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La Reconnue

de

Rémy Belleau
(1564)

PERSONNAGES :
MONSIEUR L'AVOCAT.
MADAME L'AVOCAT, sa femme.
MAITRE JEHAN, le clerc.
JANNE, la chambrière.
LA VOISINE.
L'AMOUREUX, son fils.
POTIRON, son laquais.
ANTOINETTE, l'amoureuse.
LE CAPITAINE RODOMONT.
BERNARD, son valet.
LE GENTILHOMME DE POITOU.

ACTE PREMIER
SCÈNE I
JANNE, CHAMBRIERE; M. JEHAN, LE CLERC.
JANNE.
Ha! que malheureuse est qui sert
Maintenant, et servant qui perd
Son bien, sa peine et sa jeunesse !
Et quoi ? servir une maîtresse
De Paris, j'aimerais autant
Mourir cent fois. Si je fais tant
Que sortir hors de la maison,
Voilà Madame en venaison,
Embonpoint, grasse et bien refaite,
Jalouse, fâcheuse et sujette
A son avertin qui soudain
Se met en son aigre levain
Pour crier après moi trois heures.
« Ha ! que les rentes sont mal sûres
« Du service de ces messieurs. »
Sus, mon Dieu, quelquefois je meurs,
Quelquefois je meurs quand j'y pense.
Si Monsieur n'a traité sa panse
Des présents d'un pauvre plaideur,
Tout le jour il sera rêveur,

Morne, triste, mélancolique;
Toute la nuit ou sa colique
Ou sa migraine le tourmente ;
Et Madame, qui perd l'attente
Du bien que donnent les maris,
Soupire de son amarris,
Et crie que personne n'entre ;
Qu'elle a des tranchaisons au ventre,
Comme si ell' voulait accoucher.
Monsieur ne fait rien que cracher,
Tousser, emutir, et m'appelle :
Janne, debout, de la chandelle,
Hâtez-vous et prenez un peu
De ce fagot, faites du feu,
Mettez ces deux tisons ensemble.
La pauvre Janne est là qui tremble
Devant deux charbons qu'elle attise,
Toute la nuit en sa chemise,
Pendant que Monsieur se promène,
Pendant que Monsieur prend haleine,
Pendant que ce gentil Monsieur
Veut apaiser son mal de cœur.
MAITRE JEHAN.
Il y a trois heures entières
Que j'écoute ici les colères
De Janne, à toute heure qui bruit...
Elle a eu quelque male nuit
Pour la colique de Monsieur.
Nous pourrions bien dîner par cœur
Ou bien tard ; puisqu'elle est en quinte,
Elle boira. tantôt sa pinte
Afin d'avaler ce courroux,
Mais il faut parler bas et doux
Pour ouïr comme elle caquette ;
Janne parle toujours seulette,
Redit tout et ne cèle rien ;
Vraiment, elle en contera bien;
Janne est maintenant en ses gogues.
JANNE.
Maître et maîtresse sont si rogues
Et si fiers, qu'ils ne feraient pas
Pour me secourir un seul pas.
L'un me dit : Janne, frotte-moi.
I/autre me dit : Approche-toi
Et me hausse ce traversin ;
Janne, apporte-moi ce bassin.
Mon orge mandé est-il fait ?

Que l'on mette au frais mon juillet ;
Mon lait d'amandes, qu'on le passe.
Et voilà comme je trépasse
Cent mille fois toutes les nuits.
MAITRE JEHAN.
Janne raconte les ennuis
Qu'elle a soufferts cette nuitée
De Madame, aussi mal traitée,
Au moins de son mari grison,
Que parente de sa maison
Et femme qui soit en sa race.
JANNE.
Cela fait, je vais, je tracasse
Çà et là; puis me faut aller
Au marché ; au retour filer,
Balayer, faire la lessive,
Et ne trouve ni fons ni rive,
Ni le moyen de m'en tirer.
Encor me faut-il endurer
Mille vergognes sur le front,
Que tous deux ensemble me font.
Puis, ai-je bien fait tout cela,
Il me faut suivre çà et là
Madame, et frotter haut et bas,
Me rompre mains, jambes et bras
A tourmenter une escabelle,
Un banc, une table, une écuelle,
A cette fin que son airain,
Son cuivre, son fer, son étain,
Reluise jusqu'au lamperon
Et jusqu'au cul du chaudron.
MAITRE JEHAN.
Janne me donne des atteintes,
Je n'ose faire mes complaintes,
J'en sais trop plus que je ne veux ;
Elle en dit assez pour nous deux.
JANNE.
Ha Dieu ! que ne me fis-tu naître
Serve de quelque homme champêtre
Ou de quelque bon laboureur,
Sans m'asservir à ce monsieur?
MAITRE JEHAN.
Janne dit vrai : l'affection
Lui fait plaindre la passion
Qui la tourmente, et, sur mon âme,
S'il me fallait ourdir sa trame,
J'aimerais mieux avec la peine

et couvert s'il écume. Mais je sais. . Mais. mon Dieu. MADAME. Sans déjeuner Je ne puis plus longtemps attendre. Et ne manger que du pain bis. Mon pot n'est pas encore au feu. Janne. Jane! JANNE Madame ? MADAME Qu’avons-nous A dîner? JANNE. C'est toujours à recommencer. Et le reste de ce gigot Pour faire un hachis. Je m'en vais souffler peu à peu Ces trois charbons que j'ai par conte. MAITRE JEHAN. Et plus qu'on ne saurait penser. Une andouille et un hochepot. Si me fâche-t-il bien qu'il faut Si tôt au palais retourner Trouver Monsieur. c'est votre coutume. je vois ma maîtresse Qui revient déjà de la messe . Ramassez Cette cendre au feu qui se perd. C'est assez. JANNE.Ne manger que du son d'avoine. Que d'endurer dedans ces villes Choses indignes et serviles. L'appétit commence à me prendre. si sa quinte lui monte. MADAME. Gardant les boucs et les brebis. Madame ! MADAME. Jamais ne faites autrement. SCÈNE II MADAME L'AVOCATE. Du lard et des choux. Le pot est toujours découvert S'il bout. JANE. Vous aurez tantôt un assaut. Janne! JANNE.

Et sans autrement y penser. car cela me point De si près que je ne fais pas Ouvrage. Je te prie. Janne. C'est le vif-argent qui vous ronge. JANNE. Si notre homme secrètement Lui fait l'amour. Je ne puis. Et reportez mon chaperon Pour represser(mettre sous presse). Et ainsi j'ai dessous ma chemise. Mais de vous-même éventez Si avez quelque sentiment. Ja ne l'eusse pas tant celé . Vous me connaissez bien. Madame. Cette chaire. Cent fois le jour que je n'y songe. C'est cela. je ne sais quoi. T'en a-t-elle jamais parlé ? JANNE. Hé mon Dieu ! que je suis mal faite ! Ma verdugale s'est défaite Pendant que j'étais à l'église. Et ce qui me rend désespérée. accoutre-moi. Sus mon Dieu. et. repos ni repas. Mon attiffet va de côté. Quoi ! ce chaudron Est-il bien là ? et cette écuelle. Vaisseau percé de tous côté . J'en ai connu je ne sais quoi. Et qui me fait toujours tancer. JANNE.Repliez cet accoutrement. MADAME. Et puis. Et me dis si notre Antoinette Couve point quelque amour secrète. je m'en suis doutée. mais je voudrais bien Trouver quelque gentil moyen Pour m'en tirer. cette escabelle? Que tu es paresseuse ! b’ rique ! J'ai une épingle qui me pique Justement sur le droit côté. MADAME. Dedans le dos. . je ne suis qu'une femme. Je n'en suis que trop assurée. N'y pensez point MADAME. sur ma foi.

JANNE. soyez-moi fidèle. ou je suis abusée. c'est un beau laboureur Pour traîner là cette charrue. Car j'aperçus bien l'autre jour Que. sur mon Dieu. si elle voulait entreprendre. Puisque vous me voulez traiter En cette sorte.. et. Je m'en vais trouver ma commère Afin de décharger mon cœur. Et des yeux me l'a fait entendre. Il n'y a fille dans Paris Qui trouvât plutôt cent maris Qu'elle. qu'on m'appelle..Ha ! vieille carcasse édentée ! Je vous y prendrai. si Monsieur Revient du palais. Ha! si j'étais. Toutefois. Mais la fille Vous aime. puis elle est gentille . Si elle était un peu plus rusée. Car je veux mater ce vilain : Je le ferai mourir de faim.. elle prend soin De son fait. Elle est modeste. De soif et de mauvaise chère. pour dissimuler l'amour. Je vous les ferais bien porter. . vieil rêveur ! JANNE. Elle serait assez finette. MADAME. MADAME. D'elle je n'aurai jamais peur. Fort bien apprise. Elle doit être de bon lieu Et noble. Je n'en puis plus . Que. elle est saffrette(folâtre). bonne ménagère. mais je ne puis. JANNE. et. Elle est mignarde. Elle s'y porterait si bien Que jamais on n'en saurait rien.. MADAME. Janne. MADAME. Vraiment. Mais. s'elle en avait besoin. Il n'y a femme en cette rue Plus malheureuse que je suis. je tiens pour le sûr. JANNE.

Mais j'ai peur que cette cousine Céans n'attraine avecque soi. N'était qu'il me faut apprêter Notre dîner. SCÈNE III ANTOINETTE. Mais je ne fais rien ce matin Autre chose que babiller. Je l'ai mise en son ver coquin. J'en voudrais bien savoir encor. Si j'ai fortune qui me donne Quelque moyen de m'avancer.JANNE. et le hâter. JANNE. Cette fille est bien maltraitée. Je m'en vais trouver ma cuisine. avant que l'on sorte. sans y penser. Antoinette. Me tire et arrache des mains Le succès de tous mes desseins. Il me laisse et soudain s'enfuit : C'est un désastre qui me suit Et qui jamais ne m'abandonne. MADAME. Je crains fort que ce cousinage . Sans y penser. gracieux. Ne suis-je pas bien misérable ? Ne suis-je pas infortunée ? Je pense que je ne suis née Que pour endurer du malheur ! Si j'ai tant soit peu de bonheur Qui me fasse espérer en mieux. Madame est bien en sa colère. Seulement en tournant les yeux. il n'est plus rêveur Depuis qu'il devient amoureux. Qui brouille. Et n'y a parfum qu'il ne porte. Descendez et dressez la table. ANTOINETTE. JANNE. tracasse et renverse. Mon Dieu! quelle langue affetée ! Comme elle parle ! Elle dit d'or. je ne sais quoi. Il est gentil. Si me faut-il tôt habiller A dîner pour notre monsieur : Par ma foi. Je ne sais quoi. Se vient jeter à la traverse. doux. Mon cœur en fait mauvais présage .

Je me rendis sa prisonnière. De me retirer chez mon père. et non plus que sa sœur. Il m'aime. de sœur ni de mère. Qu'ayant puissance sur ma tête. Je l'ai trouvé homme si sage. Vrai est que bien fort volontiers A la surprise de Poitiers. Veuve d'amis et de secours ! En ce monde je n'ai recours De frère. J'en aurai toujours ma raison. . Ce beau capitaine éventé. puis une place Ne lui peut manquer chez le roi. Et puis changé d'accoutrement. Aussi il m'a promis sa foi Qu'il me prendrait en mariage. et sais qu'il est de race De gens de bien . Ce n'est pas ce qui m'importune Pour le présent. Que ferais-tu. Si très bon et si très honnête. Mon Dieu ! s'elles étaient cruelles. ANTOINETTE. Cousin germain de notre maître. La laissa en passant pour être Avec Madame. Jamais. Ayant délaissé le convent. Reconnaissant à sa manière Qu'il était quelque homme de bien. Ne me pressa de mon honneur. Si ne sait-il encore rien Du tout que j'aie été nourrie Nonnain dans une moinerie Par l'espace de sept bons ans. Et que l'on me dise qu'il est mort Au Havre en assaillant le fort. Mais je perds ici bien mon temps A discourir de ma fortune. Je serais fort bien arrivée ! Il n'est pas de la reformée(religion réformée). pour savoir Et le service et le devoir Que font les filles de maison.Ne vienne d'un autre côté. pauvre Antoinette ? Tu demeurerais serve et sujette. c'est le souci Que j'ai de me tirer d'ici Et de savoir toutes nouvelles.

et quoi? D'un côté. De demeurer ici. LA VOISINE.Il me renverrait bien chez moi. Mon fort. tu es mon secours. MADAME. Maintenant qu'il est allumé D'un feu qu'il ne saurait éteindre. J'entends Madame d'ici bas. je veux qu'on me pende ! La voisine est assez friande Pour lui dresser un bon appas. Et de l'autre sollicitée. Encor. Elle est secrète et bien apprise Pour fort bien déguiser un fait. SCÈNE IV MADAME L'AVOGATE. découvrant l'entreprise. voisine. S'ell’ ne lui met le brodequin De travers. Mon Dieu ! tout me vient à rebours. Adieu. Et moi je ne m'avance pas. ha ! qu'elle est rusée Pour dévider une fuzée(autour du fuseau) Et tirer dedans et dehors Le filet d'un fuseau retors? . S'ell' ne fait rendre les abois A Monsieur. je veux qu'on me tonde ! Il n'y a femme en tout le monde Qui se fâche plus aigrement. Ell' le rendra doux comme un gant Et souple comme un maroquin. mon coeur. Je sens venir notre Monsieur. il faut que je m'en aille : Ce sera pour une autre fois. MADAME. mon tout. Qu'il a de peine à se contraindre Pour se faire de belle taille ! Adieu. LA VOISINE. LA VOISINE. Et si le galant contrefait L'amoureux. mon espérance. Mais las! mon Dieu ! l'heure s'avance. MADAME. Aide-moi. Il porte le gant parfumé. Adieu. Et si ne s'en doutera pas. LA VOISINE. je suis tourmentée.

Maître Jehan triomphe de dire. je le sais bien . Il y aurait quelque apparence. Oui. A le voir il a mieux besoin De dîner cent fois que de rire. Mais de le faire en la présence De sa femme. Mais c'est quand il a les pieds chauds: Ou qu'il a quelques vieux défaut A taxer contre sa partie. je n'y pensais pas . sur mon Dieu. Encore. et en sa maison. Aussi ne lui faut-il grand cas : Il se repaît de chose légère. en la maison d'autrui. Mais je crois que nous n'avons rien Pour dîner. Il n'y a rime ni raison .Aussi ce n'est pas la façon Qu'un vieillard fasse le garçon. Que je n'apporte la famine ! Je crois que c'est là qu'elle affine A tous les ongles et les dents. c'est là dedans Que l'on s'affame et qu'on pratique A faire passer la colique. SCÈNE V MAITRE JEHAN. Que Dieu pardonne à feu son père ! Il avait ce bon naturel . Maître Jehan dresse une sortie. Si vous avez dans l'estomac Quelque chose mal digérée. Celui de maître Jehan n'est tel. Il ne peut plier les genoux. l'endurer. Puis. j'aimerais mieux Cent fois qu'on me crevât les yeux Et qu'on me brulât toute vive. Et bientôt par l'âme d'un sac. J'attends que notre fils arrive. je ne viens jamais Tôt ou tard de notre palais. Abusant la jeunesse tendre D'une femme qui peut apprendre A faire tout ainsi que lui. Sur mon Dieu. Que je vois venir droit à nous. Il fait l'amour. Tant il est affaibli de faim. Eventez la mine altérée De quelque maigre chicaneur : .

et en toutes saisons On y fauche et fait-on moissons. Ses paroles sont des sangsues. Il y a de l'aigre et du doux. là les peaux mortes Font mourir les hommes vivants . d'argent de toutes manières. c'est là que le caquet Se vend aussi cher comme crème . La glu. la voix. ses mains sont des gluaux. Où toute la France une fois Tous les ans se prend au filet. C'est là. sa face. la filière. Et vous. Les piliers. Ce qu'il parle et ce qu'il soupire N'est rien qu'un esprit qui attire. Il est l'amorce et l'hameçon. C'est là que naissent les minières D'or. Son ventre et son foie d'amant Cuisent l'or et le diamant . Ses yeux haves. et vous la limaille De fer . Notre palais est la pentière(filet). le feu. Ce sont caresses attrayantes. C'est là que coulent les ruisseaux Qui traînent l'areine dorée. vous êtes ses oiseaux . Et toutes sortes de métaux. . ses mains crochues. C'est là qu'on ronge à belles dents. Ce ne sont qu'épines mordantes Qui font laisser le poil à tous. Et vous. vous êtes la paille . En faisant consultation. Bref. tout y mord . Ni l'herbe. C'est l'aimant.Il n'y a si grand mal de cœur Ni de ventre qui ne se passe. les bancs et les portes. C'est là qu'on prend à la pipée. vous êtes son poisson : C'est l'ambre. le rapeau. Jamais le froment ne s'y sème. Fait suivre la digestion. Ou de Poitou ou de Sologne. Et qui. Il y a du mol et du dur Dedans le sac d'un chiquaneur. Le ré saillant. Toujours quelque vieille charogne. Une bonne succession. Ses doigts de glus. par son attraction. ses mains.

Mais cependant le temps se passe : Je m'en vais prendre mon repas. Mais cependant je dînerai. L'ayant. Si je traîne mon escarpin Le long de ce pavé glissant. ce me semble. Je suis las : il y a trois nuits Que. Je reviens soudain pâlissant De faim. j'en aurai fer ou clou. ou le bénéfice Qu'il tient de longtemps en mon nom. Et. Me voilà mis en appétit. je suis A faire l'extrait d'un procès. En droit et matière d'excès. Et parle de me marier. Sans plus me déplaît d'être serf A ce Monsieur qui m'importune Jour et nuit changer de fortune. j'y penserai. ACTE DEUXIÈME SCÈNE I L'AMOUREUX. Qu'il me fera grand avantage. . sinon De bon argent pour me meubler? Ha ! si je pouvais assembler Cinq ou six cens écus ensemble. Quand il serait ferré à glace. Si j'accepte ce mariage. Encore me dit-il hier. Si je frotte contre le banc De quelque procureur nouveau Le petit bord de mon manteau. S'il vient. C'est ce barreau qui nous altère Et qui nous essime(amaigrit) le flanc. Me voilà remis en curée Pour courir après un grand cerf. qu'en ferai-je.Aussi notre palais n'est beau Que pour écorcher une peau Et regratter un parchemin. sans me reposer. de soif et de colère. Qu'il me donnera ou un office De sergent. D'un gentilhomme de Poitou. Ou si je demeure un petit Debout en la chambre dorée. Je serais riche. en dînant.

A qui jus. nous tenant. La bourse vide à la maison. allait delà. Cependant. au lieu de goûter Le plaisir. Amour est fertile de fiel . C'est un mal qu'on ne peut guérir. Un doux mal. Un froid qu'on ne peut échauffer. de m'avancer. C'est un tourment. Amour est fertile de miel. Ha ! que Dieu lui pardonne ! jamais Ne revint en quelque saison. douce et calme. Mais quoi ! quel bien. Pour avoir pratique au Palais. Aujourd'hui. un plaisant malheur. Qui. J'ai un tuteur qui nuit et jour Ne parle que de me pousser A ce barreau. Puis. c'est une erreur. Il jette le miel en la bouche. nous invite. Je sais que nous avons du bien. drogue ni racine Ne saurait faire médecine. qui vit amoureux ! Amour porte toujours en croupe Quelque malheur qui donne en poupe Pour élancer notre vaisseau Contre un rocher ou dessous l'eau : Amour porte toujours en queue Quelque maladie inconnue. Vomit et crache dessus nous Sa rage et son aigre courroux. Il porte le doux et l'amer. Un mal qu'on ne peut secourir. Le fiel jusques au cœur nous touche . Un feu qu'on ne peut étouffer. Un esprit qu'on ne peut contraindre. toute dépite. Un malheur qu'on ne saurait peindre. Allait deçà.Ha! que celui est malheureux. En temps qui soit. si je n'ay point . Puis. outre les maux de l'amour. j'ai une mère Qui toujours me dit : Feu ton père Faisait ceci. il faut écouter Ces propos et ne dire rien. faisait cela. Amour est semblable à la mer. le mal d'aimer Est un mal qu'on ne peut charmer. D'autre côté.

ou d'un précepteur. Et puis mourir en un moment. et de savoir De Janne comme elle se porte. ou d'un tuteur ! J'aimerais mieux mourir cent fois Que me ranger dessous leurs lois Et d'asservir ma liberté A leur grave sévérité : Et vous promets qu'une partie Se fera à ma fantaisie Pour ce coup. la cape doublée De taffetas ou de satin . Le collet. D'avoir la chemise froncée. Ou d'une mère. si ce capitaine Etait mort. Sinon que pour la seule envie Que j'ai de lui donner mon cœur Pour humble et loyal serviteur. Détournant ses yeux doucement. Me font devenir furieux. Ce tétin. et j'en serai cru. afin de la voir Expressément. D'avoir la mule. Et me fait soupirer le flanc? Ce beau teint. Me trouble et m'altère le sang. Je sais bien pourtant son vouloir . Aussi je n'aime point ma vie. cette face. qui me fait vivre. Dont le souvenir me sagette. Jamais ne vient qu'il ne m'apporte L'espérance ou le désespoir. cette bonne grâce. Et puis il faut que la jeunesse Se rende serve à la rudesse Ou d'un père. ce front.Moyen de me tenir en point. je suis hors de peine : Je serai choisi entre tous. Seulement. J'abattrai aisément les coups . Car j'ai laissé en sentinelle Potiron. Je ne vois rien et n'ai rien vu Au monde que je puisse suivre Qu'Antoinette. l'escarpin Et quelque chausse de couleur. J'aurai tantôt quelque nouvelle. Quelque rubis. quelque faveur Pour donner à mon Antoinette. Ce parler accort et ces yeux.

POTIRON. Bref. Dieu sait si Potiron repose. Et ce n'était le déjeuner. sans cesse. Ou si c'est nouvelle entreprise. avant. Nous sommes là. Cela n'est que mon ordinaire. sus. sus. Si la bête est en prise. il parle cler. son bureau . Et s'il à seulement loisir De boire un trait à son plaisir. pût être Une fois aussi diligent Au Palais. Son sac. Potiron. à gagner argent. en quête. J'oy Potiron. nuit et jour. Pendant que Monsieur escarmouche A toutes heures cette mouche Qui lui poinçonne le cerveau ! S'il y a quelque cas nouveau. pour demander S'elle voudrait rien commander. son barreau. Il vaut mieux que je me retire Ici pour savoir le discours Et le secret de mes amours. il vous faut trotter. Potiron. Potiron. Qu'il est diligent de savoir Des nouvelles de sa maîtresse ! Lui ou moi. allez après.Et de Monsieur et de son clerc. SCÈNE II POTIRON. Potiron. ses pièces. Toujours quand le dîner s'apprête. L'AMOUREUX. Potiron aussi maltraité . il faut éventer Soudain. C'est son étude. je veux mourir. Et qu'il faille courir exprès. Pour bien y faire son devoir. Voilà Potiron bien crotté. Cependant je ne puis tant faire Que venir à temps pour dîner. il ne pense en autre chose. Ha ! que plût à Dieu que mon maître Mon jeune avoccaccau. Oyez. vous aurez du plaisir. Il a quelque chose à me dire. Potiron est sur ses complaintes : S'il ne me donne des atteintes Bien aigrement.

Car il a trop forte partie. que tu seras maigre S'il faut vivre en cette façon ! POTIRON. Qui ne vendent que les fumées De leurs paroles parfumées. Ces petits coquins friandeaux. Aussitôt qu'elle a vu de loin Potiron. Mais. Potiron. L'AMOUREUX. L'AMOUREUX. Elle nous en a bien conté ! Monsieur n'est pas trop dégoûté. L‘AMOUREUX. Plutôt serais aide à maçon Que de servir ce langoureux. je t'en prie. Mais de quelle sorte ? Il n'y a faveur qu'il ne porte. la voilà plantée Sur la porte toute attristée. L'AMOUREUX. Elle n'est pas sortie : Monsieur était encore à table. Janne. POTIRON. Eh bien ? POTIRON. Voilà comme ces paillardeaux. SCÈNE III L'AMOUREUX. Devisent ordinairement De leurs maîtres publiquement ! Puis mettez là votre secret ! Je n'ai tant seulement regret De lui avoir dit mon affaire. Jamais n'aura ce qu'il prétend.Qu'un vieil Potiron au vinaigre. secourable De Potiron et dé la faim. Et Janne? POTIRON. POTIRON. L'AMOUREUX. dis. Potiron ! il vous faut taire : Je le vois bien là qui m'attend. Potiron. Amoureux ! POTIRON. Ces avocaceaux amoureux. . Paix. L‘AMOUREUX.

POTIRON. Et. ma grâce. Est à demi désespérée. Il pratique secrètement Maître Jehan pour le marier. Pour savoir d'elle si je suis Vivant. Comme dit Janne. Janne ne dit-elle autre chose ? POTIRON. ou si vivre je puis. mon âme. sans menterie. je pourrais bien dire . L'AMOUREUX. le déceler. La pauvreté. L'AMOUREUX. POTIRON. C'est mon heur. Elle en sait bien. J'enrage de soif et de faim. Et voudrait bien trouver manteau Pour bien couvrir le feu nouveau Qui fait allumer le tison En les cendres de ce poil grison. Va dîner. Puis on l'est venue demander Ainsi qu'elle parlait à moi. C'est ce rêveur Qui brasse quelque amour secrète. L‘AMOUREUX. mon désir. mal assurée. Sans elle. Mes boyaux ronflent de colère. Je serai toujours attendant Dessus le seuil de notre porte. Comme elle dit. Je sais tout cela dès hier. L'AMOUREUX. Ils contrefont la gibecière De mon maître : ils baillent toujours. mais dépêche-toi. Potiron. Mon œil. mais elle n'ose. C'est l'espérance de ma vie. Si je ne sais tout le discours Que Monsieur a fait en dînant. Et. Si je le dis. Cela vous fera mal au coeur. j'en ai bon besoin. pour l'avoir plus finement. Jusques à tant que Janne sorte. c'est ma jalousie. Dis. à Antoinette. vraiment. Mon tout. mon plaisir. POTIRON.

Qui toutes ces beautés efface. Amour. De mettre fin à mes amours. De son front. fut mort à l'assaut. de son tétin. c'est ce brouillon Qui me veut donner l'aiguillon. Que j'ai maintenant asservie . Et qu'il poursuivre l'intérêt De moi et de ma pauvre vie. Je ne saurais bien espérer. Ou me fais perdre la mémoire De ses yeux. de sa blanche main. Au moins s'il est en assaillant Aussi brave et aussi vaillant Que je l'ai vu étant à table. A force de trop soupirer. Nuit et jour à perte d'haleine. Des lis. Amour. misérable ! Il vaut mieux que je me retire Dedans notre salette.Qu'Amour exerce son empire De rigueur. Afin de me mettre en martel. Si n'ai-je pas peur qu'il revienne. des œillets et des roses Qui fleurissent dessus son sein. De la belle et blonde crépine De ses cheveux. de mechef Maintenant sur mon pauvre chef : Sans elle je serais en peine. De sa bouche qui sent le thym Quand elle a les lèvres décloses. De sa douceur et de sa grâce. de sa dent d'ivoire. et me prends à merci. que tu es cruel. d'ennui. Mais que fais-je ici. Son cousin. et relâche à ma peine ! S'il disait que ce capitaine. De sa taille. et dire A Potiron qu'il vienne prêt. Sans son aide et sans son secours. Et donne trêve à ma douleur. Ce que plût à Dieu il ne faut Que cela seulement advienne . Ha ! mon Dieu. de sa poitrine. Prends donc pitié de mon malheur. et que tes mains cruelles Font sur moi de plaies nouvelles! Au moins quelquefois prends souci De moi. C'est ce Monsieur.

Car voilà Janne et Maître Jehan Qui sortent. Monsieur. et s'il advient Que Janne sorte. qui vient. Je ne sais plus autre métier. Là-dedans est mon lit d'honneur : C'est là que je veux que mon cœur.Pour une beauté languissant Chez ce monsieur à vingt pour cent. Il sera tombé de l'orage. Qui sort. MAITRE JEHAN. Potiron ! POTIRON. Ell' n'a point la mine gaillarde : Il y a quelque malencontre. POTIRON. qu'on m'appelle ! POTIRON. Sus avant. Pendant qu'on donnait les alarmes. Quelque chose va de travers. Font juger qu'il y a trois jours Qu'elle n'a mangé que moutarde . ce poil rebours. et de l'apprendre. SCÈNE IV MAITRE JEHAN. Qui lui trouble la fantaisie. . MAITRE JEHAN. A aussi bien porté les armes. Et vraiment ! son visage montre Qu'elle a son béguin à l'envers . Janne est morne et triste en visage. JANNE. Je ne suis plus que sentinelle. qui entre. Potiron. Qu'homme qui fut dedans Paris . Ces yeux rouges. Que l'on se tienne ici devant. dedans son cartier. L'AMOUREUX. Ce n'est rien qu'une jalousie Qui lui altère le cerveau. Ma salade(casque) et ma vieille épée Soient mis et pendus en trophée ! Mais il me faut parler pian. Pour épier qui va. Oui. tout vêtu de gris. Potiron. pian. Potiron faisait le brave Dans la cuisine ou dans la cave. JANNE. C'est à moi d'attendre Ce qu'ils diront.

S'elle n'a la puce en l'oreille Je veux mourir présentement. Janne dit vrai. Eh bien ! Madame est avertie Du fait de Monsieur. POTIRON. MAITRE JEHAN. POTIRON. Potiron parle librement. ce seul tourment Lui ferait perdre la cervelle. voilà Potiron. Eh bien ! dites-moi des nouvelles : Qu’y a-t-il? Maître Jehan sait tout. Mille courses. MAITRE JEHAN. Mentir m'épargne mille pas. JANNE. Tous deux. C'est maître Jehan qui tient le bout Qui nous fait perdre la partie. Ce sont de tes ruses. Le siècle et la saison le porte : Chacun en dit. . MAITRE JEHAN. vous en contez de belles. JANNE.Son mal va bien outre la peau : Il lui touche jusques au cœur. chacun rapporte Cela même qu'il ne sait pas. Il y a anguille sous roche : Aussitôt que Monsieur approche D'elle afin de la caresser. Quand elle oit seulement le bruit D'un voisin ou d'une voisine. Aussi il fallait que Monsieur Lui donnât les occasions De la mettre en ces passions. Qui porte moudre sa farine Ailleurs que dedans sa maison. Potiron n'a jamais d'excuses. C'est la façon de maintenant. JANNE. Je sais bien comme elle chancelle Et de la langue et de l'esprit. mille corvées . est-ce tout? J'ai entendu de bout en bout Vos propos. Madame vient le repousser Si fièrement que c'est merveille. A propos.

Si tu le savais bien connaître ! POTIRON. Mais. Et l'a mise en son avertin(tournis). Vous ne faites que lanterner. Lorsqu'il disait que la main fière Et le cœur brave du Français Avait mis et chassé l'Anglais Hors des limites de la France! Aussitôt Madame commence. à parler bas. Mais que voulez-vous que je dise? MAITRE JEHAN. Quelle chère Cependant que Monsieur contait Du Havre pris. Je voudrais t'avoir vu un maître De cervelle comme le mien. et la sagesse Et l'heur de la reine sa mère. MAITRE JEHAN. POTIRON. Feignant de ne l'entendre pas. et qu'il vantait L'heureuse et vaillante jeunesse De notre roi. Pour avoir cet heur et ce bien.Sans les mensonges controuvés. Ha! vraiment. Parbieu ! c'est quelque mauvais vent Qui l'a frappée ce matin. Je serais toujours en haleine. Potiron. que tu es heureux. Et puis il n'y a point de peine Au service d'un amoureux ! MAITRE JEHAN. Mon escarpin deviendrait tel Qu'un mouvement perpétuel. Potiron. vous êtes fâcheuse. Maître Jehan parle de la guerre Ainsi que de son parchemin . Perdre temps et baliverner . vous êtes rêveuse. A parler haut. JANNE. Janne. Puis jette les yeux contre terre. trêve de colère . Maître Jehan a l'esprit mutin. JANNE. Potiron. . Laissons là Janne. cette maladie Ne la tourmente pas souvent. POTIRON.

Ha! Potiron. Et pour le mettre en appétit. Madame est en son pelisson(embarrassée) : Non. Janne. MAITRE JEHAN. POTIRON. POTIRON. C'est pour lui. . J'ai peur que cette amour secrète Ne se brasse pour maître Jean. han. son moulin est trop sec Pour y moudre cette farine. MAITRE JEHAN. Aussitôt elle pâlissait. cette soupe grasse : Il s'en peut bien torcher le bec. MAITRE JEHAN. jamais en cette façon Ne la vis décontenancée. Monsieur est semblable à celui Qui laboure le champ d'autrui Et laisse là le sien en friche. Pour moi ? POTIRON. Oui. Ah! vraiment. Janne en dira sa râtelée. Han. laisse-le dire. JEANNE. C'est ainsi que l'on devient riche. Si Monsieur vous voulait contraindre De l'épouser? MAITRE JEHAN. MAITRE JEHAN. Aussitôt elle rougissait. JANNE. POTIRON. JANNE. han. Potiron. Elle est de trop bonne maison. parlons un petit Plus bas : il est en la sallette. Je serais achevé de peindre. il abonne grâce. POTIRON. Si Monsieur avait faim de rire. Moi ! et pourquoi ? Elle est trop mignarde pour moi. POTIRON. MAITRE JEHAN. pour vous. C'est pour sa bouche qu'on l'affine.

Adieu. Nous en parlerons davantage. . POTIRON. mon avocat et moi. je vois Antoinette qui se dérobe Avec Madame au garde-robe. Oui. Mais j'oy Monsieur qui se mutine. POTIRON. Sa monture est trop harassée : Il peut bien s'essayer ailleurs. Vraiment. Ç'a donc été en écurant Mon chaudron dedans la cuisine ? MAITRE JEHAN. Il n'est pas du rang des plus sûrs.Mais la liberté du grison Sera de lui donner carrière. Tantôt. La lance à Monsieur est gauchère Pour tirer droit à la visière. MAITRE JEHAN. Adieu. Car nous jouerons une première A toutes restes de colère. tous deux. je m'en vais boire un trait. Je voudrais bien le secourir. MAITRE JEHAN. JANNE. Elle en parle assez proprement. Adieu. JANNE. Janne a servi à l'écurie. MAITRE JEHAN. POTIRON. que la lice est dressée. MAITRE JEHAN. MAITRE JEHAN. JANNE. Adieu. JANNE. Ce n'est pas pour un tel piqueur. Il s'en peut bien tirer arrière : Ce n'est pas pour un tel monteur. Et moi. JANNE. Je vais achever mon extrait. je vais à mon ménage. JANNE. pour apaiser sa furie. POTIRON. Ce n'est pas son fait de courir.

Puis il dira que les orages Ne viennent jamais que de moi. Il philosophe maintenant. Ce serait pour le rendre épris Et surpris toujours davantage . Pourtant. C'est un ennemi que l'Amour. Ce serait allumer sa rage Et le rendre plus furieux Que jamais. SCÈNE V . Je m'en vais lui mettre l'ortie Et l'aiguillon dessous le flanc. s'il ne se donne de garde.. quand de moi il saura bien Qu'on lui voudra jeter la poudre En l'œil. Où fureur surmonte raison. Il ne faut à ces jeunes gens Qu'une heure pour les faire sages. ce fait le touche. Je m'en vais bien jeter la mouche Au cerveau de mon amoureux. C'est œuvre de miséricorde De lui donner échelle et corde Pour le tirer hors de prison. C'est à lui à quitter le rang. si je ne lui disais mot De tout cela que j'ai appris. Ceste nouvelle trame Mettra jusque à la haute game Cet avocat. par ma foi. il est malheureux : Il peut bien quitter la partie. Cent couvertures. On lui fera un mauvais tour.. Si dirai-je tout. il vaut mieux Dire tout et ne celer rien : Car. cent excuses. Il a repris son sentiment En buvant : la digestion Fait fumeuse opération . Pour ruiner ce jeune sot. Et.MAITRE JEHAN. Potiron est devenu sage . Mais. A ce coup. Et seule y commande la rage. Ce Monsieur a cent vieilles ruses. il se pourra résoudre Et reprendre le frein aux dents. POTIRON. J'en ai découvert l'embuscade.

Plutôt que d'endurer ce tort. Amour n'est point pour les vieillards. Et s'il n'a maintenant envie D'honorer sa mélancolie De quelque bienheureuse mort. Mais. car sa nature . Jamais la faveur du barreau Ne sera pour moi : la jeunesse Ne fait jamais pour la vieillesse . Mais. las ! aussitôt que notre âge Se rend de l'hiver compagnon. En la plus gentille saison. Il est sans cœur s'il ne se pend. Vraiment. pour conclure en cet endroit. Encor que j'eusse le bureau.Dedans sa petite cervelle. Or que j'entende la matière : Car j'ai oublié la manière D'intenter en ces actions. ce plaisant émoi. Toutefois. ce sont des hasards : Amour est oiseau de passage. ACTE TROISIÈME SCÈNE I MONSIEUR. Aussitôt s'envole mignon Haut à l'essor. Si aigrement encontre moi ! Toutefois. Or que je sois vieil et cassé. Je crains de perdre mon procès. s'il me plonge en cet accès. Factons. Je n'ai pour soutenir mon droit. sur le retour Et sur le decours de ma vie. Versait l'amoureuse poison Qui les cœurs doucement enflamme D'une belle et gentille flamme. Me fait souvenir du passé Et me remet en l'allégresse Où j'étais lorsque la jeunesse. Car. responsifs ni répliques : Je fournirai trop de dupliques . De mon fait se faisant partie. il fallait bien qu'Amour Vînt informer. Je n'ai griefs ni salvations. Mais je vais dire la nouvelle A mon avocat qui m'attend.

Il l'enaigrit. Qui vieillard et ridé me font. Plus délicate et plus requise. Il fait sa sauce de lui-même. bref. Connaissant qu'on ne peut trouver Viande au monde plus exquise. Au reste. je suis fort gaillard. De moi j'en fais l'expérience. La robe faite à haut collet. Et qui mieux retienne son miel. il l'adoucit. Je n'ai rien dessus tout mon corps Qui me fasse montrer caduque Que la dent noire et la perruque Et des sillons dessus le front. son sel. Je ne sens rien de la vieillesse .Ne peut endurer la froidure . S'il a quelque chose trop dure A digérer. Si l'on y trouve des épines. je crois que rien ne plaît Au monde si l'amour n'y est : C'est lui. le mulet. Et. La glace au plus fort de l'hiver. Toutefois point ne me déplaît Qu'il m'assaille pour m'éprouver. il la farcit De sucre doux et d'herbes fines . sa saumure et son sel. Et le feu même congeler. la chausse coupée. Son goût. La gibecière bien houpée. Et lui-même porte son jus. . Je me sens toutefois saisir Le cœur d'une jeune allégresse . Son sucre. Car. Il les couvre si finement Qu'on les avale doucement. Qu'amour en son aigreur extrême. son verjus . J'ai le parfum. dès le temps que je commence A le mêler en mon breuvage. Encore que le poil et l'âge Me bannissent de ce plaisir. c'est lui qui fait éprendre. La vieillesse point ne lui plaît. L'escarpin. Remuant une vieille cendre. le laquais. Le clerc. Mes membres sont gaillards et forts. le gant mignard. C'est une douce confiture. .

Qu'un visage plein de courroux D'une femme qui vit pour moi Cent fois plus que je ne voudrai. ta rigueur. Si me faut-il la caresser . SCÈNE II MADAME L'AVOCATE. Vraiment. Qu'une langue qui me sagette. . Mais s'elle devait trépasser. ma douceur. Par surprise ou par action. Ou par finesse ou par menace. C'est verser l'eau dedans un crible Et pêcher les poissons en l’air. . Je sais bien dont je suis venue : Je ne suis point si peu connue. Mon miel. s'il est possible. ma caresse ? MADAME. Que l'on ne me reçoive bien . Qu'ell’ passe condamnation. Si la pilule était plus dure Qu'acier. MONSIEUR. Et si n'ai point si peu de bien. Si faut-il pourtant que je fasse. Qu'un regard hagard et jaloux. Qu'un œil qui m'épie et m'aguette. Ton fiel. Eh bien ! où voulez-vous aller. Ce vermillon est un présage Qu'il courra quelque mauvais vent. ta détresse . De vouloir tirer cette bête De l'amble qu'elle a dans sa tête. le temps s'en va troubler : La lune est fort rouge en visage . MADAME. si faut-il l'avaler. Rien plus triste et fâcheux ne m'est. Si faut-il pourtant qu'elle endure . C'est courir les cerfs dans la mer. Et rien sur tout ne me déplaît Que la colère violente D'une femme qui me tourmente.Bref ce que j'ai vu me déplaire Aujourd'hui commence à me plaire . Il vaut mieux aller au devant Pour l'apaiser. Hà ! que je la vois échauffée ! Encor qu'elle soit mal coiffée. MONSIEUR L'AVOCAT. Je vous en ferai bien mouller.

Le soupçon et la jalousie Vous ont troublé la fantaisie. vous aimez les menteurs. Mais. Ou c'est nouvelle inimitié. Ou quelque bavarde secrète Vous a dit que j'aime Antoinette. . Vous serez toujours en courroux ! Il y a jà semaine entière Que vous tenez votre colère. Et si vous ne savez pourquoi. qui suis de bon lignage. Ce ne sont que des envieux Qui vous donnent un faux entendre. non. faites votre ménage : Je n'ai proposé davantage De demeurer avecques vous. MONSIEUR. Tout beau. MONSIEUR. les rapporteurs : Cela est votre naturel. Et vous. Et. MADAME. MADAME. De la prendre par sous l'aisselle. Et ne voudrais l'avoir pensé. ma foi. je ne suis tel. du depuis que je commence A me tenir un peu en point D'être gaillard. MONSIEUR. MADAME. d'autre parentage Et de meilleure part que vous ! MONSIEUR. Madame ! parlez doux. Il n'est pas vrai. Ils ne sont pas de loin d'ici. Non. je n'en veux plus apprendre. De lui voir enfler le téton. Allez. Pourquoi ? merci Dieu ! je le vois Et jour et nuit devant mes yeux.J'ai de bons parents. Les flagorneurs. MADAME. Passer la main sous le menton. ne criez point . A moi. si je me suis avancé Quelquefois de parler à elle. Hé ! j'en sais trop de la moitié. Et. Dieu merci. MONSIEUR. Ç'a été en votre présence.

Est-ce l'amour et la douceur. Or. Sans qu'il y ait cause ou raison . sinon vous Qui me plongez en ce courroux. Est-ce là le bon traitement. Quoi donc ? êtes-vous maltraitée ? MADAME. Ou de quelqu'autre chose encor. MONSIEUR. Doucement ? MONSIEUR. Et parlons doucement ensemble. Que vous promîtes de me faire ? MONSIEUR. MONSIEUR. de drap ou d'anneau. Et pourquoi je parle si haut Maintenant. De cotillon ou de manteau Bandé de velours alentour. MADAME. pour y mettre ordre Et pour ne voir plus ce désordre. Vous savez bien ce qu'il me faut. Avez-vous eu affection De collet. C'est grand cas ! je ne vous puis plaire : Tout ce que je fais vous déplaît. Dieu merci. et sans souci Que nous pouvons vivre aisément. La courtoisie et la faveur. MONSIEUR. Que n'ayez eu argent en main Pour l'acheter aussi soudain ? MADAME. MADAME. Voyez : il me semble Que tous deux avons. De chaînes. de bracelets d'or. Venez. Et m'en donnez l'occasion.MADAME. Ce que vous faites ne me plaît. Du bien assez. Ou de quelque toile d'atour. MADAME. Je ne m'en suis mécontentée. ma commère. Et m'échauffez cette colère. MONSIEUR. Rien ne me trouble. approchez.

Et. SCÈNE III L'AMOUREUX. POTIRON. Monsieur. bref. Afin que n'ayez de la voir Occasion. la porte n'est pas close. Tous deux ensemble ? POTIRON. Oui. Tu sais bien tout ce qu'ils ont dit ? POTIRON. L'AMOUREUX. Mais tirons-nous un peu d'ici. Je vous veux dire le dessein Et le retraintif que j'apprête Pour guérir votre mal de tête. Oui. Oui. s'il ne tient qu'à vous baiser. Le baiser ne m'apaise point. Entrons. Vraiment. L'AMOUREUX. Votre mal est plus haut monté. L'AMOUREUX. ce n'est le point Qui m'aiguillonne le côté. tous deux. MADAME. Monsieur.De troubler l'eau de la maison. Et qu'il pratique maître Jean ? POTIRON. Cependant. je sais tout ce qu'ils ont dit. et moi de père. qu'il pratique maître Jean. ni moi aussi. MONSIEUR. MADAME. L'AMOUREUX. je vous veux apaiser. Oui. Tu les as vus ! POTIRON. que Monsieur aime Antoinette. Car. Il faut que vous serviez de mère A Antoinette. gardez quelque chose Pour crier et tancer demain . L'AMOUREUX. Pour brasser quelque mariage ? . Je les ai vus. L'AMOUREUX. il nous la faut pourvoir. MONSIEUR. Quoi ? que Monsieur aime Antoinette? POTIRON.

Potiron. je découvre Ce bel amoureux. J'ai Madame et Janne pour moi. de par Dieu. c'est ainsi qu'il faut Prendre force. ou lois. L'AMOUREUX. Et mettrai Monsieur en défaut. Si je ne romps le mariage. je sais pourquoi Elle n'accordera jamais D'épouser un clerc du palais . Et si vous avez droits. Mais avant que rien entreprendre. Rentrez et faites vos efforts. L'AMOUREUX. . Baste. Pour brasser quelque mariage. D'Antoinette. Et que Madame le sait bien ? POTIRON. qui entrouvre La porte pour sortir dehors. Si de fortune je n'enjambe A grands pas dessus ses brisées. POTIRON. cœur et courage. Allez.POTIRON. L‘AMOUREUX. POTIRON. L'AMOUREUX. Qu'il me donnera un croc en jambe. Ou défenses pour l'empêcher. J'espère de suivre à la trace La bête en prise que je chasse. Je meurs d'une jalouse envie De savoir ma mort ou ma vie. Je vous l'ai jà dit tant de fois. il vous faut dépêcher. Toutefois ce traître lutin Est si méchant. est si très fin. Potiron. Si les toiles sont bien dressées. Monsieur. POTIRON. si tu verras sortir Janne. afin de m'en avertir . L'AMOUREUX. il te faut attendre Ici. Potiron. Je m'en vais. Et que Madame le sait bien. POTIRON.

MADAME. Je les épierai de si près Que je vous mettrai hors de peine. C'est la brèche et la batterie Par où notre malheur se passe. C'est pour un autre que pour moi. POTIRON. Je sais bien que ce capitaine Mon cousin. Je vous promets que c'est dommage. MADAME L'AVOCATE. Retourné tout nouvellement. Et Madame qui sort après . Il survint une canonnade Droit par dessus un ravelin. Ne viendra jamais par deçà. en embuscade. Qui prend le mur et le cousin. Et aussi m'assura pour le sûr Qu'étant couché derrière un mur Dessus le ventre. MONSIEUR. S'ils ne se donnent point de bourdes. Me le conta dernièrement. A ce coup mon maître est heureux. POTIRON. Et les emporta pêle-mêle. Ils n'ont point les oreilles sourdes. Hachés menus comme la grêle. qui me la laissa. POTIRON. et par sa vaillance : Un soldat de sa connaissance. » MADAME. Mais il faut retenir ma voix. . Je ne l'ai voulu avancer Si tôt. « Aussi la nouvelle fâcheuse « Ne peut être trop paresseuse. à ce que je vois. Il ne dit mot que je donnasse Pour un écu d'or et de poids . SCÈNE IV MONSIEUR L'AVOCAT. POTIRON. C'est un métier très dangereux Que la guerre. Que la fille en sera marrie ! MONSIEUR. MONSIEUR. de peur de l'offenser. MADAME.Car je vois Monsieur en ce lieu. Il est mort.

MONSIEUR. Puis elle est pour le reconnaître. Mais que cette nouvelle trame Ne m'ourdisse nouveau martel. Mais encore. Je sais bien comme tout en va : Elle est toutefois de nature Aussi douce que créature Qui soit au monde. ma femme ? MADAME. Et si c'est par notre moyen Qu'ell' se marie. à qui ? MONSIEUR. Rien mieux employé ne peut être.Mon maître a gagné l'avantage Sur la partie. Je l'ai déjà bien commencé. Or qu'elle soit de pauvre lieu. il n'est rien tel Qu'en décharger notre ménage Par l'accord d'un beau mariage. m'amie. c'est belle aumône. J'ai pensé Que maître Jehan était son cas. Et puis nous n'avons point d'enfants. Mais nous tardons ici beaucoup. J'en suis d'avis. MONSIEUR. Puis ce n'est que charge aussi bien. MONSIEUR. Que vous en semble-t il. On a toujours. MONSIEUR. Sur l'âge. affaire du secours. MONSIEUR. conclusion : Pour vous tirer d'opinion. MADAME. MADAME. MADAME. Le jour s'en va. Il nous la faut pourvoir. MADAME. Je n'en serai jamais marrie. Il y a cinq cents avocats Au palais qui ne sauraient faire . pour ce coup. de jeunes gens. Comment ? vous savez tout le jeu De ce cousin qui l'enleva. et qu'on lui donne Un bon présent. A toute heure.

maître Jean. une œuvre si sainte. ou d'huissier. Dresser appointements en droit. Hé ! tout cela n'est pas grand cas. Maître Jean a bonne façon. Sachez seulement son vouloir. MONSIEUR.Ce qu'il fait : il sait bien extraire. Maître Jean est gentil garçon. sans envie. Maître Jean n'est pas un brin sot . Gagnera aussi bien sa vie Que solliciteur du palais. Quant à moi. N'en faites jà trop grande enquête : Vous lui pourriez mettre en la tête Je ne sais quoi pour la fâcher. Puis je le mettrai en office Ou de clerc du greffe. A la barre. En paroles chaste et honnête. hé ! il plaiderait. MADAME. MADAME. J'y vais. Vraiment. je ne veux empêcher. Puis vous ne l'oublierez jamais : Il nous a fait trop de service. Il ne sait que trop ce métier. MONSIEUR. Et toujours sa bouche ou son cœur Pensent ou parlent du Seigneur : J'ai peur qu'ils ne s'accordent pas. et ferai tout devoir De savoir bien discrètement Qui elle est. et quoi. Je crains qu'elle soit huguenote Seulement. Maître Jean est fin et accort. J'espère qu'ils feront du fruit : La fille est bonne et a bon bruit. MONSIEUR. La fille est douce et gracieuse. S'ils sont bien mariés ensemble. et comment. MONSIEUR. La fille n'est pas un brin sotte . MADAME. MADAME. car elle est modeste. Est-ce bien dit ? que vous en semble ? MADAME. Elle n'est fière ni fâcheuse. Et bref. .

D'espérance je n'en ai plus. JANNE. Et rompu du tout la buchette. POTIRON. MONSIEUR.MONSIEUR. je vais donner l'atteinte A mon clerc suivant ce dessein. Potiron. POTIRON. Je vais achever mes desseins : J'en aurai. POTIRON. Ils ont résolu Faire aujourd'hui le mariage. est-ce fait? JANNE. Aujourd'hui plutôt que demain Nous les accorderons ensemble. Ce vieux rêveur. Je suis altéré de me taire. N'ai-je pas mis ma bête à l'amble Doucement et sans la forcer? Il faut seulement amorcer Un peu cette bête farouche D'un petit mors dedans la bouche. JANNE. Il l'a si bien mitoüinée(caressée avec des mitaines) Et si bien empatelinée Qu'il a fait ce qu'il a voulu. POTIRON. Aujourd'hui ? JANNE. SCÈNE V POTIRON. mais quoi? JANNE Ce coup a coupé l'aiguillette. MADAME. ou faudrai à traire. Voilà Janne. Allez. ce mitoüin A contrefait le patelin. Et quoi. . Mais mon Dieu ! comme ce perclus. Le capitaine est mort . Janne ? JANNE. Eh bien. vous êtes du guet : Tu peux bien redire à ton maître De point en point ce que peut-être Tu l'as entendu comme moi. Pour la tourner à toutes mains. POTIRON.

Mon souhait. ACTE QUATRIÈME SCÈNE I ANTOINETTE. JANNE. POTIRON. mon tout. Et si j'en crève de dépit. POTIRON. de mon espérance. Infortunée que je suis ! Rien plus espérer je ne puis. Si cette nouvelle poursuite Aujourd'hui ne se précipite. Entre les malheurs. En qui j'avais mis mon espoir. POTIRON. . le malheur Que plus je craignais en mon cœur M'est advenu. Et mettrai le tout à bon port. J'ôterai mon avocaceau D'entre la pierre et le couteau. Va-t'en et chemine tout beau. La toile n'en est pas ourdie. malencontreuse. et qui meurt ainsi Que meurt un amoureux transi Sous la rigueur d'une maîtresse. chétive. Quelque chose que Janne dise. S'il dit vrai. JANNE. Voire. Gardons-nous de quelque surprise. Puisque mort et malaventure M'ont dérobé la créature Au monde que j'aimais le plus. Potiron. Cela se fera sans répit. Mais je vais lui donner adresse. mon avoir. malheureuse. j'en enrage. Pour expédier promptement Le souhait qu'il désire tant. Pauvre. Voici mon malheur ou mon bien. ils nous oiront bien. Pour jamais. cette belle mort Doit apporter et vie et grâce A mon avocat qui trépasse Pauvrement. Encor tiennent-ils l'écheveau Pour démêler leur entreprise. En qui j'avais mis le surplus.

Et faire ce qu'il leur plairait. Mais avant qu'il ait combattu Son tuteur. Et qu'il plaide pour l'amour d'elle. ni honte. Je sais bien que secrètement Madame m'a voulu tenter. Je sais qu'il m'aime. afin de la contenter. ni diffame? Monsieur l'Avocat et Madame Me pressent de me marier. Cela seul m'en a détournée De confesser dont je suis née. Le jeune homme me fait prier D'attendre quelques jours encore. Et qu'il y a dix ans entiers Qu'il était mort en un voyage. Et. A cette fin d'y consentir. . et crois de peur De me fâcher . sans me forcer davantage. Me promettant bon avantage Si j'accepte le mariage. Et les parents de feu son père. S'est contentée. Maître Jean n'est pas maladroit. Mais que ferai-je maintenant. son oncle et sa mère. elle a bon cœur. Sinon de prier humblement Le Seigneur de me secourir. Puis on m'a dit je ne sais quoi : Qu'il avait jà promis la foi A une jeune damoiselle. Fille d'un facteur de marine Qui était natif de Poitiers. Il n'en pourra jamais sortir. Si que je ne puisse encourir Ni mal.Et seul à qui j'avais envie De donner mon cœur et ma vie. et qu'il honore Sur toutes choses la vertu. Seulement elle m'a priée. J'ai dit que j'étais orpheline. Je ne refuse le parti Que Monsieur m'avait assorti. Et. Si je veux être mariée. Et si crois même que Monsieur En doit être solliciteur. J'ai dit que j'avais arrêté De suivre en tout leur volonté.

. ANTOINETTE. puis la noblesse Aujourd'hui n'est que pauvreté. ANTOINETTE. la patience Sera mon espoir et mon bien. MADAME L'AVOCATE. Je n'ai tant seulement regret Que de notre pauvre amoureux . Et n'ai point d'aiguille enfilée. SCÈNE II JANNE. Mieux qu'à Paris . oranges. Ell' me dira tout le secret. Deux perdrix et deux cailles. Comme si vous n'en saviez rien : Vous serez aujourd'hui fiancée. que puis-je mieux. Et demain matin épousée A notre clerc. qui ne le sait? Mais laissez-moi faire mon fait . Et quoi? JANNE. En liberté de conscience. Un connil'(lapin). Il me faut aller acheter Des viandes pour apprêter A souper pour vos fiançailles. ne pouvant espérer rien De ma maison. JANNE. et si a l'adresse En ce qu'il fait. Sinon de m'éloigner de ceux Qui ne me voudraient reconnaître ? Possible le temps fera naître Quelque nouvelle occasion Pour nous mettre en possession Du bien que nous n'espérons point. Vous m'en donnez bien. J'ai de la besogne taillée. Puis. Qu'y a-t-il? JANNE. pigeonneaux. Cardes. Si j'en puis trouver à bon prix Dessous la porte de Paris. quelques huteaudeaux(chapons). ANTOINETTE. vous parlez de l'amour. Mais je crois que ces langoureux Ont oublié tout en un jour. Mais voici Janne tout à point. Janne.Il est doux. Je ne puis vivre en liberté.

qui peut savoir Ce qu'il bâtit en son cerveau. C'est donc le meilleur de le prendre . Qu'enfin ce Monsieur n'aura rien De ce qu'il prétend. Achetez pour l'amour de moi. J'entends cette civilité. Allez.) Mon Dieu ! que je plains ce repas ! Pauvre fille! qui ne sait pas Que ceste libéralité Se fait pour la commodité Que Monsieur espère en avoir . Monsieur l'a remise en son sens. (Seule. Madame est toute ramollie . JANNE. vous voulez rire ! JANNE. Et Madame. Je m'en vais. Qui veut gagner il faut dépendre . Janne. le mechef Qu'il forge cherra sur son chef. Voilà un écu que je donne. De là vient votre honnêteté . ANTOINETTE. Eh bien. Adieu ! je perds temps. Donne le drap et le ciseau Pour se tailler une cornette. Tant sage et tant fille de bien. Outre cela. Et pour vous faire un peu jolie. et marchandez bien. Toutefois j'estime Antoinette. Janne. vous me ferez tancer. ANTOINETTE. Et allez donc ! Pour babiller je ne vis onc . Mais ne le dites à personne.ANTOINETTE. MADAME Janne ! JANNE. je ne sais quoi. JANNE. Mais afin qu'il ne manque rien. Allez donc pour vous agencer. Allez. Madame. Mais qu'on se coiffe et qu'on se mire. MADAME.

LA VOISINE. Si je ne dis entièrement Comme s'est fait l'appointement Entre mon bon mari et moi. Non. Puis voyant le malheur voisin Qui lui tombait dessus la tête. Eh bien. c'est une meule D'un moulin qui tourne toujours. MADAME. Assuré de la mort Du capitaine son cousin. je n'aurai jamais repos. . MADAME. Il ne faut jamais reposer. MADAME. Mais je la vois qu'elle chemine Droit ici et fort à propos. c'est chose faite . MADAME. JANNE. LA VOISINE. JANNE. arrête D'accorder ce soir Antoinette Avec son clerc. Toutes les heures me sont jours Si je ne vois notre voisine . LA VOISINE. J'ai cent mille affaires ensemble. C'est un claquet. voisine? LA VOISINE. Vous ne savez pas des nouvelles? Il y a trêves éternelles. Elle caquette toute seule. SCÈNE III MADAME L'AVOCATE.Femme au monde qui vous ressemble. Comment ? qui a fait cet accord Si tôt? MADAME. J'en crains une fin. Eh bien. Mais pour le sûr est-il conclu ? MADAME. Pour m'ôter le martel. Tout conclu. Rien ne sert de vous excuser. LA VOISINE. Nous l'avons ainsi résolu. mais quoi ? MADAME.

LA VOISINE. ma voisine. au pis aller. Que je ne le mette à raison. il faudra Qu'il ait bon pied et bonne main. Nous n'avons que notre ordinaire. je vous prie. Mais. Quant à moi. Et ne lui fais perdre l'arçon. LA VOISINE. Que vaut l'attendre ? LA VOISINE. Monsieur est caut et fin. Et moi aussi. Et qu'elle sera retirée En son ménage et mariée. qu'il garçonne Et fasse tout ce qu'il voudra . Si je l'aperçois. LA VOISINE. je le pense ainsi . J'ôte au moins les occasions De mes jalouses passions. Et crois qu'il fait tout pour le mieux. Bref. . C'est donc ce soir? MADAME. C'est bien fait . Toutefois il est sage et vieux. Janne fait déjà la cuisine. Ce que je vois me passionne. En mon absence. Si je prends une fois le frein. commère ? LA VOISINE. MADAME. je conclus Lorsque je ne la verrai plus. MADAME. MADAME. Car ils changent en un moment Et de fait et de volonté. Et vous.Comment ! LA VOISINE. Gardez bien qu'une vieille ruse Sur la fin du jeu vous abuse . Mais n'y faillez pas. Nous n'avons pas grand cas. MADAME. n'y faillez pas. J'irai. il faut toujours prendre Ces vieux rêveurs tout promptement . Si est-il pourtant arrêté .

en désarroi. pensez Que je me doutais de l'affaire. MADAME. Ha ! commère. je suis fort aise. Et quant à moi. nous y gagnons tous. Voisine. il n'a point dîné . . Comme il a fait. LA VOISINE. Commère. il est cassé . Bien. Et vous conterai l'avantage Que Monsieur donne en mariage A maître Jehan. commère. mais. Il est tant léger à promettre ! MADAME. Il est fâcheux. LA VOISINE. Encor n'en est-il pas dehors. dépit. LA VOISINE. Potiron l'en a détourné De ne sais quoi qu'il lui a dit. Faisant pour moi. bien. Mangeant ce peu que nous aurons. j'ai fait pour vous : Pensez que votre fils n'eût pu Se marier sans votre sceu. Il peut bien ailleurs se pourvoir En amours. Quant à ce point. Encor que le fait lui déplaise . vous dites vrai. J'ai vu notre fils se déplaire Tout ce jour . LA VOISINE. Pour ce soir nous avons assez. je sais qu'elle aime . Mais elle sait bien que la trame N'est pas pour ourdir cette toile. que voudriez-vous faire ? Quoi ? que vous faut-il ? MADAME. Lors possible il étudiera Mieux qu'il n'a fait le temps passé. Mais le temps lui fera passer Bientôt cet amoureux penser. Encore il vous pouvait remettre. Nous rirons. et quant au vouloir De la fille. Cela va bien. mais n'apportez rien. MADAME. Avant trois mois il l'oubliera . triste.Je vous prie.

Je vois Monsieur à notre porte. Et sait trop bien comment il faut Assaisonner un bon broûet. Mais voici arriver ma femme. MADAME.MADAME. il est temps que je sorte. commère : Plus tôt oubliera sa colère. . commère. Dieu soit loué. Il me tarde qu'il ne soit nuit. je vous assure Sans mentir ! MADAME. MONSIEUR. J'irai. Voyant son malheur devant lui. SCÈNE IV MONSIEUR L'AVOCAT. MADAME L'AVOCATE. Il est assez fol de le croire. Mais ne faillez pas D'amener votre fils. M'aurait-elle bien entendu ? Je m'en vais. Le baume et l'onguent tout exprès Pour rejoindre ce qu'il entame. puisque j'en sors A mon honneur à cette fois ! Adieu. Maintenant si notre gendarme Arrivait dispos et gaillard ! Puis je crains ce petit paillard Potiron . De peur que le malheur qui suit Pas à pas la bonne fortune A son arrivée n'importune De quelque fâcheux déplaisir Les douceurs de notre plaisir. Mon Dieu. Que de l'entendre par autrui. quelle alarme. Adieu. Qui m'attend. il est fin et caut. S'il peut : il n'a sens ni mémoire. quel trouble. je m'en vais . Il a les emplâtres tous prêts. A cela il est moins rétif. Il mettra mon clerc au rouet. Venez de bonne heure Ce soir. c'est trop attendu. Et puis l'amour est inventif A guérir soudain les ulcères Qui proviennent de ses colères. LA VOISINE.

Janne ! JANNE. J'y vais. ma femme. être gentil. MADAME. Et croyez que les pauvres gens Cet hiver auront bien à faire. Et que notre souper soit prêt De bonne heure. Cependant je vais assaillir Un gros procès. mon ami? MONSIEUR. . MADAME. La viande est-elle lardée ? La volaille est-elle amandée ? JANNE. Si faut-il Rire ce soir. SCÈNE V MADAME L'AVOCATE. JANNE. MADAME. JANNE. Vous me débauchez à tous coups. donnez ordre Qu'on ne fasse point de désordre. qu'il n'y manquera rien. Tout est enchéri de moitié . Eux ? ils n'ont garde d'y faillir. Approchez-vous. MONSIEUR.Mais que dites-vous. Je ne vis jamais si cher temps. Nous aurons bonne compagnie Pour festoyer notre accordée : Si faut-il se mettre en pourpoint. MONSIEUR. je suis endormi. Nos voisins y viendront-ils point ? MADAME. Et vous. MADAME. et ce qui y est Soit servi bien et nettement. attendant le souper. Tout est si cher que c'est pitié. et le happer Au poil. Je suis tout mal fait. Madame ? MADAME. et si ferai si bien En tout. MADAME. De broche en bouche chaudement. Je ne sais.

et ne parlez d'autre chose. JANNE. Le mur. enfesteaux. qui font l'amour. Je vous pris. Laissez donc cette porte close. parlons de notre affaire. Un vent se lève. soliveaux . Puis l'architecte et le maçon En tire profit et louange. Ou perd sa grâce en un moment. sans couverture. Pendant je vais voir Antoinette Et maître Jean.Janne. Il faut laisser Janne seulette. prend le modèle. et me laissez faire. Mais si un locatif s'y range. sans cœur. abat le faîte . paresseux. Et ainsi peu à peu se mine A la fin tombant en ruine. Dieu aidant. Ou il prend coup. le toit. L'homme. Survient une eau. POTIRON. riche et beau. quand il naît en ce monde. Est comme un dessein que l'on fonde Pour faire un bâtiment nouveau. ou se dément. . MADAME. Quand il est parfait. Pour en dérober la façon . SCÈNE VI L'AMOUREUX. Janne. Il vous faut hâter le souper. Un chacun de sa grâce belle Prend le portrait. L'AMOUREUX. traverses. Puis la paresse du monsieur Laisse les chevrons et le mur Au vent. Qui rompt la tuile. Je crois que c'est le premier jour Qu'ils parlèrent jamais ensemble. ord. une tempête. une froidure Qui pourrit lates. Sale. Et si j'en viendrai bien à bout. Le temps nous pourrait bien tromper. Poutres. je ferai bien tout. mal soigneux. Allez. Mauvais ménager. à l'air. Et vous en allez hors d'ici . le fenestrage Se sent de son mauvais ménage. C'est donc le plus court de me taire . n'ayez point de souci.

pour me refaire Dessus le premier exemplaire. Tout se gâte et devient reclus. Mais quand ce maçon n'y est plus. Et n'y a ordre d'y pourvoir. pour vous annoncer Le vrai secret et la nouvelle Qui vous tire de la cordelle Du bourreau qui vous tyrannise. de maçon.Ainsi le bon père qui sert D'ouvrier. Me rebâtir tout de nouveau. Je ne suis plus qu'une gouttière. Je donnai bien telle espérance De moi que j'étais le premier Des plus gentils de mon quartier. Qui ne voudrait. Quoi ? y a-t-il quelque surprise. Les fait marchants. devant. Bref il en fait un bâtiment Pour exemple et pour ornement. . Je le sais : car. Voici Potiron hors d'haleine. L'AMOUREUX. la nonchalance Le fait tomber en décadence. a plu dessus ma tête. et qui fait La muraille et les fondements. Il faudrait foncer Dix écus. durant le temps Que la puissance des parents Me tenait en obéissance. Et le plancher à ses enfants. les fait écrire. Ou quelque bon secours pour moi ? POTIRON. Sans épargner ni chaux ni sable Pour rendre la muraille stable. Qui a-t-il? POTIRON. derrière . Mais depuis que cette tempête. Les fait soigneusement instruire. Tout est pourri. Tout s'y pourrit. Et qu'Amour s'en est fait le maître. Depuis que l'orage et le vent Ont corrompu ce bâtiment. Je n'attends plus que le cordeau Pour donner trêves à ma peine. tout s'en va choir. Amour. Il n y a plus moyen d'y être : Il pleut partout.

Assure qu'un de tes amis Aujourd'hui même s'est fait fort Que le gendarme n'est pas mort. Sans plus je crains l'aigre colère Et l'avertin de votre mère. Si nous pouvons passer ce jour. Quelque moyen. Et qu'il sera tôt de retour. Tu auras un accoutrement. Pratiquer un solliciteur. Il ne faut que cette ventouse Dessus la nuque du vieillard Pour éteindre le feu qui l’ard. POTIRON. Taille. L'AMOUREUX. L'AMOUREUX. Afin d'être sur le bureau. Il est mort! Potiron.Fort bon. POTIRON. La fièvre ne me peut reprendre Etant guéri de cet accès. Ainsi gagne-t-on son procès : Il faut gagner mademoiselle Ou bien d'une robe nouvelle. Pour empêcher. Va. recouds quelque fallace. Mais dis donques. Mon Dieu. va. et dis qu'elle m'a promis. L'AMOUREUX. Et suborner un rapporteur De quelque chose de grand prix. ou pour attendre. L'AMOUREUX. c'est chose certaine. Je te promets ma foi. Elle crèvera de dépit. Ou d'une chaîne. Pour rompre et pour troubler la fête Du mariage qui s'apprête. . Maintenant il faut inventer Quelque chose bonne pour moi. que tu es malappris ! Il n'est pas tant de rencontrer. je ne sais quoi. brasse. Tout promptement : Je sais que notre capitaine Est bien mort. ou d'un anneau. POTIRON. Dis plutôt qu'elle est mon épouse.

Monsieur .Pendant j'aurai quelque répit Pour donner ordre à mon affaire. la sentinelle . laissez-moi faire : Parbieu. Bernard ! BERNARD. ACTE CINQUIEME SCÈNE I LE CAPITAINE. Je hais ces âmes casanières. SON VALET. une ruine. Je n'en puis plus. Monsieur ? LE CAPITAINE J'ai fait autrefois de grandes traites. Un vieil curé. Un sac. sapé. Ces soldats qui le plus souvent N'osent mettre la tête au vent Pour trouver la bonne fortune. un riche moine. un dé. L'AMOUREUX. Et. POTIRON. pour se faire d'or. Il ne faut qu'une guerre encor En France. Janne tiendra bien le bout. Elle est assez fine et rusée Pour dévider ceste fusée. JANNE. Ou quelque prieur bien nourri Pour découvrir le pot pourri. BERNARD. N'es-tu point las? BERNARD. Un bon abbé. J'ai fait cent fois. J'ay miné. Il ne faut qu'un abordement. La guerre est une mer commune Pour s'enrichir en un moment. je m'en vais brouiller tout. un bon chanoine. Adieu. Je hais ces âmes buissonnières. J'ai dressé embûches secrètes. J'ai fait des approches de nuit. je n'ai jambe ni bras Qui ne perde force et vigueur. oyant le bruit Du tambourin. J'ai fait à gorge de canon . mais vous. pour acquérir quelque nom. LE CAPITAINE. Va. Parbieu. fait échelle. Monsieur ? LE CAPITAINE.

vous n'êtes point mutin Pour entrer premier à la brèche. LE CAPITAINE. Bernard ! BERNARD. J'ai mille fois porté les armes Trente-six heures sans dormir. Mille fois couché sur la dure. Monsieur. J'ai donné cent harquebusades. Cent fois j'ai couru au défaut D'un bataillon ou d'un assaut. LE CAPITAINE. et en Espagne. Je vois porte et fenêtre ensemble De votre cousin. BERNARD. Que voulez-vous ? LE CAPITAINE. BERNARD. J'ai fait trembler. Viens çà. Trois fois combattu en champ clos. Et en Piémont. ce me semble. Je ne fais doute que l'Anglais N'eût forgé et mis en balance Les angelots en notre France. à la froidure . Monsieur? LE CAPITAINE. Mais je n'eus jamais tant de mal. Ainsi qu'il a fait autrefois. j'ai fait frémir Cent fois l'ennemi en campagne. Approche-toi. . Cent fois j'ai donné des alarmes. Que j'ai eu pour gagner Paris. tranchons de ce côté . Vos amours ne seront marris De vous voir en bonne santé. A l'air. Viens çà : dis-moi Que te semble de l'entreprise ? BERNARD. Mille fois perdu le repos.A l'ennemi cent camisades. Monsieur. au chaud. ' Si la ville n'eut été prise Et si Dieu n'eut été Français. Fût à pied ou fût à cheval. Bernard : depuis trois mois. Combien monte notre butin ? BERNARD.

Je ne suis qu'une pique sèche,
Mais je suis toujours des premiers;
Si l'on me trouve des derniers,
Parbieu, je veux que l'on me berne.
LE CAPITAINE.
Oui, pour aller à la taverne,
Bernard.
BERNARD.
Oui-da, cela s'entend.
Mais pour être brave ou vaillant
Vous n'êtes point heureux en terre.
Allez sur mer, puisque la guerre
Ne vous peut en rien secourir.
LE CAPITAINE.
Vive Poitiers pour s'enrichir !
BERNARD.
Il vous en souvient, capitaine.
LE CAPITAINE.
Nous y tirâmes bien la laine.
BERNARD.
Oui bien la graisse et la toison
Du troupeau de la grand' maison.
LE CAPITAINE.
Deux mille écus furent mon gain.
BERNARD.
Vous ne contez pas la nonnain
Que laissâtes en cette ville.
LE CAPITAINE.
Qu'elle est belle et qu'elle est gentille !
Mais elle est un peu huguenote.
BERNARD.
Je crois pourtant que sous la cotte
Elle est de chair ainsi que nous :
Vous le savez.
LE CAPITAINE.
Vous tairez-vous,
Bernard !
BERNARD.
Il le faut bien celer.
LE CAPITAINE.
Je vous défends bien d'en parler.
BERNARD.
Il ne faut jà me le défendre.
LE CAPITAINE.
Tu sais bien que j'ai fait entendre
Qu'elle était de mort parentage.
BERNARD.

Mais s'on brassait un mariage
Sans votre sceu ?
LE CAPITAINE.
On n'oserait.
BERNARD.
Non da ! Et qui l'empêcherait ?
LE CAPITAINE.
Moi, parbieu !
BERNARD.
Comment ? les abbesses,
Les servantes et les professes
De vingt et cinq ans le font bien.
LE CAPITAINE.
Est-il vrai ?
BERNARD.
Ha ! cela n'est rien ;
Vraiment, on fait bien autre chose.
LE CAPITAINE.
Paix là, Bernard, la bouche close;
Nous en dirons une autre fois
Librement entre deux parois ;
Je te prie, vois tant seulement
Si la chausse et l'accoutrement
Et le fourreau de mon épée
Et mon écharpe bien houpée
Sont bien en point, à cette fin
Que je salue mon cousin
Et lui fasse la révérence.
BERNARD.
C'est là que dort votre espérance,
Antoinette, votre souci.
LE CAPITAINE.
Mais je pense que c'est ici,
Bernard.
BERNARD.
Vous êtes à la porte.
Frapperai-je ?
LE CAPITAINE.
De quelle sorte ?
Je suis ami de la maison.
BERNARD.
Parbieu ! je sens la venaison.
J'ai le nez comme un vrai limier;
On fait festin : c'est mon métier
De savoir si la broche tourne,
Et vraiment, si je m'en retourne
Sans souper, je veux qu'on me pende.

LE CAPITAINE.
Frappe, frappe, que l'on t'entende.
JANNE.
Qu'est-ce là qui frappe si fort ?
LE CAPITAINE.
Amis, Janne.
JANNE.
Vous avez tort.
LE CAPITAINE
Janne, ouvrez, c'est le capitaine;
Je suis né pour vous faire peine,
Toujours l'avez ainsi connu.
JANNE.
Le capitaine est-il venu ?
Comment ! on nous l'avait fait mort.
LE CAPITAINE.
Ha ! parbieu ! l'on me faisait tort,
Je n'y pensai onc en ma vie ;
Mais viens çà, Janne ; je te prie,
Va-t-il bien à notre Antoinette ?
JANNE.
Monsieur, entrez en la sallette,
Vous la trouverez bien en point.
Vraiment, Monsieur n'espérait point,
Ni elle, de jamais avoir
Ce bonheur que de vous revoir.
Entrez, on se va mettre à table.
SCÈNE II
JANNE.
Vrai Dieu, vrai Dieu, quelle mêlée !
Vraiment, la fête est bien troublée,
Le brouet est bien répandu.
Si ai-je pourtant dépendu
Trois francs, pour le moins, en viande;
Sera pour festoyer la bande
Et bienveigner(accueillir) notre cousin.
Plût à Dieu que notre voisin
Fût averti de l'aventure.
Ha ! maître Jean, votre monture
Ne sera pas pour ce moulin,
Et vous, rêveur, vieux gobellin(esprit follet),
Vous pouvez bien chercher à paître,
Puisque le meunier et le maître,
Ce beau cousin, est de retour.
Antoinette, vive l'Amour !
A ce coup vous serez ramée(couchée),
Encor que soyez reformée(de la religion…).

Afin de se mettre en cuisine. Que c'était une chose vaine De croire que ce capitaine Fût mort. Je voudrais que cette cousine. SCÈNE III LE GENTILHOMME DE POIGTOU. de fait. notre Monsieur est infâme. Mais Potiron est-il prophète? Il avait dit à Antoinette. Tout maintenant. La nouvelle religion A tant fait que les chambrières. et ce gentil cousin Fussent bien loin en Limousin. JANNE. Maître Jean demeure sans femme. et par ce faux langage Voulait troubler ce mariage. qu'il savait bien. Madame est hors de son accès. La coiffure mal agencée. L'amoureux est dessus les erres De pouvoir tirer hors des serves Et des pinces de ce hobereau Les plumes de ce jeune oiseau. Vraiment. entre les pots. oui. le simple accoutrement. Il faut bien que Monsieur préside A toutes ces réponses fières. Mais n'y a-t-il ici personne Qui puisse entendre mon propos ? Il faut que Janne. L'œil triste et la face baissée. Les savetiers et les tripières En disputent publiquement . Janne en parle assez librement. Et. Oui. Potiron gagne son procès. Ou en chemin de la Floride. Et si crois qu'il n'en savait rien. et faudrait Tout maintenant se mettre à table. Bref. Le souper se gâte.Cela passe légèrement. Couve bien une passion De la chair qui nous époinçonne . il avait tant fait Que tout était presque défait. Parle de réformation. Couve bien une affection. Mais pour refroidir leurs colères Ils ne mangeront rien que froid. .

mon sac et mes quilles : Car mes raisons sont inutiles. Faveur. Sans toi je n'ai plus d'espérance. Ces chiquaneurs procuraceaux . du depuis que je trafique Avecque messieurs. et pratique. Ha ! que je hais cette vermine. Ils nous font rendre les abois. J'eusse bien gagné l'intérêt Au double de mon action. Il y a seulement vingt ans Que je suis de ces poursuivants Qui bayent après un arrêt. Sans toi. Puis nous chasse à l'extrémité Des bornes de la pauvreté. Mon bien. c'est à toi que j'adresse Mon procès. Sans toi je perds la patience : Car c'est toi qui tiens aujourd'hui . Mais. gentille déesse. Sans ton secours. Mais quoi ? ils sont tous de serment De n'estranger(n’éloigner) point le gibier. Aux dépens de ma pauvre vie. Et pourtant. J'ai bien connu que la Faveur Est le rempart d'un bon plaideur. Mais quoi ? crever ou patience.LE GENTILHOMME. Faveur. Aussitôt que ces avocats Nous ont empiétés une fois. La seule et présente ruine Et le mal commun de la France. Ni les pigeons du colombier. gente Faveur . Ha ! que je hais ces mangereaux. Si quelque condamnation M'en eut tiré premièrement. Cette gent farouche et rebourse Tire l'esprit de notre bourse Subtilement par les fumées De leurs paroles parfumées. C'est à toi. ma peine et mon labeur. mes vœux et ma personne. Comme le palais se manie. que je donne Mon bien. Ha ! que celui vit misérable Qui a procès ! c'est un grand cas. je n'espère jamais De voir la fin de mon procès.

Mais cependant je ne fais rien. Et pense que ces jours passés Tu auras vidé mon procès : Car je t'ai porté des chandelles. L'église. C'est toi qui couds et qui entame. d'une humeur outrecuidée Et d'une langue marchandée.Notre bien et celui d'autrui . J'en saurai tantôt des nouvelles. c'est toi. Sans les dépens qui m'escherront . En suivant l'avertissement De la lettre que j'ai reçue. la police . je le sais bien . Qui gagne le cœur de Madame. Bref. Afin d'avoir une audience . où est ma maison . Qui. Les honneurs et les intérêts . Demain je lui en porterai. Et pourtant en toi je me fonde. Je sais bien que j'en trouverai : . d'un bouffon. J'aurai gagné avec l'attente Sept ou huit cents livres de rente. D'un sot. Et faire entendre seulement. ils monteront A grands deniers. or pour ce soir Il suffit faire le devoir. Puis. C'est toi qui traites la justice. que j'ai faite De Poitiers. S'ils sont taxés. Ou d'une pièce de satin. la cour. L'heure et le temps de ma venue. d'un plaisant. En moins de trois jours. C'est toi qui soutiens la balance Et qui donnes le contrepoids Des ordonnances et des lois . gentille Faveur. s'il se trouve venaison. C'est toi qui emportes le prix Dessus les vertus de ce monde. Fais un monsieur le suffisant. Car je vais chez mon rapporteur Pour en savoir . Afin qu'il entende la traite. Ferait rougir les mieux appris . si j'ai cet heur. Et s'en va tard . Qui d'un maquereau et hâbleur. C'est toi qui donnes les arrêts. Ou d'une chaîne ou d'un bassin.

Je ne vis jamais tant de gens. MAITRE JEHAN. mon Dieu. POTIRON. Vous arrivez à la bonne heure. SCÈNE IV POTIRON. JANNE. Ha ! pauvre misérable. Mais. j'ai tant faim de rire Que je n'ose pas l'accoster : Pour ce il vaut mieux me retirer Secrètement en ma cuisine : Car je vois cette bonne mine De Potiron. LE GENTILHOMME. m'amie. qui lui tiendra Compagnie et qui l'attendra. maître Jehan. Vraiment. holà. tout pour de l'argent. il pouvait bien attendre Jusques à demain. JANNE. Il est prêt de se mettre à table. Pauvre plaideur mal avisé ! Pensez comme il sera traité Maintenant de notre Monsieur. et puis voici Maître Jehan qui souffle et soupire. JANNE Entrez. Mais pour se moquer seulement.A Paris. je m'en assure. Ouvrez. Entrez. Eh bien. Il l'a surpris en son accès. Et son clerc en sa chaude colle. Il vaut mieux frapper hardiment. ouvrez. Il sera de me voir Bien fort aise. LE GENTILHOMME. Par ma foi. monsieur le marié ? . JANNE Qui est là ? LE GENTILHOMME. Monsieur est-il céans? Je lui veux donner le bonsoir. Dites. quoi ? comment Vous va. Il est en son grand crève-cœur . Voici la porte. ne suis-je pas folle De muser si longtemps ici ? Mon rôt se gâte. pour entendre Des nouvelles de son procès.

POTIRON. Parbieu. Une vieille idole enfumée. Comment? la petite affetée Est là devant ses yeux plantée. oyant son langage. Qui cèles le bon traitement. Je meurs et crève de dépit. Qui tranche là du rodomont . POTIRON. j'enrage. Rusée et ingrate. Comment ? c'est ce vaillant gendarme. Qu'ell' ne connut jamais personne. MAITRE JEHAN. vraiment. Ce brave soldat de Piémont. Je n'ai que faire d'une femme. qui contrefait. Au coin de notre cheminée. Que tous ensemble t'avons fait. Qu’y a-t-il ? MAITRE JEHAN. Mais quoi ? cela n'est pas urgent Pour refuser si bon parti. Qui l'a mis et rué par terre. MAITRE JEHAN. et de la pourvoir. MAITRE JEHAN. J'en trouve trop pour de l'argent. Tout transi et tout éperdu. Qu'on lui a fait un grand outrage D'avoir échangé le vouloir D'Antoinette. Parbieu je suis bien allié ! Ha ! vertubieu du mariage ! POTIRON. Et diriez qu'il est descendu Soudain quelque éclat de tonnerre. Quoi ! n'y a-t-il point de répit Pour passer cette chaude alarme ? MAITRE JEHAN.MAITRE JEHAN. je serais bien sorti. POTIRON. . Et diriez. Sans faire semblant de savoir Qui je suis. Vraiment. et diriez à voir Sa contenance et grâce bonne. POTIRON. Ha! parbieu. Monsieur vaut bien Madame. Monsieur est là.

Mais quoi ! se veulent-ils combattre Là-dedans? dites. mais il fut averti Que vous faisiez l'opiniâtre.POTIRON. Je ne le crains ni mort. ce maître sot Se courrouce et fait là le brave ? MAITRE JEHAN. Quoi ! n'entrer d'aujourd'hui céans ? . POTIRON. POTIRON. il est gentil. comme s'il y prétendait Quelque intérêt. Tu sais bien qu'il m'a fait prier Par toi-même de me distraire. Et ce bragard. Et me semble qu'il soit bien aise De ce trouble et de mon malaise. POTIRON. Que j'aie peur de sa colère : Son valet l'a battu cent fois. Parbieu. de colère Ou de peur. ni sa bave(bavardage). POTIRON. POTIRON. POTIRON. MAITRE JEHAN. que fait-il ? MAITRE JEHAN. Je n'ai pas le cœur si craintif. n'ose dire mot. Madame est là qui. ni vif. Or que je n'aie que l'écritoire. ne m'épouvante en rien. Et de Madame. De ne poursuivre cette affaire. POTIRON. Ni sa colère. MAITRE JEHAN. Oui bien . quelle chère ? MAITRE JEHAN. ou s'il avait Envie de se marier. Et de chercher autre parti. MAITRE JEHAN. Il est gaillard. maître Jean. Mais où allez-vous ? MAITRE JEHAN. Je m'en vais. Et mon bon maître. Je meurs de détresse et d'ahan. Oui. il vous oira bien. Maître Jean.

je le vois . Quelle nouvelle réjouissance ? Quoi ? qu'y a-t-il ? L'AMOUREUX. ce me semble. L'AMOUREUX. je le connais bien. Je m'en vais. Ma foi. j'en quitte ma part. voici mon maître. vous attendrez un peu. elles sont telles Qu'il les désire. Quant à moi. Son marcher porte ne sais quoi De gaillard. et me vanter Que j'ai conquis presque de rien Cent fois plus d'heur et plus de bien Que je n'eus oncques d'espérance. Adieu. Paix. Ha ! Potiron. vraiment. POTIRON. POTIRON. Vraiment. Il fait le maître là-dedans. Et diriez. Seul tu m'as donné l'éperon Pour galoper cette entreprise. il est impossible Que tout ne se fasse paisible Par quelque bon appointement Qui surviendra soudainement Sans y penser. POTIRON. Qui nous dira toutes nouvelles. Mais. . Quoi? y a-t-il homme en ce monde Qui vive plus heureux que moi. POTIRON. MAITRE JEHAN. Mais trêves de colère. Non ferai. Tant d'heur et tant de bien ensemble Que je me peux bien contenter De ma fortune. MAITRE JEHAN.MAITRE JEHAN. maître Jehan. MAITRE JEHAN. SCÈNE V L'AMOUREUX. à voir baguollet(ce bavard). Que Monsieur n'est que son valet Et Madame sa chambrière. vraiment. Ni plus content aujourd'hui ? Quoi. il s'en va tard. Les dieux m'ont donné. je quitte le jeu. je n'y veux point être. POTIRON.

L'AMOUREUX. De bien huit cents livres de rente.. POTIRON. Je ne puis entendre le jeu Si ne parlez plus clairement. MAISTRE JEHAN. Maître Jehan. POTIRON.POTIRON. POTIRON. Aussi c'est un vrai songe. . sais-tu comme je suis Tant heureux que dire ne puis L'aise que j'ai dedans mon cœur ? Sais-tu bien que tu es l'auteur Et le seul moyen de ma vie ? MAITRE JEHAN.. Comme il parlait de son affaire A monsieur l'avocat. Tu as été prophète. Comment ? L'AMOUREUX. Vous m'étonnez de telle sorte Que je ne sais presque où j'en suis. pour faire Taxer les dépens d'un procès Qu'il a gagné ces jours passés. MAITRE JEHAN. Je l'ai vu n'y a pas longtemps Ainsi qu'il frappait à la porte. Est-il vrai ? L'AMOUREUX. comme Tout maintenant un gentilhomme De Poitou est venu céans. Pour bien savoir tout le fait. L'AMOUREUX. La querelle est-elle finie ? Dites. Mais toi. je vous supplie. Comme il n'est qu'un Dieu. POTIRON. POTIRON. Et puis ? L'AMOUREUX. Mais quoi? la bête est-elle prise? L'AMOUREUX. Faut entendre premièrement. Monsieur ? L'AMOUREUX. je suis le seigneur Et le mari à Antoinette.

Blêmit. sa face. à peine. Sitôt qu'il eut fait. Et. L'AMOUREUX. lors il assure.Cela n'a raison apparente Qui en rien touche notre fait . ce bon vieillard. Vous rêvez. ses yeux. que cette Antoinette Etait sa fille. Mais dites comme elle est tombée Entre les mains de ce soldat. la regardant à deux fois. POTIRON. . C'est bien le plus nouvel échange Qui jamais fut dit ni pensé. C'est bien le cas le plus étrange. rougit. Il voit et contemple la grâce D'Antoinette. Mit sa fille en religion Pour y faire profession. et le bon père A peine. se modère De se pâmer en la baisant. Comme elle a fait depuis sept ans. depuis que ce fâcheux temps A mis en notre pauvre France Et le trouble et la violence . ses mains et ses doigts . Sa taille. Ce bon père. C'est bien le mieux encommencé Pour agencer bien proprement Le plus vrai semblable argument De la -meilleure comédie Que je vis oncques en ma vie. S'il est vrai ce qu'il va disant. Voyant trop grièvement chargée Sa maison de trop de maignée. L'AMOUREUX. La remarque d'une brûlure Qu'elle a sur l'oeil . Mais. et la pauvrette Soudain commence à ressentir Le vrai sang qui ne peut mentir. et éventé Tout le fait. Après s'être bien enquêté Du capitaine. Qu'un d'homme de bien et qu'un certes Ont rendu nos villes désertes. MAITRE JEHAN. Depuis que ce monde nouveau A changé de poil et de peau.

. Qui commandait . à ce premier vent. Pour se mettre au rang des premiers Se trouva au sac de Poitiers. Prenant l'habit de damoiselle. De lui faire grand avantage Si je la prends en mariage . Je vous prie. Ha ! vraiment. Laissa l'habit et le couvent. Ayant obtenu la dispense Du Père saint premièrement. Ce gentilhomme a résolu. qui ne le verrait. POTIRON. De fait s'oblige à me bailler Un office de conseiller. Pressé.Cette fille. qu'ont-ils conclu? L'AMOUREUX. Après avoir su d'Antoinette Et de moi l'amitié secrète. Mais cette pauvre créature De maître Jehan ? MAITRE JEHAN. Qu'on obtiendra pour de l'argent. En présence de l'assistance. et puis. Il serait difficile à croire. puis le hasard Le contraignit de retourner Tôt au Havre. pour y mener Des soldats qu'il va ramassant Çà et là. Où de malheur elle fut prise Comme prisonnière. Et que ce sont choses rêvées Ou bien mensonges controuvés : Et qui diable le croirait ? L‘AMOUREUX. Et suit l'opinion nouvelle. que dit le voisin. Je pense bien Que ce que vous dites n'est rien. en passant. POTIRON. Mais achevez votre mémoire : Eh bien. De cette nouvelle aventure ? L'AMOUREUX. enfin. et puis mise Entre les mains de ce soudard. laissa en cette ville De Paris cette jeune fille Entre les mains de ce cousin.

Oui. POTIRON. Ce bon gentilhomme l'emmène. L'AMOUREUX. POTIRON. . Ni si chaud. Qu'aurai-je pour mon intérêt? J'ai le double de mon arrêt. Il ne fut onc en telle alarme. vous avez gagné trente Sur la partie. s'il veut dire vrai. afin d'en jouir. Il faut bien que j'aie quelque chose. que tu es bête ! Il laisse à Monsieur les dépens Du procès.Ou quatre cents livres de rente. Mais que devient ce capitaine? L'AMOUREUX. Et moi. Sa bourse ne vous sera close. POTIRON. L'AMOUREUX. Vous tous y gagnez. Et une place de gendarme. MAITRE JEHAN. Potiron. Tu auras part à mon gâteau. Ha ! Potiron. MAITRE JEHAN. et puis rien : Sera pour danser à la fête. je le vois . MAITRE JEHAN. fors que moi. Parbieu. Pour les épingles de Madame. L‘AMOUREUX. Ou vous laisser le bénéfice Que savez. Conclu entre tous De vous donner ou un office. afin de l'épouser. MAITRE JEHAN. qui ai perdu ma femme. Qui a démêlé l'écheveau. Il a déjà parlé de vous. Mais comment ? L'AMOUREUX. cent écus contents. Un accoutrement. Lui promettant de lui donner Sa nièce. POTIRON. je t'en assure. Cela me fait tout réjouir. Mais que je vive. je n'ai cure De m'enrichir d'un plus grand bien.

POTIRON. Elle a mérité doublement. MAITRE JEHAN. Retiré comme un limaçon. D'Antoinette. De peur qu'on se moquât de moi. POTIRON. Entrons ensemble librement . L'AMOUREUX. je le sais bien. on soupe je le sens. elle a la façon Fort gentille et fort assurée. Elle a conduit toute notre affaire Avecque toi. MAITRE JEHAN. Pour contracter le mariage Et assigner sur mon partage Le douaire qu'on lui veut donner. POTIRON. Et que soyons de ces maris.. Faits à la mode de Paris. je sais combien Elle a servi à la conduite De cette amoureuse poursuite. vraiment. Puis je sens d'ici la fumée Du rôt.La pauvre Janne. Mais je vais hâter mon tuteur. ce Piémontais. POTIRON. Pour le sûr. Parbieu. maintenant Que la querelle est accordée. vraiment. je meurs si je ne vois Monsieur avec un pied de nez. Oui. Je crains qu'ell' ne soit trop rusée.. MAITRE JEHAN. Je n'oserais y retourner. POTIRON. Jamais ell’ ne vous fut contraire. dites-moi Qu'aura-t-elle? L'AMOUREUX. MAITRE JEHAN. L'accoutrement D'Antoinette. Je vous prierais d'entrer céans . J'y peux bien entrer. Tout ceci est vrai ? L'AMOUREUX. Et ce soldat. Vraiment. oui.

Ce sera pour une autre fois. Mais à Dieu je me recommande. FIN .Si la salle était assez grande .

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