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Demain, un monde sans journalistes ?

L'extinction brutale d'une corporation qui fut un quatrième pouvoir est-elle
probable ? Elle est en tout cas possible... Et voici pourquoi.

Le scénario

Trop de journalistes tue le journalisme : l’adage a finalement eu raison de ce métier. Ce
15 mars 2020, la Commission de la carte d’identité des journalistes professionnels a
décidé de retirer la carte de presse à 90 % de ses titulaires. « Il ne reste plus que 3 000
journalistes dignes de ce nom dans ce pays, a déclaré Antoine Chazal, président de
l’instance représentative des journalistes. Et moi-même je ne suis plus éligible ! » En
réaction à ce sabordage, un nouvel organisme devrait voir le jour pour récupérer 60 000
intermittents de la presse. Le Conseil représentatif de l’infotainment et des médias
mutants (CRIMM) de Jean-Baptiste Renaud pourrait accorder quatre types de cartes
pour couvrir l’ensemble de la profession : 40 000 cartes de journalistes citoyens pour les
bénévoles défrayés 3 euros le feuillet, 10 000 cartes de bâtonneurs pour les petites
mains des sites qui agrègent les communiqués de presse sur les sites, 3 000 cartes
d’anchormen pour les animateurs de communautés propagatrices d’info et environ 6 000
cartes de journamuseurs des sites d’information ludiques comme Rires & Infos et ses
fameux widgets.

Cette scission de la profession fait suite à l’annonce de la fermeture du site du Nouvel Ex,
le titre issu de la fusion des deux principaux news en 2014. En revanche, Le Parisien, qui
avait conservé une version papier, continuera à paraître sous forme de lettre
confidentielle en papier pour ses lecteurs âgés, cultivés et aisés. La Lettre du Grand

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Paris sera protégée par la loi Val qui interdit à tout média numérique de reproduire plus
de deux phrases d’un contenu papier. Cette loi votée à la sortie du terrible été 2013
pendant lequel quatre ex-journalistes SDF périrent dans la canicule, a aussi permis la
nationalisation du Monde après le dépôt de bilan de 2012. Les cinquante derniers
journalistes du quotidien de référence bénéficient désormais de la « redevance papier ».
L’extension de cet impôt à la presse magazine est d’ailleurs à l’ordre du jour à
l’Assemblée alors qu’il ne reste plus qu’un millier de magazines imprimés en France. Ce
n’est pas tant l’emploi des journalistes bénévoles qui œuvrent dans ces supports qui
intéressent les députés que la survie des dernières imprimeries dans leurs
circonscriptions. La loi Val a aussi favorisé l’éclosion de quelques fondations de défense
de la presse qui ont maintenu à flot les sites apparus à la fin des années 2000 comme
rue89 ou Mediapart dont les revenus riquiqui n’ont jamais suffi à payer les ambitieuses
rédactions.

Paradoxalement, les ancêtres payants sans web et sans pub (Le Canard enchaîné ,
Charlie-Hebdo) ont brillamment survécu. Et une poignée de groupes cartonnent encore
avec, à leur tête, le pôle BFM d’Alain Weil qui a imposé le modèle du journaliste
quadrimédia (papier, web, radio, TV). Grâce à sa une renouvelée en permanence sur ses
supports numériques dont le fameux PaperPhone d’Apple, Citizen Weil a rentabilisé ses
journalistes en réinventant l’économie d’échelle.

Des magazines en croco ?

Certes, les derniers groupes médias ne touchent qu’une cible restreinte encore
intéressée par l’info. Mais une cible qui a le pouvoir et l’argent. On paye donc encore cher
les emplacements publicitaires dans ces environnements. Et tant pis si 95 % du magot
publicitaire se retrouve dans les mouvances de la principale régie planétaire, Goosoft
dont les sites satellites n’emploient aucun journaliste…

Heureusement, quelques quasi-médias comme newzy.fr, éligibles aux exonérations
fiscales de la loi Val car 10 % de leur contenu est encore produit par des rédacteurs.
C’est après sa mise à la retraite anticipée que l’ancien directeur de la rédaction de cette
vieille marque, Éric Le Braz, a lancé Uniq, « le journal le plus cher du monde ». Avec sa
couverture en croco, son encre en or, ses pages en vélin et, accessoirement, ses sujets
exclusifs, ce trimestriel est vendu 10 000 euros à quelques über riches. Ses lecteurs
russes et chinois achètent un contenu à condition qu’ils se lovent dans un contenant
cher. À l’âge où l’immatériel ne vaut plus rien, l’objet garde une valeur…

Lire aussi l'édito :

Article

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Les journalistes perdent leurs plumes

RENDEZ-VOUS

"La dilution des propagateurs : quelle est la valeur de l'opinion dans un monde sans
journalistes", une agora organisée le 21 mai par Newzy, Syntec conseils RP et le Celsa
Université Paris-Sorbonne.

Contact : juline.benatar@groupement-syntec.org

À lire :
Le site des assises du journalisme, Journalisme.com

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Pourquoi notre métier va mal finir

L’extinction brutale d’une corporation qui fut un quatrième pouvoir est-elle
probable ? Elle est en tout cas possible… Il n’y a plus de modèle économique pour
les médias, la valeur d’un journaliste est aujourd’hui plus faible que celle d’une
femme de ménage (mais sans réduction fiscale) et son influence de plus en plus
diluée. Notre présent est tragique. Nous sommes les sidérurgistes de l’ère
numérique. Et voici pourquoi.

1- L’info : une matière première gratuite
« Les agences auront organisé leur propre suicide. À partir du moment où elles ont
vendu leur contenu à Google ou Yahoo, leurs dépêches sont partout en temps réel.
Combien de temps les médias continueront-ils d’acheter ce qui est gratuit sur Orange ?
Aujourd’hui tendanciellement, l’info ne vaut plus rien. » C’est Philippe Cohen qui le dit. Et
l’auteur polémiste sait de quoi il parle, il est aussi rédacteur en chef du site Marianne2 où
l’info est mise en scène pour se démarquer des robinets à dépêches. Si l’info ne vaut
plus rien, c’est parce que, comme la musique, c’est aujourd’hui un bien dématérialisé
donc reproductible. Dès lors, que valent les news et les quotidiens nationaux généralistes
? La « grande presse » est d’abord une vieille presse qui se nourrit d’un carburant dont
tout le monde dispose aujourd’hui.

« C’est la mort de la caste des brahmanes de l’info », analyse le consultant presse
Francis Lambert. Les scoops éditoriaux sont de plus en plus rares dans les médias car
c’est l’édition qui s’en charge, comme le racontent Philippe Cohen et Elisabeth Lévy dans
Notre métier a mal tourné (1). Il n’y a plus de quatrième pouvoir : « La contestation des
autorités et des pouvoirs met en cause votre métier. Toutes les autorités s’effondrent.
Mais la presse est la plus simple à prendre », analyse Stéphane Billiet (Hill & Knowlton
Paris), président du Syntec Conseil en relations publiques. Non seulement les agences
de presse proposent le produit directement du producteur au consommateur, mais elles
se nourrissent des millions d’yeux et d’oreilles munis de capteurs numériques à l’affût du
dernier dérapage du président.

2- Un métier pour les vieux
La tragédie programmée des journalistes, c’est la désaffection des jeunes pour l’info.
Internet est devenu le média de référence des digital natives. Mais l’info n’y a guère de
poids. Les moins de 35 ans y suivent la marche du monde en jetant un œil sur les titres
de Yahoo et basta. Et encore ! Une étude d’Harvard révèle que 60 % des ados ne font
pas attention aux actus (2). Mais le phénomène est mondial. Comme le note Éric
Scherer, directeur de l’analyse stratégique à l’AFP, dans un passionnant rapport (3) : «
Les jeunes générations préfèrent suivre la vie de leurs amis que d’entendre les dernières
explosions depuis Bagdad. » Les amis des digital natives deviennent leurs médias. C’est
le « solar system of me », un univers egocentré où seuls ceux qui gravitent émettent. «
Nous sommes passés d’un monde de l’information à un monde de la recommandation »,

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résume Scherer. Et qui va croire un journaliste, ce ripou notoire qui se marie avec des
ministres ?

3- La dilution des propagateurs
C’est la première des règles 80/20. Ce sont les internautes qui font l’opinion sur le web,
pas les journalistes. « On estime que 80 % du contenu du web sur les marques est créé
par les consommateurs », énonce Julien Guittard, community manager chez DDB
Nouveau Monde . Son job : représenter les marques à visage découvert sur des sites
comparatifs, des blogs, des forums, des plateformes d’échanges. Ce nouveau métier,
c’est un symptôme. La com’ qui vit des médias s’adapte à la nouvelle donne. L’attaché
de presse doit être là où s’exprime l’opinion. Or, un blogger à 2 000 visites/jours a plus
d’influence (et il est parfois un meilleur expert) qu’un rédacteur qui pond une page lue
300 ou 400 fois ! Il est surtout meilleur propagateur. Dans le top 50 des sites les plus
fréquentés de Médiamétrie, on ne trouve que huit sites médias (un seul dans les dix
premiers) mais Chauffeur de buzz, un blogueur, pointe déjà à la 25e place. Sa spécialité :
repérer des vidéos qui vont buzzer.

La masse du user generated content (le contenu fabriqué par les internautes) crée sa
richesse. C’est l’effet longue traîne : 1000 petits sites propagateurs d’infos à 1000
visiteurs uniques chacun valent dix fois plus que dix sites d’infos à un million de lecteurs.
Sur Dailymotion , les utilisateurs produisent 96 % des vidéos vues. Même si vous vous
appelez TF1, allez vous battre contre ça.

Certes, les optimistes du deuzéro affirment qu’on aura toujours besoin de journalistes
pour hiérarchiser l’info. À condition que le bon peuple ait envie qu’on hiérarchise à sa
place ! Ecoutons plutôt le consultant presse Francis Lambert : « J’ai vu, dans des focus
groups de lecteurs, naître une nouvelle génération capable de construire un
raisonnement en hypertexte. Sur le web, ils hiérarchisent leur info. Ils n’ont besoin ni de
journaux ni de journalistes pour cela. Aujourd’hui, les journalistes sont en compétition
avec leurs lecteurs ! » Avec ironie, le consultant médias Laurent Durgeat résume ce
paradoxe qu’on pourrait appeler « le lecteur m’a tuer » : « Vous avez bien alphabétisé les
gens qui n’ont plus besoin de vous pour cimenter leur pensée. » Nous voilà consolés !

Les tenants du néojournalisme expliquent malgré tout que tout cela n’est pas très grave
et que le métier va survivre car les journalistes collaboreront avec ces contributeurs
gratuits. Gratuits jusqu’à quand ? Sur un même site, les articles « sérieux »de journalistes
font souvent beaucoup moins de clics qu’un internaute déconneur ou une vidéo gratos de
Paris Hilton seins nus...

4- Le journalisme tête de gondole
Si encore Paris Hilton nourrissait le journaliste politique qui bosse à côté… Mais voici que
pointe une deuxième règle 80/20 : la publicité qui quitte la presse pour le web se porte à
seulement 20 % sur des sites d’information. « Les galopins de Google et autres Yahoo !

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se servent au passage », souligne Éric Scherer.

Non seulement l’information est produite par des amateurs, mais elle attire moins les
annonceurs.« Pour la première fois depuis l’apparition des mass media au XIXe siècle, la
publicité, source principale de revenus pour la presse imprimée, pourrait bientôt se
passer de l‘information pour véhiculer ses messages », écrivent Vincent Giret et Bernard
Poulet dans la revue Le Débat (2).

Les ventes ne prenant pas le relais de cette chute, on assiste aux premières fêlures chez
les enfants gâtés de la presse. Pour la première fois, ces derniers mois, les journalistes
du Point , de L’Express et de Prisma ont fait grève pour leurs salaires. Cette évaporation
des revenus pubs, c’est le nœud du drame des journalistes. Ils ignorent le plus souvent
ce qu’ils valent et bien peu connaissent les subtilités du CPM (coût pour 1000). Un
journaliste qui écrit une page pour un magazine papier vaut encore cher. Celle que vous
êtes en train de lire est imprimée à 250 000 exemplaires et vue par deux à trois fois plus
de lecteurs. Les commerciaux vendent les emplacements autour de ma prose à environ
100 euros les 1000 exemplaires, c’est le CPM (élevé) de Newzy qui correspond à son
lectorat de cadres sup. Sur le Net, je vaux déjà trois fois moins cher (j’ai un CPM de 30
euros). Et encore, toujours grâce à mon visitorat CSP+, je ne suis pas complètement
bradé. Sur les sites d’info continue, les CPM tournent autour de 5 euros… À ce tarif, on
peut nourrir un journaliste si sa page est vue 100 000 fois ! Mais pour faire un tel score
sur le Net, il a intérêt à filmer Paris Hilton sans string. « Les médias n’ont pas tenu leurs
tarifs en France et ont accepté des conditions qui ne peuvent pas faire vivre leurs
journalistes », explique Emmanuel Parody, publisher chez Cnet (4).

Pour être rentable, le « journaliste » doit mettre en forme, agréger ou modérer des
contenus gratuits. Sur aufeminin.com par exemple, on trouve 6 428 684 messages (27
février à 09h55) sur le forum « Attendre un bébé » ! Ce sont six millions de pages
produites gratuitement : Internet a inventé le consommateur-producteur gratuit et heureux
de l’être.

Bien sûr, il reste encore quelques « rédacteurs ». Mais à quoi servent-ils ? Des sites
d’informations comme Boursorama ou le Journal du net , ce sont d’abord des produits
d’appels pour vendre des services bancaires chez l’un ou des formations chez l’autre
(Benchmark Group). D’ailleurs, même s’ils font bien leur job, les journalistes de ces sites
n’ont pas de carte de presse. C’est ce que Vincent Giret et Bernard Poulet (2) appellent
le journalisme tête de gondole. D’essentiel, le journaliste devient accessoire…

Bien sûr il restera des niches. Et quelques vedettes sauront vivre de leur notoriété. «
Certains journalistes sont devenus des marques », souligne Philippe Cohen. Le pugnace
Jean-Michel Apathie et son accent pittoresque est le symbole de ces nouvelles stars
radiotéléblogueuses. Mais pour une vedette combien de galériens ? Les médias
s’inspirent du modèle social de l’édition. Des dizaines d’éditeurs se payent sur la bête…

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alors que seuls 200 auteurs dont à peine une douzaine de stars peuvent vivre de leur
plume en France !

Ce scénario catastrophe, est-il réversible ?

Bien sûr, affirment de nombreux acteurs du web, il y a un plan B. « Les bons journaux et
les bons journalistes survivront », tance Christophe Agnus qui dirige le pôle « digital »
chez Mondadori. On n’est pas obligé de le croire. Mais on doit l’écouter, lui et les tenants
d’une mutation heureuse.

(1) Notre métier a mal tourné, par Philippe Cohen et Élisabeth Lévy, 19 ?, Éditions Mille
et Une Nuits.
(2) La fin des journaux, par Vincent Giret et Bernard Poulet, n°148, janvier-février 2008,
de la revue Le Débat, 16,50 ?.
(3) New Media, New Journalism ?, étude de l’Observatoire mondial des médias de l’AFP.
à lire sur www.mediawatch.afp.com
(4) Voir son blog. http://ecosphere.wordpress.com/

À lire :
Le site des assises du journalisme
Journalisme.com

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Quelques (petites) raisons d’espérer (un peu)

Bien. Il restera des journalistes en 2020. La question est de savoir combien, pour
quel métier et dans quels « supports ». Pour cela, il faut observer les labos de R&D
des marques médias qui cherchent à réinventer de nouveaux modèles
économiques. « Nous sommes en train d’assister à la dégénérescence d’anciens
modèles industriels et à la naissance d’autres », résume Emmanuel Parody, du
groupe CNET Networks . Newzy fait partie de ces exploreurs avec un mensuel
papier gratuit dont la diffusion est ultra-ciblée, des magazines payants thématiques
et deux sites web, l’un où les journalistes côtoient les contributeurs (newzy.fr) et
l’autre plus axé sur les services (newzy executive ). Mais de vénérables institutions
sont aussi à la pointe dans ce domaine, comme l’AFP dont la vision mondiale
permet de tester
différents contenus et contenants sur tous les continents.

1- La qualité payera-t-elle toujours ?
La réponse est oui pour Christophe Agnus chez Mondadori. Le fondateur du mythique
magazine Transfert qui raconta la saga Internet des années 90 argumente : « Je n’ai
aucun souci pour les journalistes. Le monde est de plus en complexe et on a de plus en
plus besoin de gens pour le traduire. Les mauvais ne vont plus gagner leur vie ? Et alors
? Les bons vont survivre. Un site comme celui du Spiegel en Allemagne, qui emploie 90
journalistes confirmés, dégage 25 à 30 % de marge. » Signe des temps, son rédacteur
en chef, Mathias Müller von Blumencron, vient d’être appelé à la tête du journal papier.

La réponse est toujours oui pour Emmanuel Parody. L’homme qui dirige le pôle
Business-News du groupe CNET Networks France prend ses propres sites comme
exemple. « Nous n’avons jamais tenté de faire du clic avec Britney Spears sur ZDnet
car nous vendons une audience cohérente, un support crédible. Avec nous, les
annonceurs touchent les bonnes personnes. » Résultat : «Nous faisons partie des deux
ou trois rédactions qui ont un CPM beaucoup plus cher que les autres sur le Net. »

Mais le modèle économique de CNET, c’est aussi la mutualisation de contenus par des
rédactions situées en Australie, en Corée, à Taiwan et en Allemagne. Un modèle
économique valable sur un secteur comme les nouvelles technos.

Ailleurs, on cherche encore. Et l’achat récent de sites comme aufeminin par Springer ou
doctissimo par Lagardère sonne comme un aveu. Les groupes payent très cher des sites
où les journalistes ont une présence anecdotique.

La qualité n’est pas toujours une qualité dans le nouveau monde des médias. Alors, il
faut inventer d’autres modèles.

2- Les widgets sont-ils le futur de l’info ?

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On connaît les néo-journalistes des sites collaboratifs qui de mettent dans la peau d’un
G.O. pour trier et encourager les amateurs. En France, par exemple, obiwi , dans la
lignée du site coréen OhMyNews , se nourrit des contributions d’internautes mises en
musique par des pros. De leur côté, les journalistes de lepost.fr squeezzent la hiérarchie
traditionnelle de l’info - le dernier post écrit est le mieux placé - et pêchent sur le web
plutôt qu’en agence le contenu éditorial.

On connaît moins d’autres tentatives comme les widgets (contraction de window et de
gadget) de l’AFP. C’est Fuel, une filiale de l’agence basée à San Francisco qui conçoit
ces nouvelles applications. Deadline, un excellent quiz sur l’actu, permet par exemple de
jouer avec l’information dans l’un des environnements favoris des digital natives :
Facebook (voir l’interview de son éditeur ci-dessous).

Fuel a d’autres projets interactifs dans ces cartons. Et l’AFP a plus d’une filiale dans son
sac. Au Japon sur afpbb.com , un site créé en partenariat avec la Soft Bank, l’AFP ne
propose que des photos. Les sites 100 % visuels sont unes des pistes prometteuses
pour la presse ; ainsi www.tenbyten.org raconte l’info autrement en cent mots et cent
photos. En France, des projets encore plus spectaculaires sont en préparation.

3- Les mécènes vont-ils sauver les journalistes ?
Si l’économie condamne le journaliste, la société doit-elle le sauver ? Ils sont
quelques-uns à le penser : « Il y a un risque démocratique évident, explique Éric Scherer
de l’AFP. Et si le citoyen est aujourd’hui capable de collecter l’info, il doit aussi la financer
pour qu’elle survive. Il y a une réflexion à avoir sur les systèmes de fondation, de
mécénat voire de sponsoring à condition que les marques n’interviennent pas dans le
contenu éditorial. » Si aucune fondation LVMH ou Dassault pour la presse n’est à l’ordre
du jour, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’Arnault à La Tribune ou Dassault au
Figaro ont été pendant des années les mécènes (interventionnistes ?) de titres
structurellement déficitaires… Rothschild a certes été moins patient avec Libération.

Mais il serait plus clair de créer de véritables fondations à l’américaine comme la
fondation Knight ou la fondation Pew qui aident médias et journalistes. « Aux États-Unis,
les plus grands médias comme National Public Radio sont financés par les auditeurs et
les fondations », souligne Éric Scherer. En France, nous avons la redevance… et des
lecteurs souscripteurs pour lancer un site comme mediapart.

4- Les services vont-ils suppléer l’éditorial ?
Petites annonces, horoscopes, horaires des marées et des séances de cinéma… La
presse écrite a toujours su proposer des services à ses lecteurs. Mais qui propose la
même chose sur le Net ? Allociné, Explorimmo, Meetic… « Les journaux auraient dû
inventer Meetic ! Mais leurs sites web ont laissé les services aux sites spécialisés »,
commente Joël Ronez, intervenant au Mastère médias ESCP-EAP et nouveau
responsable du pôle web Arte France (5). « Le payant ne marche pas, le CPM non plus.

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Les journaux doivent proposer des services sur le Net. »

Il n’est peut-être pas trop tard. Tout le monde ne se fait pas doubler par les pure players.
Avec les téléchargements, 01net a su renouveler le 01 papier. En Allemagne, le site du
Bild ne se contente pas de mettre en ligne le making of des séances photos de ses
fameuses gretchen en une, c’est aussi un véritable hypermarché en ligne.

5- Et si le papier avait un avenir ?
La question est certes iconoclaste mais le papier pourrait avoir une valeur insoupçonnée.
20 minutes ou Newzy prouvent que, quand c’est le journal qui choisit le lecteur, son CPM
a plus d’attrait pour l’annonceur. Mais la presse a d’autres avantages. Que restera-t-il de
l’imprimé en 2020 ? D’abord des objets… Un beau livre est moins facilement
reproductible qu’un vulgaire article. Regardons ce qui se passe du côté de la musique et
de la vidéo, premier univers touché par la numérisation. Les éditeurs proposent
aujourd’hui des CD insérés dans des boîtes avec des cartes dédicacées, des goodies en
veux-tu en voilà. Bref, des objets palpables… donc vendables ! On propose une
expérience, un collector : et ça se paye. La presse est encore le seul secteur à échapper
à la folie des éditions limitées. Il y a des journaux sur le luxe… mais aucun journal
luxueux. « La presse écrite est devenue un média de luxe », a déclaré Alain Weil sur
l’atelier des médias de RFI (6). Poussons le raisonnement jusqu’au bout. Et si l’avenir
des journalistes était de se métamorphoser en artisans pour un public de plus en plus en
rare mais de plus en riche. Après tout les enlumineurs occis par Gutenberg ont fini par se
reconvertir en artistes…

(5) Voir son blog : http://blog.ronez.net et aussi les projections des étudiants du mastère
sur les médias en 2028 sur http://medias2028.cupoftea.fr/
(6) À écouter en podcast sur http://atelier.ning.com

"Nous voulons rendre les gens curieux"

Tony Kuttner est éditeur chez Fuel, la R&D de l’AFP à San Francisco.

Votre widget en anglais, Deadline, fait un tabac sur Facebook. Quelle est l'idée,
convertir les digital natives à l’info ?
Tony Kuttner : En partie, comme vous le dites, nous espérons amener les digital
natives à s'intéresser à l'actualité. Je crois que les jeux sont une excellente manière d'y

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parvenir. Il ne s'agit pas de les transformer en consommateurs passifs des news, mais
de les faire réagir à l'actualité et interagir

Qui sont vos fans ? Avez-vous essayé de faire leur portrait ?
T.K. : À notre grande surprise, un grand nombre d'entre eux vivent hors des États-Unis.
Nos 100 membres les plus actifs couvrent 26 nationalités ! Et tous les âges sont
représentés, des lycéens aux sexagénaires. Deadline a été accueilli à bras ouverts par
cette communauté hétéroclite. Très peu de commentaires nous ont reproché la
difficulté de nos quiz d'actualité, ou même d'être « américano-centrés ». L'un de nos
com' préférés, sur le forum de discussion de Deadline, a été écrit par un fan du Canada,
en février : « Quel site d'information me conseillez-vous pour améliorer mon score sur
Deadline ? Je lis Google News, Yahoo et les titres du New York Times et j'obtiens une
moyenne de 61 % aux quiz. Mais, trop souvent, je me sens complètement perdu sur des
sujets d’actualité importants. » C'est exactement ce que nous cherchons : rendre les
gens plus curieux et les amener à s'éduquer pour mieux comprendre l'actualité.

Vous avez d'autres projets ?
T.K. : Nous en avons beaucoup, notamment la possibilité d'offrir un espace de débat en
ligne. Récemment, nous avons lancé notre seconde application sur Facebook, Fuel
News. Elle est encore en version bêta, et très très loin d'être complète. Je ne peux pas
divulguer notre stratégie, mais vous pouvez suivre nos développements sur notre blog.
http://blog.fuelbyafp.com

À lire :
Le site des assises du journalisme
Journalisme.com

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