Le SOUFISME AFRO-MAGHREBIN AUX XIXè et XXè SIÈCLES

Cap-Tours S.A. (Rabat, 1995)

TABLE DE MATIERE

Introduction 7

........................................................................………………….....

III-

III-

Sources du Soufisme .……………...........................……………………………… 17 Naissance de l'ésotérisme : modes et secrets du jaillissement des goûts initiatiques …………………….. …..23

III- Transcendance et compendium des vertus ………………………………………..37 IV- L'initié et son comportement ..................................…………………... ………….49 V- Fidélité et esprit chevaleresque du musulman …………..... ……………………...61 VI- Vertu auditive : heureuse disposition à prêter une oreille attentive……………… 73 VIIDifférence ………………….83 de goûts comme signes distinctifs des rites soufis

VIII- Soufisme salafi ou clés du soufisme la Tijanya : voie abrahamo-mohammadienne .....……………………………… 103

INTRODUCTION
Le grand savant maghrébin, Sidi Larbi Ben sayah1[1] a pris, au début de ce siècle hégirien, l'heureuse initiative d'élaborer une oeuvre magistrale intitulée "Boghiat el Moustafid2[2], en guise de commentaire au poème mystique composé par le célèbre alem de Chinguit (Mauritanie)3[3]. Il s'agit d'un compendium, esquisse ou fresque vivante, claire et exhaustive, assise structurale de la pensée mystique. Nous allons essayer d'analyser les sept chapitres essentiels qui reflètent le souci constant du croyant en quête d'un comportement idéal, susceptible d'assurer à l'homme imbu de spiritualité, l'équilibre rationnellement humain entre la psyché et la matière. Sidi Larbi s'est ingénié, grâce à un esprit prospectif révélateur, d'introspecter les subconscients, d'élucider les secrets les plus intimes du for intérieur, de sonder la nature intrinsèque de l'Etre, dans sa double quintessence humaine et somato-psychique. Le dogme lui -même est disséqué, dans le but d'humaniser l'idéal et d'harmoniser le couronnement plénier, chez le croyant. Toute la documentation de notre célèbre auteur, procède d'une expérimentation sûre, à partir du terre-à-terre et de la faiblesse de l'homme, où réside le secret d'une surhumanité psycho-rationnelle, à toute épreuve. Un des buts recherchés par l'éthique soufie dont Sidi Larbi esquisse un grand schéma évocateur, est de mettre en corrélation les éléments voués à un tiraillement déchirant, dans toute âme, appelée à émerger, en redressant toute distorsion intruse. Le monde afro-asiatique et surtout africain est intéressé, en premier lieu, car son conformisme aberrant cède nécessairement la place, dans un dialogue constructif, aux options discursives dont la valeur doit se vérifier par son adaptabilité à la vie moderne bien entendue. L'élite afro-asiatique a atteint un stade de rayonnement intellectuel tel qu'il serait opportun de fructifier ses larges dispositions, pour un épanouissement spirituel. C'est dans le contexte d'une réédition du patrimoine de l'Islam, que nous pourrons mettre en exergue le rôle de la religion, dans la cristallisation de l'idéalisme transcendant, qui puise sa force et sa vitalité dans cette heureuse équation humaine : le rationnel et le spirituel. L'idée de l'antagonisme classique de l'esprit et de la matière, est, sinon battue en brèche, du moins fortement ébranlée, par suite des travaux scientifiques qui ont mis en évidence l'unité énergétique du cosmos et la corrélation profonde entre la physique et la biologie, d'une part et la psychologie d'autre part4[4]. C'est cette superstructure psychologique - que notre auteur cherche à consolider - qui est l'aboutissement de ce psychisme métamathématique et énergétique subtil, vers lequel s'oriente la science de demain, bien loin des facteurs - fiction. La raison d'être d'un tel élan est le légitime souci d'un libre discernement entre le faux et le vrai où doit être éliminé tout traditionisme irraisonné, en tant que mode éventuel de travestissement de la pensée, qui s'éloigne de l'équilibre, véritable potentiel intellectuel où la réalité transcendante s'identifie à la sagesse. Nous allons donc parcourir, avec notre éminent auteur, ces phases d'objectivisation de la personnalité du croyant, doublé, par définition, d'un initié mystique, dégagé de tout
1[1]
Mohammed Larbi ben Sayah, décédé en 1892 ap. J.C./11309 de l'hégire, est un des grands maîtres du Soufisme maghrébin, juriste, traditionaliste, homme de lettres et poète.

2[2]

La Boghia, a été publiée au Caire. en 1886 ap. J.C./1304 de l’hégire ; son titre global est "Boghiat el Moustafïd fï charhi mouniat el mourid " (but de celui qui cherche à tirer profit du commentaire du Désir de l'Initié). Cet ouvrage, maillon fondamental dons l'une des grandes chaînes de transmission initiatique, fut, tout le long de mes expériences, un véritable guide, un livre de chevet et un code d'orientation mystique

3[3]

Bnou baba Ahmed (décédé en 1844 ap. J.C./1260h).

4[4]

La Pensée Islamique et le Monde moderne. Abdelaziz Benabdellah, Presses de la Sonir, Casablanca, 1981

Brill. tous les accès. grâce à un Attribut dont il est la manifestation théophanique6[6]. par degrés. dont la vision est voilée. Trad. dont elle-même est formée et qui découle en nécessaire surabondance de l'Essence Divine. Mais. La révélation coranique demeure la structure de base chez les deux philosophes qui représentent respectivement la pensée philosophique et la conception soufie non altérée par l'intellect. "Le Dieu révélé .Imagination créatrice" chez lbn'Arabi. . d'El Hatimi.. quand il nous parle de la procession initiatique ou apostolique. Il rejoint les soufis les plus .qu'un simili-homme. Goichen.fatras extatique ou érémitique. l'initié voit s'ouvrir. c'est là la nature même de la connaissance mystique chez Ibn Sina. par J.orthodoxes". et. n'est . Française de A. trad.dirait le grand gnostique andalous . vers la grande ouverture. Sidi Larbi a eu le grand mérite de dépeindre. dans leur ascension vers Dieu. aisance et élégance. constitue un catalyseur essentiel où les canalisations confluentes n'infirment guère le principe d'unicité du système. éd. tandis que la pensée d'Ibn 'Arabi est de quintessence soufie. toujours plus haute. de sorte que la pensée avicennienne ne saurait se comprendre sans l'Islam8[8]. Leyde. La philosophie d'Avicenne est une philosophie d'influence musulmane où le donné coranique devient une base philosophique qui s'unit à certaines influences hellénistiques. profondeur. Le Prophète Mohammed ainsi que les autres Apôtres et Messagers de Dieu. Dieu nous a ordonné l'usage de tous moyens de nature à nous aider à réaliser nos vœux. Vrin . dans sa supra-structure. Par le même processus. une épuration. Avicenne s'ingénie à manier un langage strictement soufi. . 66. avec bonheur. à la portée du simple initié. en 5[5] 6[6] 7[7] 8[8] Corbin. une élévation de l'âme qui conduit le cœur jusqu'à la contemplation de l'Etre Absolu. Paris 195 1. une communication. devant lui. Livre des Directives et Remarques. Le style purement philosophique est banni et une heureuse exemplification se substitue. de la domination et des mondes plus élevés de la Toute Puissance Divine. sinon du simple croyant. Chacun de nos actes est "mobilisé". trouve une certaine complémentarité dans la dialectique apparemment contradictoire d'Ibn'Arabi.M. pour Avicenne. p. de cette lumière du flux émanateur. certes. allant à l'encontre de l'Islam salafi et sunnite. des sources d'inspiration secondaires. Forget. une béatitude s'épand sur l'âme et l'effusion sainte descend du Ciel Supérieur. Cette conception avicennienne de la transcendance de l'être vers Dieu. malgré la discordance de certaines terminologies. c'est-à-dire Ibn'Arabi. est.est un Dieu qui pense et qui œuvre. l'âme humaine raisonnable est apte à recevoir. pour projeter des lumières vivantes très évocatrices. quoique limité et miniaturé. des péripéties d'un long itinéraire qui était le propre exclusif des initiés et que notre éminent Cheikh cherche à vulgariser . La prière intérieure. L'homme. Cette prière conduit donc l'âme jusqu'au sein de l'intimité du monde. celle d'Avicenne ''n'aurait pu se saisir. ont atteint l'étape sublime. jusqu'en l'intime de l'âme raisonnable. qui supporte les attributs divins et est capable de relations.88 Boghia p. par cette connaissance et cette intellection et cette science.d'après Ibn 'Arabi . sans le mouvement initial de mystique naturel qui le traverse". Le système Avicennien et Hatimien7[7] est caractérisé. Ce sont des causes ou mobiles à propriétés déterminantes."5[5] La causalisation ou la simple orientation imprimée à l'être par l'actuation des Noms de Dieu. étant eux-mêmes le effets du Nom qui les actue. par une double dialectique de lumière et d'amour. en tant qu'éléments intrus d'un subjectivisme abérrant .

autant de problèmes ardus dont les solutions rie seraient que partielles. Quel est le rôle des Noms de Dieu ?. le sage et le saint ne sont guère dispensés des prescriptions imposées à tous-. Comment réaliser cette relation?. nous allons essayer. Comment peuvent-ils influer dans "l'idéalisation" des comportements cosmiques de l'homme. les actes cultuels consistent ou en mouvements comme les prières rituelles ou en privation de mouvements. l'harmonisation de ses rapports avec ses semblables. certaines expériences mystiques récentes. Cet exotérisme. en quoi les données de la ''Haqiqa (réalité) sont-elles complémentaires de celles de la -Charia" (loi coranique)? . Dans quelle mesure ces données coïncident-elles. il doit continuer à se soumettre aux obligations religieuses. toujours tributaire du Prophète quant au contenu et au détail de chaque acte cultuel. les lumières du divin. dans le miroir purifié de son âme. quand bien même son intellect en arrive à refléter. sinon avec la Grande Réalité. Gardet p. habitué à orienter son intellect. autant que possible. sinon éliminer. c'est-à-dire le processus de relation Dieu-créature?. d'extase et de dégrisement. les projections se précisent. L'observance minutieuse de la loi révélée et l'alignement sur ses concepts provoqueront indubitablement. certaines subjectivités d'ordre mystique et philosophique susceptibles de fausser les jugements. du positivisme rigoureux de la "Charia" et du rationalisme de la science moderne .précisant que seul le Prophète est apte à pénétrer et vivre l'harmonie secrète qui relie l'homme au Cosmos. et. est le jaillissement d'idées concises qui se reflètent sur le miroir poli de l'âme dégagée de toute flétrissure. La réalité étant une. Nous voudrions. laissant poindre les éclats ou lueurs des Noms de Dieu! Dans cette transcendance de lumière. d'autre part. Quelques éléments artificiels peuvent fausser ce processus transcendant. Comment. 195. étant donné le caractère strictement relatif des investigations humaines ?. de par leur psychisme incontrôlé ou leur métaphysisme sans mesure ?. Il restera. comme le jeûne. l'initié réalise nécessairement un certain degré de connaissance. faciliteront au croyant sincère la mise en relation avec le corps du ciel. concilier la métaphysique des Noms de Dieu avec ses implications cosmiques ?. cependant. par élimination des vices et concrétisation des vertus. cette harmonie que l'observance des actes religieux tend. Comment concevoir l'homogénéité psychologique du Monde et de l'homme?. limiter. "les reflets prennent forme et l'éclair devient étoile filante". Le chemin de l'initié est jalonné d'une gamme d'éclats psychiques de ravissement. de l'âme. dont la fruition spontanée et immédiate. l'illumination d'un cœur sur lequel viennent se projeter les clartés de la foi9[9]. du moins avec les réalités transcendantes relatives. autant de questions. que nous soumettrons au double contrôle. mais. la purification d'une part. étayées par quelques tests personnels. Pour ne pas sombrer dans l'abstrait. grâce auquel le voile finit par s'estomper. dans ce contexte. à actualiser. dans les sphères du sensible et du visible ?. dans leur actuation des mondes. sans cesse. L'initié. dûment appliqué. pour recevoir l'illumination des substances séparées. l'humanisation de l'échelle des valeurs. à s'élever jusqu'à la compréhension intime des fondements de la loi religieuse. C'est là. . L'observance des prescriptions positives de la loi religieuse. une sublimation et une luminescence intimes. le contexte cosmique des Noms divins. . Suivant un rythme alterné de lumière et d'obscurcissement . chez le croyant. l'alignement sur la révélation coranique et 9[9] Phylosophie religieuse d'Avicenne. la captation de l'influx des sphères célestes et l'intensification de la sympathie qui relie le microcosme. la pratique des actes cultuels. de passer en revue. en viendra. a pour effet certain. La science ésotérique est le fruit et le couronnement d'une stricte application des données exotériques de la Charia. dans sa double acception philosophique et mystique. comme un miroir transparent.

le gnostique. sur le plan d'un exotérisme pragmatique et éclectique. Mais.la tradition prophétique demeurent. soit par l'audition du secret. II) L'avènement d'une idée émanant d'une source supérieure vague et projetant une vive lumière sur les contours de certains secrets et prévisions. d'après Ibn 'Arabi . à une connaissance infuse. p. j'ose prétendre que cette zone est le centre d'une certaine coordination psychosomatique. 84. des procédés hypnotiques ou des pouvoirs extra-normaux du Yoga indien ou autre. de la lumière divine. à partir de recoupements d'ordre psychique non encore définis. III) L'inspiration peut. se traduit. créat. le perfectionnement de l'âme cristallisé par ces pouvoirs : mouvements giratoires rapides. et que la science n'a pu. en éliminant l'effet des organes sensoriels. notamment. explorer positivement. La "Boghia" et. jusqu' ici. en étroite liaison avec le subconscient microcosmique 11[11] 12[12] Et Boghia p. il dit : "la révélation pour l'Apôtre. en commentant cette thèse. alors. développé dans l'ambiance luminescente de son âme purifiée. Certains Mages ou sorciers parviennent. provoquant un divin "flot de lumières". alors. enfin. Or.le seul critère différenciant l'état qui doit en découler. ne saurait résister à l'apparition de la Grandeur de l'Essence. L'inspiration s'identifie. Avicenne n'écarte point. comment Sidi Larbi tend à expliciter ces données exotériques. soit par la transmission du "livre Sacré". à se détacher de leur ambiance. l'âme de son corps et recevoir des illuminations. sous forme d'inspiration qui décèle des "états de mystères". Le subconscient réagit. fixation par l’œil de "Chiva"10[10] d'un objet brillant ou noir ou tout autre procédé pouvant aider à dégager. quand il aura atteint le degré sublime de cette étape. Les autres sources de base de cette Nouvelle Ecole du XlXè siècle sont : 1) "Jawâhir el Maâni" (Perles des Idées) du Fassi Sidi Ali Berrada Harazim 10[10] L'oeil de Chiva qui est localisé dans la zone frontale du caput. dénué de toute inférence biologique. seul l'initié est apte à faire intervenir son ‘’goût intuitif". L'état prophétique11[11] appelle donc une théophanie qui contraste avec l'extase du mystique12[12]. effectuée par l'intermédiaire de l'Ange. à savoir le "cachet" ou l'ultime des stades. il existe d'autres sortes de révélations qui sont : I) Le fruit de contemplation des degrés et des propriétés des Noms et Attributs. Selon le célèbre El-Jilani Abdelkader. Voyons donc. habitué à la grâce et aux Attributs de Beauté. L'aptitude apostologique est d'une amplitude sans pair. les "Sept Requêtes" récapitulent donc les données du "Soufisme islamique appliqué". soit par le contact où l'ordre divin est "suggéré". soit par une insufflation directe qui peut émaner de l'Ange lui-même. s'identifier à une sorte de spéculation sur les nombres cosmiques et les inférences de l'Attribut ou les propriétés inhérentes aux Noms. avec toute la force de ses potentialités distraites par le sensible. sorte de flux dont l'amplitude est conditionnée par le degré hiérarchique du Messager de Dieu. que seul le "pôle parfait" peut être le réceptacle de la théophanie de la Réalité de la Magnificence. artificiellement. des étapes de la révélation. Le grand Maître Mystique Sidi Ahmed Et-Tijani spécifie. grâce à une pratique de concentration très poussée. sans intermédiaire. 89 Corbin Imagin. La psychologie moderne la considère comme centre neutre. dans l'évolution de l'initié. En parlant de la science infuse ou révélée (qui n'est que le reflet de l'attribut de l'Omniscience). En effet. .

2) "el Jâmi" (Le Compendium du Saharien Sidi Mohammed Bel Mechri) 3) (er-Rimâh) (les Lances) du prince soudanais, Omar el Fouti ou Founti (de Fouta-Djalon (mort en 1845 ap.J./1261 h). Ce sont là quelques célèbres disciples du grand Cheikh Sidi Ahmed Tijani (Décédé en 1814 ap. J.C./1230h), chef de la grande Confrérie, édifiée il y a moins de deux siècles. Se référant à G.Bonnet Maury, dans son ouvrage "L'Islamisme et le Christianisme en Afrique", le grand leader arabe Chakib Arsalâne affirme, dans son livre "Le Monde Musulman Contemporain" (T2 p.398)13[13] que l'Afrique aurait été entièrement islamisée, sans ce coup porté par la France à l'influence de la Confrérie Tijanie ... ;" le fait ajoute-t-il - est comparable à l'élan d'islamisation de l'Europe, arrêté, à Poitiers, par Charles Martel"14[14].

13[13] 14[14]

Hâdir el ‘Alam el Islami L’Islam dans l’Afrique Occidentale, par A. Lechâtelier p. 189.

CHAPITRE 1 SOURCES du SOUFISME
Le soufisme mohammadien est le compendium des traditions du messager d'Allah, irradié dans l'ambiance prophétique luminescente, dont l'effet initiateur se prolongea, selon le hadith, durant les trois premiers siècles de l'Hégire. Les compagnons du prophète, les suivants du 2ème siècle (Et-Tabiynes) et leurs successeurs, avaient, pour seuls stimulants et animateurs, les récits encore vivants dans les coeurs des adeptes; mais, passés ces premiers siècles, l'initié est propulsé dans la masse confuse des traditions où l'apocryphe, à l'authenticité douteuse, primait le véridique. Le cheikh Abdelkarim Ibn Hawazine, dit el-Kocheiry, ne manqua pas de révéler, dans sa Rissala, les secrets de cette mutation : les croyants, imbus d'un sens ésotérique, lors de ses sources prophétiques, se réfugiaient dans des liturgies plus ou moins authentiques, issues de la Sunna ou des comportements effectifs et affectifs du messager d'Allah ; d'où : pluralisme de "Wirds" et "Wadhifas". Cette phase où les rites soufis se multipliaient, dans un certain désarroi et confusion d'esprit, parfois excentriques, sinon hérétiques, se prolongea jusqu'au VIIIe. siècle de l'Hégire, émaillés de véritables soufis, dont Ibn Machich et son disciple Châdhili (tous deux du Nord du Maroc), promoteurs de l'Ecole soufie islamique, tant en Orient qu'en Occident15[15]. Les pionniers du soufisme surgirent, alors, à la suite d'une période de décantation, perturbée par des secousses cahotantes, essayant de promouvoir, dans un esprit critique, les tests réels d'un soufi agissant et adéquat. L'un de ces éminents précurseurs est AHMED BEN AHMED BEN MOHAMMED EL-BORNOSI ELFASI, connu, alors, sous le nom de Zarroûq, originaire de la tribu des Brânès, né en 1442 ap.J.C../846H, et mort à Mesrâta (Tripoli), en 1493 ap.J.C./899H. Grand jurisconsulte, soufi très vénéré dans toute l'Afrique - notamment au Grand Maghreb - il fut unanimement considéré comme le "prévôt" (mohtassib) et critique du Soufisme (mysticisme islamique). Ses oeuvres, dans toutes les branches des sciences canoniques, avaient enrichi le patrimoine de l'Islam, par leur diversité et leur profondeur. Plus d'une cinquantaine d'ouvrages dénotent, chez le Cheikh Zarroûq, grand précurseur et critique implacable des déviations soufies, une audace sans pair, dans la concrétisation du vrai visage du "Tassawwôf'', devant s'identifier au legs authentique et bien entendu de l'Islam. Cette symbiose entre les deux tendances a toujours créé une équation harmonieuse alliant deux antagonismes factices : le spirituel et le temporel. Le Soufisme salafi, c'est à dire issu des sources de l'Islam, n'est autre chose que l'Islam lui-même, dégagé du fatras confus e incohérent. Les bibliothèques marocaines, tant publiques que privées, conservent en manuscrits la plupart de ces oeuvres. Dans une auto-biographie16[16], Zarroûq a essayé d'esquisser comme son contemporain le grand historien Ibn Khaldoun - une fresque vivante sur les péripéties et vicissitudes de sa vie, donnant l'exemple le plus éclatant de certains aspects de la vie idéale du vrai Musulman, empreinte d'un humanisme universel agissant. Les oeuvres de Zarroûq tendent à clarifier la position de l'Islam, sur deux thèmes qui ont toujours été l'objet de tiraillements et de controverses : à savoir, d'une part, la nature des hérésies qui ne
15[15] 16[16]

se référer à notre ouvrage arabe sur le processus d'évolution de la pensée Soufie au Maghreb Manuscrit N° 471 (Bibliothèque Nationale de Rabat)

doivent pas s'identifier à une simple opinion non admise, et, d'autre part, la définition de la vie exemplaire que le bon Musulman doit mener et qui est, nécessairement, une image de contingences de l'heure, dans le large contexte des potentialités et des virtualités de l'Islam. Nous citons quelques spécimens de ces ouvrages : - Interprétations et commentaires des "Vérités et Affinités" de Mohammed Ben Ahmed Meqquari, cadi de Fès (mort en 1357 av. J.C./751 H,). - Avis et conseils adéquats sur l'hérésie (voir son ouvrage "Réplique aux hérétiques", Zeitouna 111, 49). - Les innovations hérétiques et la Sounna. - Potentiel de l'Initié (100 chapitres sur les hérésies des Fouqara soufis)17[17]. - Le droit musulman et le soufisme - Sciences des noms - Epîtres sur les jugements, sermons éthiques et subtilités du Tassawwôf (se référer au compendium des "Manafi'' de Zarroûq, à Dublin 4130)18[18]. - Syncrétisation de la Charia (législation islamique) et haqiqa (réalité ésotérique). - Epîtres sur les jugements, poème sur les défections de l'âme, commenté par El Kharroubi. - Particularités des Noms de Dieu19[19] B.G. de Rabat (D 952), Tétouan N° (826), Zeitouna (111, 158). - Aide de l'Initié dans le chemin de l'illumination et de la stabilisation morale20[20]. - Commentaires au nombre de trente six sur les "Hikam" d'Ibn 'Atâ allah21[21].

-

-

Commentaire sur (la Dogmatique Sacrée) d'Al Ghazali.

- l'Epiphanie22[22]. - Appel aux Fouqara (Bibl. de Berlin, N° 3345). Mais, grâce à l'esprit encyclopédique de Zarroûq, d'autres thèmes furent l'objet d'épîtres ou de traités dont nous donnons les exemples suivants :
17[17]

Manuscrits de la B.G de Rabat N° 1534/B.N. de Tétouan n' 519 et 874/Escurial 156 (se référer à un manuscrit "cadeau pour l'initié". Tétouan (452/871).

18[18]

Manuscrits de la B.G. de Rabat N° 145 /B.N. de Tétouan N° 520/avec interprétation par El Kharroubi 8 G de Rabat D 2201). Un autre manuscrit de la B.G. de Rabat (N° 206 en 59 pages) a pour thème la structuration des bases et des origines du soufisme (se référer à deux autres manuscrits à Alger (N° 916) et Zeïtouna en Tunisie (111, 172).
19[19]

voir son commentaire sur le poème "Noms de Dieu" par Mohammed Dimiati (B.G. Rabat D 506/D 1670/ Tétouan (826). Vatican (362-1254-1359)/ Alger B.G. Rabat ( D 1041 / D 1254 /Tétouan (452) B.G. Rabat D 2175 (145 pages) / Tétouan (278), Bibliothèque hassanienne de Rabat N° 2116. Bibliothèque du Vatican (N° 311 / 2532 / B.G. de Tunis (3571 M/4227 M).

(751). 20[20]
21[21] 22[22]

222/ el-Kettani.71/lbn elQâdi.7. • Dorrât el-Hijâl. p.III. .. 363/E Ibn Mariem. Rihla T. p. Salwat el-Anfâs T.Sur la thérapeutique expérimentée ( Zarroûq n'est pas sûrement l'auteur.p. lm. 1299/D. Publié au Caire (1332 H.Commentaire du Compendium Juridique de Khalil. Rabat d 2129/B.TII. Publiée au Caire.341/Chajarât en-noûr. p.293 (1915-1916). Tunis (M. T.Explication de l'Authentique d'Al-Boukhari. .Il.p. p. .42/el-Kettani.96/T. 1602/D. .N.I.4 vol. 1. 14. Mir'ât el-Mahâsin. J. Dawhat en-Nachir p. el-I'lâm. 183. les Branès in Archives Berbères. p. p. T.378/Ahmed Baba. 182/D.Jadhwat el-iqtibâs. p. 1885) ( à propos de l'Epître d'Ibn Abi Zeid le Kairouanais). 192. Idjâza.C.p. p.I. d'Alger 1322)/ Caire VII.I. P.. p.45/ es-Sakhawi Ed-daw' el-Lami' T. .267/ • • • Ez-Zarkli. de Rabat D.G. .. REFERENCES: • • Ibn'Askar. T. hassanienne de Rabat. AI-Bostân... ar.p./1913 ap.253.Fihrist.Conseil à l'initié idéal (B. Trenga.51/ Brockelmann. de Tanger III.87/ Chadharât ed-Dhahab.38/El 'Ayyachi. 156.G.I.64/ Mohammed el'Arbi el-Fâsi. Bibl.Epître sur l'Astronomie (Tétouan 485). Naïl el-ibtihâj. T. 15/ Zeitouna III. 1975.Traité sur le Droit musulman (B.p. Ben Abi Cheneb. Hassân. . 2259/D.607. Bibl.p. Fihris el Fahâris T. N° 10 12).I.l'art (bibl. litt. .

La science exotérique ou sciences des phénomènes et actes exclusivement externes. c'est-à-dire la situation dans laquelle le croyant se sent figé.comme dirait Ibn 'Arabi .. avec bonheur. pas encore. l'objet de cette étude préliminaire. C'est ce cheminement échelonné qui fait. comme base essentielle. il doit écarter toute dénégation gratuite. L'intégrité et la rectitude sont le substrat des caractères péremptoires dont l'infraction requiert la pire des damnations. englobe. cristallisée par des faits et des propos authentiquement attribués au Messager. comme prime de l'observance des préceptes révélés?". peser ses options. parfois. en science épiphanique. Dieu n'assure-t-il pas au pratiquant. d'autre part. comporte une double série de propriétés caractéristiques : l'exotérisme et l'ésotérisme. à l'effort soutenu en vue d'assurer une purification du cœur et une éducation de l'âme : C'est. de par sa nature. l'amour des éloges et la fierté prétentieuse. bientôt. c'est réaliser la sublimation des vertus tels le dévouement. dominer ses élans prématurés et demeurer en expectative. La science. la crainte pieuse et l'autosuffisance. y accéder d'emblée s'identifierait à un acquiescement qui n'est guère le propre d'un esprit qui se respecte et qui recherche le vrai. le surnaturel. c'est. Les concepts aussi bien cultuels que comportementiels tendent à définir l'origine du Fiqh (droit musulman). sous le poids de l'inertie des choses de ce monde. Les contours de tout comportement subséquent doivent être délimités avec un soin rigoureux. dès le premier pas. pour être judicieux. la linguistique etc. certes. la grammaire.une privation. et. avec des propos allusifs très ambigus et des subtilités qui tranchent démesurément du normal. la science de la Charia. L'analyse des étapes à parcourir est le conditionnement psychosomatique de tout progrès adéquat dans la "voie". dans l'échelle soufie. Apôtre de l'Islam. compte que tout préjugé hâtif serait . Les accès se libèrent. le complexe de supériorité. le nihilisme ne doit pas être l'aboutissement d'une attitude par trop négative. blâmés ou décommandés par le Chrâa tels la vaine gloire. L'initié doit donc se contrôler. Les branches instrumentales de la science exotérique sont au nombre de douze dont la syntaxe. L'initié est confronté. en quête de cette connaissance profondément subtile. le temps qu'il faudrait. se situent entre la résignation et l'acquiescement. d'après une tradition du Prophète -"le legs sûr d'une connaissance des inconnues. donc..CHAPITRE II: NAISSANCE DE L'ESOTERISME: MODES ET SECRETS DU JAILLISSEMENT DES GOUTS INITIATIQUES Ce chapitre est fondamental dans le processus d'ascension de l'initié. la gratitude. le stade d'ankylose superficielle. vers le summum de l'esprit même des idées et de la quintessence des sciences auxquelles aspire l'homme parfait . pour atteindre. . au début. dans ses dimensions islamiques. Au contraire. s'ingénier à rebuter tous les caractères ignobles. l'ascèse. il n'est. en mesure d'en sonder le pour et le contre. La première partie s'identifie. purement coranique et une deuxième traditionnelle. pourquoi. alors. la rhétorique. mettre en pratique les données éthiques de la science. Il se rendra. et que les degrés extrêmes. L'ésotérisme est une connaissance psycho-spirituelle qui se dédouble en science éthique basée sur les principes originels du béhaviorisme social d'une part. L'initié. l'estime de soi. doit procéder d'une connaissance approfondie. de s'abstenir de tout dénigrement systématique. car tout jugement. c'est le seul mode permettant de dépasser. l'endurance. la pureté de l'intention. comme fin extrême que le croyant se doit d'atteindre. se doit. en fait. entre les deux alternatives. axée sur une première source.

dans le cadre de la théologie scolastique. sorte de certitude positive ou luminescence dont les reflets éclairent le subconscient . grands jurisconsultes des rites canoniques. un véritable initié doit donc. La conscience. à priori et innée. code sublime des Messagers de Dieu. là. un sens caché insaisissable comme le prétendent certains hérétiques. dans sa double structure est. alors. Le grand Imam soufi. exotériquement parallèles à la théologie scolastique ou science dogmatique. sa suprastructure. conditionné par l'accès à ce stade ultime. Plus le saint réalise sa pleine sublimation. sur l'écran d'une psyché décrassée. c'est-à-dire cette pratique adéquate sans religiosité excentrique ni bigotisme aberrant -de la loi canonique. par des projections fulgurantes qui font ressortir. au préalable. assimilé. donc. faute de texte législatif coranique ou apostolique. L'ésotérisme n'est. pour dégager les secrets les plus intimes. la gnose. au même titre que les grandes autorités de la chariâ. Les contours dogmatiques se précisent. Grands jurisconsultes et interprètes de la loi musulmane Tabaqât de Chaarâni (préface) Tradition du Prophète . par insufflation divine des clartés de la foi. une des autorités de la chariâ Chaarâni. Le discursif. ainsi dépassé. Les deux voies se complètent. Seul le goût intuitif. à même de s'arroger le droit de légiférer dans les secrets de la "voie". grâce à une épuration du for intérieur. alors. les rideaux se lèvent. C'est le fruit d'une accommodation du croyant et de son adaptabilité agissante à l'éthique universelle. car. AI-Joneïd. Le cachet de la sainteté est.débouche indubitablement sur une seconde étape : l'ouverture épiphanique. dans ses Yawâqît (hyacinthes). d'intercepter les secrets des sciences et les merveilles de la connaissance. l'image d'idées condensées. avant de pouvoir légiférer ésotériquement. alors. se cristallisant en expérience initiatrice. il devient. réalise la vérité transcendante (AI-Haqiqa). ainsi. sur le plan ésotérique. connaissance ou sagesse de la divination mystique ou science innée des Noms et Attributs de Dieu. sans conformisme aveugle. aux imâms. guère. infirmant et stigmatisant les prétentions des dénégateurs. L'initié réalise. moins il se sent en dépendance. Aucune ne peut subsister sans l'autre. la chariâ est le seul lien commun avec Dieu26[26]. par conséquent. grâce à cette luminescence. le minimum d'un ésotérisme qui se définit par une connaissance représentative des vraies réalités. émane d'une autre connaissance présentielle. Le soufi n'est dans sa pure nature. en s'astreignant à la loi islamique. la raison finale et la fruition d'une pratique adéquate des commandements exotériques. certes. pour converger vers le réel. dans les sciences islamiques. un pouvoir de perception directe. esquisses d'une foi agissante. le processus d'évolution psycho-spirituelle constitue. C'est la différentiation essentielle avec les promoteurs des pseudo-règles de Sagesse. car. Cette lueur étincelante illumine les recoins de l'âme. Le croyant. pleinement immergé dans la présence englobante d'une appréhension d'évidence immédiate. n'a-t-il pas affirmé que la science mystique a pour unique fondement le Coran et la Sounna27[27]. en s'alignant strictement sur l'éthique sociale telle qu'elle est esquissée dans les sources authentiques. spéculative.Cette infrastructure cultuelle. s'illumine le cœur. est sidéré. Le Soufisme est la quintessence de la Chariâ. 23[23] 24[24] 25[25] 26[26] 27[27] Homme de loi. Tout effort de déduction ou d'induction juridiques est fonction de cette double connaissance de cause. est à même. c'est-à-dire qui s'impose sans réalisation de l'image par l'intellect. dans ses limites dûment reconnues. qu'un fqih23[23] pratiquant24[24] inspiré par la bonté divine et qui hérite d'un legs spontané. Il est. il puise directement ses connaissances dans les sources mêmes utilisées par les "mojtahidines"25[25] . L'ésotérisme. au niveau exotérique. où seul est pris en considération le consensus de la communauté musulmane. une connaissance secrète. chapitre 48. exceller.

qualifié de "Preuve de l'Islam" sentirent. atteignant. sorte de rétractation ou retour à Dieu. sans prendre la peine de vous montrer la meilleure voie à suivre. dans tout ce processus d'évolution. dans la connaissance sont le propre des "évolués" dont les esprits sont bien assis . avec déférence les propos d'Abi Souleimân. est le propre de l'initié qui accède à l'étape du repentir ferme. directement. les prodiges de la sagesse théosophale infuse".d'après Abou Bekr el-Wâssiti . Un stade sublime gracieusement inspiré par l'Omniscience dont la clarté rayonnante éclipse les ténèbres. Comment ose-t-il prétendre intégrer la Présence de Dieu . grâce -dit Ibn 'Arabi une effusion sacro-sainte d'où est exclus tout processus imaginatif aberrant. cette gnose demeure celle appelée "le fiqh Fi ed-dine" dont le degré le plus parfait réside dans la capacité initiatrice de revivification et d'orientation.Ibn Abd-es-Salâm. constamment. Néanmoins. Mais. dans le chemin de Dieu. les péchés. car. révélé au Prophète . 28[28] "Hadith qodsi" ou propos divin autre que le Coran. deux conditions impératives et péremptoires. Une mystique canonisée est seule concluante. que l'avènement du soufisme est fonction d'un conformisme inconditionnel aux sources de l'Islam et d'un attachement indélébile aux liens sacrés de la foi. une "mystification" superficielle est aussi aberrante. Le Fqih est le fondement de la "voie". dans ses Sages Adages : "Comment une conscience peut-elle s'illuminer. une large latitude d'évoluer dans les sphères de l'invisible.précise Chaarâni dans ses Yawâkit (Hyacinthes) .selon le hadith sacré28[28]. en ignorant la méthode appropriée pour guérir le malade. Une dialectique sophistique est creuse. Un ésotériste est un pédagogue doublé d'un psychiatre capable de diagnostiquer un mal ou malaise psychique et d'ordonner une médication adéquate. se contentent de vous annoncer les commandements du Chrâa. chez laquelle le caractère supra-rationnel des actuations s'identifie aux qualifications apostoliques. Ce sont là des connaissances d'évidence immédiate que Dieu inculque à Ses élus. explicites et unanimes. Cette constance et cette fermeté. doublés d'attrition sincère. Ibn Ataâ allah a dit. donc. ces évolués s'engagèrent résolument. Pour bien s'assurer les aspirations ascensionnelles. . Les textes des grands maîtres de la "Tariqa" (voie) sont. rapportés par son éminent disciple Ibn Abi Hawâri : "Si les âmes s'ingénient à rebuter. tel un médecin qui connaît son code thérapeutique par cœur. elles se voient accorder. si les images des Cosmos se reflètent sur son miroir" "Comment l'initié peut-il transcender vers Dieu. en l'occurrence. la piété demeure l'échelle d'actuation des valeurs et de la transcendance. La constance dans la conviction dogmatique et la certitude dans la foi sont l'apanage exclusif d'une connaissance foncière. dans le plénum des sciences conceptionnelles.est d'exceller dans la connaissance des moyens astucieux pour s'accommoder aux directives du Coran et de la Sounna. alors . C'est la fruition d'une crainte pieuse qui est le substratum de la foi. L'Imam Ahmed du rite hanbalite n'a-t-il pas accueilli. mais de l'élite pure.qu'il soit exalté!-. pour capter. pour dégager les idées thésaurisées et extraire les perles de la sagesse.dans le secret le plus intime des mystères divins. la vanité d'appliquer à la réalité un sens unique où l'initiation n'englobe guère la double connaissance exotérique et ésotérique. alors qu'il n'est pas dégagé des impuretés de ses indifférences ? Comment aspire-t-il percevoir et sonder les secrètes finesses. pour une luminescence du subconscient. La perception de la gnose ou science des vraies réalités. alors qu'il est enchaîné dans ses caprices et désirs ?. purement verbale. par la grâce divine. Il s'avère. "La caractéristique de l'ésotérisme . tandis que les hommes de science exotérique. s'il ne se repent guère de ses bénins péchés et négligences ?".Un autre hadith rapporté par Abou Horeïra parle de la "science divine secrète". en effet. avec amertume. il est. Sultan des Uléma et Ghazali. Il ne s'agit guère là .précise encore Ibn 'Arabi . C'est le caractère exclusif de toute connaissance innée qui ne passe aucunement par la voie des média-discursifs.de simples soufis.

c'est-àdire aux divers plans d'adaptation de l'être aux charges et devoirs canoniques. Les Elus de Dieu évoluent dans une stricte observance du Chrâa. mais d'un ésotériste. par un atout indispensable dans toute élaboration touchant le comportement et le culte. pourquoi. autrement dit. C'est. sans nier systématiquement ce qu'on n'a pu saisir30[30]. ses applications. se référer à "ed-Dhahab el Ibrîz" de Sidi Abdelaziz ed-Debbagh . certes.un double aspect : introspectif et externe. du Créateur dans la créature. Cette excellence de l'ésotérisme dans les options et les actuations cultuelles et comportementielles. C'est là le degré sublime de l'Unicité ou de l'Univocité où l'unité transcendantale de l'Etre n'exclut nullement l'existence contingente des êtres. ses motivations et ses modes déductifs. interprète inspiré de l'herméneutique spirituelle du Livre Sacré. réceptacle du secret coranique.affirme le Coran . la vision directe. dans ses sources. de la Sounna ou du Consensus général de la Oumma (communauté musulmane). une vision englobante du chraâ. Les propos excentriques émis par un débutant. souvent. vis-à-vis de son semblable. sauf au cas où il y aurait infraction flagrante du Coran. pour éviter les préjugés ou les jugements hâtifs. Certaines situations échappent quelquefois aux normes discursives d'une rationalité abusive. en tout cas. des préjugés-. c'est-à-dire le croyant fermement attaché à l'esprit de la loi et qui est. Connaître le Coran par cœur n'est pas absolument nécessaire. "Nous leur montrerons nos signes . le Grand pôle. Il est. se garder de stigmatiser. d'où un comportement révérenciel et compatissant de l'être (c'est-à-dire humain). ainsi que des convenances dues aux "Présences Divines". en perfectionnement continu dans cette voie . donc. C'est. cependant. à des expressions allusives et allégoriques. les moyens de bien pratiquer ce code. raisonnable de souscrire et d'acquiescer à tout ce qu'on a dûment admis. d'après notre Maître Sidi Ahmed Tijani. présentielle. Il est à noter. expliciter les versets et les débuts des sourates qui prêtent à 29[29] 30[30] Cristallisées par diverses espèces de connaissance : analytique. par forme ou objet. pour une exégèse ésotérique de la Révélation. Il y a un minimum de connaissance nécessaire et suffisant. pour accéder à l'ésotérisme. c'est-àdire . qui en est l'auteur. s'il l'avait voulu. d'évidence immédiate etc Nous y reviendrons. la vision du Réel dans le contingent. se double. Tout verset ou hadith présente . "l'initié".pleinement conscient de la nature de certains recoins intimes de la psyché. devant être concrétisé. A chaque plan ses exigences que seul l'ésotérisme décèle. Une certaine envie ou jalousie peut provoquer. c'est-à-dire des sciences divines29[29] sur le plan des manifestations épiphaniques.d'après l'école ésotérique . D'un exotériste. Dieu aurait pu. est un signe d'intrusion inopinée dans la voie. sans une connaissance intégrale et exhaustive de toutes les données et de tous les dires des "Moujtahidines". mieux il s'attache à la loi dont le Pôle est protecteur. extérieures ou intérieures. objet d'amour de l'Etre. les Soufis recourent. Nous sommes dans la rigoureuse obligation de les tenir comme tels et de ne se permettre un quelconque dénigrement qu'en connaissance de cause. en état d'extase.dans les horizons extérieurs et dans leur for intérieur". que l'approfondissement des sciences islamiques n'est pas une condition sine qua non. Il faut. vous apprenez le code. chez l'initié.réalise. après avoir connu leur langage caché et pesé le pour et le contre de leurs propos. Plus l'initié transcende dans la voie. d'une connaissance profonde et exclusive de la gnose des vraies réalités. perd toute représentativité. car aucune ligne de démarcation ne détache nettement le physique du métaphysique et un certain méta-psychisme tend à mieux orienter la pensée humaine. par captation épiphanique et inspiration divine gracieuse. aussi bien dans leurs attitudes permissives que restrictives. Le saint parfait. de l'Absolu dans le relatif. un attachement irréfléchi à une dialectique scolastique est de nature à rendre certains jugements plus rigides et moins coulants. parfois. Point n'est besoin de signaler que la finesse de certaines conceptions et l'ambiguïté de certains propos incitent à plus de pondération.

C'est pourquoi les Soufis ont senti le besoin d'élaborer des signes conventionnels qu'ils emploient. car une codification thérapeutique. quelque minime soit le nombre de ceux dont le miroir reflète l'épuration des consciences et la sublimation des essences. 31[31] 32[32] N'est-ce pas le cas de l'abeille. comme excentriques et ignorants. sans être nécessairement un prophète ou un Messager. Il s'agit. Quand Dieu inspire un instinct même.. au point d'oublier que Dieu est le Maître de toute l'humanité et que son Omniscience n'est l'objet d'aucune suspicion. par compassion pour l'intrus qui serait tenté d'en fausser le sens. Nous avons donné libre cours à notre plume. quoiqu'elle nuise à la vue des chauves-souris. en précisant que Dieu fait rayonner la clarté solaire de par le monde. que dans toute science. en esquissant de l'ésotérisme une fresque aussi rafraîchissante qu'agissante. sur le plan psychique.Il vous dotera d'une lumière (qui vous permettra de capter le sens intrinsèque des choses). Nullement dépaysé ni étonné de se retrouver dans une ambiance qu'il sent être proprement la sienne . la concentration de l'esprit et la ferme intention d'actualisation. ne sont pas à la portée du commun des gens. la conscience. sans l'aide d'un maître ou d'un frère chevronné. à priori. il devient infaillible31[31] . en dehors de toute marche syllogistique habituelle. dûment reconnu par la science ? Dissocié des autres facultés . des avantages d'une science qu'il s'ingénie à ignorer. dans sa célèbre épître. au préalable à toute élaboration dans ce domaine. On pourrait se demander s'il n'était pas plus opportun de se restreindre et de se refuser. l'esprit . ces visions captées par une imagination dégagée de toute flétrissure.a fait remarquer. Dieu l'accorde à qui Lui plait. la lecture des oeuvres soufies. Cette science (appelée hikma dans le Coran).diverses interprétations. ce qui n'est pas le cas dans le concert des Soufis où le nouvel initié n'a pas besoin d'être édifié. Certains "dénigreurs" ou "négateurs" ne voient souvent pas de bon oeil ces soufis qu'ils considèrent. pour être comprise par un nouvel intrus. l'intuition.. par compassion pour ceux qui ne sont pas habilités à saisir ces nuances. C'est. une terminologie conventionnelle doit être inculquée. car elle est d'évidence immédiate. à travers une conscience pure. pour relancer la créativité du cœur. de la part aussi bien des croyants que des mécréants. dont l'inspiration. en présence d'un tiers ou dans leurs oeuvres. des notions scientifiques que seul l'Elu est à même de saisir. car celui qui décèle le secret mérite la peine capitale. pour concevoir. Leur habitude de recueillir la science des voies de leurs maîtres ou des ouvrages. car il a intégré dans chaque terme ou caractère divin. ce qu'ils ignoraient. l'âme. autorité de la loi exotérique islamique. c'est-à-dire des inspirations divines. fruit d'une expérience mystique exprimée allusivement par des phénomènes épiphaniques initiaux. il se sent spontanément disposé et apte à saisir le sens des propos échangés. Ibn 'Arabi . en l'occurrence. Ils oublient ou omettent les versets coraniques où Dieu déclare avoir inculqué à Adam ou à Khadir. L'intellect 32[32] ou raison pure rebute ces visions que ni l'expression ni l'allégorie ne sauraient dépeindre.cité par Chaarâni . surtout sur le plan des fines allusions et des intimités de la trans-conscience. Le grand Arif Ali Wafa réplique. et ce. Il ne l'a pas fait. C'est un goût intime. le coeur etc. "Si vous craignez Dieu. constitue un impératif catégorique. elle s'obscurcit derrière tout voile d'expression". Le profit est sûr.AI Kocheiri a décommandé.dirait Ghazali qui qualifie cet ensemble de "divin subtil". la raison. de nier ce qu'il n'est pas à même de concevoir et de se priver. le Cheikh Ali Roudhbâri a bien dit: "Cette science qui est la nôtre est une pure allusion. certains gnostiques proclament même la prohibition d'une telle lecture pour les non-initiés et la transmission des propos soufis à ceux qui n'en ajoutent guère foi. parce qu'ils ne se réfèrent point à un Maître ou Alem.affirme encore le Coran . dans ce chapitre initial. ainsi. les a obnubilés. La spéculation discursive n'a aucune emprise sur cette connaissance infuse. .

les véritables représentants de la loi organique de l'Islam. en une heureuse symbiose entre la connaissance et l'adaptation au conditionnement de cette connaissance. Déjà. sont ceux qui réalisent. . tout est relatif.certes. Damné . Mais. sans limite. il s'agit des commandements de la Charia qui doivent se limiter aux impératifs immédiats et aux contingences de l'heure. c'est la gnose qui consiste à connaître Dieu dans sa grandeur et son propre être dans sa faiblesse. c'est-à-dire assurer une synthèse éso-éxotérique. L'utilité et le réconfort d'une telle connaissance se mesurent . Mais.est celui qui ne s'y met pas entièrement. D'autres définitions non moins intéressantes dépeignent les contours et les dimensions de l'ésotérisme. par le degré de proximité du croyant . cette douloureuse réalité ! que dirions-nous aujourd'hui ?. absorbés que nous sommes par les vicissitudes de l'heure. nous devons nous en astreindre au strict nécessaire. Ces reflets sont les signes de sublimation de l'idéal inspiré.pense Abou el-Hassan Chadhili . le faux demeure ankylosé dans la pénombre des recoins du cœur. car une gnose et un ésotérisme digne de ce nom ne sont plus de mise dans les temps que nous vivons. Pour l'Imam Mâlik.a invoqué Dieu contre toute science non profitable. alors que pour Ibn 'Abbad. elle est conditionnée par la force de projection luminescente dans la conscience. à laquelle une vie tout entière mérite d'être consacrée. Ibn 'Arabi classifie donc la science en deux catégories : une science dont on n'a besoin que dans la mesure de nos exigences temporelles. d'une science qui est le reflet éclatant de cette luminescence que Dieu fait rayonner dans le cœur du croyant.que Dieu le bénisse . Celà ne minimise en rien la portée de l'éxotérisme et ne dévalorise guère le mérite des Ulema. "une persistance dans l'étude d'autres sciences est inutile sinon nuisible".au degré de stabilisation d'un subconscient illuminé par les reflets du Vrai. est celle afférant à Dieu et à l'adaptation aux nécessités de l'au-delà. Pour Al-Joneïd. maître éminent du soufisme sunnite des premiers siècles de l'Islam. porteurs du flambeau de la Charia. par rapport à son Créateur et de son détachement de l'égoïsme : Cette dualité "tiraillante" constitue le summum du bonheur. chez Ibn 'Abbad.d'après le fameux traditionaliste mystique Mohamed Ibn al Tirmidhi . La potentialité de cette connaissance est définie. AI-Joneïd et Sahrawardi proclamaient. embrasé par une foi ardente. Une deuxième science. dans ce processus. depuis des siècles. Le Prophète Mohammed . la science profitable n'est pas fonction des nombres de recensions.

C'est cette Morale transcendante que Dieu a bien inculquée au Prophète et que celui-ci nous a transmise. à travers les éclats et les étapes dont il est le support et le substrat. III) Ethique du vrai. Toute déviation dans le cheminement initiatique est un biais impardonnable quel que imperceptible soit-il ! La moindre incartade et l'infime anicroche aboutissent à une rupture d'équilibre. II) Acte de serviabilité ou service religieux consistant en une célébration adéquate de l'office divin ou servilité révérentielle vis-à-vis du Souverain Suprême. à la fois exotérique et ésotérique. sinon une véritable déchirure. par une soumission irréversible et inconditionnelle aux sentences et directives divines. L'observance stricte de cette "politesse" éthique est un couronnement plénier de la transcendance. celle de la charia.CHAPITRE III: COMPENDIUM DES VERTUS ET TRANSCENDANCE Ce chapitre a pour objet l'analyse de la nature de l'Ethique chez le soufi et l'esquisse d'un compendium des vertus qui caractérisent le comportement idéal d'un initié et la transcendance. quel que soit le degré de l'émetteur. L'acquiescement au vrai est une qualité 33[33] Se référer à cette dualité dans le Hadith. Ce code de convenances morales s'élabore en quatre séquences: I) Celle axée sur la charia. c'est-à-dire à un transbordement. imprimée d'une telle vertu. Les grands maîtres de la gnose considèrent l'Ethique comme une assise foncière de la morale33[33]. Cette séquence est exclusivement divine. En effet. à chaque état ou stade son éthique. La législation divine. demeure constamment et valablement agissante. Ainsi. est digne d'une perfectibilité éthique. marquant les options les plus subtiles du mourîd. devant aboutir à la sublimation de l'acte cultuel et de l'actuation psycho-spirituelle de la trans-conscience. une vérité. qui consiste à s'adapter aux exigences de la Vérité. comporte à la fois le Droit dû à Dieu et les droits réservés à Sa créature. . sorte de mouvement transcendant vers Dieu. élabore une approche vers le Créateur. de règles et usages "policés" sont le propre d'un homme parfait : en être dépourvu constitue une des privations les plus irrémissibles. Seul un gnostique policé dans ses agissements extérieurs et introspectifs. en l'occurrence. en une double éducation. d'autant plus qu'elle constitue une sorte de "politesse comportementielle" préalable qui prime toute qualification moralisante et toute fluctuation agissante. c'est-à-dire un raffinement d'ordre supérieur marqué par la Providence et divinement inspiré.d'après l'auteur des "'Awârif". Ce raffinement consiste . Cet ensemble d'actes ou de gestes raffinés. tandis que la séquence antérieure. C'est l'aspect sublime dans la voie qui synthétise le processus transcendental de l'initié.

donc. comme le meilleur des biens à réaliser. Deux autres acceptions de ce hadith sont rapportées par Abou AI Abbas El Murci : d'une part. dans les malchances. à se dégager de toute prétention ou vanité et s'en remettre à Dieu. en lui faisant entièrement confiance. à savoir : si tu te connais toi-même. ou une sublime conscience de l'Etre. et tes propres qualifications devant marquer tes relations avec tes semblables. par le fameux exégète Ibn 'Abbas qui précise que toute délectation matérielle constitue un bienfait exotérique. dans son célèbre ouvrage "Qoût El Qoloûb" (Nutrition des cœurs) . optant constamment. une gnose. c'est apprécier. pour le croyant. sur le plan ésotérique. Cela se réalise par un autocontrôle permanent. dans la synthèse de toutes ces recensions. ainsi. Pour d'autres.de sa faiblesse. et en se reposant péremptoirement sur Lui. les attirés. . ceux qui ont parcouru les étapes mystiques normales et la seconde. sans effort personnel ni souffrance. c'est-à-dire une profonde conscience de soi qui fait transcender l'initié vers la connaissance de Dieu. tout ce qui vient de Dieu.. La tradition ne rapporte-t-elle pas que celui qui est conscient de soi est apte à connaître Dieu ? Etre conscient . source d'une connaissance d'ordre secondaire. c'est se réaliser. Les uns comme Ibn Atâa Illah y voient l'obligation de s'astreindre à ce qui est bon. La première version concerne les initiés normaux. recevant révérentiellement et de bon cœur.policée" fait ainsi l'objet. d'une multitude de définitions. la Suzeraineté et la Perception absolue. un effort soutenu de domination et de méditation et une contemplation révérentieuse des signes de Dieu. dans son cheminement vers Dieu. les maux eux-mêmes sont considérés comme des bienfaits. l'Omnipotence. La nature de toute "politesse" mystique réside. l'auteur des 'Awarif' précise bien que l'âme est la source de toutes les méconnaissances et les ignorances. C'est un adage attribué par EzZarkachi et Samâni à Yahia Ibn Mo'âdh-Er-Razi. Commentant cette sentence. plus explicite. initiatrices de bonheur. ou de son propre être. dans le cadre des Attributs Divins.essentielle chez le 'Arif. au contraire. tandis que les calamités s'abattant sur l'initié sont. en s'adaptant exotériquement à la Charia et ésotériquement à la Haqiqa (Réalité). Es-Souyouti corroboré par Nawawi dans ses Fatawi . à propos du verset coranique : "Il (Dieu) vous a dotés de Ses biens apparents et internes". rebutant. et. il s'agit de s'ingénier à policer ses agissements. grâce à un flot d'inspirations luminescentes. L'Ethique . IV) Ethique de la Réalité qui consiste. d'autre part. étant infimes par rapport à d'autres éventuels plus graves et constituant des primes anticipées.une troisième version. avec justesse. Se connaître soi-même. à la fois statiques et énergétiques.affirme En-Nawawi dans ses Fatawi . ni peine. selon ces diverses 34[34] dans ses Annotations sur le Commentaire explicatif du Traité dogmatique d Es-Sanoussi. autrement dit les aliénés élus par Dieu et qui transcendent spontanément. pour le mieux .qui est le code des Soufis . toute opposition et toute critique à ton encontre. L'éminent 'Arif Abdellah Ibn El-Moubârak définit cette éthique révérentielle comme la conscience des dimensions de la psyché. des touches divines. une auto-conscience. Le grand gnostique Abderrahmane Ben Mohammed AI-Fassi rapporte34[34] le point de vue avancé. l'optimum. tu seras amené à mieux connaître Dieu et ses Attributs et à observer le rigoureux devoir de bien agréer Son destin et de te comporter envers Lui de la même manière que tu désires voir les gens se comporter envers toi. du bonheur dans le malheur où réside le summum des accommodations éthiques. alors. Ces trois versions se complètent et convergent vers le but recherché. l'initié réalise. C'est dans cette vision du bien-être. Abou Tâlib el Mekki donne.fait remarquer que ce Hadith n'est pas authentique. Dans ses états. de son dénuement et de sa servilité. abstraction faite de l'âge ou des contingences sociales de l'agent de transmission.

Trois siècles après l'avènement de la Prophétie mohammadienne. d'autre part.spirituelle concrétisée par des actes surérogatoires et des actuations destinées à sublimer tout état comportementiel. tout cheminement transcendantal devait impliquer. invocation de Dieu. accomplis. d'une part à son Seigneur et. celui qui la corrompt est perdu" (Sourate du Chams (Soleil). à analyser ces données. tendant à assurer au Mourid une perfectibilité des rapports. de souffrance. Le fait que notre Tariqa est dégagée de tout engagement érémitique et isolement du monde. C'est par un traitement et une initiation appropriés que le feu jaillit du briquet et le palmier-dattier du noyau.sur les normes de la Charia et les préceptes de la Tradition prophétique. c'est-à-dire le Maître qui aide son disciple à formaliser les virtualités qui existent en puissance. spontanément une éthique "policée". D'où la nécessité d'un éducateur et d'un guide de conscience. grâce à laquelle une épuration psychique se double d'une "moralisation" discursive. d'endurance et de privation. Ce concept n'est guère infirmé par l'exégèse herméneutique aberrante du verset coranique qui dit : "Pas de changement dans la création de Dieu" ou par l'interprétation superficielle du Hadith affirmant que Dieu a imprimé une forme définitive à quatre des éléments primordiaux. Dieu n'a-t-il pas dit. de mortification et de purification. pour s'adapter à l'Ethique transcendantale. heureux celui qui la purifie ! Mais. sublime caution. seigneur et suzerain existentiel. par rapport au Mourid. alors. substrat de toute initiation. ni effort soutenu dans l'ascèse. pour s'aligner strictement . un surcroît de mortification de la chair et des passions. à travers un effort soutenu d'éducation. doit trier rigoureusement ses options. est une marque d'originalité. C'est pourquoi. surérogatoirement soutenue par Es-salât ala en-Nabi". tel le cheikh. Si on s'ingéniait. au fond. actuée par la grâce divine. La prédisposition au changement caractériel chez l'homme est une preuve de perfectibilité de sa nature.à deux versions que l'éminent auteur des (Jawahir elMaâni) (Perles des Idées) ramène à une seule : une symbiose juridico. en lui inspirant son libertinage et sa piété. au monde angélique et apostolique. conditionnée par une gamme de litanies dont le dhikr fonctionnel quotidien (= Wadhifa). et ce. Notre voie est effectivement esquissée et ordonnancée par son promoteur apostolique. Cette qualification gît virtuellement. tel l'Islam dans sa phase initiale où le catalyseur essentiel résidait dans la conformation ésotérique de l'âme et la structuration d'un sentiment plénier de gratitude envers le Pourvoyeur Suprême. L'initié est hautement inspiré par une insufflation luminescente de l'Omnipotent. d'où jaillit. en éludant toute tentation de ce genre. médiateur agréé de Dieu et unique initiateur. en parlant de l'âme : "Comme il l'a bien modelée. dans notre "voie". en pleine confiance dans la pure grâce divine. réceptacle du bien et du mal. sur une certaine liturgie de la Tariqa. pour le salut et la bénédiction du Prophète. I'éducation est axée. quelles qu'en soient les catégories et les espèces. Le profane croit bien faire. la récitation hebdomadaire du Nom d'Allah. l'éloignant de la Présence Englobante. . tel un nucleus générateur de vitalité formelle. chez l'homme. Cette finalité ne saurait se réaliser pleinement chez l'initié qui demeure assujetti à certaines mœurs vulgaires. sans mortification. source substantielle des êtres. en puissance. le liant.dans une condition. dont la structure matérielle et le caractère moral.approches . L'observance des cinq Prières demeure la condition sine qua non. est façonnée par une acculturation. ainsi qu'à tout le genre humain.d'après Ibn 'Arabi .comme l'exige le Cheikh Tijâni . adéquatement qualifié par la Sagesse Théosophale. d'une 'caractérisation" innée. l'éthique "policée" sublime se réduirait . dans un contexte de servilité révérencielle à la Souveraine Magnificence. verset 8). L'âme. en dehors de toute potentialité humaine. sans l'impulsion d'exigences conjoncturelles. mais l'initié. Ces actes cultuels doivent être. Toutes les vertus et convenances émanent.

loin de toutes motivations temporelles ou d'irrésolution. définissant les obstacles qui empêchent ou compromettent les réalisations de l'au-delà. le penchant du mourid vers les loisirs. rigoureusement aligné sur un béhaviorisme authentique. une procession préalable du cœur ou une démarche strictement corporelle. Point n'est besoin de signaler. C'est là un échelonnement transcendant des états d'âme. les ouvertures dégagées. les accès sont alors. La résultante se cristallise en une certitude positive suréminente. cite. Tout dépassement excessif des limites légales est décommandé par le Chrâa. suivie de retraite spirituelle. Les optimums de ce processus ne s'opposent nullement à certaines accommodations cultuelles appropriées tels l'isolement érémitique. véritable élan du cœur. Chaque système a ses inférences . Les fluctuations de la conscience constituent le ressort foncier de toute ouverture concrétisée par une ferme intention. grâce à une luminance projetée par l'élan naturel. de concentration liturgique. libérés. en fin de compte. les flashs épiphaniques de l'un sont impromptus se déclenchant au moment où on s'y attend le moins . dans son analyse des mobiles d'une certaine difficulté d'insoumission de l'initié à l'ordre divin et des quelques incartades impertinentes qui marquent ses agissements. croyant atteindre. la cure de silence et la retraite spirituelle. traduit par une indélicatesse alimentaire ou vestimentaire. concept péremptoire dans les enchaînements rationnels de notre Monde. pour l'ascèse excessive. Tout excès se traduit. à savoir une dépuration préalable à toute intimité introspective. Dans un autre mémoire. le Cheikh. Le cœur s'épanouit. entre autres mobiles.dirait Ibn 'Abbad . en adhérant. sous l'heureuse impulsion d'un flux théophanique et d'une effusion sacro-sainte. Si l'initié a la ferme conviction que toute connaissance mystique n'est que la fruition d'un déploiement régulier d'activités.de réserves restrictives. sans bigotisme ou resserrement outrancier. Toute défection ou défaillance constitue une épreuve d'empêchement. en brûlant les étapes et en se détachant de ce qui est vain et futile. par un dérèglement de l'intellect. c'est-à-dire d'un laisser-aller capricieux incontrôlé. spécifiquement. Cette excentricité dénote une méconnaissance flagrante de la Sounna et de la pratique universelle de la Oumma (communauté). une forte créativité et concentration du cœur. C'est l'atout approprié pour éliminer de la psyché tous fatras capricieux et lui imprimer une luminescence épuratoire. sans peine. les agréments et les plaisirs. spontané et sincère du croyant. dans leurs errements. de cure diététique. La tradition authentique corrobore toute pratique non susceptible d'enfreindre les impératifs catégoriques de la loi sociale islamique. sans trop . Cette ligne de démarcation s'esquisse par une disposition spontanée à obéir et à se soumettre. un déséquilibre psychique et des troubles somatiques. Maints initiés ont opté. Il s'agit.Deux options opposées qui impriment. le stade gnostique. Une pleine clarté 35[35] En réponse à une épître émanant d'un juriste de Zerhoun . d'assurer un équilibre adéquat des pulsations spirituelles. mouvements d'austérité abusive ou rigueur puritaine. car l'ordre divin ne souffre guère d'infirmation dans les relations de cause à effet. qui ne refuse guère une impulsion introspective contrôlée. il redoublera d'ardeur. dégagée de tous caprices fantastiques ou sautes d'humeur excentriques. sur tout mécanisme purement somatique. ces déviations sont I'aboutissement fatal d'une auto-négligence. Selon le Cheikh Tijani35[35]. Toute transmutation demeure l’œuvre exclusive de l'Omnipotent. Le Cheikh n'est qu'un directeur de conscience qui initie et oriente. l'excellence d'une adhésion psycho-spirituelle. respectivement. dans ce cas. C'est en s'adaptant à la tradition apostolique et en s'ingéniant à dématérialiser les actes volitifs. Le redressement d'un tort quelconque et l'équilibration d'une psychose nécessitent une actuation mortifiante immédiate. négligeant le facteur préjudiciel en l'occurrence. que l'initié épure les élans de sa trans-conscience.

S'armer de patience. La morale policée qui s'impose. sont incompatibles avec toute scorie ou crasse éventuelle. Les caprices. L'eau vive de la grâce divine inonde la trans-conscience. seul moyen d'une transcendance. c'est le stade du repentir ou du retour à Dieu. Le mourid doit s'adjoindre un Maître gnostique. l'initié est en vision interne de Dieu.affirme Anas Ibn Mâlik . y acquiescer servilement est la meilleure des options. "sois conscient que le Décret infrangible de Dieu à ton égard est bien la situation dans laquelle tu évolues. ''L'Islam -dit le Prophète . incrustée de contes dépeignant les merveilles des Soufis. Toute requête a un délai d'exécution. c'est-à-dire dans une persévérance qui se double d'espérance. D'autre part. à Son acte Volitif et n'aspire guère à un état auquel rien ne te destine". affecte la clarté scintillante de la souveraine lumière. Dans ce stade. une image virtuelle ne peut. rechercher le soutien moral des compagnons adéquats. L'espoir est. est le substrat des états et stades dans lequel évolue l'initié. Nulle exemption des exigences de la charia n'est concevable. se projeter sur l'écran d'une conscience impure. une marque de privation. résigne-toi. chaque étape dans la ''voie'' est commandée par un code particulier de la science des mœurs et de la morale. par une pratique judicieuse et un comportement cultuel bien adapté aux préceptes authentiques. rien ne saurait abréger une échéance. c'est-à-dire les divers plans de l'essence ou de la nature de l'être.solaire est fonction d'une dispersion totale des nuages. dans l'expectative. source subsistantielle immanente. Une indélicatesse dans le comportement est. pour le déclenchement d'une fruition introspective. La première. sorte de quatuor où l'initié tente de rebuter tout contact avec des indésirables. en optant pour la meilleure impression des états de conscience. Mais. Une lecture romancée. sublime connaissance de Dieu. en effet. nécessaire. donc. Ainsi donc. car fondée sur une Promesse Sublime où Dieu ne s'engage guère à la légère. Un trouble provoqué par des probabilités chancelantes s'éclipse fatalement par une cure de désengagement. un débordement du cœur actue la transcendance des degrés sublimes. Seul l'avènement de la grande ouverture élimine les perturbations de l'âme. un mode agissant de direction où l'initiateur est un pédagogue qui façonne. quel que soit le degré qu'il atteint. en l'occurrence. une étroite accommodation à l'Ethique est impliquée par les présences. gare aux perles de culture. pour accéder à une félicité totale. provoquent des troubles psychiques qui obnubilent et éloignent de la Présence Sacro-Sainte. pour un mourid. dans la hiérarchie initiatique. La rétractation qui en découle est une véritable infrastructure. Une incidence ténébreuse. par contre. donc. suscitée par une déviation ou une incartade quelconque. telle la présence du cœur. une pudeur infinie l'astreint à un auto-contrôle. les éclats d'une vive luminescence ne sauraient jaillir qu'au sein d'un cœur dégagé des velléités mondaines et des virtualités cosmiques. dans son invocation. La théorie s'extériorise. au sein d'un concert liturgique harmonieux et irréversible. par le flux lumineux de la gnose. c'est savoir garder sa quiétude et son sang-froid. Cette dialectique est le processus de vulgarisation le plus adéquat par lequel Notre cheikh synthétise la transcendance. est celle de l'Islam . Les plans de l'être ou présences. fuir les lieux de plaisir illicite et ressentir une vive amertume à la réminiscence de toute luxure antérieure. parmi les trois étapes. doté de créativité. un scaphandrier recherche les véritables perles dans les profondeurs. Un acte qui respecte les règles de la politesse . une haute maîtrise pèse lourdement sur ses actes. est. C'est là une orientation heureuse. On ne récolte que ce qu'on a semé. de puissance d'actualisation et de ferme volonté.est susceptible d'être agréé de Dieu. mais nullement suffisante. qui assaillent le for intérieur. alors.est cerné par les nobles vertus et les mœurs raffinées". . sans faille. certes. une attente de pied ferme.

lui assurant une probité irréprochable. s'acquitter. alors. dans la pensée et l'acte. le creuset ou réceptacle où se fondent et se confondent toutes les clartés de la Providence et de la proximité de Dieu. La piété est. d'un superflu. de tous les êtres. Quant à la dernière étape.La seconde étape est celle afférant à une réadaptation du croyant. fatalement.dont la grande Sagesse émane de ce processus qui demeure le fil conducteur. d'auto-imputation de défauts et vices. là aussi. dans une troisième étape. sur le double plan temporel et spirituel. dans le credo et le culte. en agissant. Mais. Le cœur devient. d'une manière assidue et régulière. alors. C'est une servilité faite d'abnégation de soi. à se purifier. mue par cette foi agissante ou cette certitude infuse qui est la marque indélébile de la sainteté. un rebut efficient de tous penchants imaginatifs fondés sur des chimères et enfin. accompagnant. alors. dans le cheminement de tout mourid. une sincérité objective s'allie à une véracité dégagée de toute défection : l'initié véridique tend. Il s'agit d'un intégrisme s'accommodant aux rigueurs apostoliques. Le flux gnostique. à se libérer de tout psychisme aberrant. de tous ses devoirs envers ses semblables dont il doit ménager les susceptibilités. ponctuellement. toute une gamme d'états psychiques doivent être strictement observés. les lueurs transcendantes. un leitmotiv ou motif conducteur. Dans ce contexte. une ferme résolution. dans cette sophia théophanique. l'initié s'assure : un minimum de pondération dans les élans du cœur. est de nature à infléchir. qui doit s'ingénier à se libérer. par acquit de conscience. même licite. ainsi. les inspirations divines. à une rupture d'équilibre. celle de la foi. dont le moindre est le soin méticuleux des intimités secrètes du subconscient. En se contrôlant minutieusement. Là. grâce à une crainte pieuse d'empiètement sur les droits sacrés des êtres. d'appréhension anxieuse. . une quiétude entière envahit la trans-conscience. dont il peut aisément se passer et de tout excès aboutissant. Une vigilance accrue . avec réserve et circonspection. elle se cristallise dans un dévouement total et un fidèle attachement à ses engagements vers Dieu. suscitant des invocations réitérées et un surcroît de fidélité.

Le verset fait. cet état mystique exécré et abhorré. l'éminent Messager atteint un stade de transcendance où la vue . Le cœur se doit d'éviter tout repentir ou regret de ce dont on s'est sciemment et sincèrement détourné. Sidna Mohammed . est hautement préférentiel. Le regard ne doit guère se porter. D'où. La psychologie du comportement apostolique. Dans sa sublime trans-conscience. éminemment adéquate aux exigences supérieures du Droit Divin. Un autre aspect de cette morale majestueuse. dans ce processus de transcendance. est des plus idéales. grâce à l'équilibre accompli de sa transconscience. en mettant l'accent sur une confortation divine qui immunise l'Elu contre toute indélicatesse humaine. dégagée de toute velléité de fluctuation. qui en découlent. par évocation révérencieuse. C'est le summum de l'Ethique transcendante du Prophète. dans son Livre Sacré. chez les Soufis. en se référant à l'exégète Sahl Ibn Abdillah. Le Prophète s'ingénie à se remémorer. AI-Hassan AI-Besri interprète ce verset coranique. de s'armer de dignité.d'après AI-Wâsiti . la puissance de sa volonté et son attachement à Dieu et à Dieu seul. s'inspirant. vis-à-vis de la Présence divine. Le lot qui échoit à l'initié apostolique.un des décrets de cette suprématie sans pair. ailleurs. avec adresse. C'est là fait remarquer l'auteur d'AI-Awârif . dans le concert de la grande . exclusivement. Les élans. L'auteur des ''Awârif'' en fait une minutieuse analyse. Cette sublimité de l'âme est un mouvement d'esquive de Dieu vers Dieu : subtile finalité d'une Ethique supérieure. les grâces et les touches divines de la Nuit de l'Ascension. Les prophètes.CHAPITRE IV L’INITIE ET SON COMPORTEMENT ENVERS DIEU Ce chapitre essaie d'analyser les attitudes et comportement du Mourid. les faveurs. dans l'interprétation du verset coranique qui dépeint la perception conceptionnelle du Prophète. dans une déviance ou détournement. pour l'amour de Dieu. Les qualifications éminentes. des approches sublimement inculquées. handicaps dirimants irrémissibles.d'éluder. vers laquelle le prophète transcende avec aisance. sublimes élus de Dieu. grâce à une modulation appropriée de l'acte cultuel. allusion à ce raffinement subtil qui est une marque de prééminence des principes de la conscience.ne saurait souffrir "ni déviation ni débordement".dans la créativité et la concentration de son cœur. de crainte révérentielle. car imprégné d'aise et d'allure de dilettante. impriment à l'âme une ferme constance. tout mobile de confusion et de malentendu. de la pureté des mœurs et de l'efficience socio-cultuelle des impératifs du bien.précise un autre verset coranique . à savoir la haute manière d'être et d'agir. cette immanence prophétique est actuée par le souci constant d'une observance. Introspective et fonctionnelle.se cristallise affirme al-Joneïd . chez le grand Initié apostolique. sont les êtres les plus hauts placés dans l'échelle des valeurs éthiques. tendant à lui assurer une parfaite adaptabilité à l'ordre divin . la nécessité de se raffiner. Dieu n'a-t-il pas couvert d'éloges. pour le soufi. chez l'initié par excellence. se contrebalancent : une propension transcendante vers Dieu. le Messager de Dieu ne se permet nulle transgression des convenances de la Présence. mue par une initiation gnostique agissante.que Dieu le bénisse . En l'occurrence. Le propre de cette grandeur suprême est . doublée d'un mouvement élusif qui tend à esquiver ou tourner le dos à tout ce qui éloigne de l'Etre Suprême. Ibn 'Arabi en tire. donc. Ce sont là des dons providentiels que l'intellect ne saurait ni imaginer ni valoriser. le caractère Magnanime de Son Messager Sidna Mohammed ? Cette magnificence dont Allah exalte les mérites Mohammadiens englobe l'ensemble des structures psychosomatiques.

la source unique et péremptoire de toute émanation ou inspiration. le Saint des Saints a pu. directement. mal. Tout un flux d'impondérables. être envahi par des visions et des combinaisons imaginatives.gnose. Les apôtres se réfèrent à Dieu comme l'Initiateur exclusif. suggestives. C'est le domaine du surnaturel ineffable ! Notre maître. chez tous les prophètes. ses continents furent alors présentés à mes yeux". le mal m'a éprouvé et tu es le plus Clément parmi les Cléments !". il ne doit guère sombrer dans une intellectualisation excentrique. par cet humble geste. il ne chercha guère à se disculper et se contenta de répondre : "si je l'avais bien dit.dit le Prophète Sidna Mohammed . attrait. Mais là. sans l'aide de Dieu. en s'abstenant d'invoquer. la clémence divine. déjà. lui et Marie sa Mère. Il ne saurait fléchir.que la bénédiction et le salut soient sur lui . en lui demandant s'il a vraiment osé dire aux gens de l'adorer. une obnubilation capricieuse et un emportement passionnel irréfléchi. dans le double contexte exotérique et ésotérique de la gnose.devant mon regard. auxquels il s'astreint servilement. des exigences fonctionnelles de l'Ordre Divin. dues à la Présence divine. dans ce sommaire contexte. les convenances "occurrentes". que nous venons d'évoquer. Sur le double plan exotérique et ésotérique. énergétisme ou chromatisme) sont confrontés. La sublime Ethique comportementielle du Prophète. Tu l'aurais su". le Messager de Dieu ne cesse d'observer. le bien et le mal. il s'est donc avéré. rebut. vainement. D'autres herméneutiques spirituelles synthétisent les dimensions infinies de ce Verset coranique qu'on essaierait. Abou Ali ed-Deqqaq. "Quand . à plein. avec bonheur et constance. sans faille. avec tout ce qu'ils comportent de phénomènes opposés (bien. des plus "policées" en l'occurrence.Le Seigneur. Ceux qui se sont le mieux accordés avec les comportements des Envoyés 36[36] Se référer A Jawahir El Maâni . ainsi. alors. à travers les évolutions imaginatives. à même de percevoir et de recevoir les subtils secrets et les actuations théophaniques du plan de l'Etre.précise-t-il . l'Ethique externe n'est. à travers l'émanence exclusive des intimités de la Présence divine. même d'un clin d’œil. Il est. et. Dieu rapporte dans le Coran que Job s'écria. en l'occurrence. résumer toutes ses variantes36[36]. privation. sa stricte observance des hautes convenances. précise que Job s'est montré conscient des convenances de la Présence. "La Terre a été déployée . esquissent une fresque suffisante à démontrer le raffinement plénier de l' ''ethos" spirituel prophétique. don. impeccablement imbu de l'Ethique des bienséances. commentant ce verset. Ces manifestations existentielles de la conscience se déploient. statisme. que le reflet d'une fine épuration interne. de qualifications indicibles. émane. volitives. de récapituler. Son esprit ne saurait. Une lucidité objective est seule susceptible d'imprimer à l'esprit une nette distinction entre le faux et le vrai. Dans tout ce processus. conjecturales et discursives". Ils ne s'arrogent nul pouvoir dans l'actuation des choses. ne sauraient être expressivement dépeintes ni foncièrement délimitées. aussi. il était. dans le contexte des Noms et Attributs de Dieu. avec fermeté. La réplique de Jésus fut. Ces séquences coraniques. dans les élans du Prophète. dans une syncrétisation très évocatrice. ayant parachevé ses volitions et s'étant acquitté. aussi. Il ne s'est guère attribué une vision directe.le Prophète . en ressentant une souffrance physique intense : "Ô Mon Dieu. déviance ou simple écart des perfectibilités de l'Heure. Les cycles de l'existence. d'un Esprit purifié dont la fine Ethique "policée" est une marque indélébile d'une parfaite et inimitable connaissance de Dieu. ni enfreindre le moindre des droits épiphaniques. digne d'une stricte accommodation aux subtiles exigences présentielles.avait intégré l'impénétrable Plénum proximal de stabilisation de la Suprême Présence. dans un cadre théophanique.

ainsi. la Miséricorde. les grands maîtres soufis tels Ibn Arabi et Cheikh Tijani ne manquent nullement de parler d'exemplification divine. Initiateur des Mondes. C'est là une indéniable marque d'hérésie. ramenant l'initié raffiné à transcender hiérarchiquement vers Dieu. Il évitait. Douée d'une délicate pudeur. sur l'ensemble des Attributs pouvant être pris comme sources d'inspiration. De ce processus transcendantal. Cet ouvrage est incrusté de concepts et préceptes. en s'inspirant servilement des Attributs de Dieu. Al-Quochaïri rapporte qu'Abou Ali ed-Deqqaq ne s'autorisait. chez les Sahaba (compagnons). à propos de la grande mystique. pour ne jamais les étendre. alors qu'il s'étendait les pieds dans le Mihrab38[38] : Ô ! Sariy. Autrement dit. le gnostique dont la trans-conscience se dépure constamment. par mégarde. Il ne s'agit que d'une simple infusion de touches divines. Il ne manqua pas de s'en apercevoir. qui dut avertir un collègue tombant. au sein de la Présence. de toute sa vie. tomba dans la grave méprise sur les éclats divins et lucifériens. Une autre anecdote est citée dans "AI-Awârif''. sont les heureux compagnons de Sidna Mohammed. Es-Sariy es-Saqati raconte avoir entendu une voix qui lui disait. Grâce à ce modelage adéquat. rappelant constamment les commandements de la Sounna. la Clémence et la grâce de Dieu. Une luminescence se reflète réversiblement. Une conformation adéquate s'ensuit. il prend. l'image authentique de l'Initiateur. Dieu seul est Absolu. par comparaison avec le Prophète. en tant que manière sublime de se caractériser divinement. sur leur pur miroir. elle n'a guère osé se permettre de qualifier de divines les attributions caractérielles du Prophète. Jamais. tire les enseignements qui stabilisent ses attitudes révérencieuses. la substance de leur véritable nature s'extériorise. en l'occurrence. Toute une Ethique s'est élaborée sur cette assise traditionnelle. pour asseoir et stimuler sa propre compassion aux misères des autres. le libre geste de s'accouder. de risquer son élimination du Registre des Elus. au cours de ses litanies. Jilani Abdelkader. dans la mesure de sa faiblesse et de son impuissance.d'après l'auteur des "Jawâhir" -une des assises de sa vole. définissant la nature et les dimensions de cette haute politesse spirituelle. aux initiés. Il ne se permet jamais des familiarités. une nuit. comme modèles. reflétant ainsi. Néanmoins. dans ses "Fatawi''. ainsi. c'est ainsi qu'on tient audience au Roi?!". entre autres. le soufi tire de chaque Attribut l'élément qui sied à sa nature humaine vassale. se modeler. dont une demeure est contiguë au 37[37] 38[38] selon le Hadith : "Dieu a créé Adam à son image" Niche dans le mur d'une mosquée. dans cette haute Audience. Il retira immédiatement les jambes. chez l'homme. par pudeur vis-à-vis de cette Présence. orientée vers la Mecque . Elle s'est cachée derrière le voile coranique. est relatif. . fine et énigmatique allusion aux qualifications divines. Sa fameuse épouse Aïcha n'a-t-elle pas qualifié les caractères mohammédiens de coraniques. Cette caractérisation peut. conforté par la ferme stabilité de son âme. Tout.précise AI-Joneïd durant une soixantaine d'années. s'allonger ou cracher dans la mosquée. Le Cheikh Tijani en fait . toujours. par rapport à leurs maîtres. dans une même incartade. Il demeura. en aucune façon. Il ordonna à un de ses mourids. Point n'est besoin de souligner que les propos soufis ne doivent aucunement être interprétés comme une allusion à une quelconque inclusion ou incarnation de la divinité dans l'humanité. pour se dérober des Splendeurs embrasantes de la Haute Majesté qui inspire une pieuse crainte. façonné à l'image de Dieu37[37]. Les marques spirituelles imprimées sur la conscience des Cheikhs à leurs mourids qui s'ingénient à se modeler. sans se démettre de leur assujettissement vassal au Seigneur. en jaillissant dans le sens inverse. Aïcha la mékkoise. il n'osa élever sa voix. en nous. indiscrètement les accoudoirs qu'on lui offrait. dont les concepts font l'objet d'un soutien assidu du fameux salafi Ibn Taimya.de Dieu.

mais de Dieu". de ce bref aperçu assez évocateur. marquer tout élan et toute option. par inspiration supérieure. sans fatalisme. ainsi. imbu d'une pureté à toute épreuve. Il ne relâchait guère son attention. Mais. dans un élan de confiance infinie en Dieu : "La pleine conscience divine de mon état me dispense de toute invocation !". enfin. comme celle de la Mère de Moïse. "Invoque-le donc?". sont corroborés rationnellement et ésotériquement par leur à-propos et leur pertinence. il convient de mieux développer certaines approches dont l'analyse tient à cœur à tous les Soufis. en dernier ressort. sur un radeau en aval du Nil. soucieux de s'assurer un conformisme intégral. le plaçant. lui répondit-il. Mais. avec une résignation. dans un verset proverbial : "Quant tu auras pris la décision d'agir (c'est-à-dire un ferme planning). sans duplicité ni déguisement. le bébé. le mobile rationnel qui l'a incitée à agir. Ce chapitre ne se prête pas à une longue digression dans ce domaine. Un des exemples typiques se cristallise dans un manque d'égard. notoirement citées. prévôt des Soufis et auteur de leur code. C'est là le cachet normal de tous les élus de Dieu. quelles que soient leurs optiques et leurs options. Là aussi. pour asseoir ces données de la haute éthique spirituelle. Le Cheikh Zarrouk essaie d'expliquer la nature de ce geste abrahamique. La trans- . à savoir : agir constamment. durant les litanies où l'Elu ne doit nullement s'autoriser un état mystique débordant d'aise et d'espoir. Des anecdotes sont alors. fie-toi à Dieu! Les préceptes avancés par le Cheikh Tijani. sous les rênes de la Sounna. grâce à la vivante créativité et à la forte concentration de son cœur. dans toutes les instances. spécifiquement. les tenant en haleine. la conscience servile de l'initié demeure le promoteur sublimement agréé. préférant s'abstenir. en cas d'empêchement dirimant. en précisant que c'est le comportement normal des Soufis qui ne conçoivent un retour à Dieu qu'après avoir épuisé exhaustivement. Cependant. en cas de doute et agir avec circonspection.se vit intercepté par l'Ange Gabriel qui lui demanda : "0. dans un amour passionné du Prophète. à la Volonté de Dieu. trois tendances chez les initiés. Nous nous contentons. en serviteur impuissant. dans ce triple processus. des siens et de tous ses collègues dans la voie. qu'une crainte pieuse ne refrène guère. alors. dans le contexte général d'une éthique appropriée. Chaque situation nécessite un comportement adéquat. Une double motivation doit. Zarrouk. Tout geste doit être bridé. sans se soucier des impondérables péremptoires et se fier à Dieu. quelles que soient les inférences de l'acte accompli. tact et doigté. Il faut en mesurer et peser toutes les latitudes. de ces embarras. pour en appeler. grâce auxquelles il essaie de transcender vers le Plénum. est manifeste. La foi efficiente est celle qui demeure foncièrement humaine. On doit. l'action devient une inertie. cite le cas du grand Messager Abraham qui. Le Mohtassib (prévôt) des Soufis met en exergue. agir et agir toujours selon les normes psycho-discursives. ni celle de ses adeptes et partisans. chez l'initié. dans la structuration du comportement social de l'initié et de ses attitudes raffinées. grâce à son sincère catalyseur humain. par souci de clarté et de précision.Tombeau du vénérable Moulay Idriss à Fès. à tous les niveaux cultuel et comportementiel. "Pas de toi. se confier. Sur certains plans. par révérence pour un serviteur de Dieu aussi bien aimé : La conscience du Cheikh Tijani est pénétrée du souci constant de s'aligner rigoureusement sur les normes de la Charia. certes. donc. au cas où il s'avèrerait impossible de recourir à des facteurs matériels déterminants. il faut ménager certaines subtilités et susceptibilités impondérables. donc. Et Abraham de répliquer. avec insistance. ces deux approches. Le Coran dépeint. Il réagissait vivement contre tout écart de conduite ou de langage. Ils ne peuvent guère. que se résigner à l'actuation divine. toutes les motivations psychosomato-discursives. à Sa clémence. près du Palais Royal. de ne point orienter ses pieds vers l'édifice sacré. par sincère invocation à Sa providence et profiter. jeté dans le brasier par Nemroud. pour être recueilli et adopté par Pharaon. Abraham ! As-tu besoin de quelque chose ?".

à Son impératif actif. avec assurance. permettant à l'homme d'accéder à la compréhension du paradoxal. par la science comme entier. sinon battue en brèche. dans laquelle on commence à entrevoir une éventuelle expression de l'être psychique. tout en se résignant. L'idée d'antagonisme classique de l'Esprit et de la matière est. la psychologie. confuse ou douteuse. peut susciter une vive réaction du sens temporel. touche au fond un point essentiel de la connaissance : l'existence d'un dualisme sujet-objet. . Ce problème. vient d'être introduite en physique par W. considéré. d'une escapade de toute sensation externe où le coeur égayé est régénéré au contact de l'Aimé. tendant à modeler les invocations litaniques. toujours en quête des gracieusetés divines. ainsi rationalisée finira par réagir bénéfiquement à la thérapeutique spirituelle. jusqu'ici. Dans ses élans implorateurs. c'est-à-dire de la pensée et de l'intention. chez le gnostique. l'une des clés fondamentales. vers laquelle s'orientent les savants. doit susciter. du moins fortement ébranlée. se situant au-delà de nos catégories d'espace-temps. au cas où l'objet des invocations serait d'une d'une finalité inconnue. l'idée de complémentarité entre faits jugés contradictoires. biologiques et psychologiques. et d'une superstructure psychologique. La science met ainsi en évidence l'unité énergétique de l'univers et la profonde corrélation entre la physique et la biologie. La concentration de l'entymésis. tout en se fiant à la décision infrangible de son Seigneur. c'est à dire l'existence de formes subtiles de l'énergie. L'évolution sensationnelle des sciences physiques. Le physicien Alfred Herrmann n'a pas hésité à avancer. Tout caprice de l'âme ou lubie est alors éliminé. dans toute actuation de l'être. depuis le début de ce siècle. avec le psychisme individuel.conscience elle-même est façonnée. d'une unité psychologique du Monde et de l'homme. a bouleversé certaines notions traditionnelles et mis en exergue la nécessité d'une révision radicale de certains concepts anciens. le leitmotiv demeure le même : agir pleinement. sinon de l'incompréhensible. réside dans l'orientation vers le Soi et la béate expectative de l'infusion des touches divines. il ne s'agit là. de la nature de cette "substance". La métamathématique. dans un abandon confiant et un conformisme à l'exemple du Prophète. ne se défait nullement de ses initiatives agissantes. dans une liturgie efficiente du Mourid. Déjà. marquant l'authenticité et la véracité de la vision intuitive mystique. que l'électron qui est le constructeur et l'animateur de tout ce qui est vivant. la pure connaissance hiérophanique ne s'oppose guère au processus humain de causalisation. Heisenberg et Niels Bohr qui en font. aussi bien que cosmique". pour se rallier au temporel et s'aligner humainement sur des concepts psychosomatiques. L’impression de l'irréel. Là aussi. Néanmoins. pour actuer sa propre volonté. est "la seule unité matérielle qui puisse entrer en contact direct. que du côté spiritualité opposé au côté matière. désormais. C'est l'amour de Dieu qui. sous l'effet des Splendeurs Embrasantes de l'Etre Infini. en dernier ressort. L'initié. C'est le stade transcendental d'une fugue mystique. d'une part et la psychologie. En clôturant le cycle d'équilibration entre le conscient et le subconscient. dans une telle conjoncture. l'initié se doit de se référer au Décret volitif. dans l'équation humaine où le subconscient corrobore le rationnel. Trois séquences récapitulent les fines recommandations du Cheikh Tijani. est la science de demain qui démontre l'existence d'une réalité intemporelle. La science progresse à pas de géants. dans ses coins et recoins les plus secrets. Là. d'autre part. un sentiment de co-dépendance éternelle où le contingent relatif est façonné par l'Absolu.

Questionné40[40] sur l'acception du verset : "Les parents ont des droits prioritaires à la bienveillance ou à la bienfaisance". en cas de détresse". Cette camaraderie. en négligeant les droits de ses frères. "Le Moumin .affirme le Prophète trouve un réconfort en la personne d'un frère ami". à savoir : "Si un homme jeûne toute sa journée.souligne le Cheikh Tijani quiconque manque à ses devoirs. incombant aux compagnons et frères. pourquoi je te trouve solitaire. Dieu révéla à David : "Ô ! David.de véritables confrères ? Dieu a unifié leurs cœurs. qui englobe les proches et les compagnons les plus familiers.d'après le Coran . son souci d'élaborer un Traité sur la manière raffinée de vivre et d'agir. car ils s'ingénient constamment à se créer une mutuelle affection de leur Seigneur. cherchez celle de ceux qui tiennent compagnie à Dieu : leur baraka saura vous y faire parvenir". ainsi. Ibn 'Arabi répliqua impromptu : "Les parents .précise-t-il 39[39] 40[40] dans son commentaire du Waghlissiya d'après ses Foutouhât el-Mekkiah . le substrat de toute transcendance. Cette jurisprudence mystique rigoureuse forme. se conjuguent les efforts et se corroborent. "Les amis deviendront. c'est se déplaire en la compagnie de personnes autres que celles marquées par la sainteté". certes.affirme Zarrouk39[39] a la prééminence sur tout lignage généalogique". chez l'initié.rapporte encore les paroles d'Abou Bekr Tamsatâni : "Cherchez la compagnie de Dieu.affirme un Hadith . à maintes occasions. prime l'autre. un degré sublime dans l'échelle des valeurs et les maîtres de la voie en font le motif conducteur (leitmotiv). accomplissant ses aumônes canoniques et se sacrifiant dans les guerres saintes.ici sont les proches de Dieu".CHAPITRE V FIDELITE ET ESPRIT CHEVALERESQUE DU MUSULMAN Les devoirs et obligations. a exprimé. à l'exception de l'amour pour Dieu. Le Seigneur lui répliqua : " Ô ! David ! sois vigilant et fais-toi des frères. Un véritable attachement à Dieu implique une confraternité sans faille. sans chérir ou détester. des droits et des devoirs identiques à ceux découlant d'une parenté ou d'une alliance : elles ont des trames similaires. en rebutant tout compagnon qui ne t'aide pas à t'assurer Mon agrément. Les hommes de la foi ne sont-ils pas .Le Jour du Jugement. L'auteur des Awârif rapporte d'autres propos d'Omar. La fraternité entre initiés comporte. "Seul cet amour en Dieu persistera . dans une harmonieuse cohérence. "Une parenté religieuse .. Sahrawardî. notamment. "Deux moumins . le caractère péremptoire de cette politesse comportementielle. profitant l'un des connaissances et contingences sociales de l'autre. constituent le compendium caractéristique de l'Ethique soufie. dans la vie initiatique . notamment dans l'optique Tijanie. Le promoteur de notre Tarika. hormis les gens de piété" (verset coranique). C'est là. menant une vie à l'écart des gens?". donc. pour vivre dans leur ambiance. en période d'aisance et un soutien. alors. "car . a dit : "Attachez-vous aux frères sincères et véridiques. Le même auteur cite le Cheikh Ali Ibn Sahl qui dit : "Se délecter d'une présence auprès de Dieu. j'ai détesté le monde. prie Dieu tout le long de la nuit. risque l'épreuve de faillir au respect dû aux Droits d'Allah". Le Calife Omar que le Prophète considérait comme un digne modèle à suivre et un porte-parole exprimant la vérité émanant de Dieu. est fondée sur une double approche temporelle et religieuse. c'est un ennemi qui endurcit ton cœur et t'éloigne de Moi". ses actes ne lui profitent guère".. Tout lien de parenté ou mobile de corrélation disparaîtront. car ils sont une parure. véritable catalyseur qui déclenche tous les élans de la conscience. si vous ne le pouvez pas. Bien mieux : la première qui lie deux frères spirituels. par amour pour toi !". Deux frères spirituels. C'est l'immunothérapie spirituelle dans le processus d'ascension vers les sphères de la Présence Divine. des ennemis. Il répondit : "Ô ! Mon Dieu. marquant. citant AI-Qocheïri . pour l'amour de Dieu.

spirituellement. Un saint intervient en faveur d'un initié de degré moindre. Dans une telle occurrence. dignes d'intercéder pour lui. en effet. comme le mal. déclenché par un stimulus qui. contre les effets maléfiques qui faussent l'évolution transcendante des gnostiques. tout élan optionnel constitue une assise et un tremplin d'où se déclenche tout le futurisme psychique du nouvel initié. surtout. Les mourids Tijani en font grand cas. un bon soutien. pour cette raison. en croyant vous avantager. d'un processus susceptible de perturber l'équilibre physiologique. appréciant. s'insère et se greffe dans le subconscient de l'autre. Le grand 'Arif. et. en ce Bas-monde. dans un brassage ferme et constant". . car le mal. dans l'au-delà. dans l'échelle des valeurs mystiques . tâchons de redoubler d'ardeur dans nos invocations. Un adage devient courant chez les soufis. débouchant sur les canaux de l'âme. Un compagnonnage heureux nécessite une mutuelle identification des caractères moraux 41[41] 42[42] Ghazali. très rigoureuses. Le mourid doit. Les conditions d'accès à la Tariqa (la voie). Ibn 'Abbas n'a-t-il pas dit : "les hommes sont. armé d'un amour sincère. c'est-à-dire dans le concert des compagnons sont. se fécondent. C'est un sérum thérapeutique. à l'établissement d'un comportement. ici. Abderrahman Ben Mohammed El-Fassi conseilla un mourîd qui se tenait à l'écart de ses frères. se communique d'individu à individu.encore . dans la vie temporelle. C'est là une touche subtile qui rehausse le frère spirituel. provient d'une connaissance indigne qui peut vous nuire. l'accès au paradis. c'est la laouha où sont écrits les versets du Coran destinés à être lus et appris par coeur. Là aussi. qui se touchent. réside vraiment le secret de la prééminence d'une fraternité cordiale entre Soufis. grâce à un renforcement de la vision intuitive luminescente et aux flux mutuels. s'il n'est pas accompagné de l'homme auquel le liait une fidèle amitié. "preuve de l’Islam". Il s'agit.d'après el-Awârif .de dégager les pores de tout ce qui les encombre et en obstrue les orifices. dans l'un. des droits et devoirs qui en découlent et du sublime raffinement de leurs rapports. d'un fidèle attachement et d'un abandon confiant. pas exactement. Tout confrère peut refuser. mais. au niveau de son ami. en toutes circonstances. un simple accompagnement des initiés vaut mieux qu'un manque total d'intégration dans leur concert. grâce auquel les deux initiés s'immunisent mutuellement. le conditionnement s'identifie. libérant ainsi les accès à la connaissance. comme en psychologie. La partie vivante. le Prophète précise. par contre. ainsi. les seuls éléments de nuisance". Un des avantages de cette cordiale fraternité est . son ambiance en profite". un élément d'intercession auprès de Dieu. Deux êtres. au lieu d'être artificiel ou mécanique. le cas échéant. Un heureux compagnonnage est un support matériel. Autant on est libre dans son choix initial. en se contentant d'égrener son chapelet et de lire sa planchette42[42] : "Ce n'est point là la voie sublime des initiés qui doivent. fertilisant. par l'inflexible voeu d'engagement. se contacter effectivement les uns les autres. une réaction comportementielle. à un stimulus transcendant. L'auteur de l'lhiâ41[41] incite le croyant à chercher la compagnie des pieux. Dans cette délicate conjoncture. sciemment. un certain courant de pensée. au contraire. dans un Hadith : "l'homme s'intègre avec ceux qu'il aime". est. l'efficience d'une alliance si précieuse ! Une amitié si ferme est la structuration originelle et le signe indélébile d'une heureuse initiation. autant on est strictement lié. Là. s'ingénier à faire un choix judicieux des connaissances qui seraient. tout le mal. à savoir : "Quand un initié réalise un état. s'il ne répond. Ces inférences ont une profonde efficience.se soutiennent l'un l'autre tels deux appuis dans un édifice". alors. pour que nos options soient adéquates. parfois inconsciemment. Les élans d'affection qui animent un compagnon sont le degré le plus bas. donc. Le bien. pour les hommes. de nature à provoquer.

en opposant la patience à leurs méfaits. les contours et les leitmotivs de cette foi. par une claire exemplification. toute intervention fraternelle.le summum de la raison". (Tabarâni). comme un miroir. la pudeur et la justice contre soi-même. que dans la valeur matérielle du don. car la foi par excellence se manifeste . qui subjugue le croyant. en refusant les sincères avis de leurs fidèles amis. précise encore le Messager de Dieu :"Le croyant qui fréquente les hommes. d'aider et de protéger.le sacrifice consenti. un tact et une prévenance raffinée. c'est. vis-à-vis de ses frères. inéluctablement. aussi. en l'empêchant d'être perfide et scélérat". dans les intimes élans du cœur. Une franchise brutale qui blesse n'est plus une qualité. contre vos parents. le fidèle n'est que le dépositaire de ses propres biens. a plus de mérite que celui qui les fuit. "La véritable richesse n'est pas dans l'aisance matérielle.par un bon comportement envers les hommes". Le célèbre compagnon du Prophète Abdellah Ibn Omar n'a-t-il pas dit : "Qu'Allah enveloppe de sa compassion quiconque me fait offre de mes défauts"." (Nassaiy). (Hadith rapporté par tous les Sounan. une bonne intention est susceptible de légitimer un acte originellement illégal"43[43]. Le Coran dénigre ceux qui se rétractent. les fondements. Il implique. vaux mieux qu'une centaine de milliers accordés par un riche. "Quelle est l'aumône la plus méritoire demande-t-on un jour au Prophète ? "C'est : répond-il . est un acte très méritoire. dussiez-vous témoigner contre vous-même. Tous ses comportements doivent s'y adapter. un sentiment de compassion. (Sourate des Femmes. "la foi. Mais. D'autres traditions du Prophète définissent. "Toute pratique. C'est cette foi. elle se cristallise en un souci constant d'éviter. mais de simples indélicatesses. dans les marques d'amour et d'altruisme. contrôler. dans lequel se reflètent leurs défauts" (Idem). une réciprocité dans le soutien moral et temporel. bref. 21. La qualité de l'acte du mourid. davantage dans le sacrifice et le sens d'abnégation. les deux compagnons ne 43[43] se référer à l'ouvrage d'Abdelaziz Benabdellah "Clartés sur l'Islam ou l'Islam dans ses sources" éd. constamment. réside. toute oeuvre initialement légale. quelles que soient les conjonctures. "Tout croyant est. (Moharnmédia) p. Dans un autre hadith. "La complaisance et la bienveillance sont . La valeur du geste d'un mourid est hautement appréciable. dans un but humanitaire. à l'exception de Mouatta Mâlek). de ménager les bénignes options et d'accepter. devraient être exclues ou mitigées. à condition de s'épargner la susceptibilité. "Ô croyants ! observez strictement la justice. (Nassaiy et Abou Daoud). plutôt la richesse de l'âme et le sentiment qu'éprouve le moumin d'être comblé par Dieu. Néanmoins. vis-à-vis de son compagnon dans la voie. Toutes ces attitudes se résument en un comportement général que le mourid doit. si elles risquaient de dégénérer en élément de discorde. cette foi comporte plus de soixante dix branches : la branche la plus infime consiste à écarter d'une voie publique tout obstacle pouvant nuire aux passants". qui réconcilie deux êtres séparés. en sont un grand signe. 1969. en effet. par un pauvre dont les moyens sont très limités". Le mensonge qui pallie un danger. c'est aimer et servir.précise le Prophète .affirme encore le Prophète . Imp. . Elle s'exprime par un désir de servir. le Prophète précise "qu'une simple obole donnée en aumône par un pauvre. Tout appartient à Dieu. Bien mieux. contre vos proches". non seulement des empiètements quelconques. verset 134). de Fédala. car.. la réciproque est vraie : les uns sont tenus à prodiguer leurs bons conseils aux autres. Une véritable initiation ne se cantonne guère dans des actes et rapports purement cultuels. de bon cœur. par répugnance à une éventuelle atteinte qu'ils pourraient lui porter" (Moslem et Ibn Hanbal).. à toute épreuve.. Un initié accompli ne saurait rechercher la pureté dans l'isolement. La turpitude et l'indécence sont les plus vils des caractères qu'un croyant puisse avoir" (Idem).et spirituels des deux êtres cordialement associés.

en sa faveur. à leurs frères les Mohâjirines. Le tact et le doigté sont. Le rebut total ne doit avoir comme motivation qu'un apostat. qui sublimait la cité islamique d'antan. des fresques palpitantes. en se remettant de ses incartades. alors. on lui rapporta. est l’ami idéal. qui l'avaient soutenu à Médine. tout facteur susceptible d'imprimer un mouvement excentrique et le véritable altruisme. un jour. on peut. Il faut savoir glisser sur un thème brûlant qui affecte. il n'y a qu'un pas. en invoquant Dieu. L'heureuse note de concordance. désagréablement. Le Calife Omar avait . c'est l'acte et non la personne. attachés aux notions et valeurs transmises par la tradition. en cas de désaveu formel de l'un. émigrés de la Mekke. Point n'est besoin de souligner. D'autres anecdotes palpitantes et émouvantes dépeignent la morale sociale mohammadienne qui atteint le plus haut degré de perfection. car le Coran incite à un simple dégagement de responsabilité à l'encontre d'un désobéissant et non à un désaveu. le geste idéal qui sert encore d'exemple aux vrais soufis. à plus forte raison un affrontement. de dénigrer. a été. ce qu'il faut exécrer. Tout écart. faussée par une déviation des concepts et des principes coraniques. L'éminent messager d'Allah n'a pas ménagé sa réprobation à un diffamateur. sur le miroir purifié de l'âme. altérations de credo ou désengagement. dans une cordiale lettre de semonce. malheureusement. une co-solidarité qui prime toute pratique dévotionnelle. en cas de repentir de l'ami fautif.un ami qui émigra à Damas. Dans toute autre occurrence. dans ses moindres failles. Il lui reprocha cet écart de conduite. complaisant et d'humeur facile. également. donc. Entre cette propension à esquiver. que cet ami tomba dans des vices dont l'alcool. bien mieux.dit-on . dans ses recommandations aux "foqara" de Fès. pollue. l'autre tâchera d'intercéder. ni même un empiétement inconscient. d'un vif remords. qui dénature et tronque l'élan spontané du croyant. Une confraternité ne saurait souffrir une simple confrontation. en se rabaissant. furent les amis modèles qui surent céder. Cette attitude compatissante est plus exigible. sans intention dissimulée. les impératifs d'ordre communautaire créent. Ce fut. l'âme d'un initié est dans l'obligation de se dépurer. alors. se rétracter soi-même. en lui rappelant certains versets coraniques sur le repentir. manie de blâmer. là. au sein de la congrégation. de juger sévèrement . Les pouvoirs bénéfiques que recèle une liaison non altérée et non truquée. entre confrères. devant être donné et suivi. L'ami récalcitrant pleura. Pour d'autres. dégagé de tout esprit critique. Certes. En haïssant l'acte indigne. se reflète. Une conscience initiée s'en ressent durement. altère et éloigne du point de référence cristallisé par la tradition authentique et la sounna bien entendue. si celui qui manque à son devoir n'est pas étranger au concert des initiés. en définissant le conditionnement rigoureux et imperturbable d'un conseil adéquat. en se débarrassant de tout élément qui souille. de s'évaporer. qu'un compagnon accommodant. en s'abstenant de toute diffamation ou médisance. en lui disant : "ne sois pas parmi ceux qui aident le Cheitân (Satan) contre ton frère". discrètement. de rigueur. vite franchi par l'initié inspiré. Mais. qui font de l'altruisme le substrat et le critère de la foi véritable. c'est-à-dire renonciation expresse à un élément essentiel de la foi. Un . compagnons du Prophète.doivent aucunement se garder rancune. éluder toute compétition qui le mettra en rivalité concurrente avec son confrère. Le Cheikh Tijani a esquissé. de très bon cœur. Les Ansârs. alors. on doit rester près d'un ami en détresse morale. il doit. peut-on se permettre de rebuter un ami récalcitrant et récidiviste ? Le fameux Abou Dharr dit : "Si un ami change de comportement. je l'abhorre pour les mêmes raisons qui m'ont porté à l'entourer de mon affection". risquent. aisément. une grande part de leurs biens.

aimer autrui par amour pour Allah et abhorrer le retour à l'hérésie. Tabarâni en ajoute deux autres : le fait de ne pas se laisser entraîner par une dialectique qui cherche à dénier la vérité et l'élan qui vous porte à saluer tout le monde (c'est-à-dire à être pacifique avec tous) et à être juste. accompagné d'attrition. de confusion. il a des devoirs vis-à-vis de sa famille. Un véritable soufi est. à ses proches.égoïsme. l'apanage d'un altruisme intégral. exposé à tous les risques. en cachant sa mécréance) se distingue . avec courage. plus son grade initiatique est élevé. c'est encore racheter les captifs (c'est -à-dire libérer et faire affranchir les esclaves). par une sublimation du comportement individuel. des calomnies ou des propos grossiers" (Moslim et Ibn Hanbal). où tout son potentiel moral est mis à contribution.rapportent encore Boukhari et Moslim . sans faille. tant qu'il n'a pas mis un terme à son péché" (Abou Dawoud).souligne encore le Prophète. le point de mire est la Sounna. Un autre hadith .. pour l'amour de Dieu. sans récriminer et sans se plaindre. . par un retour à Dieu. Le croyant n'est pas immunisé contre les graves péchés.rapporté par Boukhari et Moslim . C'est un être humain. à donner son argent. Néanmoins. surtout. à l'honneur et à la dignité d'autrui. "C'est que . constamment. observer la prière. à propos même des choses de l'au-delà.. aux voyageurs (en détresse) et aux mendiants. Plus le caractère de l'initié est d'une transcendance altruiste. à l'égard de toute stupidité ou sottise". d'après Abou Dawoud . comme on exècre d'être rejeté dans l'Enfer". là encore. même au cas où le Mounâfiq pratiquerait la prière et le jeûne". au Livre et aux Prophètes : elle consiste. au Jugement dernier. la piété consiste à croire en Dieu. soumis à de dures épreuves qu'il doit affronter. "Ne peut être considéré comme croyant. "Le mounâfiq (c'est-à-dire l'infidèle qui se déclare musulman. Une rétractation doit être ferme et sincère. C'est le point central du recyclage où l'initié est projeté. et il doit s'acquitter pleinement de ses obligations. Si la foi implique la conviction qui s'identifie à un attachement indéfectible à Dieu et à la morale transcendante. pendant que son voisin meurt de faim" (idem). il ne perd que. tenir ses engagements. faire l'aumône. à l'égard de chacun". "Quand un croyant a commis l'adultère. de ses hôtes et de soi-même. aux Anges. être pieux. ne pas tenir sa promesse et trahir la confiance placée en lui". "Le bon croyant ne profère contre personne des malédictions. la foi en Dieu se détache de son cœur . avec courage. tant qu'il ne s'est pas repenti. "La piété ne consiste pas à tourner son visage vers l'Orient et l'Occident. Mais l'acte irrémissible. Et Moslim d'ajouter. doit être banni d'une âme croyante.chaque musulman n'a pas que la prière à faire.résume les grandes lignes de ce grand code soufi : "Trois qualités sont le propre de celui qui goûte la douceur de la foi: aimer Allah et Son Messager plus que quiconque. aussi. ainsi. verset 176.précise le Prophète -. l'adversité et la misère" (Sourate de la Vache.par trois signes : émettre des propos mensongers. Mais. aux pauvres. dans un processus complexe. sa foi. c'est l'atteinte portée au droit. aux orphelins. Une septième caractéristique de la foi a été soulignée par Bezzar dans son Mousnad : il s'agit de "la tolérance et de la clémence. Le bonheur spirituel est. elle se manifeste. supporter. de pudeur. momentanément. même contre vous-même. celui qui mange à satiété.

pour se concrétiser. avant l'accomplissement de sa révélation". toute prévenance exotérique. on saisit bien et on exprime adéquatement. Il est vrai que. qu'on peut acquérir et développer. c'est le palier principal. à bien écouter. comme on peut regarder. par l'audition d'abord. par la compréhension. ainsi. Un autre verset explicite cette acception. rapporte que. Quand l'Imam Joneïd rendit visite à Abou Hafs enNissâbouri. de la bonne audition qui permet. est d'être inattentif au Verbe Divin. auquel est exposé un croyant. Allah a recommandé à son Messager. Un initié attentionné est plein d'égards. cette vertu auditive constitue la plateforme. ensuite. Une attention prévenante s'identifie à une concentration d'esprit qui élimine toute tendance à la distraction. alors. guère. dégagés de tout goulot. conditionne biologiquement une bonne perception. la science se définit. donc. là. Le plus grave péché. à la fois. "Le gnostique accompli y capterait . est le fond de tout le bien. la mémorisation. Autrement dit.dirait Ibn el Khatib44[44] ses divines répliques". concrétisé par des préoccupations excentriques. peut capter toute émission du subconscient. quand on écoute bien. Une inattention demeure sans efficience. comme pour le hâter : à nous son ordonnance et se récitation" (Sourate. dans l'échelle d'ascension vers les valeurs conceptuelles les plus adéquates. Il s'agit. une dépuration du réceptacle et un recours confiant à Dieu. stabilisée par une audition bien intentionnée. Cette délicatesse du cœur est la source de la sagesse. pour tout ce que ce Verbe révèle. c'est-à-dire ses infaillibles inspirations intuitives-. de ne pas s'empresser de répéter un verset qui vient d'être révélé par l'Ange Gabriel. vertueuses et hautement profitables. un esprit finement policé. il constata les sublimes égards que ses compagnons lui ménageaient et lui dit : "Ô ! Aba Hafs. C'est là un autre plan. un esprit distrait et rêveur n'est. sinon le tremplin préjudiciel à toute transcendance. de bien concevoir.CHAPITRE VI: VERTU AUDITIVE Cette cinquième requête traite d'un caractère moral de grande portée pratique et aux fins. l'essence de tout le bonheur. Ce raffinement du for intérieur conditionne. Les canaux d'une âme consciente sont. car on peut prêter une oreille distraite. Une bonne ouïe cristallisée par une fine oreille. digne d'une telle touche du Seigneur. citant Sofiân Ben 'Oyayna. en disant : "ne te presse pas à réciter le Coran. une audition efficiente s'apprend. donc. c'est-à-dire une heureuse disposition à prêter une oreille attentive. seul apte à bien inculquer. sans saisir. fonction d'un organe auditif sain. Le Coran incite. pour autant. Al-qiâmah. c'est très significatif! Le Cheikh Sahrawardi. verset 16-17). qui faussent l'écoulement courant de la pensée inspirée. Le Coran parle. seule. ta langue avec ceci. tu as 44[44] Dans son "Rawdat et-taarif bi-el-Houbb es-Chari f . préalable à toute conception. et nous nous contentons. sans voir. même à travers le profond murmure du Cosmos. C'est un signe indélébile d'une prédisposition. en effet. en Irak. l'efficience pratique et la transmission. ainsi. comme une bonne parole. Une bonne audition. du seul côté physiologique de nos organes sensoriels. des sens auditif ou visuel qui devancent toute connaissance. dans le processus cognitif. Ce processus implique une saine disposition de l'âme. Une saine audition est. "N'en remue pas. Toute connaissance est. même un sourd. pour le moment.

dans toute actuation inopinée. le plus fin exploit qui donne accès à une sublime transcendance. l'inspire et fait naître. des idées et des sentiments qui orientent son choix. alors. assurée par la saturation du cœur. pour lui. en l'appelant à son aide. là. à son esprit. une heureuse réminiscence pour ceux qui ont un cœur et qui prêtent une fine oreille. A ce trio correspond un triple élément constitutif de la masse ou de la structure consciente : déguster la saveur enivrante de l'adoration respectueuse d'Allah. qui jalonnent le cœur. grâce à cet affranchissement des exigences chamelles. ses organes s'en ressentent. L'auteur des Awârif insiste sur la nécessité de s'assurer un bon choix. donc. dans tous ses comportements. Tous les adages et anecdotes. sont une source d'orientation illuminée. Le cœur doit. Une certaine plénitude sera. En-Nissâbouri répliqua : "Ô Aba el Kassim. dans l'esquisse de fresques émouvantes. Il reçoit. ainsi armé. les propos que les Soufis inspirés tirent de leur méditation et de leur luminescence. Sa soumission à l'ordre supérieur est. Yahia er-Râzi précise l'ampleur du double aspect du cœur. "Si. en conséquence. Il faut savoir choisir ses sources d'inspiration. alors. avec un esprit présent. En d'autres termes. de nature à en perturber le flux courant. par des prédispositions innées ou inculquées. dans un temps record. Ar-Râzi définit ce genre de cœur. La prière de l'Istikhara où le croyant invoque Dieu. accaparé d'une part. un cœur qui se détache de ses fantaisies et élans capricieux. c'est se libérer de ses caprices. réalise autant de vitalité dans la voie. par de profondes empreintes qui renforcent leurs prédispositions à sonder le fond et les intimes secrets de la connaissance. spontanément. fortement marqué par un raffinement comportementiel. il atteint le grade spirituel. le meilleur accès de la compréhension. "Si . une audience adéquate.affirme le Messager de Dieu le cœur (de l'initié) s'incline pieusement vers Dieu. éprouve le douloureux sentiment de ce qui lui manque. en comblant ce vide. qui lui permet de réserver au Verbe Divin et à la tradition apostolique. confortées par une insufflation épiphanique. l'initié réalise le premier tiers de l'éthique policée. la vivacité qui le met en mesure de faire entendre ce qu'il a bien assimilé. trouble ou simple impression de gêne. C'est à ce genre de serviteurs qu'Allah fait allusion en disant : "ceux qui reçoivent la parole de Dieu. ce n'est pas cela. il aura parcouru les deux tiers du chemin. Un trio doit. pour se décalquer sur le miroir de son âme. être sain. quand un serviteur développe ses prédispositions à une vertueuse audition et éprouve. mais le bon comportement externe est le signe d'une finesse du cœur. qui rendent l'initié capable de se dégager des conjonctures maléfiques. Le soufisme s'étend longuement. Douée d'un tel génie initiateur. c'est-à-dire dépourvu de tout malaise. Pour le fameux pôle Mohammed Tirmidhi. pleine et entière-." Dans son Commentaire du Livre. sur les péripéties d'enchevêtrement de la conscience et des phases qui jalonnent l'échelonnement de la marche du cœur. en eux -dit le Coran . Quelques exégètes traduisent ces éléments bénéfiques. comme une âme consciente susceptible de concevoir et de saisir. en disant : "Il y a. en deuxième stade.appris à tes compagnons la haute politesse due aux Rois". les plus sublimes des états d'obédience. de Son Seigneur l'insigne honneur de parfaire. de même. " Un hadith corrobore ces propos." L'audition du Coran et des traditions authentiques du Prophète façonne l'âme croyante illuminée par les flots de la gnose. Allah avait décelé du bien. et avec un moindre effort. l'image de la connaissance se présente. sont les mieux orientés et les mieux doués de sagacité et de clairvoyance".Il les auraient dotés d'une bonne audition". alors. et. vraiment. ce même Mourid. pour Ibn Samoun. sa résignation est totale. extraits des textes sacrés. Allah libère. C'est l'esquisse ésotérique de . Une option judicieuse est l'apanage d'un bon "sourcier". en se conformant à Ses meilleurs commandements. grâce à une analyse pondérée ou à un recours à Dieu. Les lectures préférées évitent le gaspillage du temps et épargnent les efforts inutiles. imprimer les élans du cœur. Cette perspicace subtilité constitue un noble privilège. en lui. Le Coran met les deux approches en étroite corrélation.

selon un critère pratique. eut l'amabilité de prodiguer de bien heureux conseils à un de ces disciples : "Ô. dans le processus des options. Avicenne en fut sidéré. en en confiant à Dieu la réelle conscience. soigneusement les besoins. L'Imam Ghazali. dans le domaine de la science. aie bonne opinion de tout le monde et ne déconsidère personne. dont tu auras. si tu espères rencontrer Allah. ainsi que leur adaptabilité éthique. Il doit éviter. tantôt par l'intermédiaire de Ses Messagers ou de leurs héritiers. les oeuvres de la sagesse ! Que ton regard englobe toutes ces données. à la légère. D'autre part. confirmé l'existence et la véracité. même s'il s'agit de hadith ou d'anecdotes véridiques. trouvant des arguments. Que d'enseignements. le mystère finit par se résoudre et l'énigme par s'éclaircir. minutieusement leur dû à l'enseignement. nous nous référons aux dires de certains sages. par contre. jusqu'à preuve du contraire. qui inspire le choix le plus judicieux. pour un autre que lui. à la Mosquée. En s'inspirant des uns et des autres. qualifié de Preuve de l'Islam. pour les mauvaises. tâche d'en faire état et de les divulguer. les secrets de certains textes de la Métaphysique d'Aristote. en l'occurrence. parmi l'élite de nos confrères Tijanis. qui tends à sonder les propos de tous et. un signe de la Providence. Tout Alem a son excuse. abstiens-toi de tous mépris et de toute décision. Sa révélation s'effectue. pour se distraire capricieusement. positivement ou négativement. "Dieu fait entendre. C'est là. à cette divine inspiration. à qui Lui plaît". dans les litanies et les pratiques cultuelles. ton oeuvre sera. au cas où ton regard se porterait sur les paroles émises par ceux qui jouissent d'une certaine renommée. disciple qui entreprends la recherche de la connaissance. Dans un même ordre d'idées. On cite le cas d'Avicenne. fais le bien et n'associe personne à Son adoration. J'ai eu l'occasion de voir certains personnages des plus honorables. ont. Ses connaissances s'en ressentiront. souligne un autre verset. aux liturgies et au repos. Tous les actes. il eut la preuve tangible de l'infaillibilité d'une inspiration divine45[45]. en vain.d'après AI-Awârif . qui définissent l'échelonnement du potentiel 45[45] AI-Akkad cite cette anecdote dans son ouvrage sur Avicenne . à la lecture. tantôt. notamment. le cas échéant. de son temps précieux. l'initié est d'autant plus édifié que son acte procède d'un bon entendement et d'une bonne audition. dans un aval qui prendrait. qui a consacré plus d'un mois à tenter de déchiffrer. à la merci de ce qui t'a obnubilé. Les soufis en esquissent des élaborations magistrales. s'inspirer de ces principes. Après s'être recueilli. dans les tiraillements survenus entre Khidr et Moïse ! Si_ à ton avis. pour se justifier. la lecture des ouvrages divers. se délasser d'une persévérance. un esprit averti ne doit guère s'adonner . plus qu'il ne faut. paraissant absurde et inconcevable. "Nous l'avons bien fait comprendre à Salomon" précise Allah. en cherchant des excuses. Il peut. en répartissant rationnellement le cours de leurs jour et nuit. alors. où il trouve des loisirs. de confier à Dieu. de se laisser entraîner.ce symbole qui dépure l'intellect et clarifie la compréhension. dans un verset coranique. Il éprouve.à une lecture prolongée. réservant. ne serait-ce que partiellement. prends-en ce qui te semble Plausible et délaisse ce que tu n'arrives pas à comprendre. à l'attention de tout lecteur qui cherche à mémoriser. l'acte devient compréhensible et l'acteur compréhensif. les bonnes actions. Quand Allah est le promoteur d'un tel entendement. une problématique vient de surgir. donc. sans empiéter les uns sur les autres. à la suite de la grande prière du Fajr. devant se suivre consécutivement. un vif plaisir à lire et à dialoguer. par l'aide de Dieu et pour Son amour. Grâce. leurs parts respectives qui en ménagent. alors. Il en sera pleinement édifié. dans l'invocation de la Miséricorde et de la grâce divine. dans ce cas. la réminiscence des fruits de ces lectures. à travers les oeuvres et les écrits des Soufis. mais. sinon Il t'abandonnera à toimême ou te délaissera. alors. tester la valeur de son état et être le digne réceptacle des dons sublimes de Dieu. Si ta vision ne se limite guère à lui. le quarantième jour." On rappelle.

auxquels il ne prête nulle attention. avec son cœur indécis. ensuite. Au sol épineux correspond le cas de l'individu dont l'audition est accompagnée d'une intention d'agir. En illuminant les recoins de la conscience. Le quatrième cas du sol dégagé de tout handicap. Les élans vicieux et les exigences excentriques ont une douce saveur. qui oppose à l'attirance matérielle. c'est là. Le semis recueilli par la pierre est assimilé à une personne qui entend bien et apprécie. loin des grès et des épines. grâce à une régénération qui tend à insuffler. qui n'en retient guère la fruition. Ils s'y fixent. mais qui est vite ramassé par un essaim d'oiseaux. que l'âme dégénérée déguste et apprécie. chez les gens. cherche à bien comprendre. jalonné d'épines qui tuent les jeunes pousses. . assure une bonne exécution. l'attrait sublime de l'amour divin. est similaire à un croyant attentif qui conçoit. à des grains qui retombent sur la pierre lisse recouverte d'une légère couche de terre et de gouttelettes de rosée. Une partie de la semence peut choir sur un sol riche et fertile. sans qu'il y ait un impact quelconque. Ils s'évaporent et sont vite oubliés. tout en s'écartant des suggestions et des fantaisies maléfiques. mais. superficiellement. mais. sans être. en les dépurant de toute pollution malsaine. l'ankylosent et anéantissent. mais finissent par se déssécher. nécessairement. ont la chance de croître et fleurir. quand les nervures touchent le dur de la pierre.auditif. la fruition spontanée d'une prédisposition qui. ligotée par des caprices qui le figent. A l'instar de cette série des semences. est sciemment développée. Enfin. tendant à éliminer tout écart capricieux. Un parallèle est donc établi entre une semence recueillie sur une terre riche et une bonne parole. L'esprit hautement idéalisé savoure cette douceur transcendante. en lui. une vie réconfortante. à un semis qui atteint le sol. un homme peut entendre des propos. Cet épicurianisme dégradé est la source de tous les maux. grâce à un effort soutenu. à laquelle un désir terre-à-terre ne saurait guère résister. dès leur apparition. reliant l'âme revivifiée au Plénum de la Présence Sacrée. quelques semis. innée. Cette graduation est comparée d'abord. qui ont pu entrer en contact avec un sol fécond. par le dhikr. tout désir effectif d'agir.

parmi les piliers.CHAPITRE VII: DIFFERENCE DE GOUTS COMME SIGNES DISTINCTIFS DES RITES SOUFIS Les caractères dissemblables. On a demandé. fonctions de Ses touches divines. L'Omnipotence absolue est libre de toute contrainte. au nombre restreint. à la mesure de l'acte. la méconnaissance des limites infinies de Sa pure bonté incite certains rigoristes à dénier toute sainteté. trois sur Michael. un seul sur l'Ange Isrâfil. Des hadiths. cinq dont le cœur est calqué sur celui de Gabriel. d'Abdâl (un par grand pays). mettent en exergue cette affinité subtile. créés par leur esprit imaginatif. au grand Tabiy46[46]. enfin les quatre Awtâd au Yemen. sont de nature à donner une impression d'opposition. cités par es-Soyouti.note l'auteur de "Dahab el Ibrîz" . commençant par les Noujabâ. en même temps. dont les inductions sont gratuites et graves de conséquences. mais toute humaine 46[46] 47[47] Le Tabiy est un contemporain des compagnons du Prophète. Cela n'empêche guère que.Ben Mechri T 2 p 23 (manuscrit personnel) . El Jâmiy . quarante à l'image de Noé. point de mire de l'initié. Les états mystiques. est définie par un "axiome du choix" très rigide. ses goûts sont à l'image du prophète. De profondes méprises sont souvent suscitées par des empreintes distinctives. sont le propre de novices ou de profanes. Mais. Ces points d'émergence sont. Son effusion sacro-sainte. ne sauraient souffrir une restriction. précise qu'Allah a. les actes cultuels aient une assise rationnelle. puis. Le surréalisme confine à l'irréalisme. toutes dûment canonisées. par un nombre moindre de Nouqabâ. Ibn Sirine. émanant de sources diverses. de dépeindre les compagnons du Prophète. sinon de différend qui les sépare. et. selon les apparences . Ses caractères. dans un ordre croissant. Quand le premier décède. ses options. un jour. un prophète ou un Messager de Dieu. Ses faveurs. parmi Ses créatures. et d'évoluer dans l'abstrait. ainsi de suite. risquent d'être surhumains. à l'encontre des uns et des autres. sept à celle d'Abraham. Des prises de position hâtives. des points de ralliement. d'ordre relatif. aux initiés non auréolés par une image de marque spécifique. Les quatre points cardinaux de la Terre sont axés sur un pôle (kotb). représentant une normalité . Es-châm.certes idéale. trois cents élus dont les cœurs sont à l'image de celui d'Adam. l'un des trois lui succède. et. "Ils étaient . rejoint de par son comportement. d'où jaillit l'inspiration. ne sauraient être astreints à une quelconque motivation. Les cadres rigides. qui n'est marqué d'aucun signe spécifique. ou. rapportée par Ibn Messaoud. cette différenciation foncière entre les rites des Soufis. les piliers (Awtâd) et Abdâl. imposant au saint une ligne de conduite déterminée. La gracieuse élection d'Allah. conformément à un code strict.des hommes comme les autres47[47]. AI-Yâfiy. chez les soufis. ou groupe de soufis. Cette appréciation aberrante est motivée par une conviction que la sainteté est régie par une législation spirituelle rigoureuse unique. dans son fameux ouvrage sur le Pôle (kotb). où la prime est évaluée. est inconditionnelle. Seule une fonction physique. ayant elle-même force de loi. auteur du (kifayat Al-'Motaqid) (Suffisance du croyant) nous décrit le processus hiérarchique des Saints.faire abstraction de la grâce Divine et imposer à Allah des mobiles optionnels péremptoires. Une tradition. C'est . chaque soufi. ne sont nullement assujettis à une régulation humainement discursive. Ses dons gracieux. Orient et Occident.répondit-il . l'élan magnanime de Sa générosité. sur le plan humain. L'infinité de Dieu. Il est choisi. On est enclin à juger. d'où. sans assise différentielle réelle.

Seuls les soufis. dont la divulgation mérite la peine capitale. il ne fait que répéter les sublimes qualifications qui lui ont été inculquées. quand il dit dans ses sages Adages ! : "Les actes varient selon les inspirations49[49] (états mystiques dont ils émanent)". beau-fils bien-aimé. de révélation intérieure ou de touches transcendantes. dont la conformation psychosomatique répond aux exigences terre-à-terre de la normale humaine.fait encore remarquer Sidi Ahmed Tijani . dûment. de l'existence cosmique. un goût profond et l'appréhension. Le fameux Khadir (khidr). dans la source des sciences apostoliques.où le principe de causalité demeure l'assise phénoménale de toutes ses actuations. l'autre actué par la généreuse clémence. tous. Le grand Imam Tijani souligne que tout Saint reçoit. abreuvés chacun. se vanter de ces exclusivités. engloutis dans les Océans de la divinité. .d'après Le Jâmiy . des catégories dites Danâïnes et Dhakhâïrs. par l'instant "étatique". selon les lots d'attribution seigneuriale. cite.se voir diminué. tels les grands élus apostoliques humainement responsables.comme le signale Khadir . propre à l'un et à l'autre. flash divin. soit de béatitude. est le réceptacle de faveurs exclusives. lui sont connus. parmi les groupes mystiques. Chacun de ces élus. le Cheikh Tijani répétait les propos Alides. C'est ce baqâ. qui en définissent l'envergure. contre-partie du fanâ. Ali Ibn Abi Tâlib. Néanmoins. mais à degrés différents. les extrêmes se touchent et la lumière mohammadienne. un grand initié peut . avant d'être taxé d'hérésie. sous forme de Nirvana48[48] . entre initiés qu'on ne saurait taxer d'égoïsme. qui lui donnent l'impression. par un millier d'hommes -véridiques". d'où.dépeint les caractères et les états de ces élus. Que de fois. chacune. chacun d'eux se trouvait sous l'emprise. conscients. se prévalait de connaissance. l'autre demeurant un apanage inaccessible. Dans ces états extatiques de grâce. l'unicité à la multiplicité. se voile d'une luminescence empreinte d'une évidente humanité. les dénégations mutuelles. au-devant d'une impression de faveur divine exclusive.de 48[48] 49[49] Nirvana = Nour El Fana (Lumière de l'extinction) Les inspirations des états s'identifient aux connaissances insufflées au coeur de l'initié. conformément au décret Divin du Jour du Covenant (Mythâq). transposé dans le Bouddhisme. un gnostique peut.cet avis judicieux. dont chacune comporte quatre mille élus. deux sortes de connaissance-. et. que "nul ne pourra atteindre le grade sublime de la Réalité. Chacun se prévalait de l'Attribut qui l'animait. C'est ce qu'entend Ibn 'Ataâ. que le Soufisme appelle lumière du fanâ. touchant un collègue. esquissant une fresque sur cette concentricité des cycles soufis . Le Cheikh Tijani qui corrobore . mais. Là. toujours croissante. Deux attitudes apparemment opposées. il n'est autorisé à en révéler qu'une seule. dans ses intervalles lucides.d'après Ahmed Tastawti. soit d'aise et d'espoir. au point de se sentir passible d'un châtiment mortel. Chez le Kotb. dont il ne rencontra guère un digne porteur. le relatif à l'absolu. dans ses commandements et ses épîtres. dont Seul Allah apprécie l'ampleur. Jean et Jésus se sont rencontrés un jour. Abou Horeïra. Chaque insufflation divine peut susciter un état. affirme avoir puisé. compagnon intime du Prophète. d'une présence. Bien mieux. mais suscitées. C'est le degré summum où le fanâ (extinction) confine au baqâ (subsistance). une lumière intense finit par toucher l'autre bout de la réalité : l'obscurité. soit de crainte. au sein de la Divine Présence. intégrés dans ces cycles concentriques. qui sombrent dans le fanâ. AI-Joneïd précisait bien. sublimement décrétés. dans sa Nozhah . L'un. deux gnostiques peuvent se partager un même état de présence ou plan de l'être. des biens et dons. car. selon les lots. dépositaire des secrets de la grande gnose de notre Prophète vénéré. en audience propre. cette illumination voilée cache une forte perception intérieure. Ce sont là .. d'une haute communion appropriée. mû par l'Attribut de la Domination astucieuse de Dieu qui écrase et annihile. Dans ce contexte subtil. d'être le seul favori.

de toute psychose de vanité ou d'auto-estime. détient un grade parfait. égoïsme ou vaine gloire. est présent par son Seigneur. la luminité qui s'identifie à un don inconditionnel d'Allah. qui incite à réciter des litanies. a tiré cette double notion de l'élection du verset coranique : "Allah élit qui Lui plaît et oriente vers Lui qui Il veut". dont l'un accède à la foi. comme deux ensembles. c'est-à-dire son ego. Il l'illustre par la vivante anecdote de Moïse. motivée et celle où l'initié est. Seul le Messager d'Allah. ils partagent. ce commandement. l'autre la voie de Ghazali. Mais. mais bien au contraire. la voie Chadhilite. la deuxième école. une émanation d'Allah qui les actue. de sorte que nulle lumière ne saurait jaillir de son coeur. Il ne faut. élu des élus. encore. Toutefois. impromptu. exemplifiées. . sans effort. trente jours consécutifs. encore. sans préparatifs particuliers. avec tout ce qu'elle implique d'éxotérisme littéral. délimitées à partir des stations mystiques et de leurs signes et empreintes. pour le deuxième groupe. comme deux groupes dont les liturgies. ni peine. Les deux notions sont. pour surestimer d'autres. Ce sont celles qu'Ibn Atâlllah dépeint. des flots de cognition ineffables. Ils sont agis et dégagés. Ils sont absorbés par leurs actes cultuels. méconnaissant le processus des états et stades mystiques. donc. ainsi. alors qu'ils seront radicalement écrasés. tous. dans un état sublime. qui dépurent et illuminent la conscience. la première est appelée. ainsi. quoique les prophètes . Notre Maître. Le premier. elle comporte deux tendances qui marquent. fondée sur un sentiment initial de reconnaissance à Dieu pour Ses gracieuses faveurs. car l'initié absent par son soi. trois catégories. à partir de ces disparités apparentes. Ayant exécuté. et l'autre atteint cette grâce. d'après une classification de son Cheikh el-Morsi. l'ascèse domine. Les attirés s'installent. Le ploiement d'un chemin n'en est guère une absence. chez l'un. sans pair. Sidna Mohammed. des luminités et des éclipses. dégagé de toute velléité volitive. sans exempter les nuits. que cette voie a été ployée pour lui. Mais. dans ses Adages. de son vivant. déconsidérer certains maîtres en Sainteté. étant celle du "riadât en-nafs" ou mortification de l'âme et ascèse de la chair. Moïse se vit réordonner un prolongement de dix jours. auquel Allah octroya.insiste Sidi Ahmed soient. à une observation rituelle et à un service divin stricts. cela ne veut pas dire que l'attiré n'a aucune voie à suivre. une école distincte : celle du Choukr ou gratitude. mais. par là. durant les mille séances qu'il eut. Quelques Arifs peuvent réaliser plus d'exploits cognitifs mohammadiens qu'un Kotb. strictement. auquel Dieu ordonna de jeûner. donc écourtée par la Providence et la grâce pré-éternelle. Le fait est signalé dans le Coran. La nuit de l'Ascension. dans un concert de légère aisance. avec Lui. ces marques exceptionnelles de privilège ne font que confirmer les règles structurelles de classification des voies catégoriques distinctes : celle des attirés dont l'élection n'est. voient. imbu d'une purification de la conscience et un dégagement total de toutes les prohibitions canoniques. par ses exploits cultuels. Ce sont des dévots. devancent toute luminescence. ils se renferment et s'isolent dans les actuations formelles. éprouvant une crainte atroce des écarts de conscience. qui devait l'accompagner. Chez les premiers. C'est ce qu'Ibn Ata Illah définit. chacune. sous les irradiations théophaniques réservées à ce pôle.simples privilèges qui n'impliquent aucune prééminence. providentiellement actué. Nous avons défini certaines caractéristiques de l'une et de l'autre. par la grâce divine. scrupuleusement. supérieurs. pour accéder à Sa présence. l'Ange en annonça l'avènement à Sidna Mohammed. brûle les étapes qui libèrent les accès à la présence. le Pôle des Pôles. quelque peu. est le mobile implacable. pour le bénin péché d'avoir osé désodoriser les recoins de sa bouche. Elles correspondent à trois genres d'initiés. en considération de la nature éducationnelle ou comportementielle. des sciences infuses. qui leur sont. objets d'une sublime élection. guère. Les seconds. parfois. dans tout acte. il faut se garder d'en fausser l'interprétation. C'est le cas de Khadir avec Moïse. des extases. sans un lot préalable de dhikr. attachés. Une autre classification de la voie a été avancée. nullement. le Cheikh Ibn 'Arabi en propose.

basée sur la Sounna. dans leur métier. s'idéalise pour finir par se réaliser. . Le fameux Imam Abou Sâlim El-Iyâchi rapporte. Salman el Fârissi (Persan). absorbés. l'abstinence scrupuleuse. Ils ne dégustent. le Sieur alouite Moulay M'hamed Ben Nasr. dans leur sentiment de déférence vassale. secret ou vision intuitive. en conséquence. la saveur. d'exhiber. Notre célèbre frère. n'attirant. Zarroukiyah et Jazoulyah). Abou Baker. Dieu et Dieu seul. dans la voie de la transcendance. pour assise. une articulation purement interne. sans s'en départir. nous disait. en réponse à des questions "occurrentes". vivement. leurs disciples leur ressemblent. dans la contemplation de Dieu. mettant en exergue les signes distinctifs de chaque itinéraire. les caractères intrinsèques d'un adepte de notre voie. intérieurement. est. parmi les compagnons du Cheikh Tijani. sans aucune trace exotérique. parmi les plus célèbres. que la plupart de nos confrères étaient Malâmiti. communément. D'autres auteurs. avec aisance. évoluent. nullement. Ils ne se gênent. on les appelle. Ils excellent. étant pleine et entière. qui esquisse une épître émouvante sur ce thème. Leurs agissements sont. qui optèrent pour ce chemin apostolique qui fut celui des Sahaba ou compagnons du Prophète. souvent. l'emprise de la Suzeraineté divine. ostensiblement devant le public. parfois. cite les grands maîtres soufis. fut le modèle idéal. les manœuvres dans leur besogne. de par les affinités "étatiques". appelés malâmitiah. les artisans sont. en quarante Confréries. la ferveur dans l'adoration. Abou Sâlim. qu'ils initient. accaparés par leurs actes d'adoration. un des plus privilégiés. illuminée par son image virtuelle qui. soufis. avec comme litanie essentielle. élaborèrent des oeuvres palpitantes sur la Tarika Mohammadia. le Maître direct de l'initié. tel le Kotb esSemmane. la pieuse continence et la pudeur intime. dont le décent éxotérisme couvre la luminescence du for intérieur. sans exclusivité prétentieuse. dont l'exaltation et la magnification marquent. ou désir de produire quelques effets. ainsi. une intention ferme les incite à les actualiser. ésotériquement. qui ne doit se prévaloir d'aucun privilège ou droit exclusif. dans les cycles de virilité. et ils donnent l'impression d'être imbus de lubie fantaisiste et capricieuse-. les artistes dans leurs ateliers. la çalat (invocation pour le Prophète). trois seulement étant marocaines (Chadhilyah. Ils se démarquent. alors que. alors que certains d'entre eux maîtrisent le Cosmos. lis ne voient. en geste de prééminence. Le Messager d'Allah. une structuration canonique pure. C'est. si plaisante à l'esprit. le fameux compagnon du Prophète. Ils s'installent. cognition. la classification établie par son Maître Ali el 'Ajîmi el Hanafi. guère. comme le meilleur de ces initiés.avec leurs collègues de la catégorie précédente. Une des sommités de notre Tariqa dépeignait. Son cœur est rempli d'amour pour notre Prophète vénéré. dénués de toute velléité vaniteuse. car ils s'isolent. un des directeurs mystiques du Cheikh Tijani. sur leur auditoire ou entourage. à l'encontre des autres. aux exigences de la confraternité. sa trans-conscience. dignes représentants de la malâmitiah dont le premier Khalife. là. l'attention. à force de concentration. c'est-à-dire prendre une forme réelle. Leur comportement est nettement normal. guère. de la prédominance sur les autres. dans la science des mesures et s'astreignent. qui se cristallise. dont ils s'imprègnent. des initiés de la troisième catégorie. carrément. qu'aucun acte surérogatoire ne distingue du commun des croyants. ignorant toute étape mystique. leurs exploits miraculeux. Ils sont. dans leur ostentation d'allure prétentieuse. dont la plupart sont d'origine orientale. Différence des goûts comme signes distinctifs des rites soufis. strictement cultuels. ainsi. donc. d'un degré supérieur et les élèves. donc. s'inscrit. rigoureusement. archétype sublime. apparemment. Leur caractère est empreint d'un altruisme chevaleresque. Quant aux miracles. La première Confrérie dite Mohammédienne (attribuée à Sidna Mohammed) a. dans sa (Rihla). sur leur cœur.

dans un surcroît de recueillement. ainsi que celle des Sahaba et éminents Chioukhs. As-Siddîkia (attribuée à Abou Bekr es-Seddik). endossé par ses adeptes. à l'encontre de l'Ahmadyah. Kharraziyah (d'Abou Saïd el Kharrâz). les liturgies de mille quatre cent maîtres soufis. nullement. durant ses pérégrinations de par le monde. s'astreignant au minimum. Ech-Chettariyah (Abdellah ech-Chettar) en-Neqchabendiyah (Bahâa ed-Dîn Neqchabend) El-Hallajiyah. à juste titre. Les autres confréries. Sa chaîne de transmission. rejetant toute forme d'épargne ou de thésaurisation. récité à voie basse. les oratorios chantés ou concerts spirituels. par l'intermédiaire de Daoud et-Tayi. connu par le pourpre de ses habits d'apparât. "Ism el Jalâla (nom de Sa Majesté divine). et fut. sont : les Rifaiyah (filiale Qadirite) Qocheïriyah. AI-Koubrawyah (du Cheikh AI-Koubari) et sa filiale AI Hamadânyah dont le promoteur Ali put rassembler. sans s'enliser. Chez AI-machrayah51[51]. dans ses débuts. convaincus. mais appréciées. Il en fit un "wird" matinal. Une bonne part des hommes de science canonique. les autres confréries. Soufi Algérien de Tlemcen). Deux autres filiales de la première : er-Rouknyah (de Roukn ed-Dîn es-Semnâni) et en-Nouryah (de Nour-ed-Dîn elAsfarâyini). et quelques uns. par le costume vert. d'une grande efficience. suivant une succession de maîtres. Habib el 'Ajîmi. le Yamanite . sont de rigueur. El-Madariyah (du Chah Madary). ainsi que les Madiânites (Abou Médian el-Ghawth. se réclament de Khadir. sinon l'existence même. Ali Ibn Abi Tâlib. dans leur subsistance. Es-Sahliyah (Salah Ibn Abdellah). 50[50] 51[51] qui vient du mot "Jahr" (dhikr à haute voix) du nom Ahmed Ben AI-Machrah. dans la succession suivante : AI-Kalandaria visant la purification de l'âme. ses adeptes en haillons. La voie Ouwaïs (qui se réfère au fameux Ouwais el-Qarani) et qui vient en second rang. et. alors. en sus des oraisons effectuées à haute voix. est le célèbre "Sanad" remontant au Prophète. pour lui. lls en ignorent la nature et la quintescence. Quant à AI-Khalwatyah. s'adonnent à une mendicité ostentatoire.Toutes ces données sembleraient excentriques. dès ses premiers contacts avec son éminent maître égyptien Mahmoûd el-Kordi. Le Cheikh Tijani adopta cette voie. parvenant jusqu'à AIJoneïd. et très recherché. n'en sont. Hassan el-Basri et le beau-fils du Prophète. parmi les amateurs du Soufisme. est celle du Cheikh Abou bekr ben Houwwari. Ils jouissent des délices licites. dans les conjonctures contemporaines. citée par (el Jawâhir). Deux autres confréries : AI-Mawlaouyah (de Jâlal ed-Dîn et-Toussi) et Aljahrya50[50] (d'Ahmed es-Souyouri). el-Khochaniya (du Qotb ed-Dîn et Khochani). Les Qâdirites (de Si Abdeqader el-Jîlani) et les Hâtimites (Ibn 'Arabi el Hâtimi) sont d'obédience spiritualiste notoire. non moins réputées. El-Joneïdlydah. elle se caractérise par une litanie de base. AI-Bourhânyah (attribué au Cheikh Bourhân) se caractérise. s'inspire de la pure essence apostolique mohammadienne et d'autres. Viennent.

d'où la confusion ressentie. La conscience de cette grâce Divine n'est pas à la portée de tout le monde. ni d'un intellectualisme contemplatif ou imaginatif. touchés par la faveur de la Providence. dans le cadre d'une rationalité discursive. qui marquent ce sublime état électif. que la sainteté ne s'intègre. sans motivation. guère. La trans-conscience intime et la profonde nature cognitive.la véritable conception de Dieu. d'après un hadith Qodsi (sacré). L'incapacité initiale de Le concevoir 52[52] est . répété par Pascal . Des signes distinctifs ambigus et apparemment contradictoires. ni prédisposition. par trop littéralistes.comme dit Abou Bekr es-Siddik.Il s'avère donc. que par certains adversaires. Si la conscience humaine est incapable de capter les caractères essentiels d'une âme élue. à travers la manifestation des signes de Sa Beauté et de Sa Magnificence. aussi bien par les adeptes du Soufisme. "Allah seul connaît Ses élus. par contre la connaissance de Dieu demeure concevable. 52[52] al-‘Ajz’ Ani Al-Idrâk Idrâk . à la suite de cet exposé substantiel. déroutent les esprits les plus critiques. sont l'apanage d'un groupe de privilégiés.

Allah. la sourate du Qadr (Destin) aux multiples arcanes. D'autres liturgies. qui se réalise au moment où le fervent adepte s'y 53[53] Première sourate du Coran . Un quatrième justificatif: le grade élevé de son maître: Sceau Suprême de la Sainteté et héritier des splendeurs mohammadiennes. alors. Un autre leitmotiv de notre Tariqa est çalat "Jawharat el-Kamâl" (Perle de perfection) dont les termes. il découle. dans le dernier chapitre. accorda au Sceau des Saints .d'après Ibn 'Arabi . pour diverses raisons : Il ya. grand initiateur des Secrets intimes. Seigneur du Royaume des Elus. intime invocation pour le Prophète.les insignes faveurs. Sidna Mohammed (bénédiction et salut soient sur lui). si ineffable et si sublime ? La voie Tijanya est connue. autre qualification transcendante du Sceau des Saints. qui concrétise la réalité Mohammadienne. redevable à Allah de fervents éloges. dignes d'hommage et de louange. D'autres considérations. autant de dons gracieux. le point de concentration. la "fatiha"53[53]. qui débouche sur la grande ouverture. C'est une appellation très courante. en premier lieu. Un troisième motif. très subtil. des propriétés esquissées. implicitement ou explicitement. tous deux archétypes de la condition humaine vassale. Cette concrétisation fulgurante. C'est également plausible. est. d'abord. de la figure apostolique réelle. cachet de gloire et inimitable directeur de conscience. revient au fait que ses litanies sont axées. une place d'un rang éminemment élevé. dans Sa Majestueuse Pré-éternité. toujours vivante. en corrélation concomitante avec le Sceau de la Prophétie. source d'inspiration de l'initié. qui en sont les motifs conducteurs. expression vivante de reconnaissance à Allah. vers le Summum. notamment.CHAPITRE VIII: SOUFISME SALAFI OU CLÉS DU SOUFISME Pourquoi la Tijania est une voie Abrahamo-Mohammadienne ? La Tariqa Tijanya occupe. Entre autres. Maître des Maîtres. dans ses formulations les plus profondes. en premier lieu. inspirent les plus heureuses manifestations cosmiques. qui justifient encore cette appellation. axée. au sein de la trans-conscience. pleins de verve. Le mourid transcende. Une seconde raison est suggérée par la racine etymologique du mot "Hamd" . sous la qualification ahmadya. souvent qualifiées de Chadhilites. parmi les voies soufies. justifié par l'appartenance de la Tariqa à la série des confréries dites de gratitude. Pourquoi cette affinité. s'intègrent dans l'ineffabilité inhérente au "Katmia". L'image luminescente de Sidna Mohammed. par degrés. dans le concert des Tijanis. comportant d'indicibles secrets des grâces divines. vue sa réelle parenté avec l'Imam des Prophètes. sur la çalât. la fâtihi : invocation de bénédiction. marquée par la cristallisation. dite "Mère du Coran". Quant au caractère Mohammadien de cette voie. pour l'insigne faveur concrétisée par le Message sublime de notre Apôtre. à propos de la (Tariqa Mohammadyah). sont la source de mystères inexprimables. un mobile apparent qui s'impose de prime abord : c'est le nom de son promoteur: Sidi Ahmed Tijani. ainsi. sur la même notion du "Hamd".

sans hésiter . De par Sa grâce enveloppante. jusqu'aux milliers. en illustrent les inimitables et extraordinaires ébauches. partant le soufisme. Des signes d'une sublimité et d'une luminité indicibles. dénie. nettement. un jour. car. le sens de gratitude (ech-chokr) dont se réclame le . donc. chez Ibrahim el-Khalil.la religion la plus aisée. à ce qu'Il a révélé à Abraham. celle d'Abraham". à la fin des jours. Jésus et les Prophètes ont reçus du Ciel. dont il cautionne les privilèges et les dons miraculeux. qui englobe les religions révélées. vis-à-vis des autres Confréries.attend le moins. La discursivité demeure inapte à saisir les impondérables de ces flashs ésotériques. D'autre part. nous ne mettons aucune différence entre eux. à une cinquantaine de Sahaba (Compagnons du Prophète). Jacob et aux douze tribus : Nous croyons aux Livres Saints que Moïse. et se reflètent sur le miroir policé de toute âme dépurée. auteur des (Rimâh) (lances). elle est la dernière des Confréries dont l'avènement s'inscrit. De véritables fresques. les primes de cette élite. aucun problème de désintégration. (Moslim. qui était pieux et n'associait point d'autres divinités à Dieu" (verset 89). le credo d'un musulman abrahamique. Les disciples de ce Cheikh sont les propres disciples du Promoteur réel de cette Tariqa. laquelle des religions est la meilleure ? "C'est -répondit-il-. Une pieuse jalousie anime le Promoteur de l'Islam.précise le Coran . car toutes convergeront. au Prophète. suivez. Ces marques sont exclusives. se profilant sur les contours idéalisés de l'initié. Mousnad Ibn Hanbel et Tabarâni). dans la hiérarchie mystique. fait remarquer que celui qui met en doute cette notion d'intégralisation sur-croissante. dans cette voie. se repercutent. dans le même creuset islamique. Le Coran tient à préciser. la religion d'Abraham. bien avant Sidi Ahmed Tijani. verset 78). nous sommes musulmans" (Sourate AI-Imrân. dans d'autres caractéristiques très distinctives. Sept autres propriétés impriment à cette Tariqa une spécificité marquante : A l'instar de la religion Mohammadienne. qui leur sont promis. "Dieu leur ordonne le Coran = "Dieu ne dit que la vérité. que le concert plénier des Soufis admettait et appréciait. touché par la Providence. comme l'appelle Massignon. s'esquissent spontanément. verset 1er). autre que la source Mohammadienne. Allah centuple. On demanda. une donnée authentique de l'Islam.est l'Islam" "(Sourate de la famille d'Imrân. équivaut en "ajr" (prime) et non en "martaba" (degré ou grade). dépeignit les caractéristiques inouies de cette çalât. devant toute atteinte ou entorse à ce bloc unifié. toute spécificité mohammadienne est. et l'Islam s'identifie à la religion d'Abraham. comme marque indélébile de la prééminence de leur grade. le Prophète Mohammed eut l'aimable geste de s'allier et d'apparenter les adeptes assidus de cette Tariqa. c'est-à-dire l'amitié divine libératrice. telle la notion de grâce qui définit la (Khollâh). Déjà. Son adoption ne crée. Ismaël. Le caractère abrahamique n'est pas moins marqué. AI-Fouti Omar. par définition. abrahamique. est le propre de cette prestigieuse initiation où la fâtihi demeure la clé de tous les mystères. "Dis-leur (Ô Mohammed) : "Nous croyons en Dieu. vers le grand Symbole d'unité Mohammadienne où les rites fusionneront. entre Dieu et l'âme khalilienne. l'Imam Bekri. cette réciprocité d'amour. en fait. D'autre part. d'une luminescence palpitante. en dehors du Chadhilisme. Les aspects essentiels qui imprègnent l'Abrahamisme islamique et. dépeinte dans un hadith où le Prophète spécifie que le "moumin" (croyant) du "dernier des Temps" (Akhir-ez-zamân). "La religion de Dieu . ou plutôt. Ces honorables distinctions ne sauraient émaner d'une source.

en précisant que la rectitude . d'un humanisme transcendant. C'est ce que le Cheikh Tijani explique. s'il n'est fondé sur une option authentique du Prophète. donc. celui qui en est dépourvu. car. si l'Islam consiste dans une pratique cultuelle adéquate. grand initiateur du bien.par un bon comportement envers les hommes" (Tabarâni). dans une tradition rapportée par Moslim . Le soufisme Tijani est un mysticisme islamique qui s'identifie à un système éthique dont l'idéalisme l'imprègne. comme atout exhibitionniste. que dans la valeur matérielle d'un don. La qualité de l'acte réside. La mendicité. ose tout se permettre" (Tabarâni). c'est cet élan généreux de l'âme et du sentiment. D'où. "celui qui s'écarte de la Communauté se détache des liens de l'Islam". qu'aucune anicroche ne souille ni pollue. est prohibée par l'Islam. se manifeste . curieusement. la prééminence du soufi des Derniers Temps. "(Boukhâri. "Un croyant. qui fait la force d'un soufi. C'est. Moslim et Tabarâni). mais plutôt la richesse de l'âme.plus valable et mieux aimé de Dieu. dont il fut l'Elu Préféré. dans un renoncement. (Sounan sauf Abou Daoud). en l'empêchant. d'être perfide ou scélérat" (Tabarâni). la foi . "Mieux vaut. Cet attachement indéfectible à Allah est le fil conducteur qui marque l'élan abrahamique. dégagé de toute velléité. Mais. dans tous ses états. mais pratique. La valeur du geste d'un soufi est hautement appréciable. chez certains bigots. où toute religiosité creuse est bannie. le propre d'un croyant ou un soufi salafi. pour assurer son gagne-pain que mendier". C'est ce processus sounnite. "La pudeur est une marque de foi". dont l'ultime désir est de se sentir comblé par 54[54] d'après un hadith rapporté par Moslim . d'une tradition prophétique. dans une ambiance non viciée par des écarts excentriques de bigotisme : Certains initiés semblent avoir oublié ce rayonnement heureux. L'espérance et la persévérance sont. chez le soufi. (Hadith rapporté par les Sounan.est plus méritoire que mille miracles".dit le hadith . qui doit commander le comportement d'un Tijani. à l'exception du Mouatta).justesse d'esprit et dignité de l'acte . pour un moumin. et. Une des branches de cette foi agissante est "d'écarter d'une voie publique tout obstacle. la patience et l'endurance qui cristallisent l'Ethique Abrahamique sont les leitmotiv de la Morale comportementieIle de l'Initié qui se rend à discrétion. car "Dieu n'agrée point une foi qui n'est pas étayée par des actes" (Tabarâni). "La foi. sans dévotion outrancière. La grandeur d'âme. C'est l'Islam dans sa pureté originelle. qu'un moumin de faible constitution".implique la conviction qui s'identifie à une adhésion totale à Dieu et à une sublimation. but suprême auquel aspire un soufi . est . n'est guère de mise.n'est guère l'aisance matérielle. La véritable richesse. dont l'Islam a fait le fond même de son dogme. ramasser du bois.chadhilisme est transcendantallement développé chez Abraham. aussi bien énergétiques que statiques. à chaque instant. profondément. Le véritable soufi est l'archétype d'un salafisme sounnite. se réclamant d'un fatalisme dévié. symbole de la Soumission inconditionnelle à Dieu. reflet imperturbable et fonction d'impondérables. Le caractère miraculeux qui sort de l'ordinaire. à un intellectualisme intuitif. en Islam. "Dieu -rapporte Tabarâni . dans un comportement qui s'ingénie à éviter toute atteinte à l'honneur et à la dignité d'autrui. résignation et abandon permanent à Dieu. n'aura aucun impact. "La foi subjugue le croyant. Ce sentimentalisme qui s'allie. et avec une vision réelle des conjonctures. davantage dans le sens d'abnégation et dans l'altruisme. Le dilettantisme défaitiste ou nihiliste.aime le croyant qui exerce un métier". pour parfaire la Morale Universelle que l'Apôtre de l'Islam a été envoyé54[54]. en effet.affirme encore le Prophète. Toute ostentation déviante est considérée comme un comportement excentrique. pouvant nuire aux passants".dont se réclame le soufisme . par excellence. physiquement fort. est conditionné par l'épanouissement spontané de l'Ego. où l'initié se réclame.

S'attacher fermement à Dieu. aux préceptes de la Sounna. aucunement. qui caractérisent le croyant. Deux qualités essentielles . éminemment élevés. en se réclamant de Lui et de Lui seul. Autant de caractères.sont le propre d'un véritable Tijani.affirme Si Larbi Ben Sayah comme conclusion de sa Boghya .Allah. d'un autre que LUI. strictement. . c'est-à-dire le véritable soufi. sans dépendre. dans un conceptualisme qui accorde prééminence aux concepts coraniques et à la tradition prophétique. se conformer.

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ZAIN UL-ABIDIN. by Seyyed Ali Mohani from arabic text of 11 th cent. of which this collection is the greatest. (VIII. 148 P. XCII. .A. By Ahmed Ali Mohani with 92 pp. 190 pp. N. repr. HAZRAT IMAM ALI Sahifa-e-karnelah (The Book of perfection) Another english version without arabic text. photomech. sixty-eight prayers for all occasions tr. HAZRAT IMAM ALI Sahifa-i-kamila great-grandson of prophet of islam. 224 PR • ZIADEH. 1971. 1968. introduction and appreciation. A study of a revivalist movement in islam. scholarly (30 pp). edition of al-Majlisi 1.Sanusiyah.• ZAIN UL-ABIDIN.). introduction and commentary annotated. who poured his spiritual genius into inspiring prayers. 1970. of the first (1958) ed.

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