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« Aperçu des pouvoirs et des responsabilités du Maire

concernant les gens du voyage »

Un article du cabinet YMFL-Milon et Associés.

Cabinet à taille humaine, composé de 7 avocats a


développé depuis une vingtaine d’années un
département dédié aux collectivités locales autour
principalement de trois axes : Marchés publics,
Délégations de services publics, Droit de l’urbanisme.

Il intervient à ce titre ponctuellement en qualité


d’expert, auprès du Forum Français pour la Sécurité
Urbaine lors de journées de formation.

A l’évidence, les difficultés de cohabitation entre nomades et sédentaires peuvent représenter un


terreau fertile pour de savantes études historiques.

Malheureusement, la récurrence des questions parlementaires relatives aux préoccupations moins


« universitaires » posées par les « personnes dont l’habitat traditionnel est constitué de résidences mobiles »1
témoignent du réel désarroi des Maires confrontés à des populations locales ayant du mal à
accepter l’idée que « les gens du voyage » puissent paraître s’affranchir de la surveillance parfois
tatillonne des services de l’Etat, pour qu’ils respectent les règles élémentaires de l’urbanisme et de
la vie communautaire.

Un tel constat est particulièrement vrai concernant les deux difficultés quotidiennes majeures que
sont le « logement » (en l’occurrence le stationnement) et l’école.

I- Le Maire et les modalités d’organisation du stationnement des


gens du voyage.

Titulaire du pouvoir de police municipale2, le Maire dispose a priori de moyens suffisants pour
assurer la cohabitation harmonieuse de leurs administrés avec les gens du voyage.

Ainsi, le Maire peut et doit intervenir en vue de faire enlever ou détruire les caravanes
abandonnées à l’état d’épave, lorsque ces déchets mettent en cause gravement la salubrité et la
sécurité publique3, et après s’être assuré que lesdites caravanes ont bien été abandonnées, sauf à
commettre une voie de fait susceptible d’entraîner la responsabilité pénale de son auteur4.

1
Article 1er de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des gens du voyage.
2
Article L.2212-2 du Code général des collectivités territoriales.
3
Et non dans le seul but de préserver ainsi l’esthétique de la Commune : CE, 21 juillet 1970, Loubat.
4
Rép. Min. n°1081S : JO Sénat Q 11 oct. 2006, p.6424.
En outre et surtout, le Maire peut interdire le stationnement des résidences mobiles sur
l’ensemble du territoire communal en dehors des aires d’accueil aménagées et répondant aux
prescriptions du schéma départemental des secteurs d’implantation5.

En cas de stationnement non autorisé en dehors des aires d’accueil précitées, le Maire peut alors
saisir le président du tribunal de grande instance aux fins de faire ordonner l’évacuation forcée
des résidences mobiles6, ou encore demander au Préfet de mettre en demeure les occupants de
quitter les lieux7.

Certes, outre le fait que les Maires « ne disposent pas de moyens propres pour faire appliquer une décision de
justice ordonnant une expulsion et ne sont nullement habilités à recourir aux services de la police municipale pour
l’exécution d’une telle mission » 8, les gens du voyage peuvent être tentés de « contourner » le risque
précité d’évacuation forcée de leurs résidences mobiles hors des aires d’accueil aménagées, en
installant ces dernières sur des terrains acquis par eux :

- par voie de donation (ce qui ne permet pas l’exercice du droit de préemption urbain) ;
- ou à titre onéreux (mais, même dans ce cas, l’exercice du droit de préemption urbain, en
vue d’interdire l’installation de telle ou telle catégorie de population, constituerait un
détournement de pouvoir) 9.

Néanmoins, devenus semi-sédentarisés, les dispositions relatives à l'implantation des habitations


légères de loisirs, à l'installation des résidences mobiles de loisirs et des caravanes et au camping
leur sont alors applicables10, ainsi que les dispositions propres aux terrains de camping et aux
autres terrains aménagés pour l'hébergement touristique11.

En effet, tant la création d’un simple terrain de camping que l'aménagement de terrains bâtis ou
non bâtis pour permettre l'installation de caravanes constituant l'habitat permanent de leurs
utilisateurs est soumis, selon la capacité d'accueil de ces terrains, à permis d'aménager ou à
déclaration préalable12.

Ainsi, dans le cadre du permis d’aménager, le Maire peut fixer, pour les terrains de camping, le
nombre d'emplacements réservés indistinctement aux tentes, aux caravanes et aux résidences
mobiles de loisirs, ou, le cas échéant, n’autoriser l'aménagement d'un terrain de camping qu’en
vue d'une exploitation saisonnière.

Dans cette dernière hypothèse, il fixe la période d'exploitation, en dehors de laquelle aucune tente
ou caravane ne peut être ou rester installée sur le terrain13.

Enfin, les gens du voyage sont également soumis aux mêmes sanctions si l’utilisation du sol n’est
pas conforme au droit applicable ou à l’autorisation d’urbanisme accordée, ou si l’autorisation
nécessaire n’a pas été demandée, notamment par la possibilité de poursuites pénales.

5 En application de l’article 28 de la loi n°90-449 du 31 mai 1990 relative à la mise en œuvre du droit au logement, modifiée par la loi n° 2000-614
du 5 juillet 2000 précitée.
6 Article 9 de la loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 précitée.
7 Rép. Min. n°24339 : JO Sénat Q 1er fév 2007, p.247: il convient de préciser que la mise en demeure préfectorale ne peut intervenir que si le

stationnement est de nature à porter atteinte à la salubrité, la sécurité ou la tranquillité publiques.


8 Rép. Min. n°47043 : JOAN Q 21 août 2000, p.4982.
9 Rép. Min. n°10080 : JO Sénat Q 4 déc. 2003, p.3488; Rép. Min. n°10203 : JO Sénat Q 11 déc. 2003, p.3557; Rép. Min. n°13071 : JO Sénat Q 15 juillet.

2004, p.1554
10 Articles R.111-30 et suivant du Code de l’urbanisme.
11 Articles R.443-1 et suivant du Code de l’urbanisme.
12 Articles L.443-1 et suivant du Code de l’urbanisme.
13 Articles R.443-6 et R.443-7 du Code de l’urbanisme.

2
II- Le Maire et l’obligation de scolarisation des enfants du voyage

Si les déplacements ne favorisent pas la scolarisation qui implique une présence assidue à l’école,
il n’en demeure pas moins que les enfants de parents non sédentaires sont, comme tous les autres
enfants, soumis à l’obligation scolaire entre 6 et 16 ans14 : ils ont droit à la scolarisation dans les
mêmes conditions que les autres enfants, quelles que soient la durée ou les modalités du
stationnement, et dans le respect des mêmes règles, d’assiduité notamment.

Or, le respect d’une telle obligation scolaire, tant au niveau de l’inscription que du contrôle de
l’assiduité des « enfants du voyage », n’a rien d’une sinécure en pratique.

Ainsi, il sera tout d’abord rappelé que l’inscription des élèves constitue une attribution du
Maire, exercée au nom de l’Etat15, et consistant à dresser annuellement, avec l’aide d’une
commission municipale, la liste des enfants soumis à l’obligation scolaire dans sa commune et, si
plusieurs écoles existent, pour déterminer le ressort de chacune16 : il est donc également
compétent pour accorder ou non des dérogations à son arrêté de sectorisation.

Il sera néanmoins précisé que cette première obligation d’inscription et d’accueil peut parfois
poser de réelles difficultés dans la mesure où, selon la circulaire n°2002-101 du 25 avril 2002
relative à la scolarisation des enfants du voyage et de familles non sédentaires17, il est procédé à
l’accueil provisoire de l’enfant, même faute de présentation d’un ou plusieurs documents exigés
lors d’une inscription.

En d’autres termes, l’enfant doit être accueilli provisoirement même si la famille est hébergée de
manière provisoire sur le territoire d’une commune (seule la notion de résidence, ou plutôt de
stationnement, d’une famille sur le territoire d’une commune, et non celle de domicile, devant en
principe être prise en considération) ou qu’elle y séjourne illégalement (par exemple, en acquérant
un terrain situé en zone agricole aux fins illégales de s’installer) 18, voire même lorsque l’aire
d’accueil des familles concernées serait située dans une autre commune19 !!!.

En cas d’impossibilité absolue d’admettre l’enfant par manque de place dans l’école, seul le
directeur d’école peut alors adresser un rapport, dans un délai maximum de trois jours à compter
de la demande d’inscription à l’école, par la voie hiérarchique, à l’inspecteur d’académie du
département : celui-ci en informera le Préfet et prendra toutes dispositions utiles pour rendre cet
accueil possible.

Par ailleurs, si le contrôle de l’assiduité des enfants du voyage relève principalement des
inspecteurs d’académie lorsque ces derniers reçoivent leur instruction dans une école publique, la
loi n°98-1165 du 18 décembre 1998, modifiant l’article 16 de la loi du 28 mars 1882 sur
l’enseignement primaire, dispose que les enfants instruits dans leur famille doivent faire l’objet,
dès la première année, et tous les deux ans, d'une enquête de la mairie compétente, « uniquement
aux fins d'établir quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables, et s'il leur est donné une
instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille. »

14 Article 1er de la loi n°59-1557 du 31 décembre 1959, dite loi Debré ; voir également l’ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959, et la circulaire
n°2002-101 du 25 avril 2002 relative à la scolarisation des enfants du voyage et de familles non sédentaires.
15 CE, 28 mai 1986, Epx André, Maire de Chatillon-le-Duc.
16 Dans cette dernière hypothèse, le Maire est tenu de délivrer aux parents un certificat d’inscription prévu à l’article 7 de la loi du 28 mars 1882 sur

l’enseignement primaire.
17 BOEN n°10, du 25 avril 2002.
18 Rép. Min. n°52283 : JOAN Q 4 janvier 2005.
19 Rép. Min. n°26446 : JOAN Q 19 octobre 2004.

3
Le résultat de cette enquête est communiqué à l'inspecteur d'académie, directeur des services
départementaux de l'éducation nationale : lorsque l'enquête n'a pas été effectuée, elle est
diligentée par le Préfet.

Il est néanmoins permis de s’interroger sur l’efficacité d’un tel contrôle lorsque les familles
changent souvent de département, et qu’elles signalent rarement leur destination…

YMFL- MILON et Associés


Société d’avocats