UNIVERSITE DE PARIS VIII SAINT DENIS

Département de Psychanalyse

FRANCIS BACON : Au-delà du miroir

L’image, le corps et l’imaginaire dans l’art et dans la psychanalyse

Mémoire de D.E.A. soutenu par
Jeanette VALINAS

Sous la direction de Mme Marie-Hélène BROUSSE

Septembre 2002

1

« Dans le miroir deformé de l’art la réalité apparaît indeformé »

Kafka.

2

TABLE DES MATIERES

Remerciements 5

Préambule 6

1. L’image et l’imaginaire chez Jacques Lacan de 1936 à 1953 7

1936 : Au-delà du principe de réalité 8

1938 : Les Complexes familiaux dans la formation de l’individu 9

1946 : Propos sur la causalité psychique 14

1948 : L’agressivité en psychanalyse 15

1949 : Le stade du miroir 17

1953 : Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse 19

1.1. Brève conclusion 24

1.2. Perspective de l’image, l’imaginaire et le corps dans la

clinique lacanienne de 1936 à 1953 25

2. L’image et l’imaginaire chez Jacques Lacan de 1953 à 1960 32

1953 - 1954 : Séminaire I, Les écrits techniques de Freud 32

1954 - 1955 : Séminaire II, Le moi dans la théorie de Freud

et dans la technique de la psychanalyse. 43

1955 : La Chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse 53

1955 – 1956 : Séminaire III, Les psychoses 55

3

1956 – 1957 : Séminaire IV, La relation d’objet 59

1957 – 1958 : Séminaire V, Les formations de l’inconscient 60

1958 – 1959 : Séminaire VI, Le désir et son interprétation 62

1960 : Remarque sur le rapport de Daniel Lagage 64

1960 : Subversion du sujet et dialectique de son désir dans l’inconscient

freudien. 66

2.1. Brève Conclusion 68

2.2. Perspective de l’image, l’imaginaire et le corps dans la

clinique lacanienne de 1953 à 1960 70

3. L’image et l’imaginaire chez Jacques Lacan de 1960 à 1969 84

1961 – 1962 : Séminaire IX : L’identification 84

1962 – 1963 : Séminaire X : L’angoisse 86

1963 – 1964 : Séminaire XI : Les quatre concepts fondamentaux

de la psychanalyse 88

1964 – 1965 : Séminaire XII : Problèmes cruciaux pour la psychanalyse 90

1968 – 1969 : Séminaire XVI : D’un Autre à l’autre 92

3.1. Brève Conclusion 97

3.2. Perspective de l’image, l’imaginaire et le corps dans la clinique

lacanienne de 1970 à 1980 98

4. L’image et l’imaginaire chez Jacques Lacan de 1970 à 1980 105

1973 – 1974 : Séminaire XXI : Les Non-Dupes Errent 105

1974 – 1975 : Séminaire XXII : R.S.I. 111

4

1975 – 1976 : Séminaire XXIII : Le Sinthome 114

1975 : Conférences et entretiens dans les Universités Américaines 116

1976 – 1977 : Séminaire XXIV : L’insu que sait de l’une-bévue s’aile

à mourre. 120

4.1. Brève Conclusion 127

4.2. Perspective de l’image, l’imaginaire et le corps dans la clinique

lacanienne de 1970 à 1980 129

5. Francis Bacon

5.1. Vie et Œuvre 133

5.2. Références visuelles et littéraires de son œuvre 143

5.3. Le style particulier de Bacon 150

5.4. L’image du corps chez Francis Bacon 154

5.4.1. La déformation 155

5.4.2. Le cri, la bouche ouverte 159

5.4.3. Les figure anthropomorphes 162

5.5. Deux au-delà dans l’œuvre de Bacon et dans l’art contemporain 169

5.6. Quelques repères cliniques sur Francis Bacon 175

6. Conclusion 188

7. Bibliographie 194

8. Table des illustrations 199

5

Remerciements

Je remercie très spécialement Madame Marie-Hélène Brousse, pour ses

enseignements, son temps, et ses remarques. Merci beaucoup.

6

Préambule

Les concepts du corps, l’image et l’imaginaire nous semblent reprendre un

poids fondamental à l’époque actuel où nous habitons.

Dans ce travail nous essayerons de saisir ce qu’il en est du corps et de

l’image dans la psychanalyse et dans l’art contemporain.

Nous étudierons les dits concepts chez Jacques Lacan, dans toutes les

époques de son enseignement, de 1936 à 1980, en essayant de saisir toutes les

modifications suivis à partir de sa théorie, et les conséquences de ces

réformulations dans la clinique analytique.

Ensuite, nous étudierons le travail artistique d’un des peintres

contemporains plus importants de notre époque, Francis Bacon, qu’a proposé une

théorie sur le corps et l’image, notamment intemporelle à son époque, mais qu’a

modifié après tous les codes et paramètres de l’art, en ce qui concerne le corps

humain.

Notre intérêt n’est pas appliquer la psychanalyse à son œuvre, et non plus

parler d’art ; notre intérêt c’est de saisir l’enseignement sur le corps que la

peinture peut proposer à la psychanalyse, la peinture comme un exemple de la

façon dont les êtres parlants, les parlêtres, se réfèrent, traitent, et conçoivent son

corps dans l’actualité.

7

L’IMAGE ET L’IMAGINAIRE CHEZ JACQUES LACAN

De 1936 à 1953

Quand nous parcourons les textes de Lacan, qui précédent les années 1953

– 1954, c’est-à-dire, tous les textes écrits entre « Le stade du miroir », présenté au

Congrès de Marienbad à 1936, (qui n’a jamais été publié), et son Séminaire I, qui

date des années 53 – 54, nous ne trouvons jamais l’expression « l’imaginaire »

comme un substantif indiquant un lieu, un ordre ou un registre, nous trouvons

« imaginaire » comme un adjectif qui indique que quelque chose est méconnu ou

qui indique des traits illusoires, par exemple, « identification imaginaire »,

« objets imaginaires », « formes imaginaires du corps » ou « impasses

imaginaires »1. Cependant nous trouvons dès le début l’expression « imago »,

terme emprunté à Jung, apparu dans Métamorphoses et symboles de la libido,

1991 ; et même « l’image », définie comme des représentations inconscientes :

« l’image de la mère », « l’image du père », « l’image du corps », etc.

C’est alors l’image qui fait fonction inaugurale pour Lacan, et bien que ces

textes aient été écrits avant les années 1953-1954, date de son premier séminaire,

ils sont quand même les premières élaborations théoriques de Lacan, et on y voit

déjà apparaître les premières intuitions qui deviendront après, les notions

fondamentales de sa théorie psychanalytique.

1
Lacan, J., Autres Ecrits, Seuil, pp. 23 –84.

8

Lacan n’a pas donné l’article au compte rendu du Congrès. qu’il appelle « fonction informatrice ».2 C’est avec l’image que Lacan débute. 77 9 . Même pour l’analyse. qui la réduisaient à sa fonction « d’illusion ». où Lacan inaugure son enseignement avec son premier texte sur « Le stade du miroir ». car Lacan la propose comme la cause du transfert. « Au-delà du principe de réalité » des traces de son enthousiasme par des phrases comme « L’image c’est un phénomène extraordinaire. Seuil. et même après le texte n’a jamais été publié. au Congrès de Marienbad. Ecrits. ainsi. Dans ce texte Lacan attribue l’importance de l’image à la « complexité de sa fonction ». surtout dans quelques lignes de son article sur la famille paru en 1938. le plus important de la psychologie »3.. nous pouvons remarquer dans ce premier texte de 1936.1936 : « Au-delà du principe de réalité » L’image : « c’est un phénomène extraordinaire » « c’est la cause du transfert » C’est en 1936. J. Il refuse et critique la conception de l’image qu’avait l’associationnisme à l’époque. dans la mémoire et dans le développement du sujet. 185 3 Ibid.. l’exposé a été interrompu par Jones dix minutes après le début de l’intervention. Mais lui–même dit que nous pouvons trouver l’essentiel dans ces premiers écrits. l’image c’est le centre et le cœur de toute l’expérience. Il définit le transfert comme un transfert imaginaire d’une image archaïque (« image du père 2 Lacan. p. l’image a fonction d’information dans l’intuition. p.

Il propose par contre. J. « l’imago maternelle » comme la première image. J. p.) sur la personne de l’analyste. dit-il. ni de narcissisme. 1938 : « Les Complexes familiaux dans la formation de l’individu » Les images : « sont des représentations inconscientes » « sont des éléments fondamentaux du complexe familial » Dans ce texte Lacan utilise presque toujours le terme « imago » à la place « d ‘image ». 34 10 . dit-il. de l’adulte tout puissant. Seuil. car il n’y a pas « d’image du moi »5. 33 6 Ibid. etc. puisque le moi n’est pas constitué à cette époque là . dans 4 Lacan. « cette image que l’analyste substitue pour le sujet c’est la cause du transfert »4. tendre ou terrible ». et la définit pour la première fois comme une « représentation inconsciente » et comme un élément fondamental du complexe familial. en conséquence la première représentation inconsciente pour l’enfant. Et. Cette image ainsi constituée. qui est représenté pour le complexe de sevrage. Ecrits. qu’il refuse la possibilité de parler d’auto-érotisme comme Freud l’a fait. « domine toute la vie de l’homme »6 et reste toujours comme base dans les procès mentaux. Il parle pour la première fois de « l’image du moi » quand il dit. 84 5 Lacan. p.ou de la mère.. en parlant des six premiers mois de vie de l’être humain. Autres Ecrits. p. Le fond du sevrage humain c’est la prématuration de la naissance.

qui est même. Ce stade. « que chaque partenaire confond la patrie de l’autre avec la sienne propre et s’identifie à lui »11. c’est le moment où le sujet regarde sa propre image. la source du désir de mort.le sens biologique. Autres Ecrits. c’est un paradoxe. la reconnaissance de l’image de l’autre dans sa propre image vue dans le miroir. apparaît « le stade du miroir »10 comme réponse au déclin du sevrage. 40 11 Ibid. p. p. 31 8 Ibid. « complexe d’intrusion ». Ce stade est ainsi. et donc. c’est une métaphore.8 On voit apparaître dans le masochisme primaire un malaise que l’enfant tend à rétablir. à ce moment là. p. mais.. 40 10 Ibid. que Lacan appelle aussi. après ses six premiers mois de vie. p. c’est la première identification du sujet à un autre qui est à la fois lui-même... l’image du miroir c’est une image réflexive où on se reconnaît soi-même dans l’autre. 38 11 . 7 Lacan J. « le sevrage laisse dans le psychisme humain la trace permanente de la relation biologique qu’il interrompe »7. dit-Lacan. comme le montre l’exemple bien observé par Freud du « Fort – Da » : c’est la joie de l’enfant de rejeter un objet hors du champ de son regard et le retrouver après. C’est bien donc un complexe vécu comme un malaise. ainsi l’enfant reproduit inépuisablement le pathétique du sevrage. dit Lacan. p. dit Lacan.. « il triomphe puisque maintenant il est actif dans sa reproduction »9. A la suite de ce drame. dit Lacan.. 36 9 Ibid. et le fond du jeu c’est le renouvellement constant de cette exclusion .. la confond avec l’image de l’autre et s’identifie à elle. et c’est à partir de là qu’apparaissent les jeux primitifs de reproduction de ce sevrage.

et c’est à partir de l’image spéculaire. l’idéal de l’image du double qui est le sujet même. l’enfant se vit comme étant morcelé. c’est l’image de l’autre qui forme le moi. un moment logique. comme réponse à la prématuration de la naissance chez l’homme. et 3) la jubilation et la joie du triomphe. qu’on peut diviser en trois temps : 1) une « intuition illuminative ». la discordance et l’incoordination chez l’homme des pulsions et des fonctions. Autres Ecrits. c’est-à-dire. mais aussi ce qu’il est et ce qu’il sera. ce n’est pas un stade venu après un développement chronologique. donne comme résultat un morcellement perceptif du corps. et bien que cette image de l’autre soit un idéal. 2) une « révélation soudaine »12 d’adaptation. 41 13 Ibid. de l’image de l’autre. au départ. bien au contraire. 12 Lacan J. il y aura toujours pour l’enfant une certaine illégalité de son moi au regard de cet idéal qu’il ne pourra jamais atteindre. l’image du double. ce moment de reconnaissance n’arrive qu’après le sixième mois de vie. démembré. ce stade. C’est par l’image spéculaire. avant le stade du miroir. disloqué. p. la perception du corps propre comme morcelé. du semblable. 41 12 . et l’inachèvement du système senso-perceptif. Même si pour Lacan. avec un « gaspillage jubilatoire d’énergie qui signale le triomphe »13 Ainsi l’image de l’autre devient un idéal. c’est un moment de franchissement. p. l’unité de soi-même et surtout l’affirmation de l’unité du corps propre.. Par rapport au corps.. qu’il anticipe non seulement la forme de son corps. C’est une expérience tragique pour l’enfant. que le sujet restaure l’unité corporelle et mentale. que le sujet reçoit dit-Lacan.

on voit déjà se profiler l’appel d’une topologie nouvelle. l’œdipe.. et même si Lacan n’en parle que beaucoup plus tard. On peut lire dans ces lignes l’intuition de Lacan d’une discordance interne. que bien entendu arrive à un moment où le moi du sujet s’est mieux formé. Autres Ecrits. entre ce qui est à la fois propre et étranger. et on voit là apparaître. 43 16 Ibid. c’est donc une image « qui le forme mais qui l’aliène primordialmente »15. plus spécifiquement. en raison de l’identification du sujet au parent du même sexe. on voit là la notion d’ « extimité » : quelque chose qui est à la fois le plus intime et le plus étranger pour le sujet. Le narcissisme du stade du miroir. c’est par l’œdipe. Lacan le nomme pour la première fois. juste dans le paragraphe suivant. 54 13 . que le sujet arrive à dépasser ce narcissisme initial. en le différenciant du narcissisme secondaire qui vient après à ce stade spéculaire. p. Lacan parle ici d’un narcissisme initial qui caractérise le stade du miroir.. p. c’est donc un monde complètement narcissique où il n’y a pas d’autre. « La perception de l’activité d’autrui ne suffit pas en effet à rompre l’isolement affectif du sujet ». 14 Ibid. Ainsi. p. l’image ne fait qu’ajouter l’intrusion d’une tendance « étrangère ». plus tard il le nommera parfois narcissisme primaire. une tendance qui contribuera pourtant à la formation du moi et au postérieur affirmation de son identité ..14 Néanmoins. c’est la solution à l’isolement du sujet. Là. 42 15 Lacan J. le « narcissisme secondaire »16. Lacan parle d’une « intrusion ». Le pas suivant c’est le complexe d’œdipe.

une image d’identification et une image rivale. avec une image qui montre l’existence de l’autre. et par conséquence l’image et sa fonction sont le centre ou le cœur de la causalité psychique. C’est donc à la fois un objet d’amour et de la crainte. 55 14 .. c’est le premier objet d’identification. c’est la première rencontre avec l’image de l’autre. alternativement. et c’est justement une image qui frustre. Ainsi. On a à ce moment-là. mais du même coup il le lui oppose comme un idéal qui. car c’est l’image de l’autre qui la cause. 17 Ibid. il apporte au moins une sécurité en renforçant ce cadre.« Cet objet vient normalement remplir le cadre du double où le moi s’est identifié d’abord et par lequel il peut encore se confondre avec l’autreui . et bien qu’il ne soit pas encore complètement introjecté. le sujet arrive à le différencier de soi-même. à la fin de ce texte de 1938. pour la première fois et pour toujours. un sujet divisé. Il faut souligner. qui divise. on a une image que s’impose au sujet. que le sujet d’identification ici n’est pas seulement l’objet du désir mais aussi celui qui s’oppose au sujet comme rival dans le triangle amoureux oedipien. l’image apparaître très étroitement liée à la division subjective. l’exalte et le déprime »17. Et c’est bien par cette ambivalence que le sujet commence à différencier progressivement le moi de l’autre et de l’objet. Nous pourrons dire qu’à cette époque pour Lacan. p.

le fait homme. à partir de ses effets sur l’être humain. où il ne nous avance rien de son élaboration sur l’image. « le premier effet qu’apparaisse de l’imago chez l’être humain est un effet d’aliénation du sujet »19.177 19 Ibid. dans ce texte de 1946. D’un autre coté. il y a le texte de 1945. un espace ou une structure. et il la lie. p. et un an après. Ecrits. A partir de là. que l’image c’est le cœur que la causalité psychique 18 . et vit toujours avec cette illusion. Nous trouvons des 18 Lacan J. Ce moi aliéné. en tant que c’est par l’identification à l’image de l’autre que le sujet se reconnaît soi-même. 186 15 ... dans le sens que « l’homme se croit homme ». p. à la structure fondamentale de la folie. alors que c’est l’image de l’autre qui lui donne son corps et qui. « Le temps logique ». commence à désigner une relation. qui jusqu’au moment désignait quelque chose d’illusoire. 181 20 Ibid. p. mais essentiellement aliéné.20 La folie. dit-il. réapparaître l’image. lié aux jeux d’occultation. nous remarquons que dans ce texte le terme « imaginaire ».1946 : « Propos sur la causalité psychique » L’image : « c’est le cœur de la causalité psychique » « c’est lié à la structure fondamentale de la folie » Lacan n’a rien publié entre les années 1938 et 1945. disons. on pourrait dire. qui apparaissent dans les premiers mois de vie. comme le Fort – Da !. et il expose ce qu’il avait déjà annoncé entre lignes huit ans auparavant. c’est la structure fondamentale de la folie.. Ainsi. et qui représentent l’instinct de mort et le masochisme primordial chez l’enfant.

. Ensuite. en parlant du corps morcelé. Ecrits. et dans l’ensemble on trouve qu’apparaît toujours. « ce sont là toutes 21 Lacan. il affirme.phrases remarquables comme « relations imaginaires fondamentales » ou « lieu imaginaire »21 1948 : « L’agressivité en Psychanalyse » L’image commence à apparaître toujours approchée ou accompagnée du symbolique. J. en raison du développement inachevé du system senso-percepteur . dans sa deuxième thèse. Ainsi. P. et au même temps opposée.. et de la « béance » avec laquelle se retrouve l’homme au moment de sa naissance.102 16 . après avoir mis l’image comme la cause du transfert en 1936. l’image approchée et au même temps opposée au symbolique. 185 22 Lacan. dans une saisie dialectique du sens »22. c’est à dire. et pour la première fois. Lacan développe quatre thèses différentes sur l’agressivité. il lie cette « fonction imaginaire ». en conséquence comme le cœur de l’expérience analytique . appelé par Lacan « la prématuration de la naissance ». mais aussi un phénomène de sens. Ce qui cause dans l’expérience analytique n’est plus seulement un transfert d’une image sur la personne de l’analyste. ces « fantasmagories du corps morcelé » au symbolique. P. Ecrits. dit-il. dans sa première thèse de 1948. Dans ce texte de 1948. que « l’action psychanalytique se développe dans et par la communication verbale. J.

données premières d’une gestalt propre à l’agression chez l’homme et liée au caractère symbolique »23. l’identification au parent du même sexe. C’est une image « voilée » qu’implique la présence du symbolique et qui à la fois l’oppose à lui. ce « rapport érotique »25 puisque c’est bien le désir et la lutte contre ce désir au même temps. par un effet de subduction symbolique. ainsi. « ce phénomène représente chez le patient le transfert imaginaire sur notre personne d’une des imagos plus au moins archaïques qui. dérive ou inhibe le cycle de telle conduite »24. il fait référence au transfert négatif qu’il définit comme le nœud inaugural du drame analytique. Postérieurement.. On voit déjà les premières avances de Lacan qu’indiquent que cette « béance » uniquement biologique jusqu’à maintenant. dans sa thèse IV. p. est aussi logique. dans sa thèse III. dégrade. Ecrits. 107 25 Ibid. ou le moment de l’éveil de son désir pour l’objet du désir de l’autre. c’est le « carrefour structural » d’où s’origine l’agressivité chez l’homme. ce moment où le sujet se fixe à une image qui l’aliène à lui-même et qui à la fois c’est la forme d’où s’affirme son moi. après avoir mis l’image en 1936 comme la cause directe du transfert. nous la trouvons ici plutôt comme une façade ou un masque d’un déplacement symbolique. p. Finalement. 23 Ibid 24 Lacan. c’est la conséquence de la rencontre du corps avec le monde symbolique. 113 17 . dit-il. J. l’image c’est en rapport direct avec l’origine de l’agressivité chez l’homme .

Mais Lacan introduit un nouvel élément : le sujet du sens . de l’Innentwelt à l’Umwelt. en effet.. Dans ce deuxième texte de 1949. Ainsi. on dirait presque annuellement. on s’aperçoit que ce deuxième texte a été sans doute remanié par rapport au premier.1949 : « Le stade du miroir » La suprématie du symbolique sur l’image L’image subordonnée au signifiant En 1949. Quand nous lisons ce deuxième texte. Lacan présente son deuxième texte « Le stade du miroir ». texte qui n’a jamais été publié. qui font référence à l’image et au stade du miroir. dit-il. et les textes publiés en 1938 (juste deux ans après le premier). et la fonction de ce stade c’est d’établir une relation de l’organisme à la réalité. 1948. treize ans après sa première communication sur le stade du miroir fait en 1936. le stade du miroir c’est toujours le moment où le sujet se reconnaît pour la première fois dans une image reçue comme étant différente de lui-même et l’assume. etc. à l’occasion du XVI° Congrès International de Psychanalyse. en 1939. Lacan définie la jubilation du sujet en face de son image spéculaire comme « la manifestation de la matrice symbolique où le je se 18 . reformulés. à Marienbad. et que les notions du stade du miroir et de l’image ont été fréquentement. qui sans doute modifie la position et la suprématie qui avait l’image jusqu’au présent. et que désormais sera toujours subordonné au signifiant et au symbolique.

Ecrits. Revue d’histoire des religions. pas seulement « l’inconscient structuré comme un langage » qui élabore Lacan quelques années après. Ecrits. les images se présentent ainsi comme des ombres et des reflets du symbolique. p.précipite ». la totalité imaginaire du corps est décomplété par le « vécu » du sujet en face de son image spéculaire. p. Rapport du Congrès de Rome » 26 Lacan. Donc. les visages voilés ». 1953 : « Fonction et champ de la parole et du langage en psychanalyse. c’est un écart entre l’expérience vécu du corps et sa forme. dont c’est notre privilège que de voir se profiler. ce qui nous rappelle. 95 19 . J. c’est une béance qu’il définit encore dans ce texte de 1946. dit-Lacan. comme primordialement biologique. mais aussi la notion de « parlêtre » qui apparaît plus tard dans l’enseignement de Lacan. « un sujet restitué par le langage » ou nous pourrons dire aussi. 28 Lacan. le seuil c’est une béance sur laquelle repose le stade du miroir. un sujet fait du langage. Janvier – mars 1949. et même il continue « … avant que le langage ne lui restitue dans l’universel sa fonction du sujet »26. c’est un rapport qu’il n’y a pas entre le corps et l’image spéculaire. « Pour les imagos. nous avons un sujet du sens très clairement formulé. publié la même année : « L’efficacité symbolique ». J. « L’image spéculaire semble être le seuil du monde visible »28. et nous voyons aussi se profiler un sujet du langage. dans notre expérience quotidienne et la pénombre de l’efficacité symbolique27. 94 27 Lacan fait référence au texte de Lévi-Strauss. en raison de la prématuration spécifique de la naissance chez l’homme.

« en posant le problème de la sanction symbolique à donner aux fantasmes dans leur interprétation »30 Nous pouvons souligner quatre éléments principaux dans ce texte. qui c’est parole 29 Lacan. qu’en parcourant le texte.. L’analyste qui jusqu’au présent incarnait une image archaïque du sujet. Ainsi. qui marquent un changement important du statut de l’image et de l’imaginaire : 1. c’est maintenant un auditeur d’une parole. 242 30 Ibid 20 .. dans l’introduction du texte. désormais c’est la parole qui occupe cette place. Nous remarquons aussi. L’imaginaire comme un substantif La suprématie du symbolique sur l’imaginaire Dans ce texte de 1953 apparaît pour la première fois l’expression « l’imaginaire » comme un substantif. et le premier c’était justement « la fonction de l’imaginaire et des fantasmes dans la technique de l’expérience et dans la constitution de l’objet »29. Ecrits. dit-il. et que le problème consistait désormais à faire un retour. Désormais. « l’imaginaire » dominera tout autre référence : « l’imago ». J. nous trouvons « la suprématie du symbolique sur l’imaginaire » comme une thèse complètement dégagée. en disant à ce moment là de son enseignement que l’approche des structures pre-verbales c’était fini. en ajoutant le symbolique.Après avoir mis l’image comme le cœur du transfert. « imaginaire ». « l’image ». Lacan expose les trois problèmes qui avait la psychanalyse à l’époque. etc. en désignant une fonction et même un registre. p.

p.33 2. Il continue : « rien ne doit y être lu concernant le moi du sujet. avec un ordre des registres complètement différent : R.. qui ne puisse être réassumé par lui sous la forme du je »32. doit être. « . p. 31 Ibid. l’imaginaire et le réel »34.R. son domaine est celui du discours concret en tant que champ de la réalité transindividuelle du sujet . Et finalement. ses opérations sont celles de l’histoire en tant qu’elle constitue l’émergence de la vérité dans le réel ». fait la distinction entre eux et les met l’un à coté de l’autre. la parole : « Ses moyens sont ceux de la parole en tant qu’elle confère aux fonctions de l’individu un sens . S.Lacan parle pour la première fois des « trois registres élémentaires ». dit Lacan. de ne jamais détacher la relation symbolique où elle s’exprime. du sujet su sens. donc. et que c’est ça le cœur de sa fonction dans l’analyse.I.justement parce qu’elle se dirige à lui. du je du sujet qui parle.. dit Lacan.S. Ecrits. d’une parole qu’appelle une réponse. L’acte de l’analyste ou sa manœuvre à l’écoute de la parole de l’analysant. p. dans l’ordre suivant : le symbolique. 247 32 Ibid . il résume l’operativité de l’analyste dans son rapport directe avec son « unique moyen ». « même si elle ne rencontre que le silence »31. Nous pouvons avancer que Lacan fera un grand tour pour finir dans son séminaire de 1974 – 75. ». p. 251 33 Ibid. 257 34 Lacan. c’est-à- dire. la présence qui parle.309 21 . même s’il y découvre l’intention imaginaire.. J.I.

« l’ambiguïté de la révélation hystérique du passé se situe tant dans l’imaginaire que dans le réel. p. 309 . 35 Ibid. Ainsi. en tant que cette durée ne peut pas être indéfinie. son refus de répondre. est un élément de la « réalité » dans l’analyse. et au même temps il y a un sens à donner au terme de l’analyse et il y a les signes de sa fin. b) la durée totale de l’analyse c’est un autre moment où se conjoignent le symbolique et le réel. ni faux »36. Nous y trouvons quelques exemples remarquables où il met en rapport les trois registres pour expliquer plusieurs phénomènes : « La fonction paternelle qui concentre en elle des relations imaginaires et réelles.35 et aussi.310 22 . toujours plus ou moins inadéquates à la relation symbolique qui la constitue essentiellement » . mais aussi toujours avec un rapport au réel. c’est là que réside le point de jointure entre le symbolique et le réel. 278 36 Ibid. 255 37 Ibid. et en tant que c’est une négativité détachée de tout motif particulier. p. p. à partir de ce texte nous verrons l’imaginaire. qui n’est ni vrai. Il ne parlera plus de l’imaginaire comme un registre isolé qui fonctionne séparément des autres. pas seulement toujours accompagné et subordonné au symbolique. Elle nous présente la naissance de la vérité dans la parole. Il parle aussi des trois éléments dans l’analyse où réside la jointure ente le symbolique et le réel37 : a) Le silence de l’analyste.

il se résout totalement dans une analyse du langage . J. Lacan aborde ici d’une façon tout à fait différente et nouvelle. P. les jeux d’occultation de l’enfant. J. 4.. 3. désormais.Nous voyons à Lacan dessiner les premières notions du postérieur « inconsciente structurée comme un langage ».. il devient un homme dont son inconscient c’est le discours de l’autre. et ensuite il conclut que tout ce que l’analyse révèle au sujet comme son inconscient. en tant que c’est un élément du réel qui touche manifestement. Ecrits. et qui c’est en somme. et d’une parole qui le vient par la voie de l’autre. « C’est là. et à la fois c’est une ponctuation qui donne sens au discours du sujet. dans la forme des combinassions des chiffres et des nombres présentes dans l’histoire propre du sujet. c’est du langage. P. en disant qu’il est déjà tout à fait clair que le symptôme est lui-même structuré comme un langage. le ressort propre de l’inconscient ».38 Ça nous amene au dernier élément de notre schéma.« L’homme parle donc. et en tant que c’est un symbole que lui vient de l’autre. c) la durée de la séance. ces jeux sont 38 Lacan. mais c’est parce que le symbole l’a fait homme »39. 276 23 . le connu Fort ! Da ! de Freud . et en conséquence. 269 39 Lacan. avec lequel Lacan finit ce texte de 1953. Il commence par le symptôme. le « sujet de la parole ». son désir trouve son sens dans le désir de l’autre. Ecrits. et qui pourtant. dit-il.

dit-il : « ce qui est primordial à la naissance des symboles. en évoquant ce qui sera sa future notion d’extimité. Ensuite. c’est à la forme tridimensionnelle d’un tore qu’il faudrait recourir. le Fort ! Da ! du petit bébé dans la solitude de son berceau. c’est bien le fait d’être un sujet du langage. puisqu’il finira en disant. le désir devient désir de l’autre. que c’est qui caractérise et distingue à l’être humaine de tous les autres êtres. le moment où le désir s’humanise. c’est bien un appel qui cherche provoquer le retour de cet autre partenaire qui le ramène à son propre désir. L’apparition de ces jeux c’est le moment où le désir s’humanise. J. Et ce sens mortel révèle dans la parole un centre extérieur au langage. 40 Lacan. p. le sujet naît au langage. l’un à côté de l’autre. 319 41 Lacan. Ecrits.la première évidence de la naissance du symbole. et cette structure répond à ce groupe relationnel que la logique symbolique désigne topologiquement comme un anneau. et il affirme : « Il n’est plus besoin dès lors de recourir à la notion périmée du masochisme primordial pour comprendre les jeux répétitifs »40.320 24 . et aussi le moment où l’enfant naît au langage. et juste à la fin du texte. que plus qu’une métaphore. Ecrits. nous le trouvons dans la mort. C’est une grande intuition de Lacan de noter ces deux éléments. <…>. manifeste une structure <…>. Ainsi. J. pour autant que son extériorité périphérique et son extériorité centrale ne constituent qu’un seule région » 41. P. c’est-à- dire. Lacan avance les premières prémices de sa topologie.

le sujet divisé. ou aussi les textes de Merleau- Ponty. C’est un changement qui est très en rapport aussi avec les pensées de l’époque. la division subjective. nous pouvons remarquer. c’est qui représente une coupure importante dans l’enseignement de Lacan. soit bien. qui aura une grande importance pendant quelque temps et qui sera toujours accompagné par une parole qui sera de plus en plus valorisée. sont des textes qui portent sur l’imaginaire. accompagné aussi des autres deux registres. D’ores et déjà. nous pouvons l’appeler l’époque de l’image et du miroir. un déplacement de l’accent mis sur l’image jusqu’au moment. nous trouvons plusieurs exemples. Ce période de 1936 – 1953. « L’imaginaire » ou bien « L’être et le néant ». si nous nous reportons à la pensée philosophique des années 50. le symbolique et le réel. le sujet divisé restera toujours dans son enseignement. à la place de l’image nous verrons presque toujours apparaître l’imaginaire comme un registre.Brève Conclusion Pour conclure. Perspective de l’image. et nous pouvons extraire ce qui a été le fondamental du stade du miroir. avec ce texte de 1953. l’imaginaire et le corps dans la clinique lacanienne de 1936 à 1953 25 . les textes écrits par Sartre à l’époque. que si bien Lacan fera après un virage point par point de ce qui avait été le stade du miroir de 1936 et 1949.

le deuxième. rêves ou divers formations de l’inconscient. Le premier. L’agressivité en psychanalyse. Dans ce période de 1936 à 1953. présentés par Lacan dans ses écrits et séminaires. 108 26 . le personnage de l’analyste se trouvait identifié à la constellation des traits les plus désagréables que réalisait pour elle l’objet d’une passion. le cas d’une jeune fille atteinte d’astasie-abasie. sur le cas Dora de Freud. Il fait donc. de 1951. à partir des vignettes cliniques. concernant une critique faite par Lacan à Freud par rapport au cas de l’homme aux rats. de 1948. 1948 : Le cas de la jeune fille atteinte d’astasie-abasie. récits des cas. nous pouvons suivre les effets que ses réformulations théoriques produisent dans sa pratique clinique. nous ferons trois aperçus en ordre chronologique. Lacan présent dans son texte de 1948. l’interprétation suivant : « il suffit que lui fisse remarquer que l’appui (de son père) lui avait manqué… pour qu’elle se trouvait guérie de son symptôme »42. dit Lacan. et le troisième. J. Toutes les élaborations théoriques de Lacan concernant l’image. influencent directement sa pratique de la clinique psychanalytique . l’imaginaire et le corps. à partir d’un récit d’un cas de Lacan . de 1953. L’image incarnée pour l’analyste. c’était celle de son père. en analyse avec lui et qui. Ecrits. 42 Lacan. se résistait depuis des mois aux tentatives de suggestion thérapeutiques des styles les plus divers . p. dit-il.

le corps comme superficie d’inscription de ce qui sera plus tard le symbolique. ce qui justifie. nous trouvons un « objet ». Suivant sa théorie de 1936. sur l’appui ou le support du père. comme la cause du transfert de tous les traits désagréables du père sur la personne de l’analyste. nous trouvons dans ce cas « l’image du père » incarné pour l’analyste. mais elle sera désormais une image qui voile. 1951 : Le cas Dora de Freud 43 Lacan. « l’action analytique se développe dans une saisie dialectique du sens »43 . Et même. Interprétation que fait disparaître le symptôme de conversion dont elle soufrait. où Lacan propose l’image que l’analyste substitue comme la cause du transfert. à savoir. Ce peut être une première approximation de Lacan à son postérieur notion d’objet. mais qui porte plutôt sur le sens. 102 27 . qu’il fasse dans ce cas là. « l’objet de sa passion » qu’était son père. qu’occupera une place fondamentale de ses élaborations théoriques des années 50 et 60. le symbolique. J. celui qui fait fonction d’articulation entre le corps et le symbolique. comme il dit en 1948. et qu’apparaît toujours accompagné de ce qu’elle déguise. une interprétation pas spécialement dirigée à l’image elle-même. Néanmoins. nous avons donc une petite définition du symptôme psychosomatique à cette époque. très vite dans son élaboration apparaît la présence du sens dans le transfert. A cette époque là. Ecrits. à savoir le corps comme récepteur des effets du sens. P. l’image est toujours présente.

Ecrits. il élabore ce qu’il nommera « la matrice imaginaire où sont venues se couler toutes les situations que Dora a développé dans sa vie ». 220 46 Ibid. il lui faut réaliser l’assomption de son propre corps. de ce qui signifient pour Dora les hommes et les femmes. Intervention sur le transfert. Ce qui explique l’attachement fasciné de Dora pour Mme. Lacan propose que pour accéder à cette « nature génitale » il lui faut reconnaître sa féminité. Dans son texte de 1951. 221 28 . et à partir d’une image lointaine de l’enfance de Dora. « le mystère de sa féminité corporelle »46. Mais elle représente aussi le modèle. de sa féminité comme forme. cependant que de la main droite elle tiraille l’oreille de son frère. Cette image c’est pour Lacan le modèle d’une expérience spéculaire entre Dora et son partenaire masculin.47 44 Lacan. K. qui constitue les symptômes de conversion ». qui représente pour elle. p. p. 220 47 Ibid. P. pour « la blancheur ravissante de son corps ». 220 45 ibid.44 L’image c’est la suivante : « Dora. faut de quoi. « comme l’objet impossible à détacher d’un primitif désir oral et où il faut pourtant qu’elle apprenne à reconnaître sa propre nature génitale »45. La femme. p. Lacan prescrit qu’il lui faut assumer son propre corps pour accéder à la reconnaissance de sa féminité. « elle reste ouverte au morcellement fonctionnel. dont son écart d’age lui permet de s’identifier et de se reconnaître comme sujet. comme le dit Lacan. J. dit-il. plus âgé qu’elle d’un an et demi ». comme le dit Lacan. Lacan reprend le cas Dora. en train de suçoter son pouce gauche.

Cette découverte. D’ailleurs dans ce même texte. impuissance éprouvée par Dora comme équivalent à sa position de fortune. c’est par l’image de l’autre (l’image fascinante du corps de Mme. et toujours par rapport au cas Dora. notamment. Le signifiant en question c’est le mot fortune en allemand : Vermögen . et la réintégration et complétude de l’image du corps propre en étant l’étape finale. et que l’analyse se dirige justement vers l’assomption totale du corps propre . Lacan remarque pour la première fois la relation directe entre un signifiant (même si ce n’est pas encore appelé comme ça) et le symptôme psychosomatique. Tant l’image propre comme le désir sont possible d’assumer à travers le corps de l’autre. Ceci correspond à la théorie de la reconnaissance qu’il développera dans son premier séminaire à 1953. comme le fait lui-même dans son cas de la jeune atteinte d’astasie-abasie . Le corps se présent ainsi comme un objet de désir. le morcellement fonctionnel en étant une étape initiale possible de franchir. le signifiant de l’identification paterne. que la complétion de l’image c’est possible. il choisi plutôt faire le commentaire d’une 29 . Le corps apparaît donc comme superficie où s’inscrit un signifiant. que par un certain équivoque sémantique se rapporte au même temps à l’impuissance du père et à sa position de fortune. amorce la levée d’un grand nombre de symptômes de conversion présentés par Dora. lui-même impuissant sexuellement. Et cette fois Lacan ne souligne pas une interprétation dirigée vers le sens. K). que l’image propre peut être reconnue. La relation oedipienne est constituée chez Dora par une identification au père. dit Lacan. tout à fait possible de retrouver. comme une image fascinante et désirée.

257 30 .interprétation dirigé vers l’équivoque. Tout l’effort de Lacan se dirige à valoriser les fondements de la parole et à faire remarquer son importance pour la technique analytique. 1953 : La technique freudienne et le cas de l’homme aux rats. La parole est ainsi située comme le cœur du transfert. et l’acte de l’analyste doit être. marque un tournant important car désormais il y aura une dominance du symbolique et de la parole. Le texte de 1953. et l’image sera dévalorisée hiérarchiquement. p. Il fait une critique à la technique freudienne. la parole. que nous avons choisi comme texte final de ce premier période de Lacan. déjà en 1951. formule que nous diviserons en deux parties : 1. l’analyste c’est l’auditeur d’une parole. de ne jamais détacher la relation symbolique. son domaine est celui du discours concret en tant que champ de la réalité transindividuelle du sujet »48 48 Ibid. « Ses moyens sont ceux de la parole en tant qu’elle confère aux fonctions de l’individu un sens . même s’il rencontre la présence de l’imaginaire. à partir de sa formulation de l’operativité de l’analyste dans son rapport avec son « unique moyen ». Fonction et champ de la parole et du langage… ». et l’interprétation proprement lacanienne dirigée vers l’équivoque. nous trouvons les premiers signes de c’est qui sera après son élaboration théorique concernant la thèse de l’inconscient structuré comme un langage.

par la suite. il 49 Ibid. concernant l’observation de son cas de l’homme aux rats. Freud aperçoit le rôle déterminant qu’a joué la proposition de mariage apporté au sujet par sa mère à l’origine de la phase actuelle de sa névrose . néanmoins. aux analystes qu’utilisent des moyens différents de la parole directe du patient pour élaborer ses théories. 244 50 Idem. par rapport au cas de l’homme aux rats. mais n’utilisant pour cela que le texte-clef laissé par Schreber… Assumant par contre pour la dialectique de l’œuvre. critique qu’inclut à Freud. Il critique donc. »49 Et deuxièmement. l’analyse fait surgir les paroles qui ont marqué le sujet et qui déterminent en conséquence le cours de son histoire. Critique dirigée au fait que Freud n’as pas donné assez d’importance au rôle déterminant de ce qu’il appelle « la parole vraie » dans l’histoire du sujet. C’est toujours une « parole vraie ». p. dit-Lacan : « Freud lui-même… ayant découvert les stades libidinaux de l’enfant dans l’analyse des adultes et n’intervenant chez le petit Hans que par le moyen de ses parents. Ainsi. et dans toute sa hauteur. comme pour la tradition de son sens. autrement dit. qu’émerge quand il s’agit d’atteindre la vérité du sujet pendant la construction de son histoire. « … ses opérations sont celles de l’histoire en tant qu’elle constitue l’émergence de la vérité dans le réel. -déchiffrant un pan entier du langage de l’inconscient dans le délire paranoïde. p. 2. Lacan dit : « A un moment. 257 31 . la position de la maîtrise. »50 Ce propos sera illustré à partir d’une autre critique à Freud.

de trahison sentimentale. c’est à dire. Lacan propose donc diriger l’interprétation vers les dits maternels. Il est corps subtil. 301 32 . Ainsi. de compromis social ou de dette prescrite. Lacan continue à développer la relation entre le langage et le corps. qu’il résume de la façon suivante : « Le langage n’est pas immatériel. Les mots sont prises dans toutes les images corporelles qui captivent le sujet »51. Par ailleurs. que tout événement corporel est déterminé par le langage. L’IMAGE ET L’IMAGINAIRE CHEZ JACQUES LACAN De 1953 à 1960 1953 – 1954 : Séminaire I.n’hésite pas à en interpréter au sujet l’effet. comme d’une interdiction portée par son père défunt contre sa liaison avec la dame de ses pensées ». mais il est corps. p. dans ce texte. « Les écrits techniques de Freud » 51 Idem. et c’est donc par le langage qui peuvent se résoudre les symptômes corporels. les mots s’inscrivent dans le corps comme des symptômes . l’image corporelle est toujours en rapport direct avec le langage. tandis que Freud la dirige vers une espèce d’obéissance au père mort.

en considérant que c’est impossible de comprendre la technique et l’expérience freudienne sans recourir à l’imaginaire. et finalement. Imaginaire. comment l’espace imaginaire et l’espace réel se confondent.52. le symbolique et le réel. Dans ce séminaire où il fait une relecture des écrits technique de Freud. Symbolique et Réel dans l’expérience du bouquet renversé : Il élabore un model succédané du stade du miroir. Lacan commence le chapitre VII. Il empreint ce modèle à l’optique. Séminaire I : « Les écrits techniques de Freud ». les trois registres seront désormais toujours ensembles. et aussi parce que l’optique repose entièrement sur une théorie mathématique. combien le symbolique compte dans la réalisation de cette expérience. page 121 33 . puisque dans ce champ là les images virtuelles et les images réels se rejoindrent. Dans son premier séminaire. en tant que c’est lui qui ordonne les deux autres en lui-même en dimension. qui est une hypothèse structurale 52 Lacan. en disant : « Certaines questions concernant la place de l’imaginaire dans la structure symbolique viennent dans le fil de notre discours ». page 119 53 Idem. ce qui n’empêche pas qu’ils doivent être pensés comme différentes. il y essayera de situer ses trois systèmes. dédié à la topique de l’imaginaire. et encore « tout le problème dès lors est celui de la fonction du symbolique et de l’imaginaire dans la constitution du réel ». Jacques.53Il continue dans le fil de son élaboration antérieur. avec un appareil optique appelé le bouquet renversé. et il revendique une dogmatique du symbolique. Il essayera d’illustrer l’implication étroite qu’il y a entre le monde imaginaire et le monde réel dans le psychisme.

Il faut deux conditions pour que l’expérience se produise : D’abord la condition qu’à chaque point d’un rayon lumineux émanant d’un point quelconque d’un objet placé à une certaine distance (bouquet renversé). Il démontrera comment la place de l’œil dans l’expérience de l’optique. et qui consiste à considérer que pour qu’il y ait une optique. et grâce au croisement des rayons lumineux qu’il produit et la position de l’œil qui le regarde. il faut qu’à tout point donnée dans l’espace réel. où l’imaginaire et le réel se rejoignent. Le schéma du bouquet renversé s’illustre de la façon suivante : Il y a un bouquet renversé en face d’un miroir sphérique. on obtient une image réelle. puisse être perçu. qui est l’espace imaginaire. Bien entendu Lacan parle ici de réel en tant que réalité.fondamentale sans laquelle toute optique est impossible. Il faut que l’œil soit situé dans un point unique et dans une distance précise pour que ce point. correspond dans le même plan par 34 . un point et un seul corresponde dans un autre espace. c’est la place qui occupe le sujet dans le monde symbolique. de préférence dans le centre de la sphère.

il faut que l’œil qui regarde soit situé dans le champ des rayons qui sont venus se croiser au point correspondant. se voit. le former. Le bouquet se réfléchit sur la surface sphérique. prématurée par rapport à la maîtrise réelle ». du même coup. en tant que pour la première fois.54 l’œil doit être situé dans une certaine position. le sujet prend conscience de son corps comme totalité avant que sa maturation physiologique lui permettre d’intégrer ses fonctions motrices et d’accéder à une maîtrise réelle de son corps. pour revenir au point lumineux symétrique. c’est une expérience originelle qui constitue la dimension essentielle de l’humain. en tant que du à la prématuration de la naissance. Séminaire I. Lacan la situe dans le schéma 54 Lacan. Il dit « La seule vue de la forme totale du corps humain donne au sujet une maîtrise imaginaire de son corps. c’est à dire. se forme une image réelle. et c’est cette dimension d’extimité qui structure toute sa vie fantasmatique.55 Ainsi. Eh bien. il doit être à l’intérieur du cône. Jacques. des rayons réfléchis sur la surface de la sphère. Pour que l’illusion se produise. et où le réel peut aussi inclure et situer l’imaginaire ».convergence. « Les Ecrits techniques de Freud » page 129 55 Idem. se réfléchit et se conçoit autre qu’il ne l’est. page 128 35 . et dès lors. un autre point lumineux. ce qui donne de l’objet une image réelle (bouquet réel). Le rapport du vase aux fleurs qu’il contient. c’est pour Lacan un métaphore des conceptions analytiques du stade primitif de la formation du moi. cette image du corps. cette image du corps que le sujet obtient à partir de l’expérience spéculaire. Et deuxièmement. pour que se constitue devant l’œil qui regarde « un monde où l’imaginaire peut inclure le réel et. l’homme. un bouquet avec son vase correctement placé.

dit Lacan. Mais le symbolique est aussi représenté dans ce schéma. la fonction symbolique qui définit le degré d’approximation. Cela veut dire que dans le rapport de l’imaginaire et du réel. c’est la relation symbolique qui définit la position du sujet comme voyant. tout dépend de la situation du sujet (l’œil). « représente la difficile accommodation de l’imaginaire chez l’homme ».56 Et cette difficile accommodation de l’imaginaire dépend de la relation symbolique. et le surgissement de celui- ci ». qui contient le bouquet des fleurs réel. 56 idem. ou complétude de l’imaginaire. complète ou décomplétée . et dans la constitution du monde tel qu’elle résulte. Pour pouvoir avoir une image nette il faut que le sujet soit situé dans le cône et pas trop sur les bords. morcelé. ce que le sujet voit dans le miroir est une image. et aussi il faut que le miroir soit incliné d’une façon précise. perfection. c’est là que Lacan introduit le registre symbolique comme celui qui ordonne les deux autres en lui-même . fragmentée. l’œil c’est dans le schéma le symbole du sujet. page 222 36 . tout ça.du bouquet renversé. comme la vase imaginaire reflétée dans le miroir. dans le monde de la parole. c’est la parole. cela dépend de sa position par rapport au miroir et par rapport à l’image réelle. et la situation du sujet est caractérisée par sa place dans le monde symbolique. autrement dit dans le monde des lois. Dans le schéma. et il ajoute « voilà comment nous pouvons nous représenter le sujet d’avant la naissance du moi. et c’est la place de l’œil qu’il occupe. puisqu’il suffit que le miroir soit incliné d’une certaine façon pour qu’on soit dans le champ où on voit très mal . nette ou bien claire.

.Les trois registres ne peuvent pas être séparés. La régularisation de l’imaginaire dépend de la liaison symbolique entre les êtres humains. page 232 37 .L’imaginaire et le réel sont subordonnés et dépendent du symbolique qui les dirige.. que nous nous définissons par l’intermédiaire de la loi. un schéma qui représente le fonctionnement des trois registres de la façon suivante : 1. le symbolique et le réel sont trois registres différents.L’imaginaire. c’est-à-dire. »57 Nous avons là.. 3. page 222 58 Idem. pas seulement de l’image. désir et image : « L’utilité du stade du miroir ». 2. il introduit dans ce séminaire ce qui fait pour lui la différence fondamentale entre les hommes et les animaux. Lacan dit : « Nous pouvons supposer que l’inclination du miroir plan est commandée par la voie de l’autre.L’imaginaire et le réel jouent au même niveau 4. c’est-à-dire. Corps. à savoir le thème hégélien fondamental : le désir de l’homme est le désir de l’autre. mais aussi du corps de l’autre 57 idem. autrement dit. par la relation symbolique. dit-Lacan. « c’est que le désir est saisi d’abord dans l’autre »58. L’être humain repère et reconnaît originellement son désir par l’intermédiaire.. ils ne peuvent fonctionner qu’ensembles.

Cette forme. 59 Idem. mais même s’il est encore physiquement premature. ont aussi un corps. ce qui est assumé par le sujet c’est l’image de la forme de l’autre. impressionnée. c’est une assomption du corps propre qu’il ne peut faire qu’à l’état de forme vide. « cette enveloppe de maîtrise.61 Donc. une forme est définie par la surface. que nous l’avons comme eux ».59 Ce un moment d’assomption jubilatoire. ou plus exactement. l’homme s’apprend comme forme vide du corps. mais de cette surface en tant qu’elle est réfléchie dans une forme. La distinction du corps propre se fait dans le interchangement avec l’autre dans l’expérience du miroir. c’est pour autant que son désir est passé de l’autre côté qu’il assimile le corps de l’autre et il se reconnaît comme corps. Il n’y a pas de forme qu’il n’y ait pas de surface. où c’est par la médiation de l’autre que le sujet a l’impression d’avoir une maîtrise de soi-même qu’il n’avait pas encore obtenu. page 234 60 Idem. dit-Lacan. Freud y est arrivé par les voies de la dynamique de l’investissement libidinal »60. par la différence par la différence dans l’identique ». dans le texte « Le moi et le ça ». et c’est grâce à cette différence surface – forme. c’est à dire. c’est pour ça. il ’est capable de l’assumer à l’intérieur. c’est un moment de bascule. « Nous nous reconnaissons comme corps pour autant que ces autres. il souligne que ça doit avoir un grand rapport avec la surface du corps. « il ne s’agit pas de la surface sensible.semblable. page 265 38 . que quand il parle de l’ego. indispensables pour reconnaître notre désir. sensorielle. C’est à ce moment que le sujet a pour la première fois conscience de soi même. page 265 61 Idem.

mais pour qu’il soit vraiment reconnu il faut un autre élément. il y a re introjection de l’image et re introjection du désir ».62 l’homme sait qu’il a un corps. Cette appréhension du corps à partir de l’image. Ainsi.que s’introduit dans la psychologie humaine le rapport dehors-dedans. comme image essentiellement démembrée de son propre corps. ou comme le dit Lacan. alors que l’homme se sait comme corps. « à la projection de l’image. puisqu’il est dedans ».64 Le désir de l’homme c’est donc le désir de l’autre re introjecté par captation imaginaire. Corrélativement. C’est ça la différence fondamentale avec les animaux. c’est une hominisation du monde. cette image ne peut être assumée du côté du sujet que comme corps morcelé. il faut qu’il entre dans la médiation du langage. puisqu’il est dedans. page 279 39 . page 223 64 Idem. l’image et le désir sont reconnus par le sujet. qui permet à l’être humain de se reconnaître comme corps. même s’il voit. « c’est la perception du monde en fonction d’images liées à la structuration du corps ». « Le désir n’est jamais 62 Idem. c’est à dire que le sujet humain établi toujours un certain rapport entre ses images et les images du monde. rien ne permet d’affirmer que l’animal ait une conscience séparé de son corps qui lui permet de le reconnaître . page 266 63 Idem. structure tout le rapport de l’homme aux images. comme idéal de soi. à partir du même mécanisme. succède constamment celle du désir. « même s’il n’y a après tout aucune raison qu’il se sache. même s’il ne le perçoit jamais de façon complète. reconnaît et fixe l’autre comme corps parfait.63 Donc.

cette relation à l’autre c’est par le sujet nommé. 65 Idem. les cris. page 143 40 . Autrement dit. par nomination symbolique »65. la seule manière qu’il a trouvé pour appeler l’autre dont il dépendait. dit-Lacan. acceptés ou refusés. L’expérience analytique : Lacan définie dans ce séminaire la fonction de l’imaginaire et la fonction symbolique dans l’expérience analytique . et c’est dans l’autre et par l’autre que le désir est nommé. c’est par-là que l’enfant apprend le fondement de l’ordre symbolique et de la loi..réintégré que sous une forme verbale. le langage.66 Et c’est aussi en conséquence le moment où le sujet accède à la loi. quoi que ce soit mais qui désigne une personne déterminée. c’est le moment où il entre dans la relation symbolique ». le sujet prend conscience de son désir par l’intermédiaire de l’image de l’autre qui lui permet à la fois une maîtrise de soi. mais il reste que l’être humain est né dans un état d’impuissance et de dépendance totale vis à vis à l’autre. page 237 67 Idem.67 et la fonction du symbolique. page 272 66 Idem. « c’est exactement en cela qui consiste le passage à l’état humain. etc. la fonction de l’imaginaire à partir de l’amour de transfert « c’est l’amour de transfert qui nous emportera au cœur de cette autre notion : la fonction de l’imaginaire ». en tant que les désirs de l’enfant passent d’abord par l’autre spéculaire et c’est là qu’ils sont approuvés ou reprouvés. la fonction de la parole comme notion fondamentale pour pouvoir comprendre l’expérience analytique et l’acte de l’analyste. et que ce sont les mots. Un nom donné à l’autre.

puisqu’elle s’exerce au même temps dans plusieurs registres. c’est la parole qui fait acte. à savoir. 68 Idem. autre qu’il n’était avant ».70 c’est pour ça que cette parole c’est le fondement même de l’efficacité de l’expérience analytique et ne peut pas être éludée. et le transfert dans son efficacité pratique (fonction symbolique). au sens propre transfert symbolique – il se passe quelque chose qui change la nature des deux êtres en présence ». Elle met en cause la parole pleine »68.69 Désormais la question c’est comment situer par rapport à ce qu’il appelle la parole pleine.71 Dans une analyse. il y a. et quand ça arrive « Un des sujets se trouve. dit-il. Ce qui implique que le transfert est désormais une notion plurivalente. le symbolique et le réel. l’imaginaire. La parole pleine. l’interprétation ». page 174 69 Idem. toutes les références imaginaires qui sont évoqués dans le transfert au cours d’une analyse. « Chaque fois qu’un homme parle à un autre d’une façon authentique et pleine. un leurre. une suggestion. et encore. le transfert efficace. qu’elle ne peut pas être conçue comme un phénomène qui appartient à un seul registre. la fonction de l’amour en général (fonction imaginaire). après. Et en conséquence. une manigance illusoire. « il faut toujours partir du symbolique pour comprendre ce que nous faisons quand nous intervenons dans l’analyse. page 143 70 Idem. c’est l’acte de la parole. le transfert. page 174 41 . il faut repérer le transfert dans toutes ces dimensions : la structure qui articule la relation narcissique. page 174 71 Idem. « Nous ne pouvons pas penser l’expérience analytique comme un jeu.

et. que le désir est reconnu au sens plein du terme. de la complétion de l’image du sujet. Il y a une première phase dans l’analyse. car c’est lorsqu’il se formule et se nomme devant l’autre. à travers de cette parole dirigé à l’analyste. page 292 73 Idem. dans un jeu d’aller – retour. page 230 42 . le désir émerge dans sa confrontation avec l’image. réprimé. 72 Idem. et le système passe au niveau symbolique. les étapes de son désir et tous les objets qui sont venues apporter à cette image sa consistance. refoulé. sans l’introduction de la parole du sujet. de dénouer tous « les amarres de la parole ». dit-il. c’est le miroitement de l’en-deça à l’au-delà du miroir par où passe l’image du sujet. Mais l’élément nouveau qu’il introduit dans ce séminaire. le passage de O en O’. le sujet réintègre son désir ». à reconnaître les diverses parties de son image. que Lacan appelle à cette époque. surgit. c’est la parole. Il s’agit à ce moment là. qu’en même temps. Et lorsque cette image qui avait été décomplété. c’est à cela qui doit se limiter l’intervention de l’analyste. « Il s’agit au cours de l’analyse.73 et c’est à ce moment là qui doit intervenir l’analyste. mais aussi le désir. lorsque la face imaginaire qui était non-integré. « C’est le moment où l’imaginaire et le réel de la situation analytique se confondent.72 et c’est grâce à la parole que le sujet arrive à cette reconnaissance de son désir. la parole comme ce qui permet la reconnaissance du désir et de l’image du sujet. le désir et là à la fois présent et inexprimable ». se complète. C’est le moment où se finissent les tours entre O en O’. Rien n’est concevable. et de O’ en O. et que le sujet arrive. nommer le désir. alors l’angoisse apparaît.

Séminaire II. le sujet de la chaîne signifiant. Le sujet. Il commence à avoir besoin d’un renouvellement… ». Car si se sont les lois de la parole qui constituent la structure de l’inconscient. Séminaire II : Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse. c’est le sujet de la parole et pas encore le sujet du langage. Page 130. que si ce sont les lois du langage qui structurent l’inconscient. alors. il n’y a pas d’espoir possible d’identité pour le sujet. par la médiation de l’Autre qui parle qui est l’analyste. à ce moment de son enseignement Lacan prescrit comme fin de l’expérience analytique. Lacan commence son séminaire de 1954 – 1955. à cette époque. en disant. « Il faut pas faire un usage abusif du stade du miroir. Le moi dans la théorie de Freud et dans la technique de la psychanalyse. le sujet du langage. la reconnaissance du sujet en cause dans le désir. la fin de l’analyse c’est l’avènement du sujet à son identité. c’est le sujet séparé à jamais de son identité et de son image précisément par le signifiant qui lui vient par la voie de l’Autre. à la complétude de son image. où il fait une relecture des écrits de la technique freudienne. 1954 – 1955.74 et 74 Lacan. la reconnaissance du désir. c’est à dire. Le sujet de la parole c’est le sujet qui puisse avoir accès à son identité. 43 . Jacques. Bref. Mais on verra après dans l’enseignement de Lacan.

75 ce point inconnu Lacan l’appelle dans un premier moment « l’être ». du réel dernier. avec le rêve exposé par Freud de l’injection d’Irma. un réordonnement de la fonction imaginaire à partir de l’apparition des premières approches de la notion d’objet. et il essai de l’illustrer.effectivement on verra apparaître. un point absolument insaisissable. il appelle cela ombilic du rêve ». et de la différence entre le sujet qui parle. au cours de ce séminaire. est toujours structuré comme l’image du corps du sujet. même si se trouve toujours quelque part dans le tableau perceptif du sujet. L’objet : structuré comme l’image du corps du sujet… « Il y a toujours dans un rêve. C’est pour cette raison que le phénomène du rêve nous révèle plus 75 Idem. « la révélation du réel dans ce qu’il a de moins pénétrable. page 130 76 Idem. c’est selon Lacan. du réel sans aucune médiation possible. chose d’à proprement parler innommable… et l’image de la mort où tout vient se terminer ». appelé ici « le sujet au-delà de l’ego ». la plupart des fois c’est masqué. Il distingue dans la phénoménologie de ce rêve. page 196 77 Idem. toujours à partir de l’expérience du rêve. qui est le point fondamental de ce rêve. page 196 44 . dit Freud. de l’objet essentiel… l’objet angoisse par excellence »77 C’est objet. quelquefois même complètement. qu’il appelle ici « ego ».76 c’est image terrifiante de la bouche. et le sujet de l’inconsciente. qui est du domaine de l’inconnu. à partir de la bouche ouverte et du fond de la gorge. deux parties : « la première aboutit au surgissement de l’image terrifiante. et cette image spéculaire. dit-Lacan.

dans les rêves. c’est que tout ce qu’il y a en l’homme de dénoué. et c’est toujours autour de l’image de son corps. Il ne perçoit l’unité que dans les objets. déchiré. disons même egomorphique. le rêve fait atteindre le point d’angoisse. Ce que Lacan essai de faire comprendre avec le stade du miroir. les objets prennent la place du semblable. l’image de son corps. comme lui-même le dit. qu’il structure tous les objets de son monde.78 c’est à dire. c’est le principe qui établit tout le rapport du sujet avec les objets qu’il perçoit dans le monde. c’est à dire. que tout objet que l’homme perçoit dans le monde. de son isolement par rapport au monde. où le sujet éprouve l’expérience de son déchirement. Rapport imaginaire et symbolique aux objets : 78 Idem. au dehors de lui- même.facilement cette image. tout objet lui évoquera l’unité corporelle qu’il essai d’atteindre. aura toujours la forme du corps idéal. le point insaisissable. du double de lui-même perçu originellement dans le miroir. L’expérience du stade du miroir reste chez l’homme comme la trace fondamentale de son rapport aux objets. page 198 45 . à ce moment de son enseignement. morcelé. qui n’est jamais atteinte comme telle et à tout instant lui échappe ». Ce qui implique que tous les objets que l’homme perçoit « auront tous un caractère fondamentalement anthropomorphique. elle se révèle à tout moment. de la bonne forme. c’est à dire. en raison d’un « allégement des relations imaginaires ». de l’image de son moi. C’est dans cette perception qu’à tout instant est évoqué pour l’homme son unité idéale.

Tout rapport imaginaire entre le sujet et les objets, se produit dans une

espèce de toi et moi, dit Lacan, c’est à dire, si c’est toi, je ne suis pas. Si c’est moi,

c’est toi qui n’est pas. C’est le fondement de toute relation imaginaire. Ce qui

implique que tout rapport de l’homme aux objets c’est un rapport évanouissant, et

en tant que c’est dans ces objets que le sujet reconnaît son unité, il se sent par

rapport à ceux-ci dans le désarroi. Si c’est l’objet où il reconnaît son unité, alors

le sujet n’est pas là ; et si c’est le sujet, l’objet qui lui donne son unité n’est pas ;

ce désarroi, ce morcellement, cette discordance fondamental, caractérise toute la

vie de l’homme, et en plus, dit Lacan, « si l’objet n’est jamais saisissable que

comme un mirage, mirage d’une unité qui n’est peut jamais ressaisie sur le plan

imaginaire, toute la relation objectal ne peut qu’en être frappé d’une incertitude

fondamentale ».79

Mais pourtant, il y a aussi une relation symbolique de l’homme aux objets,

en tant qu’il peut les nommer, c’est par le pouvoir qui a l’homme de nommer les

objets, qu’il peut les faire subsister et leur donner une consistance. Si les objets

n’étaient que dans un rapport imaginaire avec le sujet, ils ne seraient jamais

perçus que de façon, dit Lacan, « instantané », le mot qui nomme ne donne pas

seulement une existence spatiale à l’objet, mais aussi une dimension temporelle.

L’objet une fois qui est devenu le semblable du sujet, le double de lui-même, peut

présenter une certaine permanence dans le temps grâce au nom, c’est par

l’intermédiaire du nom que l’objet peut avoir une apparence reconnaissable qui

perdure un certain temps.

79
Idem, page 202

46

« Le nom est le temps de l’objet », « si le sujet humain ne dénomme pas, il

n’y a aucun monde, même perceptif, qui soit soutenable plus d’un instant »,80

c’est là le point où se rejoindrent l’imaginaire et le symbolique, et c’est grâce à

cette dimension symbolique, grâce au langage, que l’homme peut se construire un

monde entouré des objets, faute de quoi il resterait dans un état complètement

narcissique.

Désir et image :

Cet objet qui se présente à l’homme et qui lui montre « la figure même de

sa déhiscence à l’intérieur du monde », a des conséquences par rapport à la

structure du désir et de l’image même de l’homme ; en tant que c’est un objet qui

par essence le détruit, l’angoisse et qu’il ne peut atteindre, et en conséquence il ne

peut vraiment trouver son adhérence au monde, sa complémentarité parfait sur le

plan du désir.

« Le désir humain a un caractère radicalement déchiré », en tant que

l’objet du désir est toujours en essence angoissante, détruisant et impossible de

rejoindre. « L’image même de l’homme y apporte une médiation, toujours

problématique, et qui n’est donc jamais complètement accompli ».81 Concevoir

l’image comme jamais complètement accompli, et le désir comme essentiellement

déchiré, implique des conséquences pas seulement par rapport à la notion de sujet

comme tel, mais aussi par rapport à l’expérience analytique. La fin de l’analyse ne

pourra plus être l’identification du sujet et la reconnaissance de son désir, et la

80
Idem, page 202
81
Idem, page 198

47

suite des élaborations de Lacan dans ce séminaire se dirigent justement sur ce

point là.

Qu’est-ce que le sujet ?

« La petite affaire que nous poursuivons depuis deux séminaires, qu’est-ce

que le sujet ?, en tant qu’il est, le sujet inconscient, et par là, le sujet qui parle. Or,

il nous apparaît de plus en plus clairement que ce sujet qui parle est au-delà de

l’ego ».82 Lacan se pose cette question à partir de certaines expériences où, comme

lui-même le dit, le sujet n’y est pas, par exemple, dans certains rêves, où il y a une

sorte de vécu dernier, de réel ultime qui est appréhendé au-delà de toute

médiation, et ça produit le sentiment d’une certaine a-logique où le sujet n’y est

pas. Il y a un passage à quelque chose que s’effectue au-delà de l’ego, au-delà du

moi.

« C’est à partir de l’ego que tous les objets sont regardés… mais c’est bien

du sujet que tous les objets sont désirés »,83 le rapport imaginaire entre l’ego et les

objets atteint sa limite dans certaines expériences, dans les rêves par exemple, où

au moment où le sujet désire, l’ego à ce moment là se dissipe, se désorganise,

s’évanouit, se dissout, et c’est là qui surgit le sujet « au-delà de l’ego », le sujet,

dit-Lacan, est précipité dans un affrontement avec quelque chose complètement

différent de l’expérience quotidienne de la perception, quelque chose que Lacan

appelle « un quod, un qu’est-ce que c’est ? ».84

82
Idem, page 207
83
Idem, page 210
84
Ibid, page 210

48

C’est quod ultime, ces tendances du sujet qui jouent au-delà du réel, sont

structurés comme des signifiants dans le registre du sens, ces expériences

apparaissent comme des jeux des mots, mots d’esprits, etc., eh bien, c’est quod,

dit-Lacan, « c’est l’expérience du sujet inconscient en tant que tel », et c’est ça

l’essentiel dans l’expérience analytique, « l’essentiel est le quod symbolique ».

C’est quod, qu’il appelle parfois « cet inconnu », cette « zone ignorée », ne

doit jamais être oublié dans l’expérience analytique. Désormais, tout rapport

imaginaire et conscient entre le moi ou l’ego et les objets sera mis en deuxième

plan, et tout l’effort de Lacan se dirigera à dévaloriser cette axe imaginaire,

autrement dit à la neutraliser, à la casser, pour faire valoir c’est qui est

fondamental dans l’expérience : le sujet de l’inconscient comme tel, qui opère

dans un registre du sens, et qui apparaît sous la forme de formations particuliers :

lapsus, rêves, mots d’esprits, jeux des mots, etc.

L’expérience analytique :

« L’homme est engagé par tout son être dans la procession des nombres,

dans un primitif symbolisme qui se distingue des représentations imaginaires »,85

nous ne pouvons ne pas remarquer dans les élaborations de Lacan à cet époque là,

la présence de la pensée structuraliste, et des références pris de quelques autres

théoriciens très importants à l’époque, Claude Lévi-Strauss par exemple, et

surtout de son livre « Les structures élémentaires de la parenté », c’est à partir de

là que Lacan fait la description du registre symbolique en termes de combinaison,

de chiffres, de présence et absence, et des notions de l’être et le non-être.

85
Ibid, page 354

49

Cette image morcelée limite la possibilité de parler chez les humains. page 354 87 Ibid. c’est à dire.87 Cette expérience imaginaire structure et limite pour son fondement même. « Ce qui insiste pour être satisfait ne peut être satisfait que dans la reconnaissance. est refoulé. des chiffres. disons la possibilité d’une parole pleine. c’est que le non-être vienne à l’être. d’une certaine façon n’existe pas. C’est en cela que l’image est un obstacle à la 86 Ibid. dit-Lacan. et du même coup toute possibilité d’échange verbal entre les être humains. et s’oppose à la restitution d’un texte intégral de l’échange symbolique. parce qu’il va tout de suite introduire un élément structural chez l’homme qui fait obstacle à cette possibilité de reconnaissance. qui règnent dans le milieu où il existe. ce n’est pas présent. « Le langage incarné dans une langue humaine est fait avec des images choisies qui ont toutes un certain rapport avec l’image du semblable ». fait des combinaison. des nombres. la réalisation du sujet dans l’ordre symbolique comme la fin idéale de l’expérience analytique. page 367 50 . « le rapport du non-être à l’être ». à se faire reconnaître. qu’il soit parce qu’il a parlé ». Ce symbolisme. nous pouvons dire idéal. demande à être. La fin du procès symbolique. C’est à l’ensemble de ce symbolisme qui lui pre-existe que l’homme a à ce faire reconnaître. et insiste. le refoulé est toujours là.86 nous avons là à nouveau la notion de reconnaissance de l’être comme la fin du procès symbolique. L’homme donc. C’est ça qui fonde l’ordre symbolique. et par conséquence c’est le rapport fondamental de l’homme à l’ordre symbolique. toute langue concrète. et c’est l’expérience imaginaire en tant que tel. doit s’intégrer dans un primitif symbolisme. et en tant que refoulé. pourtant.

il n’y a jamais aucune résistance. dit-Lacan. embrouille la médiation symbolique. que c’est elle qui fait obstacle et qui empêche la réalisation du sujet même.88 nous trouvons à cette époque là. c’est encore l’image qui sépare au sujet pour toujours de sa propre reconnaissance. page 367 51 . et toute résistance vient de cet ordre. il élabore quatre pôles. Pour illustrer l’expérience analytique tel qu’il la conçoit à ce moment là. désignés avec des lettres : A : c’est l’Autre radical m : le moi a : l’autre. imaginaire. Et dans l’expérience analytique proprement dit. stoppe. et dont le morcellement caractérise même la façon de penser de l’être humain. « Nous sommes des êtres incarnés. en 1955. et des premiers approches au signifiant et au signifié. et nous pensons toujours par quelque truchement imaginaire. en tant que le moi y est strictement situé comme étant de l’ordre de l’imaginaire.reconnaissance du sujet dans l’ordre symbolique. interrompue ». Même si Lacan commence à parler du sujet de l’inconscient. ce qui y fait obstacle c’est le moi. interchangeables. Celle-ci est perpétuellement hachée. 88 Ibid. du côté de ce qui est refoulé. S : qui est le sujet « au-delà de l’ego ». essentiellement couplé au moi dans une relation réflexive. qui arrête. c’est à dire le sujet de l’expérience inconscient. du côté de l’inconscient. une image dévalorisée à tel point.

et par conséquence. a. Elle est sous-jacente. C’est à partir du moment où n’existe plus cette résistance de la fonction imaginaire a – m. Et la relation imaginaire c’est la relation entre a et m. »89. la relation entre le moi et sa propre image. Tout ce qui est résistance dans une analyse c’est du côté du moi. le transfert se passe entre A et m. une analyse est possible dans la mesure où l’analyste ne soit placé à la place de a. m. se stoppe. « Pour tous les sujets humains qui existent. S. en tant que le a de l’analyste fait défaut. mais avec l’Autre radical. et le moi 89 Idem. « une analyse n’est pas concevable que dans la mesure où le a est effacé. page 371 90 Idem. tout ce qui se passe entre A et S a un caractère conflictuel. en tant que la manque y est introduite. qui est toujours une relation de béance. le rapport entre le A et le S passera toujours par l’intermédiaire de ces substrats imaginaires que sont le moi et l’autre et qui constituent les fondations imaginaires de l’objet – A. Ainsi. de tension aliénante. c’est la relation m – a qui fait résistance et interruption au discours. à la parole du sujet. page 373 52 . La relation symbolique du sujet c’est la relation qui va de A à S. et c’est la que le transfert peut surgir. c’est à dire.90 Tout ce qui part du moi du sujet doit se rencontrer non pas avec l’autre de la relation a – a’. se coupe. que peut surgir la parole fondamentale qui va de A à S. L’analyste participe de la nature radical de l’Autre. C’est par l’effet du transfert qu’un progrès se fait. en tant qu’il est ce qu’il y a de plus difficilement accessible ». se hache soi-même. le circuit se contraire. voire inconsciente. en tant que différencié du sujet.

que peut surgir le sujet de l’inconscient. c’est sa signification ». faite par Lacan en 1955. « ce que l’analyse révèle au sujet.93 1955 : « La Chose freudienne ou Sens du retour à Freud en psychanalyse ». c’est une parole qu’il reçoit déjà fait. tout ce qui l’analyse révèle au sujet.92 tout ce que le sujet découvre dans l’analyse c’est la signification qui prennent pour lui tous les donnés qui lui sont propres. le sujet du sens. Finalement. page 374 92 Idem. il vient au point où est le sujet »91. qui lui pre- existe. il essai de montrer où est la psychanalyse à l’époque. cassé ou neutralisé dans une analyse. à la Clinique Neuro- Psychiatrique de Vienne. ville de la découverte freudienne. page 374 53 . page 374 93 Idem. il introduit pour la première fois les lois du 91 Idem. Et c’est à partir de là que Lacan dit : « Toute expérience analytique est une expérience de signification ». désormais. C’est par le fait que l’axe imaginaire a – m.s’évanouit et devient sujet. « le moi devient ce qu’il n’était pas. Dans cette conférence. en tant que lui vient par la voie de l’Autre. ce n’est plus son identification ni la reconnaissance de son désir. soit annulé. Cette signification est fonction d’une parole qui est et qui n’est pas du sujet.

on 94 Ecrits. le langage est ici un ordre constitué par des lois.langage. en tant que ce qui domine c’est l’unité de significations qui renvoie toujours a une autre signification. Ces lois sont celles du signifiant et du signifié. Toujours très en rapport avec la pensée structuraliste de l’époque. à savoir la pseudo- totalité de son organisme. jusqu’au présent c’était la béance congénital que présente l’être humain dans ses relations naturelles. la signification ne se réalise qu’à partir d’une prise de choses qui est d’ensemble. il annonce la phrase : « il n’est parole que du langage » . en tant que chaque élément a un emploi exacte et se différencie des autres . est la structure synchronique du discours. page 415 54 . les mécanismes du signifiant et du signifié. est l’ensemble diachronique du discours. dit-il.94 phrase qui propose le langage comme différencié complètement de l’expression naturelle. et en conseillant vivement d’aller lire Ferdinand de Saussure. du code et de l’information. « Tel sont les bases. La Chose freudienne… page 411 95 Idem. et le signifié. à partir du déchiffrage de cette structure par les lois du langage. en disant que tout analyste doit aisément s’y introduire. Le signifié réagit sur le signifiant et de même celui-ci commande le signifié.95 Lacan rappelle ce qui avait été son explication du désordre essentiel de l’être humain. qui distinguent le langage du signe. dit-il. mais maintenant. Le signifiant. « Nul besoin de cette genèse pour que la structure signifiante du symptôme soit démontré ». A partir d’elles la dialectique prend un nouveau tranchant ». car désormais ces lois seront le fondement même de son exercice. et la reprise des éléments imaginaires qui apparaissent morcelés dans cette béance.

et c’est bien au-delà du moi. Désormais. Introduction du père : Dans son séminaire sur les psychoses.97 C’est ainsi que l’analyste pourra être celui à qui ce discours s’adresse. les lois symboliques sont différentes dans son essence et manifestation des lois de la réminiscence imaginaire. Séminaire III : Les psychoses. sera caractérisé pour la domination absolue du symbolique. sujet de l’inconscient. Toutes ces élaborations seront reprises largement par Lacan dans la suite de ces séminaires. ce qu’il appelle le nouveau tranchant que prendra la psychanalyse. Lacan propose que la seul chose à quoi sert le stade du miroir. c’est le je. c’est à partir de là que Lacan propose comme condition pour que le je puisse surgir.perçoit de façon absolue. c’est à mettre en évidence la nature de la relation 96 Idem. Le sujet où y règnent les lois du langage. « l’omniprésence pour l’être humain de la fonction symbolique ». où il en donnera les conséquences.96 Tout modelage imaginaire du sujet est insuffisant et partiel à en donner la clé. 1955 – 1956. page 415 97 Idem. page 430 55 . que l’analyste « intervient concrètement dans la dialectique de l’analyse en se faisant le mort. en cadaverisant sa position… l’analyste presentifie le mort ». L’analyste doit prendre la position de l’Autre en tant que c’est le lieu où se constitue le je qui parle .

une chaîne. représenté par les significations . Jacques. c’est à dire du père » . qui est le discours même tenu dans sa dimension diachronique. qui introduit justement l’ordre symbolique pour le sujet. Mais les rapports humains ne s’arrêtent pas là.agressive constituant du moi. cette béance imaginaire exige l’intervention d’un tiers qui maintienne relation. distance et harmonie .98 non pas du père naturel. représenté par les signifiants . un ordre symbolique. c’est une relation d’exclusion permanent. La parole : Lacan propose ici trois dimensions de la parole. ce qui conduirait à la destruction et au chaos absolue. et finalement l’ordre réel. fonction. l’intervention de l’ordre de la parole. qu’il appelle « trois sphères » de la parole qu’on peut intégrer dans le même phénomène : l’ordre symbolique. Ce moi qui est en parti étranger au sujet même fonde la tension agressive de tout fonctionnement imaginaire chez l’homme. « il faut une loi. le comportement humain n’est jamais pure et simplement réduit à la relation imaginaire. c’est lui ou moi. 98 Lacan. Page 111 56 . Séminaire III. mais d’un ordre qu’il appelle le nom-du- père. et qui lui permet à partir de là la possibilité de la parole constituant. l’ordre imaginaire. en tant que le moi est en lui-même un autre instauré dans la réalité interne du sujet. toute relation imaginaire est fondé sur la tension agressive . Les Psychoses. c’est là que Lacan introduit ce qu’il appelle le sens même du complexe d’œdipe.

et en conséquence l’aliénation du sujet à cette image spéculaire. le signifiant n’a pas été transmit. faute de pouvoir faire une médiation symbolique entre l’autre et lui-même.101 le sujet.100 Dans la psychose. Le mouvement de la parole consiste à faire passe tout un matériel signifiant dont dispose le sujet. Il dit : « L’aliénation c’est ici radicale. Que se passe t-il dans la psychose ? Lacan se demande « que se passe t-il si un certain manque s’est produit dans la fonction formatrice du père ? »99 Eh bien. image qui ne s’inscrit dans aucune dialectique triangulaire. la psychose consiste en un trou. page 231 101 Idem. mais à un anéantissement du signifiant ». qui est d’une certaine façon un mode de médiation. le rapport du sujet au monde est une relation de miroir. quelque chose du monde extérieur n’a pas été symbolisé. faire passer l’ordre symbolique au discours fait des significations imaginaires. au réel des significations. il propose la psychose comme justement un manque au niveau du signifiant. Ce qui lui reste c’est uniquement l’image de la fonction paternelle. il n’y a pas de préhistoire. et ça produit ce que Lacan appelle « une véritable réaction en chaîne au niveau de l’imaginaire » . dit-il. et c’est ça qui caractérise les phénomènes psychotique. La psychose c’est l’impossibilité pour le sujet d’assumer le signifiant père au niveau symbolique. mais qui comporte une dualité totale. entre dans une espèce de prolifération imaginaire. elle n’est pas lié à un signifié néantisant. page 100 57 . page 230 100 Idem. c’est-à-dire. 99 Idem.

c’est la loi. les hallucinations et les constructions de Schreber sont faites d’éléments où se reconnaissent tous sortes d’équivalences corporelles. qui implique l’image de l’autre et de lui-même profondément en relation avec la possibilité de fragmentation. Lacan prend dans ce séminaire l’exemple de Schreber. A partir de là. page 97 58 . « Le pivot de ces phénomènes. dit-Lacan. un envahissement imaginaire de la subjectivité. qui est ici toute entière dans la dimension imaginaire… Elle est opposé à la relation de sujet à sujet.102 en tant que les deux personnages auxquels se réduit le monde de Schreber. d’une façon claire. C’est autre dedoublable. multiplié est manifesté dans son délire. mais Lacan ajoute ici : « rien ne l’y conduit ». sont fait d’une façon tel que l’un offre à l’autre son image inversé. axe de la parole dans son efficacité. ».104 102 Idem. Il y a chez lui. page 101 103 Idem.103 Conséquences pour la cure analytique : Lacan rappelle la proposition de Freud : « il s’agit toujours de retrouver un objet » . page 83 104 Idem. car. de morcellement. il réaffirme que tout appréhension humaine de la réalité est soumise à cette condition. tous les fantasmes. « l’étude du délire de Schreber à l’intérêt de nous permettre de saisir d’une façon développée la dialectique imaginaire ». une dominante du rapport en miroir . le sujet est constamment à la recherche de l’objet de son désir. dit-il.

il faut admettre l’existence du grand Autre. Désormais. fait basculer la conception antérieure de Lacan. Dans ce séminaire il propose une thèse nouvelle : « La réalité est marqué d’emblée de la néantisation symbolique »105. Bascule de la béance primitive : L’introduction du signifiant comme élément clé. la signification n’est plus le point où doit aboutir une analyse . il se retrouve face à face d’un ordre symbolique. C’est à dire. il considère comme « dévié ». que les signifiants apparaissent dans le monde du sujet à une étape primitive. tout conception de la cure analytique comme étant une relation à deux. tout ce qui se joue dans l’analyse sur l’axe a – a’. Il y a une apparition primitive du signifiant »106 Ainsi. tout ce qui est de l’ordre de l’imaginaire c’est conçu comme un obstacle à la cure. de la béance biologique primitive chez le sujet humain. il nous faut supposer que des signifiants apparaissent. désormais. dès qu’il sujet naît. qui sont déjà de l’ordre symbolique. avant même qu’il parle. A partir de cette conception de l’impossibilité d’appréhender l’objet. page 169 59 . page 168 106 Idem. et considérant que dans la technique analytique c’est qui est fondamental c’est la notion qu’au-delà du petit autre de l’imaginaire. qui est le corrélat nécessaire de la parole . c’est à dire. ni même les significations. et 105 Idem. « Avant que l’enfant apprenne à articuler le langage. ou comme une relation d’objet qu’il s’agit de restituer. le ressort de la découverte analytique n’est plus l’imaginaire. en tant que considéré comme du registre de l’imaginaire.

n’est pas simplement d’avoir trouvé des significations. mais d’avoir été beaucoup plus loin. constitué comme une image. dans l’imaginaire où il se trouve. dans l’au-delà de la mère. il propose ici une triade imaginaire mère-enfant-phallus. l’a approché. a – a’ . Ce nouveau élément. Séminaire IV : La relation d’objet Dans ce séminaire Lacan introduit un quatrième élément. mais ça c’est une première étape.comme lui-même le dit : « le pas que je vous demande de faire dans ce séminaire. à savoir jusqu’au signifiant ». c’est de me suivre quand je vous dit que le sens de la découverte analytique. et d’une façon qui le fasse instrument de l’ordre symbolique des échanges. « Il s’agit que l’enfant assume le phallus en tant que signifiant. qui est le prélude de la mis en jeu de la relation symbolique à la fin de la phase pre-oedipienne. laquelle se produit avec la quatrième fonction qui est celle du père. comme l’objet imaginaire du désir de la mère . et grâce à l’intervention du nom-du-père. une fois que l’enfant l’a situé. à travers de la découverte progressive qu’il fait de la insatisfaction de la mère dans la relation mère-enfant. page 223 60 . en tant qu’il 107 Idem. la relation imaginaire n’est plus seulement une relation duelle mère – enfant. est prise dans la phase pre-oedipienne comme un élément imaginaire. il s’agit de faire glisser ce phallus imaginaire à la place du signifiant et de l’assumer comme tel.107 1956 – 1957. le phallus.

Le fondement de cette expérience est que le sujet conquiert une réalité virtuelle. et aura toujours cette caractéristique d’être en quelque sorte. Lacan dit : « les images se pressentent dans l’économie humaine dans un état de déconnexion… qui permettent toutes sortes des coalescences. Jaques. virtuelle. Page 200 109 Lacan. Séminaire IV. »109 108 Lacan. Le phallus sera désormais le pivot central de toute dialectique du développement subjective 1957 – 1958. pris dans une chaîne signifiante. Ce quatrième élément. irréalisé. et c’est la fonction du père qui est la clé et le pivot de la rencontre de l’enfant avec le monde symbolique. Séminaire V. et à partir de là. Séminaire V : Les Formations de l’inconscient Qu’en est t-il du stade du miroir à la fin des années 50 ? Le stade du miroir à cette époque de l’enseignement de Lacan. toute possibilité de construction d’une réalité humaine passe par là. Jacques. des échanges. une image ni un objet. une image virtuelle qui joue un rôle décisif dans la formation de l’Urbild du sujet. des déplacements. qui a la particularité de l’être et au même temps ne pas l’être. c’est à dire. le phallus doit être assumé comme un signifiant. des condensations. il joue sa fonction en tant qu’élément signifiant. ce n’est pas un organe. page 115 61 . L’image du corps s’assume comme quelque chose qui à la fois existe et n’existe pas.préside à la constitution des lignées »108. Les formations de l’inconscient. c’est la rencontre du sujet avec une réalité. ce donc un signifiant. La relation d’objet.

dès qu’elles apparaissent. c’est que ces images. mais à cette époque de l’élaboration théorique de Lacan. prises. qui avait été désigné par Lacan comme la prématuration de la naissance.. discordance. et tout ce que vous voudrez. utilisés par le maniement signifiant ».110 Ce qui compte. et sont assumés comme tels pour le sujet. « que ce soit de là ou que ce soit d’ailleurs que cela parte… ce qu’il y a de certain. la réalité. page 115 62 . « ce n’est absolument pas pensable à partir de la pure et simple expérience de quoi que ce soit… frustration. Il n’y a pas d’assomption de la réalité pas à pas. il n’y a pas d’étapes ni de temps . sont agies. comme une béance biologique qui fait qui soit à partir de l’image de l’autre que l’homme trouve une certaine coordination et unification de ses mouvements et finalement une maîtrise de son corps . il met en question cette explication. l’Umweld et là à partir du signifiant qui est d’emblée. c’est de cette façon qu’il affirme que le fait qu’y est absolument essentiel. A partir de là. c’est qu’il y a du signifiant. ce qui est en jeu dans cette expérience. la symbolisation est déjà là. des élément signifiants. ». 110 Idem. brûlure. Avant même que l’apprentissage du langage soit élaboré pour l’enfant sur le plan moteur. Lacan refusera toute conception de l’introduction du sujet à une réalité en termes d’expérience. Cette liberté des images avait été expliqué par la psychanalyse comme la conséquence d’une lésion première dans l’interrelation de l’homme et du monde. en disant. auditif et même de compréhension. c’est que ces images sont devenues. dans leur état d’anarchie caractéristique de l’espèce humaine. heurt.

pg 130. dit-il. Séminaire VI : Le Désir et son Interprétation Du a – a’ à $ ◊ a : Lacan élabore dans ce séminaire la question du désir. l’entrée du sujet dans la réalité humaine a un double mouvement. Jacques. « où se nouent ensemble. imaginaire et symbolique »111. pour l’homme. en considérant que c’est une dialectique très complexe. Ainsi. D’un côté. qu’il devient un être humain dans un monde humain. qu’il arrive à élargir cette réalité au champ humain comme tel. Le fantasme : le sujet qui avait été mis à la place de l’œil. 63 . Mais ici il introduit deux nouveaux éléments : 1. Il reprend le schéma du bouquet renversé. que le désir ne peut pas se saisir et se comprendre qu’un nœud plus étroit. dans un ordre symbolique. 1958 – 1959. c’est à dire. Et d’un autre côté. en tant que ce qui est vraiment représenté dans cette expérience du bouquet renversé. c’est « quelque chose qui 111 Lacan. image virtuelle mais pourtant existant. la réalité est conquise par l’être humain pour autant qu’elle arrive dans la forme de l’image du corps. c’est pour autant que le sujet introduit dans cette réalité les éléments également irréel appelés signifiants. 7 janvier 1959. n’occupe plus cette place. Séminaire VI. réel. Le désir et son interprétation. autrement dit. en fait ce n’est qu’une métaphore . qui avait été utilisé pour représenter l’inter-jeu des différents éléments imaginaires et symboliques chez le sujet humain.

qu’il n’y a aucune possibilité chez l’être humain d’accéder à une expérience de totalité. « l’être humain est divisé. 112 Idem. est considéré comme essentiellement châtré. essaye de rejoindre sa place dans le symbolique ». se morcelle lui-même. malle ou femelle.114 Ce phallus est assumé par un sujet parlant. c’est la cause de la discordance interne chez le sujet humain. déchiré. Ce qu’implique. et aucune analyse ne lui restitue cette totalité. Ce phallus qui manque à l’autre. page 145 113 Idem. Le phallus : Il y a dans ce schéma la représentation d’une transformation de ce rapport premier a – a’. ce n’est pas le miroir devant lequel l’enfant s’agite face au petit autre. ». à la fonction signifiant. le phallus le partenaire ne l’as pas. il est ailleurs. de ce rapport spéculaire qui règle les rapports du sujet avec son semblable. Le sujet en tant qu’il s’identifie au phallus en face de l’autre. face à cette présence – absence du phallus chez l’autre. ici c’est le grand A qui es en jeu. car il est un élément signifiant. A partir de là le sujet humain. page 145 114 Idem. « Il y a transformation de cela. par un sujet qui assume son identité en tant qu’à la fois il l’est et il ne l’est pas. page 241 64 . c’est un miroir tout à fait symbolique. en tant qu’au partenaire ici lui manque quelque chose : le phallus »113. 2 .dans le fantasme.112 Ce schéma désigne un sujet qui cherche à trouver sa place dans le symbolique par rapport à l’Autre.

il ne décrit pas la fonction que cet objet reçoit du 115 Lacan. page 649 65 . où le signifiant est considéré comme l’élément guide. L’objet du désir comme fonction guide : Lacan critique son modèle initial du stade du miroir car il ne laisse pas éclairé la position de l’objet a. non seulement en psychanalyse mais dans tous les savoir. La structure n’est pas la forme : Dans ce texte de 1960 Lacan différencie de façon radicale. Ecrits. très en rapport avec les savoir du temps qui court. et même est traité comme un obstacle à vaincre dans l’analyse. la structure. en allant jusqu’à dire que « l’esthétique est à refaire pour le temps où la linguistique a introduit dans la science son statut incontestable : avec la structure définie par l’articulation signifiante comme telle ».115 Ce qui montre sa position théorique de l’époque. qui appartient au registre de l’imaginaire. par conséquence. mis du côté du symbolique . 1960 – Remarque sur le rapport de Daniel Lagache : « Psychanalyse et structure de la personnalité ». Il suggère que la conception de la forme doive être reformulé à partir de l’introduction du signifiant par la linguistique . Et l’imaginaire. et la forme. celui qui domine tous les autres registres. est considéré comme une fonction à refaire en y ajoutant le signifiant. Jacques.

Lacan dans ce texte de 1960 proposera la thèse qui justifie cette fonction guide de l’objet. disons. 1960. que « Les objets partiels n’ont pas d’image spéculaire »117. le point où doit aboutir. Dit-il. Subversion du sujet et dialectique de son désir dans l’inconscient freudien. Finalement. et après toutes les élaborations théoriques de Lacan dans cette décade 1950 – 1960. C’est pour cette raison qu’il fait appel au modèle du bouquet renversé. à savoir.symbolique. C’est vers l’objet a du désir que Lacan conseille de ramener l’attention dorénavant. »116 Nous avons là d’ailleurs la conception de la fin d’analyse à l’époque. autrement dit. page 682 117 Idem. comme ce qu’il a été pour l’Autre dans son érection de vivant… que le sujet est appelé à renaître pour savoir s’il veut ce qu’il désire. ces objets appelés partielles. fonction guide. et dans ce parcours. page 818 66 .. y est représenté par les fleurs. à resserrer le plus possible cet objet a du désir. « C’est comme objet a du désir. c’est à dire. l’objet. et c’est en tant 116 Idem. le procès imaginaire va de l’image spéculaire à la constitution du moi sur le chemin de la subjectivation par le signifiant. jouent un rôle décisif . en tant que la relation d’objet. précisément par l’objet où s’appui l’accommodation qui permet au sujet d’apercevoir l’image.

ni en tant qu’image. en tant qu’image du pénis. page 822 67 . soit l’image du pénis est negativé à sa place dans l’image spéculaire.qu’objets insaisissables dans le miroir. mais en tant que partie manquante à l’image désiré.118 L’image du pénis. « le phallus. non pas en tant qu’organe. C’est ce qui prédestine le phallus à donner corps à la jouissance. que l’image spéculaire leur donne son existence . page 828 119 Idem. « que la fonction imaginaire le voile du même coup qu’elle lui donne son instrument ». vient à symboliser la place de la jouissance. est prise aussi dans ce mouvement. en tant qu’il peut être en érection ou pas dans le miroir. Le phallus. dans la dialectique du désir ». « C’est pour autant qu’une partie reste préservé… » c’est à dire la position érectile du pénis. c’est à partir de cette absence que l’image spéculaire permet la transfusion de la libido du corps à l’objet.119 118 Idem. Lacan dit.

Tout son effort à été dirigé à resituer et à refaire tout ce qui se passe dans l’axe a – a’. 68 . l’image du corps vu dans le miroir. et à partir de là toute la pratique analytique se dirige à neutraliser cet axe imaginaire. Lacan reprend le Stade du miroir dans une forme beaucoup plus ample. Même après les réformulations. et à ne pas s’orienter par cette voie. Dans ce période de 1953 – 1960. à partir de la notion de l’inconscient structuré comme un langage. reste le modèle de toutes les formes que le sujet percevra dans le monde des objets. c’est à dire. le signifiant.Brève Conclusion. dans le sens de subordonner le registre de l’imaginaire à la causalité signifiant . Nous pouvons dire que ce qui survit de sa première élaboration du stade du miroir. que nous pouvons appeler le période de mis en valeur du signifiant. c’est l’image du corps et la discordance interne du sujet. et à opérer à partir de ce qui est vraiment causal.

à la limite où repli de feuillets coalescents à son enveloppe. et dans le texte de 1960. Remarque sur le rapport de Daniel Lagache…. ce qui prendra une importance fondamentale dans ces élaborations postérieures . point stratégique premier dressé par nous en objection à la faveur accordé dans la théorie au prétendu moi autonome. dont la restauration académique justifiait le contresens proposé de son renforcement dans une cure désormais déviée vers un succès adaptatif… réduction d’une pratique éminente à un label propre à l’exploitation de l’American way of life. où il expose sa position par rapport à ce qui avait été sa théorie du stade du miroir antérieure : « Le stade du miroir. page 682 69 . il annonce le corps conçu comme un espace et même comme passible d’une torsion topologique. il dit : « le peu d’accès qu’a le sujet à la réalité de son corps. « Notre modèle du stade du miroir ressortit à un temps préliminaire de notre enseignement où il nous fallait déblayer l’imaginaire comme trop prisé dans la technique… Nous n’en sommes plus là ! ». et venant s’y coudre autour des anneaux orificiels.120 Pour finir.122 120 Ibid. »121 Et finalement. page 676 121 Ibid. nous voudrions citer deux paragraphes des écrits de Lacan de 1960. il l’imagine comme un gant qu’on puisse retourner… ». page 808 122 Ibid. qu’il perd dans son intérieur. Nous remarquons qu’à la fin de cette période. l’imaginaire commence à être toujours lié avec la forme et le corps.

et le sujet avait fait déjà une premier analyse. où l’analyste en 70 . Aucune cause biologique n’avait été trouvée. à partir d’un récit du cas d’un sujet atteint d’un symptôme psychosomatique. un sujet qui présentait des symptômes dans les domaines des activités de la main. l’imaginaire et le corps dans la clinique lacanienne de 1953 à 1960 Séminaire I : 1953 – 1954 Le corps et le symbolique dans la clinique : A partir du premier séminaire de Lacan. le symbolique prendra une place privilégiée par rapport aux autres deux registres. Il s’agit du cas d’un patient de Lacan.Perspective de l’image. Nous allons montrer la place qu’occupent les trois registres dans les phénomènes cliniques à cette époque de l’enseignement de Lacan.

à la personne coupable d’un vol : On lui coupera la main. que s’est inscrit dans son corps dans la forme d’un symptôme. Même s’il y a longtemps que la prescription n’est plus mise en exécution. un point de réel. 307 124 Ibid. il avait entendu dire que son père était un voleur et qu’il devait donc avoir la main coupée. sans aucun succès. Edition de poche. La place du symbolique et du corps est située par Lacan dans la phrase suivante : « La parole doit être toujours incarnée dans l’histoire même du sujet »124… condition indispensable pour tout être humain. Lacan dit : « Les images qui n’ont jamais été intégrées produisent des trous. En effet. et c’est à partir de ces trous que le sujet peut se retrouver dans les différents déterminants symboliques qui font de lui un sujet ayant une histoire ».question avait dirigé son interprétation vers la masturbation infantile. les références symboliques à travers lesquelles le sujet a pu se construire une histoire propre. Séminaire I : « Les ecrits techniques de Freud ». J. un point aveugle difficile à supporter. les symptômes en question concernant la main sont disparus. 306 71 . Cet énoncé à été donc. Après avoir parlé du dit énoncé en analyse. et a été reçu comme un point énigmatique. elle reste inscrite dans l’ordre symbolique qui dirige les relations humaines. Le sujet était de religion islamique. et qui s’appelle la loi.123 L’analyse consiste à retrouver ce système de symboles propres à chaque sujet. et à travers les associations libres il raconte à Lacan que pendant son enfance. 123 Lacan. différent pour chaque sujet. P. la loi coranique porte ceci. isolé par le sujet du reste de la loi. des pointes de fracture . p.

La théorie de la reconnaissance : le cas Dora Suivant la proposition de Lacan de la parole comme fonction de reconnaissance. de ce que doivent faire les femmes. ou comme lui-même le dit : « La parole est cette dimension par où le désir du sujet est authentiquement intégré sur le plan symbolique. tout axe O – O’ (comme il l’écrit à l’époque) doit être éliminé de l’expérience analytique. c’est à dire. les femmes doivent aimer les hommes. le Moi de l’analyste doit être effacé de l’expérience.125 il critique dans l’observation du cas Dora. c’est l’intervention de l’axe imaginaire dans l’analyse . p. que le désir. Cette erreur de Freud est due au fait qu’il aborde Dora à partir de son propre Moi. désormais. 125 Ibid. l’imaginaire doit être neutralisé. La cause de cette négligence dit-Lacan. Freud. lui. Nous en trouvons un exemple argumenté dans le commentaire que Lacan fait dans ce séminaire du cas Dora : Il impute à Freud de ne pas s’avoir aperçu de la position de Dora. fait intervenir son ego. le partenaire qu’elle situait à la place de O’ dans l’axe imaginaire. quel qu’il soit. de celui qui était l’objet de Dora. se nomme devant l’autre. 286 72 . la négligence de Freud au moment de l’interprétation. autrement dit. est reconnu au sens plein du terme » . faut de quoi il y aura une « orthopédie de l’ego » mais pas une analyse. la conception qu’il a. C’est seulement lorsqu’il se formule. c’est à dire.

p. Alors. Séminaire II : 1954 – 1955 A partir d’un commentaire d’un rêve de Freud.126 Nommer le désir pour aboutir à sa reconnaissance c’est donc le but premier d’une analyse à cette époque là. que l’objet de son désir n’était pas du tout l’homme en question. si l’analyse avait été correctement menée. K…. Lacan introduira les éléments clés de sa théorie et sa pratique clinique. Parmi ces invités. que je prends tout de suite à part. à ce moment de son enseignement. pour lui reprocher. il considère que ce qui ne va pas chez Dora est du au fait qu’elle aime M. K… que Dora aimait. nous recevons. qu’est-ce que propose Lacan ? Selon lui. K…. Freud. et il lui annonce l’interprétation suivant : Vous aimez M. à ce moment là il peut se réaliser ». et d’introduire donc son propre Moi. appelé par lui le rêve de l’injection d’Irma. Le rêve c’est le suivant : Un grand hall – beaucoup d’invités. mais sa femme. et l’imaginaire. dans l’analyse « C’est au moment où le désir est en O’ que l’analyste doit le nommer. K… Ainsi. en réponse à sa lette. 286 73 . que c’était Mme. Irma. de ne pas avoir encore accepté ma « solution ». situé à la place d’un obstacle à éliminer de l’expérience analytique. la parole en étant le seul élément qui permet la reconnaissance. ce qui produit l’interruption de l’analyse par Dora. au lieu de faire intervenir sa parole à la place de O’ de l’axe imaginaire. Mme. Je lui dit : « Si tu as encore des 126 Ibid. il se serait rendu compte et l’aurait montré. Ainsi. car.

il boite.127 127 Lacan. une injection avec une préparation de propyle. et je constate. à son tour. Elle manifeste une certaine résistance comme les femmes qui portent un dentier. elle ouvre bien la bouche. Mon ami Otto lui a fait récemment. cela m’étrangle. il est très pâle. examine le malade et confirme. mais ça ne fait rien . dit : « Il n’y a pas de doute. 180 74 . n’est pas comme d’habitude. Le docteur M. M. Elle a un air pâle et bouffi . Jacques.. » Je prend peur et je la regarde. propylène… acide proprionique… triméthylamine (dont je vois la formule devant mes yeux. à l’estomac et au ventre. il va s’y ajouter de la dysenterie et le poison va s’éliminer. » Elle répond : « Si tu savais comme j’ai mal à la gorge. d’où vient l’infection. il dit : « Elle a une matité à la base gauche ». une grande tache blanche. et mon ami Léopold la percute par-dessus le corset . un jour où elle s’était sentie souffrante. P. d’une manière directe. Je me dis : pourtant elle n’en a pas besoin. et il indique aussi une région infiltrée de la peau au niveau de l’épaule gauche (fait que je constat comme lui malgré les vêtements). imprimée en caractère gras)… Ces injections ne sont pas faciles à faire… il est probable aussi que la seringue n’était pas propre. qui. il n’a pas de barbe… Mon ami Otto est également là. à côté d’elle. c’est réellement de ta faute. je me dis : n’ai-je pas laissé échapper quelque symptôme organique ? Je l’amene près de la fenêtre et j’examine sa gorge. et d’autre part j’aperçois d’extraordinaires formations contournées qui ont l’apparence des cornets du nez. et sur elles de larges escarres blanc grisâtre. Alors.douleurs. J’appelle aussitôt le docteur M. c’est une infection. à droite. » Nous savons également. Séminaire II.

p. cette découverte de la chair corporelle dans ce qu’elle a d’informe. comme dit Lacan. la zone ignorée. 202 75 . vient à éliminer le rapport tragique du sujet au monde ». dit – Lacan. « L’entrée du symbolique. et malgré les résistances du moi et de l’image. avec le trou corporel. 186 129 Idem. grâce à la signification comme tel. ce 128 Ibid. le discours comme tel. mais à la fois il y a une espèce de recherche de la parole.129 Mais il y a aussi un autre élément qu’apparaît dans ce rêve : le sujet de l’inconscient. Il dit : « Dans le rêve. l’inconnu. de morcelé. c’est dans la deuxième partie qu’apparaît le symbolique.128 Cette vision angoissante de la bouche ouverte. ou le quod.130 Dans le rêve d’Irma. 199 130 Idem. ceci qui est le plus informe ». le rêve ne finit pas dans un débordement imaginaire. dernière révélation du Tu es ceci. qui est le plus loin de toi. c’est au moment où le monde du rêveur est plongé dans le chaos imaginaire le plus grand que le discours entre en jeu. « vision d’angoisse. concept que Lacan commence à élaborer à l’époque et qu’il appelle encore parfois : sujet au-delà de l’ego. p.Apparition du symbolique et du sujet de l’inconscient : Dans la première partie de ce rêve. p. et du même coup le sujet de l’inconscient. grâce à laquelle. vers un chaos imaginaire . -dit Lacan-. de déchirée. amene au rêveur. le sujet de l’inconscient ». il y a une espèce de rencontre en miroir du rêveur avec la bouche ouverte. C’est à ce moment qu’apparaît le je du sujet. Freud dans ce cas là. Et du coup le sujet comme Moi disparaît. identification d’angoisse.

L’image et le désir en entant essentiellement déchirées. désormais c’est la signification qui est visée. dit Lacan : « un sujet acéphale c’est tout à fait la notion freudienne de l’inconscient.. ». décentré par rapport à l’ego. c’est à partir de là que Lacan dira dans ce séminaire: tout ce que l’analyse révèle au sujet c’est sa signification. c’est le surgissement du sujet de l’inconscient et du même coup la recherche de la signification comme tel . et que cependant continue à parler »131 Ce rêve c’est un exemple du processus qui va du rapport initial en miroir du sujet au monde. p. la recherche de la signification comme tel »132 Le processus de ce rêve c’est le même des symptômes analytiques. 191 76 .point est désignée par le AZ. et l’image en étant un obstacle qui sépare au sujet pour toujours de sa propre reconnaissance . c’est la recherche du mot. et en conséquence ce qui est visée dans une analyse. que Freud voit devant ces yeux dans le rêve. un sujet qui n’a plus d’ego. et ce rêve nous le montre. Comme Lacan le dit : « L’important. jusqu’à l’apparition du symbolique que cherche à surgir. c’est que les symptômes analytiques se produisent dans le courant d’une parole qui cherche à passer. qui est extrême à l’ego. et aussi. la complétion de l’image et la reconnaissance du désir ne seront plus prescrits comme la fin d’une analyse. et qui désigne la reconnaissance du caractère fondamentalement acéphale du sujet. qui n’est pas l’ego. p. à cette époque. 131 Idem. malgré la résistance du moi et de l’image. « Ce qui fait la véritable valeur inconsciente de ce rêve. Elle rencontre la double résistance de l’ego et son image. 200 132 Idem. formule de la trimethylamine.

« ce quelque chose devant quoi tous les mots s’arrêtent et toutes les catégories échouent. l’objet lui montre la figure même de sa discordance. permet l’apparition de l’objet.133 Cette image de la bouche ouverte présente dans le rêve. mais aussi selon le principe de l’image du corps. de l’intérieur du corps. à savoir. révèle la découverte de la chair qu’on ne voit jamais. p. cet objet angoissante est trouvé dans l’image en miroir. où les résistances s’arrêtent. de son morcellement. 196 77 . l’objet d’angoisse par excellence »134 Cet objet est perçu dans l’image du corps. il est structuré toujours de la même façon que l’image de son corps. 196 134 Idem. la seconde partie du rêve de l’injection d’Irma met en évidence 133 Idem. p. de l’objet d’angoisse. l’objet essentiel comme dit Lacan. c’est à dire. le surgissement de l’image terrifiante et angoissante de la bouche ouverte. Dans le rêve d’Irma. Lacan dit : « Au moment où est atteint quelque chose du réel dans ce qu’il a de plus abyssal.Apparition de l’objet structuré comme l’image du corps : Dans la phénoménologie de ce rêve il y a un autre élément à distinguer. de sa déhiscence à l’intérieur de son monde. ce que Lacan appelle L’objet primitif par excellence. de ce quelque chose d’impensable et innommable.

135 Idem. la loi en y étant tout entière dans la dimension imaginaire. d’un morcellement qu’amene à l’apparition de l’objet . pas à pas. c’est à dire.ces composés fondamentaux du monde perceptif que constitue le rapport narcissique ». presque toutes les hallucinations. d’abord. l’axe S – A. ce qui sera la portée d’une analyse. image caractérisée essentiellement d’une discordance. puis la possibilité de nommer cet objet à travers le discours même. le surgissement du reflet du sujet. à savoir. qui est opposé à l’axe de la parole dans son efficacité. son image spéculaire qu’apparaît toujours dans son tableau perceptif . nous trouvons. 199 78 . le symbolique. p. le rapport du sujet au monde est toujours une relation en miroir.135 A partir de tous ces élaborations de Lacan. le rapport du sujet au monde se développe dans l’axe imaginaire a – a’. délires et phénomènes psychotiques. Ainsi. sont faits d’éléments où se reconnaissent toutes sortes d’équivalences corporelles. La psychose se caractérise pour un manque au niveau symbolique. Séminaire III : 1955 – 1956 La psychose : exemple de la dialectique imaginaire Dans ce Séminaire Lacan propose la psychose comme un exemple développé de la dialectique imaginaire. le sujet de l’inconscient capable de parler et de révéler la parole pleine.

jusqu’à l’apparition du symbolique. et qu’elle a été annoncé dans les journaux . Dans la psychose. Schreber se souvient comme de quelqu’un qui était plus doué que lui. mais au même temps est le même qui se souvient de l’autre. une dissolution de l’autre et du sujet même en tant qu’identité séparé. mais de cette personne morte. Dans les cas Schreber. Il est un autre. 136 Lacan. qui s’appelle délire »136. Le monde de Schreber se compose essentiellement de cette relation avec ce Dieu qui est pour lui l’autre et à la fois lui-même. désintégré. Dieu est pour lui l’autre. et ça produit. chez Schreber. Les Psychoses. lui. Nous trouvons des phrases exemplaires comme : « Je ne l’aime pas. la sphère céleste. c’est Dieu que j’aime… c’est Dieu qui m’aime ».137 Le sujet même est un exemplaire de sa propre identité. et au même temps Dieu c’est l’univers. Séminaire III. l’ordre symbolique n’a pas été intégré. par exemple. il y a à un certain moment la révélation que l’année précédente. et donc une dominance du rapport au miroir. p. comme le dit Lacan : « une soustraction de la trame dans la tapisserie. les deux personnages auxquels se réduit le monde de Schreber. P. sont faits l’un équivalent à l’autre. Jacques. Lacan dit : « il y a dans toute relation quelque écho de cette dualité interne du sujet . Le monde imaginaire de l’homme a quelque chose de décomposé. 101 79 . sur le plan imaginaire. et c’est toujours comme ça au début. qu’en lui il y a un moi qui lui est toujours en partie étranger ». sa propre mort a eu lieu. 101 137 Idem. Ces deux personnages sont lui et Dieu. chacun offre à l’autre son image inversée. un envahissement imaginaire de la subjectivité du sujet. le sujet est ainsi constitué que l’autre est toujours près de reprendre sa place de maîtrise par rapport à lui. par exemple.

et lui permet de s’appréhender sur le plan imaginaire »138 Ainsi. dit Lacan : « donne tout de même au sujet un point d’accrochage. 227 80 . et le divisent. D’ailleurs. cet objet c’est le phallus. . il y a toujours la possibilité d’une fragmentation. et que. en disant que la psychose consiste en un trou. au sujet lui reste l’image à quoi se réduit la fonction paternelle. que produit une aliénation spéculaire à ce modèle. tous les personnages dont il parle se repartissent en deux catégories : Ceux qui vivent. cette prolifération imaginaire que substitue à la médiation symbolique. le détruisent. d’un morcellement. p. Séminaire IV et V : 1956 – 1958 : Dans ce séminaire Lacan introduit un nouvel objet qu’accompagnera ce qu’était auparavant le couple imaginaire mère-enfant. diversement nocives à l’intérieur de lui-même. cette relation à l’autre en miroir comporte des risques. ses gardes. le signifiant du nom-du-père. un manque au niveau du signifiant. les âmes qu’envahissent le corps de Schreber.signifié. on trouve les récits angoissants où il parle des petits hommes. Faute de ce signifiant. comme un mode différent de médiation qui permet au sujet psychotique un point d’accrochage au monde. que l’habitent. etc. Lacan prescrit cette relation au monde en miroir. La dualité c’est aussi caractéristique du monde de Schreber. 138 Idem. infirmiers. D’un autre côté dans ce séminaire Lacan propose pour la première fois la distinction signifiant. chez Schreber. et ceux qui sont morts.

elle se met à fonctionner en position de rivalité et elle fait tout pour ressembler un petit garçon qui a un fait-pipi. Suite d’un appel de l’enfant à un ordre qui soutienne. Tout va bien. et puis. c’est la triade mère-enfant-phallus. il faut la sortir 81 .Désormais le prélude de la mise en jeu de la relation symbolique. la présence-absence est régulière. (l’observation du cas se déroule pendant la deuxième guerre mondiale). le cas a été observé et publié par une des élèves de Mélanie Klein. cette double déception. qui fasse vivable. et il y aura par la suite une double déception imaginaire : d’abord le repérage pour l’enfant du phallus qui lui manque. jusqu’un jour où un drame se produit. Cette petite fille a été séparée de sa mère et logée dans une institution. Une nuit la petite se réveille complètement paniquée. Lacan montrera ce processus à partir d’un cas de phobie chez une petite fille logé dans une institution. un chien est là qui veut la mordre. perception qu’à la mère manque aussi le phallus. en utilisant l’expression du petit Hans). elle joue son rôle de mère symbolique. Il s’agit d’une petite fille anglaise qui a deux ans et cinq mois. pensable ou supportable. Le processus commence pour l’enfant par cette triade imaginaire. comme dit Lacan. c’est le moment de l’introduction du symbolique et donc de l’assomption du phallus comme signifiant. elle les imite et les manipule. s’étant aperçu que les garçons ont un « fait-pipi » (comme l’écrit Lacan. et. car sa mère a perdu son mari au début de la guerre. mais cette mère vient voir sa fille très souvent.

La mère manque ainsi pour la première fois. elle n’a plus la même énergie. c’est alors l’éclosion de la phobie. P. elle est faible. C’est là que la catastrophe surgit et il faut un élément qui vienne introduire un ordre dans la situation. dans l’analyse mais aussi dans la conquête de l’être humain d’un monde 139 Lacan. celui qui mord. Lacan dit : « La phobie devient nécessaire à partir du moment où la mère manque de phallus ». l’objet de la phobie. Lacan poursuivra son élaboration vers la mise en valeur de l’importance du signifiant et de sa dominance chez le sujet humain. et l’imaginaire un axe à franchir. C’est donc l’introduction d’un signifiant qui vient ordonner le désordre imaginaire où le sujet se trouve dans un premier moment. Et bien. un événement se produit avec la mère. pensable. Séminaire IV. juste avant le surgissement de la phobie. elle est une mère faible et malade. le chien. C’est à ce moment là que surgit la phobie. qui mord. et du chien. et même si elle joue avec la petite fille. et un deuxième moment où elle s’aperçoit que la mère manque aussi du phallus. désormais. par la suite la phobie évolue et se maintien pendant un certain temps. La Relation d’objet. mais grâce à qui la situation est traitable.de son lit et la mettre dans un autre . d’abord elle a cessé de venir parce qu’elle est tombée malade et il a fallu l’opérer. Il y a donc un premier moment de découverte du manque du phallus propre. L’ordre symbolique devient un ordre nécessaire. « …est là comme agent qui retire ce qui a d’abord été plus ou moins admis comme absent »139. Après elle revient appuyée sur une canne. Jacques. celui que châtre. 72 82 .

prises. P. 115 83 . Comme le dit Lacan : « Les images dans leur état d’anarchie caractéristique dans l’ordre humain. doivent être agies. Jacques.propice aux échanges. utilisées par le maniement signifiant »140 140 Lacan. Séminaire V : Les Formations de l’inconscient.

L’IMAGE ET L’IMAGINAIRE CHEZ JACQUES LACAN De 1960 à 1969 1961 – 1962. Jacques. de l’inanimé vers l’anime » . Lacan commence par dire que l’identification en question. l’identification qui intéresse à la psychanalyse. cette dimension doit être « radicalement » différencié du réel et de l’imaginaire. et que c’est distinct et même opposé à l’identification imaginaire. leur donne un certain type de finalité : l’ascension de l’élémentaire vers le complexe. ce que la psychanalyse entend par identification. c’est une identification de signifiant. mais ce qu’il essai de montrer c’est qu’elle « distinct » de ce qu’il essai de mettre en valeur et d’articuler avec toute sa force. à savoir la dimension symbolique. Différence radicale des trois registres : Dans ce séminaire de 1961. dédié à l’identification. Il sépare les trois registres qui doivent être conçu comme complètement différentes l’un de l’autre. définie comme ce qui est apporté par l’expérience du langage et du signifiant. Leçon du 22/11/1961 84 . son énigme et « son ordre de réalité ». enveloppe.141 il ne met pas en question que la forme ait sa valeur. La forme (élément qu’il utilise pour se référer à l’imaginaire). Séminaire IX : L’identification. « c’est quelque chose qui prend. 141 Lacan. Séminaire IX : L’identification. commande les éléments.

et l’objet a dans les fleurs. leçon du 13/06/1962 85 . est une relation privilégié avec a. dans l’image réelle du vase. de l’erreur. Devant cette image spéculaire.Fonction de l’image spéculaire : Si bien l’image spéculaire joue une fonction essentielle pour le sujet humain. cette fonction prend son poids en tant qu’elle se situe dans le rapport du sujet à l’Autre. à savoir la relation d’objet. C’est en tant qu’objet manquant à l’image désiré qu’il devient l’objet du fantasme fondamental du sujet. il situe les trois structures psychiques par rapport à ces trois éléments : l’Autre. « Elle intervient au niveau du désir. objet du désir ». la relation au fantasme fondamental. appui qui est de l’ordre du leurre. et du coup. le sujet prend un certain appui dans cette image spéculaire. Dans ce processus. elle ne le joue pas en tant qu’élément isolé. i(a). dit-il. le phallus et le corps propre. il entre en relation indirecte avec ce qui se cache derrière l’image. pour le pervers. Lacan l’avait par ailleurs situé dans son modèle du bouquet renversé. à savoir le fantasme. prend son importance du fait qu’elle lié structurellement à cette relation à l’objet. à la fin de ce séminaire.142 La relation à l’image du corps comme telle. c’est l’Autre qui a toute l’importance . Cette relation. 142 Idem. et l’objet a se trouve justement dans ce point de défaillance. en situant l’Autre dans le miroir plan . Pour le névrotique. ce que le sujet reçoit comme élément essentiel. c’est le fait qu’il se situe face à la déficience fondamentale de l’Autre comme lieu de la parole. Et finalement.

ne peut pas être conçu dans les pures et simples catégories de l’esthétique transcendantale. quand il commence à ne plus se voir dans le miroir. c’est le corps propre l’élément plus important. voilà le point où quelque chose se passe dont nous pouvons montrer la généralité.. la fonction et la présence de a ». cette expérience. à un moment donné se modifie. Selon Lacan. Le corps dont il s’agit n’est pas reçu de façon pure.c’est le phallus qui a toute l’importance et pour le psychotique. nos yeux. Jacques. comme lui-même le dit : « Le passage de l’image spéculaire à ce double qui m’échappe. ou 143 Lacan. « c’est l’aurore d’un sentiment d’étrangeté qui est la porte ouverte sur l’angoisse »143. simple et directe du miroir. tel que nous le recevons et le portons. car cette image du miroir que croyons tenir. nous ne nous reconnaissons plus dans notre propre image. Cours du 9 janvier 1963 144 Idem 86 .144 Lacan donne un exemple de cette expérience avec ce qui se passe à la fin de la vie de Maupassant. et ce que nous avons en face de nous. se modifie aussi. dit Lacan. 1962 – 1963. le corps. Séminaire X. de l’entrée de l’objet a dans le monde réel. etc. Mais c’est aussi le moment de surgissement. Séminaire X : L’angoisse Surgissement de l’objet a : Dans ce séminaire de 1962. Lacan situe l’angoisse comme conséquence directe du sentiment d’étrangeté produit par l’expérience de l’image spéculaire. L’angoisse. et que nous croyons que c’est notre visage.

ce que l’on peut obtenir sur une simple surface à retourner le gant ». et comme tel elle peut passer d’une face à l’autre.145 Premier définition topologique du corps : Lacan se demande : « Qu’est-ce qui fait qu’une image spéculaire est distincte de ce que représente ? ». à savoir.. est exactement le passage du gant droit au gant gauche. que l’image spéculaire a la même structure que la bande de moebius. quand le fantôme se retourne. que la droite devient la gauche et inversement. ce dont il s’agit quand l’image spéculaire devient l’image étrange et envahissante du double… c’est l’entrée de a dans le monde réel. c’est à dire. et revenir au même endroit à tout moment . « Tel est –dit Lacan. Séminaire XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. 145 Idem 146 Idem 87 . « l’image spéculaire par rapport à ce qu’elle redouble.qu’il aperçoit dans une pièce quelque chose qui lui tourne le dos et dont il saisit immédiatement qu’il n’est pas sans avoir un certain rapport avec ce fantôme.146 1963 – 1964. il voit que c’est lui. et il répond avec sa premier définition topologique du corps. où il ne fait que revenir ».

« ce n’est pas l’autre en tant que figure où se projette le sujet. où il l’avait définie comme le moment de la naissance du symbole. dit-Lacan. Il le reprend ici d’une façon tout à fait différente. à savoir une fossé. l’enfant tamponne l’effet de la disparition de la mère en se faisant l’agent. mais ce phénomène est désormais secondaire. sur la frontière de son domaine. page 60 (le souligné est notre). de lui. ce qui compte. 88 .147 Ce jeu de la bobine est une réponse du sujet à ce qui l’absence de la mère est venue à créer. mais cette bobine lié à lui-même par un fil qu’il retient – où s’exprime ce qui. Dans le Fort-Da. les jeux d’occultation du Fort- Da. cette bobine « c’est une petite quelque chose du sujet qui se détache tout en étant 147 Lacan. selon Lacan et Freud même jusqu’au présent.Fort – Da : Première opposition à la suprématie du signifiant Lacan reprend dans ce séminaire de 1963. ce n’est pas un jouet qui symbolise la mère. qui n’avait pas été reprise par lui depuis 1953. le moment où le désir s’humanise chez le sujet. L’élément fondamental que Lacan introduit ici. Séminaire XI : Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse. se détache dans cette épreuve d’automutilation… ». c’est que cette bobine n’est pas la mère réduite à une boule. Jacques. une béance. Si bien la béance introduit par la disparition de la mère reste toujours ouverte. autrement dit. et l’enfant n’a plus qu’à faire avec cette bobine le jeu du saut. qui est situé hors du sujet.

Lacan le dit : « ce jeu s’accompagne d’une des premières oppositions à paraître… comment ne pas reconnaître ici. ici. la bobine en étant l’objet a. elle ne viendra qu’à manquer. que l’objet. trouve ici sa première opposition. page 60 150 Idem. Lacan propose en conséquence un dernier changement dans la conception de ces jeux. c’est là que nous devons désigner le sujet ». dit –Lacan.148 Cette bobine c’est le sujet même. même si la mère revient. qui est un ici ou là ».149 Cet objet sera appelé après l’objet petit a. Le signifiant. D’ailleurs. « c’est la répétition du départ de la mère comme cause d’une Spaltung dans le sujet – surmonté par le jeu alternatif fort-da. la fonction de l’exercice avec cet objet se réfère à une aliénation fondamentale. comme Lacan l’avait proposé dans sa première et deuxième élaboration des jeux de Fort-Da.150 A partir de là. page 60 149 Idem. encore retenu … c’est son objet ». ce n’est plus la répétition d’un besoin qui appelle le retour de la mère. conçu jusqu’à maintenant comme la première marque du sujet. page 61 89 . L’image comme espace géométral : 148 Idem. et non pas à une quelconque et supposé maîtrise.encore bien à lui. si bien l’ensemble de l’activité symbolise la répétition. la bobine.

ce qui implique que cet espace géométral. ce n’est pas la vision comme tel. page 81 90 . tout ce qui est de l’ordre de la vision s’ordonne selon ce principe. Ce dont il s’agit c’est le repérage de l’espace et non pas la vue. page 81 152 Idem. la vue. même l’espace géométral virtuelle du miroir. par un aveugle. comme élément fondamental dans l’expérience du miroir. 151 Idem. Séminaire XII : Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. avec un certain point que nous appellerons point géométral »152.. Tout image. que tout ce que peut s’appeler image est réductible à une fonction précise : « la fonction des images se définit par une correspondance point par point de deux unités dans l’espace » . « est liée à une surface. imaginable. c’est le retour de la tête vers l’Autre qui le soutient. mais l’espace géométral.151 et d’ailleurs. Lacan considère à ce moment de son enseignement.le support de l’Autre. ce qui à été aussi un réel aperçu dans le miroir. que ce qui compte dans le champs des images. est parfaitement constructible. le premier geste de l’enfant après l’assomption jubilatoire de son image dans le miroir. Cette référence à l’Autre restera inscrit. Dans ce séminaire Lacan reprend l’ensemble de son élaboration actuel pour répondre à la question de ce dont il s’agit dans l’identification et du coup dans la fin de l’analyse. C’est à dire. 1964 – 1965. A partir des deux éléments essentielles qu’il avait introduit dans ces derniers séminaires. dit-Lacan. à savoir : 1.

Ce qui est fondamental ce que si bien l’image du corps a son origine dans le sujet.. Par contre. 153 Lacan. Jacques. Il dit : « toutes les apories. la fin de l’analyse ne peut pas aboutir à la rectification de l’idéal du moi. dans l’expérience spéculaire. l’expérience de l’analyse. la fin de l’analyse et son parcours même. . Séminaire XVI : D’un Autre à l’autre. et non repéré au niveau de a ». visé. compris. invisible.l’objet a. et a. l’identification autant que la fin de l’analyse sont suspendus à ces deux possibilités. dans la référence à l’Autre . Tout au contraire c’est autour de a que se jouent tous les impasses et la possibilité de leur solution. à ces deux termes qui commandent : d’abord. se jouera vers cet objet. lieu d’accrochage du sujet à l’autre . si ce n’est pas autour de quelque chose d’insuffisamment vu. les difficultés. Lacan avance l’idée suivante : . Que la seule façon de le comprendre c’est à condition de faire entrer le registre de la topologie. 1968 – 1969. l’idéal du moi. Leçon du 3/2/65 91 . Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. le point de réglage invisible. la fin de l’analyse ne peut pas se contenter de la référence à l’autre. mais tout autant et plus que la référence à l’idéal du moi par rapport à l’autre.153 Ainsi. les dires des analystes nous apportent le témoignage. A partir de là. il n’est pas spécularisable. il est absent dans l’image spéculaire. Ainsi. Séminaire XII. les identifications du sujet se joueront autour du a caché.2. invisible en tant qu’il n’est pas vu dans le miroir. l’objet a n’a pas d’image spéculaire. Dans l’analyse. les impasses auxquelles.

la forme parfaite. « toute domination de la métaphore par l’image. toutes les élaborations faites par Lacan sur l’imaginaire et l’objet a. L’image du corps privilégié. Lacan soutient la thèse que l’image spéculaire du corps n’est pas troué. en se penchant surtout vers une reprise du poids. C’est pour cette raison aussi que Lacan dit que le recours à l’image pour expliquer la métaphore est toujours faux.L’image du corps n’est pas trouée : Dans ce séminaire de la fin des années 60. Leçon du 08/01/69 155 Idem. le fondement. en tant qu’elle « masque simplement la fonction des orifices ». de formateur : Une référence qui toute entière va à son terme au registre de l’image du corps ». Leçon du 23/04/69 92 . tout orifice ou trou lui est étranger. le symbolique limité : « Le moindre exercice de tout ce que j’ai promu comme distinguant l’imaginaire du réel nous fait bien repérer ce qu’a de cadrant. élément régnant dans ce période de Lacan. et en tant que tel. 154 Lacan.154 Cette image est perçue comme la « bonne forme ». lui font arriver à valoriser l’image du corps comme ce qui donne le poids. Jacques. face à un registre symbolique reconnu comme limité.155 Cependant dans la suite de ce séminaire. Leçon du 08/01/69 156 Idem. l’image du corps commencera à prendre un nouveau statut.156 Ainsi. Séminaire XVI : D’un Autre à l’autre. cette image anthropomorphe est en défaut. doit être suspecte ». dit-il.

une fonction limité. son bas. sons sens. son bas. son haut. sa droite. sa gauche… » au symbolique. Il explique cette dernière référence au macrocosme en disant : « c’est à dire que les registres du symbolique. doit rester limité. Leçon du 23/04/69 158 Idem. spécifiquement dans l’acte de 157 Idem. il critique la science pour oublier complètement le registre de l’imaginaire et surtout la fonction du corps. Et à partir de là il critique la doctrine freudienne en la nommant une « doctrine rationaliste ». au nom d’une certaine règle du jeu logique. cette fonction imaginaire prise comme fondement de l’investigation scientifique ? ». puisque. au point où nous sommes de la science. du champ de la médicine. sa gauche… »157 Le registre du symbolique trouve dans ce séminaire. Ainsi. ne sont pas sans rapport. que quoi que ce soit peut être admis ou au contraire exclu ». Il ajoute : « l’idée même de macrocosmes a toujours été accompagnée d’une référence à un microcosme qui lui donne son poids. et lui-même répond : « il est clair qu’elle lui est tout à fait étranger ». que l’imaginaire après être conçu comme un obstacle. en se demandant : « où en est. leçon du 23/04/69 93 . leçon du 23/04/69 159 Idem. sans trouver de support dans la fonction imaginaire »158. il ajoute que le registre du symbolique.159 Cette critique se dirige aussi à la science. Il utilise l’exemple de la santé. dit-il. sa droite. et pour la première fois depuis le début des années 50 de l’œuvre de Lacan. maintenant c’est elle qui donne « son poids. son haut. Et même par ailleurs. «c’est uniquement en fonction de ce qui peut s’articuler dans des propositions défendables. son sens. dans ce qu’il a de légitime et de rationnellement assimilable. autrement dit.

en disant : « Je m’excuse de ceci. leçon du 07/05/69 94 . C’est ça justement la fonction de l’imaginaire à cette époque. un double de l’organisme dont les effets permettent sa conservation. comme lui-même le dit. elle exerce une fonction décisive sur ce qu’il est de l’organisme ».remplacement des organes qui est en vogue à l’époque. y joue un rôle privilégié. ce qu’il avait nommé auparavant « la passion du corps » chez le sujet humain. une image. Il prend la précaution de s’excuser. L’imaginaire est défini comme ce qui d’une certaine façon permet la subsistance de l’organisme. d’un comportement humain dit « de bien ». du milieu. A partir de là. en sachant qu’un moment de bascule important était en train de se faire dans son enseignement. acte où rien n’y existe de l’interrogation des fonctions du corps. de l’Umwelt. dit-il. « l’homme se 160 Idem. de cette introduction destinée à marquer les termes d’une opposition aussi profonde que nécessaire qui est celle où se définit quoi ? La révolution ou la subversion. c’est cette maîtrise qui permet et qui témoigne.162 Toutes ces élaborations qui redonnent importance à l’imaginaire. du mouvement d’un savoir ».160d’abord pour l’organisme et ensuite pour le comportement humain en général. est absorbable ou plus généralement propice à sa conservation »161 L’umwelt est ici un halo. dans la suite de ce séminaire il essayera de saisir l’importance de cette « image du corps qui joue un rôle privilégié ». « Chez l’être humain. à la fin de cette leçon du 23 avril 1969. c’est l’image spéculaire. leçon du 07/05/69 162 Idem. « un élément de l’extérieur. vont surtout vers l’importance du corps comme tel pour l’être humain. et ici il le développe comme la « maîtrise motrice du corps ». leçon du 07/05/69 161 Idem.

elles atteignent pas seulement le champs de l’organisme.. elles vont beaucoup plus au-delà. tant qu’il dit : « Tout ce qui peut s’inscrire en fonction d’ordre. Mais l’image du corps et cette maîtrise motrice prennent une valeur tout à fait surprenant pour Lacan à cette époque. tout ce qui participe de la relation que nous posons comme spéculaire. tout ce qui est de l’ordre de ce fait de l’échange. c’est par là que l’image du corps prend toute son importance. comme essentiellement fondé des effets de ce qui ce passe au champ du symbolique. de hiérarchie et aussi bien de partage.déplace sans jamais sortir d’une aire bien définie. au 163 Idem. » grâce à cette maîtrise motrice. d’intérêt premier pour la psychanalyse.164 Rapport i(a)/a : intérêt premier de la psychanalyse Pour Lacan à cette époque. Ce rapport prend un valeur de « modèle de tout ce que nous livre. de l’identification elle-même. comme liée à ce quelque chose d’essentiel dans l’économie libidinal considérée comme étant la maîtrise motrice du corps ».165 L’objet petit a. tout ceci se rapporte au statut de l’image du corps.163 et bien. leçon du 07/05/69 164 Idem. la psychanalyse ». du transitivisme. qui avait été définie d’abord par Lacan. le point vif. leçon du 07/05/69 165 Idem. leçon du 07/05/69 95 . au niveau des symptômes. articulé comme rapport entre i(a) et objet petit a. c’est tout ce qui est observé. «en ceci qu’elle interdit une région proprement centrale qui est celle de la jouissance ».

Lacan les situent comme le fait que « ce champ de l’Autre est en forme de petit a ». Ce période de l’enseignement de Lacan. prend ici un nouveau versant. marque un tournant tout à fait fondamental de son élaboration. cette « en-forme » de a de l’Autre. C’est un effet imaginaire. d’aveuglement. Si l’Autre a « l’en-forme » d’objet petit a. en conséquence. leçon du 07/05/69 96 . de 1960 – 1970. qui est précisément la caractéristique principal en quoi se comble toute relation imaginaire. le développement de la notion 166 Idem.champ de l’Autre . c’est alors structurellement troué.166 Cette structure de l’Autre s’inscrit. c’est cet effet de masquage. Ces effets dans le champ de l’imaginaire. Brève Conclusion. dans une topologie qui se présent comme le trouant. en tant que la structure même de l’Autre devient ici effet dans le champ de l’imaginaire. et par ailleurs. en tant que ce jeu du petit a. celui qui peut se trouver dans le rôle de grand Autre n’en sait rien. est masqué.

l’axe 167 Lacan. et aussi. tout l’intérêt de Lacan se dirige d’abord vers la valorisation du signifiant comme élément clé dans la théorie et dans la clinique . l’imaginaire. est ce dernier par contre commence à occuper une deuxième place hiérarchique. reprennent une importance tout à fait considérable. Jacques. l’imaginaire et le corps dans la clinique lacanienne de 1960 à 1970 Durant ce période de 1960 à 1970. »167 Perspective de l’image. « Problèmes cruciaux pour la psychanalyse ». Nous pouvons finir ce période de Lacan. et surtout l’image du corps. Séminaire XII.d’objet petit a. liée à l’espace et à la topologie. c’est la clé qui ouvre toute une nouvelle conception théorique qui se poursuivra comme fondamentalement dirigé vers cette topologie nouvelle. en tant qu’il commence à trouver certains limites. suivant les deux axes élaborés auparavant par lui. L’imaginaire et le réel ne sont plus completement subordonnés au registre symbolique. avec une phrase de son séminaire XII. que nous cherchions à proposer une forme. Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. Tout la valeur et l’intérêt de la psychanalyse sont mis désormais sur le registre du réel . une topologie essentielle à la praxis psychanalytique. où il dit : « Je voudrais que nous continuons de nous avancer dans ce qui est le problème crucial. et à la fin des années 60. Leçon du 03/02/65 97 .

nous trouvons un retour à la référence du corps. c’est dans l’axe S – A. il avait situé le mystère à dévoiler pour Dora. l’Autre absolu pour Dora. il renouvelle son commentaire du cas Dora de Freud. doit être annulé. effacé. axe de la parole dans son efficacité. à l’image du corps. en 1960. Séminaire 8. Or. Le Transfert L’Autre chez Dora : Suivant le fil de l’élaboration de Lacan en 1960. K. P. K… à la place de a’. c’est à dire.imaginaire a – a’. 293 98 . C’est un grand A comme tel. A la fin de ce période. K… comme le grand A. Mme. se trouvait dans le corps de l’autre. auquel elle croit »168 168 Lacan. en situant Mme. et en plus. 1960 – 1961 : Séminaire VIII. comme il le dit : « Dora comme hystérique vise autre chose. dans une relation spéculaire avec Dora . dans le corps de Mme. la réponse à qui suis-je ? comme sujet. elle vise grand A. que doit se développer toute analyse. à savoir. et au narcissisme. dans le séminaire XVI. Elle vise l’Autre absolu. Jacques. dans la « blancheur ravissante de son corps ». il y a un moment de bascule total. qui jouent à nouveau un rôle fondamental dans les symptômes analytiques.. annuler toute axe a – a’ et renvoyer tout à l’axe de la parole dans son efficacité : S – A . D’un Autre à l’autre. K est pour elle l’incarnation de la question qu’est-ce qu’une femme?. c’est à dire. la réponse à sa féminité se trouvait dans son corps. En 1953 Lacan avait mis Mme. Le Transfert.

petite. 1961 – 1962 L’identification au signifiant : Le cas du petit Hans A partir du cas du petit Hans. qui sera chiffonnée. c’est à dire qu’une girafe zerwutzelte c’est une girafe réduite. le mot original en allemand qu’utilise le petit Hans c’est zerwutzelte giraffe. au lieu de la parole. si en 1953. terminé encore par le bec broutant de cet animal vorace. de Freud. Lacan considère qu’on se reconnaît comme sujet et comme corps dans le semblable. seconde. Ainsi. Dans l’histoire du petit Hans il y a un rêve que Lacan appelle l’histoire de la girafe chiffonnée. traduit en français par chiffonner. Lacan propose ce signifiant zerwutzelte. Il y a donc deux girafes dans l’histoire. être sujet. Et puis il y a l’autre petite girafe. zerwutzelte veut dire faire une boule. et que comme telle on peut mettre en boule. et une autre girafe à côté en papier. La grande girafe symbolise la mère. la mère comme un animal. la petite sœur du petit 99 . mais aussi avec son grand cou. Lacan essai de montrer comment l’identification qu’intéresse à la psychanalyse c’est l’identification au signifiant et non pas l’identification imaginaire. pour Lacan. comme le signifiante autour duquel se déroule toute l’histoire. dans l’autre du rapport spéculaire . une grande girafe vivante. zerwutzelte. dit Lacan. en 1960. qui représente la fille. écrasée. et curieusement ce verbe. c’est avoir sa place dans grand A. la mère en tant qu’elle est cet immense phallus du désir. n’est pas un verbe couramment utilisé dans la langue allemande. Et bien. Séminaire IX : L’Identification.

Le rapport de Hans aux girafes représente le rapport de rivalités familiales. la mère énorme dévoratrice. il y a les deux extrêmes. L’enjeu de ce dont il s’agit. de la défense de lui-même contre cette capture originelle dans le monde de la mère ». de son être. un signifiant représente toujours le sujet par rapport à un autre signifiant. Séminaire IX : L’identification. draufgesetzt. c’est que celui détermine la suspension radicale au désir de la mère. Et le petit Hans. au contraire. Séminaire XII. introduit un ressort clef permettant au sujet de préserver quelque chose de lui. s’assoie dessus. elle épuise ses cries. celle là crie très fort jusqu’à ce qu’enfin elle se lasse. Ce dont il s’agit pour le petit Hans. et la petite sœur à écraser. pour sanctionner cette prise de possession de la mère. avec sa fonction d’artifice.169 la fonction fondamentale du signifiant en question. Et les 169 Lacan. 170 Idem 100 .Hans. Jacques. « c’est de son identification fondamentale. Lacan montrera qu’un signifiant n’est jamais un signifiant isolé. c’est que la grande girafe voit le petit Hans jouer avec la petite girafe. 1964 – 1965 S  – S 2 – S 3… chez Dora et L’homme aux rats : A partir d’un petit commentaire des cas Dora et L’homme aux rats. « le signifiant c’est le point d’amarre de quelque chose d’où le sujet se continue. qui lui permet de ne pas se sentir un être complètement à la dérive du caprice maternelle. Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. »170 Ce signifiant. Cours du 20 décembre 1961. dit Lacan. cette Besitzung.

avec qui elle parle même beaucoup. elle ne peut plus parler seulement quand elle seule avec Mme. et comme l’Autre absolu en 1960.171 Ainsi. même ceux qui touchent directement le corps sont à être considérés comme des purs signifiants. 172 Idem 101 . ce n’est pas un signifiant isolé. Problèmes cruciaux pour la psychanalyse. il s’efforce jusqu’au point limite. K. « qui n’a point d’autre statut que de signifiant »172. les tentatives pour maigrir de l’homme aux rats. Lacan isole une autre situation exemplaire du dit fonctionnement signifiant. à savoir. ». et en fait. Dans le cas Dora. Séminaire XII. non pas du tout avec Mme. par exemple. mais non pas un signifiant que fonctionne tout seul. et c’est justement pour ne point être Dick qu’il essai de maigrir. Lacan dit : 171 Lacan. Jacques. K. Dit Lacan. simplement. Lacan prend le symptôme de l’aphonie. quand M. gras . l’aphonie se présent quand Dora est seule avec Mme. qu’avait été considéré auparavant comme un symptôme psychosomatique. est en voyage. qu’avait été considéré comme l’autre de l’image spéculaire en 1953. devient en 1965 un signifiant. Mme.. il y a autour de sa bien aimée un certain Dick. Dans le cas de L’homme aux rats. mais quand elle est seule avec elle. en fonction de quoi il veut maigrir ? et bien. c’est à dire Mme. l’aphonie représente à Dora. Lacan se demande. mot allemand que signifie gros. K.. maintenant cette aphonie devient un signifiant . en effet. « L’aphonie de Dora n’est pas reconnaissable pour représenter le sujet Dora que par rapport à ce signifiant qui n’a point d’autre statut que de signifiant.symptômes analytiques. K. K. K. Cours du 5 mai 1965. dont la référence était à chercher dans le corps .

« c’est pour se signifier auprès de ce signifiant Dick qu’il maigri »173 Nous

retrouvons encore un signifiant qui représente le sujet toujours pour un autre

signifiant, et celui-ci élevé hiérarchiquement comme l’élément clef à isoler quand

il s’agit des symptômes.

Séminaire XVI : D’un Autre à l’autre. 1968 - 1969

La phobie des poules :

Dans ce séminaire Lacan commente un cas présenté par Hélène Deutsch,

où l’image du corps reprend une importance fondamentale pour l’explication du

symptôme dont il s’agit, le retour de la référence au corps se fait nécessaire pour

rendre compte de la clinique, en effet, Lacan propose que parfois la conjonction

du a et de l’image du corps se présente dans un autre miroir, et c’est très

précisément ce qui se passe au niveau de la phobie.

Dans le cas en question, il s’agit d’une phobie des poules chez un petit

garçon. Avant le déclenchement de la phobie, les poules n’étaient rien pour lui,

c’était les bêtes qu’il allait soigner en compagnie de sa mère, et aussi faire la

cueillette des œufs, que consiste en faire une palpitation du cloaque pour

s’apercevoir si l’œuf est prêt à venir ou pas.

Comme suite à ces activités, le petit garçon, quand il se faisait baigner par

sa mère, il lui disait de faire autant sur son périnée. Il se désignait ainsi comme

une poule plus, comme le candidat à donner à la mère l’objet dont elle

173
Idem

102

s’intéressait. Jusqu’à là, tout allait bien, mais une scène avec le frère apparaît, et

fait déclencher la phobie en question.

Son frère aîné et particulièrement plus fort que lui, un jour le saisit par

derrière, le tient très fort, et lui dit : Moi je suis le coq et toi la poule. Le petit se

défend et répond : « je ne veux pas », I won’t be the hen.

Lacan se demande, « Pourquoi est-ce qu’il dit non, alors que le temps

d’avant il se trouvait si bien avec sa mère, de pouvoir être pour elle une poule ? »,

et il ne répond pas tout de suite avec une explication dirigé à la fonction

signifiante, tout au contraire, il dit : « Parce que là est intéressé le narcissisme, à

savoir la rivalité avec le frère, le passage à une relation de pouvoir, l’autre le tient

à la force ».174

C’est qui est en question c’est donc le corps, prise dans une relation de

rivalité, qui se trouve soumis à l’autre qui le tient et le prend à sa volonté. C’est ce

qui se perd du narcissisme dans le passage à une relation de pouvoir où il est la

poule, le virement d’un registre à l’autre, c’est dans ce point où se déclenche la

phobie en question, les poules prennent donc une fonction signifiante, à savoir,

elle lui font peur.

Il y a ainsi, quelque chose au niveau du corps à ne pas oublier, et à prendre

en compte en tant que corps et rien d’autre, car « c’est le corps –dit Lacan par

rapport à l’hystérie-, qui vient à servir de support dans un symptôme »175.

174
Lacan, Jacques. Séminaire XVI, D’un Autre à l’autre. Cours du 7 mai 1969
175
Idem, cours du 18 juin 1969

103

L’IMAGE ET L’IMAGINAIRE CHEZ JACQUES LACAN

De 1970 à 1980

1973-1974, Séminaire XXI : Les Non-Dupes Errent

L’imaginaire c’est le sens :

Dans la première leçon de ce séminaire de 1973, Lacan avance ce qui sera

sont point de butée de l’année, à savoir, dit-il, « la remarque qui sera celle que

104

j’avance cette année, c’est que l’imaginaire c’est une dit-mansion aussi importante

que les autres ».176

Il justifie cette importance à partir de la mathématique, où ça se voit très

claire, la mathématique susceptible d’être enseignée, c’est à dire, celle que

concerne le réel qui véhicule le symbolique, et bien, ce symbolique ne peut pas

être véhiculé que de ce qui le constitue, à savoir qu’il est chiffré. L’imaginaire,

c’est justement ce qui arrête le déchiffrage, c’est ce qui empêche le déchiffrage à

l’infini, et dans ce sens là, dit-Lacan, l’imaginaire c’est le sens. L’importance

c’est que, comme lui-même le conseille, « il faut bien s’arrêter quelque part, et

même le plus tôt qu’on peut ».177 L’imaginaire c’est toujours l’intuition de ce qui

est à symboliser, « à mâcher, à penser », c’est à partir de là qu’il permet un sens.

C’est le côté utile et nécessaire de l’Imaginaire, mais il y a aussi le fait que de

l’imaginaire on ne peut pas s’en passer, en tant que, « ça envahit ».

Lacan dit, « Quand nous distinguons un ordre, nous en faisons un être. Le

mot « mode » dans l’occasion. Et même « mode d’être ». Et… ça envahit. C’est

bien en ça que c’est instructif : ça envahit l’autre ordre ».178 C’est aussi une

justification de ce qui avait été auparavant, une apparente sous-estime pour

l’imaginaire, comme lui-même le dit, ce qu’il va nier dans ce séminaire, en

ajoutant qu’on lui avait mal compris.

Et bien, on est tellement envahit par le mode imaginaire, que c’est

impossible de manipuler les autres ordres, sans le prendre en compte. Dès qu’on

essai de manipuler le symbolique, par exemple, on s’aperçoit qu’on n’y arrive

176
Lacan, Jacques. Séminaire XXI, Les non-dupes errent. Leçon du 13/11/1973
177
Idem
178
Idem

105

qu’avec les images. qui sera l’envers de ce qui avait été dit auparavant. de surjection.179 Les références à la mathématique et à la topologie seront de plus en plus nombreuses à partir de ce séminaire. j’ai commencé en tirant dessus à balles. ces modes pourtant faites pour vous libérer de l’imaginaire ». mais cette fois il va élaborer un rapport au corps. on nous parle de bijection. d’injection… tout ça ne va pas sans images. le pas en avant c’était d’avoir marqué l’importance écrasante du symbolique au regard de ce malheureux imaginaire par lequel j’ai commencé. dans les modèles du stade du miroir et du bouquet renversé. l’image du miroir. c’est avec les images que vous le supportez. « Vous avez toujours compris mais à tort – que le progrès. « souvenez-vous de la façon dont s’abordent les ensembles. la paradoxe que si bien c’est une science qui essai en théorie de réduire au maximum l’imaginaire. ça fait référence au modèle du bouquet renversé. et ça montre justement. à ce qui avait été l’image virtuel vue dans le miroir. dit-il. seulement figurez-vous que. c’est tout à fait réel qu’elle soit inversée ». elle ne peut rendre compte de ses fondements qu’à partir des images. Un nouveau rapport au corps : Lacan revient ici au stade du miroir. enfin sous le prétexte du narcissisme . 179 Idem 106 .

et malgré l’apparence. On n’adore jamais rien de plus »181 . elle perçu tel qu’elle est . . Et le nœud comme structure de l’image du corps implique le trou. c’est à dire : . 180 Idem 181 Idem. Il n’y a rien de plus spéculaire qu’un nœud ». Comme une image qui tient ensemble mais qui peut se défaire. dans l’image du corps propre. Mais ici. et du corps de l’autre au même temps. dit Lacan. surtout avec un nœud. On ne peut penser le corps qu’à partir de sa surface.180 L’image du corps spéculaire c’est saisi donc de la même façon que le nœud. L’image du stade du miroir c’était la forme pas troué. « le profil. En conséquence. ça fait évanouir l’idée de l’image du corps idéal. à l’enveloppe. c’est le passage de la forme à « l’enforme de a » qu’élabore Lacan dans son séminaire D’un Autre à l’autre. dans un être aimé. on n’adore jamais rien de plus. Ça implique que l’image du corps ne dépend pas de la position de l’œil du sujet. la silhouette. Il continue : « Même avec un nœud.comme la bonne image. Le corps n’est plus saisi par sa référence au solide. leçon du 11/12/1973 107 . se dévider. il y a. la bonne forme. car vous imaginez peut-être qu’il y a des nœuds dont l’image dans le miroir peut-être superposé au nœud lui-même ? Il n’en est rien. à l’image du corps troué. on n’a pas accès à rien de plus. la projection. de sa peau en l’occurrence. enfin tout ce qu’on adore. puisqu’en ce qui concerne le corps.

comme lui même le dit. nous sommes forcés d’en passer par la même image.182 Le signifiant.. « Je suis loin de l’avoir déprécie. ou dit-mansions. que Lacan dit dans ce séminaire que « le nœud borroméen est la structure du corps que nous préférons oublier ».S. flat land.I. à savoir. R. et dans ce sens sont équivalents. mais. C’est dans ce sens là aussi. Lacan insiste à rappeler qu’il ne l’avait jamais déprécié. mais c’est la seule façon d’opérer avec l’espace que les êtres humains habitent réellement. Cette référence à l’image. comme Lacan l’écrit parfois. et ce qui nous attache à elle. c’est un au-delà du narcissisme qui avait été élaboré dans le stade du miroir. le Réel et l’Imaginaire. pour démontrer qu’ils s’articulent ». c’est un espace à trois dimensions. c’est une autre façon de considérer l’espace. Ce qu’il pousse en avant ici. l’Imaginaire et le Réel. mais ce serait tout à fait absurde de le dire. différente de l’espace conçu par l’esthétique transcendantale. et ce qu’il essayera de montrer dans la suite de ces séminaires. ces trois dimensions. s’appellent le Symbolique. ils sont tous la même fonction par rapport aux autres. c’est que les trois ordres. c’est l’image à deux dimensions. ne fonctionnent que comme un ensemble. comme un ordre qui a besoin de l’imaginaire. l’image à deux dimensions. parce que les signifiants eux-mêmes. dit-il. 182 Idem 108 . c’est la fin de la référence à la bonne forme. le Symbolique. non seulement je suis loin de l’avoir déprécie. le symbolique apparaît donc. trois dimensions de l’espace strictement équivalents : L’espace habité par l’être parlant.

comme dimensions de notre espace –notre espace habité en tant qu’êtres parlants- ces 3 catégories sont strictement équivalents ». en tant que nœud. c’est un savoir topologique.184 Le savoir inconscient pour Lacan. c’est là le fondement de la vraie place de l’amour ». sont désormais équivalents. « ce que je mets à l’ordre du jour. que l’imaginaire ou que le symbolique.183 C’est aussi par là que ces trois ronds de ficelle prennent son importance. puisqu’elle ne peut que se mi-dire ». et pas de l’ordre. dans ce séminaire. leçon du 13/11/1973 184 Idem. c’est à dire. leçon du 18/12/1973 109 . peuvent jouer la même fonction par rapport aux deux autres. Il s’écrit comme un nœud. il tient à un ensemble que peut se dénouer. l’importance de ces trois ronds du nœud borroméen. à savoir de bien marquer que. C’est un savoir nodal. C’est en tant que la vérité se 183 Idem. La vérité et l’amour du côté de l’imaginaire : « L’imaginaire pris comme moyen. implique que ces trois dimensions qui avaient été auparavant différenciés l’un de l’autre. l’important c’est qu’aussi bien le réel. et le savoir inconscient ne s’écrit plus. c’est justement qu’ils sont strictement équivalents. qui tient de la proximité du voisinage. mais si on casse un rond. les deux autres se séparent. tel que le nœud. de la continuité. « la vérité de la vérité c’est qu’on ne peut pas la dire. La vérité de son côté c’est du mi-dire.Cette nouvelle façon de considérer l’espace. Lacan dit.

et il est ici supporté par l’imaginaire. C’est pour ça que Lacan conclue que « l’amour c’est deux mi-dire qui ne se recouvrent pas. cette vérité trouve une limite dans ce mi-dire. dit-Lacan. mais le sens est différencié de tout ça. c’est ça qui fait la division irrémédiable »186. l’amour c’est la vérité. puisque c’est à partir d’une coupure.S. et en tant que tel le savoir inconscient l’habite. Le sens définie à son tour comme ce par quoi répond quelque chose qui est autre que le symbolique.185 Ainsi. L’amour. elle est de l’imaginaire ». c’est à nouveau lié au sens. actes manques. à savoir.I. dans ce séminaire de 1974. qu’elle ne dit rien que le mi-. « Elle est mi-métique.fonde de la contradiction.. lapsus. d’une incomplétude qui commence un autre savoir. Qu’est-ce que c’est que l’Imaginaire ? L’imaginaire. puisque le savoir inconscient est un ensemble ouvert. n’est pas sans rapport avec toutes ces élaborations. 1974 – 1975 : Séminaire XXII : R. mais d’une autre côte. oublies. L’équivoque. C’est à partir du mi-dire que commence le savoir inconscient sur le partenaire. etc. Le symbolique est lié ici à l’équivoque. leçon du 15/01/73 186 Idem 110 . avec tous ce qui comporte comme formations de l’inconscient. 185 Idem. qui est différent du sens. de la supposition du faux. elle est ouverte et sans limites. est de l’ordre du symbolique .

« Rien que de prononcer ce terme d’Imaginaire.S. on y est. reste retenu par l’imaginaire comme enraciné dans le corps. en tant qu’elles sont enracinées du corps lui-même. c’est que dans l’imaginaire. « On est dans l’imaginaire.189 187 Lacan. c’est à quoi l’analyse nous ramène.I.188 L’être humain est dans ce sens engluée par l’imaginaire. Dans ce sens l’imaginaire c’est trouve réduit. Mais il y a aussi une autre définition de l’imaginaire dans ce séminaire. Séminaire XXIII : R. et la seule représentation possible de ce corps. tous ce qu’il cogite. en tant que l’être humain est prise par son corps. Même la pensée est liée à cette débilité mentale. tout ce qui pour le sujet se représente. Tout représentation du monde pour le sujet c’est une représentation anthropomorphique. leçon du 17/12/74 189 Idem 111 . Il n’y a pas de moyen de le réduire dans son imaginarité ». il apparaît ici très étroitement lié à ce que Lacan appelle la débilité mentale de l’être humain. « nous ne pensons qu’à plat. C’est ça d’ailleurs la difficulté de penser l’imaginaire sans le réduire à son imaginarité. Jacques. et c’est à partir de là que Lacan élabore cette notion de la débilité mentale. que la seule notion d’imaginaire possible. c’est la référence au corps. l’imaginaire du corps ». C’est ici que se situe la mis à plat. il y a quelque chose qui fait que l’être parlant se démontre voué à la débilité mentale ». leçon du 10/12/74 188 Idem. si élaboré qu’on le fasse. C’est même là-dessus que se fonde toute figuration et topologie quelconque. La cogitation reste engluée d’un imaginaire qui est.187 Cette débilité mentale résulte du fait. en tant que le corps ne peut pas être perçu que mis à plat. n’est que le reflet de son organisme.

(c’est l’existence hors de qui lui fait exister). en tant qu’il se supporte du nombre trois. « Le tore c’est une construction faite de ce rapport inek-sistant (en tant qu’ek-sistant) qu’il y a entre le symbolique et l’imaginaire ». « il n’y aurait pas de tore-boyau ». est du registre de l’imaginaire ». et l’ex-sistence du réel. en tant que l’imaginaire s’enracine des trois dimensions de l’espace. les supporte. 190 Idem 191 Idem. il lui faut le symbolique. imaginaire et réel. il faut une nouvelle topologie pour cette nouvelle façon de considérer l’espace. leçon du 10/12/74 112 . parce que. dit-Lacan. C’est à partir de là que Lacan propose une nouvelle topologie qui permet de penser le corps. et à la fois. ce n’est pas une espace à deux dimension qui rend compte du corps. C’est l’imaginaire qui supporte la triade du symbolique. y domine l’imaginaire. c’est la figure topologie qu’il utilise pour représenter précisément ce rapport entre l’imaginaire. Le corps n’est pas tout seul dans cette topologie. en tant que ce n’est pas une esthétique transcendantale qui vaut pour le corps. sur le fait que ça en fonde la consistance qui le tient ensemble. le symbolique et le réel. à l’imaginaire ou au réel ? « Le nœud borroméen.190 A quel registre appartient le nœud borroméen. Le nœud c’est donc reflété dans l’imaginaire. sans lesquels le corps n’aurait pas d’esthétique du tout. au symbolique.191 Lacan propose le nœud comme appartenant au registre de l’imaginaire.

La possible ex-sistence de l’imaginaire c’est ce qui répond du réel. celui qui fait qu’il n’y a de nœud borroméen que de ce qu’il y en ait au moins trois »192 Cette notion de l’imaginaire implique qu’il gagne du poids du fait de ses trois dimensions. que tous ce qui se tresse dans une analyse comme imaginaire. est de l’ordre de l’Imaginaire. à la mis à plat du même. Nous pouvons dire. que dès qu’on commence à « tresser » l’imaginaire. mais au contraire. ne veut pas dire imagination. qu’à ce moment de l’enseignement de Lacan. se définit d’un minimum. 192 Idem 193 Idem. et bien. que c’est lui qui les soutient. comme enveloppe. parce que si on peut faire que l’imaginaire ex-siste. elle est dans le réel. mais il perd aussi du fait du passage du corps comme sac. il y a une réélaboration complète de la notion d’imaginaire et du corps. Cela veut dire. c’est à la seule condition qu’il devienne un autre réel. mais Lacan la définie aussi de la façon suivante : « la consistance pour le parlêtre c’est ce qui se fabrique et qui s’invente.193 Ce qui implique. « C’est pour tenir au Symbolique et au Réel que l’Imaginaire se réduit à ce qui n’est pas un maximum imposé par le sac du corps. dès qu’il existe. à le construire. La consistance donc. et une réévaluation de son poids qui amène à une valorisation à partir de cette nouvelle notion de l’espace. à savoir un nœud ». leçon du 17/12/74 113 . il devient de l’ordre du réel. C’est ça le sens de l’ex-sistence du réel. à l’inventer. Et dès qu’elle existe. et que sans cette triade il n’y a pas de nœud possible.

ce n’est que ça. Séminaire XXII. retenant dans son sac un tas d’organes. dans l’occasion. Leçon du 12/03/74 195 Lacan. il est réel. D’abord une consistance qui n’est affecté que de l’imaginaire. Le non-dupes errent. adorer un corps qu’il croit qu’il l’a. de l’ex- sistence au Réel. La seule relation qui a le parlêtre à son corps. c’est comme peau. que nous le sentons ». il croit avoir un corps mais en réalité il ne l’a pas. « le Réel. Jacques. 194 Lacan. sa triple fonction. Le corps. histoire de nœuds ». Leçon du 9/12/75 196 idem 114 . c’est la correspondance de la consistance à l’Imaginaire.195 Ce corps. en fin de compte. comme surface c’est la seule consistance qui possède le parlêtre. Jacques. Ainsi. qui résulte des éléments suivants : 1. le nœud. et du trou au Symbolique. Et c’est bien pour ça que c’est symbolisé. « La consistance. Séminaire XXIII : Le sinthome. c’est pourtant sa seule consistance. Séminaire XXIII : Le Sinthome Dans ce séminaire Lacan affirme que le caractère fondamental du nœud est de permettre d’illustrer la triade. par la surface. C’est dans ce sens que Lacan dit. ça veut dire ce qui tient ensemble. il annonce que ce qu’il essayera de montrer dans la suite de ses séminaire. c’est la racine de l’imaginaire. 1975 – 1976. c’est « adorer un corps qui fout le camp à tout instant »196. et que même si en réalité il ne l’a pas.194 A partir de là. C’est pour ça aussi que Lacan propose que l’inquiétant étrangeté relève de l’imaginaire. quoique seulement reflété dans l’imaginaire.

Le trou c’est lié à la mort en tant que la mort on ne sait pas qu’est-ce que c’est. il commence par une question.S. d’une ex-sistence qui appartient au réel qui en est le caractère fondamental. tel qu’il l’écrit. par une relation de voisinage.197 3. d’un trou comme fondamental qui ressortit au symbolique. Et. Deuxièmement. Leçon du 17/12/74 115 . La 197 Lacan. Et d’autre part.I. ainsi. dit-il. Conférences et entretiens dans les Universités américaines Massachusetts Institute of Technology 2 décembre 1975 L’imaginaire. ex tiret sistence. Ces trois ordres se rejoignent. certainement…. « y a t-il de l’analyse une théorie ? oui. Après avoir beaucoup réfléchi. Séminaire XXII : R. Jacques. dit-il. Cette ex-sistence. et pas par une relation d’ordre ou de hiérarchie. et au même temps. j’ai distingué deux assises. par une continuité.2. assis première de la psychanalyse: Dans cette conférence que Lacan fait aux Etats Unis en 1975. l’un à l’autre. dans le sens que le réel existe hors de l’imaginaire et du symbolique. il n’a d’existence qu’à rencontrer le symbolique et l’imaginaire qui lui résistent. dans le nœud borroméen. « c’est du coté de la mort que se trouve le symbolique ».

pour l’analyse. Séminaire de Recherche 2001-2002. Marie-Hélène. 200 Scilicet 6/7. ni pour le discours universitaire ni pour le discours de la science. page 54 199 Brousse. Séminaire de Recherche 2001-2002. et donc. Ce qui M. page 54 201 Brousse. c’est l’imaginaire aussi qui occupe cette place d’assis fondamentale et première pour la théorie psychanalytique. « Retour sur l’imaginaire ».200 c’est-à-dire que pour reproduire un corps. comme l’a rappelé Marie-Hélène Brousse 199. d’abord. c’est encore une fois la forme et 198 Scilicet 6/7. Marie-Hélène.201 Donc. « Retour sur l’imaginaire ». On peut s’apercevoir. Brousse a mis en relation avec l’expérience de la cire chez Descartes. c’est le corps.198 Ainsi. mais elle ne vaut pas forcement pour le discours du maître. inédit. Lacan fait bien remarquer.référence au corps. Et la psychanalyse n’apprendre de lui que ce qu’il a d’imaginaire. il faut une forme. et d’ailleurs le premier. il continue : « Un corps ça se re reproduit par une forme ». que cette conception du corps comme imaginaire vaut pour le discours analytique. La forme et l’espace : conditions de l’imaginaire Tout de suite. c’est à dire. Lacan considère que un de socles de la psychanalyse. 116 . que le corps pour l’analyse c’est l’imaginaire. Editions du Seuil. Université de Paris 8. que du corps elle n’appréhende que ce qu’il y a de plus imaginaire ». la matière au-delà de la forme. c’est d’ailleurs la seule façon qu’a le parlêtre d’appréhender le corps. Inédit. à cette époque de son élaboration. où il arrive à mettre en évidence la matière par la perte de la forme. le lieu de l’image est complètement virtuel ». dit- elle : « C’est la matière qui occupe un lieu. l’image n’occupe pas de lieu.-H.

Lacan fait référence à ce qui avait été sa définition initiale du stade du miroir et ce qu’il en est dans l’actualité. Ça implique une bascule complète de ce qui était l’ordre hiérarchique des trois ordres dans les années 60 chez Lacan. Brousse se pose la question : Est-ce que tout seul ça veut dire sans le symbolique ?. il y a une autonomie de l’image. et elle répond : « Ça veut dire. où le symbolique était déterminant par rapport à l’imaginaire. il n’y a plus une hiérarchie entre les trois ordres.l’espace que comptent. qui sont fondamentales pour cette nouvelle re-élaboration de l’imaginaire chez Lacan.-H. ça implique une autonomie du corps. et c’était lui qui dirigeait les deux autres ordres . C’est le contraire du signifiant qui a toujours besoin d’un autre signifiant pour exister. Là-dessus. un isolement de l’imaginaire. ici. Marie-Hélène. il y a de la forme que se manifeste dans le fait que le corps n’a pas besoin du symbolique pour fonctionner en tant qu’image. subsiste et fonctionne tout seul »202. Actualité du stade du miroir : Tout de suite. une caractéristique de l’imaginaire c’est le fait d’exister tout seul. M. Idem 117 . il dit : « J’ai commencé par 202 Scilicet 6/7. Autonomie de l’imaginaire : Lacan continue : « Forme qui se manifeste en ceci que ce corps se reproduit. page 54 203 Brousse. autrement dit. Ça consacre l’autonomie de l’image et du corps par rapport au symbolique »203.

ça a été sa première conception du corps. la sphère implique la bulle. implique que l’homme conçoit le monde comme l’image de son corps. page 54 118 . Mais cette première notion de la forme va changer. il l’a abstrait. l’idée de concentricité des sphères a été son premier rapport à la science comme telle. l’enveloppe. avec la réintroduction du trou. »205 On a là le passage de l’image du miroir à la sphère. De l’image du miroir à la sphère : Puis. l’homme le conçoit comme cette unité de pure forme que représente pour lui le corps ». le sac de peau pas troué.mettre l’accent sur ce que Freud narcissisme. Au-delà de cette idée du sac enveloppé et enveloppant (l’homme a commencé par-là). Cela reflète la bulle. il continue : « ce corps. autrement dit. pour se donner une image de ce qu’il appelle le monde.204 Ainsi. il y a une équivalence entre le monde et le corps pour le parlêtre. page 54 205 Idem. il en a fait une sphère : la bonne forme. et la notion de que l’image du corps doit être trouée pour pouvoir fonctionner. l’homme fait de l’image spéculaire une sphère. l’homme l’a vu. sa redéfinition du stade du miroir en 1975. le sac de peau. le monde a une forme anthropomorphique. id est le nœud fondamental qui fait que. De la sphère à l’image trouée : 204 Scilicet 6/7.

en disant. M. cette mis à plat c’est un des traits fondamentaux de l’image. donc. Ce qu’il essai de résoudre c’est que si l’image du corps en tant que sphère. la recherche du trou. une espace où on puisse voir le dedans et le dehors. Le cercle c’est la section de l’image de la sphère. La réintroduction du trou. dit-il. et comme tel elle ne rend pas compte de la complexité de l’espace qu’inclut le trou. ce n’est plus la bonne forme.-H. ce n’est plus un corps pas troué. Le cercle. et il introduit les cercles. Ce là qu’il commence son élaboration topologique. 206 Brousse. M. La sphère comme telle n’est pas trouée. Idem 119 . c’est à dire. et ce ça qu’il essayera de montrer avec le nœud borroméen constitué précisément des cercles. et ça produit deux cercles mis à plat. ce n’est plus une sphère. se caractérise de faire trou. d’ailleurs. retrouve le statut de l’image pour pouvoir fonctionner. il faut qu’elle soit trouée. q’il faut quelque chose d’un autre ordre que l’espace sphérique. la sphère coupée en deux. une topologie différente pour rendre compte de l’image. en tant qu’elle a besoin du trou pour fonctionner. elle est une bulle. Brousse avance la question : « Comment trouer l’image du corps ? Qu’est-ce qui trou l’image du corps ? »206. il lui faut un espace nouveau. Là-dessus.-H. amene à Lacan à une re-élaboration de l’image. on passe de la sphère pas trouée au cercle que lui est un trou. question qui reste à répondre.

et tout de suite après. et ce que nous appelons couramment l’identification ? ». il dit : « Cette année. est donc. et l’identification. On voit que dans ce qu’il essai de saisir comme quelque chose qui va plus loin que l’inconscient. intitulé « l’insu que sait de l’une-bevue s’aile à mourre ». Séminaire XXIV : L’insu que sait de l’une-bévue s’aile à mourre. Dans la leçon du 16 Novembre 1976.-H. avec l’insu que sait de l’une-bevue… j’essaye d’introduire quelque chose qui va plus loin que l’inconscient ». il se demande : « Quel rapport y a-t-il entre cet intérieur. Comme l’a indiqué M. le réel prend poids. rend compte d’un Lacan insatisfait de la psychanalyse. ce qui par homophonie veut dire aussi : « l’insuccès de l’une-bevue c’est l’amour ». et il revient à la conception freudien de l’appareil psychique. comme Lacan le dit. le rapport entre le moi. comme l’a dit Jacques- Alain Miller. l’insuccès de l’inconscient. Quelque chose qui va plus loin que l’inconscient : l’imaginaire. qui est une production imaginaire. d’un désenchantement de la psychanalyse.207 Il fait référence à ce qu’il appelle « cet intérieur ». et s’effectue une redéfinition complète de l’imaginaire. Dans ce séminaire de 1976. d’une malaise du à un désenchantement de l’inconscient. l’inconscient est définie comme l’une-bevue. qu’est le moi. « L’insu que sait… » inédit 120 . 207 Lacan. Jacques. Il cherche donc. Séminaire XXIV. la référence à l’imaginaire surgie immédiatement. au moment où la théorie du signifiant cesse d’avoir un pouvoir principal. 1976 –1977.

« La référence au verbe connaître. autrement dit. correspond à cela. et l’identification au trait unaire. Jacques. leçon du 16-11-76 210 Brousse.208 Puis. comprendre.210 Il 208 Brousse. un monde perçu avec la forme de son image même . l’identification au père . Ce que l’homme sait faire avec son image. savoir le débrouiller. à quoi s’identifie t-on à la fin de l’analyse ? Il refuse la possibilité de que la fin de l’analyse soit une identification à l’analyste. De ce symptôme il dit : « le symptôme c’est ce qu’on connaît. idem 121 . M. l’identification hystérique . et permet d’imaginer la façon dont on se débrouille avec le symptôme. celle d’amour. à savoir. Que veut dire connaître ? Connaître son symptôme veut dire savoir-faire avec. au maniement que l’homme fait de son image et avec le fait de se débrouiller dans un monde fait à son image. d’une certaine façon. c’est déjà une référence à l’imaginaire ». Idem. Séminaire de recherche 2001-2001. Savoir y faire avec son symptôme c’est la fin de l’analyse »209 Cette nouvelle définition du symptôme.Brousse. comme ce qu’on connaît. tient à la nouvelle définition de l’image de cette époque de Lacan.-H. Cours du 28/02/2002. M. Et il se demande quel est le statut de l’identification à la fin de l’analyse. Brousse. et il propose par contre la fin de l’analyse comme une identification au symptôme. inédit 209 Lacan. et même une identification à l’inconscient . le symptôme et l’image sont ici. le manipuler. analogues. Lacan rappelle les trois modes d’identification pour Freud. « dans ce quelque chose qui va plus loin que l’inconscient. l’imaginaire trouve une nouvelle place ». et même ce qu’on connaît le mieux.-H.

211 Lacan. dit-il. la fin de l’analyse. leçon du 14/12/76 212 Lacan. que Lacan le prend comme modèle du corps. car elle n’est pas trouée. un trou qui représente l’intérieur.212 le corps trouve ici un espace totalement différent de celui du stade du miroir. Le tore et l’analyse : Ce figure du tore permet aussi à Lacan de proposer une thèse nouvelle concernant la fin de l’analyse. « Ce tore n’a pas l’air d’être un corps. et il dit donc. en tant que le tore dit-il. et un trou qui s’ouvre à l’extérieur. le tore a deux trous qui se communiquent. Le tore : Lacan prend appui de la figure topologique du tore. Jacques. quand on le retourne ça donne une espèce de bande de moebius où l’intérieur et l’extérieur se rejoignent. Idem. c’est à dire. « se présent comme ayant deux trous autour de quoi quelque chose consiste »211. que substitue la sphère. de la même façon qu’avec son image.propose donc. leçon du 16/11/76 122 . Jacques. Ainsi. à la fin du cours du 14/12/76 : « Je vous annonce que le monde est torique ». comme le savoir-faire avec son symptôme dans le monde. C’est à partir de là. Le monde donc. c’est désormais une forme trouée où l’extérieur et l’intérieur sont en continuité et se rejoignent. mais vous allez voir qu’il suffit de le retourner ». suivre le même modèle de bande de moebius que le corps. représenté par une chambre à air qu’on peut retourner si on fait une entaille. Idem.

Brousse. leçon du 14/12/76 123 . Mais ici il propose une continuation. retrouver un nouage borroméen où l’imaginaire et le réel ne soient pas recouverts par le symbolique. celle qui serait équivalent à une contre-analyse ». une deuxième coupure au tore. devient ici une difficulté. Idem. consisterait à redonner à l’imaginaire et au réel leur place.-H. « il faudra pratiquer une autre coupure. Idem. 213 Lacan. c’est la préférence donnée à l’inconscient. ce recouvrement du symbolique des deux autres ordres. pour oublier l’inconscient. qui avait été la visée principal dans une analyse. Jacques. Qu’est-ce que nous allons voir à retourner le Symbolique ?… le symbolique enveloppera totalement l’imaginaire et le réel ». Il dit : « Il y a trois tores : Imaginaire. Leçon du 11/01/77 215 Idem. Ce qui a été le sujet de son élaboration théorique pendant vingt ans. et que par contre. Symbolique et Réel. L’inconscient.213 Et bien. un deuxième temps nécessaire. dit M. pour ne plus en être embarrassé de cette conséquence du symbolique sur le corps. le symbolique enveloppant l’imaginaire et le réel. et il l’appelle même une « débilité ».215 cette deuxième coupure consisterait à restaurer le nœud borroméen dans sa forme originelle. un deuxième passage. une dévalorisation de l’imaginaire. produit pour un sujet. leçon du 14/12/76 214 Lacan. c’est le premier temps de l’analyse. Jacques. à partir justement du désenchantement de l’inconscient.214 Et donc. « La difficulté avec la psychanalyse ce qu’on devient fasciné par l’inconscient ». Lacan propose donc. c’est d’ailleurs la raison qu’il donne à ce que Freud proposait comme une deuxième tranche nécessaire pour les analyses . il propose un deuxième temps.

qu’en tant que tel. La fin de l’analyse c’est à cette époque de Lacan. n’est pas capable de montrer à la fois l’intérieur et l’extérieur. c’est à dire. plus articulé au réel et avec un autre rapport à l’image ». dans l’occasion. plutôt qu’à la mis en relief du signifiant. très étroitement lié au réel. et distant par contre du symbolique. sont-elles des notions de structure ou de forme ? Tout dépend de la conception qu’on a de l’espace. et lui-même est un ordre aplatit. Brousse dit : « le symbolique perd ici ce pouvoir hiérarchique qu’il a dans une analyse. Le corps est quelque chose qui ne se fonde que sur la vérité de l’espace ». la fin de l’analyse serait dirigée à la mis en évidence clinique du trou. l’en dessus et l’en dessous. qui lui ne rend pas compte de la complexité de la notion d’espace. C’est pour ça que Lacan prend appui du nœud borroméen. fait une opposition entre structure et forme que tient à la notion d’espace. l’intérêt du 216 Idem. à savoir concernant le tore.216 Lacan. à la mis en relief du trou. Ce qui d’ailleurs n’est sans rapport avec l’introduction de la notion du trou. et ça serait le moment où on deviendrait moins débile. Il y a certainement une vérité de l’espace qui est celle du corps. La structure découle du symbolique. Structure ≠ Forme : « L’intérieur et l’extérieur. et aussi à l’image. dans la leçon du 21 décembre 1976. une revalorisation de l’image et l’orientation vers le réel. Finalement. C’est un renversement de la psychanalyse vers un au-delà de l’inconscient. mis à plat. leçon du 21/12/76 124 .

-H. La différence de la forme.l’introduction du nœud borroméen. ce non pas valoriser l’une en dépit de l’autre.217 La réintroduction. 219 Lacan. voilà ce que je voudrais cette année mettre en évidence ». Autrement dit. avec un retour de la notion de forme par opposition à la structure.-H. et avec le trou ». c’est ici une forme qu’inclut le trou. c’est un retour de la forme. un nouveau espace qu’exige plus de deux dimensions. Cours du 04/04/2002. Brousse. c’est la notion d’espace à plusieurs dimensions. la réintroduction de l’image ». un retour à la forme. mais pas à la forme pas trouée du stade du miroir. Brousse dit : « Le nœud borroméen exige qu’on fasse tenir ensemble la structure tel qu’elle découle du langage. Séminaire de recherche 2001-2002. c’est ce qui m’importe. Lacan continue : « Ceci nous porte à quelque chose de fondamental pour ce qui est de la structure du corps. Marie-Hélène. de la forme en tant qu’elle est toujours plus ou moins suggérée avec la structure. du corps considéré comme structure. et à la fois modification. La réintroduction de la notion du trou est couplée donc. « Chez Lacan -dit M. inédit 218 Brousse. la vérité de l’espace du corps. ou plus exactement. M. et comme telle exige un espace différent de celui de la chaîne parlée. Idem. à celui du langage. et donc. comme lui- même le dit. c’est 217 Brousse. sans la « bonne ».218 Il y a donc. Jacques.nœud c’est justement d’introduire une notion d’espace qui montre. Idem. Leçon du 21/12/76 125 . tel qu’elle est le langage. de la notion d’imaginaire à la fin de l’enseignement de Lacan. tient donc à la nécessité d’un espace différent à celui du symbolique. avec l’espace tel qu’il découle des formes. Que le corps puisse présenter toutes sortes d’aspects qui sont de pures formes.219 Ce qu’il essai avec la différenciation de la forme et de la structure.

c’est pour ça que ça me passionnait… on ne sait jamais qu’après… ! ». Brousse. Brève Conclusion. comme l’a remarqué M. articuler une nouvelle définition de la forme à partir de la notion de structure et non pas définir la forme négativement à partir de la notion de structure. d’image. à partir de son dernier enseignement. ou un nerf.-H. Le point de butée d’une analyse c’est désormais l’orientation vers le réel en donnant sa place à l’imaginaire et au corps. se caractérise par un retour. différent à l’esthétique transcendantale que propose un espace à deux dimensions. où Lacan nous confie une passion de jeunesse dans sa période d’étudiant de médecine : « L’anatomie m’a pendant deux ans passionné… ce que je cherchait dans la dissection.plutôt. une re- élaboration et une revalorisation des notions de forme. à savoir un espace topologique. Cette dernière décade de Lacan. Et ce qu’amene à Lacan à revaloriser l’imaginaire à partir des années 70. que ça 126 . Nous voudrions finir avec une citation d’un paragraphe du séminaire Les non-dupes errent. d’image du corps et d’imaginaire. Nous pourrions dire. c’est la recherche du trou et d’un espace qu’en puisse rendre compte. une artère. du 12 mars 1974. c’était de trouver un nœud… dans un coin. qui… qui huipp ! qui ferait ça ! Oui…je m’en suis aperçu après.

il cherchait un nœud imaginaire dans le réel du corps.témoigne d’un saut. pour conclure. pour montrer ce qu’il appelle « le réel des êtres ». que ce mouvement de l’enseignement de Lacan. C’est dans ce sens qui se dirigera la suite de notre recherche. rigoureuse et infatigable. L’image en tant que mode d’expression du réel apparaît dans le monde actuel d’une façon généralisé et d’une manière beaucoup plus puissante en comparaison avec quoi que ce soit antérieurement. suite à une recherche continue. après avoir été confiné à des motives purement ornementales. le retour à la référence du corps et de l’image se trouve également et notamment dans les arts. décoratives et esthétiques. et finalement il a trouvé un corps imaginaire dans le réel du nœud borroméen. Nous sommes dans un monde actuel où l’image joue un rôle de plus en plus privilégié. où depuis une vingtaine d’années le corps à regagné sa place. Nous pourrions dire aussi. 127 . en revenant sur l’image du corps d’une façon assez particulier. en prenant appui d’un peintre contemporain. avec une puissance encore plus remarquable qu’à l’époque où Lacan enseignait. l’image comme moyen de communication a pris la place de la parole. trouve des correspondants dans des autres savoirs et disciplines. nous essayerons de montrer qu’est-ce qu’il résulte quand un peintre rend compte d’une époque et même s’avance à elle.

comme le plus 220 Quarto. il dit: « Il est incontestable qu’il n’est pas éliminable que le corps soit intéressé.Perspective de l’image. 1981.220 Toute la clinique de Lacan dès lors dirigé au symptôme. ». en 1972. il n’y aurait aucun sens… Ce qui est vraiment la référence de l’expérience analytique c’est le corps comme tel. S’il n’y avait pas de corps. c’est à dire. mais la discordance interne qu’en résulte restera. Lacan revient à la référence au corps comme fondement de l’expérience analytique. prendra comme support le corps . c’est à proprement parler ce que met en question toute l’expérience analytique. n°5. l’imaginaire et le corps dans la clinique lacanienne de 1970 à 1980 L’image spéculaire : porte d’entre des symptômes Dès le début des années 70. Alors la référence à la jouissance. le corps conçu comme un extime. pp. dans une Conférence faite en Belgique. ainsi. 4-22 (Conférence du 14 décembre 1972) 128 . le stade du miroir sera reformulé.

entre dans son monde. en ceci que cette réalité sexuelle. 5 – 23. et l’expression de ce rejet se traduira en symptômes. Dans sa Conférence à Genève sur le symptôme en 1975. qui rue. qui tombe par terre. Le Bloc-Notes de la Psychanalyse. Le retour du corps : 221 Lacan.221 Ce rejet donc. que c’est à partir de là que surgit son symptôme. l’enfant la découvre d’abord sur son propre corps. il critique la proposition de Freud du terme d’autoerotisme. 129 . est à tel point senti comme étrangère. sera rejeté. concernant le cas du petit Hans : ce qu’y s’y manifeste. autrement dit.intime et à la fois le plus étranger pour le sujet. dans ce cheval qui piaffe. à savoir. pp. dit-il. 4/10/1975. 1985. sa phobie dans le cas en question. Conference à Geneve sur le symptôme. Jacques. à savoir. Lacan n’en est pas d’accord et il propose une autre voie. que Freud avait accentué l’autoerotisme. mais… « La rencontre avec leur propre érection n’est pas du tout autoérotique. Il l’éprouve comme quelque chose étranger. La porte des symptômes c’est donc la discordance interne initial résultant des premières expériences spéculaires. c’est que ce qu’il appelle son wiwimacher. la jouissance qu’en résulte. qui va et vient… Son symptôme c’est l’expression de ce rejet ». n’est pas du tout autoérotique pour Lacan. qui se renverse. le petit Hans ne pense qu’à l’incarner dans des objets externes. n° 5. il a ses premiers érections. dans son circuit. Lacan en donne un exemple à partir du cas du petit Hans.

224 nous pouvons nous demander si cette réserve est en rapport avec le corps. (L’italique est notre) 224 Scilicet 6/7. dans son fondement. dans l’expérience analytique. 24/11/75. Le signifiant est quelque chose qui est incarné dans le langage… La psychosomatique est quelque chose qui est tout de même. pp. mais aussi dans la conception du monde. que l’homme conçoit le monde de la même façon que l’image de son corps. je n’ai pas du tout vidé la question. P. Avec une réserve : ce qui crée la structure est la manière dont le langage émerge au départ chez un être humain » . à savoir. nous font penser qu’il y a effectivement un retour à la référence au corps dans sa pratique . 4/10/1975. Conférence à Genève sur le symptôme. pp. 13 130 .223 Mais les symptômes psychosomatiques ne sont pas les seuls affectés. Conférence dans les Universités américaines. Jacques. Publié dans Le Bloc-notes de la psychanalyse. N°16. Il n’y a pas beaucoup d’exemples cliniques à la fin de l’enseignement de Lacan.203 223 Lacan. le signifiant prend aussi un nouveau statut. 1975. sa conception sur l’inconscient trouve aussi « une réserve » qui concerne d’une certaine façon le corps : « L’inconscient est structuré comme un langage. Lettres de l’Ecole freudienne. 5 – 23. profondément enraciné dans l’imaginaire ». le corporeise dit Lacan. La Troisième. n°5. 1985. jusqu’à arriver à nous proposer en 1975 la phrase suivante : « Peut être l’analyse nous introduit à considérer le monde tel qu’il est : imaginaire ». très précises. comme Lacan le dit. et suivant sa théorie du signifiant incarné dans le langage. il conseille encore un effort pour ne pas oublier sa fonction dans les symptômes. 177 .222 Avec ce retour du corps. c’est l’hominisation du monde. En effet. Jacques. s’il y a quelque chose qui persiste du stade du miroir aux années 70 – 80. par rapport aux symptômes psychosomatiques : « Avec le signifiant. nous pourrons dire que le langage ne m’émerge pas chez un sujet sans que son 222 Lacan. mais ses commentaires.

Lacan étudie le cas Joyce. comme lui-même le dit : « Connaître son symptôme. le manipuler. Dès lors. sa famille. et même ce que Joyce appelle my country. ce qui fait tenir ensemble le symbolique. à savoir. Séminaire « L’insu que sait de l’une-bevue s’aile à mourre ». ça correspond à ce que l’homme sait faire avec son image. Le sinthome et ses implications cliniques : Dans son Séminaire de 1975 – 1976. cours su 16/11/76 131 . Savoir y faire avec son symptôme c’est la fin de l’analyse ». il proposera ainsi que dans l’analyse. 1976 – 1977. et propose le concept de sinthomme. comme il le dit : « Contre le symptôme nous n’avons qu’une arme : 225 Lacan. Son art comme symptôme (ou sinthomme) lui permet de faire subsister le père. où le signifiant du Nom-de-père manque. Chez Joyce.225 Cette clinique orienté vers le symptôme implique aussi une interprétation précise. autrement dit. Lacan propose que cette carence paternelle est compensé par son art. toute la clinique de Lacan sera centrée sur ce symptôme. il ne s’agit plus d’identification à l’analyste. désormais il s’agit d’identification au symptôme . savoir le débrouiller. ni d’identification à l’inconscient. Jacques. savoir faire avec. il faut un corps pour qu’un sujet devienne sujet du langage. l’imaginaire et le réel.corps soit concerné.

il a quatre frères et sœurs. Cours du 18/11/75 132 . ils bougent entre l’Angleterre et l’Irlande. A la déclaration de la guerre. en aucun cas une intervention analytique ne doit être théorique. Séminaire « Le Sinthomme ». selon le jeune Bacon. dotée d’une intelligence vive mais peu formée. le jeune Bacon avait cinq ans. a quitté l’armée britannique pour se consacrer à l’élevage et à l’entraînement des chevaux. Jacques. en conséquence. suggestive ou impérative. en 1914. 1975 – 1976. métier qu’il a exerce jusqu’à la fin de sa vie. Francis Bacon Peintre britannique (Dublin. 1909 – Madrid. et d’une nature facile et sociable. Christine Winifred Firth. le père de Bacon a pris un emploi au ministère de la Guerre. Sa mère. Son père. était. changeant de domicile tous les ans. 1992) Vie et oeuvre Vie : Francis Bacon naît à Dublin le 28 novembre 1909. le commandant Edward Anthony Mortimer Bacon. A cause de ces 226 Lacan. et la famille s’est installé à Londres. de parents anglais. elle doit être toujours équivoque.l’équivoque »226. Ensuite. de vingt ans l’aîné de son épouse. sans jamais créer un véritable foyer.

.surtout ma mère ». les relations difficiles à son père. Entretiens avec Francis Bacon. Il dira aussi : « Je ne me suis jamais entendu ni avec ma mère ni avec mon père. ils pensaient que j’étais simplement quelqu’un qui va à la dérive. Je devais avoir quinze ou seize ans. avec le monde et avec ses proches. La première fois que je l’ai senti. il suit une scolarité très irrégulière. comme un père ombrageux et autoritaire. Il le juge comme un « entraîneur raté » qui ne lui avait rien appris. il dira de son père : « Je ne l’aimais pas. Ce n’est que plus tard. et le peu de contact avec sa mère . hors des lois morales de la famille . lorsqu’il habitait Londres. David. mais j’étais sexuellement attiré vers lui quand j’étais jeune. prompt à faire la morale et à transformer les discussions en disputes. Ils ne voulaient pas que je sois peintre .déménagements. quand 227 Sylvester. et de l’asthme dont Bacon a souffert toute sa vie. son « salaud de père » comme il le désigne toujours cinquante ans plus tard. Il m’a chassé de la maison ». intolérant. dictateur. ainsi que l’agitation en Irlande et celle de la Première Guerre Mondiale.227 Plus tard. Bacon parle de son père comme d’un personnage irascible. et qu’en plus ce dernier était devenu un personnage non-conventionnel et sans interdit. Dans les entretiens avec David Sylvester. Il dira souvent que la proximité d’une menace guerrière a été pour lui une expérience fondatrice. Ce père-là qui n’a rien voulu savoir d’un projet de carrière de peintre pour son fils. et plutôt autodidacte qu’officiel. mon père m’a surpris en train d’essayer la lingerie de ma mère. L’enfance de Bacon a été marquée surtout par l’atmosphère de tension et de violence. censeur. dans le milieu quasi militaire où il a vécu . je savais à peine que c’était sexuel. lui met dehors de la maison à partir d’un épisode légendaire que lui-même raconte : « Un jour. 133 .

dans ces entretiens avec Sylvester. Même s’il a dédié plus de 60 ans à la peinture. il déclare. mais aussi il trouvera ce qui sera sa passion dès 1929 à 1992 : le monde de la peinture. où pas seulement il fait des connaissances qui l’amènent à accepter définitivement son homosexualité. où le fascine « Le massacre des Innocents » de Poussin. pour ne jamais revenir au foyer familial. Dédié à une vie de liberté et de plaisir. il trouve des petits boulots à Londres. Mais très peut de temps après l’aquarelle le tente. que j’ai réalisé que c’était quelque chose de sexuel que j’éprouvais envers mon père » Voilà Bacon en 1925. il semble les avoir entreprises dans l’atelier qu’il occupe à son retour à Londres en 1929. dans les dernières années de sa vie : « Je regrette maintenant d’avoir été un débutant si tardif. comme lui-même dit. C’est surtout le passage par Paris entre 1927 et 1929. et ses premières peintures à l’huile. et surtout une exposition de Picasso à la galerie Paul Rosenberg. puis il voyage à Berlin pour y séjourner quelques mois. Il semble que 134 . A partir de là sa carrière dans les arts plastiques ne s’arrêtera jamais. Il commence à vivre du travail de décoration d’intérieur et de création de meubles. qui sort à se frotter au monde. où il vit des expériences de peinture déterminants que le marquent à vie : la fréquentation du musée Condé à Chantilly. quand il avait à peine vingt ans. activité à laquelle il se dédiera avec rigueur et discipline pendant 63 ans de sa vie. et ensuite à Paris.j’ai eu des aventures avec les palefreniers et les gens des écuries. premier contact avec l’art moderne. où il se reconnaît et décide de son intérêt pour les arts plastiques. à une vie de « rien faire ».

tableau qu’inaugure un thème qu’il poursuivra pendant tout son œuvre. format qu’il utilisera très souvent pendant tout son œuvre. installé définitivement à Londres. il choisit et se consacre à la peinture comme activité principale. et 3). des années 1929 et 1942. (voire image 5). Cette année même. En 1933. il détruit un grand nombre des ses toiles. il fait sa première Crucifixion. (voire images 1. dont il est reformé à cause de son asthme.j’aie été un débutant tardif en tout. et la revue The Studio reproduit à l’époque ses dessins des tapis et des meubles. la critique le consacre pour son talent. et surtout le reconnaît comme un peintre hors commun. il peint et expose sporadiquement à Londres. son audace artistique. Dans cette exposition avec Henry Moore et Graham Sutherland. Pendant une quinzaine d’années. 2. Œuvre : En 1930. surtout des paysages. J’étais en quelque sorte retardé. avec un style différent de toute représentation traditionnelle. tandis qu’il continue son métier de décorateur. il expose son premier triptyque Trois Etudes de figures au pied d’une Crucifixion. il ne subsistent qu’une dizaine des tableaux. âgé de 21 ans. J’ai toujours le sentiment d’avoir gâché tant d’années de ma vie ». la plupart dans des collections privés. 135 . En 1944. (voire image 4). Pendant la deuxième Guerre Mondiale. Bacon expose dans son atelier ses premiers œuvres.

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Entre 1962 et 1964. En 1954. à Londres. les expositions collectives et personnelles. une exposition itinérante triomphe de la Tate Gallery à Londres. pour représenter l’Angleterre à la biennale de Venise. plusieurs tableaux lui sont dédiés (voire images 7. occupés par le jeu et l’alcool. avatars des bœufs. l’ensemble des œuvres présentés rendent compte d’un artiste en pleine maturité. etc. 9 et 10). se succèdent et se multiplient. Dès lors. Pendant les années 1950. elles présentent les thèmes qui ne cesseront d’êtres reprises dans les toiles suivantes pendant toute sa vie : têtes et corps déformes. bouches ouvertes représentant le cri. Dans cette époque Bacon voyage beaucoup. à l’Art Institute of Chicago. déformation du tableau d’Innocent X de Vélasquez (voire image 6). aux Pays- Bas. surtout à l’étranger. carcasses animales. portraits des papes. en passant par 138 . Dans les années 1950. ses œuvres sont exposés en France. têtes grimaçantes et hurlantes. une exposition important se tient à la Hannover Gallery. en Italie et aux Etats-Unis. En 1949. il est choisi. et des phases d’activité créatrice intense. Bacon s’intéresse à l’œuvre et au personnage de Van Gogh. ou de photographies de Pie XII. 8. change de domicile fréquemment. avec le peintre abstrait Ben Nicholson et du figuratif Lucian Freud. et alterne de longues périodes de stérilité.

au Museum of Modern Art de New York. au cours d’un voyage à Madrid. à nouveau à la Tate Gallery. et. en 1985. une rétrospective de Francis Bacon est présenté au Grand Palais à Paris. Depuis cette date. les manifestations se multiplient à travers le monde. 139 . en 1991. la mort le surprend. Le 28 avril 1992. Amsterdam et New York. Turin. En 1971. comme en 1973 à Caracas et à Sao Paulo.Mannheim. il avait 83 ans.

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Mais Michel-Ange aussi joue un rôle fondamental. qui se trouve au musée du Caire. j’ai aimé l’art égyptien. surtout la sculpture Rêhetep et sa femme. Ensuite. joueront pour Bacon un rôle de déclenchement et lui ouvreront la porte du monde de la peinture. je suis certain d’avoir été influencé par le fait que Michel-Ange a crée les nus masculins les plus voluptueux qu’il y ait dans les arts plastiques ». il le nommera comme « son peintre préféré »229. Idem 143 . mais des échos »228. qui lui a appris beaucoup des choses sur l’ampleur et la grandeur de la forme. Le Monde. Il dira aussi dans cet entretien : « D’abord. dont il dira que c’est l’œuvre « la plus merveilleuse qu’existe ». Références visuelles et littéraires de son œuvre Bacon refusait son appartenance aux grands mouvements artistiques dont on lui liait souvent. Henri-François Debailleux lui demande quels artistes lui avaient marqué à part Picasso. Entretiens avec Francis Bacon 229 Entretiens avec Jacques Michel.230 Dans un entretien en Liberation. ce pendant il reconnaît son admiration pour certains peintres qu’il prend comme référence dans son œuvre. plus tard. Je sais qu’il 228 Sylvester. Il dira par exemple. David. l’art égyptien c’était son style préféré. 26 janvier 1984 230 Sylvester. que Picasso est pour lui le plus grand peintre du siècle. et il répond que dans un premier moment à part Picasso. David. Il dira : « Comme la plupart de mes figures sont tirées du nu masculin. comme lui-même le dira : « dans la peinture il n’y a pas d’héritage. dont ces œuvre de 1926 – 1930. j’ai aimé énormément Vélasquez et certains Goya.

comme ceux de Giacometti d’ailleurs. Entretiens avec Jean Clair. il est arrivé à montrer ce que Bacon appelle « la réalité des choses ». et il le nommera comme « l’un de mes grands héros ». 1996. Francis. Et bien.y a des très grands italiens. mais dans cette déformation la ramener à un enregistrement de l’apparence ». le sentiment de la vie. par la manière dont il a travaillé la peinture. David. Les dessins de Seurat sont tout à fait exceptionnels. Cézanne et toute cette époque-là. C’était un artiste étonnant pour moi. où il parle de la nécessité de faire subir à la réalité des changements qui seront des mensonges plus vrais que la vérité littérale. il dira : « c’était l’être humain pour moi le plus merveilleux. c’est déformer la chose et l’écarter de l’apparence. plus tard encore. D’ailleurs il cite fréquemment une phrase classique que Van Gogh écrit dans une de ses lettres. il y a ce moment extraordinaire en France avec Seurat. comme lui- même le dit : « Ce que je veux faire. Liberation. Bacon essai de faire exactement la même chose avec ses œuvres. que je préfère de loin à ses sculptures ». Edition Carré. et le plus grand dessinateur du siècle XX ». 27 septembre 1987 232 Bacon.232 Son admiration pour Van Gogh se fait évident aux années 50. il lui dédie plus d’une dizaine des tableaux.233 Il admire chez Van Gogh sa capacité d’être presque littéral et cependant. 233 Idem 234 Sylvester.231 De Giacometti il admire aussi sa clarté d’esprit. Idem 144 . Et puis. mais les plus intéressants à mes yeux sont les espagnols.234 231 Entretien avec Henri-François Debailleux. l’un des hommes les plus remarquables que j’ai vu.

reconnu comme un chef d’œuvre. il prend comme référence principale son tableau d’Innocent X. Peut être qu’après tout la peinture est un affaire de vieux… Pensez à Rembrandt. Il a raté sa sortie ». dont je n’aime pas les œuvres dernières. Et bien sur. dont il trouve les couleurs les plus formidables. à Goya. publié dans Le Monde. Les peintres. de 1953. le 26 janvier 1984. Il dira aussi que le meilleur cri en peinture a été fait par Poussin. tous meilleurs sur le tard… Sauf Picasso. ces tableaux immenses de la fin de sa vie. J’aime Ingres et Seurat aussi. c’est l’Etude d’après le portrait du pape Innocent X par Vélasquez. Chez Ingres il adore la forme et les couleurs. A la fin de sa vie. 145 . peu avant sa mort. dans un entretien fait par Jacques Michel. et il répond que la seule œuvre qu’il aimerait avoir dans sa maison c’est Les Menines. on lui demande d’abord quels tableaux il aimerait avoir chez lui. la plus remarquable. avec son énorme Junta. je les préfère vers la fin. et il lui dédiera un de ses tableaux à 1978. à Titien. et dont il fera plusieurs reproduction tout au long de sa vie . à Cézanne. (voire Image 11) . mais qu’il imagine son musée personnel qu’il décrit de la façon suivante : « Mon musée est peuplé d’œuvres de certains peintres de substance. J’aime Vélasquez. Comme Goya. (Voire Image 6). avait oublié son système et trouvé une manière extraordinaire. Cézanne vers la fin de sa vie. qui se trouve dans la Galerie Doria Pamphili à Rome. chez Vélasquez. Je devrais commencer par les autoportraits de Rembrandt.

dans la serrure Nous pensons à la clé. Il trouvera aussi des références dans les grandes figures de la poésie de langue anglaise de ce siècle. Tout son œuvre est imprégné du théâtre antique. (voire image 12). Eliot. et par là confirmant sa prison » D’ailleurs. 1947) : « J’ai entendu la clé Tourner une fois. le tableau Un coin de terre gaste. figure de la modernité dans le monde anglo-saxon de l’entre- deux guerres. dramaturge. une seule fois. Eliot. L’une de ses dernières toiles.S. dont Bacon admire « l’atmosphère totale de désespoir ». Chez William Yeats par exemple. dont l’écriture joue pour Bacon l’inspiration « d’un horreur qui a une véritable vibration ». un des plus connus c’est le Triptych inspired by the Oresteia of Aeschylus. Peinture 1978 (voire image 13) où il y a un homme qui tourne une clé dans une porte avec son pied.S. 146 . poète. pas seulement de sa puissance. c’est un autre témoignage des échos d’Eliot chez Bacon. qui se trouve dans la dernière page de La Terre gaste (Seuil. (voire image 14). de 1981. Et T. pas seulement il prend de références visuelles mais aussi de références littéraires. chacun dans sa prison Penser à la clé. mais aussi homme politique irlandais. L’Orestie d’Eschyle par exemple. vient du poème de T. L’appétit de références de Bacon est multiple. ses figures et sa scénographie. mais aussi des ses personnages. de 1982. dont il dira que « c’est une chose absolument incroyable » inspirera plusieurs tableaux.

1996. 147 . Francis. une remarquable précision de l’image ». Dans le cinéma aussi. Edition Carré. dont il trouve « qu’il y avait chez lui comme chez Eisenstein. Entretiens avec Jean Clair. Et de Luis Buñuel.235 235 Bacon. Bacon trouve plusieurs références. surtout de ses films les plus anciens. dans les films d’Eisenstein par exemple. surtout il prend souvent appui de l’image de l’épisode célèbre des marches d’Odessa avec la nurse hurlant. dans le film Le cuirassé Potemkine.

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Le style particulier de Bacon 149 .

mais le situe aussi comme un précurseur d’une époque et d’un mouvement de la pensée contemporaine pas seulement artistique. en tant que dans un siècle no figuratif. ces corps il les déforme. et même s’avance à elle. mais aussi philosophique. et même psychanalytique. c’est un reportage d’une culture. le corps pour metaphoriser quoi que ce soit. il revient à l’image du corps humain. le corps humain n’offrant plus aux artistes qu’un prétexte à motifs ornementaux. médiatique. à laquelle il reproche de n’être que purement décorative. sa théorie sur l’art. Inédit 237 Brousse. Jacques. 150 . ce que Lacan a appelé « la forme du corps que nous préférons oublier »236. L’art de Bacon rend compte. Séminaire Les non-dupes errent. Bacon rejette l’abstraction. totalement en contre sens de la tradition. 236 Lacan. L’originalité du style de Bacon lui donne son pouvoir et son succès pas seulement dans le monde de l’art. Séminaire de Recherche 2001 – 2002. Marie-Hélène. dans son séminaire « Retour sur l’imaginaire ». Marie-Hélène Brousse. à la forme adorée. Intemporalité : Tandis que l’art abstrait semble dominer le XXº siècle. avec une particularité encore plus loin de la tradition. Ce style là se caractérise par trois éléments fondamentaux : 1. Inédit. et il choisit précisément. lui laissait dans une espèce d’isolement. en disant adieu à la bonne forme. avec une autre et nouvelle façon de peindre.237 disait que l’œuvre de Bacon était résolument hors jeu du marché de son époque. Il fait du corps humain le centre de son œuvre. Il dit adieu à la belle forme adoré.

agit dans le même sens et aboutit au même endroit qu’un siècle qui finisse avec la disparition de la belle forme. prennent le pas sur le corps. Ça subverti sans doute les idéaux d’ordre et de beauté. soit par les déformations dues à l’angle de la prise de vue ou aux effets de lumière. des livres de médicine. images des radiographies. et avec une autonomie de l’image comme moyen principal de communication humaine. La photographie et les déchets dans l’art pictural : Outre cette interprétation inédite du corps et du visage humain. 2. Ce un ordre parallèle à tout idéal. Séminaire de recherche 2001-2002. Séance du 22/11/2001. qu’il fait intervenir dans sa peinture. C’est la fin de la figuration comme illustration. Marie-Hélène Brousse disait que « dans la modernité.238 238 Brousse. 151 . des photographies de lutteurs. un ordre nouveau et complètement différent. soit par les attitudes étranges des figures. Marie-Hélène. Bacon. un peintre né avec le début d’un siècle. des morceaux de viande. et aussi des cartes postales. sur la bonne forme ». morceaux des journaux. C’est une espèce de mélange des déchets qui produisent une nouvelle esthétique. l’une des grandes originalités de ce peintre réside dans l’utilisation de la photographie et les déchets. des animaux sauvages. les déchets envahissent. et en conséquence un nouvel imaginaire. s’avance. Il s’inspire des photographies insolites. et même de la poudre.

Bacon dit : « Je vois chaque image tout le temps de façon mouvante et presque par séquences mouvantes. couchés. des mouvements propres du corps humain. Il y a plutôt un voisinage. mais je trouve que le triptyque est un ensemble plus équilibré ». déféquant. les personnages des tableaux sont représentés toujours dans des postures quotidiennes ou bien intimes : en train de faire l’amour. différents angles de vue : Différentes expressions des visages ou positions des corps successifs. Bacon essayait toujours de peindre des figures en mouvement. 3. saisis en plein mouvement. Œuvre cité 152 . où chacun reçoit un traitement spécifique et indépendant. elles n’assignent non plus au centre un rôle unique. et je suppose que je pourrais aller au-delà du triptyque et en faire cinq ou six à la file. dans le lavabo. etc. recroquevillés. Je vois les images par séries. David. une continuité pour montrer un mouvement. Les lois des triptyques ne suivrent pas un ordre de successions ni de hiérarchie de droite à gauche. les panneaux présentent. 239 Sylvester. comme des diapositives. Le Mouvement L’influence de la photographie se retrouve aussi dans les traits de pinceau qui distordent les personnages. D’ailleurs.239 Le principe consiste à assembler des attitudes et des mouvements différents dans la même figure. Les œuvres sont souvent de diptyques ou de triptyques. à la façon d’un instantané raté.

153 . L’image du corps chez Francis Bacon La théorie de Bacon sur ce qui devrait être l’art. c’était une tentative d’atteindre ce qu’il appelait le réel à travers des images.

Il a essayé très longtemps de faire l’image « unique ». Il disait : « Le grand art est toujours une manière de concentrer. la vérité des êtres humains. L’attachement à l’image est au fondement de la pratique de Bacon. 1984 241 Entretien avec Jacques Michel. c’est peindre le tableau unique qu’annulera tous les autres. Le Monde. 26 janvier 1984 242 Sylvester. 154 . il dit : « ce que je cherche.241 Le réel entendu par lui. tient à l’évidence instantanée qui s’impose aux sujets sans délai ni parole. « Je fais des images et à travers ces images je tente de piéger la réalité ». comme l’essence de l’être. Image du corps. l’image parfaite. autrement dit. si l’on faisait l’unique image absolument parfaite. David. mais à la fin de sa vie il changera d’avis : « Je ne suis pas obsédé par l’idée de faire l’image unique. comme il disait : « ce qu’on espère toujours. c’est le réel ». Elle est le moyen de Bacon de s’adresser « directement au système nerveux ». en déchirant les voiles que le réel acquiert avec le temps ». comme il en produit presque de manière exclusive . Oeuvre cité. »242 240 Sylvester. Entretiens avec Francis Bacon. image comme condition de la vision et du rapport au réel .240 Dans une entretien avec Jacques Michel à la fin de sa vie. de réinventer ce qu’on appelle réel. sa position de jouissance dévoilée dans l’image du corps. Ce qu’il entend par image. image comme matière première à partir de quoi l’on peint. maintenant je le sais. « L’art c’est vouloir qu’une chose se rapproche les plus possible du fait réel ». condenser tout dans un seul tableau ». David. peut être parce que j’espère continuer à peindre jusqu’à ma mort et que. on ne ferait plus jamais rien….

« Je ne déforme pas le corps pour le plaisir de les déformer. qui se débondent. (voire ses Etudes du corps humain. Comme il le dit ailleurs : « Ce qui m’intéresse davantage c’est saisir dans l’apparence des êtres la mort qui travaille en eux. morcelés. au sens lacanien du terme. c’est la vie. entretien fait par L’Express. mais pour transmettre la réalise de l’image dans sa phase la plus poignante. par cette pluie de corps humains. Des images de la sexualité et la violence charnelle. qui se décomposent. 15/11/71) 244 Entretien avec Jacques Michel. 3/11/71 155 . c’est plutôt la vie.243 Ce qui dans ces tableaux peut représenter le réel. des personnages qui coulent. la forme. de l’instantanéité d’une réalité crue. démembrés. le corps et les images ne sont pas le réel. images 15 à 20). a donné comme résultat une peinture caractérisée par des corps humains déformés. Si bien c’est par l’imaginaire des corps. à chaque seconde. Le traitement du corps chez lui. Le Monde. pendant leur vie »244 243 « Est-il méchant ?. La présence extrême du corps. C’est une espèce de fabrication des images du rien avec de la matière qui coule. se caractérise par certains éléments qui se répètent tout au long de son œuvre : 1) La Déformation : Cette façon de piéger l’image. qu’on arrive à avoir l’impression d’être en face du réel . C’est la seule façon que je connaisse pour arriver à quelque chose qui se rapproche le plus possible de la vie ». Bacon disait : « Je ne sais vraiment pas comment ces formes particulières se produisent ».

l’image du trou corporel. et le corps devient une espèce de bande de möebius. à savoir. Ce qui nous amene au deuxième principe de l’image du corps de Bacon. 156 . par où l’intérieur et l’extérieur se confondent. la peau se transforme en une membrane trouée. Il s’agit d’ailleurs chez Bacon des corps où l’enveloppe corporelle n’est plus imperméable. la chair dénuée est menacée de blessures et de déchirures. l’épiderme se confond avec les viscères.

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la bouche ouverte. mais aussi une représentation où l’intériorité du corps est projetée à l’extérieur. de corps qui montrent son dedans et son dehors. l’image du trou 158 . C’est pour ça qu’il a fait un effort énorme pour peindre le cri.2) Le cri et la bouche ouverte : Le principe des images du corps de Bacon ce n’était pas seulement la déformation.

à « l’enforme de a » comme disait Lacan. chose d’à proprement parler innommable. et 245 Lacan. un au-delà de la forme. . Séminaire II. en utilisant comme moyen d’accès au corps. en tant que s’est fait de ce qui ne s’articule pas. c’est le cri comme un appel impossible. c’est qu’amene aussi à l’horreur. 6 et 21). c’est une affirmation muette.245 il distingue deux éléments de la phénoménologie du rêve d’Irma par rapport à la bouche ouverte : « Le premier aboutit au surgissement de l’image terrifiante. que Lacan commente dans son Séminaire II. c’est un cri silencieux devant lequel toute parole s’arrête. qu’occupe presque tous les tableaux et portrait de Bacon. la limite entre l’extérieur et l’intérieur du corps. est à l’excellence. la forme . et comme moyen d’accès a la jouissance. Page 196 159 . (voire images 5. cette une présence extrême qui ne dit rien. Le cri. sans histoires . l’abîme de l’organe féminin d’où sort toute vie . c’est le trou ouvert du rien. du vide. Jacques. cette forme centrale de la bouche ouverte. la bouche ouverte. Et troisième élément. un au-delà de l’articulation.corporel. Ce qui pourrait être sa réponse à la question de comment trouer l’image du corps. Deuxièmement. sans message. et tout l’effort de Bacon a été dirigé à faire une peinture sans mots. Nous avons en psychanalyse la bouche ouverte d’Irma. D’abord. le fond de cette gorge. implique trois éléments : . .

une expérience au-delà de toute intersubjectivité. du déchirement essentiel du sujet. entre l’unwelt et l’inunwelt. mais ce quelque chose devant quoi tous les mots s’arrêtent et tous les catégories échouent. l’objet d’angoisse par excellence ». le gouffre de la bouche. Il s’agit de la même façon pour Bacon de chercher une sorte de vécu dernier chez l’être humain. 160 . de l’objet essentiel qui n’est plus un objet. un objet ultime appréhendé au-delà de toute médiation symbolique. C’est une tentative d’annulation de toute interposition entre le sujet et le monde. Lacan dit aussi : « Il y a donc apparition angoissante d’une image qui résume ce que nous pouvons appeler la révélation du réel dans ce qu’il a de moins pénétrable. où tout est englouti. et aussi bien l’image de la mort où tout bien se terminer ». et ce qui résulte c’est forcement l’image de la dislocation et du morcellement même.deuxièmement. Et c’est par les images que cet au-delà de l’intersubjectivité est atteint. du réel sans aucune médiation possible. du réel dernier.

il le définit de la façon suivante : « Toute forme se rapporte toujours à l’image 161 . mais qu’en un certain sens n’a pas été explorée. se dirige vers un domaine que selon lui a été ouvert par Picasso. 3) Les figures anthropomorphes : Une des théories plus fortes de Bacon.

après il a continué en essayant avec un oiseau atterrissant dans un champ. mais la manière dont ils étaient faits suggérait toutes sortes de façons de traiter le corps humain. Après tout. qu’il définissait comme « par accident ». David. c’est à dire. mais aussi sa façon de peindre. la bouche ouverte et le corps humain montrant son extérieur et son intérieur. d’images des filtres. (voire image 22) l’image se transforme par accident. Il disait par exemple. et presque involontairement il a terminé avec une toile monumentale où sont rassemblées plusieurs de ses préoccupations : la viande. dans les entretiens avec Sylvester : « Je regarde des livres sur les animaux sauvages. parce qu’il se peut très bien que l’une de ces images m’éveille et me suggère une manière de traiter le corps humain ». le résulté c’était toujours une forme ressemblant le corps humain. Par exemple. Œuvre cité 162 .humaine mais en est une complète distorsion ». c’est une forme anthropomorphique. que même s’il prenait comme modèle une figure non humaine. qui correspond point par point à la définition du stade du miroir de Lacan à la fin de son enseignement. Pas seulement toute l’œuvre de Bacon rend compte de ce fait. des filtres de différentes espèces de liquides. dans son œuvre.246 C’est sa définition de la forme. 246 Sylverster. et aussi : «Il y a un livre que j’ai acheté. Bacon a commencé par peindre ce qu’il croyait d’être un chimpanzé dans l’herbe haute. il y a des années. le corps est en un certain sens un filtre ». que toute forme perçue dans le monde par les êtres humains. le dictateur. Peinture 1946. à savoir.

(voire images 28 et 29). une chair qui est d’ailleurs. (voire images 26 et 27). se trouvent dans les tableaux Jet d’eau. 163 . Et aussi dans Les Dunes de Sable. la référence au corps humain est toujours présente. tableau que pour cette même raison. Et c’est ça finalement qui caractérise l’œuvre de Bacon. dans le tableau Sang sur le plancher. 1986. s’appelle « chipmanzee » (voire image 25). Water from a running top. même sur des objets apparentement sans rapport avec l’humain. Et même quand il peint de choses ou des éléments de la nature. glissent et se soulèvent ressemblent plus la chair que le sable. D’autres exemples des éléments de la nature avec des formes humaines. plus ces dunes prennent des allures d’anatomie humaine. animé par une toute-puissante sexualité. 1979. où plus nous regardons les dunes. Ces surfaces qui roulent. 1982. ou bien. et la référence au dedans et au dehors du corps humain. il projette la vie du corporel. de 1981 et 1983. où il y a sur un plancher du sang qui coule en gouttes . (voire image 23). Les tableaux des animaux sont un autre exemple. Par exemple. où même un chimpanzé qui cri avec la même expression du visage de tous les autre portraits et autoportraits de Bacon. (voire image 24). où il y a des chiens courbés avec des positions humaines. la puissance sexuel de ses toiles.

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DEUX AU-DELA DANS L’ŒUVRE DE BACON ET DANS L’ART CONTEMPORAIN Au-delà du sens : 168 .

Jacques Alain Miller disait dans son cours « Le lieu et le lien ». Il voulait faire une peinture qui ne dise rien. C’est ça la différence avec une forme illustrative. que une bonne peinture c’était celle qui touchait directement le système nerveux. la narration est une manière de tuer la peinture. « une forme illustrative vous dit immédiatement en passant par l’intelligence ce que la forme signifie. au fait ». une forme non illustrative agit d’abord sur la sensibilité. en tant que l’image gagne en dignité puisque désormais l’image. disait-il. c’est une nouvelle forme de l’art qui permet une autonomie de l’image. C’est la fin de la figuration comme illustration. c’est aussi le privilège de l’image de la fin de Lacan. Bacon disait que le bon art évitait la narration. et ensuite vous ramène goutte à goutte. Ils étaient les galeries qu’inventaient des titres pour pouvoir classifier les œuvres. puisque ça empêchait au spectateur de construire une histoire autour du tableau. pour Bacon l’idéal c’était un tableau sans nom. Au-delà du narcissisme : 169 . un aveu d’impuissance ». et au même temps. le symbolique devient ridicule. On pourrait dire non nécessaire. le signe en raccourci à la place de la phrase. C’est à la fois un retour au premier imaginaire de Lacan. c’est une représentation sans le stade du miroir. arriver avec les images à ce que font les sténographes avec les mots. la forme et le corps n’ont plus besoin du symbolique pour fonctionner. et pas une peinture qui racontait une histoire dans un long discours : « Je ne veux rien dire avec la peinture. il n’y a pas de lieu pour le symbolique. au corps morcelé. D’ailleurs ses tableaux n’avaient jamais de titres. que quand on arrive à traverser l’imaginaire vers le réel.

un au-delà du beau. ou des portraits de ses 170 . le signifiant. à la terre.-A. C’est un autre au-delà. c’est le mot que Lacan utilise pour mettre l’accent sur l’au-delà du narcissisme. parlait d’un au-delà de l’image qu’implique un rapport du corps à « l’enforme ». en tant que c’est le nœud. la passion du sens. qu’il n’aimait pas peindre les portrait en face des ses models. la consistance. disons. Lacan donne une définition du corps dans son séminaire « Le non-dupes errent ». Il ne faisait que des autoportraits. mais qui est désormais lâché dans son élément liquide. Cette tentative pour que la figuration atteigne le réel de la manière plus poignante. Eric Laurent dans une intervention fait l’année dernière dans le séminaire de J. du narcissisme. Ça rompre avec ce qui structure la névrose. et que c’est la consistance qui fait tenir ce corps qui peut se défaire. ce qui élimine le registre du beau. pour qu’elle dévoile « le mystère de la chose humaine ». sans qu’une atteinte profonde soit portée à l’image ». et pas le sens. et ce corps on ne sait pas trop ce que c’est. où il dit que « le nœud borroméen est la structure du corps que nous préférons oublier ». Miller. ça inclut que le corps n’est plus assigné à sa référence au solide. écarter les voiles et les écrans. implique déformer la chose et l’écarter de l’apparence. se dévider. comme Bacon disait. et il utilisait plutôt des photographies. c'est pour cette blessure au narcissisme qu’il provoquait. Bacon disait « Personne est capable d’enregistrer quoique ce soit. « Je ne veux pas opérer devant eux l’atteinte que je leur inflige dans mon œuvre ». qui supporte le corps. à l’enveloppe. et que cela vous touche comme un réel. si ce n’est « qu’il se jouit ». en tant que cela fait que l’image comme voile se sépare de la vie. de la bonne forme.

de ses amis ou des gens qu’il aimait beaucoup. mais que c’était la seule forme de montrer ce qui est derrière les apparences. et même s’il n’aimait pas les blesser avec ses tableaux. il considérait que ce n’était pas du tout une offense. (voire images 30 à 36).amants. c’est un au-delà du narcissisme qu’implique la transgression en tant qu’atteint l’image de l’autre. Cette transgression implique des conséquences par rapport à la structure psychique de Bacon. que nous essayerons de développer par la suite. L’idée de produire des corps dévoilés et en conséquence déformés. et dépasse la limite de l’espace propre du semblable. 171 .

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» Francis Bacon 174 .QUELQUES REPERES CLINIQUES SUR FRANCIS BACON « Ma vie entière passe dans mon œuvre.

ce n’est pas ce que Lacan appelle « le rebroussement du chemin de la transgression chez le sujet névrotique. Le Monde. ce qu’on trouve dans cette jouissance et dans l’atteint à l’image de l’autre. je fais de la peinture pour espérer m’exciter ». elle répond à mon espèce de désespoir joyeux ». p. parce que c’est l’image sur laquelle il s’est formé comme moi. 03 novembre 1971 249 Lacan. p.Une hypothèse diagnostique : Bacon disait : « ma peinture répond à mon genre de psyché.249 le sujet névrotique recule à attenter l’image de l’autre. 247 Entretien avec Henri-François Debailleux. Idem. 230 250 Lacan.247 « J’essai de me donner de l’excitation et aussi de faire une œuvre aussi résistante et puissante que possible. Libération. 27 septembre 1987 248 Entretien avec Jacques Michel. Idem. « Je peins parce que ça m’excite. ça m’excite de faire quelque chose qui va me frapper moi-même. Je fais de la peinture pour moi-même. Jacques. par l’identification à l’autre ». sur la similitude que nous avons à notre moi et à tout ce qui nous situe dans le registre imaginaire »250. 230 175 . Jacques. « Nous sommes en effet solidaires de tout ce qui repose sur l’image de l’autre en tant que notre semblable. Faire rentrer le réel profond des êtres dans l’image est une chose très excitant pour moi »248 Nous trouvons là une espèce de jouissance généralisée et massive.

nous avons l’impression d’être en face d’un imaginaire où les limites de l’image spéculaire n’opèrent pas.251 Ainsi. c’est une tentative de franchir la limite. Jacques. La jouissance et le non-rapport : 251 Lacan. Tout au contraire. orientée vers la jouissance. Idem. et nous trouvons plutôt un fonctionnement qui trouve des échos dans ce que Lacan dit à propos de la perversion et de Sade. c’est la fonction de cette jouissance pour lui. dont les éléments que nous avons pour le justifier restent faibles. 232 176 . ce que nous pouvons saisir du fonctionnement du sujet Francis Bacon. et que c’est l’insistance de cette jouissance massive et délocalisée qui l’as soutenu pendant tout son existence. Mais plus que la possibilité d’un diagnostique structural. et faute d’un discours direct proprement de la part de Bacon. p. Sa peinture et ce qu’il en dit nous fait supposer que cela l’a fait jouir. ce n’est pas l’espace dont nous avons affaire face à ce semblable de nous même dont nous faisons notre reflet. à savoir : « Ce que Sade nous enseigne. Ce que nous montre Bacon c’est une technique que permet l’accès à l’espace de l’autre. et de découvrir les lois de l’espace du prochain comme tel ».

252 Ce paradigme. Paris. le Nom-du-Père. Jacques-Alain. n° 43. à savoir. la conjonction ou l’articulation. issu du Séminaire Encore de Lacan. Bacon ouvre comme perspective une autre espèce de relation différente de celle de la structure. En effet. appelé « le non-rapport ». dans son texte Les six paradigmes de la jouissance. la peinture de Francis Bacon nous semble suivre la même perspective que ce paradigme. l’articulation chez Lacan. sur la disjonction – du signifiant et du signifié. 25 177 . s’il y a quelque chose qui caractérise l’œuvre de Bacon en général. P. 253 Idem. Toutes ses toiles témoignent d’une recherche de 252 Miller. exposé par Jacques-Alain Miller. « Les six paradigmes de la jouissance ». Publié dans La Cause freudienne. sous la forme « Il n’y a pas de rapport sexuel ». la disjonction de l’homme et de la femme sous la forme Il n’y a pas de rapport sexuel »253 Dans le même sens. la disjonction de la jouissance et de l’Autre. sur les disjonctions. le phallus et le langage même. c’est autre espèce de relation c’est le non-rapport. l’Autre. c’est la présence extrême de la sexualité dans ces tableaux. le rapport. Miller nous dit : « Ce paradigme est fondé essentiellement sur le non- rapport. Il met en question tous les termes qui assuraient la conjonction. Nous essayerons d’aborder la jouissance dont il s’agit à partir du sixième paradigme de la jouissance chez Lacan. est fondé justement sur le non-rapport. orienté principalement sur la sexualité dans le cas de Bacon.

etc. peints à partir d’une photographie de lutteurs . 178 . les portraits de ses amants occupent une grande partie de son œuvre. c’est le réel du rapport sexuel qui n’existe pas. et d’ailleurs était connu entre ses proches par les tremblements et les discordes passionnelles que produisait souvent. s’il y a un réel auquel on est confronté quand on est en face de ses tableaux. Ainsi donc. Tout ça n’est pas sans rapport avec le sujet Francis Bacon même . il s’agit pour lui de sexualiser las vie humaine à travers l’imaginaire des corps. Ce réel envahit toute son œuvre. c’est une espèce de rhétorique sexuelle qui prend le pas sur le sens et sur les mots . des couples homosexuels en train de faire l’amour. et lui-même a dit une fois. en défaut de toute articulation ou conjonction possible de la sexualité chez les êtres humains. des corps féminins et masculins indistinctement peints. que dans les moments clés de sa carrière il y a eu toujours un homme de vitale importance à côté de lui.ce qui ne va pas dans la vie sexuelle des êtres humains : ses figures déformées dans des positions intimes . Bacon était homosexuel depuis qu’il était très jeune. C’est même cette sexualité qui le pousse souvent à créer et c’est sa source d’inspiration. dans ses entretiens avec David Sylvester. son œuvre n’est pas sans rapport avec.

nous pourrons dire après avec Lacan. dont nous pouvons prendre quelques points qui nous concernent : . Le concept de la parole est mis également en question. mais il y a une position de jouissance à dévoiler et à faire rentrer dans l’image. plus son activité créatrice se centre sur cet impossible à régler. 24 179 . c’est la solution qu’il trouve. car plus la sexualité est problématique pour lui. la jouissance n’existe que du corps. et Bacon a su saisir cela. C’est pour ce privilège de la jouissance que l’œuvre de Bacon nous semble aller dans le même sens que la clinique proposée pour Lacan dans son dernier enseignement. La jouissance prend la place du désir . il y a un autre versant dans l’œuvre de Bacon. Le concept du non-rapport met en question celui de la structure. il n’y a pas de rapport sexuel ni pour lui ni pour le reste des humains. p. car celle-ci existe. Autrement dit. Le corps prend la place de l’Autre . et plus il insiste à essayer de dévoiler ce « mystère de la chose humaine » comme il le nomme. Et aussi dans le même 254 Idem. et . alors que son point de départ était le fait du langage et le fait de la parole comme communication adressée à l’Autre »254. Comme nous dit Miller : « Dans Encore. dévoiler la jouissance. conçue alors non pas comme communication mais comme jouissance. Mais en plus du non-rapport. Lacan commence par le fait de la jouissance.

». Il n’y a pas de peinture que du corps. 26 180 . et il précise : « Il y a jouissance en tant que propriété d’un corps vivant. p. la jouissance de l’être parlant solitaire . la seule jouissance possible c’est la jouissance de l’Un. qui étaient alors traités comme une donnée primaire apparaissent comme secondaires et dérivés »255 Ce qui distingue donc ce paradigme c’est de prendre son départ du fait de la jouissance et non pas du fait du langage. si l’Autre n’existe pas dans l’ère contemporaine. Miller dit. toujours secondaire par rapport au signifiant. Il y a jouissance. « Ce point de départ – la jouissance – implique une disjonction entre la jouissance et l’Autre. Ce point 255 Idem. nous pouvons appliquer la même formule. et de ce corps la seule chose qu’on peut savoir et sa seule définition c’est qu’il se jouit. p. mais au contraire un Il y a. 25 256 Idem. S’il n’y a pas de rapport sexuel. Il n’y a pas de rapport sexuel mais il y a une jouissance. toujours par rapport au sixième paradigme. c’est à dire d’une définition qui rapporte la jouissance uniquement au corps vivant »256 De la même façon dans les tableaux de Bacon. il faut ce sixième paradigme pour que le langage et sa structure. Et comme Miller dit : « Le point de départ n’est pas le Il n’y a pas de rapport sexuel.sens : « Alors que la jouissance était dans son enseignement. à savoir.

toute jouissance matérielle est jouissance Une. Comme dit Miller. Le traitement donné par lui au corps. jouissance phallique. qu’elle se passe de l’Autre. et c’est la jouissance Une. elle ne se rapporte pas à l’Autre ». le corps prend la place qu’avait l’Autre pour Lacan auparavant. et jouissance sublimatoire. désormais la jouissance de l’Autre n’existe pas. jouissance du corps propre la seule possible. que toute jouissance effective. p. Dans tous les cas. jouissance de la parole. Il nous semble que l’œuvre de Bacon. correspond à la démonstration de Lacan. dans le séminaire Encore. 27 258 Idem.de départ qui privilégie la jouissance instaure le non-rapport entre jouissance et Autre »257 En effet. La jouissance Une. 27 181 . « C’est toujours le corps propre qui jouit par quelque moyen que ce soit ». « Cette jouissance Une –nous dit Miller. Lacan fait la démonstration que la jouissance est foncièrement Une. c’est à dire jouissance du corps propre. c’est à dire.258 257 Idem.se présente comme jouissance du corps propre. et lui-même nous donne un exemple de cette jouissance Une. comme nous dit Miller. celui-ci outil exclusive que lui permettait de dévoiler sa propre position de jouissance. c’est le corps propre qui est là en question. c’est une jouissance sans l’Autre. p.

et pas la peinture à le détourner de la vie sexuelle. à savoir. 28 182 . Et d’ailleurs. Néanmoins. 259 Idem. nous semble ne pas être le cas chez Bacon. nous semble ne pas être applicable au cas de Bacon. « C’est un comble. p. à savoir. et en conséquence y trouve une satisfaction. tel que Freud la conçoit. La sublimation. D’abord parce que Bacon amenait une vie sexuelle très active jusqu’à la fin de sa vie. lui aussi a exploité cette même conception dans son Séminaire VII. dit Miller. »259 C’était la proposition de Freud mais aussi la de Lacan. il y a un point qui nous semble concerner en particulier l’œuvre de Bacon. une version de la sublimation qui n’implique pas l’Autre. la version que Lacan donne de la sublimation dans ce paradigme. et lui-même considérait que sa vie sexuelle et émotionnelle avait tendance à le détourner de la peinture. cette conception de la sublimation impliquant l’Autre. En effet. la transformation de la pulsion sexuelle en une œuvre où chacun reconnaisse ses propres rêves et impulsions. la sublimation pour Lacan trouvait son achèvement dans la satisfaction de l’Autre. il a développé la connexion de la sublimation et de la reconnaissance par l’Autre. c’est précisément la reconnaissance par l’Autre. à cette époque là. parce que ce qui était essentiel dans ce que Freud a élaboré sur la sublimation.

Et deuxièmement. pourquoi a-t-il crée alors ? pourquoi a-t-il dédié plus de 60 ans de sa vie à la peinture ?. Nous pouvons nous demander. cela ne me préoccupe pas.S. Bacon n’avait pas la moindre intention de produire des objets appréciés et valorisés socialement. mais on a l’impression que ce n’est pas tout à fait un désir dont il s’agit. il faisait ce qu’il voulait en sachant que c’était une peinture complètement intemporelle. en dehors de la tradition de l’époque. offert à la jouissance de l’Autre. la sublimation comme supposé produire un objet socialement valorisé. Cela ne veut rien dire pour moi ». trouve plutôt l’absolu de l’insupportable de ce qui peut être montré à travers des images du corps. 183 . : « Eprouvez-vous un besoin positif de montrer vos tableaux aux gens ? Cela vous ferait-il quelque chose qu’on ne les voie jamais ? Bacon : « Cela ne me ferait rien. tout au contraire d’y trouver une satisfaction. Que mes choses soient vues ou soient ce qu’on appelle appréciés. à savoir. dans une des entretiens avec David Sylvester. nous semble aussi raté. parce que le spectateur. D’ailleurs la sublimation tel qu’elle est conçu par Lacan dans le Séminaire VII. et de ce qu’attendait le marché artistique. il déclare : D. Il peignait pour lui même et pas pour un Autre. ça m’est assez égal. il y a évidement une force qui le pousse. concernant la transgression des limites humaines.

260 Miller. Or. à la page 109 du Séminaire Encore. Les six paradigmes de la jouissance. P. mais qu’elle y trouve son véritable fondement. n° 43. nous fait supposer que le concept de sublimation. 261 Miller. Il s’agissait d’une pure jouissance. que personne ne songerait qu’il le fait pour l’honneur. que non seulement elle cohabite avec la jouissance solitaire. Dans ce même sens. Revue Uno por Uno. Le séminaire de la Section clinique de Barcelone. dit Miller. la jouissance est à tel point patente dans l’écriture même. Jacques-Alain. que la sublimation n’est plus en rapport avec l’Autre et avec le désir. c’est : Quand on le laisse tout seul. en rapport avec la satisfaction et le désir. mais comme étant l’issue propre de la parole de jouissance. Paris. La Cause Freudienne. Revista Mundial de Psicoanalisis. tel qu’il a été développé par Freud. que le fondement même de la sublimation c’est la jouissance Une. de la parole solitaire ». sans idée de postériorité. 2/12/1996. n.son œuvre nous fait supposer que cela l’a fait jouir. 261 Nous trouvons là. la phrase de Lacan en question. et par Lacan dans un premier moment. Lacan nous donne une version de la sublimation comme n’impliquant pas l’Autre. pour l’argent. 1997. le corps parlant sublime tout le temps à tour de bras. 28 184 .260 De la même façon la présence si puissante de la jouissance dans les toiles de Bacon. que « Chez Joyce. pouvoir ou fortune pour lui. ne convient pas tout à fait à l’œuvre dont il s’agit. c’est à dire. 45. les femmes ou simplement les autres ». « Dans Encore. Jacques-Alain Miller dit par rapport à Joyce. Jacques-Alain.

Séminaire 2001 – 2002 : « Le désenchantement de la psychanalyse ». L’opposition désir-jouissance tient à se dissoudre. Ainsi. La jouissance est éprouvée comme sinthome par le sujet qui parle »262. cours du 13/05/2002. Finalement. Le plaisir devient un régime de la jouissance. nous voudrions conclure avec deux commentaires qui nous aiderons à proposer une perspective clinique à partir de ce que l’œuvre de Bacon peut enseigner à la psychanalyse concernant la jouissance. le nom-du-père. que « Tandis qu’avant ce qui faisait point de capiton c’était le signifiant. sous cette perspective dernière de Lacan. 185 . dans l’ère actuelle ce qu’unifie le sujet c’est la jouissance. Jacques-Alain Miller dans son séminaire du 13/05/2002. parlait du changement du régime de la jouissance dans le dernier enseignement de Lacan. le corps et l’image dans l’ère actuelle. il nous semble possible considérer la pertinence du concept de sublimation chez Bacon. inédit. c’est une 262 Miller. Marie-Hélène Brousse dans le même sens. disait dans son cours du 14 mai 2002. Le signifiant devient un opérateur de jouissance. dont il disait : « La jouissance n’a plus de contrainte. Jacques-Alain. Perspective que sera notre point de partie et que nous essayerons d’approfondir dans des futures recherches.

Faute d’un signifiant unificateur. et une jouissance possible. Marie-Hélène. dont son insistance unifie l’être parlante. Ce qui fait sinthome. ainsi. c’est l’anomalie de la jouissance phallique qui s’oppose au rapport sexuel ». 2001-2002. qui nous semble plus adéquat pour nous approcher à une perspective clinique possible dans l’actualité.263 C’est cette possibilité de considérer la jouissance comme ce qui fait sinthome pour un être parlant dans l’ère contemporaine. et ceci nous amene à proposer l’insistance de cette jouissance comme l’élément unificateur chez Bacon. généralisé. massive. c’est ce que Bacon nous démontre avec son art. différente de la jouissance phallique. et lui permet la possibilité d’une satisfaction différente. Séminaire « Retour sur l’imaginaire ». Cours du 14/05/2002 inédit.position de jouissance. 263 Brousse. c’est une jouissance autre délocalisé. 186 . il n’y a pas de rapport sexuel mais il y a un lien possible. la jouissance Une devient ce qui fait sinthome. Dans Bacon il s’agit d’une jouissance autre.

c’est de se rappeler avec Freud qu’en sa matière. Conclusion Suivant la déclaration de Lacan à propos de Marguerite Duras. l’artiste toujours le précède et qu’il n’a donc pas à faire le psychologue là où l’artiste lui fraie la voie » . à savoir: « La seule avantage qu’un psychanalyste ait le droit de prendre de sa position. lui fût-elle donc reconnu comme tel. nous pouvons considérer qu’à la place d’appliquer la 187 .

et le statut du corps et de l’image dans la clinique analytique actuel. on devrait plutôt appliquer l’art à la psychanalyse. en sachant que. il nous semble que l’art de Bacon est un exemple de la manière dont l’être parlant se réfère au corps dans l’actualité. nous avons choisi la théorie sur le corps et sur l’image. d’un des peintres plus importants de l’art contemporain. nous semblent être les suivants : Equivalence des trois dimensions : 188 . et nous nous avons demandé : Qu’est-ce que Francis Bacon pouvait nous apprendre sur la condition du corps dans l’actualité ? . Dans ce sens là. Autrement dit. l’élaboration de Lacan sur le sinthome à la fin de son enseignement. et d’un autre coté. ce que nous a permis de faire une comparaison entre d’un coté. Quel était l’enseignement sur le corps que la peinture pouvait proposer à la psychanalyse ? . puisque l’artiste précède l’analyste. ce dont il s’agit pour Bacon concernant l’image et le corps. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’en effet l’art de Bacon nous semble aller dans le même sens que ce que Lacan propose comme clinique dans son dernier enseignement. Ces point de convergence entre l’art et la psychanalyse.psychanalyse à l’artiste et à l’art. son art doit faire avancer la théorie analytique.

mais à l’équivalence des trois dimensions. L’Autre qui n’existe pas : L’équivalence des trois registres a une certaine relation avec l’Autre qui n’existe pas. c’est que cela va devenir beaucoup plus difficile pour l’artiste. il ne s’agit plus de la suprématie de l’ordre symbolique qu’ordonne et commande le réel et l’imaginaire. qu’il est un être dénué de sens. c’est une espèce de processus de destruction du sens. puisqu’il lui faut vraiment approfondir le jeu pour aboutir à quoique ce soit de bon… ». ce qu’il est maintenant c’est absolument un jeu. L’art de Bacon se présente comme une réformulations de l’imaginaire qui ne répond pas à la suprématie du symbolique. De la même façon que pour Lacan à la fin de son enseignement. qui prend la place. le signifiant maître et l’Autre tombent. surtout dans ses portraits. Comme Bacon disait : « Tout l’art est maintenant devenu tout à fait un jeu avec lequel l’homme se distrait. 189 . et avec eux toute possibilité de sens et de représentation. maintenant il s’agit d’un voisinage où les trois registres sont strictement équivalents. Ce n’est plus une relation hiérarchique entre les trois registres. et c’est l’accident. le jeu. Et aussi : « Je pense que l’homme réalise maintenant qu’il est un accident. et qu’il lui faut sans raison jouer le jeu jusqu’au bout ». le hasard. Les idéaux. Et ce qui maintenant est fascinant. Le travail de Bacon laisse voir cet inexistence de l’Autre d’une façon très claire.

mais aussi beaucoup plus au-delà. Les tableaux de Francis Bacon sont des tableaux de la jouissance et pas du désir. d’un désir comme désir de l’Autre. vers les accidents de l’inconscient et non pas vers une recherche du sens. Dans la clinique analytique on trouve aussi un corrélat de cette destruction du sens. que doit être précisément sans sens. Désormais. donne comme résultat un travail artistique. sa transformation dans quelque chose de réel. visent la jouissance. a des conséquences dans l’art et dans la psychanalyse. La clinique analytique actuelle c’est une clinique de la jouissance. y trouvent son fondement. la chute de l’Autre. La jouissance de l’Un. dans ce cas là. La jouissance : La transformation du signifiant maître. prend la place qu’avait le désir auparavant dans l’enseignement de Lacan. comme disait Bacon. le sens c’est la limite de l’interprétation analytique. en effet. et en tant que l’Autre n’existe pas. hors sens. Le symptôme : Nous considérons que la modification des trois registres et cet Autre qui tombe dans l’actualité. du corps propre. autant le travail de Bacon que la clinique analytique. comme effet de jouissance. L’interprétation analytique se dirige précisément vers l’accident. 190 .

dit-il. en parlant de l’homme moderne. celui de notre culture ?. ce qui n’est pas sans conséquences pour la théorie et la clinique analytique. page 273 191 . l’art de Bacon rend compte d’une position et d’une solution que trouve un être parlant. Lacan d’ailleurs en 1960. Lacan pronostique ce qui sera l’ère moderne. le désir cède vite ». car le désir naturel est impuissante à aller plus loin dans cette direction. « sur ce chemin.. et dans ce sens là son travail peut nous apprendre la façon comme les êtres parlant se réfèrent au corps dans l’actualité. vers le mystère du désir. Probablement c’est aussi une modification fondamentale dans la civilisation . le départ. les derniers images d’un si long film. dans la recherche propre du désir pervers ». Séminaire VII. déclare que c’est très juste que celui-ci « cherche l’amorce. il dit : « cette formidable élucubration d’horreurs. Ainsi. Comment vais-je faire. un sentier vers la connaissance de soi-même. devant laquelle fléchissent non seulement le sens et les possibilités 264 Lacan. la trace.264 Toujours en parlant du désir pervers et dans le même sens. mais un symptôme d’une époque . Jacques. nous considérons que plus qu’une œuvre résultante d’une structure psychique particulier. L’œuvre de Francis Bacon répond à la question qui peut se poser tout artiste. Pour cette raison on pourrait faire l’hypothèse que le travail de Bacon soit considéré comme un symptôme. dans son séminaire « L’éthique… ». ce corps dénoué de sens n’est pas sans rapport avec le traitement donné au corps pour le discours de la science. particulièrement sensible à sa culture. non pas un symptôme du sujet Francis Bacon.

les volontés ployées.267 265 Lacan. Là où il y a des déchets. Idem p. la cloaca maxima. Cette tâche sera la résorption d’un insondable déchet rendu ici à sa dimension constante et dernière pour l’homme ». n’est strictement rien auprès de ce qui se verra effectivement à l’échelle collective si éclate le grand. les échelons. comme il l’appelle en 1975. dans ce sens Lacan dira aussi : « Le tas d’ordures – voilà une des faces qu’il conviendrait de ne pas méconnaître de la dimension humaine ». c’est que dans la motivation de celle-ci ne sera entré aucun motif de plaisir.humaines. 192 . Scilicet 6/7 . c’est le déchet. Jacques. Paris. les roues. Ce ne sont pas des pervers qui la déclencheront mais de bureaucrates. 273 266 Idem. abolies. le réel déchaînement qui nous menace.265 Cette mis en valeur du déchet comme caractéristique de la dimension humaine moderne. c’est un autre point en commun avec l’art. Ce sera déclenché sur ordre. pour une tache qui perd ici son sens. La civilisation. dans ce même texte. il y a de l’homme. courbées. 2/12/75. La seule différence qu’il y a entre les exorbitantes descriptions de Sade et une telle catastrophe. Conférence à Massachusetts Institute of Technology. mais l’imagination. p. et vice- versa. Jacques. comme l’évidence plus claire de ce qu’il appelle l’hominisation du monde. et cela se perpétrera selon les règles. 274 267 Lacan.266 C’est d’ailleurs les déchets qui Lacan prendra.

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