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MONNA VANNA .

imprimeur. édit.) 1 fr. éditeur à Bruxelles. de Ruys- broeck l'Admirable.. édit. édit. . (Lacomblez. — L.) (Mercure de France. édit. à 3 fr. Ouvrages de MAURICE MAETERLINCK La Sagesse et la Destinée (36" mille). . 50 L'Intelligence des Fleurs (20'^ mille). 50 Mon MA Vanna.) .). (Fas- quelle. >. 3 fr. 3 fr. (Fasquelle. édit. » Les Disciples a Sais et les Fragments de NovALis.) *.). 3 fr. . 3 fr. (Stock. (Fasquelle. Marethkux. (Lacomblez. ( Fas- quelle. 5 fr. 1. Musique de Henry Février. 50 Le Temple Enseveli (18" mille). MoNNA Vanna. (Lacomblez. Théâtre. traduits de l'allemand et précédés d'une Introduction. — 1470. édit.) '6 fr. (Fas- quelle. rue Cassette. (Fas- quelle. 10 fr. édit. (Fasquelle.. (Lacomblez.) 3 fr. 50 La Vie des Abeilles (44^ mille). pièce en 3 actes (32*^ mille). édit.). pièce en 5 actes (10" mille). édit.. .) . Belgique) 3 vol..) . 3 fr. (Fasquelle. 50 Joyzelle..) 3 fr. .) 2 fr. » L'Ornement des Noces spirituelles. édit. 50 Serres Chaudes (poésies). édit. drame lyrique en 4 actes et 5 tableaux. . 50 Le Trésor des Humbles (04"^ édition. 50 Le Double Jardin (14« mille).. >- Album de douze chansons. » Paris.) 5 fr. traduit du flamaiid et précédé d'une Introduction.

RUE DE GRENELLE. j compri» le Dauoluark. ÉDITEUR 11. de traduction et de ropri-ientation réservés pour tous pny». direction de lAirjné-Poe) / TREN TE ET UNIEME MILLE PARIS Librairie CHARPENTIER et FASQUELLE EUGÈNE FASQUELLE. H -1909 Tous droit» (le reproduction. MAURICE MAETERLINCK MONNA VANNA PIÈCE EN TROIS ACTES Représentée au théâlre de « VŒuvre ». 1> . la Suède et la Norvège. le 17 Mai 1902 {Scène du Nouveau-Théâtre.

Ropiquet. etc.. Lugné-Poé.. VEDIO. BORSO. Hommes et Femmes du peuple. Seigneurs. femme de Guido M™* G. GIOVANNA (MONNA VANNA). .) . lieutenant de Guido . . lieutenant de Guide Gérard. Paysans. MARCO GOLONNA. Gribouval. Jean Froment. Soldats. TORELLO. . {Fin du xv« siècle. Leblanc. PRINZIVALLE.. capitaine à la solde de Florence Darmont. secrétaire de Prinzivalle .'iC premier et le troisième actes à Pisef le deuxième devant la Ville. commissaire de la Répu- blique florentine Robert Lisbr. père de Guide . PERSONNAGES GUIDO cbliON^A'^ commandant de la garnison pisane MM. . TIUVULZIO.

GUIDO. sont aux mains de l'ennemi. d'où l'on voit la campagne pisane. l'autre à Elci. BORSO et TORELLO près d'une fenêtre ouverte. L'extrémité où nous sommes réduits a forcé la Sei- gneurie à m'avouer des désastres qu'elle nous avait longtemps cachés. I . Les deux armées que Venise envoyait à notre aide sont elles-mêmes assiégées par les Floren- tins. l'une à Bibbiena. MONNA VANNA ACTE PREMIER Une salle dans le palais de Guido Golonna. Les passages de la Vernia. SCÈNE PREMIÈRE GUIDO et ses lieutenants. de Chiusi et de Montalone. Arezzo et tous les débouchés du Casentin.

. et. Ils sont exaspérés et conduits au délire par trois mois de siège. plus une flèche. Que feront-ils quand ils sauront Leur colère et leurs terreurs déses- la vérité?. et livrés sans défense à la haine de Florence. d'héroïsme inutile. . mais des bruits de plus en plus inquiétants se répandent.. et l'on retournerait en vain tous les ton- neaux des souterrains pour y trouver encore quelques onces de poudre. qui ne pardonne pas lorsqu'elle ne tremble plus.. et les fantassins romagnols. l'ir- ruption de Tennemi et puis la fin de Pise. ce sera la révolte. Elle a cinquante brasses...2 MONNA VANNA i. L'unique espoir qui maintenait encore leur obéissance irritée va s'écrouler sur eux. plus une balle. les Stradiotes mêmes refusent de se rendre aux remparts. BORSO.. pérées retomberont sur nous et sur la Seigneurie. de famine et de souffrances telles que peu de villes en ont jusqu'ici supportées. Yoyez d'ici la brèche que lescanons de Prinzivallo ont achevé de faire aux murs que défendaient les auxiliaires vénitiens. Mes hommes n'ont plus rien .. Nos soldats et le peuple ignorent encore ces défaites.. un froupeau de moutons y passerait sans crainte. Per- -jonne n'y peut tenir. BORSO. n'ayant plus que leurs épées.. TORELLO.^us sommes isolés du reste de la terre.. J'ai lancé avant-hier notre dernier boulet contre les batteries de Santo-Antonio et de la tour de Stampacé.

Florence en profite pour nous mettre hors la loi. ou bien Florence a-t-elle transmis des ordres mystérieux? GUIDO. Depuis trop longtemps . nous ne les avons pas revus. la Seignearie a envoyé trois anciens du collège pour traiter de la capi- tulation. à trois reprises. il n'est point revenu. Les ordres de Florence sont toujours mystérieux. Pourquoi donc Prinzivalle ne donne-t-il pas l'assaut? Redoute-t-il quelque piège? Munque-t-il de courage. Voilà plus d'une semaine que la ville est ouverte de toutes parts. que nos murs sont en ruine et nos canons silencieux.. BORSO. C'était un otage sacré. ACTE PREMIER. SCÈNE PREMIÈRE 3 les Esclavons et les Albanais m'ont déclaré qu'ils déser- teront tous si la capitulation n'est pas signée ce soir. et compte nous traiter en barbares. mais ses desseins sont clairs. J'ai envoyé mon propre père pour expliquer et excu- ser l'erreur d'une foule affolée que nous n'avions pu contenir. GUIDO. TORELLO.. massacré dans nos rues par les paysans furieux... Depuis dix jours. Prinzivalle ne nous pardonne pas le meurtre de son lieutenant Antonio Reno. GUI DO.

a-t-on dit.. mais n'est pas le sauvage que l'on croit. BORSO. En attendant. en y provoquant des cruautés et des perfidies innaccou- tumées. son père était Basque ou Breton. Il est de petite naissance c'est certain. paraît-il. c nq mille femmes libres.. On le dit violent. qui s'illustra sinistrement au sac de Plaisance. Il faut que la république pisane disparaisse. mais les commissaires de Florence qui ont ordonné le massacre et la vente. par mégarde. dangereux. Ne la remettez pas tant qu'elle peut vous défendre. Ce n'est pas sans raison que je soupçonne ses émissaires d'avoir poussé nos paysans à massacrer Reno. Peu à peu. fantasque.. Je n'ai jamais vu Prinzivalle. tous hs hommes armés. Nous le verrons à l'œuvre. afin de justifier une vengeance prochaine. et nous saurons alors qui de nous a raison. où. c. Il est d'origine bar- bare.ses mercenaires. il mit en vente.. mais un de mes frères l'a connu. mais loyal. on a envenimé celte guerre. Ce n'est pas non plus sans raison qu'elle a lancé contre nous le plus barbare de . il nous reste à tenter la dernière chance de ceux qui ne veulent pas se laisser . comme esclaves. et avait ouvert à Venise une boutique d'orfèvrerie. Ce n'est pas Prinzivalle. savam- ment et sournoisement. On se trompe sur ce point. après avoir exterminé. et je lui remettrais^ sans crainte mon épée. débauché.4 MONNA VANNA Pise est Talliée fidèle de Venise el donne aux petites villes de la Toscane un exemple alarmant. GUIDO. ce sauvage Prinzi- valle.

par quel miracle heureux étes-vous revenu qaand je n'espérais plus!.. aux paysans réfugiés. Vous ont-ils torturé?. MAUCO. devenait bientôt l'hôte et l'ami le plus cher du vaincu. Que vous ont-ils donc fait?. SCÈNE II 5 égorger sans redresser la tête et sans lever le bras. qu'il ne g'agit plus d'une de ces guerres pacifiques où deux grandes armées combattaient de l'aurore au coucher du soleil pour laisser trois blessés sur le champ de bataille ni d'un de ces sièges fraternels où le vainqueur .. C'est une lutte sans merci où la vie et la mort restent seules en présence.. IlienI Dieu merci! ce ne sont point des barbares. MARCO.. SCENE II Les Mêmes.. où nos femmes.. II faut d'abord apprendre aux soldats.. [Entre Marco. Ils m'ont accueilli comme on accueille un hôle qu'on vénère. il m'a parlé des trois dialogues de Platon que j'ai retrouvés et traduits.. Prinzivallc avait lu mes écrits. Il faut qu'ils sachent bien qu'on ne nous offre pas de capitulation. ACTE PREMIER. Mon pèrel.. aux citoyens. Par quel bonheur dans notre grand malheur.) GUIDO. Guido Vaperçoit et court à sa rencontre pour r embrasser. nos enfants. .... Vous n'êtes pas blessé? Vous marchez avec peine.. 1... Avez-vous échappé?. l'entière vérité.

c'est que je suis bien vieux et reviens de bien loin. L'une d'elles avait la courbe que prennent les doigts légers quand ils effleurent un sein. 6 MONNA VANNA Si je marche avec peine. enfoui dans le sable. .. — J'aurais donné dix ans de ma vie pour le voir avant de m'en aller où s'en vont tous les hommes. c'est Marcille Ficin.. le Marcille Ficin. Nous étions comme deux frères qui se retrouvent enfin... Nous avons creusé plus avant: il a trouvé un bras... et qu'il n'a que faire de mains fines et de torses de bronze. c'est l'âme de Platon reparue sur la terre!. Savez-vous qui j'ai rencontré sous la tente de Prinzivalle? GUIDO... ou l'un d'eux.. j'ai déterré deux mains si pures et si fines qu'on les croirait formées pour créer des sourires.. d'Aristote et d'Ho- mère. dans un bois d'oliviers. sur les bords de l'Arno. si vous le voyiez. GUIDO.. car je n'en ai vu qn*un. Oui. c'est vrai.. Nous parlions d'Hésiode. . l'autre serrait encore le manche d'un miroir.... Il avait découvert. Je m'en doute : les commissaires impitoyables de Florence. Mon père.. près du camp. un torse de déesse si étrangement beau que.. n'oublions pas qu'un peuple meurt de faim.... ... vous oublieriez la guerre. MARCO. Mais premier que l'on m'ait nommé là. eux aussi.. le maître vénéré qui révéla Platon. répandre la rosée et caresser l'au- rore.

.. GUIDO.. Elle sauve trente mille vies pour en affliger une. mais parlons plutôt des trente mille vies... Soit. J'oubliais que vous faites la guerre. L'amour pour un seul être est heureux et louable.. Puis.. MARCO. ou qu'une parole adroite. quand renaît le printemps.. C'est un torse de marbre... Qu'attendent-ils? —Entendez- vous ces malheureux qui crient sous nos fenêtres? — Us se disputent l'herbe qui pousse entre les pierres. mais elle offre à celle-ci la plus noble occasion de se couvrir d'une gloire qui me semble plus pure que les gloires de la guerre... La pudeur vigilante et la fidélité sont de bonnes vertus. Que vous ont-ils appris? — Florence ou Prinzivalle... SCÈNE U 7 MARCO. quand la mer se soulève comme une coupe de lumière qu'une déesse d'azur tend aux dieux de l'azur. mais l'amour qui grandit est meilleur.. C'est juste... qu'une imprudence. quand le ciel est heureux comme un roi qui s'éveille. mais il j a des jours où elles semblent . vous avez raison.. et j'aurais dû vous dire tout de suite la nouvelle (|ue j'ap- porte. ACTE PREMIER. une minute de retard peuvent perdre. que vont-ils faire de nous? — Dites vite. Mais vous avez vos joies: je parle trop des miennes. quand la terre est si belle et aime tant les hommes!. une bonne nouvelle vont peut- être sauver. —Ce n'est pas pour un torse ou des mains mutilées que vous êtes allé là.

Laissez-nous. GUIDO.. Que l'image d'un homme peinte par ceux qui le craignent est étrange et trompeuse!. et que les malheureux que nous allons sauver écoutassent aux fenêtres pour recueillir ainsi et fixer à jamais le salut que j'apporte : car j'apporte le salut. MARCO.8 MOiNNA VANNA petites quand on regarde ailleurs. arrogant et stupide. vous couper la retraite. Qu'est-ce donc qui demande tant de mots? Nous pou- vons tout entendre... faisant un geste pour congédier les officiers.. Mais n'allei pas vous perdre aux premiers mots. C'est notre sort à tous qui der. Voici.. Mon père. j'ai vu Prinzivalle et je lui ai parlé. Je croyais rencontrer une sorte de barbare. Je voudrais... et dont je crains le poids d'autant plus que moi-même.. si la raison l'ac- cepte. va se déci- restez. au contraire.. je vous en prie. laissons là ces énigmes.. GUIDO. toujours couvert de sang ou .. et dix milles raisons balanceront à peine une erreur très pesante.. et faire de ces serments qui enchaînent la raison qui voudrait revenir sur ses pas. Non.. que la salle débordât de toutes les victimes que nous épargnerons.. et nous touchons aux heures où rien n'étonne plus... Donc.. MARCO. J'allais comme Priam sous la tente d'Achille....

sur les champs de bataille. venant on ne sait d'où. un funeste désir. H sait sourire avec intelli- gence. perfide et débau ché. SCENE II 9 plongé dans l'ivresse. 11 sait écouter longuement. comme en ont certains hommes qui sont nés. cruel et vaniteux. MARCO. GUIDO.. une espèce de fou comme on le représente. des éclairs foudroyants.. disert. peut-être le destin. soumis à la sagesse et avide de science.» . Or. Les hasards de la vie. incohérent. l'ont tourné vers les armes. BORSO. Et Prinzivalle est tel. il est doux et humain. dont le génie avait. et se montre sen- sible à toutes les beautés. et 11 cherche la raison des passions et des choses. il est plein de conscience et de sincérité. et l'enchaînent encore à une gloire qu'il déteste et qu'il veut délaisser. j'ai trouvé un homme qui s'est incliné devant moi comme le disciple ému devant le maître. Je croyais affronler le démon des combats aveugle. s'incline Il est lettré. bien qu'il serve Florence. il est loyal. Il sait regarder en lui-même. ACTE PREMIEH. mais pas avant d'avoir satisfait un désir. sauf qu'il n'est pas perfide. et n^us Ta prouvé par deux fois. C'est juste. et sert à contre-cœur une république perfide. semble-t-il.. sous l'étoile dangereuse d'un grand amour unique et irréa- lisable. n'aime pas la guerre..

je vais.. Mon père.. C'est vrai. MARCO. mais pour qui sera Tautre? MARCO. Les décemvirs de guerre l'ont jugé nécessaire. En arrivant ici.... L'arrêt est sans recours. Passons ces qua- lités dont nous n'avons que faire. Florence a résolu de nous anéantir. n'oubliez point combien Taltente est lourde à ceux qui nicurenl de faim. hypocrite et prudente. la chance de salut était si prodigieuse.. je la retarde peut-être sans motif. Parlez!. MARCO. et dites-nous eullu la parole de salut que vous avez promise. GUIDO. mais d'un autre côté. le blâme d'une victoire trop sanglante. et la Seigneurie approuve leur décret. ne voudrait pas porter aux yeux du monde qu'elle civilise... Elle soutiendra que Pise a refusé la capitula- . GUIDO. Ecoutez-moi. J'en prends déjà ma part. et quoiqu'elle soit cruelle aux deux êtres que j'aime le plus sur cette terre. Mais Florence. cela semblait étrange et difficile .10 MOiNiXA VANNA GUIDO.

comme y attendirent plus d'un général ils dangereux. Bien. MARCO.. l'accusent de trahison devant la Seigneurie. Depuis huit jours ils le pressent de livrer cet assaut décisif. SCENE II 11 tion clémente qu'elle offrait.. Je reconnais Florence. GUIDO. ce jour-là. Voilà les instructions verbales et secrètes que les commissaires de la République ont transmises àPrinzi- valle.. de pillage. le déplorera la première. ACTE PREMIER. d'incendies. Il suffit qu'ils échappent au bâlon de leurs chefs.. auront soin de paraître impuissants. la torture et la mort l'attendent à Florence. qui épient tous ses gestes. Pise détruite et la guerre terminée. et la ville au lys rouge. Jusqu'ici. La ville sera prise d'assaut. Il est superflu de donner à ceux-ci des ordres spéciaux quand il s'agit de viols. GUIDO. Que propose-t-il ? . et leurs chefs. le jugement. et l'attribuera tout entier à l'indiscipline imprévue de sol- dats de hasard qu'elle licenciera avec des gestes de dégoût. D'autre part. il l'a retardé sous divers pré- textes. Voilà le sort qu'on nous réserve. Il connaît donc son sort. si le désastre est plus cruel qu'elle n'ose l'espérer. de massacre. lorsqu'après notre ruine elle pourra se passer de leur aide. On lancera contre elle mercenaires espagnols et les allemands. il a intercepté des lettres où les commissaires.

— Mais il fait ce qu'il veut. En tout cas. Il répond. il est l'unique maître dans son camp. Qu'on nous donne des balles. de la poudre et des vivres. 11 s'engagera donc à introduire dans la ville un convoi de trois cents chariots de muni- tions et de vivres qui vient d'arriver dans son camp. tant que la Seigneurie ne l'a point révoqué. et nojis n'avons pas besoin de ces dangereux auxiliaires. BienI II a prévu que vous rejetteriez une offre qui peut sembler suspecte. — Je n'entends rien aux ruses de la guerre et de la politique. Malgré les commissaires de Florence. GUIDO... GUIDO. tous ceux qui voudront bien le suivre. — Et elle n'oserait le révoquer à la . — autant du moins qu'on peut répondre des sentiments de ces sauvages ondoyants. MARCO. que lui-même enrôla.12 MONNA VANNA MARCO. Je ne sais. et lui est entièrement dévouer. Ilvous propose donc de faire passer dans Pise. — il répond d'une partie des archers. il est sûr d'une garde de cent hommes qui formera le noyau de sa troupe. pour la défendre contre l'armée qu'il abandonne. Ce ne sont pas les hommes qui nous manquent. Gomment fera-t-il? MARCO.

GUIDO. Mais il pourrait le faire d'une manière plus éclatante ou plus habile. Je tremble quand je pense que le son de ma voix.. il est raisonnable et humain. Quel intérêt a-t-il à combler ses ennemis? Où ira-t-il et que deviendra-t-il? Que demande-t-il en échange?.. mon où deux ou trois fils. SoitI Je comprends qu'il nous sauve pour se sauver lui-même et se venger d'avance.. et a confiance en lui. Je vous l'ai déjà dit : Prinzivalle parait sage .. A droite est la raison... où les puissants I. ACTE PREMIER. la justice.... la passion.. empruntent tout à coup la force du destin. Voilà l'instant. Les mots les plus cruels ajoutent peu de chose à des malheurs réels. la pitié. et quel est l'homme bon qui n'ait jamais nourri une idée monstrueuse?... Il faut donc qu'elle attende son heure.. que sais-je? la démence où nous 1 . paroles.. mon mots sont cruels et fils. MARCO.. à gauche.. c'est autre chose. Je ne devine pas. Mais quel est l'homme sage qui n'ait pas sa folie . SCÈNE II 13 veille d'une victoire.. MARCO. et choisissent leurs victimes. la manière de les dire. GUIDO. le désir. Voilà l'instant.. au milieu d'une armée qui tient déjà sa proie. peut causer tant de morts ou sauver tant de vies.

. J'y suis tombé moi-môme. est sur le point de vous atteindre. qui vois si clairement qu'elle ne sera pas proportionnée au mal qu'elle représente....... Il est probable que la torture et la mort seront la récompense d'une loyauté stupide.. Eh bien ce grand convoi. et des troupeaux de bœufs... car il la renverra aux prt^mièrfts lueurs de l'aurore. Et cette promesse folle sera tenue très follement par le sage que je voudrais être et qui vient vous parler au nom de la raison. pour la livrer à Prinzivalle...14 MONNA VAN ... de retourner au camp...A tomt>ons sans cesse. de Fennemi. tous ces tonneaux de poudre et ces lingots de plomb. et d'aulres pleins de vin.. Et moi.J'ai beau me dire que c'est un reste de folie que j'habille de pourpré pour me faire illusion.... de fruits et de légumes des troupeaux de moutons . durant une seule nuit. Une douleur qui ne devrait pas être une douleur humaine .. Et néanmoins j'irai. j'ai fait de mon côté une promesse plus folle encore que cette douleur qui sera folle. Ah! tenez. vous y tomberez peut-être et j'y retomberai. mais il exige en signe de victoire et d'abandon. sivous envoyez en échange. .... j'entrelace des phrases.. Car l'homme est ainsi fait.. de quoi vaincre Florence et faire refleurir Pise tout cela entrera dès ce soir dans .. si vous rejetez l'offre. J'ai promis. de quoi nourrir un peuple pendant des mois entiers.. la ville. . Mais je ne vous dis pas.. Que m'arrivera-t-il?. Maij peut-être ai-je tort de tant douter de vous!. j'accumule des moti pour reculer un peu le moment qui décide.. riots qui débordent de blé. je me perds. qu'elle vienne seule et nue sous son manteau. je ferai la folie que je blâme car je n'ai pas non plus la force nécessaire pour suivre ma raison. ces vivres que j'ai vus des cha.

. mais n'a pas voulu dire depuis quand ni comment. GUIDO. Qui?.. Il l'a vue.. Oui . Mais elle. GUIDO.... Je Tai dit!.. ACTE PREMIER. Où l'a-t-il rencontrée?. Il ne la connaît pas. ... Ma femme?... GUIDO. Où l'a-t-il vue?. Jîfais pourquoi ma Vanna.... MARCO. Giovanna.. l'a-t-clle vu?. Vanna?... Il y mille femmes.. la connaît.... ta Giovanna. MARCO. MARCO.. Qui? Mais qui donc doit venir?. C'est qu elle est la plus belle et qu'il l'aime. GUIDO. s'il a de tels désirs?.. MARCO. SCÈNE II 15 GUIDO.... Il l'aime?.......

. Comment le savez-vous ? MARCO. GUIDO. Elle-même me Fa dit.. GUIDO.. GUIDO. El vous avez osé?. Tout le marché infâme?.. Et qu'a-t-ells répondu?.. Et vous lui avez dit?.» GUIDO. Elle ne l'a jamais vu .. Quoi?... Tout?.. Oui.. MARCO. MARCO. ou ne s'en souvient pas. Quand ? MARCO.16 MONNA VANx\A MARCO. . Tout.. Avant que je vinsse vous trouver * GUIDO...

Elle aurait pu bondir.. Vanna sera livrée au pouvoir du vainqueur. Pâlir et s'éloigner!. fait. Il n'y a qu'un devoir devant cette offre abominable. GUIDO. ACTE PREMIER. Mais j'aime mieux Les anges Tauraient cela.. à notre tour. Pourtant. Je reconnais Vanna.. faut y mourir. et Il rous. nous ne parlerons plus. vous cracher au visage ou tomber à vos pieds.. GUIDO. s'il .. SCÈNE II 47 MARCO. Mais le coup est porté.. Mon fils.. car brsque la ville sera prise. laissons à la raison le temps de remettre à leur place notre douleur et nos devoirs. je vous comprends.. .. Nous reprendrons bientôt notre poste aux remparts et. Elle est devenue pâle et s'est éloignée sans parler.ne fallait rien dire. î. pour retarder à la de quelques tristes heures un mal inévitable.. j'aime mieux celai. Oui.. nous y mourrons du moins sans salir la «1 faite.... Elle n'a pas répondu. MARCO. MARCO..... et toute réflexion ne fera qu'ajouter à l'horreur qu'elle inspire. et l'épreuve est pour moi presque aussi tragique que pour vous. demandez-vous si vous avez le droit de livrer mort un peuple tout entier.

que sais-je? n'est qu'un jeu fidélité.vous que c'est beaucoup! que c'est trop peut-être. l'horrible et froide mort. c'est un tort de croire que l'héroïsme n'a d'autre som- met que la mort... Êtes-vousmon père?. rien ne vaut une vie que l'on sauve... Ceci me regarde. L'acte le plus héroïque est l'acte le plus pénible et la mort est souvent moins dure que la .. et que ce n'est pas juste.. par conséquent. à n'importe quelle souffrance physique ou bien morale qui la peut retarder. mais des milliers de vies. tout l'idéal des hommes... de femmes et d'enfants.18 MONNA VANNA GUIDO. Vous voulez rester pur dans une affreuse épreuve et la traverser en héros mais . il s'agit de frères d'armes. il s'agit ici de milliers d'exis- tences. Soit. Croyez-moi... et qui verront votre acte d'un œil plus apaisé et d'un regard plus juste et plus humain.. tout ce qu'on nomme honneur. MARCO. puéril en face de cela.. bien des douleurs humaines. Faites ce qu'un insensé vous demande et ce qui vous paraît monstrueux paraîtra héroïque à ceux qui survivront. Mais. arrivé au terme d'une vie qui a vu bien des hommes et. GUIDO.. et toutes les vertus.. vie. avec son silence éternel. bien que moi. je trouve qu'il n'est pas sage de préférer la mort.. Non. dites.. . Si votre bonheur seul dépendait de ce choix. vous choisiriez la mort et je le comprendrais.

. ACTE PREMIER. qui n'importe à personne. vous êtes mon père et vous l'avez prouvé: car vous aussi vous choisirez la mort. je lutte aussi contre moi-même.. etde lutter longtemps pour élever ce qu'il me faudrait faire à la hauteur de ce qui serait sage. Mon âme dans mon vieux corps est demeurée trop jeune.. Que voulez-vous dire?... MARCO... un vieillard assez inutile. GUIDO. Mon fils. SCÈNE II 1^ MARCO.. et vous aimerais moins si vous cédiez trop vite. et je suis d'une époque trop éloignée encore de l'âge de la raison. vous allez retourner au camp de Tennemi. pour y subir le sort que Florence vous ré- serve.. .. Mais je déplore que tant de forces du passé m'empêchent de violer une promesse folle. C'est pourquoi je me dis que ce n'est pas la peine de combattre en moi une vieille folie. Et je suis fier de l'être. Si je lutte aujourd'hui contre tous.. Je suivrai votre exemple..... MARCO. Oui.... Je ne sais pourquoi j'irai là. et puisque je rejette abominable pacte. qui n'a plus guère à vivre. GUIDO. il n'est ici question que de moi-même.

qui manquez de raison... je renonce en mon cœur à tenir ma promesse. en me maudissant. quoi que vous fassiez. et représentez-vous ce que vous voulez me faire faire... ne me dominent plus quand il s'agit des autres. Je vous dirais des mots qu'un fils ne doit pas dire à son père qui s'égare..20 MONNA VANNA GUIDO.. Mon fils. je regarde cette . MARCO. et la crainte de la mort trouble votre sagesse.. c'est assez. Mais. Réfléchissez. Je les accueillerai comme les témoignages d'une juste douleur. L'amour que j'ai pour vous ne dépend pas des mots que vous pourrez me dire.. de raison haute et noble. GUIDO. Mon père. que je serai fidèle à ces Quo Corcesdu passé qui vous semblent absurdes. pour éclairer votre âme. mais qui iijreusement. Elles et vous faut. laissez donc la raison et la bonne pitié remplacer dans votre âme les injures qui la quittent. C'est vous. je n'irai pas là-bas. je ferai conme vous. GUIDO. Que ceci nous suffise. vous dominent encore. en ce moment. le pauvre s'il sacrifice de ma vieille parole. dites-moi tous les mots que l'indignation soulève en votre cœur... Pour moi. et. Je n'écouterai pas davantage. MARCO.

Non. car il fait moins âe mal. vous n'êtes point le seul.. el sais me souvenir des leçons de courage que vous m'avez données avant que les années et la vaine étude des livres eussent affaibli le vôtre. moins éclatant peut-être et moins célébré par les hommes. et mes deux lieute- nants garderont avec moi un secret que nous n'aurons. Et quel est donc ce reste? MARCO. et étiez tous ceux dont la vie ou la mort se décide à cette heure ont droit à connaître leur sort et de quoi dépend leur salut. j'espère ne pas . cela ne peut s'ensevelir. ACTE PREMIER. .. il m'en demeure un autre.. mon fils. Il me permettra d'accomplir le reste de mon devoir. d'ensevelir ainsi une seule vie l'homme. Si vous croyez que je n'ai plus le courage que vous honorez seul. GUIDO. SCENE 21 mort avec moins d'inquiétude. GUIDO. Je vais achever ce que j'ai vainement commencé. car les années et les vaines étude> m'ont appris qu'il n'est jamais per- jiiis. MARCO. et parlons maintenant de la dernière lutte. pour aucune raison. Vous dites?. comprendre encore. ne fut témoin de votre défaillance. hélas! pas à porter bien loin. Que ceci soit enseveli dans nos cœurs. et les hommes vénèrent ce qui les fait souffrir. Nous sommes seuls dans Personne cette salle... Je ne comprends pas bien du moins.. Vous un des juges...

Mon fils. Borso et Torello. MARCO. Qu'en ce moment même. je vous pardonne. vous veillerez sur lui jus- qu'à ce que sa conscience s'éclaire. Du reste.22 MONNA VAi\i\A MARCO. . Il ne s'est rien passé. GUIDO. Mais le devoir d'un fils est de protéger contre lui-même son père qui se trompe. Vous m'emprisonnerez. j'y demeure le maître et suis gardien de son honneur. celte fois j'ai compris. J'aurais fait comme vous. Je regrette que [es mots inutiles nous aient entraînés là. tant que Pise est debout. Vous me pardonnerez lorsque la dernière heure réveillera en vous le souvenir des jours où vous m'avez appris à devenir un homme sans crainte et sans faiblesse volontaire. Qu'est-ce à dire ? MARCO. je vous confie mon père. et je regrette aussi que votre égarement me force à manquer au res- pect que je dois à votre âge. Mon père. j'irai faire part au peuple de l'offre que vous fait Prinzivalle et que vous rejetez. C'est bien. la Seigneurie délibère sur la proposition de Prinzivalle. Personne ne saura rien. je vous pardonne avant la dernière heure. Je dis qu'au sortir de celle salle. mais mon secret est libre . il est déjà trop tard pour étouffer ma voix. GUIDO.

. vous. Vous dites vrai. je ne vous fis point part de ce qu'elle m'apprenait chaque jour sur la vie. que je regarderais le monstre obscène et lâche qui nous plonge aujourd'hui dans toutes ces ordures 1. Non II n'est pas possible que la crainte de la mort. tout mon amour.. à des mains étrangères qui s'en vont le peser et le mesurer froidement. sans leur dire . pas. aient pu vous affoler jusqu'à livrer ainsi mon unique bonheur. sur la douleur et le bonheur des hommes. sur l'amour. toute la joie et toute la pureté de notre double vie. avec autant d'horreur. je vous regarderai avec plus de surprise. Et lorsque j'aurai vu... mon pauvre vieux père que j'aimais. auquel je m'efforçais de ressembler un peu. Je n'y croirai vraiment que lorsque j'aurai vu.. GDIDO.. MARCO. MARCO. comme elles mesurent Thuile au fond de leurs boutiques!.. SCÈNE II 23 GUIDO.. ACTE PREMIER. comme elles pèsent le sel. tout près de ceux qu'on aime.. avant de vous apprendre.. Lorsque tort la vieillesse est venue. vous ne me connaissiez mon fils. que je croyais connaître.. La Seigneurie?.. Je n'y crois pas encore. assez. Moi-même. On vit sou- vent ainsi.. Qui lui a donc fait part?. I et lesravages que la vieillesse ont faits dans votre cœur... et c'est un dont je m'accuse. jevous regarderai..

24 MON.NA VANNA

les seules choses qu'il importe de dire... On va, bercé
par le passé; on croit que tout se transformô en même
temps que soi; et quand un malheur vous réveille, on
voit avec étonnement qu'on est bien loin les uns des
autres... Si je vous avais dit plus tôt tout ce qui chan-
geait en mon cœur, toutes les vanités qui s'en déta-
chaient une à une, toutes les réalités qui s'ouvraient à
leur place, je ne me trouverais pas aujourd'hui devant
vous comme un malheureux inconnu que vous êtes sur
le point de haïr...

GUIDO,

Je suis heureux de vous avoir connu si tard... Pour
le reste, tant pis. Je sais d'avance ce que la Seigneurie
choisira. Il est en vérité trop facile de se sauver ainsi
aux dépens d'un seul homme; et c'est une tentation à
laquelle de plus nobles courages que ceux de ces bour-
geois qui regrettent leurs comptoirs ne résisteraient
point. Mais je ne leur dois pas cela ! Je ne dois cela à
personne. Je leur ai donné mon sang et mes veilles;
toutes les fatigues, toutes les souffrances de ce long
siège ; c'est assez, et c'est tout. Le surplus m'appartient;
je n'obéirai pas; et je me souviendrai que je commande
encore. 11 me
du moins mes trois cents Stradiotes
reste
qui n'entendent que ma voix et n'écouteront pas les
conseils des lâches!... •

MARCO.

Mon fils, vous vous trompez. La Seigneurie de Pise,
ces bourgeois que vous méprisez avant de savoir ce
qu'ils décideront, ont donné, au contraire, dans la dé-
tresse, un admirable exemple de noblesse et de fermeté.

ACTE PREMIER. sCENE II 2o

Ils n'ont pas voulu que leur salut dépendît du sacrifice

imposé à la pudeur et à l'amour d'une femme; et au
moment où je les quittais pour venir vous trouver, ils
appelaient Vanna pour lui dire qu'ils mettaient en ses
mains le sort de la cité.

GUIDO.

Comment !... Ils ont osé! quand je n'étais pas là, ils

ont osé répéter devant elle lesimmondes paroles de ce
satyre forcenél... Ma Vanna!... Quand je pense à son
tendre visage qu'un regard fait rougir ; où toutes les
pudeurs vont et viennent sans cesse, comme pour ra-
fraîchir l'éclat de sa beauté!... Ma Vanna devant eux,
vieillards aux yeux luisants et petits marchands pâlos
au sourire hypocrite, qui avaient peur d'elle comme
d'une chose sainte... Ils vont donc lui redire « Va là- :

bas, seule et nue comme il l'a demandé... » Va lui livrer
ce corps que personne n'effleurait d'un désir, tant il
paraissait vierge, et que moi, son époux, je n'osais
dévoiler qu'en priant mes deux mains, en suppliant
mes yeux, de rester purs et chastes de peur de le ternir
d'un frisson défendu... Et pendant que je parle, ils sont
là qui lui disent... Ils sont fermes et nobles; ils ne
l'obligent point à partir malgré elle... Comment donc
feraient-ils tant que je serai là?... Ils ne demandent
rien que son consentement... Et mon consentement,
qui me l'a demandé?...

MARCO.

N'est-ce pas moi, mon fils? Si je ne l'obtiens point
ils viendront à le»r tour...

26 MONNA VANNA

GUIDO.

Ils n'ont que faire de venir; et Vanna leur aura
répondu pour nous deux.

MARCO.

Je Tespère, si vous acceptez sa réponse.

GUIDO.

Sa réponse!... Vous en doutez donc? Et vous la con-
naissez; et vous l'avez vue tous les jours, depuis la
première heure, où toute couverte encore des fleurs et
du sourire de son unique amour, elle a franchi le seuil
de cette même salle où vous venez la vendre, où vous
osez douter de la seule réponse qu'une femme puisse
faire à un père qui s'oublie jusqu'à souhaiter que sa
fille...

MARCO.

Mon chacun voit dans un être ce qu'il voit en
fils,

lui-même; chacun le connaît d'une façon différente,
et
et jusqu'à la hauteur de sa propre conscience...

GUIDO.

Oui, c'est pourquoi, sans doute, je vous connaissais
mal... Mais si mes yeux devaient
s'ouvrir ainsi, à deux
reprises, sur deux erreurs aussi cruelles, j'aimerais
mieux, mon Dieu! les fermer pour toujours 1...

MARCO.

Ils s'ouvriraient, mon fils, à des clartés plus
grandes... Et si je parle ainsi, c'est que j'ai vu en elle

{On entend le murmure d'une foule qui répète au dehors le nom de « iMonna Vanna ». Si vous n'en doutez pas. c'est que tout ce que j'adorais en elle ne se trouvait qu'ici.. Si elle n'est pas la même que la mienne. tandis que sur le seuil se pressent. Laisse-moi voir ton front el . GUIDO. La porte dtt fond s'owy?'e. SCENE III Les Mêmes.. lui caresse le visage et Cemhrasse avec une ardeur fiévreuse. des hommes et des femmes qui n osent pas entrer. Ma Vanna î. je n'en doute pas non plus. qui fait que je ne doute pas de sa réponse. seule et pâle. luiprend les mains.. VANNA. Non. dans ce malheureux cœur qui n'avait qu'un bonheur et n'aurait aimé qu'un fantôme I. dans cette pauvre tête trop crédule et qui deviendrait folle. s'avance dans la salle. obstinément. non. irrévocablement.. ne redis pas les choses qu'ils ont dites!. ici même et d'avance.. c'est que nous nous sommes trompés l'un et l'autre. en se dissimulant. C'est que tout notre amour n'était qu'un grand mensonge qui s'efTondre. et Vanna.. Sa réponse.. aveuglé- ment.) GUiDO ayant aperçu Vanna. SCÈNE III 27 une sorte de force que vous n'avez pas vue. ACTE PREMIER.. Qu'ont-ils fait*^. depuis la première heure jusqu'à ce dernier jour.. il s'élance au-devant d'elle.. je l'accepte.

Parles-tu pour lui ou pour moi?. Va. VANNA s'approchant de Marco.. Mais maintenant.. Que lui as-tu dit?. GTJIDO. ils n'ont rien demandé. Il n'a Jamais saisi un seul de ses rayons. il baisse la tête. et toutes leurs paroles tombaient comme des pierres qu'on lance vers le ciel sans troubler un instant la clarté de Tazur! Quand ilsont vu ces yeux.... il faut faire un effort. Ils n'ont rien pu souiller de tout ce que j'aimais.... Ahl tout est resté pur et loyal comme l'eau où se baignent les anges!. Quoi?... leur clarté répondait.... Il faut avoir pitié... Elle mettait un grand lac de lumière et d'amour que rien n'eût pu franchir entre leurs pensées rt la tienne. tant il est loin de nous. Il faut lai pardonner. Il croit que nous aimons comme ceux qui n'aiment pas. regarde. j'irai ce soir.. tes yeux ne suffisent pas à le dissuader. . il n'a jamais surpris un seul de nos baisers. Ils n'ont pas exigé de réponse...... notre amour a passé sur sa vieillesse aveugle comme une pluie d'avril sur un rocher crayeux. Il y a un homme ici que j'appelle mon père. approche-toi. il est vieux et se trompe.. j'en suis sûr..28 MONNA VANNA plonger dans tes yeux.. MARCO la baisant au front» Ma fille.... Vois. Il lui faut des paroles pour comprendre.... Mon père.. dis-lui ta réponse.. Il ne nous con- naît plus.. je savais. ses cheveux blancs le cachent. 11 lui faut la réponse..

.. ... tfais à qui? Tout est là. Guido. Je ne le tuerai pas. Pour te donner à lui comme il l'a demandé? VANNA. Oui. je ne l'ai jamais vu.. GUIDO. VANNA. la ville serait prise.... je ne sais pas encore.. J'obéirai ce soir... Mais tu l'aimes? tu Taimais. Depuis quand l'aimes-tu?. Cela.. Je n avais pas songé.. et je com- prendrai tout. VANNA.... GUIDO. rirai ce soir au camp de Prinzivalle. Pour mourir avec lui?. du moins cela. GUIDO. C'est toi!. Pour toi aussi.... Quoi?.. Je ne le connais pas. SCÈNE III 29 VANNA.. Pour le tuer avant?. GUIDO..... ACTE PREMIER... VANNA.

. pour qu'ils sachent notre amour.. VANNA... Je n'y crois pas encore!... Vanna.. Ce n'est pas toi qui parles!. Je n'ai rien entendu et tout est réparé. seul et pauvre avec elle. GUIDO. je ne sais rien de plus. tout le monde écoute personne ne sait rien et tu ...30 MONI^A VANNA GUIDO.. le vainqueur n'eût osé.... Ce n'est pas un vieillard !. Je serais allé \\ les mains jointes. Mais cet ignoble rêve d'un barbare!...... Je n'ai rien entendu qu'un écho attardé.. Jamais.. Sans doute ils ont parlé... {S' approchant de Vanna et l'enlaçant. pour dissiper le songe.. . Quelqu'un m'a dit tantôt que c'était un vieillard. Vanna. . pour qu'ils te reconnaissent.. puisqu'il fallait braver la honte d'un tel choix!..... dois encore dire la première parole... il est beau. pour errer jusqu'au bout et demander l'aumône par les che- mins déserts. à genoux.. silence vierge Vois. Bien plus jeune que moi.. pour sauver notre ville. pour sou- tenir eniin tout ce qui croule en moil... Mais tu sais comme il est?.. dis-la vite. Ils ont dit qu'il était. Dis-la vite....' Dis celle que j'attends et qui doit être dite.. dans aucun temps ni dans aucune histoire.) Ohl Vanna! ma Vanna!.. Il est jeune. Dis-moi que je me trompe et que tout notre amour et toute ta pudeur disaient non.. criaient non.. C'est la voix de mon père qui sortait des murailles.. C'est un que tu vas déchirer. Je serais parti seul. Mais pourquoi n'a-t-il pas demandé autre chose 1..

... Ma voix ne s'entend plus?. Us vivent et moi je meurs I. Mais je la perle seul! et c'est celui qui aime qui porte tout le poids!... Allez. tu le sais bien... Si je t'enfermais là. Torello.. Entrez donc. les autres. Guido. GUIDO. j'ai dit. Et vous... Tu ne m'as pas aimé.. là-bas.. Ahl c'est qu'ils veulent vivre!.. Ils n'obéissent pas?. qui écoutez aux portes. enlendez-vous ma voix?. quoi qu'on dise. Borso. Allez donc.. Je crie à fendre un rocl... Je suis le maître encore. dans la bonne prison.. j'ai donné Tordre. et si j'attendais là que ton feu s'élei^^nît et que ton héroïsme fût un peu moins ardent?.. Je comprends. Je le sais bien..... Personne ne l'a fait?.. Et que dirais-tu donc si je me révoltais?.. dans la prison bien chaste et les cachots bien frais qui sont sous cette salle. que tu portes la part la plus lourde. Toi... vos bras sont-ils de pierre?.. GUIDO Vécartant instinctivement... ACTE PREMIER. Ah! mais je saurai bien empêcher cette fête! . prenez-la. C'est de l'inattendu..... obéissez I. quoi qu'on fasse!... ils ont peur. prenez-la... .... elle est à tout le monde!. VANNA. SCÈNE lU 31 VANNA. Guido..... avec mes Stradiotes devant toutes les grilles.. Cela ne coûte rien à ceux qui n'ont pas d'âme. C'est peut-être une fête.

. Tu n'as jamais aimé!. Je ne peux pas.. Guido..) Et si je préférais ta mort à notre honte?. Non.. Viens dans mes bras.. Pourquoi moi et non vous?.32 MOiNNA VANNA SeigneurI c'est trop facile! .. tu le feras si Famour te l'ordonne.... Je ne fus qu'un refuge dont on avait besoin.. C'est là que tu vas vivre.. Guido. Je te vois aujourd'hui plus sèche qu'un désert où j'ai tout englouti....... je ne peux plus parler.. non. Pas même une larmel. GUIDO... dire.. Il ne faut plus qu'un geste. Je veux. VANNA. Tu n'avais pas pensé... Rien!.. Je me raidis.. je meurs..... Parle donc de l'amour que tu n'as pas connu!.. Si durant une minute. regarde. Un seul qui paie pour tous!.... Je ne puis Toute ma force tombe si je dis un seul mot. Regarde mon visage...... Un seul contre la foule!.. VANNA... Guido. je .. Mais si mais si.. tu le vois bien. [Tirant à moitié son épée et s'approchant de Vanna. Vanna.. Je sais.. non. GUiDO la prenant brusquement dans ses bras. je sais.... VANNA s'écartant et se raidissant.... non.. J'ai réfléchi... Si l'amour te l'ordonne!. Vous avez tous des femmes!.....

ACTE PREMIER, SCÈNE lîl 33

t'aime, je te dois tout... Je suis peut-être horrible... Et
cependant j'irai! j'irai! j'irai!...

GUIDO la repoussant.

C'est bien, va-t-en, va-t-en, éloigne-loi, vas-y, je
donne tout, vas-y, je t'abandonne...

VANNA lui saisissant les mains.
Guide...

GUIDO la repoussant.

Ah! ne me reliens pas de tes mains chaudes et

molles... Mon père avait raison ; il te connaissait
mieux... Mon père, la voici... Mon père, c'est votre
œuvre... Achevez-la, votre œuvre, allez donc jusqu'au
bout!... Menez-la sous la tente... Je resterai ici; je vous
verrai partir... Mais ne croyez donc pas que je prendrai
ma part du pain et de la viande qu'elle va lui payer!...

Il me reste une chose, et vous saurez bientôt...

VANNA s'atlachant à lui.

Guide, regarde-moi... Ne cache pas tes yeux... C'est
la seule menace... Regarde... Je veux voir...

GUIDO la regardant et Vécarlant plus froidemem.

Regarde... Éloigne-loi, ie ne te connais plus... Le
temps presse, il atlend, le soir tombe... N'aie pas peur,
ne crains rien... Ai-je les yeux d'un homme qui va faire
des folies?... On ne meurt pas ainsi sur l'amour qui
s'effondre... C'est pendant que l'on aime que la raison
chancelle... La mienne est raffermie... J'ai vu ram')Ur

34 MONNA VANNA
à fond, Tamour et la pudeur... Je n'ai plus rien à dire-
Non, non, ouvre les doigts... Ils ne retiendront pas un
amour qui s'éloigne... C'est fini, bien fini... Il n'en reste
pas trace... Tout le passé s'abîme et l'avenir aussi...
Ah 1 oui, ces petits doigts, ces yeux purs et ces lèvres...
J'y ai cru dans le temps... Il ne me reste rien... {Repous-
sant chacune des mains de Vanna.) Rien, plus rien, moins
que rien... Adieu, Vanna, va-t-en, adieu... Tu vas
là-bas?...

VANNA.
Oui...

GUIDO,

Tu ne reviendras pas?...

VANNA.
Si...

GUIDO.

Nous verrons... Ah! c'est bien... Nous verrons... Qui
m'eût dit que mon père la connût mieux que moi?...
(// chancelle et se retient à U7ie des colonnes de marbre.
Vanna sort seule et lentement^ sans le regarder.)

fllt DU PREMIER ACTI

ACTE DEUXIÈME

La tente de Prinzivalle. Désordre somptueux. Tentures de
soie et d'or. Armes, amas de fourrures précieuses, grands
coffres entr'ouverts, débordants de bijoux et d'étoffes res-
plendissantes. Au fond, l'entrée de la tente fermée par une
portière en tapisserie.

SCENE PREMIERE
PRINZIVALLE debout près d'une table^ range
des parchemins^ des plans et des armes. Entre VEDIO.

VEDIO.

Voici une lettre du commissaire de la République.

PRINZIVALLE.

De Trivulzio?
VEDIO.

Oui. Messer Maladura, le second commîssaîre, n>st
pas encore revenu,

PRINZIVALLE.

Il faut croire que l'armée vénitienne qui menace Flo-

..) 11 me transmet.. et l'autre est... je crois. en me remettant l'ordre. quoi encore?. je sais ce que cela veut dire. Il faut que les ordres soient graves pour qu'il vienne affronter le monstre dans sa cage. Bien. Ils ne doutent de rien!. juge- ment. (// I reyid la lettre et lit.. Messer Trivulzio. Il s'y résout enfin?. s'ils pou- vaient. et le petit scribe chafouin. passera une nuit qu'il n'avait pas prévue... et n'ose pas me regarder en face. ... Ce sera décisif. pour la dernière fois. PRINZIVALLE. Donne la lettre.. Ce sont deux vieux soldats de votre bande de Galice. Voilà longtemps qu'ils m'auraient arrêté. s'ils osaient..... qui représente ici toute puissance occulte la de Florence.. Thomme qui attend l'heuie unique de sa vie.. le petit homme blême qui me hait plus profondément que la mort. Tordre formel de tenter l'assaut dès l'aurore. Arrestation immédiate !. II m'a semblé reconnaître Hernando. VEUlO. sous peine d'arrestation immédiate. Diego.. m'a dit qu'il me suivait pour venir vous parler.. Menace.36 MONNA VANNA rence par le Casentin ne se laisse pas vaincre aussi faci- lement qu ils l'avaient espéré. Quels gardes sont ^ ma porte? VEDIO..... la nuit m'ap- partient. Ils s'imaginent d'onc qu'on épouvante encore. délation. arrestation.... à l'aide de vieux mots.

C'est étrange que l'homme puisse mettre son destin. son bonheur.. va voir si la lumière qui précède dans le ciel les pas tremblante de celle qui se donne pour tous. en même temps que leurs songes. Ah! non. Fais allamei les lampes. ils m'obéiraient même si je leur ordonnais d'enchaîner Dieu le Père. Quelle heure est-il? VEDIO..... SCÈNE PREMIÈRE 37 PRINZIVALLE. dans une chose aussi frêle que l'amour d'une femme. Neuf heures passées.. dans une bulle de verre. sa raison et son cœur.. comme ces grands navires aux voiles éployées que lîs prisonniers introduisent. son malheur. -C'est elle.... C'est qu'elle doit venir. Jai donné ordre aux sentinelles de vous l'amener di^s qu'il franchirait le fossé. si ce n'était plus fort que mon sourire. et qui vient me sauver en même temps que son peuple. et ma vie tient en oiïre. Marco Colonna n'est pas revenu?. Marco ne revient pas. C'est bien. VEDIO.. Le jour baisse.. PRINZIVALLE.. PRINZIVALLE.... ACTE 11. J'en sourirais moi- même... Va voir si le fanal qui m'annonce qu'on dit oui. j'y 4 ... Il ici avant neuf heures si l'on repoussait devait être Theure qui décide..

. Il n'y en a* que deux. Il se penche sur l'ombre. ..... elle éblouit la nuit!.. L'entretien sera bref. VEDIO.... {Allant à la table et remuant les papiers qui s'y trouvent.. C'est bien le campanile qui devait la porter. plus longtemps attendue ni plus inespérée I. VEDIO.... Les deux que j'ai saisies et l'ordre de ce soir. (// va à Ven- trée de la tente. même des yeux amis.n MONNA VAÎW'VA vais moi-même.. le bonheur que j'attends depuis les premiers jours de ma première enfance. Rentrons sous la tente. Messer Trivulzio s'avance de ce côté. PRINZIVALLE. et regarde dans la nuit. VEDIO lui saisissant le bras.. Voici leê deux premières...... Il ne faut point que d'autres yeux.) La lumière..) As-tu ses trois lettres?.. Regarde.. sachent avant les miens. Ah! mes braves Pisans! vous fêterez ce soir une heure inoubliable..... C'est juste! il faut encore.. Ah! Pise n'a jamais élevé vers Tazur une fleur plus splendide... PRINZIVALLE rentrant. et voilà la dernière que vous avez froissée. et j'aurai plus de joie que si j'avais sauvé ma cité maternelle!.. Vedio !. retar- dent d'une minute. elle resplendit. C'est la seule lumière qui brille sur la ville. soulève la jiortière..

.. Entre Trivulzio. SCÈNE U 39 PRINZIVAIiLE.. . (Un garde soulève la portière.. Afi l'entends. Je savez. TRIVULZIO.) TRIVULZIO. Prinzivalle. l'estime TOUS en donné plus d'une preuve que vous devez ai connaître..) SCÈNE II Les Mêmes. Vous où je vous tiens.. qu'on appelle perlide . TRIVULZIO. Je vous écoute.. ACTE II. J'ai à vous parler. (Sort Vedio. Avez-vous remarqué la lumière insolite qui lance des signaux du haut du campanile?. Je n'en doute pas.. mais ne t'éloign© Das. Prinzivalle. J'aurai besoin de toi.. il en est beaucoup d'autres que vous igno- rez. fous croyez que ce sont des signaux?.. PRINZIVALLE. TRIVULZIO. car la politiane de Florence. Laisse-nous Vedio. PRINZIVALLE..

Qu'il vous suffise de savoir que je ne fus jamais étranger aux décisions qui. si vous n'agissez pas. malgré votre jeunesse et votre origine inconnue. Nous obéissons tous à ses ordres profonds. Il y va du salut de la ville. Je partis pour Florence. . Heureusement.iO MONNA VANNA et (jui n'est que prudente. car nous sommes perdus. Tout peut se -•éparer si vous livrez demain cet assaut qu'on espère. Main- tenant. coup sur coup. Je vous confierai donc qu'on accuse âprement vos len- teurs et vos hésitations. en vous révélant ce qui se trame. Mon collègue. Je ne sais si. Une autre armée est en marche sur Florence par le Nord. un parti s'est formé contre vous. Messer Maladura. Elles ont produit une impres- sion fâcheuse sur une partie de l'assemblée qui vous était déjà défavorable. On alla jusqu'à délibérer de votre arrestation et de votre mise en jugement. On n'eut du reste pas à regretter ce choix. Mais le devoir étroit est souvent plus funeste que la générosité la plus téméraire. et je n'eus pas de peine à opposer des preuves aux preuves qu'on offrait. c'est à vous de justifier ma confiance. J'ai répondu de vous. Quelques-uns doutent même de votre loyauté. et il faut que chacun supporte avec courage lede ses mystères qui sont la poids force intelligente de la patrie. exige que bien des choses demeurent longtemps cachées. depuis quelque temps. est tenu en échec à Bibbiena par les troupes du provéditeur vénitien. à ceux même qu'elle met dans ses plus intimes secrets. on me prévint à temps. vous choisirent pour vous mettre à la tête des plus belles armées de la République. l'amitié très réelie que je vous ai vouée n'empiète pas un peu sur mon devoir étroit. Mais. qui n'eut jamais le moindre doute. Des délations précises sont venues confirmer leurs soupçons.

.. PRINZIVALLB.... en ce jour. n'a je fait que s'affermir en moi. L'ordre que voici.. qui veulent que le pouvoir du général en chef soit parfois balancé.. . Elle a su s'affermir malgré la situation difficile où nous mettent souvent des lois presque contradictoires. depuis que vous connais. et il nous permettra de rentrer dans Florence. dont je suis. PRINZIVALLE. parmi l'éclat des armes. SCENE II 41 Il nous rendra notre meilleure armée et le seul capi- taine que la victoire ait toujours couronné. et que je viens de recevoir. aux moments dangereux. bien que j'aie passé sous silence l'affec- tion très sincère qui. Vous avez dit tout ce que vous aviez à me dire?... la tête haute. l'humble représentant. PRINZIVALLE. ACTE II.. A peu près. TRIVULZIO. TRIVULZIO. est bien de votre main?. C'est bien votre écriture? é. au milieu de la pompe d'un triomphe qui fera de vos ennemis d'hier les plus fervents de vos admirateurs et de vos partisans. Oui. par la mystérieuse puissance de Florence.

Incontestablement. je sais. PRINZIVALLE. TRIVULZIO. uniquement pour le plaisir de nuire.. pourquoi en doutez-vous? PRINZIVALLE. Ce sont donc les deux lettres que vous avez intercep- tées comme je le désirais?. et pour fournir d'avance l'excuse indispensable à l'avarice ingrate de Florence. Que contiennent-elles donc?. pour rece- voir enfin une récompense qu'aucun triomphe dans Florence n'égalera jamais!. PRINZIVALLE. et... ne prolon- geons pas un entretien que j'ai hâte de finir. Peut-être.. Et ces deux lettres-ci.. Vous n'avez pas affaire à un enfant.. qui craint une fois de plus que sa reconnais- sance envers un mercenaire victorieux ne lui coûte ... TRIVULZIO. les reconnaissez-vous? TRIVULZIO. faussement. Vous dénoncez là tous mes actes. N'usons pas entre nous d'aussi rtiisérables défaites.. sans motif avouable. 11 me faudrait savoir.42 MONNA VANNA . bassement. Je vois que l'épreuve était bonne. Je ne sais. . C'est inutile.

Tout y est déformé. tant qu'elle sera debout. gn\ce à moi. par votre haine affreuse.. tout est inévitable. depuis la première semaine de ce siège jusqu'à l'heure bienheureuse où j'ai ouvert les yeux. la vilenie et le vers!.. l'in- mensonge gouvernent l'uni- gratitude.. je brise vos petites chaînes et je prends les devants. la seule ville qui mette la perfidie au nombre des vertus civiques et veuille que la ruse.. je n'échapperais pas aux preuves qui m'accablent.... ne faites pas de gestes inutiles. C'est pourquoi je bondis.. Dès ce moi.... vous êtes en mon pouvoir. . On me juge sans m'entendre et me condamne à mort. • • Je croirai ne jamais avoir accompli dans ma vie un acte plus salutaire qu'jen abaissant ainsi. grâce à laire. J'ai fait copier soigneusement ces lettres je les ai envoyées à Florence . J'ai surpris les réponses. Ce soir. Pise sera sauvée et se redressera pour vous braver encore. vous et vos tristes maîtres. Mes mesures sont prises. quand je serais couvert de l'innocence des archanges. aussi mortellement que je le pourrai faire.. je vais vous vendre. ACTE II. SCENE II i3 trop cher.. On vous croit sur parole. celle qui vous empêche et vous empêchera. de sortir de vos murs pour corrompre le monde. dès ce soir.. et où je veux enfin justifier vos soupçons. Oh! ne vous levez pas. il me semble tenir le destin de Florence.. l'hypocrisie. de même que je vous tiens. et.. Tout y est travesti avec une habileté si perfide que j'enviens par instants à douter de ma propre innocence!. avili.. Je n'ai pas trahi jusqu'ici. empesté par votre envie débile et clignotante. autant qu'il est en moi. On vous croit d'autant mieux qu'on vous avait fourni le thème de vos accusations.... aussi cruellement. Je sais qu'après cela. votre ennemie sécu- soir.. mais depuis les deux lettres je prépare votre ruine.

. vous croyez volontiers qu'il n'est d'autre courage que celui qui éclate au bout d'une longue lame. Vous n'avez donc pas peur?.. Et voici votre dague.. vous en avez le droit. ce que vous avez fait. Mais alors... PRINZIVALLE relâchant son étreinte. TRIVULZIO froidement. .. il a relevé la lame.. Pas encore. TRIVULZIO. dHnstinct^ avec le bras. Vous ne sourcillez pas. Vous voilàdans mes mains. Elle Vaiieint au visage.44 MONNA VANNA TRIVULZIO tirant sa dague et en portant un coup rapiae à Prinzivalle. Vous autres qui portez sans cesse l'épée nue.. Ahl ceci!.. et je ïi'aurais pas cru que dans ce petit corps. Tant que mes mains sont libres... ... Je n'ai qu'à l'abaisser. 11 n'en est pas beaucoup parmi nos hommes d'armes qui eussent été capables de se jeter ainsi à la tête de la mort. Il saisit le poignet de Trivulzio....... J'avais donné ma vie. Ah! vraiment?. enfoncez la dague.. Non. vous sentez que Tune d'elles vaut toute votre personne.... . c'est curieux.. On dirait que d'elle- même elle cherche votre gorge.. .. PRINZIVALLE en parant le coup. Je ne m'attendais pas à ce sursaut de la terreur... Et c'est même très rare..

Vous devez le savoir.... dans vos lettres.. vous n'êtes pas libre.. J'avais versé mon sang dans trois grandes batailles.. Je ne l'épargnerais point... Et pourtant.. je faisais de mon mieux. TRIVULZIO. vous êtes bien étrange. que feriez-vous vous teniez ainsi celui qui si eût failli vous envoyer d'un bond dans un monde où personne n'a le désir d'aller?. {Essuyant le sang qui lui coule sur la face).... vous travestissez tous les actes qui ne tendaient qu'à vous sauver. puisque vous m'épiiez... Le coup n'était pas malhabile. mais assez vigoureux.. Avouez que vos lettres étaient d'ignobles choses. Ce qu'il fallait saisir.... Et vous. Un peu précipité. SCÈNE II 45 PRINZIVALLE.. ACTE II.. mais il ne vous sera fait aucun mal.. par envie ou par économie. PRINZIVALLE. C'est égal. Je ne vous comprends pas. vous accumulei les mensonges. par haine. il s'en est fallu de bien peu. cela n'importe guère. sans qu'une seule pensée déloyable pénétrât dans mon cœur. je servais bravement ceux qui m'avaient choisi. Les faits étaient menteurs.. C'est bien..... c'est l'heure dangereuse où le soldat enflé de deux ou trois victoires — le nombre varie peu . TBIVULZIO. Nous servons des dieux différents.. vous trompez sciemment.. Vous avez peut-être raison... Ahl je saigne. tout vous appartenait.

.. . 11 nous en veut un peu sur le moment.. Il connaît sa mission mieux qu'on ne le suppose. J'avertissais Florence.. mais nous a créés pour contrarier ainsi ses il caprices hasardeux. et quand nous détruisons ce qu'il ado- rait trop. L'heure n eta-it pas venue. Quoi! un homme innocent. PRINZIVALLE. TRIVULZIO. il sent que. TRIVULZIO. Elle savait d'avance ce que mes mensonges voudraient dire.. sur un simple soupçon. Cette avait sonné..... Elle est donc auelque chose que je ne comprends pas?. celle-ci me le prouve. Mais vous y croyez donc. PRINZIVALLE. malgré lui. sacrifié sans regrets au danger qui. Elle aurait pu venir et cela suffisait.46 MONNA VANNA — ne va plus obéir aux maîtres qui l'emploient et qui ont une mission plus haute que heure la sienne. C'est è nous d'écarter les idoles qu'il se forme. Le peuple de Flo- rence vous aimait déjà trop. aurait pu menacer. Un homme ne compte pas en face de Florence.. ne serait pas venue si vos lettres affreuses. C'est pourquoi j'ai jugé que l'heure était venue de signaler l'idole. au destin de Florence.. peut-être. à sa vie?. PRINZIVALLE. c'est sa volonté même que nous accomplissons. à son œuvre.

Le sang coule. {Entre Vedio..... TRIVULZIO. Allez.) YEDIO.. Trivulzio. Oui.... Donnez-moi votre main.. Cela suffit à tout. Je n'ai point de patrie.. nous prenons des routes qui s'écartent. vous gagnerez de- main.. à l'instant.... Je Taurai tout à l'heure... ici même. ACTE II. SCÈNE 11 47 TRIVULZIO.. Les uns ont une idée. Pas encore.) Vedio!. Chaque homme a son destin.. je ne crois qu'en elle. Je ne peux pas savoir.. Et vous auriez autant de mal a changer votre idée que j'en aurais moi-même à changer mon désir. Il me semble parfois qu'il m'en eût fallu une... moil. {Appelant. Nous sommes loin l'un de l'autre et nous nous touchons presque. . séparons-nous.. Soit. Après tout.. nous n'avons pas letemps de peser ces énigmes.. Adieu.. Maître I......... Je vous tendrai la mienne lorsque le châtiment...... PRINZIVALLE. Vous perdez aujourd'hui. c'est possible. les autres un désir.. Et vous avez raison..... puisque vous y croyez.. puisqu'on est si peu libre.. et qu'aucun homme n'a eu au point où je l'ai. On les suit jusqu'au bout. Et ce qu'on fait est juste.. Mais j'ai tout autre chose que vous n'aurez jamais. Quoi? Vous êtes blessé?. le reste ne m'est rien. quand on a plus d'ardeur que le commun des hommes. PRINZIVALLE.

car il me le fallait et il maintenant que mon m'appartenait. au nom de la pitié. Appelle les deux gardes. au nom de la justice..... Prînzival.... Je me perds!. Qu'ils le mettent en lieu sûr.. Mais jamais homme au monde n'aura conquis ainsi. Peu importe.le\ devant un miroir^ examine sa blessure. Je me perds.. Oui. Je l'aurais attendu et je l'aurais guetté. je l'aurais poursuivi à travers tous les crimes..... Pauvres hommes sans : . [Rentre Vedio. vous vous perdez. Maître.. emmenant Trivulzio... VEDIO. La plaie n'est pas profonde.. Qui eût cru que cet homme si chétif et si pâle.. Ils répondent de lui. {Vedio sort.. sans que personne le voie... sans lui faire aucun mal..... Vedio!.) ^ PRINZIVALLE. Il est vrai que je saigne comme si la blessure avait atteint l'artère. vous vous dites il se perd!. C'est un ennemi que j'aime.. le seul bonheur qu'il rêve depuis qu'il sait rêver!.) C'est fait?. PRINZIVALLE. Quïls emmènent cet homme sans le brutaliser. et étoile heureuse vient me l'oflrir sur ses rayons d'ar-' gent..48 MONNA VANNA PRINZIVALLE.. dans une juste vengeance. Ah! je voudrais me perdre ainsi jusqu'à la mort!.. Ils le délivreront quand je l'ordon- nerai. mais il m'a lacéré la moitié du visage.

pas ainsi. où tout les y balance. mon pauvre Vedio.. je vous suivrai. Pauvres hommes sans amour I... où tout se donne à eux!. Faites... Mais tâchez que vos linges ne couvrent pas les yeux.. que deviendras-tu donc?.. Pas ainsi.. ACTE II.. Et qu'importe le reste et tout ce qui suivra. (Se regardant dans le miroir. abandonne-moi... n'entravent pas les lèvres.. moi! je touche à la minute où ceux qui sont mar- qués pour un noble triomphe ou pour un grand désastre se trouvent tout à coup au sommet de leur vie... Nous savons bien que l'homme n'est pas fait pour ces choses... .. PRINZIVALLE... puisqu'il le faut. Je ne sais où j'irai.... la part de mille amants!. VEDio s'approchant avec des linges blancs. Ah! je le sais bien.. mon Vedio.. lorsque je suis l'amant qui bon- dira bientôt au-devant d'un amour. nul ne te poursui- deviendrai. Mais tu ne sens donc pas que mon destin se pèse à celte heure dans le ciel. Et toi.. SCÈNE II 49 flamme 1. PRINZIVALLE. où tout les y soulève.. Laissez-moi vous bander le visage.. Le sang coule toujours.. et qu'on y accumule la part de cent bonheurs. et que ceux qui les portent succombent sous leur poids. Maître. Non. VEDIO...) Ah j'ai l'air d'un malade ! qui fuit le chirurgien. ce que je Tu t'échapperas seul...

prends-le..... J'ai de l'or dans ces coffres. Va voir. lu feras ce qu'il faut. Les chariots sont attelés. VEDIO. 50 MONNA VANNA ^ vra. J'ai posté plusieurs gardes qui vous l'amèneront dès qu'elle paraîtra. Ce doit être une mé- prise.... VEDIO.. tandis qu'avec ton maître.... Qui donc a donné Tordre?..) ..... Mais si c'était sur elle ?.. il t'appartient. Oui. PRINZIVALLE. paiNZIVALLE... (Sort Vedio. PRINZIVALLl.. On tire aux avant-postes. Ce n'est pas possible.. VEDIO.. quand je ferai signe.. {On entend au loin le bruit d'un coup de feu.. Avais-tu prévenu?... Ils sont devant la tente.. les troupeaux assem- blés?. je n'en ai plus besoin.) Qu'est-ce?. Bien.

VANNA d'une voix étouffée. Quand et où?.• VANNA.. ^ viens comme vous l'avez voulu... Vedio revient. .. C'est affreux.. ACTE II.. VANNA. PRINZIVALLE. VANNA.. ^ vois du sang sur votre main. Vous êtes blessée ?. SCÈNE III 51 SCÈNE m PRINZIVALLE. PRINZIVALLE. Puis il se retire^ et Monna Vanna^ enveloppée d'un long manteau... Lorsque j'approchais du camp.. Pnnzivalle reste seul un instant. paraît et s'arrête sur le seuil.. Prin^ zivatle tressaille. PRINZIVALLE. Une balle m'a effleuré Tépaule. soulève la tapisserie de l'entrée et dit à voix basse « Maître ». Mais qui donc a tiré ?. et fait un pas à sa rencontre).

Voulez-vous que je fasse panser la blessure ? VANNA. VANNA entr ouvrant le haut de son manteau. Au-dessus du sein gauche... VANNA.62 MONNA VANNA VANNA. Elle n'a pas pénétré. PRINZIVALLE. PRINZIVALLE. Thomme a fui. Je ne sais... VANNA Non.. Non. Montrez-moi la blessure. . PRINZIVALLE. Vous êtes décidée?. Oui. C'est ici... La peau seule est atteinte.) PRINZIVALLE. Faut-il vous rappeler les termes du. (Un silence... Souffrez-vous ?.... PRINZIVALLE.

. PRINZIVALLE.. Vous ne regrettez pas ?. je sais.. VANNA. Non. J'entends vous laisser libre. Pourquoi le faites-vous ?.. PRINZIVALLE. PRINZIVALLE. . G est inutile. et qu'on mourrait demai d'une façon plus prompte. Et sans autre raison ?..... ACTE II. SCÈNE III ^à VANNA. VANNA. VANNA. Parce qu'on meurt de faim. PRINZIVALLE Votre mari consent?...... Fallait-il venir sans regrets?. PRINZIVALLE. Il en est temps encore voulez-vous renoncer. Oui. VANNA...

Je comprends qu'une femme vertueuse.. PRINZTVALLE. Oui.. rangés devant la tente.... Oui. Vanna fait un mouvement pour dépouiller le mav^ teau. PRINZIVALLE. Quelle autre pourrait donc ?. PRINZIVALLE.. PRINZIVALLE.54 MONNA VANNA VANNA... Et qui aime son mari. VANNA Oui. Profondément ?. . VANNA. des chariots et des troupeaux ? . Oui. I Vous avez vu. VANNA. Vous êtes nue sous ce manteau?.. Prinzivalle V arrête d'un geste. PRINZIVALLE.^ VANNA.

On eyitend s'élever une vaste et sourde rumeur. Voulez-vous les voir s'éloigner?.. PRINZIVALLE. donne un ûrdre et ^ail un signe de la main. Vanna et Prinzivalle. (// soulève la tapisserie . PRINZIVALLK. Cela vous suf- :it-il ?. et quinze. Elle devient invincible... Deux cents autres qui portent des fourrages.) Dès ce soir. regardent un instant i énorme convoi s'éloigner à la clarté des torches dans la nuit étoilée. plus petits.. ACTE II. les troupeaux mugissent. et chantera demain dans l'ivresse de la joie et la gloire d'un triomphe que nul n'espérait plus. Des torches s'allument et s'agitent^ des fouets claquent. grâce à vous. hèlent et piétinent. debout au seuil de la tente. des fruits et du vin des environs de Sienne .. Venez à l'entrée de la lente. Il y a autour d'eux six cents bœufs d'Apulie. Il y a là deux cents chariots remplis du meilleur froment de Toscane.. Oui. TANNA . VANNA. trente autres pleins de poudre qui viennent d'Alle- magne. Ils attendent votre ordre pour pénétrer dans Pise. et douze cents moutons. Pise n'aura plus fa\m. Oui. qui sont chargés de plomb. Les chariots s'ébranlent. SCÈNE HT W VANNA.

PRINZIVALLE.. — Venez.. venue sans armes. Le la tente. Voulez-vous que je la déplace ? VANNA. et étroit comme une tombe et peu digne de vous. Je n*ai que mes sandales et ce manteau. C'est une peau de lynx qu'un roi d'Afrique me donna le soir d'une victoire. mais la nuit sera froide. Vous êtes soir est tiède encore. reposez- vous.50 MONNA VANNA PRINZIVALLE... Ce n'est pas pour moi que je crains.. — C'est le lit d'un guerrier.. C'est bien et vous avez rai^n. VANNA. sur ces peaux d'aurochs et de béliers qui ne saventpas encore combien le corps d'une femme est doux et précieux. il âpre est farouche. Peu importe . sans un poison caché ?.. PRINZIVALLE.) — La clarté de la lampe vous tombe sur les yeux... (Vanna s'asseoit étroi- tement enveloppée de son manteau. . Dépouillez- moi de tout si vous craignez un piège. Je ne mets pas ces choses au-dessus leur vie.. — Reposez- vous ici. Refermons et donnez-moi votre main.. VANNA. Mettez sous votre tête cette toison plus moelleuse.. mais pour vous. ' ....

Vous ne revoyez rien?.. que celle qui l'entendrait compren- si drait la détresse et l'amour qu'il contient. ! — Car...... Ce n'est plus le même nom. Je ne le connais plus quand il sort de ma bouche. toute l'adoration que j'y ai renfermées viennent briser ma force et font mourir ma voix. avec un abandon si pro- fond et humble. SCÈNE III 57 Prinzivalle s' agenouillant au pied de la couche et saisissant la main de Vanna. Vous ne me connaissez pas... en présence de celle qu'il évoquait en vain... VANNA. et voilà des années qu'à chaque heure de chaque jour. 8t quand je les prononce. Je croyais que mes lèvres en avaient pris la forme. c'est ma vie qui s'écoule. Qui êtes-vous ? PRINZIVALLE.... Chacune de ses syllabes contient toute ma vie . Il resta si longtemps enfermé dans mon cœur. J'y ai mis trop de choses et toute l'émotion.. je me le répétais comme un grand mot d'amour qu'il faudrait avoir le courage de prononcer enfin.. Mais voilà -«lu'aujourd'hui il n'évoque plus une ombre. 11 est mon cœur lui-même et je n'en ai plus d'autre. ne fût-ce qu'une fois. avec un tel respect..... Maintenant je défaille en prononçant ce nom. ... ACTE II. . qu'au moment espéré elles sauraient le redire avec une telle douceur.. tout coupé de sanglots et tout meurtri de craintes. moi aussi. qu'il n'en peut plus sortir sans briser sa prison.. (Vanna se redresse étonnée et le regarde.) — Oh Vanna! ma Vanna'!.... j'avais coutume de vous appeler ainsi. je croyais le connaître . . je n'en avais plus peur à force de le nommer . Giovanna !. Il m'était familier..

et j'étais sûr. VANNA... Non. qui ne sait même plus ce qu'il faut demander... Je n'aurai plus d'espoir. VANNA... comme on regarderait. . quand je vous rencontrai pour la pre- mière fois. «8 MONNA VANNA — Ah ! comme le temps qui passe efface des merveilles ! . Au fait. ce que vous avez été.. . Je suis un malheureux qui ne demande rien... si la chose est possible. vous ne saviez pas.. Qui êtes-vous?.. PRINZIVALLE. Du moins je ne crois pas.. et moi j'en avais douze.. c'est mieux peut-être qu'elles soient oubliées... la source de sa joie et de son existence. — Or vous aviez huit ans...... . mais qui voudrait vous dire... et ce que vous serez jusqu'au bout dans sa vie. Oui. PRINZIVALLE. hélas! que TOUS ne saviez plus.. je ne vous suis rien.. Vous n'avez jamais vu celui qui vous regarde.. comme je n'espérais pas vous regarder un jour?. dans un monde de fées... j'aurai moins de regrets. je les avais vues seul. Mais ces merveilies-là. Non.. VANNA Où cela?. Je ne suis qu'un pauvre homme qui regarde un instant le but même de sa vie... pour que vous le sachiez avant de le quitter... Vous me connaissez donc?.

. mais je saisis la bague et vous la mis au doigt.. PRINZIVALLE.. Ohl pour moi ce n'est rien.. — Et puis votre visage est caché par ces linges.. PRINZIVALLE. Une mince bague d'or était tombée dans l'eau.. ACTE U.. J'entrai dans le bassin. . Al Venise. Peut-être... — Tu es Gianello?.... —Je faillis me noyer.. VANNA. près d'un bassin de marbre... lorsque je les écarte?. vous étiez heureuse... Me reconnaissez-vous... — Mon père... — Vous m'avez embrassé et.. Mais vous êtes blessé et vous saignez aussi. VANNA..... apportait un collier de perles à votre mère.J'errais dans le jardin.... je vous trouvai sous un bosquet de myrtes. Il me semble. Vous pleuriez près du bord. — Elle admirait les perles. ... Car vous avez encore un sourire d'enfant. C'était un enfant blond nommé Gianello. PRINZIVALLE écartant un peu les bandages..... un dimanche de juin. c'est injuste.... Alors. VANNA. Oui.. Mais pour vous. Je ne vois que vos yeux. Qui vous eût reconnu?. le vieil orfèvre... Oui. . SCÈNE III 59 PRINZIVALLE.

. Douze fois.. Laissez-moi rattacher ce bandage.. Puis je fus prisonnier des Arabes.. lorsque je suis entrée?.. et vous me regardiez comme une jeune reine. Puis un jour j'attendis. le jardin dévasté. Mais le sang perce tout....60 MONNA VANNA VANNA. Nous nous sommes égarés là-bas dans les déserts..... ses lauriers et ses roses.... oui.. j'ai compté.. car je vous aimais bien.. je me rappelle. Nous y avons joué plus d'une après-midi. puis je les retrouvai.. Oui... VANNA.. quand le sable était chaud et couvert de soleil. Vous n'êtes pas revenu... VANNA.. J'avais perdu vos traces... votre mère était morte.. FRINZIVALLE. Je revois le jardin avec ses grenadiers. Il mal noué.. vous étiez grave et doux comme une petite fille. des Espagnols. grâce à votre beauté qui laissait partout un sillage qui ne s'effaçait plus. Je dirais tous nos jeux et toutes vos paroles.. Quand je revis Venise. Vous m'avez reconnue tout de suite. [Elle rajuste les linges... Mon père m'emmena. que sais-je?. ... PRINZIVALLE.) était J'ai soigné bien souvent des blessés dans cette guerre. des Turcs. Il allait en Afrique..

. par un jour indécis.... Mais ils avaient été trop lents et trop timides. toutes étiez vêtues de toutes également belles.. Mais quand je vous revis. et des suites d'années qui pour toute lumière avaient un souvenir qui prenait uneroute trop longue et que la réalité dépassait!... mais comme sa beauté venait faire honte à celle que j'accu- mulais en silence depuis des jours.. puisse vivre ainsi dans un cœur. mille sœurs que leur mère confondrait. Mes souvenirs étaient si beaux et si fidèles!. » C'est étrange. ACTE II. des mois qui ne tinissaient pas.. elle devenait plus belle. Car la vôtre vivait à ce point dans le mien. voici. qu'une image bien-aimée. Ils n'avaient pas osé vous donner tout l'éclat qui venait brusquement m'éblouir. VANNA. Si vous venues dix mille sous ma tente. Je revoyais ce front. SCÈNE III 61 PRINZIVALLE. Elle s'épanouissait... J'étais comme celui qui se rappelle une fleur qu'il n'a vue qu'une fois. je me serais levé. j'aurais pris votre main. n'est-ce pas..... en passant.. Et celle d'au- jourd'hui remplaçait celle d'hier.. ces cheveux et ces yeux. j'aurais dit « La .. et les années l'ornaient de tout ce qu'elles ajoutent à l'enfant qui se forme. . vous m'avez aimée comme on aime à cet âge. qu'elle changeait chaque jour comme dans la vie réelle. tout à coup. mais le temps et l'absence embellissent l'amour. et qui en voit cent mille. dans un champ inondé de soleil.. et je retrouvais l'âme du visage adoré. Oui.. dans un parc.. comme dix môme.. il me sembla d'abord que mes yeux me trompaient.

parce que les années. j'appris et que vous un grand seigneur toscan.. vient dire la vérité pro- fonde et douloureuse qui ravage sa vie.... usant des mêmes mots qui n'étaient qu'un mensonge harmonieux sur les lèvres des autres. . A Venise que votre mère était morte ruinée. à leur valeur profane et au sens souriant au'ils ont parmi les hommes. et c'est rarement vrai.. sans y songer. — Mais qua nd. les pauvres mots sacrés et bien souvent si tristes. repassé par Venise. après avoir . les mots trop employés par les amants heureux. Je n'avais à vous offrir que la misère errante d'un aventurier sans patrie et sans gîte. du merveilleux malheur de ceux qui sont créés pour un amour unique. qu'élait-il arrivé? . épousiez l'homme le plus puissant. et celle qui les écoute rabaisse.. Vous n'avez pas cherché à vous retrouver en présence de celle que vous aimiez ainsi?.. on vous mit sur mes traces. Ils parent leur désir ou leur indifférence. Les hommes disent souvent qu'ils n'ont ou qu'ils n'ont eu qu'un amour dans leur vie. le plus riche de Pise..6? MONNA VANNA PRINZIVALLE.. toute leur gravité. — éteignent bien des choses. et quand Fun de ceux-ci. — quoique j'aie peu d'années. VANNA. ont perdu toute leur force. Je ne le ferai pas. qui allait faire de vous une sorte de reine adorée et heureuse. Il me ..* PRINZIVALLE. Je comprends cet amour que nous attendons tous au début de la vie et auquel on renonce.

Quand il n'espère plus. Mais cela fait bondir et crier dans mon cœur l'âme même de l'amour. Il m'en avait fallu plus que vous ne croyez pour pouvoir revenir. me retenant aux murs. jusqu'à ce que Florence m'envoyât devant Pise.. Je louai mon épée.. ACTE II. pour ne pas succomber au désir de vous voir... PRINZIVALLE. et je ne saurais dire si je vous eusse aimé.. Il n'est jamais trop tard lorsqu'on trouve l'amour qui remplit une vie.... J'attendis d'autres jours. SCÈNE III 63 sembla que le destin lui-même exigeait de l'amour le sacrifice que je lui fis..... Que les hommes sont faibles et lâches quand ils aiment!.... Mais il était trop tard. J'avaia eu du courage.. je ne vous aime pas. ils'évortue encore. sans plus rien espérer... Ne vous y trompez point. mon nom devint célèbre parmi les mercenaires. Si j'avais aimé comme vous j'aurais fait... m'accro- chant aux chaînes des portes. et pour ne pas troubler le Donheur et l'amour que vous aviez trouvés. 11 ne renonce point.. n'eut pas plus de courage en face de l'amour 1... Quand il n'attend plus rien. VANNA. lorsque je vois qu'un homme qui prétendait m'aimer comme il eût pu se faire que j'eusse aimé moi- même. Ahl Ton ne peut pas dire ce qu'on aurait pu . je fis deux ou trois guerres.. VANNA.. il espère toujours. Il n'était pas trop tard quand vous quittiez Venise. J'ai tourné bien des fois autour de cette ville.

.... Ne cherchez pas ma main..64 MONNA VANNA faire.. et la pro- Donçât plus d'une fois I. Mais je sais bien que le hasard ne m'eût pas arraché sans lutte mon espoir!. Une femme seule et pauvre.. et cette foi me plut. . Je ne la donne pas. autant que l'on peut l'être quand on a renoncé aux rêves un peu fous qui ne semblent pas faits pour notre vie humaine. Et vous verrez aussi — car je l'espère presque — que l'on peut être heureux sans passer tous ses jours dans l'attente d'un bciiheur que personne n'a connu. et il eût bien fallu que celui que j'aimais l'apprit et prononçât lui-même la sentence. Je vois que mes paroles doivent être plus claires. Qui? PRINZIVALLE.. c'est moi qui passe. relirant sa main. cherchant la main de Vanna. presque pauvre. Il m'a ren- due heureuse.. Quand Guido m'épousa. . Je l'aurais poursuivi jour et nuit.. VANNA. Tu ne l'aimes pas.. PRiNZiVALLE. Guido n'y prit pas garde.J'aime maintenant Guido d'un amour moins étrange que celui que vous croyez avoii"...... devient bientôt la proie de mille calomnies. Vanna?. VANNA. surtout quand elle est belle et ne peut se plier aux mensonges habiles.. J'aurais dis au destin: « Va-t'en. » J'aurais forcé les pierres à prendra mon parti.. Guido?. il eut confiance en moi. j'étais seule..

ce ne sera pas moi... Depuis qu'il m'a saisi. moi qui le porte ici. . Vanna. Cet amour est celui que le sort ïn'a donné. ce n'était pas pour nous que je parlais ainsi. Cette main que je prenais parce que je pensais que vous 6.. qui existe peut-être. car vous n'avez pas fait ce qu'un tel amour aurait fait..... PRINZIVALLE.. pour amener enfin cette minute heureuse qui désespérerait tous les autres amours. ce n'était pas pour vous... car on croit volontiers ceux qui n'espèrent et ne demandent rien. Vanna.. moi dont il prend la vie et en qui il éteint tout ce qui fait la joie et la gloire des hommes. plus fidèle et plus sûr. je n'ai pas fait un pas. et vous devez me croire. à étendre les bras et je possède tout ce que peut posséder un amour or* dinaire.. Vous vous êtes mépris.. Vous voilà maintenant sous ma tente et tout à ma merci... et si quelqu'un le brise. quand il n'eût rien tenté. Je n'ai qu'un mot à dire... SCÈNE III 65 mais sans doute plus égal. et sans savoir assez tout ce qu'il a subi. je n'en aurai pas d'autre. tout ce qu'il a dû faire. moi qui suis sa victime. ACTE II.. pourquoi je demande que vous n'en doutiez plus.. c'est au nom d'un amour que le cœur entrevoit à la première aurore. je n'étais pas aveugle lorsque je l'acceptai. je n'ai pas fait un geste qui eu t un autre but que de m'en rapprocher. Vous le jugez bien durement. Si j'ai des paroles qui expliquent votre erreur. mais qui n'est pas le mien et qui n'est pas le vôtre. ne fût-ce qu'un instant. Mais aussi bien que moi vous paraissez savoir que 1 amour dont je parle a besoin d'autre chose c'est .. pour interroger mon destin sans vous nuire. Ahl croyez-moi. Mais quand il n'eût rien fait. je sais bien qu'il existe.

s'éloigna sans rien dire... il des- cendit. si votre dernier acte... une femme jeta un jour l'un de ses ganls dan^ la fosse aux lions... vous soyez convaincue que c'était cet amour qui vous a tant aimée et ne s'est arrêté que devant l'impossible!...... Ne croyez pas que je me fusse réjouie à le voir surmonter des obstacles affreux.. VANNA. L'amant n'avait d'autre arme qu'une cravache de cuir. prit le gant. Je n'exige donc pas que vous me fournissiez des preuves de ce genre.66 MONNA VANNA alliez me croire. je n'y toucherai plus ni des doigts ni des lèvres. et pria son amant de l'y aller chercher. dans Pise. Il y a dans . C'estpour votre bonheur et pour le mien aussi que je voudrais douter. et puisqu'il avait sa cravache. je ne demande qu'à vous croire. il eût dû s'en servir pour inculquer à celle qui se jouait ainsi d'un sentiment divin.. quand nous iious quitterons pour ne plus nous revoir.. Je serais presque sûre de ne l'y point trouver. une notion plus exacte et plus vive des droits et des devoirs de l'amour véritable. Vanna. C'est pourquoi j'examine ce que vous •avez fait. écarta les lions. où vous avez jeté folle- . Je trouve qu'il fut trop doux.. derrière le caitipanile. Pourtant.. et ne revint jamais. ni que je sois avide d'épreuves surhumaines.. et serais presque heureuse de n'y rien ren- contrer qui portât le grand signe de cette passion mortelle si rarementbénie. mais que du moins.un amour exclusif comme le vôtre quelque chose de sacré qui devrait inquiéter la femme la plus froide et la plus vertueuse. On raconte que. le rendit à la femme en s'agenouillant devant elle. C'est parce que quelque chose lui parut impossible que j'espère encore en douter..

je pense.... pour sauver Pise en votre nom. je n'ai point de patrie.. Vous n'avez pas trahi votre patrie? vous n'avez pas détruit votre passé? perdu votre avenir? vous ne vous êtes pas condamné à l'exil et peut-être à la mort?. VANNA.. Je ne comprends pas bien... Ce dernier acte est le seul qui ne prouve rien. pour cet amour. PRINZIVALLE. quel que fût mon amour. pour me faire gloire. PRINZIVALLE... je ne l'eusse pasvendue. ACTE II. Mais je ne suis qu'un mer- cenaire. et qui trahit lorsqu'il se sent trahi J'ai été accusé faussement par les commissaires de Florence. Comment?. je n'ai rien sacrifié. et condamné sans jugement par une république de marchands. J'aime mieux vous avouer la vérité. tout ce venir une heure sous cette tente.. fidèle quand on lui est fidèle. D'abord. loin de me .. votre vie. ne me forçait à dire que vous ne vous trompez peut-être pas... Je me savais perdu. Ce que j'ai fait ce soir. votre avenir. dont aussi bien que moi vous connaissez les habitudes.. En vous faisant Tenir ici. votre que vous avez.. VANNA. PRINZIVALLE.. SCENE III 67 ment dans un gouffre votre passé. Si j'en avais eu une...

j'en regarde la nacré. et je la couvre de baisers sans que tu la retires. Elle est à moi. ferme.. Tu ne m'en veux donc pas de la cruelle épreuve?.. chercher plus longtemps la main qui te fuyait. je la dans la langue magique et secrète des amants. J'aurais fait la même chose... VANNA... je la tiens dans les miennes.. Je devais vous le dire.. Vanna. De sorte que vous m'avez sacrifié peu de chose? PRINZIVALLE.... j'en étreins la tiède fraîcheur. je la prends. . je m'enivre un instant d'une illusion trop douce. PRINZIVALLE.. VANNA. peut-être mieux ou pis.. Mais qu'importe après tout!. comme si elle allait me répondre je l'étends. Rien...... me sauvera peut-être. VANNA. si un hasard quelconque peut encore me sauver. si j'avais été à ta place. j'en respire la vie. et ceci vaut Tu n'auras pas besoin de et ses plus belles preuves.68 MONNA VANNA § perdre davantage... La voici. Gianello. Il ne me plairait pas d'acheter par un mensonge un seul de vos sourires. Ahlj'aurais mieux aimé quel'amour l'eût conquise!. mieux que l'amour C'est bien.

.. Et quand tu m'aperçus. VANNA. Non. . Tu ne l'as pas interrogé?.. il fallait venir. VANNA. tu savais que j'étais?.... ton cœur n'a pas tremblé?.. Il courait sur le chef de l'armée ennemie des bruits assez bizarres. pour d'autres. PRINZIVALLE... PRINZIVALLE. Personne ne le savait. VANNA. Mais quand tu acceptas de venir sous ma tente. Mais alors. ne t'avait donc rien dit?... Pour les uns. SCÈNE III 69 PRINZIVALLE. te livrerau barbare inconnu.. Mais le père de Guido. VANNA. Non.. PRINZIVALLE. un jeune prince d'une beauté merveilleuse. Non. qui m'avait vu. PRINZIVALLE. ta chair n'a pas frémi.. quand tu vins sans défense dans la nuit.. tu étais un vieillard effrayant. tu n'as pas hésité?. ACTE II..

et je voulais tout perdre.. il eût suffi d'un geste qui ne fût pas Ion geste. Certes. Mais toi. je le vis aussi et ne te craignis plus... Je crois que j'aurais fait . Mais toute autre que toi m'aurait paru odieuse. Ah! je ne savais pas ce que je comptais faire!.. dès que je te vis.. pour enfiammer la haine et déchaî- ner le monstre. et je savais déjà..... Comptais-tu donc vraiment abuser jusqu'au bout de l'affreuse détresse?. quel était ton vis pénétrer dessein?. . C'est cirieux. 11 aurait fallu que toi-même ne fusses plus semblable à ce que tu étais. Je me sentais perdu. Oui..... Tu ne te rappelles pas?. PRINZIVALLE.... C'était tout autre chose. Mais. mais après. Il eût suffi d'un mot qui fût différent de tes mois.. 70 MONNA VANNA VANNA. Moi.. PRINZIVALLE. il eût suffi d'un rien........ Vanna.. VANNA. à cause de ces linges.. quand tu me dans la tente. Et je te haïs- sais à cause de l'amour. quand j'y pense... je vis en même temps que c'était impossible. Je m'y perds quand j'y songe. je l'aurais fait si ce n'eût été toi... Je ne vis rien d'abord. VANNA... quand je les écartai?. car nous naus entendions sans avoir besoin de rien dire.

je changeais. VANNA.. Il me semble parfois que je suis à ta place.. Et moi aussi. Puis il a mille rêves qui prennent tout le entier.. Je suis très silencieuse. Je n'ai jamais parlé ainsi à aucun homme. Moi aussi. j'y plongeais les regards comme dans une onde fraîche... et les en retirais ruisselants de lumière. et que c'est moi qui dis tout ce que tu me dis. que les portes s'ouvraient. que je sortais enfin d'une longue prison.. que c'est toi qui m'écoutes.. et j'y plongeais les mains. et qu'on voudrait savoir ce qu'il y a dans leur cœur.. PRINZIVALLE. Vanna.. ] ai sentt que le mur qui nous sépare. J'étais bien étonnée de pou- voir te parler comme je t'ai parlé dès le premier moment. même auprès de lui.. ruisselants de contiance et de sincérité.. Et dans tes yeux aussi il y a un désir.. dès le premier momeiil... devenait transparent. ACTE II. que je m'étais trompé sur eux jusqu'à ce jour.. Il me semblait surlout que je changeais moi-même. irais il n'est pas le . SCÈNE lll 71 tout ce que tu as fait si J aimais comme toi... et nous n'avons causé que ou quatre fois. hélas! de tous les autres êtres. Il me semblait aussi que les hommes changeaient... Et. si ce n'est à Marco.. que des fleurs et des feuilles écartaient les barreaux. trois Les autres ont toujours un désir dans les yeux qui ne permettrait pas de leur dire qu'on les aime. que l'air pur du matin péné- trait dans mon âme et baignait mon amour. ce n'est pas la même chose... le père de Guido. que l'horizon venait emporter chaque pierre.

... . Je ne puis plus attendre I.. Si j'étais seule au monde.. Aurais-tu pu m'aimersi mon mauvais destin ne m'eût fait revenir lorsqu'il était trop tard? VANNA. Mais j'entends que l'on marche.. puis la voix de Vedio qui appelle du dehors.. Quelqu'un frôle la tente et le hasard .. VEDIO.... écoute...) VEDIO {au dehors).. PRINZIVALLE.. 'fin entend des chuchotements et des pas précipités autour de la tente. Gianello? et tu sais comme moi que ce n'est point possible. ne serait-ce pas t'aimer déjà.. Mais nous oublions trop tout ce qu'un autre souffre pendant que nous sommes à sourire au passé... l'angoisse de sa voix.. J'ai il senti tout de suiteque je te connaissais sans que je me souvinsse de t'avoir jamais vu. Écoute. Quand je sortis de là. Si je pouvais te dire que je t'aurais aimé. Maîtrel.72 MONNA VANNA môme. et il ne fait pas peur. Mais nous parlons ici comme si nous étions dans une île déserte.. Qu'est-ce?. la douleur de Guido.. lui-même a plus de cœur que nous. et j'ai hâte de savoir...^CÈNE IV Les Mêmes... il n'y aurait rien à dire. . On chuchote à l'entrée.. ne répugne pomt. la pâleur de sa face. Pise. L'aurore doit être proche.

Je crains qu'il ne le trouve avant que* vous puissiez....... VANNA... Le camp est en émoi.. . Il est revenu.... Il cherche^Trivulzio. Je les ai vus passer....... PRINZIVALLE... J'ai couru... te conduira dans Pise... 11 apporte des ordres. Viens. PRINZIVALLE. PRINZIVALLE. Et toi. SCÈNE IV 73 PRINZIVALLE.. VEDIO. Vedio... Qu'est-ce?... Il vous proclame traître.. où iras-tu?. Il amène six cents nommes... Il est temps. le second commissaire de Floreiice....... Entre!. avec deux hommes sûrs. C'est la voix de Vedio. maître!. Messes Maladura. VANNA... ACTE II. Où me faut-il aller?. Il était à Bibbiena.. Vanna.. Fuyez. VEDio à Ventrée de la tente. Ce sont des Florentins.

.. Oui. Viens à Pise. Il sait autant que toi ce qu'il doit à un hôte.. Que fera ton mari ?. ..... Je ne sais.. PRINZIVALLE Avec toi?. Je ne puis. Oh! maître. . 74 MONNA VANNA PRINZIVALLE. VANNA. peu importe. PRINZIVALLE. et toute la Toscane est pleine d'espions.. VEDIO. Ils tiennent la campagne tout autour de la ville..... prenez garde. PRINZIVALLE.. VANNA. Ne fût-ce que quelques jours.. VANNA.. le monde est assez vasu pour m'offrir un refuge. PRINZIVALLE.. VANNA. Il te croira lorsque tu lui diras ?. Tu échapperais ainsi aux premières poursuites...

. VANNA.. Ta blessure?. Viens... et je réponds de toi. — C'est pour toi qu'il faut craindre... Pour moi...... VANNA. que je sois seule ou que tu m accompa- gnes. . VANNA. PRINZIVALLB. — S'il ne me croyait pas. La tienne est bien plus grave. il est juste qu'elle te sauve.. C'est la meilleure preuve que ton amour me donne. SCÈNE IV VANNA. — Viens.. Tu y viens sous ma garde. VANNA.. Mais ce n'est pas possible.. PRINZIVALLE. — Tu viens de sauver Pise .. Oui.. PRINZIVALLE. Pourquoi ? — Que crains-tu donc ?.... ACTE II. Non. le danger est le même. PRINZIVALLE. C'est pour toi que je crains.. Je t'accompagnerai..

Voici des robes d'or...) VANNA arrêtant son geste et serrant plus étroitement le manteau sur sa gorge. et c'est moi barbare qui l'ai voulu le ainsi.. ces voiles suffisent.... Nous ne sommes plus enne- mis.. ouvre-moi la tente.. Une confuse rumeur. — J'ai froid.. on voit à l'horizon Pise tout illuminée. VANNA prenant au hasard des voiles dont elle s'enveloppe. {Prinzivalle suivi de Vanna^ se dirige vers Ventrée et l'ouvre toute grande. que domine un bruit de cloches exaltées et lointaines.. iemée de feux de joie. Gianello.. Ne t'en occupe point....76 MONNA VANNA PRINZIVALLE. tandis que par la baie mouvante de la tente. J'ai hâte de te sauver... PRINZIVALLE. {Il avance la main pour écarter le manteau. non.) . Ce n'est pas la première.. Ah ! j'allais oublier que tu es presque nue pour affronter la nuit.... Non... — Mais voici les grands coffres où j'entassais pour toi le butin de la guerre... Viens. Non ... des manteaux de brocart.. et projetant dans Vazur encore sombre un énorme nimbe de clarté. envahit brusquement le silence de la nuit. On dirait que le sang^. Mais la tienne.

les ramparts sont en flamme. ACTE II...'' et deux fois trop heureuse... inonde la campagne. [Lui donnant un baiser sur le front. SCÈNE IV 77 PRINZIVALLE.. Voici la Piazza et son dôme de feu et le ..... je les suis dans l'azur comme je les suivais ce matin sur les dalles!. VANNA Qu'est-ce. — Mais qu'as-tu?.. Viens.. Tu chancelles T... Campo-Santo qui fait une île d'ombre.. Écoute. Vannai.. éclate le long des flèches... mon Gianello. et les cloches qui chantent comme au jour de mes noces?.... — écoute donc. On dirait que la vie qui se sentait perdue.... Regardel. Les rues forment des routes de lumière dans le ciel!. rejaillit sur les pierres. Je reconnais leurs traces. revient en toute hâte.. Ce sont les feux de joie qu'ils viennent d'allumer pour célébrer ton œuvre.... vient à notre rencontre et nous rappelle aussi. le campanile brûle comme une torche heureuse!....) — Voici le seul baiser que je puisse te donner.. Oh! ma Giovanna!. en face de ce bonheur que je dois à celui qui m'a le mieux aimée!. déborde des murailles.. Il passe les plus beaux que l'amour espérait I.. Ahl je suis trop heureuse. Toutes les tours resplendissent et répondent aux étoiles !. Gianello ?. PRINZIVALLE... Vanna. . — Oh ! je comprends aussi I. Les murs en sont couverts. N'entends-tu pas les cris et le délire immense qui monte comme si la mer avait envahi Pise..

. mets ton bras sur mon cou. J'avais trop demandé aux forces de la femme.. Ce n'est rien...) FIN DU DEUXIEME ACTE .. Viens... C'est Téblouissement. appuie-toi sur moi.... Sou- tiens-moi. Je te suis. pour que rien ne retarde mes premiers pas heureux...... VANNA.. il est Aemps.. Hâtons-nous...78 MONiNA VANNA et tes genoux fléchissent.. (Ils sortent enlacés. porte-moi. Il nous faut arriver avant que la joie soit éteinte. — Ah! que la nuit est belle ilans Taurore qui se lève!.

Il fallait que l'acheteur eût les dernières .. il est juste que ma volonté ait son tour. Il fallait faire honneur au marché et payer tous vos vivres. d'où Ton est censé découvrir une partie de la ville. BORSO et TORELLO. Je me suis tu..... GUIDO. je me suis caché. tentures.. Tenez. J'ai pesé et compté Tinfamie. A gauche. Je n'ai pas bougé jusqu'ici. Au centre de la salle. une vaste terrasse dont les balustrades portent de grands vases fleuris.. j'ai retenu mon souffle... et à laquelle donne accès un double escalier extérieur. etc. Et j'ai été honnête dans mon avilissement 1. ce J'ai fait qu'elle a voulu. Hautes fenêtres. comme ferait le lâche pendant que les voleurs saccagent sa maison. portiques. entre les colonnes. ce que vous avez voulu. au second plan. Vous avez fait de moi un mar- chand scrupuleux. ACTE TROlSIÊilE Une salle d'apparat dans le palais de Guido Colonna.. ce que tous ont voulu.... colonnes de marbre. SCENE PREMIERE Entrent GUIDO. voilà l'aurore. MARCO.. de larges degrés de marbre con- duisent à cette même terrasse.

je le comprends assez. injustement. je vous en prie.... pour ainsi dire.. et tout ce que l'on dit dans une douleur trop grande... mais si ma voix que vous avez aimée. et le bonheur immense qui en est né. ce bonheur même.. mon fils. qui vous entoure de toutes parts.. Ne la jugez pas aujourd'hui. passe toute sa vie à choisir tristement entre deux ou trois injustices inégales. Maintenant que la ville est sauvée. peut péné- trer une dernière fois jusqu'à ce cœur qui l'écoutait tou- jours. Mon fils. je ne sais pas ce que vous comptez faire. Et cepen- dan t.. ne faites rien d'irréparable.... non plus. et je sors de ma honte. l*ersonne.. Maintenant je suis libre. est si naturellement et si cruel- ... nous-mêmes regrettons presque ce salut qui vous coûta si cher..80 MONNA VANNA minutes de cette noble nuiti Ah! ce n'était pas trop pour prix de tant de blé. ne peut que rendre plus brû- lantes les premières de vos larmes. Vanna va revenir. MARCO. ne repoussez personne. et personne n'a le droit de se mettre en travers d'une douleur comme la vôtre. Maintenant j'ai payé et vous avez mangé.. et malgré nous. désigner les mêmes victimes et pousser à la même injustice. nous baissons la tête en présence de celui qui porte seul. Attendez tout au moins que passe l'heure si dangereuse qui nous fait dire des mots qu'on ne peut révoquer.. ne suivez pas aveuglé- ment les premiers conseils de la colère et du malheur. Je ne sais que vous dire.. si hier pouvait recommencer ... il me faudrait encore agir comme j'ai agi. car l'homme qui voudrait être juste.. je redeviens le maître. de bœufs et de légumes 1. Et tout ce que l'on fait. ne la peut soulager.. toute la peine.

. qui sommes les jouets de tant de grandes choses.. Vanna va revenir. Ne la revoyez pas dès son retour si vous ne sentez pas en vous la force de lui parler comme vous lui parleriez si depuis bien des jours elle était revenue.. Je suis la grande loi qui domine tout homme dont le cœur vit encore. Ne lui reprochez rien.. Un homme a pris Vanna. ACTE III. J'aime mieux ne pas être sage. Ce que je vais faire est bien simple. Moi. dans quelques heures qui s'écoulent. pauvres hommes. et je veux autre chose que des mots pour sortir de ma honte !. de sagesse. Est-ce tout?... et les seuls mots qui comptent et qu'il faudrait prévoir quand le mal nous aveugle.. Vanna n'est plus à moi tant que cet homme existe... Il y a quelques années. Je vous une dernière ai laissé dire fois ce que vous aviez à me dire.. Il y a pour nous. je suis d'autres règles que celles qui régissent le verbe et l'ad- jectif.. A compter de ce jour. lorsqu'on a pardonné et qu'on aime de nouveau. oublier. patienter. C'est cela qu'elle me donne Attendre. .. ceux que j'ai . j'en veux ma juste part.... il y a tant de bonté... et il n'est plus personne qu'elles puissent encore tromper!. ce sont ceux qu'on prononce après qu'on a compris.. désespérée. heureuse.. Pise a de quoi manger et de quoi se défendre. Elle a reçu des armes. car je voulais savoir ce que votre sagesse avait à m'appor-ter en échange de ma vie qu'elle a si bien détruite. vous me l'auriez dicté. GUIDO. tout au moins les meilleurs. de justice.. ses soldats m'appar- tiennent.. par- 1 donner et pleurer!. SCÈNE PREMIÈRE 81 lement irréparable T. Eh bien! non! C'est trop peu!. Enfin ! ce n'est plus l'heure des paroles mielleuses.. accepter..

.. juge son propre père. sinon s'oublier. somme toute héroïquement égarée. Elle a été trompée.. Il y a ici un homme dont la et seule mission était d'être le guide et le soutien d'un noble et grand bonheur. Mon conseil était bon.. dans un monde un moment renversé. Et puisque je m'en . la faute est toute à moi. voici : Vanna. C'est bien. Vous avez bien jugé selon votre conscience. puisque je ne pre- nais point part au sacrifice. Mon maudissez-moi pourvu que vous lui pardon- fils.... MARCO.. Ils ne lui reviendront qu'après qu'ils auront lait ce que j'ai le droit d'exiger à mon tour... le chasse de sa présence.. quand il ne sera plus.. je comprends que ma vue vous serait douloureuse. le méprise et le haitl. y eut à vos yeux une faute impardon- S'il nable dans un acte héroïque qui sauva tant de vies. le maudit. et je reprends mon bien... ceci peut..82 MONNA VANNA recrutés et payés de ma bourse. Je ne lui dois plus rien. il y a quelqu'un que je ne verrai plus sans Mais honte sans horreur. le renie. vous ne me verrez plus.. mais il était facile. Pour le reste.. je lui par- donne ou lui pardonnerai.... comme j'aurais jugé si j'avais moins d'années.. elle s'est affreusement. Aujourd'hui qu'il m'en- lève ce qui m'est le plus cher. et vous allez voir cette chose effrayante et juste cependant : un fils qui. mais. Je m'en vais... niez. peut-être s'évanouir si loin dans le passé. que l'amour qui le cherche ne le retrouve plus.. l'héroïsme est aux autres.. mon enfant...... On s'est odieusement joué de sa pitié et de sa grandeur d'âme. Il en est devenu l'ennemi et la ruine. il me semble meilleur. mais j'espère vous revoir sans que vous me voyiez.

.. SCÈNE PREMIÈRE 83 vais sans oser espérer que je vive jusqu'à l'heure où vous pardonnerez le mal que je vous fis. Qu'il me soit permis de la voir une dernière fois se jeter dans vos bras.... puisque — je pars ainsi. Vannai Vannai Vannai.. Elle est là. on distingue de plus en plus nette* ment les cris mille fois répétés de « Vannai : Vanna! Notre Monna Vannai. le plus vieux. et tous les souvenirs cruels de votre cœur.. puisqu'il n'a plus que quelques pas à faire pour qu'on le soulage du far- deau. Cest d'abord t Vattente murmurante^ puis les acclamations en- core éloignées d'une foule qui se déplace. durant les dernières 'paroles de Marco^ on entendait s'élever au dehors un bruit confus et puissant.). et qu'il n'en reste point-pour celle qui va venir..... ce bruit augmente se rapproche^ se précise.. sans que rien me demeure qu'on me puisse envier. ... que du moins je sois sûr d'emporter toute la haine et toute la rancune. car je n'ignore — pas. Je ne vous ferai plus qu'une seule prière.. Bientôt.. MARCO s'élançant vers les portiques qui donnent accès à la terrasse. Ils l'accla- ment I Ils l'acclament I Écoutez 1. (Déjà. C'est Vannai. perçant de toutes parts Vinnombrable et informe rumeur.. ACTE III. a etc.. Gloire à Monna Vannai.. Elle revient I. etc. que le pardon est lent quand on est comme vous au milieu de la vie. Ensuite je m'en irai sans me plaindre et sans vous croire injuste. Il est bon que dans les misères humaines. prenne sur ses épaules tout ce qu'il peut porter .. ayant vécu moi-même. .. Dans le silence qui les suit..

.... La vieillesse. Voyez-vous son visage? . BORSO le retenant. Borso. Non.. mes pauvres yeux trahissent mon amour.. là. On dirait que les pierres.. et regarde au loin. les larmes... La foule est trop épaisse et ne se contient plus.84 MONNA VANNA (Borso et Torello le suivent sur la terrasse.. elle nous a aperçus. Elle approche.... je maudis la vieillesse qui m'ap- prit tant de choses pour me cacher celle-ci!.... dites.. elle regarde et sourit. Où est-elle?.. Du reste. tandis que Guido appuyé contre une colonne^ reste seul. Vanna serait ici avant que vous puissiez.. Oh I la place.. les feuilles et les tuiles se sont chan- gées en hommes!.. Elle relève la tête... Ils écrasent les femmes.... MARCO. les fenêtres sont couvertes de têtes et de bras qui s'agitent 1. Ils ne retrouvent pas le seul être qu'ils cherchent I. la crainte les aveuglent. comment est-elle?. elle est. Elle marche plus vite... ne descendez pas. Mais si vous la voyez... les branches. Mais vous la voyez donc quand je ne la vois pas!.. les rues. Je ne vois qu'un nuage qui s'ouvre et se referme!.... Mais où donc est Vanna?. Pour la première fois.. Durant toute cette fin de scène les clameurs du dehc^s redoublent et se rapprochent rapidement.. ils ren- versent les enfants.. Ah! mes yeux presque morts qui ne distinguent rien!.. c'est inutile..) MARCO sur la terrasse. La vois-tu? De quel côté faut-il que j'aille à sa ren- contre?..

. La foule atteint les grilles.... et les fleurs des grands vases tombent sur les baluslres. les gardes accourent de tous côtés pour barrer les entrées. Ils approchent... SCÈNE PREMIÈRE 85 BORSO.. la foule s'entr'ouvre au-devant de Vanna. Oui. On dirait qu'elle éclaire la foule qui l'acclame. à mesure qu'elle s'avance.. BORSO. I ... Je ne sais.. Ah! je commence à voir!. Heureusement... Ils lui jettent des fleurs... des palmes. Elle revient en triomphe. ACTE m.... MARCO.. pour baiser les pierres que ses pieds ont frôlées. des bijoux. Prenez garde... Écoutez le délire!. On croirait que les dalles et les marches de marbre se lèvent sous nos pieds pour nous emporter tous dans la joie qui déferle!.. Mais quel est donc cet homme qui marche à côte d'elle?...... Je vois qu'elle se divise tout à coup sur la place...... BORSO.. pour lui faire une haie de triomphe et d'amour. Les mères tendent les bras pour qu'elle touche leurs enfants et les hommes se couchent . Son visage est caché.. Nous serons renversés s'ils montent l'escalier... Je vais leur donner l'ordre de re- pousser le peuple et de fermer les grilles s'il en est encore temps..... Tout le palais tressaille. Je ne le connais pas.. TORELLO.. Us ne se possèdent plus.

.. w. mon pauvre et bon peuple !. Borso et Torello. .. monte. (// s'élance pour descendre à la rencontre de Vanna. se jetant dans les bras de Marco.86 MONNA VANNA MARCO..... Prinzi* valle... La foule envahit Vescalier. Qu'importe ce qu'il renverse quand l'amour est si vaste!.. Ils ont assez souffert pour que leur délivrance arrache toutes les bornes!. monte.. j'ai des fleurs pour saluer la vie !. Non.) Moi aussi. Vanna. des lai> riers et des roses pour couronner la gloire! SCÈNE II Les Mêmes. Moi-même. mais Borso et Torello le retiennent. . je suis heureuse. la terrasse.. [Les acclamations deviennent plus délirantes. Ils me retiennent ici. Monte.) VANNA. Ils ont peur de la joie!.. PRINZIVALLE. Vanna! ma Vanna!.. accompagnée de Prinzivalle. Vanna! monte parmi les fleurs! (Courant aux vases de marbre dont il arrache à pleines mains les fleurs quil jette aupiedde Vescalier. Moi aussi j ai des lys.) Monte! mon te... Vanna! plus belle que Judith et plus pure que Lucrèce Monte ! . Est-ce toi que je vois sur la première marche?.. Vanna!. je suis ivre et je hurle avec toi!... Mon père. non! Laissez la joie s'épanouir ici comme elle fait dans leur cœur!. les portiques.ais se tient cependant à une certaine distance du groupe formé par Vanna.. Marco. paraît au haut de Ves-^ calier^ et se jette dans les bras que lui tend Marco sur la dernière marche...... VANNA.

VANNA.. Guido. Et Fliorrible ennemi n'a pas pu enlever un rayon de tes yeux.) GUIDO d^une voix brève ^ stridente et impérieuse... Viens. Laisse-moi regarder à travers nos baisers. mais toi. Vemhrassant étroitement.. Vanna. je reviens pure. et^ s'adressant à ceux qui Ventourent. Mon père.. Attendez tous!.. MARCO. . Te te voici plus radieuse que si tu revenais des sources de ce cielqui chante ton retour!. Celle-ci va parler et faitun mouve- ment four s élancer dans ses bras. et c'est peut-être juste... Guido.... un sourire à tes lèvres.. Il faut que je le délivre avant tous. puisque je te revois!. Laissez-nous I VANNA.Teveux le dire. est là.ron me repousse. Non. et personne ne peut. Et moi ma fille... ACTE HT. pour que mon dernier geste et mon dernier regard vous re- trouvent dans l'amour.. .. SCÈNE II 87 MARCi.. non!. il moi. Viens. je vous dirai. je veux leur dire à tous 1.. (A ce moment^ Guido s'avance au-devant de Vanna.. et je veux le jeter dans ses bras. l'on te pardonne Im magnific[ue faute..... Mais où donc est Guido?.. tune sais pas.. aussi...... mais Guido d'un geste brusque^ Varrêle et la repousse. Il ne sait pas encore.

.. il n'est pas fait pour vous.... Allez-vous-en. [Prenant violemment son père par le bras. qui diS' paraît peu à peu. Moi aussi.. Mais vous ne l'aurez pas. Vous ne me verrez pas pleurer ces larmes-là!. j'ai payé pour vous tous.. S'avançant vers la foule qui a commencé d'envahir la salle et qui recule devant lui. Êtes-vous donc la honte ou la mort qui attendent?. plus seul que dans la tombe.. j'ai d'autres soucis. Mais qu'est-ce . qui restez là comme une statue voilée?.) Et vous?. Vous êtes maîtres chez vous. vous dis-je!.. Qui êtes-vous.. pour que je sache enfin ce que je dois savoir!... qu'on me liisse ma douleur......Ahl je vous comprends bien!.) Faut-il que je vous chasse à coups de hallebarde?. [S'emparant de la hallebarde d'un garde. vous manque un spectacle après la grande Il fête!.. Vous tâtez j'ai la mienne. mais je ne l'em- votre épée?... C'est bien le moins. je pense. Je vous prie de sortir et de nous laisser seuls... qu'attendez- tous encore?.. Borso et Torello. 88 MONNA VANNA GUIDO r interrompant^ la repoussant et élevant la voie dans la colère qui le gagne. je suis maître ici.. moi. et je garde des larmes que vous ne verrez pas.. un seul. Celui-là.. buvez!. ploierai pas à cet usage... Moi. Toi.... faites venir les gardes....) Avez-vous entendu?. N'avez-vous pas compris qu'il faut vous en aller?..) Vous aussi! Vous sur^ tout! Vous plutôt que les autres. [Mouvements silencieux dans la foule.. Allez-vous-en. mangez! Allez-vous- rn. Ah! je veux être seul. [Aper- cevant Prinzivalle qui na pas bougé... vous n'en êtes pas dignes. Elle ne servira plus que contre un homme... . puisque c'est votre faute!. Vous avez de la viande et du vin..) Il en est qui s'attardent?. ne me touche pas encore I.. ne m'approche pas...

. Laisse-moi te parler. attendez!.... VANNA fébrilement. 11 ne m'a pas touchée.. VANNA. Je ne suis pas d'humeur à m'amuser d'un masque..... la nôtre. il n'a pas fait un geste qui ne fussent. sauvée après.. Vous ne répondez pas?... ACTE III. Ne le touchez pas!. Il n'a pas dit un mot. D'un seul mot tu sauras. GUIDO..... D'où vient-elle.... ta parole.. Vanna se jette entre Prinzivalle et lui et Varrête. Ah! ah! Il t'a sauvée!.. (// s^approche pour arracher les voiles. SCENE II 89 que ces voiles qui cachent votre tête?. Quand 11 t'a il était trop tard.. Ahl Vanna?. Je veux voir qui vous êtes.. C'est lui qui m*a sauvée. Laisse-moi te dire. te dis-je! épargnée. Il aurait mieux valu. Guido.. respectée...) VANNA.. GUIDO s' arrêtant^ surpris..... cette force?. Attends que ta colère. Toi.. je t'en supplie.... Il a fait une belle œuvre.. enfin!....... .. J'ai donné ma parole.. Il revient sous ma garde. 11 m'a sauvée.. Vanna!...

il est ton hôte. Ohl ceci tombe enfin comme une rosée....... GUIDO après un instant de stupeur et avec une violence et une exaltation croissantes qui ne permettent pas à Vanna de Vinterrompre. Prinzivalle... Oui.. celui- ci?.. Ohl ceci.. Mais qui est-ce? qui est-ce?......... tu avais raison. Lui?. doucement... Qu'importent les baisers qu'on donne dans la haine !.. Oui. tendrement. GUIDO... Il suivait tes baisers.. chaste des cieux même du ciel!.... Il fallait le conduire au milieu des victimes qui seront ses bourreaux.. oui... ma Vannai.90 MOxNNA VANNA GUIDO. et je comprends enfml. Prinzivalle. Il est notre sauveur... VANNA.. comme un agneau qui suit une branche de fleurs!.. puisqu'il fallait le faire. Il fallait l'amener comme tu sus le faire. .. Qui? celui-là?.. lia confiance en toil. Le triomphe est splen- dide!. Ah! je comprends ta ruse plus puissante que son crime! Mais je ne savais pas.... Oh! Vanna. Une autre l'eût tué comme Judith mit à mort Holopherne... Qui?. Tu es grande et je t'aime. ma Vannai.*. Mais son crime est plus grand que celui d'Holopherne et voulait une plus grande vengeance. VANNA. je n'avais pas prévu. il fallait faire ainsi!.

. GUIDO se dégageant et redoublant ses cris. et plus heureux que ceux qui n'avaient rien perdu Maintenant. là-bas..... Je ne me cache plus et ma honte s'éloigne I.) Prinzivalle! Prinzivalle!.. . Non.. Ahl tu vas le leur dire!. vous devez revenirl. il faut que tout le monde apprenne ce qu'il en coûte d'outrager à ce point notre nature humaine. après l'horrible crime. cela n'eût pas suffi. Ce qui va se passer. ... mais je n'aurais . tu verras. on ne l'aurait pas vu. écoute-moi.. Non. non. si tu l'avais tué. Laisse-moi.. tu avais raison. tu te trompes. C'est le plus grand triomphe que l'honneur d'une femme. {Poussant dans la salle ceux qui se pressent sur la terrasse.... Nous tenons l'ennemi I. 'Courant à la terrasse et criajit à tue-tête.) Maintenant. Guido.. vous pouvez. Non. Je vais sortir d'ici plus pur que les plus purs. Ahl je le savais bien. {Appelant la foul^..... Mais comment as-tu fait?.... il faut que les pierres mômes l'en- tendent et le contemplent!.. ce n'est pas cela. VANNA s'attachant à ses pas et s'eff'orçant de le retenir. seule sous la tente... ACTE III. SCÈNE U 9i Le voici pris au piège. Il y a une justice!. Et vous aussi. vous pouvez acclamer ma I Vanna!.. Oui..... vous aurez un spectacle!.. Je l'acclame avec vous et plus haut que vous tous!. je t'en supplie... comme vous attendiez qu'un dieu surgît enfin pour si réparer le mal que vous avez causé et rapporter la paix Revenez c'est la paix et c'est un grand miracle ! I ! .. un doute fût resté. mon père.) Cette fois.... Il faut qu'ils sachent tous.... Guido... Tout le monde savait l'abominable pacte. dont la tête s'écrase entre ces deux balustres pour épier mon sort.

. Mais puisqu'elle est entrée. Je comptais l'épier des années.. dans les bois.... qui est-ce?. Approchez donc. son messager complaisant.. il n'y a pas de doute. . Nous allons le savoir.) Vous voyez bien cet homme ?.. parlez-lui.. des années!. dans les rues. (Prinzivalle tourne la tête vers Marco^ gui le reconnaît.. Ahl certes. Mais ouï... sur ces marches l. voyez. Il m'a pris par une ruse monstrueuse..) 6UID0. au détour des sentiers. touchez-le.... vou»... c'est Vanna qui Ta fait!. qu'elle est là devant moi^ devant nous. Vous l'avez vu pourtant. Par quel mirach énorme?.. ce u'est plus l'éclatant Prinzivalle mais ma pitié est loin !.. Prinzivalle l. GUIDO. inouïe. Peut- être a-t-il quelque nouveau message?.. bien lui..92 MONNA VANNA pas cru qu'elle dût être si prompte 1. Oui. c'est lui. (A Marco en le prenant par le bras. c'est pour faire son œuvre.. Et voilà qu'elle se trouve tout à coup dans cette salle.... J'allais passer ma vie à la guetter partout. la seule . vous lui avez parlé... MARCO.. {Mouvement dans ta foule.) MARCO.

. qu'il voulait massacrer.. Elle va nous le dire. Mais n'y touchons pas tout de suite.. . Mais il ne vous a pas fait souffrir comme moi...) Vous voilà tous ici. Ah! c'est vraiment trop simple et trop silencieux!... il faut réédifîer!. ce qui est fait est fait et vous aviez le droit . Il faut que ce soit clair.... N'avais-je pas le droit de promettre un miracle!.... Judith tue Holopherne.. Je ne maudis personne.. il est à vous. Vous l'aurez tout à Fheure..... SCÈNE ÏI 93 chose au monde que je ne pusse donner. qu'il a tant fait souffrir. Il ne faut pas qu'un miracle contraire nous l'enlève!. il est à nous... me demander ici la seule récom- pense que je puisse accorder.... Eh bien! Vanna l'a fait. Elle a trouvé bien mieux que Lucrèce ou Judith!. regardez- le... et vous l'aviez vendue.. de préférer la vie à mon pauvre bonheur.... vous serez témoins.. Cet homme a pris Vanna. Mais fermez bien les portes!. il est à moi.. Vanna ne tue personne dans une tente close. mais elle amène ici l'holocauste vivant.. Mais qu'au- riez-vous trouvé pour recréer l'amour avec ce qui le tue?.... Comment a-t-elle fait?... ACTE III. et Avez-vous bien compris le miracle héroïque?... vous dis-je!.. Ma Vanna nous l'amènepour que notre vengeance efface notre honte!.. l'ho- locauste public.. tous vous l'aviez voulu. Approchez. dont il avait vendu les femmes et les enfants.. 11 n'y avait rien à faire. vous. n'ayez crainte. Vous avez su détruire. Lucrèce s'est tuée..... mes pauvres frères... mené par la justice et par une autre ruse plus belle que la justice. {S'adressant plus directement à la foule.. il ne s'en ira point. Nous le réserve- rons pour de plus longs plaisirs. Et lui-même est venu. C'est nous tous qui allons effacer l'infamie où nous avons pris part.. c'est lui...

Je n'irai dans tes bras que lorsque tu sauras. Je te parle à présent au nom de notre vie. l! ! y va. non... Ah! je suis bien heureuse que tous soient revenus!.. bonheur que ceux-là qui t'égarentl. Écoute-moi. pas encore!. mais aujourd'hui je dis la vérité profonde. non... celle qu'on ne dit qu'une fois et qui tue ou fait vivre. VANNA. non. GUiDO V interrompant et la pressant encore.. Guido.... Guido. Que d'abord je t'embrasse...94 MONNA VANNA VANNA. plus jamais si tu ne m'entends pas Écoute-moi. Non. cette d'un honneur plus réel et d'un autre fois. ils comprendront peut-être avant que tu comprennes. GDIDO interrompant Vanna et s'approchant d'elle pour Vembrasser.. Oui..... Sois capable de croire .. et regarde-moi donc si tu ne m'as pas vue jus- qu'à cette heure-ci.. de tout ce que je suis. Je saurai.. mais c'est tout autre chose!. Écoute-moi. non. Je n'ai jamais menti. de tout ce que tu m'es.... afin que tous appren- nent.. la première et la seule où tu puisses m'aimer comme je veux être aimée. Guido. Ils m'entendront peut-être avant que tu m'entendes.. mais avant tout je veux. je vais vous le dire. Écoute-moi... te dis-jel. je saurai. VANNA le repoussant avec force.. Non.

) Ainsi..... Ce n'était qu'un éclair. Oui. Je ne lui ai donné qu'un baiser sur le front .. Non!. VANNA. serais sortie de la maison d'un frère... Pourquoi^ ... Il Il ne m'a pas touchée et je sors de sa tente comme je . Il ne Va pas touchée. pouvait tout.. à présent. quand il t'a eue presque nue... Vanna. Gel homme ne m'a pas prise. J'avais cru que le trouble et l'ivresse de l'hor- reur... sous sa tente... Sur le frontl.. j'avais déjà. VANNA avec force. ne t'a pas embrassée?. GUIDO... GUIDO.. ACTE III.. SCÈNE II 95 ce qui. je n'avais pas pris garde.. Ai-je donc . aux pre- C'était là le miracle mières paroles. {D'une voix subitement plus calme. cet homme ne t'a pas prise?.. GUIDO.. Mais je vois.... Regarde-moi. Ahl donc cela que tu devais nous dire. et seule. entendu quelque chose qu'on ne com- prenait pas. Parce qu'il m aime. puisqu'on m'avait donnée. qu'il faut y voir plus clair.. VANNA... toute la nuit. c'était I.. et il me l'a rendu..n'est pas croyable.. GUIDO. oui.

5^^ qu'il fait une chose qu'on n'avait jamais faite.. Je ne veux pas encore nous perdre sans retour.. La vérité se trouve dans nos cris de dou- leur et notre désespoir. grand Dieu!. qu'il se perd bassement.. — Quoi! un homme te désire à ce point qu'il trahit sa patrie.. car . VANxNA.96 MONNA VANNA Tair d*un homme qui croit que les étoiles sont des grains d'ellébore et qu'on éteint la lune en crachant dans un puits!..... il faut être juste et* ne pas le faire croire!. Depuis quelle aventure.. ou si c'est le délire de cette horrible nuit qui renverse ta raison ou la mienne... et de m'anéantir dans une angoisse telle que j'en sors presque fou et vieilli de dix ans?..... Mais ce n'est pas ainsi qu'on exige et prépare un baiser sur le front!. La vérité... GUIDO. Ce n'est pas le délire. Ah s'il n'avait voulu qu'un baiser sur le front.. qu'il vend tout ce qu'il a pour une seule nuit qu'il se perd pour toujours. seule et nue sous sa tente. Je ne vois pas ton but...... je ne juge pas... se moquer trop longtemps du malheur. S'il demandait oela. cet homme-là se contente d'un baiser sur le pour front et s'en vient jusqu'ici nous Non. qu'avait-il donc besoin de plonger tout un peuple dans une pareille nuit. Ah! je ne veux pas dire. qui n'a que celte nuit qu'il achète à ce prix.. et se rend à jamais le monde inhabitable Quoi! l'homme qui te ! tient là. ! il eût pu nous sauver sans nous torturer tant!..... Mais il faudrait pourtant qu'elle fût presque humaine I. c'est la vérité.. Non. Il n'avait qu'à venir comme un dieu qui délivre. Ah! je ne cherche qu'elle!..

... Je — ne sais pas pourquoi elle nous parle ainsi. Ahl moi.. mais toi. Et moi. (Interpellant la foule.. ACTE m...... Ceux que tu as sauvés reculent devant le rire qui remplirait la salle... écoute-moi....... Ma voix n'est plus la môme. Ceci brise les forces... les autres! Oii sont-ils ceux qui croient?..... [Marco sort seul de la foule où Von n'entend que quelques murmures timides et indistincts... ceux même qui murmuraient n'osent pas se montrer. puisque je t'aime. la — croyez-vous?. Mais que les autres jugent et répondent pour moi!. et vous allez juger. VANNA. GUIDO...) — Avez-vous entendu?...) MARCO s'élançant au milieu de la scène.. {A Vanna. — Mais les autres.. Non. SCÈNE II 91 cest ma propre cause et je n'y vois plus clair... Ma colère est tombée.) — Les as-tu entendus?. et je suis 9 . Mais ce qu'elle dit est dit. Que tous ceux qui la croient sortent donc de la foule et viennent jusqu'ici donner un dé- menti à la raison humaine!. vous devez la croire puisqu'elle vous a sauvés! Dites... GUIDO Vous êtes leur complice!. Je la croisl. non. puisque tu m'aimes. Vous. moi je devrais.. je dois être la dupe!. Je voudrais les connaître et voir comme ils sont faits!. Eux ne doivent pas me croire .

je regarde.. Cet homme ne m'a pas prise. Oui. Non.. A présent il le faut. tout ce que je te dois dans ce dernier regard... A quoi bon la cacher Vanna? il est trop tard. Mais ce n'est pas . Je ne sais pas encore... A présent..... Je comprends maintenant. que je n'ose pas l'étreindre... faut bien Vanna.... Je ne sais ce qu'une nuit apu faire d'une femme que j'avais tant aimée. c'est bien. GUIDO... ou plutôt c'est l'amour. Tu voulais le sauver...... Un mot peut le détruire. Dans de pareils moments. c'est autre chose qui va la rem- placer.. Guido. j'aurais dû attendre que nous fussions bien seuls.... Je n*ai plus qu'un espoir.. c'est la vérité.. Tu ne m'en voudras pas. Oui.... Ce n'est pas la pudeur.. Il ne me reste rien.. pour saisir ce qui reste de mon triste bonheur.....98 MONNA VANNA tout à coup comme un homme qui^vieillit. — Tu n'oses pas leur dire que le monstre t'a prise. hélas! et les autres la savent. Je cherche.. Tu comprendras aussi..... je sais tout.. la raison ne sait plus.. Mais je la sais. et pour- tant il que l'angoisse le hasarde. VANNA. mais c'est la vérité.. Regarde-moi.... — j'ai eu grand tort de rappeler la foule avant que de savoir. — Je mets toute ma force.. Tu m'aurais avoué l'immonde vérité.. je tâtonne en moi-même.. Bien... J'oubliais la pudeur qui ne pouvait parler....... Ma colère ne vit plus. c'est très bien. Il me semble si frêle. non. il faut que la pudeur triomphe d'elle-même. la folie. La vieillesse.. toute ma loyauté.

. GUIDO.. Ma voix n'a plus sa force. réponds-moi. 11 est certain qu'ils s'aiment. Ouvrez-vous devant eux et jetez- leur des fleurs si vous le désirez.. — Vous voyez cette femme et vous voyez cet homme ?.. sans outrage.. {Se rapprochant des gardes leur désignant Prinzivalle. ACTE JII.. pourvu que cette femme me dise la vérité qui est la seule possible et qui est la seule chose que j'aime encore en elle et qu'elle me doive enfin pour ce que je lui donne. — n'y a plus rien à Il — Maintenant je m'éveille. vous tous I C'est la dernière foisl.. VANNA J*ai dit la vérité. Vanna? Cet homme t'a-l-il prise?.. dit.. — Oui ou non... vous avez — Vous l'avez condamné.. Il me reste une minute avant que m'es mains s'ouvrent.. Il ne m'a pas touchée. — Ils en sont tous témoins. M'entendez-vous encore?.. de mon consentement.) et — Cet homme m'appartient prenez-le. Cest bien. — As-tu com- pris. c'est tout ce que je veux.>.. Je vais faire un serment!. et ils emporteront tout ce qu'il leur plaira. Approchez.... s'il le faut..... J'en ai fait le serment.. .. SCÈNE II 99 ainsi qu'il fallait le sauver..) — Écoutez-moi..descea- : liez-le .. Ce n'est pas une éprieuve et ce n'est pas un piège... : — ront d'ici. — Eh bien! n'oubliez pas .. faire. chaque mot avec autant de soin que l'on je pèse pèse un remède au chevet d'un mourant Ils sorti.. Ils iront où l'amour conduira leur délire... librement.. sans subir aucun mal. Je me retiens encore au bord de quelque chose qui n'aura pas de fond.. 'je ne veux pas la perdre. [Élevant la vvix....

) Donnez-moi donc les cordes..) — Tais-toi! ~ Il nous sauve! Tais-toi. Il n'appartient qu'à moi!. — J'y descends avec vous.. bassement. VANNA...) Taisez. il nous unit!. Lâchement. tandis qu'elle lui lie les mains. (A voix basse.. [S'adressant à la foule. Je veux que mes mains seules!.. PRINZIVALLE s'e/forçant de couvrir sa voix.) Il m'implore à voix basse!. Non! nonl 11 est à moi!....... Il m'a eue!. à Prinzivalle.100 MONNA VANNA dez avec lui jusqu'aux derniers cachots qui sont sous cette salle. Maintenant que ma haine a trouvé son issue. Il m'a prise!. )U3iipeuT\>... et je viendrai vous dire la dernière vérité que ses dernières paroles révéleront bientôt. Nous fuirons.... Je te délivrerais!... [Découvrant le visage dePrin- .. Elle ment! Elle ment! Elle ment pour me sauver. {Ecartant les gardes.... Je serai ta gardienne!. [Criant comme si elle voulait forcer Prinzivalle à se taire... Laisse-moi t'enchaîner...) Vous ne le verrez plus. vous autres ! Ne pre- nez pas ma part!. [S'approckant de Prinzivalle comme pour lui lier les mains.vous !.. mais aucune torture.... VANNA se jetant au milieu des gardes qui saisissent Prinzivalle... [A Vanna.. c'est moi qui le garrotte et c'est moi qui le livre!. je t'aime!. les chaînes et les fers!.. Je t'appartiens.. il m'a prise! il m'a prise!.. J'ai menti! J'ai menti! Il \n'a prise! Il m'a prise!.) Écartez-vous.. {Se tournant vers le peuple.. Taisez vous!.....

c'est maintenant. SCENE II lOi zivalle. {D'une voix plus calme et plus assurée. On ne sait ce qu'on fait..) Non. non. laissez-le moi! — C'est ma parti C'est ma proie! Je la veux pour moi seule!. Je me serais vengée toute seule. {Voyant que les gardes lui!. Lorsque j'allais là-bas. Mais les choses arrivent.. prendre. L'idée que j'ai suivie n'était pas aussi belle..... Pourquoi as-tu menti?. J'ai eu ! peur de l'amour et de son désespoir. je n'ai pas eu l'idée que tu as dite...) Regardez ce visage!.. oui... oui. dans l'ombre. II est font unmouvement pour emmener PrinzivaUe.. lentement. tu vois bien? peu à peu. .. Je voulais le mener à une mort cruelle. VANNA hésitant et cherchant les mots..) Non...) J'en ai le signe aussil... Le voile est déchiré! Tant pis douleur pour ta puisque tu l'as voulu.. Bien. sais....... je l'aurais fait mourir. {Entr'ouvrant son manteau sur son épaule ensanglantée. Maintenant.. mais t'aimait davantage. non... Je ne ne voulais pas dire. je n'y pensais pas.. On ne voit pas d'avance... mais je voulais aussi que l'ignoble mémoire de celte ignoble nuit ne pesât point sur toi jusqu'au bout de nos jours. ACTE m..... c'est hideux et lâche!.. GUIDO. tu le veux.. Il porte encojv les marques de cette affreuse nuit!.. Gardez-le Tenez-le I. l Vous voyez qu'il veut fuir!... tu vas savoir.. tu vas com- Oui.. Je Écoute.. — non.. Ah j'ai eu peur de toi. Je vais te le dire. L'horrible nuit d'amourl Regardez-le.... Je ne l'ai pas conduit au milieu des bourreaux pour nous venger ensemble. Oui... Pourquoi est-il venu?.. J'ai menti.....

.. » Ahl il m'aurait suivie jusqu'au cœur de ..... Tu n'aurais jamais su J'affreuse vérité.. Quand on montre la vie. Il fallait l'amener en l'ornant de baisers comme un agneau docile.... Voici ce que j'ai fait cet : homme m'a donc prise... je le confesse.. qu'en voyant cette image tu ne pusses plus m'aimer...102 MONNA VANNA usqu'à ce que son sang... Vannai.. que je dise tout et Il faut vous serez mes juges. en tombant goutte à goutte. il faut comprendre aussi. je 'aime!..) Puisque nous en sommes là. bassement.. ils croient que c'est la mortl Quand on leur tend la mort.. Ils adorent le mensonge I... Le voilà dans mes mains *ïtii ne s'ouvriront plus!... Mais tu vas tout apprendre. Il est juste qu'on les trompe I..... lâchement.. Ah! les hommes sont fousl. Ah! mon beau Prinzivallel Nous aurons des baisers comme on n'en a pas eul GUiDO s" approchant.! Il m'a crue tout de suite lorsque je lui ai dit : « Prinzivalle. Alors. Mais il m'a désarmée.. ils la pren- nent pour la vie!..... Il a cru mon sourire. J'étais folle. Il était plein d'espoir.... j'avais trop demandé. j'ai entrevu une vengeance plus profonde et je lui ai souri.. c'est moi qui l'ai pris!.. J'ai voulu l'impossible.. 5ût effacé son crime. J'ai voulu le tuer et nous avons lutté... et puis- qu'il n'est plus temps d'épargner notre amour.. {S'adres- tant à la foule. je le sais... J'ai craint. Il avait cru me prendre et..... comme je vous l'ai dit. Regarde-le de près!.. VANNA. Le voilà dans sa tombe et je la scellerai!. et Taffreux souvenir ne se fût pas dressé entre nos chers baisers.

il m'appartient!..) MARCO très vite et à mi-voix. Je le veux. c'est ma part...) Adieu.. {D'une voix haletante. que l'ombre d'une injure n'effleure pas sa face. [Se tournant vers Guido..... J'ai compris ton men- songe.. Rends-moi donc mes baisers!. et je la veux intacte !. Que personne n'y touche!.. Tu as fait l'impossible.....) Mon père. Guido. Et j'en aurai la clél.. Que l'on trouve un cachot.. .. un cachot si profond que personne ne puisse.) Prenez garde.... Seigneur! il est à moi devant Dieu et les autres!. il est à moi et vous en répondez!. Je porte trop de joie!....... ACTE III. mon Prinzivalle........ C'est ma part. {Elle chancelle et se retient à une colonne. Maintenant..) Mon père.) Gianello.. comme tout ce que l'on fait... j'ai compris. chancelle et tombe dans les bras de Marco^ qui t'est précipité pour la soutenir... C'est le gain de ma nuit et c'est un gain splendide!..... Ah! nous nous rever- rons!. je t'aime!.. je tombe!. {Regardant Marco fixement. pour qu'il me soit rendu tel que je vous le donne!.. (On emmène Prinzi- valle..) Mon père. Oui..... Et j'en aurai la clé!. c'est mon homme!. {Tandis que Guido se trouve au milieu des soldats qui emmènent brutalement Pj^inzivalley Vanna pousse un cri. Qu'on l'em- mène avant que.. C'est juste et très injuste... Vanna. vous comprenez?. je vous le donne jusqu'à ce que mes forces. Vous êtes son gardien. {Fai- sant un pas vers Marco.... Je la veux tout de suite!. (Elle ment Prinzivalle. tandis qu'il se penche sur Vanna qu'il soutient. Je l'embrassais aiinsi. Et la vie a rai- .. je l'aurai !.) Il me les rend encore I... SCÈNE II 103 embrasse ardem l'enfer!.. Ah! le rire est trop près d'une pareille horreur!. Ce sont ceux-ci qui comptentl.

. Je n'aijamais douté...... elle t'appelle.. c'est fini. C'était un mauvais rêve. elle se réveille... Afin que personne autre.. Vannai.. [AppeAanl Guido.) Guido. Ma Ma Vanna.... GUIDO accourant et prenant Vatina dans ses bras. Je la veux pour moi seule. puisqu'on ne nous croit pas. VANNA ouvrant les yeux. . "'^anna.... afin que je sache bien.. 1.. Où est-il?. je sais... Le beau.'104 MONNA VANNA son.Reviens à toi... Il faut mentir encore. Maintenant. Mais donnez-moi la clé. Maretheux... Guido.. — L.. Oui. Il ne faut pas que d'autres. rue Cassette. d'une voix très faible.. va commencer.. RIDEAU Paris.. Les gardes vont venir. VANNA. Le beau va commencer. Elle sourit...... Ils te la remettront. Celait un mauvais rêve.. et tout va s'oublier dans la bonne vengeance........ réponds-moi... imprimeur. GUIDO.. La clé de sa prison..

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2 PLEASE DO NOT REMOVE CARDS OR SLIPS FROM THIS POCKET UNIVERSITY OF TORONTO LIBRARY kl Àfi^iéik^Oi'ilTlHVs^ 'V ^m . Maurice 2625 Monna Vanna A5M6 1904 cop.PQ Maeterlinck.

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