FÉLIX GUATTARI : L’ECOSOPHIE COMME MÉTAMODÈLE

ESTHÉTIQUE ET POLITIQUE
• Les trois écologies. Écologie environnementale, écologie sociale, écologie de l’esprit. Pensée de l’intense, subjectivité et
transversalité

Les outils nécessaires à la compréhension et à l’action se doivent d’aborder cette transversalité dans son
intensité propre. L’Ecosophie de Guattari distingue, déplie, et recompose sans cesse les plans et les
registres d’un écologie élargie aux dimensions sociales et spirituelles.
Des remises en questions fondamentales apparaissent : Le renouvellement de l’idée de subjectivité en
termes de production, fonctionnant comme un foyer-horizon, ainsi qu’une pensée fondée sur une
logique de l’intensité et sur le désir, cherchent à développer des méta-modèles, des micropolitiques, ou
des Agencements qui permettent d’agir effectivement au cœur du capitalisme mondial intégré.
Attitude radicale qui vise à concevoir et vivre le paradigme esthético-politique comme la transversalité
intensive indispensable à la reconstruction de l’environnement, le fondement de nouveaux rapports
sociaux, l’élaboration renouvelée de la culture et de la subjectivité.

• Guattari relie les questions écologiques aux questions de civilisation, et en particulier aux questions politiques de
création de la subjectivité, dans une perspective esthétique et politique
• Cette question s’enracine dans un plan, le plan de l’épiphylogenèse technique, qui l’inclut et est encore plus profond.
Nous proposerons lors de notre dernier exposé une compréhension de l’immanence absolue du monde et de
sa transcendance interne du symbolique, qui enracine le transcendant dans les corps des vivants.

1

I. PRÉLIMINAIRES
Con s tats
Les constats de Guattari sont directs et ne nous étonneront pas. Sans reprendre des exemples que
chacun a sous les yeux aujourd’hui, Guattari voit dans les problématiques environnementales, sociales,
culturelles, psychiques, des tensions dues à « l’imperium d’un marché mondial qui lamine les systèmes particuliers
de valeur,[ …] et l’ensemble des relations sociales et internationales sous l’emprise des machines policières et militaires »1.
Nous assistons à la dégradation de systèmes de valeurs culturelles toujours plus soumis à la
standardisation mass-médiatique et à ses impératifs orientés vers la consommation, à la dégradation des
modes de vie en société, que ce soit au sein du couple, des structures de la famille, de la vie sociale, qui
tendent à se décomposer ou à se stéréotyper, et à la dégradation de l’environnement à une échelle
planétaire dont les conséquences semblent encore aujourd’hui sous-estimées. Constats que tout le
monde peut effectuer tous les jours. Nous assistons à l’incapacité générale à affronter et à gérer le
problème environnemental autrement que de manière technocratique en regard de certaines
applications industrielles, et à avancer vers des solutions effectivement durables. Cette incapacité
politique se double d’un évident discours réactionnaire, forme de désir de retour en arrière qui est une
réponse creuse au « contexte d’éclatement, de décentrement et de multiplication des antagonismes »2.

Trois écologies, trois problèmes
• Écologie environnementale
Les problèmes environnementaux vont jusqu’aux possibilités mêmes de la vie : il ne s’agit plus
seulement d’un problème de biodiversité, mais de l’ensemble du possible de la vie sur terre qui est en
jeu.
• Écologie Sociale
Les catastrophes environnementales vont de surcroît elles aussi mettre au jour des problématiques
sociales majeures, et assurément la destruction des rapports ancestraux de solidarité.
• Écologie mentale
Les déséquilibres sociaux et environnementaux sont inséparables de l’idée d’équilibre mental, de la
question de l’abord psychotique du monde, de la normose fabriquée par le capitalisme « cognitif », ….

Laminage des subjectivités
• Création de valeurs artificielles et idée d’individu
Le laminage des subjectivités, contrairement à ce que l’on pourrait penser, se construit sur l’idée de
l’individu. I am what I am. L’individu est le produit du pouvoir. Cette fabrication de subjectivité
normalisée se constitue à travers l’imperium du marché mondial qui, après avoir rendu équivalentes
toutes les valeurs, consiste aujourd’hui dans la création de systèmes de valeurs artificiels.
• Le pouvoir tente de plus en plus à glisser vers des modes de production de la subjectivité, de signes de syntaxes plutôt
que vers la production de biens.
• Contrôle : Cette production de subjectivité soutient le contrôle
Politique et policier vont aujourd’hui d’un même pas : les accords entre les états et les systèmes
policiers font que l’ensemble des relations est placé sous l’emprise des machines policières et
industrielles.

1 GUATTARI Félix, Les trois écologies, Paris, Éditions Galilée, 1989, p.15.
2 GUATTARI Félix, Les trois écologies, Paris, Éditions Galilée, 1989, p.20.

2

et assistons à une refermeture ségrégative sur leur élaboration. Ce cloisonnement des savoirs recèle l’incapacité de chacune des disciplines à apporter à elle seule la solution au problème. p. Même les logiques marxistes. les fractures et les décompositions sociales donne le vertige devant la puissance technologique. Equivalence des valeurs Un des pires traits du capitalisme mondial intégré. 1989. 1 GUATTARI Félix. Les trois écologies. • Développer cette vision globale ou transversale est devenu presque impossible. en construisant une sensibilité fabriquée de manière industrielle. travaille à l’absolue indifférenciation des êtres et des valeurs. ne peuvent plus expliquer les problématiques actuelles : les conceptions infrastructurelles (économico-matérielles) des productions de subjectivité ne sont plus tenables : celles- ci contaminent les superstructures en tant que système de production économique. et l’acceptation tacite de la catastrophe. autrefois si efficaces. leur équivalence. Infrastructures et superstructures L’équivalence des valeurs marche avec le cloisonnement des savoirs. P arad ox e s Développement des techniques et Incapacité à agir Faut-il préciser les innombrables et grandissantes difficultés que rencontre la lucidité pour agir dans le sens de sa conscience ? Le gouffre ne semble que grandir. Nous assistons à une mondialisation des accès et des systèmes anthropologiques. Cloisonnement des savoirs : incapacité de chaque discipline cloisonnée et transversalité. pourtant susceptibles de résoudre les questions écologiques.Fabrication de subjectivité imaginaire : l’enjeu esthétique La question est esthétique. et un repli identitaire des nationalismes et des régionalismes. Dégradation du sentir partagé Cette dégradation du sentir partagé est un problème politique mouvant situé à l’intersection de différents plans. alors que nous disposons de techniques et de technologies de plus en plus sophistiquées. On le retrouve en creux dans • Les revendications de solidarité • Les questions nationalistes • La tiers-mondialisation d’une partie du monde occidental • La non-gestion du capitalisme occidental de ses « progrès » techniques et sociaux. Cette incapacité à agir ne fait que grandir.32. Accès aux savoirs et ségrégation de leur élaboration Nous disposons d’accès aux savoirs incroyables. Éditions Galilée. Paris. 3 . Ce « caractère fallacieux d’un certain nombre de domaines du réel »1 empêche de considérer les problèmes dans leur ensemble. pour Guattari. Le développement accéléré des techniques. Une chape imaginaire vise à générer les mêmes types. va de pair avec l’incapacité des structures sociales de s’en emparer pour les rendre opératoires. L’incapacité à résoudre les questions écologiques. est l’aplanissement des valeurs.

des praxis. maîtrisés. ne pas revenir en arrière. quels qu’ils soient. Cette immanence est constituée de toutes pièces par le pouvoir. Notre civilisation est menacée des pires intégrismes. Une pensée du paradoxe : logique de l’intense et schizo-analyse Il est pourtant impossible d’autonomiser les domaines des techniques. Ce paradoxe de l’augmentation de la technique et de l’idée de « bien-être » est indissociable de la question de la production de subjectivité. et quantifiés. qui tous ensemble constituaient les matières qui engendraient et supportaient la subjectivité. dans le changement de plan. dans l’intense. • Quelle mutation faut-il faire subir à une pensée pour qu’elle se montre capable de changer de plan ? 4 . une immanence fabriquée. de l’art. Chercher une pensée qui s’installe dans le paradoxe. court-circuiter les flux. Il y va de la réaction naturelle de l’homme à se recréer des territoires. Le capitalisme dans sa déterritorialisation vise toujours à effacer les territoires. à transformer les flux ancestraux court-circuités en circuits contrôlés. de la culture…. L’origine de ce paradoxe réside dans le mécanisme Déterritorialisation-Reterritorialisation. techniques et capitalisme .Nationalismes. sous-tendue par des logiques et des systèmes de valeurs unifiants. Il s’agit alors de réorienter. Ils sont tous inter-reliés. du savoir. pour résister tant bien que mal à la marée capitalistique des équivalents- valeurs. Déterritorialisation-Reterritorialisation. et dans sa reterritorialisation factice de plus en plus fabriquée. et des pires séparatismes.

2000. 2000. 18. d’approcher. La dimension esthético-politique du « partage du sensible »2 reste presque complètement ignorée aussi bien des discours scientifiques que des propositions d’élaboration de la subjectivité (thérapies. Paris. 3 SLOTERDIJK Peter. séminaires. L’an-esthésie : une esthétique politique en creux Cette dimension esthético-politique apparaît pourtant dans les propositions de la télé-réalité qui ne font que manifester les aspects politiques de la sphère du sensible par la négative. La dimension esthético-politique est absente des discours Or. Cette dimension fondamentale n’apparaît d’abord la plupart du temps qu’en creux. sous forme de critique. POLITIQUES P ol itiq u e e t e s th é tiqu e Le sentir partagé : être ensemble est sentir ensemble. […] et la question politique est essentiellement la question de la relation à l’autre dans un sentir ensemble. 2004. la dimension de compréhension de cette région ontologique nous demande le plus grand effort. Éditions Galilée. semble cerner cette dimension essentielle depuis un certain nombre d’années déjà. De la misère symbolique I– L’époque hyper-industrielle. La dimension esthético-politique et l’oubli de cette dimension du partage du sensible est la dimension fondamentale de l’œuvre de Guattari. Éditions Christian Bourgeois. Le politico juridique ne suffit pas. Cette critique de Bernard Stiegler soulève une question sur deux plans : comment penser le fondement commun de l’esthétique et du politique. Ce fondement et cet avenir s’expriment dans leurs particularités essentielles d’être non pas un idéal à atteindre. et l’abandon de la question esthétique par la sphère politique aux industries culturelles est lui-même catastrophique. d’échec. et comment penser cette séparation entre esthétique et politique qui affecte notre société contemporaine ? Esthétique et politique sont liés. qui manquent presque à tous les coups une réflexion sur l’histoire et la construction du sujet. Il nous semble aussi que la tentative de cerner. c’est qu’elles étaient unies. un 1 STIEGLER Bernard. Fondement. Le partage du sensible. La mobilisation infinie. Fondement et séparation. parce qu’elle a été depuis longtemps négligée par la pensée et qu’elle l’est tout autant de l’activisme local ou de la politique internationale. […] la politique étant l’art de garantir une unité de la cité dans son désir d’avenir commun. en visant la massification et l’uniformisation du sentir. Penser cet ensemble sensible. son individuation. etc. Paris.208. 2 RANCIERE Jacques. Dynamique interne. 5 . p. historicité. sa singularité comme devenir un.). méta-modèle. c’est penser qu’esthétique et politique sont liés. Or un tel désir suppose un fond esthétique commun. de comprendre cette sphère soit une nécessité à part entière aujourd’hui : il apparaît clairement qu’il ne suffit pas de mettre en place des ordres politico-juridiques pour que s’organisent harmonieusement les subjectivités individuelles et les communautés. Paris. L’être ensemble est celui d’un ensemble sensible »1. p. « Dans les sociétés modernes. de manque. ou de pressentiment de catastrophe. Éditions la Fabrique. « Le travail de l’artiste est « originairement engagé dans la sensibilité de l’autre. qui indexent la séparation en deux termes pourtant fondamentalement liés d’un fond esthético-politique dont il nous appartient de comprendre les articulations. Si la culture esthétique et la classe politique se séparent. Cette séparation se manifeste aujourd’hui à la fois dans la mainmise des industries culturelles sur la sphère du sensible et dans l’appauvrissement qui en résulte. en construisant son an- esthésie : l’industrie culturelle. Il y a donc un fondement à cette séparation. un éventail s’ouvre là où la classe politique et les sous-cultures esthétiques sensibles aux problèmes se séparent sans espoir »3. […] L’abandon de la pensée politique par le monde de l’art est une catastrophe. II. parcours spirituels.

270. une réalité uniquement objective ou subjective. Il importe d’employer toujours plusieurs modèles de référence. • Toujours du moléculaire dans des combats molaires : nous sommes infiltrés Cette approche reste inaccessible à une critique marxiste qui cherche toujours un ennemi identifiable et universel. et jusqu’au plus profond de nous- mêmes. p. sociales. des processus locaux Insertion Il y a toujours insertion de l’un dans l’autre. 2 GUATTARI Félix et ROLNIK Suely. • «Les airs d’autosuffisance que se donne aujourd’hui l’économétrie sont à la mesure de la perte de crédibilité de ses modèles de référence…. 1989. Crise des modèles et subjectivation Ces modèles capitalistiques des sciences dures instituent une véritable tyrannie à tous les domaines de l’existence. Éditions Les empêcheurs de penser en rond. Les structures du capitalisme. Crise de modèles : sciences dures et économétrie En termes d’élaboration de la subjectivité. Micropolitiques. Les trois écologies. p. le moléculaire n’est jamais exempt de dimensions molaires. expression d’un capitalisme psychotique conduisant au désastre. politiques et culturelles qui l’ont constitué. mais une dynamique interne entre les termes qui le constituent. tout à la fois. • Toujours du moléculaire dans le molaire : il est possible d’agir Il est de fait toujours informé par des structures. L’appauvrissement du sensible et sa séparation d’avec le politique se manifeste dans la conscience de la mise en danger d’une dimension essentielle de l’être humain : fondement. toujours opératoires. 2007. se sont infiltrés dans les organisations et les mouvements de gauche. historicité et méta-modèle sont les trois axes de la dynamique interne de la sphère esthético-politique.25. Interaction des plans et métapsychologie La dialectique Molaire-Moléculaire est une métapsychologie où les problématiques d’un plan présupposent qu’elles sont posées sur un autre plan. en particulier. tout ça en même temps ? »2 P ol itiq u e s : Ou c omme n t c h an g e r de pl ans Molaire et Moléculaire • Molaire est le plan des transformations et des créations politiques à grande échelle • Moléculaire est le plan des insertions singularisantes. créatrices et auto-positionnantes des processus de subjectivation »1. la division sociale du travail. de par la volonté de cerner leur objet. • « il n’y a pas à s’étonner de ce que les sciences humaines et les sciences sociales se soient condamnées d’elles-mêmes à manquer les dimensions intrinsèquement évolutives. contrairement à ce que l’on pourrait penser. Faire appel à des paradigmes éthico-esthétiques plutôt que scientifiques est indissociable d’une conception de la subjectivité en devenir et de sa capacité à produire elle-même sa reconfiguration. la bureaucratie. les paradigmes scientifiques sont encore. Éditions Galilée. empruntés aux sciences et.agencement de facultés. 6 . qu’une crise des modèles. bref d’une conception du sujet qui ne soit pas uniquement un jouet des forces biologiques. Paris. des modifications. Dans ce contexte-là. et l’interaction réciproque de chacun des autres plans. causal ou structurel. Tous ces modèles conduisent. pour la plupart. les finalités productives et l’ensemble des modes de sémiotisation de l’échange et de la distribution. à l’incapacité de saisir le nouveau. les conceptions équivalentes. le fascisme. aux sciences dures avec leur modèle déductif. sans pour cela qu’elle se positionne comme séparée d’elles. 1 GUATTARI Félix. à son terme ultime. Et si la crise politique n’était.

flux. et. foncteurs. donnez-nous une base énergétiquement quantifiable et nous y construirons la vraie science ». Éditions Les empêcheurs de penser en rond. C’est à partir de ce paradigme qu’un Sur-moi entropique s’est instauré qui a eu pour principal effet de mettre ceux qui en étaient affligés dans l’incapacité de percevoir un mouvement. et les deux à la fois. 7 . Le problème ne réside pas dans la production de subjectivité. esthétiques. Éditions Galilée. dans certains cas extrêmes. mettent en cause bien d’autres choses que des performances linguistiques : des dimensions éthologiques et écologiques.2 • il broie ces données énergétiques pour les débarrasser de tout trait spécifique et leur conférer un caractère uniformément convertible. On peut se représenter cette instance parasitaire comme une sorte de crabe épistémologique décortiquant les données dont il se nourrit en suivant toujours le même cérémonial : • avec l’une de ses pinces. niveaux. irréductibles à la sémiologie de la langue. p. la Musique.. Micropolitiques. celles qu’il circonscrit comme relevant du capital mis en cause . fondée sur les sacro-saints principes de thermodynamique. ce qui donnera. »1 Le sur-moi entropique • Il y a un « complexe des infrastructures.41. Cartographies schizoanalytiques.. une altération. • il réduit à l’état d’équivalent abstrait les données qui ont résisté à son entreprise d’énergétisation. Éditions Galilée. C’EST : Complexions énergético-spatio-temporelles 3 GUATTARI Félix. phylums et territoires n’ont d’autres fonction que de s’auto-engendrer et de muter en permanence. à mesure qu’elles devaient affirmer leur rôle dans la société industrielle : « Dans quelque domaine que ce soit. 4 GUATTARI Félix et ROLNIK Suely. 1989. plans.4 Le contrôle de la subjectivité passe alors par la mainmise de la sphère esthético-politique : celle-ci a de tout temps été technique et symbolique. le Capital. à savoir que les agencements sociaux concrets. l’ensemble des processus énergétiques eux-mêmes». par exemple. Politique • « Il nous faut donc en revenir à cette évidence simple. l’ensemble des affects et des représentations se rapportant à elles. Cartographies schizoanalytiques. mais que le projet du capitalisme mondial en est le contrôle. intensif. 1 GUATTARI Félix.Paris. politiques. • Tandis qu’avec son autre pince..Dynamique interne des cartographies (muter en permanence) et entropie du capitalisme Qualitatif. complexe dont les méfaits se sont exercés au sein des sciences humaines et des sciences sociales. 2 que Guattari appellera. qui ne s’insèrent pas volontiers dans les coordonnées de l’empiricité dominante. la Libido.57. • il met de côté.3 M ic ropol itiq u e s Production de subjectivité comme matière première et but de toute production Il s’agit de comprendre que la production de subjectivité est la matière première et le but de toute production quelle qu’elle soit. 1989. des composantes sémiotiques économiques. processus.68. et de pouvoir. une transformation.Paris. 2007. d’engendrer des multiplicités. p. non sans humour. qui est intimement liée aux systèmes sociaux. fantasmatiques. p. corporelles. de sorte que se trouvent totalement dissous et assimilés l’ensemble des singularités et des structures intrinsèques. machines. une multitude d’univers incorporels de référence.… • il confectionne un super-équivalent ( ou bouillie capitalistique) à partir de tous ces équivalents régionaux. n’importe quoi qui puisse être « expériençable » sans le rapporter à une même économie énergétique. et de s’opposer à la construction de subjectivité capitalistique. déterritorialiser pour reterritorialiser de manière contrôlée. mais combien lourde de conséquences. la Scientificité. Celui-ci est le grand vecteur d’entropie : le moins de mouvement possible et le plus d’inertie possible. et incarnée à travers une esthétique. comme seule réalité scientifiquement consommable.

Sentir suppose une faculté de sentir. 8 . dont les caractéristiques sont de muter. qui elle est toujours localisée. Toujours les deux. et jamais OU l’un OU l’autre. Les cartographies des forces débordent des territoires existentiels Les cartographies des formations subjectives donnent dès lors des modèles des forces en jeu et des interactions. Le sensible suppose et implique le politique : l’esthétique est le réquisit du politique. dans leur dimension répressive.Esthétique comme réquisit du politique Esthétique est donc pour Guattari l’enjeu majeur : le penser suppose un penser ensemble qui est un impersonnel –s’apercevoir soi-même est un impersonnel. qui sont toujours ET des rouages du capitalisme ET des individus. intérieur et extérieur. intense. et ne renvoie pas moins à un socle de sentir ensemble. OU OU ET ET : Le tiers inclus. Affects et introjection du pouvoir répressif. De même. Singulier et communautaire sont liés . de déborder des territoires existentiels. les appareils de l’État et du capital sont incarnés dans des êtres. tendue et dissensuelle. Il s’agit alors de toujours identifier l’ennemi.dont la discursivité en termes de territoires et d’univers de références. Les reproductions des modèles dominants renvoient donc nécessairement à une racine politique d’un « sentir partagé » à l’intérieur duquel n’en sont pas moins introjectées les structures sociales. est toujours fondé sur un affect. je suis toujours ET une production ET un possible de subjectivité libre. politiques et de pouvoir.

9 . Chaosmose. points de sortie Il y a donc au contraire des singularités qui sont aussi bien des individus que des collectivités. subjectivité implique les groupes sociaux. Subjectivité et émergence : ensemble de conditions et altérité subjective Subjectivité émerge d’un ensemble de réseau de forces formatrices : la subjectivité est • « l’ensemble des conditions qui rendent possible que des instances individuelles soient en position d’émerger comme territoire existentiel sui-référentiel. les ensembles économiques. qui sont toujours des émergences momentanées. Il faut concevoir des interactions politiques jusque dans les champs du savoir et les champs analytiques. En d’autres termes. ensembles économiques. 2 GUATTARI Félix. Guattari constate au contraire qu’elle dépend de plus en plus d’une multitude de systèmes machiniques. partielle. Éditions Les empêcheurs de penser en rond. Subjectivité polyphonique. des points de « sortie » qui sont autant de créations. Il s’agit d’apprendre à philosopher transversalement.21. S u bj e c tiv ité / S ing ul arité / I n div idu Individu comme produit du capital et singularité comme réquisit du politique Guattari martèle la distinction entre individu (en tant qu’isolat figé) et processus de subjectivation qui lui paraît indispensable afin de pouvoir aborder la question de l’interaction des plans. et machinique • La subjectivité a toujours été tenue comme éloignée de la matière et de ses rouages corporels. processuelle. La croyance en des « individualités » est fondée sur la séparation de ces individus de tous les réseaux de relations qui l’ont constitués et le constituent. par exemple. le support de nos pensées.… Singularité : processus. Guattari montre. etc. 1 GUATTARI Félix et ROLNIK Suely. collective. machines informationnelles. 2 . p. et dans le but d’être efficace. Micropolitiques. au contraire. 2007. Subjectivité signifie processus . en adjacence ou en rapport de délimitation avec une altérité elle-même subjective ». Éditions Galilée. Paris. A n al yse e t pol itiq u e : pre miè re tran s v e rs al ité : app re n dre à ph il os oph e r tran s v e rs al e me n t Guattari intègre les processus de subjectivation et les modes de subjectivation (avec l’inconscient et son cortège de catégories et de schèmes efficaces) aux processus politiques et à la philosophie. 2002. dont les systèmes de pouvoir et de contrôle sont intimement liés à la constitution de l’idée factice d’un individu libre et responsable. émergence. la question politique et analytique. qui eux impliquent groupes sociaux. que les individus sont « terminaux » par rapport aux processus de subjectivité. p. et inversement ne jamais abstraire les dimensions analytiques et psychiques des problématiques politiques. est en tout premier lieu pour lui le lieu de l’introjection de la pensée capitalistique. la définition que nous nous faisons de nous-mêmes. Individu comme produit du capital et inversion de perspective : une écologie politique ? L’individu est le produit de la culture de masse.290. III. « La problématique de l’analyse des formations de l’inconscient concerne des questions aussi fondamentales que. celle de l’avenir des mouvements de transformation sociale »1. les machines informationnelles. SUBJECTIVITÉ P ol itiq u e e t A n al yse .

La subjectivité est dès lors processus. sans pour cela qu’elle se positionne comme séparée d’elles. Micropolitiques. Attitude thérapeutique qui impliquera de changer de plan. … S u bj e c tiv ité e t De v e n ir : P roc es s us Subjectivité et composantes de subjectivation : vers la schizo-analyse et la logique des intensités Plutôt que de penser le sujet comme autonome. plus vous êtes aveugle sur les processus qui vous constituent et vous gouvernent. Il s’agit de séparer 1 GUATTARI Félix et ROLNIK Suely. politiques et culturelles qui l’ont constitué. Individu et pouvoir Les modes de production capitalistiques fonctionnent non pas uniquement sur le mode économique mais aussi et surtout à travers des modes de contrôle des processus de subjectivation. • L’éthologie (la dimension comportementale) de soin de l’entourage sur la constitution de subjectivité. sociales. Elle diffère actuellement en ceci : • Elle ne vise plus la singularisation au sein d’un milieu historico-social de référence • Elle est cachée : les systèmes de valeurs qui la sous-tendent sont de moins en moins facilement préhensibles • Elle est industrielle Retourner le modèle de la subjectivité occidentale :une attitude thérapeutique Changer de modèle (quitter le modèle des sciences dures) est faire appel à des paradigmes éthico- esthétiques plutôt que scientifiques est indissociable d’une conception de la subjectivité en devenir et de sa capacité à produire elle-même sa reconfiguration. Il s’agit au contraire d’accepter cette réalité et de l’incorporer. Le but du capital est de mettre en place la sujétion subjective qui soutiendra la sujétion économique. En d’autres termes. Que la subjectivité soit produite par des phylums machiniques processuels capitalistiques n’est pas en soi un problème. L a s u bj e c tiv ité c omme produ it du c apit al is me : re tou rn e r l e modè l e de l a s u bj e c tiv ité oc c ide n tal e ( Ou G u atta ri c h in ois ? ) Des preuves • L’irruption de facteurs subjectifs dans des champs politiques ou économiques. Ce qui change. • Qui est figé dans un processus identificatoire Rien de pire. « C’est l’essence même du profit capitaliste. Il s’agit donc de retourner le modèle de la subjectivité occidentale et de concevoir la subjectivité. Éditions Les empêcheurs de penser en rond. plus vous pensez être un individu. Cette grande fabrique capitalistique a toujours été là. Ce que vise le capital c’est l’intériorisation de structures. qui ne se réduit pas au champ de la plus value économique : elle est également dans la prise de pouvoir de la subjectivité »1. d’incorporer d’autres valeurs dans des discours figés ou qui tournent à vide. il est plus efficace de dégager ce que Guattari appelle « les composantes de subjectivation ». Subjectivité et Histoire : la grande fabrique capitalistique. 10 . puisque c’est la croyance en l’individu qui en fait les « consommateurs » des productions les plus dociles. • Qui est toujours au bout de la chaîne d’un processus. de valeurs inconscientes. 2007. p. • Le développement massif de productions machiniques de la subjectivité sont autant de preuves de la production de subjectivité.24. bref d’une conception du sujet qui ne soit pas uniquement un jouet des forces biologiques. un individu est • Quelque chose qui n’existe pas. donc. en tant qu’elle est produite par les instances individuelles et collectives. Subjectivité et Fabrication : individu figé et processus identificatoire Si les individus sont les produits du pouvoir.

végétaux. de ne plus opposer une pensée marxiste (des infrastructures et des superstructures. soit on tente de saisir la subjectivité dans sa créativité processuelle. ou de la compréhension de l’aliénation de l’homme) à une pensée psychanalytique (de l’inconscient archétypique figé et immuable). met en évidence les forces qui génèrent et recomposent sans cesse la subjectivité. par rapport à des processus de groupe. chercher le dissensus. extensions variables. Cette conception du sujet en termes de composantes dynamiques de subjectivation est indissociable de la mise en route d’une logique d’intensité qui traverse l’attitude écosophique. • La conceptualisation de ces composantes. C’est-à-dire chercher la faille. la finitude et la mort. … S u bj e c tiv ité e t Dé s ir L’inconscient multiple est partout : ne plus opposer pensée politique et psychanalytique L’inconscient est présent à toutes et dans tous les plans de la création de subjectivité. Affect est collectif : le sujet colle à l’objet Affect est collectif : le sujet colle à l’objet comme d’autres peuvent y coller aussi. celui-ci est fondamentalement en deçà du rapport sujet et objet. Il s’agit pour Guattari. sur fond de non discursivité. nous le verrons. Or il n’y a pas de discursivité sans affects. elle est aussi vers l’incorporation de devenir multiples. machiniques. Désir versus état machine .nettement les concepts d’individu et de subjectivité et de concevoir celle-ci comme un ensemble complexe et dynamique de vecteurs de subjectivation. dans une logique de la relation. Multiples strates de subjectivité : hétérogenèse. les ruptures. Désir avec état-machine Voir le désir comme jamais séparé de la construction de l’état en tant que machine. altérité. toujours. de rendre consensuel le pathique. et inconscient schizoïde La cogestion de la subjectivité est inséparable de multiples strates de subjectivité qui impliquent hétérogenèse. devenir animaux. mise en scène dis- positionnelle autorisant l’intelligibilité discursive. en bref un inconscient schizoïde. La subjectivité est donc tendue vers le devenir. par exemple. d’ensembles socio-économiques et de machines informationnelles. cosmiques. dans lequel l’individu est terminal. en termes de vecteurs de subjectivité. altérité. les éléments qui vont décaler un état figé. c’est-à-dire partout. extensions variables. La subjectivation neutre (sans affects) est la subjectivation normée sur le capital. Or. cette fiction qui se construit. S u bj e c tiv ité e t A u ton omie Réification ou créativité processuelle Soit on réifie. par exemple. Dimension évolutive et créatrice de la subjectivité sur fond de non-discursivité Cette dimension évolutive et créatrice de la subjectivité impliquant la fiction. L’affect prédiscursif est la racine de toutes les modes de subjectivation : subjectivation neutre et normose (le pathique consensuel) La dimension pathique de la subjectivité est systématiquement niée par le processus capitalistique dont le but est de lisser. L’affect est la racine de tous les modes de subjectivation. Parce que le processus de devenir déborde de l’être. voir l’état comme jamais séparé des désirs-machines qui le traversent. Processus et changements de plans : le devenir singulier déborde de ce qui est Le devenir singulier intéresse dès lors tous les plans et tous les champs de la société. et vers l’irréversibilité. 11 .

de l’identité ethnico-nationale…-et vers une reterritorialisation existentielle étroitement imbriquée à la fonctionnalité de l’ensemble du système. en fin de compte. sur un culte du familialisme haut de gamme. Autonomie et introjection du pouvoir répressif Dans quelle mesure dès lors reproduisons nous le processus dominant. Il ne s’agit plus d’identifier un ennemi externe mais aussi. Attendrions-nous une explication ? Le désir est mutant. Éditions Galilée. le même et l’autre : le désir mutant.Paris. celui de la neutralisation et de l’expulsion des singularités processuelles. celui de la méconnaissance active de la contingence et de la finitude et. Ce qui confère son caractère capitalistique à cet antagonisme c’est qu’il penche toujours. et assurément tout autant. dans le même sens. dans des directions opposées. …. de la garantie professionnelle. sur des compulsions sécuritaires purificatrices…) et les modèles structuraux de la psychanalyse. 1989. L’introjection du pouvoir répressif est la force la plus difficile à affronter. Pas du tout quelque chose qu’il faudrait vivre à vide ou refouler (ce à quoi tend le capital : à ramener le désir sur lui-même). interne.Objets partiels éthico-esthétiques : le désir. l’occurrence. mais un désir qui est toujours un désir d’autre. vers une déterritorialisation l’expulsant de ses terres natales –dans l’ordre de l’enfance. je le répète. Ce n’est certainement pas pour rien que l’on pressent une sorte de complémentarité entre les figures subjectives produites en série par la télévision. p. dans un progrès à rebours qui nous conduit vers toujours plus de platitude et de superficialité »1 1 GUATTARI Félix. en. de la filiation du cadre de vie. cette dimension traverse tous les plans du socius et des groupements politiques. Le trait commun. Déteritorialisation-Reterritorialisation: double tension • « L’histoire de la subjectivité capitalistique m’apparaît comme inséparable d’une double tension qui la tire. mais dans une similitude des procédures de déterritorialisations-reterritorialisations de l’énonciation et. 12 . (basées sur l’élimination de toute singularité dérangeante. par voie de conséquence. n’est pas à rechercher dans une correspondance de contenu.63-64. Cartographies schizoanalytiques. d’une infantilisation toujours plus marquée des protagonistes.

Cartographies schizoanalytiques. 1989. les isoler est la face de la « schizo-analyse » qu’il est indispensable de réagencer de manière à mettre au jour les transversalités et 1 RANCIERE Jacques. et nous l’avons vu. 1989. IV. 3 GUATTARI Félix.28. Paris. en vue de la création de nouvelles manières de vivre ensemble. ONTOLOGIQUE DES INTENSITÉS Con s e n su s . p. L’esthétique est dès lors une esthétique créative impliquant le jugement à propos d’agencements qui n’existent pas encore. Paris. par la négative. Les nouveaux agencements sont des possibilités de processus de subjectivation créatrice. Malaise dans l’esthétique. dis s en su s La sphère esthétique est politique : les agencements qui n’existent pas encore : le dissensus esthétique à la source du politique. »3 Faire exister ces plans dans leur autonomie. une tension interne au régime esthético-politique. Éditions Galilée.59. par la gigantesque fabrication de subjectivité orchestrée par les équivalences de valeurs et les fabrications de subjectivité normées du capitalisme : alors le dissensus doit être à la racine même de ce qui fait fonctionner le régime esthético- politique et le réorganise. Éditions Galilée. les cerner. Elle suppose un plan d’immanence qui implique toutes les intensités dans leur rapport de présupposition réciproque. il n’y a de l’autre singulier et du dialogue et de l’ensemble que dans la différence. • « La fonction transversaliste de ces objets ambigus… leur confère la possibilité de traverser les circonscriptions de temps et d’espace et de transgresser les assignations identitaires. La schizoanalyse déplace « les systèmes d’énoncés et les structures préformées vers des agencements d’énonciation capables de forger des nouvelles coordonnées de lecture et de mettre en existence des représentations et des propositions inédites ».132. Éditions Galilée. La sphère esthétique est soit habitée par une logique interne du dissensus autant que de la promesse du consensus. Dit autrement. Cette création est indissociable du dépassement de la réalité de ce qui prétend jusque-là la circonscrire. p. Il nous faut penser un sens commun dissensuel1. Cartographies schizoanalytiques. qui est dès lors énergétique • Le caractère inconscient et formateur de la relation structurale • Le mouvement sériel -ou multisériel. p. les comprendre. Ce possible apparaît. L e s é lé me n ts du S tru c tu ral is me Deleuze a indexé les éléments qui constituent une approche structuraliste • Le passage de la relation statique à la relation dialectique entre le réel et l’imaginaire Ceux-ci sont liés structurellement et pas uniquement « symboliquement ». Paris. • La définition Topologique de l’espace conceptuel Ils sont entrelacés dans la spatio-temporalité • Le Rapport différentiel des éléments symboliques Qui actualisent des différences qui logent dans l’intense . 2 GUATTARI Félix.de la structure même L a s c h iz oan al ys e c omme on to. 2004. dans un contexte problématique donné ».l og iq u e de s in te n s ité s Schizoanalyse • « Analyse de l’agencement des Agencements d’énonciation sur les productions sémiotiques et subjectives. 13 . 2 Ne plus cerner les objets : plan d’immanence et présupposition réciproque des intensités Logique d’intensité s’oppose dès lors au système. à tout le moins.

Paris. 1 Ces vecteurs « dissidents » sont dessaisis de leur fonction de signification habituelle. par sa conception même. économiques. accueil.3 Il n’existe que des processus de conscientisation diversifiés. Les trois écologies. hostilité. actifs (machiniques) -passifs (fluctuants). c’est-à-dire présence à soi monothétique échappant à toute référence d’altérité ou de mondanité. • « Je suis maître de moi et de l’univers participe du mythe fondateur de la subjectivité capitalistique ». sémiotiques mais non subjectifs (endocriniens par exemple). subjectifs/non-subjectifs. Subjectivité perméable La subjectivité n’est pas une entité transcendantale imperméable. Éditions Galilée. Éditions Galilée p. p. Sémiotiques/non sémiotiques. Les trois écologies. soin. Conscience absolue serait égale à inconscient absolu. • Il y a possibilité d’agencements nouveaux lorsqu’il y a rupture a priori a-signifiante du contexte d’univers. pour œuvre en tant que matériaux existentiels. sémiotiques subjectifs mais non conscients (territoires. Éditions Galilée. de calque. Conscience relative et inconscient absolu . les praxis écologiques s’efforceront de repérer les vecteurs potentiels de subjectivation et de singularisation »2. • « Alors que la logique des ensembles discursifs se propose de bien cerner ses objets.36. des sciences dures. « À chaque foyer existentiel partiel. 1989. Ces agencements sont toujours des ensembles (matériels-sémiotiques. toute une dynamique processuelle sensible de la création de la subjectivité intégrée au monde. Présence monothétique=inconscient absolu=conscient absolu La conscience est toujours relative à des agencements. sociales. en un modèle qui se reconstitue en permanence en fonction des plans et des singularités en jeu. Prendre en compte l’intensité des processus évolutifs : la logique des intensités est écologique : Elle est processus. la logique des intensités. individuels-collectifs. relatifs à des composantes organiques. ne prend en compte que le mouvement.… Les agencements sont multiples et surtout pas uniquement verbaux. un modèle qui demande une attitude « esthétique » inséparable de la conception que l’on construit du sujet. informationnels. Ils sont non-sémiotiques (biologiques).Paris. Agencements et micropolitique du sens : se faire et se défaire Les agencements sont toujours en train de se faire et de se défaire. C’est dire beaucoup plus que la proposition sartrienne qui se disant conscience de dit encore et toujours l’objet. ….) La schizoanalyse veut embrasser tous les agencements de manière extensive de codage. résultant de la déterritorialisation et de la reterritorialisation des territoires existentiels. ou l’écologique. Ceux-ci constituent un sur-moi scientiste qui traverse toute la société capitalistique. Les agencements excèdent toujours le sujet.36. qui en autorisent les assemblages composites. Briser le cloisonnement des savoirs La crise est une crise des modèles : il est important de ne plus aborder la subjectivité avec les modèles thermodynamiques. 3 GUATTARI Félix. l’intensité des processus évolutifs ». p. de moulage. d’empreinte. et non la relation. … et procèdera de la même manière avec les systèmes d’asservissement machiniques. et cette manière de penser génère.l’hétérogenèse qui sont par excellence les vecteurs de la subjectivité. La manière de penser le sujet nous fait déjà entrer dans la manière de le construire. L’ensemble se constitue en un modèle qui ne peut jamais être cerné. Cartographies schizoanalytiques. 2 GUATTARI Félix.39. linguistiques. 1 GUATTARI Félix. Il faut par conséquent remettre en question les institutions qui fabriquent la subjectivité. Paris. 14 . Intensifier les pôles et différencier au maximum Agencements multiples et non verbaux.

qui sémiotisent les activités intensives du plan d’immanence. 2 Le but est de rendre capable les cartographies capables de positionner les singularités et les processus de singularisations. La métamodélisation s’intéresse aux rapports entre les analyseurs : c’est une métamodélisation de rapports trans-agencements. intenses. p. Créer des passages transversaux entre différents modèles fait transférer les modélisations dans d’autres champs. 1 Hétérogenèse et interdépendance versus substance et hiérarchie Cette hétérogenèse est une logique anti-substantialiste.Paris. Processualité pragmatique et hétérogénéité radicale : une écologie psychanalytique ? La concaténation des quatre foncteurs préserve leur processualité pragmatique et leur hétérogénéité radicale. Ces régimes transversalistes. Paris. Ils n’ont pas d’identité propre : ils ne soutiennent leurs configurations et leur efficacité que par les rapports qu’ils entretiennent entre eux. Complexité et enrichissement processuel : travailler à la complexité vers l’hétérogénéité ontologique « La schizoanalyse. Les compléments. singulariser vers le méta-modèle : Traits intensifs. 15 . la politique et toutes autres régions de la connaissance et l’activité humaine. L a mac h in e on tol og iq u e e t l e s c artog raph ie s s c h iz oan al ytiq u es Les quatre foncteurs et la concaténation : présupposition réciproque et rapports efficaces.Transversaliser. d’identité.Néant) ou des arborescences hiérarchiques. Les modèles d’intensité donnent alors consistance à des agencements de subjectivité individuels : ils constituent une intensité ontologique : les entités adviennent sur le plan de consistance. 1 GUATTARI Félix. sont à constituer au carrefour de nouvelles pratiques analytiques. Ces traits intensifs sont ce qui à la fois singularise et transversalise l’existence. Éditions Galilée. Ce sont des pragmatiques ontologiques. Éditions Galilée. Ils ont un rapport de présupposition réciproque. les instruments de contestation et de transformation. 2 GUATTARI Félix. plan de consistance et advenir de la subjectivité. qui toutes engendrent des polarités (Etre.89. de tiers exclu et de continuité forgées par le capitalisme et ses mécanismes de subjectivations normés que la logique d’intensité peut donner une consistance à la fois locale (persistance) et transversale (transistance). Ce n’est qu’en dehors des logiques de causalité. ou. p. • « Les cartographies de subjectivité inconscientes devraient devenir les compléments indispensables des systèmes de rationalité ayant cours dans les sciences. Le plan de consistance est le lieu des agencements. dont l’élucidation ne relève plus des traitements logiques habituels». à son enrichissement processuel à la prise de consistance de ses lignes virtuelles de bifurcation et de différentiation. Enfin. à tout le moins. La Subjectivité advient lorsqu’il y a passage du plan d’immanence au plan de consistance. Dissensus et douceur : ou comment faire attention à ce que l’on fait : ou tout aussi bien accélérer et ralentir Ontologie : Plan d’immanence. existence. Une immanence radicale qui se refuse de partir d’une dualité. tiers inclus. Là est la décharge ou la recharge d’énergie. plutôt que d’aller dans le sens des modélisations réductionnistes qui simplifient le complexe. esthétiques et sociales. Chaosmose. créant des intensités entre des problèmes de différentes natures. Cartographies schizoanalytiques. travaillera à sa complexité. d’irremplaçables instruments d’éclairage et de lecture de zones d’hyper complexité.51. 2002. intensité. le cas échéant. bref à son hétérogénéité ontologique ». Ces quatre foncteurs sont constitués. Déterritorialisation va avec la non-séparabilité des entités : le processus n’est possible que parce que les entités sont non-séparables. 1989. ou d’une trinité.

capital. Guattari inverse la question substance-attribut. évolutives et existentielles des trois autres domaines. signifiant. et fondement : inversion substance-attribut Cela permet et engendre une prolifération. T erritoi re s Territoires existentiels Sont toujours des processus de territorialisation. U n iv e rs de Val e u rs.reterritorialisation • Référence intrinsèque : matrices existentielles • Entité sémiotique : territoires sensibles ou découpes Flux Les flux sont des économies (Libido. et président aux lois et évolutions objectives. • Référence intrinsèque : Constellations d’univers • Entité sémiotique : Noèmes Phylums Les phylums sont abstraits. elles sont terminales. disposés en rhizomes. • Référence intrinsèque : Propositions machiniques • Entité sémiotique : Rhizomes machiniques VOIR SCHÉMA Actuel-Virtuel Réel –possible Flux : du réel actuel Phylum : du possible actuel Territoire : du réel virtuel Univers : du possible virtuel Un flux déterritorialisé devient un Phylum Un territoire déterritorialisé devient un univers Un Univers de conscience territorialisé devient un territoire Un Phylum territorialisé devient un flux Un univers de conscience discursif devient un phylum (proposition) Un territoire discursif devient un flux (énergie) Les vecteurs de discursivité sémitiques et non-sémiotiques Les niveaux de l’inconscient L’affect source et L’hétérogenèse processuelle 16 . c’est-à-dire inaccessibles. Ses objets sont des bifaces sujets objets qui ne peuvent être identifiés. travail). La logique des foncteurs est une logique d’auto-référence. Auto-transcendance et auto-poïétique à la dynamique interne : fonction et réorientation.Prolifération infinie. trans-entitaire. • Référence intrinsèque : matière de contenu • Entité sémiotique : Diagrammes ou complexions Univers de valeurs : univers conscientiels ou incorporels Les univers de valeurs échappent aux coordonnées énergétiques locales. à vrai dire infinie. à travers un transfert existentiel : C’est lorsque l’on fait de son existence des fonctions que l’on peut la réorienter Fl u x . et une absence de priorité d’une essence sur une autre. Leurs entités sont disposées en constellation et sont toujours des processus de conscientisation. Ils sont matériels ou signalétiques. • C’EST UNE ONTOLOGIQUE DE L’INTENSE QUI NE PEUT DES LORS QUE ETRE ASSUMÉE. trans-entitaire. matricielle. ils sont passifs. et donc d’intensité. Les entités dynamiques existent : les entités substantielles sont des abstractions. M ac h in es . matricielle.

Chaosmose : chaos+cosmos. alliance du chaos matriciel et des plans de complexification hétérogénétiques 17 .

pluralité de l’Etre Guattari conçoit une machine abstraite. dont la technique n’est qu’un aspect. entropie. subjectivité et capital Les machines informationnelles du capital travaillent directement à la production de subjectivité à travers les dispositifs statistiques et de modélisations empruntées aux sciences dures. Transportant des sémiotiques non signifiantes. autopoïèse. en une phylogenèse qui est le signe de l’irréversibilité de l’histoire. destruction. Pas de machines sans agencements. Machines abstraites : foyer proto-subjectif d’énonciation. et de resingulariser les communautés. Tout au contraire. Machines court-circuit Les machines court-circuitent les anciens processus de subjectivation : elles soustraient des gestes et demandent de plus en plus d’abstraction. une autopoïèse. un effet de feed- back. précarité. Complexité processuelle Machine est complexité processuelle : contre structure. Préservation de soi et Transcendantal : aliénation et libération Refuser la transcendance. de singularité et de nécessité. Machines. Machine abstraite implique alors un foyer proto-subjectif d’énonciation. feed-back. mais surtout les hétérogénéités. Machines-phylums à la phylogenèse propre . pluralité. Les machines sont autopoïétiques car elles sont toujours humaines : elles sont liées au socius. Toute machine fait marcher sa propre phylogenèse et les agencements humains correspondants. et donc avec finitude. Machines et Humanité : Humanité-Terminal-machine et Valeurs immanentes aux machines Les valeurs sont immanentes aux machines. qui ont une phylogenèse propre. autopoïèse. il y a des flux qui échappent encore aux machines capitalistiques. rétroaction. Guattari ne cherche pas à aider la subjectivité à comprendre les raisons de l’aliénation et à intégrer les super et les 18 . mort. Cette phylogenèse ne peut plus être biffée par la suite. et peut-être même apolitique. M ac h in e s Machine comme équipement collectif de subjectivation double : proto-subjective et créatrice La machine a toujours été double. Elles soutiennent la pensée et donnent à penser. aux structures. L’idée de « bien-être » est peut-être une des idées les moins productives : elle inscrit la subjectivité dans une auto-contemplation d’elle-même qui est improductive. Les machines se relient en une seule gigantesque machine dans laquelle toutes les machines s’insèrent. La machine court-circuite la mémoire. qui traverse toutes les composantes hétérogènes. mais elle contient aussi dès lors la possibilité de nouveaux agencements. multitude. Les machines sont des phylums autopoïétiques qui singularisent le mouvement de l’histoire. I n c orpore r : de s P rax is Recomposer de lignes de praxis humaines Afin de resingulariser les individus. un caractère d’ouverture processuel. aux systèmes. Dès lors l’humanité se structure au terminal du monde machinique-technique. irréversibilité. en d’autres termes tout mécanisme fabriqué de préservation d’un Soi. non verbales. et selon un principe d’irréversibilité. singularité. Irréversibilité de l’histoire humaine Elle est une émergence continue de sens nouveaux. Les phylums machiniques sont toujours des ensembles techniques. une pluralité de l’Etre dans la multitude de ses composantes. il faut accepter l’idée de production de subjectivité. hors de tout trait unificateur. Elle est toujours processus de fabrication de la subjectivité : elle est proto-subjective et supporte les processus subjectifs : la machine est un équipement collectif de subjectivation et possibilité d’énonciation.

les devenirs végétaux.infrastructures qui l’ont arrêtée dans la définition d’elle-même. animaux. inventer. Incorporer à l’extrême pour singulariser à l’extrême Incorporer dès lors aussi des objectifs unificateurs dans les nouveaux paradigmes. cosmiques. L’essentiel pour l’humain est d’incorporer au maximum tous les devenirs qui ne sont pas leur. dans leurs transversalité et sans exclure les singularités. une création ontologique dynamique. Il importe dès lors de se réapproprier les machines. … Ce paradoxe apparent est l’antidote à une pensée de cloisonnement et d’opposition : incorporer au maximum pour se singulariser au maximum. mais à se réapproprier. créer les fonctions qui vont permettre la réorientation. 19 . Se réapproprier les structures de production de la subjectivité et les machines L’introjection des structures du pouvoir répressif par les individus et les groupes implique de se réapproprier les structures de production. qui toutes sont le support de l’histoire. les systèmes de production d’économies subjectives.

Sa fonction poïétique de base est de fabriquer des savoir-être autrement. sans la promotion d’un nouvel art de vivre en société »1.38. de catastrophes écologiques. d’intensité de vecteurs) qui en fait une question urgente mais surtout appelant d’autres modèles. Instaurer la processualité et l’altérité . Instaurer des percepts et des affects : des savoir-être L’art procède par rupture processuelles. 1 GUATTARI Félix. de structuralisme en devenir. l’écosophie mentale. En écologie. LA MACHINE ÉCOSOPHIQUE COMME MÉTA-MODÈLE ESTHÉTICO-POLITIQUE E s th é tiq u e e t A rt Art refuge L’art reste aujourd’hui un des derniers refuges. Il est un noyau de résistance au laminage des subjectivités de l’entreprise capitalistique. Technique et Médias : production de subjectivité : élaboration de foncteurs transversaux et mise à l’être La conception de la production de la subjectivité nous impose la nécessité d’élaborer de foncteurs transversaux de mise à l’être et d’une reprise en main de l’existence. 20 . entendue comme une science des relations. de foyers de différentiation. Il ne produit pas des concepts mais des percepts et des affects. qui ont tendance à être lissés. et se dessine comme un méta-modèle permettant d’articuler les autres modèles et de les rendre opératoires : elle n’est dans ce sens rien d’autre que le paradigme esthético- politique sous l’égide de laquelle s’articulent les différents plans. équivalorisés. universalisés. Il s’oppose ainsi à l’équivaloir généralisé du capital. te c h n iq u e s. mé dias Transversalité et écologie La question écologique n’est pas supérieure aux autres problèmes. L e s trois c h amps Une même visée esthético-politique Une même visée esthético-politique traverse l’écosophie matérielle. qui permet de respecter et d’inclure toutes les singularités. c’est-à-dire d’instaurer la processualité et l’altérité. Éditions Galilée. L’art crée des affects et des percepts mutants. V. • Il ne se place ni sur le plan d’immanence ni sur le plan de référence. l’écosophie sociale. 2002. L’attitude esthético-politique se doit d’indiquer les lignes de recomposition des praxis humaines dans les domaines les plus variés et surtout au croisement de ces domaines. C’est lui qui résiste le plus à la reterritorialisation organisée. de famines. Objectif unificateur une pensée des rapports L’écologie est l’objectif unificateur par excellence. à la racine de toute discursivité. de pollution mass-médiatique. doit passer par une réappropriation des médias et des techniques. Cette « écosophie » est la transversalité nécessaire pour réarticuler les trois plans d’une éco-logie. des devenirs. p. « On ne peut concevoir de réponse à l’empoisonnement de l’atmosphère et au réchauffement de la planète sans une mutations des mentalités. de pollution. il faut changer de plan. É c ol og ie : T ran sv e rs al ité. mais dans la composition. Paris. Prendre en compte les risques dramatiques et mortels d’armement. Parce que ce sont les rapports qui aujourd’hui se dégradent. Chaosmose. qui est une INSTAURATION. mais possède une dimension de transversalité (d’interaction de plans. Interfaces : affects et percepts mutants Les sujets-objets esthétiques sont des interfaces. de misères. obj e c tif u n if ic ate u r.

La terre est un monde fini. une même attitude esthétique doit être réinventée pour les mettre en mouvement et permettre la production d’existence humaine dans les nouveaux contextes historiques. apparaît dès lors comme un foyer terminal qu’il n’est possible de reconfigurer qu’en considérant les structures qui le forment et les flux dans lesquels il s’insère. la poésie. une même visée éthico-politique traverse ces champs. Chaosmose. attitude inséparable de la redéfinition de la subjectivité et de sa conception. Ecosophie mentale L’écologie mentale cherchera à réinventer « les rapports du sujet au corps. Réinventer des micropolitiques qui. Paris. au temps qui passe. c’est réinventer les façons d’être en couple. Mais aussi l’écologie environnementale doit étendre la question écologique à tous les types d’environnements et se poser la question. au mystère de la vie et de la mort […] tout en cherchant des antidotes à l’uniformisation mass-médiatique et télématique »2. L’environnement est à réinventer. Paris. par exemple. • Ecologie matérielle et protection de la nature Dès lors la question environnementale dépasse de très loin le cadre de la protection de la nature. et de manière urgente. Cette écologie sociale se construit en permanence à la condition d’être conçue en tant qu’expérimentation. que l’on se doit d’analyser pour mieux les penser.22. et par conséquent assumer et envisager celui-ci comme étant à réinventer. Éditions Galilée p. s’ouvrent aux autres singularités en créant des rapports différentiels qui ouvrent l’existence et font advenir l’être. plutôt que dans celui d’un usinage mass-médiatique synonyme de détresse et de désespoir »1. Éditions Galilée. ni n’évitera les catastrophes. Une attitude est en jeu. 1 GUATTARI Félix. conçue comme aux croisements des vecteurs qui la constituent. sociale et mentale. mais des enjeux multipolaires. et ensuite les réarticuler autrement. E c os oph ie c omme an tido te L’esthético-politique est l’égide d’une écologie environnementale. Les trois écologies. La subjectivité. en ville… C’est reconstruire l’ensemble des modalités de l’être en groupe à tous les niveaux. p. au travail. construit. Aucune solution de protection de la nature ne résoudra le problème. Dès lors.Distinction et articulations : une attitude et des enjeux multipolaires entrelacés Mais plus encore. tout en s’auto-référençant. en famille. Non plus un enjeu. des politiques. Concevoir une écologie environnementale élargie. de toutes les espèces envoie de disparition que sont le cinéma d’auteur.21. entrelacés. culturel. la distinction de ces trois domaines entraîne trois modes de penser les relations et les articulations dont le but est de « se pencher sur ce que pourraient être les dispositifs de production de la subjectivité allant dans le sens d’une re-singularisation individuelle et collective. 21 . 2002. sociales et culturelles que nous connaissons Ecosophie matérielle Accepter l’idée de production de l’environnement. inséparable des approches des problématiques environnementales. depuis le microsocial jusqu’au niveau international. des paysages. 2 GUATTARI Félix. historique. indissociable aujourd’hui de l’histoire des techniques. Le mouvement est double : l’écologie environnementale doit se tourner vers l’environnement comme un environnement produit. Le corps social est le lieu en permanence « mutant » des réagencements. c’est accepter de concevoir l’environnement comme une culture : un paysage. … Ecosophie sociale Réinventer le social.

pourvu que ces axiomatiques soient efficaces : toutes les transversalités brisent le cloisonnement et la segmentation des savoirs et les remplacent par une auto-affirmation ontologique qui s’enracine dans l’intense. située. s’impose autant qu’une écologie matérielle. Une écologie du virtuel. . en mutation. Paris. pour l’essentiel.33. Les trois écologies.36. « Plutôt qu’une logique d’ensembles discursifs. Les trois écologies. Éditions du Seuil. Paris. un modèle qui se place à l’intersection de la subjectivité à l’état naissant. régis.72. • Prendre cette visée esthético-politique parce que c’est la visée même du capital dans sa fabrication des subjectivités. Il est une recomposition des pratiques sociales et individuelles au sein de ces trois plans. Ecosophie l’assume parce qu’elle les a toutes. s’ils agissent dans le sens de réarrangement des flux. Les trois écologies doivent alors se déprendre des paradigmes pseudo scientifiques. « On ne peut s’en remettre aveuglément aux technocrates des appareils d'état pour contrôler les évolutions et conjurer les risques dans ces domaines. La logique de l’écosophie doit être différente : elle doit instaurer une logique des intensités qui décide de ne plus cerner ses objets. Éditions Galilée p. Modèle permettant de se saisir de la subjectivité ou de groupes sociaux à la fois comme toujours à l’intérieur d’un ensemble de vecteurs qui les font apparaître sans jamais les réduire à ces vecteurs.pol itiq u e c omme mé ta. le processus de mise à l’être des singularités. 1 GUATTARI Félix. • Esthétique comme antidote. sociale et culturelle. E s th é tic o. Les trois écologies. d’agencement de territoire. Autonomie et Connaissance. mais aussi enjeu de régénération politique. Éditions Galilée p. Elle les prend toutes et les intègre toutes dans des agencements transversalisants toujours renouvelés. Paris. 2 GUATTARI Félix. c’est-à-dire à l’intersection de sphères qui elles-mêmes sont conçues et perçues comme en changement. d’univers de valeurs qui se recomposent sans cesse. mais décide de prendre en compte le mouvement. du socius à l’état mutant. s’ils permettent de mettre au jour la dimension auto-poïétique3 qui est toujours à l’œuvre à l’intersection des écosystèmes de flux matériel. du social et du politique. le méta-modèle se construit sur l’intégration de tous les modèles existants qui peuvent être employés s’ils sont opératoires. par les principes de l’économie de profit »4. 3 Dans le sens d’auto-fondation créatrice. de l’environnement au point où il peut être réinventé La nature ne peut plus être séparée de la culture : il faut donc élaborer un modèle transversal qui traverse les écosystèmes.modè l e : é c os oph ie c omme on tol og ie Le méta-modèle comme une articulation esthético-politique entre les trois plans de l’écologie environnementale. le processus évolutif. qui se propose de bien cerner ses objets »2. de l’environnement au point où il peut être réinventé »1. Le méta-modèle esthético-politique vise à briser le cloisonnement entre les savoirs en se refusant à laisser les sciences et les techniques en dehors de toute question éthique ou politique. les univers de référence sociaux et les univers de valeur. un modèle qui se place à l’intersection « de la subjectivité à l’état naissant. des échanges sociaux et des flux sémiotiques. contrepoison à l’esthétique déterritorialisante-reterritorialisante du capitalisme. Ecosophie est science des écosystèmes. 4 GUATTARI Félix. Le méta-modèle esthético- politique se pose dès lors dans sa dynamique propre de modèle à jamais insaisissable autrement que comme moteur et « protection » nécessaire contre tout arrêt du processus de subjectivation. intègre les foncteurs dans leur intensité processuelle. du socius à l’état mutant. Paris. 1989. Éditions Galilée p. voir Francisco VARELA.• Ecosophie injecte les questions politiques molaires dans le moléculaire. qui se réagencent sans cesse sous l’égide esthético-politique d’une écosophie. Aucune discipline ne peut avoir d’axiomatique autonome. 22 . dynamise les agencements dans une perspective qui est toujours locale. engendrement des conditions de création de subjectivité.

Les paradigmes auxquels il se réfère ne sont plus des paradigmes scientifiques qui.174 23 . logique des intensités des processus évolutifs. L og iq u es de s in te n s ités Logique des intensités intégrée dans la sensibilité de l’Autre. qui n’empêchent pas sa re- singularisation. de la créativité. si elle est le lieu de la fabrication des subjectivités. L’esthétique est l’ enjeu de régénération politique de l’être. un cadre de règles. dans une sensibilité constituée et constitutive de l' unité affective du monde . la conception de la sphère esthético-politique porte en elle le germe d’une pensée philosophique engagée dans le désir de la transformation du monde. Le méta-modèle est politique parce qu’il est une logique du sensible déjà intégrée dans la sensibilité de l’autre. Cette conception est tout autant une attitude qui met en route une logique d’intensité visant la transformation de la vie intérieure du sujet en mettant l’accent précisément non sur des concepts figés qui prétendraient apporter la solution. un passé. du nouveau. 2002. des discours et des actes Engagée dans la transformation du monde. Chaosmose. mettant en lumière les composantes de subjectivation. comme un croisement de vecteurs toujours historiquement et temporellement « subjectivé ». une logique de l’intense qui est du sensible conscient de sa sensibilité. fait apparaître une tout autre logique que la logique des modèles causals ou structurels : une logique de l’intensité qui est une logique du sensible intégré dans son environnement dans un lieu et un temps donné. l’obsession du taux de croissance. Paris. L e para dig me e s th é tic o. économiques. L’Etre dans la tension Elle s’installe dans cette tension sensible pour concevoir la subjectivité individuelle comme le terme toujours renouvelé de ces composantes. recevant et construisant dès lors son cœur intense au moyen de l’ensemble de ces vecteurs. Éditions Galilée. mais sur l’interrelation entre des subjectivités en train de se réagencer au sein d’un corps social en permanence mutant.C’est dès lors l’être lui-même qui bourgeonne C’est dès lors l’être lui-même qui bourgeonne1 en une mise en circulation d’instruments de transversalité.pol itiq u e c omme lie u de pro du c tion de l a s u bj e c tiv ité Le méta-modèle esthético-politique. La seule finalité acceptable des activités humaines est la production d’une subjectivité auto-enrichissant sans cesse son rapport au monde ». et les ré-informant en permanence. conduit à de monstrueuses absurdités. est aussi un devenir qui n’est pas seulement historique : c’est d’elle qu’il faut partir pour construire de nouveaux paradigmes opératoires. en réifiant les entités psychiques. les blocs de désir (percepts et affects) comme seuil d’intégration . Le méta-modèle esthético-politique se refuse à la neutralité des actions. « La production pour la production. manquent les dimensions créatrices des processus de subjectivation. Logique des intensités et individu terminal Cette logique des intensités voit dans le processus de subjectivation l’individu comme terminal par rapport à toutes les composantes collectives. Elle est inséparable d’une conception de la subjectivité en termes de composantes dynamiques de subjectivation. 1 GUATTARI Félix. La sphère esthético-politique. mais aussi toujours « subjectivant ». culturelles ou idéologiques qui la constituent.p. Penser en termes de vecteurs permet une conception de l’individu en devenir qui se construit lui-même mais toujours en relation avec un matériau donné. que ce soit sur le marché capitalistique ou en économie planifiée. De l’unité affective du monde.

Chaosmose. • « La chair de la sensation et la matière du sublime sont inextricablement liées». Nous avons en partage le sensible parce qu’il se réajuste en permanence. 2002. et devenir historique. et qu’il a une histoire.• L’ontologie de l’esthético-politique réside dans la conception de l’être comme réajustement permanent. L a c h aos mos e c omme f oye r imm an e n t h o mog é n é is an t de l a c ompl e x ité proc e s s u el l e de l’ h é té rog en è s e de l’ ê tre e n de v e n ir. Éditions Galilée.p.1 1 GUATTARI Félix.133 24 . Paris.