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SECTION 4

La reprŽsentation de la forme urbaine
4 ff

4.1 Introduction
Une caractŽristique fondamentale de notre sociŽtŽ de l'information tient dans l'usage
croissant d'artefacts purement visuels, en tant que mode d'expression et de
communication privilŽgiŽ. Qu'il s'agisse de tŽlŽvision, de presse Žcrite ou d'Internet, tous
ces mŽdias sont caractŽrisŽs par un couplage de plus en plus Žtroit entre ces deux grands
types de "langages" que sont le langage verbal d'une part (textes, commentaires oraux
etc.) et le langage visuel d'autre part (ic™nes, images, graphiques etc.). Or, malgrŽ la
consŽcration actuelle de l'image, on constate que les fonctions logiques et exploratoires
du graphique restent dans le m•me temps assez nŽgligŽes. La rŽgulation morphologique
se conforme sans aucun doute ˆ ce constat gŽnŽral. Si on observe aujourd'hui un recours
croissant aux schŽmas et aux graphiques dans les nouveaux r•glements urbains (cf.
section 2), le statut de ceux-ci est tr•s souvent illustratif. Ils restent strictement
subordonnŽs au texte Žcrit qui sembler constituer le seul support fiable de
l'argumentation.

Une telle attitude revient ˆ nier les fonctions d'interprŽtation, d'analyse et d'exposition
du langage visuel, alors que nous savons par ailleurs que celui-ci peut Žtendre
considŽrablement nos facultŽs sensorielles et logiques. Ainsi, des intentions urbaines
complexes Ð comme lÕintŽgration ou le respect de lÕŽchelle, par exemple Ð pourraient en
quelque sorte •tre testŽes et validŽes par la prŽparation de reprŽsentations sŽlectionnŽes
dÕun projet donnŽ et par le dŽbat concernant celles-ci. C'est dans cet esprit que sont
souvent prŽsentŽs les prŽtendus avantages des rendus informatiques dans le cadre de la
rŽgulation morphologique. Ceux-ci constitueraient, d'apr•s certains auteurs, une rŽponse
fiable ˆ la demande dÕun processus de dŽcision plus objectif et plus transparent en
mati•re de morphologie urbaine. D'autant que les techniques informatiques actuelles sont
supposŽes amŽliorer grandement lÕobjectivitŽ de ces reprŽsentations, Žtant donnŽ leur
prŽcision, leur exactitude mathŽmatique et leur apparente impartialitŽ. Et de fait, le soi-
disant rŽalisme des perspectives gŽnŽrŽes par ordinateur a ŽtŽ progressivement renforcŽ
gr‰ce ˆ de nombreux perfectionnements techniques, tels que le rendu des ombrages, des
brillances, des transparences, des couleurs etc. Dans la foulŽe, certains auteurs voient
maintenant dans la rŽalitŽ virtuelle une technique permettant d'inflŽchir le phŽnom•ne de
NIMBY241.

241
GOODFELLOW D. (1996), ÒCollaborative Urban Design through Computer SimulationsÓ,
Communication at the School of Urban and Regional Planning, University of Waterloo.

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Nous proposons de rŽexaminer de mani•re critique l'engouement actuel ˆ produire de
telles images vŽristes de sc•nes urbaines virtuelles. Il semble gŽnŽralement reconnu que
plus ces images seront rŽalistes, mieux ce sera pour le processus de prise de dŽcision242.
"Depending on the type of representation used, the experience of the environment will
shift. The better it responds to the future experience of the real environment, the higher
the value of the method as a predictive tool will be."243 De telles affirmations soul•vent
la question suivanteÊ: les rendus informatiques sont-ils des reprŽsentations objectives ou
pasÊ? On parle de subjectivitŽ d'une reprŽsentation lorsque son auteur est confrontŽ ˆ
des choix, qui nŽcessitent une forme de jugement, lui-m•me basŽ sur une interprŽtation
personnelle de la rŽalitŽ. Selon cette dŽfinition, les rendus informatiques paraissent
fortement subjectifs pour trois raisons principales.
• DÕabord, il faut reconna”tre que tout rendu architectural, quÕil soit rŽalisŽ ˆ la main ou
sur ordinateur, s'apparente ˆ un exercice de conception en tant que tel. "Composing
a scene, choosing and positioning light sources, selecting the colours and texture of
surfaces, fixing the context and determining the rendering style all deserve skilled
judgement."244 En effet, lorsque lÕon parle de rendus informatiques, des expressions
telles que composer, retoucher, mettre en Žvidence sont tr•s frŽquemment utilisŽesÉ
• Le mod•le virtuel tridimensionnel d'un projet et de son environnement (ŽlŽments
b‰tis, terrain, vŽgŽtation etc.) constitue un deuxi•me vecteur de subjectivitŽ. Par
dŽfinition, un mod•le est toujours caractŽrisŽ par une certaine simplification et une
interprŽtation du monde rŽel. Cette r•gle ne se dŽment pas dans le cadre des mod•les
informatiques tri-dimensionnels. Que ce soit pour des raisons d'Žconomie matŽrielle
(dŽlai et puissance de calcul) ou, plus important, humaine (temps et Žnergie
consacrŽe ˆ la modŽlisation), ceux-ci exigent d'opŽrer des choix quant aux ŽlŽments les
plus pertinents d'un projet et de son environnement, le niveau de dŽtail ˆ adopter
pour ces diffŽrents ŽlŽments etc. Ces choix, subjectifs, peuvent contribuer ˆ rendre la
sc•ne famili•re, lisible ou impressionnante, par exemple.
• Enfin, nous contestons le caract•re objectif et exclusif de la construction perspective.
Plut™t que la "construction lŽgitime", elle appara”t, ainsi que lÕa soutenu
Gombrich245, comme un artifice consensuel, partie intŽgrante de notre Žducation
culturelle. Au delˆ des questions de rendu et de modŽlisation, c'est de la construction
perspective, exploitŽe par la plupart des outils de rendu informatiques, dont il sera

242
Voir par exemple : SARJAKOSKI T. (1998), ÒNetworked GIS for Public Participation in Spatial
Planning and Decision-MakingÓ, Proc. of the International workshop on Groupware for Urban
Planning, Lyon, Feb. 4-6. VICO F., OTTANA M., ÒGroupware for Urban Planning: an Italian
PerspectiveÓ, Proc. of the International workshop on Groupware for Urban Planning, Lyon, Feb. 4-6.
243
RAHMAN O.M. (1992), ÒVisual quality and response assessment: an experimental techniqueÓ,
Environment and Planning B: Planning and Design, vol. 19, pp.689-708, page 691.
244
MOORE G. (1991), ÒArchitectural rendering - A role for computersÓ, Architects Journal, vol. 194,
n¡13, 25 September 1991, pp. 45-51, page 51.
245
GOMBRICH E.H. (1971), L'art et l'illusion. Psychologie de la reprŽsentation picturale, Gallimard,
Paris, 385 p. (trad. de l'ouvrage paru en anglais en 1960). L'auteur mentionne l'exemple du p•re de cet
artiste japonais (Yoshio Markino) fra”chement immigrŽ en Europe, et qui, face ˆ une perspective d'une
bo”te consid•re qu'elle n'est pas droite, et qu'elle para”t plut™t tordue. Quelques annŽes plus tard, face au
m•me croquis, mais cette fois acculturŽ ˆ la perspective, il revoit son jugement et s'Žtonne m•me de sa
remarque antŽrieure (cf. pages 227-228).

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ici question. Nous considŽrons en effet que celle-ci prŽsente certaines limites
fondamentales, liŽes ˆ ses principes issus de la Renaissance. Il s'ensuit que toute
perspective est subjective dans la dŽfinition de son cadre, rŽgi par une direction de
vision prŽcise et un angle dÕouverture donnŽ.

Nous nous inscrivons ici dans la foulŽe des travaux de Panofsky qui, dans une Žtude
fondamentale parue en 1927246, devait mettre en Žvidence le relativisme de la
construction perspective sur base d'une analyse iconographique inŽdite, et intŽgrant,
pour mieux les contraster, des reprŽsentations issues de l'antiquitŽ romaine, du moyen
‰ge et de la renaissance. Notre position se distingue nŽanmoins de celle de Panofsky, en
ce sens que l'auteur dŽfendait avant tout l'idŽe d'un relativisme historique de la
perspective (la perspective comme forme symbolique caractŽristique de la Renaissance).
Il soutenait toujours la possibilitŽ d'une reprŽsentation objective de la perception
visuelle, basŽe sur l'image rŽtinienne247. Notre position consiste ˆ considŽrer toute forme
de projection de l'espace 3D vers un support 2D comme relative, dans la mesure o• elle
est nŽcessairement caractŽrisŽe par un domaine de validitŽ (notion d'homomorphisme).
En d'autres termes, nous rejetons l'idŽe de l'existence d'un mode de projection universel,
exact ou lŽgitime. Toute projection implique une part de subjectivitŽ dans le choix de son
domaine de validitŽ. Les rendus informatiques actuels permettent, au mieux ou au pire,
de dissimuler cette subjectivitŽ derri•re une fa•ade vŽriste : la perfection d'une
perspective ne dŽpend-elle pas de sa facultŽ ˆ "dispara”tre" de notre regard, comme s'il
s'agissait littŽralement d'une fen•tre transparente ? Une telle qualitŽ laisse peu de place ˆ
la rŽfutation ou ˆ la critique. Nous considŽrons de ce fait qu'elles sont plus aptes ˆ
sŽduire qu'ˆ convaincre.

Ceci ne diminue en rien notre intŽr•t pour les langages visuels en tant que mode
d'expression et de communication dans le cadre de la rŽgulation morphologique.
Simplement, nous pensons quÕun dŽbat pluraliste, contradictoire et motivŽ requiert une
base rationnelle, qui puisse •tre partagŽe par tous les acteurs du dŽbat. Sans quoi, la
communication serait strictement limitŽe ˆ un jugement personnel du type "jÕaimeÊbien",
"je nÕaime pas". Dans cette optique, la capacitŽ d'un mode de reprŽsentation ˆ exprimer
les positions personnelles de chaque participant, de mani•re intelligible pour les autres,

246
PANOFSKY E. (1965), La perspective comme forme symbolique, Les Žditions de Minuit, Paris, 1965
(trad. fr. de lÕouvrage paru en 1927). Voir Žgalement l'article sur la perspective de Marisa Dalai Emiliani,
dans l'EncyclopŽdie Universalis, pour un exposŽ succinct des grands courants de pensŽe en la mati•re.
247
"(É)l'image rŽtinienne, indŽpendamment de l'Ç interprŽtation È psychologique ˆ laquelle elle est
soumise et de la rŽalitŽ du mouvement oculaire, montre, dŽjˆ de son propre fait, les formes projetŽes non
pas sur une surface plane, mais sur une surface ˆ courbure concave, si bien qu'ˆ ce niveau factuel infŽrieur
et Ç prŽ-psychologique È s'Žtablit dŽjˆ une discordance fondamentale entre la Ç rŽalitŽ È et la construction
perspective (É)" PANOFSKY E. (1965), La perspective comme forme symbolique, op. cit., page 44. La
rŽfŽrence ˆ l'image rŽtinienne est absurde dans la mesure o• ce ne serait plus le monde qui serait
reprŽsentŽ, mais l'image telle qu'elle se forme au fond de l'Ïil, ce qui devrait normalement conduire ˆ
reprŽsenter tous les objets retournŽs de haut en bas. En outre, le rŽalisme de la perspective n'est pas ˆ
chercher dans sa conformitŽ avec nos sensations, mais dans son aptitude, plus ou moins culturelle, ˆ
reproduire ces sensations comme s'il s'agissait du monde rŽel. GOMBRICH E.H. (1971), L'art et
l'illusion. Psychologie de la reprŽsentation picturale, op. cit. DAMISCH H. (1993), L'origine de la
perspective, Flammarion, 474 p.

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4-6. Celui-ci devra •tre fondŽ sur des pratiques dÕargumentation plut™t que sur lÕillusion. Les instruments dÕoptique fish-eye. pour une discussion plus dŽtaillŽe : DUPAGNE A. Laurini (ed. 248 Voir.1). nous devons. Une telle vision ne tient pas compte du fait que la photographie est elle-m•me basŽe sur des principes gŽomŽtriques provenant de la perspective.1 DŽfinition ontologique de la perspective Sur le plan technique. of the International workshop on Groupware for Urban Planning. Proc. d'une part. Nous nous proposons donc de revenir bri•vement sur la question de la dŽfinition de la perspective. Ses dŽformations optiques sont corrigŽes afin de reproduire la reprŽsentation consensuelle. la prendre pour une preuve scientifique de la validitŽ de la perspective constitue indubitablement une forme de tautologie249. mais pas le seul. tant dans ses principes gŽomŽtriques que philosophiques. qui refl•tent partiellement la variŽtŽ des projections gŽomŽtriques. Certains pourraient penser quÕune telle discussion de la construction perspective nÕa plus de raison dÕ•tre d•s lors que la photographie a Žtabli lÕexactitude scientifique de ses principes essentiels. 249 Il existe par ailleurs une grande variŽtŽ dÕinstruments dÕoptique. nous considŽrons que la construction perspective prŽsente des limites intrins•ques. Afin dÕen expliquer les raisons. 138 . Il s'agit d•s lors de dŽvelopper un instrument de communication morphologique fiable et "externalisŽ". (1998). par exemple. 4. d'autre part. TELLER J.2. "Spherical projections as a communication instrument for morphological decision-making in urban design".. Dans ce sens. in R. Lyon. Feb. et ce.2 Critique de la perspective traditionnelle Comme nous venons de le signaler. tout dÕabord. Ce qui signifierait que la reprŽsentation objective du monde visuel serait rŽsolue une fois pour toutes. donnent un angle de vue complet de 180¡.constituera un aspect essentiel de sa qualitŽ. examiner bri•vement le processus et le contexte historique. 4. qui ont favorisŽ son acceptation comme le mode de reprŽsentation visuelle dominant jusqu'ˆ nos jours.). un plan situŽ ˆ une distance D de lÕÏil de lÕobservateur et perpendiculaire ˆ la direction de vision (figure 4. Cet exposŽ introductif va nous permettre d'identifier ce que nous considŽrons comme deux lacunes importantes de la perspective et nous pourrons ensuite mieux dŽfinir ce que nous attentons d'un instrument de communication visuelle dans l'optique d'une application ˆ la rŽgulation morphologique. les lignes visuelles qui relient lÕÏil de lÕobservateur aux points du monde rŽel et. Ainsi lÕobjectif traditionnel de 50 mm est le plus courant. la mŽthode de projection perspective se dŽfinit comme lÕintersection entre. qui devraient inciter ˆ une certaine prudence quant ˆ son application systŽmatique dans le cadre de la rŽgulation morphologique248.

gr‰ce ˆ la gŽomŽtrie dÕEuclide. Une interprŽtation littŽrale de ce thŽor•me posait un probl•me fondamental lorsquÕil Žtait transposŽ ˆ la reprŽsentation du monde tridimensionnel. Par exemple. doit •tre dŽterminŽe non par le rapport de leur Žloignement respectif. cit. la science dÕEuclide se consacrait principalement aux propriŽtŽs optiques. La perspective comme forme symbolique. 139 . FLOCON A. ds PANOFSKY E. op. Si tous les objets devaient •tre reprŽsentŽs sur un plan selon leur apparence visuelle.1 Ð MŽthode de projection de la perspective picturale RamenŽe ˆ cette simple dŽfinition.2 Ð Le paradoxe de la loi dÕEuclide (Illustration tirŽe de Barre et Flocon251) 250 Nous nous rŽfŽrons ici au huiti•me principe d'Euclide. Flammarion. 36 40 36 22 22 14 14 23 27 23 Figure 4. mais par le rapport beaucoup moins discordant des angles visuels sous lesquels on per•oit ces grandeurs. Par consŽquent. inŽgalement ŽloignŽes. Paris. cela signifiait que certaines lignes du monde visuel devaient •tre normalement transformŽes en courbes.. On voit donc que la science d'Euclide menait ˆ une contradiction entre deux rŽalitŽs distinctesÊ: dÕun c™tŽ. Mais cÕest lˆ...2). il a rapidement ŽtŽ Žtabli que l'importance apparente d'un objet Žtait liŽe ˆ l'angle visuel interceptŽ par cet objet250. que se trouvait le nÏud du probl•me. dÕun autre c™tŽ. La perspective curviligne. prŽcisŽment. Ainsi. 251 BARRE A. En effet. 1968. le fait que les dimensions visuelles diminuent effectivement en fonction de la distance et. on pourrait s'Žtonner avec Panofsky du fait que la perspective nÕait pas ŽtŽ dŽcouverte beaucoup plus t™t : les Grecs disposaient dŽjˆ. (1968). les lignes frontales devraient normalement converger vers deux foyers. le fait que les lignes se per•oivent comme des lignes lorsqu'elles sont observŽes en direction frontale. la distance entre deux lignes horizontales situŽes sur un plan frontal ne devrait pas rester constante tout au long de leur projection Žtant donnŽ que lÕapparence des hauteurs verticales du mur devrait normalement diminuer sur le plan (figure 4." Trad. des connaissances mathŽmatiques nŽcessaires ˆ sa formulation. de lÕespace visuel ˆ lÕimage construite. Figure 4. ˆ savoir que "la diffŽrence apparente entre deux grandeurs Žgales. page 60. 220 p. (1965).

mais au travers du tableau. de telle sorte que la notion de support matŽriel du tableau se trouve compl•tement chassŽe par la notion de plan transparent. qui lui-m•me dŽfinit les propriŽtŽs de la visualisation. Le spectateur n'avait alors plus qu'ˆ imaginer quÕil ne regardait pas le tableau. Et le dŽveloppement parall•le de la technique de l'imprimerie devait contribuer ˆ diffuser les principes de la perspective ˆ travers tout le monde occidental. La convergence des lignes frontales dont nous parlions plus haut peut alors •tre nŽgligŽe Žtant donnŽ quÕelle se produit dans l'Ïil m•me. qu'ˆ ce que nous croyons. plus leur importance visuelle tend ˆ diminuer. gŽomŽtrique. ou plus tard du point de distance etc. rŽgie par des lois de lÕoptique. Desargues et Monge). Signalons simplement que la perspective ne serait pas considŽrŽe par ses contemporains comme une Žvolution mineure. lÕespace ne serait plus considŽrŽ de la m•me mani•re. Selon cette dŽfinition. Elle signifiait quÕune peinture nÕŽtait plus une reprŽsentation sur plan dÕobjets en trois dimensions. Partant dÕune approche compl•tement diffŽrente. le tableau reproduisait scrupuleusement le phŽnom•ne optique observŽ dans le monde rŽelÊ: plus les lignes sur le papier sont ŽloignŽes de lÕÏil de lÕobservateur. les propriŽtŽs fondamentales dÕune perspective sont les suivantes : les droites sont projetŽes comme des droites dans le plan. sur lesquelles seront basŽes diffŽrentes mŽthodes de construction (mŽthode du carrŽ de base d'Alberti. selon lui. Le foyer de toutes les lignes situŽes sur des plans horizontaux est situŽ sur une ligne horizontale passant ˆ travers la projection du point de vue. Ainsi. Ë partir de ce moment.La contribution dŽcisive de Brunelleschi ˆ ce probl•me devait consister ˆ fixer. et la perspectiva artificialis. il faut entendre une dŽfinition se concentrant sur l'essence m•me de la perspective. m•me si les fondements mathŽmatiques de la perspective ne furent dŽfinitivement Žtablis que pendant les XVIe et XVIIe si•cles (par des auteurs comme Pascal. rŽgie par une construction gŽomŽtrique a priori. Par dŽfinition ontologique. la position de lÕobservateur et la direction de vision de mani•re rigoureusement identique ˆ celle qu'avait utilisŽe le peintre pour rŽaliser le tableau. Les implications philosophiques de cette invention sont Žnormes. Cette rŽvolution a entra”nŽ une sŽparation entre la perspectiva naturalis. en utilisant un instrument spŽcifique (la tavoletta). Remarquons cependant que la dŽfinition de la perspective fournie ci-dessus ne concerne qu'un aspect de la visualisationÊ: son principe gŽomŽtrique. Dans ces conditions. toutes les parall•les convergent vers un point commun qui est la projection du point de vue sur le plan de projection le long de la direction de vision. mais passait pour un artifice visuel capable de reproduire la rŽduction des tailles visuelles comme le fait lÕÏil du spectateur dans le monde rŽel. notre regard traverse pour 140 . Panofsky devait lui proposer une dŽfinition ontologique du concept de perspective.). la perspective consiste Çen lÕaptitude ˆ reprŽsenter plusieurs objets avec la partie de lÕespace dans laquelle ils se trouvent. Nous ne disposons pas ici de l'espace pour en discuter. comme si celui-ci Žtait totalement transparent (cette mŽtaphore de la vitre transparente sera ultŽrieurement reprise par Pascal). plut™t que sur son mode de construction.

n'Žtait qu'une mŽthode va rapidement s'Žriger en "schŽma de conditionnement" pour reprendre l'expression de De Lippe : "conditionnement par la gŽomŽtrie signifie que les formes et contextes autres que gŽomŽtriques dans les manifestations de la vie. ˆ l'origine. (1965). pour que la nature imite 141 . am•nera les artistes modernes. 58 p. le contenu visuel de la perspective est nul. C'est Žgalement ainsi que va se dŽvelopper un urbanisme 252 PANOFSKY E. C'est ainsi que la grille de reprŽsentation d'Alberti va induire un quadrillage du monde. 254 DE LIPPE R. flamand et italien) dans la reprŽsentation des villes au moyen ‰ge. apr•s CŽzanne et les cubistes. Vanoest. et qui permettait ˆ lÕobservateur de bouger au moins les yeux et de tourner la t•te tout en gardant une reprŽsentation optiquement correcte de la sc•ne. Paris. 253 LAVEDAN P. rŽorganiser l'espace conformŽment ˆ l'image de son idŽal projetŽ. Le plan de reprŽsentation est niŽ de sorte que la projection refl•te scrupuleusement le monde visuel si elle est observŽe de la bonne position. (1985). La recherche de l'illusion Žtait. On distingue plusieurs Žpoques et plusieurs courants (oriental et occidental. ReprŽsentation des villes dans l'art du Moyen åge. en particulier des paysages. La gŽomŽtrisation de l'homme en Europe ˆ l'Žpoque moderne. 255 Ceci rejoint l'analyse de Lamirault. basŽe sur les lois de lÕoptique. 17 p. La localisation de ces Ždifices dans le cercle reprŽsentant les fortifications Žtant Žgalement fonction de leur importance. Ce que nous appelons l'Žpoque thŽologique est caractŽrisŽe par une symbolisation des plans de villes ˆ travers du motif du cercle partagŽ par un croisement d'axes (cf. ne sont plus per•ues ou qualifiŽes de dŽficientes"254. lÕhomme de la Renaissance essayait de rŽamŽnager le monde rŽel ˆ travers une mŽthode rationnelle qui lÕaiderait ˆ contr™ler son environnement. reprŽsentation de JŽrusalem). UniversitŠt Oldenburg. marais et plaines sablonneuses)255. Mais ce qui. ˆ rŽfuter la perspective en tant que cadre conceptuel valable et ˆ revendiquer une signification rŽelle pour le plan de reprŽsentation lui-m•me. Ces reprŽsentations mŽlangent vues en plan et vues frontales des principaux Ždifices religieux. page 39. aux caractŽristiques morphologiques faibles (comme les landes. op.È252 Cette dŽfinition nous aide ˆ mieux situer lÕimportance rŽelle de la dŽmonstration du Baptist•re de San Giovani de BrunelleschiÊ: la rŽvolution quÕil a introduite est que. CÕest Žgalement tr•s diffŽrent des peintures mŽdiŽvales qui Žtaient thŽologiquement correctes. et dans lesquelles les personnages et les b‰timents situŽs ˆ lÕintŽrieur du plan de reprŽsentation Žtaient donc classŽs selon leur importance religieuse ou sociale253. Oldenburg. (1954). cit. qui reprend et dŽveloppe dans le cadre de la composition des jardins l'aphorisme cŽl•bre d'Oscar Wilde (c'est la nature qui imite l'art et non l'inverse) : "Il faut planter des tableaux. avec la bonne direction de vision. cependant. objectivement. en conformitŽ avec un principe essentiel de la RenaissanceÊ: le trait le plus distinctif de lÕart n'Žtait-il pas quÕil devait reproduire fid•lement la natureÊ? En opposant une objectivitŽ mathŽmatique ˆ une perception subjective de lÕespace. Ceci est tr•s diffŽrent de la vision donnŽe par la perspectiva naturalis de l'antiquitŽ grecque et romaine. dans la perception du monde en face de nous. Signalons enfin que cette qualitŽ paradoxale. La perspective comme forme symbolique.plonger dans un espace extŽrieur imaginaire qui contiendrait tous ces objets en apparente enfilade et qui ne serait pas limitŽ mais seulement coupŽ par les bords du tableau. l'absence de contenu visuel.

Les secondes. Les premi•res assignent ˆ l'observateur un point de vue et un point de visŽe dŽterminŽs (d'o• les qualificatifs de statique. basŽes sur la m•me technique. contrairement ˆ ce quÕil appelle la perception du monde visuel (visual world). The perception of the visual world. Elle nŽcessite un effort dŽlibŽrŽ pour •tre "vue". La ville ˆ vue d'Ïil. au point de pouvoir les dŽsigner par un m•me mot : paysage. SENNET R. 256 Signalons ˆ ce titre que Sennet distingue deux types de compositions perspectives. Elle peut faire alors office de reproduction dÕun champ visuel privilŽgiŽ (visual field). Selon Gibson ˆ nouveau. Ensuite. selon une direction donnŽe. qui. Par opposition au champ visuel. 235 p. 142 . selon qu'elles favorisent la perception possessive.2 Des limites de la perspective Nous considŽrons que la perspective. le monde visuel est dŽfini comme Žtendu. la conscience du champ visuel est au fond tr•s peu naturelle. pages 98-99. puisque c'est elle que la perspective entend reprŽsenter fid•lement. (trad." LAMIRAULT T. la nature de son image.256 4.2. dont un des exemples le plus rŽussi sera sans doute la Rome de Sixte Quint. 107 p. Greenwood Press Publishers. ou la perception exploratoire. la perspective doit •tre observŽe ˆ partir dÕun point prŽcis. un Ïil fermŽ et dÕun regard fixe. dominatrice ou absolutiste).2. 1950. 4.1 Perspectives picturales et perception visuelle Afin de reflŽter la perception visuelle. 257 GIBSON J. incitent plut™t ˆ la dŽcouverte et au mouvement. D'abord elle ne rend compte que d'une maigre fraction de la richesse de la perception humaine et nous nous limiterons ici ˆ un exposŽ de la perception visuelle. limitŽe et instantanŽe.J. 314 p. La perspective permet de reproduire certaines de ces variations. comme la VŽnus d'Urbino et l'Žglise San Lorenzo de Brunelleschi. (1950). (1997). ce sont les variations ˆ lÕintŽrieur ainsi qu'entre les champs visuels qui constituent la base de notre perception spatiale. fran•aise de l'ouvrage paru en 1990). Mais Gibson a mis en Žvidence l'art jusqu'ˆ ce qu'il devienne impossible de distinguer la chose de sa reprŽsentation."perspectiviste". et ce autant de l'Ïil que du spectateur. Economica. Westport. l'absence de contenu visuel de la reprŽsentation rend son exploitation difficilement compatible avec un argumentaire critique et raisonnŽ. elle. Le champ visuel est dŽfini comme une image rŽtinienne statique. Ces compositions sont marquŽes par une absence de point de vue privilŽgiŽ et une multiplicitŽ des ouvertures et des appels (d'o• les qualificatifs de dŽcentrage et de provocation). Il est maintenant gŽnŽralement admis que la perception visuelle rŽside dans lÕintŽgration dÕune multitude dÕimages rŽtiniennes. (1992). est immŽdiate. toute enti•re rŽorganisŽe autour de "vues" dont le "point de fuite" est ponctuŽ par la pointe d'une obŽlisque.2. Plon. souffre de deux lacunes importantes dans le cadre de son Žventuelle application ˆ la rŽgulation morphologique. Urbanisme et sociŽtŽ. Cette distinction renvoyant finalement ˆ des acceptions assez contrastŽes du sens de l'humanisme. dans la perception courante. stable et euclidien. Gibson257 nous rappelle que. comme la Rome de Sixte Quint et la piazza del Popolo. La Nature mise en Perspective dans l'art de la peinture et l'art des jardins. telle qu'elle vient d'•tre dŽfinie. en particulier les variations ˆ lÕintŽrieur du champ visuelÊ: diminution de la dimension dÕun objet selon sa profondeur et convergence des parall•les par exemple.

le relativisme de Panofsky s'Žtend aux codes d'usages de la peinture. Pour un homme travaillant sur un ordinateur ˆ une distance de 40 cm dÕun Žcran dÕenviron 30 cm. all awareness of the succession has been lost. qui semble englober dans l'espace reprŽsentŽ celui qui le regarde (voir en particulier le travail de DŸrer. aux mouvements saccadŽs de l'Ïil. ˆ nouveau. suivant Gibson. quÕau-delˆ de cet angle. The process of perception cannot rest upon the image of a single fixation such as yields a momentary visual field. PANOFSKY E. nous pensons que. La peinture italienne se caractŽrise par une mise ˆ distance plus importante du sujet. Cet angle de 40 degrŽs est Žgalement lÕangle de vue qui Žtait gŽnŽralement admis comme lÕangle maximum dans le cadre de la peinture renaissante."258 Aussi. Il Žtait plus ou moins explicitement reconnu quÕune peinture ne pouvait pas toujours •tre scrupuleusement observŽe ˆ partir de la bonne position. tout dŽplacement mineur de la position du spectateur concernŽ aurait menŽ ˆ des distorsions inacceptables. ou aux mouvements de lÕobservateur. is such that. cela signifie par exemple que lÕangle de vue possible pour un effet dÕillusion sera dÕenviron 41 degrŽs. La perspective comme forme symbolique. c'est-ˆ-dire dont l'angle de vision est de l'ordre de 40 degrŽs. La RŽalitŽ Virtuelle pourrait •tre considŽrŽe comme une rŽponse possible ˆ cette question Žtant donnŽ quÕelle donne lÕoccasion de dŽplacer de fa•on interactive et intuitive le point de vue et la direction de vision. Par comparaison. and requires a succession of images. En outre.. The perception of the visual world. d•s LŽonard de Vinci. page 157. "We are forced to conclude that the visual world cannot be perceived all at once. however. cette limite est rŽgie par des considŽrations esthŽtiques : on considŽrait. Rappelons que lÕillusion exige que le spectateur respecte la position prŽcise et la direction de visŽe de la projection qui rŽgit la perspective. Malheureusement. une grande partie de ce que lÕÏil dÕun observateur peut percevoir.J. op. et plus tard des ma”tres Hollandais). nous sommes obligŽs de conclure que la technique de la perspective est un instrument tr•s limitŽ dans le cadre de lÕanalyse perceptive. Unquestionably the panoramic visual world depends on a temporal series of excitations and just as unquestionably the succession of excitations is not represented in the final experience. on peut remettre en question le fait m•me que la perspective soit reprŽsentative du champ visuel. les dŽformations latŽrales Žtaient trop "dŽsagrŽables"259. qui peuvent eux-m•mes varier en fonction de facteurs culturels.5 fois la plus grande dimension de la peinture. 143 . correspond ˆ l'idŽal spŽcifiquement nordique d'un effet "intŽrieur". 259 Panofsky signale que la construction ˆ distance courte. (1950). Bien sžr. The product of these successive impressions.que les variations entre les champs visuels. To see more than this takes time. lui fait dŽfaut. on sait que le champ visuel binoculaire (le champ de superposition des deux yeux) est de 130 degrŽs latŽralement et de 150 degrŽs verticalement. tels que ceux liŽs ˆ la disparitŽ binoculaire. paradoxically. cit. nous considŽrons que le monde visuel est la mani•re la plus immŽdiate de percevoir notre environnement. lorsque. Et pour les angles de plus de 40 degrŽs. Le champ visuel monoculaire est lui dÕenviron 150 degrŽs latŽralement et de 170 degrŽs 258 GIBSON J. Ainsi. op. (1965). sont au moins aussi importantes. ce qui revient ˆ dire que l'observateur doit se trouver ˆ une distance au minimum de 1. avec toute la spontanŽitŽ exploratoire de ses mouvements. cit.

3 Ð Les champs visuels de chaque Ïil et le champ visuel binoculaire261 Il est d•s lors manifeste que la perspective implique une assez nette simplification de notre expŽrience perceptive directe. Ne s'agit-il pas. d'une limite inhŽrente ˆ l'idŽe m•me de reprŽsenter ? Mais alors. La vision perspective (1435-1740). ˆ travers laquelle on peut voir une partie du monde260. page 74. On constate en fait que la position du spectateur varie en fonction d'une sŽrie de facteurs. et une fen•tre assez petite au demeurant. Le point de vue et la direction de vision prŽ- dŽterminŽs sont tr•s rarement respectŽs par l'observateur. ni m•me ˆ l'intŽgralitŽ d'un champ visuel. op. dans son acception traditionnelle. Elle ne correspond ni ˆ la richesse de notre monde visuel. On constate que ces derni•res valeurs sont beaucoup plus importantes que celles qu'autorise une illusion perspective. du reste. dont certains sont liŽs ˆ la reprŽsentation elle-m•me (sa 260 "Mon premier acte. englobe littŽralement le spectateur. en guise de fen•tre ouverte par o• je puisse voir le sujet. cit. il faut admettre que les limites de la perspective correspondent particuli•rement mal ˆ la reprŽsentation d'une forme urbaine qui." (Livre I du De Pictura d'Alberti) citation extraite de HAMOU P. The perception of the visual world. Cela confirme au fond le sentiment quÕAlberti formulait d•s la Renaissance ˆ savoir que la perspective n'est jamais qu'une "fen•tre". Et ceci sans parler bien entendu de nos autres sens perceptifs. et n'est jamais intelligible ˆ travers l'image instantanŽe qu'on pourrait en avoir ˆ partir d'une fen•treÉ 4. de la grandeur qui convient. et ce. Figure 4.2. Dans la pratique courante.J. 261 Figure tirŽe de GIBSON J. quand je veux peindre une superficie. est de tracer un rectangle. 501 p.2. m•me dans le domaine artistique.2 L'absence de contenu visuel de la reprŽsentation Nous devons Žgalement tenir compte du fait que les perspectives sont rarement utilisŽes comme un pur artifice gŽnŽrant lÕillusion. Payot.. 144 .3).verticalement (figure 4. (1950). (1995). les perspectives sont utilisŽes comme si elles Žtaient observables ˆ partir de nÕimporte quel point de vue et selon nÕimporte quelle direction de vision.

plus ou moins grossi•res. ils prenaient toujours soin de fixer artificiellement la position du spectateur. 262 BARRE A. La perspective curviligne. en moyenne. Les propriŽtŽs des objets bidimensionnels reprŽsentŽs sur le plan de projection ne correspondent plus ˆ leur importance visuelle. PROJECTION PLANE PROJECTION SPHERE O O Figure 4. mais il s'agit juste d'une estimation approximative. 145 .4. docilitŽ difficilement conciliable avec une attitude critique. une fois projetŽs sur un plan. telles que l'ic™ne. tant nous sommes habituŽs ˆ manipuler et ˆ interprŽter des mŽtaphores visuelles plus ou moins rŽductrices.. pourvu que soient respectŽs un point d'observation et une direction de visŽe. Malheureusement. d•s l'instant o• les perspectives sont ainsi apprŽciŽes pour leur contenu visuel propre. op. censŽe lŽgitime et exacte. leur cohŽrence thŽorique sÕeffondre littŽralement. lorsque les perspectivistes voulaient que lÕillusion soit effective. (1968). ces distorsions latŽrales ne sont plus compensŽes dans lÕÏil du spectateur. Lorsqu'une perspective est observŽe selon un point de vue et une direction de vision arbitraires. Ceci ne pose pas un probl•me en soi.. les angles sont transformŽs. le principe dÕEuclide dÕune diminution des distances suivant toutes les dimensions est violŽ.dimension absolue) et dÕautres purement personnels ou culturels. Le probl•me vient ˆ nouveau du statut accordŽ ˆ la construction perspective. les dimensions des objets situŽs sur un plan frontal augmentent suivant leur distance par rapport ˆ lÕobservateur et peuvent m•me dŽpasser leur valeur absolue. c'est reconna”tre que cette construction implique des distorsions et des aberrations par rapport au monde rŽel. FLOCON A.4 Ð Distorsions latŽrales dŽcoulant de la perspective picturale ConsidŽrer le contenu visuel de la perspective. cit. la carte touristique ou le plan de mŽtro. De telles prŽmisses supposent au fond une docilitŽ compl•te de l'observateur vis-ˆ-vis du contenu de la reprŽsentation. de lÕespace visuel ˆ lÕimage construite. ˆ 3 fois la plus grande dimension de la peinture. On consid•re en gŽnŽral que la distance qui sŽpare une peinture des spectateurs sÕŽl•ve. Comme illustrŽ sur le c™tŽ droit de la figure 4. Et Barre et Flocon262 remarquent que.

dans la mesure o•. La perspective en jeu. AppliquŽe d'abord ˆ la reprŽsentation des jardins classiques. (1992). la projection parall•le a subi de lŽg•res transformations afin de se conformer ˆ ces diffŽrentes thŽmatiques : on passe ainsi successivement de la perspective frontale (jardins et villes). Cambridge.1 L'exemple des hypergraphes Nous proposons de nous Žcarter un instant des mŽthodes de projection afin de mieux expliciter ce que nous attendons d'un langage visuel dans le cadre de la rŽgulation morphologique. Paris. (1941). (1994). Elle est alors adoptŽe par les militaires pour la rŽalisation de plans de batailles. ˆ la cavali•re (militaire).4. Histoire universelle de l'infamie / Histoire de l'ŽternitŽ. BORGES J. que devrait se trouver la rŽponse aux questions soulevŽes jusqu'ici. malgrŽ les dŽclarations de ceux qui voient dans les techniques de rendu actuelles une forme de panacŽe en mati•re de communication morphologique. ou ˆ des applications spŽcifiques264. et en particulier : GIEDION S. correspondant plus ou moins ˆ l'esprit d'une Žpoque. vient encore confirmer le relativisme historique de la perspective. 264 Voir ˆ ce sujet: COMAR P.. Elle sera enfin remise au gožt du jour par les architectes modernes qui y verront une forme de reprŽsentation dŽtachŽe d'un point de vue unique et.F. Gallimard. Notre contre-exemple sera basŽ sur les graphes. P. "plus de virtuel". qui constituent en quelque sorte l'opposŽ de la perspective en terme de rapport objectivitŽ/abstraction (l'objectivitŽ de la perspective Žtant encore toute relative comme nous l'avons vu). pour aboutir ˆ l'axonomŽtrie moderne. tout aussi dŽrisoire et paradoxale que celle que Borges dŽcrivait si subtilement dans sa Carte de l'Empire ˆ l'Žchelle 1/1. 128 p. (1994). La perspective. The Growth of a New Tradition. Time and Architecture.L. TATON R.263 D'autres modes de projection ont dŽjˆ ŽtŽ proposŽs par le passŽ. Dans ce contexte. 10/18. plus sensible au continuum de l'espace temps265. de l'ouvrage paru ˆ Buenos Aires en 1946. 146 . dans la mesure o• elle permettait des mesures de grandeur directes.3. elle sera ensuite transposŽe au domaine technique. Harvard University Press.2. Simplement nous considŽrons que. c'est prŽcisŽment la projection perspective elle-m•me. on ne comprend pas bien pourquoi ce mode de reprŽsentation devrait toujours exercer une sorte de "fascination paralysante" dans le monde de la recherche.2. Les graphes nous obligent de facto ˆ nous concentrer sur les relations essentielles du monde ˆ 263 Ne faut-il pas voir dans l'attitude de ceux qui dŽfendent encore le "toujours plus de virtuel" une forme de fuite en avant. ce qui fait probl•me. FLOCON A. Les dessous de l'image. page 107. ainsi que leur Žvolution.. Nous pensons par exemple ˆ l'Žmergence de la projection parall•le d•s les XVI•me et XVII•me si•cles. 897 p. trad.U. Que sais-je. Paris. le sujet reste ˆ ce jour tout ˆ fait ouvert. 127 p. 265 Voir ˆ ce sujet le travail de rationalisation thŽorique a posteriori de l'esthŽtique de l'architecture moderne rŽalisŽ par Giedion. de ce fait.3 D'autres modes de communication visuelle Cette remise en cause de la projection perspective n'alt•re en rien notre intŽr•t pour l'application des langages visuels ˆ la rŽgulation morphologique. A chaque Žtape. Et nous nous sommes efforcŽ de mettre en Žvidence que ce n'est pas dans "plus de rendu". L'existence de modes de projections alternatifs. coll. 4. Space.

(1988). tout concept doit •tre reprŽsentŽ par un blob et lÕintersection de deux blobs sera toujours considŽrŽe comme vide si elle n'est pas dŽcrite explicitement par un blob spŽcifique. le contenu visuel dÕun diagramme est maximal Žtant donnŽ que chacun de ses ŽlŽments doit •tre associŽ ˆ une sŽmantique explicite266. 267 BARWISE J. 268 HAREL D. les produits cartŽsiens sont reprŽsentŽs par une sŽparation de lÕhypergraphe par un trait discontinu. les graphiques et instruments visuels peuvent constituer un support dÕinfŽrence et dÕargumentation tout aussi valable que les mod•les linguistiques de raisonnement267.). New York. (1998). pp.. qui sugg•re d'exploiter l'esquisse architecturale en tant que mode d'expression et de communication dans le cadre du processus de conception architecturale. se reporter ˆ : DUPAGNE A. comme tous les mŽcanismes de gŽnŽralisation. l'Žtiquette de chaque membre du produit cartŽsien Žtant indiquŽe au-dessus de la figure269. "Visual information and Valid Reasoning". (1996). ƒlŽments d'une plate-forme d'assistance basŽe sur une reprŽsentation sŽmantique.514- 531. le langage int•gre Žgalement la notion d'hyperlien qui permet de reprŽsenter une relation directe entre nÕimporte quelle paire de blobs. (1970). les graphes. 243 p. Enfin. Allwein & J. TELLER J. Le thŽor•me de Pythagore ne se dŽmontre-t-il pas sur base d'une succession de trois dessinsÊ? Comment justifier l'hŽgŽmonie actuelle des modes de raisonnement linguistique sur toute autre forme de logique ? Nous nous attacherons ˆ un type de graphe particulier. pp. Tous les blobs doivent •tre ŽtiquetŽs par un identificateur spŽcifique inclus dans ses limites. ils apparaissent comme des supports tr•s efficaces de lÕabstraction. Enfin. En clair. 266 Ces arguments sont dŽveloppŽs de fa•on beaucoup plus dŽtaillŽe dans la th•se de doctorat de P. Les hypergraphes reprŽsentent essentiellement des relations entre ensembles dÕŽlŽments. Outre les relations dÕinclusion. permettent de laisser une place contr™lable ˆ lÕincertitude dans leur interprŽtation et leur spŽcialisation. Oxford University Press. Chaque ensemble est reprŽsentŽ par un contour aux limites fermŽes appelŽ blob268. Logical Reasoning with Diagrams. "On Visual Formalisms".. Nous considŽrons en outre que les graphes peuvent constituer un support tout ˆ fait pertinent au raisonnement logique et ˆ l'argumentation. vol. 147 .. Graphes et Hypergraphes. le langage des hypergraphes ne contient pas la notion d'entitŽ implicite. pour expliquer ce point de vue. Etant donnŽ la perte dÕinformation qu'ils induisent nŽcessairement. L'inclusion de blobs reprŽsente l'inclusion dÕensembles (au lieu dÕune appartenance dÕŽlŽments comme souvent supposŽ par dÕautres techniques schŽmatiques). ETCHEMENDY J. UniversitŽ de Li•ge. Leclercq. 31. "Hypergraph formalism for urban form specification". Par opposition ˆ dÕautres langages visuels. LECLERCQ P. Environnement de conception architecturale prŽ-intŽgrŽe. Paris. n¡5.reprŽsenter (qu'il s'agisse d'un monde conceptuel ou concret). les hypergraphes. Communications of the ACM. En outre. 3-25. 502 p. BERGE C. (1996). comme les diagrammes d'Euler ou de Venn. in G. Si on dŽfinit une infŽrence logique correcte comme le fait de rendre explicite une information qui est seulement implicite dans lÕinformation dŽjˆ obtenue. 269 Pour une analyse plus dŽtaillŽe de l'application des hypergraphes ˆ la rŽgulation morphologique. H. Barwise (edts. ce qui est conforme ˆ lÕidŽe d'une rŽgulation qui cherche ˆ promouvoir lÕŽquivalence plut™t que lÕidentitŽ. Dunod.

ca dans la figure 4 attire notre attention sur le fait que la colonnade ne peut •tre considŽrŽe comme un ŽlŽment autonome inclus ˆ lÕintŽrieur du volume vide. La dŽlimitation de lÕespace ouvert semble assez difficile ˆ Žtablir. Ceci reviendrait ˆ nŽgliger sa forte liaison formelle avec la tour administrative (t.ca). Plusieurs ”lots originels ont ŽtŽ profondŽment remaniŽs. . issues dÕinterventions successives qui paraissent avoir ŽtŽ plut™t accumulŽes que coordonnŽes. Le probl•me vient du fait qu'aucune des deux hypoth•ses ne soit rŽellement cohŽrente. a ŽtŽ conservŽ dans un coin de la place. LÕhyperlien entre cl et t. dans la pŽriode de lÕapr•s-guerre.2). au cÏur du tissu urbain mŽdiŽval de Li•ge. et que cette ambigu•tŽ n'ait pas ŽtŽ souhaitŽe par les concepteurs.6).Action C4 Final Conference. of COST Urban Civil Engineering . LÕun d'entre eux a ŽtŽ remplacŽ par un vaste complexe commercial associŽ ˆ un immeuble de grande hauteur (la citŽ administrative) et une colonnade en forme de L. Proc. 21- 22. Signalons simplement quÕaucun dÕeux nÕest rŽellement cohŽrent. cette place a ŽtŽ dŽgagŽe lors de grandes dŽmolitions rŽalisŽes. Hauska (ed. A ce titre. nÕest pas plus convaincant Žtant donnŽ le dŽsŽquilibre entre cet ŽlŽment et la halle (hl) ainsi que les ”lots localisŽs ˆ lÕarri•re-plan (cl.). Elle pourrait aussi bien •tre constituŽe par le carrŽ en forme de U formŽ par la colonnade et le b‰timent historique (figure 4. mais totalement coupŽ de son tissu historique. LÕenvironnement b‰ti s'apparente aujourd'hui ˆ un ensemble assez disparate de structures modernes et historiques. Chacune de ces deux hypoth•ses peut •tre dŽcrite au moyen dÕun hypergraphe morphologique spŽcifique (figures 4. 148 . la considŽrer comme un des murs de la place. En rŽsumŽ. Kiruna Sept. On voit donc que les hypergraphes permettent d'exprimer et de discuter des hypoth•ses morphologiques.6 Ð c™tŽ gauche) que par un carrŽ plus grand dŽlimitŽ par les ”lots traditionnels et le nouveau complexe (figure 4.7 et 4. to be published by the European Commission DG Science.8). comme dans la figure 4. de fa•on claire et argumentŽe.Nous allons appliquer cette mŽthode ˆ une Žtude de cas choisie ˆ Li•ge (la CitŽ Administrative Ð figure 4.8. ainsi que nous lÕillustrerons au travers des hypergraphes. Enfin.1 cl. Cet espace est caractŽrisŽ par un amŽnagement tr•s ambigu d'un point de vue formel. Par ailleurs. ce n'est pas tellement le fait qu'il soit possible de proposer deux hypergraphes diffŽrents pour la place de la citŽ administrative qui nous semble poser probl•me. un b‰timent historique assez monumental.6 Ð c™tŽ droit). Research and Development. Nous ne ferons pas ici une analyse dŽtaillŽe de chaque graphe.

1 = îlot n°1 il.1 pl = place ru = rue il.8 Ð Hypergraphe de la deuxi•me hypoth•se 149 .ca ca Figure 4.23= îlot n°3 hl il.7 Ð Hypergraphe de la premi•re hypoth•se ca = cité administrative tut il.3 volume creux volume plein Figure 4.2 = îlot n°2 il.6 Ð Deux dŽlimitations possibles de lÕespace ca = cité administrative ca cl = colonnade pl hl = halle aux viandes cl t.2 = îlot n°2 il.ca = tour de la cité ru tut = tissu urbain traditionnel tut il.2 t.ca = tour de la cité cl volume creux tut = tissu urbain traditionnel t.23= îlot n°3 pl = place hl ru = rue t. 2nd hypothesis 1st hypothesis Figure 4.ca il.1 = îlot n°1 pl il.3 cl = colonnade hl = halle aux viandes il.1 il.2 il.

Nous tirons de ce dernier exemple trois grandes propriŽtŽs auxquelles devra rŽpondre un formalisme visuel afin d'•tre applicable dans le cadre de la rŽgulation morphologique. mais son analyse historique dŽmontre son relativismeÊ: dÕautres modes de reprŽsentation ont dŽjˆ ŽtŽ proposŽs par le passŽ. c'est-ˆ-dire sa capacitŽ ˆ extŽrioriser ˆ une intention donnŽe.4. 2) L'exploitation de formalismes visuels dans le cadre d'un argumentaire ne va pas sans risques. sketches. sans aucun doute. LÕŽlŽment principal devrait plut™t •tre son expressivitŽ. De la m•me mani•re qu'une Žquation ne se con•oit qu'une fois prŽcisŽe l'unique signification de chaque terme. avec les hypergraphes. et nous intŽressons. ceci revient ˆ rappeler que la reprŽsentation doit •tre clairement distinguŽe de la rŽalitŽ. Nous nous inscrivons de ce fait dans la filiation des travaux pionniers de Bertin portant sur la sŽmiologie graphique270.3. University of Chicago Press. Au fond. elle pr•te le flanc ˆ la manipulation. and other persuasive renderings to show how the finished project should look. Si c'est dŽjˆ le cas au niveau des mathŽmatiques pures. Comme nous lÕavons dŽjˆ signalŽ. toute reprŽsentation doit extŽrioriser ses buts et intentions. (1991). Et il existera toujours diffŽrentes mani•res de reprŽsenter un m•me phŽnom•ne. les rŽseaux. these maps and pictures feign realism with selective detail. que d'autres formalismes sont susceptibles d'apporter des rŽponses aux questions soulevŽes dans le cadre de notre critique de la perspective. (1967). Once the concept diagram has convinced the audience that a project is functional and feasible. 431 p. La formulation conceptuelle de la perspective Žtait. These maps encourage the viewer to want to see the plan work. the presenter can introduce three-dimensional models. La lŽgitimitŽ dÕun langage visuel ne devrait donc pas •tre mesurŽe selon son aptitude ˆ gŽnŽrer lÕillusion dans des conditions prŽcises. Paris. 150 . dans lesquelles le sens de chaque signe dŽrive de l'ensemble dans lequel il est utilisŽ (syst•mes polysŽmiques ou pansŽmiques). 1) Un formalisme visuel doit •tre caractŽrisŽ par un contenu visuel propre.2 DŽfinition des trois qualitŽs attendues d'un formalisme visuel Etant donnŽ ses limites. not to wonder whether it will work. pages 77-78. Ceci distingue les graphiques des reprŽsentations symboliques (comme la peinture ou la photographie). SŽmiologie graphique : les diagrammes. il est surprenant que la perspective soit toujours prŽsentŽe comme un outil efficace pour communiquer des intentions en mati•re de morphologie urbaine. Selon nous.2. et nous venons de voir. Mouton & Gauthier-Villars. qu'il s'agisse d'erreur d'interprŽtation ou de manipulation271. mysterious attraction and can be highly persuasive when explained by an enthusiastic architect. Chicago. Celles-ci seront 270 BERTIN J. Like most utopians views of the future. •a ne peut •tre que plus vrai encore dans des domaines comme l'analyse et la communication morphologique. un hypergraphe ne peut s'interprŽter sans une lŽgende qui assigne ˆ chaque blob une signification prŽcise." MONMONIER M. une rŽelle rŽvolution au XVe si•cle. elle a probablement modifiŽ tout notre sens de lÕespace. Le monde rŽel est dŽfinitivement trop complexe pour •tre modŽlisŽ de fa•on exhaustive et explicite. aux syst•mes graphiques monosŽmiques : un syst•me est dit monosŽmique lorsque la connaissance de chaque signe prŽc•de l'observation de l'assemblage des signes. L'exemple des deux mod•les de la CitŽ Administrative est lˆ pour en attester. 271 "Concept diagrams have a compelling. les cartes. How to Lie with Maps. sans quoi. avec lui.

En outre. C'est la raison pour laquelle nous nous intŽressons ˆ son application dans le cadre de la rŽgulation morphologique. les dimensions absolues des objets reprŽsentŽs en perspective. un formalisme visuel doit •tre caractŽrisŽ par une relation d'homomorphisme avec son domaine cible. Nous nous rapprochons ici d'un courant de recherche qui consid•re les langages. mais il ne faudrait pas pour autant nŽgliger les qualitŽs analytiques du langage verbal. par exemple. tels que. 4. dŽjˆ utilisŽes en cartographie.). Deux syst•mes sont liŽs par une relation d'homomorphisme quand. dans lesquelles le graphique serait traitŽ d'Žgal ˆ Žgal avec les infŽrences linguistiques. Il existe diffŽrents niveaux d'homomorphisme.). l'intŽr•t des hypergraphes est de se spŽcialiser le long de relations spatiales d'inclusion. lorsque une relation est vŽrifiŽe dans un syst•me. a toujours ŽtŽ de dŽvelopper des grammaires formelles dŽfinissant. Signalons cependant que les modes de raisonnement linguistiques ne sont pas ˆ l'abri de telles erreurs (pensons par exemple aux syllogismes boiteux).liŽes ˆ des caractŽristiques "accidentelles" de la reprŽsentation. Nous avons vu que. selon les propriŽtŽs de cette relation (rŽciprocitŽ. de fa•on prŽcise. Il s'agit plut™t de permettre et de favoriser des formes d'argumentation hŽtŽrog•nes. Autrement dit. une axonomŽtrie est homomorphique du monde rŽel dans la mesure o• elle respecte les relations de grandeurs entre diffŽrents objets.3 Les projections sphŽriques QuÕen est-il des nouveaux modes de visualisationÊ? Plus communicatifs que dŽmonstratifs cette fois. Le graphique est en effet un mode d'expression synthŽtique. d'adjacence et de visibilitŽ (visibilitŽ de points de rep•res extŽrieurs p. 3) Les formalismes visuels ne sont pas appelŽs ˆ se substituer dŽfinitivement aux autres modes de raisonnement. que ceux-ci soient concrets ou abstraits. et qui sont caractŽrisŽes par des limites bien dŽfinies en termes de dŽformations et 151 . il ne doit pas pour autant •tre indŽpendant du commentaire auquel il est associŽ. Ceci implique que si le formalisme visuel doit disposer d'un contenu visuel propre. opŽrations complexes etc. Nous considŽrons qu'il devrait en aller de m•me dans le domaine des formalismes visuels. elle est Žgalement vŽrifiŽe dans l'autre syst•me. qui reste un moyen d'expression inimitable lorsqu'il s'agit d'Žtablir des distinctions. Il s'agit des projections sphŽriques. les opŽrations autorisŽes par un langage. dans le cadre des logiques linguistiques. La rŽponse traditionnelle ˆ cette question. Nous proposons ici un formalisme plus gŽnŽrique que les perspectives pour la reprŽsentation d'un monde tri-dimensionnel sur un support bi- dimensionnel. comme deux modes d'expression strictement complŽmentaires. C'est prŽcisŽment ce qui fait la qualitŽ distinctive et la puissance des diffŽrents formalismes visuels. pour certains attributs dŽfinis dans les deux syst•mes.ex. L'exemple de l'analyse de la CitŽ Administrative illustre bien ˆ quel point ces deux modes d'expression peuvent •tre complŽmentaires : la reprŽsentation ne va pas sans le texte et le texte n'a pas de sens sans la reprŽsentation qui l'accompagne. des oppositions et des regroupements parmi une multitude de faits. Ainsi. par comparaison. l'homomorphisme n'est jamais parfait. verbal et visuel.

pp.4 Ð droite). Le mod•le. An investigation of its utility in selected examples". 1480).C. avec Hall et Decker272. Environment and Behaviour. Enfin le fameux Codex Huygens (dŽcouvert en 1690 par Huygens. la procession royale de Saint-Denis. "The use of computer visualisation in planning control. et tout ce qu'elle comporte d'interprŽtation de la rŽalitŽ. "Letting the public in on design control". que toute reprŽsentation informatique doit •tre collectivement validŽe avant dÕ•tre appliquŽe ˆ la prise de dŽcision dans le cadre de la rŽgulation morphologique. 1) D'abord. Une fois projetŽes sur une sph•re. La projection dÕun objet petit et rapprochŽ peut •tre aussi importante que celle dÕun objet grand.64 n¡2. HALL A. (1992). Dans cette perspective. de fa•on que l'observateur puisse Žvaluer. un des thŽoriciens les plus influents de la perspective. De cette fa•on. les couleurs. pp. 26. Albrecht Durer (1471-1528) lui-m•me. vol. basŽe sur la mesure d'arcs de sph•re. pp. leur validitŽ. Town & Country Planning. 4. n¡3. toutes les dimensions dÕun objet sont fonction de leur distance par rapport ˆ lÕobservateur (cf. les coordonnŽes sphŽriques sont angulaires. Une mŽthode de projection ne peut •tre considŽrŽe comme une opŽration neutre ou purement technique dans ce formalisme : chaque "instance" des projections sphŽriques sera au contraire caractŽrisŽe par un champ dÕapplication spŽcifique en terme d'analyse morphologique. Žtablissait une thŽorie compl•tement nouvelle pour la reprŽsentation. Ceci signifie que la reprŽsentation du monde sur une sph•re respecte scrupuleusement le principe dÕEuclide selon lequel les apparences visuelles diminuent en fonction de leur distance par rapport ˆ lÕobservateur. La sŽlection du mode de projection adŽquat dŽpendra alors des finalitŽs explicites auxquelles il doit rŽpondre. Nous considŽrons..C. soit Žgalement validŽe et justifiŽe. (1993). 273 D•s le 16 •me si•cle. vol. figure 4. les projections sphŽriques permettent des 272 HALL A. 152 . 193-211. il s'agit de rendre intelligibles les limites inhŽrentes ˆ chaque reprŽsentation. 421-443. Leonard de Vinci (1492-1519) devait exposer une critique de la perspective traditionnelle et jeter les bases d'une projection sphŽrique. (1994). On retrouve une forme de projection sphŽrique dans les peintures de Jean Fouquet (cf. Nous pensons que projeter le monde sur une sph•re prŽsente des avantages rŽels pour lÕanalyse de la morphologie urbaine si on compare cette mŽthode avec dÕautres mŽthodes mathŽmatiques273. mais probablement Žcrit entre 1560 et 1580 (et incorrectement attribuŽ ˆ Leonard de Vinci). 84-85. DECKER J. CÕest ce que nous appelons un mode de reprŽsentation tŽlŽologique.d'homomorphisme. de mani•re critique et personnelle. Town Planning Review.1 CaractŽristiques principales des projections sphŽriques LÕidŽe fondamentale qui sous-tend notre cadre conceptuel consiste ˆ utiliser les projections sphŽriques et la gŽomŽtrie sphŽrique comme une rŽponse possible aux questions soulevŽes par notre analyse des limites de la perspective. March 1992. tous ces ŽlŽments de la reprŽsentation devraient faire l'objet d'une telle critique.3. "The validation of computer simulations for design guideline dispute resolution". et de ce fait mieux utiliser l'information prŽsentŽe. mais plus ŽloignŽ. les cartographies de surface etc. Mais il est encore plus important que la mŽthode de projection elle-m•me. la perspective curviligne. a proposŽ une construction similaire pour le calcul des dimensions verticales d'un texte (intersection des angles verticaux sur un cercle).

instantanŽ.P. 383 p. Il peut s'agir d'un 274 On appelle "perspective savante". une autre transformation est nŽcessaire pour que ces projections soient utilisables.2 PrŽsentation critique de trois types de projections sphŽriques Il existe diffŽrentes projections sphŽriques selon le mode de transformation mathŽmatique de la sph•re au plan276. A ce titre. 276 Voir. Pour un exemple d'application "savante" de la perspective ˆ la reprŽsentation de l'espace urbain. nous considŽrons le relativisme des projections sphŽriques comme une garantie de rigueur : il ne peut y avoir de meilleure transformation possible. (1987). 89-100. On sait en effet qu'une surface sphŽrique n'est pas "dŽveloppable" : elle ne peut •tre dŽroulŽe sur une surface plane sans que cette transformation n'entra”ne des dŽformations. voir : PENTA R. ce nÕest pas un champ visuel instantanŽ qui est reprŽsentŽ. pp. "Atti dello Stage del VI ciclo". pour un dictionnaire technique des diffŽrentes mŽthodes de projection de la sph•re au plan utilisŽes en cartographie terrestre et spatiale : SNYDER J. n¡12. une construction perspective basŽe sur la gŽomŽtrie projective au sens large.3. 153 . 4. Anno VI. Les projections sphŽriques sont Žgalement connues sous le nom de perspectives curvilignes. mais lÕintŽgration du monde visuel tout entier qui sÕoffre ˆ lÕattention de lÕobservateur. Ceux-ci peuvent donc •tre Žventuellement situŽs ˆ hauteur des yeux humains. US geological survey professional paper n¡1395. (1992). En outre. m•me si elles ne partagent pas les m•mes caractŽristiques absolues. Il s'agit d'une mani•re tr•s commode d'exposer la lŽgitimitŽ de ces reprŽsentations au jugement critique des utilisateurs. ConformŽment ˆ notre formule introductive (cf. Elles prŽsentent toutes des avantages et des inconvŽnients. Map projections : a working manual. selon la dŽfinition de Gibson. section 1). Washington. ou aux perspectives savantes274. Cette intŽgration constitue un avantage significatif pour la caractŽrisation des espaces ouverts urbains qui entourent littŽralement lÕobservateur et qui ne peuvent •tre intelligibles par le biais dÕun champ visuel statique.comparaisons quantifiables de caractŽristiques morphologiques relatives de diffŽrentes formes urbaines. une telle instrumentation se rŽf•re au principe d'Žquivalence entre formes urbaines plut™t qu'ˆ celui d'identitŽ ou de mimŽtisme. C'est cette deuxi•me transformation qui dŽfinit les propriŽtŽs spŽcifiques de chaque projection. On distingue tout d'abord trois grandes familles de projection selon la surface de rŽception de la deuxi•me projection. Bollettino informativo del Dipartimento di Configurazione e Attuazione dell'Architettura. le monde visuel dÕun observateur peut •tre reprŽsentŽ de mani•re synthŽtique par une projection sphŽrique simple. 3) Comme il nÕest pas possible de visualiser une forme urbaine sur une sph•re. 275 CÕest la raison pour laquelle ces projections ont ŽtŽ dŽfinies comme des projections synthŽtiques par Panofsky. La sph•re est en effet caractŽrisŽe par une double infinitŽ de directions de vision rŽparties le long des directions horizontales et azimutales275. Le plan de projection peut alors ne pas •tre perpendiculaire ˆ la direction de visŽe (anamorphose) ou le point de vue peut •tre fixŽ tout ˆ fait arbitrairement sans rŽfŽrence ˆ l'Ïil humain. Loin de voir cette impossibilitŽ mathŽmatique comme une lacune. US geological survey. en Žvitant le cadrage des perspectives. 2) Contrairement aux vues axonomŽtriques. lÕŽchelle humaine peut toujours •tre prise en considŽration Žtant donnŽ que les projections sphŽriques sont calculŽes ˆ partir de points du monde rŽel.

en 1987. dans un premier temps. 32 types de projections sphŽriques diffŽrentes. op. (1987). UtilisŽe d•s Thal•s de Milet (~636-546 A. c'est parce que leurs propriŽtŽs nous paraissait particuli•rement intŽressantes dans le cadre de la rŽgulation morphologique. la grande faiblesse des projections gnomoniques tient dans le fait 277 SNYDER J. Cette liste n'est en rien exhaustive bien entendu : Snyder277 relevait. isoaires et Žquidistantes.) pour la rŽalisation de cartes du ciel. Ils sont construits par l'intersection de la sph•re et d'un plan passant par le centre de la sph•re. Afin dÕillustrer ce point.C. les projections stŽrŽographiques. ˆ savoir les projections stŽrŽographiques. Dans le cadre de la morphologie urbaine. ce qui n'est pas le cas des autres modes de projection (la projection de Mercator par exemple). que nous avons analysŽe en introduction de cette section.9). ainsi qu'en sismique (propagation des ondes de choc) : le chemin le plus court entre deux points sur une sph•re sera reprŽsentŽ par un segment droit sur le plan. cit. 278 Un arc de grand cercle est dŽfini comme le segment d'un cercle de m•me rayon que la sph•re et dont le centre co•ncide avec celui de la sph•re. Žquidistantes et isoaires (figure 4. mais Žgalement d'un c™ne ou d'un cylindre.plan.9 Ð MŽthode de construction de quatre projections sphŽriques. Si nous avons retenu.P. Il s'agit de la raison pour laquelle les projections gnomoniques sont parfois utilisŽes pour la navigation. DiffŽrentes transformations mathŽmatiques ont ŽtŽ proposŽes ˆ cette fin. qui seront ensuite dŽveloppŽs selon un plan. La projection perspective. et ce domaine continue ˆ faire l'objet de dŽveloppements ˆ l'heure actuelle dans le domaine de la cartographie. nous allons dŽfinir et comparer trois transformations qui prŽsentent des diffŽrences notables en terme d'analyse morphologique.9). c'est-ˆ-dire celles pour lesquels la surface de rŽception est un plan. suite ˆ l'av•nement de nouvelles applications (voir par exemple les "satellite-tracking projections"). 154 . est connue sous le nom de projection gnomonique dans le formalisme sphŽrique. GNOMONIQUE STÉRÉO ÉQUIDISTANTE ISOAIRE Figure 4. Nous nous limiterons ici ˆ l'analyse des projections dites azimutales. la propriŽtŽ distinctive de la projection gnomonique est que les arcs de grands cercles de la sph•re278 sont projetŽs comme des droites sur le plan (figure 4. Map projections : a working manual.

qui sont elles limitŽes. Ceci signifie que dans des environnement enclos.10 Ð en haut ˆ gauche). Les constructions de l'”lot St-Michel. Building Research Establishment. telles qu'elles avaient ŽtŽ prŽvues par l'Atelier du Sart-Tilman.J. En outre. les projections gnomoniques ne conservent ni les angles ni les hauteurs angulaires ni les angles solides (la surface des calottes sphŽriques)279. 155 . On peut dŽjˆ observer que la forme projetŽe des constructions varie dÕune vue ˆ lÕautreÊ: les projections stŽrŽographiques (figure 4. Outre les perspectives traditionnelles. comme l'espace ouvert urbain. o• le monde physique entoure littŽralement l'observateur.10 Ð Projections sphŽriques de la Place St Lambert ˆ Li•ge (BE) Les quatre vues de la figure 4.10 Ð en haut ˆ gauche) magnifient les basses 279 Le principal avantage de la projection gnomonique tient dans sa facilitŽ de construction. le cadre de la projection gnomonique est une restriction qui doit •tre arbitrairement fixŽ par l'auteur de la projection. Figure 4. Les trois premi•res vues ont ŽtŽ rŽalisŽes avec le m•me point de vue et la m•me direction de vision. Elles reprŽsentent la rŽnovation de la place Saint-Lambert ˆ Li•ge dont nous avons parlŽ dans la section 2. Site layout planning for daylight and sunlight .10 sont des exemples d'application de ces trois mŽthodes de projection. sont reprŽsentŽes en blanc sur la projection stŽrŽographique (figure 4. Watford. (1991). Ce n'est pas le cas des projections stŽrŽographiques. on trouvera une application urbaine de cette construction dans les mŽthodes simplifiŽes de calcul du daylighting Žtablies par le BRE : LITTLEFAIR P. BRE Report BR209.A guide to good practice. Žquidistantes et isoaires.que les points proches de l'altitude z=0 se projettent ˆ l'infini du centre de projection.

La propriŽtŽ distinctive des projections stŽrŽographiques est d'•tre "conformes". et appartenant ˆ des ”lots urbains compl•tement diffŽrents.11). dans la mesure o• elles permettent de mettre en relation l'espace ouvert et les masses b‰ties qui l'entourent.. en particulier pour les reprŽsentation des p™les.. La quatri•me vue (figure 4. Elsevier. mais sur les relations qui existent entre les diffŽrentes constructions et la place centrale. Dans le domaine de la morphologie urbaine. elles ne se focalisent pas sur le "monument individuel". Quelle que soit lÕopinion du lecteur au sujet de la qualitŽ de ces constructions. le lecteur se rapportera ˆ : TELLER J. on peut dŽjˆ observer que toutes ces vues permettent des analyses synthŽtiques des caractŽristiques dÕun espace ouvert. mais rŽalisŽe au-dessus de lÕespace avec une direction verticale orientŽe vers le point de vue des trois autres reprŽsentations. il faut admettre que la qualitŽ de la place St-Lambert repose fortement sur une telle coordination entre ŽlŽments disjoints dans l'espace.10 Ð en haut ˆ droite) et isoaire (figure 4. (1999). (1987). 156 . En ce sens. cit. op.altitudes angulaires alors que les projections Žquidistante (figure 4. Elle est toujours exploitŽe par les cartographes ˆ l'heure actuelle. En dÕautres termes. les angles tangents sont respectŽs en projection.10 Ð en bas ˆ droite) est une autre vue stŽrŽographique de la place. section 3).A computer system to support solar access decision- making". C'est la raison pour laquelle la plupart des grandes cartes actuelles sont prŽparŽes selon des projections conformes (coniques ou cylindriques cependant).2. arctique et antarctique281. 4. Un cercle infinitŽsimal dessinŽ sur la sph•re sera ainsi projetŽ comme un cercle infinitŽsimal sur le plan. to be published in Solar Energy Journal.3.P. connue des grecs anciens. la projection stŽrŽographique Žtait. les constructions sont rarement isolŽes. Map projections : a working manual. "Dans une ville. Les propriŽtŽs dŽtaillŽes de ces quatre mŽthodes de reprŽsentation sont traitŽes ci- dessous280. Cette reprŽsentation met en Žvidence la structuration globale de lÕespace ouvert le long de trois axes convergents. Hipparque (2•me si•cle AC) serait le premier ˆ l'avoir utilisŽe. Elles sont Žtroitement assemblŽes en deux murs bidimensionnels qui apparaissent comme les deux parois d'un chenal urbain. le passant s'oriente 280 Pour un exposŽ technique des algorithmes informatiques sous-jacents au tracŽ des projections sphŽriques. ainsi que de la structuration de notre mod•le de donnŽes urbain. De plus. Pour lÕheure. Des croisements de lignes ˆ angles droits seront reprŽsentŽs par des croisements de courbes ˆ angles droits sur le plan. AZAR S. Elles sont groupŽes en rangŽes et gardent secr•te leur tridimensionnalitŽ. le r™le des projections sphŽriques s'apparente ˆ celui des cluster- limit de SeReBa (cf. 281 SNYDER J. De cette fa•on.10 Ð en bas ˆ gauche) ont tendance ˆ les rŽduire. "TOWNSCOPE II . ConformŽment ˆ l'idŽe de composition urbaine.1 Projections stŽrŽographiques De m•me que la projection gnomonique. les projections stŽrŽographiques seront utilisŽes comme un instrument qualitatif qui offre une reprŽsentation synthŽtique de la forme dÕun espace ouvert urbain (figure 4. lÕaspect visuel des formes tridimensionnelles est assez bien respectŽ par la projection. elle aussi.

second edition. l'Žventuelle prŽsence d'ouvertures etc. Perception. 284 p. les projections stŽrŽographiques offrent une visualisation fiable de la totalitŽ de la ligne de ciel et des constructions qui marquent ses limites ˆ partir de nÕimporte quel point de lÕespace ouvert284. au sens gestaltiste du terme283. Son regard guide sa course le long de ce chenal qui. Prentice Hall. (1978). Ceci explique les tr•s grandes dimensions de la Grand Place (175 x 100 m) par rapport aux places mŽdiŽvales traditionnelles. la rue a donc caract•re de figure". (1973). Leur intŽr•t est que les arcs de sph•res seront projetŽs comme des arcs de cercles sur le plan. HABER R. Ce point est illustrŽ par les quatre vues sur la figure 6 rŽalisŽes sur la Grand Place dÕArras (~XII e -1718). de 282 ARNHEIM R. (1935). selon lequel chaque partie de la figure est plus ou moins prŽvisible sur base des informations prŽcŽdentes ainsi que de l'expŽrience acquise).dans l'axe de la rue et non dans celui des Ždifices qui la longent du moins tant qu'il n'a pas atteint sa destination. London. 157 . Chacune de ces vues est caractŽrisŽe par une ligne de ciel tr•s spŽcifique. Harcourt Brace & Co. Voir ˆ ce sujet : SZOKOLAY S. Mardaga. John Wiley.. des Žv•nements politiques.. Dans la mesure o• il s'agit de reprŽsentations conformes du monde tridimensionnel. (1977). New York. Ce vaste espace ouvert Žtait initialement le verger dÕune importante abbaye. (1980).E. les fa•ades ou les perspectives. pages 310-329. The psychology of visual perception. sous Louis XIV. La rŽgularitŽ actuelle des fa•ades ne fut pas atteinte avant le XVIIe si•cle et lÕadoption. pour former un syst•me complexe. au sens contemporain du terme. 280 p. ce qui rend la construction manuelle des parcours solaires et des projections de b‰timents assez aisŽe. il devait •tre principalement utilisŽ pour des ŽvŽnements exceptionnels.. Li•ge. Le contour de cette figure. inaccessible au travers de visualisations conventionnelles comme les plans.. dans la mesure o• une ligne de ciel n'est presque jamais enti•rement perceptible dans son ensemble au travers d'une simple image rŽtinienne. est caractŽristique des relations entre formes pleines et les espaces vides quÕelles enclosent. Holt. page 82. c'est-ˆ-dire une forme caractŽrisŽe par une forte redondance interne (cf. Dynamique de la forme architecturale. 398 p. des exŽcutions publiques etc. 720 p. la ligne de ciel. HOCHBERG J. constitue l'essentiel de son expŽrience spatiale de citadin . Elles sont en gŽnŽral prŽfŽrŽes aux projections gnomoniques parce qu'elles sont finies. comme des parades militaires. qui sera ici con•u comme une "figure". comme pouvaient l'•tre les dŽmonstrations visuelles des gestaltistes. Tous ces facteurs interagissent. New Jersey.V. KOFFKA K.N. de toute Žvidence. HERSHENSON M. par accumulation et/ou compensation. le concept d'infŽrence perceptive.282 Nous considŽrons qu'une caractŽristique importante des espaces ouverts urbains rŽside dans la forme spŽcifique que prend la dŽcoupe du ciel. dont le fond serait constituŽ par les formes b‰ties qui l'entourent. New York. 532 p. 283 Signalons cependant que nous nous rattachons ici ˆ des travaux de recherche plus rŽcents en mati•re de psychologie de la perception. TransformŽ en place publique durant le XIIe si•cle. la hauteur des diffŽrentes constructions. Principles of Gestalt Psychology. Environmental Science Handbook for Architects and Builders. 284 Les projections stŽrŽographiques sont Žgalement utilisŽes en gŽomŽtrie solaire. Il s'agit nŽanmoins d'une forme "prŽgnante". Il rŽsulte de la combinaison d'un certain nombre de facteurs parmi lesquels on retrouve la gŽomŽtrie du sol de lÕespace ouvert. Rinehart & Winston.

LAVEDAN P. dÕun mod•le architectural commun devant •tre respectŽ lors de toute reconstruction ou transformation Ñ la Maison de l'ƒcu d'Or. Figure 4. Cette configuration est caractŽristique des relations stables entre les ŽlŽments dŽlimitants du monde visuel. De telles formes excentriques de la ligne de ciel sont tr•s caractŽristiques des zones latŽrales des espaces ouverts urbains.11 Ð Vues stŽrŽographiques de la Grand Place dÕArras (FR) On peut voir sur la figure 4. 184 p. 504 p... Henri Laurens.codes de construction contraignants. la ligne de ciel est en grande partie convexe et centrŽe ˆ lÕintŽrieur du cercle de rŽfŽrence de la projection. pp. Paris. le centre de gravitŽ de la ligne de ciel s'Žloigne du centre du cercle. On remarque en 285 LAVEDAN P. L'urbanisme au Moyen- åge. 455-456. 158 .11 qu'au centre de la place (en haut ˆ gauche). Droz. la ligne de ciel dÕune rue (en bas ˆ gauche) est plus centrŽe. qui devaient homogŽnŽiser progressivement les diffŽrentes constructions m•me si elles gardaient toutes un caract•re individuel285. (1941). La dŽfinition. Par opposition. Lorsqu'on sÕapproche du mur latŽral dÕun espace ouvert (en haut ˆ droite). (1974). pp. On peut Žgalement remarquer que la lisibilitŽ de la place nÕest pas trop lourdement perturbŽe par les petites diffŽrences dans la hauteur des constructions. 18. et dirigŽe dans une direction prŽcise et forme une lentille tr•s caractŽristique dans laquelle le rapport des rayons est donnŽ par le prospect de la rue.. Gen•ve. HUGUENEY J.. Histoire de l'urbanisme (Tome 2) Ð Renaissance et Temps modernes. situŽe sur la place Ñ devait contribuer ˆ caractŽriser fortement cet espace malgrŽ ses tr•s grandes dimensions. ˆ partir de 1692.

12 prŽsente une comparaison de deux exemples cŽl•bres de composition urbaine : la Place Stanislas ˆ Nancy (FR) et la Place des Vosges ˆ Paris (FR).. Les vues ˆ vol d'oiseau conventionnelles ignorent compl•tement la localisation de l'observateur dans l'espace. Les projections stŽrŽographiques renversŽes proposent elles une vue synthŽtique de ces diffŽrents ŽlŽments. 4. plus modestement. rev•tement du sol etc.2. (trad. Paris. L'image de la citŽ. fontaines etc. supra).12). 287 LYNCH K. "Les voies. tout en Žtant toujours liŽes ˆ la position horizontale de l'observateur. Elles permettent de visualiser de fa•on synthŽtique des combinaisons d'ŽlŽments structurant notre image mentale de la ville : les nÏuds. et qui peuvent •tre le principal moyen de rŽorganisation ˆ l'Žchelle de la grande mŽtropole. op. les voies et les rep•res. les articulations situŽes au croisement de la place avec les rues adjacentes (en bas ˆ droite) sont caractŽrisŽes par des lignes de ciel fort concaves. Dunod. et par leur forme ils devraient donner plus d'importance ˆ ces passages critiques d'un parcours. de l'ouvrage publiŽ en 1960).3. Enfin. de les considŽrer comme instrument qualitatif bien adaptŽs ˆ la visualisation des relations entre lÕinfrastructure dÕun espace ouvert (alignements. marquŽes par de fortes irrŽgularitŽs. entretiennent des relations Žtroites avec les autres types d'ŽlŽments. Des nÏuds de Ç jonction È se produisent automatiquement dans les grands carrefours et aux gares terminales. cit. qui sont dominantes dans beaucoup d'images individuelles.2 Projections stŽrŽographiques renversŽes Les projections stŽrŽographiques renversŽes sont des projections stŽrŽographiques (cf. ŽchappŽes visuelles.). ainsi que des angles saillants et rentrants. page 99 159 . De telles combinaisons apparaissent comme des signaux visuels forts qui facilitent la lisibilitŽ et lÕimagibilitŽ dÕun environnement urbain. A leur tour ces nÏuds non seulement sont renforcŽs par la prŽsence de points de rep•re (É) mais fournissent un cadre qui garantit presque l'attention portŽe ˆ de tels rep•res."287 Nous ne suggŽrons pas ici que les projections stŽrŽographiques renversŽes constitueraient une sorte d'outil de mesure de l'imagibilitŽ urbaine. De telles relations Žchappent largement aux moyens de reprŽsentation conventionnels. 286 LYNCH K. (1971). l'absence de toute forme de symŽtrie. Les formes des diffŽrents ŽlŽments reprŽsentŽs sont assez bien respectŽes dans la mesure o• les projections stŽrŽographiques sont conformes. Pour illustrer cette interaction entre ŽlŽments urbains verticaux et horizontaux. mais rŽalisŽes au-dessus de lÕespace ouvert avec leur p™le orientŽ vers le sol (figure 4. (1971). Il s'agit. la figure 4. Les plans et les coupes ne permettent jamais de reprŽsenter que des fragments isolŽs de cette expŽrience.) et les rep•res terrestres verticaux (pignons. L'image de la citŽ.outre que l'effet perturbateur des pignons reste minime vis-ˆ-vis de cette tendance structurelle. 222 p. Les appels visuels vers les espaces annexes prŽdominent sur la dŽfinition de lÕespace ouvert. selon la classification de Lynch286.

(1981).gauche). une statue Žquestre de Louis XIII au centre de la place des Vosges. 160 . comme les places de Montauban (1144) ou de Montpazier (1284). Il s'agit d'une des premi•res places royales fran•aises288. pp 15-35. Histoire de l'urbanisme (Tome 2) Ð Renaissance et Temps modernes. les privŽs n'ayant plus qu'ˆ adosser leur maison contre ces fa•ades. coll. LAVEDAN P. Son prototype doit sans doute •tre trouvŽ dans la Place Ducale de Vigevano (1492). On appelle place royale la combinaison d'une place ˆ programme289. d'origine renaissance italienne. n¡18. qui fera Žriger. Si les places moyen‰geuses rŽsultaient presque toujours de la substitution. la Place Stanislas (~1750) a ŽtŽ commandŽe par Stanislas Leszczynski. tr•s moderne pour l'Žpoque. les fa•ades Žtaient construites directement par le souverain. en 1605. "De lÕinfluence des r•gles dÕurbanisme sur lÕaspect architectural des Ždifices privŽs". avril. Ce schŽma sera rapidement adoptŽ par Richelieu. a priori ou a posteriori. par leur inscription dans le tissu urbain. (1987). 289 On appelle place ˆ programme une place dont la fa•ade des b‰timents est "codifiŽe" ˆ travers une Žpure architecturale prŽcise. Beaucoup plus tardive. que doivent respecter tous les candidats b‰tisseurs (ce qui implique une procŽdure de demande de permis). La Place des Vosges appara”t de ce fait comme un espace urbain extr•mement introverti.F. Ces places se distinguent d'exemples antŽrieurs de places rŽguli•res. cit.U. op. une statue Žquestre d'Henri IV. HAROUEL J. HAROUEL.12 . d'un ”lot carrŽ dans des tissus quadrillŽs. 128 p. (1941). Histoire de l'urbanisme. ˆ la gŽomŽtrie tr•s rŽguli•re. lÕancien roi de Pologne. Elle est de ce fait toujours intimement liŽe au pouvoir d'ordonner et donc au "fait du Prince". a ŽtŽ enti•rement amŽnagŽe autour dÕune statue de Louis XV placŽe ˆ 288 La place des Vosges est contemporaine de la place Dauphine.-L. avec une statue royale. P. en tant qu'acte de gratitude envers son gendre Louis XV. Celle-ci peut en effet demander d'importantes dŽmolitions et reconstructions et son articulation au reste du tissu est soigneusement contr™lŽe. Dans certains cas. en 1639. Que sais-je. quasiment isolŽ du tissu urbain existant ˆ lÕexception dÕune ouverture latŽrale qui traverse la place le long de sa limite droite (encore faut-il signaler que cette ouverture latŽrale date de la dŽmolition d'un pavillon d'angle). La composition de l'espace (figure 4. mais c'est sur cette derni•re que Marie de MŽdicis fera installer. gŽnŽralement situŽe au centre de l'espace.. Cahiers du CREPIF. Figure 4.ÊL. LÕextension horizontale des axes intŽrieurs est soigneusement restreinte par deux constructions monumentales dÕun c™tŽ (respectivement le pavillon du Roi et de la Reine) et la rangŽe continue de maisons et de la colonnade de lÕautre c™tŽ. ce n'est pas le cas de la place ˆ programme.droite).12 Ð Projection renversŽe de la Place des Vosges ˆ Paris (FR) par rapport ˆ la Place Stanislas ˆ Nancy (FR) La Place des Vosges (~1609) a ŽtŽ amŽnagŽe sous Henri IV comme une entitŽ compl•tement enclose et autonome (figure 4. Il fera ensuite Žcole dans toute la France.12 . J.

telle que celle observŽe sur la place Stanislas. de compositions d'inspiration baroque. comme le 290 LAVEDAN P. Ainsi lÕaxe vertical devait-il •tre bornŽ par deux pignons symboliques.) ou m•me mŽdiŽval (cf. BACON E. quoique tr•s diffŽrentes des formes baroques. On pourrait en effet se demander si la combinaison d'artefacts urbains. lÕaxe horizontal passe ˆ travers deux vues monumentales qui s'Žtendent jusqu'aux limites extŽrieures de la vieille ville marquŽes chacune par un arc de triomphe. Comme on peut le voir sur la figure 4. Design of cities. Ces reprŽsentations permettent de visualiser. pp. Soit. 291 Voir ˆ ce sujet. d'autre part. place de la Seigneurerie ˆ Florence)291. LÕintŽr•t des projections stŽrŽographiques renversŽes appara”t clairement ˆ travers ces deux exemples tr•s contrastŽs. faut-il voir dans la projection stŽrŽographique un instrument de gŽomŽtrisation baroque au sens dŽfini plus haut ? Signalons tout d'abord que l'on trouve encore de telles combinaisons d'artefacts horizontaux et verticaux dans l'urbanisme contemporain (pensons par exemple ˆ la Place Saint-Lambert). n'est pas le fait quasi exclusif d'un type de composition spŽcifique. cit. Mais on peut Žgalement trouver des expressions tr•s prŽcoces. 161 . de ce type de combinaisons dans l'urbanisme romain (le forum impŽrial p. la travail de Bacon.lÕintersection de deux axes majeurs. CUƒNOT R. Le Pays Lorrain. (1952). par exemple.ex. n¡1. ˆ savoir les compositions baroques. et que ces exemples confinent d•s lors ˆ la tautologie. (1967). un mod•le de composition urbaine comme la place Stanislas. ou au moins la perpŽtuation. (1941). D'aucun avanceront alors l'argument qu'il s'agit. explicitement ou implicitement. Le baroque ne serait alors que le moment historique de la systŽmatisation d'un procŽdŽ qui. un instrument d'analyse de la forme urbaine et. Encore faut-il se garder d'une prŽtention ˆ l'universalitŽ qui n'aurait pas lieu d'•tre. d'une part.12-gauche. les dimensions de tous les objets sont reprŽsentŽes selon leur distance par rapport ˆ lÕobservateur tout en maintenant les dŽformations dans des limites acceptables Žtant donnŽ que les projections stŽrŽographiques sont conformes. "Les embellissements de Nancy sous le Roi Stanislas". qui est tout de m•me tr•s particulier (que ce soit dans sa forme ou les "conditions historiques" de son Žmergence). Dans le m•me temps. et distinguer clairement. En bref. 296 p. d'un style historiquement datŽ. Thames & Hudson London. de mani•re synthŽtique. et qui devaient unifier l'ensemble de la ville de Nancy (ville vieille et ville neuve). dont la th•se principale est prŽcisŽment de dŽmontrer la transversalitŽ historique de ce type d'artifice formel. Histoire de l'urbanisme (Tome 2) Ð Renaissance et Temps modernes. le premier consacrŽ au pouvoir civil (lÕh™tel de ville Ð bas de la figure) et lÕautre ˆ lÕinfluence du Prince (le palais ducal en haut de la figure)290. L'exploitation de projections stŽrŽographiques renversŽes dans le cadre de projets urbains contemporains aurait alors pour effet inattendu de favoriser la rŽsurgence. Un arc de triomphe et deux b‰timents ont ŽtŽ crŽŽs ˆ la place des fortifications qui sŽparaient jusquÕalors les deux parties de la ville. 15-23. LÕassociation de deux petits b‰timents avec lÕarc monumental permet de prolonger la vue depuis la Place Stanislas vers la Place de la Carri•re et la place royale toutes deux situŽes en haut de la figure. op. les diffŽrentes relations entre ŽlŽments urbains horizontaux et verticaux Ð lÕaxe vertical Stanislas et le pignon de lÕh™tel de ville.

par le rŽamŽnagement de la place. Le plus grand cercle co•ncide avec la corniche du Palais. •tre appliquŽes ˆ la visualisation et la comparaison de hauteurs angulaires. Il nous faut enfin signaler que les projections sphŽriques renversŽes peuvent encore •tre utilisŽes ad absurdum. Ainsi. qui Žtait alors considŽrŽ comme un ŽlŽment du patrimoine de la ville devant •tre prŽservŽ. On peut constater que la hauteur angulaire de lÕenveloppe maximale serait plus ŽlevŽe que le Palais si elle Žtait observŽe ˆ partir de notre point dÕanalyse Ð le point de convergence des trois axes de lÕespace ouvert. portant sur des corniches ou des fa”tes discontinus. lorsqu'elles ont envisagŽ la construction de la place Saint-Lambert ˆ Li•ge. 4. ce qui signifie que les dimensions radiales ˆ lÕintŽrieur du cercle sont directement proportionnelles aux hauteurs angulaires observables dans l'espace tridimensionnel. Cette condition avait essentiellement pour but de maintenir le caract•re symbolique du Palais. voire mis en valeur. Figure 4. est Žtroitement liŽ ˆ l'intelligibilitŽ et la lisibilitŽ urbaine. exprimŽ en valeur absolue. Leur avantage par rapport aux autres instruments de visualisation (plans. les autoritŽs locales liŽgeoises ont rapidement posŽ l'exigence que le niveau des corniches des nouveaux b‰timents. ne se rencontrent pas moins dans la rŽalitŽ. Pour toutes thŽoriques qu'elles puissent para”tre. dans la mesure o• la reprŽsentation met clairement en Žvidence les qualitŽs de fermeture et d'isolement de cet espace urbain aux antipodes de la place Stanislas.3.13 Ð Projection Žquidistante de la Place Saint-Lambert ˆ Li•ge (BE) La partie gauche de la figure 4. de ce fait. pour dŽmontrer l'inexistence formelle de telles relationsÉ La place des Vosges constitue ˆ ce titre un contre-exemple remarquable.3 Projections Žquidistantes La propriŽtŽ distinctive des projections Žquidistantes est de respecter les angles verticaux. alors que le plus petit est donnŽ par 162 . gŽomŽtrauxÉ) rŽside ˆ nouveau dans le fait quÕil est possible de comparer les hauteurs visuelles d'objets ŽloignŽs et disjoints. Les projections Žquidistantes peuvent.soulignait Lynch. ne soit pas plus ŽlevŽ que celui de la corniche du Palais des Princes Ev•ques. de telles exigences.2. ˆ partir de positions spŽcifiques de lÕobservateur.13 reprŽsente lÕenveloppe maximale de b‰timent proposŽe par la ville afin de rŽpondre ˆ cette exigence. mais qui peut prendre une multitude de configurations selon la culture dans laquelle il se dŽveloppe.

le syst•me n'Žtait pas linŽaire. le point de vue adoptŽ pour les comparaisons est bien entendu un ŽlŽment essentiel. Les conditions d'une double rupture du paysage traditionnel de la rue Žtaient ainsi rŽunies et rendues solidaires : dislocation du tracŽ de la rue."294 292 SUBILEAU J. Ce qui signifie que la hauteur absolue du nouveau b‰timent pourrait •tre lŽg•rement plus importante que celle du Palais dans une partie de l'emprise au sol.-L.S. La figure met en Žvidence le fait que la hauteur angulaire maximale atteinte par cette enveloppe hypothŽtique serait encore plus grande et probablement excessive. 294 SUBILEAU J. l'effet morphologique d'un b‰timent ˆ front de voirie peut •tre tr•s diffŽrent de celui d'un b‰timent plus haut. et le paysage de Paris". Il doit correspondre aux exigences morphologiques imposŽes par les autoritŽs locales et des points de contr™le complŽmentaires devraient impŽrativement •tre fixŽs et validŽs. elle s'inscrivait dans la tendance gŽnŽrale ˆ la hausse des hauteurs autorisŽes par les diffŽrents r•glements depuis le r•glement de 1784. On constate nŽanmoins qu'une partie de cette enveloppe serait encore inscrite ˆ lÕintŽrieur des deux cercles qui matŽrialisent les marges angulaires donnŽes par la situation de rŽfŽrence. op.O. mais elle introduisait des ruptures pour certaines gammes de largeur de rue puisque. op. que la hauteur autorisŽe ˆ l'alignement n'Žtait pas le seul facteur de rupture de la r•gle H=L introduite dans le POS de 1967293. Lorsque la hauteur verticale Žtait mesurŽe au droit de l'alignement.la plus grande hauteur angulaire atteinte par lÕenveloppe de b‰timent. il faut entendre un prospect de 45¡ par rapport ˆ l'alignement de voirie opposŽ ˆ l'emprise ˆ b‰tir : prospect de H = L dans les rues de moins de 12 m et de H = L+3 dans les rues de plus de 12 m. Les candidats b‰tisseurs ont d•s lors profitŽ de la marge de tolŽrance autorisŽe par le r•glement pour multiplier le nombre d'Žtages. D'inspiration clairement hygiŽniste.-L. tout constructeur Žtait ainsi conduit ˆ chaque fois que la dimension et la forme de sa parcelle lui en offraient la possibilitŽ. On sait en effet. ˆ s'Žcarter de la rue et ˆ construire au centre. Or nous savons que la hauteur angulaire augmente en fonction de la proximitŽ de l'observateur. jusque-lˆ. "Le r•glement du P. (1975). et le paysage de Paris". m•me si celui-ci est situŽ en recul. ce prospect s'Žtendait jusqu'au fond de la parcelle et n'Žtait limitŽ que par le plafond de zone et le prospect "arri•re" des cours et jardins (outre les r•gles de densitŽ bien entendu). depuis les Žtudes de Subileau sur le r•glement parisien292. Ceci est dž au fait que notre point dÕanalyse est plus proche du nouveau b‰timent que de la fa•ade du Palais. "Le r•glement du P. Il est Žvident quÕune telle conclusion dŽpend dÕun certain nombre de conditions. cit. 293 Par r•gle H=L. la marge de tolŽrance par rapport ˆ l'alignement nous para”t Žgalement un point dŽlicat. La partie droite de la figure 4. Or..O. "Pour Žchapper aux restrictions appliquŽes au gabarit ˆ l'alignement et tirer parti du caract•re gŽnŽreux des hauteurs plafonds. La rupture sera particuli•rement importante dans les tissus dits constituŽs. (1975).S. dislocation de sa silhouette b‰tie. Plus subtile que cette question des points de contr™le. si ce n'est au fond de son terrain. Le probl•me Žtait Žgalement liŽ aux dŽcrochages latŽraux par rapport aux alignements existants que cette r•gle a rapidement induit. 163 . c'est-ˆ-dire caractŽrisŽs par un linŽaire continu et des b‰timents de dimensions assez similaires. Ainsi. page 40.13 est une autre simulation dans laquelle nous avons testŽ un b‰timent avec deux Žtages supplŽmentaires Ð cÕest-ˆ-dire 8 m•tres de plus Ð et ayant la m•me emprise au sol que l'enveloppe Žtablie par la ville. cit. quitte ˆ construire assez nettement en retrait.

Rappelons ˆ cet Žgard que les projections Žquidistantes se distinguent des prospects traditionnels par le fait qu'elles permettent de considŽrer toutes les directions dÕobservation plut™t quÕune vue prŽfŽrentielle.14 Ð Projection Žquidistante d'un b‰timent en retrait respectant la r•gle H=L Le b‰timent en retrait (au centre gauche des deux figures) a donc une hauteur absolue supŽrieure de 50% aux b‰timents qui l'entourent. Il s'agit alors de dŽmontrer que l'utilisation de l'instrumentation sphŽrique est bien compatible avec ce type de prŽoccupations. nous suggŽrons d'abord de distinguer les tissus urbains dits "constituŽs" de ceux qui sont en mutation. Lorsqu'il s'agit de reconstituer un tissu urbain profondŽment dŽstructurŽ. dans une rue de prospect H=L. calculŽe ˆ partir du centre de l'espace ouvert. l'intŽr•t des projections Žquidistantes sera bien entendu de supplŽer l'inexistence de hauteurs de rŽfŽrences et d'alignements qui aient toujours du sens. si la hauteur angulaire du b‰timent en retrait est bien de 45 degrŽs dans la premi•re 164 . ˆ juste titre. celle de droite ˆ partir de l'axe de la voirie.14 gauche. La figure de gauche a ŽtŽ calculŽe ˆ partir de l'alignement opposŽ ˆ ce b‰timent . mais c'est en projection stŽrŽographique qu'il faudrait analyser de tels phŽnom•nes Žtant donnŽ que la projection Žquidistante n'est pas conforme. Faut-il en dŽduire que seules des r•gles portant directement sur la hauteur absolue des b‰timents permettent de contr™ler utilement la forme urbaine ? Avant d'en arriver lˆ. mis ˆ part deux dŽcrochages mineurs dans la ligne de ciel. comme c'Žtait le cas de la place Saint-Lambert. Par contre. Nous illustrerons ce point par les deux vues de la figure 4.On pourrait craindre. orthogonale ˆ lÕaxe de la voirie. On voit que la rupture introduite par ce recul est quasiment gommŽe par la figure 4. dans la mesure o• ces deux techniques sont basŽes sur un m•me type de grandeur. C'est que la vue de gauche s'apparente de facto ˆ une mesure de prospect : elle ne porte que sur un front de b‰tisse. ˆ savoir les hauteurs angulaires des b‰timents.14 qui reprŽsentent une situation de recul volontaire de 50% de la largeur de la voirie. La rupture de la ligne de ciel est dŽjˆ plus manifeste dans la deuxi•me figure. dans le cas des tissus constituŽs. que l'application des projections Žquidistantes n'induise des effets tout ˆ fait semblables. On ne peut en fait comparer que les hauteurs angulaires et on voit que. les rŽfŽrences en mati•re de hauteur et d'implantation semblent manifestes et dictŽes par des exigences quasi patrimoniales. Figure 4.

L'auteur s'inspirait ici directement des observations de Helmholtz concernant la saturation auditive (page 48). au maximum. que du rapport de ses dimensions de l'espace ˆ celles des b‰timents qui l'entourent : "il serait illusoire de croire que l'impression de grandeur produite par une place cro”t en fonction de ses dimensions rŽelles"296. de mani•re ˆ se rapprocher de conditions rŽelles d'observation. 4. L'art de b‰tir les villes. ce qui prŽsente l'intŽr•t de restituer le contexte spatial de la mesure. Les projections Žquidistantes consid•rent par contre l'ensemble des directions d'observation. en particulier en vue oblique. Cette construction est toujours utilisŽe ˆ l'heure actuelle. Cette baisse de hauteur angulaire constitue de facto un ŽvŽnement dans la rue. Sitte s'inscrivait en outre dans une tradition de rationalisation des mod•les historiques.vue. Elles invitent de ce fait ˆ multiplier les points de contr™le. Les projections isoaires sont beaucoup plus rŽcentes que les stŽrŽographiques. en 1772. Ceci signifie que cette construction respecte les angles solides interceptŽs sur la sph•re une fois projetŽs sur le plan. Žquidistantes etc. en fin de compte. Ð dans la mesure o• l'expŽrience des hauteurs angulaires ne constitue qu'un aspect limitŽ de notre perception visuelle. op.295 Dans le contexte de la morphologie urbaine. un sous-espace latŽral de hauteur angulaire constante. Ses principes seront 165 . Elle reste cependant infŽrieure ˆ celle qu'aurait un b‰timent de prospect 45 degrŽs situŽ ˆ l'alignement. cit. pour Žvaluer la quantitŽ de ciel visible ˆ partir d'un point. Dans ces conditions. Ces trois facteurs Ñ multiplicitŽ des directions d'observations.2. ce qui induit une ponctuation non souhaitŽe ˆ cet endroit. parfois assez 295 SNYDER J. On doit ˆ Sitte cette idŽe que la grandeur per•ue d'un espace ne dŽpend pas tant de ses dimensions absolues. Il s'agit enfin de considŽrer qu'il est indispensable de combiner diffŽrents types d'analyses sphŽriques Ð stŽrŽographiques. simplement. les projections isoaires seront utilisŽes chaque fois qu'il faudra comparer l'importance surfacique de deux ŽlŽments disjoints dans l'espace. nous pensons que si la r•gle de prospect a induit des dŽrives et des ruptures dans le tissu urbain. de rŽduire la sensibilitŽ des mesures angulaires et de rŽduire. cit. (1996).4 Projections isoaires La propriŽtŽ distinctive des projections isoaires est d'•tre Žquivalentes.3. Map projections : a working manual. La premi•re expression d'une projection azimutale Žquivalente aurait ŽtŽ proposŽe par le mathŽmaticien Lambert. ou. 296 SITTE C. En conclusion. qui avait dŽjˆ donnŽ lieu ˆ la thŽorie des ordres en architecture. DŽnon•ant.P. c'est aussi parce qu'il s'agissait d'un ratio mathŽmatique dŽfini in abstracto. des points de vues et des types d'analyses Ñ permettront. ainsi que de travaux davantage psychologiques relatifs ˆ l'agoraphobie (page 53). la projection Žquidistante semble une mani•re efficace de donner de la substance aux marges de relaxation de la rŽgulation morphologique. pour la reprŽsentation des mers et des ocŽans. op. (1987). le risque de "perversion" de cet instrument d'analyse. elle est plus importante lorsqu'elle est mesurŽe ˆ partir du centre de la rue. dŽtachŽ de toute forme d'expŽrience spatiale concr•te.

Remarquons. dŽpasser le double de cette hauteur. cit. que l'auteur compare au prototype du Forum de PompŽi. Il devait en tirer quelques r•gles simples relatives aux rapports hauteur sur largeur des places mŽdiŽvales et classiques : "ˆ la lueur de ce type de comparaison. op. 298 SITTE C. L'art de b‰tir les villes.. les compositions urbaines modernes.15 Ð Projection isoaire de la Grand Place dÕArras (FR) par rapport ˆ la piazza del Mercato de Lucques (IT) repris par de nombreux auteurs contemporains. que la th•se de Sitte est exclusivement consacrŽe aux places. pour notre part. Nous illustrerons ce propos en comparant. ou aux rŽseaux de places.15). par le rapport entre la rŽgion blanche au centre de la figure et la surface du cercle de la projection. page 51. dans une certaine mesure. Žgale ˆ la hauteur de l'Ždifice [nb : principal qui domine l'espace]. ramenŽes ˆ une m•me Žchelle."297 Au-delˆ de la question de savoir si une telle mesure doit effectivement •tre considŽrŽe comme une sorte d'Žtalon dans les amŽnagements contemporains. pour conserver un effet agrŽable. op. cit.. 297 SITTE C. au minimum. Figure 4. lÕouverture du ciel respective de la Grand Place dÕArras et de la Place du MarchŽ ˆ Lucques (figure 4. mais tr•s construite malgrŽ tout. ˆ ce propos. et formant une Žbauche de base de cas avant la lettre. les rues n'ont de valeur qu'en tant que "desservant" des places et seront donc exclusivement apprŽciŽes au vu de leurs relations avec ces derni•res. nous retiendrons ici la mŽthode proposŽe par Sitte pour caractŽriser l'ouverture d'une place.na•vement. (1996). et que. l'auteur Žtayait son propos sur base d'un Žchantillon de quelques 96 places. en projection isoaire. dont Spreiregen. Bacon. en projection isoaire. Dans cette perspective. et. dŽfini a priori comme idŽal dans l'introduction de l'ouvrage. page 51. 166 ."298 Nous suggŽrons. L'art de b‰tir les villes. Il est directement reprŽsentŽ. de considŽrer la partie visible du ciel comme une mesure efficace de l'ouverture d'un espace urbain. L'ouverture de ciel est ainsi dŽfinie comme lÕangle solide interceptŽ par le ciel visible ˆ partir dÕun point sur lÕangle solide dÕune demi-sph•re. Krier. on admettra que la dimension principale d'une place doit •tre. "Ce rapport s'Žtablit entre la hauteur de l'Ždifice Ñ mesurŽe depuis le niveau de la place jusqu'ˆ la corniche Ñ et la dimension de la place mesurŽe perpendiculairement ˆ la fa•ade principale de cet Ždifice. elle ne doit pas. (1996). au maximum. assez rŽductrice.

le raccordement des rues induit des discontinuitŽs importantes de la ligne de ciel que l'on ne peut nŽgliger. la hauteur des constructions est de l'ordre de 15 m•tres. Dans des configurations gŽomŽtriques aussi simples. il peut sembler superflu dÕappliquer des projections isoaires pour se faire une idŽe du degrŽ dÕouverture de l'espace. Chez Sitte. lÕespace ouvert elliptique de Lucques rŽsulte de la persistance du tracŽ dÕun ancien amphithŽ‰tre romain.Comme on peut lÕobserver directement sur le graphique. La diffŽrence est ici essentiellement liŽe aux dimensions en plan des deux places. ˆ des situations de rŽfŽrence comme Arras ou Lucques. autoritŽs publiques (rŽgionales et communales). d'une part. On retrouvera ici des variations comparables ˆ celles que nous avons observŽes en projection stŽrŽographique pour la place d'Arras (cf. sur la place Saint-Lambert ˆ Li•ge. section 2). comme le proposait Sitte. supra). puisque. la Place du MarchŽ a ŽtŽ amŽnagŽe le long dÕune forme elliptique dont les axes sont de quelques 75 et de 50 m•tres. Autre diffŽrence substantielle par rapport ˆ Sitte. ensuite. dans les deux cas.3 Application de l'instrumentation sphŽrique dans le cadre d'une expŽrience concr•te Ð la rŽgulation de l'”lot St-Michel L'instrumentation sphŽrique que nous venons de prŽsenter a ŽtŽ dŽveloppŽe et testŽe dans le cadre d'une expŽrience concr•te portant sur la rŽgulation de l'”lot St-Michel. Toutefois.3. en 1994. d'autre part. il faut se rappeler que des gŽomŽtries aussi rŽguli•res sont vŽritablement exceptionnelles. Mais alors que la place rectangulaire dÕArras a des dimensions en plan d'environ 175 sur 100 m•tres de long. 4. La contribution du LEMA consistait ˆ relever les mod•les et les processus utilisŽs en la mati•re pour ensuite 299 Convention n¡ 93/12772 du 23 dŽcembre 1993 167 . Dans de telles conditions. permettrait de se faire une idŽe de l'ouverture de l'espace de mani•re plus rapide et plus concise. la RŽgion Wallonne (DGATLP) devait en effet charger le LEMA. de rŽaliser une Žtude visant ˆ renforcer la crŽdibilitŽ du processus de rŽgulation de l'”lot St-Michel299. Alors que la forme quasi rectangulaire de la Grand-Place dÕArras peut sÕexpliquer par sa fonction initiale (le verger dÕune abbaye) et les rŽglementations consŽcutives qui ont contraint la conception des b‰timents. selon le point de calcul adoptŽ. lÕouverture du ciel calculŽe au centre de la Grand Place d'Arras est nettement plus importante que celle de Lucques. Par opposition. il s'agissait au contraire d'une forme d'invariant gŽomŽtrique. la forme du terrain et la hauteur des b‰timents ne sont aucune des deux rŽguli•res. Nous reviendrons sur cette distinction importante lors de la section suivante. LÕobjet concret de cette Žtude Žtait de proposer et de tester des outils dÕanalyse de la forme urbaine afin d'amŽliorer le dialogue entre. De plus. Sans remettre en cause les qualitŽs exceptionnelles du coordinateur (cf. la mesure de l'ouverture de ciel est ramenŽe ˆ des positions bien dŽterminŽes de l'observateur et va donc changer. candidats promoteurs et. Un simple rapport de la hauteur sur la largeur de l'espace. les reprŽsentations isoaires fournissent un moyen fiable pour Žvaluer lÕouverture du ciel de la place et la comparer.

• Les projections sphŽriques ont d'abord ŽtŽ appliquŽes ˆ 7 places de rŽfŽrence. afin de mettre en Žvidence les principales qualitŽs formelles exprimŽes par ce schŽma. fait exceptionnel. • Les projections sphŽriques ont ensuite ŽtŽ utilisŽes pour modŽliser plus concr•tement les intentions du projet urbain de la ville.. m•me si. bien entendu. • La sensibilitŽ de ce schŽma ˆ des modifications partielles. de la place Xavier-Neujean et de la rue Hors-Ch‰teau ˆ Li•ge (BE) et enfin de la place centrale de Jamagne (BE). telle que modification de la hauteur du b‰timent de la promotion privŽe ou de l'implantation. 301 Il s'agissait respectivement. 168 . Elle n'Žtait pas non plus tr•s pertinente dans ce cas de figure puisque. Cette Žtude de sensibilitŽ.300 Le travail rŽalisŽ par le LEMA comportait quatre aspects complŽmentaires qui sÕencha”naient dans une sŽquence temporelle simple. Nous reviendrons sur ce point dans la section suivante. essentielle pour valider le protocole de rŽgulation mis en place. de la place des Vosges ˆ Paris (FR). TELLER J. section 2). Li•ge. Žtablies en collaboration avec les membres du comitŽ d'accompagnement de la recherche (reprŽsentants de la RŽgion Wallonne et des autoritŽs communales). elle nÕest apparue comme telle quÕau cours de la restructuration dÕensemble du travail. Rapport de recherche interne au LEMA-Ulg. 80 p. Ces rŽfŽrences Žtaient destinŽes ˆ donner une rŽelle substance ˆ des intentions abstraites comme l'ouverture d'un espace ou la rŽgularitŽ de la ligne de ciel. n'a pas pu •tre rŽalisŽe pour des raisons de calendriers. bien que prŽvue par le contrat. • Enfin. Un des aspects cruciaux de cette t‰che Žtait de permettre aux autoritŽs locales de formaliser leurs attentes en terme de morphologie urbaine. Cette Žvaluation. a ensuite ŽtŽ testŽe. mais remarquons par exemple que le contraste entre la Grand'Place d'Arras et la Place du MarchŽ ˆ Lucques devait nous permettre d'Žtudier un des principaux aspects du projet.proposer de nouveaux concepts et dŽvelopper un prototype qui serait ensuite appliquŽ lors du choix du promoteur. 300 DUPAGNE A. de la place Stanislas ˆ Nancy (FR). section 2). Elles ont ŽtŽ sŽlectionnŽes en fonction de leur caract•re remarquable au vu des intentions du projet urbain.. de la place du MarchŽ ˆ Lucques (IT). Place Saint-Lambert Ð Promotion privŽe. (1994). caractŽrisŽes par des configurations et des dimensions dissemblables301. a ŽtŽ rŽalisŽe sur base d'hypoth•ses vraisemblables. Les projections sphŽriques ont donc ŽtŽ appliquŽes au prototype formel Žtabli par le coordinateur (cf. le promoteur sŽlectionnŽ a adoptŽ tel quel le schŽma du coordinateur et que les deux autres candidats s'en Žcartaient tr•s nettement (cf. ˆ savoir la fermeture spatiale de la place Saint-Lambert. la comparaison et l'Žvaluation des diffŽrentes propositions soumises par les promoteurs privŽs devait constituer l'Žtape ultime de ce processus. de la GrandÕ Place d'Arras (FR). lÕŽtude Žtant terminŽe.

(1999) "3D Symbolic Visual Simulation of Building Rule Effect in Urban Master Plans". les projections sphŽriques permettent de se concentrer sur la qualitŽ de l'espace ouvert et non sur le dŽtail de construction des b‰timents. Rapport de recherche interne au LEMA-Ulg.La principale conclusion que nous avons tirŽe de cette expŽrience tient dans l'effectivitŽ des projections sphŽriques en tant que mode d'expression et de communication d'intentions morphologiques. ˆ des rŽfŽrences locales. Li•ge. section 2). cit. mais qu'elles n'en sont pas moins intelligibles pour autant que l'on prŽvoie une courte phase de familiarisation. hypoth•ses alternatives). PIROTTE P. 110 p. Cette fa•on de faire prŽsente de 302 DUPAGNE A. tissu urbain environnant) et enveloppes constructibles (promotion privŽe. 169 . RENOTTE N. Generally speaking urban planning rules introduce some constraints but do not define completely the shape of buildings. VICO F.302 Leur application est d•s lors tout ˆ fait compatible avec une logique d'effecteur qui se met en place bien avant que le rŽgulateur n'ait connaissance des projets de construction urbaine qui lui seront soumis. you have to be conscious not to confuse the role of urban planners and the role of architects.. une telle application prŽsente des risques de confusion : "A methodological problem has to be stressed.. C'est l'effet des projets opŽrationnels sur lÕespace public qui est reprŽsentŽ et non les b‰timents eux-m•mes. page 39. 303 LAURINI R. il est possible de les appliquer ˆ des mod•les 3D rudimentaires. comme par exemple les analyses morphologiques rŽalisŽes au cours de prŽ-Žtudes de l'exposition internationale de Lisbonne. When the 3D simulations are created. mais sur des propriŽtŽs graphiques bien dŽterminŽes (pensons par exemple au contour 2D de la ligne de ciel). en particulier. la spŽcification des intentions et la mise en place de la fonction d'effecteur (cf... Dans le cas de notre expŽrience. Dans la mesure o• leur qualitŽ ne repose pas sur l'illusion."303 Par rapport ˆ ce risque rŽel de confusion. en d'autres termes.. Ce constat a ŽtŽ confirmŽ lors d'expŽriences ultŽrieures. ƒtude d'insolation et effet d'ombre Expo'98 Lisboa. mŽlangeant forme urbaine existante (palais des Princes Ev•ques. des acteurs administratifs et politiques. cette familiarisation a ŽtŽ facilitŽe par l'application du formalisme ˆ des places de rŽfŽrence et. Rappelons que le comitŽ de suivi rassemblait des reprŽsentants de la RŽgion Wallonne et des autoritŽs communales. (1994). Elles s'inscrivent donc dans une logique davantage performantielle que prescriptive : il sÕagit dÕune sorte dÕingŽniŽrie inverse consistant ˆ contraindre lÕimpact dÕune construction sur un espace ouvert plut™t que de la contraindre directement pour obtenir lÕeffet voulu. Il ressort de l'expŽrience que les projections sphŽriques sont certes moins conventionnelles que les perspectives. thŽ‰tre. de l'avis m•me des auteurs qui sugg•rent d'appliquer des perspectives et des techniques de RŽalitŽ Virtuelle ˆ la visualisation de contraintes urbaines. Les visualisations sphŽriques se sont par ailleurs rŽvŽlŽes applicables d•s les premi•res Žtapes du processus de rŽgulation. Signalons d'abord que les visualisations sphŽriques n'ont jamais posŽ de probl•me de comprŽhension de la part des commanditaires de la recherche. Enfin. op..

les projections sphŽriques reconnaissent clairement cette dimension. de mode de reprŽsentation tŽlŽologique.4 Conclusions ConformŽment ˆ ce que nous avons observŽ lors de notre Žtude de cas de la place Saint- Lambert (section 2). Mais pour que ce r™le se dŽveloppe et soit vraiment reconnu par les diffŽrents protagonistes de la rŽgulation. Enfin. Il peut acquŽrir ainsi une grande cohŽrence et une meilleure lisibilitŽ. Etant donnŽ leurs propriŽtŽs. La "motivation" de chaque reprŽsentation doit donc •tre justifiŽe et validŽe par les diffŽrents intervenants. ˆ leur propos. que nous avons discutŽs en dŽtail dans le cadre de l'analyse de la rŽgulation de la place Saint-Lambert (section 2). les projections sphŽriques se spŽcialisent naturellement selon lÕun ou lÕautre aspect de la morphologie urbaine. dans la mesure o• il existe toujours de nombreuses mani•res dÕobtenir les m•mes effets. exemptes de manipulations. Alors que ces derni•res ont tendance ˆ dissimuler leur subjectivitŽ derri•re lÕillusion de la rŽalitŽ. nous avons jusqu'ici 170 . nous considŽrons que l'instrumentation visuelle est susceptible de jouer un r™le significatif dans le cadre de la rŽgulation morphologique.). Nous avons d•s lors proposŽ un autre formalisme mathŽmatique pour la reprŽsentation de la forme urbaine. En particulier. lÕespace public est traitŽ pour lui-m•me en fonction de lÕusage quÕil doit supporter. Il ne rŽsulte pas uniquement du rŽsidu des constructions et dispose dÕune logique propre. Nous pensons que la concertation peut •tre facilitŽe si les diffŽrents protagonistes reconnaissent que leurs jugements personnels subjectifs sur certains aspects sont basŽs sur des reprŽsentations contr™lables. L'exploitation des projections sphŽriques. Les perspectives ont jadis constituŽ une rŽelle rŽvolution pour reprŽsenter sur un support 2D un environnement visuel complexe et multidimensionnel. C'est ˆ ce titre que nous parlons. Nous pensons qu'il s'agit lˆ d'une diffŽrence essentielle par rapport aux perspectives. reste Žminemment qualitative bien entendu. en terme de ligne de ciel par exemple. l'Žquivalence etc. caractŽristiques de l'urbanisme concertŽ (sections 1 et 3). telle que nous l'avons prŽsentŽe dans le cadre de cette section. ˆ partir de causes tr•s diffŽrentes. 4. Nous avons toutefois mis en Žvidence quÕelles prŽsentaient une sŽrie de limites qui nuisent ˆ leur application effective en tant quÕinstrument de communication morphologique fiable.nombreux avantages. ExtŽrioriser les points de vue subjectifs de chaque acteur ˆ travers un formalisme commun est prŽcisŽment le but des projections sphŽriques. conditionnŽ par leur relation d'homomorphisme [2] avec le monde sphŽrique (comme la conformitŽ. Nous avons formulŽ plus haut les trois conditions que nous souhaitions voir remplies par un formalisme visuel dans le cadre d'une application "qualitative" : les projections sphŽriques disposent d'un contenu visuel propre [1]. il faudrait encore disposer d'outils qui satisfassent aux demandes actuelles de collaboration et d'argumentation. LÕarchitecte des constructions adjacentes fermant lÕespace dispose aussi dÕune plus grande libertŽ dans le choix des moyens ˆ mettre en Ïuvre pour rencontrer les exigences urbaines.

toujours combinŽ information visuelle et textuelle. et sous toutes les latitudesÉ L'utilisation d'un instrument sera toujours propre ˆ un lieu. les rŽfŽrences appropriŽes avec lesquelles on calibre les instruments varient Žgalement suivant la raison de la conception. pourraient •tre quantifiŽs au travers d'indicateurs morphologiques (section 5). ˆ fournir des indicateurs permettant de discriminer utilement diffŽrents types de configurations spatiales et. tel que nous l'avons prŽsentŽ dans la section 3. ˆ un moment et ˆ des intentions donnŽs. de tels indicateurs quantitatifs ne doivent pas se substituer purement et simplement aux graphiques qui. Nous souhaitons maintenant exploiter plus avant les propriŽtŽs mathŽmatiques des projections sphŽriques afin de dŽterminer dans quelle mesure certains phŽnom•nes que nous avons abordŽs jusqu'ici. ils ne fournissent pas seulement une mesure visuelle dÕun phŽnom•ne donnŽ. Dans cet esprit. La dŽmarche quantitative vise. applicable aveuglŽment ˆ tous les cas de figure. En effet. comme on l'a vu dans le cadre de cette section. plus modestement. ces deux modes d'argumentation Žtant complŽmentaires dans notre esprit [3]. 171 . comme l'ouverture de ciel par exemple. donc. Signalons d'emblŽe que notre intention nÕest pas de construire un indicateur gŽnŽral de la qualitŽ de lÕespace ouvert urbain. mais ils nous aident ˆ comprendre les mŽcanismes qui sous-tendent ces rŽsultats. disposent d'un pouvoir d'expression remarquable. de s'insŽrer dans un syst•me de rŽgulation basŽ sur les argumentaires. la variation des hauteurs angulaires par exemple. En outre.