Francine-Dominique

Liechtenhan

Les découvreurs de la Moscovie : l'appréhension des
observateurs occidentaux face à la montée de Moscou
In: Histoire, économie et société. 1989, 8e année, n°4. pp. 483-506.

Résumé
Résumé : Jusqu'au début du XVIe siècle, l'idée de la «Russie» paraissait positive ; les Occidentaux y voyaient une aire
commerciale à exploiter. Les Allemands, inquiétés par le proche voisinage avec la Russie, accusèrent pourtant la puissance
grandissante de Moscou. Ainsi furent organisés les premiers écrits contre la Russie ; par le biais de chroniqueurs allemands
commença la longue liste des pamphlets contre les Slaves de l'Est Ces écrivains cherchèrent à rompre l'entente relative entre les
grandes nations occidentales et Moscou en excluant celle-ci du continent européen. L'attitude des témoins germaniques
contraste avec les préoccupations plus théologiques des Italiens ou économiques des Anglais, fort complaisants dans leur
ensemble. Honnie et convoitée, la Moscovie ne laissait plus indifférent ; les observateurs savaient désormais que les affaires
internationales ne se régleraient plus sans la Russie.

Abstract
Abstract : The image of Russia seemed positive untill the beginning of the XVIth century. Occidental peoples were interested by
the commercial exchanges with this rich country. The Germans, frightened of the geographical nearness to Moscovia, accused its
military power ; German choniclers wrote the first pamphlets against their neighbour ; they initiated the long list of texts against
russian people and sovereigns. They tried to break the good contacts between the Occidental nations and the Slavian country ;
they exclue it from the European continental system. The Italien or English travellers, generally very favourable to the czars,
continue notherefore to maintain their intense commercial contacts to Russia. Appreciated, abhored, Russia always concerned
the observers ; they new that no international problem could be resolved without counting on this great nation.

Citer ce document / Cite this document :

Liechtenhan Francine-Dominique. Les découvreurs de la Moscovie : l'appréhension des observateurs occidentaux face à la
montée de Moscou. In: Histoire, économie et société. 1989, 8e année, n°4. pp. 483-506.

doi : 10.3406/hes.1989.2369

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/hes_0752-5702_1989_num_8_4_2369

LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE

L'appréhension des observateurs occidentaux
face à la montée de Moscou

par Francine-Dominique LIECHTENHAN

Résumé :
Jusqu'au début du XVIe siècle, l'idée de la «Russie» paraissait positive ; les Occidentaux y voyaient une aire
commerciale à exploiter. Les Allemands, inquiétés par le proche voisinage avec la Russie, accusèrent pourtant la
puissance grandissante de Moscou. Ainsi furent organisés les premiers écrits contre la Russie ; par le biais de chroniqueurs
allemands commença la longue liste des pamphlets contre les Slaves de l'Est Ces écrivains cherchèrent à rompre l'entente
relative entre les grandes nations occidentales et Moscou en excluant celle-ci du continent européen. L'attitude des
témoins germaniques contraste avec les préoccupations plus théologiques des Italiens ou économiques des Anglais, fort
complaisants dans leur ensemble. Honnie et convoitée, la Moscovie ne laissait plus indifférent ; les observateurs savaient
désormais que les affaires internationales ne se régleraient plus sans la Russie.
Abstract :
The image of Russia seemed positive untill the beginning of the XVIth century. Occidental peoples were interested
by the commercial exchanges with this rich country. The Germans, frightened of the geographical nearness to Moscovia,
accused its military power ; German choniclers wrote the first pamphlets against their neighbour ; they initiated the long
list of texts against russian people and sovereigns. They tried to break the good contacts between the Occidental nations
and the Slavian country ; they exclue it from the European continental system. The Italien or English travellers, generally
very favourable to the czars, continue notherefore to maintain their intense commercial contacts to Russia. Appreciated,
abhored, Russia always concerned the observers ; they new that no international problem could be resolved without
counting on this great nation.

La révélation

Du Xle au Xlle siècle, la lointaine Rus* kievienne et dnieprienne faisait naturell
ement partie de Y Orbis Chrístianus ; menant la guerre contre les mongols, elle couvrait
«le flanc gauche de l'offensive européenne»1. La Hanse grâce à ses liens économiques
avec Novgorod assurait la médiation entre l'Occident germanique et les Slaves de
l'Est. En 1240, l'invasion tatare, dans une région minée par les querelles de suc
cession de ses princes et le morcellement des fiefs, mit un terme provisoire à ces
contacts privilégiés. Les relations bilatérales entre les principautés russes et les

i V. O. Kljucevskij, Kurs russkoj istorii, Moskva, Mysl', 1987, première partie, leçon XVI, p.285.

363.225-256. Hambris. Zimin. ils ne s'arrêtèrent pas à la condition des malheureux opprimés. 1973. Il nota l'inertie de la nation : «Ce n'est point là une terre de commerce. Eggers & Co. dans la majorité des textes du XVIe siècle le territoire inclu dans les frontières poli tiques. quoiqu'ils aient vraiment beaucoup de précieuses fourures et de grande valeur : zibeline. Leningrad. p. t. L. 1945. gosudarstvennogo ordena Le nina universiteta. 198 sq. 5 Barbaro resta 16 ans à Tana (Asov) qui appartenait aux Génois. •* Relation du voyage de Jean du Plan Carpin. qui fut envoyé par le Pape Innocent IV. Wissenschaftlicher Verlag. détruisant villes et châteaux. Wolhynie. il ne renou velacependant pas l'image proposée par le grand navigateur.. Voir Friedrich von Adelung. Gottingen. Pasuto. et ils y tuèrent tous»3. Ambasciatore di Venetia. pp. Alors qu'Alexandre Nevskij triomphait des Suédois et chevaliers teutoniques dans le Nord. tribu taires des Tatares. Ce sont là les acceptations les plus fréquentes. V.330-425. Sborník statej. les Allemands et les Anglais. in: Recueil des voyages au Nord.T. Des copies manuscrites de ce texte étaient répan dues dans toute l'Europe. 323. voire inexistantes2. Marco Polo apprit trente ans plus tard avec étonnement l'existence d'un peuple chrétien en cette région du monde. d'où ils tirent assez d'argent»4. où ils firent de grands ravages. pp. vair. Description du monde. XIV. Le peuple russe fut redécouvert cinquante ans plus tard . et mettant à mort tous les hommes. 1955. Giosaphat Barbaro5 signala un marché à exploiter . et F. 56-58.I. c'est dans ce sens que nous l'employons ici. t. En 1436. . Obrazovanie drevnerusskogo gosudarstva. ne s'intéressaient plus aux Russes. p. alla Tana et in Persia in : Raccolta di viaggi d'Antonio Manuzio. pp. Vincent de Beauvais en donna des extraits. hermine. 1961.253-280. Il est synonyme à «Russie blanche». en 1543. Pologne du Sud et l'Ukraine. En Grande-Bretagne certains auteurs confondent au XVIe siècle déjà la Moscovie avec la Russie.484 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE grandes nations européennes devinrent ponctuelles. p. Mavrodin. Ils assiégèrent aussi Kiovie.p. Cahiers du Monde russe et slave. mais l'intégralité du récit ne fut qu'imprimée au XVIe siècle. isolant définitivement sa patrie. Das Russlandbild im England Shakes- peares. à Venise. 1952. cordelier. V. Kritisch literânsche Ubersicht der Reisenden in Russland bis 1700. 2 A.. nous ont laissé d'exceptionnelles sources pu bliées dont certains sujets se recoupent. l'an 1246. pp. Izd. des liens durables se forgèrent vers la fin du XVe siècle entre la Moscovie6 et trois nations «pionnières» : les Italiens. VII. Les voyageurs. Mezdunarodnye svjazi Rossii do XVII v.V. qui sont parmi les plus belles et les meilleures du monde. Pétersbourg. 4 Marco Polo. Karl-Heinz Ruffmann. 6 Le terme désigna. Jean du Plan du Carpin re latait le triste destin de la ville de Kiev : «[les Tatares] entrèrent dans le païs de Russie.X. qui étoit la metropole de la Russie et après un long siège la prient. 88-94. Klincksieck. «La philosophie de la fonction monarchique en Russie au XVIe siècle». Moskva. A. ercolin et renard en abondance. Son texte fut publié cent ans plus tard : Viaggio di Josaphat Barbaro. soucieux de transmettre leurs observations à leurs compatriotes. L'autocratie surtout les laissait songeurs7. Ruthenie.p. Pendant près d'un siècle et demi les voyageurs se contentèrent de traverser le pays pour se rendre en Perse ou en Chine . Et vous dis qu'ils ont maintes argentières. p. «Russie» par contre désignait selon la Cosmographie de Munster la Lituanie. Les Occident aux. 1846.. malgré quelques mariages princiers. 2 vol. Ils ont bien de la cire. Akademija Nauk. Coquin.

Moscou. il chargea son neveu. Gian Battista délia Volpe. bref d'un pays où il était facile de s'aventurer mais dont on ne pouvait plus sortir commençait à circuler dans les milieux d'immigration. dit Ivan Frjazin. Ivan Frjazin. mais se fit aussi une renommée comme fondeur de cloches. («Pamjatniki diplomaticeskich snosenij s imperiju Rimskoju (s 1488 do 1594)». 1846-1925. les Francs. 1851. les architectes Marco Ruffo et Pietro Antonio Solari11. A peine arrivé à Moscou. . Ю L'Italien édifia la cathédrale Uspenskij. en représentant princi pal de l'église grecque ? Les premières délégations s'interrogeaient déjà sur la position de ce vaste pays slave au sein de l'Ancien Continent. Il ne parvint pas à sauver le jeune homme et fut décapité le 22 avril 1490 12. aux sou verains aussi tyranniques que sanguinaires. Zoé Paléologue. de son fils André et d'un disciple. et le médecin juif Leo. Pietro10. Niccolô Gislardi. Grabar'. pp. Ils furent in carcérés et leurs biens confisqués. (LE. en 1488. p. au rassemblement des terres russes par Moscou ou. t. Pétersbourg/Leningrad. chargé d'étudier le calendrier. 1960. L'image d'une nation cruelle. Il avait pour but de négocier le mariage d'Ivan avec la princesse byzantine. fît les démarches nécessaires pour attirer des étrangers dans son royaume. Pétersbourg. sans pitié. de partir chez le Pape Paul II 8. La Troisième Rome Ivan III. voulut y établir tout le luxe auquel elle était habituée.) Isstorija russkogo iskusstva. Sur les ordres de la jeune femme Antonio Gislardi (Anton Frjazin) et Semen Tolbuzin quittèrent Moscou pour l'Italie afin d'y embaucher des artistes. En 1472. Akade- mija Nauk. mon- nayeur et conseiller technique . En 1468. le mé decin et astronome Nicolas Bulow. à la chute de Byzance qui l'érigea. 132 sq. 12 Polnoe sobranie russkich letopisej. .LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 485 Le retour de la Moscovie dans le système européen était-elle due à la victoire sur les Tatares. Sa cour comptait un certain nombre de Grecs et d'Italiens. grâce à des liens matrimoniaux. paradoxalement. avait su gagner la confiance du prince. Cette dé marche rigoureuse incita plusieurs étrangers à retourner dans leurs pays. joail liers. médecins affluèrent en cette région du monde. 9 Voir le premier tome des Pamjatniki diplomaticeskich snosenij drevnej Rossii s derzavami inostrannymi. La Russie et le Saint-Siège. . entre autres. Pîon-Nourrit. et fréquents furent les échanges de délégations9 pour préparer l'événement. se rendit personnelle ment à Rome pour chercher la fiancée . Zoé Paléologue .I. Les délégués revinrent en compagnie de l'architecte Rodolfo (Aristote) Fioravanti degli Alberti. appelés les «Frjazin». Les relations entre l'Italie et la Moscovie s'intensifièrent jusqu'à la fin du siècle : architectes. une correspondance intense commença à circuler entre Moscou et Rome. izdannoe Archeografîceskoju Komissieju. mineurs. le conseiller du souverain. dit le Grand. à peine arrivée. 8 Paul Pierling.289. il fit notamment construire le pont naval à Volchov près de Novgorod. elle fit son entrée dans la capitale russe accom pagnée d'une nombreuse suite. celui-ci fut convié au chevet du prince héritier.308 et 325. Ivan. H Ils contribuèrent à construire le Kremlin. Nommons. artilliers. p.

ne se rendit jamais en Russie. Sur Contarini et son prédécesseur Barbaro. elle permettait de trouver à toute les saisons de la viande. bis ins 19. ma usano la bevanda del mele. che certo non e cattiva bevanda : & massimamente quando è vecchia. les rares survivants arrivèrent à desti nation en 1505. poi ridursi nelle taverne à mangiare & bere : et passata la detta hora. écrivit au Pape Clément VII 1 •* II devait inciter Ussumcassan à faire la guerre à Mahomet II dont les troupes constituaient une menace permanente pour le sud-est de l'Europe. de la volaille et des poissons. le pays semblait si prometteur. En 1523. & dispregiano quelli che nol fanno. 16. ne semblait pas condamn er la religion «hérétique» des Russes ni s'inquiéter du régime autocratique et de ses méfaits. les fréquentes déléga tionsrusses attiraient les chroniqueurs ou historiens. & si amazzeriano corne la lor vita è star la mattina nelli bazarri fino circa mezzogiorno.C. les théologiens catholiques éprouvèrent le besoin d'accélérer l'union des deux Eglises. lui firent voir les richesses de la jeune capitale et le renseignèrent sur la vie quotidienne. 1971. Skrizinskaja. h : Ramusio. se rendit à l'époque des impériales fiançailles en Perse13. 14 «Sono huomini assai belli & similmente le donne ma è bestial gente. malgré les risques du parcours. si dynamique que de pareils in cidents ne dissuadèrent guère les voyageurs. Reihe 1. pp. Le pape Alexandre VI permit en 1499 au délégué russe Karacarov de recruter «toute une caravane de maîtres»15. dont le père avait vécu en Russie dans les années 1460-1480. Mais. Confrontés à la Réforme. qui se rencontrèrent en Crimée. Les malheureux furent arrêtés par les Tatares . che ogn'uno sia in liberta di farne. 1 * Erich Amburger. il s'arrêta à Mos couoù il fut royalement accueilli et couvert de cadeaux. p. ogni giorno sariano ubriachi. pp. 1 " Le Hollandais Albert Pigg. protégé par la souveraine. Il viaggio del magnifico Ambrosio Contarini. . dont l'architecte Aristotele da Bologna. Rien. 1583. Ambsciatore délia Ùlustrissima Signoria di Venetia al grande Signore Ussuncassian Re di Persia пей anno 1473.486 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE Ambrogio Contarini. Wiesbaden. & di questo se ne danno grandissima laude. non si puon haver da loro servitio alcuno». ne transparaissait des difficultés de la colonie italienne. Venise. Ma il signore non lassa. Sur la voie du retour. rebaptisée Sophie. Ses impressions parurent en 1487 et contribuèrent éminemment à la connaissance de la Moscovie de la fin du siècle. Leningrad. Déjà. 112-123. Contarini ne tarit pas d'éloges sur les marchés russes où se vendaient de précieuses fourrures. Osteuropastudien des Landes Hessen.124. Die Anwerbung âuslandischer Fachkrâfte fur die Wirtschatt Russlands vom 15. perche se havessero tal libertà. Albert Kampen16. Contarini. Sono grandis - simi ubriachi. Raccolta de' Viaggi. envoyé spécial de la République de Venise. il nota l'ivrognerie d'une population agréable de son physique. Les nombreux compatriotes qu'il y rencontra. Non hanno vino di sorte alcuna. laquai fanno con le foglie di bruscandolo. Les Italiens firent ainsi connaître la Moscovie à l'Occident . voire E. Barbaro i Kontarini o Roccii. Il nota avec stupéfaction la richesse de la cour et laissa l'image d'un pays prospère où personne ne montrait du zèle au travail. mais sale et paresseuse au point d'entraver les affaires14. La «traite» des spécialistes contina pour de bon et nombreux furent les Italiens qui prirent la route pour Moscou. semble-t-il. Il nota avec curiosité une technique de «congélation» . désireux de combler leurs l acunes sur ce pays. Hanno un Papa fatto per il lor S ignore alor modo & del nostro fanno роса stima & a dicono che noi siamo perduti del tutto. dit Albert Kampen ou Alberto Campense. 123. Jahrhundert.

bon chef d'Etat. La jurisprudence lui paraît «stupide»20 et il déplore l'inutilité des tortures (arroser d'eau froide. Il présenta à son tour la capitale. connaissance rare pour un Russe de ce temps. Dans les éditions bâloises. il déplore la condition de la femme. ingrat et cupide. pp.. 18 Pour les éditions voire Adelung. comme un paradis pour le négociant. Pourtant. signé par un auteur qui n'avait jamais été en Moscovie. la première planche de l'édition allemande (1579) nous montre encore une salle d'audience digne d'une caverne d'Ali Baba. describuntur. elle comptait. mores etc. sans doute sous l'instigation de Gerasimov. Kampen donna une nouvelle orientation aux écrits sur la Russie : la majorité des textes publiés à partir de cette date dans la Péninsule eurent pour sujet principal l'union des deux Eglises. ville riche et belle. il décrit les cérémonies de fiançailles où les jeunes filles sont choisies selon leur beauté et non d'après leur rang. 19 et 27.II. des liens de proche parenté avec les Allemands19. Basileae. l'ouvrage de Kampen n'informait cependant pas les lecteurs potentiels sur la Moscovie.191. condamnée à la séquestration si elle est noble. les textes de Jove et de Herberstein furent réunis en un volume à partir de 1551. erreur et source de tous les méfaits. que le souverain moscovite était empressé de revenir à la vraie foi. p. Or.52. 126-131. Il avait été formé en Livonie. Fréquemment cité par les «spécialistes». qui en compte dix-huit entre 1537 et 1600. Selon l'humaniste. t. se référant à son père. homme exceptionnel lement cultivé. La première édition de la Lettrera fut imprimée à Venise en 1543. 1527. . 21 Ibid. au rait déjà sollicité un Pape (Paul II ou Sixte IV) de réconcilier orthodoxes et catho liques. 20 Ibid. in : Ramusio.. dont la meilleure description restait alors l'ouvrage de Contarini. in quo Moscovitarum religio. 19 Pauti Jovii de legatione Basilii Magni Principis Moscoviae liber. pp. intorno le cose di Moscovia. qui brava à la fois Polonais. aurait demandé d'excessives contributions fi scales à son interlocuteur et finalement rejeté le projet17. pp. op. Mais que d'éloges pour le souverain Vasilij III. Raccolta de' Viaggi. arracher les ongles). Jove tira une petite brochure de ses en tretiens avec le diplomate slave . dont le pays lui semblait «di tutti Cosmografî et Historiographi nostri non conosciuto». Ivan III.cit. les Slaves de l'Est appartien nent à la grande famille européenne . Jove insinue son opi nion sur la religion grecque. 188.56 sq. parmi les textes les plus répandus sur la Moscovie jusqu'à la fin du règne des Danilovic18. Or. p. et dello stato de' Moscoviti : et con quanta facilita si redurebero alla vbedenza délia Santa Chiesa Romana. Livoniens et Tatares ! L'ouvrage fait état des armées russes et érige la Moscovie. Parmi ses membres se trouvait Dmitij Gerasimov. pays apparemment policé. grand guerrier. parmi les grandes puissances militaires21.. VII. 17 Lettera d'Alberto Campeuse al Beatissimo padre Clémente VII Pontefice Massimo. L'historien et humaniste Paul Jove avait pris contact à Rome avec une délégation de Vassilij III. fit date en 1537. Le Saint-Père.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 487 pour l'inciter à prendre contact avec les Russes. chap. il leur trouve. il affirma. Un essai. poussée à la prostitution si elle vient du peuple. même après la publication du chef- d'œuvre de Herberstein. où il apprit l'allemand et le latin.

p. pp. Les Italiens soignaient leurs rapports privilégiés avec leur lointain partenaire. En 1578 fut publié à Cracovie un récit. Nauka. Padoue.cit. 210. Gretch. Stediv. quoiqu'en dise le baron Pierling. La République de Venise fut le premier état..215 sq.. p. 1973. 22 CM. Or. Freiherr von Herberstein. car elle offrait le passage le plus court vers l'Inde et la Chine. voir Friedrich von Adelung. op.. La Conoscenza del mondo slavo in Italia : bilancio storío-bibliographico di un millenio. écrit en italien. t.I. p. Cronia. Le monde slave. 135. situé aux confins de l'Asie devint une importante étape du parcours vers ce continent des merveilles. Les ambassadeurs de la cité des Doges se firent les porte-parole des autres états italiens. Au fait. au premier XVIe siècle.. La Moscovie intéressait pour sa situation géographique. voire du Vatican qui ne renonça jamais à reconquérir les hérétiques24. Solov'ev affirme que l'Amérique et la Moscovie furent découverts en même temps. selon son propre aveu. Alpatov. peu répandue en fait hors de cercles restreints). 2° La première édition italienne des Rerum moscoviticarum de Herberstein passa inaperçue. und ist er ihnen von fremden Mâchten ertheilet worden ?» in : Sigmund. op.488 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE L'Amérique. La Sofficiente e yera discrítione de tutte le regioni alMo- narca diMoscovia soggette[. le compléta d'un tableau du pays inspiré. traversée de la Tartane23 déjà éprouvée par du Plan du Carpin. Pendant toute la Renaissance.. . 1960. Pétersbourg. 1818. La Moscovie restait une terre d'accueil où se faisaient de bonnes affaires. Sur tout ceci voir M. Guagnini se ré féra donc à une édition latine ou allemande. aussi périlleuses fussent-elles. attirait les nations navigatrices.] contient un aperçu sur l'histoire de la Pologne et de la Lithuanie et une description détaillée de la Russie. Moscou. t. Istorija Rossii s dřevnějších vremen. la Moscovie fit ainsi parler d'elle et s'érigea en pays de toutes les possibilités. L'auteur. dans le but non dissimulé ďenrayer l'expansion des Turcs.485-501. qui ternira durable ment l'image de la Russie. Marco Polo et suivie par les commerçants italiens. très friand d'anecdotes. toujours intéressés. Russkaja istoriceskaja mysl' i zapadnaja Evropa. A. le Véronais Alessandro Guagnini. A. demeuraient pauvres et ne dépassaient pas la qualité des ouvrages de Contarini et de Jove. à instaurer un service diplomatique régu lieravec la principauté de Moscou. XII-XVII w. dès la fin du XVe siècle. 1948.III. le czar25. 23 Ainsi fut nommée la région sans differentiation aucune. La situation changea avec l'avènement d'Ivan IV. Moscou.cit. pp. sans que la vie du pays parvienne à fasci nerles visiteurs. révélation du XVe siècle. Deux textes connurent un succès immédiat et contribuèrent de ce fait à changer l'opinion des Italiens voire des Occidentaux en général (pour au tant que cette opinion existât. 24 Acte sinon pensée éminemment politique voir conquérant. 100. p. 2^ Sur l'utilisation des titres czar et empereur avant Pierre 1er. mais l'Orient ne cessait de solliciter l'imaginaire22. mit besonderer Riicksicht auf seine Reisen in Russland. «Beytrag zur Beantwortung der Frage : haben die russischen Grossfursten schon vor Peter dem Grossen den Titel eines Kaisers oder Kônigs angenommen. qui retrace sans ménagement les hor reurs commises par Ivan. 169-170. les t émoignages des voyageurs. de Herberstein26 dont il reconnaissait l'autorité en la matière. Adelung.

il l'envoya même au czar. 32 Antonii Possevini societatis Iesu Moscovia et alia opera.74. Ex officina Ch. VIII. sed fidei veritas convelleretur. Recherches de sciences religieuse. Or. dans le même camp que les Protestants ? Ou alliée possible. Guagnini n'avait donc pas fait école30 ! Possevino relate ses impressions personnelles.]. se. Plantini.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 489 Guagnino n'avait jamais été en Russie et copia un essai du Polonais Maciej Stryj- kowski. p.. Quae tamen omnia aliis meis scriptis aut retecta šunt. 1918. . Antverpiae.cit. 56. p. Plantini. Francf ort. La déception des Polonais fut grande lorsque parut le texte infiniment plus modéré d'Antonio Possevino. préféra-t-il attribuer le texte à un Italien moins susceptible d'inimitié envers les Russes ? Evidemment. Ex officina Ch. voire récupérable pour le catholicisme ? Possevino se porta partisan de la réintégration et 2 ' Andreas Kappeler. Nous traduisons d'après Kappeler. Il s'agit là.401-414. Guagnini déroba-t-il le manuscrit de Stryjkovski voire aussi celui de Schlichting ? Le Roi de Pologne. «Une lettre inédite de Possevino à Zamojski.Peter Lang. t. source qui explique l'extraordinaire violence des propos. le jésuite invite à ap porter la vraie parole de Dieu en cette région du monde. il réussit à se sauver en Pologne et y rédigea son pamphlet «pour faire connaître au monde entier les crimes du tyran Ivan»27. En 1750. pp. Albert Schlichting. du premier plagiat dans l'histoire des voyages en Russie. [. 30 M. il rend même justice au début du règne d'Ivan. Iesu alter Commentaríus. 1587. Ivan Groznyj im Spiegel der auslândischen Druckschriften seiner Zeit. La Moscovie. 2° Ibid. Par la suite. La première partie de sa Moscovia se veut informative : description des villes principales. lui parais sent incapables de se rendre compte seuls de l'hérésie dans laquelle ils barbotent31. Stryjkowski avait trouvé ses sources dans les écrits d'un Allemand. toujours trompeuse parce que faite à des fins «publicitaires» : «Mitto. Guagnini eut un succès immédiat et fut traduit en plusieurs langues29.58. une œuvre rédi gée en italien promettait une meilleure diffusion en Occident qu'un texte polonais.229 sq. accompagné d'une lettre affirmant que «le monde entier est plein des tes actes ignomin ieux»28. de rebus Moscoviticis ad religionem spectantibus. op. aut sublata»32. Berne. 3 * Possevino.J. p.110. dont les habitants. quod Herbestani [sic] libris in Germania editis haeretici plura addiderunt. Stephan Bathory. sans doute. p. Il lance un défi à la littérature de voyages. détails sur l'opulence de la cour et sur l'intérêt du commerce. Le prince catholique utilisa l'ouvrage pour diffamer les Russes. 1972. toutes ses observations témoignent d'une exceptionnelle objectivité. Antverpiae. il devint peu après le serviteur et tr aducteur du médecin personnel d'Ivan.. Celui-ci avait été fait prisonnier par les Russes en 1563 ou 1564. 29 Adelung. p. Rouët de Jourvel. à propos de l'édition de la «Moscovia». quibus non schismata refellerentur. 1587..

Autre instrument indispensable à la propagation de la foi véritable : un médecin. / en Moscovie (1581-1582). N'avaient-ils pas osé construire deux temples. Pont. iactitarant. pp. qui si Slavicam. muni d'un autel portable et de tous les objets nécessaires à la messe. Au fait les Allemands et les Anglais avaient déjà évincé les Italiens sur le territoire russe. s'imaginait probablement que le pape se convaincrait de la sorte des bonnes dispositions des Moscovites vis-à- vis d'une conversion possible au catholicisme. ne eo fermente inficerentur. inter hanc gentem. ils concentreraient l'attention des Russes sur des aspects bassement matériels . ac pius.. . vel Rutenicam. institutům orientalium studiorum orientalium. Des cadeaux nomb reux. ac tandem in eorum caput maltiae spicula retorqueri. hérétiques eux aussi. si possible). cui sese esse addictos. il craignait des conflits avec les commerçants britanniques et allemands. in Moscovia soleant nabere commercia hi iam diu duo templa obtinuerant. pour voyager en Moscovie.75-76. concessa illis duo templa comburi mandavit : sicque in hypocaustis secreto res suas agunt». protestants pour la majorité d'entre eux. 100. il ne pouvait plus nier la présence en Moscovie d'autres étrangers. qui plus est. publié dès 1586.. . 1957. Rome. nomine Romanae religionis. 34 «Ad sacerdotem accédât medicus corporis. Moscovia. Aucun texte britannique ou allemand ne relate un tel incident à cette date. sive quod aliquid inaudiverat eiusmodi. est censé combattre l'hérésie par des «miracles»34. L'affaire trahit cependant les inquié tudesde l'auteur. camouflés en églises catholiques ? Ivan IV se serait rendu compte de la supercherie et les aurait fait démolir35. 35 «Cum autem Lutherani ex Germania & Calviniani. Une tentative d'Union au XVIe siècle : la mission re ligieuse du père Antoine Possevin s. muni de sa trousse de médicaments. Non levi certe Satanae astu. reliquique ex Anglia. cum quasi aliud agens. . Possevino. Etrange procédé pour un nonce (jésuite par ailleurs) chargé de reconquérir des âmes perdues. quasi essent Catholici. Sed magna indicia & abyssus multifomis sapientiae Dei non sinunt quidquam occultum non revelari. en inventant cet épisode. quae ad salutem aeternam attinent. haereticis & schismaticis possit opportune propenere». Ivan IV ne s'intéressait plus au seul embellissement de sa capitale. Le nonce33 rédigea un vade-me cum. vel Boemicam linguam nove- rit. Cette anecdote semble pourtant être une ruse du malicieux jésuite. Princeps igitur ante biennium. Peu nombreuse et discrète. eo erit utilior [. vel in Catholicis dissensionis. Il y présente la constellation d'une mission chargée de réunir les deux Eglises. ainsi qu'un prêtre. déjà bien installés en Moscovie. qui ea ratione vel iis conciliare auctoritatem. variasque sectas introducerent. ex facultatis suae occasione non minimum Di- vinae causse in itinere commodabit. Paradoxalement Possevino déconseille de mêler des commerçants à cette petite équipe. ad religionem spectantibus. atque illorum improbitatis culpam coniicere conabatur : ut videlicet nostris ad ostium fidei pandendum aditus impediretur. vere semen maledictum. il voulait 33 Sur la mission de Possevino. voir Stanislas Polcin. rerum istarum haud peritissimam.490 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE prodigua en bons conseils pour convertir les Russes. quae in alios intorquent heretici. représentent un moyen de persuasion autrement efficace. De rebus Moscoviticis.] Quod si medicus fuerit prudens. Possevino n'excluait pas sans motif les marchands de la liste des participants . sive quod suis metueret. celle-ci compte deux bons traducteurs (d'origine bohémienne. p. ils pourraient même susciter des disputes ou provoquer des bagarres.

4-12. solidaires avec Stephan Bathory. ili Moskovskoe gosudarstvo dlja zapad- noevropejskich derzav bylo otkryto v odno vremja s Amerikoj. il y avait un Etat dont la puissance militaire dépassait largement celle des Polonais37. et doté d'un certain bon sens diplomatique36. Le chevalier Nicolas Poppel. Při imperatorskom dvore znali. la frontière ouest) étaient contrôlés par l'ennemi ? Ivan III décida de faire appel à des volontaires.. рока v 1486 g. Jorg von Thurn. oubliant le travail de pioniers des Italiens. Un nouveau messager. les 36 Solov'ev. roi de la «papiste» Pologne. vint et sut négocier. «touriste» avant la lettre. Les premières délégations russes avaient eu l'occasion de se rendre compte de leur retard technologique. cto severovostocnaja Rossija. considérait Poppel comme le découvreur de la Russ ieau XVe siècle : «Mozno skazat. ti. Mais. p. L'éventualité d'une alliance polono-livonienne avec la Bohème représentait d'autre part une menace pour l'Empire : Frédéric III fit ainsi le premier pas vers les Moscovites. no ne znali. mais aussi une éventualité pour renforcer son armée contre la France. Frédéric y vit aussitôt l'allié idéal pour envahir ses voisins hon grois et moldaves. Les guerres territoriales continues contre la Livonie. le contrat tant attendu. elle devait avant tout se moderniser. les Pays-Bas et surtout la Porte. pp. on ôtait ainsi à l'adversaire le moyen d'instaurer un blocus. L'Etat russe s'adressa à un «go-between» plus intéressé à la conjoncture politique : l'Empire. . ne priechal v Moskvu rycar* Nikolaj РорреГ [. cherchait à se rapprocher de l'Occident.]» Op. ébloui par les richesses de la cour moscovite. elle voulait accéder au cercle des nations élues qui influaient la destinée de l'Europe. L'entrée dans la modernité La jeune Moscovie. Enchanté par l'accueil des Russes.. sans susciter sa confiance. Mais comment se pourvoir des matériaux indispensables. la Li tuanie et la Pologne exigeaient un armement approprié. il persuada Frédéric qu'au-delà des frontières est de son empire. à des spécialistes désireux d'enseigner leur art aux Russes.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 491 augmenter la puissance militaire de son pays.cit. cto Rus' podvlastna korolju Pol'skomu i velikomu knjazju Litovskomu. Le comportement missionnaire des Ita liens. s'il fallait les faire importer et si les accès principaux au pays (Narva. n'inspirait plus confiance. Il fallait trouver un autre médiateur entre la Russie et le monde occidental. dont il ne savait apparemment rien. tandis que celui-ci promettait d'aider Ivan à récupérer la totalité de son «héritage paternel».135. cto na severo-vostoke esť esce samostojatel'noe Russkoe gosudarstvo do tech рог.. Ces opérations de recru tement successives lui permirent de se libérer des importations matérielles en prove nance de l'Ouest. 37 Pamjatniki. en 1491. Il sut intéresser Ivan III à une al liance possible. fut envoyé en 1486 à Moscou pour sonder les intentions du czar. Les Russes s'engagèrent à soutenir Frédéric dans la récupération de la Hongrie et l'annexion de la Moldavie.

des architectes. Les Habsbourg étaient inté ressés aux régions du Danube.. le diplomate silésien. les relations diplomatiques s'endormirent à nouveau. Au Congrès de Vienne (1515). allié potentiel dans l'affaire hongroise.40 s. Les relations entre les Habsbourg et les Danilovic (la famille d'Ivan). D'autre part. p.I. des artilleurs et des orfèvres.77 sq. t. Ivan demanda à Frédéric III (dans une lettre.492 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE anciens territoires du grand duché de Kiev38. fit la sourde oreille. Ce fut l'objectif de la première délégation de Herberstein (15 17). jusqu'à la fin du règne d'Ivan III. il se mit à la rédaction de son texte. Jahrhundert. En mai 1492. Les Habsbourg en ces années 1480-1540 cherchaient fébrilement des alliés contre la Porte . édité trente ans plus tard sous l'instigation de Ferdinand 1er.69-115. demeurèrent polies mais sans immédiate portée po litique41. avait promis à Sigismond de l'aider à récupérer certains territoires jadis conquis par les Russes43. 3 Uebersberger. sans rien obtenir des Russes. d'ailleurs peu menacée par le péril ottoman. joailliers.53 sq. Leipzig. La recrudescence des tensions avec la Pologne réunit de nouveau Allemands et Russes. L'Empereur se sentait donc obligé envers les deux partis belligérants (Russe et Polonais) et résolut de les convaincre à faire la paix. réconcilié avec les Lituaniens. le diplo- 38 Hans Uebersberger. architectes39.22 sq et Pamjatniki. 1488-1605. 165. sachant la langue. des fondeurs. une confrontation avec les Turcs. 1906s. Vienne. 40 Pamjatniki. Maximilien.I. ce même Maximilien ne voulait pas sacrifier les relations avec Moscou. Moscou s'adressa au prince électeur de Sachse pour lui demander l'autorisation d'embaucher des maîtres des forges. que rapporta Poppel le 29 juillet 1488 de Moscou) de lui envoyer des artilleurs. contre la Suède.I. p. Oesterreich und Russland seit dem Ende des 15. t. le czar. Après l'échec de Herberstein. retenue pendant sept mois en Moscovie. les Russes quant à eux s'engageaient dans une guerre territoriale contre la Livonie. mais les contacts étaient dorénavant établis. les sources russes ne donnant aucune trace de ces personnes recrutées40. op. p. demandait des mineurs. Certes. Maximilien 1er. contrats.I. 42 L'immense distance qui séparait les deux capitales explique sans doute une certaine lenteur. t. par contre. et. Ce retard laisse songeur. au cun résultat. en dignes héritiers de Novgorod. n'intéressait guère Moscou. traités qui n'eurent jamais de suite42. les deux partenaires n'avaient pas les mêmes préoccupations. saisit l'occasion de recueillir des matériaux importants sur le pays et ses habitants. t.. Là encore. Leurs intérêts respectifs en Eu rope centrale permettaient d'éviter. 39 Pamjatniki. voulant construire palais et fortifications. semble-t-il. tout conflit. 41 Ibid. Deux ans plus tard. Les objectifs primaires des souverains avaient souvent perdu tout fondement alors que les délégations commençaient les négociations.cit. qui bridaient les Tatares au sud. le 19 août 1490. . p. p. Nombreux furent les projets. pp.. La paix de Presbourg rendit cette convention caduque. Condamné à l'oisiveté.

24. Herberstein revint de Moscou accompagné de deux envoyés spéciaux. Tubingae 1525. nisi forte in libro scripti aut picti. Hambourg. 49 Heinrich Michow. 4" Kappeler. neque in aliis partibus spetentrionis sunt. Le géographe s'appliqua à décrire la Sarmatie et la Moscovie. d. dont allaient s'inspirer Herberstein et Possevino48. 1525-1613. l'italien Battista Agnese confectionna une carte schématique du cours de la Dvina49. historien. Epištola de Moscovitarum juxta mare glaciale rel igione. 1530) Pirkheymer s'inspira quant à lui principalement de Miechov lorsqu'il fit sa Germanie ex variis scriptoribus perbrevis expïicatio 44 Le diplomate avait-il préféré se taire pour la sécurité de ses compatriotes en Moscovie ? En 1526-1527. seu de dogmatibus Moscorum. Son texte. Johann Faber. et donc praticable malgré ses hivers rigoureux45. Sept. et nusquuam exister. Ces spécialistes parvinrent en Moscovie après un difficile voyage qui les conduisit par Liibeck et la Livonie vers la capitale russe. Hambourg. de quibus émanasse illa flumina ab aliquibus fabulose scriptum est. italien et hollandais). nes de radicibus montium. Constat qui suscita la réprobation des cosmographes. recteque dicetur confictos esse. oriuntur et fluunt. Les Allemands ne purent accepter la supercherie. char gésde recruter secrètement cinq artilleristes. deux autres. et fut. et non in terra reperiri affirmaretur». dans le Nord de l'Europe. Cracovie. Cette nouvelle expédition fut couronnée par un échec : deux des hommes étaient morts. Lencurchensis. Nouvel échec qui ne pouvait que renforcer la méfiance de l'Empereur. Friedrichsen. d'interroger trois d iplomates russes qui venaient d'Espagne. bien in tégrés semble-t-il. En 1525. La Desc riptio fut traduite en 5 langues (allemand. Les cartographes se mirent immédiatement au travail47. XVIII. nec in Moscovia. frappe par l'objectivité. Il en tira une première brochure exclusive ment consacrée à l'orthodoxie. et contra omnes adversantes tueatur. alors Roi de Bohême et de Hongrie. put informer les intéressés. L'auteur révéla que cette région du monde n'était pas montagneuse comme le préten dait Ptolémée. op. grand ennemi des protestants. Maciej Miechow. mais s'offrait comme plat pays sillonné de fleuves. 45 «Accipiat itaque lector tua humanitas. 48 Joannis Fabris. Principem Ferdinandům. Die âltesten Karten von Russland. ad Seren. Archiducem Austriae. bien que la longueur des passages consacrés à l'armée russe trahisse une certaine appréhension. médecin. L'ouvrage eut un succès imprévu. géographe de Cracovie. Sous l'influence ou à l'instigation de Faber. 1521. p. fut chargé par Ferdinand. polonais. quod montes Hiperborei et Ryphaei. 47 La première carte de Russie se fit à la même époque. Accipiat secundo. Plemjannikov et Istoma Malyj. elle fut publiée au XDCe siècle seulement. 1525 data. au cours du XVIe siècle. provenait de la plume d'un Polonais. Le premier texte qui. 1884 et Das erste Jah- rhundert russischer Kartographie.cit.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 493 mate ne jugea vraisemblablement pas nécessaire de publier son ouvrage sur la grande nation de l'Est44. Sebastian Munster lut Jove et Miechow avant d'établir sa Germanie atque aliotum regionům descriptio pro tabula Nicoîai Cu- sae Intelligenda excerpta (Bâle. ne furent pas relâchés par le tsar et Herberstein dut se contenter de rentrer avec un dé nommé Walch frappé de cécité. quoniam ibi montes sunt nulli. signe évident que la demande était grande. . réimprimée une vingtaine de fois46. Episcopi Viennensis. Descriptio Sarmatiarum. et Herberstein revint dix ans plus tard en Russie avec la mission de libérer les cinq hommes. Descriptio Sarmatiarum ac- tae Matheo a Michoviae. Friedrichsen. publié en 1517. et dicat quod praelibata flu- mina non de montibus. 1906.

in : Ostdeutsche Wissenschaft.t-il malgré lui la Moscovie ? Le coup définitif vint de son traducteur et éditeur. dont la guerre de Livonie. t. égarées sur une mauvaise voie. 52 Sur les pamphlets contre Ivan IV. en 1563. Les écrits sur le pays. Heinrich Pantaleon. spécifique aux Autri chiens. 5* Moscoviter wunderbare Historien.77 sq. Pétersbourg. 50 Nous ne ferons ici pas d'analyse détaillée du texte de Herberstein déjà amplement commenté par les spé cialistes allemands : Voir Erich Donnert. se montra novateur : il rendit compte de la mort de Vassilij III. Jahrhundert». . s'inspirant de Jove. pp. Friedrich von Adelung. 1532) qui contient des cartes de Moscovie. on en découvrait et commentait les rites religieux. formaient déjà une bonne source d'information pour qui voulait partir en cette lointaine région. Sigmund Freiherr von Herberstein. à l'insu de Herberstein. jusqu'à nos jours ! Terminus a quo. il offrit et description systématique et interprétations nouvelles50. on note une forte tendance.. on avait une idée des mœurs du pays et de la physionomie du peuple. celui-ci jugea nécessaire de compléter l'aperçu politique par un commentaire des événements récents. Herberstein. . 1960. essayant de commenter les évé nements contemporains et les données politiques. Le diplomate. d'une longue tradition «négative» qui durera. voir Rappeler.69-80. mais dignes d'être reconduits au bercail pour une définitive union avec l'Eglise catholique. Epître dédicatoire à Ferdinand 1er. cit . . En ces années 1515 à 1545. C'est donc le début.. Gûnther Stôkl. Herberstein. Dans la deuxième édition allemande (1563). Pan taleon ajouta un supplément intitulé «Appendix oder angehengte Historien von der Moscoviten letzten Handlungen» et il ajouta à l'impression d'effroi dans sa conclu sion : «Durch solliche manigfaltige feldzug und nammhafte Tathen ist der Moscoviten namm bey alien umliegenden vôlcker auch in Teutschem land sehr erschorockenlich worden». Anton Wied en traça une carte générale en 1540. op. ci-devant évoqués. 1818. établit l'ouvrage clé de l'époque. La sentence était tombée ! Les Russes désormais représentaient un danger pour leurs voisins et pour tout l'Occident. Sa situation géographique était précisée. la voie fut ainsi ou verte à une suite de pamphlets et de récits d'horreur où ne sont ménagés ni le peuple ni le souverain russe52. la constitution. d'aborder le sujet «Moscovie» selon un plan clairement structuré. Miechov et Kampen. 1957-1958. «Sigmund von Herberstein. elle servit de repère à Herberstein. 1576. «Sigmund Freiherr von Herberstein. . et de la Régence de sa veuve jusqu'à l'intronisation d'Ivan IV (1547). Wissenschaftliche Zeitschríft der Universitàt Jena. Herberstein laissa entendre que sévissait une différence insurmontable entre monde occidental et Russie orientale : les mœurs. Gretsch. plutôt flatteuse. dénonça. qui se voulait objectif. Les Russes semblaient faire partie des nations européennes. Faber. p. Diplomat und Humanist». la religion et l'organisation militaire de cette vaste zone la distinguaient nettement du reste de l'Europe51. Bâle. Il bros sa notamment une esquisse de l'histoire russe depuis l'Antiquité qui allait hanter les esprits jusqu'au siècle des Lumières.7.494 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE (Nuremberg. Zur deutschen Russlandkunde im 16.

que les Moscovites occupèrent de 1558 à 1583. allso das das Folck vor Hunger uff der Strassen inn den grossen Stetten. il leur fît prêter serment à Halberstadt55. des also verschmacht ist worden und gestorben. 166s. et fit état de la désolation du pays ravagé 53 «Doctores und maister in allerley Kunsten. 55 Amburger. goldschmitte. il falsifia une lettre du czar à l'empereur dans la quelle Ivan aurait soi-disant demandé quelques centaines de lansquenets et de cheval iers. il s'agissait de militaires). ich in underthenig nient verhalten. pp. Johann de Blankenburg se porta garant pour l'emprunteur et contribua à l'arrestation de son client à Lubeck. alsso zu Naugardt und Attwar.cit. il accusa Schlitte d'avoir opéré à son propre profit et non sur le compte du prince russe. das nicht darvon zu sagen ist. p. à Moscou. se rendit.cit. op. 59 Ses lettres adressées à la cour d'Autriche tranchent sur les descriptions enchanteresses de la majorité des voyageurs : «Wie es die Zeit. après s'être rendu compte des supercheries de Schlitte.. Ieuthe so im Wasser suchen. von den Anfangen des Deutschen Ordens bis zu Peter dem Grossen. muni d'une recommandation du duc Albert de Prusse. 18. Or l'archevêque Wilhelm avait déjà averti les autorités de la ville : elles cher chèrent à empêcher cette émigration56. das gemolen und mit Milch angemacht. 58 Forstreuter. Die Leut ha- ben das Kraut Surampfer auffgedroget. des artisans. elle contribua à mettre un premier terme aux bonnes relations germano-moscovites. en 1571. wie das ein solcher Hunger im Landt ist gewessen. op. En septembre 1548. op. 1955. en 1546. à la suite d'une attaque tatare59. 57 Schlitte avait demandé un prêt de 2000 taler à l'électeur Joachim de Brandebourg. à Moscou.On perd ensuite la trace de Schlitte jusqu'en 1555.D. Bausteine zur Geschichtswissenschaft. bergvorstendige. il fit plusieurs tentatives pour ga gner la frontière russe et arriva enfin. Cité d'après Uebersberger. Il fut témoin de l'incendie de cette ville. pru- maister. Il sut gagner la confiance du jeune monarque et fut chargé peu après de re cruter des médecins. glockengiesser. L'archevêque Willhelm de Riga protesta et dénonça. кап E. Une affaire d'argent non remboursé57 donna le coup de grâce. sonderlich die zierliche kirchen pawen konnen. L'aventurier réussit à s'échapper.. Pour ne pas blesser Moscou. p. wie ich in Ruslandt gewessen pin.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 495 Une année avant la parution du récit de Herberstein. Gôttingen. und fur Prot gepachen und . 288s. das Volk almorgen uff der Strass tod gelegen. Un dénommé Veit Seng. une extraordinaire traite des hommes fut organisée entre Moscou et l'Allemagne. 56 L'empereur signa le 12 octobre 1549 sous l'instigation d'une délégation livonienne le mandat d'arrestation. des artilleurs et des mercenaires en Allemagne53. la puissance croissante du grand pays de l'Est54. d'innombrables textes peu flatteurs pour les Russes furent publiés après cette affaire. sa troupe fut dispersée. il demanda encore à embauc her des hommes.19. prit alors contact avec le czar. mais ne reçut plus de crédits et disparut. 122. en possession des papiers de Schlitte58. le «passage à l'Est» fut facilité grâce à la conquête de Narva. auch Zimmerleuth und steinmeczen. 54 Karl-Heinz Forstreuter. Le commerçant Hans Schlitte de Goslar. p. en vain. darinen verhalten hat. Schlitte sut attirer 800 personnes pour un «grand départ» au service pour la Russie (en grande majorité. wundtarcze und dergleichen Kunsterfarne». pappiermacher. Entre temps. Schlitte fut emprisonné pendant deux ans. il demanda un permis de traversée à Lubeck. Preussen und Russland.cit.F.

Texte publié par Forstreuter. Reinhold Heidenstein. L'opricnik nous a laissé des notices plus exhaustives sur la Moscovie que les deux aventuriers Schlitte et Seng. das uber 250 Perschonen nient lebendig in der Mosco pliben weren». mit beistandes des kuhniges in Persia. Livoniens. Staden suggéra à l'Empereur une nouvelle croisade.201s. op. cit. Le texte. So wirt erst- lich der turkische kaiser sehen. Heinrich von Staden. So ist der Thater am Tag Himelfahrt Christi des vergangenen 7ten Jars mit 150 000 Manen fur die Stat Mosco ku- men. Un refrain obsessionnel revenait alors sous la plume des voyageurs : la redoutable et croissante puissance militaire des Russes. . invasions mongoles. Mû par le ressentiment. Polonais. p. Alsdann kan man ganz leichtlich mit dem târkischen keiser. und gute audiens einem jedern geben.. Man kann auch bis an und im Amerikám aus dem umbliegenden Renderen kommen. das in der Mosco in allem in die vierhalbhundert daussendt Menschen sollen verprunnen sein. so in der Prunst gewessen sein. Schlitte et Staden entrèrent dans la légende : Johannes Lôwenklau leur consacra dès 1571. qui recrutait à titre personnel des spécialistes en Allemagne60.. puisque pacifiquement unis sous la cou ronne de l'Empire62. Epstein. mais l'aventurier n'exécuta jamais ce dessein. évalua hautement la puissance militaire de la Russie dans son De beîlo moscovitico (1581). wie Gott der Almechtige vor diejenigen streitet. alsdann kann man mit dem kuhnig in Persia grenzen. und wirt gesagt. Op.. Nous ignorons malheureusement de quelle manière Rodolphe II réagit à cette proposition. Friederichsen & de Gruyter. Georg von Hoff édita l'ouvrage qui allait définitivement salir la renommée de la Moscovie : le livre intitulé Erschreckliche greuliche undunerhôrte Tyranneylvan Wassilowitz jtzo regiernden geessenn. Staden quitta la Russie et entra au service de l'Empereur. die an seinen sohn Jesum Christum feste glauben und ihme von ganzem herzen vortrauen. eingenonmen und besetzet seint. Lituaniens trouveraient une issue. Kai. 6 * «Ewr. pericht pin worden. p. Il imagina même sur le trône moscovite l'un des frères de Ro dolphe61. Privé d'une partie de ses terres lorsque Ivan décida de réduire les biens de sa garde. Mais les mésaventures de Seng.. ab amis iam LXX. Darnach ist die Pestilentz gefolgett. 62 «Wenn nun Reussland sambt anderen umbliegenden lendera.cit. des ich glaubwir- dig von zweien Frantzosen und einem Deutschen. pp. 1964.496 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE par les épidémies. Le souverain trouva un autre confident. welchs in drey Stunden als gesche- chen ist. les Habsbourg deviendraient ainsi les voisins et interlocuteurs directs du «prince» de Perse et du Sultan : les conflits territoriaux opposant Russes. Ivan le chargea d'embaucher un médecin. dirigée contre les hérétiques slaves.153. daté de 1578 est demeuré inédit jusqu'en 1935. handelen». Und ist der Kness Juan Belski [mit] dausent Man zu Ros in der Stat verprennet. pp. il les écrivit vraisemblablement sur une demande de Rodolphe II. bissolange dans lant eingenommen wurde. famines. welche wuste ligne. die keinen herren haben. un Prussien. der das Land einnehme und regirete. quibus antea perEuropeam obscuri paullatim innotuerunt II affirmait notamment que l'ancienne Russie de Kiev était plus proche de l'Europe que la Moscovie des premiers czars. 152. Mat miiste auch von E.237. secrétaire du Roi et ami des Polonais. Il se rendit compte assez vite de l'impossibilité de sa mission. De Moscorum Bellis adversus finitimos gestis. die Statt und Schloss sambt alien Kirchen in Grundt abgeprenett. 60 Heinrich von Staden. Hamburg. dye auch nit wenig Volck hinweckh genommen hat.F. un opricnik. briideren einen zum herren erwehlen. und sagten. de nombreuses pages en son étude.p. L'image de la désolation finit par effacer le mirage de l'opulance répandue par les Italiens. Ibid.RO. Mat. Aufzeichnungen uber den Moscauer Staat. Rô Kai. p. 162-1 63. Er miiste in der erste nicht gestrenge sein und miiste mit armen und reichen gern re- den..

Ce processus d'isolement ne leur suffît pas. op.cit. Herzog von Kurland und Semgatten. Une biographie du czar. les deux Livoniens appelèrent à anéantir la Moscovie : Aus alien diesen obererzelten Hendeln haben nun aile Menschen. Paul Oderborn . il chanta les victoires du roi polonais Stephan Bathory. Ewert und H. so sollten billig allé lobliche Potentaten hierdurch vermanen und verursacht werden. durch sein eigen Schwert geschwechet und gekurtztet. 130. Les auteurs accusent la politique de l'autocrate et dénoncent la portée de ses succès militaires. Dorpat. La responsabilité de cette coupure à très longue durée. elle vint confirmer les notions jusqu'alors éparses. Guagnini. und sonderlich hohe Potentaten. défenseur d'un peuple trop soumis. militaires. p. Ivan était mort depuis un an lors de la parution du livre. 1816. 1572. en échange d'informations sur la Livonie. dermassen an Macht. was grosses Heil. Beitrâge Kenntniss Russlands und seiner Geschichte. und wie und waser Gestalt der Almechtige Gott aus sonderlicher wunderbarlicher Verhengknus der grausamen Turannen. 64 «Zať Iwan der Grausame. benachbarte leiderliche zu ermessen. ils réussirent à se réfugier en Pologne et crurent bon de justifier leurs actes dans un rapport adressé à l'administrateur polonais de la Livlande. Ceci ne les empêcha pas de garder des contacts intenses avec les vieux ennemis des Russes63. La Moscovie fut ainsi opposée au reste de la chrétienté et formellement exclue des peuples européens. techniciens et commerçants de partir vers l'Est. 183-238. Kruse et Taube voulaient sans doute empêcher toute nouvelle tentative de recrutement et dissuader aventuriers. das er auch eine so gar kurze Zeit. von Johann Taube und Elert Kruse».233. sonder auch bedenken. Ioanis Basilidis Magni Moscoviae Duds vita ( 1585) fut rédigée par un prêtre de Rostock. dass er itzo dem erzelten allergeringsten Feindt. pp. Or. L'on ne saurait trouver plus sombre tableau d'un peuple et de son czar. Kruse et Taube furent accusés de trahison et condamnés en 1583. Ils surent vite gagner la confiance du czar qui les pourvut de titres et de terres. pp. Possevino. relativement à son règne. Reichthumb und Vermugen abgenommen. dem krimischen Tattern. nicht allein einen solchen Tirannen zu underbrechen.136. G. leitmotiv de la majorité des textes publiés dans l'Empire à la fin du XVIe siècle. Sendschreiben an Gotthard Kettler. und mit einhelligem Zusatz und Tapferkeit anzugreiffen. Nutz und Vortheil der allgemeinen Christenheit daraus erspriessen und erwachen muchte64. von Engelhardt. revient à Ivan le Terrible. Taube et son compagnon. ils décrivent l'état déplorable de la nation menacée par les Tatares et par les folies de son souverain. . S'inspirant de Herberstein. keinen Widersatz zu thun vormagt. cet Oderborn ne désespérait pas de la situation politique. p.p.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 497 Grossfïïrsten in der Muskow s'inspire des souvenirs de Johann Taube et d'Elert Kruse. rien 63 Forstreuter. Gewalt. Ces deux dignitaires livoniens tombèrent dans les mains des Russes en 1560 et furent emprisonnés à Moscou.

iuvenis nobilissimus in Moscoviam advenerat. pour rejoindre le centre du pays67. Vologda Grjazovec. Bien avant la perte de Narva et le blocus de la Baltique. Perejaslavl'. Or. Inna Lubimenko.498 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE n'empêchait désormais. 6' Les étapes étaient les suivantes : Mer Blanche. frustra repugnantibus seditiosis quibusdam in republica a viris. les rapports enthousiastes des délégués Kobenzl et von Buchau (1576 et 1578) ne purent effacer la méfiance de l'empereur. mais suscita immédiatement une réaction host ile de la part des Suédois traditionnellement russophobes. nomine mandata quaedam exponeret [. descente par la Volga. comparés vers la fin du siècle aux Turcs ou aux Barbares. .. ayant à leur tête Richard Chancelor. L'inquiétude augmenta parmi les Allemands. furent retenus comme otages ou revinrent outrés des mauvais traitements qu'ils avaient subis.. descente par la Dvina et la Suchona. relança la russophobie germanique. des militaires surtout. op. passant par l'embouchure de la Dvina. Ioannis Basilidis Magni Moscoviae Duds vita. p. mais les bateaux anglais 6* Paul Oderborn. Maximilien П décida dès les années 1570 de ne plus céder aux demandes de recrutement qui émanaient d'Ivan IV. Moschowiteri- schen. Taube ou Kruse. les Anglais. certes dans le golfe de Finlande.56. mais ce sont les Anglais qui la mirent en pratique. confir méespař les ouvrages historiques d'Oderborn et de Muller (entre autres). Moscou. Laurent Millier.. trop nombreux étaient leurs compatriotes partis en Moscovie qui péri rent dans un cachot. donc catholiques : «Sub id tempus a règne Polonorum Leo Sapieha. Moscou. Schwedischen und anderen Historien. Vologda. Dvina du Nord. L'ouvrage de Miiller fut interdit en Pologne. pp. dans ses Polnischen. L'alternative terrestre passait par Velsk. sans pagination. porte-pa role des Scandinaves du Nord. Cholmogory (le centre administratif). attribua le rôle salvateur aux nations protestantes et jugeait Bathory indigne d'une telle mission «anti-czariste». avaient découvert en 1553 une voie navale par la mer Blanche66. Les lettres de Staden. Lifflandischen. La Livo- nie constituait de ce point de vue le principal obstacle. Les Relations commerciales et politiques de l'Angleterre avec la Russie avant Pierre le Grand. cette voie avait déjà été prise par les Danois vers 1500. appartenait aux Moscovites. L'ouvrage final ementrussophile eut plusieurs éditions. ut & munera Basilidi deferret & reipub.] Diximus de Theodoro Basilidis fîlio quomodo incredibili omnium ordinum consensu in publicis comitiis ab exercitu acclamatus sit Moschoram Imperator. 25 et 93. Veit. 1933. Wurtemberg. et de les faire venir par route terrestre. un retour de cette grande nation au sein des pays civilisés. le czar dut réorienter sa politique de séduction vers d'autres puissances occidentales et trouva une complice presque fiable en Elisabeth d'Angleterre ! . Iaroslavl'.cit. Champion. Narva. 66 Certes.. pensait-il tout uniment. Senkursk. en Allemagne. Uebersberger. témoignent du ressentiment contre les Moscovites. Rostov.. quorom consiliis uti nimis ambitiose temereque susceptis caeteri mo- derando ac differendo constantissime obviam semper iverant»65. Les privilèges de Sa gracieuse Majesté Le czar se rendait bien compte de la difficulté d'engager du personnel spécialisé. Cette double offensive d'Oderborn et de Millier contre la Moscovie.

des mineurs. 76. satin. p. cadenas. 70 Thomas S. En échange les Moscovites proposaient : cire. 1553-1593. qui avait même le droit de battre monnaie russe. Londres se devait de gagner du temps ! En 1569 Thomas Randolph fut chargé des né gociations et partit pour Moscou muni d'une lettre. Les denrées échangées se composaient de sucre. p. pp. velours. 529. pp. "" Lubimenko. hallebardes. Munis de lettres de r ecommandation du souverain russe. op.. drap et autres étoffes. Willan. Or. plomb. pruneaux.239-240. 3) Exemption d'impôts. 1956. 72 Voir Lubimenko.cit. des charpentiers. Kljucevskij. The early History of the Russia Company 1553-1603. Skazanija inostrancev o moskovskom Gosudarstve. Elle les résume ainsi «1) Le droit de libre entrée et sortie et de circulation dans le pays. lin. 4) Droit de passer en Perse. Universitetskaja Tipo- grafija. Ran- 68 Sur les exceptionnels avantages de la Muscovy Company. 1913-1914. Manchester Uni versity Press. il recherchait une alliance plus ferme. American historical Revue. Pour renforcer sa position. Manchester. 1866. p. 73 V. basée sur des données politiques. Seng ou Staden. ils effectuaient aussi certains achats en son nom69. et puis des armes.47.cit. Le czar désirait aussi engager la Grande-Bretagne contre la Pologne et la Suède74. chandel iers.93.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 499 préféraient passer par le Nord. payés généralement par les marchands russes ainsi que par les autres commerçants étrangers. graisse. La compagnie mena de ce fait un combat acharné contre les spéculateurs. viande salée et des cordages fabriqués par les Anglais sur territoire russe73. de multiples contrats assurèrent leur libre tra versée71. ou les «interlopers» dans le genre de Schlitte. Ce fut le début d'une intense collaboration russe avec les Britanniques. découverte par les Anglais. Ivan voulait davantage.125. 71 George Tolstoj. fourrures. renforcé par la permission d'installer des comptoirs ou maisons anglaises dans différents centres. Elisabeth envoya en Mos- covie des artisans. Moskva. très contestée par les boïards. chanvre. p. les commerçants anglais créèrent en 1555 la Muscovy Comp any. vaisselle. car la Suède et la Pologne essayaient à tout prix d'entraver leur passage par le Sud. orgues. 74 Lubimenko. voir Lubimenko. cuivre. et plus encore toute une pharmacop ée. dans laquelle Elisabeth se contenta d'offrir l'asile politique à son «frère et bien-aimé ami» en cas de troubles intérieurs ! La fausse neutralité des Britanniques excéda les Moscovites déjà fort impatients. chevaux. O. . 19. des médecins et des pharmaciens72. raisins secs. La Muscovy Company engagea des ouvriers russes et anglais.cit. 1875. Pervyje sorok let snosenij mezdu Rossieju i Anglijeju.. 5) Droit de «selgovernment» et d'importantes concessions juridiques dans le cas où la juridiction russe devait intervenir». Le czar fit construire les premiers bateaux russes par des charpentiers britanniques et confia sa flotte à des navitateurs de Sa gracieuse Majesté70. Les sujets d'Elisabeth obtinrent le droit de négocier à Kazan ou à Astrakhan et celui de gagner la Perse par voie terrestre. op. op. Pétersbourg. 2) Défense aux marchands des autres nations de se servir de la route du Nord. huile de poisson. 36-37. p. lions. papier. Les privilèges de ses membres furent fixés la même année dans une charte et confirmés en 1569 68.

Munster ou Herberstein78. Hakluyt. celui-ci annula à plusieurs reprises les conventions anglo. received by no man. les privilèges des Britanniques ! Malgré les tergiversations d'Elisabeth. le poète Tuberville chanta : «II thou list to know the Russies well/Го Sigismundus booke repayre. le czar avait trop besoin de l'aide militaire des Anglais. But specially he that looked to our persons so straightly handled us. to ease my penne of paine. Le 8 juillet 1561..J. cit. The Ambassage of the Right Worshipfull Master Thomas Randolfe Esquier from the Queens Majestie to the Em peror of Russia in the yeare 1568 briefly written by himselfe. le recueil contient des extraits des textes de Jove.30. Depuis 1558. the one to see us furnished of victuals. 12. Thomas Randolphe.russes. bril lant diplomate. Les am bassadeurs anglais successifs ne surent satisfaire les désirs illimités d'Ivan le Terrible. Randolph. then we had hitherto found. Les Russes. La Reine se déroba toujours à la conclusion d'un tel accord. or request could take place for our liberty. 78 Les Anglais connaissaient surtout l'ouvrage de Herberstein. la Muscovy Company connut son heure de gloire entre 1555 et 1584.. En 1568. Et pourtant. 377. which bred suspition in me of some other course intended.H. 77 Tolstoj. ne fut- ce qu'en livraisons armes et en munition. traduit partiellement en anglais en 1555.cit. Elisabeth fut donc conjurée de cesser imméd iatement son trafic d'armes avec Moscou. elle fît proclamer l'interdiction de vendre du matériel de guerre «into Russia or to any nation in Chris tendom»77... la Pologne. We were brought to a house of purpouse [. conscients de la fragilité de cet accord tacite avec Londres. in which they left nothing undone that belonged to their charge. furieux. elle resta sourde aux supplications du Roi de Pologne Sigismond III. op. p. La mort d'Ivan mit une fin provisoire à la bonne entente entre les deux nations.cit. Moscou y 7^ Texte significatif : «To Mosco we came about the end of September. and that we lacked nothing of the Emperors allowanc: the other to see that we should not goe out of the house./And now at last do wish thee well. op. pour réta blir. ensuite. Les contemporains de Chancelor étaient passablement informés sur le pays grâce à l'ouvrage de Richard Eden. sute. Two gentlemen were appointed to at tend upon me. in : Hakluyt. 76 Ruffmann. Les Anglais nous ont laissé d'innombrables témoignages sur la Moscovie d'Ivan le Terrible. p. nor suffer any man to come unto us. Au fait. L'Angleterre aurait provoqué le déclin de la Livon ie. No supplication. till. la Reine laissait œuvrer les traficants clandestins. and bid farewell againe». sans jamais intervenir.500 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE dolph fut mal accueilli et attendit dix sept longues semaines avant d'être reçu par le czar75. not so much as our owne countreymen suffered to meet us. who all the trueth can teliyFor he long earst in message went unto the savage kingySent by the Pole. la Livonie et l'Empire accusaient les Britanniques de favoriser le commerce avec les Moscovites et de les soutenir sur le plan militaire. that we had no small cause to doubt that some evill had bene intented unto us. 135. The Decades of the new world(55).cit. Faber. . p. not yet to come to his presence». and true report in ech respect did bring . op. p. op. voulurent resserrer leur relation commerc iale avec les Tudor au moyen d'une alliance militaire (offensive ainsi que défensive) et matrimoniale. t. qu'angoissait la montée en puissance de la Moscovie. Les Britanniques sortirent vainqueurs de cette première crise.rempart occasionnel de la Chrétienté. sut acquérir de nouveaux privilèges pour la compagnie : les marchands pouvaient désormais entrer dans l'opricnina et reçurent le monopole du commerce avec la Perse76./Го him I recommended myself..

un des rares témoins à vanter les beautés de la langue russe. Hakluyt Society. devait en être informé. But I think it is not Gods will : for I may compare them to a young horse that knoweth not his strength. for all his great strength : for if hee did. Г «hérésie» des Orthodoxes est évoquée avec beaucoup de subtilité. pp. London. 1856. .LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 50 1 figure comme étape essentielle vers l'Orient. contrastant avec les splendeurs de la cour. op. L'ignorance.. bridée par le pacifisme obstiné de ses sujets ou par l'inconscience d'un peuple fraîchement policé : If this Prince had within his countreys such men as could make them to understand [ . Les auteurs britanniques se servent amplement des chroniques russes. Gilles Fletcher and the «Travels» of Sir Jerome Horsey. Their warres are holden against the Crime Tartarians and the Pagaians80. Les textes anglais frappent par leur rela tive objectivité (toute contraire à l'animosité allemande en cette même époque). il appréciait cet Etat où les juristes et avocats n'existaient pas. E.A. til. Hakluyt. whome a little childe ruleth and guideth with a bridle.. 80 The booke of the great and righty Emperor of Russia and Duke of Moscovia. de ne pas blesser les sentiments des «grecs» afin de mieux respecter leurs lois. Au gré des textes britanniques.cit. and the small charges which his warres stand him in : for the giveth no wages. [. ] things aforesaid. except to strangers. alors que les Allemands doivent passer par d'innombrables intermédiaires bilingues (Grecs. Bizarrement. Jérôme Horsey. Fletcher évoque l'histoire des différentes prin cipautés slaves de l'Est. les 79 Russia at the close of the sixteenth Century comprising the treatise «Of the Common-Wealth». I do beleeve that 2 of the best or greatest Princes in Christendome were not wel able to match with him. Les sujets de Sa Majesté tel Horsey connaissent la langue du pays ou disposent de leurs propres traducteurs. Elisabeth avait donné l'ordre de ne pas toucher aux questions de foi. Aux yeux des Anglais. au teur du texte ci-dessus. et illustrés de preuves. elle représente si j'ose dire une «force de frappe» éventuelle.155-266. mais il ne cherchait pas à expliquer cette contradiction. Les sources britanniques.239-240. jusqu'à la fin du règne d'Ivan.. ] If they knewe their strength no man were able to make match with them : nor they that owel neere them should have any rest of them. pp. Allemands de l'Est voire Polonais). neither child nor man could rule him. considering the greatnes of his power & the hardnes of his people & straite living both of people and horse. la pauvreté et une certaine immoralité du peuple. allemandes et italiennes présentent donc des dif férences notoires. comme à en fournir une description contemporaine. les Anglais n'étaient-ils pas les principaux fournisseurs d'armes aux Moscovites ? Chancelor. leurs critiques quand elles interviennent sont fondées. du IXe au Xlle siècle. ils cherchent à remonter vers le passé de ce pays. la Moscovie n'apparaît pas comme ennemi potentiel.p. le déconcertaient.. by Dr. and the dominions orders and commodities therunto belonging drawen by Richard Chancelor. décrit le règne de Vasilij III et relate les attaques tatares. Bond. p. et retrace leurs divers mariages prin ciers à travers l'Europe79. Une telle déclaration pouvait bien faire preuve d'une certaine hypocrisie. laissant à chacun la chance de se défendre lui- même.

Les tensions entre Russes et Anglais s'accrurent vers la fin du règne d'Ivan. pp. Les Britanniques observaient avec satisfaction les vaines tentatives de réconciliation auxquelles se livraient les nonces apostoliques83. Moskva. finit par arrêter ses activités84. pour y faire une enquête. L'habile Fletcher sut pourtant apaiser la fureur impériale et parvint. minée par une mauvaise gestion et des querelles internes. alors régent.. les assassinats. entre autres !). détruits il est vrai selon la conjoncture81. et sans aucun em- peschement ou retardement». Ce fut la fin du monopole des agents de la Muscovy Company85. p. grâce à l'inte rvention de Boris Godunov.W. Fréquents furent les détournements de biens. OJ Parmi les principaux bénéficiaires. La Company. 84 Ruffmann. 1834.63-64. Il fut mal accueilli.381-383. excellent moyen pour échapper au contrôle des instances britanniques. Les Russes de toute manière préféraient les «hérétiques» anglicans aux catholiques. Les privilèges excessifs des Britanniques ne pouvaient qu'indisposer les commerçants russes et une population appauvrie notamment par les assauts tatares. Les étrangers pouvaient aussi se laisser «convertir» à l'orthodoxie. Voir aussi P. 19. la reine jugea néces saire d'envoyer un juriste à Moscou.502 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE anglicans et luthériens furent autorisés de construire leurs temples à Moscou. Gilles Fletcher. 383. par mer et par terre. L. se vengèrent de leurs hôtes et annulèrent toutes les conventions. op. les candidats à cette conversion (d'ailleurs fort rares) perdaient alors tous leurs droits auprès de la Company*2. Moscou. cit. J.. Pontificem Maximum esse Antichristum».. Les Anglais pour leur part professaient quant à l'orthodoxie des opinions mitigées : tout ce qui évoquait pour eux le papisme était condamné (l'alcoolisme. Deubner. dont les croyances étaient communes aux Polonais pa pistes. p. Le comportement des marchands anglais était loin d'être exemplaire. Celui-ci y répondit dans l'édition d'Anvers de la Moscovia (1587). et [d'y] retourner librement avec toutes leurs gens et biens. Paris. 1876. p. Les étrangers menaient une vie outrageusement luxueuse. Ils durent désormais partager ces droits avec toutes les autres nations commerçantes qui voulaient bien traiter avec Moscou. à rétablir les anciens privilèges de ses compatriotes. quo haereticus quidam ostendere conabatur. O snosenijach Roccii s Franciej.. Bezobrazov. J Les Anglais se mêlèrent même des affaires de Possevino en distribuant des pamphlets contre le Pape et son nonce. 2 vol. °2 Lubimenko. 193-210 «Antonii Posse- vini S. op. Chronique de Nestor. cum Angli mercatores eidem obtulissent librum. au grand dám d'un czar fort régulier dans ses moments perdus. les tricheries. 8* A. les boïars qui détenaient le pouvoir à la place de Fedor 1er. . p.I. La mort d'Ivan compromit la liberté d'action des agents de sa majesté. leurs comptoirs se trouvaient dans les meilleurs quartiers des villes. 90 sq. Heideloff et Campé. mais on saluait volontiers l'indépendance de Moscou vis-à-vis de Rome. ennemis héréditaires de Moscou. excédé par la mauvaise conduite des sujets d'Elisabeth refusa les cadeaux du délégué de la Reine et interrompit l'allocution de celui-ci. Universitetskaja Tipografia. avaient serviteurs russes et domaines. p. t. Chronik der evangelischen Gemeinden in Moscau. J. Le czar Fedor. Scriptum Magno Moscoviae Duci traditum. pp.cit. la France dont les «ambassadeurs et courriers [pouvaient] venir en or nos païs. Fechner. pp. En 1589.V.

faute d'information. Le passage le plus accusateur établit un parallèle entre Turquie et Moscovie. futur Henri III. Des censures de ce genre orchestrées par Moscou et par Pétersbourg contribuèrent à mystifier l'Occident et donnèrent lieu. interdits ou censurés à l'Est comme parfois à l'Ouest. will give them leave to doo. car il réduit la nation entière à l'esclavage : The manner of their government is much after the Turkish fashion. L'interdiction.2-3 et (anonyme) Snosenija Roccii s Franciej (XVI-XVIII w. as also in their impositions and exactions. .). and far uneven balance in their severall degrees. Se sentaient-ils menacés par les Moscovites ? Y avait-il eu une intervention officielle des autorités russes au sujet du livre ? Nul ne le sait. as applying all to the behoofe of the prince. Le juriste rejoint ainsi les propos les plus hardis des écrivainsn allemands. op. as well for the keeping of the nobilitie and commons in an under proportion. and reach of their capacities in politique affayres.dt. Or. and that after a most open and barbarous manner : as may appeare by the Sophismataor secrets of their government afterwards set downe. 86 Russia at the close of the sixteenth Century. La France allait attendre le gouvernement de Richelieu avant d'établir des contacts permanents avec la Russie. The State and forme of their government is plaine tyrannicall. ne sembla pas éveiller pour autant l'attention de la cour de France.LESDEœUVREURSDELAMOSCOVIE 503 Fletcher n'avait plus rien à perdre lorsqu'il rédigea Of the Russe Common. Le passage sur le trône de Po logne du duc d'Anjou. L'auteur voit une seule issue à cet engrenage. Istoricesij ocerk. l'auteur exclut aussi la Moscovie hors du sys tème européen. à la Hollande les quelques mar chés qu'ils dominaient. wherein they exceede all just measure.26-27. Kusne- rov. pp. du coup. puis la censure de ce texte inaugure une longue liste d'ouvrages dénoncés par le Kremlin. il suscita immédiatement les protestations des agents de la Muscovy Company qui craignirent de devoir céder. pp. Britanniques et Autrichiens se partageaient la redécouverte de la Moscovie. qui plus est désirée par ce malheureux peuple : l'invasion d'une puissance étrangère ! Elle libérerait le pays du despotisme. il n'évoque néanmoins pas la perspective d'un danger russe à l'égard de l'Occident. sous sa forme objective et rigoureuse. Moskva.Wealth (1591). à l'imaginaire des Lu mières systématiquement russophiles. without any regard of nobilitie or people86. Fletcher estime que le régime autocratique est incompatible avec la ci vilisation occidentale. L'Espagne des Habsbourg laissa les négociations et relations aux services diplomatiques de l'Empereur. 1893. un bilan Les Italiens. Le verdict de Fletcher. which they seeme to imitate as neare as the countrie. est terrible. Pioniers et retardataires. Le sou verain russe est comparé aux potentats barbares. Ivan le Terrible quant à lui n'hésitait pas à condamner la nuit de 1892.

Voir note 59. Vous déplorez. l'information y figure comme principal objectif des auteurs. Recueil des Instructions données aux ambassadeurs et ministres de France. 9" Relation du voyage en Russie fait par Jehan Sauvage de Dieppe en l'an 1586. Alors que les Français et Hollandais ignoraient encore tout de la Moscovie. car nous y demeurasmes trois jours»90. op. Le tome II devint le meilleur moyen d'information qu'un voyageur puisse avoir sur la Moscovie. 188 s. parmi les premiers Français à pénétrer sur terre russe. ne valaient apparemment pas l'enjeu.. Venise.I. la conclusion d'un traité commercial n'altéra pas l'indifférence. 2 vol. qui. les sujets d'Henri IV persistèrent à ignorer cet im mense pays. Paul Citadin et Bertrand de Casans. l'Italien Ramusio republia les textes de Barbaro. op. p. in : Chronique de Nestor. Les Hollandais en un premier temps apparurent dans le Nord du pays. op. sans les présens et dépens que nous y feimes.. pp.cit. Et voyant cela.386-387. A Londres. tous les monarques chrétiens doivent s'affliger de cet acte cruel. 9^ Lubimenko. . La désinformation serait-elle l'apanage des éditeurs allemands ? L'imagerie d'Ivan IV re vêle l'ambiguïté du propos. Les découvreurs germaniques eurent donc le mérite de dire ainsi la «vérité» : le 87 Et qui lui donna le prétexte d'engager Maximilien à s'emparer de la Pologne. voire le mépris des Français pour les Russes et vice-versa88. Les traités de commerce. en 1586.376. Cité d'après Louis Paris. Les négociants Michel Moucheron. et qu'il n'avait nulle commission de nous donner congé pour al ler là. ne changèrent rien à leur attitude89. Sauvage et ses compagnons surprirent les indigènes : «le [capitaine du chasteau] respondit que jamais il n'avoyt veu François passer par là pour aller à Saint-Nicolas. a fait ver ser tant de sang». 88 Nous trouvons pourtant un premier indice sur la présence de quelques Français à Moscou chez Veit Seng. La présence d'un ambassadeur français à Moscou. Contarini92. t. fortement ménagé voire courtisé par les envoyés italiens et an glais. en 1 572. 1890. nous n'avons pas retrouvé d'autre trace de leur séjour. falut faire présens à quelques Sieurs qui parlèrent pour nous : ce qui cousta environ 250 dalles. l'histoire a amplement démontré et dénoncé la tyrannie dévastatrice de ce czar.. «Pièces importantes». 92 Raccolta di Ramusio. 89 Alfred Rambaud. l'horrible massacre de tant d'innocents dans la journée de la Saint-Barthélémy. pp. Alcan. inhumain du roi de France. Les frais énormes qu'entraînait toute expédition. Il m'est indifférent que ce soit mon fils ou le vôtre qui occupe ce trône.504 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE Saint-Barthélémy. petit à petit ils allaient prendre la relève de Anglais et monopoliser au XVIIe siècle le marché du drap dans toute la Russie91. depuis les traités de Westphalie jusqu'à la Révolution française. l'érudit Richard Hakluyt rassembla dans les années quatre-vingt-dix tous les docu ments de la Muscovy Company et les inséra dans sa collection Principal navigations voyages trafiques and discoveries of the English Nation. 1550. un médecin anonyme et un aventurier du nom de Jehan Sauvage furent. mon frère.cit.cit. fort confortables. «crime atroce» qu'il attribuait à Charles IX 87. tandis que la Lithuanie devait lui parvenir : «Nous réunirons nos efforts pour que le royaume de Pologne et la Lithuanie ne se détachent pas de nos états. à peu près à la même époque que les Français. Russie. sans aucune nécessité. Guagnino. La Chronique de Nestor. Dans ces deux recueils. p. les itinéraires vers Russie figurent parmi les découvertes importantes des XVe et XVIe siècles..15-16.

de dénoncer les méfaits de l'autocratie. Certes la Moscovie entra dans un ensemble économique et commercial. Une centaine d'années après la redécouverte de la Moscovie. par l'intermédiaire il est vrai de l'Italien Guagnino et de l'Allemand Schlichting. Les écrivains protestants. dangereuses pour tout l'Ancien Continent. la mettaient au banc des accusés et la rejettaient du cercle des nations policées. prirent le relai. à la fin du XVIe siècle. Jusqu'aux premières décennies du XVIe siècle. L'imaginaire occidental se complaisait à l'inestimable espace des terres russes. la Moscovie sut forger des liens indissociables avec trois . La question.LES DECOUVREURS DE LA MOSCOVIE 505 texte charnière de Herberstein. mais la notion du «danger russe» ne fut pas évoquée. on s'interrogea encore pour savoir si elle était civilisée. par les délégués de l'Empire des Habsbourg et par les navigateurs de la Muscovy Company d'Elisabeth 1ère. sa puissance militaire lui donnait la possibilité d'influencer la conjoncture internationale. sa religion. Au-delà des frontières. on en déduisait à tort ou à raison l'immense richesse du czar. Les Polonais. qu'angoissaient les succès mili taires de leur Grand Voisin aux goûts belliqueux. Bien au contraire. on s'aperçut de la dangereuse importance du contingent militaire mobilisable par les maîtres de Moscou. surent suivre à l'Est les événements politiques de portée internationale et nous donnèrent un témoignage qui devance les historiens ultérieurs. Pourtant. Convoitée comme alliée. aux marchés exceptionnels qui semblaient s'offrir. sensibilisa l'opinion pu blique à l'évolution de la Russie. mais les structures de son gouverne ment. avant la Réforme on croyait encore à une possible Union des Eglises. était théologique avant tout. ouvrirent. au fil du XVIe siècle. stigmatisèrent la puissance grandissante de Moscou. quant à l'identité de ce grand pays slave : l'Eglise grecque est-elle récupérable ? La Moscovie fait-elle partie de l'Europe ? Enfin. bien sûr. En un second temps et avant tout dans l'Empire. dénoncée comme force expansionniste. Ils cherchèrent à rompre l'entente relative entre Rome et Moscou en excluant la Russie du continent européen. trois thèmes se dégagent des écrits sur la Russie. La religion préoccupait essentiellement les témoins italiens . la Grande Bretagne se contenta. il fallait ménager l'allié potentiel ! Les Habsbourg. L'accroissement du pouvoir des Moscovites coïncida dans le temps avec le début de la Réforme protestante à l'Ouest. Les premiers contacts se soldèrent donc par un échec. représente-t-elle un danger pour l'Occident ? Les trois questions furent successivement posées par les ambassadeurs du Vatican. l'idée de la «Russie» paraissait néanmoins positive. notamment politique. la longue liste des pamphlets contre les Slaves de l'Est. Avec l'Italie. diffusé dans toute l'Europe. certes inquiets du fait de leur proximité géographique. La rivalité politique de la part de la cour de Vienne succéda aux préoccupations plus théologiques et ou économiques des Italiens comme des Anglais. Les auteurs germaniques dans leur ensemble. dans une Allemagne paisible et indif férente Herberstein (en l'occurrence son traducteur allemand Pantaleon) initia la longue liste des textes qui jusqu'à un passé récent rejettaient la Russie dans le camp des nations barbares.

Francine-Dominique LIECHTENHAN Université de Bâle .506 HISTOIRE ECONOMIE ET SOCIETE grandes puissances occidentales et franchit ainsi un premier obstacle ou un premier pas dans la conquête d'un pouvoir effectif et à la longue portée.