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Revue internationale de droit

comparé

Libres propos sur l’efficacité des systèmes de droit civil
Mme Blandine Mallet-Bricout

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Mallet-Bricout Blandine. Libres propos sur l’efficacité des systèmes de droit civil. In: Revue internationale de droit
comparé. Vol. 56 N°4,2004. pp. 865-888;

doi : 10.3406/ridc.2004.19312

http://www.persee.fr/doc/ridc_0035-3337_2004_num_56_4_19312

Document généré le 05/06/2016

Résumé
Le Bicentenaire du Code civil français offre l’occasion à l’ensemble de la communauté des juristes
de réfléchir, plus largement, sur l’avenir des systèmes de droit civil. Les débats sur la
mondialisation du droit se multiplient, la concurrence de la
common law s’avère forte au sein même des pays traditionnellement rattachés aux systèmes de
droit civil: certains s’en inquiètent, d’autres s’y résolvent... Dans ce contexte, peut-être faudrait-il
davantage promouvoir l’efficacité des systèmes de droit romano-germanique, en s’interrogeant sur
la notion même d’efficacité, qui ne se confond pas forcément avec une analyse économique du
droit, et en défendant le pluralisme des systèmes juridiques, gage de modernité: la concurrence
des droits permet l’émulation juridique et n’empêche pas une convergence raisonnée ou
spontanée des droits, dans certains domaines spécifiques. A cet égard, l’influence des systèmes
de droit civil passe aussi certainement par la construction d’instruments juridiques internationaux,
dans le respect des diverses traditions juridiques. Les systèmes de droit civil, en particulier le droit
français, sont performants; leurs qualités intrinsèques, leur rayonnement toujours actuel et leur
souci renouvelé de suivre les évolutions -notamment technologiques -les plus récentes, en sont la
preuve. Loin d’être moribonds, c’est d’un soutien positif dont ils ont besoin.

Abstract
efficiency which is not necessarily confused with an economic analysis of Law, and by defending
the pluralism of law systems, a token of modernity: the competition of Laws allows the juridical
rivalry and does not prevent from converging Laws rationally or spontaneously, in some specific
fields. About that, the influence of the civil law systems also certainly requires the construction of
international instruments with all due respect to varied legal traditions. The civil law systems, in
particular French one, are high performance; their intrinsic qualities, their still current influence and
their renewed concern for following the most recent advances •especially in technology •are
evidence of that. Far from dying, they do need a positive support.

more widely. en sont la preuve.D. gage de modernité : la concurrence des droits permet l’émulation juridique et n’empêche pas une convergence raisonnée ou spontanée des droits. sur l’avenir des systèmes de droit civil.notamment technologiques . c’est d’un soutien positif dont ils ont besoin. the efficiency of the romano- ∗ Article dont une version plus courte a été prononcée à Medellin. et en défendant le pluralisme des systèmes juridiques. the competition of the common law is turning out strong within the countries traditionally bound to the civil law systems : some worry about that. In this context. leur rayonnement toujours actuel et leur souci renouvelé de suivre les évolutions . 4-2004 LIBRES PROPOS SUR L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL∗ Blandine MALLET-BRICOUT** Le Bicentenaire du Code civil français offre l’occasion à l’ensemble de la communauté des juristes de réfléchir.C. l’influence des systèmes de droit civil passe aussi certainement par la construction d’instruments juridiques internationaux. Les débats sur la mondialisation du droit se multiplient. The debates about Law globalization are on the increase.. en particulier le droit français. Universidad EAFIT (Colombie) le 15 juin 2004. en s’interrogeant sur la notion même d’efficacité. lors du colloque international : El futuro del Codigo Civil. d’autres s’y résolvent . qui ne se confond pas forcément avec une analyse économique du droit. Les systèmes de droit civil. dans certains domaines spécifiques. Loin d’être moribonds.I.les plus récentes. ** Professeur agrégé des facultés de droit. The Bicentenary of the French civil Code gives the whole community of jurists. leurs qualités intrinsèques. organisé dans le cadre des manifestations du Bicentenaire du Code civil français. . peut-être faudrait-il davantage promouvoir l’efficacité des systèmes de droit romano-germanique. others accept it.R. Dans ce contexte. sont performants . plus largement. about the future of the civil law systems. Université Jean Moulin-Lyon III.. dans le respect des diverses traditions juridiques. A cet égard. la concurrence de la common law s’avère forte au sein même des pays traditionnellement rattachés aux systèmes de droit civil : certains s’en inquiètent. the opportunity of thinking.

their still current influence and their renewed concern for following the most recent advances – especially in technology – are evidence of that. JAUFFRET-SPINOSI. les diverses études sur le thème de « L’américanisation du droit ». Le Code civil 1804-2004. c’est-à-dire attachés à une tradition de droit écrit plutôt qu’à celle d’un droit fondé sur le precedent1. 43 et s. REIMANN « L’américanisation du droit européen par réception ». notamment. DAVID et C. n° 55 et s.). Le Monde du 14 fév. 2004. ce Bicentenaire est célébré dans un contexte de concurrence des droits de plus en plus fréquemment souligné par la doctrine et par les praticiens du droit. Dalloz-Litec 2004. « Le regard de l’historien ». et de façon incidente sur les atouts des systèmes dits « de droit civil » ou « romano-germaniques » par rapport aux systèmes fondés sur la common law.). AUDIT. A. Ce Bicentenaire offre ainsi l’occasion de réfléchir sur la codification. en particulier. Argentine . en particulier l’opinion pessimiste de E. in some specific fields. la contribution de X. en Afrique ou encore au Japon. alors même que le débat sur la réforme nécessaire du Code civil français est actuellement relancé. 2. FARNSWORTH « L’américanisation du droit - Mythes ou réalité ». outre l’« Introduction » de B. les contributions de M. nombreuses sont les manifestations qui ont pour but de rappeler les origines de notre Code. A l’heure des célébrations du Bicentenaire du Code civil français. mais aussi en Amérique Latine (Brésil.. Dalloz 2001. certains s’inquiétant de l’influence grandissante de la common law dans les droits d’États pourtant originellement rattachés aux systèmes de droit civil. BLANC-JOUVAN. HALPERIN. Italie. a token of modernity : the competition of Laws allows the juridical rivalry and does not prevent from converging Laws rationally or spontaneously. by wondering about the very notion of efficiency which is not necessarily confused with an economic analysis of Law. « L’influence du Code civil sur les codifications étrangères récentes ». plus nuancées. ses avantages et ses inconvénients. their intrinsic qualities. son rayonnement mondial et d’insister sur sa pérennité. 45. « Le droit. p.866 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 germanic systems might be more furthered. 3 V. P. t. R. Dalloz-Litec 2004. 477 et s. LEGRAND. they do need a positive support.. Far from dying. in particular French one. not. in Le Code civil 1804-2004. V. En effet. Livre du Bicentenaire.. are high performance . Les grands systèmes de droit contemporain. p. spéc. Dalloz 2002. « L’hypothèse de la conquête des continents par le droit américain ». . figure fondatrice des systèmes de droit civil et outil de modernisation économique3. Belgique . and by defending the pluralism of law systems. il est intéressant 1 V. également. Mais si l’on souhaite avoir une approche résolument tournée vers l’avenir plutôt que vers le passé. J-L. vecteur de la puissance américaine ». Le Code civil français fut indéniablement un modèle juridique pour de nombreux pays2. Colombie. 2 Notamment en Europe (Espagne. aux Archives de philosophie du droit.. The civil law systems. Pays-Bas. VEIL (avocats). Livre du Bicentenaire. the influence of the civil law systems also certainly requires the construction of international instruments with all due respect to varied legal traditions. V. 11ème éd. About that. ROSENFELD et J. 1. .

. A. 2001. FARNSWORTH. les systèmes de droit civil à l’état pur concernent 24 % de la population mondiale. la common law n’est pas l’unique système juridique concurrent des systèmes de droit romano-germaniques. 1. 21 et s. « Influence internationale du droit français ». p. de lire un récent article de J. p. L’assise historique des systèmes de droit civil a vécu . contre seulement 6. par exemple. Il suffit. aux systèmes de droit romano-germaniques. La documentation française. p. HUSA. tels qu’une bonne diffusion de ses institutions par les grands cabinets anglo-saxons présents partout dans le monde.5 % de la population soumise à un système de pure common law. 21 et s. C’est pourquoi l’analyse de l’efficacité des systèmes juridiques devient une priorité à l’heure actuelle : si la common law tend à investir de plus en plus certains pans entiers du droit des pays originellement rattachés au système romano-germanique. ou encore l’existence d’une puissance économique remarquable des États-Unis qui constitue certainement le support de leur puissance juridique6 ? On ne peut en effet que constater une corrélation évidente entre l’influence économique 4 Bien évidemment. que les acteurs du droit le plébiscitent. . not.).. philo. mais encore faut-il que celui-ci reste légitime. est-ce parce-qu’elle constitue un système juridique plus efficace. 2001. extrinsèques. pour prendre la mesure de la diversité des systèmes juridiques dans le monde et de la difficulté de leur classement rationnel.. 6 Sur les facteurs d’influence de la common law américaine. ou sera réservé. elle ne résistera aux influences croissantes de la common law que si elle est accompagnée d’une efficacité juridique reconnue. Arch. RIDC 2004. dt. 45. L’enjeu est important. 11. qui s’est développé avec la forte croissance des échanges commerciaux internationaux et l’évolution très rapide des systèmes de communication. Is it time for a memorial hymn ? ». T. v. à l’heure où le débat sur la « mondialisation du droit » tend aussi à relancer l’idée d’un jus commune . les réglementations fondées au moins en partie sur le droit romano-germanique concernant 60 % de la population mondiale5. plus performant que les systèmes de droit civil - notamment dans le monde des affaires . Or. Il en va de la survie d’un pluralisme juridique au niveau mondial. art. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 867 de se demander quel avenir peut être espéré. dans cet environnement juridique concurrentiel relativement récent. cit. il n’est plus possible de « penser » notre Code civil. de la même manière qu’il y a un siècle ou même quelques décennies. qui rende les systèmes de droit civil effectivement compétitifs par rapport à l’autre grand système juridique que représente la common law4. B.ou bien en raison d’autres facteurs. Mais il faut admettre que la common law et les systèmes de droit romano- germaniques constituent les cultures juridiques « dominantes » dans le sens qu’elles inspirent de nombreuses législations sur tous les continents. qui pourrait bien s’avérer être plus proche de la common law que du droit civil. 5 D’après une étude réalisée par l’Université d’Ottawa (reprise in Etude du Conseil d’Etat. « Classification of legal families today. et les sytèmes de droit civil en général.

qui consiste à souligner les avantages de la codification. Une attitude défensive.868 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 croissante des EU depuis quelques décennies et le rayonnement de la common law au-delà de ses frontières originelles. qui permettra de montrer que les systèmes de droit civil restent compétitifs dans bien des domaines juridiques.org . Dans ce but. 4. Les systèmes de droit civil sont-ils encore adaptés au monde juridique moderne ? 7 Rapport accessible sur le site de la Banque Mondiale : www. I. la question des objectifs à atteindre ne doit pas être éludée : maintenir un pluralisme juridique ? tendre à l’unification du droit au niveau mondial ou régional ? Il s’agit là de questions fondamentales et d’actualité sur lesquelles il semble utile de débattre ici. dans les relations internationales aussi bien qu’internes. face au phénomène de la mondialisation. afin d’en déduire que de tels systèmes juridiques ne sauraient disparaître dans l’indifférence générale. toujours dans la perspective de l’efficacité des systèmes. Poser la question de l’efficacité d’un système juridique semble renvoyer immédiatement à une analyse économique du droit. Enfin. ces fondements permettent pourtant de préciser les critères de l’efficacité juridique d’un système et d’expliquer nombre de règles juridiques en vigueur dans un État. y compris dans le domaine du droit des affaires et ce. le poids historique des systèmes de droit civil. défendue notamment par un récent rapport de la Banque Mondiale. 3. ne peut désormais suffire pour maintenir le rayonnement des systèmes de droit civil dans le monde. LE BILAN 5. aussi adaptables aux évolutions que la common law pense l’être également. fait abstraction des fondements culturels des systèmes juridiques. Il faudra souligner. un bilan semble en premier lieu nécessaire. ensuite. qui consiste à démontrer à l’aide d’exemples concrets que les systèmes de droit civil peuvent être tout aussi performants que ceux fondés sur la common law. que les systèmes de droit civil ne s’endorment pas sur leur rayonnement passé mais sont au contraire en perpétuel mouvement. qui se révèle très critique à l’égard des systèmes de droit civil et notamment à l’égard du droit français. Understanding regulation »7. Une réflexion positive est certainement préférable. « Doing Business in 2004. Or.worldbank. Mais cette analyse.

L’exemple du Brésil est significatif. tant au regard du rayonnement actuel des systèmes de droit civil que de leurs qualités intrinsèques. il suffit d’observer dans quelle mesure des États nouvellement créés ou bien des États désirant refondre leur système juridique choisissent de retenir plutôt la civil law que la common law. qui a lui aussi refondu son Code civil en 1994. ou encore mexicain. italien. spéc. art.Quel rayonnement ? 6. celui du Québec. X. à plusieurs droits étrangers tels que les droits allemand. sous une perspective anglo- saxonne ». Ce grand pays d’Amérique Latine a refondu sa législation en 2002 en créant un Nouveau Code civil. 9 V. qui unifie droit civil et droit commercial et qui trouve son inspiration essentiellement dans le Codice civile italien. Autre exemple. Or c’est bien là un premier signe d’efficacité car même si l’on ne peut nier l’attachement historique de certains pays à la tradition juridique civiliste. D’un point de vue « macro-juridique ». il n’en reste pas moins que le droit est également perçu par les codificateurs contemporains comme une expérience. B. Le Code civil. l’influence du droit romano- germanique reste remarquable dans bien des régions du monde. Il faut bien se rendre à l’évidence. BLANC-JOUVAN. la common law gagne du terrain comme cela est souvent relevé8. à la fois réaliste et positive. Dalloz 2004.CVIM) et communautaires (directive du 25 juillet 1985 sur la responsabilité du fait des produits défectueux). 863 et s. Ce Nouveau Code n’a pas hésité à prendre parti sur des débats modernes tels que la question de la commutativité dans le contrat. au contraire. 7. un tel choix à l’heure actuelle sur le « marché » concurrentiel des systèmes juridiques. v. WALD. que les systèmes de droit civil ne font pas l’objet d’un rejet dans l’ordre juridique mondial. Si l’on veut s’assurer du rayonnement du droit civil romano-germanique. provocante. cit. A. en parallèle. et même à la common law en dépit du 8 Pour un bilan nuancé de l’influence du Code civil français sur les codifications étrangères récentes. consacrant le solidarisme contractuel alors même que la question est encore débattue en France9. effectué dans une perspective de performance. p. A. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 869 La question. . « L’influence du Code civil en Amérique Latine ». in 1804-2004. même si. . Université Panthéon-Assas Paris II. est avant tout un choix raisonné. mérite sans aucun doute une réponse positive. L’auteur souligne néanmoins que « bien que la réforme et la modernisation du droit brésilien aient été associées à la codification (de tradition romano-germanique). restant fidèle à la codification tout en élargissant ses sources d’inspiration à certains textes internationaux (Convention de Vienne sur la vente internationale de marchandises du 11 avril 1980 .

p. l’exigence générale de bonne foi. CABRILLAC. Juris-classseur. éd. le rayonnement des systèmes de droit civil ne s’arrête pas aux législations internes . in L’avenir du droit. sous réserve toutefois de certaines nuances soulignées en doctrine . une réelle attractivité. GOLDSTEIN. B. ne sont pas non plus indifférents aux systèmes de droit civil . LGDJ 1990 .. les règles concernant la rencontre de l’offre et de l’acceptation. p. notamment dans les relations contractuelles. La vente internationale de marchandises. qu’il s’agisse de la législation ou de la jurisprudence. mais aussi et surtout sur les avantages objectifs de la codification et de nombreuses règles de fond retenues par les systèmes de droit civil. « La vente internationale de marchandises ». 4011. v. 267. VOGEL (dir.). Mélanges F. 2. I. v. LARROUMET. « Les contrats du commerce international. in Traité des contrats. la CVIM. fondée non plus seulement sur l’attachement culturel que peuvent éprouver certains États à l’égard des systèmes de droit civil12. 11 V. R. Economica 1998.). . RIDC 1998. il s’étend à certains textes internationaux d’origine conventionnelle13 ou savante14. p. LGDJ 2000. reste très importante. 1993. 14 Notamment les Principes d’Unidroit relatifs aux contrats du commerce international. la théorie classique des vices du consentement. qui consacrent la distinction française entre obligation de moyens et obligation de résultat. la République tchèque). Dalloz-PUF. en particulier les pays de l’Est. L’influence directe du droit français. Elle exerce toujours. 463. 13 Par ex.870 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 rejet historique de ce système juridique par le Québec. not. 1999. AUDIT.789 et s. « Le monde des codes civils ». CABRILLAC. v. également G. nombre d’entre eux n’hésitent pas à retenir la codification comme support de leur nouvelle législation (par exemple la Lituanie. JCP 1997. preuve que notre système juridique reste concurrentiel dans une telle oeuvre de recodification effectuée par études comparées et emprunts variés10. Dans les relations internationales. « La valeur des principes Principes d’Unidroit relatifs aux contrats du commerce international ». 164 et s. 8. FAUVARQUE-COSSON. les règles françaises d’interprétation des contrats. chr. C. qui souligne la dimension mythique du Code . dans lesquels il est aisé de retrouver l’influence directe du droit français en particulier. L.. 12 Sur cette question. VAREILLES-SOMMIERES (dir. GHESTIN (dir. D’un point de vue « micro-juridique » également. D’ailleurs. B.). in 1804-2004 Le Code civil. v. qui considère quant à lui que le choix d’un système juridique se fait souvent sur le fondement d’une alliance politique ou d’un sentiment de loyauté. P. Il est donc certain que la codification n’est pas morte. il faut rappeler que la mise en oeuvre des règles du droit 10 Sur le Code civil québecois. « Le nouveau Code civil du Québec ». « Le symbolisme des Codes ». HEUZE. le rayonnement des systèmes de droit civil doit être souligné. 211 et s. en droit positif. p. Université Panthéon-Assas Paris II. D. une approche nouvelle : les principes d’Unidroit relatifs aux contrats du commerce international ». estimant que celle-ci constitue un élément de stabilité et de sécurité juridique propre à attirer les investisseurs étrangers11. R. in Le droit privé européen. J. « L’expérience canadienne ». Les pays dits « émergents ». Dalloz 2004. V. Terré.

MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 871 international privé aboutit forcément à l’application d’une loi étatique15. Les services juridiques dans les relations économiques euro-arabes. 1994. entre autres). dans les relations avec les clients américains17. in L’entreprise et les défis du droit à l’heure de la mondialisation. La Convention de Rome n’exige l’existence d’aucun lien quelconque entre l’opération contractuelle et le loi désignée par les parties . Il est vrai qu’en raison du poids des États-Unis dans l’économie mondiale. 15 La Convention de Rome du 19 juin 1980 sur la loi applicable au contrat (et déjà la jurisprudence française antérieurement) est hostile au contrat sans loi : si les parties n’ont pas désigné de loi applicable au contrat. d’autant plus que les contrats-standards proposés par les grandes sociétés américaines prévoient toujours des annexes permettant d’adapter les règles- types proposées au droit local du partenaire contractuel18. 16 Cette liberté est totale. par exemple. Cet exemple montre que les rapports de force en matière contractuelle n’aboutissent donc pas forcément à la suprématie de la common law. RTDCom. mondialisation. Une observation similaire peut être faite concernant le choix de la juridiction compétente en cas de litige. 18 V. de défendre les systèmes de droit civil lorsque cela leur semble bénéfique19. 1997. enjeu de pouvoir entre les parties et de compétition entre systèmes juridiques (l’exemple du Loan Market Association) ». le juge doit rechercher la loi du pays qui présente les liens les plus étroits avec le contrat. DELAUNAY. B. l’intéressant débat mené aux Troisièmes Journées d’études de l’AFJE (Assoc. 2003. 17 L’application de la common law anglaise est quant à elle préconisée dans les relations contractuelles avec les clients ressortissants d’une trentaine d’Etats. . cultures. les acteurs américains ont largement l’initiative de la rédaction des contrats commerciaux internationaux et qu’ils favorisent ainsi la diffusion de la common law. Vietnam. 19 Pour une approche très pratique de l’influence de la common law dans les contrats. éd. Liban. M. et fréquemment à l’application d’ordres juridiques d’origine civiliste. française des juristes d’entreprise) : « L’influence anglo-saxonne dans les contrats ». p. bien évidemment. Chine) outre. dans le rapport de force engagé. FAVERO. 51 et s. in Services. le choix exercé par les parties est censé constituer l’expression de leur intérêt commun. « La standardisation contractuelle. Laos. égal. 429. p. v. de parcourir le contrat- type proposé par une société américaine leader dans le domaine informatique pour constater que le choix du droit français est préconisé pour tous les contrats conclus avec des clients ressortissants de 35 États en tout (Maghreb. Afrique Noire. sur ce sujet les intéressantes observations de J-C. De Boeck Univ. 53. V. mais il appartient à leurs partenaires contractuels. Les parties au contrat peuvent en effet choisir librement la loi applicable au contrat16 et on constate qu’en pratique. alors que le choix du droit américain (en l’occurrence le droit de l’État de New York) n’est préconisé que dans les hypothèses de relations contractuelles avec certains clients asiatiques (4 États seulement : Cambodge. la soi-disante suprématie de la common law ne se vérifie pas : il suffit.

préface G. mais aussi en Autriche ou encore en Allemagne (v. 23 B. dr. 17. préface G.).) et qui souligne que « la Cour de cassation doit parvenir à une analyse économique pertinente » (Les Echos. op. 1er mars 2004) . Paris. p. Little Brown § Co. d’un « grave déficit dans l’approche économique du droit » ( in B. M. 57 et s. in L’analyse économique du droit dans les pays de droit civil. « comme un outil qui doit être mobilisé au service d’objectifs définis en termes économiques »23. préface G. 2002. Economic Analysis of Law. art. CNRS Editions. MACKAAY à la suite de son article « L’analyse économique du droit dans les systèmes civilistes ». Cette analyse a pour objet l’observation de la règle de droit à travers le prisme de l’économie22. 1 et s. Boston. CANIVET. les récents propos du Premier président de la Cour de cassation. C’est du moins l’analyse privilégiée en common law depuis quelques décennies21. « mesurée à l’aune de ses performances économiques »24.). 21 L’un des ouvrages juridiques fondateurs sur ce thème est celui de R. OPPETIT.. B. 43 et s. spéc. p. conquiert d’importantes positions au sein des organisations économiques internationales et supranationales25. FRYDMAN. 24.cit. l’intéressante bibliographie proposée par E. APDt 1992. Elle perd son autonomie et acquiert une dimension utilitariste : la finalité de ce type d’analyse est en effet d’orienter l’élaboration et l’interprétation de la règle de droit vers une efficacité optimale. . qui déplore l’existence. Il n’est donc pas surprenant que celle-ci 20 Il s’agit là d’un anglicisme utilisé couramment. Cujas. 22 Expression reprise de B. art. CHEVILLIER-GENDREAU et Y. G.. PUF 2001.). B. Le droit dans l’action économique. aussi bien en ce qui concerne leurs atouts généraux qu’en ce qui concerne nombre de règles de fond dont ils sont les promoteurs. DEFFAINS (dir. Le débat a beaucoup évolué depuis. B. p. M. d’origine anglo-saxonne. FRYDMAN. t. DEFFAINS (dir. « La règle juridique observée par le prisme de l’économiste. Une prise de conscience de l’importance de cette analyse. Évoquer l’efficacité ou l’efficience20 d’un système juridique présuppose de préciser quels sont les critères retenus pour mesurer cette efficacité. l’analyse de l’efficacité d’un système juridique renvoie à une analyse économique du droit. écon.). La norme juridique est donc envisagée de manière instrumentale. en France.Quelle efficacité ? 9. MOULIER-BOUTANG (dir. précit. p. KIRAT et E. leur efficacité doit être reconnue et affirmée. Sur ce thème. « Droit et économie ». CANIVET.. 1986. SERVERIN (dir. . 60. notamment au sein de la Cour de cassation et dans la doctrine semble toutefois se révéler depuis peu: v. 2000 .. Frydman observe que cette analyse. MACKAAY. diverses « écoles » se développant aux Etats-Unis. GOUBEAUX. DEFFAINS (dir. ibid. internat. aussi E. p. égal.. « Les nouveaux rapports entre droit et économie : trois hypothèses concurrentes ». 1972.). 59 . in Le droit dans la mondialisation. FRYDMAN. Rev. CANIVET. V. Une histoire stylisée du mouvement de l’analyse économique du droit ». égal. les systèmes de droit civil présentent des avantages réels . l’analyse économique du droit n’intéresse que peu les juristes français. T. p. B. Bien souvent. ouvrage collectif B. « Il était une . OPPETIT.cit.872 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 Or justement.cit. dans le même sens. 37. POSNER. v. 24 B. 25 Très développée aux Etats-Unis depuis les années 1960. L’analyse économique du droit dans les pays de droit civil. p.

Les auteurs du rapport défendent l’idée que l’Etat peut jouer un rôle positif dans le développement économique. 2004. M. le coût de la Justice. 28 S. F. Ces conclusions et les critiques à l’égard des systèmes de droit civil qui émaillent tout le rapport. spéc. GARAPON. Le législateur français tend également à s’intéresser à ce type d’analyse (v.. MARINI. RTDCiv. KOBLER. Etudes du Centre de Développement de l’OCDE. Le dernier chapitre du rapport tend à distinguer les pays dotés d’un système juridique civiliste des pays de common law. pour un ex. « L’efficience institutionnelle et ses déterminants. n° 14 . Le rôle des facteurs politiques dans la croissance économique ». 2004.. B. 22 et s. RRJ. sont-elles justifiées ? Il serait trop long de répondre point par point à chaque critique effectuée à l’encontre du droit français en particulier. « une contribution à l’élimination du dogmatisme » .. 27 A. L’analyse économique du droit : impérialisme disciplinaire ou collaboration scientifique (colloque). qui retrace l’évolution de cette analyse aux Etats-Unis. Le rapport met ainsi en lumière l’efficacité des pouvoirs publics (« l’efficience institutionnelle »). fois . et aucun magistrat ou professeur de droit n’ayant été entendu26. les premiers ayant les plus mauvais résultats dans cette étude. OPPETIT. . MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 873 ait été adoptée par le rapport de la Banque Mondiale. ainsi que des représentants de la Banque de France mais celle-ci a manifesté depuis son total désaccord avec les conclusions tirées par le rapport Doing Business dans le chapitre 5 « Getting credit ». qui a pour objet une étude comparée des droits d’une centaine d’États. Un récent rapport de l’OCDE28. 239 et s. 2. les facilités offertes pour obtenir un crédit. Mais on peut tout d’abord souligner. Sont ainsi comparées les performances de chaque État en ce qui concerne. « L’impôt de solidarité sur la fortune : éléments d’analyse économique pour une réforme de la fiscalité patrimoniale ». v. 30 avril 2004. que les références utilisées par la Banque mondiale pour réaliser ce rapport sont lacunaires. 26 Alors que plusieurs avocats de cabinets anglo-saxons l’ont été. Ph. Dès l’introduction. BODMER. aucune étude rédigée par un juriste français ne figurant dans la bibliographie. BORNER. relève la « conception purement instrumentale » du droit résultant de celle-ci et souligne qu’il ne faut pas attendre de l’analyse économique du droit davantage qu’une « aide technique ».. xvi) . pour une position plus critique. janv. Doing Business in 2004 : understanding regulation. art. La doctrine souligne d’ores et déjà que ce document n’est pas très crédible scientifiquement. p. entretien accordé aux Petites Affiches. tend d’ailleurs à aboutir à des conclusions différentes. le rapport défend d’ailleurs l’idée qu’un modèle unique de réglementation pourrait convenir à tous les pays (« One size fits all ». p. de manière générale. sous l’angle de leur « efficacité ». le droit du travail.. n° 87.. juin 2004). Rapport d’information n° 351. cit.... Le but de ce rapport est d’établir des corrélations entre la qualité des règles juridiques applicables dans un État et sa prospérité économique. notamment. un Etat fort et engagé pouvant être facteur de croissance économique et de stabilité. en contrepoint de la logique purement marchande largement défendue par le rapport Doing Business in 2004. que les données qu’il utilise n’ont pas été recueillies de manière fiable27. la Doctrine ». la durée nécessaire pour créer une société. 10. p. 1987. commission des finances du Sénat. égal. B. utilisant certaines sources identiques à celles exploitées par le rapport Doing Business.

de remarquer que le rapport Doing Business. sont totalement incompétents pour juger des litiges complexes de droit des affaires. non juristes.constit.et évolutif lorsque cela est nécessaire30.874 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 11. qui n’hésite pas à devenir source du droit lorsqu’il estime qu’une lacune doit être comblée ou que l’interprétation littérale d’un texte doit être écartée au profit d’une interprétation plus audacieuse.donc favorisant la prévisibilité .tout comme le coût de la rédaction et de la négociation des contrats. compétent en matière civile et commerciale. qui essuie la critique fondamentale que ses membres. que le contenu du code est alors envisagé comme modeste et provisoire. 31 Il est significatif. art. donc . aux Etats-Unis ou au Canada par exemple. Bolivie) n’hésitent pas à réformer leur code dès qu’ils le jugent nécessaire. 32 On sait. deux objectifs désormais à valeur constitutionnelle (décision du C. les contrats civilistes étant beaucoup plus courts que les contrats anglo-saxons car ils renvoient pour une large part à des règles générales codifiées. à cet égard. cit. GOLDSTEIN. Elle n’est pas moins adaptable que la common law. elle rend ainsi les hommes d’affaires moins dépendants de leurs conseils juridiques puisqu’ils peuvent en principe accéder à la règle de droit sans difficulté29. ce qui participerait selon les auterus de la modernité des codes plutôt que de se rattacher à une soi-disante « crise des codes ». Au contraire.. que la jurisprudence a un rôle primordial dans la common law.si l’on choisit de comparer ces deux systèmes31 . il faut se garder des clichés classiques concernant la common law car on observe à l’heure actuelle un tel métissage des systèmes juridiques qu’il peut paraître parfois artificiel d’en extraire certaines particularités dans le but de les critiquer32. le droit anglais connaît de plus en plus de statutes. 1999). largement incontestés : la civil law est sans aucun doute plus accessible. à cet égard. précit. En outre. Mais le rôle de la jurisprudence dans la civil law est loin d’être négligeable . par l’effet conjugué des évolutions législatives et de l’action du juge.). n° 99-421 du 16 déc. réciproquement. ce qui a pour effet l’impossibilité pour les hommes d’affaires de mettre en oeuvre une stratégie d’ensemble qui serait valable pour tous les états . les récents efforts du législateur français pour favoriser l’intelligibilité et l’accessibilité de la loi. dans son étude comparative du coût des procédures. « Le monde des codes civils ». 29 Il faut souligner. 30 L’étude menée sous la direction de L. non seulement le droit applicable n’est pas accessible facilement pour un non-initié mais en plus la jurisprudence d’un état ou d’une province ne peut en principe servir de precedent à celle des autres. souligne que certains Etats (Pérou. Ceci dit.. Les systèmes de droit civil semblent donc réussir à instaurer un ordre juridique à la fois stable . par exemple. Il n’est pas non plus utile d’insister sur le jury populaire anglo-saxon. le coût de la Justice est de manière générale bien moins élevé en France qu’aux États-Unis . renforcées par le temps ainsi que par la règle du binding precedent.. matériellement (codification) et intellectuellement (langage clair) que la common law . VOGEL. il est possible de recenser un certain nombre d’atouts généraux des systèmes de droit civil.(en ce sens. système fondé sur des règles pragmatiques établies lorsqu’un litige se présente. En tout état de cause. G.ou provinces . n’intègre pas les frais d’honoraires des conseils juridiques .

cit. il faut mettre en avant notre théorie générale des obligations qui permet. Dernier exemple. 2002.. tels que le contrat d’assurance. 22 juil. Dans le domaine du droit des affaires. p. et par la jurisprudence) est remarquable. créateurs d’entreprise.. stipulation pour autrui . de bonne foi. méfie-toi ») est la règle de principe sauf exceptions33. répondant à des objectifs précis. d’imaginer des montages juridiques efficaces. la maxime « caveat emptor » (ou « buyer beware » : « acheteur. dite « cession Dailly » est souvent citée par les praticiens comme l’exemple d’une institution rapide et sûre permettant aux professionnels d’obtenir du crédit en cédant leurs créances grâce à un simple bordereau remis au cessionnaire. LEGENDRE. P. Le droit public des contrats est en général loué par les praticiens pour son efficacité et son équilibre. On peut souligner à ce sujet la de règlementations législatives similaires à celles des systèmes romano-germaniques. Sur le métissage des systèmes juridiques. J. La diversité et la précision du droit spécial des contrats est également rassurante pour les partenaires contractuels. qui insiste sur le fait qu’il n’existe plus de système « pur » et que le phénomène de la mondialisation participe largement à cette évolution . qui peuvent assez aisément retenir la qualification adéquate et bénéficier du régime juridique fixé qui en découle. L’obligation pré-contractuelle d’information : comparaison franco-anglaise. plus précis. 13. précit. 845 et s. v. v. qui est satisfaisante comme on l’a vu. à l’aide de multiples institutions (délégation. on peut aussi mettre en avant des aspects performants de notre système civiliste : la cession de créances professionnelles. d’autant plus que le mécanisme du recours administratif est peu onéreux et constitue un réel instrument de protection du justiciable.. GORÉ.). cession de créance. p. . Entretien accordé au journal Le Point. « L’influence du Code civil en Amérique du Nord ». 27 et s. . 33 Exception notamment dans l’hypothèse des contrats uberrimae fidei. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 875 12. DEA Droit comparé 1999-2000 (Univ.. lorsqu’ils souhaitent créer une relation contractuelle définie. Panthéon-Assas Paris II). B. sur un plan technique et pratique. 62 et s. qui relève les origines communes des deux grands systèmes . 1804-2004 Le Code civil. M. HUSA. art. l’inexécution de cette obligation étant sanctionnée pénalement ou par la nullité du contrat selon les hypothèses. alors qu’en common law. le développement de l’obligation d’information en droit français (par le législateur. C. on peut relever de nombreux atouts spécifiques des systèmes de droit civil. français ou étrangers). pour qui le droit européen est un « Méga Mix ». Pour une comparaison des droits anglais et français sur cette question.. droit hybride manifestant le rapprochement significatif de la common law et du droit romano-germanique. not. Si l’on prend pour exemple le droit français. p. au travers de nombreuses lois spéciales. Mais au-delà de ces aspects généraux. et si l’on s’en tient à quelques domaines fondamentaux susceptibles d’intéresser en particulier les acteurs de l’économie (investisseurs. on peut souligner en premier lieu que notre droit des obligations est dans une large mesure performant : outre le forme des contrats.. égal. MARSAUX. partenaires contractuels.

La sécurité juridique. peut être considérée comme un avantage significatif. accessible en langues française et anglaise. comme la soi-disante obligation de rédiger les statuts sous forme authentique. 34 V. Place financière de Paris. On peut insister également sur la modernisation de la place financière de Paris depuis 1985. cadre juridique et réglementaire. d’autant plus que les autorités du marché (COB et CMF) actualisent régulièrement la réglementation. pour un coût total de 305. Certaines contre-vérités figurant dans le rapport initial méritent en outre d’être dénoncées. ou l’obligation systématique de fournir un capital social minimum (alors que celle-ci a été supprimée pour les SARL par la loi n° 2003-721 du 1er août 2003 pour l’initiative économique). Le principe de la liberté contractuelle. 35 V. En ce qui concerne. ce qui démontre la capacité de réactivité de la civil law. v. aussi la récente ordonnance n° 2004-604 du 24 juin 2004 réformant le régime des valeurs mobilières émises par les sociétés commerciales. le rapport Doing Business tel qu’il figure actuellement sur internet a été modifié par rapport au document originel critiqué. ..876 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 remarquable intervention de la jurisprudence qui a permis de résoudre certaines difficultés pratiques qui n’avaient pas été envisagées par le législateur dans la loi du 2 janvier 1981. et adapté au particularisme du droit financier36. titres de créance négociables. l’hypothèse de conflits entre le cessionnaire « Dailly » et un autre créancier de la même créance).. ce qui n’a pas manqué d’attirer les investisseurs étrangers. en droit des sociétés. la création d’entreprise. y compris dans des hypothèses délicates (en l’occurrence. 37 A la suite de réactions françaises. découlant de notre tradition de droit écrit. le fascicule EUROPLACE.)35. 36 Sur tous ces aspects. Une étude de la CCIP (Chambre de Commerce Internationale de Paris) estime qu’il faut suivre 6 à 7 étapes procédurales sur une durée de 4 à 25 jours pour créer une société à responsabilité limitée (contre 53 jours annoncés par le rapport originel Doing Business. primordiale en droit financier. 2002. 35 % de la capitalisation boursière française étant aujourd’hui détenue par des actionnaires étrangers34. obligations complexes. encadré seulement par quelques grandes règles de principe issues du droit des sociétés ou du droit des contrats. 30 oct. Le Code monétaire et financier constitue un cadre sûr pour les opérations sur titres. permet une diversification remarquable des instruments financiers (valeurs mobilières composées. étapes pouvant être effectuées sur une durée de 8 jours. Il considère à présent que 7 étapes procédurales sont nécessaires pour créer une entreprise. pour effectuer 10 démarches procédurales) et que le coût de cette création d’entreprise est de 211 à 250 euros (contre 662 dollars estimés par le rapport initial Doing Business)37. précit. il faut souligner que la procédure française en ce domaine est plus rapide et moins onéreuse que ne l’affirmait le rapport initial Doing Business in 2004. 80 dollars. le fascicule établi par le groupe EUROPLACE.

ils font preuve au contraire d’une belle capacité d’évolution aux niveaux interne et international. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 877 14. 15. On observe à l’heure actuelle une tendance à « l’auto-critique positive ». est pourtant garante d’une grande sécurité juridique..ne sont plus celles issues de la rédaction initiale du Code civil de 1804 . afin de ne pas rester à l’écart des évolutions économiques et technologiques qui caractérisent un monde moderne. II. not. l’institution de la publicité foncière. . GARAPON. afin de faire évoluer la législation lorsque cela s’avère nécessaire. Il est classique de rappeler qu’un très grand nombre de dispositions de notre Code civil . le coût des assurances des titres de propriété des immeubles équivaut certainement à celui de la publicité foncière en France. Et l’on peut souligner qu’aux États-Unis. En droit des biens. Mais il faut reconnaître par ailleurs que le législateur français ne craint pas les réformes.l’exemple du droit français - 17. Ce ne sont là que quelques exemples des nombreux atouts du droit français et des systèmes de droit civil en général. Les systèmes de droit civil restent en outre des systèmes en mouvement : loin d’engendrer des règles juridiques figées. très critiquée par le rapport Doing Business car elle engendrerait un surcoût du fait de l’intervention systématique d’un notaire lors de la cession d’un immeuble. On dénonce souvent les excès de tels mouvements législatifs : une frénésie législative parfois déroutante ou encore une codification à droit constant qui n’est pas toujours satisfaisante. qui aura sans doute le mérite de permettre la modernisation de notre droit dans certains 38 En ce sens. B. Bien sûr. à s’adapter en particulier à l’évolution du commerce mondial : un droit codifié n’est pas nécessairement un droit figé ! A. entretien précit. Dans une stratégie de promotion des systèmes de droit civil38.. A. Et cela est heureux ! Le législateur se doit d’avoir un esprit critique à l’égard de son propre système juridique.Mouvements internes . LES MOUVEMENTS 16. v. il faut insister sur leur capacité à évoluer. Le droit français est sans aucun doute un droit en mouvement. . Il s’agit ici simplement de souligner l’efficacité du droit français dans de nombreux domaines intéressant notamment les acteurs économiques.par exemple . on ne saurait adopter une attitude béate à l’égard de notre droit ou plus généralement des systèmes de droit civil.

Notre droit des sûretés. n° 1596. 41 Présidée par le Professeur GRIMALDI. ou encore la loi du 13 mars 2000 relative à l’écrit électronique44 et celle du 21 juin 2004 39 On observera que c’est là un processus de création du droit plus démocratique que ne l’est le processus de création du droit par le juge dans le système de common law. la réforme du droit des obligations40. est en effet parfois jugé lourd (en raison. qui offre pourtant une large palette de garanties. n° 472. 1316 à 1317 C.878 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 domaines fondamentaux. fondé essentiellement sur le precedent.) . sont en cours ou sont projetées dans un avenir proche. Ont ainsi été récemment constituées. Droit bancaire.) 44 Qui confère à l’écrit sous forme électronique la même force probante que celle accordée à l’écrit sur support papier (loi n° 2000-230. qui a notamment simplifié et uniformisé les conditions pour bénéficier du régime très intéressant du netting43. Domat Monchrestien 2003. v. 12 mai 2004. selon un processus de réflexion a priori performant et démocratique puisque les grandes réformes sont d’abord élaborées par des commissions de réflexion composées de professeurs de droit et de praticiens avant d’être discutées par les parlementaires en assemblées39. BONNEAU.civ. art. pour l’autre. 43 Il s’agit d’un système de paiement par compensation de dettes et créances réciproques entre des sociétés d’un même groupe. de l’intervention obligatoire du juge pour réaliser un gage) et peu adapté aux hypothèses de sûretés sur des biens immatériels tels que les créances : la condition de dépossession dans l’hypothèse d’un gage portant sur un bien corporel devient en effet difficilement praticable lorsqu’il s’agit de créances. Et si l’on veut donner des exemples de réformes récentes et efficaces en droit commercial. par exemple. la réforme du droit des sûretés41. de telle façon que chacune ne paye ou ne reçoive que le solde net de l’ensemble de ses dettes ou de ses créances envers toutes les autres (T. De nombreuses réformes d’ampleur ont été réalisées récemment. En ce qui concerne les réformes en cours. deux commissions distinctes visant pour l’une. Peut-être également faudrait-il admettre l’introduction en droit français de la fiducie (proche de l’institution anglo-saxonne du trust) afin d’offrir aux investisseurs étrangers une forme de sûreté classique en common law et dont le succès est apparemment réel dans les pays qui l’admettent. 40 Présidée par le Professeur CATALA. l’ordonnance n° 2004-274 du 25 mars 2004 portant simplification du droit et des formalités pour les entreprises.. 5ème éd. on peut certainement citer la loi dite « NRE » du 15 mai 2001 (sur les Nouvelles Régulations Economiques). qui marque la volonté actuelle du législateur de moderniser notre droit de la faillite souvent jugé insuffisamment protecteur des créanciers ou du moins de certains d’entre eux. 42 Projet de loi de sauvegarde des entreprises. on peut insister sur le projet de loi sur la sauvegarde des entreprises42. à l’initiative du Président de la République et du Garde des Sceaux. Assemblée nationale.

28 : « Je ne veux pas vous laisser sur l’impression que les Américains voient la mondialisation comme un sens unique. MALECKI. FARNSWORTH. les emprunts faits à ce système juridique se multipliant dans certains domaines47. sur ce point. On pourrait simplement ajouter que la réciproque est certainement souhaitable50 . on peut toujours les essayer ». spéc.. par exemple). président de la société Eurotunnel. dans laquelle il considère qu’« il faut être pragmatique. 50 V. JO 22 juin 2004. les systèmes civilistes ne souhaitant en aucun cas se replier sur eux-mêmes46. Mais peut-être. il est manifeste que sa tradition de droit écrit n’est aucunement un obstacle à ces mouvements internes. Le droit français tend donc à suivre les grandes évolutions technologiques qui intéressent tout particulièrement le droit des affaires . tout en ajoutant que les « idées » anglo-saxonnes doivent bien entendu être adaptées à l’environnement économique propre à la France49. .. qui manifestent bien le souci de modernité de la législation française.. ». cit. 18.) Vous ne devez pas croire que nous sommes immunisés contre les influences venant dans l’autre sens ». elle tend notamment à fixer des règles renforçant la sécurité dans l’économie numérique (loi n° 2004-575. 49 Entretien accordé au Recueil Dalloz 2004. « Cah. réalisé par C.. Il n’est donc pas question d’échapper à l’influence d’autres ordres juridiques. On observe ainsi que le droit français s’ouvre. en ce qui concerne des règles de fond. p. aff. 47 On peut citer l’exemple du droit français de la concurrence qui est. En témoigne une récente interview de M. faudrait-il davantage promouvoir notre droit . Les acteurs économiques en prennent conscience et n’hésitent pas à relativiser l’étanchéité des systèmes juridiques. v. ne peut de toute façon pas vivre totalement replié sur lui- même. bénéficie également d’influences « par répercussion ». 48 La remarque vaut bien évidemment aussi pour les règlements de l’Union Européenne. directement applicables dans l’ordre interne. qu’il s’agisse de la common law ou de droits d’origine romano-germanique mais qui présentent des différences importantes avec le droit français (tel que le droit allemand. Le droit français. dans le contexte de l’Union Européenne. B. (. à la common law. Jacques Maillot. A. Dt. Ces mouvements se réalisent d’ailleurs selon un processus d’ouverture.. lorsque les Anglo-saxons ont de bonnes idées. dans un contexte d’internationalisation. très largement inspiré du droit américain. certains textes applicables en France étant issus de directives européennes elles-mêmes fondées sur des concepts provenant d’origines diverses48. n° 22. p. l’auteur donnant ensuite quelques exemples. Selon moi. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 879 pour la confiance dans l’économie numérique45. dans cet objectif.et plus 45 Relative au commerce électronique et à la communication en ligne. sans nul doute. 11168). art. 46 L’ouverture aux autres systèmes juridiques s’est tout d’abord manifestée par la nécessité pour le juge national d’appliquer dans certains cas des normes étrangères : un système juridique.

Mouvements internationaux 19. En témoignent les Principes d’Unidroit relatifs aux contrats du commerce international. B. Les systèmes de droit civil. 54 B. p.. 53 V. on 51 Bien que de nombreuses dispositions de fond de la Convention de Vienne soient nettement influencées par la common law. p. 1996. FAUVARQUE-COSSON. Ce sont là les avantages d’un jus shopping réalisé lors de l’élaboration des instruments juridiques internationaux. Des influences diverses peuvent être décelées dans ces Principes. 2000. l’objectif final étant de « dépasser les législations nationales pour poser une série de principes internationalement cohérents »54. . L’exercice n’est pas toujours facile mais il peut aboutir à des solutions efficaces lorsqu’il est mené de façon satisfaisante . car ils sont la preuve que différents systèmes juridiques peuvent coexister. elle l’est bien sûr également dans les textes européens. art. « L’impact de l’adoption des principes Unidroit 1994 sur l’unification du droit commercial international : réalité ou utopie ? ». cit. art. Ils participent activement aux réflexions internationales visant à l’unification de certains domaines juridiques. p. 683. RRJ. Là encore. ne se contentent pas de faire évoluer leur ordre juridique interne. on peut notamment souligner que la méthodologie adoptée est celle de la civil law : le texte laisse place à l’interprétation par rapport à l’économie de la convention dans son ensemble. 3.880 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 généralement les systèmes de droit romano-germanique . 464. 37182.dans les pays de common law. aboutissant à la rédaction des Principes européens du droit du contrat. F-M. notamment par le biais d’un enseignement adapté dans les universités anglo-saxonnes.. V. . V. 55 Les deux groupes de travail ont comporté plusieurs membres communs et les solutions retenues sont souvent très voisines. en langue anglaise et sur des aspects techniques de nos institutions. supra note 14. « se nourrir » les uns les autres afin d’élaborer un droit clair et cohérent. BANNES. « Les principes pour le droit européen du contrat : quelles perspectives pour la pratique ? ». TALLON. tel l’ordre juridique français. 933 et s. ce qui contribue probablement à augmenter leur force juridique. des règles issues de la civil law ayant été plébiscitées sur certains points53. publiés en 1994 et élaborés par les membres de l’Institut de recherche Unidroit52. directives ou règlements. proches à bien des égards des « Principes Unidroit »55. L’influence directe des systèmes de droit civil est nette dans la CVIM du 11 avril 198051 . Une démarche savante similaire a eu lieu au niveau européen. 52 Organisation internationale intergouvernementale créée à Rome dans les années 1920 sous l’égide de la Société des Nations.. Ces instruments sont d’ailleurs d’inspirations multiples. 20. qui représentent plus de 50 pays répartis sur tous les continents. D. Def. effectué par des enseignants de tradition civiliste.

21. CIArb. le législateur chinois ayant fondé sa réflexion sur des questionnaires adressés seulement à des universitaires allemands. l’éventuelle influence du droit français ne semble pouvoir s’exercer que par ce biais indirect. 10. voudront bien lui accorder ».. : « The fact that the contracts are drafted in English is not decisive (.pour l’élaboration de son futur code - . art. trouvent déjà leur place dans la pratique internationale. v. Bull. dont l’opportunité est fort discutée en doctrine actuellement (v. 20. enfin la doctrine. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 881 observe l’existence d’influences diverses56 dans un corps de règles qui se veut cohérent et immédiatement efficace. FAUVARQUE-COSSON. souligne que la valeur de ces Principes « n’est que persuasive ».et la Chine . un effort de traduction des textes juridiques fondamentaux et d’explication des concepts originaux des systèmes de droit 56 Le groupe de travail de la « Commission Lando » a effectué une étude comparative de 16 droits de l’Union Européenne (incluant le droit écossais). 58 Ils ne sauraient cependant être appliqués qu’avec la force limitée de stipulations contractuelles. cit. 40 et s. qu’elle sera « celle que la pratique. 57 M.. L’influence des systèmes de droit civil peut également s’exercer de manière indirecte. de la CVIM et de certains droits d’Etats non membres de l’Union Européenne tels que le droit suisse. n° 2. art. contribue certainement à la diffusion de la common law car il est plus aisé de manier des concepts juridiques anglo-saxons lorsque la langue de discussion ou de négociation est l’anglais61. n° 15 et s. p.. 476 et s. voire la lex mercatoria. CCI 1998. les arbitres. certaines dispositions ayant été appliquées par des arbitres ou des juridictions du fond58. ils ne sauraient se substituer au droit normalement applicable au contrat (loi désignée par la règle de conflit. cit. quant à eux. VOGEL (dir..lors de l’élaboration du nouveau Code lituanien . Mais un obstacle important à la promotion des systèmes de droit civil par rapport à celle de la common law est sans aucun doute celui de la langue : l’anglais. Resorting to English when it comes to exteriorizing in black and white the substance of a deal does not necessarily imply espousing the technical meaning that a specific common law jurisdiction would ascribe to the terms utilized ». 798.). Ils ne peuvent donc en principe s’appliquer que dans le domaine des dispositions supplétives du droit international. autre manifestation de ce phénomène de « répercussion d’influence » déjà observé à propos des mouvements internes du droit français. les juges. cit. langue des affaires dominante. anglais et américains. art.. art. Ceci dit. 61 V. VOGEL (dir. se sont notamment inspiré des Principes Unidroit et des Principes européens du droit du contrat dans leur réflexion législative.cit. Un auteur59 souligne que la Lituanie . .). toutefois l’intéressante sentence arbitrale CCI n° 7110. p. comp. 59 L. B. LARROUMET. mais dont la valeur juridique reste incertaine57. créant ainsi un droit commun européen des contrats. B.. p. A travers ces textes de droit savant rayonnent donc les systèmes de droit civil qui y ont laissé leur marque60. les principes généraux et les usages du commerce international si l’on admet leur valeur autonome). TALLON. infra n° 23). L. v. cit. art. règles matérielles issues d’une convention internationale. En ce sens.). C. le droit québecois et le Uniform Commercial Code américain. En effet. Une évolution possible serait de donner une valeur contraignante à ces Principes par le biais d’un règlement ou d’une convention entre les Etats membres. Les Principes Unidroit. 60 Dans le cas de la Chine. .

On peut citer l’exemple des traductions égyptiennes arabo-françaises et franco-arabes des codes français civil et commercial. également la récente proposition de loi du sénateur Ph. qui ont permis ensuite une diffusion remarquable du droit français au Moyen-Orient et dans les pays du Maghreb jusque dans les années 195062. sans aucun doute directement liée à la promotion des systèmes de droit civil. La défense des systèmes de droit civil passe donc aussi certainement par la défense de la langue employée dans les contrats.). 5 : « Quels qu’en soient l’objet et les formes. en langue anglaise. V. Un fonds de documentation facilement accessible sur les systèmes de droit civil et plus particulièrement sur les règles de fond des pays rattachés à la civil law devrait être développé. cit.. a cherché à limiter le recours à des modèles de contrats tirés d’un droit étranger en imposant l’utilisation de la langue française pour la conclusion de marchés publics en France63. serait certainement bénéfique. Marini. 63 Loi « Toubon » du 4 août 1994. une ou plusieurs versions en langue étrangère pouvant également faire foi ».complétant la loi du 4 aout 1994 -. Les contrats visés au présent article conclus avec un ou plusieurs contractants étrangers peuvent comporter.. J-C. op.. notamment son article 7. v. les contrats auxquels une personne morale de droit public ou une personne privée exécutant une mission de service public sont parties sont rédigés en langue française (. . afin que les praticiens du droit soient moins portés à adopter des formules anglo-saxonnes largement diffusées et souvent systématiquement proposées. III. p.882 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 civil. Certains proposent d’étendre cette réglementation à tous les contrats exécutés en France. Quels sont les objectifs d’efficacité que les systèmes de droit civil peuvent espérer ou souhaiter atteindre ? L’efficacité d’un système juridique se mesure-t-elle à l’étendue de son implantation dans le monde. à destination des étudiants et praticiens anglo- saxons. 55 et s. ou bien faut-il admettre que cette efficacité ne peut être que relative et. mais elle a le mérite de soulever une question importante. art. des travaux préparatoires du Code civil ainsi que des textes adoptés en Egypte sous l’influence de ces sources. LES OBJECTIFS 22. 62 Sur le rôle de la langue dans les relations juridiques euro-arabes. qui impose au chef d’entreprise de fournir un rapport annuel écrit au comité d’entreprise sur l’utilisation de la langue française dans l’entreprise. par exemple. Le législateur français. du 10 novembre 2004 . qui plus est. outre la rédaction en français. DELAUNAY. Cette proposition est discutable car probablement difficile à imposer dans certains rapports de force commerciaux. qu’ils soient conclus entre personnes morales de droit public ou de droit privé.

p. « Nous faut-il un « euro » droit civil ? ». . 66 G. D. à notre sens facteur d’une meilleure efficacité des systèmes juridiques. Les systèmes de droit civil gagneraient-ils à s’unifier. « Un Code civil n’est pas un instrument communautaire. Y. « Le Code civil européen des obligations et des contrats. « Faut-il un Code civil européen ? ». A. G. TALLON. LEQUETTE. 64 Sur ce débat.hors-délai . HUET. « Quelques remarques à propos du projet de Code civil européen de M. Von Bar ». GOLDSTEIN. Mélanges Colomer 1993. c’est-à-dire l’idée d’une concurrence nécessaire des droits. supra n° 9. 1992. apparaît en transparence celle de l’existence . 2002. 707 . « Plaidoyer pour un code européen des obligations ». MALINVAUD. d’un système « parfait ». 351 . 65 V. I. 79 . 494 . MALAURIE. tout comme la common law. B. cit. 2002. Ph. LEQUETTE. CANIVET. 24. comme le considère le rapport Doing Business in 2004 de la Banque Mondiale65 . Pouvoirs 2003. Ph. 2202 . Mais la question peut être posée plus largement. art. à s’uniformiser. et la problématique de l’uniformisation du droit ou de son contraire. v. v. ayant essaimé partout dans le monde : faut-il rechercher l’uniformisation du droit au niveau mondial ? « One size fits all ». Une question toujours ouverte ». Pensée juridique française et harmonisation européenne du droit.WITZ. GANDOLFI. CORNU.. . 2002. « Introduction » G. C.à la Commission européenne : à propos d’un Code européen des contrats ». D. 2003 (textes rassemblés par B.. Société de législation comparée. 110 . sur laquelle il insiste : l’uniformisation permettrait en effet de promouvoir des valeurs acceptées par l’ensemble de la communauté.. une fonction d’intégration économique et une fonction sociale de développement d’un sentiment de justice. not. égal. RTDCiv. Un auteur66 développe les fonctions de l’uniformisation des systèmes juridiques à travers l’exemple du Canada.. D. « Pour un code européen des contrats ». FAUVARQUE-COSSON. RTDCiv. chr. elle rendrait possible une meilleure prévisibilité des conséquences légales de ses actes et enfin elle permettrait de respecter le principe d’égalité de traitement des cas semblables. Y. 2000. 2542 . FAUVARQUE-COSSON et D. voire de Code civil européen64. D. J. ou de l’utopie. B. 2611 . la doctrine étant très partagée sur cette question alors que plusieurs groupes de travail préparent en parallèle des projets de Code européen des contrats. 2002.Utopie et dangers de l’ uniformisation 23. n° 107 . 463 . la civil law. « Vers un droit européen des contrats » ?. JCP 2002. D. G. MAZEAUD). « Réponse . D. ou bien au contraire les droits appartenant à cette famille juridique gagneraient-ils à préserver chacun leur autonomie ? Le débat fait rage à l’heure actuelle en Europe. Il considère que trois fonctions peuvent être mises en valeur : une fonction politique de rapprochement des différents peuples. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 883 fondée sur différents facteurs qui ne relèvent pas tous d’une approche économique ? Derrière ces questions. 2002. « Vers un Code civil européen » ?.

qui prend l’exemple du droit de la propriété intellectuelle . t. Dalloz 2001 (contributions très nuancées sur cette question). Panthéon- Assas. ou d’ordre politique. O. « Unifier le droit : le rêve impossible ? ». les intérêts bien souvent recherchés par les promoteurs d’un droit uniformisé étant d’ordre économique. Elle se manifeste aussi parfois spontanément dans le contexte de la mondialisation à travers. LEGRAND. « dénationalisées ou transnationales » (clauses imposant une obligation de résultat ou une obligation de moyens. 118 et s. « La volonté des opérateurs vecteur d’un droit mondialisé ». 70 V. VEIL. 45. in L’américanisation du droit. spéc.. là encore sans aucun doute69. précit. RAVILLON. l’uniformisation du droit n’élimine pas toute difficulté d’interprétation. P. D. v. donnent l’exemple de clauses. sûreté admise très largement dans les contrats internationaux.phil. art. « L’hypothèse de la conquête des continents par le droit américain (ou comment la contingence arrache à la disponibilité) ».884 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 La réalisation de ces fonctions au niveau mondial ne relèverait-elle pas de l’utopie. . AZUELOS (coord. que de manière parcellaire. qui donne l’exemple du droit des transports et de la réglementation des effets de commerce. « L’américanisation du droit ». LOQUIN et C. 113 et 129. comme cela est déjà le cas grâce à la conclusion de conventions internationales de droit matériel68. C’est ainsi que de nombreux observateurs soulignent le phénomène d’américanisation du droit des pays rattachés traditionnellement aux systèmes de droit romano- germanique. Litec 2000. Economica 1997. L. 2001 / 1 . spéc. in M-C.La dynamique anglo-saxonne. par exemple. éd. LOQUIN et L. RAVILLON. E. E.). Arch. porteur d’efficacité juridique. p. p. L. De plus. 68 Déja en ce sens. la modélisation des contrats internationaux ou l’universalité de certains institutions telles que la garantie autonome. sur le fondement de facteurs qui ne sont pas proprement juridiques. ROSENFELD et J. 69 E.dt. reflet d’une domination économique imposant un droit leader plutôt que d’une adhésion volontaire à un système juridique qui serait objectivement meilleur que les autres67. présentes dans les contrats internationaux. « Sur la reconstitution d’un droit de classe ». art. KESSEDJIAN (dir. « flottant au-dessus d’eux ». plutôt que d’ordre social ou dans un but de rapprochement des peuples. E. cit. 25. VOGEL.. L’uniformisation du droit ne saurait être un objectif valable. Mondialisation et domination économique . « Les nouvelles règles du commerce mondial : une mondialisation américaine ? ». dans des domaines précis.).. Les systèmes de droit civil conservent d’ailleurs un rôle non négligeable dans le développement de ces pratiques contractuelles « universelles ». preuve de leur efficacité. in La mondialisation du droit. les 67 V. 1937. chr. p. LOQUIN et L. clause de force majeure) : elles sont d’origine française mais influencées par la common law et elles se détachent finalement de tout ordre juridique. ESPOSITO et M. FRAYSSÉ. in Droit Global Law. Plus généralement sur ce thème. 1. 125. cit. . JOSSERAND. L’idée d’un droit mondialisé relève donc certainement de l’utopie70 et présente le danger réel de la domination d’un système juridique sur un autre.

Conférence de Paris du droit et de l’économie. égal. 20-21 nov. le droit américain ». Un système juridique efficace est aussi. alors qu’en France. sa formation et sa motivation différentes.. tel un sauveur de l’équilibre du contrat. A. conception à son sens protestante. J-C. aussi P. op. 248 : « chaque système de droit pense le droit (. p. Un auteur français72 a récemment insisté sur cet aspect au travers d’exemples significatifs : la place de la vérité dans le procès américain par rapport au procès français. comme au jeu ».)... ainsi que son interprétation des textes) : « les textes de droit. « un acteur économique qui fait des investissements. Jacob. GARAPON. il s’agit au mieux. in Le droit privé européen. cit. aux aspirations des citoyens ou des acteurs du marché qui l’adoptent. LEGRAND. et peut-être avant tout. not. qui relève que même si le droit français est repris in extenso dans certains pays (comme l’est. c’est au juge de déterminer l’intention réelle des parties. 71 V. 26 : « L’homme n’est pas réductible à la seule efficacité ». le juge étant perçu aux États-Unis comme un intermédiaire entre la personne jugée et le jury (qui incarne la représentation du peuple) alors qu’en France. Ph. 72 V. ce n’est plus réellement du droit français car le juriste étranger aura une attitude différente de celle du juriste français à l’égard des textes d’origine française (l’accès aux sources étant plus difficile. au Maroc.. cit. . spéc. par opposition au justiciable français fortement indigné par la transgression mais aussi davantage tourné vers le souci de réintégrer les individus délinquants dans la société. La tradition religieuse pourrait également expliquer certaines différences irréductibles entre les systèmes juridiques : M. OPPETIT. Garapon souligne que le justiciable américain est un « acteur rationnel ».) selon sa propre culture » . art. calcule ses coûts par rapport à ses risques. justice et vérité se confondant dans l’esprit français alors que les Américains se focalisent davantage sur le respect de la procédure (« Justice before Truth ») . entretien précit. responsable de lui-même et devant tout envisager face à son propre acte de volonté. au fond.. DELAUNAY. Cycle du Bicentenaire. 2003 « De la common law et du droit civil » (www.confparis.. le droit des affaires français). avec I. . MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 885 acteurs effectuant une « relecture » des textes à la lumière de leurs propres références culturelles et juridiques71. et l’observation plus générale de B. se comparent dans leur environnement et pas seulement dans leur lettre ». le juge exerce une fonction judiciaire bien plus importante.. v. 26. un système qui correspond aux valeurs. qui souligne qu’ « Au moment où la règle de droit américaine prétend s’intégrer au droit français (.41 et s. préface S. PAPADOPOULOS. éd. BREYER. conception qui serait influencée par le catholicisme. p. précit. aussi son ouvrage en collab. 73 Dans le même sens.cit. d’une règle de droit américaine francisée.org) : l’origine de la grande précision des contrats de common law pourrait se trouver dans le conception protestante de l’individu. O. v. MALAURIE. Ainsi. V.. le phénomène de dissémination du droit américain passe nécessairement par une mutation locale qui fait que ce qui prend racine dans le droit local n’est plus. « Synthèse du colloque ». Juger en Amérique et en France.. 2003 . perception à son avis fortement teintée de catholicisme73. parce que cette matière est vivante. art. On touche d’ailleurs là un point essentiel du débat sur l’efficacité des systèmes juridiques et notamment sur l’efficacité des systèmes de droit romano-germanique : les facteurs culturels d’efficacité ne peuvent être mis de côté au profit des seuls facteurs économiques. le rôle du juge également. p. ce qui n’est pas la même chose et ce qui n’est pas la même règle. B.

qui insiste beaucoup sur l’idée que la diversité des droits est « emblématique d’une saine concurrence ». SIMLER et Y. les deux grands marchés économiques nord- américains. que « la force réside dans la diversité ». P. Essai sur le rapprochement des systèmes de droit romano-germanique et de common law. 150 et s. L. Les obligations. qui remarquent que le Canada et les Etats-Unis.. LEQUETTE. H. in Droit Global Law. en outre. La codification n’a t-elle pas fait son entrée dans la 74 V. MUIR-WATT. 76 En ce sens. Il n’existe probablement pas de conception universelle de l’efficacité. BOCCARA. TERRE. Plutôt qu’une uniformisation générale du droit. égal. Livre du Bicentenaire. L’auteur tente d’expliquer pourquoi l’analyse économique du droit ne connaît pas encore de réel succès à l’heure actuelle en France . VOGEL. art. op. « Les problèmes d’unification du droit ».cit. un système pouvant éventuellement emprunter à l’autre ses institutions les plus performantes en les adaptant à sa propre culture juridique. « L’expérience des Etats-Unis d’Amérique . . 1993. 77 V. chaque état ayant son propre ordre juridique77 ? On observe couramment que la concurrence des droits favorise le dynamisme juridique78. concurrence qui n’exclut pas. V. 75 V.. ». R. Ces auteurs en concluent que « la diversité du droit ne fait pas obstacle à la prospérité d’un marché et n’est nullement nécessaire à son achèvement ». p.886 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 Cette approche culturelle des systèmes juridiques permet certainement d’expliquer des différences fondamentales quant à la conception même de l’efficacité juridique d’un système74. 78 En ce sens. une éventuelle convergence des droits dans certains domaines75. Y. La recherche de l’uniformisation du droit dans ces conditions ne peut qu’être vaine ou en tous les cas non fondée sur un objectif d’efficacité. « Recodification civile et prolifération des sources internationales ». à moins d’en avoir une conception réductrice.. HERMAN (auteur américain). 8ème éd. « Les forces de résistance à l’analyse économique du droit dans le droit civil ». Droit civil. cit. D’ailleurs. 171 et s. l’hostilité de principe du droit français à l’utilitarisme et son attachement à l’idée que le droit est avant tout « vecteur de valeurs ». p. elle souligne un argument culturel. Economica 1998. Les différents systèmes juridiques gagneraient certainement en efficacité76. p. précit.. Il conclut d’ailleurs par cette remarque significative : « Notre fédéralisme nous rappelle également de tenir en échec nos espérances excessivement ambitieuses d’uniformité ». n° 13. LEQUETTE.). p. 7 . in L’analyse économique du droit dans les pays de droit civil... F. spéc. S. encore moins de système juridique parfait. thèse Lyon.Convergence et concurrence des droits 27. . critère d’efficacité comme on l’a vu. p. n° 46. VAREILLES-SOMMIERES (dir. n’ont pas de législation civile unifiée et sont pourtant pleinement efficaces d’un point de vue économique. 9. la common law américaine elle-même n’est-elle pas fondée sur une telle concurrence des droits. dans le même ouvrage. il faut certainement privilégier une saine concurrence entre les systèmes juridiques. égal. in Le Code civil 1804-2004. SACCO. Dalloz.. Ph. la concurrence permettant la comparaison et l’émulation et préservant les cultures de chacun. in Le droit privé européen. B. l’ordre juridique ayant d’autres fins que la seule recherche d’un gain. 37 et s.

Uniform Commercial Code)79. en outre. cit. qu’il s’agisse de conventions internationales de droit matériel ou de textes d’origine savante : la doctrine souligne fréquemment l’influence de la CVIM sur les Principes Unidroit. le droit américain n’est pas resté imperméable aux idées continentales . le droit bancaire ou le droit de la faillite sont d’inspiration anglo-saxonne. B. Finalement. spéc.). art. l’existence de rapprochements entre les Principes Unidroit et les 79 Le UCC n’est toutefois pas un code similaire à notre Code civil. 81 Par ex. n° 2). Conférence de Paris du droit et de l’économie. Certaines expériences de mixité réfléchie des systèmes de common law et de civil law (Canada. p. non pas de façon autoritaire ou par l’effet d’une pression d’un système juridique sur un autre. . sans souci de cohérence. MALLET-BRICOUT : L’EFFICACITÉ DES SYSTÈMES DE DROIT CIVIL 887 common law américaine (par le biais du UCC . née de la pratique internationale à l’instigation des juristes anglo-saxons mais sans pour autant provenir des droits internes anglais ou américains (v. Certains États ont même. Dakota du Nord et du Sud. au 19ème siècle. JAUFFRET-SPINOSI. G. La convergence des droits peut dès lors apparaître comme le signe de l’efficacité vérifiée d’une institution et. Sans aller jusqu’à la mixité.. VOGEL (dir.cit. Il s’agit là d’un bi-juridisme consacré. GORÉ. le Québec. Code civil) et consacré la notion de patrimoine familial (art. Et les emprunts spontanés effectués par la pratique ne sont-ils pas finalement les plus révélateurs de l’efficacité d’un système juridique ou du moins de certaines de ses institutions ? La création spontanée de certaines institutions par la pratique82 va aussi dans le sens d’un rapprochement spontané des droits. R. la concurrence permet de favoriser la convergence des droits. Clunet 1974. cit. Arkansas. CABRILLAC. l’influence civiliste a été marquée en Louisiane. On peut observer. v. 2. R. 29. deux institutions tirées de la common law (v. de l’efficacité du système juridique dont elle est issue s’il y a lieu. et la tradition de droit écrit dans la common law anglaise (par la prolifération des statutes) ? 28.). Dernière manifestation de cette convergence des droits née de leur concurrence. art. B.cit. OPPETIT.. L’exemple du Canada est particulièrement significatif.). 794 et s. Code civil). art. que ces deux grands systèmes peuvent devenir complémentaires lorsque le contexte s’y prête80.. Montana). 414 Nouv. mais sur le fondement de l’acceptation volontaire et réfléchie de s’ouvrir à un autre système.cit. 82 On peut citer la clause de hardship. les systèmes juridiques peuvent avoir un intérêt à emprunter seulement telle ou telle institution à un système concurrent81. op. art. « Le nouveau code civil du Québec ». 80 En ce sens. L. n° 372 . M. a néanmoins généralisé l’hypothèque mobilière (art. que dès l’origine. 2260 Nouv. art. Sur cette question. Israël) permettent d’affirmer que celle-ci est possible. v. très fortement inspiré du droit français comme on l’a vu. « La clause de hardship ». DAVID et C. le droit civil relevant très largement de la tradition romano-germanique alors que le droit commercial. La doctrine n’est toutefois pas unanime sur l’efficacité d’un tel système (v. Cycle du Bicentenaire. adopté un code civil (Californie. GOLDSTEIN. au-delà. celle des Principes Unidroit sur les Principes européens du droit du contrat. Floride et Texas dès la construction des États-Unis. cit. en ce qu’il se contente d’effectuer une rationalisation des normes commerciales. les influences croisées qui tendent à se développer au sein des instruments juridiques internationaux. selon un plan alphabétique.

aussi bien en ce qui concerne les méthodes civilistes que le fond du droit romano-germanique. qui considère que créer un droit mondial serait un « crime contre la biodiversité juridique » (entretien précit. qui ressemble fort à l’art. cit.). L’échange doit être réciproque entre les grands systèmes de droit présents dans le monde . n° 514 note 44).. 88 En ce sens. n° 27.. 87 V. par ex. car la comparaison des droits favorise le choix de la meilleure règle et permet aux systèmes de demeurer attractifs à l’égard des acteurs économiques et des investisseurs étrangers. c’est-à-dire d’une efficacité adaptée aux attentes de ses acteurs et justiciables locaux et répondant à ses idéaux86. A. ces instruments juridiques étant eux-même influencés par divers droits internes84 comme on l’a vu85. entretien précit. les praticiens du droit n’étant que très peu sensibles à ce type d’arguments : il est temps d’adopter une véritable stratégie de promotion des systèmes de droit civil. l’art.888 REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARÉ 4-2004 Incoterms83. sinon un idéal ». GARAPON. alors que d’autres facteurs méritent d’être pris en considération pour cerner la notion d’efficacité. Mais le droit romano- germanique doit aussi préserver ce qui constitue ses fondements et ses valeurs propres. ou à la domination d’un système sur un autre. tout en s’intéressant aux autres systèmes afin d’y puiser des idées éventuellement transposables mais surtout adaptables. A. 83 Ensemble de clauses-types publiées par la CCIP (Chambre de Commerce Internationale de Paris). que chaque système perdure. n°19 et s. KASSIS. Ils ont certainement beaucoup à gagner à s’ouvrir aux autres systèmes. Le nouveau droit européen des contrats internationaux. Il est vrai qu’il est franchement difficile d’imaginer un jour un « village planétaire » du droit. supra. la position tranchée de M. (v. 9 de la CVIM. 84 V. L. GARAPON. 30. de manière réfléchie ou spontanée. .. sur le fondement d’une efficacité purement économique. VOGEL (dir. art. 1-205 du UCC. gages d’une efficacité relative.Les systèmes de droit civil doivent donc trouver leur place et se fixer des objectifs dans ce contexte de concurrence et d’éventuelle convergence des droits et des systèmes. LGDJ. Conclusion . 1993. 85 V. A. dans un objectif de préservation de la diversité des cultures. Il est certainement préférable.). v. en proposant à l’étranger ce qui mérite d’être exporté88. Le contexte actuel de mondialisation économique ne saurait aboutir inéluctablement à la mondialisation du droit . à condition de ne pas se réduire à une forme mais d’être avant tout une idée. donc des droits applicables87.. les pays rattachés à la tradition romano-germanique doivent réaliser qu’il ne suffit plus d’adopter une attitude éventuellement défensive à l’égard de la common law. 86 « La codification a encore un avenir devant elle.