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La Grande encyclopédie

/ 9 / France-Guesclin /
Larousse
Source gallica.bnf.fr / Larousse
Larousse / 0070. La Grande encyclopédie / 9 / France-Guesclin / Larousse. 1974.

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Volume 9

Cet ouvrage est paru à l’origine aux Éditions Larousse en 1974 ;


sa numérisation a été réalisée avec le soutien du CNL. Cette
édition numérique a été spécialement recomposée par
les Éditions Larousse dans le cadre d’une collaboration avec la BnF
pour la bibliothèque numérique Gallica.
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

terrains de l’ère primaire, vieux de actuelles, soulevant les roches du subs- elles étaient du moins esquissées, et
France 250 à 450 millions d’années. Un plis- tratum et leur couverture, qui glissa en les principaux tracés hydrologiques
sement important (dit « hercynien ») charriages sur ses flancs. Un élargis- étaient en place.
État de l’Europe occidentale ; les a fait surgir durant une période sement se produisit ensuite, en même
2 Mais la disposition n’est pas tout, et
550 000 km ; 52 millions d’hab. longue de 20 à 30 millions d’années ; temps qu’une nouvelle surrection. il est bien des éléments du relief qui
(Français). Capit. Paris. mais la surrection fut combattue aus- Des massifs centraux, la couverture se ne concordent pas avec l’architecture
sitôt, et les chaînes qui en résultèrent, décolla et se plissa, réalisant alors les mise en place. D’autres facteurs sont
rabotées parfois jusqu’à leurs racines, Préalpes, celles du Nord, de Digne, de
LE MILIEU intervenus pour élaborer le modelé.
ne laissent plus voir maintenant que Castellane, de Nice. Le Jura apparaît
leur tréfonds de roches cristallines ou en discontinuité avec les Alpes. C’est
Le territoire français, de forme hexa- La trame de l’évolution du
métamorphiques ; ce sont les massifs qu’il s’agit d’un bassin sédimentaire,
gonale, a une configuration à la fois modelé
anciens (armoricain, vosgien, arden- tôt débité par la tectonique en une mo-
assez massive, articulée et équilibrée Certains traits de la morphologie du
nais, central). Déjà à la fin de l’ère saïque de voussoirs soulevés surtout
(environ 1 000 km du Nord aux Py- pays se sont réalisés alors même que
primaire, ceux-ci se trouvèrent réduits durant la seconde moitié du Tertiaire,
rénées et de la Bretagne à l’Alsace). se mettaient en place les lignes struc-
à des surfaces mollement ondulées et dont les sédiments de couverture,
Tant par son climat que par sa struc- turales essentielles. Les volumes créés
(pénéplaines). Leur aplanissement d’est en ouest, ont alors constitué les
ture, la France participe au monde de appelaient d’eux-mêmes les forces
s’est poursuivi jusqu’à la formation plis du Jura oriental et les pincées entre
l’Europe du Nord-Ouest et au monde de l’érosion : celles-ci ont décapé les
de lagunes et de cuvettes, où une nou- des éléments de plateau dans le Jura
nord-méditerranéen. Du premier, elle terrains sédimentaires restant sur les
velle sédimentation les a fossilisés, ou occidental. Ces trois grandes unités
a les montagnes anciennes et usées, les massifs anciens, sauf là où ils étaient
jusqu’à ce que de nouvelles déforma- (Alpes, Pyrénées, Jura) ont continué
ensembles de plaines et de bas plateaux trop épais (Causses) ; elles ont buriné
tions et d’autres phases d’érosion les encore à subir des relèvements d’en-
des bassins sédimentaires ; du second, les versants et creusé les couloirs qui
défigurent ou les retouchent. semble tardifs (fin du Tertiaire) et des
les montagnes jeunes et vigoureuses. acheminaient les débris arrachés aux
Durant l’ère secondaire, qui débuta déformations récentes, dont les effets
D’où une certaine diversité, enrichie montagnes.
il y a quelque 190 millions d’années s’inscrivirent notamment dans leurs
par les paysages littoraux, où alternent
avant-pays. En outre, de vastes aplanissements
(et s’étendit sur 130), la sédimentation
falaises, plages, marais, voire deltas.
ont pu se constituer sous les climats
domina. Les mers submergèrent alors Pendant ces bouleversements, le
S’y ajoute la diversité, sans excès, des
tropicaux qui ont dominé durant l’ère
une bonne partie des massifs anciens ; reste du territoire connut de notables
ambiances climatiques, du fait d’une
tertiaire, rabotant les massifs anciens
très profondes au sud et au sud-est du modifications. Les massifs anciens,
large ouverture aux influences océa-
comme les marges des montagnes et les
territoire français actuel, elles accumu- en fonction de leur plus ou moins
niques (que le relief et la continenta-
parties émergées des bassins sédimen-
lèrent dans des géosynclinaux les ma- grande proximité des chaînes en for-
lité dégradent inégalement) et d’une taires. Certains furent antérieurs aux
tériaux qui constitueront les Alpes et mation et de la nature de leurs terrains,
emprise du domaine méditerranéen sur
phases alpines majeures, et d’autres
les Pyrénées. Ailleurs, elles emplirent enregistrèrent des soulèvements et des
les régions méridionales.
des cuvettes plus stables et moins pro- postérieurs. Il en est qui ont même joué
déformations d’ensemble, des gauchis-
En fait, l’espace français n’est pas un rôle dans les modalités des plisse-
fondes, les bassins sédimentaires, où sements (Massif armoricain), des bas-
un puzzle. L’arrangement des reliefs ments, car ils ont alors modifié les don-
se déposèrent des couches assez régu- culements (Vosges) et des cassures ;
est le fait de solidarités étroites entre nées mécaniques et volumétriques pour
lières de terrains souvent à faciès alter- certaines de celles-ci furent de grande
les montagnes et leurs avant-pays, les phases orogéniques ultérieures. En
nant : marnes ou argiles et calcaires. ampleur, comme celles qui ont engen-
entre les reliefs et les zones sédimen- tout cas, les reliefs hérités du Tertiaire
Cependant, la submersion ne fut ni dré les plaines d’effondrement telles
taires. Les aptitudes physiques d’une intégraient des caractères dont l’ori-
totale ni exempte d’interruptions dans que les Limagnes ou le fossé rhénan.
région ne se comprennent, souvent, gine n’était pas que structurale. C’est
le temps et dans l’espace ; épisodique- Le Massif central a, de plus, été mar-
qu’avec référence aux espaces qui les ainsi que la disposition du réseau
ment, certaines parties des anciennes qué par le volcanisme, dont les mani-
environnent. La disposition de l’hy- hydrographique lorrain, par exemple,
chaînes ont subi de nouvelles, mais festations se sont échelonnées entre
drographie majeure s’explique par les modestes déformations. est le fait de la pente vers le nord d’un
la seconde moitié du Tertiaire et le
rapports et les articulations des unités aplanissement ; c’est en fonction de
Pyrénées, Alpes et Jura se sont Quaternaire. Les bassins sédimentaires
traversées. surfaces couvrant à la fois le Massif
constitués essentiellement au cours de n’eurent plus alors que des mers loca-
Si, aujourd’hui, les données natu- central et ses pays bordiers au nord
l’ère tertiaire (60 millions d’années) lisées, des lacs ou des lagunes, avant
relles s’estompent devant la primauté et à l’ouest que s’expliquent les topo-
en plusieurs mouvements coupés de d’être entièrement émergés. Mais des
de l’économie et de la technique, et si graphies du sud du Bassin parisien et
rémissions. À ce moment aussi se zones déprimées s’y accusèrent aussi
la géographie de la France n’est plus de l’Ouest aquitain (vastes épandages
formèrent les montagnes de Corse. (creux de Paris), ainsi que des gout-
celle des multiples « pays » qui la com- de sable de la Sologne, de la Brenne,
Les Pyrénées se sont édifiées les pre- tières (basse Loire, Aquitaine), attirant
posent, il demeure que la variété des des brandes du Poitou et du Périgord
mières, incorporant beaucoup de ma- ou faisant converger les axes hydrogra-
conditions physiques fournit encore comme de la Double).
tériaux hercyniens cassés et fracturés phiques. Des ondulations apparurent
bien des explications au développe- à maintes reprises. Dès la dernière également (Artois, Boulonnais, pays Le court moment (1 million d’an-
ment hétérogène des régions et que partie du Secondaire, des plissements de Bray, Charentes...). Par ailleurs, nées) du Quaternaire a aussi apporté
la situation du pays à l’extrémité du complexes de leur couverture se pro- en lisière des chaînes, des dépres- une contribution essentielle et mul-
continent donne toute leur valeur aux duisirent, mais les épisodes majeurs sions formant des lacs ou des couloirs tiforme. Le refroidissement du cli-
isthmes que la nature y a inscrits. se placèrent au début ou au milieu du importants se comblèrent des débris mat a permis à plusieurs reprises une
Tertiaire, selon les auteurs. Les plisse- arrachés aux montagnes et connurent extension considérable des glaciers.

Traits généraux et ments correspondants modifièrent les d’ultimes occurrences marines (couloir Pyrénées, Vosges du Sud, sommets

de répartition des premiers, s’étendirent vers le nord, en rhodanien et sud de l’Aquitaine par du Massif central et de Corse en ont
Aquitaine (où ils sont enterrés) et en exemple) ; ces dépôts ont enregistré abrité, tandis que ceux des Alpes,
ensembles physiques
Languedoc, tandis qu’un isthme allait les derniers mouvements du sol. On plus puissants, descendirent jusqu’à
L’architecture jusqu’en Provence occidentale. Les peut dire que presque tout le territoire Lyon et recouvrirent presque tout le
Les fondations géologiques de la Alpes s’esquissèrent, elles, à l’orée français avait, à la fin du Tertiaire, sa Jura. Sculptant des cirques, défonçant
France sont issues d’une longue et du Tertiaire. Puis un gros bourrelet se disposition actuelle. Si les limites ma- les vallées, ils furent responsables de
épaisse sédimentation responsable des forma dans la partie centrale des Alpes ritimes n’étaient qu’en partie acquises, l’aération des montagnes comme de

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divers aspects de leur beauté. Ceux qui glaciers au débouché des montagnes tude reste faible. Les reliefs sont suffi- des roches. Les formes lourdes, les dis-
2
subsistent actuellement (500 km dans (bas Dauphiné, Lannemezan), couver- samment atténués pour que la circula- locations compactes, les vieilles sur-
2
les Alpes, 25 km dans les Pyrénées) tures de loess, sols mêlés des versants, tion soit aisée, sauf au coeur du Massif faces creusées de gorges, une dissec-
ne représentent plus qu’une très faible etc. central et des Vosges. La ligne préci- tion dense en rapport avec des terrains
part de leur importance d’alors. Sur les côtes, les oscillations du tée rassemble précisément les points imperméables sont le lot des massifs

Dans les régions plus basses, ou niveau marin ont pu, par places, retou- culminants des unités géologiques qui cristallins aux sols acides et lessivés ;

cher le modelé continental, mais c’est s’y terminent, et les seuils qu’elle com- les étendues rocailleuses et burinées
plus sèches, le froid est intervenu sur
le modelé par l’action du gel. Les dé- surtout lorsque, à la fin des grandes porte s’en trouvent valorisés d’autant. des plateaux calcaires secs, aux ri-

glaciations, le niveau des eaux s’est C’est sur elle que prennent naissance un vières plus rares, affectées de pertes,
bris de roches ainsi fragmentées sont
venus tapisser les versants, encom- relevé (jusqu’à dépasser légèrement grand nombre de fleuves et de rivières, contrastent avec eux. Mais, ailleurs,

brer les fonds de vallée. La végétation les côtes actuelles) que les rivages du Tarn à la Moselle, en passant par la l’organisation du relief, dans le détail,

étant raréfiée, le vent a pu y prélever ont pris la physionomie que nous leur Loire et la Seine ; c’est la limite entre combine la structure et l’agencement

de quoi former les vastes manteaux connaissons. Les basses vallées élar- les bassins hydrographiques gagnant hydrographique ; les aptitudes phy-

de loess qui enrobent bien des bas pla- gies et approfondies devinrent des es- l’Océan ou ses mers annexes, et ceux siques y dépendent aussi des terrains
tuaires ou des « rias » que maintenant qui sont dirigés vers la Méditerranée. superficiels.
teaux du Bassin parisien, du Nord et
quelques contrées alsaciennes. Mais, la marée remonte. Sur les basses terres Les premiers ne tiennent pas compte
s’édifièrent des marais que l’homme des différentes unités géologiques, Modération et variété de
indirectement, le froid est également
responsable de phénomènes plus gé- tentera de conquérir (polders). Le tracé tant fut étroite la solidarité morpholo- l’ambiance climatique et leurs

néraux. Modifiant les conditions de du littoral est désormais acquis, et les gique entre les massifs anciens et les conséquences

l’écoulement des eaux, il a permis le retouches ultérieures seront fort limi- bassins sédimentaires. À l’est et au sud Les oppositions fondamentales réali-
tées : poursuite de l’édification du delta dominent les montagnes mises en place sées sur le plan du relief ont leur trans-
façonnement de nombreux versants en
glacis lorsque les roches s’y prêtaient. du Rhône, de l’envasement de certains par les grands mouvements tertiaires position dans les nuances du climat ; il
golfes ou estuaires, du colmatage des et leurs avant-pays, ainsi que quelques n’y a pas exacte coïncidence toutefois.
Puis, avec le stockage de l’eau dans les
étangs languedociens, remaniement secteurs effondrés (Alsace, plaine de
énormes glaciers du globe, le niveau Les « Midis » aquitain et méditerra-
des dunes landaises par exemple. la Saône). C’est la France aux reliefs
des mers a sensiblement baissé, ce néen, par leurs hivers atténués et leur
qui a provoqué presque partout l’inci- Présentement, l’évolution du relief jeunes, aux contrastes topographiques chaleur estivale, s’apparentent déjà
est ralentie presque partout (sauf dans accusés, aux systèmes hydrogra-
sion des vallées par les cours d’eau, aux climats subtropicaux. Le reste de
puissamment alimentés pendant les le domaine soumis au climat méditer- phiques plus complexes, guidés par les la France s’inscrit dans la zone tem-
ranéen et dans les montagnes) grâce accidents structuraux.
périodes de dégel (bon nombre des pérée stricto sensu ; mais les mers, la
rivières sont aujourd’hui dans leurs à la protection d’un couvert végétal À l’intérieur de ces deux unités, les continentalité, la latitude et le relief
vallées comme dans un vêtement trop suffisamment dense, que l’on doit au nuances sont d’un autre ordre. Dans se combinent pour en diversifier les
grand ; leurs méandres sont flétris, caractère tempéré du climat actuel. les chaînes de formation récente, les caractères. L’ample ouverture du ter-
leurs lits encombrés). On peut donc zones géologiques ordonnent la répar- ritoire sur l’Atlantique et ses annexes
estimer que le « modelé en creux » que L’organisation du relief tition des paysages. Mais d’autres dif- (Manche, mer du Nord), bénéficiant
l’on observe est, pour une bonne part, Une grande ligne en S, allant de la férences proviennent du degré de la des effets de la dérive des eaux chaudes
le fait de cette période somme toute Montagne Noire (sud-ouest du Massif marque glaciaire et de l’agressivité des (prolongement du Gulf Stream), per-
récente : mise en valeur (et évolution) central) aux Vosges par les Cévennes, eaux courantes. Ainsi le Jura, atteint met une large extension des temps
des reliefs de côtes, approfondissement le Vivarais, le Charolais, le plateau de par les glaces mais non sculpté par perturbés de l’Ouest, caractéristiques
des gorges des massifs anciens ainsi Langres, jalonne la limite entre deux elles, a un relief moins heurté que les des climats tempérés et de l’ambiance
transformés en « pays coupés ». La espaces. À l’ouest, c’est le domaine Préalpes et les Alpes ; les Alpes du « océanique ». Des pluies fréquentes et
variété des terroirs et de leurs aptitudes hercynien et la France des grandes Sud et les Pyrénées orientales doivent abondantes réparties sur toute l’année,
est de même partiellement due à cette plaines et des bas plateaux, aux hori- beaucoup de leurs traits physiques à la des contrastes thermiques modérés
période quaternaire : terrasses fluviales zons marqués par les aplanissements torrentialité méditerranéenne. Dans la (action régulatrice des eaux maritimes)
sur les bords des principales vallées, et par l’incision des vallées, ou par le France hercynienne, certaines distinc- entre un hiver « tiède » et un été frais
cônes édifiés par les eaux de fonte des moutonnement des collines dont l’alti- tions se fondent surtout sur la nature sont les caractères dominants. Mais

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la latitude explique que les hivers de leur de l’été (autour de 10 à 15 °C), car Les familles de paysages de vallée, humides, portent des prairies
Dunkerque n’aient que 2 à 3 °C de tem- la diminution des températures est de verdoyantes.
pérature moyenne, contre 6 à 7 °C à l’ordre de 1 °C pour 200 m en moyenne. Les massifs anciens
En dehors de cas où les lignes du
Brest et sur toute la côte atlantique. À Cela n’exclut pas cependant un enso- Les vieilles terres des montagnes usées relief proviennent de la lithologie,
mesure que l’on progresse vers l’inté- leillement important, que dissimulent se signalent par des paysages profon- l’essentiel de la trame des paysages
rieur aussi, les étés deviennent plus les chiffres moyens. L’exposition y dément liés à la nature des roches. découle des mouvements qui ont re-
chauds, alors que les hivers voient les multiplie les contrastes locaux, tels que Celles-ci commandent parfois le mo- levé des vieilles terres. Leur rigidité
froids s’accuser. Les endroits dépri- ceux qui se manifestent entre les ver- delé de détail ; mais en tout cas elles leur a fait répondre aux poussées par
més, les bas plateaux situés à plus de sants orientés au sud et à l’est (adrets, sont, par leur rigidité, responsables des gauchissements et des cassures,
100 km des rivages deviennent plus soulanes), ensoleillés et cultivés, et les du comportement des terrains lors des des basculements, des soulèvements ou
secs (Beauce, pays de la Loire, plaine versants tournés vers le nord et l’ouest mouvements du sol ; leur composition effondrements de blocs entiers. D’où
de Toulouse : 500 à 600 mm de pluies (ubacs, ombrées), plus frais et plus boi- siliceuse se répercute sur les sols qui en encore la possibilité de garder la trace
par an, contre 700 à 1 200 mm sur les sés. Elle engendre, à l’échelle des mon- dérivent, tout comme leur imperméa- des aplanissements qui les ont affectés.
côtes). La progression des altitudes dès tagnes entières, des nuances entre les bilité les prédispose aux landes et aux
Terres ingrates, elles voient leurs
la Lorraine, le sud-est du Bassin pari- secteurs accessibles les premiers aux forêts.
aptitudes réduites encore par le lessi-
sien et le Limousin y permet cependant vents pluvieux d’ouest (Vosges, Pré-
Ces roches sont : des sédiments an- vage des eaux de pluie. Rien d’éton-
une recrudescence des précipitations, alpes et Jura, ouest du Massif central et
ciens, fortement redressés et plissés, nant alors à ce que la rudesse des traits
dans lesquelles la neige joue un rôle des Pyrénées) et l’intérieur du massif
où dominent les schistes, les grès et les ne se trouve pas atténuée par l’opu-
non négligeable. alpestre ou le centre et l’est des Pyré-
quartzites (les calcaires sont parfois lence de la mise en valeur. Même for-
Le climat méditerranéen s’étend nées. L’altitude, de toute façon, régé-
présents, mais dans de faibles propor- tement peuplés, les massifs anciens ne
jusqu’à la rencontre de la ligne des nère les conditions favorables aux pré-
tions) ; des matériaux métamorphiques, se prêtent qu’à une agriculture beso-
reliefs qui, au sud et au sud-est, ourlent cipitations. Dans cette augmentation
c’est-à-dire partiellement « digérés » gneuse, s’inscrivant souvent dans un
le Massif central ; il déborde jusqu’à la des précipitations, une partie notable
par les roches cristallines de profon- cadre de bocage et d’habitat dispersé,
haute Durance et à la Drôme sur les re- tombe sous forme de neige. Capitali-
deur (schistes, gneiss) ; ou encore des grignotée sur les landes ou les forêts
liefs méridionaux des Alpes. Le rétré- sées ainsi (ou sous forme de glace), les
affleurements de terrains de la famille qui constituent leurs parures les plus
eaux sont restituées en saison chaude
cissement du couloir rhodanien et les des granites. Cette composition, même fréquentes.
montagnes empêchent une extension aux rivières, qui, de ce fait, ont des
lorsqu’elle est variée, atténue les apti-
régimes à fortes pulsations (selon la Des nuances importantes existent
plus grande vers le nord des rythmes
tudes à l’érosion différentielle, qui
part de la neige et des pluies, ou les toutefois. Le Massif armoricain et l’Ar-
et des traits de ce type climatique ori- n’est exploitée que de manière subor-
interférences de fonte et de pluies, les denne ont plusieurs traits comparables :
ginal, caractérisé par une sécheresse
donnée. La cohérence des matériaux
accusée de l’été, des pluies de saisons rythmes d’écoulement et les crues sont la faiblesse des altitudes d’abord (les
les a rendus aptes à conserver la trace
plus ou moins complexes). Abondants points culminants de l’Armorique ne
froides tombant en brutales averses,
des surfaces d’aplanissement qui les
une luminosité exceptionnelle de l’at- et rapides à cause des pentes, les cours dépassent guère 400 m, l’Ardenne se
ont successivement retouchés après
mosphère, des vents locaux violents d’eau acquièrent une puissance élevée tient vers 200 m à l’ouest, 500 m à
le démantèlement posthercynien, et
d’érosion qui marque les paysages : im- l’est) ; la nature des terrains ensuite
(mistral). Associé à des pentes impor-
leur résistance à l’incision fait alterner
tantes, un tel climat favorise le ruissel- portance des ravinements et des cônes (l’Ardenne est surtout faite de roches
les interfluves lourds et les vallées en
lement, l’érosion des sols, l’évapora- de déjection, chenaux instables des sédimentaires anciennes, et le Massif
gorge, par l’intermédiaire de versants
rivières dans les fonds de vallée. Heu- armoricain, plus métamorphique, reste
tion ; le déficit estival des sols en eau
convexes.
oblige l’agriculteur à pratiquer l’irriga- reusement, l’humidité favorise un cou- encore apte à la mise en valeur des
vert végétal protecteur, étagé. Aux prés Dans les secteurs les plus relevés barres de roches dures, quartzites par
tion, tout comme la brutalité des crues
et aux champs des parties inférieures des massifs et dans leurs parties les exemple, donnant un relief dit « appa-
menace les établissements humains
des versants succèdent les forêts, de plus internes, les formes dominantes lachien »). Il en résulte des paysages
dans les vallées ou à leur débouché et
permet les atterrissements du littoral. feuillus d’abord, puis de conifères sont souvent des dômes lourds (« bal- de crêtes allongées de grès entre des

Les travaux hydrauliques y sont, par jusque vers 1 500 - 1 800 m. Au-des- lons vosgiens »), des éléments de dépressions, à côté des formes planes,

conséquent, nécessaires pour des rai- sus, une pelouse (les « alpages ») de plateau d’érosion hérissés seulement qui restent dominantes. Les principaux

sons multiples. plantes adaptées à la longueur et à la de quelques blocs résiduels ou de accidents topographiques sont les val-
rudesse de l’hiver s’étend jusqu’aux quelques crêtes plus résistantes, ou qui lées encaissées. L’altitude assez faible
Les reliefs les plus importants
pierrailles et aux neiges persistantes, se creusent d’alvéoles dus à l’altération est due à l’éloignement des zones de
créent encore d’autres milieux clima-
qui commencent vers 3 000 à 3 500 m. en surface des roches cristallines (Mor- surrection montagneuses du Tertiaire.
tiques. Les bassins d’effondrement se
Climats et reliefs engendrent donc van « troué », Les déformations n’y manquent pas ce-
signalent par l’exagération des ten-
deux grands ensembles spatiaux, une Massif central). Une partie de ces pendant, qui interfèrent avec la nature
dances continentales : rigueur des hi-
France occidentale, où l’emportent les altérations est d’ailleurs héritée de des roches pour expliquer la répartition
vers (0,6 °C en janvier à Strasbourg),
faibles altitudes, les contrastes de re- ce que l’on a appelé la « maladie ter- des reliefs. Malgré cela, l’individuali-
persistance de l’enneigement, même
liefs atténués, les traits océaniques du tiaire » (attaque chimique sous cli- sation dans la topographie des terrains
s’il est peu abondant, occurrence plus
climat, la variété des sols, les rivières mat tropical). Les tourbières (fagnes, anciens par rapport aux assises sédi-
fréquente du gel et chaleur des étés
à régime pluvial ou pluvionival, et une faings...) et la lande à bruyères et à mentaires qui sont venues s’y appuyer,
accompagnée de manifestations ora-
France marquée par de forts contrastes fougères s’y étendent aisément. Vers de manière irrégulière souvent, n’a pas
geuses (Alsace, Limagne, plaine de la
de relief et de climats. l’extérieur et près des artères hydro- toujours été réalisée.
Saône). On peut y ajouter la possibilité,
en hiver, d’inversions de température Ici dominent les fortes dénivella- graphiques principales, le défoncement Les Vosges du Sud et le Massif cen-
du fait de la stagnation de l’air froid tions, et les volumes montagneux s’y par les cours d’eau réduit ces formes tral dans ses parties internes et orien-
dans ces dépressions, pendant que les étendent bien plus que les plaines : les à l’état de lambeaux. Les paysages tales se signalent par d’autres traits.
reliefs encadrants, exposés aux vents climats se diversifient, prennent des ca- deviennent ceux de « pays coupés » où Les sommets y dépassent 800 m et
d’ouest, reçoivent de l’air moins froid. ractères plus tranchés et ont des consé- les versants s’encombrent parfois de peuvent atteindre 1 500 m. Affectés
Dans les massifs montagneux, l’alti- quences plus sensibles ; la circulation chaos de boules (Huelgoat, Sidobre) de mouvements de soulèvement et de
tude accentue le froid hivernal (– 5 à est rendue plus difficile. Les couloirs ou de débris fins (arènes) d’où suintent bascule, ils ont subi un défoncement
15 °C) dans les Alpes et réduit la cha- de plaine s’en trouvent valorisés. les sourcins en bas de pente. Les fonds plus sensible, guidé par des accidents

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anciens ayant rejoué. Le relief des suffisance des équipements, plus attirés centraux est plus ample, découpée par ment lui-même est maintenant source
parties élevées reste lourd du fait de par les hautes montagnes). de grandes « cluses » en massifs ori- de profit (le ski s’ajoutant à l’alpi-
la nature essentiellement cristalline ginaux, du Chablais au Vercors, plus nisme, plus traditionnel) ; les cures
des terrains, de la dimension des blocs Les montagnes confuse dans les pays de la Drôme et d’altitude, le thermalisme résultent
issus du compartimentage tectonique, de la Haute-Provence où s’observent également des éléments physiques que
Les montagnes jeunes offrent des pay-
de la marque des anciens aplanisse- les chevauchements des « baous ». l’on a su exploiter.
sages plus grandioses et plus variés.
ments. Mais l’empreinte des glaciers Les Alpes françaises comptent, en
Les mouvements ont porté les terrains Entre les Préalpes et le Jura orien-
s’y est inscrite ; les morsures des outre, une unité interne, plus violem-
jusqu’à de très fortes altitudes (2 500 à tal et méridional, les similitudes
cirques sur les flancs des crêtes, les ment plissée en nappes de charriage de
4 000 m). Malgré l’érosion, ces mon- sont celles qu’offrent des montagnes
lacs d’origine glaciaire s’ajoutent aux dureté variable, aux vallées profondé-
tagnes forment encore des barrières moyennes (1 000 à 2 500 m) dominées,
beautés naturelles des hautes terres ment entaillées.
imposantes, aux sommets vigoureux, structuralement, par la disposition
froides, que couvrent des chaumes, La disposition des unités et l’orga-
ciselés en aiguilles, crêtes et dents, plissée de leurs assises : des chaînons
des « gazons » (Vosges) ou des landes
ou modelés en lourdes coupoles. Les nisation des vallées permettent une parallèles, individualisant des « vals »
(Margeride, Forez). Les versants de pénétration aisée des Alpes, montagnes
vallées profondes, défoncées par les ou s’ouvrant de dépressions intérieures
vallées, élargies ou approfondies par ouvertes par un grand et profond sillon
fleuves ou les glaciers, engendrent profondes (« combes ») que dominent
les langues glaciaires quaternaires, se
des dénivellations considérables ; sur qui court de l’Arly au Champsaur et aé- les « crêts » calcaires bordiers. Ce
prêtent à l’étagement de la végétation rées par les grandes vallées de l’Isère,
les versants et les parois se lisent les sont des montagnes aux horizons plus
et de l’habitat et à l’estivage des trou- de l’Arc ou de la Durance et de leurs
actions de la glace (cirques), du gel, réguliers aussi, encore que dans les
peaux. Les côtés les plus abrupts, déri-
des avalanches, de la torrentialité, des affluents ; divers ensellements et pas- Préalpes les aspérités soient bien plus
vés de grands accidents cassants, sont sages transversaux ajoutent encore à fréquentes, les plissements ayant été
glissements de terrain et des éboule-
en revanche l’objet d’une dissection leur pénétrabilité. Celle des Pyrénées
ments. La raideur des dénivellations, le plus énergiques et l’érosion plus im-
plus marquée, à la faveur du bas niveau est plus restreinte, car il n’existe de
caractère impétueux des cours d’eau, portante (altitudes plus fortes, glaciers
de base que constituent les dépressions sillon qu’avec des tronçons de vallées anciens plus puissants). L’abondance
l’enneigement abondant, la violence
voisines. Une division des flancs en de l’Ariège et du Salat. Les vallées,
des forces d’érosion imposent aux des précipitations (plus de 2 m) rend
lanières, ou « serres », y défigure très transversales, sont en cul-de-sac vers
hommes des conditions de vie sévères verdoyants ces pays calcaires, grâce
vite les éléments de surface, qui sont l’amont, et les cols sont élevés, sauf
et incommodes, réduisent les espaces aussi aux dépôts glaciaires et aux revê-
au contraire mieux reconnaissables sur aux extrémités. Une glaciation moins
exploitables, freinent la circulation, tements marneux. De belles prairies, de
les pentes douces des blocs basculés. intense dans cette montagne « méri-
tandis que le climat frais de l’été, rude magnifiques forêts donnent à ces deux
Ces hautes terres ont un climat plus dionale » a réduit aussi les défonce-
de l’hiver limite les cultures. unités une certaine ressemblance dans
rigoureux, humide, et connaissent un ments. En compensation, les formes
la composition des paysages.
Du point de vue de leur structure
enneigement prononcé. Des nuances lourdes des Pyrénées comportent, près
pourtant y opposent les parties occi- existent plusieurs ressemblances entre des sommets, des surfaces étendues,
Plaines et bas plateaux
dentales, très arrosées, et les secteurs Alpes et Pyrénées, Préalpes et Jura. des « plâs », ou « calms », à l’altitude
Alpes et Pyrénées comportent une Trois types de structure les permettent :
orientaux et les dépressions intérieures, des alpages. Dans les Alpes, ceux-ci
zone axiale granitique ou schisteuse, les bassins sédimentaires, les couloirs
plus sèches et plus ensoleillées. Voués se trouvent surtout dans l’encadrement
celle des Pyrénées en position fron- d’effondrement ou d’avant-pays, et
aux cultures pauvres, à l’herbe et aux des hautes vallées ; de toute façon,
talière, celle des Alpes s’étendant du les espaces de remblaiement fluvial ou
forêts, ces massifs se sont révélés aussi il existe dans les deux chaînes des
Mont-Blanc à l’Oisans, et une bande marin.
aptes à l’industrie grâce à leurs eaux conditions favorables à l’estivage des
vives, aux bois et aux gîtes minéraux. de terrains plissés où dominent les as- troupeaux. y Le premier type, en France, se ren-
Ils ont attiré la première métallur- sises calcaires. Cette bande est étroite contre dans les Bassins aquitain et pa-
Chacune des deux montagnes a un
gie, les industries textiles (il convient (maximum de 30 km) et vigoureuse- risien, comblés par des sédiments se-
secteur voisin de la Méditerranée, où
d’ajouter, pour le Massif central, le ment redressée, formant un véritable condaires puis tertiaires, qui ne furent
la neige est plus rare (la glaciation le
rôle du charbon) et la sériciculture. Le « front », dans les Pyrénées, que de- que très faiblement affectés de défor-
fut aussi) et la torrentialité plus accu-
tourisme s’y développe, suscité par la vancent seulement sur une modeste mations. Plus vaste, le Bassin parisien
sée. Les Pyrénées, plus « défilées » des
beauté des paysages et des forêts, et longueur des Prépyrénées peu impres- a un relief plus différencié. Les lignes
vents d’ouest que les Alpes, qui les
maintenant par la neige, malgré cer- sionnantes et vite enfouies sous la sédi- directrices en sont les « côtes », termi-
reçoivent de plein fouet, ne sont très
tains handicaps (irrégularité de la sai- mentation aquitaine. Dans les Alpes, naisons abruptes des assises calcaires
humides qu’en Pays basque et sur le
son de neige, difficulté d’accès et in- la zone plissée en avant des massifs inclinées vers l’intérieur de la cuvette
front externe jusqu’à l’Ariège, alors
que les Préalpes au nord de la Drôme et mises en valeur par le déblaiement

sont copieusement arrosées, ainsi que des terrains argilo-marneux sous-

les massifs centraux. L’intérieur des jacents, et les talus des entablements

deux chaînes connaît une atténuation subhorizontaux dans la partie la plus

relative des précipitations, mais celles- centrale. Sur le revers des côtes, en

ci restent suffisantes pour que de belles Lorraine, en Normandie, en Sancer-

forêts poussent aux étages favorables rois ou Berry, comme sur le revers

et que les rivières soient bien alimen- de l’Artois et à la surface des éten-
tées. D’où les richesses fort intéres- dues de calcaires tertiaires, s’étendent

santes des montagnes, encore dotées les « champagnes », les unes enri-
de gisements minéraux (charbon de La chies de limon superficiel, les autres,
Mure, fer du Canigou et de l’Ariège, non. Paysages ici de plates-formes
autres métaux, pierres) dont dérivent sèches et rocailleuses traversées par
la vieille métallurgie et un artisanat des rivières encaissées, aux versants
encouragé par la longueur des hivers. retouchés par le gel quaternaire, aux
D’où aussi l’intérêt hydro-électrique boisements médiocres en partie dé-
de ces massifs, où les dénivellations et frichés cependant, là, en revanche,
les lacs ne font pas défaut. L’enneige- profondément humanisés et intégrale-

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ment cultivés, aux espaces découverts en des revers de plateaux calcaires, les une faune variée protégée par une « ré- long des Landes, ou du Languedoc,
et sans verdure. Au contraire, des « garrigues », que couvre une végéta- serve », et possède de vastes salines. c’est-à-dire là où de grandes dérives
plaines humides et verdoyantes, quel- tion de steppe arbustive issue de la dé- des eaux permettent le cheminement
quefois parsemées d’étangs (Woëvre, gradation d’une forêt, et des collines Les littoraux des sables que le vent remodèle en
Saulnois en Lorraine), se rencontrent caillouteuses, les « costières », avant dunes en arrière des vastes plages. Le
La France possède 3 100 km de côtes
en disposition allongée au pied des de passer à une zone basse littorale. delta du Rhône est de même retouché
(chiffre que l’on pourrait doubler si
côtes (Lorraine, Normandie occiden- l’on tenait compte des nombreuses dans ses contours.
y Les abords des littoraux localisent
tale), aux abords des massifs anciens
la troisième catégorie de plaines. indentations) ; aucun point du territoire Au total, l’espace français connaît
(Bessin, Terre Plaine morvandelle) n’est à plus de 400 km d’un littoral.
Issus du remblaiement flandrien, ce une superposition de trames liées aux
ou au coeur d’ondulations éventrées
sont par exemple les marais de vase Ces côtes sont souvent fort belles, et facteurs physiques qui aboutissent à
(Bray, Boulonnais) ou à leur lisière
ou de bri des côtes de la mer du Nord leur diversité est le reflet de la variété différencier des domaines à contours
(Flandre intérieure). Les champagnes
(Flandre maritime), de la Manche même de l’arrière-pays. Toutefois, il flous mais ayant toutefois de fortes
ne sont pas absentes de l’Aquitaine,
(Marquenterre, basse Seine, marais de faut se souvenir que le tracé actuel personnalités, contenant les uns et les
mais se limitent à la Charente, à la
Dol) ou de l’Atlantique (marais bre- est hérité des dernières pulsations du autres des bons et des mauvais pays,
Saintonge et au Périgord, car le relief
ton, poitevin, charentais, palus borde- niveau marin au Quaternaire et que le et ayant leurs propres équilibres et leur
de côtes n’y est que médiocrement
lais). Situés dans des golfes tendant à caractère dominant d’un littoral ennoyé capital de richesses naturelles.
représenté. En revanche, les terres
se déprimer, dans des estuaires ou à est dû à la remontée toute récente des H. N.
lourdes y sont présentes sous la forme
l’abri de cordons littoraux, ils se col- eaux (transgression flandrienne).
des « terre-forts », sols des collines
matent par les apports marins qu’une La topographie des rivages tient
mollassiques de l’Armagnac et du LA POPULATION
végétation halophile fixe et exhausse compte étroitement des reliefs conti-
Toulousain aux croupes multiples
et que l’homme s’approprie progres- nentaux. Dans les zones montagneuses
et confuses. Dans les deux bassins Au recensement de 1968, on dénom-
sivement par des « prises » (pol- (Provence, Alpes maritimes, Corse oc-
sédimentaires aussi existent d’autres bra 49 778 540 habitants, répartis
ders). Leurs surfaces planes exigent cidentale, Pyrénées orientales), le litto-
plaines, sous forme d’amples vallées : sur un territoire (grandes étendues
une organisation du drainage et de la ral est souvent élevé, très articulé, avec
Val de Loire et basse Seine, couloir lacustres et grands glaciers exclus) de
protection (chenaux, digues) qui sont des falaises déchiquetées, des promon- 2
de la Garonne et « rivières » du Lot, 544 000 km : soit une densité kilomé-
les aspects marquants du paysage, toires indentés, des calanques étroites,
du Tarn ou de la Dordogne ; les sols trique de 92. Augmentant ces dernières
encore que l’on y oppose les secteurs des baies évasées. Des îles prolongent
alluviaux légers (boulbènes en Aqui- années de 300 000 unités par an, cette
externes, asséchés, cultivés ou trans- les principaux accidents (axes de plis,
taine) des terrasses et des graves s’y population compte, au début de 1974,
formés en prés-salés (voire en marais blocs soulevés). Des contours capri-
prêtent aux cultures légumières et 52 000 000 de personnes environ. Si
salants ou en parcs pour les élevages cieux caractérisent aussi les côtes du
fruitières et à la vigne. Enfin, dans les la France est le pays le plus étendu
marins), et les parties internes et plus Massif armoricain ; les rocs solides y
deux cas, il ne faudrait pas négliger d’Europe, U. R. S. S. exclue, elle est
tourbeuses, plus difficilement drai- donnent de belles falaises que la mer
le rôle des dépôts superficiels qui s’y moins peuplée que ses grands parte-
nées par suite des tassements (marais cisèle en exploitant les moindres fai-
sont formés ou accumulés : argile à naires de la Communauté économique
« mouillés »). blesses (car son action est très sélec-
silex, sidérolithique et sables aux sols européenne (R. F. A., Italie, Grande-
Régulière et basse, la plaine à tive), ou des littoraux plus bas, mais
pauvres et froids, pays de gâtines et de Bretagne), et moins densément habi-
tout aussi résistants et tourmentés.
« brandes » (landes et bois) devenus lagunes qui s’allonge du Roussillon tée que ses voisins, Espagne et Suisse
Les principaux caps, les alignements
des bocages ou des terrains de chasse, à la Camargue représente une autre exceptées.
d’îles sont liés soit à des môles rele-
sans parler de la vaste nappe sableuse forme de remblaiement, continental
vés, soit à des roches plus résistantes.
des Landes, récemment assainie et celui-là. Formée d’alluvions quater-
Les embouchures ennoyées (« abers », La situation actuelle
plantée de pins. naires marneuses et sableuses, elle a
« rivières ») y multiplient les rentrants, La localisation
peu à peu colmaté un ancien golfe
y La seconde famille de plaines
parfois ramifiés. Les rades les plus
est associée aux effondrements et dans les lagunes peu profondes dont La population est répartie de façon
ouvertes ont les principales plages,
aux régions de plissement. Dans les les « étangs » sont les vestiges. La mer très inégale sur le territoire national.
mais les anfractuosités logent aussi
fossés, les matériaux provenant des se contente de redistribuer les maté- Une vaste région de faible peuplement
d’innombrables criques de sable ou de
bordures viennent, avec les alluvions riaux que lui apportent des rivières (densités moyennes de l’ordre de 50 à
galets.
des cours d’eau qui les empruntent, y fortement chargées par l’efficacité de 60 ; densités rurales inférieures à 50,
l’érosion méditerranéenne. Derrière Dans les secteurs de bassins sédi- voire à 40, et pouvant même tomber au
recouvrir les dépôts sédimentaires qui
les cordons qui les isolent, les lagunes mentaires, le tracé des côtes est de voisinage de 10) prend en écharpe le
en constituent le substratum : Alsace,
tendent d’ailleurs à se combler. Les même en étroit rapport avec les ondu- pays de l’Ardenne aux Pyrénées. L’est
Limagne ou Forez, Roussillon, plaine
sols médiocres, sableux ou salés, le lations de terrain pour les avancées du Bassin parisien (région Champagne-
de la Saône. La complexité des jeux
pullulement des moustiques, l’absence (Boulonnais, pays de Caux, îles cha- Ardenne, Lorraine occidentale) et les
tectoniques, la diversité des apports
d’arbres n’avaient pas poussé à un peu- rentaises) comme pour les rentrants pays de la Loire moyenne comptent
de remplissage, voire le volcanisme
plement dense de ce rivage, jusqu’à (baie de Seine, marais saintongeais). 3 200 000 habitants ; on en dénombre
(Limagne) expliquent la variété des
l’avancée de la vigne à la fin du XIXe s. Il est en outre dépendant des affleu- 2 millions et demi en Bourgogne et en
terroirs. Leur climat d’abri, aux
et à l’aménagement que l’on y réa- rements de roches qui se succèdent Franche-Comté, dont une grosse part
tendances continentales, permet la
culture de la vigne et du maïs. Les lise aujourd’hui. La Camargue, enfin, et que la mer recoupe (Normandie). le long de la Saône, au pied occidental
autre construction fluviale, est encore C’est là que s’observent les principaux du Jura et dans la porte de Bourgogne.
plaines d’avant-pays montagneux
pour un tiers couverte de marécages et reculs (que l’on exagère volontiers Deux millions de personnes vivent en
sont encore plus complexes, car s’y
d’étangs. Terre amphibie et sauvage, cependant), au détriment des falaises Limousin et en Auvergne, où seule la
ajoutent les matériaux corrélatifs de
menacée par les crues du Rhône et crayeuses (Caux) ou marneuses. Grande Limagne fait figure d’îlot de
multiples surrections, des phases gla-
ciaires et interglaciaires. Le sillon les infiltrations d’eau salée, elle porte Les côtes régularisées par des cor- peuplement dense. De la Vendée aux
rhodanien offre ainsi une marque- une végétation particulière, l’engane, dons sont également bien représentées Pyrénées et de l’Atlantique au seuil
terie de sols aux aptitudes inégales. steppe tout juste bonne à l’élevage ; en France : en Flandre, comme en li- du Lauragais, on compte un peu plus
La plaine du Bas-Languedoc est d’un mais on a pu en améliorer les aptitudes sière de la Picardie, par exemple, au de 6 millions d’habitants : la côte cha-
type intermédiaire ; elle se décompose (riz). La Camargue sert aussi d’asile à sud du Cotentin et en Vendée, ou au rentaise et la vallée de la Charente, les

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sée et aux campagnes encore très peu- prônent-ils le développement de huit


plées, et 9,25 millions dans la Région métropoles d’équilibre d’au moins un
parisienne, essentiellement urbaine. million d’habitants chacune : Lille,
Au total environ 22,5 millions de per- Nancy, Strasbourg, Lyon, Marseille,
sonnes (soit 45 p. 100 de la population) Toulouse, Bordeaux et Nantes.
vivent sur 133 000 km 2, à peine le quart
du territoire national. Une population rajeunie
L’Est français, de la Lorraine à la Il y a en moyenne un peu plus de
Méditerranée, montre trois foyers de 105 femmes pour 100 hommes, soit
peuplement dense séparés par les ré- un excédent global de l’ordre de
gions peu peuplées de la Bourgogne et 1 300 000 en 1968. Parmi les personnes
de la Franche-Comté d’une part, des nées après 1923 (moins de 45 ans en
Alpes du Sud d’autre part. Les densités 1968), les hommes sont plus nombreux
régionales y sont partout supérieures que les femmes. C’est l’inverse pour
à 100 habitants au kilomètre carré. les gens plus âgés. La durée de vie est
Près de 3,7 millions de personnes ré- en moyenne sensiblement plus faible
sident dans le Nord-Est, en Lorraine, pour les hommes (68 ans) que pour les
où les ruraux sont peu nombreux, et femmes (75 ans), et les générations
en Alsace, où, au contraire, la popu- masculines les plus âgées (nées entre
lation rurale reste très forte. Sur les 1880 et 1900) ont été décimées par la
4,4 millions d’habitants de la Région Première Guerre mondiale : cela se tra-
Rhône-Alpes, un quart se concentre duit par une dissymétrie très nette sur
dans l’agglomération de Lyon, mais le la pyramide des âges.
peuplement est aussi fort diffus dans deux tiers). D’Afrique du Nord et de
En 1970, un tiers des Français ont
l’est du Massif central, dans les val- Yougoslavie viennent aussi une très
moins de vingt ans (donc nés après la
lées de la Saône, du Rhône et de l’Isère large majorité de travailleurs.
Seconde Guerre mondiale) ; près de
inférieure, ainsi que dans les grandes
13 p. 100 ont 65 ans et plus, et envi- La population étrangère est très iné-
vallées et cluses des Alpes du Nord :
ron 54 p. 100 sont des adultes de 20 galement répartie sur le territoire. Près
aussi les densités rurales sont-elles
à 64 ans. Parmi ceux-ci sont particu- de 350 000 étrangers, de nationalités
de 40 à 50 dans ces régions. Plus de
lièrement peu nombreux ceux qui sont fort variées, vivent dans la Région pa-
5 millions de personnes sont recensées
nés entre 1914 et 1918 et entre 1935 et risienne, vers laquelle par ailleurs les
dans la France méditerranéenne. Dans
1945 ; ce sont les « classes creuses », plus forts contingents d’immigrants ont
les régions viticoles et maraîchères, les
dont l’existence se marque, sur la convergé ces dernières années. Malgré
ruraux sont nombreux ; en Provence, le
pyramide des âges, par des rentrants les difficultés économiques récentes,
peuplement est essentiellement urbain
grandes vallées aquitaines, notamment marqués. Pays à fort pourcentage de les étrangers sont encore nombreux
et littoral ; on a recensé 270 000 habi-
celle de la Garonne, et le piémont pyré- personnes âgées, la France a aussi une dans le Nord (Polonais, Nord-Afri-
tants (chiffre d’ailleurs exagéré) seu-
néen rassemblent les plus gros effec- population sensiblement rajeunie, ce cains) et dans la Lorraine sidérurgique
lement en Corse. Il y a, au total, plus
tifs. Au total, moins de 14 millions de qui pose de délicats problèmes d’aide (Italiens, Nord-Africains) : la Moselle
de 13 millions de personnes dans cet
personnes (moins de 30 p. 100 de la aux personnes âgées et de formation est un des départements où les étran-
ensemble, soit un peu plus du quart de
population nationale) vivent sur envi- scolaire et universitaire, à une époque gers sont proportionnellement les plus
la population totale sur une superficie
ron 270 000 km 2, près de la moitié de où est relativement faible le nombre nombreux. Très fortes aussi sont les
proportionnellement à peu près équiva-
la superficie du pays. de gens en âge de travailler, donc de colonies étrangères de la région lyon-
lente du territoire.
À l’ouest d’une ligne tirée de Sedan produire la richesse nationale (parmi naise et des Alpes du Nord (Italiens et
Au total, 30 p. 100 des Français vivent
à Orléans et à La Rochelle, les den- lesquels se situe la majeure partie des Nord-Africains entre autres), des pays
dans des communes rurales (c’est-à-
sités moyennes régionales sont de 75 travailleurs étrangers, qui rapatrient méditerranéens (Italiens en Provence,
dire où il y a moins de 2 000 habitants
à 100 habitants au kilomètre carré et une part importante de leurs gains). Espagnols en Languedoc et en Rous-
groupés), et 70 p. 100 sont des citadins.
elles dépassent 300 dans le Nord, Les régions du Sud et du Centre (y sillon) et du Sud-Ouest (Espagnols
Plus de 10 p. 100 résident dans des cités
approchant 800 dans la Région pari- compris le sud-est du Bassin parisien et et Portugais surtout) : c’est au sud
de moins de 10 000 habitants, et plus
sienne. Exceptions faites des confins de le Morvan, mais en excluant la région d’une ligne tirée de Bordeaux à Tou-
de 12 p. 100 dans des villes de 10 000
l’Île-de-France et de la Picardie d’une lyonnaise) comportent les plus forts louse et à Briançon que les étrangers
à 50 000 âmes. Les grandes villes sont
part, du sud de la Normandie, du Maine pourcentages de personnes âgées. Les sont, proportionnellement à la popula-
peu nombreuses, et souvent de taille
et de l’Anjou d’autre part, les densités jeunes sont au contraire plus nombreux tion totale, les plus nombreux. Si des
relativement modeste : les aggloméra-
rurales sont supérieures à 60 (voire à dans l’Ouest (Bretagne et Normandie), étrangers travaillent dans l’agriculture,
tions de 100 000 à 200 000 habitants
80 dans le Nord). Fortement ruraux, dans le Nord et les Ardennes, en Alsace notamment dans le sud de la France,
rassemblent un peu plus de 8 p. 100
les pays de l’Ouest armoricain (régions et en Lorraine, ainsi que dans les Alpes et d’autres comme gens de maison, la
de la population nationale, et les plus
de programme des Pays de la Loire, du Nord. Les Charentes, les pays de la plupart d’entre eux sont employés dans
grandes (Paris excepté) 16,7 p. 100.
de Bretagne et de Basse-Normandie) Loire moyenne, les régions du centre l’industrie, essentiellement comme
Mais, au total, la vingtaine d’agglo-
comptent plus de 6 millions d’habi- du pays, l’est du bassin de Paris et la manoeuvres : la carte de la popula-
mérations de plus de 200 000 habitants
tants. L’existence de nombreuses Bourgogne ont des effectifs élevés de tion étrangère en France se calque en
n’est guère plus peuplée que la seule
villes, de tailles fort diverses, au mi- jeunes et de vieux. grande partie sur celle de la population
agglomération parisienne, qui ras-
lieu de campagnes peu peuplées font semble le sixième des Français. L’in- urbaine et sur celle des centres indus-
que la Haute-Normandie et la Picardie fluence de Paris n’est pas suffisamment Une forte minorité étrangère triels. Les étrangers sont par contre
rassemblent plus de 3 millions d’habi- contrebalancée par celle des villes de Plus de 2 600 000 étrangers ont été re- peu nombreux dans le sud et l’ouest du
tants ; on en compte 3,8 millions dans province. Aussi les responsables de la censés en France en 1968, soit un peu Massif central, ainsi qu’à l’ouest d’une
la Région du Nord, fortement urbani- politique d’aménagement du territoire plus de 5 p. 100 de la population totale. ligne Bordeaux-Tours-Le Havre.

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La répartition spatiale des actifs vite et, de 1935 à 1939, les décès furent ment de l’âge moyen du mariage et une de 10 à 30 p. 100 de leurs effectifs de
par secteurs chaque année plus nombreux que les moyenne plus élevée d’enfants par fa- population.

Environ 40 p. 100 des Français exer- naissances, dont la fréquence annuelle mille. Ce renouveau fut favorisé par la Les petites villes, les capitales régio-
pour 1 000 habitants tomba aux envi- politique nataliste des gouvernements
çaient une activité en 1968 : soit un peu nales et surtout Paris ont accueilli la
plus de 20 millions. Les travailleurs rons de 13. C’est une France très affai- français depuis la guerre : en votant en plupart de ces migrants. Au XIXe s., les
de l’agriculture, dont le nombre ne blie démographiquement, et continuant 1939 le Code de la famille, le Parle- paysans ont d’autant plus facilement
à s’affaiblir, que frappèrent les deux ment inaugura une politique qui trouva
cesse de décroître, sont environ 3 mil- quitté des campagnes surpeuplées que
lions (soit 15 p. 100 de la population guerres mondiales. De 1914 à 1918, sa pleine application à la Libération. l’industrie urbaine naissante deman-
active totale). Parmi eux, on compte 1 500 000 hommes furent tués et près Néanmoins, depuis 1965, le taux de
dait des bras. Cet exode a encore été
de 1 million, mutilés. On enregistra par natalité s’est sensiblement affaissé, et
500 000 salariés seulement, employés accentué par les crises du monde rural
surtout dans les régions de grande ailleurs une chute brutale de la natalité la fécondité a beaucoup diminué, sans
et par la ruine de nombreux artisans,
culture du nord de la France et dans qui se répercuta vingt ans plus tard sur qu’on puisse encore dire quelle est
victorieusement concurrencés par la
la nuptialité et la natalité (d’autant plus l’importance du développement des
la région méditerranéenne. Le nombre grande industrie. Les brassages de po-
des travailleurs de l’industrie (bâtiment que cela correspondait à une période de pratiques anticonceptionnelles dans
pulation qui se sont produits lors des
graves difficultés économiques) : de là cette nouvelle évolution.
et travaux publics inclus), en progrès deux guerres mondiales ont renforcé
le déficit des naissances enregistré à la
constants, approche les 8 millions, soit le mouvement. Enfin, depuis une quin-
près de 40 p. 100 de la population ac- veille de la Seconde Guerre mondiale. L’exode rural
zaine d’années, le nombre des agricul-
Celle-ci causa à son tour la perte d’en- Si le renouveau démographique risque
tive : la très grosse majorité est, dans teurs diminue très rapidement (150 000
viron 600 000 vies humaines, mais de
ce secteur, constituée de salariés. Plus d’avoir été un phénomène de courte par an en moyenne). Ce délestage agri-
rapide encore est le développement des personnes d’âges et de sexes différents. durée, l’exode rural, d’ampleur sécu- cole n’est du reste pas généralisé : de
emplois tertiaires : près de 9,2 mil- Depuis 1945, la France a connu laire, se poursuit encore. En fait, la véritables colonisations intérieures ont
lions de personnes, soit 45 p. 100 de un vigoureux renouveau démogra- répartition actuelle de la population, été entreprises (landes de Gascogne,
la population active, travaillent dans phique, donnant un croît naturel de les différences régionales dans les taux périmètres irrigués du Bas-Languedoc,
ce secteur, aux activités de plus en plus plus de 300 000 personnes (soit de 7 de mortalité et de natalité sont le résul- Corse orientale) mais d’une portée
diversifiées. à 8 p. 1 000 en moyenne) par an, tout tat de plus d’un siècle d’exode rural. limitée.
au moins jusqu’en 1967. L’excédent Faute de documents suffisamment
Dans les régions situées à l’ouest
provient en partie d’une diminution anciens, il n’est pas possible de fixer
d’une ligne allant du Havre à Dijon et Quatre-vingts ans d’immigration
de la mortalité, encore que, compte avec certitude le point de départ de
au delta du Rhône, les agriculteurs sont étrangère
tenu du fort pourcentage de personnes cette évolution. Toutefois, si le mouve-
encore très nombreux. Ils constituent L’affaiblissement démographique pré-
âgées, le taux de mortalité (qui était, il ment d’exode rural a touché certaines
la majorité de la population active coce de la France l’a amenée à se tour-
est vrai, supérieur à 15 p. 1 000 avant régions dès les dernières décennies du
dans les régions faiblement urbani- ner très tôt vers des sources étrangères.
1939) n’a pu être ramené au-dessous de XVIIIe s. ou la période révolutionnaire
sées (Ouest armoricain, Massif central De 400 000 sous le second Empire, le
11 p. 1 000. Les taux les plus élevés sont et impériale, il ne se généralisa qu’à
et Aquitaine intérieure) ; ils sont aussi
nombre des étrangers fut porté à 1 mil-
enregistrés dans le centre de la France partir du milieu du XIXe s. Au recense-
nombreux que les travailleurs de l’in- lion au début du XXe s. Les plus forts
(Limousin, Auvergne, Bourgogne) et ment de 1846, les trois quarts des Fran-
dustrie et du secteur tertiaire dans les
effectifs étaient alors recensés à Paris,
dans la moitié méridionale du pays. Le çais étaient des ruraux. La population
régions et départements à taux d’urba-
dans la région du Nord, en Meurthe-
déclin de la mortalité reflète du reste urbaine devint plus nombreuse que la
nisation croissant (Basse-Loire et Loire
et-Moselle (où on fit alors appel à de
très largement celui de la mortalité in- population rurale au recensement de
moyenne, Charentes, Bas-Languedoc,
nombreux Italiens pour la mise en va-
fantile, ramenée, elle, de 160 p. 1 000 1931. Après avoir quelque peu stagné
piémont pyrénéen et surtout Gironde et
leur des mines de fer) et surtout dans
au début du XXe s. à 65 p. 1 000 de 1946 de 1931 à 1946, l’exode rural et l’essor
Haute-Garonne). Dans la partie orientale
les départements provençaux.
à 1950, à 20 p. 1 000 de 1960 à 1965 et urbain ont repris depuis un quart de
du pays, seuls les pays de la Saône et le
à 17 p. 1 000 actuellement. siècle. Les gros besoins en main-d’oeuvre
Jura d’une part, la Champagne, la Lor-
pour la reconstruction de l’économie
raine occidentale et la Picardie d’autre Mais le renouveau démographique L’exode rural a touché toutes les
nationale après 1919 nécessitaient
part gardent une forte teinte agricole. a été essentiellement lié à une reprise régions de France, mais il a sévi avec
fort vigoureuse de la natalité au lende- une rigueur particulièrement forte dans d’autant plus le recours à des étran-
Les régions frontalières de la Belgique
gers que les classes en âge de travailler
(de Sedan à la mer), le Nord-Est, la main de la Seconde Guerre mondiale et quelques-unes. Les montagnes de la
au début des années 50 (taux de natalité France méridionale ont été parmi les avaient été fortement décimées par la
Loire et l’Isère ont une population en
supérieur à 20 p. 1 000, soit de 800 000 plus touchées : la population actuelle guerre. Le nombre des étrangers ins-
majorité industrielle ; les activités ter-
à 900 000 naissances par an). Ce taux est inférieure de 30 à 60 p. 100 au maxi- tallés en France s’éleva de 1 500 000
tiaires l’emportent dans la Basse-Seine,
s’est affaissé au cours de la décennie mum atteint dans les Alpes du Sud, le en 1921 à 2 700 000 en 1931 ; jamais,
l’Alsace du Nord, la Provence et la Côte
1960-1970 au point de se rapprocher sud du Massif central et les Pyrénées par la suite, les arrivées ne furent aussi
d’Azur. Secteurs secondaire et tertiaire
d’un niveau voisin de celui d’avant- centrales ; les villages en ruine, encore nombreuses qu’entre 1925 et 1930.
s’équilibrent à peu près dans l’agglomé-
guerre (16 p. 1 000 environ). Il reste peuplés de quelques vieilles personnes, Convergèrent alors vers la France des
ration parisienne.
que, la population étant aujourd’hui les friches qui progressent partout tra- Italiens, pour la plupart originaires du

plus nombreuse, on enregistre encore duisent la misère démographique de nord de leur pays, notamment du Frioul
Un siècle d’évolution
plus de 800 000 naissances par an ces régions. Souvent aussi fortes ont et de Vénétie, et des Belges ; arrivèrent
Un renouveau démographique (contre 600 000 avant 1939) ; cette na- été les pertes humaines en Aquitaine en grand nombre des Tchèques et
qui semble s’achever talité est par ailleurs plus forte dans les centrale (Lot, Tarn-et-Garonne, Gers), plus encore des Polonais venant tra-
Du milieu du XIXe s. à la Seconde régions situées au nord des lignes La dans le Limousin (Creuse notamment), vailler dans les mines de charbon du
Guerre mondiale, le rythme d’accrois- Rochelle-Orléans-Genève que dans les sur les confins armoricains (Orne, Nord. Lors de la démobilisation, cer-
sement naturel de la population n’avait régions méridionales, où le vieillisse- Mayenne), dans le Morvan et sur les tains Algériens restèrent en France. Le
cessé de diminuer. Si la mortalité ré- ment de la population est plus marqué. plateaux de l’est du bassin de Paris, de mouvement d’immigration se ralentit
gressait, la natalité baissait encore plus Cette évolution reflète d’abord la forte Dijon à Sedan (Haute-Saône, Haute- dans les années 1930. S’il est vrai que
vite. L’excédent naturel annuel dimi- reprise de natalité, liée aux mariages Marne et Meuse notamment). Sans la France accueillit des réfugiés espa-
nua alors assez régulièrement. Légè- différés, dans les années qui ont suivi être aussi spectaculaire, l’exode rural gnols lors de la guerre civile qui ensan-
rement remonté après 1918, il retomba la guerre ; elle traduit aussi un abaisse- a vidé la plupart des autres régions glanta ce pays, nombre de Tchèques

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et de Polonais regagnèrent leur pays. des Lorrains gagnent aujourd’hui quo- viron 47 milliards et, salaires et impôts hivers rigoureux. C’est la conjonc-
La guerre provoqua le départ de nom- tidiennement la Sarre, et des Alsaciens déduits, à un revenu brut d’exploitation tion de la chaleur et de l’humidité qui
breux étrangers et la disparition d’un le pays de Bade. de 36 milliards. fait du Sud-Ouest aquitain un milieu
grand nombre d’israélites. En 1946, il propice au maïs. C’est la douceur des
Si la valeur économique de l’agri-
n’y avait plus que 1 700 000 étrangers Conclusion littoraux atlantiques qui permet à des
culture n’atteint pas le dixième des
(dont 450 000 Italiens, 423 000 Polo- cultures délicates, par exemple de lé-
activités nationales, la France est pour-
De 27,5 millions d’habitants en 1801,
nais et 302 000 Espagnols) ; il est vrai gumes, de remonter assez haut en lati-
tant, parmi les grandes puissances,
année où fut effectué le premier re-
que, de 1936 à 1946, le nombre des tude. La variété du relief, enfin, permet
l’une de celles où l’agriculture tient
censement, la population française
naturalisés s’était élevé de 400 000 à de nombreuses complémentarités, en
encore une place très au-dessus de la
s’est élevée à environ 52 millions en
900 000. particulier dans les différentes parties
moyenne. Les actifs agricoles repré-
1974. L’effondrement démographique
Dans les années qui suivirent la Se- sentaient, en 1946, plus de 36 p. 100 des cycles de l’élevage.
des campagnes et la croissance urbaine
conde Guerre mondiale, les effectifs du total des personnes actives. Malgré Bien entendu, ces aptitudes ne se-
se sont effectués dans un cadre admi-
d’étrangers résidant en France se sta- les profonds changements intervenus raient rien sans la qualité de l’envi-
nistratif immuable, issu des réformes
bilisèrent. En 1954, on recensa 1,8 mil- depuis, ils étaient encore 16 p. 100 ronnement économique général et
administratives de la Constituante. Les
lion d’étrangers. L’expansion écono- du total en 1968, ce qui est nettement sans le poids des attitudes passées et
52 millions de Français vivent dans plus
mique qui s’amorça alors suscita une supérieur aux taux allemand (9 p. 100), présentes, d’autant qu’elles sont bien
de 37 000 communes, très diverses. Si
nouvelle vague d’immigration presque britannique ou américain (3 p. 100) : relatives : c’est ainsi que de nombreux
Paris compte plus de 2,5 millions d’ha-
aussi forte que celle des années 1920. un peu moins de 3 millions de travail- terroirs ont été complètement transfor-
bitants, et si près de 300 communes
Cette immigration est organisée par leurs, dont 300 000 salariés, sur envi- més par les amendements et les engrais
constituant l’agglomération parisienne
l’Office national d’immigration, créé ron 1 500 000 exploitations (1 587 600 (Ségala, Bretagne du Nord et même
rassemblent 8,2 millions d’habitants,
en 1945, mais qui doit se contenter en 1970, 2 284 000 en 1955), soit 20 ha certaines landes comme les Brandes
près de 1 000 circonscriptions adminis-
souvent de régulariser des entrées en moyenne par exploitation et 10 ha poitevines) ; la craie champenoise,
tratives ont moins de 50 habitants, en
clandestines. Arrivent de plus en plus par UTH (unité travailleur-homme à réputée fort médiocre jusqu’au milieu
comptant au total seulement 33 100 ;
des travailleurs isolés, décidés à res- plein temps). Mais les statistiques dans du XXe s., porte désormais de superbes
2 900 autres, de 50 à 99 habitants cha-
ter quelques années seulement : aussi, ces domaines sont fort variées et com- récoltes grâce à l’addition d’engrais et
cune, en rassemblent 221 000. Ces ina-
chaque année, les départs sont-ils nom- plexes, et les définitions fluctuantes. à la culture mécanique ; les nouvelles
daptations et ces disparités justifient
breux et les naturalisations peu fré- variétés de maïs ont fait remonter la
les divers essais de réformes adminis-
quentes. Les Polonais et les Tchèques
Les conditions naturelles limite septentrionale de sa culture tout
tratives (dont la réalisation se heurte à
n’émigrent plus. Jusqu’au début des au nord de la France. Mais, du moins, le
de fortes inerties), ainsi que la mise en Ces chiffres élevés tiennent en partie
années 1960, les Italiens, originaires territoire national pouvait-il répondre
place d’organismes pluricommunaux
de toutes les régions de leur pays, ont à l’ampleur et à la qualité de l’espace
efficacement aux progrès de la techno-
(syndicats intercommunaux, commu- cultivable. La surface agricole utili-
été les plus nombreux ; depuis 1961, logie. Trop même, peut-être, dans la
nautés urbaines).
leur nombre a sensiblement diminué. sée (S. A. U.) occupe 33 421 000 ha :
mesure où une agriculture moins dif-
S. L.
Par contre arrivent de gros contingents 60 p. 100 du territoire national. C’est
ficile que dans d’autres États a évolué
d’Espagnols, de Portugais et d’Algé- près de la moitié (47 p. 100) de la
moins radicalement aussi, et admet
riens. La France emploie aussi des S. A. U. de la Communauté écono-
L’AGRICULTURE encore bien des traits du passé : une
travailleurs originaires d’Europe du mique européenne. L’ensemble se
concentration insuffisante des moyens,
Sud-Est, du Maroc et même d’Afrique divise en 17 200 000 ha de labours,
Son importance chiffrée une productivité qui n’est pas partout à
noire. Ajoutons qu’il lui a fallu intégrer dont la surface a longtemps régressé
la hauteur des voisins de l’Europe du
dans l’économie nationale les Français La France est, à plusieurs titres, l’une (26 millions au maximum de 1862, 19
Nord-Ouest.
qui avaient dû quitter l’Algérie : le plus des grandes puissances agricoles du en 1960), 13 900 000 ha d’herbages
grand nombre d’entre eux s’est établi monde, et tout d’abord par le volume et 2 300 000 ha de cultures spéciali-
L’héritage du passé
dans la France méditerranéenne, mais de ses productions. Ces dernières an- sées (vigne, fruits, etc.). D’autre part,
de gros effectifs se sont aussi installés nées, la France a produit 13 à 15 Mt la France bénéficie d’une heureuse Le monde agricole s’est fortement
dans le Sud-Ouest, la région lyonnaise, de blé (cinquième producteur mon- convergence pédologique et clima- contracté depuis le milieu du XIXe s.
les pays de la Seine et le Nord-Est. dial, quatrième exportateur), 8 Mt tique. Elle réunit en effet sur son ter- Sans doute, les familles de cultivateurs

Par ailleurs, de 120 000 à d’orge (quatrième producteur) et 2 Mt ritoire quelques-uns des espaces les avaient, depuis des siècles, contribué

150 000 travailleurs saisonniers sont d’avoine (sixième), 7,5 Mt de maïs plus doués en Europe. C’est d’abord à l’accroissement de la population ur-

recrutés chaque année par l’inter- (sixième), 17,5 Mt de betterave à sucre une part, ici élargie, de la longue bande baine. Mais jamais les densités rurales

médiaire de l’O. N. I. pour exécuter (troisième), 9 Mt de pommes de terre de plaines limoneuses qui, non loin n’avaient été plus fortes qu’à la fin du

un certain nombre de travaux agri- (cinquième), 60 à 75 Mhl de vin (pre- du front des anciens glaciers quater- XVIIIe et au début du XIXe s. Des terroirs

coles. La plupart sont des Espagnols, mier ou deuxième producteur selon les naires, ont été recouvertes de dépôts très difficiles, notamment en altitude,

employés les uns dans les régions de années). Elle compte 22 M de bovins fins, supports des excellents sols qui se avaient dû être occupés péniblement.
culture de betterave à sucre (Nord et (dixième rang) produisant 320 Mhl de suivent du Bassin parisien à l’Ukraine Alors, les surcharges rurales d’un

Bassin parisien), les autres pour les lait ; 10 M d’ovins et 11 M de porcins. en passant par le Brabant et les Bör- côté, l’appel des villes et des mines de
vendanges, dans le vignoble languedo- C’est, de loin, le premier État agricole den de Westphalie. C’est aussi l’ample l’époque de la révolution industrielle
cien essentiellement. Enfin, des mou- d’Europe (U. R. S. S. mise à part) et façade méditerranéenne, où l’ensoleil- de l’autre ont déclenché l’exode rural.

vements complexes de travailleurs sont probablement le sixième du monde. lement favorise la culture de la vigne et Les jeunes et les femmes ont fui des
enregistrés dans les régions fronta- L’ensemble de la production repré- des fruits et, joint à l’irrigation à partir campagnes d’autant plus surpeuplées
lières. Des Espagnols viennent travail- sente 8 à 9 p. 100 du produit national, des fleuves alimentés par les précipita- que s’y éteignaient une à une les acti-
ler sur la Côte basque française ; des c’est-à-dire une valeur brute supé- tions montagnardes, permet certaines vités artisanales et les petites indus-
Belges viennent dans les usines textiles rieure à 70 milliards de francs, dont cultures très intensives. C’est l’en- tries d’appoint, compromises par la
de l’agglomération lilloise, et des Fran- 44 p. 100 seulement en produits végé- semble des collines arrosées de l’Ouest, concurrence victorieuse des grandes
çais passent en Belgique. Alors qu’il taux (14 p. 100 en céréales). Si l’on ôte favorables à la pousse de l’herbe et en industries nouvelles. On a pu, surtout
y a quelques années des Allemands les consommations intermédiaires, cela général à la croissance des végétaux, en montagne, arriver au point où l’am-
travaillaient en Lorraine et en Alsace, correspond à une valeur ajoutée d’en- sous un climat qui ne connaît pas les pleur de l’exode a découragé tous les

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efforts, démantelé les réseaux de ser- l’achat patient des terres, que d’inves- lioration des rendements, en particulier (G. A. E. C., plus de 2 000), qui per-
vices et compromis jusqu’au maintien tissements productifs, à l’exception, végétaux. mettent de réunir plusieurs ateliers
d’un minimum d’occupation humaine. toutefois, des régions les plus proches de production en un ensemble plus
Le développement des coopératives,
Certaines régions ont même dû rece- justement de l’Europe industrielle. efficace, mais peuvent n’être aussi
déjà encouragées dans les années 1930,
voir d’importants contingents étrangers qu’une finesse juridique ; de grou-
L’attachement à la terre, et même a également beaucoup fait. Si leur
(salariés polonais du Bassin parisien ou pements de producteurs agricoles
aux gestes du passé, a sans doute pré- part dans le commerce des produits
espagnols du vignoble languedocien, (G. P. A., 900), qui rassemblent des
servé l’agriculture de certaines crises, agricoles est relativement modeste
exploitants italiens, souvent locataires, dizaines d’exploitants parfois, fixent
mais a contribué à l’accumulation des (17 p. 100 du chiffre d’affaires total,
du Sud-Ouest). Parallèlement, nombre des règles de culture ou d’élevage et
retards : parmi les pays industriels, la mais 82 p. 100 pour le blé, 52 p. 100
de propriétaires de fermes et de métai- assurent en bloc, outre certains appro-
France était, lors de la Seconde Guerre pour le lait, 37 p. 100 pour le vin,
ries ont réalisé leurs biens fonciers visionnements, la vente commune
mondiale, celui qui avait les struc- 25 p. 100 pour les fruits et légumes),
pour investir dans l’industrie et le com- de produits dans lesquels ils se sont
tures agricoles les plus morcelées, la les coopératives jouent un rôle essen-
merce : cela a permis à de nombreux spécialisés ; de sociétés d’intérêts col-
production et les rendements les plus tiel pour l’approvisionnement des
paysans de devenir propriétaires de lectifs agricoles (S. I. C. A., 1 500),
faibles, l’équipement le moins avancé exploitations en bonnes souches, se-
leur exploitation, mais cette ascension qui associent des organismes publics
(40 000 tracteurs en 1939). mences et produits de culture, et dans
sociale a longtemps mobilisé toutes ou coopératifs et des intérêts privés,
la diffusion du progrès technique.
leurs énergies et leurs moyens finan- pour une meilleure organisation des
ciers au détriment de la mise en valeur. L’évolution récente marchés, en matière de viandes et de
L’action de l’État
fruits notamment.
Durant toute cette seconde moitié La phase récente du développement
L’intervention directe de l’État s’était
du XIXe et le début du XXe s., seuls les agricole se marque par la puissance des En général, les professions de l’agri-
longtemps cantonnée au prix des pro-
grands fermiers du Bassin parisien, les progrès techniques et des rendements, culture et des industries de transfor-
duits agricoles. Elle a tendu, surtout
viticulteurs et maraîchers des régions par l’amélioration considérable de la mation se sont organisées et souvent
après 1955, et sous la pression des
méditerranéennes, malgré de graves qualité des agriculteurs et par l’ampleur concertées en groupements interpro-
jeunes agriculteurs, à porter sur l’amé-
crises (phylloxéra vers 1875-1880), de l’intervention de l’État. La motori- fessionnels. Ces efforts sont pour la
lioration des structures de production,
ceux-ci grâce à leur spécialisation et sation s’est généralisée entre 1950 et plupart consécutifs à la loi de 1964
dont les effets sont susceptibles d’être
au progrès des transports ferroviaires, 1965, où elle a d’ailleurs été aidée par sur l’économie contractuelle, qui s’est
beaucoup plus féconds à terme. Le
ceux-là grâce à l’excellence des accompagnée la même année et en
l’État (ristourne sur l’achat de matériel, débat entre soutien des prix et amé-
structures d’exploitation héritées de 1965 de règlements pour les produc-
aide aux coopératives d’utilisation du lioration des structures est ici la ques-
l’Ancien Régime et à la proximité de tions de vin, de sucre et la concentra-
matériel agricole [C. U. M. A.], actuel- tion de fond, et les politiques oscillent
Paris et des régions industrielles, ont tion des abattoirs. L’État encourage
lement au nombre de 13 000). Il y a en entre deux pôles selon le poids des
réellement progressé. Ailleurs, les sys- l’action de sociétés d’intervention,
France presque autant de tracteurs que groupes de pression. Dans l’ensemble,
tèmes de polyculture familiale, fondés destinées à réduire les fluctuations de
d’exploitations agricoles (1 200 000, les grands agriculteurs, notamment
sur l’autoconsommation, s’ouvraient prix, en particulier par des stockages
quatrième rang mondial). Toute une ceux du Bassin parisien, bénéficiant
davantage aux marchés urbains et judicieux, comme la S. I. B. E. V. (pour
série d’innovations (moissonneuse- de bonnes structures, sont plus préoc-
évoluaient vers des spécialisations en le bétail et la viande). Il a également
batteuse pour le blé et le maïs, arra- cupés de prix, ainsi d’ailleurs que les
fonction des milieux naturels : la Nor- favorisé les grandes installations des
cheuse de pommes de terre et de bet- plus petits paysans, qui n’ont guère les
mandie devenait plus herbagère ; les marchés d’intérêt national (M. I. N.),
teraves, traite électrique des vaches, moyens techniques, ni souvent la for-
vignobles marginaux s’éteignaient ici par exemple dans les vallées du Rhône
alimentation automatique des animaux, mation, susceptibles d’améliorer subs-
pour se concentrer là, sur les grands et de la Garonne.
traitements phytosanitaires, épandage tantiellement leur production. Face
crus ; les amendements calcaires amé- Par ailleurs, les règlements du
mécanique des engrais, etc.) ont permis à cette conjonction des extrêmes, les
lioraient certains plateaux siliceux, Marché commun et la création du
de réduire les frais de main-d’oeuvre, agriculteurs moyens dynamiques res-
tandis que des landes et des friches se F. E. O. G. A. (Fonds européen
d’accroître la rapidité du travail et donc sentent mieux les problèmes de struc-
boisaient. d’organisation et de garantie agri-
de diminuer le poids des aléas clima- ture et ont faim de terres. La politique
Cela faisait de la France, dans la pre- cole) permettent de garantir des prix
tiques. L’allégement considérable de la actuelle mène de front les deux actions,
mière moitié du XXe s., un État encore minimaux pour certaines céréales ou
population agricole a permis d’étendre évidemment guère dissociables.
profondément agricole. Après les se- pour la betterave à sucre, production
les surfaces d’exploitation, souvent
cousses de l’exode et du libre-échange y L’aide de l’État à la production contingentée. Un Fonds d’orientation
jusqu’au seuil à partir duquel l’entre- agricole et aux prix s’exerce dans
(fin du second Empire), l’agriculture et de régulation des marchés agricoles
prise peut efficacement fonctionner. Ce des domaines très divers. Outre les
s’était vue mise à l’abri d’un strict pro- (F. O. R. M. A.), alimenté par l’État
seuil s’élève d’ailleurs constamment. efforts déjà cités en ce qui concerne
tectionnisme, soutenu par un système et par des cotisations, assure les com-
Le réseau d’informateurs et de conseil- l’acquisition de matériel, la coopéra-
électoral qui a toujours favorisé la re- pensations nécessaires lorsque le prix
lers demeure bien moins serré que dans tion, l’enseignement et la gestion, il
présentation des campagnes, surtout au réel du marché est au-dessous du plan-
les États de l’Europe du Nord-Ouest, faut noter les avantages particuliers
Sénat. Trop longtemps, l’activité pay- cher garanti. Dans certaines régions,
mais s’est étoffé et a contribué au per- offerts par la puissante organisation
sanne fut considérée comme un genre comme le Bassin parisien, les agricul-
fectionnement de l’agriculture, avec du Crédit agricole (plus de 60 mil-
de vie bien plus que comme un acte teurs ont souvent plus de la moitié de
le développement de l’enseignement, liards de francs de prêts, presque la
économique, et entourée d’une mys- leur production, quelquefois les deux
tique des « valeurs rurales », bien par- des expérimentations et peut-être sur- valeur de la production d’une année) tiers, garantie ainsi soit directement
ticulière à un État que la révolution in- tout des techniques de gestion qui et les mesures facilitant le groupe- par l’État, soit par de multiples sys-
dustrielle n’avait pas secoué aussi fort permettent un choix plus rationnel des ment des producteurs et l’organisa- tèmes de contrats avec des G. P. A.,
que ses voisins septentrionaux, et dont cultures et des investissements. Surtout tion des marchés. On a ainsi poussé des S. I. C. A., des coopératives ou
le régime de Vichy marqua la dernière depuis la loi de 1960, l’État a renforcé à la création : de centres d’études même des sociétés privées, notamment
offensive. Les agriculteurs se canton- pour sa part l’enseignement et la re- des techniques agricoles (C. E. T. A., des fabricants d’aliments pour le bétail
naient dans un système généralement cherche. Les progrès de la génétique, près de 800), réunions de cultivateurs ou des usines de conserves. À partir
très extensif, où l’on se souciait plus notamment à l’Institut national de la qui diffusent et souvent suscitent le de cette base solide, ils jouent sur les
de l’apparente sécurité apportée par recherche agronomique (I. N. R. A.), progrès technique ; de groupements autres productions, mais peuvent donc
l’extrême diversité des cultures et de ont largement contribué aussi à l’amé- agricoles d’exploitation en commun faire de strictes prévisions budgétaires.

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Leur très bonne productivité leur per- varie selon les systèmes de culture, les eu des résultats très positifs. Avec s’est un peu trop reposée sur ses an-
met de tirer le meilleur parti d’une régions et même les années), en par- beaucoup moins d’hommes, et même ciens succès.
politique de soutien des prix qui vise ticulier en facilitant l’accès de jeunes moins de surface cultivée, la produc- Une grande bande associe les pour-
d’abord, en théorie, à assurer un mini- et d’agriculteurs dynamiques à leur tion a fortement augmenté. La plupart tours du Bassin parisien du sud et de
mum vital aux plus petits agriculteurs. direction. En même temps, une loi sur des rendements nationaux ont doublé l’est : sur un relief plus accidenté où
y Le deuxième effort de l’État, le plus les cumuls empêche les concentrations en quinze ou vingt ans. Les revenus les bois s’étendent, des exploitations
excessives, mais son efficacité est dis- sont donc partagés entre des familles souvent supérieures à 50 ha y pra-
difficile sans doute, concerne l’amé-
lioration des structures. Celle-ci est cutée et elle ne résout pas en particulier bien moins nombreuses et ont forte- tiquent une polyculture plutôt tournée
la question des propriétés tenues par ment augmenté, quoique les frais de vers les produits animaux. Les densités
d’autant plus ardue que la terre fran-
des non-agriculteurs. culture se soient accrus. Par travailleur, sont peu élevées, le territoire agricole
çaise était et reste trop morcelée. On
s’est d’abord soucié d’améliorer la Un autre groupe d’actions concerne ils paraissent encore inférieurs à ceux se rétrécit, mais les revenus individuels
de l’industrie ou du commerce, mais sont meilleurs qu’à l’ouest.
situation des locataires, sous la pres- le remodelage du territoire cultivé.
les statistiques sont ici douteuses ; il
sion conjuguée des grands fermiers du Depuis 1960, des sociétés d’aménage- Tout le reste du territoire est extrê-
semble bien que les gains de produc-
Bassin parisien et des petits fermiers ment foncier et d’établissement rural mement contrasté. Des zones de vide
tivité aient été supérieurs à ceux de
et métayers du Sud-Ouest : le statut (S. A. F. E. R.), organismes publics, ou de découragement, en montagne et
l’industrie dans les quinze dernières
du fermage et du métayage, dès 1946, couvrant deux ou trois départements, sur les plateaux calcaires ou cristallins
années. Mais il devient de plus en plus
a assuré quelques garanties et un droit disposent d’un droit de préemption peu doués du Nord-Est aquitain, du
difficile de généraliser : les moyennes
de préemption en cas de vente des pour l’achat des terres qu’elles cèdent Massif central ou du Jura, y voisinent
nationales ont peu de sens, tant se sont
terres. Un résultat a été l’effacement pour agrandir ou créer des exploita- avec des taches de dynamisme, dont les
accusées les disparités entre types
rapide du métayage, qui n’intéresse tions viables, souvent après y avoir fait origines sont fort variées : petites ex-
d’exploitations et entre régions.
plus guère que 2 p. 100 des terres. des travaux d’amélioration. Elles ont ploitations très intensives des régions
Dans l’ensemble, le faire-valoir direct ainsi permis l’extension d’une exploi- industrielles (Nord, Alsace, Lyonnais),
a augmenté, bien que la moitié des tation sur soixante et achètent actuel- Les grandes régions vieux vignobles de qualité ou de masse
terres demeurent en fermage. lement 70 000 à 80 000 ha par an, en (Bordelais, Cognac, Languedoc, Bour-
Les meilleurs résultats individuels sont
visant 100 000, ce qui représente un gogne, Côtes de Provence), ensembles
On a développé le remembrement, obtenus dans les plaines et plateaux
qui permet à la fois de regrouper les sixième à un septième du marché fon- très spécialisés, en partie grâce à l’irri-
de grande culture du Bassin parisien,
cier : 4 milliards de francs investis de- gation (comtat Venaissin, Roussillon,
parcelles de propriétés trop morcelées, orientés vers la production de céréales
d’améliorer les chemins ruraux et sou- puis le début, mais une maîtrise encore est de la plaine languedocienne),
(blé, orge et de plus en plus maïs), de
insuffisante des marchés. Les sociétés grands domaines modernes de la rizi-
vent de défricher et d’arracher les haies betterave à sucre et de pomme de terre,
d’aménagement régional, d’économie culture en Camargue forment un pre-
qui gênaient l’évolution des machines. parfois vers l’élevage bovin inten-
mixte, ont, avec des résultats inégaux, mier groupe actif, aux bons résultats à
Plus de 7 Mha ont été remembrés (dans sif sur les sous-produits de la culture
exercé leurs efforts dans l’amélioration l’hectare et par travailleur, mais où se
certaines communes, plusieurs fois et vers les productions spécialisées
des conditions de mise en valeur et ont posent souvent des problèmes de com-
depuis 1920), surtout dans le Bassin sous contrat comme les petits pois, les
donc des ambitions plus globales, no- mercialisation. Ailleurs, des groupes
parisien, les plus récents efforts portant fruits, etc. La prédominance de grandes
tamment dans le cadre de compagnies d’exploitants moyens, souvent sous
sur la Bretagne. exploitations de plus de 100 ha, ration-
d’aménagement : drainage des marais l’impulsion de jeunes bien organisés,
Mais l’oeuvre essentielle date de nellement équipées, aux grandes par-
de l’Ouest ; irrigation des coteaux de de migrants et de rapatriés d’Afrique
la loi d’orientation de 1960 et de celles, dont les chefs ont une solide for-
Gascogne, de la Basse-Provence et sur- du Nord, ont rénové le vieux fonds
la loi complémentaire de 1962. Le mation professionnelle, ont réduit leurs
tout du Bas-Rhône-Languedoc, la pre- de polyculture, comme dans certaines
Fonds d’action sociale pour l’amé- charges salariales, savent se servir de
mière en date (1953) et la plus active ; parties du Midi toulousain, du Ségala,
nagement des structures agricoles la coopération, agir en commun et dis-
mise en valeur de l’Auvergne, de la des Charentes ou des plaines de la ré-
(F. A. S. A. S. A.), remanié depuis, posent d’un grand poids politique, en
Corse ou des friches de l’Est. gion Rhône-Alpes : ce sont surtout des
aide à la fois à la concentration des ex- a fait des régions à haut revenu global
problèmes de structure, et notamment
ploitations et à leur redistribution. Une L’État, enfin, a délimité des zones et individuel, où le genre de vie des
d’agrandissement des exploitations,
indemnité viagère de départ (I. V. D.) spéciales d’action rurale et des zones exploitants n’a rien à envier à celui de
qui se posent à eux, du moins quand les
est accordée à tout agriculteur âgé de rénovation rurale pour atténuer bien des industriels.
densités de population restent élevées.
dont les terres, s’il se retire, peuvent les difficultés régionales les plus Un autre grand ensemble de régions
agrandir une exploitation voisine ou accusées par des mesures qui visent est celui des pays de l’Ouest, où do-
surtout à renforcer l’équipement et Le bilan
être reprises par un jeune. Cette action minent les productions animales, les
est essentielle et a connu le succès, l’emploi non agricole dans les bourgs Aussi la faiblesse générale des reve-
exploitations encore petites (souvent
puisqu’elle absorbe les cinq sixièmes et petites villes (Bretagne, Manche, nus agricoles (d’ailleurs biaisée par la
15 ou 20 ha) avec une population trop
des crédits du Fonds et a permis la montagnes). Le VIe Plan doit voir abondante et un encadrement urbain médiocrité des données et des avan-
libération de 4 Mha, moitié au profit s’élaborer des plans d’aménagement tages fiscaux traditionnellement accor-
insuffisant. Malgré des efforts locale-
ruraux (P. A. R.) destinés à proposer dés à l’agriculture) et surtout celle des
de l’installation de jeunes, moitié au ment considérables, comme en Finis-
profit de l’agrandissement de voisins. des mesures globales et concertées par indices de confort et d’équipement
tère, et le développement d’ateliers
petites régions. Par ailleurs, l’encoura- doivent-elles être fortement nuan-
Le Fonds assure aussi des aides aux modernes d’élevage (bovins, et surtout
mutations professionnelles et extra- gement aux syndicats de communes, porcs et volailles en batteries), les ré- cées : dans l’ensemble, on retrouve la
notamment S. I. V. O. M. (syndicats coupure de la France en une moitié,
professionnelles ainsi qu’aux migra- sultats individuels et les éléments de
tions d’agriculteurs qui, depuis long- intercommunaux à vocation multiple), confort restent insuffisants, et l’exode orientale, à l’est d’une ligne joignant
et aux regroupements de communes est Le Havre à Perpignan, active et bien
temps déjà, avaient assuré quelques continue. À l’intérieur même de ces
transferts de régions surpeuplées (Bre- de nature à faciliter certaines actions pays, une Bretagne dynamique, sur- équipée, et une moitié occidentale, plus
(adduction d’eau, ramassage scolaire, démunie malgré les efforts locaux.
tagne, Vendée) vers des régions moins peuplée et souvent déçue en matière
etc.) ; l’aménagement agricole tend à
chargées (Aquitaine notamment). Il de débouchés, qui est avec l’Alsace L’évolution n’est certes pas termi-
devenir plus complètement rural.
s’agit donc d’obtenir une meilleure et le Nord la région de France qui tire née. On compte environ 150 000 dé-
répartition sociale des exploitations L’ensemble de ces efforts indivi- le plus d’un hectare de terre, se sépare parts de ruraux par an et 50 000 ferme-
viables (dont la dimension minimale duels, professionnels et officiels a déjà assez nettement d’une Normandie qui tures d’exploitations. Mais si, naguère,

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les moins doués surtout restaient à la ment abandonné la mystique ruraliste, bale, comme en fonction des effectifs bach, Wendel et Simon), devancera le
terre, la complexité du métier et l’amé- en dépit de l’ampleur des changements. employés, elles équivalent chacune Nord-Pas-de-Calais et plus nettement
lioration des revenus font que l’émi- au quart du potentiel national. Acti- encore le Centre-Midi, dont quatre
gration a changé de nature, et que la vités énergétiques, chimie et caout- bassins, Loire, Cévennes, Auvergne et
La pêche
qualité des agriculteurs s’améliore sans chouc, textiles et confection viennent Dauphiné (La Mure), auront disparu à
Le total des prises (incluant les quantités
cesse. Toutefois, le morcellement est assez loin derrière, représentant cha- ce moment (l’exploitation ne devant
débarquées par des bâtiments nationaux
encore trop fort : la moitié des exploi- cune de 9 à 10 p. 100 de la production alors subsister qu’à Carmaux, Gar-
dans des ports étrangers, mais excluant les
tations n’ont pas 11 ha ; il est vrai que industrielle. danne [lignite de Provence] et autour
quantités débarquées dans des ports natio-
beaucoup sont des exploitations de naux par des bateaux étrangers) demeure S. L. de Montceau-les-Mines). Ce recul n’a

retraite, ou à temps partiel, sans parler pratiquement stable depuis le début des pas été compensé par une progres-
années 1960, s’établissant le plus souvent sion de la production de pétrole brut.
des vignes de cru ou des maraîchers. L’énergie
légèrement en deçà de 800 000 t (775 000 Celle-ci provient essentiellement des
Quelques carences sont constatées en 1970). Les poissons frais constituent Le fait marquant est l’ampleur et la Landes (Parentis, Cazaux), accessoire-
en matière d’industries agricoles et naturellement l’essentiel des prises, dé- croissance de l’écart entre production à ment de gisements très secondaires du
alimentaires : la France ne transforme barqués dans un grand nombre de ports partir de ressources métropolitaines et Bassin parisien. Elle n’a jamais atteint
pas assez ses productions. Ces indus- dont émerge toujours Boulogne (130 000 t
consommation nationale. Exprimée en 3 Mt, décroissant même régulièrement
de poisson frais en 1970), loin devant les
tries assument cependant 6,2 p. 100 tonnes d’équivalent-charbon (tec), la
deux principaux ports de la côte méridio- depuis 1965 (moins de 2 Mt en 1971),
du produit national, qui s’ajoutent aux consommation, inférieure à 100 Mtec
nale de la Bretagne que sont Concarneau sans espoir de reprise, semble-t-il.
8,4 p. 100 de l’agriculture elle-même, et Lorient. jusqu’en 1953, ne dépassait guère Toujours dans ce domaine des hydro-
et bénéficient d’une vague de regrou- encore 120 Mtec en 1960. Elle s’est
Le nombre des bateaux armés dépasse carbures, la France est mieux pourvue
pements et de la pénétration de capi- 13 000, mais moins de 600 ont une « capa- accrue de plus de 100 Mtec en dix ans, en gaz naturel. La production avoisine
taux étrangers à l’agriculture (B. S. N. cité » supérieure à 100 tonneaux (parmi avoisinant 230 Mtec en 1971. Cette 7 milliards de mètres cubes (de gaz
par exemple) ou même à la France. lesquels le dixième seulement jauge plus dernière année, la production métro- épuré), correspondant à 10-11 Mtec.
de 500 tonneaux). L’industrialisation de la
C’est encore assez loin des pays indus- politaine d’énergie primaire était infé- Les années 1960 ont vu la pleine ac-
pêche est encore bien insuffisante. La pro-
triels voisins, et la France exporte trop rieure à 80 Mtec, chiffre à peu près égal
ductivité s’accroît cependant, comme en té- tivité de Lacq, partiellement relayé à
de produits bruts. à celui de 1960, légèrement inférieur
moigne la diminution constante du nombre partir de 1968 par de nouveaux gise-
C’est tout récemment que le com- de marins embarqués, tombé au niveau de à celui du milieu des années 1960. En ments dans la région paloise (Meillon-
merce extérieur des produits agricoles 35 000 en 1970 (plus de 40 000 encore en d’autres termes, la dépendance énergé- Saint-Faust-Pont-d’As). La production
1967)..., mais toujours bien supérieur au tique, ancienne, s’est considérablement
et alimentaires est devenu bénéficiaire : d’hydro-électricité s’est régulièrement
nombre des actifs vivant de la transforma-
15 milliards de francs aux exportations accrue récemment, le taux de couver- accrue depuis 1960. La productibi-
tion de la production (conserverie essen-
(à peu près constamment le sixième des ture de la consommation, encore supé- lité annuelle moyenne approche au-
tiellement) et d’activités annexes (chantiers
rieur à 60 p. 100 en 1960, est sensible- jourd’hui 60 TWh (environ 20 Mtec).
exportations totales), dont 32 p. 100 de construction), avoisinant 25 000.
ment inférieur à 40 p. 100 depuis 1970. Les équipements récents correspondent
viennent des céréales (plus de 10 Mt, R. O.
la moitié de la collecte) et 17 p. 100 La quasi-stagnation de la production essentiellement à l’aménagement com-

des vins et spiritueux ; 13,6 milliards R. B. masque des évolutions divergentes à plet de grands cours d’eau. Le Rhin est

d’importations (soit 15 p. 100 des l’intérieur du secteur énergétique. équipé de Bâle à Strasbourg ; l’amé-

importations totales, contre 25 p. 100 En douze ans, de 1958 (sommet de nagement du Rhône, entre Lyon et la
L’INDUSTRIE l’après-guerre) à 1972, la produc- mer, est en cours d’achèvement, ainsi
en 1958), mais dont le septième seu-
lement consiste en produits tropicaux, tion de charbon a reculé de près de que celui de la Durance. Enfin, il faut
Si la France n’est pas parmi les tout
tout le reste étant donc des denrées que moitié, étant inférieure à 33 Mt cette évoquer la production d’électricité
premiers pays industriels (encore que nucléaire. Aux groupes de Marcoule se
la France peut, en fait, produire. dernière année. Ce déclin prononcé
des progrès très sensibles aient été réa- sont ajoutées les trois usines d’Avoine-
résulte largement de celui du gisement
Le budget d’État consacré à l’agricul- lisés depuis une dizaine d’années), les
du Nord-Pas-de-Calais, qui a fourni Chinon et les deux tranches de Saint-
ture est assez lourd : environ 17,5 mil- activités manufacturières tiennent ce-
moins de 13 Mt en 1971 (29 en 1958- Laurent-des-Eaux (toutes sur la Loire),
liards de francs, soit une somme égale pendant une place de choix dans l’éco-
59). L’extraction a disparu de l’ouest les centrales de Brennilis et Chooz,
à la moitié du revenu brut d’exploita- nomie nationale. L’industrie emploie du bassin (Auchel, Bruay, Béthune), la première tranche de Saint-Vulbas
tion... On en compte 5 milliards au titre donc près de 8 millions de personnes,
résistant mieux vers l’est (Lens et Va- (Bugey). La production d’électricité
de l’intervention sur les prix, 7 pour la les deux cinquièmes des travailleurs.
lenciennes). La production s’est mieux nucléaire doit se développer notable-
protection sociale, 3 pour l’aménage- Ces dernières années, la production
maintenue en Lorraine, où elle avoi- ment à partir de 1975 avec la mise en
ment direct des structures. industrielle (avec la construction) a sine encore 11 Mt en 1972. Dans les service des premières grandes unités
Les perspectives du VIe Plan pré- concouru pour près de 50 p. 100 au de la filière à uranium enrichi, à Saint-
houillères regroupées sous l’appella-
voient des augmentations substan- produit national brut. Si la France doit Vulbas et Fessenheim. Elle a déjà ap-
tion de Centre-Midi, l’évolution varie
tielles de la consommation des fruits, acheter à l’étranger des tonnages crois- proché 14 TWh en 1972.
selon les régions. Parmi les bassins les
légumes, laitages et viandes, et de l’ali- sants de matières premières et un grand plus touchés figurent les principaux La progression du gaz naturel, celle
mentation du bétail (qui absorbe déjà nombre d’objets manufacturés (au producteurs des années 1950, Loire de l’électricité hydraulique et nucléaire
les trois quarts des céréales produites). total, en valeur, plus de 70 p. 100 des (région stéphanoise) et Cévennes (Alès ont compensé (quantitativement) en
Or, c’est incontestablement dans ces importations), la vente d’objets manu- et Graissessac) ; l’Auvergne a été aussi partie la régression de l’extraction
domaines surtout que de gros efforts facturés lui procure à peu près les trois sérieusement atteinte. Le Centre-Midi houillère, mais l’hydro-électricité ne
d’organisation restent à faire. Par ail- quarts de ses revenus à l’exportation. a fourni un peu moins de 8 Mt en peut plus être conquérante ; l’augmen-
leurs, la législation devrait plus claire- Cette industrie est très variée par 1972. La régression de l’extraction, tation de la production de gaz natu-
ment tenir compte de la notion d’unité ses origines, par ses structures, par ses amorcée « officiellement » en 1960, rel est aléatoire, alors que le recul de
économique de l’exploitation, alors caractères et par son rôle économique. accélérée en 1968, doit se poursuivre, l’extraction houillère apparaît bien
que, depuis le Code civil, elle se soucie Les industries du bâtiment et des tra- puisque la production 1975 attendue inéluctable (et pas limité à 1975). Pour
surtout de propriété. Le problème fon- vaux publics d’une part, les industries est de l’ordre de 25 Mt. À cette date, la se développer, la production nationale
cier est sans doute l’un des plus déli- métallurgiques d’autre part dominent Lorraine, avec une production concen- ne peut guère compter que sur l’essor
cats, dans une France qui n’a pas vrai- le lot : en valeur de la production glo- trée sur les sièges de l’Est (Merle- de l’électricité nucléaire ; 8 000 MW

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doivent être construits (ou au moins gaz naturel se sont considérablement est fondée sur des importations. La Sont construits plus de 2 millions de
engagés) durant le VIe Plan, chiffre développées depuis 1968, grâce aux reprise vigoureuse de la sidérurgie de- véhicules automobiles (dont plus de
considérable, mais qui ne pourra que achats effectués aux Pays-Bas (Gro- puis 1969 a stoppé le déclin des mines 80 p. 100 de voitures de tourisme) ; près
freiner la croissance du déficit énergé- ningue) et en Algérie. Leur volume de fer (55 Mt de minerai) de Lorraine, de la moitié de la production est expor-
tique. Celui-ci a été comblé en priorité égale aujourd’hui celui de la produc- pourtant défavorisées par une réduc- tée. À elle seule, la Régie nationale des
par l’importation de pétrole brut, près tion nationale. tion sensible des exportations (de 26 usines Renault fabrique plus du tiers
de 120 Mt en 1972, provenant essen- à 19 Mt). Moindre est l’activité des des voitures, devançant nettement Peu-
La thermo-électricité classique s’est
tiellement du Moyen-Orient (Iraq, développée récemment de manière usines du Centre (Saint-Étienne, Le geot et Citroën, à peu près à égalité,
Koweït) et d’Afrique du Nord (Libye Creusot) et des Alpes du Nord (Ugine, puis Chrysler-France. Longtemps fief
spectaculaire, devant alimenter en
et surtout Algérie). Ces importations Allevard). Une seconde usine intégrée de l’agglomération parisienne, cette in-
priorité la croissance d’une consom-
ne cessent de s’accroître, et, parallèle- mation globale d’électricité qui double littorale est en construction à Fos, près dustrie automobile est en partie décon-
ment, s’est développée la capacité de de Marseille. Au total, un peu plus de centrée : outre Montbéliard et Lyon,
approximativement tous les dix ans
raffinage, concentrée pour environ le 10 000 personnes travaillent dans les centres déjà traditionnels, de nouvelles
(le quart de la consommation finale
tiers sur la Basse-Seine (Gonfreville, mines de fer et environ 150 000 dans usines sont apparues dans la vallée de
d’énergie en 1970). Les besoins de
Le Petit-Couronne, Port-Jérôme et la sidérurgie. la Seine et à Rennes. La rationalisa-
refroidissement en eau (augmentant
Gravenchon), pour plus du cinquième tion des chantiers navals les a tirés du
avec la taille des groupes), la proxi- Parmi les industries des métaux non
autour ou à proximité de l’étang de marasme et hissés aux premiers rangs
mité des marchés de consommation, ferreux, seule celle de l’aluminium
Berre (La Mède, Berre, Lavéra et Fos). en Europe. Si des chantiers ont été
des sources d’approvisionnement en est de classe internationale. Plus de
Les autres sites sont, depuis longtemps, fermés (Bordeaux, Le Trait), ceux de
combustible expliquent les localisa- 370 000 t d’aluminium de première
les estuaires de la Garonne (Pauillac, Dunkerque et de La Ciotat et surtout
tions préférentielles : vallée de la Seine fusion (et 85 000 de seconde fusion)
Ambès) et de la Loire (Donges), le lit- de Saint-Nazaire sont de niveau inter-
dans la Région parisienne (Porche- sont obtenues par le groupe Pechi-
toral de la mer du Nord (Dunkerque) national. Une des premières du monde,
ville, Vitry, etc.), de la Moselle (La ney-Ugine. Outre quelques impor-
et du Languedoc (Frontignan), cepen- l’industrie aéronautique s’est assuré
Maxe), aujourd’hui estuaires et fronts tations d’Australie, les usines fran-
dant qu’un fait relativement récent est une large audience internationale par la
de mer (Le Havre, Cordemais, Ambès, çaises traitent des bauxites extraites
l’apparition de raffineries intérieures qualité des appareils militaires et civils
Martigues-Ponteau, etc.). La produc- en Provence, pour 80 p. 100, et dans
implantées dans la grande région (Caravelle), ainsi que par ses projets
tion thermique classique a dépassé l’Hérault, pour 20 p. 100. Les usines
parisienne (Grandpuits, Gargenville, (Concorde, Airbus, Mercure). Outre
100 TWh en 1972 (équivalent éner- du Sud-Ouest, dont celle de Noguères,
Vernon), près de Lyon (Feyzin), de Paris, elle est établie dans les villes du
gétique de quelque 35 Mtec). Elle est liée au gaz de Lacq, produisent au-
Rennes (Vern-sur-Seiche) et de Stras- Sud-Ouest, notamment à Bordeaux et à
appelée à croître encore rapidement ; la jourd’hui plus de métal que celles des
bourg (Reichstett et Herrlisheim), dans Toulouse. Flatteuse est la position sur
relève nucléaire sera partielle et encore Alpes du Nord (notamment Saint-Jean-
le Nord (Valenciennes) et en Lorraine le marché international de la construc-
lointaine. de-Maurienne). Peu développées, les
(Hauconcourt), c’est-à-dire en priorité tion du matériel ferroviaire (Belfort,
R. O. industries des autres métaux non fer-
à proximité des grands marchés de Paris, Lille).
reux sont essentiellement aux mains
consommation. À cette évolution spa- La construction du matériel élec-
Les grandes industries de sociétés contrôlées par des capitaux
tiale, permise par la pose d’oléoducs trique et électronique est en plein
françaises étrangers.
(sud-européen en particulier de La- essor. Les grandes entreprises ont ins-
Bien plus variée, la métallurgie
véra à Karlsruhe), n’est pas étrangère Les industries métallurgiques tallé leurs unités de production dans les
de transformation emploie plus de
la constitution récente d’un groupe à La sidérurgie produit plus de 18 Mt régions de Paris et de Lyon, où la main-
1 250 000 personnes ; 350 000 autres
capitaux d’État (Elf-Erap) qui contrôle de fonte et plus de 24 Mt d’acier. d’oeuvre de qualité est abondante ; de
travaillent dans l’industrie du matériel
Antar (et la Société nationale des pé- Même après les nombreuses fusions et nombreuses décentralisations ont tou-
électrique et électronique. Proches de
troles d’Aquitaine, qui exploite Lacq et concentrations, qui se sont produites tefois été effectuées vers des régions
la sidérurgie sont les industries de pre-
les gisements de la région paloise). La au cours des deux dernières décennies, rurales proches (Normandie, région de
mière transformation des métaux (fon- la Loire, Bourgogne). Cette industrie
capacité totale de raffinage avoisinait les entreprises sidérurgiques restent de
derie, chaudronnerie, tréfilerie), dont produit un matériel très varié qu’elle
140 Mt à la fin de 1972. Cette même taille moyenne, à l’échelle internatio-
les foyers les plus actifs sont dans l’est vend pour plus de moitié à l’État et aux
année, environ 100 millions de pro- nale : avec chacune une capacité de
du Bassin parisien, la porte de Bour- communautés publiques.
duits pétroliers énergétiques sont sor- production inférieure à 10 Mt, Usinor
gogne et la région lyonnaise ; elles
tis des unités énumérées, dont environ et Wendel-Sidelor fournissent plus de
emploient 80 000 personnes. Toute Les industries de la construction
60 p. 100 de fuels, partagés à peu près 70 p. 100 de l’acier français. Malgré
une gamme d’industries fabriquent du
également entre fuels lourds (consom- la place de l’électrométallurgie (Alpes Plus de 1 500 000 personnes travaillent
matériel d’équipement. 30 000 per-
més en particulier dans un nombre du Nord, Massif central), et du fait du à l’extraction des matières premières
sonnes travaillent à la fabrication de
croissant de centrales thermiques) et développement modéré de l’aciérie à destinées à la construction ainsi que
charpentes métalliques ; le plus grand
fuel domestique (variante colorée du l’oxygène, on coule encore essentiel- dans les industries du bâtiment et des
nombre de ces entreprises sont ins-
gas-oil, utilisée aussi bien dans le sec- lement de l’acier Thomas. 90 p. 100 travaux publics. Employant une quin-
tallées dans le Nord, le Nord-Est et
teur domestique que dans l’industrie). de la production sidérurgique française zaine de milliers de personnes, la ci-
la Région parisienne. L’industrie des
La part des carburants diminue régu- sont obtenus le long de la frontière du menterie est en expansion. De 10 Mt en
machines-outils (100 000 salariés)
lièrement, en particulier la production Nord-Est. La part de la Lorraine n’est 1955, sa production s’est élevée à près
reste insuffisante : plus de 40 p. 100 de
d’essence ordinaire, qui recule devant plus que de 60 p. 100, tandis que celle de 30 Mt aujourd’hui. Ce ciment est
la main-d’oeuvre sont employés dans
le supercarburant. Environ 85 Mt ont du Nord augmente du fait du dévelop- livré par une soixantaine d’usines. Les
la Région parisienne, et de gros effec-
été destinées au marché intérieur, re- pement de l’usine intégrée de Dun- cimenteries situées au nord d’une ligne
tifs en haute Alsace et dans la porte de
présentant l’équivalent énergétique de kerque. Le fer lorrain est traité avec Caen-Belfort (Boulonnais, Région
Bourgogne d’une part, dans la région
130 Mtec. Les produits pétroliers, en de la houille de la Ruhr, de la Sarre et parisienne, Lorraine) en fournissent
lyonnaise d’autre part.
1971, ont ainsi couvert plus de la moi- aussi de Lorraine, dans les usines des la moitié, celles du Sud-Est (la vallée
tié de la consommation d’énergie (en- vallées de l’Orne, de la Fentsch et de La construction du matériel de du Rhône moyen, région marseillaise),
viron 30 p. 100 seulement en 1960) ; la Moselle ; le fer lorrain et la houille transport est, par le chiffre d’affaires une part non négligeable. Aux mains
leur prépondérance est encore appe- locale animent la sidérurgie de Valen- et par les effectifs employés, une de grandes sociétés (trois, Lafarge en
lée à s’accroître. Les importations de ciennes, alors que celle de Dunkerque des branches les plus importantes. tête, livrent 60 p. 100 de ce ciment),

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elles desservent les régions où elles des coups d’autant plus sensibles que Les industries chimiques et surtout l’éthylène (761 000 t). La
sont situées. Par ailleurs sont produites les petites et moyennes entreprises, Dernière-née des grandes branches, la pétrochimie, donnant des produits plus
2,5 Mt de plâtre, pour 70 p. 100 dans la à capitaux familiaux, étaient les plus purs et à des prix de revient plus bas
chimie connaît la croissance la plus
Région parisienne. nombreuses : au cours des quinze der- que la chimie du charbon, enregistre
rapide depuis une quinzaine d’années.
Selon la conjoncture, de 1 à 1,3 mil- nières années, leur nombre a beaucoup Elle emploie 270 000 personnes, aux- des progrès très nets. Par conséquent,

lion de personnes travaillent dans diminué. quelles s’ajoutent 100 000 travailleurs non seulement elle s’est développée à

l’industrie du bâtiment, constituée de proximité de puissants foyers de raf-


Le textile est la plus dispersée de nos de l’industrie du caoutchouc et près de
branches professionnelles variées et 80 000 dans la fabrication des matières finage (Basse-Seine, étang de Berre,
grandes industries. Le Nord est la pre-
dont la structure est encore artisanale Lyon) et sur le gaz naturel de Lacq,
mière région textile : il assure 90 p. 100 plastiques. Industrie de pointe, en
(mais le rôle des grandes sociétés tend mais aussi elle s’insinue au coeur des
des productions de laine peignée, de constants progrès, la chimie emploie
à devenir primordial). L’activité de un assez faible pourcentage de main- régions charbonnières.
tapis, de fils de lin et de jute, du quart
cette industrie s’exerce dans les régions d’oeuvre ouvrière et des effectifs pro- La parachimie fournit des produits
au tiers de celles de tissus de laine et de
en expansion économique et démogra- portionnellement élevés de cadres et plus valorisés. Déjà anciennes sont la
coton. La vieille industrie artisanale,
phique : Languedoc oriental, Provence d’ingénieurs. Sans atteindre un degré parfumerie de la Région parisienne,
dispersée en Flandre et en Cambrésis,
et Côte d’Azur, région Rhône-Alpes, aussi grand que dans les pays voisins, la fabrication des produits pharma-
a été supplantée par les puissantes in-
Région parisienne. Quant à l’industrie la concentration financière de l’indus- ceutiques (Paris, Lyon) et celle des
dustries capitalistes de l’agglomération
des travaux publics (3 850 entreprises trie a été fortement accrue par diverses produits photographiques. Les indus-
lilloise (laine à Roubaix-Tourcoing, lin
employant 25 000 personnes), son fusions et accords réalisés au cours de tries récentes, dérivées de la chimie
à Armentières). L’Est est avant tout un
action est bien plus diffuse au gré des organique, sont en pleine expansion.
pays cotonnier : y travaillent 45 p. 100 ces dernières années. Un cinquième
grandes décisions d’équipement (auto- du chiffre d’affaires global est lié à Amorcée en 1958 sur la Basse-Seine et
des salariés de cette industrie, qui
routes, barrages...). des participations de l’État dans cette sur l’étang de Berre, la fabrication du
concourent pour près de 50 p. 100 à
la production. Dans le triangle Épinal- industrie. caoutchouc synthétique a été portée à
Les autres branches Montbéliard-Strasbourg, l’industrie Fondée sur l’utilisation de matières plus de 275 000 t. Plus récente encore
notables : déclins est urbaine et rurale. Elle a connu de premières, la chimie minérale livre est la production des matières plas-
et progrès graves crises depuis la Seconde Guerre quelques produits de base de faible tiques : la région lyonnaise s’inscrit en

mondiale, dues à son éloignement des valeur marchande. Une centaine tête, dans un bilan régional, devant la
Le textile
Basse-Seine, la Région parisienne, le
ports et à ses structures : une recon- d’usines, contrôlées surtout par Ugine-
L’industrie textile, qui emploie plus
version assez brutale a été nécessaire. Kuhlmann et Pechiney-Saint-Gobain, Nord et Lacq.
de 350 000 personnes, est une des plus
Lyon est la capitale d’une vaste région fournissent 3,7 Mt d’acide sulfurique à La chimie parisienne est la première
puissantes d’Europe occidentale : elle
textile, qui s’étend sur les hauteurs de partir du soufre de Lacq (1,7 Mt, dont de France. L’ampleur du marché de
vient au 1er rang pour la production de
l’est du Massif central, du Mâconnais les deux tiers exportés) et de pyrites consommation et les possibilités de
filés de coton, au 3e pour celle des filés
au Vivarais, sur les pays rhodaniens, de extraites à Saint-Bel dans le Lyonnais vente à l’étranger y ont suscité le dé-
de laine et au 4e pour celle des textiles
Villefranche-sur-Saône à Donzère, et ou importées de la péninsule Ibérique ; veloppement d’activités très variées,
artificiels. Elle traite presque unique-
qui, vers l’est, s’insinue jusqu’au coeur outre les ports, cette industrie anime desquelles émergent la fabrication des
ment des matières premières impor-
du sillon alpin : c’est le domaine tra- les régions lilloise et lyonnaise. 1,5 Mt produits photographiques et pharma-
tées : 285 000 t de coton sont achetées,
ditionnel des « fabricants ». Le textile d’ammoniac sont obtenues par syn- ceutiques, celle des peintures et des
en grande partie dans le sud des États-
lyonnais, qui a durant plusieurs siècles thèse dans le Nord, à Rouen et surtout vernis et la parfumerie ; à Paris sont les
Unis, au Mexique et au Moyen-Orient ;
tiré sa renommée du travail de la soie, à Toulouse ; 90 p. 100 sont destinés à sièges des grandes sociétés et des labo-
tout le jute provient du Pkistn orien-
connaît un renouveau certain avec le la fourniture d’engrais azotés ou com- ratoires de recherche. Presque aussi
tal, la soie grège est importée du Japon,
développement de la fabrication des posés. La chimie du sel est plus fondée diversifiée est la chimie lyonnaise.
de Chine et, en quantités moindres,
fibres artificielles et synthétiques, no- sur l’utilisation du sel gemme (plus de Partout ailleurs, on trouve surtout de
d’Italie. De 85 à 90 p. 100 de la laine
tamment dans l’agglomération lyon- 3 Mt extraites en majorité en Lorraine) grosses usines exploitant une richesse
nécessaire sont importés, pour les trois
naise. De moindre importance sont les que sur celle du sel marin (1 Mt, sur- naturelle et employant des effectifs
quarts d’Australie et de Nouvelle-
Zélande, pour le reste d’Afrique du Sud autres foyers textiles. Dans la région tout en Camargue). Pechiney-Saint- limités de main-d’oeuvre.

de Rouen, le travail du coton a sup- Gobain est le gros producteur de chlore


et d’Argentine ; une-partie du lin vient
de la Flandre belge. La concurrence planté celui de la laine et du lin ; une gazeux (Tarentaise, Pont-de-Claix, Les industries du bois
des textiles artificiels et synthétiques, crise a touché les petites industries de Saint-Auban). Les produits sodiques Bois et forêts couvrent plus de
la perte de marchés étrangers ont porté l’Ouest ; le délainage anime toujours proviennent surtout de Lorraine (Dom- 13,5 Mha, près du quart du pays : c’est
à l’industrie des textiles traditionnels Mazamet. basle et Varangéville) et de Camargue en partie le résultat d’un reboisement
(Salin-de-Giraud). La France produit spontané, lié à plus d’un siècle d’aban-
plus de 2 Mt de potasse extraites dans don agricole, mais aussi au boisement
la région de Mulhouse ; elle utilise des de terres incultes (Landes, Sologne) et
scories de déphosphoration lorraines et à une politique systématique de reboi-
enrichit des phosphates du Maghreb et sement (1,3 Mha de 1947 à 1969). Les
d’Afrique noire (Sénégal, Togo) dans grandes régions forestières sont situées
ses ports pour obtenir des superphos- au sud-est d’une ligne La Rochelle-
phates (1,5 Mt). Charleville : est du bassin de Paris
La chimie organique, fondée sur et Vosges (40 p. 100 de la superficie
le charbon ou sur les hydrocarbures, française), Jura et Alpes du Nord, Mas-
connaît une expansion rapide. Elle sif central, Landes et Pyrénées. Mais
livre une série de produits de base, cette forêt est de valeur très inégale :
réutilisés immédiatement pour la fa- n’est véritablement exploitée de façon
brication de biens d’équipement et de rationnelle que la forêt contrôlée par
biens de consommation : entre autres l’administration des Eaux et Forêts
le méthanol, le butadiène, le propylène (plus du tiers). L’exploitation donne

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chaque année un peu plus de 17 M de les confins de la Picardie et du Soisson- l’est dans ce même ensemble, notam- atouts sur lesquels l’État compte pour
grumes (dont 45 p. 100 de feuillus et nais (Somme et Aisne), 20 p. 100 dans ment dans la Région Rhône-Alpes, le tirer ces régions du marasme qui les
55 p. 100 de résineux), dont on tire le Nord, 20 p. 100 dans la Région pari- Nord, la Lorraine et à Paris. Près des atteint depuis quelques années.
ensuite des bois de sciage et des bois sienne (Brie). Le développement des trois quarts des actifs du secteur secon- Peu à peu, la physionomie indus-
de papeterie et d’industrie. cultures légumières et fruitières s’est daire travaillent dans ces régions. trielle de la France se modifie. Paris
accompagné de celui de la conserverie,
Bois français, bois importés des pays Dans cet ensemble, et à la limite des garde sa suprématie (surtout pour les
notamment dans la moyenne Garonne,
du Nord et des pays tropicaux sont uti- contrées insuffisamment industriali- décisions). Mais les experts continue-
la Bretagne méridionale et le Sud-Est.
lisés par une industrie très diversifiée. sées de l’Ouest français, Paris tient une ront-ils à miser sur le dynamisme des
Très étroitement localisées sont cer- L’élevage est à l’origine d’une in- place prépondérante dans le bilan de régions orientales, bien soudées aux
taines activités : exploitation du chêne- dustrie alimentaire importante et diver- l’industrie nationale. Le quart des sala- autres États de la C. E. E., ou table-
liège (Roussillon, Landes), production sifiée : près de 500 000 t de beurre, plus riés de l’industrie travaillent dans la ront-ils sur une expansion portuaire
de résine (moins de 50 000 hl par an, de 650 000 t de fromage (et 314 000 t Région parisienne, dont les entreprises que l’intensification des échanges
surtout dans les Landes). La produc- de yaourt), 175 000 t de lait concentré réalisent de très loin le chiffre d’af- mondiaux semble appeler ? C’est là
tion de bois de mine, déjà ancienne, entier et 650 000 t de lait sec écrémé. faires global le plus élevé de France. un des grands choix à faire en matière
se maintient plus ou moins, pour des Alors que la production de beurre pla- Plus de la moitié des sièges sociaux de d’industrialisation dans la décennie
marchés intérieurs et extérieurs, dans fonne, celle de fromage continue à aug- sociétés françaises sont à Paris, et les amorcée.
les Landes et surtout dans le Nord-Est. menter et celle de lait croît très vite. entreprises parisiennes commandent S. L.

Prospère aussi est la fourniture de bois Les pays de l’Ouest consacrent la plus à plus de 1,3 M de salariés travaillant
de sciage, qui est essentiellement le fait grande partie de leur lait à la fabrica- en province : 40 p. 100 des ouvriers
tion de beurre (plus de 50 p. 100 en LES TRANSPORTS
de petites entreprises, dont la plupart français dépendent de décisions
sont volantes. La production de contre- Bretagne et dans les Charentes, de 50 à parisiennes. INTÉRIEURS
plaqué, qui traite des bois de France et 70 p. 100 dans le reste du Centre-Ouest
À la suite de cris d’alarme lancés
du Gabon (une cinquantaine d’usines), et en Normandie), mais l’ampleur de La France dispose d’une infrastruc-
notamment par J.-F. Gravier (« Paris
est en pleine expansion. Utilisant de la production permet la fabrication de ture de transports efficace, quoique
et le désert français ») et par le mi-
plus en plus de bois importés, l’indus- fromages (Basse-Normandie). Les plus de valeur inégale. Si les chemins de
nistre Claudius Petit, on prit peu à peu
grosses quantités de fromage sont en fer comptent parmi les plus modernes
trie du meuble reste en partie artisa- conscience de ces graves déséquilibres
nale ; Paris (faubourg Saint-Antoine) fait produites dans les départements de du monde et si un gros effort est fait
qui étaient eux-mêmes générateurs de
l’Est (Lorraine) et du Jura, en Savoie, depuis quelques années pour doter le
est de très loin le premier centre d’une fortes disparités régionales. Les comi-
où plus de la moitié du lait y est consa- pays d’un bon réseau de navigation
industrie qu’on trouve aussi dans le tés d’expansion défrichèrent le terrain
cré. Notable est la fabrication des fro- aérienne, un retard considérable a été
Nord, en Alsace, dans la région lyon- et ouvrirent la route à une politique
mages dans le Massif central (Cantal, pris pour la construction d’autoroutes
naise et à Bordeaux. d’aménagement qui prit forme en 1955
Aveyron). et la modernisation des voies d’eau.
Si la fabrication de papier de paille avec l’établissement des premiers pro-
De puissantes industries alimentaires L’intervention de l’État est de plus en
et de chiffon est très ancienne, celle de grammes d’action régionale et avec la
traitent des produits agricoles importés plus grande : il exploite les chemins
cellulose ne fut entreprise qu’au len- constitution des sociétés de dévelop-
du monde intertropical, notamment de fer, contrôle une partie de la navi-
demain de la Première Guerre mon- pement régional. En créant un système
d’Afrique noire. Les usines traitant des gation aérienne et prend en charge la
diale. 300 usines environ, employant fiscal favorable, l’État suscita d’autant
produits lourds sont dans les ports : construction de la quasi-totalité de
50 000 personnes, produisent un peu plus la décentralisation et le desserre-
ainsi les huileries (Le Havre, Marseille, l’infrastructure. Ces moyens de trans-
plus de 1,7 Mt de pâte à papier, trans- ment des industries (c’est-à-dire leur
Bordeaux, Dunkerque). La valorisation port emploient de gros effectifs de tra-
formée sur place en papier et en carton. transfert des villes vers des espaces
des produits plus légers et plus chers vailleurs : 285 000 personnes pour la
La plus grande partie de ces usines est très proches) que nombre de cités ont
(cacao et chocolaterie, torréfaction du S. N. C. F., 215 000 pour les transports
située à proximité des gros utilisateurs aménagé des zones industrielles, bien
café) se fait davantage à proximité des routiers, à peine 15 000 pour la naviga-
de papier, ainsi que dans les ports desservies par les moyens de transport
marchés de consommation. tion intérieure.
d’importation : le Nord, la Basse-Seine et approvisionnées en énergie (électri-
et la Région parisienne fabriquent près cité, gaz). Cette politique se traduisit
de la moitié de ce papier. Conclusion : par une industrialisation très sensible Les infrastructures
disparités régionales des villes (Amiens, Reims, villes de la Des conditions naturelles souvent
Les industries alimentaires et décentralisation Loire moyenne) et même de certaines favorables (en particulier l’existence
Les industries agricoles et alimentaires industrielle vallées rurales du Bassin parisien, et de rivières bien alimentées et à faible
travaillent à 90 p. 100 pour le marché par l’amorce, dans un deuxième temps, pente) et la continuité du développe-
L’empreinte industrielle est fort diffé-
français. Une gamme assez variée d’in- d’une industrialisation de l’Ouest. Les ment économique ont permis et suscité
rente selon les régions. À l’est d’une
dustries valorise des produits récol- décisions d’implantation de grosses la création d’un réseau de transport
ligne tirée de la Basse-Seine à la Région
tés en France. Plus de 4 Mt de farine unités à Bordeaux procèdent d’une complexe. Les régions montagneuses
parisienne, à Saint-Étienne et au delta
même politique d’aménagement.
sont obtenues chaque année dans près du Rhône (et englobant ces diverses sont, malgré les nombreux aména-
de 3 500 moulins et surtout dans de régions) est la France industrielle ; Mais, au cours de la dernière décen- gements routiers récents, moins bien
grosses minoteries, notamment autour 90 p. 100 de l’acier coulé en France nie, les transformations techniques de desservies que les pays de plaines et
de Paris. La plus grande partie des le sont le long de la frontière belge et l’industrie ont posé de nouveaux pro- de plateaux. Quelques grands axes de
semoules (près de 400 000 t) est fabri- allemande ; exception faite de celle blèmes. Si la reconversion des régions transport, ferroviaires et routiers, s’in-
quée à Marseille, qui reçoit le blé dur de Rennes, toutes les grandes usines d’industries textiles (notamment des sinuent dans les Alpes ; d’autres évitent
nord-africain ; sont aussi livrées plus d’automobiles sont dans la vallée de Vosges) s’achève, se pose aujourd’hui les Pyrénées par l’est et l’ouest ou
de 300 000 t de pâtes, pour 75 p. 100 à la Seine, à Montbéliard et à Lyon. Les le problème des régions houillères contournent le Massif central. Par ail-
Marseille, Paris et Lyon. 80 p. 100 de neuf dixièmes des ouvriers du textile (Lorraine et Nord, notamment), où la leurs, voies ferrées principales, routes
la bière sont fabriqués dans le Nord- et plus des quatre cinquièmes de ceux main-d’oeuvre est abondante. Le déve- et autoroutes, liaisons aériennes et
Est, dans le Nord et à Paris. Moins de de la chimie sont employés dans ces loppement de la chimie et l’implanta- même fluviales convergent vers Paris :
75 usines ont, en 1970, produit près de régions. 75 p. 100 de l’électricité sous tion d’industries automobiles, grosses c’est l’héritage d’une oeuvre multisé-
2,5 Mt de sucre : près de 50 p. 100 sur haute tension consommée en France utilisatrices de main-d’oeuvre, sont les culaire amorcée au XVIIe s. avec le per-

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cement des canaux (canaux d’Orléans cours aux locomotrices Diesel (Massif La navigation intérieure un certain nombre d’installations por-
et de Briare), poursuivie avec la réa- central notamment). À la fin de 1970, le réseau de navigation tuaires et s’efforce de régulariser les
lisation des routes royales (devenues débats entre transporteurs et utilisa-
La S. N. C. F. a renouvelé son parc intérieure était constitué de 3 927 km
par la suite les grandes nationales) au teurs dans une soixantaine de Bourses
de wagons : 13 600 pour le transport de voies naturelles, pour la plupart
XVIIIe s. et des voies ferrées au XIXe s., d’affrètement.
des voyageurs et 253 000 pour celui aménagées il est vrai, et de 4 696 km
couronnée enfin avec la mise en place de canaux. Le relief moins accidenté
des marchandises ; ces derniers sont du
du réseau aérien intérieur et l’ébauche et plus encore l’existence de frets de Les transports aériens intérieurs
reste mis dans un pool commun avec
d’un réseau autoroutier. pondéreux font que les voies d’eau ac- Tardif a été le développement de trans-
ceux des autres États de la C. E. E.
Leur circulation a été fortement accélé- tuellement utilisées sont presque toutes ports aériens intérieurs. Une tentative
Les chemins de fer rée par la mise en service de triages très situées à l’est d’une ligne tirée du d’organisation d’un réseau entre 1954

Exception faite de quelques lignes pro- modernes (principalement autour de Havre à Marseille. Le réseau du Nord et 1958 avait en effet échoué. Mais,

vinciales à voie unique, les chemins est le plus dense ; il s’ordonne autour en 1960, la compagnie Air Inter a été
Paris, dans le Nord et le Nord-Est). Il
de fer sont exploités par la S. N. C. F., de la liaison à grand gabarit (1 350 t) de réorganisée avec la collaboration d’Air
a été poursuivi une politique systéma-
société d’économie mixte créée en Dunkerque à Valenciennes. Le canal France et de la S. N. C. F. Elle n’a
tique de mise en circulation de trains
1937 et organisée en régions qui cor- de Saint-Quentin et le canal du Nord pas, du reste, le monopole du transport
rapides entre Paris et les grandes villes
respondent à peu près aux anciens ré- au nord, l’Oise au sud permettent une aérien intérieur. Après avoir initiale-
de province, ainsi qu’avec l’étran-
seaux privés. La S. N. C. F. n’exploitait liaison à moyen gabarit entre le Nord ment organisé des liaisons touristiques
ger (relations Trans-Europ-Express).
et Paris. Par ailleurs, la Seine, de Mon- saisonnières vers l’Ouest (Dinard,
plus à la fin de 1970 que 36 530 km de Actuellement, la S. N. C. F. cherche
lignes, dont 14 700 à au moins deux tereau à la mer, est une magnifique voie La Baule) et le Sud-Ouest (Biarritz,
à renforcer sa position aux dépens des
navigable, accessible aux gros automo- Tarbes-Ossun), Air Inter mit en place
voies et 9 360 électrifiés. C’est là le transporteurs routiers en développant
teurs et aux convois poussés. des lignes régulières entre Paris et les
résultat d’une longue politique de le trafic par containers. De nouvelles
grandes villes de province, puis des
déséquipement amorcée en 1938 ; ce et belles possibilités s’offrent au rail. Les liaisons avec le Nord-Est et
liaisons transversales, notamment sur
déséquipement est du reste plus poussé l’Est (Marne et canal de la Marne au
les itinéraires où les relations ferro-
pour le transport de voyageurs (effec- Les routes et les autoroutes Rhin ; Yonne et canal de Bourgogne)
viaires sont les moins rapides (Bor-
tué sur 25 640 km seulement) que pour n’admettent que des unités de petit
La France possède le réseau rou- deaux-Lyon-Genève, Bordeaux-Nice).
celui des marchandises. Il demeure tirant d’eau (280 t) comme, du reste,
tier le plus dense du monde (environ
que, si les décisions de fermeture de les autres canaux du Nord-Est. Dans
700 000 km, soit plus de 120 km par
lignes peuvent être justifiées par la fai- cette région, l’intérêt se porte depuis
Le rôle économique
100 km2), dont plus de 80 000 km de
blesse des trafics (encore accrue avec quelques années sur la réalisation des transports
routes nationales.
le développement des transports auto- d’une jonction à gros gabarit entre Le transport intérieur des
mobiles), elles constituent un grave Ce réseau fortement hiérarchisé est
les bassins du Rhin et du Rhône. Dès voyageurs
malheureusement inadapté à la circula-
déséquipement régional. Au total, la maintenant, les automoteurs de 1 500 t
tion moderne qui se caractérise en prio- Les automobiles et les cars, les trains
trame du réseau est beaucoup moins remontent la Moselle jusqu’à Frouard
et les avions transportent un nombre
dense qu’il y a un demi-siècle, mais rité par un trafic intense sur quelques
et le grand canal d’Alsace jusqu’à
croissant de personnes. C’est ainsi que
le plan général ne s’est guère modifié. itinéraires privilégiés unissant les
Bâle ; la construction d’un canal à
la S. N. C. F. a acheminé en 1970 plus
Exception faite de quelques transver- grandes villes. Il l’est d’autant plus que
grosse section a été décidée jusqu’à
de 610 millions de voyageurs et que les
sales (Calais-Dijon, Strasbourg-Lyon, la France ne possède, en 1974, guère
Altkirch. Au sud, les automoteurs de
transports aériens intérieurs ont pris en
Bordeaux-Lyon-Genève, Bordeaux- plus de 2 000 km d’autoroutes* dont 1 000 t parcourent le Rhône et la Saône
charge plus de 3 millions de personnes.
Marseille-Nice), les grandes lignes seulement trois grandes liaisons : Pa- en aval du confluent du Doubs. Restent Quant au transport routier, il a un rôle
rayonnent de Paris ; autour de la capi- ris-Marseille (et bientôt Nice), Paris- à réaliser un canal de jonction moderne sans cesse croissant, encore que diffi-
tale, une voie ferrée, la Grande Cein- Lille-Dunkerque (avec raccordement par la vallée du Doubs et la porte de cile à apprécier.
ture, permet l’acheminement direct des par Cambrai au réseau belge), Paris- Bourgogne vers l’Alsace et, peut-être,
Rouen. La concession, en 1970, du Les déplacements des personnes sont
convois de marchandises d’une région un autre par le seuil de Lorraine vers
droit de construction et d’exploitation tout particulièrement importants dans
à l’autre du réseau. Nancy. Ce sera une oeuvre de longue
les grandes villes, dans leur voisinage
de nouvelles autoroutes à des sociétés haleine. Dans le sud et l’ouest de la
Depuis un quart de siècle, un vigou-
privées semble ouvrir des perspectives immédiat, ainsi que sur les grands axes
reux effort de modernisation a été réa- France, nombre de rivières, autrefois
de circulation entre Paris et les grandes
sensiblement plus favorables au cours considérées comme navigables, ont été
lisé pour lutter contre la concurrence métropoles régionales. Ainsi, 380 mil-
de la prochaine décennie (Paris-Le déclassées. Une faible activité est enre-
croissante des transports routiers et lions de voyageurs ont circulé sur les
Mans, Paris-Poitiers, Paris-Strasbourg, gistrée sur quelques rares tronçons et
aériens. La traction à vapeur a été pro- lignes de banlieue de la S. N. C. F. en
Bordeaux-Narbonne, Calais-Dijon, surtout sur la longue jonction entre le
gressivement abandonnée au profit des 1970 ; quant à la R. A. T. P., elle prend
autoroute du Mont-Blanc). Rhône et la Gironde.
locomotrices Diesel et électriques : en en charge plus de deux milliards de
1970, on comptait 412 locomotives Outre les véhicules en transit, vers Ce réseau, qui fut dans une très large voyageurs, dont un tiers sur son réseau
à vapeur (dont 356 étaient utilisées), la péninsule Ibérique notamment, le mesure aménagé au XVIIe et au XIXe s. d’autobus. La croissance et l’extension
1 793 locomotrices Diesel (et 974 auto- réseau routier est utilisé par un parc (plan Freycinet), est parcouru par près de la banlieue parisienne font que le
rails) et 2 032 locomotrices électriques. automobile de plus en plus important : de 7 200 unités, dont 5 583 automo- nombre de voyageurs ne cesse de s’ac-
Avant 1939 avaient été électrifiées cer- en 1970, on comptait 12 400 000 voi- teurs. Les différences de gabarit entre croître et que le parcours moyen qu’ils
taines lignes du sud du pays, éloignées tures particulières, 2 588 000 camions les divers canaux limitent sensible- effectuent s’allonge. Bien moins nom-
des mines de charbon et proches des et camionnettes ainsi que 62 800 auto- ment les possibilités d’utilisation de breux sont les déplacements dans les
sites hydro-électriques ; après 1945, la cars et autobus (plus de 15 millions de ces divers bateaux. Ils sont la propriété grandes cités de province ; depuis une
S. N. C. F. a équipé les lignes à trafic véhicules au total). Les plus nombreux d’un très grand nombre d’artisans ma- dizaine d’années, l’activité des trans-
régulier et élevé qui étaient les seules sont immatriculés dans les grandes riniers et de quelques compagnies de ports en commun (en banlieue d’abord,
à justifier les lourds investissements agglomérations, notamment à Paris, navigation. L’activité de la navigation en ville ensuite) a décru devant la pro-
de l’électrification. Le quart du réseau Les véhicules utilitaires appartiennent intérieure est contrôlée par l’Office lifération des modes de transport in-
seulement est électrifié, mais concentre à 33 000 entreprises de transport, dont national de navigation, qui a été créé dividuels. Pour les relations à longue
75 p. 100 du trafic. Ailleurs, on a re- un très grand nombre d’artisans. en 1912. Par ailleurs, l’Office possède distance, les itinéraires les plus chargés

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sont les axes routiers et ferroviaires transport pour hommes d’affaires (pour nales (quelques centaines de milliers Ajaccio, les bateaux et les avions se
communs à plusieurs relations (Paris- les trois quarts) et gens très pressés. de tonnes pour chacune). La route et livrent une concurrence acharnée, lutte
Dijon, Paris-Orléans, Paris-Le Mans) le transport par conduites viennent dans laquelle les seconds ont pris pro-
et, sur les plus grandes distances, ceux Le transport intérieur des s’ajouter à ces moyens de transport gressivement le dessus.
qui relient Paris à Lille, à Bordeaux, à marchandises pour renforcer encore l’importance de Les télécommunications tiennent
Lyon et à Marseille. Exception faite des hydrocarbures et de quelques axes fondamentaux : de Mar- une place croissante dans notre vie :
seille au Rhin, du Havre vers la région
Ce trafic connaît de fortes pointes. l’électricité, le trafic des marchandises plus de 325 000 personnes travaillent
est assuré par les transporteurs routiers parisienne, du Nord vers Paris.
À Paris, on estime que la moitié des dans l’administration des Postes et Té-
voyageurs empruntent un véhicule de (1 504 Mt), la S. N. C. F. (250 Mt) et Les divers moyens de transport lécommunications. Ces services ache-
la R. A. T. P. soit le matin entre 6 h et la navigation intérieure (110 Mt). Plus jouent un rôle légèrement différent minent notamment plus de 3 750 mil-
9 h, soit dans la soirée entre 17 h 30 significatives sont les données numé- dans l’économie française. De 1945 lions de lettres et cartes postales, plus
et 20 h. Le rythme est analogue dans riques traduisant à la fois les quantités à 1965, le rail avait enlevé à la voie de 2 100 millions de plis non urgents
les villes de province. L’organisation transportées et les distances sur les- d’eau le trafic des produits pondé- et 1 950 millions de périodiques. Ils
est encore rendue plus complexe par quelles ces transports sont effectués. reux, notamment celui du charbon. La transmettent près de 24 millions de
l’existence de pointes liées aux migra- C’est ainsi qu’après avoir stagné, de réduction très sensible de l’activité des télégrammes, dont un tiers destinés
1930 à 1935, aux alentours de 8 à charbonnages, le plafonnement de la à l’étranger. Pour combler un retard
tions de loisirs. Les calculs faits par la
S. N. C. F. montrent que si, en moyenne, 9 milliards de tonnes kilométriques, le production dans les mines de fer de considérable, un très gros effort est né-
trafic fluvial a excédé les 11 milliards Lorraine sont à l’origine d’une certaine cessaire. À la fin de 1970, on comptait
70 000 personnes quittent Paris chaque
dès 1960, et qu’il a atteint 14,2 mil- stagnation du trafic de la S. N. C. F. un peu plus de 22 000 abonnés au télex
jour, de 225 000 à 250 000 partent en
liards en 1970. De 26,5 milliards de Les plus gros chargements sont tou- et plus de 4,1 millions au téléphone.
quelques heures au début des vacances
tonnes kilométriques en 1938, le trafic tefois encore constitués de minerai de
de Noël et de Pâques et lors des grands
ferroviaire s’est élevé à plus de 50 mil- fer et de produits métallurgiques, de
départs de congés payés en juillet et en Conclusion
liards en 1960, pour se hisser à plus de combustibles minéraux, de matériaux
août. L’intensité de la circulation est
64 milliards à partir de 1964, stagnant de construction, de produits chimiques Pour faire face à une clientèle de plus
souvent aussi forte en fin de semaine,
plus ou moins ensuite. Plus spectacu- et de produits agricoles. Il est certain en plus nombreuse et exigeant des
mais les mouvements s’effectuent alors
laires encore sont les progrès des trans- que la lenteur du trafic sur les voies transports de plus en plus rapides et
sur des distances plus faibles.
ports routiers, passés de 32,9 milliards d’eau, d’une part, la rapidité de cir- confortables, l’infrastructure est sans
Le rail, la route et les transports cesse modernisée. Après de longues
de tonnes kilométriques en 1962 à plus culation des trains lourds sur les voies
aériens concourent à acheminer des
de 55 milliards en 1970. Les experts du ferrées électrifiées et l’octroi de tarifs hésitations génératrices d’un gros re-
effectifs considérables de voyageurs, tard, un effort notable est entrepris pour
Plan pensent que le trafic doublera dans préférentiels aux sociétés industrielles,
mais se livrent aussi une concurrence les années 1965-1985, sans que le rôle d’autre part, ont gêné le développement améliorer le réseau de télécommunica-
très âpre. L’étude de l’évolution des tions et doter la France d’un embryon
respectif des divers moyens de trans- de la navigation intérieure : les maté-
trafics urbains depuis une dizaine port soit sensiblement modifié. riaux de construction, pour la plupart de réseau autoroutier : la décennie en
d’années souligne que, malgré de acheminés à courte distance, représen- cours devrait enregistrer des résultats
Les plus gros trafics se font sur les
nombreux inconvénients, voire des tent plus du tiers du trafic, les produits notables dans ce domaine. La tech-
artères situées au nord-est d’une ligne
entraves, les transports particuliers pétroliers, un cinquième, et les produits nique du poussage a considérablement
tirée du Havre à Marseille. Exception
connaissent un succès croissant en agricoles, un peu plus du sixième ; très accru les possibilités de la navigation
faite de celles de Bordeaux, toutes
ville. Dans les relations régionales à faible, et en baisse continue, est par intérieure, sans qu’il soit nécessaire de
les gares effectuant un trafic annuel
courte distance (quelques centaines de contre le trafic charbonnier. Le rôle des procéder à de coûteux investissements.
de plus de 2 Mt se localisent dans ces
km au plus), le train cède le pas à l’au- transports routiers est beaucoup plus Dans le domaine ferroviaire, des solu-
régions (notamment dans le Nord et en
torail (sauf pour les liaisons rapides varié. Des tonnages considérables sont tions sont mises au point pour satisfaire
Lorraine industrielle). Là sont les voies
vers Paris), à l’autocar et aux véhi- transportés sur de courtes distances : la croissance du trafic sur certains iti-
ferrées les plus chargées du réseau fran-
cules particuliers (ainsi dans de nom- produits agricoles et alimentaires (près néraires (projet d’une seconde ligne
çais : l’axe Nord-Lorraine (notamment
breuses régions rurales), d’utilisation de 30 p. 100 du trafic en tonnes kilo- de Paris à Lyon), pour faire circuler
Valenciennes-Thionville), les deux
toujours plus souple et souvent moins métriques), matériaux de construction des trains rapides sur des lignes acci-
jonctions entre Paris et le Nord (vers
coûteuse. La supériorité du train s’af- (près du quart). Plus grand est le rayon dentées et peu fréquentées (turbotrain
Lille et Dunkerque, vers Maubeuge),
firme sur les parcours les plus longs, d’action des citernes à vin, à hydrocar- sur Paris-Cherbourg et sur Bordeaux-
Paris-Strasbourg ainsi que Paris-Lyon-
surtout si le profil de la ligne permet bures raffinés et à produits chimiques Lyon) ou pour réaliser des liaisons
Marseille et ses embranchements, no-
des vitesses commerciales élevées (de de base. Le trafic à longue distance est ultra-rapides (aérotrain de la Défense à
tamment ceux qui vont vers Grenoble
120 à 140 km/h) : alors qu’en 1938 le essentiellement constitué de colis et de Cergy-Pontoise). Ce sont là des gages
et Saint-Étienne. Il en est de même
parcours moyen d’un voyageur sur les pour le trafic fluvial : plus de la moi- denrées périssables. d’une expansion continue.
grandes lignes était de 63 km, en 1970 tié des chargements sont effectués sur Spéciaux sont les caractères des tra- S. L.
il a atteint 153 km. L’inadaptation du l’axe Nord-Paris et sur la Seine, et près fics littoraux et des trafics vers les îles.
réseau routier (qui ne permet pas des du quart dans le nord-est du pays. Là Des caboteurs redistribuent les hydro-
moyennes horaires élevées) réduit sen- sont les grands ensembles portuaires : carbures raffinés à partir des centres de LE RÔLE L’ÉTAT DANS
DE
siblement le rôle de l’automobile sur outre les ports expéditeurs de charbon raffinage côtiers ; de Bayonne, d’autres L’ÉCONOMIE
ces distances (sauf pour les départs du Nord (20 Mt), l’ensemble des ports acheminent le soufre vers les ports
en vacances). Par contre, l’avion est parisiens (25 Mt, dont 23 à l’arrivée), de l’ouest et du nord-ouest du pays ; L’économie française est une écono-
devenu plus un complément qu’un ceux de la Basse-Seine (15 Mt) qui d’autres encore acheminent ciments mie de type libéral fondée sur la libre
concurrent pour le chemin de fer. Les expédient les pondéreux vers Paris ; et clinkers du Boulonnais vers la côte entreprise et la recherche du profit per-
grands trafics aériens intérieurs sont Strasbourg, enfin, porte rhénane de la septentrionale de la Bretagne. Si des sonnel (dans le cadre de l’entreprise in-
enregistrés sur des itinéraires où le rail France. Outre le grand canal d’Alsace ponts unissent maintenant Oléron et dividuelle ou de la société par actions).
est encombré, Paris-Lyon-Marseille, (21 Mt) et la Moselle (plus de 7,5 Mt), Noirmoutier au continent, toutes les Mais, plus que dans la plupart des éco-
Paris-Bordeaux, Paris-Toulouse. Mais, c’est en fonction de Paris que s’orga- autres îles de l’Atlantique sont desser- nomies occidentales qui se réclament
d’un prix supérieur à celui des trains, nise le trafic fluvial. Celui-ci est par vies par bateau. Vers la Corse, sur les de la même option fondamentale, la
l’avion est essentiellement le moyen de contre très faible sur les voies méridio- itinéraires Nice-Bastia et Marseille- part de l’État est grande. L’organisa-

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tion française a servi, en particulier dont l’autorité ne s’étend toutefois pas budgétaires des compagnies. Quatre sements furent supérieurs au montant
dans le domaine de la planification, de à des usines appartenant à la S. N. C. F. sociétés aériennes avaient fusionné en envisagé, mais une grande partie fut
modèle à nombre de pays. et à certaines centrales qui restent du 1933 pour constituer Air France, qui effectuée dans la construction immo-
domaine privé (ainsi qu’aux unités des fut réorganisée en 1948, sous le statut bilière, domaine improductif par excel-
Le poids de l’État est déjà ancien. Il
se traduit depuis de longues années par Charbonnages de France) ; l’E. D. F. de société d’économie mixte. Si on lence. Aussi l’inflation se développa-
a par contre le monopole de la distri- considère que, pour les autres trans- t-elle rapidement : de là le « plan de
une centralisation jugée aujourd’hui
bution. En 1946 fut aussi créé le Gaz ports, les capitaux publics tiennent une stabilisation », qui cassa l’expansion
excessive par beaucoup. Dès la veille
de la Seconde Guerre mondiale, pour de France, qui assure, directement place considérable dans l’équipement et amena une récession économique et
ou par l’intermédiaire de ses filiales des infrastructures, on peut estimer des difficultés sociales très graves. Au
apaiser des conflits sociaux et des
(pour le gaz naturel, Société nationale qu’au total l’État fournit le quart des cours du cinquième plan (1966-1970),
inquiétudes, fut pratiquée, dans le do-
du gaz du Sud-Ouest en Aquitaine, capitaux investis dans les transports le but essentiel fut de poursuivre une
maine agricole notamment, une poli-
Compagnie française du méthane maritimes, les trois cinquièmes de ceux expansion modérée (ralentie par les
tique de prix garantis : la création, en
hors d’Aquitaine), la distribution du qui sont investis dans les transports ter- événements de 1968, accélérée par la
1936, de l’Office du blé (devenu en
gaz, dont la production lui échappe restres, les deux tiers de ceux qui sont dévaluation de 1969), dans l’équilibre
1940 l’Office national interprofes-
largement. L’État avait commencé à investis dans les transports urbains et rigoureux le plus strict ; il reste qu’on
sionnel des céréales [O. N. I. C.]) est
s’intéresser aux questions pétrolières 90 p. 100 de ceux qui sont investis dans n’est pas encore parvenu à juguler les
une étape décisive dans ce domaine.
en prenant une participation minori- les chemins de fer. Au total, plus d’un prix. C’est un des buts principaux du
Depuis la guerre, un certain nombre de
taire dans la Compagnie française des million de personnes sont employées sixième plan (1971-1975), tourné vers
« prix de base », dans le domaine agri-
pétroles, chargée de gérer les intérêts par l’État dans ces diverses entreprises le développement des équipements
cole et industriel, sont fixés par l’État.
français en Iraq. Cette politique se pré- (fonctionnaires exclus). collectifs en retard (autoroutes, télé-
Si nombre de décisions sont prises
cisa avec la création, à la veille de la phone) et vers une industrialisation à
par les ministères techniques (celui de
Seconde Guerre mondiale, du Bureau un rythme jamais atteint précédem-
l’Agriculture par exemple), les grandes La planification
de recherche des pétroles (B. R. P.) ment (rendu possible par l’arrivée des
options financières et économiques sont Dans cette économie libérale, au sein
et de la Régie autonome des pétroles jeunes sur le marché du travail, mais
décidées par le ministère des Finances. de laquelle le secteur public tient une
(R. A. P.) et, durant la Seconde Guerre nécessaire pour la même raison...).
En cherchant à équilibrer la balance place notable, la planification, même
mondiale, de la Société nationale des
commerciale et la balance des paie- Chacun de ces plans est le résultat
pétroles d’Aquitaine (S. N. P. A.). Une si elle n’est que souple et indicative,
ments, en contrôlant le crédit intérieur d’une préparation de longue haleine,
trentaine d’années après, tous ces inté- renforce encore le rôle de l’État.
(fixation du taux de l’escompte) avec durant à peu près autant de temps que
rêts publics sont gérés dans le cadre du La France a derrière elle un quart de
l’aide du Conseil national du crédit et la mise en application du plan précé-
groupe Elf-Erap (la S. N. P. A. conser- siècle de planification. Les plans fran-
de la Banque de France, en décidant dent. Elle est l’oeuvre du Commissariat
vant une certaine autonomie). çais de modernisation et d’équipement
de la fiscalité, il imprime des orienta- général du plan (créé par un décret de
Les capitaux publics ont aussi forte- sont quinquennaux, mais les événe-
tions décisives, plus ou moins libérales janvier 1945). Celui-ci suscite la réu-
ment pénétré dans plusieurs branches ments politiques et économiques en ont
ou plus ou moins étatiques selon les nion de groupes de travail et de com-
industrielles, concourant, notam- quelque peu bouleversé le déroulement
tempéraments et les idées politiques missions de modernisation à l’échelon
ment, à la fourniture de la totalité des régulier. Au cours du premier plan
et économiques de l’équipe dirigeante. régional et national. Il travaille sur
engrais potassiques, de 60 p. 100 des (1947-1953), conçu par Jean Monnet,
Cette emprise apparaît d’autant plus des documents statistiques qui lui sont
engrais azotés, de la moitié du maté- les efforts portèrent uniquement sur les
forte que, par l’intermédiaire des fournis par les services statistiques du
riel aéronautique et du tiers environ activités de base : s’il fut une réussite
entreprises nationalisées, l’État est le ministère des Finances et par le Centre
des véhicules automobiles. La Société et s’il permit de doter la France des
premier patron de France et que, pour de recherche et de documentation sur
des mines domaniales de potasse d’Al- fondements d’une industrie moderne,
réaliser la politique de planification et la consommation (C. R. E. D. O. C.)
sace et l’Office national industriel de il créa de profondes distorsions dans le
d’aménagement du territoire, il est le ainsi que par l’Institut national de la
l’azote (O. N. I. A.) ont fusionné pour secteur secondaire. Aussi le deuxième
principal bailleur de fonds. statistique et des études économiques
constituer la société Azote et produits plan (1954-1957) concerna-t-il tous les
(I. N. S. E. E.). Le projet de synthèse
chimiques : son rôle est plus important, domaines de l’économie, visant à ac-
Le secteur public dans final est soumis au gouvernement, qui
dans le domaine chimique, que celui croître la production et la productivité ; le soumet au Conseil économique et
l’économie française des filiales des groupes pétroliers et des source d’un développement exception-
social pour avis et le fait voter par le
Les grandes entreprises nationalisées Charbonnages de France. Par ailleurs, nel, il suscita aussi une augmentation
Parlement (tous les plans n’ont cepen-
sont nées dans la dernière décennie de les capitaux publics ont pénétré dans très rapide des importations, ce qui
dant pas été votés).
la IIIe République et dans les années l’industrie aéronautique, les premières déséquilibra la balance commerciale

1944-1947. Si les banques nationali- nationalisations ayant été réalisées en et la balance des paiements et fut une
L’aménagement
sées reçoivent plus de la moitié des 1937 : ils sont regroupés aujourd’hui des raisons fondamentales de la crise
dans le cadre de la Société nationale in- du territoire
dépôts bancaires et si les groupes financière de la fin de la IVe Répu-
d’assurance contrôlés par l’État réa- dustrielle aérospatiale (S. N. I. A. S.). blique. Le troisième plan (1958-1961) L’expansion indéniable que connut
lisent plus de 40 p. 100 du chiffre Dans le domaine automobile, les Éta- fut un plan de transition : le relèvement l’économie lors de l’application des
d’affaires de cette branche, le rôle blissements Renault sont devenus, en du commerce extérieur, la pression premiers plans révéla par contre l’im-
de l’État est encore plus fort dans le 1945, la Régie nationale des usines sur les prix (indispensable au moment portance croissante des déséquilibres
domaine énergétique : la moitié envi- Renault. où le Marché commun se mettait en régionaux. En effet, si, pendant la
ron des hydrocarbures sont distribués Plus ancienne est la politique de na- place) s’accompagnèrent d’un ralen- Seconde Guerre mondiale, quelques
par des sociétés à capitaux publics ; tionalisation des transports. La création tissement de certains investissements spécialistes avaient perçu l’existence
celles-ci produisent la quasi-totalité de la Société nationale des chemins de (moyens de communications, loge- de disparités sensibles dans le déve-
de l’électricité, du charbon et du gaz. fer français (S. N. C. F.) en 1937 para- ment) et d’une faible augmentation loppement économique des régions,
La nationalisation des Houillères du chevait l’oeuvre ébauchée auparavant des salaires. Avec le quatrième plan l’opinion ne fut vraiment alertée qu’à
Nord et du Pas-de-Calais en 1944 pré- avec le rachat des réseaux de l’Ouest (1962-1965), le rythme d’expansion la suite de la publication, en 1947,
figurait la création en 1946 des Char- par l’État et justifiée essentiellement élevé envisagé fut atteint, encore que la par l’économiste J.-F. Gravier, d’un
bonnages de France. La même année par les nécessités de rationalisation du production minière et métallurgique ait ouvrage sur Paris et le désert français
fut constituée l’Électricité de France, réseau ferroviaire et par les difficultés crû moins vite que prévu. Les investis- et par l’action menée par un homme

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politique, Claudius Petit. Par ailleurs, d’entre elles est néanmoins orientée la D. A. T. A. R. ne s’étend pas à la ciale et sa balance des paiements : de là
à l’imitation d’une initiative prise à dans une direction dominante. Dans Région parisienne : celle-ci dépend de l’origine des dévaluations auxquelles il
Reims dès 1943, des organismes lo- l’Ouest (marais entre Loire et Gironde, la Délégation du district de la région a fallu procéder.
caux, les comités d’expansion, se mul- landes de Gascogne), il s’agit essen- parisienne (D. D. R. P.), dont la com-
tiplièrent un peu partout et commen- tiellement de bonifier les terres ; dans pétence déborde du reste légèrement la Le commerce extérieur
cèrent à dresser des bilans économiques le Centre et le Nord-Est (Limousin superficie de la région de programme.
La balance commerciale
régionaux. Les divers indices utilisés et Auvergne ; Lorraine, Champagne, Pour promouvoir sa politique, la
soulignèrent la plus grande richesse Bourgogne et Franche-Comté), réamé- L’activité commerciale ne cesse de
D. A. T. A. R. s’appuie sur des orga-
de Paris (de 60 p. 100 supérieure à la nagement foncier et reboisement vont s’accroître, nourrie par l’expansion
nismes techniques et financiers. Le
moyenne nationale et double de celle de pair ; dans le Sud-Est, des grands économique, accrue de façon artifi-
Fonds d’intervention pour l’aména-
des régions les moins favorisées) et le travaux d’hydraulique et d’irrigation cielle par l’inflation, qui gonfle les prix,
gement du territoire (F. I. A. T.) joue
contraste entre les régions orientales, ont été entrepris le long de la Durance, et stimulée à plusieurs reprises par la
un rôle fondamental. La Société cen-
plus développées, et les régions occi- en Provence intérieure et surtout dans politique économique et financière de
trale pour l’équipement du territoire
dentales, moins industrialisées. le Bas-Languedoc ; il en est de même l’État, en particulier par les deux dé-
(S. C. E. T.), dépendant de la Caisse
valuations de 1958-59 et de 1969. En
Mais ce n’étaient encore qu’initia- dans la plaine orientale de la Corse et des dépôts et consignations, et le
dans les coteaux de Gascogne, près 1950, des marchandises d’une valeur
tives privées. Par contre, à partir de Fonds de développement économique
globale de 21 milliards de francs (ac-
1955, l’État commença à mettre en d’Auch. et social (F. D. E. S.), alimentés par
tuels) avaient franchi les frontières ;
place le cadre et les organismes d’une Esquissée en 1955, la politique le Trésor public, avancent les fonds
en 1954, l’activité commerciale avait
politique d’aménagement régional. En d’aménagement du territoire se précisa nécessaires au lancement des grandes
porté sur 30 milliards et, en 1959, sur
1960 furent définies 21 circonscrip- à partir de 1962. À l’occasion du lan- opérations. Quant au Fonds national
53. C’était encore peu (en valeur abso-
tions d’action régionale (qui devinrent cement du IVe Plan furent définis des d’aménagement foncier et d’urbanisme
lue du moins) au regard de l’expansion
22 en 1970 quand la Corse fut séparée objectifs régionaux de la planification ; (F. N. A. F. U.), il intervient dans les
connue au cours de la décennie sui-
de la région Provence-Côte d’Azur), l’année suivante, le budget de l’État grands aménagements urbains.
vante : près de 73 milliards en 1962,
les régions de programme. À l’imi- fut, pour la première fois, régionalisé. Depuis le IVe Plan, la planification
plus de 100 en 1965, et 180 en 1970. Le
tation de la Bretagne, qui eut un rôle Aussi toute une série d’organismes fut- française est régionalisée. Par-delà montant des opérations commerciales
pionnier en la matière, chaque région elle peu à peu mise en place. de nombreuses opérations de détail, a environ triplé (en valeur) en dix ans
fut invitée à dresser le bilan de son plus ou moins importantes, qui ont
La région de programme définie en et a été multiplié par près de neuf en
activité et un programme d’action ré- 1955 est le cadre dans lequel s’exerce été réalisées, quelques grandes lignes vingt ans. Mais le volume des échanges
gionale. Pour essayer de décentraliser peuvent être discernées. La politique
cette action régionale. À sa tête, le pré- internationaux effectués par la France
quelque peu l’armature bancaire furent fet de région, qui est en même temps d’aménagement du territoire ne vise est encore inférieur de moitié au com-
créées les sociétés de développement préfet du département dans lequel il pas à stopper le développement des merce britannique, des deux tiers à
régional (S. D. R.). siège, joue un rôle fondamental : assisté régions les plus avancées de façon à celui de la République fédérale d’Alle-
Afin d’aménager de la façon la d’une mission économique, il veille à hisser les autres au même niveau ; dans magne, et il est deux fois et demie plus
plus rationnelle possible des espaces l’application régionale des plans régio- le domaine de la décentralisation in- faible que celui des États-Unis (ce qui
régionaux plus ou moins étendus se naux de développement économique et dustrielle, où cela avait été tenté aux se conçoit mieux).
formèrent, dans les années 1950, des social du territoire, qui sont en quelque dépens de Paris, les mesures initiales
L’équilibre de la balance commer-
ont dû être assouplies. Dans le cadre
sociétés d’économie mixte constituées sorte les héritiers des programmes ciale française a toujours été précaire.
avec la participation de l’État, des com- d’action régionale. Il travaille en rela- d’une promotion générale de l’écono-
Il est réalisé quand les exportations,
mie française et de l’utilisation jugée
munautés locales et des intérêts privés. tion étroite avec la haute administra- calculées franco à la frontière (free on
Ce n’était pas, à vrai dire, tout à fait tion et les préfets qui dépendent de lui, la plus judicieuse des investissements,
board ou fob) équivalent à 93 p. 100
les régions sont classées en deux caté-
nouveau : dans l’entre-deux-guerres, dans le cadre des conférences adminis- environ des importations, dont la valeur
gories : celles dont le dynamisme fort
une lente gestation (1921-1934) avait tratives régionales. Il consulte, lors des est fixée à l’arrivée (coût, assurance,
doit être simplement « accompagné »,
abouti à la constitution de la Compa- sessions, ordinaires pour la plupart, la fret ou caf). Exception faite d’une
celles dont l’économie, insuffisam-
gnie nationale du Rhône (C. N. R.), Commission de développement éco- courte période d’équilibre en 1954, la
ment dynamique, nécessite des moyens
dont l’objectif était d’aménager le nomique régionale (C. O. D. E. R.), balance a été constamment déficitaire
d’entraînement. Il reste que d’âpres
Rhône de la frontière suisse à la tête dont le mode de recrutement et le rôle de 1950 à 1958. La dévaluation qui ac-
conflits, notamment au cours de l’éla-
de son delta, pour le rendre navigable évoquent d’assez près ceux du Conseil compagna l’instauration du franc lourd
boration des derniers plans, ont opposé
aux grosses unités fluviales (1 350 t), économique et social, mais à un niveau donna un coup de fouet aux exporta-
représentants des régions de l’Est et
pour produire de l’électricité et pour différent. tions et permit le redressement de la
de l’Ouest : c’est un autre aspect du
dispenser l’eau d’irrigation aux plaines À l’échelon national et dépendant du balance commerciale jusqu’à la fin de
contraste entre les deux France.
voisines. Premier ministre, la cheville ouvrière 1962. Suivit une lente dégradation, qui
S. L.
Après 1955, des efforts ont été faits de cette organisation est la Déléga- devait atteindre son paroxysme avec la

pour améliorer les revenus agricoles tion à l’aménagement du territoire et crise de 1968, puis vint la relance éco-

des régions les plus défavorisées et à l’action régionale (D. A. T. A. R.). L’ÉQUILIBRE nomique (nécessitant des importations

dont la situation s’aggravait. Les socié- Sous son égide siègent des commis- massives) : de là la dévaluation de l’été
ÉCONOMIQUE : de 1969, elle-même génératrice d’une
tés d’étude initialement constituées ont sions de travail, dont la Commission
BALANCE COMMERCIALE
rapidement fait place à des compagnies nationale de l’aménagement du terri- reprise des exportations et d’un redres-

nationales d’aménagement dotées d’at- toire (C. N. A. T.), au sein de laquelle ET BALANCE DES sement de la balance commerciale dans

tributions étendues, en particulier dans sont rassemblés des représentants des les années 1969-1971.
PAIEMENTS
le domaine foncier. Après une quin- milieux régionaux et des diverses À l’image des autres pays industriels
zaine d’années, l’expérience est très branches de l’activité économique et En dépit de grandes réalisations et de européens, la France vend essentiel-
discutée, tant les dépenses sont lourdes sociale : la C. N. A. T. est chargée progrès considérables réalisés depuis lement des produits manufacturés, ce
au regard des résultats obtenus. Si va- de dégager les grandes lignes pos- un quart de siècle dans le domaine éco- qui lui permet d’acheter nombre de
riés que soient les domaines de l’action sibles d’un aménagement régional. nomique, la France parvient difficile- machines et d’objets qu’elle ne pro-
de ces sociétés, l’oeuvre de chacune Il faut noter que la compétence de ment à équilibrer sa balance commer- duit pas, ainsi que des denrées alimen-

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et croissant de camions (près de 20 Mt) s’effacent devant le rail (pour un tiers)


intéresse les postes frontaliers du Nord, et ne jouent un rôle guère plus impor-
justifiant à l’avance l’achèvement des tant que la voie d’eau et la route (un
jonctions autoroutières Paris-Cambrai- peu plus du cinquième).
taires, des produits énergétiques et achats et 11 p. 100 des ventes). En fait,
Bruxelles et Lille-Anvers. Plus impor- Les conditions nautiques ne sont
des matières premières. Au cours des une lente évolution s’est produite au
tants encore sont les échanges entre pas toujours très bonnes dans la plu-
deux dernières décennies, ces ventes cours des quinze dernières années. À
la France et l’Allemagne fédérale. Le part des ports français. Exception faite
ont représenté des deux tiers aux trois la suite de la décolonisation, les liens
charbon de la Ruhr et de la Sarre à de quelques sites privilégiés aména-
quarts des exportations (près des trois commerciaux avec les États de la zone destination de la Lorraine et le mine- geables facilement (Le Havre, Fos, la
quarts aujourd’hui) : les produits de la franc se sont quelque peu distendus,
rai de fer lorrain expédié en Sarre sont Gironde), ils n’offrent pas les fortes
métallurgie (aciers, fontes et métaux, et la balance commerciale avec cha- en grosse majorité transportés par rail profondeurs demandées par les navires
machines et matériel de transport, dont cun d’entre eux laisse bien souvent un et transitent par le poste frontière de modernes gros porteurs, en particulier
les automobiles) viennent nettement solde négatif. Par contre, les échanges Thionville. Matériaux de construction par les pétroliers. L’amplitude des ma-
en tête dans ce bilan. La France vend sont de plus en plus nombreux avec
et produits sidérurgiques contribuent rées sur les côtes occidentales et nord-
aussi des produits agricoles (plus de les pays européens : environ les trois à animer la navigation sur la Mo- occidentales entrave l’exploitation des
15 p. 100 des exportations), essentiel- quarts du mouvement commercial selle. Dans les ports rhénans, celui de ports situés le plus loin à l’intérieur des
lement des vins, des eaux-de-vie et global en 1970, près de la moitié avec Strasbourg au tout premier rang, arri- terres, notamment Rouen et Bordeaux.
des céréales ; elle réexpédie en outre les États de la C. E. E. d’alors. Parmi vent des charbons, des matériaux de S’y ajoute la fréquence des brumes et
des hydrocarbures raffinés sur son ceux-ci, la R. F. A. est, de loin, le construction et des produits agricoles des brouillards, d’autant plus redou-
territoire. Plus de la moitié du mon- premier partenaire commercial de et partent, notamment, de la potasse tés que seul Le Havre dispose d’un
tant des importations correspond aux la France : 20 p. 100 des échanges alsacienne vers le Nord, des hydro- équipement de radar de pilotage. Ne
achats de produits industriels ; là aussi, réciproques, soit autant que tous les carbures raffinés à Strasbourg vers la recevant aucune aide substantielle de
les produits métallurgiques représen- échanges avec les cinq membres ini- Suisse du Nord : près de 15 Mt passent l’État, les ports devaient percevoir des
tent le poste le plus important (près de tiaux de la C. E. E., près du double de par les ports du Rhin, soit un peu plus taxes élevées sur les navires y faisant
15 p. 100 des importations sont des ceux qui sont effectués avec l’ancienne que sur les canaux entre la France et la escale : ce qui risquait de les détourner
achats de machines). Ces achats pèsent A. E. L. E. (Grande-Bretagne incluse) Belgique. vers d’autres ports de la C. E. E. Pour
au total beaucoup plus lourdement sur et le triple de ceux qui sont réalisés avec
Sur les autres frontières, le trafic est tenter de remédier à cette situation, une
la balance commerciale que ceux des l’Amérique du Nord. L’entrée de la
moindre (un peu plus de 2 Mt par route loi-cadre votée en 1965 fut à l’origine
produits agricoles (viandes, fruits et lé- Grande-Bretagne dans la Communauté
vers l’Italie, plus de 1 Mt vers l’Es- de six ports autonomes (Marseille et
gumes notamment), des combustibles économique européenne va encore ren-
pagne) et, du fait du relief, concentré Bordeaux, qui avaient déjà ce statut,
(essentiellement des hydrocarbures) forcer l’orientation « européenne » du
sur quelques points. Dans les Alpes, le Nantes, Le Havre, Rouen et Dun-
et des matières premières minérales et commerce extérieur français. Il reste
commerce international anime la voie kerque), dans lesquels seraient engagés
textiles, qui représentent 10 à 15 p. 100 que, la plupart du temps, la balance est
ferrée du Fréjus, le tunnel routier du des investissements massifs de façon
des achats (en valeur). Au total, si la déficitaire avec les autres États de la
Mont-Blanc ; il est bien moindre sur à les rendre compétitifs à l’échelle
balance commerciale est en équilibre, C. E. E. et bien souvent aussi avec la
les autres routes ouvertes toute l’année européenne. Aujourd’hui, les six ports
voire en léger excédent pour les pro- Grande-Bretagne. Comme il en est de
(Montgenèvre et littoral méditerra- autonomes effectuent plus de 85 p. 100
duits agricoles et alimentaires d’une même avec l’Amérique du Nord, on
néen). Sur la frontière espagnole, où du trafic portuaire français.
part, les objets manufacturés d’autre voit quelles charges pèsent sur l’éco-
l’écartement différent des voies ferrées La moitié du trafic maritime fran-
part, elle est nettement déficitaire pour nomie française.
est un très gros obstacle, le trafic se çais est effectuée sur les côtes du Nord
les matières premières et surtout pour Les échanges croissants avec l’exté- concentre à Hendaye d’une part, à Cer- et de Normandie. Une trentaine de
les combustibles. On mesure quelle rieur se font par les postes frontières bère d’autre part. millions de tonnes de marchandises
menace constitue pour l’économie continentaux, par les ports maritimes
passent par les ports du Nord (dont 25
française un relèvement des cours et, en très faibles tonnages, par les aé- Les ports maritimes à Dunkerque) ; s’y ajoute un intense
mondiaux de ces produits, notamment roports. S’ajoute du reste à l’activité
Quelle qu’en soit l’importance, le trafic trafic de voyageurs à destination ou en
des hydrocarbures. On voit aussi com- purement nationale de ces organismes dans les postes frontières continentaux provenance des îles Britanniques (près
bien est nécessaire l’exportation de une fonction de transit (ainsi pour les (de l’ordre de 120 Mt, selon des esti- de 4 millions, dont 2,5 à Calais et 1,2
produits industriels pour équilibrer la hydrocarbures à Marseille). mations en 1970) reste faible, comparé à Boulogne). Le trafic des ports de la
balance commerciale.
à celui qui est enregistré dans les ports Basse-Seine avoisine maintenant les
Si la France a noué des relations Les échanges continentaux maritimes : 228 Mt en 1971 (dont un 75 Mt (60 au Havre, 13 à Rouen). Si
avec tous les pays du monde, les plus Une intense activité anime les fron- tiers il est vrai de cabotage national). les hydrocarbures y occupent une place
solides ont été tissées avec les pays de tières du Nord-Est. Si le trafic des Près des trois quarts des importations prépondérante (plus de 55 Mt), toute
l’Atlantique Nord (plus de 85 p. 100 minerais de fer, notamment vers la sont faites par mer (contre 10 p. 100 une gamme de produits très variés
des importations et plus de 75 p. 100 Belgique, a diminué depuis quelques pour le rail et la route et 7,5 p. 100 pour (notamment les produits tropicaux au
des exportations) et avec les États afri- années, il se maintient vers le Luxem- les transports fluviaux). Mais, pour les Havre, le bois à l’arrivée et les céréales
cains de la zone franc (9 p. 100 des bourg. De plus, un mouvement intense exportations, les ports (pour un quart) à la sortie à Rouen) y sont manipulés ;

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

nage global de 7 073 939 tjb et d’un Il est plus délicat d’apprécier le rôle
port en lourd voisin de 10 Mt, la flotte des investissements étrangers dans la
française n’est plus que la dixième balance des paiements : au moment de
du monde. L’ampleur relative du ton- leur réalisation, ils s’inscrivent posi-
nage en construction lui permettra de tivement, mais ensuite ils entraînent

combler une partie de ce retard dans un déficit du fait du rapatriement des

un délai assez rapide (avant la fin du bénéfices. Le gouvernement, qui avait

VIe Plan). pratiqué une politique hostile aux capi-


taux étrangers jusqu’en 1965, a assou-
Longtemps excédentaire, le solde de
pli sa position sur ce point. En fait,
la balance touristique s’est progressi-
plus que des capitaux originaires de
vement dégradé au point d’être défici-
la C. E. E. (dont un article du traité de
taire depuis quelques années. C’est là le
Rome prévoit la libre circulation), soit
résultat de facteurs très complexes : dé-
17 p. 100 des investissements étran-
part de 15 p. 100 des Français à l’étran-
gers, le gouvernement était inquiet de
ger pour leurs vacances (en majorité en
la pénétration des capitaux nord-amé-
le déclin du trafic intercontinental de La balance des paiements Espagne, en moins grand nombre en
ricains : 45 p. 100 du total à l’époque.
passagers a été plus que compensé par Italie) ; progrès lents des effectifs de
Le faible excédent ou le déficit de la Ajoutons que l’embauche de gros
l’essor des liaisons par car-ferries avec touristes étrangers en France (une dou-
balance commerciale pèse lourdement effectifs de travailleurs étrangers est
Southampton (près de 500 000 voya- zaine de millions, dont une très grosse
sur la balance des paiements, qui est à l’origine d’un poste débiteur de la
geurs). Sur la façade atlantique, la majorité d’Européens de l’Ouest, des
par ailleurs très sévèrement perturbée balance des paiements.
moins active, car desservant des ré- Allemands surtout, ainsi que des Nord-
par les mouvements de capitaux spé-
gions peu industrialisées, les plus gros Américains), découragés par le niveau
culatifs. Mais l’insuffisance de cer- Conclusion
trafics sont effectués sur la Gironde tains secteurs de l’économie nationale moyen (en considération des prix) de
l’hôtellerie française, ce qui justifie le Au total, un équilibre seulement pré-
(13 Mt) et sur la Loire (13 Mt) ; plus contribue aussi à affaiblir cette balance
sévère plan de reclassement de 1971, et caire est établi. C’est une des constantes
de 35 p. 100 du trafic maritime sont des paiements.
par les difficultés de circulation auto- de la vie économique française depuis
réalisés dans les ports méditerranéens, La nécessité de recourir à des arme-
mobile, faute d’autoroutes. En fait, les plusieurs décennies. Il rend nécessaire
en fait essentiellement à Marseille (et ments étrangers pour certains trans-
le recours à une fiscalité croissante, et
revenus du tourisme étranger traduisent
surtout dans ses annexes de Berre et ports maritimes grève sensiblement la
lourde. Mais, au fond, c’est l’apanage
de façon très étroite les fluctuations de
balance des paiements. Certes, l’ar-
de Fos, 75 Mt au total), dont l’essor est des pays riches. Toutes ces difficultés
la fréquentation nord-américaine, les
mement français, qui avait acheminé
lié à son rôle de port pétrolier européen ne doivent cependant pas trop ternir la
88 Mt de marchandises en 1968, en citoyens des États-Unis concourant
mais doit se confirmer avec la vigou- réalité. La France de 1970 est le résul-
a transporté 102 Mt en 1969 : sur ce pour plus de 40 p. 100 aux dépenses
reuse industrialisation amorcée. S’y tat d’une période de développement
total, 59 Mt ont été chargées ou déchar- touristiques effectuées par les étran-
ajoute un fort trafic de passagers, en et d’enrichissement comme le pays
gées dans des ports français, et 43 Mt gers en France (malgré les gros progrès
majorité aujourd’hui vers la Corse. n’en n’avait jamais connu auparavant.
véhiculées entre des ports de pays tiers. récents du tourisme ouest-allemand).
Aussi, en Europe, seules la Suisse et
Postes frontaliers et ports maritimes Mais la capacité de transport de la ma- Exception faite de Paris et de ses la Suède ont-elles un produit national
éclipsent les aéroports, par lesquels rine marchande nationale croît moins environs, qui attirent une grosse majo- brut par habitant supérieur à celui de
vite que le transport maritime, qui a rité de touristes étrangers, ceux-ci se
s’échangent seulement un peu plus de la France (à peu près à égalité avec le
connu un essor spectaculaire depuis mêlent aux Français dans les régions
120 000 t de fret international, notam- Danemark), qui n’est dépassé ailleurs
quelques années. Aussi, alors que la
ment ceux de Paris (qui voient en outre périphériques, qui sont les plus fré- que par ceux des États-Unis et du Ca-
marine française réalisait en 1968 près
passer 10 millions de passagers). Au quentées : la côte provençale (Var et nada. C’est là un résultat d’autant plus
de la moitié du trafic maritime natio-
total, ce commerce enrichit en fait Alpes-Maritimes), le littoral atlantique encourageant que ce même produit na-
nal, n’en a-t-elle effectué que 40 p. 100 de la Charente-Maritime au Finistère, tional brut par habitant croît plus vite
quelques régions du pays. Plus du tiers
en 1970. La situation est du reste plus
les deux départements savoyards. Le que ceux des pays industriels voisins,
des ventes et des achats sont effectués critique pour le transport des produits
tourisme en France est essentiellement après les avoir dépassés.
par la Région parisienne. Avec celle-ci, pondéreux « secs », notamment pour
estival (près de 55 p. 100 des Français
cinq autres régions de programme — les minerais, que pour les hydrocar-
partent entre le 1er juillet et le 15 août,
Nord, Alsace, Lorraine, Rhône-Alpes bures ; en tout cas, elle nécessite et Le commerce intérieur
époque de l’année où vient aussi le plus
et Provence-Côte d’Azur — assurent justifie une politique de construction En 1966, le commerce intérieur occupait
grand nombre d’étrangers) et côtier
les trois quarts de l’activité commer- navale audacieuse. Il reste que la flotte près de 3,6 millions de personnes (dont
(40 p. 100 des séjours dans les stations
française est en voie de rajeunissement pratiquement les deux tiers seulement de
ciale nationale. Là encore les déséqui- balnéaires, qui accueillent actuelle- salariés), c’est-à-dire près du cinquième
certain (au milieu de 1970, le tiers des
libres régionaux sont très forts. ment près de 12 millions de touristes). de la population active, disséminées dans
navires avaient moins de cinq ans, et
Bien qu’en progrès constants (3,3 mil- près d’un million d’entreprises. C’est carac-
plus de 55 p. 100, moins de dix ans).
lions de touristes en 1969), les sports tériser la dispersion de ce secteur, notion
Se poursuit en même temps une lente
qui doit être toutefois de plus en plus
d’hiver restent encore l’apanage d’une
évolution qui traduit les nouvelles nuancée. En effet, les années 1960 ont en-
demandes du transport maritime : sta- minorité aisée et de jeunes, compte
registré une régression des petits établis-

bilisation, après un long déclin, de la tenu des prix et de la relative insuffi- sements liée à la rapide progression des

flotte de navires de passagers, les car- sance de l’équipement : les Alpes du magasins de vente à grandes surfaces. Les

Nord en attirent le plus grand nombre. hypermarchés (surface de vente au moins


ferries tendant toutefois à remplacer
égale à 2 500 m 2) nés en 1968 étaient déjà
les paquebots ; progrès régulier de la Par ailleurs, si un Français sur trois,
au nombre de 209 à la fin de 1972. De 1960
flotte de cargos classiques et surtout de condition modeste, va séjourner à
à 1972 inclus, le nombre des supermar-
des pétroliers, moins nombreux qu’il la campagne, le plus souvent chez un chés (surface de vente comprise entre 400
y a dix ans, mais de plus gros port en parent, 3 p. 100 seulement effectuent et 2 500 m 2) est passé de 47 à 2 334. Il y

lourd (124 ; 4 136 400 tjb). D’un ton- des voyages touristiques. a concentration des points de vente, iné-

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

gale selon les régions (les grandes surfaces — avaient donné au chef de l’État voyés extraordinaires étrangers sont frage universel direct) par messages,
s’établissent dans des agglomérations de les pouvoirs d’un monarque dans un accrédités auprès de lui (art. 14). allocutions, conférences de presse et
plusieurs milliers ou dizaines de milliers
régime parlementaire de type « orléa- interviews radiotélévisées. En cas
de personnes, ou à proximité de celles-ci) Innovation importante, ses décisions
niste ». À la suite de l’erreur commise ne sont pas toutes soumises à l’obli- d’usage des pouvoirs exceptionnels de
et les branches de l’activité commerciale
par le premier président de la IIIe Ré- l’article 16, il est tenu d’en informer la
(l’alimentation est particulièrement affec- gation du contreseing d’un ministre.
tée). Cette concentration doit se traduire, publique, Mac-Mahon, et du fait du nation par un message.
Il en est ainsi : de la nomination du
au cours des années 1970, par une dimi- manque de « présence » de la plupart Premier ministre (cette dénomination Pour exercer pleinement ses pou-
nution du nombre des entreprises com- de ses successeurs, les fonctions effec- a été substituée à celle de président du voirs, il s’est entouré de services ad-
merciales plus rapide que celle de l’effectif
tives du président apparurent rapide-
pléthorique employé dans ce secteur. Conseil, qui figurait dans la Constitu- ministratifs importants, notamment
ment comme surtout représentatives.
R. O. tion de 1946, mais non dans les lois de nombreux chargés de mission et
En réalité, le chef de l’État pouvait
constitutionnelles de 1875) ; de la déci- conseillers techniques, qui l’assistent
jouer un rôle sensible dans la coulisse :
S. L. sion de mettre fin aux fonctions de ce dans leur spécialité propre et lui per-
rôle politique dans le choix du chef du
F Aériens (transports) / Aéronautique et aéros- dernier (sur présentation par celui-ci mettent de suivre et de connaître l’acti-
patiale (industrie) / Aménagement du territoire gouvernement, qui lui incombait le plus
de la démission du gouvernement) ; de vité des divers départements ministé-
/ Automobile / Autoroute / Budget / Canal / souvent du fait de l’absence de majo-
Chemin de fer / Chimiques (industries) / Ciment la décision de recourir au référendum riels ; il préside, en outre, de nombreux
rité parlementaire due à l’émiettement
/ Commerce international / Distribution / Élec- prévu par l’article 11 (sur proposition conseils et comités.
tricité / Électrique (industrie de la construction) / des partis et au jeu particulièrement
du gouvernement — pendant la durée
Énergie / Gaz / Mécanique (industrie) / Métallur- Une telle conception du rôle de
complexe de certaines personnalités ;
gique (industrie) / Navale (industrie) / Navigation des sessions — ou sur proposition président « évoquant » bon nombre
/ Pétrole / Pharmaceutique (industrie) / Sidérur- magistrature morale dans certaines dis-
conjointe des deux assemblées) ; de la d’affaires qu’il eût été impensable,
gique (industrie) / Textile (industrie) / Transports. cussions au Conseil des ministres.
V. également les articles consacrés aux régions, dissolution de l’Assemblée nationale sous les IIIe et IVe Républiques, de lui
aux départements et aux grandes villes. Les deux présidents de la IVe Répu- (après consultation du Premier ministre voir traiter directement, d’abord plus
blique (Vincent Auriol, René Coty) et des présidents des assemblées) ; de
E. de Martonne, la France physique, t. VI, conforme à l’esprit qu’à la lettre de la
vol. 1 de la Géographie universelle (A. Colin, renforcèrent l’efficacité de ce rôle ef- la mise en vigueur des dispositions de Constitution de 1958, ne paraît plus
1 942). / A. Demangeon, la France économique facé, bien que la Constitution du 27 oc- l’article 16 relatif à l’état de néces-
et humaine, t. VI, vol. 2 de la Géographie uni- guère discutable depuis la révision de
tobre 1946 ait réduit leurs prérogatives sité* ; des messages au moyen desquels
verselle (A. Colin, 1946). / J. Chardonnet, l’Éco- 1962, qui a fait du chef de l’État l’élu
nomie française (Dalloz, 1958-59 ; nouv. éd., légales et transféré soit au président il communique avec les assemblées ; de direct du peuple. Cette réforme a lar-
1970 et suiv. ; 2 vol. parus). / P. Pinchemel, du Conseil, soit au gouvernement dans la nomination d’un tiers des membres gement déplacé le centre de gravité de
Géographie de la France (A. Colin, 1964 ; 2 vol. ;
son ensemble la plupart des pouvoirs du Conseil constitutionnel ainsi que du
3e éd. du 2e vol., 1969). / M. Le Lannou, les la vie constitutionnelle et transformé
Régions géographiques de la France (C. D. U.,
que les lois constitutionnelles de 1875 président de cet organisme ; de la déci- l’activité politique française, mais son
1965 ; 2 vol.). / R. Clozier, Géographie de la avaient attribués au chef de l’État. sion de déférer une loi ordinaire ou un application semble exiger, comme
France (P. U. F., coll. « Que sais-je ? », 1967 ;
La Constitution de la Ve République engagement international à ce même condition préalable, une certaine iden-
2e éd., 1970). / A. De Lattre, la France (Sirey,
1967). / P. George, la France (P. U. F., coll. « Ma- a été préparée par le Conseil des mi- Conseil. tité entre les voeux de la masse des
gellan », 1967). / J. Beaujeu-Garnier, la Popu- nistres, puis soumise pour avis au Co- En revanche, ses autres actes sont, électeurs, constituant elle-même la
lation française (A. Colin, coll. « U 2 », 1969). /
mité consultatif constitutionnel, créé « majorité présidentielle », et les voeux
R. Brunet (sous la dir. de), Découvrir la France eux, contresignés par le Premier mi-
par la loi du 3 juin 1958, ainsi qu’au
(Larousse, 1972-73 ; 7 vol.). nistre et, le cas échéant, par les mi- des députés, constituant la « majorité
Conseil d’État. Elle a été ratifiée par ré- parlementaire ». Sans doute le prési-
nistres responsables : nomination et
férendum le 28 septembre 1958, orga- révocation des membres du gouver- dent dispose-t-il d’armes certaines au
LES INSTITUTIONS nisé en application des dispositions de nement (sur proposition du Premier cas où un conflit l’opposerait à la ma-
FRANÇAISES la loi constitutionnelle du 3 juin 1958,
ministre) ; promulgation des lois défi- jorité de l’Assemblée nationale : droit
portant dérogation aux dispositions de
nitivement adoptées par le Parlement ; de dissolution, recours au référendum
Les institutions de la Ve République, l’article 90 de la Constitution du 27 oc-
éventuellement, demande — qui ne constitutionnel, contacts directs avec
telles qu’elles ont été édifiées par la tobre 1946 relatives aux modalités des
peut être refusée — à celui-ci de procé- la nation au cours de ses déplacements
Constitution du 4 octobre 1958, le réfé- révisions constitutionnelles.
der à une nouvelle délibération de la loi ou par l’intermédiaire des ondes.
rendum constitutionnel du 28 octobre Sous l’influence du général de ou de certains de ses articles ; promul- Mais ce recours à l’arbitrage suprême
1962 et les « coutumes » établies par Gaulle, rappelé au pouvoir à la suite gation des lois référendaires ; signature du peuple risque de mettre le chef de
les présidents Charles de Gaulle et des manifestations du 13 mai 1958 à des ordonnances et des décrets délibé- l’État en face du dilemme classique : se
Georges Pompidou, sont caractérisées Alger, le texte constitutionnel de 1958 rés en Conseil des ministres ; nomina- soumettre ou se démettre, c’est-à-dire,
notamment par la prééminence du rôle confère un rôle prééminent au chef de tion aux emplois civils et militaires de en pratique, se démettre, car il paraît
du président de la République, par l’in- l’État. Comme sous les IIIe et IVe Ré- l’État (éventuellement délégation de ce difficile qu’un homme d’État à forte
troduction d’un régime parlementaire publiques, le président de la Répu- pouvoir de nomination) ; actes accré- personnalité puisse successivement
plus proche des traditions britanniques blique est irresponsable (sauf cas de ditant les ambassadeurs et les envoyés définir deux politiques très différentes
que des tendances des IIIe et IVe Ré- haute trahison) ; élu pour sept ans, il extraordinaires auprès des puissances l’une de l’autre.
publiques, par le développement d’un est rééligible. étrangères ; décisions de grâce. En cas de vacance de la présidence
système de contrôle de la constitution-
Il veille au respect de la Constitution. de la République pour quelque cause
nalité des lois, enfin par la réapparition,
Il assure, par son arbitrage, le fonction- L’« évocation » des grandes que ce soit ou d’empêchement constaté
au sein d’institutions représentatives,
nement régulier des pouvoirs publics affaires ou le « domaine » de par le Conseil constitutionnel, saisi par
de certaines pratiques de démocratie
ainsi que la continuité de l’État. Il est le l’Élysée le gouvernement et statuant à la majo-
directe disparues après l’usage qu’en
garant de l’indépendance nationale, de En fait, depuis 1959, le président déter- rité absolue de ses membres, l’article 7
avaient fait les deux Napoléon.
l’intégrité du territoire, du respect des mine les principales lignes de la poli- de la Constitution stipule que les fonc-
accords de Communauté et des traités tique intérieure française et dirige les tions du président de la République
Le rôle prééminent (art. 5). grandes négociations diplomatiques ; seront provisoirement exercées par le
du président de la
Il préside le Conseil des ministres il rend compte de ses actes et de ses président du Sénat et, si celui-ci est à
République
(art. 9) ainsi que le Conseil supérieur intentions au peuple (qui, depuis la son tour empêché d’exercer ses fonc-
Les lois constitutionnelles de 1875 — et le Comité de la défense nationale révision référendaire du 28 octobre tions, par le gouvernement. La durée
élaborées par une majorité monarchiste (art. 15). Les ambassadeurs et les en- 1962, procède à son élection au suf- de l’intérim est limitée — sauf cas de

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

force majeure constatée par le Conseil Un régime parlementaire solutions complexes en vue d’éviter la çais ne permet pas la stabilité totale
constitutionnel — à trente-cinq jours répétition des défaillances constatées assurée par le bipartisme britannique
Le régime parlementaire est une forme
au maximum. Le président intérimaire avant la Seconde Guerre mondiale et et le chef de l’État français s’est vu
d’organisation du régime représentatif, d’assurer un certain équilibre entre personnellement attribuer des pouvoirs
ne peut pas dissoudre l’Assemblée
assurant un équilibre certain entre un
nationale ; pendant la durée de l’inté- les gouvernants (envers lesquels ses qu’ignore le souverain britannique,
gouvernement disposant des moyens membres éprouvaient pourtant, par mais qui, pour la plupart, sont entre
rim, l’Assemblée nationale ne peut pas
de gouverner, notamment la durée, et principe une sorte de défiance) et les les mains de son Premier ministre. Le
renverser le gouvernement et aucune
un parlement exerçant l’essentiel de représentants du peuple. président de la République « règne » et
procédure de révision constitutionnelle
la fonction législative et exerçant un « gouverne » tout en même temps.
L’émiettement des partis s’accen-
ne peut être engagée (ni par voie par- contrôle efficace sur le gouvernement.
tua en fait et rendit particulièrement En face d’un gouvernement respon-
lementaire, ni par voie référendaire).
difficile la formation par l’Assemblée sable et stable — animé par le Premier
Les dispositions de l’article 7 ont été Les enseignements des IIIe et
nationale elle-même (procédure de ministre, choisi par le président de la
appliquées en 1969 après la démission IVe Républiques
l’investiture) de gouvernements de coa- République pour mettre en oeuvre la
du général de Gaulle, l’intérim ayant Les constituants de 1875 avaient tenté lition, qui se disloquaient ensuite sous politique définie par ce dernier, pour
été assuré par Alain Poher, président d’établir un tel équilibre, mais l’annu- l’effet des rivalités personnelles ou des assumer la responsabilité de l’action
du Sénat, bien que ce dernier ait simul- lation pratique du droit de dissolution, directives des comités directeurs des gouvernementale, qu’il a pour mission
tanément été candidat à la succession le grignotage régulier des pouvoirs partis, ou qui démissionnaient après de défendre devant le Parlement, pour
présidentielle. présidentiels, l’émiettement des partis, avoir été mis en minorité par l’Assem- assurer la cohésion de la majorité par-
qui avait eu pour effet de substituer à la blée nationale, alors que n’avait même lementaire et remplir une fonction de
notion de majorité stable celle de coali- pas été réunie contre eux la majorité liaison entre les deux pouvoirs issus
L’élection du président
tions d’intérêts, avaient abouti au fonc- renforcée exigée par la Constitution du suffrage universel (André Hauriou
Aux termes de l’article 6 de la Constitution, tionnement d’un régime d’assemblée, pour que soit régulièrement ouverte qualifie le régime de « dyarchie inéga-
le président est élu pour sept ans au suf-
tempéré par l’existence d’un Sénat une crise ministérielle. Les crises se litaire à responsabilité politique incer-
frage universel direct.
composé de notabilités locales conser- multipliaient sans que puisse interve- taine ») —, la Constitution de 1958-
Le scrutin est ouvert sur convocation vatrices et, de plus, par l’application de nir le droit de dissolution, maintenu au 1962 attribue au Parlement le rôle de
du gouvernement au moins vingt jours et
plus en plus fréquente du système des profit du Conseil des ministres, mais contrôler l’activité du gouvernement
au plus trente-cinq jours avant l’expiration
décrets-lois. M. Marcel Prelot résume sous réserve que se soient produites, en et d’assurer l’essentiel de la fonction
des pouvoirs du président sortant ou après
ainsi la situation telle qu’elle se pré- moins de dix-huit mois, deux crises mi- législative. Ce Parlement est composé
la vacance de la fonction.
sentait à la veille de la Seconde Guerre nistérielles provoquées soit par un rejet de deux assemblées issues de deux
La liste des candidats, établie par
mondiale : « Ce régime d’effacement formel de la confiance par l’Assemblée corps électoraux différents et dotées
le Conseil constitutionnel, est publiée
du Parlement, naguère omnipotent, nationale, soit par un vote de censure de pouvoirs sensiblement inégaux :
au moins quinze jours avant la date du
s’accentue avec la menace de guerre. de cette Assemblée. Par ailleurs, en l’Assemblée nationale, élue au suffrage
scrutin. Pour être retenue par le Conseil
[...] Il fait d’Édouard Daladier et de son vue de dissuader les gouvernants d’y universel direct pour cinq ans, mais
constitutionnel, une candidature doit
successeur, Paul Reynaud, des dicta- avoir recours, l’usage du droit de dis- qui peut être dissoute par le président
être appuyée par les signatures de cent

citoyens (représentant au moins dix dépar- teurs sans le titre, des dictateurs pré- solution entraînait, dans la plupart des de la République (après consultation
tements ou territoires d’outre-mer diffé- caires, puisqu’ils peuvent être renver- hypothèses, la substitution, à la tête du du Premier ministre et des présidents
rents) appartenant à l’une des catégories sés par le Parlement, mais néanmoins gouvernement, pendant la campagne des deux assemblées), sauf pendant
suivantes : parlementaires, membres du des dictateurs, puisqu’ils ont à la fois électorale, du président de l’Assemblée les treize mois (environ) suivant une
Conseil économique et social, conseillers entre les mains l’arme exécutive de dissoute au président du Conseil ayant dissolution et pendant l’usage des pou-
généraux ou maires, et accompagnée d’un l’état de siège et l’arme législative du usé de ce droit. En décembre 1955, il voirs exceptionnels de l’article 16 ; le
cautionnement de 10 000 francs. En vue décret-loi. Cela explique l’aisance avec a cependant été fait usage du droit de Sénat, élu au scrutin restreint et indi-
d’assurer le « principe d’égalité entre les
laquelle, le 10 juillet 1940, la Consti- dissolution par le gouvernement Edgar rect, et dont les membres, représentant
candidats », la loi édicté certaines dispo-
tution de 1875 disparaît. Totalement Faure, les conditions constitutionnelles les notables locaux, siègent pendant
sitions, qui, d’une part, assurent la réparti-
vidée de sa substance, elle devait, dans ayant été remplies dès avant sa forma- neuf ans. (Pour les modalités des élec-
tion des heures d’utilisation des antennes
tous les cas, être remplacée. » tion et l’Assemblée nationale s’apprê- tions, v. Parlement.)
de la radiodiffusion-télévision française
Mais, après quatre années de gou- tant à le censurer.
et, d’autre part, limitent le nombre des af- Par souci d’assurer une représen-
fiches et professions de foi de chacun ; une vernement de Vichy, qui se veut auto- tation aux intérêts économiques et
commission nationale et des commissions ritaire, la IIIe République bénéficie en Le « parlementarisme » du sociaux, et en vue de favoriser « la
départementales contrôlent le respect de quelque sorte d’une réhabilitation ines- régime de 1958 collaboration des différentes catégo-
ces dispositions.
pérée. Les soixante-dix années d’ins- Les constituants de 1958 ont visé à in- ries professionnelles entre elles », les
Tout candidat ayant obtenu au moins tabilité ministérielle qu’elle représente troduire en France des modalités de ré- constituants de 1958 ont créé, à côté
5 p. 100 des suffrages exprimés bénéficie (111 gouvernements de septembre gime parlementaire conformes, en fait, des deux assemblées parlementaires
de la part de l’État d’une subvention forfai- 1870 à juillet 1940) ne sont, certes, pas aux traditions britanniques, c’est-à- élues, un Conseil économique et
taire de 100 000 francs pour contribution
tout à fait oubliées, mais les majorités dire reposant sur un équilibre des pou- social nommé, aux attributions pure-
aux frais de sa campagne électorale.
des deux Constituantes de 1946 re- voirs tel qu’il aboutisse, selon la for- ment consultatives. Ce Conseil siège
Est proclamé élu — par le Conseil constitu- fusent cependant de trouver « l’autorité mule appliquée par Georges Vedel au au moins une fois par trimestre en
tionnel, qui assure le contrôle de la régu- que l’on réclame dans un nouveau ren- gouvernement anglais, à « un véritable assemblée plénière (seule compétente
larité des opérations — le candidat ayant
forcement de l’exécutif, puisque celui- règne de l’exécutif disposant d’une pour donner des avis, toujours précé-
réuni sur son nom la majorité absolue
ci a déjà été renforcé au-delà de toute majorité très disciplinée et incroyable- dés d’un vote) ; ses membres se réu-
des voix. Si celle-ci n’est pas obtenue au
mesure » ; elles vont, en sens inverse, ment stable, de telle sorte qu’en fait la nissent également en sections. Il fait
premier tour, il est procédé, le deuxième
vers « la dépendance de l’exécutif, la responsabilité ministérielle n’est mise suite au Conseil économique prévu par
dimanche suivant, à un second tour, où

peuvent seuls rester en présence les deux souveraineté du délibérant, le gouver- en jeu que devant le peuple lors des la Constitution de 1946 et qui consti-

candidats qui, le cas échéant après retrait nement d’assemblée » (Marcel Prelot). élections générales ». Sans doute, les tuait en quelque sorte la continuation
de candidats plus favorisés, se trouvent Toutefois, la seconde de ces majorités, modalités du régime français sont-elles du Conseil national économique créé
avoir recueilli le plus grand nombre de suf- tout en réduisant pratiquement à néant assez différentes de celles du système en 1925 par un gouvernement du Cartel
frages au premier tour. les pouvoirs du président, cherche des anglais : la multiplicité des partis fran- des gauches et réorganisé en 1936 par

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

le gouvernement du Front populaire. la loi exécutoire un jour franc après commissions permanentes, bien que blée. Le procédé, institué pour assu-
L’idée d’une représentation des forces l’arrivée du Journal officiel au chef- les constituants de 1958 se soient rer une meilleure stabilité gouverne-
économiques s’est fait jour en même lieu de l’arrondissement. Le délai de efforcés de réduire le rôle de ces mentale, est inspiré des dispositions
temps que se développait l’industria- promulgation est suspendu dans deux dernières afin d’éviter qu’à l’imita- qui étaient théoriquement en vigueur
lisation ; elle semble être apparue sur cas : 1o lorsque le chef de l’État, le Pre- tion des commissions du Congrès à sous la IVe République ; le peu d’effet
le plan institutionnel avec l’Acte addi- mier ministre ou le président de l’une Washington elles n’entravent l’action qu’elles avaient eu a parfois fait pré-
tionnel aux Constitutions de l’Empire ou l’autre des assemblées parlemen- des administrations. coniser l’introduction en France de la
de 1815 ; elle fut particulièrement taires défère le texte au Conseil consti- procédure adoptée par la République
y Les assemblées peuvent, à tout mo-
préconisée entre les deux guerres mon- tutionnel (cela a notamment été le cas ment, créer pour un temps limité des fédérale d’Allemagne, où, durant une
diales. Le projet de référendum rejeté lorsqu’en 1971 le président du Sénat a législature, le gouvernement ne peut
commissions d’enquête dont le rôle est
en 1969 prévoyait la fusion du Sénat et fait reconnaître l’inconstitutionnalité être renversé que si le Bundestag élit
d’informer le Parlement et l’opinion
du Conseil économique et social en une d’une disposition de la nouvelle loi sur à la majorité absolue de ses membres
publique sur certains faits (là encore,
assemblée parlementaire consultative. les associations), qui doit se pronon- un nouveau chancelier (« censure
le gouvernement est jusqu’ici parvenu
cer dans le mois, voire, si l’urgence est constructive »).
à éviter le recours fréquent à une pro-
L’exercice du pouvoir législatif déclarée par le gouvernement, dans les cédure risquant de gêner son action). b) Par ailleurs, le Premier ministre
huit jours ; 2o lorsqu’à l’intérieur de peut — après délibération du gouver-
La fonction législative — qui consiste y L’Assemblée nationale dispose
ce délai le président de la République nement — engager devant l’Assemblée
à édicter des règles de droit abstraites d’une procédure plus radicale de
demande au Parlement une nouvelle nationale la responsabilité du gouver-
et générales — est exercée concurrem- contrôle : la mise en jeu de la respon-
délibération de la loi ou de certains de nement sur son programme ou, éven-
ment par le peuple (v., ci-dessous, « la sabilité politique du gouvernement.
ses articles. tuellement sur une déclaration de poli-
réapparition de certaines pratiques de En effet, pour exercer ses fonctions,
démocratie directe » et, à son ordre tique générale (art. 49, al. 1) ; en pareil
le gouvernement a besoin, suivant
Le contrôle parlementaire de cas, il y a vote sur la « confiance »
alphabétique, l’article référendum), la formule employée par G. Pompi-
l’action du gouvernement sans modalité particulière de décompte
par le Parlement (pouvoir législatif dou (alors Premier ministre), « d’un
proprement dit), et par le gouverne- Le contrôle de l’action du gouverne- des voix et sans autre exigence que la
double circuit de confiance émanant
ment (pouvoir réglementaire* du Pre- ment est une fonction essentielle de majorité des votants ; s’il est mis en
des deux dépositaires de la souverai-
mier ministre, délégation du pouvoir l’Assemblée nationale et, dans une minorité, le Premier ministre doit,
neté : le président de la République
législatif au Conseil des ministres et moindre mesure, du Sénat. tout comme après l’adoption d’une
et le Parlement ». M. Couve de Mur-
exercice des pouvoirs exceptionnels motion de censure, remettre au prési-
y En refusant l’adoption des projets ville, exerçant les mêmes fonctions,
par le président de la République). dent de la République la démission du
de loi ou en leur imposant, par voie précisait de son côté : « Le rôle du
Les articles 34 et 37 de la Constitution gouvernement.
d’amendements, certaines modifica- gouvernement est de gouverner aussi
délimitent soigneusement les domaines tions, les assemblées disposent d’un longtemps que l’Assemblée natio- c) Enfin (art. 49, al. 3), le Premier
respectifs de la loi et du règlement, et moyen de contrôle autant que de pres- nale ne le censure pas et qu’il garde ministre peut, après délibération du
l’article 38 précise les conditions de la sion, mais la Constitution de 1958 a la confiance du président de la Répu- Conseil des ministres, engager la res-
délégation du pouvoir législatif. Si, en donné au gouvernement des armes blique. » Sollicitant l’approbation de ponsabilité du gouvernement devant
règle générale, la loi proprement dite puissantes, d’ailleurs souvent inspi- l’Assemblée nationale en juin 1972, l’Assemblée nationale sur le vote d’un
est délibérée et votée par les assem- rées de la procédure législative bri- Jacques Chaban-Delmas affirmait texte particulier. Le texte est considéré
blées législatives, les membres de ces tannique. Après l’ouverture du débat, que cette approbation, même mas- comme adopté, sauf si une motion de
dernières partagent avec le Premier le gouvernement peut s’opposer à sive, ne l’empêcherait pas de se reti- censure est votée : c’est un risque de
ministre le droit d’initiative et avec l’examen de tout amendement qui n’a rer si le président de la République le censure, mais aussi une procédure per-
les ministres (qui ont accès aux deux pas été antérieurement soumis à la lui demandait, ce qu’il fit d’ailleurs mettant de faire passer des textes dans
assemblées et y sont entendus quand commission ; au cours des délibéra- quelques semaines plus tard. des conditions expéditives.
ils le demandent) le droit d’amende- tions, il peut exiger que l’Assemblée Le Président peut, dans les trois
a) Aux termes de l’article 49 (al. 2)
ment ; toutefois, les propositions et les se prononce par un seul vote sur tout cas où l’Assemblée censure le gou-
de la Constitution, l’Assemblée peut
amendements des parlementaires qui ou partie du texte en discussion, en ne vernement, soit désigner un nouveau
mettre en cause la responsabilité du
comportent la création ou l’aggrava- retenant que les amendements propo- Premier ministre, soit procéder à la
gouvernement par le vote d’une mo-
tion d’une dépense publique ne sont sés ou acceptés par le gouvernement dissolution de l’Assemblée nationale
tion de censure ; cette motion doit être
pas recevables. (« vote bloqué »). (sauf dans les douze mois suivant des
signée par un dixième au moins des
Pour pouvoir être promulguée, une y Les membres des assemblées dis- membres de l’Assemblée. Dans tous élections générales provoquées par une
loi doit avoir été votée dans le même posent du système des questions les cas où il y a motion de censure, le précédente dissolution), ou encore dé-

texte par l’Assemblée nationale et par écrites, publiées au Journal officiel et vote ne peut intervenir que quarante- signer un nouveau Premier ministre et

le Sénat. En cas de désaccord entre auxquelles les ministres sont tenus de huit heures plus tard, et seules sont dissoudre l’Assemblée (même réserve

les deux assemblées une Commission répondre dans un certain délai, et sur- alors décomptées les voix en faveur que ci-dessus).

mixte paritaire intervient ; si le désac- tout des questions orales, auxquelles, de la motion ; cette dernière est consi- La Constitution autorise (art. 49,
cord persiste le gouvernement peut pendant les sessions, une séance heb- dérée comme adoptée si ce nombre de al. 4) le Premier ministre à demander
demander à l’Assemblée nationale de domadaire est consacrée ; dans le voix est au moins égal à la majorité des au Sénat l’approbation d’une décla-
voter seule la loi (v. Parlement). cas de la question orale sans débat, membres composant l’Assemblée. ration de politique générale, mais un

Une loi définitivement adoptée est le ministre répond immédiatement, et Ce système a un double objec- vote positif du Sénat ne peut avoir pour

promulguée par le président de la Ré- l’auteur de la question peut lui répli- effet d’annuler les effets d’une motion
tif : réduire les crises ministérielles
publique (avec contreseing du Premier quer en cinq minutes ; dans le cas de et obliger les députés à prendre leurs de censure de l’Assemblée nationale,

ministre et, le cas échéant, des mi- la question orale avec débat, divers tout comme un vote négatif ne peut
responsabilités devant l’opinion, toute
nistres chargés de son exécution) dans orateurs peuvent, en outre, se faire absence et toute abstention équivalant entraîner l’obligation pour le gouver-
entendre, mais le débat ne peut jamais nement de se retirer.
les quinze jours qui suivent la trans- à un vote en faveur du gouvernement.
mission du texte au gouvernement, être clos par un vote. De 1959 à 1972, une seule motion de Le Premier ministre, nommé par le
puis publiée au Journal officiel, cette y Pendant et entre les sessions, un censure a été adoptée (oct. 1962) ; elle président de la République, n’est tenu
publication ayant pour effet de rendre véritable contrôle est exercé par les fut suivie de la dissolution de l’Assem- ni par les textes constitutionnels ni par

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la coutume de la Ve République de sol- République ayant mission de « conduire respecter les principes de la souveraineté président de la République, des prési-
les peuples » composant cette Union « à nationale et de la démocratie. »
liciter la confiance de l’Assemblée na- dents des deux assemblées du Parle-
la liberté de s’administrer et de gérer dé- y L’article 66 proclame : « Nul ne peut être
tionale sur une déclaration de politique ment (Assemblée nationale et Conseil
mocratiquement leurs propres affaires »), arbitrairement détenu. »
générale. C’est ainsi que le gouverne- de la République) et de dix membres
droit d’asile, reconnaissance des règles
ment de Pierre Messmer fut formé en y Le titre XII était consacré à la Commu- élus à la proportionnelle et pour la
du droit international, acceptation, sous
nauté, instituée par l’article premier de la
juillet 1972, après la clôture de la ses- réserve de réciprocité, des limitations de durée de la législature par ces deux as-
Constitution : « La République et les peuples
sion parlementaire. (En 1962, après les souveraineté nécessaires à l’organisation semblées. Ce Comité pouvait être saisi
des territoires d’outre-mer qui, par un acte
élections provoquées par la dissolution et à la défense de la paix, droit du travail- — pendant le délai de promulgation
de libre disposition, adoptent la présente
de l’Assemblée nationale, qui l’avait leur à un emploi, droit de se syndiquer, — par un vote à la majorité absolue du
Constitution instituent une Communauté
droit de grève « dans le cadre des lois qui
renversé, G. Pompidou, promu de nou- [...] fondée sur l’égalité et la solidarité des Conseil de la République ; il ne pouvait
le réglementent », droit de participer à la
veau Premier ministre, avait sollicité peuples qui la composent. » Bien que cer- pas décider l’inconstitutionnalité d’une
détermination collective des conditions
un tel vote de la nouvelle Assemblée tains des États francophones, décolonisés loi votée, mais seulement en suspendre
de travail et à la gestion des entreprises,
depuis la Seconde Guerre mondiale, restent
[13 décembre].) nationalisation des biens ou des entre- l’application jusqu’à la réalisation
encore, sur le plan théorique, membres de
Cette stricte réglementation des prises « dont l’exploitation a ou acquiert d’une révision constitutionnelle.
la Communauté, créée en 1958, les institu-
les caractères d’un service public national
rapports entre le gouvernement et le tions prévues pour cette dernière ne fonc- Le Conseil constitutionnel, institué
ou d’un monopole de fait », devoir pour la
Parlement a permis un retour certain tionnent pas ou plus. Le titre XII est donc en 1958, remplit une fonction beau-
nation d’assurer à l’individu et à la famille
tombé pratiquement en désuétude.
à une stabilité gouvernementale, bien coup plus importante. Il est composé,
les conditions nécessaires à leur dévelop-
que certains portefeuilles (Éducation pour une part, des anciens présidents
pement, ainsi que la santé, la sécurité, les
nationale notamment) aient fait l’objet, repos, les loisirs, l’assistance, l’instruction, L’introduction de la République, qui y siègent de
en réalité, de mutations nombreuses la formation professionnelle, la culture, la d’un système de contrôle droit, et, pour une autre part, de neuf
comme sous les et Répu- solidarité et l’égalité devant les charges membres nommés pour neuf ans, en
IIIe IVe de la constitutionnalité
résultant des calamités nationales.
bliques. Les critiques visant un usage parties égales par le président de la
des lois
estimé excessif — surtout depuis le rè- Les juristes sont divisés quant à la valeur République et par le président de cha-
juridique des préambules des Constitu- Selon une jurisprudence traditionnelle,
glement du problème algérien et l’élec- cune des assemblées législatives ; il
tions de 1946 et de 1958. Les uns (Georges les tribunaux français ne peuvent, en
tion du président de la République au est renouvelable par tiers tous les trois
Ripert) leur nient toute valeur juridique ; aucune mesure, apprécier la constitu-
suffrage universel — des dispositions ans. Aucun de ses membres ne peut
les préambules ne peuvent « avoir valeur
tionnalité des lois qu’ils ont pour mis-
constitutionnelles prévues pour ren- simultanément appartenir au gouver-
de loi positive, parce qu’ils donnent des
sion de faire appliquer, bien que cer-
forcer la position du gouvernement règles de morale sociale qui ne sont ni nement, au parlement ou au Conseil
en face du Parlement n’émanent pas tains publicistes (Raymond Saleilles et
déterminées, ni sanctionnées ». D’autres économique et social. Le président de
toutes de l’opposition au régime ; elles Gaston Jèze notamment) aient parfois
(Robert Pelloux, Marcel Prelot) leur attri- ce Conseil est choisi pour neuf ans par
buent une valeur législative, mais non prétendu qu’un tribunal devait refuser
sont souvent formulées par des publi- le président de la République, parmi les
cistes et des hommes politiques de la constitutionnelle ; d’autres enfin (Jean Ri- d’appliquer toute loi contenant une membres de droit et les membres nom-
vero, Georges Vedel) distinguent la nature violation flagrante de la Constitution.
majorité. Un système constitutionnel més. Il a voix prépondérante en cas de
des dispositions, les unes constituant de Les résultats de la pratique américaine
ne peut durer que s’il permet d’assu- partage. Les membres nommés prêtent
simples déclarations de principe, les autres
rer une étroite collaboration entre un ne paraissent guère convaincants :
— qui sont accompagnées de précisions chacun serment, devant le président de
gouvernement stable et dynamique « On ne fait pas directement le procès
leur permettant d’être appliquées — ayant la République, de « bien et fidèlement
et un Parlement dont les membres ne une valeur constitutionnelle. Le Conseil à la loi, on ne le fait qu’indirectement à remplir leurs fonctions, de les exercer
confondent pas l’intérêt de la nation d’État, après avoir déclaré le 23 avril 1947 : propos de la solution qu’il faut donner en toute impartialité dans le respect
qu’ils représentent avec les intérêts « Le préambule n’a pas de valeur légale à un litige particulier » (Ferdinand Lar- de la Constitution, de garder le secret
positive », avait admis que le juge se doit, naude) ; l’opposition entre une Cour
de la fraction des électeurs qui les a des délibérations et des votes, et de ne
sans doute, d’en imposer le respect (au
mandatés ; cette collaboration, dans la suprême conservatrice et un gouver- prendre aucune position publique, de
même titre que les principes généraux du
mesure où elle est possible, paraît plus nement réformateur — comme elle
droit) tout en conservant, dans le contrôle ne donner aucune consultation sur les
efficace qu’une alternance de périodes s’est produite en 1935-36 à propos du questions relevant de sa compétence »
de son application, une plus grande liberté
pendant lesquelles le gouvernement New Deal — n’a pas d’autre solution
qu’à l’égard des textes législatifs. Cepen- (art. 56 à 63).
jouit de la stabilité et de l’autorité et de dant, le 7 janvier 1950, puis le 6 février qu’un retrait volontaire des juges les

périodes pendant lesquelles l’anarchie 1953, la haute juridiction administrative plus conservateurs ou qu’une révision Les attributions du Conseil
reconnaît au préambule une véritable va- constitutionnelle permettant la nomi-
des débats parlementaires interdit de constitutionnel
leur constitutionnelle.
donner une solution quelconque aux nation de nouveaux juges ; l’existence
1o Le Conseil constitutionnel exerce un
y Par ailleurs, les articles 2, 3 et 4 de la d’une Cour suprême se justifie davan-
problèmes les plus graves et les plus
Constitution de 1958 précisent : « La France contrôle juridique très large et souve-
urgents. tage, à dire vrai, dans un État fédéral,
est une République indivisible, laïque, dé- rain sur l’activité du Parlement : a) il se
au sein duquel il faut éviter que la
mocratique et sociale. Elle assure l’égalité prononce sur la conformité à la consti-
législation d’un État particulier puisse
Les grands principes de la devant la loi de tous les citoyens sans dis- tution des lois organiques (avant leur
être en opposition avec la législation
tinction d’origine, de race ou de religion.
Ve République promulgation) et des règlements inté-
Elle respecte toutes les croyances. L’em- fédérale.
rieurs des assemblées parlementaires
y La Constitution de 1958 comporte un blème national est le drapeau tricolore : En France, l’expérience, faite sous (avant leur mise en application) ; b) il
préambule ainsi rédigé : « Le peuple fran- bleu, blanc, rouge. L’hymne national est la
le Consulat, le premier et le second
çais proclame solennellement son atta- se prononce sur cette même conformité
Marseillaise. [...] Son principe est : gouver-
Empire, du contrôle de la constitution-
chement aux droits de l’homme et aux nement du peuple, par le peuple et pour le pour les lois qui lui sont déférées (avant
principes de la souveraineté nationale tels nalité des lois par une assemblée d’as- leur promulgation) et pour les enga-
peuple. » « La souveraineté nationale ap-
qu’ils ont été définis par la Déclaration de partient au peuple, qui l’exerce par ses re- pect parlementaire avait discrédité le gements internationaux qui lui sont
1789 confirmée et complétée par le pré- présentants et par la voie du référendum. » système par suite de la soumission au soumis (avant leur ratification) par le
ambule de la Constitution de 1946. » « Sont électeurs, dans les conditions déter- pouvoir du Sénat conservateur. C’est président de la République, le Premier
Le long préambule de la Constitution de minées par la loi, tous les nationaux fran- donc une tentative un peu différente ministre ou les présidents de l’une ou
1946 énonçait des « principes politiques, çais majeurs, des deux sexes, jouissant de
qui a été faite en 1946, puis continuée l’autre assemblée parlementaire ; c) il
économiques et sociaux » : égalité des leurs droits civils et politiques. » « Les partis
et améliorée en 1958. apprécie le caractère, législatif ou ré-
sexes, égal accès aux fonctions publiques, et groupements politiques concourent à

jouissance des droits et libertés pour l’expression du suffrage. Ils se forment et La Constitution de 1946 avait créé glementaire, des dispositions des textes
tous les hommes de l’Union française (la exercent leur activité librement. Ils doivent un Comité constitutionnel composé du législatifs intervenus depuis l’entrée en

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

application de la Constitution de 1958, taire général (nommé par le président que, le 21 octobre 1945, le gouverne- cinquièmes des suffrages exprimés
lorsque le gouvernement se propose de de la République sur proposition du ment provisoire, qui s’était substitué à ce Congrès (réunion commune des
les modifier par décret (art. 34 et 37) ; président du Conseil constitutionnel) au gouvernement de Vichy, consulte le deux assemblées à Versailles sous la
d) il tranche les différends survenus au disposant de services administratifs ; peuple par voie de référendum en lui direction du bureau de l’Assemblée
cours de la procédure législative entre pour assurer le contentieux des élec- offrant le choix entre trois solutions : nationale). Les deux derniers alinéas
le gouvernement et le président de l’as- tions des députés et des sénateurs, le retour pur et simple à la IIIe Répu- de l’article 89 paraissent un peu for-
semblée intéressée en ce qui concerne il fait appel à des rapporteurs choi- blique, l’élection d’une Constituante mels : « Aucune procédure de révision
l’irrecevabilité d’un texte (proposition sis parmi les maîtres des requêtes au aux pouvoirs limités et l’élection d’une ne peut être engagée ou poursuivie
de loi ou amendement) dont le gouver- Conseil d’État et les conseillers réfé- Constituante aux pouvoirs illimités. En lorsqu’il est porté atteinte à l’intégrité
nement estime qu’il est du domaine rendaires à la Cour des comptes ; en ce outre, il était prévu — dans le cas d’un du territoire » ; par ailleurs, « la forme
réservé au règlement (art. 41). qui concerne la régularité des élections rejet de la IIIe République, rejet qui républicaine du gouvernement ne peut
2o Il assure le contrôle des consulta- présidentielles et des référendums, il fut quasi unanime (17 957 868 « oui » faire l’objet d’une révision » ; cette for-
tions électorales les plus importantes : désigne sur place des délégués choi- contre 670 672 « non ») — que le nou- mule est plus large que celle de la révi-
a) en matière d’élections législatives sis parmi les magistrats judiciaires ou veau projet de Constitution serait sou- sion d’août 1884, selon laquelle « la
et sénatoriales, il statue — en cas de administratifs. mis à la ratification populaire. forme républicaine du gouvernement
contestation — sur la régularité de Les décisions et les avis du Conseil Pour la première fois dans l’his- ne peut faire l’objet d’une proposition
l’élection des députés et des sénateurs sont rendus par sept conseillers au toire de France, le peuple repoussa en de révision ». Les révisions constitu-
(avant octobre 1958, les assemblées moins, sauf cas de force majeure dû- mai 1946 (10 584 359 « non » en face tionnelles sont plutôt rares (sous la
étaient elles-mêmes juges de l’élection ment constatée au procès-verbal. de 9 454 034 « oui » et de 20 p. 100 IIIe République, elles ont porté sur des
de leurs membres) ; lorsqu’il constate d’abstentions) un projet de Constitu- points de détail ; une seule révision a
que des irrégularités se sont produites tion qui lui était soumis. La Constitu-
La réapparition de été effectuée sous la IVe ; trois ont eu
et si celles-ci ont eu un effet réel sur tion, ratifiée par référendum en octobre
certaines pratiques de lieu sous la Ve, dont une sur l’organisa-
le résultat du scrutin, il peut soit an- 1946 (9 297 000 « oui » en face de tion de la Communauté, une sur la date
démocratie directe :
nuler l’élection, soit réformer la pro- 8 165 000 « non » et de 8 520 000 abs- des sessions, la troisième, portant sur
la procédure du
clamation faite par la commission de tentions !), prévoyait le recours éven- l’élection au suffrage universel du pré-
recensement et proclamer élu celui des référendum
tuel au référendum en matière de sident de la République, réalisée selon
candidats qui l’a été régulièrement ; En France, l’adoption du système re- révision constitutionnelle lorsque les la procédure, discutée, de l’article 11).
b) en matière d’élection présidentielle présentatif — que Montesquieu consi- majorités obtenues étaient inférieures
et de référendum, il veille à la régula- dérait comme le meilleur — avait eu à certaines normes (ces dernières ayant La révision selon l’article 11
rité des opérations et en proclame les pour effet d’exclure toute pratique de été atteintes, la révision de décembre
L’interprétation de l’article 11 a fait
résultats ; il prononce, à la demande démocratie directe, bien que Rousseau 1954 ne fut pas soumise au peuple). La
l’objet de nombreuses controverses :
des présidents des assemblées ou du ait affirmé : « Les députés du peuple fin de la IVe République — qui avait
« Le président de la République, sur
garde des Sceaux, la déchéance des ne sont et ne peuvent être ses représen- sans doute achevé de déconsidérer le
proposition du gouvernement pendant
parlementaires dont l’inéligibilité s’est tants, ils ne sont que ses commissaires. régime représentatif — et le retour au
la durée des sessions ou sur proposi-
révélée, ainsi que la démission d’office Toute loi que le peuple en personne n’a pouvoir du général de Gaulle devaient
tion conjointe des deux assemblées,
de ceux d’entre eux qui exercent des pas ratifiée est nulle, ce n’est point une s’accompagner d’un retour en faveur
publiées au Journal officiel, peut sou-
fonctions incompatibles avec l’exer- loi. » Cependant, la Révolution fit appel du référendum.
mettre au référendum tout projet de loi
cice d’un mandat parlementaire. au référendum* pour l’approbation de La loi constitutionnelle du 3 juin portant sur l’organisation des pouvoirs
3o Il intervient dans certaines circons- la Constitution de l’an I (inappliquée) 1958, qui déléguait au gouvernement publics, comportant approbation d’un
tances exceptionnelles de la vie de la et de celle de l’an III (août 1795). Le le pouvoir constituant, exigeait la ra- accord de Communauté ou tendant à
nation : a) il doit être consulté par le procédé du référendum continua d’être tification de la nouvelle Constitution
autoriser la ratification d’un traité qui,
président de la République avant tout employé pour la ratification des Consti- par le peuple ; cette Constitution, qui
sans être contraire à la Constitution,
recours à l’article 16 ; il se prononce tutions consulaires et impériales ainsi a été ratifiée le 28 septembre suivant
aurait des incidences sur le fonctionne-
par un avis motivé et publié sur le que pour leurs révisions. La confusion (17 668 790 « oui » contre 4 624 511
ment des institutions. »
fait de savoir si sont bien réunies les entre la notion de référendum et de « non » et 15,06 p. 100 d’abstentions),
conditions exigées par la Constitution « plébiscite* césarien » devait, pendant À première lecture, ce texte autorise
permet l’emploi du référendum tout
pour l’usage des pouvoirs exception- longtemps, détourner les hommes poli- le recours au référendum pour l’adop-
ensemble comme procédure de vote
nels ; b) pendant cet usage, il doit être tiques français des pratiques de démo- tion de projets de loi ayant une impor-
de la loi et comme moyen de révision
consulté sur toutes les mesures que le cratie semi-directe. tance particulière pour le pays. Le réfé-
constitutionnelle.
chef de l’État envisage de prendre en rendum du 8 janvier 1961 (15 196 668
Le fonctionnement de la IIIe Répu-
vue d’apprécier notamment si celles-ci « oui » en face de 4 995 912 « non » et
blique ayant provoqué, après sa dis- La révision de la
sont « inspirées par la volonté d’assu- 23,51 p. 100 d’abstentions) a fait ap-
parition, une désaffection assez pro- Constitution
rer aux pouvoirs constitutionnels, prouver un projet de loi relatif à l’orga-
fonde pour le régime représentatif, il
dans les moindres délais, les moyens Les deux procédures de nisation des pouvoirs publics en Algé-
parut tout naturel aux parlementaires,
d’accomplir leur mission » (ces dis- l’article 89 rie en attendant l’autodétermination ; le
qui, le 10 juillet 1940, avaient délégué
positions ont joué entre le 23 avril et référendum du 8 avril 1962 (17 505 473
leurs pouvoirs constituants (comme ils Aux termes de l’article 89, la procé-
le 29 septembre 1961) ; c) il décide « oui » en face de 1 794 553 « non » et
avaient si souvent auparavant délégué dure normale de révision de la Consti-
souverainement, lorsqu’il est saisi par de 24,42 p. 100 d’abstentions), portant
leurs pouvoirs législatifs), de décider tution suppose l’approbation par voie
le gouvernement, si le président de la approbation des accords d’Évian, peut
que la nouvelle Constitution serait sou- de référendum d’un texte voté au préa-
République est empêché d’exercer ses être considéré comme entrant dans le
mise, avant son application, à la ratifi- lable en termes identiques par les deux
fonctions (la notion d’empêchement cation populaire (le maréchal Pétain, assemblées législatives. Toutefois, le cadre de l’article 11, ces accords étant
n’ayant pas été précisée par la Consti- plus ou moins assimilables à un traité
chef de l’État, a promulgué plusieurs président de la République peut, s’il
tution, le Conseil possède un très large international et mettant fin à la guerre
actes constitutionnels provisoires non le souhaite, substituer la procédure
pouvoir d’appréciation). soumis à ratification, mais le texte du Congrès à celle du référendum ; en d’Algérie par abandon d’une portion
Pour remplir sa mission, le Conseil constitutionnel prévu resta à l’état pareil cas, le projet de révision devient du territoire de la République (trois
constitutionnel est assisté d’un secré- d’ébauche). La voie était ouverte pour définitif s’il réunit la majorité des trois départements).

4601
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

En revanche, le référendum du mais seulement 36,11 p. 100 des ins- Cour de cassation et en l’absence du Premier Empire (18 mai 1804 - 1er avr.

28 octobre 1962 (12 808 136 « oui » crits], 5 008 574 « non »). chef de l’État et du garde des Sceaux) 1814)

en face de 7 932 453 « non » et de comme conseil de discipline des ma- y Sénatus-consulte organique de l’an XII
23 p. 100 d’abstentions), portant sur Les institutions gistrats du siège. (18 mai 1804) [approuvé par plébiscite].

l’élection du président de la Répu- judiciaires


Première Restauration (2 avr. 1814 -
blique au suffrage universel et celui
Les institutions
du 29 avril 1969 (10 515 655 « oui » L’organisation juridictionnelle repose 20 mars 1815)

sur le parallélisme de trois ordres de administratives


en face de 11 943 233 « non » et de y Constitution sénatoriale du 6 avril 1814

19,42 p. 100 d’abstentions), portant sur juridictions : les juridictions judi- Les anciennes circonscriptions d’ac- (inappliquée).

la régionalisation, la composition et le ciaires, dont certaines font appel soit à tion régionale ont été promues en 1972 y Charte du 4 juin 1814 (octroyée).
des jurés, soit à des magistrats non pro-
rôle du Sénat, impliquaient tous deux au rang de régions, avec la forme juri-
fessionnels (v. justice) ; les juridictions Cent-Jours (20 mars 1815 - 8 juill. 1815)
une révision de la Constitution ; ils ne dique d’établissements publics. Les
pouvaient, de ce fait, être considérés administratives (v. administration) ; les y Acte additionnel aux Constitutions de
organes de la région sont :
juridictions spéciales, parmi lesquelles l’Empire du 22 avril 1815 (approuvé par
comme normaux que si l’on admettait 1o un préfet régional, nommé par le
qu’il existe trois procédés de révision : la Haute Cour de justice (composée plébiscite).
gouvernement ;
d’abord les deux procédés prévus par de députés et de sénateurs, et chargée y Constitution (« monarchique et repré-
2o un conseil régional, assemblée déli-
l’article 89, puis un troisième procédé de juger le président de la République sentative ») du 29 juin 1815, élaborée
bérante composée des députés et séna-
consistant à soumettre directement au lorsqu’il est mis en accusation pour par la Chambre des représentants (non
teurs de la région, de représentants des
peuple un projet de loi sans que les haute trahison par un vote identique appliquée).
conseils généraux et de représentants
deux assemblées l’aient préalablement des deux assemblées législatives rendu
des agglomérations urbaines ; Seconde Restauration (8 juill. 1815 -
adopté. Certains publicistes accep- à la majorité absolue des membres les
3o un comité économique, social et 7 août 1830)
taient cette interprétation, mais beau- composant, ainsi que les ministres et
leurs complices dans les cas de com- culturel, assemblée consultative com- y Charte de 1814 (reprise).
coup d’autres lui reprochaient de ne
plot contre la sûreté de l’État) et les posée de représentants des activités
pas tenir compte du fait que l’article 11 Monarchie de Juillet (7 août 1830 -
tribunaux militaires. socioprofessionnelles. Les régions dis-
ne figure pas dans le chapitre de la 24 févr. 1848)
Constitution ayant pour titre « De la posent de quelques ressources rétrocé-
Aux termes de l’article 64 de la
y Charte du 14 août 1830 (établie par un
révision ». Quelques-uns de ces der- dées par l’État et peuvent — dans la
Constitution, « le président de la Répu-
pacte entre le duc d’Orléans et la Chambre
niers acceptaient, néanmoins, d’ad- blique est garant de l’indépendance de limite d’un plafond — se créer des res-
des députés [qui l’a élaborée en révisant la
mettre qu’en ratifiant le projet qui lui l’autorité judiciaire. Il est assisté par le sources propres en instituant des sup-
charte de 1814]).
était soumis en 1962 le peuple avait par Conseil supérieur de la magistrature. pléments à deux impôts d’État (taxe sur
là même couvert l’irrégularité consti- Les magistrats du siège sont inamo- les mutations immobilières et taxe sur IIe République (24 févr. 1848 - 7 nov.

tutionnelle ; d’autres allaient plus loin vibles ». On entend par autorités judi- les cartes grises) ou aux impôts locaux 1852)

encore et estimaient que l’approbation ciaires les cours et tribunaux de l’ordre traditionnels. y Constitution du 4 novembre 1848 (éla-
populaire valait ratification pour l’ave- judiciaire, d’une part, et les magistrats borée par l’Assemblée constituante élue
Les collectivités territoriales* —
nir de l’interprétation officielle de l’ar- qui siègent dans ces cours et tribunaux, en avril 1848).
qui s’administrent librement par des
ticle 11 comme procédure de révision. d’autre part. Ces magistrats, ainsi que y Plébiscite habilitant Louis Napoléon
conseils élus — sont les communes,
Le retrait du général de Gaulle a sans les magistrats des parquets établis au- Bonaparte à élaborer une nouvelle Consti-
les départements et les territoires
doute atténué les inquiétudes de ceux près de ces juridictions et les auditeurs tution, selon cinq bases indiquées (21-
d’outre-mer.
qui, craignant le retour à des procédés de justice, bénéficient du « statut de la 22 déc. 1851).

plébiscitaires, redoutaient notamment magistrature ». y Constitution du 14 janvier 1852 (oeuvre

que la liberté de la campagne référen- Les actes constitutionnels d’Eugène Rouher).


Le Conseil supérieur de la magis-
daire puisse être faussée par l’interven- trature est composé du président de la de la France
Second Empire (7 nov. 1852 - 4 sept.
tion massive des autorités en faveur de République, président, du ministre de
Ancien Régime 1870)
l’adoption du projet soumis au peuple. la Justice, vice-président, et de neuf
y Lois fondamentales du royaume. y Sénatus-consulte du 7 novembre 1852,
En laissant de côté la controverse sur la membres désignés pour quatre ans par
rétablissant la dignité impériale (plébis-
portée réelle de l’article 11, il semble le président de la République (trois ma- La fin de la monarchie (1789-1792) cité le 21 novembre 1852 et promulgué le
bien que l’introduction du référendum gistrats de la Cour de cassation, trois
y Constitution du 3 septembre 1791 2 décembre 1852).
dans nos institutions ait été moins défa- magistrats des cours et tribunaux de
(oeuvre de l’Assemblée nationale
vorablement accueillie dans l’opinion y Sénatus-consulte du 20 avril 1870 (le
l’ordre judiciaire, un conseiller d’État constituante).
publique que dans les milieux des di- plébiscite du 8 mai 1870 approuve les « ré-
et deux personnalités n’appartenant
formes libérales opérées dans la Constitu-
rigeants politiques. Un publiciste af- pas à la magistrature, mais choisies Convention (21 sept. 1792 - 26 oct.
tion depuis 1860 »).
firme : « Le général de Gaulle a doublé en raison de leur compétence). Il fait 1795)

la question de confiance parlementaire des propositions pour les nominations y Constitution (inappliquée) de l’an I IIIe République (4 sept. 1870 -10 juill.
que pose le Premier ministre au Parle- des magistrats du siège à la Cour de (élaborée par le Comité de salut public et
1940)
ment par une question de confiance po- cassation et pour celles des premiers approuvée par référendum).
y Lois constitutionnelles des 24 février,
pulaire que pose le Président au peuple présidents de cours d’appel, et il donne
Directoire (26 oct. 1795 - 9 nov. 1799) 25 février et 16 juillet 1875, votées par l’As-
par voie de référendum. » son avis sur les nominations des autres semblée nationale élue en 1871, à vocation
y Constitution du 5 fructidor an III (22 août
La dernière loi référendaire, sou- magistrats du siège ; il est consulté constituante.
1795) [approuvée par référendum].
mise, le 23 avril 1972, au suffrage du sur les recours en grâce concernant
L’État français (10 juill. 1940 - 3 juin
peuple français et relative à l’élar- l’exécution de la peine capitale et peut Consulat (10 nov. 1799 - 18 mai 1804)
1944)
gissement de la Communauté écono- appeler l’attention du président de la y Constitution du 22 frimaire an VIII (13 dé-
mique européenne, n’a, par ailleurs, République sur tel ou tel autre recours cembre 1799) [oeuvre de Sieyès, approuvée y Loi constitutionnelle du 10 juillet 1940,

pas rencontré un accueil enthousiaste en grâce ; il peut être consulté sur toute par plébiscite] (Consulat décennal). chargeant le maréchal Pétain de promul-

de la part du corps électoral lui-même question concernant l’indépendance guer une nouvelle Constitution.
y Sénatus-consulte du 16 thermidor an X
(en métropole 10 502 551 « oui » de la magistrature et il statue (sous la (4 août 1802) [approuvé par plébiscite] y Douze actes constitutionnels, de 1940

[67,70 p. 100 des suffrages exprimés, présidence du premier président de la (Consulat à vie). à 1942.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

Gouvernement provisoire de la parente — le mouvement littéraire en poésie ; avec Rousseau, on fait « re- continus traversent ainsi toute la litté-
République française (3 juin 1944 - France des origines à nos jours — ce tour » à la nature, qui, pour le roman- rature française, et c’est ce que, avec le
13 oct. 1946) sont des niveaux d’appréhension dif- tisme, fonde le mélange des genres recul historique, on peut apercevoir là
y Référendum du 21 octobre 1945, attri- férents, tant par le public que par les et l’écriture libre ; les naturalistes, à où l’on ne voyait que des différences :
buant le pouvoir constituant à l’Assemblée
artistes, d’une même réalité. En consé- leur tour, flétrissent les déchaînements le prestige du classicisme a fait oublier
nationale élue le même jour.
quence, à l’arbitraire des découpages intérieurs du romantisme, avant d’être le courant libertin, qui va du XVIe s. au
y Loi constitutionnelle du 2 novembre,
historiques, on tentera de substituer des eux-mêmes repris pour avoir forcé XVIIIe s. et qu’en effet, au moment de
portant organisation provisoire des pou-
ruptures nécessaires, des clivages, des au noir la peinture de la réalité ; aux la grande génération de 1660-1680, il
voirs publics.
ensembles donc plutôt que des séries. symbolistes décadents, Proust oppose oblitérait ; de même, le touffu XIXe s.
y Référendum du 5 mai 1946, rejetant
la « vérité de l’impression » ; enfin, a été romantique d’un bout à l’autre,
le projet de Constitution élaboré par Pour ce faire, l’examen des condi-
l’Assemblée. tions historico-socio-économiques le « nouveau roman » met en avant même si ce ne fut pas d’un seul et
la « sous-conversation »... On le voit, même romantisme, et le XXe s. ne sera
y Seconde Constituante, élue le 2 juin faites à l’« écrivant » sera une aide pré-
1946. même s’il n’est pas fondé rationnelle- sans doute qu’un autre aspect du cou-
cieuse, mais devra rester subordonné
à l’analyse des structures générales, ment, le mythe de la nature est d’une rant romantique, dont il aura recueilli
IVe République (13 oct. 1946 - 3 juin
étonnante fécondité. C’est le ressort et remanié les principes ; le mouve-
faute de quoi, au lieu de parvenir à une
1958)
permanent de la littérature française ; ment libertin du XVIIIe s. ne paraissait-
unité de tendances, la recherche s’épar-
y Constitution élaborée par la seconde
c’est au nom de cette protestation en il pas bien éloigné de celui du XVIe ?
pillera en un catalogue de remarques :
Constituante le 29 septembre et approu-
faveur de la nature que les écrivains ont Ainsi se chevauchent et se prolongent
vée par référendum le 13 octobre 1946. de la réussite de la conjonction de
produit, que les écoles ont innové. Si les tendances en dépit des proclama-
ces deux aspects complémentaires
Ve République (3 juin 1958) les uns et les autres ont été abusés par tions des nouvelles écoles et des arrêtés
dépendent en effet l’apparition d’un
y Loi du 3 juin 1958, chargeant le gouver- ce rêve, ce fut heureusement et pour des critiques. Le surréalisme n’a certes
« visage » de la littérature française et,
nement du général de Gaulle de faire une la création : si Montaigne s’intéresse pas fait la révolution, mais il n’est pas
concurremment, la possibilité d’une
nouvelle Constitution (« loi de pleins pou- tant à lui-même, c’est qu’il pense qu’il mort non plus, quoi qu’on dise. En ma-
distinction féconde de la production
voirs constituants », modifiant l’article 90
approchera ainsi de son propre secret ; tière de littérature, et ceci est général,
littéraire française d’avec les produc-
de la Constitution de 1946, prévoyant la
Diderot veut dans l’oeuvre un moment rien n’est jamais définitif, témoin les
procédure de révision). tions littéraires étrangères. Il va de soi
où se dévoile la nature profonde d’un réhabilitations successives, les poètes
y Constitution de 1958 (approuvée par que ces aspects, dissociés ici pour la
être ; dans sa recherche de la « vraie maudits aujourd’hui honorés. On peut
référendum le 28 septembre et promulguée clarté de la compréhension, sont en fait
vie », Rimbaud, suivant en cela les dire que la littérature française oscille
le 4 octobre suivant). intimement mêlés : ils forment préci-
conseils de Verlaine, s’éloigne déli- ainsi entre plusieurs pôles d’attraction,
R. M. sément la réalité littéraire ; les disso-
bérément — et définitivement — de toujours morts et qui n’ont jamais fini
F Administration / Collectivité territoriale / cier dans l’analyse, ce serait admettre
Constitution / Fonction publique / Gouvernemen- la littérature ; plus près de nous, c’est de connaître des vicissitudes. Ce sont
une continuité démonstrative, une pro-
tale (fonction) / Justice / Législative (fonction) /
encore sur le sens et la valeur de cette ces « lignes de force » qui font l’ori-
Parlement / Parlementaire (régime) / Référendum cession quasi linéaire là où tout, plus
/ Services publics. notion même de « nature » que Sartre et ginalité de la littérature française qu’il
qu’en aucun autre domaine peut-être,
Mauriac se sont heurtés ; autant d’écri- importe de dégager.
M. Prelot, Précis de droit constitutionnel s’interpénètre et réagit sur l’ensemble.
vains, autant d’acceptions différentes
(Dalloz, 1949 ; nouv. éd., 1955). / M. Duverger, La précision et la rigueur sont, au prix
Constitutions et documents politiques (P. U. F., d’une commune revendication. C’est la
de ce maintien, d’une complexité que Constantes nationales
1957 ; nouv. éd., 1968) ; Institutions politiques
valeur propre que chacun accorde à ce
et droit constitutionnel (P. U. F., 1963 ; nouv. l’élucidation critique ne peut faire dis-
Il est trop facile de considérer qu’un
mot et à toute la « vision du monde »
éd. en 2 vol., 1972). / F. Ponteil, les Institutions paraître sans renoncer à travailler sur,
antagonisme fondamental, souvent
de la France de 1814 à 1870 (P. U. F., 1966). / qu’il implique qui explique, au-dessus
précisément, un fait.
G. Sautel, Histoire des institutions publiques illusoire et toujours schématique, tel
des querelles, la fréquence des diver-
depuis la Révolution française (Dalloz, 1969). celui qu’on a voulu voir entre classi-
gences littéraires en France et qui, en
/ Organigrammes des institutions françaises Diversité et permanence cisme et romantisme, suffit à expliquer
(A. Colin, coll. « U », 1971). même temps, noue entre elles ces
ces « révolutions permanentes » qu’a
Ce qui frappe à considérer la littéra- divergences comme « réactions » à la
ture française, c’est la diversité et la connues la France littéraire. Au Moyen
(ou aux) révolution(s) précédente(s).
LES FORCES ARMÉES multiplicité des mouvements, en conti- Mais il faut nuancer cette atomisation Âge et pendant la Renaissance, ni l’un

nuelle rupture les uns avec les autres. ni l’autre n’existaient. Quand ils appa-
FRANÇAISES DEPUIS des mouvements. D’une part, avec
Manifestes, préfaces, polémiques et rurent, ils ne furent jamais seuls ni tels
la perspicacité critique, on se rend
1870 qu’aujourd’hui il est possible de les
essais encombrent les manuels et les compte que la rupture avec le passé ne
traités, tous se réclamant de la nou- caractériser. On l’a dit, l’imbrication
se comprend que lorsque telle école ne
V. République (IIIe, IVe, Ve).
veauté. Cette volonté de rompre avec des tendances et les multiples aspects
correspond plus à la réalité vivante :
de leurs manifestations constituent
le passé est le premier trait commun ainsi, c’est à tort que l’anathème de
LA LITTÉRATURE de la France littéraire. Le cheval de Ronsard, grossi et déformé, donnera cette réalité littéraire elle-même dont
on cherche les dominantes nationales.
FRANÇAISE bataille de ces périodiques révolutions naissance dans la conscience littéraire
littéraires, c’est le mythe de la nature. du public à l’expression de « ténèbres Il convient donc de diriger l’analyse
non du côté des mouvements, mais du
Il ne paraît pas exagéré de dire qu’il Ronsard maudit les « épiceries » du gothiques » ; Ronsard, en effet, connaît
XVe s. ; Rabelais met toute sa confiance et apprécie les chefs-d’oeuvre du côté de l’expression qu’ils donnent au
n’existe pas de « fait littéraire » au sens
en Physis, par rapport à Antiphysis, mythe qui leur est commun.
où il s’agirait de quelque chose de faci- « Moyen Âge » ; de même, plus tard,
lement repérable en même temps que comme dans le second Roman de la Hugo n’a pas prétendu exterminer Cor- À ce sujet, Paul Valéry écrit : « Le
de durable qui soit susceptible d’être Rose ; toute la Renaissance plonge, neille et Racine, qu’il admirait, mais style sec traverse le temps comme une
étudié scientifiquement : ce qui existe, par-delà les siècles, vers l’Antiquité, les classiques attardés au XIXe s. Ce qui momie incorruptible, cependant que
c’est un complexe beaucoup plus vaste, qui était tout près de la nature ; de est en cause, donc, c’est la survivance les autres, gonflés de graisse et subor-
une « réalité » littéraire, qui est tout même, le classicisme triomphe de la de quelque chose qui est déjà mort et nés d’imageries, pourrissent en leurs
autre, diffuse, mouvante, parcourue préciosité et du burlesque, si éloignés non la répudiation en vrac d’écrivains bijoux ; on retire quelques diadèmes et
du frémissement secret de l’écriture du naturel ; c’est encore en son nom et d’oeuvres dont les nouveaux lions bagues de leurs tombes. » Imagine-t-on
elle-même. Ce qu’il convient donc de et en celui de la simplicité que Mon- sont les héritiers et dont ils se sentent un critique allemand ou russe, anglais
rechercher, derrière une continuité ap- tesquieu et Voltaire discréditent la redevables. Des courants souterrains et ou espagnol, scandinave ou italien écri-

4603
La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

vant cela ? Non, une telle sentence ne les principes littéraires du Moyen Âge. pas la tête épique » : la Franciade de que le théâtre, si pratiqué aux XVIIe s.
peut être applicable qu’à la seule litté- Il est celui qui appelle le moins le com- Ronsard et la Henriade de Voltaire ont et XVIIIe s., n’est que « poésies » dra-
rature française. Elle supprime les op- mentaire, qui se sert de la langue la été des échecs retentissants. L’épopée, matiques, comiques, tragiques. Cette
positions de mouvements pour ne plus plus simple et la plus directe. L’« élé- il faut aller la chercher dans quelques conception lie le poème à une « belle
juger les oeuvres que selon la sobriété gant badinage » de Clément Marot, art dizaines de vers hugoliens. La litté- histoire ». Il s’agit donc bien de com-
ou la boursouflure du style qu’elles d’agrément par excellence, est à l’ori- rature française est une littérature de munication, mais d’une communica-
emploient et place l’efficacité du côté gine de ce « ton » si « français », délicat petites pièces. tion indirecte. Nous sommes ici à
de la sobriété. Cette idée que le style et ironique, gracieux et mondain, qui Cette tendance a conduit la littéra- l’autre extrémité de notre recherche :
sec est la marque d’une incontestable est celui d’Andréa de Nerciat (1739- ture française vers un art difficile. Tout partis du style caractéristique des
supériorité vient du fait que les plus 1800) et de Dominique Vivant Denon commence avec Ronsard, créateur oeuvres, nous voici parvenus au projet
belles réussites de la langue française (1747-1825), celui de toute la vague d’une « langue » poétique à côté de la personnel des auteurs.
sont des morceaux de prose abstraite. épistolière des XVIIe et XVIIIe s., celui poésie toute nue de Villon. À cela il y À ce titre, et c’est la dernière des
Cette tendance au style est celle de la aussi de Montaigne, qui reste « homme a deux ensembles de raisons. Ce sont grandes constantes de la littérature
littérature française elle-même et tout de conversation », même et surtout tout d’abord des raisons formelles : le française, la théorie des écrivains se
entière. Le style, c’est la pure langue quand il parle de la mort. Montaigne est système strophique français a pour ori- partage entre deux grandes directions
française, langue de culture, évidente l’écrivain de la digression, de la fantai- gine la mise en musique des poèmes générales : il y a, d’une part, ceux
et simple. Le style sec, c’est le français sie, du coq-à-l’âne, tout comme Vol- de Ronsard, car c’est cette nécessité qui veulent que le lecteur puisse tout
considéré comme une langue morte. taire : ce sont gens qui aiment à écrire. du chant qui a amené la Pléiade à la comprendre, fût-ce d’une manière
Il y a donc bien à l’intérieur de cette En France, la littérature est un passe- place fixe des rimes ; Malherbe, qui indirecte, tels Ronsard ou Proust, et,
langue française quelque chose qui est temps des plus agréables, qui élève la n’invente pas, mais règle, prend bientôt d’autre part, les tenants de l’hermé-
une langue morte, et cela vient de l’uni- complaisance à soi au niveau du tour la succession de la Défense et illustra- tisme, comme Maurice Scève ou Sté-
versalisation du français du XVIIIe s. et d’esprit. Être homme, pour Montaigne, tion de la langue française. À l’impor- phane Mallarmé. Il va de soi que la
donc de son impersonnalisation. On c’est être ceci à telle page et ne plus tance historique capitale de l’Astrée — poésie est, plus souvent que la prose, le
peut dire, avec Thierry Maulnier, que l’être à telle autre. Il faut souligner ces c’est un roman, il est énorme, il est en refuge de l’hermétisme. La marque des
la patrie de la littérature française, c’est contradictions qui font la vérité ; les prose, il parle d’amour, et la littérature premiers est le maintien de la rigueur
moins la France que la littérature. Une résoudre, c’est truquer la réalité. « Je française est une littérature essentiel- syntaxique et grammaticale ; ceux qui
littérature d’hommes de lettres plus ne peins pas l’être, écrit Montaigne, lement profane, puisque le roman se innovent en cette matière se rangent
que d’écrivains. La preuve a contra- je peins le passage, non d’un âge à un met en place au XVIIe s., siècle religieux dans la seconde catégorie. Ainsi, s’il
rio que la littérature française est plus autre, mais de jour en jour, de minute par excellence —, la poésie oppose est vrai qu’avec Rimbaud la poésie
le style que la pensée est apportée par en minute. » Voilà pourquoi le style est donc une prééminence de droit, celle abandonne le discours, ne guide plus
Victor Hugo : « Sachez que sans style au premier plan de la littérature fran- du genre fixé sur le genre bâtard. Un le lecteur, mais quitte la voie royale
il n’y a pas de littérature. Balzac est çaise : il sert admirablement l’analyse second corps de raisons est nettement de la « littérature » pour les chemins
un merveilleux romancier, mais il ne psychologique prônée par cette pro- intentionnel : Ronsard, entré en poésie écartés de l’errance, avec Mallarmé la
vivra qu’un temps, parce qu’il n’a fession de foi dont l’écho se répercute comme on entre en religion, a fait de poésie devient une sente. Dès lors, le
pas de style. Le Candide de Voltaire jusqu’à Gide, il permet de fixer l’ex- la poésie le genre suprême, y voyant problème de la liaison de la création
vivra toujours parce que le style en trême variété des sentiments, il jalonne l’acte même de la littérature. Le poids littéraire avec un contexte déterminé,
est superbe, quoique de la plus grande cette « carte de tendre » qu’est la litté- de cette aura qui tend à faire de la c’est-à-dire avec un public précis, de-
simplicité. Monsieur Stendhal, quand rature française, littérature d’analyse poésie l’unique « signe » du véritable vient essentiel pour la compréhension
j’essaie de le lire, m’écorche les yeux psychologique plus que de profondeur écrivain a marqué lourdement toute la de l’apparition de telle ou telle attitude
et le cerveau, comme le bruit d’une existentielle, littérature dont la plupart littérature française, et la « haute litté- intentionnelle. Ici interviennent les
crécelle m’écorche les oreilles. » Et des héros n’ont, riches ou oisifs, rien rature », aujourd’hui encore, c’est la considérations historico-socio-écono-
Balzac a couru toute sa vie après le d’autre à faire que de se préoccuper poésie. C’est sans doute que « l’on naît miques dont nous parlions plus haut :
style, partageant ainsi le jugement de d’eux-mêmes. Ce sont les femmes poète » et que ce don initial est une pré- ce qui va permettre, en définitive, de
Hugo ! Stendhal, qui ne voulait pas qui ont orchestré ce penchant : Chris- destination divine : certes le vates est-il ménager des coupes dans la réalité
avoir de style, serait enchanté d’avoir tine de Pisan (v. 1364 - apr. 1430) en aussi poiêtês, et la nécessité du métier littéraire française, ce sont ces diffé-
pu « écorcher les yeux et le cerveau » a donné le coup d’envoi en suscitant, par tous est-elle reconnue ; mais la poé- rents types de relations entre le ou les
de Monsieur Hugo ! Mais ces deux au- à propos de la méchanceté du roman sie est d’abord une connaissance, une artistes et le ou les publics.
teurs vivent plus que jamais et vivront courtois contre les femmes, la première approche de la vérité, de cette vérité
sans doute longtemps encore, admi- querelle de l’histoire de la France litté- qui, loin de pouvoir s’exprimer par un
Le monde des
nistrant ainsi la preuve que la survie raire ; Marguerite de Navarre reprend mot clé, est seulement une lumière, une
belles-lettres
des oeuvres ne tient pas qu’au style. et thématise cette critique, et Made- trace vers laquelle le poète doit guider
En revanche, le XVIIIe s., qui a fait de leine de Scudéry (1607-1701) en as- le lecteur. Le mythe, l’affabulation Du IXe au XVIIIe s., un millénaire
la « formule » le nec plus ultra de la lit- sure la diffusion dans toute l’Europe ; poétique ne sont là que parce que la s’écoule avant que la rupture ne soit
térature, ne se lit plus guère qu’en an- mais c’est l’Astrée qui est le meilleur poésie est l’expression concrète d’une consommée entre l’écrivain et le pu-
thologies. Cependant, une si constante représentant de cette inclination ; la vérité pressentie. C’est par la beauté blic. Cela ne signifie pas que, pendant
affirmation, au point que l’on finit par moindre péripétie, en effet, y est pré- des évocations que le lecteur, envoûté ce laps de temps, l’harmonie fut totale
légiférer à partir du penchant général, texte à d’interminables développe- et sous le charme, est conduit à l’intui- et ininterrompue, mais l’union des au-
ne peut être entièrement gratuite. De ments moraux. De Mme de La Fayette à tion initiale du prophète. Ainsi, du Bel- teurs et des lecteurs sur un même plan
fait, il ne manque pas d’exemples pour Colette en passant par l’hôtel de Ram- lay, dans les Regrets, fait de l’art pré- culturel est la caractéristique principale
attester que la littérature française est bouillet, les moralistes, Laclos, Benja- classique, savant et caché, sur un thème de cette période. Aussi les moments,
une littérature de style : dès le Moyen min Constant et Raymond Radiguet, préromantique. Cette quête d’un art et il y en eut, qui s’inscrivent en réac-
Âge, les cours seigneuriales accueillent c’est tout le « génie » de la littérature difficile a aussi produit des outrances, tion par rapport à cette liaison furent-
les clercs dont l’Église n’a pas besoin française qui passe par ce chemin orné puisque s’y rattachent les baroques ils d’autant plus violents, ainsi qu’en
et qui s’adonnent à la littérature. Et de roses, génie qui est plutôt du talent du XVIIe s., les parnassiens, l’école ro- témoigne toute la littérature baroque.
l’art du bien-dire des « grands rhéto- exacerbé. En veut-on une meilleure mane de Jean Moréas (1856-1910) et Mais le classicisme l’emporta, auquel
riqueurs » est l’aboutissement de tous preuve ? C’est que « le français n’a les symbolistes. On peut encore noter il faut faire une place à part, qui résume

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et porte à son point de perfection cette temps des croisades). Dans les romans Le prestige littéraire public plus étendu d’amateurs, que la
étroite collaboration. de Chrétien de Troyes, qui connurent traditionnelle pièce en vers. La littéra-
du classicisme
À quoi tient cette liaison entre le un énorme succès, l’amour est celui ture devient un spectacle.
dont rêvent les auditeurs. Les romans Contrairement à une opinion reçue,
créateur et le consommateur ? D’abord Or, pour qu’il y ait spectacle, il faut
le classicisme ne couvre pas tout le
au fait, primordial et en même temps d’aventures sont un mélange des deux un public. Et pour qu’il y ait spectacle
autres catégories. Vers l’an 1225, sous
XVIIe s. ; en revanche, il s’étend sur une
originel, que l’offre était subordonnée à réussi, il faut que la représentation
bonne partie du XVIIIe, ne serait-ce que
la demande et que les auteurs devaient le règne de Louis VIII, un inconnu met plaise à ce public. Pour plaire, il faut
par le prestige qu’il acquiert à cette
« plaire » à leur public. D’autre part, ce tout cela en prose. Le premier roman un « je-ne-sais-quoi », un « charme »
époque. C’est que, d’une part, le cou-
public fut pendant longtemps un public français au sens moderne du terme est qui est le propre du goût et dont la
rant libertin est vivace pendant la pre-
restreint de gens cultivés et instruits : Lancelot du Lac, célèbre dans toute génération classique s’est faite le
mière moitié du XVIIe s. et que, d’autre
on ne pouvait le tromper sur ce dont on l’Europe. Le dernier roman du Moyen champion, elle qui, plus que l’âge des
part, les libertins du XVIIe s. ne sont pas
lui parlait ; en contrepartie, on pouvait Âge est le premier Roman de la Rose, règles, fut celui, précisément, du goût.
du tout les précurseurs du XVIIIe, parce
rivaliser d’érudition et d’originalité. dans lequel apparaît la première ana- Sous quels auspices se présentaient
qu’ils n’ont pas confiance en l’homme,
Cela ne s’est pas fait d’emblée. Même lyse psychologique de l’amour, sous les chances de réussite de cette tenta-
ce « calamiteux animal » ; le précur-
si la littérature du Moyen Âge est forme d’allégories. Mais avec ce tive nouvelle, comment se trouvaient
seur du XVIIIe s., en ce sens, est Pascal,
continue — les premières oeuvres ont roman se termine le roman courtois, réunies les conditions de cette entente
qui loue la grandeur de l’homme.
disparu dans leur forme originelle, car et la guerre de Cent Ans sonne le glas auteur-public qui va marquer toute la
elles ont été continuellement reprises de la chevalerie, tombée à Crécy et à Et c’est bien là ce qui fait l’atmos- littérature française ? Une première
—, il faut cependant attendre le XIIe s. Azincourt. Un mouvement de retom- phère générale de ce « Grand Siècle », constatation est que les écrivains clas-
pour voir les chansons de geste, d’ins- bée du rêve à la réalité s’opère. qui va en gros de 1636-37 (le Cid et le siques sont favorables au régime exis-
piration essentiellement nationale, et Discours de la méthode, signes d’un tant, au système social dans lequel ils
La coupure avec la Renaissance tient
les « romans », classés en trois catégo- monde nouveau) à 1761-62 (la Nou- vivent et ils oeuvrent : en cela se noue
donc pour l’essentiel à l’apparition du
ries (romans antiques, romans bretons, velle Héloïse et le Neveu de Rameau, un accord fondamental avec le public.
moyen français. Le legs médiéval à
romans d’aventures), qui forment l’en- marques d’un autre nouveau monde), Bien plus, avec le règne débutant du
la littérature française est capital : le
semble du « roman courtois », se dis- que cette confiance en l’homme — et jeune Louis XIV, la nouvelle généra-
thème du héros central aux aventures
tinguer d’une façon formelle. Le sys- dans le langage. La différence entre tion littéraire, débarrassée enfin des
étonnantes marque pour longtemps
tème versifié de la chanson de geste, la les deux siècles est une subtile diffé- vieillards, c’est-à-dire des tenants de
l’écriture romanesque ; la technique
laisse assonancée, strophe sur la même rence de climat : le XVIIe s. est un siècle la « Vieille France », se sent le vent en
des enfances, liée au thème du héros,
voyelle d’appui, est, vers cette époque, de passionnés, qui repose sur le prin- poupe : il y a un fond d’orgueil monu-
fait de l’aventure une manière d’ini-
en effet, abandonné en faveur de l’oc- cipe de saint Augustin, selon lequel mental chez les classiques, qui préten-
tiation ; enfin, en rattachant le mer-
tosyllabe à rimes plates. Un système l’homme est fait pour le bonheur ; Pas- daient prendre la succession des siècles
veilleux naturel à un symbolisme
social différent se dessine alors, et l’on cal, l’un des auteurs les plus violents de de Périclès et d’Auguste. Et s’ils y
mystique, selon lequel il faut être
passe de l’ère de la vielle publique à la littérature française, n’échappe pas à sont parvenus, c’est que, confiants
amoureux, car être amoureux, c’est
celle de l’aristocratie du luth. L’écri- son temps : « On ne quitte les plaisirs en eux-mêmes, ils font naturellement
dépasser l’ordinaire de l’humanité, la
vain de « romans » — tout cela reste du monde que pour des plaisirs plus confiance au public. Une telle conjonc-
littérature se lie étroitement à un idéal.
en vers — s’adresse à un public plus grands », écrit-il fortement. Cette quête tion des esprits et des possibilités est
Mais le Moyen Âge, qui n’a pas su
attentif : la lecture à haute voix sub- du bonheur se poursuivra au XVIIIe s., rare : c’est elle qui est à l’origine du
fixer le genre — un réalisme frappant
siste, mais elle se raffine. Une certaine mais d’une façon moins excessive, plus prestige du classicisme.
émaille ces oeuvres, parce que les audi-
Renaissance apparaît. On étudie l’Anti- compassée, polie, mesurée au compas Ce prestige est avant tout un prestige
teurs connaissent ce dont parlent les
quité latine. L’école épiscopale de poé- — en quelque sorte moins optimiste ;
littéraire. Il est dû à un pari véritable-
auteurs, dont la volonté est d’enraciner
sie d’Orléans est célèbre. L’époque est siècle par excellence de la correspon-
ment extravagant pour un écrivain —
le féerique dans le quotidien —, laisse
très littéraire : excitation de la curiosité, dance, le XVIIIe s. prouve de la façon la pari tenu : celui de l’impersonnalité.
l’état d’esprit romanesque en crise : au
du savoir intellectuel. Ce retour aux plus intime l’alliance entre l’écrivain et
Les classiques, en effet, excellent à
XVIe et au XVIIe s. cohabiteront ces deux le lecteur. Car c’est là qu’il faut reve-
sources fait que le roman antique de- peindre le coeur humain dans son fond
extrêmes qui sont le roman précieux et
vient la dominante, et le premier cycle nir : le classicisme marque l’apogée éternel et permanent comme à donner à
le roman réaliste. d’une certaine esthétique de l’harmonie
romanesque est celui d’Alexandre. Le leurs oeuvres ce caractère de générosité
texte en est immédiatement remanié, Avec la Renaissance, le mouvement auteur-public, harmonie qui repose sur et de justesse qui les rend accessibles à
et ce par des poètes qui ont décidé de qui porte les esprits vers la connais- la compréhension de l’un par l’autre et tous les siècles. C’est pourquoi il n’y
faire des vers de douze pieds : d’où leur sance s’accélère. Celle-ci est alors donc sur la connaissance et la maîtrise
a pas d’esthétique classique sans un
nom d’alexandrins. Ce cycle sera suivi considérée comme la plus haute activité commune d’un matériau commun, le effort vers la nudité. Le substantif est
de nombreux autres, pour la plupart humaine : toute connaissance, quelle langage, qui sera par conséquent le lan- la substance du discours, et le verbe
des transpositions de chefs-d’oeuvre qu’elle soit, est bonne. Cette neutra- gage le plus pur et le plus simple.
son muscle. À la clarté classique, qui
anciens. Le public apprécie beaucoup lité axiologique de la connaissance, Étrangeté unique dans la littérature atteste une fois de plus, à sa manière,
ces romans d’une érudition extraordi- qui produit l’humanisme, amorce du française que celle du XVIIe s., qui prend que le « destin » de la langue française
naire, où le souci de réalisme tempère même coup le courant libertin. Cela le parti de la pauvreté, s’opposant ainsi est de tout éclairer, de tout mettre en
mal le besoin de merveilleux. Ce qui donne lieu en littérature à une époque à la Renaissance comme au Moyen Âge, lumière, de tout porter au jour de la
paraît affreux pédantisme chez Rabe- de recherches fiévreuses, et, dans le dé- dont il est pourtant en quelque manière conscience, s’opposera le romantisme,
lais était monnaie courante à l’époque : bordement frénétique des tentatives lit- l’aboutissement, puisqu’il reprend un qui est l’invasion des adjectifs. Alors
L’« honnête homme » n’était pas téraires de toutes sortes, ce pot-pourri art de communication qui, comme l’art que les romantiques prônent l’origina-
encore passé par là. Quand il écrira épanoui qu’est la Renaissance littéraire du bien-dire, vise la complicité lecteur- lité individuelle, le souci central des
Salammbô, Flaubert refera un peu le en France reste encore le fidèle reflet de auteur. Mais, alors que les bien-disants classiques est social : c’est le paraître.
roman antique du Moyen Âge. l’explosion idéologique que connurent font de la poésie, les classiques font du Dès lors, le respect des convenances
Mais l’écrivain, qui se veut l’écho et ceux qui la firent et ceux qui la théâtre : c’est qu’à chaque époque cor- acquiert une importance capitale ; le
des rêves du public, utilise aussi la lurent. Mais Malherbe vint et réclama respond son mode de communication cynisme n’est pas possible dans la so-
« matière bretonne », et il invente le « la langue des crocheteurs du port au propre, et la « représentation » clas- ciété ; on réagit donc dans le sens de la
thème de la fidélité absolue (c’est le foin ». Le classicisme était né. sique convient mieux, pour toucher un dignité, et ni Chimène ni Rodrigue ne

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songent à fuir leurs obligations pour au drame dans son essence. Le théâtre cesse pour s’efforcer d’y échapper. de rester fidèle à sa propre loi. Or, cette
aller vivre heureux loin des hommes : classique, s’il est dans le détail d’un C’est que Rousseau, l’homme de la loi intérieure échappe à tout contrôle
c’est qu’il y va non seulement de leur raffinement extrême, est d’une grande vérité immédiate et de la nature pres- et à toute discussion ». Dès lors, com-
honneur, mais encore de l’estime qu’ils simplicité quant aux moyens de base sentie, l’homme de l’origine absolue, ment pourrait-il y avoir encore union
se portent ; de cette adéquation entre (le coup de foudre par exemple). L’es- ne peut accomplir ces instances qu’en entre le lecteur et l’auteur, sinon sous
l’« individu » et le « personnage », thétique classique ne trompe pas le passant par le détour de l’écriture — et la forme d’une communion ? Avec
le ridicule Alceste, qui ne sera juste- spectateur, mais l’éclaire : la psycho- ce détour les dévie inéluctablement de
Rousseau, l’acte d’écrire change de
ment tragique que pour Rousseau et logie en littérature repose sur l’appa- la certitude qu’il en a, en même temps
sens, s’intériorise, devient autonome,
les romantiques, fournit la preuve a rence de plausibilité. Tout l’effort lit- qu’il leur insuffle la seule richesse pos-
indépendant de l’accord du public.
contrario. Alors que le romantisme téraire du classicisme tend ainsi à faire sible, celle de l’expression. Le désir
Le livre réalise les rêves de la vie,
marque l’introduction de troubles croire que les personnages, trompeurs et la difficulté qu’il eut d’être vrai se
devient le confident unique de l’écri-
zones d’ombre, le classicisme est un par définition, éprouvent des senti- confondent pour Rousseau dans l’acte
vain, radicalement coupé, quant à son
effort vers tout ce qui est « dicible ». ments vrais. Il y a donc un mouvement littéraire lui-même, à la fois menson-
Plus qu’un style, il sera donc, du fait de démarquage de la réalité, à quoi ger et enthousiasmant, mais irrémédia- projet initial, de tout regard extérieur.

de son parti pris pour la représentation s’ajoute l’intérêt dramatique que lui blement aliénant, puisqu’il contraint Pourtant, l’influence de Rousseau sur

théâtrale, une architecture. L’oeuvre confère l’auteur en projetant un rêve de devenir autre que ce qu’on est et, l’évolution de la littérature française
classique est composée : il y a trans- en ses personnages. Tout l’art vise tentant de se ressaisir dans cet autre fut considérable, puisqu’il mit à l’hon-
position esthétique. Pour le classicisme alors à établir un lien affectif véritable qui seul est possible, rend infidèle à neur ce frémissement de la sensibilité
écrire, c’est choisir : il faut savoir se entre les faux personnages et les vrais sa nature profonde. On conçoit que qu’allaient orchestrer les romantiques.
borner. spectateurs. Rousseau, entraîné ainsi inexorable- Plus profondément, Rousseau inaugure
Mais, à l’intérieur de ces limites, C’est cet art qui allie la rigueur et ment de livre en livre dans une fuite un nouveau genre d’écrivain, acharné
tout est possible, à commencer par la l’indicible qui fait la grandeur du clas- hors du monde, ait conçu, une fois le à écrire contre l’écriture, puis s’enfon-
communication. Le temps n’est pas sicisme. Son prestige littéraire tient en besoin de communication renversé çant dans la littérature par espoir d’en
encore venu, en effet, où l’on s’inter- cela qu’il fige pour l’éternité l’inces- en solitude, l’oeuvre littéraire comme sortir, enfin ne cessant plus d’écrire
rogera sur la possibilité de se faire sante fluctuation des sentiments dans une tentative cathartique. Ainsi, Cla-
parce que n’ayant plus la possibilité
entendre ; comment les classiques, si la logique fatale d’une géométrie des rens devient l’Éden rêvé dans lequel
de rien communiquer. Un malaise
en accord avec leur époque et avec leur passions. le trio Saint-Preux-Rousseau, Julie
qui dure jusqu’aujourd’hui s’installe
public, la mettraient-ils en doute ? Au d’Étanges-Mme d’Houdetot et Wolmar-
ainsi dans la littérature française. Il
théâtre classique, la parole est action, Saint-Lambert connaîtra le bonheur
Rousseau à la aura fallu ce Suisse, ce protestant, cet
elle porte, elle a force sur l’autre, le refusé sur cette terre.
croisée des chemins homme des montagnes, ce promeneur
change, et, du même coup, révèle le C’est lorsqu’il entreprend de parler
L’esthétique classique, qui se réclame errant enfin pour dégager la littérature
parleur. Le comique étant ce qui outre- avec vérité de lui que Rousseau dé-
de l’éternel, pose des absolus, des française des conventions anciennes
passe la norme, le monde de Molière couvre l’insuffisance de la littérature
sera peuplé d’hurluberlus, d’extrava- normes : la mesure, la raison, la nature. et l’aider à prendre conscience d’elle-
traditionnelle : « Il faudrait, dit-il, pour
Esthétique du « point de perfection », même comme pouvoir incessant de
gants, d’imaginaires : c’est un monde ce que j’ai à dire, inventer un langage
de sourds. Le tragique, au contraire, elle prête le flanc à toutes les critiques mobilisation de l’être.
aussi nouveau que mon projet. » C’est
naît du fait que tout se passe en pré- relativistes. Mais il n’en est pas be-
que parler avec vérité de soi, pour
soin, le ver est dans le fruit : le seul
sence de l’autre, qui entend et com- Rousseau, cela ne veut pas dire faire Les voies du romantisme
La Rochefoucauld, pour qui le langage
prend tout. Au théâtre classique, tout le récit ou le portrait de sa vie, mais
est source d’illusions sur soi-même, Forts de la brèche ouverte par Rous-
ce qui doit être dit est dit, et, conven- bien entrer en contact immédiat avec
prépare l’écroulement retentissant du seau en faveur de la poésie des senti-
tion extraordinaire, les interlocuteurs lui-même et révéler cet immédiat. Or,
classicisme, qui ne fait déjà plus que ments, les hommes du XIXe s., réagis-
s’écoutent les uns les autres. On ne la vérité de l’origine ne se confond pas
s’interrompt pas ; bien plus, on écoute se survivre dans les salons douillets du sant contre l’impersonnalité classique,
avec la vérité des faits ; elle est pré-
ce qu’a à dire l’autre. Dès lors, si le dia-
XVIIIe s. vont se faire les champions de l’indivi-
cisément ce qui ne saurait trouver de
logue est mouvement, la psychologie Dans ces salons, un homme qui garantie dans la conformité avec la réa- dualité. L’esthétique romantique subs-
des personnages change : qu’il n’y ait vient de loin et qui se sent mal à l’aise : lité extérieure. Cette sorte de vrai est titue au social l’existentiel, à la doc-
pas conversation, mais véritable dia- c’est Rousseau. Avec lui, tout change. donc toujours à dire et pourtant jamais trine du « point de perfection » celle
logue, cela signifie en effet que chaque Jusqu’à présent, la littérature française faussement dite, car, ainsi que le fait du « mélange des genres », marque de
réplique va droit au but ; ce qui est était art de communication et d’agré- remarquer Maurice Blanchot, « elle est l’authenticité vécue. Cette idée de l’ori-
entendu devient acte, et les actes sont ment, s’intéressait à la psychologie du plus réelle dans l’irréel que dans l’ap- ginalité individuelle et de sa richesse
irréparables. La transposition théâtrale passage et au personnage social, toutes parence d’exactitude où elle se fige en anime tout le XIXe s. et toute la première
classique consiste donc à donner pleine caractéristiques qui permettaient un perdant sa clarté propre ». « Rousseau, moitié du XXe : la génération existenti-
valeur au mot, vise à rendre au langage rapport d’entente entre auteurs et lec- ajoute-t-il, découvre la légitimité d’un aliste de l’après-guerre 1939-1945 ne
la plénitude de son efficacité. Dans teurs. Rousseau rompt avec tout cela art sans ressemblance ; il reconnaît
rejoint-elle pas — ne renouvelle-t-elle
ce monde incroyable où la parole est et inaugure l’ère de la conscience et de la vérité de la littérature, qui est dans
pas la nausée, descendante lointaine du
toute-puissante, suffit à tout, est telle- l’être, de la littérature plus vraie que son erreur même, et son pouvoir, qui
mal du siècle — la première génération
ment exacte qu’elle blesse, l’expres- la vie. Le moment rousseauiste est ce n’est pas de représenter, mais de rendre
sion même de la douleur, comme celle clivage fondamental par rapport auquel romantique, celle qui suivit la Révo-
présent par la force de l’absence créa-
de l’amour, est transposée, et l’on fait toute la littérature française s’ordonne lution ? Si l’on prend pour fil conduc-
trice. » Avec Rousseau, la littérature
dire sur scène ce qui n’est jamais dit en deux blocs distincts : après lui, en teur cette « nouveauté » anticlassique
française sort du domaine de la vérité
dans la vie. Dès lors que tout est dit, effet, la belle harmonie des écrivains et par excellence « mise à la mode » par
pour entrer dans celui de l’authenticité.
la psychologie sera subordonnée à la du public ne se retrouvera jamais plus. Rousseau et par Diderot — l’être, la
Et, comme le remarque Jean Staro-
mise en scène. conscience —, alors le romantisme est
Au siècle de la littérature aisée et binski, « la parole authentique est une
L’art classique spécule sur l’attente. heureuse, Rousseau est le premier à parole qui ne s’astreint plus à imiter une non plus seulement un « siècle », mais

Pas de surprises, de retournements de écrire avec ennui, avec le sentiment donnée préexistante : elle est libre de bien tout un courant qui s’étend de la
situation : il n’est que d’être attentif d’une faute qu’il doit aggraver sans se déformer et d’inventer, à condition seconde moitié du XVIIIe s. jusqu’à nos

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jours, dominant le classicisme mori- Alors qu’au théâtre classique c’est la de fait du roman dans la littérature convient à leur propos de parler d’indi-
bond, mais toujours prestigieux. vérité qui tue, parce qu’il y a croyance française de la Révolution à nos jours vidualité et non d’individualisme, car
Si l’on examine, en fonction de cette en la communicabilité, en la com- — la poésie a toujours conservé un ils ont cru, pour la plupart, pouvoir
préhension mutuelle, chez Marivaux renom de prestige — sont de deux
constante romantique qu’est l’atta- jouer, par la force de leur pensée et de
chement à l’individualité, la période déjà, mais encore plus nettement chez ordres : le comment et le pourquoi. leur verbe, un rôle moral ou/et poli-
complexe et touffue qui va en gros de Musset (et, pour le roman, chez Stend- En gros, on peut dire que l’évolution
tique positif. Ce besoin d’assimilation
hal), les personnages sont enfermés du roman s’est faite de Balzac, qui
1760-1765 à 1960-1965, on peut aper- de l’écrivain, à travers son personnage,
cevoir quatre grands mouvements. Un en eux-mêmes dans des mondes réso- crée un monde, à Proust, qui creuse la
à l’« inconscient idéologique » de son
premier mouvement, dit « des grands lument différents et qui n’interfèrent conscience d’un monde, par la média-
époque est le pendant exact du désir
que trop rarement. C’est le malentendu tion capitale de Flaubert, qui donne au
romantiques », redécouvre la poésie en
qui devient source du drame : la plu- roman ses « règles », qui unifie dans d’assimilation ressenti par le lecteur
employant le langage des sentiments
part des personnages romantiques ne un style l’être et les choses, qui uti- à l’égard du produit culturel. Écrire,
et de l’imagination ; une nouvelle
parlent plus la même langue, ils ne sont lise la matière traditionnelle, héritée c’est aimer, et lire, c’est aimer — par
voie s’ouvre alors, et la poésie, déta-
chée de la « belle histoire », devient, pas tous de la même « race d’être », du du Moyen Âge, pour faire le portrait procuration. Rapprochement dans la

pour reprendre le mot de Hugo, « ce même monde. Cela se retrouve au XXe s. de son temps, tournant décisif dans distance inévitable de l’écriture, voilà
chez Montherlant, chez Giraudoux et la réflexion de la littérature sur elle- la grande leçon laissée par Rousseau à
qu’il y a d’intime en tout ». Un deu-
xième mouvement, que l’on peut dire chez Sartre. Le divorce est consommé même. Après la Première Guerre mon- la littérature française.
objectiviste, parce qu’il réagit contre entre le langage et l’âme. De nos jours, diale, Gide, par l’importance de ses
Tel est le climat général. Il est gros
qui croit encore à cette vaste erreur de soucis techniques, engage la littérature
les débordements intérieurs, intègre et
de deux aspects, qui vont s’épanouir
généralise le drame individuel au mal- la communication des consciences ? La romanesque dans la voie d’un intel-
parole théâtrale absurde se contente de lectualisme réflexif qui en corrompra de 1850 à 1950. C’est d’abord un
heur de l’humanité ; c’est l’époque du
véhiculer des lieux communs, se perd jusqu’au sens. C’est que quelque chose courant de « littérature engagée » : la
regard clinique naturaliste, qui n’exclut
pas un certain lyrisme, même s’il est dans le vide de l’in-individualité : on a cessé, qui avait permis cet essor fabu- prose convenant mieux que la poésie à

moins subjectif. Face à cette volonté n’écoute plus l’autre, on suit indéfini- leux du roman pendant le XIXe s. l’expression des idées, de grands écri-
scientiste et totalisante, il se produit au ment le ressassement de sa propre pen- vains vont s’y adonner, et leurs oeuvres
Pourquoi le roman ? Parce que,
sée. Cette découverte de l’individualité
début du XXe s. une réaction irrationa- après Rousseau, un nouveau type vont paraître en feuilletons dans les
liste, appelée par les exigences d’une incommunicable est l’apport spécifique
de relation s’instaure entre créateurs journaux. Le public ayant réagi favora-
mystique nationaliste ; le lyrisme du romantisme à la littérature fran-
et consommateurs, relation qui est le blement à cette innovation technique,
çaise ; il trouve son point d’aboutisse-
éclate de nouveau dans ce troisième trait distinctif du romantisme, par-delà une foule de mauvais romans envahit
mouvement, dit « du regain ». Un qua- ment dans le renversement qu’opère la
ses vicissitudes. Si le grand écrivain la littérature française : c’est le second
trième aspect du romantisme a dominé pensée contemporaine de l’absurde. Du
n’est plus, pour reprendre le mot de
courant. L’engouement du public ne
« cri » — « Je suis une force qui va » —
la littérature française depuis la Pre- Chateaubriand, « celui qui n’imite
à la désintégration-récupération dans se ralentissant pas, on peut considérer
mière Guerre mondiale. Ce courant, personne, mais celui que personne
la masse sociale, le romantisme, mal- cette « mauvaise littérature » comme la
qui, de Proust au « nouveau roman », n’imite », parce qu’il se dit lui-même
gré des conflits de tendance, des crises, plus typique du fait littéraire français
a approfondi, jusqu’à les renverser, les et que chacun est unique, alors, consé-
données existentielles de la thématique des variations, a connu toutes les voix de ce dernier siècle (toutes les grandes
quence qui surprit Chateaubriand, mais
de l’altérité héritées du XIXe s., se ca- de l’individualité : il a été romantique oeuvres ne se ressemblent-elles pas,
qui est loin d’être si paradoxale qu’elle
jusqu’au bout. dont l’impact ne connaît pas de fron-
ractérise surtout par l’envahissement le paraît, le grand écrivain dira bien
de la conscience créatrice par les pro- Mais le théâtre n’a pas été la forme plus que lui-même, incarnera les sen- tières ?), la plus représentative d’un
blèmes de technique littéraire. L’« ère littéraire privilégiée du romantisme. timents et les aspirations de toute son certain esprit littéraire, d’un certain
du roman roi » a été aussi l’« ère du Sans doute, pendant toute la période époque : les personnages des oeuvres public : ce que Dostoïevski connaissait
soupçon », le moment de la réflexion romantique, la poésie a-t-elle été à romantiques seront « imités » au-delà de la France littéraire contemporaine,
critique sur la littérature. Le roman mo- l’honneur : Baudelaire, qui intériorise de l’imaginable, et toute la jeunesse c’était Paul de Kock (1793-1871) !
derne, aujourd’hui plongé dans l’im- l’épanchement de ses maîtres et le rend qui lira René sera en proie au mal du
Une telle littérature ne cherche qu’à
passe, est en effet une « invention » du plus grave, annonce, par sa conception siècle ; Hugo s’écrie : « Ah ! Insensé
flatter les goûts du public par l’étalage
XIXe s., tout comme la notion d’« ex- de la beauté comme absolu mystique qui croit que je ne suis pas toi » — et
d’un psychologisme où la mesquine-
périence », aujourd’hui reconsidérée doublé d’un relativisme historique, une autre jeunesse se bat pour Hernani.
sous l’angle de l’« être en société », qui toutes les aventures esthétiques de l’art rie de la réalité quotidienne transcrite
L’écrivain ne cherche plus à toucher
en est le thème central. La littérature moderne. Avec lui, mais déjà aupa- telle quelle sert d’exutoire au désir du
l’« esprit » du public — par rapport
de l’absurde, née sur ces décombres, ravant avec ceux qu’il est convenu public de se retrouver dans des héros
à la masse grandissante des consom-
met en oeuvre une technique du mor- d’appeler les petits romantiques et plus mateurs, les créateurs nouveaux ont le auxquels il peut facilement s’assimiler.
cellement dont le moins qu’on puisse tard avec Rimbaud, la poésie envahit sentiment d’appartenir à une élite —, En ce sens, il ne paraît pas exagéré de
dire est qu’elle reflète assez exacte- la prose, et la prose s’annexe la poésie. mais son « coeur ». À la rupture donc comparer cette littérature au drame du
ment la situation actuelle du courant Mais, dans leur refus de ce monde vul- du lien auteur-lecteur correspond un XVIIIe s. ; le triomphe du genre roma-
romantique en France. Toute technique gaire et inculte qu’est devenu à leurs resserrement du lien héros-lecteur : nesque est le triomphe de la littérature
étant grosse d’une métaphysique impli- yeux le public, les nouveaux poètes à l’union des esprits succède la com- de « genre », c’est-à-dire la défaite de
cite, comme le fait remarquer Sartre, tendent à ménager à la « haute litté- munion des sentiments. Conscients de
la littérature. Dès lors, on comprend le
la métaphysique de l’absurde est une rature », initiatique et poétique, une cette emprise nouvelle qu’ils ont sur
besoin qu’éprouvèrent certains écri-
métaphysique de la non-intimité avec place à part dans les lettres françaises, le public, les écrivains romantiques
vains, après le bouleversement de la
soi-même, de l’inanité généralisée, et bientôt ce « domaine réservé » s’at- voudront être plus que l’« écho » des
dernier cri du fameux mal du siècle tire la défaveur hautaine, voire hostile, Première Guerre mondiale, de recon-
sensibilités : de Chateaubriand à Gide
romantique. du public, qui lui préfère le roman. Le sidérer ces données. La conscience de
en passant par Lamartine, Vigny,
roman, voilà bien l’oeuvre maîtresse du l’impossibilité d’écrire « la marquise
Cette évolution dans l’éloignement Hugo, Zola, Barrès et Péguy, ils auront
des thèses classiques est remarquable romantisme. l’ambition de faire servir leurs dons sortit à cinq heures » marque la « cor-

dans le devenir romantique de la forme Les remarques essentielles à faire non seulement à résumer, mais encore ruption » — et les débuts d’une rénova-
classique par excellence, le théâtre. pour comprendre cette prééminence à guider l’humanité ; c’est pourquoi il tion — du roman.

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

1789 à nos jours (Stock, 1936) ; Réflexions sur


Situation actuelle de la ment de cette littérature de recherche, lité et retrouver au début du XXe s. son
la littérature (N. R. F., 1938-1941 ; 2 vol.). / J. Gi-
lequel, groupé autour de la revue Tel rayonnement.
littérature française raud, Manuel de bibliographie littéraire pour
Quel et du « collectif » Change, frères
les XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles français (Vrin et Nizet,
V. L. Saulnier écrit : « La liquida- ennemis dans la lutte commune, prend 1939-1970 ; 3 vol.). / E. Curtius, Europäische Des origines à la fin
tion du romantisme, tel pourrait bien pour thème majeur l’alliance de cette Litteratur und lateinisches Mittelalter (Berne,
du XVIe siècle
être le grand fait littéraire du XXe s., pratique littéraire nouvelle, poétique 1948 ; 7e éd., 1969 ; trad. fr. Littérature euro-

à peu près acquis vers le milieu de sa péenne et Moyen Âge latin, P. U. F., 1956). / Les origines de la musique française se
et critique avant d’être romanesque, et
course, après le double ébranlement A. Adam, Histoire de la littérature française au confondent avec celles de la musique
d’une théorie politique révolutionnaire.
XVIIe siècle (Domat-Montchrestien, 1949-1956 ;
des guerres mondiales. Le romantisme Ce qui unit ces deux moments, c’est occidentale, héritière de la tradition
5 vol.). / G. Picon, Panorama de la nouvelle
s’affirmait comme une restauration des théorique pythagoricienne et des cultes
la fascination exercée par les sciences littérature française (Gallimard, 1950 ; nouv.
valeurs du coeur : nous vivons dans un exactes ; ce qui les sépare, c’est la ten- éd., 1968) ; Introduction à une esthétique de
orientaux. Pendant des siècles, l’Église
monde réaliste, sportif et technicien ; tative de rationalisation, faite par le se- la littérature, t. I : l’Écrivain et son ombre (Gal- chrétienne utilise la musique comme un
comme un culte des valeurs patrio- cond, de cette emprise à travers sa mise
limard, 1953). / R. Bossuat, Manuel bibliogra- élément du culte : celle-ci est liée dès
phique de la littérature française du Moyen Âge
tiques : tout l’effort est aujourd’hui en oeuvre dans les sciences humaines. l’origine à la vie monastique. Avant
(Libr. d’Argences, 1951-1961 ; 3 vol.). / P. Zum-
pour instituer des autorités au-dessus l’an 1000 est constitué en Europe le
La « liquidation » du romantisme thor, Histoire littéraire de la France médiévale,
des nations ; comme un élan de l’indi- VIe-XIVe siècle (P. U. F., 1954). / J. Calvet (sous
corpus du chant grégorien, qui orne
manifeste donc, par-delà la désintégra-
vidualisme : nous sommes au temps la dir. de), Histoire de la littérature française toutes les phases de la liturgie. Grâce
tion du couple vraisemblance-vérité, la
de l’homme social. Il était en lui un (Del Duca, 1956-1965 ; 10 vol.). / P. H. Simon, au système des tropes, qui charge de
fin de l’ère de la « dégustation », l’avè-
Histoire de la littérature française au XXe siècle paroles les vocalises du grégorien, se
dilettantisme : et nous vivons dans un
nement d’une époque de description (A. Colin, 1956 ; 2 vol.). / G. Bachelard, la Poé-
monde haletant ; en lui, une religion crée un embryon de drame liturgique
systématique et totalisante. Le rapport tique de l’espace (P. U. F., 1957 ; 3e éd., 1967).
des vastes espoirs : le grand scrupule / A. Cioranescu, Bibliographie de la littérature
(vers 970 au monastère de Fleury
avec le public cesse d’être le support de
est aujourd’hui d’éviter les illusions, française du XVIe siècle (Klincksieck, 1959) ; [Saint-Benoît-sur-Loire]) qui, après la
l’oeuvre, aujourd’hui tout entière tour-
pour tâcher d’éloigner le pire. Quand Bibliographie de la littérature française du scission entre texte et musique, don-
née vers le rêve de la coexistence des
XVIIe siècle (C. N. R. S., 1965-1967 ; 3 vol.) ; Biblio-
on cherche dans quelle mesure la lit- nera naissance au théâtre parlé (fin du
langages ; la littérature est en même graphie de la littérature française du XVIIIe siècle
térature actuelle demeure tributaire du XIIe s.). De 1100 à 1300, d’autre part, se
temps littérature et littérature sur la lit- (C. N. R. S., 1969-70 ; 3 vol.). / R. Queneau (sous
romantisme, on en arrive à se deman- développe une monodie profane due à
térature, c’est-à-dire critique (C. Mau- la dir. de), Histoire des littératures françaises,

der si elle lui doit beaucoup plus que connexes et marginales (Gallimard, « Encycl. de une étonnante floraison de poètes-mu-
riac parle d’« alittérature »). La littéra-
l’invention du roman moderne. » On la Pléiade », 1959). / P. Le Gentil, la Littérature siciens, d’abord localisés dans le Midi
ture française du XXe s. se signale par
française du Moyen Âge (A. Colin, 1963 ; 2e éd.,
aura pu voir les distances que nous aquitain (troubadours), puis entre Loire
cet envahissement de la conscience cri- 1966). / J. Vier, Histoire de la littérature fran-
avons prises, dans le détail, avec cette et Meuse (trouvères de Champagne, de
tique, marque à la fois d’un haut degré çaise, le XVIIIe siècle (A. Colin, 1965-1971 ; 2 vol.).
thèse ; reste que, sur le fond, nous ne Paris, d’Arras). Avec ces deux formes
d’intellectualisme, qui comprend le / P. Abraham, R. Desne et M. Duchet (sous la

pouvons qu’y ajouter foi, nous qui dir. de), Manuel d’histoire littéraire de la France d’expression, la monodie, ou chant à
« fait littéraire » comme sous-ensemble
sommes contemporains de la « crise » (Éd. sociales, 1966-1969 ; 3 vol.). / A. Adam, une voix, parvenue à une extrême sub-
déterminé de tout un contexte social,
G. Lerminier et E. Morot-Sir (sous la dir. de), Lit- tilité, a atteint ses limites. C’est à la
que traverse présentement la littéra- et d’un risque de sclérose scolastique,
térature française (Larousse, 1967-68 ; 2 vol.).
ture française, et le roman au premier France que revient d’avoir trouvé un
dans la mesure où cette théorisation du / A. Bourin et J. Rousselot, Dictionnaire de la
chef : la poésie vivante de 1973, c’est principe nouveau riche de possibili-
fait littéraire aggrave l’hermétisme de littérature française contemporaine (Larousse,
la publicité quotidienne et non l’ésoté- tés infinies, qui assure sa suprématie
ses productions. Le renouveau à grande 1967). / C. Pichois (sous la dir. de), Littérature

risme caduc des chapelles littéraires ; échelle de la littérature allégorique, française (Arthaud, 1968-1972 ; 7 vol. parus). pour plusieurs siècles : la superposition
/ J. Roger et J.-C. Payen (sous la dir. de), His- de deux ou de plusieurs lignes mélo-
face à la littérature d’outre-Atlantique, coupée de son enracinement dans une
toire de la littérature française (A. Colin, coll.
où des procédés importés de la tech- diques, ou polyphonie. Connue dès la
large fraction de la conscience pu- « U », 1969-70 ; 2 vol.). / A. Lagarde et L. Mi-
nique cinématographique aboutissent blique, annonce, comme entre Moyen fin du IXe s., celle-ci n’est exploitée
chard (sous la dir. de), la Littérature française
à une « littérature du comportement », que vers la fin du XIe s. à Saint-Martial
Âge et Renaissance, une période de (Bordas, 1970-1972 ; 5 vol.). / J. Y. Tadié, Intro-

le roman en France reste la proie des transition, celle des « grands rhéto- duction à la vie littéraire du XIXe siècle (Bordas, de Limoges, centre important, et par
recherches formelles. riqueurs ». C’est que, peut-être, les
1970). / J. Malignon, Dictionnaire des écrivains les maîtres de l’école de Notre-Dame
français (Éd. du Seuil, 1971). / E. Morot-Sir, la
C’est ainsi que l’on a pu assister, du- sciences de l’homme, qui connurent de Paris : Léonin et Pérotin. Ceux-ci
Pensée française d’aujourd’hui (P. U. F., 1971).
au s. un essor prodigieux, sont en écrivent l’un des organa à 2, l’autre
rant les décennies 1950-1960 et 1960- XXe

passe de prendre ici le relais, intégrant à 3 et 4 voix construits sur une teneur
1970, à un double mouvement « avant-
grégorienne. Ce procédé, ou déchant,
gardiste » dans la France littéraire. Le à leur problématique le fait littéraire, LA MUSIQUE FRANÇAISE
désormais devenu objet d’histoire. sort bientôt du cadre liturgique dans
premier moment de cette recherche
le motet où 2, 3 voix chargées de pa-
s’attache à donner une postérité à l’am- J. L. Musique française : cette expression
bition du « roman pur » : c’est le « nou- F Consulter les articles consacrés aux mouve- roles profanes se superposent à une
ne doit pas désigner seulement un art
ments, aux écoles, aux genres et aux principaux teneur qui est un fragment d’organum.
veau roman ». Il se propose essentiel- qui se serait développé à l’intérieur
écrivains.
lement de renouveler les « formes » du Adam* de la Halle introduit l’emploi
de frontières géographiques précises.
G. Lanson, Manuel bibliographique de la de la polymélodie dans des rondeaux
récit : à travers le refus du « person-
littérature française (Hachette, 1909-1912, Dans l’esprit de ceux qui l’emploient,
nage » traditionnel et de la psychologie profanes.
4 vol. ; nouv. éd., 1921). / H. Bremond, Histoire elle suggère un certain nombre de
« balzacienne », ce qui est en cause, littéraire du sentiment religieux en France L’Ars* nova (XIVe s.), qui emprunte
caractères spécifiques qui font l’ori-
(Bloud et Gay, 1916-1936, 12 vol. ; nouv. éd.,
c’est la notion même d’« écriture » ; le son nom au traité de Philippe de Vitry
A. Colin, 1967-68). / J. Benda, la Trahison des ginalité de cet art comparé aux réali-
décentrement du regard, de l’homme (1291-1361), est dominé par les préoc-
clercs (Grasset, 1927 ; rééd., Pauvert, 1965). /
sations de ses voisins. En effet, après
à l’univers d’objets qui l’environne, H. Talvart, J. et G. Place, Bibliographie des au- cupations des théoriciens qui cherchent
teurs modernes de langue française (Éd. de la avoir joué pendant des siècles un rôle
implique en effet la subordination du à organiser la matière musicale en
Chronique des lettres françaises, 1928-1970 ; d’initiateur, la musique française
style à l’écriture, c’est-à-dire la substi- codifiant notation et rythme. Dans le
18 vol. parus). / H. P. Thieme, S. Dreher, M. Rolli
tution du jeu avec le lecteur par la neu- devra, du XVIIe au XIXe s., assimiler deux motet « isorythmique », la teneur est
et M. L. Drevet, Bibliographie de la littéra-

tralité méticuleuse d’une rigueur toute ture française de 1800 à 1949 (Droz, Genève, vagues d’influence étrangère : l’une découpée en tronçons de même valeur
1933-1954 ; 4 vol.). / P. Hazard, la Crise de la
géométrique dans le « tracé ». Une telle italienne, l’autre allemande. Elle a su rythmique, facteur d’unité, mais aussi
conscience européenne, 1680-1715 (Boivin,
prise de position récuse l’engagement, pourtant, malgré ces puissantes forces de sécheresse. Seul Guillaume* de
1935, 2 vol. ; nouv. éd., Fayard, 1963). / A. Thi-

ce qui n’est pas le cas du second mo- baudet, Histoire de la littérature française de d’attraction, conserver sa personna- Machaut (v. 1300-1377) s’évade de

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

ce formalisme et apporte aux pièces T. L. de Victoria* et dans celle d’un sensible dans une littérature polémique d’unité, ni de tissu continu. Après dix
sacrées et profanes qu’il aborde une G. P. da Palestrina*. Il en va autre- jalonnée par des « Défenses », des années de collaboration avec Molière
incontestable qualité mélodique. En ment dans le domaine de la chanson* : « Parallèles », des « Lettres » et par des dans les comédies-ballets, Lully par-
traitant pour la première fois comme ayant libéré la musique de la gangue querelles qui secouent le monde musi- vient à résoudre la difficulté essentielle
un tout les cinq parties de l’ordinaire du texte poétique, ils n’ont pu lui don- cal, dont la plus célèbre est la « Que- et à créer un récitatif français dans
de la messe (messe Notre-Dame), il ner un style propre qui la différencie relle des bouffons » (1752-1754). Les Cadmus et Hermione (1673), sa pre-
pose un jalon important de l’histoire de du motet. Il appartiendra à la chanson nouveautés d’outre-monts fascinent mière tragédie lyrique. Dans le cadre
cette forme. dite « parisienne », largement diffusée les musiciens français, qui découvrent d’une action dramatique continue à

Entre l’Ars nova et l’apogée de la après 1525 par l’imprimerie, d’ajouter un style vocal, des recherches d’écri- sujet noble, il soude des éléments dis-

polyphonie à la fin du XVe s., le centre verve, vivacité et fantaisie descriptive ture, un traitement des instruments à parates : récits, airs, choeurs, danses,

d’intérêt se déplace vers la cour de à la gamme des sentiments jusque-là cordes différents. Les plus curieux et ordonnés selon un principe d’unité.
Bourgogne et les pays franco-flamands. décrits : pour ce faire, la polyphonie les plus doués tirent immédiatement Unité et diversité : l’opéra français

L’Italie et l’Angleterre, autrefois fé- clarifiée se réduit à un jeu d’imitations profit de ces éléments, les assimilent oscille entre ces deux extrêmes. Après
condées par les découvertes françaises, très simples, tandis que l’homophonie, et en font une composante de leur per- le génie organisateur de Lully, la tra-
rayonnent à leur tour. La propagation doublée d’une rythmique complexe, sonnalité, placée ainsi sous le signe des dition du ballet de cour reparaît dans
des idées musicales est favorisée par triomphe. L’oeuvre de Clément Jane- « goûts réunis » : c’est le cas, dans des l’opéra-ballet : l’action dramatique
l’extrême mobilité des musiciens, qui quin* résume ces tendances. Assez domaines divers, de M.-A. Charpen- éclate de nouveau. À partir de 1733,
suivent leurs protecteurs ou se fixent curieusement, ce n’est pas en France, tier*, de François Couperin*, d’André Rameau* apporte à la scène son expé-
dans les chapelles pontificale et prin- malgré une production de qualité, qu’il Campra*. rience de théoricien et la prodigieuse
cières. À Guillaume Dufay (v. 1400- faut chercher une postérité à la chanson maîtrise d’un langage musical beau-
Cette influence aurait été plus écla-
1474), qui domine la première moitié française, mais en Italie, où le madrigal coup plus riche que celui de Lully. Tra-
tante si n’était intervenu un second
du XVe s., sont dus le développement développe ses virtualités en achevant gédie lyrique et opéra-ballet se côtoient
facteur : la lente mais sûre concen-
et la fixation des trois formes privilé- de forger un symbolisme musical, déjà dans son oeuvre. Gluck*, Allemand, a
tration des forces musicales du pays,
giées dans lesquelles se coule la poly- sous-jacent, qui va féconder la musique choisi la scène française pour présen-
auparavant dispersées, autour du roi
phonie de la fin du XVe s. et du XVIe s. : européenne pendant plusieurs siècles. ter, avec le meilleur de son oeuvre, ses
et de la Cour, qui imposent leur goût.
la messe, le motet, la chanson. Après Tandis qu’une évolution profonde conceptions dramatiques : soumission
Les formes musicales sécrétées par la
lui, l’abandon de l’emploi des instru- est amorcée, Roland de Lassus* ras- de la musique au texte afin de mettre
vie de cour, tragédie lyrique de Lully,
ments oriente la musique vocale vers en valeur le drame. Entre Rameau et
semble les acquisitions de ce XVIe s. et grand motet versaillais, reflètent moins
le style a cappella, tandis qu’une pré- présente dans son oeuvre immense, en Gluck s’insère la création de l’opéra-
l’apport italien, alors qu’il apparaît
occupation nouvelle apparaît : celle de une sorte de bilan, toutes les formes et comique français, inspiré de l’Italie et
dans des genres qui se développent en
l’expression ; la mélancolie grave, qui adapté au goût national.
les principaux styles nationaux, fran- dehors de ce pôle d’attraction, comme
imprègne à l’aube de la Renaissance çais, italien et allemand, dont la ges- la cantate, le motet à voix seule, la mu- La période est donc dominée par la
française la musique profane comme la tation est presque achevée. Parallèle- sique instrumentale pour cordes. Sous trilogie Lully, Rameau, Gluck, unis
musique religieuse et qui se dégage de ment, les tendances qui apparaissent Louis XV, la prodigieuse vitalité de la par une même conception du drame
la plasticité des courbes mélodiques, après 1560 en France contribuent à musique italienne, servie par ses inter- en musique, opposée à la conception
est restée pour beaucoup le symbole de l’éclosion d’un nouvel élément du prètes lancés sur les routes de l’Europe, italienne. Soucieux de faire coïncider
l’effusion vers la divinité.
langage musical, que le XVIIe s. adop- ne rencontre plus qu’une résistance ré- la musique et le texte, ils refusent la
Johannes Ockeghem (v. 1430 - tera lentement : la monodie accom- duite en France : c’est l’annonce d’un dualité artificielle air-récitatif dans
v. 1496), Flamand au service de trois pagnée. Les paraphrases de psaumes déclin momentané pour la musique laquelle s’est enfermé l’opéra italien
rois de France, unifie dans ses messes (Claude Goudimel [v. 1505-1572]) française, qui, les bouleversements en accueillant largement l’apport or-
le traitement des 4 voix ; par le jeu des destinées aux assemblées protestantes politiques aidant, reste étrangère en chestral et celui des choeurs. Un récit
« imitations canoniques », la teneur ne simplifient, pour des raisons pratiques partie à la révolution musicale de la fin attaché aux nuances de la prosodie
sert plus de trame à l’édifice polypho- évidentes, le tissu polyphonique. La du XVIIIe s. française, facteur d’unité, des danses
nique : elle se diffuse dans les diffé- musique « mesurée à l’antique », dont raffinées et chatoyantes, facteur de rup-
Deux phases, l’une de gestation,
rentes voix. Avec Josquin Des* Prés Claude Le Jeune* est le représentant
l’autre de maturité, se succèdent pen- ture de l’action, sont les deux éléments
(v. 1440-1521 ou 1527 ?), parfaitement le plus qualifié, contraint au vertica- contradictoires mais parfaitement
dant cette période. Tel est le cas pour
maître de l’écriture contrapuntique, lisme un discours musical réglé par
la musique dramatique. L’Italien originaux qu’a légués à la postérité
la messe atteint une forme d’équi- les complexes mètres latins. Par ces l’opéra français classique.
Lully*, futur créateur de l’opéra fran-
libre idéal : la « teneur », liturgique deux courants, auxquels on peut ajou-
çais, recueille un héritage important et Contrairement au drame en musique,
ou empruntée à une chanson profane, ter le madrigal italien, s’effectue le
original, dont il va agencer habilement genre neuf qui se construit au XVIIe s., la
est devenue le thème générateur de passage de la polyphonie, où chaque
les éléments. L’air de cour, monodie musique religieuse est écartelée entre
l’ensemble. Le motet, par la variété de voix d’égal intérêt est conduite pour
élégiaque, a profondément évolué de- le passé — la polyphonie — et le pré-
ses textes et l’absence de teneur, laisse elle-même, à la monodie accompagnée,
puis ses origines (1571), servi par trois sent — le style concertant, qui admet
toute liberté à la sensibilité du musi- où l’une d’elles devient prépondérante,
générations de musiciens : d’abord l’apport de la musique instrumentale et
cien. Les 129 pièces de Josquin pour 4, tandis que les autres sont groupées en
harmonisé à 4 voix, il prend sa phy- de la mélodie.
5, 6 et 8 voix représentent une somme agrégats qui tendent à reposer sur une
sionomie quand la voix supérieure Jusqu’à 1660, une recherche orien-
où il expérimente un maniement de base génératrice de l’ensemble. Il est
se détache, tandis que les autres sont
la masse sonore différent de celui de tée par l’Italie se poursuit, qui consiste
réalisé, fait symptomatique, par des
égrenées par un instrument d’harmonie à remplacer la pluralité des lignes de
la messe. Avec une pléiade de leurs voies différentes en Italie et en France.
comme le luth, support privilégié de
contemporains, Johannes Ockeghem la polyphonie par la pluralité des plans
cet art confidentiel. sonores ; le motet lui sert de cadre, alors
et Josquin Des Prés atteignent dans la
La période « classique » :
messe et le motet une perfection qui Sous la forme du récit, l’air de cour que la messe reste désormais figée dans
XVIIe et XVIIIe s
sera un modèle et une limite pour leurs prend un tour dramatique qui lui per- le modèle qui lui a été assigné à la fin
successeurs français du XVIe s. C’est à Pendant cette période, deux « nationa- met de s’insérer dans le ballet de cour. du XVIe s. De ces expériences, motets à
l’extérieur qu’il faut rechercher leur lismes » musicaux se heurtent : le fran- Ce fastueux spectacle littéraire, musi- 2, 3, 4 choeurs, sortira le grand choeur
héritage spirituel : dans l’oeuvre d’un çais et l’italien. Cet antagonisme est cal et chorégraphique ne présente pas à 5 voix, opposé au petit choeur, qui

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La Grande Encyclopédie Larousse - Vol. 9

figurent parmi les éléments constitutifs certains caractères de la musique fran- des cadres que lui offrait la symphonie Liszt, qui engendre des modulations
du grand motet versaillais. Le système çaise de clavecin : leur poésie diffuse de Beethoven. Nourri de culture litté- perpétuelles.
contrapuntique présent dans les oeuvres repose sur une construction ferme raire comme les romantiques d’outre- Lancée ensuite à la conquête de son
de musique religieuse est moins com- dissimulée sous une ligne mélodique Rhin, il choisit parmi les plus grands passé, mis au jour par les éditions de
plexe que celui des écoles allemande chargée d’ornements et une harmonie poètes (Goethe, Byron, Virgile, Shake- Rameau et des maîtres de la Renais-
et italienne. Son absence de rigueur audacieuse d’inspiration italienne qui speare) un argument poétique qui four- sance, la musique française y puise,
et de capacités de développement est joue sur l’équivoque. Ses « ordres » nit à chacun des moments du drame après 1890, le ferment d’un esprit
équilibrée par la clarté de ses lignes et groupent des danses et des pièces aux contenu dans ses grandes fresques un « national », dont le besoin est ressenti
son efficacité expressive. Le message titres allusifs pleins de résonances thème qui en conditionne l’atmosphère pour échapper aux modèles allemands.
de l’Italie a, par contre, été perçu quant littéraires. Les derniers des quatre re- générale. Il cherche déjà à pallier le Vincent d’Indy* collecte dans ce des-
à la qualité de son vocabulaire harmo- cueils de Rameau présentent, à côté de morcellement par le retour périodique sein les survivances du folklore fran-
nique. Son rôle, et en particulier celui pièces proches de celles de Couperin, d’un thème cyclique ou d’un instru- çais, qu’il utilisera pour sa thématique.
de l’école romaine, est indéniable. une autre conception de l’emploi du ment-symbole. Deux formes, dans ces La découverte des modes grégoriens
Mais, si certains musiciens, tel Char- clavecin. Les successeurs de Coupe- conditions, peuvent se réclamer de contribue de même à une mutation du
pentier, assemblent ces composants rin et de Rameau ne sont que de pâles lui : le poème symphonique, de Liszt système tonal amorcée par Franck.
dans le moule de formes venues d’Ita- imitateurs. à Franck et à Richard Strauss, et l’ora-
Le meilleur de la production fran-
lie, d’autres, comme les musiciens de Le violon, d’abord instrument à torio. Sur le plan vocal et orchestral,
çaise jusqu’en 1914 est concentré dans
l’école versaillaise, tel Delalande*, les ses innovations expliquent qu’il ait
danser, acquiert ses lettres de noblesse la musique instrumentale et dans la
agencent dans une forme typiquement déconcerté ses contemporains. Le bel
dans les opéras de Lully. L’ouverture à
mélodie.
française, le grand motet. Quoi qu’il arioso expressif de la Damnation de
la française, en deux parties, grave et
en soit, Marc Antoine Charpentier, L’opéra ne se détache du modèle
fugato, connaîtra en Europe la fortune Faust est aussi éloigné que possible
dans une oeuvre extrêmement diverse, italien que pour suivre le modèle wa-
que l’on sait. La sonate, illustrée par de l’italianisme ambiant : la leçon de
qui comprend motets à voix seule, le- gnérien (Fervaal de Vincent d’Indy).
Couperin, le concerto, par Jean-Marie Gluck a été retenue et amplifiée par
çons de ténèbres, messes et oratorios, Seul Pelléas et Mélisande (1902) de
Leclair*, et la symphonie proche de la une veine mélodique d’une générosité
François Couperin, dans ses motets à Debussy*, parfait chef-d’oeuvre, dont
suite de danses, sont les trois genres exceptionnelle. Grâce à elle, Berlioz
voix seule et ses leçons de ténèbres, et la filiation avec le drame wagnérien,
cultivés à partir du XVIIIe s. sort la mélodie française des ornières
Delalande, dans ses 70 grands motets, notamment par l’emploi du leitmo-
Dans les trois domaines de la mu- de la romance avec le recueil les Nuits
parviennent, grâce à une pénétration tiv, est indéniable, laisse espérer, par
d’été. Le Grand Traité d’instrumenta-
sique dramatique, de la musique reli-
intuitive du texte latin, aux plus hauts la complète fusion entre musique et
gieuse et de la musique instrumentale, tion et d’orchestration modernes, qui
sommets de la musique religieuse. verbe, que la crise du théâtre français
complète les exemples donnés par ses
on peut donc parler d’une école fran-
Après eux, le grand motet, désormais est terminée. En fait, l’oeuvre reste iso-
çaise unifiée par une certaine concep- oeuvres, révèle une virtuosité éton-
offert au public du concert spirituel, lée comme, dans un tout autre domaine,
tion du « goût ». nante dans l’emploi des timbres de
perd en émotion ce qu’il gagne en éclat Carmen (1875), qui, salué comme une
l’orchestre. Dans ce domaine, il est le
et en formules imagées.