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PORTRAIT

1920-1958, deux dates importantes dans la vie d’une grande personne. Il s’agit de Boucif Mokhtar dit
Kadda fils de Mohamed et de Bounab Zina de la région de Mascara.

C’est par devoir de mémoire que votre serviteur a décidé d’écrire cet article dans le but
de retracer le parcours de cette personne avec un maximum de détails tirés de témoignages de
parents (es) d’amis et d’anciens élèves.

Originaire d’une famille issue de la tribu Ouled Sidi Kadda Ben Mokhtar, celle aussi de
l’Emir Abdelkader, habitant un bourg appelé Nesmoth dans la périphérie du village Sidi Kadda
(Mascara), aux terres arides où la subsistance était des plus difficiles, il y grandit au milieu d’une
fratrie composée de Ahmed, Djillali, Bekhada, Abderahmane, Kaltouma, Fatma et Khedidja tout en
profitant de la chaleur familiale. Le jeune Kadda s’attela d’abord à « voler » aux colons le Savoir. Il
savait que sans cela, l’accès parmi l’élite même du Second Collège était impossible, sachant que le
Premier Collège était réservé exclusivement aux européens ; enfin aux nantis.

Son passage dans le cycle primaire et secondaire à Mascara ne se déroula pas sans
difficultés. Son père Si Mohamed, fellah de son état, le plaça malgré les difficultés de la vie
quotidienne chez une parente dénommée Melouka Bent Boughrara dans le quartier indigène Bab Ali
en contrepartie de remise de produits de la terre selon la pratique (Eretba) de l’époque.

Caressant l’espoir de devenir enseignant, à cette époque un grand statut, il fit de


brillantes études à Bouzareah à Alger avec son frère ainé Ahmed et feu Djillali le cadet disparu en
1949 dans des conditions tragiques au cours d’un séjour à l’étranger.

Grâce à son bagage intellectuel, il comprit la problématique des algériens et adhéra tout
jeune au mouvement nationaliste pour s’imprégner des principes de la décolonisation et de
l’affranchissement des peuples. Il suivait l’actualité internationale et avait suffisamment remarqué que
la discrimination imposée aux algériens était devenue insupportable ; La politique des deux poids,
deux mesures était ostensiblement répugnante.

En ce qui concerne le jeune instituteur Si Kadda, il est affecté dans les années 40 comme
instituteur à Terga village de la circonscription d’Ain Témouchent, région connue par son
implantation en viticulteurs français après avoir pris comme épouse Aoumria Bent Ahmed
Belguendouz notable de la tribu de Ouled Sid Ahmed Bénali qui était déjà marié avec sa tante
maternelle Setti Bent Bounab. Après une période relativement courte, il est muté à Ain Hadjar dans le
département de Saida en qualité de directeur instituteur. Il passa plusieurs années dans cette région
où ses anciens élèves gardent encore de lui de très bons souvenirs.
Dans sa lancée, il se voit confier la direction de l’école primaire de la ville de Palikao
actuellement Tighennif dépendant de Mascara. Ses élèves et ses anciens collègues de travail, pour les
uns encore en vie, pour les autres plus de ce monde, lui vouèrent un grand respect.

Nous sommes le 1er Novembre 1954. La Révolution Algérienne, pour libérer l’Algérie du
joug colonialiste français présent depuis 1832, venait de commencer. Ceci, le jeune Kadda pour la
famille et Mokhtar pour l’état civil, le savait parfaitement. Son âge mûr, son niveau intellectuel
conjugué à son militantisme avéré lui donnait suffisamment de conviction que le colonialisme devait
quitter son pays. En d’autres termes, il était prêt au sacrifice suprême sachant tout de même que toute
créature humaine aspire à rester en vie.

Après son passage à Palikao, il est muté à Thiersville actuellement connue sous le nom de
Ghriss dans la région de Mascara. La ville de Thiersville était dirigée à l’époque de la guerre
d’Algérie car c’en était une et non une série événements comme certains cercles veulent le faire
croire, par un sinistre colon du nom de Félix Vallat. Cette personne était connue par ses relents
racistes à l’endroit des arabes, fut-il, le directeur d’une Ecole de la République Française.

Si Kadda, grâce à son militantisme assorti de son bagage intellectuel avait déjà compris
l’objectif recherché par ce type de colonialiste et consorts pour terroriser la population afin de la
faire renoncer à son idéal fait de liberté. En face, l’autre objectif tracé par les initiateurs de la
Révolution Algérienne Larbi Ben M’hidi, Boudiaf, Bouchaib, Zabana et tous les autres l’imprégnait
profondément. Pour lui, il fallait résister même au prix du sacrifice suprême, la mort.

Intelligent qu’il était, il avait « conquis » le Savoir et comprenait le bien-fondé de la


demande de l’Indépendance de son pays. Sa force d’analyse, il la tirait de sa passion pour la lecture.
Cette soif de la lecture était étanchée par des revisites attentionnées d’écrits sur l’Emir Abdelkader,
Simon de Bolivar, l’Emir Khaled et l’Etoile Nord- Africaine, le combat des Indochinois, la Révolution
des officiers libres en Egypte etc… sans pour autant négliger Rousseau, Pascal, Baudelaire, Racine, et
beaucoup d’autres écrivains. Il fallait donc faire passer le message à ses élèves « indigènes » et
casser ainsi cette vision étriquée de sous-hommes que les français collaient injustement à ses
compatriotes. Féru de culture française, il ne négligea pas pour autant de connaitre davantage la
richesse de la culture arabo- musulmane. Son professionnalisme avéré associé à une fine
psychopédagogie était reconnu pas tous ses collègues européens, hommes et femmes aux dires de ses
anciens amis.

Voyons ce que dit, un de ses anciens élèves, Dali Tayeb cadre fiscal à la retraite : « Un
jour, Si Kadda demanda avec insistance à un élève de bien fournir un dossier pour entrer à l’Ecole
des Cadets de Koléa. Il fit le nécessaire pour qu’il quitte Ghriss du fait qu’il était un élève brillant. Un
jour, ayant appris que ses parents avaient refusé de le laisser partir pour un avenir meilleur, il lui fit
part de son mécontentement en l’apostrophant sévèrement comme le fait un père envers son fils.
L’élève, ayant atteint l’âge adulte, comprit que Si Kadda voulait déjà préparer les cadres de l’après-
indépendance de l’Algérie ». Comme le dit l’adage : « le Savoir Faire s’acquiert par la pratique de ce
qui est appris… »

Habité par la pensée de mieux servir son pays une fois libéré du joug colonialiste, il n’avait
de cesse d’haranguer, le mot n’est pas fort, ses élèves algériens pour acquérir le maximum de
connaissances. Il savait le faire à sa manière. Une fois, ajouta Dali Tayeb : « il fit sortir tous les
élèves français en sus des filles pour nous dire ouvertement qu’il n’est pas sûr de voir l’indépendance
de l’Algérie. Par contre, il était convaincu que nous les jeunes avions beaucoup d’espoir de jouir de
cette indépendance. Pour assumer cet avenir, il fallait étudier malgré toutes les contraintes. A cette
époque, les « gueux » que nous étions aux yeux des français de notre âge arrogants et se sentant plus
civilisés que nous, devaient s’orienter vers les métiers et en particulier agricoles ; pas plus ».

Dali Tayeb, très ému quand il parle de son instituteur, ajouta que le domicile de Si Kadda était
ouvert aux élèves arabes et en particulier les nécessiteux studieux. A l’époque, sa femme gavait ses
élèves algériens par des friandises et autres mets succulents que seule, elle, savait le faire. Et il en
était parmi. Il disait souvent à l’adresse de ses « indigènes » qu’ils sont d’origine plus noble que ces
colons racistes sans par autant occulter que le peuple algérien avaient des amis (es) parmi le peuple
français. Il disait aux élèves algériens qu’il faut se transcender pour réussir ses études. Pour ce faire,
il fallait étudier, rien qu’étudier, mieux étudié que les autres. Tel était son leitmotiv. Il était très
content quand nous obtenions, sans tricher, bien sur de très bonnes notes. Ses enfants qui étaient
avec nous dans la même classe n’avaient aucune faveur ; bien au contraire, ils étaient corrigés
lorsqu’ils ne travaillaient pas assez. Il faisait de son mieux, même si il fallait se battre avec le diable
pour faire passer l’écueil dressé délibérément contre les « gueux » par le système ségrégationniste. Il
s’appliquait, néanmoins, à ne pas verser dans l’injustice envers les élèves français. Pour lui, c’était
l’Ecole Publique même si certains (nes) de ses collègues européens versaient sournoisement dans la
discrimination à l’endroit des petits algériens.

A cette époque, Si Kadda avait un confort matériel que beaucoup lui enviait même parmi
les européens. Aider autrui, de sa famille ou pas, était un devoir pour Si Kadda. Humble et généreux
qu’il était, il n’osait jamais dire non. Directeur d’école à cette époque lui conférait un statut élevé. Il
avait une voiture de type Peugeot 203 qu’il mettait souvent à la disposition de toute sa famille.

Plus tard, son gendre Ali Boukaroucha aujourd’hui décédé connu sous le nom de guerre de
Boubekeur, utilisera cette voiture pour convoyer avec la complicité de son épouse Fatima Bent Tâalbi
des armes, des munitions, des tenues militaires, des médicaments et des denrées alimentaires aux
moudjahidines ; ceci se pratiqua plusieurs années jusqu’à l’arrestation de ce dernier qui fut torturé
bestialement. Il en garda des séquelles jusqu’à sa mort en 2009.

Son neveu Boucif Djillali, chirurgien et député à la retraite connu pour ses actions
caritatives au profit des nécessiteux, dit au sujet de son oncle paternel et je cite : « il est pour moi un
exemple de droiture, de militantisme et d’humanisme. Il a donné sa vie pour que l’Algérie soit libre
et permettre ainsi à d’autres algériens (nes) de s’épanouir dans la liberté dans leur pays».

Si Kadda était outré par ce crime de lecture des français qui voulait que l’Algérie soit
considérée comme française. C’est révoltant ; enfin du délire tout simplement.

Il avait un regard attentif sur le combat, grâce aux africains et en particulier aux
algériens, que la France menait au Nazisme, une horrible idéologie destructrice de l’humanité; enfin,
de la chair à canon. Malgré cela, elle n’avait pas tenue parole. Au contraire, elle répondit par un
massacre en 1945 de ceux qui avaient répondu présents à l’appel de De Gaulle chef de la France
Libre. A ses yeux, la devise Egalité-Fraternité-Liberté était devenue une tromperie.

Reprenons le parcours de ce militant. Avant de débarquer à Ghriss, il fit un passage


remarquable dans la ville d’Ain El Hadjar. Ses anciens élèves ne tarissent pas d’éloges à son
égard.Hélas, aucun établissement scolaire ne porte son nom à Ain El Hadjar. Pourtant, il admirait
fort bien cette région pour son hospitalité et la bravoure de ses hommes. Plus tard, certains de ses
élèves prendront les armes et tomberont au champ d’honneur. Gloire à nos Chouhadas.

Son ancien élève des années 1950 Negadi Mohamed receveur, des impôts, actuellement à
la retraite, disait qu’il était pour lui l’instituteur mais surtout l’intellectuel militant engagé, un
algérien fier de ses origines arabo-amazigho-musulmanes. Negadi Mohamed adulait son instituteur et
reparle de lui avec pleine d’émotion.

Slimani Moulay, greffier à la retraite, fondit presque en larmes lorsqu’il y a quelques


années, il lui fut offert une ancienne photo où il figure avec des élèves des années 50 dans une classe
en compagnie de son instituteur Si Kadda. Il en fit une relique.

Si Kadda communiait avec ses élèves algériens. Il essayait de saisir leurs difficultés
quotidiennes et apporter des solutions plus ou moins idoines .Il leur inculquait qu’ils étaient
l’espoir de l’Algérie libre. Il leur racontait souvent l’Histoire de l’Algérie, pas uniquement celle de
« nos ancêtres les Gaulois », pour leur permettre de mieux préserver leur personnalité arabo-
musulmane. Il faisait éveiller discrètement l’esprit de ses jeunes, jamais devant leurs camarades de
classe souvent d’origine espagnole, maltaise, italienne etc…Il leur inculqua que les vrais habitants de
ce pays sont eux et non ces gens-là.
Qui pouvait ressentir mieux que lui, que faire apprendre et chanter la Marseillaise au lieu
de Min Djibalina, à des élèves algériens n’était pas un affront au peuple algérien ? Il leur expliquait,
dans la discrétion, qu’ils n’étaient ni français, ni gaulois, ni même indigènes. Ils étaient
d’authentiques algériens qui avaient le droit de fréquenter l’Ecole de Jules Ferry quand bien même
que ce personnage soit un partisan de la glorification de la race supérieure et de la colonisation.

Ses classes étaient un terrain où le combat était mené au moyen du Savoir qu’il s’attelait à
donner aux indigènes mais sans tricher, en les stimulant surtout. Pour lui s’il fallait « voler » le Savoir
à l’Occident, alors il fallait le faire ; c’est de bonne guerre.

Faire réussir des élèves algériens était son crédo. Il avait remarqué que le seul lieu qui
restait aux algériens était l’Ecole Publique de Jules Ferry puisque les zaouiates séculaires et leurs
écoles coraniques étaient fermées depuis longtemps par le colonialisme ; encore, une atteinte aux
symboles et valeurs auxquels le peuple algérien s’attachait. Il n’est pas superfétatoire de noter que la
vaste région de Ghriss (à ne pas confondre avec la ville de Ghriss ex. Thiersville) s’étendait de
Tighennif à Ain Fékan dont le fief était El Keurt, appelé aussi le vieux Mascara. D’ailleurs, El Keurt a
été d’abord le lieu de refuge de Bey d’Oran lors de l’invasion espagnole d’Oran en 1708 et en suite le
fournisseur en soldats à ce chef ottoman (Djeich Ettolba) pour chasser les espagnols. Le niveau
intellectuel dans cette région d’Algérie, antérieurement à l’invasion française en 1832, était très élevé
et diversifié grâce à ces ancestraux lieux. Ce qui a permis d’ailleurs à l’Emir Abdelkader de compter
sur d’éminents érudits comme Si Ahmed El M’rahi, Si Mohamed Sakkat, Si Abdelkader El Mecherfi, Si
Abdelkader Beroukeche El Kebir, son fils Si Abdelkader Beroukeche El Seghir, Si Belmokhar El
Ourghi et beaucoup d’autres, tous issus de ces écoles où la fertilité de l’esprit et de l’intelligence était
un label pour les cheikhs et les tolbas de toute l’Algérie. Pour les férus de lecture, il est suggéré de
lire Touhfet Ezzair conservé à la Bibliothèque Nationale à Alger.

Comment ne pas évoquer aussi l’exégète, le Saint Sidi Bouras El Naceri El Maascri dont la
riche bibliothèque a été sérieusement saccagée par les colonialistes lors de leur entrée à Mascara, un
autodafé en règle ; quel parallèle avec l’invasion occidentale en terre d’Irak.

Il lisait la souffrance de son peuple dans les yeux de ces chérubins et dans la
quotidienneté de leurs parents souvent misérables, manquant le sous et peinant à supporter les frais
de la scolarité de leurs progénitures ; le couffin ou les études, un choix très difficile pour les parents.

Malgré leur inanité, l’instituteur Si Kadda était respectueux des Principes d’Egalité et de
Fraternité de l’Ecole Publique envers tous les élèves, quel que soit leur confession, leur origine et leur
rang social. Pour lui Jonas ou Younes, Moïse ou Moussa, Elie ou Elias étaient traités kif kif. Mais,
Mohamed n’était pas comme Marcel, Miloud comme Michel chez certains de ces collègues
européens ; c’était le visage affreux du système éducatif ségrégationniste mis en place par le
colonialisme.

C’est pourquoi, il forçait, le mot n’et pas fort, « ses indigènes » à travailler davantage pour
être loyalement parmi les meilleurs et accéder à un rang social compétitif. Il avait l’art de savoir les
stimuler sachant qu’ils étaient frappés d’ostracisme dans leur propre pays ; mais point d’injustice de
la part de l’instituteur arabe envers les élèves européens.

Il savait aussi reconnaître le bon grain de l’ivraie. En d’autres termes, les amis (es) du
vaillant peuple algérien et ses ennemis. D’ailleurs, il admirait Sartre, Simone de Beauvoir, les
militaires français objecteurs de conscience et tous les autres français anonymes pour leurs prises de
position envers le peuple Algérien et ses aspirations. Il ne vouait aucune haine au peuple français
auquel il reconnaissait à une partie de défendre ardemment l’idéal du peuple algérien.

Il mettait à profit son entrisme dans le milieu des français, grâce à son rang de directeur
d’école pour récolter de maximum d’informations. Recueillies grâce à son réseau et notamment le
gendarme Si Bouras, originaire des hauts plateaux de l’Est, ces informations étaient rapidement
répercutées sur les frères, soit pour éviter les encerclements lors d’opérations militaires, soit pour
permettre aux personnes recherchées d’avoir la vie sauve en rejoignant carrément le maquis ou une
autre ville pour échapper aux griffes des tortionnaires car la torture était pratiquée violement sur les
algériens voire sur des loques humaines pour soutirer des aveux. Si Kadda savait lire dans la pensée
des français. Il était conscient que faire « voler » ces renseignements aux français et les transmettre
illico presto aux frères était une dangereuse mission de patriote. En d’autres termes, un acte de guerre
dont son auteur devait être neutralisé, même par la mort.

Conscient qu’il était sérieusement pisté, il prenait toutes ses précautions pour cacher ses
activités politiques. Une fois, il a failli être trahi par son imprudence lorsqu’il chargea une parente,
encore en vie, d’irriguer son potager situé à l’intérieur de l’école de Ghriss. Cette parente mit la main
sur un très gros paquet de liasses bancaires caché dans le carré des poivrons. Subitement, elle vit
sortir précipitamment de sa classe Si Kadda dont sa première question était de savoir si elle avait
remarqué quelque chose. Elle lui remit discrètement le paquet et le rassura de garder le secret. Quel
soulagement pour Si Kadda car c’était le bien (Elmalya) de l’Organisation.

De son activité subversive, le maire Félix Vallat avait la certitude, selon des indiscrétions de
Si Kadda de son vivant. Ce sinistre maire lui a dit une fois qu’il était dangereux par son activisme
subversif et calculateur. Il lui disait en ces termes : « Si les fellaguas me tuent, tu le seras toi aussi
par les tenants de l’Algérie française ». Si Kadda savait que la décision divine était déjà prise à sa
naissance ; tôt ou tard, il devra mourir comme tout êtres humains. Nul n’est éternel hormis Dieu.
Quant à Felix Vallat pour encourager les colons de Ghriss à résister, il prend les armes et
passa ses nuits dans sa ferme- cave vinicole, pour montrer qu’il n’a pas peur des moudjahidines. Les
dégâts moraux et physiques qu’il faisait avec sa milice à l’endroit de la population
devenaient insupportables aux yeux de l’Organisation du FLN (Nidham). Les exécutions sommaires
d’algériens (es) par sa milice ne se comptaient plus. C’est pourquoi, le commandement de l’ALN
décida de faire quelque chose pour annihiler cette barbarie.

Par une journée de Ramadhan de l’année 1958, un commando attendait de pied ferme ce
sinistre colon pour le clouer au pilori. Il fût tué seul sur le coup. Il faut noter qu’il était constamment
armé. Alors que la consigne donnée au commando était d’épargner sa femme et ses deux enfants, son
épouse prit son arme et riposta. Dans un souci de défense, le commando l’a réduit au silence. Telle
est la réalité de son exécution.

Au cours d’une émission télévisée d’une chaine satellitaire française, un membre de sa


famille a déclaré faussement que le maire Vallat a été trahi par le directeur de l’école de Ghriss. Ce
maire savait impertinemment que Si Kadda était un dangereux « fellagua » dont ses dépassements
l’exaspéraient. Il ajouta par la suite que le maire Vallat était aimé par tous les indigènes ; ce qui est
un gros mensonge puisque dans une seule journée, ce sinistre personnage élimina avec sa milice
armée une douzaine d’algériens dans le seul douar d’Ouled Abdelouhed à titre de sanction, suite à
l’exécution par les moudjahidines de Georges Mauriace un sanguinaire colon de Makdha. Peut-on
aussi oublier la mort délibérée des cheikhs Si Bénaouda Menaouer et Si Bounab Mokhtar, tous deux
hommes de religion de Ghriss que la population vénérés même post-mortern ?

Face à cela, Si Kadda avait compris que le sacrifice des algériens (es) ne serait pas inutile.
L’indépendance, tôt ou tard, le peuple l’aura. Sachant que la défaite est orpheline, Si Kadda faisait de
la victoire de son peuple, son crédo.

Malgré la neutralisation de ce raciste, des souffrances effroyables continuèrent à l’endroit


de la population de Ghriss. A titre de représailles, plus d’une centaine de personnes de la région de
Ghriss fût liquidée froidement par la milice des ultras. Cette milice était entrée dans une folie
meurtrière pire que celle des nazis. On raconte même qu’un officier supérieur français exprima un
sentiment d’exaspération tellement que le charnier était devenu nauséabonde. Cette milice faisait
sortir des geôles, des algériens par dizaines pour les exécuter sans procès. On parle d’une centaine de
victimes ; un génocide passible de nos jours du Tribunal Pénal International comme ceux du Rwanda
ou des Balkans.

Si Lahouel, notable de Ghriss et ami de Si Kadda s’empressa d’aller l’aviser à Mascara ,


où il se trouvait au chevet de sa femme enceinte et malade, de la mort de Vallat. Pensant d’abord à
prendre la fuite vers une destination sure, selon Si Lahouel. Il se décida quand même de retourner à
Ghriss pour s’enquérir de la situation. Personne de son entourage ne peut dire aujourd’hui, pourquoi
Si Kadda a t’il prit la décision de rentrer à Ghriss sachant qu’il encourait le risque d’être tué. Arrivé
à Ghriss, son réseau d’amis (es) français (es) l’avis du risque de représailles à son endroit et lui
recommanda de prendre toutes les dispositions nécessaires à sa survie car sa mort pour activisme
subversif était décidée dans des salons feutrés par les ultras.

Si Kadda savait que sa vie repose sur un fil. Il savait qu’il était déjà ciblé par les ultras de
l’Algérie Française. Son statut d’intellectuel arabe, d’éveillé politiquement le prédestinait à une
élimination physique à tout moment par ces ultras. Vallat exécuté, il se sentait menacé et appréhendait
les jours à venir. Quant à Bouras le chef de brigade de la Gendarmerie, il ne dut son salut et sortir de
cet enfer que grâce à une affectation « arrangée » par son chef hiérarchique français plus
humaniste.

Malheureusement, sa maison sera investie brutalement par la horde colonialiste. Arrêté


manu-militari dans l’enceinte de son école, il est embarqué sans ménagement vers une destination
inconnue. Dans leur furie, les inquisiteurs ne remarqueront pas le révolver que Si Kadda avait pris
soin de mettre sous l’oreiller sur lequel reposait sa fille Fatima-Zohra tout juste âgée de 4 ans. Son
enfant Abdelkader le réclama désespérément de la fenêtre du logement de l’école. Aicha la femme de
ménage dite El Akrouche pour les intimes sera aussi emmenée juste après par les militaires pour être
exploitée en ce qui concerne les activités subversives du directeur ; de même pour le jeune Reffas.

Alors que sa femme se trouvait alitée à Mascara chez son père, ses enfants traumatisés ont
vécu toute la scène de l’arrestation de leur père qu’ils verront pour la dernière fois. Ils auront
heureusement la chance d’être rapidement accueillis et rassurés sur tous les plans par ce grand- père
très attentionné à leur endroit. Que Dieu le récompensera pour tout ce qu’il fera plus tard, non
seulement pour ses petits-enfants, mais aussi pour les enfants d’un Chahid.

Grace à son sang-froid et dans un moment, probablement, d’inattention des militaires, il put
transmettre un message écrit enveloppant une pierre, à sa tante Setti Bent Bounab accompagnée de
sa petite fille Khedidja, qui rodait dans la périphérie d’une caserne située à Mascara. C’étaient les
dernières volontés écrites à sa famille. Puis, plus rien.

Si Kadda disparaitra à jamais, laissant sa femme enceinte avec ses enfants Abdelkader,
Djillali, Senouci, Sid Ahmed, Fatima- Zohra et Khadidja orphelins. Elle accouchera plus tard de
Mohamed El Guendouz sans qu’il puise connaître son père. Si Kadda n’aura droit à aucune sépulture
puisque son corps ne sera jamais retrouvé. Certaines sources crédibles affirment qu’il a été
froidement liquidé dans la région de Ghriss. Un patriote, un arabe et aussi une élite en moins pour les
racistes colons. Sa famille aura quand même la satisfaction de réaliser que son tombeau a été toute
la terre de l’Algérie libre comme il la voulait de son vivant d’une part, et que Si Kadda, l’arabe, a été
promis à la fonction d’inspecteur primaire. Quant à son âme, elle est déjà au Paradis avec celles de
ses frères et sœurs tombés au champ d’honneur.

Quant à son jeune épouse très éplorée par cette disparition, elle s’éteindra, juste après
avoir vécu l’indépendance du pays pour lequel son époux a donné son sang.

Alors qu’à Mascara, à Tighennif et à Ghriss des artères et des établissements scolaires
portent son nom en hommage à son sacrifice, c’est l’oubli à Ain El Hadjar et à Terga.

Je ne puis m’empêcher d’encenser cet hommage par le verset 169 de la sourate Al Imran
du Saint Coran.

Au nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux : « Ne pense surtout pas que ceux qui sont
tués pour la cause d’Allah sont morts ; ils sont bien vivants, entretenus par leur Seigneur » Gloire à
Dieu.

Enfin, je clos cet article avec le sentiment d’avoir apporté une modeste contribution à la
mémorisation de notre sublime Révolution et de ses Martyrs.

Vive l’Algérie libre et indépendante.

Ourghi Bénaoumeur

Citoyen algérien