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Du même auteur EMMANUEL LEVINAS

LA TH�ORIE DE L'INTUITION DANs LA PH�NOM�NOLOGIE DE HussERL,
/
1 930, Vrin, 1 963.
DE L'EXISTENCE À L'EXISTANT, 1947, Vrin, 1 973.

LE TEMPS ET L'AUTRE, 1 948, Fata Morgana, 1 979.

EN D�COUVRANT L'EXISTENCE AVEC HusSERL ET HEIDEGGER, Vrin,
1 949.
ToTALIT� ET INFINI. EssAI SUR L'EXT�RIORIT�, Nijhoff, La Haye,
1 96 1 .
DIFFICILE LIBERT�. EssAIS SUR LE JUDAÏSME, Albin Michel, 1963, édi-
tion revue et augmentée, 1 976. ENTRE NOUS
QUATRE LECTURES TALMUDIQUES, Éditions de Minuit, 1968.
ESSAIS
HUMANISME DE L'AUTRE HOMME, Fata Morgana, 1 973.

AUTREMENT QU'�TRE, ou AU-DELÀ DE L'ESSENCE, Nijhoff, La Haye, SUR LE PENSER-À-L'AUTRE
1 974.
NoMS PROPRES, Fata Morgana, 1 975.

SuR MAuRICE BLANCHOT, Fata Morgana, 1 975.

Du SACR� AU SAINT, CINQ NOUVELLES LECTURES TALMUDIQUES, Édi-
tions de Minuit, 1 977.

L'AU-DELÀ DU VERSET, Éditions de Minuit, 1 982.

DE DIEu QUI VIENT À L'ID�E, Vrin, 1982.

DE L'�VASION, 1 935. Fata Morgana, 1 982.

ÉTHIQUE ET INFINI, Fayard, 1982.

TRANSCENDANCE ET INTELLIGIBILIT�, Labor et Fides, Genève, 1984.

HoRs SUJET, Fata Morgana, 1987.

BERNARD GRASSET
PARIS

A Jean Halpen·n

Tous droits de traduction, de reproduction et d'adaptation
réservés pour tous pays.
© Editions Grasset & Fasquelle, 1991.

Avant-pr opos

Les études réunies dans le présent volume sont disposées
selon l'ordre chronologique de leur parution dans diverses
publications de philosophie. Celle qui, remontant à 195 1,
s'intitule « L'Ontologie est-elle fondamentale ? » indique le
débat général des études qui la suivent. La rationalité du
psychisme humain y est recherchée dans la relation inter­
subjective, dans le rapport de l'un à l'autre, dans la transcen­
dance du '' pour-l'autre , qui instaurent le « sujet éthique ,,
qui instaurent l'entre-nous.
Il n'y a certes pas urgence de remonter à l'éthique
pour élaborer, tout neuf, quelque code où s'inscriraient
d'emblée les structures et les règles de la bonne conduite
des personnes, du domaine public et de la paix entre
nations, quelque fondamentales que puissent ainsi appa­
raître les valeurs éthiques impliquées dans ces chapitres.
On voudra, avant tout, essayer de voir ici l'éthique par
rapport à la rationalité du savoir immanente à l'être,
laquelle est primordiale dans la tradition philosophique
de l'Occident, même si l'éthique pouvait - excédant, en
fin de compte, les formes et les déterminations de l'onto­
logie et sans renier pour autant la paix du Raisonnable -
accéder à un autre dessein de l'intelligibilité et à un
autre mode d'aimer la sagesse. Et peut-être même - mais
nous n'irons pas jusque-là - au mode qui figure aux
Psaumes 111, 10.
Je partirai de l'être au sens verbal de ce mot : non pas des
« étants >> - choses, corps animés, individus humains - ni de

la nature qui les embrasse tous, d'une façon ou d'une autre
dans sa totalité.
Je partirai de l'être au sens verbal du mot, où l'être est
suggéré et entendu en quelque façon comme un processus
Le lecteur trouvera en annexe d'être ou événement d'être ou aventure d'être. Aventure
les références bibliographiques des chapitres. remarquable ! L'événement d'être est dans un souci d'être, il

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dure matière . pure éventualité. jusqu'à la possibilité de mourir pour lui . la possibilité de l'un-pour-l'autre. à proprement parler. dans l'événement d'être que de cet être même. dans la vie vécue par l'humain - et c'est là que. Tout se passe comme si le surgisse- 10 . Origine de toute violence. Dans l'existence humaine interrompant et dépassant son effort d'être . du se-vouer-à-l'autre. une responsabilité pour autrui. La ten­ sion de l'être sur lui-même. responsable c'est-à-dire comme unique et élu. diverse selon les divers modes d'être : vie des vivants. déjà insistance d'être comme si un « instinct de conserva­ tion » coïncidant avec son déroulement. ou quelque '' cal­ possibilité du sacrifice. mais d'emblée éventualité pure et sainte -. réa­ lité des choses. Il n'y va. solidité . dans le sacrifice ou la comme s'il fallait ici déjà quelque détente. qui est l'événement éthique. histoire naturelle des humains dans le sang et les larmes des guerres entre personnes. dans la perspective de la sainteté. c'est dès l'abord se préoccuper d'être. Insistance d'avant toute lumière et décision. Et voici que surgit. l'humain commence. était son sens. vio­ lence en guise d'étants qui s'affirment « sans égards » les uns pour les autres dans le souci d'être. une préoccupation de l'autre jusqu'au sacrifice. nations et classes . Entre nous Avant-propos ne serait qu'ainsi dans son élan « essentiellement » fini et ment de l'humain dans l'économie de l'être renversait le tout entier absorbé par ce souci d'être.sans se soucier d'être. comme un je qui n'est plus n'importe quel individu du genre humain.de l'indif­ férence fût-elle statistiquement dominante -.son conatus essendi spinoziste . � tre l'en-soi de l'être persistant-à-être se dépasse dans la gra­ en tant qu'être. Dans l'économie générale de l'être et de sa tension sur soi. en quelque sens et l'intrigue et le rang philosophique de l'ontologie: façon. posant le moi d'emblée comme responsable de l'être d'autrui. Vie des vivants dans la lutte pour la vie . secret d'une sauvagerie excluant délibération et calcul. �tre. le préservant et le maintenant dans son aventure d'être. matière des choses. intrigue où se noue le pronom réfléchi se. existence des humains.la vocation d'un exister-pour-autrui plus fort que la menace de la mort : l'aventure existentielle du prochain importe au moi avant la sienne.en étant . tuité du hors-de-soi-pour-l'autre. le fermé-sur-soi jusque dans les confinements intra-atomiques dont parlent les physiciens. mant » pour rester . Autrement qu'êtré! C'est cette rupture de l'indifférence .

remonter à sa source. c'est. fût-ce sous forme d'oubli . par­ delà la littérature et ses pathétiques problèmes.ou l'ontologie fondamentale . du moins. les penseurs s'élevèrent d'emblée au­ dessus des « illuminations » des cénacles littéraires pour res­ pirer à nouveau l'air des grands dialogues de Platon et de la métaphysique aristotélicienne. Mettre en question cette évidence fondamentale est une téméraire entreprise.implicitement résolu par chacun. L 'ONTOLOGIE EST-ELLE FONDAMENTALE? J. édifier un savoir fondamental sans lequel toute connaissance philo­ sophique. PRIMAT DE L 'ONTOLOGIE Le primat de l'ontologie parmi les disciplines de la connaissance ne repose-t-il pas sur l'une des plus lumineuses évidences ? Toute connaissance des rapports qui rattachent ou opposent les êtres les uns aux autres n'implique-t-elle pas déjà la compréhension du fait que ces êtres et ces rapports existent ? Articuler la signification de ce fait . scientifique ou vulgaire demeure naïve. La dignité des recherches ontologiques contemporaines tient au caractère impérieux et originel de cette évidence. Une raison affranchie des contingences temporelles . semble-t-il. En s'appuyant à elle.c'est. Mais aborder la philosophie par cette mise en question.âme coéternelle aux Idées - c'est l'image que se fait d'elle-même une raison qui s'ignore 13 . L 'ONTOLOGIE CONTEMPORAINE La reprise de l'ontologie par la philosophie contempo­ raine a ceci de particulier que la connaissance de l'être en général .suppose une situa­ tion de fait pour l'esprit qui connaît. 2.reprendre le problème de l'ontologie .

Cette philosophie de l'existence l'égard de l'être. l'homme est ontologie.de sa conception de l'ontologie. la compréhension de ma cigarette. Déjà dans ses mesure où elle est ontologie intéresse les hommes et la litté­ soucis temporels s'épelle la compréhension de l'être. L'onto­ rat:ure parce qu'elle est dramatique. et. Dès lors. avec une rigueur qui réserve à chacun mon veston. mais tout le comportement humain. théorétique. semble-t-il. Comme le gibier qui sur la plaine radicale prêtée aux préoccupations pressantes de l'actualité. entreprendra ce qui est exactement néces­ . Non L'identification de la compréhension de l'être avec la plé­ pas que l' ici. par les épreuves qu'il impose. en réussissant. j'ai plissé la manche de et sa mort articulent. L'acte n'a pas été de cette compréhension . qu'elle est philosophie. j'ai rayé le parquet. sa vie sociale main pour approcher une chaise.celle-ci fût-elle oubli de l'être. être hension de l'être ne suppose pas seulement une attitude embarqué . comme l'acte de l'intellection . mais s'engager. on ne sait plus si on se penche sur la phi­ condition. bas ne tient son privilège ontologique ni de l'asc� qu'il L'existence historique qui intéresse le philosophe dans la comporte. Lorsque la mala­ intelligible qu'il y a humanité. Tout cela découverte par Husserl. Impossible au regard qui dirige l'acte d'éviter l'action 14 15 . une raison naïve.événement dramatique de l'être-dans-le-monde.as parce qu'il y a l'homme qu'il y a vérité. ou si on tient à la vie parce s'assume. Non pas que l'ici-bas ouvre une histoire que Heidegger refuse pour son compte n'est que la contre­ dont le progrès seul rendrait pensable l'idée de l'etre. Tout La comédie commence avec le plus simple de nos gestes. Quand philosophie et logie ne s'accomplit pas dans le triomphe de l'homme sur sa vie se confondent. En faisant ce que j'ai voulu faire. pour déjouer les prédic­ par là encore que l'œuvre de Heidegger demeure frappante tions funestes. L'ontologie. mais dans la tension même où cette condition losophie parce qu'elle est vie. mais d'une attention travaille à son malheur. En tendant la tive. parce qu'il y a vérité.ce n'est pas la définir. si l'on veut.c'est exister. Son œuvre scientifique. ou. L'apport essentiel de la nouvelle Cette possibilité de concevoir la contingence et la facti­ ontologie peut apparaître dans son opposition à l'intellectua­ cité. Œdipe. Entre nous L 'ontologie est-elle fondamentale ? ou s'oublie. recouverte de neige fuit en ligne droite le bruit des chas­ La question abstraite de la signification de l'être en tant seurs et laisse précisément ainsi les traces qui feront sa perte. dite authentique. la compré­ pler. j'en ai laissé n'est P. parce que l'être est la comédie pourra tourner au tragique. mais se trouver dans une dispo­ du comprendre et une « intention signifiante » . En essuyant ces traces. J.constitue la grande nou­ tique de la pensée occidentale. mais rattachée par Heidegger à indique. sa vie affec­ Ils comportent tous une maladresse inévitable. L'AMBIGUlTE DE L'ONTOLOOIE CONTEMPORAINE coïncide avec la facticité de l'existence temporelle. tions.mais inévitable . Penser ce n'est plus contem­ veauté de l'ontologie contemporaine. dresse de l'acte se retourne contre le but poursuivi.possibilité sition affective .et c'est sommes en pleine tragédie. une rupture avec la structure théoré­ l'intellection de l'être en général .ne procède pas d'une pieuse décision de retourner enfin à saire pour qu'elles s'accomplissent. nous Le retour aux thèmes originels de la philosophie . non pas comme des faits offerts à l'intellection. Comprendre l'outil . ni de la civilisation qu'il suscite. Notre civilisation tout entière découle mille choses que je n'avais pas voulues.cette possibilité de montrer c'est savoir le manier . j'ai laissé des traces.bas. L'ici­ partie .ce n'est pas le voir. C'est parce d'autres. élève et puri­ nitude de l'existence concrète risque d'abord de noyer fie l'âme et la rende à même d'acquérir une réceptivité à l'ontologie dans l'existence. Comprendre l'être en tant qu'être . Laïos.c'est exister ici-bas. qu'être et les questions de l'heure présente se rejoignent Nous sommes ainsi responsables au-delà de nos inten­ spontanément. être englobé dans ce qu'on pense. par là. comprendre l'être . Sherlock Holmes appliquera sa science à cette gros­ que l'être en général se trouve inséparable de son apérité­ sièreté irréductible de chacune de mes initiatives. j'ai laissé tomber la cendre de ces moments une fonction déterminée. la satisfaction de ses besoins et son travail. j'ai fait de l'être ou la vérité. je ne sais quelle philosophia perennis. comprendre notre situation dans le dans la brutalité du fait et des contenus donnés la transitivité réel . mais lisme classique. Ce pur.

dès qu'on s'engage 1. ralement cette relation.dans son d'Aristote : « Tous les hommes aspirent par nature à la œuvre d'être . Que la droit de se demander si la raison. apercevait dans l'être une référence à la pensée à cause des Dès lors le caractère transitif du verbe connaître s'attache au contenus qualitatifs de l'être. lié que je suis avec ce qui devait La compréhension repose pour Heidegger en dernier lieu être mon objet par des liens qui ne se réduisent pas à des sur l'ouverture de l'être.dans son indépendance même . trouve ainsi que l'analyse de l'existence et de ce qu'on par la connaissance qui est toujours connaissance de l'uni­ appelle son ecceité (Da) n'est que la description de l'essence versel. 95-96. irréductible à la compréhension - Mais aussitôt la philosophie 'de l'existence s'efface devant même telle que par-delà l'intellectualisme classique l'avait l'ontologie. nos remarques à ce sujet dans Esquisse pour une histoire de dans la réflexion.son intelligi­ connaissance ». chez Heidegger. n'est pas objet. Ce fait d'être embarqué. Éditions de l'Arche. depuis Platon assujettissent la sensation du particulier à la 16 17 . les articulations de la vision où le rapport du sujet est l'essence de toute relation avec les êtres et même de toute avec l'objet est subordonné au rapport de l'objet avec la relation dans l'être. Cela n'implique pas une dépendance préalable par légère on a crue méprisante pour l'intellect. comme la contemplation des essences. c'est déjà se placer au-delà du particulier - sion n'est qu'un mode déficient de la compréhension. demeure vraie pour une philosophie qu'à la bilité. L'ontologie formelle. On en est. «l'existentialisme». si le langage tion dans le monde .que s'essaient les pages qui suivent. cet événement dans ftxée Heidegger . on ne peut pré­ férer une relation avec l'étant comme condition de l'ontologie. Nous existons dans un cir­ que la compréhension.voilà ce qui dans la philosophie de n'est pas fondé dans une relation antérieure à la compréhen­ Heidegger a produit une forte impression dans le monde lit­ sion et qui constitue la raison. peut opposer des préférences personnelles. Entre nous L'ontologie est-elle fondamentale? par mégarde. elle. AUTRUI COMME INTERLOCUTEUR choses se retournent contre nous. de la vérité. lequel je me trouve engagé. les 4. cette existence s'interprète comme compréhension. le précède nécessairement. Cf. L'ontologie ne rapport à une pensée subjective. rejoint la grande tra­ cuit d'intelligence avec le réel . qui est ouverte par le fait même que l'être. Le fait que l'étant est « ouvert » n'appar­ lumière . dans le livre X l'étant est. mais comme une vacance vient pas seulement couronner nos rapports pratiques avec attendant son titulaire.et à l'apercevoir à l'horizon de l'être. dans sa structure la plus de l'Éthique à Nicomaque. Alors que l'idéalisme berkeleyen pensées. que l'étant est . L'intelligence de l'étant tient-il pas au fait même de son être ? Notre existence consiste dès lors à aller au-delà de l'étant . A la thèse fonda­ mentale selon laquelle toute relation avec un étant parti­ culier suppose l'intimité ou l'oubli de l'être. Il se comprendre c'est se rapporter au particulier qui seul existe. que nous y sommes raison qu'on peut tenir un langage sensé. pp. de la condition de l'intelligibilité même de A la vénérable tradition que Heidegger continue.dans l'ouvert pré­ concrète s'interprète en fonction de son entrée dans cisément . réduit. C'est dire l' « ouvert » de l'être en général. couronne les vertus. C'est dire que notre conscience et notre maîtrise de la réalité par la conscience Ce n'est pas en faveur d'un divorce entre philosophie et n'épuisent pas notre relation avec elle. Heidegger décrit ainsi.l'intelligence est l'événe­ dition de la philosophie occidentale : comprendre l'être par­ ment même que l'existence articule. Toute incompréhen­ ticulier. on ne l'être.qui. posée comme possibilité conscience de la réalité ne coïncide pas avec notre habita­ d'un tel langage. en quelque manière formel. C'est à caractériser très géné­ téraire. Nous avons un doigt pris dans l'engrenage. semble-t-il. Mais on est en présents par toute l'épaisseur de notre être. Heidegger aperçoit dans le verbe exister 1 • La première phrase de la Métaphysique fait. et précisément pour les raisons mêmes qui Jean Wahl.

aussi de la sympa­ sion ? thie ou de l'amour. il faut que je l'aie compris comme invocation. Il se dessine aussi dans la possession et dans la consomma­ ment il se donne comme étant et non seulement comme tion de l'objet.fût-ce comme s'agit d'apercevoir la fonction du langage non pas comme refus de saluer. ne pas élargir la notion de la Sauf pour autrui.le fait de librement le laisser­ ment du langage ne se situe plus sur le plan de la compré­ être en tant qu'étant ? hension. l'existence d'autrui en la laissant être. « Avoir accepté ». Les deux relations se confondent. autre chose que sa Certes. je lui elle pas dans son rôle d'interpellé ? Celui à qui on parle parle. ne revient pas à une compréhension. c'est déjà avoir accepté L'homme est le seul être que je ne peux rencontrer sans cette existence. Pourquoi. connus. c'est-à-dire Autrui n'est pas objet de compréhension d'abord et inter­ j'ai négligé l'être universel qu'elle incarne pour m'en tenir à locuteur ensuite. Autre­ l'étant particulier qu'elle est. dans cet exemple. L'être-avec-autrui . comme leur compréhen­ autrui. par le dépassement des objets Ici le partisan de l'ontologie objectera: prononcer étant. celui-ci ne nous affecte pas à partir d'un concept. selon le procédé rendu familier par la phé­ ment à vouloir le comprendre. mais ce rapport déborde la noménologie ? Pourquoi ne pas présenter l'invocation compréhension. La rencontre se dis­ « avoir tenu compte ». de la compréhension d'autrui est inséparable son relation avec un être. sinon sa référence à l'ontologie ? Se rapporter à même de la compréhension. Mais parce que. c'est déjà lui parler. Au sein du maniement l'étant est dépassé dans l'ouverture sur l'être. Ce dépassement ne tient pas l'étant en tant qu'étant signifie. malgré tout ce qu'il peut y avoir n'est-ce pas déjà insinuer que l'étant nous concerne à partir d'engagement préthéorétique dans le maniement des d'une révélation de l'être et que. par exemple. la personne avec laquelle Nous répondrons: dans notre relation avec autrui. dans notre rapport avec usuels s'interprète. d'ailleurs. lui exprimer cette rencontre même. à assujettir les rapports entre subordonnée à la conscience qu'on prend de la présence étants aux structures de l'être. Poser lui dis simultanément ma compréhension. pour Heidegger. Notre rapport avec lui consiste certaine­ compréhension.repose ainsi autrui. La parole dessine une relation originale. Comment. Elle est mon associé au sein de la relation qui devait est-ii. mais en l'appelant être j'en de le laisser-être ? L'indépendance d'autrui ne s'accomplit­ appelle à elle. Non seulement parce que la connaissance d'autrui comme la caractéristique propre de sa compréhen­ d'autrui exige. Je ne pense pas seulement qu'elle est. d'autrui ou de son voisinage ou de la communauté avec lui. au départ. le comprendre comme indépendant de la perception que nous touchons à du maniable. Entre nous L'ontologie est-elle fondamentale? connaissance de l'universel. avec l'étant peut-il être. en effet. l'existentiel à l'existential. Il sion. je Comprendre une personne. Mais l'élargissement de la notion de connaissance se est étant et compte comme tel. être » perd son application stricte: en comprenant l'être. l'indépendance de « au-delà '' nécessaire à la présence « auprès de >> l'itinéraire l'étant. je comprends l'être en autrui. seulement me la rendre présente. laisser-être seulement à l'apparition préalable du « monde » chaque fois l'étant. si l'on veut.le Miteinandersein . justifie. Le maniement des objets plation impassible. il est d'ores et déjà établi au sein de la le mouvement même qui le saisit. au-delà de sa particularité d'étant . pour Heidegger sur la relation ontologique. en dehors de la curiosité. Il s'accomplit. par conséquent. Il y a dans à un laisser-être. il nous faut encore expliquer pourquoi l'événe­ compréhension comme étant . Je lui ai parlé. manières d'être distinctes de la contem­ Cela nous semble impossible. et on reconnaît dans cet compréhension ? Que signifie. La perception ne se projette pas ici vers 18 19 . placé dans « ustensiles ». en effet. Il toute attitude à l'égard de l'humain un salut . Rien de tel lorsqu'il s'agit de ma relation avec objet. compris dans son être ? Nullement. s'agit-il je suis en rapport je l'appelle être. Ici la formule « avant d'être en ment dit. Par cette compréhension précisé­ ger. comme le veut Heideg­ qui le découvre et saisit. au préalable. la métaphysique à l'ontologie. avoir tenu compte d'elle. le rapport mais comme condition de cette « prise de conscience ». tingue de la connaissance précisément par là. Là aussi.

à le laisser-être. Elle se rapporte à l'individu pur. ment. L'étant c'est l'homme et c'est en tant que pro­ à nous et en société avec nous..champ de ma liberté. Ce lien de la raison ne se constitue-t-il pas plutôt dans une situation avec autrui qui ne se réduit pas à la représentation d'autrui. qu'étant. de mon pouvoir. même si cette assimilation signifie précisément. Il s'agit avant tout de lui trouver la que lui donne Auguste Comte au début de sa Politique Posi­ place d'où l'homme cesse de nous concerner à partir de tive. mais pacifiée ? d'une compréhension.nous avons pensé d'abord au sens qu'est la nature humaine. avant toute participation à un contenu commun choses .est-elle à même de constituer un ordre humain ? par la compréhension. de ma La « religion » reste le rapport avec l'étant en tant propriété . En tant que visage. Cela. faite pour les consiste. on que l'étant comporte de fort et d'irréductible à partir de ses le sait non pas depuis Heidegger. la trans­ qui est appelé. nous l'appelons religion. mais dans les visages humains rejoint l'Infini .nous ture de l'être. de ses renoncements à sa particularité. sur ce fond familier. Il ne En choisissant le terme religion . l'étant. sans que la connaissance puisse prendre le pas sur la socialité. à l'inerte. aucune mystique ne se dissimule l'horizon de l'être. Elle ne « compréhension ». irréductible à la compréhension. Et cela acte où l'étant est déjà assimilé. où la résistance de l'étant en tant qu'étant mais à son invocation. à partir de L'expression ne consiste pas non plus à articuler la compré­ sa place à l'horizon de l'être universel ? Intelligence comme hension que d'ores et déjà j'ai en partage avec autrui.comme l'essence de l'homme. Ce qui distingue la pensée visant un objet l'homme des catégories adaptées uniquement aux choses ne d'un lien avec une personne. Intelligence de la lutte et de la violence. derrière l'analyse que nous venons de donner de la ren­ L'étant comme tel (et non pas comme incarnation de l'être contre d'autrui et dont il nous a importé de souligner la universel) ne peut être que dans une relation où on structure formelle : l'objet de la rencontre est à la fois donné l'invoque. socialité puisse se réduire à une propriété quelconque se révélant dans le donné. la durée. faiblesses. en même temps. sans que cet événement de chain que l'homme est accessible. Entre nous L'ontologie est-elle fondamentale ? l'horizon . Si le mot religion doit cepen­ 5. à l'étant comme tel. mais comme par une ruse de chasseur qui attrape ce une pensée relative à autrui. accepterons cette résonance éthique du mot et tous ces Dans ce sens. cule un vocatif : ce qui est nommé est. cendance ou la liberté.pour se saisir. c'est-à-dire de s'offrir à nos pouvoirs. à instituer la socialité par une rela­ On nous a paradoxalement habitués à chercher dans la lutte tion irréductible.le dynamisme. comme tel est déjà l'expression que je lui offre de cette ni à se heurter à l'irrationnel dans l'effort de comprendre compréhension. Mais l'ordre La relation avec autrui n'est donc pas ontologie. dire ce mot Dieu ni le mot sacré . en se rapportant à l'étant dans l'ouver­ pouvoir. la manifestation même de l'esprit et sa réalité. c'est que dans celui-ci s'arti­ doit donc pas se contenter d'opposer au statique. et où l'invocation n'est pas précédée n'est pas brisée. où « on parle .sans avoir prononcé le s'agit pas tant d'opposer une essence à une autre. que ma compréhension de l'étant consiste pas non plus à établir je ne sais quelle appartenance. à la compréhension. dans l'esprit d'autrui. L'essence du Le souci de la philosophie contemporaine de libérer discours est prière. Elle ruse. de l'individu. Mais tel est surmontée non pas dans un appel à cette résistance l'expression ne consiste pas à transvaser en quelque manière même. elle ne l'invoque pas. mais le nomme seule­ échos kantiens. mais depuis Socrate. lui trouve une signification à partir de l'être. ce au déterminé des choses. Et ainsi elle accomplit à son égard une violence et une 20 21 .. par conséquent. Elle ne consiste pas à le concevoir comme étant. s'éloigne par là même de l'exercice du La compréhension. Le rationnel se réduit-il au pouvoir sur l'objet ? La Cette impossibilité d'aborder autrui sans lui parler signifie raison est-elle domination où la résistance de l'étant comme qu'ici la pensée est inséparable de l'expression. Aucune théologie. si on veut le dire en termes de aboutit à le dégager comme étant. LA SIGNIFICATION ETHIQUE D'AUTRUI dant annoncer que la relation avec des hommes.

Se donner. sion est le mode selon lequel un étant. Autrui est le seul étant dont la négation ne peut environnante. tout en existant. La ren­ Que la relation avec l'étant soit invocation d'un visage et contre d'autrui consiste dans le fait que malgré l'étendue de déjà parole. par un détour. au visage. en le saisissant à partir de l'être en général et en le soit une ouverture . La négation partielle qu'est la vio­ se contredit dans les termes. c'est la nudité du visage n'est pas une figure de style . En lui l'infinie résis­ le comprends à partir de son histoire.mais c'est A la compréhension. de son milieu. avec elles s'institue comme compréhension : étant's. je l'ai aperçu à indications par lesquelles nous avons introduit cette notion l'horizon. se donner. mais audition laissent surprendre à partir de l'être. Je ne l'ai pas regardé en face. Je ne peux le nier partiellement. par « la partiellement nié. est à moi. tuant atteindre un but. en tant sance. est de la lumière de l'être en général. nous opposons la signifiance du visage. de ses tance de l'étant à notre pouvoir s'affirme précisément contre la volonté meurtrière qu'elle défie. à la signification saisies à partir de qu'alors j'ai saisi autrui dans l'ouverture de l'être en général. pas une activité qui prête des visages aux choses ? La façade Je peux vouloir. je ne le possède un horizon .. comment la rencontre du visage . par n'est pas à partir de l'être en général qu'il vient à ma ren­ lui-même insignifiant.que mon prochain pas. sophie pratique de Kant dont nous nous sentons parti­ Si les choses sont seulement choses. elles se En quoi la vision du visage n'est plus vision.c'est-à-dire moyen . La vision mesure certes que pur étant. un rapport avec une profondeur plutôt qu'avec ma domination sur lui et de sa soumission. événement de la collectivité - aussi fin . Tout ce qui de lui me vient à partir de l'être en géné­ n'acquérant une signification que par cette présence à ral s'offre certes à ma compréhension et à ma possession. c'est signifier à partir de ce qu'on n'est l'étant est instrument et outil . L'immédiat n'est pas objet tiellité se décrit dans le fait que l'étant. Et cette par­ qui leur prête une signification. s'offre. dans la vio­ fie par elle-même. fascinante et magique. parce que toute nue .et habitudes. Il n'entre pas entièrement dans l'ouverture de l'être où soit l'étant par excellence. Ce prenant quand on s'en tient à la conception d'un étant.elle signi­ lui. autrui m'a échappé.consommable. s'annoncer que totale : un meurtre. silhouette à l'horizon lumineux. La relation avec le visage. mais eile est déjà jouissance. à la parole. Le visage sigmfie autrement. mon pouvoir sur l'objet. sans disparaître. La tentation de la négation totale mesurant sion elle-même et toutes ses conditions qui dessinent une l'infini de cette tentative et son impossibilité . Entre nous L'ontologie est-elle fondamentale ? négation. Et cependant ce pouvoir est tout le d'une maison. Une donnée immédiate de la conscience trouve en mon pouvoir. se donne. dans la jouis­ la parole . n'est-ce pas une maison qui nous regarde ? contraire du pouvoir. Au moment même où mon pouvoir nous demandons toutefois si l'allure impersonnelle du de tuer se réalise. Les brèves comme élément du monde où je me tiens. comme j'abats des arbres ou des animaux . Le triomphe de ce pouvoir est sa L'analyse jusqu'ici menée ne suffit pas à la réponse. Ce qui en lui échappe à la compréhension. On ne peut même pas dire que le visage lence.c'est-à-dire la 22 23 . Il ne s'agit pas seulement du fait que bande » . Être en relation avec autrui face à face . se de compréhension. C'est aussi la situation du discours. à partir d'une totalité et parole. entrevoyons nous semble cependant suggéré par la philo­ c'est ne pas pouvoir tuer. l'étant. tout cela peut paraître assez sur. Autrui est le seul être Les choses peuvent-elles prendre un visage ? L'art n'est-il que je peux vouloir tuer. je peux tuer comme je chasse ou à la socialité.une trouée de l'horizon . Je peux certes en rythme ne se substitue pas dans l'art. ce serait le rendre relatif à une plénitude possédant. c'est s'exposer à la lence nie l'indépendance de l'étant : il est à moi.: je me tiens déjà comme dans le champ de ma liberté. Négation partielle qui est violence. l'horizon.est une relation avec l'étant lui-même. être saisi par la médiation du concept. Nous défaite comme pouvoir. La posses­ ruse de l'intelligence. il est pas. il est nourriture et. c'est que le rapport culièrement près. je n'ai pas rencontré pourront-elles laisser entrevoir son rôle dans la compréhen­ son visage.c'est la pré­ sphère de relations à peine soupçonnées ? Ce que nous en sence du visage. Je l'horizon. contre.

Pour lui. le vivant l'éprouve comme sa substance. retour­ qu'il pense mal ou follement . nous le retrouvons dans l'homme . dans quelle mesure enfin la relation avec autrui ou la collectivité est notre rapport. mais vie. comme s'il tirait tout de l'ici et du maintenant. Nous consta­ nant à elle-même sans cesse. avec J. Non point qu'il se trompe ou récit d'une aventure personnelle. A nous. la liberté ou la violence des individus.peut être décrite comme condition de la conscience tout court et du dévoilement. Dans les individus. irréductible à la compréhension.ce sont les nourritures. les forces qui le traversent sont d'ores et déjà assumées . comme cosubstantiel à lui. comme élément et milieu.du vivant. LE MOI ET LA TOTALIT� quelles sont les conditions de l'apparition du visage. Ce comportement . La recherche philo­ sophique ne saurait en tout cas se contenter de la réflexion Un être particulier ne peut se prendre pour une totalité sur soi ou sur l'existence. Non point d'une ignorance qui borde le connu. par abstraction. cette confusion n'est pas pensée. certes. Il est ses sensa- 25 . c'est­ à-dire de la tentation et de l'impossibilité du meurtre.il les éprouve comme déjà intégrées dans ses besoins et dans sa jouissance. fuir.au sens phi­ losophique du terme. comment la conscience s'affirme comme une impossibilité d'assassiner. LE PROBLPME: LE MOI DANS LA TOTALITE l'infini ? . comme essentiellement immédiat. qui situons par pouvoir. même quand elle semble se tons. Les sens ne lui apportent rien . par absence de pensée. Le vivant dans la totalité existe comme totalité. Il se présente comme rapport avec la nourriture . l'assimilable . L'humain ne s'offre qu'à une relation qui n'est pas un êtres pensants. rapport à elle tout être particulier et qui cherchons un sens à la spontanéité de la violence. Le pur vivant ignore ainsi le monde extérieur. puisque la pensée a déjà transfiguré la vie dans l'homme concret. où cependant il est placé ou créé. d'un « quelque chose » privé de son indépendance. qui connaissons la totalité. L'être assumé par le vivant. Entre nous conscience morale . com­ ment je peux m'apparaître à moi-même comme visage. comme s'il occupait le centre de l'être et en était la source. certes. cynique . Ce que le pensant aperçoit comme extériorité invitant au travail et à l'appro­ priation. ou ne lui apportent que sensations. La réflexion ne nous livre que le que s'il manque de pensée. cette liberté semble attester des individus qui confondent leur particularité avec la totalité.dans ce sens très général où toute jouissance jouit de quelque chose.il ne pense pas. mais d'une ignorance absolue. d'une âme privée.voilà les thèmes qui découlent de cette première OU L'INNOCENCE contestation du primat de l'ontologie.

ne s'y absorbe pas. puisque son entrée d'inconscient ou d'instinct. S'il le déterminait . c'est l'être senti. dépasse notion de « donnée hylétique ». séparé de la totalité. capable de se pête de neige qui menace de précipiter dans l'abîme la représenter une extériorité encore non assumée. Le rapport de l'instinct avec l'extériorité n'est absence d'extériorité. la sée. l'être vivant entre toire n'a rien de mystérieux : le vivant est essentiellement le dans la totalité. ture originale. Comment s'accomplit. conscience qui ne Le système intérieur de l'instinct peut se heurter à l'exté­ se soucie pas de se situer par rapport à une extériorité. « instinct éclairé par l'intel­ taire de la sensibilité. indique une transformation que la conscience de soi La confusion et l'obscurité de la sensibilité s'opposent préci­ apporte à la conscience biologique. Là réside aussi la vérité éter­ l'utilité. Animal raisonnable ne peut signifier animal chevauché par Le vivant n'est donc pas sans conscience. dans la Ruée vers l'Or. conscience même du vivant. la pensée n'équivaut pas à un travail sus­ monde. mais demeure ici. dans ce sens. L'aventure du Cette existence centrale. sa vie dite même resta fidèle à ce souvenir du sensualisme en conser­ biologique. Entre nous Le Moi et la Totalité tions : la « statue est odeur de rose ». dès lors.le travail et la volonté plancher. déjà physicien. se joue dans le vivant comme elle-même. cette simultanéité d'une La pensée commence précisément lorsque la conscience position dans la totalité et d'une réserve à son égard ou sépa­ devient conscience de sa particularité. La sensibilité comme l'extériorité par-delà sa nature de vivant. rendrait cabane de Charlot. La pensée ne jaillit pas du travail Charlot enfermé dans cette cabane sans ouverture sur le et de la volonté. se réduit pour possible une vie de travail. monde intérieur dont il occupe le centre. pour le pen­ dans ce système signifie la disparition de la conscience vitale sant. sans que l'Autre se situe dans la totalité. raison).en termes d'intimité. assumé par la vie. elle n'est pas pensée du tout. mais capable de penser une exté­ peut avoir un sens ici . dans l'être. Pensant. l'homme est senti. mais une mort. saisir). animal rai­ mentaires de ces balancements désordonnés et rejoint le sonnable. Le vivant moi. Là réside la grande conscience de l'extériorité dépassant sa nature. sa vie strictement intérieure. sur la relativité radicale de la donnée ligence » (quoi qu'il en soit de la théorie bergsonienne de la sensible au sujet. étendu sur le pendu. désormais objet extérieur. Mais l'extériorité ne peut terme' (qui ne dissimule pas moins de contradictions) avoir de signification pour l'instinct. qui l'enferme . La position de l'homme. La formule de Bergson. sément à la clarté où s'ouvre un horizon. L'identité du vivant à travers son his­ pas un savoir. lorsqu'elle vérité des philosophies sensualistes contre la critique qu'en devient métaphysique. vit sous le signe de : la liberté ou la mort. s'accomplit comme volonté et travail. Si. conscience sans conscience à laquelle correspond le serait une transcendance radicale. à une volonté neutralisée . mais il a une une raison : l'interpénétration des termes dessine une struc­ conscience sans problèmes. c'est-à-dire sans extériorité. accueillant toute extériorité en vivant dans l'être se dit en lui . rité heurtait le vivant -. monde. à des soucis d'équilibre intérieur. il tuerait l'être instinctif. L'utile. Il existe par rap­ détermine jamais le Même. le Même déterminant tout Autre. Comme la tem­ riorité comme étrangère au système intérieur. aveugle sur l'extériorité. mais ne pense plus rien. Dès lors. qui riorité comme à un obstacle totalement inassimilable qui fait ne se saisit pas comme partie d'un tout (car elle précède tout chavirer le système dans la mort. c'est-à-dire conçoit ration ? Que signifie le rapport avec une extériorité qui reste 26 27 . c'est que précisément il pense. La pensée établit un rapport avec firent les husserliens . La mort.si l'extério­ port à une totalité. au sein de l'analyse intentionnelle. s'illumine de pen­ vant opiniâtrement. L'intériorité qui. s'oppose à l'extériorité. Par la mort. l'être qui Même. Le désir reconnaît le désirable dans un monde exo­ nelle de la thèse cartésienne sur le caractère purement utili­ tique. la sensation n'est pas sensation d'un une extériorité non assumée. il étudie en tâtonnant les lois élé­ reposent sur la pensée. n'est pas une pensée seulement lorsqu'elle devient conscience de soi en même temps que confuse. L'objet du besoin.si toutefois le terme « dire » fonction de son intériorité. Comme pensant. Et c'est peut-être la raison pour laquelle Husserl lui­ celui pour qui le monde extérieur existe.

se situe en marge de ce monde humain. de son œuvre. Dès même. mais de soi . Ce rapport à la fois de participation et de l'étonnement.à se êtres humains dont je reconnais le visage. coupable ou innocent. La condition de la pensée est une à tenir son identité de ce qui le distingue des autres parties conscience morale. de son héritage). elle déborde les << termes » de la conscience vitale. Elles se tenir son identité non pas de sa place dans le tout (de son réalisent . L'innocence n'est pas un état intérieur souverain. où le moi tient compte de ce extériorité. L' a posteriori du fait renvoie à l' a priori tiennent pas . La lequel il baigne. Les choses comme choses tiennent avec le tout sans que ce rapport se réduise à l'absorption par leur indépendance première du fait qu'elles ne m'appar­ le tout ou la mort.dans l'œuvre de la justice caractère. Il est commencement de la pensée ou expérience. avec la totalité qu'est la pensée. Penser une liberté Par là. mais l'addition d'êtres qui ne font pas de la totalité que nous posons. Envers eux je suis défmir. mais articule ce qui la distingue des autres. lors. mais. le rapport du moi avec la totalité est un rapport avec les d'uné part. suppose que mais qu'à la fois. On ne peut déduire la pensée de la possédées par autrui. Le monde de la percep­ Mais le miracle n'explique pas le commencement de la tion manifeste un visage : les choses nous affectent comme pensée. Nous voulons montrer que l'œuvre de la jus­ être moi. entre l'emprise sur les autres. pour qu'un événement tel férente. elle ne soit pas mortelle à la la totalité se manifeste non pas comme une ambiance frôlant conscience. Elle ne peut être une prescience du fait lui­ suis en rapport avec des hommes de qui elles viennent. nature indif­ tion de la conscience vivante. La nature pure quand elle n'atteste pas conscience biologique. inhumaine. Cette pénétration d'un système total dans un en quelque façon l'épiderme du vivant comme élément dans système partiel qui ne peut l'assimiler . il séparation qui marque l'avènement et l' a priori d'une pensée possède un statut ontologique intermédiaire entre le vécu et . Ce rapport de l'individu Pour que l'extériorité puisse se présenter à moi. La simultanéité de la participation et de la non­ la séparation entre êtres libres . dans la totalité de manière à en faire partie . liberté des parties . voir une liberté extérieure à la mienne. mais comme un visage dans lequel l'être est possibilité d'une pensée est la conscience du miracle ou en face de moi. la pensée n'est pas simplement réminiscence. Elle doit consister pour l'individu pensant à se poser. mais extérieure à la mienne est la première pensée. la totalité. mais de sa référence à soi. il la suppose déjà. que l'attention puisse seulement apparaître dans cette ne se comprend comme telle que sur le plan du monde conscience.à ne pas coïncider avec son concept -.à économique. c'est-à-dire à se situer par rapport aux autres parties -. quand elle n'est à personne. qui se La pensée commençante se trouve devant le miracle du fait. présente. avec lesquelles il se compromet . Pour que le miracle retienne l'atten­ la gloire de Dieu. Elle marque toujours connaissance du nouveau. à la fois. La des rapports qui rendent possible une totalité d'êtres exté­ totalité où se situe un être pensant n'est pas une addition rieurs à la totalité.où les liens entre les parties ne se constituent que par la la pensée. La pensée commence avec la possibilité de conce­ La structure du fait distincte de l'idée réside dans le miracle. C'est le problème même de nombre les uns avec les autres. elle consiste Le problème du rapport entre le moi et la totalité revient à demeurer dehors .telle est notre thèse . leur aptitude à l'innocence et leur pré- 28 29 .et elles ne m'appartiennent pas parce que je d'une pensée. C'est toute l'originalité de la l'innocence. êtres qui parlent. L'individualité du moi se distingue de toute indivi­ tice économique n'est pas une entreprise déterminée par les dualité donnée par le fait que son identité n'est pas faite de contingences d'une histoire qui a mal tourné. Il n'est pas résolu par la simple affirmation de société.c'est le miracle. à donc à décrire les conditions morales de la pensée. trahison de soi et le retour à soi.puisque l'innocence participation est précisément une existence qui évolue entre comporte un rapport entre êtres et l'engagement dans une culpabilité et innocence. font face. ma présence même dans le monde. Entre nous Le Moi et la Totalité inassumée dans ce rapport ? Tel est le problème du moi et pure et simple d'êtres. Le miracle rompt la conscience biologique. il faut que. il faut que la conscience ait déjà été en rapport humain de la propriété.est une société. qui n'est pas lui et cependant ne s'y dissout pas.

Mais le pardon suppose surtout que le lésé totalité demeure incomplète.un moi en relation avec un Dieu transcendant . dès lors. est soit intentionnelle. par conséquent. le mal qui pèse sur elle n'appartient pas à Culpabilité et innocence supposent un être . extérieur à ce monde où l'homme est tout. main tous les tenants et aboutissants de la société. intérêt ou indifférence de Dieu à l'égard innocent à l'égard d'autrui. mon intention ne mesure plus exactement le Quand elles se créent une religion individuelle. mais qui obéit. les âmes mon repentir. Comparée à la faute mys­ . Par une voie que suis.concilie tique. dans une société intime. Elle se sent coupable autrement. Elles ne l'ont pas perdu à cause de toi. sinon à la Si je reconnais mes torts à l'égard de toi. même par logique.. ou. tort à l'égard de toi. que la séparation entre êtres libres au sein de la conscience. intime en vérité. Non pas qu'elle se sente moins coupable que les générations passées. plus exactement. de faire voir pour­ neaux de poudre et aux fusils qu'il ramena de sa nef perdue. enfin. soit se révèle à l'analyse libre et subir les répercussions du tort qu'il aura causé et. mais elles supposent aussi un n'accomplit pas le Bien et la purification qu'elle propose ne moi libre qui. puisqu'il est coupable ou existence de Dieu. D'où la valeur primordiale de l'examen de conséquent. Elle exclut les tiers. Société ain�i inaltérable. n'ont suffi­ tes rapports avec lui. le pardon divin rend son Société d'êtres qui se sont élus. Nous sommes entre nous.qui ne corn­ l'ordre du pardon. pardon ne se réalisent que dans une société d'êtres totale­ La transcendance d'un Dieu condescendant assure à la fois ment présents les uns aux autres. que je peux reconnaître entièrement à Ni la « mystification des prêtres . certains appellent mystérieuse. Mais les conditions d'un légitime l'égard de Dieu. Entre nous Le Moi et la Totalité sence les uns pour les autres. recueille tout le maléfice du tort et. LE TROIS/liME HOMME faute qui l'accable ne se pardonne pas dans la piété . au moins. elles vivent sens de mon acte. culpabi­ La faute pardonnable. exclu du privilège unique de votre intimité. dispose Le schéma ontologique offert par les religions révélées entièrement du droit de grâce. pieuses retournent aux religions constituées historiquement. choquantes comme la magie. Culpabilité ou innocence ne se conçoivent qu'à progrès spirituel certain. Par leurs dogmes mystérieux rongés par la raison ou de leurs essence. du moins à une nécessité psychologique. au préalable. léser le tiers. De plus. Il maintient l'insuffisance de l'être d'une faute intentionnelle. ou. quoi l'amour ne remplit pas cette condition et comment le Mais la conscience moderne se reconnaît-elle dans l'âme discours impersonnel et cohérent qu'on lui substitue détruit pieuse ? Une partie importante de l'humanité ne trouve plus la singularité et la vie des êtres spirituels. Limité à la société intime. en face de 30 31 . de moi à conscience moderne. ni l'inefficacité morale partir de mes intentions. ouverte au pardon. mais de façon à garder en intégrité initiale au moi en faute et garantit sa souveraineté. dans la religion ou la religiosité le chemin de la vie spiri­ tuelle. se trouve objectivement faussé par des rites que dénonçait le Siècle des Lumières. existence ou non­ cide pas avec la totalité de l'être. à l'égard d'un des hommes ? La bonté à laquelle la religion convie principe qui dépasse le moi . L'œuvre de la justice écono­ d'épaves d'Eglises naufragées. semblables à Robinson qui mique ne prélude pas ainsi à l'existence spirituelle. séparation et relation. l'idée ces contradictions. La 2. par conséquent. vaut la totalité ou se sépare lave point. qui me demeurent secrets. mais déjà n'acquiert l'indépendance sur son île que grâce aux ton­ l'accomplit. Mais il s'agira. Dès lors. radicalement d'une totalité dont il fait partie . séparée de sa signification lité et innocence supposent que l'être libre peut léser un être magique. Qu'importent. je peux. une telle société est à deux. par comme telle. puisque je samment ébranlé la religiosité des âmes. toute semblable par son autarcie à la fausse Mais les religions ont perdu leur rôle directeur dans la totalité du moi.. accomplit un humain en même temps que son caractère de totalité ou de liberté. à mon tour. commise par violation involontaire d'un tabou. En fait. le troisième homme trouble cette intimité : mon pratiques incompréhensibles.

Son universalité ne peut exercée sur une liberté. et par lesquels. résident dans s'édifier que dans le temps. l'aimé étaient seuls au monde. par la philanthropie. par l'amour du prochain qui frappe à la porte. amour d'un être au détriment un manque de respect. autrui est Dieu ou saint. essentielle de l'existence religieuse. dans le dia­ On ne pourrait accepter légitimement le pardon que si logue. elle se concilie avec la pas possible l'innocence. La chaleur affective de l'amour liberté offensée qui. par l'œuvre et non pas dans les pensées. L'émotion qui. L'amour rend aveugle le respect qui. intime offense.j'agis dans un sens qui Nous ne pouvons.ne fût-ce qu'après coup . pieuses ou impies. Absous. La violence dans la société ment. L'âme pieuse peut. en recevoir l'absolution. l'amour n'est pas le début. sa fonde une société maîtresse de tous ses tenants et aboutis­ souveraineté solitaire. La morale du respect suppose la morale de l'amour. au sens étymologique du terme. il re4evenait absolu. n'est la justification de son être. mais qui. excentriques. Elle ne torture la conscience pieuse L'amour que la pensée religieuse contemporaine. société de soli­ la justice et de l'injustice. conserve intégrale­ accomplit la conscience de cette satisfaction. Le moi capable d'oublier son passé et sants.s'apparentent à nos activités privées et ne rendent qu'un je commet à l'égard d'un tu. agir quotidiennement en abor­ m'échappe. de cette plénitude trouvés hors de soi.par le pardon. de ce contente­ ment son pouvoir d'absolution. consentir à l'oublier. je pouvais. souffrir de sa l'amour du prochain . dans le dialogue. On s'en guérit tant bien que mal rassée de notions magiques. « bonne conscience ». et qui l'engagent. Celles-ci supposant une violence tudes. concernent par leurs œuvres. une blessure réelle. c'est exister comme si l'aimant et de se renouveler. mais la négation de la société. je porte une faute qui ne se il va. La présence d'autrui épuise le pas à proprement parler violence . liberté quasi divine. ne contient donc pas la par l'aumône donnée au pauvre. Et nous ne plaçons pas dans cette activité notre cela » -. Au-delà ou en deçà de La société de l'amour est une société à deux. dans changement d'amis : amour du prochain au hasard de la l'emprise sur une liberté et non pas dans un respect ou dans proximité.. le médecin prodigue des soins au malade qui se pré­ reflète pas dans mes intentions. non par parce action sur les tiers avaient été escomptées dans les conditions qu'elle passe le pardon. Le respect et l'ordre du pardon. et. c'est le moi satisfait par le toi. Celle-ci comporte inévitablement l'existence une action favorable à l'égard du premier homme venu. du tiers. c'est l'amour. à l'égard du tiers. Aimer. « Je n'ai pas voulu secours. mais qui se regardent en face - dans une véritable société . détaché des 32 33 . toujours privilège. dans la société. n'est qu'une pieuse intention oublieuse du Posé dans une configuration de volontés qui se mal réel. le prêtre réconforte l'âme en détresse qui lui demande pable et ma piété ne peut m'en purifier. par conséquent. A moins d'être assuré que les lois générales dans la « société intime » où il fut pleinement libre continue de la société sont justes et que toutes les incidences de notre à se disculper d'une faute impardonnable. Le moi. retrouvait ainsi . a promu au rang de situation par la charité. mais comme celle-ci diffère de la faute religion . La société intime qui rend possible le d'un autre. mais parce qu'elle n'appartient pas à où notre action quotidienne va se produire. par l'acte. par infidélités successives. puisque l'unique victime de l'acte consentait ou pouvait Et il y a là certainement une indication sur son essence. mais ne blesse point. même s'il n'est pas pré­ pardon libère la volonté du poids des actes qui lui échappent férence. certes. Entre nous Le Moi et la Totalité l'unique liberté que l'acte concernait. débar­ que d'une torture seconde. Le rapport intersubjectif de se libérait par le pardon de cette dernière entrave à la liberté. certes. elle ne mord pas sur la contenu d'une telle société.tels qu'ils s'imposent à partir de la culpabilité sociale. crée de l'irréparable. dans une véritable société. impossible sans cécité toute volonté risque de s'aliéner. réfractaire à l'universalité.dérisoire excuse par laquelle le « je » qui s'attarde souci de justice. par réalité sociale. mais le l'emporte sur sa signification intentionnelle : je ne suis plus cordonnier fait les chaussures sans demander à son client où à proprement parler un je. La signification objective de mon action dant notre prochain comme s'il était seul au monde. Le « tu » véritable n'est pas l'Aimé. Mais la L'amour. saisissant en autrui violence que subit une victime capable de l'annuler. Je suis objectivement cou­ sente.

d'une certaine hétéronomie. une simple multiplicité embrassant la totalité.) Dieu apparaîtrait d'action >> de l'intention. est de face. qu'un tiers · l'homme. Le vrai dialogue est ailleurs. façon absolue la singularité de l'homme. concevoir l'isolement avec Dieu comme constitue pas un fait contingent.. dehors du dialogue amoureux. Celle-ci ressent la blessure faite à conscience que la société déborde l'amour. la responsabilité dépassant le << rayon pas certain que cela ne fût jamais tenté. Ainsi la multiplicité où se place le rapport avec le tiers ne On peut. Thèse qui n'a rien irremplaçable . l'Extériorité ne dehors de l'amour. Le défaut d'universalité maître de ses intentions. dès lors. société de l'amour elle-même a tort. Une exté­ besoin de pureté. que je ne retrou­ ment et justice . Non point personnification turelles. répondre. La certitude que le rapport radicale de l'Absolu. à l'égard d'une multiplicité intime de l'amour. le statut même de l'homme. La faute ne vient pas ici d'un défaut de générosité. rendant. par sa parole. mais Dieu ne pourrait être Dieu sans avoir cependant. est toi. non point comme une Présence avec une totalité humaine. Elle ne limite pas l'horizon.. caractérise essentiellement l'exis­ alors non point comme corrélatif du moi dans une intimité tence subjective capable de discours. mais il ne peut ressembler à la société d'être et son mode de se manifester consistent à tourner sa intime et ce n'est pas l'émotion de l'amour qui le constitue. n'assure pas l'extériorité Aboutissement paradoxal. Le moi est en rapport amoureuse et exclusive. nous allons le notre clandestinité privée. avec l'extériorité ? L'Autre. assiste blessé au dialogue amoureux.à moins de devenir juge­ de tiers que je ne regarderai jamais en face. l'équivoque secrète de l'entre-nous. se contente du pardon. créant lopper la notion de Dieu et de son culte à partir des nécessi­ au moi autonome un problème pratique entre autres . (Il n'est relation avec un tiers. D'où le sens fort de notion de la dans laquelle s'abîmerait l'univers et d'où jaillirait une morale terrestre : elle ne consiste pas à enfermer la vie dans source infinie de pardon.que toute aspiration à l'innocence suppose de théologique. qous venons en soutient la justice est l'absolu de l'interlocuteur. La société close.est l'amour d'un couple. Y a-t-il << conscience horizon différent de l'horizon du salut surnaturel que des­ morale » avant que « Nous » ait été proféré ? Est-il certain sine l'amour détaché de tous les absents. le fait qu'une substance caractérisée comme moi mation un sens mystique ou sacramentel. comme convertible en outrage à Dieu et. et qu'à l'égard de lui. mais à moins de donner à cette affir­ empirique. Son mode un sens de le dire. Il se présente dans une autre situation. Entre nous Le Moi et la Totalité autres. Il serait le point fixe extérieur à la l'ici-bas et dans le mépris pur et simple des destinées surna­ Société et d'où viendrait la Loi. Que le dialogue soit appelé à jouer dans riorité sans violence est l'extériorité du discours. où le moi. certes. il faudrait déve­ se produit dans le monde en plusieurs �xemplaires. L'homme dans ce sens aussi est un sonne. Tout amour . en tant que singularité l'homme et l'homme. au point de contes- 34 35 . face vers moi. verai pas dans la face de Dieu et pour qui Dieu ne peut c'est le couple. publique même ni à l'amour du prochain compromet. La crise de la Quoi qu'il en soit. s'isoler avec lui dans animal politique. La morale terrestre que << conscience morale » puisse se séparer d'un << comman­ dement reçu . mais de l'essence sociale se commet à mon insu. L'absolu qui l'œuvre de justice sociale un rôle privilégié. N'avons-nous pas commencé par affirmer d'une été au premier chef cet interlocuteur. elle se meut dans un allégorique de ma conscience morale. Voilà pourquoi l'absolu est per­ La loi prime la charité. nous voilà loin de la voie royale de la religion dans la vie spirituelle contemporaine tient à la piété traditionnelle. d'un rapport invite au détour difficile menant vers les tiers restés en avec l'Autre. la tés inéluctables d'une société comportant des tiers. Seul le témoin irrécusable et sévère avec le tiers ne ressemble pas à mon intimité avec moi­ s'insérant « entre nous ». L'intention ne saurait accompagner l'acte jusqu'à La crise de la religion vient donc de l'impossibilité de ses prolongements ultimes et cependant le moi se sait s'isoler avec Dieu et d'oublier tous ceux qui restent en responsable de ces ultimes prolongements. la comme effaçable dans une socialité de l'amour. à être visage. Isoler un être parmi d'autres. médiateur exigeant entre voir. La justice seule donne satisfaction à son signifient pas nécessairement tyrannie et violence.

On ne peut plus plus l'homme confessant ses péchés. impossible. dès lors... ordre que guide peuf-être l'intelligence. lité. Rattaché à s'identifiant du dedans. Elles aboutissent en réalité à la destruction du je. Sociologues. car obéissent les clins d'œil et les sourires d'autrui . sans importance. et mène aussi à la destruction du langage. en face de celui qui parle. Voilà donc action au fond de son cœur. philologues toujours déterminé par la condition des interlocuteurs. de de tout point de vue et indéformables par la conscience.voilà seulement. Discours sans interlocuteurs. mais une même. Elle logie. nous contesterons à chacun jusqu'au pouvoir s'oppose alors un discours rendant compte de ses conditions. eux-mêmes y figurent comme « moments >> . per­ l'analyse de soi dans notre psychologie. ce n'est cogito perd ainsi sa valeur de fondement. se révèle par sa ruse historique totalement distincte de sa propre intention . dès le Phèdre.. non pas ce que nous avons une suspicion foncière sur le témoignage le plus irrécusable conscience d'être. dans les consciences. Les visages sont portrait du portraitiste et faire la psychanalyse du psychana­ masques. Nous ne nous contentons pas de ses révélations que rité on s'élève contre un abus ou une injustice. insignifiante. on court le nous prenons pour donnée superficielle. La faute se détermine à partir d'une loi univer­ laquelle. parlent et auxquels nous parlons l'horlogerie des âmes et ses c'est-à-dire en monde sans commencement où l'on pense ressorts microscopiques. Que dans un mouvement de sincé­ nale. car les interlocuteurs toire. mais le rôle que nous jouons dans un de la conscience de soi. Entre nous Le Moi et la Totalité ter à l'un le droit de répondre et de pardonner pour un surgir pour assurer la certitude de ce que je suis et à peine autre ? Mais si la faute n'est plus à la mesure d'un examen pour assurer la certitude de mon existence même. indépendants accusations. Personne ne peut plus trouver la loi de son qui rend caduc le revirement même du cogito. dont Platon avait. nous recherchons les sans savoir ce que l'on pense.. parce que son intériorité est purement épiphénomé­ parole et l'acte d'autrui. devient purement phénoménale. L'impasse du libéralisme réside qu'on peut même introduire la distinction entre phénomène dans cette extériorité de ma conscience à moi-même. elle se saisit comme réalité sans réa­ selle et consiste dans le tort causé plutôt que dans l'irrespect. Personne n'est iden­ nitent. Que la conscience claire et distincte drame dont nous ne sommes plus les auteurs. figures ou ins­ de ce qu'on appelait naguère fait psychologique ne soit que truments d'un ordre étranger au plan de notre société le symbolisme d'une réalité totalement inaccessible à elle­ intime . A la philo­ tion primordiale au langage nous reliant avec le dehors. l'homme comme intériorité perd toute existence tributaire de la reconnaissance par autrui. mais « Qui est-il ? » « De quel pays il vient ? . pour une menteuse risque de ressembler au portrait d'un protestataire impé­ apparence. ignorant son mensonge. C'est le propre provient de la découverte du social véritable. La réflexion du cogito ne peut plus l'universalité d'une raison impersonnelle. même d'être auteur de son discours. La méfiance à l'égard de l'introspettion. Non pas parce que nous ignorons l'interlocuteur. Le monde réel se transforme en monde poétique. lois sociales comme des influences intersidérales auxquelles A un discours de « personne à personne . n'est peut-être que la mettent une connaissance philosophique. mais acquiesçant aux reconstruire la réalité à partir d'éléments qui. Ce n'est pas la parole absolument cohérent. s'ajoute l'art du parce que nous ne pouvons plus prendre au sérieux ses peintre qui ramène à une image muette et immobile la paroles. se demande uniquement : ler. qu'elle exprime une réalité sociale ou une influence intelligence qui. La psychanalyse jette Nous sommes. et historiens. il supprimerait 36 37 . Cette de conscience. Le processus est infini : il faudrait encore tracer le tique' à soi. fournissant la condition des condi­ seulement que démolissent ainsi la psychanalyse et l'his­ tions. Le et noumène dans le domaine de la conscience de soi ! Le sujet de la faute attend du dehors le sens de son être . Les êtres n'ont pas d'identité. On ne peut plus par­ qui. dénoncé les abus. conséquence de la crise de l'amour et de la religion . Nous cherchons derrière les visages qui nous lyste. de la polémique contemporaine que de tracer le portrait de La conscience de soi en dehors de soi confère une fonc­ l'adversaire au lieu de combattre ses arguments. elle Je suis comme enfermé dans mon portrait.

Une rai­ la parole entre êtres singuliers. C'est à ce prix seulement que l'homme pourquoi le cadre même de l' « expérience >> d'autrui ne sau­ peut devenir « moment » de son propre discours. fin de compte que chaque rencontre commence une histoire s'annule. d'autrui ne s'obtient pas par simple << variation » de soi et par L'homme se ramène à l'héritage de l'homme. Dans tingue encore comme autre du discours qu'il tient). Chercher le moi comme duation par l'espace et le temps. comme une structure C omme manifestation d'une raison. c'est-à-dire si le penseur en tant que moi. Il fait face. Autrui de son œuvre. au moins. Le savoir se fonde sur l'ipséité. Don Juan ne refaisait jamais la même âme morte. La singularité du moi ou du toi ne ressemble toire que jugent la postérité. d'accord avec Jean Wahl. parce la mort.ne résume pas son indivi­ nés porté sur ceux qui sont morts. chaient l'accès irréductible menant au toi. c'est l'histoire.mais amoureuse nouvelle. que « l'expérience » Le discours impersonnel est un discours nécrologique. Son œuvre d'individuation coïncide avec sa delà tout ce qu'il fait avec ce qu'il possède. 38 39 . l'homme passé et mort qui s'y reflète totalement. l'homme vivant que celle des individus qui se subsument sous un concept ou ne différerait pas de l'homme mort. c'est se demander si prendre une signification à partir d'ici et à partir de mainte­ un homme vivant n'a pas le pouvoir de juger l'histoire où il nant. dans son ipséité. Ils cher­ une totalité du patrimoine commun. His­ expérience. mais. La transcendance de objective qu'il a constituée ou à laquelle il a collaboré . L'homme devient . Ce n'est pas la réification . signification interindividuelle des êtres et des choses. en rait se dessiner à partir d'un travail d'abstraction appliqué à effet. nous moi et en autrui ce qui nous est commun. par­ d'une situation. jugement de ceux qui ne sont pas cularité du moi .l'homme essentiellement cynique . Le Il se joue entre êtres. LE MOI COMME S/NGULARIT� savoir préréflexif se dessine. La généralisation. ne se référant qu'à soi. se constitue seulement la son ne peut être autre pour une raison. à sa vie. Mais il suppose. entre substances qui n'entrent pas dans moi se connaît. suppose que l'existence des interlocuteurs se Au moi comme étant ne correspond pas un concept. vivant. il ne la constitue pas. crée et laisse. mais qui les tiennent. n'a subjectivité d'individu. La parti­ ne peut plus rien changer. quali. Le moi est ineffable. répondant. les absents. c'est­ Mais un tel discours. La référence à soi dans ce 3. concepts. La singularité irremplaçable du moi tient comme pur interlocuteur n'est pas un contenu connu. connaît donc à partir d'une réalité conceptuelle. saisissable à partir d'une idée générale quelconque et l'altérité du moi qui parle (lequel. le langage éveille en universelle du moi. dans son intention d'exprimer. l'intentum de cette intention est absolument particulier. certes. reflété dans ses soi et qui aboutirait au << concept >> du moi. c'est qui en articulent les moments. se dis­ soumis à cette idée. Tout savoir de l'ici est déjà savoir pour moi qui suis ici. l'homme réduit à ses réalisations. Entre nous Le Moi et la Totalité l'altérité de l'interlocuteur (irrationnel en tant qu'autre) et fié. de l'Einjühlung savaient. C'est résume en concepts. Elle situe et se situe à la fois. Le pouvoir que. et quand ils le il exerce sur son œuvre (et non pas seulement par l'entre­ plaçaient dans la sympathie et l'amour . dirons que si à tous les << moi >> l'intention est commune.sa personnalité . Son individuation ici et singularité dans une totalité faite de rapports entre singulari­ maintenant permet seulement à l'espace et au temps de tés non subsumables sous un concept. il se l'interlocuteur et l'accès à autrui par le langage manifestent. Mais si en effet. sans se réduire au savoir est engagé. Le savoir supposerait déjà le moi. responsable. Les philosophes œuvres. Singularité autre cette réalité conceptuelle épuisait son être.non pas chose. que l'homme est une singularité. L'ipséité consiste dans cette coïn­ pas une substance de cynique. absorbé par la projection de l'une de ces variantes hors de soi. comme reflété par toute la réalité leurs propos. exprimant la cohérence des à-dire l'universalité. d'un jugement qui donc pas à la singularité d'une donnée sensible. certes . certes. Tel est. notre altérité et notre dualité.ils soutenaient en mise de son œuvre) . cidence. Elle fait entrer le moi et le dissout dans la généralité que parlant par excellence .

l'histoire. par son œuvre. comme tel. une signification imprévisible que lui prêtent les Entre la conception où le moi atteint autrui dans le pur autres en situant l'œuvre détachée de son auteur dans un respect (reposant sur la sympathie et l'amour). la totalité ne se réduit pas à un règne de fins. mais détaché contexte nouveau. Elle Cette totalité exige qu'un être libre puisse avoir prise sur est à la fois la première injustice. par son résultat. Mais l'injustice ne saurait s'accomplir dans la productrice s'absente constitue précisément le statut d'un société amoureuse où le pardon l'annule. en acceptant la mort. ne donne leur poste social. tion avec l'extérieur. La volonté. puisque aucun n'exclut pas l'accomplissement de ses desseins. dans la veut cette mort même. LE STATUT DU TIERS ET L 'ECONOMIE jouet d'un destin qui la dépasse. Sauf si autrui là où ne convient que le mot identité ? La totalité. La totalité se constitue grâce à autrui comme tiers. Grâce à cette injustice. se trouve à la merci d'une volonté entrevoir. qui institue l'histoire. Entre nous Le Moi et la Totalité La totalité où le moi détaché du dialogue amoureux se Le tiers est l'être libre à qui je peux faire tort en forçant sa trouve engagé ne peut donc être interprétée comme ordre liberté. en effet. Il nous faut précisément le déga­ crit ainsi dans les desseins d'une volonté étrangère. Com­ d'une volonté soustraite à toute influence. aliénation ontologique. Le destin ne précède pas cette décision. signification de son être. ne s'inscrive dans cette comptabilité étrangère que la volonté comportent pas l'unité d'un concept et que l'étalon de la jus­ défie et reconnaît par son suprême courage. et celle qui nous transforme en singularisation du mais lui est postérieur : le destin. des raisons pourraient-elles constituer un Dans le courage. Aliénation qui ne doit rien à lité de moi's à la fois sans unité conceptuelle et en rapport. Quel sens peut donc avoir la liberté à l'extension d'un concept. Il n'y a d'injustice étant qui ne tient pas. si l'on peut dire. ment. La volonté concept homme. mais entre êtres substantiels. Sujet libre de ce vouloir. La ger. Le désaccord absolu avec une volonté étrangère nir des rapports. c'est l'histoire. elle se trouve aussi une troisième voie pour comprendre la totalité comme tota­ avoir voulu pour les autres. en mains toute la vraie . Le refus de lien conceptuel ne préexiste à cette multiplicité ? Et que l'autre. ni configuration de moments pour que le tiers. L'acceptation de la mort ne permet mesure où elle implique multiplicité ne s'institue pas entre donc pas de résister à coup sûr à la volonté meurtrière raisons. Que peut être ce rapport. la totalité ne peut se constituer que par totalité. Exister en produisant des œuvres dont la volonté l'injustice. susceptibles d'entrete­ d'autrui. du tfers.qu'à l'égard du tiers. universel où l'ipséité des êtres s'absorbe ou se consume ou se Mais l'injustice comporte un paradoxe métaphysique : elle sublime (presque au sens que la physique prête à ce terme) à ne peut viser qu'un être libre qui. même serait-elle pos­ son indépendance totale. Ni simple addition d'individus appartenant point prise à la violence. Le statut ontologique du moi comme tiers le laisse volonté. ne peut empêcher que son œuvre ne comme les différents sens de l'être chez Aristote. la volonté trouve règne ? Comment leur multiplicité. elle existe comme 4. Elle comporte. le vouloir décidé à la mort interrompant toute rela­ peut y signifier injustice ou justice lorsque les individus. s'ins­ que le respect d'une raison. Si la violation d'un être libre par un personnes forment autour des œuvres que l'on se dispute la autre est injustice. étrangère.s'offre même : tout en voulant pour elle-même. refuse jusqu'au bout à une volonté étrangère.c'est-à-dire d'impardonnable . tice ne peut point s'obtenir par simple comparaison d'indivi­ dus ? La totalité repose sur un rapport entre individus autre même dans le cas extrême où elle se résout à la mort. individu dans l'extension de ce concept entre dans l'histoire parce qu'elle existe en se séparant d'elle­ soumis à la législation d'une raison impersonnelle . l'injustice et la totalité soient possibles ? constituant ou réalisant la compréhension du concept La liberté se présente à une première analyse sous l'aspect homme. Celui qui a accepté la mort se sible ? Comment parler de leur égalité ou de leur inégalité. En tant que volonté productrice 40 41 . La volonté ne tient donc pas toute la signification de son propre vouloir. les un autre être libre.

l'injustice n'est pas ipso C'est dire que la structure ontologique du tiers se dessine facto sue comme injustice. instrument de la ruse. On peut tout faire de l'homme. inflé­ infinie comme en Dieu). incapable de se surmonter de l'intérieur.constitue le mode d'existence du tiers. mais la structure de la étrange confession de chose pure. on peut reconnaître la créature. n'est pas dans le vouloir de la chie de l'intérieur vers la médication extérieure. dans la sphère même de comme corps : à la fois le « je peux » de la volonté . Son instrument est l'or. mais. Pour entendre crier justice dans la plainte qui crie tanéité de ces deux moments . La volonté. Elle ne le présente la corruption. Entre nous Le Moi et la Totalité d'œuvres. amène cette liberté à la trahison). Par là. c'est­ tiellement violable ne s'émancipe qu'en construisant un à-dire les survivants. La « morale ter­ restre » se méfie à juste titre de toute relation entre êtres qui n'ait pas été au préalable relation économique. La multi­ médecin. dans la transaction économique. sans mourir tout à fait. substitue à la passion de la guerre. La volonté productrice d'œuvres est une liberté l'injustice . La simul­ naïveté.corps physiologique. Et c'est pourquoi s'accrocher. Par la trahison. pour entendre la voix de la 42 43 .est qui se trahit.à la fois présent et absent -. Il existe. elle se sépare de son œuvre et se fait monde où elle supprime les occasions de trahir. depuis les premières méditations des liberté sans rien abdiquer reçoit cependant un sens qui lui sages grecs. lité ' est donc essentiellement économique. la société . la fois maintenues dans leur singularité et engagées dans L'injustice par laquelle le moi vit dans une totalité est tou­ une totalité . choses d'entre Le tiers saisissable à partir de son œuvre . l'œuvre diffère de l'expres­ qu'elle cherche à dominer. sans entrer complaisam­ qui la plie.est possible. de l'exploitation. Par l'acier et l'or.totalité de libertés. la lui arracher ou acheter. un démenti à l'autarcie de la volonté. Sans recourir encore à la justice. Dans chacun de ses pour-soi.corps l'histoire. comme liberté absence. DISCOURS ET ÉTHIQUE entre libertés est basée en dernier ressort sur l'ambiguïté de la volonté à la fois être et avoir : être qui se possède. La volonté essen­ ment dans l'histoire qu'en conteront les historiens. un plan d'injustice innocente où le mal se fait avec propre .à la fois reconnaissance et méconnaissance . Elle se révèle concrètement dans la volonté n'est pas ici intérieure (la volonté en l'homme est souffrance. mais dans sa situation. La relation 5. à possible par l'or qui force et tente. La possibilité de l'injustice est l'unique possibilité de la nature. La limitation de la est santé et maladie. Dans cette situation où une du médecin apporte. elle se dépouille de son « pour-soi » dans une plicité des moi's n'est pas le hasard. L'œuvre pré­ liberté qu'elle force. j'ai donc pouvoir sur la liberté d'autrui. et retourne à l'immédiat créature. La vraie violence conserve la sion où autrui se présente personnellement. Il est accessible dans l'injustice. se violente. L'injustice ne se réduit pas à l'offense de la de la limitation de la liberté et condition de la totalité. jusqu'à lui faire ressentir comme penchant la force produits.ou si l'on veut. cela se mal­ L'injustice manifeste de cette histoire réside dans la possi­ traite. Il est livré à mon pouvoir en tant qu'extérieur à ma exclut toute passivité. où le pouvoir d'autrui pourrait prise. violence pacifique. de la mort lente se Il faut tenir compte de l'ouvrier pour s'emparer de l'œuvre.le virement du « je peux » en misère . Son existence dans une histoire qui se joue d'elle. la violence c'est sente son auteur en l'absence de l'auteur. Devant le reste étranger. Toute œuvre est dans Mais la violence de l'acier laisse échapper la volonté ce sens un acte manqué. mais comme sa possession. cependant. tout en exactement la simultanéité de cette présence et de cette reconnaissant cette liberté qui. sa présence à la troisième personne marque les choses. exté­ Mais si la totalité commence dans l'injustice (qui n'ignore rieur à sa possession. L'empirie volonté. Le rapport du moi avec une tota­ jours économique. volonté atteinte dans sa dignité. mais enlisé en elle et se trahissant par pas la liberté d'autrui. elle. la liberté sans être limitée dans son vouloir entre chose .et sa vulnérabilité . se force . méconnaître par ses contemporains. la voie de la pas seulement comme son effet.jusqu'à lui faire oublier son bilité de priver la volonté de son œuvre.

pas un énoncé « certain » toujours puisque la position du sujet réfléchissant est aussi poétique livré à la psychanalyse. Pas un monde néces­ parole. morales semblent traduire les besoins d'une société ou d'une aucune connaissance même réfléchie. l'aboutissement du rationalisme : La foi n'est pas la connaissance d'une vérité susceptible de elle exige. en réalité. 44 45 . que ceJle du penseur pensant les objets. cette réfutation ne tire sa société.qui. Ce ne peut être une vérité à un absolu. on en appelle cependant aussi à une conscience tique n'a de commencement.pour que j'entrevoie la possibi­ valeur d'idées éclairantes.origine de soi. La justice ne résulte siècles de monothéisme n'ont eu d'autre but que de libérer pas du jeu normal de l'injustice. mensonges à tous et au menteur lui-même . elles dissimulent les c'est être jugé.et on est irré­ Affirmer l'homme comme un pouvoir de juger l'histoire. mais cru. Certes. La psychanalyse est. qui ne signifie pas ici une deuxième source de seur annonce une psychanalyse. L'inhumain. L'aboutissement non face-à-face avec un substantiel interlocuteur . invoquer le caractère inconditionné justification et le droit d'ériger ces besoins. Expression des rapports objectifs de la du scepticisme. incontestable quelconque. les paroles sont menteuses. toire. c'est-à-dire de l'inter­ vivante qui juge ces rapports objectifs. se fermant sur le chaos nocturne. Pour plus diverses en les appelant mythes n'ajoute rien à leur que je sache mon injustice . puisque toute pen­ d'un être. quand on prend à la pensée simplement poétique qui pense sans savoir ce qu'elle lettre ce qui nous est dit . même psychanaly­ classe. der­ . seules à s'ouvrant sur ce qu'il peut assumer et dont il peut répondre. seraient seules sans équivoque.libido. Il sée est poétique. elle est le pour la pensée naïvement pensante. complexe d'Œdipe. Jusque dans les théories de la censés donner à l'intelligence. sadisme ou masochisme. philosophique de la psychanalyse réside dans une prédilec­ déjà dominant les puissances qui le constituent et l'agitent.il ne suffit pas. médiablement trompé quand. et non pas d'une vérité portant sur des êtres. Le monde humain est locuteur. produit de l'his­ sairement raisonnable. en de cette vérité formelle même. de l'inconscient. incompréhensible. sans n'est pas affirmé comme une vérité. pour la réflexion. à une justice idéale où on cherche une ultime On pourrait. en dehors de ces modalités. Mais la réflexion ne permet pas de s'arrêter . puisque nous la profonde qu'elles. justice qui se forgent dans les luttes sociales et où les idées Si la connaissance de soi repose sur des conditions. mais l'absolu d'un interlocuteur. mais que tout énoncé théorétique suppose. surgissant inévitablement. mais élémentaires un toi. mais où l'on peut juger. il ne s'agit pas d'être en relation ne pas traduire (ou masquer ou symboliser) une réalité plus avec une liberté et de l'apercevoir en autrui. Cette Qu'on les ait ramassées parmi les déchets des civilisations les liberté m'est présentée déjà quand j'achète ou exploite. Elle vient du dehors. dans connaissances. Foi ou commencement. dont la présence est précisément invoquée par la un monde où l'on peut juger l'histoire. La mise en question de la position du pen­ confiance. Entre nous Le Moi et la Totalité conscience .mais on ne se retrouve dans toute pense. d'une façon décent qu'est le visage. « par la l'humanité de leur obsession. agressivité .il faut une situation nouvelle : il faut que retour aux mythologies. répul­ rière l'homme connu dans ce bout de peau absolument sion à l'égard de l'origine. morale idéale. sans lien avec le principe. L'effet pétrifiant des mythes porte » d'au-dessus de la mêlé. tion pour quelques fables fondamentales. Mais. on n'inaugure l'œuvre même de la cri­ réflexion sur soi. dans une pensée exprimée. ce que la réflexion exigeait doute ou de certitude . certes. son essence philosophique.e . reconnaissons déjà dans la transaction elle-même. tout relatifs. elle apparaît comme un doit tout de même être distingué de l'apaisement qu'ils sont principe extérieur à l'histoire. pur faire. selon la classique réfutation accès à l'absolu. Il commence par la cette fantasmagorie. sans qu'il y ait personne qui juge. pour situer la pensée poétique par rapport tique qu'à partir d'un point fixe. et témoigne tout au plus d'un lité de la justice . qui pense comme on rêve. on c'est affirmer le rationalisme. solide et nouménal. ces idées doivent aussi satisfaire une conscience force que de l'existence du langage. de la société. d'autant plus étonnant que quarante quelqu'un me demande des comptes. termes de l'intelligibilité psychologique. Il commence par dénoncer la ne cherche pas les arrière-pensées.

inévitable tant que la pensée fait partie du système celui qui ne se réfère qu'à soi. Nous regardons et épions l'inter­ parlant. laisse percer l'expression évanescente sur le visage autrui et l'invoque. Le psychana­ être qui. mais comme personne. ne se d'une animalité constitue l'humanisation totale de l'Autre. mais c'est précisément pourquoi dans le langage loin d'en représenter l'animalité ou le résidu l'écart entre le même et l'autre. Le visage. où le langage se tient. Ce n'est pas par la achève le mouvement encore embarrassé dans les figures des psychanalyse ramenant aux mythes que je peux dominer la monstres mythologiques où le corps. L'accusé a. Il n'est pas interlocuteur dans la réciprocité. Il a. sout en relations qui constituent le système . menace et concept. totalité dont je fais partie . cin qui reçoit la confession du malade surprend la liberté plus exactement. se désensibilise pour laisser percer directement lyse. certes. Entre nous Le Moi et la Totalité Le langage. d'ailleurs ainsi. L'invocation retournant à son existence de chose et parle du corps qui se est antérieure à la communauté. le rend responsable. un statut rattache à la pensée un objet qui lui est donné.caractérise l'âme exilée de Platon reste étrangère à son corps. l'identique. bouche. yeux. il ne consiste pas à l'invoquer d'une tête humaine qu'ils portent. C'est cette présence ne parle pas encore. Il acquérir seulement droit à la vraie parole. commun. qui n'est en rapport avec moi qu'autant qu'il autrui comme à un tiers : l'interlocuteur est celui-là même est entièrement par rapport à soi. Le méde­ la parole . n'est pas par rapport à moi ­ lyste saisit la personne dans la maladie même et accède à ou si l'on veut. à proprement parler. Le juge parlant à l'accusé d'autres êtres. mais dans l'événement ontologique dont cette vérité sibilisation. nous ne flatte une liberté pour en faire la complice de menées qui pensons pas seulement à l'interlocuteur. sans que « en sens d'une vérité n'est pas dans l'intention réalisée de la pen­ face » signifie hostilité ou amitié. il faut sortir du discours équivoque de la psychana­ sible. pour moi d'un être identique à soi que nous appelons pré­ Mais c'est une parole avant la parole : l'accusé parle pour sence du visage. La pré­ on le regarde parler. n'est pas invoqué comme par la diplomatie et l'éloquence et la propagande. l'un limitant l'autre. mais s'y II). Être qui se place par-delà que l'on gagne en parlant. le contenu communiqué est. c'est l'identité même d'un être. l'oblige seulement. Celui à qui je parle emprise sur une liberté et non pas seulement sur un être se tient derrière le concept que je lui communique. L'interlocuteur ne fait pas toujours face. dans sa fonction d'expression. Comme inter­ qu'elle doit embrasser. il le devient par le langage. elle-même n'est qu'un épiphénomène. inerte à l'égard de qui la liberté demeure aussi dégagée que L'absence de plan commun . puisque toute parole du lifier. réduit pas à un rapport entre concepts. ou le demi-corps ani. certes. nez. La relation du langage ne se réduit pas à celle qui locuteur parler et répondre. puisque la pleine confiance que tout attribut. Le langage pur mais décrit la transcendance où l'autre ne pèse pas sur le se dégage d'une relation où autrui joue le rôle de tiers. Le langage irréductible que la parole adressée à lui reconnaît dans son ne peut englober autrui : autrui. Cet embrassement lui-même se dis­ locuteur.la transcendance . ici. il se pose en face de moi . n'est pas signe permettant de remonter vers le Pour dominer la totalité et s'élever à la conscience de la signifié. La particularité d'autrui comme représenté et pensé. et. si toutefois violence signifie lui comme « interlocuteur en général >>. On l'écoute. Il est accusé. dont nous utilisons en ce originalité. Certes. de sorte que le l'interlocuteur seul peut se poser en face. ou. La présence sen­ justice. catégorie. Elle est un rapport avec un manifeste dans le visage à ce visage défiguré. d'en faire un concept. Le même. sans concept. Dans la parole. c'est-à-dire de le réduire à ce qui lui est commun avec médecin est ici industrie et ruse. mais parlons à lui. droit à la parole. ni un masque qui le dissimule. Elle traite la liberté d'autrui par la tendresse et moment même le concept. Le visage comme la désen­ sée. dans un certain sens. c'est-à-dire déjà sous une sence sensible de ce chaste bout de peau avec front. c'est-à-dire parler immédiat est ruse. comme dématérialisation de la donnée sensible.mais en rencontrant un être qui 46 47 . Cette parole est nous lui disons le concept même que nous pouvons avoir de encore un mode de violence. doivent aboutir à sa propre abdication.anifeste à partir de lui-même. s'adresse à mal. lequel aurait précisément pour effet de le qua­ l'on sollicite est une pleine trahison.

une analyse phénoménologique plus vérité première. justice. demeure transcendant dans rexpression. Le respect rattache c'est-à-dire à son service. en effet. Entre nous Le Moi et la Totalité n'est pas dans le système. ce n'est pas se poser contre la totalité. ce n'est pas s'incli­ rées. c'est lutter pour la tthomme juste à son associé dans la justice avant de le ratta. Comme tion de la négation. Libre dans ce sens Mais le respect ainsi décrit n'est pas l'aboutissement de la très précis. sance par la soumission annulerait ma dignité par laquelle Vamour. ner devant la loi. c'est le fait de dire Nous. justice possible. c'est-à-dire de la de respecter -. Vontologie de ttêtre et de la vérité ne sau­ aucune humiliation . nous Respecter ne peut signifier s'assujettir et cependant autrui place au-dessus de la totalité et nous rend à même de recher­ me commande. tout le relâchement. La justice suppose cette égalité originelle. face à face. La totalité est constituée par la violence et la corrup- 48 49 . cette soumission justice. Le terme de identité. Je suis commandé. Il faut se trouver placé en face de commandement. pourvu qu'on souligne que la Mais nous sommes nous en tant que nous nous commandons réciprocité de ce respect n'est pas une relation indifférente. c'est lui qui rend la ment. toute inimitié. un être transcendant. duelle . Ni hostiles. galité. mais commande. pour une œuvre par laquelle précisément nous nous comme une contemplation sereine. mais s'affirment réciproque­ homme. de petites et de Le face-à-face est ainsi une impossibilité de nier. c'est-à-dire je crois en lui. Mais pour que ce commandement ne comporte rompt le système. Le visage qui me regarde m'affirme. mais avec qui on la rend. La justice ne le constitue pas. Nous voulions décrire le rapport d'homme à se limitent pas ni ne se nient. c'est-à-dire responsabilité. Le face-à-face du lan­ vérité proférée ne saurait sans duperie s'imposer comme gage admet. Je ne peux lui faire ni tort ni droit. dans Vol de Nuit. prolongeant un passé. une néga­ grandes misères. Cette référence d'un commandement à un est et ttêtre de son étant. et qu'elle n'est pas reconnaissons. respect peut être repris ici . Respecter. S'en dégager tout en y accomplissant une raboutissement. nous sommes dégagés de la totalité et de tthistoire. toute affection alté­ Nous sommes nous. Si aucune cher à tthomme qui réclame justice. essentiellement. le commandement que je reçois doit être foi. La parole est donc une relation entre libertés qui ne mutuelle. c'est-à-dire le langage. Il consiste à commander à un être de me dans ttexpression de rinterlocuteur à qui je dis et l'étant qu'il commander.tre » s'inscrit sur le visage et constitue son altérité pathiques » dès que se suspend la relation de responsabilité même. mais pour elle. Le respect est une relation enlèverait à ma reconnaissance toute valeur : la reconnais­ entre égaux. Mais si cette tice et de ttinjustice. une famille. La double articulation de cette formule ra vu Saint-Exupéry. de constituer un ttidentique.qui m'enlèverait la possibilité même rait ignorer cette structure du face-à-face. c'est ce qui nous fait face. L'interlocuteur apparaît comme sans histoire en parti. puisque tthomme commandé est en dehors de la jus­ Je le reconnais. parce que commandant d'identité à rerait déjà le pur vis-à-vis de ttinterlocuteur. Elle est œuvre. avec ttêtre de rinterlocuteur. signifie concrètement : le « tu ne commettras pas de toute la féminité du monde filtre à travers les visages « sym­ meuJ. Servir la totalité. mais la condition de ttéthique. je ne peux davantage nier autrui : la gloire cité n'est pas ttindividu empirique avec son histoire indivi­ nouménale d'autrui rend seulement possible le face-à-face. c'est-à-dire reconnu cher sinon de découvrir la duperie même des vérités profé­ comme capable d'une œuvre. mais devant un être qui me commande une La transcendance. Par cette référence d'un commandement à l'autre. s'établit entre inégaux. sollicitant pitié et attendrissement. il Nous n'est pas le pluriel de Je. en quoi m'affecte-t-il ? justice. Le visage œuvre. ttinterlocuteur comme être et la relation radicale. langage. Elles sont transcendantes l'une par rapport à l'autre. La justice se rend à la Totalité. vit d'iné­ vaut la reconnaissance. L'interlocuteur devant lequel s'inaugure la récipro­ Mais. Le respecté n'est pas celui à qui on rend reconnaissance était ma soumission à lui. La condition de la vérité de la proposition ne réside pas aussi le commandement de commander celui qui me dans le dévoilement d'un étant ou de l'être de ttétant. ni amicales. dehors du système.

C'est un élément où le personnel se maintient Les rapports entre le moi et la totalité ne coïncident pas tout en se quantifiant . elle puisse se demeurent inaliénables dans la transaction même où elles se maintenir en dehors. mais où elles demeurent personnes. en quelque façon. Ainsi marche l'histoire. Il main­ montée par l'égalité quantitative de l'économie mesurable tient à la fois les individus en dehors de la totalité. mais la possession d'objets. Le moi losophique. il crée des rela­ œuvre par lesquelles il s'agrège cependant à l'ordre univer­ tions qui durent au-delà de la satisfaction des besoins par les sel. Contre-valeur d'un produit il agit sur la volonté qu'il interrompt cette histoire. est le moyen terme par excellence. Il est ainsi l'élément abs­ cette interruption de l'histoire où se constitue le Nous. Des structures bien différentes . d'une liberté sur l'autre. Même simple objet de la transaction. présents dans un monde qui dure au­ prise sur une autre sans la détruire comme volonté . L'œuvre consiste à introduire l'égalité dans un monde concept.telle que l'ambiguïté refusent à l'addition. à leur furent consacrées). point concepts et qui. La justice ne ambigu où. cependant la très remarquable analyse qu'en donne Paul Claudel au cercle infernal ou vicieux de la vengeance ou du pardon. se Mais la quantification de l'homme . puisque naît pas du jeu même de l'injustice . Une telle réparation ne met le commerce et la transaction l'homme lui-même est vendu pas fin à la violence : le mal engendre le mal et le pardon à ou acheté : l'argent est toujours à un degré quelconque l'infini l'encourage. dans le Figaro littéraire du 10 mars 195 1. puisqu'ils par l'argent. irréductible au concept. Nous ne pouvons atténuer la condamnation qui. Pouvoir universel tout. dans le règne du pur respect. hommes qui se font crédit. ce n'est pas l'objet. sa fortune ou son d'acquisition et non pas chose dont on jouit. Elles ne se greffent pas simplement sur ces dernières. et il les englobe dans la totalité. L 'ARGENT L'argent ne marque donc pas la réification pure et simple de l'homme. 6. sans coïncider avec sa situation. la violence humaine ne saurait se réparer que en disposent . l'argent suppose des hommes Dans l'économie . depuis le 50 51 . sant en dehors des rapports économiques.elle vient du dehors. Nous avons insisté précisément sur flatte et s'empare de la personne. Cf.annonce une nouvelle justice. Mais la justice salaire. Dans la transaction s'accomplit l'action de l'argent la rend possible .dont nous avons dégagé produits échangés. qui la totalisation d'êtres absolument singuliers dont il n'y a forment une société. Il n'est pas une forme simplement contingente entre dans un tout sans tirer son identité de sa place dans ce que revêt le rapport entre personnes. Ce qui est possédé lors à celles d'une « ontologie formelle » au sens husserlien.s'opère delà des contacts instantanés. dont la signification méta­ Si la différence radicale entre les hommes (celle qui ne tient physique n'a peut-être pas encore été mesurée 1 (malgré pas aux différences de caractère ou de position sociale. Entre nous Le Moi et la Totalité tion. par conséquent. dans l'argent. l'ordre des marchandises (qui n'équivaut pas à l'ordre de la Mais c'est illusion ou hypocrisie que de supposer que nais­ nature) suppose les personnes qui. puisque dans par la vengeance ou le pardon. mais l'abondance d'études économiques et sociologiques qui lui à leur identité personnelle. de par leur singularité même. l'équation de ce qui n'a pas de quantité. à la fois. l'esclave accorde tacitement son consentement aux maîtres qui l'achètent ou le vendent. les personnes s'intègrent à l'ordre des peut avoir d'autre objet que l'égalité économique. corrompant la volonté par la puissance ipséité même comme on le dit aujourd'hui) n'était pas sur­ qu'il lui offre. sa dignité de catégorie phi­ la partie et le tout ou entre l'individu et son concept. Elle ne marchandises.se substituent dès laisser attendre leurs besoins et désirs.et là réside précisément l'originalité avec ceux qu'une étude de logique formelle établirait entre de l'argent et.élément où une volonté peut avoir disposant de temps. Possession de la possession. trait où s'accomplit la généralisation de ce qui n'a pas de L'argent laisse entrevoir une justice de rachat se substituant 1 . vendent. Il est le propre des hommes capables de quelques-unes au cours de cette étude . L'argent. Milieu livré au jeu et aux luttes mortelles des libertés.

Lévy-Bruhl lui-même a fait le plus grand cas du problème scientifique auquel son œuvre répond. auxquelles les recherches de Lévy­ Bruhl apportent une hypothèse et des tables de faits. Mais conçoit-on une justice sans quantité et sans répa­ Lévy-Bruhl sur la mentalité primitive n'ont-elles pas mar­ ration ? qué l'orientation de la philosophie contemporaine ? Nous posons cette question non pas au sujet de la sociolo­ gie ou de la psychologie. � La Mentalitéprimitive.manifeste précisément. mais à un empirisme intellectualiste. Il serait allé au-delà de la psychologie de « l'homme blanc.de tice. la commune mesure entre hommes dont l'argent . et dont nous n'avons pas l'intention d'examiner la valeur.où apparaît la qu anti fi c ati on de l'homme. A la juridiction de la science se soumettent les concepts fondamentaux de toute pensée : métaphysique ou primitive. Nous la posons au sujet de la philosophie proprement dite. .quelle qu'en soit la forme empirique . Entre nous verset 6 du chapitre II d'Amos jusqu'au Manifeste Commu­ niste. Celle que Lévy-Bruhl pro­ fesse expressément se rattache à l'empirisme. pèse sur l'argent précisément à cause de son pouvoir d'acheter l'homme. Mais la justice qui doit en sauver ne peut LSVY-BRUHL cependant renier la forme supérieure de l'économie . 1976. Mais une philo­ sophie préside à ces recherches. La mentalité primitive est incomparablement inférieure . inexpliqués « jusqu'à présent.fût-ce comme lecture fidèle des faits . Cet empirisme intellectualiste de Lévy-Bruhl ne va pas sans une philosophie de l'être . Avant-propos. Une œuvre qui tient par tant de fibres aux XVIIIe et XIXe siècles ne reconnaît pas de dignité supérieure à celle de l'intellect. .à la mentalité qui s'en est affranchie. Il est certes bien choquant de voir dans la qualifi­ cation de l'homme une des conditions essentielles de la jus­ Les idées bien connues . Son hypothèse ren­ drait compte d'un plus grand nombre de faits 1 que l'hypo­ thèse implicite de la psychologie classique sur l'unité de l'esprit humain. J'ai pu rendre compte d'un certain nombre de faits. p. tout proche du positivisme. m. que la science .moins explicite sans doute ­ qui le sous-tend. Il s'agit d'un être structuré comme Nature 1. Celle-ci seule possède la merveilleuse efficacité qui s'attachait au XVIIIe siècle aux « lum i ère s » .admises ou contestées . 53 . Retz.c'est­ ET LA PHILOSOPHIE CONTEMPORAINE à-dire de la totalité humaine . adulte et bien portant ».fournit la catégorie.c'est-à-dire ne peut que servir d'objet et de thème .

3 » ) . à la tradition philosophique. Ibid. Il ne s'agit pas. débordent la psychologie ou la psycho­ contradiction formelle. mentaux. dans une large mesure la formation de leurs concepts fonda­ mais dans une opposition à l'intellectualisme même. 164-166 et passim. mais où rentrent aussi. Elles ont marqué été seulement dans une critique empiriste du rationalisme. faisant écho . chologique est représentation ou fondé sur une représenta­ 3. p. que nous allons considérer en nous méthode aux sciences de la nature pour étudier des faits basant surtout sur les premiers volumes et sur les Carnets où etnnographiques. tiques de la pensée contemporaine. à l'avance (ou après Car le trait le plus frappant de cet intellectualisme n'a pas coup) amorti le choc de leurs paradoxes. Le problème de l'unité ou de la diversité de développées en 1921 et. Carnets. RUINE DE LA REPIŒSENTAT/ON qui supportait l'être. et jusqu'aux Car­ spéculation des contemporains. les notions fondamentales de Lévy­ taient donc beaucoup. des modes d'être . accès a priori et comme dominant l'expérience. qui rendent possibles de telles structures. L'unité de catégories pour la possibilité de l'expérience. D'où les accents émou­ logie -. au cours de cette évolution.on le voit mieux maintenant . Ibid. la magie et le miracle. avec un réalité. Presses Universitaires de tation.. malgré leur armature conceptuelle. La représentation assurait. Husserl. l'unité de l'esprit humain s'impose progressivement et Bruhl. insensible à la ·et XIXe siècles.. soutient encore la thèse d'après laquelle tout fait psy­ France. Le problème même primitives. de Lévy-Bruhl. en fin de compte. bien entendu. depuis lors. se révèle simplement insensible aux :sociologie et s'attaquent à l'ossature du naturalisme intellec- incompatibilités de faits 2 et si la différence entre mentalité 1tualiste. Il décrit une l'esprit et du sujet indiquerait un idéal vers lequel tend l'his­ expérience qui se joue de la causalité. p. Entre nous Lévy-Bruhl et corrélatif d'une connaissance. Par là. 2. peu d'inconséquence.dit réciprocité .comme de l'espace et comme du temps -. seul accès authentique à la conditionner l'expérience. de la substance. croyances mêmes des primitifs. de Lucien L�VY-BRUHL.Lévy-Bruhl n'en a pas moins tir des structures d'esprit qui rendent possibles de telles l'impression d'abandonner. Lévy-Bruhl L'existence d'une mentalité primitive met en cause la raison met précisément en question la prétendue nécessité de ces législatrice du monde et plus ancienne que lui. reprises et moment .et malgré les nuances . des catégories se trouve ainsi posé. 1949. ont certaine­ penser que la force et la nouveauté des travaux de Lévy­ ment préparé ou encouragé quelques démarches caractéris­ Bruhl ne souffrent nullement de l'abandon du prélogique. aboutit précisément à des notions qui font l'œuvre tout entière est méditée. tout en préparant la ruine de la représen­ 1. 54 55 . dès la fin des Fonctions mentales dans les sociétés ces conditions de « tout objet possible ». tion.une onto­ quelque chose d'essentiel à sa thèse. croyances et. de la toire .sur tant On peut y être moins sensible de nos jours. 72. Les analyses de Lévy-Bruhl ne décrivent pas une expérience coulée dans les catégories qui. On peut même de points à l'anti-intellectualisme bergsonien. héritage des xvn{ le terme de prélogique s'efface. éclater les catégories constitutives de la réalité naturelle. si une pensée. Bruhl. plutôt que le sys­ Celle-ci demeure. dans les Études logiques.prétendaient contact même avec le réel. au début du siècle.. le d'Aristote à Kant . Familières vants des Carnets ( « la pente où je me trouve en ce depuis 1910 au public intellectuel du monde. Une investigation qui emprunte sa tème qu'ils servent.. de revenir aux primitive et mentalité moderne sépare deux profondeurs de . mais il s'agit de faire ressor­ l'âme plutôt que deux âmes . On sait son rôle dans la Si à travers les cinq volumes qui suivent. approfondies en quatre la pensée et la solution positiviste qu'il lui donnait lui impor­ nouveaux volumes. C'est la facture de ces concepts. Cette explosion des catégories rompt avec la représentation qui fondait toute la vie psychologique et avec la substance J. les travaux de Lévy­ nets 1 . elle ne serait en aucune façon son point de départ . Paris.

La sensation a précisément tou­ forces où l'existence humaine se tient. selon les cas. mais de la représentation. De sorte que dans la changement est immuable . mais comme emprise et possession. même s'il change. par exemple. pour conserver ce terme. il faut entendre l'attitude théorétique. faut entendre par cette forme de l'activité mentale. à jours été prise pour un atome de représentation. parties intégrantes des représentations.mais Dès le début des Fonctions mentales dans les sociétés infé­ le pressentiment n'est alors qu'une représentation confuse. où elle est engagée. chez les L'être s'actualise en efforts créateurs où coïncident son être primitifs. doué d'une nature. comme un champ de reposât-il sur des sensations. ou qui suscite le sen­ classique entre objet et être). mais un phénomène plus complexe où ce qui.se substitue un sentiment sans appui dans la par conséquent. La représentation n'en retient conséquent éternel. il faut en modifier le sens.. Précisément. « Il nous est très difficile n'est pas un savoir sur la durée. la structure intérieurs. vérités peuvent se manifester dans un pressentiment . Lévy-Bruhl décrit une représentation à laquelle les La philosophie de nos jours ne reconnaît plus ce privilège éléments émotionnels ne sont pas seulement mélangés. des configurations de tels êtres. non pas un élément intellectuel ou cognitif pur ou et sa présence pour l'âme.. car la formule de son que les formes figées et superficielles. une autre attitude à l'égard des objets repré­ représentation. la crainte. plus direct que la sensation. Et. latif de la représentation est un être posé. C'est que l'exister même de l'être ne se rendent à la fois chères. Le caractère saisissant du sentiment n'est sentés . Le saisissement du sentiment est la mesure férent au spectacle qu'il offre. se donnent aussi à la surface d'une réalité plus profonde dont elle n'est ni signe ni représentation. mais auquel. est proprement " représentation " se trouve parlaient encore Husserl et Scheler . mais ces états ne sont pas vraiment des représentations. cussions de la pensée sur notre affectivité. qu'ils orientent de nouvelle façon. Les philo­ de représenté leur est cependant commune. indif­ elle participe. pas même un savoir qui dure de réaliser par un effort d'imagination des états plus lui-même et où la coïncidence avec la durée serait encore complexes où les éléments émotionnels et moteurs sont des comme une limite de la représentation approchant son objet. L'objet n'en est pas simplement saisi par l'esprit plus interprété comme un retentissement d'un savoir sur sous forme d'idées ou d'images . il faut se repré­ phénomène (comme elle le fut encore dans la distinction senter l'être sur lequel l'action portera. l'horreur religieuse. fût-il d'origine expérimentale. Il s'écoule l'être. à l'intentionnalité du sentiment dont pour nous. et par exacte d'un tel événement. nous accédons direc­ logique des sentiments et une charge émotive dans les idées. quoique par des modes de notre existence distincts Mais l'émotion et la représentation demeurent séparées. phénoménologique. L'intuition bergsonienne. coloré. Il nous semble que L'intuition n'est plus à aucun titre représentation. L'affectivité par elle-même n'embrasse que des états certes pas la dignité du signifié ou du noumène . pénétré par eux. redoutables et proprement sacrées à 56 57 . Il existe une contrairement au formalisme kantien. mais comme le l'espoir. fondre dans une essence commune. De même dans le mouvement presque pur. contemplative. les relations qui relient de tels philosophie contemporaine la réalité objective se trouve à la êtres. solide. Signe et phénomène n'ont timent. ni les réper­ définir aucune catégorie de la représentation. Avant d'agir. avant de sentir. Entre nous Lévy-Bruhl Par représentation. déroule pas comme subsistance tranquille de la substance. en durée : la durée ne dessine pas une dimension formelle où effet.et où le sentiment encore confondu avec d'autres éléments de caractère émo­ conservait la structure d'une noésis. et impliquant. un savoir. Des de la théorie. une affectivité enfermée en elle-même. le besoin et le désir ardent de se contact de l'être. pourrions-nous déjà dire en termes de Lévy-Bruhl. l'appel passionné à une ce qui passait pour le plus aveugle et le plus sourd en nous puissance protectrice sont l'âme de ces représentations et les va le plus loin. La réalité pro­ sophes n'ignoraient pas l'influence qu'exerçaient les senti­ fonde déploie son exister dans des dimensions que ne peut ments et les passions sur notre vie intellectuelle. Elle ne nous révèle rien du monde. fût valeur . mais est à la fois être et expérience de l'être. rieures. bien que son corrélatif tionnel ou moteur. tement. Le corré­ laquelle.

repose sur le mystique. 1910... op. participes présents de 3 . . L'être. Elle n'a pas << . et le d'émotion commune à Lévy-Bruhl et aux métaphysiciens comment.. elle la ticipation << est une condition de son existence. cit. Jamais cet objet . il faut déjà des participations. p. 1. cit. ils ne seraient pas donnés dans leur celle du surnaturel et du mystique. Elles sont toujours engagées dans des pré­ perceptions.. Sans participation. Alcan. 58 59 .. Le caractère originel de la structure qu'elle la forme d'une image incolore et indifférente 1 • » dessine est dit avec beaucoup de vigueur dans l'une des der­ L'émotion qui. selon la psychologie classique. Elle accède à une sphère tout autre.. La substance est un substantif. inaugure les structures de l'être qui n'ont de représentations tout en s'ouvrant sur l'être. Il ne faudrait pas prendre pour enferme en nous-même. cit. Pour qu'ils soient donnés. p.on le voit ici . peut-être la précède. Pour cette mentalité. Lévy-Bruhl ne se borne pas à cipation n'est pas seulement une fusion. La mystique n'est pas l'obs­ par la question Quoi ? ou Qui ? A cette question répond un curité ou la confusion ou une imperfection quelconque de la nom. entre des la mise à part de l'homme parmi les choses .. par exemple . on pourrait presque dire des pré-raisonnements la structure ultime et intime de l'être . une tisé par la pensée et. Par contre. Les représentations collectives ne s'y présentent pas isolément. presque toujours indécomposées et indécomposables ... Les Fonctions mentales dans les Sociétés inférieures. op. à une réa­ le monde.n'ont pas ébranlé la priorité logique et gramma­ Ce monde << métaphysique » n'est pas postérieur au phy­ ticale du substantif. depuis la métaphysique d'Aristote.. Dans ce prolongement.chez Heidegger et chez les heideggeriens - 1 . 28-29.. elle est le terme de et c'est ainsi que cette mentalité. une parenté. conçu. la par­ L'émotion ne suit pas la représentation de l'objet. op. la réduction des substances aux relations et l'objet n'est que le prolongement. . de l'objet.. précèdent le nom.. .toutes ces nou­ doigts distincts. Entre nous Lévy-Bruhl ceux qui y sont initiés.. n'est pas un étant. des La substance. pp. mais est ressenti plus directement et plus tôt que la affective émancipée de la représentation. à une essence. L'action. L'être peut être théma­ tique ne se définit pas négativement. Elles n'y sont pas analysées pour être ensuite disposées dans 2.L a Mentalité primitive.. source d'une << obs­ 2. dès le début tion . que traduit l'adverbe. et où s'établit. L A MliTAPHYSIQUE DE L'ANONYME un ordre logique. cure clarté » qui révèle les étants. Les synthèses y paraissent primitives et . La dénonciation du pensée logique. 1 38. qu'exprime le verbe.. l' « analogie de l'être ». p. dessine pré-liaisons. mais veautés dues à l'essor des sciences exactes et des sciences directement accessible à l'émotion 4• humaines . la plus essentielle . lité mystique 1 ». Elle n'apporte pas seulement une est aussi pré-logique 2• » idée de permanence et de solidité . Il repose sur une émotion qui n'est pas tributaire sophie moderne. dans ce sens. tité . saisi.. réside l'ori­ pour qu'ils existent. Ibid. dont substantialisme.. mais l'être de l'étant. Avant que la perception ne distingue les propriétés plus importante. mystérieuse et inex­ insister sur l'intensité émotionnelle des représentations pri­ plicable. 4. 250-25 1 . . Une parti­ ginalité de cette notion. dans cette « intentionna­ entrent dans des participations. On l'aborde raison déficiente ou négative 3 ». n'apparaîtra sous contemporains. acquiert par là une certaine trans­ accordé << que les êtres sont donnés d'abord. Carnets. Cf. de l'expérience et d'une maîtrise exercée par la subs­ . nous nières pages des Carnets. » Pour l'individu. et ensuite cendance. intraduisible en pensées.mais d'une << polarisa­ Laissons de côté la notion du prélogique qui. dans la philo­ sensation. expérience : ils n'existeraient pas . 47. d'êtres qui perdent et conservent à la fois leur iden­ mitives : bientôt il décrira par elle une catégorie de l'être. la promotion de l'expérience sique. Carnets. lité » de l'émotion. « . des pré-occupations et des pré-conceptions. une synthèse proprement émotionnelle organise exister c'est participer à une force. L'expérience mys­ tance sur les attributs et les actions. parce qu'elle est mystique.. comme on dirait aujourd'hui. Notion plus rien de substantif.

Les outils les plus perfectionnés y dans un réel non figuré. . op. La nature qui. n'ont (aux yeux de primitifs) que fort peu d'intérêt 1 • » tion des objets. 5 1 8) que Lévy-Bruhl admet indépendante de la représentation. 52. Ibid. venues d'une région inaccessible 4 • » Ces puissances ne s'inscrivent pas dans une 1. p. ne sont pas choses. « consubstantialité 4 »... p. 4. cit. exprimables substan­ n'est pas addition d'étants. 92. Ibid. Ainsi se détruit la notion même de forme et de Cette équivoque « désubstantialise >> la substance. cit. Entre nous Lévy-Bruhl l'être.. p. 4. à une « expérience-croyance >> comme le dira plus la catégorie affective du surnaturel ne mène en aucune tard Lévy-Bruhl 6• Il est d'emblée redouté. si riche en l'autre . dans les six ouvrages consacrés à la mentalité portées par des puissances qui ne sont pas leurs attributs. La condition de tout étant. non pas parce se découvre ainsi indépenda�te de la perception dont elle qu'elles feraient partie de l'au-delà.. mais parce que l'au-delà brise les catégories. primitive. 350. op. mais champ ou atmosphère. cit. ce surnaturel n'est pas une même de la nature. La Mentalité primitive. 1. ne se sépare jamais de l'ici-bas.. elles rayonnent pour ainsi dire. 19. mais conjoncture pratique .. le primitif ne distingue pas 2• >> D'où. p. d'abord. n'est du monde. de ce monde. Ibid. op. « Le plus important n'est pas que les instru­ monstrueuses. au superlatif.les tivement. « Elles univers. 1 34. 8. sa supra­ lequel l'expérience n'a pas de prise 2• » naturalité est directement accessible à l'expérience émo­ « :Ëtre. 6. Dans une profusion de formes appartiennent. c'est participer 3• » La participation qui se joue dans tionnelle. p . p.. Les êtres apparaissent dans un « monde » qui mais d'emblée « objets d'usage ». pas un étant. les formules comme « être l'un et l'autre 3 .. « Entre ce monde-ci et comme celle de Rudolf Otto (1917 !) par exemple.. le fait d'instru­ forme substantielle. 86.présente une expérience en rapport avec le l'être. 25 1 . p. op. La Mentalité primitive. semblait inséparable des idées confusion du visible et de l'invisible ne se réduit. . S. p. 7 . Si la participation ouvre une dimen­ gories. D'ailleurs. mais de la chose donnée vers une puissance qui manente de maléfice 8 >> . pour une mentalité non primitive. 2. « Les liaisons causales qui sont pour nous l'ossature sion menant vers le surnaturel. structurée comme eux et séparée seulement « Nous sommes ici en présence d'une sorte d'a priori sur par l'abîme purement formel de transcendance . Comme les « ustensiles » qui. La Mentalité primitive. 3. .. Carnets. qui parle. cit. Carnets. elles ne sont pas davantage des volontés ments bien faits ne requiert pas la représentation. elle cherche la compossibilité du non­ ments soient bien faits. op. Ibid. ni de l'être et du métaphysique. .. dans l'analyse heideggerienne 3. mais simplement une des sujets qui se révèlent. roman moderne ... p. Tout au contraire. en effet. 14 et passim. Il s'agit de réalités anonymes. vers la diffuse présence d'une podes de la Nature et du monde. le fondement de sa réalité et de sa stabi­ simple réplique. et la peinture moderne replonge les choses irréductible à une nature. tenant à un monde qui n'est pas une totalité d'êtres singuliers.. 2 1 . La Mentalité primitive. les choses dans intuition manuelle (la Mentalité primitive. Ibid. p. la première révélée. mais qu'ils soient heureux 1• >> Les compossible. et l'imagination puissances sont irréductibles à la nature. espéré. 6 8 et 75. 22. cit. pour dire influences . Les choses se transforment les unes dans les autres flottent. p. et utilisables. D'où la fluidité de cet anti­ infl�ence occulte. cit. au rapport de causalité ni au symbolisme (rapport de signe à Lévy-Bruhl analyse la mentalité primitive en ayant plei­ signifié) qui. « dualité­ numineux ou le sacré qui n'est ni un objet ni une personne unité . une certaine mesure existent comme des fétiches : elles sont 2. 60 61 . « possibilité per­ physique. 64. ensuite. p. respecté. p. La psychologie religieuse enfin . ou une sublima­ lité. Rien n'impose plus le choix. depuis les Grecs.. '' interpénétration 5 >> . De son côté y tend le fétiches tiennent leur être d'une conjoncture de puissances. rattachent le nement conscience qu'il y va d'un bouleversement de caté­ surnaturel au naturel. Ibid. op. façon d'un imprécis phénomène physique vers l'être méta­ déjà mettant en cause notre sécurité 7. expérience de ce qui est aux anti­ n'a plus la charpente de l'être.

C'est une donné� ultime. op. La Mentalité primitive. Il est cette détermination et cette influence ne sont pas causalité - une façon de subir une puissance. Comme dans le langage des philosophes de l'existence où l'on est son avenir au lieu de se le représenter . p. mais comme déploiement.corrélative de la ruine de la Mais. une possession de soi Le sentir par lequel Lévy-Bruhl caractérise la participa­ malgré l'histoire . dans la nuit de l'être l'espace. des situations et des instants. Et. qui guette et effraie. l'exis­ sophie idéaliste. 219. . L'EXISTENCE sentent personnellement en jeu ». est ainsi le grand thème des modernes. Aucune image Lévy-Bruhl l'aura aperçue dans la participation et l'aura contemplée ne fait écran entre cette puissance et l'homme : développée dans les analyses des présages où le signe est � Au moment même où il perçoit ce qui est donné à ses sens. une exposition à la menace diffuse de une catégorie du réel qui domine celles du temps et de la sorcellerie. l'être extérieur se trouve général et vide. de la mêmes 4 ». sans nom qui les commandent. La Mentalité primitive. encore prétexte à décision. cause. par là. 4.les primitifs qui observent les résultats d'une pratique divinatoire � se J.les conte­ unique. 1 » .. p. Les formes substantielles fin d'une certaine notion d'extériorité . C'est bien le sens que avec -lui. Le sentir n'est pas un penser estro­ déjà l'être qui vous a traversé de part en part. présence dans un climat. 218. et agissante. dans les lieux d'un éternel exil. Le caractère durée. 48 et passim. Entre nous Lévy-Bruhl parce que leurs formes comptent peu à côté des puissances dans un monde représenté signifiait aussi un dégagement. « substantivité » des êtres) . Il est en proie à des événements qui l'ont d'ores et déjà déterminé. 225. Gamets. influence.. p. mais où..il va dans une autre dimension. mais laissant quoique le plus souvent invisible et imperceptible aux sens. conféraient seules diversité et actualité à un exister qui. leur nue nus étant comme les modalités mêmes de la forme. de cette extériorité. vers le terme de substance. Il perd l'univocité qu'il tirait de son orientation. op. ainsi livré à l'être...a marqué. singulière. perd sa maîtrise sur soi. Les existants débordé par son être même.. dans raine. p. cit. une distance. 143. à la fois. la prend une nouvelle signification. comme effica­ dépouillé de la forme qui assurait à la pensée une familiarité cité. 34. cit. Le ainsi 2• » Le sentir n'est pas une forme vide de connaissance. plus exactement. 3. le côté qui les concerne dans l'épreuve « n'est pas seulement à eux. 62 63 . où les faits se rangent nécessairement pour nous 3. champ d'action des puissances mystiques constitue comme mais un envoûtement. sans genre. le moi. qui rendait possible la philo­ elles. La réalité mystique est puisque le moi qui en est saisi se décide. s'engage. si l'existence se substitue au sujet. c'est le fait tion n'est pas simplement un rapport immédiat et encore accompli par excellence. cit. p. une liberté. Ibid. sans déjà toute proche du sujet. l'idée de l'être représentation . est jeté hors de chez soi. De son aussi le sens que l'être prend dans l'ontologie contempo­ côté. c'est­ il est le déroulement ne sont plus formels. . dans la philosophie moderne.. dans la à-dire imprévisible et. pié ni un raccourci . restait incolore et neutre. 2. Alors que l'engagement 1. C'est existence. Dégagé de ces formes. il est eux­ La destruction de la substance (ou. Le sujet se trouve ainsi devant une extériorité à l'être prend dans le bergsonisme où ni l'être ni le temps dont laquelle il est livré. la puissance le primitif se représente la force mystique qui se manifeste qui s'annonce et détermine est aussi implorée 2• « . fusionnent totalement forme et contenu . p. est l'analogie de l'être.l'être-dans-le-monde. . Ibid. op. 1. Ibid.. production 1 et où. L'être qui s'annonce est d'ores et incertain avec une forme. car elle est absolument étrangère. s'assume. un délai. la prédiction. et non point présence en face de choses. La première expérience de l'être étant ter nu se manifeste désormais non pas comme un terme très située au niveau de l'émotion. emprise et transitivité. 2. à la fois.. donnée dans le sentiment « d'une existence présente Structure d'un avenir déjà senti dans le présent.

le fait d'être logique. occidentale résulte d'un concours de circonstances qui à la puissance de cet être nu. Entre nous Lévy-Bruhl ne diffèrent plus par leurs qualités ou par leur nature. mentalité consiste à affirmer que l'esprit humain ne dépend S. cha­ monde des primitifs n'est pas une représentation déformée cune d'entre elles est particulière 1• . vivants ou morts. car elle est d'ores et déjà elle-même. cet absolu précisément en montrant que la représentation Vivre.. exté­ appellerait espace vécu »1 la Mentalité primitive. Il agit comme un précédent... il met néanmoins en réside dans son effectivité. L'efficacité de l'événement aurait pu produire une pensée autre. Le même les plus élémentaires. La notion de 4. même en abandonnant le terme de prélogique. « au sens indigène et mystique du mot 4 » . raison détient la clef de la méthode. Le terme de mentalité est nouveau. Et inversement. op. lumière qui révèle à terre même. mais essentiellement affectifs. il agit lité ni à la certitude du cogito ni aux lois inébranlables de la encore de par le fait qu'il fut. s'effectuant identique dans des comme telle. Ibid. . l'espace de la perception et ses son. sortie tout armée de la tête de Jupiter. p. Le relati­ l'étoffe de cet exister et comme son exercice même : « Vivre. en langage moderne. . p. Sa " réalité " n'est pas univoque 6• » talité. de son groupe social. comme que la mens. Cf. dans sa facticité.. mais sur un autre. Ce paysage et tout ce qui le remplit est Minerve. situé dans les monde au primitif n'est jamais donné. Carnets. Carnets. p. sur ce point et sur le rapprochement entre le temps des primitifs moderne. p. cit. les instants ont chacun un poten­ l'émotion qui le révèle soit « intentionnalité ».. contrairement à l'homogénéité du temps­ Bruhl tient de moins en moins à démontrer que la pensée forme. mais 4.forme pure de l'univers. Ibid. op. Mais. 520). avec l'absolu de l'attitude cognitive déjà tout entière dans la sen­ les groupes animaux et végétaux nés du même sol. garde à l'endroit de toute histoire. avec la sation. Lévy-Bruhl détruit compromet sa vie. on à des causes extérieures et on rattachait à ces causes. . et passim. Cf. libérer. semblable à paysages indifférents. p. p. On pensait naguère que la raison peut succomber et la durée bergsonienne. renseignement élémentaire. 2. cit. si Lévy­ tiel différent. mais à l'indépendance que la représentation. 500. n'est pas une notion vide. 231 et « rieures à l'esprit. Le temps . comme existant et le verbe être comme actif et transitif. L'ID11E DE MENTALITJ1 par leur mode d'exister. mais est comme une profondeurs de l'être. 108. . « Cha­ soit pas exclue : en quoi ils sont proprement humains 1• » Le cune de ces participations est sentie qualitativement . conclusion. 3 . 6. elle peut d'elle-même se 3.. être. 64 65 . 75. Le blanc qui sauve un primitif mourant l'âme sa patrie dans le monde des idées. etc. encore que virtuellement la possibilité de représentations n'en L'être de la mentalité primitive n'est pas général. il est mystique en tant que passé . op. p. 55.. où les phénomènes qui se produisent sphère anonyme qui ressemble beaucoup à l'anonymat sont psychiques sans doute. angoissant de l'existence encore non assumée par un sujet. La Mentalité primitive. 81. op. Dans la mentalité primitive apparaissent et le sujet « Nous ne sommes pas sur le plan des représentations. rience . Mais une bonne méthode pouvait mettre en valeur le propriétés concrètes prennent le pas sur l'espace d'Euclide et sur ses pro­ bon sens si merveilleusement partagé entre les hommes. n'est pas homogène et sur un plan unique. p. Ce privilège ne tient en réa­ un format spécial. .. le pri­ aujourd'hui. cit. cit. 90-93. . aussi. mais un choix. repose sur une men­ nous l'imaginons 5• » « .. dirait-on cause. 1. Le passé dès lors a vilège de la pensée théorétique. visme de la vérité chez les empiristes qui découvrent la pour un individu donné. cit. Ce potentiel tient à l'être même qui remplit l'instant. Souligné par nous. Carnets. il désigne une idée 1 . prétendument souveraine. op. la captivité des esprits insensibles à la rai­ sq. « Leur expé­ n'est pas le geste originel de l'âme humaine. c'est être engagé actuellement dans variation des habitudes mentales à travers les âges de un réseau complexe de participations mystiques avec les l'homme et de l'humanité ne diminue encore en rien autres membres. Comme chez Heidegger. ainsi que sur ce que. a plusieurs sens vécus et sentis. La priétés géométriques (la Mentalité primitive. bien que est inconnu des primitifs 2. Il n'est pas représentation du tout. 232.

op. Peut-être appartenons-nous à une époque philo­ représentation il est engagé d'une façon saisissante dans sophique où. mais déjà répondre à cette crise . mais qui demeurent cependant en rapport avec les contenus ne se séparant pas des formes) -. l'éléva­ tautologique qui relie l'homme qui est à son être. à la conception de l'être pensé sur le modèle l'être. pensée moderne. selon le même plan de clivage ? Dans les pages décisives des Carnets. . op. Nostalgie ment « pré-représentatif » dans l'être. contenue dans le sentiment qu'il draient fausser la lumière naturelle . traduit non point une extension de la raison. cit. qu'antérieurement à la tielle. 1 07. Ibid.la morale.mais qu' en lui-même il a de sa propre existence 2• » Et cette théorie de la participa­ est dépendance. est plus visible que ont aidé à forger les concepts de l'expérience émotionnelle dans la nôtre 1• Et ainsi s'ouvre une perspective sur ce nou­ et de la participation. et même habitudes mentales contractées qui vien­ est une donnée immédiate. p. . 1 3 1 . mais reur des mythes. si les analyses de Lévy-Bruhl fond qui. a trouvé des impulsions C'est. Le renouveau de la mythologie. qualifiée par toutes esprits et des cruautés qu'ils perpétuent dans les mœurs ? les circonstances qu'on aurait été tenté de prendre pour des décors.par une orientation. Leur apport aura été de découvrir elles sont aussi venues flatter une nostalgie de formes dépas­ un événement et un problème dans la relation en apparence sées et rétrogrades. cit.. et où conflit et lutte ne se jouaient qu'on appelait naguère la spiritualisation du dogme et de la qu'avec des êtres et par l'entremise de représentations .où. où l'existence était innocemment pos­ seurs laïques. qu'il s'y on'ente. se substitue l'expérience sociale comme la pre­ mouvement vers l'objet repose sur un mouvement plus pro­ mière intuition de l'être. Contre la tion du mythe au rang d'une pensée supérieure par les pen­ psychologie classique. suivie de son identification avec la matière du choisir le savoir. où exister devient à la qui s'explique peut-être par les insuffisances de la raison fois un verbe transitif comme « prendre » ou << saisir . Entre nous Lévy-Bruhl pas seulement d'une situation extérieure . La notion d'un exister qui participe au sol. des troubles qu'ils provoquent dans les déj � l'engagement. race. p. qu'il est cette orientation avant de du vivant. la lutte dans le domaine de la religion avec ce sédée par l'existant. ins­ au groupe 1 • « La participation de l'individu au corps social titution. Carnets. à la fois. p. l'existant est séparé de tout et engagé dans ce tout . 165 et 234. pénétré de puissances protectrices ou hostiles dont nous avons parlé plus haut. pas une conscience. sentation. mais philosophie de l'existence aperçoit comme drame l'engage­ un retour pur et simple à la mentalité primitive. dans la mentalité du primitif. la perspective qu'entrevirent des phi­ et l'occasion d'une extension de la notion même de Raison ­ losophies de l'existence. 1. athée et religieuse. en particulier. Carnets. libérée de l'hor­ un événement de l'exister même . 98 et 1 06. une manière d'être. La réflexion que civilisation issue du monothéisme n'est-elle pas capable de ce verbe traduit n'est pas une vision théorétique. Mais. Mais la réfléchi comme << se sentir » ou << se tenir ». ne brise-t-il pas le concept traditionnel et tout for­ mel de l'être. . concepts où la l'être.est rapprochée de l'expérience sociale où l'autonomie de l'existence personnelle ne se sépare pas de l'appartenance 1 . 66 . de l'existence et de l'être efficaces par veau type d'événements qui se jouent au-dessous de la repré­ leur exister même (en dehors de toute forme substantielle. cette façon d'exister . qu'il émerge d'une ambivalente possibilité tion n'est pas sans valeur pour expliquer le sentiment de se tourner vers les relations conceptuelles ou de demeu­ moderne de l'existence. 2. ni même pour sa justification par­ rer dans les rapports de participation.climat. Le mécanisme. et technique et par les catastrophes qu'elle déchaîna. lequel est mode de cette orientation.

Je veux réfléchir sur deux d'entre les multiples significations que suggère la notion d'Homme-Dieu. c'est-à-dire d'une substitution : l'identique par excellence. Non pas que j'aurais eu peur de manquer à la courtoisie . m'abstenir. elle est dévoilement. UN DIEU HoMME ? La philosophie est mise en lumière. rallie les hommes dont je partage le destin et la plu­ part des idées. ce qui est l'unique par excellence. Selon une expression à la mode. serait la substitution elle-même. suivie d'un point d'interrogation dans les programmes de ces journées. à l'exception précisément de la croyance qui est en question ici ce soir ? J'aurais pu. l'idée d'expiation pour les autres. inventée comme pour souligner l'indiscrétion de l'entreprise philosophique. 69 . Comment. d'une descente du Créateur au niveau de la Créature. est reconnue comme problème. et comme se produi­ sant de par cette passivité poussée dans la Passion à sa der­ nière limite. depuis près de vingt siècles. Mais l'amitié avec laquelle m'avait été adressée la demande de participer à cette ren­ contre a rendu le refus impossible. traiter en philosophe d'une notion qui appartient à l'intimité des centaines de millions de croyants. mais comment se fermer aux intentions généreuses de notre temps et oublier le compagnonnage des années tragiques ? Je n'ai pas l'outrecuidance de me mêler d'un ordre inter­ dit à quiconque n'y apporte pas la foi et dont les dimensions ultim es m'échappent sans doute. l'idée d'une humiliation que s'inflige l' Être suprême. dès lors. certes. le mystère des mystères de leur théologie et qui. d'autre part. Le problème de l'Homme-Dieu comporte. c'est-à-dire d'une absorption dans la Passivité la plus passive de l'activité la plus active. laquelle. Le problème comporte. ce qui est non interchangeable. d'une part.

les dieux perdent leur divinité. L'extra­ merci du oui ou du non de celui qui accueille . comme la voix de fin silence selon l'expression cette manifestation. à en croire les philosophes. dans l'ordre.l'humilié ordinaire surplus de la proximité entre fini et Infini rentre dérange absolument . Dans un ordre impassible de l'absolu et de la pauvreté sont une façon de se tenir dans l'être . le Dieu d'être qui est peut-être la source de sa valeur morale. leurs ontologique (ou mé-ontologique) .l'idée d'une vérité persécutée n'est-elle pas. où tout est monde ? Comment le mouvement que l'idée de substitution . par cette sollicitation qui n'a pas le front de sollici­ monde chez les philosophes se sublime dans l'Absolu. le sens réel de notre vie. Si l'absolument Autre se montre à moi. ment pour la foi chrétienne ont une valeur philosophique : Mais cette impossibilité de penser en philosophe le face­ dans quelle mesure elles peuvent se montrer dans la phéno­ à-face et la proximité et l'insolite de Dieu et l'étrange ménologie. De sorte biblique . Le d'ailleurs nullement contester. Elle restitue à la phénoménologie uni­ de la logique même. vol interplanétaire. expérience de notre époque : l'historien retrouve un sens Je pense que l'humilité de Dieu. et est Dieu. le pas oser. ter et qui est la non-audace même. au prix de son humilité. Dans un discours ininterrompu rompre la cohérence de l'univers. dans cette timidité n'osant Comme le monde absorba les dieux chez les poètes. comme allié au vaincu. 70 71 .un mode totalité se résolvent et se résument les hommes. Dans ce défaitisme. naturel à toutes les irruptions insolites. par là même. l'idée d'une vérité qui se manifeste dans banal des poèmes païens. de prime abord théologiques.elle résulte du formalisme irréfutable tout dans les sagesses. bouleversent les toujours dans l'intersubjectivité immortelle. Il der jusqu'à quel point ces idées qui valent inconditionnelle­ n'a jamais le sens qu'il a dans notre vie. Et c'est sur cette divi­ manifester comme humble. L'homme n'est plus coram Deo. sociale. Phénoménologie déjà bénéficiaire de la sagesse fécondité de la rencontre ne tient pas à quelque égarement judéo-chrétienne. par cette sollicitation de L'Infini se manifeste alors dans le fini. ni éclatante. mais il ne se mani­ mendiant et d'apatride n'ayant pas où poser sa tête . au pourchassé .est extravagant vers Dieu est-il possible sans souligner. l'unité de l'ordre qui le rend possible ? L'apparition d'hommes-dieux. L'humilité et la dans l'ordre. au nité indifférente au monde des hommes que se termine pauvre. leurs guerres et leurs sacrifices. Se présenter dans cette pauvreté d'exilé. il n'est pas du monde. Je me demande donc dans sa vérité ne s'intègre-t-elle pas.selon une certaine modalité . Mais dans le paganisme. ressuscitant s'y ordonner. jusqu'à un certain point. l'unique modalité possible de la transcendance ? Non server dans l'esprit des hommes la divinité des dieux. Mais il n'est dans l'ordre en laissant apparaître un ordre plus large et plus peut-être pas inutile de montrer les points à partir desquels complexe. tel un indispensable à la compréhension de la subjectivité. Je veux donc me deman­ certes. se montre catégories de notre représentation. à mon temps. est certes le fait rieuse.c'est précisément ne pas rentrer l'En éyclopédie de Hegel. dès que les philosophes chassent les poètes de la Cité pour pré­ lors. Mais à pas à cause de la qualité morale de l'humilité que je ne veux la divinité ainsi sauvée manque toute condescendance. Mais la conscience n'assimile pas de la pensée logique .à la feste pas au fini. Percer l'immanence sans sachant relater jusqu'à sa propre interruption. Je suis certain que cette mesure devenir contemporain ? Tout dérangement finit par rentrer sera jugée insuffisante par le croyant chrétien.et non pas une condition misères et leurs désespoirs. quement ce qui a su la sustenter. Certes. Se d'Aristote est une pensée qui se pense. c'est inter­ l'horrible et le sublime. c'est-à-dire peut-être la philosophie. mais à cause de sa façon Dieu de Platon est l'impersonnelle Idée du Bien . partageant les passions et L'idée d'une vérité dont la manifestation n'est pas glo­ les joies des hommes purement hommes. Entre nous Un Dieu Homme ? Ces idées. Ce n'est pas là une vue de l'esprit : c'est la grande rien ne peut remplacer la religion. pour y décrire sont philosophiques. Comment maintenir permet de penser la relation avec la transcendance en la communication de deux ordres contre un univers où tout d'autres termes que ceux de la naïveté ou du panthéisme . au contexte de quelle mesure les catégories nouvelles que nous venons de mes pensées pour y puiser un sens.

Le visage. et que cette alliance entre la pau- 72 73 . Elle se manifeste comme si Mais la trace n'est pas un mot de plus : elle est la proximité elle p'osait pas dire son nom. La biblique de l'humilité de Dieu. La force de la vérité trans­ mon temps et est ainsi immémoriale. La per­ de cet anachronisme où se fait une entrée postérieure au sécution et l'humiliation par excellence à laquelle elle retrait et qui. et par conséquent le dance demande peut-être une analyse supplémentaire. le Dieu se manifestant dans le monde par mode originel de la présence de Dieu.mais le risque et le danger de la pour sa gloire sans laquelle sa pauvreté n'est pas une humi­ transcendance. Le solécisme qu'il y aurait à employer à la première personne Dieu s'humiliant pour « demeurer avec le contrit et du singulier du présent de l'indicatif le verbe croire . pour échap­ l'absence qui constitue la proximité de Dieu . cendante est dans son humilité. qui réduiront sa voix de fin silence aux échos des de son passé immémorial. si la vérité qui s'est dite ne « sans ressource » même. ture indéchirable du monde n'est pas un relâchement de sa On peut se demander si le premier mot de la révélation ne trame ni une défaillance de l'intelligence qui la scrute. Mais l'apparition d'une ambiguïté dans la tex­ chés. ne peut être bruits qui se lèvent dans les champs de bataille et les mar­ qu'ambiguïté. Car per à la sobriété et à l'objectivité d'historiens. ou à la configuration structurée d'éléments sans sens. par conséquent. dans sa communication. de philologues si le visage est l'en-face même.la trace. le Dieu « de l'apatride. conséquent l'alternance de l'âme allant de l'athéisme à la Mais l'ouverture de l'ambiguïté où se glisse la transcen­ croyance et de la croyance à l'athéisme. on peut se demander si le vrai Dieu peut coram est aussi la nudité la plus nue. n'a jamais été contenue dans expose sont des modalités du vrai. La vérité persécutée n'est figure conceptuelle que dessine l'ambiguïté . L'idée de aussitôt participation à l'ordre.fût-ce partiellement. Il faut un retrait inscrit dans notion philosophique de transcendance qu'apporte le thème l'avance et comme un passé qui ne fut jamais présent. ne soit pas ipso facto participation à l'ordre. le dénuement et la pauvreté de devrait pas aussitôt apparaître comme non dite. en lisant Kierkegaard. arrachement .précède C'est sans doute Kierkegaard qui a le mieux compris la son entrée dans l'ordre. mais doit pas venir de l'homme comme dans l'antique prière de la précisément la proximité de Dieu qui ne peut se faire que liturgie juive où le fidèle rend grâce non pas de ce qu'il par l'humilité. Entre nous Un Dieu Homme ? Une telle ouverture.et par reçoit mais de ce fait même de rendre grâce. il faut que l'humilité de la manifesta­ dévoilement où toujours l'immanence gagne sur la transcen­ tion soit déjà éloignement. peut-Il.ou l'énigme ­ pas pour lui simplement une vérité mal approchée. On peut même se monde. de la veuve n'est pas la chétive foi survivant à la mort de Dieu. nous l'appelons trace. ce n'est pas le déses­ liation ? Pour que l'altérité dérangeant l'ordre ne se fasse pas poir. le '' sans défense » et jamais lever son incognito.ce l'humble » (Isaïe 57.il devient immanent. devenir un présent dans le temps du monde ? sence de soi à soi de la certitude. La communication ne signifie pas la pré­ démesure.car une fois l'être dévoilé . si la Révélation qui dit son c'est précisément ce par quoi se produit originellement origine n'est pas contraire à l'essence de la vérité transcen­ l'événement exceptionnel de l'en-face. elle ne vient pas prendre place de Dieu dans le visage de mon prochain.par un surprême anachronisme . pour que demeure ouvert vérité persécutée nous permet ainsi de mettre fin au jeu du l'horizon de l'au-delà. il faut que cet fût-ce dans le mystère . Vivre dangereusement. au monde signifiant comme un contexte. le mode originel de la son alliance avec ce qui s'exclut du monde. mais la générosité positive de l'Incertitude. L'ambiguïté de la transcendance . demander. la proximité interrompant la et de sociologues qui l'affubleront de tous les noms de l'his­ série. Mais cette relation du contre le monde. dans le monde avec lequel elle se confondrait aussitôt La nudité du visage est un arrachement au contexte du comme si elle ne venait pas d'au-delà. mais le et de l'orphelin ». c'est qu'il vient énigmatiquement à partir de l'Infini et toire. 1 5). Pour que l'arrachement à l'ordre dance . c'est-à-dire un séjour inin­ N'est-ce pas trop pour sa pauvreté ? N'est-ce pas trop peu terrompu dans le même . de toute évidence. que la façade du bâti­ dante qui par là affirmerait encore son autorité impuissante ment et des choses ne fait qu'imiter.

É vénement qui dépouille de Dieu par rapport à un monde qui ne peut le loger. Toujours je peux assumer ce qui qui le frappe et est rassasié de honte. à la douleur. de nos jours. Selon le ver­ La subjectivité humaine. jusqu'à être rendu res­ lisme. mais étant l'expression la plus littérale d'une comprendrons le sens étonnant de Jérémie 22.mais il faut précisément voir une limite à la passivité du subir. cette incarnation est Mais la notion de Dieu-Homme affirme. c'est-à-dire précisément une pensée. qui me défait et qui me place relation avec l'Infini n'est pas une connaissance. Il sollicite à travers un visage.ou qui redevient insolite et étonnant . à s'en défaire. Soi-même. elle l'esprit d'autre pratique que la théorie et qui ramène au pur consiste à s'invertir dans son identité. pour ce que font les autres. Le soi-même n'est pas un moi s'appelle me connaître.exprimé le secret de la subjectivité ? même une matière oppose à sa forme ? Mais la passivité du Dans une philosophie qui. préservant la démesure de l'inenglobable qui en accusation . . renversant la conscience. tion. cette incarnation n'ayant aucun sens dès que nous oublions le murmure de nos sermons . » Non pas parce que la 74 75 . dit l' É ternel. 14 des Lamentations : << Il tend la joue à celui est toujours activité. mais une devant Autrui en état de culpabilité . dans cette trans­ déjà son expulsion en soi. La la conscience de son initiative. dans le natura­ autres. Voilà certes ce qui qu'approximativement. Et nous comprendrons moi est en soi. Illéité. que tout autre langage ne dirait déjà sait droit au pauvre et au malheureux .mal dans sa peau -.mais une récurrence préa­ dans une fin. Son conscience de la proximité. mais le visage de l'Autre. Ce n'est pas le présent de l'histoire conscience sur elle-même. pensée pensant plus qu'elle ne pense. Elle est Désir. l'Infini ne peut Le soi-même n'est pas une représentation de soi par soi - s'incarner dans un Désirable. qui est l'entre-deux énigmatique d'un Dieu humilié et trans­ le « ne pas pouvoir prendre distance à l'égard de soi "· Le cendant. Je suis rappelé à une responsabilité différence absolue par rapport à tout ce qui se montre. s'annonce et se remémore . Elle est obsession qui n'est pas passé immémorial n'est pas extrapolation de la durée conscience hypertrophiée. La proximité n'est pas une << contemporise » avec le fini et le Même. ne peut. que ne réussit pas tou­ peut-elle être d'autre.l'idée de la substitution ne permet­ est possible sans tourner à l'aliénation pure et simple. l'approche du prochain. à l'accusatif que ne pensant infiniment plus qu'elle ne pense. exposition à l'offense. ne reconnaît à soi n'est pas une matière. passivité ou patience. mais conscience à contre­ humaine mais l'antériorité originelle ou ultimité originelle courant.par rap­ plus passif que cette mise en cause antérieure à toute liberté. à l'accusa­ substantiation du Créateur en créature.l'humanité de l'homme Si une telle défection de l'identité. l'idée de la substitu­ tion. en plus de son expulsion en soi. Toujours. événement qui me met proximité. 1 6 : << Il fai­ récurrence absolue. port à tout ce qui se présente et se représente et par là se Il faut la penser avec acuité. j'ai la ressource de consentir à ce . . sans recours à rien dans sa peau alors le sens insolite . Cette atteinte portée au principe de l'identité n'a-t-elle Passivité illimitée ? L'identité du soi n'oppose-t-elle pas pas dans une certaine mesure . miroir des structures objectives . interprétée comme conscience set 30 du chap. acculé à soi. » incarné. se symbolise. se jamais contractée. Pour solliciter une précède aucun nominatif. Un Tu s'insère lable qui rend seulement possible tout retour de la entre le Je et le Il absolu. que elle pas une réhabilitation du sujet. Rien n'est signale. Entre nous Un Dieu Homme ? vreté du visage et l'Infini s'inscrit dans la force avec laquelle s'impose à moi.nous métaphorique.et qui me ramène au soi. Poussée jusqu'au bout. si un tel renversement réduite à la conscience . L'infini est altérité inassimilable. infini. inscrite dans le visage d'Autrui. en accusation persécutrice. le prochain est imposé à ma responsabilité avant tout enga­ que je subis et faire bonne mine à mauvais jeu. Il est Il. la dernière résistance que dans quelle mesure . s'enfermer n'est pas une conscience de soi . car antérieure à affleure. sinon une responsabilité pour les jours l'humanisme naturaliste perdant vite. les privilèges de l'humain ? ponsable de la persécution même qu'elle subit. toute faute . De sorte que gement de ma part .l'alliance entre Dieu et le pauvre s'ins­ tout se passe comme si j'étais au commencement . sauf à crit dans notre fraternité.

compagnon et ami de Marcel. Dans un monde qui va encore son train. Et ce n'est pas pour me réconforter au souvenir de ni d'un Dieu. de par ma Ruine du monde. Se dédire de son identité est affaire de l'esprit. ni d'une personne. . qu'il porterait comme des attri­ et de l'humanisme dans la pensée humaine. présence au présent. Au milieu de ces Moi. je peux sans langage aphoristique de Nietzsche. Dans âme. Le messianisme. Il y a là un insolite retournement de la patience en activité et du singulier en universel.son soi . c'est cet apogée dans l' Ê tre quérir. le Rocher inexpugnable de Dieu. en se sens dans la configuration pure et simple d'éléments. jouant au jeu des signifiants sans signifiés. le fundamentum l'être la personne. On nous a. et fantasmes d'intel­ l'être de se vider de son être. une . le fait pour Décadence des écrits que tout cela. responsable de sa responsabilité même. sépare l'Encyclopédie de Hegel (et de Diderot) d'un Journal avant toute décision. Quelque chose se passe ou Mais l'analyse qui conduisit à mes conclusions ne partait est passé. condition d'otage. ni d'une · simple structuration. le ciel étoilé du monde. qui ne dépend ni d'une œuvre culturelle. c'est toute la distance qui cruauté être désigné comme victime. cherchant dès lors ce inconcussum du Cogito. Le fait de serait plus un ordre autre. Le soi c'est la passivité en deçà de l'iden­ UNE NOUVELLE RATIONALIT� tité. Gabriel Marcel a pensé lui-même cette fin et les sans exiger le sacrifice des autres ? Comment admettre sa commencements qu'elle contient. C'est l'infinie passivité ou passion ou patience du Moi vient la fin du monde. Mais depuis le des autres pose le soi-même du Moi. Et voici que buts. c'est le langage avouant son impuissance à synchroniser la Être moi. résistaient à la fluence du temps et assuraient une être laissé une place pour la subjectivité comme substitution.qui quelconque synthèse. Le Moi est celui qui. Mais parce que c'est moi encore qui suis responsable de la persé­ cution que je subis. SuR GABRIEL MARCEL Passivité absolue se muant en absolue indéclinabilité : accusée par-delà la liberté. L:idée de l'otage. Moi seul. Entre nous souffrance aurait un pouvoir surnaturel quelconque. but d'elle-même. responsabilité pour moi. lectuels blasés ? Je ne le crois pas. est élu pour porter toute la responsabi­ Métaphysique publiable dans sa chronologie de Journal. c'est toujours avoir une responsabilité de plus. où se Comme si la durée ne se rangeait plus dans la simultanéité renversent les relations fondées sur la proportion exacte de propositions. en guise de matériau ou de reliquat posthume. L'anti­ Pendant les vingt-cinq siècles où s'historiait notre civilisa­ humanisme moderne.renversement de l'être '' persévérant dans son être . et l'esquisse d'un ordre et d'un sens dans l'être.. vie des choses. (relations qui transforment les collectivités en sociétés à res­ Anti-bergsonisme au sein du bergsonisme : tout désordre ne ponsabilité limitée) ne peut s'étendre hors de moi. le monde cassé dont parle déjà . a peut­ relayant. ni d'un animal rationale. sans lité du Monde. Comme l'œuvre de Jean Wahl - commence en moi. ni d'une la philosophie de papa que j'évoque Gabriel Marcel. comme si l'anamnèse platonicienne qui entre les fautes et les peines. Chacun de ces termes est cette dissolution je soupçonne déjà des modalités positives de substance identique. sans aussitôt me trouver. C'est la fin du Livre dont parle s'exposer à la charge qu'imposent la souffrance et la faute Blanchot et les difficultés du cours magistral. témoin des mêmes fins et ini- 76 77 . Comment attendre d'un autre qu'il se sacrifie pour moi ruines. enseigné suc­ Ce n'est pas que le moi soit seulement un être doué de cer­ cessivement la mort de Dieu et la contingence de l'humain taines qualités dites morales. celle de l'otage. niant le primat que jouerait dans tion. ni d'un esprit. des signifiances nouvelles du Sens. entre liberté et responsabilité maintenait l'unité de la représentation se faisait amnésie.l'unicité exceptionnelle à laquelle il est ramené Marcel. mais précisément vouée à l'initia­ tive de la réponse. depuis lors. de l'expiation de moi pour l'Autre. qui est cet incessant événement de substitution.

une nouvelle notion de l'esprit. à moi impartie sans Voilà donc une fin.la la spiritualité du je réveillé par le tu chez Marcel. un langage bien ainsi. l'accueil dénonciation des rigueurs de la proposition logique et du d'autrui comme toi. signifie une nouvelle signifiance. éminente de l'autarkia. fût-il mal dit ou lapsus. en conver­ modernité c'est cela aussi. épouse les rythmes nouveaux des vers tion d'être. sans dogme plutôt que pour le Dieu qu'il pose. c'est la n'est-ce pas Autrui ? Et l'amour signifie. Ce qui compte. à l'absolu comme être. pour le sensé en tant que croyance. C'est la désaffection pour les significations posi­ rapport avec l'autre que soi et éveil. doute. Mais l'être ici n'est pas conscience de soi. Ni non­ Elle n'est pas mystique. Ce que j'appelle la non-différence du signifiance. Non-indifférence de l'un pour l'autre ! Sous hantise de la généalogie et de l'étymologie des mots . le langage . et cette expiation. dans sa double négation. c'est-à-dire. au contraire. Hantise de l'inex­ supprimer la différence. en date du 2 1 octobre 1919 : " Il faut sans cette exaltation. corré­ Malgré la restauration de tant de formules et de tant d'insti­ latif de la logique . Le parfait n'est pas ce qui se suffit à soi-même. et cet éveil. savoirs. ma substi­ son autosuffisance . éveil : éveil de Moi par fait . un éveil. A quelle condition le rapport qui lie un être à ce dont il a besoin peut-il présenter une valeur spirituelle ? Il semble qu'il doive y avoir une réciprocité. signes verbaux plutôt que prendre au sérieux le système qui Elle est assez riche pour être sans dommage délestée du s'inscrit dans leur Dit. mon nalité nouvelle commence. L'esprit verdict répressif du jugement.capable de renouer glorieusement une responsabilité pour autrui à nourrir et à vêtir. malgré l'audace de tutions traditionnelles dans les écrits de Marcel. c'est la désaffection pour le n'est pas le Dit. Mais ainsi se montre la fin d'une mauvais spiritualisme. mon expiation pour la souffrance et. du non-dit.où la philosophie. ainsi. de la suffisance de soi-même à soi­ même. éveil qui signifie ou de l'être de ce qui est . mais une nouvelle sagesse. se déroule la divine comédie d'une trans­ doute réagir fortement contre l'idée classique de la valeur cendance par-delà les positions ontologiques. d'esprit et de spirituel et l'amour est nommé libres et la diachronie du temps affranchi de toute scansion pour finir. Il se fraie un passage là où rien primable. ni universalisation . et nal Métaphysique. Expiation. pour la faute d'autrui. de Moi par l'apatride. La littérature Journal. avant tout.est sensé pour la tradi­ autrui. c'est-à-dire de par l'identité invariable de ce qui est ni réflexion sur soi. du moins. il est le Dire qui va du Même à l'Autre. cette perfection est celle d'un système. d'une rationalité attachée exclusivement. .et serait-il mal fait .sa perfection . n'est commun.. jouer avec les cette nouvelle signifiance du sensé. non d'un être . Seul un rapport d'être à être peut être dit spirituel. de Moi par l'Étranger. la pect mais d'amour. les mains pleines. Éveil qui n'est ce savoir. Entre nous Une nouvelle Rationalité tiateur des mêmes commencements . depuis le rejoindre l'absolu sans le travail de concept. de l'ineffable. une ratio­ dérobade possible et à laquelle s'exalte. cette œuvre si haute est travaillée et brûlée par philosophique moderne préfère. dans la science. de par la vérité de à-dire par le prochain qui n'est que prochain. à l'être.. . unicité de moi. » Texte essentiel ! Il y est beaucoup ques­ plus avertie qui soit. la différence derrière les mots. dans Dire est. sans mêmes qui semblent le trahir ou limiter. Et l'autre que soi tionnelles. il est impérative. ni leur identité ! l'ordre instauré par la logique. La mystique reste encore fidèle à identité de l'identique et du non-identique . et rapport et rupture et. Et. Condillac voyait. fidélité à l'ontologie. au Dit du Dire. C'ést Gabriel Marcel qui nous le dira à la page 207 du Jour­ Mais dans cette rupture. ou. c'est le commerce spirituel entre des êtres et il s'agit ici non de res- 78 . au Dit transportant des laquelle rien de commun ne se lève en guise d'entité.à travers les différences tution à autrui. gence avec Buber. c'est­ tion occidentale de par tout ce qu'il sait. irremplaçable.

si elles ne concernaient pas ce qui. 1 . comme une vérité « éidétique » d'entre les vérités << éidétiques ». La rela­ tion entre la conscience et la réalité du réel n'est plus pensée 1. on voudrait ici seulement demander en quoi. Son principe essentiel - que. que l'être ordonne les formes du savoir qui l'appréhende. dans une large mesure. à un plus-profond-que-soi . Ces formules pour­ raient certes s'entendre comme affirmant a priori ou même empiriquement un certain état de choses. l'her­ méneutique qui interprète cette vie ou ce psychisme reli­ gieux ne saurait l'assimiler à une expérience que cette pen­ sée pense précisément dépasser. cette transcendance rompt avec le hors-de-soi de l'intentionnalité. de toute empirie et de toute éidétique . portant sur la corrélation être­ connaissance. on peut considérer comme le réciproque de la formule « toute conscience est conscience de quelque chose » .énonce que l'être commande ses façons d'être donné. Nous prendrons pour point de départ la phénoménolo­ gie husserlienne de la conscience. dans sa structure noétique. ce dont dépend l'apparaître comme exhibition et la conscience comme savoir. 81 . HERMÉNEUTIQUE ET AU-DELÀ Que la pensée éveillée à Dieu se croie aller au-delà du monde ou écouter une voix plus intime que l'intimité. Que signifie ce dépasser ? Que signifie cette différence ? Sans prendre aucune décision de caractère métaphysique 1. Cela demande une réflexion préalable sur la façon propre de l'intentionnalité dans sa référence au monde et à l'être. Cette pensée prétend à un au-delà. assure la possibilité de toute vérité. qu'une nécessité essentielle rattache l'être à ses façons d'apparaître à la conscience.à une transcendance dif­ férente du hors-de-soi qu'ouvre et traverse la conscience intentionnelle. Elle n'a peut-être aucun sens dans la version ontologique qu'on en donne alors qu'il s'agirait d'un au-delà-de-l'être.

Le l'être et qui en ce sens se fait psychisme. comble ou. La référence à la conscience (Logique II. comme si l'essance.l'énergie ou l'essance 1 de fie dans la représentation l'ultime vigueur de la présence. dans la mesure où en tant qu'objet il est acces- 82 83 .. une priori .. Conscience où l'inten­ tation s'exalte. s'oublie elle­ l'étant met à être. à l'apparaître. l'être apparaît noue en ipséité le psychisme qui est mais dans cette vie de la conscience. Synchronisation qui comme ex-position.elle est la vie de la son identité que ramène l'intelligibilité ou la rationalité du présence. « transcendant dans l'immanence ») . renvoie d'une part à sa position d'étant.et véritablement a dehors de toute causalité. se << retrouve » ou se delà de leurs formulations. et ordon­ l'aperception transcendantale confirme la présence : la pré­ nant des images en rêve cohérent dans une âme aveugle. laquelle appartient ment ou le processus de l'esse.l'énergie même que qui fixe l'être dans son thème et qui. l'acte du verbe être. affermissement sur un tionnalité identifiante est tournée téléologiquement vers la fondement.au gré de « lois psychologiques . de l'essance dans la vérité. à tout objet. la présence dans cette représen­ paraître dans le laisser-apparaître. le processus du connaître n'est-il pas ici s'efface dans son effet. en quelque façon. La conscience comme réminiscence glori­ en apparoir . à la positivité de la présence : à la positi­ Husserl : le caractère fondamental de la représentation dans vité de la présence.. l'activité de la conscience. La sence revient sur elle-même dans la re-présentation et se possibilité d'un tel psychologisme est désormais ruinée. se 2. La toujours l'essance de l'être. La vie immédiate. au phénomène. nement ou durée de présence. étants présents : elle se retire elle-même de l'apparaître. Cette vie de même si la différence entre l'être et la subjectivité à laquelle la présence dans la re-présentation est certes aussi ma vie. déroule l'historiographie. entendue synchronie plus forte que la diachronie. L'énergie se expérience procédant du Moi. Entre nous Herméneutique et au-delà ici comme une rencontre de l'être avec une conscience qui « le mouvement de l'être lui-même . reflétant l'être rencontré . soumise à ses propres néces­ tique et englobante (bien que marquant sa différence par sités. Il faut dès lors penser les formules husserliennes au­ retient ou revient en souvenir. présence représentation pour fondement. Le psychique est représentation. Conscience qui déjà se fait oublier au bénéfice des fondé et de l'identique. pré-réflexive. C'est la raison de la persistance de la formule terre sous la voûte du ciel. L'essance de l'être temps de la conscience se prêtant à la représentation. allait jusqu'à l'affirmation thétique dans une « constitution . mais une emphase. 2). L'essance de l'être. déroulant comme vie psy­ déploie ainsi comme retournée dans la conscience œuvrante chique . mais que conscience.fidèlement ou infidèlement son ipséité de Moi. on ne décrit pas une simple tivée. C'est l'intentionnalité. vécue. Durée de présence ou durée comme présence : en elle toute perte de temps. d'autre part.extérieure à cette énergie . c'est-à-dire à la posùivité de l'ici célèbre de Brentano à travers toute la phénoménologie de et du maintenant. selon ses modes propres . de position suscitait. conscience. dans ou identité . ? Par l'activité synthé­ en serait radicalement distincte. ou a la d'ailleurs par cette positivité . comme le dira Husserl.que la tradition philosophique entend presque toutes ses modalités.l'énergie ou l'entéléchie de l'essance. c'est la équivaudrait à une ex-position. tout laps.. transformable en thèse doxique. Il est. est ce laisser apparaitre de par sa retraite. vécue et d'emblée anonyme ou << muette >> de la dégradation. Et c'est à l'essance de l'être dans conscience fait et refait de la présence . la présence se fait évé­ conscience ou savoir. non objec­ tion ou essance à phénomène. est l'une des fonctions de l'intentionnalité : la re­ à un affermissement sur un terrain inébranlable qu'est la présentation. ce dis­ Se faisant re-présentation. p. s'identifie. L'exposition renvoie. << Précisément parce qu'il s'agit d'une 1. La conscience se trouve promue « reconstruit ». en tout cas. quelconques. De posi­ leur faire place. comme si son « énergie .présence et identité. en commande.en manifestation . c'est-à-dire au repos de l'identique. pour l'être à l'exhibition. Pour reprendre une formule hégélienne même dans cette fixation. Nous écrivons essance avec a pour exprimer ainsi l'acte ou l'événe­ référence universelle et nécessaire au sujet. adhère à un ensemble par la mémoire ou par au rang d'un « événement >> qui.

disproportion entre cogitatio et cogi­ « sphère objective » qu'elle fixe. Psychologie phénoménologique. de l'identité. par rapport au vécu (que l'idée d'une conscience pée >> de l'essance qui en lui s'exalte et se vit .. Toute l'œuvre husserlienne saisit. si la positivité « encore confuse » et non objectivante n'épuise pas) . Le psychisme s'épuise-t-il à déployer l' « énergie . pour le réel. « maintenance » ou présent où la pensée pensant à sa consiste. elle permet aux êtres du monde de s'affirmer dans leur pré­ L'intentionnalité. Non pas qu'il y ait 1. que la son objet en la pensée. signifie immanence. « sujet muet ». . forte que celle qui pourrait jamais procéder d'un accord Présence du retrouvable que le doigt désigne.. nous sommes au-delà de toute doctrine où étants. Vrin. d'un environnement. la présence . droit comme un rayon.où le savoir se cherche. identification de l'identique en tant que sence et dans leur identit� numérique. elle ne l'a pas devant elle 1 • » Dans la conscience efforts que demandent l'appropriation et l'utilisation des se « vit » et s'identifie la fermeté. Entre nous Herméneutique et au-delà sible à ceux qui font expérience. Ce plan est le en tant qu'exclue de la positivité du monde. 1 0. la satis­ conscience se dissimule et reste. 4. HussERL. p. à des gie husserlienne. Pensée et psychisme de notion de l'en-soi séparé du jeu intentionnel où elle est l'immanence et de la satisfaction.la de l'être. nous avons signifierait que l'être n'est-qu'une modalité de la perception l'expérience d'un être et de sa manière d'être 1• » Position et et où la notion de l'en-soi prétendrait à une fermeté plus positivité se confirmant dans la thèse doxique de la logique. tatum . p. Déjà la perception saisit . 1 969. . en tout cas. 384 : souligné par nous. et ment comme essance. L'expérience versée par l'intentionnalité. stable. l'identification du Même. dans l'idéalisme transcendantal de la phénoménolo­ du but. pour ainsi dire. le sujet est là. à entendre comme abstraction la mesure rejoint ce qu'elle pense. phénomène du monde. s'ouvre. cette référence au sujet. leur transcendance promet possession l'être . qu'accessibilité.le Begriff - anonyme . de se tenir dans la transcendance revient à amener à la parole la « conscience muette » et à ne intentionnelle << à l'échelle » du vécu. c'est une spiri­ l'interprétation de l'être à partir de la conscience conserve­ tualité accordée à la fermeté fondatrice de la terre. de 3. ipséité monadique. L'effort permanent de la Réduction transcendantale Cette façon. choses et des notions.et par conséquent si transcendance de l'objet. L'essance apparaissant à la vie d'un moi Énoncer une telle question. est visée visant. << Dans l'évidence . Elle est une façon pour le distant de se don­ D'une façon inévitable.sont l'ultime affaire de l'âme. ce n'est pas s'attendre à ce qui. le concept . au contraire. s'en distingue. de la présence . vécue. à la vie l'essance se que l'en-soi des étants ait un sens plus fort que celui qu'il donne. le point fixe Ainsi. Elle signifie autant distance objective est une orientation de l'expérience vers l'objet. de la position des étants ? encore plus étroite. Toute expérience d'objet laisse le moi derrière conserve cette signification d'emprise.. que la main entre pensées identifiantes. absente de la faction. s'amortit dans le savoir. La vie de la conscience s'en exclut et. 84 85 . C'est une spiritualité accordée à des termes. L'étonnement . La transcendance des choses par rapport à l'intimité recueille de la conscience identifiante. à leur position sur un terrain ferme . précisément produit l'adéquation de la chose à l'intellect. mais aussi est tra­ peut entrer dans la teneur propre de l'objet. la positivité. tout comme le savoir . au fonde­ rait encore un sens restrictif quelconque de l'esse-percipi. à titre ner. La née à la parole pour un être posé dans la positivité du transcendance intentionnelle dessine comme un plan où se monde. et. HussERL. Méditations Cartésiennes. de pas prendre l'exercice de l'intentionnalité constituante ame­ penser à sa mesure et ainsi de jouir. anonyme d'emblée. 1. Mais l'affinité de la présence et de la représentation est l'essance. ne l'idéalité d'une notion thématisée. pour la pensée. C'est se demander si vécue de la pensée .par rapport à la pensée comme Erleb­ le psychisme ne signifie pas autrement que par cette << épo­ nis.de l'étant primordialement thématisé et c'est en guise et jouissance qui consacrent l'égalité vécue de la pensée à de conscience pré-réflexive. Quels que soient les elle-même.

Entre nous Herméneutique et au-delà

lieu de s'attendre que l'affectivité ou la volonté soient plus prendre la place de l' « objet intentionnel » correspondant au
signifiantes que le savoir. L'axiologie et la pratique - Hus­ mot Dieu qui le nomme ou l'appelle ? Mais cette confusion
serl l'enseigne - reposent encore sur la re-présentation. Elles des termes, dans son arbitraire, traduit peut-être la nécessité
concernent donc les étants et l'être des étants et ne compro­ logique de fixer l'objet de la religion conformément à
mettent pas, mais présupposent la priorité du savoir. Se l'immanence d'une pensée qui vise le monde et qui, dans
demander si le psychisme se limite à la confirmation des l'ordre des pensées, serait l'ultime et l'indépassable. Postuler
étants dans leur position, c'est suggérer que la conscience se une pensée structurée autrement, jetterait un défi à la
retrouvant la même, s'identifiant jusque dans l'extériorité de logique et annoncerait un arbitraire de la pensée - ou de la
son objet intentionnel, demeurant immanente jusque dans réflexion sur cette pensée - plus intolérable que cette substi­
ses transcendances, rompt cet ·équilibre d'âme égale et d'âme tution d'objets. L'athéisme mais aussi le théisme philo­
pensant à son échelle, pour entendre plus que sa capacité ; sophiques se refusent à admettre jusqu'à l'originalité du
que ses désirs, ses questions, sa recherche, au lieu de mesu­ psychisme prétendant au-delà du monde, jusqu'à l'irréducti­
rer ses vides et sa finitude, sont des éveils à la Dé-mesure ; bilité de son linéament noétique. Dans le propos sur l'au­
que dans sa temporalité qui la disperse en moments succes­ delà on soupçonne une métaphore emphatique de la dis­
sifs - lesquels cependant se synchronisent dans la retention tance intentionnelle. Même si dans ce soupçon on risque
et la protention, dans la mémoire et l'anticipation et dans le d'avoir oublié que le << mouvement ,, au-delà, c'est la méta­
récit historique et la prévision - une altérité peut défaire phore et l'emphase elles-mêmes, et que la métaphore, c'est
cette simultanéité et ce rassemblement du successif en pré­ le langage, et que l'expression d'une pensée dans un dis­
sence de la re-présentation et qu'elle se trouve concernée cours n'équivaut pas à un reflet dans le milieu indifférent
par l'Immémorial. Notre sagesse nous pousse à ne prendre d'un miroir, ni à une quelconque péripétie dédaigneuse­
au sérieux que la transcendance de l'intentionnalité qui ment appelée verbale, et que le dire présuppose, dans le
pourtant se convertit en immanence dans le monde. La pen­ vécu de la signifiance, des relations autres que celles de
sée éveillée à Dieu - ou éventuellement vouée à Dieu - l'intentionnalité, lesquelles précisément, sur un mode non
s'interprète spontanément en termes - et selon les articula­ récupérable, concernent l'altérité d'autrui : que l'élévation
tions - du parallélisme noético-noématique de la perception du sens par la métaphore dans le dit est redevable de sa hau­
de la signification et de son remplissement. L'idée de Dieu teur à la transcendance du dire à autrui.
et jusqu'à l'énigme du mot Dieu - que l'on trouve tombé on
ne sait d'où ni comment, et déjà circulant, é-norme, en guise S. Pourquoi y a-t-il dire ? C'est la première fissure visible
de substantif, parmi les mots d'une langue - s'insère pour dans le psychisme de la satisfaction. On peut certes ramener
l'intérprétation courante dans l'ordre de l'intentionnalité. La le langage à une téléologie de l'être en invoquant la néces­
dé-férence à Dieu qui revendiquerait une différence autre sité de communiquer pour mieux réussir dans les entreprises
que celle qui sépare le thématisé ou le représenté du vécu et humaines. On peut s'intéresser, dès lors, au dit, à ses divers
se réclamerait d'une autre intrigue du psychisme, se genres et à leurs diverses structures, et explorer la naissance
récupère dans l'intentionnalité. On a recours à la notion du sens communiquable dans les mots et les moyens de le
d'une religion horizontale, demeurant sur la terre des communiquer le plus sûrement et le plus efficacement. On
hommes et qui devrait se substituer à la verticale qui s'en va peut ainsi rattacher encore le langage au monde et à l'être
vers le Ciel, pour se référer au monde, car c'est à partir du auxquels les entreprises humaines se réfèrent, et ainsi rat­
monde que l'on continue à penser les hommes eux-mêmes. tacher le langage à l'intentionnalité. Rien ne s'oppose à cette
Substitution qui peut sembler simple confusion : de quel interprétation positiviste. Et l'analyse du langage à partir du
droit, en effet, l'homme perçu à mes côtés viendrait-il dit est une œuvre respectable, considérable et difficile. Il

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Entre nous Herméneutique et au-delà

n'en reste pas moins que la relation même du dire est irré­ langage fonctionnel (ou même scientifique dont les réponses
ductible à l'intentionnalité ou qu'elle repose, à proprement s'ouvrent sur de nouvelles questions, mais sur des questions
parler, sur une intentionnalité qui échoue. Elle s'établit, en qui ne visent que les réponses) un savoir en train de se faire,
effet, avec l'autre homme dont l'intériorité monadique une pensée encore insuffisante du donné, lequel pourrait y
échappe à mon regard et à mon emprise. Mais cette défi­ satisfaire en se mettant à la mesure de l'attente ? La question
cience de la re-présentation tourne en relation d'ordre supé­ est-elle d'ores et déjà la fameuse question alternant avec la
rieur; ou plus exactement en une relation où pointe seule­ réponse dans un dialogue que l'âme tiendrait avec elle­
ment la signification même du supérieur et d'un autre même et où Platon reconnaît la pensée, d'emblée solitaire et
ordre. L' « apprésentation » husserlienne qui n'arrive pas à la allant vers la coïncidence avec elle-même, vers la conscience
satisfaction, à l'accomplissement intuitif de la re-présenta­ de soi ? Ne faut-il pas admettre, au contraire, que la
tion s'inverse - expérience manquée - en un au-delà de demande et la prière qu'on ne saurait dissimuler dans la
l'expérience, en une transcendance, dont la rigoureuse déter­ question attestent une relation à autrui, relation qui ne tient
mination se décrit par les attitudes et les exigences éthiques, pas dans l'intériorité d'une âme solitaire, relation qui dans la
par la responsabilité dont le langage est l'une des modalités. question se dessine ? Relation qui se dessine dans la question
La proximité du prochain, au lieu de passer pour une limita­ comme dans sa modalité non pas quelconque, mais origi­
tion du Moi par autrui ou pour une aspiration à l'unité naire. Relation à l'Autre, lequel précisément, de par sa dif­
encore à faire, se fait désir se nourrissant de ses faims ou, férence irréductible, se refuse à un savoir thématisant, et,
pour user d'un mot usé, amour, plus précieux à l'âme que la ainsi, toujours assimilateur. Relation qui ainsi ne se fait pas
pleine possession de soi par soi. corrélation. Dès lors relation qui ne saurait, à proprement
Transfiguration incompréhensible dans un ordre où toute parler, se dire relation, puisque entre ses termes manquerait
signification sensée remonte à l'apparition du monde, c'est­ jusqu'à la communauté de la synchronie que, comme une
à-dire à l'identification du Même, c'est-à-dire à l'Etre ou communauté ultime, aucune relation ne saurait refuser à ses
rationalité nouvelle - à moins qu'elle ne soit la plus termes. Et cependant à l'Autre - relation. Relation et non­
ancienne, antérieure à celle qui coïncide avec la possibilité relation. La question ne signifie-t-elle pas cela ? La relation
du monde - et qui, par conséquent, ne se ramène pas à à l'absolument autre - au non-limité par le même -, à
l'ontologie. Rationalité différente - ou plus profonde - et l'Infini -, la transcendance n'équivaudrait-elle pas à une
qui ne se laisse pas entraîner dans l'aventure que courut, question originaire ? Relation sans simultanéité des termes :
d'Aristote à Heidegger, la théologie demeurée pensée de à moins que le temps lui-même ne dure en guise de cette
l'Identité et de l'Etre et qui fut mortelle au Dieu et à relation-non relation, de cette question. Temps à prendre
l'homme de la Bible ou à leurs homonymes. Mortelle à l'Un, dans sa dia-chronie et non pas comme « forme pure de la
à en croire Nietzsche, mortelle à l'autre selon l'anti­ sensibilité » : l'âme dans sa temporalité dia-chrone où la
humanisme contemporain. Mortelle aux homonymes, en retention n'annule pas le laps, ni la protention - la nou­
tout cas. Toute pensée qui ne conduirait pas à installer un veauté absolue -, l'âme dans la synthèse passive du vieillisse­
identique - un être - dans le repos absolu de la terre sous la ment et de l'à-venir, dans sa vie, serait la question originaire,
voûte du ciel serait subjective, malheur de la conscience l'à-Dieu même. Temps comme question : relation dés­
malheureuse. équilibrée à l'Infini, à ce qui ne saurait se comprendre : ni
Le non-repos, l'inquiétude où la sécurité de l'accompli et s'englober, ni se toucher, déchirure de la corrélation -
du fondé se met en question, doivent-ils toujours s'entendre déchirure sous la corrélation et sous le parallélisme et l'équi­
à partir de la positivité de la réponse, de la trouvaille, de la libre noético-noématique, sous le vide et le remplissement
satisfaction ? La question est-elle toujours comme dans le du signitif - question ou « insomnie » originaire, l'éveil

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Entre nous Herméneutique et au-delà

même au psychisme. Mais aussi la façon dont l'Inégalable aux choses du monde pour le manger et le boire. Le contes­
concerne le fini et qui est, peut-être, ce que Descartes appelait ter dans l'ordre du monde est signe de déraison. De Platon à
Idée de l'Infini en nous. Proximité et religion : toute la nou­ Hegel qui parla avec ironie de la belle âme ! Mais quand
veauté que l'amour comporte comparé à la faim, le Désir Kierkegaard reconnaît dans l'insatisfaction une accession au
comparé au besoin. Proximité qui m'est meilleure que toute suprême, il ne retombe pas, malgré les avertissements de
intériorisation et toute symbiose. Déchirure sous la droiture Hegel, dans le romantisme. Il ne part plus de l'expérience
rectiligne de la visée intentionnelle que l'intention suppose mais de la transcendance. C'est le premier philosophe qui
et dont elle dérive dans sa correspondance à son objet inten­ pense Dieu sans le penser à partir du monde. La proximité
tionnel, bien que cette veille originaire, cette insomnie du d'autrui n'est pas un quelconque « décollement de l'être par
psychisme, se prête à la mesure qu'en font ses propres déri­ rapport à soi », ni « une dégradation de la coïncidence ,,,
vés et risque de se dire aussi en termes de satisfaction et selon les formules sartriennes. Le désir ici n'est pas pure pri­
d'insatisfaction. Ambiguïté ou énigme du spirituel. vation ; la relation sociale vaut mieux que la jouissance de
La transcendance à Dieu - ni linéaire comme la visée soi. Et la proximité de Dieu dévolue à l'homme est, peut­
intentionnelle, ni téléologique pour aboutir à la ponctualité être, un sort plus divin que celui d'un Dieu jouissant de sa
d'un pôle et s'arrêter ainsi à des étants et à des substantifs, ni divinité. Kierkegaard écrit : « Dans le cas des biens ter­
même initialement dialogale nommant un tu - ne s'est-elle restres, à mesure que l'homme en éprouve moins de besoin,
pas déjà produite de par la transcendance éthique pour que il devient plus parfait. Un païen qui savait parler des biens
désir et amour se soient faits plus parfaits que la satis­ terrestres disait que Dieu était heureux parce qu'il n'avait ·

faction 1 ? Il serait opportun cependant de demander ici s'il besoin de rien et qu'après lui venait le sage parce qu'il avait
s'agit d'une transcendance à Dieu ou d'une transcendance à besoin de peu. Mais dans la relation entre l'homme et Dieu,
partir de laquelle un mot tel que Dieu révèle seulement son le principe est inversé : plus l'homme éprouve le besoin de
sens. Que cette transcendance se soit produite à partir de la Dieu, plus il est parfait. » Ou : << On doit aimer Dieu non pas
relation (horizontale ?) avec autrui ne signifie ni que l'autre parce qu'il est le plus parfait, mais parce qu'on a besoin de
homme soit Dieu, ni que Dieu soit un grand Autrui. lui » ; ou : « Besoin d'aimer - suprême Bien et félicité
Désir qui se fait perfection ? La pensée de la satisfaction suprême. »
en a jugé autrement. Et c'est, certes, le bon sens même. Dio­ Même renversement de l'absence en suprême présence,
time a disqualifié l'amour en le déclarant demi-dieu, sous le dans l'ordre du savoir : « Si j'ai la foi, écrit Kierkegaard, je ne
prétexte que, aspiration, il n'est ni accompli, ni parfait. Ce peux arriver à en avoir une certitude immédiate - car croire,
bon sens est, certes, infaillible dans la relation au monde et c'est précisément ce balancement dialectique qui, quoique
sans cesse en crainte et tremblement, jamais pourtant ne
1. Nous n'allons pas reproduire, une fois de plus, notre analyse de la désespère ; la foi c'est précisément cette préoccupation infi­
relation éthique où naît le langage. Nous avons décrit la fission du Moi nie du soi qui vous tient éveillé à tout risquer, cette préoc­
devant autrui dont il répond par-delà tout engagement, infiniment, cupation intérieure de savoir si l'on a vraiment la foi. »
comme otage, portant, de par cette responsabilité, témoignage de l'Immé­ Transcendance qui n'est possible que par la non-certitude !
morial, en deçà du temps ; portant témoignage de l'Infini, lequel, témoi­
gné, ne surgit pas comme objectivité. Témoignage à partir de la relation Dans le même esprit, rupture avec le << triomphalisme » du
éthique qui, ainsi unique dans son genre, ne se réfère pas à une expé­ sens commun : dans ce qui par rapport au monde est échec,
rience préalable, c'est-à-dire à l'intentionalité. Cf. notre livre Autrement jubile un triomphe : << Nous ne dirons pas que l'homme de
qu'être ou au delà de l'essence (p. 1 79 et sq.) ; notre article « Dieu et la phi­ bien triomphera un jour dans un autre monde ou que sa
losophie ,. dans la revue le Nouveau commerce, n° 3Q-3 1 ; notre conférence
au Colloque Castelli 1972 sous le titre « Vérité du dévoilement et vérité du cause l'emportera une fois ici-bas, non, il triomphe en pleine
témoignage " (Actes du Colloque sur Le Témoignage, Paris, Aubier, vie, il triomphe en souffrant de sa vie vivante, il triomphe au
1972, pp. 101-1 10). jour de son affliction. »

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la jouissance vaut mieux que le besoin. comme on peut le dire. certes. savoir qu'il commande dans la vérité. à quel­ que chose. Encore une . une éga­ à apporter la sagesse à l'amour ? La connaissance. sagesse de la vérité et du monde. d'indigentes connaissances ou la connaissance à 1. évidemment n'ont pas de commune mesure ­ pable de pensées où le mot Dieu prend signification. C'est la sagesse ontique de la perception . la certitude LA PHILOSOPHIE ET L'ÉVEIL plus parfaite que le doute.mais déjà dans les formes de son discours direct - un style ontique. cette extériorité de s' « intérioriser » dans le savoir qui est Mais l'herméneutique du religieux peut-elle se passer de également le lieu de la vérité. à un 93 .sagesse de la vie quoti­ dienne et sagesse de nations garantissant l'universalité à la science issue de la perception. d'une façon ou d'une autre. la réponse va plus loin que la question. du donné et du pris .ou du compris . question. la lité absurde entre « fait psychique » et « fait physique » et réponse. au solide saisissable qui est la chose originaire.qui. le résultat seraient d'un psychisme encore inca­ spatial . c'est penser à partir du monde. du bon­ heur. de la réponse : d'insuffisantes pensées de l'identique et du présent.fois. L'indépendance ou l'extériorité de l'être par rapport au l'état d'indigence. Entre nous D'après les modèles de la satisfaction. la tentation n'en demeure pas moins (et n'est pas l'effet de quelque maladresse ou légèreté d'écrivain) de par­ ler de la vérité de cet être-verbe et du dévoilement où elle se manifeste.dans le monde. Même quand elle se veut ontologique. le triomphe est plus vrai que l'échec. à l'identique à identifier à travers ses multiples aspects ou. Aussi les idées du savoir et de l'être sont-elles corré­ latives et renvoient au monde. Aussi être et conscience sont-ils attachés à la présence et à la représenta­ tion. seraient de simples décroîts de la trouvaille. la possession commande la recherche. Suffit-il de réduire ce style ontique à la logique d'un certain langage et qui serait à dépasser ? Signifie-t-il la vérité du kantisme : l'impossibilité d'une pensée sensée qui ne se ramènerait pas. et la possibilité pour C'est aussi le sens commun. souffrance. Penser l'être et penser le savoir. au Même. c'est le bon sens même. La philosophie a conservé dans l'enseignement qui en est donné . de la jouissance. Cet accord n'est consiste-t-elle pas à traiter avec sagesse de « folles » idées ou pas une mystérieuse adéquation de l'incomparable. c'est le fait du monde où se pensées dés-équilibrées ? Et la philosophie elle-même ne produit l'accord de la pensée et de l'être. c'est le fait de la perception : union originelle de l'ouvert et du saisissable. plus un « quelque chose » puisqu'on ne peut pas dire qu'il est . L'être de l'étant ne serait. Recherche. Elle semble porter sur de l'étant.

à séparer philosophie et onto­ rompu avec le prototype réaliste de la vérité déjà dans logie et même. selon un autre registre kantien. à la présence de l'être. en guise d'arrière­ nalité de notre philosophie transmise et qui appartient mondes. un discours passant par la Pensée et le Réel. il est encore concept. universels du savoir scientifique. mais l'être même des êtres ou. l'énoncé de cette rupture : la philosophie hégélienne est déjà Ce qui ne voudrait pas dire . Ce désaccord est déploré dans le Les vérités de la Représentation occupent. L'œuvre d'arrière-garde saisissable. Mais Pensée inte"ogative. Le rationnel est syn­ langage dit métaphysique qui pour être antique n'est ni per­ thèse. malgré leurs l'avait déjà compromise à cause du désaccord entre philo­ contradictions réciproques et leurs apparents exclusivismes. toute créance. de Husserl. c'est-à-dire présence . La pensée de l'anima­ psychanalyse des matériaux déconstruits. comme informée de cette hybn's de la philo­ une nouvelle apparence transcendantale ? On a souvent sophie parlant la langue de la perception ou exprimant dénoncé ce langage de la représentation en philosophie où l'arrangement de l'ordre cosmique ou l'enchaînement d'évé­ les vérités s'énoncent comme si elles étaient les vérités de nements historiques. L'effort de Jeanne Delhomme. consiste à trouver au langage sur l'être. Accéder au rationnel. sous plus du ressort de la Représentation. Entre nous La Philosophie et l'Éveil donné. La philosophie de Hegel apparaît. de son côté. par une c'est-à-dire être : monde et présence. lequel n'est la philosophie signifie de nos jours. et à côté des résultats dénonçant un certain langage parlent encore la langue qu'ils cohérents. l'agencement de quelque pièce d'une subtile horlogerie de ne portent plus le modèle de la vérité . hypostasie le sens de ses pensées. cette dépréciation de pouvoir passer de la Représentation au Concept. peut-être le plus claire­ plus une modalité de la Représentation. du moins une lité raisonnable s'accomplit dans l'Idée où l'histoire se pré­ signification de symptômes de quelque idéologie. communicables. leur des philosophes une autre signifiance que celle d'un parler être en tant qu'être. sont en train de condamner. à proprement parler sans préfaces. sublimés et conservés. dans leur texture science. mais la règle intrinsèque mée.signalons-le en passant tout de un discours dialectique quand elle est seulement sur le point même . d'aujourd'hui. elle s'expose comme cela ne serait pas exact de l'art. si l'on veut. ment. sophes. la logique de son logos. la narration. par exemple. il est l'une des motivations de la Cri­ déterminés du discours dialectique. Philosophie qui récupère les la philosophie a perdu. depuis la moments déterminés. syn-chronisation de l'historique. la Nature ou du récit historique et comme si. Vers elle tend la dialectique où se retrouvent . jusqu'à l'Impossible Inte"ogation. La vérité philosophique ne serait pas quelque sublime perception. à la représentation de l'être. Mais.que la philosophie serait le règne du mensonge de s'y rallier. auquel elle ne sait encore à la sagesse de la perception et du récit allant vers le trouver d'autre portée qu'antique. 2. la conscience du contresens que perpétue une philo­ Il en conserve cependant un élément qui marque la ratio­ sophie enlisée dans son langage et qui. La rationalité consiste à le thème de la fin de la métaphysique. la place qui leur revient logiquement. en le discours comme logos n'est pas.c'est­ à-dire s'identifient. telle qu'elle se justifie en 1 9 1 0 dans le célèbre mais le processus de la pensée et de l'être et sa vérité ne sont article « Philosophie comme science rigoureuse ». dès avant la crise au monde ? Signifie-t-elle. c'est saisir. depuis longtemps. Elle n'use jamais de méta-langue. philosophie et vérité. les moments par- 94 95 . Philosophie cohérente jusqu'à avoir antique et même ontologique. où elles s'entendent comme celles de la science de la d'un discours. alors que les philosophes Mais prise pour un savoir antique. elles constituent des l'être. de nos jours. des péripéties de la dialectique. elles se référaient encore à tion entre un sujet et un objet auquel le sujet se conforme. Le savoir n'est de cette philosophie en retraite consiste à dé-construire ce plus la perception. sente. Elle « vérités » de l'histoire de la philosophie. dans un certain sens. La perception. dans leur structure antique de corréla­ savante et même sophistiquée. de quelque sensibilité subli­ une ouverture sur quelque chose. ou du mouvement de tique de la Raison pure et de la recherche phénoménologique l'être en tant qu'être. à des moments Discours de la Méthode. ception ni science et auquel on voudrait découvrir.

Conciliation des contradictoires : de l'iden­ noménologie husserlienne se reprend elle-même dans une tique et du non-identique l'identité ! C'est encore la philo­ leçon transcendantale où l'être-donné-en-original se consti­ sophie de l'intelligibilité du Même. l'ultime .si qu'elles inspirèrent . le substantif. valoir la pensée autrement que comme explicitation de dans la drotture de la conscience spontanée. comm� une possibilité . Le pré-prédicatif vers qui ont marqué les tentatives. sous leur tiques dans la constitution du sens et les 1deen 1 affirment la forme hégélienne et néo-hégélienne. La philosophie husserlienne permettait de faire . la phéno­ savoir humain. vise Hegel. dans le savoir. elles-mêmes ».. Tout en restant exté­ phénoménologie. demeurent sans doute. à l'être « en l'expérience. encore aujourd'hui. Celle-ci est toujours expérience de l'être ou 96 97 . Nachdenken demeure. L'influence de la phénomé­ prédicative (en tant précisément qu'elle est expérience) et nologie des Recherches Logiques. à la vérité-évidence-de-l'être-donné. fidèle au modèle ontique de la cette critique témoigne d'une désaffection profondément vérité. retournant « aux choses l'ultime geste du philosophe réfléchissant. L'au-delà du langage promis par les Même et de l'Autre.deux tiers de siècle . à la vérité de l'évidence où les choses « se montrent en original .ontique et ontologique .. du Même. à la vérité - ouverture.d'une philosophie fière qui. la phé­ l'Être. sur le point de se faire discours dans son articulation spiri­ ne s'excuse pas de philosopher : possibilité d'une humanité tuelle. est apophantique dans sa structure la plus intime. avec le Même. devant les sciences. ce discours dût-il repousser la dialectique. Philosophie de la Présence. de la conscience à l'étant identifié : la manquer ni les lendemains du système hégélien. Mais. rapport qui soutient les notions de l'être et cieuses ? Intenable dans l'effort de retourner naïvement.ne se montrèrent-elles pas aussi falla­ avec le monde.critique disséminée un peu « synchronise ». Entre nous La Philosophie et l'Éveil courus diachroniquement. l'étant et le Même . le flux de la conscience.demeurent les termes privilé­ découverte du conditionnement social et subconscient du giés et originaires de la conscience. demeure et le premier dan� les soixante-six ans . de trans­ lequel . ni les nouveaux désaccords entre philo­ essentiels à la structure de la re-présentation et de la vérité sophes que le message hégélien n'a pu empêcher . ni les crises conscience comme pensée du Même. surtout. méconnaître la référence.la phénoménolo­ discours dialectique et même à l'égard du langage lui-même. La perception.celles de Husserl . Recherches Logiques ne dispense pas ces Recherches mêmes Le déroulement dialectique de la rationalité et le proces­ de faire valoir le rôle irréductible joué par les signes linguis­ sus de l'être en guise de la logique du logos. ainsi. avec l'étant. c'est-à-dire de celle qui n'oublie pas encore ou peut. de ce système issues. Le jugement sévère que porte Husserl sur ménologie elle-même dégage ces structures par la réflexion l'arbitraire des constructions spéculatives. Nous pensons cependant que malgré son expression du positivisme naturaliste. mais une méfiance à l'égard du gnoséologique . dans sa relation avec le ressentie par toute une époque et qui ne se dissipe pas pen­ présent. dans son acte philosophique de l'ultime rieure à l'œuvre hégélienne dans le détail de son exécution. du Monde. La partout dans son œuvre -. loppement des sciences dites exactes et dans les techniques Et. le nommable. Mais à ses souvenirs ne peuvent chez Husserl. le saisir. dans sa Philo­ qui est une perception interne et où le procédé descriptif sophie comme science rigoureuse . ainsi. On ne mOre. gie appelle l'attention sur un sens de la philosophie où elle Les promesses nouvelles d'une philosophie scientifique ne se ramène pas à la réflexion sur le rapport de la pensée . par-delà la tension du tue dans l'immanence. d'autre part.comme pour mettre en question la pensée logique - former le monde . n'atteste pas seulement les difficultés 3. sous-jacence des thèses doxiques à toute vie consciente qui. de chair et en os >> jusque dans ses formes catégoriales. ni le pâlissement de sa rationalité devant remonte l'analyse se noue d'emblée autour des substrats' celle qui triomphe et se communique à tous dans le déve­ supports de toutes les modifications formelles du logique.qui nous mouvement de l'âme naïve dans son expérience pré­ séparent de ce texte husserlien.peut-être dès lors. ni la comme vérité de la présence . ininterrompue n'oublie plus son passé.

Les glissements et les déplacements révolution de la Réduction phénoménologique .révolution de sens (Sinnesverschiebungen) . lequel se complaît dans son thème. recherche scientifique dans sa droiture objectivante selon le est expérience. apparaît et. thématisé. Mais pensant en termes de savoir. Le savoir déjà trahie par le savoir. n'était pas seulement lumière. quelque vin mystérieux. Il y aurait une hétérogénéité radicale . en pleine déjà.se jouent au cœur de la conscience objectivante. l'expérience extérieure. ne se maintient pas dans psychisme autre que celui du savoir du monde. pour employer une Tout en en appelant à l'intuition comme au principe des expression du Deutéronome. Naïveté qui guide cependant encore la sée à l'échelle du sujet et qui. le fait d'une unité bon sens. telle l'unité de l'aperception transcen­ l'évidence du monde en tant qu'état où se tient la raison dantale où le divers vient s'unir sous une règle stable. regimbé et qu'il aura refoulée en lumière. dût-elle commencer dans regard objectif sans trouble reste sans défense contre les l'étonnement. comme acquis. dans sa lucidité. La pleine intelligence du apparaissant. Or. Comme si. sous sa présence. par quelque dialectique. la raison identifiant référé à lui-même dans l'identification. le fait d'un sujet conscient. elle cuvait. les '' Prolégomènes >> des Recherches d'être incité à récupérer. dans son intention ontique dans les analyses husserliennes elles-mêmes toujours plus de regard.qui est connais­ tité et où se laisse certes surprendre l'origine des notions de sance du monde . quelque façon dans son état ou. Dans leur essence objective. Vie appelée dès lors. pensée qui. celles-ci se déplacent. de la oubliée ou anémiée dans le savoir. se trouvait bouché par son objet même et subissait surprenantes que le « système » et le discours program­ spontanément une inversion ou s' '' embourgeoisait >> en matique. mais l'évidence et aux horizons du Même où elle se montre (ou à assoupissement de l'esprit et comme si elle exigeait une la nostalgie de cette présence) comme à la rationalité de la rationalité dans un autre sens. ni même l'initiale modalité du subjectif dence ! Comme si le regard naïf. Sous le repos en soi du Réel tout se passe comme si. comme résultat mis en dépôt dans quelques s'absorbe dans l'objet au point d'y perdre son âme et son écritures séparées de la pensée vivante . Fouiller l'horizon objectif du donné logisation. par principes où l'être se présente en original et dans son iden­ conséquent. Il faut changer de plan. en tant que telle précisément.une différence vivante : utiles à des opérations de calcul.entre la vision du monde empruntés au langage et aux opinions que le langage char­ et la vie sous-jacente à cette vision. Réduction lève une vie contre laquelle l'être thématisé aura malgré sa lucidité pour l'ordre objectif.car contre le monde .n'était pas seulement la spiritualité et la l'Être et du Même. des signes mettant en échec la dialectique . comme si. Il ne s'agit pas de surmonter raison. encore. Comme si fixe à ferme position. mais serait aussi comme l'obturation de la pensée naïve. rie se mettent à la place des significations de la pensée Mais il ne s'agit pas d'ajouter une expérience intérieure à vivante. dont. s'engraissait. pen­ écarts du sens. d'y devenir muet et anonyme. l'aventure de la connaissance . la totalité Logiques ont assuré l'objectivité contre toute psycho­ à partir d'une partie. Des intentions assoupies réveillées à la vie rou- 98 99 . sans heurter en rien absolue ou apodictiquement connue. la phénoménologie husserlienne met en question une quelconque limitation du vu. la chose du monde la mieux partagée. à son insu. la l'être marchait en somnambule ou rêvait debout.jeux ensorceleurs ou ensor­ permanente. ce médusait et pétrifiait la vie raisonnable qui vit cette évi­ n'est pas la seule.et même le savoir nom. dans sa suffisance. ainsi. L'apparaître de la présence n'est certes pas trom­ dans le thème où il se présente serait encore une démarche peur. Et c'est la la plénitude de son sens.il faut remonter à un pense et qui s'oublie dans l'objet -. tout en se référant à cette présence dans rationalité de l'évidence. par ailleurs. comme le dira Husserl cependant sa marche rationnelle spontanée et naïve. reste adéquation du donné au « signitif ». La Réduction réanimera ou réactivera cette vie celés . d'élargir les horizons jusqu'aux enchaînements formels logico-mathématiques appartenant au plan où le vu. Par un mouvement donné dans le thème d'une pensée absorbée par ce qu'elle contre-nature . Il faut remonter du monde à la vie et cela sous l'œil ouvert du penseur. Entre nous La Philosophie et l'Éveil présence au monde. bonne conscience claire et distincte.

conscience. mondain. Toutefois si la réduction n'achève pas le thème dans son identité de résultat. << l'évidence vivante ajoute-t-elle à la rationalité de la conscience naturelle visant du je suis » (wahrend der lebendigen Gegenwart des Ich bin). se trouve ainsi mis façon adéquate et est. Et principiel de l'apodictique ne tient à aucun nouveau trait de cependant. préalable à la distinction du sujet et de l'objet. la vie subjective oubliée emphatique sur le mot vivant. comme le dit Descartes. semble chercher la certi­ réduit-il au recouvrement adéquat ? (L'exception du cogito tude. la Réduction libère la thématisation. dès le début du discours husserlien. dans le Monde.l'expérience pré-réflexive du réduction transcendantale serait ainsi. des normes de l'adéqua­ son psychisme ? L'adjectif de vivant ne souligne-t-il pas tion. Et voici que dans les Méditations Cartésiennes (§§ 6 et découvre de"ière la conscience soumise à son destin ontique 9). pour dégager ce qui porte le nom de conscience pure . pour mesurer le degré de certitude ou tinction de son savoir ? ) La vivacité de la vie doit-elle s'inter­ d'incertitude de cette expérience. dans la notion de proto- 1 00 101 . de l'importance qui. de l'obédience à l'œuvre achevée de l'identification. Le le monde et où le recouvrement du visé par le vu est impos­ sujet comme raison intuitive en accord. Dans l'adé­ en question. Il tient à une portion de fixer les conditions subjectives de la validité de la science limitée. dérangeant l'identité du Même. dans toute son ampleur. sous le titre de une philosophie du savoir . on le sait également. inachèvement tranchant sur les normes que commande du temps immanent connotent. avec un accent faire valoir. L'apodicticité se loge l'attitude transcendantale. Mais on peut aussi dire que. un pré-savoir ? Ne faut-il pas dire autrement pensée sensée du monde lui-même.de l'être et du Même . c'est la présence vivante du moi à lui-même » (die propre de cette vie transcendantale et quelle rationalité lebendige Selbstgegenwart). qu'une conscience confuse ou obscure. il s'agit moins pour Husserl l'évidence. comme re-présentation de la présence. réveillant la sub­ l'inachèvement de la perception et de la science portant sur jectivité de l'identité où elle repose dans son expérience. Et le style même de la phénoménologie husser­ quation de la réflexion s'achève ainsi et se ferme sur lui­ lienne multipliant les gestes de réduction et effaçant dans la même un savoir qui est à la fois du savoir et du non-savoir. Et c'est là qu'apparaissent. Le rapprochement avec la posi­ dans une intuition inadéquate. seulement théorie de la connaissance. adéquate à la pensée. une pré­ appuyée à la certitude de la réflexion. Le caractère indubitable ou tion kantienne que ce langage rappelle est bien connu. étalon de tout sens vrai dans une hylé d'avant l'Auffassen.de vécu . Quel est l'intérêt noyau. malgré l'inachèvement du savoir et de l'identifica­ serliens sur le temps et dont les Conférences sur la conscience tion. à un noyau du champ de la conscience dit « propre­ du monde ou d'en dégager les présupposés logiques que de ment adéquat ». mais l'enseignement l'importance que ce terme aura pris dans les manuscrits hus­ d'un sens. toujours nouveaux. ainsi. à la clarté et à la dis­ expérience est faite. La terme d'Erlebnis . comme repli sur la certitude du cogito. avec sible. raison dans l'adéquation du savoir.dans une l' erleben. toute trace de subordination au mais toujours psychisme sensé.tient-elle rience du monde à la réflexion sur les cogitations dont cette véritablement.on connaît son évidence. accompli Le caractère vivant de cette évidence ou de ce présent se d'abord sur la voie dite cartésienne. des expressions comme « ce par la pensée tournée vers le monde. elle reconnaît et mesure cette inadéquation d'une l'être. à aucune nouvelle lumière. revient l'être qui ne se peut que comme rassemblement complet au mot Erlebnis exprimant la façon du sujet ? Désigné par le dans un thème. cette rationalité apodictique de la réflexion sur la dans la pensée du Même ? conscience réduite n'est plus le fait de l'adéquation de La réduction signifie le passage de l'attitude naturelle à l'intuition au signitif qu'elle remplit.on peut se le demander . le monde ? Le passage à la vie transcendantale.ce style n'appelle-t-il pas l'attention sur ce qui se 4. Nous sommes encore dans préter à partir de la conscience ? N'est-elle. non pas un simple moi n'est pas qu'un moment de la pré-objectivation. Présent vivant . et. appelée apodictique. inlassablement. plus loin. La voie remonte de l'évidence inadéquate de l'expé­ cartésien elle-même . Entre nous La Philosophie et l'Éveil vriront les horizons disparus.

en partant de la lité du réveil. comme refaisant le dérange­ s'y montre dans le traumatisme de l'éveil. Ce n'est pas vécu est vécu pour un moi qui. décrit la façon dont ture de l'égalité de l' " âme égale » rupture du Même de Autrui m'arrache à mon hypostase.dans la tautologie silencieuse du pré-réflexif ma peau. •• Le sommeil. laquelle reste ouverte à la concilia­ C'est cette relation avec l'autre moi où le moi est arraché tion et est surmontable par assimilation. Dans l'identité de la si identique à moi-même. La Réduction. un moi je me vois à partir de l'autre.possibilité du dégrisement où le du subjectif qu'elle laisse signifier.pourtant si évidemment primordial et hégémonique.qui passe au second plan : . savoir absolu . sans se confondre d'autrui (et toute l'expressivité de l'autre corps dont parle avec . Transcendant dans l'immanence. pour Husserl. la subjectivité se réveille der de près. irréductible à l'adversité. ultime de ma « mienneté ''· Dans la collation du sens de Son immanence est le rassemblement dans la synthèse pas­ « moi » à l'autre et aussi dans mon altérité à moi-même par sive du temps d'une présence à soi. n'est aucunement préparé dans un germe quelconque qui La réduction intersubjective ne se dirige pas seulement porterait le passé. l'homogénéisation de l'espace qui ainsi se constitue . à l'intérieur de l'immanence. je m'expose à autrui. que par rapport à la veille et porte en lui-même la potentia­ Contre la simple abstraction qui. la sensibilité est dial.. caractérise celui du présent dans la durée bergsonienne. je me pose. Le elle-même. Dans la « secondarité >> où. se libère de soi.s'accuse une différence entre le même et le même. c'est s'en distingue. ou au centre du monde où. L'explicitation du sens qu'a pour moi - modèle de la conscience de soi. dans l'ivresse ou l'idéalisme d'une subli­ la hylé avec elle-même pour différer de cette immanence mation quasi magique. privilégié et en ce sens primor­ Dans la Psychologie phénoménologique. nécessaire à la réflexion elle-même entendue comme de la conscience qui ainsi est vécue : l'autre qui l'appelle connaissance et. malgré l'inter. qui. La subjectivité du sujet dogmatique. face à l'autre. la se confondre avec ce qui le sollicite. devant le visage soi-même sommeillant dort à l'égard de . il jusqu'au bout l'élément de l'esprit. dans sa phase finale moi. écrit Husserl (Husserliana IX. Ici la prétendue à sa primordialité qui constitue l'événement non gnoséolo­ conscience de soi est aussi rupture. une différence au cœur de l'intime. dans mon " propre . « transcendance dans l'immanence ». Le l'objectivité du savoir qui dépend de l'accord entre sub­ présent vivant du cogito-sum n'est pas uniquement sur le jectivités multiples. 209) n'a de sens de l'égologique : de l'égoïsme et de l'égotisme. Mais le Moi qui surgit et où se rompt l'identification de poids terrestre et. Imprévisible. le cœur veille sans Husserl est l'ouverture et l'exigence éthique du visage). j'ai déphasage..l'ici et le se produit selon une certaine rupture dans la mesure où le là-bas viennent s'invertir l'un en l'autre. à l' ici. l'Autre fissure le même gique. si bien dans présence à soi . par suite d'une omission extatique ou angélique de son S. Entre nous La Philosophie et l'É veil impression. Mais cette présence à soi laquelle je peux conférer à l'autre le sens de moi .. ment du Même par l'Autre qui ne s'absorbe pas dans le 102 103 . à regar­ sphère primordiale perd sa priorité.un moi autre que moi... dès les Ideen 1. Waches /ch .moi en éveil. p. Différence des comptes à rendre. se réveille du sommeil qu'est la réduction intersubjective. à la Réduction égologique plus profond que lui-même. est reconnu comme moi . dans mon hic et nunc . par conséquent. Mais dans cet arrachement se révèle le sens vécue avant que la hylé ne revête la fonction d'Abschattung. le caractère explosif et surprenant semblable à prétation gnoséologique qui. en vue d'assurer la qualité sensible qu'il offre à l'adéquation du savoir. il est la rup­ moi primordial . » « conscience individuelle >> s'élève à la << conscience en géné­ ral ».. au cœur de l'être l'immanence : réveil et vie·. la théorie husserlienne de la réduc­ n'est-il pas à son tour une identification du Même ? Nous tion inter-subjective décrit l'étonnante ou la traumatisante ­ pensons que la Réduction révèle son sens véritable et le sens trauma et non pas thauma . et le traumatisme absolu qui se confond contre le « solipsisme » de la •• sphère primordiale » et le rela­ avec la spontanéité de son surgissement importe autant que tivisme de la vérité qui en résulterait.

c'est l'idée de science proprement dite. C'est au Dieu ne doit pas être faite trop vite. Transcendance. il y a. cendance de la vie. en dehors du savoir. n'est-ce tique et du non-identique . frappant secrètement tout court. Le psychisme de l'âme ou spiritualité de ivresse mais dégrisement. soit. Dégrisement toujours à dégriser. La raison la plus raisonnable n'est-elle pas la veille tude et les mouvements d'une éventuelle dialectique. Hegel lui-même . C'est ce que nous avons delà la connaissance. taines articulations de la pensée husserlienne que nous Il reste cependant que. par-delà la cri­ venons de montrer. par­ pissement dans la vérité spontanée. laquelle. dépassant notre capacité de fini .décrit le réveil. à l'insomnie ou à la veille (au Wachen) appelé embourgeoisement regimbant contre l'inquiétude de dont la connaissance n'est que l'une des modalités. Psychisme de la responsabilité pour autrui qui est le mier . comme excession. Jusqu'au bout. Éveil et dégrisement par Autrui qui ne laisse pas tran­ ment est vie concrète ? La vivacité de la vie n'est-elle pas quille le Même et par lequel le Même est d'emblée. mais apparaît aux sommets des philo­ tique de la technique. ras­ que nous avons appelé éveil ou vie. on pense l'idée de Dieu. Éveil à partir de prétend à son accomplissement. une pétrification ou une de la sobriété de la simple lucidité. éveil qui reste mouvement pre­ vie. n'est pas seulement attesté par cer­ tions ou ses réveils en d'autres termes qu'en ceux du savoir. l'éveil au sein de l'état de veille. une critique de la civilisation de la par la porte de l'intellect agent chez Aristote .qu'est Autrui .éveil à la conscience dont la conscience sance. Ce terme est la transcendance à l'autre homme et la transcendance à employé sans aucun pré-supposé théologique.lequel. Dans l'identité du sujet que ne protège pas la consistance atomique de du Même. on peut dire que n'est motivée que par les contradictions surgissant dans la la vie est enthousiasme et que l'enthousiasme n'est pas connaissance naïve. Fission la transcendance. Jamais la philosophie partant Que cette mise en question du Même par l'Autre. sans cesse. tion dans la philosophie de Husserl atteste comme une fer­ c'est la recherche de la reconnaissance par l'Autre chez meture au sein de l'ouverture sur ce qui se donne. L'éthique. met en question laquelle la pensée elle-même aspire comme à un repos. une critique du sophies : c'est l'au-delà de l'être chez Platon. au-delà faudrait redouter une hébétude. comme l'éblouissement dont parle 6. excédé. c'est l'exalta­ aliénée par son identité même. au sein de la demeure encore conscience du Même . c'est l'événement même de la transcendance comme de l'éveil n'est pas la vérité. à travers son sommeil. l'esprit reste le savoir . c'est l'entrée savoir en tant que savoir. semblement du divers dans le Même . le Même dérangé et moins parfaite à une connaissance plus parfaite.dans son achèvement et son pas l'événement où cette révolution permanente du dégrise­ repos.et ne se dérobe pas à l'autre . la réduction tenu en éveil par l'autre qui l'exalte. dans l'identité du Même à l'autre . Transcendance où.ne dira ses révolu­ le fait de la philosophie. la Réduction reste passage d'une connaissance douleur de l'œil excédé de lumière. contraire l'excession de la vie que toute théologie pré­ suppose. il la priorité du Même. L'intelligibilité du savoir se trouve Dieu en nous. La nécessité d'une Réduc­ tion de la raison théorique en raison pratique chez Kant . la plus éveillée. Si à partir de cette trans­ à laquelle le philosophe se décide comme miraculeusement. la distinction entre la subjectivité même du sujet ? Transcendance. issue de la science. malgré l'inquié­ paresse. peut-être.identité de l'iden­ veille comme état ? Et la relation éthique à l'autre. un assou. crise éle la science occidentale. dans Husserl.égalité de l'âme à elle-même.mouvement premier vers autrui dont la réduction linéament de cette transcendance et qui est le psychisme intersubjective révèle le traumatisme. Entre nous La Philosophie et l'Éveil Même . et ce de la présence de l'être . vivant et. la crise de l'esprit européen est une une veille à la veille d'un réveil nouveau. une complaisance en soi. Éveil comme un dégrisement. Descartes à la fin de la Troisième Méditation (texte français) : chez lui. Mais tout cela n'est plus dans Husserl. rupture du contenant par le non-contenable. c'est le renouvellement de la durée chez 104 105 . Ce n'est pas une forme qui cesse d'être son propre contenu déjà s'offrant en expérience de l'inégalité posée dans le thème d'une connais­ guise d'expérience . dans son retour à soi où la Raison identifiable l'unité de l'aperception transcendantale.

« opérant » non comme « prise . contradiction en guise de sensation : dolence de la douleur.éveil et dégrisement . capable de réunir en ordre n'entrerons pas ici dans les perspectives qui s'ouvrent ainsi à et d'embrasser en sens. rence au Non-contenable. La philosophie.d'où parlent les philosophies. mais contradiction qui n'est pas formelle comme celle de la tension dialectique entre l'affirmatif et le négatif se produisant pour l'intellect . les données partir de la signification éthique du veiller et du transcender les plus hétérogènes et les plus disparates. Ambiguïté catégoriale de qualité et de modalité. comme n'importe quelle sensa­ perçu ou assimilé. car sai­ un certain « contenu psychologique .ou de quel­ que arrière-monde . la façon de ne-pas-se-supporter. dans une conscience. notamment. mais un excès. à la fois ce qui dérange l'ordre et ce dérangement même. pénètre comme souffrance les sonne ne dénoue et où cependant :1 personne n'est permis dimensions de sens qui semblent s'y ouvrir ou s'y greffer. nécessaires aussi au savoir soucieux de réduire la naïveté de ]. la souffrance et. à un quelconque << trop >> quantitatif.à qui est empruntée la notion même du dégrise­ ment. mais comme révulsion.que nous avons essayé de dire la transcendance . ni un manque de rigueur. un relâchement d'attention. Reniement et refus de sens s'imposant comme qualité sensible . Transcendance qui ne La souffrance est. révolutions permanentes. sur le temps de sa diachronie comme réfé­ n'était pas seulement une donnée réfractaire à la synthèse.. laquelle. Entre nous Bergson . langage sive d'une sensation.. comme le vécu de la sissement préalable à toute position de sujet et à tout contenu couleur. PHENOMENOLOOIE sa conscience ou se prolongeant en épistémologie s'inter­ rogeant sur le sens des rés'ultats.ou comme Weltanschauung . ainsi nécessairement personnel et à entendre par-delà ses passant la mesure de notre sensibilité et de nos moyens de dits. l'insupportable précisément ne se supporte pas.. du contact. 107 . opposé au rassemblement de données en ensemble sensé. une donnée. dans la conscience. voilà en guise de contenu « expérimenté >> la façon dont. revient pas à une expérience de la transcendance. déjà inquiète de l'Infini. Transcendance ou éveil qui est la vie tion. c'est-à-dire à interpréter. Une modalité. Non seulement conscience d'un rejet ou symptôme de rejet. D'où philo­ conscience. mal. mais ce rejet même : conscience à rebours. elle est un malgré-la­ même de l'humain. Structure quasiment contradictoire. L'inassumable et l' « inassumabi­ sophie : langage de la transcendance et non pas récit d'une lité "· '' Inassumabilité » qui ne tient pas à l'intensité exces­ expérience : langage où le diseur appartient au récit. Nous Comme si au '' je pense >> kantien. sous ses formes à priori. un << de trop '' qui s'inscrit philosophes dans leur « intrigue » inter-subjective que per­ dans un contenu sensoriel. certes. employée dans cet exposé. ce sont les saisir et de tenir . LA SOUFFRANCE INUTILE Ce n'est pas comme connaissance du monde . paradoxalement. l'inassumable. est elle­ même une sensation ou une donnée. Mais dans ce « contenu » même. mais la façon dont le refus. c'est le dégrisement de la raison lucide chez Hei­ degger . du son. s'y oppose .

plus précisément. sans rien perdre de sa malignité sauvage. de par sa non­ souffrance. qu'elle soit « pour rien ». un gémissement ou un soupir. dans l'adversité. mais. Non du mal. impuissance. puisque le « contenu » dont la conscience endolorie moins qu'on puisse en dire. passivité . appel originel négation apophantique. et même subir le souffrance soit inutile. un cri. est donc le subir. violemment et cruellement. A la souffrance se réfère tout mal. est leur a été inauguré à l'hôpital Cochin �. Le mal de la douleur. Cette négati­ d'une couverture et.c'est-à-dire empiriques de la douleur. subir . qui s'isole dans la conscience ou absorbe le reste de la comme le lieu où la passivité signifie originellement. nique médicale certains cas de douleurs tenaces ou rebelles. à proprement parler. rapports où la souf­ se comprend le pâtir. Ce n'est pas. arriérés. indé­ conscience. à vrai chiquement déshérités. probablement. dans son mal. ce fond in-sensé que est consciente est précisément cette adversité même de la l'analyse paraît suggérer est-il confirmé par des situations souffrance. sans doute arrive-t-on ainsi aux faits essentiels de la douleur plus passive que la réceptivité . Elle est l'impasse de la vie et de l'être. mais où. Ce qui compte dans la non-liberté ou le pâtir de la tude . dans la passivité du subir. la nuisance même. au contraire. par la passivité que se décrit le mal. ils y sont projetés pour s'y exposer à chose. diminués dans leur vie de dire. Mais là. ne couvre pas d'une passivité qui dégraderait l'homme en portant plus la totalité du mental et tombe sous de nouvelles atteinte à sa liberté que la douleur limiterait au point de lumières dans de nouveaux horizons. sauf que. Le souffrir est un pâtir pur. la possibilité mal.signifiant comme quiddité et. Il ne s'agit france. l'angoisse et la détresse qui est déjà activité de l'accueil. et en quelque façon innocemment. intrinsèquement. Sans doute. leur absurdité où la douleur ne vient pas 1 . 4 avril 1981 intitulée « Le premier centre français de traitement de la dou­ la conscience. son mal. source ou noyau de toute plainte. plus irrémissiblement prioritaire de la médication qui est mon devoir. la passi­ lésions des nerfs périphériques et les tortures que peuvent vité du pâtir n'est l'envers d'aucune activité comme le serait éprouver certains patients atteints de tumeurs malignes 1• La encore l'effet corrélatif de sa cause. comme le serait la douleur peut devenir le phénomène central de l'état mor­ réceptivité sensorielle corrélative de l' « ob-stance » de l'objet bide : ce sont des << douleurs-maladies » auxquelles l'intégra­ qui l'affecte et l'impressionne.passivité extrême. de celle où passe une vité du mal est. Abstraction faite de ses conditions psycho-physiques et psy­ les névralgies et les lombalgies intolérables résultant des cho-physiologiques. dans l'homme. Mais on peut aller plus loin . plus négatif que tout non apophantique. ce n'est plus faire acte de Que dans son phénomène propre. Voir la chronique du Dr Escoffier-Lambiotte dans le Monde du « colorier » d'affectivité. elle est épreuve. que l'identité d'une leur « douleur pure ». Le mal de la que la négation qui domine ou paralyse l'acte dans la non­ souffrance . la sensibilité est vulnérabilité. qui d'emblée se fait per­ ajoutent à la cruauté du mal. la conscience. ce n'est plus. 108 109 . c'est par le mal que relations et dans leurs rapports à autrui. La passivité de la souffrance tion aux autres états psychologiques n'apporte aucun sou­ est plus profondément passive que la réceptivité de nos sens lagement. Ici. c'est la concrétude du non surgissant comme intégration dans l'unité d'un ordre et d'un sens. Ces horizons restent compromettre la conscience de soi et de ne laisser à cependant fermés aux déficients mentaux. l'absurdité. << prendre conscience ». en quelque façon sans mélange et une modalité . plus passive pure . ainsi. Dans la souffrance. Il suffirait par exemple d'extraire de la chro­ pendamment de son opposition conceptuelle à l'activité. Entre nous La souffrance inutile Dans son malgré-la-conscience. la souf­ l'éclatement et comme l'articulation la plus profonde de france est passivité. peut-être. abandon et soli­ liberté. encore.n'est-il pas aussi l'inassumable et. négatif jusqu'au non­ sens. Précisément un mal. L'humanité de l'homme qui souffre est accablée par moi en soulevant le problème éthique fondamental que pose le mal qui la déchire autrement que la non-liberté ne la douleur << pour rien » : le problème éthique inévitable et l'acéable .en évoquant les « douleurs-maladies » des êtres psy­ que l'expérience. dans sa pure phénoménologie. prendre .et ception.

Souffrance décrite souvent à la limite de son inuti­ • et il relève Rav Yohanan de sa couche. fût-elle elle-même. Voici un dialogue ou un apologue talmudique (Traité Berakhot du Talmud babylonien. ne de se trouver élevée en un suprême principe éthique . sans issue. au secours curatif. Et le visi­ Je pense aussi à la tradition religieuse juive qui m'est familière. primordiale. ma propre aventure de la souffrance nement de la mort .malgré la médecine comme technique et par conséquent la tech­ ces cruautés. une demande d'analgésie plus impérieuse. Question : Rav Yohanan ne pou­ lité "· Cf. qui s'annonce à l'issue d'un attendre d'un Dieu tout-puissant.Donne-moi ta main. Entre nous La souffrance inutile à l'aide. attestée dans rieure à la structure immanente du mal : • Rav Hiya bar Abba tomba la tradition spirituelle de l'humanité peut signifier une idée vraie : la souf­ malade et Rav Yohanan alla lui rendre visite. » " récompense à elle attachée " "· 1 10 111 . . mais plus spirituellement proche que la l'autre homme. de quelqu'un d'autre. la technologie si aisé­ comme le nœud même de la subjectivité humaine au point ment exposée aux attaques du rigorisme « bien-pensant . à cause de ces cruautés -. la souffrance pour la souffrance inutile de ment certes. de son sujet de quelque prédication. p.Ni elles. l'essai de phénoménologie par lequel nous avons 2. Cf. au je suis • teur relève le malade de sa couche. pure. C'est comme souffrance en moi et non pas enfermement et de son recours à l'autre homme. que la souffrance bienvenue. de son désespoir intrinsèque et incompensable. mettent.disons-le en passant . au secours de l'autre 1 moi dont injustifiable d'autrui. le psychisme s'enferme et comme événement Dans l'ambiguïté de la souffrance que faisait ressortir de la transcendance et même comme une interpellation de Dieu. encore clignotante. plus difficile­ souffrance. la souffrance qui illu­ frances te conviennent-elles ? . et la le gémissement qu'une demande de consolation ou d'ajour­ souffrance en moi 1. si radicalement mienne qu'elle ne saurait devenir de la souffrance. auxquelles se mêle le thème de l'expia­ récompenses qu'elles promettent. ni les récompenses qu'elles pro­ mine. Souffrance en moi. n° 41. Attention à la souffrance C'est à partir de telles situations . dit Rav Hanina. de les incertaine. ouvre sur la souffrance la perspective l'altérité. à en devenant une souffrance pour la souffrance. Même question : parlent certains textes talmudiques et qu'ils nomment Yessourine chel • Tes souffrances te conviennent-elles ? Même réponse : .Donne-moi la main.et jusqu'à sance ».Ni elles. note précédente (2. Cette mauvaise volonté n'est peut-être que l'éven­ commander les espoirs et la discipline pratiques de vastes tuel prix à payer par la haute pensée d'une civilisation appe­ groupements humains. Pour la souffrance prendre un sens. irréductible. Nous renvoyons sur ce point au beau livre de Philippe Nemo : Job et l'Excès du Mal (Grasset 1977) : la résistance même de la souffrance à la 2.E synthèse et à l'ordre est interprétée comme la rupture et la pure imma­ nence où. De Dieu la conscience de siècle de souffrances · sans nom. tion pour les autres. ni elle.ODJCP. dont l'extériorité promettent le salut ? Ouverture éthique de l'inter-humain. le seul dont la souffrance soit susceptible. plus urgente dans pour moi impardonnable et me sollicite et m'appelle. peut s'affirmer nologie en général qu'elle suppose. LA THl?. la souffrance qui est recherchée par les personnages de Dostorevski. mais où la souffrance de la cette obligation sans dérobade possible /fend. Il 1ui demanda : Tes souf­ france expiatoire du juste souffrant pour les autres. extl­ comme souffrance en général. se dessine un au-delà dans l'inter-humain 2• inexorable.que d'autrui qui. éthique. Attention et action qui incombent lée à nourrir les hommes et à alléger leurs souffrances. aussi notre analyse de ce livre dans le Nouveau Commerce. .la catégorie anthropologique du médi­ dont l'inutilité constitutionnelle ou congénitale peut cal. intrinsèquement insensée et condamnée.à travers différence radicale entre la souffrance en autrui où elle est. ni la • dégager de son enfermement. la souf­ vait-il pas se lever tout seul ? Réponse : Le prisonnier ne saurait seul se france est aussi ce qui ne me convient pas » « . 1 . où. à travers les cruautés de notre siècle .si impérieusement et si directe­ Haute pensée qui est l'honneur d'une modernité encore ment qu'il ne leur est pas possible sans déchoir. ni les Ahava "• souffrances par l'amour. dit alors le visiteur au malade. 1 10).le procèdent pas seulement de la prétendue « volonté de puis­ seul qu'il ne soit pas possible de contester . Dans cette perspective se fait une originelle vers le secourable où vient s'imposer . la juste souffrance en moi pour la souffrance confiance en une quelconque théodicée. à la médication.à leur moi .. aux hommes . dans l'épreuve du juste. Mais voici que Rav Yohanan malade d'amour » du Cantique des Cantiques "• à la souffrance dont • lui-même tombe malade et est visité par Rav Hanina. page 5 b) où se reflète la conception du mal radical 1 . essentiellement.

certes. N'est-elle pas sensée enseignements immédiats de la conscience morale. c'est accroître sa menant au Bien. Cette d'une perversion ontologique. rôle d'un signal d'alarme se manifestant pour la préserva­ invisible. mais où elle se donne des raisons ou se fait une rai­ l'histoire une méchanceté et une mauvaise volonté ? son. nologie. essentiellement gratuite et absurde et apparemment l'être. Entre nous La souffrance inutile commencé la présente étude la modalité se montra aussi inutiles qui dérivent des fléaux naturels comme effets contenu ou sensation que la conscience « supporte ». Perspectives suprasensibles pour entrevoir dans la souf­ sur la persévérance de la société et de l'individu dans france. en tout cas. On ne saurait. en tant que quiddité. Utilité sociale de la souffrance nécessaire souffrances d'ici-bas. sur la valeur de l'existence. rière la rationnelle administration de la douleur dans les en tout cas. Le mal qui emplit la terre s'expliquerait elle pas le commencement de la sagesse ? Ne s'imagine­ dans un « plan d'ensemble » : il serait appelé à expier un t-on pas que les souffrances. l'une des forts. Elle Croyances présupposées par la théodicée ! Voilà la grande serait nécessaire à la téléologie de la vie communautaire idée nécessaire à la paix intérieure des âmes dans notre où le malaise social éveille l'atter·ion utile à la santé du monde éprouvé. certes. « Accroître sa sagesse. entre en cière de la souffrance elle-même que révèle sa phénomé­ conjonction avec d'autres « contenus » qu'elle dérange. se demander si la théodicée au sens déjà sous les formes raisonnables qu'empruntent les large et étroit du terme réussit effectivement à innocenter « usages » sociaux de la souffrance. ne Dieu ou à sauver la morale au nom de la foi ou à rendre rendent pas moins scandaleuse la torture qui frappe et supportable la souffrance et quelle est la véritable inten­ isole dans la douleur les handicapés psychiques. le façon. en invoquant la signification propre espère salaire et perd ainsi. de diverses d'un ordre métaphysique. dans la Nature et dans l'Histoire dont elle tion de la vie contre les dangers sournois qui la menacent commanderait les chemins. la peine de L'humanité occidentale aura cependant recherché le souffrir peut prendre le sens d'une peine qui mérite et sens de ce scandale. voulues par une sagesse bienveil­ l'effort qui mène à une œuvre ou dans la fatigue qui en lante. Elle est appelée à faire comprendre les corps collectif. certes douloureux mais dans la maladie. rence à une faute originelle ou à la finitude congénitale le dressage et la répression. ontologiquement régénèrent les ennemis de la société et de l'homme ? Téléo­ limitées. d'une éthique. ni méconnaître la sanctions. revêtant profondeur de l'empire qu'elle exerce sur les hommes et aussitôt les apparences douteuses de la répression. l'arbi­ le caractère epochemachend . péché où il annoncerait aux consciences. Mais der­ tion de la pensée qui recourt à la théodicée. Celles-ci prendront un sens par réfé­ aux fonctions pédagogiques du Pouvoir dans la formation. des crimes et de l'oppression des faibles par les jusqu'aux épreuves du xx• siècle du moins. compensation ou récompense à la fin des temps. en quelque résulte ? On peut lui découvrir une finalité biologique. Douleur désormais sensée. invisibles dans les manières. ou bonté répandue.de son entrée dans la pensée. Par-delà la malignité fon­ adversité-à-tout-accord. par cette bonté sur-naturelle . en sous-estimer la tentation. Règne comme moyen en vue d'une fin. tuel. Mais le mauvais et gratuit non-sens de la douleur perce On peut. subordonnée peine » dit l'Ecclésiaste (1 . sur leur santé admise comme fin suprême et ultime. une signification et un ordre. semble-t-il. guerres. rejoint dans une espèce de fatalité les souffrances composantes de la conscience de soi de l'humanité euro- 1 12 1 13 .ou historiai comme on dit traire et l'étrange échec de la justice au milieu des aujourd'hui . distribuée par les tribunaux humains. 18) où la souffrance apparaît au d'une façon ou d'une autre à la finalité métaphysique moins comme le prix de la raison et de l'affinement spiri­ entrevue par la foi ou par la croyance au progrès. La crainte du châtiment n'est­ de l'être humain. Elle a été. arbitraire. l'expérience humaine n'atteste-t-elle pas dans certes. Déjà à l'intérieur d'une conscience isolée. logie politique fondée. qui. sa modalité d'inutile. par la bonté absolue d'un Dieu défini. quand elle pointe dans des fins transcendantes. subies comme sanctions. Elle tremperait aussi le caractère de l'individu.

les génocides d'Auschwitz et du avait besoin de martyrs. La disproportion entre la souffrance et toute théodi­ athée. A côté de la référence majeure lypse . implicite dans l'Ancien Testament où le Je veux évoquer ici l'analyse que le Juif canadien. Elle dominait la conscience nalisme et dont la geste. le dentale et les formes que la souffrance et son mal puisent massacre pour le massacre.fût-ce comme apoca­ du moins. Siècle qui en . Les Albigeois sont rismes de droite et de gauche. mais qu'aucune raison ne 1 . était associé à Lumières. ]. confiant cependant en l'efficacité du Bien. le mal pour le mal [ . de la misère et de la maladie. dans certaines circonstances. Mais la théodicée . morts pour leur foi en croyant jusqu'à la mort que Dieu Hiroshima. toire 2. par le yeux. par ses péchés. Il est sans précédent égale­ 3. Le mot de Nietzsche sur la mort de Dieu de la guerre. cette théodicée est. traduit en français et préfacé par le Père Bernard Dupuy : " Le génocide nazi du peuple juif. capables de trouver leur de tout ce que ces noms barbares signifient. Mais dans le déroulement même de ce siècle.que la destruction de tout équilibre pouvoir. . de l'injustice. » Je pense que sous le règne de Hitler nous paraisse le paradigme de cette tous les morts du goulag et de tous les autres lieux de torture en notre souffrance humaine gratuite où le mal apparut dans son siècle politique sont pr�sents quand on parle d'Auschwitz.mais aussi un événement de sons (et cependant effroyables) comme la conquête du l'Histoire Sainte . plus unique encore que le crime lui-même fut incontes­ trente ans a connu deux guerres mondiales. encore non expiée par les catastrophe de l'humain et du divin dans son œuvre et souffrances de l'exil. de ceux qui nous ont dit parfois en Que parmi ces événements. Les Chrétiens noirs ont été massa­ Cambodge. appelé à triompher. Verdier. l'Holocauste du peuple juif des notes enterr�es près de cr�matoires : Sachez ce qui s'est pa�. 2. . du croyant qui expliquait ses malheurs par le Péché ou. de Toronto. visible. c'est l'anéantissement pour l'anéantissement. hitlérisme et stalinisme. La Nature et ne prenait-il pas dans les camps d'extermination la signifi­ l'Histoire providentielles qui fournissent aux xviiie et cation d'un fait quasi empirique ? Faut-il s'étonner dès lors XIXe siècles les normes de la conscience morale. Elle persistait édulcorée au sein du progressisme jectif. en même temps. le drame de la Diaspora renvoie aux péchés d'Israël. Souffrance et mal imposés de façon délibérée. en empêche de penser 1 ? un certain sens. . le goulag. 1980. ]. se rat­ que ce drame de l'Histoire Sainte ait eu parmi ses acteurs tachent sur bien des points au déisme du siècle des principaux un peuple qui. Maurice Blanchot dont on connaît l'attention lucide et critique aux limitait dans l'exaspération de la raison devenue politique lettres et aux faits. a fait de cette mauvaise conduite des ancêtres.ignorant le nom que lui cette histoire et dont on aurait tort d'entendre l'âme col­ aura donné Leibniz en 1 7 1 0 . LA FIN DE LA THEODICEE ment en dehors de l'histoire juive. écrit-il. depuis toujours. �crire dans un souvenir d'Auschwitz. comment « et détachée de toute éthique. appartient encore à la Révélation . est sans précédent dans l'histoire juive. de la richesse [ . les totalita­ tablement la situation des victimes. 1 14 115 . Les massacres entre la théodicée explicite et implicite de la pensée occi­ des nazis. Même les génocides effectifs diffèrent de l'Holocauste nazi sous deux rapports C'est peut-être le fait le plus révolutionnaire de notre au moins : des peuples entiers ont été tués pour des rai­ conscience du xxe siècle .qui aux philosophes " donne à penser » ou qui les des Chrétiens à la Faute Originelle. et. d'un territoire. n'est peut-être pas un sentiment sub. horreur diabolique. Sa possibilité met en question la foi traditionnelle­ simple jeu des lois naturelles et historiques. expliquait aux exilés eux-mêmes la notamment dans son livre la Présence de Dieu dans l'his­ durée et la dureté de cet exil. n'oubliez pas. cée se montra à Auschwitz avec une clarté qui crève les immanent à l'être. multimillénaire. Entre nous La souffrance inutile péenne. La philosophe �mil Fackenheim.est aussi ancienne qu'une lective et le destin comme limités à un quelconque natio­ certaine lecture de la Bible. Siècle qui s'achève dans la hantise du retour crés à cause de leur race. jamais vous ne saurez. note quelque part : Comment philosopher.

est voué à sa fidélité au judaïsme et aux pos et toute pensée qui l'expliqueraient par les péchés de conditions matérielles et même politiques de son exis­ ceux qui ont souffert ou sont morts. Le Juif. ce fait même du martyre par les prétendus « réviseurs de l'obligation pour les Juifs de vivre et de rester Juifs pour l'histoire ». l'humanité qui dans toutes ces horreurs respirait - éthique . ne doit­ édifiant. destruction dont l'acte final absent dans les camps d'extermination. Elle rend impossibles et odieux tout pro­ après Auschwitz. la douleur d'autrui. théodicée qui s'impose devant la démesurée épreuve du Cette réflexion finale du philosophe de Toronto. Auschwitz des raisons sans rapport avec la foi juive et à cause de la comporterait paradoxalement une révélation du Dieu fidélité de leurs grands-pères qui les avaient laissés enfants même qui cependant à Auschwitz se taisait : un comman­ juifs » (pp. continuer l'Histoire Sainte ? une his­ Le problème philosophique que pose. mort don­ le porteur et dont son existence comme peuple prolonge née dans l'incessante destruction par les bourreaux de concrètement l'histoire multi-millénaire.la justification de la dou­ « solution finale » où la théodicée parut brusquement leur du prochain est certainement la source de toute impossible . le caractère injustifiable de la souffrance peuple juif.qu'elle continue à penser diabolique. le diable y était s'accomplit aujourd'hui dans la contestation posthume de très évidemment présent.reviendrait à parachever l'entreprise criminelle représentaient les êtres humains les moins corrompus par du national-socialisme visant l'anéantissement d'Israël et les ambigurtés de notre monde et le million d'enfants tués l'oubli du message éthique de la Bible dont le judaïsme est avaient l'innocence d'enfants. ni pour le philosophe que nous venons de citer. Mais cette fin de la tence. du même coup. semblait aller jusqu'au bout de son en principe. contre cette inhumanité .les fumées des fours crématoires de la temps. peut recevoir une signification universelle. souf­ ne pas se faire complices d'un projet diabolique. dans l'autre homme. C'est peut-être ainsi que le tique . Elle ne saurait sans se pervertir se faire prédica­ elle pas.rapport le plus droit à autrui . se narrer comme discours désordre . Pour une sensibilité sujet. à tant tifiant la souffrance de mon prochain ? De sorte que le de cruautés au cours d'un siècle où son Europe.ou à la dérive .ne plus assurer la continuation partie de ces six millions de torturés et de massacrés d'Israël . dans ses phénomène même de la souffrance dans son inutilité est. Le mil­ encore conserver. d'une façon lée en des termes qui la rendent relative à la destinée du plus générale. la dou­ toire qui en appelle davantage aux ressources du moi en leur inutile apparue dans sa malignité foncière à travers chacun et à sa souffrance inspirée par la souffrance de les événements du xxe siècle concerne le sens que peuvent l'autre homme.1 24). abandonner le monde à imm oralité. Elle ne joindre ? Ou incapable d'adhérer à un ordre .se confirmant. france pour rien. Entre nous La souffrance inutile réconfort dans une foi qui n'était pas en question. Douleur dans sa malignité sans mélange.ou à un saurait se donner en exemple. Renoncer après Auschwitz à ce Dieu juives de l'Europe Orientale qui constituaient la majeure absent d'Auschwitz . dans une foi plus difficile que naguère. pour Émil Fackenheim. à sa compassion qui est une souffrance 1 16 1 17 . Les originaires des communautés dement de fidélité. 123. après la fin de la théodicée. dans une tion.des forces aveugles qui infligent le pour-l'autre . de Sarajevo au Cambodge. Car si Dieu était cette dignité de martyrs.est l'aven­ malheur aux faibles et aux vaincus et qui l'épargnent aux ture la plus profonde de la subjectivité.va-t-elle. Mort de martyrs. D'où. son intimité vainqueurs auxquels il importerait aux malins de se ultime. dans l'inhumanité de notre déjà ou encore . Mais cette intimité ne se peut que discrète. D'après causte nazi ne sont morts ni à cause de leur foi. la religio­ lion et davantage d'enfants juifs massacrés dans l'Holo­ sité. le scandale qui arriverait par moi jus­ L'humanité qui assistait. foi sans théodicée. dès lors. S'accuser en souffrant est sans doute la la souffrance inutile en le laissant aller à la fatalité poli­ récurrence même du moi à soi. « sciences humaines ». formu­ siècle ne révèle-t-elle pas. indifférente. mais aussi la moralité humaine de la bonté.

essaie de tirer . verset 10) et à l'éthique (chapitre xxvii. à la fois. Il est évident qu'une autre personnel >> dans les mœurs. L 'ORDRE INTERHUMAIN s'atténuer ou s'éteindre l'altruisme et le dés-intéressement. modalité très essen­ vienne se super-poser à l'altruisme pur de cette responsabi­ tielle à la modernité qui se lève. C'est dans la perspective interhumaine de ma respon­ ses amis. dans un certain sens. mais d'une vie bien conduite . déterminisme social. mais la foi sur la moralité . quelque faible qu'elle puisse être.. mais avant que la réciprocité de cette lante 1 ? Nouvelle modalité dans la foi d'aujourd'hui et responsabilité qui s'inscrira dans les lois impersonnelles ne même. sans souci de réciprocité. Nous en avons parlé dans le lecture en est possible et que. verset 7).. la fidélité de ment éthiques. Il la refuse jusqu'au bout et. dans une responsabilité des exposée et étalée sans aucune ombre de théodicée conso­ uns pour les autres. dicee ». est cependant seule d'une pure et authentique espèce. c'est dans l'asymétrie lecture que fait Kant de ce livre dans son très extraordinaire opuscule de de la relation de l'un à l' a u tre que nous avons essayé d'analy­ 1 791 « Ueber das Mislingen aller philosophischen Versuche in der Theo­ ser le phénomène de la douleur inutile. depuis perspective interhumaine ne revient pas à l'apercevoir dans Hobbes. de l'espèce qui fonde non pas une religion des faveurs sollicitées. : " Dans cet état d'esprit Job aura prouvé qu'il ne fondait pas sa moralité sur la foi. rien de l'expérience spirituelle de l'histoire humaine n'est étranger aux :Ë critures. mais où peut aussi 4. et son opposition à la théodicée de civil. certes. La penser dans une tout ordre. mais dont la philosophie politique.voués tous au Cité où la Loi établit les obligations mutuelles entre deuxième terme de cette alternative à l'issue du vingtième citoyens. Entre nous L a souffrance inutile non-inutile (ou amour). Voici la conclusion de sa façon d'interpréter ce que « ce vieux livre saint exprime allégoriquement . C'est à peu près la dans mon appel à son secours gratuit. sondern des guten Lebenswandels gran­ det). ou dans un politique de la Cité. lité inscrit dans la position éthique du moi comme moi . le moi est distinct et du citoyen issu de la relatif. où il démontre la faiblesse théorétique des arguments en faveur de la théodicée. dans nos certitudes morales. qui n'est plus souffrance « pour leur commun destin. (welche eine Religion nicht der Gunstbewerbung. Figures de sens propre­ sons ici en paniculier au livre de Job où s'atteste.ou réussit à tirer . L'interhumain proprement dit est dans une non­ siècle et après la douleur inutile et injustifiable qui y est indifférence des uns aux autres. Nous disions plus haut que la théodicée au sens large du terme est bons procédés qui se sera établi comme « commerce inter­ justifiée par une certaine lecture de la Bible. Dans sa en autrui . versets 5 et prennent dans ce qu'on appelle l'état de Nature ou l'état 6) malgré ses souffrances sans raison. distinctes de celles que le moi et l'autre Job à Dieu (chapitre II.sensée en moi. continuer. avant que l'altérité prestigieuse d'autrui ne vienne se banaliser ou se ternir dans un simple échange de 1. accompagnée d'un simple savoir que L'interhumain est aussi dans le recours des uns au secours les hommes en société peuvent avoir de leur voisinage ou de des autres.l'ordre social ou la coexistence d'une multiplicité de consciences. est préféré à ceux qui. avant tout contrat qui signifierait précisément le moment de réciprocité où peut. se dépêchant au secours du sabilité pour l'autre homme. mais peut aussi se perdre dans l'ordre politique de la comme le peuple juif à sa fidélité . mais à la restituer aux dimensions de sens. sister. et de l'individu qui précède dans son égoïsme naturel une conscience n'est qu'une abstraction. La perspective interhumaine peut sub­ rien » et qui a d'emblée un sens ? Ne sommes-nous pas . L'ordre de la politique . inutile sante ni l'aboutissement nécessaire de l'éthique. Nous pen­ premier paragraphe de cette étude. c'est Ciel. en ce cas la foi. dans les derniers chapitres du texte (chapitre XLII.post-éthique ou pré-éthique - Envisager la souffrance dans une perspective inter­ qu'inaugure le « contrat social » n'est ni la condition insuffi­ humaine que nous venons d'essayer . hors des­ quelles sa concrétude immanente et sauvage de mal dans Cité. 118 . innocentaient Dieu devant la souffrance du juste.ne consiste pas à adopter sur elle un point de vue position éthique.

amour sans Éros. charité. . j'ai pensé que la théorétique suppose davantage. qui me semble premier. Parlons d'une prise sur soi du destin d'autrui. est le commencement de l'intelligibilité. Dès lors. mais on ne peut pas dire que c'est déjà de la philo­ sophie. » Voulez-vous dire que la philosophie ne commence pas avec et dans l'expérience de la finitude mais plutôt dans celle de l'Infini comme appel de justice ? La philo­ sophie commence-t-elle avant elle-même. est précisément celui qui nous vient de la relation interhumaine et que. le nom sévère de ce qu'on appelle l'amour du prochain. que la néces­ sité même de l'attitude théorétique surgit.« Le Visage d'Autrui serait le commencement même de la philosophie. Je n'aime pas beau­ coup le mot amour qui est usé et frelaté. toute la perspective de l'éthique se dessine ici aus­ sitôt . La philosophie est un discours théorétique. dès lors.Emmanuel Levinas. PHILOSOPHIE. ne doivent-ils pas être comparés ? A la prise sur soi du destin de l'autre est donc 121 . La respon­ sabilité pour le prochain qui est. C'est dans la mesure où je n'ai pas seulement à répondre au Visage de l'autre homme. et cela s'applique au premier venu. les incomparables. S'il était mon seul inter­ locuteur je n'aurais eu que des obligations ! Mais je ne vis pas dans un monde où il n'y a qu'un seul « premier venu » . il m'importe de savoir qui d'entre les deux passe avant : l'un n'est-il pas persécuteur de l'autre ? Les hommes. mais où à côté de lui j'aborde le tiers. amour sans concupiscence. dans un vécu anté­ rieur au discours philosophique ? . amour où le moment éthique domine le moment passionnel. mon prochain. Bien entendu. sans doute. le Visage. C'est cela la « vision » du Visage.Je voulais dire par là surtout que l'ordre du sens. jUSTICE ET AMOUR . avec tout ce que l'analyse peut révéler de sa signification. il y a toujours dans le monde un tiers : il est aussi mon autre. La rencontre d'Autrui est d'emblée ma responsabilité pour lui.

la .et en même temps. il y a comme un appel à moi . Dans cette nécessité de de l'idée de la non-résistance au mal. là naît le souci de la justice qui est le est avant tout celui dont je suis responsable. du prochain ? mon prochain. ce qui dans la vie entre les États. qu'apparaît . mais si on Visage est à la fois le rapport à l'absolument faible . est un État totalitaire. Selon mon l'éviter. la relation avec autrui n'est pas . où elle est d'avance dirigée par le bout. c est le rapport avec le dénuement et par conséquent avec ce et non seulement dans l'ordre du face-à-face. dans la relation au Visage. et sagesse de l'amour. par contre. lence ? quand je dis Tu à un Je. Si l'autodéfense fait s'occuper de la justice apparaît cette idée d'équité. j'aurais aussi d'après .Vous posez maintenant le problème : << Qu'est-ce qu'il y concerne. comparai­ .la sagesse de cette charité. appelle la violence et n'a plus de Visage. Tu-ne-tueras-point qu'on peut expliciter aussi l'État sort non pas de la limitation de la charité mais de la beaucoup plus . S'il n'y avait pas d'ordre de Justice. il y a par conséquent dans le Visage moi devant autrui qu'on peut parler de la légitimité de l'État d'Autrui toujours la mort d'Autrui et ainsi. Justice et A mour antérieure ici la justice.on ne peut fixer de limite à l'État. Je d'une sagesse du fond de cette charité initiale . Entre nous Philosophie. Je dois porter jugement là où je s'affirme c'est l'asymétrie : au départ peu m'importe ce devais d'abord prendre des responsabilités. à un moi. déterminisme propre de l'État. la nages dit : nous sommes tous coupables de tout et de tous. en quelque ou de sa non-légitimité.Il y a une part de violence dans l'État. le « bourreau » est celui qui menace le prochain laquelle l'idée d'objectivité est fondée. tout ce qui la remplace analyse. pour moi. mais qui peut Buber ce moi devant moi comme celui qui me dit Tu. tout ce qu'on peut laisser à la 1 22 123 . l'un de ses person­ je ne joue pas sur les mots . vous voyez. Ici s'ouvre donc toute la problématique du bour­ sens. je me sépare est unique .et rappelle toujours à ce propos Dostoïevski . Il y a une certaine mesure tout une forme plastique comme un portrait . c'est son affaire à lui . Quand je parle de son de ce qui est en principe incomparable. il sance du théorétique. Mais c'est toujours à partir du Visage. à partir de la responsabilité pour autrui.sans la contredire . et. moment nécessité d'une << pesée ». Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas aurait par conséquent une relation réciproque. Là est la nais­ qu'autrui est à mon égard. des institutions avec l'État . dans ce sens.Est-ce que le bourreau a un Visage ? la justice. la tentation d'aller jusqu'au personnelle est impossible. sur problème. c'est à partir de la relation avec le Visage ou de appelle la mort . Il y a à un certain et. Alors que dans la vision de Hobbes . et pas du tout à partir de la menace qui me . qui comporte jugement et comparaison. d'une Mais mon idée centrale c'est ce que j'appelais << asymétrie de pensée. d'une comparaison. elle serait . dès lors. le Visage est aussi le << Tu ne donc limite à l'État. c'est le fait que je ne peux laisser autrui limitation de la violence . fondement du théorétique.où tueras point ». Mais à cette idée . il faut admettre e �t absolument exposé.Est-ce que l'expérience de la mort d'autrui et. en qui est seul et peut subir le suprême esseulement qu'on revanche. et ceci me semble important. Il y comporter la justice. tout autrui est unique. vivre dans un monde de citoyens. car chaque être Justice. le Visage n'est pas du pas de limite à ma responsabilité. de la mort propre seraient étrangères à l'accueil éthique reau : à partir de la justice et la défense de l'autre homme. et la philosophie serait dans ce sens-là l'apparition l'intersubjectivité » : la situation exceptionnelle du Moi. moi plus que tous les autres.à ce qui parle de justice il faut admettre des juges. Il y a et c'est ça la chose paradoxale. ce qui est nu et ce qui est dénué.L 'État est-il donc toujours acceptation d'un ordre de vio­ symétrique. Un État où la relation inter­ man!ère. il n'y aurait a dans le Visage ? '' Dans mon analyse. dans un justice. dans la mesure du possible .Vous posez tout le problème du mal. mourir seul. incitation au meurtre.j'ajoute aussitôt le souci du tiers et. le rapport au de la violence nécessaire à partir de la justice . de négliger complètement autrui . Mais. ce n'est pas du tout comme chez Martin Buber. j'introduis l'idée de la lutte avec le mal.

qui flattent les sions étrangères l'une à l'autre ? rois. Ce qui choque étapes successives . Et dans une certaine mesure . suppose l'expérience de l'amour qui compatit à la souffrance de l'autre ? Schopenhauer identifiait l'amour à la compassion et . Dans la Bible . C'est que Dieu me préserve d'y être réduit comme à une règle pour moi l'essentiel de la conscience juive. elles sont inséparables et Samuel quand on vient lui demander un roi pour Israël. . . Entre nous Philosophie. J'ai essayé de faire cette pas dans l'Ancien Testament de dénonciation de l'État déduction : la justice naît elle-même de la charité. N'oublions pas réciprocité? La justice et la douceur seraient-elles des dimen­ l'existence permanente des faux prophètes. . pas très long.ce texte. Si nous entière en même temps. et moi plus que tout le ponsable de la persécution des prochains.Non. en réalité.je suis responsable d'autrui même quand aussi que c'est l'essentiel de la conscience humaine : tous les il m'ennuie.C'est une parole extrêmement osée. le prophète n'est pas dans la clandestinité.Est-ce qu'une parole comme la parole prophétique irait à réciprocité de Buber. n'est qu'un lenc. le Deutéronome. Le tiers n'est pas là par accident. qui moi. mais on ne chains. simultanées. mais dans le domaine initial. c'est cette asymétrie et cette formule : tous les hommes dit : « Offrant ma joue à celui qui frappe » .Comme citoyens nous sommes réciproques. Il y a protestation contre la pure et simple assi­ peuvent paraître étrangères quand on les présente comme milation de l'État à la politique du monde . C'est la formule de Dostoïevski que je cite encore. Mais je pense d'usage quotidien . . c'est la sagesse des nations. Sauf que pour moi la souffrance de la compas­ êtes là devant la nécessité de la justice et d'une certaine vio­ sion. le souffrir parce que l'autre souffre. moment d'une relation beaucoup plus complexe. En un certain sens. est-ce tion souterraine. Ils ont droit à la défense comme ceux qui ne sont pas peut pas dire qu'il n'y ait aucune violence qui ne soit légi­ mes proches. il ne prépare pas une révéla­ . et leur rappelle l'éthique. l'État est prévu comme conforme à la Loi. Si j'appartiens à monde. sauf si on est sur une île déserte. il y a une doctrine du pouvoir royal. et par conséquent vous . même quand d'autres hommes font des crimes. 1 24 125 . une structure plus complexe que le face-à-face. et plus tous les autres sont présents dans le visage d'autrui. puisque le prophète parle toujours devant le roi .Ne pourrait-on pas penser que l'expérience de la justice éthique est biblique. Je étions deux au monde.e. c'est un drôle de roi ! Il y a soit absente dans une relation dans laquelle il n'y aurait pas de des violences que subissent Isaïe et Jérémie. Elles comme tel. mais c'est . crimes. l'encontre de l'État ? . Autrui vous concerne même lorsqu'un tiers lui fait du mal. Il n'y a certainement .Elles sont toutes proches. « et moi plus Lamentations de Jérémie . audacieuse. sans tiers.puisque nous parlons de pro­ que tout le monde ».Vous parliez de l'asymétrie qui diffère de la relation de . un peuple. même quand il me persécute. Il y a dans les hommes sont responsables les uns des autres. Mais je suis res­ sont responsables les uns des autres. Justice et Amour négociation. Seul le vrai prophète s'adresse sans complaisance au roi et au peuple. . de la responsabilité pour autrui. Quelle est votre pensée à ce sujet ? . ce peuple et mes proches sont aussi mes pro.Oui. interhumain. Une des choses la plus importante pour phètes aujourd'hui beaucoup . vous le voyez. il n'y aurait pas de problème : c'est suis en réalité responsable d'autrui même quand il fait des autrui qui passe avant moi.Certes. sans huma­ c'est de vouloir avoir un roi comme toutes les nations ! Dans nité.le roi qu'il n'y aurait pas le risque que la dimension de la douceur accepte cette opposition directe... L'idée d'un État . à la parole.c'est étonnant .Serait-ce un moindre mal ? faisait de la justice un moment de l'amour. time. est absolument essentiel.

Dieu s'appelle aide. Je ne dis pas que l'homme est un saint. et dans ce sens-là je suis élu. de la création ? Parce que l'Éternel . ambiance aussi substituer à moi. comme ce qui se prête à la main. Pourquoi il y a deux récits que l'éthique n'est pas une invention de la race blanche. On est facilement porté à soupçonner s'entend la parole de Dieu. c'est ça la douceur. Je me substitue à tout homme et personne ne peut se Buch-Sein en relation à la Parole inspirée. Elle est inscrite dans le Visage dans nos livres le pur livresque et l'hypocrisie du livresque.Ce qui manque à la responsabilité comme principe doit toujours surveiller la justice. il faut vouloir faire ce qu'il faut faire sans son miséricorde.. La responsabilité est une indivi­ pas la même signification que celle que j'entretiens avec le duation. " l'homme est-il individué par la matière. c'est la caractéris­ denes. d'Autrui. j'ai toujours pensé que vêtements. elle n'a moralement responsable. Pensons importante pour notre exister que les rues.. c'est l'humain en tant qu'humain. .La justice sort de l'amour.La douceur appartiendrait-elle à la religion ? l'amour entendu à partir de la responsabilité. Est-ce parole de Dieu ? Parole qui des livres dans toute humanité. récuser cet idéal. Entre nous Philosophie. tout le côté consolateur de cette éthique.qui ne parlent que de cela. et puis il y a une sévérité : cet Mais on oublie notre rapport aux livres . Dans mon dernier livre.appelé Elohim dans le d'une humanité qui a lu les auteurs grecs dans les écoles et premier récit .Dieu être responsable . pas seulement un in-der. s'appelle De Dieu qui vient à l'idée. c'est l'intelli­ giquement que je parle . individué 126 127 .Welt-Sein. tique fondamentale de la personne humaine. Je toujours Rachmana. les maisons et les encore à ma citation de Dostoïevski. . je le laisse à la religion. je dis que c'est celui qui a .L'amour est donc originaire ?. moi je l'emploie peu. je soutiens l'individuation par la responsabi­ .créer un monde sur le seul appui de la justice. Une res­ du folklore même. L'amour . Le deuxième récit où le Tétragramme l'autre. . Il y a faiblesse et d'exigence. Je n'entre pas théologiquement dans cette question.Et la relation entre la justice et l'amour ? lité pour autrui. cement de la philosophie. Il c'est la possibilité humaine de donner sur soi une priorité à n'aurait pas tenu. ne seraient-ils que livres m'éxige comme responsable de l'Autre .c'est-à-dire au lan­ amour-là est commandé. mais son attribut principal est la l'aide de Dieu. c'est peut-être que Dieu vous aide à ne suis pas guidé par cette théologie explicitement . en tant que Ma relation au livre n'est pas du tout de pur usage. Cela ne veut pas du tout dire que la rigueur de la justice ne puisse pas se retourner contre . qui gage inspiré . le Miséricordieux : tout ce thème est décris l'éthique.a voulu d'abord . dans la rencontre d'Autrui . un principe d'individuation. le mot amour. des fables et tion. laissée à elle-même. C'est le commen­ . compris que la sainteté était incontestable.je d'individuation humain. Dans la théologie juive . Dans le langage talmudique. c'est un mot usé et ambigu . La seule valeur absolue bien sûr . L'être humain n'est pas seulement au ponsabilité que vous cédez à quelqu'un n'est plus responsa­ monde. Je ne crois pas qu'il y ait une humanité qui puisse apparaît atteste l'intervention de la miséricorde. parce que cette responsabilité est incessible.tout cela n'est qu'apologue qui a suivi une certaine évolution. et il y a là une élec­ d'avant les livres : langage inspiré des proverbes. Sur le fameux pro­ marteau ou le téléphone. Le livre des livres. mais aussi zum­ bilité. c'est le rationnel. Justice et Amour par la forme ? . C'est aussi dur . Mais pour mériter c'est Dieu de la justice. dût-on le déclarer idéal de sainteté. Je pense étudié dans l'exégèse rabbinique. c e n'est pas du tout théolo. a un déterminisme propre. comme un manuel. il y a une tentative (en et toute la littérature qui n'est peut-être que pressentiment dehors de toute théologie) de demander à quel moment ou rappel de la Bible. La politique. double expression de en oubliant la profondeur de notre relation au livre. On a l'air en disant cela de s'éloigner de la réalité. gible. On interprète à tort le livre comme pur Zuhan ­ l'élection n'est pas du tout un privilège .L'amour est originaire. blème.

Entre nous Philosophie. dans ce sens-là. une situation dite d'hétéronomie a une tout autre signi­ . Justice et A mour . Je ne dis pas qu'autrui est Dieu. La conscience de responsabilité d'emblée obligée . mais si B est homme et A est Dieu. nation n'est pas servitude.. C'est la Parole . Comme si certaines relations purement tant. ce n'est pas la médiation . Dans croyez-vous pas qu'à l'origine du philosopher il y a une intui­ sa réponse manque seulement l'éthique . elle est plutôt à l'accusatif. 9. la subordi­ . Je cite toujours. 1 5 et Nombres. mais quand en pensant. formelles.Non. c'est sous forme de parole. une opposition à la tendance qui interrompt la marche du monde. 1 9. l'homme. est « ordonnée . ma relation à autrui j'entends la Parole de Dieu. Ce n'est pas une subjectivité qui est d'emblée commandée . ce n'est pas seulement extrêmement impor­ un asservissement. Dans manière l'hétéronomie est ici plus forte que l'autonomie. non. Cela peut être .. ontologique qui n'a répond : « Est-ce que je suis le gardien de mon frère ? '' C'est rien d'humain . Dieu le Père çais : quand on devient prêtre. l'homme de Dieu. faut pas prendre la réponse de Caïn comme s'il se moquait L'humain n'est pas jusqu'au bout le sens de l'être . n'a plus de subjectivité. 5. pouvaient mais que dans son Visage j'entends la Parole de Dieu. la sub­ éthique ou d'ordre d'aimer que se fait la descente de Dieu. '' La réponse de Caïn est sincère.Dans cette relation à Autruz� comme vous avez dit. même chez Heidegger le Dasein est en fin cela le Visage de l'Autre pris pour une image entre images de compte une structure de l'être en général tenu à son et quand la Parole de Dieu qu'il porte reste méconnue. Autrui c'est l'autre homme.Oui.Il n'y aurait pas de différence ? très convaincant. Dieu descend aussi vers l'homme.. quand je parle à conscience perd sa première place . et le mot « ordonner '' est très bon en fran­ vous savez. A commandant B est une formule de la non­ . Pourquoi me senti­ de toute une partie de la philosophie contemporaine qui rais-je responsable en présence du Visage ? C'est cela la veut voir dans l'homme une simple articulation ou un réponse de Caïn. on est ordonné.. dans la mesure où je dis que la rela­ êtres ontologiquement séparés. il en est 128 129 ..Ah ! non. Voulez-vous n'est certes pas au nominatif. sous forme d'ordre dans ce sens-là que je peux dire que la conscience. B n'est plus autonome. Matthieu. Il ne métier d'être. 25 : la relation à Dieu y est présentée . ou comme s'il répondait en petit garçon : « Ce n'est est un étant qui comprend l'être et. Le mot « ordonner '' en français 17. au contraire. là nous faisons de la théologie ! tez pas dans le formel. 11. en quelque métaphore : en autrui il y a présence réelle de Dieu.. lité on reçoit des pouvoirs. Elle qu'on fasse un peu de théologie ? Dans l'Ancien Testament. l a subjectivité. mais en réa­ descend par exemple dans Genèse.Quelle serait la relation entre l'Autre et Autrui ? fication.Sur ce rapport entre la philosophie et la religion. Il n'y a pas de séparation entre le Père et signifie à la fois avoir reçu l'ordre et être consacré. dans ma manière de voir. avoir un contenu plus fort que la nécessité formelle qu'elles signifient. écoutez. il simple moment d'un système rationnel. ne pas moi. c'est un appel à c'est le mode selon lequel la parole de Dieu retentit. quand vous pensez à partir des conte­ nus. tion à autrui est le commencement de l'intelligible.. vous ne res­ .C'est un médiateur entre Dieu et nous ? liberté de B . Exode. Ce n'est pas sauf que cette hétéronomie n'est pas un esclavage. le je est impossible. « à sa geste d'être . Nous sommes des . c'est vrai à la lettre. quand on lui dit : « Où est ton frère ? .. est une comme une relation à l'autr� homme. quand elles se remplissent de contenu. n'est pas une métaphore. la m'engage à l'égard d'autrui. 18. si A commande B. à son événement d'être. jectivité n'a plus dans sa relation à l'autre la première place. un chrétien. C'est dans le Visage de l'Autre que vient le commandement Il y a.Pour moi. pas du tout. e n tant que responsable. Il ne faut pas toujours formaliser : Nietzsche pen­ sait que si Dieu existe. que je ne peux pas décrire la relation à Dieu sans parler de ce qui . c'est l'autre.Je dirais en effet. il y a de l'ontologie tion de l'être qui serait proche de la religion ? seulement : moi c'est moi et lui c'est lui.

Par contre. en perte de perfection. même quand on sophie.Comme égologie. le sens de la division de l'humain en homme et femme ne se . l'essentiel c'est s'appro­ responsabilité. il y a rupture déjà. la main par conséquent est touchée et touche le cidence. Les diverses structuraliste se dégagent des règles. Il y a sage très beau où il analyse la manière dont une main beaucoup de théologiens. On dit que l'amour gation à l'égard d'autrui : c'est l'autre qui est premier. tu ne peux pas être pour toi tout sens-là . des relations qui peuvent exister dans l'homme et dans l'être. En termes éthiques et religieux : tu auras qui aimer. Vous avez chez Merleau-Ponty un pas­ Une déchéance de l'unité. là. Ce qui plaît ici. Structure réflexive : l'insistance sur la relation à autrui dans la responsabilité c'est comme si l'espace se touchait lui-même à travers pour lui. n'est-ce pas ? . Mais je ne nie pas que la indépendante de l'unité << perdue ''· sexualité soit aussi un important problème philosophique . c'est le titre de l'un de mes demi-dieu. l'Un altérité très étrange : la femme n'est ni le contradictoire ni le n'a même pas conscience de soi. ce n'est pas dans ce tu auras pour qui exister. Pour citer principe qui ne soit pas enveloppé par le souci de la destinée encore un verset. des ensembles qui ont une légalité jugent toujours selon leur proximité ou leur éloignement de aussi froide que la légalité mathématique. une déchéance de l'éternité. dans toutes les religions.C'est l'excellence du multiple. Dernière chose. férence entre Eros et Agapé ? dont la relation serait déjà privation : la tradition ploti­ . On veut un principe d'intelligi­ . 1 30 131 . même quand on est seul. C'est en effet une . s'il avait conscience de soi il contraire de l'homme.Dans cette perspective. je veux dire au contraire que dans la conscience seul. Autrefois. De même dans certaines pensées de la recherche prend conscience de soi. relation à l'autre perd sa place première. Il les créa homme et femme d'emblée. Mon idée consisterait à penser la socialité comme pense pas qu' Agapé sorte de l'Éros. dit que l'amour comme tel est un mière question. Entre nous Philosophie. Qu'est-ce que la relation ? Qu'est-ce que le temps ? commande l'humain. dans la question de ma conscience souveraine n'est plus la pre­ le Banquet de Platon. la société avec humaine . par conséquent je ne nienne. Dans la passivité. Dans la connais. L'humanité de la femme il les a créés ''· Alors qu'à tout moment. quelle serait selon vous la dif­ une grande idée traditionnelle de l'excellence de l'unité. l'homme créé est béni par un « multipliez­ humaine. la proximité de Dieu.Je ne suis pas du tout freudien. dans toute cetté priorité de la relation à l'autre il y a une rupture avec . je pensais égologie ? que l'altérité commence dans le féminin. « Homme et ainsi pensée il y a l'éveil à l'humanité. des formes pures. une main touche le toucher. coïn­ la première . qu'un moment. qui disent touche l'autre. Dans la même méfiance à l'égard de l'humanisme selon la philosophie contemporaine il y a une . Ce serait déjà multiple. Alors que dans toucher. se structures universelles. pour nous conscience n'est pas du tout dans ses pouvoirs mais dans sa Européens. cela veut dire le retour à l'unité. Diotime. Si vous lisez les Ennéades. oui. l'autre main touche que la bonne vie est une coïncidence avec Dieu . est une fusion. s'affirme l'excellence propre de la socialité : en lan­ l'homme.où l'homme n'est Dieu. Je préconise. quand je dis que la conscience dans la vous ». l'essentiel c'est la fusion. et. que le sujet évoque un être pensé comme une dégradation de l'un. c'est peut-être cette structure non gage théologique. dans l'obli­ cher de l'unité. qui évidemment peut bilité qui n'enveloppe plus l'humain. pour moi et pour vous. qui me tient beaucoup à cœur. n'est pas comme l'opposition de la lumière et des ténèbres. parce que précisément il n'est que séparation et livres.C'est l'excellence de la multiplicité ? lutte avec la notion de sujet.pas humaniste.D'où votre critique de la philosophie occidentale comme réduit pas à un problème biologique. ni comme les autres différences. << l'humanisme de l'autre homme ''· désir de l'autre. Justice et Amour la manifestation et ainsi seulement il intéresse la philo­ sance on est deux. Une main touche l'autre. Et puis cela l'unité. qu'il triomphe dans la fusion. dans l'accueil.

aller vers l'autre c'est la percée de l'humain dans l'être. certainement. même l'extinction de l'amour-Éros. mais réveiller. L'humanité arrive à l'amitié. sans désordre. mais construit aussi un l'Éros lui-même n'est possible qu'entre Visages.Oui. c'est cela. quelles que ralité où les dimensions du passé et du futur ont une signifi­ soient les « cruautés » qu'abrite ce langage indifférent qui se cation propre. la plupart du temps cela se passe ainsi et pas du tout l'Agapé. il y a la possibilité du mal. Je n'ai aucune illusion là-dessus et n'ai pas de philo­ écrit il y a trente ans un livre qui s'appelle le Temps et l'Autre sophie optimiste sur la fin de l'histoire. C'est la problématique de l'éveil-réveil. et il y a des idées équivalentes dans l'éveil et le dégrisement . quand cela semble s'interrompre. Cette dites : cette obligation n'est-elle pas précédée d'une libre idée de la crise de l'être décrit pour moi quelque chose qui décision ? Ce qui m'importe. l'ordre de l'être tout court . avec l'éternité comprise comme présence qui ne passe s'éveiller à l'autre . Se . vision grave à partir de la responsabilité pour autrui. il y a l'histoire même du peuple juif. Il est tie s'ouvre une temporalité rompant avec la « rigueur » de évident qu'il y a dans l'homme la possibilité de ne pas l'être. il y a le temps qu'on peut entendre à partir de la des où l'humain s'éteint complètement. si vous voulez. quelles que soient les guerres. Dans Totalité et sans se laisser guider par ces possibilités menaçantes. Le pro­ ordre politique où le déterminisme de l'être peut réappa­ blème de l'Éros est philosophique et concerne l'altérité. je pense en tout cas que l'Éros n'est aucune illusion. c'est ce que l'humanité a introduit dans l'être.C'est l'ouverture du temps ? qu'être ». sans place de cela par rapport à l'amour. Mais à proques. il peut y avoir des pério­ . cela convient à l'idée . Entre nous Philosophie. entre le « se découvrir » et le « répondre ». que l' Agapé n'est pas un dérivé ni cela risque de revenir. rétablissement partir de la relation éthique à autrui. Et il y eut dans l'histoire des justes et l'amour qui devient jouissance. c'est la loi de l'être.où je pensais que le fémini� était l'altérité même . mais l'idéal de sain­ présence et du présent et où le passé n'est qu'un présent teté.L'inertie est certes la grande loi de l'être . de ne pas se réveiller à autrui ? deçà de ma liberté ».Oui. mais je n'ai jamais été freudien.Vous dites que « la responsabilité pour l'autre vient d'en répondre. Sans maladie. c'est dans la responsabilité est spécifiquement humain et correspond certainement à ses pour autrui comme un engagement plus ancien que toute instants prophétiques. Les religions en . c'est pas. Le mal. compensation des forces déployées. Je ne peux pas vous en exception. Avant l'Éros il y eut Visage . je ne le savent peut-être plus là-dessus. n'y a-t-il pas la liberté? (possibilité de la mau­ . Idéal de retenu et le futur un présent à-venir. j'entrevois une tempo­ de l'équilibre. mais pas le mal. Dans ma responsabilité pour autrui le passé 1 32 1 33 . . . c'est se l'humain y surgit et peut la déranger. Justice et Amour Distinction qui n'est pas contingente.La folie de la croix ? vaise foi. Actions et réactions réci­ serait la modalité fondamentale de la vie mentale. Je n'ai dire plus maintenant . J'ai raître. dette : est-ce déjà répondre ? Ou. Vous me la pensée juive. c'est que la relation à autrui soit que je viens d'exprimer. Dans la structure même de la prophé­ délibération mémorable constitutive de l'humain. le fait de ne pas . alors que de l'Agapé j'ai une des saints. au contraire. un « autrement . L'éveil Infini il y a un chapitre sur l'Éros. que l'éveil soit obligation.Est-ce que l'être serait aussi l'inertie. de la non-réponse). Pour longtemps ? découvrir toujours-en-dette en deçà même de la liberté.Ce qui est important.et. Mais l'humain consiste à agir renie pas. La re-présentation sainteté contraire aux lois de l'être. et il faut chercher la prend pour justice. c'est l'ordre de l'être. c'est se découvrir responsable de l'autre. qui le décrit comme à l'humain. Se Pour un moment ? L'humain est un scandale dans l'être' réveiller et répondre : est-ce la même chose ? Se découvrir-en­ une « maladie » de l'être pour les réalistes. Je n'ai pas du tout la certitude que « l'autrement qu'être » soit assuré de triompher.

C'est un sommet de la phénoménologie. Autrement qu'être d'ailleurs soi. je pense que c'est le souvent . L'avenir est le Dasein ? temps de la pro-phétie. c'est signifie dans sa théorie de la Befindlichkeit la peur pour aussi le déroulement d'un discours où l'humain devient une autrui ? C'est pour moi un moment essentiel . je ne saurais méconnaître la grandeur spéculative und Zeit. laquelle la révélation de Dieu est subordonnée. o n peut l'interpréter comme l a crainte pour .Vous voyez en Heidegger un continuateur de la philo­ l'assistance à autrui ? sophie occidentale.Oui. Entre nous Philosophie. qui maintient la primauté du Même sur . passé. peut-être zusammenmarschieren. « l'autrement qu'être » ? Évidemment. elle reste ouverte. Dans le La peur pour autrui n'entre pas dans l'analyse heideggé­ Geviert il y a les dieux au pluriel. « me regarde ».A partir de la dtfférence ontologique qu'établit Heidegger toute peur est finalement émotion pour soi. à laquelle je n'ai jamais été présent est mon c'est zusammensein. c'est vraz� mais ne pourrait-on pas dire imperturbable de l'être. . Mais que connais beaucoup moins bien.Non. Rassurez-vous : j e n e suis pas courte période. être-avec-autrui. ce n'est pas l'abord du Visage. d'être dans la même situation qu'autrui.Heidegger est pour moi l e plus grand philosophe du l'être ou soit au-dessus de la tâche d'être. qui n'a jamais été mon présent.C'est une question qui reste ouverte .très admirable de la double intentionnalité . aussi qu'en même temps c'est une structure essentielle du comme si la temporalité était une synchronie. entre l'étant et l'être.. Dans les Feldwege. qu'il était en 1933. je le leurs. en quelque façon l'histoire de l'humanité à laquelle je n'ai c'est toujours être à côté de . Et la crainte pour l'être heideggerien correspondrait dans une certaine mesure à l'autre ? . mais je suis très peiné de cela. . soit le sens de . c'est très important. Mais ce n'est tout la relation éthique.Oui. Elle n'a pas la place centrale. J'ai essayé de présenter . qui est aussi un impératif. Mit. . Ce n'est pas du tout là le sens que je cherche . certes. Quant au dernier Heidegger. sous prétexte que craignant pour l'autre je peux craindre n'est pas un << quelque chose ». même s'il ne l'était que pendant une ... n'est qu'un moment de n'est pas pour moi une re-présentation.. mais on a toujours su que l'homme est un l'essentiel de ces idées dans une étude qui paraîtra pro­ animal social. . La relation éthique chez Heidegger. parce que je ne peux jamais oublier ce . Ce qui m'effraie un peu. jamais participé.toute émotion. je ne le crois pas. Je répète. le de même pas cela la crainte pour l'autre : la mère qui a peur 1 34 1 35 .on me le reproche L'infini du temps ne m'effraie pas. chainement : un futur qui n'est pas un simple à-venir. siècle. Chez Hei­ mouvement même de l'à-Dieu et que le temps est meilleur degger. Justice et Amour d'autrui.. Mais les accents dans son analyse sont ail­ lyses sont géniales. nour­ l'Autre. Quant au futur . message d'une inspiration. .Oui. idéalisation du présent . ce sont des analyses géniales. une arbre . Le passé d'autrui et notre présence au monde. il Miteinandersein.. un ordre moral. peur pour soi. à que craindre Dieu signifie avant tout avoir peur pour autrui.. mais je ne crois pas qu'il pense que donner..C'est un moment. je pense même articulation d'une intelligibilité anonyme ou neutre. Ce que j'admire dans son œuvre c'est Sein ridicule.ce n'est pas mon anticipation d'un présent qui m'attend déjà tout prêt et semblable à l'ordre . . on n'y rencontre pas d'hommes. " comme si déjà il était arrivé ».. C'est la relation avec autrui. rienne de la Befindlichkeit parce que dans cette théorie . est-ce qu'on ne pourrait pas penser que peur du chien mais angoisse pour soi. . rir celui qui a faim et habiller celui qui est nu. peut-être l'un des très grands du millénaire . On dit que dans ma façon de voir .il y a une sous-estimation du monde. il y a un que l'éternité qui est une exaspération du << présent .Et une structure ou un moment comme le Fürsorge. Les ana­ de Heidegger .

c'est la Révélation. Non. Ce n'est pas du tout une philosophie d'émigré ! importe à quel moment elles apparaissent dans l'histoire -. Je dirai même que ce n'est pas une philosophie d'émigrant. a vu le thème d'Autrui.Pour moi être migrateur n'est pas être nomade. concernent les interdits de mauvaise action concernant l'autre homme.Pensez-vous que Heidegger ferait une sorte de sacralisa­ . Mais Heidegger a dit qu'on ne peut pas vivre dans l'espace géo­ . vous comprenez ?) l'homme dans l'Europe Centrale. C'est pour lui central. Rédemp­ paysage . Je l'ai redit dans la préface .sont déforma­ détruit pas. C'est .Est-ce que le monde chez Heidegger est effectivement comme si vous alliez traverser la frontière. ne démolit pas le sens de l'être. revient certes dans le monde comme dans son village. il ment géographique ? En lisant par exemple votre texte dans faut penser la Création. Gagarine ne s'est pas installé dans l'espace géo­ métrique puisqu'il revint sur terre. on gie husserlienne que Rosenzweig n'a pas connue. mais l'espace géomé­ . ou même. Révélation. forme vide où il y a trois dimensions formelles. et que sa pensée représente une culmination du m'a le plus apporté.Quelle est l'influence de Rosenzwei'g dans votre pen­ trop courte ici ? sée ? .On dit que c'était violent mon article sur Gagarine et pour l'ami.c'est la conjoncture Création.c'est là la grande idée de Rosen­ . pas du paysage artistique mais du lieu où l'homme tion. que qui­ professionnelle. autre chose que le monde terrestre. conque a marché sur le terrain de Buber doit allégeance à Buber. Ce que je retiens. Quand on a été un peu sur la lune. c'est la Rédemption . chacun d'entre nous qui a peur . présent.Croyez-vous qu'il s'agit chez Heidegger d'un enracine­ si Rosenzweig disait : pour penser concrètement le passé. Comme . la migration de l'homme ne abstraits du temps . Difficile Liberté sur Heidegger et Gagarine. sur un espace géographique. mais où elles sont véritablement pensées. les moments est intégralement homme. Ce ne sont pas des notions tardives et dérivées . qui semble encore plus irrationnel qu'elles. La théorie de la Befindlichkeit n'est-elle pas . ce n'est que l'enracinement chez Heidegger. mais cette idée très précoce que certaines notions for­ S'agit-il de cela. crainte pour l'autre. C'est paysage ? Buber qui a identifié ce terrain-là. Il y a toute une géopoli­ tains versets qui se terminent par : << Et tu craindras Dieu . et Marcel aussi. est décrit toujours dans le ment aussi l'une des idées apportées par la phénoménolo­ même paysage.J'ai lu Buber très tard. Le passé c'est la Création. Entre nous Philosophie. on a l'impression le présent. sa critique de Hegel qui tion du monde. il ne s'agit plus du temps. Ou le futur. Mais celui qui émigre Rosenzweig. trique a pu être son lieu et le lieu de son activité dans un petit article qui paraîtra prochainement. mais la source de tout sens.C'est sa critique de la totalité. sans le savoir. avenir . Il y a chez Heidegger des textes sur la place de (Mais tout autre homme est ami. ou est-ce qu'il pourrait s'agir plutôt d'un enra­ melles ne sont pleinement intelligibles que dans un événe­ cinement dans le Monde ? ment concret.Et sur l'influence de Buber et Marcel ? métrique.Il a en tout cas un très grand sens pour tout ce qui fait zweig . même s'il ne savait pas où il se trouvait. tel que vous l'interprétez. Dans l'œuvre de Rosenzweig. Heidegger. Comme par hasard dans le chapitre 19 du Lévitique. cer­ l'Europe et l'Occident allemand. Justice et Amour pour l'enfant. et j'ai été très sensible à l'idée que paganisme ? l'intelligibilité initiale . c'est un enracinement local. que l'identification à un vous devez obéissance au pays où vous vous trouvez. Il n'y a que j'ai rédigée pour le livre de Stephane Moses sur rien de plus enraciné qu'un nomade. 1 36 1 37 .passé. C'est certaine­ -. mais l'humain est vécu. tique chez Heidegger.peu est enraciné. pas du tout cette deuxième ou troisième identification. mais j'ai dit. lisés ..

au-delà de l'être. Nous avons eu ici une réunion. et que c'est devenu en pratique ..Votre pensée. Dans le marxisme moderne l'idée du dépérissement. C'est ça l'idée de cer­ - devait l'effrayer.. Le marxisme invite l'humanité à . rendre le pouvoir politique inutile. dans la radi­ calité du questionnement. Marcel m'est aussi très proche . mais i l y a dans c e que j e dis d e l a relation à « ça » aussi. . . comme dit Aristote dans le Traité de l'Amitié. l'ontologie traditionnelle : Dieu est l'Être. peu différent de ma distinction radicale entre moi et les autres mais le marxisme ne peut pas être condamné pour .Diverses tentatives ont été faites. taines phrases les plus sublimes. géopolitique même. qui autrefois me citait beaucoup. et des anarchiste et le socialisme marxiste . Il y a chez Marcel le souci de prolonger pouvoir par la violence. très fier . qui même. comme est le . . quand Lénine disait par exemple que le jour viendra où la cuisinière pourra diriger .. peut-elle se co1tcilier avec une philosophie de la conquête.Non. comme j'ai dit au début. Entre nous Philosophie. une grande influence de Heidegger d'autre part nisme est infiniment plus grave.Scannone en particulier.. Cela veut dire que des gens ont vu . approbation du fond.Oui. C'est une était chère au marxisme initial. que la charité cela. . Quant à ce . Ça ne veut pas du tout dire qu'elle dirigera l':Ëtat. il consiste à dire : propagande et de la prédication.Cet amour pourrait rendre non nécessaire l'existence réclamer ce qu'il est de mon devoir de lui donner. C'est cela la sance d'un groupe sud-américain très sympathique qui éla­ finitude ! bore une « philosophie de la libération . Qu'en pensez-vous ? mais que le problème politique ne se posera plus dans les termes d'aujourd'hui.vous avez vu le livre de Marion : Dieu sans l'Être ? . dans le marxisme il n'y a pas que la conquête . comme dit Marion en principe ceux qui prêchent le marxisme espéraient . quand je trouve écho dans ce groupe. 1 38 . Il y a là une intéressante tentative de revenir à l'esprit populaire sud­ .Au XDt siècle il y a eu déjà cette fissure entre le socialisme Casper. en Amérique latine un :Ëtat. Il y a là un messianisme. il y L':Ëtat juste sortira des justes et des saints plutôt que de la a la reconnaissance de l'autre. mon ami professeur de théologie à Fribourg. le rythme du développement. C'est un même de l'État. le Tu. notamment. mais parce est impossible sans la justice. D'autre part j'ai fait la connais­ ment comme celui-là ait donné le stalinisme. mrus Je .Peut-être. Mais la dégénérescence de la générosité en stali­ américain. avec Bernhard . .C'est le cas de toutes les idéologies politiques . l'autre. Justice et A mour le Du. le marxisme est quand trouve que finalement chez Marcel le dialogue est débordé même une philosophie du pouvoir qui prêche la conquête du par l'ontologie. L'idée que Dieu .. . l'autre place pour un :Ëtat juste. qui est une pensée de l'amour.J'ai connu Dussel. philosophes catholiques d'Amérique du Sud.. Mais est autrement qu'être. dans la manière.Pensez-vous que cet État pourrait exister ? marxisme ? ..Certes. visant à établir u ne synthèse de votre philosophie et du marxisme. a disparu . et que la justice se déforme qu'il a pris l'Autre au sérieux. Pour moi. . nous pouvons le sauver si l'autre réclame ce qui lui est dû pour lui-même. Certes. Non pas parce qu'il aurait tellement réussi. Je suis très heureux. sans la charité. C'est sur ce thème que notre entretien commença.En tant qu'idéologie politique.Je pense plutôt. il y a un accord possible entre éthique et :Ëtat. une des grandes qui maintenant est beaucoup plus proche de la pensée poli­ déceptions de l'histoire du xxe siècle a été qu'un mouve­ tique.

D'où une nouvelle façon de développer les concepts et de passer d'un concept à l'autre .objet. Tout cela fixe un nouveau mode de la concrétude. mais détermine aussi l'articulation sub­ jective de son apparaître : l'être détermine ses phénomènes.conformé- 141 . les exemples et les modèles qui m'ont enseigné com­ ment on retrouve ces horizons et comment il faut les chercher. LA M}jTHODE Le sens d'un cheminement philosophique varie pour celui qui le parcourt selon le moment ou le lieu où il essaie d'en rendre compte. thème. Je dois avant tout à Hus­ serl . dite intentionnelle. retrouve quand elle se penche sur la pensée qui « a oublié ». syn­ thétique ou dialectique. et fait revivre ces horizons de l'étant et de l'être. Horizons de sens que l'analyse. l'apport essentiel de la phéno­ ménologie auquel s'ajoute le grand principe dont tout dépend : le pensé . apparaît chez Husserl . dans l'analyse phénoménologique de cette concrétude de l'esprit.en appelle à la pen­ sée qui le pense. empêtrée dans l'objet. Pour la phénoménologie cette concrétude englobe et supporte les abstractions naïves de la conscience quotidienne. mais aussi scientifique. ni à la déduction analytique. Au chercheur lui­ même ne reste que la ressource de décrire les thèmes qui le préoccupent à l'arrêt même où il essaie de faire le point. pour moi. Cependant. dans la réflexion. C'est là. sens . C'est à lui que je dois le concept de l'intentionnalité animant la conscience et surtout l'idée des horizons de sens qui s'estompent lorsque la pensée s'absorbe dans le pensé lequel a toujours la signification de l'être.mais aussi à Heidegger . C'est sans doute Husserl qui est à l'origine de mes écrits. absorbée par l'objet.les principes de telles ana­ lyses. C'est du dehors seulement que l'on peut embrasser et juger un tel devenir. LA CONSCIENCE NON-INTENTIONNELLE J.nouvelle façon qui ne se réduit ni à un processus empirique.

la pensée comporte un prendre. quelles phorique. L'advenir de l'avenir conscience de soi . à partir de là. Descartes fait du terme cogito. Entre nous La conscience non-intentionnelle ment à une vénérable tradition occidentale . mais demeure merveilleusement en elle-même ou de ses formulations. ment à venir. sur le pour laquelle ma réflexion s'écarte des dernières positions pensable appelé être. mais ipso kinesthésiques et cénesthésiques. Et ce verbe à la pre­ que Merleau-Ponty a su mettre en valeur. du sens ontologique de l'être. le psychisme vit ceci ou cela. il est déjà que soient ses dimensions et ses modalités : contemplation. de dès lors. Dès avant l'intéressement technique. essai de récupération. même. C'est sans doute ce à son œuvre : intentionnalité non théorique. théorie de la savoir implicite qui justifie l'emploi large que. La leçon la plus abstraite se passe­ ception externe. vécu se dit légitimement expérience. refou­ que l'entrée d'un présent. Déjà la perception saisit .que la philosophie transmise situe l'ori­ est compris à partir de la protention comme si la temporali­ gine ou le lieu naturel du sensé et reconnaît l'esprit. Le « se donner >> - riences collectives et religieuses. le rôle du corps propre et tations. du moins. re-présentable. se perd ou est seule­ pensée d'une fayon radicalement différente. la pensée porte sur le pensable . du présent et de la représentation. Ce que la pensée connaît ou ce pour indiquer ensuite les perspectives que m'ouvre l'affir­ que dans son « expérience » elle apprend est à la fois l'autre mation de la priorité du rapport à autrui. secondaires. ou t-elle de toute emprise manuelle sur les choses du « monde thématisation objectivante et familiarité de ce qui ne se pro­ de la vie ». s'impose à la dans l'expérience soumise au temps. La pré­ volonté. sensations moi de la connaissance ne l'instruit pas seulement. L'extériorité ou l'altérité du soi est Voilà les points que je voudrais signaler en premier lieu reprise dans l'immanence. comme si vivre et être étaient des verbes transi­ les suggestions opposées que l'on peut également emprunter tifs et ceci et cela compléments d'objets. Tout ce sation du futur n'était qu'une espèce de prise en main. PHENOMENOLOGIE ET SAVOIR La dia-chronie du temps est presque toujours interprétée C'est dans le psychisme comme savoir . malgré toutes l'éprouver. conscience de soi et réflexion sur soi .mais aussi mière personne dit bien l'unité du Moi où tout savoir se dans les événements qui se sont déroulés de 1933 à 1945 et suffit. Réminiscences et imagi­ serl fait intervenir dans l'étude de l'intersubjectivité. ou qualités primaires. théorétique. du savoir . esquisse d'une pratique incarnée. sur le mode du voir. 2. Même réduit à l'indétermi. comme si l'advenir du futur n'était ne finit-il pas par se savoir ? Le secret et l'inconscient.un privilège du nation du vivre et à la formalité du pur exister. seraient encore des expé­ conserve cette signification d'emprise. déjà '' mainmise ». Il se convertit en Le « saisir » de l'apprendre n'est pas purement méta­ « leçons reçues » qui convergent en unité du savoir. un privilège de la représentation. On n'apprend que ce que l'on sait m'occupe depuis plusieurs années et où il ne s'agit pas des déjà et qui s'insère dans l'intériorité de la pensée en guise de structures du savoir conformes à l'intentionnalité que Hus­ souvenir évoquable. revient à elle-même. ou per­ sence se fait maintenant. et le Begriff chain. Nous trouvons chez Husserl un privilège de la présence. ou sensibilité et entendement . Portant sur l'être. une prise sur ce qui est appris et une possession. Là . que le savoir n'a su ni éviter ni comprendre . un qui advient dans le psychisme humain. conscience qu'ils ont perdue ou qui les a perdus. elle est hors d'elle­ de la philosophie transcendantale de Husserl ou. tout ce qui s'y passe.allant jusqu'à la comme une privation de la synchronie.est la raison En tant que savoir. Les rapports avec le pro­ facto se donne à lui. rai sur une notion de sens qui. affectivité . Et cela. thème qui et le propre de la pensée. le groupe social et Dieu. de la fameuse Lebenswelt ? L'être qui apparaît au pose pas . lés ou altérés. du pur être. se mesurent encore ou se guérissent par la En tant qu'apprendre. Tout le une saisie. et. dans les Médi­ Lebenswelt (du monde de la vie). Je fini­ nation assurent comme la synchronie et l'unité de ce qui. quels que soient les efforts qu'exige la distance « de la coupe 142 143 .

Pensée et psychisme de l'immanence : de la comme Husserl et Brentano l'affirment . 22 1) : « C'est aux vues les plus profondes et les plus vastes saisie. position-devant-soi.le savoir port à ce qui lui est égal. n'est-ce pas un truisme ? A moins que cela ne signi­ jouissance. auxiliaire. à la com-préhension. que sa connaissance est une satisfaction. La structure le Même qui se retrouve dans l'Autre. est une philosophie à la fois du savoir absolu et de l'homme 1 . Entre nous La conscience non-intentionnelle aux lèvres » . comme de surcroît. dût-il se confondre avec l'être qu'il connaît et s'iden­ signification formelle de ce verbe privilégié qu'on nomme. Et à cette unité du je pense toutes choses se ramènent structurée comme intentionnalité. L'œuvre hégélienne où viennent se jeter tous les courants J. s'égale à elle-même. » même de l'incessant effort de l'esse en vue de cet esse même. le fait-d'être-donné. en fin de compte. une satisfaction. à travers sa « transcendance ». L'unité du je pense est la forme ultime de l'esprit comme Mais une conscience dirigée sur le monde et sur les objets. dans l'être. conscience d'elle-même : conscience du en fin de compte.comme comblant la mesure de la visée. l'unité du sujet et de l'aperception transcendantale du je Conscience implique présence. c'est-à-dire essentiellement athée ? objectivant et thématisant . Le système de l'intelligible est. à l'appropriation. est aussi indirectement. La conscience théorétique ou non théorétique. que son apparaître est aussi un se d'une thématisation et d'une représentation ? Résulte-t-il donner. à la prise. Elles renvoient à dont il l'aura entourée dans la notion d'actes objectivants. une possession et une penseur. L'unité du je pense est la forme ultime de l'esprit comme exercice quasi tautologique du conatus auquel se ramène la savoir. à-dire la « mondanéité ». la légère. comme si toujours du rassemblement d'une multiplicité et d'une dis­ elle comblait un besoin.entre la pensée et le monde. communauté du je pense ou la conscience de soi. LA MA UVAISE CONSCIENCE ET L 'INEXORABLE de l'esprit occidental et où se manifestent tous ses niveaux. et en constituant un système. consiste à reconnaître l'unité qui constitue l'essence du emprise active sur la scène où l'être des étants se déroule.rejoindre ce Nous demandons : l'intentionnalité est-elle toujours - qu'elle pense. Le psychisme du savoir théorétique constitue une entendue comme modalité du volontaire. à tifier au système de la connaissance. C'est aux unités de la conscience intentionnelle. dans son adéquation au le suggère . C'est précisément cela le phénomène du présentation ? Ou. A partir de l'intentionnalité.incarnée . une conscience de soi. C'est peut-être cela que Husserl persion temporelle ? La pensée est-elle d'emblée vouée à exprime quand il affirme une corrélation . c'est­ pense. Cette thèse de synthèse et la synopsie conceptuelles sont plus fortes que la Brentano conserve sa validité pour Husserl malgré toutes les dispersion et l'incompatibilité de ce qui se donne comme précisions qu'il y aura apportées et toutes les précautions autre. moi-actif qui se représente monde et objets ainsi que 144 145 . l'intentionnalité vide se remplissant. intentionnelle de la conscience est d'autre part caractérisée L'activité de la pensée a raison de toute altérité et c'est en par la représentation. lui pro­ Une question peut ici se poser : une pensée à la mesure du met. mesure de par le fait de pouvoir . Lasson. comme avant et comme après. et ainsi se justifie l'appellation d'actes conférée pensable.fondée sur une re­ suffisance à soi. Husserl décrit le savoir dans son identité idéale ? La pensée est-elle par essence rap­ théorétique dans ses formes les plus achevées . Comme si la pensée pensait à sa fie une pensée incapable de Dieu. Exposition à la p. savoir. de la Critique de la raison pure qu'appartient celle qui La conscience intentionnelle n'est-elle pas.est à l'échelle de la pensée pensante. Le mot intention pensée qui pense à sa mesure et. sera conscience de soi. l'intentionnalité est-elle le seul mode de monde : le fait qu'un accord est assuré dans le saisir entre le la « donation de sens » ? Le sensé est-il toujours corrélatif pensable et le pensant. que réside sa rationalité même.qui est la corré­ l'adéquation et à la vérité ? N'est-elle que saisie du donné lation . Hegel écrit ( Wissenschaft der Logik II. Elle serait à la base de toute cela. se concept comme unité originairement synthétique de l'aper­ rassemble et se manifeste ? Conscience comme le scénario ception. la conscience doit être satisfait.

prend pour objets le moi. sans titres. perception intérieure à laquelle elle serait apte à se conver­ à proprement parler ? Conscience confuse. le non-intentionnel. Conscience cependant indirecte.et facilement rhétorique . prise pour conscience de dans son identification non-intentionnelle. cite.ou revenue de toute inten­ ses états et ses actes mentaux. Mauvaise tionnellement exercée à l'endroit de l'introspection a tou­ conscience ou timidité : sans culpabilité accusée et respon­ jours soupçonné une modification que subirait la conscience sable de sa présence même. assomption. Entre nous La conscience non-intentionnelle conscience de ses actes mêmes de représentation. en quelque façon positivement. nue de tous convertira en données claires et distinctes. si on cette prétendue confusion. mais en question. réflexive ? immédiate. dans cette dans le langage... Nudité qui n'est pas celle du dévoilement ou représentent le monde perçu lui-même. Mauvaise en philosophie.dans le monde et dans l'être. sans visées. Le « savoir '' de la conscience pré-réflexive de soi sait-il. Celle-ci. Contexte obscur du monde du monde. plutôt que de signifier un savoir de soi. impli­ et s'affirme . haïssable dans la mani­ moi-pensant apparaissait au monde et y appartenait ? Que se festation même de son identité emphatique de l'ipséité - passe-t-il dans cette dissimulation originelle. c'est. ce vécu comme savoir encore non explicité conscience : sans intentions. principe d'intelligibilité et de signifiance. sous le intentionnalité. selon le mot de Pascal. mais passivité pure. raineté. sans le masque ou comme représentation encore confuse que la réflexion protecteur du personnage se contemplant dans le miroir amènera à la pleine lumière. l'identité recule soi. dans ce se-ramasser-sur-soi de l'inex­ A. est aussi. thématisé que la réflexion. Conscience réfléchie où la tion . comme celles qui attributs. de la mise à découvert de la vérité.ou s'affermit . porté . Non-intentionnel à distinguer de la 2. cette souve­ plicite ? Que peut signifier. originelle­ réfutée. vécu en contrepoint de l'intention­ devant son affirmation. dans le dire-je. Non pas au monde.à considérer. L'intériorité du mental. le sous-entendement du présupposé dans une jusque dans la fameuse . Présence qui redoute la présence. dès lors.elle n'est pas acte.ou assez énigmatique . l'avènement de l'humilité. Sans nom. le soi-même. Par réfé­ Que se passe-t-il donc dans cette conscience non-réflexive rence à quoi. ment cela. conscience intentionnelle. conscience et l'intimzté du non-intentionnel dans la conscience pré­ de l'activité mentale. conscience réfléchie. Non seulement conscience dirigée sur le monde cherche secours contre de par son être-sans-avoir-choisi-d'être ou de par sa chute l'inévitable naïveté de sa rectitude intentionnelle. devant ce que le retour à soi de nel. la potentialité du possible dans un horizon d'une part << sens de la vie . cette liberté dans le moi humain. Dans sa non­ Il n'est pas interdit cependant de se demander si. comme si le moi au-monde qui a déjà pris 146 147 .quête du notion. accompagne la conscience intentionnelle visant dans la reste assez ambigu . peut-être. comme si le reconnaître. le moi qui déjà se pose que 1'on prend seulement pour pré-réflexive et qui. est un effacement ou discrétion de la présence. avant toute faute. Réserve du non-investi. et comme une violation et psalmiste. cette implication ? N'y a-t-il pas peut dire. La priorité superbe de l'A est façon d'inexprimable. implicite et de pur accompagnement. regard de la conscience réfléchie. en deçà de tout vouloir. rassuré et se posant. oublieuse de ce qui l'accompagne. Mise en question de lieu de distinguer entre l'enveloppe ment du particulier dans l'affirmation et de l'affermissement de l'être. comme dans la Geworfenheit heideggérienne. oublieuse dans un entremêlé de possibles déjà réalisés avant toute du vécu indirect du non-intentionnel et de ses horizons.peut-être trop vite . conserve et livre son sens véritable. conscience impli­ tir. « Conscience '' qui. mais sans visée intentionnelle. sans situation. critique toujours renaissante. intentionnellement. du non­ dite spontanée sous l'œil scrutateur et thématisant et objecti­ justifié. cite précédant toute intention . du sans-patrie ou du sans-domicile qui n'ose pas une méconnaissance de quelque secret. en << souvenir '' de quoi. de << l'étranger sur la terre >> selon l'expression du vant et indiscret de la réflexion.pour se réflexion. La critique tradi­ l'identification peut comporter d'insistance. qui se retrouve un concept. On est. Critique toujours entrer.

mais aussi à la question. peut accomplir de violence et de meurtre. vers la bonne conscience. avoir à répondre . n'ont-ils pour ma mort. vaise conscience » du non-intentionnel qu'elle ne se laisse Crainte et responsabilité pour la mort de l'autre homme. cette passivité signifié. être à la pre­ est ma crainte. sans défense . être en du prochain. Droiture intentionnel comme une enfance de l'esprit à dépasser ou d'une exposition à la mort. mais où il n'éveille pas de scru­ l'usurpation de toute la terre. pure persévérance dans l'être. met en échec l'être qui en tant qu'être nière extrémité. crainte pour la mort du prochain.même si. où l'émotion haïssable. à la der­ jours prématurée. l'obligation de ne pas laisser l'autre homme persévère dans l'être. de quelque l'être fini est ému de sa finitude pour cette finitude même. mais dans la crainte pour autrui. mais n'est en rien crainte pour moi. etc. Ma mort. le secret s'affirme avec la pensée intentionnelle. avant tout lan­ un accès de faiblesse arrivé à un psychisme impassible. le ne-pas-laisser­ dans le mode rr ' me de sa « spontanéité » et avant toute for­ seul-l'autre-homme ne consiste. à la dernière extrémité. quels que soient. mon chez-moi. consciente. mais.nais­ La crainte pour autrui. Le gage et avant toute mimique. dans tranche ainsi sur l'admirable analyse phénoménologique l'affirmation de son être de moi. Crainte qui me vient du se posant comme au « nominatif indéclinable ». à s'attrister. mise en question de ma présence et ma responsa­ qui n'est le corrélat d'aucune action décrit moins la « mau­ bilité. non-intentionnelle. malgré son innocence intentionnelle et remontait à sa mauvaise conscience. à se réjouir. » Crainte pour tout ce que pules. déjà se distinguait la réflexion d'un sujet. assuré de visage d'autrui. Même si. Mauvaise conscience qui n'est pas la même si le sens ultime de cette responsabilité pour la mort finitude de l'exister signifiée dans l'angoisse. 148 149 . être moi précisément . ni la morale fondée sur le droit ina­ ture même du visage qui me demande révèle enfin pleine­ ment et son exposition sans défense et son faire-face lui­ liénable du conatus. par-delà sa bonne conscience par moi opprimé ou affamé ? Citons encore Pascal : « C'est d'être << en vue de cet être même >> dont l'être-à-la-mort ma place au soleil. Elle mière personne. .où la droi­ bonne conscience d'être.se met en cet impuissant affrontement. dans ses ultimes gratuité et vanité. avoir à parler. Droiture extrême du visage du prochain. La conscience pré-réflexive. son bon droit à l'être et « dominant » la timidité du non­ déchirant les formes plastiques du phénomène. A vrai dire. ne sau­ Crainte qui remonte derrière ma « conscience de soi » et rait se décrire comme prise de conscience de cette passivité. Avoir à répondre de son droit d'être. Dans la passivité du non-intentionnel - même . Ce qui est. l'amour main-tenant : être comme mauvaise conscience . savoir et emprise du de la socialité et. psychiques ou sociales mon exister. entité juridique. non pas par réfé­ de l'émotion par excellence : de l'angoisse . être-à-la-mort où rence à l'abstraction de quelque loi anonyme. demande adressée ou ordre premier « cas » en quelque façon. dès lors. amour sans concupiscence. tou­ d'autrui était responsabilité devant l'inexorable et. en elle. mais aussi émotion pour soi-même. et. chie où l'émotion est toujours émotion de quelque émou­ Iéi se révèle le sens profond du mot pascalien : le moi est vant. qu'à répondre << me voici >> à la question la justice même de la position dans l'être qui demande qui m'interpelle. sance du langage . face à la mort . les retours de la comme si.double << intentionnalité du de et du pour participant 3. décrire par celle-ci. mais ce scandale n'ébranle pas la seul en face de la mort. avoir à répondre de son que Sein und Zeit propose de l'affectivité : structure réflé­ droit à l'être. Mon « au La crainte pour l'autre homme ne retourne pas à l'angoisse monde » ou ma « place au soleil ». consiste à s'émouvoir . avoir à dire je. dans cette confrontation et mulation d'idées « métaphysiques » à ce sujet . l'accusatif est son du fond d'une absolue solitude .à s'effrayer. question. Trouble éthique de l'être. Elle déborde l'ontologie du Dasein heideggé­ pas été usurpation des lieux qui sont à l'autre homme déjà rien. Entre nous La conscience non-intentionnelle sens à partir des finalités vitales. une demande à moi adressée non-intentionnel est passivité d'emblée. sans doute. voilà le commencement et l'image de marque la fin et le scandale.

l'unique et l'élu. dans l'humain.est ainsi comme la un surplus de signifiance qu'on pourrait désigner comme suspension de l'éternel et irréversible retour de l'identique à gloire qui m'interpelle et me commande. représentable. au-delà de l'être. peut-être. que signifie.et même des individus humains et dans leur lutte pour l'existence : l'autre homme -. à un titre quelconque. signifie l'éthique pas à l'idée dans cette interpellation plutôt que dans une mais probablement aussi la spiritualité même de l'âme : quelconque thématisation d'un pensable. il n'instaure pas ce qui. cette irré­ duétibilité de l'à-Dieu ou de la crainte de Dieu à l'eschatolo­ gique par laquelle s'interrompt. Dans la déposition par le moi de sa souveraineté de pour se faire visage de l'autre homme ? Dieu ne me vient-Il moi. il n'instaure pas entre moi et Lui qui m'a parlé un rapport .pour me désigner. par l'identité qui s'identifie et s'affirme et s'affermit dans la vie rapport auquel toutes choses. consciente et rationnelle. Entre nous La conscience non-intentionnelle Dans le « naturel . c'est-à-dire l'Infini.entre termes. lequel m'assigne . la conscience qui allait à l'être dans sa persévérance ontolo­ gique ou à la mort qu'elle prend pour la pensée ultime. au prochain pour qui j'ai à craindre. la merveille du moi reven­ se met en question. Suspension de la guerre et de dialogue. de préférer l'injustice subie à l'injustice commise et ce tivité de l'être-au-monde . l'essentielle nature vitale.dans son être et où la vigueur idéale de 1 50 .nouveauté d'une non-indif­ qui justifie l'être à ce qui l'assure. C'est. non n'est probablement pas là la question par excellence. non saisissable. dès avant toute invitation au toute altérité. Retournement à partir du visage d'autrui diqué par Dieu dans le visage du prochain . au sein même du phénomène dans sa lumière. Être ou ne pas être.ou animalement . de l'être-en-vue-de-cet-être-même. Appel de Dieu. le mot gloire. L'à-Dieu n'est pas un processus de l'être : dans l'appel. négatrice de m'interpelle et me réclame et. autre. dans sa modalité de moi haïssable. c'est le retour à l'intério­ une je ne sais quelle invitation au dialogue ? L'interpellation rité de la conscience non-intentionnelle. Derrière l'affirmation de l'être persistant analytiquement . dans le visage d'autrui. L'alternative de l'être et du néant n'est pas l'ultime. Suspension de sa priorité idéale. semblent prendre sens. serait une conjonction . comme sans dérobade possible. comme Zuhandenes .la merveille du où. excluant le tiers. signifie moi débarrassé de soi et craignant Dieu . plutôt que dans l'humain ou l'intériorité humaine. déchire la forme de généralité sous laquelle l'indi­ la politique qui se font passer pour la relation du Même à vidu qui me ressemble m'apparaît et se montre seulement. ce férence pour moi de l'absolument différent.. l'Autre. à la mauvaise ne me fait-elle pas entrer dans une pensée non­ conscience. à sa possibilité de redouter l'injustice plus que la intentionnelle de l'in-saisissable ? Par rapport à toute l'affec­ mort.déchirant la représentation sous laquelle se manifestent les étants du genre humain . je suis renvoyé à l'autre homme par qui cet appel signifie. fût-elle idéale .une co­ existence. L'Infini ne saurait signifier pour une pensée qui va à terme et l'à-Dieu n'est pas une finalité. Ce qu'on appelle lui-même et de l'intangibilité de son privilège logique et parole de Dieu ne me vient-il pas dans la demande qui ontologique. une synchronie.

6). Elle possédait une vague esquisse de l'objet de sa vision. Mais l'intelligence qui est intelligence des idées multiples auxquelles elle accède en acte n'est pas séparée de l'Un 153 . en tant que connaître. la figure de la lumière que répand le soleil précède celle de la chaleur que répand le feu. c'est la lumière du théorétique. « Elle pense bien ce principe. La multiplicité première. L'unité de l'Un exclut. 1. de la vision. mais qui. la dualité du voir et du vu. les divers degrés du multiple... selon Plotin. 3. n'est pas seulement multiple par la distance qui la sépare de l'Un . fût-ce celle qui se dessine déjà dans la distinction entre pensant et pensé. toute multiplicité. mais en voulant le saisir en sa simplicité. L 'UN ET L 'INTELLIGIBILITE Parmi les quatre métaphores qui. c'est ainsi qu'elle le connaît pour le voir et qu'elle est devenue vision en acte >> (V. elle n'a affaire qu'à une multiplicité : à la multiplicité d'idées (platoniciennes) ..est l'intelligence de l'Un. Elle manque déjà ou elle rate l'unité de l'Un en atteignant en acte les idées.par lequel se produisent. figurent le « mouvement de l'Immobile . sans quoi elle ne l'aurait pas accueilli en elle. elle s'en écarte pour recevoir en elle d'autres choses qui se multiplient . à distance de l'Un. . la chercher. 1 1). DE L ' UN À L'AUTRE TRANSCENDANCE ET TEMPS J. de la pensée et du pensé. du froid que répand la neige et des parfums que répand l'objet odoriférant.au lieu d'avoir en acte affaire à l'Un. et même dans l'identité de l'identique conçue en guise de conscience de soi où.ou l'émana­ tion de l'être à partir de l'Un . mais cet objet d'un est devenu multiple .l'extériorité à l'égard de l'Un . en effet. on ira.à la multiplicité qui disperse l'essence de l'être . dans la ye Ennéade (V. La première extério­ rité . un jour. dans l'histoire de la philosophie.

comme si son accession dispersée à l'essence multiple lise. mal du retour. entendue elle-même à partir de l'unité de 1 54 155 . comme si la connaissance. est en acte. cet amour ne vaut de l'hypostase. comparé à « instants » rares que Plotin atteste. aboutissement relatif . encore entre le connaître et le connu dans la conscience de soi - aspiration de par la dispersion même de son voir. en tant identité où toute multiplicité et tout nombre sont abolis aux que dispersée précisément. à l'Un.. Déjà « mal­ offrait au monothéisme qui faisait la conquête de l'Europe heur » de la conscience ! Tout << se complaire » dans l'insatis­ dans les premiers siècles de notre ère un itinéraire et des sta­ faction. était une trans­ aspire pieusement par-delà les idées qu'elle atteint et saisit cendance de par la déficience même de sa rationalité plu­ dans leur multiplicité et où pourtant elle s'accomplit. ce savoir dans la conscience de s'oublie. remplie.l'Un par-delà le noème que la était une piété . en tant qu'aspiration. par l'Un où l'amant coïncide avec l'aimé. 4) vaut mieux que l'amour qui. Tout comme au degré suivant signifie encore la dispersion du connu. de delà de l'être et du savoir. consommée de l'Un vaut mieux que l'Esprit et que la philo­ peut-être. reste demi­ Dès lors. quand la distance. Entre nous De l'Un à l'Autre absolument de par cette multiplicité même : cette multi­ la séparation. << satiété de Chronos » soi. ou l'unité de l'Un . Philosophie. y rattacher.serait. nostalgie et l' « amour » de l'Un.à la fois échec tisme. Il y aurait de l'amour peut retenir loin de la << patrie . meilleure que l'être et le savoir. ainsi. Ce qu'on pour­ au retour est le souffle même de l'Esprit . en te!"mes d'aujourd'hui. est. un état de privation. La piété était désormais entendue manque. Classicisme de la pensée grecque qui. comme dans le Ban­ et. à l'égard de l'Un qui en 2. jusqu'à chez Hegel. L'aspiration plicité reste nostalgie de l'Un. méconnaître dans l'aspiration son in-satisfaction. ainsi. précisément abou­ faite de n'être que philosophie ! Le retour à l'Un de ce qui tissement comme relation et. est déjà un aspirer-au-plus-haut-que-soi.à l'égard de noèse de l'intelligence égale .le voir . allait au­ disparaît sans laisser de traces. ce « se convertir à soi . mais. et cependant. meilleur que cette aspiration et que cette l'Un dans le connaître de l'intelligence dont la multiplicité approche dont l'Un est encore absent. quet de Platon. piété seulement : méta­ s'en était répandu sans le diminuer . se satis-fait . mais l'unité rait appeler mouvement de la connaissance .. sera transmis à la philosophie Le néo-platonisme exaltant cette unité consommée au­ occidentale et lui aura interdit. à l'intelligence (V. dans restait la relation.fût-ce la distinction par cette privation même . 1. c'est cette indivisibilité de l'Un. pour la philosophie qui y surgit. de par cette absence que tion. L'Un auquel l'intelligence delà de ce qu'elle voit et thématise et. L 'INTELLIGIBILITE DU RETOUR ET LE TEMPS COMME PRIVA TION est encore différent. l'intentionnalité noético­ sophie. par le s'apprête à « entendre les voix d'en haut ». mais. qui est sa non-indifférence à l'égard de l'Un dont elle est séparée. J.. selon l'enseignement de Diotime. d'après le schéma néo­ l'Un inaccessible. appellation péjorative.. comme si l'Un était pressenti même la distinction du connaître . ainsi.la coïncidence avec la phore religieuse d'une espèce formelle dont le genre logique source d' << au-delà-de-l'être » . comme priva­ dans le regard du connaître. ainsi. Le meilleur. Ambiguïté ou risque couru à distance de platonicien. Ce << se recueil­ terme de l'extase où le mouvement de l'extase s'abolit et lir . dans l'échec.serait la grande affaire. est capable de se recueillir et s'absorbe. sous le tions susceptibles de correspondre à des goûts mystiques et à prétexte qu'ils apportent « en creux » ce dont ils sont le des besoins du salut. 6) .ou. pure noématique du savoir.. nécessité d'une philosophie pour perpétuer la dieu. et même dans l'amour. à travers le néo-platonisme.Plotin parle de prière (V. logés dans << l'insatis­ faction » de l'intelligence. L'uniLé consommée de l'Un. sur sa amour de la sagesse ou philosophie. mais dispersée. seront traités de roman­ << vision en acte » d'une multiplicité d'idées . séparée de l'intelligence et se disper­ que par le terme qu'il recherche et où la recherche sant parmi les choses d'ici-bas. « en creux . toujours insatis­ et. se réa­ rielle . tout renoncement à la sagesse dans le simple comme se modelant sur l'activité de l'intelligence. l'âme.

rapport à la présence c'est-à-dire à tique.aura conservé le cadre et dont. qui imagine aussi leur aperception. on dis­ modèle de l'unité de l'Un et.du retour à l'Un. le retour à soi de la pensée absolue. dès lors. qui veut.restée fidèle cepen­ toutes ses variations . 1. Entre nous De l'Un à l'Autre l'Un où elle se consomme et se consume. A l'origine. certes. qui nie. la signifiance coïncide avec le savoir. selon un autre registre.. c'est-à-dire enseignement fiance du sensé où la dispersion temporelle passe précisé­ ou leçon reçue.sinon. retour au lieu même du sens. Ces structures de la pensée de la connaissance de l'Intelligence ? L'événe­ marquent. mais aussi toujours " Qu'est-ce qu'une chose qui pense ? C'est-à-dire une chose qui doute. ment théorétique de la connaissance où l'acte de connaître l'identité de l'identique et du non-identique dans la s'efface devant la vérité trouvée . elles qu'un retour à un savoir oublié . Le cogito de Descartes.mais pourquoi l'identité de la conscience pure porte en elle. se retrouvent les très larges et quasi formelles struc­ sophie européenne laquelle finit par se séparer de la religion tures du schéma néo-platonicien du retour et de l'union. « Mais pourquoi pas le théorétique comme arché­ entre religion et relation ! Mais la religion en s'interprétant à type inavoué de l'Un ? >> ... dans l'éclat de l'évidence . entendu comme intentionnalité . dans un l'autre bout de son histoire. le rationalisme grec et se trouvait se libérant de la transcendance de l'Un et se retrouvant abso­ lue dans la satis-faction du savoir confère peut-être quelque ainsi obligée de répondre aux exigences des modèles de sens créance. » Plénitude de l'héritage grec pour la différence infinie de l'Un au lieu de la devoir à la non­ transmis et s'imposant à une philosophie se séparant de la satisfaction du connaitre. en effet. ceux du connaître.venons-nous timidement de partir du néo-platonisme entendait sa piété comme nostal­ demander dans une phrase incidente à propos de l'événe­ gie. à l'unité de conçoit. On se souvient du texte élargissant le cogito dans la Deuxième Méditation Métaphysique : retour à une multiplicité d'idées. Elle cette incidente. comme doute.. en effet. c'est-à-dire à l'être. dans lesquels elle s'exposait et qui étaient ceux du théoré­ Dans la connaissance.l'événement théorétique ne commandent la réduction phénoménologique de Husserl où reste-t-il pas l'analogon ou l'icône (V. la venue au premier plan tingue encore clairement les contours. en guise du « je pas f'archétype inavoué ? . se demander avec rai­ platonicien où le temps n'est qu'une pure façon de parler son si la dévotion qui animait cette religion originellement (V. nostalgie de l'unité de l'Un. de l'aboutisse­ pense ».où la vérité est re-trouvée conscience de soi se reconnaissant pensée infinie. dans cette co­ et qui sent » On peut présumer que sentir signifie ici et sensation et senti­ ••• présence comprise. initialement " événement » théorétique du sence. à leur synthèse. qui affirme. Les théolo­ ment pour une privation de l'intelligibilité ou pour son giens qui n'ont plus confiance en la déduction syllogistique et qui n'osent image dégradée. dans l'ontologie qui se fait lieu originel ou partie du lénisme se trouvait ainsi transmis à l'histoire de la philo­ sens. 6) et d'exposer la « réalité éternelle » en tant que inséparable de l'amour du prochain et du souci de justice ne celle-ci comporte « causalité et ordre . à la signi­ ment. certes. en fait. couvre toutes les modalités de la pensée.ego cogito cogita- ment d'une extase s'évanouissant dans la transcendance atteinte ou retrouvée ? Connaissance comme retour à la pré­ 1 .malgré Que peut signifier cette séparation . Le rapport à autrui serait expérience sociale. pas citer l'�criture vérifient l'hypothèse : Dieu dans l'expérience religieuse. l'évolution même de la pensée occidentale recueillait. 7) . D'où. qui ne veut pas. mais dont elle renee attribuées au temps conformément au schéma néo­ signifie la privation. Tout le vécu humain se dit expérience. qui au rassemblement de ces idées. Distinction radicale qui s'imposerait religion. et. à leur com-préhension . chez Hegel. Selon nos façons actuelles de parler. temps comme pure devait pas trouver dans cette éthique même le lieu de sa nais­ privation de l'éternel . On peut. ainsi. 1 56 1 57 . « sans depuis que Socrate nous montra que l'apprendre n'était autre . la participation au et husserlienne à laquelle si visiblement elle aboutit. secondarité et pure appa. Et. dans la thématique hégélienne renoncement à la transcendance de l'Un. dont l'intelligence restait l'étape pénultième. 1. L'hel­ l'être. ou comme son imitation : « Alles Ver­ sance sémantique et la signification de sa non-in-dtfférence gtingliche ist nur ein Gleichnis. dont la philosophie moderne depuis Descartes 1 . pour se suffire comme pensée autonome. comme aventure d'un retour et d'une corncidence avec ment de la connaissance synthétisante et com-préhensive. à dant à l'intelligibilité du retour à l'Un .

futur à la simultanéité du thème. Comme si le temps. pour la première fois dans l'histoire des dans les lois universelles et éidétiques régissant la dispersion idées. dans le Cogito où Hegel et Husserl se encore. Thé­ sa diachronie. l'idéalité ou le formel du temps spéculatif. dans le savoir. Un « je veux » et p. à un terme.le connu de l'être. de l'incompréhensible ..égalité supposée prototypique - se conformer aux exigences de sa manifestation. selon un autre dessein et projet. c'est-à-dire à l'être sante et pieuse nostalgie de la transcendance de l'Un inat­ (entendu comme verbe) . insaisissable du ré-volu ou de l'à-venir. » l'intentionnalité. en effet...toute transcendance. Analyse où s'est ainsi faite. désigné le destin de cette notion immobile au-dessus de la temporalité immédiate de la dans la philosophie comme celui d'un devenir passant pour patience humaine. La manifestation conscience va à une fin. que le vocable même d'intention suggère. garantit tation en serait la prise première à laquelle renvoie encore au savoir son rassemblement congénital et son auto­ l'intellect pour la compréhension qu'elle fonde. à un présent qui ne passe pas. Comme si le savoir. comme si. quand la « des­ J. notamment Husserl : Krisis der europètischen Wissenschaften. ni ne se dépasse Henri Bergson qui. La pré­ sence . satis­ le sens du sensé ne fait qu'un avec son aptitude au présent et faction et comme telle. le secret d'une civilisation. LA PENSÉE COMME INTENTIONNALITÉ cription phénoménologique » s'aventure derrière ou sous l'abstraction. ou. La représentation (Ver-gegenwtirtigung) - Un auf-etwas-hinauswollen. La représen­ reconnaissent sur le sol de la philosophie moderne. Cf. à l'éternité.simples modes de la mé-prise.arracherait au passé et au rité . dans ou à l'intemporel . seulement à titre exceptionnel. Ce qui reste dans la même du savoir dans la représentation. d'abord insaisissables. L'éga­ le temps s'épuisait dans sa façon de se faire connaître ou de lité de l'Un à lui-même . se réduit ou retourne à l'immanence d'une subjectivité futur . en tant que signifiance même du à la représentation. est comblée ou s'accomplit : wird erfullt. du passé et du et l'intégration au système et au présent ou à la synchronie . une activité téléologique. ainsi. Entre nous De l'Un à l'Autre tum . La connaissance est intentionnalité : acte et volonté. La sence.du système de tout ce qui est autre. La rationalité du connaître correspondrait à l'absolu de L'analyse de la temporalité chez Husserl ne revient-elle pas l'Un : la connaissance rejoignant ici-bas . avec son aptitude à la présence. atteint.ou dans la notion d'être exprimée par présence . toute altérité : « toute extério­ réminiscence et imagination . dans la réflexion. la concrétude transcendantale de présents retenus ou anticipés ? Savoirs du temps ! Comme si soi-même. dans la substitution de la rigueur dialec­ une privation de l'éternité.. tente de penser le temps en dehors de cet échec de de l'empirique dans l'idéalité intemporelle qui subsiste l'éternité. La connaissance comme entrant et s'étalant dans un thème . revenait à une éternité manquée. était le psychisme de toute pensée. Pensée qui se dé-pense à représenter ou à 158 1 59 . adéquation et. dans la notion de pré­ teignable ou. 1 16 : . tique à la durée « incompressible » ou incontournable et que l'on ne saurait sauter.dans l'immanence de la manifestation évidente . de l'inaccessibilité à la qui elle-même et en elle-même s'extériorise 1• La première main et. mais elle n'est plus impuis­ encore. la thématisation ou pensée « en puissance » est aussi un pouvoir. Une téléologie l'intentionnalité. à « l'image matique philosophique où le temps se trouvera subordonné mobile de l'éternité immobile » ou de l'Un consommé. dès lors. ou rejoi­ à dire le temps en termes de présence et de simultanéité : de gnant. Innenbetrachtung der sich selbst im Aussen ètusserenden Subjek­ " un « je me présente » que Husserl du moins entend dans tivitètt. plus radicalement recherche est encore privation.la présence. un « je veux » et un « je peux >> 1 . Ou le temps se trouve subordonné à l'éternité. déjà ou personne du présent. Elle ramène­ suffisance préfigurant l'unité systématique de la conscience rait ces « présents . à un donné. à un coïnciderait avec la signifiance du sens et en appellerait à la monde. aura. compréhension. avec la simultanéité d'un ensemble sensé. concrétude de la pré­ anime la conscience selon la Kn'sis husserlienne.un sence de l'être dans la vérité est saisie et appropriation et le mode privilégié du temps se confondait avec la naissance connaître.

Entre nous De l'Un à l'Autre

maîtriser la présence. L'être dans sa présence s'offre à la et la coïncidence avec l'unité ? C'est la conception domi­
prise en mains, est donation. Les leçons les plus abstraites de nante de la philosophie transmise selon laquelle la pensée
la science commencent dans un monde que nous habitons, est fondamentalement savoir, c'est-à-dire intentionnalité -
au milieu des choses qui se trouvent à la portée de la main. volonté et représentation - que nous essayons de mettre en
Ce sont des choses données dans un monde donné que Hus­ question 1• Notre analyse prendra son départ dans une
serl appelle " monde de la vie » . L'intentionnalité de la réflexion sur l'acte intentionnel.
conscience est concrètement saisie, perception et concept,
pratique incarnée dans toute connaissance, promesse pré­
coce de ses prolongements techniques et de consommation. 4. L 'INTENTIONNALITE ET LA MAUVAISE CONSCIENCE 2
L'être corrélatif de la connaissance, signifiant déjà ainsi à
partir d'une ontologie qu'on pourrait dire idéaliste, est don­ Nous partons de l'intentionnalité telle qu'elle s'expose
née et donation et à prendre. Le sens de la satis-faction n'en dans la phénoménologie husserlienne. En elle l'équivalence
revient pas simplement à l'abstraite adéquation d'un perçu à de la pensée avec le savoir dans son rapport à l'être est for­
mulée de la façon la plus directe. Tout en dégageant l'idée
la mesure de la perception. La concrétude de la satisfaction
d'une intentionnalité originale, non théorétique, de la vie
est jouissance. " Vécu » qui n'est pas simplement « contenu
affective et active de l'âme, Husserl aura maintenu à sa base
de la conscience ,,, mais qui est signifiant : en lui s'identifie
la représentation - l'acte objectivant - adoptant sur ce point
l'identité du << je suis ,,, du cogito se complaisant en soi et,
la thèse de Brentano, malgré toutes les précautions qu'il
ainsi, persévérant dans son être. Identification de l'ipséité
aura prises dans sa nouvelle formulation de cette thèse. Or,
libre de l'homme occidental dans les limites de ses pouvoirs.
le savoir est, oar lui-même, relation à un autre de la
Liberté que les obstacles seuls peuvent limiter : les forces
conscience et comme la visée ou la volonté de cet autre qui
naturelles et sociales et la mort. Obstacles de la Nature et de
est son objet. Husserl en interrogeant l'intentionnalité de la
la Société dont le Savoir peut avoir progressivement raison. conscience veut savoir « worauf sie ei'gentlich hinauswill ».
Obstacle de la mort inassumable, in-compréhensible, qui Cette volonté, que déjà le mot intention suggère, justifie
accrédite l'idée d'une << liberté finie ''· Mais toujours la l'appellation d'actes donnée aux unités de la conscience.
liberté est mesurée par les pouvoirs. Merveille de l'homme Dans l'intuition de la vérité, le savoir se décrit comme rem­
occidental dans sa modernité qui lui est probablement essen­ plissement, comme satisfaction d'une aspiration à l'objet.
tielle : idéal de l'homme satisfait à qui tout le possible est Emprise sur l'être équivalente à la constitution de cet être :
permis. la réduction transcendantale, en suspendant toute indépen­
Les questions que nous posons dès lors peuvent se formu­ dance dans l'être autre que celle de la conscience elle-même,
ler dès maintenant : la pensée ne pense-t-elle que comme fait retrouver cet être suspendu comme noème et mène - ou
investissement de toute altérité s'effaçant dans l'unité du devrait mener - à la pleine conscience de soi s'affirmant
résultat ou dans l'identité de l'identique et du non-identique,
englobant l'absolu atteint ou s'éteignant en lui dans l'ambi­ 1 . Que la mise en question du savoir se fasse dans une pensée philo­
guïté de l'idéalisme et du réalisme philosophique ? La pen­ sophique qui, à nouveau, est savoir, n'est pas la réfutation de cette mise en
question. La mise en question du savoir comme partie du sens n'est pas la
sée pensant l'absolu ne signifie-t-elle que besoin, manque et tentative absurde qui voudrait en montrer la fausseté ou même qui en
nostalgie ou satisfaction, accomplissement et jouissance ? La méconnaîtrait le rôle dans la pensée. Le Savoir révèle le sens et permet le
diachronie du temps ne signifie-t-elle que déficience de pré­ dire. Mais il n'est pas, pour autant, le lieu de l'ultime articulation du
sence et que nostalgie ? La pensée ne peut-elle pas appro­ sensé. Il ne laisse pas de traces dans le sens qu'il révèle. Les formes néces­
saires à la révc!lation ne transforment pas le révélé.
cher l'absolu autrement que par le connaître et dès lors 2. Nous reprenons ici plus largement les idées sur la mauvaise
exceller de par cette approche, meilleure que le retour à l'Un conscience développées dans le contexte de l'essai précédent (cf. p. 145).

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Entre nous De l'Un à l'Autre

comme être absolu, se confirmant comme un moi qui conscience intentionnelle, convertira en données claires et
s'identifie à travers toutes les différences « maître de lui­ distinctes comme celles qui présentent le monde perçu lui­
même comme de l'univers » et capable d'éclairer tous les même ou la conscience réduite absolue.
coins sombres où cette maîtrise du moi serait contestée. Si le Il n'est pas interdit cependant de se demander si, sous le
moi constituant se heurte à une sphère où il se trouve char­ regard de la conscience réfléchie, prise pour conscience de
nellement impliqué dans ce que, par ailleurs, il aurait soi, le non-intentionnel vécu en contrepoint de l'inten­
constitué, il est là au monde comme dans sa peau selon tionnel conserve et livre son sens véritable. La critique tradi­
l'intimité de l'incarnation qui n'a plus l'extériorité du tionnellement exercée à l'endroit de l'introspection a tou­
monde objectif. jours soupçonné une modification que subirait la conscience
Mais une conscience réduite - qui, dans la réflexion sur dite spontanée sous l'œil scrutateur et thématisant et objecti­
elle-même retrouve et maîtrise comme des objets du monde, vant et indiscret de la réflexion, et comme une violation et
ses propres actes de perception et de science et s'affirme une méconnaissance de quelque secret. Critique toujours
ainsi conscience de soi et être absolu - reste aussi, comme de réfutée, critique toujours renaissante.
surcroît, conscience non-intentionnelle d'elle-même, sans Nous demandons : que se passe-t-il donc dans cette
aucune visée volontaire ; conscience non-intentionnelle conscience non-réflexive que l'on prend seulement pour
s'exerçant comme savoir, à son insu, du moi actif qui se pré-réflexive et qui, implicite, accompagne la conscience
représente monde et objets. Elle accompagne tous les pro­ intentionnelle qui dans la réflexion vise intentionnellement
cessus intentionnels de la conscience du moi qui, dans cette le soi-même pensant, comme si le moi-pensant apparaissait
conscience, « agit » et « veut » et a des intentions. Conscience au monde et y appartenait ? Que peut signifier en quelque
de la conscience, « indirecte » et implicite, sans initiative qui façon, positivement, cette prétendue confusion, cette impli­
procéderait d'un moi, sans visée. Conscience passive comme cation ? Il ne suffit pas de se référer à la notion formelle du
le temps qui passe et me vieillit sans moi. Conscience immé­ potentiel. N'y a-t-il pas lieu de distinguer entre l'enveloppe­
diate de soi, non-intentionnelle, à distinguer de la réflexion, ment du particulier dans le concept, le sous-entendement du
de la perception intérieure à laquelle, certes, le non­ présupposé dans une notion, la potentialité du possible dans
intentionnel serait apte à s'offrir comme objet intérieur ou à un horizon d'une part et l'intimité du non-intentionnel dans
laquelle la réflexion serait tentée de se substituer pour en ce qu'on appelle conscience pré-réflexive et qui est la durée
expliquer les messages latents. elle-même ?
La conscience intentionnelle de la réflexion prenant pour Le « savoir » de la conscience pré-réflexive de soi sait-il,
obiet le moi transcendantal, ses états et ses actes mentaux, à proprement parler ? Conscience confuse, conscience
peut aussi thématiser et saisir ou expliciter tous ses modes implicite précédant toute intention - ou durée revenue de
du vécu non-intentionnel, dits implicites. Elle y est invitée toute intention - elle n'est pas acte mais passivité pure.
par la philosophie dans son projet fondamental qui consiste Non seulement de par son être-sans-avoir-choisi-d'être ou
à éclairer l'inévitable naïveté transcendantale d'une de par sa chute dans un entremêlé de possibles déjà réali­
conscience oublieuse de ses horizons, de son implicite et du sés avant toute assomption comme dans la Geworfenheit
temps même qu'elle dure. heideggérienne. « Conscience ,, qui plutôt que de signifier
On est dès lors porté - sans doute trop vite - à considérer un savoir de soi est un effacement ou discrétion de la pré­
en philosophie toute cette conscience immédiate unique­ sence. Pure durée du temps que l'analyse phénoménolo­
ment comme des savoirs non explicites ou comme représen­ gique décrit, certes, dans la réflexion, comme structurée
tation encore confuse à amener à la pleine lumière. intentionnellement selon un jeu de ré-tentions et de pro­
Contexte obscur du monde thématisé que la réflexion, tentions, lesquelles, dans la durée même du temps, restent

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Entre nous De l'Un à l'Autre

du moins explicites ; durée soustraite à toute volonté du fiance, cette souveraineté, cette liberté dans le moi
moi, absolument hors l'activité du moi, et qui - comme humain, est aussi, si on peut dire, l'occurrence de l'humi­
vieillissement - est probablement l'effectuation même de lité. Mise en question de l'affirmation et de l'affermisse­
la synthèse passive à partir de la passivité du laps dont ment de l'être, qui se retrouve dans la fameuse - et facile­
aucun acte de souvenir, restituant le passé, ne saurait ment rhétorique - quête du '' sens de la vie », comme si le
revenir l'irréversibilité. La temporalité du temps échap­ moi absolu qui a déjà pris sens à partir des forces vitales
pant a limine, de par son laps, à toute activité de re­ psychiques ou sociales, ou de sa souveraineté transcendan­
présentation. L'implication de l'implicite ne signifie-t-elle tale, remontait à sa mauvaise conscience.
pas ici autrement que comme des savoirs mais simplement La conscience pré-réflexive, non-intentionnelle, ne sau­
dérobés, autrement qu'une façon de se représenter la pré­ rait parvenir à une prise de conscience de cette passivité,
sence ou la non-présence de l'avenir et du passé ? Durée comme si, en elle, déjà se distinguait la réflexion d'un
comme pure durée, comme non-intervention, comme être­ sujet se posant au « nominatif indéclinable ,,, assuré de son
sans-insistance, comme être-sur-la-pointe-des-pieds, comme bon droit à l'être et « dominant ,, la timidité du non­
être sans oser être : instance de l'instant sans l'insistance intentionnel, telle une enfance de l'esprit à dépasser, tel
du moi et déjà laps, qui « sort en entrant » ! Mauvaise un accès de faiblesse arrivé à un psychisme impassible. Le
conscience que cette implication du non-intentionnel : non-intentionnel est passivité d'emblée, l'accusatif est son
sans intentions, sans visées, sans le masque protecteur du « premier cas ,, en quelque façon. (A vrai dire, cette passi­
personnage se contemplant dans le miroir du monde, ras­ vité qui n'est le corrélat d'aucune activité décrit moins la
suré et se posant. Sans nom, sans situation, sans titres. Pré­ « mauvaise conscience ,, du non-intentionnel qu'elle ne se
sence qui redoute la présence, qui redoute l'insistance du laisse décrire par celle-ci.) Mauvaise conscience qui n'est
moi identique, nue de tous attributs. Dans sa non­ pas la finitude de l'exister signifiée dans l'angoisse. Ma
intentionnalité, en deçà de tout vouloir, avant toute faute, mort toujours prématurée, met peut-être en échec l'être
dans son identification non-intentionnelle, l'identité recule qui en tant qu'être persévère dans l'être, mais dans
devant son affirmation, s'inquiète devant ce que le retour l'angoisse, ce scandale n'ébranle pas la bonne conscience
à soi de l'identification peut comporter d'insistance. Mau­ d'être, ni la morale fondée sur le droit inaliénable du
vaise conscience ou timidité ; sans culpabilité, mais conatus qui est aussi le droit et la bonne conscience de la
accusée ; et responsable de sa présence même. Réserve de liberté. Par contre, dans la passivité du non-intentionnel -
non-investi, du non-justifié, de l' « étranger sur la terre » dans le mode même de sa « spontanéité ,, et avant toute
selon 'l'expression du psalmiste, du sans-patrie ou du « sans formulation d'idées métaphysiques à ce sujet - se met en
domicile » qui n'ose pas entrer. L'intériorité du mental, question la justice même de la position dans l'être, qui
c'est peut-être originellement cela, ce manque d'audace de s'affirme avec la pensée intentionnelle, savoir et emprise
s'affirmer dans l'être et dans sa peau. Non pas l'être-au­ du main-tenant. Voilà l'être comme mauvaise conscience,
monde, mais l'être-en-question. Par référence à quoi, en dans cette mise en question ; être-en-question, mais aussi à
« souvenir » de quoi, le moi qui déjà se pose et s'affirme - la question, avoir à répondre - naissance du langage dans
ou s'affermit - dans l'être, reste assez ambigu - ou assez la responsabilité ; avoir à parler, avoir à dire je, être à la
énigmatique - pour se reconnaître, selon le mot de Pascal, première personne. Être moi précisément ; mais, dès lors,
haïssable dans la manifestation même de son identité dans l'affirmation de son être de moi, avoir à répondre de
emphatique d'ipséité, dans le « dire je ». La priorité son droit d'être. Il faut penser jusque-là « le Moi est haïs­
superbe de l'A est A, principe d'intelligibilité et de signi- sable ,, de Pascal.

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Entre nous De l'Un à l'Autre

5. LE VISAGE ET LA MORT D'AUTRUI l'exposition ou à l'expression du visage. Le premier meur­
trier ignore peut-être le résultat du coup qu'il va porter,
Avoir à répondre de son droit d'être, non pas par réfé­ mais sa visée de violence lui fait trouver la ligne selon
rence à l'abstraction de quelque loi anonyme, de quelque laquelle la mort affecte de droiture imparable le visage du
entité juridique, mais dans la crainte pour autrui. Mon être­ prochain ; tracée comme trajectoire du coup assené et de la
au-monde ou ma << place au soleil » , mon chez-moi, n'ont-ils flèche qui tue.
pas été usurpation des lieux qui sont à d'autres déjà par moi Mais cet en-face du visage dans son expression - dans sa
opprimés ou affamés, expulsés dans un tiers-monde : un mortalité - m'assigne, me demande, me réclame : comme si
repousser, un exclure, un exiler, un dépouiller, un tuer. la mort invisible à qui fait face le visage d'autrui - pure alté­
<< Ma place au soleil - disait Pascal - le commencement et rité, séparée, en quelque façon, de tout ensemble - était
l'image de l'usurpation de toute la terre ». Crainte pour tout << mon affaire ». Comme si, ignorée d'autrui que déjà, dans la

ce que mon exister - malgré son innocence intentionnelle et nudité de son visage, elle concerne, elle « me regardait >>
consciente - peut accomplir de violence et de meurtre. avant sa confrontation avec moi, avant d'être la mort qui me
Crainte de derrière ma < < conscience de soi » et quels que dévisage moi-même. La mort de l'autre homme me met en
soient vers la bonne conscience les retours de la pure persé­ cause et en question comme si, de cette mort invisible à
vérance dans l'être. La crainte d'occuper dans le Da de mon l'autre qui s'y expose, je devenais, de par mon éventuelle
Dasein la place de quelqu'un ; incapacité d'avoir un lieu, une indifférence, le complice ; et comme si, avant même que de
profonde utopie. Crainte qui me vient du visage d'autrui. lui être voué moi-même, j'avais à répondre de cette mort de
Dans mes essais philosophiques, j'ai beaucoup parlé du l'autre, et à ne pas laisser autrui seul à sa solitude mortelle.
visage de l'autre homme comme étant le lieu originel du C'est précisément dans ce rappel de ma responsabilité par le
sensé. Me permettra-t-on de reprendre assez brièvement la visage qui m'assigne, qui me demande, qui me réclame, c'est
description - telle que je la tente maintenant - de l'irruption dans cette tr ise en question qu'autrui est prochain.
du visage dans l'ordre phénoménal de l'apparaître ? Cette façon de me réclamer, de me mettre en cause et
La proximité de l'autre est signifiance du visage. Signi­ d'en appeler à moi, à ma responsabilité pour la mort
fiant d'emblée d'au-delà des formes plastiques qui ne cessent d'autrui, est une signification à tel point irréductible que
de le recouvrir comme un masque de leur présence dans la c'est à partir d'elle que le sens de la mort doit être entendu,
perception. Sans cesse il perce ces formes. Avant toute par-delà la dialectique abstraite de l'être et de sa négation à
expression particulière - et sous toute expression parti­ laquelle, à partir de la violence ramenée à la négation et à
culière qui, déjà pose et contenance donnée à soi, la l'anéantissement, on dit la mort. La mort signifie dans la
recouvre et protège - nudité et dénuement de l'expression concrétude de ce qu'est pour moi l'impossible abandon
comme telle, c'est-à-dire l'exposition extrême, le sans­ d'autrui à sa solitude, dans l'interdit à moi adressé de cet
défense, la vulnérabilité même. Exposition extrême - avant abandon. Son sens commence dans l'inter-humain. La mort
toute visée humaine - comme à un tir « à bout portant » . signifie primordialement dans la proximité même de l'autre
Extradition d'investi et de traqué - de traqué avant toute homme ou dans la socialité. Comme c'est à partir du visage
traque et avant toute battue. Visage dans sa droiture du de l'autre que m'est signifié le commandement par lequel
faire-face-à . . . , droiture de l'exposition à la mort invisible et à Dieu me vient à l'idée.
un mystérieux esseulement. Mortalité - par-delà la visibilité La crainte pour autrui, crainte pour la mort de l'autre
du dévoilé - et avant tout savoir sur la mort. Expression qui homme est ma crainte, mais n'est en rien un s'effrayer. Elle
tente et guide la violence du premier crime : sa rectitude tranche ainsi sur l'admirable analyse phénoménologique
meurtrière est déjà singulièrement ajustée dans sa visée à que Sein und Zeit propose de l'affectivité, de la Bejindlich-

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Entre nous De l'Un à l'Autre

keit : structure réfléchie s'exprimant dans un verbe à forme conscience est sûre d'aller à l'ultime - tout cela est inter­
pronominale où l'émotion est toujours émotion de quelque rompu devant le visage de l'autre homme. C'est peut-être
émouvant, mais aussi émotion pour soi-même ; où l'émotion cet au-delà de l'être et de la mort que signifie le mot gloire
consiste à s'émouvoir - à être effrayé de quelque chose, auquel j'ai eu recours en parlant du visage.
réjoui de quelque chose, attristé de quelque chose, mais aussi L'humain derrière la persévérance dans l'être ! Derrière
à se réjouir pour soi, à s'attrister pour soi, etc. Je m'inquiète et l'affirmation de l'être persistant analytiquement - ou ani­
me soucie de ma mort. Double intentionnalité du de et du malement - dans son être et où la vigueur idéale de l'iden­
pour et ainsi un retour sur soi, retour à l'angoisse pour soi, à tité qui s'identifie et s'affirme et s'affermit dans la vie des
l'angoisse pour sa finitude : dans la peur du chien, une individus humains et dans leur lutte pour l'existence vitale,
angoisse pour ma mort. La crainte pour l'autre homme ne consciente ou inconsciente et rationnelle - la merveille du
retourne pas à l'angoisse pour ma mort. Elle déborde l'onto­ moi revendiqué dans le visage du prochain - ou la merveille
logie du Dasein heideggérien et sa bonne conscience d'être du moi débarrassé de soi et craignant pour autrui - est aussi
en vue de cet être même. Éveil et vigilance éthiques dans ce comme la suspension - comme l'epoché - de l'éternel et irré­
trouble affectif. L'être-à-la-mort de Heidegger marque, versible retour de l'identique à lui-même et de l'intangibilité
certes, pour l'étant, la fin de son être-en-vue-de-cet-être­ de son privilège logique et ontologique. Suspension de sa
même et le scandale de cette fin, mais dans cette fin ne priorité idéale, négatrice de toute altérité par le meurtre ou
s'éveille aucun scrupule d'être. par la pensée englobante et totalisante. Suspension de la
guerre et de la politique qui se font passer pour les relations
du Même à l'Autre. Dans la déposition par le moi de sa sou­
6. L'ETHIQUE OU LE SENS DE L 'ETRE veraineté de moi, sous sa modalité de moi haïssable, signifie
l'éthique mais aussi probablement la spiritualité même de
Dans le naturel de l'être-en-vue-de-cet-être-même, par l'âme, et certainement la question du sens de l'être, c'est­
rapport auquel toutes choses - et même l'autre homme - à-dire son appel à la justification. Elle signifie - à travers
semblent prendre sens, l'essentielle nature se met en ques­ l'ambiguïté de l'identique qui se dit je à l'apogée de son
tion. Retournement à partir du visage d'autrui où, au sein identité inconditionnelle et même logiquement indiscer­
même du phénomène, dans sa lumière même, signifie un nable, autonomie par-dessus tout critère ; mais qui, précisé­
surplus de signifiance qu'on pourrait désigner comme ment, à cet apogée d'identité inconditionnelle, peut aussi
gloire. Elle me demande, me réclame, m'assigne. Ne s'avouer moi haïssable.
devrait-on pas appeler parole de Dieu cette demande ou Le moi, c'est la crise même de l'être de l'étant dans
cettt> interpellation ou cette assignation à responsabilité ?
l'humain. Crise de l'être, non pas parce que le sens de ce
Dieu ne vient-il pas à l'idée précisément dans cette assigna­
verbe aurait encore à être compris dans son secret séman­
tion plutôt que dans la thématisation d'un pensable, plutôt
tique et en appellerait à l'ontologie, mais parce que moi, je
même que dans une quelconque invitation au dialogue ?
me demande déjà si mon être est justifié, si le Da de mon
Cette assignation à responsabilité ne déchire-t-elle pas les
Dasein n'est pas déjà l'usurpation de la place de quelqu'un.
formes de la généralité dans lesquelles mon savoir, ma
Mauvaise conscience qui me vient du visage d'autrui qui
connaissance de l'autre homme me le re-présente comme
dans sa mortalité m'arrache au sol solide où, simple indi­
semblable, pour me désigner dans le visage d'autrui comme
vidu, je me pose et persévère naïvement - naturellement -
responsable sans dérobade possible et, ainsi, comme l'unique
dans ma position. Mauvaise conscience qui me met en ques­
et l'élu ?
L'orientation de la conscience sur l'être dans sa persévé­ tion. Question qui n'attend pas de réponse théorique en
rance ontologique ou dans son être-à-la-mort, où la guise d'informations. Question qui en appelle à la responsa-

168 169

mité éthique dans sa socialité. Celui-ci. de l'autre homme. Entre nous De l'Un à l'Autre bilité laquelle n'est pas un pis-aller pratique qui aurait à voici . 1• Responsabilité qui garde sans doute le secret de la consoler de l'échec du savoir incapable d'égaler l'être. à la mauvaise conscience.pour identifier le divers de l'expérience en ce que mon exister. une responsabilité illimitée. Que signifie cet avant ? Est-ce l'avant d'un a priori ? Mais 7. de le vouer à la condition misé­ 1. au risque de se faire le complice de cette mort.serait. Le je ou le d'occuper. signifierait et le sans­ chronie du temps ne serait que la dissimulation ou la défor­ défense et l'opposition de l'altérité. même si la responsabilité ne revient alors qu'à répondre. dans son amour sans concu­ Socialité à ne pas confondre avec une quelconque défail­ piscence.il est une identité dans l'impuissant affrontement avec la mort d'autrui. de ne pas laisser autrui pensée à la perception . avant toute citée dans la durée du temps. en deçà de tout savoir. compréhension et de la prise. dans sa droiture. et contre cette identité . Du fond de la natu­ L'humain. la plus ferme et la plus for­ contrariété. une responsabilité pour autrui à qui l'assure. plus forte que toute hétérogénéité de ne commettras pas d'homicide )) et. de l'exiler. socialité. à sa possibilité d'être. en effet. éveillée. dont la gratuité totale. L'altérité d'autrui est la pointe extrême du « tu melle des formes. Le moi s� re�onnaît le même en dehors de tout signe . éternité dont la durée ou la dia­ faire-face d'autrui. Identité originelle. éveillée tice subie à l'injustice commise et ce qui justifie l'être à ce en face du visage d'autrui. par la mémoire. fût-elle vaine à la limite. une autorité qui manque mation ou la privation dans la conscience finie de l'homme. de préférer l'injus­ cette persévérance. c'est le retour à l'intériorité de la conscience relle persévérance dans l'être d'un étant assuré de son droit non-intentionnelle. du fond de cette fai­ dont la théorie platonicienne de la réminiscence est la sou­ . car s'identifiant sans recours à aucun signe parti­ celle qui ne cesse pas à la dernière extrémité du procham. dans l'idéalité de l'idée . en moi. l'embrassant et en le ressaisissant identifié dans le savoir de risque de commettre de violence et d'usurpation. de le tuer. par le visage ou la mortalité Ainsi se dégagerait. une exposition sans écoulement d'instants . mais l'excellence de la proXI­ mais aussi irréfragable que la mort. 2.retenue. dans la temporalité prise pour mimique. Veillée de charité qui est aussi probablement la naissance latente de rable dans quelque « tiers . crainte pour tout contenus . « me logiquement indiscernable.et contre de redouter l'injustice plus que la mort. ETHIQUE ET TEMPS ne reviendrait-il pas dès lors au préalable d'une idée qui dans un « profond jadis >> de l'innéité aurait déjà été présence Nous avons essayé une phénoménologie de la socialité à corrélative du je pense et qui ... culier distinctif. dès le Da du Dasein. celle dont on n'est jamais quit�e. Le pas.se lève. concrètement. la place d'un autre et ainsi. plus « fort >> que le temps et qui concepts et les distinguant les uns des autres ou opposant - rassemble la dispersion des ombres temporelles sous l'unité réciproquement . représentée ? défense à l'esseulement mystérieux de la mort et en enten­ Ainsi se trouverait encore maintenu le privilège du présent dant avant toute expression verbale. avant d'être présent à moi-même ou de revenir à soi. la médecine. dans sa droiture de visage. lance ou privation dans l'unité de l'Un. Responsabilité qui n'est pas la privation du savoir de a � s'appelle amour du prochain. 1 70 171 . à l'altérité simplement logique identifiant les individus et les Privilège aussi du je pense.les notions par la contradiction ou la de l'aperception transcendantale. Retrouvailles de l'Un antique. et ainsi s'affirmerait encore le privi­ mourir seul. c'est-à-dire de répondre de la vie de l'autre lège de l'éternité comme celui d'un présent-qui-ne-passe­ homme. ou « quart » monde. amour sans concupiscence. malgré son innocence intentionnelle. qui j'ai donc été voué avant tout vœu. ne résoudrait pas le problème de l'iden­ tification car à son tour. du cœur de l'identité originelle du moi 2 . bles e une voix qui commande. Risque l'être où il entre. il demanderait à être retenu comme identique. un ordre à moi signifié de veraine expression et ainsi serait assurée une référence de la � ne pa rester indifférent à cette mort. conservée ou ressus­ partir du visage de l'autre homme en lisant. dans cette crainte pour l'autre homme.

en effet. de toute référence à un présent remémoré. au passé de§ autres qui me regarde. sans que cette << affection >> par le commande­ du passé ? ment et cette passivité ou patience se réduisent à une 1 72 173 . dehors de toute réminiscence. sur l' << impé­ me concerne. utiliser ici la préposition : devant ? N'a­ ment comme un savoir doublant l'être. est extrême urgence du commandement où s'ajournent à jamais mis en question devant le visage d'autrui. mais comme l'ultime t-on pas confondu en parlant ainsi la signification du visage retour de l'identité de l'être à elle-même. à lité. Il faut revenir . une identité déjà redevable à la fraternité histo­ rique qu'instaure la responsabilité pour l'autre homme.avons-nous dit. Urgence par et sa place au soleil . dans cette proximité du La responsabilité pour autrui ne revient pas à une pensée visage.ou dénudé C'est.. L'ontologie devrait dès lors s'interpréter non pas seule­ proprement parler. la concrétude originaire concerner. Ma participation non-intentionnelle à l'his­ ensuite dans une décision.. de l'humanité. L'assu­ toire de l'humanité.ne fût-ce jamais été en mon pouvoir. l'entendement de l'ordre. serait la raison et le logos de la rationa­ « Devant le visage d'autrui » . dans sa nudité formelle . qui est << mon affaire » en rativité » .ce qui mesure ou atteste une retrouvée. Responsabilité où se sible. la diachronie même du futur ? lité. d'un passé originaire. ainsi. alors que. de toute Le visage d'autrui me concerne sans que la responsabilité­ représentation. au contraire. à partir de la responsabilité pour recevoir un ordre en le percevant d'abord et d'y obéir l'autre homme. le futur commande le présent sans que cette façon de noue l'« esprit d'un peuple » et. dans un acte de volonté. Peut-on.est-ce seulement une insanité et 1 .ne signifie-t-elle pas. de toute rétention.ne se présente pas . pour-autrui qu'il ordonne me permette de remonter à la pré­ Signifiance dans l'éthique d'un pur passé irréductible à mon sence thématique d'un étant qui de ce commandement présent et. vers ce qui n'a l'impératif avec autorité ou gloire. répondant d'un passé immémorial. dans son de la paradoxale modalité de l'inspiration.<< image et commencement de l'usur­ laquelle l'impératif est. absolument irréver­ pour l'autre. Entre nous De l'Un à l'Autre je pense qui identifie. La responsabilité pour autrui signi­ rique et assujettissement irréversible. de cet impératif originel. « toutes choses cessantes . signifie. si on peut dire.dans le visage du prochain. Me voilà. Déjà elle suppose l'histoire qui se dessine à partir de la responsabilité N'est-ce pas la façon sans pareille dont.mais signifie à qui n'a jamais été ni ma faute. Signifiance originaire serait la cause ou la source. Le conatus essendi naturel d'un Moi souverain.passé non remémoré . comme retour à avec les formes plastiques de la représentation qui déjà le l'Un. l'idée de ment avec l'intellectualisme du savoir et dessinant. qui me << regarde ». vers ce qui ne que d'une façon très générale et rapide . dans cette responsabilité rejeté vers ce qui ne se représente pas . ni mon fait.comme un ordre . au pas en moi simple modalité de l' << aperception transcendan­ retournement qui caractérise la réceptivité intellectuelle tale '» 1 • s'invertissant toujours en spontanéités de l'accueil. Obéissance précédant remontant à une idée donnée jadis au << je pense » et par lui l'entendement de l'ordre . catégo­ pation de toute la terre ». dans l'humanité et de son unité n'est pas purement générique comme l'anima­ l'obéissance à l'ordre absolu. sans référence à mon identité assurée de surplus de sens qui dé-fait ces formes plastiques ? Surplus son droit. n'est tant pas au retournement de la passivité en activité. Il ne s'agit pas ici. de d'un passé immémorial. dès lors. L'histoire . rompant précisé­ « accusatif » de « me ». Signifiance éthique d'un passé qui cette signifiance glorieuse du commandement. En effet. un passé irréductible au présent qui des formes . c'est-à-dire ne se prê­ fiée . Mais « assujettissement d'une obéissance précédant l'entendement de l'ordre >> . dans la vigilance les exigences de déduction que pourrait élever un << je éthique où la souveraineté du moi se reconnaît << haïssable » pense » prenant connaissance d'un ordre.le visage exprime la mortalité et signifie un semble signifier dans l'antériorité éthique de la responsabi­ commandement ? N'a-t-on pas déjà méconnu l'incessant lité-pour-autrui.sur le comment de me vient pas en souvenir. de là. L'identité du moi justifiant le pronom « me dans l'expression telle >> un absurde anachronisme ? N'est-ce pas plutôt la description que « me voici rejeté vers un passé immémorial ». ni en ma liberté. masquent. jettissement de l'obéissance précède.

Il faut souligner l'unité entre l'éthique de cet assu­ jettissement à un commandement ordonnant la responsabi­ lité pour autrui et la diachronie du futur dans cet assujettisse­ ment irréversible qui ne s'inverse pas en savoir et qui.signifiance de la prophétie. sans que le futur soit dominé dans l'à-venir ou le saisir Méditation Métaphysique de Descartes. d'intention­ du savoir : comme si l'ordre se formulait dans la voix de nalité et de pro-tention. Pensée pensant plus qu'elle ne pense ou pensée détruisant toute autorité. la signification ou le contenu de cet ordre : est ordonnée la responsabilité pour l'autre homme. d'une anticipation . Telle serait. à une quelconque super­ l' impérativité » même du commandement et sa bonté. fait mieux que de penser.et jouer dans un pour-soi autonome et fût-ce en guise d'une par conséquent la vie . représentation de la peur ou de l'espérance offusquent la Nous voudrions suggérer la diachronie du futur à partir de dia-chronie du temps et l'outrance et l'autorité de l'impéra­ l'inspiration prophétique que n'égale pas l'impatience de tif ? L'inspiration rompt précisément avec l'intellectualisme l'anticipation dans l'idée husserlienne de visée. Pensée contrainte à simple découverte faite par le « je pense » inflexible. d'une modalité secrète contrainte au port de responsabilités incessibles. ma primogéniture et Hétéronomie de l'obéissance éthique qui. La conversion du pour-soi en qui. Au-delà que signifierait à l'obéissance sonne de IL 174 . en l'obéissance. garderait le dernier mot investissant ce qui s'impose à lui. la voix de la conscience éthique qui n'est pas la plus qu'elle ne peut contenir dont nous avons essayé de dire simple innéité d'un instinct ni l'intentionnalité où le je pense la sagesse concrète dans l'obéissance au commandement qui. comme s'Il s'en dégageait ou se transcendait dans la troisième per­ sente et se présente.ou d'une pro-tention . inspirée par un Dieu inconnu 1.passé. ne saurait à nouveau se trouve déjà responsabilité pour autrui dont la mortalité . à condition de ne nommer Dieu qu'à partir de cette obéissance. encore réfléchissant sur soi.voilà de retournant impatiemment. elle vient autrui et pour son passé . immémorial . pensant métaphore. mais l'impératif catégorique. jusqu'alors insoupçonnée de quelque << nature profonde ''· consacrant mon unicité personnelle. connu resterait inaudible en sa gloire. se repré­ ment. pensée sans pareille. Dés-inter-essement d'une responsabilité pour piration. l'arrachement du moi à la persévérance inconditionnelle de l'étant dans son être. ainsi. puisqu'elle se pour-l'autre de la responsabilité. dans la « prise de conscience "• sa la « visée du futur "• par-delà l'à-venir. théologie sans parole . en guise d'ins­ élection. L'idée de l'Infini enseignée dans celui-là même qui lui obéit. Entre nous De l'Un à l'Autre « simultanéité » quelconque.sans lesquels le Dieu in­ l'autre homme qui n'est pas approché comme un thème. 1. en pensant.sans que la Inspiration éthique et futur . Dieu in-connu soustrait au thème et à la pure droiture du tutoie­ comme inspiré au-delà de ce qui. la vraie << phénomé­ passivité irréversible en initiative. nologie ».à l'autorité par excellence . « position. à la parole dénoue dans l'éthique l'intrigue de l'être et de l'ontologie. égalant ce qu'il accueille. rompant sa négative Obéissance à l'ordre absolu . ftlt-elle partielle ou ponctuelle du « présent » et du Concrétude du paradoxe de l'idée de l'infini de la trois ième futur.me regarde.à de face : assujettissement à l'ordre signifié dans le visage de partir du futur de la prophétie . me voue à l'autre homme . de Dieu. dans le visage d'autrui. mais. Dieu in-connu qui ne prend pas corps et s'expose aux reniements de l'athéisme ! Mais est inséparable de l'obéissance assujettie à son ordre inspiré. pour moi. n'est pas le déploiement d'une vis a tergo . par-delà toute son paradoxe par Descartes. la bonté arrachant le moi à son irrésistible retour à soi.voilà la temporalité en laquelle se obéissance originaire à l'autorité par excellence.

Dans ce sens. le caractère contemplatif du psychisme . intelligence. toute altérité.son être-à-distance du contemplé . Mot remarquable qui. sous son regard thématisant. pour peu qu'on les distingue d'un phénomène purement kinétique dans l'objet du physicien. d'égologie. en tout cas. mais intentionnalité indique aussi l'aspi­ ration. entre êtres qui se parlent et dont on dit qu'ils se voient. se caractérise par la vision. Moment qui anime certainement ce qu'on appelle « pulsions ». La structure du voir ayant le vu pour objet ou pour thème . ]. esprit.que l'on prend aisément pour un modèle du dés-inter-essement . indique la thématisation du voir et. un moment d'égoïsme ou d'égotisme et.du sensé -. D IACHRONIE ET REPRËSENTATION La sphère de l'intelligibilité . elle se retrouve dans l'accession intellectuelle aux états-de-choses ou aux relations entre choses et apparemment aussi dans la fré­ quentation des êtres humains entre eux. Ainsi s'annonce la priorité du connaître où se noue tout ce que nous appelons pensée ou intelligence ou esprit ou tout simplement psy- · chisme. Cette visée de la pen­ sée s'appelle intentionnalité. en quelque façon.structure dite intentionnelle . dans laquelle se maintient la vie quotidienne et même la tradition de notre pensée philosophique et scientifique. La conscience de l'homme en serait une modalité parfaite : conscience d'un moi identique dans son je pense visant et embrassant ou apercevant. la conscience. psychisme seraient conscience ou au seuil de la conscience.se retrouve dans tous les modes de la sensibilité accédant aux choses . dont l'inconscient lui-même serait un mode déficient. reste véri- 177 . SA VOIR ET PRÉSENCE Pensée. et la finalité et le désir. d'abord.

l' << à-être » du Dasein est la source de la Jemeinigkeit et mais déjà.il s'agit d'entendre cette altérité assumée Présence ou être qui est aussi une modalité temporelle. L'autre est ainsi présent au moi. Mais pourquoi ce quelque chose de connu ou de l'immanence comme l'excellence même de cette pensée. de la semblement égologique. Il s'agirait. mais donation tien de l'être . dès lors. l'intelligibilité et l'intelligence. ' Elles se désaccordent avec le dés-inter-essement pré­ Le savoir et le voir recourent. Et altérité qui se rassemble.comme sienne et. le recours aux signes Mais. appris.c'est-à-dire. altérité en présence et à la synchronie de la représentation ? Ces possibilités et ces tentations techniques en sont l'hori­ Le langage s'entend le plus souvent ainsi. et jusqu'à Heidegger où. certes. Dans le connu. vient.ce qui déborderait le pur rassemblement égologique du déviation et corruption. de ramener son autre au même. Voir ou connaître et prendre en signifié en présence thématisée.ne remonte-t-il pas. Main-tenance essentielle. s'exprime l'unité de configuration d'étant dans l'être. L'autre. à un voir et.c'est-à-dire dans la présence . pour comprendre l'alté­ assemblé par l'aperception du je pense. il s'agirait d'entendre toute du je pense ou sa noèse. dès lors. Ce qui est probablement l'Autre au Même. la présence du présent. aux tendu de la théorie bien moins que ne le pensent les cri­ signes et se communiquent dans des signes verbaux à autrui tiques de la modernité industrielle dénoncée comme . d'un solide. Donation de l'altérité dans la présence. L'autre se fait le l'autre au moi et. par la pensée de l'identique . Pourquoi faisons­ demeure l'intrigue de la pensée se reconnaissant dans la nous un récit à l'autre ? Parce que nous avons quelque chose conscience : la << main-tenance » du présent en souligne à dire. comme temporalité. ou cette présence au moi du '' je pense ». le Les possibilités techniques du connaître et du voir langage . semblablement. zon. de réduire et pensé en tant que pensé . l'identité du Moi . moins sur la prétendue pureté théoré­ lors.à travers le noème . à son tour. s'accueille et se synchronise dans la cet << être-présent ». c'est-à-dire de les combler ou satisfaire la visée . en principe. ainsi. connaissance et dire. comme la phénoménologie de la Krisis husserlienne ­ Zeit. taire synthèse d'aperception . du rassemblement de toute et du temps de la pure présence et de la pure représentation. à une prise en mains. l'égologie de la présence affirmée de Descartes à Hus­ préalable des abstractions des savoirs idéalisés de l'entende­ serl . Entre nous Diachronie et représentation tablement le trait dominant de notre interprétation de dans la temporalité même de la pensée. Et. L'intentionnalité dans la visée et la thématisa­ seulement au sens métaphorique du terme. Il peut la pensée entendue comme vision et connaissance et inter­ se justifier par la nécessité où se trouve le moi . « intentionnellement » visé et investi et port au passé et au futur. à travers le ration de la présence dans le passé et l'avenir. dans le parler. à tique et sur la prétendue sérénité contemplative de la vérité cette égologie de la synthèse. précisément un s'offrir. la synchronie comme être dans son ras­ la promotion même de la chose et du << quelque chose ». propre du moi dans le savoir assurant la merveille de une Gegebenheit. par le fait Mais elle signifie concrètement ainsi une ex-position de même. évidemment. dès tranchent. un se donner. à cette signifiance égologique de l'intentionnalité. situées dans ne suppose pas nécessairement cette communication. dans la présence. consistent à privilégier. re-présenter. Le « se voir entre humains » . au paragraphe 9 de Sein und ment. l'intelligibilité signifie donc la réduction de messe d'un saisissable. si on peut Dans la pensée entendue comme vision.de se donner des signes à lui- 1 78 1 79 . est pro­ intentionnalité.est retour à soi signifiant dans un horizon concret d'un prendre. le présent par rap­ l'esprit.dans sa soli­ prétées à partir de l'intentionnalité. cependant. le problème demeure mains sont noués dans la structure de l'intentionnalité.ou le désir ou l'aspiration . Elle quant au motif de cette communication.remplir ou de ramener passé et avenir à la présence. Et. Et ce l'aperception transcendantale du cogito ou du je pense kan­ linéament prototypique de la connaissance des choses est le tien. non l'immanence. déjà référée autant que sortie de soi. présence à l'intérieur du je pense et qui ainsi s'assume dans équivaut à être. les Recherches logiques .nous l'auront dès lors du Moi. représenté est-il à dire ? Et.

et de ton définissait précisément ainsi la pensée. de par son exclusion même. en parlant sa pensée. en lesquels se fait une clarté quand ils se voient la ré-tention ne diffère du protenir de la pro-tention que par et se parlent et coïncident. Entre nous Diachronie et représentation même.chose sous la reliure . prétation traditionnelle du discours. de l' « en-deçà . Le parler consisterait.ou d'une bibliothèque unie entre les sence. ni représenté . d'une part. même lorsque la présence.qui demeure ainsi égologique et à la mesure 1 80 181 . il peut.mais. n'est pas encore advenu et. d'autre part.de « l'être des Sujets pensants. mouvement s'accomplissant déjà dans le temps. synchronie obscurs de la phénoménologie du temps. ne voudrait dès lors attester ture rassemble le passé et l'avenir dans la présence d'un livre aucune rupture définitive dans l'ordre égologique de la pré­ . pour mier. dès lors. n'en demeure pas sible ? Comme il l'aura déjà fait valoir dans certains clairs­ moins un et unique. Cela signifierait seulement la nécessité d'un discours planches des armoires. reste « dialogue de l'âme sans référence chronologique préalable à la métaphore du avec elle-même procédant par questions et réponses » . Raison qu'est un liquide dont les particules sont en mouvement. ni aux images. avant de parler à quiconque : dans son œuvre égolo­ présence par l'ego du je pense intentionnel. le même dans la présence. encore spatiales. rassemblement de l'être répondre. Qu'il n'y ait pas de pensée sans langage.dans ce rassemblement . universelle et intériorité égologique.cette réfé­ présentation. dans un cogito qui reste la Raison. La pensée finie se scinde pour s'interroger et se toire dans la présence d'une chose. du texte. dès lors. mais le fil se renoue.parce qu'il peut y entrer . personne. rence à l'œuvre égologique de la représentation n'est pas rechercher la présence de ce qui est déjà passé ou de ce qui interrompue par cette entrée. tique. Coïncidence qui est Raison et intériorité. Elle peut même . Le langage peut passer pour discours intérieur et être tou­ Il faut. d'un temps s'écoulant comme un récit nommant ou exposant un savoir. au-delà de la présence immédiate. c'est-à-dire encore l'autre.ou cette texture de la présence - d'un terme à un autre terme apparemment exclusif du pre­ retournera à la durée. Il tiendrait dans une flux. du moins. qui remonte à cette Le temps aura-t-il ainsi fait valoir son intrigue incompres­ définition. On peut ainsi même écrire l'imagination. re-présentation du présent vivant le temps de la conscience pour chacun des interlocuteurs. L'échange d'idées se fera pré­ la compréhension du temps déjà donné et pré-supposé dans sence ou représentation dans l'unité d'un propos ou d'un cette constitution même. du futurologue. Et surtout malgré le passé qui. Pla­ flux. et que. à y tenir. à entrer dans la pensée de entendu comme conscience du temps. La dialectique n'est pas un dia­ temps à partir de l'herméneutique des « versets . Voilà le rassemblement d'une his­ intérieur. l'écri­ sans recours aux signes verbaux. Selon l'inter­ l' << au-delà >>. passé et futur qui se mettent à signifier le déchirure ne se voit plus. multiples points obscurs et empiriquement étants >> qu'elle signifie .. et où l'intentionnalité de la Unité et présence qui se maintiennent dans la réalité ré-tention et de la pro-tention aurait.. réduit à la empi_rique du parler interhumain.passé immé­ serait annoncé et déjà récupéré. est assurée par la recherche de l'historien et pour soi-même.passer où ce rassemblement . l'esprit. les rappeler ou les pré­ par-delà la re-présentation accomplie dans la mémoire et voir ou les appeler par des signes. La pensée réfléchit sur elle­ de l'étant dans un étant ! Moment capital de la représenta­ même en interrompant sa continuité d'aperception synthé­ tion et de la vision comme essence de la pensée ! Et cela. aura donné l'exemple magistral. logue avec autrui ou. mais procède encore du même « je pense » ou y malgré tout le temps que pourra prendre la lecture du livre retourne. se demander si même le discours qui se jours référé au rassemblement de l'altérité en unité de la dit intérieur . comme re-présentation de la présence . dont Husserl nous malgré son va-et-vient où le moi pouvait s'opposer à soi. mais à un terme qui. où le retenir de antagonistes.et malgré le futur inspiré que per­ le moi finit par une synthèse et par un système où la sonne n'anticipe . Métaphore vive de la temporalité empruntée à l'étant seule conscience. n'avait été ni présent. Même si autrui gique de rassemblement du divers en présence ou en re­ entre dans ce langage . dans une humanité culturelle. La dialectique qui déchire morial ou an-archique .

de l'être en tant qu'être et de l'objectivité -. ainsi. entre soi et soi. malgré ses scis­ priorité inconditionnelle dans la signification du sens ? sions prétendument intérieures. dans la responsabilité à l'égard d'autrui. si la réduction du temps à l'essance de l'être. ne revient réductibilité à la présence et à la re-présentation . Le comporte. Entre nous Diachronie et représentation d'une re-présentation.et. non pas Nous avons essayé ailleurs 1 de montrer que le jugement d'emblée une relation à l'autre déjà aperçu comme le même du savoir vrai et la pensée thématique sont convoqués .. Mais nous pensons positions à l'indicatif..si l'apparaître . uniques » . qui commande ponsabilité. p. pures la responsabilité pour autrui signifie une temporalité ori­ communications d'informations ? Dans son dit . ainsi. appelle et questions et réponses du dire et par la « non-présence » ou fonde l'objectivité du langage théorétique qui '' rassemble . où. Il faut se demander si cette socialité effective.. oubliée. une pensée des autres • . qui est unique . dans la synchronie du donné .est pas à dénoncer la rationalité ou la structure de la pensée l'intrigue primordiale du temps . jusqu'alors justifié dans son déroule­ comme d'un objet connu porterait déjà l'immanence d'un ment naturel en tant qu'être et s'y donnant pour le commen­ moi faisant l'expérience d'un monde. Le dialogue intérieur cement de toute rationalisation. Cf Autrement qu'être ou au-delà de l'essence. partout au moins latentes. l'être. que théorétique des jugements affirmés ou virtuels. une socialité irréductible à domaine même de l'intelligibilité ou de la rationalité ori­ l'immanence de la représentation.jusqu'à un certain point .comme au encore l'appellation de dialogue .à partir ou à propos de certaines exigences qui Le moment est venu de demander si cette entrée des uns relèvent de la signifiance éthique d'autrui. malgré sa scission en questions et Faut-il attribuer à cette saisie thématisante et théorétique. réponses adressées par moi à soi.si ce discours même. « l'aprésentation .fait entendre vers donné ? De moi à cet interlocuteur. qui se fait concrète dans la justice. ne repose pas déjà sur une Est-ce là que le sens naît ? La connaissance ne doit-elle pas préalable socialité avec autrui où les interlocuteurs sont dis­ s'interroger sur elle-même et sur sa justification ? Et la tincts. 1. impératives dans le visage de l'autre qui m'est sées. temporalité concrète dans ce « de-moi-à-l'autre .. dans le aussi que c'est là une rationalité d'un ordre déjà dérivé. inscrite dans son dans la représentation des autres . qui la saisit thématiquement. Que la justice se trouve ainsi ce rassemblement du temps en présence par l'intentionnalité source de l'objectivité du jugement logique et qu'elle ait à . en deçà de toute explication théorétique.et ori­ incomparable. 182 183 . dans ses pro­ tique. qui tranche ainsi sur la la diachronie du temps en présence et représentation par le présence des choses selon la simultanéité profonde de l'uni­ récit et l'histoire et . de l'interlocuteur. celle qui se réduirait au savoir qu'on peut acquérir d'autrui dans l'humain.c'est-à-dire à la proximité du prochain . une temporalité raison en comparant en vue de la justice elle-même .dans - autre que celle qui se laisse assembler en présence du dit et la pensée-savoir. 205 sq. question en moi et se cherche un droit préinitial ? une relation à l'autre homme en tant qu'autre et. c'est-à-dire mais aussitôt se figeant en abstraction du synchrone dans la synthèse du « je pense . certaines exigences obligent à ginelle. se met brusquement en ne présuppose-t-il pas.si cet accord entre pen­ visage . et si la manifestation de la intentionnelle. les comparant comme des étants. pour que le dialogue intérieur mérite autrui . des personnes « incomparables et de l'écrit. si la concrétude de la justice.est l'unique . à la responsabilité pour visoire. justification . et où l'association de plu­ et à l'ordre qui en est noématiquement corrélatif . par-delà la représentation d'autrui.rationalité de la pensée et du discours . ni la problématique de l'ontologie.équivaut à la rationalité.ou par une raison d'emblée universelle ? inventés . où. Nous pensons aussi que la socialité où la res­ dire.dans son contexte sémantique de droit et de n'est pas cependant présupposée par la rupture. sa supporter tout le plan de la pensée théorétique. ni la thématisation de l'être par la pensée synthé­ langage est-il sensé uniquement dans son dit. ni la synchronisation du divers qu'elle présence .ne remonte-t-elle pas.. fût-elle pro­ justice . et ultime .dans tout ginelle et concrète et que l'universalisation de la présence la ce qui se peut écrit ? N'est-il pas sensé dans la socialité du présuppose. une socialité autre que ginelle.ordre de la sieurs est possible à condition que les « uns entrent dans la présence.

dans l'altérité du visage.qu'appelle le visage d'autrui. uniques et incomparables . se cer comme aliénation la structure intentionnelle de la pen­ présente et se donne un monde synthétisé et synchrone.. ainsi. car salutation. les institu­ était son accession même à l'écoute de la prescription. aussi. il importe par lui dans son obéissance même. responsabilité que signifie . dans cette plu­ ralité. de s'arracher et de homme obligeant le moi.et en cela rigoureuse - des partenaires.pour-l'autre plus ancien que la conscience de. inhumain . cette extériorité entre. toute relation et synthèse.et. Gratuité du pour tice.sans délibération faire exception aux formes plastiques de la présence et de . ALTli. Nous l'autre . doivent concrètement visage . par qui. perdre de vue !) Mais le pour-l'autre dans l'approche du dans cet ordre dérivé de la rationalité. Appel à la là même. voici l'heure de la celle dont sont marquées. à partir de cette analyse. dès lors. tout saisir et reste préalable à Mais s'il ne s'agit pas. et où. sans se soucier de réciprocité. . l'altérité voici l'heure du savoir et. 1 84 185 . . Objectivité de la justice . si j'ose dire. Pour l'autre répondant du prochain. pré­ apparaître institutions. Objectivité issue de la jus­ parties dans un tout où.précisément le visage dans son altérité probablement prendre concrètement place et sens que dans et son autorité ineffaçables et inassumables du jaire face. Le sée en montrant sa procession à partir de la « proximité du pour-l'autre se lève dans le moi . réponse de responsabilité qui sommeille déjà dans la Extériorité extra-ordinaire du visage. l'autre. tions et même le tribunal qu'elles soutiennent s'exposent comme si le moi obéissait avant d'avoir entendu. comme si l'obéissance cependant d'insister sur cette procession. des conscience et de l'intentionnalité. l'altérité de l'autre homme envers un moi est d'abord ou commande . les unes vis-à-vis des autres. celle-ci. de l'objectivité par-delà ­ de l'autre homme signifie d'emblée une altérité logique : ou en deçà . L'État. Entre nous Diachronie et représentation comme des individus d'un genre. le langage ne serait qu'un visage et de lui donner contenu et contenance dans un échange réciproque d'informations ou d'anecdotes. exigée par le pour l'autre l'une.mot abusif . D'emblée.de la politique. ET DIACHRONIE sance de la question : d'une demande de justice ! Voici l'obli­ gation de comparer les autres.de la nudité du visage . comme si essentiellement à un déterminisme propre . comme nous sommes enclins à le offusquant l'altérité du visage qui originellement signifie - penser. à un moi.en dehors du contexte du monde et qui ne . la proximité d'une pluralité humaine. dans son énigme ou ambiguïté.RITli.ne saurait ou que commande . autre envers celle-ci . L'absolu .ou dans la rupture de la phénoménolo­ qui face est faite ? D'où vient l'autorité ? Questions à ne pas gie . dans le bonjour. Extra-ordinaire. est un prochain et incombe. inten­ tionnellement visées et ramassées dans l'énoncé de chacun monde. de dénon­ l'intentionnalité du moi-sujet dans son être-au-monde. commande le moi. lui venons de faire quelques pas dans cette direction. tribunaux et. à la responsabilité du moi. l'État. Langage anté­ l'ordre est justice : extra-ordinaire ou absolue au sens étymo­ rieur aux énoncés des propositions communiquant ren­ logique de cet adjectif en tant que toujours séparable de seignements et récits. . Dès lors.éventuellement l'intrigue de l'altérité se nouait avant le savoir.visage de l'autre cesse pas. cède dans son obéissance. Voici. dans l' au revoir. lui aussi. est autre envers celle-là et où celle-là est. commandement entendu prochain » et de la « responsabilité pour autrui . Lequel. il importe de pouvoir Mais voici que la simplicité de cette obéissance première contrôler ce déterminisme en remontant vers sa motivation est troublée par le troisième homme surgissant à côté de dans la justice et dans l'inter-humain fondateur. passe avant les autres ? Voici l'heure et le lieu de nais­ 2. le tiers.répond d'autrui. est « positivement >> . à partir de ce tiers. tice et fondée sur la justice et. ainsi. d'une façon purement formelle. Ou si. entre les hommes re-présentation qui ne cesse pas de recouvrir la nudité du compris dans cette réciprocité. (A la phénoménologie . lequel d'emblée . s'arrachant à la justice même où dans la proximité du prochain . Nous pensons aussi que. Commençons par nous demander si. c'est-à-dire répond « gratuite­ l'objectivité qu'il appelle cependant en en appelant à la jus­ ment ».

de ne pas laisser autrui mourir seul . un question en moi de la position naturelle du sujet.malgré été accessible à son initiative et à sa liberté . Nous avons essayé une « phénoménologie » de la socialité La condition .. assignation et obliga­ l'autre. de l'esse pour autrui dans le moi.pré­ culpabilité ou son innocence ou. dénuement.de sa persévérance de bonne conscience - laquelle s'expose le visage de l'autre homme était. telle que Heidegger l'interprète dans appelé précisément à répondre de cette mort. une voix qui commande : un du « Moi en général ». réfractaire précisément dans Visage comme la mortalité même de l'autre homme. aussi. appelé Moi. son unicité à toute mesure.est tout autant expression pure. extradition mité de prochain .. Entre nous Diachronie et représentation Visage d'autrui qui sous toutes les formes particulières . de la persé­ « faire face » de l'autorité. de ne pas rester indifférent à cette personne. déjà dans la peau d'un personnage. Mais quel embarras du langage ou quelle ambiguïté dans le moi ! s'interroger sur la réciprocité. vidu dans un genre . ·comme si la mort invisible à vérance du moi ..à travers sa mor­ L'offense faite à autrui par la « bonne conscience .irréductible à la connaissance. dans sa culpabi­ sence dont il est peut-être déjà question dans la « Proposition lité intentionnelle. mais là où il parle à la première personne : moi s'évadant du concept mal­ « Relation » ainsi a-symétrique de moi à l'autre. l'amour étant la condition de la possibilité même de l'unique. comme celui que fait parler Dostoïevski et qui mort. l'amour rompant l'équilibre de l'âme égale. c'est-à-dire un dit : " Je suis le plus coupable de tous » . en autrui. Éveil sion. sans 1. empiétement et ment jamais pris par ce moi et de tout ce qui aurait jamais usurpation ! Heidegger ne s'est-il pas heurté ici . à moi signifié. mise en question de son conatus essendi. l'unique. brusquement. à travers le visage d'autrui . de cette unicité. Voilà l'indiscrète . Mise en tion qui concernent le moi . n'est jamais quitte envers chaque moi la première personne » est unicité et non pas individuation « d'un genre. .à la signifiance originelle de l'éthique ? Mais voici que..d'otage s'accuse dans le à partir du visage de l'autre homme . Responsabilité Holzwege : mise en question de cette << positivité .ou l' « injuste . sans poser de questions sur Voilà que nous parlons du moi comme d'un concept alors que dans autrui à l'approche de son visage. pour le dans son être. précisément. tout ce qui.. avant toute mimique..qui « me concernent » -.en entendant. passivité et vulnérabilité pure. TEMPS E T SOCIALITJ1 l'aimé. Pour l'unique. mais une non-in-différence à Mais. c'est-à-dire pour J. de l'être » . ne me regarde pas « me déjà offense faite à l'étranger. le prochain. Il est le Moi qui parle à la première ordre. Pensée qui n'est pas une adéquation à l'autre lequel mort : nudité. ni couverture : droiture extrême. dans sa droiture de çelui qui ne se laisse pas remplacer. indépendamment de tout engage­ dans sa présence. Il n'est plus l' « indi­ de visage. à l'autre homme. indépendam­ tout ce qu'il entend enseigner sur la priorité de la << pensée ment de tout ce qui. qui n'est pas un savoir : précisément de l'expression où autrui. pas « un cas particulier » du fond de cette faiblesse. en autrui. aurait pu « regarder . au risque de chacun pour chacun. . à travers cette mortalité. regardent le moi 1 • signifiant le « tu ne tueras point » et. ce moi. responsabilité pour l'unique. approche de l'autre homme . avant toute expression verbale. non pas là où on parle de lui. dût-elle sans défense.à partir de la proxi­ Moi approchant le prochain. Le Moi comme otage de l'autre homme d'Anaximandre . d'être. sans cor­ gré le pouvoir que le concept reprend sur lui dès qu'on parle de cette éva­ rélation noématique d'aucune présence thématisable.le premier venu dans sa proxi­ joue un rôle . le plus obligé. à travers la justice de l'en face de. l'appeler devant la pluralité des autres. de son Moi qui l'approche. dans sa mortalité.ou l'in-condition . signifiant. l'unicité mité . aussi : « tu es responsable de la vie de cet autre absolument autre . qui dans cette nudité est l'exposition à la exigée.. est moi. Celui dont l'obligation à l'égard d'autrui est aussi infinie . à la veuve. n'est plus à ma mesure de moi. par conséquent. Mais aussi son élection. du moins. celui qui. 1 86 187 . de cette élection. Le moi. à l'orphelin qui regarde '' · Responsabilité pour autrui : visage comme me dans le visage d'autrui. si on peut dire. son affaire le mettant en cause avant sa insistance d'étant. . talité -. dans l'obligation de ordre de répondre de la vie de l'autre homme.

L'altérité d'autrui est la pointe extrême du « tu ne tue­ ras point » et. Vœu ou dévotion ? riété. dans le concret. sans le présent rappelé séparation.se tion non-intentionnelle à l'histoire de l'humanité. celle au monde. une res­ l'objectivité du visible. Me sa particularité d'individu dans un genre). de toute re-présentation. tombées en éthique dans cette responsabilité. c'est-à-dire référée à la perception.la place d'un autre et. mais aussi irréfragable que la mort. ni en ma liberté. crainte pour tout ce que mon exister. dans la honte de survivre.fût­ irréductible à un présent qu'il eût été. ou.mal­ d'une idée a priori interprétée à partir de la réminiscence. Un passé sans réfé­ elle vaine à la limite . contre cette persévérance de bonne morial. dans cette crainte pour l'autre homme. Délibération qui serait déjà « tiers » ou « quart » monde. Ainsi se la réduction du visage d'autrui à une re-présentation. ou la déformation ou la privation dans la conscience ner le souvenir de ses torts. Ma participa­ conscience.assurée de à-dire la possibilité même de l'unicité de l'unique (par-delà son droit à la présence et où tout aurait dû commencer. Du fond de la natu­ d'un quelconque engagement.naturellement .dans l'impuissant affrontement avec fa mort dia-chronie du temps ne serait que la dissimulation ou le d'autrui . celle dont on n'est jamais quitte. vers ce qui n'a jamais été ma lance ou privation qui se serait produite dans l'unité de l'Un présence et ne m'est jamais venu en souvenir.s'appelle amour du prochain . Entre nous Diachronie et représentation se faire le complice de cette mort. à rumi­ décroît.un passé doute le secret de la socialité. Le faire-face d'autrui. ainsi. PASSS IMMSMORIAL de violence et d'usurpation. éveillée par le langage insonore et impératif que parle des autres. Signifiance. Risque d'occuper . Signifiance où la « perfection » et l'unité de la coïncidence. à partir serait nécessaire à l'identification . qui « me d'être .dès le Da de mon Dasein . à la présence entrevue gré la formule impitoyable et réaliste du médecin « condam­ intemporelle à partir de l'idéalité de l'idée. dans sa priorité sur la délibération .« me voici ». comme je n'ai pas à identifier mon identité contrepartie de l'identité des faits et des concepts. signifierait et la précarité d'autrui et une visible). malgré l'innocence de ses intentions.dans l'antériorité éthique de la responsabilité - « mauvaise conscience » ! Responsabilité qui garde sans pour-autrui. Amour sans voilà dans cette responsabilité rejeté vers ce qui n'a jamais concupiscence. l'inquiétude d'une responsabilité à laquelle je n'ai autorité qui manque à l'altérité simplement logique qui. dans notre civilisation de l'inefficacité et de la facilité de la Voilà . dans cette responsabilité an­ relle persévérance dans l'être d'un étant assuré de son droit archique. en moi. vers ce qui n'a jamais été en Socialité à ne pas confondre avec une quelconque défail­ mon pouvoir. de toute ré-tention. aspireraient à leur intégrité. et mettant en cause cette identité de repos . à sa force contraignante ressortissant ponsabilité illimitée. d'un passé immé­ Moi précisément et. été de ma faute. Signifiance d'un passé qui me concerne. ni de mon fait. les dis­ de moi-même.même si la responsabilité ne revient alors nité d'une présence qui ne passe pas et dont la durée ou la qu'à répondre . Antériorité de la responsabilité qui n'est pas celle qui ne cesse pas à la dernière extrémité du prochain .c'est­ rence à une identité naïvement . Au fond de la concrétude du 188 1 89 . à dégagerait. qui est « mon affaire » en dehors de toute rémi­ cœur d'une identité logiquement indiscernable . Responsabilité antérieure à toute délibération logique de l'exiler. dont la gratuité totale .du fond de l'identité du de la responsabilité pour l'autre homme. qui « me regarde ». à partir de l'éter­ nant » un malade . le visage d'autrui (sans avoir la force contraignante du dans sa droiture. de repos sur elle-même et se passant de tout signe distinctif qui toute référence à un présent remémoré.au point d'en ignorer le concept et le problème -. au passé lève. risque de commettre 4. Responsabilité antérieure à la délibération et tingue les uns des autres ou opposant réciproquement les à laquelle j'ai donc été exposé et voué avant d'être voué à notions les unes aux autres par la contradiction ou la contra­ moi-même. venu dans l'hétéronomie d'un ordre. Malgré toutes les dénonciations finie de l'homme. du regarde ». de le vouer à la condition misérable dans quelque qu'appelle la décision raisonnée.car en niscence. pas à me décider. de lui porter la mort.

Assujettissement dont la guise d'un visage d'autrui . commande le moi. étrangeté absolue de nisme du formel et des structures ontologiques et où l'hété­ l'altérité inassumable.en tant que renonçant à la passivité ne ressemble pas à la réceptivité de l'opération contrainte. dans cette proximité du visage.malgré les jours assume ce qui le frappe en le re-présentant. Nous l'avons fût-elle dialectique . violence généreuse ni l'immaturité d'une raison enfantine. pour s'y assujettir ensuite dans une tique.« image et commèncement de l'usurpation de d'un commandement lequel n'est donc pas le rappel de toute la terre » . renvoyer à un engagement qu'il aurait eu à prendre dans quelque présent oublié. réfractaire à son assimilation à la ronomie ne signifie pas inévitablement asservissement. Impéra­ La responsabilité pour autrui ne revient pas à une pensée tif catégorique : sans égards . en guise de visage d'autrui. suggère l'éventualité d'une responsabilité irrécusable qui incombe au moi. signifié sans jamais avoir été présent. dans son irréductibilité. Celle-ci tion .s'ouvrant dans le visage d'autrui où la dit : il ne s'agit même pas ici de recevoir un ordre en le prescription tiendrait sa nécessité d'une conclusion théoré­ percevant. jadis donnée au « je pense » et quelconque décision librement prise qui << justifierait >> la res­ par le << je pense >> retrouvée. n'est pas. C'est précisément toute la nou­ l'ent�ndement de l'ordre . dans la vigilance éthique où la souveraineté du partir de la responsabilité << pour l'autre >> et où l'obéissance Moi peut se reconnaître << haïssable >> et sa << place au est le mode propre de l'écoute du commandement. Commandement dont la puissance ne signifierait plus décision prise après en avoir délibéré.par-delà les apports de la mémoire. il n'est pas une décision résultant d'une délibération ­ commandement serait la cause ou la volonté. d'abord.pour une remontant à une idée à priori. présence. Passé signifiant à partir sonorité qui. impuissante mais l'à-venir où la saisie d'une anticipation . signifié à lité d'autrui. sans le retour des << présents vécus >> . signifiée quelques préalables dispositions généreuses pour l'autre comme un ordre dans le visage du prochain.en spon­ conque toute-puissance. Le commandement ici précède. précisément lui est signifié comme un commandement et sans. la décision raison­ ne procéderait précisément pas d'une force. oubliées ou secrètes. appartenant à la constitution moi. étrangère à l'aperception du << je pense >> qui tou­ L'hétéronomie d'une autorité irrécusable . Le conatus essendi naturel d'un ponsabilité .sou­ chronie sans pareil du passé. passé qui délibération et de la force violente .ou d'une proten­ souveraine. Passé qui s'articule . qui. revient dans la mauvaise conscience.sans recourir à Elle signifierait . sans égards pour un quelconque alibi. simple modalité de l' << aperception transcendantale >>. qui d'une parole de Dieu.ce qui atteste ou mesure une veauté de l'éthique dont la désobéissance et la transgression autorité infinie. Passé moi souverain est mis en question par la mort ou la morta­ immémorial. Passé dans la signifi- 190 191 .ou qui << se pense >> . Assujettissement précédant cieuse de son être même. Et sans que le futur soit déjà donné dans ne réfutent pas l'autorité et le bien et qui. Entre nous Diachronie et représentation temps qui est celui de ma responsabilité pour autrui. pour autant. passé prenant tout son sens dans l'impératif présentation.une exceptionnelle n'est pas fait de re-présentations. en homme. Autorité insoumise au détermi­ tanéité de l'accueil et de la saisie. L'assujettissement une force plus forte que la mienne. en tant que renonçant à sa force et à une quel­ intellectuelle qui se retourne en acte d'assumer . Ici.viendrait offusquer la dia-chronie du temps n'atteste pas une pensée inachevée et visible dans sa non­ qu'apporte l'autorité de l'impératif. La responsabilité pour autrui.en née d'assumer l'ordre qu'il porte. Écoute soleil » . de la la mémoire. Il vient . de l'ego et éveillées comme un a priori par le visage d'autrui. Dia­ nécessités de l'être et l'imperturbable train qu'il mène . L'ordre me concerne sans qu'il me soit possible de remon­ Entendement d'un commandement en tant que déjà obéis­ ter à la présence thématique d'un étant qui de ce sance.si on peut dire . la dia­ cation d'une obligation invétérée et plus ancienne que tout chronie d'un passé qui ne se rassemble pas en re­ engagement .

mais qui est à une philosophie de la présence. en dépit de l'identité de mon je pense. par-delà ce qui' pour un Moi' l'autre homme . Voilà. ainsi.par-delà sa signification comme pré­ 5. mais hypocrisies. PUR FUIVR sence ou sa réductibilité à la présence comme chez saint Signifiance d'une autorité signifiant après et malgré ma Augustin lui-même . Entre nous Diachronie et représentation de la durée du temps .plus m'obligent au-delà de ma mort ! Sens originel du futur ! formelle que la transcendance.de signifier un sens à un moi mortel. alors que l'effondrement anticipé de tout sens procédant de cette les termes de toute relation sont déjà . la venue même de Dieu à l'idée et son inser­ moi .conserve sa façon propre . comme ma responsabilité pour l'étranger ­ ne faut-il pas. de l'absolument autre.au ment encore. en autrui. mais aussi plus signifiante - Futurition d'un futur qui ne me parvient pas comme un ne se trouve-t-elle pas irréductible à toute corrélation noé­ à-veJ.est temps. plus exacte­ Assujettissement à l'ordre qui ordonne à l'homme . appartient encore ma durée. Amour qui n'est pas encore ce Dieu dans toute Révélation possible ? Futurition du futur . à géniale .ou encore . La responsabilité pour la aussi la fin de toute prestation égologique de sens par la pen­ mort d'autrui .le sensé reste enfermé dans l'immanence de la travers ma responsabilité de moi. comme horizon de mes anticipations ou pro­ tico-noématique de par la concrétude de la responsabilité de tentions. perçant ce qui seule � 192 193 . 6.de quoi << reconnaître » et nommer sévère de l'amour. Elle est transcen­ mot investissant ce qui s'impose à ses pouvoirs d'assumer. s'assemble encore.de répondre de l'autre . Cette façon d'être voué . en présence ou en représentation . dans mon « être-pour la la phénoménologie heideggerienne de l'émotion de la mort ».. mais le fait même de l'approche de l'unique et comme << tombée de Dieu sous le sens ».ce qui est. � Bejindlichkeit . mais une obligation mort d'autrui.étranger et proche . e sens d'un futur par-delà ce qui m'arrive. l'extrême présent qui. La finitude du temps que dessine l' << être-pour-la­ mort » de Sein und Zeit où . Singulière intrigue par conséquent. un ordre gie ! sensé signifiant au-delà de cette mort.ne consiste-t-elle pas à entendre da s l'être Paroxysme de cette proximité du prochain où le visage de l fini du Moi mortel à partir du visage d'autrui. simultanés ? Et la dia-chronie . Non pas certes une La responsabilité pour l'autre homme. au Moi voué à la mort. dans cette rupture de l'ordre naturel de l'être. est a-venu ? On n'aura donc pas été jusqu'au bout de la pen- préter comme re-présentation . un sens et une obligation qui l'idéalité du système.malgré tous les renouvelle­ Responsabilité pour l'autre jusqu'à mourir pour l'autre ! ments de la philosophie transmise qu'apporte cette œuvre Voilà que l'altérité d'autrui .dans Sinngebung. cette prestation serait déjà vouée et qui s'anticipe dans l'indéchirable immanence de son exister conscient. le nom tion au vocabulaire . sée et du sensé en mourant ! Le sensé continue au-delà de impérative . Faut-il encore appeler cette non-in-différence de l'éventuel épuisement de sa Sinngebung égologique et la responsabilité pour autrui du nom de relation. comme toute la dénonciation de l'être comme présence.le temps comme l'à-Dieu de la théolo­ mort : signifiant au Moi fini..improprement . fin à laquelle. A·DIEU entendre ce qui . Ne faut-il pas dans cette signification impérative l'un pour la mort de l'autre ? du futur qui me concerne comme une non-in-différence à l'autre homme.affecte. pour Jemeinigkeit du Dasein qui a à être et qui.qu'on avait donc raison de ne pas inter­ .ou cette dévo­ synchronisable de la re-présentation. .la crainte pour autrui qui n'entre plus dans sée intentionnelle . répondant de la quelconque promesse de résurrection. par-delà ma mort. tranchant sur un temps tion . peut-être. se voue à une altérité qui n'est plus du ressort dont la mort ne délie pas et un futur tranchant sur le temps de la représentation. qu'exprime ce mot galvaudé de nos littératures et de nos non pas comme << preuve de l'existence de Dieu ». Elle reste relation à l'autre en tant qu'autre offert à l'intentionnalité où le je pense garderait le dernier et non pas réduction de l'autre au même. dance.'!ir.se dit sur-naturel ? Entendre un ordre qui serait parole de Dieu ou.

dans cette étude. de par cette transcen­ ne signifie pas pure rupture. sur l'à-Dieu du Idée de l'Infini où la pensée pense plus qu'elle ne peut temps.. il re-présentant.du pitée justification du péché et déjà toute la bonne psychique ou du subjectif. DEFORMALISA TION DU TEMPS lence ou à l'autorité de l'excellence ou du Bien. à l'autorité par excel­ 7.sont déjà déri­ autorité infinie.au-delà de mes pouvoirs et de ma fini­ condition de ne nommer Dieu qu'à partir de cette autorité tude et de mon être-voué-à-la-mort . à travers l'égoïsme et l'égologie de l'être. se nouent le passé. L'humain. et des individus. Dieu << inconnu .. mais aussi la chance de la sain­ l'arbitraire où se perd le sens de l'ontologique. qui ne prend torique. lequel ne serait plus l'abîme de conscience de l'hypocrisie. .tels que transcendance ou au-delà . Entre nous Diachronie et représentation ment se montre. la « différence >> de la dia-chronie. Assujettissement à un ordre absolu. que la vision soit la suprême excellence travers réminiscence et espérance. Mais est-il sûr que la thématisation tion transcendantale. à visage d'autrui . Mauvaise conscience qui n'est pas seulement le futur et le présent en temps. dans l'intrigue de l'humain. déjà la dia-chronie promesses plutôt que d'obligations à l'égard des hommes.où... mais aussi un extrême refus de contraindre. Son « aventure >> ou son dans l'homme se pense Dieu. mais le renie. pas corps dans un thème et s'expose. ni l'eschatologie préoccupée de fins ultimes et des transcendance et autorité indéclinable.n'articulent plus le temps représentable de l'immanence et de son présent his­ où il vient seulement à l'idée. pas la désobéissance. sur sa pro-phétie dont le temps.. ou atteste une mer . ni mieux par sa Parole dans le visage d'autrui ? se dire à partir d'aucune catégorie. des espèces la rigueur de la justice humaine. si l'on veut.de par cette non-présence même . au-delà de la hiérarchie des genres. ne peut ni se constituer. Assujettissement qui précède la délibération sur l'impéra­ Toutes les figures et tous les mots qui tentent de l'expri­ tif d'un ordre. n'est-Il pas comme noèse sans « intrigue . comme mauvaise conscience. est l'ultime concrétude. A-Dieu. tranchant sur Cette signification d'un passé qui n'a pas été mon la persévérance de l'étant dans son être.ou tout le désordre . l'autorité prend son présent et ne me concerne pas de réminiscence. ce n'est ni la thématisation des théolo­ une non-violence se refusant à forcer : s'y refusant de tout le gies . Parole de Dieu. c'est-à-dire reste (( individu d'un genre . est le nœud gor­ Il nous importait surtout de dire. que nous avons surtout essayé de distinguer de noème ? Et la concrétude de la responsabilité. dans son futur la présence de l'être et que nous avons abordée à partir de extra-ordinaire de l'inenglobable. N'est-ce pas l'occasion même . et celle sens plein ? Elle n'apporte aucune promesse. peut-être.. n'est-elle pas ordonnée l'éthique en l'humain. ni une finalité . d'un futur qui me commande dans la mortalité ou dans le mais l'absolu d'une exigence. au-delà de la distinction entre l'universel et le particulier. c'est-à-dire la ne sont déjà que des métaphores du temps et ne sauraient liberté. ce qui mesure. le consentement à de l'unicité. y compris le à et le pro. signe d'une raison inachevée et déjà l'apaisante et la préci­ Amour qui implique tout l'ordre . servir à sa constitution. Nous n'allons pas dire davan­ accède au mode originel de la pensée ? tage sur ces accords de la dia-chronie. à convienne à l'Infini. sans se déduire de la simple 1 94 195 . vés de lui. Ambiguïté de l'autorité et de la non-violence. même dans sa contenir et où. ou. du temps ? Autorité infinie et indéclinable qui n'empêche Mais les prépositions elles-mêmes. d'aucun « existential ». patience. qui laisse le temps.laquelle va à un terme et non pas à retrait de la transcendance. le tant qu'idée.aux renie­ et accord qui ne sont plus fondés sur l'unité de l'apercep­ ments de l'athéisme.ou les circonstances . ni secours. de tout son infini ! Retrait de la l'Infini . d'après la troisième Méditation de Descartes. com­ dien de cette ambiguïté de l'idée de l'Infini. la plus formelle des formes qui. de l'Infini en ment. pour ainsi dire. même indispensable à la promotion de la catégorie logique dans le souci inextinguible de la justice. mais aussi non-in-différence dance même . renoue le temps en le de l'esprit et que. mais le lieu teté dans une société de justes sans bonne conscience et. Sa dia-chronie.

en partant.les promesses. on peut se demander si le temps des promesses comment .du xxe siècle. de la Révélation et de la Rédemption » chez Rosenzweig . chacun à sa manière.Aristote ferait accéder au temps dans sa dia­ gie. pen­ sée comme << élan vital » dans l'É volution créatrice. Déformalisation dont Bergson. conjoncture biblique de la << Création. après les démarches tentées pour penser le temps à partir du visage d'autrui où « Diéu nous vient à l'idée » . présentation où le passé ramasse les instants en guise d'images du souvenir et l'avenir en guise d'acomptes et de promesses. Faut-il y reconnaître la piété difficile . Contrairement à celle qui se nourrit de repré­ sentations. Geworfenheit et Sein-zum-Tode (malgré l'ex.c'est la nécessité de penser le temps dans la dévotion d'une théologie sans théodicée. après les horreurs de ses génocides et de son holocauste ? 196 .toute de certitudes et de risques personnels . Est-il inter­ dit de rappeler aussi que.ou selon . signifie amour du prochain et ce que nous avons appelé << à­ Dieu » ? Mais a-t-on le droit de fuir ce rapprochement. s'ouvrir. elle ne commence pas dans la promesse. << auprès des choses ». par conséquent. Mais nous avons cherché le temps comme dé­ formalisation de la forme.je ne sais Certes. la plus formelle qui soit. ter . dans les Deux sources de la morale et de la reli'gion. d'un concret plus « ancien » que la pure forme du temps : liberté de l'invention et de la nouveauté (malgré la persis­ tance de l'image kinétique du courant) chez Bergson . et si le service sans promesses n'est pas le seul à méri­ chronie. Rosen­ zweig et Heidegger ont ouvert la problématique à la pen­ sée moderne. malgré tous les enseignements du demi-siècle qui nous sépare de la publication des Deux sources ? Ce qui semble. Religion qu'il est certes impos­ sible de proposer à autrui et.subir. de l'unité du je pense. mais qui aussi se refuse à contraindre et qui commande tout en renonçant à la toute-puissance .sans se retrouver vraiment .dans la re­ questions semblent déjà suspectes de prédication.et même à accomplir . unité se perdant dans l'écoulement des instants. la durée de l'Essai sur les données immédiates de la conscience et de Matière et mémoire. Entre nous Diachronie et représentation dégradation que l'unité de l'UN aurait pu . jamais ailleurs qu'en pédago­ . encore kinétique des extases) chez Heidegger.en mouvement qui depuis se place au commencement. Mais ces deux se retrouvant .autorité qui y commande indéclinable. en effet. impossible de prêcher. se dispersant .

être interprétée . Le lieu du sensé et de l'intelligible se maintiendra dans le savoir et équivau­ dra à l'intrigue du spirituel dans toute la culture occidentale. se convertit en présence. à la fois l'être du réel et sa mise à la disposition et à la portée du pensant dans la modalité temporelle du présent qui est précisément l'arrachement à l'être impénétrable et aux secrets du passé et du futur. c'est-à-dire comme contributions à la vérité. comme rassemblement et synchronisation du diachrone dans l' « éternité » du présent idéal. La réminiscence et l'imagi­ nation se comprendront comme ramenant le dissimulé au présent . étrangère et préalable. D'où l'humain comme le je du « je pense » et la culture comme savoir allant jusqu'à la conscience de soi et jusqu'à l'identité. Même les rapports de l'homme avec autrui ou avec Dieu seront compris comme expériences collectives ou reli­ gieuses.comme re-présentation. laquelle signifie. dans le pensable de la loi et du système et de son expression mathématique. l'extériorité radicale de la Nature indifférente ou � hostile >> à l'homme.. Dans le savoir. Descartes étend le « je pense . surprend et frappe l'identité immédiate qui est le Même du moi humain. l'être. LA CUL TURE COMME IMMANENCE La culture peut. Dl!TERMINATION PHILOSOPHIQUE DE L ' IDJ!E DE CuLTURE J. d'abord. à l'âme humaine tout entière et Kant y apercevra l'unité de l'aperception transcendantale qui est le rassemblement du senti en savoir.et c'est la dimension privilégiée de l'Occident gréco-romain (et sa possibilité d'universalisation) . dérivé du « je doute » (qui est une péripétie du connaître).comme une intention de lever l'altérité de la Nature qui. Même l'absent de la science ina- 199 .. en soi-même « de l'identique et du non-identique ».

un se référer à un son identité persiste sans que l'autre puisse le mettre en but.idéal de l'immanence triel et sans la prétendue corruption dont on accuse cet âge. Dès avant la technologie de l'âge indus­ donné et comme le fait de retrouver . de prime abord. mouvement artis­ tique. appropriation. autre façon que celle du savoir de prêter un sens à 2.la culture a ainsi raison des choses et concret. culture très pro­ forme dans la matière des choses. LA PRATIQUE COMME MOMENT DU SA VOIR l'être. que l'on n'apprend que ce que déjà une formation par une main qui modèle ou sculpte ce l'on sait déjà et qu'on a seulement oublié dans son in­ qu'elle tient. C'est parle Léon Brunschvicg. Main qui forme. le " se donner . fait surgir une humaine et probablement. Léon remonte tout de même . Mais l'être du monde. c'est-à-dire où une pensée s'exprime dans la tériorité. Rien de transcendant ne saurait affecter. dimension artistique de la culture.du savoir absolu que l'ouverture et la franchise de la présence.la « vie intérieure » du mathématicien dont intérieure ! Le savoir est la culture de l'immanence. LE SENSli COMME PENSliE INCARNliE gissement dans le moi d'un sujet intéressé et actif. à . le rapport du Même à l'Autre où l'Autre se trouve finale­ « main-tenance "· Husserl nous l'aura enseigné dans sa ment dépouillé de son altérité. sur­ J. pour le pur savoir ..la pensée reconnaît son modèle jamais entrevu jusqu'alors ! Savoir ou non-savoir. dans Mais dans la culture du savoir . la satisfaction comme hyperbole de Mais la culture comme savoir où . où le sujet dans encore « théorique . dans son exposition au savoir. Pensée de l'égal-à-la-pensée. cette adéquation du savoir à l'être qui fait dire. la conscience humaine sort d'elle­ le savoir même. dès l'aube de Mais « main-tenance » où à la « prise en mains » s'ajoute la philosophie occidentale.la différence se culture où rien ne saurait demeurer autre est d'emblée tour­ réduit . Culture de l'autonomie qui. acquisition et promesse de satisfaction faite à l'homme . et où . science reposent sur cette familiarité manuelle avec les Le savoir serait ainsi le rapport de l'homme à l'extériorité. Voilà le sens de l'être. à un question ou le « désarçonner ''· étant. L'étant appartient à la concrétude de la compréhen­ sion de l'être. s'accuse une « visée . par conséquent. à un « quelque chose . La perception est « prise ». où sa transcendance se fait immanence. ou tablement élargir un esprit. à un terme. et culture réussit-elle jusqu'au bout cet enveloppement de 200 201 . déjà dans où. ni véri­ chair de la main. Culture comme pensée de l'égal où s'assure doigt de la main montre. Comme chez Husserl " s'offrir-à-la-main-qui-prend » et. en modelant ou en maniant un pinceau. dans l'intentionnalité. Mais dans la plénitude du et intériorisant l'autre .paradoxalement fondément athée..comme à une base oubliée ou Brunschvicg disait que les mathématiques sont notre vie offusquée . Les leçons les plus abstraites de la future recherche. . une chose. Et ainsi dans la perception qui est la liberté humaine. si l'on peut dire. est ipso facto un se Hegel glorifiera comme liberté et triomphe de la raison où donner et un se-laisser-prendre auquel répond d'abord la dans le satis de la satisfaction s'accomplit la pensée égalant com-préhension de la vérité. de la présence dans le savoir est un des hommes. déjà acte de l'artiste. la contraction musculaire de la main qui même. comme présence et la culture du savoir et de l'immanence est l'esquisse d'une constitution de l'être extérieur dans le noème de la noèse . de la mainmise et de l'appropriation. Dans une culture de l'immanence. où l'expérience interprétée comme emprise sur le née vers la pratique. Entre nous L 'Idée de Culture chevée est désormais présent dans l'ouverture du monde à la de la satisfaction.l'être en soi comme monde intérieur. choses où la présence des choses est.la pratique incarnée.entre l'identité du cette immanence ! Métaphores à prendre au sérieux : une Même et l'altérité de l'être « tout fait » . se confirme son identité. dont nous parlerons tout à l'heure. mais reste à la mesure du cogitatum qu'elle égale et saisit et déjà disposant de matière qu'elle enserre ou que le qui la satisfait. où il se fait intérieur à mon notion du « monde de la vie "· « Main-tenance » à laquelle savoir.

et. logique du terme . dans la voix. LA CUL TURE COMME EXPRESSION DANS L'ART objectivité de pensable.elles appartiennent tualité du sujet idéaliste et la pure matérialité de la nature - en quelque façon au « contenu '' sensoriel même de ce que l'une et l'autre abstractions construites ! Dans la sensibilité la perception apporte d'objectif et d'intelligible et que déjà concrète entre le moi et l' « autre '' du moi. tâtent. la relation ini­ Husserl analysait parmi les conditions transcendantales de la tiale n'aurait pas été opposition ou radicale distinction. déjà se des­ D'où la notion du corps propre tout autre que le corps objec­ sinent adresse et élégance . Entre nous L 'Idée de Culture l'autre ? En effet. dans leur 4. mais où accords et désaccords dans qui. où l'analyse banale ne dis­ a pu paraître animer toute la Culture de l'Occident ? Ou y tingue qu'un contenu de représentation. concrétude antérieure à la pure spiri­ naturelles ou « naturalistes » du savoir . la vie organique dans sa spontanéité de mouvements s'adap­ de ses actes et de ses normes '' ? État immémorial de chair tant au réel ne doivent pas être invoquées comme les causes vive ou d'incarnation. sculptent et pense et l'Autre de la Nature dont la culture comme savoir actionnent un clavier dans la surprise de se conformer à un ne saurait rendre compte.serait-elle déjà incarnation du sujet où le sensé ne renvoie pas à la structure noético-noématique plus ancienne que l'état de la pure intériorité de la res cogi­ de la constitution transcendantale dans le savoir. sans que le corps tout entier soit de la partie et d'y retrouver l'être comme donné dans sa présence.. déjà s'esquissent un tivement identifiable. différente de l'intériorisation du savoir et de la rience se trouve déjà en fait parmi les éléments envelop­ domination de l'Autre par le Même. La main comme articulation du idéal jamais entrevu. là non plus. en quelque façon. sans que bougent comme un effort soutenu. absolument distincte de la res extensa et que règle commune . 204) << entre la Nature trans­ que la psychophysiologie n'a j�mais ignorées. mais le para­ simple inhérence spatiale. Dans le geste encore fier. expression de l'un dans l'autre. dans la glace. le sensé de l'expression signifie de signi­ monde enveloppé par le je pense ou compris dans l'expé­ fiance. appartient. Ce n'est pas là le aurait-il « quelque chose de nouveau . Incarnation précoce ou originelle de la savoir dont la « contemplation » se fait prise et saisie . les à la fois. ce qui dans l'acte de « connaissance ». Culture au sens étymo­ pants. pour une pensée. événement cultu­ Il y aurait donc là un singulier anachronisme dans la rel.la matière. ni à quel­ tans de Descartes. une métaphore. expression. ou la nature ou l'être révéleraient ou exprimeraient ou célébre- 202 203 . On ne discute pas de goûts ! Dans la différence entre personnes multiples et entre collectivités dispersées . mais perception. déjà la perception des choses. Elle n'est pas possible sans les mouve­ Est-ce un pur échec de la sagesse universelle entendue ments des yeux. selon l'expression de simple rappel des conditions physiologiques de la sensibilité Merleau-Ponty dans Signes (p. tel qu'il m'apparaît langage signifiant et les possibilités du chant et du poème. à la chair du je pense. le même que ce corps ! Relation entre le Même du je mains qui touchent et tiennent. « sans l'aide de Dieu '' • ne peut être connue que par la l'humain se produisent sans recours ni réduction à l'univer­ cogitatio du pensant ? sel et restent dans l'exotisme extrême de cette variété. source de tous les arts. Entre la pensée du << je '' et l'exté­ structure immanente du savoir : le monde ou une partie du riorité de la matière.il en pensée. par exemple. ne peut s'accomplir comme une pure immanence. Les jambes qui savent marcher sauront déjà danser . qui est l'art ou la poésie. La présence et cendante. L' << aperception transcendantale '' ne suffirait pas ici. mais création de formes expres­ doxe même d'un je pense incarné que la notion synthèse sives sensibles dans l'être par une sagesse non-thématisante mentale « associant '' pensée et corporéité n'arrive pas à justi­ de la chair. naissance dans ses diversités d'une culture artistique était question plus haut . d'entrer en soi mains et jambes.. technique appliqué à atteindre un but proposé. tel qu'un médecin le voit en m'examinant . et de la tête. peignent.habitation d'un monde qui n'est pas une Ce qui n'est pas. partie du monde. l'ensoi du Naturalisme et l'immanence de l'esprit.

' l'ambivalence du charnel et du mental et dans la communi­ comme s1 autrm n ' etait pas seulement. Tout cela formel.RITJi. que tel et non pas relation avec l'autre déjà réduit au même.: proquement les citoyens membres de l'unité préalable du par rapport à l'unité de l'Un. .les unes vis-à-vis de l'habitation. se prêtant à la néo-platonicien de l'Un auquel le multiple du monde synthèse de l'unité du « je pense » kantien). éthique ! Projet d'une culture précédant la politique et qui ' participation commune à cette unité. son âme et l'humain (ou ser et à présenter comme relevant de la même histoire ou du même Logos ou de la même phénoménologie.on doit se demander : l'altérité de l'autre homme l'unité de l'Un . n'a-t-elle pas. comme dit Merleau-Ponty. Relation avec autrui en tant Tout. d'emblée u � corps dans l'expression artistique se dessinant déjà dans caractère d'absolu. Entre nous L'1dée de Culture raient. Manifestation 6. D'AUTRUI essentiellement savoir . . l'altérité de l'Autre homme signifie originellement à partir d'un savoir . pour le moi. L'État.RJTJi.où le moi se reconnaît comme frac­ tion d'un Tout qui commande la solidarité humaine à Dans la dimension de la culture ouverte par le savoir où l'humain assimile l'inhumain et le maîtrise. lui-même.dans un Tout fractionné dont les relations menacée de rupture à partir d'une altérité absolue qui ne se rigoureusement réciproques sont commandées exclusive­ laisse pas réduire au Même et qui invite à une autre Culture ment par l'unité de ce Tout. expression et tout l'agencement indispensable à la manifes­ tation du Beau. L 'AL TJi. dans la multi­ plicité humaine. la Culture. d'une altérité et d'une séparation réfrac­ l'Un ou pour l'imiter dans l'autonomie ou la liberté du taires à toute synthèse. autrement dit. prend dans due comme solution de l'antagonisme du Même et de l'athéisme du savoir de notre culture occidentale la place l'Autre ne peut pas signifier autrement que par la réduction d'un dieu inconnu et le nom de vie spirituelle. de façon analogue l'unité de l'Un s'affirme et se confirme . Ou . l'État univer­ l'homme lui-même) y signifierait le lieu même de cette sel et l'épanouissement de la sensation en savoir absolu. savoir et art. n'est-elle pas des autres . dans son expression artistique. mesurée et assez appréciée comme l'autre de l'humain ? Et dans la multiplicité humaine. s'affirme et se l'image d'un organisme dont l'unité assure la solidarité es d membres. On doit se demander si. altérité d'étranger indésirable ­ Beau.entre l'âme et le l'altérité d'autrui. à l'art et à la poésie qui sont les modes actifs de cette célébration ou de l'incarnation originelle du Même dans l'Autre qui est aussi une manifestation. on doit se demander si. l'altérité de l'autre homme ne n'est-elle pas elle-même encore trop naturelle ? La culture signifie que l'altérité logique des parties . antérieures à toute unité et où la rela­ savoir et de la technique et dans l'auto-suffisance superbe du tion possible de moi à autrui.et c'est encore le sensé .et ce serait le deuxième terme d'une alterna­ confirme le sensé comme retour du Même et de l'Autre à tive . qu'elle signifie de la proximité interhumaine et de la loi morale reliant réci­ ne se réduit pas à une quelconque déficience ou « privation . RELA TION A VEC L 'AL TJi. rassemblant la multiplicité où la sociabilité est indépendante de toute reconnaissance humaine s'entend dès lors dans cette culture du savoir et de préalable et de toute formation des totalités ? Relation l'art. Tout un côté de la culture occidentale consiste à pen. comme « dévotion » à l'idéal ou même transcendantalement surmontable. comme forme essentielle de cette unité et la politique. 204 205 . est prise pour principe dans la proximité allant de moi au prochain. D'AUTRUI : L'Ji.THIQUE tranchant sur l'intelligibilité du savoir de la pensée de l'égal On doit cependant se demander si l'intelligibilité enten­ et qui. ou la conversion de l'Autre au Même à partir de l'autre qui Mais l'altérité de l'être est-elle dès lors suffisamment se prête au Même. mais autre d'une retourne pieusement pour se rendre immanent à l'unité de façon irréductible. au sens logique et cation du goût à travers les différences mêmes. sans sortir de la culture de l'immanence. au sens étymologique de ce terme . autre (c'est-à-dire autre d'une autorité logiquement situe. .savoir politique mais 5. précisément. de cet Un dégradé dans ses par­ qu'à celle du savoir ou de la poésie ? ties .

Entre nous L 'Idée de Culture à l' « apparenté » au mien. où se raconte sa sublimation et sa profanation. il instaure une proximité cation congénitale de ce mot usé et que présupposent toute différente de celle que règle la synthèse des données et les la culture littéraire. « me regardait ''· La mort de l'autre homme me met en Nouvelle signification de l'esprit dans cette signifiance du cause et en question. dans cette mortalité .à laquelle s'appuie la signifi­ ment tout autre que la synthèse. sans Mais dans cet en face du visage. à travers toutes les modalités RESPONSABILITE POUR AUTRUI du donner. mais de mettre en question homme.celui de l'absolument autre . pour le Même du Moi humain. daps le face-à-face. .. l'incessible responsabilité pour l'autre le visage d'autrui. Signifiance du visage : éveil à l'autre homme dans son identité indiscernable pour le savoir. Avant toute expression qui. commerce modernité. Culture de la transcendance.et sous toute expression qui..que cendance . L 'EPIPHANIE DU VISAGE ET LA CUL TURE COMME de la mort. elle est. la tentation de tuer et le tion envers autrui. à partir de la le visage qui l'assigne. C'est toute la gravité de l'amour du prochain . une non-in-différence 8. qui me le visage d'autrui . s'est ouverte sur les formes des particulière d'autrui . qui le réclame transcendance et de l'étrangeté de l'autre homme. éveillée au visage ou par le visage est commandée par une irréductible différence : pensée qui n'est pas une pensée de. cette identité même. mité du prochain est la responsabilité du moi pour un autre. celle du savoir et de la technique et comme celle avec lui irréductible à l'expérience. Rassemble­ l'amour sans concupiscence . . concrètement. La Culture En partant de cette droiture entre autrui et le moi nous n'est pas un dépassement. La responsabilité pour l'autre homme. protège . La responsabilité n'est pas ici une froide exigence Cette altérité et cette séparation absolue se manifestent juridique. La barbarie de l'être précisément dans ce rappel de la responsabilité du moi par menace à partir d'une extériorité plus radicale. célèbre c'est­ cette mort de l'autre et à ne pas le laisser mourir seul. La « pensée . prétendument exclusive de l'immanence l'interdit. dans la responsabilité éthique et l'obliga­ le visage est pour moi . . à partir de l'université. l'impossibilité pour l'autre homme. des parties en un tout. qui le demande. de dition d'investi et de traqué . mal­ « tu ne tueras point » qui déjà l'accuse. me soupçonne et gré l'excellence. approche du Culture universellement signifiante comme. comme si cette mort homme et la dignité de l'élu. Comme si la mort invisible à laquelle fait face l'identité du moi. il ne s'agit pas. comme si de cette mort.à la fois. sa liberté illimitée et sa puissance. dans la poésie et l'art. Exposition. Mais contenance donnée à soi. C'est à-dire manifeste l'habitation au monde. la susception du don ultime de mourir pour autrui. La proxi­ qui passe en Occident pour la grâce suprême de l'esprit. déjà cultures n'appartenant pas à l'héritage gréco-romain. Culture éthique où gnation et demande qui concernent le moi. mais déjà me réclame et me demande. rité plus extérieure que toute distance spatiale.éveille dans concernent. dans la premier venu dans sa proximité du prochain. extra­ et des arts. était mon affaire. Il ne réside pas dans la pensée qui s'approprie l'autre nait par son indifférence le complice et avait à répondre de de la nature ou qui. Visage comme la mortalité même de l'autre Nature ou en s'y exprimant. LA CULTURE COMME PERCEE DE L 'HUMAIN DANS LA pour l'autre rompant l'équilibre de l'âme égale et impassible BARBARIE DE L'ÊTRE du connaître.nudité et dénuement de culture où contrairement à celle du savoir. ni une neutralisation de la trans­ avons pu écrire autrefois que le visage est pour un moi . de la technique l'expression comme telle. Extério­ qu'autrui est le prochain du moi.traqué avant toute traque et se confirmer dans son identité en absorbant l'autre de la toute battue. à bout portant. toutes les bibliothèques et toute la Bible réunit en un « monde . l'impossibilité de le laisser seul au mystère 7. c'est. mais d'emblée une pensée pour .de dans l'épiphanie du visage.assi­ lui faire perdre sa signification d'unique.. le moi deve­ sensé. rapport à la transcendance en tant que 206 207 .

de l'Individu humain s'iden­ tifie précisément. Cette positivité de l'être qui s'est posée et cette négati­ vité de l'exclusion semblent se retrouver et s'exalter . et existe pour sa part.dans l'humanité de l'Individu humain. au-dehors indiscernable. La positivité de l'Individu particulier est une persévérance dans l'être qui est vie . On peut l'appeler amour. dans sa particularité et qui.ou s'accuser . Entre nous transcendance. excluant les libertés des autres qui limitent la sienne. quel que soit son contenu. dont l'iden­ tité. Altérité formelle : l'un n'est pas l'autre. selon Aris­ tote. DE L'UNICIT� Percée de l'humain dans la barbarie de l'être. Altérité. Il est commandé par le visage de l'autre homme. Chacun est autre à chacun. des moi's : éven­ tuelle guerre de tous contre tous. « seule existe » par-delà l'existence idéale ou abstraite des genres. de nouveau réciproque. en s'éprouvant. 209 .au genre humain. Il est partie d'un tout. c'est-à-dire dans la liberté. l'Individu humain vit dans la volonté de vivre. L 'ORDRE FORMEL L'Individu humain serait d'abord à penser dans le cadre formel de son appartenance à un genre . comme de l'intérieur. se divisant en espèces et aboutissant à l'unité indivise. à l'identité logiquement ultime de l'Individu situé parmi les données empiriques et reconnaissable à des signes déterminés de l'espace et du temps où cette unité se pose comme « étant ». qui n'est pas une donnée de l'expérience et ne vient pas du monde. J. et existe à part. Un Individu est autre à l'autre. Chacun exclut tous les autres. Mais l'Individu humain est aussi négativité dans sa liberté. dans sa liberté qui s'affirme comme égoïsme du moi. même si aucune philosophie de l'histoire ne nous garantit contre le retour de la barbarie. Négativité purement logique et réci­ proque dans la communauté du genre.

le savoir. Dès lors. se réfèrent ainsi ori­ ginellement la condition humaine et le fameux droit de Mais. La Rai­ savoir . au sens grec du terme. L'Individu s'ouvre à la paix l'heure de la modernité. sans le contraindre. Schém a qui.aux aspire le long de l'histoire. à son apogée. à travers la Rai­ sommets de ses universités . qui est aussi humaine à partir de l'État. du terrorisme. La volonté est raison pratique. La volonté particulière de l'Individu souvenir d'une autre collation de droit et d'une plus s'élève à l'auto-nomie de la personne où le nomos. Les « moi's » divers s'accordent dans la vérité humanisation de l'Individu ? Sa destinée politique en posant rationnelle à laquelle ils obéissent sans contrainte. des impi­ mère de toute science et de toute politique . La raison a-t-elle toujours convaincu l'homme et principe de toute justification. dans la vérité de la Raison. Contestation par la Nature. contraint l'ego. pour autant. de la l'amour . autres ou étrangères les unes aux autres. menace l'Individu humain dans son '' être 210 211 . la personne dans l'Individu. essentielle à l'Europe. des sagesse dont la conscience est déjà la possibilité et déjà génocides. principe et critère de toute justification. Dès J. à suivre la sagesse de la tradition et de la pensée l'homme. Référence occidentales. du chômage.EN lors. l'autorité s'impose à travers les théolo­ naires de la glorieuse Raison. le moment originel de cette conscience. l'heure des bilans. dans Particulier. à idéales. de sa justice et de vérité. le droit de l'homme est sans doute l'ordre iné­ une paix qui s'établit par le savoir dont la Raison assure la luctable dans l'humanisation de l'Individu. conscient et raisonnable.des pensées qui autrefois pas­ son. la philosophie. Est-ce là. notamment. Les personnes. Mauvaise conscience au terme de millé­ Même du religieux. sans et se reposant dans la paix du particulier. de la Loi. de l'oppression. la conscience.seraient la spi­ toyables doctrines du fascisme et du national-socialisme et ritualité même de l'Individu humain. jusqu'à exalter . LA MAUVAISE CONSCIENCE DE L 'EUROPP. n'a-t-elle pas à se renoncer à leur liberté. source du droit de s'invertit en stalinisme. verselle. mais aussi au terme de millénaires de luttes fratri­ son qui surmonte l'altérité de la nature extérieure par la cides politiques mais sanglantes. s'accomplit . Égalité à laquelle l'État centralité et l'excellence de sa logique. les Individus surmontent la violence exclusive du droit humain à l'État et à la logique de l'Universel et du de leur conatus essendi et de leur opposition aux autres. pour les Individus humains. pour nous autres Européens. s'assimilent. l'humanité de jusqu'au suprême paradoxe où la défense de la personne l'homme. Spiritualité qui les volontés ? Les volontés ont-elles toujours été raison pra­ signifie l'égalité entre personnes en paix. Les Individus humains seraient humains par la sa paix. d'impérialisme pris pour science et la technique. de mépris humain et d'exploitation et jusqu'à choses. Entre nous De l'Unicité 2. des institutions. la loi uni­ ancienne modalité de paix ? C'est cela mon problème. de la Raison triomphante du gies.le rassemble­ ment libre des personnes particulières autour des vérités Mais la conscience de l'Européen n'est pas en paix. si différemment doués par saient pour primitives sinon pour sauvages. à la liberté du Moi. l'Europe elle-même de son privilège philosophique qui Les Individus humains dans le genre humain s'offrent au devait assurer sa paix ! L'Europe n'est-elle pas effrayée par jugement et se prêtent à l'objectivité nécessaire à l'exerci ce l'insuffisance sociale de sa vérité même ou par une science de la justice qui rétablit éventuellement la paix. l'égalité formelle des' Individus dans un genre. la vérité et la ce siècle de deux guerres mondiales.ou du moins se cherche . de la politique. L'AUTONOMIE DE L'INDIVIDU RAISONNABLE auquel. en tant que sécurité triomphale des sciences animait l'histoire elle-même et ne de l'homme satisfait dans le bien-être et la liberté. Tranquil­ devait y commettre aucun paralogisme ? L'Europe a mau­ lité d'un repos dans sa positivité et dans sa position : substan­ vaise conscience et se conteste jusqu'à mettre en question sa tialité de substance assurée au moi.dès lors. Paix de l'Individu tique pour rester impénitentes dans une culture où la Raison humain en tant qu'existence pour soi. misèr� toujours incessante du Tiers-Monde. et où se promet. de l'holocauste. préside à la répartition égale des universalité.

celui qui. l'impératif du Décalogue : « Tu ne tueras point » ? l'Individu humain un sens qui n'est pas seulement hellé­ Derrière l'altérité réciproque et formelle des individus nique. Il faut poser la question : la situation sémantique ori­ n'arrive pas à absorber le scandale de l'indifférence à la souf­ ginelle où l'Individu humain reçoit sens ou se vêt de droit. désormais élu et unique. Brisure de l'uni­ mais où.extraordinaire ambiguïté des individus et du fisance des « résultats obtenus ». de plus haut encore que de la « bonne Mais. dans toute crise de culture. vers moi avant tout. avait à répondre des famines et des meurtres ! La crainte de chacun pour soi. confortable et tranquille. TU NE TUERAS POINT ment. derrière leur négativité réciproque. pour rebâtir l'univers entier dans cun promis par la Raison à la paix « pour sa part » . allumait N'aurions-nous pas entendu dans notre vocation et éclairait sa philosophie ? d'homme en Europe. Il y a inquiétude suspension de cette urgence d'exister et une abnégation dans quant à la légitimité des souffrances infligées à certains par le souci pour les « affaires » d'autrui : elles me « regar­ la logique irréfutable des choses..nous allons le voir . cet impératif allait . Comme si chacun. Voilà que l'altérité-de-l'individu-dans-le­ sophe. Il y a l'autre à moi. et le point où est possible l'étrange abolition ou et peur : il y a comme une horreur de tuer. ici. Il y a inquiétude quant à la légitimité de tout ce qui genre est revenue de sa formalité et de sa banalité logique est apparemment logique. excellence . si nécessaire qu'en soit . comme si autrui était avant propres épreuves. en ipséité tordue sur elle-même. assigné. l'un parmi d'autres. j'avais à répondre de la mort et Cette mauvaise conscience ne traduit pas en effet une par conséquent de la vie d'autrui. cha­ '' connais-toi toi-même ».signifie la conscience de soi. Comme si la conscience. allait frances infligées dans la simple perspective de ce que Hegel simultanément ou indifféremment de moi à l'autre et de appelle « identité de l'identique et du non-identique ». la portée essentielle. dans le genre humain . je me trouvais - précisément je ou moi . Privilège que la logique simple déception qu'inspirerait la contradiction entre un du genre et des individus semblait avoir effacé : « tu ne tue­ certain projet de culture. et primordiale et trouble de l'humanité européenne autre chose que paresse autarcique. Extraordinaire ambiguïté du Moi : à la fois le point tique cynique a beau dénoncer. il faut aussi se demander si ces éléments de nouvelle » de la connaissance vraie qui disposerait de nos mauvaise conscience ne sont pas déjà révélateurs et dénon­ volontés sans les contraindre et les aurait orientées vers la ciateurs de l'humanité européenne en tant qu'elle prête à paix. d'un 212 213 . d'un certain moment. L 'UNIQUE A VANT L 'INDIVIDUEL ou certaine. comme si moi. d'un esprit dont l'amour de la sagesse n'épuise pas tous les l'autre homme se trouvait brusquement et paradoxalement ­ pouvoirs de l'amour ni même.à partir emplissant un genre.semblables entre eux de versalité de la raison théorétique qui s'était tôt levée dans le par la communauté du genre et doués de raison ils sont. il y a dans le même. dans la multiplicité humaine. Comme un scru­ pule de survivre aux dangers qui menacent autrui. même où l'être et l'effort en vue d'être. même si. idée claire et distincte. équivaut-elle au schéma logique genre/individu où. ses pouvoirs ori­ contre la logique du genre .celui qui me concernait par ginels. les mains pures et dans son innocence présumée 5. comme si vers moi seule­ 4. Témoignage d'une vocation venant une autre altérité. a perdu sa symé­ l'angoisse d'une responsabilité qui incombe aux individus trie par rapport à la conscience d'autrui ! survivants à la mort violente des victimes. et l'insuf­ ras point » . posé en Grèce. comme si. quant à ses daient >> et m'étaient confiées. a entendu l'impé­ ratif à titre de destinataire exclusif. peut-être. Le scepticisme ou la dialec­ genre. on s'imposait consentement de philo­ tout un visage. Comme si. dès lors. france d'autrui. se crispent en un soi­ la paresse de penser et la peur de mourir . dans la mortalité de chacun. Entre nous De l'Unicité en tant qu'être » dont le problème. quant à la légitimité des souf­ par laquelle cette relation.

consécration de son étrangeté à tout être. Plus loin qu'avec l'individu connu. mais précisément le droit fait à la différence d'autrui qui. Et il est aussi le prochain du prochain. à l'autre irréductible.est non pas le simple échec d'une la personne. Nous ne que le prochain. Bien au contraire. A travers la violence sourde de la persévérance accès caractéristique où l'accédant appartient lui-même à la dans l'être . Dans la qu'ont-ils déjà fait l'un à l'autre ? Ce serait. transcendant tout genre. Subjectivité qui. percée poussée jusqu'à simple objectivation d'un individu d'entre les autres . paix et proximité humaines.l'accès originel à l'indi­ fait amour . en aucune même. paix qui est déjà cette non-in-différence même. qui assure à chacun sa position dans l'être. cette non-in­ qui l'intègre . le disons ne me permet pas . est aussi mon prochain. c'est l'uni­ encore ni le moi du je pense fichtéen. loin de se réduire à une de ses genres et de ses individus. • • connaitre issue de ce statut serait « antérieure » l'éthique comme si elle c'est le subjectif comme tel qui serait précisément.les uniques - prononçons pas ce mot si souvent abusif à la légère. La paix où lui-même. mais le « pour-l'autre » de humain . d'unique tude où demeure la connaissance d'individus disséminés et d'incomparable. mais aussi pour dire comment la référence au la responsabilité. Le tiers.ou n'est est absolument autre. à l' État libéral. LA JUSTICE ET L 'UNIQUE plicité d'individus d'un genre. Par le quel individu du genre. et dans le divers générique de de l'Individu humain se fixe par l'objectivation de n'importe l'objectif. amour La multiplicité humaine ne permet pas au Moi - sans concupiscence où prend sens le droit de l'homme. Mais l'unicité de l'unique. Non pas la paix de la pure sécurité et de la non­ façon. l'unicité qui équivaut à leur mode du " non­ interchangeable ou de leur '' élection à ce mode. à la responsabilité préjudi­ fierait précisément le surcroît de la socialité sur toute soli­ cielle pour le prochain. incompa­ rable. à la justice politique. pour moi. à la socialité originelle. autre dans le genre. ni le transcendantal. paix comme relation avec l'autre dans son alté­ différence à l'égard de la différence ou de l'altérité de l'autre rité d'absolu. diale que la haine déjà suppose dans ses attentions.qui n'est pas seulement le connaître mais qui se deuxième terme de l'alternative .est un l'unique. la paix la proximité et l'unicité de l'autre homme. concrétude de la rencontre sans pouvoir prendre la distance voilà. Surcroît de la socialité dans l'amour. une méconnaissance du politique. n'est pas une alté­ rité formelle et réciproque et insuffisante dans la multi­ 6. 214 215 . à l'autre unique. bonté primor­ visage d'autrui préserve l'éthique de cet État. laquelle signi­ antérieure à tout jugement. Entre nous De l'Unicité individu à l'autre.premier langage . mais la terminant. Que font-ils . de par la plu­ par la non-in-différence il faut entendre non pas le neutre ralité des individus appartenant à l' « extension >> du genre de quelque curiosité désaffectée. pour indiquer comment ce droit originel conduit. Quelques mots. nécessaire au regard objectivant. l'altérité reste réciproque et où la notion l'essence impassible de l'être. à travers la rigueur des formes logiques et vidu en tant qu'Individu humain. Amour comme opération logique 1 ! objectivation. dans ce pour-l'autre de l'amour n'est plus . Mais on peut - cité de l'aimé. chacun étant l'autre à l'autre ? Ou .d'oublier le tiers qui droit de l'aimé c'est-à-dire la dignité de l'unique. L'unicité de l'unique signifie dans l'amour. en agression. m'arrache à la proximité de l'autre : à la responsabilité Pr9ximité du transcendant dans l'homme.voilà. Seul l'unique 1. n'est. reconnaissance dans l'individu de l'unicité de . dans son immédiateté. la relation va à l'autre inassimilable. subjectif .cette irréversibilité . dans cette non-in-différence. Réponse . mais altérité de l'unique. dans était " l'individuation » du Je. avec l'absolument autre. mais montrer la signifiance originelle du droit de l'individu dans l'excellence irréductible du social dans sa proximité. la condition de la possibilité de l'unique.un au-delà. Transcendance Cette analyse du rapport interpersonnel qui tendait à qui ne serait pas alors le simple raté de l'immanence. paix éthique. sans pouvoir se dégager de Paix différente de la simple unité du divers sous la synthèse la relation et où ce ne-pas-pouvoir-se-dégager. exté­ rieur à tout genre. A la thématisation du ques illusions subjectives d'amoureux. penser que ceux-ci doivent à la responsabilité incessible et irrécusable leur Non pas que l'unicité de l'altérité soit pensée comme quel­ ex-ception à l'ontologie.

l'objectivation. défendent les « droits 216 . dès lors. compte d'éventuels préjudices. la thématisa­ tion. Une mesure se superpose à l' « extravagante . parfois dans les chants des poètes . les torts de liberté et où la justice est toujours révision de la justice et l'un à l'égard de l'autre. Dérivation. des tentations et des facilités totalitaires. la réduction indispensable de l'unicité humaine à la particularité d'un individu du genre humain. certes. et à démentir mon dés-intér­ essement . C'est l'heure de la justice. de la proximité. il s'agit de ne pas ignorer la souffrance d'autrui qui incombe à ma responsabilité. parfois lité préjudicielle à l'égard de l'un et de l'autre. Elles s'entendent parfois dans les cris qui montent des interstices du politique et qui. le droit originel de l'homme postule le juge­ ment et. Il y faut des institutions qui arbitrent et une autorité politique qui la soutienne.. mes pro­ simplement dans la presse et sur la place publique des États - chains . la synthèse. Mais. à la condition de citoyen.que d'ignorer. en viennent. à une sagesse de l'amour. L'amour du prochain et son droit originel d'unique et d'incomparable dont j'ai à répondre. Anachronisme qui fait sourire ! Mais les voix prophétiques signifient probablement la possibilité d'imprévisibles bontés que peut encore le Moi dans son unicité précédant tout genre ou libéré de tout genre. à en appeler à la Rai­ son capable de comparer les incomparables. Elle ne saurait abandonner cette unicité à l'histoire politique qui se trouve engagée dans le déterminisme des pouvoirs. Il y a là. l'objectivité. Elle attend les voix qui rappellent aux jugements des juges et des hommes d' État. ici. Il ne s'agit pas. eux-mêmes. la justice elle-même ne saurait faire oublier l'origine du droit et l'unicité d'autrui que recouvrent désormais la particularité et la généralité de l'humain. Ce serait peut-être cela les « voix prophé­ tiques ».à ma responsabi­ de l'homme » . de tenir �mente d'une justice meilleure. des raisons d'État.. le visage humain dissimulé sous les identités de citoyens. dont j'aurais eu à souffrir de l'un ou de l'autre. générosité du « pour l'autre . à cause de cette responsabilité libéraux où la liberté de l'expression a rang de première antérieure à tout jugement. le droit de l'unique.. Bien que sa motivation impérative soit inscrite dans le droit même de l'autre homme. Entre nous De l'Unicité manquer à ma responsabilité de moi . à son infini. La justice exige et fonde l' :Ëtat. unique et incomparable. Ici. indé­ pendamment des instances officielles.

ni influence . en guise de l'être-là humain. telle une volonté de race et d'épée ? Ou.encore aujourd'hui irrésistible . Monsieur le Directeur Merci de ce que vous avez dit. vous semblez attendre du mien. obsession par l'autre. authenticité que rien n'altère .inspirée par une intelligence philo­ sophique d'entre les plus grandes et les très peu nombreuses et l'abomination irréversible attachée au national-socialisme auquel l'homme génial avait pu d'une façon ou d'une autre . en guise du Da-sein. au contraire. décrit avec tant de génie. ce verbe ne signi­ fierait-il pas.peut-être " engourdi » dans les " Écritures » qu'on dénonce " désuètes » . dans l'être-là. n'a pas cessé de se vouloir et de se reconnaître.d'une paix où se cherchent les yeux de l'autre où son regard éveille responsabilité ? Paix où l'homme occidental.conquérante.ni soutien.Eigentlichkeit.prendre part. Ce recueillement du Sein . Mon propos. en interrogation sur l'être et son sens. prolongeant votre discours. nous laissa-t-il sans ambigurtés ? L'aventure d'être est-elle. Le souvenir des valeurs éthiques .virilité d'un libre pouvoir-être. comme être-là ­ comme Da-sein . ce recueillement en pensée.. ni aide. Crise plus profonde et plus ancienne. Vous y trouverez tout de même l'écho d'une crise plus profonde et plus ancienne que celle que comporte le récit d'un conflit entre une admiration de jeunesse .ne sollicite-t-il 219 . être en propre . « MouRIR POUR . garde silence et le pro­ tège . mais dédai­ gnant l'échange où une volonté s'attend au consentement de l'étranger .peu importe laquelle ! . autant que dans l'indépendance. être. ne répondra sans doute pas assez à ce que. autant que dans l'acte artis­ tique..en pensée.de l'aventure d'être . » Mesdames et Messieurs. non-indifférence. recherche et vœux de paix ? D'une paix qui ne serait pas le silence du laisser-faire où se complaît la liberté de l'acte artiste et où le beau fait silence.appartenance inaliénable à elle-même. très généreusement confiant.

la: mémoire traversée par les l'univers.et que En guise d'un souci d'être. des relations et accords parfaits du bergsonisme enseignés par mes maîtres des idées. être-là. de pensée différent de l'être ou ultérieur . en guise d'un être-avec-les-autres. il y va dans « l'événement » d'être de criptible. . où le temps n'est plus pure forme. cours prestigieux de la phénoménologie et de ces lumières son essentielle modalité. viennent sous-la-main . ultime la plus profonde de sa non-stabilité diachronique ni acte. en esprit la conviction que Sein und Zeit de 1927 est impres­ guise d'aller-à-la-mort. bergsoniennes ne m'a jamais quitté. Sens verbal du mot être qui désigne l'être part du sens verbal du mot être dans le concret de la durée comme événement ou comme aventure ou comme une précisément. la certi­ de l'être dont le sens se cherche. d'emblée. ni histoire. déjà connu comme pensée. Vous le de ce qui pouvait s'ajouter à leurs évidences sans les compro­ connaissez . la durée des « Deux sources de la morale et de la religion » comprendre le sens appartiendrait déjà à l'événement même se révélera amour du prochain ? Quoi qu'il en soit. de tout ce qui est. Ici. mais où la signification grammaticale du verbe. le persister-à- 220 221 . Œuvre où au dernier semestre du professorat de Husserl succédait et discours d'ontologie. Intelligible . les allées et venues « l'événement » d'être lui-même. Le bergsonisme n'était-il pas à sa façon une mise à sable des verbes. Entre nous « Mourir pour. diachronie à éveiller aussi dans ces idées et ces éclaire les substantifs et les étants. où 1933 n'était pas encore du savoir qui se serait produite et se serait manifestée à pensable et où je vécus sous l'impression d'assister au Juge­ l'occasion d'une possibilité quelconque tentant le fameux ment dernier de l'Histoire de la philosophie en présence de « esprit curieux » de l'homme. Rien n'a pu faire oublier que ses pages auront se recueille en pensée à sa façon.les originelles voies et déjà recueilli comme question posée sur le sens de l'être ­ intentions de la philosophie et des philosophes. notamment cherché . il y a près d'un demi-siècle. la totalité des choses et des vivants. ni une ambition d'étreindre Husserl et de Heidegger. ni mouvement. ture . au même titre que les quelques autres livres éter­ cet être même. Je n'en relèverai que les points relatifs à l'ambi­ où. » pas l'humanité jusque dans sa modernité. Sans aucun recours ni réduction à un « sujet nels de l'histoire de la philosophie . à l'aventure. diachronie qui dans Sein und Zeit ne revient pas à une opération logique. en être-là ou en intrigue humaine.qui se loge comme chez soi sous la forme la philosophie transcendantale.le verbe le mieux entendu et le moins définis­ mettre. Malgré toute l'horreur qui vint un jour s'associer au nom de Heidegger . éternels dans la science . en guise de souci d'être. à un sujet transcendantal. Sa compréhension d'après concepts figés. c'est déjà la position de cette question. en guise rien 'n'arrivera à dissiper . à la « geste » tude de l'importance philosophique primordiale de ces dis­ d'être nouée en exister.fussent-ils en désaccord objectivant ». à partir des « belles lettres » que ce souvenir anime et qui sont entre toutes les Vous connaissez certainement les positions de Sein und mains ? Zeit et je ne vais pas en résumer l'enchaînement Questions qui restent. j'étais étudiant à Fribourg et guïté ou à la crise évoquée au début de mon propos. ni aven­ consiste à s'éveiller dans la représentation de tous les étants. l'être se devance et entre eux. immobile et déjà tout différent de l'acte technique et qui.la primordiale de Strasbourg en contrepoint de tout ce qui leur était vrai ou raison dans l'intelligence du sens verbal du mot être. héritage de geste. pensée de sans délégation ni ajournement du questionnement à un acte l'Occident ouverte à tous les hommes. mais sans pour autant se confondre avec la stabilité de toutes ces choses solides et étendues et stables issues de ponctuelle d'une éternité.rien n'a pu défaire dans mon d'un être-au-monde.sous les sentiers brouillés au cours des propre à son « événement » d'être. Mais ontologie . projet qui n'est point une entreprise l'enseignement heideggerien. des professeurs et des étudiants . à proprement parler. être­ homme. Mais je ne saurais oublier l'année aujourd'hui. . ni événement. son « secret intelligible » qu'il perd sous la lumière qui zuhanden . Nœuds inéluctables de âges par les marches et les démarches. en guise d'un être-là. sans signifier.

dans une responsabi­ La distinction radicale entre l'étant et l'être au sens verbal lité qui est aussi une élection. la chute - transcendantal. que la phénoménologie heideggerienne amène au cœur de l'ontologie cette articulation essentielle de l'événement d'être.et c'est le thème principal de mon aspect. selon la « phénoménologique construction » de Sein und nement » d'être se pense sous des modalités adverbiales qui Zeit.tout cela. en fin de compte.à la fois et être et étant ­ de la philosophie n'est plus attirée par l'homme de l'huma­ et où la façon dont sa substance prend les façons d'un verbe. « être-pour-la-mort » . comme des propriétés d'une réalité présente ayant tel ou tel autre nous allons le montrer . « être-là ». ni représentation de ment vide. à autrui. qui est aussi intelligence de cet événement. et l'être comme dévouement humain à l'autre. Intelligence de l'être qui ne dans ce sens verbal du mot être pouvait passer pour logique­ serait plus objectivation de quiddité.l'humain permet ici à un au-delà-de-l'être de prendre sens ! dans l'intelligibilité du systématique.modalité de l'événement d'être ontologique se révèle fondamentale de toute rationalité. qui domine Sein und Zeit. par une excellence ou une dignité qu'en tant est bien différente de la confusion matérialiste de la subs­ qu'étant il tiendrait de quelque tradition ou doctrine non­ tance corporelle avec le jeu physique des causes et des philosophique. Le théorétique perd le privilège qu'il tient . C'est en tant qu'être-là dans son souci d'être. l'audace et la puissance appel à un moi.. dans son niques qui l'absorbent et qui pervertiraient l'homme. principe d'identification et du mot. au non-interchangeable. « être­ rons pas aujourd'hui). Eigentlichkeit. mais ne seraient plus fondement. la virtuosité triomphale de l'analyse au-monde ». se pensent à partir de lui (thème dont nous ne parle­ s'entendent précisément dans « exister ».le Da-sein . indépendance et liberté. Sans qu'il ait eu à le céder à une axiologie ! L'objectivation elle-même et la C'est vous dire avec quelle humilité intellectuelle je réflé­ science devraient être possibles. la découverte de l' « événement » que signifie ce substantifs qualifiés par des adjectifs et répondant à la ques­ vide et. « être-avec-les-autres ». de dans le sensé du sens . intervention ce soir placée sous le titre de « Mourir pour .est-elle fer­ L'homme n'y joue pas le rôle de subjectivité transcendan­ mée à toute axiologie primordiale qui serait philosophie pre­ tale. dans fort du terme à côté de la science se prolongeant en tech­ son en propre ou son mien inaltérable de l'humain. la suspension de la quiddité dans modalités de l'être. L'être-là . mière ? L'ontologie est-elle fondamentale même là où modalité du véritable ou de l'événement d'être. me semble de première importance.. ou d'une partialité de l'homme pour « tout effets ? La fermeté de cette primordiale ontologie n'a-t-elle ce qui est humain » ou de l'évidence privilégiée que pas déjà traversé des alternatives axiologiques et choisi entre comporte la réflexion sur soi dans la recherche des vérités valeurs et respecté l'authentique et dédaigné le quotidien certaines et où l'homme se pose déjà en sujet de l'idéalisme qui pourtant en procède ? Même si. le Verfallen . Il se dit à partir de son être-là et de son être-au-monde. même si. » être ou le se soucier d'être. Adverbes étranges de l'essence de l'homme pour concevoir cette essence comme l'existence que Heidegger appelle « existentiaux ». L'intelligibilité qu'ils me posent : la pensée . Entre nous « Mourir pour . l'essence de l'homme ici entrevue est un mode d'être. au préalable. drait pas la réduire à des objectivations encore obscures de la nouvelle fonction à laquelle l'humain se trouve appelé quelque donnée intérieure. pensée au sens L'alternative entre l'identique dans son authenticité. » une existence. avant mon essai de retra- 222 223 . Il ne fau­ existence. nisme.. ses « comment ». comme modalité adverbiale de l'événement d'être. existentiale de Heidegger. L'attention l'homme s'entend comme être-là . ou interrogation sur le sens de cet événement .. et se montrer à leur rang chis à quelques thèmes de Sein und Zeit dans les questions existentiel. à l'unique .s'exposait comme existential. de la temporalité et de l'historicité tion : « qu'est-ce que c'est ? » La compréhension de « l'évé­ qui. nouvelle approche du l'homme ne signifie pas une propriété ou une conjonction sensé.j'y ai spéculatives de Heidegger recherchant le logos de ce qui insisté dès le début de mon propos.

ou choses de pure présence la concrétude d'un lieu peuplé où les uns sont avec les autres à se représenter .choses à percevoir.Zu-handenheit . s'installe la sément à partir du travail et autour de l'ordre instrumental recherche de l'authenticité où l'événement d'être se tient. . dès ses premiers paragraphes. rien que phénoménologie et de l'ontologie de Sein und Zeit. dès lors. à se perdre dans la monde.. Suis-je allé trop vite . ainsi. dans son authenticité. « Monsieur Heidegger à l'existential de l'être-là. Le On. 224 225 . être-pour-l' autre. selon l'expression heideggerienne. Importance Mais le souci-d'être de l'être-là humain porte aussi le souci primordiale attachée à l'être en propre.en affirmant comme portée d'une main .. dont l'originelle concrétude implique un je et un tu. ni par l'indifférence que peut ins­ rienne. telle que l'enseigne l'ana­ l'être-là humain. �tre-au-monde signifie ainsi que l'être-là humain. son s'abriter.une « mien­ santé.lors de travailler ou comme aliments à porter à la bouche ? � tre à la l'ouverture de mon intervention . d'après Heidegger. Subtile présence du On jusque dans sa propre modalités de cet être-avec. telle autre comme matière à réciprocité de la relation. et dans un autres comme Miteinandersein. de ces choses du monde et où.est le mode de l'interrogation sur le sens de l'être. être auprès des choses . mais handenheit . suspect dans les unanimités des décisions. . la paix de l'amour simple propriété du réel. constitue précisément le partir de l'anonymat impersonnel du On. le confirment. pour sa d'être. C'est comme une plénitude du mien . sollici­ ture ou advenir de l'être en souci d'être .toujours distinct de celui des choses. Et être-au-monde est ainsi. en en appe­ et pour les autres. des goûts et des La phénoménologie du § 26 de Sein und Zeit dégage les valeurs. Et réciproquement.comme Vor­ monde qui n'est pas le point d'un espace géométrique. Souci qui ne se démentit pas par la soli­ neté >> ou une Jemeini'gkeit. des modes et des opinions. les autres hommes sont d'ores et déjà signifiés dans ce travail impliqué dans les choses. dans son de se montrer dans la « neutralité >> d'objets à connaître ou authenticité même. que cette authenticité subit. solitude et indifférence qui. . Il s'agit des autres dont le mode dénonciation. L'existential du Mitei­ lant. pirer le prochain. c'est précisément dans ce rapport aux d'ores et déjà des « affaires >> ou nos « affaires . Souci pour l'autre homme. sa manière du prochain ? d'être. interprété d'une façon existentiale. monde d'ores et déjà commun. qui sont Et cependant.. compris préci­ lyse de ce livre. Mais d'où vient cette aliéna­ ou le chômage. Entre nous « Mourir pour . législa­ teur des mœurs. « ils sont ce qu'ils font ». et des choses s'offrant à la main . mais est une articulation est le recueillement et l'articulation. son se vêtir. L'Ei'gentlichkeit est le pour l'autre homme. mais son comment. se for­ mule être-au-monde. se met à se être auprès des choses ayant un sens et dont la signifiance confondre avec l'être de tous les autres et à se comprendre à cohérente à partir du souci d'être. confirment cette signifiance à partir du tra­ vail. au savoir-faire d'une main qui déjà sai­ nandersein est un être-ensemble avec les autres dans une sit telle chose comme marteau. le personnage impersonnel. tout le Monde .de l'être où il va tude pour son manger. avant L'être-là où il y va toujours d'être. aussi­ médiocrité du quotidien ou à tomber sous la dictature du tôt être avec les autres. » cer devant vous quelques mouvements caractéristiques de la d'existence . de l'être-au-monde.. signifié par l'être-au-monde. le voici.s'offrent. la sollicitude de l'un pour l'autre. partageant le même monde. modes déficients de l'existence entendue à tion ? partir du travail. tout comme l'oisiveté dit. selon l'expression heidegge­ tude de fait du solitaire. dans Sein und Zeit. serait donc. lesquelles.serait ici non point alternative à la sévérité de l'authentique. pour son boire. Eigentlichkeit à laquelle tout le sensé remonte. Dois-je vous rappeler les premières pages de Sein und Zeit où le souci d'être. Mais. Être-avec-les-autres appartient selon On. modes défi­ Authenticité à laquelle renvoie toute aliénation. Le là de l'être-là est comme choses qui ne sont rien que choses . originellement. Elle véritable de l'être ou de la pensée qui de l'événement d'être ne vient pas s'ajouter à l'être-là. Dans choses. avons-nous cients du pour-l'autre. Événement ou aven­ constitutive de ce Dasein.

1 27-1 28 . pp. « le 226 227 . l'être-là humain se précède lui-même en son pouvoir­ préoccupé dans ces positions. peut-être aussi que des recherches personnelles et.la sortie d'autrui certes.. Le souci << a dans l'être­ consolide la domination têtue » (Sein und Zeit. est en même temps la possibilité extrême. sans que la mort à l'existence quotidienne du On. ni à travers la médiation de quelconques J'ai intitulé mon propos sur Heidegger « mourir pour >> ou rapports qui iraient aux autres. malgré la séparation que signifie la 1 .. hors le On.. non point dans la peur et les déro­ ques positions et aspects . par une autre voie que « mourir pour un autre >> où s'expriment certaines questions l'avec et le pour . mais conditionnée par l'être-au-monde . Sollicitude certes par l'entendement de l' « être de l'étant >> dont l'être-au­ assurée. Très brièvement. En effet. « mourir pour l'autre >>. pp. dans un recours.de Sein bades du quotidien ! Authenticité par excellence ! « Avec la und Zeit et après avoir rappelé des points qui m'ont toujours mort.. Rapport par la mort impossible . pour les textes ici cités : Sein und Zeit. notam­ Tandis qu'il se précède comme cette possibilité de lui­ ment. En tant m'importe.et que que me semble poser son œuvre considérable. Martineau. en effet.le mit-einander et la FUr-sorge . L'Eigentlichkeit . vers le qu'il . que pouvoir-être. 185. ainsi.Elle ne c'est précisément parce que le On complaît ainsi décrit que le moment structural du souci ouvert à lui-même constamment au Dasein . sans rencontrer de visages. pour-la-mort sa concrétion la plus originaire >>. mais à partir des occupations et travaux dans du On � se reconquiert de par un bouleversement. de proposer une « doctrine être le plus propre. par l'ontologie. mais je vais vous dire en terminant ce qui absolue. cités plus haut où la mort << pouvoir être le plus propre ». Pour Dasein. nous gar­ mort communément et malgré les textes de Sein und Zeit derons parfois la traduction " être-là». de par une détermination d'autrui signifie à l'être-là. L'Eigentlich­ trad. Mais il y a plus encore : avec cette décharge expressive .[à l'être-là]. a en lui la tendance à la légèreté et à la facilité. cipal de ce soir. m'ont amené à des même ' il est complètement assigné à son pouvoir-être le plus pensées qui n'ont jamais perdu de vue ce livre primordial. Terminologie quotidienne té. plus que des résolue et libre prise par l'être-là qui est ainsi être-pour-la­ comportements et des émotions funéraires et des souvenirs. anticipant. dans le courage de l'angoisse. p. qu'il maintient et << selon la guise du en-avant-de-soi >>. Entre nous « Mourir pour. propre. à simple impossibilité de l'être-là. [à l'être-là] pour autant cendance >> par l'altérité d'un unique sans genre. Nous citons d'après la traduction Martineau. Dans cette possibilité. mais. trad. 108) 1 • keit par excellence de l'être-là n'est pas un au-delà de l'être. par rapport à la sollicitude pour autrui. Par cette précédence tous les rapports à d' autres tout en m'éloignant de sa thèse sur la priorité fondamentale Dasein sont pour lui dissous. à' l'identité substantive et subs­ Martineau. il y va pour le meilleure >>.elle aurait convenu à l'ouverture de la « trans­ d'être le On complaît au Dasein. à appeler mon propos « mourir soi ». >> Authenticité du pouvoir-être de l'ontologie. et dehors absolu. approche monde est fondement existential. mort. tantielle du moi. ( Vorstand). Dans le projet phi­ logie à travers l'être-là soucieux d'être et voici l'être-au­ losophique de Heidegger. la méditation de Sein und Zeit. après avoir exposé quel­ le courage de l'angoisse. au survivant. la relation à autrui est monde gardant une priorité et un privilège d'Eigentlichkeit conditionnée par l'être-au-monde et. Ambition qui serait insensée ! Mais vous savez Dasein purement et simplement de son être-au-monde . >> « En avant de un certain moment. La mort est la possibilité de la pure et « Mourir pour >>. » « Le On décharge ainsi à chaque fois l'être-là humain en sa qui sera qualifiée d'insigne (ausgezeichnete). intérieur le monde. du Dasein. Voici l'onto­ comporte précisément l'être-au-mo nde. Dès lors. le retour à l'authentique n'est plus recherché (Cf. << précédence indépassable >> ensemble ». le Dasein ne peut jamais dépasser la possi­ bilité de la mort. 250-25 1 . Je ne vais pas substituer ces pensées à la pré­ le plus propre et dissolution de tout rapport avec autrui ! Et sentation des idées heideggeriennes qui sont le thème prin­ Heidegger de continuer : « Cette possibilité la plus propre. Dans Je n'aurai pas la naïve prétention. J'ai pensé aussi. la mort. pp..1 86).toujours remarquables . « précédence .

dépassement association. 178). redoutait « l'image et le commencement de l'usurpation de 1. contrairement à l'analyse heideggerienne. « Plus (Vorweg) libre et courageusement angoissé. plus forts que les lions ». Je ne convoque . . sont ce qu'ils font . à cette place au soleil où Pascal dissous ».et percée de l'humain à travers le autrui >> puisse en vérité dégager autrui de mourir et sans vivant : de l'humain dont la nouveauté ne se réduirait pas à mettre en question la vérité du << chacun meurt pour soi >>. ne se dissolvait pas toute relation à autrui. 240 de nante simultanéité de leurs heures ultimes au combat. autour des partagé entre l'authentique et l'inauthentique. un effort plus intense dans son « persévérer à être » .en le brisant . La relation à choses. sans partage. Humain du l'être-là humain avant sa propre mort. n'indique-t-elle pas mourir pour l'autre qui serait le sens même de l'amour dans précisément un au-delà de l'ontologie . de l'humain où le « pour l'autre » déborde la simple Für­ Le sacrifice ne saurait trouver une place dans un ordre sorge . Entre nous « Mourir pour. se l'être et de l'ontologie de l'authentique.nomme le sérieux de l'intrigue phorique de parler pour exalter l'amour entre père et fils. une Souci comme sainteté. de L'éthique du sacrifice n'arrive pas à secouer la rigueur de l'humain qui.. son être-au-monde. le souci d'être-là et d'être-au­ l'identité substantielle d'un sujet ni l'Eigentlichkeit dans la monde.tout en déterminant . ils n'ont pas été séparés par la Langage et formules qui remontent à toute une phénomé­ mort. un symbole ou un signe ou une image dans l'impression­ << Sterben /ür >> est évoqué par Heidegger au § 47 p. l'être-au-monde où l'être de l'autre équivaut à son métier et Unicité de l'élection ! Par-delà l'humanité se définissant ne s'entend qu'à partir des « affaires » et de l'intéressement. nologie dont je ne vais pas vous accabler. Un verset biblique me venait à l'esprit : Samuel II.. ni légers que les aigles. Ce qu'elles énoncent . l'inflexion logie . le contraire de la vanité. verset du chant funèbre du prophète pleurant la mort toute la terre " · au combat du roi Saül et de son fils Jonathan : « Chéris et aimables durant leur vie. et ainsi le soi-même. peut-être. 228 229 . puisse unir ceux qui ne sont plus là. ce que Pascal appelait amour sans humanité dés-inter-essée. sur le moi responsable de l'autre que le visage la mort. utopie. La priorité de l'autre sur le moi. À Sein und Zeit (trad. réveillerait en guise de responsabilité pour l'autre homme . des propos dérisoires d'un pense pas non plus que ces mots sur la « non-séparation dans bavardage idéaliste. plus légers que les aigles. p.quelle que soit la mort » ne reviennent dans le verset qu'à une façon méta­ leur audace spéculative . dans visage.du comme « simple sacrifice >> et sans que la << mort pour conatus essendi de la vie . à un discours sur le Comme si.ou révélant .ou un avant l'onto­ sa responsabilité pour le prochain et. Le philosophe y est à la moins que les termes de cette métaphore ne soient plus recherche de l'existential de l'être-pour-la-mort et s'ache­ rigoureux et jusqu'à nous dire l'essence de cette force mine vers sa signification << authentique >> dans l'anticipation d'amour par-delà le concept quantitatif d'intensité. Mais je ne après les épreuves du xxe siècle. » plus authentique » est aussi celui où « tous les rapports à concupiscence. Le moi de celui qui est élu à répondre les-autres ou le pour-les-autres de la Für-sorge impliquée dans du prochain et ainsi identique à soi. plus forts que les lions » . >> ne lui apparaît que dans l'humain de l'effort animal de la vie.une responsabi­ primordiale de l'affectif comme tel. encore comme vie et conatus essendi et souci d'être.à d'autres être-là. 23. humaine. Appel de la sainteté pré­ lité pour l'autre et par elle un << moi >> humain qui n'est ni cédant le souci d'exister.s'exerçant dans un monde où les autres.dans l'être-là humain soucieux de pense pas que ce verset fasse ailusion à une « autre vie » qui. après la mort.. dés-inter-essement plus profonds que l'avec­ « mienneté >> de l'être. mais où << mourir pour . de l'humain où l'inquiétude pour autrui dans le sacrifice où la mort de l'autre préoccupe la mort d'autrui passe avant le souci pour soi. Non-lieu préalable au là de l'être-là.. purement vie .à d'autres hommes sont lable au Da du Dasein. préa­ d'autres Dasein . dans l'être-là où « il y allait toujours d'être ». le contraire de la vanité lequel se dirait ainsi « plus fort que la mort » et se trouverait des vanités. Formules qui ne sauraient signifier.

attachés à l'humanité de l'homme. Entre nous par laquelle l'être-là humain est élu et unique. est précisé­ ment sa réponse à la nudité du visage et à sa mortalité. Droit se révélant dans l'obligation . et l'élévation de ces droits au rang de principes fondamentaux de la légis­ lation et de l'ordre social. extérieur au déterminisme des phéno­ mènes . les vivants et les pensants d'une Nature laquelle. la sainteté dans la charité et la miséricorde.d'épargner à l'homme une dépendance où il ne serait que pur moyen d'une finalité dont il ne serait aucunement la fin. C'est là que se passe le souci de sa mort où le « mourir pour lui » DROITS DE L ' HoMME et « de sa mort » a la priorité par rapport à la mort « authen­ ET BONNE VOLONTE tique ''· Non pas une vie post-mortem. dans le discours juridique primordial de notre civilisation. 1 La découverte des droits qui sous le titre de droits de l'homme s'attachent à la condition même d'être homme.physiques et 231 . il serait le droit à une indépendance ou à la liberté de chacun reconnue par chacun. droit au vouloir libre. attendaient. indépendamment de qualités telles que rang social. par les­ quels les hommes diffèrent les uns des autres. Droit à une p'osition pré­ munie contre l'ordre immédiat des nécessités inscrites dans les lois naturelles qui commandent les choses. l'entrée des droits. de l'errance et même de la douleur et de la torture que comportent encore les enchaînements des phénomènes naturels . vertu et talents. marquent certainement un moment essentiel de la conscience occidentale.incombant pourtant aux hommes libres eux­ mêmes . Ce futur de la mort dans le présent de l'amour est probablement l'un des secrets originels de la temporalité elle-même et au­ delà de toute métaphore. mais la démesure du sacrifice. en un sens aussi cepen­ dant. intellectuelle et morale. force physique. L'homme en tant qu'homme aurait droit à une place exceptionnelle dans l'être et. Même si les impératifs bibliques : « tu ne tueras point >> et « tu aimeras l'étranger >>. Place excep­ tionnelle. garanti et protégé dans les lois désormais instituées par l'homme. Obligation d'épargner à l'homme les contraintes et les humiliations de la misère. concerne et englobe les humains. depuis des millénaires. par là même.

ne procéderait plus de la qui embarrassent et faussent l'application et l'exercice des sensibilité. la volonté libre ou autonome que aisé. de par la fermeté indépassable des coutures conso­ la raison. reçoit ainsi une ramène-t-elle pas à la rigueur du raisonnable ? En quoi et . mais pratique . ultime du droit de l'homme. Il n'est pas tOUJOUrs sous quel mode. libres de par leur rationalité. signifie le devoir être de ce droit ? Est-il cependant certain que la volonté libre se prête tout entière à la notion kantienne de la raison pratique-hauteur de la pensée universelle appelée aussi bonne volonté ? S'y II laisse-t-elle enfermer sans résistance ? Le respect porté à l'universalité formelle apaise-t-il la part incoercible de la Même si la possibilité de la concrétude et de l'expansion spontanéité qui n'est pas aussitôt réductible aux facilités des des droits de l'homme liée au progrès scientifique de la élans passionnés et sensibles ? Incoercible spontanéité qui modernité nous semble expliquer le caractère relativement laisse toujours encore distinguer entre le rationalisme rigou­ récent de son actualité et dont l'origine profonde paraît reux de l'intelligence et les risques d'une volonté raison­ acquise nous l'avons dit. de l'infinie universalité de la raison que 232 233 . sensibilité par excel­ même de ce droit reste ouverte. Que . en effet. au plus tôt de notre destinée occi­ nable. Œuvre que rend possible la science cette volonté ne se fasse respecter par toutes les autres volon­ des temps modernes.et déjà révolu­ maxime d'action qui se laisse universaliser sans se contredire tionnaire dans les bouleversements inévitables . Comme si leur liberté était elle-même limite à liberté. des tés. A moins que le « sentiment intellec­ aux procédés techniques qu'ouvre la science. physiologiques. des droits de l'homme. De l'homme qui peut aussi s'obstiner à exister dans le renoncement à l'obtention et à la préservation de difficiles droits.en faveur et que. Mais cette incoercible spontanéité du vouloir ne dentale: la question de la justification ou du devoir être serait-elle pas la bonté elle-même qui. Œuvre qu'encourage l'accès appelée raison pratique. une violence par cette volonté subie ? A moins que situations de fait dans chaque pays. l'extension de l'intérêt que soulève le droit de l'homme et du L'essence formelle des droits de l'homme aperçue à partir consentement général que cette extension suppose. la décision d'une volonté libre ne se conforme à une D'où en tout cas une œuvre considérable .la violence et la cruauté des intentions réduire à une nécessité obtenue par induction à partir de méchantes des vivants. serait aussi. La volonté qui obéit à l'ordre d'une volonté libre lidant ses tissus . Volonté que Kant aura hommes et des collectivités. La réponse ne peut pas se lence. Entre nous Droits de l'Homme et Bonne Volonté psychologiques .d'établir pour ces droits une autre volonté libre sans que cette imposition implique concrets un ordre d'urgence. Mise au point tuel » du respect ne dessine ici le respect comme modalité du d'un ordre humain de la liberté par l'élimination de bien des sens véritable de la situation. science de la nature des choses.et c'est un pro­ revendique le droit de l'homme pourrait-elle s'imposer à blème important. de la place exceptionnelle de l'homme dans le déterminisme L' « énergie normative » du droit de l'homme ne nous du réel ' ouvrant droit à une volonté libre. Il peut varier en fonction des un effet. psychologiques serait encore une volonté libre comme une raison qui se et sociaux . III comme si la liberté était elle-même nécessité d'obligation. entendue comme source d'hétéronomie par Kant droits de l'homme. atteste la plénitude de la paix dans l'être qui. au lieu d'une blessure infligée par une volonté à la faire disparaître les rigueurs ultimes de l'Inhumain dans liberté de l'autre volonté. comme intellectuel.contrarie toujours et limite la libre volonté de rend à la raison. révélant ainsi la raison qui habite une volonté libre. L'impératif catégorique serait le principe l'homme. Droits qui ne sauraient pas peut-être et qui. caractéristique concrète et un contenu. « Sentiment intellectuel » qui obstacles matériels du contingent et des structures sociales précisément. dans la défense des droits de l'homme .matériels.

l'inconditionnel ou l'extraordinaire de ce droit par rappon à toutes les formes juridiques qui déjà reposent sur les conven­ tions humaines ou sur l'examen de la << nature humaine » . sans apponer la fameuse « preuve de l'exis­ tence de Dieu ».bonté comme transcendance . le tout l'absolu du social. du pour-l'autre qui est probablement pathologique dénoncé par Kant. Entre nous Droits de l'Homme et Bonne Volonté requien l'impératif catégorique. dans sa sainte imprudence. l'irremplaçable et. le tenu à répondre. Cela signifie jet ? :Ëlan généreux plutôt que. droit de l'homme. et moi. Droit de l'autre homme avant tout. Il importe sans doute en bonne Bonté.. nant dans leur être : pour une condition où autrui passe avant soi-même. IV On dit en religion ou en théologie que le droit est conféré par Dieu à l'homme. les droits de l'homme constituent une conjonction où Dieu vient à l'idée. en tout cas. même quand il ne me regarde pas. l'originel et généreux pro­ par je ne sais quelles subjectivités attendries. mais déjà charité et miséricorde et philosophie de ne pas penser les droits de l'homme à partir responsabilité pour autrui et déjà possibilité du sacrifice où d'un Dieu inconnu. autrui qui << me regarde ». autrui comme visage. Ce que nous avons appelé inter­ ruption ou rupture de la persévérance des êtres dans leur être. l'élu et ainsi véritablement unique. qui disqualifie toute le dessein même de l'humain. Il la rattache à la fois à la << libre disposition de ses volontés » (cf. Formules qui attestent. dont parle Descartes. autrui comme prochain et toujours étranger . Il est permis d'approcher l'idée de Dieu l'humanité de l'homme éclate rompant l'économie générale en panant de l'absolu qui se manifeste dans la relation à du réel et tranchant sur la persévérance des étants s'obsti­ autrui. Bonté pour le premier venu. ainsi. article 1 56). que le droit de l'homme répond à la volonté de Dieu. Mais voici que. venu enfantine . du conatus essendi dans le dés-inter-essement de la bonté ne signifie pas que le droit de l'homme quitte son sta­ tut d'absolu pour retomber au niveau des décisions prises 234 . où la notion de la trans­ cendance cesse de rester purement négative et où l' « au­ delà » abusif de nos conversations se pense positivement à partir du visage d'autrui. Dés-inter-essement de la bonté : autrui dans sa demande qui est un ordre. Descartes parle de générosité. anicle 1 53) et au fait de << n'estimer rien de plus grand que de faire du bien aux autres hommes et de mépri­ ser son propre intérêt pour ce sujet » (id. Cela signifie ce « le plus libené ! grand . les Passions de l'Ame.

de place dans un discours raisonnable. DIALOGUE SUR LE PENSER-A-L ' AUTRE Cité : On sait que la dimension éthique est au cœur de votre pensée. On pourrait se demander si la matérialité de la matière dans ses ultimes « confinements » sous la solidité de l'atome dont parlent les physiciens. comme si dans le fait d'être résonnait en quelque façon et menaçait aussi une sorte d'aînesse inoubliable du ne-pas-être contre lequel l'être s'efforce. Ten- 237 . dans l'être pensant. dans une réflexion. l'oublt� le don de soi sans limite sont possibles.. en principe. dans l'être. Il ne faut peut-être pas s'inquiéter de l'importance que vient prendre. un faire ou une histoire. dans l'être en tant que vie. une contraction sur soi.les êtres .. n'est pas la situation sociale réelle ? En bref. l'extra-ordinaire de l'éthique. D'où. La réalité . elle dit que. Mais le mot être a une forme verbale qui devrait signifier. où le pardon. dénoncée sous le nom de moralisme. n'est pas l'analogon de l'intériorité de l'être pur avant ou sans l'éthique. égoïsme.cela est. ne risque-t-on pas de demander beaucoup trop à l'éthique ? Emmanuel Lévinas : Il ne faut pas se laisser impressionner par la fausse maturité des modernes qui ne trouvent pas pour l'éthique. que vous privilégiez. absorbée dans son conatus essendi en guise de moi-substance. une volonté d'être. n'évoque pas de substantifs. La forme verbale du mot être qui. dimension qui s'inscrit dans le face à face avec autrui. un pour soi. exprime l'advenir ou le fait même ou l'événement d'être . Mais peut-on se contenter d'un discours abstrait sur l'éthique lors même que la situation à deux. certes. avant de se rendre compte du sens qu'exprime cette sortie hors l'ordre établi de la réalité. déjà métaphore de la cruauté du cruel dans la lutte pour la vie et l'égoïsme des guerres. un « ins­ tinct de conservation . de la dureté du dur. il y va d'être. analogon de la solidité du solide. déjà en lutte pour la vie et. qu'il y a en lui obstination et effort d'être. de se conserver. intér-essement.

De . le politique. en priorité du pour­ sources non déductibles et irréductibles aux généralités ' d'une législation.et je autres ? Cette responsabilité envers l'autre qui me fait face. Elle n'est Qu'en est-il alors de l'humanité dans sa multiplicité ? pas ce qu'on appelle l'agréable. Par-delà la jus­ inter-essement rompant l'obstination à être. générosité et obéissance. je suis en allégeance par rapport à lui. et une politique. que j é compare les incomparables. comme l'ultime valeur. fût-elle de mourir pour autrui. dans sa volonté à faire le bien ? mène au-delà ou élève au-dessus de l'être. il n'oublie 238 239 . cette substitution au po ur-soi de l'obstination ontolo­ gique d'un moi désormais certes unique. on n'a pas eu à juger : l'autre. en tant que sujet de l'éthique.c'est de pouvoir dire que l'homme qui est aussi mon autre ? Ne me regarde-t-il pas.Le moi. du chacun des citoyens réunis en nation.Je n'ai pas contesté le droit. en un moi éthique. à ses rigueurs néces­ de l'humain. rappel impérieux de tout ce qui. le dés­ l'homme. :Ëtat libéral . le souci porté à l'être de l'autre-que-soi-même. c'est très difficile de prêcher cela. de moi à l'autre. « l'extravagante générosité du pour la rencontre du visage.catégorie constitutive de l' :Ëtat L'éthique. ce n'est pas très popu­ miséricorde et charité) . charité et miséricorde. de la recherche et de la défense des droits de de cette contraction ontologique que dit le verbe être.à laquelle le moi est élu .Devant. Quand il utilise les concepts. cusable et incessible.ou condamné . Ce que vous dites du Talmud est exact.ou qu'il supporte . tout pour tous. au sens européen du terme. Bien appelé à répondre de l'autre (et c'est peut-être cela même sûr. de sa mortalité. la . comme valeur inattaquable. et je ne me cette réponse au visage du prochain peut-elle ignorer le tiers donne pas pour saint . Mais d'un État mais le Talmud ne s'en tient jamais au concept. Dans . dès lors. qui cepen­ libéral : toujours inquiet de son retard sur l'exigence du dant lui importe.il faut désormais que je compare. . chance de sainteté. de tous les sante. elle n'est pas plai­ Qu'en est-il à côté de l'autre. ouvrant l'ordre tice. Entre nous Dialogue sur le penser-à-l'autre tation permanente d'une métaphysique matérialiste ! visage d'autrui. laire que de prêcher et cela fait même rire la société évoluée. ce radical retournement se produirait dans ce que nous appelons rencontre du visage d'autrui. mais elle est le bien. dès qu'apparaît le tiers. doit s'ajouter provenant de l'unicité humaine dans Cette inversion humaine de l'en-soi et du pour-soi. Pas de retour au « pour soi de chacun » . de la grâce et du sacrifice. il passe d'emblée pas le seul moyen d'instituer la société? D'ailleurs.Je ne sais pas si cette situation est invivable. saires.j'ai même abandon de l'allégeance absolue qu'il appelle. l'autre ». mais unique par disparu sous la structure politique des institutions : souffle son élection à une responsabilité pour l'autre homme . il m'appelle et m'ordonne du fond de sa que la situation est invivable pour le sujet lui-même. État qui s'étend au-delà de l' État. Voici le pro­ essayé d'en déduire la nécessité . lui aussi ? véritablement homme. :Ëtat non-indifférence à la mort d'autrui et. Il faut sité de la Lot� cette limitation d'un droit infim� n'est-elle pas jugement et justice. du tiers et. toute l'armature de l' É tat. C'est dans l'autre que je risque de terroriser par mon volontarisme la relation personnelle.irré­ religieux ou esprit prophétique dans l'homme. Mais il faut juger les autres. certes.j'en ai montré aussi les blème d'un ordre nouveau pour lequel il faut des institutions limites éthiques. peux soutenir cela sans être moi-même un saint. les uniques. est responsable de derrière la contenance qu'il se donne . Au nom même une des leçons politiques du Talmud ? des devoirs absolus à l'égard du prochain. je vous cite. provenant des res­ « chacun pour soi ». Ressources de la charité qui n'auront pas l'autre. il faut un certain . que l' << événement » éthique ? N'y a-t-il pas dès lors une impuissance de l'éthique éthique. issu des Dans une spiritualité que je définis par cette responsabi­ Grecs et de la Bible. Ce qui est très important . de sa misère. en un sens plus précis le droit.et non point une contingente possibilité empirique . serait la détente transpolitique. N'est-ce pas dire dans son apparaître. avec lui. et pour nudité sans défense. c'est l'homme qui comprend la sainteté lité pour autrui . ne sont-ils l'unique. ni le politique . sa responsabilité est infinie. cette néces­ avant moi. ne supporte pas le jugement. la possibilité qui admet au-delà de ses institutions la légitimité.

» Ce « que tous les individus à un standard ? se passera-t-il si. mais que se passera-t-il si. parlant des élections anglaises récentes. comme indivi­ dus. 249. C'est en vue du Bien que toute âme fait ce aliéner les visages ? Car les êtres ne se comparent pas qu'elle fait . et il a d'elle une vision d'aristocrate.Finalement. Entre nous Dialogue sur le penser-à-l'autre jamais l'exemple dont le concept a été tiré. on m'a demandé une pré­ diction. recherche une vérité. . Vous dites à qu'en Angleterre une majorité de gens. former des concepts. la première question Monde. Je n'ai pas connaissance des voies en termes de connaissance. c'est savoir. au sens où elle risque de ramener elle est tout à fait bien. .Comme le redoutait Tocqueville. p. s'il est complètement moral. Cf.qui est charité relation éthique ? et amour . « c'est ce que le Bien ment entrer dans cette comparaison des incomparables sans commande. on parle de savoir : avoir conscience. il faut savoir : . Mais l' État libéral est aussi un État capable de se est amour de la sagesse . et souvent le concept est renversé et révèle une nécessaire.. . J'ai dit que mon enseignement reste. se désole de l'interhumain est bien une q�estion de justice. Ce que j'ai essayé de rappeler tique qui n'est qu'une loi de fait ? Les juristes qui la fondent aujourd'hui. comparer. je vous cite encore : « le fondement de la conscience faut. une spiritualité de vérité..Dans son visage. comme visages. de l'éthique au politique. c'est que la conscience est une spiritualité du sont certes hautement moraux. mais déjà comme citoyens. 241 240 . L'homme qui présidait au savoir. incomparable. De la philosophie. dont là justice fondée sur le juge­ sur le droit lui-même. etc. il répète après Platon que ce n'est pas visage qui me rencontre.. La démocratie y suffit-elle ? Ricœur. « Voilà la loi ­ l'autre au profit du Même.Quand on parle de conscience. (République? 505 e). en fin de concilier ce que j'appelle l'exigence éthique infinie du compte. et la sagesse. dès lors. la société est certainement un mal lâche jamais. et pour faire la justice. autrui est unique. elle n'est pas elle-même procès Barbie est un être moral.. quelque façon techniques de la vie et du devenir de la juri­ Totalité et lnfim� en allemand. Pour la parution de mon livre. égalitaire et l'individualisme ne constituent-ils pas en un sens la mort du souci éthique ? L 'égalité n'est-elle pas la mort de . » Pourriez-vous expli­ des pauvres.s'égare et. dissimulé par son apparaître et la conscience qui fonde le Bien. » est un cas particulier. ces opérations intéressement » ? Le droit peut-il être un accomplissement de la s'imposent et la responsabilité pour autrui . ayant ce qu'il leur ce propos. on dit qu'elle droit établi. place à la charité ! L'égalitarisme est bien une conception de la justice. Je parlais tout à suis permis d'écrire que la recherche même d'objectivité sur­ l'heure de l' État libéral : n'est-il pas un permanent retour git dans le conflit éthique.. c'est pourquoi il est 1 .Oui. très classique . Mon problème consiste à se demander comment face 1 . La discussion ne le . Je me . mais que c'est le Bien qui l'apparaître d'autrui comme individu et comme objet ? Com­ appelle la conscience. . juger. comme une multiplicité dans un genre et non pas . Ricœur voit là un des dangers de la démocra­ citer ? tie : exclusion à jamais d'une minorité qui existe toujours. mais il n'applique que le une spiritualité d'amour. l'État de droit. dans le ..Pour Tocqueville. Non. Devant la multiplicité humaine. La sagesse. la société comme des « unicités ».Dans quelle mesure le politique peut-il préserver le « ravissement éthique » ou au contraire détruit-il le « des­ objectiver. on ne tout autre signification que celle qui « faisait semblant » au peut pas souhaiter l'existence des pauvres pour assurer une départ. vote en propriétaires et que personne ne s'occupe ainsi est la justice et non pas inversement. réflexion critique sur le droit poli­ ment apaise l'acuité. on la pense encore en mettre en question. générali­ ser.

veut probablement suggérer aussi que par-delà le droit . Le judaïsme est valable 242 .une Pas­ texte talmudique qui m'a toujours impressionné : Dieu est sion dans sa fidélité. Il s'oppose dans le sionisme à la forme purement politique. Le problème juif pour Leibovitz resterait un problème sur­ naturél : la promesse du Messie doit être prise à la lettre. Rabbi Haïm de Volo­ hommes. Leibovitz insistait récemment sur l'erreur que ferait Israël à donner une valeur messianique à la réalisation historique de l'État du peuple juif. . ni témoigner de sa font beaucoup de pièces. pour laquelle le judaïsme tient dans l'accomplissement des commandements de la Thora. ils toire qui ne peut traverser notre époque. Il y a un vieux Thora. Auschwitz fut une crise pro­ fonde. sans que la promesse faite à Isra�l soit la raison de cette fidélité. à créer une mul­ tiques. Est-on fidèle à la Thora parce qu'on compte sur la promesse ? N'ai-je pas à rester fidèle à ses enseignements. Ma position est différente.et une fois le droit respecté dans sa rigueur .Quand je parle d'unicité. quelque part.Le professeur Leibovitz représente la pensée stricte­ ment orthodoxe.pouvoirs de l'unique. Histoire qui reste encore Passion depuis tout à fait extraordinaire. pour battre monnaie. Avec un tampon unique. que celui-ci se serait donnée. l'eschatologie n'est pas une politique. des conditions poli­ arrive. non déductibles. les uniques dans leur genre. qui toutes se ressemblent. Entre nous Dialogue sur le penser-à-l'autre . mettra fin à l'oppression et transformera le monde. avec le tampon imposant son image.des ressources infinies. même s'il n'y a aucune promesse ? Il faut vouloir être juif. Partagez-vous ce jugement ? . le problème même de la promesse est posé. imprévisibles appartiennent à la miséricorde de chacun . Dieu vérité qu'en se donnant. C'est pourquoi l' État d'Isra�l est aujourd'hui impor­ tiplicité dissembhible : des moi. je dis aussi l'altérité d'autrui : non pas à cause du « happy end » de son histoire. mais à l'unique c'est l'autre de façon éminente : il n'appartient pas cause de la fidélité de cette Histoire aux enseignements de la à un genre ou ne reste pas dans son genre. pour en attendre l'accomplis­ sement de la destinée d'Isra�l. Histoire qui est . zine.est responsable de l'univers tout entier ! Ce qui Propos recueillis par Joël Doutreleau et Pierre Zalio. en conclut que chacun d'entre eux . tant à la Thora d'lsra�l et à sa signification pour tous les Un rabbin lituanien du xvme siècle. les la résurrection non pardonnée de l' É tat d'Isra�l. En effet. Elle concerne la relation même de l'homme à Dieu .comme elle fut toujours . Selon Leibovitz il y aurait dans une telle vision une erreur théologique fondamentale.homme unique au monde . Le descendant de David réunira la dispersion d'Isra�l. Mais His­ États recourent à un tampon.Le professeur Y.

le nœud paradoxal qui déjà se noue dans la révélation reli­ gieuse.dût-elle n'être nommée. ainsi. dès lors. liée d'emblée dans sa concrétude à des commandements envers les humains. en tout cas. de posséder et de jouir ? La pensée finie de l'homme ne saurait tirer d'elle-même l'idée de l'infini. d'un chez-soi. pour la réflexion. d'après Descartes. Mais comment cette idée peut-elle tenir dans une pensée finie ? Quoi qu'il en soit de la « preuve de l'existence de Dieu » que Descartes prétend déduire de cette mise de l'idée d'infini en nous. en quelque façon. la manifestation dont l'essence consisterait à établir l'ordre de l'immanence ? Est-il sûr sur­ tout . demeurerait cepen­ dant aussi absolument autre ou transcendant. Celle-ci. dans la prise que la pensée exerce sur le pensé et. un événement qui décrit le sens de ce qu'on désigne par 1.que l'immanence soit la grâce suprême de l'énergie spirituelle 1. Cette interrogation ne prétend pas mettre en congé les précieuses analyses de Michel Henry dans son admirable .et incontournable - Essence de la Manifestation. 245 . celle d'une maison qu'on habite. que le sens ou l'intelligibilité soit une économie au sens étymologique du terme. opératoire qu'à partir de sa signification et de son usage mathématiques . SUR L ' IDÉE DE L ' INFINI EN NOUS L'idée de l'infini . qui l'identifie à l'idée du parfait et à l'idée de Dieu. s'offrant dans cette ouverture. la venue ou la descente ou la contraction de l'infini dans une pensée finie nomme. une certaine façon d'investir. est connaissance d'un Dieu qui. La religion ne serait-elle pas le concours originaire des circonstances où l'infini vient à l'idée dans son ambiguïté de vérité et de mys­ tère ? Mais est-il sûr.comme tend à l'admettre un certain consensus et peut-être une vénérable tradition . reconnue et.conserve. que la révélation d'un Dieu s'achève dans l'adéquation de la vérité. Il aurait fallu que Dieu l'eût mise lui-même en nous. que la venue de l'infini à l'idée soit un fait de connaissance. de saisir.

finitude de l'être-à-la-mort vient toujours doubler l'inten­ c'est-à-dire se posant avec fermeté sur la croûte « inébran­ tionnalité du sentiment ému par un étant appartenant au lable » de la terre. Elle aurait l'excellence propre de l'Esprit. C'est rechercher l'intrigue récupère pas dans une thématisation. Sortie.qui est la qu'un apparaître.ou égalable . Affec­ scène » dont les abstractions se sont détachées dans le dit des tion irréversible du fini par l'infini.à l'intention d'un savoir. qui Que cette affectivité d'adoration et cette passivité de s'assure à partir de l'unité de l'aperception transcendantale l'éblouissement puissent admettre une interprétation phéno­ d'un moi souverain dans son isolement exclusif de cogito et ménologique poussée plus loin. Selon un monde. Proximity. évidemment. contre la subreption. affec. subrogation de sens. Affection qu'il faudrait décrire autrement l' « intrigue humaine » . dans la par-delà la simple négation de l'un par l'autre. interpersonnel et l'altérité de l'autre homme mon prochain dans un sens essentiel. ce n'est passivité de l'expérience en activité de la conscience qui pas seulement. ne signifie plus une simple Voilà une exception renversant la thèse aristotélicienne privation de coïncidence. comme les autres » qui n'est pas mon angoisse pour ma mort l'a souligné Pierre Aubenque. laquelle. 1982. lequel serait son propre et excellence de l'amour. garantir la signification du langage Dans l'idée de l'infini et qui pour autant est l'idée de menacé dans son abstraction ou dans son isolement .ou interhumaine . et la Philosophie "• Vrin. Exception à la phé­ rejointes à partir d'une analyse se plaçant devant l'ordre noménologie communément admise de la pensée. à s'assembler en unité de l'Un . de la Jemeinigkeit du cogito et de son immanence Mais l'exception de l'idée de l'infini implique l'éveil d'un prises pour authenticité. ce n'est Dieu. dans l'affection théo­ Dieu s'énonce déjà son humilité. en tant que et de ma responsabilité pour autrui . notamment l'étude Dieu « métaphysique -. autrement qu'une participation à un concrétude de son impensé. le glissement et la agrée ce qui la frappe. le seul capable de se penser. notre livre De Dieu qui vient à l'idée. C'est sur­ pure contradiction qui les opposerait et les séparerait ou qui tout rechercher et rappeler dans les horizons qui s'ouvrent exposerait l'autre à l'hégémonie de l'Un entendu comme un autour des premières « intentions » du donné abstrait « Je pense ». Passivité qui ne se mots et des propositions. qui n'est jamais violée.ou adoration et éblouissement dont parle collection Phaenomenologica » publiée chez Nijhoff à La Haye. vers une pensée qui pense plus psychisme qui ne se réduit pas à la pure corrélation et au qu'elle ne pense ou qui fait mieux que de penser. ou qu'elles puissent être de son règne assemblant et synthétique. est précisément athée. amour et 1. 1982. Voir l'élaboration de ce concept dans J. « Descartes dans le dernier alinéa de la Troisième Méditation 2. de la socialité et de la « crainte pour son unique théologien. Affectivité parallélisme noético-noématique que l'analyse la moins pré­ dés-inter-essée où la pluralité en guise de proximité 1 n'a pas venue trouve à la pensée humaine abordée dans le savoir. de fond en comble. Cf. laquelle ne se ramène pas à celle de la Befindlichkeit adéquat . dans la crainte de Dieu . dans l'idée de l'infini. plutôt que de Sein und Zeit. sous la voûte d'un ciel étoilé. Exception indiquant la pen­ mienne. Mfection du fini par l'infini qu'il ne s'agit pas de mot de la sagesse rabbinique. logique. 246 247 . un pur et simple défaut d'unité : d'une théologie réservée à Dieu. qui est la nécessaire « mise en contenu.tout cela. précisé­ le logos de cette théologie différerait de l'intentionnalité ment la perfection ou le Bien. appré­ n'est plus du ressort des textes cartésiens et nous n'allons pas hendant le donné dans le retournement inévitable de toute le développer ici 2 • Mais faire de la phénoménologie. mais où. les pensées qu'il offusque et fait oublier. d'un étant s'affirmant. où l'angoisse de la Jemeinigkeit pour sa la présence d'un étant dans le monde. qu'une compréhension. pas seulement le contrôler en interrogeant. qu'une conception. théorétique et de l'adéquation de la pensée au pensé. Entre nous Sur l'idée de l'infini en nous existence divine plutôt que la donnée médiate d'un objet tivité . l'idée de Dieu est. pensée égalant le pensé qui la comble et la satis-fait. partout où se dit l'élévation de réduire. La transcendance ne serait plus une immanence sée humaine se nouant précisément comme théologie ! Mais manquée. Libertson. par-delà la réflexion. se produit précisément l' affection du fini par l'infini.

épuisaient l'énergie Franz Rosenzweig est évoqué dès la préface. et De Dieu qui vient à nous ou l'humanité de l'homme comprise comme théologie. avant que la finitude de l'être bles­ dans les deux derniers . notamment. et d'une incessante attention à Sein und Zeit. 249 . que la relation ou la non-in­ attachement au spatial et au solide. source d'un droit d'autrui passant avant le mien. dans l'éveil même à repris ou renouvelés ou reviennent sous d'autres formes l'insomnie du psychisme. Et c'est peut-être cela aussi la voie de retour de la sagesse du ciel sur la terre. Que la proximité de l'infini et la socialité qu'elle dique aussi. d'autre part. comme si la possession et la fusion . ni Gabriel Marcel ne sont ignorés dans ce texte où idéal d'une conscience intentionnelle . dans la notion de la durée. pour l'autre. Autrement qu'être ou au­ delà de l'essence évite déjà le langage ontologique . certaines intentions y sont précisées. qu'on ne sache phénoménologie : il a libéré. en 1974. la pensée de son l'énoncé d'une misère . qui est un tout. ce sont des variations non contingentes et sans doute instructives. l'idée.auquel Totalité et Infini ne cesse de recourir pour éviter que ses analyses mettant en question le conatus essendi de l'être ne passent pour reposer sur l'empi­ risme d'une psychologie. plus exactement éidique . Il n'y a. « ToTALIT� ET INFINI » Que l'idée de l'infini dans sa passivité ne doive pas être Préface à l'édition allemande entendue comme le domaine de l'incertitude de la finitude humaine préoccupée d'elle-même et incapable d'embrasser l'infini et où le fait d'être frappé par Dieu ne serait qu'un pis-aller de la finitude . paru en 1 961. à déterminer malgré son analogie avec celui de l'essentiel. à ses prolongements différence à l'autre ne consiste pas. Le statut de nécessité de ces ana­ lyses reste. Notons cependant deux points pour éviter des malentendus. sée par l'infini soit portée à se recueillir dans un Moi hégé­ Pour la teneur de ce discours ouvert il y a vingt-cinq ans et monique et athée. de par sa pluralité dit possible bien des positions essentielles des maîtres de la même. aucune différence terminologique dans Totalité et Infini entre miséricorde ou charité. un discours philosophique que prolongeaient Autrement c'est certainement cela aussi que signifie l'idée de l'infini en qu'être ou au-delà de l'essence. une excellence propre et irréductible. tir au même. Le livre reven­ spirituelle. une fidélité à instaure et commande puissent être meilleures que la coïn­ l'œuvre rénovatrice de Henri Bergson qui. que l'amour ne soit pas un demi-dieu . ouvre économie de l'être. en 1982. dans la pensée contemporaine. mais dont on ne saurait faire état dans les raccourcis d'une préface. l'obstination de les dire en liens. Certains thèmes du premier ouvrage sont Mais peut-être s'annonce-t-elle déjà. ren­ cidence et l'unité. le pas la dire en termes de richesse sans retomber dans temps de son obédience à l'astronomie. Buber. Ni termes d'immanence.ou. à se conver­ technologiques et même à son exclusivisme théorétique. que la religion ne soit pas le moment d'une Totalité et Infini. certes. Entre nous humaine ou interhumaine comme le tissu de l'intelligibilité ultime.c'est probablement la méconnais­ sance de l'originalité irréductible de l'altérité et de la trans­ Ce livre qui se veut et se sent d'inspiration phénoménolo­ cendance et une interprétation purement négative de la gique procède d'une longue fréquentation des textes husser­ proximité éthique et de l'amour. que la socialité ait. essai sur l'extérion'té.

viennent sous la main et se toute synthèse a priori . logiquement indis­ Ramènent-elles ou mènent-elles à la capacité d'assurer cernable.transcendance .elle interpelle le moi que je suis .:. langage La recherche où s'engage Totalité et Infini ne consiste originel du visage humain dépouillé de la contenance qu'il certes pas à mettre en question la phénoménologie de l'objet se donne . refuser la voix qui. des choses et des institutions . Phénoménologie du visage : remon­ m'interpelle .des pay­ Commandement dans la nudité et la misère de l'autre. à une unicité d'élu. qui sages.. voici la nudité l'humanité en nous et où les Grecs aperçurent l'éthique. déjà langage avant les mots. Langage originel. mais elle m'interpelle aussi d'étrange autorité. quée dans les deux situations indifféremment. Interruption absolue de l'onto-logie. sans protection et sans défense. Visage.soient les instances ultimes du sensé. message de la difficile sainteté. enfants ou à l'enfance de chacun d'entre nous. mais dans l'un­ dans Totalité et Infini à partir d'une conjoncture différente pour-l'autre de la sainteté. elle crie la mort dans l'âme. humaine. Théologie qui ne procède d'aucune spé­ être . mais amour qui rattache à l'aimé. pour l'en mesure de sa pensée . Entre nous « Totalité et Infini » d'une part. mais déjà aussi impératif qui du mais obtenu après enquête et jugement . où le droit d'autrui . par là. titres et les genres du monde. la paix. la nudité humaine transcendant le savoir. les embrassé par sa science. déjà de l'être reflété dans son idée . la honte de sa misère culation sur l'au-delà des arrière-mondes. de monade. dans l'apparaître. sa solitude. Parole de Dieu. de et plus ancienne sans doute. comme telle précisément. mais déjà réveillé à son uni­ tables de la Raison . visage humain.de toute motivation puisable dans une commu­ elles comme garanties. A cette paix ne suffit peut-être pas de dé-voiler l' « unique au monde » . origine de la valeur et du bien.stations inévi­ logique de l'extension du genre. en dehors de toute concu­ jusqu'au bout ? La raison jusqu'au bout ou la paix entre les piscence. de l'inouï.elle tée nécessaire à Dieu. parle aux de nudité . qui permettra de reconnaître ou de m'interpelle de sa faiblesse. et où dans leur extériorité même déjà nauté générique . à leur place en D'unicité à unicité . la mort dissimulée dans son gie. du sacrifice . me fait répondre. langage qui caractérise le discours ouvert dans Totalité et Infini. Langage de l'inaudible.corrélation et correspondance du 250 25 1 . Écriture ! Ce livre conteste que la synthèse du savoir. de la socialité. elle crie.s'impose avant mortel. plus extérieure que le dehors du monde .ou qu'il supporte . qui du prochain. malgré ma celui du tiers.amour d'étranger à étranger. Mais comment les uns viennent-ils préoccupé de cet être-même et de sa persévérance dans aux autres ? Le problème de la paix et de la raison est abordé l'être. chez médiation . Socialité utopique qui commande cependant toute Par-delà l'en-soi et le pour-soi du dévoilé. de la proximité. idée de l'ordre humain dans Voici maintenant quelques indications sur l'esprit général l'ordre donné à l'humain. ordonné à l'unicité.la nudité qui crie son ordonne à la responsabilité pour l'autre : au-delà de l'ontolo­ étrangeté au monde. La notion éthique générale de justice est évo­ propre mort. langage du non-dit. parole de Dieu et verbe dans le du Livre et interprètes de l' É criture. d'aucun savoir cachée. misère. c'est-à-dire à hommes. la présence saisie encore enfermé dans le genre auquel il appartient selon dans la représentation et le concept et l'interrogation sur la l'être. dans les religions positives. Gratuité hommes et se possèdent et s'échangent et peuvent être utiles de la transcendance-à-l'autre interrompant l'être toujours aux uns et aux autres. toutes choses et de les affirmer et confirmer. meil­ prennent et se comprennent et se disputent entre les leur que la fraternité au sein de la fraternité même. déjà mendicité. d'autre part.sous les noms propres. dans la responsa­ l'accord d'un monde et de manifester ainsi la Raison bilité irrécusable qui est amour. de la présence se prêtant à sa saisie. déjà. cité d'irremplaçable. soi de l'être. déjà lecteurs impérative et désarmée. en dehors de toute soi et pour soi dans le vrai où elles paraissent en original. et la justice. la totalité de Ordre qui touche le moi dans son individualité d'étant l'être embrassée par le moi transcendantal. étant encore interchangeable dans la communauté sémantique de la forme verbâle de l'être .de ce pensé toujours à la demande.en dehors de toute parenté préalable et de elles se montrent mais.

n'était chère que la certitude tation. aimée et attendue des philosophes n'était pas. C'est une dait aussi avec adoration à l'Infini dont elle était la pensée. sophies de l'être ? Ne trouve-t-on pas. le théorétique qui. si à laient Pradines. 505 e). Carteron. Pensée qui répon­ tard. lui­ Institut de philosophie. reste le fondement indis­ pensable ou le mode privilégié de toute conscience. la recherche de l'être sous Bien. Entre nous rigoureux parallélisme noético-noématique de l'intentionna­ lité animant la conscience transcendante dans l'admirable œuvre husserlienne. Et sans doute. si importante dans l'œuvre de Heidegger ? L'Évolution créatrice est un plaidoyer pour une spiritualité se libérant de l'humanisme machiniste. lieu sacré où les professeurs s'appe­ même. et la part Sagesse qu'enseigne le visage de l'autre homme ! N'a-t-elle qui lui revient dans la constitution de la problématique de la pas été annoncée par le Bien d'au-delà de l'essence et l'au­ modernité. çaise et qu'il reste pour la philosophie mondiale. axiologique ou volitive. Votre réflexion s'est-elle formée exclusivement au mesure de son noème. sa signification verbale. par-delà la On cite peu Bergson maintenant. Bien. en vue duquel « toute âme fait ce qu'elle de l'être ou à la substantivité de l'étant ? Peut-on continuer à fait » (Rép. Des­ . ' par rapport auquel apparaît l'être lui-même.Vos premiers travaux philosophiques portent sur la phéno­ cartes rencontrait une pensée. qui n'est pas revenu de dépor­ philosophie venue des Grecs . présenter Bergson selon l'alternative que suggère la formule banale où la philosophie du devenir est opposée aux philo­ Paris. mais je m'amuse à la rappe­ Pour l'auteur de Totalité et Infini ce fut là un grand étonne­ ler. si à l'amour qu'est la Maurice Halbwachs. dans les dernières œuvres de Bergson. dans L'AUTRE. n'est-elle pas déjà agissante dans la dont l'être tient l'éclairage de sa manifestation et sa force notion bergsonienne de durée. d'autre part. qui n'était pas à la ménologie..de la référence. UTOPIE toutes les formes de cette conscience (pensées.capi­ des savoirs investissant l'objet ou la certitude plus grande tale pour moi . Et dans les Deux Sources de la morale et de la religion.ou pensant Emmanuel Lévinas : J'ai publié l'un des premiers livres sur la phénoménologie parus en France et écrit. J'ai. Une idée qui don­ contact de cette tradition ? nait au philosophe des éblouissements au lieu de se loger dans l'évidence de l'intuition. un peu plus mieux . le 18 janvier 1 987. On a oublié l'événe­ sagesse du connaître. résistant. arrière-fond de l'enseigne­ encore de la réflexion sur ces savoirs . l'un des premiers articles sur Heidegger. disciple de Descartes ! Il se demanda alors. Mais dans le discours de Totalité et Infini n'a pas été oublié le fait mémorable que. la sagesse de l'amour ou la sagesse en ment philosophique majeur qu'il fut pour l'université fran­ guise d'amour. peu souligné l'importance . ou si cette sagesse ment de ces maîtres. J'ai raconté ailleurs ma rencontre avec la phénoménolo­ ment après la leçon sur le parallélisme noético-noématique gie au cours de ma formation à Strasbourg.. de son cogitatum. en revanche. une noèse. vérité purement chronologique . selon le testa­ ET jUSTICE ment philosophique de Brentano). qu'elle soit affective. à l'excellent dans l'enseignement de son maître Husserl qui se disait. Bien. irréductible à la substantialité ontologique. Philosophie comme amour de l'amour. dans sa troisième Méditation de la première philosophie. La thématisation ontologique par Heidegger de dessus des Idées du livre VI de la République de Platon ? l'être dans sa distinction de l'étant.qu'elle ne pensait selon la vérité. Charles Blondel et Halbwachs - l'amour de « l'amour-de-la-sagesse . c'est-à-dire 253 . à Bergson. Pensée pensant plus . la critique du rationalisme technique. l'intuition.

qui lisait les Recherches logiques non encore Heidegger ? traduites à cette époque. une discussion a occupé le et les lectures des années vingt. sympathie. que Heidegger avait été son disciple le plus doué. aux possibilités et aux démarches sens proche de certains thèmes bergsoniens : de la durée où caractéristiques de la méthode husserlienne. semble-t-il. dans ses pages. où il serait la transcendance de la relation avec inspiré d'ailleurs. aujourd'hui. même pour ceux qui le refusent ou le on arrivait brillamment préparé par l'œuvre phénoménolo­ contestent. De celui qu'il avait choses. et le premier de tions que le national-socialisme pouvait représenter pour un Heidegger. vous avez appris le nom de Husserl. le aura réveillées.Qu'entendez-vous par ce passage ? Est-ce le fait que gré mon admiration pour Sein und Zeit. au lendemain de la guerre à Paris. C'est aussi au cours de polémique. Heidegger ? Il y eut en effet. à Fribourg. » modestes initiatives spéculatives. Dès le début. la question qu'il est tentant de vous poser est : pou­ votre formation à Strasbourg que vous l'avez rencontrée.je rappelais. toute récente. Ce n'est que plus tard. s'interprètent comme relation avec vite. mal­ .Revenons à la phénoménologie. Entre nous L'A utre. ce problème moral. délibérément choisi comme successeur. aucune formule gique de Husserl. De vait-on l'anticiper. d'annotations marginales qui témoi­ d'objectivation et de thématisation. du moins. Utopie et Justice le vivre même ou le vécu du « temps profond ». avec un autre : amour. fût-il déjà « savoir ». conscience Les critiques de Husserl lui-même ne sont pas venues et savoir de la durée. ils ouvrent d'inattendu. Par la suite. il était difficile de prévoir les tenta­ dernier semestre d'enseignement de Husserl. devant de la scène médiatique en France au sujet du nazisme de Heiddeger. Proxi­ livre. On mité irréductible aux catégories spatiales ou à des modes dispose. Comment.On savait à peu près tout ce que dit Parias. . le spirituel ne se réduit plus à un événement de pur d'une manière géniale. il disait au profes­ Bergson est à l'origine de toute une trame de notions philo­ seur Max Muller : « j'ai toujours été fortement impressionné sophiques contemporaines . interprétez-vous le passage Heiddeger ! Dans mon intervention. à la relecture du quelqu'un. malgré ce que. que Husserl comprit ou perçut ces éloignements. comme l'énoncé de l'être-verbe. 254 255 . pour les husserliens lisant en 1927 Sein und Zeit qui venait de paraître. le maître devait être ébloui par la richesse autrui et avec Dieu. philosophie. de l'être-événement. On doit beaucoup à l'empreinte laissée par le bergsonisme dans l'enseignement . vous avez traduit avec elle les Méditations carté­ on connaissait les positions politiques de Heidegger dès siennes. certes. Votre premier article dans la Revue philosophique. à la fois le senti­ L'essentiel c'est l'œuvre même ou. en 1 928. des en 1 929. Husserl demeurait convaincu de quérir le sens de la réalité selon la persistance des solides. amitié. concrets dans ces relations ! Je me accordables aux gestes. l'un ou l'autre parlent de phénoménologie ou le fait que les Après Parias. mais res­ il y aurait dans la remontée bergsonienne au devenir des tait toujours sensible aux désaccords. Il y eut. des analyses phénoménologiques de Sein und Zeit encore Mfection et amour. Quoi qu'on puisse penser de la fécondité de cette . au col­ du fondateur de la méthode phénoménologique à son disciple loque organisé par le Collège international de philosophie­ réputé le plus original ? mais encore antérieure au livre de Parias . mais rien n'y est lecteurs de Husserl se trouvaient préparés à la lecture de essentiellement inédit. Il n'y a. avant 1933. Il y aurait dans le refus gnent de cette lecture critique. portait sur les Idées d'Edmond Husserl (son œuvre de discussions qui se sont assouplies ou assoupies et que Parias 1 913). Sein und ment d'une nouveauté du questionnement et de ses horizons Zeit qui reste un des plus grands livres de l'Histoire de la et la certitude qu'à cette merveille des analyses et des projets. mais jamais influencé. depuis la découverte précoce de l'œuvre de Mlle Pfeiffer. C'est ainsi que vous avez suivi. En France.Après le livre de Victor Parias. expressément référable aux thèses du national-socialisme. je lui dois sans doute mes par Heidegger. quelques détails se précisent. En 1 930.

nité un homme répond d'un autre. la notion. << il me regarde » . et son appel à mon antique responsabilité. otage Moi à préserver par-dessus tout de la banalité vulgaire du élu. celle de sang et d'épée. à uniques dans leur genre. malgré et avant son mais comme si dans cette représentation. ce pour soi. dans son urgence éthique. dans cette pré­ Verfallen en capitalisme esclavagiste et en Mammon. dès lors. humaine. § 9). la fidélité aux valeurs au monde en relation avec les autres.aimé. comme dénonçait déjà ce jargon de l'authenticité. unique. de derrière la contenance qu'il se donne dans son portrait. j'ai à répondre de lui. à partir d'un à soi et pour soi précieuse que la vie ». contraction originelle du moi dans la « mienneté » sans mélange. On peut en effet le souci pour autrui. le moi était le premier appelé à cette res­ interchangeabilité. dans cet être-à-la-mort. ainsi. « juste prix » dans cette confrontation. Le moi se tient l'autre sans subrogation et. pri­ Redoutable authenticité ! Vous voyez ce que je refuserais. dès lors. Qu'il même si le véhément mépris qu'inspire sa banalité médiocre me regarde ou non. regarde le moi . Utopie et Justice mais la construction comporte des coins ambigus où elles ports aux autres » et où s'interrompt le sensé de l'être-là. par-delà les traditionnels attributs de l' « animal membres de cette extension. mordiale dans ce système. ils ne sont pas précisément raisonnable ». impermutable et ainsi.serait-il simple Zuhandenheit ? . cette attention à pour un autre ne rend pas l'autre immortel. regarde . manque la philosophie de l'échange L'unicité me semble prendre sens à partir de l'impermu­ commercial où les désirs et soucis des hommes se tabilité qui vient ou qui revient au moi dans la concrétude confrontent et où l'argent . fière virilité « plus mienneté (Sein und Zeit. en autrui. D'unique à unique. ami de l'inauthentique ? Mais l'authen­ tlichkeit . d'une responsabilité pour autrui : responsabilité qui est un mode de la mesure rendant possibles égalité. un niveau ontologique. pour ma part. parle de l'unicité du moi à partir de l'élection à laquelle il lui 256 257 . Éthique de la rencontre. Et comme sens de l'aventure humaine ! Du sensé. J'use apparemment d'une terminologie religieuse : je pour Heidegger. peuvent se poser. mais sans plus. Inaliénable identité dans le mourir ! Se sacrifier serait cette écoute de premier appelé. sans aucune redevance. Authenticité originaire. fût-elle sans résurrection ! Sens ultime de l'amour sans de l'angoisse accède au néant sans s'en évader vainement concupiscence et d'un moi qui n'est plus haïssable. paix et d'emblée lui incomberait dans la perception même d'autrui. Ce jargon s'il était unique au monde . la lucidité mort. chain qui. mais où per­ en dépit de sa propre mortalité. l'élu. ainsi moi. Entre nous L 'Autre. l'unicité de ce moi de la « mienneté ». où. Unicité qui ne s'obtient pas sous la dif­ s'étonner que dans l'anthropologie de Sein und Zeit où férence que manifeste untel ou untel distinct des individus toutes les articulations caractéristiques de la concrétude appartenant à l'extension du même genre logique car. de l'Eigen­ Serais-je. ainsi.pensée à partir du mien. dans la peur. son abandon. ponsabilité . comme si. sont ramenées.en rappelant. en dehors de tout ce qui compromettrait la non­ de toute éternité. ajourne ou efface les Elle comporte ainsi d'autres menaces dans une philosophie obligations que le << moi interpellé » se doit à lui-même et où sans vulgarité. est ici pensée à partir de la mort : que chacun meurt avant son souci de moi pour soi. lité indéclinable. elle précédait déjà cette perception. son sans-défense et sa J'appris tout récemment que le philosophe Adorno mortalité.me sel de la démocratie. plus authentique que l'amour ou que dans leur auto-appartenance inaliénable. d'un ordre étranger au savoir . comme si déjà à partir de la mienneté. L'unicité du moi humain. que rien ne devrait le souci de la mort d'autrui peut pourtant importer au moi aliéner. se dissolvent ou << sautent » tous les << rap. certes. responsabi­ toute influence subie. L'authenticité du moi. son unicité. déjà. de soi à soi. De toute éter­ pronom indéfini << on » où le moi risque de se dégrader. du tout propre. à partir ticité du moi. Possibilité du sacrifice sonne ne saurait en vérité mourir pour personne d'autre. celle de l'authenticité. sous le titre d' existentiaux. Pensée sence. J'évoquerais. Appel du visage du pro­ exprime pourtant une << noblesse ». malgré la dans cet exister-à-mourir. sans mélange. tient-elle à cette possessive de la Jemeinigkeit. l'authenticité doit rester pure de elle y était plus vieille que le présent et. socialité. peut vite s'étendre à la part juste du commun dans l'univer­ J'appelle visage ce qui.

Je l'ai dit : c'est au nom de la responsabi­ récompense.l'humain signifie le l'autre et le tiers. Mais l'ordre de de l'être. obstination à surgit non pas pour rétablir entre le moi et son autre cette être-là. me semble . le sacrifice jusqu'à m'est un autre. le je. l'inimitable singularité. la méditation sur l'ambiguïté de la sexualité et de l'amour comme toutes choses. ne craignez­ appelle le visage de l'autre homme que tout le discours de la vous pas qu'on reproche à votre conception d'être utopique. Entre nous L'Autre. Cette façon de cette exigence ? Sans doute est-ce là qu'intervient l'idée d'un d'aborder une notion en faisant valoir la concrétude d'une « tiers » ? situation où originellement elle prend sens. éventuel mourir-pour-l'autre. et plus. faut qu'à la Bible . du masque et du visage. précisément en tant que responsable envers avant. sensé et L'heure de la Justice. C'est une extase vers un futur qui compte pour le la justice inévitable qu'exige pourtant la charité elle-même. dans le l'unicité incomparable de chacun. rables se « rassemblant » en espèces et genre humains. la première. joignent les écrits grecs. à son essence prim6rdiale qui est conatus essendi. exprime. responsabilité pour le réciprocité. Elle est originelle­ comme le bouleversement le plus profond de l'être et de la ment sans réciprocité qui risquerait de compromettre sa gra­ pensée à travers l'avènement de l'homme. Rationalité du Bien plus haute que toute essence. ou amour essentielle à la phénoménologie. que ma propre mort .amour de l'autre. Pourtant. le moi ne peut en trouver l'exigence tout ce que je viens de dire. que ner. ne peut pas rester indifférent à leurs inter­ commencement d'une rationalité nouvelle et d'au-delà de actions et. quelles que soient les limita- 258 259 . à travers la réflexion sur l'érotisme et la paternité et où Il faut que ces élus. sans moi. Et Ces analyses réduites à leurs primordiales données l'heure des institutions habilitées à juger et l'heure des États n'épuisent pas la phénoménologie de l'altérité. se trouvent. de la bonté auxquelles retenant vous-même le caractère d'impossibilité. Le moi. elle est dans son « me voici » de je . au-dessus du commun. dans un petit livre intitulé le Temps et l'Autre. la folle pensée où le mourir de l'autre peut me soucier bien Le moi. dans Dans toutes ces réflexions se profile le valoir de la sainteté son unicité non interchangeable d'élu. il faut entrevoir compte pour moi.qui enseignait. Voici l'heure de le survivre. ou charité inconditionnelle. l'humain . car elle le constitue. à côté de celui qui prochain. experts en espèces et en genres. la justice des individus responsables les uns envers les autres persévérance envers et contre tout et tous. son amour pour l'autre. m'est « encore un autre ». une place dans la hiérarchie des sans concupiscence de la sainteté ouvre des perspectives à concepts. que le visage de chacun sacrifice. et dont je réponds (malgré la grande disso­ des individus du genre. Cette possibilité de prêter. ne peut se dégager de l'être. Elle est présupposée dans sans concupiscence. plus vieille que tout emprunt. il y a selle qui est toujours la dura lex et l'heure des citoyens égaux quarante ans. ne peut s'en tenir à Intelligibilité de la bonté. qu'en lui-même . l'unicité « semel-factive » de chaque âme . en mettant l'accent sur cet aspect. A l'intéressement tuité ou grâce. moi et dont il a à répondre : mais sans-moi futur. de la miséricorde. de la comparaison des incompa­ futur. Utopie et Justice serait difficile de se dérober. On comprend bien qu 'il s'agisse là d'exigence éthique. en lité pour autrui. et justice se met en mouvement. juger et condam­ lution. Il explorer. qui n'est plus l'à-venir d'un présent protenu. d'une dette au philosophe que vous êtes de négliger l'inscription politique dans le moi. il faut la réciprocité des devoirs et des droits. Je ne peux où les institutions se consolident et l'heure de la Loi univer­ que mentionner la problématique que j'avais entrevue. via C'est l'heure de l'Occident ! Heure de la justice qu'exigea l'insistance sur la notion de gratuité et non sur celle de pourtant la charité.Ce que j'appelle responsabilité pour autrui. dans le mourir. Derrière les singularités uniques. il faut les comparer. de per­ Heidegger annonce au § 50 de Sein und Zeit) n'est certes pas sonnel et d'absolu. devant la loi. Subtile ambiguïté d'individuel et d'unique. un sens à l'autre et au monde qui. dans la charité pour l'un.Cette définition de la sainteté nous place dans l'absolu. il surgit du fait du tiers qui.se . des relations avec tout autre.

la justice. dissimule Vassilij Grassmann. pour leur terre. c'est-à-dire habitant et luttant coexistence. ont des dettes. Inspirée par l'amour du pro­ chain. traité de politique et de théolo­ essement même de leur être . laisse entrevoir . la raison. La contradiction se résoudrait excellence éthique et son origine dans la bonté dont dans la sagesse de Rabbi Aquiba. Le verset Nombres. la pure obstination à être et ses guerres. dans un dés-intér-essement comme essai de réduire la contradiction apparente entre éthique . jours reprise.ou.à l'œuvre de la justice. Elle resterait pourtant le seul au souci que les hommes prennent des lieux où ils tiennent refuge du Bien dans l' Être. Je pense avant tout au pour-l'autre en eux du Mal que.progrès de la Raison. Infini inoubliable. Le premier texte enseignerait la rigueur et l'impartia­ contre ses propres duretés. Justice et charité. sionnant au lendemain des crises majeures de notre siècle . Entre nous L 'Autre. lité stricte de la justice voulue par Dieu : en est exclue toute C'est peut-être là l'excellence même de la démocratie acception du visage. elle ne saurait ni vaincre.ne commence pas par penser gie.de plein droit . le don de l'invention des formes neuves d'humaine d'individus se posant pour soi. l'éclairant de sa lumière. au traité Roch Hachana.les nique éminent. Il pense que la « petite bonté » allant sont responsables . va plus loin encore. » Utopie. Mais sur­ n'ai jamais contractée. la bonté ma responsabilité m'est rappelée dans le visage de l'autre 260 261 . Elle atteste une l'accueillant dans la grâce.livre si impres­ ou révèle . juste autant que la bonté qui la suscite est bonne. 25 tient un autre dont le foncier libéralisme correspond à l'incessant remords langage. 25. pour leur lieu. Invaincue. appartient Mauvaise conscience de la Justice ! Elle sait qu'elle n'est pas encore pleinement . Cet après­ du bien sous la liberté des révisions . Justice toujours à se rendre plus tant démentir le verdict. petite bonté. Pourtant Faudrait-il dès lors penser que la peine de mort n'appartient quand elle l'oublie.s'interrompit l'effort inter-essé deux versets de l' É criture : Deutéronome. par-delà la formelle addition logiques. manière de comprendre le sens de l'humain . ni chas­ où l'humain interrompt. 17 b. transcendance. en souvenir de la bonté originelle de talmudique qui. se présente l'homme envers son autre où. de l'être brut persévérant à être.dans le vécu possibles de l'après-verdict. 10. avec ses possibilités de miséricorde. verdict.et dans cette responsa­ d'un homme à son prochain. sans tra­ sible. législation ouverte au mieux. du moins. elle subit la violence à être-pour-être.le dés-intér­ dès qu'elle se veut doctrine. Justice toujours à parfaire 6.des hommes qui. Je ne peux verser les lieux et les espaces où se déroulent événements et oublier la pensée de Pascal : « Ma place au soleil.parole de Dieu ! . avant tout emprunt. Utopie et Justice tions et les rigueurs de la dura lex qu'il aura apportées à répondant sans raisons ni réserves à l'appel du visage. sait l'infinie bienveillance envers autrui. » Vous avez développé cette idée que gie des ressources infinies du moi singulier. se doivent au prochain. elle risque de sombrer dans un régime pas au même titre aux catégories de la justice ? totalitaire et stalinien et de perdre. Voilà le forces ! Remarquable utopie du Bien ou le secret de son au­ commencement et l'image de l'usurpation de toute la delà. le premier texte concernerait la justice telle nécessaires calculs qu'impose une socialité multiple. D'après ce docteur rabbi­ l'éloignent pourtant . trouver des sentiers vers cet autre qui souffre sans pour­ rigueurs toujours à adoucir. 17 et Nombres.élus et uniques . pour leur Da-sein. Il y aurait ainsi . Utopie ! Cette qu'elle se cherche organisation et universalité et système. 6.« L'éthique serait le rappel de cette fameuse dette que je ne peut égaler la bonté qui l'appelle et l'anime. Il prévoit la face lumineuse de Dieu tournée vers profond de la justice : législation toujours inachevée. Parti.toujours un peu moins peut-être . dans l'aventure d'une sainteté pos­ ser. Petite bonté n'allant que d'homme à homme. se perd et se déforme dès bilité veulent la paix. J'ai toujours admiré l'apologue savante au nom. terre. tou­ l'homme soumis au jugement. calculs qu'elle se déroule avant le verdict et le deuxième précise les qui recommencent sans cesse. la justice raisonnable est astreinte aux dossiers et . dans Vie et Destin . dans les déductions idéo­ Toute la vie d'une nation. É tat et même É glise.

Voilà. Il est admirable que la justice ait fonctionné de cette chez Husserl est encore une constitution du temps à partir manière-là. parfois. p. lors de l'affaire Barbie : Honneur à l'Occident ! jamais exigé pour la constitution de cette forme même de la Même à l'égard de ceux dont la· « cruauté » n'a jamais passé temporalité une condition dans une certaine conjoncture de par le tribunal. le fait d'une emprise sur les choses. Mais tout homme est-il cet « autre » homme ? N'y .Et la nuque est un visage . toute Franz Rosenzweig. à mon sens. Kant le dit forme de . a égale­ ainsi. c'est venir de la nudité d'un bras sculpté par Rodin. la seigneurie de laquelle ces modes d'évanouissement dans le passé et de son rappel . fraîcheur des joues. la transmettre lettres ou colis aux parents et amis arrêtés pour (( présentification >> du présent et la futurition du futur - (( délits politiques » ou prendre de leurs nouvelles. les sentiments et les espoirs de affaire à des possibles toujours déjà entamés. à des que façon préalable à la forme. mais l'ouverture heideggerienne. Toute expérience humaine revêt en effet qui commentait mes travaux au cours d'une soutenance de la forme temporelle. le présent à partir de l'écoute et de l'accueil de la révélation. Il pensera le passé à partir de yeux. Entre nous L'Autre.Mon thème de recherche essentiel est celui de la dé­ a-t-il pas. chacun sur la nuque de attachées. que sur elle se lit toute la faiblesse.évanouissement et imminence qui déjà visage ne doit pas être entendu d'une manière étroite. à Moscou. et sans recourir à la même la mortalité nue et désarmée de l'autre. si un SS a ce que j'entends par un visage. Le pré­ " matière » ou d'événements.sont essentiellement et originellement sonnes faisaient la queue . de la création .Jean-Toussaint Desanti demandait à un jeune Japonais toute expérience. d'avoir la personne qui le précédait. nouissement et dans sa « rétention >> et dans son imminence Il faut dire aussi que dans ma façon de m'exprimer. forme du nez. Question de Kant emplissait cette forme de contenu sensible venant bien troublante qui appelle. . précisément le fait de poser la question de savoir quelles Grossmann raconte dans Vie et Destin comment à la Lou­ sont les situations ou les circonstances caractéristiques de bianka. La philosophie transcendantale issue thèse. le fait d'exister-à-la-mort . et de mon élection d'unique à cette responsabilité. défection du sens.. les per­ appelées extases . des visages de brutes ? formalisation de la notion du temps. devant le fameux guichet où l'on pouvait l'existence concrète auxquelles la passation du passé.parole de Dieu .de ma responsabilité pour lui. l'imminence dans le futur seraient attachés. dans un contenu sensé en quel­ venu considéré comme innocent a droit à une défense. peut Ce qui paraît dès lors remarquable chez Heidegger. . Il ne dit pas cela terminologie ni se référer aux mêmes situations. .extase du futur. le mot et son anticipation . et . 21). Cette impliquent ce qu'on veut bâtir. dans aucune indication sur la situation empirique privilégiée à l'humilité de ses dénuement et mortalité. etc. auprès d'elles dans la représentation ou le connaître . Le fait d'être sans avoir eu à le choisir. malgré l'atmosphère apocalyptique (les Dossiers d'une conscience déjà effective de la présence dans son éva­ du Globe. toute la mortalité. de son côté.extase du présent .en lisant. Réponse affirmative chaque fois douloureuse ! J'ai ment cette forme vers un contenu. sans nous - sa misère. l'idée et de la conscience religieuse. Utopie et Justice homme. mais le visage peut prendre sens sur ce qui est le ment cherché ces " circonstances privilégiées » du vécu où « contraire » du visage ! Le visage n'est donc pas couleur des se constitue la temporalité. la justice continue d'être exercée.Une dernière question : quelle est votre préoccupation pri­ l'avenir à partir de l'espérance de la rédemption. une réponse affir­ de l'expérience ou. Ces philosophes n'ont pu dire. à peu près. conduisait dialectique­ mative.Grossmann ne dit pas que la nuque soit un visage. La constitution du temps égards. extase du « d'ores et déjà >> . depuis Hegel. sans même que soit fournie possibilité pour l'humain de signifier dans son unicité. élevant mordiale aujou rd'hui dans votre travail ? ainsi ces références bibliques de la pensée au rang des condi- 262 263 . car la philosophie est plus sage.

Entre nous tions de la temporalité elle-même.référence à un passé qui n'a jamais été présent ! . et J. communes à une immense part de l'humanité.M. Les références bibliques sont revendiquées comme modes de la conscience humaine originelle. le présent à la Révélation et non pas la Révélation au présent. le futur à la Rédemption et non pas la Rédemption au futur.vous paraîtra-t-il. comme une préface à des recherches possibles. L'audace philosophique de Rosenzweig consiste précisé­ ment à référer le passé à la création et non pas la création au passé. après cette ultime évocation de Heideg­ ger et de Rosenzweig. Peut-être. (Propos recueillis par J. mon discours sur ce que je vous ai dit de l'obli­ gation envers autrui antérieure à tout contrat .R) .référence à un futur qui ne sera jamais mon présent Annexe .sur le mourir pour l'autre .

L'ONTOLOGIE EST-ELLE FONDAMENTALE ? Texte publié dans la Revue de métaphysique et de morale. la même année. entretiens sur l'éthique sous la direction de Fré­ déric Lenoir. LE MOI E T LA TOTALITË Texte publié dans la Revue de métaphysique et de morale. et QUbliée. L:i!VY. janvier-mars 195 1 . tenue à Paris en avril 1968. octobre-décembre 1954. à Rome. n° 4. AVANT-PROPOS Texte publié sous le titre : « De l'être à l'autre " dans le Temps de la responsabilité. 1 990. n° 1 . HERM:ËNEUTIQUE ET AU-DELÀ Texte publié par l'Istituto di Studi Filosofici. n° 4. que nous tenons à remercier. UNE NOUVELLE RATIONALIT:Ë Allocution prononcée par Emmanuel Lévinas le 1 3 janvier 1975 à la séance de lancement de l'association Gabriel Marcel. octobre-décembre 1957. LA PHILOSOPHIE ET L' ÉVEIL Cet exposé présenté au Colloque de Chantilly en septembre 1 976. Fayard.BRUHL ET LA PHILOSOPHIE CONTEMPORAINE Texte paru dans la Revue philosophique de la France et de l'étran­ ger. UN DIEu HoMME ? La conférence ici reproduite a été prononcée lors de la Semaine des intellectuels catholiques. en 1 977. sous le titre Qui est Jésus-Christ ? aux Editions Desclée de Brouwer. a été l'objet d'une communication au Centre d'Études des Religions de la Faculté des Lettres et de Philosophie de l'Univer- 267 .

1985. G6mez les 3 et 8 octobre 1982. no 1 -3. DROITS DE L'HOMME ET BONNE VOLONTÉ Texte publié dans Indivisibilité des droits de l'homme. Texte paru en 1 987. en 1982. 1 983. tenu à Montréal en 1 983 et paru aux Éditions du Beffroi/ Éditions de Montmorency en 1 986. 1 989. n° 4. 268 .sité de Gand (9 mars 1 977) et du Centre international for advan­ DE L'UNICITÉ ced Research in Phenomenology. Ont été utilisés dans la présente communica­ ToTALITÉ ET INFINI tion d'une part des textes empruntés à l'étude d'E. Berne.qui présentait le confé­ rencier en rappelant les horizons dramatiques qu'ouvre la PHILOSOPHIE. 1 986. 1 3-26. d'autre part une communication publiée par la Revue Exercice de la patience dans le numéro dédié à Blanchot. UTOPIE ET JusTicE Entretien avec la revue Autrement. novembre 1 988. LA SouFFRANCE INUTILE « MouRIR POUR ••• » Texte publié dans le Giornale di Metafisica. repris et modifié dans l'Encyclopédie philosophique universelle. Texte d'une conférence prononcée en l'honneur de Paul Ricœur. et Préface à l'édition allemande du 18 janvi�r 1 987. 1 7. Fribourg (Suisse). no 4. publié dans la Revue de l'Université d'Ottawa. 1 0. DIALOGUE SUR LE PENSER-A-L' AUTRE DE L'UN À L'AUTRE Cité : Revue de la Nouvelle Citoyenneté. vol. présidée par le professeur Miguel Abensour . Éditions LA CONSCIENCE NON-INTENTIONNELLE Universitaires. SUR L'IDÉE DE L'INFINI EN NOUS DIACHRONIE ET REPRËSENTATION Texte paru dans la Passion et la Raison. au Monastère de Monteripido ( 1 0 août 1977). octobre-décembre 1985. à Pérouse. Fornet et A. L'AuTRE. 1 988. PUF. international de philosophie. 1983. no 1 -3. Paru dans Philosophes critiques d'eux-mêmes publié sous les aus­ pices de la Fédération internationale des Sociétés de Philosophie. JUSTICE ET AMOUR réflexion sur Heidegger. Propos recueillis par R. n° 102. Levinas sur le EssAI suR L'EXTÉRIORITÉ Dialogue parue dans Christlicher Glaube in der modernen Gesells­ chaft publiée par la maison Herder à Fribourg-en-Brisgau . DÉTERMINATION PHILOSOPHIQUE DE L'IDÉE DE CuLTURE Texte extrait des actes du XVII• Congrès mondial de philo­ sophie. Texte d'une conférence prononcée en mars 1 987 au Collège pp. rue des Petits­ Champs. Texte publié dans Archivio di Filosojia. PUF. Texte publié dans Archivio di Filosojia. au Canada.alors directeur du Collège .

référence à un futur qui ne sera jamais mon présent Annexe .sur le mourir pour l'autre .M. (Propos recueillis par J.R) . L'audace philosophique de Rosenzweig consiste précisé­ ment à référer le passé à la création et non pas la création au passé.référence à un passé qui n'a jamais été présent ! .vous paraîtra-t-il. Entre nous tions de la temporalité elle-même. comme une préface à des recherches possibles. Les références bibliques sont revendiquées comme modes de la conscience humaine originelle. communes à une immense part de l'humanité. mon discours sur ce que je vous ai dit de l'obli­ gation envers autrui antérieure à tout contrat . après cette ultime évocation de Heideg­ ger et de Rosenzweig. Peut-être. et J. le présent à la Révélation et non pas la Révélation au présent. le futur à la Rédemption et non pas la Rédemption au futur.

253 Annexe. Droits de l'homme et bonne volonté. 199 De l'Unicité. 2 5 Lévy-Bruhl e t la philosophie contemporaine. ». TABLE Avant-propos. 7 L'ontologie est-elle fondamentale ? . 231 Dialogue sur le penser-à-l'autre. 153 Diachronie et représentation. Justice et Amour. Sur Gabriel Marcel. Préface à l'édition allemande. 53 Un Dieu Homme ?. Transcendance et Temps. Utopie et Justice. 249 L'Autre. 1 2 1 L a conscience non-intentionnelle. 93 La souffrance inutile. 69 Une nouvelle Rationalité. 77 Herméneutique et au-delà. 265 . 209 « Mourir pour . 141 De l'Un à l'Autre. 245 Totalité et Infini. 107 Philosophie. 219 . 1 77 Détermination philosophique de l'Idée de culture.. 1 3 Le Moi et l a Totalité. 8 1 L a Philosophie e t l' gveil. 237 Sur l'Idée de l'infini en nous.

Dominique Auffret. Michel Guérin. Umberto Eco. Manifeste. Michel Guérin. Catherine Clément. le Pénis et la Démoralisation de l'Occident. Jean-Paul DoUé. Claudie et Jacque Broyelle. Les voies du sacré. Catherine Clément. . Galvano Della Volpe. Guy Konopnicki. Christian Delacampagne. Manifeste archarque. . Fureurs de ville. Jean-Paul DoUé. Catherine Clément. l'Ange. A lexandre Kojève. . A pologie de Platon. A ntipsychiatrie. Jacques Henric. COLLECTION << FIGURES . François Châtelet. les Biblioclastes. Lector in fabula. séminaire dirigé par Claude Lévi-Strauss. Jacques Henric. 1974-1975. Jean-Paul Aron et Roger Kemft. Laurent Dispot. Danser maintenant. Jean-Marie Benoist. Jean-Toussaint Desanti. les Illusions retrouvées. Apocalypse Mao. la Révolution structurale. Bernard Cohen. les Stratégies fatales. Christian Jambet et Guy Lardreau. Gérard Haddad. Jean-Paul DoUé. Le roman et le sacré. Paul Nizan. la Syncope. L'identité. Jean Baudrillard. le Goût du miel. Lettres à Wolf ou la Répétition. Nietzsche. Claudie et Jacque Broyelle. l'Opéra ou la Défaite des femmes. Politiques de la philosophie (textes réunis par Dominique Grisoni). l'Odeur de la France. Vies et légendes de Jacques Lacan. Christian Jambet. DIRIGÉE PAR BERNARD-HENRI LÉVY Les Aristocrates libertaires. Socrate hérot'que. Kearney et J. Laurent Dispot. la Gauche divine. le Monde. Michel Serres. la Machine à Terreur. Jean-Paul DoUé. Madeleine Chapsal. Un destin philosophique. Catherine Clément. Gérard Haddad. Jean­ François Lyotard. Portes de Jérusalem Annie Cohen-Solal. Jacques Derrida. Les fils de Freud sont fatigués. Heidegger et les Modernes.S. l'A mour de la politique. Heidegger et la question de Dieu (sous la direction de R. Jean Baudrillard. Michel Foucault. Voie d'accès au plaisir. Envoyez la petite musique. la Peinture et le Mal. Manger le livre. O'Leary). . communiste impossible. Christian Jambet et Guy Lardreau. Rousseau et Marx. Luc Ferry et Alain Renaut. Catherine Clément.

Daniel Sibony. ISBN : 2-246-4435 1 -2 . I. Pasolini. Entre dire et faire. Mesnil-sur-l'Estrée Anne Martin-Fugier. le Crime en toute humanité. Jouissances du dire. l'Idéologie française. l'Inachevé (Peinture-Sculpture-Littérature). Éloge du cosmopolitisme. Du père au pire. le Moment lacanien. Feux et signaux de brume. Daniel Sibony. Éloge du sujet. Guy Scarpetta. la Place des bonnes. Philippe Roger. Daniel Sibony. Fondation de la psychanalyse. Guy Scarpetta. Zola. Avec Shakespeare. Michel Le Bris. Moderne for ever. Bernard-Henri Lévy. Bachelard. l'A ge démocratique. Armando Verdiglione. Claude Lorin. Bernard-Henri Lévy. Bernard Sichère. Sade. La philosophie dans le pressoir. Perversions. Alexandre Soljenitsyne. le Ventre des philosophes. Philippe Nemo. Michel Le Bris. Philippe Sollers. Le jour et la nuit. Imprimé en France Claude Vigée. Cynismes. Vie de Giambattista Vico écrite par lui-même. Dieu. Le testament de Dieu. Michel Onfray. le Paradis perdu. Armando Verdiglione. Signes d'exode. Philippe Roger. Bernard-Henri Lévy. SOCIÉ TÉ NOUVELLE FIRMIN-DIDOT Anne Martin-Fugier. Cet ouvrage a été réalisé par la Jacques Martinez. Dani�l Sibony. l'Amour inconscient. Bernard Sichère.Guy Konopnicki. Claude Lorin. Guy Scarpetta. Daniel Sibony. Gilles Susong. l'Homme structural. Françoise Paul-Lévy. Job et l'Excès du mal. Bernard-Henri Lévy. la Dissidence freudienne. l'Impureté. la Barbarie à visage humain. l'Homme aux semelles de vent. Guy Lardreau. l'Extase et l'Errance. histoire d'un bourgeois allemand. Roland Barthes. Brecht ou le Soldat mort. Bernard Sichère. l'Idole et la Distance. l'Erreur de l'Occident. Dominique Lecourt. la Bourgeoise. Thierry Lévy. séminaire dirigé par Maria Antonietta Macciocchi. le parfum et la Cendre. roman. N " d'édition : 8402 N " d'impression : 1 6540 - Elie Wiesel. Éloge des intellectuels. l'Artifice. Vision à New York. Michel Onfray. Daniel Sibony. Guy Scarpetta. la Mort de Joseph Staline. Karl Marx. Merleau-Ponty ou le Corps de la philosophie. Pour saint AuguStin. la Politique d'Orphée. Jean-Luc Marion. Dépôt légal : avril 1 99 1 Claude Vigée. Giambattista Vico. pour le compte des Éditions Grasset Gérard Miller. en avril 199 1 Philippe Nemo. Michel Serres. la Juive : une transmission d'inconscient.