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La musique nous appartient et nous ne lui appartenons

Qu’ au moment où ses vibrations nous la font inventer.

Je ne veux pas être éteint

Une question qui avec de légères variations revient :
‘Où est-il possible d’écouter ta musique ?’ ou bien ‘Comment peut
on se procurer ta musique?’ ou encore ‘Où est ce qu’on peut
acheter tes disques?’ La réponse est toujours la même: ‘Je ne veux
pas être éteint’.
‘C’est l’heure de sortir…’
‘On te demande au téléphone…’
‘Le dîner est servi…’
Ce sont ces appels et annonces qui éteignent et je ne veux pas
qu’une de mes pièces soit éteinte (interrompue) pour une de ces
raisons ou n’importe quelle autre.
Dans la pleine liberté de chacun il faut se rappeler que les
choses de ce monde doivent être respectées parce qu’elles ne sont
pas des objets à notre service mais des processus qui impliquent
des interactions avec nous-mêmes, ce sont des créations, des
émotions et elles sont précieuses. Leur valeur doit être comprise
et sauvegardée.
L’alternative est le consumérisme, la diffusion de masse, les lois
du marché qui transforment les choses en objets-que-nous-pouvons-
acheter-et-posséder et une fois nôtres en disposer selon notre bon
vouloir et donc pouvoir les interrompre à tout moment.
Je refuse cette idée consumériste et j’ai donc décidé de ne pas
enregistrer ni commercialiser ma musique parce que, comme toutes
les choses belles et importantes de l’existence, elle ne peut
s’acheter ni se vendre.
« Mais, excuse-moi, sans disques comment faire pour t’écouter ? Tu
dois bien avoir un moyen pour nous faire participer à ta
musique! »
Participer ? Je sais seulement que se trouver dans un lieu de
beauté, disons un jardin, ou entourés d’étoiles dans le désert du
Wadi Ramm en Jordanie ou encore dans le vent du temple de Poséidon
au Cap Sounion en Grèce et écouter à travers toutes les choses
sensibles du lieu et du moment une de mes compositions, est
participation extraordinaire, participation à une sacralité
impossible à éteindre.

Walter Branchi

(Traduit de l’Italien par Eric Auzoux)