/97 97/98

grumes sciages grumes sciages (en m3 équivalent-grume) grumes sciages

coût de la matière première en FCFA/ m3 de grumes 18 000 19 000 19 000 3 000 6 800 6 900 prix moyen de vente FOB 91 000 82 400 91 000 82 400 91 000 82 400

26 000 14 000 91 000 82 400

part du coût de la matière première dans le prix de vente FOB 19,8% 3,6% 20,1% 8,2% 20,1% 8,3% 28,6% 17,0%

L’hypothèse est que le prix de vente des grumes et des sciages n’a pas varié pendant les années étudiées.

Le ratio (coût de la matière première pour une grume exportée/ coût de la matière première pour une grume consommée par l’usine) est passé de 6 à moins de 2 en l’espace de quatre ans. Cette diminution du taux de protection des usines est un des objectifs de la réforme de la fiscalité forestière pour la Banque Mondiale et le FMI. Les économistes de ces deux institutions pensent en effet que l’existence de ce taux, couplé à l’obligation de transformer théoriquement 70% de la récolte sur place, n’incite pas les entreprises camerounaises à améliorer, en effectuant les investissements nécessaires, le rendement matière de leurs usines de transformation et donc aboutit à une perte de recettes fiscales et à un gaspillage de matière première. De sorte que si l’Etat supprimait ce taux de protection, il augmenterait ses recettes fiscales et inciterait, dans le même temps, les entreprises à investir d’avantage dans les usines de transformation. Ce raisonnement repose sur un a priori qui est que la différence de rendement matière entre les usines implantées au Cameroun et les usines européennes (33 et 45% dans notre exemple) est la conséquence de la différence de pression fiscale entre les grumes exportées et les grumes transformées. Or, il peut exister deux autres raisons à cette différence : la qualité des grumes utilisées par les usines camerounaises et la qualité du travail que l’on peut obtenir dans les usines camerounaises. • Si la qualité des grumes utilisées par les usines camerounaises est moins bonne que celle des grumes exportées en Europe, il est normal que le rendement matière soit moins bon au Cameroun qu’en Europe. Il est donc logique que ces grumes soient moins taxées et que cette moindre taxation soit obtenue en maintenant une différence entre les taux des

21

Jean-Christophe Carret

Cerna

taxes et droits de sortie puisque l’assiette de taxation : la table des valeurs mercuriales est la même quelle que soit la qualité de la grume. • Si la qualité du travail est moins bonne dans les usines camerounaises que dans les usines européennes, deux explications sont possibles. La première est celle qu’utilisent implicitement la Banque Mondiale et le FMI : la qualité du travail dans les usines camerounaises est moins bonne parce que les entreprises camerounaises paient leur matière première moins cher que les entreprises européennes. Autrement dit, «la protection a des effets pervers». La seconde est qu’il n’est pas possible d’obtenir, pour le moment, au Cameroun, la même qualité de travail qu’en Europe car il est difficile pour des raisons techniques et humaines d’y implanter des usines aussi perfectionnées. Dans ce cas, si on veut des usines de transformation du bois au Cameroun, la protection est nécessaire le temps du rattrapage. La Banque Mondiale et le FMI s’en tiennent donc à la seule thèse des effets pervers de la protection pour expliquer la différence de rendement matière et justifier la diminution du taux de protection des usines camerounaises, alors qu’il existe deux autres explications possibles. 3) Le rapport du coût moyen de la matière première avec le prix de vente en grume ou en avivé d’une essence donnée est à l’avantage de l’essence dont le prix de marché est le plus élevé. Pour l’Ayous et le Sapelli qui sont les deux principales essences récoltées dans le pays (environ 50% de la récolte), on trouve, dans notre exemple, 33% pour l’Ayous et 20% pour le Sapelli dans le cas où ceux-ci sont exportés sous forme de grumes et 25% pour l’Ayous et 15% pour le Sapelli dans le cas d’une exportation sous forme de sciages. Cela signifie que la réforme de la fiscalité forestière n’est pas une réforme égalitaire, c’est-àdire une réforme qui aboutit en fin de compte à laisser à l’exploitant et au transformateur une marge de profit équivalente quelle que soit l’essence exploitée ou transformée. Tableau 9 : comparaison de la part du coût de la matière première dans le prix de vente pour l’Ayous et le Sapelli pour 1997/98
essences coût moyen de la matière prix de vente première en F.CFA/m3 F.CFA/m 3 26 000 14 000 26 000 14 000 80 000 57 000 130 000 93 000 FOB en part du coût de la matière première dans le prix de vente FOB 33% 25% 20% 15%

grume d’Ayous sciage d’Ayous (m3 équivalent grume) grume de Sapelli sciage de Sapelli (m3 équivalent grume)

22

Jean-Christophe Carret

Cerna

La conséquence d’une telle asymétrie est que les entreprises ne sont pas incitées à diversifier les essences récoltées alors que cette évolution semble indispensable à : • l’augmentation du niveau de la récolte et donc éventuellement des recettes fiscales si l’augmentation du volume récolté compense la diminution de la pression fiscale unitaire, • l’adaptation de l’exploitation forestière aux nouvelles règles de l’aménagement forestier, règles qui consistent à inciter, en diminuant les superficies ouvertes annuellement à l’exploitation, les exploitants forestiers à augmenter leur prélèvement par hectare en exploitant plus intensivement, non seulement les qualités les plus basses pour un même type d’essence mais d’autres essences que celles exploitées actuellement en raison de leur prix de vente plus élevé. On remarquera que le recours au calcul du coût de la matière première d’une entreprise-type pour faire le bilan de la réforme de la fiscalité forestière est un complément indispensable aux trois autres façons de faire le bilan : c’est en effet le seul qui compte pour les entreprises et qui est donc susceptible de modifier leur comportement.

Conclusion : origine des conflits et proposition d’une nouvelle démarche
On retiendra tout d’abord de l’examen des trois premières années de réforme de la fiscalité forestière au Cameroun, son caractère conflictuel et controversé. On retiendra aussi la difficulté, que l’on se place du côté de l’Etat et de la Banque Mondiale ou de celui des entreprises, à dresser un bilan chiffré, autrement dit à pouvoir évaluer et décider. Ainsi, la première réforme de la fiscalité forestière dans le bassin du Congo, annoncée comme devant servir de modèle à tous les autres pays du bassin, prend de plus en plus des allures d’expérience à ne pas renouveler. Origine des conflitsSi on regarde de près les conflits qui ont émaillé le processus depuis le début, on s’aperçoit qu’il a été marqué par trois conflits majeurs. Ces trois conflits montrent finalement que l’administration camerounaise, la Banque Mondiale et le FMI et les entreprises, n’arrivent pas à s’entendre sur deux points précis : le maintien d’un écart entre les droits et taxes de sortie sur les grumes exportées et celles livrées aux usines et l’importance relative de la taxe fixe (à l’hectare) par rapport aux taxes ad-valorem (au m 3 ). Or, ces deux points précis sont source de conflits parce qu’ils sont au centre de deux débats plus larges que celui de la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun : un débat sur l’efficacité d’une politique de protection de l’industrie manufacturière naissante et un débat

23

Jean-Christophe Carret

Cerna

sur l’efficacité des instruments économiques (les taxes) par rapport aux instruments réglementaires dans les politiques de protection de l’environnement. De plus, les questions du maintien d’un écart entre les droits et taxes de sortie sur les grumes exportées et celles livrées aux usines et de l’importance relative de la taxe fixe (à l’hectare) par rapport aux taxes ad-valorem (au m 3 ) ne sont pas seulement des questions de politique industrielle ou de politique environnementale. Elles sont aussi, dans le contexte de l’ajustement structurel, des questions de politique fiscale. La réduction de l’écart entre les droits de sortie et l’augmentation de l’importance relative de la taxe fixe constituent-elles des gisements intéressants pour augmenter les recettes fiscales de l’Etat sans toutefois décourager par une réduction excessive de la profitabilité des entreprises l’investissement dans les usines de transformation et dans les plans d’aménagement durable ? Comme les deux autres, ce point ne concerne pas seulement la réforme de la fiscalité forestière mais la politique fiscale, en général, d’un Etat qui veut attirer des investissements étrangers sur son territoire. Ces différents points sont en discussion chez les économistes à un niveau supérieur, c’est-àdire pour d’autres secteurs industriels, d’autres régions du monde et d’autres périodes historiques. Cependant, notre avis est que la résolution de ces points n’est pas possible à un niveau de généralité trop élevé car il n’existe pas, pour chacun d’entre eux, de règles valables pour tous les secteurs, toutes les régions du monde et toutes les périodes historiques. Par conséquent, la situation au Cameroun appelle des solutions adaptées. Or, pour le moment, la Banque Mondiale se base sur d’une part des a priori comme par exemple : « Les entreprises d’exploitation et de transformation implantées au Cameroun font d’énormes surprofits » et d’autre part des résultats très généraux de la théorie économique comme par exemple : « Toute industrie subventionnée est inefficace et fait perdre de l’argent à l’Etat » ou « Un transfert de la fiscalité forestière en amont incite les entreprises à réduire les gaspillages au niveau de l’exploitation et à améliorer le rendement matière des usines de transformation ». Quant aux entreprises, elles n’ont jusqu’à présent opposé, à notre avis, qu’une résistance formelle, sans proposer suffisamment d’éléments pour une discussion sur le fond des trois questions. Proposition d’une nouvelle démarche A notre sens, la seule façon de sortir de cette impasse et de parvenir à une fiscalité forestière présentant les caractéristiques de simplicité/cohérence/stabilité.

24

Jean-Christophe Carret

Cerna

Simplicité : sinon la réforme manque ses objectifs incitatifs, faute d’un signal microéconomique clair adressé aux entreprises. Cohérence : des choix doivent être faits clairement entre les objectifs multiples de toute réforme. Stabilité : nécessaire pour que les entreprises puissent planifier leur développement futur et poursuivre des objectifs de long terme. Or, ces trois caractéristiques, nous l’avons montré, manquent encore au stade actuel de la réforme au Cameroun. La solution, à notre avis, est de construire un modèle micro-économique de simulation des réactions d’une entreprise-type d’exploitation et de transformation à différentes combinaisons de taxes et à différents niveaux de celles-ci acceptés par tous puis de généraliser les résultats obtenus pour une unité de production au niveau national. Le but de ce modèle est d’évaluer dans quelle mesure la fiscalité forestière peut jouer un rôle d’instrument économique « incitatif » pour atteindre les deux objectifs que sont l’industrialisation de la filière bois, autrement dit la transformation du bois sur le territoire camerounais, et la gestion durable des forêts camerounaises. Il ne faut pas cependant que cette proposition prête à confusion. En effet, se demander si la fiscalité forestière peut jouer un rôle d’instrument économique n’est pas une affirmation de la supériorité évidente de l’instrument économique (la taxe) sur l’instrument réglementaire (la régle) que ce soit dans le domaine de l’environnement ou dans celui du développement industriel. D’ailleurs, le nouveau code forestier prévoit d’introduire de nouvelles règles concernant tant l’exploitation des forêts, qui se fera dans le cadre d’un « plan d’aménagement durable », que l’industrialisation qui est une des conditions nécessaires à l’obtention d’une concession et à l’agrément par l’administration forestière du plan d’aménagement. L’objectif du modèle n’est donc pas de réfléchir à la possibilité de remplacer des règles par des taxes mais d’examiner dans quelle mesure on peut se servir de la fiscalité forestière qui de toute façon existera (5 taxes sont prévues dans le code forestier) pour inciter les entreprises à se conformer à ces nouvelles règles. Cette nouvelle démarche repose sur trois principes : 1. raisonner à l’échelle de l’entreprise,

25

Jean-Christophe Carret

Cerna

2. modéliser, à partir d’enquêtes et d’entretiens, les réactions de quelques entreprises-types à différents niveaux et à différentes combinaisons des trois principales taxes forestières (redevance de superficie, taxe d’abattage, droits et taxes de sortie), 3. faire valider les hypothèses et les conclusions du modèle par un comité de pilotage constitué des différents acteurs concernés par la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun. Modéliser les réactions des entreprises consiste à évaluer la réaction des quelques entreprisestypes préalablement identifiées à quatre sortes de stimulations différentes : 1. transfert aval-amont : comment réagiraient les entreprises-types si, à niveau de pression fiscale inchangé, l’Etat reportait intégralement les droits et taxes de sortie sur la taxe d’abattage ? 2. transfert taxe ad-valorem au m3- taxe fixe à l’hectare : même question avec un report intégral des droits et taxe de sortie sur la redevance annuelle de superficie. 3. augmentation de la pression fiscale : comment réagiraient les entreprises-types à une augmentation de la pression fiscale qui s’exercerait successivement sur les droits et taxes de sortie, la taxe d’abattage, la redevance annuelle de superficie ? 4. transferts et augmentation de la pression fiscale : comment réagiraient les entreprisestypes à une augmentation de la pression fiscale combinée à un transfert de la pression fiscale en amont et/ou un transfert de la pression fiscale des taxes ad-valorem vers la taxe fixe ? Le suivi de l’étude à chacune de ses étapes par un comité de pilotage est indispensable à l’acceptation politique des résultats de la simulation. Ainsi, le principal reproche que l’on puisse en définitive adresser à ceux qui ont conduit jusqu’à présent la réforme au Cameroun tient donc en un seul constat : avoir cru pouvoir faire l’économie (car cela nécessite un certain investissement) d’un tel dispositif de modélisation et de simulation pour mettre en place la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun.

Liste des abréviations rencontrées
AEFNA : Association des exploitants forestiers camerounais ATIBT : Association Technique Internationale des Bois Tropicaux

26

Jean-Christophe Carret

Cerna

CERNA : Centre d’économie industrielle de l’Ecole Nationale Supérieure des Mines de Paris DTSGE : Droits et Taxes de Sortie sur Grumes Exportées DTSGCU : Droits et Taxes de Sortie sur Grumes Consommées par les Usines FMI : Fond Monétaire International FOB : Free On Board GICAM : Groupement des Industriels du CAMeroun GITAF-Cam :Groupement des Industriels Transformateurs et Aménagistes de la Forêt Camerounaise IFIA : Interafrican Forest Industries Association LM : Loyale et Marchande ONADEF : Office National de Développement des Forêts SGS : Société Générale de Surveillance SPEBC : Syndicat des Producteurs et Exportateurs de Bois du Cameroun TCA : Taxe sur le Chiffre d’Affaire UFA : Unité Forestière d’Aménagement.

Annexe : présentation chronologique des faits au Cameroun
Dans cette partie, la Loi Forestière 94/01, les lois de Finances 95/96, 96/97 et 97/98, leurs décrets d’application, les arrêtés, les ordonnances, les circulaires, les rapports de commission et d’experts, les échanges de courrier et les comptes-rendus de réunions entre l’Etat, les syndicats d’industriels et la Banque Mondiale sont présentés dans l’ordre chronologique jusqu’au 17/02/98 (de sorte qu’une mise à jour de ce document est toujours possible). Bilan : un texte de loi, trois lois de Finances (95/96, 96/97, 97/98), trois ordonnances, six arrêtés, cinq décrets, sept notes circulaires, une instruction ministérielle, deux décisions gouvernementales, un avis au public, un communiqué presse et radio, trois appels d’offres (dont un avorté), 26 lettres, 32 rapports, 38 comptes-rendus de réunion. Cette recension n’est pas exhaustive. Il y manque notamment des documents importants comme la plupart des lettres d’intention du gouvernement au FMI. L’astérisque indique que le document n’était pas disponible, en décembre 1997, au moment de l’enquête.

27

Jean-Christophe Carret

Cerna

Avant la Loi de Finances 95/96 29/01/90 : ordonnance présidentielle n°90/001 créant le régime de Zone Franche au Cameroun 28/12/90 : arrêté n°51/MINDIC/IG1 fixant les modalités d’application du régime de Zone Franche au Cameroun En 1997, les entreprises qui bénéficient du statut de point Franc industriel sont SFID, SEFAC, SEBAC, ALPICAM, PROPALM, WIJMA, HAZIM, SAB, CIBC, SFH, Ecam placage. Source GITAF Cameroun 03/93 : Etude sur la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun (Duscheneau, Méthot, 1993) Première étude sur la réforme de la fiscalité forestière. Elle est pilotée par le Ministère de l’Environnement et des Forêts. C’est la seule étude à calculer les prix de revient de l’exploitation, du transport et de la transformation, à les comparer aux prix de vente, à en déduire le montant de la rente différentielle ou surplus puis à proposer une fiscalité basée sur une règle de partage entre l’Etat et l’industrie. Duscheneau et Méthot proposent la règle suivante 50% Etat 50% industrie pour les grumes, 30% à 70% pour les produits transformés en raison du risque industriel. 20/01/94 : Loi 94/01 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche Cette loi succède à la loi 82/01. Elle comporte plusieurs innovations majeures : la mise aux enchères des concessions forestières et des ventes de coupe, l’obligation de les soumettre à un plan d’aménagement forestier, la désignation de forêts communautaires, l’arrêt des exportations de grumes en 1999. Sur la fiscalité, la loi indique dans l’alinéa (2) de l’article 12 que : « Les retombées économiques ou financières résultant de leur utilisation donnent lieu au paiement à l’Etat des royalties dont le taux et les modalités de perception sont fixées, au prorata de leur valeur, par arrêté au Ministre chargé des finances sur proposition des Ministres compétents ». A l’article 66, l’alinéa 1 de la loi précise la composition des taxes : «- la redevance forestière annuelle assise sur la superficie et dont le taux est fixé par la Loi de Finances ; la taxe d’abattage des produits forestiers, c’est-à-dire la valeur par espèce, par volume, poids ou longueur, estimée selon des modalités fixées par décret ; la surtaxe progressive à l’exportation des produits forestiers non-transformés ; la contribution à la réalisation d’œuvres sociales ; la réalisation de l’inventaire forestier ; la participation aux travaux d’aménagement »

10/02/94 : Code et réglementation forestière. Ambassade de France Le conseiller économique et commercial de l’Ambassade de France attire l’attention du gouvernement sur quatre points de la nouvelle Loi Forestière : la procédure d’agrément et les ventes de coupe, la durée et la superficie des concessions, le taux de transformation et l’interdiction d’exporter des grumes, la création d’un office national de commercialisation. 14/06/94 : Etude fiscalité, première partie. Analyse de la situation des filières en Côte d’Ivoire, au Gabon, au Congo, en République Centrafricaine et au Cameroun (COMETT, 1994) Cette étude analyse et compare les fiscalités forestières dans les cinq pays. Elle est purement descriptive et ne comporte aucune recommandation. Elle témoigne certainement de la préoccupation des industriels camerounais d’être compétitifs par rapport aux autres pays d’Afrique de l’ouest et du centre. 01/07/94 : Loi de Finances 94/95 La réforme n’a pas encore débuté. Cette réforme modifie néanmoins le taux des taxes et droits de sortie. Il passe de 40 à 25%. Les valeurs mercuriales servant de base au calcul de cette taxe seront révisées pour tenir compte de la dévaluation du franc CFA. L’affectation de la taxe est supprimée. Elle est entièrement liquidée par le Trésor. 07/94 : mémorandum fiscalité forestière. Ambassade de France Non daté, ce mémorandum remonte vraisemblablement à la période qui a précédé la mise en place de la Loi de Finances 95/96. Il s’inquiète des changements dans la fiscalité forestière qui pourraient intervenir sous la pression de la Banque Mondiale notamment l’introduction d’une taxe sur les grumes

28

Jean-Christophe Carret

Cerna

consommées par les usines. Il propose pour que cela soit équitable que la taxe soit assise sur les grumes à l’entrée dans les usines. Il examine aussi l’instauration d’une surtaxe progressive quand l’industriel ne satisfait pas aux 70% du taux de transformation réglementaire. Il conclut que la réforme de la fiscalité forestière aura pour effet de freiner l’investissement dans le secteur. Il estime qu’il n’est pas normal que le Cameroun se voit imposer de tels diktats par les institutions de Bretton Woods, surtout au regard de la situation qui prévaut dans les autres pays de la zone. 05/10/94 : grumes - base taxable Ce document donne les nouvelles valeurs mercuriales pour le calcul des droits et taxes de sortie. 14/10/94 : commission n°3 : l’impact de la fiscalité sur l’aménagement et la gestion des forêts Compte rendu d’une réunion qui s’est tenue au Palais des Congrès et modérée par W. Sollo, Directeur de l’ONADEF. Six recommandations ont été formulées : étudier sur le secteur forestier pour mieux apprécier l’assiette fiscale, étudier la fiscalité forestière pour évaluer le niveau réel des recettes fiscales et réévaluer certaines taxes afin de financer des missions de développement et de pérennisation des forêts, étudier la répartition des recettes au profit des populations locales et des communes, retrait du statut de points francs à l’exploitation forestière, création d’une structure chargée du contrôle des exportations de bois et de l’information sur les marchés des produits forestiers.

A ce moment, c’est-à-dire avant les changements apportés par la Loi de Finances 95/96, le débat sur la fiscalité forestière se tient au Ministère de l’Environnement et des Forêts et à l’ONADEF. Il y est notamment question d’un lien possible entre la gestion durable, nouvel objectif de la politique forestière et la fiscalité forestière. Les administrations en question ne conçoivent pas la fiscalité forestière comme un outil devant servir à orienter le comportement des agents économiques mais comme une source de revenus devant servir à financer l’action de l’administration forestière notamment les actions concernant la mise en place et le contrôle des plans d’aménagement durable des concessions forestières. C’est la raison pour laquelle ce Ministère argumentera tout au long de la réforme en faveur de la création d’un Fonds forestier (contraire au principe de caisse unique préconisé par le FMI) et de son financement par l’affectation de certaines taxes forestières. 05/95 : La forêt au Cameroun (Mauppin, 1995) Présentation générale du secteur forestier au Cameroun, analyse des dispositions du régime de la zone franche, projet de décret d’application de la Loi Forestière 1/84. 23/06/95 : Politique forestière du Cameroun. Document de politique générale. République du Cameroun. 89 p. Ce document propose un bilan chiffré du secteur forestier, identifie et analyse les grands problèmes de ce secteur, donne les objectifs de la nouvelle politique forestière puis énumère les moyens à mettre en œuvre pour l’appliquer. L’année fiscale 95/96 01/07/95 : Loi n°95/010 portant Loi de Finances de la république du Cameroun pour l’exercice 95/96 Chapitre deuxième : dispositions relatives aux douanes Article 5 : 1) Droit de sortie de 25% calculé sur la valeur imposable sur les grumes consommées par les usines. Ce taux peut être bonifié en fonction du degré de transformation des produits exportés selon des modalités fixées par voie d’ordonnance et sans que ce taux puisse être inférieur à 15%. 2) Le bénéfice des zones franches industrielles ne peut être accordé aux entreprises d’exploitation forestière. Les bois en grumes livrés aux zones franches sont exportés et donc soumis au droit de sortie. Article 14 : 1) en application des dispositions de la loi n°94/01 du 20 janvier 1994 portant régime de la forêt, faune

29

Jean-Christophe Carret

Cerna

et de la pêche, les taux des taxes ci-après sont fixés ainsi qu’il suit : redevance forestière : taux plancher de 300 F.CFA/ha/an, 50% Etat et 50% communes dont 10% aux communautés villageoises riveraines taxe d’abattage : 7% de la valeur mercuriale. surtaxe progressive : 30 à 45% soit 5 000 F.CFA par m3, de 45 à 60% soit 7 500 F.CFA/m 3, + de 60% soit 10 000 F.CFA par m3.

Cette surtaxe progressive n’a pas été payée jusqu’en juillet 1997. C’est à ce moment seulement que les entreprises ont commencé à recevoir les factures pour le début de l’exercice 95/96. Le retard est dû à la difficulté de calculer le pourcentage de transformation par entreprise. En effet, il faut faire des recoupements à partir des volumes exportés sous forme de grume et d’une estimation du taux de transformation de chaque entreprise. De plus, certaines entreprises achètent du bois à des exploitants forestiers et l’exportent ensuite. Dans ce cas, il a été décidé que le propriétaire du marteau est responsable de la surtaxe à l’exportation. Les consultants canadiens sont en train de mettre au point un système informatique de recouvrement de cette taxe. Le décret du 23/01/98 attribue le recouvrement de cette taxe à la Direction des impôts mais son calcul et son contrôle à la Direction des Forêts. taxe de transfert : 100 F.CFA/ha cautionnement : 200 F.CFA/ha pour les concessions, 2 000 F.CFA/ha pour les ventes de coupe. 2) L’assiette et les modalités de recouvrement des redevances, taxes, surtaxes, prix et cautionnement prévues ci-dessus sont déterminées par voie réglementaire. *13/07/95 : réunion entre le Ministre délégué au budget et le syndicat Objet : la détermination d’une taxe sur les grumes à l’entrée des usines bénéficiant du statut de point franc industriel (PFI) - référence à l’article 5 de la Loi de Finances 95/96. Ils demandent dans ce contexte à récupérer la TCA (taxe sur le chiffre d’affaires). *18/07/95 : réunion du syndicat avec le directeur des douanes 20/07/95 : rapport conjoncturel. Syndicat des forestiers du Cameroun A cette époque, il n’existe encore qu’un syndicat. Le 25 octobre, on voit apparaître le nom du SPEBC, probablement aussi celui du GITAF et du syndicat des exploitants forestiers nationaux. Ce rapport est centré sur l’examen de la taxe à l’entrée des grumes en usine, article 5 de la Loi de Finances 95/96. 07/95 : Note de conjoncture sur la politique forestière camerounaise : analyse des conséquences de deux nouvelles mesures fiscales sur la dynamique industrielle (Carret, Lazarus, 1995) Cette étude cherche à comprendre pourquoi la Loi de Finances instaure une taxe sur les grumes consommées par les usines sans faire au préalable de simulation alors que l’industrialisation de la filière bois est l’un des objectifs de la nouvelle politique forestière du gouvernement camerounais. 15/08/95 : mémorandum. Syndicat des forestiers du Cameroun Présentation des coûts de l’exploitation forestière et de la transformation. 23/08/95 : décret n°95/531/PM fixant les modalités d’application du régime des forêts Ce décret précise certains points de la loi dont la composition et le fonctionnement de la commission interministérielle chargée d’évaluer les offres techniques et financières dans le cadre de la mise aux enchères des concessions forestières. *22/09/95 : note circulaire n°932 relative à l’application de l’article 5 de la Loi de Finances 1995/1996 En attendant la signature de l’Ordonnance fixant les taux de bonification, les bois en grumes livrés aux zones franches et aux points francs industriels sont soumis à un droit de sortie calculé sur la base de 25% des valeurs ci-dessous. 25/09/95 : note circulaire n°936 portant dispositions provisoires pour le calcul de la taxe d’abattage article 14 de la Loi de Finances 95/96 En attendant la signature de l’arrêté fixant les valeurs mercuriales devant servir au calcul des taxes d’abattage de 7% desdites valeurs pour l’exercice 1995/1996, celles-ci sont fixées ainsi qu’il suit. 09/10/95 : réunion de concertation des entreprises forestières au siège du GICAM

30

Jean-Christophe Carret

Cerna

C’est à cette époque que se produit la scission du syndicat. Auparavant, toutes les entreprises adhèrent au GICAM, le groupement des industriels du Cameroun. Cela se produit au moment où l’ATIBT organise une réunion à Douala. Les plus grandes entreprises qui sont aussi les plus gros exportateurs de grumes (Rougier, Thanry, Alpicam et Hazim) fondent le SPEBC, le syndicat des producteurs et exportateurs de bois du Cameroun, les entreprises de taille moyenne qui transforment une partie significative de leur production se réunissent au sein du GITAF-Cam (groupement des industriels transformateurs et aménagistes de la forêt camerounaise) : Coron, Pallisco, SIBAF, SOTREF, SFIL, Forestière de Campo, SEFAC. Chacun des deux syndicats engage un secrétaire général (11/10/95 pour le SPEBC). Cette sortie de la tutelle du GICAM (sous laquelle le GITAF-Cam vient de retourner) et la scission en deux syndicats sont certainement dues aux discussions qui ont eu lieu à propos des articles 7 et 14 de la Loi de Finances. Cette scission au niveau camerounais est un des détonateurs dans la création de l’IFIA. Application de l’article 5 de la Loi de Finances Pour les trois essences principales Ayous, Sapelli, Azobé, les taxes maximums au m3 que la profession peut supporter sont : Ayous 7 000 F.CFA/m3, Sapelli 15 000 F.CFA/m3, Azobé : 5 000 F.CFA/m3. Taux de conversion unique : 1,66, taux de taxation unique 15%. Article 14 La profession accepte que le taux soit doublé ce qui implique une nouvelle table des valeurs mercuriales car le taux de la taxe est passé de 5 à 7%. Arrêt des usines au plus tard le 11 octobre 1995 10/95 : mémorandum sur la fiscalité forestière (SPEBC, 1995) Document qui fait des propositions concernant l’application de l’article 5 (droit de sortie sur les grumes consommées par les points francs industriels tels que donnés par la circulaire n°932) et de l’article 14 (valeurs mercuriales devant servir à la taxe d’abattage). 12/10/95 : note circulaire modifiant et complétant certaines dispositions de la circulaire n°932 du 22 septembre 1995 relative à l’application de l’article 5 de la Loi de Finances 1995/1996 En attendant la signature de l’Ordonnance fixant les taux de bonification, les bois en grumes livrés aux zones franches et aux points francs industriels sont soumis à un droit de sortie calculé sur la base de 25% des valeurs ci-dessous. Les bois en grumes livrés aux autres unités de production et servant à la fabrication des bois ouvrés et semi-ouvrés (première transformation) exportés sont admis au bénéfice de la bonification des droits de sortie aux conditions suivantes : 12/10/95 : note circulaire modifiant et complétant certaines dispositions de la circulaire n°936 du 25 septembre 1995, portant dispositions provisoires pour le calcul de la taxe d’abattage En attendant la signature de l’arrêté fixant les valeurs mercuriales devant servir au calcul des taxes d’abattage de 7% desdites valeurs pour l’exercice 1995/1996, celles-ci sont fixées ainsi qu’il suit. 12/10/95 : compte rendu de la réunion du syndicat des forestiers du Cameroun Les deux notes circulaires donnent satisfaction aux industriels. Ils reprennent leurs déclarations en douane immédiatement et une activité normale dès le 16. A partir de cette date le syndicat des forestiers du Cameroun devient le syndicat des producteurs et exportateurs de bois du Cameroun (SPEBC). 07/12/95 : ordonnance 95/004 et décret d’application 95/250 mise en place du programme de sécurisation des recettes douanières 15/12/95 : instruction ministérielle n°00268/MINEFI/CAB, mise en place du programme de sécurisation des recettes douanières Le gouvernement confie à la SGS le contrôle des exportations de bois. L’article 8 du texte de loi indique la mise en place d’une taxe sur l’inspection et le contrôle des produits à l’exportation. Cette taxe est valable pour le café, le cacao, la banane et les grumes. Le taux de cette taxe est de 0,95% de la valeur mercuriale. *18/12/95 : décision n°11225/MINEFI concernant la création de la sous-commission chargée de la réforme de la fiscalité forestière Mission : étudier les voies et les moyens nécessaires à l’amélioration de la fiscalité forestière.

31

Jean-Christophe Carret

Cerna

Cinq sessions du 27/12/95 au 08/03/96, rencontre le 14/02/96 avec une délégation FMI/Banque Mondiale en mission au Cameroun. 01/96 : introduction informelle d’une taxe de 1 000 F.CFA/m 3 à verser aux populations locales pour les ventes de coupe Le Ministère de l’Environnement et des Forêts introduit dans le cahier des charges des ventes de coupe une taxe de 1 000 F.CFA/m3 que l’entreprise doit verser aux populations locales. Cette taxe n’a aucune base légale. Elle ne cesse d’être contestée depuis par les industriels (jusqu’à la dernière réunion du SPEBC avec le Ministre délégué au Budget du 15 décembre 1997). Cette taxe a des conséquences importantes car une vente de coupe (2 500 ha) peut donner en l’espace de quelques mois des volumes de production allant de 10 à 15 000 m3. Les entreprises versent donc aux populations locales une dizaine de millions de F.CFA dont l’utilisation n’est guère contrôlée. De plus, les villageois dépêchent maintenant sur les parcs en forêt leurs propres cubeurs pour contrôler les volumes abattus par les entreprises. En 1996/97 si on se fie aux chiffres du Ministère de l’Environnement et de la Forêt, cette taxe informelle a rapporté 1,3 milliard de F.CFA aux populations locales. 02/96 : étude sur la fiscalité forestière. SPEBC Cette étude explique que compte tenu des indications données par la Loi de Finances 95/96 et en se basant sur les données statistiques 94/95, l’objectif de 30 milliards de recettes fiscales est réaliste. S’il n’est pas atteint, c’est à cause du recouvrement. 07/02/96 : rapport de la commission de suivi des recettes de l’Etat 14/02/96 : rencontre sous-commission - délégation FMI/Banque Mondiale Points abordés : quelle charge fiscale globale le secteur forestier peut-il supporter, la fiscalité est complexe et elle comprend de nombreux postes parafiscaux, perspectives d’exploitation et d’exportation des bois.

Il faut abandonner l’idée d’arrêter l’exportation des grumes. On peut monter jusqu’à 4 millions de m3 sans mettre en danger la forêt. Application du régime de PFI au secteur forestier. Seize entreprises bénéficient du statut de PFI. Rôle de la SGS et des douanes camerounaises. Qui doit payer la SGS : l’Etat ou les entreprises ? 08/03/96 : rapport des travaux de la sous-commission de réforme de la fiscalité forestière (commission de réforme fiscale, Ministère de l’Economie et des Finances)


-

Recommandations à court terme : calculer la taxe d’abattage sur une valeur taxable plus forte que les mercuriales en vigueur. Le paiement doit se faire sur la base de la lettre de voiture (donc on paie sur le bois roulé et non sur le bois abattu qui lui est recensé dans le DF10), porter la redevance de superficie à 500 F.CFA/ha/an, surtaxe progressive : 31 à 40% : 6 000 F.CFA/m3, 41 à 50% : 8 000 F.CFA/m 3, plus de 50% : 10 000 F.CFA/m3 + retrait du marteau pour un an, valeur taxable unique pour les grumes exportées et celles consommées par les usines, objectif est d’atteindre 34 milliards en 1996/97 en améliorant notamment le recouvrement. Recommandations à moyen et long terme : fusionner la taxe d’abattage et les droits de sortie dans la perspective de la suppression de ces derniers, revenir sur la suppression des exportations de grumes, systématiser les inventaires d’aménagement forestier, étudier la détermination du prix des grumes,

-

32

Jean-Christophe Carret

Cerna

-

fusionner fiscalité forestière et fiscalité générale pour instaurer un système de taxation de la rente forestière sur le modèle du secteur pétrolier.

11/03/96 : note d’information pour le paiement des droits de sortie avec les chèques du trésor, SPEBC Les industriels essaient de payer une partie des DS avec des chèques qui leur ont été donnés pour le remboursement de la TCA. 11/03/96 : propositions du GITAF sur les différentes questions abordées lors des travaux de la souscommission sur la fiscalité forestière en vue de l’amélioration de la contribution du secteur forestier au budget de l’Etat 15/03/96 : circulaire n°001/MINEFI/CAB sur l’utilisation des avoirs fiscaux et des chèques du Trésor 25/03/96 : note d’information sur la table ronde internationale sur le secteur forestier organisée par le MINEF, SPEBC Le Ministère annonce que trois millions d’hectares de concessions seront attribués dans les douze mois à venir. 10/04/96 : décret n°96/237/PM fixant les modalités de fonctionnement des fonds spéciaux prévus par la loi n°94/01 du 20 janvier 1994 portant régime des forêts, de la faune et de la pêche Article 2 : Le fonds spécial de développement forestier, ci après appelé Fonds spécial est un compte spécial d’affectation du Trésor Public destiné à assurer le financement des opérations d’aménagement, de conservation et de développement durable des ressources forestières. Ce décret n’est pas appliqué dans les faits. Il continue aujourd’hui à faire l’objet de discussions. Le Ministère de l’Environnement et des Forêts œuvre pour sa mise en place effective. 03/05/96 : ordonnance fixant les modalités d’application de l’article 5 de la loi n°95/010 du 1er juillet 1995 portant Loi de Finances de la république du Cameroun pour l’exercice 1995/1996 Cette ordonnance ne fait que ratifier sans les changer les valeurs proposées par la note circulaire n°936 du 12/10/95. 07/05/96 : réunion de la sous-commission chargée de la fiscalité forestière

• Elaboration d’un indice de révision des valeurs taxables des grumes à l’exportation, par type
d’essences (riches, intermédiaires, pauvres), révision trimestrielle.

• Taxation des produits transformés et base taxable pour la taxe d’abattage : le GITAF-Cam propose
2% de la valeur taxable pour la taxe d’abattage, le gouvernement 3%. Pour la taxe à l’exportation sur les produits transformés, le GITAF-Cam propose respectivement 6, 5 et 4% pour les sciages, déroulages et tranchages (8, 7 et 6% pour les usines en points francs).

• Taxe à la superficie : taux plancher maintenu à 300 F.CFA/ha /an mais droit d’exploitation payable
sur l’assiette de coupe.

• Incitation à la transformation : le gouvernement propose 1 000 F.CFA/m3 si le taux de 70% n’est pas 3
atteint, le GITAF 40 000 F.CFA/m . 22/05/96 : réunion de la sous-commission chargée de la fiscalité forestière sur la fiscalité forestière et les critères d’attribution des titres d’exploitation

• Projet de décret fixant les modalités d’assiette et de recouvrement des taxes forestières. • Décision n°191 et 192 affectant des coefficients de pondération aux seuils minima pour la sélection des
soumissionnaires des titres d’exploitation forestière. 05/96 : 112 ventes de coupe mises aux enchères Les ventes de coupe sont adjugées pour des montants (redevance de superficie de 300 F.CFA/ha plus l’offre du soumissionnaire) allant de 1 000 à 3 000 F.CFA/m3. Dans le même temps de nombreuses ventes de coupe sont attribuées de gré à gré. 05/96 : deux concessions sont attribuées en gré à gré à Thanry (4 UFA) et à Coron (1 UFA)

33

Jean-Christophe Carret

Cerna

05/96 : boycott de la mise aux enchères de 42 concessions Raison : le gouvernement sous la pression de la Banque Mondiale a changé à la dernière minute le prix plancher pour le fixer à 2 000 F.CFA/ha/an. *22/05/96 : lettre du GITAF Cameroun au chef de division des opérations pays de la Banque Mondiale Sur l’attribution par adjudication des titres d’exploitation forestière. Ils sont contre car cela menace à terme les usines installées en forêt. * arrêté n°00094 fixant les valeurs imposables des grumes pour le quatrième trimestre de l’exercice 1996/1997 14/06/96 : compte rendu de la réunion du 10/06/96 de la sous commission de réforme de la fiscalité forestière La SGS doit proposer une nouvelle base taxable plus proche des valeurs FOB selon l’article 27 du code des douanes. 18/06/96 : réunion secteur privé - Banque Mondiale Cette réunion avait pour objet l’attribution par adjudication des titres d’exploitation forestière. La Banque Mondiale est d’accord pour soutenir une pré-répartition des UFA entre les entreprises si la redevance de superficie est montée à 2 000 F.CFA par hectare avec cependant une diminution équivalente des droits de sortie. Les industriels n’acceptent pas et préfèrent suivre la procédure légale. 20/06/96 : compte rendu d’une réunion à la direction des Douanes

• Document de travail de la SGS pour calculer une valeur taxable plus proche : détermination d’un prix
FOB moyen pour chaque essence, réajustement de ces valeurs qui sont celles de la qualité LM, déduction des droits de sortie, de la taxe d’abattage et des taxes diverses (25%+2,5%+ 2,5%), réajustement du taux de droit de sortie pour obtenir une taxation équivalente.

• Projet de Loi de Finances : grumes entrée usine 25% de la valeur taxable des grumes export ou
bonification des droits de sortie selon le système en vigueur (sciage 2,5 et 20%, déroulage 2 et 15% et tranchage 1,66 et 15%). La taxation en vigueur est triplée. Deux autres réunions vont avoir lieu sur la détermination de la base taxable, le 8 juillet, le 18 juillet. *24/06/96 : aide mémoire de V. Ferrer sur le volet forêt de la mission de suivi du crédit d’ajustement structurel *06/96 : méthode de calcul de l’indice de révision des valeurs taxables des grumes export. Document SGS L’année fiscale 96/97 01/07/96 : Loi n°96/08 portant Loi de Finances de la République du Cameroun pour l’exercice 96/97 Les dispositions de l’article 14 de la loi 95/010 du 01/07/95 portant Loi de Finances de l’exercice 95/96 sont modifiées et complétées ainsi qu’il suit : Article 14 1) Taxe d’abattage : taxe d’abattage calculée sur la base de la valeur imposable des grumes telle que définie à l’article 27 al (1) du code des douanes. Taux 2,5%. 2) Redevance forestière annuelle : droit d’accès calculé à partir d’un taux plancher de 300 F.CFA/ha /an, droit d’exploitation calculé par assiette de coupe et pour la durée de celle ci zone I : 100 F.CFA/ha, zone II : 200 F.CFA/ha, zone III : 300 F.CFA/ha. 3) Surtaxe progressive : 30 à 40% : 8 000 F.CFA/m3, 41 à 50% : 10 000 F.CFA/m3, + de 50% : 15 000 F.CFA/m3,

34

Jean-Christophe Carret

Cerna

cautionnement : 200 F.CFA/m3 pour chaque concession, 2 000 F.CFA/m3 pour chaque vente de coupe. 12/07/96 : avis d’appel d’offres restreints n°1143 et 1484/AAOR/MINEF/DF/SDEIF Le Ministère de l’Environnement et des Forêts ouvre, en application de la Loi Forestière 1/94 la première mise aux enchères de 2,5 millions d’hectare de concessions forestières réparties en 42 UFA. 30/07/96 : additif avis appel d’offres restreint pour l’attribution des concessions forestières Le Ministre des Eaux et Forêts, avant la fin de la période de 45 jours dont dispose le soumissionnaire pour faire sa proposition, demande de lire 2 000 F.CFA à la place de 300 F.CFA/ha pour la redevance forestière annuelle. Les entreprises dénoncent un vice de procédure et boycottent l’appel d’offres. Le gouvernement ne recevra que trois propositions. 23-27/08/96 : réunion secteur privé et administration forestière au sujet du calcul de la surta xe progressive 27/08/96 : avis au public n°1954/AOP/MINEF/DF/SDEIF portant report du délai de recevabilité des concessions forestières Le Ministre de l’Environnement et des Forêts prolonge le délai de recevabilité des dossiers de soumissions pour les concessions de 40 jours à compter du 27 août 1996. 30/08/96 : communiqué de presse et radio n°2014 Le Ministre de l’Environnement et des Forêts annule l’appel d’offres. *4/09/96 : lettre de V. Ferrer au secrétaire général du Ministère de l’Environnement et des Forêts du 4 septembre 1996 Sujet : Cameroun - mise en œuvre de la politique forestière. *04/09/96 : lettre de V. Ferrer au Ministre de l’Environnement et des Forêts Sujet : Cameroun - texte d’application de la Loi Forestière Fonds forestier et ONADEF. 17/09/96 : décret N°96/642 fixant l’assiette et les modalités de recouvrement des droits, redevances et taxes relatifs à l’activité forestière Ce décret donne des précisions sur la fixation de l’assiette pour les différentes taxes ainsi que sur les modalités de recouvrement (qui et selon quel délai) de ces taxes. 17/09/96 : décret N°96/643/PM fixant les valeurs imposables des grumes Article 1 Les valeurs imposables des grumes utilisées pour le calcul des droits de sortie, taxe d’abattage et prix de vente des billes échouées sont pour le premier trimestre fixés dans un tableau qui distingue les essences riches, les essences intermédiaires et les essences pauvres et distingue 3 zones. Article 2 Donne la formule de révision à la fin de chaque trimestre : VMT = valeur FOB indicative des marchés d’exportation (référence marchés tropicaux), VESS : volume d’export de l’essence pour chaque mois du trimestre considéré, VMT100 : VMT au début de l’exercice budgétaire. Article 3 Dès la fin de chaque trimestre et dans tous les cas, quinze jours au plus tard après chaque trimestre, les administrations concernées, les représentants de chaque syndicat professionnel du secteur forestier se retrouvent sous l’autorité du Ministre chargé des Finances ou de son représentant pour appliquer la formule de révision prévue ci-dessus sur la zone II dite de référence. Zone I, plus 5%, zone III, moins 5%. Article 4

35

Jean-Christophe Carret

Cerna

La valeur imposable de chaque essence est modifiée dès que par application de la formule de révision, il est constaté une variation de plus ou moins 5% par rapport à la valeur imposable du trimestre précédent sans que cette variation puisse excéder 20%. 18/09/96 : réunion Banque Mondiale, trois syndicats et administration forestière Sur la redevance de superficie de 2 000 F.CFA/ha/an pour augmenter le taux de recouvrement des taxes. 02/10/96 : lettre des trois syndicats à la Banque Mondiale Sur la redevance de superficie de 2 000 F.CFA/ha. 10/96 : analyse par le SPEBC des conséquences du décret N°96/643/PM fixant les valeurs imposables des grumes sur le niveau de la taxe d’abattage et des droits de sortie 10/96 : politique générale des membres de l’IFIA L’IFIA a en partie été créée en réaction à la réforme de la fiscalité forestière au Cameroun et pour répondre aux accusations des écologistes. Les syndicats ont été unanimes à constater certains problèmes, dont les principaux sont.

• Une fiscalité des pays africains souvent instable, quelquefois dictée par des considérations exogènes et
même dans certains cas en contradiction avec une politique d’aménagement durable que les membres d’IFIA souhaitent soutenir.

• Industrialisation :
les membres de l’IFIA sont tous favorables au développement d’une industrialisation du secteur bois en Afrique, qui engendre la création d’emplois et le développement de la formation professionnelle, cette industrialisation doit être encouragée par une législation forestière qui doit être respectée de tous et par des mesures fiscales incitatives.

-

05/11/96 : réunion Banque Mondiale- GITAF/AEFNA C’est une réunion ou les représentants du GITAF et de l’AEFNA discutent avec V. Ferrer de la pertinence de relever le niveau de la taxe de superficie à 2 000 F.CFA/ha/an suite à l’accord informel que la Banque aurait obtenu du Ministre délégué au budget. Ils ne sont pas d’accord. 18/11/96 : éléments de réflexion pour la mise en place d’une nouvelle fiscalité forestière au Cameroun. GITAF 20/11/96 : lettre de Vicente Ferrer, économiste principal de la Banque Mondiale à son excellence M. Roger Mélingui Ministre délégué chargé du budget, Ministère de l’Economie et des Finances Vicente Ferrer fait les propositions suivantes : un niveau pour l’ensemble des taxes de 27-30 milliards de F.CFA pour l’année fiscale 96/97 basé sur les statistiques 95/96, une redevance de superficie dont le prix plancher sera fixé à 2 000 F.CFA/ha pour correspondre à environ 20% de la charge fiscale, une formule de réactualisation de la taxe de superficie, une réduction compensatoire des droits de sortie, une base taxable unique pour les grumes et les débités qui servirait aussi pour le calcul de la taxe d’abattage.

29/11/96 : arrêté n°00404/MINEFI du 29 novembre 1996 fixant les valeurs imposables des grumes pour le second trimestre de l’exercice 96/97 Les valeurs imposables des grumes utilisées pour les droits de sortie et la taxe d’abattage. 05-06/12/96 : note de synthèse sur la visite de la délégation d’industriels de la forêt africaine à la Banque Mondiale Concernant la fiscalité, la Banque Mondiale a exposé les différents aspects de la politique fiscale qu’elle encourage à travers les Etats :

36

Jean-Christophe Carret

Cerna

-

priorité à l’aménagement des forêts, nécessité de rendement dans la gestion durable afin de mieux valoriser les ressources en donnant des recettes aux pays et en évitant le gaspillage de ces ressources.

Les membres de l’IFIA comprennent ces préoccupations qu’ils partagent mais ont exprimé le souhait d’une politique plus homogène qui concilierait une incitation à la gestion durable et une incitation à la transformation tout en tenant compte des variations inévitables du marché. Par contre les industriels ont été très choqués d’entendre affirmer la gratuité de la matière première tropicale, voyant ainsi comparer des disponibilités en ressources tropicales et tempérées sans en comparer les coûts d’approche par la création d’infrastructures, de travaux sociaux, de charges d’éloignement de toutes les fournitures nécessaires sous les tropiques et qui forment un prix de revient des bois sur pied. La délégation de l’IFIA a donc proposé à la Banque Mondiale les mesures suivantes : abandon de la mise aux enchères, allongement de la durée des permis, très faible taxe de superficie taxe d’abattage doit représenter la majeure partie des recettes fiscales et ainsi contribuer à réduire le gaspillage taxe sur les volumes exportés en grumes : taxes sur les produits transformés en distinguant sciages verts, sciages séchés, sciages rabotés et placages, contreplaqués, renforcer le contrôle de l’Etat, ne pas pénaliser les industriels vertueux.

06/12/96 : the evolution of Cameroon’s new forestry legal, regulatory and taxation system Document qui fait le point sur les changements intervenus dans la politique forestière au Cameroun. 20/12/96 : lettre de l’IFIA à V. Ferrer Sur la mise aux enchères des concessions forestières. 13/01/97 : n°0158/AAO/MINEF/DF/SDIAF : avis d’appel d’offres restreint pour l’attribution des concessions forestières Onze UFA sont mises aux enchères. Elles sont réservées aux exploitants forestiers nationaux. 13/01/97 : n°0159/AAO/MINEF/DF/SDIAF : avis d’appel d’offres pour l’attribution des concessions forestières Quinze UFA sont mises aux enchères. Elles sont ouvertes à tous les exploitants forestiers agréés exerçant au Cameroun. Les soumissionnaires disposent de 45 jours pour faire parvenir leur offre. Le prix plancher est provisoirement fixé à 300 F.CFA/ha. Le résultat officieux de ces deux appels d’offres sera connu fin novembre 1997. Les exploitants forestiers sont informés individuellement de la décision de la commission sans que cette décision soit confirmée par la Présidence de la République. Ces 26 UFA représentent au total de 1,8 million d’hectares. *21/01/97 : compte rendu d’une réunion de la commission interministérielle relative à l’élaboration de termes de références d’une nouvelle législ ation fiscale en matière d’exploitation forestière

• Des observations d’ordre général sur la fiscalité forestière :
objectif de recettes de la fiscalité forestière : 30 milliards, modalités de détermination de la base taxable, évolution du système actuel vers une fiscalité dite de rente forestière à l’instar de celle en place dans le secteur pétrolier.

• Des axes de réflexion en vue de la prochaine réunion.
*27/01/97 : compte-rendu de la réunion aux Douanes sur révision de la base taxable Réunion trimestrielle de révision de la base taxable (Loi de Finance 96/97). *31/01/97 : compte rendu d’une réunion de la commission interministérielle relative à l’élaboration de termes de références d’une nouvelle législation fiscale en matière d’exploitation forestière

37

Jean-Christophe Carret

Cerna

• Sur la planification de l’attribution des titres d’exploitation forestière :
levée ou maintien de l’obligation de transformer 100% de la récolte en l’an 2000. Le coût des investissements a été évalué à 40 milliards de F.CFA avant dévaluation. Il serait désormais de 90 milliards, rendre la politique fiscale cohérente par rapport aux objectifs de la politique forestière de l’Etat.

-

• Sur les documents présentés par le régisseur des recettes :
amélioration du taux de recouvrement, la taxe d’abattage a doublé par rapport à 1995/96, la taxe de superficie a triplé. Ceci est dû à l’informatisation et à un meilleur suivi sur le terrain, la fiscalité pourrait donc être remontée vers l’amont sans crainte d’évasion fiscale, existence d’une fiscalité parallèle, entretenue par l’administration forestière, les communes et les communautés villageoises.

31/01/97 : planification de l’attribution des titres d’exploitation forestière Le ministère de l’Environnement et de la Forêt donne ses prévisions en matière de distribution des superficies forestières pour les cinq prochaines années : • production 96/97 : 3 millions de m3, • objectif 2000/2001 : 4 millions de m3, • rendements à l’hectare ; vente de coupe 5m3, licence : 10 m3, UFA : 20 m3, • nombre de ventes de coupe valides en 96/97 : 130, • nombre de licences valides en 96/97 : 20 avec une moyenne de trois assiettes de coupe. *04/02/97 : lettre au Ministre de l’Environnement et des Forêts au sujet de l’appel d’offres du 13 janvier 06/02/97 : lettre circulaire du Ministre de l’Environnement et des Forêts à messieurs les délégués provinciaux de l’environnement et des forêts Le Ministre demande aux délégués provinciaux de convoquer les exploitants forestiers de leur province pour leur demander de respecter les obligations sociales inscrites dans le cahier des charges des concessions forestières. C’est une situation qui engendre des conflits avec les populations locales et compromet la crédibilité du Ministère. *12/02/97 : compte rendu d’une réunion de la commission interministérielle relative à l’élaboration de termes de références d’une nouvelle législation fiscale en matière d’exploitation forestière


-

Sur la redevance forestière : redevance annuelle de 2 500 F.CFA/ha pour les ventes de coupe, de 1 000 F.CFA/ha pour les UFA. La profession est contre, trois premières années prix plancher, années suivantes prix proposé par le concessionnaire indexé chaque année. Sur le rééquilibrage en amont de la fiscalité forestière : droits de sortie doivent être transférés sur la taxe d’abattage. La profession est contre la suppression des exportations de grumes, nouvelles catégories d’essences pour la base taxable : essences traditionnelles, essences à faible valeur ajoutée, essences à promouvoir.

14/02/97 : arrêté n°fixant les valeurs imposables des grumes pour le troisième trimestre 1996/1997 *20/02/97 : compte rendu d’une réunion de la commission interministérielle relative à l’élaboration de termes de références d’une nouvelle législation fiscale en matière d’exploitation forestière

• Relèvement du taux plancher : la profession est contre. • Les modalités de transferts des droits de sortie à la taxe d’abattage. La profession est contre.

38

Jean-Christophe Carret

Cerna

• La garantie du niveau de recettes souhaitées : la profession indique que le transfert des taxes en amont
dans le cas d’une suppression des exportations de grumes entraînera une diminution des recettes pour l’Etat. 24/02/97 : compte rendu d’une réunion de la commission interministérielle relative à l’élaboration de termes de références d’une nouvelle législation fiscale en matière d’exploitation forestière Les principes d’augmentation du taux plancher et de rééquilibrage amont-aval ne sont plus discutables. Les trois syndicats forestiers quittent la séance. 28/02/97 : lettre des trois syndicats au Ministre délégué au budget Les trois syndicats expriment leur désaccord sur le triplement de la taxe de superficie (alors proposée à 1 000 F.CFA/ha/an) et sur le principe du rééquilibrage entre la taxe d’abattage et les droits de sortie. 03/97 : rapport sur la fiscalité forestière au Cameroun de l’assistance technique canadienne pour la Direction des Forêts Ce rapport rappelle que les grands principes de la fiscalité forestière en milieu tropical ont été élaborés par Gray en 1988 pour le compte de la FAO. 31/03/97 : rapport des travaux de la commission ad hoc de réforme de la fiscalité forestière Ce rapport fait la synthèse de travaux effectués par la commission lors des quatre réunions qui ont eu lieu entre le 21 janvier et le 20 février 1997. Dans un avant propos, il fournit un certain nombre de données macro-économiques sur le secteur forestier. En introduction, il est rappelé que la commission a été formée en décembre 1995 et qu’elle a proposé en 1996 un certain nombre de mesures pour le court et moyen terme (cf. plus haut). Elle était chargée cette année d’élaborer une nouvelle législation fiscale tout en observant le principe de pause fiscale. Cette commission est composée de la Direction des forêts, des trois syndicats GITAF-Cam, SPEBC, AEFNA, de la direction des impôts, de la direction des douanes, de la direction du budget, de l’office national des zones franches industrielles, de la SGS. Le rapport est composé de trois parties : évaluation de l’existant, analyse des objectifs de la fiscalité forestière et de sa compatibilité avec ceux de la politique forestière, solutions et propositions. Propositions de la commission pour la Loi de Finances 97/98 : 1) Redevance de superficie : ventes de coupe 2 500 F.CFA/ha, licences, concessions 15 00 F.CFA/ha de façon à mieux rémunérer le capital (le sol) appartenant à l’Etat. Cette taxe doit représenter 15 à 25% des recettes fiscales de l’Etat, c’est possible sans introduire trop de rigidité dans le système fiscal. Durant les trois premières années d’attribution de la concession, le concessionnaire paie le prix plancher, ensuite il paie le montant de son offre. Sur les ventes de coupe, les 2 500 F.CFA/ha sont rétroactifs pour les concessions attribuées en gré à gré en 1996. La clef de répartition est modifiée : 60% commune, 40% Etat. 2) Remontée progressive des droits de sortie sur la taxe d’abattage jusqu’en l’an 2000 : cette mesure est nécessaire pour sécuriser les 18 milliards de recettes sur les droits de sortie quand les grumes seront interdites d’exportation en l’an 2 000. Il existe deux problèmes : l’efficacité du recouvrement de cette taxe est plus faible que celui sur les droits de sortie et les conséquences d’une augmentation de la matière première sur des usines dont les rendements matières sont faibles et qui disposent de marchés intérieurs exigus, 3) En dépit de l’article 27 (2) du code des douanes, la commission recommande que la base taxable soit assise sur les prix FOB. Elle propose en outre un changement de classification. Abandon de riches intermédiaires et pauvres au profit de traditionnelles, faible valeur, à promouvoir. 01/04 : mémorandum du SPEBC sur les conclusions de la commission de réforme de la fiscalité forestière

• •

Pression fiscale constante par rapport à l’exercice précédent. Rééquilibrage entre l’amont et l’aval.

Ainsi la commission recommande une levée des droits de sortie sur les produits transformés compensée par une augmentation de la taxe d’abattage et une augmentation du taux plancher de la redevance de superficie compensée par une réduction proportionnelle des droits de sortie sur les grumes export. La base taxable et la classification des essences seront modifiées : adoption des valeurs FOB, classement des essences en essences traditionnelles, essences à faible valeur, essences à promouvoir.

39

Jean-Christophe Carret

Cerna

25/04/97 : réunion pour réviser la base taxable pour le quatrième trimestre de l’exercice 96/97 Seule la base taxable du Fraké subit une augmentation de 10% par rapport aux valeurs appliquées à partir du 19 février 1997. 02/05/97 : résultat du dépouillement des offres techniques par la sous-commission technique de la commission interministérielle d’attribution des concessions forestières 14/05/97 : arrêté fixant les valeurs imposables des grumes pour le troisième trimestre 1996/1997 *20/05/97 : compte rendu ou échange de courrier au sujet de la réunion du 20 mai entre la profession et d’administration 21/05/97 : résultat du dépouillement des offres financières à payer par hectare et par an. Commission interministérielle d’attribution des concessions forestières 28/05/97 : compte-rendu de la réunion au MINEF sur la fiscalité forestière Cette réunion avait pour but de finaliser les travaux de la sous-commission en prévision de la Loi de Finances 97/98. La commission est arrivée aux conclusions suivantes : 1) Redevance de superficie : taux plancher de la redevance de superficie : 2 500 F.CFA/ha pour une vente de coupe, 1 500 F.CFA/ha pour une concession, augmentation du taux plancher compensée intégralement par une diminution des droits de sortie sur les grumes exportées. plus de taxe sur les produits transformés, compensation par une augmentation de la taxe d’abattage. Le Ministre délégué au budget refuse compte tenu des incertitudes sur le recouvrement de la taxe d’abattage. les valeurs imposables sont les valeurs FOB révisées trimestriellement, classification des essences en trois catégories : traditionnelles, faible valeur, à promouvoir, taux réduit de surtaxe à l’exportation (1000 F.CFA/m3) pour les essences à promouvoir. insertion de la taxe de 1 000 F.CFA/m3 au profit des communautés villageoises dans la Loi de Finances 97/98 : amélioration du recouvrement de la taxe d’abattage, interrogation sur l’interdiction d’exportation des grumes, renforcement des administrations en charge du recouvrement fiscal.

2) Taxation des produits transformés : -

3) Imposition des essences selon leur valeur marchande : -

4) Divers :

06/97 : les principaux sujets de préoccupation des industriels du bois. Ambassade de France Le changement du cadre réglementaire en œuvre depuis 1994 oblige les entreprises à réviser sans cesse leur stratégie. Les négociations qui en découlent sont longues et coûteuses en temps et en efforts.

• Inquiétude sur les résultats de l’attribution des concessions. • Dans le débat sur la fiscalité forestière, on oublie la question du prix du bois sur pied au profit de
l’objectif global d’augmentation des recettes fiscales.

• Le WWF mène le débat au Cameroun sur la certification. Ses conclusions sont discutables. • Le projet d’interdiction des exportations de grumes n’est pas concevable. Il faudrait autant investir en
trois ans qu’au cours des trente dernières années. Le débat qui aura lieu à la nouvelle assemblée sera vif.

40

Jean-Christophe Carret

Cerna

• Les plans d’aménagement vont impliquer pour les entreprises une augmentation des dépenses
d’intérêt général, une augmentation du diamètre minimum d’exploitabilité et une incitation à récolter des essences qui n’ont pas encore de marché.

• L’arrivée des investisseurs asiatiques ajoute à la confusion générale et au désarroi des entreprises
présentes au Cameroun. *25/06/97 : réunion finale de la commission interministérielle de réforme de la fiscalité forestière Etude du projet de décret d’application de la Loi de Finances 97/98. Les industriels sont mécontents car le principe de pause fiscale n’a pas été retenu. Leur grief principal concerne le passage aux valeurs FOB comme valeur imposable pour le calcul de la taxe d’abattage et des droits de sortie. Le taux pour la taxe d’abattage est annoncé à 2,5% (il sera maintenu dans la Loi de Finances). Celui pour les grumes exportées et consommées par les usines n’est pas donné. La révision des valeurs FOB se fera par semestre. Les réseaux REUTER et SGS sont proposés pour servir de collecte des valeurs FOB. 25/06/97 : Forestry policy and taxation : back to office report de V. Ferrer pour la Banque Mondiale Vicente Ferrer fait le point sur la réforme : Deux points lui semblent importants : la mise en place d’une nouvelle taxe de superficie, l’utilisation des prix FOB comme base taxable. La mise en œuvre des nouveaux prix planchers pour la redevance sur la superficie devrait engendrer 6 milliards de recettes fiscales dans les années à venir et encore plus après les trois ans de mise en place des concessions forestières alors que ces recettes n’étaient que de 1 milliard en 1996/97. L’utilisation des valeurs FOB comme base taxable est à ses yeux un changement aussi important que l’introduction des enchères comme système d’attribution. Cela devrait promouvoir la transparence dans le secteur forestier. Il estime qu’en 1996/97 et sur la base d’obscurs arrêtés, les bases taxables utilisées pour calculer les droits de sortie étaient 30 à 40% en dessous des prix FOB pour les grumes et n’étaient que de 10% du prix réel pour les grumes consommées par les usines. Dans sa lettre d’intention pour l’ESAF (facilité d’ajustement structurel renforcé accordé par le FMI), le gouvernement s’engage à émettre avant le 15/07/97 un décret ou un arrêté donnant les sources utilisées et les modalités d’application de ces valeurs FOB. 01/07/97 : lettres des trois syndicats au président de la commission chargée de la réforme de la fiscalité et au premier ministre Les trois syndicats contestent le projet de décret qui leur a été présenté le 28 juin 1997 car celui ci ne prend pas en compte le principe de pause fiscale acquis leur semble-t-il au moment de la réunion du 28 mai 1997 faisant le bilan des travaux de la sous-commission de réforme de la fiscalité forestière. 03/07/97 : quelques orientations à donner à la politique fiscale forestière au Cameroun. Ambassade de France Les services de l’Ambassade contestent la logique à l’œuvre dans la réforme de la fiscalité forestière notamment celui d’augmenter les revenus de l’Etat de 15% et de ponctionner prioritairement le secteur forestier qui est soupçonné d’être un secteur très profitable. Ils condamnent un processus de réforme où les décisions sont prises à l’emporte-pièce sans argumentaire valable de la part de l’administration concernée et avec pour résultat de fragiliser les entreprises du secteur. L’année fiscale 97/98 18/07/97 : loi n°97/14 portant Loi de Finances de la république du Cameroun pour l’exercice 97/98 Elle est sortie après la mission du FMI pour la renégociation du crédit d’ajustement structurel. Ensuite, le gouvernement a été obligé de rediscuter avec la profession. En 1995/96, les recettes fiscales de l’Etat camerounais ont été de 500 milliards de F.CFA. La même année, les dépenses du Ministère de l’Environnement et des Forêts étaient de 740 millions de F.CFA. Allocation des crédits du budget 97/98 : recettes fiscales prévues 820 milliards, dépenses du Ministère des Eaux et Forêts, 3,4 milliards. Titre premier Dispositions fiscales et financières relatives aux ressources. Chapitre deuxième

41

Jean-Christophe Carret

Cerna

Dispositions relatives aux droits de douanes. Article cinquième Grumes exportées ou livrées aux points francs industriels : 17,5% de la valeur FOB de chaque essence, 12,5% sur les bois ouvrés et semi-ouvrés exportés ou livrés aux points francs industriels.

L’indice de conversion : sciages, 2,5, déroulés, 2, tranchages, 1,66. Octroi des avantages ou régime des zones franches industrielles aux entreprises d’exploitation forestière est suspendu. Chapitre sixième, section 1, article 12 Les dispositions de l’article 13 de la loi 96/08 du premier juillet 1996 portant Loi de Finances de l’exercice 1996/1997 sont modifiés et complétés comme suit. Article 14 (nouveau) taxe d’abattage : 2,5% de la valeur FOB des grumes, redevance forestière annuelle : vente de coupe : 2 500 F.CFA par ha, concessions 1 500 F.CFA/ha, licences 1 500 F.CFA/ha.

Pour les ventes de coupe et les concessions, le prix est un prix plancher. Pour les concessions, la redevance forestière annuelle, la redevance est calculée sur le prix plancher pendant la période provisoire (trois ans). Ensuite elle est calculée sur la base du prix proposé par le concessionnaire. Le produit de la redevance forestière est réparti de la façon suivante : 50% à l’Etat, 50% aux communes dont 10% pour les communautés villageoises riveraines. Les modalités d’emploi des sommes destinées aux communautés villageoises sont fixées par voie réglementaire. Chaque fois que la superficie couvre le territoire de plusieurs communes, la part revenant à chaque commune est calculée au prorata de la superficie couverte.


-

Surtaxe progressive : 31-40% : 8 000 F.CFA/m3 41-50% : 10 000 F.CFA/m3, + de 50% 15 000 F.CFA/m3. Cautionnement : 200 F.CFA/ha pour les concessions. 2 800 F.CFA/ha pour chaque vente de coupe.

• •

• Cinq autres droits et taxes. • Taxe des transferts 100 F.CFA/ha. • Six assiettes et modalités de recouvrement des redevances, taxes, surtaxes, prix et cautionnement
prévues par voie réglementaire et relevant de la compétence des administrations fiscales et douanières. 19/07/97 : document SGS pour la sous-commission de la réforme fiscale 21/07/97 : lettre des trois syndicats au Ministre des Finances Les trois syndicats écrivent au Ministre des Finances pour contester les dispositions de la nouvelle Loi de Finances qui ne respecte pas le principe de pause fiscale acquis d’après eux lors de la réunion du 28/05/97. Ils attirent l’attention du Ministre sur l’arrêt possible de leurs activités qui pourrait résulter de la charge fiscale excessive. 30/07/97 : décret n°97/283/PM fixant les modalités d’application de certaines dispositions de la loi n°97/14 du 18 juillet 1997 port ant loi des Finances de la république du Cameroun pour l’exercice 1997/1998 Article 2 La taxe d’abattage et les droits de sortie grumes et produits transformés sont calculés sur la valeur FOB des grumes.

42

Jean-Christophe Carret

Cerna

Article 3 Les sources utilisées pour calculer la valeur FOB : réseau REUTER, réseau SGS. Article 5 Valeur FOB révisée semestriellement par une commission ad hoc présidée par le directeur des douanes et qui comprend le directeur des forêts, le directeur des impôts, les syndicats, la SGS. Article 7 Le produit de la redevance perçue par les communautés villageoises est destiné à la réalisation d’œuvres sociales. Article 8 Classement tarifaire des essences en essences traditionnelles (10), pauvres (22), à promouvoir (60). 31/07/97 : arrêté du ministre de l’économie et des finances constatant la valeur FOB des essences pour le premier semestre de l’exercice 97/98 08/97 : comparaison fiscalité 96/97 avec 97/98. Ambassade de France 08/97 : rapport d’activité exercice 96/97 réalisé par le service du recouvrement et du contentieux, direction des forêts Un des trois services qui composent la sous direction des exploitations et industries forestières de la direction des forêts au Ministère de l’Environnement et des Forêts. Il suit le recouvrement et des taxes forestières dont l’émission des titres de perception est assurée par l’administration des forêts. 20/08/97 : lettre du secteur forestier au Ministre d’Etat chargé de l’économie et des finances La lettre annonce que compte - tenu des dispositions de la Loi de Finances et du décret d’application qui en précise certaines modalités, les entreprises vont suspendre progressivement leurs activités d’exploitation et de transformation. 08/97 : dissolution du GITAF-Cam 09/97 : simulation du SPEBC pour apprécier l’évolution par rapport à 96/97 des droits de sortie et de la taxe d’abattage par essence et par zone *07-08/09/97 : chômage technique de l’ensemble des usines de transformation du bois 09/09/97 : négociation Etat-profession, confirmation du Ministre délégué au budget dans une note à l’attention du directeur des douanes et du directeur des impôts

• Droits de sortie sur les grumes exportées : maintien du taux à 17,5% mais application d’une décote de
15% sur la valeur FOB, suppression de la surtaxe progressive sur les essences à promouvoir.

• Droits d’entrée sur les grumes destinées aux usines en point franc : réduction du taux actuel de 17,5%
à 4%, application d’une décote de 25% sur la valeur FOB.

• Droits de sortie sur les produits semi-ouvrés des usines en droit commun : réduction du taux de
12,5% à 3%, application d’une décote de 25% sur la valeur FOB.

• Taxe d’abattage application d’une décote de 15% sur la valeur FOB. • Redevance sur la superficie : calcul de la redevance sur la base des superficies utiles telles qu’elles
ressortent de l’inventaire d’exploitation et quand elles sont approuvées par l’administration de terrain. La valeur FOB retenue est celle des grumes de qualité LM. Cette qualité issue du système de classement des bois en grumes de l’ATIBT est la meilleure qualité mais elle est de plus en plus rare. Elle est donnée par trois sources différentes : Reuter, Marchés Tropicaux et méditerranéens et SGS qui donnent des prix tous les mois pour quelques essences de référence. Il existe un problème sur la neutralité de SGS qui dans cette affaire est juge et partie : Elle sous-traite le contrôle douanier (des grumes seulement, pas des sciages) pour le Ministère des Finances et elle prélève, pour sa prestation, 1% des valeurs déclarées en douanes. 10/09/97 : note n°69 du Ministre délégué au budget à l’attention du directeur des impôts et du directeur des douanes

43

Jean-Christophe Carret

Cerna

• •

Utilisation sans quota des crédits de TCA. Compensation immédiate des trop perçus du premier trimestre 1997/1998.

18/09/97 : simulation du SPEBC sur la taxation des produits transformés (taxe d’abattage et droits de sortie) avec les taux et assiettes agréés lors de la réunion du 9 septembre 97 19/09/97 : compte-rendu d’une réunion plénière du SPEBC

• Sur la dissolution du GITAF-Cam et la décision de ses membres de rejoindre le GICAM. Les
membres du SPEBC pensent qu’il est nécessaire compte – tenu de la spécificité du secteur forestier de maintenir un syndicat spécialisé. Interrogation, en regard des événements de l’été sur la cohésion du syndicat et sa réelle efficacité.

• Sur la fiscalité, les entreprises veulent demander une taxe différente (12,5% au lieu de 17,5%) pour
l’Ayous et les essences à promouvoir. 01/10/97 : lettre du GICAM au Ministre délégué au budget

• Sur la redevance de superficie et la nécessité qu’elle soit indexée sur la superficie utile estimée à 75%
de la superficie totale.

• Sur la parafiscalité (les 1000 F.CFA/m3).
03/10/97 : lettre du SPEBC au Ministre délégué au budget

• Sur la redevance de superficie et son assiette et sur sa répartition entre l’Etat et les communes. • Sur la parafiscalité. • Sur le recouvrement des taxes forestières.
13/10/97 : note n°91/MINEFI/CAB/MINDEL/B du Ministre délégué chargé du budget à Monsieur le Directeur du Trésor « Vous voudrez bien donner les instructions nécessaires à vos services notamment le Trésorier Payeur de Douala pour l’utilisation sans quota des crédits de TCA, nés à l’exportation, et la compensation immédiate perçue du 1er trimestre 1997/98. » 10/97 : exploitation forestière et industrie du bois au Cameroun. Fiche de synthèse. Ambassade de France 24/10/97 : compte rendu d’une réunion aux douanes sur la révision des valeurs imposables La réunion a porté sur l’application des directives de la note du 12 septembre (qui n’a pas été confirmée par une ordonnance) et sur les sources à prendre en considération pour le calcul des valeurs FOB : Reuter et SGS-forestry Oxford. La profession conteste les prix donnés par SGS-forestry. 11/97 : the political economy of the 1994 Cameroon forestry Law (Ekoko,1997) 10/11/97 : lettre du SPEBC au Ministre délégué au budget

• Sur la notion de surface utile pour payer la redevance de superficie et la possibilité de la payer avec des
chèques du Trésor.

• Sur la régularisation des droits de douanes sur les exportations et les problèmes que pose la
rétroactivité de l’accord du 12 septembre ainsi que les retards dans les actualisations trimestrielles des valeurs imposables lors de l’exercice précédent. 13/11/97 : V. Ferrer, back-to-office report d’une mission à Paris et au Cameroun Vicente Ferrer ne s’explique pas la différence entre les taxes proposées par la Loi de Finances 97/98 et celles auxquelles a abouti l’accord du 10 septembre. La Loi de Finances avait été adoptée après des négociations qui eurent lieu au mois de juin entre le gouvernement, la Banque Mondiale et le FMI dans le cadre des négociations sur la facilité d’ajustement structurel renforcé (ESAF, prêt géré par le FMI).

44

Jean-Christophe Carret

Cerna

Lors de la réunion préparatoire à la réunion du Club de Paris qui a eu lieu à Paris avec les autorités camerounaises, le gouvernement a indiqué qu’il formulerait des contre-propositions à l’accord du 10 septembre lors de la prochaine mission de la Banque et du FMI au Cameroun. Le 11 novembre, lors de son départ du Cameroun aucune contre-proposition n’avait été faite. Un certain nombre de réunions avec l’administration et les professionnels l’amène à des conclusions identiques à celles auxquelles il était arrivé dans une note à l’intention de S. Michailof du 14 octobre 1997 : il n’y a pas d’argument technique (par technique V. Ferrer indique un argument sectoriel qui est éventuellement en contradiction avec les objectifs macro-économiques du FMI) valable pour appliquer la redevance de superficie sur la surface utile, il n’y a pas d’argument technique valable pour exonérer les essences à promouvoir de la surtaxe à l’exportation, il y a éventuellement un argument technique valable pour réduire les valeurs FOB servant d’assiette aux droits de sortie et à la taxe d’abattage de 15% étant donné que ces valeurs sont des valeurs LM, c’est-à-dire au-dessus de la qualité moyenne. Par contre, il n’y aucune raison pour diminuer celle-ci de 25% pour les grumes consommées par les usines, pour des raisons pratiques, il ne faut pas distinguer un taux pour les usines de droits communs et un taux pour les usines en point franc, Vicente Ferrer reconnaît un certain mérite à l’argument de l’industrie naissante, la mission de supervision pour l’attribution au gouvernement camerounais d’un crédit d’ajustement structurel (SAC III) recommande un certain nombre de conditionnalités visant le secteur forestier.

-

-

14/11/97 : réunion plénière du SPEBC Le président du syndicat rend compte de sa réunion informelle avec V. Ferrer et B. Horton de la Banque Mondiale. L’objectif de la banque est de se repositionner comme passage obligé entre l’Etat et le secteur privé et d’atteindre 42 milliards de recettes fiscales. Il faut donc s’attendre à ce que la Banque dénonce l’accord de septembre en proposant notamment une fiscalisation accrue des points francs. 18/11/97 : programme de surveillance de la filière bois. Note de présentation. Contrôle des produits et suivi des activités de la filière, pour un recouvrement fiscal performant et vers une gestion durable des ressources forestières. SGS Forestry 20/11/97 : lettre du SPEBC au Ministre délégué au budget

• Taxe officieuse de 1 000 F.CFA/m3 aux populations riveraines dans le cas d’une vente de coupe.
Suppression de cette taxe ou officialisation et compensation.

• Sur la circulaire du 7 novembre 97 invitant les entreprises à souscrire les taxes et redevances forestières
à la direction des impôts. 11/97 : résultat de la commission d’attribution des concessions aux enchères Après plusieurs années de tractations, 26 UFA sont attribuées aux enchères. Les réactions sont nombreuses. Aucun des dossiers soutenus par la Caisse française de développement n’a été retenu. Par exemple, l’UFA demandée par Pallisco, filiale du groupe français Pasquier, a été attribuée au général Asso, qui supervise la région de l’est. De nombreux attributaires ont obtenu des concessions sans avoir ni expérience, ni matériel, bien qu’agréé comme exploitant forestier. On retrouve là le conflit entre les différents objectifs de la politique forestière de l’Etat camerounais. 16/12/97 : réunion entre le SPEBC et le ministre délégué au budget

• Le Ministre donne son accord de principe pour la sortie d’un texte réglementaire constatant que la
superficie utile est de 70% de la superficie des concessions. Cela servira de base au calcul de la redevance de superficie.

• Nouvelle étude sur la fiscalisation des essences de promotion. • Officialisation de la taxe de 1 000 F.CFA et compensation fiscale.
Ouverture d’un compte bancaire pour les communes de façon à ne pas verser en liquide les 1 000 F.CFA/m3 ou les 10% de la taxe de superficie.

45

Jean-Christophe Carret

Cerna

• Toutes les taxes doivent être payées aux impôts sauf la quote-part destinée aux communes, étude d’un
projet de sécurisation des recettes est à l’étude chez la SGS.

• Remboursement à 100% des chèques spéciaux du Trésor.
12/97 : amélioration du fonctionnement et du rendement de la filière bois par de nouvelles orientations du code forestier, complété de son décret d’application et une simplification de la fiscalité forestière. R. Coron Cet actionnaire, membre influent du GICAM, fait les propositions suivantes : prix plancher de la taxe de superficie : 500 F.CFA/ha/an, droit d’accès fixe à l’exploitation forestière : 1 500 F.CFA/ha/an, achat de la matière première : un prix pour le m3 de grume entrée usine perçue à partir des carnets entrée usine, un prix pour le m3 de grume exporté perçu à partir des documents nécessaires d’exportation,

une surtaxe progressive si l’exploitant ne transforme pas 50% de sa production, une prime à la transformation au-delà de 50% de taux de transformation.

13/01/98 : audience du SPEBC chez le Ministre de l’Environnement et des Forêts Prise de contact des industriels avec le nouveau Ministre de l’Environnement et des Forêts nommé lors du remaniement ministériel de décembre 1997. 19/01/98 : réunion du SPEBC Les industriels font le point sur plusieurs questions dont trois concernent la fiscalité forestière : le projet de la SGS de sécurisation des recettes budgétaires de la filière bois, l’entretien de la route de l’est et la révision des valeurs imposables. 23/01/98 : décret 08/009/PM fixant l’assiette et les modalités de recouvrement des droits, redevance et taxes relatifs à l’activité forestière Ce décret abroge le décret 96/642/PM du 17/09/96. La redevance forestière est assise sur la superficie du titre d’exploitation forestière L’assiette et le recouvrement de la redevance forestière et de la taxe d’abattage relèvent désormais de la direction des impôts. La part de la redevance forestière due aux communautés villageoises est inscrite dans un compte d’attente dans les livres du receveur des impôts. Un arrêté fixera ultérieurement les modalités d’emploi des sommes correspondantes La surtaxe progressive est recouvrée par la direction des impôts mais le contrôle de l’obligation pour chaque exploitant de transformer 70% de sa récolte est effectuée par la Direction des Forêts. Le produit de la surtaxe progressive est réparti entre le Fonds de Développement des Forêts (40%), le Trésor Public (35%), le personnel intervenant de la Direction des Forêts et celui de la Direction des Impôts (12,5% chacun). 09/02/98 : mémorandum du SPEBC : modalités d’application de la fiscalité forestière, exercice 97/98 Le décret 08/009/PM du 23/01/98 a été élaboré sans concertation avec les professionnels de la filière bois. L’administration n’a pas retenu le principe d’une décote pour le calcul de la redevance de superficie, décote qui tient compte de la surface utile et ne précise pas que pendant les trois premières années, dans le cas d’une UFA, l’exploitant ne paie que le prix plancher de la redevance forestière. Les essences de promotion ne bénéficient pas d’un régime particulier pour le calcul des droits de sortie et de la surtaxe progressive à l’exportation. Les communautés villageoises vont se retourner contre l’exploitant pour exiger le paiement de la part de la redevance forestière qui leur est due. Le problème de la taxe informelle aux communautés villageoises de 1 000 F.CFA/m3 dans le cas d’une vente de coupe n’a pas été tranché.

46

Jean-Christophe Carret

Cerna

12/02/98 : lettre du SPEBC au Ministre délégué chargé du budget Questions abordées : responsabilité solidaire pour le paiement de la taxe d’abattage et de la surtaxe progressive à l’exportation dues par des tiers, la surtaxe progressive à l’exportation sur les essences à promouvoir, le mode de calcul de la surtaxe progressive à l’exportation, la taxe de 1 000 F.CFA/m3 aux communautés villageoises, l’assiette de la redevance de superficie, les modalités d’emploi de la part de la redevance de superficie affectée aux communautés villageoises. 14/02/98 : rencontre des industriels avec les représentants de la Banque Mondiale Questions abordées : l’attribution récente des UFA, les transferts de taxation entre l’aval et l’amont du processus productif, l’aménagement durable des concessions, l’arrêt programmé des exportations de grumes. 16/02/98 : compte rendu de l’audience du 12/02/98 des industriels chez le Ministre délégué chargé du budget Le Ministre indique que la Banque Mondiale et le FMI ne sont pas satisfaits de l’augmentation des recettes fiscales (30%) inférieure à l’augmentation de la production (50%) et qu’ils ne veulent pas entendre parler de notion de surface utile pour le calcul de la redevance de superficie. Il informe les industriels du démarrage prochain d’une analyse du secteur forestier. Il demande aux industriels de faire des efforts de communication. Il confirme que la surtaxe progressive à l’exportation sera calculée sur la base des exportations de grumes. Les essences de promotion et la parafiscalité feront l’objet d’une attention particulière lors de la Loi de Finances 98/99. 17/02/98 : lettre du Ministre des Finances aux syndicats Le Ministre informe les syndicats que la direction de la Statistique et de la Comptabilité va entreprendre une étude de comptabilité nationale en vue de mesurer la contribution du secteur forestier à l’économie nationale. Il leur envoie les termes de référence et leur demande de contribuer au financement de l’étude.

47