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agréé entre 1969 et 1974 et qui étaient versés au dossier d'AMM, se rendait complice par
assistance des faits de tromperie sur les qualités substantielles de la spécialité
pharmaceutique MEDIATOR sur ladite période. Mais au vu de son décès, il conviendra de
constater l'extinction de l'action publique à son égard.

2) SUR LES FAITS DE TROMPERIE SUR LES QUALITES SUBSTANTIELLES ET LES
RISQUES INHERENTS A L'UTILISATION DU MEDIATOR AVEC MISE EN DANGER DE
L'HOMME COMMIS A PARTIR DE 1995 (reprochés à J. SERVIER, J.P. SETA, A. LE RIDANT
et les sociétés « Les Laboratoires SERVIER », « SERVIER SAS », «BIOFARMA »,
« BIOPHARMA », « Laboratoires SERVIER Industrie » et « ORIL Industrie»):

La tromperie aggravée était définie par l'article L.213-2 du code de la consommation devenu
L.454-3 10 et L.441-1 du code de la consommation.

A) L'étude !PPHS et ses conséquences:

Les faits de tromperie sur les qualités substantielles prenaient une toute autre dimension à
compter de 1995, date du rapport final de l'étude épidémiologique IPPHS, qui avait pour objet
de mettre en évidence un lien éventuel entre HTAP et prise d'anorexigènes, dont les
fenfluramines, étant précisé que le MEDIATOR n'était pas à l'époque officiellement répertorié
dans cette famille pharmacologique. Alors que la firme SERVIER n'ignorait pas que son
produit appartenait à cette famille de substances, elle ne le signalait pas en tant que tel au
moment du protocole d'étude alors même que la fenfluramine y était explicitement visée. Le
rapport final de l'étude, présenté en mars 1995, établissait sans équivoque un lien de
causalité entre HTAP et anorexigènes, notamment les fenfluramines. Le groupe SERVIER
était parfaitement au courant des résultats de cette vaste étude puisqu'il en était le
commanditaire, qu'elle faisait l'objet d'une publication scientifique et qu'elle était présentée
dans de nombreux congrès. Il convenait néanmoins de souligner que la firme n'en tirait
aucune conséquence immédiate pour ses produits fenfluraminiques (PONDERAL et
ISOMERIDE) puisqu'à la même époque elle tentait d'introduire aux Etats-Unis l'équivalent du
PONDERAL (REDUX) et que ce n'était qu'à la demande des autorités de santé américaines
qu'elle retirait complètement du marché ses fenfluramines en septembre 1997.

Selon le Pr ABENHAÏM, les résultats de l'étude IPPHS s'appliquaient sans doute possible au
benfluorex, s'agissant d'un anorexigène appartenant à la famille des fenfluramines, ce qu'il
ignorait personnellement à l'époque. Pour le témoin, il était impensable qu'un tel produit ait
été laissé sur le marché après l'étude IPPHS, ayant fait l'objet d'une forte publicité, et le retrait
mondial des fenfluramines. C'était pourtant le comportement adopté par la firme, qui
maintenait fermement la ligne de conduite qu'elle s'était fixée depuis des années au mépris
des risques désormais connus qu'elle faisait courir aux patients prenant du MEDIATOR,
certains d'entre eux pouvant par ailleurs prendre en parallèle du PONDERAL ou de
I'ISOMERIDE, les exposant ainsi à une potentialisation des effets de ces produits.

Il appartenait en premier lieu à la firme de révéler ce lien entre fenfluramines et benfluorex,
dont elle avait parfaitement connaissance, ce qui aurait logiquement dû la conduire à retirer le
benfluorex du marché en même temps que les fenfluramines, les mêmes causes produisant
les mêmes effets, ou à tout le moins à lancer des études sur le lien entre benfluorex et HTAP.

Par ailleurs, la firme ne tirait aucune conséquence de la décision prise en 1995 par le
Directeur général de la santé, dans son domaine limité de compétence, d'interdire le

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 489/597
ZD
benfluorex, en sa qualité de substance anorexigène, dans les préparations magistrales.

Le laboratoire ne tirait pas plus de conclusions de l'alerte européenne de pharmacovigilance
lancée par l'Italie en septembre 1998. Une fois de plus, la firme fournissait des
renseignements très incomplets aux docteurs PIMPINELLA et BERTINI-MALGARINI chargés
d'établir un rapport en 1999. Ainsi, malgré leur demande, aucune donnée comparative entre
benfluorex et fenfluramine/dexfenfluramine n'était communiquée par la firme et les documents
concernant la métabolisation du benfluorex n'étaient pas clairs, le terme « norfenfluramine »
n'apparaissant nulle part, seuls sa formule chimique et son code étaient repris, et ce à des
endroits différents des documents transmis.
A la suite des questions très précises posées par I'AFSSAPS et de son souhait d'une étude
au long cours dans son courrier du 22 novembre 1999 adressé à la firme, cette dernière
« jouait la montre » et profitait du manque de réactivité de I'AFSSAPS puisqu'il fallait attendre
octobre 2005 pour que le protocole de l'étude au long cours dite REGULATE soit établi,
janvier 2006 pour le début de sa mise en oeuvre et septembre 2009 pour la communication
des premiers résultats, étant précisé que cette étude ne correspondait pas exactement à la
demande initiale des autorités de santé, qui ne disposaient pas à l'époque de pouvoir coercitif
à l'égard des firmes pharmaceutiques peu coopératives.

B) La persistance à dissimuler les points communs entre la_
métabolisation du benfluorex et des fenfluramines, à savoir le rôle central de la
norfenfluramine:

Pendant toute la durée de vie du médicament, du dossier initial d'AMM jusqu'à la présentation
des résultats de l'étude REGULATE, les laboratoires SERVIER dissimulaient de manière
méthodique et systématique à tous leurs interlocuteurs, y compris aux investigateurs de
l'étude REGULATE, et in fine aux médecins prescripteurs et aux patients, les points communs
pourtant essentiels entre la métabolisation du benfluorex et des fenfluramines, singulièrement
l'importance quantitative de l'exposition au métabolite actif commun à l'ensemble de ces
substances, à savoir la norfenfluramine. Cette attitude s'inscrivait logiquement mais
cyniquement dans leur démarche de différenciation du MEDIATOR par rapport à
PONDERAL/ISOMERIDE pour soutenir ses indications thérapeutiques liées au diabète et aux
hyperlipidémies.

A cet égard, sans revenir sur ce qui a déjà été abordé à ce sujet lors des développements
concernant notamment le dossier d'AMM initial et les documents très incomplets et peu clairs
transmis aux experts italiens ou à I'AFSSAPS dans les années 1998/1999, il convenait de
s'attarder sur l'étude GORDON et VIS de 1993.
Cette étude interne au groupe SERVIER, non publiée, exprimait de manière très claire, en
valeur absolue, les concentrations plasmatiques des 3 métabolites actifs du benfluorex le
S1475, la norfenfluramine et le S422. Il convenait d'abord de relever que si la firme SERVIER
écartait systématiquement le terme « norfenfluramine » dans les documents transmis à ses
interlocuteurs externes, elle l'utilisait sans difficultés en interne. Cette étude, alors même
qu'elle répondait à un grand nombre des questionnements des autorités de santé à la fin des
années 1990, ne leur était manifestement jamais communiquée dans son intégralité. Malgré
les multiples perquisitions effectuées dans les locaux du groupe SERVIER et de I'AFSSAPS
et la saisie d'une masse impressionnante de documents, aucun courrier relatif à l'envoi de
cette étude, ni l'étude elle-même n'étaient retrouvés. Au cours de l'information judiciaire,
malgré ses promesses en ce sens, la firme ne justifiait à aucun moment de l'envoi de
l'intégralité de cette étude à I'AFSSAPS, ce qui ne pouvait s'expliquer que par la volonté de la
firme de cacher aux autorités compétentes des éléments essentiels susceptibles de remettre
en cause son AMM.
Ne pas avoir produit dans son intégralité cette étude à I'AFSSAPS après mars 1995, alors

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: D ct (s si
qu'aux doses thérapeutiques l'exposition à la norfenfluramine apparaissait similaire entre la
fenfluramine/dexfenfluramine et le benfluorex et que l'étude IPPHS mettait en évidence un
lien de causalité entre les fenfluramines et I'HTAP, apparaissait particulièrement irresponsable
de la part d'un grand groupe pharmaceutique et constituait l'un des éléments majeurs de la
tromperie.

Au surplus, il convenait de remarquer qu'il n'existait que très peu d'informations à la
disposition de la communauté scientifique sur la métabolisation du benfluorex en général et la
norfenfluramine en particulier. A cet égard, il était d'ailleurs significatif de noter que même la
littérature scientifique indépendante n'évoquait pas ce métabolite.

C) L'absence de prise en considération des cas de_
pharmacovigilance:

La firme SERVIER faisait peu de cas des premiers signalements de pharmacovigilance de
1999, qu'il s'agisse de la valvulopathie aortique notifiée par le Dr CHICHE malgré le lien
effectué entre valvulopathie et l'association fenfluramine/phentermine par l'étude de la Mayo
Clinic publiée en 1997, ou du cas d'HTAP qui aurait dû particulièrement l'alerter au vu de la
rareté de cette pathologie mortelle, des résultats de l'étude IPPHS et de la nature
fenfluraminique du benfluorex.
Concernant le cas de valvulopathie, A. LE RIDANT, pharmacien responsable depuis le ler
janvier 1999, n'ordonnait aucun suivi particulier par ses services, tout en admettant que de
nouveaux cas auraient dû entraîner une modification du RCP du MEDIATOR en signalant la
valvulopathie comme effet indésirable, ce que la firme ne fera jamais malgré la survenue de
nouveaux cas (en 2002 et 2003). Le pharmacien responsable soulignait que l'Agence n'avait
rien exigé en ce sens, occultant totalement la responsabilité première du laboratoire de
signaler les effets secondaires de ses produits. La firme se donnait surtout beaucoup de mal
à mettre en doute la notification du Dr CHICHE par divers moyens.
Ces deux cas, signalés à quatre mois d'intervalle, ne semblaient avoir déclenché aucune
interrogation particulière au sein des laboratoires SERVIER, pas même l'idée d'une étude
axée sur la sécurité de leur produit.
Quant au cas espagnol de valvulopathie publié en février 2003, il semblait n'avoir eu pour
conséquence qu'une demande de non renouvellement et de retrait d'AMM en Espagne de la
part du groupe SERVIER en date du 20 mars 2003.

Les laboratoires SERVIER se préoccupaient surtout à travers les études DEL PRATO,
MOULIN et REGULATE, qui portaient essentiellement sur l'efficacité du produit, de faire
reconnaître le MEDIATOR comme un véritable médicament antidiabétique, en vain. Aucune
étude ayant pour objet principal la sécurité du médicament n'était diligentée par la firme. Dans
le cadre de l'étude REGULATE (étude d'efficacité par rapport à un produit comparateur),
c'était le Pr MOULIN qui sollicitait le Pr DERUMEAUX pour renforcer l'étude de la sécurité sur
les paramètres de la fonction cardiaque.

Tant en interne que vis-à-vis de l'extérieur, l'information diffusée par la firme, notamment via la
SARL « BIOPHARMA », sur les cas de pharmacovigilance apparaissait particulièrement
sélective, quand elle n'était pas carrément mensongère. Ainsi, la note du 15 novembre 1999
signée par J.P. SETA ne mentionnait pas les deux premiers cas de pharmacovigilance notifiés
au cours du premier semestre 1999. Les cas ayant pourtant fait l'objet de publications
scientifiques étaient, soit évoqué de manière non objective (cas espagnol de 2003), soit pas
évoqué du tout (cas de 2006). La firme ne faisait référence qu'à la CNPV du 29 novembre
2005, sans mentionner celle du 27 mars 2007, beaucoup moins rassurante que la première.
En 2007, la dernière version de pharmacovigilance diffusée en interne précisait qu'il n'y avait
pas de cas d'HTAP en lien avec le MEDIATOR et une suspicion à explorer pour les

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 491/597
valvulopathies. Le discours était bien rodé en cas de questionnement relatif à I'HTAP . elle
était forcément due à la prise d'autres médicaments que le MEDIATOR.

La firme ne cessait de justifier son absence de toute initiative, que ce soit en termes
d'indication d'effets secondaires cardio-pulmonaires ou de retrait de son produit, par le fait
que I'AFSSAPS n'avait jamais rien exigé en ce sens comme si cela la dédouanait de sa
responsabilité première en tant que fabriquant mettant son médicament sur le marché.

Alors qu'A. LE RIDANT, pharmacien responsable, et à ce titre notamment chargé de la
pharmacovigilance, avait l'obligation de faire respecter au sein du groupe les règles édictées
dans l'intérêt de la santé publique et donc le cas échéant de faire prendre toutes les initiatives
qui s'imposaient, celui-ci, qui ne semblait pas accorder une grande importance à ses propres
fonctions, ne prenait aucune décision forte, y compris au moment des résultats de l'étude
REGULATE, alors même qu'il admettait lors de l'information que le MEDIATOR aurait pu être
retiré dès 2005. Le coût des études en cours, qui se succédaient pendant des années dans la
perspective d'obtenir une AMM pour le MEDIATOR comme véritable médicament
antidiabétique, semblait avoir toujours primé sur la sécurité des patients.

L'accumulation de ces éléments à compter de 1999, qui ne pouvaient qu'être le résultat d'une
stratégie délibérée, conduisait inévitablement à l'absence d'information des médecins
prescripteurs et des patients quant aux effets indésirables de type valvulopathie et HTAP liés
à la consommation de MEDIATOR.

D) Les responsabilités des mis en examen:

* Concernant les personnes physiques:

J. SERVIER, de par ses fonctions de dirigeant historique du groupe SERVIER et pendant un
certain nombre d'années de pharmacien responsable, ce qui lui donnait une très bonne
connaissance des propriétés pharmacologiques du benfluorex, et de président de « SERVIER
SAS », jouait un rôle majeur dans la poursuite du travail de dissimulation des véritables
propriétés et de la métabolisation du benfluorex à compter de l'étude IPPHS, qui s'inscrivait
dans son ambition ultime de faire reconnaître son produit comme un véritable antidiabétique.
Le mis en examen ne pouvait ignorer qu'à compter de l'étude IPPHS, qui révélait le lien de
causalité entre HTAP et fenfluramines et entraînait notamment l'interdiction du benfluorex
dans les préparations magistrales et l'alerte européenne, ainsi que de l'apparition de cas de
valvulopathie et d'HTAP signalés par la pharmacovigilance, la tromperie sur les qualités
substantielles se transformait en tromperie sur les risques inhérents à l'utilisation du
MEDIATOR dont ni les médecins prescripteurs ni les patients n'étaient informés, ce qui
expliquait en grande partie la forte sous-notification des valvulopathies ou HTAP liées au
MEDIATOR. A l'inverse, les notifications explosaient à partir de la seconde moitié de l'année
2009 dès lors que l'information parvenait aux médecins.
Mais compte tenu du décès de J. SERVIER, il conviendra de constater l'extinction de l'action
publique à son égard.

J.P. SETA, médecin (spécialisé notamment en pneumologie), cautionnait en toute
connaissance de cause, et jusqu'à la caricature avec la note interne qu'il signait datée du 15
novembre 1999, la ligne de conduite décidée bien avant son arrivée dans le groupe en 1984
et sa prise de responsabilité en tant que directeur international des opérations (dont la
France) à compter de décembre 1996, étant précisé que les informations en matière de
pharmacovigilance lui étaient rapportées à partir de début 1999, moment à partir duquel il
supervisait la division de la recherche et du développement du groupe. Alors que le cas
espagnol de 2003 constituait à l'époque pour le mis en examen « un signal d'alerte », il n'en

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tirait aucune conséquence particulière en termes de décision ou ne serait-ce que de projet de
décision.
En conséquence, renvoi sera requis à son encontre du chef de tromperie aggravée sur les
qualités substantielles et les risques du médicament.

A. LE RIDANT, diplômé en médecine et en pharmacie, entré aux « laboratoires SERVIER »
dès 1976 en qualité de directeur scientifique Europe, se montrait particulièrement défaillant
dans son rôle de pharmacien responsable auquel il ne semblait pas accorder une grande
importance alors même que les textes en matière d'activités pharmaceutiques le plaçaient au
centre du dispositif.
Il prétendait tout ignorer des études analysant et constatant le pouvoir anorexigène et la perte
de poids entraînée par le MEDIATOR. Mais il était pour le moins curieux qu'étant devenu
pharmacien responsable en 1999, donc à une époque où le MEDIATOR faisait déjà l'objet
d'interrogations et de suspicions par les autorités de santé françaises, européennes et par la
littérature scientifique indépendante, le mis en examen n'ait pas cherché à en savoir plus sur
ce produit et sa genèse. Il était de sa responsabilité de connaître parfaitement le médicament,
toutes les informations le concernant étant disponibles au sein de la firme. Par ailleurs, suite
aux demandes précises de I'AFSSAPS en date du 22 novembre 1999, il signait le courrier du
18 février 2000, qui ne répondait absolument pas aux demandes de l'agence, qui portaient
notamment sur la pharmacocinétique du benfluorex et ses effets indésirables.
A aucun moment, il ne proposait le retrait du MEDIATOR du marché alors qu'il admettait au
cours de l'information que celui-ci aurait pu intervenir en 2005. Alors que de par ses fonctions
il était également en charge de la pharmacovigilance, il ne tirait aucune conséquence des
premiers cas signalés entre 1999 et 2003 et laissait même se propager au sein de la firme et
vis-à-vis de l'extérieur une véritable désinformation sur les cas de pharmacovigilance. Même
au moment des premiers résultats de l'étude REGULATE, il ne proposait toujours pas le
retrait du MEDIATOR.
Mais compte tenu du décès d'A. LE RIDANT, il conviendra de constater l'extinction de l'action
publique à son égard du chef de tromperie aggravée.

* Concernant les personnes morales:

Sur la structure du groupe SERVIER et le pouvoir décisionnel

A titre préliminaire, il convenait d'insister en premier lieu sur le caractère très morcelé de la
firme SERVIER, comptant une multitude d'entités juridiques distinctes à la tête desquelles se
trouvait « SERVIER SAS », apparaissant comme la holding et la société consolidante du
groupe et ayant pour président, au moins jusqu'à la décision de retrait définitif du marché du
MEDIATOR (date limite de la prévention reprochée aux mis en examen), J. SERVIER. Cette
société holding était selon les propres déclarations de ce dernier, « auto-contrôlée par des
sociétés du groupe à hauteur de 52 % ... les 48 % restants (étant) détenus par trois
associations loi 1901 », dont l'activité était unifiée par la société en participation « PRAXAL ».
Cette SEP était gérée par une fondation hollandaise présidée par J. SERVIER depuis sa
création dans les années 1980. Face à cette organisation complexe, ce dernier admettait un
besoin de rationalisation et l'existence de certains illogismes. Il insistait sur le rôle central au
sein du groupe des sociétés «SERVIER », « Les Laboratoires SERVIER », < BIOFARMA »,
« IRIS» et « ATP » et admettait qu'une dizaine de sociétés du groupe ne servaient plus à
rien.

Par ailleurs, au sein du groupe, le pouvoir décisionnel apparaissait fortement concentré,
pendant de nombreuses années entre les mains du seul J. SERVIER, dirigeant historique
depuis 1954, puis ultérieurement également entre les mains du numéro 2 du groupe, J.P.
SETA, qui devenait directeur général des opérations en décembre 1996, puis directeur
général en juin 1999 pour changer de titre et devenir président opérationnel en mai 2007. Ce
dernier était destiné à succéder à J. SERVIER jusqu'à son départ surprise du groupe en

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octobre 2013. D(À14494
Sur l'implication des sociétés mises en examen

Les six sociétés mises en examen étaient concernées à divers titres par la commercialisation
de la spécialité pharmaceutique MEDIATOR:
- la SAS « Les Laboratoires SERVIER », présidée par « SERVIER SAS », en tant que
titulaire et exploitant de I'AMM relative au MEDIATOR;
- la SAS « Les Laboratoires SERVIER Industrie », présidée par « SERVIER SAS », en
tant que fabricant de la spécialité pharmaceutique (sur le site de production situé à GIDY
dans le Loiret)
- la SAS «ORIL Industrie », présidée par « SERVIER SAS », en tant que fabricant du
principe actif benfluorex (sur le site de production de BOLBEC en Seine-Maritime)
- la SAS « BIOFARMA », présidée par « SERVIER SAS », en tant que titulaire et
exploitant de la marque « MEDIATOR »
- « SERVIER SAS », ayant pour président J. SERVIER, en tant que président de
l'ensemble des sociétés ci-dessus mentionnées
- la SARL « BIOPHARMA », chargée de la vente et de la promotion du MEDIATOR,
assurant la visite médicale relative à ce produit et intervenant également en matière de
pharmacovigilance et dans l'information scientifique délivrée aux médecins.

Par leurs agissements, commis dans l'intérêt et pour le compte de ces sociétés, en tant que
dirigeant de droit ou de fait, J. SERVIER et J.P. SETA engageaient la responsabilité pénale de
ces personnes morales apparaissant comme coauteurs de l'infraction de tromperie aggravée
reprochée.

Ainsi, toutes les personnes ayant acquis du MEDIATOR pendant sa commercialisation de
plus de trente années apparaissaient victimes des faits de tromperie, devenue aggravée à
compter de 1995. Par ailleurs, les caisses de sécurité sociale et les mutuelles ayant procédé
à des remboursements, subissaient à cause de ces faits et par ricochet un préjudice financier
direct et personnel considérable, sans compter les faits d'escroquerie dont elles étaient
également victimes.

3) SUR LES FAITS D ESCROQUERIE( reprochés à J. SERVIER, J.P. SETA, A. LE RIDANT
'

et les sociétés « Laboratoires SERVIER », « SERVIER SAS », « BIOFARMA »,
« BIOPHARMA », « Laboratoires SERVIER Industrie » et « ORIL Industrie »):

Les escroqueries mettant en cause le groupe SERVIER concernaient les conséquences
économiques de la tromperie pour les caisses d'assurance maladie et les mutuelles.
L'infraction se révélait distincte de l'infraction de tromperie ou de renouvellement indu
d'autorisation dans ses agissements délictueux, son mode opératoire et ses conséquences.

L'intérêt protégé ici n'était plus celui de l'administration ou des consommateurs mais celui du
régime général de l'assurance-maladie et des mutuelles.

Il convenait de rappeler que selon l'article 313-1 du code pénal, au visa des mises en examen
et du cas d'espèce, l'escroquerie est le fait ( ... ) par l'emploi de manoeuvres frauduleuses, de
tromper une personne ( ... ) morale et de la déterminer ainsi à son préjudice ou au préjudice
d'un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque ( ... ).

En l'espèce, l'escroquerie consistait à avoir:

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 494/597
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-trompé les caisses de sécurité sociale et les mutuelles pour les déterminer à prendre
en charge le remboursement du MEDIATOR à l'occasion de sa commercialisation
- en employant des manoeuvres frauduleuses, en l'espèce en dissimulant les
propriétés anorexigènes de la substance pharmaceutique benfluorex permettant l'obtention et
le renouvellement d'une AMM ne visant que des indications liées au diabète et à
l'hyperlipidémie.

La dissimulation des propriétés anorexigènes du MEDIATOR a été analysée précédemment
et les éléments à charge trouvent à s'appliquer également pour cette infraction.

Il s'agissait donc d'un type d'escroquerie ne reposant pas sur la production de faux
documents mais sur la production d'un vrai document (I'AMM) obtenu frauduleusement, puis
de la présentation d'un dossier aux autorités compétentes pour l'admission au
remboursement.

Si de simples allégations mensongères, même écrites, ne suffisaient pas en l'absence de
toutes autres circonstances, à constituer le délit d'escroquerie, il était en revanche de
jurisprudence constante que le mensonge devenait une manoeuvre frauduleuse dès lors qu'il
était accompagné d'éléments extérieurs destinés à lui donner force et crédit. Ainsi,
l'interposition d'un tiers, qu'il soit de bonne ou de mauvaise foi, en vue d'obtenir un paiement
indu était « nécessairement constitutif d'une manoeuvre frauduleuse » selon la jurisprudence
de la chambre criminelle de la Cour de Cassation (pourvoi n° 95-80.493).

L'escroquerie consistait donc en 1976 pour la firme SERVIER à produire un dossier
administratif au ministère de la santé afin d'inscrire le MEDIATOR sur la liste des spécialités
pharmaceutiques agréées en application des arrêtés du 18 novembre 1960 et du 18 juillet
1967, consécutivement à sa prise en charge par l'assurance-maladie. Cette inscription était
entérinée par l'arrêté ministériel du 27 juillet 1976 (publié au JO du 13 août 1976) où figurait
l'inscription du MEDIATOR (D 837/2).

Le dossier constitué par l'industriel était étudié par la commission chargée de proposer les
listes des spécialités pharmaceutiques remboursables aux assurés sociaux après rapport des
sections de la commission puis de sa séance plénière.

Ainsi, comme exposé dans la note de la CNAMTS (D 3203), les médecins, ignorants ou non
(qu'ils soient ou non de bonne foi) prescrivaient le MEDIATOR à leurs patients, assurés
sociaux. Ces patients, également ignorants des risques liés à la prise de MEDIATOR,
présentaient les prescriptions médicales afin de se faire délivrer les produits par leurs
pharmaciens (autre tiers interposé). En dernier lieu, les pharmaciens d'officine, ignorants ou
non des risques engendrés, délivraient aux assurés sociaux le médicament et obtenaient le
paiement par l'assurance-maladie.

Ainsi, chaque Caisse primaire d'assurance-maladie ayant payé ou remboursé la partie
remboursable du médicament, apparaissait victime directe de l'escroquerie.

Les régimes d'assurance-maladie rappelaient leur statut spécifique qui ne leur donnait pas la
faculté de refuser le remboursement, puisqu'ils y étaient légalement tenus, dès lors que la
substance était inscrite sur la liste des médicaments remboursés, la police sanitaire n'étant
pas assurée par ces structures (D 3572). Comme l'indiquait le directeur de la Sécurité sociale,
« dès lors que le médicament est mis sur le marché et admis au remboursement, la prise en
charge du prix du médicament se fait au titre d'un système déclaratif: que la feuille de soins
soit électronique (système du tiers payant), ou que la feuille de soins soit sur papier
(remboursement), c'est la double déclaration de la feuille de soins d'une part émise par le
pharmacien d'officine, qui atteste ainsi la délivrance au vu d'une prescription, et d'autre part
signée par le patient (papier), ou co-validée (électronique) par sa carte vitale, confirmant cette
délivrance, qui déclenche le paiement » (D 3572/8 et /10). Les Caisses primaires et

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OC 4
lj, % /4 i c
organismes payeurs n'avaient aucun pouvoir pour refuser la prise en charge d'une délivrance
validée.

L'escroquerie était réalisée par interposition de tiers, même de bonne foi, permettant au
groupe SERVIER de recueillir un chiffre d'affaires concernant un médicament qui n'aurait pas
dû être mis ni maintenu sur le marché.

Tout au long de l'instruction, il apparaissait que la grande crainte du groupe SERVIER était
celle d'un déremboursement du médicament, qui entraînerait une baisse notable des recettes
pour le groupe. C'était même cette préoccupation qui primait sur la sécurité des
consommateurs, contrairement à toutes les règles d'éthique et tout simplement au code de la
santé publique et au code de la consommation. L'élément intentionnel était donc de plus fort
établi.

Par arrêt du 12 juin 2015, la chambre de l'instruction indiquait que les escroqueries n'étaient
pas prescrites (D 3878/3), confirmée par arrêt de la cour de cassation le 2 février 2016
(reprenant les motifs adoptés par la chambre de l'instruction « les faits d'escroquerie qui
résultent d'un ensemble de manoeuvres étant à l'origine du processus ayant déclenché les
paiements successifs effectués par la caisse nationale d'assurance maladie et les mutuelles,
se prescrivent à compter de la date du retrait de l'autorisation de commercialisation, le 20
juillet 2010, et n'étaient donc pas prescrits à la date du réquisitoire supplétif du 2 août 2011 »).

La CNAMTS évaluait son préjudice financier à hauteur de 322 159 548 euros (D 3203/7). Elle
exposait notamment qu'à la suite de la révélation des faits, 137 000 personnes ayant
consommé du MEDIATOR avaient dû faire pratiquer une échographie cardiaque entre le 15
novembre 2010 et la fin juin 2011, générant un coût de prise en charge pour les régimes
sociaux (D 576).

1- Concernant Jacques SERVIER:

J. SERVIER, dont l'implication personnelle dans la gestion de l'ensemble des procédures,
était analysée au titre des deux précédentes infractions de tromperie et obtention indue
d'autorisation, apparaissait également comme le chef d'orchestre de cette escroquerie. Mais
compte tenu de son décès, l'extinction de l'action publique devra être constatée.

2- Concernant Jean-Philippe SETA:

J.-P. SETA était mis en examen pour avoir à NEUILLY et à PARIS entre le 21 juin 1999 et le
20 juillet 2010, commis les escroqueries, en sa qualité de directeur opérationnel du groupe
SERVIE R.
M. SETA, médecin, directeur général opérationnel du groupe SERVIER, devenait le numéro 2
du groupe le 21 juin 1999. En conséquence, renvoi sera requis à son encontre devant le
tribunal correctionnel du chef d'escroquerie.

3- Concernant Alain LE RIDANT:

A. LE RIDANT était mis en examen pour avoir à NEUILLY et à PARIS entre 1999 et le 20
juillet 2010, commis les escroqueries en sa qualité de pharmacien responsable du groupe
SERVI E R.
A. LE RIDANT, également diplômé de marketing de l'ESSEC (D 367), devenu pharmacien
responsable en 1999, n'avait jamais joué son rôle malgré des responsabilités pourtant
précisément prévues par le code de la santé publique. Par son mutisme et les demandes de
renouvellement d'AMM qu'il signait, il participait à la commission de l'infraction d'escroquerie,
suite logique de ses agissements. Mais au vu de son décès, il conviendra de constater

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 496/597
l'extinction de l'action publique à son égard.

4- Concernant les 6 sociétés: «SAS SERVIER », SAS «LES LABORATOIRES SERVIER »,
SARL «BIOPHARMA », SAS «LABORATOIRES SERVIER INDUSTRIE », SAS «ORIL
INDUSTRIE » et SAS « BIOFARMA »:
Il était établi par l'instruction que J. SERVIER était l'animateur de fait des ces sociétés et de
toutes les structures du groupe.

Les 6 sociétés visées par la prévention d'escroquerie participaient à la production, à la
commercialisation, la distribution et à l'exploitation du médicament MEDIATOR, générant des
profits financiers pour le groupe. Chacune de ces sociétés représentait un maillon d'une
chaîne commerciale depuis la découverte du produit jusqu'à sa commercialisation et
participait dans le cadre de la co-action à la commission de l'infraction d'escroquerie. Le
chiffre d'affaires sur la seule période du 1 e juin 1984 au 30 septembre 2010 était de 494 599
041 euros, les ventes aux officines représentant 99 % du marché.

Renvoi devant le tribunal correctionnel sera requis pour les 6 sociétés du groupe SERVIER
du chef d'escroquerie.

4) SUR LES FAITS DE BLESSURES ET D'HOMICIDES INVOLONTAIRES:

A titre préliminaire, il convenait d'insister sur le caractère nécessairement inconciliable et non
concordant du nombre de décès d'un côté évalués par les épidémiologistes et d'un autre côté
susceptibles d'être reconnus par un Tribunal correctionnel dans le cadre d'une responsabilité
pénale non intentionnelle, les deux disciplines intervenant dans le cadre d'approches, de
règles et de registres bien distincts. En effet, si l'épidémiologie s'intéressait aux risques
attribuables à un médicament (ou à toute autre substance) au sein d'une population donnée
sur la base de statistiques, donc sur une grande échelle, les mécanismes de la responsabilité
pénale ne s'appliquaient que de manière individuelle, donc à une toute autre échelle, et avec
la nécessité de démontrer pour chaque situation particulière la certitude d'un lien de causalité
(même non exclusif) entre l'exposition au produit et la pathologie développée.

De plus, les cas susceptibles d'être soumis à l'appréciation du Tribunal relevaient des plaintes
déposées dans le cadre de l'instruction judiciaire, ne reflétant donc pas la totalité des cas
susceptibles d'avoir en réalité été causés par la prise de MEDIATOR, les laboratoires
SERVIER ayant pu conclure des accords d'indemnisation amiable et I'ONIAM ayant pu être
également sollicitée par les victimes, dans le cadre d'un processus distinct d'indemnisation.

Il convenait de rappeler que les 3 éléments constitutifs cumulatifs des délits de blessures et
d'homicide involontaires visés aux articles 221-6 et 222-19 du code pénal : un préjudice, une
ou des fautes d'imprudence ou de négligence de nature pénale (voire la violation
manifestement délibérée d'une obligation particulière de sécurité ou de prudence) et enfin un
lien de causalité certain entre la(es) faute(s) et le préjudice.

L'article 121-3 du même code définit dans quelles conditions une faute d'imprudence ou de
négligence ou un manquement à une obligation de prudence ou de sécurité prévue par la loi
ou les règlement caractérisent ces délits, à savoir un défaut d'accomplissement normal des
diligences compte tenu des fonctions, des missions, des moyens et du pouvoir conférés aux
mis en cause.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-10 3299025/8 497/597
.1 4 li 1
En l'espèce, en matière de lien de causalité certain, les experts judiciaires de ce dossie
rappellent que « la convergence des résultats des différentes observations cliniques, des
études épidémiologiques et des enquêtes réalisées depuis 2006 confirment l'existence d'une
association étroite entre la prise de benfluorex et le développement d'une insuffisance
valvulaire restrictive et/ou d'une hypertension artérielle pulmonaire de catégorie 1. Ce constat
est de nature à imputer à ce médicament un rôle majeur dans l'émergence de ces
pathologies chez certains sujets traités » ( D 3488/37).

La jurisprudence de la chambre criminelle de la Cour de cassation en matière de blessures et
homicides involontaires apparaissait constante : seuls les liens de causalité certains
permettaient de retenir ces chefs de prévention.

Dans le présent dossier, seuls étaient retenus à titre de victimes les patients ayant consommé
du MEDIATOR, preuve à l'appui, et présentant des valvulopathies ou HTAP. Chaque plaignant
dans ce cas faisait alors l'objet d'une expertise judiciaire individuelle afin d'établir le lien
éventuel entre sa pathologie personnelle et le MEDIATOR et de fixer son ITT. Seuls les cas
pour lesquels les experts retenaient une imputabilité du médicament dans la pathologie
présentée donnaient lieu à mises en examen à l'égard de SERVIER (personnes physiques et
morales) et de I'ANSM.

Concernant les critères d'imputabilité retenus, il convenait de rappeler que selon une
jurisprudence constante de la Chambre criminelle de la Cour de Cassation, le lien certain
n'impliquait pas un lien exclusif. Il suffisait en l'espèce que le plaignant apporte la preuve de
consommation du produit, qu'il présente une valvulopathie ou HTAP médicamenteuse et que
le MEDIATOR ait concouru au dommage pour que le lien causal certain soit établi, nonobstant
toute autre prise de médicament pouvant induire des pathologies similaires (en l'espèce par
exemple pour certains plaignants, la prise d'ISOMERIDE ou PONDERAL quelques années
auparavant).

Afin d'éviter toute difficulté de lecture des expertises, les juges sollicitaient au titre des
questions 7 et 8 sur le lien de causalité certain, la détermination d'une autre étiologie
possible. Ainsi, le lien de causalité ne pouvait être que certain dès lors qu'aucune autre
étiologie n'était possible, les experts utilisant des formulations diverses : « lien de causalité
possible », « pas d'autre cause identifiée », « admis en l'absence d'autre explication physio-
pathologique », « pas d'explication alternative à une valvulopathie médicamenteuse », « pas
d'argument pour une valvulopathie rhumatismale », « fortement possible, pas d'autre cause
identifiée », « en faveur d'une atteinte médicamenteuse par MEDIATOR en l'absence de prise
d'autres médicaments valvulo-pathogènes », « imputable en l'absence d'autre explication »

Par ailleurs, la défense critiquait certaines expertises individuelles, pointant l'absence
d'échographie antérieure à la prise de benfluorex. Cette démarche n'était cependant pas
retenue puisque l'absence d'échographie antérieure n'impliquait pas un doute quant au lien de
causalité en effet, l'absence d'échographie préalable dénotait au contraire une absence de
pathologie envisagée. Écarter les victimes n'ayant pas eu de suivi revenait de plus à exclure
de toute démarche scientifique ou judiciaire les patients qui n'avaient pas eu d'échographie
cardiaque de principe, en l'absence de tout signe d'appel clinique.

De façon similaire, et comme les juges d'instruction étaient amenés à le rappeler, il ne pouvait
être retenu l'argument selon lequel le diagnostic de certitude de valvulopathie
médicamenteuse ne pourrait reposer que sur un examen anatomopathologique dans la
mesure où cela revenait à réserver ce diagnostic uniquement pour les patients décédés ayant
fait l'objet d'une autopsie ou aux patients vivants mais gravement atteints et ayant dû subir

54 Autres étiologies possibles en l'espèce : processus dégénératif (au-delà de 65/70 ans) avec des facteurs de
risques cardio-vasculaires potentiellement aggravants pour ce processus dégénératif, présence d'un caractère
fibreux et d'une surcharge calcique ; cardiopathie rhumatismale (liée à une angine à streptocoque contractée à
l'adolescence et mal soignée, qui atteint les articulations et génère une atteinte cardiaque irréversible) ; tumeurs
carcinoïdes

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 498/597
une chirurgie de remplacement valvulaire. J*is 4t:m
Au final, sur les 328 plaignants intégrés à la présente information, 49 d'entre eux étaient
retenus comme victimes de faits de blessures ou d'homicides involontaires.

A) Sur la responsabilité première et directe de la firme SERVIER (faits
reprochés à J. SERVIER, J.P SETA, A. LE RIDANT et les sociétés « Laboratoires
SERVIER », « SERVIER SAS », «BIOFARMA », «BIOPHARMA », « Laboratoires SERVIER
Industrie » et « ORIL Industrie »):

a) Les situations pour lesquelles la responsabilité du MEDIA TOR n'était
pas établie:

Parmi les 328 plaignants du dossier d'information distinct consacré aux faits de blessures et
d'homicides involontaires concernés par la disjonction et jonction de leur situation dans la
présente information, 279 d'entre eux ne pouvaient être retenus en qualité de victimes de faits
de blessures ou d'homicides involontaires, les expertises judiciaires diligentées n'ayant pas
retenu d'imputabilité du MEDIATOR dans les valvulopathies et HTAP présentées pour les
motifs essentiels suivants
- lésions ayant une autre cause qu'une atteinte médicamenteuse
- lésions antérieures à la prise de MEDIATOR
- lésions liées à la consommation d'ISOMERIDE, lésions minimes non spécifiques.

En conséquence, en l'absence de charges suffisantes contre quiconque, non-lieu sera requis
concernant les faits de blessures et d'homicides involontaires concernant les personnes
suivantes (bénéficiant néanmoins du statut de victimes pour les faits de tromperie) : ACHER
Alain, ADAM Josiane née VERSERON, AIELLO GRESSIER Marie-Flore, ALAMAGNY
Brigitte, ALI-NEHARI Fatima, ALLAIRE Marcel, ALTMANN Tessa, ALVES Torquato,
AMASHOUL Naïma, AMOUROUX Pascale, ANDRE Francesco, ANDRE Michèle née FRAUX,
ANGOSTON Denise divorcée GRILLON, ANSOT Josiane née TOULORGE, ANTKOWIAK
Patrick, APARICIO Joëlle née SENET, APPLAINCOURT Jacqueline née DEBOUZY,
ARMANDI Thérèse née MARTA, ARNOLD Francine, ARSEAU Hélène née HUVELIN,
ASTOLA Michel, ATLAN Armand, ATTARD Norbert, AUBERT Françoise, AUBERT Thérèse,
AUGER Henri, AYRAUD Marie née CLAVEAU, BA Frédérique née BARBIER, BAAKIL-
MOHAMED Souad née BOUTEMZOURHT, BACOT Simone née HAMELIN, BALLIAN
Michelle, BARBOT Angélique, BARCELONNE Michelle née BARINOPOULO, BAROLET
Annie née TOUZE, BAUDET Georges, BAUDILLON Alain, BAUDILLON Bernadette née
MANSEAU, BEAUGE Jocelyne née LABRUYERE, BEDDAR MARTINEZ Faddila, BEGAUD
Jean-Marie, BELAYEL Mohamed, BELLET René, BELTZUNG Jean-Marc, BENCHEIKH
Yarnina, BENOIS Monique née LEFEVRE, BERLAMONT Charline née MAYER, BERTHE
Bernard, BERTRAND Claude, BICHETAIain, BLANDEAU Monique née RICORDEL, BLAZER
Paulette née AURELIEN, BLONDEAU Jeannine, BODO Jean-Pierre, BONIFACE Sandrine
née LAMY, BOULDOIRES Anne-Marie, BOULIN Nicole née BIDDEN, BOUTANNE Bernard,
BOVE Jacqueline née OTTIMOFIORE, BREGIER Danielle née GUIBLAIS, BRELIAUD Eliane
née GEOFFROY, BRIAUD Elisabeth, BRIDJA Fatiha, BRILLI Adrienne née OOSSETTI,
BROUILLET Chantai née FEYX, BRUHAT Pascal, BRUNEEL Jean Marc, BRUYERE Marie-
Odile née MAJOLA, BRYON André, BUCHET Christian, BUCHET Maurice, BUDO Angèle née
ROIG, BURTEZ Jean Luc, CALDERERO Patrick, CAMBON Françoise née CARAVACA,
CAMBON Marc, CANAS Antonio, CANTAREIL Jacques, CASSINIS Colette née BUSSELOT,
CASTEILTORT Hervé, CASTEL Pierre, CESARINI Marinette, CHAABANA Fatiha, CHABANE
Sebti, CHANDELON Janine née SOUAILLE, CHARBIT Clément Rahmin, CHAREK Mohamed
Moncef, CHARRIEAU Philippe, CHARTIER Nadine née PARENT, CHASSERIAU Paulette

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 499/597
) 4;sy 0
née SABARON, CHAZE Evelyne née PAZART, CHERFA Zarha née BOUKHETTOUCHE,
CLAUSTRE-PIEUZEL Josette née MOURGES, CLEMENCEAU Mauricette née SINTIC,
CLEMENT Jean Pierre, CLERC Michel, CLOMAN Maurice, COHEN Lydie née
BENHARROUS, COHEN-BOULAKIA Armand, COLIN Jacques, COLIN Monique née
DELPUECH, COMPAGNET Marie-Françoise, COQUILLET Danielle née BONNARD,
CORBANIE Jacqueline née DONNE, CORBIN Renée née LAHOGUE, CORCY Madeleine
née BURETTE, CORNEE Denyse, CORNILLE Yves, CORRIER Danièle née PABLO, COSTA
Florinda, COULOIGNER Jacqueline, COULOMB Jacqueline née MEIFFREN, COULOMB
Louis, COUPlER Christiane, COUROUGE Nicole née POINSU, CRECHE Marie-Annette née
JOUANDON, DA SILVA GARCIA Antonio, DAHES Mohamed, DANAIA Joselito, DEFLANDRE
Laure née LESAGE, DELPORTE Hervé, DEMARCHI Christian, DEPAULE Maryse,
DESREUMAUX Dionette, DETOUILLON Nicole née PIAGET, DHILLY Daniel, DIMNETAndré,
DJELABAKH Houria, DOMPNIER Thierry, DRICI Rachid, DRIDI Josiane née DELLAMONTA,
DROUCHE Laure, DUBLEUMORTIER Jean-Yves, DUCASTELLE Marianne née CAPELE,
DUCOURNAU Michelle, DUMESNIL Françoise, DUMONTIER Françoise, DUQUENOY Sylvie
née FASQUEL, DURRO Robert, DUSSUTOUR Louis, ELFRICH Antoine, ERNST Emilienne
née CHRETIEN, EXARTIER Jacqueline née SALOMEZ, FAGOT Chantai née CAMPET,
FARGALLO Marie, FARSY Daniel, FAUQUET Chantal, FAYOLLE Josiane née CHEGERIAN,
FERNANDEZ Jésus Candido, FERRARA Micheline née CARUANA, FLECKSTEIN Claudine,
FORTIN Jean-Luc, GABRIAC Hervé, GARCIA Dominique, GASTALDI Alain, GAUTIER
Gérard, GEBAUER Bruno, GIRARD Maurice, GOEMAERE Nicole divorcée SANTERRE,
GRECO Danielle, GUERRA Norbert, GUFFENS Agnès, GUILLEMETTE Jeannine née MAHE,
GUILLERM Marie-France née LE BRAS, HAIK Paul, HARDY Jacqueline née HEUZE,
HASSISSEN Fayçal, HAUSELER Wilii, HENRY Michel, HERBIN Frédéric, HERY Danielle,
HEUZEY Jacques, HICHER-CESARD Françoise, HOCHSTAEDER Jeannine née
BONNAILLIE, HOUDET Michel, HOUREZ Jean-Paul, HOUTI Zahira née KADDOUR, HU
Danielle née SAUVAGE, IACONELLI Joseph, BANEZ Christelle née CONSALVI, JACOB
Marie Thérèse née BOURHIS, JACQUET Jean-Paul, JEANDESBOZ Jocelyne, JORON
Nathalie, JULIAN Patrick, KABORE Antoinette née KY, LABOUREUX Christian, LACROIX
Lucienne née BENTITOU, LAFFERRERE NeIly née BARGIBANT, LAGHZAOUI Mohamed,
LAGRUE Bernard, LAMAMRA Salima, LAVERGNE Claudine née BLOIS, LE BOURG Marie
Jeanne née RONDEAU, LE FALHER Alain, LEBRUN Daniel, LECLERC Alain, LECLERC
Serge, LECOINTE Jeannine, LEDRU Josiane née FRAPSAUCE, LEFEVRE Abelina,
LEMAHIEU Micheline, LENFANT Jacques, LETAIEF Najat, LEVESQUE Jean-Claude, LOPEZ
Lucien, MABILEAU Frédéric, MACRI Vincent, MAIETTI Gilbert, MANNETTI Giovanna née
LATTANZIO, MANZO Anna, MAQUIGNEAU Dominique, MARCHAND Didier, MARNEF
Gabriel, MAROUZ Nour el Houda née BENCHERIF, MARRELLI Caterina, MARTIN Hélène
née FOURES, MARTIN Pierrette née BELIS, MARTINEZ Malika née BEN DRIS, MAYEUR
Thérèse née DES SAINT, MELKI Paul, MICHON Georges, MICHON Pierre, MOREL
Raymond, MUNINGER Henriette, NADOT Jean-Daniel, PABON Marie-Thérèse née BOE,
PADUCH Jean-Pierre, PARVIN Rémi, PASTOR Aime née CURCI, PASTORELLI Laurent,
PATOUX Michel, PELOSO Anne-Marie née GOUJON, PERDA Cathy, PERELLO PEREZ
José, PETIAUX Henri, PEYREGA Eloise née MESPOULES, PONTIER Annie, PONTNEAU
Bernard, POTEAUX Gérard, POURROY Jacqueline née CASSOU, PRE Pierrette née
ARLOT, QUENNEHEN, Jeannine, RABAUD Lucien, RADIGOIS Jean-Louis, RAGOT Jean,
RAYBAUD Hervé, RENAULT Dominique, RIZOUD Annick, ROBERT Danièle née
DELCAMPE, ROMAIN BRUNEL Jacqueline, ROUTHIEAU Alexandre, RUIZ GONZALEZ
Manuel, RUIZ-Y-ORIVE Muriel, SAID Mohamed, SAINT MARTIN Maurice, SALAUN
Ghislaine, SANTIAGO Francis, SCHENK Jean Paul, SIMON Léonne née LEREBOURS,
SOBCZAK Jacques, TAHRAOUI Nassim, TEMPESTINI Solange née TEULER, THORAVAL
YveIine née LIS, TIRLICIEN Annick née CAREL, TRABAC Christian, TRIBOULET Christiane
née LECENDRIER, TROUILLEZ Jeannine née RIOCHET, VAN BECELARE André, VAN
HEISS Patrick, VAN WIN Brigitte née BOEYENS, VANDAMME Edith née CHENAVIER,
VANHAEZEBROUCK Sylviane née WIART, VAUCHER Richard, VEDEL Patricia née DOUCE,
VILLEMIN Martine née CHAUTARD, VORMUS Bernard, WEYL Chantai, ZUNIGO Michel et
ZWARTS Pierre.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-lO 3299025/8 500/597
I- 4 Ii/b
b) Les situations pour lesquelles la responsabilité du MEDIA TOR était
établie:

Le code de la consommation fait peser sur les professionnels une obligation générale de
sécurité quant aux produits qu'ils fabriquent et/ou commercialisent. Ainsi l'article L 221-1
dispose dans sa rédaction en vigueur à compter du 27 juillet 1993 que « les produits et les
services doivent, dans des conditions normales d'utilisation ou dans d'autres conditions
raisonnablement prévisibles par le professionnel, présenter la sécurité à laquelle on peut
légitimement s'attendre et ne pas porter atteinte à la santé des personnes ».

L'ordonnance n° 2004-670 du 9 juillet 2004 portant transposition de la directive européenne
2001195/CE sur la sécurité générale des produits et adaptation de la législation au droit
communautaire en matière de sécurité et de conformité des produits introduisait de nouveaux
articles au code de la consommation, entrés en vigueur à compter du 10 juillet 2004,
précisant les obligations du professionnel, désigné par les textes comme « le responsable de
la mise sur le marché » dans un premier temps, puis comme « le producteur » ou « le
distributeur» à compter du 24 août 2008. Etaient ainsi notamment créés de nouveaux articles
L 221-1-2 et L 221-1-3.

Ainsi, l'art. L 221-1-2 dispose notamment que:
- Le responsable de la mise sur le marché (devenu le producteur) « fournit au
consommateur les informations utiles qui lui permettent d'évaluer les risques inhérents à un
produit pendant sa durée d'utilisation normale ou raisonnablement prévisible et de s'en
prémunir, lorsque ces risques ne sont pas immédiatement perceptibles par le consommateur
sans un avertissement adéquat ».
« Ces dispositions s'appliquent sans préjudice des autres obligations mentionnées au présent
article et aux articles L 221-1 et L 221-1-3 » (disposition en vigueur depuis le 24 août 2008).
Il - Il « adopte les mesures qui, compte tenu des caractéristiques des produits qu'il fournit, lui
permettent
a) De se tenir informé des risques que les produits qu'il commercialise peuvent
présenter;
b) D'engager les actions nécessaires pour maîtriser ces risques, y compris le retrait du
marché, la mise en garde adéquate et efficace des consommateurs ainsi que le rappel auprès
des consommateurs des produits mis sur le marché ».

Par ailleurs, l'art. L 221-1-3 dispose dans un premier alinéa que lorsqu'un professionnel
(devenu un producteur ou un distributeur à compter du 24 août 2008) « sait que des produits
destinés aux consommateurs qu'il a mis sur le marché ne répondent pas aux exigences de
l'article L 221-1, il en informe immédiatement les autorités administratives compétentes, en
indiquant les actions qu'il engage afin de prévenir les risques pour les consommateurs ». Le
deuxième alinéa précise que les modalités de cette information sont définies par arrêté du
ministre chargé de la consommation et des ministres intéressés et que le professionnel,
devenu le producteur et le distributeur, ne peut « s'exonérer de son obligation en soutenant
n'avoir pas eu connaissance des risques qu'il ne pouvait raisonnablement ignorer ».

De son côté, le code de la santé publique avait toujours prévu, au moins depuis l'ordonnance
n° 67-827 du 26 septembre 1967, dans son ancien article L 601 puis à compter du 22 juin
2000 dans son article L 5121-8, que l'accomplissement des formalités relatives à I'AMM
n'avait « pas pour effet d'exonérer le fabricant ou, s'il est distinct, le titulaire de l'autorisation
de mise sur le marché, de la responsabilité que l'un ou l'autre peut encourir dans les
conditions du droit commun en raison de la fabrication ou de la mise sur le marché du
médicament ou produit ».

Ces textes posaient donc sans équivoque la responsabilité première de celui commercialisant

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 501/597
j3oz
son produit auprès des consommateurs en matière de sécurité des personnes, l'exi tence
d'une AMM n'étant pas de nature à écarter cette responsabilité. Ni la firme SERVIER, ni ses
dirigeants, ni son pharmacien responsable ne pouvaient ignorer l'existence de ces textes
faisant peser très clairement sur le professionnel une obligation de sécurité concernant son
produit, lui imposant de connaître les risques présentés par ce dernier, d'en informer les
consommateurs et de prendre toutes mesures nécessaires pour maîtriser ces risques, ce qui
allait de la mise en garde des consommateurs au retrait pur et simple du produit du marché.

Sans revenir sur les développements précédents concernant les agissements fautifs à
l'origine de la tromperie, qui s'appliquent également aux faits de blessures et d'homicides
involontaires, il convenait de constater que les mis en cause violaient en toute connaissance
de cause, de manière manifestement délibérée, tant l'esprit que la lettre de ces dispositions
destinées à protéger le patient, tant du point de vue de sa sécurité que de sa santé.
En effet, à aucun moment entre 1995 (étude IPPHS) et 2010 (retrait définitif du MEDIATOR),
les mis en examen ne prenaient la moindre initiative pour faire figurer sur le RCP du
MEDIATOR, ne serait-ce qu'au titre des effets secondaires ou des propriétés du médicament,
son caractère anorexigène et ses points communs, en termes de métabolisation, avec les
fenfluramines, pourtant connus de longue date, ne serait-ce par exemple que pour éviter aux
patients de recevoir la même substance active (la norfenfluramine) en cas de prise
simultanée de PONDERAL/ISOMERIDE et MEDIATOR.
Par ailleurs, malgré les résultats de l'étude IPPHS, la progression des connaissances
scientifiques et l'augmentation des cas inquiétants de pharmacovigilance, les mis en cause ne
prenaient pas la décision de mentionner les effets indésirables de type HTAP et
valvulopathies dans le RCP. Ils choisissaient au contraire de maintenir coûte que coûte la
commercialisation du MEDIATOR au moyen d'une AMM obtenue et renouvelée indûment sur
la base d'informations tronquées et non exhaustives communiquées à l'autorité
administrative, sans jamais procéder au retrait du marché du MEDIATOR, ni même
l'envisager, malgré des risques de plus en plus avérés, pas même au moment des premiers
résultats de l'étude REGULATE.

Par ce comportement notablemement fautif et irresponsable, l'ensemble des mis en examen
contribuaient directement:
- aux décès de Jacqueline FONTERNE, Danièle MAClA épouse MESSIEZ-PETIT et
Pascale SAROLE;
- aux blessures de Hélène PINAULT épouse AGNES, Maurice BEERNART, Yvonne
BIAUT, Nicole BILLARD, Dorothée BRIQUET, Pascale WIBAUT épouse BRODOWSKI,
Sylviane BERTOLINI épouse BRUNO, Michel CLAIRET, Marilyne GIARDINA épouse COFFY,
Fabienne CRETON, Pauline DUPUIS épouse DOBELLE, Sylvie BOITEL épouse DOUCHET,
Bernadette MENIGOZ épouse DUCRET, Benjamin DUPONT, Marie-Katarina LE CONTE
épouse DUPUY, Chantai MASQUELIER épouse DUSSART, Corinne DUMUR épouse
ESPINASSE, Claire TAVELET épouse HOUEL, Mariella LAPRESA, Jean-Michel LHEUREUX,
Bernard MAULET, Christiane BELLEUDY épouse PERALDI, Odette RAVENNA épouse
REIGNIER, Myriam BREANT épouse SANTOT, Jean-Louis THEROULDE, Marie-Paule
ACAPANDIE épouse TOURE, Marie-Christine LACOSTE épouse VERDIER, Renée SEBERT
épouse VETTI, Claude GERAUD épouse VILLIGER, Andrée WILLM, Thierry MAZURCZACK,
Fatma AKERIM, Jacqueline MOREAU épouse AUDURAUD, Marcelle MARION épouse
BAUDE, Chantal PRADIGNAC épouse BELAIR, Carmen FLORES épouse DOMINGUEZ,
Catherine GARNIER épouse KOLOZSVARI, Elèsabeth PINCOT épouse LANCIEN, Michel
LECOLE, Violetta YELAMOS épouse LONG BRUN, Huguette CARRERAS épouse MAS,
Bernard NICCOLI, Martine DUPLAIX épouse SYLVAIN, Danielle GASQUET épouse
VERNAIRE, Marie-Claude ROLLAND épouse VIALA et Karine GRANGE épouse VERRIERE.

Il convenait de rappeler fermement que les défaillances de l'ANSM n'étaient pas de nature à
exonérer les mis en examen de leur popre responsabilité, première et directe, mais se
cumulaient à cette dernière au préjudice des patients.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 502/597
Z>(tisibtçz,l
Renvoi sera donc requis des chefs de blessures et d'homicides involontaires par violation
manifestement délibérée à l'encontre de J.P. SETA et les sociétés « Laboratoires SERVIER »,
«SERVIER SAS », «BIOFARMA », «BIOPHARMA », « Laboratoires SERVIER Industrie » et
« ORIL Industrie », la prescription de l'action publique devant être constatée concernant J.
SERVIER etA. LE RIDANT.

B) Sur la responsabilité secondaire et indirecte de l'ANSM:

A défaut de réaction de la firme SERVIER, qui avait la responsabilité première de révéler le
lien entre benfluorex et fenfluramines et d'en tirer spontanément toutes les conséquences
utiles à partir de l'étude IPPHS, notamment en termes de retrait du marché, il appartenait à
l'autorité de contrôle du médicament de le faire. Mais l'Agence du médicament puis surtout
I'AFSSAPS (devenue ANSM), à partir de l'étude IPPHS, qui aurait dû pourtant constituer une
alerte majeure, se montrait particulièrement défaillante dans son rôle de « gendarme du
médicament ».

Sa négligence se situait essentiellement à deux niveaux : elle faisait non seulement une
mauvaise analyse pharmacologique du benfluorex/MEDIATOR, largement induite par les
agissements de la firme, mais adoptait en outre une doctrine particulièrement restrictive sur le
plan de la pharmacovigilance. La combinaison de ces deux facteurs conduisait à un manque
de réactivité manifeste, la seule décision qui s'imposait, à savoir la suspension du
médicament, n'étant prise que très tardivement, fin 2009, malgré de multiples alertes
antérieures et uniquement grâce à l'intervention extérieure de Mme FRACHON.

Par ces négligences successives qui ont perduré dans le temps, l'Agence concourait à la
commission des faits de blessures et d'homicides involontaires en contribuant à la situation
ayant permis la réalisation des dommages et en ne prenant pas les mesures qui auraient
permis de les éviter.

a) Une analyse pharmacologique erronée du benfluorex:

La mauvaise analyse pharmacologique du produit par les autorités de santé françaises,
contrairement à celle d'autres pays européens, particulièrement la Belgique et la Suisse,
intervenait bien avant 1995, dès la demande d'AMM initiale par les laboratoires SERVIER.
L'autorité sanitaire se laissait effectivement berner par la firme, faute d'analyse critique et
indépendante des données fournies par cette dernière.

Ainsi, il convenait de reconnaître que la stratégie de différenciation du benfluorex par rapport
aux fenfluramines EN FRANCE fonctionnait parfaitement pendant plus de trente ans. Mais la
conséquence directe et dramatique de cette mauvaise analyse pharmacologique de départ
était l'absence de lien effectué entre l'étude IPPHS et le benfluorex. Si ce lien avait été révélé
à l'époque, il aurait poussé la firme à étendre au MEDIATOR sa décision de retrait concernant
le PONDERAL et I'ISOMERIDE, et à défaut ce retrait aurait été imposé par l'autorité sanitaire.

Or, en l'espèce en 1995, si le benfluorex en tant que substance vénéneuse, était bien
répertorié comme anorexigène et interdit par décision du Directeur général de la santé dans
les préparations magistrales, aucune décision similaire n'était prise à l'égard de cette
substance en tant que spécialité pharmaceutique bénéficiant d'une AMM pour d'autres
indications.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 503/597
Alors que dès le 18 mai 1995 le CTPV s'interrogeait sur les « potentialités anorexigènes » du
MEDIATOR, ce qui constituait le motif essentiel d'ouverture de l'enquête officieuse de
pharmacovigilance compte tenu des craintes suscitées en termes de report de prescription,
aucun travail sérieux et indépendant d'analyse pharmacologique du produit n'était réalisé par
l'Agence du médicament ou I'AFSSAPS. On pouvait d'ailleurs légitimement se demander s'il
était raisonnable à l'époque de déléguer de fait cette tâche essentielle au seul CRPV de
Besançon. En effet, ce dernier se contentait de répercuter dans ses rapports, pour ce qui
concernait la pharmacocinétique du benfluorex, les éléments transmis par la firme, sans le
début du commencement d'une analyse critique ne serait-ce qu'au vu de certaines
incohérences manifestes. On y retrouvait donc toutes les informations que la firme avait
toujours souhaité mettre en avant pour égarer les autorités de santé, à savoir le taux urinaire
de norfenfluramine alors que seul le taux plasmatique importait, conduisant ainsi à la
minimisation de l'exposition des patients à la norfenfluramine.

Alors que dans le cadre du CTPV du 10 septembre 1998, le CRPV faisait apparaître pour la
première fois dans son rapport une donnée fondamentale, à savoir des concentrations
sanguines de norfenfluramine identiques (60 ng/ml) pour des doses équivalentes de
fenfluramine et de benfluorex, le CTPV n'en tirait aucune conséquence immédiate et
continuait en parallèle à se fourvoyer avec le taux urinaire.

L'incompétence du CRPV de Besançon apparaissait de manière plus manifeste encore dans
le rapport qu'il produisait en vue du CTPV du 17 décembre 1998. Ce document faisait en effet
état, concernant la métabolisation du benfluorex, de données partielles, incohérentes, voire
contradictoires (non seulement entre elles mais également avec les données précédemment
communiquées). Or ce rapport, ne faisant manifestement l'objet au sein de l'AFSSAPS
d'aucune lecture critique, contribuait grandement à ce que le CTPV en arrive à conclure de
manière erronée à la faible probabilité que le benfluorex induise les mêmes effets que la
fenflu rami ne.

Le Pr BECHTEL, qui dirigeait à l'époque et depuis fort longtemps le CRPV de Besançon, déjà
intervenu avant l'étude IPPHS dans le suivi des anorexigènes, reconnaissait sans difficultés
qu'il n'avait eu pour seule source d'information que la firme SERVIER et qu'il n'avait effectué
aucune analyse critique des données fournies par cette dernière, et donc aucune recherche
bibliographique sur la substance alors même que la littérature scientifique indépendante
suspectait dès 1977 le MEDIATOR d'être « un anorexigène amphétaminique caché », pointait
sa parenté chimique avec le PONDERAL et sa toxicité certaine (article publié en février 1977
dans « Pratiques ou les cahiers de la médecine utopique » « Dictionnaire critique des
médicaments » éditions 1978/1979 et 1980/1961), sans compter les articles de fond publiés
par la revue PRESCRIRE en 1997, qui relevaient également la parenté chimique avec
d'autres substances anorexigènes dont la fenfluramine, soulignaient le manque d'efficacité du
MEDIATOR et considéraient que la question de son maintien sur le marché et de sa prise en
charge par l'assurance maladie se posait.

Si la CNPV du 7 juillet 1999 faisait encore état de «doutes » quant au « devenir de la
norfenfluramine» et suggérait la réalisation par les laboratoires SERVIER d'une étude
pharmacocinétique du benfluorex et de ses métabolites, il fallait ensuite attendre mars 2007
pour que le benfluorex soit à nouveau abordé sous l'angle de sa parenté avec les
fenflu rami nes.

Par ailleurs, l'absence de réaction de I'AFSSAPS à l'alerte pourtant inhabituelle et
argumentée lancée le 11 septembre 1998 par trois médecins conseil de l'assurance maladie à
la suite de l'étude réalisée par I'URCAM de Bourgogne, qui reprenait très largement les
articles de 1997 de « Prescrire », apparaissait non seulement incompréhensible mais
particulièrement fautive.

De même, dans une note du ler octobre 1998, le Pr Jacques ORGIAZZI, expert externe

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-10 3299025/8 504/597
sollicité par I'AFSSAPS dans le cadre de l'étude DEL PRATO, attirait l'attention sur la
nécessité de discuter « la contribution du benfluorex à la production éventuelle de dérivés de
type fenfluramine, en particulier dans le contexte des études récentes sur l'impact de ces
molécules sur le risque d'anomalies valvulaires cardiaques ».

Si dans les années suivantes, la question de la parenté du benfluorex avec les fenfluramines
était toujours présente, aucune véritable analyse indépendante du produit n'était réalisée par
l'AFSSAPS, la première de ce type étant réalisée par le Pr LECHAT après la suspension du
MEDIATOR.

De façon tout à fait anormale, seule le Dr FRACHON, praticienne totalement étrangère à
I'AFSSAPS, avait initié et réalisé ce travail indispensable à compter de 2007.

b) Une doctrine restrictive en matière de pharmacovigilance:

L'autorité administrative sanitaire se montrait non seulement défaillante au sujet de l'analyse
pharmacologique du benfluorex mais également sur le terrain de la pharmacovigilance.
L'AFSSAPS apparaissait totalement « obsédée » dans ce domaine par la recherche de « cas
purs » d'abord d'HTAP puis plus tardivement de valvulopathie, c'est-à-dire sous monothérapie
MEDIATOR, ce qui la conduisait à écarter tous les cas où du PONDERAL ou de l'ISOMERIDE
avait été consommés. Au surplus, elle ne semblait pas prendre véritablement en
considération le taux important de sous-notification spontanée des cas, biais pourtant bien
connu en pharmacovigilance.

Par ailleurs, la doctrine régnant dans les années 1990 et 2000 au sein de I'AFSSAPS
consistait à réunir des preuves irréfutables avant d'envisager la suspension du médicament,
les risques apparaissant ainsi supportés par les patients et non les firmes pharmaceutiques,
positionnement particulièrement problématique en matière de risques de santé publique. La
Cour des comptes en 2006 et 2007 avait elle-même relevé cette réticence de l'AFSSAPS à
retirer du marché des médicaments à la balance bénéfices/risques pourtant contestée.

Ainsi, à la fin des années 1990, la doctrine de l'agence était clairement établie : en l'absence
de cas d'HTAP d'allure primitive sous monothérapie MEDIATOR et d'absence de déviation
d'utilisation du médicament statistiquement démontrée, on se contentait de continuer à
surveiller le profil de sécurité d'emploi du produit sans envisager une suspension de l'AMM. Si
entre 1998 et 2004 la question du mésusage était abordée à plusieurs reprises par les CTPV,
en parallèle des débats sur la parenté du benfluorex avec les fenfluramines, aucune
conséquence particulière n'en était tirée.

Le premier cas de valvulopathie rattaché au MEDIATOR, rapporté par le Dr CHICHE, était
enregistré sur la base nationale de pharmacovigilance avec une imputabilité « plausible » le
16 février 1999. L'importance de ce premier cas n'échappait pas à l'unité de
pharmacovigilance de I'AFSSAPS qui rédigeait une note à l'attention du Pr ALEXANDRE à ce
sujet. Mais Alain LE RIDANT rapportait que Francis WAGNIART et l'Agence se mettaient
d'accord sur le fait que s'agissant d'un médicament commercialisé depuis près de 25 ans,
<(ce n'était pas un cas qui allait changer les choses ». Ce cas ne semblait pas avoir été pris
suffisamment au sérieux, au moins sur le plan qualitatif, à tel point qu'il n'était plus évoqué
dès la CNPV du 7 juillet 1999, que son imputabilité se transformait subitement en
« douteuse » dans un document préparé en vue de la CAMM du 8juillet 1999 pour finalement
complètement disparaître des radars de la pharmacovigilance de I'AFSSAPS.

Le cas d'HTAP signalé en 1999 aurait dû susciter une réaction forte de l'Agence s'agissant à
la fois de la pathologie ayant fait précisément l'objet de l'étude IPPHS et d'une maladie

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 505/597
SIbJc:6
particulièrement rare. Là encore, si l'attention du Pr ALEXANDRE était attirée sur ce cas par
une note du 17 juin 1999 l'interrogeant sur la nécessité de réévaluer le dossier du
MEDIATOR, aucune mesure particulière ne semblait avoir été prise.

Malgré les deux cas de valvulopathie rapportés en 2002, dont le cas espagnol faisant l'objet
d'une publication début 2003 et d'un info-fax des autorités espagnoles en fin d'année,
I'AFSSAPS ne réagissait toujours pas.

Au même titre que les années 1999 et 2003, l'année 2005 constituait une nouvelle occasion
manquée de suspendre l'AMM du MEDIATOR malgré l'émergence de nouveaux cas de
pharmacovigilance. Les cas de valvulopathie signalés depuis 1999 n'apparaissaient plus dans
l'enquête officielle de pharmacovigilance et sur les 11 cas d'HTAP considérées comme
primitives, un grand nombre n'était pas retenu. Au final, la CNPV du 29 novembre 2005 se
prononçait en faveur d'une réévaluation du bénéfice-risque, mission relevant de la CAMM.

Malgré le signal d'alerte très fort lancé par la CNPV du 27 mars 2007, qui mentionnait de
« rares cas d'HTAP et de valvulopathies ... pouvant faire évoquer un problème qualitatif
similaire à celui ayant amené au retrait du marché des anorexigènes fenfluraminiques
sérotononergiques » et dont certains membres se prononçaient explicitement en faveur d'un
rapport bénéfices/risques défavorable au MEDIATOR, ce qui constituait un geste tout à fait
inhabituel, s'agissant d'une appréciation relevant de la seule CAMM, aucune décision de
suspension n'était prise.

Plus gravement encore, les membres de la CNPV n'étaient pas écoutés par ceux de la CAMM
du 5 avril 2007 puisque ces derniers maintenaient l'indication du MEDIATOR liée au diabète,
ne supprimant que celle concernant les hypertriglycéridémies, au motif que l'étude
REGULATE était en cours. La question de savoir si tous les membres de la CAMM s'étaient
prononcé de manière objective et indépendante se posait puisqu'au moins deux d'entre eux,
Michel DETILLEUX et Jean-Roger CLAUDE, se trouvaient à l'époque en lien d'intérêts avec
la firme SERVIER, ce qui leur valait d'être mis en examen du chef de prise illégale d'intérêts
(cf infra), ce qui était le cas également de Bernard ROUVEIX qui n'avait simplement pas
participé au vote. La CAMM décidait donc délibérément de continuer à faire peser les risques
sur les patients plutôt que sur la firme, faisant ainsi jouer le principe de précaution en faveur
de celle-ci plutôt que de ceux-là.

Le 5 mai 2009, même lorsqu'il retenait 4 cas d'HTAP d'allure idiopathique (sur les 28 notifiés)
et 30 cas de valvulopathie en considérant ces derniers comme « un signal de sécurité
d'emploi du MEDIATOR », le CTPV ne se prononçait pas en faveur d'une suspension de
I'AMM mais d'une étude rétrospective de type cas/témoins. La CNPV adoptait la même
attitude le 7 juillet 2009 : attendre les résultats de l'étude cas/témoins en cours menée par le
Dr FRACHON plutôt que de prendre une décision de suspension de I'AMM alors même que
de nouveaux cas graves de pharmacovigilance venaient d'être notifiés.

Pendant toutes ces années, c'était effectivement la doctrine de la certitude et de la preuve
irréfutable, par opposition à la culture de prévention des risques et au principe de précaution,
qui prédominait au sein de I'AFSSAPS malgré les observations puis les interpellations
émanant de la littérature scientifique indépendante.

En effet, dans un article publié en octobre 2003, la revue « Prescrire » rappelait la
classification du benfluorex comme anorexigène, la publication espagnole du début de l'année
sur un cas de valvulopathie et la parenté chimique du benfluorex avec les anorexigènes
amphétaminiques. Une véritable passe d'armes intervenait même entre la revue et
I'AFSSAPS au cours du second semestre 2005, «Prescrire>) interpellant directement les
autorités sanitaires françaises en mettant en cause la lenteur de l'agence à réagir,
comparativement à la décision espagnole de retrait du marché du benfluorex. La revue
revenait à la charge en juin 2006 en mettant en avant les effets indésirables injustifiés du
MEDIATOR, notamment en termes d'HTAP et en termes de valvulopathies au vu de sa

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 506/597
parenté avec les fenfluramines, insistant sur une balance bénéfices/risques manifestement
défavorable. « Prescrire » interpellait de nouveau l'autorité de contrôle du médicament en
2008 et 2009 sur l'absence de retrait du marché du MEDIATOR, sur le défaut de toute
mention des effets secondaires de type HTAP et valvulopathies dans le RCP du médicament
et soulignait ses défaillances.
Par ailleurs, les éditions 2006 et 2007 du très respecté « Guide pratique des médicaments »
DOROSZ soulignaient la parenté chimique avec les anorexigènes amphétaminiques et au
titre d'effets indésirables rares l'existence d'HTAP et de valvulopathies par analogie avec les
fenfluramines.

Il fallait attendre le 29 septembre 2009 pour que la CNPV considère comme inacceptable le
signal de pharmacovigilance en matière de valvulopathie uniquement, et ce à l'issue de la
présentation des résultats des études FRACHON et REGULATE.

Cette obsession de la preuve irréfutable avant de prendre toute décision défavorable à un
laboratoire, qui régnait à l'époque au sein de l'AFSSAPS, révélait une conception de la
pharmacovigilance basée exclusivement sur les notifications spontanées et ne prenant pas
suffisamment en compte l'épidémiologie et particulièrement la pharmaco-épidémiologie.
L'enracinement de cette conception de la pharmacovigilance ainsi que le formalisme des
procédures s'avéraient particulièrement peu propices à la prise de décisions préventives
rapides. Par ailleurs, la forte présence de l'industrie pharmaceutique au sein de l'AFSSAPS,
prévue par les textes en vigueur à l'époque, en dehors même du réseau d'influence tissé par
les laboratoires SERVIER, n'était pas de nature à infléchir ce positionnement, très favorable
aux firmes pharmaceutiques en général et au groupe SERVIER en particulier.

Non seulement I'AFSSAPS adoptait une position de principe restrictive en matière de
suspension d'AMM, une telle décision n'étant envisageable qu'en présence d'éléments lourds
et de preuves irréfutables, mais en plus ses services en charge de la pharmacovigilance et de
l'efficacité du médicament travaillaient de façon très cloisonnée, ce qui s'avérait très
préjudiciable en l'espèce.

Ainsi, le représentant de l'ANSM reconnaissait lui-même que le système d'instruction des
dossiers, tel qu'il existait à l'époque, était « plus fait pour protéger les intérêts des firmes que
ceux des patients » et favorisait « un manque de vision globale ». Il admettait que I'AFSSAPS
s'était laissée entraîner dans des attitudes attentistes par la multiplication des recours et des
promesses d'études de la part de la firme SERVIER. Il résumait en une phrase la situation
« la pharmacovigilance ne cherchait que des cas purs et des preuves absolues alors que le
simple doute aurait pu suffire à régler le problème du MEDIATOR ». A. CASTOT, pendant
longtemps en charge de la pharmacovigilance au sein de I'AFSSAPS, incarnait cette position
de principe en déclarant : « les données de risque ne suffisent pas à elles seules pour
prendre une décision de suspension ».

En outre, ni les CTPV, ni la CNPV n'étaient mis au courant des informations obtenues au
niveau européen, faisant apparaître une autre forme de cloisonnement et un défaut de
partage de l'information, également préjudiciables en l'espèce. Le volet européen du dossier,
démarrant avec l'alerte du Pr GARATTINI en provenance d'Italie en septembre 1998, finissait
par s'enliser au sein de I'AFSSAPS et par constituer plus un facteur de retard que
d'accélération de la prise de décision sur le plan national. En effet, la demande d'étude au
long cours était formulée par I'AFSSAPS le 22 novembre 1999, le protocole définitif de l'étude
REGULATE n'était établi qu'en octobre 2005 avec une mise en oeuvre à compter de 2006 et
la communication des premiers résultats le 29 septembre 2009, soit dix ans après la
demande initiale. L'agence avait manifestement perdu le contrôle de la situation durant cette
période. Si à l'époque I'AFSSAPS n'avait effectivement pas le pouvoir d'imposer la réalisation
effective d'une étude dans un délai contraint, elle avait toujours la possibilité d'aviser
fermement la firme qu'à défaut d'obtenir les données indispensables réclamées, elle
envisagerait une suspension de l'AMM, quitte à prendre un risque juridique par rapport à cette
décision.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-10 3299025/8 507/597
JIUÇ! s9
Mais au sein de I'AFSSAPS on était également à l'époque manifestement tétanisé par la
crainte d'une décision administrative insuffisamment étayée sur le plan juridique et
susceptible de donner lieu à un contentieux avec les laboratoires SERVIER, réputés comme
particulièrement procéduriers, ce qu'ils étaient effectivement. Mais ne fallait-il pas plutôt
prendre une décision rapide de suspension de I'AMM dès 1999, les données de risques étant
déjà importantes à ce moment-là, voire dès 1995, quitte à prendre le risque qu'elle soit
annulée dans le cadre d'une procédure contentieuse, ce qui était loin d'être certain, plutôt
qu'attendre des preuves irréfutables et faire ainsi peser des risques sanitaires importants sur
les consommateurs de benfluorex?

Ainsi, entre 1995 et 2009, par négligences, en l'espèce en tardant à suspendre I'AMM du
MEDIATOR, en n'informant ni les médecins prescripteurs ni les patients des effets
secondaires anorexigènes du benfluorex, ni de ses points communs en matière de
métabolisation avec les fenfluramines, ni de ses effets indésirables de type valvulopathie et
HTAP, alors même que les dangers liés à la prise d'anorexigènes de la famille des
fenfluramines étaient connus à compter de 1995, que la Direction générale de la santé
interdisait cette même année le benfluorex dans les préparations magistrales en sa qualité
d'anorexigène, qu'une alerte européenne intervenait sur le MEDIATOR en septembre 1998 et
que des cas de valvulopathie et d'HTAP liés à la consommation de MEDIATOR étaient
signalés depuis 1999, I'ANSM, en contribuant à créer la situation ayant permis la réalisation
des blessures et des homicides involontaires (pour lesquels un lien de causalité certain était
retenu entre la prise de benfluorex et les blessures ou le décès) et en ne prenant pas les
mesures permettant de l'éviter, commettait de manière indirecte des faits de blessures et
d'homicides involontaires. Renvoi sera donc requis de ces chefs à son encontre.

5) SUR LES FAITS DE CORRUPTION reprochés à J. CHARPENTIER et à la SARL ADIR:

* J. CHARPENTIER était mis en examen pour corruption pour avoir, entre 1969 et 1995, en
sa qualité d'expert pharmacologue-toxicologue agréé par le ministère de la santé, dissimulé
les propriétés anorexigènes du MEDIATOR, ses références amphétaminiques, la présence du
métabolite norfenfluramine dans la métabolisation du MEDIATOR dans le dossier de
demande d'AMM, destiné et remis aux autorités de santé, en particulier dans son rapport
d'expertise pharmacologique du 8 octobre 1969, dans son rapport d'expertise
pharmacologique non daté coté D386, dans son rapport de pharmacocinétique et de
métabolisme chez le chien et chez l'homme daté du 2 mai 1974, alors qu'il avait reçu du
groupe SERVIER une rémunération chaque année jusqu'en 1995, pour un montant total
supérieur à 2,5 millions de Francs sans avoir effectué aucune prestation pour le compte du
groupe SERVIER à compter de 1979.

Par arrêt du 12 juin 2015, la chambre de l'instruction disait n'y avoir lieu à constater la
prescription de l'infraction de corruption mise à la charge de M. CHARPENTIER, les faits
n'étant apparus qu'au moment de la découverte des études détenues par SERVIER dans ses
archives et de la comparaison avec les documents produits à l'administration (D 3880/5) mais
elle plaçait le mis en examen sous le statut de témoin assisté, considérant que la preuve du
pacte de corruption n'était pas rapportée.

Comme par ailleurs, J. CHARPENTIER décédait en cours de procédure, il y aura lieu de
constater l'extinction de l'action publique pour ces faits.

* La SARL ADIR était mise en examen pour complicité de la corruption commise par M.
CHARPENTIER, pour avoir, entre 1994 et 1995 proposé des avantages financiers à ce

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 508/597
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dernier, à hauteur de 106.740 francs en 1994 et 83.520 francs en 1995 sans contrepartie d
prestation effective. Mais compte tenu de l'arrêt du 12 juin 2015 devenu définitif, non-lieu sera
également requis à l'encontre de la SARL ADIR de ce chef.

6) SUR LES INFRACTIONS DE PRISE ILLEGALE D'INTERÊTS, PARTICIPATION D'UN
FONCTIONNAIRE DANS UNE ENTREPRISE PRECEDEMMENT CONTROLEE,
COMPLICITE DE CES DELITS ET RECELS:

La prise illégale d'intérêts se compose de deux délits distincts:

- le délit de prise illégale d'intérêts commis par un agent public en exercice prévu
par l'article 432-12 du code pénal
- le délit de prise illégale d'intérêts commis par un ancien agent public (également
appelé participation illégale de fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée),
prévu par l'article 432-13 du code pénal.

Selon le Professeur Yvonne MULLER, le « délit de prise illégale d'intérêts sanctionne la seule
situation de conflit d'intérêts, indépendamment de toute prise effective d'intérêts ; il n'est pas
nécessaire pour caractériser le délit, de démontrer la recherche d'un gain par l'auteur ou
l'existence d'un préjudice, ni même l'implication de l'auteur dans la décision incriminée, le
simple avis donné étant suffisant ». Le Pr MULLER ajoute que l'auteur est « coupable du seul
fait qu'il se rend suspect» et que « le seul fait d'entretenir délibérément une confusion,
prohibée par la loi, entre ses fonctions électives et ses responsabilités représentatives ou
intérêts privés est suffisant pour caractériser l'élément intentionnel » (Jurisclasseur pénal, n°
1, janvier 2012).

Au cas d'espèce, il s'agissait de délits imputables aux intervenants de la chaine de contrôle
de la santé publique, ayant pour but de faire en sorte que l'administration et l'agence de santé
soient « au-dessus de tout soupçon ».

Par ailleurs, il convenait de rappeler que ces deux délits de prise illégale d'intérêts (ainsi que
le recel et la complicité de ces infractions) ne pouvaient être reprochées aux personnes
morales que pour des agissements commis à compter du 31 décembre 2005.

* La prise illégale d'intérêts commise par un agent public en exercice:

Au terme de l'article 432-12 du code pénal, le fait par une personne dépositaire de l'autorité
publique ou chargée d'une mission de service public ou par une personne investie d'un
mandat électif public, de prendre, recevoir ou conserver, directement ou indirectement, un
intérêt quelconque dans une entreprise ou dans une opération dont elle a, au moment de
l'acte, en tout ou en partie la charge d'assurer la surveillance, l'administration, la liquidation ou
le paiement était puni de 5 ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende.

Sur la qualification de personne chargée d'une mission de service public, la Chambre
criminelle de la Cour de Cassation a considéré comme chargée d'une mission de service
public, toute personne chargée directement ou indirectement d'accomplir des actes ayant
pour but de satisfaire l'intérêt général, peu important qu'elle ne disposât d'aucun pouvoir de
décision au nom de la puissance publique (Cass. crim. 30 janvier 2013). Entrent donc dans
cette catégorie pour la Cour de Cassation les membres de diverses Commissions nationales
chargées de formuler des avis à l'autorité publique ou de statuer elles-mêmes sur des
dossiers, des demandes, des projets nécessitant des autorisations, des agréments ou des
habilitations officielles.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 509/597
:D(L(Ss ( S t-10
La notion de pouvoir de surveillance, au coeur de la problématique des experts externes de
I'AFSSAPS, était précisée par la jurisprudence de la Chambre criminelle. Le délit était
caractérisé, y compris lorsque le mis en cause n'avait fait que participer à une délibération,
sans pour autant prendre part au vote et même s'il s'était retiré au moment du vote (Cass.
Crim, 9 février 2005). En outre, l'article 432-12 n'exigeait pas que l'auteur ait tiré un
quelconque bénéfice de l'opération prohibée (Cass. crim. 23 février 1988).

Cette jurisprudence était reprise par la Chambre de l'instruction au décours de plusieurs
arrêts rendus dans le présent dossier, notamment dans ceux du 7 mars 2014 ou du 20
novembre 2015 (D 3890), dans lesquels elle rappelait que les déclarations d'intérêts ne
faisaient pas obstacle à la commission de l'infraction de prise illégale d'intérêts, que les
experts participaient bien à une mission de service public et que les avis donnés, même
consultatifs et pris en collégialité, participaient des décisions prises et que ces experts avaient
bien en charge la surveillance du médicament au sens de l'art. 432-12 du code pénal (/95).

La chambre criminelle de la Cour de cassation, dans son arrêt du 16 décembre 2014 validait
le raisonnement de la chambre de l'instruction (D 3839/22, pourvoi contre l'arrêt du 7 mars
2014). Elle ajoutait dans l'arrêt du 12 juillet 2016 que « les infractions de prise illégale
d'intérêts ... n'exigent pas que l'intéressé ait une voix délibérative lors des réunions de la
CAMM auxquelles il assiste » (page 7 de l'arrêt susvisé, pourvoi contre l'arrêt du 20 novembre
2015).

* La prise illégale d'intérêts par un ancien fonctionnaire (ou « pantouflage »)

La prise illégale d'intérêts par un ancien fonctionnaire ou participation illégale d'un
fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée, était définie par l'article 432-13
du code pénal, punissant de 2 ans d'emprisonnement et de 30 000 euros d'amende « le fait,
par une personne ayant été chargée, en tant que fonctionnaire ou agent d'une administration
publique, dans le cadre des fonctions qu'elle a effectivement exercées, soit d'assurer la
surveillance ou le contrôle d'une entreprise privée, soit de conclure des contrats de toute
nature avec une entreprise privée ou de formuler un avis sur de tels contrats, soit de proposer
directement à l'autorité compétente des décisions relatives à des opérations réalisées par une
entreprise privée ou de formuler un avis sur de telles décisions, de prendre ou de recevoir
une participation par travail, conseil ou capitaux dans l'une de ces entreprises avant
l'expiration d'un délai de trois ans suivant la cessation de ces fonctions »
Des peines complémentaires étaient prévues au visa de l'article 432-17 du code pénal.

Cette deuxième infraction avait pour but d'éviter que les entreprises ne débauchent des
fonctionnaires et agents publics qui ont exercé une surveillance et pour lesquels l'entreprise a
pu apprécier la valeur et souhaiterait s'en attacher les services. Il s'agissait de moraliser et
réguler ces fonctions de contrôle qui devaient rester les plus neutres et les moins intéressées
possible. Dans un souci de prévention, la loi n° 93-122 du 29 janvier 1993 relative à la
prévention de la corruption et à la transparence de la vie économique et des procédures
publiques mettait également en place des commissions de déontologie, propres à chacune
des trois fonctions publiques, qui devaient être saisies à la suite de toute cessation définitive
des fonctions de fonctionnaires partant exercer dans le privé, afin de rendre un avis sur la
compatibilité avec les fonctions précédentes de la nouvelle activité. Le but était de prévenir le
délit de prise illégale d'intérêts.

La jurisprudence posait le principe qu'il n'était pas nécessaire que le prévenu, au temps où il
était fonctionnaire ou préposé de l'administration, ait été effectivement et personnellement en
rapport avec l'entreprise privée dont objet : il suffisait qu'il ait eu vocation statutaire à exercer
une telle mission, même s'il n'avait pas eu l'occasion de la mettre en oeuvre auprès de cette
entreprise (Cass. crim, 15 novembre 1982 et Cass. crim,18 juillet 1984).

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 510/597
.3 4 rà,-b f S t 1
* Le statut de I'AFSSAPS et de ses agents:

L'AFSSAPS était un établissement public de l'Etat placé sous la tutelle du ministre de la
santé. Les agents qu'elle employait étaient des fonctionnaires et des personnels des
établissements de santé, en application de l'article L.5323-1 du code de la santé publique, à
l'image de M. ALEXANDRE, médecin.

L'agence pouvait en outre « faire appel » à des agents contractuels de droit public, en
application de l'article L.5323-2 du CSP.

L'agence pouvait également missionner des agents de droit privé « pour occuper des
fonctions occasionnelles de caractère scientifique ou technique » (article L.5323-3 du CSP).
C'était de ce statut que relevaient M. ABADIE (note de son avocat en D 2591/2) ainsi que les
experts CAULIN, CLAUDE, DETILLEUX et ROUVEIX, membres de la CAMM.

La CAMM siégeait auprès de l'agence et se trouvait obligatoirement consultée par son
Directeur Général lorsqu'il envisageait d'accorder une AMM (article R.5121-50 du CSP).
Procéduralement, l'avis de la CAMM devait obligatoirement être donné mais il n'était que
consultatif.

L'article L.5323-4 du CSP (4 versions en vigueur à compter du 22 juin 2000 jusqu'au 31
décembre 2011, couvrant la période des faits objets des mises en examen) établissait
clairement à la charge des agents contractuels visés aux articles L.5323-2 et -3:

l'obligation de secret et discrétion professionnels

- l'obligation d'indépendance: les agents contractuels « ne peuvent par eux-même,
ou par personne interposée, avoir dans les établissements ou entreprises contrôlés par
l'agence ou en relation avec elle, aucun intérêt de nature à compromettre leur
indépendance ... les personnes collaborant occasionnellement aux travaux de l'agence et les
autres personnes qui apportent leur concours aux conseils, Commissions siégeant auprès
d'elle, ne peuvent sous les peines prévues à l'article 432-12 du code pénal, traiter une
question dans laquelle elles auraient un intérêt direct ou indirect ... »

- la soumission des agents externes aux dispositions prises en application de
l'article 87 de la loi 93-122 du 29 janvier 1993 instituant une commission appelée « de
déontologie » à partir du 1 e juillet 2007

- l'article procédait à un rappel exprès de l'article 432-12 du code pénal relatif aux
prises illégales d'intérêts : « les membres des commissions et conseils siégeant auprès de
l'Agence ne peuvent, sous les mêmes peines, prendre part ni aux délibérations ni aux votes
de ces instances s'ils ont un intérêt direct ou indirect à l'affaire examinée et sont soumis aux
obligations énoncées au 1 0 »

- l'obligation de déclaration des liens d'intérêts adressée au Directeur Général,
« liens directs ou indirects avec les entreprises ou établissements dont les produits entrent
dans son champ de compétence ( ... ). Cette déclaration est rendue publique et est actualisée
à leur initiative dès qu'une modification intervient concernant ces liens ou que de nouveaux
liens sont noués ».

En outre, à partir du 5 mars 2002, l'article L.5323-4 trouvait à s'appliquer à l'encontre des
entreprises de médicaments qui se voyaient interdire de proposer des avantages aux
membres des commissions et conseils : « les personnes mentionnées aux cinquième et

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 511/597
sixième alinéas sont soumises à l'interdiction mentionnée au premier alinéa de l'article L
4113-6. Est interdit le fait, pour les entreprises mentionnées au premier alinéa de l'article L.
4113-6, de proposer ou de procurer à ces personnes les avantages cités dans cet alinéa ».

Comme les titulaires de l'Agence, les membres des conseils et Commissions et les personnes
qui apportaient occasionnellement leur concours à l'Agence ou à ces instances étaient
astreintes au secret professionnel pour les informations dont ils avaient pu avoir
connaissance en raison de leurs fonctions, dans les conditions et sous les peines prévues
aux articles 226-13 et 226-14 du code pénal.

À l'occasion de ce dossier, la Chambre de l'instruction était amenée à se prononcer sur le
statut des experts de la CAMM. Ainsi dans son arrêt du 7 mars 2014, la chambre de
l'instruction considérait que le Pr DETILLEUX, membre de la CAMM, <(en donnant son avis à
l'Agence du Médicament, sous tutelle du Ministère de la Santé, sur le mérite d'un
médicament, exerçait une mission de service public ». D'autre part, la chambre estimait que
les avis donnés par la CAMM, « même consultatif(s), étai(en)t évidemment d'une grande
importance dans la surveillance des médicaments et notamment du MEDIATOR », l'expert
DETILLEUX ayant été nommé « en raison de sa grande compétence ». La Chambre écartait
une supposée bonne foi et relevait que M. DETILLEUX lui-même avait reconnu que les avis
des experts en CAMM étaient « déterminants ».

La CAMM n'ayant pas de pouvoir de décision propre (mais de simple avis au Directeur
Général), la défense du groupe SERVIER en concluait qu'elle n'avait pas le « pouvoir de
surveillance » exigé par l'article 432-12 du code pénal (D 3386/7). La jurisprudence rappelait
bien cependant qu'il n'était pas exigé que la personne chargée de mission de service public
dispose d'un pouvoir de décision au nom de la puissance publique (crim. 14 juin 2000 et 9
mars 2005, élu ayant un simple pouvoir d'avis en vue de décisions prises par d'autres
instances).

Il convenait également de préciser que la notion de conflit d'intérêts recouvrait bien des
relations entre personnes physiques et/ou personnes morales, contrairement à ce qu'affirmait
la défense de certains mis en examen (D 3386/11, la firme à propos de M. DETILLEUX). En
l'espèce, la notion de conflit d'intérêts recouvrait des relations contractuelles financières entre
un expert et un laboratoire, quel que soit le montant des sommes allouées. Elle impliquait un
ressort psychologique particulier posant le principe qu'une personne qui, ayant travaillé pour
une société à un moment donné contre rémunération, se trouvait ensuite influencée dans son
jugement et risquait de faire preuve de partialité. Cette notion était entendue largement. Ainsi
en l'espèce, l'intérêt était présent dès lors qu'un expert avait travaillé pour la firme
pharmaceutique, quel que soit le produit, MEDIATOR ou non. De fait, dans son guide du
fonctionnement des Commissions et des conseils édité en avril 2000, I'AFSSAPS fixait les
lignes directrices applicables en matière de prévention des conflits. L'agence adoptait alors
une classification des différents intérêts fondée sur le type de liens personnels et directs,
non personnels et indirects. La déclaration comprenait les intérêts de chaque expert et de
ceux des membres de sa famille ou de ses proches, sans que le nom de ces derniers ne soit
exigé.

Les déclarations d'intérêts mises en place par l'agence puis instituées par le code de la santé
publique, n'avaient pas pour conséquence, dès lors qu'elles étaient régulièrement
enregistrées, de dédouaner l'expert qui ne se déportait pas en cas de conflit d'intérêts avéré
comme le laissait entendre la défense (D 3386). Elles servaient à assurer une vérification de
la possible existence de conflits d'intérêts et d'établir la position avérée de ((surveillant)) et
«surveillé >. Ainsi, l'existence d'intérêts privés n'était pas interdite mais ces intérêts devaient
être déclarés. De fait, l'article 54-2 du règlement du Conseil de l'Agence du 22 juillet 1993
rappelait que « les membres du conseil d'administration, les membres des comités,

55 Le 1 e alinéa de l'article L.4113-6 évoque les entreprises assurant des prestations, produisant ou
commercialisant des produits pris en charge par les régimes obligatoires de sécurité sociale

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 512/597
L( U*3 (-&) l
rapporteurs et experts, ne peuvent pas avoir d'intérêts financiers ou autres dans l'ind strie
pharmaceutique, qui serait de nature à mettre en question leur impartialité » (D 1465/2, page
13 du règlement et guide édité en avril 2000 par I'AFSSAPS).

Par ailleurs, même si aucun vote formel n'était organisé au cours des Commissions d'AMM, il
ressortait que le fonctionnement de ces commissions consistait à instituer des débats et des
échanges d'opinions afin de préparer les votes. La simple présence des experts avait donc
pour intérêt de participer aux débats et d'exprimer un avis devant le groupe, même si l'expert
se déportait ensuite pour le vote, comme le rappelait la chambre de l'instruction, ces débats
ayant une incidence sur les votes intervenant in fine.

A) LES FAITS EN LIEN AVEC LES PRESTATIONS DE Jean-Michel ALEXANDRE:

Les faits mis à jour et concernant M. ALEXANDRE démontraient que le groupe SERVIER
avait su tisser un réseau de relations sociales et professionnelles très larges, permettant
d'« investir » sur des personnes chargées du contrôle de ses produits en les rémunérant, le
cas ALEXANDRE en étant une illustration particulièrement éloquente. Le retard dans la prise
de conscience par I'AFSSAPS de la dangerosité du produit, voire son inertie, pouvaient
trouver partiellement une explication dans ce procédé mis en place par les laboratoires
SERVIER. Le rôle de Jean-Michel ALEXANDRE devait se révéler central dans ce dossier
compte tenu de l'influence scientifique déterminante qu'il exerçait au sein des Agences du
médicament française et européenne de 1985 à 2000 et du montant de la rémunération qu'il
avait ensuite perçu du groupe SERVIER dès 2001, équivalant à une rémunération de 10 000
€ pour une page de rapport et une journée de travail (D 2596/4, D 2596/15, D 2006/2).

a) Jean-Miche! ALEXANDRE:

M. ALEXANDRE était mis en examen pour avoir, de 2001 à 2003, perçu une rémunération
des laboratoires SERVIER contre réalisation de prestations de conseil, par l'intermédiaire de
sa SARL JM ALEXANDRE et d'une société intermédiaire allemande (CRIS), avant l'expiration
du délai de trois ans suivant la cessation de ses fonctions à I'AFSSAPS.

M. ALEXANDRE exerçait les fonctions de Directeur de l'Evaluation des Médicaments de 1993
au 31 décembre 2000 au sein de I'AFSSAPS et présidait le Comité européen des spécialités
pharmaceutiques. Il était à ce titre agent de I'AFSSAPS et fonctionnaire, en application de
l'article L. 5323-1 CSP.

Selon les prérogatives de ces institutions, il assurait un contrôle effectif sur des entreprises de
médicament, dont les laboratoires SERVIER. La jurisprudence, comme rappelé
précédemment, établissait qu'il n'était pas nécessaire que le mis en cause, au temps où il
était fonctionnaire ou préposé de l'administration, ait été effectivement ou personnellement en
rapport avec l'entreprise privée il suffisait qu'il ait eu vocation statutaire à exercer une telle
mission même s'il n'avait pas eu l'occasion de la mettre en oeuvre auprès de cette entreprise
(Cass. crim,18 juillet 1984). Ainsi, le CV de M. ALEXANDRE établissait notamment qu'en tant
que directeur de la DEMEB, il coordonnait les activités scientifiques, administratives et
réglementaires liées à l'évaluation des médicaments dont les Commission d'AMM et la
pharmacovigilance (D 1437/3). Les développements nombreux de ce dossier dans le cadre
du volet « tromperie » permettaient d'établir, si besoin était, que M. ALEXANDRE était
intervenu dans le contrôle assuré par I'AFSSAPS en prenant des décisions ou en s'abstenant
d'en prendre.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 513/597
Ainsi, à titre superfétatoire et d'illustration, M. ALEXANDRE:
D ),S4
- était présent à Londres lors de la présentation de l'étude IPPHS par Lucien
ABENHAIM mais ne signalait pas que le MEDIATOR avait été mis sous surveillance via
l'enquête officieuse en raison de son lien de parenté avec ISOMERIDE et PONDERAL;
- décidait d'interrompre l'inspection menée par ses services à l'encontre de l'étude DEL
PRATO par courrier du 16 septembre 1999;
- laissait Arielle NORTH accorder un délai à SERVIER par courrier du 4 août 1997;
- résumait la CAMM du 8 juillet 1999 et qualifiait le cas CHICHE de « douteux » alors
qu'il était qualifié de « plausible »
- ne transmettait pas au directeur général la note adressée par ses services à propos
des bénéfices-risques du MEDIATOR « note sur les anorexigènes » suite au CSP du 11 au 13
juillet 1995 et n'y apportait pas de réponse;
- plaçait Agnès SAINT RAYMOND sur le dossier MEDIATOR alors qu'elle venait de
quitter SERVIER pour qui elle avait travaillé sur ISOMERIDE et PONDERAL;
- enfin, constituait le groupe « stratégie thérapeutique de l'obésité » le 10 mai 1994
avec trois spécialistes ayant en réalité des liens avec SERVIER.

La prise d'intérêt dans le groupe SERVIER:

Cet élément du délit consistait dans le fait de la part de l'ancien fonctionnaire, de prendre ou
recevoir une participation, notamment par travail ou conseil, à titre de collaboration se
poursuivant dans le temps mais pouvant être soit permanente, soit ponctuelle.

Les investigations révélaient que M. ALEXANDRE exerçait des fonctions de conseil au profit
de divers laboratoires pharmaceutiques et notamment les laboratoires SERVIER par
l'intermédiaire de la société CRIS basée en Allemagne. Ce contrat prévoyait une prestation
uniquement d'ordre intellectuel, consistant « selon les demandes du Docteur SERVIER en
des analyses de dossiers touchant à l'efficacité des médicaments en développement ou déjà
mis sur le marché et des supports d'aide aux décisions stratégiques de développement ». De
fait, M. ALEXANDRE participait à des réunions et donnait effectivement des conseils au
groupe SERVIER dès 2001. Il était donc patent que la règle impérative des 3 années à
respecter n'avait donc pas été tenue.

Bien que ce point ne soit pas exigé pour la constitution de l'infraction, M. ALEXANDRE
percevait une rémunération particulièrement importante puisque s'élevant à 1,1 million
d'euros sur une période de 8 années, de 2001 à 2009.

En sa qualité et compte-tenu de son niveau hiérarchique élevé au sein de I'AFSSAPS, Jean-
Michel ALEXANDRE ne pouvait ignorer les obligations mises à sa charge et l'interdiction faite
de prendre des intérêts dans une entreprise précédemment contrôlée. C'était pour cette
raison, et Mme GARNIER-SCHANKWEILER l'avait reconnu, que les cocontractants étaient
passés par l'intermédiaire d'une société-écran située en Allemagne, aucun paiement n'ayant
transité par la France (selon elle, comme il lui avait dit « qu'il avait interdiction de travailler
avec les laboratoires pharmaceutiques, il avait effectivement conscience de contourner cette
interdiction car en finalité il allait travailler sur des documents de la société SERVIER qui
étaient en possession de CRIS », D 2308/9).

La volonté de dissimuler ses activités de la part tant de M. ALEXANDRE apparaissait tout à
fait établie étant précisé en outre qu'il avait mis fin à ses fonctions de chef de service
hospitalier dès février 2001, c'est à dire 2 mois après son départ de I'AFFSAPS et avant
même la saisine de la Commission de déontologie, ce qu'il reconnaissait d'ailleurs (D 2596/6),
alors que le maintien de son statut de praticien hospitalier ne consistait en aucune activité
réelle (lui-même étant dans l'impossibilité d'indiquer si son traitement mensuel de 4 000 € de
l'hôpital public correspondait à un temps partiel ou un temps complet et finissant par

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 514/597
^DU.Ks 1 4s
reconnaître que cet emploi était « fictif », D 2606/1, D 2596/7). S'il n'était pas mis en examn
pour ces faits, ce comportement traduisait un exercice des fonctions permettant un plus large
gain financier, au mépris de la réalité des travaux effectués et même du sens du service
public.

En invoquant ainsi mensongèrement la poursuite factice de ses fonctions administratives
sans solliciter d'autorisation auprès de sa hiérarchie administrative de tutelle, M. ALEXANDRE
trompait non seulement la Commission de déontologie mais aussi sa hiérarchie sur la nature
réelle de ses activités, occultant la relation de travail permanente qu'il allait entretenir avec
certains laboratoires et alors que son activité professionnelle était limitée à ces relations.

En défense, M. ALEXANDRE se prévalait de deux éléments, qui ne pouvaient être retenus:

un accord qui aurait été donné par la Commission de déontologie;
-

le courrier de M. DUNETON, ancien Directeur Général de M. ALEXANDRE, qui avait
-

émis un avis positif quant à l'exercice de ces nouvelles fonctions hors de l'agence.

Concernant l'avis de la Commission de déontologie, celle-ci se déclarait en réalité
incompétente pour statuer le 7 juin 2001, Jean-Michel ALEXANDRE l'ayant saisie pour
exercer <(une activité de consultant scientifique indépendant en continuant à occuper, en sa
qualité de professeur des universités-praticien hospitalier, les fonctions de chef du service de
pharmacologie de l'hôpital européen George Pompidou ; qu'il ne demande aux fins d'exercice
de cette activité privée, ni à être mis en disponibilité, ni à cesser définitivement ses fonctions
administratives ; que dès lors la commission n'est pas compétente pour connaître de sa
déclaration d'exercice d'une activité privée » (D 2597/8). Il n'y avait donc pas eu « validation »
du projet d'activité soumis par M. ALEXANDRE, bien au contraire, mais un renvoi à une autre
procédure.

Concernant le courrier de M. DUNETON, outre le fait que cet avis n'avait pas pour
conséquence juridique d'accorder une quelconque autorisation puisque seule la Commission
de déontologie avait ce pouvoir (M. DUNETON n'étant que le supérieur hiérarchique de M.
ALEXANDRE quand il était à I'AFSSAPS), son rédacteur précisait lors d'une audition qu'il
n'avait pas entendu l'exercice de ces nouvelles fonctions telles qu'exercées par M.
ALEXANDRE (« pour moi il s'agissait de réaliser des activités de consultant sur des produits
à titre ponctuel et non pas une relation de ce type avec un laboratoire par l'intermédiaire d'un
tiers » en D 2229/9). M. ALEXANDRE ne pouvait donc se prévaloir de cet élément de
défense.

L'entreprise SERVIER se montrant plus que généreuse avec lui, M. ALEXANDRE avait en
outre essayé de faire recruter sa compagne chez SERVIER, en vain.

Les éléments constitutifs de l'infraction de participation illégale d'un fonctionnaire dans une
entreprise précédemment contrôlée apparaissaient ainsi réunis.

Le délit de participation illégale d'un fonctionnaire, commis au surplus par l'intermédiaire d'une
société écran en Allemagne, ayant acquis un caractère occulte, ne pouvait être prescrit. Ce
délit se révélait également connexe aux faits de tromperie non prescrits outre qu'il s'agissait
d'un délit continu résultant de la participation par travail et conseil de M. ALEXANDRE dans le
groupe SERVI ER, débutée en 2001 et poursuivie jusqu'en 2010.
De fait, par deux arrêts du 12 juin 2015, la chambre de l'instruction devait rejeter toute
prescription de l'infraction mise à la charge de M. ALEXANDRE (D 3877/6 à /12, D 3876/91
à /98), indiquant dans ses considérants « que Jean-Michel Alexandre n'a pas porté à la
connaissance de la Commission de Déontologie, de M. Duneton, directeur de I'AFSSAPS, ni
de Lionel Benaiche, magistrat détaché à I'AFSSAPS pour les questions de déontologie, son
intention de souscrire un contrat de consultant avec le groupe Servier... que la connaissance
que pouvait avoir Mme Castot, adjointe de Jean-Michel Alexandre, sur les projets du Pr

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-10 3299025/8 5 15/597
D U, tsi si 4
Alexandre relève du bavardage, du ressenti et n'est pas suffisante pour établir que les jojets
de Jean-Michel Alexandre étaient publics, que les confidences de Jean-Michel Alexandre ne
permettaient pas le déclenchement de l'action publique et n'étaient pas de nature à
interrompre la prescription .. que le contrat de consultant avec les Laboratoires Servier était
souscrit par l'intermédiaire de la société allemande CRIS et de ce fait dissimulé ; qu'il résulte
notamment des déclarations du Dr Garnier que cette dissimulation avait pour but de
dissimuler l'infraction prévue par l'article 432-13 du code pénal, d'autant plus connu (que) ce
dernier était écrit sur le dossier saisi au domicile de Jean-Michel Alexandre » (D 3877/11).
Dans l'autre arrêt relatif aux faits de complicité, la chambre de l'instruction précisait que
l'activité de M. ALEXANDRE n'étant apparue qu'au cours de l'enquête préliminaire, ces faits
n'étaient pas prescrits au vu des dates de réalisation de cette enquête, du réquisitoire
introductif et des mises en examen des personnes concernées (D 3876/97 et /98).

Sur sa personnalité, les témoins pouvaient justement décrire un scientifique qui peu à peu,
s'était mis au service des industriels plus que de l'intérêt général, ce qui correspondait
justement à l'objet de prévention du délit. Ainsi, M. DARDELAY (revue PRESCRIRE), qui
participait de 1976 à 1986 à la commission de révision des dictionnaires (VIDAL) présidée par
M. ALEXANDRE, en démissionnait car il trouvait que « les relations avec les industriels
étaient de moins en moins clarifiées ». Par la suite, alors qu'il rencontrait par hasard le
Professeur à I'AFSSAPS, ce dernier l'agressait verbalement en lui disant qu'il ne
« connaissait rien au fait industriel » une autre fois, alors que le témoin revendiquait une
information plus rapide sur les effets indésirables des médicaments, le Professeur lui
répondait que les milieux boursiers devaient être informés en priorité (D 2617). Sa femme,
Danielle DARDELAY, confirmait que Jean-Michel ALEXANDRE était un professionnel de
grande valeur mais qui avait été trop attentif aux propositions des firmes et avait fait peu à
peu « passer l'intérêt des firmes avant celui des patients » ( D 2616/6).

M. ALEXANDRE était en outre devenu un proche de Jacques SERVIER, ainsi qu'en attestait
un courrier adressé par le dirigeant de la firme lors de la remise à M. ALEXANDRE de la
Légion d'honneur le 6 décembre 1989 : « ... chacun a pu remarquer chez le Professeur
Alexandre une profonde intégrité et un extrême courage. J'apprécie aussi
particulièrement une qualité devenue très rare: la croyance en la science au service de la
médecine. Le Professeur Alexandre a sans cesse maintenu une haute idée du
médicament et une certaine idée du médicament français. Ces deux idées je les partage
de tout mon coeur. Sa volonté de progrès, si souvent exprimée a largement contribué aux
réalisations de ces dernières années. C'est aussi elle qui permet à la France de participer
la tête haute à la grande construction européenne dans le droit fil du développement
d'une industrie de pointe typiquement française. Soyons pleinement heureux que le
professeur Alexandre mette tant de courage et tant de sagacité au service d'une bonne
cause, celle du progrès. Ces quelques lignes en témoignage de haute estime et de très
sincère amitié ... » ( D 1512/7).

En conséquence, renvoi devant le tribunal correctionnel sera requis à l'encontre de Jean-
Michel ALEXANDRE du chef de prise illégale d'intérêt par un ancien fonctionnaire.

b) Mme Marlène SCHANKWEILER divorcée GARNIER:

* Sur le délit de complicité de participation illégale d'un fonctionnaire dans une entreprise
précédemment contrôlée:

Mme Marlène GARNIER était mise en examen pour complicité du délit de participation
illégale d'un fonctionnaire dans une entreprise précédemment contrôlée commis par Jean-
Michel ALEXANDRE.

Réquisitoire définitif dossier MEDIATOR-1 0 3299025/8 516/597