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Université de Poitiers UFR Sciences Humaines Département Histoire de l‟art et Archéologie

L‟évolution d‟un ancien chef-lieu de cité : Carhaix (Finistère) au Moyen Age

Volume I : Texte

Mémoire de Master II de civilisation antique et médiévale Présenté par Régis Le Gall Tanguy Sous la direction de Monsieur Luc Bourgeois Année de soutenance : 2006

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Remerciements Nous tenons ici à remercier toutes les personnes qui ont pu nous apporter une aide au cours de la réalisation de ce travail : Gaétan Le Cloirec pour nous avoir reçu et parlé du Carhaix antique. Patrick Kernévez pour ses conseils et ses remarques toujours précieuses. Les différents habitants de Carhaix et de ses environs qui ont pu nous apporter leur témoignage et nous ont quelques fois, bien gentiment, ouvert leur porte. Nous penserons enfin à Luc Bourgeois qui a, une nouvelle fois, accepté de nous diriger sur un sujet portant sur une région qui l‟éloigne de ses terres de prédilection.

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Introduction
« Pour Kris il y a l‟apparence que c‟est Kerahez autrement qui est une ville très ancienne, et l‟on y découvre tous les jours des restes de sa première splendeur »1. C‟est ainsi que l‟historien mauriste Dom Lobineau évoquait Carhaix en 1707. Cette mention montre déjà bien la conscience que l‟on avait alors du passé ancien de la ville, et que nous confirme le président de Robien au milieu de ce siècle lorsqu‟il nous apprend « que l‟on y découvre tous les jours les restes d‟anciens murs de fondements de maisons, de remparts, de canaux de ciments, de puits de forme singulière, de fragments de briques et de ciments de toutes espèces, épars de tous côtés sont les témoignages de l‟antiquité de cette ville »2. Comme c‟est souvent le cas, c‟est cette origine ancienne, ce passé romain, qui va monopoliser l‟intérêt des chercheurs au cours du XIXe siècle. Nombreux sont les érudits à traiter alors, de près ou de loin, de cette ville que beaucoup n‟hésitent pas déjà à faire la capitale de la cité des Osismes. Position confortée par les nombreux vestiges mises au jour au cours de cette période3. Parmi eux, citons R. Bizeul, qui consacre deux articles aux voies romaines sortant de la ville4 ou encore E. Halléguen qui en 1863 livre une Note sur la géographie du pays des Osismes dans la revue du Congrès archéologique de France5. En 1900, l‟abbé Rolland donne même une première étude sur l‟aqueduc de Carhaix6. Le début du XXe siècle est plus pauvre en travaux, il faut attendre les années 1950 et le renouveau de l‟archéologie gallo-romaine en Bretagne initiée par P. Merlat, pour voir à nouveau l‟intérêt se concentrer sur cette ville7. Il faut évidemment citer à cette occasion, R. Sanquer qui évoqua plusieurs fois Carhaix dans sa Chronique d’archéologie antique et médiévale du Bulletin de la Société archéologique du Finistère8. Plusieurs travaux universitaires traitent aussi de la question des voies romaines sortant de la ville, le principal, concernant l‟itinéraire Rennes-Carhaix, réalisé par J.Y. Eveillard, est édité en 19759. Mais le point d‟orgue est évidemment la thèse de L. Pape sur La civitas des Osismes à l’époque gallo-romaine, éditée en 197810. L‟auteur y consacre logiquement de nombreuses pages à la ville dont il donne pour la première fois une vision d‟ensemble, qu‟il est désormais possible de replacer dans le cadre plus général de la cité dont elle est à la tête11. Ces principales conclusions sont reprises par la plupart des chercheurs dans les années 1980, décennies des grandes synthèses sur l‟Histoire de la Bretagne, avec notamment l‟ouvrage de P. Galliou intitulé l’Armorique romaine12 qui fait suite à sa thèse sur Les tombes romaines d’Armorique éditée par la suite en 198913. Plus tard, L. Pape reprendra les grandes lignes de son travail lorsqu‟il abordera Carhaix dans sa Bretagne romaine en 199514.

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Dom Lobineau, 1707, t. 1. Robien, 1974, p. 17-18. 3 Cf. l‟inventaire des découvertes fait par L. Pape, ds Pape, 1978, A-62-A-81. 4 Bizeul, 1849, p. 9-40 et Bizeul, 1851, p. 3-67. 5 Halléguen, 1863, p. 529-534. 6 Rolland, 1900, p.55-96. 7 Même si sont intérêt se concentra surtout sur la cité des Vénètes, cf. Merlat, 1981. Ce chercheur fut à l‟origine de nombreux autres travaux. Il consacra notamment un article sur la distinction Vorgium-Vorganium, cf. Merlat, 1955 (a), p. 181-201. 8 Sanquer, 1977 (a), 1978, 1980. La liste est évidemment incomplète. 9 Eveillard, 1975. 10 Pape, 1978. 11 Ibid., p. 95-101 et A-62-A-81. 12 Galliou, 1983, cf. aussi Galliou, 1991. 13 Galliou, 1989 (b). 14 Pape, 1995, p. 49-62.

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Plus récemment, le développement de l‟archéologie préventive a fait ressentir le besoin d‟un inventaire strict afin de pouvoir déterminer le potentiel des différents secteurs de la ville. La réalisation d‟une carte archéologique communale a donc été confiée à C. Hervé-Légeard qui a rendu son travail en 199415. Celui-ci fait un premier état complet des connaissances accumulées jusque-là sur le lieu, accompagné d‟une série de sondages venant compléter ces informations. Si le travail se voulait diachronique, l‟attention du chercheur s‟est néanmoins focalisée sur la période antique. Depuis, plus d‟une trentaine d‟évaluations archéologiques ont pu être réalisées pour la plupart dans le cadre de projet de construction. L‟opération la plus importante reste celle menée en 1996 à l‟occasion de la restructuration de l‟hôpital, qui nécessita la réalisation d‟une fouille de sauvetage de neuf mois, dirigée par J. F. Hillairet16. La même année, l‟opération menée sur le site des anciens établissements Le Manach par D. Pouille conduit à constater la qualité des vestiges et à déplacer le projet de construction pour conserver les découvertes. Le conseil général se porta par la suite acquéreur du terrain dans le but de mettre en valeur les vestiges. Avec le soutien de la commune, de la Région et de l‟Etat, un projet de fouille programmée, confiée à G. Le Cloirec, fut mis en place sur cette « réserve archéologique »17. L‟ensemble de ces opérations conduit à un renouvellement des connaissances sur le Carhaix antique, dont ce dernier chercheur a fait le point dans plusieurs travaux récents18. Un constat s‟impose cependant : l‟intérêt légitime pour le Carhaix antique a, en partie, occulté l‟histoire de cette ville au Moyen Age. Les travaux concernant cette période sont rares. A la fin du XVIIIe siècle, T. de la Tour d‟Auvergne faisait tout de même un point rapide dans l‟article consacré à Carhaix dans le dictionnaire d‟Ogée19. A la fin du XIXe siècle, la comtesse Jegou du Laz consacrait un article à Carhaix, son passé, ses châteaux célèbres et ses anciens monastères dans lequel elle traitait quelques point généraux sur l‟histoire de l‟agglomération à la période médiévale et surtout éditait ou résumait des actes du couvent des Augustins20. Au début du XXe siècle, P. Peyron et le chanoine Abgrall consacraient aussi quelques lignes à l‟histoire de la ville au Moyen Age à l‟occasion de l‟une de leurs nombreuses Notices sur les paroisses du diocèse de Quimper et de Léon parues dans le Bulletin Diocésain d’Histoire et d’archéologie21. Bien plus tard, le travail de l‟Inventaire sur le canton de Carhaix-Plouguer, édité en 1969, n‟accorde qu‟une place minime au Moyen Age, faute de monuments importants de cette période sur ce territoire22. Le principal travail effectué jusque-là reste donc l‟article intitulé Les origines féodales de la ville de Carhaix réalisé par J.F. Caraes en 198423. Celui-ci fait, en effet, pour la première fois, une étude d‟ensemble de l‟histoire de la ville au cours de cette période. Malgré ces défauts ce travail reste encore la principale référence sur ce sujet. Il convient sans doute aujourd‟hui de revenir sur cette question. Nos connaissances ont en effet largement progressé. L‟histoire de Cornouaille est désormais moins obscure grâce à la thèse consacrée à ce territoire entre le IX et le début du XIIIe par J. Quaghebeur24. Un travail qui impose quelques révisions concernant l‟histoire de Carhaix que l‟auteur a pu développer
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Légeard, 1994. Hillairet, Le Cloirec, 1996, Le Cloirec, 1996, p. 33-34. 17 Le programme toujours en cours a commencé à l‟été 2000. 18 Le Cloirec, 2001, Ferdière dir., 2004, p. 381-384, Le Chartrier dir., 2005, p. 12-43. 19 Ogée, 1843, p. 142-143. 20 Jegou du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 422-426, t. 2, p. 34-41. 21 Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 328-334. 22 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 12-13. 23 Caraes, 1984. p. 117-136. 24 Quaghebeur, 2002.

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dans quelques articles récents25. Des travaux universitaires concernant directement la ville sont aussi à signaler. Le principal reste le mémoire de Maîtrise réalisé en 1999 par A. Le Mével sur le rôle rentier de la sénéchaussée de Carhaix de 1539-154126. Dans celui-ci l‟étudiant donne une étude et surtout une transcription complète de ce document conservé aux archives départementales de Loire Atlantique27, qui constitue la base à tout travail sur Carhaix au Moyen Age. Même si cela reste encore rare, certaines des nombreuses interventions archéologiques menées depuis une dizaine d‟années sur la commune, apportent aussi des informations sur ce territoire au Moyen Age. C‟est donc une vision d‟ensemble de l‟histoire de la ville et de son développement à la période médiévale que nous tenterons ici de donner. Malgré le manque de source, le sujet reste vaste. Nous avons donc limité notre questionnement à trois points principaux : Premièrement, tenter de faire la synthèse de nos connaissances sur l‟histoire de l‟agglomération au Moyen Age. Un préalable essentiel qui occupera tout le développement de notre première partie. Partant d‟une présentation rapide de la cité romaine, nous essayerons de décrire les grands traits de l‟évolution de la ville par la suite mais aussi de l‟ensemble des espaces de pouvoir venant se structurer autour d‟elle (paroisse, pagus du Poher, archidiaconé, doyenné, etc.). Le manque de sources criant pour certaines périodes nous empêchera cependant de faire une présentation concrète de l‟agglomération. C‟est le cas pour le haut Moyen Age, période pourtant cruciale que nous ne pouvons guère aborder dans le détail pour Carhaix puisqu‟une seule mention semble pouvoir s‟y rapporter. Nous nous intéresserons donc plus particulièrement à la paroisse primitive de Plouguer, née sur ce territoire, et au pagus du Poher qui semble lié à cette dernière. Il en sera de même pour les XIe-XIIe siècles, où l‟agglomération n‟apparaît encore que très rarement. Ce n‟est finalement qu‟avec le bas Moyen Age que les informations se font plus nombreuses. Le rôle rentier vient nous offrir une première vision d‟ensemble de la ville dans le second quart du XVIe siècle, soit au tout début de l‟époque moderne. Le second point traité, correspondant à notre deuxième partie, consistera en un inventaire des monuments, des structures et des infrastructures de la ville médiévale. L‟enquête assez large s‟intéressera à la fois à la question des fortifications, avec l‟ancien château, mais aussi des édifices religieux ; nous penserons avant tout à l‟église paroissiale Saint-Pierre de Plouguer ou la collégiale Saint-Trémeur, aux infrastructures économiques comme les halles ou encore l‟habitat privé. Beaucoup de ces monuments ayant disparus, notre travail fera une place importante aux informations données par les sources écrites et lorsqu‟elles existent, aux découvertes archéologiques. Le dernier point consistera en une analyse morphologique de la ville que nous développerons à l‟occasion de notre troisième partie. Cette méthode, encore relativement inconnue en Bretagne mérite sans doute une présentation particulière. Elle a pour fondement une idée qui n‟est pas nouvelle, celle de considérer le plan comme une source privilégiée de l‟histoire d‟une ville28. Elle se base sur le repérage, sur cadastre napoléonien, de la disposition des édifices majeurs, les unités de plan et les structures dynamiques pouvant révéler d‟importantes informations sur le développement de la ville. L‟intérêt de ce type de travail a été montré,
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Quaghebeur, 2001, Le Chartrier dir., 2005, p. 47-73. Le Mével, 1999. 27 A.D.L.A., B 1103. 28 Cf. La présentation historiographique de cette méthode faite par E. Zadora-Rio ds Gaulthier, Zadora-Rio, Gallinié dir., 2003, p. 13-27.

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entre autres, par les études menées sur la Normandie par B. Gaulthiez, sur l‟Anjou par E. Zadora-Rio29 ou sur le Poitou et l‟ouest Parisien par L. Bourgeois30. En Bretagne, certains chercheurs n‟ont pas manqué évidemment de s‟interroger sur le parcellaire. C‟est le cas par exemple de J. Y Tinevez pour le monde rural31. Ce type d‟étude est, par contre, relativement rare pour les agglomérations. Le seul travail pouvant se rapprocher de cette démarche restant celui mené par N. Cozic sur Rennes32. A contrario certains chercheurs se portent même en faux face à ce type de méthode. C‟est le cas de J. P. Le Bihan qui a récemment fait sienne la remarque de J. Heers pour qui « le recours systématique au parcellaire actuel ou même aux plans et cadastres descriptifs de l‟époque moderne est, il faut en convenir, de mauvaise méthode et ne devrait être envisagé qu‟au prix de grandes précautions. Mieux vaudrait s‟en passer complètement et les auteurs qui, délibérément ou tacitement, acceptent l‟idée d‟une permanence de ce parcellaire et dessinent un tissu calqué sur celui d‟aujourd‟hui ou d‟hier ne peuvent remporter l‟adhésion »33. Ce type de réflexion reste cependant excessive ; chacun conviendra qu‟un plan cadastral du XIXe siècle n‟est pas celui de l‟agglomération médiévale, son analyse peut cependant révéler des indices sur son occupation antérieure. A Carhaix, comme dans toute autre ville, ce type de travail a ses limites. Elles sont peut-être plus marquées ici puisque le manque de sources écrites empêchent bien souvent d‟apporter des hypothèses sur la datation des formes du parcellaire.

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Ibid., p. 299-348. Bourgeois dir., 2000. 31 Tinevez, 1980. 32 Cozic, 1998. 33 Le Bihan, Villard, 2005, p. 53.

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Première partie : Carhaix, ville et centre de pouvoir au Moyen Age

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1.1Contraintes et avantages du site de Carhaix
Carhaix se situe dans le Poher, important territoire de la Cornouaille, enserré entre les Monts d‟Arrée au nord et les Montagnes noires au sud (fig. 1). Au centre de ce vaste espace, l‟agglomération s‟implante sur un plateau s‟allongeant sur 1 km du nord au sud et 3 km d‟est en ouest (fig. 2) Le relief est ici très varié, mais la ville historique occupe seulement une colline dont l‟altitude culmine à 145 m. Cette hauteur est limitée au nord par la profonde vallée de l‟Hyères (situé à 78-81 m d‟altitude) qu‟elle rejoint par une pente abrupte. La descente est plus progressive vers l‟ouest où le plateau se divise en deux collines séparées par un talweg. A l‟est, au contraire, le relief s‟accentue et forme deux hauteurs, la première au nord atteignant 155 m, la seconde plus à l‟est culminant à 169 m. Au sud enfin le plateau est limité par la vallée formée par le ruisseau de la Madeleine34. Ce n‟est donc pas le sommet le plus important qui a été choisi pour l‟implantation de la ville. Le choix s‟est au contraire porté sur une hauteur moindre mais aussi plus large dont l‟altitude stable (140 m entre l‟ancienne collégiale Saint-Trémeur et le château) permet le développement, sans grande contrainte, d‟une agglomération. L‟Hyères dont la vallée formera la grande limite d‟extension de la ville au nord est le principal cours d‟eau alimentant la commune de Carhaix-Plouguer. Il s‟agit d‟une rivière prenant sa source plus à l‟est, au lieu dit de la croix Kerman, entre Callac et Belle-Isle en terre avant de longer les territoires de Carnoët, Treffin, Carhaix, Kergloff et enfin Cléden-Poher où elle rejoint l‟Aulne. Bien que le cours d‟eau soit éloigné de 800 m du centre-ville, son accès est rendu malaisé par cette forte dénivellation de plus de 60 m qui explique en partie la construction d‟un aqueduc à la période romaine. Sur le territoire de la commune actuelle, la rivière est alimentée par deux ruisseaux. Le premier au nord-est sépare la paroisse de Plouguer de sa trêve Treffin35, tandis que le second au sud passe en contrebas de la ville où il s‟étend depuis Kerampuil jusqu‟à Moulin du Roy où il rejoint l‟Hyères. A l‟ouest de l‟agglomération se trouvaient aussi deux petites sources la Réguine et la Frout aujourd‟hui disparues. Au sud enfin, coule une rivière dont le tracé a été repris par le canal de Nantes à Brest, ouvrage titanesque commencé sous Napoléon Ier et dont la construction est terminée au niveau de Carhaix en 183436. Du point de vue géologique la ville se situe au centre du bassin carbonifère de Châteaulin composé pour l‟essentiel de formations schisteuses associées à des dépôts gréseux (fig. 3). Ces schistes de teinte bleue ont souvent été jugés comme « des matériaux de construction médiocres»37 du fait de leur fissilité qui les rend impropres à la taille. Ils sont cependant idéals pour fournir en très grande quantité des moellons plats ou des ardoises38. Dans ces formations affleurent aussi divers grès caractérisés par leur teinte verdâtre qui sont susceptibles de fournir des moellons mais aussi des pierres de taille. Mais le trait géologique principal de la région de Carhaix est l‟absence totale de granite, caractéristique qu‟elle est la seule ville du Finistère à présenter avec Châteaulin. Son éloignement de ces formations reste néanmoins relatif puisque ces roches affleurent à quelques kilomètres au nord-ouest dans le massif d‟Huelgoat, au nord34

C‟est l‟appellation proposée par C. Légéard pour ce cours d‟eau pour lequel nous ne retrouvons pas de nom dans la documentation, cf. Hillairet, 1996, vol. Annexe, p. 7. 35 Ce ruisseau ne possède pas aussi de nom, nous reprendrons l‟appellation que lui donne C. Légéard, cf. ibid., p. 7 36 Commencé en 1806 en Loire Atlantique, les travaux sont un temps arrêtés à la chute de l'Empire. Ils reprendront finalement en 1820 pour être achevés en 1842, cf. Le Chartrier, 2005, p. 156-157. 37 C‟est l‟expression utilisée par L. Pape dans sa thèse sur la cité des Osismes cf. Pape, 1977, p. 96. 38 Chauris, 2001, p. 529.

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est dans celui de Quintin, au sud-est dans celui de Rostrenen-Plélauff, mais l‟on retiendra surtout les leucogranites d‟au-delà des Montagnes Noires avec le gisement de Langonnet qui a alimenté la ville antique39. Pour terminer, il faut noter la présence de mines de plombargentifère dont les trois pôles principaux se situent à Plounévézel à 10 km de Carhaix, Huelgoat-Locmaria-Berrien à 7 km et Plélauff à 25 km. Même si elle n‟est pas attestée, l‟exploitation ancienne des deux premiers paraît très vraisemblable40. A la fin du Moyen Âge, le rentier d‟Huelgoat cite « l‟entrée de la myne, cernee de deux coustés sur le bois de ladite forest, d‟ung bout le curaige de ladite myne, d‟aultre bout devers le nort le vieil moulin de ladite myneé »41. Elle est par contre assurée à Plélauff où des datations radiocarbones ont fourni pour les boisages de la mine de Pont-Névez quatre datations (1312-1021 cal BC, 349 B.C- 6 cal A.D, 244-881 cal A. D et 637-1037 cal A.D) qui démontrent son utilisation depuis l‟âge du bronze jusqu‟au haut Moyen Âge42.

1.2Vorgium, chef-lieu de la cité des Osismes
1.2.1 La naissance de Vorgium Comme le notait P.R Giot en 1969, Carhaix et sa région n‟ont été occupés que tardivement par les hommes de la Préhistoire, sans doute en raison de leur éloignement de la mer. Les analyses de pollen menées sur la tourbière du Menez-Cam en Spézet en 1963 ont d‟ailleurs démontré que la déforestation de cette zone n‟a vraiment débuté qu‟à la fin du IIIe millénaire43. Autour de Carhaix il existe un certain nombre de monuments témoignant de l‟occupation de ce territoire à cette période : citons les allées couvertes du Pellem en Motreff ou celle de Kerbasquet en Spézet. L‟âge du bronze (et particulièrement le bronze moyen) est plus présent encore dans cette zone qui compte de nombreux tumulus de cette période, notamment à Kerhorre en Saint-Hernin et Kerfers en Spézet. L‟âge du fer est par contre peu représenté. Parmi les découvertes importantes, signalons la mise au jour d‟une structure excavée, probable souterrain, remontant au IVe siècle av. J.C au cours de la fouille de l‟hôpital de Carhaix. Dans les alentours nous comptons quelques trésors monétaires gaulois découverts à Poullaouen et un peu plus loin à Duault44. Mais à notre connaissance, aucun vestige appartenant à la fin de la période gauloise n‟a pu être retrouvé jusqu‟à maintenant à l‟emplacement de l‟agglomération et de son environnement proche. Il n‟existe aucun oppidum ou habitat fortifié à proximité : le célèbre camp d‟Artus à Huelgoat se situe à environ 17 km au nord et le camp de Paule occupé du VIe au milieu du Ier siècle av. J.C. à 12 km au sud-

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Ibid., p. 532-533. Les recherches de M. Tuarze, J.Y Eveillard et L. Chauris ont permis d‟identifier une carrière antique à Locuon cf. Eveillard et alii, 1997. 40 Monot, Le Guern, 2001, p. 511. 41 Dreyer, 1999, p.102. 42 Sanquer, 1977 (b), Giot et alii, 2003, p. 207-208. Comme à Locronan, il y a peut être un lien entre cette exploitation des mines au haut Moyen Age et le site aristocratique de Castel-Cran cité en 871 : Castel Cran usque in Blauet, cf. Cartulaire de Redon (a), acte CCXLVII, p. 198. Notons que contrairement à ce qu‟affirmait C. de Keranfec‟h, la monnaie découverte sur le site à la fin du XIXe n‟est pas une « obole d‟Erispoé » datant de 851-877 mais un denier manceau du Xe ou XIe, cf. Keranfec‟h-Kernezne, 1891, p. XXI-XXII, , Cassard, 1999, p. 37, note, 16. Les fortifications existant aujourd‟hui datent elle pour l‟essentiel du Moyen Age central, cf. Guigon, 1994, p. 28-29. 43 Mussat dir. , 1969, p. 9. Ces analyses ont été menées par le laboratoire du pr. W. Van Zeist sur les pollens des tourbières du Menez Cam dans les Montagnes Noires et celles de Saint-Michel de Brasparts et du Cloître-SaintThégonnec dans les Monts d‟Arée, cf. Giot, 1977, p. 97-98, Cassard, 1990, p. 103. 44 Pape, 1995, p. 50.

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est45. L‟agglomération gallo-romaine est donc une création ex nihilo résultant d‟un choix délibéré de l‟administration romaine dont L. Pape et plus récemment J. Y. Eveillard ont tenté de donner une explication46. Ces deux chercheurs ont mis en avant la position centrale de la ville dans la cité des Osismes47 (fig. 4). Pour L. Pape, ce choix pourrait révéler la volonté des autorités romaines de fédérer autour de l‟agglomération des pagi quasi autonomes jusque-là48. Mais d‟autres raisons ont pu jouer. A commencer par la topographie du lieu, un important plateau qui offre un cadre favorable au développement de l‟urbanisme romain. Ce site est, de plus, proche de deux grands axes « gaulois », l‟un au sud qui se ramifie en deux branches au niveau de Paule49 et un second au nord repéré par S. Le Pennec à proximité du camp d‟Artus50. L‟époque à laquelle a été fondée la ville est encore inconnue. Le mobilier le plus ancien retrouvé jusqu‟à présent date pour l‟essentiel des environs de 10-20 ap. J.C51. Bien souvent cependant ces vestiges n‟ont pas été retrouvés dans des niveaux d‟occupation. C‟est le cas pour une large part du mobilier céramique ancien comme les céramiques sigillées lyonnaises ou les amphores Pascual I. Cette situation renforce l‟intérêt du quartier découvert lors de la fouille du centre hospitalier qui commence à prendre forme au cours du Ier siècle ap. J.C52. Ces datations restent assez proches d‟autres villes de l‟ancienne Armorique comme Condate (Rennes), Darioritum (Vannes) ou Corseul qui connaissent aussi leur premier développement au début du Ier siècle53. Il n‟existe aucune source écrite ou épigraphique nous renseignant sur le statut de cette ville à la période romaine. Sa position de chef-lieu de cité ne fait pourtant aucun doute à en juger par la densité des découvertes, l‟extension qu‟atteignait l‟agglomération et l‟important réseau routier qui s‟y rattache. Le nom porté par la ville dans l‟Antiquité a fait longtemps débat chez les historiens. Nombreux sont les articles de la fin du XIXe siècle et d‟une large part du XXe siècle qui ont traité de près ou de loin de cette question54. Le problème vient ici des informations contradictoires données par les deux sources principales utilisées pour répondre à cette interrogation. La première est la Géographie de Ptolémée au IIe siècle qui cite Vorganium comme capitale de la cité des Osismes. La seconde est la célèbre Table de Peutinger au IIIeV e siècle (fig. 5) qui ne cite aucun Vorganium mais un Vorgium placé sur l‟axe Darioritum(Vannes)-Gesocribate (?)55. La distance indiquée entre Vorgium et Vannes (XX+
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Maguer, 1996, p. 115-116, Menez, Arramond, 1997. Les sites ayant pu abriter un tel habitat ne manquent pas sur la commune à commencer par la colline dominant la ville au nord-est qui forme un éperon barré enserré par l‟Hyères. 46 Pape, 1995, p. 50, Eveillard, 2001. 47 L. Pape est le dernier chercheur à s‟être intéressé en détail à la reconstitution du territoire de la cité des Osismes. Par une étude attentive des textes, des limites des évêchés, de la toponymie et des obstacles naturels, il restitue un vaste espace de plus de 10 000 km2 dont la frontière orientale débute au nord par la rivière du Couët dont elle suit le cours pour rejoindre l‟Oust, elle épouse alors le tracé de celle-ci sur plusieurs kilomètres avant de gagner la vallée de l‟Ellé qui forme sa limite méridionale, cf. Pape, 1978, p. 19-42, Pape, 1995, p. 2229. 48 Ibid., p. 51. 49 Eveillard et alii, 1997, p. 76. 50 Eveillard, 2001, p. 61-62, Le Pennec, 2002, p. 35-41. 51 Eveillard, 2001, p. 64. 52 Le Cloirec,2001, p. 80. 53 Fichet Clairefontaine, Kerebel, 1989, Galliou, 1991, p. 28-30, Pape, 1995, p. 41-78. 54 Halléguen, 1863, p. 529, Le Men, 1875, Lot, 1900, p. 388-389, Merlat, 1955, etc. 55 J. Y. Eveillard a récemment proposé d‟indentifier Gesocribate avec la pointe Saint-Mathieu mais celui-ci n‟avance aucun argument décisif, cf. Eveillard, 1995, p.28-29. Le lieu est il est vrai relié à la voie romaine menant vers Kerilien-Plounéventer, mais l‟on peut se demander s‟il ne s‟agit pas d‟un embranchement né à la suite l‟établissement de l‟abbaye bénédictine dans la première moitié du XIIe siècle (ce que n‟écarte d‟ailleurs pas le chercheur). Sur le problème de la date d‟édification du monastère, cf. Guillotel, 1995.

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XXIV lieues soit 97 km) correspondant approximativement à celle entre Carhaix et le cheflieu Vénète par la voie romaine (104 km), il a semblé logique d‟identifier celui-ci à la ville56. La découverte au cours du XIXe siècle de deux bornes miliaires apporte ici des informations supplémentaires (fig. 6). La première retrouvée in situ en Kerscao-kernilis porte la mention terminale VORGAN MPV II, III ou IIII, en laquelle il est facile de voir Vorganium. Il pose cependant le problème de la distance qui, bien que partiellement effacée, ne peut pas correspondre à celle séparant la borne de Carhaix57. La seconde borne miliaire découvert à Maël-Carhaix porte l‟indication A VOR. GLEUG VI soit a Vorgio leugae VI. Celle-ci a par contre certainement été déplacée et devait se trouver plus au nord le long d‟une voie romaine à 0, 9 km du lieu de découverte. La distance indiquée sur la borne semble bien correspondre avec Carhaix et confirmerait son identification à Vorgium. L. Pape semble, pour l‟instant, avoir résolu le dilemme des historiens en proposant d‟identifier Vorganium à l‟agglomération secondaire de Kerilien-en-Plounéventer, ce que n‟interdit pas la borne miliaire de Kerscao-enKernilis. Ptolémée aurait ainsi confondu celle-ci avec Vorgium qui serait bien Carhaix comme semblent le corroborer la table de Peutinger et la borne de Maël-Carhaix58. Ce nom Vorgium, s‟il présente une terminaison latinisée, provient de la racine celtique uerk ou uerg qui « a eu le sens d‟agir, de travailler, d‟accomplir de façon vive ou même violente »59. De ce vocable proche de l‟anglais work et de l‟allemand werk 60 dérive le terme germanique werki « ouvrage fortifié » dont le sens serait proche de celui de Vorgium suivant L. Fleuriot61. Une proposition qui pose quelques questions autour de l‟origine de la ville, L. Pape et J. Y. Eveillard voyant dans cette traduction l‟indice de l‟installation d‟un camp romain sur les lieux au moment de la Guerre des Gaules62. Cette hypothèse d‟une succession entre une installation militaire temporaire et une nouvelle ville a déjà été formulée pour d‟autres chefs-lieux de cités de la Gaule comme Autun, Angers ou Sens63. Elle paraît dans notre cas encore bien audacieuse à la vue de nos connaissances actuelles du site. 1.2.2 Quelques aspects de l‟urbanisme carhaisien au Haut Empire Les recherches menées récemment permettent de mieux cerner la topographie et l‟urbanisme du Carhaix antique. Elles autorisent ainsi une estimation plus précise de la superficie que celle qu‟avait pu proposer P. Galliou en 198964. Suivant G. Le Cloirec l‟agglomération atteignait environ 100 à 130 hectares de superficie (fig. 7)65. Son extension maximale à l‟est est marquée par la nécropole de Kerampest qui a été fouillée par P. du Châtellier à la fin du XIXe siècle. Au sud, la ville ne semble pas s‟être étendue très loin au-delà des rues principales de l‟agglomération actuelle. Au sud-ouest, dans le quartier de la Madeleine, une seconde nécropole est d‟ailleurs identifiée66. A l‟ouest les opérations récentes permettent de supposer que le secteur de l‟hôpital fouillé de 1995 à 1997 se trouvait en périphérie de Vorgium. Des
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Pape, 1978, p. 32. Ibid., p. 33. A. la Borderie avait proposé pour résoudre ce problème de lire MP X LVII ce qui permet de faire coïncider Carhaix et Vorganium., cf. La Borderie, Pocquet, 1998, t. 1, p. 105. Pour l‟historien Vorgium et Vorganium désigne un seul est même lieu. Même si elle est abandonnée une telle hypothèse ne semblait pas si improbable puisqu‟ils existent d‟autres agglomérations gallo-romaines dont le nom connaît des orthographes différentes. 58 Ibid. p.33-34. 59 Fleuriot, 1955, p. 394. 60 Eveillard, 2001, p. 59. 61 Fleuriot, 1981, p. 185-186. 62 Pape, 1995, p. 49-51, Eveillard, 2001, p. 61. 63 Bedon, 1999, p. 185-188, Eveillard, 2001, p. 61. 64 Galliou, 1989(a), p. 43. 65 Le Cloirec, 2001, p. 85. 66 Legeard, 1994, p. 76.

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sépultures isolées ont déjà ainsi pu être mises au jour au niveau du boulevard Jean Moulin67, et, à Kerdaniel au nord-ouest une opération menée à la fin des années 1970 a permis de découvrir un petit bâtiment qu‟il est aujourd‟hui possible d‟interpréter comme un monument funéraire. Comme le notait C. Legeard en 1994, la ville romaine ne semble pas s‟être étendue au nord au-delà du cimetière actuel68. La forte dénivellation du plateau en direction de l‟Hyères explique ce fait. Une telle rupture ne pouvait être qu‟un obstacle au développement d‟un urbanisme régulier. Cependant la question de l‟existence au Petit-Carhaix d‟un noyau d‟habitat antique important, au franchissement de la rivière reste posée69. Aucune découverte n‟a cependant été faite dans ce secteur. Nous pouvons seulement signaler la mise à jour à sa proximité, lors de la construction de la rue des abattoirs à la fin du XIXe siècle « à une certaine profondeur jusqu‟à 2 ou 3 couches épaisses de cendres séparées entre elles par des nappes de terre transportée »70. Le chercheur ne doit pas ici perdre de vue que cette restitution des limites de la ville reste encore dans le détail assez flou et surtout que cette extension correspond seulement à l‟état de développement maximum du Carhaix antique qui n‟est pour l‟instant pas daté. Il est probable que l‟occupation de cet espace fut fluctuante. L Antiquité tardive marque sans doute comme dans toutes les autres cités de la Gaule une restriction du cadre urbain même si les fouilles de l‟hôpital montrent que des quartiers périphériques sont encore occupés au IVe siècle71. Notre connaissance de l‟urbanisme de Carhaix reste aujourd‟hui très imparfaite. La restitution de son organisation interne n‟a longtemps été permise que par l‟étude du cadastre napoléonien dont les grandes régularités ont été interprétées comme l‟héritage de la ville romaine72. La découverte récente d‟une dizaine de rues lors d‟interventions préventives est venue apporter un indice supplémentaire sur l‟organisation de celle-ci73. Le regroupement de ces deux témoignages de natures différentes semble bien se compléter et autorise la restitution d‟une trame urbaine régulière formée par une série de rues perpendiculaires et fondée sur un système prenant pour mesure de référence une unité proche de l’actus quadratus (fig. 8)74. Nous reviendrons plus amplement sur cette question par la suite. Nous possédons peu d‟informations sur le paysage monumental de Vorgium. Le forum n‟a pas pu être découvert jusqu‟à présent et sa localisation supposée à proximité du croisement des rues Brizieux et G. Lambert (autrefois interprétées par L. Pape comme respectivement le cardo et le decumanus maximus75) ne peut être considérée qu‟à titre d‟hypothèse. Aucun édifice de spectacle n‟a pu être identifié et les lieux susceptibles d‟abriter un théâtre ne manquent pas à Carhaix 76. Pour l‟heure nous ne connaissons pas non plus de temple. Il faut cependant souligner le cas de l‟ouvrage découvert à Kerdaniel (fig. 9) à la fin des années 1970, que le fouilleur a interprété à l‟origine comme un fanum77. L‟édifice de plan carré de 3,20 m de côté, entouré d‟un couloir de circulation de 1 mètre de largeur, présentait en son centre un foyer. Faussement daté du Ier siècle par R. Sanquer, l‟ouvrage remploie des blocs sculptés qui, suivant l‟analyse d‟Y. Maligorne appartiennent à la seconde moitié du IIe siècle. A en suivre l‟avis de ce dernier l‟ensemble des caractéristiques de l‟ouvrage ferait plus penser à un monument funéraire qu‟à

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Galliou, 1989(a), p. 47, Chartrier dir., 2005, p. 17-18. Legeard, 1994, p. 70. 69 Le Chartrier dir, 2005, p. 18. 70 Rolland, 1900, p. Pape, 1978, A-76. 71 Le Cloirec, 2001, p. 81. 72 Pape, 1978, p. 96-97, Legeard, 1994, p. 77-81. 73 Le Cloirec, 2001, p. 85, Le Chartrier dir., 2005, p. 19-20. 74 Le Cloirec, 2001, p. 85. 75 Pape, 1978, p. 97. 76 Le Chartrier dir., 2005, p. 22. 77 Sanquer, 1977 (b), p. 38-44.

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un ancien sanctuaire78. Il existe, par contre, au moins quatre secteurs susceptibles d‟abriter un établissement thermal : au nord-ouest de l‟ancienne collégiale Saint-Trémeur, au nord de la place des Droits de l‟Homme, au sud de la mairie et à l‟est du champ de foire79. Les témoignages anciens que nous possédons sur ces secteurs restent cependant trop imprécis pour déterminer avec assurance s‟il s‟agit bien d‟un monument public ou simplement d‟hypocaustes appartenant à des habitats privés. La découverte au champ de foire d‟un escalier monumental lors d‟une intervention en février 2004, apparaît néanmoins pour G Le Cloirec comme un argument supplémentaire à l‟identification d‟un important établissement thermal dans ce secteur80. De nombreuses interventions ont permis de découvrir des blocs sculptés, remployés dans des constructions romaines postérieures et une étude récente menée par Y. Maligorne, a montré la qualité du décor architectonique de certains d‟entre eux. Il semble tout a fait logique d‟attribuer une partie de ces blocs à d‟anciens édifices publics détruits81. En vérité, le seul monument bien connu aujourd‟hui du Carhaix antique reste l‟aqueduc. Ce dernier avait déjà été l‟objet de deux études par l‟abbé Rolland en 190082, puis E. Guyomard en 198083, mais le programme de recherche qu‟ont pu mener sur celui-ci A. Provost et B. Leprêtre entre 1993 et 199884 en a considérablement renouvelé la connaissance. L‟aqueduc prend son origine dans les communes de Paule et Glomel à partir desquelles il emprunte un tracé sinueux sur 27 km suivant une pente moyenne de 0, 27 m (fig. 10). La volonté d‟éviter les obstacles et d‟acheminer l‟eau plus facilement a même obligé à quelques prouesses techniques. Ainsi si les vallées des ruisseaux de Pont-Cam et Roc‟h-an-Brurtul sont contournées, la croupe de l‟interfluve qui les sépare au lieu-dit kervoaguel en Le Moustoir a été négociée par la construction d‟un tunnel long de 0,9 km. Enfin et surtout la forte dépression qui marque l‟entrée de la ville à Kerampest a obligé la réalisation d‟un pontaqueduc de près de 0,9 km de long dont aucun vestige n‟a subsisté. La distribution de l‟eau dans les quartiers de la ville est par contre méconnue mais son réseau devait s‟organiser depuis un bassin répartiteur (castellum divisiorum) situé à proximité de l‟actuelle rue de l‟aqueduc. La grande découverte de ce programme de recherche reste la reconnaissance par photographie aérienne d‟une conduite plus petite doublant l‟aqueduc à 11 km de l‟agglomération qui a pu être suivie sur près de 6,2 km. Les époques de construction de ces deux aqueducs ont pu être estimées par l‟étude des lots de tessons de céramiques réutilisés dans le tuileau de cuvelage des canalisations. L‟ouvrage le plus ancien correspond au plus petit des deux aqueducs et daterait de l‟époque flavienne, le second plus important n‟étant construit qu‟à la période sévérienne. L‟habitat longtemps méconnu commence à être bien mieux appréhendé grâce aux interventions récentes menées par G. Le Cloirec, entre autres sur le centre hospitalier et la réserve archéologique située au niveau des anciens entrepôts Le Manac‟h. Ils nous offrent une première idée des grandes évolutions de la ville dans l‟Antiquité85. Il n‟est pas dans notre propos de présenter en détail les résultats de ces différentes opérations et nous nous contenterons ici de prendre l‟exemple du site de l‟hôpital dont nous donnerons seulement les grandes lignes de l‟évolution au cours du Haut Empire. Comme nous l‟avons précisé, la phase la plus ancienne repérée sur les lieux correspond à un souterrain du IVe av. JC. Une occupation de l‟âge du fer qui fut sans suite puisqu‟il faut attendre le Ier siècle de notre ère
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Eveillard dir., 1997, p. 94. Pape, 1998, A-71-72, A 77-78, Le Chartrier dir., 2005, p. 22. 80 Ibid., p. 22-23. Un tel ouvrage pourrait aussi faire penser à un temple. C‟est sans doute les nombreuses découvertes d‟hypocaustes dans ce secteur au XIXe siècle qui incite le chercheur à cette proposition. 81 Eveillard dir., 1997, p. 85-99. 82 Rolland, 1900. 83 Guyomard, 1980. 84 Provost, Leprêtre, 2000, Provost, 1999. 85 Pouille, 1996, Hillairet, 1996, Le Cloirec, 2001, p. 80-84.

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pour voir réapparaître une occupation humaine. Cette phase est importante puisqu‟elle témoigne du premier développement urbain de Vorgium. Le secteur est alors organisé autour de trois rues déterminant une série d‟îlots dans lesquels s‟installent de premières constructions encore modestes regroupant habitations mais aussi ateliers. Le IIe siècle marque un développement du quartier avec la construction de bâtiments plus importants dont beaucoup semblent avoir abriter un commerce. La fin du IIe et le début du IIIe siècle montrent la récession de ce secteur de la ville. Plusieurs constructions sont détruites, d‟autres ne sont plus entretenues et les caniveaux sont abandonnés. Ces difficultés du quartier ne sont cependant que de courte durée puisque de nouveaux bâtiments sont construits au cours de la période sévérienne. Une évolution qui marque le changement de vocation progressive du quartier du commerce vers les grandes résidences. Celui-ci connaît son apogée au IVe siècle avec la construction d‟une grande domus sur laquelle nous reviendrons86. Concernant le site de la réserve archéologique toujours en cours de fouille aucun résultat détaillé n‟a logiquement été publié jusqu‟à présent (fig. 11)87. Cette zone protégée à la suite d‟une intervention préventive en 199688 est en effet l‟objet d‟une fouille programmée menée par G. Le Cloirec depuis 2000. Là encore le site correspond à un quartier organisé autour d‟une rue est-ouest repérée sur 70 m qui a conditionné l‟installation de différents bâtiments au cours de l‟histoire de la ville romaine89. Parmi les découvertes importantes signalées par le fouilleur, on retiendra surtout celle de la fontaine située au nord de la voie qui a été l‟objet d‟une étude détaillée90. A Vorgium comme dans toutes les agglomérations gallo-romaines les morts ont été rejetés à l‟extérieur de la cité comme le préconise la loi des douze tables. Jusqu‟à présent deux principales nécropoles ont été repérées à Carhaix : l‟une au sud-ouest dans le quartier de la Madeleine91 et l‟autre au nord-est à Kerampest. Cette dernière a été fouillée en 1898 par P. du Châtellier et a permis la découverte de 416 urnes cinéraires92. Nous sommes évidemment mal renseigné sur la chronologie de la nécropole mais nous savons par contre que celle-ci était organisée avec des urnes enterrées à une faible profondeur suivant une ligne nord-sud qui serait perpendiculaire à la voie Carhaix-Rennes qui passe à sa proximité. Pour terminer, précisons que, comme pour les autres cités de la Gaule, Carhaix devait être entouré d‟une série de villae chargées d‟assurer son approvisionnement. Un seul établissement agricole important, celui de Persivien, est cependant connu jusqu‟à présent. Fouillé par R. Sanquer, ce site a en effet livré une série de trois bâtiments enserrée par un mur d‟enclos qui était probablement relié par un chemin dallé à la voie Rennes Carhaix. L‟étude du mobilier contenu dans les différentes fosses de l‟établissement a permis au fouilleur de situer son occupation entre le Ier et IVe siècle93.

1.3La destinée d‟une capitale éphémère : Carhaix au cours de l‟Antiquité tardive et du haut Moyen Age (IVe-Xe siècle)
1.3.1 La situation de la ville au Bas Empire

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Ibid., p. 80-81. Il existe plusieurs rapports de fouilles au S.R.A. Bretagne mais nous n‟avons pas eu le temps de les consulter. 88 Pouille, 1996. 89 Le Cloirec, 2001, p. 81-84. 90 Le Chartrier dir. 2005, p. 28-29. 91 C‟est C. Légeard qui emploie le terme de nécropole pour ce site, les découvertes le concernant ne sont pourtant pas nombreuses, cf. Galliou, 1989 (a), p. 47. 92 Châtellier, 1900, Pape, 1978, p. 158-171 et A-68 -70, Pape, 1995, p. 193. 93 Galliou, 1989 (a), p. 46.

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1.3.1.1 Les observations archéologiques Comme toutes les autres cités de la Gaule, Carhaix n‟a pas échappé au mythe historiographique de la décadence romaine et au prétendu lot de destructions qu‟elle a apporté. Certains chercheurs n‟ont pas hésité à parler d‟abandon ou même d‟incendie général de la ville au Bas Empire, hypothèses que l‟on retrouve encore exprimées dans quelques travaux récents94. Les découvertes archéologiques renvoient pourtant une image bien plus nuancée de la situation de l‟agglomération à cette période encore difficile de cerner dans le détail. La cité des Osismes comme les autres civitates de la Gaule romaine semble avoir ressenti les conséquences de la célèbre crise du IIIe siècle. Ici, comme ailleurs, les nombreux enfouissements monétaires en constituent le témoignage le plus remarquable. L. Pape en a compté 50 sur le territoire Osisme dont la majeure partie a été cachée dans les années 27028295. Carhaix n‟a pas échappé au phénomène, puisque deux trésors ont été découverts dans l‟agglomération. Le premier a été étudié par M. Grimoult et plus récemment par D. Pouille96. Il contenait pas moins de 422 monnaies toutes comprises entre 253 et 28297. Le lieu de sa découverte n‟est pas connu, mais G. Le Cloirec a signalé la mise au jour en 1942 d‟un vase contenant un trésor monétaire pouvant lui correspondre à la Place de la Tour d‟Auvergne98. Un second « trésor » a été découvert au cours de la fouille du centre hospitalier. Il se composait de 57 monnaies à l‟effigie de l‟empereur gaulois Tétricus et datait des années 27029099. Le lot a été retrouvé dispersé sur le sol d‟un péristyle mais pourrait provenir, suivant le fouilleur, d‟une cachette dans la charpente100. D‟autres indices démontrent les difficultés de l‟agglomération à cette période. Parmi celles-ci les traces de destruction du site de Park ar Frout au niveau du cimetière actuel ont souvent été mises en avant. Sa fouille est pourtant ancienne puisqu‟elle remonte à 1891101. La publication de cette découverte ne donne aucune description des bâtiments mais signale la mise au jour « d‟une couche de cendre et de charbon provenant d‟un vaste incendie ». Du mobilier découvert sur le site, le chercheur a surtout retenu jusqu‟à maintenant la présence de 58 monnaies (comprises entre Claude et Constantin Ier ) et les trois plats en bronze retrouvés à l‟un des angles de « l‟appartement »102. En se basant sur l‟analyse des monnaies, L. Pape a supposé une occupation continue des lieux, jusqu‟à Aurélien, les deux monnaies postérieures correspondant à une réutilisation partielle et, sans doute, de courte durée. Selon lui, « La présence [...] de trois plats en bronze [...] est révélatrice de la hâte des habitants et de leur non retour sur place après les troubles »103. Une telle reconstitution paraît cependant bien audacieuse, nous n‟avons aucune information sur le contexte stratigraphique de ces découvertes, et bien malin est celui qui pourrait rapporter les différentes monnaies à une quelconque phase de l‟histoire du bâtiment. C‟est sans doute aussi cette fouille qui est à l‟origine de l‟idée d‟un vaste incendie touchant la capitale au BasEmpire. Comme toujours il s‟agit là d‟un bel exemple de généralisation excessive à partir
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Caraës, 1984, p. 119, Kernévez, 1997, p. 53. Pape, 1978, p. 198-204 et 235-237, Pape, 1995, p. 245. 96 Pape, 1978, A-79, Le Chartrier dir., 2005, p. 37. 97 Pape, 1978, A-79. 98 Ibid., p. 37. 99 Ces monnaies sont des imitations. L‟auteur ne précise pas dans sa publication de quel Tétricus il s‟agit. L‟information doit être communiquée dans l‟inventaire fait par D. Pouille ds Hillairet, Le Cloirec 1996, annexe (nous ne l‟avons pas consulté en détail) 100 Le Chartrier dir., 2005, p.38. 101 Nédelec, 1890, Pape, 1978, A-73-74. 102 Ibid , A-73, Le Chartrier dir., 2005, p. 38. 103 Pape, 1978, p. 204.

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d‟un cas particulier. Aucune des découvertes récentes ne peut conforter l‟hypothèse d‟un désastre touchant l‟ensemble de la cité. La couche de cendre de Park ar Frout ne peut d‟ailleurs être datée puisque nous ne connaissons pas le mobilier qui lui était associé. Il reste pourtant vrai que les fouilles réalisées par G. Le Cloirec « montrent que l‟activité architecturale se ralentit à la fin du IIIe siècle ». Si la ville a connu des difficultés, comme l‟ensemble des cités de l‟Armorique et de la Gaule, elle n‟a pas pour autant été abandonnée. En 1978 L. Pape concluait que « nous ignorons tout de la situation de Carhaix au IVe siècle »104. Tout juste pouvait-il signaler la découverte de quelques tessons de céramiques sigillées d‟Argonne. Ces poteries produites entre la Marne et la Meuse sont en effet caractéristiques de l‟Antiquité tardive et constituaient pour le chercheur un maigre indice sur l‟occupation de la cité à cette période. Ce faible bilan que pouvait tirer le chercheur en 1978 s‟explique très bien puisqu‟il ne pouvait travailler que sur des fouilles anciennes où la distinction entre les différentes productions de sigillées n‟était évidemment pas faite. Les opérations récentes permettent désormais d‟avoir une vision un peu plus claire de l‟évolution de l‟agglomération à cette époque. Sur cette question le résultat le plus spectaculaire est sans aucun doute la découverte d‟une grande domus du début du IVe siècle au cours des fouilles entreprises sur le centre hospitalier entre 1995 et 1997 (fig. 12). Il s‟agit d‟une demeure occupant la façade ouest d‟un îlot de 85 m de longueur. Elle se composait de quatre ailes (une seule a été dégagée dans sa totalité) disposées autour d‟un jardin intérieur et reliées entre elles par un péristyle. L‟entrée se faisait par un portique situé à l‟ouest de la domus à l‟angle formé par les bâtiments nord et ouest. A l‟intérieur, l‟aile septentrionale se développe autour d‟une pièce centrale en forme de croix latine de 80 m2 abritant un pavement de schiste bleu et un système d‟hypocauste à conduits rayonnants. Il semble aisé d‟interpréter cette structure comme une salle de réception. Autour de cet ensemble se développe une série de pièces dont la fonction semble dévolue au service du maître avec notamment le triclinium, la cuisine et la chambre de chauffe de l‟hypocauste. L‟utilisation des ailes ouest et sud partiellement dégagées est par contre plus difficile à déterminer. Une partie de celles-ci devait être liée à un usage domestique mais l‟on note aussi la présence de bains privés105. L‟étude du mobilier permet de situer la période d‟occupation de la domus dans la première moitié du IV e siècle. Elle a l‟intérêt de démontrer que le cheflieu des Osismes est encore occupé par une population aisée à cette époque. Hormis l‟exemple du centre hospitalier, nous connaissons encore mal la situation du tissu urbain de Carhaix au début du IVe siècle. L‟état de l‟habitat aux alentours de la demeure est difficile à déterminer, « les dernières traces d‟occupation suggèrent une décrépitude des édifices voisins » mais il est difficile de savoir si celles-ci sont contemporaines de la domus ou plus tardives106. Il faut donc se garder de toute généralisation qui nous inciterait à parler d‟une « renaissance constantinienne ». La fouille de la réserve archéologique n‟est pas encore terminée mais les premiers résultats montrent que les deux domus construites dans ce secteur au début du IIIe siècle sont encore utilisées au début du IVe « mais la faible représentativité du mobilier de cette époque laisse planer le doute sur la nature et l‟importance de l‟occupation »107. Il semble que l‟agglomération abritait déjà à cette période une communauté chrétienne. Son existence n‟est pour l‟instant connue que par la découverte en 1880 d‟une bague en or « pesant le poids d‟un Louis de 40 francs » dans l‟enclos du couvent des Ursulines (fig. 13)108. Aujourd‟hui disparu, cet anneau nous est connu par deux dessins
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Pape, 1978, p. 213. Le Chartrier dir., 2005, p. 39-42. 106 Le Chartrier dir., 2005, p. 40. 107 Ibid., p. 40. 108 Faty, 1880, p. 338.

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représentant une bague à jonc en ruban portant un chaton carré sur lequel sont gravés deux bustes face à face (l‟un féminin, l‟autre masculin) et l‟inscription SABINE VIVAS 109. Dans l‟étude qu‟il lui a consacré, P. Galliou a dénombré l‟existence de plusieurs objets de ce type en Gaule, en Italie ou en Grande-Bretagne. La plupart d‟entre eux semblent liés à une symbolique chrétienne. L‟auteur cite notamment l‟exemple d‟une bague découverte dans le fort de Richborough portant une inscription: IUSTINE VIVAS IN DEO. Des formules plus courtes, similaires à celle de Carhaix, se retrouvent sur des objets considérés comme chrétiens110. Il semble logique de faire de cette bague un objet chrétien dont la datation ne peut guère être antérieure au célèbre édit de Milan de 313111. Nous n‟avons aucune information sur la destinée des nécropoles antiques à cette période ni sur l‟éventuelle implantation de nouveaux lieux d‟inhumation. Il nous faut cependant signaler le cas de Saint-Antoine où deux sépultures furent découvertes au bord de la voie RennesCarhaix lors du creusement des fondations d‟une maison en 1980112. Si la première était un vase de verre contenant des os calcinés, des tessons de céramiques et surtout deux monnaies de Domitien et Hadrien, la seconde était un coffre de granite composé de quatre blocs sculptés remployés113 dont la datation pose question. Certain ont proposé de l‟attribuer au IVe siècle mais la forme circulaire du côté oriental du sarcophage (il ne s‟agit pas à proprement parlé d‟une logette céphaloïde), marquant une anthropomorphisation, incite plutôt à le dater du haut Moyen Age ou même au Moyen Age central114. A en juger par la fouille de l‟hôpital, la véritable rupture dans l‟occupation de la ville semble s‟effectuer dans le troisième quart du IV e siècle. C‟est au cours de cette période que la domus est abandonnée (La monnaie la plus récente retrouvée sur l‟emprise de cette fouille a été frappé entre 364 et 375 sous Valentinien Ier)115. Les travaux de M. Provost démontrent que l‟aqueduc n‟est plus utilisé à ce moment116. A l‟extérieur de l‟agglomération, l‟établissement rural de Persivien est abandonné. Nous ne connaissons rien de la destinée de l‟agglomération par la suite. La situation de la civitas des Osismes ne semble guère brillante. La question de la transition entre l‟Antiquité et le Moyen Age pourtant cruciale pour notre sujet reste encore bien obscure. 1.3.1.2 L‟hypothèse du changement de capitale Nos connaissances nouvelles sur l‟occupation de la ville au Bas Empire relancent le débat autour de l‟organisation de la cité des Osismes et l‟identification de sa capitale à cette période. La consultation de la Notitia Galliarum et de la Notitia Dignitatum, documents habituellement utilisés pour connaître les subdivisions administratives de l‟Empire à la fin de l‟Antiquité, n‟apporte aucune information claire sur cette question. La Notice des Gaules établie vers 400
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Galliou, 1976, p. 87-88. Ibid., p. 88. 111 Ibid., p. 90. 112 Sanquer, 1980, p. 1-2, Galliou, 1989 (b), p. 112. 113 Eveillard et alii, 1997, p. 52. 114 Guigon, 1994, p. 43. La présence d‟une logette céphaloïde est généralement présentée comme une caractéristique de l‟époque carolingienne ou du Moyen Age central, mais des amorces d‟anthropomorphisation commence dès le VIIe siècle. Dans son rapport R. Sanquer précise que « dans la terre noire qui comblait la fosse, par-dessus le sarcophage, un tesson de poterie fut recueilli. Il n‟appartient pas à une série connue de céramique romaine. Par contre sa glaçure le ferait plutôt attribuer au Moyen Age »., cf. Sanquer, 1980, p. 2. La présence de glaçure pour une poterie médiévale n‟est généralement pas l‟indice d‟une production ancienne Ce type de revêtement ne semble être réintroduit qu‟au cours des IXe et Xe siècle, cf. Ferdière dir., 2003, p. 245. Des exemples en sont connus en Bretagne dès le Xe siècle mais sa généralisation n‟intervient qu‟au XIIIe siècle (ce qui semble tout de même trop tardif pour notre sarcophage), cf. Fichet de Clairefontaine dir., 1996, p. 60. 115 Ibid., p. 43. 116 Provost, 1999, p. 67.

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est la moins précise. Elle ne nous donne qu‟une liste des cités de cette Province parmi lesquelles nous retrouvons la civitas Osismorum qui fait alors partie de la Troisième Lyonnaise117. La Notice des Dignités, rédigée vers 420 (428 suivant A. Chastagnol), est plus intéressante. Elle retrace l‟organisation militaire de l‟Empire au début du Ve siècle. L‟Armorique fait alors partie d‟un système défensif appelé Tractus Armoricanus dirigé par un dux qui a sous son commandement différents corps dont le praefectus militum Maurorum Osismacorum Osismis. L‟existence d‟une ville nommée Osismis n‟a en elle-même rien de surprenant et s‟intègre dans un mouvement général de la Gaule du Bas-Empire qui voit les capitales perdre leur nom au profit de celui de la cité118. Dans cette perspective il serait logique de considérer que le chef-lieu de la cité des Osismes, Carhaix, ait perdu son nom antique Vorgium pour devenir Osismis119. Depuis trente ans, les chercheurs ont pourtant défendu un avis différent en supposant le déplacement du chef-lieu de Carhaix à Brest120. Cette hypothèse repose sur un argument principal : l‟absence de fortifications du Bas Empire à Carhaix. La majorité des capitales des cités de la Gaule se dote, en effet, au cours de cette période d‟une enceinte urbaine121. L‟Armorique n‟échappe pas au phénomène. Vannes, Rennes et Nantes sont ainsi enserrées par ce type de fortification122. Carhaix ne possède, elle, aucun vestige d‟un dispositif défensif de cet ordre. Certains ont vu des origines romaines dans le château de la ville mais cette hypothèse est pour l‟instant invérifiable, nous y reviendrons123. Cette absence ne peut qu‟étonner les historiens qui en ont conclu une réorganisation profonde de la civitas, liée aux nouveaux impératifs défensifs du Tractus Armoricanus et Nervicus124. Son point d‟orgue serait le déplacement de la capitale vers Brest dont la position maritime est mieux adaptée à ces préoccupations et qui possède surtout un important castellum. Ses vestiges occupent une partie du côté nord du château actuel. Il s‟agit d‟une muraille en opus mixtum, conservée sur 4 à 8 m de haut, qui devait atteindre environ 180 m de long et être flanquée par 10 tours circulaires sans doute détruites par les grands travaux entrepris par Vauban sur la forteresse125. L‟ouvrage qui barrait l‟accès au promontoire qui domine la Penfeld devait appartenir à une fortification plus vaste dont la forme en trapèze a conditionné le développement du château médiéval126. Une construction d‟une telle importance apparaît évidemment idéale pour abriter la troupe des Maures osismiaques dont fait état la Notitia Dignitatum127. Cette proposition prend d‟autant plus de poids qu‟un cas de transfert de capitale semble pouvoir être attesté dans la cité voisine des coriosolites. C‟est en effet à Alet et non à Corseul que la Notitia Dignitatum situe la troupe des Martenses : Praefectus militum Martensium, Aleto. Les fouilles menées sur la cathédrale ont permis de
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Fleuriot, 1980, p. 251. Sur cette question, cf. l‟étude de M. Rouche intitulée Le changement de nom des chefs-lieux de cités en Gaule au Bas-Empire récemment rééditée dans Rouche, 2003, p. 13-35. 119 C‟est l‟avis que défendait F. Lot au début du XXe siècle, cf. Lot, 1900, p. 397-398. 120 Fleuriot, 1980, p. 26-32, Galliou, 1983, p. 258, Eveillard, 1991, p. 78, Pape, 1995, p. 251, etc. 121 On a longtemps supposé que ce mouvement serait celui de fortifications construites à la hâte dans le climat d‟insécurité de la fin du IIIe siècle. Cet avis n‟a cependant plus cours, la qualité de ces ouvrages ne pouvant s‟accorder avec une quelconque précipitation. Les constations archéologiques démontrent en effet que l‟édification de ceux-ci se fait généralement sur de longue période situé entre la fin du IIIe s et la fin du IVe siècle, cf. Ferdière, 2005, p. 298. 122 Pape, 1995, p. 248-250. 123 Pape, 1978, A-78, Eveillard, 2001, p. 72-73. 124 L. Pape lie ainsi à ce phénomène outre la construction de fortification des transformations du réseau routier, cf. Pape, 1995, p. 99. 125 Sanquer, 1972, p. 42-52, Sanquer, 1976, p. 31-34, Pape, 1978, A-60, Ropars, 1979, Eveillard, 1991, p. 77, Cloître dir., 2000, p. 26-28. Les bases de trois tours sont encore visibles aujourd‟hui. 126 Ropars, 1979, p. 43-50, Corvisier, 2000, p. 40-41. 127 Aucune fouille n‟a été menée jusqu'à présent à l‟intérieur de cette enceinte qui abritera la ville médiévale de Brest. Autour de celle-ci nous ne pouvons signalée que la découverte d‟un trésor monétaire du IIIe siècle lors de la construction du pont de Recouvrance en 1860, cf. Pape, 1978, A-60.

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retrouver les vestiges d‟un établissement de l‟Antiquité tardive interprété comme un principa128. Suivant L. Langouët l‟époque du transfert serait à situer dans la première moitié du IVe siècle, moment où le numéraire semble se raréfier à Corseul alors qu‟Alet semble connaître un nouveau développement. Un dernier argument, à notre sens plus contestable, en faveur de l‟hypothèse du déplacement Carhaix-Brest, a été recherché dans un passage de la vita Goeznouei. Ce texte que l‟on a longtemps daté de 1019 ou de 1090129 mais qui, suivant l‟avis récent de A.Y. Bourgès, n‟aurait été écrit qu‟à la fin du XIIe siècle130, semble faire un parallèle entre Brest et le nom civitas Osismorum interprété par certains comme l‟ancienne appellation de la ville qui rappellerait elle-même l‟Osismis de la Notitia Dignitatum. Ce postulat semble cependant fragile, les indications données par le texte sont loin d‟être aussi précises et il est difficile de donner le sens exact de l‟expression civitas Osismorum : désigne t-elle vraiment la ville ou le territoire dans lequel elle se situe131 ? Notons qu‟une tradition similaire est rapportée par la Chronique de Saint-Brieuc (fin du XIVe siècle) mais sa date trop tardive et son récit qui s‟inspire sans doute de la vita précédente rendent son utilisation difficile132. Malgré ce dernier argument moins pertinent, l‟hypothèse du transfert reste très séduisante et expliquerait en partie l‟isolement de Carhaix dans les grands découpages politiques et religieux de la Bretagne médiévale. Cette proposition est pourtant aujourd‟hui remise en cause par certains historiens sans doute influencés dans leurs nouvelles réflexions par les fouilles du centre hospitalier133. Cette critique a pour base essentielle la « redécouverte » par J. Y Eveillard d‟un texte curieusement oublié dans les débats jusqu‟à présent et que l‟on a pris la mauvaise habitude d‟appeler les Notes tironiennes134. Ce document, contenu dans des manuscrits des IXe et Xe siècles, a été jusqu‟ici peu édité. Il correspond à une liste exacte des cités antiques de la Gaule qui présente la particularité d‟associer le nom originel de l‟agglomération et celui du peuple qui l‟a remplacée. Pour F. Lot « le but de l‟auteur a été, ce semble, de conserver à la mémoire le nom antique de la ville qui tendait à se perdre. Cette liste doit par conséquent se placer vers le VIe siècle, ou même le Ve siècle »135. Or, parmi les agglomérations citées, nous retrouvons Othismus Vorgium. Il n‟existe à notre connaissance aucun travail plus récent autour de ce texte, l‟avis exprimé par F. Lot fait donc encore aujourd‟hui autorité. S‟il s‟avérait exact nous aurions la preuve de la correspondance entre Carhaix et l‟Osismis de la Notitia Dignitatum. Le chef-lieu de la cité du haut Empire n‟aurait donc pas été abandonné au cours de l‟Antiquité tardive comme on le pensait jusqu‟à présent. Cette interprétation n‟irait évidemment pas à l‟encontre de la grande domus « constantienne » retrouvée récemment qui démontre que la ville abrite encore une population de riches propriétaires au début du IVe siècle. Elle laisse cependant encore certains chercheurs
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Langouet, 1987, p. 103-108, Guigon, 1997-1998, t. 1, p. 111. Le fouilleur n‟excluait pas la possibilité d‟un forum. 129 Le copiste du XVe siècle a d‟abord écrit anno ab incarnatione Domini M° nonagesimo (soit 1090) puis nono decimo (1019) ce qui démontre une certaine confusion. 130 La Borderie, 1882, Bourgès, 1995, p. 35-37, Le Duc, 1996. 131 Nous rejoignons ici le constat de B. Tanguy, cf. Tanguy, 1994, p. 104. Voici la traduction du passage de la vita dont il est question : « Les peuples des alentours sont appelés Osismes et leur cité, cité des Osismes (civitas Osismorum), tant la ville que le pays est appelé Legione [...] De là vient qu‟on la trouve nommée dans certains textes la cité des légions. Cependant après, par abréviation de son nom le pays fut appelé Léon. Et maintenant, à cause de ses pêchés, cette ville, réduite au rang de la plus humble place et porte le nom de Brest-sur-laChevrette ». Ce passage a été publié dans Le Duc, Sterck, 1971, p. 277-285 et Pape, 1977, p. 76-77 132 Chronicon Briocense 133 Eveillard, 2001, p.70-73, Maligorne, 2005, p. 61-67. 134 Eveillard, 2001, p. 70-71. F. Lot et L. Pape avaient pourtant montré l‟importance de ce texte, cf. Lot, 1900, p. 397-398, Pape, 1978, p. 35-36. La liste en question est contenue dans un dictionnaire de notes tironniennes ce qui explique le nom qu‟on lui a abusivement attribué jusque là. 135 Lot, 1900, p. 398.

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perplexes. Il est vrai que Carhaix semble occuper une situation stratégique moindre que celle de Brest. Les nouveaux dispositifs du Tractus Armoricanus paraissent privilégier la défense des côtes. Pourtant la position de Carhaix au centre de la cité et du réseau routier qui s‟y développe n‟est pas non plus sans intérêt pour des impératifs militaires. Le grand obstacle à cette idée reste l‟absence de fortifications dans la ville. Suivant Y. Maligorne, leur présence n‟est pas un caractère déterminant pour une capitale de civitas. Il appuie cette idée sur la chronologie des remparts aquitains réalisée par L. Maurin. Dans celle-ci l‟auteur a en effet pu constater que seules cinq villes sont dotées d‟une enceinte à la fin du IIIe siècle tandis que toutes les autres ne sont fortifiées qu‟au début du Ve siècle136. Pour conclure sur cette question, la « redécouverte » de la liste des noms de cités contenue dans les dites Notes Tironiennes nous semble apporter un argument de poids contre l‟idée d‟un transfert. Carhaix pourrait donc avoir conservé son statut de chef-lieu au cours du Bas Empire. La prudence nous incite cependant à attendre une nouvelle étude critique de ce texte ainsi qu‟une éventuelle fouille sur l‟emprise du château pour présenter un avis définitif. 1.3.1.3 La question de l‟évêché des Osismes Les origines du christianisme chez les Osismes sont malheureusement méconnues. La bague retrouvée à Carhaix et le tesson de céramique sigillée gravé d‟un chrisme de Quimper en sont les seuls indices matériels pour l‟Antiquité tardive137. Certains historiens ont cependant supposé l‟existence, à cette période, d‟un évêché des Osismes dont le centre pourrait être Carhaix138. Leur argumentation s‟est basée sur la lecture et l‟interprétation des listes des évêques présents aux conciles d‟Angers (453) et de Vannes (vers 463) ainsi que sur une lettre adressée aux absents du concile de Tours (453)139. Le texte du premier synode qui rassemblait les évêques de la Troisième Lyonnaise dont dépendait la cité des Osismes donne le nom de huit prélats qui pourraient correspondre aux desservants des huit évêchés théoriques qu‟a pu compter la province140. Or, parmi ceux-ci trois sont mentionnés sans indication de siège : Chariatonus141, Rumoridus et Viventius. L‟un d‟entre eux serait-il évêque des Osismes? La liste ne donne en tout cas qu‟un évêque sur les quatre que pourrait compter la péninsule armoricaine. Faire des trois évêques sans siège les titulaires d‟au moins trois de ces cités peut donc sembler logique mais la présence, parmi les prélats, du métropolitain de Bourges montre que des évêques extérieurs ont pu être invités au for ecclésiastique142. La même année, les desservants des évêchés de Tours, de Bourges et du Mans adressent une lettre aux prêtres de la troisième Lyonnaise et à trois évêques absents au concile de Tours : Desiderius, Chariatonus et Sarmationus. Si l‟on est assuré que le premier est à la tête du diocèse de Nantes, nous ne connaissons pas le siège des deux autres. Cependant, comme le note L. Pietri, le regroupement avec le document précédent nous donne une liste de quatre évêques sans
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Maligorne, 2005, p. 65. Galliou, 1976. 138 Suivant l‟hypothèse du transfert d‟autres ont évidemment aussi proposé Brest, cf. sur cette question Le Duc, 1994(b), Cloître dir., 2000, p. 29-30. 139 B. Merdrignac a donné récemment un excellent résumé de cette question dont nous nous inspirons largement cf., Giot et alii, 2003, p. 85-88. 140 Cum ad ordinadum Episcopum in civitate Andegaurorum episcopi cunuenissent, Tallasius esset episcopus ordinatus, omnibus partiter residentibus, Leone, Eustochio, Chariatone, Rumorido, Viventio, & Talasio episcopis, cf. Concilia Antiqua Galliae, t. 1, p. 116. 141 Selon L. Fleuriot ce nom serait d‟origine bretonne. Il se rapprocherait du gallois «cariad » signifiant « aimant », « amour » « charité » et pourrait être traduit par « charitable », cf. Fleuriot, 1980, p. 145. 142 Giot et alii, 2003, p. 85.

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siège qui pourraient correspondre aux desservants des cités armoricaines143. A l‟inverse, B. Tanguy suppose, par la disparition de deux prélats entre les deux documents (Rumoridus et Viventius ne sont pas cités dans le lettre), que l‟Armorique ne possède en dehors de Nantes que deux évêques dont le siège ne peut être identifié144. Un argument supplémentaire en faveur de la première interprétation pourrait cependant être trouvé dans le texte du concile de Vannes de 463. Parmi les prélats venus participer à l‟élection de Paternus à l‟épiscopat de la cité des Vénètes, seulement deux sont mentionnés sans siège : Liberalis et Albinus145. Pour L. Duchesne « nous aurions un état complet de l‟épiscopat de la troisième Lyonnaise » 146, les deux ecclésiastiques ne pouvant selon lui correspondre qu‟aux évêques des Osismes et des Coriosolites (ceux de Rennes, Nantes et donc Vannes sont présents). B. Tanguy doute cependant là encore de cette restitution, puisque suivant la tradition ecclésiastique Paternus fut le premier évêque de Vannes et qu‟il n‟y a par conséquent aucune raison pour que les deux autres cités armoricaines aient été pourvues d‟un prélat avant celle-ci. Nous ne sommes évidemment pas à même de régler ce débat. Il nous semble plus raisonnable de considérer cette idée d‟un évêché des Osismes comme une hypothèse pour le moment invérifiable. Mais si celui-ci a eu existence, elle ne fut qu‟éphémère, l‟émigration bretonne détruisant définitivement le cadre de la cité romaine pour donner naissance à de nouveaux ensembles politiques et religieux. 1.3.2 Une période méconnue : le haut Moyen Age (Ve-Xe siècle) 1.3.2.1 Le démantèlement de l‟ancienne cité des Osismes : Carhaix et la naissance de nouvelles entités religieuses et politiques au haut Moyen Age Le début du Moyen Âge marque le démantèlement de l‟ancienne cité des Osismes dont le territoire est subdivisé par de nouvelles circonscriptions politiques et religieuses. Contrairement à ce que l‟on aurait pu penser pour un ancien chef-lieu, Carhaix ne semble pas y avoir joué de véritable rôle. Ces changements sont bien évidemment liés à l‟émigration bretonne dont ils sont une conséquence. Ce phénomène est mal connu mais semble avoir redistribué une grande partie de la géographie de l‟ancienne cité des Osismes en y introduisant une division nord-sud147. Le manque de documentation concernant cette période rend difficile l‟approche des origines de ces nouveaux espaces. Du point de vue politique l‟ancienne civitas est divisée entre deux territoires : la Domnomée au nord et la Cornouaille au sud. Ces deux ensembles dont les noms rappellent évidemment ceux de la Cornouailles et la Dumnomia insulaires, sont mentionnés relativement tardivement : la fin du VIIIe siècle pour le premier148, le IXe siècle pour le second, mais leur naissance est évidemment plus ancienne. Grégoire de Tours ne souffle pas un mot de la Domnomée mais le regroupement des sources hagiographiques (notamment le vie de saint Paul Aurélien) suppose son existence au début du VIe siècle. Nous ne sommes cependant « bien documenté » que sur un seul de ses souverains, Judicaël, qui sera présent à la cour du roi franc Dagobert vers 635-636 pour une entrevue évoquée, entre autres, dans la chronique

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Pietri, Biarne, 1987, p. 16. Tanguy, 1994. 145 . Concilia Antiqua Galliae, t. 1, p. 137. 146 Duchesne, 1912, p. 248. C‟est aussi l‟avis de L. Pietri, cf, Pietri, Biarne, 1987, p. 15-16. 147 Sur le problème de l‟émigration, cf. l‟étude de référence de L. Fleuriot dans Fleuriot, 1980 et les résumés de la question dans Chédeville, Guillotel, 1984, p. 21-49 et Giot et alii, 2003, p. 75-82 et 93-94. 148 Si l‟on accepte cette datation pour la vie de saint Samson cf. Ibid., p. 57.

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du pseudo-Frédégaire149 et la vie de saint Eloi150. Même si la géographie de la Domnomée peut difficilement être connue dans le détail nos sources permettent de restituer un vaste territoire s‟étendant sur une grande partie du nord de la péninsule bretonne, depuis la pointe Saint-Mathieu jusqu‟au Couesnon151. De l‟ancienne cité des Osismes, ce royaume regroupait donc le Léon et le Trégor. Au sud, les origines de la Cornouaille sont aussi méconnues. L. Fleuriot propose néanmoins d‟identifier dans « les comtes des Bretons » Budic et Macliau cités dans l‟Historia Francorum les souverains d‟un grand regnum du sud-ouest de la Bretagne intégrant la Cornouaille actuelle et le Golfe du Morbihan qu‟ils se seraient partagés, en 567152. Ce découpage nord-sud de la cité que l‟on constate dans les nouvelles circonscriptions politiques s‟analyse aussi du point de vue religieux. Une simple observation de la carte des évêchés bretons au début du XIe siècle montre que l‟ancienne civitas a été divisée entre les trois diocèses de Léon et de Tréguier au nord et de Quimper au sud (fig. 14). Les origines de ces nouvelles institutions sont, là aussi, méconnues. L‟évêché de Tréguier cité pour la première fois en 990153, ne rentre pas dans le débat, il s‟agit d‟une création tardive du Xe siècle à partir d‟une ancienne fondation monastique154. Son territoire faisait sans doute partie au départ de l‟évêché d‟Alet qui était donc mitoyen du Léon155. Des deux ensembles restants, le diocèse de Léon est celui dont l‟origine semble la moins obscure, grâce à la vie de Paul Aurélien écrite par le moine de Landévennec Wrmonoc en 884156. Elle décrit les pérégrinations de Paul, religieux émigré de Grande-Bretagne, qui se serait vu confier la dignité épiscopale de la « partie occidentale de son pays la Domnomée » par le roi Philibert en qui il faut sans doute reconnaître Childebert Ier (511-558)157. La description donnée par l‟hagiographe du centre de ce nouveau diocèse présenté comme un oppidum déserté protégé par des levées de terre158 n‟a pas manqué d‟étonner les historiens qui ont douté de son identification à Saint-Pol et proposé des sites qui leur paraissaient mieux
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Quod audiens Juducaile rex brittonum, cursu veloci Clippiacum cum multis muneribus ad Dagobertum perexit, cf Frédégaire, p. 443. 150 Vita sancti Eligii, cap. 13, p. 554 : Aliquando rogatus a Rege legatione fungi partibus Britannae, nihil ille cunetatus perrexit tam ocius, quam Christi caritate securus. Quo cum pervenianet, Brittanorum principem adiit, causas pacti indicavit, pacis obsidem. Sur l‟entrevue de Judicaël avec le roi franc, cf. Chédeville, Guillotel, 1984, p. 67-68, Giot et alii, 2003, p. 118-120. 151 Loth, 2006, p. 141. 152 Grégoire de Tours, XIV, p. 269. Pour l‟analyse de ce passage, cf.Fleuriot, 1980, p. 193-194, Chédeville, Guillotel, 1984, p. 72 et 81, Quaghebeur, 2002, p. 11, Giot et alii, 2003, p. 115. Les deux princes s‟étaient engagés en cas de décès de l‟un d‟eux à ce que le survivant respecte les droits de son descendant. Ce ne sera pas le cas puisque Macliau s‟appropriera les terres de Thierry le successeur de Budic. Un bref résumé des apports de l‟Historia Francorum pour l‟histoire bretonne a été donné récemment par P. Riché, cf. Riché, 1997, p. 23-26. 153 Dom Morice, 1742-1744, t. I, col. 350-351. 154 Tanguy, 1984, p. 107-108, Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 31-32, Guigon, 1997-1998, t. 1, p. 134. Une lettre adressée à Festien de Dol en 866 cite seulement sept évêchés en Bretagne alors qu‟elle en comptera 9 à la fin du Xe siècle. H. Guillotel semble avoir démontré que les différents rédacteurs des trois Vitae de Tugdual ont tenté de rattacher l‟évêché à une origine antique qu‟elle n‟a pas, cf. Guillotel, 1992, p. 213-226. 155 Giot et alii, 2003, p. 110, selon B. Tanguy le monastère de Val Trécor aurait pu relever de l‟évêché de Quimper. Un avis qu‟il base sur la vie de saint Génolé qui cite saint Tugdual (fondateur de Tréguier) parmi les quatre colonnes de la Cornouaille, cf. Tanguy, 1994, p. 22-28. 156 Vie de Paul Aurélien, p. 153 : « J‟ai réalisé cette ouvrage, moi prêtre et moine, du nom de Wrmonoc, dans le monastère régulier de ce saint (Guénolé) ». 157 L‟hagiographie bretonne semble donner un rôle prééminent au fils de Clovis dans la naissance de ces évêchés s‟agit-il d‟une réalité historique ou d‟un topos littéraire ? cf. Giot et alii, 2003, p. 109-110. 158 Vie de Paul Aurélien, p. 199 : « A cette époque-là, la ville forte était entourée, sur tout son pourtour de murailles de terre construites en un temps ancien, et d‟une hauteur étonnante. Maintenant on la voit fortifiée en grande partie de murailles de pierre élevées sur une plus grande hauteur. Ce lieu est entouré, de tous côtés, sauf du côté sud, comme une île, par la mer d‟Armorique suivant un tracé courbe et sinueux ».

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convenir comme Brest ou Le Yaudet159. B. Tanguy semble pourtant avoir démontré que le rédacteur de la vita a une bonne connaissance de la géographie du Léon, il n‟y a donc pas de grande raisons de douter de sa correspondance avec Saint-Pol160. Les conditions de la naissance de la dignité épiscopale en Cornouaille (à laquelle est rattaché Carhaix) sont par contre bien plus difficiles à résoudre. Les deux Vitae de saint Corentin, fondateur supposé de l‟évêché, sont des témoignages bien trop tardifs pour être utilisés161. Il n‟y a rien à retenir de sa prétendue éléction par l‟archevêque de Tours 162. Il n‟est d‟ailleurs pas certain que Corentin soit le premier évêque de Cornouaille, certains chercheurs pensent qu‟il a pu être précédé par saint Tugdual163. Les sources diplomatiques ne sont évidemment d‟aucun secours, comme pour le Léon164, le premier titulaire du siège de Cornouaille n‟apparaît qu‟au IXe siècle. Le Cartulaire de Landévennec, rédigé au XIe siècle, contient bien une liste épiscopale mais il est impossible d‟en vérifier la véracité au-delà de la période carolingienne165. Enfin l‟archéologie n‟apporte pas encore sur cette question les réponses attendues166. Il reste aussi à déterminer la nature exacte de ces nouveaux ensembles, sont-ils des monastères-évêchés à la manière de Dol ou bien des diocèses territoriaux ? Beaucoup d‟historiens ont considéré que les évêchés bretons ne s‟institutionnaliseraient à la manière des diocèses francs qu‟à la faveur des réformes religieuses de Nominoë à Coitlouh en 849167. Cette question a cependant largement été occultée par l‟utilisation des témoignages tardifs de la Chronique de Nantes et de l’Indiculus de episcoporum depositione168. B. Merdrignac a
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Guigon, 1997-1998, t. 1, p. 132. Les fouilles menées sur l‟oppidum du Yaudet ont permis de découvrir un habitat du haut Moyen Age interprétés comme les vestiges d‟un monastère (soulignons tout de même qu‟aucun édifice religieux n‟a été mis au jour), cf. Galliou, Cunliffe, 1996, p. 57-58, Galliou, Cunliffe, 2004, p. 256-258. 160 Tanguy et alii, 1991, p. 27-71. 161 Il existe deux rédactions de la vie de saint Corentin. La plus connue, éditée par Dom Plaine en 1886 (cf., Vie de Saint Corentin), serait suivant les avis les plus récents à attribuer au XIIIe siècle, cf. Irien, 1999, p. 55. La seconde Vie de Corentin, dite brève, lui est sans doute de peu antérieure. 162 « L‟archevêque de Tours, à l‟arrivée des délégués, réunit par les membres de conseil connus pour leur vertu et leur sagesse. On avait remarqué en Tudi la connaissance des lettres divines et humaines et la pureté des mœurs. Le don de la parole et le zèle religieux brillaient en Guénolé. Mais comme en Corentin tout commandait le respect, la simplicité de son extérieur aussi bien que l‟humilité de son cœur, l‟éminence de sa sainteté, ce fut sur lui en définitive, que l‟on jeta les yeux à la demande de ses compagnons eux-mêmes, et par l‟inspiration du Saint-Esprit, ce fut lui que l‟on choisit pour évêque de Cornouaille », cf ; Vie ancienne de Saint Corentin, V, p. 133. Le récit de cet événement est très proche dans la vie du XIIIe siècle, cf. Vie de Saint Corentin, p. 133. 163 Cet avis se base sur un passage de la Vie de Guénolé de Wrdisten (écrité vers 880) qui précise que « Tugdual avait précédé ces trois hommes (Gradlon, Corentin et Guénolé).Il fut un moine célèbre par ces mérites, digne de servir d‟exemple au plus grand nombre », cf. Vie de Saint Guénolé. Seule une source lui reconnaît cependant le titre d‟évêque, il s‟agit d‟une charte de 1126 concernant le prieuré de Marmoutier à « l‟île de Saint-Tutuarn évêque » (l‟île Tristan). Le document semble cependant bien trop tardif pour être utilisé, et nous pouvons nous ne demander si ce titre ne renvoie pas à l‟évêché Tréguier dont Tugdual est le fondateur légendaire. 164 Le premier évêque de Léon connu au IXe siècle est Hinworet, commanditaire de la Vie de Paul Aurélien, cf. Vie de Paul Aurélien, p. 153 : « Père Hinworet, recois donc l‟humble Vie de ton Paul que j‟ai essayé d‟écrire avec dévotion dans ma faiblesse : mais ne l‟oublie pas entre les repas solennels du siège épiscopal ». Par la suite, il faut attendre le milieu du IXe siècle pour retrouver la mention d‟un nouvel évêque : Inter quos vero Hostranus, britannus, sancti Pauli Leonensis episcopus, occurit, cf. Chronique de Nantes, p. 93. Sur ce sujet, cf Oheix, 1912, p. 243-251. 165 Kerhervé dir., 1994, p. 41. 166 Il n‟existe que peu d‟indices nous renseignant sur l‟occupation de Quimper au tout début du haut Moyen Age. Nous pouvons seulement assurer que la population continua à demeurer à Locmaria à l‟emplacement de l‟ancienne agglomération gallo-romaine, le noyau urbain ne se déplaçant au niveau de l‟actuelle cathédrale qu‟à la fin du Xe siècle, cf. Le Bihan, Villard, 2005, p. 117-118. 167 Le synode de Coitlouh est évoqué dans un acte du Cartulaire de Redon, cf. Cartulaire de Redon (a), acte CXIII, p. 86-87. 168 Chronique de Nantes, p. 31-39.On retrouve une édition (corrigée) de l‟Indiculus dans la restitution de la chronique de Nantes proposée par Dom Morice, cf. Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col. 139-140.Pour une étude

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récemment proposé une hypothèse intéressante sur ce problème. Constatant cette nouvelle géographie nord-sud de la pointe de la péninsule bretonne, il se demande s‟il n‟existe pas un lien entre l‟émergence de nouvelles entités politiques et la création des évêchés : « Il aurait été nécessaire de démembrer celui-ci (la cité des Osismes) quand se sont affirmées deux entités politiques distinctes dans la péninsule »169. Dans cette proposition les diocèses ne peuvent évidemment correspondre qu‟à des ensembles territoriaux. Si l‟hypothèse du transfert de capitale devait être véritablement abandonnée nous aurions peut-être là une des explications de la perte de statut de Carhaix. Située au centre de l‟ancienne cité, elle se serait retrouvée véritablement écartelée entre ces nouveaux espaces de pouvoir. Mais si l‟ancien chef-lieu a perdu son importance en ce début du Moyen Âge, rien ne nous permet de parler d‟abandon puisqu‟une paroisse est née sur son territoire et que celle-ci va donner son nom à un pagus, le Poher. 1.3.2.2 Une paroisse primitive : Plouguer Comme l‟a démontré un récent colloque, la question des paroisses au haut Moyen Âge est un sujet difficile à appréhender170. Le fait semble d‟autant plus vrai pour la Basse-Bretagne où les sources écrites viennent bien trop souvent à manquer. Cette situation a d‟ailleurs conduit les historiens bretons à donner une large place aux informations livrées par la toponymie en suivant une démarche pouvant paraître bien imprudente aux chercheurs extérieurs habitués à des terrains plus «favorables » aux investigations. Les recherches futures viendront peut-être à mettre en doute ou tout du moins nuancer le schéma partagé aujourd‟hui par tous et que nous nous reprendrons ici en grande partie171. Les sources de la période moderne présente Carhaix comme une trêve de la paroisse de Plouguer dont le nom est un véritable cas d‟école. Il se compose en effet du préfixe plou, terme emprunt au latin plebe, sur lequel on a beaucoup disserté. Celui-ci « du sens initial de citoyens non nobles, peuple, servit en latin ecclésiastique à désigner dès le IIIe siècle, la communauté des fidèles par opposition à l‟ordo, c'est-à-dire les clercs »172, par extension il est devenu dans la Bretagne du haut Moyen Age le terme courant désigner la paroisse. L‟analyse du Cartulaire de Redon le prouve, les actes carolingiens usent quasi exclusivement du terme plebe pour désigner cette subdivision ecclésiastique, le mot parrochia prenant encore le sens de diocèse dans une chartre de 833173. Les exemples de noms de paroisses en plou sont très nombreux en Basse-Bretagne où elles représentent 43 % des circonscriptions ecclésiastiques du diocèse de Léon, 30,2 %, de celles de Tréguier, 29,5% de celles de Saint-Brieuc et 21 % de celles de Cornouaille174. Depuis le travail de R. Largillière sur le Bas-Trégor, il est habituel de voir en eux la marque d‟une paroisse primitive remontant au temps de l‟immigration bretonne (soit les V-VIIe siècles)175. Par conséquent, le nom de Plouguer témoignerait de l‟existence d‟un ressort ecclésiastique du haut Moyen Age sur le territoire de Carhaix. Le second élément composant le nom de notre paroisse, est le mot caer dérivé du latin castrum désignant à l‟origine un lieu fortifié de la même manière que le gallois caer que l‟on retrouve
critique de ce texte, cf. Guillotel, 1998. Sur la teneur même des réformes du IXe siècle, cf. Giot et alii, 2003, p. 140-142. 169 Ibid., p. 112. 170 Deplace dir., 2005. 171 Il y a sans doute beaucoup à espérer en des investigations archéologiques qui viendraient apporter une réalité plus matérielle à cette question dont le traitement a été jusqu‟à présent très théorique. 172 Tanguy, 1981, p. 134, Tanguy, 1990, p. 18. 173 Ibid., p. 95. Comme dans d‟autres régions françaises le terme parrochia s‟impose définitivement en Bretagne au XIIe siècle pour désigner la paroisse, cf. Tonnerre, 1994, p. 176, note 2. 174 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 90-91. 175 Largillière, 1925, Chédeville, Guillotel, 1984, p. 90-91.

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dans Caerphilly, Caernavon ou encore Caerwent (nom gallois de Winchester) ou que le vieil anglais ceaster qui donnera Chester176. Cette allusion à des fortifications est assez courante pour les noms de lieu en plou. Nous en retrouvons d‟autres exemples dans le diocèse de Cornouaille avec Plogastel-Saint-Germain et Plougastel-Daoulas désignant tout deux une « paroisse du château ». Elle laisse perplexe dans notre cas puisque aucun dispositif défensif de l‟Antiquité tardive ou du début du haut Moyen Age n‟a été observé jusqu‟à présent à Carhaix. Il est aussi possible que les ruines de la ville romaine ont été interprétées comme les restes d‟un système de défense. C‟est le cas de Locmariaquer dans le Vannetais, ancienne agglomération secondaire gallo-romaine177, qui est appelée Plebs Chaer en 851-856178. Un second élément plaide en la faveur de l‟ancienneté de la paroisse : la dédicace à saint Pierre de l‟église de Plouguer. Ce vocable est généralement présenté dans les autres régions françaises comme l‟indice d‟une création ancienne. Celui-ci doit évidemment être pris avec la mesure qu‟il se doit, l‟étude menée sur le Nantais et le Vannetais par N.Y. Tonnerre a montré que si le patronyme Pierre est associé à des fondations anciennes, il est aussi utilisé dans des églises postérieures à l‟An Mil179. L‟association entre le vocable et ce toponyme donne plus de corps à l‟hypothèse Celle-ci est d‟ailleurs courante, le travail sur les plou mené par B. Tanguy a montré qu‟elle représentait 52,7% des cas180. L‟identification d‟une paroisse primitive à Carhaix semble donc tout a fait probable et n‟a en elle-même rien d‟étonnant. On sait en effet depuis longtemps le rôle tenu par les villes romaines dans la diffusion du christianisme. Si nous ne pouvons assurer que Carhaix ait abrité un évêché éphémère, la ville possédait déjà une communauté chrétienne comme le prouve la bague du IVe siècle portant l‟inscription SABINE VIVAS. Corseul, qui connaît sous certains aspects un sort comparable à Carhaix, voit lui aussi naître rapidement d‟un encadrement ecclésiastique. Une ecclesia Corsult est en effet citée vers 869 dans la vie de Saint-Malo181 mais son origine pourrait être plus ancienne encore puisque B. Tanguy propose de faire du prêtre Speratus, cité dans la célèbre lettre à Lovocat et Cathiern du début du VIe siècle, le desservant de l‟ancien chef-lieu de cité182. La nature exacte de ces territoires désignés par plou pose question, elles sont en tout cas une particularité bretonne ne retrouvant aucun équivalent outre-manche183. Des comparaisons plus lointaines ont cependant été cherchées par G. Bernier avec les pieve de l‟Italie du nord184. Celles-ci correspondent à des circonscriptions ecclésiastiques apparues au IVe siècle, généralement très étendues, installées dans des zones faiblement urbanisées partageant en cela quelques points communs avec nos plou. Mais même si ce rapprochement est intéressant, il ne permet évidemment pas d‟en transposer le schéma à notre cas breton qui reste encore bien trop mal documenté. La thèse qui prévaut habituellement pour ces territoires est celle exposée anciennement par R. Largillière. Selon cet auteur, « les plou sont nés des efforts des missionnaires venus de Grande-Bretagne, en partie du pays de Galles, pour réévangéliser les
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Tanguy, 2001, p. 388, Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 300. Sur la ville romaine, cf. Pape, 1995, p. 75-78, Pirault, 2003. 178 Cartulaire de Redon (a), acte n°LXX, p. 55, Tonnerre, 1994, p. 190, Tanguy, 2001, p. 388. 179 Tonnerre, 1994, p. 177-178. 180 Tanguy, 2001, p. 153. 181 Erat namque sanctus Machu in vigilia noctis dici Dominicae Ressurectionis in ecclesia quae vocatur Corsult, cf. Vie de Saint Malo, cap. LXXIV, p. 213. Il est remarquable de constater que le premier évêque d‟Alet aurait célébré la messe de Pâques dans l‟ancienne capitale de la cité des coriosolites. Cette information laisse supposer que l‟ancienne capitale de cité des coriosolites jouit encore d‟une certaine aura au début du Moyen Age. 182 La source (traduite) a été édité ds Delumeau dir., 1971, p. 71-72. Sur le possible lien entre le prêtre Speratus mentionné dans le document et la paroisse de Corseul, cf. Tanguy, 1992, p. 54 et Tanguy, 1994, Ferdière dir., 2004, p. 166-168. 183 D. Pichot a donné récemment dans son ouvrage sur le village dans l‟ouest médiéval, une présentation courte mais éclairante de nos connaissances actuelles sur les plou, cf. Pichot, 2002, p. 71-73. 184 Bernier, 1982. Ce rapprochement est à nouveau repris et développé par S. Kerneis, cf. Kernéis, 1998.

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populations bretonnes arrivées en désordre dans l‟Armorique. Ce clergé, afin d‟assurer le culte dans les meilleures conditions, groupa les fidèles en communautés dans le cadre d‟unités géographiques faciles à parcourir. Chacun de ces missionnaires, considéré comme un saint, devint l‟éponyme de la paroisse qu‟il avait établie »185. Cette vision si elle peut paraître satisfaisante pour l‟esprit, pêche sans doute par un excès de systématisme qui paraît bien éloigné des réalités médiévales, souvent très complexes. Il serait trop simple de faire de tous les plou des circonscriptions créées de toutes pièces par des religieux ayant traversés la Manche au moment de l‟émigration bretonne ; il a dû exister plusieurs cas différents. Toutes ne sont pas en tout cas des créations de la même période, comme le suggèrent les nombreux Plounévez ou Plonévez soit « nouveau plou » qui, au risque de faire une lapalissade, viennent s‟ajouter à d‟anciens plou. La présence d‟un habitat antérieur ou tout du moins un élément structurant le paysage semble avoir, dans certain cas, conditionner leur installation. C‟est bien ce que semble illustrer Plouguer qu‟il est difficile de ne pas lier à l‟existence d‟une ville romaine186. C‟est aussi ce que suggèrent des toponymes comme Plougastel faisant référence à une fortification ou de manière plus vague Ploumoguer évoquant simplement des murs 187. Comme le constate B. Tanguy, la règle de R. Largillière pour qui le plou « ne peut avoir de centre bien défini, parce qu‟en Bretagne à cette époque, il n‟y avait pas de bourg et que la population vivait très clairsemée, répartie à travers toute la campagne », ne peut plus prévaloir dans tous les cas. Nous pouvons aussi constater un parti pris partagé par tous les auteurs ayant traité la question qui mériterait peut-être une interrogation plus profonde, celle de considérer la paroisse primitive comme un territoire constitué dès l‟origine. Nous ne pousserons pas ici le traitement de ces différentes questions dont nous voulions simplement ici souligner quelques zones d‟ombres188. Elles dépassent en effet très largement le cadre de notre sujet, mais le dossier mériterait d‟être rouvert comme l‟ont déjà suggéré H. Guillotel ou J. Quaghebeur. Pour en revenir plus directement à Carhaix, il nous faut maintenant discuter des restitutions du territoire de la paroisse primitive de Plouguer proposées par R. Couffon et E. Vallerie. Constatons tout d‟abord que si une tel travail semble difficile a réaliser faute de documentation, il a pourtant intéressé quelques historiens qui en sont souvent venus à des résultats assez différents. Tous ont pourtant utilisé une méthode similaire partant d‟un postulat considérant les paroisses dont le nom n‟utilise pas le préfixe caractéristique comme des créations plus récentes (à quelques exceptions près) nées du démembrement d‟un plou. La reconstitution de leur ressort primitif oblige à la pratique d‟une analyse régressive prenant pour point de départ le découpage paroissial de l‟Ancien Régime. Celui-ci est habituellement considéré comme représentatif de la situation au sortir du Moyen Age central (ce qui mériterait tout de même d‟être démontré)189. La remontée plus en avant dans les origines se heurtant au manque de documents écrits, une large confiance est donnée à l‟analyse de la
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Chédeville, Guillotel, 1984, p. 95. Mais le cas est peut être particulier puisque des agglomérations antiques importantes comme Kerilien-enPlounéventer (Vorganium ?) ou Douarnenez n‟ont pas donné naissance à des plou. 187 Ibid., p. 96. 188 Il convient sans doute aussi de s‟interroger sur le statut des dits fondateurs des plou. A la lecture de la Vita Winwaloei d‟Uurdisten daté des environs de 880 qui relate l‟installation de Fragan dans un territoire qui deviendra Ploufragan, A. la Borderie donnait au plou une définition plus civile que religieuse en le présentant comme le territoire d‟une communauté nouvellement installée dirigée par un machtiern. Ce schéma est évidement en bien des points contestables, l‟évocation des machtiern est inacceptable, elle renvoie à une réalité du IXe siècle que rien ne permet de transposer tel quel à une période aussi ancienne. De plus occulter même partiellement le sens religieux du plou conduit à ignorer les renseignements que nous apportent entre autre l‟analyse du Cartulaire de Redon. On concédera cependant à l‟historien que pour le texte indiqué, Fragan (si tant est qu‟il ait existé) bien qu‟il soit le père de saint Guénolé n‟a lui-même rien d‟un religieux. 189 Vallerie, 1986, p.15.

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toponymie et de la topographie (il s‟agit de déterminer les obstacles naturels ayant pu faire office de frontières à ces territoires). Les résultats de telles recherches sont bien évidemment très utiles mais doivent être prises avec une grande mesure puisqu‟elles reposent sur des bases fragiles. Qu‟en est-il plus précisément pour Plouguer ? Les deux modèles proposés sont assez différents puisque nous avons le choix entre la grande paroisse de R. Couffon regroupant les territoires de Carhaix, Saint-Quijeau, Treffin, Trébrivan, le Moustoir et Maël-Carhaix et celle plus réduit d‟E. Vallerie qui ne se compose que de Carhaix, Saint-Quijeau et Treffin190. Quelle valeur accorder à ces restitutions ? La question mérite sans doute de présenter les connaissances que nous pouvons avoir de la situation postérieure. Les sources de fin de la période moderne nous décrivent assez précisément le ressort de cette paroisse (fig. 15). Le rôle des décimes de 1788 en cite deux trêves : Treffin et SaintQuijeau191. La ville de Carhaix elle-même devait relever du même statut, les différents aveux de la période XVIIe-XVIIIe siècle que nous avons pu consulter portent ainsi souvent l‟indication « Carhaix en la paroisse de Plouguer »192. Une situation qui n‟est pourtant pas si claire dans les faits eux-mêmes. En 1640 le livre de la sénéchaussée de Carhaix évoque ainsi « les paroissiens de Sainct Trémeur » et non de Saint-Pierre193. De même le dictionnaire d‟Ogée rapporte, à la fin du XVIIIe siècle, la parole d‟un des habitants pour qui « Carhaix n‟est point une trêve de Plouguer-Carhaix [...] on peut dire que la ville est sur la paroisse de Carhaix Plouguer, qui n‟en est qu‟à trois cent pas, et que cette paroisse était anciennement dans la ville même, qui a aujourd‟hui son église collégiale et particulière sous l‟invocation de saint Trémeur. Plouguer-Carhaix est mère-église et paroisse »194. Quelle était la situation au Moyen Age ? Les textes à notre disposition sont malheureusement guère loquaces sur le sujet. Aucun document des XI-XIIIe siècles ne décrit la situation paroissiale de Carhaix et sa région. La paroisse de Plouguer n‟est mentionnée que très tardivement en 1383 sous la forme « Ploguer »195. Pourtant dès 1310 c‟est une « paroisse de Kerahès »196 qui est citée et amène une confusion présente tout au cours du bas Moyen Age. Pour ne donner que quelques exemples, citons la bulle pontificale de 1391 évoquant la parrochialis ecclesia Sancti Tremori de Kerahes 197, ou encore un acte ducal de 1394 nous parlant des « habitants de la ville et paroisse de Karhais »198. Cette confusion doit sans doute être expliquée par l‟isolement de l‟église de Plouguer par rapport à la ville qui correspond mal à l‟idée que l‟on se fait d‟un centre paroissial au Moyen Age. Nous savons de plus par le rôle-rentier de 1539-1541 que les chanoines de Saint-Trémeur assurent la fonction pastorale en célébrant une grande messe dominicale dans la collégiale : « en lad(icte) esglise de Sainct-Trémeur, à jour de dymanche au p(ro)sne de la grande messe d‟icelle esglise en (con)gregacion de peuble »199. Concernant les trêves de Saint-Quigeau et de Treffin aucun document médiéval ne vient, comme bien souvent, faire allusion à leur statut au sein de la paroisse200. L‟église de Saint-Quigeau est

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Ibid., p. 190. Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 94-95. 192 A.D.L.A, B 1082. La formule se retrouve aussi systématiquement dans les différentes déclarations du très volumineux papier terrier de 1678-1680, cf. A.D.L.A., B 1106 et B 1107. 193 A.D.L.A, B 1102. 194 Ogée, 1845, t.1, p. 139, note 1. 195 Peyron, 1908, p. 191, Tanguy, 1990, p. 49. 196 A.D.L.A, B 1102, le document en question est un aveu d‟Eon de Kergorsoth de la paroisse de Carhaix. 197 Mollat, 1910-1911, p. 172. 198 Actes de Jean IV, acte 991, p. 581. La confusion est totale dans les mentions aux XVIe et XVIIIe siècle d‟une paroisse de « Ploukerkarahes » évoquée par B. Tanguy, cf. Tanguy, 1990, p. 49. 199 A.D.L.A, B 1103, f°12 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 22. 200 J. Kerhervé cite ainsi le livre de la réformation générale des feux de Bretagne de 1426-1443 (A.D.L.A, B 2988) qui cite seulement trois trêves pour le Léon sur la quarantaine connue dans le diocèse à la fin de la période moderne, cf. Kerhervé, 1985, t. 1, p. 27, note 17. Ce fait tient pour beaucoup à la nature des documents

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pourtant mentionnée dès le XIe siècle comme faisant partie d‟une villa donnée par le comte de Cornouaille à l‟abbaye de Quimperlé201, correspond elle déjà à une trêve ? Les sources qui mentionnent à nouveau l‟église au XVe et au XVIe siècle n‟apportent pas non plus de précision sur le statut de l‟édifice. Il en est de même pour Treffin cité pour la première fois en 1383 dans une bulle d‟Indulgence destinée « à ceux qui visiteront la chapelle N.D de Treffin dans la paroisse de Plouguer »202. Devant une telle difficulté à cerner les réalités du bas Moyen Âge, dans quelle mesure est-il permis d‟aller plus loin ? Le chercheur possède quelques précieux indices. Le premier est la présence de l‟Hyères dont le cours enserre les parties septentrionales et occidentales de Plouguer. Sa vallée profonde a en effet dû constituer un sérieux obstacle à l‟extension de la paroisse. Au nord de cette rivière se développe de plus le plou de Plounévézel dont la constitution est sans doute ancienne. Cette création n‟a cependant pu venir que dans un second temps. C‟est ce que suggère son déterminant« névezel » qu‟il faut rapprocher du latin novellus «nouveau »203. Suivant l‟interprétation habituelle, elle pourrait être le démembrement de Poullaouen204, paroisse primitive à laquelle il faudrait aussi rattacher les fondations plus récentes de Cléden, cité en 1105-1107205 et sa trêve Kergloff mentionnée en 1535206 qui bordent l‟Hyères à l‟ouest de Carhaix. Il n‟existe pas d‟obstacle aussi important au sud mais la rivière reprise lors de la construction du canal de Nantes à Brest a pu servir de limite. Au-delà s‟étendent les paroisses de Motreff et Saint-Hernin, toutes deux citées vers 1330207. L‟origine de la première pourrait aussi remonter au haut Moyen Age puisque son nom est composé à partir du vieux breton « treb » qui est aussi considéré comme un gage d‟ancienneté208. R. Couffon, E. Vallérie et B. Tanguy s‟accordent pour associer ce territoire à la paroisse de Plévin dont elle serait un démembrement209. Reste le problème du développement oriental du Plouguer primitif sur lequel pèse la discorde entre R. Couffon (fig.16) et E. Vallérie (fig.17). A en juger par la toponymie, les paroisses qui s‟y développent sont des créations plus tardives dont on ne peut malheureusement pas dater le moment de fondation. La première, Trébrivan, est citée pour la première fois en 1294 dans le livre des Otz 210. Sa trêve, Le Moustoir, dont le nom suggère l‟existence d‟un établissement monastique apparaît seulement au XVe siècle211. Enfin MaëlCarhaix dont le nom pourrait provenir du gaulois mello « colline » est cité en 1264 (sous la forme Medle)212. Peut-on intégrer ces territoires à celui de Plouguer ? Il semblerait présomptueux ici de vouloir trancher de manière définitive, nous nous permettrons cependant d‟effectuer deux remarques sur les deux solutions qui ont été envisagées.
conservés (financiers, aveux…) qui n‟ont pas de raison de donner de précisions sur le statut des paroisses et leurs subdivisions. 201 Cartulaire de Quimperlé, acte XXXVIII, p. 137. 202 Peyron, 1908, p. 191. Le chanoine Peyron ne fait dans cette article qu‟un résumé de l‟acte nous n‟en connaissons aucune édition nous permettant dans vérifier le contenu. 203 Suivant B. Tanguy « névézel »pourrait aussi correspondre à un antroponyme. Il remarque en effet la présence dans la paroisse d‟un « tronévezel » (la vallée de Névezel ?) qui pose question, cf. Tanguy, 1990, p. 171. 204 Vallérie, 1986, p. 190, Tanguy, 1990, p. 181. 205 Cartulaire de Redon (a), acte CCCLXXVII, p. 332-333. 206 Deshayes, 1999, p. 4. 207 Pouillé de la Province de Tours, p. 301.L‟éponyme de Saint-Hernin, noté Sanctus Eherninus, est aussi le patron de Pluherlin (Morbihan), mentionné sous la forme Plebs Huiernim en 833 et Plebs Hoiernin en 866, cf. Cartulaire de Redon (a), acte VII, p. 8 et acte XCIII., p. 70. 208 Tanguy, 1990, p. 135. 209 Valérie, 1986, p. 193, Tanguy, 1990, p. 135. 210 Dom Morice, 1742-1746, col. 1114. Cette source évoque un certain « Henry de Trefbrivien ». Ce nom pourrait signifier le « village de Pritman », cf. Tanguy, 1992, p. 323. 211 Ibid., p. 14. Suivant E. Vallerie le terme « Moustoir » est utilisé à partir au milieu du XIe siècle, cf. Vallerie, 1992, p. 249.. 212 Ibid., p. 139. La paroisse est nommée Mezle vers 1330 et en 1368, cf. Pouillé de la Province de Tours, p.301 et 305.

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Nous reprendrons tout d‟abord la critique d‟E. Vallerie pour qui la reconstitution de R. Couffon « est principalement dictée par le souci d‟assurer un territoire comparable aux autres primitives de la région»213. Cet avis est sans doute présenté de manière trop affirmatif mais il nous paraît légitime de se demander s‟il n‟est pas inhérent à la démarche de R. Couffon de restituer à Plouguer une étendue comparable à celle qu‟il avait proposée pour les autres paroisses. Ce chercheur fait d‟ailleurs de la taille considérable des plou l‟une de leur caractéristique principale. Si personne ne peut raisonnablement remettre en cause cet avis qu‟avait déjà exprimé avant lui R. Largillière, celui-ci a pu aussi constituer un présupposé à la réalisation de l‟étude de R. Couffon et a pu dans certains cas en biaiser le résultat. E. Vallérie propose un modèle différent pour ses territoires considérés par son prédécesseur comme des extensions de la paroisse primitive de Carhaix. Suivant celui-ci, Maël-Carhaix serait à associer à Maël-Pestivien dont elle aurait hérité le nom. Cette homonymie semble être pour l‟auteur un argument suffisant pour restituer une ancienne paroisse, dont le nom pourrait être Maël214, qui regrouperait tous les territoires entre eux deux, c'est-à-dire Trébrivan et Le Moustoir. Il faudrait donc adopter l‟idée d‟un territoire de Plouguer plus resserré qui ferait exception à la règle des grands plou. Cette restitution d‟une paroisse à l‟extension limitée a pour elle l‟intérêt de présenter un ensemble géographique cohérent. Suivant l‟auteur son développement aurait même pu être conditionné par l‟existence d‟un noyau urbain à Carhaix215. L‟explication peut paraître convaincante, mais pose tout de même encore question. En effet, en l‟acceptant, nous supposons que le territoire mis en place au cours du haut Moyen Age est encore celui existant en 1789. Nous aurions donc ici un remarquable exemple de continuité depuis le tout début de la période médiévale qui ne peut qu‟inspirer le doute au chercheur. En vérité en l‟absence de sources écrites, il semble bien illusoire de vouloir donner des frontières trop précises à ce territoire216. Même si la naissance des paroisses se fait dans un contexte différent de la Basse-Bretagne, la situation qui a pu être analysée dans les autres régions françaises invite à réfléchir. Elle nous montre qu‟au haut Moyen Age l‟ensemble du territoire des évêchés n‟était pas recouvert de paroisses et qu‟il existait des zones ne dépendant d‟aucun ressort ecclésiastique. Dans son travail sur le Vannetais où se côtoient Plou et paroisses gallo-romaines, N. Y. Tonnerre arrive à des conclusions similaires. Une telle situation n‟a-t-elle pas pu aussi exister en Cornouaille ? 1.3.2.3 Le Poher, un pagus du premier Moyen Age autour de Carhaix ? Le Poher est le pagus mentionné le plus anciennement en Cornouaille. Il apparaît en effet à de nombreuses reprises dans les actes du IXe siècle du Cartulaire de Redon sous les formes Poucar, Poucaer ou Poucher217. Son étymologie ne fait guère de doute, son nom se compose du préfixe vieux-breton pou ou po (correspondant au gallois pau, et au vieux cornique pou) emprunté au latin pagus que l‟on retrouve ailleurs en Bretagne dans les noms de Poudouvre, Poulet ou Porhoët218, et du suffixe caer dont le sens originel proche du latin castrum peut se
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Valérie, 1986, p. 190. Ibid., p. 191. A la différence de B. Tanguy, E. Vallérie considère Maël comme un hagionyme. A la faveur de cette hypothèse nous pouvons constater qu‟il existe bien un culte de saint Maël en Bretagne et au pays de Galles, cf. Loth, 1910, p. 84. 215 Ibid., p. 190. 216 C‟est l‟avis exprimé par D. Pichot sur les plou en général cf. Pichot, 2002, p. 72. 217 Riwallon comes Poucar est cité dans une charte de 839, cf. Cartulaire de Redon (a), acte CVII p. 81, Jedecael princeps Poucher en 871, cf. Ibid., acte CCXLVII, p.199, et un document évoque aussi la donation de Lisbidioc (non localisé) que est in Poucar en 895, cf. Ibid., acte CCLXVIII, p 217. La forme Paucherum apparaît dans les Annales de Saint-Bertin, cf Annales Bertiniani, p. 125. 218 Tanguy, 2001, p. 371.

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traduire par « endroit fortifié »219. Le « pays du lieu fortifié » donc, dont la désignation dériverait directement de son chef-lieu Carhaix dont la paroisse primitive se nomme Plouguer soit Plou-caer220. Le ressort territorial du Poher primitif a été l‟objet de reconstitution assez différente par les historiens (fig. 18). L‟avis qui a été le plus couramment partagé jusqu‟à présent est celui qu‟avait pu donner R. Couffon dans son étude sur les pagi bretons en Domnomée. Pour cet auteur, le Poher du haut Moyen Age correspond à un espace compris entre les Monts d‟Arrée au nord, les montagnes noires au sud, l‟Aulne à l‟ouest et une limite orientale plus floue correspondant à celle du pagus de Quintin221. Dans sa célèbre synthèse sur la Bretagne des Ve-VIIIe siècles, A. Chédeville avait,lui, proposé une vision bien différente du Poher en lui ajoutant une façade maritime avec le pagus castelli plus au nord traditionnellement placé entre le Queffleut et le Douron. Pour l‟historien ce territoire tiendrait lui aussi son nom de Carhaix (ou plutôt de Plouguer) et se serait séparé du Poher au moment de la création du diocèse de Tréguier222. L‟hypothèse n‟a cependant guère été retenue jusqu'à présent. L‟auteur ne présente, il est vrai, aucun élément décisif. Plus récemment, B. Tanguy a proposé de restituer un Poher possédant, là aussi, une façade maritime en englobant cette fois le pagus du Faou à l‟ouest223. Pour cette hypothèse, le toponymiste se base sur le rapprochement de deux textes. Les Annales de Saint-Bertin tout d‟abord, qui rapporte pour l‟année 874 le voyage du roi breton Salomon en Poher pour se retirer dans un petit monastère dans lequel il sera finalement assassiné224. Et le récit de l‟historien du XVe siècle, Pierre Le Baud, qui, racontant le même événement en se réclamant de « chronicques annaux », situe le lieu du meurtre à La Martyre. Ce lieu, trêve de la paroisse Ploudiry, étant géographiquement placé dans le pagus du Faou, on aurait donc ici la preuve que ces deux territoires ne font à l‟origine qu‟un. Le pays du Faou ne serait pour B. Tanguy qu‟une création postérieure aux invasions scandinaves225. Le doute demeure cependant puisque cette hypothèse se base sur le témoignage postérieur de P. Le Baud qui, comme le constatait H. Guillotel, « a souvent travesti les événements du haut Moyen Age breton, quand il ne les a pas inventés »226. Pour la restitution de la frontière orientale du pagus, B. Tanguy remet aussi en cause R. Couffon. En effet le pagus de Quintin, évoqué par ce dernier comme limite du territoire, n‟a pas de réalité au haut Moyen Age, il s‟agit en fait d‟une seigneurie résultant du démembrement du comté de Goëlo vers 1227. Il semble dès lors plus logique à l‟historien d‟étendre le Poher jusqu‟à l‟Oust, frontière naturelle qui marque aussi les limites du diocèse de Cornouaille227. Pour terminer, J. Quaghebeur a défendu dans sa thèse une conception du Poher radicalement différente de celles évoquées précédemment puisque, selon elle, ce territoire ne fait qu‟un avec la Cornouaille. Cette hypothèse de l‟historienne a pour point de départ une remarque faite par H. Guillotel : «Les circonscriptions de Cornouaille et de Poher possèdent pour le haut Moyen Age des caractéristiques communes si bien qu‟il est difficile de les distinguer
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Ibid., p. 387-388, Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 300. Ibid., p. 300, Tanguy, 2001, p. 388. 221 Couffon, 1944. 222 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 85. 223 Tanguy, 2001, p. 388. 224 Annales Bertiniani, p. 125 : Salomon dux Brittonum et messium inopiam reddidit nunciis quandoquidem infirmus quandoquidem mortuus, certa relatione Karolo apud Compendium nunciatus est hoc ordine mortuus : videlicet insecutus a primoribus Britonum Pascuitan et Vurhanat [...], quos valde affixerat et capto ac custodiae mancipato filio eius Wigon, fuga lapsus, in Paucherum secessit et quoddam monasteriolum ingressus, ut se liberare valeret circumventus a suis, quod a nemine Brittonum quiddam mali sustinere deberet, traditus est francis homnibus Fulcoaldo et aliis. 225 Ibid., p. 389. 226 Guillotel, 1989, p. 202. 227 Tanguy, 2001, p. 388.

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l‟une de l‟autre »228. Si le célèbre historien breton n‟étaye pas son propos au cours de ces différents travaux, J. Quaghebeur s‟est substitué à son maître en apportant une démonstration convaincante à bien des points de vues229. La documentation fait en effet apparaître un seul grand aristocrate pour la Cornouaille carolingienne, le comte de Poher. Ce lignage dont semblent être issus, entre autres, Nominoë, Erispoë et Salomon a pu être partiellement reconstitué pour la période IX-Xe siècle230. Le titre qui leur est attribué a logiquement fait penser à beaucoup d‟historiens que le pagus du Poher était, à la période carolingienne, le ressort territorial d‟un comté. Cependant pour l‟historienne « la qualité de la noblesse de ceux qui furent investis de la charge comtale en Cornouaille interdit de penser que leur fut confié un ressort d‟autorité –bien trop modeste par son importance- qui aurait été une offense à leur race ? »231. Comment expliquer aussi l‟absence d‟un comte de Cornouaille dans la documentation contemporaine ? Mais outre ces questions, la preuve la plus convaincante est apportée par la mention aux années 857-867de Rivelen comme rector Cornubiae dans la vie de Guénolé du moine Clément232. Ce personnage connu par la suite comme comte de Vannes233 étant sans doute le fils de Riwallon, comte de Poher, mentionné dans une chartre de 844234, il y a peut être l‟indice de l‟assimilation dans l‟esprit des contemporains entre Cornouaille et Poher. Pour J. Quaghebeur, le Poher formerait donc en réalité un pagus major subdivisé entre différents pagi minores connus par une documentation postérieure à la période carolingienne mais qui décrivent une situation déjà ancienne235. Un problème se pose cependant à cette restitution : dans quel pagus placer Carhaix et sa région ? Les auteurs se confortent habituellement à penser que les divisions postérieures du diocèse de Cornouaille en archidiaconés et doyennés reprennent en grande partie ce maillage de pagi suivant un processus déjà constaté par J.F. Lemarignier pour les autres régions françaises236. Autour de Carhaix nous retrouverons ainsi à la fin du Moyen Age central un doyenné de Poher qui constitue lui-même une subdivision de l‟archidiaconé de Poher. Ces nouvelles circonscriptions ne s‟appuient-elles pas sur un cadre territorial plus ancien comme c‟est le cas pour les doyennés du Faou, de Cap-Sizun, Cap-Caval ou Fouesnant ? Dans ce cas, il serait peut-être plus juste de considérer que le Poher, possible ressort originel du lignage des comtes du IXe siècle, soit venu par extension à désigner l‟ensemble du territoire sur lequel s‟étendait leur pouvoir237. En tout état de cause, le doute est ici de mise.

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Guillotel, 1979, p. Cet avis est aussi exposé dans Chédeville, Guillotel, 1984, p. 232. Quaghebeur, 2001, p. 121, Quaghebeur, 2002, p. 13. 230 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 232, 297-298. Nous n‟évoquerons pas ici la question du prince Conomor qui semble avoir vécu au VIe siècle et que la tradition lie au Poher. Son traitement nous éloignerait bien trop de notre sujet. Sur ce personnage cf. Chédeville, Guillotel, 1984, p. 75-77, Bourgès, 1996, Giot et alii, 2003, p. 113-114 231 Quaghebeur, 2001, p. 121. 232 Cartulaire de Landévennec (b), v. 12, p. 124 : Cognoscant Aelam jusserit ut facerem/Tempore quo Salomon Britones rite regebat/Cornubiae rector quoque fuit Rivelen. 233 Cartulaire de Redon (a), acte XCVI, p. 72-73. 234 Ibid., acte CVII. 235 Tanguy, 2001, p. 388-392, Quaghebeur, 2002, p. 138-141. On connaît ainsi les pagi du Faou, de Porzay, de Cap-Sizun, Cap-Cavall, Fouesnant, Trégunc et Carnoët. La destiné politique de ces subdivisions ne nous est pas connue. 236 Couffon, 1944, Tanguy, 2001, Quaghebeur, 2002, p. 319, Lot, Fawtier dir., 1962, p. 186. 237 C‟est ce que semble suggérer B. Tanguy cf. Tanguy, 2001, p. 389. J.C. Cassard n‟est pas non plus convaincu par l‟assimilation Cornouaille-Poher proposée par J. Quaghebeur : Cassard, 2001, p. 531 : « De façon me semble-t-il curieuse, l‟auteur entend nous persuader que la Cornouaille du IXe se confondait avec le Poher : je note que ce dernier nom joue cependant pratiquement aux abonnés absents dans les textes contemporains, alors que l‟appellation concurrente- sous des graphies certes diverses- y figure bel et bien, et ses habitants avec. [...] Alors, n‟aurait-il pas été plus évident d‟inverser les termes de la proposition de l‟auteur en faisant du Poher un comté autour de Carhaix-comme le suggère avec force l‟étymologie (Poucher < Pagus Caer)-, terre natale de

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1.3.2.4 Une première mention de Carhaix au IXe siècle Cas relativement rare pour une ville de Basse-Bretagne, Carhaix pourrait être mentionné dès la période carolingienne. En effet, suivant certains, c‟est à ce lieu qu‟il faut identifier le Corophesium, cité dans les Annales de Lausanne pour l‟année 818. Le texte en question n‟est en fait qu‟une courte ligne indiquant que Ludovicus imperator in Britannia fuit usque Corophesium anno Domini 818238. C‟est L. Fleuriot qui, le premier, a montré l‟intérêt de ce texte et proposé le rapprochement entre Carhaix et Corophesium239. Hypothèse reprise par B. Tanguy qui en apportera l‟argumentation en se basant sur la signification du mot Corophesium 240. Selon le linguiste, le terme dériverait du latin quadruvium signifiant « carrefour » 241. De ce terme proviendraient en effet les formes Carifes, Carofes ou Corophes qui sont toutes proches du nom Carahes donné à la ville au XIIe siècle dans la chanson d’Aiquin242. L‟explication semble très séduisante, d‟autant que la venue de l‟empereur en Cornouaille en 818 est bien documentée (voir plus bas). Elle résout de plus le problème de la signification du nom de la ville qui a longtemps monopolisé l‟attention des historiens. Cette question a ainsi donné naissance aux hypothèses les plus farfelues comme celle de T. La Tour d‟Auvergne qui prétendait que ce nom dérivait d‟un ancien Castrum Aetius et faisait ainsi référence au général vainqueur d‟Attila243. Elle a aussi été l‟objet d‟un débat plus sérieux entre F. Lot pour qui le nom de Carhaix se composerait de Caer et Osismii et J. Loth pour qui cette proposition est linguistiquement incorrect244. J.P. Brunterc‟h a cependant proposé une hypothèse concurrente à celle de B. Tanguy en identifiant Corophesium à Coray245. Le rapprochement semble, là aussi, très pertinent puisque le lieu semble avoir été un centre de pouvoir important au haut Moyen Age. Le cartulaire de Landévennec mentionne en effet dans un acte du XIe siècle une Vicaria Choroe246. Cette indication renvoie à une circonscription apparue à la période carolingienne dont les attributions à la fois juridiques, administratives et aussi militaires sont dans le détail assez mal connues en Bretagne247. Cette institution dont les mentions sont fréquentes dans le monde carolingien est bien attestée dans le Nantais et le Rennais au cours de IXe-Xe siècle puisqu‟on en compte 25 mentions dans le Cartulaire de Redon248. Le Cartulaire de Landévennec qui cite encore 8 au XIe siècle montre sa survie, ou tout du moins son souvenir, au début de la période féodale dans un autre comté même si son sens semble désormais mal compris par les
Nominoë et de tous ses héritiers politiques, devenu ensuite un simple pagus, un archidiaconé intégré à la Cornouaille féodale dans des conditions mal connues en définitive ?». 238 Annales Lausannenses, p. 779. 239 Fleuriot, 1999, p. 33. 240 Tanguy, 1984, p. 100-101, Tanguy, 1990, p. 48. 241 Il existe de nombreuses localités françaises dont le nom dérive du latin quadruvium c‟est le cas de Charost (Cher) noté Caroth en 1085 ou Charroux (Vienne), que l‟on connaît sous le forme de Karrofum en 789 et Carrofense monasterium en 815, cf. Tanguy, 1984, p. 103. 242 Chanson d‟Aiquin, v. 2182, p. 84, v. 2208, p. 85. 243 Ogée, 1843, t. 1, p. 140-142, Halléguen 1863, p. 533. 244 Lot, 1900, p. 399, l‟article est suivie dans la même revue d‟une lettre de J. Loth à laquelle répond F. Lot, avant que le linguiste consacre une partie de l‟un de ses articles à cette question, cf. Loth, 1903. Malgré la verve bien connue de F. Lot, le chercheur ne peut que donner raison à son non moins illustre contradicteur sur cette question. 245 Brunterc‟h, 1989, p. 48 246 Cartulaire de Landévennec (a), acte n°17, p. 559-560 : Tili Meuuer, Sent Iglur, Pencoett, in vicaria quod vocatur Choroe. 247 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 238-239. 248 Guigon, 1993, p. 21.

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rédacteurs des actes. En conséquence, l‟identification de Corophesium en Coray est donc, sur le principe, tout aussi crédible que Carhaix. Le centre d‟une viguerie a pu tout naturellement constituer un point de ralliement pour l‟empereur et son armée. Le problème vient à notre sens de l‟explication étymologique retenue pour Coray qui ne semble guère s‟accorder avec une forme ancienne en Corophesium249. Suivant B. Tanguy, ce nom« semble bien rappeler le souvenir d‟un éponyme laïque ou religieux comme le suggère la terminaison –oe fréquente en vieux-breton dans les noms d‟hommes [...] Le premier élément, qui peut correspondre au vieux-breton cor signifiant troupe, groupe, clan, famille, apparaît avec un suffixe différent dans le nom d‟homme Coriou au XIe siècle, et en composition dans le nom d‟homme Coruueten au IXe siècle »250. En conséquence le rapprochement avec Carhaix, bien explicité, nous semble ici plus probant. La chance veut que l‟on soit ici bien documenté sur la venue du fils de Charlemagne en Bretagne en 818. Les mentions de cette expédition sont en effet nombreuses, puisqu‟on la voit apparaître, entre autres, dans les Annales royales251, la Vie de Louis Le Pieux par l‟Astronome252 et surtout les Poèmes sur Louis le Pieux d‟Ermold Le Noir253. Ce dernier est notre principal informateur sur cette campagne dont il explique les raisons et décrit son déroulement. Il n‟est, par contre, guère précis sur la localisation des lieux traversés par son armée en Bretagne, nous savons juste que celle-ci se réunit à Vannes avant de se diriger vers le territoire du chef rebelle Murman (ou Morvan)254. Un diplôme, contenu dans le Vita Winwaloei apporte cependant un indice précieux en relatant la rencontre en 818 à Priziac de l‟abbé de Landévennec Matmonoc et l‟empereur255. Ce lieu, situé à la frontière des territoires historiques du Vannetais et de la Cornouaille (actuellement dans le département du Morbihan) à 26 km au sud-est de Carhaix, a logiquement fait penser que l‟expédition se donnait pour but le sud-ouest de la péninsule bretonne256. Pour notre cas, il serait évidemment intéressant de savoir à quel moment de l‟expédition s‟est faite cette rencontre à Priziac : est-elle antérieure ou postérieure à la venue à Carhaix ? Suivant J. Quaghebeur, celle-ci n‟a pu avoir lieu qu‟avant l‟intervention militaire, l‟empereur n‟ayant aucun intérêt à recevoir un représentant ecclésiastique à la frontière d‟un territoire pacifié nouvellement257. A l‟inverse pour l‟historienne, la venue à Carhaix, clairement située en Cornouaille, marquerait la fin de cette
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On connaît une autre mention de Coray pour le XIe siècle, cf. Cartulaire de Quimperlé, acte XLVI, p. 143. Il s‟agit d‟une charte de 1066-1085 dans laquelle Guiomarch fils de Numenoë, gravement malade dans sa domus de Coroë, et son fils Duenerth donne le village de Kernoues en Clohars-Carnoët et la villa de « Caër Kentlaman. » 250 Tanguy, 1990, p. 58. Un Coriou apparaît trois fois comme témoin à Quimperlé, cf. Cartulaire de Quimperlé, acte CVII, p. 225, acte CVIII, p. 226 et acte CIX, p.228. Le nom Coruueten apparaît dans sept actes du Cartulaire de Redon, cf. Cartulaire de Redon (a), acte XCVI, p. 73, acte CVI, p. 80, acte CLXIII, p. 127, acte CLXXXVI, p. 144, acte CCVI, p. 159, CCXL, p. 188, acte CCXLIII, p. 195. 251 Annales Regni Francorum, p. 148 :Atque his ita dispositis ipse cum maximo exercitu Brittaniam adgressus generalem conventum Venedis habuit. Inde memoratam provinciam ingressus captis rebellium munitionibus brevi totam in suam potestam non mango labore redegit. Nam postquam Mormanus, qui in ea praetor solitum Brittonibus morem regiam sibi vindicaverat potestatem, ab exercitu imperatoris occisus est, nullus Britto inveniebatur, qui resisteret aut qui imperata facere aut qui obsides, qui iubebantur, dare rennueret. 252 Astronome, p. 623. 253 Ermold le Noir, p. 98-133. 254 Ibid, p. 120: Venedam adit tandem praeclarus Caesar, avito proelia more parat, ordinat atque duces. 255 :In eadem Britanniae provincia castra fixerat, super fluvium Elegium justa silvam quae dicitur Brisiaci, cf., Cartulaire de Landévennec (b), p. 75-76, Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col. 228. Si le document n‟est évidemment pas d‟une « première main », il ne semble guère y avoir de doute sur son authenticité, cf. Chédeville, Guillotel, 1984, p. 222. 256 Les maigres indices livrés par ce document ainsi que la description du paysage breton donnée par Ermold Le Noir ont souvent été utilisé par les historiens trop pressés de découvrir le lieu de résidence de Murman qu‟évoque l‟auteur aquitain. 257 Quaghebeur, 2002, p. 25.

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intervention et pourrait même être le lieu où Louis le Pieux reçut les serments de fidélité des chefs bretons vaincus258. Hypothèse qu‟elle justifie par le passé romain de la cité, lourd d‟un symbole pour le souverain soucieux « que l‟on gardât le souvenir que son armée avait ramené ce territoire insoumis à l‟obéissance impériale »259. Cette proposition est évidemment intéressante mais aussi très audacieuse ; elle nous semble aller un peu loin dans l‟interprétation d‟une mention annalistique on ne peut plus lacunaire. Il faut néanmoins concéder à l‟historienne que la conclusion de traités dans des « lieux de mémoire », connaît de nombreux exemples au Moyen Age. Nous savons ainsi qu‟après la mort de leur père Charles Martel, Pépin et Caroloman se rencontrèrent en 742 in loco vocatur Vetus Pictavis, c'est-àdire le Vieux-Poitiers (Vienne), où existait auparavant une agglomération secondaire antique260. De la même manière, il y eut de nombreuses rencontres entre le roi de France et le duc Normandie à l‟Ormeteau ferré à Gisors, à l‟emplacement de la nécropole de la ville romaine261. Il s‟agit cependant de site abandonné, ce qui ne semble pas être le cas de Carhaix. Cette venue de l‟empereur nous semble même supposer, au contraire, que l‟ancien chef-lieu de cité possède encore une certaine importance au IXe siècle. Pour terminer au moins symboliquement avec la période carolingienne à Carhaix, précisons que de nombreux historiens du XIXe siècle ont cité un raid viking dans l‟agglomération en 878262. Souvent non justifiée, cette allégation viendrait suivant J. Cambry d‟Albert le Grand263, hagiographe dominicain du XVIIe siècle. Cependant outre le caractère tardif de la source invoquée264, le clerc ne souffle en vérité aucun mot de cet événement. Suivant un avis récent, il semble que cette information ne soit qu‟une création de T. de la Tour d‟Auvergne au XVIIIe siècle265. Toujours au sujet des normands, une interrogation plus sérieuse peut être portée par le récit de la bataille tenue entre l‟armée Aiquin et les troupes Charlemagne devant la cité de Carhaix donné par le Roman d’ Aiquin à la fin du XIIe siècle266. Comme l‟ont montré les travaux de J.C Cassard, cette chanson de geste semble avoir conservé le souvenir plus ou moins déformé de la présence viking en Bretagne267. Il semble pourtant difficile pour notre cas d‟accorder grand crédit à cette mention de Carhaix pour laquelle aucun témoignage n‟atteste une présence viking. Tout juste peut-on y voir, à la suite de J.C. Cassard, un écho de la révolte avortée des cornouaillais face aux normands en 931 attestée par Flodoard sans que l‟on puisse déterminer si elle a un quelconque rapport avec l‟agglomération268.

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Ce serment des chefs bretons est évoqué par Ermold le Noir qui ne précise pas où il eut lieu, cf. Ermold le Noir, p ; 132 : Regina frena petunt Brittones namque coacti, jam sobolesque genus Murmanis omne venita. Mox Hludowicus ovans recipit Britonnica jura, dat jus datque fidem ; pax requiesque datur. 259 Quaghebeur, 2001, p. 117. 260 Bourgeois, 2000, p. 175-176. 261 Lemarignier, 1945, p. 87 et 91. Une première rencontre a lieu à Gisors en 965 entre le roi Lothaire et le duc Richard Ier. Les faits se réitèrent en 1113 et 1119 entre le roi Louis VI et Henri Ier, 262 Cambry, 1979, p. 114, Fréminville, 1979, p. 216. 263 Cambry, 1979, p. 114. 264 Le Grand, 1837. 265 Ogée, 1843, t. 1, p. 142. 266 Chanson d’Aiquin, v. 2820-2898, p. 108-111. 267 Le récit se déroule pour une large partie dans la région d‟Alet où des installations normandes sont bien attestées tant par les sources écrites que l‟archéologie et semble aussi travestir une série de personnages historiques, cf. Cassard, 2002, p. 117, 121-125. 268 Flodoard, p. 50 : Interea Brittones qui remanserant.Nordmannis in Cornu Galliae subditi, consurgentes adversus eos qui se obtinuerant, in ipsi sollemniis sancti Michaëlis omnes interemisse dicuntur qui inter eos morabantur Nordmannos, caeso primum duce illorum nomine Felecan. Sur le lien hypothétique de cette mention avec Carhaix, cf. Cassard, 2002, p. 119.

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1.4Le Moyen Age central (XIe-XIIe siècle)
1.4.1 Un espace de pouvoir : la vicomté de Poher Le Moyen Age central voit la naissance en Cornouaille d‟une importante seigneurie, la vicomté de Poher. Cette entité nouvelle, dont l‟historiographie a fait de Carhaix le chef-lieu, apparaît assez tardivement dans un acte de 1105-1107 relatant une donation de Tangicus vicechomes de Poher à l‟abbaye de Saint-Sauveur de Redon269. Cette mention est unique, le titre n‟apparaîtra jamais dans un document postérieur, ce qui explique sans doute en partie la confusion de nombreux historiens pour établir la généalogie de lignage270. A. de La Borderie considérait même que « les successeurs [de Tanguy] sont inconnus »271. Il revient à J. Quaghebeur d‟avoir éclairci cette question272. Point de départ de l‟enquête, menée par l‟historienne : ce vicomte Tangui cité dans le Cartulaire de Redon. Ce dernier apparaît en fait à plusieurs reprises dans le recueil d‟actes de Quimperlé. Il est, en effet, témoin en 1081-1113 de la donation de Cadoret fils d‟Alfred à l‟abbaye273 et à nouveau en 1084-1113 lors du règlement d‟un conflit opposant le monastère au duc Alain IV274. Il se présente aussi en qualité de donateur en 1084-1114, lorsqu‟il cède à Sainte-Croix la terre de Pontbrient en Guiscriff sur laquelle s‟établira un prieuré275. Le regroupement de ces quelques documents font apparaître un homme comptant parmi les personnages les plus importants de la Cornouaille. Fidèle du duc et comte Alain IV, il est aussi le protecteur et le bienfaiteur des sanctuaires de Quimperlé et de Redon. Il est, de plus, marié à une certaine Hodiern dont il eut deux fils, Bernard et Elie. Parmi ceux-ci, seul le premier semble avoir porté le titre de vicomte276. A la suite, les fils de Bernard, Tangui II puis Rivallon II, reprendront cette titulature277. Enfin le dernier vicomte Rivallon III, est cité à deux reprises entre la fin du XIIe siècle et le début du XIIIe siècle. Une première fois en 1194-1201 auprès de la duchesse Constance278 et une seconde fois en 1206 auprès de Guy de Thouars279. Mais si les héritiers de notre Tangicus vicechomes de Poher semblent bien identifiés malgré un relatif vide documentaire au début du XIIe siècle, l‟enquête sur ses ascendances est par contre moins aisée. Les sources concernant ce personnage n‟en soufflent aucun mot et c‟est ici que le recours à l‟onomastique offre une aide précieuse. Suivant J. Quaghebeur, il faut reconnaître le père de Tangui Ier dans le vicomte Bernard cité dans un acte du 1er août1088. « Bernard » semble en effet être l‟un des nomen caractéristiques du lignage des vicomtes puisqu‟il sera porté à plusieurs reprises par les successeurs de Tanguy. Plus anciennement encore, il faudrait rattacher au lignage le vicomte Riwallon témoin d‟une donation de l‟évêque
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Cartulaire de Redon (a), acte CCCLXXVII, p. 332-333. Caraes, 1984, p. 119-120, Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 174. 271 La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 79, note 5. 272 Quaghebeur, 2002, p. 379-389. H. Guillotel a aussi réalisé une étude de cette famille dont il a fait une communication à la société archéologique du Finistère en 1990, cf. Tanguy, 1990 ; p. 397-398. On ne peut que regretter que celle-ci n‟ait jamais été publiée. 273 Cartulaire de Quimperlé, acte L, p. 148-149. Cette notice rappelle la donation à Sainte-Croix de la villa de Sant-Alarun en Guiscriff par Cadoret au moment de son entrée en religion. 274 Ibid, acte LXXIV, p. 220-221. 275 Ibid., acte XLI, p. 230-231. Il s‟agit d‟une confirmation de donation à Quimperlé par la duchesse Constance. 276 Cartulaire de Quimperlé, acte XCIII, p. 248. Le vicomte Bernard ne fait ici l‟objet que d‟une brève mention dans un acte de l‟un de ses fils. 277 Ibid., acte XCIII, p. 248, acte XCIV, p. 249, acte XCVI, p. 250-251. 278 Cartulaire de Quimper, acte n°14, p. 177-179. 279 Dom Le Duc, 1863, n°XXIX, p. 608, Charters of duchess Constance, Gu 12, p. 151.

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de Tréguier à l‟abbaye du Mont Saint-Michel en 1086280. Comme nous venons de le voir, ce nom de Rivallon est très présent parmi les membres du lignage et constitue donc un bon argument pour y rapporter ce personnage. Enfin, s‟il on en croit les études menées par H. Guillotel, il est possible de remonter encore plus loin dans les origines de cette famille que le propose J. Quaghebeur. Celui-ci a, en effet, émis l‟hypothèse d‟un lien entre notre lignage et celui des seigneurs châtelains de Dol-Combourg. Dans son étude sur les vicomtes d‟Alet, l‟historien évoque, sans le développer, l‟existence d‟un Alveus vicomte de Poher281. Cet homme apparaît en effet comme témoin d‟une donation de Rivallon de Combourg à Marmoutier282. Notre vicomte serait de plus l‟époux d‟Havoise, fille de Riwallon. Au premier abord, il semble cependant difficile de prouver le rattachement de ce Alveus au lignage des vicomtes de Poher. En effet à la différence de Rivallon ou Bernard, ce nom ne sera porté par aucun des descendants de Tangui. Mais l‟hypothèse a cependant pour elle un argument de poids puisqu‟elle explique l'introduction du nom Riwallon dans la famille. Celui-ci pourrait être la conséquence du mariage entre Alveus et Havoise qui apporterait ce nomen caractéristique des seigneurs de Dol-Combourg. En dehors de ces questions de généalogie qui ne nous intéressent ici qu‟indirectement, il est plus important pour notre sujet de nous interroger sur l‟étendue territoriale de cette vicomté de Poher. Dans sa thèse, J. Quaghebeur donne à cette question une réponse radicalement différente de ce qui avait pu être donné jusqu‟à présent en niant l‟existence d‟une vicomté de Poher en tant qu‟entité territoriale. L‟historienne base cet avis sur deux constatations principales. La première est la coexistence de deux familles vicomtales à la fin du XIe siècle (ceux du Faou et de Poher283) pour le seul comté de Cornouaille. Comme l‟avait déjà analysé H. Guillotel pour le lignage de Léon, le titre de vicomte renvoie à une institution d‟origine carolingienne284. A la fois auxiliaire et suppléant du comte en cas d‟absence, celui-ci n‟a pas à l‟origine d‟autre ressort territorial que le comté lui-même et suivant J. Quaghebeur à « un comté correspondait un vicomte »285. A cette incohérence, l‟historienne apporte une explication : notre famille de Poher qu‟elle pense issue de la maison des vicomtes de Vannes ne serait venue s‟installer en Cornouaille qu‟à la faveur d‟une alliance matrimoniale. La seconde constatation est le problème que pose l‟indication « Poher » dans la titulature du vicomte, puisque celui-ci est pour l‟historienne un synonyme de Cornouaille. Si ces deux termes évoquent bien la même entité, on ne peut donc concevoir l‟existence d‟une vicomté de Poher en tant que territoire. Selon elle, l‟apparition du titre (dans un acte d‟ailleurs unique) s‟expliquerait davantage par le mariage de Tanguy Ier avec Hodiern, probable descendante du vicomte Diles du Xe siècle dont il aurait simplement repris la titulature. Cette hypothèse ne nous paraît cependant pas acceptable. L‟existence au XIe siècle de deux vicomtes pour un même territoire n‟a rien exceptionnel. La situation peut trouver des comparaisons dans le comté de Nantes où coexistent au XIe siècle les vicomtes de Migron et Donges 286ou dans le comté de Rennes qui a donné naissance au vicomte de Porhoët et d‟Alet287. Il nous faut cependant concéder que seul un vicomte de Cornouaille est cité dans l‟acte de donation à Landévennec d‟Alain Barbetorte, dans le second quart du Xe siècle ; la situation a-t-elle
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Dom Morice, 1742-1746, col. 460. L‟évêque cède au monastère normand le Mont Hyrglas identifié par J. Quaghebeur au prieuré Lokmikaël en Elliant cité dans un aveu de 1551 (A.D.F. 9 H 4 et 6), cf. Quaghebeur, 2002, p. 383. 281 Guillotel, 1988, p. 215. 282 Dom Morice, 1742-1746, col. 425-426. 283 Sur les vicomtes du Faou, cf. Quaghebeur, 2002, p. 368-379. 284 Guillotel, 1971, p. 37. 285 Quaghebeur, 2001, p. 122. 286 Tonnerre, 1994, p. 336-339 et 343-344, Tonnerre, 2004, p. 44. 287 Guillotel, 1989, Guillotel, 1995.

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changée par la suite ? L‟installation d‟un ramage de la maison des vicomtes de Vannes en Cornouaille évoquée par l‟auteur apporterait évidemment une réponse satisfaisante288. Enfin, s‟il existe un indice permettant de supposer une confusion entre Poher et Cornouaille à la période carolingienne, aucun texte ne nous démontre que celle-ci est encore une réalité aux XIe-XIIe siècle289. Tout au contraire, un acte du Cartulaire de Redon précise qu‟un marchand de Landugen en Duault peut commercer librement en Cornouaille et en Poher : Negociator vero Sancti Tutiani per Cornugalliam et per Pochaer solutus est ab omni debito sed cum redierit domum290. L‟indication laisse donc supposer que les deux termes désignent deux ensembles différents. Un second document, non cité par J. Quaghebeur, nous semble d‟ailleurs prouver l‟existence d‟une vicomté de Poher en tant que territoire. Il s‟agit d‟un acte de 1262 relatant la concession au duc par Hervé fils de Salomon 291d‟une terre qu‟il avait reçue « en saisine en la vicomté de Pohaer »292. Cette source est certes plus tardive que la période traitée ici mais semble bien garder le souvenir de cette seigneurie à ce moment disparue puisque aucun vicomte n‟est mentionné après 1206. Mais si une vicomté de Poher a existé quel a pu en être le ressort exact ? Dans sa monumentale « Histoire de Bretagne », A. de la Borderie considérait que cette seigneurie « formait un grand territoire arrosé par l‟Aulne et ses affluents, long d‟environ douze lieues de l‟est à l‟ouest, large de sept à huit du nord au sud, comprenant 56 paroisses et trêves »293. Si cette présentation peut avoir une certaine réalité pour les XIe-XIIe siècles, elle ne se base cependant que sur des documents qui lui sont postérieurs (fig. 19)294. Un tableau plus juste pourrait être tenté en regroupant les différentes mentions de donations faites par les vicomtes au cours de cette période, mais devant le nombre relativement réduit de celles-ci, l‟enquête s‟avère décevante. Parmi leurs possessions, nous notons seulement autour de Carhaix la paroisse de Cléden-Poher et Collorec, trêve de Plonévez-du-faou295. En dehors des frontières habituellement attribuées au Poher, la famille possède par contre la terre de Pontbrient en Guiscriff qu‟elle cède à Sainte-Croix en 1084-1114296. Cette donation a d‟ailleurs souvent heurté les historiens, et a été à l‟origine de la création historiographique du lignage des
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En attendant l‟étude sur les seigneurs d‟Hennebont-vicomtes de Vannes de J. Quaghebeur, cf. Tonnerre, 1994, p. 359-361. 289 Le prince de Cornouaille par exemple ne reprend jamais le titre de comte de Poher. 290 Cartulaire de Quimperlé, acte XXXVI, p. 136. Le document (lacunaire) n‟est pas daté par les éditeurs du Cartulaire, il apparaît cependant en appendice d‟une notice de 1083-1103 dans laquelle le duc Alain IV confirme la donation, faite par son père Hoël, de Landugen à l‟abbaye, cf. Ibid., acte XXXV, p. 134-135. 291 Il s‟agit d‟un membre de la famille de Lesquelen, branche cadette des seigneurs de Léon, cf. Le Gall Tanguy, 2005, p. 17-19. 292 Dom Morice, 1742-1746, col. 986 : « A tous ceux qui ces présentes lettres verront, Hervé le fieuz Palemon de Léon, salut en nostre Seignour. Sachiez que nous déguerpimes et quittames pour nous e pour les nouz à nostre chier Seignour Jehan duc de Bretaigne et ses hiers à jamais afin héritaige à portaer tote la terre que nous eumes en saisine en la vicomté de Pohaer, e tote la dreiture que nous avoins en icelle terre, e devions avoir ; e que se soit ferme et stable, e que noz ne puissions james venir encontre nous de les nouz, nous li donames ces présentes lettres à nostre sael scellëe. Ce fut donné en l‟an de grâce MCCLXII ou mois de mars ». Pour apporter un doute à nos propos précisons que nous ne savons pas s‟il existe toujours l‟original ou tout du moins une copie nous permettant d‟apprécier l‟exactitude de la retranscription communiquée par Dom Morice. Précisons que les seigneurs de Léon possédaient aussi des biens en Poher avec la paroisse de Plouyé, cf. Kernévez, Morvan, 2002, p. 287, 298. 293 La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 79. 294 La présentation de A. de La Borderie se base avant tout sur la description de châtellenies qui ne sont que des réalités du bas Moyen Age. Nous y reviendrons. 295 Cartulaire de Redon (a), acte CCCLXXVII, p. 332-333. 296 Cartulaire de Quimperlé, acte XLI, p. 230-231 : Tangui vicecomes dedit de terra filii sui Bernardi et uxoris sue Hodiern pro redemptione anime sue et suorum villam que dicitur Pons Brien, Fravalo, monacho, Haemerico, abbati Kemperlegiensis abbatie in perpetuum possidendam.Hoc donum concesserunt predicti Bernardus et Hodiern mater ejus predicte abbatie.

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vicomtes de Gourin que l‟on a voulu différencier de ceux du Poher297. Mais celle-ci peut aujourd‟hui trouver une autre explication, puisque, comme l‟a supposé J. Quaghebeur, Guiscriff a pu être le centre des possessions du lignage d‟Alfred. En épousant une de ses héritières, Tangui Ier a pu obtenir une partie de ses terres dont il a fait donation avec d‟autant plus de facilité qu‟elles étaient situées à la périphérie de sa seigneurie298. En tout cas, l‟assise territoriale de nos vicomtes aux XIe-XIIe siècles ne peut être appréciée dans le détail. Tout juste peut-on suggérer qu‟elle formait un domaine important autour de Carhaix qui sera repris et divisé lors de l‟établissement des châtellenies ducales de Carhaix, Huelgoat et Châteauneufdu-Faou299. 1.4.2 La situation de Carhaix au Moyen Age central La situation de Carhaix aux XI-XIIe siècles constitue une des questions essentielles de l‟histoire de la ville mais aussi une des plus difficiles au regard du nombre de textes et de leur interprétation souvent délicate. Pour ce dossier, les sources diplomatiques sont ici les plus intéressantes mais aussi les moins nombreuses puisque l‟on ne compte habituellement que deux actes se rapportant à Carhaix. Le premier, daté 1081-1084, contenu dans le Cartulaire de Quimperlé300, répertorie les donations faites par le duc et comte de Cornouaille Hoël au monastère Sainte-Croix pour la création du prieuré de Landugen avec, parmi celles-ci, une « villa près de Caer Ahes où se situe l‟église de Sancti Kivagi »301. L‟identification de Carhaix en Caer Ahes ne semble guère faire de doute. La mention de la Sancti Kivagi ecclesia doit correspondre à la chapelle SaintQuijeau près de la ville notée « Saint Ygeau » en 1423302 et « Saint-Quigeau » en 1485303 et en 1539-1542304. Seul J. F. Caraes a remis en cause cette identification avant tout parce qu‟elle contredisait son hypothèse d‟une renaissance de la ville par la fondation du prieuré Saint-Nicolas en 1105-1108305. Son argumentation n‟est cependant guère convaincante ; il propose ainsi de reconnaître Caer Ahes « en ce lieu nommé Caraesic (petit Caraes), situé en Lanvénégen, trêve de Guiscriff relevant de l‟abbaye de Quimperlé (comme la paroisse de Saint-Thurien toute proche) et auprès duquel on rencontre un manoir nommé « SaintQuigeau »306. Les mentions de ces différents lieux sont cependant récentes et cette proposition conduirait à douter de l‟identification de la tribum Sancti Tutuani cité dans le texte à Landujen en Duault à l‟est de Carhaix qui semble pourtant assuré même pour cet auteur. Le second acte contenu, lui, dans le Cartulaire de Redon fait l‟objet de plus de débat. En voici la traduction donnée par le chanoine Peyron à laquelle nous avons apporté quelques rectifications :
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La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 79-90. Sa femme Hodiern est d‟ailleurs directement mentionnée dans cet acte de donation ce qui peut laisser supposer qu‟elle en était partie prenante. 299 Un reflet remarquable de la situation géographique des possessions des vicomtes à l‟est du comté peut être trouver dans leur absence total des actes du Cartulaire de Landévennec alors qu‟ils sont au contraire très présent à Quimperlé. A l‟inverse les vicomtes du Faou n‟apparaissent jamais dans les actes du monastère Sainte-Croix. 300 Cartulaire de Quimperlé, acte XXXVIII, p. 137, Dom Lobineau,1707, t. 2, col. 119, Dom Morice, 1742-1746, col. 431, Dom Le Duc,1863, p. 114-115. 301 Voici le texte de la notice: Addivit preterea predictic comes Hoël, quando tribum Santi Tutiani 301 prescripto Sante Crucis monasterio attribuit, quandam villam juxta Caer Ahes, in qua est Sancti Kivagi ecclesia 301, eodem dono et liberalitate quietam, illis testibus existentibus qui in ipsius Sancti Tutiani cartula prenotati sunt, cujus terre redditio hec est. 302 Deshayes, 2003, p. 41. 303 A.D.F., 13 H 26, Jegou du Laz, 1898, t. 1, p. 425-426. 304 A.D.L.A, B 1103, f°16 V°, Le Mével, 1999, t.2, p. 27-28. 305 Caraes, 1984, p. 126. 306 Ibid., p. 125.

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« Nous avons tenu à insérer ici le don digne de mémoire que Tangui, vicomte de Poher, fit à Saint-Sauveur pour l‟âme de ses père et mère et pour sa propre conservation, ainsi que celle de ses frères et de ses enfants. Lors de la tenue de l‟assemblée ordinaire de la noblesse bretonne à Redon, par devant le prince Alain, le vicomte Tangui, assistant au service divin dans l‟église du monastère, voulant se recommander aux prières des religieux, leur donna toute la terre que sa mère possédait près de son château (Peyron voit dans le terme Castellum le nom de Carhaix et non une forteresse), le droit sur le sel en son marché, la dîme de tous les revenus sur les blés, les moulins, le droit de pâture et de chasse et le droit sur les orges servant à la fabrication des boissons fermentées. Cette donation fut faite en chapitre, Dieu en est témoin, et comme un monastère a été bâti sur la dite terre et dédié au Sauveur du monde, il donna aux religieux qui devaient y servir Dieu, la dîme de la paroisse de Cléden qu‟il possédait par héritage, et de plus la dîme de Collorec. Son épouse Omnio307 donna la dîme de son moulin, et à leur exemple Alfred, fils de Diles, donna par testament le terrain qu‟il possédait en face du monastère, du consentement de son frère Landran et Madec, qui l‟occupait. C‟est ainsi qu‟Even, fils d‟Halenaw, voyant la mort prochaine, donna le terrain qu‟il possédait devant le château. Les témoins de ces diverses donations furent Tanguy, vicomte, Guethenoc, Fortis, Hilarius et Thebaldus ses frères et ses fils Bernard et Héli, Daniel, Collober et ses frères Bernardus et Rodaldus, Gorlois et ses fils Bleunluet et Guihomarcus, Killai Rufus, Donvalonus Flo, Killai, Pengam ; les clercs Morvan, Nannesuc, Marchant, Evenus, Louor, Eudon, abbé, et Merianus, le scribe. Tout ce que dessus fut confirmé par le très bienveillant Evêque de Quimper Benoit sur les instances de Walter, le vénérable abbé de Redon. Que la grâce du Seigneur soit le partage de ceux qui respecteront cette libéralité308. » Ce texte daté, par H. Guillotel entre 1105 et 1107, a généralement été interprété comme l‟acte de fondation du prieuré Saint-Nicolas de Carhaix. Le premier à proposer ce rapprochement fut Dom Lobineau au début du XVIIIe siècle, suivi par tous les éditeurs de la charte tel Dom Morice en 1742-1745 ou A. de Courson en 1863 ainsi que par la plupart des historiens du XXe siècle. Si elle n‟est jamais expliquée, l‟origine de cette hypothèse semble facile à comprendre. L‟acte relate la donation à Redon de terres situées près du château du vicomte de Poher. Carhaix étant généralement présenté comme le chef-lieu de ce pagus, il était logique de placer le château du vicomte dans cette ville et faire du monastère nouvellement fondé le prieuré Saint-Nicolas. Cette hypothèse a cependant été récemment remise en cause par H. Guillotel et J. Quaghebeur nous obligeant à apporter un regard plus critique sur cet acte.
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La mention d‟une épouse de Tanguy appelé Omnio nous semble poser problème puisque le vicomte a pour épouse Hodiern dans l‟acte XLI du Cartulaire de Quimperlé. 308 Cartulaire de Redon (a), acte CCCLXXVII, p. 332-333, Dom Morice, 1742-1745, col. 514, Caraës, 1984, p. 133-134. Voici le texte originel : Donum memoria dignum quod Tangicus vicechomesde Poher, pro anima partis sui et matris, et pro salute sua, fratum ac filiorum sancto Salvatori dedit, huic paginulae inserere studuimus. Congregata apud Rotonum, ut moris erat, coram Alano principe curia omnium nobilium Britanniae, Tangicus vicechomes audiens in Ecclesia dei servitium et religionem Monachorum, commendavit se orationibus eorum; et dedit eis terram totam quam mater sua juxta Castellum habuerat et salagium, mercati sui et omnium reddituum suorum decimam, id est annonarum, molendinorum, pasnagiorum, venationum, brascimorum. Data sunt haec in capitulo teste Deo; aedificato autem in supra dicta data terra monasterio in honore Salvatoris mundi dedit servitoribus ejus decimam parrochiae Cleven quam jure hereditario possidebat, et decimam Choroloc dedit et uxor sua Omnio decimam molendini sui. Exemplo quorum Alfredus fil, Diles moriens dedit terram suam quam ante monasterium habebat, annuentibus Landram frate ejus et Madloir qui eam tenebat. Similiter Evenus filius Halenau timens mortem dedit suam terram quam coram Castello habebat. Horum testes Tangicus Vicecomes. Guethenocus et Fortis. Hilarius et Thebaldus frates, filii Tangici, Bernardus et Helit. Daniel Collober et frates ejus, Bern. Et Rodaltus t./ Gorloios t. Blenluet et Guihomarcus filii ejus t. Killai Rufus t. Donwollonus Flo.t Killaï Pen-Gan. t. Morvan Nannesuc Marchant, Evenus Lovor t. De Clericis Eudonus Abbas t. Meronius scriptor t. Haec omnia confirmavit benignissimus Benedictus Chorisopit. Episcopus rogante eum venerabili Abbate Rotonensi Walterio. Gratia Domini sit servantibus ea. Amen.

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H. Guillotel, dans son étude non publiée, sur les vicomtes de Poher, avait proposé d‟identifier le château mentionné dans cette charte non pas à la forteresse de Carhaix mais à celle proche de La Roche en Cléden-Poher. Nous ne connaissons pas les arguments de l‟auteur pour proposer cette identification et J. Quaghebeur qui reprend cette hypothèse n‟en donne pas davantage309. Le site en question est une résidence aristocratique installée sur les bords de l‟Aulne, se composant d‟une enceinte rectangulaire aux angles arrondis de 90 x 48 m et d‟une motte de 40 m de diamètre à sa base et 15 mètres de haut implantée à l‟extrémité ouest de l‟ouvrage310. Aucun document ne présente clairement les vicomtes de Poher comme les propriétaires de la forteresse. La première mention du site dans un acte du Cartulaire de Quimperlé datée entre 1081-1114 n‟apporte guère d‟information sur ce sujet311. Cependant les droits héréditaires du lignage sur la paroisse de Cléden présentée dans la chartre qui nous intéresse ici rendent cette hypothèse tout à fait probable. J. Quaghebeur met, par contre, en avant trois arguments pour remettre en cause l‟identification de ce château à celui de Carhaix. Premièrement le nom de la ville lui-même qui n‟apparaît pas directement dans l‟acte. Certes le chanoine Peyron ou encore J. F. Caraes avait proposé de voir dans le terme castellum utilisé dans l‟acte non pas un château mais le nom de la ville. Ces auteurs se basaient sur le nom de la paroisse de Plouguer dans lequel on retrouve le mot Caer, équivalent du latin castrum, qui serait, suivant eux la dénomination primitive de Carhaix. L‟hypothèse n‟est cependant pas acceptable, puisque l‟ancien chef-lieu de cité est déjà appelé Caer Ahes à la fin du XIe siècle. Ce problème, s‟il pose évidemment question, ne paraît néanmoins pas un argument déterminant ; il est vraisemblable que, pour le rédacteur de la charte, la localisation du château du vicomte (qu‟il s‟agisse de Carhaix ou la Roche en Cléden-Poher) allait de soi et n‟imposait pas de précision géographique. Le second argument avancé par l‟historienne est la dédicace à Saint-Sauveur donnée pour le monastère fondé près du château du vicomte qui est différente de celle du prieuré de Carhaix. Un changement de patronage ne serait pas évidemment impossible (même si ce phénomène reste rare) mais nous ne pouvons que constater la force du vocable choisi puisque, pour reprendre la formule de J. Quaghebeur, « saint Nicolas, se serait sentie bien humble devant son seigneur et aurait refusé que ce dernier eut à effacer devant lui »312. Mais c‟est le troisième argument avancé par l‟auteur qui nous paraît ici le plus troublant. Ce dernier se base sur la notice de 1081-1084 précédemment citée, relatant la concession à Quimperlé par le duc Hoël des domaines de Landugen et de l‟église de Saint-Quijeau qui prouvent donc que le comte de Cornouaille est propriétaire de terres au centre même du Poher. A. La Borderie avait déjà constaté ce problème, et avait conclu que la concession du pagus à un vicomte ne se serait effectuée que par la suite313. L‟historienne de la Cornouaille fait valoir que les biens concédés anciennement par leurs prédécesseurs à l‟abbaye de Quimperlé seront confirmés à deux reprises, la première par Conan III le 8 septembre 1146314 et par la duchesse Constance le 6 octobre 1184315. Suivant cette chercheuse nous aurions ici la preuve que le secteur de Carhaix serait resté dans le patrimoine de la maison ducale316 et que, par conséquent, l‟édification d‟un château relevant du vicomte de Poher dans cette ville est improbable. Malgré cette brillante démonstration, le doute semble encore permis pour deux raisons. D‟une part parce que le prieuré Saint-Nicolas à Redon est la seule dépendance de l‟abbaye dans le
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Quaghebeur, 2001, p. 125. Kernévez, 1997, p. 58. 311 Cartulaire de Quimperlé, acte n° LXXI, p. 178. La charte ne mentionne que la mort de Simon, fils de Cariou apud rupem Cletguenn. 312 Quaghebeur, 2001, p. 126. 313 La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 79. 314 Dom Le Duc, 1863, n°XIX, p. 598-599. 315 Ibid., n°XXIV, p. 602-603, The Charters of duchess Constance, C3, p. 45-46. 316 Quaghebeur, 2001, p. 125.

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diocèse de Cornouaille au XVIe siècle317. Hormis un éventuel établissement à Quimper, la documentation ne nous fait connaître aucune autre possession de l‟abbaye antérieure à cette période dans ce diocèse. D‟autre part il n‟existe ,à notre connaissance, aucune installation monastique dans les environs de Cléden-Poher susceptible de convenir à celle évoquée dans la chartre à moins de considérer que celle-ci ait disparu assez rapidement318. Il nous paraît ici intéressant d‟ajouter une autre pièce au dossier guère étoffé de l‟histoire de Carhaix au Moyen Age central. Il s‟agit de la mention de l‟obedientia sancti Tremori in Corisopito civitate dans une bulle pontificale de 1147 confirmant les possessions de l‟abbaye de Redon319. Le terme obedientia qui renvoie à une dépendance monastique modeste, la prééminence de Redon et surtout la dédicace à saint Trémeur paraîtrait bien s‟appliquer au prieuré de Carhaix. La difficulté vient de la localisation de l‟établissement donnée par le texte puisque l‟indication Corisopito civitate pose un problème de sens. Le nom Corisopitum nous renvoie à la titulature de l‟évêque de Cornouaille qui se présente pour la première fois en 1064 comme Corisopitensis presul320. Comme l‟a démontré B. Tanguy, ce nouveau qualificatif provient de la Notitia Dignitatum qui mentionne la civitas Corisopitum (leçon fautive de civitas Coriosolitum) que l‟évêque de Quimper s‟est approprié afin de prouver l‟ancienneté de son siège321. Par extension, ce nom en est venu à désigner la ville de Quimper elle-même, comme le prouve un acte de 1128322. Il existe donc deux sens possibles pour l‟expression Corisopito civitate qui désigne soit Quimper soit le territoire diocésain ce qui laisserait l‟identification du prieuré de Carhaix possible. Il faut cependant concéder que la première solution semble la plus probable. J. Quaghebeur a en effet attiré l‟attention sur l‟acte de 1128, précédemment cité, relatant la venue la venue de l‟abbé de Redon apud Chorisopitum afin de régler le conflit qui l‟oppose à l‟abbé de cette ville323. Or parmi les témoins de l‟acte se retrouve un Gradlonus noté comme sacerdos et un Caraduc prefectus abbatis qui pourrait ne faire qu‟un respectivement avec le Gradolonus prior sancti Tremori et le Karadocus ejus monachus cités dans une charte de 1148 instrumentée à Quimper324. En dehors des sources diplomatiques, nous retrouvons de nombreuses mentions de Carhaix dans des œuvres littéraires de la seconde moitié du XIIe siècle qui ont pu être répertoriées par J. F. Caraes325. La plus remarquable pour notre sujet est sans doute la Chanson d’Aiquin qui est datée de la fin du XIIe siècle. Carhaix y occupe une place de choix. Elle est en effet personnifiée par Ohès et surtout sa femme Ahès à qui le récit attribue la contruction du « grand chemin ferré-Par où alast a Paris la cité »»326. Mais elle est aussi citée plusieurs fois en tant que ville sous les formes « Carahes »327, « Charahes »328, « Quarahès »329 et
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A.D.I.V., 3 H 7 A.D.L.A., B 803 Guillotin de Corson, 1997, p. 177-180. Le document le plus ancien conservé concernant le prieuré Saint-Nicolas de Carhaix date de 1446, cf. A.D.I.V., 3 H 116 (il subsiste l‟original et une copie moderne). 318 L‟église paroissiale de Cléden est dédiée à l‟Assomption de Notre Dame ce qui semble il est vrai un vocable assez tardif, nous retrouvons aussi sur le territoire de la paroisse une chapelle du Mur. Dans les environs il faut noter par contre un toponyme Saint-Sauveur à Saint-Hernin mais celui-ci provient de l‟ancien couvent des Carmes déchaussés qui se sont installés en ces lieux en 1644 cf. Mussat dir., 1969, p. 37, 41, 72-73. 319 Tanguy, 2005, p. 11. (Nous n‟avons pas retrouvé d‟édition complète de ce texte) 320 Cartulaire de Quimper, p. 39. 321 Tanguy, 1984, p. 113. 322 Cartulaire de Redon (a), acte n°CCCL, p. 302. 323 Quaghebeur, 2002, p. 292-293. 324 Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col. 595-596. 325 Caraes, 1984, p. 122-123. 326 Romain d‟Aiquin, v. 860-903, p. 35-36. 327 Ibid., v. 2182, p. 84 et 2208, p. 85. 328 Ibid., v. 2191, p. 84, 2845, 2916. 329 Ibid., v. 82, p. 5 et 867, p. 35.

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« Carhès »330. L‟auteur y évoque même, à deux reprises, la présence de fortifications : « D‟ilec s‟en sont à Charahès alé, Drecent les murs reparent les fousé » et « Que à Carhès est alé hosteler-le chastel a fort fait adrecer »331. L‟utilisation de ce type de source est évidemment toujours délicate, mais nous pourrions bien avoir ici le premier témoignage de l‟existence d‟un château à Carhaix. Le nom de la cité apparaît aussi très fréquemment dans les romans arthuriens. Un chevalier « Carahès », possible personnification de la ville, est ainsi cité vers 1170 par Chrétien de Troyes dans Erec et Enide332. Plus intéressant encore, nous voyons le roi Marc jurer par «« Tresmor de Cahares» dans le Tristan de Béroul333. Cette indication déjà relevée par J. F. Caraes, avait suscité l‟étonnement de l‟historien, qui la considérait comme anachronique, indiquant que « le prieuré Saint-Nicolas ne devient collégiale Saint-Trémeur qu‟en 1371 »334. Voilà une curieuse remarque de la part du chercheur ; nous voyons mal comment Béroul aurait pu être au courant d‟un changement de statut qui ce serait effectué deux siècles après lui335. Il serait par contre intéressant de pouvoir assurer que cette mention renvoie bien à l‟établissement religieux de Carhaix, puisqu‟elle prouverait son existence à la fin du XIIe siècle. Nous ne pouvons cependant pas être aussi affirmatif ; elle atteste en tout cas la présence du culte de saint Trémeur à Carhaix à cette période. Enfin, nous noterons que le site est aussi mentionné parmi d‟autres cités bretonnes médiévales dans la Vie de Saint-Viau écrite au XIIe siècle : Mirabili civitatibus quaerum haec sunt nomina : Veniti, Caraes, Camperile, Camperchorentinum, Diablinticum, Paulina336. Pour en terminer avec le Moyen Age central, il faut faire une place à la mention, au XVe par Pierre le Baud, d‟une bataille qui se serait déroulée entre l‟armée de Richard cœur de Lion et des troupes bretonnes à proximité de Carhaix : « [Ils] s‟avancèrent pour rencontrer Robert le Sénéchal, Marchadet et l‟exercite Richard, lequel ils trouvèrent en Cornouaille auprès la ville de Kaeres. S‟ils s‟aillirent par grant force et y eut entr‟eux dure bataille où mourrut grand nombre de cothereaux »337. Cet événement a-t-il eu lieu ? La question semble difficile à résoudre. Le contexte historique semble assez bien s‟y prêter. Nous savons que le Plantagenet a fait emprisonner la duchesse Constance à Pontorson en 1196 (par l‟intermédiaire de son mari Ranulf de Chester) et qu‟il en a profité pour envahir la Bretagne338. Mais aucun chroniqueur anglais ou francais contemporain ne fait mention d‟une quelconque défaite du roi d‟Angleterre. Certains historiens en ont néanmoins percu une allusion dans un passage assez obscur d‟un « sirventès » de Bertrand de Born : « Un roi qui revendique un grand pays, il semble qu‟il plaisante s‟il ne fait pas quitter le pas de jambières de fer ; le roi a bien montré son courage en venant parmi les Bretons, mais cet honneur n‟aboutira à rien si la fin est semblable au début »339.

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Ibid., v. 2774, p. 106. Ibid. v. 2191, p. 84 et 2774-2775, p. 106. 332 Erec et Enide, v. 333 Tristan et Iseut, p. 163, v. 3076. La datation du Tristan de Béroul fait débat parmi les spécialistes de la littérature médiévale. Suivant certains la première partie du roman serait antérieure à 1170 tandis que la seconde, où apparaît notre mention, serait postérieure à 1180, cf. Delcourt, 2000, p. 79. 334 Caraes, 1984, p. 124, note 23. 335 Comme nous le verrons par la suite, la dédicace du prieuré à ce saint est attestée dès le XIIIe siècle. 336 Vie de Saint-Viau, p. 84. Nous reconnaissons ici facilement Vannes, Carhaix, Quimperlé, Quimper, Alet et Saint-Pol-de-Léon. 337 Le Baud, p. 204. 338 Hillion, 1985, p. 119. 339 Ibid., p. 137, note 116.

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1.5La période ducale (XIIIe-XVe siècle)
1.5.1 Les espaces de pouvoirs 1.5.1.1 Carhaix et le Poher dans le domaine ducal C‟est traditionnellement en 1206 que l‟on place l‟entrée du Poher et de Carhaix dans le domaine ducal340. Un événement dont témoignerait un acte dans lequel le roi Philippe Auguste investit Guy de Thouars des territoires de Broherec, de Cornouaille et de Poher en échange de droits qu‟il détient en Normandie341 . C‟est aussi en cette même année que l‟on retrouve mentionné le dernier vicomte de Poher Rivallon III342. Cette vision est cependant aujourd‟hui écornée par l‟hypothèse de J. Quaghebeur qui considère que Carhaix appartient déjà au duc à la fin du XIe siècle. En tout état de cause, le territoire du Poher est bien dans les mains du duc au cours du XIIIe siècle et Carhaix en est un centre d‟administration important. Dès le XIIIe siècle, le duché est subdivisé en 8 baillies dont témoigne le livre des Otz en 1294343. Ces derniers s‟appuient sur des cadres plus anciens comme ceux des comtés et des évêchés. C‟est le cas pour la baillie de Cornouaille dont le territoire correspond à celui du diocèse de Quimper. A l‟intérieur de ces grandes subdivisions coexistent plusieurs cours de justices ducales et seigneuriales dont Carhaix fait partie. Celle-ci est en effet le siège d‟une barre ducale attestée dès la fin du XIIIe siècle344. A la tête de ce tribunal nous retrouvons un sénéchal qui préside les plaids généraux et surveille le domaine ducal345. A Carhaix, il en existe plusieurs mentions dans des documents des XIVe et XVe siècles346. Il est aidé dans sa tâche par un alloué, un lieutenant de justice347, ainsi que des procureurs et des notaires qui mènent le procès et des sergents et des prévôts348 qui exécutent les décisions de justice349. Nous n‟avons, par contre, pas trouvé d‟explication claire sur le titre de sénéchal de Poher porté par plusieurs personnages importants au XIIIe siècle. C‟est le cas Henri Bernard en 1213350 et Pierre de Kergorlé en 1258351 qui sont à la fois baillis de Cornouaille et administrateurs du Poher. Pour J. Quaghebeur, l‟appellation rappellerait seulement la subdivision de l‟évêché en deux archidiaconés352. Pourtant, Henri, fils de Robert, cité en 1265
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La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 79, Caraes, 1984, p. 126. Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col. 807 : Notum, &c. quod nos dilecto fideli nostro Guidoni de Torciaco damus & ad vitam fuam concedimus Broheret cum pertinent, fuis & Cornubiam cum fuis appenditiis, & Poucher cum fuis appenditiis. Haec autem omnia, quandiu vixerit, tenebit nobis in feodum & hominagium ligium, redenbo nobis fervitium quod feoda illa apportant. Ipse vero propter hoc quittavit nobis in perpetuum quidquid habebat in Normannia. Actum apud Cande anno Domini MCCVI. Pour J. Quaghebeur la mention de la Cornouaille et du Poher rappellerait la subdivision du diocèse entre les deux archidiaconés du même nom, cf. Quaghebeur, 2001, p. 127. 342 Dom Le Duc, 1863, n°XXIX, p. 608. 343 Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col.1110-1115. Planiol, 1981-1984, t. 3, p. 427-428, Leguay, 1978-1979, p. 132, Kerhervé, 1987, p. 41-43. 344 La première mention que nous avons répertoriée date de 1289, cf. Dom Morice, 1742-1746, t. 1 col. 1120. 345 Oheix, 1913, p. 90-91. 346 C‟est le cas dans un acte de 1389 (suivant l‟interprétation de M. Jones) et un mandement ducal de 1394, cf. Actes de Jean IV, n° 991, p. 580-581, n°1312, p. 347 Un lieutenant de Carhaix est évoqué en 1394 : « Pierre Cabornnais, lieutenant de nostre sénéchal à Karhais » cf. ibid., n° 991, p. 580-581. 348 Un premier prévôt de Carhaix est cité en 1296, cf. Dom Morice, 1742-1746, t. 1 col. 1093 349 Coativy, 1999, p. 45. 350 Dom Le Duc, 1863, XXVI, p. 605-606 : Henricus Bernardi, tunc temporis Cornubiae et Pochaer senescallus... 351 Oheix, 1913, p. 89 : Petrus de Guergorleio, miles, senescallus tunc temporis domini Comitis Britanniae in Cornubiae et in Pocaer... 352 Quaghebeur, 2001, p. 121-122

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et 1267, n‟est présenté que comme sénéchal du Poher353. L‟indication supposerait donc, comme l‟a proposé A. Oheix, l‟existence d‟un officier de justice pour l‟ensemble de ce territoire354. La baillie de Cornouaille est aussi divisée en une série de châtellenies dont les origines généralement présentées comme anciennes, sont souvent peu claires (fig. 20)355. Il existe ainsi une châtellenie de Carhaix dont la géographie, déterminée par A. de la Borderie, regroupait 45 paroisses et trêves. Ce cadre, avant tout de nature financière, s‟appuie comme les seigneuries privées sur une ville ou tout du moins un château auquel se rattachent rentes et droits356. Son territoire est le ressort d‟un receveur chargé d‟en percevoir les revenus. C‟est bien le cas à Carhaix où une « recepte » est mentionnée pour la première fois en 1262 dans un compte ducal357.Elle était entourée des circonscriptions d‟Huelgoat358, Landeleau et Châteauneuf-duFaou359 qui comptaient 4 paroisses. Il faut y ajouter le domaine de Duault, au nord-est de la châtellenie de Carhaix qui apparaît dans nous source en 1303, année où il est cité dans un compte ducal et dans le testament du duc Jean II. A l‟est, nous retrouvons aussi deux seigneuries privées, Rostrenen360 et Callac361, qui se composaient de respectivement 12 et 13 paroisses362. Ces dernières étaient placées dans la dépendance de la châtellenie de Carhaix et étaient obligées de présenter « au receveur ordinaire [...] les documents permettant l‟exercice des droits du suzerain sur les fiefs de ses vassaux »363. Il faut noter aussi que la géographie de ces châtellenies peut être mouvante. C‟est le cas pour Carhaix qui est réuni à la recette de Duault en 1379364. L‟ensemble forme une unité géographique cohérente qui n‟est stabilisée qu‟à la fin du Moyen Age. En effet à la suite du traité de Guérande en 1365365, Jeanne de Penthièvre se voit confier en apanage plusieurs châtellenies de Cornouaille parmi lesquelles nous comptons celle de Duault366. Après le conflit qui opposa le duc Jean IV et Olivier de Clisson, son fils, Jean de Penthièvre se voit confirmer dans sa position en 1395, par le traité d‟Aucfer, et reçoit en gage 8 000 livres de rentes d‟une série de domaines ducaux, dont celui de Duault367. La situation changea en 1420, à la suite de l‟enlèvement du duc par Olivier de Blois, le jeune héritier de Penthièvre. Une fois libéré, Jean V prononca en effet la commise sur les terres de la famille. Duault rentra donc à nouveau dans le domaine ducal 368. En 1453, cette châtellenie fait partie du douaire attribué par le duc Pierre II à sa femme Francoise
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Planiol, 1981-1984, t. 3, p. 350. Oheix, 1913, p. 89. 355 Kerhervé, 1987, t. 1, p. 43. 356 Planiol, 1981-1984, t.3, p.350, Kerhervé, 1987, p. 43. 357 Pocquet du Haut-Jussé, 1946, p. 60 : recepta de Karahes. Redditus Summa IIII VII lb. XII s. VII d. Caraes, 1984, p. 121. 358 Dom Morice, 1742-1746, t. 2, col. 1193. 359 Ibid. t. 2, col. 592. 360 Ses premiers représentants apparaît dans nos sources seulement au XIIIe siècle. Il ne faut évidemment pas tenir compte de la tradition voulant que l‟un de ses seigneurs soit le connétable de Louis le Pieux, cf. Tanguy, 1992, p. 259. 361 Callac est cité pour la première fois dans la chartre en faveur des Templiers de 1182, qui est sans doute un faux de la fin du XIIIe siècle. Nous savons que la place forte de Callac fut démantelée en 1395, puis relevé en 1475 avant d‟être finalement abandonné au milieu du XVIe siècle, cf. Ibid., p. 38. 362 Il faut aussi ajouter à l‟ouest de la châtellenie de Carhaix les possessions des seigneurs de Léon à Plouyé, cf. Kernévez, Morvan, 2002, p. 287, 298. 363 Kerhervé, 1987, t. 1, p. 44. Il s‟agissait essentiellement de la perception du droit de rachat en cas de succession féodale. Le receveur recevait un minu de la seigneurie et était autorisé à l‟administrer pendant un an. La manière dont les seigneuries privées sont entrées dans la tutelle des châtellenies ducales n‟est pas connue. 364 Ibid., p. 46. Nous ne connaissons pas la source d‟origine de cette information. 365 Dom Morice, 1742-1746, t. 2, col. 1588-1599. 366 Kerhervé, 1987, t. 1, p. 54.Cette concession c‟est donc faite nécesairement après 1379. 367 Dom Morice, 1742-1746, t. 2, col. 655-656. Kerhervé, 1987, t. 1, p. 55-56. 368 Ibid., p. 58.

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d‟Amboise. Celui-ci est même par la suite augmenté par Francois II qui confia, entre autres, la circonscription de Carhaix369. Pendant la Guerre d‟Indépendance enfin, le duc qui avait récupéré ces deux domaines, concéda en 1487 la seigneurie de Duault à Morice du Menez, pour le récompenser d‟être passé du service du roi au sien370. 1.5.1.2 L‟archidiaconé et le Doyenné de Poher Comme le souligne A. Chédeville, l‟existence de l‟archidiacre semble quasiment aussi ancienne que l‟organisation épiscopale elle-même371. Dans le diocèse de Nantes, le personnage apparaît dès le VIIe siècle dans l‟entourage de l‟évêque, sa mention est plus tardive à Vannes où l‟on sait que Conwoion, fondateur de l‟abbaye de Redon, fut archidiacre. Reflet de l‟état de la documentation, son apparition est encore plus récente en Cornouaille où ce personnage n‟est cité qu‟à la fin du Xe siècle372. A l‟origine, cette fonction est celle d‟un adjoint de l‟évêque chargé en particulier de le remplacer dans ses tournées pastorales 373. Ce n‟est que postérieurement, à une période différente suivant les régions, que les diocèses se virent subdivisés en plusieurs circonscriptions, les archidiaconés, confiés à des archidiacres. Si dans certains évêchés ce découpage est attesté depuis la période carolingienne, le phénomène est plus tardif en Bretagne. A Nantes, c‟est vers 1050 que l‟on retrouve deux archidiacres, en 1108 à Rennes, tandis qu‟à Alet il n‟y en a encore qu‟un en 1101374. Ce « retard » est encore plus important en Cornouaille où la subdivision ne semble s‟effectuer qu‟après le début du XIIIe siècle. En 1162, nous retrouvons en effet qu‟un archidiacre, nommé Geoffroy, auprès du duc Conan IV375, qui est aussi cité dans une lettre de l‟évêque de Quimper en 1166376, dans un acte de donation à la fin du XIIe siècle377 et auprès de Guy de Thouars en 1206378. Cette division ne semble clairement attestée qu‟en 1289, date à laquelle nous avons répertorié un archidiacre de Poher379. Mais c‟est surtout un compte des décimes rédigé dans les environs de 1330 qui constitue le document principal380 pour reconstituer la géographie de l‟évêché de Quimper qui est alors composé de deux archidiaconés, celui de Cornouaille au sud et celui de Poher au nord (fig. 21). Cette dernière circonscription qui nous intéresse plus particulièrement forme un très important territoire, composé de cent-quatorze paroisses comprises entre l‟Oust et l‟estuaire de l‟Aulne. Lui-même se divise entre deux doyennés, celui du Faou à l‟ouest et celui de Poher à l‟est regroupé autour de Carhaix381. Dans quelle mesure ces subdivisions ecclésiastiques reprennent-elles des cadres plus anciens ? La documentation ne nous permet pas d‟avoir de certitudes sur cette question ; nous pouvons tout de même constater que les cinq doyennés qui composent le diocèse reprennent le nom de cinq anciens pagi : celui de Fouesnant, du Cap-Caval, du Cap-Sizun, du Faou et du Poher382.

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A.D.L.A., E 18. Document consultable en microfilm à la référence 2 Mi 785 R 5. Kerhervé, 1987, t. 1, p. 64. Kerhervé, 1987, t. 1, p. 73, note 173. A.D.L.A., B 10 f° 46 v° (non consulté). 371 Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 260. 372 Cartulaire de Landévennec (a), acte n°42, p. 570-571, Quaghebeur, 2002, p. 317. 373 Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 260, Quaghebeur, 2002, p. 318. 374 Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 260-261. 375 Dom Le Duc, 1863, n° XXI, p. 600. 376 Ibid., n°XXII, p. 601. 377 Ibid., n°XXIII, p. 602. 378 Ibid., n°XXIX, p. 608. 379 Dom Morice, 1742-1746, t.1, col. 1093(Notre enquête n‟a pas été exhaustive). 380 Pouillé de la Provine de Tours, p. 301-302. 381 Quaghebeur, 2002, p. 318-319. 382 Tanguy, 2001, p. 387-391.

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1.5.2 La ville du XIIIe au XVIe siècle 1.5.2.1 Un XIIIe siècle méconnu Si les mentions de Carhaix commencent à se multiplier au cours du XIIIe siècle, celles-ci concernent surtout l‟administration de son domaine ou les actions judiciaires de sa cour. Peu d‟informations transparaissent par contre sur la vie de la cité et les éléments qui la composent. Un seul document est véritablement utilisable pour traiter cette question. Il s‟agit d‟un acte, du 21 avril 1210 dans lequel le régent du duché, Guy de Thouars, règle un litige l‟opposant à l‟abbaye Sainte-Croix383. L‟homme avait en effet voulu construire une résidence (domus) sur une des terres relevant du monastère384. Si l‟affaire n‟a pas de rapport évident avec Carhaix, Guy de Thouars tente de régler le contentieux dans la ville. L‟acte est en effet rédigé à SaintTrémeur en présence du sénéchal de Poher et de Cornouaille et des bourgeois de la cité. Ces quelques détails du document sont pour nous d‟une première importance. Ils nous confirment l‟existence à cette période du prieuré Saint-Trémeur (le terme claustro employé dans l‟acte doit plutôt être traduit « monastère » que « cloître ») que l‟on pouvait déjà suspecter par la lecture du Tristan de Béroul sans évoquer ses mentions hypothétiques de 1105-1107 et 1147. Nous retrouvons, de plus, parmi les témoins un Eliduc, prior de Karahes qui correspond incontestablement au prieur de cet établissement. L‟autre information importante est évidemment la mention de bourgeois de Carhaix (burgensi de Karahès). Le terme renvoie à un statut particulier d‟habitants possédant des avantages juridiques, fiscaux et militaires385. Il induit que Carhaix est qualifié à cette époque de bourg, indication là aussi intéressante. Même s‟il s‟agit peut être d‟un reflet de la documentation, les mentions de bourgs sont assez rares dans cette partie de la Bretagne. Pour le Léon et la Cornouaille, seulement cinq sont cités au cours du XIIe siècle386 : Quimperlé (fin XIe-début XIIe siècle)387, Locmaria en Quimper en
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Dom Le Duc, 1863, n° XXVI, p. 604-605, The charters of duchess Constance, Gu 22, p. 158-159. L‟édition de Dom Le Duc donne la date de 1214 pour ce document ce qui n‟est pas sans poser problème puisque Pierre de Dreux est reconnu officiellement comme duc après avoir rendu hommage-lige à Philippe Auguste le 27 janvier 1213, cf. Dom Morice, 1742-1746, t. 3, col. 1769-1770. On comprend donc mal l‟intervention de l‟ancien régent Guy de Thouars dans les affaires ducales (d‟autant qu‟il serait mort le 23 avril 1213, cf La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 208). M. Jones et J. Everard proposent de corriger cette date en 1210 sans apporter une argumentation détaillée. Voici le contenu de l‟acte : Universis Christi fidelibus praesentes litteras inspecturis, Guido de Thoareo comes Britanniae salutem et dilectionem in Christo. Noverit universitas vestra quod cum maxima contentio orta esset et diutus agitata coram venerabili patre meo Joanne, Thuronensi archiepiscopo, inter me ex una parte et abbatem et conventum Kemperlegiensem ex altera, super constructione cujusdam domus quam edificare ceperam et munire volebam in eorumdem monachorum territoriis juxta villam Kemperlegiensem inter rivulul qui dicitur frotmer in praedicta villa in monte videlicet en Geon qui situs est in Tuermualadin tandem habito prudentuim virorum consilio J. videllicet venerabilis patris mei Turonensis archiepiscopi, et Guithenoc, venetensis, ett Vitalis, corisopitensis episcoporum, sopita est in hunc modum, et in bonam pacem reducta, ita quod nee ibi, nee infra ambitum villae Kemperllegiensis, ego aliquam domum de caetero faciam, nec aliquis haeres Britanniae nec alius quem possim impedire, aliquam similem domum construere nullatenus attentabit ;praeterea omnes nostros rancores et quaerimonias quas adversus eosdem monachos et eorum homines usque in diem hujusmodi compositionis habueram, ipsis penituspardonavi. Ut autem haec composito inviolabilis et firme permaneat in ulterius, huic sripto sigillum meum et praefatorum dominorum et patrum meorum feci apponi munimine sigillorum. Huic compositioni testes interfuerunt Oliverius de Gutiniac, Guillelmus, Redonensis senescallus, Eudo de Bellomonte ; Bricius camerarius, Henricus Bernardi, tunc temporis Cornubiae et Pochaer senescallus ; Guillermus de sancto Georgio, burgensi de Karahès ; Kaici, Eliduc, prior de Karahes, Judicellus Garmi, Eudo, clericus meus, qui et hanc paginam scripsit, canonici corisipitenses. Actum apud Carahes in Claustro sancti Tremori. XI Kal maii, anno domini millesimo ducentisimo decimo. 384 Quaghebeur, 1999, p., Quaghebeur, 2001, p. 128. 385 Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 403-406. 386 Ibid., p. 398. 387 Cartulaire de Quimperlé, acte n° LXXIV, p. 220-221.

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1152388, Locronan à la fin du XIIe siècle389 et les deux fondations successives de la ville de Morlaix (1128 et 1158390). Comme l‟a démontré A. Chédeville, ce terme peut qualifier des regroupements humains de nature assez différente. Dans notre cas, il semble évident que celui-ci prend une connotation urbaine. Nous pouvons par conséquent en déduire qu‟en ce début du XIIIe siècle Carhaix est une petite ville constituée autour de son prieuré et sans doute de son château, même si le premières indications sûr le concernant ne datent que du bas Moyen Âge391. A ce premier document fait suite un nouvel acte passé à Carhaix en 1214. Celui-ci concerne encore les relations tendues entre le pouvoir ducal et l‟abbaye Sainte-Croix de Quimperlé. Le nouveau titulaire du trône, Pierre de Dreux, tente d‟apaiser les tensions en s‟engageant à ce que lui et aucun de ses successeurs ne viennent revendiquer les possessions du monastère et concède définitivement le terrain du litige précédent392. Là encore, nul rapport avec notre agglomération, mais c‟est à nouveau à Carhaix que celui-ci est rédigé (Actum publice apud Karaes). Le document n‟est cependant pas cette fois exploitable. A la différence du précédent, il ne nous donne aucune indication précise sur la ville. Certains ont pu s‟interroger sur la raison de la présence du duc dans la ville. J. F Caraës a même proposé de la mettre en rapport avec d‟hypothétiques travaux de fortifications, ce qui est évidemment invérifiable même si l‟on connaît l‟importance de l‟activité architecturale de Pierre Mauclerc 393. Précisons juste que sa présence, de même que celle de Guy de Thouars cité dans le document précédent, n‟a rien de surprenant puisque Carhaix fait partie du domaine ducal et doit logiquement posséder une résidence pour celui-ci. C‟est peut-être d‟ailleurs au château que ce nouvel acte a été rédigé cette fois-ci, comme le propose J. Quaghebeur, et non à Saint-Trémeur394. 1.5.2.2 Les destructions de la Guerre de Succession Le début du XIVe siècle à Carhaix est encore mal connu. Les quelques indices qui ressortent de notre documentation semblent témoigner d‟une ville en plein développement. L‟église du prieuré est devenue entre temps une collégiale. C‟est par erreur que tous les historiens ont daté jusqu‟à présent ce changement de statut de 1371. Un compte de l‟évéché de Cornouaille rédigé vers 1330 cite en effet à cette période la présence de quatre chanoines dans la cité395. Un acte pontifical de 1335 évoque aussi un certain « Jean de Killyguarec chanoine de Carhaix » pourvu d‟un « canonicat expectative de prébende à Quimper »396. Enfin l‟état des taxes des bénéfices du diocèse de Cornouaille de 1368, contenu dans le Cartulaire de Quimper, dénombre, comme le compte de 1330, quatre chanoines dans l‟agglomération397. L‟installation d‟un couvent des Augustins en 1355 constitue un autre indice du développement de la ville à cette période398. En effet un acte pontifical du 17 août de cette année nous apprend que l‟évêque de Quimper a autorisé « aux frères de l‟ordre mendiant des
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Chartes inédites de Locmaria, acte n° III, p. 104. Quaghebeur, 2002, p. 449. 390 Les actes ont été publiés par H. Guillotel cf, Guillotel, 1971, p. 50-51. 391 J. Quaghebeur semble induire que le château est mentionné dans le compte ducal cf. Quaghebeur, 2001, p. 126. Ce n‟est pourtant pas le cas ce document n‟évoque que la « recepte » de Carhaix, cf. Pocquet de Haut Jussé, 1946, p.60. 392 Dom le Duc, 1863, n°XXVII, p. 605. 393 Caraës, 1984, p. 126. 394 Quaghebeur, 2001, p. 128. 395 Pouillé de la province de Tours, p. 303. 396 Actes du Saint-Siège, n°203, p. 63. 397 Pouillé de la province de Tours, p. 307. 398 Martin, 1975, p. 34-35.

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Ermites de Saint- Augustin de s‟établir au château de Kerahès »399. Comme l‟a souligné récemment J. Quaghebeur « ce courant connaît alors un grand succès en Bretagne et y est toujours associé à la croissance de petites villes, comme Lamballe ou Lannion »400. Leur installation semble néanmoins prendre du temps, puisqu‟en 1361 une nouvelle autorisation de s‟établir leur est donnée « pourvu qu‟ils aient les ressources nécessaires pour nourrir douze frères »401. Sans doute faut-il voir ici le reflet des difficultés de la ville au moment de la Guerre de Succession. Nous sommes assez bien renseignés sur les différentes campagnes militaires qui touchent Carhaix au cours de ce conflit. Il n‟est pas dans notre sujet de décrire ces derniers en détail, nous nous contenterons d‟en résumer les principaux événements. A en croire le récit de Froissart, la ville est très tôt prise à partie dans cette guerre. Elle compte en effet parmi les places fortes dont Jean de Montfort se serait assuré l‟alliance au cours d‟une expédition à l‟été 1341402. La critique récente a néanmoins démontré la relativité du récit, audelà des incohérences géographiques déjà soulignées par A. de la Borderie, le temps qui est imparti au prétendant au trône pour réaliser sa chevauchée semble irréaliste. Il est difficile de croire que ce dernier aurait pu traverser toute la Bretagne regagner Limoges puis Paris en seulement deux mois403. L‟année suivante la ville appartient tout de même au camp Montfortiste puisque Charles de Blois en fait le siège404. En 1345 Carhaix est reprise par les troupes du comte de Northampton405. Enfin Pierre le Baud nous rapporte qu‟en 1363, après avoir mené des attaques contre Pestivien et Trogoff, Duguesclin prend une dernière fois la ville : « Les Francoys arivez ô les Bretons de la partie monseigneur Charles, il eut si grand ost que grant terre pourprnoient ses gens d‟armes. Et lors les mena asseoir la ville de Karahès fut par le greveulx assault tellement tourmentée que ses habitans enfin furent contrains à la mectre à son obéisance »406. Nous retrouvons l‟écho de ce siège jusque dans la chronique de l’état breton de Guillaume de Saint-André407. A la suite de la défaite et à la mort de Charles de Blois en 1364, Carhaix revient définitivement à Jean de Montfort (fils du précédent) désormais duc de Bretagne. La succession de ces différents sièges parait avoir durement éprouvé la ville. Divers documents nous permettent d‟en prendre conscience. Deux actes pontificaux témoignent ainsi des destructions subites par la collégiale Saint-Trémeur. Le premier en 1371 donne une « Indulgence d‟un an et quarante jours, valable pendant vingt ans, pour ceux qui visiteront
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Actes du Saint-Siège, n°291, p. 127. Le Chartrier dir., 2005, p. 69. 401 Actes du Saint-Siège, n°310, p. 220. 402 Froissart, § 143, p. 351-352 : « Tantost après li conte [Jean de Montfort] se parti de là et s‟en ala par devers Craais, bonne ville et fort chastiel, et avoit dedens un evesques qui sire en estoit. Chils evesques estoit oncles au dit Monseigneur Hervé de Lyon402 : sisque par le conseil et l‟amour de dit monseigneur Hervi de Lyon, il s‟acorda au dit conte et le recogneut à signeur jusques adonc que venroit avant, qui plus grant droit monstreroit pour avoir la ducée de Bretagne. » 403 Cassard, 1998, p. 404 Froissart, § 175, p. 412-413 : « retournerons à Charles de Blois et à chiaus de son costé qui avoient assegiet le ville de Craiis ; et tant le constraindirent, par assaus et par engeins, qu‟il ne se peurent plus tenir et se rendirent à monsigneur Charle, salve leurs et leur avoir, liquelz dis messires Charles les prist à merci. Et cil de Craais li jurèrent feaulté et hommage, et le recogneurent à signeur. Si y mist li dis messires Charles nouviaus officiers qui li jurèrent loyaulté à tenir, et leur delivra un bon chevalier à chapitainne en qui moult il et leurs gens refreschir, bien quinze jours » cf. aussi Ibid. § 172, p. 404, § 174, p. 410, § 176, p. 413 et § 180, p. 420. 405 Richard Lescot, cap. 166, p. 67 406 La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 576, note 1. 407 Dom Morice, 1742_174, col. 701 : “sans feremens garder ne craindre Karahes, Trougoff, Pestivien”, cf. aussi Actes de Jeans IV, n°30, p. 88.

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l‟église Saint-Trémeur de Carhaix aux fêtes habituelles et pendant leurs octaves, et feront quelques offrandes pour la fabrique de ladite église »408. La seconde en 1391 est plus claire encore puisqu‟elle incite aux donations « en faveur de l‟église paroissiale de Saint-Trémeur de Keraes en partie ruinée par les guerres et dépouillée de ses ornements et vases sacrés » 409. L‟indulgence donnée en 1383 pour N.D de Treffin témoigne peut-être d‟événements similaires pour la chapelle410. Nous avons déjà souligné les apparentes difficultés d‟installation des Augustins dans la ville. Si une première tentative semble avoir eu lieu dès 1355, puis en 1361, c‟est la date de 1372 que retient l‟orbis Augustianus comme année de fondation du couvent411. Enfin, la vérification de l‟état des feux, à la demande des habitants de Carhaix en 1394, est peut-être aussi l‟une des conséquences lointaines de ces événements412. 1.5.2.3 Carhaix à la fin du Moyen Age (fin XIVe-début du XVIe siècle) Malgré ces difficultés, le développement ne semble pas avoir été durement freiné et le caractère urbain de Carhaix s‟affirme encore au cours du XVe siècle. Elément révélateur, la ville est dotée d‟une capitainerie. En Bretagne, comme dans le royaume de France, cette institution se généralise pendant la guerre de Cent Ans et constitue l‟un des caractères révélateurs du rôle tenu par une ville. Son titulaire est un militaire à la tête d‟une garnison de soldats chargés du ravitaillement et de la défense d‟une place forte413. C‟est la chronique de Froissart qui nous donne la première mention d‟un capitaine à Carhaix. La source ne nous indique pas son nom mais nous apprend qu‟il est mis en place par Charles de Blois en 1342 à la suite de son siège victorieux de la ville414. La charge apparaît par la suite en 1379 dans des lettres de retenue à « Eon de Quelen et ses frères Jean, Guillaume et Rolland qui sont capitaines de Carhaix »415. En 1392 Jean le Criber et Yvon Hamon sont nommés capitaine et connétable de la cité416. A la suite nous retrouvons Jean Periou en 1402, Jean du Pont-l‟Abbé en 1442 et Hector Mériadec en 1454417. Dans la ville, le nouveau sanctuaire des Augustins semble prendre une place très importante. Le monastère est pourvu de nombreuses donations à Carhaix ou dans des paroisses proches par les familles nobles des alentours, désireuses de se faire inhumer à l‟intérieur de ses

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Actes du Saint-Siège, n° 398, p. 283. Ibid., n°584, 93, Mollat, 1910-1911, p. 172, note 2 : Cum itaque sicut accepimus, parrochialis ecclesia Sancti Tremori de Brahes [il s‟agit sans aucun doute d‟une erreur de la part du rédacteur du document ou d‟une faute de lecture de G. Mollat, il faut ici restituer Kerahes], Corisopentis dicesis, reparationibus indigeat et occasionne guerrarum que ibidem viguerunt, calicibus et aliis ornamentis necessariis destitua existat [...] Datum Avenione, X Kalendas maii, anno 14°.. 410 Peyron, 1908, p. 191. Le document ne justifie pas les raisons de cette incitation aux donations. 411 Martin, 1975, p. 34-35. 412 « Lettre[...] adressées au lieutenant de Carhaix et au bailly de Léon par lesquelles il les charge de se transporter sur les lieux y marqués pour vérifier le nombre de feux, et en dresser l‟état qu‟ils envoieront à la Chambre des comptes à la fin qu‟lle confère led. Etat avec les précédens rolles, et qu‟elle ordonne ce qu‟il apartiendra » cf. Actes de Jean IV, acte 976, p. 558. 413 Leguay, 1978-1979, p. 193. 414 « Et cil de Craais li jurèrent feaulté et hommage, et le recogneurent à signeur. Si y mist li dis messires Charles nouviaus officiers qui li jurèrent loyaulté à tenir, et leur delivra un bon chevalier à chapitainne en qui moult il et leurs gens refreschir, bien quinze jours», cf. Froissart, § 175, p. 412-413. 415 Dom Morice, 1742-1746, t. 2, col. 708, Actes de Jean IV, n°330, p. 283. 416 Dom Morice, 1742-1746, t. 2, col. 709, Actes de Jean IV, n° 834, p. 520. L‟année suivante une somme de 200 l. est prélevée du trésor ducal pour : « Jean vicomte du Fou [...] pour desdomages deffroy et tout ce que mons. lui pouvoit devoir des compaignies que il tint a Kerahes et ailleurs » cf. Ibid., n° 934, p. 544. 417 Caraes, 1984, p. 128. Les serments de fidélité au duc de ces capitaines semblent conservés à la référénce A.D.L.A., E 135 (non consulté).

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murs418. Le couvent est le centre de l‟essor culturel de la cité. Un acte de 1485 mentionne deux docteurs en théologie parmi la communauté monastique419. En 1498, la ville est citée parmi les 33 paroisses de l‟évêché de Cornouaille disposant d‟une école élémentaire420. La construction de l‟hôpital Saint-Anne, à la fin du XVe siècle finit d‟achever le paysage monumental du Carhaix médiéval. Sa fondation nous est rappelée seulement au XVIe siècle par Bernard d‟Argentré, qui l‟attribue à Maurice du Méné, personnage issu de la petite noblesse locale qui s‟illustra à la fin du XVe siècle en tant que capitaine de la duchesse Anne421. Ces quelques indices semblent témoigner du dynamisme de l‟agglomération. Ils sont confirmés par le registre de la réformation générale des feux de 1426-1430. Ce document dressé afin de vérifier l‟assiette de l‟impôt, nous offre de précieuses indications sur la démographie du diocèse de Quimper dans le second quart du XVe siècle. Pour Carhaix, le document cite 45 feux ainsi que 6 nobles, 1 concierge, 6 pauvres et 122 contribuant422. Suivant les calculs des historiens, la paroisse abriterait de huit à douze chefs de famille au kilomètre carré, chiffre important qui n‟est atteint en Cornouaille que dans le pays bigouden et autour de la baie d‟Audierne423. Ce type d‟information est cependant à relativiser puisqu‟il s‟impose à l‟ensemble de la paroisse et non à la ville elle-même. En cette fin du Moyen Age la taille de celle-ci reste encore raisonnable. Le rôle rentier de 1539-1542 est le premier document à nous donner des indications sur sa population. Dans sa thèse, J. P. Leguay y comptabilisait la mention de 106 maisons et estimait que la cité abritait environ 500 personnes424. Le premier chiffre est en vérité moindre ; dans l‟étude qu‟il a consacrée au rentier, A. Mével n‟énumère que 85 habitations425. Il semble que l‟historien ait fait l‟erreur de dénombrer tous les bâtiments cités dans le rentier et pas seulement ceux concernant la ville426. Son estimation de la population semble par contre assez juste. Celle-ci renvoie l‟image d‟une petite agglomération comparable à d‟autres petites cités bretonnes comme Concarneau, Pontl‟abbé (Finistère), Jugon, Hédé (Ile-et-Vilaine) ou Ancenis (Loire-Atlantique) dont la démographie est proche à cette période427. Comme nous l‟avons dit en introduction, ce rentier du XVIe siècle reste le document de base pour tout médiéviste souhaitant travailler sur l‟agglomération. Celui-ci témoigne d‟une ville dont le paysage est surtout dominé par ses édifices religieux, principalement la collégiale Saint-Trémeur au nord et le couvent des Augustins à l‟est. Le château est alors en mauvais état et a perdu tout usage militaire. Des habitations s‟installent sur son emplacement. A en suivre les indications du rentier, ce phénomène semble remonter au moins au début du XVIe siècle428. Un document de 1522 témoigne d‟ailleurs de l‟arrentement des terres de la forteresse429. L‟agglomération est aussi un important centre marchand. Le document cite deux places commerçantes à Carhaix430 : La première autour des halles qui ont été installé à l‟intérieur du château. La seconde au marcheix ou martray située à l‟est de la cohue à laquelle
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Voir les nombreux actes de donations du XVe siècle partiellement retranscrits dans l‟article de la comtesse du Laz, cf. Du Laz, 1898-1899, p. 424-426. 419 A.D.F, 13 H 26, Martin, 1975, p. 168. 420 Le Chartrier dir., 2005, p. 70. 421 Du Laz, 1898-1899, p. 245-246. 422 Réformation des fouages de 1426, p. 156. 423 Kerhervé, 1987, p ; Le Chartrier dir., 2005, p. 71. 424 Leguay, 1981, p. 259. 425 Le Mével, 1999, t. 1, p. 149. 426 Ibid., t. 1, p. 150. 427 Leguay, 1981, p. 259. 428 Le Mével, 1999, p. 118. 429 A.D.L.A, B 677. 430 Le Mével, 1999, p. 103.

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elle est reliée par la rue de la Moutarde. Il faut leur ajouter un dernier aménagement urbain avec la place aux charbons qui nous est citée dans deux actes du XVe siècle 431. Autour de ce centre urbain se sont développés les faubourgs de Saint-Quigeau et de Trouglévian cités par le rentier432. En ce tout début de la période moderne, Carhaix n‟est donc encore qu‟une petite agglomération. Mais elle est aussi une place en plein développement dont le rôle sans doute principalement administratif et commercial sera confirmé par la suite.

1.6La destinée de la ville à la période moderne : une brève présentation
1.6.1 Les guerres de la ligue Il n‟est pas dans notre sujet de présenter l‟histoire de l‟agglomération au cours des XVIeXVIIIe siècles. Il nous a cependant semblé important de préciser les grands événements qui ont contribué à la transformation de la ville médiévale. Les premiers à souligner sont incontestablement les destructions produites par les guerres de la ligue. Comme beaucoup de cités bretonnes, Carhaix est victime de ce conflit dévastateur. La ville, mal défendue, est prise une première fois le 4 septembre 1590 par les « royaux » menés par Yves de Liscouet et la Tremblaye. Les soldats pillent alors les églises, l‟auditoire, brûlent des maisons et massacrent une centaine d‟habitants433. Deux mois plus tard une nouvelle troupe commandée par les mêmes hommes reprend l‟agglomération. Les campagnes sont aussi touchées par les destructions, une bataille a même lieu au niveau du Moulin au Roy en Plouguer. Enfin en 1592, le célèbre bandit Guy Eder, seigneur de Fontenelle installe son quartier général dans la collégiale Saint-Trémeur à partir de laquelle il organise ces différentes exactions434 . Il est difficile de tirer un bilan exact des destructions causées par ce conflit mais elles semblent avoir été importantes. En 1615, la communauté de la ville adresse une supplique au roi de France dans laquelle elle expose sa situation dramatique: « la ville [...] est encore quasy détruite, la tour de l‟église collégiale d‟icelle a esté démantelée ; le surplus des bastiment de la dite ville grandement endommagés, et la maison presbytérale joignant icelle ruynée de fond en comble, sans qu‟il y reste vestige quelconque du bastiment qu‟autrefois y a esté. Les portes et les barrières de la ville entièrement abattues et ponts advenant et pavez fort endommagez, et l‟hospital tout ruyné »435. De nombreuses habitations ont aussi été détruites, il est révélateur de constater que la majeure partie des maisons anciennes de Carhaix a été construite au cours du XVIIe siècle. Elles sont sans doute la conséquence de ces dévastations. 1.6.2 Les nouvelles fondations du XVIIe siècle Le XVIIe siècle est principalement marqué, pour ce qui nous intéresse, par l‟installation successive de trois nouveaux couvents. Différentes raisons ont pu être données par les chercheurs pour ces événements : regain de piété, émulation entre les ordres religieux ou les
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A.D.F., 1G 326. A.D.L.A., B 1103, f° 26 r°, f°35 v° Le Mével, 1999, p. t. 2, p. 39 et 51. Le faubourg de « Pontherbaut » (cf. Ibid., p. 24) non identifié par A. Le Mével, pourrait correspondre au lieu-dit Pont-Herbot cité sous les formes «Ponterbot » et Pontherbault en 1678 », cf. Deshayes, 2003, p. 41. 433 La prise de la ville a été décrite par un contemporain des événement le chanoine Moreau, cf. Moreau, 1857, p. 93-94. 434 Bourde de la Rogerie, 1895, p. 255, Du Laz, 1898-1899, p. 246-249, Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 336, Le Chartrier dir., 2005, p. 102-103. 435 Du Laz, 1898-1899, p. 248-249.

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familles de nobles locaux ou même un peu des trois comme l‟expose J. Y. Carluer436. Mais celles-ci sont sans doute à lier avant tout au phénomène de la contre-réforme. La première fondation est celle des Ursulines en 1644. Le nouveau monastère s‟installe à l‟ouest de la ville à proximité de l‟ancien château. Il sera l‟objet d‟une construction assez vaste dont la réalisation s‟étale entre 1652 et 1703437. L‟ancien hôpital étant jugé incommode dès 1657, un nouvel établissement est fondé en 1663 sur la place du Martray et sera desservi par une communauté qui s‟y établit en 1675. Enfin les Carmes déchaussés viennent s‟installer dans la cité en 1687. Ils quittent ainsi leur ancien monastère de Saint-Sauveur en Saint-Hernin, fondé avec l‟aide du baron de Kergoët en 1644. L‟endroit déplaisait cependant aux ecclésiastiques car c‟est « un lieu marécageux et mortel aux religieux malades [...] sans aucun secours pour l‟éloignement de plus de cinq grands quarts de lieues dudit Carhaix où ils ont journellement affaire courante »438. Ils finissent donc par faire l‟achat de « la maison du château ou l‟hostel de Kerlouet » et son terrain situé au cœur de l‟ancienne forteresse de la ville et y construisent un nouvel établissement. 1.6.3 Les grands travaux du XVIIIe siècle Comme beaucoup de villes, Carhaix et ses alentours sont l‟objet d‟importants travaux au cours du XVIIIe siècle. La réorganisation du réseau routier par le duc d‟Aiguillon impose en effet une remise à l‟état de l‟agglomération afin de faciliter sa traversée439. Les rues et leur pavage sont ainsi rénovés à de nombreuses reprises en 1740-1741, en 1742, 1745 et en 17851786440. En 1756, les ponts placés sur les routes donnant accès à la ville sont reconstruits441. En 1759 enfin l‟ingénieur Moreau sera chargé de réaménager l‟espace urbain 442. L‟homme entamera le grand chantier de la ville au XVIIIe siècle avec la construction du champs de Bataille (actuelle place de la Tour d‟Auvergne) au niveau de l‟ancien Martray. Ce chantier ambitieux cherche sans aucun doute à adapter Carhaix aux nouvelles conceptions de l‟espace urbain. Mais sa construction sera aussi coûteuse pour la communauté. Dans sa thèse sur les villes de Bretagne, C. Nierès estime à quinze mille livres les frais déboursés pour ce nouvel aménagement sur un total de cent deux mille cent soixante deux livres pour l‟ensemble des travaux urbains menés à cette période. Même si elles sont difficiles à apprécier dans le détail, les différents chantiers qui se sont succédé dans la ville semblent avoir définitivement transformé le visage du Carhaix médiéval. Une lettre de 1765 de l‟ingénieur Moreau nous apprend ainsi que « les anciennes portes de la ville qui baroient le passage d‟une rue à l‟autre aïant été démolies au commencement de l‟année dernière par ordre de Monsieur le duc d‟Aiguillon »443. Malgré ces nombreux réaménagements la situation de Carhaix n‟est pas brillante à la fin du XVIIIe siècle. Sa population reste modeste même si les chiffres que nous communiquent les sources sont extrêmement variables (1400 habitants en 1770, 1225 en 1774 etc...444). Le tableau de la ville que nous en brosse Jacques Cambry en 1794 n‟est guère enthousiasmant : « Quelles rues ! Quelle malpropreté ! La grande rue est entièrement pavée de quartz : cette pierre indestructible, dont les plus lourdes voitures ne peuvent briser les pointes anguleuses,
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Le Chartrier dir., 2005, p. 117. Moal, 2001. 438 Le Chartrier dir., 2005, p. 118. 439 Sur les réaménagements du réseau routier breton au XVIIIe siècle cf. Nierès, 2005, p. 41-53. 440 Ibid., p. 194, note117, Le Chartrier dir., 2005, p. 133. 441 Nierès, 2005, p.198, note 127. 442 Le Chartrier dir., 2005, p. 133. 443 A.D.I.V., C 621. 444 Le Chartrier dir., 2005, p. 100.

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dégarnis de sable, de la terre qui les environnait, fatiguent le pied des piétons et estropient les animaux. Beaucoup de maisons enfumées, au dessous du sol de la rue, recevant ses écoulements ; une multitude de chaumières des habitants, en rendaient le séjour inhabitable, sans l‟élévation sur laquelle cette ville est placée, sans les vents violents qui balayent et purifient l‟atmosphère »445.

445

Cambry, 1979, p. 116-117.

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Seconde partie : Les monuments médiévaux

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2.1Les fortifications
2.1.1 Le château (fig. 22, n° 1)

Elément essentiel de la ville médiévale, le château, reste l‟un des monuments les plus mal connus de Carhaix. Celui-ci occupait la partie sud de la cité et était relié, par la rue du pavé, à la collégiale Saint-Trémeur. Il se situe en plein cœur de l‟ancienne ville romaine, non loin de son hypothétique centre monumental. La bibliographie ancienne, signale plusieurs découvertes à son emplacement. Ainsi à l‟ouest de la mairie en 1832, furent mises au jour des canalisations réutilisées après leur abandon comme lieu de sépultures, à une période malheureusement indéterminée : « des pauvres trouvèrent des canaux souterrains d‟où ils retirèrent quantité de vases en terre cuite, hermétiquement fermés, contenant des cendres, et qui étaient sans doute des urnes cinéraires »446. En 1834 en creusant des fondations dans la rue de la Tour d‟Auvergne, des ouvriers découvrirent un mur au pied duquel se trouvait « une plateforme en maçonnerie de 7 briques d‟épaisseur, les unes sur les autres, liées entre elles, ainsi que celles du mur par du ciment composé de briques grossièrement pillées et de moitié de chaux. On n‟a pas encore deviné à quel usage était affectée cette muraille percée d‟arceaux »447. Il ne semble pas difficile aujourd‟hui d‟identifier dans cette description des hypocaustes. Ceux-ci pourraient témoigner de la présence d‟un établissement thermal ou encore de simples aménagements liés à un ou plusieurs habitats privés. Quelques découvertes récentes peuvent aussi être évoquées. Outre le sondage mené à l‟emplacement des douves de la forteresse, nous signalerons la mise au jour lors de l‟agrandissement de la rue du Tour-du-Château en février 2003 de deux canalisations qui pourraient être liées à une forge ou un bas fourneau et de nombreux tessons de céramiques gallo-romaines448. Nous ne possédons que quelques bribes de l‟histoire de la forteresse de Carhaix. L‟historiographie plaçait traditionnellement la première mention de celle-ci en 1105-1107, date de l‟acte où apparaît le château du vicomte de Poher449. La critique récente ne permet plus de reprendre avec assurance cette assertion. J. Quaghebeur proposede voir dans la ville de Carhaix une propriété du domaine ducal dès le XIe siècle. La première évocation de la forteresse pourrait donc être celle du « Roman d‟Aiquin » à fin du XIIe siècle : « Que à Carhès est alé hosteler-le chastel a fort fait adrecer »450.L‟utilisation de cette source reste cependant délicate. Par la suite, nous ne pouvons évidemment guère retenir la description du château donnée dans le roman de Tristan au XIIIe siècle qui évoque une « tour maîtresse, bien flanquée, de breteches pallissadées »451. Contrairement à ce que dit J. Quaghebeur dans un article récent, il n‟existe aucune mention historique de la place forte à cette période. Le compte ducal de 1262 cité par l‟auteur ne présente en vérité que la « recepte de Carhaix »452. Il faut donc attendre le XIVe siècle et la Chronique de Froissart, pour retrouver les premières indications certaines sur le château. L‟auteur nous précise ainsi que Jean de Montfort « s‟en

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Pape, 1977, A-77. Ibid., A-77. 448 Le Goffic, 2003, p. 22-23. 449 Cartulaire de Redon (a), p. 332-333, acte CCCLXXVII, Dom Morice, 1742-1745, col. 514, Caraës, 1984, p. 133-134. 450 Roman d‟Aiquin, 2774-2775, p. 106. 451 Roman de Tristan, p. Caraes, 1984, p. 123. 452 Pocquet de Haut Jussé, 1946, p.60.

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ala par devers Craais, bonne ville et fort chastiel »453. La cité est prise plusieurs fois au cours de la Guerre de Succession en 1342454, 1345455 et 1363456. La forteresse dut forcément en pâtir. Par la suite nous ne retrouvons plus de mentions de château avant le début du XVIe siècle. La présence d‟un capitaine dans la ville, attestée au moins jusqu‟au milieu du XVe siècle, pourrait supposer, sans pour autant l‟assurer, que la forteresse est encore entretenue au cours de cette période. Ce n‟est plus le cas au début de l‟époque moderne. En 1522 le conseiller du roi Philbert Giffart trouve « une pièce de terre située et estant à l‟emplacement du vieulx chasteau de K(er)aheis quel estoit et est inutile et de nul revenu »457. La place semble alors en très mauvais état, les halles et des habitations sont déjà installées à l‟intérieur : « icelle piece de terre contenante environ un demy journal de terre estant frost et gast comme dust est cerné devers soleil l‟orient et le midi des vielles murailles dudit chasteau458 et d‟autres endroits des maisons où à présent demourent en l‟une Yvon Bernard et en l‟autre qui fut aultrefoiz à Xpien premier est à présent à ses hoirs icelles maisons fermant la rue qui conduit de la cohue de ladite ville de K(er)ahais au Marchix ». Acceptant cette situation, les représentants du roi décident de bailler les terres à un certain Thébaut Guillart : « avons icelle piecze de terre o ses clostures de murailles et appartenances baille et transportez et par ces présentes baillons et transportons à tire de [...] et héritage audit Guillart acceptant pour il ses hoirs et cause ayants a en joyr et dispose à son plaisir à perpétuité pour en payer chacun an à la dite recepte ordinaire dudit K(er)ahais ladite de une peir despron argentez audit terme de sainct jean baptiste». La place semble donc avoir été abandonnée au cours du XVe siècle, sans doute en raison du faible intérêt stratégique qu‟elle représentait pour le duc de Bretagne. Elle suit donc un sort similaire à celle de Lesneven459 ou encore celle de Landivisiau où un aveu de 1636 déclare le« château à présent ruiné [...] sur les fossés, douves et issues duquel chasteau a été bati des logements et jardinages »460 Par la suite, notre principale source d‟information sur le château est le rôle rentier de 1539-1542461. C‟est lui qui nous apporte le plus de renseignements sur la forteresse, même si les descriptions sont rares. Sans pouvoir être affirmatif, le texte semble faire une distinction entre la place des halles et le château en lui-même, comme paraît l‟indiquer cette précision : « la rue par où l‟on va de la tranchée de la cohue au chasteau ». Les halles sont alors le cœur de la cité et un nombre important de maisons s‟y regroupe. Les ruines du château, qui pourraient correspondre à ce que le rentier appelle « le petit chasteau »462, sont par contre mal fréquentées, comme en témoigne une anecdote du document : «esquelles veilles murailles douffves et emplacementz est le refuge des paillardz et paillardes qui se trouvent esdicts foyres et fon leur bordeau, et si sont trouvés murtes et ovusement se y est trouvé un p(re)b(t)re mort [...] Et nous estre transportez sur les lieux et avoir bien veü à vuee occtullaire lesd(ictz) emplacem(en)tz et ruines desd(ictes) murailles, et que icelles murailles et douffves se pevent retirer maveix garczons et putaceries ». L‟essor urbain constaté dans document de 1522, qui témoigne de l‟occupation progressive de l‟emplacement du château, est ici confirmé. Celui-ci est déjà ancien puisque « d‟iceulx puix trante ans derroins mal prinses, usurpees et eddiffices et héritaige du roy dedans son chasteau de Kerahes et aux douves et pourprins d‟iceuleuy »463. Il
453

Froissart, § 143, p. 351-352 Ibid., § 172, p. 404, § 174, p. 410, § 175, p. 412-413, § 176, p. 413, § 180, p. 420 455 Richard Lescot, cap. 166, p.67. 456 La Borderie, Pocquet, 1998, t. 3, p. 576, note 1. 457 A.D.L.A, B 677. 458 Cette indication pourrait laisser supposer qu‟il n‟existe plus de muraille au nord. 459 Kernévez, 1997, p. 105. 460 Cité par P. Kernévez, cf. Ibid., p. 95. 461 A.D.L.A, B 1103, Le Mével, 1999, t.2. 462 A.D.L.A., B 1103, f° 45 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p 65. 463 Ibid., t. 1, p. 118, t. 2, f°42 v°.
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est possible que le phénomène remonte plus loin encore. Le rentier cite trois textes qui paraissent témoigner du développement de Carhaix depuis le XVe siècle : deux mandements ducaux de 1421 et 1479 et l‟arrentement du château en 1522 déjà évoqué. Le premier document ne semble pas concerner directement Carhaix, mais des nouvelles installations ont pu suivre sa mise en œuvre. Le texte de 1479 permet, lui, au receveur de Carhaix « de bailler des terres frostes et vagues à titre de censie »464. Même si nous ne pouvons le prouver, il semble légitime de s‟interroger sur l‟installation d‟habitat à l‟intérieur du château au cours de cette période. Nous ne retrouvons guère d‟informations sur le château par la suite. Le développement urbain fait disparaître peu à peu les attributs défensifs de ce lieu. Son existence est évoquée dans le rentier de 1640 ou le procès-verbal d‟arpentage de 1682 mais ceux-ci n‟apportent pas d‟informations sur les vestiges conservés à cette époque465. Le papier terrier de 1680 cite « une maison du château » appartenant à Yves de Leslay qui consistait « en deux corps de logis avec cour et dépendances sise près la rue qui conduist de la croisée des halles à la Madeleine du côté occidental »466 S‟agit-il d‟un bâtiment médiéval ? Le nom que lui donne le document ne constitue en tout cas pas une preuve ; il peut s‟agir d‟une simple indication topographique. En 1687, les Carmes s‟installent à l‟intérieur de l‟ancienne enceinte, où ils font l‟acquisition d‟un important emplacement. Les archives d‟Ille-et-Vilaine conservent le texte de l‟achat de ce terrain, où se situent « la maison du château ou l‟hostel de Kerlouet, logemement, chambres, cour, gallère, jardins et pavillons au bas du jardin avec leur appartenance et dépendances ainsi qu‟ils s‟étendent et consistent à la connaissance des partyes cernées du levant de la rue conduisant de la halle de cette ville à la Magdeleine, du midy d‟autre chemin conduisant du Martray à la rue Cazuguel, et du Couchant d‟un jardin dépendant de la succession du sieur de Quélénec Hervé tenu sous le Roy à la nature des autres censives en cette ville chargée de la contribution à la rente deue sur les héritages du tour du Château »467. Le bâtiment dont il est question dans ce contrat d‟acquisition appartenait-il à la forteresse médiévale ? Il est difficile de se prononcer ; la description donnée est bien trop vague. Comme l‟édifice précédent, son nom de « maison du château » ne constitue pas un argument déterminant et l‟appellation « hostel de Kerlouet » viendrait suivant J. F. Caraes, d‟une terre de Plévin possédée par René de Canaber, gouverneur de la ville à la fin du XVIIe siècle468. S‟il existait encore quelques ruines du château au XVIIIe siècle, celles-ci durent encore pâtir des grandes campagnes de rénovation de la ville entamée à partir de 1740. Le plan levé par l‟ingénieur Besnard en 1772 (fig. 23) et le cadastre de 1819, ne figurent aucun vestige de la forteresse. Ceux-ci devaient tout de même exister puisque nous en retrouvons quelques évocations chez P. de Courcy et Halleguen du XIXe siècle. Les principaux éléments de description possédés par le chercheur pour le château nous sont donc donnés par les documents du XVIe siècle. Le texte d‟arrentement de 1522 offre une indication importante pour imaginer la dimension que pouvait atteindre la place forte : « icelle piecze de terre contenante environ demy journal de terre [...] cernée de vers le solleil devant et midi des veilles murailles dudict chasteau »469. Ce qui représente, d‟après la conversion d‟A. Le Mével, environ 2400 m2 de surface470. A cette époque la forteresse semble, comme nous l‟avons dit, divisée entre deux grands ensembles : la place des halles, où se regroupent une
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Ibid., t. 1, p. 117. A.D.L.A, B 1104, B, A.D.L.A., B 1123. 466 A.D.L.A, B. 1107. Suivant J. F Caraës ce bâtiment devait se situer près de la cour Saint-Hervé, cf. Caraës, 1984, p. 132.. 467 A.D.I.V., H, Du Laz, 1898-1899, p. 271. 468 Caraës, 1984, p. 132. 469 A.D.L.A., B 677. 470 Le Mével, 1999, t. 1, p. 106.

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grande partie des habitations de la ville et le château en lui-même471. Il est cependant difficile de juger si cette répartition est le reflet d‟une situation antérieure, (soit grosso modo une division haute-cour et basse-cour) ou si elle est la conséquence du développement récent de l‟habitat, qui se structure autour de la principale infrastructure économique de la ville. Le texte d‟arrentement, tout comme le rentier, signale à de nombreuses reprises l‟existence de « vielles murailles ». Dans son travail, A. Le Mével pense pouvoir identifier le tracé d‟une « muraille intérieure, [qui] se prolongerait plus au moins parallèlement aux halles jusqu‟à la rue Saint-Joseph exclue »472. Cette courtine matérialiserait donc la subdivision intérieure du château que semble décrire le rentier. L‟étudiant ne donne malheureusement pas les arguments qui le poussent à proposer cette restitution. La lecture du document nous incite à la prudence. Les indications topographiques données par celui-ci nous semblent souvent très imprécises, au point qu‟il est très difficile de les replacer sur un plan473. Le rentier signale aussi, à de nombreuses reprises, une motte, qui devait se situer dans la partie en ruine du château474. Son positionnement exact ne nous est pas connu et nous ne savons guère quelle confiance il faut donner à cette mention tardive. Le document évoque aussi, l‟existence d‟une chapelle Saint-Pierre475, en laquelle il est tentant de voir l‟ancien oratoire du château476. Aujourd‟hui disparue, celle-ci est aussi évoquée dans le rentier de 1640477 et le procès-verbal d‟arpentage de 1682478. Son positionnement au niveau de l‟actuelle rue Danton est connu puisque la construction est encore représentéd sur le plan de 1772. Nos renseignement la concernant sont peu nombreux, nous retiendrons surtout le papier terrier de 1678-1680, qui nous donne la seule description existante de l‟édifice (fig. 22, n° 1 a) : « L‟esglise et chapelle Sainct pierre avecq deux petites boutiques audevant cerné de boult du levant sur la rue de la moutarde, du midy sur un jardin appartenant à la demoiselle K(er)penhir, du couchant sur la ruelle qui conduit du martrait à la cour de Sainct hervé et au nord sur la place au martrait audevant d‟icelle esglize contenant de long quarante deux pieds et de franc vingt six pieds [13,7 m de long sur 8,5 m de large], laquelle esglize ledict sieur vicaire déclare estre au proche fieff de sa majesté soubs son domaine de Carhais a debvoir de prière et oraison sans rente ni cheffrante sui et a la cour quand le cas y eschoit et estre de tout temps immémorial bastie avecq lesdictes bouticques au devant d‟icelle pour luy servir par le moyen des deniers qu‟il peut percepvoir des locattaires ou fermiers d‟entretien de couverture et pierre saillante sans quoy ladicte esglize tomberoit en ruisne nayant dailleurs aucun fond pour son entretien lesquelles bouticques pour celle considération messieurs les commissaires les ont toujours concédé à ladicte ésglize »479. Il a sans doute existé à proximité de l‟édifice un cimetière puisque des crânes furent découvert lors de travaux menés sur la place de la mairie au niveau de la boulangerie dans les années 1960 480. Terminons enfin, sur l‟évocation dans le rentier du XVIe siècle, d‟un puits à proximité des halles481. Son origine pourrait aussi être liée au château sans que nous puissions pour autant le prouver.
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Le rentier utilise une fois le terme « petit chasteau » qui pourrait correspondre à cet ensemble, cf. A.D.L.A., B 1103, f°39 r° et Le Mével, 1999, t. 2, p. 56. 472 Ibid., t. 1, p. 105. 473 Ce que souligne lui-même A. Le Mével, cf. Ibid., p. 97-100. 474 A.D.L.A, B 1103, f° 38 v°, f° 39 r°, etc. Le Mével, 1999, t. 2, p. 56 : « chemyn qui va de la cohue à la mote du chasteau [...] petite estable estant au deriere de la maison aux enffens feu Guill(aum)e La Mareschal, et joignantz à la motte du petit chasteau ». 475 A.D.L.A, B 1103, f° 39 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 57. 476 Kernévez, 1997, p. 53. 477 A.D.L.A, B 1104, f° 9 r° et 19 r°. 478 A.D.L.A., B 1123. 479 A.D.L.A., B 1107, f° 239. Cette partie du document est publiée dans Caraës ; 1984, p. 135. 480 Mesgouez, 1991, p. 49. 481 A.D.L.A, B 1103, f° 19 r°,et f° 28 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 30 et 42.

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On a longtemps considéré qu‟il n‟existait plus aucune trace de la forteresse de Carhaix. Les travaux de C. Hervé-Légeard ont permis de montrer qu‟il n‟en était rien. L‟archéologue a pu identifier un pan de courtine qui n‟avait jamais été repéré jusqu‟ici 482. Il s‟agit d‟une muraille imposante orientée nord-sud le long de la parcelle AN 63 du cadastre actuel (fig.22 n° 1 b et fig. 24). Conservé sur environ 7, 50 m de hauteur et 55 m de longueur, l‟ouvrage est constitué de plaques de schistes établie de manière irrégulière. L‟absence de flanquement, ou de percement, rend extrêmement difficile toute proposition de datation. La mise en œuvre n‟est certes pas sans rappeler celle du château de la Joyeuse Garde en La Forest-Landerneau ou la première phase du logis de la Roche Maurice, tous deux datés du XIIIe siècle, mais cela reste très hypothétique. Autre élément jamais signalé jusqu'à aujourd‟hui, la présence de deux éléments remployés dans le mur d‟enclos du square Henry Dunant dans la rue de la Tour d‟Auvergne (fig. 25) Il s‟agit deux blocs de granit sculptés, appartenant aux piédroits d‟un portail. La présence de bases prismatiques trahit incontestablement une réalisation des XVe ou XVIe siècle. Ces vestiges pourraient évidemment avoir un lien avec le château. Leur appartenance à un édifice religieux disparu semble en tout cas très probable. Un rapprochement avec l‟ancienne chapelle Saint-Pierre serait ici tentant. Mais il faut sans doute rester prudent, d‟une part parce que ces blocs sont relativement éloignés de l‟emplacement de cet édifice, qui se situait au niveau de la cour Saint-Hervé, et que d‟autre part, il supposerait une reconstruction de celle-ci dans le dernier siècle du Moyen Age, alors que la forteresse est déjà abandonnée. Les vestiges conservées de la forteresse étaient, semble-t-il, bien plus importants au XIXe siècle. Deux auteurs de cette période font en tout cas allusion aux ruines de l‟ouvrage, sans malheureusement préciser leur localisation. P. de Courcy tout d‟abord, qui précise ne « pas y avoir reconnu l‟appareil romain, le château ayant subi de grandes transformations dès le XIVe siècle, après les sièges qu‟il avait soutenus. Mais les champs qui l‟entourent sont encore jonchés de débris de tuile, en particulier dans un jardin jouxtant l‟un des murs »483. Halléguen ensuite, qui pense, lui, que « le château dit d‟Ahès appelle aussi une attention particulière. Ce qu‟on nomme ainsi n‟a extérieurement rien de romain. Il faudrait fouiller les fondations qui peuvent, qui doivent être romaines pour mériter quelque peu ce nom antique. On y trouve cependant, ainsi que dans quelques murs voisins, du béton employé comme moellon de construction ; mais il reste à savoir d‟où il provient »484. Plus loin, il précise qu‟ont été mis au jour « les chapiteaux de colonnes doriques, qui feraient penser qu‟il y eut là un temple qui aura été démoli, peut être pour bâtir des remparts de défense contre les barbares au III et au IVe siècle »485. Nous pouvons sérieusement douter des observations de P. de Courcy. L‟évocation d‟une reconstruction de la forteresse au XIVe siècle est plus emprunt d‟une vision historique que d‟une réelle analyse « archéologique ». Tout juste cette remarque nous prouve-t-elle que l‟auteur a lu l’Histoire de Bretagne de Dom Lobineau qui fait le récit de la Guerre de Succession et donc des sièges qu‟a connus Carhaix à cette période. Concernant E. Halléguen, il paraît aussi difficile de retenir ses propos sur la possible origine romaine du château. Ceux-ci ne sont guère plus que des supputations. La présence de « béton » n‟en apporte en tout cas aucune preuve, puisqu‟il correspond, de l‟aveu même de l‟auteur, à un remploi qui n‟a évidemment rien de surprenant dans le contexte archéologique de Carhaix. Malgré cela, les allégations de E. Halléguen ont été reprises par L. Pape et plus récemment J. Y Eveillard qui se sont tous deux questionnés sur l‟hypothétique origine antique de la place486. L‟interrogation de ces chercheurs reste évidemment légitime. Il peut, en effet,
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Légeard, 1994, p. 89, Kernévez, 1997, p. 53. Bizeul, 1849, Pape, A-78. 484 Halléguen, 1863, p. 532. 485 Ibid., p. 533. 486 Pape, 1978, p 101, Eveillard, 2001, p. 72-73.

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sembler étrange que la cité n‟ait pas été pourvue de fortification, si l‟on considère, comme certains avis récents, que celle-ci n‟a pas perdu son statut de chef-lieu. De plus, le nom de la paroisse « Plouguer », qui semble remonter au haut Moyen Age (même si sa première mention ne date que de 1383), renvoie incontestablement à un « ouvrage fortifié ». Constatant ces faits, J. Eveillard a proposé d‟identifier la présence d‟un castellum romain à l‟emplacement de la construction médiévale. Cette idée reste cependant très hypothétique, puisque aucune découverte archéologique ne peut venir la confirmer. Seules d‟éventuelles interventions peuvent vraiment apporter des réponses. 2.1.2 L‟enceinte urbaine

Présenté par J.F. Caraes comme une vérité incontestable, la question de l‟enceinte urbaine à Carhaix a, jusqu‟à présent, été peu évoquée. Hormis P. Kernévez qui semble émettre quelques doutes sur la restitution qui a pu en être proposée487, aucun chercheur ne s‟est véritablement interrogé sur cet ouvrage. Nous aurons l‟occasion de revenir sur le tracé supposé par J. F. Caraes pour cette fortification, dans notre travail sur la morphologie de la ville. Mais avant cela, il est utile de faire le point sur les connaissances que nous pouvons avoir de cette enceinte. Une visite, même rapide, de Carhaix suffit sans doute pour conclure qu‟il n‟existe plus aucun vestige d‟une fortification autre que celle du château dans l‟agglomération. Seuls les textes sont donc susceptibles d‟apporter des informations sur sa réalité. Les sources médiévales n‟offrent cependant aucune indication claire sur l‟existence de cette construction. Jean Froissart nous parle de « Craais, bonne ville et fort chastiel », indication pour le moins sibylline488. Certains historiens ont pu dire que les fortifications ont subi d‟importantes destructions au cours de la Guerre de Succession489, mais aucun texte n‟évoque clairement celles-ci490. En 1355, un acte de Saint-Siège autorise l‟installation des Augustins in castello de Kerahes491. Le couvent étant situé à l‟est de la ville bien à l‟extérieur du château, nous pourrions y voir un premier indice de l‟existence d‟une fortification urbaine à Carhaix. L‟acte d‟arrentement du château en 1522 n‟apporte pas non plus d‟information décisive. Il faut cependant noter la mention d‟une porte Motreff : « la porte nommée porz Motreff quasi à l‟endroit du chemin menant dudit marchix de ladite ville à la magdeleine »492. Celle-ci faisait-elle partie de l‟enceinte de Carhaix ? Sa situation à proximité du château ne permet pas de présenter de réponse assurée. L‟analyse du rôle rentier de 1539-1542 rend par contre plus perplexe, puisque le document n‟évoque à aucun moment l‟existence de fortifications autres que celles de l‟ancienne place forte. Il s‟agit là d‟un problème important que ne nous souligne curieusement pas A. Le Mével dans son étude. Comme toujours, les informations sont un peu plus nombreuses dans les sources modernes. L‟enquête faite en 1600-1601, à la suite des guerres de la Ligue, nous apporte de nombreuses informations. Il est ainsi précisé que les enquêteurs ont« été conduit aux quatre portes de ladicte ville, et premièrement à la porte de Rennes près d‟une maison appartenant à Guillaume Olymant, sieur de Launay, et [ont] ensuite continué à visiter les autres portes et tours de ladite ville pour en examiner les dégâts »493.
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Kernévez, 1997, p. 53. Froissart, § 143, p. 351. Sur le problème de « la bonne ville », cf. Chevalier, 1982, p. 7-17. 489 Caraes, 1984, p. 126-127, Le Mével, 1999, t. 1, p. 105. 490 Sur les événements connus à Carhaix au cours du pan breton de la guerre de cents ans, cf. Froissart, § 143, p. 351, § 174, p. 410,§ 175, p. 412-413, Richard Lescot, cap. 166, p.67, etc. 491 Actes du Saint-Siège, n° 291, p.127 492 A.D.L.A., B 677. 493 Bourde de la Rogerie, 1898, p. 264.

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Plus loin dans le document, un certain Guillaume Blaës, notaire royal de la juridiction, dépose que « les habitants de Carhaix qui ne voulaient pas se soumettre audit sieur baron du Pont 494, firent à grands frais faire quelques clôtures en la dite ville »495. Le sergent royal Jean Henry témoigne qu‟au « commencement de ces guerres civiles, il a veu les habitants de Carhaix barricader et clore de murailles leur ville, n‟y laissant que quatre portes et entrées »496. Louis le Bloch rapporte aussi que les « troupes entrèrent dans la ville de Carhaix et ravagèrent, abattirent et ruinèrent toutes les portes et deffenses que les habitans de Carhaix avoient fait en ladite ville »497. Ce document est intéressant puisqu‟il semble être le premier à clairement évoquer l‟existence d‟une enceinte pourvue de portes et même de tours. Ces indications sont cependant encore imprécises puisque ces différents ouvrages ne sont pas localisés. A contrario, le chanoine Moreau, qui rapporte les mêmes faits, dont il est aussi contemporain, donne une vision un peu moins reluisante des fortifications de la ville, en précisant que « Carhaix n‟était pas fort, n‟étant clos que de barrières et de chétives murailles »498. Par la suite, la supplique adressée au roi en 1615, n‟est pas très riche en information sur notre sujet. Il y est seulement rapporté le désir des habitants de voir « clore les avenues et entrées de la ville par barrières ou portes »499. Le rentier de 1640 cite, lui, deux portes : la porte Neuve tout d‟abord : « maison appartenant à M. Jacques Briant sytuée en la rue des Augustins au levant la porte appelée la porte Neuffve ou porte [non lu] »500. Mais aussi la porte Motreff : « maison [...] sur la rue qui va de la rue des Augustins à la porte Motreff vers le midi la rue de la moutarde »501. Le procès verbal d‟arpentage de 1682 ne cite, lui, que le second ouvrage qu‟il situe, comme les documents précédents, dans le secteur de la rue de la Moutarde502. Pour terminer, il faut noter les nombreuses mentions de destruction de portes au moment des grands travaux de la fin du XVIIIe siècle. Un document de 1772 évoque ainsi « la démolition des portes de la ville nommées les portes de Rennes et du Faouët » en 1762503. Une lettre de 1765 de l‟ingénieur Moreau, nous apprend que « les anciennes portes de la ville qui baroient le passage d‟une rue à l‟autre aïant été démolies au commencement de l‟année dernière par ordre de Monsieur le duc d‟Aiguillon. Les pierres de démolition ont été placé à l‟entrée du champs de foire, où elle sont encore pour servir que la communauté à former de réparer et fortifier le sol de ce champ qui en hiver est un endroit impénétrable aux bestiaux»504. Ces différentes démolitions sont rapportées par T. Corret de la Tour d‟Auvergne, qui signale qu‟il « ne subsiste plus des fortifications urbaines assez considérables de cette ville que des restes des murs et les vides des portes de Rennes et Motref, qui ont été détruite il y a quelques années »505. Pour conclure nous pouvons dire que le regroupement de ces différentes informations, souvent peu précises, a l‟intérêt de rendre crédible l‟idée de l‟existence d‟une enceinte urbaine à Carhaix. Il reste cependant à définir son tracé, ce qui représente un important problème sur lequel nous reviendrons.

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Il s‟agit du seigneur de Rostrenen. Ibid., p. 264. 496 Ibid., p. 265. 497 Ibid., p. 268. 498 Moreau, 1857, p. 93. 499 Peyron, 1904-1905, p. 338. 500 A.D.L.A., B 1104, f° 10 r°. 501 Ibid., f° 9 v°, voir aussi f° 14 r° et 24 r°. 502 A.D.L.A., 1123, f° 11 v, f° 12 r°, etc. 503 A.D.I.V., C 621 504 Ibid. 505 Ogée, 1845, t. 1, p. 144.

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2.2Les édifices religieux
2.2.1 L‟église paroissiale Saint-Pierre de Plouguer (fig. 22, n°2)

L‟église de Saint-Pierre de Plouguer, centre de la paroisse du même nom, se situe à la périphérie de la ville de Carhaix, à environ 200 m à l‟ouest de la collégiale Saint-Trémeur. Installé dans un secteur isolé dès la fin du XVIIIe siècle, comme l‟indique le plan de l‟ingénieur Besnard en 1772, l‟édifice est cependant placé à l‟intérieur de l‟emprise maximum supposée de la cité romaine. Si de nombreux érudits du XIXe siècle ont suggéré, sans aucune preuve, la présence d‟un temple à l‟emplacement de l‟église ; l‟existence d‟installations romaines dans le secteur de cette construction est par contre bien attestée. Au début du XXe siècle est ainsi signalée la découverte à l‟est de l‟église d‟un « conduit rempli de boue calcinée, haut de 0,65 m, large de 0, 55 m »506 qui suivant L. Pape se dirigeait plus au nord où il aurait alimenté un hypocauste aux alentours de N.D du Frout507. Plus au sud dans la parcelle du Parc ar Sinagog (n°308 du cadastre napoléonien), furent aussi retrouvés des blocs de pierre et de ciment « en général ornés à leur surface horizontale de dessins parfois très riches formant par une heureuse combinaison de teintes, des mosaïques »508. Enfin les sondages de C. Légeard au nord de l‟église en 1994 ont permis de repérer les traces d‟une activité d‟une occupation de nature indéterminée dans cette zone à la période gallo-romaine (sans datation précise)509. Les sources manquent pour écrire l‟histoire de l‟église Saint-Pierre à la période médiévale. La mention de la paroisse intervient tardivement en 1383510 et le rôle rentier de 1539-1542 parle seulement de « la vieille église » sans apporter d‟informations supplémentaires sur son statut, sa topographie, ou sur l‟édifice lui-même. Les documents des XVI-XVIIIe siècles clarifient cependant cette question en présentant Plouguer comme le centre de la paroisse dont Carhaix n‟est alors qu‟une trêve. Même si cette situation n‟est pas claire dans les textes médiévaux, qui évoquent souvent une paroisse de Carhaix, les chercheurs considèrent habituellement que le fonctionnement était le même au Moyen Age. Des arguments militent cependant en faveur de l‟ancienneté de la paroisse, à commencer par son nom en plou, présenté comme la caractéristique d‟une création au haut Moyen Age, mais aussi la dédicace de l‟église au premier des apôtres, saint Pierre, qui est généralement présenté comme un indice d‟ancienneté511. Devant cette absence de texte nous renseignant sur l‟histoire ancienne de l‟édifice, l‟analyse de l‟architecture prend ici d‟autant plus d‟importance. L‟église actuelle présente un plan simple d‟une nef à trois vaisseaux sans transept, pourvu d‟une abside à trois pans et d‟un clocher-porche hors œuvre (fig. 26). Une étude plus précise permet de distinguer dans cet ensemble trois grandes phases :  La partie romane du vaisseau central

Nombreux sont les auteurs des XVIIIe-XIXe siècles à avoir attiré l‟attention sur l‟ancienneté apparente de certaines parties de l‟église, auxquelles ils ont donné des datations forts diverses En 1794-1795, J. Cambry décrivait « l‟église collégiale de Saint-Pierre, sise un peu en dehors
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Halleguen, 1863, p. 532. Pape, 1977, A-64. 508 Rolland, 1900. 509 Legeard, 1994, t. 3 (volume d‟annexe non paginé). 510 Tanguy, 1990, p. 49. 511 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 166-167.

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de la ville, est un très ancien monument fondé dans le sixième siècle. Les piliers et les arcades de sa nef sont tout ce qui y reste de cette fondation primitive ; tout le reste a été ajouté dans les quinzième et seizième siècles »512. Le chevalier de Fréminville, au regard plus avisé, citait en 1835 « l‟église de Saint-Pierre, presque entièrement refaite dans le seizième siècle, mais dont une partie de la nef, d‟architecture gothique lombarde, est infiniment plus ancienne »513. Ces vestiges anciens correspondent aux quatre premières travées du vaisseau central (en partant de l‟ouest) ou tout du moins un partie d‟entre elles, puisqu‟au sud seules les deux premières arcades sont entièrement conservées. De la troisième, il ne reste plus que deux piles reliées par un arc gothique. L‟espace important qui les sépare pourrait même laisser supposer qu‟un support intermédiaire ait été supprimé514. L‟ensemble présente une élévation simple à deux niveaux avec des grandes arcades composées de piles rectangulaires, dépouillées de tout élément architectonique, et construites dans un moyen appareil utilisant des pierres de taille en granit. Elles reçoivent des arcs fourrés, assez frustres, formés de claveaux rectangulaires qui suivent une forme d‟ensemble légèrement outrepassée. L‟étage des fenêtres hautes se compose d‟une série de baies en plein cintre clavetées et ébrasées vers l‟intérieur (fig. 27). L‟observation de l‟édifice tant en plan qu‟en élévation fait apparaître clairement le décalage existant entre les piles du nord et du sud du vaisseau central, détail certes curieux, mais que rien ne permet de présenter comme l‟indice d‟un décalage chronologique dans la construction. Les travaux de P. Guigon ou M. Décéneux ont d‟ailleurs permis de montrer d‟autres cas de disparité à l‟intérieur d‟édifices de la même période comme dans la nef de la cathédrale d‟Alet III (Ille-et-Vilaine) de la fin du Xe siècle515 ou de l‟église de Perros-Guirec (Côtes-d‟Armor) datée de la seconde moitié du XIIe siècle516. Si les collatéraux ont disparu, il ne semble ici guère difficile de restituer un volume originel composé de trois vaisseaux charpentés affiliant l‟église au « groupe » très représenté en Bretagne des églises à nef de type basilical. L‟observation de la maçonnerie à l‟intérieur de l‟édifice est rendue difficile par la présence d‟un enduit blanc qui cache une grande partie de la construction. M. Chevance a néanmoins pu remarquer la présence de remplois gallo-romains, notamment de pilettes d‟hypocauste s‟intercalant dans le clavetage des arcatures et des baies517. Des observations plus intéressantes peuvent être apportées sur la face externe du mur sud du vaisseau central laissée à nue (fig. 28). Celle-ci permet clairement d‟observer que l‟arc le plus à l‟ouest du vaisseau a été détruit au moment de la construction du clocher, ce qui permet de conclure que la nef originelle s‟étendait plus à l‟ouest que celle de l‟édifice actuel et qu‟elle comptait au moins cinq travées. La maçonnerie, elle, se constitue en majorité d‟un petit appareil de moellons allongés grossièrement cassés au pic ou au marteau et appliqués en assises régulières baignant dans le mortier. Cette mise en oeuvre n‟est pas sans rappeler l‟opus vittatum romain tel qu‟on peut observer par exemple au temple du Haut-Bécherel en Corseul (Côtes d‟Armor). A l‟intérieur de cette maçonnerie viennent aussi s‟intercaler, de manière très irrégulière, des lits d‟opus spicatum ou appareil en arête de poisson. Ceux-ci, s‟ils sont encore souvent présentés comme des éléments décoratifs, ont en vérité une réelle fonction structurelle puisqu‟ils permettent de rattraper le mur en régularisant les assises et lui assurent une stabilité répondant aux tassements des parties hautes. Enfin nous observerons, au-dessus du porche gothique, la présence d‟une baie étroite et clavetée, aujourd‟hui bouchée qui remploie une tegulae romaine (fig. 29).
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Cambry, 1979, p. 113. Fréminville, 1979, p. 215. 514 C‟est ce que semble supposer A. Mussat, cf. Mussat, 1957, p. 209. 515 Guigon, 1993, p. 21, Guigon, 1997, t.1, p. 119, Chevance, 2001, p. 423 note 20. 516 Décéneux, 1998, p.98-99. 517 Chevance, 2001, p. 424, l‟historien carhaisien note aussi « des claveaux de modules plus réduits taillés dans une pierre étrangère à la région, une variété de calcaire ou de tuffeau ».

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La datation de cette construction s‟avère une question difficile à résoudre et les avis divergent suivant les spécialistes. En 1958, dans son ouvrage sur l‟art roman en Bretagne, R. Grand voyait dans cette construction les vestiges d‟un édifice très ancien qui « pourraient être attribués à une époque où l‟art de construire avait conservé, bien que très altérées certaines traditions carolingiennes, époque qui serait par conséquent antérieure au XIe siècle »518. Plus récemment P. Guigon a proposé une datation XIe-XIIe siècle dans la courte notice qu‟il livre sur l‟église sans vraiment apporter d‟argumentation519. Enfin M. Décéneux et surtout M. Chevance, ont proposé d‟attribuer l‟édifice au premier art roman (1000-1070 environ)520. L‟appartenance de l‟église au « groupe » des églises à nef de type basilical, évoquée par ce dernier, ne nous semble pas être ici un élément déterminant pour la chronologie. M. Décéneux semble avoir démontré que ce type de formule est classique pour la plupart des édifices bretons de la période romane, qu‟ils soient importants ou modestes521. La forme légèrement outrepassée des arcs ne semble pas non plus un caractère déterminant. Elle se retrouve dans de nombreuses constructions romanes comme dans la nef de Saint-Melaine de Rennes (début du XIe siècle ?) ou celle de Saint-Martin de Lamballe522. La grande muralité de l‟élévation qui ne présente aucun élément d‟articulation peut, par contre, être perçue comme un indice d‟ancienneté. La même austérité se retrouve ainsi dans des édifices du premier art roman comme Saint-Paul de Batz (Finistère) et Mullizac (Morbihan) datés par M. Décéneux des environs de l‟an mil523 ou encore les églises de Saint- Lunaire524, Langast, Gahard (Ille-etVilaine)525 et Saint-Martin de Lamballe (Côtes-d‟Armor)526 qui présentent comme à Plouguer une élévation simple avec piles rectangulaires et fenêtres en plein cintre. Mais des comparaisons peuvent aussi être cherchés avec des édifices datés de la fin du XIe ou du début du XIIe siècle comme Ambon (Morbihan)527 et Lamber en Ploumoguer (Finistère)528 ou de manière moins nette à Ploërdut ou Langonnet (Morbihan)529. Cependant, comme le remarque M. Chevance, si des « églises ou chapelles postérieures à 1080 [...] présentent bien une part d‟archaïsme dans le dépouillement relatif de leur vaisseau central, [...] déjà les piles ou impostes abattues en chanfrein, ressauts, piliers de colonnes semi-engagées, chapiteaux à tailloirs cubique, sculptures envahissent la nef »530. Les techniques de construction employées à Plouguer semblent aussi s‟accorder avec une datation haute mais les recherches les plus récentes en histoire de l‟architecture démontrent la longue persistance des savoir-faire et nous incitent à la prudence. Le petit appareil utilisant des moellons à face de parement carré peut trouver des comparaisons dans des édifices de la première moitié du XIe siècle comme Fontenay, ancienne paroissiale de Chartres-de-Bretagne (Ille-et-Vilaine)531, ou Locmaria en Quimper (Finistère). On l‟observe cependant dans des constructions plus tardives comme
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Grand, 1958, p. 238. Guigon, 1993, p. 39. 520 Décéneux, 1998, p. 56, Chevance, 2001, p. 428. A. Mussat n‟a curieusement fait aucune proposition dans son article sur l‟église. 521 Décéneux, 1998, p. 54-57. 522 Mussat, 1957, p. 210. 523 Ibid., p. 21-24, Décéneux, 2004, p. 7-80. Précisons que la datation proposée par M. Décéneux de la chapelle de l‟île de Batz fait débat avec P. Guigon qui y voit une réalisation plus récente, cf. Guigon, 2004, p. 108. 524 Ibid., p. 55. 525 M. Décéneux met en rapport la construction de l‟édifice avec la donation du prieuré par Alain III à Marmoutier entre 1015 et 1032, cf. Ibid., p. 56. 526 Ibid., p. 55. 527 Ibid., p. 56-57. 528 Guigon, 1993, p. 19-20. 529 Grand, 1957 (a), p. 115-117, Grand, 1957 (b), p. 119-123. 530 Chevance, 2001, p. 428. 531 Guigon, 1993, p. 23.

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l‟abbatiale de Landévennec (Finistère) ou l‟église de Bréal-sous-vitré ainsi que dans des constructions à la chronologie incertaine comme Saint-Brieuc-des-Iffs 532 ou Saint-Grégoire (Ille-et-Vilaine)533. La présence d‟opus spicatum est aussi souvent présentée comme le signe d‟une construction ancienne ; M. Décéneux en fait d‟ailleurs l‟un des éléments les plus caractéristiques des édifices du premier art roman en Bretagne534. Les travaux menés par P. Guigon, ainsi que ceux menés dans d‟autres régions françaises, incitent cependant à rester mesuré puisque de telles mises en œuvre persistent encore dans certaines constructions du XIIe siècle535. L‟utilisation d‟arcs fourrés semble par contre moins faire débat, puisqu‟il est généralement admis auprès des spécialistes comme un indice d‟ancienneté. Pour terminer, les ouvertures, généralement présentées comme des bons indicateurs chronologiques536, nous semblent dans notre cas assez peu parlants. Nous retiendrons seulement à la suite de M. Chevance que les fenêtres en plein cintre à ébrasement sont une innovation de la période romane contrastant avec « les hautes baies plates » de l‟architecture carolingienne537. Les vestiges conservés de l‟édifice roman de Plouguer renvoient l‟image d‟une construction modeste proche de beaucoup d‟églises rurales bretonnes des XI-XIIe siècles. Ce dépouillement rend difficile le travail de l‟historien de l‟architecture qui a bien du mal à avancer un argument décisif pour sa datation. Les quelques indices présentés ici nous paraissent cependant militer en faveur des avis de M. Décéneux ou de M. Chevance qui propose de rattacher l‟église aux réalisations du premier art roman. Il est en tout cas certain que rien ne permet de retenir ici l‟hypothèse d‟une construction carolingienne émise par R. Grand en 1958 et encore reprise dans certains travaux récents538.  Le reste de la nef et la tour porche : la part du gothique flamboyant

L‟édifice a été profondément transformé par la suite avec la reconstruction de la partie orientale du vaisseau central, des collatéraux et la réalisation d‟une sacristie et d‟un clocherporche. Ces nouveaux travaux ont pris pour base le noyau roman. Le clocher est ainsi venu s‟accoler aux vestiges de la nef primitive qu‟il a raccourci, comme le montre clairement l‟observation de la face externe du mur sud du vaisseau central dont l‟arcade la plus occidentale a été partiellement démontée. Le collatéral roman qui devait se situer à ce niveau n‟a d‟ailleurs pas été reconstruit, les ouvriers se contentant de boucher les grandes arcades du vaisseau central. A l‟intérieur, les arcs sont aussi repris. Les piles de la troisième travée sud sont partiellement transformées et reçoivent un arc en tiers point. Mais la véritable liaison avec le nouveau chantier se fait au niveau de la cinquième travée au nord et de la quatrième travée sud où la maçonnerie du nouveau vaisseau central plus resserré que le précédent vient s‟appuyer contre les faces intérieures des piles romanes. La nouvelle construction est une nef à trois vaisseaux pourvue d‟une élévation à un seul niveau couvert d‟une charpente lambrissée en berceau. Les arcades sont formées d‟arcs brisés moulurés à pénétration reçus par des piles octogonales (fig. 30). Cette élévation contraste nettement avec celle de la partie romane par sa hauteur qui donne l‟impression d‟un nouvel élancement à l‟édifice, en même tant qu‟elle permet de faire entrer plus largement la lumière. L‟éclairage est pourtant ici indirect ; il se fait depuis les baies en arc brisé des collatéraux
532 533

Ibid., p. 28. Ibid., p.29. 534 Décéneux, 1998, p. 40. 535 Guigon, 1993, p. 7-8. Nous pouvons citer l‟exemple de Pacé (Ille-et-Vilaine) daté de la fin du XIIe siècle. 536 Ibid. p. 8. 537 Chevance, 2001, p. 424. 538 Le Mével, 1999, p. 110, Quaghebeur, 2002, p. 22-23.

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(deux au nord au niveau de la partie reconstruite du vaisseau central et trois au sud) suivant la formule des églises «à nef obscure » décrite par A. Mussat qui est très utilisée dans les édifices gothiques de Bretagne. Dans la partie orientale de la nef au sud de l‟abside, deux murs isolent une petite pièce d‟environ 3x 4,5 m éclairée par une fenêtre à encadrement rectangulaire surmonté d‟un arc segmentaire qui correspond à la sacristie. L‟ensemble de la construction est renforcé à l‟extérieur par une série de contreforts dont le nombre et le rythme sontt différents au nord et au sud. Notons que le troisième contrefort (en partant de l‟ouest) du collatéral sud est pourvu d‟une niche sculptée et recevait peut-être à l‟origine une statue (fig.31). Enfin remarquons aussi que les angles nord-est et sud-est de la nef sont englobés par des contreforts dont la couverture en bâtière contraste avec le glacis couronnant les massifs de maçonnerie précédents. Il serait bien hasardeux d‟y voir ici la marque d‟un décalage de construction ; peut-être s‟agit-il d‟un moyen utilisé pour démarquer la partie orientale du reste de l‟édifice ? Au sud-ouest de l‟église s‟étend un porche de plan carré (fig. 32). Sa façade méridionale s‟ouvre par un portail couvert d‟un arc à voussures reçues par de fines colonnettes à base prismatique inscrites en ébrasement (notons que le piédroit oriental s‟affaisse légèrement) L‟ensemble est encadré par deux colonnettes couronnées d‟un pinacle et surmonté d‟une archivolte en accolade pourvue d‟une série de moulurations décoratives. Le sommet du pignon orné de crochets est couronné à sa pointe d‟un fleuron. A l‟intérieur, l‟ouvrage, couvert d‟une charpente lambrissée en berceau, présente sur ses cotés une série de douze niches qui devaient recevoir les statues des Apôtres. Il s‟ouvre enfin sur la nef par une porte couverte d‟un arc en accolade encadrée par deux colonnettes surmontées d‟un fleuron (fig. 33). En 1958, R. Grand supposait que ce porche « avait absorbé [...] un plus petit de date inconnue, dont un pan de maçonnerie est noyée [dans la construction actuelle]»539. L‟historien de l‟art n‟apporte pas de précision supplémentaire sur la localisation de ce vestige qui doit correspondre à la partie nord du mur goutterot occidental du porche (fig. 34). Sa maçonnerie diffère en effet nettement du reste de cet ouvrage puisqu‟elle se compose de moellons de schiste de petit module mis en œuvre de manière très irrégulière, seulement percée d‟une petite lucarne quadrangulaire qui fut bouchée par la suite. Le plan montre clairement que ce mur est plus épais que le reste de la maçonnerie du porche. Cette construction est incontestablement postérieure à l‟église romane, l‟observation de la liaison avec celle-ci montre qu‟elle vient s‟y accoler. L‟édifice primitif était par conséquent détruit lors de sa réalisation puisque la construction s‟appuie contre le mur du vaisseau central. Pour l‟interprétation de ce mur nous resterons néanmoins prudent. Il n‟est absolument pas certain que celui-ci appartienne à un porche antérieur à la construction actuelle que l‟on comprendrait mal dans le reste d‟une construction qui paraît homogène. Le porche, semblant lié à la réalisation de la nef, il faudrait dès lors supposer un édifice antérieur à celui existant aujourd‟hui et postérieur à l‟église romane, ce qui nous semble hautement improbable. Il doit plutôt s‟agir d‟une étape intermédiaire dans la réalisation du porche faisant la liaison avec les maçonneries romanes à un niveau où l‟architecte a décidé de clore le collatéral sud qui ne se poursuit pas jusqu‟au clocher, à la différence de son parallèle au nord. Pour terminer, notons à proximité de cet ouvrage, sur la face extérieure du mur sud de l‟édifice roman, la trace d‟un solin surmontant l‟arcade bouchée qui, au niveau où il est placé, ne peut pas correspondre à l‟empreinte de la toiture du porche. Sans doute s‟agit-il ici de la trace d‟une construction modeste venue s‟installer contre cette partie de l‟église. Le clocher-porche, pour terminer, constitue, sans aucun doute, la réalisation la plus remarquable de cette phase (fig. 35). Il s‟agit d‟un ouvrage hors-œuvre de plan carré divisé à l‟origine en trois niveaux. Sur la façade occidentale le porche s‟ouvre par une porte de taille modeste dont la voussure et les piédroits reçoivent un riche décor végétal (fig. 36). Celle-ci
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Grand, 1958, p. 238.

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s‟inscrit dans une arcade plus importante qui englobe aussi la baie de la partie supérieure. Le troisième niveau correspond la chambre des cloches. Il se démarque à l‟extérieur par la présence sur chaque face, d‟une haute baie ébrasée vers l‟intérieur, encadrée par deux pilastres d‟inspiration antique. L‟ensemble est surmonté par une frise à décor géométrique. La distribution entre ces différents niveaux est permise par un escalier de pierre en vis demi-horsœuvre sur la face sud, accessible depuis le premier niveau et se terminant par une guette sur la plateforme supérieure. Notons enfin que chaque angle de la tour est englobé par un contrefort portant une série de ressauts successifs surmontés de pinacles dont une partie seulement est terminée (seul trois sur douze sont surmontés d‟un fleuron). La construction n‟a donc pas pu être terminée. La datation de cette phase ne pose pas de problème. L‟élévation simple et épurée, formée de hautes piles octogonales recevant des arcs à pénétration l‟apparente aux réalisations du gothique flamboyant. Il en est de même pour le répertoire décoratif et les moulurations (arc en accolade, bases prismatiques...). Les niveaux supérieurs de la tour marquent cependant l‟introduction d‟un décor renaissant. Il est important de noter les fortes ressemblances existant entre le clocher-porche de Plouguer et Saint-Trémeur. Les deux ouvrages sont vraisemblablement contemporains dans leur réalisation, l‟un ayant sans doute influencé l‟autre. Les quelques éléments ainsi réunis incitent à une datation dans la première moitié du XVIe siècle. Celle-ci est confirmée par une inscription dans la sacristie portant l‟indication « L‟AN MIL Ve QUATORZE I. DU VIEIL CHASTEL » qui date vraisemblablement les travaux. Le donateur évoqué correspondant sans doute à Jean Ier du Vieux Chastel540.  L‟abside : une reconstruction du XVIIIe siècle

L‟ensemble de l‟église est clôturé à l‟est par une abside (fig.37). L‟ouvrage en question est une chapelle à trois pans ouverte par deux baies modestes. La première au sud correspond à une simple ouverture en plein cintre, tandis que la seconde, dans l‟axe, un peu plus ambitieuse, est une fenêtre en arc brisé plus large mais aussi plus courte que la précédente portant un remplage au décor assez simple. Cette construction réalisée dans un grand appareil de granit est couronnée à l‟extérieur d‟une « frise » formée par une série de pierres plus claires. A l‟intérieur l‟ouvrage ne présente guère de particularité, si ce n‟est la césure partiellement masquée par l‟enduit que présente le mur septentrional qui marque la rupture entre la réalisation de cette abside et le reste de la construction. Un décalage qui est aussi perceptible en plan par un léger rétrécissement de la maçonnerie de l‟abside à ce même niveau. Cette construction est donc un ouvrage postérieur au reste de l‟édifice, dont une pierre située sur son pan sud nous donne sans doute la date d‟édification : 1746.  Le cimetière

Autour de l‟église se développe encore aujourd‟hui un cimetière dont l‟origine est sans doute ancienne à en juger par le statut paroissial de l‟église. Les textes ne nous renseignent pas sur l‟antiquité de celui-ci. Les livres de la sénéchaussée de Carhaix du XVIe541 et du XVIIe siècle542 ne signalent pas de cimetière autour de l‟église. Un enclos est cependant figuré sur le
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Du Laz, 1898-1899, p.263. Cette identification peut sembler étonnante puisque son père ne meurt qu‟en 1521. Notons aussi que le fils de Jean Ier, Francois du Chastel (mort en 1548) sera vicaire de la paroisse de Plouguer, cf. ADLA, B 1103, f°14 v , Le Mével, 1999, t. 2, p. 25: « maistre Francois du Vieulx Chastel, prieur com(m)andatoire du prieuré de K(er)ahes », voir aussi Abgrall, Peyron, 1902-1903, p. 262. 541 ADLA, B 1103. 542 ADLA, B 1104.

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plan de l‟ingénieur Besnard au XVIIIe siècle. Nous sommes là encore obligé de chercher d‟autres types d‟indice pour comprendre l‟histoire de cet espace. Le cimetière actuel est encore aujourd‟hui entouré par un mur d‟enclos. Celui-ci est une réalisation récente (l‟espace clos est plus réduit que celui du plan de 1772 et du cadastre de 1819) mais son observation nous a permis de distinguer des éléments de remploi en grès dont la forme trapézoïdale fait songer à d‟anciennes pierres tombales (fig. 38). Aucun élément ne nous permet cependant de les dater précisément. Autre information importante : il existait autrefois, suivant E. Flagelle, un sarcophage « en forme d‟auge » près du porche de l‟église543. Celui-ci a aujourd‟hui malheureusement disparu et la description qui nous en est donnée est bien trop vague pour pouvoir proposer une quelconque datation. En dehors de ces deux indices, l‟intégralité de nos informations concernant le cimetière provient de l‟intervention archéologique réalisée par C. Legeard au nord de l‟église de Plouguer au moment de la réalisation de la carte archéologique communale 544. Ces opérations modestes ont consisté en une série de six sondages de faibles étendues située, dans leur majeur partie, à l‟intérieur de l‟espace l‟enclos figuré sur le plan de 1772 (ils ont été réalisés dans les parcelles AP 70, 71 et 72 du cadastre de 1985 en dehors du cimetière actuel). Une des découvertes principales nous concernant est sans doute la mise au jour de trois inhumations dans le sondage II. Il faut préciser que cette opération n‟a pas atteint le sol naturel et que les trois sépultures découvertes, numérotées SP. 1, SP. 2 et SP. 3, sont très modestes. Il s‟agit de structures aux extrémités arrondies et aux bords rectilignes simplement creusées dans le limon et positionnées parallèlement les unes aux autres suivant une orientation est-ouest. Sur cet ensemble, seules les dimensions de SP. 2 sont connues (1,20 x 0,30 m) les deux autres n‟ayant été observées que partiellement. Toutes, par contre, ont livré des ossements humains en place, SP .2 et SP. 3 permettant même d‟observer deux fémurs parallèles appartenant sans doute à un enfant. Les quelques tessons de céramiques retrouvés dans ces structures par la fouilleuse n‟ont malheureusement pas pu être datés, et nous ne pouvons donc savoir s‟il s‟agit d‟inhumation médiévale ou moderne. Cette occupation a été scellée par la suite par une couche de remblai. Ces informations sont en partie complétées par le sondage IV mené à proximité qui a, lui, atteint le sol naturel (c‟est d‟ailleurs le seul) sans pour autant apporter d‟élément de datation (aucun tesson de céramique n‟a été retrouvé). Celui-ci a ainsi permis d‟identifier au-dessus du terrain naturel au moins deux niveaux d‟occupation. Le premier correspondant à une structure en creux composée de limon (Us. 3514), a été recouvert d‟un niveau de terre brune (US. 3516) sur lequel ont été observés deux autres aménagements en creux dont la nature n‟a pas pu être identifiée (Us. 3515 et 3518). Leur utilisation a été scellée par un remblai contenant de nombreux ossements humains (Us. 3524) qui « peut nous suggérer l‟abandon partiel d‟une partie du cimetière par sa destruction volontaire »545. Il est donc possible que tout ou au moins une partie des aménagements antérieurs à l‟Us. 3524 soient contemporains de ce cimetière. Ce remblai est recoupé par une nouvelle structure en creux (Us. 3513) surmontée d‟une couche de terre mêlée d‟ossements (Us. 3523). L‟ensemble est finalement recouvert d‟une épaisse couche de limon formant un talus au sud du sondage (Us. 3522) surmonté d‟un niveau de terre meuble (Us. 3521) et de terre végétale (Us. 3520). Le sondage I, mené en bordure du presbytère, n‟a pas apporté d‟information sur l‟occupation funéraire du lieu mais a, par contre, livré trois phases d‟occupation : la première (Us. 3524) est un niveau de terre lié à une structure appartenant à un aménagement de nature inconnue. La seconde correspond à une couche de terre très noire contenant des scories, et clous (Us. 3527) sans doute liée à une activité métallurgique. Cette occupation est scellée par un remblai (US. 3532) lui-même recouvert d‟un niveau vraisemblablement lié à la construction du
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Flagelle, 1876-1877, p. 55, Guigon, 1994, p. 43. Legeard, 1994, (volume d‟annexe, non paginé). 545 Ibid.

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presbytère (Us, 3533). Pour terminer les sondages V et VI ont livré les seules traces de l‟occupation antique. La première intervention a ainsi permis de retrouver les traces d‟un sol (Us. 3512 et 354) et d‟un foyer (Us. 353) liés à de la céramique gallo-romaine. Cette occupation a été scellée par la construction d‟un mur M1 (retrouvé aussi dans le sondage VI où il est numéroté M.2) qui semble suivre la forme d‟une courbe. Contre cette structure a été appliqué un massif de moellons de schistes servant peut-être à la soutenir. La fonction de cette construction est loin d‟être certaine mais C. Legeard propose d‟y voir un aménagement hydraulique à cause de la découverte à l‟intérieur de la structure d‟un niveau de limon (Us. 353 et 3537) dont l‟homogénéité suggère « qu‟il peut s‟agir d‟un limon sélectionné, tamisé ou transporté par l‟eau et qui se serait accumulé progressivement contre le mur »546. Aucun élément n‟a permis la datation de cette structure ; cependant l‟épaisseur du niveau du limon (Us. 351 et 3537) suggère à l‟archéologue une utilisation sur une longue période. Ce niveau est ensuite recouvert par une série de remblais successifs à l‟intérieur desquels aucune trace d‟occupation aménagée n‟a été identifiée. Le bilan de ces interventions est difficile à effectuer, et ne nous donne qu‟une vision partielle de l‟histoire de cette zone située seulement à la périphérie de l‟église et sans doute du cimetière. Elles ont néanmoins permis de confirmer l‟occupation antique des lieux même si sa nature et sa chronologie ne nous sont pas connues. A celle-ci a succédé, dans les sondages V et VI, une structure sans doute liée à l‟utilisation de l‟eau qui n‟a pu être datée ; s‟agit-il d‟un aménagement antique ou médiéval ? Enfin le développement du cimetière vers le nord, que supposait la lecture du plan de 1772, a pu être aussi confirmé par la découverte d‟un remblai mêlé d‟ossement dans le sondage IV (ainsi que dans le III) et surtout dans le sondage II avec la mise au jour de trois sépultures. Celles-ci n‟ont malheureusement pas pu être datées bien que pour C. Legeard « la présence de quelques tessons de céramique suggère des inhumations précoces »547. 2.2.2 Le prieuré Saint-Nicolas et la collégiale Saint-Trémeur (fig. 22, n°3)

Située au nord de la ville à l‟extrémité de la rue du pavé (actuelle rue Brizieux), l‟ancienne collégiale Saint-Trémeur, reste la principale église de Carhaix. Si l‟historiographie a longtemps considéré la donation, faite par le vicomte Tangui Ier entre 1105-1108, d‟une terre située près de son château au monastère de Redon l‟acte de naissance de cet établissement, les travaux les plus récents apportent de forts soupçons concernant cette identification. A la suite faut-il reconnaître le prieuré de Carhaix dans l‟obidienta sancti Tremori citée parmi les biens de l‟abbaye de Redon dans une bulle pontificale d‟Eugène III en 1147 ? Là encore le doute s‟impose. La première allusion claire à l‟établissement ne semble être faite qu‟a la fin du XIIe siècle dans le Tristan de Béroul qui évoque « Tresmor de Cahares »548. En 1210 un acte est signé par le régent Guy de Thouars in claustro sancti Tremori, en présence du prieur Eliduc549. Les textes sont, par la suite, muets sur le devenir de Saint-Trémeur avant le XIVe siècle, moment où l‟établissement porte le titre de collégiale. C‟est par erreur que la plupart des auteurs ont daté de 1371 le moment de ce changement de statut. Comme l‟évoquait déjà Abgrall et Peyron au début du XXe siècle, l‟état des taxes des
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Ibid. Les inhumations découvertes semblent correspondre à des tombes pour enfants (c‟est ce que suppose la taille des structures et les ossements). Cette constatation a amené la fouilleuse à s‟interroger sur l‟existence d‟emplacement réservé dans le cimetière. Celle-ci semble légitime puisque de nombreux sites funéraires médiévaux, à commencer par le cimetière de la place Laennec à Quimper, ont montré que la séparation entre adulte et enfant est courante. Pour autant devant le faible nombre d‟inhumations découvertes il nous parait bien hâtif de tirer des enseignements. 548 Tristan et Iseut, p. 163, v. 3076. 549 Dom Le Duc, 1863, n°XXVI, p. 604, The charters of duchess Constance, Gu 22, p. 158-159

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bénéfices en Cornouaille en 1368 contenu dans le Cartulaire de Quimper évoque déjà la présence d‟un prieur de Carhaix et de quatre chanoines550. Mais les sources permettent de remonter plus anciennement encore puisqu‟en 1335 un acte pontifical évoque un certain « Jean de Killyguarec chanoine de Carhaix » pourvu d‟un « canonicat expectative de prébende à Quimper »551 ; de même des comptes datés des environs de 1330 cite le montant des taxes payées par les quatre chanoines de Carhaix552. A quand remonte cette fondation ? Rien ne permet de répondre avec certitude à cette question. Peyron et Abgrall évoquait la fin du XIIIe siècle ou le début du XIVe siècle mais sans aucune preuve553. Faut-il croire certaines sources modernes, qui parlent d‟une fondation ducale pour la collégiale554 ? L‟idée semble séduisante et somme toute assez logique mais aucun document contemporain ne vient nous l‟assurer. L‟église semble avoir souffert pendant la Guerre de Succession, subissant de très importantes destructions. En 1371, un acte pontifical donne ainsi une « Indulgence d‟un an et quarante jours, valable pendant vingt ans, pour ceux qui visiteront l‟église Saint-Trémeur de Carhaix aux fêtes habituelles et pendant leurs octaves, et feront quelques offrandes pour la fabrique de la dite église »555. En 1391 de nouvelles Indulgences sont données « en faveur de l‟église paroissiale de Saint-Trémeur de Keraes en partie ruinée par les guerres et dépouillée de ses ornements et vases sacrés » 556. Par la suite les documents des XVe-XVIe concernant la collégiale Saint-Trémeur nous permettent de connaître une série de donations faites à l‟établissement au cours de cette période. Elles nous apprennent aussi la fondation, dans l‟église, d‟une chapelle Saint-Corentin en 1440 par Pierre Bothou recteur d‟Agrefeuille, paroisse de Clisson dans le diocèse de Nantes557. Cette chapellenie, vacante en 1529, sera confiée à Jean an Briz prêtre de Quimper558. Le 2 décembre 1532, une chapellenie, anciennement fondée sur l‟autel Saint-Nicolas, est donnée à Nicolas Jourdren, vicaire de Carnoët559. L‟existence de deux dédicaces différentes n‟est pas sans poser question pour cet établissement. Celle à Saint-Nicolas, mentionnée pour la première fois dans nos sources en 1446560, semble utilisée uniquement pour désigner le prieuré561, tandis que le patronage de Trémeur, attesté dès 1210, pourrait ne s‟appliquer qu‟à l‟église562. Ce dernier vocable, assez rare, mérite d‟ailleurs quelques précisions. Le nom de ce saint apparaît pour la première fois dans les litanies du psautier de Reims au Xe siècle sous la forme Dremore563. Au XIIe siècle des reliques de ce personnage sont connues à l‟abbaye Saint-Magloire, puisqu‟il figure dans un inventaire du monastère, de peu antérieur à 1138564. Celles-ci semblent provenir de la fuite
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Abgrall, Peyron, 1902-1903, p. 330 Actes du Saint Siège, n°203, p. 63. 552 Pouillé de la Province de Tours, p. 553 Abgrall, Peyron, 1904-1905, p. 330. 554 Peyron et Abgrall cite une transaction de 1645 décrivant l‟église Saint-Trémeur comme « paroissiale et collégiale, dont le collège est de fondation ducale et immémoriale » cf. ibid., p. 331.La même formule est reprise dans l‟aveu de déclaration et dénombrement du prieuré en 1726, cf. A.D.L.A., B 808. 555 Actes du Saint-Siège, n° 398, p. 283. 556 Ibid., n°584, 93, Mollat, 1910-1911, p. 172 : Cum itaque sicut accepimus, parrochialis ecclesia Sancti Tremori de Kerahes, Corisopentis dicesis, reparationibus indigeat et occasionne guerrarum que ibidem viguerunt, calicibus et aliis ornamentis necessariis destitua existat. 557 Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 22, p.333. 558 Ibid., p. 334. 559 Ibid., p. 22. 560 A.D.I.V. 3 H 116. 561 A.D.L.A, B 808. Ce patronnage assez courant est l‟indice d‟une chronologie postérieure à l‟An Mil, cf. Tonnerre, 1994, p. 177. 562 Le rentier de 1539-1542 par exemple, emploie toujours cette dédicace pour désigner l‟église et ne cite jamais le patronage de Nicolas. 563 Tanguy, 2002, p. 461. 564 Tanguy, 2005, p. 10.

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de religieux bretons jusqu‟à Paris vers 925 relatée au XIIe siècle565 par la Translatio sancti Maglorii qui précise qu‟ils transportent pars preciosorum corporum Melorii et Tremorii566. Nous ne connaissons aucune Vita ancienne de ce saint. Il apparaît, par contre, dans plusieurs autres récits hagiographiques. Le premier à le citer est la Vita Gildae de Vitalis, au XIIe siècle, qui précise seulement que Trémeur était « célèbre par ses vertus et ses miracles, acheva la vie qu‟il avait menée par une fin bienheureuse »567. Cette vision est bien différente de celle de la Vie de saint Hervé au XIIIe siècle, qui en fait la victime d‟un meurtre : « il y eut une assemblée de prélats et du peuple pour excommunier Conomor, le préfet du roi : celui-ci avait commis un homicide infamme sur la personne du comte Iona, un parricide contre saint Trémeur et avait martyrisé sainte Triphine »568. Une fin tragique donc que nous rapportent toutes nos sources par la suite. Le rédacteur de la Chronicon Briocense, à la fin du XIVe siècle, nous apprend que le saint fut décapité569, tandis que le lectionnaire de Tréguier au XVe siècle, suivi par le bréviaire de Quimper au XVIe siècle nous donnent un récit du meurtre : « Un certain dimanche, en effet, comme il déambulait, se promenant après la messe avec ses camarades, à la manière des écoliers, à Corisopitum, le tyran précité, son père, la très abominable Conomer, lui trancha la tête de son épée. Mais Trémeur, levant de la terre sa tête sur une certaine pierre, où est maintenant batie son église, la présenta de ses propres mains »570. Le saint semble avoir eu une importance particulière dans la région, puisque, outre la collégiale de Carhaix, il est associé à l‟église tréviale de Kergloff ainsi qu‟à une chapelle de Châteauneuf-du-Faou571.  L‟église médiévale

Du Moyen Age, l‟édifice actuel ne conserve plus que le clocher-porche occidentale dont la silhouette élégante lui a valu de nombreuses descriptions par les érudits du XIXe siècle. Cet aspect emblématique explique aussi qu‟il soit le seul monument de Carhaix représenté parmi les lithographies de la France pittoresque de Taylor en 1846 (fig. 39). Cet ouvrage haut de 33 m pourvu d‟une paire de contreforts perpendiculaires à chaque angle, se compose de trois niveaux de plan carré d‟environ 10 m de côté (fig. 40 et 41). Le premier, correspondant au porche lui-même, s‟ouvre à l‟ouest par un portail richement décoré. Celui-ci se compose d‟une porte géminée aux piédroits moulurés, surmontée d‟un tympan au centre duquel est placée dans une niche la statue du saint céphalophore Trémeur, entourée de chaque côté par un ange en demi-relief portant un phylactère. L‟ensemble est encadré par une série de trois voussures inscrites en ébrasement, ornée d‟un décor végétal, surmontée d‟une archivolte dessinant une accolade et d‟un faux gable aigu dont la pointe se confond avec la balustrade de la partie supérieure(fig. 42, 43 et 44). A l‟intérieur, le porche ne présente qu‟une seule travée couverte d‟une voûte d‟ogive à lierne transversale reposant sur une série de colonnes engagées. Mais l‟on notera surtout dans l‟angle sud-ouest la présence d‟un vis permettant d‟accéder aux étages supérieurs. Le second niveau, formant le premier étage du clocher, se démarque à l‟extérieur par la présence d‟un remplage flamboyant sur chaque face visible. La façade occidentale est néanmoins privilégiée avec la présence d‟une avancée ornée d‟une balustrade, à laquelle on accède par deux portes placées aux angles intérieurs des contreforts. Les dispositions intérieures de ce niveau sont, par contre, similaires
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Guillotel, 1982, p. 306-307. Translatio sancti Maglorii, p. 312. 567 Gildae vita et translatio, p. 455. 568 Vie de saint Hervé, § 27, p.127. 569 Tremorum filium propiis manibus decapitaverat, cf. Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col. 16. 570 Tanguy, 2005, p. 10. 571 Couffon, Le Bars, 1988, p. 450

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à celles du rez-de-chaussée s‟il l‟on excepte la présence d‟un second vis à l‟angle nord-ouest prenant départ depuis l‟avancée. Pour terminer, l‟étage des cloches proprement dit contraste avec les deux précédents par l‟impression d‟élancement qu‟il impose à son observateur depuis l‟extérieur. Celle-ci est rendue par les deux baies étroites et évasées ornées de colonnettes qui garnissent chaque face de la tour dont elle occupe presque la moitié de l‟élévation. L‟ensemble est surmonté d‟une frise dessinant une série de losange sur toute la longueur de l‟ouvrage et d‟une nouvelle balustrade formée d‟une série d‟arcatures en plein-cintre très resserrées. La plateforme sommitale de la tour qui porte un clocheton à chaque angle a aussi servi de base à une flèche de plomb haute de 30 mètres qui fut foudroyée en 1725 ou 1726572. L‟ensemble de cette construction est réalisé dans un grand appareil de granit dont les études de L. Chauris ont permis de déterminer la provenance des pierres. Leurs origines sont diverses ; on retrouve ainsi à la base de la façade occidentale quelques éléments en granit de Brennilis ou du type Caleshouarn qui deviennent bien plus rares dans les parties supérieures laissant suggérer au géologue « qu‟appel n‟avait pas été fait à une carrière lors de l‟exécution, mais qu‟ont été simplement remployés quelques éléments disponibles à proximité »573. Les mêmes conclusions peuvent être retirées de l‟utilisation du granite de Locuon à la couleur clairement identifiable sur le porche, la façade septentrionale et le contrefort oriental de la tour. Les pierres de ce gisement étant très utilisé pour les constructions de la ville romaine, il est possible de supposer le remploi d‟ouvrages antiques sans pouvoir pour autant l‟assurer. En effet pour L. Chauris « il n‟a pas été possible [...] de déceler dans les constructions, des moulurations ou d‟autres motifs de façonnement gallo-romain. Une telle absence s‟interprète facilement : les éléments anciens ont dû être retaillés afin de s‟adapter au nouvel édifice »574. L‟attribution de cet ouvrage au début du XVIe siècle ne fait ici guère de doute. Son décor appartient incontestablement au répertoire du gothique flamboyant, mais la frise aux motifs géométriques du niveau supérieur montre déjà l‟influence de la Renaissance. Le clocher présente de plus un certain nombre de similitudes avec ceux des églises proches de SaintPierre de Plouguer, de Saint-Pierre de Plounévézel et Saint-Pierre –Saint-Paul de Poullaouen, tous datés de la première moitié du XVIe siècle, et pourrait s‟intégrer de manière plus large aux réalisations de« l‟atelier de Saint-Herbot » à qui l‟on attribue les tours de SaintHerbot(1526), la Trinité (1535) et Le Moustoir (1538)575. Des indications plus précises encore peuvent être données par les deux stèles épigraphiques placées sur les contreforts encadrant le porche (à la base de niches dans lesquelles se tiennent les statues de deux saints que nous n‟avons pas pu identifier576). Celles-ci sont aujourd‟hui illisibles mais les auteurs du XIXe siècle ont pu y déchiffrer les dates de 1529 et 1535 que l‟on interprète généralement comme celles du début et de la fin des travaux (fig. 45)577. Les travaux ont cependant pu durer plus longtemps comme semble l‟indiquer un précieux renseignement, jamais cité jusqu‟ici, donné par livre-rentier de 1539-1542 signalant que « [les] vieilles prisons [...] auquel emplacement ilz [les paroissiens] ont mys leurs cloches jucques à avoir baty leur clochier »578. Pour terminer au sujet de cette tour, notons la description que donne Fréminville de l‟une des portes de cet ouvrage aujourd‟hui disparu et qui, suivant l‟auteur, datait aussi du début du XVIe siècle (ce détail n‟a curieusement jamais attiré l‟attention des chercheurs jusqu‟à

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Ogée, 1845, t. 1, p. 143, Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 20, Mussat dir., 1969, t.1, p. 22. Chauris, 2001, p. 537. 574 Ibid., p. 534. 575 Mussat dir., 1969, t.1, p. 22-23. 576 L‟un d‟entre-eux pourrait être Saint-Jean l‟évangéliste, cf. ibid., p. 23. 577 Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 19. 578 A.D.L.A B 1103, f° 45 v°, Le Mével, 1999, p. 65.

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présent) : «Sur l‟une des portes en bois qui ferment cette entrée de l‟église, et qui est aussi ancienne que l‟église lui-même, est sculptée en bas-relief l‟histoire de Saint-Tromeur »579. Le reste de l‟église correspond à une œuvre néo-gothique de l‟architecte Le Guerranic sur laquelle nous sommes bien renseignés580. Cette reconstruction tiendrait à la vétusté de l‟ancien sanctuaire qui présentait suivant le maître d‟œuvre, des dangers pour la population. Il est d‟ailleurs fermé pour ce motif en 1878, et les travaux engagés en 1880 seront finalement terminés en 1888581. Ce nouvel édifice se compose en plan d‟une nef à 5 vaisseaux de quatre travées d‟un transept saillant et d‟un chevet plat. La nef présente une élévation simple à deux niveaux : grandes arcades en tiers-points portées par des piles cylindriques et de larges fenêtres aux remplages d‟inspiration gothique. Nous n‟irons pas plus loin dans la description de cette construction largement postérieure à la période traitée ici. Notons néanmoins dans les résultats de l‟examen pétrographique du monument de L. Chauris, la présence de quelques éléments de granite de Locuon « très probablement en remploi de l‟édifice démoli »582. Que peut-on savoir de l‟église précédente ? En 1913, Peyron et Abgrall précisaient que celle-ci datait des XIVe-XVe siècles sans apporter de précisions supplémentaires583. Pour notre enquête nous ne possédons que trois documents. Le cadastre de 1819, qui laisse apparaître un plan d‟ensemble de la construction, décrit un grand bâtiment rectangulaire d‟une longueur proche de l‟église actuelle, dépourvu de transept (ou tout du moins d‟un transept débordant) et terminé par un chevet plat. Sur son côté méridional viennent s‟ajouter deux ouvrages, le premier s‟ouvrant sur la nef, était vraisemblablement un porche, le second contre le chevet devait correspondre à une sacristie. Le second document est la gravure de 1846 du Voyage Pittoresque de Taylor représentant la façade occidentale de l‟ancienne collégiale. De la nef, celle-ci nous permet d‟observer les pignons des collatéraux. Ces derniers sont décorés à leur sommet par une série de fleurons et percés de chaque côté d‟une large baie rectangulaire dont l‟encadrement est pourvu d‟une mouluration que l‟illustration ne permet pas de décrire avec précision ; enfin notons que chaque angle des bas-côtés est englobé par un contrefort à deux ressauts (celui du nord semble partiellement détruit à sa base). Pour terminer, la vue de la ville en 1750, conservée dans le manuscrit de Robien, nous permet d‟observer les parties orientales et septentrionales de l‟édifice (fig. 46). La face visible de la nef ne nous permet que de compter les travées qui l‟a compose. Nous en dénombrons trois, toutes séparées par un contrefort et ouvertes par une baie. Le chevet plat se forme, lui, de trois chapelles pourvues chacune, d‟un remplage et d‟un pignon indépendant, suivant un principe courant dans les constructions gothiques bretonnes de la fin du XVe siècle et du début du XVIe siècle. Sa silhouette particulière dénote avec le reste de l‟église d‟autant plus qu‟elle est surmontée par la toiture de la nef. Les quelques éléments ainsi réunis nous permettent de voir en l‟église de Saint-Trémeur une réalisation de la fin du Moyen Age dont la construction est sans doute proche dans le temps de celle de la tour-porche.  Les bâtiments du prieuré

Que peut-on savoir du reste des bâtiments ayant constitué le prieuré ? Les textes nous apportent ici quelques indications. L‟acte de 1210, tout d‟abord, nous apprend que
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Fréminville, 1979, p. 213. L‟auteur donne par la suite une description assez précise des scènes représentées. En 1894, A. Le Braz nous apprend que celles-ci ont disparu, cf. Le Braz, 1893-1894, p. 245. 580 A .D. F., 1 V 304. 581 Le projet initial prévoyait la restitution d‟une flèche au clocher, qui sera abandonnée faute de moyen. 582 Chauris, 2001, p. 546. 583 Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 19.

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l‟assemblée, réunie par Guy de Thouars, se tient in claustro sancti Tremori584, ce qui pourrait supposer la présence d‟un cloître .Nous resterons néanmoins prudent, cette précision n‟est peut-être qu‟un renvoi à la fonction monastique de l‟établissement et non la description d‟une réalité architecturale. Bien plus tardivement, le rentier de 1539-1531 évoque « lesd(ictes) maisons et courtilz dudict prieuré, cernez d‟un côté sur le chemyn q(ui) (con)duit de l‟esglise Saint-Trémeur aud(ict) lieu de K(er)ahes à la viellle esglise dud(ict) lieu, d‟un bout le jardin aux hoirs feus Thomas Tual, et d‟aultre bout sur ung courtil à Yvon Mellon et d‟aultre bout sur un courtil à la veuffeve et enffens feu Henry Le Goffgall »585. Cette description reste très vague et nulle précision supplémentaire n‟apparaît par la suite du document. Nous ne pouvons donc pas nous faire une idée plus précise de ces bâtiments. Ceux-ci pourraient avoir été en partie détruits au moment des guerres de la ligue, une supplique des habitants de la ville, adressée au roi en 1615, évoque ainsi « la maison presbytérale joignant icelle (Saint-Trémeur) ruinée de fond en comble sans qu‟il y reste vestige quelconque du bastiment qu‟autrefois y esté »586. Suivant l‟enquête menée par l‟Inventaire, un élément de cette construction pourrait subsister avec les restes d‟une porte remontée dans un mur de clôture de l‟école qui fait face au porche méridional de l‟église actuelle. Celle-ci ne nous intéresse cependant pas directement puisque son encadrement présente un décor renaissant proche de celui de la partie supérieure du clocher de Saint-Trémeur587. En 1640 le rôle rentier de la sénéchaussée décrit encore « le prieuré de Carhaix consistant en maison, jardin et une pièce de terre nommée Parc an Prieur, [qui] était située au nord de la rue du Bourre proche du presbytère »588. L‟aveu de 1726 nous apprend seulement que « les maisons pourpris et jardin dudit prieuré estant en matière sictués proche de l‟esglise dudit Carhaix »589.  Le cimetière

Depuis une période indéterminée il a aussi existé un cimetière à proximité de l‟église. Le rentier de 1539-1541 n‟en fait aucune mention. Un cimetière et son enclos sont pourtant représentés sur le plan de 1772. En 1788 un aveu nous évoque l‟existence d‟une « venelle qui conduit de la rue du pavé au cymetière Saint-Trémeur »590. La gravure de 1846 nous permet de faire quelques observations sur l‟état de celui-ci au XIXe siècle puisque sont figurés sur un terrain mal entretenu, face à la tour de Saint-Trémeur, une série de croix de bois ou de métal. A celles-ci s‟ajoute un calvaire composé d‟une base quadrangulaire assez massive et d‟une croix dont le fût porte une série de six statues. Celles-ci étaient regroupées deux par deux sur trois niveaux et devaient avoir leur correspondant sur l‟autre face et ainsi représenter les douze Apôtres. La disparition de cette œuvre rend évidemment sa datation difficile ; les chercheurs de l‟Inventaire ont néanmoins proposé sans certitude le XVIe siècle, sans doute influencés par l‟architecture du clocher de Saint-Trémeur auquel cette dernière faisait face. Au pied de ce calvaire, l‟illustration du XIXe siècle montre une pierre tombale portant sur sa face supérieure une croix gravée au fût très allongé avec à sa base une croix de Saint-André et à son sommet une inscription. La datation de ce vestige disparu semble là encore difficile, peut-être est-il possible de proposer le bas Moyen Age ou plus certainement le début de la période moderne, le « décor » n‟étant pas ici sans rappeler celui des tombes de l‟église de
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Dom Le Duc, 1863, n°XXVI, p. 604. A.D.L.A B 1103 f° 15 r°, Mével, 1999, t. 2, p. 25-26. 586 Jegou Du Laz, 1898-1899, p. 248, Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 388. 587 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 28, t. 2 fig. 47. 588 A.D.L.A, B 1104. 589 A.D.L.A, B 808. 590 A.D. L.A, B 1082, il s‟agit de l‟aveu de dénombrement de Jean-François Le Menez sieur de Quelleau.

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Trémanac‟h en Plouguerneau591. Au début du XXe siècle, le chanoine Peyron note la présence « au fond du cimetière, [d‟un] sarcophage de granit, extrait anciennement du sol de l‟église »592 . P. Guigon doute de l‟existence de ce vestige et suppose une confusion avec celui signalé dans le cimetière de l‟église de Plouguer. Nous ne voyons pas de véritable raison de remettre en cause le témoignage du chanoine Peyron dont les observations sont généralement très justes. Que l‟on ait découvert un sarcophage dans le cimetière de Saint-Pierre n‟empêche absolument pas sa réciproque dans celui de Saint-Trémeur. Pour terminer, C. de Fréminville signale en 1835, à un angle extérieur du mur d‟enclos du cimetière « une statue ancienne, qu‟on y a adossée et encastrée comme pour y servir d‟encoignure. Elle est très mutilée, un peu moins grande que nature, et représente un chevalier armé de toutes pièces. A la forme très bombée de la cuirasse, à la longueur des tassettes, ainsi qu‟au petit nombre de lames des articulations des cuissards, des genouillères et des grèves, je reconnus facilement que cette statue avait été faite vers la fin du quatorzième siècle [...] Il est aisé de voir que cette statue n‟a point été faite exprès pour figurer dans le lieu où elle est maintenant, et qu‟elle provient d‟un autre endroit. J‟ai appris, en effet, par des habitants de Carhaix, qu‟elle était primitivement placée sur un tombeau, dans l‟église des Jacobins de cette ville, aujourd‟hui détruite »593. En 1849, la municipalité juge que « le cimetière est trop petit non seulement pour qu‟on y fasse des concessions de terrain, mais même pour que les inhumations s‟y fussent en observant les prescriptions de la police des cimetière ». Ce jugement est rejoint par le conseil d‟hygiène publique et de salubrité qui précise que « le cimetière actuel de Carhaix [celui de Saint-Trémeur] est tout-à-fait insuffisant [...] il est situé au milieu des habitations et gène la circulation dans une partie assez considérable de la ville »594. Un terrain est donc acheté en 1849, au nord de la ville, sur le bord de la route de Morlaix. Le cimetière y sera transféré en 1852. 2.2.3 Le Martray : l‟emplacement d‟un ancien cimetière ? (fig. 22, n° 4)

A l‟est du centre-ville, l‟actuelles place de la Tour d‟Auvergne se situe à l‟emplacement de l‟un des principaux lieux de commerce de l‟agglomération médiévale et moderne. Celui-ci appelée « marchix » en 1522595, est nommé conjointement « marcheix » ou « martray » dans le rôle rentier de 1539-1542596. Sa localisation ne fait guère de doute, les informations données par ces deux documents semblent suffisamment claires pour éviter toute erreur. Bien plus que la fonction commerciale de ce lieu, sur laquelle nous reviendrons, c‟est son nom de « Martray » qui nous intéresse ici. Cette appellation, la place l‟a conservée tout au cours de la période moderne. Elle est ainsi utilisée dans le livre de réformation du domaine en 1640597, le plan terrier de 1680598 ou encore dans le procès-verbal d‟arpentage de 1682599. Ce n‟est que la construction à son emplacement de la place du champ de bataille en 1760 qui viendra lui substituer un nouveau nom600.
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Décéneux, 2001, p. 24. Abgrall, Peyron, 1904-1905, p. 20. 593 Fréminville, 1979, p. 214-215. Précisons qu‟il n‟existe aucune installation dominicaine à Carhaix, il est possible que l‟auteur confonde avec le couvent des Augustins. 594 A.D.F. 2 O 225. 595 A.D.L.A., B 677. 596 A.D.L.A, B 1103, f° 19 r°, etc. 597 A.D.L.A., B 1104. 598 A.D.L.A., B 1106. 599 A.D.L.A., B 1123. 600 A.D.I.V., C 620. Un document de la fin du XVIIIe siècle précise bien « la place du champ de bataille dans l‟ancien Martrait », cf. A.D.F., 2 E 1502 5.

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C‟est L. Maître qui, le premier, a attiré l‟attention sur l‟intérêt du nom de ce lieu601. Celui-ci dérive du latin martyrium602 qui fut employé pour la première fois par Tertullien au IIIe siècle puis par Jérôme au Ve siècle, avant de voir son emploi se généraliser. A l‟origine, il désigne « le lieu de supplice ou de sépulture des martyrs »603. Dans notre cas, il y a cependant peu de chance que le toponyme ait un quelconque rapport avec un persécuté chrétien. Dans l‟étude qu‟il avait consacrée aux lieux portant des noms de type « Martray », L. Maître avait proposé une solution originale pour en comprendre la signification. Remarquant que ceux-ci étaient souvent placés sous l‟invocation d‟un saint guérisseur (comme saint George ou saint Gilles), il voyait en eux l‟indice révélateur d‟anciens établissements de santé : maladrerie, léproserie, hôpital, etc. A l‟appui de cette hypothèse, il citait de nombreux exemples où se retrouvent associés ce nom et ce type d‟installation. Ce serait le cas de Lorroux-Bouttereau (LoireAtlantique) où existe un lieu appelé motte-martay, près duquel s‟est établi une aumônerie au XVe siècle604, ou encore celui du martray du village de Preu à Saint-Herblain (LoireAtlantique) où existait, suivant lui, un petit établissement des Templiers ou des Hospitaliers de Saint-jean de Jérusalem605. Cette proposition ne convient pas cependant pour Carhaix. L‟ancienne place du Martray est certes associée à un hôpital mais celui-ci ne s‟est installé qu‟en 1675. Les maladreries de la Madeleine et de Saint-Antoine citées par l‟auteur, sont bien trop éloignées pour avoir un lien avec elle. Enfin même si elle est plus proche, la remarque vaut sans doute aussi pour la chapelle Saint-Quigeau606. De plus, il n‟est de pas possible de voir en ce vocable une traduction bretonne de saint Gilles607. En fait plus qu‟un éventuel lien avec d‟anciens établissements hospitaliers, c‟est la vocation funéraire des Martray qui semble devoir être retenue. C‟est d‟ailleurs ce critère qu‟ont souligné la plupart des chercheurs qui se sont intéressés à cette question608. Il s‟applique parfaitement aux deux cas précédents qui abritent deux nécropoles du haut Moyen Age609. Les exemples de cimetières, installés dans des lieux portant ce nom, semblent assez nombreux en France. Parmi ceux-ci, citons le cas de Loudun (Vienne) où le quartier du Martray abrite une nécropole dont l‟origine semble remonter à la période mérovingienne610. En Bretagne, les noms de lieux dérivant du terme latin martyrium que l‟on peut retrouver sous des formes telles que Martyr(e) ou Merzer, sont assez fréquents dans le monde rural. Celui-ci a pu s‟appliquer au nom même de la paroisse comme dans La Martyre (Finistère) ou Limmerzel (Morbihan), mais correspond plus couramment à quelques parcelles du cadastre comme le Martrais de Muel et Talensac, le Martrée de Bruz et Amanlis (Ile-et-Vilaine) ou le Martray de Tremeloir et Mur-de-Bretagne (Côtes-d‟Armor)611. Aucun de ces exemples n‟a cependant livré, à notre connaissance, d‟anciennes sépultures612. Le terme est aussi très courant en milieu urbain ; L. Maître en a donné une liste importante dans son étude. On en retrouve à Nantes, Rennes, Saint-Brieuc,
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Maître, 1922, p. 73-74. Guigon, 1994, p. 10. 603 Longnon, 1979, p. 380. 604 Maître, 1922, p. 66-67. 605 Ibid., p. 70-71. 606 C‟est sans doute à cause d‟une lecture trop rapide de L. Maître que J.F. Caraës dit que « le martray de Carhaix était placé sous l‟invocation de saint Trémeur, saint Pierre, sainte Catherine et saint Augustin », cf. Caraës, 1984 ; p. 127, note 32. 607 Ibid., p. 73-74 608 Grenier, 19, p. 291-300, Marsille, 1912, p. 65-66.. 609 Guigon, 1994, p. 66 et 73. Le site de Preu en Saint-Herblain correspond à une ancienne villa romaine réoccupée à la période mérovingienne par un cimetière. La situation est moins claire pour la motte du Martray de Lorroux-Bottereau où ont été retrouvé deux sarcophages dont l‟un était creusé d‟une logette céphaloïde. 610 Bourgeois dir., 2000, p. 44. 611 Galliou, 1989 (b), p. 91, note 31. 612 Aucune investigation n‟y a non plus été menée.

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Lamballe, Tréguier, Pontivy, Ploërmel, etc613. Sur l‟ensemble de ces exemples, seuls deux ont livré des sépultures médiévales. Le premier est le Matré à Saint-Symphorien de Nantes où se tenait le cimetière de la basilique suburbaine du même nom614. Le second est la place du Martray à Saint-Brieuc près de laquelle a été mise au jour une nécropole «recouvrant les maisons de la rue de Saint-Gilles, le commencement de la rue de Rohan jusqu‟à l‟entrée de la rue des Halles est enfin une partie de celle-ci »615. La découverte est ancienne et sa datation par conséquent incertaine ; elle pourrait cependant remonter à la période mérovingienne616. Qu‟en est-il pour Carhaix ? Le nom Martray révèle-t-il ici l‟existence d‟un ancien lieu funéraire ? Deux indices pourraient être utilisés à l‟appui de cette hypothèse. Le premier nous est donné par le président de Robien qui, dans son manuscrit sur les anciennes villes de Bretagne, signale la découverte de sarcophage « sous les trois chapelles »617. Suivant L. Pape, cette indication pourrait désigner la rue des trois chapelles (figurée sur le plan de la ville de 1772) qui menait de la place du Champ de Bataille à SaintQuigeau618. La localisation n‟est guère plus précise. Nous ne savons donc pas avec assurance s‟il faut rapporter ces sépultures au Martray ou au cimetière de l‟église Saint-Quigeau qu‟évoque le rôle rentier du XVIe siècle619.Le second indice nous est donné par les « Annales des Hospitalières ». Ce document possède une valeur historique toute relative puisqu‟il n‟a été composé qu‟au XIXe siècle par les sœurs, désireuses de réécrire une histoire de leur couvent alors qu‟elles étaient endeuillées par la perte d‟une partie de leurs archives à la Révolution. Celui-ci rapporte cependant une anecdote qui nous semble digne d‟intérêt pour notre sujet : « Il est aussi une tradition qu‟autrefois il existait à l‟endroit même où est aujourd‟hui la grande maison de l‟hôpital, une sorte d‟auberge à l‟enseigne du Soleil-levant. Il s‟y commettait de grands crimes, les voyageurs y étaient souvent assassinés la nuit, et leurs cadavres étaient descendus dans un caveau par le moyen d‟une trappe. [...] Une de nos anciennes mères m‟a raconté lorsque l‟on creusait pour bâtir notre grand hôpital, elle a vu quantité d‟ossements dans les ruines de cette maison démolie. On y voyait le fameux caveau : les murs étaient teint de sang »620. Si l‟on excepte l‟aspect légendaire de ce récit, il est très intéressant de noter la découverte de restes humains au cours des travaux. Ceux-ci pourraient bien témoigner l‟existence d‟un ancien cimetière. L‟intervention archéologique récente réalisée par G. Le Cloirec vient cependant mettre à mal cette hypothèse.Une série de 11 sondages a en effet pu être réalisé sur la place de la Tour d‟Auvergne en 2004621. Les découvertes ont été riches puisque l‟intervention a permis de mettre au jour plusieurs batiments gallo-romains. Ces derniers étaient de deux types : Des constructions à parois de bois sur solins de pierre qui ont pu être repéré vers le centre de la place, et au nord ceux-ci un batiment maconné plus important lié à une cour de 30 m2 Ces édifices étaient séparés par une tranchée marquant l‟emplacement d‟une importante conduite d‟eau622. Des indices permettent de supposer l‟occupation de ce secteur jusqu‟au début du IVe
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Maître, 1922, p. 74-77. Guigon, 1994, p. 71, Guigon, 1997-1998, t. 1, p. 86-87. 615 Anne-Duportal, 1895. 616 Guigon, 1994, p. 40. Le probable lien existant entre le nom Martray et le cimetière du haut Moyen Age découvert en 1894 n‟a curieusement jamais été souligné. Il est vrai que les découvertes ne se sont pas faite sous la place elle-même mais à proximité. Précisons qu‟une dizaine de deniers émis sous Charles le Chauve ont été mis au jour dans le même secteur. 617 Robien, 1974, p. 18. 618 Pape, 1977, p. A 65. 619 A.D.L.A, B 1103, f° 16 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 28 : « parc cerné d‟un costé au cymetière SainctQuigeau ». 620 Jegou du Laz, 1898-1899, t. 2, p. 410. 621 Le Cloirec, 2004, p. 4-46. 622 Ibid., p. 57-58. Suivant G. Le Cloirec c‟est peut être dans cette conduite qu‟a été découvert en 1942 le petit trésor monétaire que nous avons déjà évoqué.

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siècle623. La fouille n‟a permis de découvrir aucune structure liée au passé médiéval de la ville. Les grands réaménagements du XVIIIe siècle ont par contre laissés des traces bien identifiables624. Aucune inhumation n‟a par contre été repérée à l‟occasion de cette opération. Par conséquent, si le terme Martray renvoie vraiment à un ancien cimetière nous ne pouvons pas situer celui-ci au niveau de la place du champ de Bataille. 2.2.4 L‟église tréviale de Saint-Quijeau (fig. 22 n°5)

Située quelques centaines de mètres à l‟est de la ville, l‟église Saint-Quigeau est l‟édifice religieux mentionné le plus anciennement à Carhaix. Il fait partie des donations du duc Hoël en 1081-1084 au prieuré de Landungen qui se situait à Duault à quelques kilomètres de l‟agglomération625. Le texte nous précise qu‟il appartient à une villa du duc de Bretagne : villam juxta Caer Ahes, in qua est Sancti Kivagi ecclesia626. L‟emploi du terme villa est intéressant, comme le démontre bien l‟analyse du cartulaire de Quimperlé, il désigne le cadre habituel de la vie rurale. Il faut attendre le XVe siècle pour voir l‟édifice réapparaître dans nos sources. Il est ainsi l‟objet d‟une courte mention en 1423 dans le livre de réformation de la noblesse sous la forme « Saint Ygeau »627. Il est aussi citée dans un acte daté de 1485 évoquant la donation au monastère des Augustins d‟un « parc étant esmete et faubourg de notre ville entre le grand chemin qui conduit de Carhaix au manoir de Kercourtois d‟un autre côté, et les terres des enfants Alain le Berre sur un grand chemin qui conduit de l‟église de Saint-Quigeau à la fontaine Ledan »628. Au XVIe siècle, l‟église apparaît à de nombreuses reprises dans le rôle rentier de 1539-1542629. Celui-ci n‟offre cependant que peu d‟information sur l‟établissement. Nous retiendrons surtout l‟évocation d‟un « parc Sainct Quigeau [...] led(ict) par cerné d‟un costé au cymetiètre Sainct-Quigeau, d‟aultre costé le chemyn par où l‟on va de la fontaine ledan audict Saint-Quigeau »630. Les mentions sont plus nombreuses encore à la période moderne. L‟église est citée plusieurs fois dans le rentier de 1640631, le papier terrier de 1678-1680632 et le procès-verbal d‟arpentage de 1682633 sans que ceux-ci n‟apportent d‟information importante la concernant. Un document de 1639 évoque par contre « une piezce de terre située près la chapelle Saint-Quigeau appelée vulgairement le cimetière des martires »634 L‟édifice est encore figuré sur le plan de la ville 1772 et apparaît aussi dans le rôle des décimes de 1789 qui confirme sa fonction trêviale635. Ce n‟est que par la suite que celui-ci est abandonné. Le cadastre de 1819 nous montre déjà la présence d‟habitation à son emplacement. Les différents voyageurs qui visitent Carhaix au XIX ne signalent jamais son existence. Au début du XXe siècle, P.Peyron nous apprend qu‟il est en ruine636. Il sera finalement détruit par la suite.

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Le comblement d‟un puits lié à un batiment sur solin contenait une monnaie de Constantin Ier de type Gloria excercitus (330-348), cf. Ibid., p. 37 et 53. 624 Ibid., p. 57. 625 Cartulaire de Quimperlé, acte XXXIV, p.133-134 626 Ibid., acte XXXVIII, p. 137. 627 Deshayes, 2003, p. 41. 628 A.D.F., 13 H 26, Jegou du Laz, 1898, t. 1, p. 425-426. 629 A.D.L.A, B 1103, f°16 V°, f° 26 r°, etc. Le Mével, 1999, t.2, p. 27,28, 39, etc. 630 A.D.L.A, B 1103, f°16 v, Le Mével, 1999, t.2, p. 28. 631 A.D.L.A., B 1104, f° 15 r°, f° 19 r, etc. Le document évoque à nouveau « la chapelle et le cimetière SainctQuigeau » (f°19 r). 632 A.D.L.A., B 1106 et B 1107. 633 A.D.L.A, B. 1123. 634 A.D.L.A., B 1124. 635 Source publiée par P. Peyron, cf. Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 93. 636 Ibid., p. 91.

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La dédicace assez rare de l‟église à saint Quigeau n‟est pas sans avoir suscité la curiosité de quelques historiens. L. Maitre, se basant sur une forme ancienne « Saint-Ygeau », connue pour l‟édifice, a ainsi proposé d‟y voir une traduction bretonne d‟Egidius, c'est-à-dire saint Gilles637. Proposition qui n‟est cependant pas acceptable surtout si l‟on en revient à sa forme latinisée, sancti Kivagi, connue au XIe siècle. Pour B. Tanguy, c‟est aussi à tort qu‟on l‟a identifié au saint gallois Citaw, patron des chapelles de Languido en Plovan et Saint-Quideau en Loctudy, bien qu‟il soit cité dans d‟anciennes litanies bretonnes et dans le Bréviaire de Quimper638. Il s‟agit en vérité de Ceidiaw, qui est lui aussi un saint gallois, connu notamment comme éponyme de Ceidio dans le Carnarvonshire. Son culte, assez rare en Bretagne, semble avoir été très localisé autour de Carhaix. En dehors de la trêve de Plouguer, son nom n‟apparaît que dans deux hameaux de Poullaouen639, et un autre village situé à Lanvénégen (Morbihan). Nous ne possédons malheureusement aucune illustration ni même de description sur l‟établissement de Saint-Quigeau. Seul le plan de 1772 nous offre quelques informations sur ces dispositions. L‟église apparaît au nord de l‟enclos du cimetière. Celle-ci suivait un plan classique, formée d‟une nef rectangulaire, d‟un transept saillant dont le bras nord était pourvue d‟une extension orientale (pouvant correspondre à une chapelle latérale ou une sacristie) plus allongée que le chevet plat contre lequel elle s‟appuyait. Mais le plus intéressant ici était la présence de deux autres édifices. Le premier, dédié à sainte Barbe, était situé au sud du cimetière. Son plan était là aussi simple puisqu‟il ne se composait que d‟une nef rectangulaire et d‟une abside. Le second, placé à l‟ouest, en dehors du placître n‟était, lui, qu‟un bâtiment de forme carrée. La fonction de celui-ci n‟est pas connue ; s‟agit-il d‟un ossuaire ou d‟un troisième sanctuaire ? Le nom donné, sur le plan, au chemin qui conduisait depuis la place du champ de bataille (ancien) à Saint-Quigeau, « rue des trois chapelles », semble militer en faveur de la première hypothèse. Cette présence de plusieurs édifices religieux au même emplacement rappelle évidemment les dispositions des monastères du haut Moyen Age. Nous retrouvons en effet la même multiplication des lieux de culte dans des établissements de la fin de la période mérovingienne comme à Jouarre (Seine-et-Marne) ou de la période carolingienne comme à Corbie ou de manière plus monumentale encore à Centula/Saint-Riquier (Somme)640. En Haute Bretagne, ce type de disposition semble avoir existé dans l‟abbaye-évêché de Dol641. Mais l‟exemple le mieux documenté est celui du Béré (Loire-Atlantique) où coexistaient au XIe siècle trois sanctuaires dédiés à Saint-Pierre, Saint-Jean et Saint-Sauveur642. En Basse Bretagne, un seul cas semble pouvoir correspondre à ce type d‟installation. Il s‟agit de celui de Landeleau, petite commune du Finistère situé à quelques kilomètres à l‟ouest de Carhaix. Son église paroissiale était en effet associée jusqu‟en 1886 à une chapelle rectangulaire de 4,50 m sur 3m où l‟on reconnaisait dans les premières assises « des lignes de moellons appareillés en fougères ou en arêtes de poisson et qui faisaient partie d‟un édifice antérieur qui pouvait parfaitement dater du XIe siècle, peut-être même du IXe siècle ou du VIIIe siècle »643. L‟édifice abritait de plus un sarcophage, connu sous le nom de gwe Sant Thelo (le lit de saint
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Maître, 1922, p. 74. Tanguy, 1990, p. 49. 639 Deshayes, 2003, p.290. Il s‟agit de Rosquigeau où se situe une motte et un manoir, et Saint Quigeau où existait un chapelle en l »honneur du personnage. 640 Hubert et alii., 1967, p. 65-68, Heitz, 1980, p. 49-62. 641 Guillotel, 1977, p. 49 et 58-59. 642 Guillotel, 1989, p. 11-15. Saint-Pierre est cité dans un acte daté entre 1049 et1063-1067. Saint-Sauveur a été fondé par les seigneurs de Châteaubriant de même que Saint-Jean qui est installé avant 1044. Nous remercions O. Roy de nous avoir renseigné sur cet exemple. 643 Guigon, 1993, p. 17. Le sarcophage monolithique réutilise un bloc d‟architrave d‟un monument gallo-romain, cf. Eveillard et alii, 1997, p.

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Théleau)644, qui pourrait dater du haut Moyen Age645. S‟ajoute enfin un dernier indice avec le nom de la paroisse composé à partir du préfixe lan- (qui signifie monastère) dans lequel les spécialistes de la toponymie s‟accordent à reconnaître un indice d‟ancienneté646. Il existait donc peut-être ici un établissement du haut Moyen Age. Ces comparaisons pourraient évidemment nous inciter à présenter la même conclusion pour Saint-Quigeau. Nous aurions ici un ensemble religieux du premier Moyen Age qui serait devenu par la suite le centre d‟une trêve de Plouguer. Pourtant d‟autres arguments nous incitent à être plus prudent. Tout d‟abord, il faut constater qu‟aucun document antérieur au XVIIIe siècle ne nous évoque l‟existence de trois chapelles à Saint-Quigeau. Nous ne pouvons donc pas assurer que cette situation remonte au Moyen Age. D‟autre part le vocable Sainte-Barbe de l‟église placée au sud de l‟enclos ne semble pas l‟indice d‟une grande ancienneté. La vie de cette sainte orientale, compilée, assez tardivement, au Xe siècle par Siméon de Méthaphraste, n‟a vraiment été connue en Occident qu‟après la rédaction de la Légende dorée de Jacques de Voragine au XIIIe siècle. Et ce n‟est que plus tardivement encore, au XVe siècle, que son culte connaît son véritable essor647. Il bénéficie d‟ailleurs d‟un grand succès en Bretagne. Toutes périodes confondues nous comptons pour les diocèses de Léon et Cornouaille pas moins de 26 édifices religieux dédiés à ce personnage648, le plus célèbre étant la chapelle Sainte-Barbe au Faouët fondée en 1489649. Pour terminer avec Saint-Quigeau il convient sans doute de revenir sur ces fragments de sarcophages dessinés dans le manuscrit du président de Robien au XVIIIe siècle 650(fig. 47). L‟annotation de l‟érudit breton précise que ces éléments lapidaires ont été découverts « sous les trois chapelles ». Constatant que la rue Anatole le Braz s‟appelait au XVIIIe siècle le chemin des trois chapelles, L. Pape proposa de situer ces découvertes dans ce secteur651. Cette proposition pourrait inciter, comme nous l‟avons vu, à lier ces vestiges au toponyme Martray qui pourrait témoigner d‟une fonction funéraire ancienne. Une autre proposition, sans doute plus simple, peut être émise. Les « trois chapelles » en question peuvent correspondre à SaintQuigeau lui-même. Il est dès lors facile de supposer que ces découvertes se sont faites à proximité de l‟église tréviale mais en dehors son l‟enclos. Nous savons de plus que le site possédait un cimetière au XVIe siècle dont l‟origine peut être ancienne puisque l‟édifice existe à la fin du XIe siècle. Les éléments dessinés au XVIIIe siècle semblent correspondre à des fragments de couvercles da sarcophage aux extrémités arrondies. L‟un d‟entre eux porte même une inscription abrégée : AALM652. Même s‟il est raisonnable de rapporter ces vestiges au Moyen Age aucun d‟entre eux n‟offrent d‟indice permettant de proposer une datation plus précise. 2.2.5 Le monastère des Augustins (fig.22, n° 6)

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Le Braz, 1893-1894, p. 43. Guigon, 1993, p. 646 Tanguy, 1990, p. 102-103. La paroisse est mentionnée pour la première fois en 1267 sous la forme « Landeleou ». Son nom signifie « le monastère de saint Théleau », personnage connu par une Vie qui en fait le successeur de Dubrice sur le siège de Llandalf et le beau-frère du comte de Cornouaille Budic», cf. Vie de saint Théleau. 647 Réau, 1955-1959, t. 1, 2, p. 169. 648 Couffon, Le Bars, 1988, p. 444. 649 Couffon, 1957, p. 94. 650 Robien, 1974, p. 18. 651 Pape, 1978, A 65. 652 Sanquer, 1980, p. 2. R. Sanquer fait une mauvaise lecture du manuscrit de Robien lorsqu‟il rapporte ces découvertes à la chapelle Saint-Antoine.

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L‟établissement des Augustins se situe dans la partie orientale de Carhaix, en périphérie de l‟agglomération médiévale et moderne. Il y occupe tout un îlot enserré entre la rue neuve au nord et la rue des Augustins au sud et entre la rue des orfèvres à l‟ouest et la place du marché à l‟est.  Historique

Le couvent reste l‟établissement religieux du Carhaix médiéval sur lequel nous sommes le mieux renseigné. Les archives départementales du Finistère possèdent sur celui-ci un fonds relativement important pour les XVe-XVIe siècles qui constitue pour nous une source d‟information de premier ordre653. Des problèmes historiques posés par ce couvent, la date et les conditions de son installation semblent être la question la plus difficile à éclaircir. Si des propositions très prudentes ont pu être émises sur l‟année de fondation654, c‟est la date de 1372 qu‟a été retenue le plus souvent par les historiens de la fin du XIXe et du début du XXe siècle655. Celle-ci provient sans doute de l‟orbis Augustitianus qui indique pour Carhaix : Ecclesia pratonam habet Beatem Virginem Mariam656. Les travaux d‟Hervé Martin ont permis de montrer que les origines du monastère remontaient plus anciennement657.En effet dès 1355 un acte pontifical permet à l‟évêque de Quimper « d‟accorder l‟autorisation aux frères de l‟ordre mendiant des ermites de saint Augustin de s‟établir au château de Carhaix et d‟y bâtir un monastère pour douze frères du dudit ordre»658. A la suite en 1361 un nouveau document du Saint-Siège précise que « les religieux sont autorisés à s‟établir à Carhaix pourvu qu‟ils aient les ressources nécessaires pour entretenir douze frères »659. L‟interprétation de ces sources reste délicate d‟autant plus que le chanoine Peyron ne semble en avoir publié qu‟un résumé. Elles paraissent cependant traduire des difficultés qui sont sans doute liées aux troubles de la Guerre de Succession. La comtesse du Laz attribuait un rôle essentiel à Conan IV de Quelen dans l‟établissement de ce nouvel ordre à Carhaix sans en expliquer la raison660. Cet homme est issu d‟une famille noble locale, les Quelen, dont le fief est situé dans la paroisse de Duault (Côtes d‟Armor) et alliée par mariage depuis 1363 au lignage du Vieux Chastel basé en Plounévez-Porzay661. Celle-ci semble jouer un rôle important à Carhaix au cours du bas Moyen Age. C‟est ce que prouve, entre autres, la nomination d‟Eon II de Quelen , père de Conan IV662, comme capitaine de la cité en 1379663.Comme l‟a souligné A. Le Mével, cette dernière date nous montre qu‟Eon était encore vivant en 1372, moment où le couvent semble bien établi, ce qui amène à douter du rôle de son fils664. Cet auteur propose même de faire d‟Eon II le véritable fondateur du
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Elles sont contenues dans 13 H des A.D.F, nous n‟avons évidemment pas eu le temps de les étudier dans le détail. 654 T. La Tour d‟Auvergne datait la fondation du couvent de 1416 et l‟attribuait à Claude de Lannion, gouverneur de Vannes et d‟Auray, cf. Ogée, 1845, t. 1, p. 143. Emery a proposé prudemment une création antérieure à 1474, cf. Martin, 1975, p. 39. 655 Jegou Du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 422, Abgrall, Peyron, 1904-1905, p.77. 656 Martin, 1975, p. 34. 657 Ibid., p. 34-35. 658 Actes du Saint Siège, n°291, p. 127. 659 Ibid., n°310, p. 220. 660 Jegou Du Laz, 1898-1899, p. 422. 661 Courcy, 1890, t. 2, p. 4, Le Gall Tanguy, 2005, p. 21. 662 Nous suivons ici la généalogie de la famille de Quelen établit par Dom Gallois en 1690 et qu‟a publié la comtesse du Laz, cf. Jegou Du Laz ; 1898-1899, p. 259-265. Nous n‟en avons pas vérifié l‟exactitude mais comme souvent nous pouvons supposer que celle-ci est très douteuse pour les périodes les plus anciennes. Tout comme les kergorlay cette famille prétendait descendre des comtes de Poher. 663 Actes de Jean IV, n° 330, p. 283. 664 Le Mével, 1999, t. 1, p. 107, note 155.

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monastère, ce que l‟on ne peut, la non plus, prouver. Il est cependant certain que Conan II joua un rôle important pour l‟établissement. Dans un acte de 1416, les religieux s‟engagent à célébrer perpétuellement « une messe de requiem chantée [..] pour le salut des âmes du seigneur Conan du Vieux-Chastel,chevalier et de ses prédécesseurs, pour avoir orné de vitres la grande fenêtre de leur église »665. Un second document du 7 mai 1436 est plus clair encore puisqu‟il qualifie Conan de fundatori conventus de Kerhaes666. Le Couvent semble par la suite jouer un rôle important dans la vie de la cité Carhaisienne. Les familles nobles et bourgeoises de la région multiplient alors les donations en faveur du monastère afin d‟obtenir une messe et une sépulture dans l‟établissement. En 1461, par exemple, Morice de Coetqueveran, donne deux sols de rente sur une maison dans la rue des Augustins pour que « le prieur s‟engage à enterrer le corps dudit Morice quand il décédera au chapitre de Saint-Augustin »667. Dans le même but l‟homme ajoute en 1463 un nouvelle donation en promettant dix livres de rente à la communauté668. Un acte de 1485, évoque la présence, dans le cloître du monastère, de l‟enfeu de Guillaume le Gentil (près du tombeau de Charles du Dresnay) qui avait fait d‟importants dons à l‟établissement669. En 1499 Guillaume le Cozic « donne chapelle et lieu de sépulture proche de l‟autier de Notre Dame de Pitié du côté du cloître »670. En 1517 Morice Estienne et Marie de Coëtqueveran ordonnent par testament d‟être enterrés « dans une tombe de la chapelle Notre Dame du Paradis en l‟église de Monsieur Saint-Augustin »671. Enfin en 1521, Jehan de Poulissac et sa femme souhaitent avoir un tombeau dans le couvent « pour ensevelyr leur enffentz amys et parents »672. Il est toujours difficile de donner des estimations précises du nombre de religieux présents dans un couvent au Moyen Age, d‟autant que celui-ci peut évoluer avec le temps. Les documents des Augustins de Carhaix nous offrent cependant quelques indications chiffrées qu‟il est intéressant de citer. Les deux actes de fondation du couvent de 1355 et 1361 évoquent ainsi une communauté de 12 frères673. Par la suite, les renseignements nous sont communiqués par les listes de religieux qui comme le note H. Martin, ne citent généralement qu‟une partie de l‟effectif soit parce que le rédacteur de l‟acte n‟a pas jugé utile d‟être
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A.D.F., 13 H 2. Il s‟agit du document le plus ancien des Augustins conservé aux A.D.F. L‟original écrit en latin a été entièrement transcrit et traduit par le chanoine Peyron cf. Peyron, Abgrall, 1912, 1913, p. 77-78. Voici le contenu de cet acte : Noverint uneversi presentes inspecturis quod nos frater Berbardus prior, ceterique frates conventus de Kerhaes ordinis fratum Eremitarum Sancti Augustini, cupientes spiritualia pro temporalibus, perpetua pro transitoriis rependere, ne vicio ingratitudinis quod fontem dessicat pietatis redarguamur, tenore presentium obligamur nos et successores nostros et tenemur perpetuis temporibus celebrare unum aniversarium prima die lune quadeagesime, videlicet unam missam de requiem ad notam cum vesperis mortuorum et tribus lectionibus ad notam et predicta die lune, sex lectiones cum laudibus ad notam solemniter pro salute et remedio animarum videlicet Domini Conani de Veteri Castro militis, predecessorumque suorum, racione et ex causa vitreiationis magne fenestre nostre ecclesie et pro reparacione predicte fenestre in perpetuum, nec non et una tumba elevata prope subdyaconum et dyaconum existentes in magna missa, coram magno altari ejusdem conventus, ad quod inviolabiter servandum obligamus nos successoresque nostros, supplicante Rde Patri Provinciali Provencie Francie quatenus hanc obligationem dignetur confirmare, ratificare et sui sigilli appositione approbare. In quorum robur et testimonium sigella prioratus officii et nostre communitatis presentibus sunt apposita. Datum apud keraes die quarta mensis februarii, ann Domini M CCC decimo sexto » 666 A.D.F., 13 H 2. Dans cet acte les religieux s‟engagent à faire participer la famille de Quelen aux célébrations données en leur honneur. 667 A.D.F., 13 H 14, Jegou Du Laz, 1898-1899,t. 1, p. 424. 668 A.D.F, 13 H 14 , Jegou Du Laz, 1898-1899, t.1, p. 424. 669 A.D.F, 13 H 26, Jegou Du Laz, 1898-1899, t.1, p. 425-426. 670 A.D.F., 13 H 11, Jegou Du Laz, 1898-1899, t.1, p. 426. 671 A.D.F., 13H , Jegou Du Laz, 1898-1899, t.2, p. 34. 672 A.D.F., 13 H, Jegou Du Laz, 1898-1899, t.2, p. 34-35. 673 Actes du Saint Siège, n°291, p. 127, n°310, p. 220. Le nombre est le même que le couvent des Carmes de Saint-Pol de-Léon au moment de sa fondation, cf. Ibid., p. 126.

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exhaustif soit parce que tous les religieux n‟étaient pas présents au chapitre674. Ils ne sont ainsi que 8 cités dans un acte de1474675, leur nombre augmente sensiblement en 1485 où ils sont 13676. Mais ils ne sont plus que 10 en 1493677, 11 en 1494678 (dont seulement 6 étaient présents dans le document précédent) et 12 en 1508679. En tenant compte de l‟absence théorique de 1/3 à 1/4 dans ces listes, H. Martin estime que le couvent rassemblait de 15 à 18 frères680, soit un chiffre comparable à des établissements d‟ordres mendiants d‟autres « petites » villes bretonnes comme Lamballe où les Augustins sont 12 en 1442, ou à Hennebont où les Carmes sont au nombre de 15 (auxquels il faut ajouter novices et convers) en 1494681 etc. Parmi les membres de cette communauté, certains religieux portent des titres universitaires. C‟est le cas du prieur Hervé le Floch qualifié de « lecteur en théologie » en 1474682. En 1485 nous comptons deux docteurs, dont toujours Hervé le Floch et un certain Yves le Bec683. En 1499 le nouveau prieur Pierre Riou est docteur684. Enfin en 1521, le prieur Pierre de Haye est dit « lecteur en théologie »685. Ces quelques indications montrent le rayonnement culturel que pouvait avoir le couvent dans la petite cité Carhaisienne à la fin du Moyen Age. C‟est un fait qui n‟est pas sans importance pour une ville et sa renommée à cette époque. Nous savons ainsi qu‟à la même période, en 1492, la communauté urbaine de Rennes va jusqu‟à aider financièrement un religieux séculier de la ville pour qu‟il obtienne son doctorat à l‟université de Paris686. Le couvent continuera à jouer un rôle important dans la vie de la cité au cours de la période moderne. Nous ne connaissons pas l‟ampleur des destructions qui ont touché le monastère à l‟occasion des guerres de la Ligue. Nous ne savons, par contre, que c‟est par le jardin que les troupes de la Tremblaye et de Liscouet sont entrées dans la ville en 1590687. Il ne semble pas que l‟établissement ait eu trop à en pâtir, aucun des documents que nous avons consultés, n‟en fait en tout cas mention. Les donations sont encore nombreuses au XVIIe siècle, malgré l‟installation de trois nouveaux ordres dans la ville. Un aveu de 1726 nous permet d‟avoir une vision du monastère et de ses possessions au début du XVIIIe siècle688. Comme tous les établissements religieux, le couvent connaît les pires difficultés au moment de la Révolution. En 1791, nous ne comptons plus que trois religieux : le prieur L. Gallois, le procureur Clément Collignon et un frère de Laie qui prêtent tous serment à la constitution689 et c‟est ainsi que, le 4 février de cette année, le district de Carhaix s‟empare du monastère car « 1° la maison conventuelle des religieux Augustins n‟est occupée que par trois religieux, deux prêtres et un frère de Lay, que ces trois religieux ont déclaré leur intention de se séculariser,
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Martin, 1975, p. 112-113. A.D.F., 13H 2, Jegou Du laz, 1898-1899, t. 1, p. 424. Il s‟agit de « Maistre Hervé le Floc‟h, maître en théologie, prieur du couvent des Augustins de Kerahez, frère Guillaume, sous-prieur, frère Guillaume Coetquelfen lecteur, et frère Hervé jagudon procureur d‟iceluy couvent avec frère Jehan Bogar,Fr. Michel Derryen, Fr. Yvon le Goff, Fr. Henry Bothon, Fr. Jehan en Scangbihan, et chacun expréssément profès de l‟ordre des frères hermites de Saint-Augustin ». 676 A.D.F., 13 H 26. 677 A.D.F, 13 H 11. 678 Ibid. 679 A.D.F., 13 H 21. 680 Martin, 1975, p.123. 681 Ibid., p. 122-123. 682 A.D.F., 13H 2 683 A.D.F. 13 H 26. 684 A.D.F, 13 H 685 A.D.F., 13 H 14. 686 Martin, 1975, p. 163. 687 Bourde de la Rogerie, 1898, p. 263, Du Laz, 1898-1899, p. 247. 688 A.D.F., 13 H 6. 689 Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 81.

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2° qu‟il est instant de resituer à la société, des citoyens dont le ministère peut être d‟autant plus utile qu‟ils sont prêtés à faire le serment par le loi »690.  Les bâtiments du couvent

Il n‟existe aucun plan ancien du couvent des Augustins conservé. Seul, le cadastre de 1819 nous offre donc une vision d‟ensemble de l‟établissement. Il représente un monastère s‟organisant autour de son église qui ferme l‟enclos au sud, auquel est accolé le cloître qui s‟ouvre dans sa partie septentrionale sur un grand jardin qui se développe jusqu‟à la rue Neuve. L‟aveu rendu par les Augustins de Carhaix en 1726 décrit ainsi l‟établissement : « L‟église et enclos du couvent des révérends Pères Augustins de Carhaix, situé près de la rue des Augustins avec les maisons et batiments à présent au devant sur le pavé de la dite rue au lieu et place des anciens applacements qui étaient auparavant, la dite maison conventuelle et cloistre et dépendances, le jardin derrière avec trois petits pavillons aux deux bouts du côté du nord, ledit couvent et maison de face sur la rue des Augustins contenant sous fond 180 pieds de profondeur au travers desdits bâtiments –portail, église, cloistre, cour et jardin 648 pieds, le tout contenant sous fond par réduction en quarré 233 ordres »691. Nous ne savons pas au juste quand commença la construction des différents bâtiments du monastère. On a pu constater auparavant les difficultés des Augustins à s‟installer dans la ville. Et même si le couvent semble bien établi en 1372, nous ne pouvons retenir avec assurance, comme le font H. Martin et A. Le Mével, cette date comme celle marquant le début des travaux692. Il est cependant possible supposer que la construction de l‟église est terminée en 1416, puisque, dans un acte de la même année, les religieux font inhumer dans l‟édifice Conan IV de Quelen en remerciement de ses donations pour la confection et l‟entretien de la maitresse vitre : ex causa vitreiationis magne fenestre nostre ecclesie et pro reparacione predicte fenestre693. Le fonds d‟archives des Augustins signale plusieurs réparations menées sur l‟église. Ainsi en 1474, la communauté reconnaît avoir obtenu l‟aide « dudit VieuxChastel, 25 l 10 s laquelle ils avoient employée à la réparation et édiffication d‟un pan de mur que l‟on fait à présent ou costé devers le cloestre, quelle église en celuy endroict et en autres plusieurs endroits estoit et encore est moult indigente de réparation »694. Un document de 1485, nous apprend « les grands biens que ledit [Guillaume] Cozic et ses ancêtres avoient fait audit couvent et réparation et édifice de ladite église »695. Plus tardivement en 1641, un acte évoque « des réparations nouvellement faictes »696. Des bâtiments qui constituaient autrefois le couvent, seule l‟église subsiste en partie aujourd‟hui. Réutilisée à usage d‟habitation dès le XIXe siècle, celle-ci est désormais occupée par le jardin d‟une maison. Le bâtiment a perdu son couvrement, la majeure partie de son élévation ainsi que son chevet. Des vestiges conservés, nous retiendrons son plan simple, celui d‟une nef à vaisseau unique. Celui-ci reprend la formule courante des églises des ordres mendiants. Pour prendre des exemples bretons, nous citerons le sanctuaire des Dominicains de Quimperlé, reconstruit à partir de 1483697 ; c‟est aussi le cas de l‟édifice primitif des cordeliers de Rennes avant qu‟un collatéral lui soit ajouté au XVe siècle698, de la même
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Ibid., p. 81. A.D.F., 13 H 6, Jegou Du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 256-257. 692 Martin, 1975, p. 34, Le Mével, 1999, t. 1, p.107-109. 693 A.D.F., 13 H 2. 694 A.D.F., 13 H 2, Jegou Du Laz, 1898-1899, t. 1 , p. 425. 695 A.D.F., 13 H 26, Jegou Du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 426. 696 Ibid., t.2, p. 33. Celles-ci semble concerne avant tout un orgue de l‟église et non le bâtiment lui-même. 697 Martin, 1975, p. 289, Couffon, Bars, 1988, p.362, Leguay, 1998, p. 119. 698 Martin, 1975, p. 285.

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manière que celui des Dominicains de Morlaix, dont la nef du XIIIe siècle fut pourvue d‟un bas-côté au XIVe siècle699. Même si la partie orientale a disparu, le plan de 1772 et le cadastre napoléonien semblent indiquer que l‟édifice se terminait par un chevet plat, lui aussi classique pour un ordre mendiant. L‟extension méridionale visible sur le cadastre devait correspondre à une chapelle ou avec plus de vraisemblance encore à la sacristie signalée dans l‟inventaire révolutionnaire du 9 novembre 1790700. Le même document nous donne les dimensions de l‟édifice qui était long de 15 pieds et large de 29 c'est-à-dire de 50,22 m sur 9,39 m701, soit des ambitions comparables à des églises comme celle de Jacobins de Nantes (57 m sur 9, 5 m) ou celle de leur confrère de Quimperlé (.41, 91m sur 10m)702. L‟élévation de l‟édifice restait modeste : 35 pieds de haut soit 11,34 m703 ; l‟ensemble était vraisemblablement couvert d‟une charpente. Il ne subsiste, aucun indice permettant de supposer l‟existence originelle d‟une voûte, d‟autant plus que les églises des ordres mendiants semblent avoir assez rarement privilégié les couvrements de pierre (en Bretagne tout du moins). L‟éclairage de l‟édifice devait se faire par une série de baies placée dans ses parties hautes dont seulement une est conservée dans le mur goutterot septentrional (fig.48 et 49). Le chevet a aujourd‟hui disparu mais une idée de son élévation extérieure peut être donnée par l‟observation du dessin de la ville vers 1750 (fig. 46, F). Celui-ci représente un simple mur pignon séparé par un contrefort central qui distingue deux travées : La première, méridionale est percée d‟une ouverture qui pourrait être une porte. La seconde, au nord, est ajourée par deux baies placées l‟une au dessus de l‟autre. L‟ensemble était surmonté d‟un clocheton de forme circulaire. A l‟inverse du chevet, la façade occidentale est encore en partie conservée aujourd‟hui (fig. 50). Elle correspondait à un simple mur pignon encadré par deux contreforts à ressauts placés à ses angles. Sa partie basse est percée d‟un important portail en arc brisé présentant des voussures et des colonnettes multiples inscrites en ébrasement. Celui-ci est surmonté d‟une plaque sculptée, ne portant pas d‟inscription, décorée par de riches moulurations végétales. Nous en retrouvons des exemples assez proches au porche des Apôtres de la collégiale du Folgoët (Finistère) dans la première moitié du XVe siècle704. Au dessus de la plaque, existaient à l‟origine deux petites arcatures trilobées aveugles que nous pouvons observer sur une carte postale du début du XXe siècle (fig. 51). Il en subsiste seulement deux bases aujourd‟hui. Autour du portail s‟organise une série de quatre fenêtres qui ne sont que des ouvertures postérieures, sans doute réalisées au XIXe siècle lorsque la chapelle fait usage d‟habitation. La partie haute de la façade était ornée d‟une grande verrière que nous retrouvons citée dans l‟inventaire du couvent en 1790 : « au pignon couchant, la porte d‟entrée et un vitrail au dessus »705. La photographie ancienne de la chapelle permet d‟ailleurs d‟en observer la base. Il s‟agit, très vraisemblablement, de la magne fenestre, signalée dans l‟acte de 1416706. Son érection est un événement important qui a pu marquer, comme souvent, la fin des travaux menés sur l‟église. Comme nous l‟avons vu, la chapelle semble avoir été un lieu privilégié pour l‟inhumation des grands personnages de la cité. Le document de 1474 déjà évoqué nous apprend que les moines « feront célébrer une messe à perpétuité chaque samedi sur le grand aultier de l‟église [...] à l‟issue de laquelle faire la commémoration des morts sur l‟enfeu sépulcre et enterrement d‟iceluy Vieulxchastel »707. Même si l‟acte n‟apporte pas cette précision, il n‟est donc pas
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Leguay, 1978-1979, t. CVI, p. 158, Couffon, Bars, 1988, p.217. A.D.F., 1 Q 2 479. 701 Ibid. 702 Martin, 1975, p. 289. 703 A.D.F., 1 Q 2 479.. 704 Lécureux, 1913, p. 106-107. 705 A.D.F., 1 Q 2 479. 706 A.D.F., 13 H 2. 707 A.D.F., 13 H 2.

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impossible que le tombeau signalé se tenait à l‟intérieur de l‟édifice. En 1499, Guillaume Le Cozic demande chapelle et lieu de sépulture en ladite église, proche l‟autier de Notre-Damede-Pitié du côté des cloistres »708. Il existe encore aujourd‟hui deux enfeux sur le mur goutterot nord s‟ouvrant par un arc segmentaire dont le décor incite à une datation dans le courant des XVe-XVIe siècles (fig. 52). C‟est peut-être l‟un d‟entre eux que Dom Gallois décrivait en 1690 comme un «enfeu magnifique où est élevé en bronze un superbe tombeau, sur lequel repose la figure d‟un seigneur de Quélen, aussi en bronze, armé de toutes pièces, ses écus chargés d‟un burelé en bannières, et supportées par deux anges »709. Si l‟on en suit l‟avis de la comtesse du Laz, cette sculpture n‟aurait rien de médiéval puisqu‟elle correspondrait à la tombe de Claude de Lannion seigneur de Cruguil (Côtes-d‟Armor) qui épousa Renée de Quelen en 1582710. Les inhumations ont, en tout cas, continué bien au-delà du Moyen Age. Ainsi le seigneur Malo de Névet évoque, dans une lettre adressée au Père du couvent en 1715, la présence dans le sanctuaire de « tombes armoiriées »711. Un document de 1727 nous apprend que Henry-Albert de Cezy de Querampuil possède « à jamais en l‟église une tombe au chœur d‟icelle joignant autre tombe où est enterré déffunt sieur Nicolas Hamon du côté du midi »712. L‟autre élément important du couvent était le cloître, aujourd‟hui disparu, qui a connu un destin particulier (fig. 53). Il a en effet été démonté en 1930 et envoyé aux Etats-Unis où il a disparu. La chance veut cependant que nous conservions encore une photographie de la galerie sud713 à laquelle se joint la courte mais précieuse description de l‟architecte J. Bigot en 1892714. Si cette construction n‟est pas représentée sur le plan de 1772, elle apparaît par contre sur le cadastre de 1819. Situé au nord de l‟église, l‟ouvrage se composait alors de trois galeries : la première au sud, accolée contre le sanctuaire et les deux autres à angle droit dont seul le côté oriental était encore conservé dans sa totalité715. Au nord le cloître s‟ouvrait directement sur le jardin du monastère. L‟aile septentrionale ainsi que la majeure partie de la galerie occidentale ont déjà disparu à cette époque. Ils ont en effet été détruits à la fin du XVIIIe siècle. Un document, curieusement jamais utilisé jusqu'à présent, bien qu‟il ait été partiellement publié par la comtesse Jegou du Laz, nous apporte cette information. Il s‟agit d‟un procès-verbal dressé le 12 août 1763 par le sénéchal de Carhaix, Joseph Guillou Stangalan, dans lequel le magistrat inventorie les armoiries « étant du côté nord et couchant du cloitre, qu‟on sera forcé de démolir pour en éviter la ruine prochaine »716. Suivant J. Bigot, l‟ouvrage mesurait « une longueur de 18 m. Cependant d‟après la disposition des éperons intérieurs et d‟un pilier d‟angle, tout porte à présumer que ce cloître avait 22 mètres sur 22 mètres hors œuvre » auxquel il faut ajouter les 3,80 m de largeur du déambulatoire717. En élévation, chaque galerie, haute de 3 m, se composait de quatre travées que l‟on peut compter sur la photographie publiée par l‟Inventaire (seules deux sont visibles dans leur
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Jegou Du Laz, 1898-1899, t. 2, p. 426. Ibid., t.2, p. 423. 710 Ibid., t ;2, p. 423, note 3. 711 A.D.F., 13 H 2, Jegou Du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 41. 712 Ibid., t.2, p. 257. 713 Elle est aujourd‟hui conservé par le service l‟Inventaire qui l‟a publié en 1969, cf. Mussat dir., 1969, t. 2, p. 14. 714 Bigot, 1994, p. 198-200. 715 Lorsqu‟il visitera les lieux à la fin du XIXe siècle, J. Bigot n‟observera d‟ailleurs plus que deux galeries, cf. Ibid., p. 199. Dans son article l‟architecte nous apprend que son fils a dressé un plan du cloître. Nous ne l‟avons pas retrouvé mais peut être est-il conservé dans le fond J. Bigot des archives diocésaines de Quimper que nous n‟avons pas eu le temps de dépouiller. 716 Jegou du Laz, 1898-1899, t. 2, p. 257. 717 Bigot, 1892, p. 199.

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ensemble)718. Celles-ci étaient séparées à l‟extérieur par des contreforts épais de 0, 65 m, couronnés d‟un larmier à ressauts dont la silhouette massive dénote de la finesse des arcatures719. Chaque travée se composait de 5 arcs s‟élevant depuis un petit mur de soubassement « formant siège »720. Au-dessus, les fines ouvertes trilobées s‟entrecroisaient dans une série d‟intersections d‟arcs surbaissés et s‟ornaient de motifs tréflés à trois feuilles à leurs écoinçons. Nous faisons face ici à un remarquable jeu de confusion des formes comparable à celui du cloître des Carmes de Pont-l‟Abbé (fig. 54). Celui-ci formait un ensemble de quatre galeries de 25 m sur 22 dont les arcatures présentaient le même jeu formel par la liaison entre l‟arc brisé et le plein-cintre. Sa réalisation est cependant ici mieux maîtrisée puisque son harmonie n‟est pas brisée par d‟épais contreforts comme à Carhaix. La continuité visuelle est privilégiée, les arcatures, regroupées en seulement trois travées, ne sont séparées entre elles que par des piliers très fins. La date de réalisation de ce cloître nous semble poser question. Suivant, J. Bigot celui-ci aurait été réalisé en 1382, mais il porte pourtant les armes de Bertrand de Rosmadec qui fut évêque de Quimper entre 1426 et 1445721. En tout état de cause, il existe bien un lien entre la réalisation de ce cloître et celui de Carhaix. Les arcatures de cet ouvrage imposent aussi une seconde comparaison avec les ossuaires de Saint-Yvi et de Locmaria-an-Hent (dans la même commune)722. Les deux édifices, associés aux deux anciennes églises tréviales d‟Elliant, sont similaires723. Il s‟agit dans les deux cas d‟un bâtiment de petite taille établi sur un plan rectangulaire situé à l‟intérieur du placître contre le mur d‟enclos de celui-ci. Ces édifices étaient destinés, comme leur nom l‟indique, à recueillir ossements lors du renouvellement des sépultures du cimetière (fig.55). Suivant la formule habituelle, ils étaient ajourés sur l‟un de leur côté par une série de baies afin de permettre aux paroissiens d‟observer les restes humains et ainsi les inciter à la méditation et à la repentance724. C‟est justement ces ouvertures qui nous intéressent ici, puisque, comme dans le cloître de Carhaix, elles se composent d‟une série d‟arcades (5 à Saint-Yvi et 4 à Locmaria) trilobées et croisées725. Il existe cependant une différence, leurs meneaux plus épais, qui donnent plus de lourdeur à l‟ensemble. La date des ces deux constructions n‟est pas assurée. Dans son répertoire des églises du Finistère, R. Couffon a proposé de placer leur réalisation à la fin du XVe siècle, sans pour autant argumenter sa proposition726. Un élément joue cependant en faveur de cette hypothèse : l‟apparition tardive des ossuaires qui ne semblent s‟être généralisés qu‟à la période moderne727. Ces deux édifices gothiques appartiennent, avec ceux de Lanvellec notamment (Côtes-d‟Armor), aux plus anciens modèles de ce type architectural qui ne semble pas remonter au-delà de la fin du XVe siècle728. A quand remonte la construction du cloître des Augustins de Carhaix ? Sa ressemblance avec l‟ouvrage des Carmes de Pont-l‟Abbé offre sans aucun doute un indice important pour sa
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Ibid., p. 199. Seuls deux d‟entre-eux sont visibles sur la photographie, celui-ci qui devait se situer au centre semble avoir était à l‟époque démonter. 720 Bigot, 1892, p. 199. 721 Couffon, 1957 (b), p ; 264, Martin, 1975, p. 306. 722 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 26. 723 La paroisse d‟Elliant est mentionnée pour la première fois entre le 13 avril 1084 et 1114, cf. Cartulaire de Quimperlé, acte n° LVIII, p. 198 (Il s‟agit de l‟acte de donation de la terre de Ros Amand à l‟abbaye par le duc Alain IV). Ses trêves apparaissent plus tardivement : 1426 pour Locmaria et 1526 pour Saint-Yvi, cf. Deshayes, 1999, p. 13 et p. 337. Saint-Yvi est aujourd‟hui une commune indépendante de celle d‟Elliant à laquelle est rattachée l‟ancien territoire de Locmaria-an-Hent. 724 Décéneux, 2001, p. 27. 725 Couffon, Bars, 1988, p. 410-411. 726 Ibid., p. 411. 727 Décéneux, 2001, p. 27-30. Les ossuaires de Plougonven et Pleyben (Finistère) encore gothiques dans leur conception datent déjà, respectivement, des années 1532 et 1550. 728 Ibid., p. 27.

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datation. Dans sa courte étude du cloître J. Bigot supposait que la réalisation des Augustins de Carhaix avait été influencée par celle de Pont-l‟Abbé, et proposait en conséquence une datation dans la première moitié du XVe siècle. Les quelques chercheurs s‟étant intéressés à la question n‟ont pour l‟instant pas été plus loin dans leur interrogation et se sont contentés de reprendre la proposition de l‟architecte de la fin du XIXe siècle. Il semble, en tout cas, certain que ce cloître existe en 1474, année où il est mentionné pour la première fois dans nos sources écrites729. Pour en terminer avec le sujet de cette construction, notons que, parmi les armoiries inventoriées par le sénéchal de Carhaix en 1763 dans la galerie nord, se trouvait l‟emblème des Lannion, famille alliée aux Quelen par le mariage de Claude de Lannion et Renée de Quelen en 1582. Peut être faut-il y voir l‟indice d‟une rénovation ? Nous sommes bien moins renseigné sur les autres bâtiments qui constituaient le couvent. Le document principal les concernant est l‟inventaire de 1790 qui évoque « la maison principale de cent cinq pieds de long, de vingt cinq pieds de large [...] Au rez-de-chaussée, la cuisine, deux magasins et le bûcher (lecture incertaine) où est l‟escalier conduisant à la sacristie et le dortoir, où sont onze cellules compris [...] les chambres à feu de l‟infirmerie et du prieur [...] En la longère du levant trois portes, deux fenêtres et deux vitraux, neuf fenêtres au dessus pour les cellules et les escalliers. En la longère du couchant deux portes et sept fenêtres [...]». Les dortoirs cités dans le documents sont-ils les mêmes que ceux évoqués dans un acte de 1485 ?730. L‟inventaire décrit aussi « la maison du réfectoire [...] de trente six pieds de long, treize pieds de large dans l‟œuvre et de quinze pieds de haut joignant le pignon nord la maison principale. La porte d‟entrée au côté du midy, trois fenêtres et une cheminée au côté nord et deux autres fenêtres aux levant et couchant du même réfectoire, au cellier seignant au dessus »731. Ces deux constructions devaient logiquement se situer dans le long bâtiment rectangulaire placé au nord de l‟église et à l‟est du cloître visible sur le cadastre napoléonien. L‟observation du parcellaire laisse d‟ailleurs supposer que celui-ci a dû subir des destructions lors d‟une restauration de la place du marché à l‟est du couvent. Nous savons d‟ailleurs que des réparations sont faites par la communauté de la ville en 1775 et 1776 « pour la reconstruction du mur et clôture des Augustins joignant le champ de foire »732. Celui-ci avait été « renversé et démoli tant pour former l‟alignement du coude du sillon du milieu du champ de foire que pour y prendre tous les remblais nécessaires ».L‟inventaire de 1790 cite aussi « l‟écurie au côté nord, bout levant à la maison principale de la longueur de dix sept pieds de la largeur de huit pieds à l‟intérieur et de la hauteur de trente cinq pieds, galleries au dessus comprises une porte et deux fenêtres longère midi », et « le pavillon au levant de l‟écurie cy devant de vingt pieds de long, cinq pieds et demi de large ». Dataient-ils du Moyen Age ? La question est la même pour les« trois petits pavillons aux deux bouts du côté nord » présent dans le jardin d‟après l‟aveu de 1726733. Nous ne savons rien de ces bâtiments qui ne sont pas évoqués dans les documents antérieurs. Ils ne sont, en tout cas, pas représentés sur le premier cadastre, ce qui peut laisser supposer qu‟ils aient disparu à cette époque. 2.2.6 L‟hôpital Sainte-Anne (fig. 22, n° 7)

Situé au cœur de la ville dans l‟ancienne rue du Pavé, l‟hôpital est le dernier édifice religieux fondé dans la cité au cours du Moyen Age.

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A.D.F., 13 H 2. A.D.F., 13 H 26. 731 A.D.F., 1 Q 1 479 732 A.D.I.V., C 622. 733 Jegou du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 256.

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Nous sommes cependant mal renseigné sur son origine qui est évoquée très brièvement par Bernard d‟Argentré. Il ne fait l‟objet que d‟une simple mention dans le portrait brossé par l‟historien de Maurice de Méné. Suivant l‟auteur, le noble « bastit l‟hôpital de Carhaix où il exerça luy-mesme l‟hospitalité l‟espace de sept ans devant sa mort, faisont comme on disait pénitence du saccagement de la ville de Pontoise »734. Le fondateur, petit noble originaire du manoir de Toulgoët en Treffin, est un personnage prestigieux qui devint chambellan du duc et capitaine de la duchesse Anne. Nous notons qu‟à aucun moment dans son récit Bernard d‟Argentré ne donne la date de construction de l‟établissement. Pourtant la plupart des chercheurs qui se sont intéressés à l‟histoire de Carhaix, ont évoqué l‟année 1478 735. Nous ne connaissons pas l‟origine de cette proposition, la date n‟apparaît en tout cas dans aucun des documents que nous avons consultés736. Une remarque très juste de la comtesse Jegou du Laz nous incite au contraire à dater plus tardivement cet événement737. En effet suivant Bernard d‟Argentré, Maurice de Ménée est présent lors de la célèbre bataille de Saint-Aubin du Cormier qui s‟est déroulée le 28 juillet 1488. Puisque la même source nous apprend que la fondation de l‟hôpital s‟est faite 7 ans avant la mort de ce personnage, elle ne peut donc qu‟être postérieure à l‟année 1488738. Curieusement l‟établissement n‟apparaît pas dans le rôle rentier de 1539-1542. A. Le Mével a bien proposé d‟identifier celui-ci à « la maison des ladres » cité dans le document mais cette proposition ne nous semble pas acceptable, nous y reviendrons.739 Le 10 décembre 1540, le déal du chapitre de Quimper évoque par contre une fondation faite in aede seu hospitali Sanctae Annae oppidi de Kerahes740. Ce document est le premier à nous donner le patronage sous lequel est placé l‟établissement. L‟indication n‟est pas inintéressante, nous connaissons l‟importance du culte de saint Anne en Bretagne à la fin du Moyen Age. Elle est notamment l‟objet d‟un important pèlerinage à Auray (Morbihan). Il existe un nombre non négligeable d‟hôpitaux du duché dédiés à cette sainte: outre Carhaix, nous pouvons citer ceux de Malestroit, Lannion, Montfort ainsi que l‟un des établissements de Rennes741. Par la suite les ravages des guerres de la Ligue avec les deux prises de la ville en 1590 et l‟installation de Guy Eder en 1592, ont semble-t-il, causé d‟importantes destructions à l‟édifice. La supplique adressée au roi en 1615 nous apprend « il y a lieu de rebâtir le presbytère et l‟hôpital qui est aussi ruiné par les gens de guerre et de pourvoir à la manutention d‟iceluy et à entretenir les malades »742. Curieusement, comme pour le rentier du XVIe, l‟établissement n‟est pas mentionné dans le livre de réformation du domaine en 1640743. L‟édifice existe bel et bien, puisque c‟est là que seront logées les hospitalières lors de leur arrivée dans la ville en 1663, en attendant la construction de leur établissement744. Malgré leur installation, Sainte-Anne n‟est pas abandonné comme nous le montre l‟aveu de dénombrement de l‟établissement en 1726745. Pour reprendre les mots des Annales des Hospitalières, l‟établissement «était l‟hôpital général de Carhaix et [...] le fut jusqu‟à la Révolution de 1793. On y recevait
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Argentré, 1558, p.748. Peyron, Abgrall, 1904-1905, t. 2, p. 89, Leguay, 1981, p. 300, Le Mével, 1999, t. 1, p ; 109, Le Chartrier dir., 2005, p. 117. 736 La référence A.D.L.A., B 760, qui conserve les aveux de l‟hôpital en 1726 et 1729, contient bien un document de 1478 mais il concerne l‟établissement du Croisic à Batz dans le diocèse de Nantes. 737 Jegou du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 246. 738 J. F. Caraes donne la date de 1497 dans son étude de la ville sans en expliquer la raison, cf. Caraës, 1984, p.130. 739 Le Mével, 1999, t. 1, p. 109-110. 740 Peyron, Abgrall, 1904-1905, t. 2, p. 93. Nous ne connaissons pas l‟origine de cette information. 741 Leguay, 1981, p. 300. 742 Peyron, Abgrall, 1904-1905, p. 338. 743 A.D.L.A., B 1104. 744 Jegou du Laz, 1898-1899, t. 1, p. 745 A.D.L.A., B. 760.

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vieillards invalides ; [...] [il] était tenu par les administrateurs et des dames pieuses de la ville »746. C‟est l‟aveu de 1726 qui donne la seule description connue de l‟établissement. Celui-ci se compose alors de : « la chapelle érigée le temps immémorial sous le nom de Nostre-Dame sainte Anne ayant de face sur la rue du Pavé vingt et deux pieds de longueur [7 m] et de profondeur soixante et une pieds [19,5m], l‟entrée estant au midy de la ditte chapelle ayant de face sur la rue traize pieds et de profondeur depuis laditte rue du Pavé jusques au chemin qui conduit y compris le jardin, deux cents quarante pieds, le dict jardin ayant de laise du midy au nort au bout d‟orient cinquante et quatre pieds et au bout du couchant vingt pieds. La maison de pauvres joignant ledict jardin, ayant de long quarante huit pieds [15,6m], de largeur dix sept pieds [5,5 m], située entre laditte chapelle et ledict jardin avec la cour joignant au midy les dittes esglises et maison dudit hospital, tous cernes au levant de laditte rue du Pavé, au midy sur maison, cour et jardin au sieur de Pouloudu du pays, au couchant sur le chemin qui conduit de l‟esglise collégiale de Saint-Trémeur à Saint-Joseph,et au nort sur le jardin aux enfens et herittiers de deffunt missire Jean du Parc »747. De ces deux ensembles, la chapelle et la maison des pauvres, aucun n‟est conservé aujourd‟hui. L‟oratoire est encore figuré sur le plan de la ville en 1772. Si celui-ci n‟est pas simplifié, nous pouvons en déduire que l‟édifice suivait un plan simple rectangulaire. Il a été finalement détruit au XIXe siècle et remplacé par une construction néo-gothique, sans doute assez proche de la précédente (fig.56). Elle se compose d‟une nef unique et d‟un chevet plat qui ne présente évidemment pas d‟intérêt pour notre sujet, de même que le mobilier récent qui est conservé. La maison des pauvres doit elle correspondre à « l‟établissement non identifié » décrit par l‟Inventaire748. Détruite en 1964, cette construction était située au sud de la chapelle Sainte-Anne dont elle était séparée par trois maisons sur le cadastre de 1819 (fig. 57 et 58). Son plan complexe se composait de deux logis rectangulaires, le premier plus allongé à l‟ouest, le second plus court à l‟est, établi perpendiculairement à l‟ancienne rue du Pavé. La circulation verticale entre les différents niveaux était permise par une tour carrée, demi hors-œuvre, établie à la jonction des deux bâtiments et un escalier intérieur situé dans le logis occidental. Cependant, là encore, rien de médiéval. Le portail qui y donnait accès depuis la rue du Pavé n‟était qu‟une transformation de 1724 et le bâtiment lui-même, une réalisation de la fin du XVIe siècle, comme le laisse supposer la tour qui portait la date de 1588. 2.2.7  Les établissements religieux modernes (pour mémoire) Le couvent des Ursulines (fig. 22, n° 8)

Fondé en 1644, l‟établissement des Ursulines occupait un grand îlot quadrangulaire situé à l‟ouest de l‟ancien château de Carhaix. Le couvent a disparu sur le cadastre de 1819, mais il est encore représenté sur le plan de la ville en 1772. Ce dernier figure sur les bords de la rue des Ursulines deux bâtiments rectangulaires orientés nord-sud dont l‟un semble correspondre à la chapelle. Contre cette dernière vient s‟accoler une série de constructions qui se regroupent autour d‟une cour centrale. Les étapes de construction de ce couvent sont bien connues. Elles ont été étudiées récemment par F. Moal qui a montré qu‟elles se situaient entre 1652, date à laquelle sont creusées les fondations d‟une première aile du couvent, et 1704 où est posé le

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Les Annales des Hospitalières, déjà cité plus haut ont été publié par la comtesse du Laz, cf. Jegou du Laz, 1898-1899, t. 2, p. 412. 747 A.D.L.A., B 760. 748 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 27.

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lambris de la chapelle qui s‟écroule peu de temps après749. Sans entrer dans les détails, précisons que l‟établissement est abandonné par les religieuses le 14 avril 1792750.  Le couvent des Hospitalières (fig. 22, n°9)

L‟établissement des hospitalières est fondé par Anne du Chastel de Kerlech en 1663 751. Sa construction commence peu après et est probablement achevée en 1698. Il se situe à l‟est de la place du champ de bataille où il se composait de quatre corps de bâtiments dont il ne reste aujourd‟hui qu‟une partie du corps central et de l‟aile occidentale avec la chapelle N.D. des Grâces. Abandonné en 1792, le couvent est reconverti un temps en prisons avant le retour des religieuses en 1811. Ces dernières quitteront définitivement Carhaix après l‟incendie de l‟établissement en 1857752.  Le couvent des Carmes (fig. 22, n°10)

Les Carmes déchaussés quittèrent leur premier établissement fondé en 1644 à Saint-Hernin pour Carhaix en 1658. Ils occupèrent la partie sud-ouest de l‟ancien château avec un couvent formé d‟une chapelle orientée au nord, un bâtiment parallèle au sud et un corps les reliant. Plus au sud encore un jardin occupait l‟emplacement de deux parcelles visibles sur le cadastre de 1819. En 1969, l‟inventaire ne distinguait plus de ce couvent que « les traces au sol du grand corps, des vestiges du mur du jardin et la façade d‟entrée de la chapelle remployée dans la maison construites sur ses fondations »753. Comme les précédents l‟établissement est abandonné au cours de la Révolution en 1791754. 2.2.8  Les chapelles autour de la ville N.D du Frout (fig. 22, n°11)

Aujourd‟hui disparue, la chapelle N.D. du Frout se situait à quelques centaines de mètres au nord de la ville, à proximité du faubourg de Trouglévian (actuel Petit-Carhaix). Elle occupe donc un secteur qui n‟a, à notre connaissance, livré aucun vestige gallo-romain. Dans son travail sur Carhaix, C. Hervé-Légéard notait bien l‟absence totale de découverte au-delà du cimetière actuel755. Les vestiges les plus proches mises au jour ne semblent être ceux de Park ar Frout, déjà évoqué dans la première partie, qui se situait justement à l‟ouest du cimetière dans la parcelle n°225 du cadastre napoléonien756. Il est difficile de présenter une histoire de cet édifice qui apparaît très rarement dans nos sources. Nous ne pouvons pas d‟ailleurs assurer que celui-ci existait au Moyen Age. Un document du XVIe siècle, déjà cité par P. Peyron, pourrait cependant lui correspondre. Le déal de Quimper nous apprend en effet que le 13 octobre 1533, le chapitre de la cathédrale, fuyant la peste qui ravage le chef-lieu du diocèse, se réunit dans une chapelle Notre Dame à Carhaix : in aede Beate Mariae Virginis de capella oppidi de Kerhaës757. Ne sachant à quel
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Moal, 2001, p. 178-184. Peyron-Abgrall, 1904-1905, p. 85, Le Chartrier dir., 2005, p. 146. 751 Peyron-Abgrall, 1904-1905, p. 89. 752 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 26. 753 Ibid., t. 1, p. 26 754 Peyron-Abgrall, 1904-1905, p. 82. 755 Légeard, 1994, p. 70. 756 Pape, 1977, A-73. 757 Peyron, Abgrall, 1904-1905, t. 2, p. 94. Nous ne connaissons pas l‟origine de cette information.

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édifice identifier cette mention, P. Peyron proposait d‟en faire une chapelle de l‟église SaintTrémeur. Le vocable nous semble cependant permettre le rapprochement avec N.D. du Frout. Il pourrait aussi bien s‟agir de cette construction. Le rôle rentier de 1539-1542 ne cite, par contre, jamais l‟édifice même lorsque celui-ci évoque les terres du faubourg de Trouglévian. Il n‟apparaît pas non plus dans le rentier de 1640. Il est cité plusieurs fois dans le papier terrier de 1678-1680 qui évoque notamment « un parc et pièce de terre de la chapelle Nostre Dame du Froust situe sur le chemin menant de la vieille église à querdaniel »758. Par la suite nous retrouvons encore l‟édifice dans le rôle de décime de la paroisse en 1789759. L‟ouvrage sera conservé tout au cours du XIXe siècle. En 1806, Le vicaire de Plouguer la présente même comme l‟une « des plus jolies chapelles qu‟il y ait dans tout le pays »760. En 1893, le conteur A. le Braz décrit « la chapelle du Frout, dissimulée dans un repli des collines. Ce fut naguère un lieu de pèlerinage très fréquenté. Il n‟était pas dans le pays de mère ou de nourrice qui ne crut tenue de s‟y rendre une fois l‟an invoquer ou remercier la vierge au lait, connue sous le nom de Mère aux sources. Des sources, il en jaillit de toute part dans le petit chemin pierreux et encaissé qui descend vers l‟oratoire. Leur eau canalisée venait remplir un bassin circulaire creusé dans l‟enclos bénit »761. Elle subsiste encore au début du XXe siècle alors que P. Peyron écrivait son article sur la paroisse de Carhaix-Plouguer. Ce dernier, nous apprend seulement qu‟elle existait au XVIIe siècle et qu‟elle était le lieu d‟un Pardon qui se tenait le jour de la Nativité762. Elle sera finalement détruite dans les années 1920763. Nous connaissons peu de chose de l‟architecture de l‟édifice qui n‟a malheureusement pas été décrite par les historiens du XIXe siècle. Seulement deux documents nous permettent d‟en approcher la réalité matérielle. Le cadastre de 1819, tout d‟abord, nous en donne le plan : un simple bâtiment rectangulaire. Mais c‟est surtout une ancienne photographie de l‟édifice qui nous apporte le plus d‟informations (fig. 59). Prise depuis le sud du bâtiment, celle-ci nous figure un édifice très modeste. Nous pouvons ainsi observer sa façade occidentale, simple mur pignon ouvert d‟une porte et couronné d‟un clocher-peigne, son goutterot sud ajouré d‟une seule baie en plein cintre et le début du chevet qui correspondait à une abside à pans. Elle offre ainsi un visage assez commun à beaucoup de chapelles bretonnes. L‟absence d‟élément remarquable dans son élévation extérieure rend difficile une proposition de datation ; elle appartient en tout cas incontestablement à la période moderne, peut être plus précisément le XVIIe voire le XVIIIe siècle, la baie visible sur son mur goutterot rappelant celle située au sud de l‟abside de Saint-Pierre de Plouguer.  Saint-Thomas (fig. 22, n°12)

L‟ancienne chapelle de Saint-Thomas reste l‟édifice religieux le moins bien connu de Carhaix. Ce dernier est pourtant intéressant puisqu‟il se situait au cœur du faubourg de Trouglévian et devait nécessairement occuper un rôle dans la vie de ses habitants. Comme nous l‟avons déjà dit, cet édifice est placé dans un secteur qui n‟a jusqu‟à présent livré aucun vestige romain. L‟existence d‟un noyau d‟habitations au franchissement de l‟Hyères, évoqué par L. Pape et plus récemment par G. Le Cloirec, reste pour l‟instant hypothétique764.
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A.D.L.A., B 1107, f° 81 r°. Peyron, Abgrall, 1904-1905, t. 2, p. 94-95. 760 Ibid., p. 94. 761 Le Braz, 1893, p.245-246. 762 Peyron, Abgrall, 1912-1913, t. 2, p. 94-95. 763 Le Chartrier dir., 2005, p. 172. 764 Le Chartrier dir., 2005, p. 18.

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Il n‟existe aucune mention médiévale de la chapelle ; nous ne pouvons donc pas assurer son existence à cette période. Le sanctuaire n‟est d‟ailleurs évoqué que dans le papier terrier de 1678-1680765. Par la suite, il n‟apparaît même pas dans le rôle des décimes de 1789. Nous sommes mal renseigné aussi sur le moment de sa destruction. Il n‟existe plus en tout cas lorsque qu‟il est évoqué par P. Peyron en 1904-1905766. Ce dernier nous apprend cependant que sa construction datait du XVIIe siècle, ce que nous ne pouvons évidemment pas vérifier en l‟absence de toute reproduction. Sa localisation ne nous est pas connue peut être se situaitelle à proximité des parcelles n°228 et 229 du cadastre 1819 qui porte le nom de « Guerger la chapelle »767.  la Madeleine : une ancienne léproserie ? (fig. 22, n°13)

Située à moins de 500 m au sud de la ville, la chapelle de la Madeleine a aujourd‟hui disparu. Elle intéresse cependant notre sujet puisque son existence est attestée depuis la toute fin du Moyen Age. Elle est en effet citée pour la première fois dans nos sources, en 1522, dans l‟acte d‟arrentement du château qui évoque : « le chemin menant dudit marchix de ladite ville à la magdeleine »768. Mais c‟est là encore le rôle rentier de 1539-1542 qui nous apporte le plus de renseignements à son sujet. Le lieu est en effet mentionné à de nombreuses reprises, au point qu‟il nous semble inutile ici d‟inventorier toutes ces évocations. Le document est cependant intéressant puisqu‟il nous apprend que l‟on retrouve non seulement à cet emplacement « l‟esglise de la chapelle de la Magdalaine »769 mais aussi une « fontaine de la Magdalaine »770. Cette dernière existe encore bel et bien aujourd‟hui, mais il s‟agit sans aucun doute d‟une reconstruction du XVIIe ou du XVIIIe siècle. Cette ouvrage, qui puiserait son eau depuis une source située un peu plus en hauteur au sud771, marque le point de départ d‟un long ruisseau qui rejoint bien plus loin l‟Hyères au niveau du Moulin du Roy. Mais outre ces deux édifices, nous proposons de reconnaître en la Magdeleine, le lieu où se situait la léproserie évoquée dans le rentier du XVIe siècle. Certes dans son travail sur ce document, A. Le Mével avait supposé une localisation tout autre. Selon lui, l‟édifice devait être associé à l‟hôpital Sainte-Anne. Il pense donc pouvoir l‟identifier aux n° 19 et 21 de la rue Brizieux, répertoriés par l‟Inventaire, que nous avons déjà interprétés comme « la maison des pauvres » citée dans la déclaration 1726772. Cette hypothèse nous semble cependant extrêmement contestable. Tout d‟abord, parce que celle-ci en revient à situer la léproserie en plein cœur de la ville, sur l‟une des deux rues principales de l‟agglomération. Une telle constatation peut paraître curieuse, puisque, sauf erreur de notre part, les historiens s‟accordent à placer ce type d‟installation à l‟extérieur des centres urbains et ce, pour des raisons d‟hygiène, qui semblent évidentes. C‟est, en tout cas, le constat tiré par R. F. Le Men lorsqu‟il étudia le sujet en 1877773, et c‟est encore celui de J. P. Leguay en 1980774. Mais cette interprétation devient plus problématique encore lorsque l‟on en revient au texte originel. Le rentier fait en effet une courte mention d‟un « parc appell(é) Parc de la justice, le prochain devers les maisons des ladres dud(ict) K(er)ahes, cerné d‟un endroit par le grant chemin menant de Kerahes à Gourrin, d‟aultre endroict sur le chemyn menant dudict Kerahes à la
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A.D.L.A.,B 1107, f° 222 v°, etc. Peyron, Abgrall, 1904-1905, t. 2, p. 94. 767 A.D.F., 3 P 27/2. 768 A.D.L.A., B 677. 769 A.D.L.A., B 1103, f° 14 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 25. 770 A.D.L.A., B 1103, f° 32 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 47. 771 Ce renseignement nous a été rapporté par un habitant du lieu. 772 Le Mével, 1999, t. 1, p. 109-110. 773 Le Men, 1876-1877, p. 138-155. 774 Leguay, 1980, p. 115-116.

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fontaine de la Magdaleine »775. Il n‟y a évidemment aucune difficulté à reconnaître une léproserie dans l‟évocation de « maisons des ladres ». Le terme « ladre » est en effet habituel au Moyen Age pour désigner les lépreux776. Par contre, la localisation du lieu semble bien différente de celle proposée par A. Le Mével. Il n‟est fait aucune mention de la rue du Pavé, au contraire, les lieux décrits ne semblent pas devoir être placés dans un cadre urbain mais plutôt à la périphérie de la ville. Ils sont même précisément situés entre le chemin de Gourin et celui de la Magdeleine. Ceux-ci sont encore assez aisément reconnaissables : il s‟agit de deux routes qui partent depuis le sud de l‟ancien château et enserrent justement à la sortie de la ville le territoire de la Magdeleine. Il paraît donc plus raisonnable de placer la léproserie à cet emplacement. Un second argument milite en faveur de cette interprétation : le vocable sous lequel est placé le lieu. Le terme français « Magdaleine » qui dérive du latin Magdalena dans lequel il faut évidemment reconnaître Madeleine. Le problème de cette sainte, dans laquelle semblent s‟être confondu trois personnages cités dans le Nouveau Testament, est évidemment bien connu777. Même s‟il connaît deux foyers principaux, en Provence et Bourgogne, son culte semble s‟être très largement répandu dans l‟ensemble de la France. Cependant si on lui attribuait de nombreuses vertus, Madeleine ne semble pas avoir été connue comme une sainte guérisseuse778. Situation curieuse puisque de nombreux établissements sanitaires ont été placés sous son patronage. En Bretagne il semble que ce soit sous ce vocable que soient placées la plupart des maladreries779. Nous pouvons citer, entre autres, les léproseries de Dinan, du Gâvre (Ille-et-Vilaine), etc780. En conclusion, il nous semble donc possible de faire du lieu-dit de la Magdeleine, l‟emplacement d‟une ancienne léproserie qui devait abriter une chapelle, une fontaine, des bâtiments pour les malades et peut-être aussi un cimetière, comme c‟est souvent le cas pour ce type d‟établissement781.  Saint-Antoine

Située à plus de 2,5 km du centre historique de Carhaix, la chapelle Saint-Antoine a aujourd‟hui disparu tout comme les précédentes. Celle-ci était placée à l‟extérieur à la ville antique qui ne s‟étendait pas au-delà de Kerampest où fut découvert une vaste nécropole à la fin du XIXe siècle782. Ce secteur a néanmoins livré des vestiges gallo-romains. Nous avons en effet déjà évoqué la mise au jour de deux inhumations lors du creusement des fondations d‟une maison 783 : une urne cinéraire du IIe siècle et surtout un coffre de granite composé de quatre blocs remployés784 que P. Guigon propose de dater du haut Moyen Age (fig. 60 et 61)785. Même si tel était bien le cas, nous ne pouvons pas assurer que cette occupation ait un lien avec celle que nous lui connaissons par la suite.

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A.D.L.A., B 1103, f° 28 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 42. Nous retrouvons plus loin la mention d‟un autre parc de la justice situé à proximité : « une piecze de terre nom(m)é Parc en Justice, cerné d‟un endroict sur le chemyn p(ar) où l‟on va dud(ict) Kerahes à la fontaine de la Magdalaine et le chemyn par où l‟on va dudict Kerahes à Gourren », cf. Ibid., p. 47. 776 Le Men, 1876-1877, p. 138. 777 Réau, 1955-1959, p. 848. 778 Ibid., p. 849 779 Le Men, 1876-1877, p. 151. 780 Leguay, 1980, p. 116. 781 Ibid., p. 116. 782 Châtellier, 1900, p. LII-LIV. 783 Sanquer, 1980, Galliou, 1989 (b), p. 112. 784 Eveillard et alii, 1997, p. 52. 785 Guigon, 1994, p. 43.

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Rien ne nous permet d‟affirmer que la chapelle Saint-Antoine existait dès le Moyen Age. L‟édifice n‟apparaît, en tout cas dans nos sources, qu‟au XVIIe siècle. Il n‟est d‟ailleurs cité pour la première fois qu‟en 1660786. Suivant les Annales des Hospitalières, c‟est en ce lieu que s‟installa vers 1660 Anne du Chastel de Kerlech, la fondatrice du couvent : « le prieuré de Saint-Antoine à un quart de lieue de la ville lui fut donné par son beau-frère, Claude du Perrier [...]. C‟est là qu‟elle commença à jeter les fondements de notre maison, le 14 juillet 1663»787. C‟est aussi là qu‟elle mourut et fut enterrée avant que son corps ne soit transporté dans le nouvel établissement de la ville. L‟auteur des Annales ne sait pas combien de temps les sœurs restèrent à Saint-Antoine « mais seulement que ce fut peu d‟années, les autorités de la ville trouvèrent très incommode de faire transporter les malades aussi loin ; elles en quittèrent par condescendance et pour se rendre à Saint-Anne ». Celui-ci précise aussi « qu‟elles continuèrent à percevoir la rente du prieuré Saint-Antoine après l‟avoir quitté, et en jouirent vingt-cinq à trente ans ; après ce temps il parait qu‟elles le remirent aux seigneurs du Boisgarin »788. Saint-Antoine semble donc avoir eu, au moins un temps, fonction de maladrerie (ce qui suppose la présence d‟autres bâtiments que la seule chapelle). Le document utilisé ici est évidemment tardif, mais cette fonction s‟accorderait bien avec le patronage de saint Antoine du moins si on identifie son vocable à Antoine l‟ermite, connu pour ses vertus de guérisseur, et non Antoine de Padoue789. Nous ne connaissons guère la destinée de l‟édifice, il n‟apparaît pas dans le rôle des décimes de 1789 mais existe encore à l‟époque comme le montre l‟évocation du site par C. de la Tour d‟Auvergne. Et c‟est très vraisemblablement au XIXe siècle que celui-ci disparaît. L‟édifice n‟est d‟ailleurs pas mentionné par P. Peyron dans son article sur Carhaix en 1912-1913.

2.3Les infrastructures d‟échange et de production
2.3.1 Foires et marchés de la ville

La documentation abondante des XVIIe-XVIIIe siècles fait clairement apparaître l‟importance commerciale de Carhaix à cette période et qu‟explique en partie sa position de carrefour routier autour duquel s‟organise une partie du réseau du centre de la Bretagne (ce que nous développerons plus loin). Comme toute ville importante, Carhaix possède à ce moment deux grandes foires signalées par le mémoire de Béchaimel de Nointel, intendant de Bretagne en 1689 : « Les deux foires qui se tiennent dans la ville de Carhaix sont considérables. La première commence le jeudy de la Mi-Caresme et dure huit à dix jours. La deuxième commence le lendemain de la Toussaint et dure le même temps. Il se fait dans l‟une et dans l‟autre grand commerce de toutes sortes de draps, d‟étoffes de laine, d‟étoffes de soie, or et argent, de toutes les manufactures du Royaume qui sont apportées par les marchands des villes les plus considérables de France, de toiles de toutes sortes, de dentelles, de fils de toutes sortes, de passements d‟or et d‟argent de toutes sortes, d‟argenterie soit pour l‟usage des églises soit pour le service particulier, de toutes espèces de mercerie et quincaillerie et même de librairie, d‟une grande quantité de chevaux, de beste à cornes et de cochons »790. Le même document nous évoque aussi une foire mensuelle : «Ils s‟en tient encore dans la même ville de

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A.D.F., 11 J 1, Deshayes, 1999, p. 41. Du Laz, 1898-1899, t. 2, p. 27. 788 Ibid., t. 2, p. 28. 789 Sur les deux saints, cf. Réau, 1955-1959, t. III, p. 101-117. 790 Cité par J.Y Carluer dans Le Chartrier, 2005, p. 119. L‟original de ce Mémoire que nous n‟avons pas consulté se trouve à la Bibliothèque nationale dans le fond Clairambault.

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Carhaix une assez grande les premiers samedi du mois de l‟année dans lesquelles s‟enlève ordinairement une très grande quantité de bœuf pour les autres provinces du Royaume »791. Mais si la ville moderne possède un marché et d‟importantes foires, il est plus difficile de saisir quelle était la situation au cours du Moyen Age. L‟acte du Cartulaire de Redon de 1105-1107 mentionne bien la donation par le vicomte Tanguy du droit sur le sel de son marché792. L‟historiographie a habituellement considéré qu‟il s‟agissait ici du marché de Carhaix mais la récente critique de cette charte entreprise par H. Guillotel et J. Quaghebeur, jette évidemment le trouble sur cette interprétation. En tout état de cause, cet événement commercial, s‟il n‟était pas forcément celui de la ville, en était proche793. Par la suite, nos principales informations sont données par le livre-rentier du XVIe siècle. Celui-ci évoque en effet à de nombreuses reprises le marché qui se tient dans la ville le samedi794. Il évoque aussi la présence de deux grandes places commerciales : celle des halles située à l‟intérieur de l‟ancien château sur lequel nous reviendrons et le marcheix ou Martray, qui au XVIe siècle « est le lieu où le plus s‟assemblent les marchans et ault(re)s gens que abondent aud(ict) lieu de Kerahes »795. L‟existence d‟une troisième place nous est aussi connue par les textes : la place au charbon. Un acte du 13 octobre 1425 signale en effet que l‟évêque de Quimper cède à titre de cens à un certain Jean de Chastellouénan « deux hosteulx ou maison à la rue place an glob [mot breton signifiant charbon] et donnant de l‟autre côté sur la rue appelée vulgairement la rue aux sergents »796. C‟est sans doute la même propriété qui est évoquée dans un nouveau document du 8 novembre 1500 dans lequel il est convenu que « la maison rue des charbons et le chemin traversant de la dite rue à la rue des Augustins est maison noble et quitte de toute contribution »797. Nous ne pouvons que rapprocher le nom de cette place du marché au charbon de la ville cité par un autre document de la fin du Moyen Age798. Si elle n‟est pas citée par la suite dans le rentier du XVIe siècle, elle apparaît bien dans le livre de la sénéchaussée de Carhaix en 1640799, tout comme dans le procès-verbal d‟arpentage de 1682800. La localisation de cet aménagement à l‟est de l‟église Saint-Trémeur ne fait ici aucun doute puisque la place porte encore son nom médiéval sur le plan de 1772 et sur le cadastre de 1819 (elle a depuis été rebaptisée place des droits de l‟Homme). 2.3.2 Les halles (fig. 22, n°14)

Les halles constituent sans aucun doute l‟élément central de la vie économique de Carhaix à la fin du Moyen Age. Leur mention est cependant assez tardive puisqu‟elle n‟apparaît pour la première fois que dans le livre-rentier de 1539-1542801. Rien ne nous permet de connaître le moment de leur construction. Leur situation au centre du château pose évidemment question
791 792

Ibid., p. 119. Cartulaire de Redon, 1863, p. 332-333, acte CCCLXXVII : ... dedit eis terram totam quam mater sua juxta Castellum habuerat et salagium, mercati sui... 793 Il n‟est pas inintéressant de noter la mention du salagium taxe sur le sel que l‟on retrouve aussi évoqué à Rennes en 1141, elle offre un intéressant indice pour l‟étude des réseaux de distribution commerciale breton au Moyen Age central qui reste mal connu, cf. Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 373. 794 « deux aultres jours de samedy jours de marché aud(ict) K(er)ahes » cf. A.D.L.A, B 1103, Le Mével, 1999, p. 9, f° 2 v°, « proclama(ci)on sera faict en la ville et juridicion de Kerahes par troys samedy jours de marché » ibid. p. 10, f°3r°, ° : « par troys samedy jour de marché » ibid. p. 11, f° 4 r, etc. 795 A.D.L.A., B 1103, f° 48 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 69. 796 A.D.F, 1 G 326, (De ce document subsite l‟original ainsi qu‟une transcription du XVIIe siècle) Abgrall, Peyron, 1912-1913, p. 332. 797 A.D.F., 1 G 326. 798 Leguay, 1981, p. 240. Nous ne savons pas de quel document provient cette précision. 799 A.D.L.A, B. 1104. 800 A.D.L.A, B. 1123. 801 A.D.L.A., B 1103 f° 5 r°, 5 v° et 6 r°, Le Mével, 1999, t.2, p. 13-15.

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nous y reviendrons. Elles existent déjà depuis un certain temps puisque le rentier évoque l‟ancienne fraude sur le droit d‟étalage de plusieurs anciens receveurs du domaine 802. Le document du XVIe siècle porte aussi quelques éléments de description de ce bâtiment. Celuici se compose d‟environ 45 étals, ce qui suppose un espace assez vaste803, qui se répartit entre deux grandes activités la boucherie et la mercerie. De telles répartitions semblent habituelles dans les halles ; J. P Leguay en a illustré de nombreux exemples en Bretagne. Citons, entre autres, la cohue de Guigamp au XVe siècle où les bouchers occupent une aile, les boulangers et les poissonniers une autre, les chaussetiers, cardeurs et drapiers le reste804. A Carhaix d‟autres activités s‟y regroupent aussi, le rentier évoque ainsi « les marchans qui viennent à ladicte foire, estallent leurd(ictes) marchandises comme draps, cuirs, solies, pains, chair, estain, paelliers et aultres marchandises »805. Une place à la cohue se loue alors 12 sous et 6 deniers auxquels s‟ajoutent les droits d‟étalage et de cohuage806. L‟ouvrage est peut-être déjà associé à l‟auditoire et à la prison qui sont aussi cités dans le rentier807. Nous savons en effet qu‟à la période moderne ces batiments sont accolés à la partie occidentale de la cohue808. Ces halles sont au centre d‟une place dont elles constituent le centre de gravité où convergent plusieurs rues. Sur ses côtés se développent de petites placettes que le rentier nomme « Boutz soubzain », « bout bas », et « boult de hault »809. Les documents modernes nous permettent de suivre la destinée de ce bâtiment. Celui-ci est ainsi évoqué à plusieurs reprises en 1640 dans le livre rentier du domaine de Carhaix810. En 1672, une ordonnance de la police fait passer le tarif de la location d‟une place aux halles à douze livres pour les étrangers, alors que les carhaisiens paient seulement 9 sous811. Comme pour le rentier, le bâtiment est cité aussi plusieurs fois dans le papier terrier de 1678-1680 et le procès verbal d‟arpentage de 1682812. En 1701, l‟ouvrage est l‟objet de réparations qui coûtent mille trois cents livres 813, puis une nouvelle fois en 1723 où « sera faicte la réparation de la ditte halle en toutte plan estendue encequy s‟apelle pierre feuillante et en faiteau pour le mettre en bon estat et conservé la charpente »814. En 1786 et 1787, le bâtiment est rescindé « pour faciliter le passage et la direction de la communication de la grande route de Quimper à celle de Morlaix »815. En parrallèle, l‟auditoire est attenant à la cohue est décrit « comme antique, près à s‟écrouler de

802

« avons trouvé que les recepveurs, qui par cy devant esté entre aultre Regnault Berthault, Thépaut Guillard, Gilles Euzenous et aultre aup(ar)avant eulz, avoint et ont com(m)is par cy devant plusieurs abbus ou faict du(dict) debvoir d‟estallaige et cohuaige » cf. A.D.L.A., B 1103 f° 5 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 13. 803 « Mesmes avoir veü et nombré les estaulx estans en lad(icte) cohue qui pevent estre quarante et cinq ou envyron », cf. A.D.L.A, B 1103, f°5 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 14.. 804 Leguay, 1998, p. 255. 805 A.D.L.A, B 1103, f°5 r°, Le Mével, 1999, t.2, p. 13-14. 806 « avoir nombré et calcullé, ainsi que dict est, lesdictes estaulx et qu‟ils peuvent revenir à douze soulz six deniers cha(cun) estals », cf. A.D.L.A., B 1103, f° 6 r°, Le Mével, 1999, t.2, p. 14 807 Leur localisation n‟est jamais précisée. Sur « l‟auditoire et lieu tribunal dud(ict) lieu, cf. A.D.L.A., B 1103, f° 4 v, etc, Le Mével, 1999, t. 2, p. 12, ect. Pour la prison : « [les] vieilles prisons [...] auquel emplacement ilz [les paroissiens] ont mys leurs cloches jucques à avoir baty leur clochier », cf. A.D.L.A, B 1103, f° 45 v°, Le Mével, 1999, p. 65 808 Voir notamment le plan de la ville en 1772. L‟auditoire à été une première fois reconstruite en 1639. Pour les travaux sont prélevés une somme sur les octrois de la ville, cf. A.D.F. 2 E 1502 (3), Le Chartrier, 2005, p. 132. 809 AD.L.A, B 1103, f° 22v°, f° 24 r°, 28 v° et 29 v°, Le Mével, 1999, t.2, p 35, 36, 42 et 43, Leguay, 1998, p. 251. 810 A.D.L.A., B 1104. 811 Le Chartrier, 2005 dir., p. 131. Nous ne connaissons pas l‟origine de cette information. 812 A.D.L.A., B 1106, 1107 et 1123. 813 Le Chartrier dir., 2005, p. 231. 814 A.D.F., 2 E 1502 (3). 815 A.D.I.V., C 622.

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vestusté et déjà condamné »816. En 1794, J. Cambry qui ne dresse pas un portrait très positif de la ville, note tout de même que « les halles y sont en bon état»817. Elles seront finalement détruites en 1850818. Cette opération est suivie de la reconstruction de l‟hôtel de ville entre 1861 et 1866819. Ce dernier sera pourtant détruit à son tour en 1890. 2.3.3 Le four banal

Le four constitue évidemment un élément important dans toute cité médiévale. Il estl‟un des symboles forts du pouvoir du seigneur qui perçoit une taxe pour son utilisation. Ce droit est important et son possesseur fait tout pour protéger. C‟est bien, en tout cas, ce que semble nous apprendre l‟exemple de Carhaix dans une source de la fin du XIIIe siècle. Il s‟agit d‟une lettre de 1287 dans laquelle les exécuteurs du testament de Jean Ier le Roux, à savoir les évêques de Rennes, Vannes et Saint-Brieuc, le doyen de Saint-Brieuc, et un écolâtre de Nantes, lèvent l‟interdiction, faite par le duc aux habitants, d‟utiliser le four du chevalier Bizien820. Il ne semble pas très difficile d‟interpréter cette interdiction comme une mesure de protection du prince pour conserver ses droits en obligeant les citadins à utiliser son four (qui n‟est pas directement évoqué ici). Précisons tout de même que nous ne savons ni à qui correspond ce personnage de Bizien, qui est sans aucun doute un noble local821, ni où se localisait son four. Le four de Carhaix n‟apparaît clairement que dans le rôle rentier de 1539-1542822. Ce dernier n‟apporte cependant pas d‟autres informations que sa seule existence, sa localisation n‟est pas précisée823. Il en est de même dans le rentier de 1640 qui mentionne : « le four à ban de la ville de Carhaix affermer la somme de deux cent quarante livres »824. Le document évoque bien « une yssue estant au bout de la maison au four à ban » mais n‟est guère plus précis sur son emplacement825. En 1678-1680, le papier terrier utilise quasi systématiquement la formule « sujet à obeissance à sa majeste [...] à la suite de la cour et juridiction de Carhaix et aux fours et moulins banaux de Carhaix »826. Le livre d‟arpentage de 1682 s‟il ne donne pas la localisation évoque par contre : « le ruelle conduisant de la rue des Augustins au four banal de Carhaix au Martray »827. Nous ne savons pas si c‟est cette seule indication ou au contraire un document plus précis, que nous ne connaissons pas, qui permet à J. F. Caraes de situer la maison au four à l‟angle nord-ouest du Martray828. En l‟absence d‟autre information il est
816

Ibid (Document de 1786). La commune décide d‟acheter alors « un hôtel mieux situé succeptible moyennant quelques réparations urgentes [...] d‟y faire un hôtel de ville ». 817 Cambry, 1979, p. 119. 818 « J‟ai l‟honneur de vous faire le renvoi, après l‟avoir revêtue de mon approbation, de la délibération en date du 29 juillet dernier par laquelle le conseil municipal de Carhaix vote la démolition des halles de cette commune et la vente des matériaux qui en proviendront » (lette du maire de Carhaix au sous-préfet de Châteaulin,) cf,. A.D.F., 2 O 224. 819 A.D.F., 2 0 224. 820 A.D.L.A, E 157. Ce document est consultable en microfilm à la référence 2 Mi 785 R34/2.. Il en existe une transcription du XVIIe siècle dans les archives de la commune antérieure à la Révolution, cf. A.D.F., 2 E 1502 (3) 821 Un « Bizien de Poher, chevalier » est cité en 1297 comme témoin du jugement rendu par le duc de Bretagne au sujet du meutre d‟Alain Nuz, cf. Dom Morice, col. 1120. Enfin, même s‟il n‟existe pas forcément de lien avec le personnage qui nous intéresse, nous relevons qu‟en 1441, le sieur du manoir de Kergorno en Plouguer, porte le nom de Bizien, cf. A.D.L.A, B 1083. 822 A.D.L.A, B 1103, f° 5r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 13. 823 Le document évoque « une yssue de terre estante au bout de la maison du four à ban de Kerahes », cf. A.D.L.A., B 1103, f° 46 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 65. 824 A.D.L.A., B 1104, f° 33 r°. 825 Ibid., f° 17 r°. 826 A.D.L.A, B 1106 et 1107. Cette phrase connaît plusieurs variantes. 827 A.D.L.A., B 1123, f° 11 r°. 828 Caraes, 1984, p. 130.

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difficile de juger cette proposition de l‟historien, le bâtiment se situait en tout cas à proximité du Martray. Notons qu‟il s‟agit d‟un secteur de la ville qui s‟est beaucoup transformé au XVIII siècle avec la construction de la place du champ de bataille en 1760829. Peut-être est-il un peu illusoire de vouloir situer cette construction sur un plan postérieur à ses grands travaux. Il est d‟ailleurs très vraisemblable que le four ait été détruit à cette occasion puisque dans un document de mars 1772, l‟ingénieur P.J. Besnard nous apprend « qu‟ayant visité la maison de Pierre de Léréné qu‟on avait dessein d‟acheter pour y loger le four banal, nous avons reconnu que pour mettre cette maison en état d‟y loger un fournier et pour la construction d‟un four dans icelle, il couteroit presque autant de dépense que pour faire une maison neuve pour quoi nous sommes d‟avis et estimons plus expédient de choisir un terrain appartenant à la ville sur lequel on batiroit une maison à four »830. De cette indication, il semble aisé de conclure que si la communauté veut faire construire un nouveau bâtiment c‟est bien que le précédent a disparu. 2.3.4 Les ponts

Que l‟on vienne du nord, de l‟ouest ou du sud, l‟accès à Carhaix nécessitait le franchissement d‟un cours d‟eau. Ces contraintes naturelles ont nécessairement imposé la construction de ponts pour les franchir. Ainsi pour la période moderne, nous en connaissons au moins trois pour l‟Hyères : le pont du Petit-Carhaix, celui de Moulin Meur et de Sainte-Catherine. Parmi ceux-ci, seul le premier est directement lié à l‟espace urbain (fig. 22, n° 15). Il constitue même l‟un des grands éléments structurants de la ville médiévale de Carhaix. C‟est en effet autour de ce point de franchissement que s‟organisent d‟un côté de la rive, le faubourg de Trouglévian (devenu Petit-Carhaix), et de l‟autre, le hameau de Kergroas où se rencontre la route de Morlaix et le chemin de Coatilouarn. Son existence est attestée dès le XVIe siècle dans le rôle rentier qui cite : « le pont de Tnouglevyan »831. Nous savons par des documents du XVIIe et du XVIIIe siècle que le seigneur du Tymeur en Plounévézel percevait une taxe sur le passage de ce pont832. Même s‟il est difficile de la prouver, il n‟est pas impossible que cette situation de la période moderne perpétue des droits déjà anciens détenus par les ancêtres de cette famille833. Le rentier du XVIe n‟en fait certes aucune mention mais celui-ci s‟intéresse aux seuls biens du domaine royal, cela n‟a donc rien d‟étonnant. L‟ouvrage qui subsiste aujourd‟hui est une construction de la période moderne (fig. 62). Il s‟agit d‟un pont à trois arches dont les piles sont protégées par des avant-becs et des arrièrebecs de section rectangulaire, amortis par des pyramides renversées834. L‟ensemble est fait d‟un appareil irrégulier de moellons de schiste. Sa réalisation n‟est pas datée précisément mais les points communs qu‟elle possède avec le pont Saint-Pierre, achevé en 1781835, incite à proposer le XVIIIe siècle. Du côté de Kergroas, une quatrième arche vient s‟ajouter à l‟ouvrage d‟origine dont il dénote nettement par son appareillage de grès assisé. Il doit sans doute dater du XIXe siècle. Même s‟ils ne sont pas directement liés à la ville, il n‟est pas inintéressant d‟évoquer les deux autres ponts anciens de l‟Hyères. Celui de Moulin-Meur, tout d‟abord, n‟est certes pas attesté

829 830

A.D. I.V., C 620. A.D.I.V., C 622 831 A.D.L.A., B 1103, f°46 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 66. 832 A.D.F., 51 J 42 833 Sur la filiation de du lignage des seigneurs de Tymeur, cf. Jegou du Laz, 1898-1899, t. 2, p. 417-422. 834 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 34et 93. 835 Ibid., p.

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au Moyen Age, mais le toponyme auquel il est associé est cité, lui, dès 1505836. Il est de plus placé sur l‟une de principales routes sortant de la ville au XVIIIe et au début du XIX e siècle(fig.63). Celle-ci reprendrait d‟ailleurs le tracé de la voie romaine menant à l‟AberWrac‟h837. L‟ouvrage en lui-même, aujourd‟hui très ruiné (son arche centrale s‟est écroulée), est une construction moderne très proche, par ses dispositions comme son mode de construction, de celui du Petit-Carhaix. Il date donc vraisemblablement de la même époque. Le pont Sainte-Catherine est plus intéressant encore puisqu‟il s‟agit d‟une construction médiévale (fig. 64 et 65). Le fait est suffisamment rare en Bretagne pour mériter d‟être signalé. Son nom, l‟ouvrage le tient de la chapelle à laquelle il est associé. Celle-ci, citée, à de nombreuses reprises dans le rôle rentier du XVIe siècle, était l‟église tréviale de Plounévézel. L‟édifice existe bien encore aujourd‟hui mais ces parties anciennes ne semblent pas remonter au-delà du XVIe siècle838. Le pont, jamais directement évoqué dans les sources écrites, se situait sur « le chemyn qui va de K(er)ahes à Saincte-K(at)herine »839, qui reprend le tracé de la voie romaine qui menait vers Lannion et Tréguier. Celle-ci est d‟ailleurs encore utilisée au XVIIIe siècle puisqu‟elle est représentée sur la carte de Cassini. L‟ouvrage long de 19, 80 m et large de 4, 20 à 5, 10 m, se compose de 4 arches. Celles-ci construites en tas-de-charge, prennent la forme d‟arc en mitre. Leurs piles sont protégées par des avant-becs et des arrièrebecs triangulaires. L‟ensemble est construit dans une maçonnerie hétérogène, de moellons de schiste et de grès, en moyen appareil irrégulier assemblé sans mortier840. L‟ancienneté apparente de cet ouvrage a été à l‟origine de datations multiples. P. du Châtellier y voyait en 1901 une réalisation protohistorique : « il n‟est pas trop téméraire, croyons-nous, de dire que le pont Sainte-Catherine est antérieur à la voie romaine qui y aboutit et qu‟il remonte à l‟époque de l‟indépendance gauloise, d‟autant qu‟il n‟a aucun des caractères propres aux édifices romains, tandis qu‟au contraire son mode de construction est exactement celui des sépultures de l‟époque du bronze, dont nous avons fouillé un si grand nombre dans la région où il se trouve »841. Cette hypothèse n‟est évidemment pas acceptable, de même que l‟idée d‟une construction romaine ; l‟ouvrage semble par contre mieux correspondre à une réalisation médiévale. Une datation précise est évidemment difficile, d‟autant que nous manquons de plus d‟éléments de comparaisons régionales. Il devait aussi exister des ponts sur la rivière du sud de la paroisse. Les travaux entrepris pour la construction du canal de Nantes à Brest ont évidemment changé la physionomie des lieux, mais il est possible de supposer l‟existence d‟au moins trois points de passages anciens correspondant aux trois principales routes sortant encore de la ville au début du XIXe siècle. Le premier sur la route de Quimper, devait se situer au niveau de l‟actuel port de Carhaix, en qui A. Deshayes propose de reconnaître l‟ancien toponyme « pont du Guergoat » cité en 1678842. Celui-ci tient son nom du manoir de Kergoat (cité dans un aveu 1494843) qui se situe à proximité. Même s‟il n‟en existe pas de mentions anciennes, les lieux-dits Pont de Daoulas et Pont de Kervoulédic doivent aussi correspondre à d‟anciens points de franchissement puisqu‟ils se situent, respectivement, sur les anciennes routes de Quimperlé et Hennebont.
836

Deshayes, 1999, p. 120. L'auteur situe ce lieu à Kergloff mais nous ne connaissons cependant aucun hameau de ce nom sur ce territoire. Il correspond donc sans doute au Moulin-Meur de Carhaix et Plounévézel qui se situe d‟ailleurs à proximité de l‟ancienne trêve de Cléden-Poher. 837 Mussat dir., 1969, p. 34. 838 Ibid., p. 57-58. L‟édifice à vaisseau unique et chevet plat ne présente plus ses dispositions d‟origine. Sa nef plus ancienne présentait en effet deux vaisseaux comme le prouve la série d‟arcades bouchées du mur goutterot sud. Sa partie occidentale a aussi été modifiée par l‟adjonction d‟une facade datée de 1645. 839 A.D.L.A., B 1103, f° 35 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 50. 840 Mussat dir., 1969, p. 59. 841 Châtellier, 1902, p. 261. 842 Deshayes, 2003, p. 41. 843 A.D.L.A., B 1083.

101

2.3.5

Les moulins

Le rôle rentier du XVIe siècle cite 5 moulins dépendant du domaine de la sénéchausée de Carhaix. C‟est à l‟occasion de la liste des fermes ordinaires que ce document nous cite les différents batiments : « la ferme des moulins à blé de Pontsabiec, la ferme du moulin foulleret de Pontsabiec [...] la ferme des moulins bladerets de Ploelouen qui s‟apellent Moulin Neuf et Moulin en Rage, la ferme du moulin à Tan de Tnouglevyan »844. La liste est quasiment la même dans le rentier de 1640 qui cite : « le moulin du Pont sabiec sytuée en treff Kergloff [...] les moulins neuff et du Rage sytués en la paroisse de poulaouen [...] le moullin de Bourgneuff sytué en la paroisse de Duault [...] le moulin du ban de K(er)pinguellen situé en la paroisse de Mesle »845. Aucun de ces documents ne cite, par contre, l‟actuel du Moulin du Roy dont le nom apparaît pour la première fois en 1678846. Sur la liste ici dressée, un seul moulin est directement lié à l‟espace urbain : celui de Trouglévian. Sa présence dans le faubourg de la ville n‟a évidemment ici rien d‟étonnant à la vue de la situation de ce pôle d‟habitat né sur un point de franchissement de l‟Hyères. Si le rôle rentier du XVIe siècle fait plusieurs mentions de ce bâtiment, il n‟en apporte pas pour autant d‟éléments de description. Il nous faut, par contre, signaler la mention dans le papier terrier de 1678-1680 d‟une « tannerie clos de muraille et l‟appenteix couverte d‟ardoise contient de long trente et un piezd, de large, dix huit piedz et demy estant près la chapelle de Sainct Thomas joignant de l‟occident à la rue »847. L‟emplacement de ce moulin, représenté sur le cadastre du XIX siècle, se voit encore très bien aujourd‟hui. Celui-ci était en effet placé sur un îlot vers l‟intérieur duquel était détournée l‟eau de la riviève pour alimenter la roue. Même si cela nous éloigne à nouveau du monde urbain, il n‟est pas inintéressant d‟évoquer les autres moulins de la paroisse de Plouguer. Sur ce sujet, nous constatons rapidement que, sur la liste que nous pouvons dresser à partir des deux rentiers de la sénéchaussée, nous comptons quatre structures extérieures à ce territoire : les Moulins Neuf et en Rage (actuel Raget) en Poullaouen, le moulin de Bourgneuf en Duault et Kerpinguellen en Mael-Carhaix. Le cas de Pontsabiec mérite par contre plus d‟attention. Les commissaires réformateurs du rentier du XVIe siècle témoigne à son sujet que « Apres nous estre transportez sur les lieux en voyant l‟indigence de reparacion de moulins) blé dudict Pontsabiec, avons veü l‟empla(ci)on et situacion de aultreffroys estoit led(ict) moulin foulleret, au joignant desd(ictz) moullins à blé. Et à présent n‟y a que ung costé desd(ictes) murailles et sont les aultres toutes ruynés et tombé par terre et n‟y apiert que led(ict) costé de veilles murailles. Et avons trouvé que vignt cinq ou trante ans sont et plus que led(ict) moullin foulleret est ruyneux et tombé par terre et n‟a aultrement besoigne ne servy »848. La localisation exacte de ce lieu n‟est pas connue. Le toponyme a aujourd‟hui disparu. Nous avons vu que le rentier de 1640 situe celui-ci en Kergloff, où aucun hameau ne porte aujourd‟hui ce nom. A. Deshayes en retrouve cependant bien une nouvelle mention dans cette trêve en 1604849. Mais il est aussi cité à Plouguer en

844 845

A.D.L.A., B 1103, f° 4 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 13. A.D.L.A, B 1104, f° 32 r. Chaque déclaration du papier terrier de 1678-1680 se termine par une formule de soumission aux droits bannaux et notamment pour l‟utilisation des moulins : : « [il ou elle] recognoist de tenir pareillement de ladicte maisté soubs le mesme domaine à titre de cens et à devoir rentes, le cas arrivant, et pareille obeissance, que devant, se soubmettant à suivre le distroit des fours bannaux et moulins du Roy situés soubs la banlieue, et à en payer les droits ordinaires aux fins de la coustume de ce pais »., cf. A.D.L.A., B 1106 et 1107. 846 A.D.F., A 6, Deshayes, 1999. p. 41. 847 A.D.L.A, B 1107, f° 109 r°. 848 A.D..L.A., B 1103, f° 6 v° et 7 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 15-16. 849 Deshaye, 1999, p. 120, A.D.F., 51 J 12 (non vérifié)

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1678850. Ce rapprochement peut évidemment faire penser à un lieu situé à la frontière entre les deux paroisses. Une telle situation correspondrait bien à l‟actuel Moulin du Roy situé à l‟ouest de la ville, sur le bord de l‟Hyères, à côté d‟un chemin qui mène au bourg de Kergloff (et donc à l‟emplacement d‟un ancien point de franchissement qui devait être logiquement un pont). Même si nous ne pouvons pas l‟assurer, il nous semble vraisemblable que le lieu-dit Pontsabiec correspond au Moulin du Roy dont le nom se serait progressivement subsitué au toponyme ancien. En dehors des dépendances du roi, la paroisse de Plouguer, enserrée entre deux rivières présentait, évidemment bien d‟autres moulins. Certains manoirs en possédaient, c‟est le cas du moulin de Kerniguez sur l‟Hyères (moulin de Querneguez en 1678) qui dépendait de la maison noble du même nom851. De même, il existait en 1704 un « moulin de Kergourtois »852 (non localisé) qui tient son nom du manoir de Kergoutois. Il faut enfin citer Moulin Meur, mentionné en 1505853, situé sur l‟Hyères du côté de Plounévézel à côté de l‟ancienne voie romaine qui menait à l‟Aber Wrac‟h. 2.3.6 Les carrières de pierre

Même si l‟information peut paraître anecdotique, il nous a semblé intéressant de souligner la mention d‟une perrière dans un acte de 1485. Ce document déjà cité, fait en effet état de la donation par Guillaume Le Gentil « d‟un parc étant esmete et faubourg de notre ville entre le grand chemin qui conduit de Carhaix au manoir de Kercourtois d‟un autre côté, et les terres des enfants Alain le Berre sur un grand chemin qui conduit de l‟église de Saint-Quigeau à la fontaine Ledan, et le coin dudit parc est près de la croix vulgairement appelée Croix Guillouy, autour duquel parc il y a une perière de laquelle la plupart de ladite église et tout dortouer et tous autres édifices, ou dit couvent de pierre de maçonnerie auroient esté d‟icelle périère »854. Le rentier de 1640, nous signale l‟existence d‟une seconde carrière : « une perrière sur laquelle est [...] basty une maison [...] sytuée au village de Kergroix près Trouglévian borné du chemin qui conduist de Carhaix à Morlaix »855. Nous savons aussi qu‟une partie des pierres utilisées pour les pavements des rues à la fin du XVIIIe, proviennent d‟une carrière située au Moulin du Roy856. Nous ne pouvons évidemment pas assurer que ces deux dernières existaient au Moyen Age, mais l‟information est intéressante. Le positionnement de carrières dans les faubourgs de la ville correspond à une situation assez courante. J.P. Leguay a déjà signalé de nombreux exemples de carrières situées à la périphérie des agglomérations. C‟est le cas dans une grande cité comme Rennes où existait une dizaine d‟exploitations dans un rayon de 1 à 5 km autour de la ville. C‟est aussi vrai pour des agglomérations moins importantes comme Saint-Pol-de-Léon où l‟on tirait profit « des vieilles perrières » établies sur le chemin de « croassiou Moyec »857. Ce point sur la question de l‟approvisionnement en matériaux de construction des édifices de la ville impose de constater l‟importance du phénomène de remploi au Moyen Age. Celui-ci n‟a rien d‟étonnant, il a d‟ailleurs pu être analysé dans d‟innombrables sites au passé antique

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Deshayes, 1999, p. 42, A.D.F., A 6. Deshayes, 1999, p. 41. 852 Ibid., p. 42. 853 Ibid., p. 120. 854 A.D.F., 13 H 26. 855 A.D.L.A., B 1104, f° 28 r°. 856 « les nouveaux pavés seront en pierre brutte ou blocage des carrières du Moulin du Roy ou d‟autres des environs des meilleurs bancs », cf. A.D.I.V., C 622. Il s‟agit d‟une mention extraite du devis des réparations envisagé dans la banlieue de la route de Brest à Carhaix datant de mars 1779. Ces pierres ont aussi utilisé pour le pavement du champ de foire, cf. A.D.I.V.C 621. 857 Leguay, 1980, p. 89.

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reconnu858. L‟observation de certains monuments de l‟agglomération médiévale montre que les réutilisations ont été nombreuses et ont continué pendant toute la période qui nous occupe. L‟analyse de l‟église de Plouguer en montre déjà l‟existence au XIe siècle. Mais elle subsiste encore au XVIe comme le démontre les observations du géologue L. Chauris sur la tour porche de Saint-Trémeur. Comme G. Le Cloirec nous l‟a suggéré, il est vraisemblable que de nombreux vestiges de la ville romaine de Vorgium étaient encore visibles au cours du Moyen Age. Ils servaient alors de véritables carrières à ciel ouvert. C‟est bien ce que semble attester la fouille du bâtiment (vraisemblablement) romain découvert par M. Le Goffic au 2 rue des Augustins. Un de ses murs semble, en effet, avoir été épierré au XIVe ou au XVe siècle859. Les observations sont plus nettes encore sur le site de la domus constantinienne du centre hospitalier où a été constaté l‟existence de nombreuses fosses de récupération de matériaux dont le comblement a livré des tessons de céramiques onctueuse et même des fragments de poteries à glaçure jaune pouvant dater des XIIIe-XVe siècle860.

2.4L‟habitat civil
2.4.1 Les maisons anciennes de Carhaix

Le chevalier de Fréminville, dans son ouvrage Antiquité du Finistère, paru en 1835, décrivait Carhaix comme une cité renfermant « beaucoup de vieilles maisons, la plupart bâties en colombage, ayant extérieurement des corniches saillantes à chaque étage, lesquelles sont chargées d‟ornement bizarre et supportées par des figures représentant divers personnages religieux, guerriers, dames, etc., dont la plupart portent des costumes ou des armures du quinzième ou du seizième ». La ville conserve encore une grande partie de ses constructions qui se concentrent pour l‟essentiel autour des rues Brizieux (ancienne rue du Pavé), G. Lambert, F. Faure, F. Lancien (ancienne rue des Augustins) et la place de la mairie (fig. 66). En 1969, l‟Inventaire répertoriait pas moins de 42 maisons anciennes existantes ou disparues pour le seul centre-ville861. Celles-ci forment un ensemble qu‟il est possible de répertorier en deux groupes :  Les maisons en pan-de-bois

Elles sont celles qui attirent le plus rapidement l‟œil du visiteur et auxquelles on a souvent tendance à donner la plus grande « antiquité ». Mais en Bretagne comme en Normandie ou dans les autres régions françaises, il n‟en est généralement rien. Ces constructions sont très souvent des réalisations de la période moderne et malheureusement pour nous, Carhaix ne déroge pas à cette règle. En effet sur les 12 maisons en pan-de-bois répertoriées par l‟Inventaire dans la ville, aucune ne remonte au Moyen Age. Parmi celles-ci, la plus ancienne et aussi la plus remarquable, est incontestablement « la maison du sénéchal » située au n° 6 de la rue Brizieux et au n°1 de la rue F. Faure (fig. 67) Comme le note D. Leloup, celle-ci est encore médiévale dans sa conception862. Elle est établie suivant un plan à deux pièces, l‟une sur la rue, l‟autre sur la cour, reproduit sur 3 niveaux, (rez-de-chaussée et deux étages dont le dernier sous comble) desservies par un escalier
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Un point rapide sur le phénomène de remploi des vestiges antiques au haut Moyen Age est fait par P. Guigon dans sa thèse, cf. Guigon, 1997-1998, t. 1, p. 17-35. 859 Le Goffic, 1989, p. 2, Le Goffic, 1993, p. 51 860 Hillairet, Le Cloirec, 1996, p. 292. Le même type de structure a été découvert sur le site de la réserve archéologique (information de G. le Cloirec que nous remercions). 861 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 28-31. 862 Leloup, 2002, p. 62.

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intérieur en bois, placé sur le mur goutterot méridionale au droit de la cloison médiane. Elle reprend donc ici un modèle courant pour les manoirs urbains comme au n° 28 rue du Pont à Pontivy ou le n°15 bis rue de Kerampont à Lannion (disparu), et qui est utilisé de manière systématique dans les maisons en Bretagne pendant tout le XVe siècle ainsi que dans une large partie du XVIe siècle863. La tradition médiévale s‟observe aussi à sa façade antérieure à ferme débordante, qui présente encore des encorbellements profonds avec ses sablières maintenues par une série de solives qui débordent depuis le premier et le deuxième étage. Mais c‟est peut-être elle, aussi, qui traduit le mieux l‟appartenance de cette construction à la période moderne. Le rez-de-chaussée s‟ouvre en effet par une porte placée dans l‟axe entre ses deux vitrines. Ce mode d‟accès est caractéristique des transformations connues par la maison urbaine à partir du XVIe siècle, qui voit le déplacement de la porte d‟entrée au centre de la façade, comme c‟est le cas à la maison dite de Saint-Vincent Ferrier à Vannes (1574)864. Mais c‟est surtout le décor de ce niveau qui est le plus parlant, avec l‟introduction d‟un vocabulaire antiquisant qui traduit l‟influence de la Renaissance tel qu‟on peut aussi le retrouver dans la maison n°2 rue du Port à Vannes865. Les figures sculptées dans les poteaux de bois des étages supérieurs sont par contre plus classiques. Suivant D. Leloup, celles-ci représenteraient les différentes classes sociales de l‟Ancien Régime et reprendraient le thème religieux des danses macabres866. Elles peuvent être rapprochées des décors de maisons anciennes comme celles du n° 2 de la rue de l‟évêché à Quimper (disparu), du n° 33 rue du Mur à Morlaix ou des n°1 et 3 rue de Geoffroy-de-Pont-Blanc et du n°31 place Général Leclerc à Lannion. L‟ensemble de ces caractéristiques rend surprenante la date de 1606, portée par cette construction. Celle-ci est pourtant reprise par D. Leloup dans son ouvrage sur les maisons à pan de bois, mais le chercheur ne semble pas exclure pour autant « une modification due à une restauration après les guerre de la Ligue »867. Cette solution nous semble ici à priviliégier. L‟architecture et surtout le décor semblent en effet bien mieux s‟accorder avec la datation dans le deuxième tiers du XVIe siècle proposé par l‟Inventaire868. Hormis cet exemple la plupart des maisons à pan de bois de Carhaix sont établies sur le modèle que l‟on observe, entre autres, aux n°1, 5 et 9 de la rue Brizieux (fig. 68 et 69)869. Elles se caractérisent par leur encorbellement peu marqué, toujours tenu par les solives du plancher, étrésillonnées par des entretoises. Leur appartenance à la période moderne ne fait guère de doute. La maison n°1 rue Brizieux porte ainsi la date de 1574 sur sa façade latérale, et il est très vraisemblable que les autres constructions de ce groupe ont été réalisées à la même époque.  Les maisons en pierre

L‟Inventaire a répertorié une trentaine de maisons en pierres dans Carhaix et ses faubourgs dont la plupart datent malheureusement pour notre sujet, des XVIIe et XVIIIe siècles. Quelques unes semblent cependant appartenir à une période plus ancienne. C‟est le cas du n°16 rue Brizieux, construction établie sur trois niveaux dont le dernier sous comble (fig. 70). La façade se caractérise par l‟utilisation de belles pierres de taille en grès appliquées en assises régulières et par l‟emploi du granit pour ses ouvertures. Le premier niveau s‟ouvre sur la rue par une porte divisée en deux par un croisillon placé dans sa partie
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Ibid., p. 27. Ibid., p. 59-60. 865 Sur ce type de décor cf. Ibid., p. 77. Il est évidemment possible de rapprocher ces motifs de ceux observables aux niveaux supérieurs des clochers-porches de Saint-Trémeur et de Saint-Pierre. 866 Leloup, 2002, p. 62. 867 Ibid., p. 62. 868 Mussat dir., 1969, t. 1, 28-29. 869 Ibid., t. 1, 28-29.

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supérieure et une large ouverture (servant aujourd‟hui de vitrine) couverte d‟un arc segmentaire, qui devait reposer à l‟origine sur une allège disparue870. Séparé de ce niveau par un bandeau, le premier étage est, lui, ajouré par deux baies rectangulaires placées sur son côté gauche avec une niche qui porte encore une petite statue à l‟effigie de sainte Madeleine. L‟ensemble est surmonté par une corniche à modillon qui soutient la charpente du dernier étage. Cette maison porte, il est vrai, la date de 1729 mais il s‟agit ici incontestablement d‟une réfection. L‟observation de la façade montre en effet clairement que le pignon sud est indépendant de la maçonnerie du premier étage qui vient s‟accoler contre lui. Ce détail laisse supposer que la construction était à l‟origine un pan de bois et que les niveaux supérieurs n‟ont été reconstruits que par la suite. De quand date alors la partie originelle ? La question est difficile à résoudre mais l‟on peut remarquer que la mise en œuvre rappelle celle des façades latérales de la maison du sénéchal ou celle du n°1 rue Brizieux (daté de 1577). Elle pourrait donc appartenir à la fin du XVIe siècle. Autre exemple intéressant, le n° 13 de la place des droits-de-l‟Homme (ancienne place aux charbons). Beaucoup plus simple que la précédente, cette maison de plan rectangulaire ne présente qu‟un étage. Le rez-de-chaussée s‟ouvre, dans l‟axe, par une porte couverte d‟un arc en plein-cintre, encadrée par deux fenêtres rectangulaires dont l‟une est décorée de deux accolades (fig. 71). Motif qui est aussi repris sur l‟une des deux baies du niveau supérieure. Il faut noter que cette construction est établie sur le même alignement que les maisons qui lui sont mitoyennes et qui forment le côté nord de la place. Elles doivent logiquement appartenir à la même période. En l‟absence d‟autre élément de datation que la présence d‟arc en accolade, il semble raisonnable de rapporter leur réalisation au XVIe ou même au XVIIe siècle. Les mêmes datations peuvent sans doute être proposées pour d‟autres maisons situées à l‟extérieur de la ville. C‟est le cas du n° 32 rue de l‟Eglise-de-Plouguer, construction de plan rectangulaire s‟ouvrant par une porte et deux baies au rez-de-chaussée et une fenêtre dont le linteau est décoré d‟un arc en accolade à l‟étage871 et pourvu d‟une tour d‟escalier hors-oeuvre sur sa façade postérieure (fig.72). C‟est aussi celui des maisons 1 et 2 de la route Carhaix, dans le faubourg de Kergroas en Plounévézel. Elles sont toutes deux établies suivant un plan rectangulaire très allongé, s‟ouvrant pour la première par une porte et quatre baies (deux à chaque niveau), et pour la seconde par deux portes jumelées encadrées de deux fenêtres à croisillons et arc en accolade (fig. 73 et 74)872. Il n‟existe donc aucune maison à Carhaix que l‟on puisse raisonnablement rapporter au Moyen Age. La majorité des constructions anciennes, visibles dans l‟agglomération semble dater de la fin du XVIe ou du XVIIe siècle. Elles sont sans doute révélatrices du développement de l‟agglomération au cours de cette période, mais reflètent, peut-être aussi, les destructions occasionnées par les guerres de la Ligue. Il y a aussi un certain nombre de constructions du XVIIIe siècle dont la majorité, à savoir les n° 19 et 21 de la rue F. Faure, et les n° 3, 5 (?) , 7 et 1 de la rue Générale Lambert, se concentre le long de l‟ancienne rue des Augustins. Peut-être ont-elles un lien avec les réfections que connaît une partie de la voierie de la ville à cette période873 ?
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On observe en effet que dans la partie inférieure le granit utilisé pour l‟encadrement de l‟ouverture disparaît au profit de petites pierres de grès qui sont ici la preuve d‟une réfection. 871 Celle-ci est sans doute un remploi inséré à l‟occasion d‟une réfection comme le suppose l‟observation de la césure visible sur son côté gauche. 872 La maison n° 3 sur le chemin de Coatilouarn, toujours à Kergroas, présente le même type de baie. 873 A.D.I.V., C 620 et 621. Les documents conservés ne sont pas toujours précis sur les rues qui ont fait l‟objet de travaux mais il est parait certain que ceux-ci ont touché la rue des Augustins qui est l‟un des axes principaux de la ville et qui débouche de plus sur l‟ancienne route de Carhaix à Rostrenen.

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2.4.2

L‟habitat médiéval d‟après les sources écrites et l‟archéologie

Puisque aucune maison médiévale n‟est conservée, le chercheur doit tourner son regard vers d‟autres sources d‟informations pour tenter d‟approcher ce que pouvait être la réalité matérielle de l‟habitat à Carhaix au Moyen Age. Il n‟en existe que deux : les documents écrits et les découvertes archéologiques. L‟utilisation de la première peut paraître décevante. Rares sont les écrits qui conservent des éléments de description de bâtiments privés, et, lorsque c‟est le cas, celles-ci sont pour le moins succinctes. Ce fait s‟applique bien au rôle-rentier de 1539-1542 de Carhaix qui est pourtant là encore notre seule source sur le sujet. Sa nature comptable explique sans aucun doute ce fait. Comme nous l‟avons déjà dit, ce document énumère seulement 85 habitations parmi lesquelles nous dénombrons 65 « maisons »874. Comme le note A. Mével dans son étude, le terme est ici relativement neutre875. Nous ne savons pas à quelle réalité architecturale il renvoie. Il faut cependant signaler trois mentions qui apportent quelques éléments de descriptions876 :  « une place de terre [...] pour faire ung advancement et appentilz au nyveau et desu des aultres advancementz et appentilz des maisons estantes en ladicte rue et comme la prochaine maison icelle maison dudict Landeleau [...] de long sept piez de longueur ; de largeur vingt six piez y comprins le moictié de ses deux murailles, de haulteur sept piedz ou envyron »877  « ung avancement de appentiz pour fair maison et gallerie sur postz pres la cohue de Kerahes, contenant de longueur tirant vers la cohue vingt piedz ou envizron et de largeur dixouict »878.  « ung avancement et emplacement de maison et gallerye sur postz [...] iceluy avancement contenant quinze piedz en carré »879. Plus encore que les indications de dimensions, c‟est l‟évocation de « galleries sur postz » qui retient notre attention ici. Comme l‟a souligné A. Le Mével, il s‟agit sans doute de maisons à piliers880. Ce type, déjà décrit par J. P. Leguay881, est assez courant dans les villes et semble plutôt révéler la présence d‟habitants aisés. Dans son ouvrage sur les maisons à pan de bois bretonnes, D. Leloup a dénombré pas moins d‟une cinquantaine de constructions de ce type sur l‟espace de l‟ancien duché (Moyen Age et période moderne confondus)882. Celles-ci se caractérisent par leur étage, qui, au lieu d‟être simplement placé en encorbellement, repose sur une série de supports de pierre ou de bois qui forment un porche s‟avançant sur la rue. Il constitue donc un abri pour les passants ou les commerçants. Sa particularité explique peutêtre qu‟elle est plus souvent signalée dans les rentiers ; J. Leguay en a évoqué de nombreux
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Le Mével, 1999, t. 1, p. 116. Ibid., t. 1, p. 115. 876 Elles ont déjà toutes été souligné par A. Le Mével, cf. ibid., p. 116. 877 A.D.L.A., B 1103, f°22 v, Le Mével, 1999, t.2, p. 34-35. 878 A.D.L.A., B 1103, f° 42 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 60. 879 A.D.L.A., B 1103, f° 123 r°. 880 Le Mével, 1999, t. 1, p. 115. 881 Leguay, 1981, p. 217. 882 Leloup, 2002, p. 127.

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exemples. Ainsi, à Rennes, il est fait état dès 1418 « d‟un véritable passage couvert de sept à huit pieds d‟avancée sur rue formé par la réunion d‟une douzaine de porches au nord du placis du Marché-à-L‟Avoir »883. De même dans une agglomération de moindre importance comme Saint-Renan dans le Léon est évoqué en 1497 « un porche de trois piliers qui s‟avance sur la rue d‟environ 16 pieds »884. Ces constructions semblent le plus souvent se concentrer le long des rues commerçantes, comme c‟est le cas pour notre exemple de Saint-Renan. Le fait se vérifie aussi pour l‟un des bâtiments de Carhaix qui est « situé près de la cohue ». Outre les « maisons », le rentier de Carhaix utilise aussi le terme de « mazière »885. Suivant J. P. Leguay, il désigne « une chaumière simple, très rurale d‟origine et d‟aspect, en torchis et en bois, à pièce unique, plurifonctionnelle, sans étage sinon un grenier accessible de l‟extérieur par une fenêtre-lucarne et au moyen d‟une échelle »886. L‟absence de description détaillée dans le rentier nous empêche de vérifier la présentation peut-être un peu trop précise qu‟en fait l‟historien. Nous retiendrons en tout cas le caractère modeste que semble renvoyer l‟emploi de ce mot. Pour terminer, le rentier évoque pas moins de 13 étables dont 10 au cœur même de la cité887, ce qui, comme le note A. Le Mével, « donne un caractère rural aux demeures et à la ville »888. En dehors des habitats, le document signale un nombre très important de « courtils »889 ou de « jardins »890 et même quelques « parcs »891. Ces différents termes ne renvoient pas forcément à des statuts similaires, mais ceux-ci ne semblent pas toujours faciles à apprécier. Ils doivent, pour la plupart, correspondre à des espaces cultivés, du type potager dont l‟étendue est plus ou moins importante suivant les cas892. Comme a pu l‟analyser J. P. Leguay, beaucoup portent des noms ou des surnoms893, nous retrouvons ainsi un « parc nommé Parc an Cornel »894, une « piezce de terre vulgairement appelé Parc

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Leguay, 1981, p. Leguay, 1978-1979, t. CVI, p. 149, note 232. 885 A.D.L.A., B 1103, f° 21 r°: « une vielle de mazière », ect. 886 Leguay, 1978-1979, t. CVI, p. 148. 887 A.D.L.A., B 1103, f° 17 v°, f° 18 r°, f° 20 v°, f° 25 r°, f° 25 v°, f° 27 r°, f° 38 v°, etc. Le Mével, 1999, t. 2, p. 28, 29, 32, 38, 40, 55, etc. 888 Le Mével, 1999, t. 1, p. 116. 889 A.D.L.A., B 1103,f° 15,f° 20 r°,f° 21 v°, f° 24 v°, f° 25 v°, f° 27 v°, etc. Le Mével, 1999, t. 2, p. 25, 26, 32, 33, 37, 38 ; 40, etc. 890 A.D.L.A., B 1103, f° 16, f° 20 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 27, 32. On retrouve aussi des vergers, cf. Ibid., t. 2, p. 52 : « ung vergier nom(m)é vergier Toul an Cornel situé en lad(icte) rue Neuffve » et p. 53 : « une maison ou son vergier et ses aultres yssues et ap(ar)tenan(ces) situ(ees) en ladicte rue Neuffve ». 891 A.D.L.A., B 1103, f° 20v°, f° 26 r°, f° 26 v°, f° 27 v°, f° 37 r°, f° 37 v°, etc. Le Mével, 1999, t. 2, p. 32, p. 39, 41 ; 53, 54 etc. 892 A. Le Mével ne répertorie que cinq mentions de superficie dans le rentier. Celle-ci varie de ¼ de sillon à 40 pieds carrés. Notons que les surfaces les plus importantes semblent se concentrer dans les faubourgs, cf. Ibid, t. 1, p. 117. 893 Leguay, 1980, p. 92. 894 A.D.L.A., B 1103, f° 27 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 41.

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Stanchellou »895, un « vergier nommé Toul an Cornel »896 etc. Leur présence est très importante pour les citadins car elle leur offre « un complément indispensable [...] à une alimentation souvent monotone et déséquilibrée »897. A Carhaix, A. Le Mével dénombre en tout 31 maisons pourvues d‟un courtil ou d‟un jardin auxquelles s‟ajoutent les terres cultivées sans habitat898. L‟ensemble se répartit sur toute la ville, depuis le centre où ils sont associés le plus souvent aux maisons, jusqu‟aux faubourgs où le nombre de terres indépendantes s‟accroît largement et forme cette « ceinture maraîchère » qu‟a pu évoquer J. P. Leguay pour d‟autres agglomérations899.

Une rapide présentation des informations données par le rentier suffit sans doute à montrer la difficulté du chercheur à saisir la réalité matérielle de l‟habitat privé d‟une ville par la seule utilisation des sources écrites. Les descriptions sont ici, comme toujours, bien trop rares et imprécises. Elles ne nous donnent de plus qu‟une vision tardive de la situation, dans notre cas le tout début de l‟époque moderne. En l‟absence de vestiges conservés, seule l‟archéologie est capable de nous renseigner véritablement sur cette question. Elle est aussi la seule à permettre de remonter plus anciennement encore dans le temps900. La malchance veut pourtant que peu d‟opérations jusque là aient concerné le cœur même de la ville, le plus susceptible de livrer des informations sur la vie de l‟agglomération au Moyen Age. Une seule intervention mérite pour l‟instant d‟être soulignée. Il s‟agit d‟une fouille préventive réalisée au 2 rue des Augustins (à proximité de l‟ancienne rue Neuve, donc déjà dans un quartier périphérique de la ville médiévale), par le service départemental d‟archéologie en 1989901. L‟espace exploré, de seulement 35 m2, a permis de mettre au jour deux arases de murs perpendiculaires (fig. 70). Leur appareil était constitué de moellons de schiste auxquels s‟ajoutent quelques blocs de granit (deux portaient des traces de moulure) et de fragments de tuile en remploi, liés par une terre argileuse de couleur jaune. S‟ajoutait au nord-est un massif de moellons non appareillés qui est sans doute le résultat d‟un épierrage. La construction était bordée au sud par une structure pavée formée de plaques de schistes posées sur champ. L‟ensemble reposait sur une

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A.D.L.A., B 1103, f° 35 v°. Le Mével, 1999, t. 2, p. 51. A.D.L.A., B 1103, f° 36 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 52. 897 Leguay, 1981, p. 19. 898 Le Mével, 1999, t. 1, p. 116. 899 Leguay, 1980, p. 94. Ce caractère « champêtre » de certaines rues a pu être analysé par l‟historien dans de nombreuses petites villes bretonnes comme Saint-Renan, Lesneven ou Brest, etc., cf. Leguay, 1978-1979, t. CVI, p. 150. Dans tous les cas le nombre de terres s‟accroît à mesure que l‟on s‟éloigne du centre de l‟agglomération. 900 Pour un exemple d‟un quartier urbain médiéval fouillé récemment dans la région, cf. Le Boulanger, 2004. 901 Le Goffic, 1993, p. 48-51. Il s‟agit de l‟actuelle rue des Augustins celle qui longe le côté ouest de la place du marché (et non celle qui correspond maintenant aux rues F.Lancien, F. Faure et G. Lambert).

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unique couche archéologique qui a livré un nombre important de céramiques gallo-romaines et médiévales qui se concentrent pour la plupart à l‟intérieur du bâtiment délimité par les deux murs, au centre duquel était creusée une fosse qui n‟a livré que des poteries du Moyen Age. Le mobilier gallo-romain découvert était composé d‟un lot de céramique contenant notamment deux fragments d‟amphores et dix tessons de céramiques sigillées (dont une panse portant un motif datable du IIe siècle) et surtout une monnaie de bronze d‟Antonin Le Pieux (138-161)902. Enfin le lot de céramique médiéval était formé de 25 tessons de poteries onctueuses dont deux fonds, quatorze fragments de panse et surtout 9 rebords (fig. 71). Cinq d‟entre eux présentaient le profil classique d‟une lèvre droite que l‟on retrouve communément du XIe au XVIe siècle, tandis que trois autres légèrement inclinés vers l‟extérieur semblent permettre de resserrer la chronologie au Bas Moyen Age903. Suivant l‟interprétation du fouilleur, cette découverte correspondrait donc à un bâtiment gallo-romain fréquenté au IIe siècle, bordé d‟une rue pavée, qui fut réoccupé et épierré au Moyen Age904. A moins d‟une mauvaise compréhension de notre part, cette restitution des faits nous semble sujet à caution. Chacun s‟accordera ici à reconnaître dans l‟unique couche mise au jour, un niveau du bas Moyen Age. Il parait par conséquent abusif de vouloir dater du IIe siècle le bâtiment d‟après un mobilier gallo-romain découvert dans cette même unité stratigraphique. Dans ce cas, deux interprétations sont possibles : soit il s‟agit bien d‟une construction gallo-romaine, en supposant que son niveau d‟occupation primitif ait disparu sous celui de sa réutilisation au Moyen Age, ou au contraire il s‟agit d‟un bâtiment médiéval (comme nous l‟a fait remarquer G. Le Cloirec la première hypothèse reste cependant la plus crédible si nous tenons compte des structures découvertes).

2.5L‟habitat rural autour de la ville de Carhaix
Même si cela nous éloigne du cadre urbain, il nous a semblé intéressant de faire un point, même rapide, sur les connaissances que nous pouvons avoir sur l‟habitat rural autour de Carhaix (fig. 77). 2.5.1 Un habitat du haut Moyen Age : la ferme de Kergoutois

902

Ibid., p. 49. Le droit portait un portrait de l‟empereur barbu et lauré, le revers la figure allégorique de l‟Abondance. 903 . Dans sa typologie récemment publié, J. F. Villard date ces rebords des XIV-XVe siècle (type 6 et 7), cf. Le Bihan, Villard, 2005, p. 383. Cette proposition s‟accorde assez bien avec le travail mené par V. Bardel sur les poteries onctueuses de Landévennec, cf. Bardel, 1999. Des formes similaires se retrouvent dans d‟autres productions de céramique commune de la même période, cf. Perrenec, 2001. 904 Le Goffic, 1993, p. 51.

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Les travaux menés pour la construction de la déviation de la N 164 au sud de Carhaix ont été l‟occasion de réaliser en 1998 une série de sondages. Cette opération, réalisée par L. Aubry, a permis la découverte d‟un site important : l‟établissement rural de Kergoutois905. Son intérêt nécessita même la réalisation d‟une seconde fouille confiée à P. Maguer en 2000906. Il n‟est évidemment pas de notre ressort de décrire en détail ces résultats. Nous nous contenterons d‟en donner une présentation d‟ensemble907. Cette découverte se situe au nord du manoir de Kergoutois, où elle occupe les parcelles B. 20 et B. 35 du cadastre actuel. Elle se compose de deux ensembles chronologiquement distincts (fig.78). Le premier, gallo-romain, correspond à une conduite d‟adduction d‟eau (F. 60, F. 360 et 320) mise au jour dans les deux parcelles explorées908. Elle devait desservir un habitat proche non identifié. Cette structure était, sur le terrain, matérialisée par un fossé profond de 4 m, au profil en V, et à fond plat (large de 0,60 m). La canalisation, sans doute en bois, avait disparu mais ses frettes (colliers de serrage) ont pu être découvert. Elles étaient en moyenne distantes de 1, 50 m. Les céramiques mises au jour dans le comblement n‟ont pas été daté. A l‟ouest de cette structure a été découvert un chemin sans doute contemporain. Large de 11, 50 m, il est délimité par deux fossés entre lesquels des ornières ont été noté. Le second ensemble, du VIIIe siècle, a été installé contre le talus, sans doute encore visible, de F. 60. Il forme un petit établissement rural délimité par les fossés F. 80 au nord et F. 280 à l‟est, et par la conduite d‟adduction d‟eau gallo-romaine à l‟ouest et au sud. L‟opération menée par P. Maguer a permis de confirmer que le site ne s‟étendait pas plus au nord. Il occupe donc un petit espace de 2 745 m2 s‟organisant en deux parties : La première, au sud, est délimitée par le structures F. 260 et F. 270 qui semble former une entrée au nord, et F. 60 et F. 320 au sud. Elle est occupée par des structures de combustion qui pourraient être liées au séchage du grain. La seconde partie au nord, n‟a pas été entièrement décapée. Elle forme un espace bordé par les fossés F. 80 et F. 280. Celui-ci est occupé à l‟est par un batiment semi-excavé (F. 400) et un foyer. La datation C14 effectuée sur les charbons prélevés a donné une fourchette allant de 720 à 740 ap. J.C. A l‟ouest, ont été repéré des structures de combustion interprétées comme des fours à usage domestique, ainsi que des fosses de formes rectangulaires. Les deux faits archéologiques constatés sont séparés par un espace qui pourrait correspondre à une cour. L‟interprétation de ces deux ensembles qui constituent l‟établissement rural de Kergoutois reste évidemment délicate. Le premier, au sud semble avoir eu une destination exclusivement artisanale. Tandis que le second, au nord, parait correspondre au lieu de vie en lui-même. Précisons que si nous savons que l‟habitat ne se développait pas plus au nord, nous n‟avons aucune certitude sur le secteur oriental. Existait-il une seconde unité agricole dans ce site ou l‟occupation se limitait-t-elle aux seules structures mises au jour ? Nous regrettons évidemment de ne pas pouvoir être plus précis dans notre description du site, mais les deux D.F.S. que nous avons consulté restent relativement succint à son sujet. Notons que le mobilier découvert était relativement peu important. Il se composait de quelques tessons de céramiques mais surtout d‟objets lithiques et métalliques.

905 906

Aubry, 1999 (non paginé). Le numéro du site est le 29 024 369. Le Boulanger, 2000 (non paginé). Le rapport de P. Maguer, qui devait être rendu en 2001, n‟est pas référencé par la carte archéologique, nous n‟avons donc pas pu le consulter. Le fait est dommageable puisqu‟il devait être le D.F.S. le plus complet sur le site. 907 A notre connaissance, seule une publication a fait, jusqu‟à présent, état de cette découverte, cf. Giot et alii, 2003, p. 165. 908 La parcelle B. 20 a été explorée par une série de 13 sondages réalisée par P. Maguer.

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Cette découverte nous semble d‟un très grand intérêt. Pour Carhaix tout d‟abord, puisqu‟elle nous apporte la preuve que la périphérie de l‟ancienne ville antique est encore occupée au haut Moyen Age. Il est d‟ailleurs possible que d‟autres établissements de ce type s‟organisent sur ce territoire à la manière de ce qui a pu être analysé autour de Locmaria en Quimper, qui est, elle aussi, une ancienne agglomération romaine909. Mais cela reste évidemment, pour l‟instant, hypothétique. L‟intérêt du site est aussi plus général puisque le nombre d‟habitats ruraux du haut Moyen Age fouillés dans cette partie de la Bretagne est encore peu important. Parmi ceux-ci, nous pouvons citer le site de Livroac‟h en Poullan (Finistère)910, celui de l‟île Guennoc911, et les nombreux exemples repérés autour de Quimper comme l‟habitat de Créac‟h Gwen912. Il faut aussi signaler la découverte en 1998 d‟un établissement rural à La Pie en Le Moustoir daté entre le fin du IXe et Xe siècle913. En Haute-Bretagne, de nombreux sites de ce type ont été mis au jour récemment. Nous pouvons citer, entre autres, ceux de Tinténiac et de Montours (Ille-et-Vilaine) qui ont fait l‟objet de publications914. Kergoutois présentent de nombreux points communs avec beaucoup de ces exemples. Dans le rapport de 1999, F. Boulanger note ainsi que la superficie du site carhaisien concorde avec les surfaces des unités agricoles de la Tullaye en Janzé, La Cocherais en Tinténiac ou Teilleul en Montours915. Certaines des structures mises au jour semblent aussi assez communes aux habitats ruraux découverts jusqu‟ici. C‟est le cas de la zone réservée au séchage du grain. Nous en trouvons un bel exemple à Livroac‟h, où étaient installées à l‟intérieur du bâtiment des tranchées à feu revêtues de pierres916. A Créac‟h Gwen en Quimper c‟est un four qui semble avoir été destiné à cet usage917. D‟autres aménagements de ce type existent dans des habitats plus tardifs comme celui de Karaes Vihan en Brennilis (Finistère)918. La réutilisation d‟une structure antérieure est aussi un procédé assez courant dans les sites du haut Moyen Age. Celle-ci peut prendre des aspects et des ampleurs très différentes suivant les cas. A Kervignac en Plussulien, c‟est un enclos de l‟Âge du fer qui semble avoir été réoccupé au début de la période médiévale919. L‟enclos de l‟île Guennoc est lui installé entre deux cairns néolithiques920. Dans le cas de Kergoutois, l‟habitat ne fait que reprendre l‟ancienne conduite gallo-romaine qu‟elle utilise comme élément de délimitation. Le fait est proche à La Pie en Le Moustoir où le double fossé qui ceint l‟habitat s‟appuie contre le talus fossilisé de l‟aqueduc de Vorgium921. Pour terminer avec le site de Kergoutois, nous noterons la présence de décor à molette sur un certain nombre de céramique mises au jour. Nous n‟avons malheureusement pas observé de relevés ni de photographies de celles-ci dans les rapports que nous avons consulté. L‟utilisation de ce type de motif, nous paraît cependant intéressant puisqu‟il caractérise beaucoup de productions de poteries du haut Moyen Age en Basse-Bretagne. La mieux connu est celle de l‟atelier de Meudon, près de Vannes, dont la diffusion est située

909 910

Le Bihan, Villard, 2005, p. 92-112. Peuziat, 1980, p. 33-41. 911 Giot, 1982, p. 179-190. 912 Menez, Batt, 1988, p. 123-140, Le Bihan, Villard, 2005, p. 92-112. 913 Aubry (L.)-Deviation R.N. 164. La Pie-Le Moustoir. Aqueduc gallo-romain de Carhaix. D.F.S., 1999. (non consulté) 914 Provost et alii, 1992, p. 87-117. 915 Boulanger, 1999. 916 Une utilisation pour le fumage du poisson a aussi été proposé, cf. Giot et alii, 2003, p. 163. 917 Menez, Batt, 1988, p. 128. 918 Batt, 1978, p. 37-42. 919 L‟analyse C14 effectuée sur des charbons de bois découvert dans un puits carré du site donna une date dans l‟intervalle 400-695 A.D., cf. Giot et alii, 2003, p. 165. 920 Guigon, 1997-1998, t. 2, p. 7, Giot et alii, 2003, p. 163. Deux analyses C14 ont été réalisées sur ce site. Ils donnèrent les intervalles 450-650 cal. A.D. et 400-1000 cal. A.D. 921 Le Boulanger, 2000.

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entre la fin du VIIIe et le début Xe siècle922. La fouille de l‟habitat de Créac‟h Gwen, daté de la seconde moitié du Xe siècle, a permis de découvrir une série de vases biconiques et de marmites ovoïdes portant ce type de décor. Un récipient de même que ceux de Quimper a été découvert près de la chapelle Saint-Guevroc en Tréflez que A. Dornier a proposé de dater entre la fin du IXe et le début du XIIIe siècle923. P. R. Giot a aussi identifié dans plusieurs de Cornouaille une petite production de céramiques décorées à la roulette qui pourrait dater des IXe-Xe siècles924. Citons aussi les poteries découvertes dans les niveaux les plus anciens du site à motte de Lesquelen en Plabennec dont la chronologie est très incertaine925. 2.5.2 Les indices d‟habitats : l‟apport de la toponymie et des sources écrites

.. Hormis cet exemple exceptionnel, l‟archéologie ne nous renseigne pas beaucoup sur la question de l‟habitat rural autour de Carhaix. Un manque qui peut être en partie pallié par l‟utilisation des sources écrites et le recours à la toponymie. Celles-ci présentent néanmoins de grandes limites qui sont inhérentes à l‟état de notre documentation qui ne permet guère de remonter au-delà du XVIe, voire du XVe siècle, dans le meilleur des cas. De plus, celle-ci n‟apporte généralement pas d‟information sur la réalité matérielle de l‟habitat. Elle permet par contre d‟approcher la manière dont celui-ci se structurait autour de la ville. Nous ne prétendons pas avoir ici mené une enquête exhaustive, bien au contraire. Nous ne nous permettrons donc d‟apporter que quelques remarques générales. La méthode que nous avons suivie pour aborder ce sujet est simple. Il s‟agissait d‟aller rechercher la plus ancienne mention des différents hameaux existant au XIXe siècle afin de déterminer lesquels d‟entreeux ont une origine médiévale confirmée. Ce travail peut évidemment sembler assez long, mais il a été grandement facilité par la consultation du Dictionnaire topographique du Finistère d‟A. Deshayes, qui contient, pour chaque commune du département, une liste des principaux toponymes, avec pour chacun une série de mentions anciennes (et le plus souvent la référence d‟archive qui lui correspond)926. Nous nous sommes donc contenté, dans la majorité des cas, de vérifier cette liste ou alors de la compléter lorsque nous découvrions au hasard de notre travail une citation antérieure à celle communiquée par le linguiste. Nous avons présenté ici ces résultats sous la forme d‟un tableau qui regroupe, à la fois, le nom et la nature actuelle du lieu, sa mention la plus ancienne, ainsi qu‟une proposition de traduction. Nom actuel Créac‟h Hénan Nature hameau Mention la plus ancienne Creachrenan (première moitié du XVIIe s.) Croasmaen (1578) Gouariva (1637) Source A.D.F.A 141 Traduction La colline de Renan La croix de la pierre le théâtre

Croaz-Men Goariva

hameau hameau

A.D.F.51 J 40 A.D.F. 38 G 37

922 923

Fichet de Clairefontaine dir., 1996, p. 77. Dornier, 1979, p. 52. 924 Giot et alii, 1986, p. 89. 925 Irien, 1977, p. 143, Le Gall Tanguy, 2005, p. 98-100. Certains de ces tessons semblent associés à des poteries onctueuses ce qui ne milite pas en faveur d‟une datation très ancienne. Le contexte stratigraphique de beaucoup de ces découvertes est cependant peu clair. 926 Deshayes, 2003. Nous avions à l‟origine prévue de vérifier toutes les références données par l‟auteur. Nous n‟avons cependant pas pu terminer ce travail. Nous les avons néanmoins toutes citées dans le tableau.

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Goassec‟h Goastaillen Kerampest

hameau hameau hameau

Kerampuil Kerbihan Kerborgne Kerdaniel Kerdidre Kerdrein Kerdugnes Kerenor Keradigen Kergalet Kergaurant Kergonan Kergorvo Kergoutois Kerledan Kerléon Kernabat Kernaeret Kernal Kerniguez

manoir hameau hameau manoir manoir hameau manoir hameau manoir hameau hameau hameau manoir manoir manoir manoir hameau hameau hameau manoir

Goaseach (1494) Goazhalleguen (1610) « Village de Keranpest » (1539-1542) Kerampuil (1426) Kerbihan (1464) Kerbornes (1536) Kerdaniel (1536) Kerdider (1426) Kerdrein (1426) Kerguenes (1536) Querenor (1678) Kerguidigen (1536) Kergallet (1524° Kergouran (1536) Kergonan (1682) Kergorvo (1426) Kercourtois (1426) Kerliden (1426) Kerléon (1468) Kernabat (1426) Quernaezret 1678 Kervennal (1679) Kerneguez (1426) Kergourio

A.D.F. A 62 (non vérifié) A.D.F. 11 J 10 A.D.L.A. B1103, f° 13 v ° Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F., 51 J 10 Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F. A 6 Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F, 51 J 12 Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F., A. 6 Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. A.D.L.A., B 1083 Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F., A 17 A.D.F., 57 J 16 (non vérifié) Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003,

Le ruisseau sec Le ruisseau d‟Halleguen Le lieu habité du poteau ? Le lieu habité du troupeau ? Le petit lieu habité Le lieu habité borgne le lieu habité de Daniel Le lieu habité de part en part Le lieu habité épineux ? Le lieu habité de l‟honneur ? Le lieu habité de Galet Le lieu habité de Gouran Le lieu habité de Conan Le lieu habité de Corvo

Kerriou

manoir

Le lieu habité large Le lieu habité de Léon Le lieu habité de l‟abbé ? Le lieu habité des vipères Le lieu habité du genêt Le lieu habité du sommet de l‟arbre Le lieu habité de

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Kerroz Kerven Kervenec Kervoasdoué Kervoazou Lannoennec Madeleine Minez Moulin de Kerniguez Moulin du Roy Moulin Meur Pellem (Le) Penalan Penanvoas Persivien

hameau manoir manoir hameau hameau manoir chapelle / moulin

moulin et hameau moulin hameau manoir hameau manoir

(1536 ) Kerros (1536) Kerguen (1536) Kerguennec (1536) Kervastoue (1426) Kergouasou (1610) Lanlaouenec (1503) Magdeleine (1539-1542) / Moulin de Querneguez (1678) Moulin du Roy (1604) Moulin Meur (1505) Pelan (1426) Penlan (1426)° Penangoez (1464) P(er)izffien (1539-1542) Poulriou (1652) Prevary (1426) Rochcazre (1426) Saint Anthoinne (1660) Stanger (1426) Tronjolyf (1539-1542)f Kernévez (1426)

p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 1999, p. 41 Deshayes, 2003, p. 41 Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F, 11 J 10 A.D.F. 51 J 2 A.D.L.A B 677

Riou » Le lieu habité du tertre Le lieu habité blanc Le lieu blanc Le lieu habité du ruisseau de Dieu Le lieu habité des ruisseaux Le monastère de Laouennec / « la Montagne » /

A.D.F. A 15

A.D.F. 51 J 12 A.D.F., 51 J 59 Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F. 51 J 10 A.D.L.A., B 1103, f° 9 r°et 19 r°. A.D.F. 11 J 5 Deshayes, 2003, p. 41. Deshayes, 2003, p. 41. A.D.F. 11 J 11 Deshayes, 2003, p. 41. A.D.L.A B 1103 f°40 v° Deshayes, 2003, p. 41.

/ Le grand moulin Le plus loin Le bout du monastère Le bout du ruisseau Le buisson d‟Ivien L‟étendue d‟eau de Riou Le pré de ? Le rocher magnifique / L‟étang La jolie vallée? Le nouveau lieu habité

Poulriou Prevasy Roch Caer Saint Antoine Stanguer (Le) Tronjoly Villeneuve (La)

hameau manoir manoir chapelle manoir Manoir + hameau hameau

Sur l‟ensemble de cette liste, nous notons que la majorité des toponymes est attesté au XVe ou au XVIe siècle, ce qui suppose que la majeure partie du paysage rural, que nous

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connaissons aujourd‟hui, est déjà constituée à la fin du Moyen Age. Nous préciserons cependant que nous avons écarté ici une série de noms de lieux aujourd‟hui disparus (dont il existe des mentions anciennes) car ils étaient difficiles à localiser927. Sans même prendre en compte la question de leur nature, le premier constat à tirer est inconstestablement la dispersion, l‟éclatement de l‟habitat sur le territoire de Plouguer (fig.77). Ce phénomène bien connu des médiévistes a été depuis longtemps remarqué en Bretagne. L‟étude détaillée menée sur la paroisse de Carnac (Morbihan) par J. Gallet, en offre une illustration remarquable pour la fin du Moyen Age928. De nombreux travaux ont été menés sur cette question929. Dans notre cas, pour bien comprendre l‟origine de ce phénomène, il conviendrait de pouvoir dater l‟apparition de ces différents foyers de population, ce qui semble malheureusement impossible à l‟égard de l‟état de notre documention. Quelques indications peuvent néanmoins être obtenues par le recours à la toponymie. Certains noms de lieux semblent en effet percus comme caractéristiques de périodes chronologiques. Il faut cependant préciser que ce type de démarche reste dangereuse et doit être pris avec la mesure qu‟il se doit. Sur la liste de toponymes que nous avons établi, deux méritent particulièrement d‟être soulignés: Lannoennec et Penalan. Tous deux sont, en effet, composés à partir du terme lan, qui pourrait témoigner d‟une origine remontant au haut Moyen Age. Suivant P. Guigon , « Lan est un terme panceltique, équivalent du latin planus, plat, proche du gaulois lan[n]o signifiant plaine ou endroit consacré. Le mot celtique landa, pays, donna en vieil irlandais land, enclos, en gallois llan, parvis »930. Le breton lann est lui plus habituellement traduit par les historiens et les linguistes par « monastère »931. Celui-ci vient d‟ailleurs gloser le latin monasterium dans la Vie de Paul Aurélien de Uurmonoc datée de 884932. Si certains d‟entre eux sont à l‟origine de paroisse, on en compte ainsi pas moins de 24 dans le Finistère,933 comme Landerneau ou Landivisiau. Nous sommes cependant forcé de constater que la réalité matérielle des lieux désignés par ce terme nous est inconnue. Hormis le cas de Landévennec, qui, de par son importance, paraît exceptionnel, il n‟existe aucun lan fouillé en Bretagne934. Quelques indices existent pour deux cas qui méritent d‟être soulignés. Celui de Landeleau, déjà présenté, où l‟existence de deux sanctuaires (l‟église paroissiale et une possible chapelle disparue) et d‟un sarcophage pourrait témoigner de la présence d‟un établissement religieux ancien. Et celui de Lanrivoaré (diocèse de Léon), où il existe, dans le placitre de l‟église paroissiale un enclos dallé rectangulaire de 10,80 m sur 7,50 m dont la tradition fait le cimetière des « 7777 saints », à l‟intérieur duquel, a été anciennement remarquée une dalle plus creusée que les autres qui évoquerait un ancien sarcophage. Il s‟agit donc d‟un indice important auquel s‟ajoute la découverte, à proximité, d‟une stèle portant l‟inscription CALLMAU en onciale insulaire d‟époque carolingienne935. Pour les cas qui nous intéressent ici, le toponyme Penalan connu sous la forme Penlan en 1426, pourrait se traduire par « le
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Leur localisation semble généralement difficile, cf Deshayes, 2003, p. 41-42. Gallet, 1981, p. 15-36. 929 Voir les récentes mises au point de J. M. Pesez et D. Pichot, cf. Pesez, 1999, p. 17-38 et Pichot, 1999, p. 6595. 930 Guigon, 1997-1998, t. II, p. 14. 931 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 97, Guigon, 1998, t.2, p. 15. H. Guillotel rapprochait cependant le terme lande Lanmeur (Finistère) du latin villa et proposait de traduire le nom de la paroisse en « grand domaine » et non « grand monastère ». Pour l‟historien ce territoire, ancienne enclave de Dol dans l‟évéché de Tréguier, serait un ancien bien du fisc, cf. Chédeville, Guillotel, 1984, p. 219. 932 Deshayes, 1999, p. 169. 933 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 97/ 934 Bardel, 1991. 935 Guigon 1998, t. 2, p. 14-15.

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bout du monastère ». Lannoennec est, lui, composé à partir du nom Laouénec, comme le montre la mention « Lanlaouenec » en 1503. Le personnage en question ici est méconnu, il ne semble pouvoir être identifié, ni avec le Laouen qui compose le nom de la paroisse voisine de Poullaouen936, ni avec le Louuennan, compagnon du fondateur de l‟évéché de Léon dans la Vie de Paul Aurélien937. Suivant A. Deshayes, il pourrait se retrouver dans le toponyme Lévénec en Plouay (Morbihan) cité sous la forme « Saint Louuenec » en 1396938. Il faut cependant laisser une part de doute sur le sens de ces toponymes. Une confusion est possible avec le terme lann, « lande »939. Suivant A. Deshayes, l‟association avec un nom de baptême serait suffisante pour confirmer le sens religieux du nom de lieu940. Cette indication confirmerait donc notre traduction pour Lannoennec, mais nous ne voyons pas en réalité de raison pour laquelle il ne pourrait pas exister une « lande de Louénec ». En tout cas, si nous acceptons l‟idée de l‟origine ancienne de ces lieux, nous devons constater que la nature de leur occupation à la fin du Moyen Age, à savoir des manoirs, n‟entretient pas de lien avec celle qui pourrait être la leur antérieurement941. L‟emploi du préfixe Ker pourrait lui aussi nous donner une indication chronologique. Le nombre de lieux concernés ici est important puisqu‟il se retrouve dans pas moins de 27 des 46 toponymes de la liste942. Son emploi, est d‟ailleurs très courant en Bretagne, où nous en comptons pas moins de 18 250 occurrences, dont près de la moitié dans le seul Finistère943. Il a été démontré depuis longtemps que ce terme se rapproche du latin castrum, et prend le sens originel « d‟ouvrage fortifié »944. Au IXe siècle, le Cartulaire de Redon emploie deux fois Caer pour désigner la paroisse de Locmariaquer945, dont les vestiges antiques ont pu être interprétés comme d‟anciens éléments fortifiés946. Son sens va cependant changer au XIe siècle, comme le démontre le Cartulaire de Quimperlé où le mot est employé pour désigner les domaines ruraux947, remplacant ainsi les termes ran ou tigran de la période carolingienne948. Il reste cependant difficile de lui donner un signification précise, les différentes occurrences que nous connaissons de ce mot par la suite montre qu‟il peut désigner des établissements ruraux de type très différent, si bien qu‟on lui donne généralement le sens très vague de « lieu habité »949. Depuis l‟étude d‟ A. Guilcher, les historiens s‟accordent généralement à voir, dans l‟emploi de ce terme, la caractéristique de lieu dont la naissance ne peut être antérieure au XIe siècle, puisque c‟est à cette période que son emploi se généralise et s‟applique clairement à un contexte d‟habitat rural. Son utilisation restera néanmoins courante jusqu‟à l‟époque moderne, et peut par conséquent désigner une installation postérieure au Moyen Age. En reprenant cette considération, nous pouvons donc
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Celui-ci se retrouverait dans la paroisse de Kerlouan dans le Léon, et Saint-Léon en Riantec dans le vannetais noté Saint Louan en 1505. Il corresponderait au saint gallois Llywan, cf. Tanguy, 1990, p. 181. 937 Vie de Saint Paul Aurélien, p. 189, Tanguy et alii, 1990, p. 115. Son culte est peut être présent autour de Carhaix puisqu‟il existe un Castel Laouenan à Paule. 938 Deshayes, 1999, p. 362. 939 Ibid., p. 121. 940 Ibid., p. 169. 941 A Plabennec, nous avions aussi constater le cas d‟un Lanhouardon occupé par un manoir, cf. Le Gall tanguy, 2005, p. 37. 942 Dont 22 au XVe ou XVIe siècle. 943 Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 301, Tonnerre, 1994, p. 429, note 5. 944 Lot, 1903, p. 298-299, Guilcher, 1946, p. 30, Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 300, Tonnerre, 1994, p. 429, Deshayes, 1999, p. 165. 945 Cartulaire de Redon (a), acte LXIX, p.54 et acte LXX, p. 55. 946 Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 300, Tanguy, 2001, p. 388. 947 Guilcher, 1946, p 36-37, Chédeville, 1987, p. 300-301. 948 Sur le sens des mots ran et tigran, cf. Tonnerre, 1994, p. 126-132, Tanguy, 1999, p. 23-25. 949 Deshayes, 1999, p. 165.

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supposer que l‟origine des lieux de Plouguer composés à partir de ce préfixe ne peut être antérieure au XIe siècle. Ce fait semble d‟ailleurs très bien s‟appliquer à ceux correspondant à d‟anciens manoirs, dont la naissance ne remonte sans doute guère au delà du bas Moyen Age950. Une part de doute doit cependant encore régner sur l‟utilisation de ce terme comme indication chronologique fiable. A. Guilcher avait en effet montré dès 1946, que le mot Caer désignait un établissement rural dans une chartre de 871 du Cartulaire de Redon951. De même, B. Tanguy a récemment proposé d‟identifier la villa Petri cité dans la Vie de Paul Aurélien952, avec le hameau de Kerber en Lampaul-Plouarzel (Finistère)953. Ce type de toponyme peut donc avoir quelques fois une origine plus ancienne qu‟il n‟y paraît. Les noms de lieux désignés dans notre liste peuvent correspondre à des sites de nature différente. Comme nous venons de le préciser, une dizaine d‟entre eux s‟appliquent à des manoirs dont l‟origine, hormis peut être Kerléon, ne remonte guère au-delà des XIVe et XVe siècles. Nous y reviendrons. Les autres désignent pour la plupart, au XIXe siècle, des hameaux constitués autour de la ville. Mais il reste difficile d‟approcher leur réalité au Moyen Age. Une enquête sur le vocabulaire utilisé pour désigner la nature de ces habitats à cette époque, et même par la suite, pourrait évidemment être utile, mais nous n‟avons pas eu le temps de la réaliser. Nous pouvons signaler l‟emploi du terme « village » pour deux d‟entre eux dans le rentier de la sénéchaussée de Carhaix au XVIe siècle. Il s‟agit de Kerampest954 aujourd‟hui englobé dans la zone industrielle de la ville et Persivien dont le manoir semble donc avoir donné naissance à un hameau955. L‟emploi de ce mot semble courant au Moyen Age, le rédacteur du rentier l‟utilise aussi pour désigner le hameau de Kerbastard en Plounévézel956. C‟est aussi celui utilisé pour les différents foyers de population dispersés autour du centre paroissial de Carnac en 1475957. La réalité qu‟il désigne reste néanmoins assez flou. Suivant les études récentes des historiens, le terme s‟applique ainsi au regroupement « de quelques maisons, parfois guère plus d‟une ou deux »958. L‟étude de la répartition de ces différents foyers de population sur l‟ensemble du territoire semble elle aussi utile (fig.), mais là encore nous n‟avons pas eu le temps de mener une étude détaillée. En prenons en compte l‟ensemble des habitations connus au XVe et au XVIe siècle, nous ne notons pas véritablement de secteur privilégié. Le lien entre les foyers de population et le réseau hydrographique semble dans beaucoup de cas évident. Sur les bords de l‟Hyères ou à proximité nous comptons ainsi 6 hameaux ou manoirs959, 5 près de ce qui est désormais le canal de Nantes à Brest960 et 8 répartis autour du ruisseau de la Madeleine961. La plupart de
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Douze des manoirs mentionnés au XVe ou au XVI siècle présente un nom en Ker. Ce n‟est pas le cas de Roch Caer qui est composé à partir du terme Kaer, «beau, magnifique », issu du vieux breton cadr par le moyen cazr, comme le démontre la forme « Rochcazre »en 1426, cf. ibid., p. 542. 951 Cartulaire de Redon (a), acte CCXLVII, p. 198. L‟acte cite un Caerdivon qui pourrait correspondre à un hameau situé à Silfiac (Morbihan) ou à Lescouet-Gouarec (Côtes d‟Armor), cf. Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 300. 952 Vie de Paul Aurélien, p. 191. 953 Tanguy et alii, 1990, p. 35. 954 « Village de Keranpest », cf. A.D.L.A., B 1103, f° 13 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 26. cf. A.D.L.A., B 1103, f° 9 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 18 955 cf. A.D.L.A., B 1103, f° 19 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 30. 956 « village de K((er)anbastard », cf. A.D.L.A., B 1103, f° 30 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 44. Le manoir mentionné en 1536 est sans doute à l‟origine de ce hameau, cf. Deshayes, 2003, p. 260. 957 Gallet, 1981, p. 15-36. 958 Dreyer, 1999, p. 79. 959 Le Stanger (manoir), Kerven (manoir), Croas Men (hameau), Kerniguez (manoir), Moulin du RoyPontsabiec?, et Kervennec (manoir). 960 Kervennec (manoir), Kergadigen (manoir), Kergalet (hameau), Roc‟h Caer (manoir), Le Pellem (manoir). 961 Kerampuil (manoir, Kerlédan (manoir), Kerléon (manoir), Tronjoly (hameau) et Moulin Roy-Pont Sabiec ?

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ces lieux sont évidemment situés dans la vallée ou le vallon formé par ces cours d‟eau ou bien sur le versant de la hauteur qui les domine. De nombreux autres habitats occupent cependant les plateaux comme Kerborgne, Kerampest, Persivien, Kergonan etc. Un lien peut aussi exister avec les grands axes de communications, auxqu‟elles les différents écarts sont généralement reliés par des chemins secondaires. C‟est le cas de Kerampest, Persivien, Kerborgne et Kernévez situés autour de l‟ancienne voie romaine Rennes-Vannes-Carhaix, Kerdaniel près la route de Landerneau, Kergalet sur celle de Quimper ainsi que Kerléon et Kerlédan respectivement sur celle de Quimperlé et celle d‟Hennebont. L‟absence d‟élément chronologique permettant de dater l‟origine de ces écarts ne permet évidemment pas de savoir si certains secteurs ou certaines conditions topographiques ont été préférés à d‟autres suivant les périodes. L‟habitat rural du haut Moyen Age de Kergoutois pourrait éventuellement avoir un lien avec le ruisseau qui se dirige vers la rivière qui marquait la limite sud de Carhaix. La situation est plus difficile à apprécier pour Penalan ou Lannoennec dont l‟origine ancienne peut être suspectée. Le premier semble plutôt isolé, est placé sur un versant de la hauteur dominant, au sud, le ruisseau de la Madeleine, tandis que le second se situe directement sur un plateau non loin de l‟ancienne voie romaine menant vers Rennes-Vannes-Corseul. 2.5.3 La place des résidences aristocratiques

, La place occupée dans le paysage par les résidences aristocratiques, est généralement l‟un des aspects les mieux documentés du monde rural. Elle mérite sans doute un traitement particulier. La question reste cependant vaste, nous contenterons donc d‟apporter quelques éclairages d‟ensemble. 2.5.3.1 L‟habitat aristocratique ancien

Une enquête rapide menée sur le seul territoire de l‟actuelle commune de Carhaix-Plouguer impose un constat : l‟absence de fortifications en terre subsistantes, type motte ou enceinte, autour de la ville. Certaines d‟entre elles ont pu disparaître, comme le laissent suggérer deux cas. Celui de Kerléon, tout d‟abord, qui semble le plus probant. Dans son répertoire des fortifications du Finistère962, P. Kernévez a pu souligner l‟indication de P. du Châtellier qui signalait, en 1907, l‟existence « d‟une butte artificielle de 11 mètres, sur 2 m 50 de hauteur au sud de Carhaix à 400 mètres à l‟est de Kerléon dans une prairie sur le bord de la route de Motreff »963. La taille de l‟ouvrage ne semble pas très importantes, s‟agit-il d‟une motte ? L‟installation à proximité d‟un manoir dont on possède l‟aveu en 1468964 est un indice plutôt favorable pour identifier ici un ancien habitat aristocratique. L‟association entre fortification de terre et résidence noble du bas Moyen Age est en effet une situation courante ; P. Kernévez a pu en répertorier 35 exemples dans le Finistère, mais le fait est plus probant encore dans le Rennais, où il se retrouve dans 3/4 des sites recensés par M. Brand‟honneur965. L‟autre cas, est celui d‟un « Quenquis », mentionné en 1553, que nous n‟avons malheureusement pas pu localiser966. Mais le terme employé, qui procède du moyen breton Kenkist, « maison de plaisance », et dérive du mot kenk, « branche », est considéré comme l‟équivalent du vieux français plessis qui s‟appliquait à l‟origine à une résidence entourée d‟une haie et de branches entrelacées967. Il pourrait donc témoigner d‟une ancienne fortification. Hormis ces deux
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Kernévez, 1997, p. 53. Châtellier, 1907, p. 164. 964 A.D.L.A., B 1083. 965 Kernévez, 1997, p. 20, Brand‟Honneur, 1998, p. 395. 966 Deshayes, 2003, p. 42. 967 Deshayes, 1999, p. 162.

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exemples, il n‟existe aucun autre indice pour localiser d‟ancien habitat aristocratique. Il est évidemment possible de penser que certains manoirs aient succédé à des installations plus anciennes mais rien ne permet de le prouver. Notons d‟ailleurs que nous ne connaissons pas la résidence du chevalier Bizien, citée dans la lettre des exécuteurs testamentaires du duc Jean II en 1287968. A contrario, si l‟on élargit le cadre de l‟étude aux paroisses bordant celles de Plouguer, nous observons une remarquable concentration de fortifications de terre, souvent importantes, qu‟il est très tentant de mettre en rapport avec Carhaix qui reste le principal centre de pouvoir de cette zone Nous avons évidemment ici conscience de nous éloigner largement de la question de l‟agglomération et de son environnement proche, mais cette situation jamais soulignée nous parait intérressante à signaler. Voici une liste très rapide des sites concernés:  Rosquigeau (Poullaouen)

Il s‟agit de l‟ouvrage fortifié le plus important de la paroisse de Poullaouen. (fig. 80). Il se situe sur les bords d‟un affluent de l‟Hyères, au sommet d‟une éminence naturelle surmontant la route de Carhaix-Morlaix. L‟ensemble se compose, à l‟ouest, d‟une motte encore conservée, haute de 7 à 8 m pour un diamètre de 40 à 50 m à sa base969, à laquelle était associée, à l‟est, un bayle aujourd‟hui disparu, mais qui semble avoir influencé le tracé de la parcelle 416 du cadastre de 1824. Cette fortification a donné naissance à un hameau qui s‟organise dans un tracé parcellaire hémicirculaire à l‟ouest du tertre. Il faut noter enfin la présence, à proximité, d‟un moulin, situé plus au sud, dont l‟origine pourrait aussi être liée à cette résidence. Le lieu sera ensuite réoccupé au bas Moyen Age par un manoir, que l‟on sait détenu en 1471 par Louis le Châtel, seigneur de Mezle et de Châteaugal970.  Le Liorzou (Poullaouen)

Le site de Liorzou est placé à environ 80 m de l‟Aulne dont il domine la vallée. Il ne se compose que d‟une terrasse ovale de 32 m de diamètre est-ouest pour 25 m nord-sud, qui domine de seulement 1 à 2 m le terrain environnant, dont il est séparé par un fossé large de 67m et profond de 3-4 m971. Nous ne possédons malheuresement aucune source écrite que l‟on puisse rapporter à cette structure qui correspond au type de la « maison-forte », que l‟on considère généralement comme plus tardif que la motte.  Saint-Ydunet (Plounévézel)

Non loin de l‟ancienne église tréviale Saint-Ydunet de Plounévézel972, dont la construction actuelle remonte au XVIe siècle973, existaient deux enceintes d‟environ 35 m de diamètre
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A.D.L.A, E 157, A.D.F., 2 E 1502 (3). Mussat dir., 1969, p. 63. 970 Kernévez, 1997, p. 165-166. 971 Ibid., p. 165. P. Kernévez signale aussi l‟existence d‟une petite enceinte à Lannargoff (dimensions inconnus) arasée récement. 972 Idunet ou Ediunet est un saint connu par une Vita écrite au XIe siècle, cf. Cartulaire de Landévennec (b), p. 137-141, Tanguy, 1990, p. 171-172. Présenté comme un disciple deGuénolé (fondateur de Landévennec), il est le patron du prieuré de Loguionnet à Châteaulin qui semble né d‟une donation fait à Landévennec par le duc Alain Frégent en 1084-1115, cf. Cartulaire de Landévennec (a), acte 50, p. 574-575, Cartulaire de Landévennec (b), acte L, p. 170-171. La Vita Sancti Guthierni mentionne aussi la découverte des reliques du saint sur l‟île de Groix, cf. Cartulaire de Quimperlé, p. 7. 973 Mussat dir., 1969, t. 1, p. 58-59.

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signalées en 1907 par P. du Châtellier974. Aujourd‟hui disparues, celles-ci sont difficillement datables, remontaient-elles au Moyen Age ?975  La Roche (Cléden-Poher)

Déjà évoqué précédemment, le site de la Roche en Cléden Poher (fig. 81 et 82) constitue l‟un des plus bels exemples de motte castrale du Finistère. Dominant d‟environ 40 m le cours de l‟Aulne, la fortification se compose de deux ensembles. La basse-cour, à l‟est, qui suit une forme ovoïdale très allongée, d‟environ 90 m de diamètre est-ouest, délimitée par un talus large de 8 à 10 m à l‟est et au sud. La motte, de forme conique, implantée à l‟extrémité occidentale, profite de l‟affleurement naturel du rocher sur lequel elle s‟élève sur environ 10 m pour un diamètre de 40 m976. Dans le prolongement de l‟ouvrage, à l‟est, s‟étend le hameau de la Roche qui s‟implante dans une trame parcellaire trapézoïdale qui pourrait reprendre le tracé d‟une enceinte disparue comme semble en témoigner les parcelles n° 1153, 1154, 1139 et 1140 appellée « liourzou-fossel » (courtil du fossé) dans le cadastre de 1823. Cette forteresse imposante apparaît pour la première fois dans nos sources en 1081-1114 dans un acte du Cartulaire de Quimperlé977. Celui-ci témoigne de la donation à l‟abbaye de la villa de Nominoé, par Simon, fils de Cariou. Il ne concerne donc pas directement le site, puisqu‟il nous apprend seulement la mort (ou plus exactement la blessure mortelle) du bienfaiteur apud rupem Cletguenn978. Suivant l‟hypothèse d‟H. Guillotel979, reprise par J. Quaghebeur980, c‟est cet ouvrage qu‟il faudrait reconnaître dans le château cité dans l‟acte de donation du vicomte de Poher Tanguy Ier en 1105-1107 à l‟abbaye de Redon981. La charte ne précise pas le lieu du castellum du vicomte, ce qui n‟est pas sans poser problème. Le document montre bien que le lignage possède un pouvoir important à Cléden puisqu‟il donne la moitié de la dîme de la paroisse (avec celle de Collorec). Le texte évoque aussi la donation de droits sur le marché et de moulins qui ne sont pas incompatibles avec La Roche. Celle-ci est située au bord de l‟Aulne, la présence d moulin est donc tout à fait possible. Il en exitait d‟ailleurs encore un moulin à proximité au XIXe siècle. La forteresse a pu, de plus, abriter un petit événement commercial, puisque deux parcelles (1364 et 1365) portent le nom de « parc marchallac‟h » (champs de la place du marché) sur le cadastre napoléonien. Il reste le problème de la terre située près de la forteresse, sur laquelle les moines auraient fondé un établissement dédié au Sauveur du monde. Cette indication semble plutot militer pour l‟identification traditionnelle du château du vicomte avec celui de Carhaix dont le prieuré dépend de l‟abbaye de Redon982. Il n‟existe en effet aucun édifice religieux à proximité du site de la Roche. Mais il convient

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Châtellier, 1907, p. 166. Kernévez, 1997, p. 156. 976 Mussat dir., 1969, t. 1 ; p. 42. 977 Cartulaire de Quimperlé, acte n° LXXI, p. 178. 978 Voici texte de la notice : In nomine Sancte Trinitatis, Simon filius Cariou, apud rupem Cletguenn ad mortenn vuneratus, dedit villam Numenoë filii Elean, que sua hereditario, jure erat, abbati et monachis sancte Crucis de Kemperle, eo modo qui tenebat, libere et sine alicujus calumpnia, pro redemptione, anime sue, pro animabus parentum suorum. Hujus vero doni hi affluerunt testes : Benedictus, episcopus abbas, cui hoc donum concessum est, Haerueus et Numenoe monachi, Irispoë presbyter. Diles filius Kelenn ; ex Simonis autem parte, hi : Guengun, Lauda, Rudalt filius kadnemet, Kariou et Tutgual filii Glemarchc Riuallun filius Cungar, Kenmarchus filius Jocelin, Riuallun mab Ikiled., Riuallun mab Haerueu, Roderch mab Albalt, Irispoe mab Numenoe qui eam villam tenebat. 979 Tanguy, 1990, p. 397-398. 980 Quaghebeur, 2001, p. 125. 981 Cartulaire de Redon (a), p. 332-333, acte CCCLXXVII. 982 A.D.I.V., 3 H 7 A.D.L.A., B 803 Guillotin de Corson, 1997, p. 177-180.

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tout de même de noter qu‟une tradition locale veut qu‟il ait existé dans le hameau, à l‟est de la forteresse, un presbytère983.  La chapelle du Mur (Cléden-Poher)

Le site de la chapelle du Mur se situe au nord de l‟ancienne paroisse de Cléden (fig. 83). Son intérêt a été pour la première fois signalé en 1907984. Il présente une enceinte elliptique de 65 m de diamètre ensérrée par un talus de 4 m de large à la base et de 4, 50 m de hauteur. L‟ouvrage est entouré par un fossé de 4 m de largeur aujourd‟hui partiellement comblé985. Au sud de l‟enclos, s‟étend la chapelle N.D. du Mur, édifice religieux modeste datant sans doute du XVIIe siècle, composée d‟une nef unique charpentée, s‟ouvrant à l‟ouest par un mur pignon à clocher pourvu d‟un portail au décor inspiré de l‟art antique, et se terminant à l‟est par une abside à trois pans contre laquelle est venu s‟accoler par la suite une sacristie986. Nous remarquons que le talus est arasé à son niveau, ce qui peut être la conséquence de la construction du sanctuaire. Suivant un croquis établi par sir Morthimer Wheeler en 1938, l‟ouvrage était complété au nord par une seconde enceinte quadrangulaire de 60 à 70 m de côté (parcelle 262 du cadastre de 1823 ?) enserrée, elle aussi, par un talus et un fossé987. Nous ne possédons aucun texte qui puisse nous permettre d‟assurer l‟origine médiévale de cette fortification. C‟est néanmoins, cette hypothèse que privilégie P. Kernévez, qui voit un indice dans la dédicace de la chapelle à Notre Dame qui, selon lui, révèle « souvent l‟existence d‟un château médiéval » ainsi que dans le nom « Goarem-ar-vur » (la garenne du mur) de la parcelle n° 262988.  Kergorlay (Motreff)

Situé au sud-est de la paroisse de Motreff, le village de Kergorlay présente lui aussi un ouvrage fortifié remarquable (fig.84). De celui-ci, n‟est plus conservée aujourd‟hui, qu‟une motte circulaire de 50 m de diamètre à la base et 35 m au sommet pour 7 à 8 m de hauteur bordée d‟un fossé de 10 m de largeur et de 3 à 5m de profondeur989. Celle-ci était surmontée de constructions dont l‟empreinte est bien visible sur la photographie aérienne prise du site dans les années 1960 (fig.85)990. Cette dernière nous permet de distinguer assez clairement la présence d‟un grand bâtiment trapézoïdal de 15 m sur 17, détruit il y a une cinquantaine d‟années991. Il était associé à un ouvrage circulaire, sans doute une tour, placé à son angle nord-ouest. Suivant, P. Kernévez, l‟entrée sur la plateforme devait se faire au nord-nord-ouest, à l‟endroit où le chercheur a pu observer « une petite cour ceinte de murs, au devant du batiment principal »992. La basse-cour a, par contre, malheureusement disparu. La lecture du cadastre nous semble permettre de la situer au sud de la motte, où elle devait suivre une forme trapézoïdale993, jusqu‟au niveau d‟une chapelle dédiée à Saint-Leuffroy, près de laquelle
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Kernévez, 1997, p. 58. Châtellier, 1907, p. 165. 985 Kernévez, 1997, p. 57. 986 Mussat dir., 1969, p. 41. 987 Kernévez, 1997, p. 58. 988 Ibid., p. 58. 989 Châtellier, 1907, p. 162-165, Mussat dir., 1969, t. 1, p. 52. 990 La motte longtemps entretenue par son propriétaire (information receuillie auprès d‟une habitante du village) est malheuresement aujourd‟hui en friche. Des reliefs semblent cependant encore se dessiner sous les brousailles. 991 Kernévez, 1997, p. 119. 992 Ibid., p. 119. 993 Une grande partie de cette espace est occupée aujourd‟hui par un champ assez vaste qu‟il ne serait pas inutile de prospecter.

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existe un lieu-dit la garenne. Au nord, s‟est aussi développé un petit hameau, qui semble se structurer autour de la motte. Celui-est surmonté par un ruisseau coulant près de la chapelle Sainte-Brigitte (actuellement en restauration). Cette dernière se compose d‟une abside à trois pans et d‟une nef unique dans laquelle semble pouvoir se lire deux phases. Une première, correspondant au pignon occidental, réalisée dans un grand appareil de granit que l‟Inventaire se propose de dater du XVIe siècle et le reste de l‟ouvrage en petit appareil (remployant des éléments de l‟édifice précédent) qui remonterait au XVIIe siècle994. Ce château à motte est lié à l‟histoire de la famille de Kergorlay, malheureusement méconnue pour son époque la plus ancienne. Nous ne possédons en effet aucun document la concernant au Moyen Âge central, alors que la physionomie du site suggère que son origine remonte à cette période. Comme les sires de Quelen en Duault, les généalogistes modernes prétendent que la famille est un ramage du lignage des comtes de Poher. L‟indication serait évidemment intéressante, mais il s‟agit sans doute d‟une création de toute pièce de la famille, désireuse de se voir attribuer des origines prestigieuses995. De même, rien non plus ne semble permettre de retenir l‟histoire de ce Jehan de Kergorlay qui aurait participé à la première croisade en 1096996. Le premier membre de la famille, dont l‟existence est clairement attestée, n‟apparaît qu‟au XIIIe siècle. Il s‟agit de Pierre de Kergorlé qui est présenté en 1258 comme sénéchal de Cornouaille et de Poher : Petrus de Guergorleio, miles, senescallus tunc temporis domini Comitis Britanniae in Cornubiae et in Pocaer997. Une fonction importante qui démontre déjà l‟importance de la famille à cette période. Son frère( ?) Geoffroy apparaît lui dans un compte du duc en 1267998. Dans le livre des Otz en 1294, Jehan de Kergorlé doit deux chevaliers pour sa terre de « Cornouaille et Poher », ce qui démontre là encore la puissance de cette seigneurie999. Par la suite, nous connaissons un « Rollant de Guergorllé », présent en 1297 lors du jugement rendu par le duc au sujet du meutre d‟Alain Nuz1000. En 1306, nous est aussi mentionné un « Pierre de Kergorlé, clerc, fils feu Monsieur Pierre de Kergorlé », qui passe un accord avec Hervé VI seigneur de Léon en la « court de Kerahes »1001. La destinée de la famille au Bas Moyen Age paraît un peu mieux connue. Elle vient en tout cas se fondre avec celle de Gaël-Monfort vers 1380 par le mariage de Jehanne de Kergorlay avec le Raoul VIII1002. Le sort réservé à la forteresse à cette période n‟est pas connu. En 1450, celle-ci relève en tout cas, comme toutes les terres de la seigneurie, du sire de Chauvigny, héritier de Catherine de Laval1003. L‟ouvrage est encore important au XVe siècle comme en témoigne un aveu de 1456 évoquant « Guergolay, où avoit chasteau est encores y sont les fossés et murailles grandes et assez pierres pour rester ung plus grant chastiel que cellui de SaintChartrier »1004. Le site n‟est pas abandonné pour autant puisque l‟on connaît l‟existence d‟un manoir à son emplacement au XVIe siècle1005.

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Mussat dir., 1969, p. 53. Jegou du Laz, 1898-1899, t. 2, p. 417. 996 Indication donnée par H. Torchet dans sa notice sur la famille (nous ne connaissons pas son origine), cf. Réformation des fouages de 1426, p. 203. 997 Oheix, 1913, p. 89. 998 Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col. 1006-1008. 999 Ibid., t. 1, col. 1114 1000 Ibid., t.1, col. 1120. Nous remercions P. Kernévez qui nous avait fait part, lors de notre année de Master I, de la transcription qu‟il a fait de ce texte à partir de l‟original conservé à la Bibliothèque municipale de Nantes (Bizeul 1689 n°5, non vérifié). Sur “l‟affaire” Alain Nuz, cf Le Gall Tanguy, 2005, p. 17-19. 1001 Dom Morcice, t. 1, t. 1206. 1002 Indication donnée par H. Torchet, cf. Réformation des fouages de 1426, p. 203 1003 A.D.L.A., B 1079 (non vérifié). Maître, 1907, p. 257. 1004 Cité par P. Kernévez ds Kernévez, 1997, p. 118. 1005 Ibid., p. 118-119.

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Castel Laouenan (Paule)

Ce site correspond à une motte de 40 m de diamètre et de 3 à 4 m de hauteur dominant un système de fortication complexe formé par une série d‟enceintes semi-elliptiques placées sur son pourtour. L‟ouvrage semble avoir donné naissance à l‟hameau qui le borde au sud. 

Porz en Place (Le Moustoir)

Il existe au lieu-dit Porz ar en Place en le Moustoir une importante motte tronconique de 6 m de haut et de 30 m de diamètre à sa base1006. L‟ouvr age est entouré d‟un fossé encore visible au sud et à l‟ouest. Suivant S. Hinguant, la basse-cour, aujourd‟hui disparu, devait se situer à l‟est du site au se situe actuellement un petit hameau. La fortification semble avoir donné à un deuxième regroupement d‟habitat au sud. L‟ensemble est bordé par le ruisseau du Lost an coat à l‟est sur lequel s‟est implanté un moulin qui, lui aussi, pourrait avoir un lien avec la forteresse.  Rosoat (Trébrivan)

A l‟occasion de son inventaire des mottes des Côtes-d‟Armor, S. Hinguant a répéré à Rosoat la présence d‟un tertre circulaire de 4 m de hauteur et de 15 m de diamètre1007. Il correspond sur le cadastre de 1825 à une petite parcelle circulaire au nom évocateur : Prat ar castel soit « le champ du château ». Sa position stratégique sur le bord de l‟Hyères, parait une indication important. Elle pourrait être lié à la présence d‟un ancien point franchissement de la rivière. Aucun fossé n‟est visible autour de l‟ouvrage aujourd‟hui ce qui ne signifie évidemment pas qu‟il n‟a pas existé. Il est, en tout cas, certain que la fortification a profité pour sa défense de la zone marécageuse qui l‟environne. La visite sur le terrain ainsi que l‟observation du parcellaire ne permet pas d‟attester la présence d‟une basse cour. Le site a cependant donné naissance à un hameau au sud comme parait l‟indiquer son nom de Rosoat soit « le tertre du bois ». Cette présentation, même un peu rapide, des fortifications proches de la paroisse de Plouguer nous semble assez parlante. Elle nous renvoie en effet l‟image d‟une véritable ceinture de mottes et d‟enceintes autour de la ville de Carhaix. Nous ne pouvons certes pas assurer que l‟ensemble des sites présentés remonte au Moyen Age. Mais le fait est certain pour les structures les plus remarquables, comme la Rosquigeau en Poullaouen, La Roche en ClédenPoher et Kergolay en Motreff, dont l‟importance semble témoigner de la puissance du lignage qui est à leur tête. Cette hypothèse se vérifie d‟ailleurs pour la Roche qui pourrait être lié au XIIe siècle aux vicomtes de Poher, et pour Kergorlay dont les propritaires apparaissent au XIIIe siècle parmi les familles les plus importantes de Cornouaille. Cette situation n‟est pas sans rappeler celle analysée dans le Rennais par M. Brand‟Honneur, qui constate l‟existence de réseaux de mottes autour des châteaux majeurs (qui se situent tous évidemment dans des villes). C‟est la cas à Hédé où l‟historien compte 6 habitats aristocratiques, de Châteaugiron où il y en a 10, de Châteaubriant où il en existe 19, etc 1008. Suivant le chercheur, la carte de leur répartition serait le reflet de la situation politique de ces territoires. Elle révélerait l‟aire d‟influence du possesseur de la forteresse majeure, qui aurait placé, à la tête de ces différentes résidences aristocratiques, ses principaux vassaux, dans le but de mieux controler ce territoire.
1006 1007

Hinguant, 1994, p. 41. Ibid., p. 80. 1008 Brand‟honneur, 2001, p. 186-190.

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Le réseau de fortification qui semble s‟organiser autour de la ville de Carhaix ne témoigne-t-il pas d‟une situation proche 1009? Nous sommes ici évidemment bien moins renseigné sur cette question que peut l‟être M. Brand‟honneur dans le comté de Rennes, d‟autant plus que le contexte politique n‟est pas clair. Carhaix relève t-il alors du pouvoir du vicomte de Poher, comme le pense l‟historiographie traditionnelle ou bien au contraire appartient-il au comte de Cornouaille, comme le suggère J. Quaghebeur ? Il est en tout cas certain que les deux lignages ont une influence dans cette zone, comme le montre la donation faite par le comte de nombreuses terres liées au prieuré de Landugen à Quimperlé1010 et celle faite à Redon par le vicomte Tanguy Ier1011. Ce rapprochement reste donc pour l‟instant une hypothèse difficile à vérifier. 2.5.3.2 Une ceinture de manoirs

S‟il n‟existe aucune fortification en terre conservée sur le territoire de Plouguer, l‟ancienne paroisse révèle, par contre, un nombre très important de résidences du bas Moyen Age. Cette situation a déjà été constatée de manière plus générale par J. P. Leguay. Les zones périurbaines voient en effet très couramment se constituer une véritable « ceinture de manoirs ». Cette situation à la périphérie de la ville est avantageuse pour les propriétaires, puisqu‟elle leu permet de continuer de « profiter du voisinage de la localité pour acheter une partie de leur ravitaillement, pour leurs affaires et pour leur sécurité, tout en restant proche des exploitations qu‟ils surveillent »1012. Dans l‟étude qu‟il leur a consacrée, J. P. Leguay constate que ces lignages ont le plus souvent une origine assez récente. Le fait semble se vérifier à Carhaix où la plus ancienne famille, celle des Kergosoth qui sont à la tête du manoir de Kergorvo, apparaît en 1310. Le déficit de document antérieur empêche néanmoins de présenter un avis trop tranché. A Ploërmel, ce sont, en tout cas, 22 petites seigneuries qui se partagent les terres autour de la cité, elles sont une quinzaine à Redon, une douzaine à Hédé (Ille-et-Vilaine)1013. La situation est proche à Carhaix où nous comptons 20 maisons nobles attestées au cours des XVe et XVIe siècles1014. Nous ne pouvons évidemment pas ici rentrer dans une analyse détaillée de celles-ci. Nous nous contenterons donc d‟en établir une courte liste évoquant les quelques bribes de leur histoire et décrivant leurs vestiges lorsqu‟ils subsistent1015 :  Kergoutois (ou Kercourtois)

La résidence aristocratique de Kergoutois est mentionnée pour la première fois en 1426 dans la Réformation du fouage du diocèse de Cornouaille1016. Elle apparaît par la suite en 1464 dans un aveu rendu par Henry fils de Guillaume du Dresnay1017. Le personnage en question est le premier membre connu de cette famille qui sera à la tête de la résidence du XVe au XVIIe siècle. Nous connaissons en effet, par la suite, un Henri du Dresnay, fils de Charles en
1009 1010

Nous remercions P. Kernévez qui nous a suggéré ce rapprochement. Cartulaire de Quimperlé, acte XXXIV, p.133-134, acte XXXVIII, p. 137. Nous noterons qu‟il existe une motte circulaire au sud-est du prieuré Saint-Jean de Landugen. L‟ouvrage domine un hameau qui pourrait être celui décrit dans l‟acte de 1084-1103. Cette construction nous semble donc directement en rapport avec le pouvoir ducal. Sur cette fortification, cf. Hinguant, 1994, p. 30. 1011 Cartulaire de Redon (a), p. 332-333, acte CCCLXXVII. 1012 Leguay, 1980, p. 105. Des nobles resident aussi dans la ville comme le suggère la reformation des fouages du début du XVe siècle qui en dénombre 6, cf. Réformation des fouages de 1426, p. 156. 1013 Leguay, 1980, p. 111. 1014 La liste des manoirs reprend celle donnée par H. Frotier de la Messelière, cf. Frotier de la Messelière, 1949. 1015 Les aveux de ses différents manoirs conservés aux A.D.L.A. ont tous été consultés. Nous n‟avons cependant pas eu le temps de réaliser la transcription d‟une grande partie d‟entre-eux. 1016 Réformation des fouages de 1426, p. 156. 1017 A.D.L.A., B 1083. Il en existe une copie du XVIIe à la référence A.D.F., 51 J 10.

125

1495, puis un Yvon en 15431018. La seigneurie passera ensuite dans les mains de Olivier de Geslin qui rachète au début du XVIIe siècle les droits de Marguerite du Dresnay. La résidence, encore aujourd‟hui conservée, se compose d‟un grand logis rectangulaire de deux niveaux, s‟ouvrant en façade par une porte couverte d‟un arc en accolade et par une série de fenêtres qui ont toutes été remaniées (fig. 85). Contre celui-ci est venue s‟accoler à l‟est, à sa perpendiculaire, une aile plus courte incontestablement postérieure à l‟ensemble précédent. La datation du logis primitif semble difficile, l‟Inventaire propose néanmoins le XVIe siècle.1019  Kerdaniel

Le manoir de Kerdaniel apparaît pour la première fois en 15361020. Il est malheureusement moins bien renseigné que le précédent. Nous n‟avons en effet relevé aucun aveu de celui-ci au XVIe siècle. Son importance semble moindre ; il existe cependant encore au XVIIIe siècle puisqu‟il fait partie de la liste des possessions de Josselin Olymant en 17281021. Il n‟en existe plus aucune trace aujourd‟hui.  Kerdidre

Cité pour la première fois en 14261022, le manoir de Kerdidré n‟est apparu dans aucun des documents d‟archives que nous avons consultés. Il n‟en existe plus rien aujourd‟hui 

Kerampuil

Le site apparaît pour la première fois dans notre documentation en 1426 1023. Il est cité par la suite à plusieurs reprises au XVIe siècle, époque à laquelle il est la demeure du procureur de la ville de Carhaix, puis de Gilles de Kerampuil, chanoine de la collégiale1024. Le manoir sera entièrement reconstruit à partir de 1760 par le comte Robert de Kerampuil conseiller au parlement de Bretagne. Il n‟offre donc pas d‟intérêt pour nous.  Kerdren

Le site apparaît dès 1426 dans le livre de Réformation des fouages 1025. Il restera pendant tout le XVe et le XVI siècle dans les mains de la famille Le Ny, avant d‟appartenir en 1617 à Michel Olymant seigneur de Kersiou Jean Baptiste de Penandreff en 16841026. Ce manoir subsiste encore aujourd‟hui mais il s‟agit d‟une construction moderne, vraisemblablement du XVIIe siècle1027. 
1018 1019

Kergadigen

Ibid. L‟aveu de 1495 donne la forme « Kergontes » pour le nom du lieu. Mussat dir., 1969, p. 32. 1020 Deshayes, 2003, p. 41. 1021 A.D.L.A., B 1084. 1022 Deshayes, 2003, p. 41. 1023 Ibid., p. 41. 1024 Mussat dir., 1969, p. 32. 1025 Réformation des fouages de 1426, p. 156. 1026 Maître, 1909, p. 252. A.D.L.A., B 1072 (non consulté) 1027 Mussat dir., 1969, p. 32.

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La maison noble est citée dans les actes de Réformation de la noblesse de Cornouaille en1536 sous la forme Kerguidigen. A. Deshayes en répertorie par la suite différentes mentions en 1540, 1608, 1678 et 1698 que nous n‟avons pas eu le temps de vérifier1028. Nous savons, par contre, que le lieu appartient à la fin du XVIIe siècle à Jean Veller de Croixmen qui rend un aveu pour cette terre et celle Lanoennec en 16871029. Il n‟en subsite apparemment plus rien aujourd‟hui.  Kergorvo

Le manoir de Kergorvo est l‟habitat seigneurial de Plouguer dont l‟origine est la plus ancienne (du moins si l‟on ne prend en compte que les documents conservés, rien ne prouve a fortiori que d‟autres maisons n‟existaient pas à cette période), puisque nous rencontrons son premier propriétaire Eon de Kergorsoth, dès 1310, dans un aveu où il fait part de ses possessions dans la paroisse de Carhaix1030. En 1441, il est dans les mains d‟un certain Bizien fils de Yvon Kergorno. Le site est à nouveau mentionné dans l‟aveu rendu au roi par Jean de Kergorno, fils de Guillaume en 15401031. Des vestiges du manoir apparemment très remanié (nous n‟avons pas visité le site), l‟inventaire retenait seulement en 1969 la tour d‟escalier circulaire qui permettait la circulation dans l‟ensemble du logis, mais il n‟en proposait pas pour autant de datation1032.  Kerledan

Nous ne possédons que peu d‟information sur ce manoir. Celui-ci est cité pour la première fois en 14261033. Nous ne le retrouvons par la suite qu‟en 1540, année où il fait l‟objet d‟un aveu rendu par Francoise le Mur, qui est aussi la propriétaire de la maison noble du Stanguer à Plouguer1034. A. Deshayes en cite plusieurs mentions par la suite que nous n‟avons pas vérifiées1035. Il subsite en ces lieux encore aujourd‟hui un modeste manoir (fig. 86). Celui-ci se compose d‟un grand logis rectangulaire en partie reconstruit sur son côté nord, comme le montre la trace de reprise visible sur sa facade antérieure. Au sud, une seconde aile, plus courte, vient s‟accoler au bâtiment. Il s‟agit là aussi d‟une construction plus récente puisqu‟elle vient simplement s‟y plaquer. Le noyau primitif de la résidence se compose de deux niveaux : le rez-de-chaussée qui s‟ouvre par deux portes dont la plus prestigieuse, au nord, est surmontée d‟un arc en accolade, tandis que le second niveau est ajouré par deux fenêtres à meneaux et croisillons, surmontées pour l‟une d‟entre elles (la plus au nord) d‟un gable orné d‟un blason et d‟une série de crochets. L‟ensemble de ces différentes caractéristiques semble militer pour une datation dans le XVIe siècle1036.  Kerléon

La maison noble de Kerléon est attestée dès 1468, année de l‟aveu rendu par sa propriétaire Catherine Baud, veuve de Guillaume de Kerléon. Elle est à nouveau mentionnée en 1540 où
1028 1029

Deshayes, 2003, p. 41. A.D.L.A., B 1102. 1030 A.D.L.A., B 1102. 1031 A.D.L.A., B 1083. 1032 Mussat dir., 1969. 1033 Deshayes, 2003, p. 41. 1034 A.D.L.A., 1083. 1035 Deshayes, 2003, p. 41. 1036 Mussat dir., 1969, p. 33.

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il est dans les mains de Catherine, fille de Bertrand de Kerléon1037.Il n‟en existe plus aucun vestige.  Kerniguez

Le manoir apparaît pour la première fois en 1426 dans le livre de Réformation des fouages1038. Par la suite nous savons que le lieu est dans les mains de Gilles Nédélec, fils de Jeanne de Kerneguez, en 1435, puis de Henri, fils d‟Alain, en 15381039. La résidence va par la suite être mise à sac au cours de guerres de la Ligue1040. Aux XVIIe et XVIIIe siècles, le manoir appartient à la famille d‟Olymant dont les archives de Loire Atlantique conservent 4 aveux rendus entre les années 1653 et 1765. Nous noterons particulièrement celui de 1728 qui nous apprend que le lignage est aussi en possession de Kerriou et Kerdaniel1041. Cette construction est l‟habitat aristocratique le plus important conservé dans la paroisse. Il se compose de deux grands ensembles(fig.87). Le « grand manoir » à l‟ouest se compose d‟un grand logis rectangulaire placé au nord d‟une cour close par ses dépendances. Ce bâtiment principal se compose de deux corps de périodes différentes. Le plus ancien, à l‟ouest, se compose d‟un rez-de-chaussée s‟ouvrant par une porte et une fenêtre simple et d‟un niveau sous comble ajouré à l‟extérieur par une lucarne à traverse et meneau surmontée d‟un galbe orné d‟un écu et d‟un décor antiquisant qui incite à dater l‟ouvrage du XVIe siècle.1042. A l‟extérieur de ce premier ensemble, se développe le « petit manoir », qui se compose d‟un logis rectangulaire portant la date de 1590.  Kerriou

Nous sommes assez peu documenté sur le manoir de Kerriou, cité pour la première fois en 1536. A. Deshayes en a répertorié plusieurs mentions entre la fin du XVIe et le XVIIe siècle1043. En 1728, le lieu appartient, en tout cas, à la famille des Olymant, propriétaire du manoir de Kerniguez1044. Il n‟en existe plus aucun vestige.  Kervenec

Située à proximité de l‟Hyères et de l‟actuel canal de Nantes à Brest, la maison noble de Kervennec est citée en 1536 sous la forme « Kerguennec ». Elle apparaît une nouvelle fois dans les sources en 16821045. Son cas semble assez mal renseigné. Il n‟est d‟ailleurs pas répertorié par l‟Inventaire. Il n‟en subsiste plus rien aujourd‟hui.  Lannoennec

Le site apparaît pour la première fois dans nos sources en 1503 1046. En 1536, celui-ci relève d‟un certain Henri de Quellenec1047. Il est cité par le suite à plusieurs reprises au XVIe et
1037 1038

A.D.L.A., B 1083. Réformation des fouages de 1426, p. 156. 1039 A.D.L.A., B 1084. 1040 Mussat dir., 1969, p. 23. 1041 A.D.L.A., B 1084.. 1042 Mussat dir., 1969, p. 33. 1043 Deshayes, 2003, p. 41. 1044 A.D.L.A., B 1084. 1045 Deshayes, 2003, p. 41. 1046 Ibid.,, p. 41.

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XVIIe siècle1048. En 1687 enfin, il appartient à Jean Veller de Croixmen qui rend un aveu pour cette terre et celle de Kergadiguen en la paroisse de Plouguer1049. Des vestiges modestes du manoir sont encore conservés aujourd‟hui dans le hameau de Lannoennec (fig. 88). Ceux-ci correspondent à un long bâtiment rectangulaire construit en grand appareil terminé au sud par un corps quadrangulaire. Celui-ci s‟élève sur deux niveaux ouverts par deux fenêtres dont l‟une, munie d‟une traverse. Dans leur publication de 1969, les chercheurs de l‟Inventaire ne proposent pas de datation. Les caractéristiques de ces ouvertures semblent néanmoins militer pour l‟époque moderne et même très vraisemblablement le XVIe siècle.  Le Pellem

La maison de Pellem, située très près de l‟actuel canal de Nantes à Brest, est citée dès 14261050. En 1443, elle appartient à Pierre de Kermarien, héritier de Jeanne de Munillac1051. En 1540, il est dans les mains de Vincent Rouxel, seigneur du Cranno puis de Léon Rouxel en 1558. Un dernier aveu du manoir est rendu par Louise Desporte, héritière d‟Anne Rouxel1052. Il ne subsite plus rien aujourd‟hui de cet édifice.  Penalan

Aujourd‟hui simple hameau, le site de Penalan est le lieu d‟un ancien manoir cité dès 14261053. Il ne subsiste à notre connaissance aucun aveu de cette résidence dont A. Deshayes n‟a pu répertorier que deux autres mentions, l‟une en 1464, l‟autre en 16821054. De cette ancienne résidence, est encore conservé un logis de la période moderne portant les dates de 1654 et 17851055.  Persivien

Le manoir de Persivien apparaît pour la première fois en 1536 dans les Actes de Réformation de la noblesse bretonne1056. Son nom est cité à nouveau dans le livre rentier de 1539-1542 qui n‟évoque à son sujet que la présence d‟un « village »1057. Nous le retrouvons par la suite mentionné dans l‟inventaire des biens nobles de Cornouaille du début du XVIIe siècle1058. Il n‟existe plus aujourd‟hui de traces de cette installation.  Prevasy

Le site de Prevasy, cité en 1426, apparaît très rarement dans nos sources 1059. Son manoir est par contre encore conservé. Il s‟agit d‟une construction de plan rectangulaire ouvert par 6
1047 1048

Mussat dir., 1969, p. 34. Deshayes, 2003, p. 41. 1049 A.D.L.A., B 1102. 1050 Deshayes, 2003, p. 41. 1051 A.D.L.A., B 1084. 1052 Ibid. 1053 Deshayes, 2003, p. 41. 1054 Ibid., p. 41 1055 Mussat dir., 1969, p. 34. 1056 Deshayes, 2003, p. 41. 1057 A.D.L.A. B 1103, f° 19 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 30. 1058 A.D.F., A 141, il est orthographié « Presivien ». 1059 Deshayes, 2003, p. 41.

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fenêtres réparties entre le premier et le second niveau et par une porte en arc brisé à l‟ouest, présentant voussures et piédroits en ébrasement. Sa datation reste difficile ; il pourrait appartenir au XVIe ou au XVIIe siècle1060.  Roch Caer

Le manoir de Roch Caer est cité pour la première fois en 1426. Nous connaissons plusieurs des ses propriétaires au XVe et au XVIe siècle, à commencer par Guillaume de Rochazre en 1494 et Pierre de Rochazre en 15401061. La maison change de main à la fin du XVIIe siècle et entre dans le patrimoine de la famille des Le Bigot. Les archives de Loire-Atlantique conservent d‟ailleurs deux aveux des membres de ce lignage datés de 1683 et 17101062. Le manoir subsiste encore aujourd‟hui. Il se compose de deux corps de logis alignés d‟aspect plutot modeste (l‟un s‟ouvrait par une porte en arc brisé, bouchée par la suite) dont la construction ne remonte sans doute pas au-delà du XVIIe siècle1063.  Le Stanguer

Citée dès 14261064, la maison noble du Stanguer appartient en 1540 à Charles Le Boton. Le site changera de mains au XVIIe siècle pour rentrer dans le patrimoine de la famille Gillard. Nous possédons d‟ailleurs trois aveux de ce lignage rendus pour cette terre en 1754, 1764 et 17761065. Le manoir, toujours conservé aujourd‟hui, correspond à un simple batiment rectangulaire s‟ouvrant en facade par 5 fenêtres, 2 au rez-de-chaussée, 3 à l‟étage, et une porte au centre en arc brisé. Sa construction doit vraisemblablement dater du XVI ou du XVIIe siècle.  Tronjoly

Le site de Tronjoly, associé au petit ruisseau de la Madeleine, est cité dans le livre rentier de 1539-1542 qui ne précise pas sa nature1066. Il s‟agit pourtant déjà d‟un manoir, puisque Marie du Mesné rend un aveu pour celui-ci en 1540. Par la suite nous savons que le lieu est dans les mains de Jean Bertrand, seigneur de Saint-Hervé, en 1640, puis dans celles des enfants Renée Louis Bertrand en 17131067.

1060 1061

Mussat dir., 1969, p. 34. A.D.L.A, B 1084. 1062 Ibid. 1063 Mussat dir., 1969, p. 34. 1064 Deshayes, 2003, p. 41. 1065 A.D.L.A., B. 1084. 1066 A.D.L.A., B 1103, f° 40 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 58. 1067 A.D.L.A., B 1084.

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Troisième partie : Morphologie et développement

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3.1 Analyse morphologique
3.1.1 Le réseau routier autour de Carhaix

Avant de traiter de la morphologie de la ville, il convient sans doute de comprendre la manière dont celle-ci s‟insère à l‟intérieur du réseau routier. Cette question est évidemment extrêmement vaste. Nous nous contenterons donc d‟effectuer quelques remarques générales. 3.1.1.1 Historiographie de la question

Comme l‟on pouvait s‟y attendre, les travaux sur le réseau routier, autour de Carhaix, se sont concentrés jusqu‟à présent sur la question des voies romaines. L‟intérêt pour celles-ci est déjà ancien puisque les premières études datent du milieu du XIXe siècle. L‟un de ses premiers grands artisans fut R. Bizeul. Dès 1843, celui-ci donnait une courte présentation du réseau viaire romain s‟organisant autour de Carhaix, dans la réédition du dictionnaire d‟Ogée1068. En 1849, il consacrait un article sur « les voies romaines sortant de Carhaix », dans lequel il abordait quelques questions générales sur la ville avant de s‟attarder plus spécifiquement sur le tracé de la voie reliant le chef-lieu des Osismes à Castennec1069. En 1851, il consacrait une étude à la route menant de Carhaix à Corseul1070. Sur une plus grande échelle, ses travaux sont complétés par la suite, par l‟étude de J. Gaulthier du Mottay en 1869 sur les voies romaines des Côtes-du-Nord (actuel Côtes d‟Armor)1071, puis L. Marsille en 1929 sur celles du Morbihan1072. Hormis une rapide mise au point par P. Merlat en 19551073, il faut attendre les années 1970 pour voir le renouveau de ce type d‟études. C‟est la thèse de J. Y. Eveillard, tout d‟abord, qui consacre son attention sur la voie Rennes à Carhaix1074. Par un minutieux travail cartographique ainsi que par l‟enquête de terrain, le chercheur est parvenu à restituer l‟ensemble du tracé de cette route. Mais c‟est aussi l‟étude de L. Pape sur la cité osisme qui consacre plusieurs pages à la question du réseau routier dans lesquelles il s‟attarde particulièrement sur Carhaix1075. Plus récemment enfin il faut signaler une nouvelle étude de J. Y. Eveillard qui est revenu sur la question du tracé de la voie Vannes-Carhaix1076, ou celle de S. Le Pennec qui s‟est intéressé à l‟itinéraire Kerilien-Plounéventer-Carhaix1077. Ces différentes études permettent donc aujourd‟hui de présenter sans trop de problème une carte du réseau viaire romain autour de Carhaix. Suivant l‟expression de L. Pape, la ville y apparaît comme un véritable « nœud routier »1078 autour duquel s‟organisent la plupart des voies de la cité des Osimes et qui, à l‟échelle de l‟Armorique, tient un rôle de « plaquetournante ». Nous comptons ainsi pas moins de huit routes sortant de la capitale, dont plusieurs se séparent par la suite en différents embranchements. Au total, ce sont 12 grands itinéraires qui viennent se rencontrer autour de Vorgium.
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Ogée, 1845, t. 1, p. 148-149 Bizeul, 1849, p. 29-40. 1070 Bizeul, 1851. 1071 Gaulthier, du Mottay, 1869. 1072 Marsille, 1929. 1073 Merlat, 1955 (b). 1074 Eveillard, 1975. Outre ce travail, deux mémoires de maîtrises ont été consacrés dans les mêmes années par G. Le Dévendec et P. Hamon sur les voies Carhaix-Vannes et Carhaix-Le Yaudet-Lannion que nous n‟avons pas consulté. 1075 Pape, 1979, p. 52-62. 1076 Eveillard et alii, 1997, p. 73-77. 1077 Le Pennec, 2002. 1078 Pape, 1979, p. 55.

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Au nord-ouest de la cité, nous retrouvons, tout d‟abord, la voie se dirigeant vers l‟AberWrac‟h (fig. 89 n°1). Son tracé mal connu au sortir de la ville pourrait se confondre en partie avec la rue Hervé le Jeanne ; elle traversait en tout cas l‟Hyères au niveau de Moulin Meur. Au nord, une seconde voie se dirigeait vers Morlaix et Kerilien en Plounéventer (fig.89 n° 2). Là encore, son tracé au sortir de la ville est mal connu, il pourrait se confondre en partie à la rue Ernest Renan qui rejoint le petit Carhaix. Après avoir traversé l‟Hyères, la route se dirigeait vers Poullaouen puis Huelgoat où elle se séparait en deux embranchements, le premier menant vers Morlaix, le second vers Kerilien1079. Au nord-est, la voie menant vers Lannion-Treguier (fig.89 n°3) partait depuis le carrefour qu‟elle formait avec celle de RennesVannes-Corseul (dans secteur proche des rues du maréchal Foch et Marcel Marc actuelles), se confondait un temps avec la D 787 avant de rejoindre le pont Sainte-Catherine puis de se séparer quelques kilomètres plus loin entre deux embranchements. Depuis le carrefour formé avec la route de Lannion-Tréguier, partait un quatrième itinéraire majeur dont le tracé a été en partie étudié par J. Y. Eveillard. Celui-ci n‟empruntait que pour un court instant l‟actuel N 164 avant de se poursuivre par la rue Tristan Corbière puis de longer la D 166 (fig. 89 n° 4). Au lieu dit Kerborgne, à la limite entre Carhaix et le Moustoir, cette route se divisait en deux, l‟une au nord partant en direction de Corseul, la seconde vers Rennes et Vannes. Cette dernière se poursuivait encore jusqu‟à un kilomètre à l‟est du Moustoir où elle se séparait entre la voie menant à Rennes, au nord et celle menant à Vannes, au sud. Le cinquième itinéraire, plus aisé à reconnaître (fig. 89 n° 5), devait partir à proximité de la rue du château en direction de Pont-Bihan. La voie Carhaix-Quimperlé partait sans doute à proximité de la précédente, pour se diriger vers la Madeleine puis Pont Daoulas et continuer vers Motreff (fig. 89 n° 6). La route de Quimper devait, elle, suivre de près le tracé de la route de Kergalet d‟où elle traversait l‟Hyères au niveau de Ty Névez (fig. 89 n° 7). Elle se poursuivait ensuite vers le sud avant de changer brusquement de direction à environ 11 km de l‟agglomération. Elle rencontrait à cet endroit un nouveau chemin venant depuis Rostrenen, avec lequel elle venait se confondre en direction de Quimper. L. Pape a été le premier à attirer l‟attention sur cet itinéraire qui suit une orientation constante sud-ouest-nord-est. Celle-ci est d‟ailleurs en lien avec trois des routes que nous venons de présenter : la voie de Quimperlé qui la croise à un peu moins de 2 km au sud du bourg de Motreff, celle de Vannes qui se confond avec elle jusqu‟au niveau du camp de Paule où elle se dirige plus au sud, et enfin la voie de Rennes qui la rencontre peu avant Rostrenen et s‟en sépare quelques kilomètres plus loin1080. Il est donc logique de considérer que ces différentes routes ne sont que des raccordements postérieurs à cet ancien chemin qui devait relier Quimper à la baie de Saint-Brieuc et de la Rance. La dernière voie (fig. n° 89 n°8) enfin devait se diriger vers le Moulin du Roy où elle traversait la rivière pour ensuite se ramifier en deux branches, l‟une en direction de Châteaulin puis Camaret et l‟autre vers Châteauneuf-du-Faou puis Douarnenez. 3.1.1.2 L‟apport des sources écrites médiévales

A quelques exceptions près, la question de la destinée des voies romaines et de la composition du réseau routier au Moyen Age a assez peu intéressé les chercheurs bretons jusqu‟à présent1081. L‟utilisation des sources écrites peut cependant offrir sur ce problème quelques informations appréciables qu‟il est utile de souligner.
1079 1080

Le Pennec, 2002, p. 35-36. Pape, 1979, p. 56, Eveillard et alii, 1997, p. 74, Eveillard, 2001, p. 62 1081 Il faut signaler tout de même J. Y. Eveillard qui consacre un chapitre de sa thèse sur le devenir de la voie Rennes-Carhaix après l‟époque romaine, cf. Eveillard, 1975, p. 65-69 Voir aussi l‟article de B.Tanguy sur les toponymes routiers bretons, cf.Tanguy, 2001, et surtout les pages de N. Y. Tonnerre sur voies de communication dans le Vannetais et Nantais au Moyen Age central, cf. Tonnerre, 1994, p. 496-502.

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Il est évident que ce sont pour les époques les plus hautes que nous saisissons le moins bien les choses. Le fait est d‟autant plus vrai pour Carhaix où les documents anciens sont très rares. Mais quelques indices méritent d‟être signalés. Il convient tout d‟abord de mettre en avant le nom donné à Carhaix par les Annales de Lausannes, Corophesium, qui peut se traduire par « carrefour »1082. Si les raisons exactes du changement de nom de l‟antique cité de Vorgium ne sont pas connues, cette nouvelle appellation prend évidemment pour nous une résonance particulière, puisqu‟elle s‟adapte parfaitement à ce que nous savons de la place de la ville au sein du réseau routier de l‟Armorique romaine. Cela suppose que Carhaix conserve ce rôle au début du Moyen Age. Comme nous l‟avons déjà dit, nous sommes assez bien renseigné sur la venue de Louis le Pieux en 818. L‟empereur y mène alors une expédition contre le chef Morvan, qui le conduit, semble-t-il, jusqu‟à Carhaix. Il serait évidemment appréciable de pouvoir reconstituer le parcours suivi par celui-ci. Dans le récit qu‟il nous donne de cet événement, Ermold le Noir est assez précis sur le voyage de l‟empereur jusqu‟en Bretagne : « César fait route à travers son royaume jusqu‟au moment où il approche de la région parisienne : il revoit maintenant le séjour de Denis le Martyr, où l‟abbé Hilduin lui prépare des présents. [...] Puis il passe l‟Orléanais, entre dans la villa de Vitry. [...] bientôt il voit Orléans même où il sollicite pour ses armes la protection de la sainte Croix. [...] Ensuite il se rend à Tours où il doit visiter les temples de Martin et de saint Maurice le Martyr. [...] Le glorieux roi arrive à la ville d‟Angers et se rend près du corps de saint Aubin. [...]César enfin fait son entrée dans la ville de Nantes : il visite tous les sancutaires et y fait ses prières. [...] L‟illustre empereur arrive enfin à Vannes, fait les préparatifs traditionnels du combat et désigne les chefs»1083. C‟est donc dans l‟ancienne capitale des vénètes, qu‟avait reconquis son grand-père Pépin le bref en 7511084, que Louis le Pieux réunit son ost composé de guerriers francs, suèves, saxons et thuringiens1085. Malheureusement pour nous, Ermold le Noir devient par la suite beaucoup plus évasif sur le parcours suivi par l‟armée jusqu‟aux troupes de Morvan. Nous aurions évidemment pu penser que celles-ci suivirent la voie Vannes-Carhaix pour se rendre dans l‟ancien chef-lieu de cité des Osismes mais cela n‟est guère vraissemblable puisque nous savons que l‟empereur rencontra l‟abbé Matmonoc à Priziac1086. La position exacte du camp où eut lieu cet événement n‟est pas connue mais une installation carolingienne importante devait exister sur ce territoire où fut découvert en 1861, au lieu dit Kervenah, environ 1000 deniers d‟argent de l‟atelier de Melle émis sous Charles le Chauve1087. B. Tanguy a d‟ailleurs proposé d‟identifier le hameau de Bonneval situé à 750 m de Kervenah à l‟aula Botnumel cité en 832 dans les Gesta sanctorum Rotonensis1088. Il est en tout cas certain, pour ce qui nous concerne, que Priziac se situait sur un important axe de communication romain. Il serait évidemment utile de pouvoir situer le « palais » de Morvan que nous décrit Ermold le Noir1089. Mais aucune des très nombreuses hypothèses
1082 1083

Fleuriot, 1999, p. 33, Tanguy, 1984, p. 100-101, Tanguy, 1990, p. 48. Ermold le Noir, p. 117-121. 1084 Chédeville, Guillotel, 1984, p. 201. 1085 Ibid., p. 117. 1086 Cartulaire de Landévennec (b), p. 76, Dom Morice, 1742-1746, t. 1, col. 228 : In eadem Britanniae provincia castra fixerat, super fluvium Elegium [il s‟agit de l‟Ellé] justa silvam quae dicitur Brisiaci. 1087 Lavallée, 1862, p. 7. 1088 Dom Morice, 1742-1746, t. 1 col. 233-263, Tanguy, 1992, p. 38. Il n‟existe pas aujourd‟hui de vestiges de fortification sur les lieux. Précedemment H. Guillotel avait proposé d‟indentifier le lieu avec l‟aula Botnumel avec Botmel en Callac (Côtes d‟Armor), mais suivant P. Guigon celui-ci est trop éloigné de l‟Ellé pour correspondre à ce site, cf.Chédeville, Guillotel, 1984, p. 232, Guigon, 1997, p. 19. 1089 Ermold le Noir, v. 1346-1351, p. 114-115 : « Au milieu des forêts, entourée d‟un fleuve, retranchée derrière les haies, les fossés, les marécages, la deumeure royale brille de l‟éclat des armes et une garde nombreuse ». Notons tout de même que si c‟est dans cette forteresse que Morvan recut l‟envoyé de l‟empereur, nous ne

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d‟identification qui ont été proposées jusqu‟à présent ne semble pouvoir sérieusement être retenue1090. Toute tentative de reconstitution du parcours suivi par l‟ost de Louis le Pieux serait donc aujourd‟hui très hasardeuse. En dehors de l‟expédition de 818, nous possédons d‟autres indices de la survie du réseau viaire romain autour de Carhaix au haut Moyen Age. Il semble, en effet, exister un lien entre certains grands chemins et les bourgs des paroisses primitives, qui se situent très souvent à leur proximité. C‟est le cas pour la voie menant de Carhaix à Morlaix-Kerilien, qui passe près de celui de Plounévézel et de Poullaouen, ou celle de Quimperlé pour Motreff. Ce constat semble donc en partie rejoindre celui de L. Pape sur le bas-Tréguier, qui note pour cette région, une convergence entre les centres paroissiaux et les routes dans 15 cas sur 331091. En s‟éloignant d‟un secteur proche de l‟agglomération, J. Y. Eveillard a pu souligner l‟association d‟habitats aristocratiques carolingiens à la voie RennesCarhaix, ce qui démontrerait la survie de ce tracé1092. Cependant sur l‟ensemble des exemples cités par le chercheur, seul Talensac est véritablement attesté à cette période1093. En tous cas, même si les informations sont ténues, il ne semble pas impossible de conclure que le réseau routier antique de la région est encore largement utilisé à cette période. Ce constat n‟a d‟ailleurs rien de surprenant, dans un article déjà ancien, M. Rouche a pu montrer que beaucoup de voies étaient encore entretenues au cours du haut Moyen Age1094 et il n‟y a évidemment pas de raison de penser que la situation était différente en Bretagne. Pour le Moyen Age central, les informations sont encore peu nombreuses. Un document sur lequel se sont attardés beaucoup de chercheurs appartient pourtant à cette période, le Romain d’Aiquin1095. Son intérêt reste cependant limité pour une étude concrète du réseau routier. Celui-ci rapporte surtout la légende d‟Ohès, seigneur de Carhaix, et de sa femme Ahès, à qui la chanson attribue la construction d‟une grande route sortant de Carhaix: «Elle fut fille Corsout li aduré-Qui boen bien vesquit trois cens ans a passé-Mais celle dame ot ung moult fol pensé-Qui cuidoit vivre tous jours en jeune aé-Elle fit faire grand chemin ferré-Par où alast a Paris la cité-Car le Pays est de bois tout planté. A Quarahes, ce saichez de verté, fut le chemin commencé et fondé-Par celle dame fut maint chesne coupé, et abattu maint grant arbre ramé-Quand ce chemin fut fait et compassé-Plus de vingt lieues fut le chemin ferré-Moult y ot t‟en en poay de temps oupvré-De cy au terme que je vous ay conté-Que la dame un grant souspir jetté[...]De maintenant avoit avoit ung clerc mandé-Qui estoit maistre de la divinité-Et luy avoit enquis et demandé-S‟il on pouvoit mourir sans estre tué[...]Il luy a dit : ouil, pour vérité-Tous ceux mourront qui sont de mère né[...] Lors a la Dame un grant souspir jectéHélas , dit-elle pourquoy fusmes nous né !-Or‟ne me prise un denier monnoyé-Ne ma richesse ne ma grant poesté-Aiczoi me doy tenir en grant ville-Ja ne sera le chemin achevé-Moult me repens dont j‟y ay tant oupvré ! »1096. Il est évidemment difficile d‟identifier le chemin cité dans le texte ; la direction qui lui est donnée, vers Paris, pourrait faire penser à la voie
pouvons pas contre affirmer qu‟elle fut utilisée contre les francs, comme l‟a justement fait remarquer J.C. Cassard, cf. Cassard, 1999, p. 38. 1090 Sur cette question voir le résumé de P. Guigon, cf. Ibid., p. 19-20. 1091 Pape, 1979, p. 223_224. Nous avions pu constater cette association pour Plabennec, dans le Léon, dont le bourg se situe au nord du tracé de la voie Kerilien-Plounéventer-Pointe Saint-Mathieu, cf. Le Gall Tanguy, 2005, p. 36. 1092 Eveillard, 1975, p. 66. 1093 Cartulaire de Redon (a), appendice XXXIV. Il s‟agit d‟un acte du 23 aout 852 dans lequel le roi Erispoé fait des donations à Redon alors qu‟il réside in aula Talansac. Dans sa thèse J. Y. Eveillard cite aussi les fortifications de Haut-Breil en Pacé, Cojean en Loudéac, Castel-Gestin en Mur de Bretagne ou Castel Liscuis Coz en Laniscat et Rudulgoat en Moustoir qui correspondent pour une large partie à des mottes castrales, cf Eveillard, 1975, p. 66.. 1094 Cf. L’héritage de la voierie antique dans la Gaule du haut Moyen Age paru en 1982 et récemment reédité ds Rouche, 2003, p. 37-58. « 1095 Bizeul, 1849, p. 11-17, Lot, 1900. 1096 Romain d‟Aiquin, v. 860-903, p. 35-36.

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romaine menant vers Corseul, mais le document précise bien qu‟elle ne sera jamais achevée. Il faut sans doute bien garder ici à l‟esprit que l‟anecdote sur la construction du chemin est avant tout pour l‟auteur l‟occasion d‟apporter une réflexion sur le sens de la vie. Nous voyons cependant plus loin dans le récit, Charlemagne et ses troupes emprunter une route qui mène de Corseul à Carhaix qui a évidemment toute les chances de correspondre à la voie romaine qui suit la même direction : « Droit à Corseul s‟estoit l‟ost aroté-Cité fut riche, (d‟)AntiquitéMays gastée estoit, long temps avoit passé-Et le mort sire et à sa fin allé-Vers Car(a)hès se sont acheminé-Tretouz ensemble le grand chemin ferré-Que fist la famme d‟Ohès le veil barbé »1097. Cette indication suppose donc que l‟ancienne route est encore connue et sans doute empruntée cette époque (soit la fin du XIIe siècle). D‟une manière plus générale, il faut signaler que ce personnage d‟Ahès est associé à de très nombreuses routes de la Bretagne. Les exemples en sont très nombreux. Autour de Carhaix, son nom est appliqué plusieurs fois au chemin de Châteaulin dans un aveu de 1540 concernant des terres de Pleyben 1098. Le rentier de la sénéchausée de Châteaulin de 1544-1545 associe à ce même chemin un « fossé appelé Cleuz Ahes » au niveau de Lospars 1099. La tradition populaire donne aussi le nom de « Hen Ahès » (soit route d‟Ahès) à la voie romaine Carhaix-Tréguier le long de laquelle se situe le hameau de Béaès « la tombe d‟Ahès» à Prat1100. Le long de la voie Carhaix-Morlaix nous retouvons aussi un « Hent-Daes » à Plounéour-Ménez1101. Enfin, même si l‟on s‟éloigne très largement de Carhaix, la dénomination « chemin Noe » est associée à la route romaine menant à Corseul dans les deux villages de Langueux et Yffiniac, de même que « chemin de Nohay » à Plédran (Côtes d‟Armor)1102. Suivant B. Tanguy : « la forme Noë résulte d‟une agglutination du –n final de chemin» derrière laquelle il faut reconnaître le nom d‟Ohès1103. Le lien unissant les personnages d‟Ahès et Ohès à Carhaix est donc évident. A la suite de F. Lot1104, B. Tanguy pense d‟ailleurs que «les deux noms ont été extraits à des époques différentes du nom Carhaix, qui de, Carohes a évolué en Carahes et a été interprété comme un composé formé avec le vieux-breton caer »1105. C‟est ce que prouverait d‟ailleurs la première mention de la ville en 1081-1084 sous la forme Caes Ahes1106.Ces personnages relèvent donc d‟une tradition assez similaire à celle des « chaussées de Brunehaut », courante à l‟ouest et au nord de la France1107. A ce sujet, notons que T. de La Tour d‟Auvergne témoigne, à la fin du XVIIIe siècle, que « le vulgaire appelle chaussées de Brunehaut et chemins ferrés » les voies romaines autour de Carhaix1108. Dans son étude sur le réseau routier autour de Carhaix, R. Bizeul avait rejeté cette information en notant que « cette appellation, très commune dans le nord de la France, [...] semble tout-à-fait inconnue du vulgaire breton »1109. Les études montrent cependant que la reine mérovingienne est le plus souvent associée à des routes situées dans des territoires sur lesquels elle n‟a pas régné, principalement dans l‟ancienne Neustrie, alors qu‟elle fut à la tête de l‟Austrasie1110. Nous retrouvons même

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Ibid. v. 2820-2826, p. 108-109. Tanguy, 2001, p. 227, note 48. Ce document est consultable à la référence A.D.L.A., B 1158 (non vérifié). 1099 Le Berre, 2000, t. 1, p. 118. 1100 Tanguy, 2001, p. 227. 1101 Le Pennec, 2002, p. 41. 1102 Ibid., p. 226. On retrouve la forme chemin Oheix dans un aveu de 1583 à Langueux. 1103 Ibid. p. 226. 1104 Lot, 1900, p. 386. 1105 Tanguy, 2001, p. 227. Précisons qu‟il n‟exite aucune mention de la ville sous la forme Carohes. 1106 Cartulaire de Quimperlé, acte XXXVIII, p. 137. 1107 Rouche, 2003, p. 45-48. 1108 Ogée, 1843, t. 1, p. 142. 1109 Bizeul, 1845, p. 21. 1110 Pour un rapide résumé sur le personnage historique et le contexte historique dans lequel elle évolua, cf. Lebecq, 1990, p. 109-119.

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vers 1070 une calciata Brunicheld en Languedoc (ancienne Septimanie)1111. Sur le principe, il n‟aurait donc pas été si étonnant de retrouver des « chaussées de Brunehaut » en Bretagne. Cela ne suffit pas cependant pour prendre au sérieux l‟indication de T. de la Tour d‟Auvergne, puisqu‟aucun toponyme et encore moins de mention écrite n‟attestent l‟existence d‟une telle tradition autour de Carhaix. Pour en terminer avec la chanson d‟Aiquin, il faut aussi noter l‟emploi courant de l‟expression « chemin ferré ». Utilisée aussi dans la chanson de geste, les Narbonnais, elle pourrait être liée à d‟anciennes exploitations ferrières. Suivant M. Rouche : « À une date inconnue, les anciens ferriers gallo-romains ont été transformés en véritables carrières de matériaux légers et durs pour empierrer soit les vieilles voies romaines, soit les routes nouvelles »1112. Ce rapprochement ne serait évidemment pas inintéressant pour Carhaix, mais il semble que seule l‟exploitation de mines de plomb soit bien attestée dans cette zone. C‟est seulement à la toute fin du Moyen Age que nous commencons vraiment à être mieux renseigné sur l‟organisation du réseau routier autour de Carhaix. Une fois encore, c‟est le rôle rentier de 1539-1542 qui en constitue la source d‟information principale. Comme a pu l‟analyser J.F. Dreyer, le chemin est élément marquant du paysage et il est donc logique qu‟il soit courament évoqué dans ce type de document1113. Le texte cite, en effet, plusieurs des grands axes de communication auxquels la ville médiévale était reliée. Même si l‟on ne doit pas négliger les grands travaux du XVIIIe siècle et les transformations qu‟ils ont occassionées, il semble possible de reporter ces différentes indications sur les fonds cartographiques que nous possédons. Le premier itinéraire important donné par le rentier est « le grand chemyn par où l‟on va de ladicte ville de K(er)ahes à Kemper(coren)tin »1114 ou « le grand chemyn menant de K(er)ahes à Gourrin »1115 Le document ne donne guère d‟indice pour l‟identifier. Il paraît cependant vraisemblable qu‟il corresponde à la route de Gourin du XVIIIe siècle, figurée sur le plan de la ville de 1772. Cette dernière partait depuis la rue du tour du château, en face de la rue des Carmes, pour emprunter le tracé de l‟actuelle route de la Magdeleine et de Kergalet. En évoquant « ung bout de pezzie situé au village de Kergroix », le document cite également le « chemyn conduisant de K(er)ahes à Mourlaix »1116. La localisation dans le secteur de Kergroas semble faciliter son identification avec la route moderne de Morlaix qui partait depuis la collégiale Saint-Trémeur jusqu‟au Petit-Carhaix, pour rejoindre le hameau de Plounévézel et ensuite prendre la direction d‟Huelgoat. Il reste enfin le cas du « chemyn qui mesne de Sainct-Augustin à Saincte-Katherine » 1117 ou « chemyn mesnant de la rue Neuffve à Saincte-Katherine »1118. Le texte ne précise nullement que cette route correspond à un grand axe de communication. Néanmoins la direction qui lui est donnée, vers Sainte-Catherine, fait indubitablement penser à la route de Callac, figurée sur la carte de Cassini, qui emprunte le pont médiéval du même nom et passe donc devant l‟église tréviale de Plounévézel. A en suivre les indications du rentier, ce sont donc au moins trois grands axes qui s‟organisent depuis Carhaix et relient la cité à Morlaix et sans doute Callac au nord et Quimper et Gourin au sud, des grandes routes qui semblent reprendre le parcours des anciennes voies romaines de Morlaix-Kerilien, Lannion-Tréguier, et Quimper. Mais le grand intérêt du document est aussi de faire apparaître le réseau routier local. Il cite en effet les différentes voies qui relient les hameaux de la paroisse à la ville. Les mentions en sont nombreuses. Notons le «chemyn par où l‟on va de la halle à l‟esglise de la chapelle de la
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Rouche, 2003, p. 48. Ibid., p. 52. 1113 Dreyer, 1999, p. 103-105. 1114 A.D.L.A., B 1103, f°14 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 25. 1115 A.D.L.A., B 1103, f°28 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 42. 1116 A.D.L.A., B 1103, f° 41 r°, f° 42 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 59, 60. 1117 A.D.L.A., B 1103, f° 20 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 32. 1118 A.D.L.A., B 1103, f°28 r°, f° 35 r°, f° 36 r°, f° 36 v°, 37 r°, etc. Le Mével, 1999, t. 2, p. 41, 50,.52, 53, etc.

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Magdalaine »1119 ou celui « mesnant de la rue Neuffve à Saincte-Katherine », que nous avons déjà évoqué. Mais c‟est aussi « chemyn conduisant dud(ict) conduissant dudict Kerahes au Kergourtays », celui « qui conduict de Sainct Quigeau au village de Perzivien »1120 ou « les deux chemyns qui vont de la vieille esglise à la Magdalaine »1121. .Ce réseau apparaît aussi pour les paroisses voisines puisque le texte cite aussi les chemins menant du bourg de Poullaouen à Leinburel, de Quellennec à Moulin Neuf, de Kergoet à Cozker, etc1122. Le document est donc un très utile outil de travail pour la connaissance du réseau viaire médiéval. 3.1.1.3 Les grands routes autour de l‟agglomération : analyse morphologique

L‟observation du parcellaire permet de constater la densité du réseau routier se développant autour de la ville. Il se compose d‟une série de petits chemins qui se structure autour de grands axes aboutissant directement dans l‟agglomération. La présentation de ces derniers est essentielle pour comprendre l‟organisation urbaine. Nous décrirons l‟ensemble de ces grandes routes que nous avons numéroté de 1 à 9 (fig.85) :  L‟axe A 1

Il s‟agit de l‟ancien chemin de Morlaix. Celui-ci, après avoir traversé la paroisse de Plounévézel, vient rejoindre Carhaix en franchissant l‟Hyères. Avant le pont du Petit-Carhaix, il forme une patte d‟oie avec la route venant du hameau de Coatilouarn. Après la rivière, l‟axe se divise en une série de chemins. L‟un part en direction de la rue des Bénédictins1123 par lequel il rejoint la ville à l‟ouest de la place au charbon, pour se poursuivre à l‟intérieur de l‟agglomération par la rue Hollo. Deux autres partent vers le sud-ouest et se dirigent vers la chapelle N.D. du Frout et l‟église paroissiale de Plouguer. Le principal enfin, continue vers le sud pour gagner la rue du Pavé au niveau de la collégiale Saint-Trémeur. L‟antiquité de cette route ne fait aucun doute. Elle correspond, pour partie, à l‟ancienne voie romaine de Morlaix et Kerilien. Son tracé aux abords de la capitale de la cité des Osismes est cependant méconnu. Correspond-t-il à au chemin menant de la ville au Petit-Carhaix comme le proposait L. Pape, ou se situait-il plus à l‟est comme semble le supposer G. Le Cloirec ? Nous pouvons en tout cas penser que le franchissement de la rivière se faisait au niveau du pont actuel. Comme nous venons de le voir l‟existence de ce chemin à la fin du Moyen Age parait assuré si nous acceptons de l‟identifier au « chemyn conduisant de K(er)ahes à Mourlaix » du rentier du XVIe siècle1124. Nous savons que le chemin connaît des transformations au XVIIIe siècle. Les archives départementales d‟Ille-et-Vilaine conservent d‟ailleurs un document qui atteste les travaux menés sur cette voie dans la paroisse voisine de Poullaouen en 17641125. A Carhaix ; nous savons qu‟en 1774 est effectué « l‟élargissement et [la] réparation de la banlieue de Morlaix »1126. De nouveaux aménagements ont lieu en 17861127. Il est difficile de déterminer l‟ampleur exacte de ces transformations. Nous ne sommes pas certain qu‟ils aient considérablement modifié la physionomie de cet ancien
1119 1120

A.D.L.A., B 1103, f° 14 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 25. A.D.L.A, B 1103, f° 19 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 30. 1121 Ibid., t. 2, p. 59. 1122 Cf. La courte liste donnée par A. Le Mével même si celle-ci est sans doute incomplète, cf. Ibid., t. 1, p. 136 . 1123 Ce chemin s‟appelle aujourd‟hui rue des abattoires, il tient son nom de l‟établissement établi au bord de son parcours entre 1887-1890, cf. A.D.F. 2 O 224 1124 A.D.L.A., B 1103, f° 41 r°, f° 42 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 59, 60. 1125 A.D.I.V., C 2280. 1126 A.D.I.V., C 622. 1127 A.D.F. 1 E 1502 (5)

138

accès1128. Il est vraisemblable que la largeur importante de la route que l‟on peut constater entre le Petit-Carhaix et la ville en soit l‟aspect le plus visible.  L‟axe A 2 :

Il correspond à l‟ancienne route de Guingamp-Lannion. Ce chemin traverse l‟Hyères par le pont médiéval de Sainte-Catherine puis se poursuit vers le sud-est en direction de la ville. La majeure partie de son tracé est celui de l‟actuelle D. 787. Tout au long de son parcours, il est rejoint par une série de petits chemins secondaires venant du manoir du Stanguer et des hameaux de Kernaëret et du Minez. Là encore, l‟ancienneté de la route ne fait pas de doute. Elle correspond à l‟ancienne voie romaine menant vers Tréguier et Lannion que nous avons déjà évoqué. Nous la reconnaissons dans le rentier du XVIe siècle dans la mention du « chemyn mesnant de la rue Neuffve à Saincte-Katherine »1129. Sa pérennité est importante puisqu‟elle est encore utilisée à la période moderne. Elle fait d‟ailleurs partie des grands axes représentés sur la carte de Cassini (fig. 91). La route est l‟objet d‟importants travaux au XVIIIe siècle. En 1774 nous est évoqué « la réparation de la banlieue pour la route de Guingamp traversant le champ de foire »1130. La largeur du chemin témoigne des transformations de cette période. Cependant, si cette route a été reprise, l‟observation du cadastre fait apparaître deux recoupements avec l‟axe ancien. Le premier se situe peu après le hameau de Kernaëret. Il est matérialisé par un îlot triangulaire qui vient séparer le chemin en deux. Le tracé le plus direct, au sud, correspond sans doute à la route royale du XVIIIe siècle. Le phénomène est similaire pour le second recoupement que nous retrouvons peu avant le carrefour marquant l‟entrée de la ville. Nous observons là aussi un îlot de forme allongé qui est contourné au nord par un tronçon de chemin dont le tracé est fossilisé dans le parcellaire. Avant son entrée dans l‟agglomération la route forme une patte d‟oie avec deux autres chemins. Le premier, au sud, correspond, suivant l‟interprétation de certains chercheurs, au dernier tronçon de la voie romaine de Rennes-Vannes-Corseul. Il est rejoint presque à la perpendiculaire par le second chemin, l‟actuelle rue de l‟aqueduc romain, dont orientation ainsi qu‟une fouille récente permettent de supposer l‟origine romaine1131. Le carrefour formé par la rencontre de ces différents axes antiques est relié à la ville par une voie principale, la rue Neuve. Il s‟agit incontestablement d‟un embranchement postérieur dont l‟origine médiévale ne fait aucun doute. Il est d‟ailleurs cité dans le rentier du XVIe siècle1132. Notons qu‟un second chemin, plus direct, part de la place du champ de foire pour rejoindre le carrefour. Il s‟agit sans aucun doute d‟une réalisation du XVIIIe siècle comme en témoigne sa largeur et son tracé rectiligne.  L‟axe A 3

Il correspond à la route de Rostrenen. Sortant de la paroisse du Moustoir, ce chemin entre sur le territoire de Plouguer au niveau du hameau de Kernevez. Il est rejoint peu après par la route de Quintin avec laquelle il forme un carrefour. Il se poursuit ensuite de manière très direct jusqu‟à la ville où il pénètre par la rue des Augustins.

1128

Nous noterons à la suite de M. Chevance, que le chemin marque une séparation entre deux systèmes parcellaires différents, cf. Chevance, 2001, p. 417. 1129 A.D.L.A., B 1103, f°28 r°, f° 35 r°, f° 36 r°, f° 36 v°, 37 r°, etc. Le Mével, 1999, t. 2, p. 41, 50,.52, 53, etc. 1130 A.D.I.V. C 622. 1131 Hillairet, Le Cloirec, 1996, vol. annexe, p. 21. 1132 A.D.L.A., B 1103, f° 27 v°, 28 r°, etc. Le Mevel, 1999, t. 2, p. 41.

139

Sous cette physionomie, l‟axe décrit correspond à la route royale du XVIIIe siècle. D‟importants travaux sont menés sur ce chemin à cette période. Nous manquons cependant d‟informations précises concernant Carhaix. Nous savons que des aménagements sont menés dans la banlieue Rostrenen. En 1775, l‟ingénieur des Ponts et chaussée P. J. Besnard estime que « les accotements du pavé de la banlieue de Rostrenen sont tellement dégradés que plusieurs bordures sont déjà hors de place et que le pavé se détruira insensiblement faute d‟être accolé »1133.La largeur de la rue de la Fontaine Blanche témoigne sans doute des travaux qui ont pu être mené. L‟existence d‟une route ancienne suivant la même direction ne fait pas de doute. La voie Rennes-Carhaix passe aussi par Rostrenen avant de rejoindre la capitale des Osismes. Son tracé a été reconnu par J. Y. Eveillard. Comme la route moderne, elle entrait dans le territoire de Plouguer au niveau de Kernévez. Son tracé ne se confond pas à ce niveau avec la route royale de Rostrenen mais se situe plus au nord. J. Y. Eveillard en identifie un tronçon au niveau des actuelles rues de Beg Avel et Tristan Corbière (fig. 85, a)1134. Ce chemin relie le hameau de Kernevez (Villeneuve) à la chapelle Saint-Antoine au niveau de laquelle ont été découvert une urne cinéraire du IIe siècle et un possible sarcophage médiéval 1135. Par la suite, cet itinéraire nous semble se diviser en deux branches : l‟une vers le nord rejoint la patte d‟oie formée avec la voie Lannion-Tréguier1136, l‟autre, plus au sud, est matérialisée par un petit chemin et une limite parcellaire qui le prolonge en direction de Kerven et la rue des Augustins. Nous n‟avons pas retrouvé de mention de la route reliant Carhaix à Rostrenen au Moyen Age mais son existence à cette période ne fait aucun doute. Nous connaissons l‟importance de cette ville qui est le siège d‟une châtellenie et le lieu d‟un pèlerinage avec sa collégiale N.D. du Roncier.  L‟axe A 4

Cette route vient de la paroisse de Plévin, elle entre sur le territoire de Plouguer par le pont de Kervoulédic, puis continue en direction de la ville en passant à proximité de Kergauran, Kerbihan et Poulriou. Après Kerlédan, l‟axe forme un carrefour avec un chemin venant du Moustoir. La route se poursuit ensuite vers le sud de l‟agglomération où elle forme une patte d‟oie avec A5. L‟axe se situe sur le tracé d‟une ancienne voie romaine menant en direction de Langonnet et Hennebont1137. Nous n‟avons pas retrouvé de mention de cette route dans des documents médiévaux mais son existence ne fait pas de doute. Elle dessert en effet la paroisse de Plévin dont l‟origine semble remonter au haut Moyen Age. Plus loin, elle relie Langonnet où un embranchement menait à l‟abbaye cistercienne du même nom fondée entre 1130 et 11581138.  L‟axe A 5

Il correspond à la route de Quimperlé. Appelé « chemin de Motreff » sur le cadastre de 1819, cet axe sort de cette paroisse pour entrer à Plouguer par Pont Daoulas. Il continue en direction de l‟agglomération en croisant sur son parcours Goassec‟h, Kerdidre et Kerléon. Avant la
1133 1134

A.D.I.V., C 622. Eveillard, 1975, Hillairet, Le Cloirec, 1996, vol. annexe, p. 12. 1135 Sanquer, 1980, p. 2. 1136 C‟est là que se situe la nécropole de Kerampest fouillée par P. du Châtellier. 1137 Pape, 1978, p. 55. 1138 Quaghebeur, 2002, p. 332.Nous savons que le monastère de Landévénnec possédait déjà un domaine à Langonnet au XIe siècle, cf. Cartulaire de Landévennec (a), acte n°19, p. 558.

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ville, le chemin forme un carrefour avec la route A 4. Les deux axes rejoignent ensuite les rues de la Moutarde et du tour du château en déterminant un îlot triangulaire au sud-est de l‟ancienne forteresse. L‟origine de cette route est ancienne puisqu‟elle correspond à la voie romaine reliant la capitale des Osismes à Quimperlé1139. Son tracé à l‟intérieur de la commune de CarhaixPlouguer n‟est sans doute pas à celui que nous venons de décrire. C. Hervé-Légeard et G. Le Cloirec ont en effet observé à l‟ouest de A 5, une limite parcellaire continue qui lui est parallèle (fig. 85, b). Cette dernière semble rejoindre la route de Motreff peu avant le point de franchissement de la rivière à Pont Daoulas. Nous n‟avons pas de mention médiévale de cet axe mais son existence ne fait pas de doute. Comme les exemples précédents, cette route est réaménagée au XVIIIe siècle. En 1767, à Motreff, nous savons ainsi que le sieur de Poulissac a avancé 228 livres pour faire escarper un rocher sur son parcours1140.  L‟axe A 6

Il s‟agit de la route de Quimper, qui entrait sur le territoire de la paroisse de Plouguer après avoir franchit la rivière peu après le lieu-dit Ty Névez en Motreff. Elle se poursuit vers le nord en passant à proximité de Goastaillen, Kergallet, Penanvoaz, Tronjoly et Kerléon. A la Madeleine, le chemin change légèrement de direction pour rejoindre la ville au niveau de la rue des Carmes. Cette physionomie particulière de la dernière partie du tracé pourrait faire penser à une bifurcation postérieure née de la volonté de relier l‟axe au réseau viaire de l‟agglomération. Cette idée reste cependant hypothétique. L‟origine de la route est ancienne, puisqu‟il s‟agit de la voie romaine de Quimper. Nous avons déjà décrit une partie de son parcours, qui, après traversé Motreff, rejoignait l‟itinéraire protohistorique qui se dirigeait vers le chef-lieu du diocèse de Cornouaille. Cet axe est mentionné dans le rentier du XVIe siècle qui évoque « le grand chemyn par où l‟on va de ladicte ville de K(er)ahes à Kemper(coren)tin »1141 et « le grand chemyn menant de K(er)ahes à Gourrin »1142. Il est facile de comprendre l‟importance de cette route qui reliait Carhaix à Gourin, chef-lieu d‟une châtellenie ducale, et Quimper qui est l‟une des agglomérations le plus importantes de la région. Elle fait partie des grands axes sortant de Carhaix représentés sur la carte de Cassini au XVIIIe siècle. Nous savons que des travaux ont lieu tout au long de son parcours à cette période1143.  L‟Axe A 7

Nous n‟avons pas suivi cette route sur une très longue distance. Elle reliait, en tout cas, Carhaix aux bourgs de Saint-Hernin et de Spézet. Elle entrait sur le territoire de Plouguer au niveau du Port de Carhaix qui pourrait correspondre à l‟ancien « Pont de Guergoat » cité en 16781144. Il se poursuit vers la ville en passant à proximité de Kervennec, Kergadiguen, Kernabat, Lannoennec et Créac‟h Hénan. Enfin, à l‟entrée de l‟agglomération, il vient se greffer à la rue Cazuguel. Le parcours de cet axe ne correspond à celui d‟une voie romaine reconnue. Nous ne possédons pas de mention attestant son existence au Moyen Age mais cela ne signifie pas pour autant qu‟il n‟existait pas à cette période.
1139 1140

Pape, 1978, p. 55. A.D.I.V., C 2279. 1141 A.D.L.A., B 1103, f°14 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 25. 1142 A.D.L.A., B 1103, f°28 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 42. 1143 A.D.I.V., C 2279. 1144 Deshayes, 2003, p. 41.

141

Nous noterons qu‟il existe, à l‟est, un chemin parallèle à cette voie (fig. 90, C). Celui-ci correspond à l‟actuelle route de Tronjoly qui vient rejoindre A 7 au niveau de l‟ancien manoir. Plus au sud son parcours se suit très bien sur le cadastre napoléonien où il aboutit à Penanvoaz. La route disparaît à ce niveau mais il est possible qu‟elle descende à l‟origine jusqu‟à la rivière. Depuis le hameau nous observons en effet une limite parcellaire régulière qui semble en poursuivre le tracé. Il serait intéressant de vérifier si son parcours continuait dans la commune voisine.  L‟Axe 8

Il s‟agit de la route menant vers Châteauneuf-du-Faou et Châteaulin. Celle-ci franchit l‟Hyères au niveau du Moulin du Roy pour se poursuivre de manière assez direct jusqu‟à la ville où elle aboutit, par l‟actuelle rue du docteur Menguy, au niveau de l‟ancien château. Il parait difficile de juger de son ancienneté. Nous savons qu‟il existait un grand itinéraire romain qui reliait la capitale de la cité à Châteaulin et Douarnenez. Son parcours au niveau de Carhaix reste dans le détail mal connu. Le rentier du domaine royal de Carhaix au XVIe siècle ne cite pas l‟existence d‟une grande voie dans cette direction. Elle existe cependant puisque le rentier de 1540 de Châteauneuf-du-Faou, Huelgoat et Landeleau cite « le grand chemyn qui conduict [...] du bourg dudit Landeleau à la ville de Kerahes »1145. L‟analyse du parcellaire montre clairement que la physionomie de cet axe est issue des grands travaux du XVIIIe siècle. L‟observation de sa largeur et son tracé rectiligne suffit pour s‟en convaincre. Nous savons que des travaux ont lieu à cette période. En 1727 est rétabli « le pont du Moulin du Roy proche de Carhaix allant à Chateauneuf, Châteaulin et Brest »1146. Aux abords de la ville, nous savons que des aménagements sont prévus en 1780 et 1782 dans la « banlieue de Chateauneuf », il s‟agit alors de paver la rue au sud de l‟enclos des Ursulines pour rendre le chemin plus praticable1147. Il est d‟ailleurs projeté de détruire le mur d‟enclos du couvent pour réaligner la rue, ce qui ne sera jamais réalisé. Les travaux du XVIIIe siècle ont-ils repris un tracé plus ancien ? Ce n‟est pas impossible mais il faut noter l‟existence de deux autres chemins dont l‟origine pourrait aussi être ancienne. Le premier (fig. 90, d), se sépare de l‟axe que nous avons décrit peu après le Moulin du Roy pour le longer au nord et rejoindre la ville au niveau de l‟ancienne rue des Ursulines. Le second chemin, au sud (fig. 9, e), est aussi parallèle à la route royale du XVIIIe siècle. Il débouche au sud-ouest de l‟agglomération dans la rue Cazuguel. Il dessert donc un secteur dans lequel une nécropole antique est localisée ce qui pourrait être un indice de son ancienneté1148.  L‟Axe A 9

Il s‟agit de la route de la Feuillée et Landerneau. Son tracé est facile à suivre, après Moulin Meur, celui-ci rejoint la ville en passant à proximité de Croas Men, Kerdaniel et Saint-Pierre de Plouguer qu‟il longe pour continuer par la rue de l‟église jusqu‟à la collégiale SaintTrémeur. La physionomie que ce chemin sur les cadastres de 1819 et 1820 fait incontestablement penser à un réaménagement du XVIIIe siècle. Son origine est pourtant plus ancienne puisque cet axe se raccroche à la voie romaine menant vers Kerilien en Plounéventer et l‟Aber Wrac‟h. Cette dernière se poursuivait après Carhaix, en traversant Kergloff et Poullaouen
1145 1146

Dreyer, 1999, p.82. A.D.L.A., B 1191, f°82 v° (non consulté). A.D.I.V., C 2279. Le devis de cette construction est conservé. 1147 A.D.F., 2 E 1502 (5) 1 E A.D.I.V. C 622. Le devis de 1782 conservé à cette dernière référence, précise qu‟il existe sur cet axe « une ornière considérable ce qui a retardé jusqu‟à présent la construction de ce pavé ». 1148 Hillairet, Le Cloirec, 1996, vol. annexe, p. 14.

142

avant de franchir l‟Aulne. Le tracé que nous avons décrit pourrait donc reprendre un parcours plus ancien. Le réseau de chemins secondaires reliant hameau, moulin ou manoir qui s‟y raccroche semble militer en faveur de cette hypothèse. Nous notons qu‟une longue parcelle se développe sur la partie sud de la route depuis Moulin Meur pour atteindre, presque, le croisement avec le chemin de Kerniguez. Elle semble témoigner d‟un réalignement de la route sans doute effectué au XVIIIe siècle. Pour terminer au sujet de cet axe, nous soulignerons que celui-ci parait relié à A8 par un chemin secondaire (fig. 90, f). Celui-ci, déjà repéré par C. Hervé-Legeard correspond à une ligne parcellaire dont le tracé, régulier, longe le parcours de l‟Hyères1149. Il semble se poursuivre au nord de Moulin-Meur pour gagner le moulin de Kerniguez puis Plouguer. 3.1.2 La ville 3.1.2.1  Le réseau viaire de la ville

Le témoignage des sources écrites

Avant de décrire les grands traits du réseau viaire de la ville, il est sans doute utile de faire le point sur les informations données par les documents écrits. Là encore, le rôle rentier du XVIe siècle apparaît comme notre principale source d‟information. Mis à part quelques rares exemples, c‟est lui qui nous fournit la plupart des mentions anciennes des rues l‟agglomération. Plutôt que de présenter en détail l‟ensemble de ces différentes indications nous avons préféré les regrouper dans un tableau présentant les principaux axes du centre de l‟agglomération en précisant leur nom actuel, leur appellation au début du XIXe siècle et leur mention médiévale lorsqu‟elle existe. Nous avons aussi ajouté les noms des rues citées au Moyen Age que nous n‟avons pas pu situer (fig.92 et 93). Nom actuel Boulevard de la république Rue des Abattoirs Rue Anatole le Braz Nom en 1819 Rue des Ursulines Rue des bénédictins Rue des trois chapelles Mention médiévale / / « chemin mesnant du marcheix de cesdicte ville à Sainct Quigeau » 1539-1542 « rue neuffve » 1539-1542 « Rue du Pavé en allant de la cohue à Saint Trémeur» 1539-1542 « chemin qui conduist de la cohue au chasteau » ? Source / / A.D.L.A, B1103, f° 26 r°

Rue de Bazeilles Rue Brizieux

Rue Neuve Rue du Pavé

A.D.L.A, B1103, f°26 v° AD.L.A, B 1103

Rue des Carmes

Rue des Carmes

A.D.L.A, B1103, f°20 v°

1149

Ibid., vol. annexe, p. 13.

143

Rue de Cazuguel

Rue du Croas Lohou ou rue du docteur Menguy ? Rue Danton Rue de l‟église de Plouguer

Rue de Cazuguel (rue Veniec dans sa partie basse en 1772) Rue de Croas Lohou ou rue du château ? Cour Saint-Hervé Rue des vignes

1539-1542 « Rue de Cazuguel » 1539-1542 « rue de la Croix Lohou » 1539-1542 / « Chemin qui conduit de l‟esglise SaintTrémeur à la vieille église » 1539-1542 « chemin qui va dudict Kerhahes à Tnouglevian » 1539-1542 / «la Rue des Augustins » 1500 « venelle par ou l‟on va de ladicte rue des Augustins à Poul an Ran » 1539-1542 « la rue qui conduit de la cohue de ladite ville de K/ahais au marchix »1522 « Rue et pavé appelé rue de la Moutarde qui conduist du marché à la cohue » 1539-1542 « LaFontaine Blanche » 1539-1542 / « rue qui dévale de la cohue à CroixLohou » 1539-1542 /

A.D.L.A, 1103 f°49°.

A.D.L.A, B1103, f°21 r°. / A.D.L.A, B1103, f°15 r°

Rue Ernest Renan

Route de Morlaix

A.D.L.A, B 1103, f° 35 v°

Rue Hollo Rues G. Lambert, F. Faure et F. Lancien Rue Laënnec-

Rue Hollo Rue des Augustins

/ A.D. F, 1 G 326

Rue des orfèvres

A.D.L.A, B 1103 ; f° 27 v°

Rue Mauviel ou rue A. Emireau

Rue du Sel ( rue de la Moutarde en1772) ou rue des Sabots

A.D.L.A, B 677

A.D.L.A, B1103

Rue des Martyrs

Rue de la fontaine Blanche Rue Bour Rue Saint-Joseph

A.D.L.A, B1103, f° 11 r° / A.D.L.A, B1103, f° 21

Rue Oberhausen Rue de la Tour d‟Auvergne Rue du Tour du château

Rue du Tour du château

/

144

Rue des Ursulines

Tour des halles

Non identifié

Non identifié

Non identifié Non identifié

Non identifié Non identifié

« rue qui conduist du bout bas de la halle au boult de hault d‟icelle » ? 1539-1542 « grand chemin qui conduit de l‟église de Saint-Quigeau à la Fontaine Ledan» 1499 « Rue du Palic » 1539-1542 « la rue aux Sergents » 1425 »

A.D.L.A, B1103, f ° 22 v°

A.D.F., 13 H 11

A.D.L.A, B1103
f° 27 r°.

AD.F, 1G 326

La lecture de ce tableau impose sans doute quelques remarques. Il faut d‟abord préciser que, lorsqu‟elle est possible, l‟identification d‟une rue actuelle avec une mention ancienne ne pose souvent aucune difficulté. Il semble bien que les appellations médiévales soient, pour une large partie, utilisées jusqu‟au début du XXe siècle1150. Deux problèmes peuvent cependant être signalés. Le premier concerne la rue de la Moutarde que le rentier place entre les halles et le Martray, ce qui semble bien correspondre à la position de l‟actuelle rue Mauviel. Cependant ce nom de rue est donné à la voie qui borde l‟ouest de l‟ancien château sur le plan de 1772. Le second problème est similaire, il concerne la rue Croas Lohou. Cette dernière correspond aujourd‟hui à l‟axe longeant la partie ouest de la forteresse, or, là encore, son emplacement est différent sur le plan de l‟ingénieur Besnard puisqu‟elle est identifiée à l‟actuelle rue du docteur Menguy. Il semble donc que des noms de rues se soient déplacés. L‟analyse du tableau montre aussi qu‟une partie des rues connues au centre de l‟agglomération n‟est pas citée au Moyen Age. Cela ne signifie pas pour autant que ces axes n‟existaient pas à cette période. L‟origine probablement romaine de certaines rues non citées dans le rentier semble d‟ailleurs le prouver.  L‟empreinte de la cité romaine

Le passé romain de Carhaix est évidemment une donnée essentielle. Tout travail sur la morphologie de l‟agglomération médiévale doit le prendre en compte afin de déterminer son impact sur l‟organisation de la ville par la suite. Il est donc nécessaire de faire un point, même rapide, sur nos connaissances actuelles de la trame urbaine de Vorgium. Dans sa thèse, parue en 1978, L. Pape fut le premier à traiter cette question. En l‟absence de fouilles et donc de rues antiques reconnues, son travail s‟est alors uniquement concentré sur l‟analyse du cadastre napoléonien. L‟historien y nota de grandes régularités qu‟il proposa d‟attribuer à la ville antique. Suivant son interprétation, la cité romaine suivait un « plan orthogonal [dont] le quadrillage est très net ; l‟axe essentiel en est la rue Brizieux (ex-rue du Pavé) prolongée au nord par la rue Ernest Renan (ex-route de Morlaix) et au sud la rue des Carmes ; cet axe n‟est pas exactement N-S mais N.-N.-O.-S.S.E., il n‟a pas varié depuis l‟Antiquité puisque les canalisations souterraines de l‟aqueduc gallo-romain lui sont parallèles. L‟ancien nom de rue du Pavé est aussi significatif. On constate que les principaux édifices religieux de la ville sont orientés perpendiculairement à cet axe [...]. Etant donné sa
1150

Sur les changements de noms des rues voir l‟exellent ouvrage de D. Mesgouez, cf Mesgouez, 1991.

145

position, nous pensons que cet axe est l‟ancien cardo maximus de la ville, il donnait accès au nord à la sortie [...] vers Morlaix et Kerilien, au sud à la sortie [...] vers Quimper. Toute une série d‟autres axes nord-sud lui sont parallèles. Quant à l‟autre direction est-ouest, celle des decumani, elle est également bien visible ; les rues Ferdinand Lancien, F. Faure et du général Lambert (ex-rue du Fil et des Augustins) forment sans doute le decumanus maximus. Vers l‟est, cette rue devait se poursuivre et rejoindre la sortie [...] vers Corseul, Rennes et Vannes»1151. Cette reconstitution a par la suite été reprise par l‟ensemble des spécialistes bretons de la période gallo-romaine dans les différentes synthèses qui ont pu être rédigé1152. Des critiques ont certes pu être faites par J. F. Caraes dans son travail sur l‟histoire de Carhaix au Moyen Age. En effet pour ce chercheur « on ne peut claquer le plan de Vorgium sur celui du Carhaix moderne, ce dernier ayant subi d‟importantes modifications à l‟époque classique. On verra plus loin que la rue des Carmes n‟existait pas avant le XVIIe siècle, que la rue Lancien ne fut jamais qu‟une ruelle sans importance [...] que la route de Brest dérivait de celle de Morlaix, mais en dehors de la ville. Le carrefour du cardo et du decumanus ne peut par conséquent être placé à l‟intersection des rues Brizieux et Lancien ; il faudrait davantage le rechercher du côté de l‟ancien bourg de Plouguer, où l‟on a retrouvé l‟emplacement de temples et d‟une vaste place, et du côté duquel les habitations s‟étendaient jusqu‟à Kerdaniel »1153. Certaines des remarques de l‟historien ne sont sans doute pas sans intérêt, particulièrement en ce qui concerne la rue des Carmes dont le tracé se situe dans la partie sud de la forteresse médiévale de Carhaix. Il reste que certaines des affirmations de l‟auteur sont fausses. La tradition voulant qu‟un temple ait précédé l‟église Saint-Pierre n‟est absolument pas prouvée, il semble donc bien hasardeux de vouloir situer le centre monumental de Vorgium dans ce secteur. La question de la trame urbaine de Vorgium a été reprise par C. Légeard à l‟occasion de la réalisation de la carte archéologique communale en 1994 puis de manière plus détaillé dans le D.F.S.du centre hospitalier en 1996 (en collaboration avec G. Le Cloirec)1154. Reprenant l‟analyse du cadastre, le chercheur a pu mettre en valeur l‟existence d‟une série de rues ou de chemins se concentrant dans un secteur assez proche et suivant une orientation similaire. En les associant aux différents tronçons de rue antiques découverts à l‟occasion de plusieurs interventions archéologiques, elle a pu reconstituer un carroyage théorique de la ville romaine qui semble validé par les découvertes les plus récentes. Mais plus que la physionomie de la ville antique, c‟est l‟impact qu‟a pu avoir celui-ci sur la morphologie de l‟agglomération par la suite qui nous intéresse. Voici donc une courte liste des principaux axes de la ville romaine. Dans le sens des cardines nous retiendrons (fig. 94):  L‟axe A : Il se situe à l‟ouest de la ville. Son tracé a été reconnu à l‟occasion de la fouille du centre hospitalier. Il peut théoriquement être poursuivi plus au nord, où il rejoint le chemin de la Reguine, à l‟ouest de l‟église de Plouguer, aujourd‟hui disparu.  L‟axe B : Son existence est pour l‟instant présumé. Il n‟existe aucun tronçon antique reconnu sur son tracé. La rue Cazuguel au sud pourrait en être la matérialisation dans le paysage urbain actuel.  L‟axe C :

1151 1152

Pape, 1978, p. 97. Eveillard, 1991, p. 56. 1153 Caraes, 1984, p. 118-119. 1154 Hillairet, Le Cloirec, vol. annexe, p. 1-26.

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Comme l‟exemple précédent, cette rue n‟est pas attestée archéologiquement Son tracé, déjà repéré par L. Pape, partirait de l‟ancienne route de Morlaix (rue Ernest Renan) pour se poursuivre par la rue du Pavé puis à l‟intérieur du château par la rue des Carmes.  L‟axe D : Il serait matérialisé dans le paysage urbain par la rue des Bénédictins, continuerait par la rue Hollo, pour passer sur le côté oriental du château et rejoindre l‟ancienne route de Motreff.  L‟axe E Il passe le long de l‟actuel rue Laënnec et se poursuit plus au sud où il correspond au côté occidentale de la place du champ de bataille.  L‟axe F Il se situe dans la partie ouest de la ville, où il longe l‟actuelle rue des Augustins, où une intervention archéologique menée en 1989 a permis d‟en reconnaître un tronçon1155. Il continuerait théoriquement vers le sud en suivant le bord oriental de la place du champ de bataille.  L‟axe G : Il passait à l‟est de la place du champ de foire. Son existence ne semble pas avoir eu répercutions dans le parcellaire.  L‟axe H : Il correspond, approximativement, au tracé des rues actuelles des Oiseaux et de l‟aqueduc romain et se poursuivrait par le chemin de la Salette. Le long de cette voie existait un petit bâtiment thermal qui a été fouillé dans la rue de l‟aqueduc romain1156. Dans le sens des decumani, nous noterons :  L‟axe 1 : Il s‟agit d‟une rue qui passait au nord de l‟église de Plouguer pour rejoindre le carrefour des voies Lannion-Tréguier et Rennes-Vannes-Corseul. Le long de son tracé ont été découvert 3 sites gallo-romains. Le premier, rue Charles Le Goff, est un habitat domestique composé d‟au moins quatre pièces. Le second, rue H. Le Janne, est un ensemble de bâtiments avec un réseau de fossé occupé du Ier au IVe siècle. Le dernier, se situe sur la route de Brest où a été repéré trois murs à l‟occasion d‟un sondage1157.  L‟axe 2 Il s‟agit d‟une voie dont le tracé est proche de celui de la rue de l‟église de Plouguer, il rejoint ainsi le nord de la ville où il est matérialisé par l‟actuelle rue Oberhausen dans la partie septentrionale de la place des Droits de l‟Homme.  L‟axe 3 : Son existence n‟est pas attestée archéologiquement, mais son tracé supposé semble matérialisé à l‟ouest de l‟agglomération par la rue du Piti Gueguen.  L‟axe 4 : Il correspond à l‟ancienne rue des Augustins. Son tracé mis en valeur par L. Pape n‟est pas repris par C. Hervé –Legeard et G. Le Cloirec qui n‟en expliquent pas la raison. Nous l‟avons ajouté sur le plan car elle nous semble bien suivre la même orientation que le reste de la trame antique.  L‟axe 5 : Il s‟agit de la rue mise au jour dans la réserve archéologique. Le prolongement de son tracé à l‟ouest permet de constater qu‟elle correspond au chemin donnant vers la route de Châteauneuf-du-Faou. Vers l‟est, elle rejoint la partie sud de la ville où son existence est
1155 1156

Le Goffic, 1989, Le Goffic, 1993. Hillairet, Le Cloirec, 1996, vol. annexe, p. 21. 1157 Ibid., vol. annexe, p. 21.

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matérialisée par l‟ancienne rue des trois chapelles, actuelle rue Anatole le Braz. Elle passe ainsi au sud de la place du champ de bataille pour rejoindre l‟ancienne église Saint-Quigeau.  L‟axe 6 : Il a aussi été repéré sur le site de la rue du docteur Menguy, il se situait directement au sud de la précédente. Son prolongement théorique vers la ville suppose qu‟il passait dans la partie méridionale de l‟ancienne forteresse, le long de la rue du tour du château1158.  L‟axe 7 Cette rue se situait au sud de l‟agglomération de Carhaix. Elle passait à proximité de l‟actuelle impasse du clos Saint-Etienne qui n‟existait pas sur le cadastre de 1819. Cette présentation rapide de quelques unes des rues romains attestées ou supposées, permet de constater l‟impact de la trame antique sur la morphologie de l‟agglomération. Un certain nombre de ces voies existent encore actuellement, elles ont donc conditionné, en partie, le développement de la ville. Il ne faut néanmoins pas minimiser les transformations réalisées dans les périodes suivantes. Une observation plus attentive, montre que beaucoup de voies ont dû disparaître au cours du Moyen Age et de la période moderne. Le fait est très net au niveau de l‟ancienne forteresse dont la construction semble avoir fait disparaître au moins trois rues, à savoir les axes D, 5 et 6  Les axes structurants de la ville médiévale

Une observation, même rapide, du cadastre et sa confrontation avec les sources écrites suffissent sans doute pour repérer les rues qui furent les grands axes du développement de Carhaix au Moyen Age et même encore à la période moderne. Le premier et le principal de ces axes est évidemment l‟ancienne rue du Pavé mentionnée pour la première fois en 1539-1542. Orientée nord-sud, celle-ci relie les deux pôles principaux de l‟agglomération médiévale. Partant au nord, depuis l‟église Saint-Trémeur, attestée en 1210 et la place aux charbons, citée en 1425, elle rejoint au sud le château, évoqué pour la première fois à la fin du XIIe siècle dans le Roman d’Aiquin. Elle possède, au moins depuis le Moyen Age central, un rôle essentiel dans la ville qu‟elle conserve encore à la fin du XVe siècle, puisque c‟est au bord de cette rue que s‟installe l‟hôpital Sainte-Anne. Le long de cet axe se développe une série de parcelles laniérées et étroites dans lesquels se regroupe un bâti très dense. Au nord, il donne directement sur l‟ancienne route de Morlaix. Nous savons que celle-ci a été reprise au XVIIIe siècle, mais nous ne pensons pas que ces travaux en ont considérablement modifié le tracé. C‟est d‟ailleurs elle qui relie la ville à son principal faubourg, Trouglévian, placé au franchissement de l‟Hyères Comme nous venons de le voir, l‟origine de cet axe semble ancienne puisqu‟il suit la même orientation que la trame romaine supposée. Son tracé continue même vers le sud pour rejoindre la place des halles, puis la rue des Carmes et enfin déboucher sur la route de Quimper. Il traverse par conséquent l‟ensemble de l‟ancienne forteresse, ce qui n‟est pas sans poser question. Deux solutions sont donc possibles, soit le château s‟est mis en place en conservant, à l‟intérieur même de son tracé, l‟ancienne rue antique, soit ce tronçon ne s‟est développé que par la suite. Hypothèse qui n‟est pas invraisemblable d‟autant que la route menant à Quimper semble avoir été détournée pour le rejoindre, comme le suppose le tracé oblique qui la relie à la rue des Carmes.

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Nous notons qu‟une limite parcellaire rectiligne au sud de la place du champ de Bataille pourrait lui correspondre.

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Le second axe de développement est évidemment la rue des Augustins. Orientée est-ouest, celle-ci longeait le château pour rejoindre la rue de la fontaine blanche. Citée pour la première fois en 1500, elle tient son nom du couvent qui s‟y est installé en 1355. Là encore, son tracé est très proche de la trame antique de Vorgium ; elle pourrait donc reprendre un ancien axe de la ville romaine. Mais si tel est le cas, elle dut connaître d‟importantes modifications. La différence est ainsi marquante entre la partie occidentale et orientale de son tracé. A l‟ouest, dans la portion appelée rue du Fil, à la période moderne, l‟axe, assez étroit, suit un tracé courbé. La voie épouse en effet, ici, le contour de la forteresse. Sous cette forme le tronçon ne peut donc dater que de la période médiévale. Après la place forte, le tracé de la rue devient plus rectiligne suivant une orientation qu‟elle poursuit jusqu‟à la rue de la Fontaine Blanche et la sortie de la ville. Elle s‟élargit aussi considérablement, ce qui n‟est pas sans poser quelques questions. Il n‟est pas impossible que cet aspect soit issu des transformations connues par la ville au XVIIIe siècle. Nous savons en effet que d‟importants travaux touchent l‟agglomération à cette période. Les rues et leur pavage sont rénovés à de nombreuses reprises en 1740-1741, 1742, 1745 et en 1785-17861159. Les archives ne sont malheureusement pas toujours précises sur la localisation de ces travaux, mais il ne fait guère de doute que ceux-ci touchèrent la rue des Augustins. D‟autant que cette voie de circulation traverse des secteurs qui ont connu d‟importantes transformations, à savoir la place du champ de foire au nord1160 et le Martray au sud1161. Il faut d‟ailleurs noter qu‟il n‟existe aucune maison ancienne (entendons par la XVIe et XVIIe siècle) sur cette partie de la voie qui correspond aujourd‟hui à la rue du Général Lambert. Les constructions du XVIIIe siècle sont, par contre, nombreuses, citons au sud la maison n° 10 datée précisément de 1767 et au nord les n° 3, 5, 7, 10 et 15. Celles-ci sont d‟ailleurs placées suivant la même orientation, comme le montre l‟observation du cadastre napoléonien. Elles suivent, en effet, ce tracé légèrement en biais, que forme le côté nord de la rue à cette époque, entre l‟ancien château et le couvent des Augustins. Cette impression est certes très différente lorsque l‟on visite Carhaix aujourd‟hui, mais notre vision est faussée par le réalignement de la rue opéré par la suite. 3.1.2.2 L‟empreinte du château et la question de l‟enceinte urbaine

L‟emplacement de l‟ancienne forteresse de Carhaix constitue l‟anomalie du parcellaire la plus facile à repérer sur le cadastre. Il revient à C. Legeard et P.Kernévez d‟avoir attiré les premiers l‟attention sur celle-ci1162. Elle dessine en effet la forme d‟un quadrilatère aux angles arrondis de 180 à 220 m de côté, longé dans sa partie sud par une rue dont le nom de « tour du château » est évocateur (fig. 95, B1). Les parcelles n° 613 et 614 englobées par celle-ci sont, de plus, dites « jardin, ruine et promenade du rempart » dans les états de section de 18231163. Peut-être n‟a-t-on pas cependant assez souligné qu‟il s‟agit du tracé extérieur de l‟enceinte du château, celui du côté contrescarpe de la douve. A celui-ci correspond en effet, un tracé intérieur (fig. 95, B2) que l‟on suit en partie au nord, où il épouse la forme de la rue des Ursulines1164, puis disparaît au niveau de l‟ancienne rue de la Moutarde, pour reprendre le long du pan de courtine encore subsistant et disparaître à nouveau à l‟emplacement du
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.A.D.I.V, C 617, 620 et 621, Nieres, 2005, p. 194, note117, Le Chartrier dir., 2005, p. 133. AD.I.V., C 621, A.D.F. 2 E 1502 (5) (contient notamment un plan des travaux menées sur le champs de foire). 1161 A.D.I.V., C 620. 1162 Legeard, 1994, p. 87, Kernévez, 1997, p. 53. 1163 A.D.F., 3 P 27/2 1164 A ce niveau le tracé doit sans doute être plus considéré comme le reflet de la présence de l‟enceinte du château que son positionnement exact. Celle-ci devait se trouver plus au nord, dans la continuité de la muraille subsistante. Nous n‟avons cependant pas identifié de limite parcellaire nette qui pourrait lui correspondre de manière assurée.

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couvent des Carmes. Cet établissement a sensiblement transformé le parcellaire, par l‟aménagement de ces deux grandes parcelles rectangulaires (n° 639 et 640) qui occupent toute la partie sud-ouest de l‟ancienne place forte. Mais l‟empreinte du fossé reste, dans l‟ensemble, clairement visible. Son existence a de plus été confirmée par l‟intervention archéologique menée au pied de la courtine en 19991165. Il est remarquable de constater la différence entre la partie nord-est de la douve, où se concentre le bâti et le sud, où le fossé apparaît plus nettement encore, du fait de l‟absence de construction. Il est vraisemblable que cette situation cristallise le développement urbain de Carhaix au XVIe siècle. Nous avons déjà vu que le château, abandonné à cette période, voit se multiplier les installations d‟habitations ou de terres cultivées à son emplacement. Suivant le rôle rentier de 1539-1542, ce mouvement à commencer « d‟iceulx puix trante ans derroins mal prinses, usurpees et eddiffices et héritaige du roy dedans son chasteau de Kerahes et aux douves et pourprins d‟iceuleuy ». La partie nord de l‟enceinte est une illustration parfaite de ce phénomène. L‟habitat vient s‟y concentrer en raison de la présence des halles qui se situaient au centre de l‟actuelle place de la mairie. A contrario, la densité largement moins importante de constructions, dans la partie sud de la douve témoigne d‟une occupation différente, correspondant sans doute à de simples parcelles cultivées. Cette absence d‟habitat explique d‟ailleurs assez bien le choix de cet emplacement par les Carmes en 1687, puisqu‟elle facilite l‟installation de nouvelles constructions. A l‟intérieur de l‟espace déterminé par la douve, nous distinguons un troisième tracé qui suit une forme légèrement hémicylindrique (fig. 95, B3). Celle-ci longe la partie sud de la place de la mairie depuis l‟ancienne venelle de la cour Saint-Hervé, près de laquelle se situait la chapelle Saint-Pierre1166., avant de se courber en direction de la rue de la Tour d‟Auvergne. L‟interprétation de cette forme parait délicate. Sa physionomie pourrait évidemment rappeler la motte citée dans le rentier. L‟hypothèse est cependant audacieuse d‟autant que le dimensions sont importantes ; environ 80 m de diamètre. A partir de son étude sur le rôle rentier A. Le Mével pensait pouvoir restituer la présence dans ce secteur d‟une courtine d‟une courtine qui pourrait matérialiser cette distinction château-place de la cohue qui apparaît à la lecture du document. Suivant l‟interprétation de l‟historien, cette muraille « se prolongerait plus au moins parallèlement aux halles jusqu‟à la rue Saint-Joseph exclue »1167. Elle correspondrait donc assez bien avec le tracé que nous venons de mettre en évidence. Le problème est t la forme hémicirculaire de celui-ci qui rend difficile son identification avec une ancienne courtine. Précisons d‟ailleurs que l‟historien ne donne pas les raisons qui lui permettent de faire cette restitution d‟un pan de l‟enceinte. Devant les difficultés que le chercheur rencontre pour restituer le paysage de la ville à partir du rentier, il convient sans doute de prendre en compte cette proposition avec la plus grande des prudences. Il n‟est pas intéressant de revenir sur la question de la motte. Le rentier n‟est pas très précis son l‟emplacement. Nous savons juste qu‟il existait une « venelle par où l‟on va de la chapelle Saint-Pierre à ma mothe du cha(ste)au »1168.En 1984, J. Caraes fut le premier à proposer de situer la motte dans le secteur sud-est de la forteresse (fig. 96)1169, avis repris par la suite par C. Hervé Légeard et P. Kernévez qui l‟identifient avec la parcelle n°613 du cadastre napoléonien1170. Cette hypothèse n‟est pas sans intérêt, d‟autant qu‟elle permettrait d‟identifier le chemin menant de la chapelle Saint-Pierre à la motte, à l‟ancienne venelle de la cour Saint-Hervé. Le problème reste la forme grossièrement rectangulaire de cette parcelle qui
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Le Cloirec, 1999, p. . A.D.L.A., B 1107, f° 239. 1167 Le Mével, 1999, t. 1, p. 105. 1168 A.D.L.A., 1103, f° 47 r°, Le Mével, 1999, p. 67. 1169 Caraes, 1984, p. 129. 1170 Legeard, 1994, p. 88, Kernévez, 1997, p. 53.

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ne plaide pas forcément en faveur de cette proposition. Son nom de « jardin, ruine et promenade du rempart » donné dans les états sections, ainsi qu‟à sa voisine 615, n‟apporte pas d‟indice supplémentaire. C. Légeard a cependant attiré l‟attention sur la forme de l‟angle sudest de la parcelle, « ce demi-cercle qui pourrait être en quelque sorte l‟empreinte laissée par la motte »1171. Cet argument ne nous semble pas déterminant. Au contraire, plus qu‟un hypothétique ouvrage en terre, c‟est l‟ancienne enceinte du château qui semble bien avoir imposé sa forme à la parcelle, comme le prouve sa limite orientale, qui correspond au pan de courtine encore en place. Une muraille qui est, de plus, en parfaite continuité avec l'anomalie constatée par C. Légeard est. En l‟absence d‟autres informations, il nous semble plus prudent de ne pas se prononcer sur l‟emplacement de la motte. La question de l‟enceinte urbaine, que nous avons eu l‟occasion d‟évoquer précédemment, nous semble très liée à celle du château. Comme nous l‟avons vu, les indices la concernant sont extrêmement minces. Il n‟en existe aucune mention explicite au Moyen Age. Et ce n‟est seulement qu‟à la période moderne, et surtout au XVIIIe siècle que nous retrouvons évoquées les anciennes portes de la ville. C‟est ici évidemment que l‟analyse morphologique prendrait tout son sens en permettant de restituer le tracé de l‟ouvrage. Mais là encore, la chose n‟est pas si simple. En 1984, J.F. Caraes avait bien proposé une reconstitution de celui-ci, qui « partant de la motte du château, entourait un bayle jusqu‟à la rue Saint-Joseph, où une porte devait ouvrir sur la route de Quimper. Remontant vers le nord, elle contournait le prieuré, repartait vers l‟est en s‟ouvrant sur la route de Morlaix, englobait de vastes terrains au nordest pour redescendre vers le faubourg de la Fontaine Blanche et la porte de Rennes. De celleci elle obliquait vers le château jusqu‟à la rejoindre à la porte Motreff, longeant le Martray »1172. L‟auteur ne précise à aucun moment les raisons qui lui permettent de faire une telle proposition (fig. 96). Celle-ci nous semble extrêmement contestable car elle ne correspond généralement à aucune limite forte du parcellaire. L‟observation de la partie nord et ouest de son tracé qui reflète surtout la volonté du chercheur de voir contenus à l‟intérieur de l‟enceinte les éléments marquant de la ville médiévale. C‟est aussi le cas à l‟est, où rien ne permet d‟imaginer un tel raccordement au niveau du Martray. Au contraire, nous pouvons constater qu‟il n‟existe dans la ville aucun autre tracé attribuable à une fortification que celui souligné précédemment. Deux explications sont donc ici possibles : soit l‟enceinte urbaine de Carhaix n‟a eu aucun impact remarquable sur la morphologie de la ville, soit cet ouvrage ne fait qu‟un avec la forme précédente. La première solution ne nous semble pas envisageable. Un tel ouvrage ne peut avoir que des conséquences sur la forme d‟une agglomération puisqu‟elle en a conditionné pendant un long moment le développement. C‟est le cas à Lesneven où l‟empreinte des deux châteaux disparus est encore lisible1173 (fig. 97), de même à Saint-Pol-de-Léon où l‟on observe nettement sur le cadastre la trace d‟une enceinte quadrangulaire autour du quartier de la cathédrale. De nombreux cas, examinés dans d‟autres départements, montrent même que l‟analyse morphologique peut quelquefois permettre de repérer la trace d‟ouvrage antérieur à l‟enceinte connue à la fin du Moyen Age1174. Il convient donc d‟examiner plus en détail la deuxième possibilité. Comme nous l‟avons dit, il semble exister une distinction entre la partie nord et sud de la forteresse. C‟est, en tout cas, ce dont témoigne l‟analyse du cadastre et le rentier du XVIe
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Legeard, 1994, p. 88. Caraes, 1984, p. 127. 1173 Découverte de P. Kernévez, cf. Kernévez, 1997, p. 103-105. 1174 C‟est le cas de Bressuire (Deux-Sèvres), Loudun (Vienne) ; etc., cf. Bourgeois dir., 2000, p.25, 60, etc. En Loire-Atlantique, O. Roy a pu déterminer l‟emplacement d‟une première enceinte de forme hémicirculaire au devant du château de Châteaubriant. Nous tenons aussi à signaler la découverte que nous avons faite avec lui du tracé d‟une probable motte castrale dans le parcellaire de Vitré (Ille-et-Vilaine) situé à l‟est de l‟enceinte urbaine (information communiquée dans le dernier rapport de fouilles de J. Martineau sur Châteaubriant).

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siècle, qui évoquent à la fois la place de la cohue et « le petit chasteau »1175. La présence des halles au sein de la forteresse peut, il est vrai, poser question. L‟hypothèse la plus probable à envisager est qu‟elles résultent d‟une implantation tardive, suivant l‟abandon du château, vraisemblablement au cours du XVe siècle. Cependant, à la vue de ce que nous venons de présenter, l‟hypothèse concurrente d‟un noyau d‟habitat « primitif », à l‟intérieur du tracé de cette fortification, n‟est pas à rejeter totalement puisqu‟elle pourrait résoudre en partie ce problème de l‟enceinte urbaine. Ses traces auraient, dans ce cas, disparu puisque le bâti visible sur le cadastre, situé à l‟emplacement du fossé, résulte forcément de l‟abandon de la place. Suivant cette proposition, c‟est à cette forteresse qu‟il faudrait rapporter les différentes portes mentionnées dans les sources écrites. Leur nombre pose question, A en suivre les indications de l‟enquête faite en 1600-1601, à la suite des guerres de la Ligue, il y a en tout quatre ouvrages d‟entrées dans la ville1176. Le regroupement de l‟ensemble des textes nous en donne pourtant un nombre plus important puisque nous comptons : les portes de Motreff, Neuve, de Rennes, de Brest et du Faouet. Il reste cependant possible que certaines d‟entre eux aient connu deux appellations1177. Sur l‟ensemble de ces ouvrages, seul le cas de la porte Motreff, est bien renseigné. Dès 1522, l‟acte d‟arrentement du château évoque « la porte nommée porz Motreff quasi à l‟endroit du chemin menant dudit marchix de ladite ville à la magdeleine »1178. En 1640, le rentier de la sénéchaussée de Carhaix cite à deux reprises l‟existence d‟une « rue qui conduist de la rue des Augustins à la porte de Mautreff »1179. Ces précisions nous situent à l‟est du château, au niveau de la rue de la Moutarde, qui sur le plan de 1772 longe le fossé de la place. Reste à déterminer son emplacement exact. J. F. Caraes proposait en 1984, de placer l‟ouvrage directement sur la rue, à la sortie de la ville, non loin de la patte d‟oie formée par les routes de Quimperlé et Hennebont. Les indices du texte ne vont pas forcément à l‟encontre d‟une telle interprétation, mais rien n‟empêche non plus de rapporter l‟ouvrage au tracé du château. Il pourrait se situer sur la rue menant de la place des halles au Martray (actuelle rue Mauviel). Celle-ci est cependant citée dans le rentier du XVIe siècle, qui ne fait aucune allusion à une porte. Il est, par contre, bien plus difficile de proposer une quelconque localisation pour les autres ouvrages d‟entrée. Nous pouvons évidemment penser que les noms de certains d‟entre eux sont liés aux grandes directions sur lesquelles ils étaient placés. Dans cette hypothèse, la porte de Brest devrait se situer à l‟ouest, celle de Rennes à l‟est et celle du Faouet au sud. D‟une manière générale si nous considérons comme juste le nombre de portes donné au début du XVIIe siècle, il ne paraît pas impossible de le mettre en relation avec les quatre rues principales sortant du tracé de la forteresse, à savoir au nord la rue Brizieux (ancienne rue du Pavé) qui se dirige vers la collégiale Saint-Trémeur, à l‟ouest la rue de la Tour d‟Auvergne donnant sur le chemin du Moulin du Roy, au sud la rue des Carmes donnant sur la route de Quimperlé et à l‟est la rue Mauviel (ancienne rue de la Moutarde) face à l‟ancien Martray. Une telle reconstitution paraît encore bien fragile. Nous nous garderons donc de présenter un avis trop affirmé. Cependant, dans l‟état actuel de nos connaissances, l‟idée d‟une correspondance entre le tracé de la forteresse et l‟enceinte urbaine des textes nous semble la meilleure solution à envisager.
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A.D.L.A., B 1103, f° 45 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p 65. « [les enquêteurs ont] été conduit aux quatre portes de ladicte ville, et premièrement à la porte de Rennes près d‟une maison appartenant à Guillaume Olymant, sieur de Launay, et [ont] ensuite continué à visiter les autres portes et tours de ladite ville pour en examiner les dégâts »Bourde de la Rogerie, 1898, p. 264. 1177 Ce la semble ête le cas de la porte Neuve en 1640, cf. A.D.L.A., B 1104, f° 10 r : « maison appartenant à M. Jacques Briant sytuée en la rue des Augustins au levant la porte appelée la porte Neuffve ou porte [non lu] » 1178 A.D.L.A., B 677. 1179 A.D.L.A., B 1104, f° 9 v et f° 23 v°.

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3.1.2.3

L‟église Saint-Trémeur et la place au charbon

Elément essentiel de la ville médiévale de Carhaix, la collégiale de Saint-Trémeur fait apparaître deux formes révélatrices de son ancienne physionomie. La première (C1), à l‟ouest, est une importante parcelle trapézoïdale correspondant à l‟enclos de l‟ancien cimetière. Cette information nous est donnée par le plan de 1772 qui le figure très clairement. Aujourd‟hui disparu, celui-ci est désormais occupé par la place de Verdun. La seconde forme (C2) apparaît, elle, à l‟angle sud-est de la précédente. Il s‟agit d‟une simple parcelle quadrangulaire, figurée à la fois sur le cadastre napoléonien mais aussi le plan du XVIIIe siècle. Sa fonction est plus difficile à déterminer mais son association à l‟église pourrait faire penser, sans aucune certitude, à l‟ancien enclos du prieuré Saint-Nicolas1180. Nous savons cependant que le presbytère se situait au nord de la rue Oberhausen et non au sud de l‟église comme nous l‟indique le rentier de 1640 : « le prieuré de Carhaix consistant en maison, jardin et une pièce de terre nommée Parc an Prieur, [qui] est située au nord de la rue du Bourre proche du presbytère »1181. Rien ne permet d‟assurer que cette construction était directement associée aux autres bâtiments du monastère mais si tel était le cas il faudrait plutôt situer celui-ci au nord de l‟église. Dans cette solution C2 ne correspondrait donc qu‟à une subdivision postérieure de l‟enclos du cimetière. L‟ensemble, formé par ces deux parcelles, est bordé au nord par le « Chemin qui conduit de l‟esglise Saint-Trémeur à la vieille église » cité dans le rentier du XVIe siècle1182, et au sud par une petite ruelle appelée «venelle qui conduit de la rue du pavé au cymetière SaintTrémeur » en 17881183. Il parait évidemment certain que son but est de relier directement le cimetière et le prieuré à l‟axe principal de la ville. Son prolongement, partant presque à angle droit vers l‟ancienne rue des Ursulines, est, sans doute, un raccordement intervenu par la suite. A l‟est de l‟église, se développe un second espace essentiel de la cité médiévale : la place du Charbon (C3), aujourd‟hui place des Droits de l‟Homme (où ont été construites les nouvelles halles). Cet aménagement, cité pour la première fois en 14251184, paraît indissociable du sanctuaire. Il ne fait à notre sens guère de doute que son développement est à lier à celui-ci. Nous ne savons cependant pas s‟il s‟est mis en place au moment de l‟installation du prieuré, ou si sa fondation n‟est intervenue que par la suite (au moment où l‟église est devenue collégiale par exemple). Il se structure, en tout cas, autour de cinq îlots : Trois au nord, placés sur le même alignement, et séparés par des petites ruelles donnant vers la rue Bour (nom dans le rentier de 1640, actuelle rue Oberhausen) et deux autres encadrant ses côtés occidentaux et orientaux. Ils sont néanmoins différents puisque celui placé à l‟ouest suit la même orientation que les précédents alors que le second à l‟est en est décalé. Il reste que cet alignement de 4 des 5 îlots, fait de la place un ensemble très cohérent et trahit sans doute une opération d‟urbanisme planifiée. Une création qui pourrait avoir en partie pris en compte la trame urbaine préexistante, puisque la rue Bour se situe dans la même orientation que le carroyage antique supposé. Elle a donc pu servir de base pour l‟aménagement de l‟ensemble. L‟îlot, situé à l‟est de la place, ne peut pas dater, par contre, de la même période. Il lui est même sans doute postérieur puisqu‟il vient couper l‟alignement de l‟ancienne rue des Bénédictins (qui

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Précisons que nous savons par les textes que le presbytère se situait au nord de la rue Oberhausen et non au sud de l‟église, cf. A.D.L.A, B 1104. : « le prieuré de Carhaix consistant en maison, jardin et une pièce de terre nommée Parc an Prieur, [qui] est située au nord de la rue du Bourre proche du presbytère » 1181 A.D.L.A, B 1104. 1182 A.D.L.A., B 1103, f° 15r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 25-26 1183 A.D. L.A, B 1082, (aveu de Jean-François Le Menez sieur de Quelleau) 1184 A.D.F., 1 G 326.

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correspond approximativement à l‟actuelle rue des Abattoirs) et la rue Hollo en se plaçant à leur niveau, alors que la place semble au contraire le respecter. 3.1.2.4 L‟enclos des Augustins

Même s‟il ne s‟agit pas d‟une découverte il convient de signaler la présence très nette dans le parcellaire de l‟enclos des Augustins (fig. 90, D). Celui-ci correspond à la très grande parcelle rectangulaire située au nord de la chapelle du couvent. Elle est bordée à l‟ouest par la rue Laënnec et à l‟est par l‟actuelle rue des Augustins qui longe la place du champ de foire et se développe jusqu‟à l‟ancienne rue Neuve. L‟intérieur était avant tout occupé par un jardin que nous retrouvons figuré sur le plan de 1772. 3.1.3 La périphérie de la ville 3.1.3.1 Le parcellaire autour de Saint-Pierre de Plouguer

Située à environ 200 m de la ville, l‟église Saint-Pierre de Plouguer constitue l‟un des grands éléments structurant le paysage médiéval. M. Chevance, dans son étude récente de l‟architecture de l‟édifice, a déjà pu évoquer l‟environnement de ce site1185. Il convient cependant de revenir sur cette question dans notre analyse morphologique. Le premier élément à signaler est la trace de l‟enclos visible clairement dans le parcellaire (fig. 90, E). Celle-ci jamais soulignée jusqu‟à présent, suit une forme ovoïde, bordée à l‟est et à l‟ouest par deux axes menant vers la chapelle Notre Dame du Frout et au sud par le chemin menant à la collégiale. Elle dessine donc un espace bien plus important que celui de l‟enclos connu par le cadastre napoléonien qui ne correspond qu‟à une parcelle, grossièrement quadrangulaire, formée autour de l‟église. Celui ci avait déjà était précédé par l‟enceinte d‟un cimetière moderne qui occupait aussi la parcelle située plus au nord, comme le montre le plan de 1772. Une extension confirmée par l‟archéologie, puisque c‟est à cet emplacement qu‟ont été effectués les sondages de C. Légende en 19931186. La partie située plus à l‟est avait-elle aussi une fonction funéraire ? Ce n‟est pas impossible mais il paraît difficile d‟être affirmatif sur ce point. Précisons que la limite nord de cet enclos est très incertaine. La physionomie du lieu semble avoir changé au début du XIXe siècle. La comparaison entre le cadastre napoléonien et le plan de 1772 montre que l‟église était, au XVIIIe siècle, bordée dans sa partie septentrionale par un chemin venant depuis la route de Morlaix. Cet aménagement a par la suite disparu1187. Notons à ce sujet que l‟un des sondages réalisés par C. Hervé-Legeard au nord du cimetière actuel a permis d‟identifier les traces probables d‟une voirie au niveau de la limite entre les parcelles AP 71 et AP 72 du cadastre actuel1188. Celle-ci pourrait donc correspondre au chemin du plan du XVIIIe siècle. Autour de cette forme vient se développer un réseau de petits chemins, complexe à comprendre. Celui-ci s‟organise autour de la route de Landerneau (reconstruite au XVIIIe siècle), qui borde le sanctuaire au sud. Depuis celle-ci se développent vers le nord deux petits chemins que nous venons de signaler. Après avoir épousé les contours de l‟enclos, ceux-ci sont reliés une première fois au niveau de la parcelle n° 115 (au nord de Saint-Pierre), appelée Parc an Ilis, « le champ de l‟église ». Ils viennent ensuite se croiser devant la chapelle Notre
1185 1186

Chevance, 2001, p. 416-421. Légerad, 1994, vol.annexe (non paginé). 1187 Le chemin du plan du XVIIIe semble correspondre à celui situé au nord de la rue de l‟église au XIXe siècle. Son tracé pourrait donc avoir été modifié par la suite au niveau du sanctuaire. 1188 Il s‟agit du sondage IV, cf. Legeard, 1994, annexe, non paginé.

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Dame formant, au sud de celle-ci, une parcelle très allongée de forme grossièrement triangulaire, appelée « Guerguez ar chapel », le verger de la chapelle1189. Contournant l‟édifice religieux, les deux chemins relient par la suite Trouglévian et la grande route de Morlaix. Il paraît évidemment difficile de dater la mise en place de ces accès ; il est, en tout cas, certain qu‟ils sont nés de la nécessité de relier l‟église paroissiale à la chapelle Notre Dame du Frout et surtout au principal faubourg de la ville. Au sud-ouest du sanctuaire vient aussi se former un carrefour entre la grande route de Landerneau et deux autres axes qui semblent venus s‟y raccorder. Il est clair que le chemin menant vers l‟ouest, appelée « An alle nevez » (la nouvelle route) est postérieur. Sa physionomie, avec cette largeur importante et son tracé très droit, fait penser à une réalisation du XVIIIe siècle. Elle est née de la volonté de relier les deux manoirs de Kerdaniel et Kerniguez. Le second itinéraire se dirigeant vers le sud contourne tout le côté ouest de la ville pour rejoindre la route de Quimper. Il croise ainsi le long de son tracé plusieurs autres chemins, à commencer par la chaussée découverte lors d‟une intervention archéologique en juin 1999. Ce tronçon aujourd‟hui disparu, séparait les parcelles 302 et 308, situées au sud de l‟église paroissiale. Il existait encore à la période moderne puisque l‟opération a permis de découvrir dans le fossé latéral une pièce de 1792 1190. Notre axe rencontrait, par la suite, un premier chemin sortant de la ville et menant vers le Moulin du Roy puis la route de Chateauneuf-du-Faou qui empruntait la même direction. Nous noterons que cette voie suit un temps la même orientation que celle de la rue du Pavé Reprend-t-elle en partie la trame de la ville antique ? Elle semble, en tout cas, en accord avec la restitution proposée par C. Légeard et G. Le Cloirec1191. Cette présentation rapide montre que l‟église de Plouguer se situait au cœur d‟un réseau viaire qui la reliait à la fois à la ville et à différents hameaux ou manoirs de la campagne, ce qui semble assez logique du fait de sa fonction paroissiale. Ce fait rend, par contre, d‟autant plus curieux son isolement. L‟observation du plan du XVIIIe et surtout du cadastre de 1819, démontre très bien ce fait. A cette époque, nous ne notons autour que trois maisons placées sur chemin reliant l‟église à Saint-Trémeur. L‟ensemble du paysage se développant autour, constitué de larges parcelles, caractérise une occupation exclusivement rurale confirmée par la microtoponymie. La situation ne semble guère différente au Moyen Age puisque le rentier du XVIe siècle ne signale aucune habitation autour de ce qu‟il appelle la « vieille eglise ». Le sanctuaire ne semble donc pas avoir donné naissance à un quelconque regroupement humain, ce qui ne peut s‟expliquer que par la proximité de la ville et l‟installation du prieuré de Redon au cours du Moyen Age central. Reste donc à comprendre les raisons de l‟installation de l‟établissement à la périphérie de l‟agglomération. Nous avons déjà vu que l‟origine de la paroisse de Plouguer semble ancienne. Ce positionnement de l‟église apparaît donc comme un important témoignage de l‟organisation du territoire de Carhaix au haut Moyen Age. Les raisons de son installation à la périphérie de la ville restent difficiles à expliquer. La situation n‟est cependant pas sans rappeler celle bien connue des basiliques suburbaines. Celles-ci, caractéristiques de l‟Antiquité tardive et du début du Moyen Age, sont toujours liées à une fonction funéraire, qui explique d‟ailleurs leur installation à la périphérie de la ville. Leur création suit deux schémas principaux. : soit elle reprend un édifice antérieur, type mausolée ou memoria, soit il s‟agit d‟une fondation ex nihilo sur un site dénué de toute vocation funéraire jusqu‟alors1192. Le phénomène existe bien en Haute-Bretagne, où il se retrouve évidemment à Nantes mais aussi à Rennes et même à
1189

Information de G. le Cloirec que nous remercions. Cette découverte a déjà été évoqué par M. Chevance ds Chevance, 2001, p. 418. 1190 Ibid., p. 418. 1191 Hillairet, 1996, t. 2, doc. 8. 1192 Ferdière dir., 2000, p. 160.

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Vannes1193. Il est par contre inconnu dans la partie occidentale de la péninsule. Suivant P. Guigon « les villes antiques de l‟ouest de la Bretagne n‟ont pas connu ce processus d‟élaboration d‟églises suburbaines, stoppé par l‟arrivée de nouvelles populations »1194. Le cas de Locmaria à Quimper ne rentre pas dans le débat, les investigations archéologiques ont montré que le déplacement de la ville à l‟emplacement de la cathédrale ne s‟est fait qu‟à la fin du haut Moyen Age ; il n‟y a donc pas deux foyers de population distincts avant cette période1195. Il semble donc difficile de supposer que le positionnement de l‟église de Carhaix relève l‟existence d‟une ancienne basilique suburbaine. Même si le passé de capitale de cité du lieu rend cette interrogation légitime. Les investigations archéologiques menées par C. Légeard, montrent que l‟occupation romaine des lieux est éloignée de type de fonction1196. Nous ne connaissons pas d‟ailleurs sa situation dans l‟Antiquité tardive et au début du Moyen Age. En fait plus qu‟une très hypothétique basilique antérieure, c‟est sans doute la vocation funéraire ancienne du lieu qui apporte l‟explication la plus convaincante à ce positionnement. Nous savons que la tradition antique de l‟isolement des morts à l‟extérieur de l‟habitat a encore cours au début du Moyen Age. C‟est d‟ailleurs ce que révèle de manière plus générale le phénomène des basiliques funéraires. Le positionnement de l‟église Saint-Pierre en serait une nouvelle illustration. Précisons tout de même que nous ne savons pas à quand remonte les premières inhumations dans ce secteur. Les structures funéraires découvertes lors des fouilles de 1993 sont jugées précoces par C. Hervé Legeard du fait de leur association à quelques tessons de céramiques. Nous ne possédons cependant aucun indice de datation fiable. A la suite de M. Chevance, nous constatons que le sanctuaire s‟insère parfaitement dans le carroyage romain supposé, encadré par deux voies parallèles nord-sud, la première à l‟ouest devant se raccorder la rue reconnue sur le site de la réserve archéologique (orienté est-ouest), la seconde à l‟est venant rejoindre le terrain de sports Charles Pinson, où furent découverts des vestiges antiques en 19861197. L‟installation de l‟édifice s‟est-elle donc faite à l‟intérieur de cette trame urbaine antique ? Il reste bien difficile de répondre à cette question. Il ne faut d‟ailleurs pas perdre de vue que l‟église actuellement conservée date pour ses parties les plus anciennes du XIe siècle. Il est vraisemblable que la situation du ou des probable(s) sanctuaire(s) antérieurs soit similaire, mais nous n‟en n‟avons pas la preuve matérielle. Il faut aussi constater que l‟édifice est proche de la périphérie de la ville romaine qui dans son extension maximale atteignait Kerdaniel. Nous connaissons encore mal la situation du tissu urbain à la fin de l‟Antiquité. Au sud de Plouguer, nous savons qu‟il s‟étendait forcément un peu plus à l‟ouest, au delà du centre hospitalier, où fut découvert la domus constantinienne. Celle-ci étant abandonnée à la fin du IVe siècle, nous ne savons pas le devenir de l‟agglomération par la suite. Nous nous demandons cependant si ce positionnement de l‟église de Plouguer n‟en apporte pas un indice. Son installation à la périphérie au début du Moyen Age peut être la conséquence d‟une persistance de l‟occupation dans le cœur historique de la ville. Mais cela reste évidemment pour l‟instant hypothétique. 3.1.3.2 L‟enclos de Saint-Quigeau

L‟ancien sanctuaire de Saint-Quigeau, mentionné dès 1081-1084, occupe une position assez similaire à l‟église de Plouguer. Comme elle, l‟édifice est rejeté à l‟extérieur de la ville. L‟observation de son parcellaire fait apparaître assez nettement l‟empreinte laissée par son enclos (fig. 90, F). Celui-ci dessine, en effet, une forme trapézoïdale autour de ses trois
1193 1194

Guigon, 1997-1998, t. 1, p.64-91, 96-99, 106-109. Ibid. p. 125. 1195 Le Bihan, Villard, 2005, p. 117-118. 1196 Légeard, 1994, vol. annexe non paginé. 1197 Ibid., p. 419.

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bâtiments. Son identification est d‟autant plus facilitée qu‟il est clairement figuré sur le plan de la ville en 1772. Autour, du sanctuaire, l‟occupation n‟est faite que de très grandes parcelles rectangulaires indiquant que nous sommes déjà dans le monde rural. Cette constatation rend évidemment étonnante la précision du rentier ; « un parc nommé Parc Sainct-Quigeau, estant est forbours de cested(icte) ville » qui suppose l‟existence d‟un faubourg Saint-Quigeau1198. Deux solutions sont possibles : soit l'expression ne renvoie qu‟au positionnement géographique du sanctuaire situé à la périphérie de la ville, soit il décrit bien un regroupement d‟habitat qui, dans ce cas, doit être cherché plus près de l‟agglomération. La première proposition nous semble néanmoins la plus vraisemblable, puisque la longue parcelle rectangulaire située au nord de l‟édifice religieux port le nom de « parc Saint-Quigeau » et pourrait donc correspondre à la terre citée dans le document du XVIe siècle. 3.1.3.3 L‟enclos des Ursulines

L‟observation du parcellaire permet de faire apparaître très clairement l‟empreinte de l‟enclos du couvent des Ursulines à l‟ouest du château (fig. 90, G 1). Cette structure appartient bien évidemment à la période moderne mais il est sans doute utile de le souligner. Celle-ci occupe la majeure partie du grand îlot quadrangulaire dans lequel est placé l‟établissement. A l‟intérieur nous notons un tracé (G2) en forme d‟équerre. Celui-ci pourrait correspondre à l‟emplacement d‟anciens bâtiments ou tout du moins une structure liée à l‟installation religieuse. Nous avons pensé à un cloître mais celui-ci n‟est pas représenté sur le plan de la ville en 1772. Au contraire, ce document semble démontrer que les bâtiments se regroupaient dans le même secteur au bord de l‟actuelle rue Croas Lohou. 3.1.3.4 Les faubourgs

L‟observation du cadastre fait apparaître assez clairement l‟existence de faubourgs ou plutôt « d‟embryons » de faubourgs autour de l‟agglomération. Dater l‟origine de ces derniers reste une opération complexe. Nous ne possédons que peu d‟indices sur leur existence au Moyen Age, le rentier en cite trois : celui de « Pontherbaut », « Sainct-Quigeau », et «Tnouglevyan »1199 qui ne sont pas tous localisés avec précision.  Trouglevian et Kergroas : un foyer de population au franchissement de l‟Hyères

Le faubourg de Trouglévian reste l‟ensemble le plus remarquable des pôles d‟habitat qui se sont développés autour de la ville. Son nom a, certes, aujourd‟hui disparu, mais son identification avec ce qui est aujourd‟hui le Petit-Carhaix ne fait aucun doute. Les précisions du rentier sont en elles-mêmes assez parlantes, puisque nous savons qu‟il se situe sur l‟Hyères, qu‟il possède un moulin, un pont et qu‟il est relié à Kergroas 1200. Cette appellation reste d‟ailleurs couramment utilisée jusqu‟à la fin du XVIIe siècle, avant de se voir progressivement substituée par celle que nous lui connaissons aujourd‟hui1201.

1198 1199

A.D.L.A., B 1103, f° 25 r°. A.D.L.A., B 1103, f° 26 r°, f°35 v° Le Mével, 1999, p. t. 2, p. 24, 39 et 51. 1200 Ibid., t. 2, p. 51, « le chemin qui conduict de Tnouglevyen », p.:58 : « le moulin à than de Tnouglevyan, cerné de la ripviere Hyer », p. 66 : « le pont de Tnouglevyan » 1201 Première mention connue en 1678, cf. Deshayes, 2003, p. 41.

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Le lieu, séparé de la ville par une forte dénivellation, est évidemment indissociable de la rivière. L‟observation du parcellaire montre qu‟il s‟organise autour de deux pôles principaux placés de chaque côté du cours d‟eau. Trouglévian au sud, et Kergroas situé en la paroisse de Plounévézel qui en constitue le prolongement logique. Kergroas (fig. 90, H 1) né autour de la patte d‟oie formée par la rencontre de deux routes avant le franchissement de la rivière : celle de Morlaix, dont le tracé a été en partie repris par l‟actuelle D. 54, et celle menant au hameau de Coatilouarn1202 et le manoir Kerampudou au sud1203. Cette dernière est rejointe, peu avant le hameau, par un chemin venant depuis le bourg de Plounévézel en longeant la route de Morlaix. Un petit groupe de parcelles se développe autour de ce carrefour, et se poursuit le long de deux routes principales. Regroupées de manière relativement dense au niveau de la rencontre des deux voies, les parcelles, pour la plupart bâties, se répartissent de manière bien plus lâche par la suite. Il n‟existe aucune régularité d‟ensemble, ce qui laisse supposer un développement spontané. De l‟autre côté de l‟Hyères, Trouglévian (H2) connaît une organisation plus complexe. Il est relié depuis la ville par une route principale partant depuis la rue du Pavé appelée « chemyn qui va dudict Kerahes à Tnouglevyan » au XVIe siècle1204. Celle-ci est longée au nord par un second itinéraire partant aussi depuis l‟agglomération, appelé, sur le cadastre, rue des Bénédictins. Au sud, le Petit Carhaix est rejoint par deux chemins venant depuis Plouguer en contournant la chapelle N.D. du Frout. L‟ensemble de ces axes qui se regroupent au franchissement de la rivière, vient structurer le faubourg. Les deux chemins principaux partant depuis la ville découpent ainsi deux îlots trapézoïdaux, occupés par une série de petites parcelles irrégulières. Le premier, situé en léger décalage du pont, montre l‟existence au nord d‟un bâtiment privilégié entouré d‟une parcelle de taille plus importante que les suivantes. Nous ne savons évidemment pas de quand date cette construction disparue, mais la position de la parcelle pourrait laisser supposer une fonction particulière, peut-être en rapport au franchissement de la rivière. Celui-ci ne peut, en tous cas, pas être lié à un droit de péage. Certes, nous savons que le seigneur de Tymeur percevait une taxe sur le pont au XVII et XVIIIe siècle. Son droit n‟avait cependant cours que dans le hameau de Kergroas1205. Pour Trouglévian par contre, les rentiers du XVIe et du XVIIe siècle montre que le roi ne faisait pas ce type de perception. Au nord de ces îlots, le long du chemin prolongeant la rue des Bénédictins, viennent se regrouper une série de parcelles au découpage irrégulier. Seulement deux d‟entre elles sont bâties au XIXe siècle, mais le tissu relativement dense qu‟elles dessinent peut témoigner de la présence d‟habitats disparus. Au sud, à la pointe de ce grand îlot formé par les deux chemins venant de Plouguer, se regroupe aussi un nombre important de parcelles au découpage irrégulier. La situation est proche à l‟ouest, sur les bords de l‟Hyères, où une série de parcelles, situées à proximité du pont, constitue un premier ensemble aux formes très variées. Il est suivi au sud d‟un second groupe constitué de parcelles laniérées très allongées, établies de manière régulière qui semblent avoir été mises en place simultanément.  faubourg de la Rue Neuve

1202

Il est cité pour la première fois en 1472, cf. Deshayes, 2003, p. 260. Il peut se traduire par « lieu habité de la croix. 1203 Mentionné en 1480, cf. ibid., p. 260. 1204 A.D.L.A., B 1103, f°35 v°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 51. 1205 A.D.F., 51 J 42.

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Citée dans le rentier du XVIe siècle, la rue Neuve sert à relier le nord de l‟agglomération et le carrefour formé par la rencontre des anciennes voies romaines de Lannion-Tréguier et Rennes-Vannes-Corseul. Sa physionomie montre qu‟il s‟agit clairement d‟un rattachement postérieur, l‟entrée dans la ville antique devant se faire d‟une manière différente. La date à laquelle s‟est fait ce raccordement n‟est malheureusement pas connue1206. Autour de lui se développe un ensemble de parcelles relativement resserrées contrastant avec la trame environnante (fig. 90, H 3). Ce fait semble témoigner de l‟existence d‟un ancien noyau d‟habitat. Il se forme de parcelles rectangulaires, relativement allongées et au découpage assez régulier. Encore étroites à la sortie de la ville, ces dernières s‟élargissent par la suite, ce qui donne à l‟ensemble un aspect « semi-rurale ». Cette analyse n‟est d‟ailleurs pas contredite par la lecture des sources écrites, puisque le rôle rentier de 1539-1542 signale surtout l‟existence de « courtil » ou de « parc ». Il cite ainsi : « ung parc nommé Parc an Cornel, sittué d‟un endroict sur ung courtil [...] sur un chemyn mesnantde la rue Neuffve à Saincte-K(a)therine, d‟aultre sur un parc [...] d‟aultre sur un courtil »1207. Mais il existe aussi des habitations : « Jehan Legan cordonnier a congneü devoir, à ladicte recepte par ch(ac)un dict terme an de cheffrente, la somme de six den(iers) mon(noye) dessus sa maison où il demeure en la rue Neuffve »1208.  faubourg de la fontaine Blanche

Entre l‟ancienne rue de la Fontaine Blanche qui poursuit celle des Augustins et la place du champ de foire, se structurent deux îlots le premier, trapézoïdal à l‟ouest et le second, de forme grossièrement rectangulaire à l‟est, séparés par une venelle (fig. 90, H 4). Tous deux sont occupés par une série de parcelles rectangulaires qui pourraient témoigner de l‟existence d‟habitats anciens. Certaines d‟entres elles sont d‟ailleurs bâties au XIXe siècle. Le découpage reste néanmoins relativement lâche ce qui, comme pour la rue Neuve, lui donne aussi un caractère rural1209. Nous sommes malheureusement mal renseigné sur ce secteur au Moyen Age. Le rôle rentier du XVIe siècle cite bien l‟existence de la « fontaine Blanche »1210, mais la place du champ de Foire en est, par contre, absente. Nous ne pouvons donc pas assurer que celle-ci existe bien à cette période. Nous savons en tout cas qu‟il existe bien un « faubourg de la Blanche à la fin du XVIIe siècle »1211. Précisons aussi que ce secteur a dû connaître d‟importantes transformations à la fin du XVIIIe siècle, puisque des travaux sont menés sur la place. Nous savons que le tracé de la partie septentrionale du premier îlot (le plus à l‟ouest) a été modifié, comme le montre un plan de la place conservé aux archives départementales du Finistère (fig.)1212.  Les petits regroupements d‟habitat au sud de la forteresse

L‟observation du cadastre montre assez clairement l‟existence de petits foyers d‟habitations, sorte « d‟embryons de faubourgs », au sud du château. Leur origine reste inconnue, rien ne permet d‟assurer que ceux-ci existaient au Moyen Age.
1206

Comme nous l‟avons vu, la fouille menée par le service départemental au 2 rue des Augustins (l‟actuelle) montre que le secteur proche est occupé au Bas Moyen Age. 1207 A.D.L.A., B 1103, f° 27 v°, Le Mevel, 1999, t. 2, p. 41. 1208 A.D.L.A., B 1103, f° 28 r°, Ibid., p. 41. 1209 Beaucoup de ces parcelles sont occupées par des jardins à la fin du XVIIIe siècle. 1210 A.D.L.A., B 1103, f° 11 r°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 21. 1211 A.D.L.A., B 1123, f° 23 r°. 1212 A.D.F., 2 E 1502 (5)

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Nous en comptons en tout cinq : Le premier, au sud-ouest, correspond à cet îlot quadrangulaire encadré à l‟est et à l‟ouest par les rues Croas Lohou et Cazuguel qui se rejoignent l‟une l‟autre par les deux chemins formant les limites septentrionales et méridionales de notre ensemble. Celui-ci, occupé par quelques constructions au XIXe siècle, est découpé par une sérié de parcelles qui ne suivent pas d‟ordre régulier. Le second (fig. 90, H5), qui est aussi le plus important, se regroupe justement le long de cette rue Cazuguel qui partant depuis le chemin menant à la route de Châteauneuf-du-Faou au sud des Ursulines rejoint la route de Quimper (A6) au sud. Il se compose d‟une série de parcelles (pour certaines bâties au XIXe siècle) établies perpendiculairement au chemin, dont les formes et les tailles sont très variées, ce qui laisse suggérer un développement spontané. Il est évidemment difficile de dater l‟existence de ce regroupement mais nous savons qu‟il existait une rue de Cazuguel au XVIe siècle1213. Le troisième ne correspond qu‟à une parcelle rectangulaire établie sur le chemin de Gourin (A6) et occupée par deux bâtiments au XIXe siècle. Rien ne permet de savoir si son existence est ancienne. Le quatrième est, lui aussi, une parcelle située à la pointe de l‟îlot formé par les routes de Quimperlé et de Hennebont (A4 et A5). Celle-ci occupée par trois bâtiments au XIXe siècle est limitée au sud par un tracé très irrégulier Le cinquième (H 6) enfin se situe à l‟est de la rue du tour du château, encadré au nord par la rue des Trois chapelles. Il se constitue d‟une série de petites parcelles quadrangulaires de tailles variables suivant les cas.

3.2 Hypothèse sur le développement de la ville de Carhaix
Tenter de présenter une vision d‟ensemble de l‟évolution de l‟agglomération de Carhaix à la période médiévale semble une tâche difficile Les sources écrites sont rares et ne permettent que très rarement de remonter au-delà du bas Moyen Age. L‟apport de l‟archéologie est lui aussi pour l‟instant réduit puisque la plupart des interventions récentes ont été éloignées du cœur historique de la ville, le plus susceptible d‟apporter des vestiges médiévaux. Enfin si l‟approche morphologique apporte des informations nouvelles, elle n‟en présente pas moins ses limites. Nous nous contenterons donc d‟apporter quelques grands éclairages d‟ensemble 3.2.1 Un grand inconnu : le Haut Moyen Age

La période comprise entre le Ve et Xe siècle est malheureusement celle sur laquelle nous sommes le moins bien renseignée. La destinée de la ville au cours de l‟Antiquité tardive est elle-même encore en partie obscure. Nous ne savons pas si elle conserve son statut de capitale comme le pensent les avis les plus récents, ou si au contraire, celui-ci est transféré vers une autre agglomération comme le suppose l‟hypothèse traditionnelle. La fouille du centre hospitalier démontre que l‟occupation perdure et ceci même dans un quartier situé en périphérie de la ville. La population qu‟il abrite est aisée puisque une grande domus constantinienne est construite à cet endroit. Elle sera occupée jusqu‟au troisième quart du IVe siècle. La situation nous échappe par la suite. Que se passe-t-il dans les autres secteurs de la ville ? Il nous semble certain que les lieux ne sont pas abandonnés au début du Moyen Age. La naissance de la paroisse primitive de Plouguer, l‟apparition d‟un pagus dont le nom en dérive et la probable venue de Louis le Pieux en 818 constituent des arguments suffisants pour
1213

A.D.L.A, 1103 f°49°, Le Mével, 1999, t. 2, p. 71.

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écarter cette hypothèse. La nature même de son occupation reste cependant difficile à déterminer. L‟influence que semble avoir eue le carroyage antique sur la morphologie de l‟agglomération par la suite peut laisser supposer que certains des secteurs de la ville sont encore occupés, mais cela reste hypothétique en l‟absence de preuves archéologiques. L‟implantation de l‟église Saint-Pierre, en périphérie de ce qui deviendra le centre de l‟agglomération médiévale, est sans doute un indice important pour comprendre l‟organisation de l‟espace à cette période. Nous possédons pour l‟instant peu d‟informations mais une utilisation funéraire des lieux pourrait en apporter une explication convaincante. Dans une position similaire, l‟église de Saint-Quigeau existe-t-elle déjà à cette époque ? La présence de trois sanctuaires rappelle en effet les dispositions connues des établissements religieux du haut Moyen Age. Mais rien n‟est certain, puisque cette association n‟est assurée par les textes qu‟au XVIIIe siècle, et la dédicace de l‟une des chapelles à sainte Barbe n‟est pas un indice d‟ancienneté. Autour de l‟ancienne agglomération romaine a aussi pu exister une série de petits établissements ruraux dispersés sur le territoire. L‟archéologie nous en apporte en tout cas un exemple avec le site de Kergoutois occupé au VIIIe siècle. Les toponymes Lannoennec et Penanlan pourraient, eux aussi, témoigner d‟une origine ancienne, mais cela reste très hypothétique. 3.2.2 La renaissance de la ville (XIe-XIIIe siècle)

Comme souvent, le Moyen Age central semble avoir été une période charnière dans l‟histoire du développement de la ville. C‟est, semble-t-il, à ce moment que se mettent en place deux des principaux éléments qui vont structurer l‟ensemble de l‟agglomération médiévale par la suite. C‟est tout d‟abord le prieuré de Redon qui vient s‟installer au nord de la ville. Comme nous l‟avons vu, nous ne pouvons plus reprendre avec certitude la chartre de 1105-1107, longtemps considérée comme l‟acte de fondation du monastère. Sa première attestation certaine ne date donc que de 1210. Au sud, le château existe sans doute aussi à cette période. Nos preuves le concernant sont cependant plus minces. Sa première « mention » n‟apparaît qu‟à la fin du XIIe siècle dans le Roman d’Aiquin, dont la valeur historique reste très relative d‟autant qu‟il prétend décrire une situation antérieure à cette période. Ces deux ensembles reliés entre eux par la rue du Pavé (qui est sans doute l‟un des anciens axes de la cité antique) vont constituer les deux pôles d‟attraction principaux de l‟agglomération, comme le fait apparaître clairement l‟analyse du parcellaire. L‟église donne même naissance à une place qui semble avoir été l‟objet d‟un projet d‟urbanisme volontaire. Nous ne pouvons cependant clairement déterminer si sa mise en œuvre est la conséquence directe de l‟établissement du prieuré ou si elle n‟intervient que par la suite. L‟installation d‟une dépendance de Redon dans la ville n‟est peut-être pas un élément anodin. Nous connaissons en effet le rôle joué par ce type d‟installation dans l‟aménagement de l‟espace urbain. C‟est bien ce dont témoignent les multiples créations de bourgs aux XIe et XIIe siècle auxquelles ils sont systématiquement associés. Le phénomène a déjà été bien étudié en Anjou par E. Zadora-Rio1214, et il ne semble pas différer en Bretagne1215. C‟est le cas, notamment à Morlaix, où le vicomte de Léon a fait appel une première fois à Marmoutier pour fonder un bourg en 1128, puis à Saint-Melaine de Rennes en 11581216. Le prieuré s‟est-il
1214 1215

Fixot, Zadora-Rio dir., 1994 , p. 139-148. A. Chédeville en a fait une éclairante présentation dans Chédeville, Tonnerre, 1987, p. 400-413. 1216 Guillotel, 1971, p. „é-50.

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vu confier un rôle dans l‟aménagement de l‟espace urbain de Carhaix? Ce n‟est pas impossible mais nous n‟en avons pas de preuve. Autour de la ville enfin, nous savons que le sanctuaire paroissial de Plouguer est reconstruit au XIe siècle. Enfin nous, sommes assuré de l‟existence de l‟église de Saint-Quigeau, puisqu‟elle fait partie de la donation d‟Hoël à l‟abbaye de Quimperlé en 1081-1084 ; tient-elle déjà le rôle de trêve qui sera le sien à la période moderne ? Rien ne nous permet de le savoir. 3.2.3 Le premier « essor » de l‟agglomération (XIVe-début XVIe siècle)

Le bas Moyen Age paraît être la période d‟un important développement pour l‟agglomération. Nous savons qu‟au XIVe siècle l‟église du prieuré est devenue collégiale, même si le moment exact de ce changement de statut n‟est pas connu. Mais l‟un des éléments les plus révélateurs est l‟installation d‟un ordre mendiant, en l‟occurrence les Augustins, qui s‟établit à partir de 1355 dans l‟agglomération à l‟extrémité de la rue qui portera leur nom. Les destructions occasionnées par la Guerre de Succession ne semblent pas avoir contrarié durablement cet essor. Dans le deuxième tiers du XVIe siècle, le rentier nous montre le visage d‟une l‟agglomération en plein développement. L‟abandon du château au cours du XVe siècle, en est sans doute un élément marquant. L‟habitat vient rapidement occuper l‟espace de ses fossés, et se regroupe autour des halles placées au cœur de l‟ancienne forteresse. L‟observation du cadastre du XIXe siècle en renvoie une image assez fidèle puisque les parcelles bâties se rassemblent dans la partie nord de l‟enceinte, à proximité de la place de la cohue. Les deux axes principaux, les rues du Pavé et des Augustins conservent aussi leur rôle structurant dans l‟agglomération. Un hôpital est même fondé par Maurice de Méné à la fin du XVe siècle sur le bord de l‟actuelle rue Brizieux. Le paysage monumental commence lui aussi à changer. La collégiale Saint-Trémeur est reconstruite. La tour porche, encore conservée, en est l‟élément le plus révélateur, les dates 1529 et 1535 inscrites sur les stèles épigraphiques aujourd‟hui illisibles, sont interprétées comme celles de ses travaux. A l‟extérieur de la ville, Saint-Pierre de Plouguer, que le rentier qualifie systématiquement de « vieille église » voit aussi la reconstruction de ses parties orientales dans la première moitié du XVIe siècle. A la périphérie toujours, se sont constitués des faubourgs dont le plus marquant est Trouglévian. Né du point de franchissement de l‟Hyères, celui-ci se prolonge de l‟autre côté de la rivière avec le hameau de Kergroas en Plounévézel qui se structure autour de la patte d‟oie formée par la rencontre de la route de Morlaix et du chemin de Coatilouarn. A l‟est, autour de la rue Neuve, qui vient relier le carrefour des anciennes voies romaines de Lannion-Tréguier et Rennes-Vannes-Corseul, s‟organise aussi un habitat aux aspects déjà presque ruraux. Nous ne pouvons, par contre, pas assurer que l‟îlot, formé au niveau de la rue de Fontaine Blanche, est déjà constitué à cette période, faute de texte. Il en est de même pour les petits noyaux d‟habitats situés au sud de l‟ancienne forteresse. A l‟extérieur de la ville enfin, se développe toute une série de manoirs et de hameaux dispersés sur l‟ensemble du territoire de la paroisse et tous reliés aux principaux axes sortant de l‟agglomération par un réseau de chemins secondaires. Faute d‟éléments chronologiques auxquels les rattacher, leur origine qui pourrait être plus ancienne n‟est pas connue. L‟essor n‟est cependant pas terminé. A la suite des nombreuses destructions occasionnées par les guerres de la Ligue, la ville connaît une série d‟importantes reconstructions. La plupart des maisons anciennes, conservées encore aujourd‟hui, ne semblent d‟ailleurs guère être antérieures à cette période. Le XVIIe siècle modifie l‟agglomération, avec l‟installation, à la suite de la Contre-Réforme, des Ursulines en 1644, des Hospitalières en 1675 et les Carmes déchaussées en 1687. Le visage de la ville moderne sera finalement achevé par les transformations de la seconde moitié du XVIIIe siècle.

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Conclusion
Le sujet que nous avons traité ici voulait se concentrer avant tout sur le développement urbain de Carhaix au Moyen Age. Notre questionnement nous a néanmoins amené à nous intéresser aussi à son environnement proche ainsi qu‟aux différents « espaces de pouvoir » qui se structurent autour de l‟agglomération. Leur connaissance, même partielle, permet de mieux comprendre la manière dont la cité s‟intègre dans le territoire. Ce parti pris amène cependant à aborder des questions plus larges que nous ne pouvons qu‟effleurer ici. Cet aspect constitue l‟une des grandes limites de notre travail. C‟est justement ces différents manques de notre enquête que nous chercherons à souligner pour conclure. Cette démarche nous parait utile afin de mieux cerner les apports de notre travail. La première partie était l‟occasion de faire le point sur l‟histoire de la ville et les espaces de pouvoir qui s‟y rattachent au Moyen Age. Nous avons vu que notre connaissance de l‟agglomération antique de Carhaix a largement progressé depuis une dizaine d‟années. Nous laissons évidemment à d‟autres le soin d‟en faire une présentation complète. Nous ne pouvons néanmoins que souligner les perspectives nouvelles entrevues sur l‟Antiquité tardive. Elles amènent forcément à s‟interroger sur la période qui suit : le haut Moyen Age. C‟est ici que le manque de sources, qui caractérise la Basse Bretagne médiévale avant le XIIIe siècle, se fait le plus sentir. Une seule mention, au IXe siècle (dans des annales postérieures), semble pouvoir être rapportée au lieu. Rien ne nous permet d‟aborder concrètement l‟agglomération. Une paroisse est cependant née assez tôt de la cité antique : Plouguer. L‟approche de son ressort territorial, tentée par quelques chercheurs, parait une entreprise bien difficile. La question de l‟origine et de la réalité des paroisses dans cette partie de la péninsule, déjà l‟objet de nombreux travaux, posent des problèmes très vastes auxquels nous sommes évidemment pas à même de répondre. La ville donne aussi naissance à un pagus : le Poher, dont la géographie, là aussi, pose question. La réunion de ces quelques indices suffit sans doute pour se convaincre de la continuité de l‟occupation à cette période. Les changements intervenus au cours du Moyen Age central avec l‟avènement de la société féodale sont un phénomène bien connu. La situation au niveau de Carhaix est cependant mal appréciée. Nous ne savons pas au juste si la cité est bien dans les mains du vicomte de Poher ou si, au contraire, elle relève déjà de l‟autorité ducale. De plus, si à notre sens la vicomté de Poher correspond bien à un territoire nous avons bien du mal à approcher sa réalité. La ville n‟apparaît elle presque jamais dans nos sources et il parait bien difficile d‟en écrire l‟histoire. La période ducale, celle des XIII-XVe siècle, est un peu mieux cernée. Nos informations deviennent plus nombreuses et l‟on peut enfin de se faire une idée de la situation de la ville. Le rôle rentier rédigé dans le second quart du XVIe nous offre même une première description de l‟agglomération. Autour de celle-ci s‟organise toujours différents espaces de pouvoir à commencer par la châtellenie ducale de Carhaix. Pour les circonscriptions ecclésiastiques nous connaissons aussi bien le ressort de l‟archidiaconé de Poher et des deux doyennés qui le composent par le pouillé de Tours rédigé 1330. Nous ne prétendons évidemment pas avoir donné ici une histoire complète de la cité et des territoires sur laquelle elle exerce son influence. Un certain nombre de points méritent d‟être approfondis en particulier en ce qui concerne le Moyen Age central et les XIVe-XVe siècles. La deuxième partie fait le point sur les structures et les monuments de la ville à la période médiévale. Comme souvent en Basse Bretagne les constructions conservées restent relativement peu nombreuses. Il s‟agit avant tout d‟édifices religieux avec l‟église paroissiale Saint-Pierre de Plouguer, la collégiale Saint-Trémeur et les vestiges du couvent des Augustins. Nous y ajouterons le pan de courtine du château découvert par C. Hervé-Legeard. 163

Les autres éléments ne peuvent guère être approchés qu‟au travers l‟étude des textes qui présentent évidemment des limites. Nous nous devons de souligner que notre travail d‟archives n‟a pas été complet sur cette question puisque nous n‟avons pas consulté les registres de délibérations du conseil municipal du XIXe et du XXe siècle qui aurait pu apporter des informations sur la disparition de certains édifices. L‟apport de l‟archéologie pour la connaissance de la vie quotidienne de la cité au Moyen Age reste très limité pour le Moyen Age. Hormis les fouilles du 2 rue des Augustins par M. Le Goffic en 1989 ou celle de la rue du Tour du château par G. Le Cloirec en 1999, aucune intervention n‟a apporté de réelles informations sur cette période. Nous avons pu aussi approcher plus brièvement la question du monde rural autour de l‟agglomération. Pour cet aspect, l‟apport de l‟archéologie est plus net avec le site de Kergoutois découvert en 1998 par L. Aubry et fouillé par la suite par P. Maguer. Celui-ci démontre l‟existence d‟un petit établissement rural au VIIIe siècle à la périphérie de l‟agglomération. Le nombre peu important d‟habitats du haut Moyen Age identifiés dans cette région renforce d‟autant plus l‟intérêt de ces vestiges. L‟étude des textes permet d‟entrevoir partiellement la manière dont se structurait l‟habitat autour de la ville aux XVe et XVIe siècle. Notre enquête a cependant été brève. Un travail plus sérieux nécessiterait sans doute une interrogation plus large des sources en particulier des aveux des manoirs, qui, s‟ils ont été consultés, n‟ont pas été dépouillé dans le détail. Nous avons pu aussi faire un point très bref sur le développement de l‟habitat aristocratique ancien autour de la ville. Ce problème dépassait déjà très largement le cadre de notre sujet de départ. Il nous a paru néanmoins intéressant de constater l‟existence de ce réseau de fortification en terre dans une zone relativement proche de la ville. Cette concentration pose des questions qu‟il serait utile de développer. La troisième partie correspondait au cœur même du sujet. Elle a permis d‟aborder la question du réseau routier autour de la ville. Nous avons pu constater les difficultés à l‟approcher par l‟étude des textes. Le fait est net pour les périodes les plus anciennes qui obligent à réunir de faibles indices qui ne nous renseignent que sur les grands itinéraires. Les informations ne deviennent plus nombreuses qu‟à la fin du Moyen Age avec l‟apparition des documents domaniaux, à savoir les aveux de manoirs et surtout le rôle rentier du XVIe siècle, qui permettent d‟entrevoir cette fois-ci les réseaux de circulation locaux. De manière plus concrète, l‟étude des routes autour de la ville n‟a concerné jusque là que les voies romaines. Ce sujet est évidemment légitime mais il ne permet d‟aborder que très partiellement le réseau très complexe qui se développe au niveau de Carhaix. Plutôt que de concentrer sur la restitution du tracé des voies anciennes, il serait sans doute très utile de réfléchir de manière diachronique en se concentrant sur la question du réseau routier en lui même. Ce type de démarche a été mis en place par E. Vion qui en a démontré tout l‟intérêt pour la Suisse1217. Cette méthode est restée relativement peu pratiquée en France, où nous pouvons néanmoins citer les travaux de S.Leturcq sur l‟Orléanais ou de P. Marchand sur le Gâtinais oriental1218. Nous avons songé à l‟essayer pour la région de Carhaix mais nous n‟avons pas eu le temps de la mettre en œuvre. Pour l‟analyse du parcellaire, nous ne pouvons que constater la faible urbanisation de Carhaix au début du XIXe siècle. La ville se regroupe autour de deux axes structurants dont l‟origine antique est probable : la rue du Pavé et la rue des Augustins. La trace la plus visible du passé médiéval de la cité est incontestablement celle du château dont la forme avait été précédemment identifié par C. Hervé-Legeard et P ; Kernevez. L‟habitat qui vient se regrouper à l‟emplacement de ces anciens fossés est révélateur du développement de l‟agglomération au début du XVIe siècle dont témoignent les sources écrites. La question de
1217 1218

Vion, 1989. Marchand, 1997 et Leturcq, 1997.

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l‟enceinte urbaine de la ville parait intimement lié à ce tracé de la forteresse. En l‟absence d‟autres informations il nous semble logique de l‟identifier à cette forme. L‟autre grande unité de plan est représentée par la place du charbon dont l‟existence est attestée au XVe siècle. L‟analyse conduit à constater sa régularité qui témoigne d‟une opération d‟urbanisme planifiée mis en œuvre à une période malheureusement indéterminée. A la périphérie de la ville se développent deux édifices religieux, Saint-Pierre et Saint-Quigeau dont il est possible de restituer le tracé des enclos. Le positionnement de l‟église paroissiale, dont l‟origine semble remonter au haut Moyen Age, pourrait s‟expliquer par sa fonction funéraire. La ville a logiquement donné naissance à quelques embryons de faubourgs assez facilement identifiable au niveau de la rue Neuve, la rue de la Fontaine Blanche et la rue Cazuguel. Les plus importants restent cependant ceux de Trouglévian et Kergroas nés du point de franchissement de l‟Hyères. L‟analyse morphologique que nous avons pu mener ici apporte sans doute une perspective nouvelle sur la ville de Carhaix au Moyen Age. Elle possède cependant aussi des limites qu‟il ne faut pas perdre de vue. La principale dans notre cas reste sans doute la difficulté à lier les tracés identifiés à une datation. Cette pratique est il est vrai compliquée par le manque de sources écrites concertant l‟agglomération. Pour terminer nous pouvons dire que si ce travail n‟est pas une synthèse sur la ville de Carhaix au Moyen Age, il constitue une première pour l‟étude ce territoire. Celui-ci laisse entrevoir un certain nombre de questions ou de problèmes qui méritent d‟être repris et développés.

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Bibliographie
1. Liste des abréviations
A.B.P.O : Annales de Bretagne et des pays de l‟Ouest A. E. B. : Archéologie en Bretagne. Archéo.Méd. : Archéologie Médiévale. B.A.A.B : Bulletin Archéologique de l‟Association Bretonne B.D.H.A. : Bulletin Diocésain d‟Histoire et d‟archéologie. B.S.A.B. : Bulletin de la Société Académique de Brest B. S. A. F. : Bulletin de la Société Archéologique du Finistère. B.S.A.I.V. : Bulletin de la Société Archéologique d‟Ille-et-Vilaine. B.S.P.M : Bulletin de la Société Polymathique du Morbihan C.R.B.C : Centre de Recherche sur la Bretagne et les pays Celtiques. Dossier du Ce.R.A.A : Dossier du Centre régionale d‟archéologie d‟Alet. M.G.H : Monumental Germanae Historica M.S.H.A.B. : Mémoire de la société d‟Histoire et d‟Archéologie de Bretagne. P.U.R : Presses Universitaires de Rennes R.A.O : Revue Archéologique de l‟Ouest. U.B.O : Université de Bretagne Occidentale »

2. Sources manuscrites

Archives départementales du Finistère (abrégé A.D.F)  Série A  Domaine de Carhaix A 6 : Réformation du domaine en 1678-1682 (copie de 1751). Dénombrements de terre rentes, droits seigneuriaux et juridictions tenus par le Roi dans la ville de Carhaix et les paroisses de Plouguer, Trébrivan, Le Moustoir et Plounévézel. A 15 : Réformation du domaine en 1678-1682 (copie de 1751). Dénombrements de terre rentes, droits seigneuriaux et juridictions tenus par le Roi pour Carhaix, Plouguer, Trébrivan, Plounévézel, Glomel, Motreff, Poullaouen, Spézet, Scrignac, Maël-Carhaix, Duault. A 16 : Réformation du domaine en 1678-1682 (copie de 1751). Dénombrements de terre rentes, droits seigneuriaux et juridictions tenus par le Roi pourla ville de Carhaix. A 17 Table des biens nobles et roturiers du domaine de Carhaix (table des matières des articles de A 6 à A 16)  Série E  Archives des anciennes communes : Carhaix 2 E 1502 (3) : Exemption de toutes charges accordées par le roi à Pierre Briant (1609)-rôle des fouages (1685).Presbytère (1605). Arrêt du conseil d‟Etat concernant le moulin du roi à Carhaix). Four banal (1287), etc. 2 E 1502 (5) : Travaux, procédures. 166

 Registres paroissiaux et état civil 1 M E C 37 1 (microfilm) : Carhaix (1651-1670)  Série G  Archives de l‟évêché de Quimper 1 G 26 : Inventaire méthodique rédigé au milieu du XVIIIe siècle pour Carhaix 1 G 326 : Archives de l‟évêché de Quimper. Carhaix, titre de propriété et traité avec les chanoines de Saint-Trémeur (1425-1786)  Série H

 Augustins de Carhaix 13 H 2 : Eglise et bâtiments, réparation, droits honorifiques (1475-1728) 13 H 6 : Aveux et déclaration du revenu (1702-1726) 13 H 8 : Réformation du domaine (1628-1776) 13 H 11 : Testaments et fondations sur la généralité des biens (1493-1672) 13 H 14 : Titres de propriété de Carhaix, enclos et rue des Augustins (1462-1780) 13 H 18 : Titre de propriété de Carhaix, rue du Fil, de la Moutarde et d‟autres lieux (15531778) 13 H 19 : Titre de propriété de Carhaix, emplacements diverses dans la ville et faubourgs (1494-1772) 13 H 26 : Titre de propriété Saint-Quigeau (1485-1769)  Série J

 Fonds de Leclerc 51 J 10 : Cour et domaine royal de Carhaix. Copie d‟aveux et de déclarations, extraits de comptes. Mémoire de la Haye notaire pour le domaine (XVIe-XVIIe siècle). 51 J 11 : Seigneurie et juridiction du Tymeur : Inventaires et relevés des titres (XVIe-XVIIIe siècle) 51 J 12 : Seigneurie et juridiction du Tymeur. Titres n° 4-340. 51 J 32 : Procédure au sujet de discussion entre les habitants du village de Kergroas en Plounévézel (1622-1653) 51 J 35 : Carhaix Plouguer : extraits des rentes dues à l‟église Saint-Trémeur de Carhaix (1660) 51 J 42 : Poullaouen : rentier et rôle pour les droits de passage par le pont de Trouglénian (XVIIe-XVIIIe siècle) 51 J 50 : Titre de propriété et autres actes. Plounévézel. Liasse n° 3 (XVIe-XVIIIe s)  Série O :

2O 224 : Carhaix. Bâtiments (1832-1923) 2 Q 225 : Carhaix. Cimetière (1853-1943°

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Série P :

3 P 27/1 : Carhaix - cadastre parcellaire- Tableau d‟assemblage (15 décembre 1819-20 mars 1820) 3 P 27/2 : Carhaix -Etats de section des propriétés non bâties et bâties (27 septembre 1823) 3 P 27 / 3 : Carhaix - Matrice des propriétés foncières - Volume 1 (30 septembre 1823) 3 P 27 / 4 : Carhaix - Matrice des propriétés foncières - Volume 2(30 septembre 1823) 3 P 27 / 5 : Carhaix - Matrice des propriétés foncières - Volume 3(30 septembre 1823) 3 P 32/ 1 : Cléden-Poher- Cadastre parcellaire, section A-D (1er juin 1823) 3 P 91/1 : Kergloff - Tableau d‟assemblage, section A-E (15 mars 1823) 3 P 195/ 1 : Plouguer- cadastre parcellaire - Section A-E (1820) 3 P 195/2 : Plouguer- Etats de section des propriétés non bâties et bâties (1823) 3 P 206/ 3 : Plounévézel - Cadastre parcellaire -Tableau d‟assemblage, section A-E (15 octobre 1820)  Série Q :

1 Q 2 479 : Inventaire du couvent des Augustins de Carhaix (9 novembre 1790)  Série V :

1 V 304 : Carhaix (1809-1868) ; Reconstruction (1879-1888)-Aliénation de la chapelle des Augustins (1849-1852) Archives départementales d‟Ille-et-Vilaine (A.D.I.V.)  Série C

C 617 : Ville de Carhaix : Ordonnances de l‟Intendance relatives aux offices municipaux de la ville (1745-1786) C 620 : Ordonnances de l‟Intendance relatives aux travaux publics de la ville de Carhaix (1754-1775) C 621 : Ordonnances de l‟Intendance relatives aux travaux publics de la ville de Carhaix (1766-1787) C 622 : Ordonnances de l‟Intendance relatives aux travaux publics de la ville de Carhaix (1766-1787) C 2279 : Routes (1727-1783) C 2280 : Routes (1729-1783)  Série H

3 H 7 : Saint-Sauveur de Redon. Aveu rendu au roi par l‟abbé Scotti (1580) 3 H 116 : Prieurés de Saint-Nicolas de Carhaix et de la Couarde en Bieuzy. Aveux, rôlerentier, mémoire des frais et correspondance (1446-1521, 1668-1669, 1732-1772) Archives départementales de Loire-Atlantique (A.D.L.A)  Série B

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B 17 : Livre de la chancellerie de Bretagne contenant l‟enregistrement sommaire des pièces présentées pour être scéllées (1508) B 677 : Sénéchaussée de Carhaix, Conq, Fouesnant et Rosporden (1525-1558) B 760 : Domaine de mainmorte : aumônerie et hôpitaux (1478-1726) B 803 : Abbaye de Redon. Aveu, dénombrement, déclaration des maisons, fief, juridictions, privilèges, droits et dîmes, rentes, domaines et métairies composant le temporel de l‟abbaye produit par Paul-Hector Scotti (1580) B 808 : Abbaye de Redon. Aveux et dénombrements du temporel situé sous la juridiction de Carhaix (1618-1726) B 1082 : Paroisse de Plouguer et ville de Carhaix. Aveux de dénombrement (1443-1773) B 1083 : Paroisse de Plouguer. Aveux de dénombrement (1435-1777) B 1084 : Paroisse de Plouguer. Aveux de dénombrement (1439-1777) B 1102 : Aveux collectifs ou indéterminés produits pour des héritages nobles, des rentes et droits divers situés dans le ressort de la barre royale de Carhaix (1310-1777) B 1103 : Réformation du rôle rentier (1421-1541) B 1104 : Domaine royal de Carhaix. Rôle rentier de la sénéchaussée (1640-1641) B 1106 : Papier terrier de la barre royal de Carhaix contenant les déclarations et dénombrements d‟héritages nobles et roturiers fournis devant la commission de la réformation du Domaine par les propriétaires de maisons de la ville de Carhaix et des faubourgs (16781680) (558 f°) B 1107 : Papier terrier de la barre royal de Carhaix contenant les déclarations et dénombrements d‟héritages nobles et roturiers fournis devant la commission de la réformation du Domaine dans la paroisse de Plouguer (1678-1682) (572) B 1123 : Réformation du domaine royal de Carhaix. Procès-verbal d‟arpentage des maisons (1682) B 1124 : Obédiences féodales de la cour royal de Carhaix (1679-1715)  Série E

E 18 ( 2 Mi 785 R 5) : Lettres de constitution de douaire (1430-1459) E 155 ( 2 Mi 785 R 33) : Concessions de terres ( 1420-1496) E 157 (2 Mi 785 R 34): Concessions de privilèges d‟exemption et de franchises en faveur de diverses villes et communauté d‟habitants (1225-1490)

3. Sources Imprimés
Sources diplomatiques, fiscales et textes conciliaires - Actes de Jean IV: Recueil des actes de Jean IV, duc de Bretagne, éd. Jones (M.), 2 vol., Paris, Klincksieck, 1980-1983 -Actes du Saint-Siège : Actes du Saint-siège concernant les évêchés de Quimper et de Léon, éd. Peyron (P.), BDHA, 1911, p. 242-285, 313-384, 1912, p. 29-57, 83-125, 159-249, 283303, 352-373, 1913, p. 69-92, 117-150, 184-215, 253-270, 317-346, 375-383 -Cartulaire de Landévennec (a): Cartulaire de Landévennec, publié par Le Men et Ernault (E.) ds Mélanges Historiques. Choix de documents, t. V, Paris, 1886. -Cartulaire de Landévennec (b) : Cartulaire de l’abbaye de Landévennec, publié par La Borderie (A. de ). Rennes, 1888. -Cartulaire de Quimper : Cartulaire de l’Eglise de Quimper, publié par Peyron (P.), Quimper, 1909.

169

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183

Table des Matières
Remerciements Introduction p. 3 p. 4

Première partie : Carhaix, ville et centre de pouvoir
1.1 Contraintes et avantages du site p. 9

1.2Vorgium, chef-lieu des Osismes
1.2.1 1.2.2 La naissance de Vorgium Quelques aspects de l‟urbanisme carhaisien au Haut Empire p. 10 p. 12

1.3La destinée d‟une capitale éphémère : Carhaix au cours de l‟Antiquité tardive et du haut Moyen Age (IVe-Xe siècle)
1.3.1 La situation de la ville au Bas Empire p. 15 p. 18 p. 21

1.3.1.1 Les observations archéologiques 1.3.1.2 L‟hypothèse du changement de capitale 1.3.1.3 La question de l‟évêché des Osismes 1.3.2 Une période méconnue : le haut Moyen Age

1.3.2.1 Le démantelement de l‟ancienne cité des Osismes 1.3.2.2 Une paroisse primitive : Plouguer 1.3.2.3 Le Poher, un pagus du premier Moyen Age 1.3.2.4 Une première mention de Carhaix au IXe siècle 1.4 Le Moyen Age central (XIe-XIIe siècles) 1.4.1 1.4.2 Un espace de pouvoir : la vicomté de Poher La situation de Carhaix au Moyen Age central

p. 22 p. 25 p. 30 p. 33

p. 36 p. 39

1.5 La période ducale (XIIIe-début XVIe siècle) 1.5.1 Les espaces de pouvoir p. 44 p. 46

1.5.1.1 Carhaix et le Poher dans le domaine ducal 1.5.1.2 L‟archidiaconné et le doyenné de Poher 1.5.2 La ville du XIIIe au XVIe siècle

1.5.2.1 Un XIIIe siècle méconnue 1.5.2.2 Les destructions de la Guerre de Succession 1.5.2.3 Carhaix à la fin du Moyen Age

p. 48 p. 49 p.51 184

1.6 La destinée de la ville à la période moderne 1.6.1 1.6.2 1.6.3 Les guerres de la Ligue Les nouvelles fondations du XVIIIe siècle Les grands travaux du XVIIIe siècle p. 52 p. 52 p. 53

Deuxième partie : Les monuments médiévaux
2.1 Les fortifications 2.1.1 2.1.2 Le château L‟enceinte urbaine p. 56 p. 61

2.2 Les édifices religieux
2.2.1 2.2.2 2.2.3 2.2.4 2.2.5 2.2.6 2.2.7 2.2.8 L‟église paroissiale de Plouguer Le prieuré Saint-Nicolas et la collégiale Saint-Trémeur Le Martray : l‟emplacement d‟un ancien cimetière ? L‟église tréviale Saint-Quigeau Le monastère des Augustins L‟hôpital Sainte-Anne Les établissements religieux modernes Les chapelles autour de la ville p. 63 p. 70 p. 76 p. 77 p. 81 p. 89 p. 91 p. 92

2.3 Les infrastructures d‟échange et de production 2.3.1 2.3.2 2.3.3 2.3.4 2.3.5 2.3.6 Foires et Marchés de la ville Les halles Le four banal Les ponts Les moulins Les carrières de pierre p. 96 p. 97 p. 99 p. 100 p. 102 p. 103

2.4 L‟habitat civil 2.4.1 2.4.2 Les maisons anciennes de Carhaix L‟habitat médiéval d‟après les sources écrites et l‟archéologiques p. 104 p. 107

2.5 L‟habitat rural autour de la ville de Carhaix 2.5.1 Un habitat du haut Moyen Age : la ferme de Kergoutois 2.5.2 Les indices d‟habitat (toponymie et sources écrites) 2.5.3 La place des résidences aristocratiques 2.5.3.1 L‟habitat aristocratique ancien 2.5.3.2 Une ceinture de manoirs p. 110 p. 113 p. 119 p. 125

185

Troisième partie : Morphologie et développement
3.1 Analyse morphologique
3.1.1 Le réseau routier autour de Carhaix p. 132 p. 133 p. 138

3.1.1.1 Historiographie de la question 3.1.1.2 L‟apport des sources écrites médiévales 3.1.1.3 Les grandes routes autour de l‟agglomération 3.1.2 La ville

3.1.2.1 Le réseau viaire de la ville 3.1.2.2 L‟empreinte du château et la question de l‟enceinte urbaine 3.1.2.3 L‟église Saint-Trémeur et la place au charbon 3.1.2.4 L‟enclos des Augustins 3.1.3 La périphérie de la ville

p. 143 p. 149 p. 153 p. 154

3.1.3.1 Le parcellaire autour de Saint-Pierre de Plouguer 3.1.3.2 L‟enclos de Saint-Quigeau 3.1.3.3 L‟enclos des Ursulines 3.1.3.4 Les faubourgs 3.2 Hypothèses sur le développement de la ville de Carhaix 3.2.1 3.2.2 3.2.3 Conclusion Bibliographie Un grand inconnu : le haut Moyen Age La renaissance de la ville (XIe–XIIe siècle) Le premier « essor » de l‟agglomération (XIVe –début XVIe siècle)

p. 154 p. 156 p. 157 p. 157

p. 160 p. 161 p. 162 p. 163 p. 166

186

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