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La reliure entre art et technique

« Beaucoup de bibliophiles aiment les livres dans des reliures médiocres… Cartonnage d’éditeur toile bleue
gaufrée, à décor de plaque dorée
J’aime les livres dont la reliure coûte très cher. Les belles choses ne sont belles et polychrome
Jean-Pierre Claris de Florian, Frédéric
pour moi, qu’à la condition d’être bien habillées. » Bouchot, Le Lapin et la Sarcelle, 1846
Edmond de Goncourt, Journal des Goncourt, Mémoires de la vie littéraire, 2e volume, tome 5, 1891. BnF, Réserve des livres rares,
res p-z-2607

« La reliure du livre est un grillage doré qui retient prisonniers des cacatoès
aux mille couleurs, des bateaux dont les voiles sont des timbres-poste,
des sultanes qui ont des paradis sur la tête pour montrer qu’elles sont riches. »
Max Jacob, « Le Bibliophile » in Le Cornet à dés, 1917.

« J’éprouve de la reconnaissance pour les relieurs… Dans ma bibliothèque, la série
des textes grecs s’en va en morceaux, les pages retenues par des élastiques.
Seuls subsistent tout fiers ceux qui avaient été reliés résistant à tout mon labeur.
Quiconque aime les livres aime les voir ainsi bien habillés, comme parés pour
entrer dans la durée. J’éprouve aussi du respect pour les relieurs »… « je ne pouvais
qu’admirer ce beau travail d’artisan où se reconnaissait le goût de la perfection… »
Jacqueline de Romilly, in Le geste et la parole des métiers d’art,
sous la direction de Renaud Dutreil et Erik Orsenna, 2004.

Rédaction :
Anne-Sophie-Lambert

Reliure de Rose Adler (1959) sur Passionné d’Edith Boissonas,
illustré d’une lithographie par Georges Braque (PAB, 1958)
Jeu de matières et de couleurs, grande importance aux titres
BnF, Réserve des livres rares
© Adagp, Paris 2013

les rendre lisses. La reliure : des techniques minutieuses. Il existe de ec-7 (h) -pet fol nombreuses variantes d’une même technique. naît de la technique et de l’art du relieur. quitte à être parfois aujourd’hui de la commande.Qu’est-ce que la reliure ? C’est avec l’apparition du codex. ses évolutions techniques. BnF. le plus chasse : parties des plats excédant les dimensions l’anatomie du livre souvent brodés. au Ier siècle. Les techniques Le cousoir : il est utilisé mises en œuvre pour la confection des reliures pour coudre les cahiers. signet . En effet. Vocabulaire du relieur :   tranchefile : chacun des deux bourrelets. de tête (tranche supérieure). La reliure reste une réponse à des contraintes. et en premier lieu celle La reliure est aussi un art à contempler. plat dos [de devant] pièce de titre tranche : chacune des trois faces nerf non cousues du volume. de formes et surtout de prix . si belles lorsque le dos de nos livres présentent souvent liés au renom des relieurs. à la pose de plats rigides ou flexibles. tranche de tête). queue : partie inférieure du volume et de queue (tranche inférieure). ses originalités de matériaux ou de décors. tranche de queue). inférieure (tranchefile de queue). Étape nécessaire à la réunion des cahiers écrits et donc à leur lecture. garde de blanche gouttière garde de couleur coiffe : matière de coin recouvrement repliée en tête et tête : partie supérieure du volume en queue du dos d’une reliure. Le codex est en effet un livre constitué d’un ensemble de feuilles pliées formant des cahiers. Œuvre de Jobst Amman mêmes gestes techniques minutieux et suivent Der Buchbinder [le relieur]. moment indispensable pour la conservation de ces textes. Le commanditaire devenu libraire emparer et de les ouvrir et envisage encore moins de les lire ». une cohérence esthétique. et d’un matériau de couvrure des plats. qui ne sont © Alain Goustard/BnF pas solidaires du corps d’ouvrage. supérieure (tranchefile de tête) et à la partie permettant de protéger les tranches des cahiers. dû en particulier aux temps BnF. Estampes et photographie. le relieur doit répondre à ses rares d’une enveloppe si précieuse que le lecteur appréhende de s’en demandes à partir de cahiers écrits. (tête du dos. (queue du dos. dans nos bibliothèques. placés au dos d’un livre à la partie des feuillets en tête. à voir son histoire. On distingue la tranche de gouttière (opposée entre nerf au dos). La reliure emploie un vocabulaire Le fût à rogner : sert à rogner spécifique qui peut la faire apparaître les tranches du livre pour aux novices comme un art complexe. la reliure donne alors identité propre à ses collections. ce qui le différencie du volumen ou livre en rouleau. site François Mitterrand couture des cahiers. un vocabulaire spécifique Les relieurs reproduisent depuis des siècles les Recueil. sont des indices de datation ou de provenance d’un livre. Ce n’est qu’au xviie siècle que le terme de reliure prend le sens de ou éditeur a aussi à cœur de donner envie d’acheter et de donner une « manière dont un livre est relié » : dans ce sens. ses multiples ressorts L’objet-livre. qu’il soit ordinaire ou précieux. en queue et en gouttière. le commanditaire indique au relieur ses désirs dans sa propre contradiction en protégeant « les exemplaires les plus de matériaux. Elle s’oppose au brochage. et ses styles. de séchage et de mise en presse. qui n’offre pas la même solidité dans le temps. que la reliure naît et crée l’objet-livre que nous connaissons encore aujourd’hui. la reliure est un élément fondamental du livre. et que nous conservons artistiques. qui se caractérise par une couverture directement collée ou cousue au dos du livre. xvie siècle un processus lent. autant que de relieurs qui recherchent des solutions originales en fonction de leur habileté et de leur ingéniosité. La reliure peut se résumer techniquement à la Salle de lecture. qui sont ensuite reliés. défi supplémentaire pour le relieur.

au dos. des arts et des métiers. élagage intérieur des plats. cuirs. maintenus dans une presse. de coins ou de bandes. 1771 BnF. éventuellement on monte un faux dos* et parfois des faux nerfs*. fixée d’une part au dos des cahiers par le fil Pour la couture sur ficelles. Planche Relieur. peaux… La finissure Bercer : redonner une forme plane. contrecollage et ébarbage des gardes. et surtout les coiffes. il est évidemment indispensable entre les différentes extrémités des marges de vérifier le placement des cahiers dans le bon ordre. Ebarber : égaliser ou plutôt réduire les écarts Il faut préparer le montage. reserve ma-29-pet fol La couvrure Faux dos : bande de carte collée au dos La couvrure est le moment du contrecollage de la matière de recouvrement du livre. Il faut alors parfois ébarber* les cahiers à l’aide d’une cisaille biseautée ou simplement râper les extrémités dans un fût à rogner. berçage* des feuillets collés par la dorure éventuelle des tranches. la matière de recouvrement est taillée aux bonnes dimensions . et la demi-reliure ou demi-peau (seul le dos. Cette étape est importante en début et à la fin du volume des cahiers. polissage du cuir… Une dernière mise en presse termine alors le travail du relieur. toiles contrecollées sur un papier fin (pour éviter que la colle passe à travers la toile et la tache). BnF © David Paul Carr/BnF Le corps d’ouvrage Mors : charnière entre le dos et les plats. sur rubans ou sur nerfs. Dans le cas des coutures sur rubans ou sur nerfs. en particulier placer les gardes* . Il existe deux types principaux de reliure déterminés par la couvrure : de carton ou ficelles) du faux dos formant la reliure pleine ou pleine peau (une pièce d’un seul tenant sert de couvrure aux plats et au dos) des saillies en relief. pour protéger le premier et le dernier feuillet. tout en ayant une fonction ornementale et esthétique. Estampes et photographie. le signet (sous la tranchefile de tête) . les plats sont poncés. Les tranchefiles permettent de consolider l’assemblage des cahiers. il faut la parer (l’amincir). des cahiers en gouttière et en queue. de peau ou cordelette sur ficelles. Elle peut durer parfois plusieurs jours. latex ou vinyles. Cette étape permet de créer l’endossure au marteau et donc le cintrage du dos et de former les mors*. sont recouverts de peau . car elle détermine la qualité finale de la reliure. rubans ou nerfs. souvent soumises à un rude traitement lorsqu’un livre est retiré d’une étagère de bibliothèque. des cahiers. Ensuite. On coud aussi parfois le signet* à la tranchefile de tête. on apprête le dos : on colle. Ce signet sera très utile à la lecture et à l’étude du livre. Et de des sciences. garniture des plats si nécessaire. Couture sur rubans Atelier de restauration. de la couverture de même dimension. il existe plusieurs techniques de couture : on peut réaliser une couture Nerf : lanière de cuir. Puis on pique le dos d’un cahier par l’intérieur avec une aiguille et un fil de lin ou de chanvre et on enroule ou contourne ce fil autour des ficelles. les plats sont habillés de papier ou de toile).Vocabulaire du relieur : ses étapes de travail  La plaçure Gardes : papiers ou autres matériaux placés Cette opération sert à préparer le corps d’ouvrage à la couture. On pratique un point de chaînette en tête et en queue pour passer au cahier suivant et reprendre la couture en sens inverse. parfois aussi les coins. . Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné Ensuite il faut préparer les plats. Les opérations entre la couture et la couvrure permettent de travailler sur le corps d’ouvrage cousu avant de lui donner sa parure. La couture Grecquer : entailler avec une scie le dos La couture est l’élément maître de la reliure qui permet d’unir les différents cahiers ou feuillets. on place les rubans ou nerfs* simplement Signet : ruban servant de marque-page. nouveau un passage en presse est nécessaire. les tranchefiles. le long du dos des cahiers. d’autre part aux plats de la reliure. qui entraîne un rognage des tranches. en particulier la facilité d’ouverture du livre. les ficelles tendues sur le cousoir (objet utilisé à partir du xie siècle) dans les sillons du dos. la finissure comprend toutes les manipulations nécessaires à la perfectibilité de l’objet-livre : pose des coins de renforcement. d’emboîtage du corps dans la couverture. En reliure artisanale. On effectue ensuite une première mise en presse en « battée » (en plusieurs parties). On termine parfois cette étape en brodant les tranchefiles en tête et en queue du dos. éventuellement quand on utilise de la peau. pendant l’apprêture des cartons. Les matériaux de couvrure peuvent être très variés : papiers. D’abord. il faut d’abord grecquer* le dos des cahiers. Etape finale de la reliure. rectification des gardes et des gouttières. on effectue le ponçage du dos . de confection de la coiffe et parfois de la pose Faux nerf : élément (languettes de cuir. On place ensuite de couture.

luxueuse. guerres peut se révéler un véritable trésor. Reliure courante Reliure soignée Bibliothèque nationale de France. plats en cartons. vers 1520. de cette production que naît au début du xxe siècle la reliure d’art. chacune de crises politique ou économique (Révolution française. BnF © David Paul Carr/BnF © David Paul Carr/BnF L’activité d’un atelier de reliure Reliure à décor A partir du xvi siècle. res-j-3246 Caractéristiques : Reliure à la grecque (à dos grecqué). » Caractéristiques : Reliure en parchemin pointillé doré . La beauté d’art pour quelques mécènes. figure sous forme abrégée en tête de la large bordure de rinceaux dorés dessinés sur un fond première page de garde : « Empt. Au cours des siècles. crise des années 30). dos long . la reliure soignée réalisée pour des bibliophiles avertis et la reliure à décor.La dorure Apprêter le cuir : appliquer sur le cuir de Il ne faut pas confondre la dorure et l’estampage à froid. Le doreur est aussi celui qui réalise le mosaïquage*. ciselées Caractéristiques : Reliure en parchemin de Catherine de Médicis . Mosaïquage : réunion de différents morceaux métal en feuille. L’incertitude sur le nom du responsable de l’atelier à cette date tient au fait que Gomar Estienne est toujours cité comme relieur du roi en juillet 1556 et que Claude Picques se déclare Bibliothèque nationale de France. couture sur 6 doubles nerfs absence de chasses (caractéristique des en gouttière (simples trous dans le de peau . res-v-215 Reliure exécutée à Paris vers 1556 par Gomar Estienne ou Claude Picques. en un mouvement de balancier. 4 s. rouge et olive. de filets. traces de deux tranches dorées . Cette hiérarchisation de la production est encore aujourd’hui mondiales. non identifié pour Catherine de Médicis dont en mosaïque de maroquins orange. aux armes de Henri II dorées . en période du relieur. au plat supérieur. des professionnels d’un livre ne se mesure pas uniquement au luxe de ses matériaux (éditeur. sur la zone apprêtée* du cuir. manière à obtenir un dos lisse propre à recevoir couture sur deux lanières de peau. permet de déposer tout type de matière (pas uniquement de l’or comme son nom l’indique). parfois aussi sur son auteur. et sert à l’ornementation des plats et du dos. des particuliers. réalisée à des fins commerciales ou pour des clients aux goûts modestes. Thle. réalisée pour un amateur fortuné. dos long . plats en cartons . de 4 lanières tressées sur le plat inférieur et de leur dos . pour Henri II roi de France (bibliothèque royale de Fontainebleau). aussi relieur du roi dès mars 1556. Reliure de luxe. . en 1527 les armes sont peintes au centre des plats. de reliures à la grecque) . La dorure permet de peau par sertissage. c’est la production de la reliure caractéristique des commandes faites aux ateliers de reliure : à décor qui est évidemment la plus touchée. la reliure soignée pour les particuliers bibliophiles et la reliure production la plus emblématique du métier aujourd’hui. La dorure Atelier de restauration. À l’aide de fers. traces de deux lacets de fermeture chasses très réduites . aux armes peintes du bloc armorial . blanche . titre manuscrit en long au extérieur d’un double filet doré . Réserve des livres rares. 1527. le doreur pousse (presse) la feuille d’or. tranchefiles doubles bicolores . encadrement et peintes . de palettes. traces souple imprimé . Reliure exécutée à Toulouse vers 1520 pour Reliure exécutée à Paris vers 1574 par un atelier sur ais (planchettes de bois utilisées pour les plats). Réserve des livres rares. res-f-828 Réserve des livres rares. encadrement d’une (4 sous). relieurs du roi. Une mention d’achat à Toulouse. un dédicateur ou un donateur. absence de tranchefiles . c’est au sein la reliure courante est souvent réalisée pour les administrations. titre doré au-dessus souple à rabats. on assiste à une hiérarchisation de la production de reliures : e la reliure courante. parchemin) . tranches dorées. le libraire-imprimeur Jean Faure. reliure d’art ou reliure ordinaire. lacets de fermeture en gouttière (trous) . de roulettes ou du composteur de titrage chauffés. L’estampage à froid utilise des fers recouvrement du blanc d’œuf mélangé à du tièdes pour ne pas laisser de traces noires sur la matière de couvrure. Bibliothèque nationale de France. de renseigner le lecteur sur le titre de l’ouvrage. libraire) ou des institutions (Réserve des livres rares de la de couverture ou de ses décors mais aussi à l’habileté technique Bibliothèque nationale de France…). un décor en continu. entrenerfs comblés avant couvrure. tranchefiles de peau attache de fixation sur les chants de l’ais supérieur . La dorure à chaud vinaigre ou un produit à base de gomme laque. Cependant. film de couleur… sur la matière de couverture des livres.

Les lourds ais de bois ne sont plus nécessaires et sont remplacés par le carton. Charlemagne dote l’abbaye de Saint-Denis d’une large forêt. certaines auraient eu recours à des relieurs itinérants. on voit ainsi apparaître les chasses. La couture se fait essentiellement sur nerfs. dessine un réseau de nœuds sur toute leur surface. Ces ais Cependant. mosaïqué de maroquin vert orné d’arabesques dorées. D’ailleurs. orange découpée à la forme exacte des armes. La grande innovation de la Renaissance est donc l’introduction de la dorure à la feuille pour les décors des reliures. devant les fidèles. Le Moyen Âge nous a laissé des livres dont la seule écriture manuscrite La reliure au Moyen Âge : une nécessité pour la transmission est déjà un luxe. sont parmi les plus beaux exercices de style des relieurs du Moyen Âge La caractéristique principale de la reliure médiévale est l’emploi et parmi les plus beaux livres de la Bibliothèque nationale de France. res-q-48 . Le relieur est au bout de la chaîne de production du livre. un permettant à ses moines d’obtenir les peaux et le bois nécessaires aux degré de beauté exceptionnelle. ils doivent susciter fascination. Tranches Il faut aussi noter l’importance du mécénat royal pendant la Renaissance (près de 900 dorées et ciselées. Le métier évolue. l’importance du contenu du livre. mais surtout leur poids permet une pression propre technique des relieurs du Moyen Âge. à encadrement qui créent alors un style français de reliure. Ce goût venu d’Italie remplace progressivement l’estampage Reliure à la grecque sur ais en maroquin rouge aux armes de Henri II dorées sur une pièce mosaïquée de maroquin à froid et confère au milieu du xvie siècle une réputation d’excellence des relieurs parisiens. nielle (incrustation d’un sulfure d’argent noir dans la gravure Calendrier astronomique pouvant de bois. il en est Les éléments annexes de la couvrure comme les boulons sont à la fois cependant un acteur essentiel. Les reliures confirment la nature et manuscrits afin d’éviter qu’ils ne soient perdus ou dispersés. En 774. Reliure en peau de porc à recouvrement sur ais Or. avec boulons et fermoirs de l’or) et pierres précieuses fixés sur des planchettes de bois se porter à la ceinture. admiration et éclat préconise dès l’an 800 de coudre ensemble et de couvrir les cahiers des à l’image de la parole de Dieu. à maintenir l’ouvrage parfaitement fermé. représentant 25 % du prix du livre. La ciselure. A la Renaissance. livres il ne semble pas que chaque abbaye ait eu un relieur à demeure. C’est au xve siècle que la reliure médiévale connaît son des textes âge d’or. xiiie-xive siècle BnF. Conrad Gesner. 200 entre 1550 et 1585) et leur reconnaissance s’affirme. comme peut le révéler l’inventaire de la librairie de Charles V. On retient cependant que les livres liturgiques ont. réalisée au moyen de fers reliures aux tranches dorées et ciselées sont réalisées pour le roi de France entre 1545 à motifs tressés d’inspiration italienne (formes droites ou et 1559) qui stimule la création des relieurs. la reliure s’allège. dans l’histoire de l’art. empêchant ainsi le parchemin des modes et de l’évolution des arts décoratifs. avec la diffusion de l’imprimerie. I-CXXIV Evangiles de la Sainte-Chapelle. Manuscrits occidentaux. influençant bientôt l’ensemble de l’Europe. In Johannis Evengelium Tractatus. d’ais (planchettes) de bois pour former les plats du livre. 1352 ? Saint Augustin. livres aux plaques d’or. et tout aussi révélatrice de l’art et la les bibliothèques. même si relieurs et bientôt aussi doreurs dépendent encore d’une confrérie qui les lie à l’Université et aux libraires . grâce au de gondoler. ces manuscrits moine relieur .Le relieur. latin 8851 nal 482 La Renaissance du métier de relieur La Renaissance est l’époque pendant laquelle la reliure manuelle prend son aspect technique traditionnel telle qu’elle est encore pratiquée aujourd’hui. principal conseiller de Charlemagne. Manuscrits occidentaux. À la fin du Moyen Âge. promenés en procession reliures des manuscrits. BnF. Cependant. les périodes les plus brillantes courbes). Désigné à l’origine par le terme ligator décoratifs et pratiques puisqu’ils permettent d’éviter les frottements du (le lieur). Alcuin. latin 1964 BnF. ils ne doivent pas cacher une production moins luxueuse. le « relieur » n’apparaît qu’au xive siècle dans la langue française cuir. vers 1554-1555 des commanditaires. Livres aux plaques d’ivoire. sont essentiels à la protection des livres alors rangés à plat dans mais parfois très originale. enlumineurs) sont menacés. Bibliotheca universalis et créatrices de la reliure sont toujours liées à l’importance du soutien financier Reliure réalisée par l’atelier de Gomar Estienne. l’objet-livre évolue avec l’usage de ranger les (le premier brevet d’exercice de reliure à Paris date de 1388). Réserve des livres rares. BnF. Paris. puisque déjà les libraires commandent des volumes reliés presque en série. au Moyen Âge. La reliure est cependant encore très coûteuse. et entre. puisque. Tous les éléments lourds disparaissent progressivement. Leur nombre grandit en proportion (entre 1490 et 1535 on compte 140 relieurs à Paris. cependant la fonction prestigieuse de relieur du roi est créée en 1539. un incrustés de pierres précieuses. livres debout : à partir du xive siècle. Alors que les autres métiers du livre médiéval (copistes. la tâche des relieurs s’accroît considérablement. le métier de relieur prend son essor. La rentabilité et la rapidité d’exécution de la reliure sont devenues des critères essentiels à la diffusion du livre. Manuscrits occidentaux. d’attaches particulièrement adapté aux grands volumes médiévaux. Devenu un objet d’usage courant (les formats des livres diminuent). mode relieur. artisan et artiste L’objet-livre a évolué au cours du temps en fonction de son utilisation.

même si. éventail d’ébène Mais cette période est évidemment marquée des arts décoratifs aux Beaux-Arts. La revue Alors qu’à la fin du xixe siècle sont créées la reliure d’art au xxe siècle. La clientèle des bibliophiles a de plus quasiment disparu BnF. d’autres artisans (joailliers. Même si le xviiie siècle favorise la création de reliure de luxe. Mais les livres reliure (l’École Estienne en 1889) et que ou réalisant des expositions. l’activité s’enrichit progressivement du savoir-faire l’exposition de la BnF « Jean de Gonet reprend dans les ateliers. le numérique peut-il faire disparaître (imitant les styles anciens). les relieurs. ce qui fait d’une grande bibliothèque. L’éventail des matières de couvrure créateurs venus d’horizons différents (Paul en veau irisé bronze. est introduite en France par Bradel. qui abaisse les coûts de la reliure. Georges Leroux était libraire). qui permet de donner à une bibliothèque un aspect esthétique cohérent à moindre frais. Paris 2013 un siècle de valorisation du travail des relieurs à la couture ou la plaçure. C’est aussi où jusque-là les femmes étaient cantonnées © Adagp. forte endossure). 8-bl-35283 (2) pendant cette période. Il existe aussi l’Art déco à l’abstraction ou à l’art cinétique la Bibliothèque historique de la Ville de Paris des reliures d’édition plus luxueuses. de l’incrustation vers la restauration par manque de clientèle industrielle augmente considérablement et naît d’émaux à l’utilisation de toutes sortes de bibliophile. aux armes du marquis de Paulmy Constant d’Onville. bois. plastique de nombreux Français amoureux des livres. La Bibliothèque ou celle de la Bibliothèque nationale de France parlantes en dialogue avec le texte. La production de la reliure possibles au xxe siècle. étant plus économique et plus rapide à réaliser. facilement identifiable les styles qui ont traversé le xxe siècle. ces artisans travaillent dans et paradoxalement innove. vol. se tournent souvent lors des Expositions. devenus dépeceurs des reliures armoriées. De même. L’ensemble est fragile et ne peut s’adapter aux grands et lourds volumes. Parallèlement et paradoxalement. la Bibliothèque ou plexiglas). et des couleurs s’élargit pendant le xixe siècle Bonet était initialement créateur de modèles gaufré . alors la reliure d’édition. comme sur lanières de veau noir gaufré « petits (comme la percaline. 1779 craindre la perte d’un savoir-faire déjà millénaire. qui lui donne son nom. de faire de la publicité. à partir de 1856). peau de raie. d’ivoire . même si on constate l’apparition du titrage sur le dos des livres. Monique Mathieu et Jean de Gonet. Réserve des livres rares. emboîtage). par exemple) relieur » au xixe siècle. même si ce règlement leur impose toujours d’installer leurs ateliers dans le quartier de l’Université à Paris. ce qui n’encourage pas la création. Pensée au départ comme une reliure d’attente. La naissance de la reliure d’art Affiche de Avec 120 relieurs à Paris en 1801. Reliure en maroquin rouge à décor à la dentelle Signature « Monnier fecit » (relieur Louis-François Lemonnier) dorée dans le décor en bas de ce plat supérieur Heures présentées à Madame la Dauphine. Ainsi. Cependant cette période marque une professionnalisation du métier de relieur. qui permet leur reconnaissance individuelle (ou plutôt celle de leur atelier) et aussi de promouvoir leur savoir-faire. la reliure manuelle est devenue un loisir pour créé les collections de livres aux noms évoquant ou peau de reptile. Louise-Denise Germain faisait de gaufré coiffée d’un anciennes (couture sur nerfs. patronnant en Art et métiers du livre témoigne encore de les premières écoles professionnelles de 1945 la SRO (Société de la reliure originale) l’intérêt pour cet écrin du livre. et l’introduction du papier marbré pour orner les contreplats. ou comme le recours à la demi-reliure (les plats sont recouverts d’une matière différente de celle recouvrant le dos). Ainsi la reliure exprime tous L’art des relieurs se laisse aussi admirer lors rose. de requin. se cantonner à des décors rétrospectifs Leroux. Arsenal. grâce à une large publicité qui leur est faite Toutes les fantaisies techniques sont alors une grande qualification. devenu nécessaire pour leur identification dans de riches bibliothèques. Cette technique.II. bordure de veau irisé bleu nuit et on retrouve le goût pour les techniques de chapeaux. nationale est au cœur de la promotion de consacrée en 2013 à Jean de Gonet. vers 1745-1746 BnF. il faut noter que l’essentiel de l’activité des ateliers de reliure est alors la production en série. comme celle d’artistes (livre-accordéon. nickel. qui matières (galuchat. qui se développent au xviiie siècle et se généralisent au xixe siècle. couture et l’apparition de matières moins luxueuses Quelques figures féminines majeures. la maroquinerie. moins coûteuse. mise au point en Allemagne. voire taillée. en septembre 1686. s’imposent alors dans ce milieu carrés ». pointée par la mécanisation des ateliers de reliure à de parfaits autodidactes (Jean de Gonet). de de magnifiques expositions comme celles de en librairie ou en bibliothèque. qui deviennent une communauté indépendante. la couleur de leur reliure (ainsi. Les cahiers sont cousus sur rubans qui ne sont plus passés mais collés dans les contreplats. Sa grande caractéristique est la séparation des plats et du dos par une gorge au lieu d’être joints au niveau du mors. comme l’utilisation de plaques ornementales taillée au format des plats dont une seule empreinte permet de réaliser le décor complet. un règlement encadre le métier des relieurs et doreurs. Mélanges tirés Surtout les techniques sont toujours plus simplifiées (généralisation de la demi-reliure. Détail de reliure : de petits ateliers et souffrent de revenus La profession s’ouvre aussi au xxe siècle à des plats semi-souples aléatoires. Reliure de maroquin rouge Bradel La période révolutionnaire ternit quelque peu l’image des relieurs. res p-b-44 La reliure en quête de rentabilité au xviiie siècle La grande innovation technique du xviiie siècle est celle dite de Pierre-Alexis Bradel.La reconnaissance progressive du métier de relieur au xviie siècle Le xviie siècle ne révolutionne pas les techniques de reliure. Cette technique se généralise pour les livres d’usage courant à partir de 1840. le métier Aujourd’hui. dont le métier nécessite cet art technique deux fois millénaire ? . cette technique devient populaire et prépare l’ère de l’industrialisation du livre. reliures (Henri Mercher) en reliure. toile de coton lustrée) Rose Adler. On recherche tous les moyens pour réaliser des reliures plus rapidement et pour alléger les coûts de fabrication. livre-tunnel…) certains bibliophiles aimeraient voir la reliure de 1978 consacrée aux trois relieurs Georges sont de moins en moins adaptés à la reliure. C’est surtout l’apparition des premières signatures des relieurs.