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LA PSALMODIE INTÉRIEUR DE L’OFFICE DE LA VIERGE

TANT SELON L'USAGE

ROMAIN QUE SELON LE MONASTIQUE

CHAPITRE HUIT :
MÉDITATION DES PSAUMES

DE

COMPLIES

DOM INNOCENT LE MASSON

A Grenoble Par Andre Faure Imprimeur et Libraire 1689 Avec Approbation & Privilège du Roy
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À

COMPLIES

Ave maria V/. Converte nos Deus salutaris noster Convertissez nous, ô Dieu, qui êtes notre Salut R/. Et averte iram tuam a nobis Et détournez votre indignation de dessus nous. V/. Deus, in adjutorium meum intende. R/. Domine, ad adjuvandum me festina. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

Premier Psaume Ps. IV Cum Invocarem v. 1 Cum invocarem exaudivit me Deus justitiae meae, in tribulatione dilatasti mihi. Dieu, qui est le principe de ma justice, m'a exaucé dans le temps que je l'invoquois ; lorsque j'étois resserré dans l'affliction, vous m'avez, mon Dieu, dilaté le cœur. Miserere mei, & exaudi orationem meam. Ayez pitié de moi, & exaucez ma prière.

v. 2

On peut appeler ce psaume un agréable refuge des bonnes âmes qui sont dans l'affliction ; car il contient ce qui peut le plus le consoler & les encourager. Le saint prophète y parle en la personne d'un homme de bien affligé, qui ressent les effets de la consolation du Ciel, & qui veut attirer les hommes pécheurs à se convertir à Dieu, & à mettre en lui leurs espérances, à faire le bien & à fuir le mal. Il commence par reconnoître ce qu'il est de lui-même, qu'il n'est pas meilleur que les autres, & que tout ce qu'il a de bon vient de Dieu, en l’appelant le Dieu de sa justice. Il établit l'Oraison, & l'invocation de Dieu, comme le moyen dont il faut se servir pour attirer sur nous son secours, & il nous apprend ce qu'a produit dans lui ce divin secours. Car il nous assure que lors qu'il prioit, Dieu l'a exaucé. Il ne dit point que Dieu l'a retiré de l'affliction : mais qu'il lui a dilaté le cœur : en sorte que lors qu'il se sentoit pressé de l'affliction, selon le sentiment naturel, il recevoit des secours intérieurs qui lui faiseoient estimer l'affliction comme un grand bien. Il ne la souffroit pas seulement avec patience ; mais il ressentoit une force intérieure, & une confiancce en Dieu qui fortifioit & rejouissoit son âme, & qui étoit tout à fait consolante, semblable à celle que ressentoit saint Paul quand il disoit : nous nous rejouissons dans les afflictions, & je sens une surabondance de joie dans la tribulation. Apprenons de là la résignation entière que nous devons avoir au bon plaisir de Dieu dans l'affliction puis qu'il peut nous y fortifier & consoler, sans qu'il soit nécessaire de nous en retirer. Il ne lui demande pas aussi autre chose, si non qu'il ait pitié de lui, & qu'il exauce sa prière. C'est comme s'il disoit, je sens bien par mon expérience que je puis tout avec le secours de celui qui me fortifie : faites moi souffrir ce qu'il vous plaira. Les afflictions me servent d'occasion d'éprouver ce que vaut le secours de votre sainte grâce. Je vous en demande la continuation, & pourvu que vous écoutiez la prière que je vous ferais dans mes besoins, cela me suffit. Voila la situation où nous devons être, pour ressentir les mêmes effets dans l'affliction, que la grâce a produit dans ce saint Prophète. Ô mon Dieu, ce sont nos péchés qui sont cause que nous sommes exposés comme sur un Théâtre, pendant tout le cours de notre vie à toutes sortes de misères & d'afflictions ; mais nous avons l'avantage de pouvoir y faire un spectacle agréable à vos yeux, en y pratiquant la pénitence, la patience, & la fidélité. C'est vous qui avez soin de nous y soutenir, de nous y consoler, & de nous en faire sortir avec un grand avantage. Faites moi la grâce de me bien servir des saintes Leçons & des pratiques que m'enseigne ici votre prophète, afin d'être en état de recevoir les mêmes secours qu'il a reçu de vous.

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v. 3

Filii hominum, usquequo gravi corde ? ut quid diligitis vanitatem et quaeritis mendacium ? Jusques à quand, ô enfants des hommes, aurez vous le cœur appesanti ? Pourquoi aimez vous la vanité, & cherchez vous le mensonge ? Et scitote quoniam mirificavit Dominus sanctum suum : Dominus exaudiet me, cum clamavero ad eum. Sachez donc que c'est le Seigneur qui a rempli son saint d'une gloire admirable. Le Seigneur m'exaucera quand j'aurais crié vers lui.

v. 4

L'âme fidèle qui a expérimenté ce que les secours de Dieu dans les afflictions produisent en elles, voit les choses d'une manière tout autre qu'elle les voioit auparavant. Elle demeure convaincue de la vanité des choses du monde, & que ce que les hommes charnels appellent des biens ne sont que fausseté & qu'illusion. Elle conçoit des sentiments d'aveuglement de leur aveuglement déplorable. Elle voit en même temps en quoi consiste le véritable bien, & elle fait ses efforts pour retirer de l'erreur ceux qui prennent le faux pour le vrai. C'est ce qui arrive ici au saint prophète qui déplore cette pesanteur, cette dureté du cœur humain qui le porte toujours vers les choses de la terre, & qui le rend insensible aux biens célestes, pour lesquels il est crée. C'est un juste sujet d'étonnement & de gémissements. La pente naturelle vers les choses qui frappent les sens, est ce joug dur & pesant, qui est sur les enfants d'Adam depuis le jour de leur naissance jusqu'à la fin de leur vie. Mais si nous ne pouvons pas nous exempter de sentir ce poids, qui nous porte du coté de la vanité & du mensonge, nous pouvons nous abstenir d'aimer la vanité & de rechercher le mensonge, & c'est ce que nous devons faire. Le saint prophète nous y veut attirer par une prédiction qu'il fait ici de la venue du Fils de Dieu au monde, dont l'Écriture s'explique en plusieurs endroits par le terme de Saints de Dieu, & les démons même l'ont appelé ainsi. Ce Saint est venu devant nos yeux, renoncer aux joies & aux plaisirs du monde, & aux biens que les hommes estiment. Il est venu souffrir des afflictions & des douleurs, des contradictions & des injures ; & c'est par ce chemin qu'il est entré dans sa gloire. Sachons donc que si ce Saint de Dieu est parvenu à sa souveraine gloire par ce chemin, c'est aussi par la même voie que nous y parviendront. Mais ce Saint de Dieu étant assis à la droite de son Père, & nous servant d'avocat auprès de lui, le prophète se réjouit que ses prières seront exaucées par son entremise & par son autorité ; par ce que ce Fils bien aimé nous a assuré que tout ce que nous demanderons à son Père en son nom, il nous l'accordera. Vous nous avez promis par un de vos Prophètes, ô mon Dieu, que vos changerez notre cœur de pierre en un cœur de chair. C'est une merveille que votre seule grâce peut opérer ; mais pour l'obtenir de vous, il n'est question que de d'honorer la vie & les exemples de votre Saint, comme nous le devons ; & de mettre toute notre confiance en ses mérites, & en sa puissance. Tirez moi, selon votre sainte parole, afin que j'aille à lui, & que par lui je vienne à vous. v. 5 Irascimini, et nolite peccare : quœ dicitis in cordibus vestris, in cubilibus vestris compungimini. Mettez vous en colère ; mais gardez vous de pécher. Soyez touchés de componction dans le repos de vos lits, par les pensées & par les sentiments de vos cœurs.

Le saint Prophète poursuit ici ce que son zèle lui suggère, pour retirer les hommes du mal, & leur enseigner la manière de réparer celui qu'ils ont commis. Il nous exhorte à entrer dans une sainte colère contre les inclinations dépravées de nos cœurs, & à résister à leurs mouvements déréglés ; afin de ne point pécher comme nous ferions infailliblement si nous suivions ces mouvements déréglés. Le repos & la solitude, où l'on est dans le lit, fournissent le moyen de repasser plus facilement dans son esprit, les mouvements de nos cœurs, & ce que nous avons fait pendant le jour. Il nous enseigne donc ici à faire l'examen de nos consciences : il nous en marque le temps & le lieu les plus commodes, & le moyen de réparer nos péchés, qui est la componction, qui nous porte à demander pardon à Dieu, & qui nous le fait obtenir. Ô mon Seigneur, enseignez moi à bien mettre en pratique cette sainte colère contre moi-même, qui est une suite de la haine de moi-même, que votre cher Fils m'a enseignée. Et comme rien au monde ne doit tant m'affliger que de vous avoir offensé ; accordez-moi la douleur & la componction que je dois avoir de mes fautes, & qui m'est ici recommandée par votre saint Prophète.

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v. 6

Sacrificate sacrificium justitiae, et sperate in Domino : multi dicunt : Quis ostendit nobis bona ? Offrez à Dieu un sacrifice de justice, & espérez au Seigneur ; plusieurs disent qui nous dfera voir les biens que l'on nous promet ? Signatum est super nos lumen vultus tui, Domine : dedisti laetitiam in corde meo. La lumière de votre visage est gravée sur nous, Seigneur ; vous avez fait naitre la joie dans mon cœur. A fructu frumenti, vini et olei sui : multiplicati sunt. Ils se sont accrus & enrichis par l'abondance de leurs fruits, de leur froment, de leur vin, & de leur huile.

v. 7 v. 8

Celui qui observe la loi, dit le Sage, est comme s'il offroit un grand nombre d'oblations [Eccl. 35, 1] : et il est constant que le plus agréable sacrifice qu'on puisse offrir à Dieu, c'est celui de soi-même. On fait un sacrifice de soimême, quand on immole ses propres inclinations aux ordres de la justice de Dieu ; quand on rennonce à soi-même pour accomplir ses saintes lois. Et c'est ce que nous veut apprendre saint Paul quand il dit : je vous conjure, mes frères, par la miséricorde de Dieu, de lui offrir vos corps comme une hostie vivante [Rom, 12, 1]. Le Psalmiste nous a enseigné dans le Cinquième verset la manière de fuir le mal, & de réparer celui qu'on a fait ; & il nous apprend ici à faire le bien en nous le montrant comme par la racine. Ce n'est point seulement par les œuvres de piété qui paroissent aux yeux des hommes qu'on est agréable à Dieu ; c'est par la droiture & la pureté du cœur, & par la pratique de la justice, qui rend à Dieu & au prochain ce qui leur est dû. Il n'est question que de deux choses pour devenir saint & agréable à Dieu, lui offrir sans cesse un sacrifice de justice, & espérer en lui. L'un sans l'autre ne seroit rien, mais aussi l'un ne peut être sans l'autre : car on ne peut obtenir de Dieu la grâce nécessaire pour avoir de quoi lui offrir ce sacrifice sans espérer en lui, & on ne peut espérer en lui , qu'on ne lui offre un sacrifice de justice. C'est l’espérance qui nous fait prier, & la prière nous obtient le secours. L'espérance & la piéte sont donc comme des dispositions essentielles que nous devons apporter de notre part à ce sacrifice ; mais la grâce nous prévient ne toutes choses, pour espérer & pour prier comme il faut. Le saint prophète se forme ensuite l'objection des enfants du siècle, que l’apôtre appelle des hommes animaux, qui sont destitués d'esprit ; parce qu'ils ne jugent des choses que par rapport à leurs sens grossiers. Mais disent-ils, qu'est-ce que vous appelez justice ? Ou bien comment nous ferez vous croire tous ces biens que l'on nous promet, puisque nous n'en voyons rien. Ils ne voient point leur âme, & cependant ils ne doutent point qu'ils n'en aient une ; elle est comme le principe de ce qu'ils ont au monde : & cependant ils considèrent les choses spirituelles comme si c'étoient des chimères. C'est l'aveuglement où la servitude de la cupidité conduit un si grand nombre d'hommes, qui d'ailleurs sont fort raisonnables ; & rien au monde n'est plus déplorable. David répond à cette objection, non pas en parlant à ces hommes de chair & de sang, mais en parlant à Dieu ; & en reconnoissant ce qu'il ressent en lui-même, qui est commun à tous les hommes. La lumière du visage de Dieu est gravée sur nous ; parce que notre âme est crée à son image ; & chacun de nous a les principes généraux de la loi éternelle gravés dans son cœur, qui nous font connoître ce qui est bon, & ce qui est mauvais, & discerner ce qui est de l'équité naturelle, d'avec ce qui y est opposé. C'est cette lumière du visage de Dieu, qui fait tout le sujet de la consolation du cœur. Car il n'en put avoir aucun, que lorsqu’il connoit & qu'il honore comme il doit l'image de Dieu, qui est gravée dans son âme ; & que son cœur ne lui reproche point d'être dans quelque transgression de l'équité naturelle qu'il se doit à lui-même & au prochain. Voilà où se forme cette joie que David dit que Dieu a fait naitre dans son cœur ; & nous la recevrons aussi bien que lui, si nous suivons comme lui ce que nous montre cette impression que le doigt de Dieu a faite dans nos cœurs. Il déplore ensuite la grossièreté de ces hommes charnels, qui demandent, où est le bien qu'on leur promet. Et ils ne considèrent pas que tout ce qu'ils ont au monde, leur accroissement & leur richesses, vient de la même source du bien, qui l'est autant des biens spirituels & invisibles, qu'elle l'est des biens sensibles, comme des fruits de la terre, des froment, du vin, de l'huile, et des autres choses qui sont les seuls biens que les gens du monde connoissent. Ô mon Dieu, voilà d'admirable instructions que vous nous donnez par la bouche de votre prophète. Il nous apprend tout ce que nous devons faire pour vous plaire ; il nous fait voir jusqu'où va la grossièreté du cœur humain qui suit ses cupidités ; il nous montre quelle est la dignité de notre âme, & d'où nous peut venir la véritable joie du cœur ; & enfin il nous fait comme toucher au doigt de quels aveuglements, & de quelles ingratitudes envers vous les hommes sont capables. Faites moi la grâce de bien profiter de toutes ces instructions, & d'honorer comme je dois la lumière de votre visage, que vous avez gravé dans mon âme.

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v. 9 v. 10

In pace in idipsum : dormiam et requiescam. Mais pour moi je dormirais en paix, & je jouirais d'un parfait repos. Quoniam tu, Domine, singulariter in spe : constituisti me. Parce que vous m'avez affermi, Seigneur, d'une manière toute singulière dans l'espérance. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

Le saint prophète nous apprend ici quels sont les fruits du sacrifice de justice, que l'âme fidèle s'étudie d'offrir à Dieu. Il en a fait l'expérience, & il nous la communique en rendant gloire à Dieu & le remerciant des avantages qu'il en ressent. A mesure que l'âme croit en fidélité & en charité envers Dieu, son espérance s'augmente & s'affermit de telle sorte qu'elle se repose de tout en Dieu & en sa Providence. C'est donc dans lui-même que sa paix est établie, & qu'elle se repose ; & c'est en ce sens que saint Augustin fait valoir ces paroles in idipsum. C'est cette espérance qui donne à l'âme cette paix intérieure que la grâce lui conserve au milieu des plus grandes tempêtes, des afflictions & des calamités. La conformité & l'attachement à la sainte volonté de Dieu la fait jouir d'un sommeil spirituel, qui répare ses forces & qui la tient dans un état de confiance & de tranquillité, qui est plus avantageux &utile à nos âmes, que le sommeil ne l'est à nos corps. Ô mon Dieu, qu'heureuse est l'âme qui jouit de ce sommeil, de ce repos intérieur dont parle ici votre prophète ; il nous montre le chemin par où on y parvient. Mais si votre sainte grâce ne m'y conduit elle-même, je n'y pourrais jamais arriver. Conduisez moi donc, mon Seigneur, dans votre voie, afin que j'y marche sans jamais m'en écarter ; & accordez-moi, par votre miséricorde, cette espérance que le saint homme considère comme la cause de son repos, & de la tranquillité de son sommeil.

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Second Psaume Ps. XXX In te Domine speravi v. 1 In te, Domine, speravi, non confundar in aeternum : in justitia tua libera me. C'est en vous Seigneur que j'ai espéré ; ne permettez pas que je sois confondu pour jamais ; délivrez moi selon votre parole. Inclina ad me aurem tuam : accelera ut eruas me. Rendez votre oreille attentive à ma prière ; hâtez vous de me retirer du danger. Esto mihi in Deum protectorem et in domum refugii : ut salvum me facias. Que je trouve en vous un Dieu qui soit mon protecteur & mon asile assuré ; afin que vous me sauviez.

v. 2 v. 3

On voit que David a composé ce psaume au sujet de quelque danger pressant, où il s'étoit trouvé, tels qu'étoient ceux où il fut exposé quand Saül & son propre fils le persecutoient. Mais il nous y donne la forme d'une excellente prière, dans laquelle il semble que l'âme sort hors d'elle même, pour aller se jeter dans le sein de Dieu. Il est aussi fait mention d'extase dans le titre du psaume, pour nous apprendre peut être qu'il est comme extatique. Il marque d'abord la fermeté de son espérance, en disant affirmativement qu'il ne sera point confondu par ceux qui le persecutoient injustement ; & il ne demande à Dieu sa délivrance que selon la règle de la justice, qui garde les innocents & qui punit les coupables. Ces paroles sont très propres pour invoquer le secours de Dieu contre les attaques du démon, & nous devons en espérer & attendre fermement l'accomplissement à la lettre. Le démon cherche à nous faire tomber dans la confusion éternelle, en nous précipitant dans le péché, & il n'y a que la ferme espérance en Dieu, & la prière, qui nous retirent absolument de ses mains. Le prompt secours de Dieu nous est nécessaire dans ses attaques ; car sans ce secours, notre faiblesse nous auroit bien-tôt fait succomber. Un consentement criminel se peut donner en peu de temps à ses suggestions malignes, & il n'y a point à différer quand il question de quelque dangereuse tentation. Recourrons aussi-tôt à Dieu, pour implorer son assistance ; car nous avons besoin d'un prompt secours. Le saint prophète reconnoît sa nécessite, & ce que Dieu par un effet de sa bonté, doit être envers lui ; c'est à dire un Dieu protecteur qui arrête la fureur de ses ennemis, & qui les empêche de faire ce qu'ils pourroient faire, & un asile où il trouve de quoi se soutenir, & empêcher que ses ennemis ne le prennent de force. Il dit que son salut dépend de ces deux choses ; mais il est persuadé qu'il les trouvera dans Dieu. Il est tout-puissant pour le protéger, & il est toutbon pour le nourrir & pour le garder. C'est lui qui soutient & nourrit l'âme, dans ses besoins spirituels, & qui lui tient lieu de forteresse, pourvu qu'elle renferme en lui toute sa confiance, & qu'elle se tienne resserrée auprès de lui, sans s'en retirer pour aller chercher du secours ailleurs. Espérons en Dieu comme David, & il nous sera un Dieu protecteur & une maison de refuge assuré. Ô mon Dieu, votre saint prophète m'apprend ici ce que je dois attendre de vous, & ce que je dois faire pour n'être jamais surmonté par mes ennemis invisibles. Il me fait connoître la grandeur du danger, & le besoin que j'ai de votre secours divin, n'y ayant qu'un Dieu protecteur qui m'en puisse retirer. J'espérerai donc en vous avec le secours de votre sainte grâce, & je serai en sureté contre les ennemis de mon âme.

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v. 4 v. 5 v. 6

Quoniam fortitudo mea, et refugium meum es tu : et propter Nomen tuum deduces me, et enutries me. Parce que vous êtes ma force & mon refuge ; & à cause de votre nom vous me conduirez & me nourrirez. Educes me de laqueo hoc quem absconderunt mihi : quoniam tu es protector meus. Vous me retirerez de ce piège qu'ils m'avoient caché, parce que vous êtes mon protecteur. In manus tuas commendo spiritum meum : redemisti me, Domine, Deus veritatis. Je recommande & remet mon âme entre vos mains : Vous m'avez déjà racheté, Seigneur Dieu de Vérité. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

Dans le danger évident où David s'est trouvé lorsque Saül & son fils Absalon le poursuivoient, il étoit dépourvu de tout secours humain. Mais ce verset du psaume, s'entend encore bien mieux du danger spirituel où l'on se trouve dans la tentation du démon. Il ne faut point chercher de forces en nous même ; mais l'aller chercher en Dieu, qui est celui qui maintien la santé de notre âme, en la nourrissant du pain de sa grâce, & qui la conduit, afin qu'elle ne tombe pas dans les pièges du démon. On se sert de pièges à l’égard des animaux pour les tromper & pour les prendre, & on fait par la tromperie, ce que bien souvent on ne pourroit par la force. C'est de cette même manière que le Diable tache de nous prendre ; & comme il ne peut pas faire de violence à notre volonté qui est libre, il travaille à nous tromper par les apparences de quelques bien, qui sympathise avec les appétits sensuels de notre corps. Nous sommes facile à nous laisser tromper ; & nous serions toujours trompés, si Dieu ne nous garantissoit de ces pièges. Recourons donc à lui comme David, & prions le de nous garantir des embuches que le Diable tend par-tout. Enfin le prophète nous apprend le moyen d'obtenir de Dieu tout ce que nous pouvons désirer, & de lui être agréables en faisant un entier sacrifice de nous-même, & en nous abandonnant à sa sainte volonté, & sa divine providence. Il se ressouvient des secours qu'il a déjà reçu de lui, qui l'ont délivré & comme racheté plusieurs fois des dangers où il étoit, qui lui paroissoient inévitables, & d'où néanmoins Dieu l'a retiré ; & il remet sa vie, son esprit, & tout ce qui est à sa disposition. Les premières paroles de ce verset sont celles même que Jésus-Christ a voulu prononcer sur l'arbre de la Croix. Et si nous les avons toujours dans le cœur, & souvent dans la mémoire, nous serons dans l'état qui est le plus agréable à Dieu. Ô mon Dieu, faites moi la grâce d'entrer dans tous les sentiments de votre prophète. Ils m'apprénnent à connoître la vérité de ce que vous êtes & de ce que je suis ; de ce que je dois attendre de vous & de ce que je dois faire. Faites moi ressentir que vous êtes le Dieu de la Vérité, en me pénétrant de toutes ces vérités ; & enseignez moi à remettre entièrement mon esprit entre vos mains, à l'exemple de ce qu'a fait votre cher Fils en mourant.

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Le psaume suivant ne se dit, selon notre usage, qu'aux Complies du jour ; mais il a un si grand rapport avec les deux précédents, & est d'une si grande utilité que nous avons jugé à propos de le rapporter ici tout entier, afin qu'on ne soit point en soin de le chercher ailleurs. Psaume XC Qui habitat in adjutorio v. 1 Qui habitat in adjutorio Altissimi : in protectione Dei coeli commorabitur. Celui qui demeure ferme dans l'assistance du Très-Haut se reposera surement sous la protection du Dieu du Ciel. Dicet Domino : Susceptor meus es tu, et refugium meum : Deus meus, sperabo in eum. Il dira au Seigneur Vous êtes mon défenseur & mon refuge, il est mon Dieu & j'espérerai en lui. Quoniam ipse liberavit me de laqueo venantium : et a verbo aspero. Parce qu'il m'a délivré du piège des chasseurs & de la parole âpre & piquante.

v. 2 v. 3

Le Saint Esprit a inspiré ce psaume à David pour faire connoître aux hommes les sentiments qu'ils doivent avoir du soin paternel qu'il prend d'eux, & ce qu'ils doivent penser & attendre de lui pour leur conduite dans le cours de leur vie mortelle. Il n'y a point ici de distinction de personne. Tous ceux qui mettent leur confiance en Dieu jouiront des mêmes avantages. Mais pour en jouir pleinement il nous marque jusqu’à quel point on peut & on doit pousser la confiance. Cette confiance au secours du Tres-haut, qui voit tout de loin, & à qui rien n'est caché, ne doit pas être passagère & interrompue ; mais elle doit être comme un lieu de demeure, comme un domicile où on se retire & où l'on habite de jour & de nuit : & si l'on a cette confiance, la protection de Dieu ne nous quittera non plus que la maison, où l'on a établi sa demeure ne quitte point son habitant, qu'il ne la quitte. Car c'est une vérité de Foi, que Dieu ne nous quitte jamais, que nous ne l’ayons quitté auparavant. Cette confiance est un acte de Foi, d'Espérance & de Charité tout ensemble ; & étant appuyée sur un oracle du saint Esprit, comme on le voit ici, qui pourra douter de la parfaite confiance que Dieu veut qu'on ait en son secours, puisqu'il veut qu'elle soit notre demeure & le lieu de notre résidence. L'âme établie dans cette confiance peut dire hardiment à Dieu ce que le prophète dit ici : Il dira au Seigneur &c. Mais elle doit être encore bien plus persuadée dans son cœur de la vérité que ces paroles contiennent. Il leur fera ressentir qu'il est leur refuge & leur défenseur, comme il est leur Dieu, & ils seront persuadés que c'est en lui qu'ils devront mettre toute leur espérance, comme étant celui qui est leur Dieu Tout-Puissant, & plein de charité pour eux. Les tentations & les dangers de la vie sont comparés à bon droit aux filets des chasseurs, parce qu'ils sont cachés avec tant d'adresse qu'on les rencontre souvent dans des endroits dont on ne se défieroit jamais. Ces chasseurs sont les démons, qui se servent de notre amour-propre & de nos cupidités, pour en former des pièges à nos âmes ; & les vanités du monde leur servent comme d'appas. Quand une âme a évité ces pièges, elle doit être persuadé que c'est la grâce de Dieu qui l'en a préservée. Celle qui a été préservée de tomber dans ces filets du démon, où qui après y être tombé en a été retirée, est aussi à couvert de cette terrible parole, de cette piquante parole, Allez maudits au feu de l'enfer que le Souverain Juge prononcera sur les réprouvés. Celui qui délivre de l'un délivre aussi de l'autre. Voilà ce que le saint prophète nous veit apprendre dans ces trois verset. Il nous va enseigner dans la suite de ce psaume d'une manière mystérieuse les différentes sortes de tentations dont les démons se servent, & les secours spécifiques que l'âme fidèle reçoit de Dieu dans ces différents états, & dans ses besoins. Ô mon Dieu, je suis devant Vous dans l'ordre naturel plus que le poisson n'est dans l'eau, & Vous êtes dans moi plus que moi même ; par ce que tous ce que je suis, & même si cela se pouvoit dire toutes les parties de mon être, ne subsistent que par votre présence & votre concours. Que puis-je donc trouver hors de Vous ? Et où irais-je me réfugier autre part que dans Vous ? Mais Vous avez voulu que j'eusse une liberté qui puisse se retirer de Vous, quoiqu'elle n'ait l'être & la subsistance que par Vous. Ne permettez pas, ô mon Seigneur, que je tombe dans l'extravagance qu'inspire le péché, de se retirer de Vous, comme pour se loger & s'établir ailleurs. Mais faites moi la grâce d'accomplir ce que votre saint prophète m'enseigne ici, afin que je demeure toujours en Vous par votre grâce pour le spirituel, comme j'y suis selon l'ordre naturel par votre Providence.

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v. 4 v. 5 v. 6

Scapulis suis obumbrabit tibi : et sub pennis ejus sperabis. Il vous mettra comme à l'ombre sous ses épaules, & vous espérerez ainsi sous ses ailes. Scuto circumdabit te veritas ejus : non timebis a timore nocturno. Sa vérité vous environnera comme un bouclier, Vous ne craindrez point tout ce qui effraie pendant la nuit. A sagitta volante in die a negotio perambulante in tenebris : ab incursu, et daemonio meridiano. Ni la flèche qui vole durant le jour, ni les maux que l'on prépare dans les ténèbres, ni les attaques du démon du midi.

Les chasseurs prennent leur chasse en diverses manières, ils se servent souvent des oiseaux de proie pour prendre d'autres oiseaux ; & Jésus-Christ a comparé les démons aux oiseaux du Ciel. Le saint prophète nous veut donc faire entendre que de quelque manière que le démon nous attaque, nous serons sous la garde de Dieu, si nous demeurons fermes dans notre confiance en lui ; & qu'il nous tiendra à couvert des surprises du Démon. Dieu se compare à l'Aigle dans l'Écriture Sainte, qui voltige au dessus de ses petits pour leur apprendre à voler, & pour les protéger ; & Jésus-Christ se compare à la poule, qui ramasse ses poussins sous ses ailes, afin des les garder contre les attaques des oiseaux de proie. David nous veut enseigner ici que Dieu sera le même à notre égard. Et si nous sommes à couvert sous l'ombre & sous la protection de Dieu, quels sujets n'avons nous d'espérer tout de lui. Ceci regarde les petits que la Providence ne veut encore exposer aux grands combats. Mais quand Dieu permettra que le démon nous fasse une guerre ouverte, David nous assure que le Seigneur nous fournira alors comme un bouclier, qui est une espèce d'armure avec laquelle on pare les coups en quelque endroit qu'on les porte. Ce bouclier sera sa Vérité, ses inspirations, & les mouvements de sa grâce intérieure, qui nous ferons connoître & aimer d'un amour spirituel le véritable bien de la vertu. En sorte que nous nous obstinerons à ne le vouloir point quitter ; & les vérités écrites dans les Livres sacrés nous serviront à parer les coups que les fausses raisons de la cupidité porteront à notre entendement. Ce bouclier de la Vérité est celui que saint Paul appelle le bouclier de Foi & dont il dit que nous nous devons servir en toutes occasions [Ephes. VI, 16]. Et Salomon dit dans les Proverbes que toute parole du seigneur est un bouclier [Prov. XXX, 5]. Voilà quel est le bouclier dont saint Paul dit encore que nous nous devons armer, & que par son moyen nous pourrons éteindre tous les traits enflammés du malin esprit. Les paroles suivantes sont mystérieuses, & signifient les différentes manières de tenter dont le Démon se sert pour nous tromper & pour nous séduire. Les interprètes en on fait des différentes applications ; mais nous nous arrêterons à S. Bernard. Par ce qui effraie pendant la nuit, il faut entendre, dit ce saint Père, la tentation de pusillanimité, qui tient l'âme dans une crainte qui lui fait toujours appréhender quelque chose & même du mal où il n'y en a point, & qui l’empêche d'entreprendre des bonnes actions parce qu'elle en craint les suites ou parce qu'elle a toujours peur de ne pas réussir. Elle est bien comparée à une frayeur de nuit, que le moindre bruit est capable de causer, car elle fait un semblable effet sur la raison ; mais le bouclier de la Vérité nous empêche d'être vaincu par cette espèce de tentation. Par la flèche qui vole durant le jour, il faut entendre la tentation de la vaine gloire. C'est un flèche qui va bien vite, & qui est décochée pendant le jour ; parce que celui contre qui elle est tiré voit à découvert, & est porté à considérer avec complaisance ce qu'il croit faire de bien. Le diable se sert alors de son amour-propre qui grossit les objets, & il éblouit ce superbe par le grand jour dans lequel il fait paroître ses actions ; & ainsi il sera bien-tôt vaincu par la vaine complaisance & par l'estime de lui-même, s'il ne se sert promptement du bouclier de la Vérité. Par les maux que l'on prépare dans les ténèbres, il faut entendre l'ambition & l'avarice. L'ambition fait méditer bien des choses, mais d'une manière couverte & cachée, & on est souvent ambitieux sans penser l'être ; tant l'amour propre & l'orgueil sont habiles à cacher leur jeu. L'avarice en use de la même manière, elle ne pense qu'à amasser, elle cache ce qu'elle a & se figure que ce qu'elle a est toujours peu de chose. Il l'est en effet par rapport à son désir insatiable. L'ambitieux & l'avare sont dans les ténèbres ; parce que leur passion les aveugle, & on a un besoin absolu de se servri du bouclier de la Vérité pour parer les coups de cette tentation subtilement préparée. Et enfin par le Démon du midi, il faut entendre la tentation d'un mal qui se cache, & qui se couvre des belles apparences du bien. C'est ce démon qui trompe les plus spirituels, parce qu'il se travestit en Ange de lumière. Il est aussi le plus dangereux, & il le devient d'autant plus qu'il se sert des plus belles apparences. Il suffit d'en rapporter pour exemple la secte des illuminés qui a parut de nos jours : le prétexte spécieux de ne vouloir suivre en toutes choses que les mouvements de l'Esprit de Dieu, sans y vouloir rien mêler de leur opération propre, les a aveuglé de telle sorte qu'ils se sont plongés dans les vices les plus grossiers. Mais ce qui rend encore ce démon plus dangereux, c'est que l’orgueil de ceux qu'il a vaincu les rend presque incorrigibles, par les idées chimériques dont il a gâté leur esprit. Voilà toutes les subtilités des démons & leurs manières de tenter, mises ici en évidence, pour nous apprendre combien nous devons être sur nos gardes, & que quelque manière que nous soyons attaqués, nous serons en assurance, si nous demeurons sous la protection de Dieu, si nous avons une ferme confiance en son secours, & si nous nous servons bien du bouclier de la Vérité. Souvenons nous ici de ces paroles de S. Paul : Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? [Rom. XVIII, 31]. Ô mon Dieu, c'est avec bien de la raison que l'Église vous demande pour nous ; que vous fassiez subsister notre fragilité par les remèdes de votre miséricorde. Car sans cela, que deviendrions nous parmi tant d'ennemis, tant de pièges, tant de ruses, & tant de différentes tentations ? Votre saint psalmiste m'enseigne le moyen de tout vaincre : faites
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moi la grâce de m'en bien servir, & d'avoir sans cesse à la main le bouclier de votre Vérité. v. 7 v. 8 v. 9 Cadent a latere tuo mille, et decem millia a dextris tuis : ad te autem non appropinquabit. Mille tomberont à vote coté, & dix mille à votre droite ; mais la mort n'approchera pas de vous. Verumtamen oculis tuis considerabis : et retributionem peccatorum videbis. Et même vous contemplerez & vous verrez de vos yeux le châtiment des pécheurs. Quoniam tu es, Domine, spes mea : Altissimum posuisti refugium tuum. Parce que vous avz dit au Seigneur : vous êtes mon espérance, & que Vous avez choisi le Très-haut pour votre refuge.

On entend souvent dans le langage de l'Écriture la prospérité par la droite &l'adversité par la gauche. L'home de bien qui vit dans le siècle a bien de moyens d'entendre ce que veut dire ici le saint prophète, & de le considérer ; arce qu'il en voit tomber mille à sa gauche, & dix mille à sa droite, que les différentes tentations dont il a parlé ont vaincus & jetés par terre. Ce nombre de mille & de dix mille signifie seulement un grand nombre ; & cette expressions est semblable à celle qui se lit dans un autre endroit de l'Écriture, où les Dames chantoient en l'honneur de David que Saül en avoit tué mille, & David dix mille [I Reg. XVIII, 7]. Si le Prophète n'en marque que mille à la gauche, & s'il en marque dix mille à la droite, c'est que la prospérité des gens du monde en fait tomber un bien plus grand nombre que l’adversité. L'abondance, les délices, l’orgueil de la vie, les mettent en un tel état, que le diable n'en attaque guère qu'il ne les fasse tomber. Mais l’adversité en diminue le nombre, parce qu'elle sert à plusieurs pour rentrer en eux-même & recourir à Dieu. Elle ôte les moyens de contenter les désirs de la cupidité, & elle aide à connître la vanité des choses de la terre. L'homme de bien qui pratiquera comme il faut cette confiance & se recours à Dieu sera convaincu de cette vérité & aura la consolation de se voir préservé : en considérant la fin & la punition de tous ces dérèglements dans les pécheurs qui ont succombés aux tentations du démon, il concevra des sentiments de joie & de reconnaissance envers Dieu de ce qu'il n'est point tombé dans les mêmes malheurs. Mais il nous met aussi devant les yeux la cause de cette protection : parce que vous avez dit au Seigneur. Il sait combien la présomption & l'estime de nous même sont subtiles à nous préoccuper & à nous séduire ; c'est pourquoi il nous répète souvent ce que nous oublierions facilement, si on ne se rendoit comme importun pour nous en faire souvenir. Souvenons nous donc que si nous sommes délivrés, ce n'est ni notre force ni notre industrie qui en sont la cause, mais notre recours à Dieu comme notre refuge ; c'est notre confiance, c'est notre espérance. Ô mon Dieu voilà de grands sujets de consolation, que votre saint Esprit me donne par les paroles de votre Prophète, qui lui sert ici comme d’interprète pour manifester vos desseins, dans la conduite que vous exercez sur nous. Je ne m’étonne pas après cela de ce que vos saintes lettres appellent heureux ceux qui supportent la tentation, & qu'elles nous exhortent à nous réjouir dans les tribulations, parce qu'on en peut tirer de très grands avantages ; tout ce qu'on peut souffrir en ce monde n'est rien en comparaison des consolations qu'on retire de ce secours, & de la protection que vous faites sentir à ceux qui sont dans l'affliction. L'importance est d'être fidèle à suivre les avis que donne ici votre Prophète. Je vous en demande la grâce de tout mon cœur. v. 10 Non accedet ad te malum : et flagellum non appropinquabit tabernaculo tuo. Le mal ne viendra point jusqu'à vous ; & les fléaux n'approcheront point de votre tente. v. 11 Quoniam Angelis suis mandavit de te : ut custodiant te in omnibus viis tuis. Parce qu'il a recommandé à ses anges de vous garder en toutes vos voies. v. 12 In manibus portabunt te : ne forte offendas ad lapidem pedem tuum. Ils vous porteront dans leur main de peur que vous ne heurtiez du pied contre une pierre. Il faut entendre ces versets d'une manière spirituelle, car cela ne regarde point la délivrance des maux temporels, autrement il s'en suivroit de là que les gens de bien devroient être exempts des afflictions & des calamités de la vie, & nous voyons au contraire que Dieu s'en sert à l'égard de ses plus fidèles serviteurs, comme l'étoient Job & Tobie, pour en faire des exemples de vertu & de sainteté. Cela veut donc dire que tous les maux de la vie ne feront aucun tort à l'état spirituel de l'âme fidèle, qui est comme le soldat dans une tente, tant qu'elle est dans son corps mortel ; mais que bien au contraire, elles lui serviront pour devenir meilleure, plutôt que de lui nuire. Elle estimera les afflictions un grand bien, en considérant que si elle a par aux souffrances du Fils de Dieu, elle aura aussi part à sa gloire ; & ainsi ces fléaux ne la toucherons point. Parce qu'il a recommandé à ses anges. Voilà la vérité de la Foi bien expliquée, qui nous enseigne que Dieu a député des Anges pour notre garde, que nous appelons Anges Gardiens. Ils nous garderont du mal du péché dans toutes
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nos voies, si nous les voulons écouter ; & nous devons croire que Dieu se sert de leur ministère, & qu'il veut par les saintes inspirations, & les bons mouvements de sa grâce, nous donner le pouvoir & la volonté de bien faire, si toutefois nous voulons bien de notre coté, les recevoir & y coopérer par notre franc-arbitre. Cela nous marque aussi le besoin que nous avons de la garde des Anges dans toutes nos voies, par ce qu'autrement les démons, qui sont plus forts que nous, nous jetteroient par tout dans leurs pièges. Et nous apprenons aussi de là qu'en cette vie les démons tendent des pièges par tout, & si Dieu l'a permis ainsi c'est pour nous faire connoître que nous avons toujours besoin de son secours, & qu'il est prêt de nous le donner en tout temps & en tous lieux. Les mains & les pieds des Anges ne sont rien autre chose que leur entendement & leur volonté, parce qu'étant de purs esprits, ils n'ont point de membres corporels. Les pieds de l'âme sont les deux principales affections qui la font agir, l'amour & la crainte ; car en quelque endroit que l'homme marche en cette vie, soit en agissant, soit en parlant, soit en désirant, il est porté ou par l'amour ou par la crainte. La pierre signifie tous les empêchements qui se rencontrent dans le chemin de cette vie, les tentations, les scandales, & les afflictions. Le saint Prophète nous veut donc signifier par des expressions métaphoriques, que les saint Anges assisteront ceux qui sont soutenus de l'assistance de Dieu, de crainte qu'ils ne heurtent contre ces pierres de manière à les faire tomber dans quelque péché considérable. Ni l'amour des plaisirs & des biens du monde, ni la crainte des peines temporelles ne leur feront point transgresser les lois de Dieu ; ils renonceront aux premiers, & ils souffriront les seconds avec patience, plutôt que d'offenser Dieu. Ou cette pierre sera ôtée de leur chemin, ou bien ils seront tellement éclairés & fortifiés, qu'ils n'iront point heurter contre elle. Ô mon Dieu, voilà des grands secours que vous nous donnez, & des grands moyens de soutenir les combats, & surmonter les dangers de la vie, & pour parvenir heureusement à la fin que vous vous êtes proposée de nous rendre participant de votre gloire. Mais quand je considère le fond de ma misère, & que je suis capable d'abuser de tous ces avantages, je me sens pressé de vous demander que vous me gardiez de moi même, & que Vous me donniez une grâce spéciale pour me bien servir de vos grâces & de vos dons. v. 13 Super aspidem et basiliscum ambulabis : et conculcabis leonem et draconem. Vous marcherez sur l'aspic & le basilic, & vous foulerez le Lion & le Dragon.

Le saint Prophète nous marque ici un effet spécial de la garde des bons Anges contre les attaques des mauvais, qui sont les Démons. Il nous les représente sous la figure des plus dangereux serpents, dont le venin est le plus subtil, & sous celle des plus terribles & cruelles bêtes. C'est pour nous faire plus sensiblement connoître que tout le mal que tout le mal que peuvent faire à nos corps les serpents & les bêtes les plus farouches, le diable le pourroit faire à nos âmes. Il les poursuit comme un serpent pour les tromper & les envenimer, & il les attaque comme un Lion pour les dévorer. Il se sert des vices qui sont figurés par ces animaux pour perdre nos âmes. Mais l'âme fidèle qui demeurera ferme sous la protection de Dieu, appuyée sur le secours de sa grâce & non pas sur ses forces, & secoure de l'assistance son Ange Gardien, non seulement les vaincra mais elle les foulera aux pieds. La charité la fera marcher sur l'aspic & le basilic, auxquels saint Bernard compare l'avarice & l'envie ; l'humilité lui fera fouler aux pieds le Lion & le Dragon, auxquels il compare l'orgueil & la colère. Ô mon Dieu, je vois bien que les ennemis que j'ai à combattre sont terribles. Et comment pourrois-je echapper à leurs mains si je n'étois assisté d'un grand secours Divin & céleste. Faut il s'étonner si l'homme qui présume de luimême & qui croit pouvoir s'en défendre par ses forces est d'abord envenimé par ces serpents, & dévoré par ces bêtes féroces. C'est donc une grande folie que de se fier à soi-même, pour peu que ce soit ; & c'est vouloir périr que s'écarter de l'ombre de vos ailes, & du refuge de votre protection, ne fut-ce que pour un moment ; parce que ces bêtes chassent par tout pour prendre les âmes qu'ils en trouvent écartées. Préservez moi de cette extravagance & de ce malheur.

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v. 14 v. 15

Quoniam in mesperavit. liberabo eum : protegam eum, quoniam cognovit Nomen meum. Parce qu'il a espéré en moi, dit Dieu, je le délivrerai, je serais son Protecteur, parce qu'il a connu mon nom. Clamabit ad me, et ego exaudiam eum : cum ipso sum in tribulatione, eripiam eum, et glorificabo eum. Il criera vers moi & je l'exaucerai ; je suis avec lui dans le temps de l'affliction ; je le sauverai & je le comblerai de gloire. Longitudine dierum replebo eum : et ostendam illi Salutare meum. Je le comblerai de jours ; & je lui ferai voir le salut que je lui destine. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

v. 16

Le saint Prophète fait ici parler Dieu, & nous devons écouter & considérer ses paroles comme si Dieu luimême nous les pronnonçoit, puisque c'est son Esprit qui les a dictées à David. Nous y voyons ce que valent auprès de Dieu la ferme espérance & la véritable confiance ; & qu'il en fait comme dépendre notre protection & notre délivrance ; notre délivrance de la cupidité & de ses vices ; & notre protection pour ne point retomber dans leur captivité. La connoissance du nom de Dieu signifie ici l'estime de ce qu'il est, & l'amour qu'il mérite. C'est ce que l'espérance & la confiance présupposent : car il est impossible d'avoir l'une & l'autre sans connoître & sans aimer. Mais c'est de lui que nous devons attendre l'une & l'autre, & c'est ce que nous devons lui demander avec le plus d'ardeur. Nous voyons ici quelle est la force de l'Oraison du cœur, de ce cri intérieur de l'âme : il criera dit il vers moi & je l'exaucerai ; non pas pour le délivrer du combat & de l’exercice ; mais il dit qu'il sera avec lui dans l'affliction pour l'encourager, pour le fortifier, & pour lui fournir les moyens de remporter une victoire de patience, de fidélité, & de grand mérite. Et qu'est ce que l'âme fidèle doit craindre si Dieu est avec elle dans l'affliction, & dans la tentation ? Il faut se souvenir ici d'une mère qui a un enfant malade. Elle est alors bien plus occupée de lui, & elle le caresse plus que les autres qui se portent bien. Nous devons conclure de là que nos faiblesses ne viennent que du défaut de notre Foi, de la faiblesse de notre espérance, de notre manque de confiance en Dieu, & de ce qu'au lieu de nous appliquer uniquement sur son secours, nous nous appuyons sur nous-mêmes. Notre amour-propre nous porte toujours à nous chercher nous-mêmes, & il est ici question de nous quitter nous même pour chercher Dieu, pour attendre tout de lui. Dieu promet de sauver l'âme fidèle en la retirant du combat avec avantage, de la glorifier en suite. Il le fera sans doute en lui accordant la persévérance finale, & l'entrée dans son royaume. Mais puisque c'est un decret de Dieu, que personne ne sera couronné, qu'il n'ai courageusement combattu, elle se doit cependant consoler, de ce que Dieu est avec elle dans son état de combat & d'affliction. C'est celui où nous devons conter d'être exposé toute notre vie. Considérons cependant que tout ce que nous y pouvons souffrir n'est que passager & comme un moment. Le moment si court & si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie produit en nous dit saint Paul le poids d'une souveraine & incomparable gloire. Nous voyons de certains feux qui brulent dans l'eau, quoique naturellement l'eau devroit les éteindre. La charité produit quelque chose d'incomparablement plus admirable dans l'âme qui en est remplie. Ses fruits que l’apôtre saint Paul nous marque, qui sont la paix, la joie, la bonté, & les autres, se font sentir au milieu des plus grandes afflictions, qui devroient ce semble, les éteindre comme l'eau éteint le feu, & c'est ce qui augmente la consolation de l'âme fidèle, qui voit & qui ressent alors ces effets avec admiration. Je le comblerai de jours. L'inclination naturelle de l'homme est de vivre longtemps, & il n'appréhende rien tant que la mort. Mais ces jours mortels ne sont qu'une ombre, & il ne peut avoir ce qu'il désire que dans la vie immortelle. C'est donc cette bien heureuse vie, qui ne consistera point en jours qui se succèdent les uns aux autres, mais qui ne sera qu'un moment qui durera toujours, qu'il promet ici ; ce sera dans cette vie future que l'âme qui sera demeurée sous la protection de Dieu, qui aura mis sa confiance & son repos dans le secours du Seigneur, jouira de cette étendue de jours qui ne finiront jamais, & du salut éternel. Ce sera là où Dieu lui montrera son Sauver, parce que Jésus-Christ se manifestera lui-même à elle. Ô mon Dieu, vos paroles & vos promesses nous doivent remplir de consolation & d'admiration ; mais en même temps elles me sont un sujet de grande confusion, en voyant quelle est la faiblesse de ma raison, la dépravation & l'instabilité de mes affections, puisque nonobstant que je sois bien convaincu dans le fond de mon âme de la vérité de vos paroles & de la fidélité de vos promesses, la moindre chose m'étonne & me met dans le trouble. Cela sert de me faire toucher au doigt le grand besoin que j'ai de votre grâce, & de l'exercice de l'Oraison, pour profiter comme je dois, de vos paroles & de vos promesses. C'est vous, ô mon Dieu, qui avez voulu que je demeurasse dans cette nécessite ; faites moi la grâce de me bien servir des moyens que vous me fournissez pour m'y soutenir & pour en profiter selon vos desseins adorables & éternels. C'est ce que je vous demande & que j’espère fermement de votre miséricorde.

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Psaume troisième Ps. XIII Ecce nunc benedicite Dominum v. 1 v. 2 Ecce nunc benedicite Dominum : omnes servi Domini. Maintenant donc bénissez le Seigneur vous tous qui êtes les serviteurs du Seigneur. Qui statis in domo Domini : in atriis domus Dei nostri. Vous qui demeurez dans la Maison du Seigneur, dans les parvis de la Maison de notre Dieu.

L'Église ne sauroit conclure plus saintement les Offices du jour que par ce psaume. Il est le dernier de l'Office de Complies, qu'on dit à la fin du jour, & qui s'appelle ainsi parce qu'il achève & rend complet & entier l'Office canonique. On finit donc le jour par ces paroles du Prophète, qui sont comme un assemblage de tout ce qu'on a prétendu faire dans tous les autres Offices du jour, qui n'est autre chose que de bénir & de louer Dieu. Ces paroles du Prophète nous exhortent donc & nous animent à rendre à Dieu des bénédictions & des louanges de tous les bienfaits que nous avons reçu pendant le jour, & nous enseignent qu'avant que d'aller prendre le repos du sommeil, nous devons ramasser dans notre cœur tous les sentiments d'amour & de reconnaissance que nous devons à Dieu, pour en faire comme sortir de l'abondance du cœur une bénédiction cordiale, qui ne s'étende point en paroles, mais qui soit abondante en affections. Ainsi le saint prophète ne nous fournit pas ici un grand nombre de paroles, qu'il faille dire pour bénir Dieu. Il semble qu'il ne parloit alors qu'aux Prêtres, qui gardoient le Temple & aux Lévites, qui gardoient les autres endroits joints au Temple. Mais nous sommes tous à présent les habitants de la Maison du Seigneur, & les gardiens de son Temple, puisque nos corps servent de demeure à son Saint Esprit, qui nous a été donné, & au Mystère de la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Il parle donc à tous, & nous devons considérer cette bénédiction si intime de Dieu comme un devoir essentiel de notre reconnoissance envers lui. Ô mon Dieu, toutes mes louanges & mes bénédictions ne peuvent vous être agréables, si je ne suis un de ces dignes serviteurs à qui s'adresse cette exhortation de votre Prophète : Faites moi la grâce de le devenir de telle manière que je puisse être mis au nombre de ceux que votre cher Fils honore du nom de ses amis. v. 3 In noctibus extollite manus vestras in Sancta : et benedicite Dominum. Élevez vos mains durant les nuits vers le sanctuaire & bénissez le Seigneur. v. 4 Benedicat te Dominus ex Sion : qui fecit cœlum et terram. Que le seigneur te bénisse de Sion, lui qui a fait le Ciel & la terre. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen. Le Prophète ne nous enseigne pas seulement ici la manière de bien finir notre journée ; mais il nous apprend ce que nous devons faire pendant la nuit. C'étoit la coutume des juifs de se tourner la face du côté du Sanctuaire & du Temple, en faisant leurs prières à Dieu ; & ils élevoient aussi leurs mains de ce côté là. Mais notre Temple est à présent par tout, puisque nous le portons nous mêmes. L'élévation des mains ne doit être qu'un signe de l'élévation du cœur à Dieu ; & c'est celle là qu'il demande pour recevoir nos bénédictions, & sans elle le reste ne seroit qu'une vaine cérémonie. La bénédiction que le Prophète souhaite ici à chacun de nous en particulier, où à tous les fidèles serviteurs de Dieu considérés comme ne faisant qu'un même corps par la charité ; cette bénédiction, dis-je, qui vient de Sion, ne s'entend pas de la Jérusalem terrestre, dont Sion étoit comme le lieu principal & la citadelle ; mais de la céleste Jérusalem, où Jésus-Christ & tous les saints habitent avec Dieu Tout-Puissant qui a fait le Ciel & la Terre. C'est de vous, mon Seigneur, que j'attends tout, & c'est de votre sainte bénédiction que me viendra tout le bien que je puis avoir dans le temps & dans l’éternité. Faites moi devenir par votre sainte grâce un de vos fidèles serviteurs, afin que mes bénédictions & mes louanges vous soient agréables, & que je soit en état de recevoir votre sainte bénédiction, que je Vous demande avec toute la dévotion dont je suis capable. Alleluia. Louez le Seigneur

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Hymnus Memento salutis auctor quod nostri quondam corporis exillibata virgine nascendo formam sumpseris. Maria mater gracie mater misericordie tu nos ab hoste protege et hora mortis suscipe. Gloria tibi domine qui natus es de virgine cum patre et sancto spiritu in sempiterna secula amen. Petit Chapitre Sicut cinnamomum, et balsamum aromatizans odorem dedi : quasi myrrha electa dedi suavitatem odoris. J'ai répandu une senteur de parfum comme la cannelle & le baume le plus précieux, & une odeur comme celle de la myrrhe la plus excellente. R/. Deo gratias. Rendons grâces au Seigneur. V/. Adjuvabit eam Deus vultu suo Dieu la protégera sous ses divins regards. R/. Deus in medio ejus non commovebitur Dieu est au milieu d'elle & elle sera inébranlable. Ant. Spiritus Sanctus supervenit in te et virtus altissimi obumbrabit tibi Le Saint Esprit descendra sur vous, & la vertu du Très-Haut Vous couvrira de son ombre. Cantique de S. Siméon Nunc dimittis servum tuum Domine, secundum verbum tuum in pace C'est maintenant, Seigneur, que vous laisserez mourir en paix votre serviteur, selon votre parole quia viderunt oculi mei salutare tuum parce que mes yeux ont vu le sauveur que vous nous donnez. quod parasti ante faciem omnium populorum Que vous destinez pour être exposé à la vue des tous les peuples lumen ad revelationem gentium et gloriam plebis tuae Israël. Pour être la lumière qui éclairera les Nations, & la gloire de votre peuple d'Israël. Nous voyons ici un homme juste, qui lassé de cette vie mortelle, qu'il savoit n'être qu'un théâtre de misères & d'infirmités, de dangers & de combats, n'ayant plus qu'un seul désir, qui étoit de voir son Sauveur, que la Foi, la Révélation, & la promesse singulière de Dieu l'avoit assuré qu'il verroit ; nous le voyon, dis-je, trouver la paix & la joie dans sa mort, & ne désirer autre chose, sinon d'être délié des liens de son corps, pour aller annoncer le premier aux Pères, qui étoient dans les Limbes, la venue de leur Rédempteur & de leur Libérateur. Il avoit retiré son cœur des choses de la terre, par la pratique exacte de toutes les vertus, & il ne désiroit que l'unique nécessaire. L'âme à qui Dieu s'est fait connoitre, estime facilement tout le reste comme du fumier pour mériter d'avantage d'être à lui & de jouir de lui. C'est de quoi nous avons un exemple dans saint Paul aussi bien que dans saint Siméon. L'un ne se soucioit plus de vivre, ayant vu son sauveur ; l'autre méprisoit tout, & étoit prêt à tout souffrir pour gagner Jésus-Christ. Que nous serons heureux, si nous entrons dans les sentiments de ces deux amis de Dieu ; car ils contiennent ce qui doit être notre unique désir de voir Dieu face à face, & de le posséder par la Charité. C'est en quoi consiste tout le bien de notre vie, & de toute notre espérance pour l’éternité. Ce saint homme nous communique ce que Dieu lui avoit révélé, & il nous marque ce que la Foi nous enseigne du dessein de Dieu de sauver tous les peuples, en leur faisant exposer le mystère de leur Rédemption. C'est ce que les apôtres ont fait en très peu de temps. Car saint Paul faisant comme l'énumération des degrés dont Dieu s'est servi pour convertir les hommes, & parlant de la prédication de la parole de Jésus-Christ : ne l'ont il pas déjà entendu ? Oui certes ; Leur voix a retenti par toute la terre, & leur parole s'est fait entendre jusqu'aux extrémités du monde. Il semble même que saint Siméon préfère les Gentils aux Juifs puisqu'il appelle le Sauveur la lumière qui étoit spécialement destinée à éclairer les Nations du monde, afin de leur faire voir la Vérité, & de leur faire conoître à découvert l'aveuglement où elles étoient. Ce devoit être aussi en même temps une grande gloire pour le peuple d'Israël, que celui qui est la lumière du monde fut né de leur race : mais l'infidélité de plusieurs a été cause que Jésus-Christ qui devait être leur Salut, aussi bien que leur gloire, leur est devenu une pierre de scandale. Voilà ce que ce saint homme nous veut enseigner dans son cantique. Ô mon Dieu, nous voyons des yeux de la Foi, & nous recevons, non pas dans nos bras comme saint Siméon ; mais dans nos bouches & dans nos corps celui qui est le Sauveur du monde. D'où vient donc que nous tenons encore si
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fort à la vie temporelle & aux choses de la terre ? C'est que nous n'avons pas la Foi qu'avoit ce saint homme. Nous sommes occupés de nos affections naturelles, qui sont comme un gros nuage qui nous empêche de voir la vérité. Ô soleil de justice, ô lumière éternelle, dissipez ces nuages par la forces des rayons de votre grâce, & ne permettez pas que nous soyons privés des derniers effets de votre Rédemption, que vous avez exposée à la vue de tous les peuples, & dont nous avons déjà si heureusement reçu les premiers effets. V/. Domine exaudi orationem meam. Seigneur, écoutez ma prière R/. Et clamor meus ad te veniat. Et que mes cris s’élèvent jusqu'à Vous. Oremus. Famulorum tuorum quesumus domine delictis ignosce ; ut qui tibi placere de actibus nostris non valemus genitricis filii tui domini dei nostri intercessione salvemur. V/. Domine exaudi orationem meam. Seigneur, écoutez ma prière R/. Et clamor meus ad te veniat. Et que mes cris s’élèvent jusqu'à Vous. V/. Benedicamus Domino. R/. Deo gratias. Ant. Sancta Maria, sucurre miseris, iuva pusillanimes, refove flebiles, ora pro populo, interveni pro clero, intercede pro devoto femíneo sexu, sentiant omnes tuum juvamen, quicumque celebrant tuam sanctam commemorationem. Sainte Marie, accordez votre secours à ceux qui sont dans la misère, aidez les pusillanimes, fortifiez les faibles, priez pour le peuple, suppliez pour le clergé, intercédez pour les femmes qui se portent à la dévotion. Que tous ceux qui célèbrent votre Nom saint sentent votre secours & votre assistance. V/. Dignare me laudare te virgo sacrata. Agréez ô vierge sacrée que j'annonce vos louanges. R/. Da mihi virtutem contra hostes tuos. Donnez moi de la force pour combattrevos ennemis. Oremus. Concede nos famulos tuos quesumus domine Deus perpetua mentis et corporis sanitate gaudere et gloriosa beate marie semper virginis intercessione a presenti liberari tristicia et eterna perfrui laeticia. Per Christum dominum nostrum. Amen.

On dit trois fois Pater & Ave. On dit ensuite l'Évangile In principio avec les oraisons, & le Salve Regina à la fin, ainsi qu'il est marqué à la fin de l'Office de prime.

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L'OFFICE DE COMPLIES
SELON L'USAGE

ROMAIN

V/. Converte nos Deus salutaris noster Convertissez nous, ô Dieu, qui êtes notre Salut R/. Et averte iram tuam a nobis Et détournez votre indignation de dessus nous. V/. Deus, in adjutorium meum intende. R/. Domine, ad adjuvandum me festina. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen. Premier Psaume Ps CXXVIII Saepe expugnaverunt v. 1 v. 2 Saepe expugnaverunt me a juventute mea: dicat nunc Israel. Ils m'ont souvent attaqué depuis ma jeunesse, qu’Israël dise maintenant. Saepe expugnaverunt me a juventute mea : etenim non potuerunt mihi. Ils m'ont depuis ma jeunesse souvent attaqé ; mais ils n'ont pu prévaloir contre moi.

Le saint Prophète parle ici au nom de l'Église, & il lui propose ce cantique afin qu'elle rende la gloire à Dieu de son secours & de sa protection. Quand on a vaincu quelqu'un dès les premières attaques, il n'est plus besoin de l'attaquer de nouveau ; mais quand les attaques ont été sans effet, on recommence bien des fois pour tacher de vaincre. Les ennemis de l'Église, poussés & animés par la fureur des démons, l'ont attaqué dès sa naissance par des persécutions terribles, & ils ont exercés contre ses membres toutes les cruautés que l'enfer est capable d'inventer. Ils ont recommencé bien des fois & en divers temps. Mais bien loin de la détruire par leurs persécutions, ils ont augmentés sa gloire, & ont servi malgré eux à faire connaître Jésus-Christ partout & à convertir tout le monde. Ainsi au lieux de prévaloir contre elle, ils ont contribué non-seulement à faire paroître aux yeux de tout le monde, mais même à faire éclater les plus grands miracles de Jésus-Christ, qui sont ceux de sa grâce. Que peut on désirer de plus admirable, que de voir des hommes qui vivoient selon les désirs de la chair, qui persecutoient, tuoient, massacroient ceux qui leur annonçoient la Foi de Jésus-Christ, parce qu'elle étoit tout opposée à leur genre de vie ; qui tachoient même d'anéantir leur mémoire après les avoir fait mourir, en les précipitant dans les eaux, comme ils firent au grand saint Quentin ; que de voir, dis-je, ces hommes non seulement quitter leur vie brutale pour embrasser la vie chrétienne, mais exposer leurs biens, leur liberté & leur vies pour la gloire de Jésus-Christ. Qu'y a t il de plus admirable que de voir les enfants de ceux qui ont persécutés & fait mourir les martyrs ramasser avec respect leurs cendres & leurs os, leur bâtir des Temples, & s'estimer bien honorés de mettre leur ville, leur personne & leurs biens sous la protection de ces bien-aimés de Dieu, que leur ancêtres avoient martyrisés. Ce sont là les plus grands & les plus sensibles trophés d'entre ceux que Jésus-Christ a érigés à la victoire & à la force de sa grâce triomphante. La même grâce de Jésus-Christ, qui a soutenu l'Église contre la fureur du Démon & du monde rendra aussi tous ses membres invincibles, s'ils mettent en elle leur espérance. S'ils ont recours à son Trône avec confiance, pour ressentir sa miséricorde par le secours qu'elle leur donnera dans leurs besoins, & s'ils se disposent à al recevoir apr la contrition & l'humiliation de leur cœur [Heb. IV, 16]. Nous pouvons donc nous attribuer le chant & l'effet de ce Cantique aussi bien que toute l'Église. Ô Seigneur, vous savez que ma vie est une guerre continuelle, & que j'ai des ennemis dedans & dehors qui m'attaquent. Ils m'ont attaqués dès ma jeunesse, & ils m'attaqueront jusqu'à la fin de ma vie. Je ne peux pas dire qu'ils n'ont pu me vaincre, parce qu'ils m'ont vaincu bien des fois ; mais votre grâce toute puissante m'a aussi retiré de leurs mains autant de fois, & a montré qu'elle n'est pas seulement capable des les vaincre, mais même de leur arracher des mains ceux qui se sont laissé vaincre par leurs tromperies. Faites moi la grâce de pouvoir au moins à l'avenir chanter ce Cantique avec vérité, & qu'ils ne me vainque plus ; mais que votre sainte grâce soit toujours victorieuse dans moi & avec moi.

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v. 3

Supra dorsum meum fabricaverunt peccatores : prolongaverunt iniquitatem suam. Les pécheurs ont travaillé long temps sur mon dos, ils m'ont fait sentir leur injustice.

Cette expression est métaphorique & le prophète s'en sert pour faire connaître quelle a été la véhémence & la continuation des souffrances de l'Église. Le dos est la partie du corps qui sert à porter les fardeaux, & le Forgeron se sert de l'enclume pour battre son fer. L'enclume porte les coups & elle les rejette sans être offensée, & plus le forgeron bat son fer sur l'enclume, & plus il le rend étendu. Cela nous représente bien ce qu'ont fait les Tyrans à l’égard de L'Église ; ils lui ont mis sur le dos tout ce qu'ils ont pu pour l'accabler, & elle a été comme l'enclume sur laquelle ils ont frappé ; mais tous leurs coups ont rejailli contre eux même, & ils n'ont servi qu'à étendre leur iniquité & à la rendre plus grande. C'est ainsi que les méchants ont servi & servent encore d'instrument à la Justice divine pour sanctifier les bons, & pour s'attirer sur eux même un plus dur châtiment de leurs crimes. Ô mon Sauveur, ces paroles de votre Prophète me font souvenir de la flagellation que vous avez voulu souffrir dans votre douloureuse Passion. Ces cruels bourreaux ont servi contre leur intention au conseil admirable de votre Charité, qui s'étant chargé de nos iniquités, a voulu souffrir sur elle même à notre paix : mais ils ont par ce moyen augmenté leur crime. Enseignez moi à recevoir avec respect, & assistez moi pour porter avec profit les corrections de votre Charité, qui sont les marques les plus assurées de votre dilection & de votre protection. v. 4 D-nus Justus concidit cervices peccatorum : confundantur et convertantur retrorsum omnes qui oderunt Sion. Le Seigneur qui est juste coupera la tête des pécheurs. Que tous ceux qui haïssent Sion soient couverts de confusion & retournent en arrière.

Il prédit ici la juste punition que Dieu a faire de ces pécheurs orgueilleux, qui ont opprimé les fidèles, & qui se sont élevés contre lui, ayant la témérité de croire pouvoir troubler ou empêcher ses desseins, comme fit le malheureux Hérode qui espéroit faire mourir Jésus-Christ en massacrant les Innocents. Il coupera leurs têtes, & les mettra en pièce ; c'est à dire qu'il les humiliera de telle sorte que ces superbes pécheurs seront hors d'état de nuire aux fidèles enfants de l'Église. Il ajoute à cette prédiction un souhait qui ne sort point des bornes de la charité, car il ne souhaite ni leur mort, ni leur perte ; mais seulement une confusion salutaire, & un empêchement de pouvoir exécuter leurs mauvais desseins. Ô seigneur, votre saint Précurseur disoit autrefois aux juifs : race de vipères, qui vous a appris à fuir la colère qui pend sur votre tête : faites donc de dignes fruits de pénitence [S. Matth. III, 7]. Aussi les superbes pécheurs n’échapperont point votre Justice, soit vivants, ou morts, ils tomberont entre vos mains ; mais vous exercez votre miséricorde envers les pécheurs humiliés devant Vous, faites moi la grâce d'être toujours de leur nombre. v. 5 v. 6 Fiant sicut foenum tectorum : quod, priusquam evellatur, exaruit. Qu'ils deviennent comme l'herbe qui croît sur les toits, qui se sèche avant qu'on l'arrache. De quo non implevit manum suam, qui metit : et sinum suum qui manipulos colligit. Dont celui qui fait la moisson ne remplit point sa main, ni celui qui ramasse les gerbes son sein.

Cette prédiction exprime d'une manière mystérieuse quel sera le sort de ces superbes pécheurs, qu'il compare non pas au foin de la campagne, qu'on recueille avec soin, parce qu'il sert de pâture aux animaux ; mais à ces brins d'herbe, ou plutôt à cette mousse qui croît sur les toits, qui ne peut servir à rien, qu'on laisse sécher & qu'on arrache que pour nettoyer les toits de cette ordure. Si l'Écriture compare souvent les hommes au foin, c'est que leur vie en a bien de la ressemblance ; mais ceux ci est comparé à une herbe bien moindre que le foin, puisqu'elle est entièrement inutile, & ne sert qu'à être jetée. Il en sera de même de ces malheureux : leur mémoire s'évanouira en un instant, après avoir fait en tombant le bruit d'un verre qui se casse ; & ces grands, ces puissants, seront l'opprobre des hommes, au jour du jugement universel. Ô Seigneur, gravez si avant dans mon âme la mémoire de ce que je suis, que je ne m'en oublie jamais. L'herbe que je foule aux pieds me l'apprend tous les jours ; & si je ne suis selon le corps que comme le foin, qui après avoir produit la fleur, perd sa verdure, qu'on coupe ensuite, & qui se sèche ; que suis je selon l'âme après avoir tant de fois abusé de vos grâces ? Mon espérance est que Vous me conserverez la vie, que votre miséricorde & votre visite garderont mon esprit [Job. X].

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v. 7

Et non dixerunt qui praeteribant, Benedictio Domini super vos : benediximus vobis in nomine Domini. Et ceux qui passérent n'ont point dit : que la bénédiction du Seigneur soit sur vous : nous Vous bénissons au Nom du Seigneur. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen.

Ces superbes pécheurs, ces ennemis de la sainte Sion, ne recevront que des malédictions, & personne ne les plaindra. C'étoit la coutume, au temps du Prophète, que ceux qui passoient près des terres que l'on moissonnoit disoient aux moissonneurs : que la bénédiction de Dieu soit sur vous : nous vous bénissons au nom du Seigneur. Il veut donc dire que ceux qu'il a comparé aux herbes des toits ne recevront aucune bénédiction, comme n'étant rien qui mérite d'être recueilli, au contraire on les jette en bas, parce qu'elles empêchent que les eaux ne s'écoulent bien & qu'elles sont cause que les tuiles se gâtent. Ô Seigneur, votre Parabole des zizanies m'apprend ce que vous ferez de ce mauvais grain qui se trouvera dans votre champ. On fera le même des pailles inutiles, de ces épis infructueux, qui n'ont que les apparences & n'ont pas de grain. Préservez moi du malheur d'être de ce nombre & faites moi la grâce d'être de ce bon grain qu'on amasse dans vos greniers éternels.

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Second Psaume Ps. CXXIX De profundis clamavi v. 1 De profundis clamavi ad te, Domine ; Domine, exaudi vocem meam. J'ai crié vers Vous Seigneur, du fond des abîmes, Seigneur, exaucez ma voix. v. 2 Fiant aures tuæ intendentes in vocem deprecationis meæ. Que vos oreilles se rendent attentive à la voix de mon ardente prière. Ce psaume peut être appelé une des plus grandes dévotions de l'Église, puisqu'elle le met le plus souvent dans la bouche de ses enfants, & qu'elle s'en sert même pour faire parler ses enfants morts par l'entremise des vivants. Ils font monter du profond de la terre jusques dans le sein de Dieu les clameurs & les désirs des âmes du Purgatoire par le moyen de ce psaume, qui est court ; mais affectif, consolant, & pénétrant. L'âme pénitente à qui Dieu a fait connoître par les lumières & par les attraits de sa grâce la grièveté du péché ; & que c'est un abîme où elle s'est jeté & dont elle ne sauroit jamais se retirer sans un secours spécial de Dieu ; cette âme, dis-je, ressemble à celui qui est tombé dans une fosse profonde, d'où il ne sauroit sortir, & où il se trouve seul & sans secours. Il faut qu'il crie bien haut pour pouvoir être entendu de ceux qui sont sur le haut d'une montagne voisine, qu'il crie à plusieurs reprises, avant que de pouvoir être ouï. David parle ici tant en sa personne qu'en celle de ces pénitents, & il leur fournit dans ce psaume la forme de la prière dont il s'est servi lui-même. En considérant le péché comme un profond abîme, il nous montre aussi qu'il faut crier à Dieu du profond du cœur, afin que notre prière soit en état d'être exaucée ; car Dieu veut être prié & cherché de tout le cœur. Il est bien juste, puisqu'il est le Dieu de nos cœurs, & que ce n'est qu'à cause que nous retirons nos cœurs de lui qu'il se tient offensé. Il voit tout, il connoît tout, mais il faut que notre prière soit ardente, si nous voulons que ses oreilles soient attentives à notre voix. C'est ce que le Prophète nous veut faire connoître dans le second verset de ce psaume. Il faut que l'humilité & la confiance, l'ardeur & la persévérance accompagnent nos prières pour pouvoir pénétrer les Cieux & parvenir jusqu'à l'oreille de Dieu. Mais cela se doit faire sans empressement ; parce que l'empressement produit une fausse ardeur, qui n'est pas celle que l'Esprit de Dieu inspire & qu'il demande de nous, comme je vous l'ai expliqué dans votre livre de la Direction de l'Oraison. La bonne ardeur est un désir accompagné de tranquillité & de douceur, qui attend tout de Dieu & qui cherche à s'unir à ses célestes opérations par l'Espérance & par la confiance ; au lieu que l'ardeur qui vient de l'empressement s'appuie sur sa propre industrie, comme si elle pouvoit beaucoup par elle même. Notre industrie doit se joindre aux opérations de la grâce dans nos prières, aussi bien que dans tout le reste de nos bonnes œuvres ; car Dieu le veut ainsi ; & c'est ce que nous appelons coopération, pour laquelle le même secours de la grâce se joint avec nous. Ce seroit donc, comme j'ai déjà dit, outrer la matière, que de vouloir établir comme un principe, qu'il n'y a point de prière, que celle de la charité, que le Saint Esprit fait pour nous : & ce seroit ouvrir une porte à la lâcheté, à l'inquiétude, & à l'erreur. Mais il faut s'en tenir à ce que dit David ailleurs : que Dieu exauce les désirs des pauvres ; c'est à dire des humbles, & que son oreille écoute la préparation de leur cœur, qui attire par ce moyen sur soi la grâce de bien prier, & qui obtient ce qu'il demande. Ô Seigneur, c'est vous seul qui connoissez le fond des cœurs, & c'est vous seul qui êtes l'auteur des bons désirs, des bons conseils, & des bonnes œuvres. Mettez donc par votre Miséricorde un esprit nouveau dans le mien, dont la force fasse sortir comme de l'abîme tout ce qu'il y a de plus caché & de plus subtil de mon amour-propre & de ma cupidité. Ce cœur est un abîme profond qu'il n'y a que vous qui le connoissez. Je vous demande du plus profonde de mon âme, d'écouter la prière que je vous fait de vous en rendre le Maître, de le gouverner, & de le remplir de L'Esprit d'Oraison, afin que ses cris méritent d'être bien reçus & écoutés favorablement de vous.

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v. 3 Si iniquitates observaveris, Domine, Domine, quis sustinebit ? Si vous observez exactement, Seigneur, nos iniquités ; Seigneur, qui subsistera devant vous ? v. 4 Quia apud te propitiatio est; et propter legem tuam sustinui te, Domine. Mais vous êtes plein de miséricorde : & j'ai espéré en vous, Seigneur, à cause de votre Loi. La demande ardente d'être écouté est une production d'un cœur affectif plein de respect & de confiance ; mais la remontrance pour laquelle il a tant demandé d'être écouté, est ingénieuse, grande, & fort étendue. Elle ne contient que peu de paroles, mais elle ne peut être rejeté par celui qui l'écoute, & elle le met dans une espèce de détriot, dont il ne pourra se retirer qu'en accordant ce qu'on lui demande. Il attaque Dieu par l'endroit de ses propres perfections, & par l'infinie différence qu'il y a entre ce qu'il est & ce que nous sommes ; entre sa sainteté, sa sagesse, & sa justice, & notre faiblesse, notre misère, & notre ignorance. C'est comme s'il disoit, Seigneur, voudriez vos tout perdre ? Vous êtes trop bon pour cela. Vous avez pitié de tous & Vous ne haïssez rien de ce que vous avez fait ; pardonnez nous donc nos iniquités. Car si votre justice nous traire selon la perfection de votre sainteté, personne pourra se défendre, tous seront coupables, & mériterons d'être condamnés, car personne ne peut dignement satisfaire à votre justice pour l'offense que vous recevez par le péché, si votre miséricorde n'y intervient & n'y supplée. Après avoir ainsi reconnu & confessé sa misère, & ce que mérite le péché, il s'adresse à la miséricorde comme étant l'endroit où un bon père se plait le plus que ses enfants le regardent. Il la regarde donc & la reconnoit comme le fondement de son espérance. Ce n'est pas de la Loi du Décalogue qu'il veut ici parler : car cette loi est comme propre à sa Justice ; mais de celle que Dieu s'est imposée à lui-même, de faire miséricorde à ses enfants, qui étant véritablement contrits &pénitents y auront recours avec une foi pleine de confiance & d'amour. C'est sur cela que nous devons fonder notre espérance ; & d'autant plus que le sang de Jésus-Christ répandu pour nous a mérité la miséricorde de Dieu par justice. Mais imitions l’ingénuité du saint prophète dans les demandes & les remontrances que nous faisons à Dieu. Ô Seigneur mon Dieu, ce même Prophète nous décrit bien ailleurs quelle est votre miséricorde : Le Seigneur, dit il, a pitié de ceux qui le craignent, comme un père a pitié de ses enfants ; car il connoît ce que nous sommes. Il s'est souvenu que nous ne sommes que poussière ; que les jours de l'homme sont comme le foin, & qu'il se flétrit comme la fleur des champs. Ce seroit poursuivre une paille sèche, que d'employer votre Justice rigoureuse sur un semblable néant. J’espère donc fermement de votre bonté, que vous me traiterez selon la Loi de votre miséricorde, & non selon celle de votre Justice. v. 5 Sustinuit anima mea in verbo ejus : Speravit anima mea in Domino. Mon âme s'est soutenue par la parole du Seigneur ; mon âme a espéré au Seigneur. v. 6 A custodia matutina usque ad noctem, speret Israël in Domino. Qu’Israël espère au seigneur, depuis la veille du matin jusqu'à la nuit. La saint Prophète a parlé à Dieu dans les quatre premiers versets de ce psaume, & il adresse dans les autres suivants la paroles à ses auditeurs pour leur communiquer ses sentiments & ses expériences, & pour les animer à espérer en Dieu avec une ferme confiance. Il enseigne aux âmes pénitentes de quelle manière & sur quel fondement il a établi & soutenu son espérance. C'est la parole de Dieu qui a été son appui : c'est ce qui a fait la consolation de son âme dans ses afflictions, qui l'a préservé du Désespoir dans sa chute, & qui l'a animé à s'en relever. Ce doit donc être aussi notre refuge dans tous les états de notre vie, nous souvenant de ce que dit l’apôtre, que les saintes Écritures nous ont été laissées, afin que par la consolation qu'elles nous donnent, nous vivions en espérance. Mais cette espérance ne nous doit jamais quitter. C'est ce qu'il nous veut faire entendre par ces termes : depuis le matin jusqu'à la nuit : qui nous signifient qu'il n'y a pas un moment que nous n'ayons besoin du secours de Dieu, & que nous ne devions l’espérer & l'attendre de lui, & qu'en quelque état de misère & de chute que les hommes se trouvent, ils ne doivent jamais désister d'espérer en Dieu, à l'exemple du bon Larron qui gagna le Paradis en peu de temps, & n'ayant presque plus qu'un moment à vivre. Ô Seigneur, c'est votre parole qui sert de nourriture à l'âme ; c'est elle qui nous éclaire & qui nous console ; & notre espérance ne sauroit jamais être mieux fondée, que sur la parole d'un Dieu qui est parfaitement fidèle dans se promesses, & qui est tout-puissant pour faire tout ce qu'il dit. Ouvrez mes oreilles, afin qu'aucune de vos paroles ne leur échappe ; éclairez mon entendement afin qu'il les entende ; & fortifiez ma volonté afin qu'elle les accomplisse.

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v. 7 Quia apud Dominum misericordia, et copiosa apud eum redemptio. Parce que le Seigneur est plein de miséricorde, & qu'on trouve ne lui une rédemption abondante. v. 8 Et ipse redimet Israël ex omnibus iniquitatibus ejus. Et lui-même rachètera Israël de toutes ses iniquités. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen. La misère est dans nous comme une source, & elle se répand hors de nous ; & il faut que Dieu fasse des œuvres de miséricorde pour nous en délivrer au dedans & au dehors. Ses œuvres de miséricorde sont hors de lui, mais sa miséricorde est dans lui, comme la source d'où coule tous les biens que nous recevons. Elle est comme une mer d'où toutes les eaux découlent. Il est toujours plein de miséricorde, puisqu'il est la miséricorde même ; & David l'appelle ailleurs Mon Dieu, ma miséricorde. David parle ici en Prédicateur & en Prophète, car en annonçant ce qu'on attendre de la miséricorde de Dieu, il prédit aussi le grand œuvre de notre rédemption. Cet œuvre ne paroissoit pas au dehors lorsque le Prophète parloit. C'est pourquoi il en parle comme d'une chose qui étoit encore renfermée dans Dieu. Mais Dieu lui en avoit révéle le Mystère, la grandeur, & l'étendue ; & c'est ce qu'il veut exprimer par cette rédemption abondante. Il a bien raison de l'appeler abondante, puisqu'elle suffiroit pour racheter une infinité de mondes, à cause de la dignité du Rédempteur, qui devoit naitre selon le corps de la race de ce même Prophète. Mais il s'explique de manière à faire connoître qu'il savoit que c'étoit Dieu lui même, la seconde personne de la Très Sainte Trinité qui devoit accomplir l'œuvre de la Rédemption d'Israël, c'est à dire de cet Israël de Dieu, qui signifie tout le Peuple de Dieu, répandu par toute la terre. Il nous exprime donc par là que ce n'est ni un Ange, ni un homme pur qui doit entreprendre & faire l'œuvre de notre rédemption ; mais que c'est Dieu lui même. Ô Sauveur du monde, nous voyons à présent à découvert ce que votre saint Prophète vouloir dire par ces dernières paroles. Nous les entendons, & nous les ressentons. Votre Rédemption est un ouvrage, où le divin & l'humain se sont joints ensemble, afin que nous fussions participants de votre divinité. C'est par vous que je vis ; toutes mes actions ne peuvent être bonnes que par la communication de votre divine grâce ; & elles n'ont de mérite que par la vertu du votre. Regardez moi donc comme une créature que vous avez unie à vous, & favorisée en tant de si admirables manières ; & ne permettez pas que je sois séparé de vous dans le temps & dans l’Éternité en perdant le fruit de votre abondante Rédemption.

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Troisième Psaume Ps. CXXX Domine non est exaltatum v. 1 Domine non est exaltatum cor meum neque elati sunt oculi mei Seigneur, mon cœur ne s'est point enflé d'orgueil, & mes yeux ne se sont point élevés. Le saint Prophète savoit bien que rien n'est plus opposé à l'Esprit de Dieu que l'orgueil ; qu'un cœur qui en est enflé ne peut servir de demeure à sa grâce ; & que ces yeux élevés qui regardent les autres, comme de haut en bas, ne méritent pas qu'il les regarde. Il savoit bien, comme il s'en est expliqué ailleurs, que Dieu qui est le seul grand ne regarde que les humbles, & qu'il ne connoit que de loin ce qui veut s'élever devant lui. Il dérogeroit à ses Perfections Divines, s'il souffroit cette élévation des superbes ; parce que ce seroit comme laisser entrer le néant en comparaison avec lui ; ce seroit faire injustice à la Justice & à la Charité, qui ne peut aimer que ce qui est juste & droit devant ses yeux. Quelle justice, quelle ordre de charité y auroit il de souffrir un superbe extravagant, qui croiroit être quelque chose plus que son prochain, puisqu'ils sont tous également un néant devant Dieu. Faut il s'étonner après cela si toute l'Écriture est remplie de menace contre les orgueilleux, si elle dit expressément qu'il résiste aux superbes, & qu'il ne donne sa grâce qu'aux humbles [Jac. IV, 9] ; enfin si Jésus-Christ a enseigné l'humilité par ses œuvres & par ses paroles en la manière qu'il a fait ? Celui, dit il, qui voudra être le premier d'entre vous sera le dernier de tous [S. Matth. II, 28]. C'est une grande Règle de la Justice & de la Charité de Jésus-Christ, qui nous veut montrer par là que son Père céleste étant aussi le père de tous les hommes, il veut qu'ils se considèrent tous comme égaux & comme frères ; qui lui étant le Rédempteur du genre humain, il est aussi bien mort pour le dernier que pour le premier ; & qu'étant enfin le Souverain Médecin qui vient guérir les péchés du monde : comme la cause universelle de sa perte vient de l'orgueil, il n'y a que le remède universel de l'humilité qui puisse empêcher ceux qu'il a racheté de son précieux sang de retomber dans la mort. Il ne faut pas aussi s'étonner si David, voulant émouvoir la miséricorde de Dieu à lui continuer ses grâces & sa protection, lui remontre ingénument que son cœur ne s'est point enflé d'orgueil, & que ses yeux ne se sont point élevés, & partant qu'il n'a point mis d'obstacles à la grâce, sachant qu'elle est incompatible avec l'un & l'autre. Combien devons nous donc estimer, honorer, & mettre en pratique la doctrine céleste de l'humilité que Jésus-Christ nous a enseignée : avec combien d'insistance devons nous demander qu'il nous rende des fidèles disciples de sa doctrine de la sainte humilité & de la douceur ? Et combien devons nous être soigneux d'éloigner de nous tout ce qui ressent l'orgueil. Mon Dieu, le péché m'a fait devenir pauvre en toutes manières ; mais la plus grande de mes misères, c'est que nonobstant cette pauvreté, l'orgueil vit encore en moi, & me séduit facilement. C'est une blessure que je porte, qui me causeroit de grands maux, si votre grâce ne m'assistoit pour arrêter le cours de cette extravagance. Ne permettez donc pas que je suive ce mauvais penchant, mais faites qu'en toutes choses je reconnoisse mon néant, & que j'ai recours à vous comme à mon tout & de qui j’attends tout. v. 2 neque ambulavi in magnis neque in mirabilibus super me je n'ai point aussi marché d'une manière pompeuse ; ni qui fut élevée au dessus de moi. Ce n'est pas assez pour le saint Prophète de ne pas nourrir d'orgueil volontaire dans son cœur, ni dans sa manière de regarder les autres ; il explique en termes mystérieux comment il a été soigneux d'éviter tout ce qui ressentoit l'ostentation, au dessus de sa portée. C'est aussi ce que nous devons faire, si nous voulons être véritablement humbles. Celui là marche d'une manière pompeus, qui dans ses paroles donne sujet de penser qu'il a de la vaine complaisance de soi-même ; car il fait de récits avantageux de ses propres actions, il les publie au lieu de les cacher ; & il n'omet rien de ce qu'il peut pour s'attirer de l'estime & de l'honneur ; en sorte qu'il croiroit qu'on lui feroit tort si on le consideroit seulement comme une personne du commun. Celui là marche aussi d'une manière élevée au dessus de lui-même, qui se repait l'esprit de grandes idées & de projets de choses extraordinaires, ne pouvant se contenter de ce qui est ordinaire & commun aux personnes de sa condition, entreprenant toujours sans conseil, & sans vouloir s'en rapporter à personne, des choses dont les succès font souvent voir qu'il n'a été qu'un téméraire, & un présomptueux. Ce que le prophète condamne, & que nous devons aussi condamner dans nous-mêmes. Ô Seigneur, celui qui est bien persuadé de ce que vous êtes & de ce qu'il est ; qui attend tout de vous, & rien de lui-même, est préservé de tomber dans ces fautes, ou plutôt dans ces aveuglements, qui sont une suite de la présomption de soi-même, & de l'habitude qu'on a prise d'estimer & de suivre son propre sens. Faites moi la grâce de bien mettre en pratique les préceptes que le S. Homme Tobie donna à son fils, en lui disant : Ne souffrez jamais que l'orgueil domine, ou dans vos pensées, ou dans vos paroles. Car c'est par l'orgueil que tous les maux ont commencés [Tobie. IV, 41]

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v. 3 si non humiliter sentiebam sed exaltavi animam meam Si je n'avois pas des sentiments humbles & rabaissés, & si au contraire j'ai élévé mon âme v. 4 sicut ablactatum super matrem suam ita retributio in anima mea que mon âme soit réduite au même état que l'est un enfant lorsque sa mère l'a sevré. Le saint Prophète passe ici condamnation contre lui-même, si au lieu d'avoir accompli ce que Vous avez vu que Tobie dit à son fils, il s'est nourri d'estime & de présomption de lui-même. Il se condamne à souffrir les mêmes peines que souffre un enfants, qui pleure & qui s'afflige sur les genoux de sa mère quand elle vient à le sevrer de ses mamelles. Que veut dire ce saint Homme par cette espèce de peine qu'il s'offre à subit s'il a péché en quelque manière contre l'humilité. Les bonnes âmes qui ont goutées combien Dieu est doux, & qui connoissent ce que vaut la consolation de son Esprit l'entendent bien. On voit assez dans les psaumes qu'il avoit bien gouté cette douceur, puisqu'il disoit : combien est grande, Seigneur, l'abondance de votre douceur, que vous avez caché & réservé pour ceux qui vous craignent ! [ Ps. XXX, 23] Goutez & voyez combien le Seigneur est doux : heureux est l'homme qui espère en lui [Ps. XXXIII, 8]. Mon âme a refusé toute consolation, je me suis souvenu de Dieu, & j'y ai trouvé ma joie [Ps. XXXIV, 10] ; je me rejouirai à l'ombre de vos ailes, mon âme s'est attachée à vous [Ps. LXII, 3]. Il croit donc ne se pouvoir faire à lui même une plus grande imprécation, ni s’offrir à vouloir souffrir une plus grande peine que celle d'être privé de ce lait céleste des divines consolations ; & en même temps il nous fait connoître que les personnes spirituelles ne doivent point s'attendre d'avoir part à ce goût intérieur de la douceur de Dieu, qu'à proportion qu'elles seront humbles. Il fait sentir diversement ce goût selon le conseil de sa sainte volonté, pour épurer les âmes & pour les perfectionner en sa Charité. Celles qui sont négligentes & dissipées le perdent facilement, en sont souvent privées entièrement : mais celles qui taches d'être fidèles à Dieu n'en sont pas même privées dans leurs plus grandes sécheresses ; car elles le conservent toujours dans le fond de leurs âmes. Il n'est donc alors que comme caché à leur sentiment, & non pas éloigné d'elles. Ô mon Dieu, vous êtes le centre de nos âmes, leur principe & leur fin. C'est par vous qu'elles sont & c'est par vous qu'elles vivent. Que peuvent elles donc trouver hors de vous qui puisse entrer en comparaison avec vous ? Rien que vous seul ne peut contenter les désirs de nos cœurs, & il n'y a que votre douceur qui puisse consoler nos âmes. Vous êtes la sources des eaux vives, qui peuvent desalterer la soif que vous nous avez donné du souverain bien. Tout le reste n'est que comme des citernes crevassées qui ne peuvent garder l'eau. Faites moi la grâce de pouvoir dire avec votre même Prophète ; que mon âme vous désire, ô mon Dieu, avec autant d'ardeur que le cerf désire de trouver les eaux des fontaines, quand il est fatigué de la course. v. 5 speret Israël in Domino ex hoc nunc et usque in saeculum qu’Israël espère au Seigneur dès maintenant & dans tous les siècles. V/. Gloria Patri, et Filio, et Spiritui Sancto. R/. Sicut erat in principio, et nunc et semper, et in saecula saeculorum. Amen. La conclusion de tout ce que le Prophète nous enseigne touchant l'humilité, c'est l'espérance en Dieu. Cela veut donc dire que nous ne cherchions point de secours dans nous même, & que nous ne présumions rien de notre industrie, de nos désirs, & de nos projets, ni de notre bonne volonté. Mais que nous mettions toute notre espérance & notre confiance en Dieu, comme dans le principe de notre pouvoir & de notre force, non seulement en certains temps, mais tous les moments de notre vie. Ainsi nous croitrons en humilité à mesure que nous croitrons dans l'espérance & dans la confiance en Dieu ; & quand notre espérance sera parfaite, notre humilité le sera aussi. C'est vous seul, ô mon Dieu, qui êtes par vous-même ce que vous êtes, & nous ne sommes rien que par vous. C'est donc de vous que nous devons tout espérer & tout attendre. C'est vous seul qui pouvez nous secourir. Votre Charité a bien voulu s'y engager par des promesses paternelles. Faites moi donc la grâce de me depouiller réellement de moimême, que je n’espère rien que de vous ; & que ce désintéressement continuel me tienne dans un rabaissement continuel en votre présence.

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Hymnus Memento salutis auctor quod nostri quondam corporis exillibata virgine nascendo formam sumpseris. Maria mater gracie mater misericordie tu nos ab hoste protege et hora mortis suscipe. Gloria tibi domine qui natus es de virgine cum patre et sancto spiritu in sempiterna secula amen. Petit Chapitre depuis Noël jusqu'à l'Avent Ego mater pulchrae dilectionis et timoris et agnitionis et sanctae spei. R/. Deo gratias. R/. Ora pro nobis sancta Dei Genitrix. V/. Ut digni efficiamur promissionibus Christi. En Avent Ecce virgo concipiet et pariet filium, et vocabitur nomen ejus Emmanuel. Butyrum et mel comedet, ut sciat reprobare malum, et eligere bonum. R/. Deo gratias. R/. Angelus Domini nuntiavit mariae V/. Et concepit de Spiritu Sancto. Les antiennes du cantique Nunc Dimittis Depuis la Purification jusqu'à l'Avent Ant. Sub tuum praesidium confugimus, sancta Dei Genetrix : nostras deprecationes ne despicias in necessitatibus, sed a periculis cunctis libera nos semper, Virgo gloriosa et benedicta. Depuis Pâques jusqu'à la Trinité Ant. Regina Coeli laetare &c En Avent Ant. Spiritus Sanctus in te descendet, Maria: ne timeas, habebis in utero Filium Dei, alleluia. Depuis Noël jusqu'à la Purification Ant. Magnum haereditatis mysterium : Templum Dei factus est uterus nescientis virum: non est pollutus ex ea carnem assumens: omnes gentes venient, dicentes: Gloria tibi Domine. Kyrie Eleison, Christe Eleison, Kyrie Eleison V/. Domine exaudi orationem meam R/. Et clamor meus ad te veniat. Oremus. Beatae et gloriosae semper Virginis Mariae, quaesumus Domine, intercessio gloriosa nos protegat, et ad vitam perducat aeternam. Per Dominum nostrum Jesum Christum, Filium tuum: qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen. Accordez nous Seigneur par votre bonté que l'intercession glorieuse de la bienheureuse Marie toujours vierge nous serve de protection en cette vie & nous conduise enfin dans votre éternité bien heureuse. Par notre seigneur Jésus-Christ votre fils, qui étant Dieu vis & règne avec vous par tous les siècles des siècles. Ainsi soitil. En Avent Oremus. Deus qui de beatae virginis utero Verbum tuum, Angelo nuntiante, carnem suscipere voluisti: praesta supplicibus tuis, ut qui vere eam Genitricem Dei credimus, ejus apud te intercessionibus adjuvemur. Per eumdem. V/. Domine exaudi orationem meam R/. Et clamor meus ad te veniat. Bénédictions Benedicat et custodiat nos omnipotens et misericors Dominus, Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus. R/. Amen Que le Seigneur Tout-puissant & miséricordieux, le Père, le Fils, & le Saint Esprit nous bénisse & nous garde. Ainsi soit-il. On dit enfin une des antiennes de la Vierge selon le temps comme à la fin de Laudes. R/. Divinum auxilium maneat semper nobiscum. V/. Amen. Que le secours divin demeure toujours avec nous. Ainsi soit il.
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TABLE DES MATIÈRES
Ps. IV Cum Invocarem........................................................................................................................................................................................3 Ps. XXX In te Domine speravi............................................................................................................................................................................7 Ps. XC Qui habitat in adjutorio...........................................................................................................................................................................9 Ps. XIII Ecce nunc benedicite Dominum..........................................................................................................................................................14 Cantique de S. Siméon......................................................................................................................................................................................15 L'Office de Complies selon l'Usage Romain Ps CXXVIII Saepe expugnaverunt...................................................................................................................................................................17 Ps. CXXIX De profundis clamavi.....................................................................................................................................................................20 Ps. CXXX Domine non est exaltatum..............................................................................................................................................................23

SUJETS DE MÉDITATION SUR LES COMPLIES
CHAPITRE

HUITIEME

DE LA

PSALMODIE INTÉRIEURE
PAR

DOM INNOCENT LE MASSON

ÉDITE PAR

saletensis@gmail.com disponible à http://www.jesusmarie.com et http://www.scribd.com/doc/34660110/Psalmodie-Interieure-8-Complies-Dom-Innocent-Le-Masson

Le Petit Office de la Sainte Vierge selon le rit Cartusien se trouve dans le Diurnal de cet Ordre Notez que la devise Cartusia nunquam reformata, quoniam nunquam deformata a cessée d'être vraie dans les années 1970 après que Paul VI ait contraint abusivement, sans précédents, sans exceptions ni dérogations, tous les Ordres Religieux à se réformer selon ses tristes directives. Le Petit Office tel que le connaissait Dom Innocent le Masson est disponible à http://books.google.com/books? id=HCcBAAAAQAAJ&dq=Breviarium%20sacri%20Ordini%20Cartusiensis&hl=fr&pg=PR47#v=onepage&q&f=false Le Petit Office réformé tel que pratiqué de nos jours dans les chartreuses en latin http://www.chartreux.org/fr/avertissement.php?file=../textes/liturgie/diurnale_cartusiense.zip en français http://www.chartreux.org/fr/avertissement.php?file=../textes/liturgie/diurnal_francais.pdf Le Petit Office de la Sainte Vierge selon le rit Romain a été édité avec la notation grégorienne par Baronius Press http://www.baroniuspress.com/book.php?wid=56&bid=47 Pour connaître des différents rites du Petit Office : http://www.kellerbook.com/PARVUM~1.HTM
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