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Table des matières

Mise en contexte ................................................................................................................... 2
Perspectives israéliennes ....................................................................................................... 3
Sionisme classique ......................................................................................................................... 3
Néosionisme .................................................................................................................................. 5
Perspectives palestiniennes ................................................................................................... 6
Le mouvement palestinien : du nationalisme à l’islamisme ........................................................... 6
Évolution du sens de Jihad ............................................................................................................ 7
Le Hamas ...................................................................................................................................... 8
Islamisme : une réponse au néosionisme ....................................................................................... 9
L’institutionnalisation du Hamas ................................................................................................ 10
La position américaine dans le conflit israélo-palestinien .................................................... 11
Conclusion ........................................................................................................................... 12
Bibliographie ........................................................................................................................ 14
Mise en contexte

On a souvent tendance à penser que l’histoire de la Palestine débute avec celle du sionisme.

Néanmoins, bien avant l’implantation des premières colonies juives, la Palestine était occupée par

une population arabe autochtone administrée par l’Empire ottoman. L’histoire de ce peuple

essentiellement rural et organisé de façon clanique sera bouleversée par le projet sioniste de juifs

européens.

Quoique les premières théories sionistes émergent en 1880 de la Russie Tsariste par les premiers

pogroms juifs et l’antionisonisme latent de l’Europe occidentale (l’affaire Dreyfus), on attribue la

fondation du mouvement sionisme à un journaliste viennois, Théodore Herzl. Ce dernier organisera

en 1897, le premier congrès sioniste mondial où seront définies les grandes lignes du projet sioniste,

comme l’établissement d’un « foyer » pour les juifs en Palestine, dont l’existence sera reconnue et

garantie par le droit international public.

Sous mandat britannique, la Palestine sera dédiée aux sionistes comme étant le futur « foyer juif

national » par le biais de la déclaration Balfour. Celle-ci provoquera l’hostilité des populations

arabes de la Palestine qui y perçoivent le bafouement de leurs droits en tant que peuple. Cette

déclaration illustre aussi le dessein impérialiste de puissances occidentales. Bien avant la création

officielle d’Israël, l’émigration massive de communautés juives en Palestine provoquera des

hostilités des populations arabes, affirmant du même coup un sentiment d’identité nationale

palestinien.

La situation devient de plus en plus difficile à gérer au point tel que les Britanniques transfèrent le

mandat à l’ONU et conséquemment David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’État juif

Israël en 1948. Depuis lors, les affrontements entre Palestiniens et Israël se multiplient et le conflit

est marqué par de courtes trêves non constructives. Ainsi, à travers le temps, la cause palestinienne
est reprise par plusieurs mouvements laïcs, nationalistes et religieux tandis qu’Israël cherche

l’appui de tout son spectre politique : de la gauche à l’extrême-droite. Ces prochaines lignes se

proposeront d’analyser la situation, du point de vue des deux camps, pour tenter de découvrir les

vraies motivations derrière cet affrontement dont la démarcation entre la dimension religieuse et la

dimension territoriale s’embrouille au fur et à mesure que le conflit évolue.

Perspectives israéliennes
Sionisme classique

À ses origines, le sionisme est certes laïc. D’ailleurs, le père fondateur de ce mouvement, Théodor

Herzl, était avant tout assimilitionniste. Il a tout d’abord lutté pour l’intégration du juif en Occident,

mais il en comprit l’impossibilité due par l’antisionisme européen et la ghettoïsation volontaire des

communautés juives. Herzl ne tenait pas tant à faire de la Palestine - terre sacrée pour le judaïsme

- un « État pour les Juifs ». Au contraire, cette terre était considérée comme trop problématique à

l’émancipation du juif, puisque la Palestine était déjà chargée du symbolisme sacré des autres

religions abrhamaniques. Cela étant dit, à ses débuts, le sionisme politique était marqué par

l’indétermination territoriale : un État juif en Argentine avait déjà été évoqué et la proposition

britannique d’octroyer une autonomie politique aux juifs en Ouganda avait été sérieusement

considérée (Dieckhoff, 1996). L’on en comprend que le lien entre le sionisme originel et la

Palestine a tout d’abord été politique. Selon Dieckhoff, le principal objectif du sionisme classique

ne fut jamais un « retour », mais simplement la constitution d’une entité politique souveraine. Ce

pragmatisme territorial se perpétue après la création d’Israël et se reflète à travers sa stratégie

spatiale pendant son expansion. Ainsi, les premiers villages juifs ont été créés à partir de 1882 sur
une plaine côtière qui n’a aucune considération religieuse. Les lieux historiques sont délaissés pour

des lieux géographiquement stratégiques : ils étaient choisis en prenant compte d’éléments

profanes telles l’accessibilité, la disponibilité en terre et les ressources hydrauliques. Or, des

régions profondément ancrées dans l’histoire judaïsme comme la Samarie et la Judée sont

totalement ignorées par les pionniers juifs. L’établissement de Tel-Aviv comme centre économique

et financier est une preuve explicite du constructivisme sioniste qui relativise l’importance du passé

incarné en la ville Jérusalem (Dieckhoff, 1996). Et même si l’on assiste éventuellement à une

« israélisation » de Jérusalem, culminant avec la visite « fâcheuse » d’Ariel Sharon à l’esplanade

des mosquées, il ne faut pas y voir une motivation religieuse. Il faut plutôt comprendre que

Jérusalem est le centre économique et social des Palestiniens : on y retrouve le marché et la

mosquée. Donc, en s’appropriant Jérusalem, Israël y voit l’occasion de priver les Palestiniens de

leurs services essentiels en aggravant leur situation déjà précaire (Latendresse, 2011). Cela étant

dit, Israël reste fidèle à sa stratégie que le géographe Claude Raffestin surnomme nodosité

territoriale : délimitations territoriales stratégiques entamées en plusieurs phases, dans le but

d’englober de plus en plus de ressources nécessaires.

Malgré son laïcisme, le sionisme ne peut se départir du lien mystique qui relie les juifs à la terre

d’Israël. On ne peut ignorer les multiples mentions d’Israël dans les chants qui animent les fêtes

juives. De même, l’éloignement biblique des juifs d’Eretz Israël évoque un parallèle avec

l’éloignement du peuple juif avec Dieu. Le retour peut être perçu comme une réconciliation, voire

une rédemption. Or, l’ingéniosité du sionisme classique réside dans ce tour de force d’avoir fait de

la terre d’Israël un moteur d’émancipation nationale : il a laïcisé l’espérance messianique en

« substituant à l’attente du sauveur une action politique destinée à prendre possession d’Eretz

Israël » (Guigue, 2006). Malgré l’utilisation sémantique du terme Eretz Israël par le mouvement
sioniste naissant, Dieckhoff rappelle que l’objectif premier est bien de s’accaparer d’une assise

territoriale pour l’édification d’un État, plutôt que la restauration du royaume de David.

Néosionisme

Aux débuts d’Israël en tant qu’État officiel, les communautés juives ultra-orthodoxes considéraient

le sionisme comme un acte divinement répréhensible. La dispersion des juifs à travers le monde

était une punition divine et la création d’un État pour les juifs était un acte de rébellion. La

rédemption du « retour » n’était pas autorisée par l’action des hommes, mais devait intervenir

miraculeusement (Dieckhoff, 2002).

Toutefois, à la conclusion de la guerre de Six Jours en 1967, une victoire israélienne ayant pour

conséquence des acquis territoriaux inespérés (notamment des lieux symboliquement importants

comme le mur des Lamentations et le tombeau des Patriarches à Hébron) inverse la situation. La

condamnation initiale des communautés ultra-orthodoxes se convertit en appui absolu. La victoire

criarde d’Israël a été interprétée comme le miracle réalisant une promesse biblique et qui du même

coup légitimait la possession de la terre d’Israël : l’occupation d’Eretz Israël, d’une rive à l’autre,

était dorénavant un devoir religieux. Contrairement au sionisme séculier qui voyait en la terre un

moyen, celle-ci devint une fin pour les néosionistes (Dieckhoff, 2002).

Les retombées politiques furent importantes: Le Parti national religieux s’allie avec le Likoud (parti

ultranationaliste) pour détrôner le parti travailliste. Le néosionisme renouvelle l’ardeur sioniste en

provoquant une émigration massive de juifs orthodoxes dans l’optique de coloniser les nouveaux

acquis territoriaux, sans concessions aux Palestiniens.

Ainsi, en attribuant au sionisme une valeur spirituelle, le néosionisme a assujetti le conflit israélo-

palestinien à un symbolisme religieux aux exigences absolues qui transcende le réalisme politique

et rend impossible tout compromis avec les Palestiniens (Sela et Yakira, 2003).
Outre la religion, il faut y déceler une stratégie territoriale qui comporte deux axes : la première,

d’ordre géographique, est de contrôler le territoire à l’aide de vagues successives d’immigration

juive pour occuper le plus de territoire possible; la deuxième, d’ordre démographique, est de dé-

arabiser le territoire par l’augmentation d’immigrants juifs dans le but de marginaliser la population

palestinienne (Latendresse, 2011). Comme Dieckhoff l’énonce avec clarté :

Constante essentielle de la stratégie territoriale: en raison de l’opposition continue des Arabes
palestiniens au projet national juif, il a toujours été indispensable de compenser la légitimité de
droit que ses adversaires lui refusaient par une légitimité de fait, celle d’une présence physique
compacte et permanente, sur le terrain. La validité historique du sionisme comme réponse
collective à la question juive en la preuve tangible de son succès ne tient ni à la propriété des
terres ni à la souveraineté politique sur un territoire, mais à l’enracinement humain dans le sol 1.

Perspectives palestiniennes

Le mouvement palestinien : du nationalisme à l’islamisme

La révolte suite à la proclamation d’indépendance de l’État d’Israël, la Nakba, avait pour but la

récupération d’une terre, celle de la Palestine. Une lutte qui fut tout d’abord locale (villages et

villes) avant de devenir nationale, celle de l’État palestinien (Al Husseini, 2009). Plus tard, c’est le

transnationalisme arabe qui parraine le mouvement palestinien. Lorsque Nasser échoue en 1967 et

que le panarabisme se désintègre, Yasser Arafat prend le relais et entame un processus

d’autonomisation du mouvement palestinien, le ramenant à une dimension nationale. Al Husseini

nous rappelle que le travail de l’OLP sur la conscientisation et la mobilisation de la diaspora

palestinienne à partir des années 1970 étaient axées autour de la récupération par les réfugiés de

leurs foyers. En ce sens, selon la déclaration du comité central du Fatah du 1er janvier 1969,

1
Dieckhoff Alain. Les trajectoires territoriales du sionisme. In: Vingtième Siècle, revue d'histoire, n°21, janvier-mars
1989. Dossier : Penser le fascisme. pp. 29-44.
l’objectif final du Fatah de Yasser Arafat était la restauration de l’état palestinien indépendant et

démocratique dont tous les citoyens, quelle que soit leur religion, jouiront de droits égaux.

D’ailleurs, lorsque Arafat revendiquait la souveraineté du peuple palestinien, il ne citait pas le

Coran, mais plutôt des résolutions de l’ONU. Ce n’est que bien plus tard qu’Arafat se rend compte

qu’il n’a pas les moyens suffisants pour créer de nouveaux quartiers arabes. Donc, face à la

puissance foncière d’Israël, il opte pour la mobilisation d’alliés extranationaux en déclarant

Jérusalem (troisième ville sainte de l’Islam) comme ville musulmane. Cet instrumentalisation du

sacré va lui permettre d’obtenir le soutien de tous les états islamiques du globe (Encel, Mauriat,

Papin, Lasseur, 2011).

Évolution du sens de Jihad

D’après Avraham Sela et Helanan Yakira dans la religion dans le conflit israélo-palestinien : dès

les débuts de l’Islam, le concept du petit Jihad (la guerre sainte) fut un devoir primordial pour tous

les musulmans, voire une norme collective. À travers la succession des empires islamiques, le jihad

a régulé les relations internationales avec le monde non-musulman. Des questions telles que les

circonstances dans lesquelles le jihad doit être mené, offensivement ou défensivement, l’autorité

légitime habilitée à appeler une telle guerre, la définition de ceux que ce devoir concernait ont été

l’objet de réinterprétations répétées pour le besoin d’une cause déterminée par la réalité politique

du moment. Ainsi, le jihad a toujours été un instrument puissant de mobilisation politique, dans la

mesure que ses conditions furent constamment révisées pour assouvir les intérêts du pouvoir en

place.

La version offensive du jihad qui visait l’expansion de l’Islam a été disqualifiée lors du déclin de

la domination musulmane au profit des puissances coloniales, dès le 18e Siècle. Le siècle suivant,

au cours des révoltes anticoloniales au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, elle a fait place à la
variante défensive. Variante qui a été reprise par les mouvements islamiques contre l’occupation

israélienne en Palestine ou au Liban et contre l’occupation soviétique en Afghanistan. Pendant les

années 1980, le concept du jihad s’est radicalisé et réinterprété en devoir individuel plutôt que

collectif, invitant tous les musulmans à participer au combat contre les Kafiroun (les mécréants).

Cela étant dit, le jihad permet aux extrémistes musulmans et des groupes hostiles de protester

contre des entités politiques, reléguant les principes des relations internationales à un plan inférieur

(Sela, Yakira, 2011).

Le Hamas
Dans les années 70-80, la gauche du mouvement national palestinien dénonce l’abandon de

l’objectif de récupération de l’intégralité des terres de la Palestine historique. Les principaux

courants islamistes (Jihad islamique et Hamas) en profitent pour convertir le nationalisme territorial

palestinien en un islamo-nationalisme et gagnent ainsi en popularité (Al-Husseini, 2009).

Les Palestiniens se détournent de plus en plus du Fatah suite à la détérioration de leur situation

territoriale, ainsi que l’absence de toute perspective politique. Ils prennent le Fatah pour

responsable de l’échec du projet national et de la corruption de l’Autorité palestinienne (AP). À cet

effet, suite à la première Intifada, le Hamas gagne en crédibilité et s’impose de plus en plus en

alternative à l’AP.

De la sorte, le Hamas considère que la Palestine est une terre bénie par Dieu, ce qui fait de sa

défense une obligation islamique. Cette réadaptation religieuse du mouvement palestinien donne

aux habitants des territoires occupés une sorte d’espérance qui leur permet d’entrevoir le futur avec

optimisme. « L’islam, sur lequel le Hamas fonde l’épanouissement de l’individu, est porteur de

valeurs disponibles immédiatement, contrairement à la notion de territoire, placée au cœur du projet

de l’OLP, dont la restitution demeure encore bien hypothétique. » (Al-Husseini, 2009).
Alors, l’on comprend que l’influence de l’islamisme en Palestine corrélère avec la volonté d’une

« lutte nationale » plutôt que la construction d’un État promu par Arafat. C’est-à-dire que lorsqu’il

est question de lutte nationale, le caractère religieux du mouvement prend de l’ardeur en faveur

d’une dénonciation de l’occupation. Or, lorsque le combat s’impose comme moyen de résistance

légitime, contrairement aux islamistes, ni les ONG ni l’AP ne peuvent assumer ce rôle (Larzillière,

2007). Cependant, selon Claude Guigue, du côté des Palestiniens, ce n’est pas le symbolisme

religieux qui pousse à l’affrontement, mais plutôt la prétention d’Israël, un état confessionnel et

paradoxalement laïque, à se l’approprier de façon exclusive. Or, le sacré est inapropriable dans son

essence et doit s’opérer une déconnexion entre l’espace symbolique et l’espace politique, alors

que le sionisme le rend indissociable : « pour mettre fin à cette guerre, il faut réaffirmer

l’irréductibilité du sacré; et, contre la géopolitique du divin, frapper d’illégitimité toute tentative

de s’approprier l’inappropriable » (Guigue, 2006). De même, les anciens califes musulmans, que

l’on parle du Prophète Muhammad, d’Omar le calife bien guidé, de Saladdin, de l’Empire ottoman,

etc. ont tous fait l’apologie de la liberté religieuse et défendu la cohabitation entre les différentes

confessions.

Islamisme : une réponse au néosionisme
À un stade du conflit où les attentats-suicides sont de plus en plus fréquents, l’islamisation de la

cause palestinienne peut aussi être perçue comme une réponse au néosionisme. C’est-à-dire que la

figure du shahid (martyr) prônée par les organisations islamistes en Palestine est une réponse à la

rhétorique religieuse de l’adversaire : « Face à une droite israélienne qui invoque la Bible pour

revendiquer le Grand Israël, le sacrifice suprême des jeunes martyrs vise à battre le sionisme sur le

terrain de la foi. » Guigue, 2006).

Une appréhension religieuse d’un conflit permet aux protagonistes de relativiser les échecs

politiques ou militaires, pour se concentrer sur les objectifs globaux à long terme. N’importe quel
accord entre les deux camps, quelqu’il soit, doit être toujours être perçu comme temporaire, à la

manière d’une trêve.

L’institutionnalisation du Hamas

Suite à une évolution circonstancielle ou de nouvelles contraintes, certains mouvements

révolutionnaires sont forcés d’adopter une stratégie de survie s’accordant avec le réalité des

circonstances. Le dynamisme idéologique qui caractérisait ces mouvements à leur origine se

tempère et ceux-ci connaissent un processus de routinisation et de bureaucratisation (Sela et Yakira,

2003). C’est le cas du Hamas qui obtient finalement la majorité parlementaire en 2006, lors des

élections palestiniennes, détrônant du même coup le Fatah. Alors que ce dernier réussit à conserver

son hégémonie en Cisjordanie, le Hamas devient responsable de l’administration de Gaza. En tant

qu’entité politique régie par la raison d’État, il devient de son devoir de contenir les actions

provenant de Gaza motivées par le radicalisme et de limiter « l’usage fréquent de symboles et de

croyances d’ordre affectif comme moyen de mobilisation et de combat interne pour le pouvoir »

(Sela et Yakira, 2011).

Cela étant dit, il est à noter que l’institutionnalisation politique de l’islamisme du Hamas nuit à la

politique expansionniste d’Israël. En suivant la logique de François Burgat, la caractérisation du

Hamas en tant que mouvement terroriste permet au gouvernement israélien de refuser tout

compromis territorial. Cette stratégie légitime l’usage du Hard Power, élimine toute possibilité de

concertation avec ces régimes hostiles et excuse par le fait même une escalade directe à

l’intervention militaire, outrepassant l’étape de négociation entre les deux camps. Pour obtenir le

soutien de la communauté internationale, Israël à intérêt à se présenter comme puissance

démocratique qui cherche à se mettre à l’abri de terroristes aux tactiques « barbares ».
Par exemple, aux débuts des années 2000, le Hamas sous l’influence de Cheikh Yassine était prêt

à considérer une politique de reconnaissance d’Israël sous quelques conditions territoriales

(l’évacuation des zones occupées depuis 1967, l’établissement d’un État palestinien sur Gaza et la

Cisjordanie avec Jérusalem comme capitale). Néanmoins, il fut assassiné quelques mois plus tard

sous les ordres d’Ariel Sharon. Celui-ci voulait que le conflit soit perçu comme une guerre entre

« le peuple musulman de Palestine » et le « peuple juif d’Israël », en parallèle avec la guerre contre

le terrorisme islamiste de Bush suite aux attentats du 11 septembre 2001, établissant ainsi une

convergence entre l’unilatéralisme américain des néo-conservateurs au pouvoir et sa propre

politique unilatérale (Ravenel, 2006).

La position américaine dans le conflit israélo-palestinien

Il est trompeur de croire que l’appui « indéfectible » des É-U à Israël date de 1948. Il y a eu une

évolution. La reconnaissance hâtive de l’État d’Israël par les Américains est tout d’abord

idéologique et populaire : la communauté juive américaine, puissante, nombreuse et bien intégrée

est une force politique majeure et un soutien à ne pas négliger dans le cadre des élections

présidentielles; les fondamentalistes protestants, concentrés dans les États du sud et du centre-

ouest, soutiennent la cause sioniste s’appuyant sur les prophéties de l’Ancien Testament; les Afro-

Américains, à la fin des années 1940, partagent le sentiment de minorité avec la communauté juive.

Dans une perspective plus large, la plupart des Américains sont interpellés par l’histoire d’Israël :

un pays pionnier, une terre refuge qui incarnent les valeurs occidentales dans un environnement

arabe et hostile par nature évoquant l’histoire des premiers colons américains (Claude, 2008). Par

contre, la haute-administration américaine garde une approche sceptique avec Israël, ne voulant
pas compromettre ses relations avec ses alliés arabes au Proche-Orient dans un contexte de Guerre

froide. Jusqu’à la fin des années 1950, il n’y eut aucune coopération militaire entre les deux pays.

La première inflexion de la politique réticente des Américains, survient en 1958, lorsque le

panarabisme de Nasser, à l’instar de l’empire soviétique, vient fragiliser l’hégémonie américaine

au Moyen-Orient. À cet instant, une alliance avec Israël passe d’obstacle à l’ordre américain au

Proche-Orient à un allié potentiel pour contrer l’influence du panarabisme. Israël s’avérera être un

allié précieux lors d’interventions militaires dans la région, ayant fait preuve d’une force militaire

pertinente, notamment lors de la Guerre de Six jours où Israël s’impose comme seule puissance

régionale capable de défendre les intérêts occidentaux et américains en Méditerranée orientale

(Claude, 2008). Malgré tout, en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, les présidents

américains (républicain ou démocratique) qui succèdent au gouvernement Reagan vont toujours

encourager un processus de paix et une solution à deux états.

Conclusion

Donc, on a pu voir que contrairement à une idée reçue, les origines du conflit israélo-palestinien

ne remontent pas à une époque ancestrale. Ce conflit est tout à fait moderne et n’est pas plus vieux

qu’un siècle. De plus, réduire un conflit à un seul aspect (territorial ou religieux) ne permet pas de

saisir la portée et l’essence d’un conflit. Selon Georges Corm, « un conflit ou une guerre est

toujours le résultat d’un processus historique et non point le produit de causes transcendantes qui

le rendent inéluctable ». Donc, le politologue profane se doit d’inclure plusieurs facteurs à son

étude : démographie, économie, géographie, histoire, etc. afin de construire une approche

interdisciplinaire par rapport à enjeu multidimensionnel. Il ajoute que « le dédain de l’histoire
comme facteur explicatif favorise la barbarisation d’un adversaire » tandis qu’avec

l’instrumentalisation du religieux, « on atteint alors le stade suprême d’une idéologisation du

monde qui renoue avec la vraie matrice des totalitarismes modernes, à savoir les guerres de

religions en Europe elle-même ».
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