MAISON DES SCIENCES DE L'HOMME

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FONDATION RECONNUE D'UTILITE PUBLIQUE

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Maurice Aymard
Direction scientifique
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Paris, le 26 juillet 2010 M. Rado Bohinc Recteur de l’Université de Primorska Et Mme Vesna Mikolič Doyenne de la Faculté des Sciences Humaines

Madame la Doyenne, Monsieur le Recteur,

J’ai l’honneur de faire partie du groupe d’universitaires qui ont suivi de près et appuyé de toutes leurs forces le processus de transition démocratique engagé il y a vingt ans dans votre pays. Je l’ai fait à la fois comme chercheur, spécialiste de l’histoire de la Méditerranée à l’époque moderne et contemporaine, et comme responsable d’une institution, la Maison des Sciences de l’Homme, que j’ai dirigé comme Administrateur de 1992 à 2005. Nous avons tout fait pour établir entre les chercheurs et institutions de nos deux pays, dans un cadre ouvert à l’ensemble de l’Europe, des relations de coopération étroites, fondées sur la libre circulation des personnes et des idées, sur la recherche en commun, sur la traduction et la publication des œuvres. Votre Université m’a fait l’honneur de reconnaître l’an dernier l’importance qu’elle accordait à cette action en m’attribuant un titre de docteur honoris causa qui, au-delà de ma personne, s’adressait aussi à l’institution que j’avais dirigée pendant treize années. A tous ces titres, et fort de cette expérience, je n’ai pu qu’être bouleversé et choqué en apprenant la vague de licenciements d’enseignants et de chercheurs qui venait de frapper dans votre Université l’ensemble du secteur des sciences humaines, et parmi eux de cinq collègues assurant un enseignement régulier, que nous connaissons et apprécions tout particulièrement, Eva Brajkovič, Igor Ž. Žagar, Sabina Ž. Žnidaršič, Taja Kramberger et Tomaž Gregorc.

Il n’est pas dans mes intentions d’intervenir dans les affaires internes de votre Faculté et de votre Université, et dans des questions qui devront trouver une issue juridique. Mais nous savons tous que ces mesures de licenciement sont intervenues dans un climat de tensions interpersonnelles et politiques fortes au sein de votre institution et qu’elles ont eu pour principal objectif d’éliminer ceux qui pouvaient apparaître comme des « opposants ». La Slovénie fait partie de l’Union Européenne et elle doit à ce titre en respecter les règles. Le libre débat et les divergences d’opinion sont des principes fondamentaux de notre vie universitaire, nécessaires au progrès même de la recherche et de l’enseignement. Eliminer l’opposition, quels que soient les motifs invoqués pour le faire, ne peut avoir que des effets négatifs sur l’avenir de nos institutions. C’est pourquoi je vous demande solennellement de renoncer à de telles mesures : elles peuvent paraître régler un problème à court terme, mais en fait elles hypothèquent gravement l’avenir. Elles sont contraires à cette transition démocratique que nous avons soutenue dans votre pays au cours de ces ving dernières années. Il va de soi que, si elles étaient maintenues, je serais conduit à renoncer officiellement au titre de docteur honoris causa de votre Université qui m’a été remis en mars 2003. Bien sincèrement, Maurice Aymard Responsable du programme Maghreb