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De l'humanité, de son

principe et de son avenir, où
se trouve exposée la vraie
définition de la religion, et où
l'on [...]

Source gallica.bnf.fr / Bibliothèque nationale de France

Leroux, Pierre-Henri. De l'humanité, de son principe et de son
avenir, où se trouve exposée la vraie définition de la religion, et
où l'on explique le sens, la suite et l'enchaînement du mosaïsme
et du christianisme. T1 / par Pierre Leroux. 1845.

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DE

L'HUMANITÉ.

TOME PREMIER.

Imprimerie de PIERRE LEROUX à Tiomsac.

LHUMANITÉ, DK

DE SON PRINCIPE, ET DE SON AVENIR;

OU1 SF TROUF KXI'OSÉF
LA YRAïr, nfiVJMTrON Mi LA RBUCrIO\

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FXPflQL'F

IF. HF\S 1 i S1ITF ET l'R\€HAi;VF\fP%F
I>U HOSAJSMK KT DU CIIIUSTIA\I.SMK;

.IR

PIERRE LEROUX.

Quoique llDU^ soyons plusieurs, ii'Mis lie
sommes tons néanmoins <[ii'nu seul coips.
ri nmis sommos tous l'eiùpi ni|ii«-iiii'itt mini
m
Iiits les uti', des auties. S. J'ai i

TOMK PRKMIKK.

Deuxième édition.

PARIS,
l'RPiUOTIN, MBRAIIlE-rêDITKdU,
RUK FO\rAl\i;Mfll.lIllE, 41,

I8i5.

A DÉRANGER,

Ce Livre, cher Iïéranger, n'est pas pour vous un inconnu qui
vient toutà coup troubler votre solitude. Les problèmes qce j'y dis-
cute ont fait bien souvent, sous une forme ou sous une autre, l'ob-
jet de nos causeries. Permettez donc que je le fasse paraître sous tos
auspices. J'ai cherche la vérité de toute ma force; or, après que la
pensée s'est fatiguée à chercher la érité il est doux d'offrir le ré-
sultat de son labeur à un ami. Cette satisfaction de l'âme augmente,
s'ils'agit d'une amitié bien ancienne et depuis longtemps éprouvée;
mais elle est plus grande encore quand nous avons l'assurance que
les mêmes questions qui nous intéressent se sont présentées souvent
à cet ami, et qu'il existe ainsi un lien de plus entre lui et nous.
Qu'avons-nous d'ailleurs pu trouver pour nous-même, que nous
n'ayons du plaisir à le faire partager à ceux qui ont droit toute notre
tendresse, à tout notre attachement ? Et, quant à eux par l'influence
qu'ils ont eue sur nous, n<' sont-ils pas toujours pour quelque chose
dans nos idées, dans nos decouv ertes, comme aussi dans nos cireurs ?
JVos âmes ne sont-elles pas des sœurs qui cherchent lav érilé les unes
avec les autres et les unes pour les autres? J'ai toujours aimé le mo-

dèle que nous donne Horace d'un écrivain honnête et ami du vrai,
qui présente sou livre à ses amis en leur disant « Je tue suis servii
de ce que Nous m'avez appris, et voici ce que j'ai trouveà mon tour.
Si vous savez quelque chose de mienv dites-le-moi sinon, profilez
avec moi de ce que je vous apporte

Vive, vttlcsi qutd novikti rectius mtis,
(andidus vnperti si non, fus ulerc viccum, »

Le doute qui règne aujourd'hui sur les questions fondamentales de
!a philosophie et de la religion est rn supplice si grand et si général
que j'aurais pitié d'un homme qui ne saurait pas se mettre au-dessus
du sentiment de l'imperfection de son œuvre et que cette mauvaise
honte empêcherait de faire ce que son cœur lui dicterait.
Vous ne partagez pas l'erreur de ceux qui divisent eu lambeaux et
mutilent à plaisir la connaissance humaine, et qui se sont fait de l'art
une idole à part de l'humanité. Ce n'est pas vous, ami, qui me direz
dédaigneusementque votre poésie n'a rien à démêler avec des recher-
ches de mclaphj sique et d'histoire. Mais si quelqu'un de vos admira-
teurs trouvait étrange cette dédicace, je lui dirais à mon tour qu'il
n'a pas compris Notre poésie, et qu'ilapu s'en eniv rer follement sans
savoir en nourrir son âme. Non, cet admirateur de Notre génie ne
sait pas qui vous êtes; il ne sait pas que Nous avez avec la philosophie
bien des liens de famille.
Vous êtes, en poésie comme en réalité, le fils de cette grande gé-
nération de la (indu dix-huitième siècle, qui fit la Révolution. Je
pense souvent à cette sublime scène où Frauckliu présenta son petit-
lilsà Voltaire, et où le grand philosophe incrédule se leva, ému,
plein d'enthousiasme, et, la main tendue versleciel, bénit le petit-
fils de Francklin au nom de Dieu et de laliberté God and liberty!
Je me trompe peut-être, mais il me semble que cette alliance entre
Voltaire et Francklin fut aussi une sorte de réconciliation entre Vol-
taire et Jean-Jacques j'entends entre leurs génies divers, entre les
pensées et les tendances dont ils avaient été les représentants; car

je découvre en partie Rousseau sous l'image de Francklin. Cette en-
trevue me paraît ainsi une sorte de scène finale du dix-huitième siè-
cle. Voltaire, si près de sa tombe; Francklin, l'imprimeur Franc-
klin, qui venait d'apporter à la France l'acte de déclaration des droits
de l'homme et du citoyen, promulgué en Amérique après avoir été
pensé en Europe; et un enfant entre ces deux vieillards: quel spec-
tacle Or supposez que ce petit-fils de Fraucklin ainsi béni par Vol-
taire, soit devenu un grand poète que serait-il arrivé?
Ce poète se serait toujours souvenu ai ec piété de Voltaire, son par-
rain, et serait resté fidèle à la tradition du siècle éniancipateur. Il
aurait été comme ce siècle, impitoJ able pour toutes les hypocrisies
pour tous les mensonges, pour toutes les superstitions. L'esprit de
la satire et de la corné;]ie lui aurait été donné, pour achever de faire
tomber tous les masques et pour détruire les dernières impostures
d'un ordre social faux et condamné par la Providence. Tandis qu'en
d'autres pays que la France d'autres poètes n'auraient senti que la
tristesse de cette mort de toutes les antiques croyances et l'effroi iné-
vitable attaché à cette fin d'un vieux monde condamné, lui, il aurait
continué l'œuvre d'initiation de la France, l'œuvre du div-huitièinc
siècle. Il aurait raillé encore, alors que ces autres poètes ne savaient
que gémir et pleurer. Il aurait paru, en face de ces Héraclites, avoir
le rôle de Dcmocrite. Il aurait ri, mais non pas de ce rire désolé que
l'on reproche a Voltaire. Fils de Francklin béni par Voltaire an nom
de Dieu et de la liberté, l'enthousiasme se serait mêlé à l'ironie dans
l'âme de ce poète. Au milieu d'un monde corrompu et atteint de dés-
espoir, il aurait été beau d'espérance, ayant pour lui Dieu et la li-
berté et sa satire, animée d'un sentiment lyrique serait devenue
votre chanson.
Le culte de l'humanité fut le culte de Voltaire. Sur les ruines entas-
sées autour de lui et par lui, sur les débris amoncelés de toute reli-
gion positive. Voltaire retrouvait parfois dans son cœur la religion
l'indestructible religion il l'appelait IIUJIVMTÉ. Le poète que je
suppose aurait eu, comme Voltaire, le culte de l'humanité; mais il
n'aurait pas eu cet a\cuglement contre le Christianisme, nécessaire

sans doute ait grand destructeur des formes idolàtriquos du Christia-
nisme et la suhlimité morale de l'Évangile aurait parlé à son cœur
comme elle parlaità celui de Rousseau.
Fils de Francklin, béni par Voltaire, il aurait marié l'Évangile à
la philosophie.
Fils de Francklin, héni par Voltaire, il aurait chanté l'alliance de
tous les peuples.
Fils de Francklin béni par Voltaire, il aurait été le chantre inspiré
de révolution politique qu'amenèrent Voltaire et Francklin.
Fils de Francklin il aurait été peuple comme lui il aurait com-
pris que le tiers-état de Voltaire n'était pas tout le peuple nouveau.
Le temps ne s'arrête pas, et l'humanité ne s'immobilise pas. Ce
poète aurait toujours regardé l'avenir. Fils de la philosophie ilaurait
appelé de toute son âme de nouveaux progrès de la philosophie. Les
clameurs v ulgaires contre les nov ateurs ne l'auraient pas empêché de
porter témoignage en leur faveur; il n'aurait répudié aucune lie ses
sv mpathics etil aurait chanté mon maître Sainl-Shnon.
Et lui aussi eût été novateur les vrais pottes sont toujours pro-
phètes. 11 aurait cueilli par avance des fruits mjstéricux au sommet de
l'arbre de la science, imitant la philosophie à s'en saisir à son tour:

Humamté, règnel voici ton ace,
Que nie en vain la voix des vieux échos.
Déjàlesvents au bout le plussauvage
De ta pensée ont semé quelques mots.
Paix au ti a\ ail 1 paix ait sol qu'ilféconde
Que par l'amour les hommes soient unis
IMus p,s (les
l~lus pris cieux qu'ils
les cieux le
q~il~ teplacent le inonde;
Que Dieu nous dise Enfants, je vous bénis!

Du genre humain saluonsla famille!
Mais qu'ai-je dit? pourquoi ce chant d'amour?
An feu des camps le glaive encor scintille;
Dans l'ombre à peine on voit poindre le jour.
Des nations aujourd'hui la première.
Fiance, «uvre-leur un plus large destin;
Pour éveiller le monde à ta lumière,
Dieu l'a dit: Blille, étoile du matin

.retraite de l'humanité dans ce livre nous avons le même culte.
J'y prouve combien vos vers sont fondés et prophétiques. Car je dé-

truis, parle raisonnement les idées fantastiques qu'on s'est faites du
ciel, et je cherche à montrer où est vraiment le ciel. Il faudra bien
à la fin que les plus aveugles sachent où est la traie religion, quand
nous aurons prouvé (ce que pour ma part j'essaie de faire en ce ti-
vre) que Christianisme, "Uosaisme, ton Les les religions positif es, se
résument en ce grand mut HUJHMTÉ! Il faudra bien alors que
cette humanité règne, comme vous 'dites, et que tienne son âge.
Place, place sur la terre à la famille du genre humain. La terre n'a
jusqu'ici serti de piédestal qu'à la statue de Prométhée, à cette statue
formée d'argile et restée trop longtemps argile mais la terre elle-
même se transformera quand cette statue détiendra ce que Promé-
thée atoulu la faire, un être puissant, divin, semblable aux dieux.
La terre redeviendra l'Éden quand l'homme, chassé de l'Éden par
sa faute comprendra sa faute, et marchera dans latieéternelle sous
la bénédiction de Dieu.
Il est trai que, comme tous le dites, nous sommes encore dans
les ténèbres Dans l'anzbrcà peine ozz voit poindrele jour. Je vous
dédie même ce livre en un moment plus triste queles autres. De toutes
parts l'horizon annonce la tempête. A la guerre intcstine, ouverte
ou déguisée, que les hommes se liu'ent au sein de chaque nation,
ta s'ajouter peut-être la discorde de l'Europe, la guerre des nations
entre elles. Quoi qu'il arrive, que la France songe à la mission que
Dieu lui a donnée
Oui, tous les fléaux qu'engendre la discorde du genre humain ré-
gnent encore sur la terre. Jlais qu'opposer aux passions, au mal, et
à l'erreur, sinon notre inaltérable conviction?
¡
Parce que des frères ( ce que nous tojons trop soutent) se font
laguerre, sont-ils moins frères?
Le mal existe qu'importe! la vérité est la vérité, et l'erreur ne
prétaudra point contre elle. L'erreur et l'êgoïsme seront taincus; et
Satan qui n'est autre que l'erreur et l'égoisme, sera relégué de plus
en plus dans le non-être, dans la mort, dans le néant.
Dieu régnera sur la terre quand le but final qu'il s'est proposé
dans sa théodicée, en faisant l'homme à son image, et en créant,

1 non pas des hommes, mais l'homme, c'est-à-dire l'humanité, quand,
dis-je, ce but final sera atteint, par le développement de la charit6
humaine, de l'activité humaine, de la connaissance humaine, c'est-
à-dire par le développement de l'homme, ou des hommes, ou de la
conscience humaine. Que ce but soit reculé dans un lointain indéfiui
et tout à fait mjstéiïem pour nous, cela est certain mais doit-il
moins pour cela régner dans nos âmes, et n'est-il pas évident d'ail-
leurs qu'à mesure que nous marcheronsers ce but, de plus en plus
aussi se réalisera ce règne céleste sur la terre évangélisé par Jésus,
et qui, dans la forme où le Christianisme l'a présenté n'était qu'une
prophétie ? ·
Je cherche donc à prouver dans ce litre que c'est à ce but final
queProvidence de Dieu conduit l'humanité. C'est le Dieu immanent
dans l'univers dans l'humanité etdans chaque homme, que j'adore.
C'est le Dieu dont vous avez dit:

1] est un Dieu, devant lui je m'inclim;.

Ce n'est ni le Dieu des idolâtres, ni le Dieu d'Épicure. Chose re-
marquable tandis qu'au dix-huitième siècle, Eolingbroke et Voltaire
avaient tenté par opposition au dieu des idolâtres, de remettre en
honneur le fatalisme, sous le nom dénature, et le fantôme de Divi-
nité impassible d'Épicure, sous le nom de Dieu, ce triste système,
qui aboutissait nécessairement à deux autres, à un matérialisme gros-
sier età un déisme sans conséquence, n'a pu prendre les esprits sé-
rieux ni les cœurs ardents des générations nouvelles. Les religions
positives sont revenues; et, bien qu'elles ne fussent plus que des fan-
tûmes, elles n'ont pas eu de peine à foudroyer ces autres fantômes.
Mais en même temps le sentiment divin des choses a repris le dessus
dans nos cœurs et dans nos intelligences; l'idéalisme s'est révélé.
Le Dieu des idolâtres ressemble assez, par un certain côté à celui
d'Épicure car il est hors de nous
comme celui d'Épicure seulement
il est méchant, tandis que celui d'Kpicure est indifféreut. Vous les
avez mis souvent aux prises l'un avec l'autre, et vous avez employé
quelquefois comme personnage comique le Dieu qui occupe je ne

sais quel lieu dans l'espace, et qui met seulement, comme dans nue
de vos chansons, le nez à tu fenèlre, pour se rire de la folie des
hommes.
Ce quela poésie ne doit pas leniorauno époque telle quela nôtre,
et ce que 1.1 philosophie doit tenter, sonder de nom eau les antiques
problèmes de la théologie, parler dortriualemcnt du vrai Dieu, remet-
tre en honneurle vrai Dieu, et par conséquent la religion, j'ai osé,
consultant plus mon zèle et le dev oir que mes forces l'entreprendre.
Dieu, levrdi Dieu, le Dieu incompréhensible et caché bien qu'éter-
nellement manifesté, se communique à nous dans une Révélation
éternelle et successive. C'est cette Révélation que j'étudie dans les
religions antérieures et dans les philosophies positives; et, si j'ai
prouvc qu'une certaine loi suprême, formant le dessein de Dieu sur
l'humanité, est le fondement de toutes ces philosopliies et de toutes
ces religions, j'aurai au moins mis a découv ert ce que ces anciennes
religions et philosophies avaient de plus important et de vraiment
divin.
Je cherche a retrouver, sous des formes éphémères, transitoires,
caduques, et irrémissiblemont tombées aujourd'hui, l'esprit des
anciennes religions. Je montre l'idée moderne dans son germe anti-
que, la Révolution dans l'Évangile, et l'Évangile dans la Genèse. lie-
trouver les titres dedocttiue moderne de liberté, d'égalité, et de
fraternité, dans la profondeur des traditions, c'est donner plus d'au-
totité a cette doctiiue.
Accueillez donc avec bonté cet essai de conciliation entre la philo-
sophie moderne et les antiques religions. Couscn cz-moi toujours l'ap-
pui de v os conseils; et, si j'erre dans mes pensées, redressez-moi.
Je ne vous demande pas de me consener votre amitié

O ET IM14.M1I1IM ET DLI.CE DBCLS MELM

Palis, l"oclobic 18/10.

PRÉFACE.

i.

#
Ce livre vient à la suite de YEssai sur l'égalité, et en est la con-
tinuation.
Dans l'Essai sur l'égalité, j'ai démontré qu'il y a aujourd'hui
dans la conscience humaine un dogme nouveau, le dogme de l'éga-
lité. Ce dogme fait de l'homme actuel un être à bien des égards dif-
férent de l'homme antique, et de l'homme du moj en-âge. La haute
antiquité, l'antiquité 0105 enne, et l'époque féodale dans laquelle, il
estrai, nous sommes encore profondément plongés à bien des égards,
ont été la préparation de Ylumune nouveau que chacun de nous sent
aujourd'hui en lui-même, et que tous les faits dont nous sommes
témoins ti\ èlent déjà d'une manière si éclatante. Le genre humain,
suivant l'idée de Lessing, passe par toutes les phases d'une éduca-
tion successive il n'est donc arrivé à la phase de l'égalité qu'après
avoir passé par les trois sortes d'inégalité possibles, le régime des
castes de famille, le régime des castes de patrie, et le régime des
castes de propriété. Mais enfin il touche aujourd'hui à la limite de
cette dernière phase d'inégalité et lev oilà par conséquent au bord
de l'égalité. Il a fallu sans doute, il a été bon et nécessaire que
l'homme fùt ainsi successivement esclave de la famille, de la nation,
de la propriété. Mais enfin, son éducation s'achevant sous ce rap-

port,il commence à s'affranchir de ce triplesenage, il commence
à être homme. Inégalité était autrefois t.j non) me de l'idée d'hom-
me aujourd'hui c'est ei/atoi1 qui est cesj-iionjmc. Autrefois il fallait
être dans la caste pour être égal, pour avoir des égaux aujourd'hui
l'homme ne conçoit d'autre caste que lui même et tous les hommes.
Il se considère lui-même comme le tout, comme la caste universelle,
comme l'humanité. 11 est l'homme-humanité. Et devant la haute
idée qu'il a de son être et de sa nature, toutes les petites sphères
dans lesqnelles on \oudrait restreindre et emprisonner son droit,
n'ont pas droit à sesjeux. Mais, ue pouvant s'empêcher de rccon-
naître son semblable dans tout homme quel qu'il soit, il reporte né-
cessairement sur son semblable, quel qu'il soit, l'idée qu'il se forme
de sa propre grandeur; et, identifiant ainsi son droit a\ec celui des
autres, il est forcé par sa conscience de reconnaître à l'homme, en
tant qu'homme, le même droit qu'il veut pour lui-même. Homme
aujourd'hui signifie donc égal. Comment le citoj en de la caste anti-
que s'appelait-il dans la langue mystique do la cité ? Il s'appelait
Ainsi chez les Doriens, Sparte était la cité des égaux; les
Spartiates, les vrais Spartiates, ceux qui avaient droit au banquet
commun, à X Eucharistie, s'appelaient, dans la langue mystique de
la cité, les égaux c'était ]«ur nom ils étaient les seuls qui fussent
des hommes. Aujourd'hui, sur les ruines des castes, (les castes de-
tout genre, s'éltoe l'humanité. La loi religieuse de la caste, c'est à-
dire l'égalité et la fraternité dans ld caste est dc\ enue la loi religieuse
de l'humanité tout entière. Du moins, il en est ainsi déjà dans la con-
science humaine. Le principe est entre dans la conscience, a\ aut de se
réaliser dans le fait. En l'absence d'une réalisation érilablc du dogme
de l'égalité, ce dogme existe en nous, et \itd.ius nos consciences. Il y
plus; société actuelle, bien eu
a la (pic ce principe h'j soit aucune
façon réalisé, n'a pourtant, sous quelque rappoitqu'on la considère,
d'autre base que ce principe.
Voilà, au point de ^ue le plus général, le résumé succinct de l'é-
crit antérieur que je rappelle en ce moment.Dans cet écrit, j'ai
parlé du passé et du présent; je n'ai pas pai de l'avenu1. Après a\ oir
analysé le présent, et expliqué le passé qui a amené cc présent, je
me suis arrêté tout à coup devant l'avenir je n'ai osé ni piophéli-
scr ni dogmatiser.
Et pourtant il est é\ tdenl que je n'avais éciit sur le présent sur

le passé que pour conclure, c'est-à-dire en vue d'un enseignement
sur l'avenir. 11 est certain, dis-je, que dans ma pensée ce traité devait
comprendre trois parties, le présent, le paçsé, l'avenir. Mais arrivéé
devant t'avenir, j'ai clos le livre, et n'ai pas osé marcher davantage.
Pourquoi n'ai-je pas osé?
C'est que je me suisvu iorcé de faire comme les géomètres.
Les géomètres s'arrêtent quelquefois dans la suite de leurs raison-
nements. ils interrompent la chaîne de leurs déductions et de leurs
théorèmes, pour se résumer dans ce qu'ds appellent une scholie,
ou pour démontrer une proposition inteimédiaire qui leur est indis-
pensable, et qu'ils nomment un lemme.
J'avais besoin aussi, pour pousser plus avant, de me résumer
dans une scholie et de démontrer un lemme.

II.

C'est cette scholie et ce lemme qui font ensemble l'objet du pré-
sent écrit.
Après avoir marché à travers le labyrinthe du passé, et considéré
à fond la signification du présent, nous nous sentons entraînés vers
la cité future, nous voudrions pénétrer dans l'avenir. Mais, pour
franchir le passage, notre esprit a besoin de deux choses.
1" Il a besoin d'embrasser, par un retour rapide et sous une seule
et indubitable formule, lavie antérieure de l'humanité. Voilà d'a-
bord la scholie nécessaire.
2" Mais une pareille formule n'est pas tout. L'âme peut être éclairée
par l'étude du passé et du présent, au point de concevoir une cer-
taine loi de progrès qui lui fait pressentir l'avenir; mais il n'en ré-
sulte pas pour l'âme qu'elle aime à marcher veis cet avenir. Car
l'ame s'interroge sur elle-même, et se demande quel rapport il y a
entre elle et cet avenir de l'humanité qu'elle pressent, si cet avenir
est lié à son propre avenir. L'âme, comme Archiinède, demande un
point ti\e; et il n'y a que la religion qui puisse le lui donner.

III.
L'âme se dit
Voilà le passé; je le comprends mais ce passé, ce n'est pas moi.

c'est-à-dire Dieu en tant qu'ilse communique à nous. où dois-je me réfugier. en d'autres termes. peut donc seul nous donner ce point d'ap- pui que l'âme cherche pour savoir si elle doit s'attacher aux destins futurs de l'humanité. Suivant qu'on coni- . V. c'est-a-dire. ou s'en distraire et s'cn séparer. je le répète. une certaine intuition de l'essence même de la ie. ni le présent. répète-t-elle sans cesse. quitter le pur domaine de la politique et de l'histoire. en un mot. et.il se vantait qu'il remuerait le monde. dans la philoso- phie ce point solide qui nous est nécessaire. dans te but delui faire pressentir l'avenir. sera-ce donc moi? Serai-je sur la terre quand la justice et l'égalité régneront parmi les hommes? Et puisque je n'ai à ma disposition ni le passé. et à quoi puis-je me rattacher? Que suis-je?où siiis-jepoù vais-je? et d'où suis-jeveime? Ainsi l'âme s'interroge ou interroge ceux qui lui expliquent si bien le passé et le présent de l'humanité. de toute nécessité. Mais l'avenir. et un levier. nous ne saurions trouver ce point solide qui nous est nécessaire et sans lequel la force que nous sentons en nous n'est pas une force utilisable. pour chercher ailleurs. Dieu lui-même. entre moi et cet avenir. Hors de la religion.Le présent non plus n'est pas moi. demandait un point fixe. quelque faible qu'elle fût. avec une force. ne doit Otre cherché que dans la religion. ni l'avenir. Dieu est toujours notre base. ne m'agrée pas. entre l'humanité et moi? IV. Quel rapport. la base où tous les êtres viennent prendre leur point d'appui il est l'arc-boutaut où toutes les forces viennent s'étayer pour soulever les obstacles qu'elles ont à vaincre. Ce point solide. Archimède. s'il avait ce point fixe. Je m'explique à men cille pour- quoi ce présent ne me séduit pas. lui aussi. Il nous faut donc.

c'est-à-dire pour vivre et produire un effet. avec la grace de l'être au sein duquel et par lequel vit l'univers?1 Il en est de même du point fixe que nous demandons. une force qui demande à s'utiliser. le levier.prend cette parole. suivra nécessairement. L'effet. un point fixe ne faut-il pas tout cela dans la mécanique ordinaire? trouvera-t-on donc étrange qu'il faille aussi trois tenues analogues dans la mécanique morale La force. Ce n'est ni l'histoire. c'est l'idée du progrès. de l'accroissement possible de notre puissance sur la na- ture. pas plus que rien de fini ne pouv ait donner à Archimède son point fixe. ce n'est pas l'observation du présent. fournissent à cette force un le- vier dans la notion du progrès. qu'il y ait une force en nous. de l'humanité et du monde. où il voulait poser son levier pour faire agir sa force. demande à s'appujer sur quelque vérité morale incontestable. et qui . Que nous soyons une force. cela se sent. le point résistant. que demander ce point fhe. Ce n'est rien de fini qui peut nous le donner. Une force. l'observation du passé. c'est l'Être Infini manifesté dans nos consciences et dans son éternelle Révélation. Donnez- moi un axiome ontologique certain ce sera le point fixe. cela est évident. Il s'agit de voir s'il n'y a pas quelque point fixe. si ce n'est l'univers tout entier. on fait dire à Archimède une grande vérité ou une grande absurdité? Ne voit-ou pas. l'effet utile. ni la politique. Que l'étude du fini. en Dieu et ni nous sur lequel nous puissions nous appuyer pour le perfectionne- ment de nous-mêmes. de la possibilité d'une meilleure organisation des sociétés hu- maines. c'est nous. en effet. c'était demander le monde lui-même? Car qui donnera ce point fixe. du perfectionnement possible de nos facultés. VI. l'aucntion à ce qui se fait actuellement dans le monde. Ce n'est pas l'observation du passé. Ce qui peut nous le donner. qui le peuvent. et qui. qui peuvent nous le donner. de la possibilité d'une science de plus en plus grande de l'homme relativement à tous les mystères qui l'entourent. pour s'utiliser. où le sentiment et l'idée s'appuieront. cela est convenu pour tous. un levier.

Le le- licr. Ce qui manque. Que sommes-nous. VII. et v ivons d'une vie commune. c'est Je besoin incessant que nous a\ons de livre. je le répète. c'est l'axiome on- tologique dont je parle. comme dit Jésus. c'est 1. Ce n'est. L'antique injthe de la Bible juive nous faisait tous solidaires eu Le Christianisme s'est enté sur cette solidarité. sur l'èlre. mo- rale et sociale a la fois. et sa propre his- toire. Il n'y a pas à faire de philosophie. générale- ment admis. ou plutôt. quel est l'objet (le notre lie? On loit que par ce mot d'axiome ontologique j'entends quelque chose d'assez différent de cette science abstraite et tronquée qu'on appelle quelquefois dans les écoles actuelles ontologie. La force. et lui-même cela est encore aujourd'hui reconnu. qu'est chacun de nous en Dieu ? Quelle est la volonté du créateur eu nous donnant l'être à cha- que moment de notre existence? Où est notre vie. autant que Y infini peut se promet. qui nous manquent.1 communion du genre humain. etje m'efforce . Laérité. Jésus-Christ. J'accepte donc l'idée qui est au fond de ces mjthes. ou. ni la force. l'art. ce point fixe. la solidarité mutuelle des hommes. Or donc. que chacun aujourd'hui croit incessamment perfectibles.et dont je vais essayer d'apporter une démonstration. C'est un axiome religieux. ni le lei icr. C'est un axiome sur la v ie. consenti par tout homme qui réfléchit et qui pense. si l'on ne brise à chaque instant les absurdes barrières que les psi chologues modernes ont établies entre leurs élucubrations abstraites et tie. est un mjlhe correspondant au mjthe d'Adam. en d'autres tenues. d'une vie une. c'est-à-dire la vie religieuse.cachent encore à ses yeux et les choses naturelles. diimnatcur de sa race par solidarité aussi et réversibilité. Adam. c'est qu'en effet nous sommes tons solidaires. que je crois démontrable autant que la rie peut se démontrer. c'est l'industrie. san- icur de l'humanité par loie de réiersibilité et de solidarité. qui nous manque. la science.

que je me suis aper- çu du rapport qu'elle a avec l'antique théologie. .d'en démontrer la érité par des raisons philosophiques et de l'ordre naturel. et ce n'est qu'après avoir trouvé cette vérité par mes propres inductions. C'est là le lemrne dont j'avais besoin. J'espère que ce rapport ne fera pas perdreà celte mérite autorité et crédit auprès de certains lecteurs.

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INTRODUCTION. .

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ou d'une façon nécessaire? En d'autres termes. ou n'est-ce rien qu'une abstraction de notre esprit? Y a-t-il un être collectif . quel est son devoir. Letitre de cet ouvrage indique assez la nature des ques- tions que nous nous proposons d'examiner. ou est- il persistant et éternel comme cet être l'est en lui-même? Qu'est-ce que la nature humaine considérée comme compre- nant tous les hommes? Est-ce quelque chose. Qu'est-ce que l'homme. INTRODUCTION. quelle est sa destination. quelle est sa loi? L'homme est-il lié aux autres hommes ses semblables fortuitement. DESSEIN DE CE LIVRE. et par conséquent quel est son droit. DE L'HUMANITÉ. le lien qui unit les hommes entre eux est-il fragile et éphémère comme la ma- nifestation actuelle de leur être qu'on appelle leur vie.

puisque nous sommes tous revêtus de ce ca- ractère d'hommes. à la vérité progressive. ou qui pourront s'y succéder encore? oili de graves problèmesest-il nécessaire de les résou- dre.Humanité. existe-t-il autrement que comme la série. on peut dire que ces problèmcs. à propos de sa vie privée. s'offrent naturellement à tous les esprits un peu sérieux de notre époque. dites-vous. La philosophie de l'histoire y conduit. nous nous contentons de les entrevoir à la dérobée sans y arrêter notre esprit. pour peu qu'on réfléchisse? Je dis plus. des gé- nérations qui se sont succédé jusqu'ici sur la terre. de ses plaisirs. la politique aussi. et de morale. et se dressent devant nous. Mais où se . Vous ne voulez pas vous occuper de pareils pro- blèmes. ou même est-il bon de les aborder? Il esl si nécessaire. que» c'osl parce que ces questions ne sont pas résolues. sous une forme ou sous une autre. t. au reste. en ont été et en seront le fonds éternel. Comment donc y échapper. ^us vivez. que nous n'a\ons aujourd'hui aucun principe solide de religion. nul ne peut échapper absolument à ces questions. vous cherchez votre bon- heur. suivant nous. de politique. il n'y a pas un homme. de les résoudre. ou n'y a-t-il que des individus hommes? Cet être collectif. au moins d'une façon indirecte et sous des voiles. qui ne se voie forcé de se poser ces questions. Quant à la religion. en effet. et par conséquent influente. sans songer autrement à la philosophie. Ces questions. de ses affaires. Et en effet. ces problèmes sont tou- jours sur notre route. quelque peu philosophe qu'il soit. s'il existe. la plupart du temps. Quoi que nous fassions. Seulement. quelque ardues qu'elles parais- sent.

je vous prie. et Jésus. Comment al- lez-vous. et bien d'autres. dans votre appétit du bonheur. Qu'ètes-vousdonc les uns par rapport aux autres? Êtes-\ous des frères. vous traiter les uns les autres? Voilà. et qu'est-ce que l'humanité? La philosophie a toujours. ce double caractère . et le problème de la morale vous conduit au problème de la politique et au problème de la religion. une question qui intéresse essentiellement votre bonheur à tous. et qu'il n'y a que le despotisme de la loi qui puisse établir la paix et un semblant de morale parmi vous. Vous êtes hommes donc votre bonheur. vous rencontrez les autres hommes occupés de la même recherche. sont intéressés au premier chef dans cette question générale Qu'est-ce que l'homme. en effet. dans votre recherche du bonheur. vous disent fils de Dieu au même titre. chacunà son point de \uc. prétend avoir découvert que vous êtes naturellement loups les uns pour les autres Homo Uomini lupus. votre intérêt. le bonheur? Ne savez-vous pas que précisément l'objet primitif de la philosophie est de déter- miner où git le bonheur? Vous cherchez le bonheur. vos passions.trouve. Vainement donc vous nev oudriez voir dans la vie que ce que ce vous appelez votre bonheur individuel. en vous considérant agir. Vous ne pouvez donc respirer ni agir sans vous poser le problème de la morale. votre égoïsme. votre égoïsme. Socratc. votre intérêt. Mais. comme les castors et les abeilles: zso» «liraiv. ou êtes- vous des ennemis? Aristote tous définit des animaux poli- tiques et sociables par instinct. vos passions. ce me semble. et vous conseillent de vous traiter en frères Aimez voire prociuiin fomme rmis-même tandis que Ilobbes.

à écrire. qui va m'occuper dans ce livre. et à quelles conditions il nous est donné. à poser précisément le problème général de humanité. dans Y Encyclopédie Nouvelle. par la pente irrésistible des idées. C'est une question d'in- térêt domestique et privé pour chacun de nous qu'il s'agit de vider ici ou d'éclaircir. les pensées qui me viendraient sur le mot Bonheur. et toute la mécanique céleste n'a-t-elle pas. Cela est si vrai. en le rattachant à tous les phénomènes analogues de l'univers? De même. si simple qu'on l'imagine. 11 s'agira ici de l'humanité. pour y revenir ensuite après un immense détour. sous ces questions abstraites. il y a déjà quelques années. en définitive. il n'est pas mie question de vie pratique. je fus conduit. pour but de jeter quelque lumière sur ce phé- nomène d'une pierre qui tombe. d'être plus heu- reux ou si l'on veut. Car.de partir des choses les plus communes et des faits les plus ordinaires. nous poursuivrons un intérêt très positif et nullement ab- strait. Une pierre qui tombe ne donne-t-elle pas lieu à toute la mé- canique céleste. qu'ayant eu. Je prie le lecteur de souffrir ici la citation de l'écrit dont je parle ce sera la plus naturelle introduction que je puisse trouver à mon sujet. donc il s'agira de notre bon- heur à chacun. pour but la pratique même de la\ie. moins malheureux que nous ne le sommes dans nos sociétés actuelles. en définitive. au fond. et par une suite de déduc- tions certaines. nous chercherons s'il nous est donné. et qui ne nous conduise ainsi aux plus difficiles ques- tions de la philosophie et réciproquement les dogmes de la philosophie ont. . qui n'entraîne notre esprit à sonder les mystères les plus pro- fonds. Réellement.

si je puis employer cette compa- raison. le Stoïcisme. leur folie. en un mot. Ce . après avoir toutes quatre contribué. qui à son tour nous répugne à cause des mêmes défauts. égale- ment faibles. et nous fait bientôt retourner d'effroi à l'autre pôle. et par suite nous ballottent entre elles. et qu'on les preud'pour eux-mêmes et en eux-mêmes. par leur faiblesse. soit par leur vertu intrinsèque. au perfectionnement de l'humanité. comme on va le voir. mais pourtant vaincues en elles-mêmes et condamnées toutes deux. en effet. comme un liège est ballotté entre deux électricités contraires. sont ce que l'on appelle aujourd'hui lc Spiritualisme et le Matérialisme. nous attirent successivement et nous repoussent. et qu'il en est résulté. leur inanité. soit en se combattant et se réfutant. conduit nécessairement d'abord à la philosophie et à la religion. en définitive deux principes imin- cibles l'un pour l'autre mais néanmoins également condam- nés aujourd'hui par la raison. qui est la question de chacun de nous. le Christianisme. Ces deu\ tendan- ces. et qui. sont aujourd'hui épuisées. je prétends que la question du bonheur. Dans cet écrit. séparément du principe adverse. la question spéciale que chacun se fait et doit se fai- re. Elles nous repoussent. qu'elles se sont mo- difiées mutuellement dans le cours des siècles. l'Lpicuréisme. chacune. et nous jettent ainsi un instant dans le sein du principe contraire. deux tendances. par cette puissance relative et cette impuissance absolue. dans notre Oc- cident. soit en se mê- lant et s'amalgamant. savoir le l'la- tonisme. invaincues l'une pour l'autre. également impuissants. soit par leur opposition réciproque. Je prétends de plus que les diverses doctrines sor- ties de cette question fondamentale. qui. quand on ne les emploie pas à se détruire l'un l'autre. sont au nombre de quatre principales.

mais hors de nous. Nous commencerons donc par cette question Qu'est-ce que le bonheur ? Elle nous conduira à celle-ci Qu'est-ce que {"humanité? Je vais répondre à la première dans cette intro- duction. on a deux sentiments légi- times et vrais. cette dernière question est précisément celle que je me suis posée dans le présent ouvrage. susceptibles de se concilier et de se réunir dans une nouvelle conception de la vie. Je soutiens donc encore dans cet écrit que la synthèse qui doit réunir ces deux tendances actuelles de l'esprit humain sortira. mais qui. dans les autres hommes nos sem- blables et dans l'humanité. car. . ré- sumée en quelques pages. et en quoi consiste le lien qui unit l'homme individu à l'humanité? Or. quant à ce qu'elles ont de plus important. de la révision de cette ques- tion Qu'est-ce que la vie? quelle est la vraie notion de la vie? Et. tout adverses et inconciliables qu'elles soient dans leur forme actuelle. prouvant que notre vie n'est pas seulement en nous. Ainsi dès lors je réunissais. comme les philosophies précédentes.sont deux idées également fausses. j'arrive au bord de ce problème Qu'est-ce que l'humanité. les prémisses nécessaires du sujet que je me propose de trai- ter aujourd'hui. en dépouillant de sa forme fausse le sentiment qui est au fond de chacune de ces idées. L'histoire véritable des philosopuies antérieures. aspirent pourtant à se réunir dans une synthèse nouvelle. pour ainsi dire à mon insu. l'introduira de plain-pied dans le problème que nous voulons soulever devant lui. J'essaierai ensuite de répondre à l'autre dans le livre. Je regarde donc comme nécessaire aussi que le lecteur me suive d'abord sur ce terrain du bonheur et des doctrines auxquelles la recherche du bonheur a donné lieu.

et gaudio dixi Quid frustra deciperis? Pindare appelle la vie de l'homme le rêve d'une ombre et Shakspeare a dit Le bonheur. Ensuite la lave avait coulé de nouveau. à le bien prendre. § 1. et tous. S'il nous plaisait de faire ici un long recensement des té- moignages du passé. et toujours englouti les générations humaines. que d'avis solcnnels sur la tristesse de la condition de l'homme Salo- mon. C'était sur le bord de la kue. à la limite d'une ancienne inondation du volcan on avait relevé une colonne pour y écrire ces mots solennels. que le bonheur est une chimère. ils ont souvent averti la postérité mais la lave a toujours coulé. reslra rcs agilur! J'ai toujours été frappé de cette inscription qu'un voyageur dit avoir rencon- trée en montant an Vésuve. conclut que tout est \anilé et mensongeliisum reputari errorem. et englouti plus loin les fleurs et les campagnes. Le bonheur absolu n'existe pas. Les philosophes ont souvent disserté sur ce sujet. nous verrions les philosophes et les poètes tous d'accord en cettevérité. Le bonheur est l'affaire de tout ce qui respire. Posteri. A quoi avait donc servi l'inscription? Je me la rappelle en écrivant ce mot bonheur. c'est de n'être pas né. DU BONHEUR. Depuis Job jusqu'aux poètes de notre temps. après avoir éprouvé toutes les félicités. posteri. .. confesseraient que le bonheur n'est. nous les ferions tous apparaître. le front triste.

et Horace répète sur tous les tons que la vie est courte et fugitive Linquenda to]lus. des ac- cents d'une profonde mélancolie. Anacréon trouve la cigale plus heureuse que l'homme. bien à tort il est vrai.et placens Uior. Ce même Horace commence ses Satires par reprocher auv hommes qu'aucun d'eux n'est content de son sort Qui lit. nul n'est heureux car si d'un côté le \ul- gaire se rend inévitablement malheureux par sa faute. Combien de fois Voltaire ii'a-l-il pas écrit. Si . à qui l'on a fait. la réputa- tion d'un homme content. iauduL dheisii seiiuejitcs? Ainsi. un mirage moral qui égarera toujours ceux qui pen- seront y rencontrer de la réalité. suivant lui. comme chez les an- ciens.qu'une apparence trompeuse. d'uu autre côté le sage est condamné a avoir continuellement les yeux sur la fragilité de toute chose. smi fors objecerit. les plus charmés du séjour de la terre ont. illa fioiitcntui vivat. s'il est permis de parler ainsi. sous toutes les formes « Bouheur. Nous retrouvons chez les modernes. Ëpicure. soutenait que nos plus grands contentements ont leur siège dans la mémoire. Mœceiuis. Quant aux poètes. le même consentement pour attester que le bonheur n'est qu'une idée saus réalité.el(lomus. qui trahissent le secret de leur âme. au milieu de leurs joies. et qu'ils dé- pendent uniquement du souvenir des choses passées. les plus heureux en apparence. afin d'apprendre a goûter et a tolérer la lie. et. et à savourer pour ainsi dire la mort. chimère. Parmi les philosophes. ut nemo (piam sibi sortem Seu ratio dedpiit.

isbonne il écrivitvingt autres ouvrages contre l'axiome que tout est bien 0 malheureux mortels.ux assemblage ellroyable D'inutiles douleurs éternel entretien etc. Les maux de l'humanité (et ceci est peut-être sa plus grande gloire) le frappaient et le désolaient à tel point. en établissant que l'ordre de la Nature est parfait en lui-même. Il avait beau faire. le plus grand dialecticien qui ait jamais écrit. le bonheur n'est pas fait pour ce » globe terraqué cherchez ailleurs (1). que la condition de l'homme est ce qu'elle doit être. il avoue qu'aucun phi- » losophe n'a pu jamais expliquer l'originc (lu mal. » s'écrie-t-il. de découvrir un remèdeà nos maux. que de les nier. mais il » n'y en a point. mais si par là on entend autre chose. Yoltaire ne put se tenir à ce système. « II avoue. et nous sommes réduits à rechercher tris- » tcment leur origine. qu'il jouit de la seule me- sure de bonheur dont son être soit susceptible. a\cc toute la » terre. il y a du bonheur en effet. dit-il. (2). qu'il aimait mieux parfois être inconséquent et paraître retourner à la révélation. il écrivit Candide. « Il serait bien plus important. (1) Dictionnaire Philosophique. ô tened^ploi ablu Ode tous les fl«5r.on donne le nom de bonheurà quelques plaisirs répandus » dans cette vie.Bolingbroke et Pope avaient pré- tendu échapperaà la théologie. (2) l'oeme sur Lisbonne. le malheur de la condition humaine se retrou- vait toujours devant lui. qu'il y a du mal sur la terre. » Cette question et tous les problèmes qui s'y rapportent venaient le troubler au milieu de ses attaques contre le Christianisme. il avoue que Iia\le. . il écrivit son Poème sur l.

Il » déclare d'avance que c'est à un petit nombre d'esprits d'é- litc que ses leçons pourront convenir. loiuclll. Ses leçons. Fontenelle. à l'entrée du dix-huitième siècle. que tous les philoso- » plies ont embrouillé. c'est qu'en se bornant au bonheur même le plus mesquin.» n'a fait qu'apprendre à douter. voilà tout son horizon. comme Bolingbroke et tous les purs déistes. ne connaît pas autre chose que la nature et son ordre immuable. « Ap- prenons. Lue infinité d'hommes sont dans des (1) PiMlce du Poèinu diir Lisbonne. » Avant Voltaire. Son art d'être heureux consiste à s'arranger le moins mal possible au milieu des calamités innombrables qui nous entourent. sa philosophie est dénué d'idéal. Il dit que la révélation » seule peut dénouer ce grand nœud. Leprésent. Lui aussi. « C'est l'étal. il dit que l'espérance d'un dévelop- » peinent de notre être dans un nouvel ordre de choses peut » seule consoler des malheurs présents. sont des leçons d'égoïsme mais ce n'est pas ce qui nous importe ici. (2)()Eii\ra. combien il est dangereux d'être homme. et que la bonté de la Providence est le seul asile auquel l'homme puisse re- courir dans les ténèbres de sa raison et dans les calamités » de sa nature faible et mortelle (1). .. et » comptons tous les malheurs dont nous sommes exempts » pour autant de périls dont nous sommes échappés. » il avoue qu'il y a autant de faiblesses dans les lumières de » l'homme que de misères dans sa vie. mais ceci est trp-s-fâcliem pour » Je genre humain. et qu'il se combat lui-même. avait discouru sur le bonheur (2). il faut bien le dire. Fontenelle trouve encore le bonheur presque impossihle et refusé à la presque totalité dit genre humain. » dit-il. Ce que nous voulons constater. qui fait le bonheur. dit-il.

on le reconnaîtrait » entre tous les autres hommes à une espèce d'immobilité » dans sa situation. et la nature nous ayant laissés i la merci de tant de maux. un nombre presque » aussi grand sont incapables de se contenter d'aucun état » les voila donc presque tous exclus du bonheur. ont poussés depuis trois siècles. Celui qui voudrait fixer son » état. et » non pas pour en sortir. sous l'habit d'Hamlet. faut-il nous étonner des cris de désespoir que des hommes plus passionnés que lui. mais parce qu'il serait » content. Il était évident que la réalité étant si triste. depuis que le Christianisme n'a plus été là pour leur montrer le Ciel ? Est-il étonnant que Shakspeare. et il ne » leur reste pour ressources (lue des plaisirs. c'est-à-dire » des moments semés ça et là sur un fond triste qui en sera » un peu égayé. repousse si durement l'amour de sa maîtresse? Est-il étrange que. Les hommes. non par la crainte d'être pis. nous ayons en- tendu toutes ces lamentations qui depuis vingt années re- tentissent à nos oreilles comme un citant de l'enfer? Ce que Byron et tant d'autres avec lui nous ont révélé de douleurs était implicitement renfermé dans les aveux de Fontcnvllc et de l'oltaire. Mais cet homme-là a-t-il paru en » quelque endroit de la terre? » Si un philosophe aussi sec que Fontenelle trouve le bon- heur si difficile et son existence si problématique. repren- » nent les forces nécessaires à leur malheureuse situation » et se remontent pour souffrir.» états qu'ils ont raison de ne pas aimer. et nous tramant sans Ciel en présence de cette terre où germe si difficilement le bonheur. et moins heureusement doués pour ce bonheur négatif dont il se contentait. mériterait le nom d'heureux. dans ces moments. il n'agirait que pour s'y conserver. . la croyance au paradis étant tombée.

que rien ne pouvait remplir. parce que tout en nous est changeant et périssable. Comme des coursiers qui manqueraient tout à coup sous leurs cavaliers. Et ce n'est pas encore leur fragilité et lcur imperfection seules qui font notre souffrance le même ver qui les dé- vore nous dévore nous-mêmes. autour de nous. où habite avec nous la douleur et la mort? Tout ce que nous aimons étant périssable. les vagues de nos passions qui nous portent s'affaissent con- tinuellement. et. la véritable mort. et. Mais ce n'est pas seulement parce que tous les ob- jets du monde sont changeants et périssables que nous souf- frons c'est encore parce qu'ils sont si misérablement im- parfaits. tout est combat. tout . nous souffrons parce que nous sommes nous-mêmes horrihlement imparfaits. nous serions désespérés.i la Nature. Confessons donc franchement que le bonheur nous est re- fusé du moins dans notre vie actuelle. comme on dit. sur cette terre. nous abandonnent sur des fonds desséchés. et. Il faudrait donc ne rien aimer pour ne pas souffrir Mais ne rien aimer est la mort de notre âme. en nous brisant. se retirent. Le bonheur le plus ardemment désiré. quand il est obtenu. nous sommes assurés de souffrir. soit que nous sor- tions de nous-mêmes pour nous attacher à quelque objet extérieur. après nous avoir élevés. Ainsi. continuellement exposés à souffrir. soit que nous nous détachions de tous les objets que le monde nous offre à aimer. qu'ils ne sauraient remplir notre soif de bonheur.une fois que nous ne croirions plus qu'a la réalité présente et . par notre amour. nous nous trou- vons ainsi. effraie l'âme de son insuffisance. la mort la plus affreuse. Notre cœur est semblablc an tonncau des Dauaïdes. Et comment en effet pourrions-nous le rencontrer en cette vie. En nous donc.

dans le temps ou dans l'espace. rendent également témoignage de la vanité de ce mot bonheur. et jusqu'à un oiseau qui passe sur le champ de bataille. Admirable tableau. tandis que le soleil s'éteint tristement à l'horizon. sous ses deux dimensions c'est un réseau de mal.est lutte. il fallait donc en profiter. nous y voyons tout en guerre les espèces se dévorent. il fallait donc en jouir. il fallait donc exalter la réalité aux dépens de leur idéal. que cela ressemble à ce tableau de Salvator. tout est frappé tout meurt. le grand théologien. a résumé d'un mot cette doideur universelle de la Nature quand il a dit Omnis creatura ingcmiseit. . Toutes les antiques religions ont eu des mythes pour exprimer cette idée. les éléments luttent en- semble la société humaine est à bien des égards une lutte continuelle et une guerre. Combien de philosophes ont trou- vé que le plus cruel ennemi de l'homme était l'homme Le monde que nous habitons n'est formé que de ruines. Pourtant le mépris qu'on faisait du Ciel a ces époques aurait dû tour- ner au profit de la félicité terrestre. dans un affreux ravin. Que nous le prenions. Si nous considérons le monde. où hommes. où tout tue et est tué en même temps. ce monde. si bien tissé et si plein. les siècles d'incrédulité. Paul. sublime expression de la mélancolie que le mal moral et le mal phy- sique répandus dans le monde peuvent jeter dans notre âme S. chevaux. de destruction. sous un ciel pâle. on ne croyait qu'au présent. le grand poète. et nous ne pouvons y faire un pas sans détruire. et de carnage. On voulait détrôner des religions vieillies. Et la théologie chrétienne n'est pas la seule qui ait con- staté ce gémissement de toute créature. on n'avait que la terre. et nous venons de voir que les siècles dits de lumières et de philosophie.

nous ne pouvons être qu'à la condition d'être en rapport soit avec le monde extérieur. ce me semble. si nous ne prenions notre parti de ne pas y croire. qu'une sorte de mirage moral. en fin de compte. ce serait. raison. et nous ferait marcher de déception en décep- tion.Comme le sage Fontenelle. comme nous l'avons dit en commençant. Si le bonheur n'existe pas. car il est facile de se con- vaincre que le mal est nécessaire. on a pris la vie pour une trou- vaille. et on s'est montré peu difficile avec elle. on a été forcé d'a\ouer que le bonheur n'était pas fait pour l'homme. Lorsque . qui nous égarerait incon- testablement. on a concentré toute son attention et rassemblé toute sa prudence sur soi-même. on a appelé cela sagesse. on a mis tout son génie à être égoïste avec art. soit avec les idées internes que nous nous sommes faites a nous-mêmes. Un second pas dans la sagesse.· En effet. le commencement de toute sagesse est de ne pas croire au bonheur. cette mère aveugle qui remplaçait la Providence on a donné le moins de gages qu'on a pu à la fortune. Et c'est il quoi la réflexion nous conduit. philosophie: et. de faire ce sacrifice avec courage et résolution. oilà donc un premier point bien constaté c'est que le bonheur n'est. dans l'état ac- tuel de nos manifestations. le mal est la condition même de notre personnalité et de notre existence. g 2. Le mal est nécessaire. Prenons d'abord le premier mode d'existence. et qui d'ailleurs ont leur source dans nos précédents rapports a\ec ce monde. et que. on s'est fait peu exigeant à l'égard de la Nature.

pour nous comme pour le monde. Qui modifierait donc le monde? qui le ferait mouvoir ? Prenons maintenant notre second mode d'existence. nous serions de pures ma- chines. leur muabilité est également nécessaire pour . il faudrait que le monde extérieur s'arrêtât et s'immobilisât. dont le repos nous satisferait et nous remplirait. nous agirions par instinct comme font les animaux. aucune activité. Nous n'aurions plus par conséquent ni activité. la mort. Pour qu'il le fût absolument. N'est-il pas évident en effet que si nous étions toujours en rapport avec les mêmes idées internes accumulées en nous. et nous arriverons au même résultat. ni person- nalité. sa muabilité est nécessaire pour nous faire sentir notre existence. conséquemment aucune rai- son d'intervenir dans le monde. relativement au monde extérieur. avec les mêmes désirs. Mais alors nous n'aurions plus de désir. llesterait donc que le monde extérieur.le rapport avec le monde extérieur nous est agréable nous rappelons plaisir. l'inertie. changeât de telle façon que jamais il ne vînt nous causer aucune peine. pas de désir. puisque nous n'aurions plus aucune raison pour modifier le monde. et relati- vement à notre monde intérieur. nous serions fatalement dirigés et déterminés? Donc. aucune personnalité. Nous entendons par bonheur un état qui serait tel que nous en désirassions la durée sans changement. qui change sans cesse. Ce serait donc le repos. Or soyons ce qui arriverait si un tel état était possible. ou plutôt que tous ses changements fussent pour nous une source de plaisir. Mais dans cette hy- pothèse encore. avec les mêmes pas- sions. c'est-à-dire à nos idées et a nos passions. mais cet état passager n'est pas le bon- heur.

tu vivais encore dans son sein. Si ce mythe était vrai. mais cette innocence n'était même pas sen- tie de toi.créer notre liberté et notre personnalité. comme on le prétend car nous aurions échangé le bon- heur pour l'activité. tu n'étais encore qu'un appendice de ton Créateur. abusant de la nécessité du mal. a dit anathème à la terre. la réparation et la béa- titude. Le malheur absolu est aussi eliimérique que le bonheur absolu. tu n'existais pas. c'est accepter le mal. le bonheur et l'innocence. De même que dans un opéra où trois décorations successives changeraient le lieu de la scène. Tu pouvais être en effet dans l'innocence. c'est le néant que vous désirez. elle a imaginé trois mondes. O homme s'il est \rai que tu aies commencé par le bon- heur. la faute et le malheur.\ous imaginez le bonheur absolu possible. La théologie chrétienne. II a été providentiel que l'humanité se (i\àt pendant plu- . entraîne l'existence du mal. \ouloir vivre. nous ne serions pas même dârhus. Donc le fait même de la vie. c'est-à-dire non seulement à la Nature tout entière. Refuser le mal c'est re- fuser l'existence. pour la vertu. comme le dit ce mythe. si différents que de l'un à l'autre on ne passe que par un abîme et un mi- racle l'Kden primitif. Non. le Paradis. telle qu'il nous est donné à nous hommes de la sentir. mais encore à la vie telle qu'il nous est possible de la comprendre. c'est-à-dire pour la véritable vie. § 3. comme le dit un mythe célèbre. pour la personnalité. la terre. pour le mérite.

entre la vie présente et la vie future. et qu'on a fini de- puis trois siècles par ne plus croire ni à l'tèden ni au Pa- radis. qui. Le mal comme nous venons de le dire. qui nous a créés. Là est l'erreur. mais cette croyance n'est qu'un mythe. caractérisé d'une certaine manière. elle est dans la caractérisation de chacun de ces trois termes. cache une vérité. sans avoir besoin de l'aiguillon du mal. c'est que la vie présente s'est moquée de l'anathèmp jeté sur elle. Paul et S. pour ainsi dire. puis uneMe active sans douleur. qui. Aussi qu'est-il arrivé? C'est que la Nature a toujours conservé ses partisans.sieurs sièclesà cette croyance. C'est le terme du milieu. a été incomplètement appréciée. a forcé de caractériser les deux autres comme on l'a fait. L'erreur. si nous savons créer en nous une force \e qui nous permette d'agir et de per- fectionner la vie humaine et le monde. Mais. une vie active et douloureuse. est nécessaire c'est lui. Assurément la vie présente n'est qu'un prodrome à la vie future. La terre. les chrétiens ont . après une vie inconsciente. qui égorgèrent leur père voulant le rajeunir. comme tous les mythes. Les grands théologiens S. sous le rapport du bien et du mal. Mais la conclusion est aussi que le mal devient de moins en moins nécessaire. la Nature n'est pas aussi corrompue qu'ils le disent. c'est lui qui a fait notre personnalité. sans lui notre conscience n'existe- rait pas. donc. Augustin ont beau mé- dire de la Nature. y a-t-il. La \\c présente n'est pas uniquement dé- vouée au malheur. et de là est venu et l'Édcn chimérique et le Paradis chimérique. Pabîine que les chrétiens avaient imaginé? Comme les filles de Pélias. c'est-à-dire la vie telle que nous la connaissons. n'est pas dans cette suite qui nous montre.

Leur empressement d'immortalité a nui dans la suite à l'idée inOme de l'iininortalilé de notre être. Ce monde n'est pas venu. mais l'ordre. à l'imerse. on rencontre non pas seulement la nécessité. Dans ce que nous allons dire. en sorte qu'on pourrait appliquer à cette bâte de bonheur sans mélange le beau vers de Juvénal. tout est ordonne suivant les lois d'une géométrie irréfragable.illie pas de l'œuvre de Dieu en général. tandis que tant de philosophes l'ont jugée parfaite de tout point. propter vitam. nous aurions plutôt raison de soutenir qu'il n'y a pas de mal dans le monde. sur la noblesse) dit qu'ilfaut proférer l'idéal à la vie Summum crede nefas animam prœfet-re pudori. mais continuellement après un effet que nous serions tenté d'appeler le mal. (1) Juvcnal (Sat. que de dehheùlcr de toute inimité la Mepi&ente. Non seulement tout est arrangé. comme ont fait les chrétiens ascètes. Puis devait venir un monde inaltérable. ùvemli perdere causas. en en détournant le sens(l) Et. Car. et par conséquentla ueidéale même. de quelque côté qu'on se tourne. telle qu'il nous est donné: delà comprendre. c'est manqua la \ic. incorruptible et définitif. de cette œmit que les chrétiens ont supposée maudite avec nous et à cause de nous. Apprécions donc sainement la vie présente sans craindre de nuire par la à soifd'immortalité. dans les lljinmes du jugement dernier. vivendi perdere causas.3 Et. propter \ilam. Mais. nous voyons se produire un autre effet que nous appelons le bien. . Il est assez clair qu'on prenant la question par rapport au tout.jeté la\ie.

Ce n'est pas de l'ensemble. il est par là même justilié. c'est de l'hu- manité qu'il s'agit ici. Paul a dit que toute créature gémit. le sommeil. Non. Les poètes et les peintres nous ont montré les Heures dan- sant en rond ainsi se succèdent tour à tour le bien et le mal dans la vie de chaque être. n'est donc même pas assez fort. ce premier effet que nous appelons un mal pourrait paraître uu bien. L'argument de Leibnitz. Dieu n'a pas maudit ni délaissé ce monde car si nous y rencontrons partout la douleur et la mort. puis la vie reparaît. le repos. car il suppose trop de mal dans l'ensemble. àun spectateur placé a un autre point de vue. Qui est-ce qui ignore l'empire du temps sur les plus pro- fondes douleurs? . mal dont nous ne pouvons avoir aucune certitude. Cette imperfection même que nous avons pour le plaisir. Qu'il s'agisse de dou- leur physique ou de douleur morale. c'est de la vie particulière des créa- turcs. Or si S. même pour nous. C'est de l'homme. nous l'avons aussi pour la douleur. on pourrait dire avec autant de raison que toute créature sourit. de l'œuvre générale de Dieu. A un certain point la faculté de souffrir nous manque vient alors l'aflaissemcnt. nous ne sentons plus au-delà d'un certain degré. que si le premier effet a été nécessaire pour produire le second. Mais encore une fois je ne traile pas ici cette question. et que le plaisir brille dans le monde comme la douleur. partout aussi nous y rencontrons le plaisir et la vie. Tous les arguments que nous rassemblions tout à l'heure* contre la vanité du bonheur absolu se retournent contre la prétention du malheur absolu sur la terre.Donc.

ou même la font disparaître. lui résistent. qui. lors même que nous ne serions pas préservés par la Nature d'un malheur continu et sans relâche nous le se- rions par la faculté qui nous a été donnée de nous souvenir. Nous en sommes garantis par cette instabilité même de toutes choses qui règne dans le monde. de même que le souvenir d'un plaisir passé em- porte ordinairement avec lui le regret. les transforme et en tire des joies. par d'autres voies. Le souvenir d'une douleur passée est accompagné de satis- faction. Nous en sommes garantis par nos passions mêmes. en nous. par nn profond mystère. Nous avons donc en nous naturellement un remède au malheur. en souvenirs agréables El hœc meminisse juvabit Ainsi. amassant en nous nos douleurs. en nous relevant pour . deviennent salutaires de même. La foudre qui écrase. après plus ou moins de temps. se succédant les unes aux autres. à mesure qu'il nous arrive. la douleur amène des développements de passions qui luttent contre elle. les poisons les plus funestes. Il s'opère continuellement en nous. le même phé- nomène de transformation du mal en bien qui a lieu dans le inonde. Les poètes u'out-ils pas toujours chanté le charme de la mélancolie? Qui ne sait pas que nos douleurs se transforment. nous font échap- per au sentiment de leurs chutes. qui. Concluons donc que le malheur absolu est aussi impos- sible que le bonheur absolu. Nous en sommes garantis par notre mémoire. Mais cette faculté ne se borne pas à la mémoire. dans cette puissance de la vie qui transforme en bien le mal. combinés d'une certaine façon. lui font équilibre. rend la terre féconde.

ce système des compensations naturelles dans les des- tinées humaines.nous emporter à d'autres combats et à d'autres revers. il est certain que la vie humaine est un mélange de bien et de mal. des grands sei- gneurs. aussi faux que pernicieux et contraire à tout perfectionne- ment. puis l'opti- misme religieux de Leibnitz. de même que le Christianisme avait abusé du mal qui entre nécessairement dans la com- position de notrevie. mais en restant dans l'ordre de la Nature. Ce furent. si répandu aujourd'hui et si trivial?. il faut bien le remarquer. les philo- sophe» ennemis du Christianisme ont conclu que nouk avions tort de nous plaindre de la Nature. car le Protestantisme était déjà jusqu'à un certain point fin retour à la Nature. et qu'elle ne peut jamais devenir d'une manière absolue heureuse ni malheureuse. tels que le comte de La Rochefoucauld et milord . indépendamment (les ressources que nous pou- vons tirer de la vertu et sans entrer dans l'ordre religieux. Est-ce à dire qu'il nous faille adopter cet optimisme. et ils ont pré- tendu réhabiliter complètement cette Nature que le Chris- tianisme avait maudite. Donc. De ce que le malheur absolu est impossible. puis l'optimisme épicurien dont nous parlons. L'Kpicuréisme a abusé des ressources que la Nature nous a laissées contre le malheur. Aussi après le Protes- tantisme est venue la controverse de Bayle. Ce point de vue a surgi et devait surgir à la suite du Protestantisme. Du xyslhne des compensations. g 4.

qui répandirent les premiers ces maximes que la Nature est une bonne mère. . mais le bonheur aussi (2). et lorsque Voltaire eut importé ce système eu France. l'Épicuréisme se trouva avoir toute une théologie à opposer à la théologie chrétienne.Quelque différence qui paraisse entre les fortunes. qui a fait pour nous tout ce qu'elle a pu. il y a une certaine compensation de » biens et de maux qui les rend égales. c'est que toutes les destinées sont (1) Voltaire.Bolingbroke. Celui qui a moins de plaisirs les sent plus » vivement. il m'en a dit assez (1). Le troisième point. » Fontcnellc était à peu près du même sentiment: « A mesurer. le bonheur » des hommes seulement par le nombre et la vivacité des plai- » sirs qu'ils ont dans le cours de leur vie. et qui a distribué également entre nous ses fa- veurs. c'est que. Le permier point de cette philosophie est que le bonheur est non seulement la loi. et à cet égard la Nature fait » assez son devoir de mère commune. mais la fin et la règle unique de tous les êtres Dieu m'adit Sois heureux. dit-il. peut-être y a-t-il » un assez grand nombre de conditions assez égales. Discours en vers. il en sent une infinité que les autres ne sentent » plus ou n'ont jamais sentis. quoique » fort différentes. le bien et le mal se compensent: Le malheur est partout. » dit La Rochefoucauld. dans la destinée de chaque homme.» Mais lorsque Pope eut chanté le système du tout est bien que lui avait formulé Bolingbroke. (2) /*«. Le second point.

s'écria-t-il.AuU » moins. éléments. s'il y a dans toutes les professions la même mesure de biens et de maux. Pour commencer par le dernier. toutes les condi- (1) Voltaire. doit-on mettre une grande différence »entre les maux des dernières classes de la société et ceux » qui affligent les premières car les maux du peuple sont «l'effet de la mauvaise constitution de la société. les grands »au contraire ne sont malheureux que par leur faute. La conclusion de ce système est l'immobilité car si toutes les conditions sont égales. .et de juins de tourments. et. «. Voilà cependant la base que Flïpiciiréismc du dix-hui- tième siècle a opposée au Christianisme l'égalité du bon- heur dans tous les hommes et dans toutes les conditions Honneur à Jean-Jacques. Ils composent touL rliomme. qui. de dégouls.par conséquent également partagées en bien et en mal Le ciel en nous formant mélangea notre oie De désirs. non. et que ce serait folie que de vouloir changer la situation du monde. il est évident que tout est justifié.nsir. De notre < trn nnp. Tous ses prétendus axiomes sont des erreurs capitales. » Mais ce n'est pas seulement de sentiment qu'il faut repous- ser ce système. sans avoir de philosophie complète a mettre en parallèle avec celle-là. Discours en vers. ils forment son essence.ii [ail les De moments de pl. éleva sa voix puissante pour réclamer contre une telle doctrine. de raison. et si la seule loi et la seule fin de notre être est le bonheur de la façon qu'on l'en- tend dans ce système. Et Dieu nous pesa tuus dans la même balance (1). de folie. sou- tenant l'existence du mal. en demanda la guérison.

la moitié de son âme. Voila la cmn- . tout conspire. Vous accablez un homme de maux qu'arrive-t-il? la Na- ture l'endurcit. il est vrai que dans la Nature. sui- vant le mot d'Homère. suivant l'axiome d'Hippocratf. la mort. nous tombons en syncope. Mais si son génie est natu- rellement faible. mais. sont donc des compensations que nous a ménagées la Nature. donc. et tout consent. Il est bien vrai comme nous l'avons dit. Ce mot d'Homère est d'une vérité sublime. Spartacus ou Èpictète. la Nature saura trouver non pas des remèdes. dit Homère. si je puis ainsi parler. Jupiter lui enlève la moitié de son âme. que la société soit organisée. nous devenons insensibles. ou si le mal que vous lui faites est plus fort que lui. Quand une douleur physique devient excessive. comme il pourra devenir en certains cas grand. quels que soient les maux qui pèsent sur certains hommes.il deviendra peut-être un méchant plein d'énergie. si je puis parler ainsi. elle nous ôte dans nos douleurs les facultés qui nous les rendraient intolérables. stupide. Oui. nous mourons. tout concourt. Si quelque chose a été donné et laissé a cet homme. il deviendra imbécile. l'insensibilité. Le sommeil. des calus à leurs douleurs. quand ils deviennent trop grands pour nos forces. Telle est en elfet la bonté de la Providence. héroïque. parmi celles qui leur faisaient paraître si sup- portable la condition de tous les parias de la terre. Les optimistes épicuriens du dix-huitième siècle auraient dû compter ces compensations en moins. Quand un homme perd sa liberté. sublime. De quelque façon. il perdra. quand nos maux se répètent.tions ne sont pas égales. que la Nature a mis des limites au malheur mais la Na- ture ou la Providence a deux manières de compenser le mal elle peut compenser nos douleurs en nous donnant et en nous étant.

Vous le vanterez alors comme un homme heureux. ou seulement une espèce de prime d'assurance contre un nouveau surcroît de dou- leur ? Les Scythes crevaient.pensalion que la Nature trouvera à ses maux. n'étant pas homme par l'in- telligence. et voyant qu'un tel homme a des joies sur la terre. et Voltaire chan- tera ses jouissances. elle ne se borne pas toujoursà le préser- ver de l'excès du mal en le tronquant et en le défigurant. sont-ils une véritable indemnité. il conclura que Dieu nous a tous nesûs dans la menu. pour être des dons positifs.Il est vrai que la Nature donne au paria certaines ressources pour lutter contre ses maux. dit-on. comme \ous n'aiez pas combattu en lui la condition ani- male qui est en uous tous. ces instincts l'occuperont tout entier. Mais ces présents de la Nature. et qu'elle les garantissait ainsi d'un excès de mauvais traitements ou de douleurs evcès contre lequel d'ailleurs la Nature aurait encore eu au besoin une dernière compen- sation dans la mort? Voilà donc à quel prix on peut soutenir ce système de l'égalité des conditions c'est en soutenant que toutes les . leurs plaisirs. les yeux a leurs escla- ves il est certain que le sens de l'ouïe devait en devenir plus vif et plus subtil. Cependant. il aura des brutes leur instinct. Mais cette compensation tournait-elle au prolit des esclaves. balanre Voilà une amère dérision Prenons maintenant les compensations de la Nature quand elle nous donne. ait lieu de nous ôter. excepté qu'elle les rendait plus pro- pres aux travaux dont il plaisait à leurs maîtres de les acca-* bler. et. leurs appétits.

disent les géomètres. mais il aura moins de revers. Puis si nous ôtons àcet homme. il va en résulter pour lui en même temps de grands plaisirs et de grandes douleurs sa condi- tion essentielle n'en sera donc pas changée. dans un autre. soit la puissance et la fortune. La vie humaine est une équation dont les termes. au lieu de lui donner. si on admet la méthode. la fin d« l'hom- mc est la quantité de moments doux et douloureux qu'il . elles sont atrophiées mais si le but. en effet. Dans un cas. La chose est probable. ou bien il n'aura pas les mêmes jouissances mais il en aura d'autres. sià un homme de facultés et de condition ordinaires nous ajoutons soit le génie. vous ne changerez rien au résultat. Il y aura toujours compensation. le résultat sera toujours le même il pourra descendre dans l'échelle hu- maine. chargés de coefficients différents. De même. et que les jouissances et les douleurs peuvent se compenser comme des quantités arithmétiques se compensent entre elles. il aura moins de jouissances. c'est-à-dire si on admet que le bonheur réside dans la quan- tité de bien et de mal. quand on considère le bonheur uniquement sous le rapport de la quantité de bien et de mal qui nous est départie. ont dit les partisans du système des compensations. Pourtant on arrive incontestablement à cette théorie.altérations du type humain n'en sont pas. Si à une quantité donnée vous ajoutez des quantités égales en plus et en moins. c'est en soutenant que l'idiot ou l'insensé est l'égal d'un homme raisonnable. sont au fond identiques. sans rien perdre de son bonheur. de jouissances et de douleurs. è'est en soutenant qu'un être grossièrement ébauché est l'égal d'un être dont toutes les facultés seraient développées. équilibre. les facultés de l'homme sont développées.

une belle statue. Cependant vous auriez toujours la même quantité de matière. et sans défigurer l'en- semble. Cela nous conduit a nous demander si la base même de ce système ne serait pas une absurdité. et dans le fond du cœur on le repousse. Voilà ce qui a rendu ce système si séduisant. divisée dans le même espace. et si cette prétendue compensation du bien et du mal ne serait pas. que personne n'y croit sérieusement. l'Apollon ou la Vénus vous lui rendez le nez camus. . si'en effet le but et la fin de l'honune est le bonheur entendu comme il l'est dans ce svstJ'rae. par hasard. Il est impossible de retran- cher les unes sans nuire aux autres. de l'homme un singe. je suppose. que personne n'ose le combattre. il paraît si absurde. g 5. si commun Il si vulgaire. et pourtant. Vous avez devant \ous. Suite. Il en est ainsi de l'homme. une méthode fort grossière et une erreur fondamentale. et en continuant vous arriveriez à un bloc de matière.épromc toute compensation faite. du singe un animal plus stupide encore. L'homme est un assemblage harmonieux de facultés diverses. Il ne s'agit pas de savoir si le développement de l'une de ces facultés compense l'absence ou l'atrophie des autres. il est si générale- ment admis. qu'importe l'un ou l'autre sort? Compensation faite. cette quantité est peut-être la même. règne aujourd'hui partout. sera- ce une compensation que de lui alonger l'oreille? De l'Apol- lon vous pourriez faire ainsi un Midas. en le considérant en face. On le redit des lèvres.

sous ce rapport. donc. le bonheur d'un homme qui satisfait sa faim ou sa soif. Mais ce système aurait encore bien plus tort. si c'était sa soif. aurait d'abord tert en cela. à l'homme doué d'intelligence. direz-vous. sous ce rapport. Donc le système qui consisterait à mettre en parallèle le bonheur matériel que cet homme éprouve avec les jouis- sances analogues qui conviennent à l'homme véritable. Ce serait comme si l'on voulait soutenir que nous pouvons recevoir par un sens les idées qui nous sont communiquées par un autre. Un animal pour- rait manger et boire avec plaisir une journée entière. il n'est pas malheu- reux. mais qui jouit de la vie ma- térielle il est heureux. Kl réciproquement les jouissances intellectuelles ne 'sont . il n'en sent pas le besoin. avant faim et soif. quelque grande qu'on voulût h supposer. Mais. Non il n'est pas heureux. Il assouvit sa faim ou sa soif comme une brute donc il n'a pas. il pourrait mourir de soif. ce besoin non satisfait fausse toutes ses facultés. il avait seulement de quoi satisfaire sa faim ou sa soif? Si c'était sa faim. par exemple oilà un homme qui est dépourvu d'intelligence.Trouveriez-. s'il voulait présenter ces jouissances matérielles d'un homme dénué d'intelligence comme la compensation des plaisirs d'intelli- gence qui lui manquent. Et moi je vous réponds qu'étant homme il sent ce be- soin qu'importe qu'il n'en ait pas conscience? Ce besoin est en lui. puisqu'il est dépourvu d'intelligence. sans que la jouissance qu'il en ressentirait. rend toutes ses autres jouissances différentes de ce qu'elles devraient être. ous un homme heureux si. il pourait mourir de faim. put être mise en compensation avec le moindre plaisir intellectuel. Il ne faut donc pas dire.

c'est ressembler à un géo- mètre qui additionnerait ensemble des portions de cercle avec des portions de lignes d'un ordre différent. .pas une compensation à des souffrances d'un autre ordre. Aussi Archimede pourrait être & la fois très-mal- heureux de la trahison de sa maîtresse et très-ravi des beautés déjà géométrie. a Ja grêle. s'occupe de géométrie. a opposer nos joies et nos douleurs. Non. Entre ces deux plaisirs il n'y a aucun terme de com- paraison. Psychologiquement. a la pluie. est une fausse arithmétique. t'ascai. Combien de philosophes. souu'rant d'une douleur de deitts. l'attention qu'il portait à son prohieme l'empechait-euc de souffrir? Non. chaire suppose Archimède trompe par sa maîtresse. et dé- couvre la proportion du c))indt'ea)aspitf)'e:\o)taire de- mande s'il n'éprouve pas un plaisir cent fois au-dessus de celui qu'eprome son rival. pour passer le temps. et forcé de rester dans la rue exposé au froid. comme si elles étaient toutes de même nature et parfaitement commcnsuraNes entre elles. Raisonner ainsi. pendant que son rival est admis chez la belle. combien d'artistes ont été dans ce cas pour ainsi dire toute )eur\ic! Est-ce que jamais le génie a guéri les piaies du cœur? Demandez-ie au Tasse. comnieaMoiierectatant d'autres? Donc cette arithmétique qui consiste a compenser nos fa- cultés les unes par les autres. Archi- mede. résolut un pro- hieme diuiciie. Uyacn nous pour ainsi dire piusieurs~esdiu'erentesqni s'unissent sans se meier et se confondre.

une huître ou un corail. que le plus beurem des êtres organisés est peut-être le plus simple. La civilisation n'a rien de supérieur a la barbarie. ont leur destinée propre et spéciale! Cependant. on a peine & comprendre comment le dix- buitieme siècle. 11 hnf)it qu'une tigne droite s'inuêehisse d'une certaine fa- çon pour que ce ne soit plus une ligne droite. De la rra/c )to<0!( de !< Je le répète. Jésus-Christ on Voltaire est )'ega] d'un sauvage de la ~ou- vc)]e-Jlot)ande. mais la règle et la fin de tous tes êtres. ce siècle termine par la ré- volution français' a pu en même temps (tonner naissance a ce s. Si. Autant tautetre fou (lue sage. bien que liés a toutes les espèces eta tous les êtres. ce siècle qui a produit ]a doctrine de la perfectibilité. comme le dit ce système. et qu'il n'y ait plus entre ces deux choses diuerentes de commune me- sure nous regardons même comme des fous ceux qui s'obs- tinent a chercher la quadrature du cercle et on a pu sup- poser qu'il y a une commune mesure de bonheur entre tous tes êtres. il fau- drait en enct que cette sorte de compensation par \oie de . § 6. et si le bontn'ur est toujours compensé. et l'on ai-rive finalement à cette conclusion. comme si ces êtres étaient tous de la même nature! Combien il est plus sage de croire que chaque espèce et chaque être. si le premier axiome de la philosophie que nous combattons était vrai.steme de t'egatit~ des conditions. méchant que bon. ce siectp novateur. la loi unique des créatures esL le bonheur. il n'y a pas de raison pour faire un efïbn quelconque en faveur du perfectionne- mentdn monde. si le bonheur était non seule- ment la toi.

c'est que )e bonheur. il est enfant pour devenir homme. i) ait été aussi heureux que le comporte son état d'enfance. Cela nous conduit à réfléchir sérieusement sur la vraie notion de la vie. vivre et se développer en marchant vers un certain type de Nous avons de cela une image bien sensible dans l'enfant. )a fin de toute créature n'est pas le bonheur entendu comme il l'est dans le premier axiome de Voltaire. U n'en a pas moins pour cela sa vie d'enfant. On peut même sou- tenir. Tout en lui n'a qu'un but. des tyrans. Les créa- tures n'ont pas été faites pour être heureuses. n'est pas la lin des créatures. je parieà la fois de son corps et de son esprit. la question se- . mais pour perfection. De même que la vie de l'enfant est une aspiration vers la vie de l'homme. que la meilleure éducation qu'on puisse lui donner peut s'accorder avec cette vie d'enfant. comme Jean-Jacques dans I'~)!!7e.plus et de moins. une fin c'est d'arriver à l'état d'homme. Non. sa fin. il n'est pas enfant pour rester enfant. de telle sorte que' s'i) vient à mourir avant d'être un homme. et que son résultat fut le même pour toutes tes créatures. d'addition et de soustraction. Dites-moi que] est le but de la Nature dans un enfant. Mais enfin cet état n'est évidemment pas son but. s'il est absurde de prétendre que le sort d'une huître est identiquement égal à celui d'un homme. fût possible. ou bien Dieu nous paraîtrait le plus cruel et le plus absurde Donc. si cette balance n'est pas vraie. entendu comme il l'est dans ce système. c'est que le principe même du système est absurde. notre vie actuelle ne serait-elle pas une simple aspiration à un état futur? En ce cas.

. c'est la mort. Le grand lyrique Pindare a dit admirablement La vie » est ]a trace d'un char. Cet horizon immense vous repugne-t-i). un point sans dimension. mais c'est de la vie écoulée. ni dans une souurance.rait bien changée. de même. car elle est encore ici elle n'est pas entre les deux points. nous ne sommes pas encore dans celle-ci. ce n'est plus la vie. car elle serait arrêtée et pourtant elle parcourt successivement tous les points. ce n'est plus )a roue en mouve- ment et. d'une jouissance ou d'une douleur. car elle est déjà la. nous pouvons bien nous en faire une idée. Quantà la vie vivante. pour entrer dans une autre. Notre vie n'est donc pas même un point entre deux abtmes. vous retrouverez toujours au fond de vous-même cette nécessité de marcher et de vous avancer sans cesse de changement en changement. si je puis m'exprimer ainsi. comme dit Pascal à moins d'entendre par ce point un point mathématique. mais elle est indéfinissable. La roue en mouvement n'est jamais fixée elle n'est plus ici. pour ainsi dire. Ainsi de )a vie nous ne sommes jamais ni dans une idée ni dans un plaisir. et voûtez-vous vous rabattre à )a vie présente? Vous aurez beau faire. elle n'est pas là. il ne s'agirait pas mais de vivre de cette vie pour vivre ensuite d'une autre vie. de la vie morte. car d'être heureux. C'est la roue en mouvement mais qu'est-ce que la roue en mouve- ment ? Si la roue s'arrête. nous ne sommes plus dans ce))e-)a. mais toujours nous sortons d'une idée. qu'il a voulu parler. si la vie s'arrête. et déjà celle-ci est passée Le moment où je pa)k est déjù loin de moi.

qui semble n'avoir d'au- 'tre dessein que de s'agiter sans cesse. et immer- sion dans un état futur. poussés par x une impétuosité aveugle. qui est. voilà notre vie. ce n'est pas t'être r-todiSé par le plaisir ou la douleur. Elle cherche le bonheur sans ja- mais le rencontrer: mais. Elle croit toujours qu'elle va se fixer. et toujours ]a rive fuit devant elle. qui n'a pas réfléchi à cela. L'état permanent de notre être est donc l'aspiration. accomplit ses phases de changement et de transformation sans en avoir conscience. Ils sont absolumenta ia merci du » hasard. par une nécessité abso- lue. comme FonteneHe. ils composent une mul- x titude confuse et tumultueuse. Émersion d'un état antérieur. dit de presque tous /OM- mes Incapables de discernement et de choix. dans tout ce désordre. attirés par des objets qu'ils ne » voient qu'au travers de mille nuages. il n'y a que changement continuel et jamais durée sans changement. Nous rêvons le repos dans le monde. mais d'a- vancer. à ]a bonne heure mais il est bien sûr qu'ils ne sauront ni prévenir ni modérer le choc de tout ce qui peut les » rendre malheureux. Or la multitude des hommes. Fontenelle. qu'ils sont aban- . x Nous ne dirons pas. non pas d'être hcureuse. dont les partisans du bonheur sur la terre ne récuseront pas )c témoignage. des rencontres favorables peuvent en ren- xdre quelques uns heureux pour quelques moments. Ce qui est donc véritabtement en nous. où. Si. c'est l'être qui sort de cette modification. entraînés les uns par » les autres sans savoir où ils vont. où il n'y a que mouvement et jamais repos et de même nous rêvons le bonheur dans )a vie. elle remplit sa fin. en-cherchant le bonheur.

Nous ne remonterons pas jusqu'aux phitosophies et aux religions de l'Orient. mais nous dirons qu'ils marchent. §7.ditCiceron. car la philosophie et la religion sont identiques.' » (1) nr finiGua foni rl ynli.B tVf/i'Ottf ~M- '. de même que les philosophes sont ceux qui s'occupent de sa guérison et de son salut./)Mop!):i'oM. L. sans le savoir. « Dès qu'on eucs'accordepassur)esouverainbien.Ëp!cnrtisme.donnés au hasard.<MM:M:0 boito f~'MfK/jYj f~ fû/a y)/<!7f). La question du honheur a toujours été le fond de la philosophie. signalent les maux de l'humanité. C'est ainsi que la question du bonheur nousconduit né- t. comme elle est aussi le foud de la religion. et que ]a question du bonheur a dû être le fond de )a philosophie.<6p/i!t. Dochine de Piaton. il est évident que les hommes ont dû se préoccuper de tons temps des moyens d'échapper à ce mal. Puisque le monde est en partie Uvré au ma]. Il est si M'ai que cette question du bonheur est le fond même de la philosophie.^ cessaircmenta)aphHosophieeta]are!Igion.<tr.Chrisdamsme. .vers un état futur. C'est ce qui a eu lieu. les poètes sont ceuxqui. Il nous suffira de suivre rapidementla Shatiou des idées depuis la Crcce jusqu'ànous. que c'était sur ce terrain que dis- putaient entre elles toutes les sectes de la Grèce. A point de vue élevé.)ti/~(l).on a disconvient sur tout le fond de la philosophie Qui )) . c. en effet.tMr&~M/.Stoïcisme.d'é- un poque en époque.

])û1Jl' la phJ. xtt dc r·irr~nubv. de t·tr·tutxbus ct a·irixs. Quaut celte sentence en elle-même. xribal innten nd ? ~tM fit-Mm fo. I'e\ptiqu~. de bnvrxs ï'f~<a et tMnf!s.t9 bueb~t. mais il fut le ptcmier qui la lit bien \atoi)-.si mnaioxe cnqtaita t·ssrnt. p ont)t~t(. soit à uue anctt'uup Sibylle. attribue a Ph~monoe.sse n yltilosoy/timrt. yminxu. Cicérun caractéIise de la llltll1C maniètc la missinn et le l. du r-~Ot rmdu. dit niog'oe de Laerte ( P'!f. on l'attribue soit Tlxalès. fut le ptemipr p!itlo~opt)e qui uaita de la tomate comme d'une '<cicncc.) V.s ct x·itits. CÀh01 tfUlt chncuH Il du bien conr~aihr.dans tes bontiqufs et sur p!acE<i pubiifjucs. ca~nrnr. et ]e pn\ que toute i'antiquite y aMneha!t nous est attesté par cette t'cneuon de Porp!t)te que nous n couwnec S'obec Nosrc ic Scd tjnU dictio quittcm Jupttci' cst brevis i)Ul). en accusant Olitun de ~e )'e[!H YI inJu~Lement appropriée. Elle fut efnte dans !c les- ti))u)e do temp~e de De)phes. (¡u'est cette mwime fonnnis-toi toi-mPme. jamais mn\mte n'aété plus répétée. ((1'nsc. (1) Cette ma\une avait été cnse!~nec longtemps ~ant Socrate. n dans se~ ~MCf-eas~x.Ln.n l'adopta.i/o-te.. mavme qu'Ant~Ùl~ue.e nrcultia et ab 11J'f(£ xrntxrrx vx- n vulnits. à ce sujet du témoignage de toute ranUqoife n ~<')'eA ?H)/~ r~c~N-. et ini/tdomos ~mcs c/i'~Ht !<M~f. C'est parcequc Socrate mit tous les esprits à la recherclte de la solution du bonheur. Xt): E mlo descendit r~~AhOt c:v·r. ( Vit.h~rtc. t<t~ft<[ «Mfem tf~ ~'ocf~csM » a xtostra co~nitixnte ren. n n < vit. Au reste. ~f'cro?. quand il dit que cette sentence était descendue duu cid(~nf. Id).Ihonncl' du bien et du mal. Cicelon repmduit cliente cette carflcleri"ltiou lie Socrate. . dit Dio~enc de »L. Lb.. et la tendit aussi utile que célèbre. clinnx intrndxtxxf. Sa célèbre devise se rapporte au bon- afin de te conduire et d'être heureux (1). e7 nd vitam rmnmntrem ndda.v a xr.s ube~ »lui. et à penscr J rc qu'il t auaxt de bnn tfe mnuuai. au nom du Ao~rc fe i~!tj.) x TcHe fut donc rinitiuthH de SouaLe: il apprit à l <. glorieuse qu'on lui reconnaît. Hb.V.)))nn Ha<~ nu nut' 7)ans un nulicdedeses ses owrages. Tu~c. dans le. comme dit Cicéron.d.sr. ixt quibua onxaes antc cuxn yhxlosrrfnhi orcvynn ~teruxd.tres.t. nel.Ddjitsaut la la t )cs ntaisons. bontiquc~ et sur les placee¡ publjquc~. eSocraff.rct. (Académie.). n id qund constat xxtter o»tnes. ï. dtt-i~ qui retira la phito'. rjujm .ceL' daus nos "mes..allait partout. nommée Phémonoc a C'est de Thalès. Juiétijl faisait pent-êüe allusion :l cetteSibylle inspirée.zisse. Qu~st. Varron prétend que de la question du bonheur naquirent. Cil s'ap- pu~ant. qu'il fut déclare par l'oracle le heur L'initiative <7~ plus sage des hommes. res. QU<l'st. et qui a fait dire que les écoles philosophiques sortirent de Socrate.cj~cuu 'II les maisons.~Më ~c bonis rebus et t)!<~ ~u~'oef. n'a pas d'autre origine. (t 1·inOodnixc lmqnc daus ï'tf.île de So- cr~te « ï! fut le prpmk'r.bs.opitie de ia contempla- » tion dcs [I<.

ou en- fin vous l'acceptez sans en être pourtant satisfaits. un jeu d'esprit de Varron. que cent ans avant Platon. Le duel est donc entre 1° ceux qui sont satisfaits de la Na- ture. en appellent à eux-mêmes (Zénon) et 3° ceux qui regardent cette Nature comme un état imparfait. la seçte de Zénon. et vous cherchez ailleurs une autre règle de conduite. durent se rap- porter essentiellement a trois: la secte de Platon. mais ces deux derniers naquirent en même temps. En effet. Au surplus ces deux solutions contraires du Stoïcisme et de l'Kpicuréisme sont tellement la conséquence du double aspect de notre vie. un juge souverain. Mais. comme dit Bayle. la secte d'Épicure. du mélange de bien et de mal qui s'y trouvent. mais tran- sitoire. il est évident que toutes ces sectes. Le duel principal fut et ne pouvait être qu'entre ces trois philosophies. l'acceptent comme un maître. voila les trois solutions tran- chées du problème que Socrate avait posé. en tout cas. quel- que nombreuses qu'on veuille les supposer. deux cent quatre-vingts sectes. Platon. dont il n'est pas pos- sible d'appeler (Épicure) 2' ceux qni. Épicure. deux siècles avant Épi- cure et Zénon. et vous vous y conformez ou bien vous réprouvez la Nature. un arbitre. et Zénon. sans en être satisfaits. ou qui. pour s'opposer l'un à l'autre. Platon précéda d'un siècleËpicure et Zénon. et vous prétendez )a corriger et la perfectionner suivant un type su- périeur que vous avez en vous ou que vous démêlez en elle. mécontents de la Nature. H est probable que c'est ta. et fairea eux deux une sublime antithèse. dont il est possible de corriger tes défauts en se con- formant à un certain idéal (Platon). ou vous êtes satisfaits de la Nature.en Grèce. Démocrite et ïîéraclito avaient présenté eu .

Aussi. je ne veux pas dire que le pnrtrait fa- buleux et grotesque que lesGrecsnousontulgairementphilosophe ait aucune espècede vérité. h's tendances fondamentales de la doctrine oÙ il avait puisé. qu'on se fuit la plus fausse idée de la philosophie de Démocrite. cacliées daus le voile d'une antiquité déjà pro- fonde. main. en cet endroit et ailleurs. fait Épicure petit devant Démocrite. A l'époque où parut I)émocrite. mais sous une figure toute nou~clie.ill'acceptait comme une nécessité fatale et incompréhensible. les Grecs étaient hors d'état de comprendre ]a philosophie tout orientale que cegrandhomme rappoita de ses nne dérivation. dit Ciceron. tardaussi une relit parfaitement le système d'Épicure. qui avait pour cause la nature permanente des divers êtres émanés de t'Être unn ersel et plonRés dans l'illusion (J~ty<t). Démocrite donc admettait des atomes douéa de iie. Cicéron. comme au fond de la pbj sique. C'est ainsi qu'à tous les égards Épicure repré- sente. pensée. ploportionfitrelative. j'entends surtout parier de l'influence d'Ëpicurc sur les Grecs. de même que les Stoïciens puisèrent beaucoup de leurs idées dans la vieille école ionienne (1). de et absolu. & son tour. d'un philosophe qui se rit de tout dans la ~ieet d'un autre phHosophe qui se lamllnte et se désole de tout. Cen'estl'ancêtrede l'Epicurétsme. et devenues les deux types de l'homme content de la Nature et de l'homme mécontent de son sort.magnus in primis. en Épicure de ce et reproduisant d'nne système un s~st~me de physique matériaiiste. l'article Démocrite de l'tf~e~e'fft'c AfM~)Iele sens de ces deux types de Dcmocrite et d'Heraclite. dans récrit auquel je cent oie. en indiquant Démocrite comme ayant représenté avant Ëpfnure le système de Inacceptation de la Nature. C'est qu'en effet Épicure a matérialisé )oat ie s) steme de son prédécesseur. Démocritus.. Démocrite enseignait la doctrine de )~m~t«tftt'n. en ne reconnaissant que des atomes doués de solidité et de mouvement. l'antique et profond système de t'<manation. cujua fontibtts Epi· eut-Ma hortulos auca trft~~t. . quand dis ici qu'Épicure reproduisit Démocrite avec plus (le leimüre ci d'écLat. Seulement il a ôté tout ce qu'il y avait de finfini dans le système de Dcmocnte. C'était un système assez analogue aut monades de Leibnitz. mais aussi une altératIon. Ils se touchent au fond de t'éthiqne. idée capitaleet toute moderne. qui transforme comptètemf-nt. Épicure et Zénon ne firent peur ainsi dire que reproduire avec plus de lumière et d'éclat ces deux figures.. (4) Certes. Démocrite considerait le monde et la vie la mauü·re des métaphysiciens nrten- tau~. de manière l'Êtrein)hu finisentiment.regard le même contraste. Ëpicure. 1'\éamllohLs sa descendance de Démocrite est certaine et bien constatée. en la jugeant purement et simplement par celle d'Épicure. a accepté le monde et lu et nature permanente des atomes.T'ai expliqué ailleurs ( Voy. On sait qu'Ë- picure emprunta à Démocrite les principaux points de son système.% pourtant l'idée du progrès dans Je développemcnt successif dcs êtres émanés de rËtre infini. ainsi qu'à tous quiavaitpourcausela nature permanenle des atomes. Le rappoit entre eut est même plus complet qu'on ne le croit com- munément.rai expliqué Démocriteriait de tout. rit. que je le fais l'ancêtre de l':Epicuréisme. a notre avis. qui en fut line derivaUon. J'ai prouvé aussi.

Mais encore une fois l'éthique est la seule chose qu'il considère comme importante la physique et la méta- physique qui se rapportent à son système ne sont que des accessoires. que nous a donnés la Nature voilà le bonheur et ]a philosophie. et cela devait être. Le système d'Épicure est le plus simple. et s'y tient. se procurer ainsi. il importe en Grèce les germes confus de la doc- trine de la chute et de la rédemption. Acceptation de la Nature telle qu'elle est. imbu des idées théologiques de l'Orient. Tout ce qu'au dix-huitième siectc et au commencement . voilà le fond du système de Zénon. s'il est possible. appétits et désirs. Réprobation de la Nature et substitution complète d'une vie différente appelée Vertu. comme l'ave- nir qui peut la suivre. par la satisfaction réglée des besoins. c'est uniquement l'art de conduire l'homme au bonheur par le moyen de sa raison. Et cependant. Pour lui encore plus que pour tout autre. vous vous de- mandez ce que c'est que cette Nature dont vous faites partie et qui vous enserre Épifure satisfait cette curiosité avec les atomes. de la réalité actuelle qu'est-il besoin de métaphysique et de théologie? Ouvrir les yeux et voir ce qui est. la philosophie se ré- duit donc & la question du bonheur. voilà le fond du système (I'l Ipieure. Vous voulez percer plus loin dans les secrets du monde. Platon ne réprouve absolument ni n'accepte absolument la Nature. s'affranchir des maux corporels et des troubles de l'âme. Épicure repousse le passé antérieur à cette vie. puis se conduire en conformité de ce qui est. un état exempt de peine. sans trop se soucier de la genèse des choses. il part du présent. Il s'agit du présent.

de Pope et deVol- taire. l'intérêt de chacun mobile unique et légitime de toutes nos actions. le monde conduit par le hasard. Escorté de tant de disciples. Des dieu\ tranquilles et impassibles hors du monde nul rapport entre t'hommc et la Dhinité. dont nous avons vu si près de nous une reproduction com- Nous n'entrons pas ici dans la controverse qui s'est élevée sur la doctrine et la vie de ce grand homme. dans l'antiquité comme dans les temps modernes. des le quatrième siècle avant notre ère. ont. l'Égoïsme de La Rochefoucauld. )e Déisme de Bolingbroke. le ~tatéria- lismeatomistique de nos savants. Nous sommes disposés à )e considérer avec vénération sous le jour res- pectable où nous l'ont représenté. été retrouves au dix-huitième siècle. ses nombreux apologistes. l'utilité base de toute législation puis la partie noble du système. le Sensualisme de Condillac. du nôtre ont érigé d'idées philosophiques tes partisans de la Nature. ou par les causes secondes. l'homme jeté au mi- lieu de ces forces contraires. sans pouvoir aspirer a savoir pourquoi. l'Utilitairisme de Bentham. et dont l'influence a ré- gué presque sans partage sur des siècles tout entiers. Nous avouons ne pas connaître de génie plus imposant que celui qui s'est agrégé Ilorace et Lucrèce. Ëpicure s'avance daus l'humanité aussi . la vertu unie au plaisir. Ses livres. ce qui revient an même que la né- gation de toute Divinité. perdus. tout cela était dans Épicure. et obligé de mettre sa raison a s'accommoder avec elles. les atomes s'accrochant ensemble suivant toutes les combinaisons possibles. concentre plète. avait. l'Intérêt bien entendu d'Helvétius. l'intérêt bien entendu conduisant a la morale et au bonheur Épicure. dans son œmre tous les traits divers de cette philosophie. pour ainsi dire.

Et cette influence sera toujours utile. s'efforçant d'instaurer ce contentement de la terre d'une façon toute religieuse. ce fut sa secte qui comparativement se forma le plus vite. Par un curieux sym- bole de sa destinée. lorsque le Christianisme allait bientôt tout envahir. et elle subsistait encore dans une grande harmonie six cents ans plus tard. intègre. c'est la sainteté avec laquelle il a fait cette œuvre. I) a fait et il fera toujours le même office pour l'hu- manité. Cela devait ctre t'Épicurëisme devait fleurir à la chute du Paganisme. comme i) devait renaître à la chute du Christianisme.grand que les plus grands des sages. ce n'est pas cette face de FËpicuréisme que je considère je veux parler de la légitimité de son règne à certaines époques. Ce qu'Ëpicure a eu de plus que la plupart de ses imitateurs anciens et modernes. Et par là je n'entends pas la nécessite absolue où l'humanité se trouve de détruire par le doute des religions vieillies qui arrêtent sa marche. il fut dans son enfance ce que les Grecs appelaient M): c/M&<cur de . it la vit florissante autour de lui dans son Jardin. des époques intermédiaires entre une religion qui tombe et une religion nouvelle. Au rapport de tous les an- ciens. Quand les religions sont tombées.~t'c/rM. I) sera toujours utile et souvent néces- saire de ramener tes hommes au point de vue de )a terre. I) a été et il sera toujours le chasseur de . de maison en maison. au second siècle de notre ère. qui se maintint la plus nombreuse. I) allait. faire des lustrations saintes pour mettre en fuite les mauvais génies.~cc~ftf. avec la pauvre femme qui lui donna le jour. celui qui nous sauve de la superstition. et qui dura Io plus longtemps. C'est le législateur pur. que reste-t-il à faire? L'homme est bien forcé d'accepter la vie présente telle qu'elle est le sage cherche à la passer avec le .

de la fausse volupté. que cette doc- trine mais enfin c'est une retraite qui empêche une com- plète déroute. Alors viennent ces époques. qui les sauve de la folie. Cependant l'humanité.moindre tourment possible. choisi parmi ceux qui ont il leur disposition une portion suffisante des jouissances de la terre. qui calmc l'ardeur insatiable de bonheur dont les hommes sont cnfié- vrés. Tel est le double rôle de l'Lpicuréisme en tout temps. d'incrédulité et de superstition. et marche en avant à de nouveaux combats. Si Épicure avait été esclave comme Épictète. Alors aussi vient Épicure'. Nous savons en effet que les Stoïciens affectaient. de votupté frénétique et de mélancolie profonde. et que leur maxime fondamentale était« Suivre la Nature. l'insensé ]a gaspille et la dévore. Quelqu'un parmi ceux qui ont étudié le Stoïcisme sera peut-être surpris de nous entendre le caracté- riser de cette façon. si marquées dans l'histoire. un emploi dont la légitimité nous parait incontestable. qu'aurait-il dit de son système?Z Vient donc nécessairement aussila secte qui réprouve et rejette la nature. qui les console. a certaines époques. à l'abri de cette sagesse qu'elle respecte comme une science et comme une religion. C'est une retraite pour l'humanité. et transitoirement. Nous savons que la formule mo- rale de Cléanthe et d'autres Stoïciens était « Vivre con- . s'aper- çoit bientôt que son sort n'est pas de fuir ni de s'arrêter. et ayant pris confiance en elle-même. dans les bases de leur philosophie. Cependant une telle doctrine ne peut jamais être vérita- blement comprise et adoptée que d'un petit nombre. par la volupté même. s'étant ralliée. sous ce nom ou sous d'autres noms. une influence utile à certains égards. d'obéir au principe de l'empirisme. de passions ramnées. et qui les éloigne autant qu'il peut.

reta- tn émeut a cette vie. et si tu les méprises. pour les richesses. Si celui qui porte » le plat passe. et autres semblables. en se réfugiant en soi-même. C'est ainsi que tu dois faire pour les eufans. Or. et ils t'étaient en effet. comme un spectateur) ou tout au plus . et prends modestement. par cette analyse et cette séparation. ivre conformément a la Nature. mais » tu seras encore d'un degré plus haut. C'était donc se séparer essentiellement du monde. qn'il faut que tu te gouvernes » partout comme dans un banquet. ils ont fêté a bon droit appelés divins. C'était donc ne s'attachera rien de ce qui n'est pas complètement en notre puissance. Car quand Héra- »dite. Si tes piats v iennenta toi. et. » pour une femme. t Souviens-toi. Mais cette contradictionn'est qu'ap- parente. Mais si tu ne prends » pas les choses qui te seraient présentées.fermement a la Nature. mais sans s'y inté- resser car. Diogène. c'est-à-dire a faire volontai- rement le rôle que le Destin lui avait donné. reprendre sa vraie nature. étends la main. Encore était-il supérieur s'il refusait même ce rô!e. Toute ]a participation du Stoïcien à la vie consistaitdonc uniquement à obéir volontairement au Destin. ne j'arrête pas s'il n'est pas encore arrivé i » toi. mais attends qu'il » arrive à toi. comme ils disaient.» Mépriser complètement la ~ic. ont fait ainsi. ne t'avance pas pour y atteindre. il devenait csctatf. la laisser couler. c'était donc unique- ment se conserver libre. en quoi consistait précisément la nature de l'homme suivant eux uniquement dans sa liber- té. en s'y intéressant. il cessait d'être libre. se regarder. » et tu seras digne d'un banquet céieste. tu ne seras pas seulement digne d'un banquet céleste. dit Ëpictéte. pour une magistrature. Car qu'entendaient les Stoïciens par vivre confor- mément 2c la Nature? Ils entendaient ivre conformément a )a nature humaine.

Puis. mais les déraciner.comme un acteur dans une comédie. et que nous n'avons pour y parvenir d'autre moyen que l'étude de l'homme. qu'ils donnèrent a tenr sage une recor. <f<V)!~MHi. Ils avaient pour ce monde un tel dégoût. et qui ensuite s'était fait le disciple des Pytha- goriciens et des prêtres d'Egypte.< ~SO /<Ot?!i'OC. le droit de s'ôter la vie.ipcnse de sa vertu. Ce double caractère d'un Grec qui avait conversé huit années avec Socrate. Ils avaient pour cette ~ie nn tel dédain. qu'ils s'attachèrent a démontrer que t'ame humaine était périssable.-M -o . avons-nous dit. Il dit avec Socrate (7W- f~M) que toutes nos recherches doivent avoir pour but la découverte de ce qui est le bien. qui eux-mêmes n'étaient qu'un rameau de la philosophie orientale. faire de soi une intelligence libre. comme nous l'avons vu.Wf. mais il résout le problème avec une théologie puisée en Egypte et étiez les Pythagori- ciens de la Hrande-Crcce. Platon accepte complètement cette direction. quands'agit de savoir ce qui est . comme une suite de sa liberté et Platon. a tourner toutes les investigations vers la question de la morale et du bonheur. la connais- sance de nous-mêmes A"i/~7 <tM~/<oK~! CMC !trf4V/~?i- f/MM! <)M! ~MO~ pO~'&S'tMifM 0/)/!H!MM ( Ta KMT-m . une liberté telle fut. la morale des Stoïciens. La direction donnée par Socrate consistait. f. se retrouve partout dans ses ouvrages.E fO~~i'/iO~f ~. laisser au Destin la responsabilité de son œuvre ne pas songer à tempérer ses passions. n'avait ni réprouvé absolument ni accepté absolument la Nature. comme chacun )e sait.<!< <'< e:)-[!rTM ) yfro ex M/~MC . Sonœuvre est un mélange de l'inspiration socratique et de solutions orientales. et que nous n'avions pas à crain- dre que la tic s'étendit au-de)& de ce monde. se créer sans passions.

au lieu de le déduire directement de t'étude de t'homme. et la partie déraisonnable ou animale. déchue et unie à la matière. età se débarrasser de la matière. parce que leur âme descend de la source même de la beauté. et pour )a- . Ceux dont t'ame est plus dégagée adorent. et percent à travers le monde. dans la beauté des objets de la terre. elle vit maintenant dans une sorte d'exil et d'emprisonnement./f bien et le mieux. De cette union résultent en nous deux principes différents. mais. Ces Idées existent en Dieu. ce n'est plus le disciple de Socrate cherchant. éternels types et modèles des choses. notre âme se compose de deux parties: )a partie raisonnable. Mais comment t'ame est-elle incitée à reprendre con- science des Idées. L'Amour est l'aile que Dieu donne à l'âme pour remonter à lui. car Dieu a formé les objets sur le modèle des Idées. Mais )a première peut retourner à )a vie bienheureuse des esprits. sans le secours d'aucune tradition. c'est un prêtre de Memphis qui parle. Comment peut-elle opérer ce retour? En reprenant con- science de toutes les Idées. pour s'élever~ Dieu? Par l'Amour. Mais tout ce qui ressemble en quelque chose à cette beauté primitive les émeut plus ou moins. Ce n'est plus un Grec. seton que leur âme est plus ou moins attachée au corps. la règle de la vie et du bonheur. cette beauté souveraine dont ils ont conservé le souvenir. Y a-t-il rien de plus naturel aux hommes que l'Amour? Ils aiment naturellement tout ce qui est beau. Platon laisse échapper partout de sa main quasi sacerdotale les antiques solutions religieuses qu'il a recueillies dans ses voyages. L'âme est une force active par elle-même.

< sont sa pensée créatrice déjà effectuée enfin trouvez à ce Verbe un homme pour l'incarner. donc. faites-lui une histoire.. C'est là la seule route de bonheur que nous puissions suivre. Mais ceux qui sont enfoncés et embourbés dans la matière. Appelez l'Amour la Grâce. it fait qu'on ne trouve rien de difficile. explicitez davantage l'exi- stence réelle et objective des Idées. en définitive. nous nous mettons en rapport avec les idées de beauté qui sont cachées derrière eux comme derrière un voile. n'existe nullement dans Je rapport direct que nous pouvons avoir avec les différents objets qui s'ofù'ent à nous dans le monde. L'Amour nous incite à marcher. où votre pensée rencontre la pensée di- vine réalisez complètement ce K~c. Ainsi. courent avec fureur après les beautés imparfaites et passagères. et se plongent. deux guides nous sont donnés pour nous cont(utre vers Dieu. mais. Notre bonheur à nous consiste à nous rendre aussi semblables à Dieu que nous le pouvons. il adoucit tes travaux et les peines inséparables de ce combat. c'est-à-dire vers le bonheurla Raison et t'Amour. de même que les 7~f. par ces ob- jets. une tradition M tous les termes de cette chaine mystérieuse . ce A~o. suivant Platon. ne conservant plus aucune idée de la souveraine beauté. Le bonheur. il s'en- suit que Dieu seul est le véritable bien. cette Sagesse que Platon distingue encore en Dieu. La Raison enseigne le bon chemin. pensée créatrice de Dieu en puissance. sans respect pour eux-mêmes.quelle ils sont nés. Or ces Idées ayant une existence réelle en Dieu. et cette adoration produit en eux la Vertu. lien mystérieux entre Dieu et le monde. et empêche qu'on ne s'égare. dans toutes sortes d'impuretés. ce Verbe.

Comment donc cette théologie n'a-t-elle pas fait de Pla- ton un moine chrétien? C'est que Platon. Pourquoi Pla- ton avait-il été chercher cette doctrine en Orient? Pour ac- complir t'osuvrc proposée par Socrate pour perfectionner )a vie humaine. une sorte d'acceptation de la Nature et de lavie. avait pour but. que cette lumière céleste ne leur laissera plus voir la terre que comme un obscur cachot d'en ils auront hâte de sortir. et auront à leurs yeux une réalité si anthropomorphique. préludant au Christianisme. malgré les nuages que nous laissent sur ce point ses écrits. joignant le Stoïcisme au Platonisme. Aussi toute cette doctrine tourne-t-elle chez lui a la vie act~e. surtout lorsque.qui unit l'homme a Dieu s'illumineront à vos yeux. je le répètc. S'en étant pénètre. qui n'existera pas chez ses suc- cesseurs les Pères du Christianisme. il est certain qu'}t admettait en même temps l'opinion py- thagoricienne de la metempsychosc et des existences suc- cesshes? Coust'qucmment sa théologie ne ic conduisait en . C'est une explication du monde et de notre destinée qn'il enseigne ce n'est pas le renversement de la Nature et de la vie. non de réprouver la Nature et la vie. en s'y confiant. il devait donc l'appli- quer a ce but. mais de les améliorer et de les transformer.& la vie pratique.et vous donneront le Christianisme. car. quand tes trois termes divins de la série qui joint le Ciel a la terre aurfmf pris une telle consistance pour leur foi. Est-ce chez lui une contradiction? Nous ne le croyons pas. ici se retrouve le génie grec. Platon. Ici revient l'inspira- tion socratique. H y a donc dans Platon. ils auront adopté des Stoïciens l'idéc de la prochaine fin du monde. tourne au contraire toute cette théo- togie au perfectionnement de la Nature et de la vie.

ce serait une folie et un suicide. émission céleste de la Beauté céleste. c'est dans les objets terrestres. que l'Amour. il suffit de jeter tes yeux sur ses ouvra- ges. vers le souverain bien. nous devons donc le chercher dans la diversité et la contingence. par sorte de chimie. . nous saisit. qui est essentiellement et uniquement une aspiration. C'est dans le monde que se reflètent les rayons épars de cette Beauté que nous cher- chons en vertn de la constitution même de notre être. d'aspiration en aspiration.aucune façon à ce renversement du monde où se précipitè- rent les Stoïciens et les Chrétiens. nous enflamme. dans t'antiqu!té. nous devons y tendre. Quoi qu'il en soit. nous ne tendons même qu'a cela au milieu de nos plus grandes er- reurs mais nous ne pouvons y tendre. C'est par là que Platon nous apparalt. ce sont les idées du bien que nous recueillons à l'occasion des objets. et nous ne devons y tendre. pour voir que sa doctrine est toujours pour lui une sorte d'introduction à la vie pratique. et nous incite a vivre. c'est-à-dire à nous avancer. nous déga- geons de ces objets pour notre avancement. C'est la. Ces manifestations. qu'a travers )e monde. A ses yeux le souve- rain bien est quelque chose d'inaccessible pour la raison hu- maine nous y tendons. vers Dieu. ce sont les une rayons de beauté que. Tontes les manifestations finies du souverain bien ont de l'analogie avec lui sans être le bien même. et en faire notre profit mais vouloir im- médiatement t'atteindre. Nous devons donc nous attacher à ce que nous pouvons découvrir du bien véritable. Qui nous dit que ce pèlerinage puisse être subitement terminé? Qui peut penser que nons puissions franchir d'un seul saut la dis- tance innnie qui nous sépare de notre but? Ne pouvant pas saisir le bien dans l'unité.

de vertus pour l'escorter et le soutenir mais quelles sont ces vertus. qu'il dit(l) que celui qui. la vie morale de chaque homme était tellement liée. VI. ). s'il n'a pu vivre dans un état bien constitué. . pour lui. ih. Quand le Platonisme. ces Socrate. pour que nous insistions sur ce point. et que nous ne pâmons sans elle marcher vers le souverain bien. puisque sous un rapport nous ne pouvons nous élever au souverain bien que par la justice. et la probité ou la justice (~[x~Mju~). rËpicuréismc et le Stoïcisme. Il ne rejette pas )e monde. la tempé- rance ( cN~~T'j~ ). l'art et la politique. et quant à la po)itique. C'est ainsi que la science. mais il semble plutôt le parti- san d'un perfectionnement successif que d'un salut instan- tané. La vie sociale est donc une des voies de notre perfection. puisent.t<th<K. a la vie ci- vile. suivant Platon. l'identification qu'il fait toujours entre le beau et le &<Ht est trop connue. s'est maintenu pur de l'injustice ctdct'impiétc. leur raison d'être dans ]'idée même du souverain bien. trois grandes solutions de la question posée par (t) . ~Q~). puisque ce sont des émanations de la beauté divine. qui est leur but. dont il compose la Vertu? C'est l'esprit de science et d'intelligence ( <r~ief.puisqu'i)yche)'chesans reiache la beauté divine.n'estce- pendant pas arrivé au plus haut degré.comme le plus grand maiu'e de sociabihté. le courage et la constance (~Mtz). à t'aide de la philosophie. Il part du dog- mc de la chute. pour son voyage vers le but qui l'attire. Il veut munir l'homme. il est vrai. Nos sciences sont donc à ses yeux infiniment respectables. Quant à l'art.

eurent été largement déveioppés, t'œuvre de la Grèce fut
accojnpiie(l).
Alors le Christianisme vint. Il fit un métange du Plato-
nisme et du Stoïcisme. U adopta )a métaphysique de Platon
et l'éthique de Xénon. Ce n'est pas ici )e lieu d'expliquer
comment se fit ce mélange, comment cette alliance fut né-
cessaire, utile, providentielle il nous suffit que le fait soit
incontestable.
Comme les Stoïciens, tes Chrétiens repoussèrent la Na-
ture et la vie; comme eux, ils se crurent jetés dans le
monde pour supporter et s'abstenir, Mais, tandis que
les Stoïciens trouvaient leur refuge en eux-mêmes, les
Chrétiens ayant réalisé ce Verbe dont Platon avait cher-
ché dans la Nature tes rayons disséminés, s'inclinèrent de-
vant ce Ycrbe divinisé. Alors non seulement la Nature,
mais t'homme disparut; la Grâce se substitua partout. Les
Stoïciens avaient déjà substitué la Vertu humaine à la Na-
ture tes Chrétiens substituèrent l'action divine à la vertu
de)'homme. Ainsi la Nature fut complètement abolie, abo-
lie devant l'homme, abolie dans l'homme.
Mais vainement l'ancienne civilisation, vainement tes Bar-
bares consentirent a ce sacrifice complet de la Nature. L'ana-
thème porté contre elle par le Christianisme était exagéré et

(1) Nouslaissonsgrand que et pour cause,lestravauxtout antMqxede ses
dicciples. Quelque grand que soit Aristote, son rGle est tout autre que celui
de Platon, d'f~picure et de Zénon. Aristoten'a pas en une opinion particuliére

uiuai; it a peïfcctionnc
par exce))e))ce le fnisein tad'instrument
gcmenttoutes ]ea routesdela science; il a
de a
la organisé
philosophie, il
et fondamentale sur la question fon<lamcnlale de la plulosopllle. Aristote est
dialectique, il td logique,
M rou peut s'exprimer
a ouvert I.ir-
été aussi grandement créateur qu'il
est donné à un homme de fétre. Mais, sur la queslion qui nous occupe, il n'aa
pris aucune attitude décisive. Quoi qu'on ait pu dire, Aristote, ne s'etaut pas
séparé de son maitre Platon su, le point csseuhc], a pu a\ec raison être ratta-
ché à Platon par les Platoniciens.

faux la sentencen'a pas tenu. La Nature et la vie ont pé-
rimé i'arrCt du Christianisme, et alors on a vu reparaitre la
doctrine d'l:picure.
Aujourd'hui le combat est entre FÉpicureisme, qui tantôt
se revêt du nom de Déisme, tantôt se déclare athée et maté-
rialiste, et un Christianisme dégénère, qui n'ose pinsre-
prouver la Nature et la vie, et cherche honteusementà s'ar-
ranger de la terre.

§8./)MMMrfM!'M~H.

Nous venons de voir que toute la Phifosophie grecque, et
)e Christianisme à sa suite, furent une déduction de la ques-
tion du bonheur, ou, comme disaient les anciens, du bien
suprême, du soM~'<'?'at)t bien.
Voltaire, qui vint au monde pour critiquer toute )a tradi-
tion antérieure du genre )]nmain, ne comprit rien acctte
dénomination det'OMt'fra~t&ift!, qui pourtant équivaut a la
question même de la philosophie. )) crut que les anciens en-
tendaient par )a un état de félicité parfaite; il crut que les
Stoïciens, par e\emp[e, se vantaient d'être insensibles et in-
\uinerabies; H ne comprit pas qu'on pût faire intervenir ]es
ressources de )a vertu dans une question de sensations agréa-
Mes ou douloureuses. En un mot, tout dans cette grande
tentative des diverses phiiosophiesgrccquesini parut com-
plètement ~&.<M)'</e. < Le bien-être est rare, dit-it; )e souvc-
rain bien en ce monde ne pourrait-!) pas être regarde
< comme
souverainement chimérique? Les philosophes grecs
discutèrent longuement, à leur ordinaire, cette question.
<
Ne vous imaginez-vous pas, mon cher lecteur, voir des
mendiants qui raisonnent sur !apicrrephi)osopha]e?].e

souverain bien' que! mot! Autant aurait-ii \alu demander
o ce que c'est que le souverain bleu, on le souverain ragoût,
le souverain marcher, le souverain lire, etc. Chacun met
son bien où il peut, et en a autant qu'il peut, à sa façon,
et à bien petite mesure (1).
H faut convenir que jamais Yoltaire m' se montra plus stt-
perficiel. Quelle est notre condition dans cette\ie?Dequet
ecit devons-nous considérer les biens et les maux qui s'y ren-
contrent ? De la réponse que nous nous faisons à cette ques-
tion naît en nous une certaine conviction philosophique ou
religieuse, qui nous constitue en présence de ces biens et de
ces maux, ne nous abandonne plus ensuite, et nous sert à
supporter les uns et a jouir convenablement des autres. Sans
cette conviction, nous ne sommes que des enfants déraison-
nables nous sommes, comme dit Fontenelle, abandonnes
au hasard, ou à l'action de la Providence. Avec cette con-
viction, au contraire, nous sommes des hommes; nous avons
en nous un principe d'action, un point d'appui, autre que
nos passions, pour réagir sur nos passions et sur le monde
extérieur. Voila )a ditîerence d'un homme qui a une religion
ou une philosophie, ce qui est la même chose, à un homme
qui en est destitué, Est-il étonnant que tout le travail de
t'humanite ait consisté dans Fëditication (les diverses doc-
trines sur )e souverain bien ?
Laissons donc de côté les badinages de Voltaire, et résu-
mons en quelques traits la tradition du genre humain.
Sur cette question Quelle est notre condition dans cette
vie? et comment devons-nous nous y comporter par rapport
aux biens et aux maux qui s'y
rencontrent?'

(1) ~'cft~r ~At'/osfyjAt~f.

PLATON répond Ilfaut vivre de cette vie, s'intéresser à
cette vie, mais pour renaître.
ËpiCBRE Vivre, accepter ]a vie, sans penser à renaître.
ZENON Ne pas s'intéresser à cette vie, en quelque sorte
ne pas vivre; mais être dès cette vie une force libre, une li-
berté, se faire Dieu, puissance absolue, vaincre complète-
ment le Destin, s'émanciper, s'affranchir, bien certain
qu'après cette vie l'enchaînement au monde est à jamais
rompu.
SAINT PAUL, développé par S. AuGL'STiN Ne pas s'inté-

resser à cette vie, ne pas vivre; penser, comme Platon, que
c'est un état contraire à la nature origineUe de l'homme, et,
comme Zénon, que cette chaîne ne durera pas longtemps,
et ne se reproduira plus; mais, au lien que Zénon cherche
son sauveur en lui-même, ne le chercher qu'en Dieu, c'est-à-
dire dans cette Sagesse dont parle Platon, et qu'il reconnaît
comme ayant en Dieu son existence récite, dans ce Verbe
dont ce même Platon a si souvent parlé, et qui s'est vérita-
blement incarné en Jésus.
Les moyens indiqués par ces diverses philosophies sont
conformes aux buts divers qu'elles nous assignent.
PLATON nous dit Aime, en cherchant Dieu dans ton
amour.
ËrtCUM:Aime-toi.
Z~NON:Ahstiens-toi.
SAtNT PAUL N'aime que Dieu.
Soit que vous mangiez, ou que vous buviez, ou quelque
t autre chose que vous fassiez, faites tout pour la gloire de
Dieu (1)..»

(1) aux Cfnnt~'cnj, chap. x, v. 31.

Aimer, voila donc )e moyen également indiqué par )c
Platonisme, FËpicuréisme, et le CIn'istianismc. En effet,
notre vie n'étant, comme nous l'avons vu, qu'une aspiration,
force nous est bien d'aimer, et de nous attacher a quelque
chose. Le Stoïcisme, ne s'attachant à rien, devait disparaî-
tre. Il fallait, si l'on ne voulait pas aimer le monde et les
créatures, aimer Dieu; et c'est ce que le Christianisme a
fait, en se tournant exclusivement à cette Beauté divine que
Platon avait représentée comme le but vers lequel nous ten-
dons, même sans le savoir, dans toutes nos poursuites de
bonheur, et comme la source éternelle de l'Amour.
Montesquieu plaçait la destruction du Stoïcisme au nom-
bre des malheurs du genre humain (1). II croyait les Stoï-
ciens ?t<~ ywMr la société.Hn'y a jamais eu, dit-il, de doc-
»
trine dont les principes fussent plus dignes de l'homme,
» et
plus propres à former des gens de bien. Elle n'outrait
» que
les choses dans lesquelles il y a de la grandeur, le mé-
»
pris des plaisirs et de la douleur. Elle seule savait faire les
»
citoyens, elle seule faisait les grands hommes, elle seule
faisait les grands empereurs. » Montesquieu a jugé du Stoï-
cisme par quelques Stoïciens. Vrai au début, le Stoïcisme
dev ient bientôt une erreur. Son principe, que nous devons
aspirer être une force libre, est vrai; mais sa prétentiou,
a~

que nous devons être une force entièrement libre, détruit a
l'instant même toute la bonté de son principe. L'erreur fon-
damentale du Stoïcisme est d'avoir exagéré l'effort que nous
devons faire; de telle sorte que, croyant n'avoir rien fait
tant que nous ne sommes pas parvenus il une complète
émancipation, nous détruisons par la même tout lien avec la

(') ~ri( des <M:, liv, XXiV.

vie et le monde. Être Stoïcien et prendre un intérêtrée) au
inonde était une inconséquence. Quelques grands hommes,
sans doute, commirent cette heureuse inconséquence, et, s'é-
tant efforcés de se faire Dieux, regardèrent, ainsi que ditMon-
tesquieu, cet Esprit sacré qu'ils croyaient être en eux-mêmes
comme une espèce de Providence favorable qui devait veiller
sur ]e genre humain. Mais, encore une fois, c'était une in-
conséquence que tes théoriciens de la secte ne commirent
jamais. Cette doctrine n'enseignait rien comme but de notre
amour; elle n'avait don<~ aucune solution de la vie. Pourquoi
être une force, une liberté, un Dieu? Est-ce pour agir sur
le monde? Mais vous ne pouvez être cela qu'en vous déta-
chant complètement du monde. Donc point de solution.
Pourquoi donc vivre? pourquoi respirer? pourquoi ce monde
continue-t-il à exister, ce monde mauvaise plaisanterie dn
Destin? Aussi le Stoïcisme enseigna-t-i) ie dédain de la so-
ciété, le mépris de la vie, le suicide, et la fin du monde.
La solution épicurienne pouvait se prendre de deux ma-
nières. Ëpieure nous dit de nous aimer nous-mêmes, et d'ac-
cepter les lois de la Nature. Mais comment nous aimerons-
nous ? Est-ce en recherchant les sensations agréaMes, ou en
évitant les sensations douloureuses? La première manière
fut celle de t'Ëcoie Cyrénaïquc, la seconde fut plus particu-
lièrement celle d'Ëpicure. Aristippe, cent ans avant Ëpicurc,
avait enseigné et pratiqué cet Ëpicuréisme grossier, qui con-
siste a chercher ta votupté partout où on croit la rencontrer.
Mais il est évident que cet.) n'est pas une philosophie. Avoir
pour unique principe de rechercher le plaisir, c'est se re-
plonger non seulement dans la foule des hommes qui agis-
sent ainsi, n'ayant pas conscience de ce que c'est véritable-
ment que la vie, mais même dans la foule des animau\, qui

obéissent entièrement aux prescriptions de la Nature. Vous
cherchez la volupté, dites-vous mais si vous êtes philoso-
phe assez pour avoir réfléchi que la vif n'est qu'une conti-
nuelle aspiration et que le présent pour ainsi dire n'existe
pas, vous de~e/, être bien sur de ne jamais la reucontrer;
vous serez toujours à la désirer et a la regretter. Vous voulez
exploiter les créatures au profit de Notre cgoïsme mais, si
vous êtes parfaitement égoïste, vous n'aurez aucun plaisir
dans cette exploitation; et si vous n'êtes pas égoïste, il arri-
vera, dans ce rapport, que ce seront les créatures qui vous
posséderont et qui vous feront souffrir. Le fat Aristippe a
beau dire <'Je possède Laïs, sans qu'elle me possède; on
peut atnrmcr que c'est uu mensonge, et qu'ette le possède
ou qu'il ne la possède pas.
Epicure était bien loin de cette manière de chercher le
bonheur. Il méprisait profondément Aristippe et son école.
Il définissait le bien fuir le mal. Dans un passage que cite
Ptutarquc, il dit quela nature du bien s'engendre de la
»fuite du mal, et de la mémoire que nous en conservons;
que le bien gît à se souvenir que l'on a été tel, et que tel
)) cas est
advenu; que ce qui donne une joie inestimable et
<~
incomparable, c'cst de savoir que l'on a échappe à un
grand mal. C'est en cela que consiste véritablement le bon-
< heur; c'est donc là qu'il faut viser; c'est il cela qn'it faut
.< s'arrêter, sans vaguer en vain de côté et d'autre (!).<a
Loin donc de regarder le monde comme une coupe de vo-
tupté où it n'y avait qu'à s'enivrer sans retache, Épicure et
ses vrais disciples avaient plutôt pour principe que notre vie

(1) l'Intatque, TrailE (7tte t'ort ne snurrrit xiem jo~euscntcuf sclou tu tloc·
<)'tttc d'~t<!<re.

ne devait consister qu'à nous guérir de la douleur. Le plaisir
pour eux n'était pas le plaisir, mais un remède; et i'un d'eux,
Metrodore, disait que les accidents fâcheux remplissaient
tellement toute la trame de la Nature et de )a vie, que la
Nature ne saurait où mettre le bien et la joie, si auparavant
elle ne délogeait pas la douleur. Aussi la vraie secte d'Hpi-
cure faisait-elle consister la sagessea savoir trouver un pro-
fond repos, a couvert de tous les vents et de toutes les va-
gues du monde. C'est ce que Lucrèce a si admirablement
exprimé, lorsqu'il parle de ce retour sur nous-mêmes et de
ce plaisir égoïste que nous eproutons quand, du haut d'un
rocher, nous considérons la mer en furie et des vaisseaux
prêtsa s'engtoutir
matituagno, tmhantibus q.o,a tentis,
Suavc,
magunm alterius spectane lahonem:
1; terra
Non quia vexari qucmquam est~ucunda voluptas,

Sed niloil
tua
Sed quibus ipse motis careas quia cernem suave est.
Suavc rtiam 1>elli critamina magna tileii
Per canrpos
est siuc parte pericli.
bene quatn mmuta lenere
Edita dnftrina sapientum tpmpla scicxa,
nespicere nnde qttras 4lio,, passintque ridene
Errare, atqne viam palantes qmerere vitx,
Cettate ingenio, coutendeue nobililae,
Ncwtps atque dies niti pr.cstn'tte hiborf-,
Ad summas emergere nprs, rrntmrluc poliri.
O misen as huminum mentes I û peW ora .cI%
Qualihus in teJ1ehri~ rit.e, qudntiaqnn periclis
vegitur huc mii, quoolctutque est( Nnnne videre
~it atmd sibi NatUt-dm latrare nih) ut [-am
Cnrpore scjtttictus dolor ah~it, mente ftuatur
Jucnn<ln sensu, cura semola metuque (1)

On se représente ordinairement t'Ëpicureisme comme la

(1) n est doux dp t-Gi)tcn)pier (!u n\agp les flots snu!evës par la tpmp~tR et
le H
ph.11 d'un mallteutrux qni ils tont elilotitir. Non pas quson prenne plai~ir
a t'infottune d'autmi; mais paLcequc L' \ue des maux qu'on n~lun~e~omt
i il,
est cunso]a))te. H est dnu\ cucm c, a ra)'i <)t' [~' de p! um~tcr ses regards
i'nr deux grandes anm~cs ratios dans la plaine. Mais de tous les spcctadcs le

doctrine du plaisir rien n'est plus faux, quant à Épicure.
La vraie doctrine d'Ëpicure était', au contraire, fort triste.
On y cherchait le contentement, il est vrai mais un conten-
tement tont à fait négatif, si je puis m'exprimer ainsi. Il s'a-
gissait de n'être pas malheureux de fuir l'agitation, les sou-
cis, les inquiétudes, toutes les occasions de sounrances.
Cache ta vie était le proverbe des Épicuriens. Leur maxime
était de ne pas s'entremettre d'alfaires publiques. La volupté
des sens était considérée par eux comme une nécessité, et
comme la suite des besoins que nous donne la Nature. Mais,
bien loin d'entretenir ses passions par l'idée que cette vo-
lupté fût en elle-même un bien, le sage ne devait tendre
qu'à diminuer cette nécessite, et 'l vivre de plus en plus
en repos, à l'abri des passions comme à l'abri du monde.
Le calme avec un certain contentement, fondé sur la con-
science de ne pas souffrir et d'avoir échappe a des périls
sans nombre, voilà donc, en définitive, le souverain bien
d'Ëpicnre. Aussi ftutarquc s'écrie « 0 la grande félicité et
»
la grande volupté dont jouissent ces gens-ta, s'esjouissant
»
de ce qu'ils n'endurent pas de mal, qu'ils ne sentent aucun
»
souci, ni ue souffrent douleur quelconque!»Et il tache de
leur remontrer que cette espèce de calme plat, où ils se
fixent, n'est pas chose bien désirable «Platon, dit-il, ne
»
voulait pas qu'on estimât la délivrance de tristesse et d'en-
nui volupté, mais qu'on la regardât seulement comme la

eplus agn6able est de considérer, du faite de la pbilosapLie, du liaut de cette
»foiteiesse élevCc par la iaisod des aages, les moW els éparss'égarer i, la pour-
suite du boiiiieui, se disputer palme du génie ou la cbimCre de la naissance,
n
etbe ou
tune à lanuit
soumettre ,'ux plus humains!
Mathcurcux
nuit etjou) co-uts n\eug)esl
penibles tta\aux, au
pour s'É~erntihcu de
à ]a for-

n quclles ténèbres, et à quels pénils vous cxposez ce peu d'instants de Notre vie!
n Écoutez le cti deKature. Qu'exigf-t-cHfdc ~ous? tjn corps exempt de dou-
]eur une âme libre de terrems et d'inquiétude, t ( 7't'~Mcttf~ de /.ff~)-af!~f. )

»
première ëbauc))e des gros traits d'une peinture, une sorte
"demë)angedub[ancetduuoir,ouriendedessineuepa-
» raftrait encore. Mais il y a des gens qui, montant du bas
» au milieu, faute de bien savoir ce que c'est que le bas et
<ce que c'est que ic milieu, estiment que le milieu soit la
» cime et le bout,comme font Hpicure et Mëtrodore, qui
dëtinissent la nature et substance du bien être fuite et dé-
*)ivrauceduma).ets'esjouissentd'unejoied'esc)avesou
» de captifs prisonniers, que i'on a tirés des prisons et dé-
~) ferres, qui tiennent pour un grand bien que l'on les lave

et tes hui)c après qu'ils ont été bien fouettés et dëcuirës
»
d'escorgees, et qui au demeurant n'essayèrent ni ne surent
jamais ce que c'est qu'une pure, nette et libérale joie, non
xpoint cicatrisée; car si la gale, la démangeaison de la
» chair et iacbassiedesyeuxsont choses mauvaises et fâ-
» cheuses que refuit la Nature, il ne s'ensuit pas pourtant

» que le gratter sa peau et frotter sas yeux soient choses
'bonnes et heureuses; ni. si superstitieusement craindre
»
les Dieux et toujours être en angoisse et en frayeur de ce
» que i'on raconte des enfers est mauvais, il ne faut pas in-
» férer que, pour en être exempt et délivre, on soit incon-
» tinent bien heureux ni bien jo;eu\Cette critique du
véritable Ëpicurëisme est d'une admirable justesse.La quié-
tude où Ëpicure prétendait placer i'homme était en eu'et,je
le répète, toute négative. Aussi i'Hpicureismen'a-t-ii jamais
pu s'y tenir; et cela est teUemcnt vrai que ce que l'on entend
vulgairement par ce mot est piutot la doctrine d'Aristippe
et de i'ËcdcCyrëua'ique que ccited'Ëpicurc. Horace lui-
m('me, qui a si profondément compris la doctrine philoso-
phique desonmaitre,ne l'a rendue poétique qu'en jatci-
gnantd'A)'istippismcetde\oiMptc.Lemr/x'M!revient

sans cesse sous sa plume. Il ne s'agit pas seulement pour
lui de satisfaire aux prescriptions de la Nature, mais de les
appeler et de les savourer par des désirs toujoursrenaissants.
r~picurc routait rester en place it ne voulait pas remonter
le torrent comme Zénon, il ne voulait pas s'y livrer a\eu-
glément comme A ristippe il ne croyait pas, comme Platon,
que ce torrent, aidé de nos efforts, put nous mener au terme
d'un toyage. Non, i) voulait rester immoMe. recevoir cha-
que \ague et ]a laisser passer; puis venait la mort, qui ter-
minait l'exercice du sage. Mais son sage, qui joue ainsi avec
la vague, qui ne prétend avoir que de l'adresse, qui ne veut
ni résister ni se diriger, est, pour peu que le torrent soit
fort, entraîné à son insu par la vague. Mpounu d'idéal
avecÉpicurc, on s'habitue insensiblement à regarder la vo-
lupté comme un bien, et non comme une guérison du mal;
on ne l'attend plus, on la cherche; on n'obéit plus à la Na-
ture par raison, on se livre avidement a ses penchants; on
tes désire, et on s'y abandonne. La pente est inévitabfe. La
cause profonde de cela est que notre vie est une continuelle
aspiration, et que nous ne pouvons par conséquent résister,
sans point d'appui, a la force qui nous entraîne. L'~picu-
réisme devait donc tourner soit à un égoismc étroit, soit au
sensualisme; la maxime d'Hpicure ~i~f-~o! devait se trans-
former, pour tout homme naturellement froid, en prudence
égoïste pleine de vide et d'ennui, et, pour tout homme na-
tureUement passionne, en amour déréglé des créatures.
C'est ce qui est arrivé, et c'est ce qui arrivera toujours.
Le Datonisme ouvrait également deux routes différentes.
Aime /h'M, dit Platon, aime la Beauté, la Bonté céleste,
dont tu es sorti et où tu retournes. Si tu n'aimes pas ce but,
tu chercheras vainement ton bonheur dans tes créatures

tu ne trouveras jamais la subsistance de ton âme; car ton
âme ne peut se nourrir que du beau. On pouvait entendre
ce précepte de deux façons ou comme le navigateur, qui
suit sa route avec les étoiles et contemple le ciel pour se di-
riger, ou comme l'astronome, qui ne regarde que le ciel et
ne songe pasa h terre. On pouvait, ainsi que Platon l'indi-
que assez positivement, chercher le beau a travers le monde,
par le moyen du monde, dans )e monde; l'extraire du monde,
et )e renvoyer au monde. On pouvait aussi ne considérer que
l'objet, Dieu, la beauté infinie, croire qu'on pouvait se
mettre immédiatement en rapport avec elle indépendamment
du monde, et l'appeler si passionnément que tout disparut
devant cet élan. C'est ce qu'a fait le Christianisme.
La maxime de Platon était « Fais effort pour devenir
»
semblable à Dieu autant ~);e cela est ~i ton poMt'oif
t~oMf em) !'f<T~ T!)~j~ Les Chrétiens ont retranche cette
condition restrictive qui conservait la Nature et la vie. Ils
ont voulu comme les Stoïciens un Salut prompt, rapide,
instantané, ils ont dit au monde, comme le sage de Sénëque
~Von placet. ~M'~ co t'fBffh' unde tvhto (1).
En cela, suivant nous, le Christianisme s'est profonde-
ment éloigné du Platonisme.
Il s'ef) est encore profondément éloigne sur un autre
point, et cette déviation était la conséquence de la première.
Piaton avait dit Nous avons deuv moyens pour remonter à
Dieu, la Raison et t'Amour. Les Chrétiens, se séparant du
monde, ont dft négliger le libre arbitre, et ne reconnattre
que la Grâce. C'est la doctrine de S. Faut et (le S. Augustin;
et quelque effort qu'on ait fait pour conserver le principe de

(t) ;)JK.t. HX.

]a Raison libre, c'est ia vraie doctrine du Christianisme.
Socrate, Platon, Zénon, Ëpicurc, et les deux grands
docteurs du Christianisme, S. Pau) et S. Augustin, sont
donc, eu résume, les termes successifs du développement
de la question du bonheur. C'est un raisonnement suivi. So-
crate commence pour notre Occident l'antiquité philosophi-
que, que S. Augustin termine, en ouvrant la religion du
moyen-âge. Ce sublime dialogue a duré dix siècles, et pour-
tant l'on pourrait ainsi le formuler en quelques paroles

SOCRATE(MO ans MantJêsns-Christ).

Que les sophistes se taisent. Que les savants cessent de
s'enorgueillir, et d'entasser de folles hypothèses pour expli-
quer le monde. Que les artistes sachent que l'art sans but
n'est qu'une puérilité, si ce n'est pas un poison. La seule
connaissance digne de )'homme celle qui donnera a la
science et à l'art une destination véritable, c'est la connais-
sance de ce qui est le bien et le mt'fM. et cette connaissance
ne peut s'acquérir que par Fëtude de nous-mêmes.

PT.ATON.

De l'étude de nous-mêmes il resutte que l'homme est une
force originairement libre, mais actuellement unie à la ma-
tière, laquelle paraît être coeterne])e a Dieu. Nous tendons
a retourner il notre source par l'effet nature) de la vie, qui
est une aspiration, un amour continuel et sans (in; mais
nous ne pouvons y retourner ~eritab!ement qu'en nous atta-
chant aux rayons de la Beauté divine perceptibles pour nous.
C'est donc vers Dieu que doit tendre et la science, et l'art,
et tonte la vie humaine.

0 Grecs, vous êtes des enfants. J'ai voyagé chez ceux qui
vous ont donné tout ce que vous possédez de savoir, et voilà
ce que vos maîtres m'ont appris.
XENON.

Si, comme le dit Ffaton, f'homme est originairement une
force libre, pourquoi ne s'affranchirait-!) pas a l'instant
même, et ne reprendrait-il pas sa vraie nature, en se sépa-
rant rationnellement du monde?
f:PIC[!P.E.

Vous êtes des rêveurs. Je serai le premier des sages (1).
Ne voyez-vous pas que vous êtes sous le joug de la Nature,
qui vous a crées dans une de ses infinies combinaisons?Donc
toute la sagesse consiste à obéir à la Nature dans ses pres-
criptions inévitables, et
à se mettre à l'abri de ses coups,
comme on ferait avec un animal fougueux, si on voulait s'en
servir.
SAINT PAUL.

Je et esclavea ta fois. Je suis charnel, ven-
me sens fibre
du au péché, Je lie fais pas le bien que j'aime, mais le mal
que je hais. Misérabfe que je suis! qui me délivrera du corps
de cette mort?
Ce sera lit grâce de Dieu, par Jésus-Christ notre Sei-
gneur~).
r~r.Af.F..

Aumoins restons-nous libres en quelque chMe;et si nous
(l)«Ëj)it;)n'e.)esent l'onuneq'n ait osé se dire sage. "(Cic(-ro)),7.'<'7')!t'&.
6oan et >rmh~ lib. 11). LucRre parle d'$picure absolument eu«une on a pmlé
~PS)'CtC)ateu!s:
Qn))?citus)fm~n)!)))H)~fn!osnpptatit,etomncs
i,,geiiio et onifies
t~r,eslinW stellus, exortus «ti a·lhains sol.
(?) 1·>. rrnr linmniw, clnap. t«.

devons tendre uniquement vers Dieu, au moins est-ce en
vertu d'une force qui est en nous, en vertu de notre liberté
et par notre propre mérite.

SAMTAUGUsrM.

Non. Le péché a tout envahi, et ne nousarienfaisse.
L'Amour qui nous sauve n'est pas de nous; nous n'en avons
par nous-mêmes aucune trace, aucun vestige; il nous est
donné par Dieu, quand il lui plaît et comme il lui plaît.
Nous ne sommes libres en rien.
0 mon Dieu! tu me commandes que je t'aime donne-
moi ce que tu me commandes, et commande-moi ce que tu
veux(~).

g 9. Du progrès de /<Mmmti'<f par rapport au
<'onAfMr.

Je ne connais rien de plus profond dans la poésie de notre
temps que quelques pages d'Edgar Quinet dans son ~At.'o.-e-
rus. C'est à la Ut* Journée, intitulée la ~M<M'f. La scène se
passe dans la cathédrale de Strasbourg; les morts sortent de
leurs tombes, pour se plaindre de ne pas voir arriver ce Pa-
radis où ils avaient mis si fermement leur espoir de bonheur.
Puisque je viens de faire parier, en me servant de leurs
propres formules, les cinq ou six hommes dont la contro-
verse, continuée d'écho eu écho à travers dix siècles, a en-
fanté la religion du moyen-âge, je ue saurais m'empêcher de
mettre fidèlement en contraste cette plainte que )c poète

(i)6'cM/a.f~"<.

prête à l'humanité, accusant de déception la théorie de Pla-
ton transformée par le Christianisme:

f.!tOEtjRDESMISMOMS.

0 Christ!ô ('.hrist! pourquoi nous as-tu trompés? 0
ô

» Christ! pourquoi nous as-tu menti? Depuis mille ans, nous
nous roulons dans nos caveaux, sous nos dalles cisc)ées,
» pour
chercher la porte de ton ciel. Nous ne trouvons que
.ta toile que l'araignée tend sur nos tetes.Où sont donc les
sons des violes de tes anges? Nous n'entendons que la scie
» aiguë
du ver qui ronge nos tombeaux. Où est le pain qui
t devait nous nourrir? Nous n'avons a boire que nos larmes.
< Où est la maison de ton père? où est son dais étoité? Est-

-ce la source tarie que nous creusons de nos ongles? est-ce
» la dalle polie que nous frappons de nos têtes,jour et nuit?

«Où est la fleur de ta vigne, qui devait guérir la plaie de
nos coeurs? Nous n'avons trouvé que des vipères qui ram-
» peut sur nos
dalles; nous n'.nons vu que des contemres
»
qui vomissent leur venin sur nos lèvres. 0 Christ, pour-
»
quoi nous as-tu trompés ?

CttOELR DES FERMES.

» 0Vierge Marie! pourquoi nous avez-vous trompées? En
*nous réveillant, nous avons cherché à nos côtés nos en-
» fants, nos petits-enfants, et nos bien-aimés,qui(tevaient

x nous sourire au matin dans des niches d'azur. Nous n'a-
B vons trouvé que des ronces, des mauves passées. et des or-
*[i<'s,qui enfonçaient leurs racines sur nos tetet.

à nous. qu'ai-je à faire à présent de ma doubte croix et . où êtes-vous? J'ai peur. ma belle robe de lumière? Mon père. CHOEUR DES ENFANTS. x Christ! Christ! puisque vous m'avez trompé. mes bannières filées par le rouet de » Berthe. rendez- » nous nos corbeilles de roses. L'EMPEREUR CHARLEMAGNE. CHOEUR DES ENFANTS. ma mère. » Rendez-nous. baptisées de mon nom. nos couronnes de fleurs. à nous. et mes peuples agenouillés » de Roncevaux jusqu'à la forêt Noire. » Rendez-nous. CHOEUR DES FEMMES. nos soupirs et nos larmes. que nous avons jetées à la » Fête-Dièu sur te chemin des prêtres! LE PAPE GRÉGOIRE. » Et moi. mes châs- » ses et mes chapelles. mes ciboires de vermei). j'ai peur dans mon berceau » de pierre. < Ahqu'il fait noir dans mon berceau de pierre! Ah que » mon berceau est dur Où est ma mère pour me lever? où » est mon père pour me bercer? où sont les anges pour me » donner ma robe. rendez- » moi mes cent monastères cachésdans tesArdennesrendez- » moi mes cloches dorées.

je le répète.est magnifique autant que douloureuse. x Jean-Pau).dans)e creux de ma » main.Quinetamieux aimemettre dans la bouche des hommes eux-mêmes iapiainte et !arevo)te. toujours )) vides comme toutà l'heure! Regardez. que tous les martyrs mettent leur plaie dans l'ombre. oui.et iel'aradisqueje tous ai pre- ché n'existe pas. Ij n'y a pas de Ciel comme je !e croyais. Ma)i)eur!)eparadis.Cette plainte. J'apporte en *retourunetoi)eh)eepar!'araigneeaceuxquiontdonn<' j))eur couronne auChrist. et ne l'ai pas trome. Non. l'enfer.de ma triple couronne? Les morts s'assemblent autour de » moi. le poète allemand. mes bons < seigneurs. c'est la vérité voyez que tous les morts me ea- x chent leur Messurc.< n'étaient que dans mon âme la poignée et la lame de )'e- < pëe des archanges ne flamboyaient que dans mon sein. non! Grégoire de Soana. elles sont encore vides. pour que je donne il chacun la portion <)e néant qui . il n'y avait de cieux infinis que cc))\ ([ue mon génie pliait et )) dep)iait hn-mtme pour s'abriter dans son désert. Dans une sorte de rêve suMime.jesuis allé vers mon père. Mais pent-etre t'heure va-t-elle sonner où la porte du Christ » roulera sur ses gonds.ta)angue s'est usée < dans ta bouche à appeler Christ! Christ! et tes mains » sont restées vides. une pincée de cendreceux qui attendaient un royaume d'étoiies dans i'ocean du firmament. pardonncz-<noi.]ui revient. . tu a as assez attendu! Tespieds se sont séchés a frapper les daïïes. regardez.j'apportc. avait déjà cu la même idée. Je n'en peux guérir aucune. il vit Jésus descendre la nuit sur taterrceteveiiieriesmorts dans leurs tombeaux pour )eurdire:tJ'ai été trompe. tes yeux se sont fondus dans leurs orbites a regar- »der dans )apoussieredetonca~ean. . le purgatoire.

Tout hoHunequi a cherché le souverain bien. votre espérance de bonheur n'a pas été et ne sera pas \aine. philosophes ou chrétiens. soit avec Platon. vous n'avez pas failli. à des degrés divers. dire que. l'humanité s'est perfectionnée. e[ s'écrier. soit avec le Christianisme. de Platon ou de S. ce se- rait uu chant de justi fi cationpourrépondreacette plainte. apparaissant t)!'t'<:H< au mi- lieu de ces morts.onadccouYert)a chimie. pour se livrer au hasard et rétro- grader vers la condition des animaux. Aussi voyez. Qu'il serait beau de voir le poète. toutes les . Faut-il donc. dans la voie du perfectionnement de la nature humaine. en cherchant ie souverain bien. leur expliquer leur mythe qu'ils n'ont point compris. votre foi n'a pas été trompée. comme Dcmosthenes aux Grecs de Cbérouée:Non. a été dans la voie de la dégradation de la nature humaine. en suivant l'une ou l'autre de ces directions. comme Voltaire.» tt est certain que hors de la voie du perfectionnement phi- losophique et religieux. soit avec Ëpicurc (j'entends le véritable Épieure). Mais hélas! quand le poète théotogique de notre époque viendra-t-ii? Nous en sommes encore a la plainte.Mais en que nous aimerions encore mieux entendre. Paul. tous ceux qui ont cherché ]e souverain bien ont c)terc)ie vainement la pierre philosophale? Enchcrchant!apierrephi)osopha)e. Tout homme qui n'a pas cherché le souverain bien. soit avec Zénon. l'homme abandonne sa nature d'homme et sa destinée. disciples d'Épicure ou de Zénon. la société tout entière et toutes les vertus sont sorties de cette recherche du souverain bien. a été. Les Chrétiens disaient:« Hors de l'Église point de salut.

je parle de t'Ëpicuréisme d'Ëpicure. soit une règle de morale. Le fond de ce système est le choix. Mais quand on voit que ceux qui ont le plus profondément creusé la condition humaine sous ce point de vue sont arri- vés à enseigner une morale pure. et non pas une philosophie. est un délire. de ce système de prudence et de prévoyance. nons conduit à nous respecter nous-mêmes. le Stoïcisme. en nous enseignant à nous aimer nous- mêmes. qui subsiste. et par là nous empêche de nous livrerà la fatalité. on ne peut s'empêcher de reconnaître que cette philosophie a été une des grandes voies du perfectionnement générât de l'humanité. par la portion vraiment respectable de rËpicnrél'sme moderne. et le Christianisme. Les biens qui sont véritablement sortis de t'Ëpicuréisme se rapportent plus particulièrement au perfectionnement de notre vie matérielle. la moins féconde en vertus et en règles de morale est. IJ s'efforce de nous montrer tes conséquences de nos actions. Des quatre solutions que nous venons d'indiquer. a nos yeux. sans autre guide que la sensa- tion ceci. et ne dérivent que de ta. Je ne parle pas des prédications de volupté et d'abandon irréftéchi à toutes les chances de la vie. H nous apprend à limiter nos désirs. le Platonisme. l'Épieu- réisme. je le redis encore. z?- . L'Épicuréismc. reproduit en par- tie. je délie de me citer soit une vertu. au dix-huitième siècle et de nos jours. t'Ëpicuréisme et pourtant combien de vertus elle en- seigne déjà! Encore une fois. ce point négligé. comme un accident entre deux sommeils infinis. C'est une philosophie bien triste sans doute que de restreindre la vie au présent sans passé et sans avenir. tellement que.règles de )a morale en dérivent.

S'il n'y avait pas eu une doctrine qui présentât ]'uti)ité sous un aspect moral. aussi ont-elles toujours cherché en lui la justification de leurs efforts. car la loi de j'humanité est d'être morale. Effo) t sublime vers la liberté. l'intelli- gence humaine se serait précipitée encore plus qu'elle ne l'a fait dans la route purement contemplative où le Christia- nisme s'est plongé avec tant d'ardeur. il s'a- gissait d'éviter les maux. en obéissant à la Nature en esclave intelligent. l'humanité eût condamné absolument ces recherches. Or. sans cette philosophie. En sanctifiant pour ainsi dire le soin de la vie maté- rielle. pour en détourner les mau- vais cucts et en recueillir les bons. par cela seul qu'elles nous étaient utiles. enchaîné par la Nature. enchaîné par la société. avec Zénon. nous aurions bien su faire toutes ces découvertes. et si cette aspiration a être . Et qu'on ne dise pas que. ont au fond une certaine afunité avec t'Ëpicuréisme. voyez si les révolutions du monde n'ont pas amené un progrès de liberté dans notre condition naturelle et sociale. comme disait Épicure. !'Lpicuréisme a été indirectement cause de cette mul- titude de perfectionnements que l'intelligence humaine a trouvés dans les propriétés de la matière. De lit est résulte directement un certain amé- nagement des plaisirs qui nous sont communs avec les ani- maux. il faHait être fibre. le Stoïcisme a enfanté pour l'humanité des biens d'un autre genre. Vingt siècles se sont écoutés. ce qu'on appeiïe aujourd'hui la prévoyance. Si la vie qui nous est commune avec les animaux n'avait pas rencontré une jus- tification raisonnable et pour ainsi dire religieuse.«me. Avec Épicure. t'homme ne pouvait alors être libre qu'en se réfugiant dans une sublime indiffé- rence. Il est évident que toutes les sciences d'expérimentation qui consistent à décou- vrir les volontés de la Nature.

n'a pas eu sa réalisation. ]a moratité humaine eut con- science d'elle-même. lit le premier descendre sur nous le feu qui nous fait vivre. C'est Platon. Nous sommes aujourd'hui presque aussi puissants sur la Nature que le Ju- piter tout-puissant de l'Olympe des Crecs. Ce fut vraiment l'étincelle de vie qui anima notre Occident. source du Stoïcisme. Comme la statue de Pygmalion où tout est marbre jusqu'au moment du contact de l'amour divin. mais accessiblel'ftomme. Ce fut alors vraiment pour la première fois que l'homme dans notre Occident eut la face tournée vers le ciel Os /MMwx' sM~/wic <&'<?. Quand il eut enseigné que le propre de l'homme n'était pas la satisfaction des sens à la manière des animaux.libres. Des . Platon n'excluait pas la science. Mais de ces diverses solutions celle qui a eu le plus d'in- fluence sur le monde. L'homme deviendra de plus en plus l'égal de l'homme. L'homme s'est affranchi de l'homme et de la Nature. et la Nature obéira de plus en plus à j'homme. heu- reux interprète de la philosophie antérieure. c'est incontestablement l'Idéalisme de Platon. et le temps ap- proche où Épictète ne sera plus en aucune façon l'esclave des autres hommes. Les sciences connues reçurent donc un nouvel élan de ['Idéalisme. Il s'af- franchira de plus en plus de l'homme et de la Nature. de )'idéai tnunain. mais que le propre de l'homme était la satisfaction d'un besoin inné de beauté et de bonté. si longtemps surnommé le Di'm:. Car la révélation de cet attrait vers le beau fut la révélation de ce que t'en a appe)é le Ciel. Aucon- traire les sciences étaient pour lui la réahsation incomplète. qui. l'Occident resta sans lumière morale jusqu'àla révélation de Platon. avons-nous dit.

réalisé anthropomorphiquement par de~ Juifs. L'Idéalisme. A combien plus forte raison. ce missionnaire de la philosophie. lancé dans cette voie. De lit le Monachisme et le Christianisme du moyen- âge. Puis d'A- lexandrie le foyer vint H Rome. Dans le sein de Platon se forma Aristote. que non seu- lement la vie qui nous est commune avec tes animaux fut méprisée. des espèces de conquérants qui se frayent une route au sein de la nature sauvage. se réunir à la Beauté di- vine. quand le monde spirituel commença a ctre entrevu. S. Paul. ces praticiens suhlimps du Platonisme interprété par S. La fin du monde ne . Alexandre transporta la Grèce en Egypte. si pénétré de l'idéal que la terre ne pouvait ni le satisfaire ni le contenir. sciences presque inconnues jusque la naquirent. il faut l'ex- plorer et le défricher. et sans l'intermédiaire de cette vie. Quand on découvre un continent nouveau. à son berceau. et se frayer son chemin la hache à la main! Ce fut le rôle des Antoine. il fallait à l'homme la fin du monde. des pionniers qui mènent une vie inculte là où par eux doit régner un jour la civilisation. produisit le Christianisme. on l'attendait t'Uvangite même l'avait prédite pour une ou deux générations. mais que l'on crut pouvoir immédiatement. des Basile. et tous ces Romains com- mencèrent à se demander vers quelle étoile marchait l'hu- manité. on y croyait. ne devait-on pas se pré- cipiter avidement à sa recherche. Alors tout t'Oecidcntsc tourna avec tant d'empressement vers t'idéat. Athanase et S. aussi fortement tourne vers la vertu que son maitre. Mais. on voit s'élancer avec une sorte de frénésie sublime. Augustin. des Benoît. Aristote engendra Alexandre.

qui u'a et ne veut avoir (t)C. comme nu rival. Le grand docteur du moyen-âge. d'une part la doctrine absolue de S. Augustin menant au détache- ment complet du monde. comme si Ptaton devait présider à cette phase nouvelle aussi bien qu'a la première. . ou quelque autre chose que vous fassiez.L't~gtise adopta ce suprême précepte de t'Amour. voyons-nous reve- nir ]essciencesaveeA)'istotp. Voi)a l'ère de la Renaissance.j)L\i.f<ef/MriMtt. S. an treizième siècle. ))e [a deux mondes et deux Christianismes: d'un côté les laïques et de l'autre les prêtres et les moines. Paul. elle l'admit dans toute sa rigueur. Je célibat. expliqua ainsi le précepte de S. Aussi. l'abstinence ne les avait pas tous séduits. D'aiueursi'idéa) n'avait pas ravi tons les hommes au même degré. Thomas. le Piatouisme ancien vient de nomeau se poser en Italie. S. elle eut deux solutions. Ou sort de la phase du Christianisme ahsolu. Pau) et de S.Bf')'. et. ou que » ~ous butiez. Paul. et de l'autre cette même doctrine modifiée pour s'accommoder avec la vie.vint pas.)esartsavec les croisades. n'a-t-d pas soigneusement expliqué qu'il suffisait d'avoir t'ir<Mf//f)t!< Dieu pour objet dans notre amour des créatures ( i ) ? Quand S. au treizième siècle. et pourtant elle en repoussa la rigueur. c'est que la période ascendante du Stoïcisme idéaliste était terminée. n'avaient pas tout envahi. eu face du Christianisme. que cette explication. C'était déjà en effet un retour vers ]a Nature. un amen- dement pour revenir à une autre interprétation du Plato- nisme. avait dit Soit que vous mangiez. comme nous t'avons vu. eu même temps que ce mot est prononcé. la virginité. faites » tout pour la gloire de Dieu. Thomas.

On a l'espoir du Paradis. quand Léon X éteve ses temples et ses palais vers les cieux. tes autres le ramènent au cœur. ce sont les veines qui rapportent au coeur un sang noir et souvent alté- ré. Ainsi la charité et l'art la charité. La science et l'art avaient reçu l'illumination du baptême. Dante ra- conte qu'il eut Virgile pour introducteur dans le ciel. et on introduit le Péripatétisme dans la Scolastique. et pourtant on ne rejette pas la terre. Mais depuis Virgile jusqu'à nous. Ce fut à cette époque que la doctrine de t'idéat produisit à pleines mains ses fruits. la charité et l'art. et un reflet qui annonce le Christianisme. Plus de prêtres: . où réside le principe de la vie. et. Ainsi Platon embrasse tout le monde moderne par deux liens universels. Notre corps est un ré- seau d'artères et de veines qui s'entacent. comme la chrysa- lide du cocon où elle s'était enveloppée. les unes portent le sang à tous nos membres. On est façonné a l'Idéa- lisme. On a l'Évangile et les Pères. et pourtant on suit une autre rontc. c'est le cœur et tes artères. quel monument un peu sublime de l'art n'est pas empreint d'Idéalisme? Aujourd'hui la doctrine qui repoussait la Nature et la vie est renversée.que Dieu pour objet. la peinture cherche à réaliser sur la terre des figures divines. que le coeur vivifie. en attendant. On admet toujours cette doctrine. et on admet la science. On croit encore à la Jérusalem céleste. C'est qu'en effet Virgile est un reflet de Platon. Que d'artistes sont sortis de t'Idéatisme? Si Lucrèce et Horace sont fils d'Épicure.Les mérités qui lui avaient donné l'existence sortent de l'enveloppe brisée du mythe. combien plus nombreuse est la postérité de Platon! Dans sa D~'i/tf Comédie. On a la reli- gion. l'art.

j.nous sommes aujourd'hui les laïques restés seuls. Le résultat général a été le perfectionnement de nous- mêmes par t'idéa)ité et par la puissance sur la nature exté- rieure ce qui comprend les formules incomplètes de ces trois systèmes. Le Stoïcisme a surtout été le ressort intérieur et énergique des révolutions du monde. par le Stoïcisme. Il a fallu l'alliance du Stoïcisme et du Platonisme dans ie . mais par tous. en quoi notre vie. Le second a voulu surtout nous perfectionner nous- mêmes. et l'instrument le plus actif de la sociabilité. Mais.CM/e))!f~< de ~M! Donc. La leçon de Platon doit avoir profité.S .'r!7 /M. L'Ëpicuréismea préside surtout au perfectionnement in- dustriel de l'humanité. sans la phitosophie. nous nous sommes éloignés profondément de la condition des animaux. dinererait- elle de la vie des animaux? Le Platonisme a été le plus grand mobile du perfection- nement mora) de i'ttomme. Le perfectionnement réel et général n'a cependant eu lieu aucun de ces systèmes exclusivement. Le troisième s'est plus directement occupé de la nature extérieure. par le Pla- tonisme et par le Christianisme. je le demande. par C~picurëisme. mais les laïques élevés & 'la condition d'tiommes qui doivent avoir compris que le propre de l'homme est d'aimer le beau et le bon. cette )eçon que Jésus répéta lorsqu'il dit T-Mwmf !M se ~OM. et d'en nourrir son âme. Le premier a surtout considéré nos rapports avec nos semblables et avec Dieu.

c'est par la renonciation au monde le célibat et les couvons que le type humain s'est d'abord perfectionne. Inclinons-nous donc dotant la philosophie. taquette doit un jour servir en esclave soumis t'ineaiité platonicienne. l'indépendance absolue.Christianisme. et d'où est résultée ia puis- sance industriclle.<i'tw. pour émanciper tes femmes et tes esclaves. Kmersion d'un étal antérieur et immersion dans . Mais que cette considération ne nous fasse pas oublier que t'Ëpicureisme a été le contrepoids a l'excès du Stoïcisme platonicien. et pour civiliser les Barbares. § 10. C'est lui qui a dit il l'or- gueilleux Idéalisme. l'isolement absolu de l'humanité. ce n'est pas de la vie des animaux que nous avons à nous occuper. qui fait qu'aujourd'hui nous voyons des nations de trente millions d'hommesivant dans une certaine égalité. tandis que les nations antiques ne con- nurent jamais que le régime des castes. C'est en s'élevant vers la chas- teté absolue. a~ec les sentiments de socia- bilité issus du Platonisme. la pureté absolue. <o~M. c'est-à-dire nn suprême mépris de la terre )a uni charité. C'est de t'homme qu'il s'agit et de l'espèce de bonheur <pji lui convient. Or qu'est-ce que t'homme? Nous avons ~n(3 «) que l'état permanent de notre être est t'aspiratinn. source sainte de tant de découvertes. Déjà c'est l'alliance de cette puissance sur )a Nature. C'est lui qui a sanctifié cette espèce de dévotion aux lois naturelles. Concluons. qui menaçait de détruire la base ter- restre jde notre existence Tu n'iras pas plus toin. car nous avons tout reçu d'elle.

depuis notre naissance jusque notre mort. notre vie véritable con- siste essentiellement et uniquement. il passe suc- cessivement de point en point. d'un point a un autre. notre être est ce qui dure après la sensation. notre personnalité. c'est l'être qui sort de cette modification. et qui en appelle une autre. Nous ne sommes. dans notre mode d'existence en passant d'une situation à une autre.un état futur. notre personnalité. C'est ce que j'appellerais volontiers le ton de notre vie. Ce qui est réellement en nous. c'est qu'elles constituent notre moi. et ces points nous servent à mesurer sa vitesse. pour ainsi dire. Kotre moi. je ne le nie pas. notre tic. cette force fera sa vitesse. je le répète. jamais dans le fait de la modiC- catiou par le plaisir ou )a douleur. De même. Donc tout notre bonheur consiste essentiellement et uni- quement dans l'état avec lequel nous aspirons. C'est cet f~< d'apiration qui constitue proprement t'homme c'est donc cet état qu'il faudrait nous attacher a perfectionner. Le milieu où il passe peut influer sur cette vitesse.voilà notre vie. nous sommes toujours en deçà et au-de]a. Nous rendre heureux n'est donc pas direc- . C'est pour cela que le présent. et que nous semblons ne connaître que le passé et le futur. n'existe pas. Quand un mobile parcourt une distance. comme on dit. en la ralentissant mais tant qu'il restera de la force au mobile. Mais sa vitesse est autre chose que ce qui sert a la mesurer. Que tes sensations successivement éprouvées influent sur ce ton de notre âme. ce n'est pas l'être modifié par )e plaisir ou la douleur. mais ce que je nie. et non pas ce qui est dans la sensation.

pour peser leurs diverses destinées. ou que celui qui a vécu dans t'antiquite. vous cherchez le rapport entre des lignes d'ordre différent. vous arrivez Fincommensu- . il est absurde de chercher. les plaisirs et les douleurs. faire que notre état fondamenta). ce qui constitue )e moi. Enfin. Par la même raison. les biens et les maux. à notre avis. ce qui les sépare par des barrières in- franchissables.ce que j'ap- pelais tout a )'hcure le ton de notre être. les biens et les maux qui leur arrivent. Les plaisirs et les douleurs. ou que celui du moyen-âge. sous le rapport du bonheur.tement amasser autour de nous ce que nous croyons le bien et en éloigner ce que nous croyons )e mal mais c'est avant tout. il est puéril de se demander si ['hom- me du dix-neuvième sièc!c est plus heureux que celui du dix-huitième. en prenant. des termes de comparaison entre J'existence des animaux et celle des hommes. soit de plus en plus heureux. la personnalité des êtres. n'ont aucune ~a!eur absolue et con- stante. Tout gît dans la nature de leur âme. dans la géométrie. Voita ce que nous devrions considérer directement. par la même raison. la personnahtë est différente. n'est plus puéril que de comparer )a condition des hommes sous le rapport du bonheur. le moi. Les plaisirs et les biens de tout genre ne sont tout au plus qu'un moyen de perfcctionuer indirectement cette situation fon- damentale de notre âme. Quand. ce qui les fait diuerents. D'un être a l'autre. Cet état dans l'aspiration est réellement ce qui distingue les hommes entre eux. Rien donc. ou bien si les habitants de l'Asie sont plus heureux que les habitants de l'Europe.

mais que des philosophes aient légi- timé de leur autorité ce préjugé du vulgaire. c'est que nous devons rejeter l'habitude aujourd'hui régnante de raisonner sur le sujet du bonheur eu déduction du faut système des compensations. et que vous imaginiez de cher- cher. Cette doctrine des compensations conduisait nécessaire- ment a l'abandon de toute vertu. si vous allez plus loin. Au contraire. sans aucune raison. Cette prétendue philosophie du dix-tnitieme siècle ne ferait de nous que des Incites et des enfans Que le vulgaire considère ainsi le bonheur. rien de plus propre à nous rendre envieux et égoïstes. vous arrivez a des racines imaginaires. puisque notre cire. par exeniple. et que si notre part nous semble inférieure. cela se conçoit. le bonheur ainsi confondu avec la sensation. que d'avoir toujours devant tes yeux que la Providence nous doit à tous la même somme de biens et de maux. Tout dépendait uniquement du Destin et des deux tonneaux de Jupiter. donc. ou entre des surfaces et des solides. I_npremier point. nous avons le droit de nous plaindre rien de plus misérable que de faire ainsi dépendre uniquement notre être des choses extérieures. Rien de plus capable de nous alfaiblir l'âme et de nous abru- tir. Un effet. comme dé- pendant uniquement des choses extérieures qui nous arri- vent. Car. cela est inconcevable c'est comme si des savants venaient se ran- ger. que restait-il à perfectionner <n nous? Uicn. rien de plus propre par conséquent faire notre malheur. le rapport entre des lignes et des sur- faces. au lieu de con- . en ressaisissant la vérité. nous reconqué- rous la vertu.a l'opinion duvutgaire sur les faits astronomiques.rab)e.

et pourtant on s'est beaucoup moqué de leur moi. Notre argument n'est fondé que sur la i. S'ils avaient plus profondément étudié la vie.sister dans les sensations. Il n'y a point de volonté dans les animaux. n'était qu'une chimère. Nous l'avons déduite du sentiment même de la vie. Mais s'il nous faut délaisser la doctrine de la sensation et des compensations certes ce ne sera pas pour re- tomber dans les creuses chimères de la psychologie ac- tuelle. de saisir ce que l'on comprend si difficilement avec les psychologues. partir de la volonté. ce me semble. la notion du moi. quand nous tombons dans le sommeil que devient notre moi? Les psychologues ont don- né lieu de penser que ce moi. Nous venons. On les a écou- tés. La petite réaction qu'on a faite contre le dix-huitième siècle il y a quinze ans. opposée à la sensation prêchée par le dix- huitième siècle. au nom de la psychologie. je le répète. La Philosophie revient. ils auraient eux- mêmes mieux compris le moi. notre bonheur ne dépend donc pas uni- quement des choses extérieures. en quoi donc consiste le moi des animaux ? Quand nous n'exerçons pas notre volonté. contre la doctrine de la sensation. on ne savait que leur répondre. c'est la vie que nous étudions. et avec elle la Vertu. dont ils parlaient tant. et ils se seraient fait comprendre. quand nous nous abandonnons à la sensation. ce qui est une erreur. était malheureusement fort insuffisante. Ce n'est pas de ce moi chimérique des psychologues que nous nous armons. (i . qui est la suite de ses leçons. est ce qui les traverse et leur survit sans cesse. cet arcane de toute leur science. Les psychologues la font dès l'origine. C'est à la vie que nous en appelons.

de désirs en regrets. dans cette voie. comme des prescriptions supérieures. au contraire. et en dehors de la sensation. en passant de sensation en sensation. à des manifestations imparfaites du beau absolu? ou bien. nous arrêterons-nous. de cette force qui aspire. tournerons-nous cette force vers Dieu? et. on a voulu en faire la loi unique du monde de la matière. de pro- pos délibéré. d'endormir cette force qui aspire en nous. Que ferons-nous donc. nous précipiterons-nous plus immédiatement dans le sein même de Dieu? Avec Épicure. nous livrerons-nous. de déceptions en déceptions. et tâcherons- nous de nous procurer artificiellement un sommeil accom- pagné d'un certain sentiment tranquille de l'existence? ou bien. de cette force qui est en nous. nous efforcerons-nous de calmer. Mais le sage se fait incessamment cette question. je le répète. il obéira cette force. à toutes les époques. nous attacherons-nous à la Nature? comme Épicure lui- même. avec les Platoniciens. et on a prétendu m- . et de là résulte ce qu'il y a de moralité dans ses actions. et qui aspire toujours? Le v ulgaire. se sont fait la question qu'il ne se fait pas. de restreindre. et dont le propre est d'aspirer sans cesse? Avec Platon. nous fuira sans cesse? Chose singulièreon a beaucoup parlé dans ces derniers siècles de l'attraction. ce qu'ont enseigné quelques uns des hommes qui. avec les Chrétiens. n'en est pas em- harassé. A la manière des animaux. nous le savons. Seulement il suit égalementà son insu. On a été plus loin. Mais que faire de cette force permanente en nous. à une volupté qui.permanence de notre être après la sensation. comme ses faux disciples. qui n'a pas conscience de ce que c'est que la vie.

on attribue à la nature physique. . qui avait seul occupé pendant tant de siècles les gé- nérations précédentes. ce système de l'attraction dans le monde spirituel existe depuis bien des siècles. par un préjugé absurde. que les sphères du ciel étaient des centres d'attraction les unes pour les autres. et qui suivant lui. In. sous le nom d'Amour. dans les derniers siècles. Cette vérité a tcllcment ébloui nos regards. Bien long-temps avant qu'on imaginât que les parties de la matière gravitaient les unes vers les autres. s'est éclipsé pour nous et nous som- (1) Cimfemirm. Il est vrai que ceux qui ont parlé de généraliser dans la société humaine ce qu'ils nom- ment la découverte de Newton. que le monde spirituel. et c'est encore une sorte d'attraction matérielle qu'ils ont voulu introduire dans le monde moral. et que les groupes de soleils gravitaient eux-mêmes vers des centres inconnus. devait prendre cette assiette fixe et immobile que. cil. Augustin n'a-t-il pas appelé l'Amour le poids des natures spirituelles (i ) ? Tous les immenses travaux du Christianisme sur la perfection n'ont pas été autre chose qu'une application de ce principe de l'attraction vers Dieu. Qu'est-ce que cet attrait dont parle Platon. nous ra- mène vers Dieu ? S. le retour à la Nature a amené la renaissance des sciences physiques. Mais. en réalité. dont le point culminant a été la découverte de l'attraction des corps. bien longtemps avant que le monde ma- tériel se révélât à nous sous cet aspect. Mil. IX. comme si le monde moral. une fois soumis à l'attraction.traduire cette loi dans le monde moral. le monde spirituel nous était ainsi révélé. Mais. n'ont jamais compris du monde moral que les apparences.

Il est certain que nous retrouvons le minéral dans la plante. Mais en réalité. il n'y a.je puis bien. et de nous étudier nous-mêmes. l'animal nous paraît un être surajouté au végétal et au minéral qui tous deux sont en lui. qui ne doit tendre que vers la matière. le système de l'attraction spirituelle. et un quatrième être raisonnable? Non non. L'homme aussi nous parait un être surajouté à l'animal qui està la racine de son existence. L'homme ne supportera-t-il donc jamais deux vérités à la fois? Nous sommes donc aujourd'hui entre deux sortes de ré- vélations d'un côté. qu'un moyen. qui nous dit que nous sommes une âme qui ne doit tendre quev ers Dieu et. a dit un jour L'homme qui pense est un animal dépravé. séparer en lui les facultés de l'animal des facultés purement végétatives que je lui trou>e communes .mes tombés subitement dans les ténèbres du matérialisme. Il n'y a qu'un seul être. C'est de recourir encore à l'axiome de Socrate. ce nous semble. Quand je considère un animal. par un effort de ma pensée. A quelques égards. de l'autre. l'homme. Pour sortir de cet immense embarras. assurément. pour faire justice de son paradoxe. Il suffisait. la plante dans l'animal l'animal dans l'homme. plein d'incouséquences. parce qu'il portait en lui tous les éléments contradictoires d'une synthèse qu'il n'était pas donné à son temps de faire. une sorte d'être végétatif. qui nous dit que nous sommes un corps. Rousseau. l'animal qui sent ne serait pas un végétal dépravé. une sorte d'être sensible. de cette contra- diction infinic qui nous déchire et nous divise. le système de l'attraction ma- térielle. par la même raison. de lui demandersi. y a-t-il en nous une sorte d'être purement matériel.

modifiez par la maladie. L'animal est un être nouveau. Je dis qu'il n'en a pas conscience en tant que sen- sible. en effet. séparer cette nouvelle faculté de toutes les autres. Mais c'est une abs- traction de mon esprit. quoiqu'elle s'y mêle. mais j'affirme qu'il en a conscience en tant que vivant. que dans la sensibilité même. et dans lequel toutes les fonctions du végétal sont mé- tamorphosées. et. Et. avec le scalpel de votre analyse. a toute l'or- gauisation et à toutes les fonctions. direz-vous Voilà l'animal. Irez-vous. par dessus toutes les propriétés du végétal. dans l'ordre régulier et normal. cette vie végétative qui est en lui. il en résulte un être essentiellement différent du végé- tal. dans lequel la vie végétative s'est transformée. et en réalité ces deux ordres de facultés sont tellement unies dans l'animal. Et aussitôt. Seulement. Ce qui est une propriété végétale dans le végétal est devenu pro- priété animale dans l'animal. la faculté de sentir. par ce qu'elle ne préside pas. mais il consiste aussi bien dans cette vie végétative transformée.avec d'autres êtres que j'appelle plantes. tout le reste est plante? Ce se- rait absurde. par le fer ou le poi- son. que je serais fort embarrassé pour en faire la démarcation ou plutôt la sépa- ration est impossible car toutes les facultés de la plante se sont pour ainsi dire transformées dans l'animal. et. sa faculté même de sentir était non . quoiqu'il n'en ait pas conscience en tant que sensible. une plante métamorphosée en animal. L'animal. cette faculté se liant et se mêlant à toutes les facultés végé- tales. aussitôt vous verrez apparaître chez lui des sensations donc. Vous retrouverez par la pensée dans l'animal tout ce qui constituait la vie du végétal. si je puis parler ainsi est une plante annualisée. en première ligne. une faculté nouvelle apparaît. mais transformé.

dans le passage. En un mot. séparait de flcurs par un secret besoin d'amour: l'oiseau construit un nid par le même besoin. L'homme est une âme assurément. est donc encore la transformation d'une propriété de la plante. végétative. . le plus compliqué à nos yeux dans son orga- nisation. La plante respirait par ses feuilles. de végétale qu'elle était. cette pro- priété. et sa respiration était assujétie à deux grandes alternatives. La plante. Mais l'homme n'est pas un animal sur lequel serait surajouté je ne sais quel être mystérieux qu'on appelle âme. Il en est de même du besoin de la reproduction. L'animal le plus perfectionné. le jour et la nuit. L'homme aujourd'hui est peut-être plus loin de l'animal. se révèle par une continuelle systole et diastole du cœur. depuis sa naissance jusqu'à sa mort. c'est à cela qu'est en partie consacrée sa vie.seulement liée à cette vie. comme dit Bossuet (1) c'est-à- dire qu'en lui toutes les facultés animales se sont transfor- mées en facultés humaines. mais fondée sur elle et consciente d'elle d'une certaine façon mystérieuse. immobile. La respiration et la circulation du sang se mêleut chez lui à la sensibilité pour lui donner un certain sentiment de l'existence. reproduit encore ce phénomène: sa vie. est devenue animale. La plante vivait immobile par ses racines c'était une de ses propriétés. Sa vie sous ce rapport. II en est de même de l'homme. (1) De (a Connaissance tk Dieu et de soi-mcmc. mais. L'animal se meut pour chercher sa subsi- stance c'est eu cela que consiste en partie son être. que l'animal ne l'est du végétal. mais il est en totalité une âme unie à un corps. et par une continuelle iiisuffla- tion et expiration de l'air dans ses poumons.

Mais. se reproduit dans le passage de l'animal à l'homme. par l'effet de la sensibilité organisée dans des appareils particuliers ap- pelés sens. se montre très appa- rente chez quelques végétaux et il est probable qu'elle existeà un degré de plus en plus affaibli chez tous. parce qu'il serait contradictoire.je délie qu'on me cite soit un acte. vous détruiriez complètement cette idée. dépouiller l'idée animal de tout ce qu'elle a de commun analogique- ment avec l'idée végétal. une combinaison de sensibilité et de vie végétale. soit une propriété.il ne s'ensuivrait pas qu'elle seule con- stituàt réellement leur vie car elle est indissolublement unie chez eux à toutes les propriétés qu'ils ont de communes avec les végétaux. La sensibilité même. mais com- binaison dans laquelle un des éléments est aussi indispen- sable que l'autre. l'animal est entièrement différent du végétal. de même que si vous prétendiez conserver dans l'idée animal une seule des propriétés du végétât intacte et sans métamorphose. De sorte que leur vie est. L'animal est pour ainsi dire un végétal sensible l'homme est pour ainsi dire un animal raisonnable. par l'effet de la raison. Illumine est lui être . Hé bien. cette métamorphose. Mais lors même qu'on voudrait la considérer comme propre et spé- ciale aux animaux. dont l'analogue ne se retrouve pas chez le végétal. par l'analyse. Si vous prétendiez. cette propriété caractéristique de l'animal. si l'on veut. soit nu mode quelconque d'existence de l'animal. L'homme a la raison par-dessus l'ani- mal. mais un être absurde et impossible. vous n'auriez réellement pas un ani- mal. comme l'animal avait la sensibilité par-dessus les plantes. et de même. qui fait que la \ie de l'animal est à la fois si analogue et si essentiellement étran- gère à la we du végétal.

il ne »faut pas seulement savoir distinguer. l'âme n'agit point sans le corps. ni un vaisseau que l'âme gouverne » »la manière d'un pilote. c'est-à-dire qu'elles étaient transformées. (1). De même. » (1) De la Connaissance de ïheu et de soi-même. et cependant n'existaient plus.essentiellement différent de l'animal. » car il est vrai que. plus la raison. L'antique dé- finition. répétée de siècle en sièle L'homme est un animal raisonnable ne doit donc pas être entendue comme si l'on disait que l'homme est un animal. pour se connaître soi-même. Sans doute l'entendement n'est pas attaché à un organe corpo- » rel dont il suive le mouvement. même sous l'empire des préjugés chrétiens. » mais encore remarquer tout ensemble comment deux par- » ties de si différente nature s'entr'aident mutuellement. etc. » ni la partie intellectuelle sans la partie sensitive. Nous avons déjà eu occasion ailleurs de démontrer que tous les véritables métaphysiciens étaient arrivés. Nous avons cité ces admirables pa- roles de Bossuet « Le corps n'est pas un simple instrument appliqué par le dehors. Aussi trouve-t-on dans toutes » nos opérations quelque chose de l'âme et quelque chose du » corps. . chez l'homme toutes les fonctions de l'animal se retrouvent. dans chaque acte. mais transformées. L'âme et le corps ne font en- » semble qu'jtn tout naturel. mais en ce sens que l'homme est un animal transformé par la raison. mais il faut pourtant rc- » connaître qu'on n'entend poiutsans imaginer ni sans sentir. de sorte que. » ce qui appartient à l'une d'avec ce qui appartientà l'autre. par un certain accord entre toutes les par- » tics qui composent l'homme. à reconnaître cette unité de notre nature. Chez l'animal toutes les fonctions et toutes les facultés du végétal se retrouvaient.

qu'il aura plus dédaigné le corps et exalté la souveraine puissance de l'âme. qui sera d'autant plus embarrassé de la passivité de notre nature. et qui. . qui ce qu'il » commence par »a de meilleur sans oublier ce qu'il a de moindre.à celle de M. sur quoi il ajoute « L'homme tout entier est compris dans cette définition. où se trouve exposée la vraie définition de la philosophie. à ce moi ainsi abstrait toutes les propriétés qui n'appartiennent qu'a l'être complexe esprit-corps.Nous avons aussi mentionné souvent la définition que le même Bossuet donne de l'âme Substance intelli- gente née pour vivre dans un corps et lui être intime- ment unie. et où l'on explique le sens. Autant la première est complète. ne sacri- fie pas la moindre. l'autre est d'un fanfaron. » Nous avons également montré combien cette définition de Bossuet est préférable à celle d'un spiritualisme aveugle et outré. la suite et l'en- tha'inement des divers philosophes depuis Descctïtes. et peut par conséquent prêter à l'erreur. 1 vol. et donnant. tout en donnant la prédominance à la plus grande. L'une est d'un sage qui connaît à fond la nature humaine. par une inconcevable pétition de principe. Enfin nous avons prouvé dans les articles que nous rappelons ici (1). sans jamais s'apercevoir qu'ils ont pris pour une base so- (1) Ces divers articles de psychologie sont aujourd'hui îésuinés ci roniplùlL-s dans l'ouvrage intitulé Hlfut^tion de l'Ï!ci. le vide et l'absurdité des nouveaux psychologues qui. autant la seconde est incomplète. la relation et le jeu nécessaire des deux suh- stances qu'il se croit en droit d'y distinguer. raisonnent ensuite tout à leur aise. de Bonald. 1839. par exemple L'homme est une intelligence servie par des organes.ectismk. abstrajant de l'être com- plexe espril-corps ce qu'ils appellent le moi. et fait n voir l'union de l'un et de l'autre.

Nous distinguons trois règnes le règne minéral. le ravalent par leurs préceptes a la condition des animaux. je n'en rougis pas. considérant l'homme comme un animal. Si vous rougissez de » l'humanité. l'âme a aussi les siens. L'homme alors nous apparaît tantôt comme uu animal. Descartes. nous reconnaissons la nature spirituelle de l'homme. tantôt comme une âme. » Chose étrange! ce mot de Pascal n'a pas encore été coin- pris. et nous comprenons l'homme dans le règne animal. » De sorte que ni vous ni moi nous ne sommes ni au-dessus » ni au-dessous de la nature humaine. Puis. N'cst-il pas bientôt temps qu'on s'accorde là-dessus eu quelque vérité? car \oilà ungt-deux siècles qu'on se tliuse . le règne végétal et le règne animal. vous ne m'ôtez » pas l'esprit. Gassendi termina sa réplique par ces paroles remarquables « En m'appelant chair. l'avait appelé <:luiir. » Esprit-corps. dit Pascal. mais vous ne quittez » pas votre corps. changeant tout à coup de point de vue. nous l'appelons âme et voilà un autre monde. Il faut donc vous permettre de parler selon » votre génie. II suffit qu'avec l'aide de Dieu je ne sois pas » tellement chair que je ne sois encore esprit. telle est en effet la nature humaine. n'est ni ange » ni béte. De là deux morales également absurdes aujourd'hui et également pernicieuses. nous lui donnons un nom. Les uns. le considérant comme une espèce d'ange. non pas un esprit et un corps. les autres. L'animal a ses partisans exclusifs. et quevous » ne soyez pas tellement esprit que vous ne soyez aussi chair.lidc le point de départ le plus chimérique et le plus faux. Vous vous appelez esprit. «L'homme. lui enseignent une vie impossihle et contraire à sa nature. dans une réponse qu'il avait faite à Gassendi.

a créé ce milieu.. Cette immense controverse a été nécessaire sans doute. être raisonnable. ni un animal. et en opposition les six siècles de l'ère moderne. et dont le nom plus général est l'humanité. et tous deux ont tort. les sciences. dont la tendence générale est spiritualiste. vit dans un certain milieu qui est la société. à la nature. la politique. de même que l'animal ne sau- rait exister sans le milieu où s'exerce sa sensibilité. On peut toujours leur ré- pondre avec Leibnitz Aisi ipse inteltcctus (1). mais n'est-il pas temps de conclure? Le Spiritualisme et le Matérialisme ont également vaincu et été vaincus. et c'est l'homme lui-même qui par le dévelop- pement successif de sa nature. L'homme n'est ni t:ne âme. formées et nourries de sensations et de besoins corporels. sont les dhers aspects que ce milieu présente à la raison et à la sensibilité humaine. Les spiritualistes ont beau préconiser l'intelligence et la raison on lcur montrera toujours qns cette intelligence et cette raison sont liées au corps. dont la ten- dance générale est matérialiste. (J) Oyp. V. depuis Platon jusqu'à la lin du moyen-âge. La morale. Contentons-nous de dire que. à la terre. assujetties à la santé du corps.d'un côté seize siècles. . Les matérialistes ont beau dire A'ihi/ est in intettectu quod non prius fuerit in sewni. loin. tous deux ont raison. L'homme est un animal transformé par la raison et uni îi l'humanité. unies au corps. les arts. de même l'homme.à la vie du corps. Uni à l'humanité: ce second point de notre définition de- manderait des développements dont ce n'est pas ici le lieu.

suivant leur tendance. Ainsi. le seul milieu où se développe l'existence de cet être nouveau sorti de la condition ani- male. nous découvrons la route où nous devons marcher. le milieu véritable. Voilà ce qu'on n'a guère compris jusqu'ici. L'homme n'est ni bête ni ange. comme dit Pascal. Le Connais-loi loi-mime de Socrate nous suffit pour être . et qui s'appelle l'homme. il est de plus uni à l'humanité. par l'humanité. Ce qui était petit. et ce qui a toujours trompé les raisonneurs. hors du Matérialisme et hors du Spiritualisme mal entendu. devient immense chez l'homme. nous échap- pons fondamentalement a l'ascétisme chrétien. nous échappons fonda- mentalement à la doctrine de la sensation. et il n'est pas seulement non plus un être complexe esprit-corps. car. qui est âme et corps a la fois. et que cette aspiration accompagne la sensation et lui survit. soit à l'abîme du Matérialisme. et lcs a conduits soit à l'abîme du Spiritualisme. En considérant l'unité de notre être. Enfin. et dont il fût inséparable. et alors. nous pouvons satisfaire notre soif spirituelle de bonté et de beauté. sans sortir de la nature et de la vie. en considérant que notre être est une force qui sans cesse aspire. en comprenant que la vie de l'homme est unie à l'humanité. pour nous résumer. Nous voilà hors des deux écneils. ils ont considéré l'homme en lui-même. la société. ce qui existait à peine chez l'animal. la route où les deux tendances qui ont divisé la philosophie viennent se rejoindre. sans se demander s'il y avait un milieu auquel cet homme fût indissolublement uni. ils n'ont vu en lui qu'un animal ou qu'un ange. Ne comprenant pas que l'homme est un être nécessairement uni à l'humanité. C'est le milieu nouveau.

Voici donc notre dernière conclusion. Platon dit vrai. une sorte de monstre.dans notre condition d'hommes et pour y rester. et auxquelles vous livrerez votre nature. pour at- teindre par la pensée à la dignité de notre nature et ne pas la dédaigner. aimante et raisonnable. c'cst-à-dire d'un homme horriblement incomplet et qui n'a pas le mi- lieu nécessaire à son existence véritable. vous aurez les plaisirs solitaires d'un homme seul. et que l'attraction de la terre n'est pour ainsi dire que le centre de leur mutuelle attrac- tion. conduisez-vous à la manière des animaux et des enfaus Vous vivrez d'une certaine façon. Entend-on par bonheur un état non défini de sensations et de sentiments agréables. Allez. Mais en même temps la loi du monde qui est de changer sans . courez après les sensations. Mais de même que les corps placés à la surface de la terre ne gravitent vers le soleil que tous ensemble. Oui. vous vous faites égoïste. En un mot. suivez votre fantaisie. oubliant que vous êtes raison. vous aurez le bonheur des corps si vous vous transformez en pourceaux sous la ba- guette de Circé. vous aurez un certain bonheur si. qui est la souveraine Beauté. par l'instinct de notre nature. vous aurez la joie des pourceaux.de même nous gravitons spirituellement vers Dieu par l'intermédiaire de l'humanité. ou- bliant que vous êtes uni à l'humanité. si. indépendamment d'une concep- tion philosophique de notre nature et de notre destinée. abandonnez-vous à vos passions. la Philosophie n'a rien à voir là. attirés à lui. vous vous faites corps. vous aurez le plaisir et la douleur analogues aux passions que vous réali- serez en vous. vous serez un être imparfait. livrez-vous à la fatalité. nous gravitons vers Dieu.

de Vldi'ti/. pendant dix-huit siècles. com- ment. du Fih et du Saint-Esprit. Elle doit nous apprendre comment nous pouvons aimer religieusement le monde et la vie. Avec Platon. ont marché vers la vie fu- turc au nom du l'ère. Avec les Chrétiens. quelque dégradé que vous soyez.cesse. et de Y Amour. La Philosophie a eu ses phases comme l'humanité. elle a perfectionné les instruments de notre Raison. ("est la Philosophie qui nous apprend à connaître notre nature et la pratique de ses leçons s'appelle la Vertu. elle a perfectionné notre Amour. Aujourd'hui la Philosophie nous apprend que le souverain bien consiste à aimer religieuse- ment le monde et la vie. pour guides la Raison et l'Amour. tout en restant dans la Nature et dans la vie. Les Chré- tiens. elle nous a indiqué notre route. nous pouvons nous élever vers notre centre spirituel. nous apprendra à marcher vers l'avenir au nom de la Iléii/iM'. Entend-on au contraire par bonheur un état conscient de nous-mêmes alors c'est à la Philosophie seule qu'il est don- né de nous le procurer. et où. il s'agit de vivre conformément à notre nature d'hommes. \ous fera toujours trouver partout le vide et le néant. et tôt ou tard le moment viendra pour vous où vous vous réveillerez de cette confuse ivresse. La Philo- sophie expliquant leur formule. Avec Aristote. . La question change il ne s'agit plus réellement d'être heureux dans le sens vulgaire qu'on donne au mot bonheur. en nous donnant pour but Dieu. Le Stoïcisme a été notre soutien durant cette route difficile à travers tant de siècles. Épicure. vous aurez le sentiment de la nature raison- nable de votre être. a ser- vi a empêcher que notre élan vers Dieu ne fût un suicide.

ni un animal. Mais de mCine que les coips placésà la surface de la terre ne gravitent vers le soleil que tous ensemble. par l'instinct de. L'Homme est un animal trans- formé par la laison et uni à l'Humanité. aimnnte et raisonnable. Notre but est nettement caractérisé dans cette défi- nition de l'homme L'Homme n'est ni une âme. et dans cette pensée qui résume pour nous l'histoire de la Philosophie Oui. initie nature. attirés à lui. Le lecteur a maintenant le programme du Traité qui va siihre. Platon dit irai. et que l'attraction de la tel re n'est pour ainsi dire que le cenlro de leur muluelle atti action de même nous gravitons spii ituellemenl vers Dieu par l'intcnitédiaiic de rilummité. nous gravitons \ers Dieu. qui est la sou- veraine Beauté. .

.

DOCTRINE. s. .

.

mais de toute fraction quelconque de l'humanité. déclaré. exi- stant par lui-même. sans famille. c'est- à-dire l'homme compris comme absolument distinct de tous ses semblables. DÉFINITIONS. en tant qu'entité. comme est réellement la Divinité. mais l'homme des penseurs modernes. en un mot. isolé dans le temps. DÉFINITION PSYCHOLOGIQUE. sans propiiété. en dehors non seulement de l'humanité totale. et je montrerai le lien nécessaire de l'homme avec l'humanité. Je prends donc l'hommc tel qu'on est habitué aujourd'hui à le considérer en philosophie. CHAPITRE PREMIER. sans tradition comme sans prophétie isolé dans l'espace. indépendant. LIVRE PREMIER. conçu comme possible et comme existant réellement. non pas l'homme des théo- logies antiques. ou comme ceux qui ne veulent pas reconnaître de Dieu sup- . libre de toute solidarité et de toute réversibilité iiaturclle ou divine. Je partirai de l'homme individu. sans patrie.

Comment ferai-je? Heureusement je perfse que cet être ainsi conçu. cet homme des philosophes modernes. que je veu\. un animal transformé pur la raison et uni à l'huma- nité. Interrogeons donc les philosophes. Tout abstrait que ces philo- sophes l'aient imaginé. Certes. c'est toujours de l'homme qu'ils ont voulu parler. est encore revêtu du ca- ractère de la nature humaine. C'est en effet a quoi a tendu et s'est constamment appli- . doit se retrouver la vérité que je cherche. pour ainsi dire. mais ce serait un cerclevicieux que de com- mencer ainsi. La véritable nature de l'homme doit se peindre dans cet homme. rapportant tout à lui. au contraire. qu'il n'y a aucun rapport entre l'homme et l'ani- mal. un autre soutiendrait. et de le définir. sa loi. convertir à l'humanité. en cet être de raison. comme je faisais de t'homme.posent aujourd'hui qu'est la Nature. par conséquent. et puisant tout en lui seul. dans l'écrit qui vient de me servir d'Introduc- tion. sa certitude. si individuel. d'autres enfin ri- raient de voir rétablir en philosophie des unkersau. Donc.t tels que l'humanité. Mais qu'est-ce qu'un tel être? Il me faut une définition quelconque de cet être. quelque solitaire qu'on le fasse. C'est cet être. leurs réflexions ont dû avoir pour but de le connaître en cet V'tat d'abstraction où ils l'avaient placé. et à l'étudier ainsi. que l'homme est une intelligence. son Dieu. je n'irai pas le définir. Puisqu'ils en sont ve- nus à se figurer ainsi l'homme. son droit. Si je définissais ainsi l'homme à mon début. tout me serait facile. Onne me laisserait pas faire l'un me crierait que l'homme n'est qu'un animal.

en concluant de leurs travaux divers un scepticisme universel. Hume enfin. a eu pour but d'étudier la nature même de l'esprit humain. en déduisant de son maître Locke un système analogue. après Descartes. Et qu'ont fait. du sentiment du rapport et de la coexistence de toutes choses. plus grand peut-être mais assurément plus uni- versel qu'eux tous. comme lui.quée toute la philosophie moderne. en se mettant lui- même en expérience. avant de recevoir (les sensations du monde exté- rieur. en se faisant abstrait et solitaire. a bien été obligé de les suivre sur ce terrain de l'abstraction. ou du moins toute la métaphy- sique. Malebranche cet autre disciple de Descartes. l'être abstrait homme. depuis Descartes. les penseurs lancés par lui dans le problème psychologique dans le problème de l'origine et de la certitude de nos idées? Ils ont tous pris. eu s'isolant de toute tradition. Qu'a fait Descartes. en arrivant à peu près aux mêmes conséquences Berkeley. n'était en essence qu'une tahlc rase. l'homme séparé de l'huma- nité. Leibnitz. . tout doué qu'il fut du sentiment de l'in- linité. en s'isolant de l'univers entier? Il a étudié l'homme eu lui-même. sans inter- médiaire. lui qui imaginait que l'homme. pour objet de leurs recherches. sans spontanéité aucune? Spinoza. ont tous travaillé sur l'homme solitaire et abs- trait dont je cherche en ce moment la définition. je le demande. en abîmant le rêveur solitaire de son maître Descartes dans la substance divine. Locke n'abstrayait-il pas l'homme de l'humanité. sans innéité. et par conséquent de se faire une certaine idée et de donner une certaine définition de cet homme solitaire et individuel dont je veux aussi m'occuper à mon tour. Toute la philosophie moderne. aussi complètement au moins que son rival.

Et qu'a fait Kant après eux, et qu'ont fait après Kant ses
successeurs en Allemagne ? Enfin que sont venus faire,à la
suite de tous ces maîtres, les pàles disciples, les inconséquents
écoliers, qui, dans ces derniers temps, ont voulu mettre la
France au pur régime de la psychologie?
C'est toujours le moi, toujours l'homme solitaire, qu'ils
ont mis à l'étude tc'est-à-dire ce qui reste de l'homme et
à l'homme après qu'on a essayé de l'isoler du monde et de
l'humanité.
Ce qu'ils ont donc fait, c'est précisément l'étude dont je
veux me servir, et dont j'ai besoin.
Ils ont donné, chacun à leur façon, une certaine défini-
tion de cet être solitaire, de cet individu qu'ils considé-
raient comme étant à lui tout seul l'esprit humain, et
qu'ils appelaient en effet de cette dénomination dans leurs
livres.
Oui, voilà bientôt trois siècles que les métaphysiciens,
et à leur suite beaucoup de philosophes, moralistes, politi-
ques, ou autres, discutent sur ce que l'on pourrait appeler
l'homme sans l'humanité Prokm sine matre creatam.
Voilà trois siècles, en effet, que la métaphysique est sur-
tout de la psychologie (1).
Mais ce grand labeur devait aboutir à quelque chose;
cette lutte prolongée des écoles devait avoir un résultat.
Elle en a eu un; et ce résultat, je crois l'avoir démontré
d'une manière irréfragable dans un précédent ouvrage (2).
Qu'importent donc les erreurs auxquelles a pu donner
lieu cette abstraction de l'homme arraché violemment de

(1) II est bien entendu que je laisse ici de côté le rôle principal de la France
en philosophie j'y reviendrai tout à l'heure.
(2) MfHtartm t\t PÉctutume.

l'humanité par les philosophes? Qu'importe queDescartes,
le premier, se soit trompé, en ne retrouvant dans cet être
ainsi abstrait de l'humanité que V esprit, cest-à-dire la rai-
son ou la connaissance Gassendi n'était-il pas là providen-
tiellement, en même temps que Descartes, pour opposer
la chair à l'esprit, et pour réclamer en faveur de la sen-
sation? Et si Locke, reproduisant Gassendi avec plus
d'étude, mais aussi avec moins de largeur, est arrivé à
être, en sens contraire de Descartes, aussi exclusif que
lui, et à ne plus voir dans l'homme ainsi abstrait de l'hu-
manité que la sensation, Lcibnitz n'était-il pas là providen-
tiellemeni, en même temps que Locke, pour opposer à la
formule A ihil est in intellectu quod non prius fuerit in
sensu, sa célèbre et invincible réserve Nisi ipse intellec-
tus? Ainsi voilà déjà deux caractères que l'isolement où les
philosophes ont placé l'homme, pour arriver à le connaître,
n'a pu faire perdreà l'homme.
Mais le même Leibnitz, grand parmi les plus grands,
n'avait-il pas aussi aperçu un troisième caractère de
J'homme, ou de l'esprit humain, inséparable des deux
autres; et sa fotlnule psychologique de la sensation, de
l'aperception, et de la notion dans tout phénomène de la
vie, n'est-elle pas le germe que nous n'avons eu, dans ces
derniers temps, qu'à développer, pour remettre en lumière,
comme dernier résultat de toute la psychologie moderne,
l'antique formule de la trinité de l'âme humaine?
Je puis donc m'emparer légitimement tout d'abord du ré-
sultat de tous les travaux des psychologues depuis deux siècles,
et dire à cet être solitaire qu'on appelle aujourd'hui l'homme,
et que l'on considère comme complet en lui-méme, ce qu'il
est psychologiquement, afin d'arriver ensuite à lui faire

comprendre son être moralement, politiquement et reli-
gieusement
Je m'arme donc de ce résultat dont j'ai le droit de
m'armer; et je dis: L'homme, quelque individuel, quel-
que solitaire, quelque abstrait de l'humanité qu'on l'ima-
gine, est, de sa nature et par essence, sensation-sciuîmcnt-
connaissance indivisiblement unis.

CHAPITRE Il.

UTILITÉ DE CETTE DÉFINITION.

Nous voilà, du premier coup, débarrassés, le lecteur
et moi, de toutes les difficultés de la psychologie. Nous voila
hors de tous ces tâtonnements par lesquels on se voit forcé
de débuter d'ordinaire dans toute recherche sur la morale
et sur la politique.
J'ose dire que, grâce aux travaux bien compris de tous
les penseurs qui ont étudié l'esprit humain depuis trois
siècles, nous avons une lumière qu'ils n'ont pas eue, et
qu'ils cherchaient. Éclairés par cette lumière, nous pou-
vons aborder le terrain de la véritable vie de l'homme, la
morale, la politique, l-i société. L'homme des psycholo-
gues, en effet, n'est qu'une abstraction, laquelle est bonne
à faire pour l'étude, mais est impossible à réaliser. Ce qui
est réellement, ce qui vit, ce qui existe, c'est l'homme en
société avec l'homme.
Néanmoins une véritable connaissance de l'homme con-

sidéré abstractivement est si nécessaire, que, faute de cette
connaissance, on ne peut que s'égarer dans toute science
ayant pour objet l'homme vivant, l'homme social.
C'est pour cela que tant de grands génies se son.t trom-
pés dans leurs considérations sur la morale et sur la poli-
tique.
Quel plus grand génie dans l'antiquité que Platon
J'ajouterai qu'il avait une certaine connaissance de la
vraie formule psychologique de l'homme; tous ses écrits
en font foi. Mais bien qu'irconnût cette formule, ainsi que
l'avaient connue avant lui lcs Pythagoriciens ses maîtres,
il en a fait, même en philosophie, un usage erroné, en
donnant toujours a l'un des termes de cette formule une pré-
dominance exagérée, et qui détruisait implicitement la for-
mule elle-même. On sait en effet que, pour Platon l'homme
est surtout connaissance. Il brise ainsi le tjpe humain vé-
ritahle, en subordonnant les deux termes sensation et senti-
ment au troisième terme connaissance, au lieu de les unir
tous les trois indissolublement. Qu'en est-il résulté? C'est
que ce grand homme a fait, en morale et en politique, un
mauvais et j'oserai dire un détestable usage de la formule
psychologique qu'il av ait en main. Ainsi, dans sa République,
il conclut de cette formule l'inégalité nécessaire et éternelle
des hommes, leur division radicale en trois castes, répon-
dant à ces trois termes, sensation, sentiment connais-
sance; et, sacrifiant tout à la connaissance, il litre les
castes de la sensation et du sentiment, c'est-à-dire les in-
dustriels et les artistes ou guerriers, a la caste de la con-
iiahsancc c'est-à-dire aux savants et aux prîtres. Il n'est
donc en progrès sur les théocraties orientales qu'en un
point c'est qu'il supprime le fait de naissance comme

détermination de la caste, anéantissant ainsi la famille na-
turelle, afin de légitimer aux yeux de la raison la consti-
tution même des castes. Cette suppression de la famille natu-
relle est encore une erreur; mais cette erreur même ne
remédie pas au mal. Car ce qui sort, en définitive, de son
système, c'est la théocratie et le despotisme (1).
Parmi les modernes, Ilobbes et Machiavel étaient assu-
rément de grands penseurs; mais de la formule psycholo-
gique de l'homme, ils ne connaissaient guère que le pre-
mier terme, sensation, Ilobbes surtout, qui s'est occupé
profondément de psychologie avant de s'occuper de poli-
tique, et qui fut le prédécesseur éclatant de Locke et de
tous les philosophes sensualistes, se guidait rationnellement
d'après ce premier terme, sensation, devenu pour lui
toute Ja formule de l'esprit humain. Aux veux donc de Ma-
"chiavcl et de llobbes, qu'est-ce que la société humaine? Lne
agrégation d'êtres définis sensation. Voilà un troupeau de
brutes, voilà le genre humain composé d'animaux ayant
des besoins et des instincts qui les rapprochent ou les divi-
sent, mais n'étant pas autre chose en essence. La conclu-
sion est nécessaire. Machiavel, qui s'occupi1 surtout de pra-
tique et d'action, conclura de cette vue psychologique le
gouvernement par la force et par la ruse. Uobbes qui s'oc-
cupe surtout de théorie, eu conclura théoriquement le des-
potisme, et, annihilant l'homme devant la loi incarnée
dans le roi, fera du genre humain, pour son plus grand
avantage, un troupeau d'esclaves. Combien de politiques.
spéculatifs ou pratiques, ont vu les choses humaines
comme Machiavel et comme Ilobbes, parce qu'ils oyaient

(I) Vo>. De l'Egidac, iiit'miî-ie |>.utie.

l'homme psychologique à travers le même verre qu'eux!
Voilà Rousseau à son tour, le politique du sentiment. Il
sent dans son cœur que l'homme est né libre ou doit être
libre, et il le voit partout dans les fers. Il veut chercher s'il
n'y a pas quelque forme d'administration légitimc, c'est-
à-dire propre à restituer cette liberté naturelle de l'hom-
me. Mais quelle idée psychologique a-t-il de l'homme?
L'homme pour lui, malheureusement, n'est qu'un senti-
ment, une force, une volonté, un moi. De là il résulte que
tous les hommes lui apparaissent comme autant de forces
ou d'individualités séparées, non pas seulemcnt égales, mais
identiques, qui ne peuvent être unies en rien que par con-
trat a Puisque aucun homme n'a une au torité naturelle sur
» son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit,

» restent donc les conventions pour base de toute autorité lé-
» gitime parmi les hommes (1). Comment, en effet, unir tous

ces hommes qui sont tous des forces égales, identiques, exi-
stantau même titre, homogènes en un mot, parce qu'elles ne
sont toutes qu'une seule chose, une volonté, un sentiment!
Il est évident qu'il n'y a que le contrat, sur le pied de l'éga-
lité par tète, qui puisse faire aboutir à une résultante ces
forces homogènes. Rousseau'donc se met à l'œuvre; il a
devant les yeux les débats des antiques sociétés où, tandis
que l'esclave, qui n'était pas compté pour un homme rem-
plissait les fonctions industrielles, les citoyens venaient sur
la place publique comme autant de forces égales, identiques,
homogènes, déposer leur vote dans l'urne du scrutin. Rous-
seau généralise cette situation de forces ou d'individualités
homogènes et identiques « Chacun de nous met en commun

(1) Contrat Social chap. n.

» sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction
» de la volonté générale, et nous recevons en corps chaque
membre comme partie indivisible du tout (1). » Mais pour
que chaque membre soit partie du tout, il faut que chaque
membre ait abdiqué sa souveraineté naturelle, pour ne con-
server qu'une partie de sa souveraineté, au prorata du
nombre. Rousseau le reconnaît. «Afin donc, dit-il, que le
» pacte social ne soit pas un vain formulaire, il renferme
» tacitement cet engagement, qui seul peut donner de la
» force aux autres, que quiconque refusera d'obéir a la \o-

»
lonté généraley .sera contraint par tout le corps; ce qui
» ne signifie autre chose sinon qu'on, le forcera d'être libre.
» Car telle est la condition qui, donnant chaque citoyen à la
» patrie, le garantit de toute dépendance personnelle; con-

»
dition qui fait l'tirlifice et le jeu de la machine politique,
» et qui seule rend légitimes les engagements civils, lesquels

» sans cela seraient absurdes, tyranniques, et sujets aux
»
plus énormes abus (2).» Ainsi, grâce à cette machine po-
litique, voilà de nouveau l'homme esclave, et esclave de
toute manière. Épictète esclave conservait au moins la li-
berté de son intelligence. Le citoyen de Rousseau engage
dans le contrat son intelligence. Le citoyen de Rome restait
libre quant à son droit familial la famille et la propriété exi-
staient pour lui indépendamment de la cité. Le citoyen de
Rousseau engage tout dans le contrat; il devient partie du
souverain en tout, et c'est ainsi seulement qu'il est libre. 11
n'est donc réellement hbre que de sa voiv, libre que de son
U)te. La loi rendue, il est esclave. Mais il y aura toujours.
dans la confection de cette loi, une majorité et une minorité.

(1) Central Social, ch.ip. u
(2) Contrai Social eh ip. iil

Ëh bien, répond Rousseau, la minorité sera esclave! C'est
le seul moyen que l'homme ait d'être libre; voilà l'artifice et
le jeu de la machine politique c'est de cette manière qu'on
forcera les hommes d'être libres. Ainsi toutes nos idées, tous
nos sentiments, tous nos actes, seront ou pourront être gou-
vernés despotiquement par le souverain, c'est-à-dire par la
majorité! Oui, dit encore Rousseau, il n'y a pas d'autre
moyen pour nous d'être libres; car les hommes sont chacun
une force, une volonté, une liberté, un moi indépendant;
etje vous délie d'harmoniser ces moi homogènes, sinon par
une convention de ce genre.
De même que Platon était arrhé au despotisme par la
connaiisance de même que llobbes et Machiavel étaient ar-
rivés au despotisme par la sensation Rousseau arrive donc
au despotisme par le senlimcn/.
Et en effet, en ne considérant l'homme psychologique-
ment que comme une volonté (sentiment), ou en ne le con-
sidérant que comme une passivité (sensation), ou en ne le
considérant que comme une intelligence (connaissance),
c'est-à-dire en sacrifiant deux aspects de sa nature au troi-
sième, on a, non pas des êtres semblables, mais des êtres
homogènes, que rien ne relie, et entre lesquels il n'y a pas
d'autre mesure commune que l'abstraction que l'on a con-
senée, soit connaissance, soit sentiment, soit sensation.
Donc, ou vous subordonnerez ces êtres les uns aux autres
sous le rapport admis par tous. et ainsi vous aurez du pre-
mier coup le despotisme; ou vous les égaliserez tous, quelque
inégalité naturelle qu'il y ait entre eux, même sous ce rap-
port et, en ce dernier cas, vous aurez d'abord le contraire
d'une société, vous aurez l'individualisme. Que si, enfin,
vous voulez les harmoniser et les unir en cette condition

vous ne le pouvez qu'en vertu d'un contratà la façon de
celui que Rousseau imagine, et vous créez par conséquent
une majorité omnipotente en tout, ce qui est encore le des-
potisme, et ce qui serait le pire peut-être de tous les dcspo-
tismes.
C'est ainsi que les trois plus grandes tentatives d'une
théorie politique fondée sur la philosophie se sont trouvées
fausses, par suite de l'erreur de la donnée psychologique
qui les a inspirées.
L'homme n'est pas seulement une connaissance peut-on
objecterà Platon donc vos savants n'ont pas droit; donc
votre théocratie n'est pas légitime.
L'homme n'est pas seulement une sensation, peut-on
répondre à Hobbes donc\otre droit du roi ou du plus fort
n'est pas autorisé par la nature humaine. Les hommes ont
besoin d'être éclairés, parcequ'ils sont intelligence en même
temps que sensation. Ils ont besoin de consentir, pareequ'ils
sont sentiment en même temps que sensation et intelligence.
La morale et la paix doivent sortir d'eux et être en eux. La
société est faite pour eux, il est vrai, mais c'est eux qui la
font. Elle n'existe pas hors d'eux, en ce sens qu'ils sont eux-
mêmes cette société réalisée et responsable. Ils sont respon-
sables, et par conséquent ils ne sauraient être légitimement
esclaves.
Enfin on peut répondre à Rousseau L'homme n'est pas
seulement une volonté donc vingt volontés ne peuvent rien
contre dix. L'homme est intelligence donc il ne peut s'ab-
diquer au point d'abdiquer son intelligence. Il est sentiment:
donc quand il aurait fait l'absurde convention d'abolir en
lui le sentiment ou la volonté sous le coup de la volonté gé-
nérale, c'est-à-dire de la majorité, ce sentiment renaitrait

malgré lui en son coeur, et protesterait contre cet inhumain
sacrifice; donc la majorité ne saurait avoir ce despotisme ab-
solu sur le citoyen qui embrasse tout l'homme et toute la vie
de l'homme dans votre système.
Confions-nous doncà notre formule, qui dit que l'homme
n'est pas seulement sensation, ou sentiment, ou connais-
sance, mais qu'il est une trinité indivisible de ces trois
choses. Nous sommes sûrs au moins qu'elle ne nous condui-
ra ni à la théocratie comme Platon, nià la monarchie comme
Ilobbes, ni à la démagogie comme Rousseau.

C1IAPITRK III.

I>1. FINITION PH1I OSOPIIIQUr..

Mais est-ce la seule donnée philosophique certaine dont
nous puissions nous munir au départ? La psychologie est-elle
donc toute la philosophie? et, lit part de la psychologie, la
philosophie générale n'a-t-elle pas aussi quelque axiome cer-
tain et iiidubitable à nous fournir?
animal sociable
Les anciens définissaient l'homme un et
politique. Voilà ce que j'appcllerais volontiers une formule
philosophique de l'homme par opposition a la formule pure-
ment psychologique que je viens d'exposer précédemment.
Les anciens, comme je l'ai dit plus haut, connaissaient aus-
si jusqu'à un certain point, la nature psychologique de cet
être qu'ils définissaient néanmoins, en philosophie générale

un animal sociable et politique. Pourquoi donc donnaient-ils
de l'homme cette seconde définition ? C'est qu'entre l'homme
abstrait, objet de la psychologie, et l'homme réel et \ivant,
objet de l'éthique et de la politique, ils jetaient un pont, au
moyen de cet axiome, qui résumait toute leur connaissance
philosophique de l'homme il part de la psychologie. Par là,
en cffet, ils reconnaissaient clairement le lien nécessaire qui
unit l'homme individu à la société.
Nous autres modernes, après tant de siècles écoulés, n'a-
vons-nous rien à ajouter à cette définition philosophique que
les anciens donnaient de l'homme? N'avons-nous rien de plus
a dire?
Oh!sivraiment. Nous pouvons énoncer aujourd'hui avec
certitude une grande vérité, que les anciens n'ont pas con-
nue L' /tomme est perfectible la société humaine est per-
fectible, le genre humain est perfectible.
C'est encore là un résumé substantiel de tous les travaux
des'philosophes depuisdeux siècles. Et cette fois c'est lafran-
ce surtout que nous devons glorifier pour cette découverte.
Le propre de la France, en effet pendant ces dcux der-
nicrs siècles a été de prendre d'abord l'initiative en psycho-
logie par Descartes, puis d'abandonner la carrière qu'elle
avait ouverte, et de la laisser à d'autres peuples, mais non
pour rester elle-même oisive. Après Descartes, en effet, et
ses deux commentateurs eu France, MalebraneheetArnauld,
la France n'a plus produit de métaphysiciens. Le mouvement
on ce genre passa à l'Angleterre et à l'Allemagne. Locke,
Berkeley, Hume, et, à un moindre rang, les psychologues
écossais, signaient la part importante que prit l'Angleterre
aux rechercheS sur la nature abstraite de l'esprit humain.
Spinoza et Leibnitz génies incomparablement plus fniisquc

ceux que nous venons de nommer, servirent pour ainsi dire
d'intermédiaires entre la France et l'Allemagne. Spinoza,
comme l'antique race dont il était sorti, n'appartient à aucun
peuple et embrasse tous les peuples. Leibnitz, tout en fon-
dant l'esprit philosophique allemand, était encore tourné vers
la France; il écrivit pour elle, et dans notre langue, ses ou-
vrages les plus notables. Mais la France, occupée alors d'une
autre fonction, était inattentive à d'aussi profondes médita-
tions que celles de Leibnitz et de Spinoza; et si, pour l'œu-
vre qu'elle poursuivait, elle sentait le besoin d'une psycho-
logie, elle se contentait de la plus simple et de la plus maté-
rielle pour ainsi dire elle se faisait traduire celle de Locke
par Condillac et Helvétius.
L'héritage de Leibnitz et de Spinoza passa donc en défini-
tive aux Allemands. Wolf le méthodique disciple de Leib-
nitz, constitua définitivement en Allemagne les études négli-
gées et désertées en France. De là sortirent Kant et les suc-
cesseurs de Kant.
Que faisait-elle donc, pendant ce temps, la France, pour
délaisser ainsi la succession de son Descartes? Elle avait cessé
de s'occuper du moi, ou de l'homme individu, de l'homme
abstrait, pour s'éprendre du nous, ou de l'humanité. Elle
travaillait à fonder la doctrine qui sauvera le monde la Doc-
trine de ta perfectibilité.
Ce n'est pas ici le lieu de démontrer ce que nous avons
prouvé ailleurs (1) que la Doctrine de la perfectibilité a ses
racines et son siège en France dès le dix-septième siècle; que
le dix-huitième siècle, qui finit par elle, commence aussi par

(\) Deta loi de continuité qui unit le dix-hu\lieme siècle au dix-septième,
éciit insOté dans la lievue Encyclopédique année 1833.

elle que sur les confins des deux siècles, en un mot, cette
Doctrine est venue se poser, et que c'est elle qui, donnant
aux hommes une révélation toute nouvelle de leur existence,
un sentiment nouveau de leurs forces, une appréciation nou-
velle de leur destinée a créé cette ère remarquable que l'on
a nommée le dix-huitième siècle.
Si donc la France, après avoir ouvert la route du rationa-
lisme solitaire, ou de la psychologie, par Descartes, s'en est
retirée, pour en prendre une autre, cela est un bonheur pour
l'humanité. Il fallait que la recherche sur la nature abstraite
de l'esprit humain fût continuée, sans doute aussi l'a-t-elle
été par d'autres peuples. Mais il fallait aussi qu'une carrière
nouvelle fûttentée; il fallait que la nature véritable de l'hom-
me, non pas à l'état psychologique, à l'état virtuel et poten-
tiel, mais à l'état de nature, à l'état de vie et d'existence,
fût signalée. C'est ce que notre dix-huitième siècle a provi-
dentiellement commencé à faire.
Le rationalisme est la prétention d'élever l'individu à la
certitude et à la vie, ce qui est contradictoire dans les termes.
Si donc, par cette route du rationalisme, on devait arriver
à une solution,U était nécessaire aussi qu'une autre solution
une autre idée fût préparée et élaborée en dehors de la psy-
chologie, alin que cette autre idée vint plus tard se joindre
et s'unir à la solution psychologique, et la rendre féconde et
utile. C'est ce que le dix-huitième siècle français a tenté,
en élevant cette bannière de la perfectibilité du genre
humain.
Certes, je ne veux pas dire que la France seule ait fondé
cette doctrine. Les nations, ses sœurs, ont apporté leur con-
tingent à l'œuvre. Bacon au dix-septième siècle, au dix-hui-
tième Leibnitz, et dans ces derniers temps Lessing, ont no-

blement répondu à l'effort de la France (1). Honneur surtout,
parmi ces alliés, a Lcibnitz, dont toute la philosophie est
imprégnée de l'idée de la perfectibilité.! Mais en France la
transmission de cette doctrine est certaine, évidente, ininter-
rompue et si l'on nous demande quels sont les pères de Tur-
got, de Condorcet, de Saint-Simon, nous pouvons nommer
sans crainte une série d'initiateurs français, qui, sans avoir
formulé comme eux la vérité générale, l'ont formulée pour-
tant, l'ont entrevue à différents degrés, et la leur ont trans-
mise en germe, pour qu'ils en fissent à la fin Implication de
toute l'histoire, et l'idée même de la philosophie.
L'homme donc n'est pas seulement un animal sociable,
comme disaient les anciens; l'homme est encore un animal
perfectible. L'homme vit en société, ne vit qu'en société; et
de plus cette société est perfectible, et l'homme se perfec-
tionne dans cette société perfectionnée. Voilà la grande dé-
couverte moderne voilà la suprême vérité de la philosophie.
De même que nous possédons réellement dans cette défini-
tion L'homme est scnsation-stntimenl-eonnaissance indi-
visiblement unis, toute la substance de la psychologie, c'est-
à-dire de cette partie de la philosophie qui a pour objet l'es-
prit humain abstrait, de même dans cette définition: L'/iom-
me est perfectible, nous possédons réellement toute la sub-
stance de la philosophie générale, c'est-à-dire de la philoso-
phie qui prend pour objet l'esprit humain à l'état concret
et vivant.
Nous partirons donc encore de cette autre délinition de

(1) Je nommerais encore Kant, Fichte, Schelling, surtout Krause, qui ont
ete conduits par leurs conceptions métaphysiques à de helles intuitions de Ja
\ie de l'humanité. Hegel lui-même, quoiqu'ilail tourné la philosophie à la jus-
tilncation du présent, n'apu fonder son optimisme fataliste qu'en continuant
le <le\eloppement de l'humanité.

l'homme: L'homme est perfectible. Nous prendrons pour un
axiome consenti cette pensée de Leibnitz Videlur homo ad
perfectionern rentre posse.
Cerles nous ne supposerons pas que le lecteur ait meilleure
volonté qu'il ne faut. Nous ne supposerons pas que la Doc-
trine du progrès et de la perfectibilité ait obtenu son entier
et plein consentement, qu'il possède en un mot la magnifique
foi dans l'avenir et l'inspiration vraiment prophétique qui a
fait dire à Saint-Simon « L'âge d'or, qu'une aveugle tra-
» dit ion a placé jusqu'ici dans le passé est devant nous.
» L'avenir se montre aux yeux des peuples, non plu&comnie
un écueil, mais comme un port. Jusqu'ici lcs hommes
» avaient toujours légué à leurs descendants l'amour et l'admi-
ration du passé. Tourmentés par un besoin de bonheur dont
»

»
ils n'entrevoyaient pas la possibilité sur cette terre, ils le
»
cherchaient en arrière d'eux, ou dans le Ciel. Ils se conso-
» laient par des chimères. Mais, en dépit de ses chefs, de ses

»
moralistes, de ses artistes, de ses poètes, le genre humain
se fortifiait de jour en jour; il se développait par une mar-
»
che lente, mais continue. Il montra tout à coup à ses faux
» prophètes, il se révéla, pour ainsi dire, à lui-même que
les siècles n'avaient pas été perdus pour lui, et qu'il avait
» à espérer de plus beaux jours que les temps de son enfance.

»
La société, depuis qu'elle existe, n'a jamais fait un pas en
»
arrière. Ou a pu ralentir son déceloppement, mais il u'é-
»
tait pas au pouvoir de l'hommc de l'empêcher. Laissons
» donc enfin reposer le passé, auquel nous avons fait d'as-

» sez belles et d'assez longucs funérailles. Ne le dédaignons

» pas, sachons l'apprécier, puisqu'il nous a conduits au pré-

» sent, et qu'il nous ouw'e nu chemin facile vers le plus bcl

j>
avenir. Mais que l'avenir soit toujours devant nos yeux.

»
Marchons comme un seul homme, suivant la belle exprcs-
» sion d'un poète ancien, et inscrivons sur nos pacifiques

»
bannières: Le paradis terrestre est devant nous (1).»Nous
ne supposerons pas, dis-je, que le lecteur apporte, avant de
nous lire, cette conviction dans la Doctrine de la perfectibilité
et cet enthousiasme du maître que nous venonsdeciter. Nous
voulons contribuer, pour notre part, à démontrer et à expli-
qucr la prophétie de Saint-Simon. Nous ne commencerons
donc pas par un cercle vicieux, en supposant que notre lec-
teur croie a cette prophétie, et qu'il ait adopté à l'avance la
foi que nous voulons lui donner. Mais nous avons au moins
le droit de supposer qu'il n'est pas étranger aux travaux de
l'esprit humain dans les deux derniers siècles, et qu'il ne
repousse pas absolument
La thèse de Pascal, que, « par une prérogative particu-
lière de l'espèce humaine, non seulement chacun des
» hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais
» que tous
les hommes ensemble y font un continuel progrès,
»
à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose
» arrive dans la succession des hommes que dans les âges
«différents d'un particulier. De sorte que toute la suite des
»
hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être
»
considérée comme un même homme qui subsiste toujours,
» et
qui apprend continuellement. D'où l'on voit avec com-
» bien d'injustice nous respectons l'antiquité dans les phi-

»
losoplies; car, comme la vieillesse est l'âge le plus distant
»
de l'enfance, qui ne voit que la vieillesse de cet homme uni-
»
rersel ne doit pas être cherchée dans les temps proches de
» sa naissance, mais dans ceux qui en sont le plus éloignés

(1) Opinions litlçruires p/itlosopItKiius et iitditsli telles, intioriiiction,.

» Ceux que nous appelons anciens étaient véritablement nou-
» veaux en toutes choses et formaient l'enfance des hommes
» proprement et comme nous avons joint à leurs connais-
» sanccs l'expérience des siècles qui les ont suivis, c'est en

» nous que
l'on peut trouver cette antiquité que nous ré-
» vérons dans les autres (1). »
La thèse de Charles Perrault, identique Il certains égards
à celle de Pascal, mais plus avancée sous d'autres rapports,

que« le genre humain doit être considéré comme un seul
«homme étcrncl, en sorte que la vie de l'humanité, comme
» la vie de l'homme, a eu son enfance et sa jeunesse, qu'elle

»
a actuellement sa virilité, mais qu'elle n'aura pas de dé-
»
clin (2) et que cette loi d'un incessant progrès est vraie
» et démontrable non pas seulement pour les sciences
» exactes
ou d'observation, et pour l'industrie ou la poli-
»
tique, mais même pour la morale et pour l'art (3). »
La thèse de Fontenelle, identique à celle de Perrault,
dont Fontenelle fut le vulgarisateur important « Un bon
»
esprit cultivé et de notre siècle est, pour ainsi dire, com-
» posé de tous les esprits des siècles précédents; ce n'est

» qu'un même esprit qui
s'est cultivé pendant ce temps-là.
«Ainsi cet homme, qui a vécu depuis le commencement
» du monde jusqu'à présent, a eu son enfance, où il ne
» s'est occupé que des besoins les plus pressants de la

»vie; sa jeunesse, où il a assez bien réussi aux choses
»
d'imagination, telles que la poésie et l'éloquence, et où
il
» même a commencé à raisonner, mais avec moins de so-

(1) Pensées, chan, I.
(2) A moins qu'on n'entende par déclin le passage a une humanité nou-
velle.

toi(3)
de qui
Parallèle des ancienset des modernes. Voj l'Ocrit cité Jilus haut
unit le dix-huitième sxùlc au dix-seplième.
De

» lidité que de feu; et il est maintenant dans l'âge de virili-
»
té, où il raisonne avec plus de force et de lumières que
» jamais. Cet homme même, à proprement parler, n'aura

»
point de vieillesse; il sera toujours également capable des
»
choses auxquelles sa jeunesse était propre, et il le sera
»
toujours de plus en plus de celles qui conviennent à l'âge
» de virilité. C'est-à-dire, pour quitter l'allégorie, lcs

»
hommes ne dégénèrent jamais, et les vues saines de tous
»
les bons esprits qui se succéderont s'ajouteront toujours les
unes aux autres (1).»
La thèse de Bacon, dont le principal ouvrage porte
jusque dans son titre, De dignilate et augmentis sci'm-
tiarum, l'idée du progrès, et qui « estimant que les connais-
» sances
dont le monde est maintenant en possession ne
»
s'élèvcnt pas jusqu'à la majesté de la Nature (2), » conçut
le projet dei délivrer l'homme de ses fers et de ses en-
» traves, en augmentant, par
la puissance intellectuelle, le
» pouvoir du genre humain sur cette
Nature (3), attachant
ainsi, suivant son expression, sa propre fortuneà la for-
lune du genre humain, et se faisant le chef de cette grande
expédition contre l'ignorance et le mal qui réunit au-
jourd'hui dans la culture des sciences diverses, tant d'ef-
forts, tant de têtes et tant de bras, et pour laquelle on
s'entend, on se communique déjà d'un bout du monde à
l'autre coalition évidemment formée par « le désir de re-
»
culcr les bornes de la puissance humaine dans l'accom-
» plissement de tout ce qui est possible,»comme disait
encore Bacon (4), et par le sentiment profond que l'hu-
(1) Discours sur les modernes.
(2) De augm. scient. init.
(3) de
De t'vtterprclnlîon la Nature.
(4) Xmiïcllc Atlantide.

manité accroît continuellement sa force, et finira par échap-
per, au moyen de l'intelligence et de la vertu, à sa faiblesse
originclle et,
si l'on veut, à sa chute (1).
La thèse de Descartes lui-même, qui finit son Discours
de la méthode en disant que « le but de toute sa philosophie
» tend à rendre
dans l'avenir l'homme maître et possesseur
» de la Nature; qu'un jour l'homme, connaissant la force

» et
les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des
»
cieux, et de tous les autres corps qui nous environuent,
»
aussi distinctement que nous connaissons les divers mé-
»
tiers de nos artisans, les emploiera en même façon à tous
» les usages auxquels ils sont propres, et non seulement

» saura
s'exempter d'une infinité de maladies mais même
»
aussi peut-être de l'affaiblissement de la vieillesse. »
La thèse générale de Leibnitz, où la perfectibilité de
l'homme se trouve rattachée à une loi universelle de progrès
continu dans tout l'univers. C'est de la célèbre loi de conti-
nuité de Leibnitz que je veux parler, de cette loi qu'il fit
adopter aux géomètres, aux physiciens, aux naturalistes,
à tous les savants de détail, et qui a produit de si grands
fruits, mais qui n'est au fond qu'une autre formule de sa
théodicée. Laperfectibilité indéfinie de tous les êtres, voilà
comme j'aurai peut-être occasion de le montrer plus loin,
le mot suprême de cette théodicée. La perfectibilité de
l'homme en particulier en est à la fois la base et le corollaire
final. Tout, dans Leibnitz, depuis la monade ou substance
simple jusqu'à l'homme, tout progresse vers Dieu, c'est-à-

(1) Voy., dans V EtmjdapCdic IVouvelte, Taitide sur François, îlacon, où
je crois avoir exposé le vrai eaiactere de ce géniepeu compiisetet mal ap-
précié, parce qu'un a \oulu à tort en faire le peie du sensualisme, tandis qu'ilil
est l'apôtre idéaliste de la perfectibilité sous le rapport du inonde e\térieur et
Je vrai théologien de la science de la Nature.

dire vers l'Être Infini source tous les êtres; et, dans cette
chaîne de perfectibilité, l'homme nous révèle particulière-
ment la perfectibilité de toutes les créatures; car, pour son
compte, il est hautement perfectible Videtvx horno ad
perfectionem venire posse.
La thèse de Lessing, que « le genre humain passe par
» toutes les phases d'une éducation successive, »
La thèse enfin, pour ne pas multiplier les noms, que
Turgot formulait, avec une rigueur et une précision admi-
rables, à la fin du dix-huitième siècle; cette thèse de la
perfectibilité indéfinie de l'homme et de l'espèce humaine
que Condorcet, avant de mourir, léguait, par un sublime
effort,à la postérité, comme le dernier mot et le testament
de ce dix-huitième siècle, et que Saint-Simon recevait de
leurs mains et transmettait, accrue par sa foi et par sa
science, aux générations nouvelles.

CHAPITRE IV.

UTILITÉ DE CETTE DÉFINITION.

Platon, ainsi que je l'ai dit plus haut, a connu la for-
mule psychologique de l'homme; mais, outre qu'il a faussé,
même sous le rapport métaphysique, cette formule, il n'a
pas connu, ou a à peine soupçonné la formule philoso-
phique de ce même homme. L'homme a été pour lui un
animal sociable, voilà tout. La perfectibilité des sociétés

humaines et do l'homme individu au sein de ces sociétés
ne lui fut pas révélée. Si la doctrine de la perfectibilité lui
avait été connue, il ne serait pas tombé dans les erreurs
qui défigurent sa République. Il aurait compris, par
exemple, que tous, comme le dit plus tard Jésus par un
esprit prophétique, étaient appelés, et par conséquent il
n'aurait pas désespéré des esclaves. Il se serait élevé à un
idéal sans esclaves. Il n'aurait pas regardé comme certain
et indubitable qu'il fallait des esclaves et des industriels
abrutis, pour nourrir de généreux guerriers et des prêtres
savants.
Condorcct ou Saint-Simon écrivant aujourd'hui sur le
sujet qui occupait Platon dans sa République, prendraient
pour fanal, non pas le principe que l'homme est purement
un être raisonnable et sociable, ou, comme disaient les
anciens, un animal politique, mais le principe que l'homme
est perfectible, et que la société humaine est perfectible.
Voilà la mesure de la différence que vingt siècles ont ap-
portée entre nous et les anciens.
Ce que nous avons nommé la définition philosophique
de l'homme a donc une immense utilité dans toute recherche
sur les bases de la morale et de la politique. Il ne s'agit pas
seulement, en effet, d'avoir de l'homme une notion psy-
chologique car la plus exacte notion de ce genre serait par
elle-même impuissante à nous conduire. Il faut absolument
que nous soyons encore éclairés par une autre lumière. Il
faut que la vie de l'humanité et le progrès des siècles nous
aient révélé, vaguement si l'on veut, mais néanmoins avec
assez d'efficacité une certaine vérité sur la vie de relation
de ce même être, que la psychologie considère en lui-
même et d'une façon abstraite.

Telle est, en effet, on l'a remarqué souvent, la nature
de notre esprit et, si l'on veut, sou impuissance, qu'il est
toujours obligé de partir de définitions renfermant d'une
certaine façon les vérités mêmes qu'il veut se démontrer.
Nous sommes obligés d'admettre des définitions indémon-
trables en géométrie et dans toutes les sciences; et tous les
philosophes qui ont réfléchi sur ces définitions ont été forcés
de convenir qu'elles supposaient implicitement les sciences
mêmes qu'on en déduit Notre esprit ne peut faire et ne fait,
autre chose, dans ces sciences, que de tirer une multitude
de conséquences de certains principes auxquels il donne son
consentement d'une façon à la fois toute spontanée et toute
nécessaire. Comment n'en serait-il pas de même forcément
dans les sciences morales? Je veux établir certaines vérités
sur la relation de l'homme avec ses semblables. Il faut de
toute nécessité que j'aie dans l'esprit et que le lecteur
m'accorde un point quelconque, un dation, relativement
à cette relation.
Les anciens, je le répète, sur cette vie de relation de
l'homme avec ses semblables, n'avaient pas d'autre idée
que celle que présente le mot de sociale. Ils voyaient
l'homme, par sa nature, unià un certain nombre de ses
semblables, vivant contemporaincment avec lui dans une
cilè. Ils n'apercevaient guère le lien des générations entre
elles, à travers le temps. Ils ne se doutaient pas non plus
que ces états, ces cités, ces républiques, qu'ils voyaient
existants, ou dont l'histoire leur avait transmis le souvenir,
avaient une destination providentielle, qui se révélerait plus
tard. En un mot, ils n'avaient aucun sentiment, même vague,
de la vie collective de V/iumanité dans un but liual quel-
couque. Qu'arrivait-il? C'est que l'inperfectiou de leur dé-

finition philosophique de l'homme réagissait sur l'emploi
qu'ils pouvaient faire de leur définition psychologique. (l'est
ce qui égara Platon, comme je viens de le dire. Aussi peut-
on affirmer que si des deux définitions de l'homme, l'une
psychologique ou de l'homme abstrait, l'autre philosophique
ou de l'homme à l'état vivant et concret, la première était
connue dès l'antiquité, elle était moins connue pourtant
des anciens que de nous aujourd'hui, précisément parce
que la seconde ne fut jamais que soupçonnée des anciens,
ou plutôt encore de quelques uns seulement, comme par
un éclair rapide et qui s'évanouissait à l'instant même. Ces
deux vérités, donc, se prêtant, ainsi que nous le verrons,
j'espère, dans le cours de ce livre, un mutuel appui, il en
résultait nécessairement que, l'uuc faisant défaut, l'autre
n'était pas susceptible d'acquérir, dans les mains des an-
ciens, tout le développement qu'elle comporte; et de là des
erreurs capitales dont nous pouvons aujourd'hui nous af-
franchir.
Nous avons pour ainsi dire une autre muse que les an-
ciens, une autre muse de la morale et de la politique; nous
avons la muse de la perfectibilité. Elle nous est apparue,
grâce aux travaux de tant de siècles qui nous ont précédés
nous ne pouvons faire, et personne ne peut faire aujourd'hui,
que cette apparition n'ait pas eu lieu. Même les plus obstinés
et les plus rebelles ne ressentcnt-ils pas la présence de cette
muse divine? On ne peut donc nous refuser de nous inspi-
rer d'elle. Ceux qui nous le refuseraient, nous les renver-
rions étudier l'histoire, étudier la philosophie. Nous leur
dirions de réfuter d'abord Pascal, Chartes Peri-atilt, Fou-
tenclle, Vico, Malebranche, Bacon, I)escartes, Leibuitz,
Lessing, Kant, Turgot, Condorcet, Saint-Simon, et même

aussi Fichte, Schelling, Hegel, qui tous ont entrevu,à des
degrés divers, et sous des jours différents, la vie collective
et progressive de l'humanité.
Mais pour cela nous ne commettrons pas la faute que les
logiciens appellent une pétition de principe ou un cercle vi-
cieux. Nous avons deux formules, dont une psychologique,
résultat d'une science à part, d'uue science différente de la
morale et de la politique celle-là sera notre principe pour
raisonner. De l'autre, nous nous sévirons pour nous ins-
pirer, pour nous guider. Des deux ailes que Platon déclare
nécessaires pour nous élever à la connaissance, à la vie et
;'i Dieu, l'une n'est-elle pas la raison, l'autre le sentiment

ou l'amour? Nous avons dans la formule psychologique de
l'homme un principe de raisonnement et de logique; nous
avons dans la formule philosophique de ce même lioinme,
telle que nous venons de la poser, un principe de sentiment.
L'une sera, si j'ose ainsi m'exprimer, notre bâton de
voyage; nous marcherons vers l'autre à la lueur de cet
autre même, et sous son éclair. Car elle est la vérité pres-
sentie qui nous guide par le sentiment, en attendant qu'elle
entre en nous comme connaissance, et règne sur nous à
ce titre.
On comprendra doue, je le pense, le genre d'utilité res-
treinte que je prétends tirer de la définition philosophique
L'homme est perfectible, le genre humain est perfec-
tible.
Certes, encore une fois, je ne demande pas que le lecteur
ait la même assurance que moi dans cette Doctrine de la
perfectibilité. C'est à moi de lui communiquer cette con-
liance. Seulement j'ai le droit de supposer qu'il ne rejette
pas absolument l'idée que le genre humain est perfectible,

et qu'il n'a pas,à cet égard, le préjugé décidé d'Ho-
race

Damnosa qiiid non immimiit rlies?
JElas parenlum, pejur avis, tulit
Nos nequiores, mox daturos
Progeniem viLiosiorem (1).

Que l'on nous accorde seulement qu'il y a une vérité,
obscure si l'on veut, mais certaine, dans l'assertion de tant
de grands hommes qui depuis deux siècles répètent, sous
mille formes diverses, que le genre humain est perfectible;
et nous essaierons de déterminer plus précisément le sens
profond de ce principe ou, si l'on veut, de cette révéla-
tion, qui est venue luire dans ces derniers temps au sein de
l'esprit humain.
Au moins, cette concession faite, dans la mesure que
nous demandons, si, prenant l'homme indiaidualisé des
philosophes modernes, nous montrons que cet homme a
un lien nécessaire avec l'humanité, nous scions surs de ne
pas l'attacher ainsi par une espèce de supplice de Mézence,
à un cadavre, c'est-à-dire à un genre humain immobile et
tournant toujours dans le même cercle.

(1) «II n'est rien qui ne s'altère avec le temps. Nos pères valaient déjà
moins que nos aiein nous valons moins que nos pères; et nos enfans \au-
« tlronl encore moins que nous (Od. liv. III, si).»

LIVRE DEUXIÈME.
NATURE DE L'HOMME, SA DESTINATION, SON DUO[T.

CHAPITRE PREMIER.

DE LA NATURE DE l/HOMME.

L'homme est, de sa nature et par essence, sensation-
sentiment-connaissance indi\isiblement unis. Voilà la dé-
finition psychologique de l'homme. Sa vie consiste donc à
exercer et à employer ces trois faces de sa nature, et sa
vie normale consiste à ne les séparer jamais dans aucun
de ses actes. Par ces trois faces de sa nature, l'homme
est en rapport avec les autres hommes et avec le monde.
Les autres hommes et le monde, voilà ce qui, s'unissant
à lui, le détermine et le révèle, ou le fait se révéler; \oilà
sa vie objective, sans laquelle sa vie subjective reste latente
et sans manifestation.
La vie de l'homme et de chaque homme est donc, par la
volonté du Créateur, attachée à une communication inces-
sante avec ses semblables et avec l'univers. Ce qu'il nomme
sa vie ne lui appartient pas tout entière, et n'est pas en lui

seulement; elle est en lui et hors de lui; elle réside en partie,
et pour ainsi dire par indivis, dans ses semblables et dans
le monde qui l'entoure.
Donc, à un certain point de vue, on peut dire que ces
scmblables et ce monde lui appartiennent. Car, puisque sa
vie est en eux, la portion de sa vie dont il dispose et qu'il
appelle moi a virtuellement droit sur l'autre portion dont il
ne dispose pas aussi souverainement et qu'il appelle non-
moi.
De là entre l'homme et ses semblables, entre l'homme et
l'univers, deux relations, qui donnent lieu au bien et au
mal. L'homme se met en communion et en société avec ses
semblables, et c'est la paix; ou bien il veut violemment les
asservir à son besoin, et c'est la guerre. Et de même il se
met en communication par la culture avec lcs êtres non
semblables à lui qui composent l'univers, en étudiant les
qualités et les lois de ces êtres; ou bien il leur fait la chasse,
comme le sauvage, et vit en hostilité avec cette nature dont
il ignore les lois, et qui à son'tour lui résiste et souvent le
domine.
L'homme, au point le plus voisin de la brute, est en
guerre avec tous les êtres, et même avec ses semblables.
L'homme, néanmoins, a tellement besoin d'être en rap-
port pacifique avec d'autres êtres, qu'il ne se conçoit pas
sans famille, sans patrie, sans propriété. Il faut, pour qu'il
existe et qu'il se sente exister, qu'un certain nombre d'êtres
soient groupés et harmonisés avec lui d'une certaine façon,
de sorte que ce moi qui le constitue s'incarnant pour ainsi
dire dans ces êtres unis à lui, se retrouve toujours objecti-
vement, et s'apparaisse, pour ainsi dire, a lui-mêmeà tous
les moments de l'existence.

Propriété, famille, patrie, répondent, en effet, aux trois
termes sensation, sentiment, connaissance, de la formule
psychologique de l'homme. L'homme se manifeste à lui-
mème et aux autres dans cette triplicité, parce que sa nature
est triple. La trinité de son âme 'eu prédominance de sen-
sation, donne lieu à la propriété; en prédominence de sen-
timent,à la famille; en prédominance de connaissance, à la
cité ou a l'État.
Mais vo\ez ce qui résulte immédiatement de cette condi-
tion de l'homme qui lui fait une nécessité de la famille de
la patrie, de la propriété. Il a besoin de famille mais dans
la famille, il y a le père et l'enfant; si le père est tyran, le
fils est esclave. Ainsi la dualité du bien et du mal, de la paix
et de la guerre, revient ici. Vainement l'homme, en guerre
avec la nature et la société voudrait se retrancher dans la
famille pour vivre au moins là en paix; la famille, en laissant
trop de droit au père, n'en laisse pas ^ssez au lils. Le pa-
triarche, le chef de la famille, trouvebien son moi, sa per-
sonnalité empreinte autour de lui, dans cette famille obéis-
sante et qui répond à ses désirs. Mais la femme, mais le
frère puîné, mais l'enfant, sont anéantis devant lui.
II en est de même de la patrie. L'homme fait alliance avec
d'autres hommes; diverses familles forment un état. Mais un
état ne peut exister sans qu'il y ait des chefs et de simples
citoyens. Ce qui a conduit l'homme à vouloir une patrie,
ce qui lui en fait un besoin c'est de se sentir dans d'autres
hommes, de retrouver son moi dans ceux qui avec lui con-
stituent la patrie. Que ceux donc qui ont plus énergiquement
en eux ce sentiment constitutifde la cité deviennent despotes,
et tous les autres hommes engagés dans la cité seront es-
claves. Ainsi revient encore ici la dualité du bien et du mal,

de la paix et de la guerre, de la liberté et de l'esclavage.
Enfin il en est encore de même de la propriété. Ici
l'homme, par une véritable illusion, s'imagine que l'cscla-
vage ne saurait l'atteindre. Comme ici son rapport avec
d'autres êtres a pour objet des êtres inférieurs à lui, dont
plusieurs même sont inanimés, il croit qu'il aura bon parti
de ces êtres, et que de la propriété ne sortira pour lui que
le bien. Car, quant aux êtres sur lesquels s'exerce la pro-
priété, il ne les compte pour rien, et ne craint pas de les
asservir. liais il se trompe lorsqu'il regarde la propriété
comme ne pouvant lui faire que du bien. Car cette propriété
peut augmenter ou diminuer; cette propriété peut donc être
insuffisante. En voulant la propriété son profit, l'homme
la constitue par là même chez les autres. Voilà donc des li-
mites infranchissables qu'il se donne à lui-même en se fai-
sant propriétaire, il se fait esclave; car il abdique par là
même son droit à la jouissance de tout ce qui excède sa pro-
priété. Sa propriété devient le signe représentatif de sa va-
leur et sa virtualité, représentée par sa propriété, en dé-
pend par conséquent, et est limitée par elle. Il devient donc,
par le fait de la supériorité de ses désirs sur les choses dont
il dispose, l'esclave de ces choses mêmes auxquelles il s'at-
tache. En outre, la guerre avec les hommes revient encore
par ce côté. Car derrière cette propriété sont des hommes.
Ceux qui ont un gros bagage de propriété sont les puissants;
ceux qui en ont un petit, ou qui n'en ont pas, sont trop
faibles pour n'être pas esclaves.
Ainsi cette famille, cette patrie, cette propriété, (lui ont
été inventées pour le bien de t'homme, et sans lesquelles
même il ne saurait vivre, peuvent devenir un mal pour lui
et ce qui devait lui donner la liberté peut lui apporter l'escla-,

vage. Lafamille a son despotisme, la patrie a le sien, la pro-
priété également.
L'homme, par le fait même de sa viepar le besoin inhé-
rent à son être, constitue donc la famille, la patrie, la pro-
priété et il se trouve que ces trois excellents biens deviennent
pour lui une triple source de mal.
La famille, la patrie, la propriété, doivent-elles donc un
jourdisparaître de l'humanité ? De loin en loin, dansle cours
des siècles il y a eu des penseurs et des sectes tout entières
qui t'ont cru. De nos jours ces penseurs et ces sectes ont de
nouveau surgi. Mais telle est l'erreur de ces opinions, que
toujours on a vu ceux qui les ont embrassées obligés de sou-
tenir au moins et de conserver, en l'exagérant, un de ces
trois termes, soit la famille, soit ta patrie, soit ta propriété,
se contentant d'immoler à celui qui était ainsi conservé les
deux autres: preuve remarquable du besoin senti parlessec-
tes dont je parle de laisser à la personnalité humaine quel-
que chose où s'empreindre et où s'appuyer en même temps.
Les moines, ou plutôt, parmi les moines, les anachorètes, ont
seuts imaginé de vivre sans famille, sans patrie, sans propriété.
Mais on n appelé, avec raison, cette sorte de vie un suicide,

CHAPtTREtt.
DEI.t.)ŒSTI\A'nON!)E[.')MMMr.

Je ne discuterai pas avec les anachorètes. Leur manière de
sentir iaue est trop exceptionncHeponrm'occu~crici.M.tis

je combattrai en peu de mots ceux qui, tout en admettant
l'essence de la nature humaine telle que je viens de la défi-
nir, c'est-à-dire comme une communion incessante de
l'homme avec ses semblables et l'univers, veulent tirer de
cette conception même la conclusion qu'un ou deux des
trois modes de cette communion, savoir la famitte, la pa-
trie, ou la propriété, pourraient et devraient être radica-
tement abolies.
En même temps et du même coup je renverserai l'opinion
de ceux qui, tout au contraire, confondant l'essence de ia
nature humaine et la triple destination qui en résulte pour
l'homme d'avoir une famine, une patrie, et une proprité,
avec les formes qu'ont fues et qu'ont aujourd'hui la famitte,
la patrie, la propriété, prétendent enchaîner t'avenir au pré-
sent et au passé, et immobiliser, au lieu de les transformer,
la famitte, la patrie, la propriété.
Je pose donc cette question Qu'elle est la destination de
l'homme ?
La vie de l'homme, comme je viens de le montrer dans
le chapitre précèdent, est attachée à une communication in-
cessante avec ses semblables et avec l'univers. Faut-il en
conclure que sa destination soit de se mettre en rapport,
pt);siqucment, sentimentalement, et intellectuellement,
avec tons tes hommes et a~ec tous les Ktres qui composent
l'univers, ou du moins avec le plus grand nombre possible
de ces hommes et de ces choses?
Non. Car si l'homme se mettait en rapport avec trop
d'objets, cette mobilité continuelle l'empêcherait aussi
bien d'être, que s'il ne se mettait en rapport qu'avec trop
peu d'objets. Il y a une proportion nécessaire entre notre
vie subjective et notre vie objective, qui constitue reette-

ment l'harmonie de notre être et la réalité de notre exi-
stence. Ln homme qui, dans la considération du monde
physique, passerai) instantanément d'un objet à un autre,
qui, par exemple, voyagerait sans cesse dans tous les pays
sans s'arrêter a en contempler aucun, n'aurait véritable-
ment l'idée d'aucun despa;squ'il aurait parcourus. Un sa-
vant qui promènerait sans cesse son esprit de science en
science, de livre en livre, serait le moins savant des hom-
mes autant vaudrait la plus complète ignorance. Ln hom-
me qui, après avoir pris son repas, se mettrait de nouveau
à table, risquerait fort de ne pas digérer la nourriture
qu'il aurait d'abord prise. Celui qui changerait d'amis tous
les jours ne connaîtrait pas l'amitié; celui qui ne regarde
pas le changement dans l'amour comme la destruction de
i'amour ne connaît pas l'amour.
Il est donc évident que les idées de mobilité perpétuelle
qui font la base de plusieurs s}stemcs émis de nos jours
sont radicalement absurdes, et que la destination de l'homme
n'est pas d'étendre indéfiniment le cercle de ses sensations
par la multiplicité, ni d'étendre indéuniment de la même
manière ses sentiments et ses connaissances.
Vivre ce n'est pas seulement changer, c'est continuer. Notre
vie participe à la fois du changement et du contraire du chan-
gement, ou de la persistance. H nous est impossible réelle-
ment de continuer d'être sans changer; la persistance ab-

de changer sans persister, jusqu'à un certain point,ce
solue nous est impossible. Il nous est impossible également

que nous étions; le changement absolu nous est impossible.
Chauger eh persistant ou se continuer en changeant, voila
donc ce qui constitue réellementia vie normale de l'homme,
et par conséquent le ~'o~n' Le progrès a donc deux termes.

en apparence contradictoires :e rmanence ou ré ;<tmo-
bilité ou changement.
L'homme étant donc une fois mis en rapport avec certains
hommes et certains'êtrcs ( et il l'est dès le premier jour de sa
naissance), sa destination n'est pas de quitter ces hommes et
ces choses, pour se mettre en rapport avec d'autres, et tou-
jours ainsi.
Mais néanmoins le droit pour l'homme de communiquer
avec tous les hommesà travers le temps et l'espace et de com-
muniquer avec toute la nature, suivant les voies normales
que le Créateur nous a données pour cette double communi-
cation, reste Je droit certain et inaliénable de l'homme.
Ce droit, je le dis, est certain et inaliénable.
Dieu nous a donné des sens pour communiquer avec la
nature, et avec toute ]a nature. Nul n'a Je droit de limiter cette
virtualité que le Créateur nous a donnée.
Dieu nous a donné de même des instjpcts et des sentiments
qui nous rapprochent sous divers rapports de tous nos sem-
blables. Il a révélé lui-même par l'humanité les formes essen-
tielles de ces rapports. Violer ces formes essentielles est un
crime, et est punissable. comme tel. Mais entrer en rapport
avec nos scmbtabies en nous conformant à ces règles essen-
tielles est notre droit.
H est évident, au surplus, que la tendance de l'homme et
de chaque homme est de ne pas laisser limiter ce droit de
communication avec tous les hommes et toutes les choses. Q Mi
voudrait en effet recounattre une telle limitation? Est-ce le
savant que vous prétendriez borner ainsi? Le savant veut tout
connaître; c'est ce qu'il appelle sa hberté. Est-ce l'artiste? H
cherche le beau dans tout Funivers; et c'est là qu'il met sa
liberté. Hst-cc l'industriel? il voudrait tout posséder, pour

puis- qu'il en a véritablement la puissance et c'est la reconnais- sance de ce droit qui fait la liberté de l'homme. n'en serait pas moins une prison et un acheminement à ces pénitentiaires d'aujourd'hui où l'on a trouvé le moyen d'anéantir l'homme par la solitude.tout féconder. dès le début. la propriété. Ainsi j'admets. c'est faire nne prison autour de lui. et c'est là ce qu'il nomme sa liberté. encore une fois. De quel droit donc. l'existence nécessaire des trois modes de la communion de l'homme avec ses semblables et avec la nature. LA PATRIE. Donc. SONT LES TROIS MODES NÉCESSAIRES DE LA COMMUNION DE L'HOMME AVEC SES SEMBLABLES ET AVEC LA NATURE. LA FAMILLE. la destination de l'homme n'est pas de se mettre en rapport direct avec tous tes hommes ni avec tous les objets de l'univers. fût-elle un palais. Je disais touta l'heure que limiter l'homme d'une façon ab- solue à )uie certaine communion avec ses semblables et avec . CHAPITRE III. cette prison. contineriez-vous l'homme et le borneriez-vous à un coin de cette sphère qu'il a sous les pieds et de cette sphère qu'il a surla tête? Le borner. la cité. en résumé. le limiter. détruirait l'homme du même coup. LA PROPRIÉTÉ. Cette prétendue inunité que l'on voudrait donneral'homme en détruisant la famille. Mais c'est son droit de le faire.

ni être nommé ou qualifié par d'autres et il n'a plus de nom. Il ne reste de lui qu'une virtualité. Vous voilà sans relation avec aucun être dans le temps. ni patrie. Il ne peut ni se nommer lui- même. de propriété. dont les manifestations antérieures n'ont laissé aucune trace.la nature. est aussi insaisissable et incaractérisaMepour lui-même que pour les autres. plus de fils. H a besoin du fini et de l'intini. Car ce serait encore. Vous ne vouiez pas de patrie vous voin donc seul au mi)ieu du milliard d'hommes qui peupient aujourd'hui la terre. la solitude dans le désert du Sahara. et anéantir sa virtualité par la solitude. H est si vrai que l'homme a besoin de famille. plus d'amour stabte donc plus de père. Ce serait. si on routait lui refuser une communion précise et-determinée avec certains de ses semblables et cer- tains êtres de la nature. dans une autre hypo- thèse. à t'inverse. n'a plus même de nom. de patrie. ni propriété: mais ue voyez-vous pas que c'est anéantir l'homme. Mais. comme il a besoin de la terre qui est sous ses pieds et du ciel qui est sur sa tête. on anéantirait également l'homme par un autre genre de solitude. dis-je. Vous ne voulez ni famille. faire la solitude autour de lui. parce qu'il n'existe plus. par conséquent. com- ment voulez-vous que je vous distingue dans l'espace au mi- lieu de cettemuttitude?Dès que vous n'avez pl us de nom pour . sans extension possible. que l'homme individuel. et jusqu'au nom de l'homme? Vous ne voulez pas de famille donc plus de mariage. plus de frères. il est vrai. au lieu d'être la sotitnde entre quatre murs mais l'effet destructif serait le même. et sous ce rapport déjà vous n'avez plus de nom. L'homme n'existe pas plus dans le fini resserré et absolument limité que dans l'infini. c'était faire une prison autour de lui. mais une virtualité tout à fait inconnue. et qui.

supprimer la propriété ce serait supprimer cette force. une patrie. et queous ne pou- vez satisfaire aucun de ces besoins sans vous approprier cer- taines choses mais je vous dirai que ce corps lui-même est une propriété. jamais utopiste. comme je l'ai déjà dit.moi dans ce milliard d'hommes. Il est de toute certitude métaphysique que l'idée de l'indi- vidualité de chaque homme disparaît. si l'on anéantit l'idée de cet homme en tant qu'ayant une famille. Par conséquent. Pour que l'homme existe à ses propres yeux et aux yeux des autres. et une propriété. il fautque cette virtualité se soit déjà manifestée. le préserver de mille atteintes. Enfin cousue vouiez pas de propriété mais pouvex-~ eus vivre sans corps? Je ne vous dirai pas qu'il faut nourrir ce corps. jamais rêveur n'a poussé l'absurdité jusqu'à vouloir abolirala fois ces trois modes de la commu- nion de l'homme avec ses semblables et avec la nature. il est à certains égards une chose et une véritable propriété relativement à la force qu'il manifeste. il faut donc qu'elle soit détinie. cette force ne pouvant se montrer et agir indépendamment de lui. détiuutée jusqu'à un certain point. Aussi. tt faut reconnaître et nous reconnaissons que l'homme est à la fois produit et défini . le vêtir. Le passé doit donc se montrer dans l'homme seulement le passé ne doit pas enchaîner l'a- venir. Les sectaires et les utopistes se sont retranchés à essayer de dé- truire un ou deux de ces trois modes nécessaires au profit du troisième. vous cessez d'e tre a mes yeux. saufles solitaires de la Thé- baïde. il ne suffit pas qu'il soit une virtualité. marquée par conséquent au coin du passé. quoiqu'il soit de vous. Ce corps n'est pas ~ous.

ces trois choses. J'ai en ma possession une certaine portion de la nature extérieure ou de la nature modifiée par le travail de l'homme. la propriété peut t'absorber aussi. et par conséquent aussi par ceux auxquelslui-même transmet la vie. mais si cette société est absolue. le moyen et le champ même de cette existence. Mais cette triple limite qui l'enserre peut être une limite absolue qui pèse sur son existence et t'enchaîne. mais si on limite ma part à cette por- tion que j'occupe actuellement. L'homme peut devenir l'esclave de sa naissance. ou la patrie. comme je l'ai déjà dit. la nation peut t'absorber. ou simple- ment le point de départ. mais si je ne puis faire et penser que ce qu'ont fait et pensé mes ancêtres. 2° Par ceux avec qui il vit eu société 3° Par la portion de choses qui se trouve être en sa puis- sance. me voilà enchaîné. Je suis issu de mes ancêtres. qui sont excellentes en elles-mêmes et nécessaires. Je fais société avec tes hommes qui m'entourent. me voilà esclave. peuvent par leur excès devenir mauvaises. me voilà encore esclave. Ainsi. me voilà encore enchaîné. . l'esclave de son pays. 2° La société. 3° La propriété. l'csclave de sa propriété. me voilà enchaîné. me voilà esclave. qui lui ont donné la vie. La famille peut absorber l'homme. Par ceux qui l'ont engendré. De là trois sphères sans lesquelles il ne peut être 1* La famille. ou la cité.

ET DE SON REMÈDE. LA PATRIE. soit à la propriété. il a successivement été asservi d'nne manière prédominante soit à la famille. LIVRE TROISIÈME. LA FAMILLE. a été esclave simul- tanément de ces trois choses. Que la famine soit telle que l'homme puisse se développer et progresser dans son sein sans en être opprimé. L'homme. Que la nation soit telle que l'homme puisse se développer et progresser dans son sein sans en être opprimé. Il deviendra homme sans cesser pour cela d'avoir une famille. et suivant les époques. DOIVENT ÊTRE OR- GANISEES DE MAMËRE A SERVIR A LA COMMUNION I~DLFtME DE L'HOMME AVEC SES SEMBLABLES ET AVEC L'UNIVERS. en effet. LA PROPRIÉTÉ. soit à la nation. Que la propriété soit telle que l'homme puisse s'y dévelop- per et y progresser sans y être opprimé. il n'a pas encore été véritablement homme. DU MAL. CHAPITRE PREMIER. une pro- priété. . jusqu'à présent. une nation.

une absolue réversibilité dans chaque famille. Quand nous aurons découvert d'où est venu le mal dans le passé. Il y a trois manières de détruire la communion de l'homme avec tous ses semblables et avec l'univers. non seulement distinctes entre elles. comme nous l'avons montré. de rattacher tout à la naissance. mais hostiles les unes aux autres. Il y a une première manière de parquer les hommes c'est de diviser les hommes dans le temps. Voila le programme de l'avenir. communion qui. c'est-à-dire de ne recon- naître à chacun pour ancêtres que ses ancêtres naturels. et d'attacher les hommes aux choses. Il y a une seconde manière de parquer les hommes: c'est de diviser les hommes dans l'espace.<!</< Ilya une troisième manière de parquer les hu.nmes c'est de diviser la terre ou en général les instruments de produc- tion. de subordonner . et conurmera une loi fondée sur la nature même des choses. de cette cité. de composer des agré- gations d'hommes. de subordonner le fils au père qui l'a engendré. de nier toute réversibilité d'âne famille sur une autre d'établir. et de faire de l'homme un /~f!t'fr. soyons sûrs que l'histoire ne nous manquera pas. Mais résumons d'abord le passé. sous le nom de nations. est le droit de l'homme. ni la propriété n'y furent organisées de façon que l'homme pût se développer et progresser librement au sein de cette famille. de sub- ordonner l'homme à la nation. Ou plutôt d'abord prouvons sans détour que le /MM. au contraire. quand nous aurons établi ce qu'on pourrait justement appeler la loi du bien et du mal. de cette propriété. et de faire de l'homme un . ni la nation.'f! est & !?M/j et qu'il est )e mai uniquement parce que ni )a famille.

de la propriété. au lieu d'être organisées de façon à ser\ ir à la communion indéfinie de t'homme avec ses semblables et avec t'univers. de la cité. contre te droit de l'homme et contre son besoin. en considérant soit la famille en elle-même. c'est-à-dire comme nous t'avons prouvé. sout (les choses finies . jamais politique n'aunet- tement pourquoi la famille. mais c'est que ccschoscs. La ftUnitte. I! est évident d'abord qu'il n'y a que ces trois manières de diviser le genre humain. ni que la nature humaine soit mauvaise. au contraire. potisme soit dans la soit Jusqu'ici on s'est attachesignaler et à combattre ie des- dans la cité. que ces choses soient mauvaises en elles-mêmes. la propriété. soit la propriété en elle-même. de faire de l'homme un pfo~n'~ai'n'. ou la cité. provenait de cette fragmentation ou division du genre humain. Mais je dis de plus qu'il n'y a que ces trois manières d'asservir l'homme. en- gendre le mal et te despotisme. et les choses. donc. l'espace. la patrie. ou la propriété. a l'exception de quel- ques grands législateurs religieux. ont été. était corrélatif à la fragmentation du genre hu- main que ic mal. soit la cité en elle-même. Si la famille. En d'autres termes. soit dans la propriété. la cité. et ceci mérite considéra- tion. puisqu'elles comprennent le temps. qui résultait de la famille. dans la cité. la t'homme propriété. ce n'est pas. la propriété ont jusqu'ici engendré tant de maux. 11 n'y a que ces trois manières de diviser le genre humain et d'asservir l'homme. tournées contre cette conuruuion de l'homme avec ses semblables et avec l'univers. encore une fois. dans la propriété. On n'a pas vu que le despotisme dans la famille. et si l'homme y a trouvé de si lourdes chaînes.

soit directe. voilà l'homme esclave. t'indénni son droit. par la famille. par la cité. la famille caste est un mal. Que cet indéfini donc. qui est le progrès. la patrie. elle est mauvaise. la patrie est un bien. par la propriété. il en résulte nécessairement une imperfection et un mal.qui doivent être organisées en vue (le l'infini. ou la famille sera organisée en vue d'ette'scute. elle est bonne. elle est organisée en vue du genre humain et de la communion avec tout le genre humain. et l'homme y est libre. et malheureux parcequ'il est esclave. avec tous ses semblables et tout l'univers. Si. voilà la nature hu- maine violée dans son essence. Car l'homme est un être fini qui aspire à l'infini. Donc. la propriété. la cité. mais la famille n'existe pas indépendamment du genre humain. que la famille. La famille est un bien. et voilà le mal sur la terre. Tout lemal du genre humain uent donc des c<MM. et par conséquent contre le genre humain. et l'homme y est esclave. L'infini est son but. Aussi- tôt que dans votre idéal de société et de politique vous faites entrer le genre humain tout entier. la patrie caste est . Je prendrai la famille pour exemple. à une com- munion complète. soient organisées en vue du fini. au contraire. Le fini absolu est pour lui le mal. Je dirais la même chose de la cité et de la propriété. soit indirecte. lui soit refusé. La vraie loi de l'humanité~ c'est que l'homme individu tend. le mal cesse et disparait de cet idéal. La famille existe bien essentiellement et par ette-méme. et qu'en bornant à une partie plus ou moins restreinte cette communion par la famille. Si elle est organisée en vue d'elle seule et contre le genre humain. et la propriété. ou elle sera organisée en vue d'eUe-memc et du genre humain.

mais de l'ignorance de l'homme et de l'absence d'un principe supé- rieur suivant lequel la famille. que t'en attribue à ces choses mêmes et aux pas- sions naturelles à l'homme. ni véritablement appliqué. ni de ces choses. la cité la propriété. parceque le principe de t'unité du genre humain. Je dis donc encore une fois que diviser absolument. le genre humain en nations. ni des passions de l'homme. n'a pas encore été bien com- pris. On cherche la source du mal qui règne sur la terre. Ce point est si important.un mal la propriété est un bien. d'une façon abso- lue. Le mal qui règne sur la terre. à travers le temps et l'espace. en propriétés. Aussi les Chrétiens avaient- . ne viennent. et de la solidarité mutuelle de tous les hommes. doivent être organisées pour être normales et vérital)]ement bonnes. dans la propriété à quoi j'a- joute que tous les maux [te la famille. c'est introduire par là même le mat dans la famille. j'entends le mal qui règne dans la société humaine vient de ce que l'essence de la nature hu- maine a été violée. ORIGINE DU MAL DANS LA SOCIÉTÉ HUMAINE. la proprété caste est un mal. de la cité. CHAPITRE II. dans la cité. et sans autre idée supérieure. en familles. de la pro- priété. qu'il est nécessaire que nous le considérions de nouveau et avec beaucoup d'attention.

La fa- mille. n'existent même qu'en vertu de ce droit. de la propriété. au lieu de tendre à l'extension de la communion générale des hommes entre eux et avec l'univers. de l'unité. Oui. frappait le mat dans sa racine. la propriété. conforme a l'essence et an besoin de sa nature. la cause dn mal. avait apporté le dogme de l'unité et de la frater- nité parmi les hommes. L'erreur des Chrétiens était de croire que Jésus fut Dieu leur erreur était de croire que Jésus fût un homme exceptionnel au milieu du genre humain leur erreur aussi était de croire que sa doctrine n'avait pas été pressentie et même connue avant lui mais ils avaient par- faitememt raison de soutenir que cette Doctrine de la com- munion. et de faire de Jésus le rédempteur d'Adam. c'est ainsi que le despotisme s'étant introduit dans la famille. dans la propriété. le droit de commu- nier avec tous ses semblables et avec tout l'univers. de la fraternité. Donc. Le droit de l'homme. le mal a cor- rompu toute chose. est comme nous l'avons vu. elles tendent à la négation ou à la restriction dn droit même qui les fonde. Cherchons. ou plu- tôt de ta résulte tous les maux. qui. suivant eux en sa qualité de Dieu. en ce sens. Prenez tous les genres de despotisme qui résu)tent de la famille. de la patrie. vousn'entromerez pas un seul qui ne vienne originairement de ce que le prin- cipe de la communion générale des hommes entre eux et avec l'unnersa été blessé dans l'institution de la famille. d'op- poser Jésus à Adam. il en resuite nécessairement un mal. Ils avaient parfaitement raison. si. dans la patrie. avait par là même détruit la tache du péché originel. en effet.ils raison de dire que Jésus. . la patrie.

< La vie de l'individu. Que[)e multitude de maux résultent de la cité! Mais voyez si ces maux ne viennent pas de ce que la cité s'est isolée. Donc. c'est-à-dire quel est son objet? C'est l'homme et la nature extérieure. et rien que cela. Donc l'homme objet recèle en lui unepartie de la vie de l'homme sujet. c'est vraiment là le péché originel. vous anéantissez en moi mon objet possible. toujours l'homme et la nature extérieure. s'est faite caste. Vous ne pouvez pas oblitérer la portion objective de ma vie sans me blesser dans ma vie subjective. s'est mu- rée. appau- vrissent. est à la fois subjectite et objectée. s'est murée. s'est fermée. soit dans l'espace. ce me semble. pour employer la langue théologique. La voici dans toute sa rigueur métaphysique. . Donc le genre humain est solidaire. soit dans le temps. Donc le perfectionnement de l'homme importe à l'homme. et c'est violer mon droit. s'est faite caste. qui lui fournit la partie objective de sa vie. de la propriété. amoindrissent la vie de Find~idu.de la patrie. Quelle muttitnde de maux résultent de la famille! Mais voyez si tous ces maux ne viennent pas de ce que la famille s'est isolée. et irrécusable. et qui s'opposent ainsi à leur communication mutuelle et à leur perfectionnement. Enfin quelle mu)titude de maux résultent de la propriété! Mais voyez si éga)ement tous ces maux ne viennent pas de ce que la propriété s'est isolée. Donc aussi toutes les barrières qui séparent d'une façon abso)uc les hommes. Si vous détruisez la possibilité de ma communication avec les autres hommes mes semblables. Faut-il donc répéter à cet égard ma démonstration ? Elle est évidente. s'est fermée. à chaque moment de son existence. s'est murée. s'est fermée. s'est faite caste. Or. par conséquent c'est m'anéantir moi-même.

ffomere a dit: <. Jupiter lui enlève la "moitié de son âme. comme la mienne a besoin objectivement de la vôtre. a cause que. De là une première forme du mal. La communication avec l'univers est mon droit. puisque l'univers tout entier est mon objet possible. Voici cette conséquence c'est que vous ne pouvez pas faire le mal sans vous faire du mal à vous-même. je vous délie de me rendre malheureux sans vous nuire à \ous-même. sur- git une conséquence qui va détruire le mal par lui-même. C'est un malheur d'être esclave. Si le mal n'avait été le mal que pour les opprimés. en sorte qu'au fond et en Dieu il n'y a pas des hommes sépares et abso- lument distincts. «Cela est beau et vrai. la souffrance. le mal aurait été éternel. de ce principe. Vous ne pouvez donc pas non plus établir des barrières absolues qui limitent invariablement ma propriété. De là aussi le droit des opprimés. il est l'objet dont je suis le sujet. c'est-à-dire la privation. vous voilà despote. et que virtuel- lement l'univers m'appartient.Quand xun homme tombe dans l'esclavage. puisque votre vie a besoin objectivement de la mienne. c'est-à-dire ma communion avec l'univers. Mais rendons grâces à Dieu' Voici le mal qui des oppri- mes remonte aux oppresseurs. mais c'est un malheur d'être despote. du principe qui fait l'homme objet de l'homme. par la volonté du Créateur. Je démontrerais de la même façon la même'chose pour l'univers. mais Homère . l'escla- vage. la forme relative à l'opprime. sans blesser ma vie. mais l'homme. Si vous me faites esclave. dis-je. Vous ne pouvez pas absorber l'univers sans m'anéantir. Puisque je suis votre objet comme vous êtes le mien. Mais du principe même de la vie. et qui par là unit l'homme à l'homme et identifie virtuellement tous les hommes.

aurait pu ajouter que cette moitié de l'âme enlevée à l'es- clave va s'attacher au maître. Ils devaient tous deux ensemble féconder l'univers. Dieu. qui les a créés l'un pour l'antre. du meurtrier avec sa victime. )e meur- tre du frère par le frère rend la terre stérile même pour le meurtrier. C'est qu'en effet Caïn s'est frappé lui- même en frappant Abe!. et qu'aujourd'hui même la misère assiège souvent les riches dans nos cités. moi ? < Et Dieu dit Tu seras maudit même par ]a terre. suis-je Je gardien de mon frërc. résuite de)a violation de la loi de l'u- nité et de la communion générate des hommes. parceque son frère est l'objet néces- saire de sa vie. après avoir perdu par son crime son objet semblable à lui. relative cette fois au mé- chant et à t'oppresseur. que la stérilité régna par- tout où régna Fesctavage. lui redemande son frère. pour le tourmenter et le perdre. Il a beau dire qu'il n'en était pas le gardien. parceque leurs frères les travailleurs sont encore esclaves. que la Bible ici fait parler par la bouche de Dieu. La J~ibie plus inspirée qu'Homère. C'est ainsi. en effet. comme une furie vengeresse. elle ne te rendra « plus son fruit. lui de- mande où est son frère. chercherait-il à compenser cette perte de sa nature en s'attachant à l'objet non sembla- He à lui l'univers extérieur il se trouve que cet univers est devenu moins fécond pour Cain par le meurtre d'Abel. Caïn tue son frère Abei 'Et t'Ëterne] dit à Caïn Où est Abc). a un mot admirable pour rendre cette solidarité du despote avec son esclave. c'est-à-dire que la conscience de Caïn. car quand tu laboureras la terre. qui a ou- vert sa bouche pour recevoir de ta main le sang de ton < frère. Donc une seconde forme du mal. Le méchant est . Et vainement. ton frère? Et Gain lui n n répondit Je ne sais.

Vous voilà qui. en dépouittant ses frères. I) en est ainsi de tous tes vices. Le cupide. Ou se demande ce que c'est que le mal moral. cela est certain.))Ou plu- tôt c'est là Satan tui-meme il n'y a pas d'autre Satan. Vous rejeter. Oui. par degrés. Le crue). Vous voilà donc atteint par le défaut d'aimer. est le résultat de la subjectiuté qui s'est blessée elle-même en se blessant dans son objet nécessaire. ta ce mal de l'oppresseur ressemble puissance et a l'abon- . Cette seconde forme du mal est donc encore. non seulement faute d'objet. qui. En sorte que le Christianisme a encore eu raison d'appeler esclavage et loi d'esclavage aussi bien te mat de l'oppresseur que le mal de l'opprimé. la souffrance. c'est-à-dire le mat dans le méchant. se déchire lui-même. Que ce mal de l'oppresseur. Que devient donc votre vie? que de- vient en vous la subjectivité? Elle souffre. au fond. le despote. dis-je. mais faute d'être capable d'avoir un objet. de toutes les corruptions de notre âme. un aspect différent. devient esclave.atteint lui-même par le mat qu'il fait. vous persécutez vos semblables c'est donc que vous n'aimez pas vos semblables. la privation. en vertu du principe même de la ie. le mal moral. prenne néanmoins. en se faisant despote. Extérieurement. c'est donc que vous n'aimez pas. relativement au mal de l'op- primé. Ce n'est pas autre chose que le blessement de la loi dont nous parlons. il est atteint. ressemblez à ce Satan dont sainte Thérèse disait si il admirablement: «Le malheureux n'aime pas. lie indivisiblement sa subjectivité à celle des autres. en tourmentant ses frères. et en ce sens l'escla- vage. La loi de la vie emportantl'objectivité unie à la subjectivité. par l'objectivité néces- saire. et le défaut d'aimer devient son supplice. s'appauvrit. qui au fond est esclavage et privation.

Vous~oilà entouré de richesses arrachées par vous à vos frères. pour vous attacher à la sensa- tion. et voila que vous avez préféré n'aimer que les choses. et \oilà que vous avez renoncé au sen- timent et à la connaissance. . Mais la réparation se fait et Féquihbre se rétablità l'intérieur. vous voilà le plus pauvre des hommes car vous manquez de ce que la nature a donné à tous les hommes et ~ns avait donné. Le mal fait à j'opprime passe du même coup à l'oppresseur. Qu'il fasse donc du mal à son sembla- bfc. Vous étiez fait pour aimer vos semblables. tout entier à la sensation. il blesse l'homme en lui. le sentiment et t'intettigence. et rétablit cet équihbre. dites-vous! Non. vous vous êtes appauvri ~ous-meme. vous êtes riches. il se trouve que vous avez outragé la nature humaine en \ous. comme Fopprimé. Mais êtes-vous sur de ne pas souffrir? Poussez la métamorphose jusqu'au bout. ous n'êtes riches qu'extérieurement. en outrageant la nature humaine hors de vous. en blessant l'homme hors de lui. et dans la tirtuahté invisible des choses. par ]e fait mem& de la vie. Car son semblable est en lui. Donc. vous accomplissez la même métamorphose que les compa- gnons d'Dysse sous la baguette de Circé. devenant tout-il-fait stupide et complètement insensible. en effet. Vous avez appauu'i \os frères. pour ainsi dire. c'est-à-dire homme. vous êtes pauvre intérieurement et dans votre âme. Vous étiez seusation-senti- ment-connaissance. Cro)ez-\ous que t'être en vous ne souffre pas de cette privation de sentiment et de connaissance? Vous ne vous sentez pas souffrir. vous êtes pauvre. L'oppresseur. est. sensation-sentimcnt-conuaissance. son semblable est lui et il ne peut blesser t'homme sans se bles- ser lui-même. et. dites-vous. C'est encore la tic et la loi de la vie qui amène cette ré- paration. et.dance.

et pour arriver à recounaitre et a embrasser la loi divine qui a mis le bien de tous et de chacun dans l'unité et a communion. et à amener la lin du mal. Donc ce qui reste. le despotisme. par dessus toute chose. et sur tes ruines du mat. appauvri )'hommc en vous. c'est cette volonté divine qui a mis le bien dans l'u- uité et dans la communion. L'histoire n'est pas . Qu'il faille du temps à l'humanité pour parcourir la série du mal. Mais on ne peut nier du moins que le mal du mé- chant ne serve à détruire son œuvre. il semble que ce mal que le méchant se fait à lui-même n'est qu'un mal de plus dans le monde. et si on n'envisage pas le but final du développement de l'humanité. sans doute. c'est-à-dire du violateur de cette loi. et se rendant ainsi hn-meme malheureux par l'effet de la loi divine qui fait les hommes solidaires. vient seulement s'a- jouter une seconde forme du mal. et qu'a la première forme du mal. Je démontrerais la même correspondance nécessaire pro- duisant le mal moral dans toutes les actions et pour tous les vices qui souillent le méchant. la privation. l'avarice. vous avez par une correspondance mystérieuse. mais nécessaire et infaillible. sous le rapport du sentiment et de l'intelligence. la cruauté. Car le méchant se blessant tui-méme en blessant son frère.et qu'en appauvrissant les autres sous le rapport de la sen- sation. cela est incontestable. il s'ensuit que le méchant tui-meme aspire indirectement à voir finir le mal. résulte inévi- tablement la seconde forme du mal parmi les hommes. le mal de l'oppresseur. t'esclavage. Jedémontrerais nue. la souffrance. de la violation de la loi d'unité et de communion. Au premier coup d'œit. et régner cette unité et cette communion contre laquelle sa méchanceté s'est armée.

soit en tant qu'ayant une patrie. et par là même avec t'Être Infini de qui procède et en qui respire et vit le genre humain et l'univers tout entier. et produit t'immoratité et le ma). dès l'in- stant où. Pour être conforme à ma nature. parce que le plus grand nom- bre des hommes ne l'a pas encore compris. La violation de cette loi produit le mal sous ses deux for- mes. quoique tous les grands législateurs religieux l'aient enseigné sous une forme ou sous une autre. Toujours est-il certain que tous les maux de l'humanité sor- tent de laiotation de cette loi nous ~euons de le démontrer. de patrie caste.autre chose que cette éducation successive du genre humain.f/f. savoir la destinée'providcntiette et le but final de l'humanité. Toute division du . et par conséquent pour être heureux et moral. Mais que fait le temps au principe que nous avons émis? Ce principe en est-il moins vrai. t)onc. soit en tant qu'ayant une famille. Laissons ce qui ne doit pas nous occuper ici. soit eu tant qu'avant une propriété. je ne suis pas intentionnellement et ~irtuettemeut dans cette communion je deviens malheureux et immoral. avec tout le genre humain. eu d'au- tres termes sa marche toujours croissante. Donc toute division du genre humain qui constitue la famille à part de cette communion intentionnelle avec le genre humain est im- morale. de ~ro~r!f~ caste. qui amènera le triomphe de la loi dnine de l'unité et de la communion. sous ses trois formes de /aH!i7~ f~. mat de l'oppresseur et mal de t'opprimé. j'ai besoin d'être intentionnellement et virtuellement en communion avec tous mes semblables. Or. avec tout l'univers. ou plutôt servitude de tout côté. cette violation de la loi divine est en grand la caste. servitude et tyrannie.

genre humain qui constitue la patrie à part de cette même communion est également immorale. Enfin toute division de ['univers ou de la propriété. n'a pas cru vainement que l'idéal de l'unité en Dieu et de la frater- nité universelle était le remède efficace de la tache du mal ou du péché. je le redis encore. C'est ainsi. est également immorale. au lieu de les teaif unies au genre humain tout entier et à tout l'univers. je le répète. et le Christianisme. et produit également l'immoralité etJe mal. CHAPITRE III. il s'ensuit. MMtUE DU MAL. la patrie. je crois. je le répète. à part de la communion avec tout l'univers. et produit nécessairement l'immo- ralité et le mal. que tous les maux et toute l'immoralité du genre humain viennent de ce que la loi d'u- nité et de communion universelle a été jusqu'ici constamment blessée dans l'idée qu'on s'est formée de la famille. et par consé- quent l'homme. de la propriété. que le mal s'est répandu parmi les hommes. DE LA CHARITÉ. ou plutôt le principe fondamental de ia morale et de la politique. de démontrer metaphysiqucment un grand principe de morale et de politique. si cette loi est évi-i- dente. . la propriété. Nous venons. de la patrie. en divisant et abstrayant la famitte. qui constitue la propriété. Si ces raisonnements sont certains.

Dans le second essaie cas. et il souffre. S'il délaisse sa communion nécessaire avec ses semblables. indirectement avec Dieu dans une communion directe avec ses semblables.s'-tKemf. sans pouvoir se faire semblable à ces espèces inférieures anxquelles il s'attache. Mais l'homme ne peut communier directement ni a~ec Dieu. avaient dit: Aimez votre prochain comme fOM. il dégénère de sa nature d'homme. La philosophie en duunc aujour- d'hui la démonstration en ajoutant: ~o/rfjcror/Mi'tt. Les anciens sages. c'est t'OM~-M~c. il essaie vainement de se faire sensation. pour s'attacher à une communion directe avec Dieu cette communication directe avec t'Être Infini étant impossiMf. Dans le premier cas. ce me semble. parce que sa nature normale est d'être sensation- sentiment-connaissance indivisiNement unis. si. et il souffre et justement. in- . Confucius. la pro- fondeur de leur parole. reconnaissant sa vraie nature. il vainement de se faire fMMaMMMM. La vie est une communion communion avec Dieu. parce que sa nature normale est d'être sensation-sentiment-connaissance indhisiblement unis. par la communion a~ec t'bomme. pour s'attacher aux espèces inférieures de la création. et ne devient point pour cela semblable à Dieu. Jésus. com- munion avec nos semblables. il peut communier tegitimement et normalement avec Dieu et l'univers. car c'est votre objet. Aucontraire. communion avec l'univers. ni avec les créatures autres que t'homme tandis qu'au con- traire. encore. Si également il détaisse sa communion nécessaire avec ses semblables. On n'a pas encore bien compris. et jus- tement. il com- munie directement avec ses semMaMes. il dégénère également de sa nature d'homme.

la pratiquer. parce que votre prochain vous est uni dans ]a vie. vous ne sauriez du moins ]a vicier sans souffrir. votre sensation ou votre ac- tivité consiste à la pratiquer. car si vous ne vous aimez pas ainsi. c'est vous-même. au premier chef. c'est-à-dire dans vos semblables. Vous voûtez vous aimer aimez-vous d onc dans les autres. et qui en est un eorrollaire identique avec elle. puisque nous sommes unisl'humanité. Et si vous ne savez pas la re- connaîire. il se détruit par !ui-meme. dont l'existence manifeste. vous violez l'essence de votre nature. Que deuenuent tous les sophismes de l'égoïsme devantt cette loi de la vie que nous venons de démontrer! Puisque notrevie est liée a ce point à celle de nos semblables.votre sentiment con- siste à l'aimer et à la vouloir. par conséquent. et qu'en ce sens votre prochain. l'aimer. et que deviennent les fausses doctrines fondées sur l'intérêt in- dividuel et égoïste de chacun? hvidemment)'égo!sme tourne à sa propre défaite. Vous ne sauriez échapper à cette loi d'amour et d'union. vous vous corrompez et vous souffrez. Apprenez à vous aimer là où vous êtes. Car vous êtes indivisiblement sensation- sentiment-connaissance et votre connaissance consiste. par uu effet nécessaire. au premier chef. et sans les autres votre vie n'est rien.directement avec l'univers dans une communion directe avec ses semblables. carvotre vie est dans les autres. vous ne savez pas réellement vous aimer. votre existence. encore une fois que devient l'égoïsme. puisque nos semblables au fond c'est nous. . à reconnaître cette loi. Aimez donc votre prochain. l'homme est dans sa nature et dans la mérité. et du même coup. Aimez-vous dans les autres. par une correspondance qui tient à cette loi elle-même.

que tous les sophismes du monde ne pcment étouner. voilà. au bout de leurs raisonnements. et nié sa solidarité avec )e genre humain. après avoir nie jusqu'à J'Ëtt'e Inlini qui relie entre eux tous les êtres particuliers. sous un de ses aspects principaux. Mais quelle sanction avait cette doctrine? Comment le bien des autres fait-il mon bien? ou comment mon bien est- il lié à celui des autres? La sanction qui manquait aux moralistes dont nous par- tons. nous venons de la donner. les pMosophes de la sen- sation et de l'égoïsme qui prêchent à l'homme ainsi indivi- dualisé la vertu et l'union avec tous les hommes C'est qu'!)s étaient arrivés. ou plutôt encore par la voix instinctive du sentiment. à reconnaître cette unité de la vie qui fait de J'homme l'objet nécessaire de la vie de i'hommc. . que la doctrine de ~rf/ bien e<t<f)i</M pris comme principe constitutif de la mo- rale. à laquelle est \enue aboutir. qu'elle est apparue même aux philosophes les plus éloignés de toute religion. par des considérations objec- tives et empiriques. malgré eux. tout séparé. CHAPITRE IV. au pur fini. la philosophie du dernier siecie? Après avoir tout désuni. Cette loi de l'unité et de la communion est si certaine et si évidente. tout abstrait. je le demande. scn'E. Qu'est-ce en effet. après avoir réduit t'boume a la sensation.

par la loi même de la vie. Et. Ainsi. Nous venons de démontrer. d'un côté. les pliilosoptes les plus irreligieux ont vanté la charité comme étant de notre intérêt. sans en apporter d'autre raison que la ~o)onté de Dieu. d'un autre côté. . Jésus et tous les grands législateurs re- ligieux ont fait un précepte de la charité. qu'en effet la charité est notre loi et notre intérêt.

C'EST LA SOr. une démonstration métaphysique. de base a cette Révélation on n'en avait pas don- né. pour ainsi dire. en un mot. que nous sachions. CHAPtTRE PREMIER. AUJOL'Rn'mjI PAR CHARITÉ. à la charité. en même temps qu'elle servait. saint. SOUR~RITË MUTUELLE DES HCHUIES. LIVRE QUATRIÈME. mais nous avons. dans son essence. légitime. nous l'avons préconisé comme nécessaire. et qui lui donne même à cet égard un droit virtuel absolu nous avons concédé ce droit. couronné cet égoïsme et nous voilà néanmoins arri- vés. qui lui donne des droits sur ses semblables et sur l'univers. Nous sommes partis de la nature de l'homme. elle restait basée sur ce que l'on appelait Révélation. considéré comme être individuel nous sommes partis de son besoin. CE QU'IL FAUT ENTE\DHF. n~aitpas encore été philosophiquement comprise. .inAtiïTË MUTUELLE DES HOMMES. au besoin. par une suite de raisonnements nécessaires. non seulement nous avons admis ]'ego!sme humain. Il y a plus: la charité.

et que Uieu. couronné. Qu'est-ce à dire? tout le travail de la philosophie n'abou- tirait-il qu' confirmer. est-ce ta ce qu'a fait le Christianisme? Le Christianisme est la plus grande religion du passé. tout en ex- pliquant la charité. qu'a expliquer le précepte du Chris- tianisme ? Non. maintenu. par son imperfection.nous amns maintenu l'égoïsme. dis-je. embrassé. nous sommes partis de lui.et cette démonstration est sortie naturellement pour nous du principe même de t'égoïsme humain. au nom de . me commande de suivre. Le Christianisme est la vérité sans doute. Mais dites-moi ce que je dois faire de t'amour de moi-même. cesse d'être le Christianisme. La charité du Christianisme est. une des plus grandes preuves que t'en puisse citer de l'im- perfection générale du Christianisme. vous me t'ordon- nez au nom de Dieu. tout en confirmant. nous ne t'avons pas quitté. c'est une vérité qui a besoin de développe- ments. mais il y a quoique chose de plus grand que le Christianisme c'est t'Humanité. Yousme dites d'aimer mon prochain. par tavoixde la nature. il est évident que c'est une vérité incomplète. et qui. évidemment. au contraire. comme je disais tout à l'heure. Or. que la nature a mis évi- demment en moi. développée comme elle doit t'être. nous l'avons. Nous l'avons. et. de cet intérêt du moi dont nous étions partis. mais puisque ]c monde l'a délaissé depuis trois siècles. de même que le Mosaîsme développé et agrandi cessa d'être le Mosaïsme. nous ne Façons pas nié. tandis que tous. J'obéis. Car. et par conséquent fautive à beau- coup d'égards.

Tous tes préceptes des maîtres les plus excellents du Chris- tianisme ne sont jamais sortis de ce\ague. Et quand ces philosophes renversaient . Car si vous me dites que l'amour du prochain est saint aux yeux de Dieu. ou la charité. il est évident aussi que l'amour de moi-même est nécessaire. Il est certain que le Christianisme a laissé l'humanité. et dix-huit siècles après que Jésus avait dit: «Ai- » mez Dieu de tout votre cœur. d'une part l'amour de moi-même ou du moi. n'a jamais pu arriver a fonder une science véritable de la vie. l'amour du prochain ou du non- moi. ou l'égoïsnie. et par conséquent légitime et saint aux yeux du Créateur de toutes choses.Dieu lui-même. x il s'est trouvé des philosophes pour dire t Aimez-vous ~ous-même. dont vous ne me démontrez nullement rharmoniepossihle:sa- voir. connneje le montrerai tout a ]'heure. Aussi n'est-cepas à tort que f'égoïsmc ou ]e moi s'est p!ii- losophiquement rcievé plus tard. et d'autre part. Me voilà donc avec deux amours et deux tendances. Le monde a abandonné peu à peu cette doctrine si belle de la charité. parce qu'elle n'arrivait pas a relier )e moi an ))o?!-)MO!'j et qu'elle subalternisait fégoisme saint et nécessaire soita~ t'amonr des autres hommes. » et pour fonder la morate sur l'égoïsme et l'intérêt. et votre prochain comme » vous-même. Et ces deux amours sont aussi saints l'un que l'autre.a)'amourditin. pour combattre cette cha- rité qui Favait subaiternisé sans i'éctairer et le satisfaire. me commandez d'aimer mon prochain. La charité. soit plutôt encore.dans le vague et dans les ténèbres relativement à )'anLinomie de l'égoïsme nécessaire et saint et de la charitë également sainte et par conséquent nécessaire.comme ils t'ont conçue et enseignée.

o)t-MO! se révèlent. de notre intérêt et de notre égoïsme. et a laissé échapper le tien nécessaire. de fonder une science véritabte de la vie. la charité et t'égdsme. dans notre propre indhiduatité. En un mot. que cette loi de la nature qui met notre vie dans nos besoins. C'est qu'en effet le Christianisme n'est qu'une prophétie par rapport au dévetoppemeut futur de l'esprit humain. Preuve sans réplique que l'axiome moral du Christianisme est incomplet. Dans cette loi. l'identité du moi et du ). pour employer uu terme non repoussant. et pour sainte. c'est-à-dire. dans cette loi de la vie. ainsi la parole de Jésus. en d'autres termes. ou de la communion avec nos semblables et avec t'unhers. La liberté humaine sort de la charité. et que. dans nos désirs. pour légitime. comme je viens de le dire. n'étant ainsi qu'une prophétie et un commencement. et incapable. l'union indispensable du moi et du )t0):- moi dans le phénomène de la vie. l'humanité tout entière semblait leur donner raison. en ne reconnaissant pour évidente. Le Christianisme n'a pas sai- si assez fortement cette concaténation. . il n'a pas dû connaitre nettement la loi de la vie sur laquelle se fonde te précepte divin de la charité. de même que la charité ré- sulte du droit individuel que nous avons à cette communion. se tiennent au point de ne faire qu'un. ou. la tiherté hu- maine. ainsi que nous menons de le \oir.

. Le lien mystérieux qui. Néan- moins on peut dire. J'ai montré an contraire dans nn antre écrit (1) que longtemps même avant Jésus.'&)<tH«. Dans quel monument du Christianisme. le principe de la charité est-il exposé et démontré d'une fa- çon métaphysique? Nulle part. je ne veux pas dire que Jésus et les autres fonda- teurs du Christianisme aient ignoré absolument le principe métaphysique qui est la hase véritabte de la charité. est fort incomplet aussi a-t-il donné lieu à beaucoup d'erreurs. avaient eu le sentiment profond de cette vérité. sans craindre de se tromper. ses prédécesseurs. a connu et enseigné jusqu'à nn certain point. TRIPLE IMPERFECTION DE LA CHARITÉ DU CHRISTIANISME. cette loi de ]a vie qui fait que l'être ne vit pas sculement par lui-même. deuxième partie. H est certain d'ail- .leurs que le Christianisme. que le Christianisme n'a pas démontré son précepte de la charité. tel que le Christianisme l'a exposé. je le demande. mais par la communion avec ses semblables et avec l'univers. dont le principal symbole a été la Communion ou l'Eucharistie. d'où il est résu)té que ce précepte. CIIAPITRE II. et sous des voiles. est resté voilé pour les ()) De . et ne l'a pas nettement rapporté à la vérité métaphysique qui en est la source. au sein du Christianisme unissait le principe moral de la cha- rité au sacrement de l'Eucharistie. )esEsséniens. Certes.

)'egoïsmc nécessaire et saint dédaigné. tourné uniquement vers Dieu. abandonnée.comme ondit. n'ai- mail reeUement ni hu-memc ni les autres. d'après l'apparence et le nom.etn'en est p.LeChristianis~ne. ou la liberté humaine.bien qu'inspirée par la loi de tatie. aimé en apparence seulement. 3" Le ~o. foulé aux pieds la nature mé- prisée.. pour ce semblable.Chrétiens. en effet. ou la )ihcrtc humaine.amanque le rapport de t'egoï<'me saint et de cachante.D'où il est résulté que le moi. D'ou il est résulte que le )t0!t-n!0!. et par une sorte de fiction.~ierenetfidHe.ta ci)ari te du Christianisme ne repondpase<actementacette)oi. .était Un)M's/<'rf. scmb)ait uniquement faite pour ce .en d'autres termes [etiennëcessaire.l'identité au fond. en vue de Dieu. tiotee.L'Eucharistic.MO< ou le semblable. tournée directementvers Dieu. s'est ejancee~ers l'amour direct de l'Être Infini ou de Dieu. dédaigne dans la charité même. et se trompait en croyant aimer Dieu comme Dieu vent être aimé. an point que fa charité était pour eux une chose et i'Kucharistie une autre. le semblable. Aus~i. cherchant son objet. a~eciaiiberte humaine. a été lui-même detaissc et dédaigne par ceite charité qui. 2° Le moi. ou la liberté humaine. Trois défauts. unique amour du Chrétien.comme je le disais toutai'heure. nous frappent dans la charité du Christianisme: Le moi.)Mt-M!o. t'être fini aspirant directement à n'aimer que i'Ktre Infini.etparconsequentridenti!icationduM!0!'etdu):o)t- D'oitil est rëstdte que sa charité est restée sans rapport ?KO/. Le Chrétien ferment.

e'est-a-direveut qu'en t'aimant vous ayez en même temps conscience de vous- même et d'autrui. c'est ne pas ai- mer la vie. et n'a pas besoin de se placer hors de nous pour nous commander. puisque la vie comprend nécessairement ce :'OM. c'est aimer la mort. C'est en effet au pur amour de Dieu et au renoncement de toutes les créatures que sont venus aboutir tous les doc- teurs un peu profonds du Christianisme. Mais l'Être Infini ne se manifeste pas à vous sans twuf et sans ~:<M< Dieu. 1° Vous ne voulez pas vous aimer vous-même. Mais pou- vez-vous vivre et pourtant ne pas vivre? ainement vous re- poussez la nature. c'est-à-dire le néant. tandis que le vulgaire cherchait ta une règle pratique de conduite et [te vie. Dieu veut vivre en nous. ne veutpas être aimé d'une antre façon. Tandis que la cha- rité prenait pour le vulgaire un air d'humanité. vainement vous condamnez. 2° Vous ne voûtez avoir pour objet que Dieu l'Être In- fini. n'était réellement qu'un amour abstrait pour Dieu. Ne pas vous aimer. N'est-il pas dans tontes . les vrais penseurs du Christianisme comprenaient bien que la charité du Christianisme n'avait reettement que Dieu pour objet. et ne vous apparaissant que dans un acte qui vous fait sen- tir en même temps votre propre existence et celle d'autrui. et adoré il cette distance où le Christianisme l'avait placé. et incorrigibleles aspirations humaines de votre âme. et que cette charité. comme frap- pées d'un vice inné. Dieu ne demande pas a être mis hors de nous. Il est aisé de se rendre compte de l'imperfection de la charité du Christianisme sur ces trois points. donc. radical. ne se manifestant pas autrement.< que vous ne voulez pas aimer. entendue par le vulgaire comme l'amour des hommes. et ne pas aimer la vie.

comme elles sont nécessaires à la votre . que Dieu. Aimez donc Dieu. a ta vie. si vous voulez communiquer avec lui. vous agirez avec les créatures comme si vous les aimiez. je viens de prouver queous cessiez de vhre. mais que pourtant. et qu'au lieu de vous tourner vers la vie. à la vérité. le sujet et l'objet. vers le néant. Le fini ne peut communiquer avec l'infini que par l'intermédiaire de la vie. Car vous êtes leur objet. comme elles sont le vôtre. de même qu'elle comprend aussi l'infini. en vue de Dieu. qui comprend le fini. c'est-à-dire une intervention de t'Être universel par laquelle le moi et le non-moi. se distinguent tout en s'unissant. et vous êtes le fini. Donc aimer Dieu vous ramène tou- jours. et ne se manifeste que ta conservez donc la vie. Vous êtes fait. vous ne voulez pas aimer véritablement vos sem- blables. En cessant de vous aimer vous-même. en dernière analyse. vous vous tourniez vers la mort. mais ne prétendez pas l'aimer directement et ponr ainsi dire face à face. ni toutes ces créatures ensemble? Il intervient dans ]a vie. les créatures. vous êtes néces- saire à ]eur vie. Le fini ne peut communiquer directement avec l'inlini. pour Dieu uniquement que vous importent donc vos semblables! Vainement vous dites que vous n'aimerez. mais vous anéan- tissez autant qu'il est en vous les autres. 3° Enfin. puisque vous ne voûtez rëeiïcmcnt aimer que Dieu: Mais c'est encore ici la même chose que pour l'éloignement de vous-même. Il est l'infini. Le mat est plus grand encore dans cette né- gation d'un amour réel appliqué aux autres. le moi et le )!ort-?t!0! un sujet et un objet. laquelle renferme à la fois le fini et l'infini. Vous ne les aimerez pas comme elles doivent être aimées. dites- vous. sans être ni aucune de ces créatures. car non seule- ment vous vous anéantissez vous-même.

tout le monde en convient. comme dans tous les saints sans excep- tion. que vous vous sentiez à uni à elles. votre charité n'a aucune eNicacité quant à la vie et au perfectionnement de la vie. Augustin. Aussi. imploré. Vous allez au ciel tout seul. et de plus en plus vos semMabtes vous paraissent méprisables.ce n'est donc pas un semblant d'amour qu'il leur faut. Le Christianisme dans ses plus grands apôtres. Il faut. CHAPITRE HI. de la- . Hors de ta. dans i'Ëvangiie. comme dans S. elle se tourne de plus en plus vers Dieu seul. mais ux amour véritable. toute créature comme méprisable. solidaire avec elles. Et la preuve. a toujours attendu. Paul. comme dans S. et vous laissez en route la com- pagnie qui arrêterait votre essor. la charité du Christia- nisme était plutôt de la pitié. Relativement à nos semblables. et Dieu seul comme digne d'amoar. de la commisération. et pour contribuer véritablement et normalement leur vie et à leur perfectionnement. pour leur être véritablement utiles. c'est qu'à mesure que votre charité s'ac- croît. la dernière expression du Christianisme est de considérer cette vie comme une val- lée de larmes. pressé la fin du monde. CHARITE OC SOUnARnE VMtË FOUILLE DE LA 1)1: LA MUTUELLE.

une charité qui humainement ne les relevait pas. ettes res- taient hors de nous. saus être démontre nécessaire. et la seule égalité qui y régnât était tout an plus t'égafité du néant. devant la charité. Elles n'existaient que pour être un objet de cha- rité en vue de Dieu. humainement. la charité du Christianisme n'était . Quand le malheur les frappait. pla- cés entre les deux principes non harmonisés de t'égoïsme et de la charité. les misérables. de l'amour. Les uns alors mouraient a la nature. ou s'incliner superstitieusement devant la charité. its se m<*ttaient a genoux. tes faihtes. les pauvres. Aussi t'ég.compassion. comme devant un joug qu'il leur fallait subir. et ne devaient être rien. que de t'amitié ou. aient fini eux-mêmes par rejeter une charité si imparfaite. comme on di- sait. on les voyait tour il tour s'abandonner bruta- tcment à t'égoi'sme. Qu'étaient en effet tes créatures pour le Chrétien? Elles n'étaient rien. et non par un sentiment direct de solidarité. Nous tes aimions donc par devoir.' Le lien entre elles et nous n'étant que commandé. Les autres revenaient bien vite & l'égoïsme de ta terre. c'est-u-dire l'é- galité de créatures également vaines detautDieu. aux dominateurs. les atttigés. mais les abaissait? Quant aux puissants. pour employer le terme général. N'est-ce pas ta te spectacle uniforme que nous offre l'histoire durant les tongs bicctes ou te Chris- tianisme a régné? Ainsi. Est-il sur- prenant que les inférieurs dans ['humanité. aux riches. c'est-à-dire a une dévotion superstitieuse. quand te remords venait les prendre. ou la considération d'eux-ménies et de leurs semblables disparaissait df~ajn la terreur de t'enfer ou les joies égoïstes du paradis.itité uc jouait aucun rote dans cette charité. pour renaître a la grâce.

et votre prochain comme tous- même. )!fn]taitarri~eraun principe tel que FamourdcDicu. Dieu ne se manifeste pas hors du monde. car Dieu ne se manifeste que dans le perfec- tionnement du monde. c'est-à-dire l'amour de Dieu. ni nous aimer nous-même. co~nme nous venons de Je voir. tend a réunir ces trois amours en un seul faisceau Aimez » Dieu de tout votre cœur. » Mais dans cette formute la réunion des trois ter- mes est p)utôt apparente que récne. cet amour de Dieu n'est pas moins défec- tueux que les deux autres.pas moins défectueuse quant a nous-même que quant aux autres. dans sa forme. Cequire\ienta: Aimez-vous par Dieu dans les autres. Eu effet. l'amour (le nous-même. En elle et par elle nous ne pouvions ni ai- mer \cr!taM('[nei]t)es autres. I) est bien u'ai que le précepte de Jésus. et notre vie n'est pas séparée de celle des autres créatures. . etles autres créatures. et t'amour (tes autres créatures. Dieu se refuse lui-même a cet amour. Reste donc le dernier rapport sous ipquei on peut]a con- sidérer. ne fusscntqu'unseu) et même amour. et vous. Oua: Aimez les autres par Dieu en tous. La vraie forn)u)c que donne fa])!)itosup))ie est celle-ci Aimez Dieu en vous et dans les autres. Neséparez pas Dieu. Mais.

t'anachorétisme. autant qu'il . la théologie a du arriver nécessaire- ment où elle est arrivée.si j'ose ainsi m'exprimer. Je conviens que l'Évangile. enfin. il veut y joindre l'amour de Dieu et l'amour du prochain. Seulement.o!M vous-même a laissé subsister le monde en de- hors de la vérité. » II n'exclut donc pas absolument l'amour de nous-meme. à combler le vide laissé par la Rététation entre la vie naturelle et la vie dévote. CHAPITRE IV. et sans lui demander une solution phi- losophique. ~t~M Dieu a engendré la dévotion ascétique. tâchant. les couvents. était plus vrai et plus avancé sur ce point de la charité. si on le prend avec une grande simplicité de cœur. les moines. Mais l'Évangile n'ayant ni résolu ni même touché le nœud fonda- mental de la question. à raccom- moder les choses. l'a abandonnéà la fatalité. que ne le fut ensuite la théologie chrétienne. Jésus dit « Aimez Dieu » puisdit t Aimez votre pro- chain. Aussi la théologie chrétienne a-t-elle erré. ~<mM-). Aimez t'ocre pror/Mi'K a engendré l'Église ou le c&t'~ séculier. le c/f~y~ )'f'yM/fr. il ajoute. qui cherchait. CONSÉQUENCES DE L'IMPERFECTION DE LA CHAMTM DU CHRISTIANISME. par forme de comparaison et d'explication « Comme vous-même. et a créé par le fait la M<<~ &t«'. Mais joindre ainsi trois termes par addition et aggtomération n'est pas les fondre et les unir.

De là le rejet de la vie et de la nature par le Christianisme. Un homme à part de ce Dieu. l'Église a fait tous ses efforts pour harmo- niser ces trois choses Un Dieu hors du monde et de la vie. De là l'Église et l'État. le beau. était possible. s'est . si ennemis les uns des autres. le prochain. De là les anaireshumainesabandonnées aux laïcs. Un autre homme. Mais lejnat était trop grand pour que le remède fut possi- ble. par une com- munion mystique. [I fallait. De là aussi sa division du temporel et du spirituel. trouvant les hommes si bruts. Le Christianisme avait laissé nos semblables hors de nous. le bonheur en Dieu. ni jamais le monde. Tous les efforts de l'Église ont échoué contre le vice radical de cette théologie. qu'i) n'y avait pas moyen de leur faire sentir Dieu dans une communion véritable. unis à nous. et s'effor- cant de sertir de lien entre l'ascétisme et l'égoi'sme. Donc ni jamais nos semblables. si divisés. le juste. De là le Pape et César. préparer les hommes à une plus parfaite et plus réelle communion. également à part de Dieu. De H son Dieu terrible. placés qu'ils sont en dehors de la vie. c'est-à- dire entre la vraie vie religieuse et la vie laïque. Oui. ne devaient nous donner ce après quoi l'homme aspire. le monde hors de nous. qui n'avait pas compris la vie. Le Christianisme. D'ailleurs les temps n'étaient pas arrivés. De là son dogme de la 6n prochaine du monde. et à part aussi de l'homme son semblable. je le sais. d'harmoniser la nature et la grâce. De là son paradis et son enfer égale- ment chimériques. Le Christianisme avait une œuvre intermédiaire à faire. c'est-à-dire le bien. tes affaires célestes confiées au clergé.

LE PliÉCEPTE OU f.contenté (te faire descendre Dieu. et étaient simplement indiques etjuxta-poses. et comment puis-je aUer~eM tui? Est-ce tout il coup ou graduellement que je dois joindre ce Père de mou être et de tous les êtres? Est-ce par la nature et par la . et le précepte qui les renfermait contradictoire. CHAPITRE V.M[teritj)))('n'cntc<)n)pt'is. qn'it divisait ensuite entre eux et a~ec!eque<i)s se nourrissaientdcDien. ainsi sépare de ces hommes et hors de Jour cceur.E. mais encore. au temps oùieChristiauismeaparu. c'est ce qu'il était tout it fait impossible de concevoir.iJ qu'a ['(''poque on parut~e Christianisme. non scutemeut ces trois amours n'étaient pas har- monises. dans la parole du mattre. ou les trouvait inconciliables.denossci)d)!a<)!es.nr. Mais que veut de moi ce Dieu que je dois aimer avant tout? Où réside ce Dieu ? où se manifeste-t-il? Dans quelle projection dois-je le chercher.t9TIA\tS~)E ÉTAIT <'OMR<NCTOtM ET N'LTALT P~S Or. dans un pain sanctifie. quand on arrivait tapra- tique.o~concutbpos- si))i)tte de reatiser simultanément ces trois amours. Or. aurait fa)!n et de nous-)))Cn]('.c'est-a-(hr('!etriph'amotLrf!('nicL).G4MSAB!. Vous me dites d'aimer Dieu par-dessus toute chose. Ainsi. tel qu'i)estddnsrËvan- giIc. Pour que ]e précepte de la charité.

ni propriété. c'eut été espérer pouvoir que]que chose . ni enfants. Je veux obéir au précepte. c'était un amour gener. Vous me dites d'aimer mon prochain. Mais. où toutes les races d'hommes se déchiraient entie cftes. Aimer les hommes.d qui ne se particularisait en aucun cas. et les eutra!uer dans la même abnégation et dans te même as- cétisme où i'ou était soi-même ptonge. je ~eux soulager tes maux de mes semblables. cetadmira)))e précepte <!e)a (ripiect)a- rité cst-i! n'un aboutir at'ascetisme le plus insensé. quand on songe queite était la si- tuation du monde a cette époque. Mais voyons si cette charité est possibh!. Lcm'amourpour )')u!manite n'existait donc qu'a fa condition de ne prendre aucune forme. Le monde a]ors était un anreux chaos. ni patrie. il y a pfus je dis que cet amour des hommes ne pomait pas être un amour recf des hommes. pour pratiquer le précepte de)'amuur générât des tiommes. fussent coucitiabtes atec j'amour de Dieu. qu'd ne fallait avoir ni femme. ni attachement pa!'ticu)ier d'aucun genre a aucune cho~e de la terre.vie que je dois progresser de ma nature actuelle vers Dieu. Il est évident d'abord. et a queues conditious elle est possibfe. ou est-ce en m'ëiancant hors de la nature et de ta vie? Il eut fatiu que )e Christianisme ne prêchât pas la fin du monde. l'amour de nos semblables et t'amour de nous-meme. De même pour le second (tes trois amours. L'occasion d'exer- cer la charité s'offre donc de tous cotes. mais le progrès et te perfectionnement du monde. La terre regorge de fléaux. c'est ce que tous )cs saints ont bien senti. et les sociétés puttutentde misères. Aussi par ce côte. pour que tes deux autres amours. C'est ce que les moines. ou tous les hommes se déchiraient entre eux. mais une espèce de tiofence pour les faire soi tir de la condition humaine.

cet admirable précepte de la triple charité estenu aboutirune abnégation insensée quant à soi-même. ils ne conce- vaient le salut des autres hommes que hors de la vie. Ils ont seule- ment prétendu vaincre le mal. à la nature. c'est me faire du bien c'est fuir le mal pour moi. de l'égoïsme et ses fausses conséquences. l'homme t'humanité. je me ferais du mal. Donc. hors de la nature. je ne puis aimer mon prochain comme moi-même.pour leur salut.sans doute. hors de la nature. la nature. Car si j'aimais mon prochain comme moi-même. m'aimer moi-même. eta un dévotement ignorant non pas pour l'hu- manité en tant que perfectible. une patrie. Ainsi. M'aimer moi-même. De même qu'ils mettaient leur propre salut hors de la vie. Enfin. une œuvre providentielle et nécessaire. une pro- priété. et envers qui j'ai contracté des devoirs particuliers. enveloppant dans la même répro- bation le principe nécessaire. et pour ceux que j'aime d'un amour parti- entier. saint. c'est avoir une famille. par ce second côté. vous me dites de m'aimer moi-même. qui le nie? mais qu'on ne dise pas qu'ils ont aimé les hommes d'un amour véritable. la vie. en abolissant la nature. hors de la nature. Aussi est2il vrai en- core que jamais les Chrétiens fervents n'ont aimé l'homme dans l'homme ni l'humanité pour elle-même. conçu en dehors de la nature et de la vie. et je ferais du mal à ceux que je dois aimer d'un amour particulier. de même qu'ils met- taient Dieu hors de la vie. légitime. comme en eux-mêmes. pour troisième amour. Cette espérance n'était pas concevable. c'est m'attacher à la vie. Ils ont prétendu vaincre dans les autres. sans les faire sortir dela nature et de la vie. Or. Ils ont accompli ainsi une grande nenvre. mais pour le salut chimérique de l'humanité. Le précepte est donc contra- . si je m'aime.

dictoire faire du bien au prochain me fait du ma) faire du bienà beaucoup ouà tous fait du mal à ceux qui me touchent de plus près. comme la loi d'identité et par conséquent d'identification du moi et du non-moi. l'autre ihrêeàà une charité tournée uniquement vers Pieu. CHAPITRE VI. LA SOLÎDAtUTE SEULE EST OKGA. en créant deux sociétés. . que la véritable charité soit connue. Use retrouve dans la charité.n'était donc pas organisable. et l'égoïsme s'abaisse devant la charité. Cet égoïsme. pour de- venir la liberté. parce qu'en tant que légitime et-saint.MSABLE. Au contraire. et toute anti- nomie cesse. ce n'était plus ce précepte. devant sa parodie C/Mri<~ ti'ft! OfY/M~e coM- tM~tM par SO!-Mf!M<?. de l'homme et de son semblable. fonde le droit. L'égoïsme cesse véritaNement d'être l'égoïsme. par ce dernier côté. l'une abandonnée Il i'égoïsme. comme la loi de natures solidaires entre elles. Le précepte de la charité de l'Évangile. c'est- à-dire que la charité soit conçue comme la loi même de la vie. c'était )a négation même de ce précepte. ou du moins il n'était organisable que d'une façon anorma)e. ou cette liberté. tel que l'a compris )c Christianisme. Mais ainsi orga- nisé. Aussi cet admirable précepte est-il venu échouer.

i!posscde. L'homme cesse d'être isolé.demande tacounnnnion avec et son i'humauité tout entière. sout légitimes et de droit. et la manifestation de cette science. esttégitime aussi etnécessaire.itcstatitred'individu.a famille donc. Ainsi [a cha- rité douent la tibertéméme. le principe de la charité dev ient org. Il cst. il a une famille. cette propriété.cart'égoïsinehumain. nulle division. c'est aimerDieuc'est aimerDicu. et on aime tes autres en soi. El s'aimer ainsi. Or. car on s'aime dans les autres.recevant d'euxct leur donnant les ayant . nu) abîme infrauchissable entre le )!M!.non pas entneseut)'ment()'eues-)nemes. et le . La société. et pourtant. la patrie. ou d'avoir une cité isolée. On peut s'aimer soi-même et tes autres. ayant toutes ces choses. par dessus toute chose.[tejnandent a être organisées.i)estpartni-memc.t. nu d'avoir une propriété isolée. ou d'avoir une famille isolée.inisahte. La pohti(p~e. comme dit le Christ. qui est la science de ces choses. unepropriété. il n'en est pas moins en communion avec tous tes autrcsttommes. et vivant par conséquent dans l'ordre normal de la nature et dela vie. cettepatrie. Cette famiUe. prend donc pour principe raccord de l'individu et de l'humanité. on la liberté humaine.et le droit se trouve précisément être la charité. ou la charité humaine. une cité. L) cité. donc.a pour mission de réahser ce principe. dès l'instant que fe Mo. ou le gomernement.0i'esttégitime.taproprieté.' humain est réintégré dans la formule même de la charité. (lui cojnprend la famille.mais en vuede I'im!uanité. Donc. la propriété. les difîérents modes de communion de ce nMi'atec tes itommcs et avec la nature souttégitijnes.<ftti&/a~/r. <~ar aussitôt que le n.connaissantson intérêt \éritai)te droit. Son mot'se retrouve dans toutes ces choses.

en a un. c'est- à-dire a~ec le principe de la solidarité mutuelle. porelle. qu'une figure de la grande Eglise. Ce qu'elle avait mis- sion de faire est devenu notre propre mission. Dans le Christianisme. L'Église n'é- tait réellement. qoi jusqu'à présent n'avait pas de principe religieux. c'est-à-dire dans )'egoïsme. . il réalise cette loi par la politique et le gouvernement. vivant hors de ]a nature. connaissant sa loi. cette possibilité de \iu'c dans ]a nature. soit directement. dis-je.tous pour objet et étant à tons leur objet. soit indirectement. La société tetnporene avait pour principe i'egoïsme. !)a. ]a société temporeHe est imestic du soin d'organiser la charité. Donc. la société tem-. qui s'était chargée du soin d'organiser la charité. ]e règne de Dieu et le règne de la nature. De là un dualisme qui a rempli l'histoire. dans les desseins de la Providence. avec le prin- cipe de la charité compris comme nous le comprenons. car. parce que la charité au fond c'est t'egoïsmc. Au contraire. c'était ['Ég)ise. et pourtant de vivre dans l'humanité. L'Eghse peut cesser d'exister. qui réunira dans son sein ce qui atait été faussement sépare jusqu'ici.

horsde)a\ie. les hommes ont fait fausse route.AUMAL. leur paradis.ALACOr. toutes leurs craintes et toutes leurs espérances etcrneUes placées hors de la nature. Car ils ont eu deux routes. hors de la nature. LA SOLIDARITÉ DES nOMXKS EST ËTER~KLDJ. CHAPITRE PREMIER.- MPTIO~. du premier pas. A~ec leur enfer. qui )uiafait chercher hors du monde. hors du monde. et cette route du ciel qui. hors de la ~ie. les . quoi qu'ils fissent. il n'y a pas de purgatoire. ou craindre un enfer égale- ment imaginaire. leur purgatoire. savoir la réalité. hors de la vie. H faut que i'hommc renonce enfin à une longue erreur. H n'y a pas de paradis. LIVRE CINQUIÈME. FAUX nCAL)S\[E DU CIEL ET DE LA TEKKL POURQUOI LA TËMŒAETEABANUONNEEAL'JiGOIS~E. un paradis imaginaire. c'est-à-dire la nature et la vie. il n'y a pas d'enfer. hors de la nature. où il leur fallait bien être et marcher.

l'autre terre. vous faites de ce changement et de cette transformation la mort. au mal. ils n'ont jamais pu ni définir ni entrevoir. et que.horsdeIaréa)itC. et que vous regardiez ta terre. de toute espérance immortelle. que. appelés l'un ciel. vous la faites périssable. comme u'ayunt aucun rapport avec ce ciel où vous placez le bien ab- solu n'est-il pas évident. attachés qu'ils étaientataréa!ité. déshéritant cette terre. et pour mettre en son sein ce qui n'y était pas. en effet.voushu retirez ce qu'elle a. et ouportés en même temps par les ailes dc)curfotie. dans un tnonde imaginaire et vain. N'est-il pas évident. hors de la nature. en déshéritant la réalité.entraînait hors de la réalité. Car où est maintenant la suite de cette vie? Dépouillée . Si donc vous t~i refusez ce caractère d'infinité ctd'éteruité qu'elle a en so!. hors de la vie. vous la déclarez périssable dans son essence. dis-je. vous faites deux mondes. la nature. la vie. Elle étaitéternelle. de toute infinité virtuelle. dans votre pensée.à]a nature il la vie. C'est ce dualisme qui. de la transformation. à t'égoisine. que vous créez par ta sur la terre le mat absolu. aabandonuéta réalité. Ce qu'elle avait de pé- rissable n'était que du changement. divisés. la nature. lavie. c'est- à-dircaiamortetau néant? Cette vie présente n'est pas seulement présente. Et ayantainsicrééun absurde dualisme. que si. elle est virtuellement éternelle. à la corruption. et s'étant mis ce dualisme absurde dans la tête et dans le cœur. c'est- à-dire votre vie présente. et qui a vraiment créé la mort et le néant. et de la vie. de la nature. Elle n'avait de périssable que l'accident. dans leurs rêves les plus cxaités. ils se sont trou- vés déchirés. pour implanter en elle le néant. vous donnez par là même une existence à ce qui n'en a pas. la mort. c'est-à-dire votre vie actuelle.

qui était en elle. par cette double er- reur. qui croit a un ciel placé hors de h na- ture et de la vie. les uns superstitieux. a leur tour. Tout homme. et ont abandonné la terre a la fatalité. à leur tour. ont délaissé la vie présente. c'est- à-dire devie future. emportés vers leur ciel imaginaire. Ceux-ci n'ont plus eu de terre. le non-être. Paul. de cette continuité éternelle. aux premiers l'humanité? que leur importe la suite de la vie présente? Ne regardent-ils pas leur tâche comme terminée après ces quelques années d'existence . comme S. Ainsi le monde s'est divisé endeux sectes également incom- plètes les uns sans présent. et n'ont plus voulu reconnaitre d'autre Dieu que le hasard. Et. a d~ldire. Les autres. ayant ainsi mis le ciel en dehors de la na- ture et de la vie.n'étant plus l'être. regardant ce ciel en dehors de la nature comme une pure folie. c'est-à-dire de vie présente. Et ceux-ta. les seconds ont nié ce Dieu. ont nécessairement mis Dieu aussi en de- hors de la nature et de la vie. les autres anges du ciel. n'ont pas eu de ciel. ont nié à leur tour d'une autre façon toute immortalité de la vie. est évidemment. la mort. les autres sans avenir. Et les uns et les autres sont arrivés. et se sont ainsi mis en révolte véritable contre la Providence et la volonté divine. Et les premiers. en effet. toute suite a la vie présente. le néant. les autres athées. les uns hommes ou ptutôt animaux de la terre. à séparer leur destinée de celle des autres hommes.de cette infinité. comme je viens de le dire. et comme tous tes saints du Christianisme < Qui me délivrera du corps de tcettemort! Qu'est-it donc arrivé? Les tins. de celle de l'humanité. la vie présente. Qu'importe. donc.

morts pour la terre. en définitive. qui ne croient. la terre roulera encore dans son orbite. ils s'intéresseront. qu'au quart d'heure présent. à i'égo!smc du dévot superstitieux. )'humanité subsis- tera que leur importe? Ils seront morts pour l'humanité. aux douleurs de )'humanité. à l'égoïsme de l'athée. )a charité et la foi des uns. Les autres ont dit. dans leur vie angélique. du haut du ciel. l'indifférence et l'incrédulité des autres! Que sort-il donc. morts pour la vie qui se continuera. à i'athée et celui-ci la bouche et la barre. ils sont encore bien plus séparés de l'humanité. de la vie. de la nature. Ils seront nés au ciel. disent-ils. après la mort. au moins. morts pour la nature. de cette terre et de ce ciel ainsi séparés. bien plus indifférents à son sort futur. qui ne croient ni à la vie future. donc ils se- ront morts pour l'humanité. et à quoi arrive-t-on avec ces deux routes? On arrive des deux côtés i'égoîsmc. qui songe à faire tout seul son bonheur présent. et par l'autre route. comme ils disent. voilà donc où aboutit finalement. et dont l'espérance ne va pas plus loi que ces quelques années qu'ils ont à vivre peut-être sous leur forme actuelle.qu'ils ont à passer sur la terre? Le monde continuera d'être. peuvent s'imaginer que. savoir par une route. Car les premiers. et se regardent comme aussi insen- sib)es. ni à Dieu. au destin de leurs semblables que le ver de teurs ossements. Le dévot superstitieux laisse la route de la réalité. quant à la nature. . quant à t'humanité. comme ce roi athée du dernier siècle: « Vienne après moi la fin du monde1 que m'importe? » La fin du monde. Et quant aux autres. Les uns donc ont toujours appelé avec prière la fin du monde. qui songeà faire tout seul son salut. quant à la vie. mais les autres sont froids comme la tombe. quant à leur vie.

donc. que la vie présente. n'ayant aucune racine dans le présent pour le dévot superstitieux. La terre ainsi com- prise devient pour l'athée le fini absolu. Les uns auraient compris que la vie future. Et réciproquement. les unsa r6"er un ciel hors de la vie. ou. n'existent point d'une façon absolue et à part. la vie étcrne))e dans sa manifestation présente. le futur. sans communication avec l'infini. avilie. qui est la vie. si je puis m'exprimer ainsi. est désanctifiée. et au mal. a laquelle ils s'attachent surtout. vie présente. et abandonnée au hasard. à la fata- lité. ils n'auraient jamais songé. la terre. Les uns et les autres. vie future. et ne forment qu'un seul tout. c'est-à-dire la vie présente. Si les hommes avaient compris que le passé. en d'autres termes. profanée. n'auraient pas ôté a la . les autres a bor- ner h vie au présent. l'avenir. au lien d'être comprise religieuse- ment et sanctifiée. le présent. est en germe dans la vie pré- sente les autres. Ainsi. constitue également le présent. le fini sans commu- nication avec l'infini. s'impliquent. CHAPITRE IL LA TERRE N'EST PAS HORS DU CIEL. qui est l'objet qu'ils considèrent avant tout. n'existe que parce qu'elle contient en germe la vie future. le fini.lui refusant toute projection vers l'infini. des deux parts. mais que vie passée.

les autres le néant. et sumus. etsumus. car le monde n'est pas hors de Dieu In Deo vivimus.RS LA TERRE. CHAPITRE III. La vie présente étant donc ainsi pri- vée d'infini. aucun lien avec l'infini. dit admirablement Keppler. car le ciel. considéré comme essentiellement différent de la terre. Et la terre n'est pas hors du ciel. qu'ils n'ont compris Dieu. nos et omnia mundaitu quo corpora. Ayant mis Dieu. l'auteur de la vie. nous ne croyons pas avilir notre âme ni abaisser nos regards pour les tourner. Les choses ne sont pas ainsi. et par conséquent l'infini hors de la nature et de la vie pré- sente. dit admirablement S.vie présente l'infinité qui est en elle. et rejetée hors du sein de l'Être Infini. espace ou temps. comme nous faisons. les uns une vie future imaginaire. vers ce qu'on . les autres ne voyant que le néant pour succéderà la vie présente. c'est-à-dire l'infini créé. Non. Mais la plupart des hommes n'ont pas plus compris la vie. comprend la terre Hoc rnim ccctum est in vivimus et movcrnur. NOUS N'ABAISSONS PAS NOS REGARDS POUR LES TOURNER VT. les uns appelant ciel le futur. et movemur. Dieu n'est pas hors du monde. pour créer. il en est résulté le dualisme de terre et de ciel pour les uns. de vie et de néant pour les autres. il est sorti immédiatement de cette conception la con- séquence nécessaire que la vie présente n'avait aucun rapport. Paul.

« Cela est donc évident pour tout autre que pour moi ? car » je n'en juge pas toutà fait de mê'iie. C'est dans la République. nous rencon- trerons aussi bien la perspective de l'infini et le champ de l'idéal divin. ce me semble. GLAUCOX.s'en faire aucune idée. et en vantant l'astronomie comme une science qui nous élève au-dessus de la terre et nous tourne vers le cielJe vais. qu'en dirigeant vainement nos yeux vers ce qu'on nomme le ciel. » Comment en jugez-vous? . le véritable ciel. SOOIATE. un des interlocuteursde Socrate croit lui plaire. Le ciel. soit vers le ciel objectif que nous offre le fir- mament. l'intelligence. ce n'est pas les tourner vers quelque chose d'infime et de mi- sérable.nomme la terre. Il y a dans Platon une belle idée sur ce que c'est que le ciel. c'est la vie.Mais Socrate l'interrompt. Car » il est. En regardant ce qu'on nomme la terre. « dit-il la louer d'une manière conforme à vos idées. en parlant avec mépris des choses terrestres. soit vers le ciel mystique dont on parle sans s'en faire et sans pouvoir. trop occupé d'une seule de nos facultés. c'est la projection infinie de notre vie. et à passer des choses de » la terre à la contemplation de celles du ciel. a rendu sa pensée incomplète et fausse en bornant le ciel à l'intelligence. Les tourner vers ce qu'on nomme la terre. Malheureusement Platon. évident pour tout le monde qu'elle » oblige l'âme à regarder en haut.

mais en bas. Ces astres. quand même nous pourrions nous y transporter. Que voulez-vous dire?7 SOCRATE. Et tandis que quelqu'un s'occupera » de quelque chose de sensible. soit qu'il baisse la tête et ferme les yeux. Le ciel de notre âme n'est pas dans ces astres que nos yeux considèrent. »II meparaît que vous vous formez une idée singulière de » ce que j'appelle la connaissance des choses d'en haut. » l'our moi. traduction de Gi-ou. . » Je pense que de la manière dont on étudie l'astrono- » mie elle fait regarder en bas. » Socrate a raison. quand même il serait couché » à la renverse sur terre ou sur mer (1). (1) Livre VIII. Vous » croyez sans doute que si quelqu'un apprenait quelque chose » en considérant de bas en haut les peintures d'un plafond. parce que » sentir quelque chose n'est pas connaître. SOCRATE. » Peut-être avez-vous raison. il » regarderait des yeux de l'âme. et non de ceux du corps. je ne puis reconnaître d'autre science qui fasse » regarder l'âme en haut que celle qui a pour objet ce qui est » et ce qu'on ne voit pas. je » ne dirai jamais qu'il apprend quelque chose. GLAUCON. soit qu'il regarde en l'air la » bouche béante. et me trompé-je grossièrement. ni que'son âme » regarde en haut. ce ne serait pas le ciel.

Socrate dit Ce qui est cl ce qu'on ne roil pas. le ciel est ce qui est. ce qui est réellement. et être plus con- séquent que lui. Le ciel n'est donc pas dans l'intelligence seulement. Il faut dire avec Socrate que le ciel n'est ni en haut ni en bas. Mais il ne faut pas mettre le ciel. Nous verrions d'antres corps. Mais il faut aller plus loin que Socrate. Ce n'est pas l'infini créé. Le ciel est l'infini être. Il est dans la sensation et dans le sentiment. dans la pure intelligence. comme Socrate. ni dans les objets que nous offre la terre ni dans les astres du firmament. car elle est vraie. est. dans l'intelligible seulement. étant par soi-même. ou plutôt il est dans le développement simultané de ces trois aspects de notre nature réunis dans l'unité de cette nature. comme dans l'intelligence. a été. Oui. Ce serait un voyage comme celui que nous pouvons faire sur la planète que nous habitons. ce qui. Embrassons cette définition. voilà le fiel. Notre âme ne trouverait pas là le ciel. DIEU ET LA CRÉAI uUE. et sera. et voilà tout.ce serait encore la terre. sous ses deux aspects d'espace infini et de temps éternel. Nous sommes sensation -sen- timent-connaissance indivisiblement unis. c'est-à-dire . étant d'une façon absolue. CHAPITRE IV.

Et le ciel ne se voit pas. Ce qui est et ce qu'on ne voit pas est donc déjà manifesté. On met Dieu bien loin de la terre. Paul. Donc le ciel existe doublement. etmove- rnur et smnus. il est l'infini. pour ainsi dire. le ciel est Dieu lui-même. Ainsi le ciel. il est lavie par Dieu au sein de chaque créature. il est Dieu. Les créatures progressent en Dieu sans que Dieu cesse d'être avec elles dans le rapport de l'infini au fini. Dieu ne se voit pas. de même que ce qu'on voit aujourd'hui était invisible hier. Mais. en tout point de l'espace et de la durée. Il est l'infini donc il n'est contenu en aucun lieu. pour n'être contenu en aucun lieu et en aucun temps. il n'en est pas moins en tout lieu et en tout temps.d'immensité et d'éternité non. Invisible. Ce qui est et qu'on ne voit pis aujourd'hui se verra de- main. L'inlini se réalise sans cesser d'être l'infini. en ie voyant dans cette manifestation présente. qui comprend tout. Il se manifeste dans tout. car nous ne pouvons pas vivre sans lui. Ce qui est et ce qu'on nevoit passemanifeste donc pour nous à mesure que nousvivons. et nous vivons en lui In Deo vivimus. en ce sens qu'il est et se manifeste. L'invisible devient visible sans cesser d'être l'invisible. il est le fini. et véritablement. et il est l'infini et l'éternel dans chaque point de l'espace et de la durée. le ciel est ce qui se manifeste par cet infini créé. on le voit sans le voiiv . Dieu est en nous à tous les mo- ments de notre existence. Visible. Mais Dieu pourtant est partout. est aussi dans tout. Il est l'éternch donc il n'est contenu en aucun temps. l'infini véritable qui est sous cet infini créé. comme dit S. bien loin de nous.

plus d'activité que les autres. puisqu'il estl'éternel. qui accompagne le premier. Et toujours et par- tout les créatures communiquent avec lui car c'est lui qui les contient. qui est la manifestation du premier dans le temps et dans t'espace. Et un ciel relatif. mais progressif. plus d'amour. c'est la vie du monde et des créa- tures. la force et la lumière de nos sens en lui. c'est le fini. notre amour en lui. permanent. Les uns puisent en lui plus de raison. Ce second ciel. il est toujours. Nous pui- sons notre raison en lui. dans aucun point de l'espace. il ne se montrera à aucune créature. c'est la vie puisée en Dieu. est le ciel visible que nous. et dans le sein du- quel vit le monde et chaque créature. nous appelons la et que les habitants de chaque astre du firmament voientà leur façon dans le lieu où le Créateur lesa fait . il ne tombera jamais dans le temps. Encore une fois. il est partout. le présent. Il ne viendra jamais. 11 est. habitants de la terre. et chaque créature en particulier. puisqu'il est l'infini. Il n'esf nulle part. embrassant le monde tout entier. c'est l'espace. mais tous nous ne puisons jamais en lui notreie que comme de faibles ruisseaux pourraient puiser un peu d'eau à un grand fleuve ou à l'Océan. Ni quand il viendra. Quant à l'autre ciel. quand il se montrera. qui les fait vivre. pas plus qu'il n'appartiendraa l'espace. non permanent. ne me demandez pas où est situé le premier. qui [es soutient. manifestation* de l'éternel. c'est le temps. Il y a donc deux ciel Un ciel absolu. manifestation de l'infini. c'est la vie manifestée.

pour qui il n'y a ni temps ni espace et qui voit le but final de toute chose. est un premier entretien de la nature et de Dieu. L'homme. au contraire. ou Dieu. Ce second ciel. sur notre globe. l'Éternel. l'Invisible. partie sans doute de Dieu lui-même. de progrès en progrès. C'est ainsi que.. si Dieu abandonnait ses créatures après une vie imparfaite et véri- tablement malheureuse. S. . a dit Goethe. et qu'ajoutant création à création. et ne les con- duisait pas de vie en vie. Or. Dieu serait injuste. mais que Dieu voit. c'est la vie dans chaque créature. nous comprenons très-bien comment Dieu. se manifeste de plus en plus dans les créations qui se succèdent. naître. Notre foi est que le premier ciel. l'Infini. Paul a beau dire « Le pot demandera-t-il »au potier Pourquoi m'as-tu fait ainsi?» Ilya une voix intérieure. et dont par conséquent la créature jouit en lui virtuellement. jusqu'à un terme où elles fussent véritablement heureuses. et dont par conséquent elle ne jouit pas en tant que créa- ture. Mais si. Si Dieu après avoir fait émaner de son sein le monde et chaque créature. dans le but d'élever de plus en plus à lui les créatures. le souverain ciel. ni créer pour faire souffrir. c'est la vie dans le temps et dans l'espace. nous conce- vons le monde comme une série de vies successives pour chaque créature. il s'ensuit que des créatures de plus en plus parfaites sortent de son sein à mesure que la vie succède à la vie. les abandonnait ensuite. parce qu'elle en jouira un jour. c'est ce qui arriverait certainement. permet le mal et la souffrarce comme des phases nécessaires par où les créatures doivent passer pour arriver à un état de bonheur que la créature ne voit pas. qui nous dit que Dieu ne peut pas faire le mal. l'huma- nité a succédé à l'animalité.

je dis que c'est faute de comprendre et d'aimer. d'une façon si étrange. avant tout. L'erreur de la plupart des hommes jusqu'ici a été de con- fondre les deux ciel que nous venons de distinguer. CHAPITRE V. POURQUOI LES JIOMMES SE PRÉOCCUPENT D'UNE FAÇON SI ÉTRANGE T)C LA VIE FUTURE ET DE CE QU'ILS NOM- MENT l'autre MONDE. ou sur le ciel invisible dont parle Socrate. et qui. sur le ciel absolu permanent. à notre sens. est évidente. à cha- que instant de la durée. éternel. telle qu'elle nous apparaît aujourd'hui. nos connaissances d'aujourd'hui nos sensations d'aujourd'hui. est pour nous la terre. Il s'agit du lendemain de cet aujourd'hui. ils ont cherché et mis dans le ciel . Mais il s'agit de ce second ciel qui est la vie des créatures. que reposent nos espérances d'immortalité pour toutes les créatures sorties de son sein. nous allons essajer de répondre. Mais. de savoir ce que sera leur vie après ce qu'on nomine la mort.et vivant par sa grâce. On demande où se passera le lendemain de cet aujour- d'hui. que c'est faute de religion véritablement acquise que les hommes se préoccupent. Ayant donc ainsi confondu ces deux ciel. infini. et dont la distinction. en ce moment. C'est donc sur Dieu même. comprenant nos sentiments d'a u- jourd'hui.

divin. si je puis m'exprimer ainsi. que parce qu'ils ont dépouillé de ciel la vie présente. le ciel de l'Être Suprême. infini. comme je le nommais tout à l'heure. par cela même que nous cessons d'absorber pour ainsi dire le ciel. Car. ou dans une vision complète de Dieu. infini. ils n'auraient eu ni ces espérances insensées ou ces craintes ahominables de la superstition. ne mettant pas tout ce ciel dans la vie après la mort. ni cette mortelle désespérance de l'athéisme tout aussi funeste: S'ils avaient compris que le ciel absolu. dis-je. le ciel de leur vie future. Les hommes doue ne se montrent si vivement préoccupés de la mort et de l'avenir qui suivra pour eux cette mort. la négation stérile et mortelle qu'on appelle athéisme. au contraire. était tellement différent du de ciel leur vie future. ils auraient par là même compris que ce ciel absolu. Si les hommes avaient compris la distinction des deux ciel. au seul profit de notre vie future. La vie présente n'est pas déshéritée de ciel et nous sentons que Dieu la porte eu son sein. dans le souverain ciel. dans l'Infini en un mot. pour ceux qui ont rejeté cette terreur de l'enfer ou cette espérance du paradis.absolu. de la religion et de l'irréligion est venu de cette confusion. et perdu par là le sentiment divin des choses. éternel. De là sont résultés mille maux là en effet est sorti un effroi terrible ou une extase insensée. qu'ils n'avaient point à y prétendre. le véritable ciel. et mille De leur vie qui suivrait celle-ci. et de là aussi. Le sentiment dhin des choses nous revient. il nous reste. c'est-à-dire leur vie après la mort. ne leur était pas absolument refusé dès cette vie. comme il . Tout le mal. dans le ciel éternel. éternel. du ciel pour celle-ci. c'est-à-dire la distinction de Dieu et de leur propre nature. le souverain ciel.

sentimentalement. mais que d'un seul bond. étant déjà. mais en hommes qui la sentent et qui la possèdent a déjà un certain degré dans leur vie présente. le ciel éternel et infini. car l'objet de notre vie future est déjà l'objet de notre vie présente.portera la vie future. devient donc le guide de notre vie présente. et conduisons-nous par elle non pas seule- ment en l'espérant d'une façon mystique. Donc. et d'une façon. nous éclaire physiquement. et intellectuellement. et comme à travers un rêve. de même aussi c'est par lui et en lui que nous conquérons . Car. De même que Dieu. En Dieu nous sentons par avance notre vie future. participants de l'infini dans la vie actuelle. faisons effort pour puiser de plus en plus à cette lumière tournons- nous vers elle. le ciel invisible. et de même qu'il interviendra dans le passage qui par la mort nous conduira à une vie nouvelle. toute semblable à celle dont nous serons unis à lui après notre mort. nous comprenons comment nous pour- rons y parvenir. quant à l'essence. désirant plus d'infini dans la vie future. et il nous apparatt en même temps comme le lien entre notre vie présente et notre vie future. comme l'appelle Socrate. nous comprenons que nous sommes unis à Dieu dès à présent. dans une certaine mesure. de notre amour. nous entrerons dans son paradis. et que l'inlini. et de notre acthité. intervient dans notre existence à tous les moments. par la mort. Le ciel absolu. qui est cet objet. le souverain cicl en un mot. tout finis que nous sommes. puisque dès à présent nous vivons dans le sein de Dieu. ou Dieu.à chaque instant de notre vie. Au lieu de nous imaginer que nous sommes à présent bien loin de Dieu. quand nous renaîtrons de nouveau à la vie la différence seulement sera dans le degré de notre intelligence.

le gage et l'assurance de l'existence qui suivra notre vie présente. et dans une certaine mesure. et le témoin certain et toujours présent d'une existence ultérieure qui nous est assurée. et que nous ne séparons pas notre vie présente du premier. Le Souverain Ciel nous apparaît donc ce qu'il est réelle- ment. que devient notre vie présente ainsi conçue comme portée au sein d'un Infini qui est tout-intelligence. par nos pensées. comme le per- mettent les conditions actuelles de la nature et de la vie. nos sentiments. C'est qu'en effet (et les métaphysiciens me comprendront en ceci) il y a du futur déjà dans le présent. ce que nous imaginons que nous serons dans notre existence ulté- rieure. Je dirai plus par cela même que nous distinguons les deux ciel qui existent véritablement. et ce Tout-Puissant. tout-amour. dis-je que nous distinguons ces deux ciel. et tout-activité? Elle devient ce que nous imaginons que sera notre vie future. d'une certaine façon. Eh bien. Que sera. mais elle est déjà par l'espérance cette vie future. ce que sera notre vie future. relativement à cette union. avec l'Éternel. Elle n'est pas. en effet. et nous serons déjà. nos actes. et elle est déjà en essence la vie future. mettons-nous en rapport avec ce Tout-Intelligent. ce Tout-Aimant. quant au degré. le soutien permanent de la vie présente. savoir le ciel absolu et éternel. nous conquérons nécessairement la vie future. parce que passé.dès à présent. . la vie future que nous imaginons? Ln état supérieur de rapport avec l'Infini. et le ciel de notre évolution progressive au sein de cet Infini par cela. En effet.

je serai avec vous. comme je l'ai précédemment remarqué. ne font qu'une unité indécomposable dans la vie. le ciel descendra sur la terre. c'est-à-dire dans la vie. vous fuira toujours. que vous poursuivez. Ne perdez donc pas. «Partout où vous serez deux ou trois unis de cœur et d'esprit. L'erreur de la plupart des honmmes a été de per- dre le futur qui est dans la vie présente. pensent ainsi. il ne viendra jamais. et par conséquent hors de la vie. et par conséquent de perdre jusqu'à un certain point la vie future. présent. le futur qui est déjà dans le présent. en rêvant le ciel hors de la vie présente. nous aurons saisi pour ainsi dire la vie future dans la vie. nous possèderons réellement la vie future. Le ciel ainsi conçu est une chimère car la vie est tou- jours présente. futur. . et nous n'aurons pas non plus manqué la vie future. ou si beaucoup. car il est dans la vie présente. Nous n'aurons pas manqué la vie présente. Vous revivriez ainsi des millions de fois que vous ne le verriez pas mieux que vous ne le voyez. Ynons comme si nous devions vivre éternellement sur la terre. » dit Jésus. Mais si vous ne le saisissez pas où il est. au contraire. maisvivons religieusement comme si nous devions vivre éternellement sur la terre. ou même plusieurs. Et si tous. Saisissez-le dans la vie présente. Ce ciel. il ne sera jamais. dirai-je. Quand. donc.

Ne vous cherchez pas de vie absolue. c'est la chi- mère du néant ou la chimère du paradis. qu'on s'en fait ordinairement! Il semble. quand on considère ainsi le problème de la vie future. qu'un voile tombe des yeux. ces deux chimères s'évanouissent. elle n'est pas à la vie présente ce que l'infini est au fini. Ce qui trouble en effet l'esprit des hommes. il n'y a d'existence absolue que la vie infinie de Dieu. en essence de la vie présente. La vie qui nous attend après la mort ne diffère donc pas fini. Et quantà la vie continuée dans l'infini créé. mais il n'y a pas ladiflerence de l'infini au Combien cette vue vraie de notre destinée est supérieure à l'idée vague. Hors de l'infini créé. Entre les deux. incohérente. ne vous cherchez pas de ciel hors de l'infini créé. d'un Éternel toujours présent. PRÉSENTE. de l'être existant éternel- lement par lui-même. ce qui les empêche de vivre et d'être vraiment religieux. Et l'une de ces chimères nourrit l'autre. c'est-à-dire hors du temps et de l'espace. ne la rêvez . et une distance que nos regards ne sau- raient mesurer. sans doute. Devant la vie future progressive au sein d'un Infini. et que le calme suc- cède à l'agitation de la fièvre. LA VIE FUTURE NE DIFFERE PAS EN ESSENCE DE LA VIF. il y a un grand mystère. CHAPITRE VI.

Donc toutes les questions que soulève Hamlet quand il dit To bc or not to be. Vous cesseriez d'être. rien. et que vous serez encore. manifestation de l'infini être. ou de Dieu. continuera d'exister. uni à l'humanité. à la nature et à la vie. ni paradis à part. seront dans ce monde. L'infini créé.pas comme différente par essence de votre vie présente. ni enfer à part paradis. doivent se poser ainsi » Après votre mort. excepté Dieu. excepté Dieu. et. ni purgatoire à part. Mais serez-vous alors. dans le temps. contient tout. en qui et par qui vit ce monde. dans l'infini créé. et où serez-vous? Je dis que vous serez. Il n'y a donc qu'une seule vie. la nature et la vie continueront d'exis- ter le monde. enfer. comme aujourd'hui. en continuant d'être ou en étant de nouveau. dans la vie. seront ce monde. vous n'étiez pas de nouveau dans la nature. . dans le relatif. dis-je. vous serez. qui est infini et éternel. si. t/uit is the question. si vous continuez d'être alors. qui contient tout. qui est éternel et infini. et la nature se confond avec l'éternité et l'in- finité. embrasse tout. Donc. dans l'espace. comme vous êtes aujourd'hui. habitant de ce monde. qui unit ensemble toutes les créatures. L'espace est infini et continu le temps est infini et con- tinu. purgatoire. il n'y aura pas autre chose d'existant que ce monde. comme aujourd'hui. participant. Il n'y aura rien à part de ce monde. qui contient tout. si vous revenez à la vie.

Donc ce qui est éternel en vous ne périra pas. Vivre implique être. soit d'une façon absolue. et s'en distingue. comme chaque créature sortie du sein de Dieu. c'est être avec une limitation. ce sont les manifes- (1) Le lecteur comprendra aisément la distinction entre être et vivre. Ce qui périra. c'est être infini dans le fini. IMMORTALITÉ DE NOTRE ÊTRE. la créature vit. vous participez de l'être. Vous participez de ]'Être vivant éternellement*de deux façons. Vous êtes. Car. Car non seulement vous vivez par une intervention continue de cet Être Uni- versel. c'est-à-dire de l'être éternel et infini. puisqu'elle participe de l'être. Vous n'êtes que parce que vous êtes virtuellement éter- nel et infini. ce qui se transforme. . par cela seul qu'elle est. Chaque créature. Être. mais encore vous participez en votre essence et comme créature de cet Être Universel. Dieu est. soit d'une façon purement virtuelle. Vous êtes donc. CHAPITRE VII. vous êtes un être éternel. ou. c'est être fini dans l'infini. Vivre. Vivre (1). ce qui périt à chaque instant. sous une forme ou manifestation actuelle. Etre et inlini sont identiques au fond. étant. c'est être infini. comme Dieu. ou plutôt ce qui change. donc vous serez. participe de l'infini. ce qui est la même chose.

l'être éternel qui est vous. et ce qu'ils voudraient détruire. mais que cet être. se manifester c'est changer. cette force. continue à se manifester. C'est pourquoi ils voudraient ne jamais mourir. et quelle est. Mais que sommes-nous en essence. a. ce n'est pas ainsi que nous sommes immortels. Voilà ce qui n'a pas. donc ses manifestations seules sont périssables. une virtualité. de prendre pour la vie même la manifestation de la vie. parceque la vie. avant Condorcet. voilà ce qui leur est odieux. en tant que telle. une nature déterminée. l'essence qui de nouveau se manifestera. c'est mourir quant à la forme pour renaître quant à la forme. conquise par la physique et la médecine! Non.tations de votre être. Je . C'est la manifestation de la vie. Donc la mort des formes accompagne la vie. par conséquent. quant à vous. car c'est grâce à cette mutation que l'être qui est en vous. en son essence. les rapports de votre être avec les autres êtres. la manifestation présente. Descartes n'a-t-il pas rêvé. et dont les manifestations nouvelles composeront notre vie fu- ture ? Je dis que nous ne sommes pas seulement un être. cette virtualité. et ne tombe sous leur empire que dans ses manifestations. Nous sommes immortels. sous la forme qu'ils se connaissent actuellement. Pour la créa- ture. Vivre. Lamort venant mettre un terme aux ma- nifestations actuelles de leur vie. de solidité et d'éternité. une force. qu'ils voudraient éterniser. Et il faut bien qu'il en soit ainsi. Mais la plupart des hommes font encore cette confusion. une immortalité pour nos corps. Les plus grands hommes quel- quefois ont donné dans cette erreur. et que nous nous saurons immortels. ne dépend ni du temps ni de l'espace.

Toutes les reli- gions n'ont-elles pas enseigné que Dieu créa l'homme à son image? Donc l'homme. Donc vous¡ .» Bruno. Nous sommes humanité. et en général toutes les créatures. enseignait là à la fois une grande vérité et une grande erreur. Oui. p^ut-on lui répondre. mais pourtant c'est un homme. ce n'est pas un «homme en particulier que je vois. HAR- IDEMITË DE L'HUMANITÉ El DE L'HOMME.MANITJ1. c'est )a'substance en général qui vous apparait daus l'être particulier. c'est l'être en général. prédécesseur de Spinoza et des panthéistes mo- dernes. Dieu ou l'Être Inlini ne peut créer qu'avec sa propre substance. Donc notre vie future sera liée à la vie de l'humanité. notre perfectionnement est uni au perfectionnement de l'humanité. Donc. et c'est tel homme en particulier.dis que chacun de nous a une nature déterminée. CHAPITRE VIII. DE l'être Ce L'ETRE ABSTRAIT OU UNIVERSEL APP[L11 H¡. disait cette mémo- rable parole « Quand je vois un homme. que chacun de nous est humanité. Voilà ce que je veux démontrer. c'est la substance en » particulier. Cet homme. sont de nature divine sont de Dieu. la nature humaine. monie ET IDENTITÉ Jordano Bruno au seizième siècle. ou plutôt est ce perfectionnement même. mais ce n'en est pas moins un être particulier qui est devant vous.

additionnés pour ainsi dire ensemble. mais il n'y a que des hommes particuliers qui aient une existence véritable au sein de l'Être Éternel. qui sont venus à votre suite. et Spinoza. n'ont pas une existence véritable. l'huma- nité. la substance. on bien l'on s'élève jusqu'à concevoir par humanité une es- pèce d'être collectif. Je dis d'abord que nul homme n'existe indépendamment de l'humanité. c'est-à-dire les hommes.» mais j'ajouterais:« Et c'est pourtant un homme particulier. comme Schelling et Hegel. et néanmoins l'humanité n'est pas un être véritable. et Hegel vous avez tort de dire pour cela que cet être soit Dieu. qu'il procède de Dieu mais il n'est pas Dieu pour cela. » L'humanité est virtuellement dans chaque homme. L'humanité est un être générique ou universel. Nul homme n'existe indépendamment de l'humanité. mais les universaux. c'est l'humanité que je vois. si l'on entend par là une existence pareille en quelque chose à celle des êtres particuliers. comme on disait dans l'école.comme Spinoza. En effet. et Schelling. c'eSt-à-dire des êtres particuliers et individuels. c'est chaque homme dans son existence infinie. vous est-il possible de vous faire . Il est Dieu en tant qu'il vient de Dieu. avez raison de dire que dans cet homme vous voyez l'être. On se fait ordinairement de ce qu'il faut entendre par l'humanité des idées fort légères et très confuses. je dirais volontiers «Quand je vois un homme. A l'exemple de Jordano Bruno. On appelle humanité l'ensemble des hommes qui ont paru ou qui pa- raîtront sur la terre. Mais vous. L'humanité. provenant du jeu et de l'influence ré- ciproque de tous ces hommes les uns sur les autres. Dieu. Il faut avoir de l'humanité une idée plus nette et plus profonde. c'est l'homme.

vous ne pouvez pas séparer ces deux termes homme et humanité j'entends que quand vous con- sidérez un homme. Il y a donc un reflet nécessaire de l'être particulier homme dans l'être général humanité. qui vivent. quand vous parlez d'un pareil être.l'idée d'un homme sans avoir en même temps l'idée de l'hu- manité ? Ne commencez-vous pas. qui fait que vous ne pouvez pas séparer l'être particulier homme de tous ses semblables qui ont vécu. Ce que vous ne pouvez pas faire objectivement pour les autres. je l'accorde. objectivement. dans l'être particulier homme. mais l'être sous une condition déterminée. vous ne le voyez que parce que vous voyez avec lui l'humanité d'un certain temps ou d'un certain pays. et que vous voyez réellement ensemble et du même coup l'homme et l'humanité. cherchez ce que vous êtes vous trouverez toujours en vous l'homme non pas seulement l'être en général. Vous êtes virtuellement un cire infini. le pouvez-vous faire subjectivement pour vous? Rentrez en vous-même. et considérez-vous. ne le définissez -vous point par son pays et par le temps où il a vécu? C'est-à-dire que. après l'avoir défini par son espèce et avoirNuen lui l'hu- manité. Ainsi. par dire que c'est un homme. vous voyez réellement tous les hommes. Et si vous voulez vous en faire une idée plus complète. et réciproquement de l'être gé- néral ou collectif humanité. mais je dis que virtuellement aussi vous êtes un homme dans toutes les as- . et que vous voulez vous le représen- ter. vous êtes obligé encore de le comprendre en compagnie d'une multitude d'autres hommes. pour le comprendre. et que vous ne pouvez pas voir l'individu sans voir l'espèce. sous la condition humaine. au contraire. ou qui vivront.

mais pourtant où est l'être. » dit quelque part Leibnitz (l) est en Dieu et en quelque (1) Réplique aux Réflexions de Bayle. à l'instar de l'idée de Jordano Bru- no « Quand je vois un homme. l'être véritable? D'être véritable. Vous êtes sorti homme du sein de Dieu et vous embrassez virtuellement l'infini sous cet aspect. c'est l'homme. en effet. » Et pourtant l'humanité n'est pas un être véritable. dans sa virtualité qui le rend capable d'embrasser la vie entière de l'humanité. «Le monde intellectuel dont les anciens ont tant parlé. que l'hu- manité ? Je dis' que c'est l'homme. encore une fois. dans son développement infini. responsabilité. tous les peuples. s'en former à ce titre? Additionner. C'est l'homme-humanité. . les individus. conscience. et par suite voir. et de réaliser en 'lui cette vie. cela est vrai et juste. sentiment. c'est-à-dire. ou chaque homme. Quelle idée. comme une sorte d'être abs- trait qui croît et se développe. comme je disais tout à l'heure. les êtres particu- liers je ne vois rien qui ait vie. Donc l'être particulier homme n'est pas séparable de l'hu- manité et on peut dire. Considérer que les hommes agissent et réagissent les uns sur les autres. toutes les races. c'est l'humanité que je vois.pirations de votre être. je ne vois que les hommes. toutes les générations d'hommes les unes au bout des autres. et ne donnera pas l'humanité. intelligence. dans cet être abstrait que con- çoit mon esprit! Qu'est-ce donc. dans ces générations qui s'ajoutent les unes aux autres. ne donnera qu'un chiffre.

aussi bien que dans le langage que ces passions nous inspirent. Dans l'amour. Cette vérité. ou . après les anciens. existe en nous. et qui relie ainsi par l'identité le moi au semblable. existe en Dieu et en nous aussi. comme l'amour. se montre manifestement dans toutes les passions énergiques et dans toutes les situa- tions graves de notre âme. et toutes nos passions. et que nous sortons. n'identifions-nous pas notre objet avec nous. Mais nous n'en sortons qu'en restant dans une relation pareille. portion de ce monde intellectuel et invisible dont parle ici Leibnitz. Je dirai. de plus. dans l'ami- tié. c'est-à-dire qu'elles sont en nous de deux manières. dans tous les grands attachements. lien est de même de l'humanité. une existence d'être. avec nos semblables en général. n'ont pas une existence véritable. subjectivement et objectivement. qu'il est pour ainsi dire notre vie même? Il est bien vrai que ces passions out leurs cours. quoique moins intense. la haine. et pourtant nous n'existons que par flics. avec le temps. que nos passions sont en nous et hors de nous. qui n'existent réellement pas.n façon en nous aussi. de ces situations où un seul être semble absorber notre vie tout entière. qui est à la fois dans le moi* et dans le sem- blable. Je commencerai par démontrer que l'humanité existe en nous. sont-elles néan- moins cause de notre vie. et notre vie même? C'est qu'elles sont en nous. et. l'amitié. L'amour. toutes nos pas- sions. l'amitié. la haine. Comment ces passions. en répétant cette pensée L'humanité. et ne sentons-nous pas que l'être aimé est tellement lié à notre Vie. subjectivement et objectivement. L'humanité. c'est qu'elles y sont de deux façons. dans quelque sens qu'on entende ce mot.

et pour ainsi dire notre propre moi hors de nous. de sorte que ces passions et ces situations extrêmes dont je parle restent toujours type de notre existence. dans tels ou tels de nos semblables. il en est de même. c'est-à-dire la nature gé- nérique de l'homme contenue virtuellement en nous dans toute son inunité et réalisée partiellement d'une certaine façon constituant à la fois notre particularité et notre vie présente. pourquoi ne re- connaîtrions-nous pas que telle est en général et toujours notre destinée. nous ne vivons qu'unis à un non-moi qui est la nature humaine.avec certains de nos semblables. c'est l'homme. bien qu'invisibles. c'est-à-dire que le moi ne vit réellement que parce qu'il est uni à un non-moi qui est encore nous? Ne seraient-ce point par hasard ces mêmes passions particulières qui nous empêchent précisément de reconnaitre cette vérité et n'est-ce point parce que nous mettons trop exclusivement notre vie. il est donc certain. etc. ont leur siège et leur résidence en nous. c'est nous. de l'être abstrait ou universal appelé humanité. ce sont des hommes. existent subjectivement en nous. L'humanité. . par suite de notre ignorance. pourquoi ne le reconnaîtrions-nous pas de notre existence en général? Et s'il est vrai que lors- que nous nous sentons vivre énergiquement. à tel point que si elles n'étaient pas en nous. amitié. Or ce que nous sentons et proclamons nous-mêmes dans ces passions extrêmes. haine. que nous n'apercevons plus clairement le lien qui nous unit à tous nos semblables? Quoi qu'il en soit. c'est la nature humaine en nous. sous ce premier rapport. nous ne serions pas. 1° que ces passions nommées amour. Eh bien. Ainsi d'abord ces passions bonnes ou mauvaises.

l'amitié. la haine. et ces objets cau- sent invinciblement ces passions. est également hors de nous. Donc. donc. l'amour. l'amitié. exis- tent aussi pour nous objectivement. l'humanité existe en nous de deux façons. c'est l'humanité qui. de cette amitié. De même que. L'humanité. nous le trouvons encore hors de nous dans l'humanité. réciproquement. existant hors de nous et en nous. est réalisée hors de nous dans nos semblables. ces passions. mais nos sentiments et nos idées dans toute leur infinité) qui s'incarnent et se montrent manifestées et réalisçcs autour de nous dans le temps et l'es- pace. à véritablement parler. Ce qui est virtuel- lement en nous. l'amour. etc. est un (Ire idéal composé d'une mul~ . qui existent pour nous subjectivement. subjectivement et objectivement. La nature humaine qui est en nous. qui se réalisant dans le cours des siècles. ont encore leur siège dans les ob- jets de cet amonr. ce qui fait qu'étant en nous elle est encore pour nous hors de nous. Oui. Car ces objets sont né- cessaires pour que ces passions existent. sous ce se- cond rapport. cause ces sentiments et ces idées qui sont notre vie. en définitive. de là résulte la vie. Et ces choses qui sont en nous se présen- tant à nous objectivement sous la forme du semblable ou de l'humanité. c'est notre propre nature qui s'offre à nous. ce sont nos sentiments. Ainsi ce qui est en nous. 2° Mais il est également certain que ces mêmes passions. et toutes les idées que ces sentiments nous suggèrent. ce sont nos sentiments et nos idées (non pas nos sentiments actuels et nos idées actuelles. L'humanité sous ce second rapport. il en est encore de même de l'humanité. forment l'humanité. Eh bien.

Je disais t Comment avons-nous connaissance de notre corps? » N'est-ce pas en nous regardant dans un autre corps qui «réfléchit nos traits? Ce que nous voyons ainsi. ainsi produite par une vérita- ble pénétration de deux êtres. c'est la glace où nous nous regar- » dons. comme h l'image dont nous parlions tout a l'heure. ce n'est donc pas notre corps. C'est donc notre corps aussi qui «fait l'image. quoique nous ne con- » naissions notre corps que par le moyen de l'un et de l'au- > tre. l'humanité à l'état virtuel. j'employais la similitude de l'image produit la réflexion de notre corps dans que un corps poli. si notre corps n'était pas devant elle. La vie humaine. à la vie résultant de la péné- tration mutuelle on de l'union de l'homme individu et de la société. et je comparais cette image. » c'est la connaissance. 11 en est de même de la vie humaine. Et réciproquement l'homme est un être réel dans lequel vit. Il y a pénétration de l'être particulier homme et de l'être général humanité. Sup- » primez l'un ou l'autre. . L'hom- me est l'humanité dans une manifestation particulière et actuelle. l'être idéal appelé humanité. Mais la glace » elle-même.i glace sont tout » a fait indépendants l'un de t'autre. la vie cesse et disparaît. Donc ce qui fait l'image c'est la glace. ne réflé- » chirait pas cette image. à l'état virtuel. le sentiment. Néanmoins notre corps et l. Et la vie résulte de cette pénétration.titude d'êtres réels qui sont eux-mêmes l'humanité en ger- me. la sensation qui ré- » sultent de la coexistence de l'homme et de la société. Parlant dans un autre ouvrage de la relation nécessaire de l'homme à la société. aussi indépendants. L'homme et la «société sont pourtant aussi distincts.

Donc ce moi lui- même est l'humanité. Mais c'est qu'il y a. Ainsi ce que je disais de la société politique s'applique à l'humanité en général. cliap. Car ce moi n'existe pas sans un non-moi. et ainsi l'humanité existe d'une existence véritable. Mais chaque homme est l'humanité. Mais elle existe pourtant. considérée comme être collectif. L'humanité.» que le sont notre corps et la glace oii nous 'nous regar- » dons. par laquelle » ils se confondent sans cesser d'être distincts. que vous ne pouvez pas voir un homme sans la voir et sans en avoir une idée. Mais il n'existe par lui-même en Dieu qu'en tant qu'il est humanité. quoique l'humanité soit l'homme. c'est l'humanité. n'est qu'un cas particulier de l'humanité. comme je le dis. Que l'homme donc se défasse de cet orgueil qui lui fait croire qu'il existe par lui-même indépendamment de l'huma- nité. de même que » notre corps et la glace se réunissent dans notre image (1). . Ce moi qui fait votre être. si nous la séparons de. dont je parlais en cet endroit. et que vous sentez durable même après la mort. notre propre existence. ne la cherchez pas hors de nous. il existe en Dieu par lui-même en tant qu'humanité. de la » société à l'homme. » La société politique. Saus doute il existe par lui-même puisqu'il est l'hu- manité. et ce non-moi est l'humanité. et que vous reconnaissez pour votre être. L'homme vit par l'humanité. de l'homme à la société. deuxième partie. une pénétration mutuelle. et si bien. carvous ne la trouveriez pas. n'existe donc pas d'une existence véritable. ce qui revient précisément 4 (1) De l'Égalité. IV. ce moi. Ne la cherchez pas en elle-même comme un être.

Si ce . lui vient des autres. ceci qu'il n'existe pas par lui-même. son âme. Les plus grossiers des hommes et les plus intelligents sont également portés. l'élévation de mon âme est à moi. qui te les a faits ce qu'ils sont. dont il est si fier. et tu les transmettras toi- même modifiés à tes fils.î Crois-tu que tout animal ait les mêmes sens que toi? Tu as hérité ces sens de tes pères. Tes sens. Vous êtes sortis de l'humanité. sinon la longue suite de tes aycux. Le savant. c'est l'humanité tout entière qui a contribué à la former. t'appartient donc uniquement. à cet orgueil qui les fait se considérer comme existants par eux-mêmes. dont il s'enorgueillit. je les possède par moi-même » et le voilà qui se regarde com- me un être entièrement isolé. qui croit savoir et sentir par lui-même.» Non. sans avoir plus de relation avec les hommes ses semblables qu'avec les autres êtres. ni votre intelligence. Il en est de même de l'intelligence de l'or- gueilleux civilisé. sauvage orgueilleux. ni même vos sens et leur pénétration". mais uniquement par l'humanité. c'est la modification que tu apportes à L'humanité. Ce qui. à son tour. tous vivez dans l'humanité. L'ignorant. Insensé! il n'a de connaissance et de sentiment que par l'humanité et pour l'humanité. à cet égard. in- dépendamment de l'humanité leur mère. rien de tout cela n'est à vous. jeté par la nature au milieu de la masse des animaux. vous vivez pour l'humanité. dit « Ces sens sont bien à moi. car vous tenez tout cela de l'humanité. dit «Quel rapport entre moi et ce genre humain qui m'est si inférieur! Mon intelligence est bien à moi. ni la grandeur de vos senti- ments. qui ne considère que ses sens. à moins qu'il n'accepte et ne constitue lui-même ces relations. Son esprit. par des motifs différents.

être. ils ont. de toute façon. et leur valeur s'évanouit. dont si on isole l'esprit d'un des hommes quelconques qui ont vécu. prciuiùe parliu. c'est supposer l'humanité. lui retirait ses dons? 11 ne lui resterait pas même la possibilité d'être! On ne pourrait pas même supposer qu'il aurait pu être. amené ceux qui les ont suivis. reprises et transformées. pour cet esprit. Être homme. (i) Réfutation de l'Eclecliutu. .qu'il tient des autres lui était ôté. unilède l'esprit Au-* main. Que resterait-il donc soit au philosophe. soit à l'industriel. il resterait nu comme le geai de la fable. N'ai-je pas en effet démontré solidement. c'est être homme dans un certain temps et dans un certain pays. Conséqiiemnient.. c'est donc supposer qu'il est par l'humanité et pour elle. au lieu de ce magnifique vêtement de son esprit dont il se pare et qu'il croit à lui. et qui ont été doués de plus de génie que les autres. et lui a fourni les matériaux de son âme. Ce ne sont des vérités supérieures que par la comparaison avec celles qui avaient été aperçues aupara- vant. avec la supposition de son existence. à l'instant même ces grands esprits n'ont plus ni va- leur ni signification. En effet. De même qu'ils avaient été préparés. Ils valent par leur union aiec l'esprit humain. amenés. préparé. si l'humanité qui. c'est être homme. soit à l'ar- tiste. $ VII. lui a donné naissance. elles se perfection- neront encore. de sa puissance. re- vient l'intervention effective de l'humanité le supposer. dans un autre écrit (1) que l'esprit humain forme un grand tout. voilà en quoi ils valent mais ôtez-les de cet ensemble. à leur tour. une unité. Les ^érités relatives qu'ils ont con- nues deviennent des erreurs ce ne sont des vérités qu'à condition que. de son esprit.

Virtuel il est uni virtuellement à un non-moi. Manifesté. après tout. indépendamment de l'humanité. r Oui. vous puissiez l'enle- verà celte essence générique dont vous n'êtes. ne peut être que Dieu. soit virtuel. c'est nous. Car qu'est-ce que nous.'HUMAMTÉ POUR OBJET. Vous représentez l'humanité. au fond. qu'un représentant supérieur. ne soyez pas assez orgueilleux pour croire que ce qui vous a été prêté. VIVRE. soit manifesté. Ce non-moi ne peut pas être Dieu car nous ne serions pas des créatures. C'EST. ou la nature. qu'unià un non-moi. Ce non-moi. but direct de notre existence. l'humanité. vous n'avez pas de rôle qui vous soit propre et particulier. nous-même. Ce non-moi n'est pas la nature. Philosophe athée ou dévot. Vous êtes un représentant particulier de t'humanité c'est là ce qui constitue votre particularité. il est uni à un non-moi. EN ESSENCE. Il n'existe donc. nous serions Dieu. qui comprend le semblable ou l'humanité. AVOIR t. CHAPITRE IX. qu'est-ce que le moi? Le moi n'existe pas indépen- damment d'un non-moi. Mais cette particularité jusqu'à être ne va pas par vous-même. car nous ne serions pas .

qui est nous-même. Et au fond elle est ce non-moi parce qu'elle est ce moi. c'est être tourné vers soi-même (1). pour l'homme. mais assurément ce n'en est pas une en chi- mie ni en physiologie. Vivre. et sert de mot d'ordie dans les sciences depuis un siècle et demi. nous serions telle on telle espèce animale ou végétale. a conduit celui de nos sav ants qui a fait incon- testablement les plus belles décou\tes de noue époque dans les sciences de la vie. parce qu'il il est nous-même est l'humanité. Et. c'est-à-dire l'humanité. a» point de vue des physiciens et des ualuiulisles. Mais vers quoi. et. à résumer la1. vous ne pouvez pas sortir des illimités électives. nous serions d'autres créatures. Reste donc que ce non-moi soit nous-même ou le sem- blable. c'est donc. Geoffroj-Saint- Hilairc et l'importance qu'il attache à cette foimule. déjà. nous en conve- nons. \hh . Mais en physiologie vous n'avez plus même l'apparence d'une lui.Les vie dans Vattracuotide ]a vie détailetde routine. apiîs avoir été lui-même longtemps lepoussé. avoir pour objet l'humanité. Que l'illustre naturaliste dont nous pailons se console néanmoins du peu d'accueil qu'on a fait à sa foi mule de I'attbaction DE sor pour soi. Qu'il se î appelle que Kcppler demandait à Dieu un lecteur en cent ans. En sorte que* vivre. soit. je pense à faire remaiquer que les sciences d'obseivalion confirment cet axiome. et la le mot d'attraction employé dans le sens des astronomes serait une erreur et une jonglerie. pour l'homme. et le mot d'attraction sans détermina- lion est un non sens. ce non-moi est nous-même. (1) J'ai écrit cela par intuition métaphysique. en effet. est aujourd'hui intronisé.des hommes. une fois distingués et devenus des êtiessi>écifique% sont-ils alUies? En chimie. L'humanité est donc le non-moi nécessaire du moi. que l'étude la plus piofoude des phénomènes. les élres ou les coips. en elïct. Vivre en essence. en essence. c'est-à-dire vers l'huma- nité. loin loi le la d.Vous dites que les coi pu s'attirent. à vie. En imprimant. Être tourné vers soi-même. et non une fuuuule tout eiilièie? L'attraction peut être une formule suihsante en astronomie. Il est notoire. Mais quoine com- prennent-ils donc pas que ce mot consacré n'est tout au plus que le commence- ment d'une foiniule. i. d. l'ont piesque blumé et îaillé d'avoir aouIu ajouter quelque chose à ce terme solennel ù' attraction. qui. c'est en essence être attiré vers l'humanité. c'est être tourné vers le semblable. soi pour soi.loin de comprendrela recherche de Lessavants de ie M.

que l'homme ne vit qu'un instant dans l'humanité. t Dieu voit l'humanité dans chaque homme. dont les anciens ont tant parlé est en Dieu et en » nous aussi. parce que homme et humanité sont identiques. Il dans d'autres astres! nous semble que c'estvraiment nier toute harmonie des choses.à mesure que l'infini créé. et pourtant c'est chaque homme aussi qui se constitue. Il y a une harmonie préétablie entre l'homme et l'humanité. toute coordination dans l'œuvre divine. tout rapport. donc. sans doute afin que. Dans les desseins de Dieu. se déroule c'est l'humanité qui se constitue. J'ai cité plus haut cette pensée de Leibnitz « Le monde » invisible. Et lorsque Dieu a ainsi fait l'homme pour l'humanité. » et j'ai dit. et qu'il va ensuite continuer sa vie éternelle dans d'autres planètes. pour employer ici l'expression de Leibnitz. et a mis dans l'homme le caractère d'humanité. «ENTITÉ EN DIEU DE L'HUMANITÉ ET DE L'iIOMME. tout plan. portion de ce monde invisible est en nous et en Dieu. Et cette harmonie glt dans l'identité en Dieu de l'humanité et de l'homme. CHAPITRE X. les uns. on imagine- rait. de même que chaque homme est pour lui l'humanité. en suite de cette pensée L'huma- nité. . appelé le temps et l'espace. l'homme existe aussi dans toute sa grandeur. l'humanité idéale se réalisant dans toute sa grandeur. que l'homme n'existe qu'un instant. lcs autres.

et toute la puissance active. indépendamment de la théodicée. à sa- voir que l'humanité est en nous. Je crois d'ailleurs avoir. ou de sa justice et de son gouvernement du monde. ne sont pas des choses sans signification et sans réalité. suffisamment le premier point. dont l'humanité est capable. Ce serait ici le lieu de dé- velopper le second à savoir que l'humanité existe en Dieu. et dont il arrêterait prompte- ment par la mort ou par l'exil le développement! Et pour- quoi créerait-il ces êtres. et j'irai au but que je me propose avec le seul appui de la conscience intime qui nous fait sentir l'humanité en nous. Je me bornerai donc sur la théodicée à une seule remarque. je crois.J'ai prouvé. Quoi! chaque homme est un homme et l'humanité cha- cun de nous porte lui-même et l'humanité et l'on suppose- rait que ces hommes qui renferment chacun virtuellement un immense développement humain. que ces hommes qui virtuellement contiennent toute la connaissance. ne feraient que passer dans l'humanité. que nous remarquons dans l'œuvre divine. ainsi détruits dans leur virtualité presque après être nés? Pour en créer d'autres qu'il détrui- . Dieu n'a pas créé vainement des espèces et les départe- ments divers. tout le sentiment. assez de certitude dans la lumière que je tire de la considération même de l'homme. J'éloigne cette recherche. Mais ce serait entrer dans la théodicée dans la science la plus générale. et pourtant spécifique. sans suite et sans retour 1 Ainsi Dieu aurait créé et créerait continuellement une multitude d'êtres. la plus obscure encore. du moins pour ce moment. dans la science des sciences. si je puis employer cette expression. et non de Dieu. la plus difficile. auxquels il donnerait une virtualité infi- nie. Je traite ici de l'humanité.

ayant mis une véritable harmonie et identité entre l'homme et l'humanité. vous n'êtes pas un individu. ils ont cherché dans cette simplicité un critérium de certitude pour tous les sujets difficiles où notre raison ne peut avoir d'autre base évidente et certaine. Votre perfectionnement individuel. est le perfec- tionnement de l'humanité. Vraiment cette supposi- tion nous semble aussi contraire aux idées que nous pouvons nous faire de la souveraine raison de. c'est la nature de l'homme. c'est chaque homme dans son existence in- finie. Dieu que de sa justice. et toujours ainsi. et par con- séquent c'est t'homme.rait également. Vous n'êtes pas un homme seulement.'lIOMME EST LIÉE AU PEMECTIONNMUiNT DE L'iIDMASITÉ. Ce qui est à perfectionner en vous. L'humanité. ne se serve pas de l'homme pour perfectionner l'humanité. ou récipro- quement ne se serve pas de l'humanité pour perfectionner l'homme. vous êtes l'humanité. c'est-à-dire un moi uni à l'humanité. Je demande s'il est conforme à cette loi de la simplicité dans l'œuvre divine. Les philosophes modernes ont souvent parlé de la simplicité des lois de la nature. de croire que Dieu. CHAPITRE XI. LA VIE FUTURE DE 1. . donc.

c'est-à- dire est uni à l'humanité et. . Or. l'homme était uni à ses semblables de telle façon. c'est-à-dire. dans sa sagesse. n'aurait-il pas donné à l'homme pour vie future son propre perfectionnement. sans agir par là même sur sa propre nature. J'ai montré plus haut (1) que. le perfectionnement de l'homme n'est-il pas lié au perfectionnement de l'humanité ? (1) Livre III. et qui me fait résoudre affirmativementcette question Dieu. pour destinée. soit pour la détériorer. et que le bien et le mal sortaient de là. à la nature. nous dirons Vous ne pouvez pas nier que la vie future de l'homme ne soit le perfectionnement de l'homme. l'homme sera encore uni à l'humanité et. continuation de la vie présente. l'homme est homme. Oonc. à la nature extérieure. c'est l'homme qu'il faut perfectionner en vous. En d'autres termes. étant homme comme vous êtes. qu'il ne pouvait agir sur eux en bien ou en mal. soit pour la perfectionner. et par conséquent c'est l'humanité. dans la vie future. le perfectionnement de l'humanité? Tout le sujet de la vie future me parait donc se réduire à ces termes La vie future est le développement et la continuation de la vie présente. avec l'humanité. par l'effet même (le la vie. (e qui est la même chose. A ceux qui donnent à l'homme. un poéti- que voyage à travers l'immensité des deux. dans la vie présente. La vie future est en germe dans la vie présente. C'est le même raisonnement que je poursuis ici. avec l'humanité. Or.

L'homme n'existe pas indépendamment de l'humanité. c'est-à-dire des astres que nos yeux nous montrent dans l'immensité de l'espace. ou. Ce n'est pas l'homme qui. pourrait l'engendrer comme un fruit naturel de son être et de son amour? . Quel être du ciel. ira dans les astres. L'homme est un moi dont le non-moi nécessaire est le semblable de l'homme. c'est se perfectionner soi- même. L'homme porte en lui l'humanité. L'homme. n'existerait plus. un jour. Perfectionner l'humanité. Donc. Qui dit homme dit humanité. c'est perfectionner l'humanité. fruit d'une génération. en général. comme tous les êtres. rejoin- dra les astres. c'est-à-dire le semblable ou l'hu- manité. si le non-moi correspondant à ce moi. cessait d'être en rapport et en communion avec ce moi. qui est l'homme. Vous parlez des astres! C'est la terre qui. Perfectionner l'homme. Ce moi. l'humanité. sans l'humanité et sans la terre. cette vie future est liée indissolublement à l'humanité. si la vie future de l'homme est le perfectionnement de l'homme. se manifeste à la vie par une naissance.

rien n'est plus vrai que ce qu'on dit ordinairement et qu'enseignait la théologie chrétienne. et par conséquent de la vie. sa- voir que Dieu nous crée à notre naissance. Un enfant va naitre pourquoi refuseriez-vous au Créa- teur le pouvoir de faire renaître dans cet enfant un homme ayant déjà vécu antérieurement? Cette résurrection est-elle donc impossible à celui qui peut donner la vie? Celui qui peut faire naître ne peut-ilil pas faire renaître'/ En un certain sens. souffrent. nous parait une folie étrange. Si la mort pomait nier la vie. Cette poésie du néant. meurent. » qu'elles paraissent. MAIS AU FOND ET IUSÏLLÏMKNT CES GÉNÉRATIONS ANTÉRIEURES ELLES-MÊMES. ce serait la mort qui serait la vie tant l'être est nécessaire. . mais que nul lien » n'existe entre elles. cette négation de la continuité de la vie. qu'aucune voix ne se prolonge des • races qui ne sont plus aux races vivantes. fortuites. NOUS SOMMES NON SEULEMENT LES FILS ET LA POSTÉRITÉ DE CEUX QUI ONT DÉJÀ VÉCU. CHAPITRE XII. isolées. et que la voix » des races vivantes doit s'abîmer bientôt dans le même si- » lence éternel (1 )). Non. que Dieu nous (1) Benjamin Constant De lu religion. nous ne voulons pas croire quesur cette terre les «générations se suivent passagères.

avec Pla- ton comme avec Descartes ou avec Leibnitz. à quel observateur non entêté de la chimérique idée que l'enfant est purement et simplement une table rase. On oppose. comme on dit. qui naissons. RÉPONSE A L'OBJECTION TIRÉE DE L'ABSENCE DE MÉMOIRE.accorde la vie et nous donne une âme lorsqu'ilnous fait naî- tre. nous nous trouvons être non seulement la suite et. ne se fait pas sans une intervention de Dieu. Et néanmoins telle est cette création. dis-je. cette preuve dans leur existence même. mais au fond et réellement ces générations antérieures elles- mêmes. En effet cet acte de nais- sance. . demander si nous n'avons pas sous les yeux la preuve évidente que les enfants qui viennent à la vie ont une certaine mémoire de leur existence antérieure si nous n'avons pas. suivant nous. CHAPITRE XIII.niversel? Nous som- mes donc. comme on dit. ou. avec tous les philosophes. et que nous sommes ainsi des être nouveaux apparais- sant à la vie pour la première fois. créés quand nous naissons. Et comment se ferait-il sans cela. les fils et la postérité de ceux qui ont déjà vécu. de renaissance. quand aucun acte quelconque de notre vie ne se fait sans la permission et l'intervention de l'Être t. que nous. à cette continuation de l'être individuel dans l'être collectif humanité l'absence de mémoire. Je pourrais d'abord. En effet.

11 suffit de rapprocher deux passages de ses écrits pour voir que. ce grand homme a jeté sur la doctrine de Platon et de Descartes. » D'autre part. 1. sctetitiitm iakil uliud e. a un moment donné. . les idées innécs de Descar- tes. » Ce que Platon appelait réminiscence Descartes l'appelait idées innées. Leibnitz regarde la vie de chaque créature comme une suite d'états tous liés entre eux. tous ses états passés età ve- » nir (2). pour adop- ter la réminiscence de Platon. quamI specus nalwœ Scient. Apres Platon et Descartes.) corporis obumb obumbraierGt e. qui la conduit spontanément. tous les états passés et à (1) a Subit profecLo anîmum quandoque dogma iUud PlaLonicum. par tous les états » qui lui arriveront. et Leibnitz a repoussé la tabula rasa d'Aristote et de Locke. à qui. suivant son habitude. de telle sorte que Celui qui voit tout » voit dans son état présent. Mais. c'est-à-dire comme une chaîne dans laquelle l'existence présente. dans l'état présent de chaque créature. luci. dit-il.ss« quant remuùsceiiliam ammumque nulura- ds hier mbmde omniu reMaum. je ne sache pas de plus grand juge en ces choses que Leibnitz. un non-être. dis-je. la vue d'un enfant n'a-t-elle pas fait dire comme il Bacon «En vérité Platon n'aurait-il pas » raison avec son dogme que la science n'est autre chose » qu'une réminiscence (1). i[iil) (2) teltrc sur L'union de l'anie et du corps. une nou- velle et vive lumière. ce que nous nous efforçons de prouver en ce moment était dans la pensée de Leibnitz. la » nature de la substance créée de changer continuellement » suivant un certain ordre. en ce point. cette faculté par laquelle Dieu voit.-at~ » (i)e Augni. » (De Augm. quo asse- nrilur. figure comme un anneau distinct mais lié néanmoins à toute la chaîne « C'est sdon moi. » s'il est permis de se servir de ce mot. D'une part. scienl ILb. cognosecre lib. init.

» quoiqu'il soit toujours vrai que rien ne se passe en elle » qui ne soit déterminé (1). qui a en une existence anté- rieure. dans un » certain sens que j'ai indiqué. qui a réminiscence et pres- sentiment aussi bien que manifestation actuelle. Donc qu'importe que les êtres divers. mais encore un pressentiment de » toutes nos pensées. Il est vrai que c'est confusément et » sans les distinguer. est un être éternel qui a déjà vécu. suivant Platon et Descartes compris par Leibnitz. » mais encore nos sentiments. Et il est vrai. Leibnitz reconnaît et soutient qu'elle existe aussi. c'est un être. Il y a même quelque chose de plus. cet être qui vit devant vous et que vous appelez un enfant. » et il y a quelque chose de solide dans ce que Platon appe- » lait la réminiscence. comme il en aura une postérieureà sa vie présente.venir de cette créature. à peu près comme. mais qui se rappelle et pressent. pour la créature elle-même. et que l'âme est plus indépendante qu'on ne pense. lorsque j'entends » le bruit de la mer. « Je » ne suis nullement. j'entends celui de toutes les vagues en » particulier qui composent le bruit total. » Donc. naissent de notre propre » fonds. dit-il. passé et avenir aussi bien que présent. » car nous n'avons pas seulement une réminiscence de toutes » nos pensées passées. en renaissant à la (i) Mflexwm sur flinai île Locke. que non seulement nos idées. et qui ne sent et ne connaît actuellement que parce qu'il se rappelle et pressent. dans une certaine mesure. en un mot. quoique ce soit » sans discerner une vague de l'autre. qui u'est pas seulement actuel. . et que vous imaginez né d'hier pour muorir demain. d'où la réminiscence et le pressentiment. pour la tabula rusa d'Aristote.

et ne sont pas l'inutile repro- duction d'une seule manifestation. comment on faisait consister notre identité dans la mémoire. dans un phénomène quelconque de notre vie. C'est. par une pénétration véritable. n'empêche pas que ces deux for- mes ne soient des anneaux bien distincts de la même existence. évidemment. il n'y a donc pas identité entre ces deux êtres dont le second ne se rappelle pas le premier. Mais elle n'y est pas manifestée elle n'y est pas mi- moire. comme je l'ai dé- . Voulez-vous que le papillon reproduise formellement la chenille? Le papillon préexistait dans la chenille.vie. cette identité au fond de la che- nille et du papillon. Il en est ainsi à tous les mo- ments de notre existence. Ainsi la vie passée se reproduit dans l'être nouveau qu'on appelle enfant. nous sommes alors occupés d'un certain objet. en ce sens qu'elle y est virtuellement con- tenue. et. Est-ce que. une grossière illusion. et notre vie antérieure nous échappe en ce moment. se reproduisent réellement au point d'être virtuellement impliqués les uns dans les autres. et la mémoire. n'aient pas une mémoire formelle de leur existence antérieure ? Cha- cune de leur existence est un anneau dans la clialne mais n'est pas la chaîne. Je n'ai jamais compris.à ce qu'il me semble. mais ils ne se répètent pas. nous avons en même temps mémoire de tous les phénomènes antérieurs de notre vie? Non. je l'avoue. Mais si elle n'y est pas à l'état de mémoire. ces anneaux se correspondent. en sorte que la chenille existe encore dans le papillon. c'est-à-dire en se manifestant de nouveau. va-t-on dire. Mais le lien qui unit ces deux formes.

aucun rapport avec la mémoire. et dites-moi si l'enfant a un moindre sentiment de son être. un objet toujours présent. Voilà. l'enfant n'a pas ou presque pas d'existence antérieure. examinez- les. n'est pas un produit de la mémoire. Car la vie est toujours présente. d'individualité. notre être. D'où vient donc que l'enfant a conscience de lui-même autant que le vieillard? La con- science que nous avons de nous-même. notre individualité. §X. comme la sensation. d'un côté. ce qui distingue uniquement la mémoire (1) Voy. je le répète. juger. a. pour être en appa- rence très-nouveau ou tout à fait nouveau et sans mémoire de vie antérieure dans l'enfant. deuxième partie. . dans son essence. sinon que notre identité.montré ailleurs (1) ne fait pas exception à cette loi. le sentiment d'être. de son moi. et d'identité ce moi. le moi en un mot. n'en existe donc pas moins en lui. comme sentir. et penser. et se sait sentir. La mémoire n'est autre chose qu'un fait passé de notre vie perçu par nous comme présent. de l'autre un enfant de quelques mois ou de quelques années. notre moi. que le vieillard. et ce que l'on veut désigner. et n'a. il s'affirme il se sent. Qu'est-ceà dire. notre person- nalité. dans la question qui nous occupe. liifulalion de l'Édulhnw. un vieillard de cent ans. etc. par ces mots de personnalité. voir. tout aussi bien que le vieillard. Ce dernier seulement a la faculté de se rappeler les longs sou- venirs de ses années expirées l'enfant n'a rien de ce genre à se rappeler mais il est. Se rappeler est un phénomène accidente) de ce moi. et tout aussi énergiquement que dans le vieillard. La mémoire. Cependant le vieillard a toute son existence antérieure. être.

c'est que. n'est-il pas de fait qu'après avoir été longtemps effacés et comme anéantis. mais un produit du moi. c'est notre virtualité. suivant le degré de mémoire que nous conser- vons de notre vie? Est-elle diverse pour cela. ils viennent souvent se reproduire dans un âge très-avancé ? Notre identité devrait donc être fort diverse. à un état antérieur de manifestation. exclut au contraire la mémoire. les souvenirs de notre enfance ne s'effacent-ils pas chez presque tous les hommes? Et.de la sensation en généra]. Nous voyons de nous-même objectivement. si je puis m'exprimer ainsi. n'est-ce pas le moi à proprement parler. le sujet. un effet des manifestations antérieures de ce moi combiné avec les divers non-moi aux- quels il s'est appliqué ou avec lesquels il est entré en com- munication dans sa vie. la mémoire . Mais cette puissance. ait la facullé de se rappeler ses faits et gestes? Dans toute la portion active de notre vie. pourï ivre en un mot. Et en- core n'est-ce pas nous. que la mémoire pourrait jusqu'à un certain point nous retracer. que nous nous rappellions ou non ce qui nous est arrivé? Non. Que cet état potentiel de notre âme -ait un lien nécessaire et d'une exactitude mathématique. avec les faits antérieurs de notre vie. en sommes-nous moins nous-mêmes pour cela? Quel est l'homme qui.pour sentir et connaître. dans la mémoire. ce n'est en aucune façon la mémoire réalisée qui constitue notre être. Mais lorsque ces produits de notre vie antérieure ne nous occupent pas. Notre être. une certaine image. et ne sommes- nous pas toujours le même moi. cela est incontestable. c'est notre degré d'aspiration. au contraire. loin d'être pour cela la mémoire. nous avons conscience que cet objet présent est nous-même. à huit jours de distance.

il est tellement vrai qu'il se sent éternel. qui ne vit plus pour avoir vécu. tant vivre lui est natu- . il n'a pas et ne doit pas avcir un arsenal de vieilles manifestations. ne pouvant plus vivre autrement. moins nous sommes occupés de ce que nous avons déjà fait. Loin donc que l'enfant me paraisse inférieur en être. C'est le voyageur fatigué qui repasse par la mémoire sur les lieux déjà parcourus. au contraire. l'empêcheraient par là même d'agir. et j'oserai dire à un plus haut degré. l'occupant com- me pourraient le faire des phénomènes. et qu'il ait moins d'identité que lui. ne songe qu'à employer ses forces pour le but final qui lui a été assigné. et que le vieillard ne se reporte tant sur le passé. que jamais enfant n'a compris la mort. L'enfant. et il a raison d'y tenir. qui vient la vie avec des ailes nouvelles. Car. si ses yeux étaient offusqués des vains fantômes du passé. Lui. je dirais au contraire qu'il en a davantage.formelle. pour se sentir avoir vécu sous une forme déterminée. il ne vivrait pas. car nous avons hâte d'agir de nouveau et de marcher en avant. voisin d'une métempsychose. pour lequel il est fait. L'enfant donc n'a pas de mémoire de ses vies antérieures. et. assurément il ne verrait pas le pré- sent. Plus il y a en nous de virtualité. la sentant dé- bile et usée. n'a compris qu'il cesserait d'être. Mais il est tellement vrai qu'il se sent être au même degré. il ressemble- rait au vieillard. que parce qu'il n'aspire plus à vivre sous sa forme actuelle. Il tient à la vie sansdoute. Il faut bien du temps et bien de la peine à l'enfant pour com- prendrece phénomène de la mort. que l'homme fait ou le vieillard. il se retourne vers les manifestations de sa vie antérieure. et y vit. qui. car il est éternel mais. en puissance d'être. au \ieillard.

et à la- quelle ils n'attribuent que des qualités physiques. ont suffi pour faire passer du néant à l'existence un être. c'est-à- dire un être qu'ils placent eux-mêmes lé premier de beau- coup dans la série animale! En vérité. mais un homme. ne s'aperçoivent pas qu'en niant la préexistence de . qui ont si fortement repoussé la créa- tion du néant. une table rase? Peut-on sérieusement penser que leur existence date du jour par lequel nous marquons leur naissance! Quoi! tandis que vous avez peine à concevoir et à ad- mettre la génération spontanée du moindre animalcule. et qui lui ont opposé l'axiome Ex niliilo ni- liil. vous imaginez que cet être si intelligent que vous appelez un enfant a été subitement tiré du néanl qu'il n'existait pas hier. et non seulement un être. cela est trop absurde! Les matérialistes. qu'il n'avait jamais existé. comme le disait l'école de Locke.rel. et que néanmoins il a passé sans intermédiaire du néant à l'existence humaine Et les matérialistes s'imaginent que quelque modification dans une matière qu'ils qualifient par elle-même d'inerte. au fond de son être. Peut-on sérieusement s'imaginer que les enfants quivien- nent à la vie soient. CHAPITRE XIV. comme ils disent. c'est-à-dire tant il se sent. SUITE. PERPÉTUIJÉ DES LNDIVIDUS AU SLFi DE L'ESPÈCE. avoir toujours vécu et devoir toujours vivre.

l'être subjectif dans l'enfant. par la génération. il a tout reçu de ses pères et de l'humanité antérieure. qu'on lui a transmis et qu'il a reçu la forme de son existence. c'est-à-dire un être plein de facultés merveille uses. Il n'y aurait donc. un moi. ils admettent la création du néant. Certes. est-il conforme aux idées de causalité de supposer que ce mot. et par conséquent il n'y aurait aucun ordre dans l'œuvre même de Dieu. et qu'il ient de sortir du néant? D'un autre côté. un être particulier. cette créature. je vois bien qu'il n'existe pas par lui- même. et sans suite pour elle. et vraiment est-il possible de croire qu'un tel être ne se soit pas déjà manifesté? Je vois bien qu'il a reçu de ses pères. sous ces caractères de l'humanité. Je vais plus loin. l'initiation à la vie. sans raison.ms la théodicée divine. semblables à lui. et . et abandonnent leur axiome Ex ni/rilo nihil. Voilà un enfant. ait été revêtue par le Créateur de cette forme déterminée. il les ferait instant et vivre un mourir. il vient avec d'autres jeunes. Or est-il conforme a la raison de supposer que ce moi n'a jamais existé auparavant. tout hors son moi. qui entraîne a sa suite tel ou tel état déterminé de bonheur ou de malheur. Mais il existe. relativement aux créatures. et il les représente. pour tirer du néant de nouvelles créatures qui ne seraient pas suite des précédentes. Mais enfin. lui a transmis tous ses carac- tères. Il vient pour remplacer son père et sa mère sur la terre. puisque. qui l'a engendré comme son légitime successeur. pour remplacer la génération au sein de laquelle il est né et cette humanité antérieure. Dieu se conduirait sans motif par rapport aux créatures. une créature. aucun ordre d. il y a en lui. sans raison pour elle.

Or. au hasard. de sa réprobation ou de sa colère. de ses dons. puisque cet enfant n'est pas un être nouveau. soit sorti du néant pour vivre sous cette forme. Ainsi.qu'il embeilirait. le seul système probable est celui de la perpétuité des individus au sein de l'espèce. SUITE. il ait été ou déjà homme. ou animal. que je soutiens. Donc. ou plante. II n'y a pas de faux-fuyants pour échapper à ce dilemme. il faut que. ou le système déterminé de renaissance dans l'humanité. Donc. où nous découvrons tant de facultés. le second est infiniment plus probable que le premier. CHAPITRE XV. dans sa vie immé- diatement antérieure. un être né d'hier. au hasard. L'iNNEITE ET DES CONDITIONS NOUVELLES D'EXISTENCE REMPLACENT LA MÉMOIRE. La même raison qui nous fait re- jeter comme absurde la supposition que cet enfant. nous porte également a rejeter la supposi- tion qu'il soit immédiatement sorti de l'animalité. de toute nécessité. et qui ait passé du néant à ce degré surpre- nant de vie et d'intelligence. de ces deux systèmes. ou frapperait. il faut admettre ou le système indéterminé des métempsychoses. Si l'absence de mémoire formelle chez les enfants que nous voyons surgir la vie n'est nullement une preuve que .

que cet attachement des hommes à leurs manifestations et à la fragile mémoire qu'ils en con- servent pendant cette vie? N'est-ce pas une sorte d'avarice assez semblablel'avarice véritable. sous sa forme actuelle. gémirions-nous de ce que nous aussi devons perdre le sou- venir formel de notre existence actuelle. Pourquoi donc. et mesure. pourvu que cette mémoire que nous avons de notre vie. la privation prévue de cette mémoire. en virtualité. se trouve remplacée par une innéité et des conditions nou- velles d'existence. en passant au creuset de la mort? Ce ne sont que des noms et de vains simulacres que nous perdrons. parce qu'elles auront été pesées dans la balance de celui qui est la justice et la mathématique mêmes. détruirait-elle l'idée que nous devons nous faire de notre résurrection? L'innéité et les conditions diverses que les êtres réappa- raissant aujourd'hui à U vie apportent en naissant rem- placent évidemment la mémoire perdue de leur existence passée. c'est-à-dire qui le fait continuellement. par attachement insensé pour son trésor? Ce tré- sor n'est pas lui il finit pourtant par y mettre et y enterrer . représentant exactement la valeur ac- tuelle de notre vie. dans le mauvais sens. par conséquent impiété. quant à notre vie actuelle. pour ainsi dire. relativement à nous et à notre avenir. relativement à nous-mêmes. plus pro- fondément dans leur être elle est transformée en facultés. en prédispositions de tout genre. comme dit la Bible. qui empêche l'avare de vivre. et mensura. Cette mémoire est entrée.leur vie présente n'ait pas été précédée de vies antérieures pourquoi. N'est-ce pas faiblesse et égoïsme. avec poids. et qui a fait le monde. numéro. nombre. cum pondere. en puissance de vivre.

et ne voient plus que le néant. alors ils baissent tristement la tête. et lui faire oublier ce trésor et con- naître la vie véritable. si je ne me souviens plus. Vous ne voulez pas changer vous ne voulez donc pas vivre. Ce sera d'autant plus vous. c'est-à-dire votre a\idité. absolument comme ils se transportent en voiture d'un lieu à un autre. que vous vous souviendrez moins. qu'on leur démontrât qu'ils seront transportés dans cette vie nou- velle avec tout leur bagage de souvenirs. par la même raison. Ainsi. quand il s'agit de vie future. et. Ils appellent cela ne pas oublier. Cette idée qu'ils se font de la vie future est prise des manifestations et non de l'essence de la vie. Sous prétexte de souvenirs que vous voulez garder. colorant leur égoïs- me des fausses couleurs du sentiment. si on pouvait le débarrasser de son attachement insensé il son trésor. disent-ils. car vivre c'est changer. voyez si ce ne sont pas réellement vos vices que vous tenez à conserver. L'avare existerait bien plus réellement. votre orgueil. Ce ne sera plus moi.son être. dites-vous vous ne voulez donc pas chan- ger car le changement apporte nécessairement l'oubli. votre puissance. votre avarice. Vous ne vou- lez pas oublier. Est-ce bien . Pourquoi donc n'êtes-vous pas resté aux années de votre enfance? Pourquoi ne vous êtes-vous pas arrêté et immobilisé à une certaine période de votre vie? La plupart des hommes voudraient en effet s'arrêter et s'immobiliser ainsi. la plupart des hommes voudraient enterrer leur être dans la forme de cet être. ils voudraient. ils veulent à toute force conserver leurs souvenirs après la mort. si ce ne sont pas vos richesses. et tout l'attirail de leurs manifestations actuelles. que vous ne voulez pas perdre. et. peut-on leur répondre. pour y croire. Et si on rit de leur folie.

Ce serait le radotage du vieillard qui nous suivrait. Non. Voulez-vous vivre. à la bonne heure. pour nous empêcher d'être. est-il nécessaire que nous nous sou- venions de notre premier bégaiement et de toutes les fautes de langage que nous avons commencé par faire! Oh que les anciens étaient plus dans la vérité avec leur mythe du fleuve Léthé!Les plus nobles héros. voilà qui n'est pas raison- nable. son obscurité et son ignorance actuelle que vous aimez.réellement votre vie. de cette vie. que c'est. les plus grands sages. de vie en vie. et pour détruire notre éternelle jeunesse. cela n'a pas le droit d'être. leur existence. leur Cire. La persistance de la mémoire. n'aspiraient. est-ce la vie dans sa virtualité. par tous les détails de notre existence Un enfant parvenu à l'àge de marcher a-t-il be- soin de se rappeler tous les faux pas qu'il a faits au début? Quand nous parlons. qu'à boire à longs traits ces eaux d'oubli. Une telle persistance de nos manifesta- tions antérieures n'augmenterait pas notre être. sans croire perdre. leur moi. non. leur identité. le droit de per- sister pour nous. leur personnalité. Que cette vie antérieure se retrouve pour nous objectivement au sein du monde et de l'humanité. suivant eux. que vous réclamez. oubliez n'est-ce pas ce que nous nous disons souvent nous-mêmes les uns aux autres. pour cela. mais l'écra- serait et l'atrophierait. en réclamant si énergiquement la mémoire formelle de votre existence présente? Je croirais bien plutôt. comme la comprennent . mais que nous la portions avec nous comme un attirail et un poids. moi. dans les crises de notre vie? Et nous voudrions continuer à être obsédés. est-ce le moi éternel qui vous constitue.

avec cet attirail de la mémoire de leurs manifes- tations. Prenez les plus grands hom- mes dont l'histoire fasse mention. ceux qui s'aiment. de nous rappeler nos formes et nos existences antérieures? Qu'on me dise d'où viennent ces sympathies qui unissent. et un enchevêtrement absolu au déve- loppement de la vie dans l'espèce. pour être et pour nous retrouver. serait le plus grand obstacle au progrès. Croit-on vraiment que ces sympathies n'aient pas leur racine dans des exi- stences antérieures? La mémoire n'est qu'un cachet fragile de la vie. Mais avons-nous besoin. dans la conservation ou la perte de la mémoire. de ce passé qui a dû périr parce que c'était une forme et que toute forme doit périr pour que la vie se continue. dans une har- monie éternelle. par conséquent. ils ne seraient nullement propres à revêtir la forme nouvelle que le progrès de la vie nécessite? Ne cherchons donc pas. dans un âge suivant ne voyez-vous pas combien ce prétendu trésor leur deviendrait pernicieux. qui varient et changent comme les nôtres. le caractère de notre identité. Notre identité. et imaginez-les trans- portés. et. dans la vie présente. nos semblables à différents degrés. et les ren- drait eux-mêmes funestes au progrès des choses humaines N'est-il pas évident qu'ainsi attifés de leur passé. indépendamment des manifestations de ce non-moi. et qu'on m'explique ces liens invincibles qui nous entraînent vers certains êtres. nous nous retrouverons. Il se fait . Nous serons. c'est le moi qui nous a été donné indépendamment de ses manifestations. dans les individus eux-mêmes.et la voudraient la plupart des hommes. et c'est aussi le non-moi qui nous a été donné dans les êtres extérieurs.

Nous avons été. Dans le sommeil. ont si souvent comparé à la mort. que les poètes. elle se transforme en nous.probablement dans le phénomène de la mort quelque chose de semblable à ce qui a lieu chaque jour dans le sommeil. nous ne nous rappelons plus les formes de cette existence et néan- moins nous sommes. par notre virtualité. nos sentiments de la veille. devien- nent nous. nos perceptions s'élaborent au point de de- venir une force potentielle de notre être. Dans le sommeil. les philosophes. en pas- sant à l'état latent. avec un certain wubli. Eh bien. et augmente. et appelé le frère de la mort. la force potentielle de notre être. tout en s'effaçant sous sa forme phé- noménale. par un phénomène analogue à celui de la diges- tion de notre nourriture. dis-je. nos sensations. et en ce sens notre être lui-même. qui devient notre chair. et que nous sortons plus vivants et plus forts du sommeil. précisément la suite de ce que nous avons été. de manière que. il semble que notre vie se digère et s'éla- bore. mais agrandi. . nos idées. C'est ainsi que le sommeil nous régénère. dans la mort. et même le vulgaire. Puis vient le réveil ou la renaissance. et toujours le même être. se transforment et s'incarnent en nous. qui est un plus grand oubli.

TRADtTtON. .

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Car. CHAPITRE PREMIER. L'IDEE DES ANCIENS SUR LA VIE FUTURE A ETE UNIVERSELLEMENT QUE L'HOMME RENAISSAIT DANS L'HUMAMTE. ou du moins rien qui ne soit conforme à )a tradition bien comprise de l'hu- manité. savoir: 1" l'i- dëe d'un retour absolu à Dieu. si l'on~eut examiner avec soin )e fonds des croyances humaines. Il est bien vrai que dans le cours des âges trois supposi- tions différentes de çelle-là se sont produites. ou d'un anéantissement en Dieu 2° l'idée d'une renaissance terrestre en dehors de . Nous n'enseignons ici rien de nouveau. on verra que tous les peuples qui ont eu le sentiment de la vie future ont eu primitivement et fondamentaiement l'idée que cette vie future se passait dans l'humanité. DE LA TRADI TION REUTHEMENJA LA VIE FUTURE.

et. c'est-à-dire d'une métempsychose indétermi- née et confuse dans les corps des animaux divers et des plantes 3° enfin l'idée d'un ou de plusieurs paradis ou en- fers. Ainsi jusqu'ici l'idée que je regarde comme la plus so- lide. malgré les vives attaques dont ils ont été l'objet dans les derniers siècles. la tradition.~a été abandonnée la première. et ont régné. L'hypothèse du retour absolu à Dieu. tou- tes les fois qu'elle s'est reproduite. si l'on veut. . à quelques exceptions près. ces trois suppositions sont venues s'ajouter à celle de la renaissance dans l'humanité. où elles ont engendré par leur concours ]d religion la plus compliquée et les superstitions les plus étranges qu'il fût possible à l'es- prit humain d'enfanter. elle a tint par être rejetée comme une erreur grossière. a été presque constamment éclipsée. simultanément avec cette dernière. Elle s'est évanouie à mesure que l'humanité s'est développée. parait m'être dia- métralement contraire. J'admettrai même. et obtiennent encore crédit et autorité. La métempsychosc in- déterminée a cédé ensuite au progrès du temps et. tout à fait étrangers à l'humanité vivante. quoique datant aussi de la plus liante antiquité sont restés en possession de la foi des hommes. elle n'avait jamais été d'ailleurs qu'a l'usage des ascètes et des philosophes contemplatifs. ou de l'anéantissement en Dieu. et n'a plus été qu'une opinion particulière de penseur isolé. savoir celle de la renaissance dans l'humanité. au premier aspect. Dans la haute antiquité. chez cer- tains peuples. chez les Indiens par exemple. Les paradis et les enfers. et plus ou moins étrangers aussi à l'univers tel que nous le connais- sons. après avoir largement séduit et égaré les esprits.l'humanité.

La même ignorance d'une loi générale de continuité et de progrès dans l'univers. les enfers <'t les purgatoires. que très souvent on a cru que la terre suffisait pour enfer et pour pur- gatoire. Or un séjour des bien- heureux. et la seule solide. ce but de tcurs désirs. Néanmoins il est si vrai que les paradis ont été imaginés parce qu'on ne concevait pas la perfectibilité sur la terre. et dont ils ont déterminé la'place et la venue. De là. maigre cela. En d'autres termes. renaltre animal ou plante. ne s'est jamais produite pure et sans l'accompagne- ment obligé des autres. fut constamment )a renaissance de l'homme individu dans l'humanité. a permis aussi à l'imagination des hommes de s'égarer dans la pensée que l'homme pouvait. perdant sa nature d'homme. et ne le concevant pas sur la terre. les réprouvés. suivant l'état de leur science ou plutôt de leur ignorance. hors de la vie. Et de là l'erreur de la métempsycbose indéterminée et rétro- . que le vrai sentiment des hommes. j'admets que l'idée de la vie future a revêtu jusqu'ici trois formes fausses. qu'ayant instinctivement besoin de ce progrès. Mais je soutiens. C'est uniquement parce que l'idée du progrès dans l'hu- manité leur manquait. des élus. emportait presque nécessairement un sé- jour tout différent pour les méchants. les hommes ont mis la perfection et )e bonheur. Je dis d'abord qu'il y a une explication très simple de ces erreurs qui ont éclipsé la vérité jnsqu'ici. caché sous ces formes. dont leur imagination a fait tous les frais. et dans chacun des êtres qui font partie de cet univers.que cette idée que je crois solide. du même coup. dans des Champs Élysées ou dans des pa- radis.

Enfin. qui a rivalisé dans toute l'antiquité avec celle des paradis et des enfers. dans la justice divine. l'idée de la vie future a dû revêtir ces trois formes fausses. qui seulement prenait dans leur esprit ces formes fausses. au milieu des erreurs qu'ils y avaient jointes. Les anciens avaient. Uniquement donc parce que la perfectibilité était incon- nue. eu sorte que la destinée de l'individu se trouve unie indissolublement. on ne s'est pas encore rendu un compte exact des opinions des anciens sur l'immortalité des âmes et sur la vie future. et. je le soutiens. dans leur conscience et dans leur intime pensée. ne pouvant venir à la lumière autrement. la même ignorance de la loi de pcrfeetibiiité. à la destinée de ['espèce. à la métempsychose dans les animaux. satisfaire l'insatiabilité du cœur et de l'esprit humain. que c'est toujours définitivement à la . les anciens. à leur suite. On n'a pas su demêier le point impor- tant de leur divers systèmes. le sentiment de la vé- rité que je m'efforce de rendre évidente. Mais d'où venait à l'esprithumain l'idée même de la vie future? Avant de croire à l'anéantissement en Dieu. et par conséquent l'impossibilité d'un idéal qui pOt. sans sor- tir de la nature et de la vie. ont poussé les contemplatifs de l'Orient. à des Champs Éiysées et a des Tartares. ne croyaient-ils pas confusément à quel- que idée plus vraie. savoir. au contraire. à aspirer à l'anéantissement en Dieu. ni revêtir une expression plus solide ou plus vraisemMaMe? Véritablement. on a plutôt fait attention à ces erreurs secondaires qu'à la vérité initiale qui avait in- spiré ces erreurs.grade. beaucoup d'autres contemplatifs et de philosophes. qu'il y a un lien entre l'homme individu et f'humanité. Ils avaient si bien ce sentiment.

dans l'antiquité. on peut dire qu'ils n'ont été imaginés que pour lui servir d'explication. que je n'aurai pas de peine à démontrer que le système de la métempsychose dans les animaux et celui des paradis et des enfers ne furent jamais. et à leur seul profit. Mais le sentiment primitif. Ces systèmes. c'est que dans tous les systèmes des anciens. spontané. ne concevant pas encore. loin de porter témoignage contre cette idée. ce lien de l'homme individu et de l'humanité. au point où nous pouvons le concevoir aujourd'hui. est resté néanmoins si fortement empreint et si menaçante dans ces déviations mêmes d'hommes privés de lumières suffisantes. quant au troisième système. Seule- ment. quels qu'ils soient. foudamcntat.portent témoignage que le sentiment de la vie éterncife. qu'un . d'un lien indestructible entre l'homme et son espèce. ce qu'on ne peut me nier. pour donner dans les systèmes secondaires de la métempsychose rétrograde et des paradis ou enfers. n'ayant pas d'ailleurs les lumières que le progrès des sciences nous a apportées sur la marche géné- rale de la nature dans la création des êtres. dans la théo)ogie antique. n'ayant jamais été que le paradis des phi)osophes. et n'étant re- tenus. par aucune barrière. car au lieu d'avoir été imaginés contre elle. car. a toujours été uni d'une certaine façon au sentiment de la renaissance dans l'espèce. les anciens ont presque constamment dévié de la voie droite où leur sen- timent les avait fait entrer. cette renaissance se trouve conservée et placée en première ligne.par conséquent. tournent donc en sa faveur. l'absorption en Dieu. D'abord.renaissance de l'homme sous la forme humaine que tendent leurs systèmes. il ne mérite guère d'être compté. Donc tous ces systèmes. c'est-à-dire une rare excep- tion faite par les ascètes.

et. volucria. B ( ~MMrp. Si donc ils se montrèrent si entêtés de cette chimère de la transmigration dans le corps des animaux. sed. pour les anciens. pendant trois mille ans. de la forme humaine qu'il aban- donnait par la mort. plaçaient et placent encore aujourd'hui l'immor- (1) ttHi (~E~pt)i) primi ex~iterunt qui dicprent animmn hominis esse im- n morlalem. Évidemment. quud hssidue Bnasdhn. l'idée solide des Égyptiens. Les égyptiens. imntigrarp. ma- n nina. ils ne savaient comment. exolexente cotpme. une sorte de pèlerinage. aidée de leur ignorance.moyen d'expliquer le passage d'une vie dans l'humanité à une autre vie dans l'humanité. après avoir accompli. ) . à savoir que la vie future de l'homme est d'être homme. A)[jneuhi[)p)-0[)uuasf'circuintulisset. qaod gigneretur. rursns in huminis conpnv. se donnait ample carrière. tout en ayant le sentiment de la vé- rité. atque B hune ab ça circuitum fieri intt a annorujH tria mijtia. chez qui l'opinion de l'immor- talité est si forte que le temps disparaît pour eux dans la vie éternelle. introite. aussi le but de toutes ces transmigrations à travers des formes d'ani- maux était le retour à l'humanité. Les Indiens. au rapport d'Hérodote. [c'tpstria. c'était l'idée de l'immortalité de l'âme humaine en tant que telle. l'eau. De là le côté erroné de leur idée. croyaient que les âmes des hommes. Ce passage restant. Je prendrai la religion de l'Egypte pour faire comprendre ma pensée. c'est que. ils remplissaient ce vide par de pures suppositions.a leur tour. où leur imagination. subinde in aliud ~nimal. comme leur science de la nature était d'ailleurs fort médiocre. reprenaient finalement la forme humaine (1). et l'air. dont l'imagination ensuite s'emparait. immédiatement après la mort. cet homme pouvait renaître dans l'hu- manité. à travers toutes les formes d'êtres que renferment la terre. entraient dans le corps de quelque animal. complètement obscur.

n'ont cru. le mal. tout leur art enfin consistait à s'échapper dans le néant. même les plus sérieux et les plus philosophiques. les Perses. renaitre sur la terre. toutes les suppositions étaient admises et épuisées. pour ce vuigaire des hommes. les autres hommes res- taient soumis à la renaissance dans la vie. leurs austérités. un mal éternel et sans remède.talité dans la renaissance sur la terre au sein de l'humanité. au sein de ['humanité vivante. pour les mounis indiens. c'est-à-dire anéantis. ils faisaient. Plus ils étaient pénétrés de la vie éternelle. aspiraient après l'anéantissement. les Thraces. à sortir de la vie par une mort véritable. leur paradis (. plus ils travaillaientcouquérir la mort. La nature. Il fallait donc s'éiancer~ au ciel de Brahma encore là avait-on une dernière renais- sance sur la terre a subir. pour ainsi dire. le péché. Mais. et leur mythologie céleste. Cela est facile à com- prendre la terre leur paraissant à jamais condamnée au mai. de la vie la mort. comme les Indiens et les Égyptiens. De là la métempsychose si largement développée des Indiens. conformément au sentiment naturel qui avait inspiré aux Indiens leur idée de la vie éternelle. n'ayant pas l'idéal du progrès. la réalité. ne pouvait être qu'une punition. Mais le nH'aMm<7 ou i'anéantisse- ment au sein de i'Ëtf'e Infini était le but promis an sage par- venu à la vertu suprême et à la science de l'absolu. les Juifs. Leur science. et toutes ces autres imaginations absurdes qui remplissent à profusion leurs poèmes et tous leurs livres. leur ciel de Brahma. la souffrance. étant. leur enfer (le séjour d'ï~nKa). à l'im- . Et néanmoins leurs sages. les Gaulois. De ia un exil volontaire du sage hors de la vie. Les Chaidéens. Les sages ainsi sauvés.~ar~tt). parce que la vie était le mal. et de la mort la vie. leur ciel d'Indra.

si. et que l'humanité. Faut. qu'en concevant cette immortalité dans la vie par la transmigration. à la suite de certaines sectes persanes et juives. toujours l'imagination s'est vue contrainte à reproduire dans ces demeures chimériques une image de l'humanité. Ils imaginaient bien que la nature et la vie. cesseraient. fondement angulaire de la foi de S. dans toute la profondeur de leur pensée. comme de celle des Indiens et des Égyptiens. En outre. . cette t'&MrrM'<f)t. prêcher la fin du monde. Quelque effort que l'imagination ait pu faire pour con- stituer des paradis et des enfers à part de la nature et de la vie. laissant la tradition générale des peuples. et que l'idéal du progrès ne les éclairait pas. Ce temps de rN'/rat'c/M'. du même coup. ils voyaient les morts sortir du tombeau sous forme humaine. telles qu'elles nous apparaissent. nous interrogeons. Le fonds de leur croyance. Pierre. s'arrêterait dans ses transformations mais. et de rester unis à l'humanité pour nous perfectionner avec elle. tant il est vrai que notre destinée est d'être hommes.mortalité. vie future de l'homme et hu- manité. Ils n'ont dévié de cette croyance que comme les Indiens et les Egyptiens.MM~n~ comme parle S. c'était encore l'hu- manité.. parce que le lien qui unit l'homme à l'humanité ne leur était qu'im- parfaitement connu. Les Chrétiens eux-mêmes. quand ils sont venus. c'était donc encore la nature et la vie. a toujours été la re- naissance au sein de l'humanité. n'ont-ils pas imaginé la résurrection des corps! preuve sans réplique qu'il n'avaient pu parvenir à séparer ces deux idées inséparables.f. et la terre renaissait pour devenir le paradis. par con- séquent.

sont incontestable- ment Pythagore. plus je me persuade que Jésus n'avait pas compris le ciel autrement que Pythagore et Platon. en effet. c'est l'erreur et. Je dis donc et je vais démontrer qu'au fond de toutes les traditions religieuses de l'humanité. on retrouve. Or Pythagore a enseigné le dogme de cette immortalité. Platon. pour notre Occident.les hommes qui ont le plus influencé l'esprit humain sous ce rapport. au milieu de quelques hésitations inspirées par son goût de science et de poésie. le sentiment de l'immortalité au sein de l'hu- manité. Je dis que les para3is et les enfers à part de la nature et de la vie ne sont qu'une hérésie dans la tradition humaine. avec le sentiment de l'immortalité. Ce n'est donc pas l'in- spiration vraie de Jésus. Plus. si l'on veut. Enfin Jésus ne me paraît pas avoir pensé autrement que Pythagore et que Platon. malgré ce qu'on dit ordinairement de lui. précisément parce que ce sont ceux qui ont eu le plus de lumière. Platon. nous trouvons que ces hom- mes. a enseigné le même dogme. la folie des hommes qui a créé le paradis et l'enfer du Christianisme. Ces hommes. je lis l'Évangile. Jésus-Christ. ont néanmoins incliné avec certitude vers l'opinion de la vie éternelle continuée dans l'humanité. L <66 . que ce dogme. sans avoir montré il cet égard une certitude complète. et n'a enseigné. ou. qui ont reçu d'en haut )e plus de lumière sur ce point. dans tous les temps et chez tous les peuples. à bien des égards.

soit le passage dans des paradis. je dis que ce fut toujours là le point capital de leurs divers systèmes. et des purgatoires. . enfin. des enfers. Je dis. que l'idée des anciens a été MtM'frM//f!MM!t que l'homme renaissait dans l'humanité. et que ce ne fut jamais que secondairement qu'ils embrassèrent soit la métempsychose indéterminée à travers les diverses formes d'êtres qui remplissent l'univers.

le poète théotogicn que les premiers Chrétiens admettaient \o)ontiers pour inspiré. qu'ils plaçaient au ra~g des sibyUes et des prophètes. elle était~eneore toute vivante. Virgile a résumé. et que Dante. dans uu admirable morceau. L'Egypte n'était pas encore citée de son temps sous le mystère de ses hiérog)yphes. par un symbote plein de vérité. prend pour son introduc- teur dans le paradis. Je dis de toute l'antiquité. En effet ce poète vivait dans l'âge le plus éclaire. )) avait à sa disposition tout ce que l'on savait de t'Inde. PREUVE FAKVntGILE. mais étaient interrogées et scrutées avec une curiosité inquiète. CHAPITRE DEUXIÈME. mais elle n'é- . au moyen-âge. de- puis tant de siècles. dans lesquels se conservait. les opinions de toute t'autiqnité sur ce sujet de la vie future. et au moment où le Paganisme encore flo- rissant allait céder au Christianisme à une époque où tou- tes les traditions subsistaient encore avec autorité. I[ s'était fait de cœur disciple de l'école de Py- thagore et de Platon. Il était initié aux mystères. Virgile. le sens du Polythéisme et de l'ancienne théoiogie. je ne dis pas seulement des Grecs et des Romains. tout ce qui en avait pénétré en Crèce par l'expédition d'A)exandre et par les voyages.

Yir- gi)e. le plus érudit peut-être de cet âge d'érudition. en effet. Telle a été. une des âmes tes plus religieuses et les plus saintes qui aient éclairé l'humanité. <t . en enct. son sixième livre de l'~nri~e. je le répète. soit de l'Étrurie et de la Grande-Grèce. sur la vie future. le rêve isolé d'un poète. Or donc à cette époque où Rome. n'avait épargné aucun soin pour re- trouver tous les vestiges de l'Italie primitive. vient lire à Auguste. Et c'est Virgile. prétendait se résumer et se constituer dans J'Empire. Évidemment c'est l'antiquité qui parle par sa bouche. Et sur quoi roule ce sixième livre de l'épopée nationale? Sur la religion. mais un de ces symboles immortels de foi que l'humanité profère par la bouche d'ut) homme choisi et prédestiné pour être son or- gane ? Ce morceau mémorable enseigne positivement. qui porte la parole. l'opinion orthodoxe de toute l'anti- quité. Enfin. soit de Rome même. l'em- pereur. sur Dieu. Les destins de Rome sont là mciés et identifiés avec la religion même.tait plus concentrée ses savants avaient reuué dans la Grèce et dans l'Italie. savoir que les hommes revivent dans l'humanité. le poète de Rome. la vérité que nous soutenons ici. et Rome puisait a profusion dans les biblio- thèques d'Alexandrie. c'est-à-dire le monde. Que dit donc ce morceau mémorable. comme il s'était enquis des moindres détails de faits ou de lieux qui se rapportaient à son poème. et pour lequel les Chrétiens eux-mêmes ont toujours professé une admira- tion profonde. non une oeuvre individuelle. il avait dû interroger les traditions des antiques religions italiennes. sous de poétiques voiles. le César. et. sentant bien que c'était là. Virgile. que les âges venus ensuite ont toujours contemplé avec respect.

que tout phitosophe distingue en effet en nous dans la vie présente. HM~ et vacua. ainsi qu'une multitude d'autres que je pourrais citer. et guidé par la Sibylle de Cumes.perumbram. l'état de mani- festation. . Tous les orientalistes savent aujourd'hui que la phi- tosopuic du Sankhya et des Bouddhistes repose uniquement sur cette formule du plein et du vide. PerquedomosDitis~acuas. descend au royaume des morts tbantobscuri. dans tes pa- lais du cide. Et j'ai montré ailleurs comment les termes de MMnya. ont constamment été désignés en Orient par les mots de vide et de plein.so)âsubnocte. Les métaphysiciens de l'Orient ont toujours distingué avec raison deux états de l'être l'état de manifestation. Ils s'avançaient obscurs. Ces deux vers. Ënée. parlant de l'état où était la terre avant la créa- tion divine. Ces deux états. et qui re- viennent à I'y!M~ et au visible. dans les vains ro) aames. et de nirvritti. (<) Voyez l'article Co'itcm~ de rjSncyf/ppe~M'ttpMM~f. sous la nuit solitaire. correspondent parfaitement aux termes des Védantins qui appellènt ces deux états de virtualité et de manifestation yoga et !<«!' (1). l'état de vide. et l'état virtuel ou latent. des Bouddhistes et des philosophes du Sankhya. à travers l'ombre. constituant les deux états de t'être. prouvent d'abord l'idée que Virgile et toute l'antiquité se faisaient de cette existence en dehors de la nature et de la réatité. dit qu'elle était à l'état de vacuité. Ce n'était que l'existence du vide. armé du rameau d'or.et inania regna. La BiMe juive.

dans la vie réelle.V. après lequel l'être renaîtra de nouveau a la vie véritable. c'est-à-dire. Aussi Éuée. les morts. Ëtysces que des ombres. sentant bien en elle son état de virtualité. tandis qu'au fond son essence est d'être virtuelle. qui a laissé écouler la matière qu'il renfermait. comme dit Apollonius de Tyane (1). C'est en effet ta ce que nous allons voir enseigné de la façon la plus po- sitive d~ns la suite de ce morceau. Cette permanence de l'être dans les Champs Ë)ysées n'est donc qu'un état d'at- tente. Après avoir traversé le Styx. quoique vivant néanmoins en tant qu'essences. un passage qui n'a pour but que d'amener un cer- tain oubli. C'était le vase. pour employer les termes orientaux.chop. l'âme passe conti- nuellement d'une manifestation à une autre. qui reprendra un jour cette même matière dont il est vide maintenant. mais recouvrant pour ainsi dire de manifestations toujours nouvelles cette puissance d'être qui cause l'être. sans avoir la vie. mais qui n'en subsiste pas moins. au contraire. Ces êtres vides étaient nommés ombres. . et se montrant toujours ainsià l'état de plein ou de visible. comme une certaine capacité déterminée et éternelle. étaient des essences (eujMi) qui avaient passé de t'état de manifestation à ]'êtat de pure virtualité sans manifestation. en reprenant une forme nouvelle. dans son voyage. ne rencontre à travers les Champs c'est-à-dire des êtres privés de la vie véritable. n'ont que l'essence de la vie. Au lieu donc que. de l'état de plein à l'état de vide. Les morts donc. suivant les anciens. il leur manque la puissance de se manifester. Ënée parcourt une longue (l)Voy€i:ptusk)hi. vide ou invisible.

et à des jeux tels qu'elles en avaient sur la terre Pars in gramineis exercent membra palmstris. Énée n'entre pas dans le Tartare. air plus par re\r~L les clnamps d'une lumière de pomqnre. d'aubcs forment des c~murs de danse. sedesqae beatas. C'est le séjour de ceux qui n'ont mérité ni les Champs Ëlysées ni le Tartare. Puis s'ouvrent deux routes à droite sont les élus.etc. il se contente de représenter ces âmes comme livrées à un doux loisir. sans autre existence qu'nne possibilité d'être. en atten- dant la renaissance. Largior hic campus . dans les Champs Ëtysécs. aux doux ombrages des bois fortunés. nu Ils paninrctit aux lieux d'allégresse. . aux places heureuses. elles reproduisent servile- ment leur existence antérieure. sulemque snum sua sidera uurunt. Aussi Virgile se donne-t-il peu de peine pour décrire cette béatitude. un état de pure virtualité.avenue. seulement la Sibylle lui en fait la description. Ces lieux ont leur soleil et des astres en rapport aveu ce soleil. que le poète appelle le vestibule du palais de Pluton. Pars pedibus pidndunt choreas. Jusqu'au moment où elles vivront de nouveau. se livrent à différents jeux. Mais qu'est-ce que cette existence des ombres les plus heureuses? C'est. Contendunt ludo. etc. Les uns sur les gazons s'exercent à la palestre. Nous voilà dans le Paradis des anciens. Ces ombres sont de pures ombres. et tuba juctantur arena.aaluer et lumine veslit Yurpureo. à gauche les réprouvés dans le Tartare. n~q luttet~t sur l'ani:ne. comme je l'ai déjà dit. Mais il pénètre dans les Champs Ëiysées: Devenere locos la'tos et am~ena vil-cta h'ortuuatnrum oemorum. et cliautent des ~Ct8. et carmina dicunt.

vient l*c\pïication de lotis ces ta))tean\ par oit l'imagiuation <tu poète nous a promenés. nous habitons dans les bois épais. Le disciple d'Orpiiee sert de guide . en vaiu saisic. 1 ataquc. munusque. lui répond que les ombres n'ont pas de demeure assignée Nulli certa domus: lucis habitamus opacis. Hipammque toros et prata recentia mis is Jucolimus. tcurs vertus. parmi elles.¡¡lion verdoyant. tcutsctptoits. son père Anchise. moresque. Eulin vient la doctrine. lents fû) tunes diverses. 'fnois ~tL'ppeses Gnis il veut le senrer ses bras. il passait fn revue la foule de ses descendants. charosque nepotes. pareille aux ~et))8 légers. fimage mains. par le\ ¡bu" ventis. forHuMsquc ~irum. Musée. iolticriqtte simillima sunmn. Aucldse aloi s se plaisaità considérer. sa postCrité si chère à ~on cœur les destins de tou~ cestteios.la lumicre. et nous prenons pour couches le bord des ru~seau\ et les prairies.. 'Cen frustra comprensa 1n<lllllS f'lJugit imago. l'élève d'Orphée. Énée demande à ces âmes où se trouve. bois foi. au fond d'iiii . Lustrolml studio recolens oumemquesuorum Forte rccensebat numeram.des âmes t~-nnics j et destinées re~ou. les conduit vers Anchise At pater Anchises penitus couvalle tirenfi ïnchisjs animas. .'t ~nee et a la prê- et tresse. Aucun de nous n'ade demeure fixe. hnëc veut embrasser son père mais ce n'est qu'une omhre qui échappeses caresses Ter cnudtus ibi conn darc brachia circu])). supcrumque ad limen itmas. Dans son esprit. et semblable à on songe qui s'é- anouit.

Non lamen onme rnalum 1Oiseris.. atque <lUi ar silIlJll1Lis igueul. LMha'umqne. et magno se coi-porc miscet. Lethæi ad tluminis undam Sectuos latires et longa ublivia potant. Ey0 exereciitur pœnis.cum ad flmil1m Deus etucat agnune Ula~no. 'l'crrcnirltle hebetant ai tas. potitusfpiE' ncccsse est Multa (Iiii concl'cta modis inolescere iiiiils. strepit omnis murmure campus. Lctln. mm ibulillaque memhra. quantum non nuxia cnrpmail tardant.. camposque liquentes.manes. peifecto tempolisis oïbc. Spiritus inhas aJ1t.atqueordine sioguta pandit. On't\ES. Quive vin tanto coiapïetmt asmine lipas. lotamque infusa per mtus Mens agitat nolem.ct(. et pauci la!la an-a lcnemU5 Doncc longa dies. volantum. ac tenas. dotent. atque ordine singula pandit. quæ sùtt ca t1umina pOIrO. Quisque suos patimut. anmem. et virgulta sonantia sylvis.lm volvcle per alinos. Igneus est ollis vignr et cmlestis origo Seminibus. gaudentque. Alia panduntur inanes Suspens-ie ad rentes. nec funditus omnes Cctpur<'a' e\cpd)U)t pestes. Quin et snprcmo cum lumine vita rcliquit. Lacentemque glubum Luuæ. Ac. .1. dumns placidas qui pmnatat. a]tis sub guigite \asto Infectum eluitur scelus. pIllUlI1({IJC 1'P1iqllit Æll1ellUlIl sensnm. lia. caUS<lsque requirit Inscius Æneas.teneboj S'. ubi mille l'Ol. Inde hmninnm penarluntque ~. 0 pater. ubi apcs sestate socna Floribus insidunt valüs."C tcncbris et emrsne caco.Virgile se fait philosophe sans cesser d'être poète. que nous allons entendre zillégoriser Interea videt ~Eneas m vaite reducta SecJusum nemus. Hune circum innumerm gentcs poptiliqtie volabajit.l'umqne malorum Supplicia expeodunt. TUlll pater Auchises Anim~ quibus altera ratu C0I1JOI"a dcLentur.q. clflUS. Exinde per amp~um Mittnnur E1)siuw. Has equidem memorare libi atque ostendere coram. Titamaque astra. veluti in pratis. malmnrco fcrt monslra suh artnore puutas.JhrIn. ou Pythagore. lIorrescit visu subito. Cuueetant rxemit l. Bine ll1ctuunt. et candida citcnm Lilia funduutur. Jampridem hanc prolem cupio enumerare meorum Quo niagis ltalia mecum laaere l'epel La. neque auras Dispidunt. Scilicet immcmores supcra ut come~a revisanl. anne ahquds ad cmlmn hinc ire putandum est Sublimes animas.scipll Anchises.e Lt tlna·. Cmpara? Qns ]Uc1¡' miscris taro dira cupido -Dicamequidem. iterumque in ta'-tta re~erti mi. aut exulltur i~ni. et c'est maintenant Platon..

mifie tou'eiala masse. terrestre.souillmcduoime est purgée sott&icgoniH-e des C!lUX. elles la nous avait laissée l'existence. face de]a terre. le soleil et les astres.des peuples innombrables. dans un beau jour d'été.-Apnès itoii.)':Jnt perdu le souvenir. RursusctincipianthtcorporaveUcre~erti. et. fré- mit. et s'unit à tout le grand corps. · Comentustranit in medios. renfenne l'océan. unde omnes longo ordine possit Ad~ersos ]egere. sous son niveau de marbre. répondant à leur onigine céleste. et. Ces semences ont une foice ignée. et le fleuve Lethê qui baigne les contins des demeures heureuses.'t cette ne. pour les autres. et venientum discere ~uJtus. DelaFespecedes hommes. ou ténèbres se et dans leur obscure ne rrgalù<:nt pas la lumière. les campa- gnes liquides. sont dus d'autres corps. Après cela nous sommfs émules dansie~aste Elysée. et il lui expose chaque chose avec ordre. dans leur fonle btuyante.afin cst-itcioyable cites encore plus avecmoi d'avoir homé l'Italie.t rt com- mencentvouloir rrtnmucr dans des emps. rame une empreinte qui n'afait que Ctoitre d'une étrange façon a~cc)a durée de lemsanficns son existence pour mefnik. le g)obebrinantdeiala lune. et occupe un teitre d'où d puisse les voir ~cnir et distinguer leurs t'. et ont laissé .où bien peu occupent les heuiensesdememdes champs fortunés. Dieu les appelle toutes en foule. et l)Unies ponr lems anciens méfaits. enferméesqu'eUes c]aignent ou déshent. Et tumulum capit.boisent dans J'ondedules âmes qui. je vais t'cxptiquerce fjuctn ne comprends pas. l'e&put (la vie) athnente intëtieurfmpntlecid.ainsi liailé. et les espèces animales. comme dansles et se veraext sur les abeilles. F. ttnbamque sonantem. Dans leur état dc vide. tquis un nombre d'années révolues. et t'ame. en lui restituant son sentiment cthereen et son essence divine. A~ant tout. ou enlevée par le feu. Ces Dans doncétat âmes leur sontdécide. les indiquer à tesencore plusmec moi d'avoirtoi la suite de ma postérité.se v er- sant dans tous les membres. la terre. et les et êtres éha nges que. mon père.1. ainsi J'air résonne du bourdonnement des ombres.). unaque Sih)l1all1. Lorsque mille ansse sont ainsi écoulés dans ce séjour. entourés œune forêt d'arbn isseauc retentissants. répond Anchise. tant que des composés terrestres et des membres mortels ne l'l'moussent pas. et quels sont ces hommes qui ont couvert ses rives d'une si à grandecorps. et cunsente à se char- ger de nouveau du puids et des liens du corps!* Quel amour insensÈ de fa vie égare ces nndhemeux!–Sans te tenir en suspens. Jumiere. et les oiseaux de. Cependant Ënee oit. et ait tendu l'ame à sa pumté. tout mal ne cesse pas poul'ellcs. ait effacé la tache accnmulée une afin qU". Voilà la plus pure essence des doctrines antiques sur la ~ic . veuille rctourner d'ici sur la tene. bohent dans l'onde du fleme LHhé le calme de l'ignorance el uu profond oubli. je désire te les feire remarquer. Chacun de nous souffre divet seumut dans ses niàiics.nts. car ces taches se sont accumulées avec le temps. .ft!lé. Delmis longtemps. vo]aient des abcines. De là tient que les âmes. est-il enoyable que quelque âme il'élite. par le destin. Autour de ce neu\e. un groupe isolé de grands mbres. demande la cause de ce prodige quel est ce fleuve qui s'étend au loin.i'air. enfermées queelles sunt dans les ténèbres et dans lenr obscure prison. les anes sont ]i<recslivrées au suullle au souuÏG (les vents. ainsi unies aux ta pas coips.née. i 100squ'à lem deruine heurela vie les a abandonnées. Il y a plus. tant que des emps des- tructifs de cette force ne l'alPaiblissent pas. au point où la vallée se resserre. soumiseslesà unes des clJâtiments. et nousyrestons jusqu'àceque le temps. au bord dn IlewT. plein d'étonnement. se sont dans les plaignent. Dixerat Anchisesj natumque. Anchise conduit son ii)s et la S!by!!c au mHien de ces ombres. et toutes les trlchescofJJOrelles ne sont pas entière- ment effacées. se posent sur des fleurs et se vef/tent sur les lys.

distingués en espèces. l'esprit. liv..« Que le Brahmane réitéchisse » avec l'application (~esprit la plus exclusive sur l'essence )) subtile et indi~ isibtc de i'Ame Suprême. '"Se. Ces deux grands principes de l'immanence de Dieu au sein de toute créature. Ml. et de l'éternité en Dieu de toute créature. par émanation. L'univers repose dans x )'Ame Suprême. que Virgile. disent aussi les Indiens. dit. et sur son existence :) dans les corps des êtres les plus élevés et les plus bas (3).. H est la vie absolue. tous les êtres émanent de lui. Ce n'était pas la première fois. l'esprit.. est l'assemblage des Dieux. et ~<M. (4) Ibid. les différents êtres créés. d'innombrables prin- cipcs vitaux qui communiquent sans cesse le mouvement » aux créatures des divers ordres (~). et ce qui n'est pas lui ou de lui n'est pas. (3) . c'est l'Ame qui produit la série des actes accomplis par les êtres animés (1). « De la substance ode cette Ame Suprême. ~"x". dans ses poèmes. dit Ma- ttiou. s!.. y)ara!)M. il est t'amc. Premièrement. De cette Ame unherscUe résuiteut.future. Dieu. étaient si profon- (i) Lot ffe~mmf.. « L'Ame. 135. (2) 7M.M. l'âme. C'est l'Ame ou la Grande Ame des philosophes de t'Indc. exposait cette théologie. ou de mens. Virgile le désigne sous les noms d'animus. 15. comme les étijiccttes du feu. M. si. est la source de tous les êtres. Il est. Virgile. lt9. )h. . Ce morceau renferme en effet tous les grands traits de la vérité. et il est encore la vie par émanation. au surplus. XII. s'échap- f pent. et sont de sa substance en tant que vie. si. M. tit. d.mH ou simplement a<~f.«Que l'homme recon- naisse dans sa propre âme l'Ame Suprême présente dans toutes les créatures (2).

mais. Rien ne memt tout ce qui rit re- monte rers les étoiles. m. sed rira volare Sideris iu nnmernm. Tirgiie se borne à cette assertion dans les ~or- ~<yMf.<. n'était qu'un trait. Sur ce qu'on appelle la mort. succedene cmlo. il explique. . Seilicet hue reddi deinde. Dieu est sur toute la terre. dans toute la profondeur des cieux. par Jupiter. et rentre dans le ciel Dans ce passage des C~M'~Mf~ remonter vers les etoiies. re- tourner à ce Dieu qui est partout. dans tes ~Mco/~M<'<. car tout est plein de Jupiter. vers (<) ~do~. Et c'est en lui aus. ceelumqne profun<lam. ~enlls omne ferarum.dément gravés dans son âme. alqne ait. comment se fait ce retour vers Dieu. dans les Géorgiques (2). tractusque maris. nec morti esse locum. Commençons. c'est évidemment. et que tout vient se résoudre. dans toutes les mers. tout ttre eodin qui vient la vie. Mus~e Jo~is omnia plena. C'est en lui que les animaux de tous genres et les hommes. il s'écrie (1) Ab Jove principium.iv. r~ Ce il prélude à l'exposition plus développée qu'il fera dans Deum namque ire per omnes Terrasque.i que tout être retourne. dans tous tes cieux. puisent leur faible existence. Ilinc pecitd~. qu'il y revient toujours dans ses chants. ac resoluta referri Oronia. Muses. Quemque siLi tenues nascentem arcesse~e viLas. rentrer dans le ciel. dans toutes les mers. Déjà. (2)Lh. ainsi que nous ve- nons de le voir. mais dans )'7fHf'!</f. pour Virgile.rmenta viros. Ses trois œuvres sont élément marquées de ce cachet philosophique. sur toute la terre.

et re- prennent leur nature d'émanation divine rElLerium sensum. donc vivre au futur pour J'homme sera encore être homme. Virgile exclut néanmoins toute idée de transformation d'une espèce dans une autre. tont en admettant un temps d'expiation et de purgation pour l'âme sous la forme de tMa/:M. C'est la vie dans la nature qu'il sent éternelle. c'est être homme.dans)'eau. il repousse la mé- tempsychose indéterminée. Dans son sen- timent. retour qui sera suivi de manifestations nouvelles. de même qu'il repousse également la permanence d'une vie bcnreusc ou malheureuse dans un séjour particulier et isolé du monde. atque auraï simplicis ignem. vivre pour l'homme. un retour à Dieu. implicitement. et en établissant ensuite un séjour de mille ans dans les différentes régions de )'Ë)ysëe. Or. qui faisait passer J'être immain. à l'état latent. La mort donc n'est pour Vir- gile qu'un retour à l'état virtue). en tant que cet être remonte à Dieu comme il sort de Dieu. au moyen de l'exposition dans ]'air. c'est-à-dire comment les âmes se débar- rassent de la tache que leur a laissée leur existence. expiation qui se fait dans le monde visible par la sé- paration des derniers éléments terrestres'. Aussi tout t'Ëtysee de . en rapport avec les manifestations actuelles de l'être. Or il est bien remarquable que. après la mort. tont ce qui suit la mort n'a pour but que d'enacer par l'oubli la forme d'une existence. dans des formes d'animaux ou de plantes. ou dans le feu. et il sent l'être capable de manifestations ultérieures parce qu'il le sent éterncl en lui-même et dans le présent. Mais. qui ne serait pas la nature et la vie. afin de donner lieu à une autre existence.i'Ame universelle.

oblivio. la mort. ils ont rempli par une multitude de solutions absurdes le vide de la doctrine que ce sentiment leur inspirait. et les autres anciens peuples. ne se faisant pas une assez forte idée du lien divin qui unit la < vie individuelle de chaque homme à t'hnmanité. aussi bien que de toutes ces peintures allégoriques d'un ciel imagi- naire. doit être considéré comme une sorte de mythologie. la réalité. racine MO~. les Égyptiens. Let]]Tnm ad ))u~um Dcus evocat agmme magno seilicet imme. Je dis donc de nouveau et j'affirme que tout ce que tes Indiens. Virgile aboutit-il au fleuve Léthé. est le mot de toute l'énigme. le mot de ce passage d'une vie à une autre. Le Léthé. Mais. au lieu de rester dans la vérité dont ils avaient le sentiment. la terre et le ciel objectif qui l'entoure Has OM~ESt ubi mille rotam vol~t'e per annos. lavie. /<~M). après lequel reparaît la na- ture.o~. con pora vclle revcrti. c'est-à-dire l'oubli (de M~. c'cst-a-dire le sentiment de la re- naissance de l'homme individu dans l'humanité. et ne sa- chant pas borner leur curiosité ni limiter leur imagination. ont ajouté a cette idée de la renaissance on de l'immortalité dans la nature ou dans la vie. . que la connaissance de la vie éternelle a inspirée. De là les erreurs du système de la mctempsycbose. ~. mais qui est une déviation et une corruption du sentiment véritable et profond que tes anciens eux-mêmes se faisaient de cette renaissance. d'où le- </tMm. connue Platon s'est plu à en faire dans quelques-uns de ses écrits. Leur sentiment profond était celui que Virgile nous ex- pose si manifestement. en y comprenant aussi les écoles de Pythagore et de Platon.p~~a Ru)-sus ut cojivexa re~isaiit. incoj utci[)iMlHn Rursas et ûtcipiatH vcHe reverti.

D'où vient donc que ce maître de Cicéron et de Virgile est inférieur à Virgile dans les images symboliques de la vie future? D'où vient que dans le songe de Her l'Arménien (au dixième livre de la République). en effet. et au premier coup d'œit fort étrange. Il est infiniment remarquable. U est nécessaire que nous nous expliquions sur les opi- nions de Platon. CHAPITRE TROISIÈME. Deus ille noster Plato (1) il est certain que Virgile n'avait pas non plus d'autre évangile que Platon.Mt. Cicéron appelait Platon son Dieu. ait des idées plus pures que lui sur la loi des manifestations ulté- ricures de l'homme. .<'p. PREUVE PAR PLATON. voulant pourtant être poète en ces endroits de ses ouvrages. et dans plusieurs autres de ses ouvrages. Ce n'est certes pas qu'au fond Virgile ait une autre doctrine que Platon. i. que Virgile.)ib. ou raconte avec un air de foi des fables plus ou moins puériles sur le ciel et l'enfer? J'oserai dire que c'est que Platon n'était pas aussi grand poète dans un certain sens que Virgile.il n'at- (t)~/t)tic.le Phédon. et que. son disciple. il admet la mëtem- psychose dans les animaux..]V. dans.

Mais il a beau faire. dans Platon. C'est que ce qui est vrai et solide dans Platon. d'imprimer un air de philosophie et de profondeur. C'est donc. ce ne sont pas là des symboles dignes de sa doctrine. teint pas aussi bien et avec autant de justesse le symbole et l'expression allégorique de sa propre doctrine que Virgile. c'est le sentiment et l'idée ce qui est faux et faibic seule- ment. L'idée. la conviction de l'immanence de Dieu dans notre âme. puisées la plupart du temps dans des récits superstitieux qu'il avait recueillis des Égyptiens et des autres Orientaux. l'a fait dans i'nA<<e. c'est la conviction de notre immor- talité. Qu'arrive- t-il donc de ce désir de poétiser quianime Platon? I) ar- rive que ce philosophe rend sa doctrine par des fables in- complètes et vicieuses. a Dieu. Puis c'est encore la conviction du retour par ta mort de cet être à sa source. lequel était enchanté de trouver tant de superstitions grossières dans le plus su- Mime apôtre de notre immorta)ité On n'avait pas attendu jusqu'à Voltaire pour faire cette remarque et pourtant la partie vraie et solide de la doctrine de PIatou a subsisté et subsistera. Aussi a-t-on remarqué. avec raison. c'est la notion de l'être. et les conséquences légitimes qui en découlent. adéquats à sa philosophie. tout en suivant ses traces. et auxquels il s'efforce. tout en badinant et tout en les donnant jusqu'à un certain point pour des fables. dans le dernier siècle. Combien. Enfin c'est la conviction de la renaissance . les contradictions cho- quantes de plusieurs de ces ébauches de vie future qui se trouvent dans Platon. d'abord et avant tout. ces défauts de Platon ont prêté matièrel'ironie de Voltaire. c'est la poésie dont il crut nécessaire de revêtir ce sentiment et cette idée.

Ce qui se passe alors est un mystère au sein de l'infini ce qui se passe n'a pas de forme. il veut faire la physique de sa métaphysique. et qui n'a point de forme. Donc. C'est là que Platon se trompe. c'est-à-dire au passage entre la mort et la renaissance. quoiqu'au fond. au lieu de s'attacher à déterminer simplement la loi des renais- sances. il tombe nécessairement dans le mensonge et dans la fab)e. et. c'est- à-dire exposer ce qui se passe entre la cessation de nos manifestations par la mort et le retour de manifestations nouvelles par la naissance. ce qui se passe ne tombe pas dans le temps et dans l'espace.de cet être dans la nature. 177 . en rapport exact avec ses manifestations anté- rieures. il prend ces renaissances mêmes pour ce qui se passe entre la mort et ces renaissances. comme je vais le démontrer. routant néanmoins donner une forme à ce qui n'en a pas. ce qui constitue un système de peines et de ré- compenses naturelles pour ainsi dire. Voilà ce qu'on pourrait appeler l'idée chez Platon. ce qui se passe se passe en Dieu. mais qui n'en sont pas moins ( puisque la vie de l'être particulier se passe toujours en Dieu) l'effet des dispensations volontaires et positives d'un être libre et intelligent autant que juste et bon. il veut faire plus. son système métaphysique. et qu'on pourrait déclarer fatales et nécessaires. Dieu. Mais se contente-t-il d'exposer abstraitement cette doctrine? Non. Platon n'ait rien deplus solide ni qui l'inspire davantage que la 'renaissance de l'homme dans l'humanité. et de manifestations nouvelles de cet être. Même la renaissance dans l'hu- i. et ne se passe dans l'être particulier que virtuel- lement. e'est-a-dire ce qui se passe en Dieu. Platon n'est pas assez métaphysicien sur ce point. sa doctrine. il confond sur ce point l'être avec ses manifestations.

ses contradictions. 1. o Ce (1) Prmpmwt. rejetant et adoptant alternativement » les mêmes fables (1).manité. » et que je commence à réfléchir en moi-même sur l'immor- talité des âmes. Il fallait constater ce mystère et chercher seulement la ligne vraie des suites de ce mystère. et souvent.</j. comme je l'ai dit de toute l'antiquité. ) . et quidpm aepius sed np&cio quomodo.Cicéron fait dire naïvement à un des interlocuteurs de ses 7'!MCM&. devient une fable. cum posui Ubrum. écoutez. écoutez par- » ler les Grecs par la bouche de leur orateur le plus excellent » et le plus éminent. xi. qui produit mille chimères. c'est-à-dire des renaissances.tt<'Sj à qui l'on conseille de lire le Mf</Wt pour se confirmer dans la croyance aux peines et aux récompenses d'une autre tic "Je l'ai lu. ~. car elle marche de pair pour lui avec la renaissance dans le corps d'nu animal ou avec un séjour de mille ans dans les enfers. mais que lorsque j'ai fermé le livre. ( 7'usc. Il tombe dans la métempsycbose indéterminée. et en donne des descriptions qui varient d'un de ses ouvrages à un autre. ou bien il adopte l'idée des enfers. c. conçue comme il la conçoit. toute ma conviction s'évanouit (2). et iimcum i[)sc deinnnoitjtitLtteanimoj-umcœpi r c~g'tarc. t mais je ne sais comment il arrive que je suis de l'avis de a Platon lorsque je le lis. x assc"tiut-. a savoir une idée suffisante de l'être générique humanité. l'être. (2) aFtXt. s'écrie Eusëbe. ses incertitudes. Il fa))ait ne pas prétendre donner une explication finie d'un mystère qui a pour cause et pour théâtre l'infini. et n'ayant pas d'ailleurs. Platon confond ces deux séries de questions. la vraie boussole qui pourrait le diriger dans la dernière des deux. asscn)omnis H)a e!aj)itur. et du lien de l'homme individu à l'humanité. dum lego. Lurt~iy. il se livre à son imagination. meherculf'. De là ses faiblesses.j tih.

Le plus célèbre des Dialogues de Platon et celui où il . Cette élimination faite. et de lieux par- ticuliers en dehors de la nature et de la vie qu'il appelle ciel et enfer. la foi à la vie. pour ainsi dire. contre l'interprétation que nous donnons ici de la tradition sur la vie future. Il serait aisé. la plus grande et la plus importante des vérités mo- rates. tout f'Ëfy- sée de Virgile est dans Platon. des fables poétiques que Platon a semées dans ses ouvrages. Ces peintures aDégoriques du grand philosophe ont toutes été épurées. Si donc on prétendait tirer parti. c'est-à-dire par Virgile. en effet de montrer que tout ce tableau de FËiysêe de Virgile est parfaitement conforme à la doctrine de Platon. comme nous allons le montrer tout à l'heure par l'analyse du M~/ort. et en ce sens il est vrai de dire. doute après qu'on a fermé le livre tient évidemment. à l'immortalité. et que Virgile n'a eu qu'& éiaguer ceux des essais fougueux et in- complets de l'imagination de son maître qui sortaient du vrai sentiment de sa doctrine. on nous objectait que Platon parle souvent de metempsychose dans le corps des animaux. de vrai et de faux. et la plus capitale des erreurs morales. comme je viens de le faire. H en est résulté un métange inoui de bon et de mauvais. nous répondrions hardiment Ne cherchez pas le vrai symbole poétique de Platon dans Platon lui-même. cher- chez-le dans Virgile. quoiqu'en désaccord avec certains morceaux poétiques de Platon iui-méme. TRADITION. si. par le poète de ce philosophe. aux fables dont Platon a obscurci et entaché sa doctrine. la superstition. lorsque nous soutenons que toute l'antiquité n'a eu au fond que le sentiment de la renaissance de l'homme individu dans l'humanité. que ie véritable résumé poétique de Platon se trouve être le sixième livre de t'~nf.

le Phédon. s'il mêle ensuite à cette renaissance les trois autres supposi- tions. dans le P/!<!r&)~ Platon fausse ]'idée solide de la renaissance de l'homme au sein de l'hu- manité. descendent aux enfers. est. ce n'est qu'après av oir fondé sur cette renaissance sa dé- monstration même de la vie future. après cette vie. Cé- bes. Mais. L'n d'eux. et de l'absorption en Dieu. dans l'Infini. Là il n'est nullement question d'une métempsychose dans les corps des animaux il n'est nullement question non plus d'une perpétuité d'existence en dehors de la nature. Dans plusieurs autres de ses Dialogues. soit au sein de Dieu même. la trame de ce livre cé)ebre. Socrate prêt à mourir. soit dans un monde à part nommé ciel ou enfer. et Socrate lui répond que. comme les mou- nis indiens l'imaginent.traite avec le plus d'étendue cette question capitale de toute religion et de toute philosophie. de l'enfer. suivant une ancienne opi- nion. d'où elles reucnuent ensuite en ce monde . et par une sorte d'évanouissement de la créature en Dieu. l'axiome pour ainsi dire dont il s'arme dans tous ses raisonnements. Voici. les âmes. et que. en y mêlant les trois autres hypothèses de la metem- psychose dans les animaux. comme tout le monde le sait. par un retour absolu et complet à la Divinité. que cette idée est son point de départ. et surtout dans le PA<W)'~ Platon établit clairement la vraie métempsyctiose. Il est remarquable néanmoins qu'il conserve toujours comme base principale la renaissance des hommes dans l'hu- manité. console ses amis. Fimmortanté de la vie. en effet. lui dit que les hommes sont dans une terrible incerti- tude sur ce que devient l'âme après sa séparation d'avec le corps. c'est-à- dire la métempsycbose entendue comme renaissance de l'homme dans l'humanité.

Le premier est tout mé- taphysique. la renaissance en ce monde. et retournent en vie après la »mort. C'est celui que S. SOCRATE. ne voyez-vous pas que même ce que » vons semez dans la terre ne reprend poiut de vie. v. Paul. voi!a le point fixe sur lequel Socrate bâtit ensuite toute sa doctrine SOCRATE. qu'il est nécessaire de mourir pour v ivre «Insensé que vous o êtes. s'écrie S. savoir que ]a vie et la mort sont les deux faces d'une même chose. elles ne » reviendraient plus. per- » siste. C'est aussi t'argument de Socrate. 11 se sert pour cela de deux arguments. s'il ne » meurt auparavant (1). dans cet intervalle. M. elles avaient cessé d'être. ce sera une preuve » suuisante que l'âme. Cm'. Car » si.s. tS'i) est vrai que les hommes après la mort reviennent » à la vie. et va dans les enfers jusqu'au moment de !a renais- » sancc. quoiqu'il nous apparaisse à chaque instantsous une forme objective dans tous les phénomènes."JI Socrate étab)it alors que les vivants naissenl des mort. il s'ensuit nécessairement que les âmes sont dans » les enfers pendant l'intervalle d'une vie à une autre. ()) J. C'est une opinion bien ancienne que les âmes. comme nous venons de )e dire. Si donc nous voyons clairement que » les vivants ne naissent que des morts. en quit- » tant ce monde. M. . vont dans les enfers. et que de là elles re- » viennent dans ce monde. Faut a tant de fois répété.)' >~ Leretour des âmes a la vie. et avec tant d'énergie..

ressort en effet manifestement de ce combat que Socrate imagine entre l'idée de la vie et l'idée de la mort. et que les choses vivantes viennent à mourir. et la génération des contraires par les contraires. en généralisant. qui explique la vie actuelle de la nature et des êtres qui y sont renfermés par la vie antérieure. persistance et changement à la fois. qui s'engendrent mutuellement. Voita des êtres vivants actuellement. et qu'étant mort il t restât ainsi sans revivre. C'est ce que Socrate. en effet. comme nous l'avons éta- bli précédemment. en sorte qu'ils auront l'air d'être nou- veaux. et qui. il disparatt. De là ce dualisme apparent de la vie et de la mort. « Si tout ce qui vit venait à mourir. il est. tt conclut donc de ce premier argument que les êtres vivants sont engendrés à la vie par la reproduction des êtres morts SOCRATE. bien qu'ils aient déjh vécu et toujours vécu. La vie. il ne naît pas des choses vivantes. est un changement. voilà donc la vie et la mort aux prises .La vie sort de la mort. naissent l'une de l'autre. il cesse. il vit: mais en tant que changement. non pas d'autres êtres. appelle le lien des con- traires. dirions-nous. n'arriverait-il pas nécessairement que toutes choses finiraient enfin. JI y a dans la vie. mais de ces mêmes êtres qui se sont reproduits et se reproduiront éternellement sous des formes toujours nouvelles. tout opposées qu'elles soient. n'est-il pas absolument impossible que toutes choses ne soient enfin absorbées par la mort et entière- ment anéanties?'» Ce premier argument. il meurt. des choses mortes. En tant que persistance. l'être se continue identique à lui- même. et qu'il n'y aurait plus x rien qui vécut? Car si.

et qui sans doute aussi avait lu Platon aVivre entraîne mourir. c'est-à-dire les mêmes êtres qui existaient avant la mort. Ce qui existe réellement. ce n'est qu'une conception négative occasionée par l'idée même de la vie. et qui est encore les mêmes eaux. où est ton aiguillon (1) . qui avait la même doctrine. 95. c'est-à-dire ce qui a vie.qui triomphera? est-ce la vie. le contraire apparent de la vie. c'est-à-dire de la mort. résulte de la vie même. c'est la vie. c'est t'être. ce qui emporte que ceux qui vivront un jour seront ceux qui Utent (~) A 6'm\. ou. après avoir quelque temps caché ses eaux sous la terre. tandis que le corps fait l'ombre. qui ne se manifeste qu'en don- nant lieu à une dualité.) foire. mais changées d'aspect et de forme. sous un autre ciel et ainsi la vie triomphe de la mort. renaît la vie et toujours la même vie. reparaît à la surface. ne vivait pas éternellement sous l'ombre pour ainsi dire de ses métempsychoses. Paul. sans laquelle la vie ne peut pas se manifester. ô Mort. semblables à un fleuve qui. donc. par une nécessité de l'être. et réellcment la mort n'est pas. c'est-à-dire à l'existence relative de la mort sorte de contraste et d'ombre de la vie. La mort. ce n'est pas la mort. n'est- il pas évident que la mort triompherait après l'épuisement de tous les êtres qui ont vie? Mais. Mais de même que l'ombre ne fait pas le corps. ce n'est pas le néant. de même la mort n'est que l'ombre de la vie et il faut dire avec S. entre des rites nouvelles. du contraire apparent de la vie. û Mort. en d'autres termes. que les êtres actuellement vivants ont déjà \ecu. . ou la négation de la tic? Si t'être.< Le second argument qu'emploie Socrate pour prouver que les vivants naissent des morts. où est ta \ic- .

il la rappelle ici par la bouche d'un des interlocu- teurs de Socrate C~BtS. II est certain y qu'il M?! re/OMr à » la vie.» On voit. savoir que tout ce que nous apprenons n'est que o réminiscence. est tiré de l'observation et de l'empirisme. Car si ce principe est vrai. Cébès. j'espère. . C'est cette remarque que l'on peut faire sur tous les enfants. comme je l'ai annoncé. et que nous ne nous sommes pas trompés quand » nous les avons reçues. et en général sur tous les êtres. Il est certain que les vivants H<ï!M<'t)< des morts. si notre âme n'existe pas avant que de ve- < nir sous notre forme actuelle.aujourd'hui. cette doctrine de la réminiscence dans le ~t0~. est encore une suite né- » cessaire d'un autre principe que je vous ai entendu souvent » poser. Platon avait déjà établi. Socrate. Donc notre âme est quelque »chose d'immortel. que la base de tout le Phédon est le sentiment de la persistance des êtres d'une vie à une autre. il faut de toute < nécessité que nous ayons appris dans une vie antérieure les »choses dont nous nous ressouvenons dans celle-ci et cela » est impossible. d'une façon admirable. mais toujours dans la nature. «D me semble. Ce que vous dites là. qu'on ne peut rien opposer à ces » vérités. et que c'est bien réellement sur le sentiment intime de cette méri- té que Socrate établit sa doctrine d'immortalité: SOCRATE. qu'ils arrivent au monde avec une telle prédisposition qu'ils semblent plutôt se rap- peler que commencer à vivre.

l'être en un mot. c'est-à-dire à la matière. It devient donc. L'invisible. Il prouve d'abord notre éternité et la divinité de notre nature. c'est-à-dire à entasser toutes les suppositions possibles sur la vie au sein de t'imisibtc après la mort. qui n'est à l'être que l'ombre de l'être. les bonnes âmes c <Mm~ comparativement mieux et les méchants plus ??< » De ces prémisses qu'y avait-il à conclure? On pouvait '1° s'élever a des considérations sur la nature même de l'âme et sur son essence 2° se livrer à des suppositions sur son existence après la mort. C'est encore une partie sublime et solide a jamais de ce bel ouvrage. il se plaît à faire le poète. Tout ce que le matérialisme a pu ou pour- ra amasser de plus spécieux contre l'immortalité et la di- vinité de l'être est combattu là. obligé qu'il est nécessairement de donner des fables pour des vérités. en tant qu'invisible. avec son infini virtuel. en assimilant l'être à la forme de l'être. Le divin. Enfin <!?KC~ »il est certain qu'à ce retour à la vie. c'est-à-dire sur le mode du re- tour de cette âme à la vie. et foudroyé. C'est ce que Socrate fait en effet dans la suite de ce Dialogue. bien que l'être soit immortel par tui-même. par des raisons que rien ne saurait ni combattre ni ébranler. puisé en Dieu. en cela. Mais Platon n'est pas aussi heureux quand il traite le der- nier point. sort triomphant de toutes les objections que la phy- sique peut faire. n'a point de . Au lieu d'admettre que la renaissance dans la vie est la seule manifestation ultérieure de l'être. t'in- visible.» Il est certain que les des morts existent. t'ëmute du vulgaire. en effet.

et Dieu n'a pour but. Dieu n'a pas besoin de cela pour le punir. parce qu'il s'agit d'un état qui a lieu au sein de l'infini. pour trouver une autre lumière. Il y a là un mystère insondable. c'est-à-dire de cet infinivir- tuei où la mort nous fait rentrer. à la mort. au grade d'homme. Il n'y a donc pas d'enfer. et notre existence ultérieure est en parfait rapport avec notre vie précédente. Néanmoins il y a peine et récom- pense. queie per- . est un progrès vers Dieu. dans la condition des brutes. savoir la renaissance dans ia vie ? C'est que l'idée du progrès des créatures et de leur per- fectibilité croissante au sein de t'Être Infini manquaità Pla- ton. qu'il ne trouve pas. Platon est obligé.)eperfectionu)'r. comme le vulgaire le croit. dans toutes ses punitions. nous revenons à la vie. n'a pas de forme. il est dans la vie.que le punir ainsi. rentre en Dieu. et aussi- tôt que l'invisible a une forme. Car du sein de Dieu. quelles que soient ses fautes. en passant à l'état purement virtuel. dans cet état. comme à toute l'antiquité. en même temps qu'elle est la punition de nos crimes et de nos pecbes.ne retombe pas. cette nouvelle existence. dans ]a nature. car ce ne serait past'an)ender. dans la réalité.i'eiever. un perfcetionnentent. Seulement.L'etreeieveatadignited'homme. Au lieu de dire L'être. c'est que t'être.forme? et n'est ni dans le temps ni dans J'espace.dans J'échelle des êtres. de s'égarer dans un labyrinthe. Privé de cette lumière. Pourquoi donc Platon a-t-il recours à ces diverses suppo- sitions qu'il fait sur ce qu'il appelle les enfers. et pourquoi ne s'attache-t-i) pas uniquement à la vérité qui l'avait d'a- bord dirigé. Mais ce qui est cer- tain. n'est ni dans le temps ni dans l'espace. à l'état d'être sans mani- festation. une amélioration de notre être.

mais uniquement le passé. par conséquent. et. Dieu est continuellement . Il est donc conduit. Dieu n'est pas destructeur. et non en vue du perfectionne- ment général. ne livre pas les âmes coupables au feu et a la g)ace des Phtégéton et des Cocyte rêtés par les poètes. considérés dans leur existence antérieure. n'a pas en vue l'a- venir. et ne tend pas. suivant lui. Dieu ne ferait-il pas une brute insensée. soit du monde. Il ne titre donc pas !'être à la matiÈre. de lui infliger un châtiment qui J'amende. de même. ou pourquoi ne livrerait-il pas cette créature qu'on appelle un homme à la matière et aux forces destructives des éléments? Non. La peine et la récompense. Dieu. de raisonner ainsi. ne pe- sant qu'un seul chaînon de t'existence de cette créature. que ces êtres mêmes. en vue de ces êtres mêmes conçus sans idée de perfectionnement dans toute la série de leurs vies. ou des créatures. soit par la récompense. d'un homme. et la perfectionne. ne voit aucun but aux renaissances des êtres.fectionnement des êtres. soit par la peine. » Au lieu dis-je. dans sa distribution hypothétique des peines et des récompenses. soit de ces êtres particu- liers. à transformer ce passé en avenir. au lieu de peser la destinée entière d'une créature. ou des êtres les plus inférieurs de la création. dans ses jugements. Car la balancc qu'il met dans la main de Dieu. t'éctaire. s'il en est ainsi. Dieu n'a créé la matière que parce que la matière devait accompagner l'existence des êtres individuels. pour faire de l'être la proie de la ma- tière. Féiëve. il s'ensuit que Dieu. sont donc données à ces êtres. n'ayant pas l'idée du perfectionnement des créatures. Pourquoi donc. Platon. à des suppositions tout di fait grossières et matérielles.

afin de les punir. Ce juge qui punit pour punir. En effet. qu'un destructeur? On se demande avec effroi pourquoi Platon. ou livre un homme à des flammes éternelles. les uns pratiquent la vertu. Mais Platon. s'il eût admis ostensiblement cette dualité d'Ormuzd et d'Ahriman. H faut qu'il y ait réparation le sentiment le crie. égal de Dieu? Je sais qu'il y a dans ses ouvrages des traces de cette doctrine des deux principes. ce qui a forcé Platon a s'égarer dans ce labyrinthe. il n'avait pas l'idée du progrès et de la perfectibihté des créa- tures au sein de Dieu. fait de Dieu un destructeur. en effet. qui d'un homme fait une brute. faute d'avoir l'idée du progrès et de la perfectibinté. les oppresseurs de leurs frères. qui admet sous le nom de justice une telle destruction. je le répète. la raison le proclame. Mais comment justice se ferait-elle par la renais- sance dans la vie? Ces méchants revenant (tans la vie seront encore les tyrans du monde. et s'y verra toujours. et supposer néanmoins que ce Dieu tout-puissant. c'est que. voita devant Platon le genre humain et parmi ces hommes. Ce monde n'est pas . tandis que n'admettre qu'un seul Dieu. et infiniment bon. H était donc enfenné dans un cercle immuable. Ce qu'on y voit s'y est toujours vu. détruit ses œu- vres en les détériorant. quoique ce ne soit pas là véritablement sa doctrine. il faut que justice se fasse cela est évident. et n'a pas fait un Dieu du mal. est une affreuse inconséquence. un Dia- ble. Mais du moins il au- rait été conséquent. n'a pas admis aussi la dualité de substance en Dieu. de même que toute l'antiquité. qu'est-ce autre chose. Ce monde est une étcrnptte répétition de tui-meme. Ce monde semble livré éternettemcnt au mal.créateur. Mais. un Dieu juste et bon. d'autres le crime.

et que.iiiuifautdcs tortures. Ainsi raison- naient les anciens. quelle récompense digne d'eux voulez-vous qu'il donne aux bons? S'il comprenait qu'ils peuvent s'élever progressivement vers Dieu.le monde de la justice. pour résoudre ce problème de la justice. pour les méchants. comme récompense. les geôles. comme un juge ordinaire qui emploie les prisons. . Et de même pour les récom- penses ne sentant pas l'inlini que l'idéal du progrès nous révèle aujourd'hui. ils peutent du moins vivre en Dieu sans quitter pour cela la nature et la vie. privée de la lumière qui nous éclaire aujourd'hui. une existence purement céleste. Donc. il n'est pas encore satisfait. les tortures. tout en gravitant ainsi vers Dieu. bien que n'attei- gnant jamais cette existence infinie. Ces flammes de ia terre ne brûlent pas assez. dans la nature. l'ouverture d'un monde progressif et éterneHement progressif. une sorte d'é- chelle graduée pour punir et récompenser tes créatures considérées en elles-mêmes et relativement à ]a somme de bien et de mal accomplie par elles pendant une existence déterminée C'est ainsi que parle )a conscience de Platon. il lui faut des enfers. ou du moins Dieu ne s'en sert que comme d'un instrument pour accomplir ses jugements. hommes et Dieu tout ensemble. concluaient-ils. si Dieu y trouve. il lui faut celles du l'hiégétou. l'infini dans la vie. H lui faut la justice: donc. au sein du monde et de la vie. c'est-à-dire n'ayant pas. Platon ne rêverait pas pour eux. ce monde n'est pas le monde de Dieu. et après qu'il a rêvé tout ce que la na- ture peut lui fournir ~e tortures et d'enfers. qu'importe. Que cet in- strument des justices de Dieu reste éternellement le même. et ne le sera jamais. dans la réalité. n'ayant pas f'idéat que nous avons au- jourd'hui.

Voilà un premier genre de vie future qu'il accorde à certaines âmes. On voit dans !e M<Mo. et qui rend absolument inconcevable toute la théodicée. c'est l'éternité de notre être mais de cette base ne sortent que des conséquences incertaines et ruineuses. sentiment qu'il avait exprimé si fortement au début. et. avec toute Fantiquité.t tout cet effort laborieux d'une pensée qui cherche et qui ne trouve pas. aux seuls philosophes. que rien ne renversera. Platon en est réduit au suicide en Dieu. Mais. nous pouvons devenir Dieu. à l'absorption en Dieu des Orientaux par l'ascétisme et la contemplation. A l'inverse de la statue à la tête d'or et aux pieds d'argile. il s'égare jusqu'à concevoir la vie de l'homme . la théorie de Platon a une base admirable que rien n'a renversé. ou bien à rêver des lieux à part éclairés par d'autres astres.c'est-à-dire incompréhensible pour la créature. l'assimilation vraie que Platon a faite de notre âme et de la substance divine le conduit à croire. le porte à admettre. comme les mounis de l'Inde. ne comprenant pas le lieu divin qui unit les hommes entre eux et en fait un seul être et un corps solidaire. comme on peut s'en douter en pensant à la préférence que Platon donna toujours à l'intelligence sur nos autres facultés. qu'étant de Dieu. et qui font le pendant de l'enfer réservé aux méchants. Mais. D'un côté. En second lieu. Voilà un second genre de vie future qui lui parait être le sort réservé à l'im- mense majorité des hommes. c'est-à-direa tout ce qui n'est pas assez phitosophe et assez pur pour s'absorber'en Dieu. en troisième lieu. que les âmes des hommes reprennent ou tendent à reprendre la forme humaine dans une nouvelle naissance. le sentiment qu'il a de la persistance de la vie dans la nature. faute en- core de cette ouverture d'un monde progressif.

Platon admet la superstition populaire des mânes. il y a donc cinq étals consécutifs h la mort. c'est-à-dire retenus dans ce qu'il appelle l'enfer. et qui participe à la fois du visible et de l'invisible. et ce qui est mortel est seul . et celle de l'autre est » d'avoir f'empire et de commander. séjournent dans des lieux mystérieux nommés les enfers. a Quand l'âme et le corps sont ensemble. qui survit à la mort. ou livrés à la métem- psychose dans les djuerentes formes d'êtres que renferme la nature. ou cinq genres de vie future 1° l'état de mânes 2° l'enfer. comme s'il craignait de perdre nn seul genre de suppositions possibles. dans la plupart des cas.individu comme séparabfe de la vie de l'humanité. il suppose que les hommes. Ce qui est divin est < seuf capable de commander. et dévoués a une existence à part. dans cette espèce de physique mé- taphysique. I[ y plus. c'est- à-dire une sorte de mélange de l'âme et du corps. En résumé. tandis qu'il vient d'étaNir et qu'il est toujours tout prêt à admettre que l'humanité actuellement vivante est composée d'individus ayant déjà vécn dans l'humanité. la nature de » l'un est d'obéir et d'être esclave. 3° la métempsychosc dans les animaux. Donc. en même temps néanmoins iiconçoitque ces mêmes individus puissent être sé- parés. 5° enlin l'absorption en Dieu. De sorte que. avant de renaître hommes. ou passent dans les corps d'animaux divers. on de métaphysique physique./<" la renaissance dans l'humanité. On va en juger d'abord par le passage suivant SOCRATE. considérant ainsi l'individu homme indépendamment de l'être générique humanité. de cette tige de t'bumanite. pendant un espace quelconque de temps. où il aime a s'éga- rer.

ressemble parfaitementà ce qui est humain. intelligible. en médi- » tant. se retire du corps en » cet état. composé. C'est-à-dire qu'elle re- » tourne véritablementà un Dieu plein de bonté et de sa- gesse et c'est où j'espère que mon âme ira dans un mo- )) ment. Notre âme ressemble à ce » qui est divin. sans conserver aucune souillure » du corps. dis-je. comme n'ayant eu volontairement avec lui au- » cun commerce. s'il plaît à Dieu.) soi. » pour ainsi dire. au con- » traire. et ce que » nous devons croire très-fermement. après la mort. elle va a un être semblable à elle. dans » un autre lieu semblable à elle. comme la plupart des hommes » le croient! Il s'en faut beaucoup. Notre corps. et créée avec tous ces » avantages. indissoluble. mon cher Simmias et mon cher Cébès. voici plutôt ce qui arrive. et jamais semblable à . et en apprenant effecti- » vcmenta mourir (car la philosophie n'est-elle pas une pré- » la paration mort?). et notre corps à ce qui est mortel. et toujours semblable à soi. va. en se recueillant en eUe-meme. mais l'ayant au contraire toujours fui. dissohibie. qu'elle » serait dissipée et anéantie. Donc notre » âme est très-semblable à ce qui est absolument divin. » Cela étant. en philosophant avec sincérité. » Quoi! une âme de cette nature. mor- » tel. . donc. merveilleusementpur et » invisible. qu'on appelle les enfers. simple. seusible. et à l'âme de demeurer toujours indissoluble ouquel- » que chose de peu différent? « L'âme. cet être invisible. < Si t'âme se retire pure. » immortel. toujours le » même. à un être divin. n'aurait pas plus tôt quitté le corps. si l'âme. ne convient-il pas au corps d'être bientôt dis- » sous.» digue d'obéir et d'être esclave.

qu'une âme. toujours oc- » cupée à le servir. on a souvent vu des fantômes ténébreux et des spectres. » de telle sorte qu'elle ne tenait pour réel et véritable que ce qui est corporel. qui la tyrannisaient. chargée de ce poids et » ainsi appesantie. et dont la philosophie seule peut nous faire » jouir. autour des tombeaux. de son ignorance. comme » on le dit de ceux qui ont été initiés aux mystères. mes amis. pensez-vous. » de ses craintes. délivrée de ses erreurs. non seulement par cette pesanteur. ce que l'on peut voir. lui ont rendues comme naturelles? Ces ordures. est de nouveau entraînée dans Je lieu vi- » sible. boire ou » manger. enfin » de tous les maux attachés à la nature humaine. sortant du » corps en cet état. » mais mélangées de cette matière terrestre et visible. en sorte pure et simple? Ne sort-elle » pas méiangée des ordures corporelles que le commerce » continuel et l'union trop étroite qu'elle a eue avec le corps. » pour avoir été toujours avec lui et toujours occupée à le » servir. Ce sont ces âmes qui n'ont pas quitté le corps pures et simples. toujours possédée de son amour. terrestre. » comme ayant toujours été mêlée avec le corps. craignait et fuyait tout ce » qui n'est que ténèbres aux yeux du corps. ou ce qui est l'objet des amours charnels. et enchantée par les voluptés et par les convoitises. et de la j nature du visible. Et cette âme. tout ce qui est » intelligible. qui t. plein de sagesse. On «dit que dans les cimetières. sont une masse lourde. elle passe » véritablement avec les Dieux toute l'éternité. de ses amours. tandis » qu'elle haïssait. o Mais si elle se retire pleine de souillures et d'impuretés. enivrée » de lui. 18 . mais aussi par » la crainte qu'elle a de la lumière et du lieu invisible.immortel. au contraire. et. toucher. pesante. » donc. par lequel elle jouit d'une mer- » veilleuse félicité.

Cela ne vous pa- » raft-il pas vraisemblable? C~BES.Cébes. mais les âmes des méchants. sans doute. CÉBES. et se plongent vrai- » semblablement dans les mêmes mceurs et les mêmes pas- t sions qui ont fait toute l'occupation de leur première exi- » stence. ou d'autres semblables animaux. par l'amour qu'eues » ont pour cette masse corporelle qui les suit toujours. par exemple. Socrate. Elles portent la peine de leur première vie qui a été » méchante.et il est vraisemblable encore o que ce ne sont pas les âmes des bons. Socrate. que ceux qui ont fait leur » dieu de leur ventre. CÉBtS. Cébès. Socrate? SOCRATE. vi- » vant sans pudeur et sans retenue. » Oui. SOCRATE. et qui n'ont aimé que l'impureté. entrent dans des corps » d'ânes. » Assurément. elles » s'engagent de nouveau dans un corps.!< les rend elles-mêmes jusqu'à un certain point visibles. SOCRATE. la tyrannie. qui sont forcées d'errer ainsi dans ces lieux im- » purs. » Cela est vraisemblable. » Que dites-vous là. . » Et les âmes qui n'ont aimé que l'injustice. et errent jusqu'à ce que. Je dis.

» Comment peuvent-elles donc. SOCRATE. Mais pour ). d'éper- » viers. 'Non~sans doute. Voilà o pourquoi. et sans aucun secours de la réflexion » et de la philosophie. les guêpes. » C~BtS. selon qu'elles » retiennent encore de leurs premières mœurs. Les plus heureuses de ces âmes vulgaires sont celtes des hommes qui. ce qui est d'approcher de la nature des Dieux. corps avec toute leur pureté. » . » n en est donc ainsi des autres. <et les rapines. telles que la tempérance et la j justice. Ce grand privilége n'est ré- t serve que pour ceux qui ont aimé la véritable sagesse. ont pratiqué les vertus sociales. » et deviennent des hommes tempérants et sages. les véri- tables philosophes renoncent à tous les désirs du corps. par. vont dans des corps d'animaux divers. les fourmis. la seule impul- » sion de l'habitude. »C'est qu'il est vraisemblable qu'après la mort ces âmes vont dans des corps d'animaux poétiques et doux. Ou bien même » elles retournent immédiatement dans des corps humains. comme » sont les abeilles. c'est ce qui x n'est nullement permis à ceux qui n'ont pas philosophé » toute leur vie. et dont les âmes ne sont pas sorties de leurs ). Toutes. mon cher Simmias et mon cher Cébès. vont animer des corps de loups. être si heureuses? SOCRATE. Des âmes de cette nature peuvent-elles » aller ailleurs? CËBtS. de faucons.

Mais. et la renaissance sous forme humaine. et qu'ils y ont demeuré tout le temps mar- que. nous avons ici l'état de mânes ou de spectres. En effet. n'était pas une dépendance et un attribut de l'être. par je ne sais quelle puissance attractive que Platon lui abandonne (comme si toute force. « Ondit qu'après que chacun est mort. On voit déjà. et matériette. dis-je. le mène dans )<un certain lieu où il faut que tous les morts s'assemblent » pour y être jugés. Après qu'ils ont reçu dans les enfers les récompenses on les peines » qu'ils méritent. un » autre conducteur les ramène en cette vie. et qui l'a conduit pendant la vie. ces trois dernières suppositions composant par leur ensemble uue es- pèce de système de métempsychose qu'on pourrait appeler naturelle. vers la fin du Dialogue. car il semble que la matière. E. auquel il est ordonné de leur faire la conduite. quatre des cinq sortes de vie future que nous avons énumérées. dans ce passage. c'est celui d'un jugement des morts. nécessaire. suivi d'un séjour de plusieurs siècles dans des lieux particuliers nommés les enfers SOCEAfE. Platon se livre . outre l'ab- sorption des ascètes en Dieu. que la matière soit directement l'ar- bitre des transformations de l'âme en ces différents cas.dansdes corps d'a- nimaux. le génie qu'il a eu » en partage. et par conséquent du Souverain Etre). une incarnation nouveHe. sans s'embarrasser au sur- plus de bien s'accorder avec ce qu'il a dit précédemment. il semble. plusieurs révolutions de siècles étant accomplies.» Une fois entré dans ce nouveau système. dans l'exposition de Platon. avec ce < guide. De là ils ~ont dans les enfers. introduit un nouveau système. quelle qu'elle soit. Platon.

). mais cet Elysée a aussi ses abîmes intérieurs et profonds. et reçoivent ensuite la D récompense des bonnes actions qu'ils ont faites. la fatale Destinée » qui les juge les précipite dans le Tartare. ou d'autres crimes semblables. paradis et enfer. qui ont quelquefois rap- pelé aux érudits les quatre fleuves du Paradis terrestre de la Bible juive. et. t Ceux qui se trouvent avoir vécu de manière qu'ils ne sont e ni entièrement criminels ni absolument innocents sont en- < voyés à l'Achéron. mais pour un tout autre usage. cette description de Platon qui a fourni à Virgile les princi- paux traits de sa peinture des Champs Élysées. C'est. et arrosée de quatre fleuves. Socrate con- clut ainsi. et qui ont commis des sacriléges et des )! meurtres. qui s'y pré- cipitent par des gouffres. pour le dire en passant. il construit tout un Elysée. plus élevée que le sol où nous vivons. qu'il place aux extrémités des mers. Cet Elysée a d'a- bord une terre supérieure. et où coulent encore. d'où ils ne sor- tent jamais. le nocher les transporte jusqu'au x marais Achérusiade. Ceux qui se trouvent incurables à cause de la grandeur » de leurs péchés. purgés et nettoyés < de leurs péchés. qui se trouvent ainsi correspondre au centre de notre planète. dans un lieu fort éloigné de la Grèce et de tous les pays alors connus. dans ce second et nous pourrions même dire dans ce troisième système SOCRATE. prolitant de l'ignorance qui régnait encore de son temps sur la véritable figure de la terre. où ils souffrent des peines propor- tionnées à leurs crimes. jusqu'à ce que. ils soient délivrés. les quatre fleuves de la terre supérieure.de plus belle à son imagination. Là. .

ils jettent de grands » cris. après qu'ils y ont demeuré un an. » Quant à ceux qui se trouvent avoir commis des péch guérissables. et cela continue jusqu'àce qu'ils aient satisfait ceux qu'ils ont ofTensés. ceux qui ont passé leur vie dans la sainteté d'une 'manière toute particulière. le flot < les rejette. » d'avoir tué quelqu'un. ou. Car tel est l'arrêt qui x a été prononcé contre eux. Mais. ils sont encore précipités dans le Tartare. qu'il n'est pas facile de vous ex- » pliquer. quoique fort grands. et de les recevoir.*n (t)TmdMtiomieDadcr. » c'est une nécessité qu'ils soient aussi précipités dans le » Tartare. et renvoie les homicides dans le Cocyte. S'ils les fléchissent. Sinon. et les » parricides dans le Puriphlégéton. et ces fleuves les entrat- < nent dans le marais Achérusiade. » Enfin. sans leur dans des demeures » corps. et appellent à leur secours ceux qu'ils ont tués et » ceux contre lesquels ils ont commis ces violences. ils pas- f sent le marais. Ceux d'entre eux que la philosophie a sunisam- ment purgés vivent. de leur permettre de passer » le marais. ceux-là sont délivrés de ces » lieux souterrains et de ces affreuses prisons. pendant toute l'éternité. quoique sans scélératesse et sans préméditation. dans cette terre pure dont j'ai parlé. Là. qui de nouveau les » rejette dans ces fleuves. . et sont délivrés de leurs maux. et que le peu de temps qui me reste ne me per- » met pas de vous dire (!). et qui en ont fait pénitence toute leur vie. comme de s'être em- portés à des violences contre leur père ou leur mère. et ils y ha- )) bitent. et les B conjurent de leur pardonner. et sont reçus » là-haut. et sont reçus encore plus admi- » rables et plus délicieuses.

et qui. < Tel est le /i<a!ot:. de ces inductions que nous donne la vie actuellement exi- stante ou manifestée en nous et hors de nous. JI n'excepte que les deux extrêmes de l'humanité. Platon ne conçoit leur séjour en ce lieu que comme un pas- sage. jOeM. jusqu'à la considération de la vie en soi ou de l'être. cette conclusion que ces êtres ont déjà vécu. et les sages ou les saints auxquels il pro- met de ne plus revenir sur la terre. ils re- x viennent en cette vie. de l'existence des êtres actuellement vivants. de la renaissance de l'homme dans l'humanité. Le sentiment qui inspire Pla- ton dans cette seconde partie est le sentiment de Dieu. comme disaient les maté- rialistes du temps de Socrate.E!me partie s'élevant. en effet. Le senti- ment véritable qui l'inspire dans toute cette portion du Phédon est bien le sentiment vif. même dans ce nouveau système d'un lieu particulier où les âmes trouvent leur récompense. c'est-à-dire dans l'Être Universel et Infini car non . et revivront de nouveau après la mort. mais non éclairé. Première partie Socrate tire. ou une harmonie. qu'il n'est pas facile d'expliquer. a sa source. Quant aux autres. c'est-à-dire quant à l'immense majorité des hommes. Il réfute admirablement toutes les hypothèses matérialistes qui font de t'amc un résultat de l'organisation. Il se compose évidemment de trois parties. par conséquent. sa racine en Dieu. s'élèveront à « des demeures encore plus admira- « bles et plus délicieuses. Platon démontre l'éternité de l'être. JI est à remarquer que. de t'Eiysée. « après plusieurs révolutions de siècles. suivant lui. quelque part qu'il se manifeste. un état intermédiaire entre la mort et la renaissance. comme on dit aujourd'hui. notre immortalité. et. c'est-à- dire les impies et scélérats qu'il condamne à demeurer éter- nellement en enfer. L'être.

la nature. Aussi. suivant nous. la vraie vie. il est obligé d'avoir recours aux superstitions populaires. dans d'autres de ses ouvrages. la vie terrestre nous présente l'idée d'un ordre extrêmement imparfait. l'er- reur de Platon. un enfer et un paradis. Mais cette prison ne lui sumsant pas pour établir un système raisonnable de peines et de récompenses. La nature devient la matière. une partie de Dieu. Car que devient la vie. considérée d un moment donné. parce qu'en effet. l'intelligence pré- conisée par-dessus tout. 1) a un ciel abstrait pour les as- cètes. Nous ne sommes donc plus des créatures: en d'autres termes. exaltée comme la seule route pieuse et divine. de créatures nous pouvons donc redevenir Dieu. De là la troisième partie Platon ne considérant plus la vie que comme une prison de l'âme.seulement tout être particulier est sorti de cet Être Univer sel. la réalité. Platon assimile donc notre âme à Dieu. L'effort qu'il vient de faire vers l'Être Infini l'a emporté trop haut. ou plutôt d'un très-grand dés- ordre. sans aucun détour. Au lieu de voir que nous sommes seulement de Dieu. il tombe dans un dé- dalc plein d'obscurités. sinon le contraire de la route qui peut nous me- ner à Dieu ? Voilà l'ascétisme intronisé. c'est l'anéantissement en Dieu. Il épuise donc tour à tour ces deux hypothèses. à partir de là. en fait une prison pour les âmes vulgaires. La nature et la vie ne sont plus qu'un exilloin de Dieu. assez semblables à ceux que . qu'il unit à celle du retour à Dieu pourles intelligences qui sesonttenues pures et isolées du monde. c'est-à- dire à la métempsychose et aux fables des enfers et des paradis. appelle-t-il souvent l'âme. Dieu. Aussitôt que cette conséquence a apparu à Platon. il s'égare. Là commence. et que PiMon ne la concevait pas perfectible. il nous fait Dieu. mais il vit continuellementpar son intervention.

sinon imaginées par Platon. se mettant à la place de Platon. et créature d'un certain ordre. et chaque être. au contraire. mais de ne lui laisser aucun moyen de résistan- ce contre les doutes qui. les eaux du Léthé. Là. confusion des œuvres diverses de l'Être Universel. si je puis m'exprimer ainsi. Toutes les espèces sortent de l'âme suprême du monde. ni de mé- tempsychose terrestre de l'homme en animal. et. après la lecture. rentre dans cette âme suprême. à la mort. venaient l'assaillir. de même qu'il en avait lui-même emprunté les traits principaux à certaines religions ou sectes de l'antiquité. continuent la vie de l'humanité. pour se manifester ensuite de nouveau à la vie. Il faut convenir que cette dernière partie du Phédon n'est qu'un amas d'hypo- thèses fausses et contradictoires. suivant Virgile. N'est-ce pas là une conclusion qui aurait mieux été au Phédon que sa fin véritable? Quoi! Socrate commence par arguer de la vie présente de l'humanité. et enfin toutes les erreurs de la métempsychose vulgaire. Tous. les Chrétiens ont ensuite pris en partie chez lui. L'homme ne devient pas animal. et cherchant une expression symbolique de sa doc- trine. de le convaincre de la façon la plus complète de notre immortalité tant qu'il tenait le livre. Mais il n'y a pas. La créature reste créature. pour montrer . Ai-je eu tort de dire que Virgile. et ce double effet que produisait sur lui le Phédon. pas plus qu'il ne devient Dieu. Aussi comprenons-nous l'aveu naïf de Cicéron. viennent boire. que nous avons cité plus haut. point de métempsychose céleste de l'homme en Dieu. après un certain temps écoulé. retournant à la lumière. dans ce passage d'une vie à une autre. avait mieux réussi que Platon lui-même ? La peinture que nous fait Virgile est d'abord pure des choquantes con- tradictions qui se rencontrent dans les fables narrées.

à la différence de Virgile. plus tard s'est échappé de ses mains. Cet état de mânes ou de spectres. la conclusion de Platon n'est pas en rapport avec son exorde. une certaine adhérence à la matière corporelle. dans Virgile. conserve encore. Et qu'on ne dise pas que Virgile. boivent à la fin le Lélhé. après avoir campé dans des lieux inter- médiaires entre cet enfer et ce paradis. en se manifestant. et fait simplement des enfers un séjour où les âmes des hommes. Virgile a un sentiment plus pur de la vie . dément lui-même l'unité et la simplicité de sa conception. donc. d'autres dans un paradis dont ils ne sortiront plus. que l'âme. C'est une condition naturelle. passées à l'état d'essences ou de virtualités sans manifestation. c'est-à-dire l'oubli. représente cet état comme un poids dont sont seules chargées les âmes criminelles. ne le quitte plus. mais il attribue cette situation à toutes indistinctement. saisissant fortement le fil qui a guidé Platon. après la mort. il est vrai. à cause de leur attachement à la terre. ramcnés à la vie. en admettant les spectres ou les mânes. et imposée à tous quisque suos patimur mânes. et qui. continuer la vie de l'humanité. est donc encore uue transformation de l'état correspondant ad- mis par Platon. pendant quelque temps. et il termine par conclu- re qu'ils s'en iront les uns dans un Tartare dont ils ne revien- dront pas.que ces hommes actuellement vivantsnevivent que parcequ'ils ont toujours vécu et vivront toujours. mais sans que Platon tienne plus à les voir rentrer dans l'humanité que passer leur temps dans les corps des animaux! Évidemment. Il admet. Sous tous les rapports. et garde ainsi quelques unes des qualités du visible. tandis que Virgile. tandis que le reste. au contraire. pour revenir ensuite. dit-il. sans excepter celles des plus ascétiques et des plus philosophes. qui. il est vrai. seront de nouveau.

appelait l'enfer. c'est être dans la nature. assez pour effacer leurs fautes ou en diminuer progressivement les taches? Faute de concevoir le progrès de l'humanité. n'est ni criminelle ni sainte. il porte. Comment croire que les grands scélérats seraient suffisamment punis en revenant sur la terre? Souffrent-ils donc réellement sur la terre par leur crime même.et de la vie éternelle que son maître. et. Ici Virgile s'est senti. Il ne dit pas anathème à la vie. s'ils revenaient sur la terre. il y adeux états de l'être. Il n'y a qu'un point sur lequel/ Virgile'n'a pas osé rompre ostensiblement avec le vulgaire ni avec les fables rapportées et approuvées par Platon. Mais il semble qu'à la fin de sa description il se rétracte de . retenu par la difficulté capitale qu'offrait alors le spectacle du monde. par elle-même. un moment. c'est être manifesté et être manifesté. Voilà l'Elysée de Virgile. souffri- raient-ils réellement par le repentir. nous ramène à la vie par l'oubli. et le véritable Ély- sée de la doctrine de Platon. il ne voit pas de crime dans la nature. le même arrêt de condamnation que Platon contre les crimes éclatants Sedet xtfrnumque sedebit Infelix Tlieseus. comme dit Socrate dans le Phé- don. dans l'antiquité. La nature. et l'état latent qu'on appelle la mort. l'état de vie ou de na- ture. Ainsi le chemin que nous prenons à la mort. La sainteté ou le crime résulte de l'emploi que les êtres en font. C'est le point de la durée des peines dans le Tartare. Virgile ne peut concevoir cette réapparition des impies dans la nature et dans la vie. et. Cependant. et que le vulgaire. Vivre. quoiqu'il regret. Ces deux états s'engendrent mutuellement. comme son maître.

soit du ciel. de tout ce que le poète a fait passer d'images sous les yeux du lecteur. sans exception. l'une de la terre. où étaient » marquées toutes leurs actions. lorsque vient dans la bouche d'Anchise. par une des ouvertures de la terre. dans la compagnie de plusieurs autres. par devant. s'il n'est pas conséquent avec lui-même dans le Phédon. et tous. l'explication philosophique. à plus forte raison ne l'est-ilpas d'un de ses traités à un autre. » je m'avançai. le récit de Her l'Arménien. Suivant cette nouvelle fable. deux ouvertures voisines l'une de l'autre. dans la » terre. por- » tant. derrière le dos. par une des ouvertures du ciel. au dixième livre de la République est l'allégorie la plus étendue et la plus complète qui se trouve sur ce sujet dans ses ouvrages. se retrouvent aux bords du Léthé. et deux » autres. un semblable écriteau. Les deux autres ouver- tures. après leur avoir » attaché. car il est . il n'est plus question de cette damnation à jamais. bien qu'allégorique encore. que nous avons citée. l'autre du ciel. Des juges étaient » assis entre ces ouvertures dès qu'ils avaient prononcé leur » sentence. et envoyées ensuite aux enfers ou au ciel « Aussitôt que mon âme fut sortie de mon corps. Après les fables du Phédon. un écriteau qui contenait le jugement » rendu en leur faveur et aux méchants de prendre leur » route à gauche. Cette allégorie a. vers » un lieu tout à fait merveilleux où nous vîmes. les âmes sont immédia- tement jugées après la mort. livraient passage aux âmes qui revenaient soit des enfers. il est vrai. Quant à Platon. au cicl. de nombreux rapports avec la dernière du Phédon. mais elle en diffère aussi à bien des égards. qui répondaient à celles-là. ils ordonnaient aux justes de prendre leur route » à droite.cette damnation éternelle car.

»tandis que. par l'autre ouverture du ciel. le présent Atropos. que leur arrachait le sou- » venir des maux qu'elles avaient soufferts ou vu souffrir aux » autres. avec les trois parques. l'avenir. cclles-là descen- » dre sous terre. dans les idées de Platon. et s'asseoir avec plaisir dans la » prairie.remarquable encore ici que le retour final à la vie et à la nature suit toujours. est envoyée dans le lieu d'où les âmes reve- nues de ces deux séjours étaient de nouveau ramenées dans le monde. et ceux des sept planètes. descendaient » d'autres âmes pures et sans tache elles paraissaient toutes » venir d'un long voyage. au moins pour la plupart des hommes. Les unes racontaient leurs aventures avec » des gémissements et des pleurs. faisaient le récit des plaisirs délicieux qu'elles » avaient goûtés. je vis sortir »des âmes couvertes d'ordures et de poussière. le ciel des étoiles fixes. sans pénétrer ni dans le ciel. par l'autre ouverture de la terre. Le prophète leur assigne à chacune leur rang. celles-ci monter au ciel. conduites par un prophète. Celles qui se » connaissaient se demandaient les unes aux autres. puis il leur . Platon décrit cet endroit comme le point de réu- nion des huit cieux que supposaient les anciens savoir.»L'âme de Her.»Les âmes. dont » la durée était de mille ans. par les deux ouvertures qui se répondaient. comme dans un lieu d'assemblée. ses filles «Lachésis chante » le passé Clotho. Là règne la Nécessité. qui revenaient » du Ciel. se présentent devant Lachésis. en même » temps que. en s'em- » brassant. » soit sous la terre. Les autres. et des choses merveilleuses qu'elles avaient » vucs. pendant le temps de leur voyage sous terre. ni dans l'enfer. un certain séjour dans les Enfers ou dans l'Elysée «Je vis donc d'abord les âmes de ceux »qu'on avait jugés. des nouvelles de ce qui se passait soit au ciel.

à l'expérience de leurs » propres maux. des '» genres de vie de toute espèce. » Le prophète avertit les âmes que le choix dépend d'elles « Éphémères vous allez commencer une nouvelle carrière. la plupart de celles » qui avaient été sous terre. tant des hommes que des ani- » maux. joignaient la connaissance des maux d'au- » trui. et qui. ne choisissaient pas ainsi a la légère. devant elles. parce qu'il n'y avait dans cette plaine ni arbre. expose encore ici'largement le système de la mé- tempsychose dans les animaux «Les âmes passaient indif- » féremment des corps des animaux dans ceux des hommes. » Car toutes les conditions. La faute du choix tombera sur vous. les » âmes venues du ciel étaient aussi sujettes que les autres à » se tromper dans leur choix. fait tirer au sort le rang dans lequel elles auront à choisir de nouvelles existences «Ou mit à terre. » ni aucune des plantes que produit la terre. Au contraire. » Enfin après avoir touché le fuseau de Clotho et la trame d'Atropos. Le soir passèrent la nuit » étant venu. elles se rendirent dans la plai- » ne d'Oubli. » et de ceux-ci dans ceux-là celles des méchants dans les » corps des animaux féroces celles des bons dans ceux des » animaux doux et bienfaisants. et rentrer dans un corps mortel. Dieu en est » innocenta I) y a. faute d'avoir une certaine expé- » rien ce des maux de la vie. les âmes défilent devant le trône de la Nécessité « Aussitôt » que toutes eurent passé.»Platon. où elles essuyèrent une chaleur insuppor- table. dont le nombre était heau- » coup plus grand que celui des âmes qui devaient choisir. s'y trouvaient rassemblées. elles au bord du fleuve . au surplus. de remarquables idées sur le choix que font les âmes « A parler en général. en cet endroit. ce qui donnait occasion » à des mélanges de toute espèce.

mais le passage à une renaissance. de iïiTû/*K£. nous font sentir aussi le lien qui doit exister entre les mani- festations successives de l'être. La vie future est liée à la vie pré- sente. et chaque être est éternel en tant qu'être. la croyance à l'immortalité conduit directement à la croyance à une (1) Lefleuve d'Incurie. la nécessité de la vie future lui apparaît toujours comme indubitable. Mais. L'être en soi est éternel. Voilà le premier aspect sous lequel Pla- ton considère la vie future. de plus. et son esprit en est profondé- ment convaincu. oOhviscor. (Tk/jî^w. Platon termine ce rêve par un coup de tonnerre. comme A^yj. L'être ou l'âme est sans commencement et sans fin. si on n'admet pas leur vie antérieure et leur vie future. s'étant dispersées. il est d'une nécessité indispensable » pour chaque âme de boire de cette eau en certaine quan- » tité mais celles qui ne sont pas retenues par la prudence en boivent bien au-delà de'la mesure prescrite. (2) Traduction de Grou. curaniHonhabeo. Par conséquent. ces existences suc- cessives ne sont pas réglées par le hasard. se précipitèrent avec la rapi- » dité des étoiles. c'est qu'il n'y a aucun moyen de comprendre la vie présente des êtres. Les même raisons qui nous font sentir l'éternité de l'être. ce qu'on appelle la mort n'est pas une fin. d'où il ar- » » rive qu'elles perdent le souvenir de toutes choses. Donc.» Amélès (1) dont l'eau a cette propriété qu'aucun vase ne » la peut contenir. pour deux raisons. Il y a un ordre dans ces existences. dans les corps qu'elles devaient animer (2) » C'est ainsi que Platon erre de fable en fable. leLétlié. comme cclle-ci est liée à la vie antérieure. au signal duquel ales âmes. La première. quand il veut préciser ses idées sur la vie future. . Or. Ce n'est pas qu'il doute du fond des choses.

à cet égard. lit). des ailes de papillon. règle certaine de justice dans le déploiement de cette immor- talité. ses deux maîtres Pythagore et So- crate métaphysicien et religieux comme le premier. d'avoir été le plus zélé défenseur et le plus fidèle croyant du dogme métaphysique de l'immortalité et du dogme moral des ré- compenses d'une autre vie. qu'il paraît bien convaincu » lui-même de ce qu'il voulait persuader aux autres (1). Le dogme métaphysique de l'immortalité ou de l'éternité de l'être devient donc indivisiblement. son vrai sentiment. solide et invariable sur les prémisses. le dogme moral des peines et des récom- vie. dans l'es- prit de Platon. L'esprit demande à une idée telle que l'affirmation d'une autre vie de prendre une forme et c'est sur cette forme que Platon dogmatise vainement. Sur ces deux points fondamen- taux. On sait que la statuaire antique donnait aux bustes de Platon pour emblème. symbole de renaissance il mérita bien cet emblème.le témoi- gnage que les anciens lui ont unanimement rendu. penses dans une autre ces Platon se montre partout convaincu. ut velle cetei-is sibi certe persuasisse videatur. autant il est incertain sur les conséquences. Disp. serait celui que Virgile a tiré (1) oTot rationes attulit. parmi tous les bustes des philosophes. relative- ment à ce sujet capital. 1 c. » ( T«se. moral et pratique comme l'autre. « Certes. je défie qu'on cite une seule hésitation de Platon dans tous ses ouvrages.. à Son sentiment lui. sans pouvoir s'arrêter à rien. comme je l'ai déjà fait remarquer plusieurs fois. s'écrie » Cicéron. ) . Sur deux points. x\i. » Mais autant Platon est ferme. dis-je. il réunit ainsi en lui. Il a bien mérité. il croyait fermement à une autre vie il a apporté » tant de preuvesà ce sujet. c'est-à-dire au dogme des peines et des récompenses après la mort.

Il appelle à son secours ses maîtres. il indique bien cette situation de sa pensée. ne pouvait se satisfaire à si bon marché Et encore. et la ver- tu opprimée? Que Virgile. sans pouvoir la faire avancer d'un seul pas. et la distinction qu'il faut faire entre les principes métaphy- i. Dans un de ses ouvrages les plus sérieux. j'entends dans un de ceux où il a le moins donné carrière à l'imagination et à la poé- sie. dans le traité des Lois. ne concevant pas la défaite du mal au sein de l'humanité. qu'il n'était pas possible à l'antiquité de concevoir. Platon. que les hommes renaissent hommes. à force de conséquence. aurait-elle pu satisfaire Platon? Le dogme moral des récompenses et des pei- nes pouvait-il se concilier avec le cercle. Mais. en l'absence de l'idée de la perfectibilité. comment une pareille hypothèse. a cédé ou paru céder sur le point de la damnation éternelle des méchants.éternel d'une humani- té non perfectible. comme je l'ai déjà dit aussi. savoir que la vie future de chaque homme est dans l'humanité. en Égypte et dans l'Inde. et forcé par là de reléguer hors de l'humanité et de damner à jamais tous les grands coupables. où le crime resterait triomphant. 19 . cela se comprend. une hypothèse aussi simple. où elles avaient pris cours pour le même motif. remarquez que Virgilc. et qu'il ait osé s'arrêter au sentiment secret et pro- fond de son maître. qui est obligé de suivre les conséquences d'une idée jusqu'au bout. qui fut probablement un de ses derniers écrits. Il ne peut se décider à rompre avec aucune des superstitions qui avaient quelque crédit parmi les ascètes. comme nous l'avons vu. est donc obligé de chercher ailleurs que dans l'humanité la vie future de l'humanité. mais un logicien. et que c'est ainsi que le genre humain a une suite.qu'un poète se soit contenté de cette hypothèse. et c'est ainsi qu'il se rattache à la religion an- térieure. de ses ouvrages. les Orientaux.

une forme. que sur ces divers points: « L'être n'est pas le corps. (2) La tradition. qu'on appelle âme. que. que notre être individuel est une substance im- » mortelle de sa nature. il échappât aux sup- » plices destinés aux actions criminelles (3). qui ne trouvera. (3) TiadurLion de Grmi. a II est nécessaire d'ajouter foi en toutes choses au légis- » lateur.siques dont il se sent assuré. à ce » moment. en effet. dans cette vie même. ne sen- tant pas le besoin d'appuyer ces dogmes sur une révélation ou tradition quelconque. que notre » corps est une image qui accompagne chacun de nous. comme il résume indirectementsa doctrine (1). en » sorte que l'on a eu raison d'appeler simulacres les corps des »morts. qu'après la mort cette âme va trouver d'autres Dieux. mais principalement lorsqu'il dit que l'âme est » entièrement distincte du corps. Voici. Platon fait parler le législateur avec toute autorité. afin qu'il » vécût sur la t»rre aussi justement et aussi saintement qu'il » est possible. aucun appui dans personne car c'était durant sa vie que ses proches devaient venir à son secours. -le corps n'est qu'une » image. une manifestation de l'être. comme le dit la loi pater- » nelle (2) compte aussi consolant pour l'homme de bien » que redoutable pour le méchant. » elle seule nous constitue ce que nous sommes. et les conséquences de ces prin- cipes. ou plutôt au mode de ces peines (l)LhieXII. sur lesquelles son esprit n'a aucune lumière certaine. et que. en effet. pour leur j> rendre compte de ses actions.. dans l'autre vie. tandis qu'arrivé au dogme des peines et des récompenses. » N'est-il pas' remarquable. . – notre » être individuel est une substance immortelle de sa nature.

et de ces récompenses. et qui. La vie éternelle dans la nature. ni à l'Elysée. suivant lui. qu'il voie moyen de sauver de ce retour éternel dans l'éternel et uni- forme cercle des créatures. Mais en même temps Platon ne cache pas qu'il ne croit sérieusementnià l'Enfer. voilà le sort qu'il attribue à l'immense majorité du genre humain. mais prison lui-même et indépendamment de toute affirmation sur la manière dont ce dogme peut se réa- liser dans le plan de la théodicée. il faut lire VÉpinomis. le saga. Il n'y a que le philosophe. peut s'arracher au misérable sort réservéà tous ses semblables. et la so- lution la plus vraisemblable qu'il trouve. comme dans tous ses autres ouvrages. qui fut certainement un de ses derniers traités. une métempsychose quelconque. une œuvre de sa vieillesse. tandis que tous les hommes sont condam- nés à ne pas se sauver. parce qu'en effet Platon y cherche le genre d'éducation propre à former son sage (cet être à part du genre humain. entre lequel et le genre humain Platon établit une ligne de démarcation si tranchée. ni à rien de sem- blable. se sauve lui par la seule route de . sur l'autorité de la tra- dition. il se sent forcé d'appuyer la croyance d'un jugement après la mort. Au reste l'on veut encore mieux se pénétrer de la pen- sée intime de Platon. au pro- blème de la vie. Ce traité. et même du dogme des peines et des récompenses d'une autre vie. On y sent. ou de la justice et providen- ce divine. Comme chez Platon. c'est par l'intelligence seulement que le sage. sur laquelle il ne s'explique point. et d'un Enfer pour les mé- chants. au- quel on donne aussi pour titre le Philosophe. une complète conviction du dogme de l'im- mortalité. d'un Elysée pour les bons. c'est l'in- telligence qui a toujours le haut rang. en définitive. ou Appendice aux Lois.

» sans aucun progrès. au reste. Mais je restreins cette proposition à (1) Loi de MatwTt. au bout de toutes ses incertitudes. Platon.salut que Platon. nous fait toucher au doigt les dernières pensées du philosophe grec sur la vie future. est véri- tablement plein de tristesse dans YEpinomis. et embrassée dans toute son étendue. car son senti- ment d'immortalité. passim. se débat avec la conviction qu'il n'y a pas d'autre vie future que la vie dans la nature et dans l'humanité. sur ce point. des philosophes de l'Inde. si radieux d'espérance dans le Phédon. » La plupart de ceux qui ont tâté de la vie s'accordent à » 'dire que le genre humain ne saurait parvenir au bonheur. et voyez si. après que tous les rêves du Phédon. je ne pense pas D » aussi bien qu'eux. dis-je. quoiqu'à certains égards il ne le soit pas. » Je conviens qu'il est impossible aux hommes d'être vé- » ritablement heureux. « Vous allez entendre un discours qui vous paraîtra étran- » ge. aper- çoive encore) ce traité. Platon commence par s'expliquer sur le bonheur dont la vie humaine lui paraît susceptible L'ATHÉNIEN. comme j'ai fait du Phédon. bien que toujours ferme et vivace. Aussi je crois nécessaire d'en donner une brève analyse. . La question. toutes les fables qu'il avait débitées avec un certain air de persuasion dans l'en- thousiasme de sa jeunesse. lui eurent fait défaut. est largement abordée. Or la nature et l'hu- k manité ne lui apparaissent que ce monde affreux qui se > dévore lui-même et se détruit sans cesse (1). Écoutez-moi.

» L'objet même dont la recherche nous occupe en ce mo- » ment est une preuve de la vérité de ce que je dis. comme pour tout animal. Vient ensuite un temps » très-court. comme » s'il était en notre pouvoir d'y arriver! Mais la sagesse s'é- . ou dans » sa naissance. et cela dès le commencement. et de faire une fin pareille à sa vie. qui s'avance à grands pas. à ce qu'il semble. il y a bien peu d'hommes qui puissent le remplir. et qui ne soit connu » en quelque sorte de tous. Mais la vieillesse. mais à le prendre en lui-même. non seulement en comparaison de la durée de » nos maux. dans la pensée de Pla- ton. tant Grecs que Barbares. savoir que pour l'homme. lors- » que je dis que pour tout animal la vie est un état de souf- » france. Nous convenons tous que ce premier âge est n accompagné de peines infinies. Platon commence par démontrer ce qu'il vient d'énoncer. » Voilà. la vie est un état de souffrance L'ATHÉNIEN. un programme de salut proposé à tous mais on va voir bientôt que. ou dans ses premiers accroissements et son » éducation.» la vie présente et je soutiens que tout homme a une es- » pérance légitime de jouir après sa mort des biens en vue » desquels il s'est efforcé de mener sur la terre une vie ver- » tueuse. Je n'avance rien d'extraordinaire. Ne cher- » chons-nous pas les moyens de parvenir à la sagesse. fait »souhaiter à quiconque n'est pas rempli de préjugés enfan- » tins de ne pas recommencer une nouvelle carrière. soit qu'on le con- » sidère lorsqu'il est encore dans le sein de sa mère. lorsqu'il » jette les yeux sur celle qu'il vient de parcourir. où l'homme » semble respirer pour quelques moments c'est le milieu » de la vie.

liv. Il est bien certain que la plupart des hommes sont incapables de ce retour. 125. dit-il. Toute- » fois l'âme. que la possession de la sagesse » lui est en quelque façon naturelle. pleine de confiance en elle-même. se flatte. . nous sommes des dieux. présente » dans toutes les créatures. et toutes les autres » sciences semblables. que nous prenons faussement pour » des sciences aucune des connaissances qui ont pour objet » les choses humaines ne mérite de porter ce nom.» loigne de nous. Efforçons-nous donc de retourner à cet être un dont nous sommes sortis. aidés d'une éducation toute particulière. ni quand et comment elle » l'a acquise. » Platon ne semble pas d'a- bord dire autre chcse que les Indiens l'absorption en Dieu. mais qu'il déclare positivement n'être accessible qu'à un petit nombre de naturels heureux. tandis qu'elle ne peut » dire ni en quoi elle consiste. connaissances. XII. » Que propose donc Platon pour arriver à cette vie heureuse dont il a parlé au début. » sur de vaines conjectures. et obtient le sort le plus heureux. La société humaine (1) Loi de Manou. si. Le dernier sloka du Mânava-Dhârma-Sastra est ainsi conçu « L'homme » qui reconnaît dans sa propre âme l'Ame Suprême. à ce bonheur qu'il a dit réservé à tous. celui d'être à la » fin absorbé dans Brahma (1). Nous sommes Dieu. C'est de savoir que l'on est Dieu au fond de son être. tel est le bonheur qu'il propose à tous les hommes. si tous savaient le comprendre. se montre le même à l'égard de » tous. c'est de s'élever par l'ascétisme hors de ce monde qu'il vient de condamner. et que l'on peut devenir Dieu. à mesure que nous nous approchons de » ce qu'on appelle arts. Ce qu'il propose.

cette instruction qui avec des hommes doit former des Dieux. . ou l'âme. mais parce qu'étant intelligence. de son identité. mais du sein duquel quelques sages s'élèvent par la science. Cette doctrine du sage. la ruche tout entière n'est qu'un troupeau destiné à préparer une nourriture exquise. par opposition avec l'être lui-même. ni qu'ils se sentent liés à elle. Platon alors aborde cette science. première paitie. L'être. ou l'âme. et trace le plan d'édu- cation de ses sages. Ici reviennent les points toujours fixes et solides de la croyance de Platon. Ce qui n'est pas Dieu. cette éduca- tion des élus. ils sont l'intelligence et la tête de l'humanité (1). c'est cet être. repose sur la notion de l'être. est un de sa nature. est éternel de sa nature. ou l'âme.ne paraît donc à Platon que ce qu'est une ruche d'abeilles considérée au point de vue de la reine. le même. L'être. à cause de son unité. au gouvernement de sa république. IV. ou plutôt prendre l'homme sur la terre et le faire rentrer en Dieu par une céleste métemps'y- chose. L'être. ou cette âme. ce qui n'est pas un. De l'É~ gulité. ou l'âme. chap. L'être. et de sa permanence. Au point de vue de la reine. préposés d'ailleurs. qu'il appelle. ce qui n'est pas infini. et retournent à la divine nature dont tous les- êtres sont formés. que Platon appelle l'autre. ou l'âme. notre analyse et notre critique de la République de Platon. gaire. qui fait reine cette abeille privilégiée. est infini de sa nature. uni à la matière. coeime on le sait. non qu'ils aiment l'hu- manité. condamné à un cercle invariable de renaissances et de maux. est permanent et-toujours le même de sa nature. Ainsi la société humaine est composée du vul. ce qui n'est pas éternel. ce qui n'est pas permanent ettoujours le même. Ce (1) Voy. L'être. est Dieu de sa nature.

Or. le Dieu un « Pour ce Dieu qui réunit en soi toute la » perfection de la Divinité. et les plus honorables. si l'on considère le corps. il est exempt de tout sentiment » de joie et de tristesse. divers. parmi lesDieux visibles. La régularité de leurs mouvements lui paraît une preuve de leur perfection. c'est. parce qu'il la comprend tout entière. Platon place le Dieu véri- table. . un composé de Dieux. et périssable. unie à un corps. Il prétend que les astres. et non pas un résultat de leur nullité comme êtres et de leur inertie « Les astres »et tous les autres êtres que nous jugeons. voila le but. qu'il place à un haut degré dans cette échelle. si l'on considère l'âme. non pas cette âme en elle-même. changeant. ou plutôt en dehors d'elle. les plus » grands. ne sont pas des êtres inanimés. est en même temps un Dieu par rapport à l'âme qui entre également dans sa formation. c'est » ce qui résulte de l'union d'une âme et d'un corps sous une » même forme. cet animal. comme des animaux et comme des Dieux. « Qu'est-ce que l'animal? dit Platon. Mais puisque dans cet animal il y a une âme en même temps qu'un corps. toute » espèce d'âme a existé avant toute espèce de corps.qui est mortel. fini. par les sens.Au sommet de cette échelle. son partage est la sagesse et l'intel- nligence suprêmes. donc. Alors Platon expose une intuition de l'univers conçu sous cet aspect. mais sont à la fois des animaux et des Dieux. et formant ainsi un animal. qui est tel par rapport au corps qui entre dans sa formation. Qu'est-ce donc que l'univers? un composé d'animaux divers.Nous élever à lui. « l'existence de l'âme est antérieure à celle du corps. mais seulement cette âme en tant qu'unie à la matière. à cause de leur double nature. Il construit une sorte d'échelle des êtres considérés à la fois. » Donc. sont les premiers. » avoir été formés avec eux.

changeante. quelle peut être la science souveraine qui nous con- duise à ce Dieu? Évidemment une science qui nous fera connaître comment Dieu gouverne l'univers. éternelle. elle sortira des liens de la matière. ont pour lui un but spirituel. et périssable. mais d'un manière mesquine. La connais- . ou. et qui. en un mot Dieu. perma- nente. Or. bien qu'immortelle en soi. ou l'âme incarnée restera dans cette incarnation. autant que Dieu a donné aux » hommes de la pouvoir connaître. finie. dans lesquels vit un Dieu su- prême. diverse. comme est celle des nombres appliqués aux surfaces et aux solides. et deviendra immortelle. Enfin il ne nomme pas la physique autrement que « la contemplation de la gé- » itération divine. comme la seule éducation qui puisse les conduire au bonheur. ont appelé astronomie. imprimera par là même à notre âme ce caractère d'unité. et d'infini. l'étude de la nature. Mais l'univers étant ce que nous venons de dire. indivisible. de permanence. mais cette science transformée et tournée vers la métempsychose en Dieu. c'est-à-dire un composé d'animaux divers ou de Dieux. c'est-à- dire restera mortelle. Il s'indigne qu'on ait appelé ridiculement géométrie [mesure de la terre) une science toute divine. et l'étude de l'admirable et très-divine «nature des êtres visibles. par la science. nous faisant voir le un. dans ce gouvernement du monde. physique. et préparée à deve- nir éternelle parce qu'elle comprend l'éternel. des êtres qui la composent. une. » C'est donc par ces sciences ainsi comprises que l'âme s'élève et se transforme en intelligence pure. L'astronomie. géométrie. infinie. C'est cette science aussi. que Platon propose à ses sages. l'éternel. l'infini. des lois qui gouvernent ces êtres. les hommes ayant entrevu cette science. le permanent. la mé- canique.

dans cette œuvre de sa vieil- lessc.sance de Dieu par l'étude des œuvres de Dieu. En . et sous » son vrai point de vue. l'homme peut com- muniquer à sou âme.voilà la seule route qui puisse nous conduire hors de ce monde ténébreux où s'agitent les créatures inférieures. le périssable et l'immortel. c'est ) par là qu'il faut marcher. il se verra » au comble du bonheur. dès cette vie. de la sagesse. le fini et l'in- fini. c'est-à-dire. et que la mort aura • terminé ses jours. il n'est plus permis de » négliger les dieux. quand un de ces » sages aura fourni ici-bas sa carrière. « Telle est donc la voie. suivant l'idée que s'est formée Platon. Platon suppose que. et devenu un de multiple qu'il était. sans abandonner les points essentiels de sa doctrine a complètement abandonné toute idée d'un monde à part de ce monde de la nature qu'il considère à la fois comme composé dans toutes ses parties d'un élément divin mêlé à un élément corruptible. et c'. l'heureuse doctrine qui les cou- » cerne. plus de fables. la connaissance des dieux divers qui constituent Je monde. Que le chemin soit aisé ou nou. Plus d'Elysée plus de Tar- tare. » On voit.manifcstcmcnt que. le divers et le un. un caractère tout div in et il termine en affirmant que ce caractère ne se perdra pas après la mort « Je dis donc que celui-là est très-sage. en badi- » ndnl et sérieusement tout à la fois. Platon nc voit que la nature et Dieu. telle l'éducation. par la science. il n'aura point plusieurs sens comme » aujourd'hui. dans » la plus exacte vérité. que. telles les sciences qui » mènent a la sagesse. qui possède toutes ces connaissances » de la manière que j'ai expliquée. et je soutiens. Au reste. mais que. n'ayant qu'une seule destinée à » remplir.e la félicité. Platon. » dit-il en concluant. lorsqu'on a conçu clairement.

dans VEpinomis. d'une âme et d'un corps. Platon veut-il indiquer mystérieuse- ment que son sage. un dieu plus élevé dans l'échelle des êtres. tel est le sort qui l'attend. mais dieu du second ordre. ainsi élevé par l'intelligence. . telles que la physi- que. exposée dans le Phèdon. à des degrés différents. une simple renaissance de la créature en un état plus rapproché de la nature divine? Pour moi. la mécanique. c'est-à-dire du principe divin et du principe mortel. j'adopte ce dernier sens. Éternel. et n'en fait-il pas. s'il a fait son » étude de ces objets.» J'avoue qu'il reste encore une certaine obscurité dans cette conclusion finale. Au- trement. Platon. plus divin. il recevra des dieux la même récom- »pense (1). comme Platon le dit lui- même. qu'il renaîtra Dieu. mais renaîtra plus grand. ne linit-il pas par transfor- mer cette idée. qu'il sera absorbé en Dieu. qui deviennent pour lui la (1) Traduction de Grou. tout en continuant de rester lidèle à son idée de l'absorption en Dieu. ne renaî- tra plus. Je ne concevrais pas le lien qu'il établit entre les animaux et les dieux. je ne concevrais pas pourquoi cette échelle des êtres. et soit » qu'il ait mené une vie privée ou publique. non pas le Dieu Un. En d'autres termes. qui. Je ne concevrais pas sa définition des sciences. sur laquelle Platon a tant insisté dans ce traité de VEpinomis.» quelque lieu qu'habite cet heureux mortel. au fond. sont tous dieux. que la ré fusion com- plète de son être aura lieu dans l'Être un dont il aura étudié les manifestations et saisi le caractère? Ou bien veut-il dire que cet homme renaîtra. l'astronomie. Iulini. qu'il considère sous un même aspect comme composés. dans le conti- » nent ou dans une île. plus fort.

Mais cet être ainsi vivant éter- nellement en Dieu. au point que cette absorption en Dieu devient une renais- sance. de sa nature. Que Platon ait eu de la peine à abandonner son système de l'absorption en Dieu. étant de l'Être. non seulement il condamne les fables du Phédon sur un monde différent de celui-ci. cela se comprend aisé- ment Mais il n'en est pas moins vrai que dans toutes les li- gnes de YEpinomis. il ait comme reculé dans ses dernières paroles. Mais qu'est-ce à dire encore. c'est-à-dire participant de l'Être Universel. dans VEpinomis comme dans le Phédon. voilà qui est certain. suivant lui. à vivre en Dieu.plus sublime théologie. il remontait par la mort à sa source. Platon lui-même a fini par rejeter toute hypothèse sur la vie future qui s'écartait de l'ordre naturel de l'univers. Ainsi. Il est resté seulement fidèle a sa distinction de l'âme et du corps. que derenait-il en tant que manifestation. et le chemin même de notre élévation vers Dieu. et qu'ainsi réduit et se réduisant lui-même à la nature. Qu'est-ce à dire. en même temps qu'il aban- donnait si complètement son autre système des paradis et des enfers. se détachait du corps. éternel et infini. à un seul monde. sinon que l'être. en tant que créature? . que devenait-il? Dans VEpinomis comme dans le Phédon. après la mort. L'âme donc. l'immortel et le péris- sable. que l'être était immortel2 Mais. distinction qui repré- sentait pour lui l'être et le non-être. à une seule nature. tout ce qui est de l'être étant. sinon que l'être continuait d'être. de Dieu enfin. par lui. ne périssait jamais. Infini. comme Dieu même. et ainsi conservé par conséquent. mais con- tinuait. et en lui. à Dieu. mais qu'il transforme son autre système de l'absorption en Dieu. ainsi immortel. Éter- nel.

que les contradictions du maître sur ce sujet capital furent en grande partie cause de la prompte décadence de l'Académie (1). ou s'anéantissait Dieu.C'est ici que la doctrine de l'Épinomis diffère essentielle- ment de la doctrine du Phtdon c'est ici que. L'universalité donc des hommes renaissait à la vie. ainsi conservé. comprenant toutes les manifestations de Dieu. l'article Caniaic. mais évident et certain. du même et de l'autre. Ln seul univers. L'être donc. Quant aux néoplatoniciens. mais vérité pourtant dans sa partie essentielle. Les fables du Phédon ne firent. Dans VÉ pinomis. aussitôt que de l'état de pure virtualité ils passaient à l'état de manifesta- tion. restait attaché à la nature. prit sur les esprits. . tomba dans le scepticisme. plus dogmatiques et plus croyants. à ce qu'il parait. un semblable composé de l'un et du divers. du (1) Voy. l'être ainsi conservé allait dans les enfers. plus d'absorption en complète en Dieu. On sait comment l'école de Platon. seulement le sage re- naissait supérieur et plus imprégné' de la nature divine. de ['Encyclopédie Nouvelle. par conséquent. ébauchée seulement et entachée d'erreurs. plus d'enfers. et. considéré comme doctrine religieuse. vérité relative sans doute. immédiatement après lui. un seul monde. un seul mode de vie. tous les êtres. Dans le Phédon. aucune fortune dans l'antiquité parmi les philosophes et les pen- seurs et il est infiniment probable que ces fables contri- buèrent pour une large part au peu d'empire que le Plato- nisme. la vérité dans VEpinomis. Il est non seulement présumable. au corps. car les dieux eux-mêmes n'étaient pas autre chose qu'un pareil mélange. Platou a deux doctrines des fables dans le Phédon. du Phéclon à VÉpinomis. à la vie.

l'âme soutient le corps et le fait sur- » nager au milieu des flots irrités qui l'agitent. et qui le conserve. Seulement. » à la tyrannie. de chez les Barbares. il descend dans les abîmes. pour ainsi dire. ce » il avait ne sont que «noces. dans une autre cité où régne- » rait la paix. ainsi que les organes du » souffle. elle se » transplantait chez les Grecs. que ravages. et tous les autres organes qui servaient de corda- it ges. Mais «lorsque les nerfs sont fatigués. dans l'autre on ne » voit que guerres. à la sédition. Tel est le contraste entre la terre et l'éther. d'une cité livrée à l'anarchie. et à l'aide desquels il » avait jusqu'alors été soit tenu par l'âme. C'est elle qui le maintient comme dans un port. l'ordre. à ce vaisseau. Homère » dit que Vulcain avait fabriqué un bouclier d'or. que scènes de doulcur. On se fera une idée de leur croyance par cette peinture que nous a laissée le déclaroateur que je viens de nommer «Pendant la vie. soit au ciel du Christianisme du moyen-âge. » Dès lors l'âme prend le nom de dieu du second ordre. fêtes. » substance habitante de l'éther. et des premiers temps du Christianisme. de gémissements et de déses- » poir. qu'ils s'attachèrent. festins. tandis que l'âme se sauve. parce qu'elle se soutient et se conserve elle-même. il périt. c'est à la doctrine de Y Epinomis plutôt qu'aux fables du Phùdon. danses. que querelles. qui ne retentit que des cantiques des . Celui-ci » est un lien de paix. ils trouvèrent encore moyen de se faire avec cette doctrine un monde fantastique et une espèce d'empyrée assez semblable soit au ciel du Polythéisme. comme à la » nage. siècle d'Auguste. chants. que com- » bats. où elle est transplantée en » quittant la terre comme si. sur lequel représenté deux cités dans l'une. et uu gouvernement sage. si nous en jugeons par Maxime de Tyr.

du bonheur de la vie ofi cite »entre. Elle contemple alors »le spectacle qui lui est dévolu. et de leur servir comme de guide et de sauvegarde. d'y » punir les méchants (1). » d'homme. pour le dévorer à l'époque assignée. de fracas. et nage dans la joie de cette contem- » plaliou. celui de tous les savants des derniers siècles qui a le plus profondément étudié Ics opinions des anciens sur la vie future. au contraire. XV. La vie d'où elle sort lui fait pitiéà elle-même. n'a pas (1) Maxime deTyr. de ses propres yeux. sans être offusquée par a nulle cmcloppc corporclle. Elle » s'applaudit. et leur profession d'y être » l'auxiliaire des gens de bien. ni distraite par la variété des formes. est un chaos plein de tumulte. La terre. et sans qu au- » cune image vienne intercepter ses regards. et » de dissensions. . et ne pouvant se les expliquer. » elle prend place parmi les dieux du second ordre. elle devient génie (Sai^v). et non plus » des yeux du corps. Disserl. quelles que soient leurs inclinations. Dieu lui-même lui ordonne de se »rendre sur la terre. qui sont encore plongées dans le » tourbillon de la terre et cet amour lui fait désirer de se » réunir a elles. de s'y incorporer en quelque sorte avec les hommes. Elle éprouve de la commisération pour les âmes de » même nature qu'elle.» Warburton. » au contraire. Elle contemple » le Beau proprement dit. voyant les contradictions et les incertitudes de Platon à ce sujet. Lorsque l'âme a été transplantée de celle- » ci dans l'autre. sans être éblouie par les cou- i> leurs.» dieux du second ordre et du bruit de leurs danses. D'ailleurs. leur » conviction leurs opinions. d'y venger les opprimés. qu'elle a été délivrée du corps et l'a ahan- » donné à la terre.

et l'anti- quité en général. lib. VI. Suivant lui. n des u et le siècle présent montre beaucoup d'indiscrétion un grand manque de b sens. C'est poui quoi les anciens me D paraissent avoir agi avec beaucoup de jugement et de pénétiatinn dans le chuix idées qu'ils ont inspirées aux peuples concernant les Dieux et un état futur. n'a cru » qu'il fût véritable. la vie éternelle. si l'on excepte Socrate. c.Platon.être pas nécessaire. il est vrai. comme la base de la religion. »ou du moins ceux qui admettaient l'existence de la Divinité »et d'une Providence. suivant Warburton. et qu'il lui ôteficin de la crainte. ) . » {Histor. Tous. qu'il est utile et même à « (1) Dissertations sur l'union de la religion. mais il ne croyait pas au dogme moral des peines et des récompenses On ne doit pas confondre. auraient donc. que la superstition a été imaginée pour bien » d'hommes ce des États. sujette à des passions violentes et déraisonnables. Ils seraient donc dirigés » » se dans leurs écrits par ce principe. le sentiment des an- » ciens philosophes sur la nécessité du dogme des peines et » des récompenses d'une autre vie. et en général tous les anciens philosophes qui ont enseigné le dogme des peines et des ré- compenses. et par l'appareil n pompeux qui accompagne ce genre de fiction.craint d'accuser formellement ce grand homme. ditPnljbe. dit-il (1). Si l'on pouvait supposer une société civile entièrement composée genre d'institution ne sen aiL petit. qu'ilencourage le peuple à les inéprï- b ser. lorsqu'il tâche d'effacer ces idées. Dissert. capricieuse. que «de pareils dogmes étaient nécessaires aux états et que le » vulgaire avait besoin d'être conduit par la terreur des cliâ- timents d'un autre monde (2). Mais » puisqu'en tout lieu la multitude est volage. de mensonge et d'hypocrisie. Platon croyait. Ce sont deux choses distinctes. n et. ont cru ce dogme nécessaire ils l'ont « même enseigné avec soin. par conséquent comme le soutien de la société. 5A-55. pensé com- me pensait Polybe et les politiques du temps de Polybe. VIII. il ri a pas d'autre moyen de la re- » et a des haines b tenir dans l'ordre que par la terreur des châtiments futurs. de la morale et de la politique. Au- » cun d'eux néanmoins. (2) «II me semble.. avec leur sentiment sur »la vérité de ce dogme.

et certainement il la croyait. comme de tous les autres philosophes de l'antiquité. » pure et simple. ne » sont que des arguments métaphysiques tirés de la nature et des qualités de l'âme.» propos de tromper les hommes pour le bien public (1). IV. C'est que.» Sur quoi se fonde ce paradoxe de Warburton? Sur les contradictions de Platon qui. 1. ne prou- » vent que sa permanence. la nécessité. relatiicmcnl à la vie future. par conséquent. Et néanmoins Platon aurait cru fermement à la per- manence et à l'immortalité de notre être. » Mais il y a de la différence entre la permanence de l'âme.) (2) Dissertation X. » De là. à l'exception de Socrate. et qui. mais aussi l'éthique et la politique.ris/imal (Scœvota) • fiilllin religioninritatti. d'une double doctrine. publique. Or. Les arguments qui lui sont particuliers. Augustiu impute en eftet à quelques anciens. suivant AVarburlon ces deux dogmes sont absolument distincts.t (Ile Chil. suivant Warburton. \. il ne faut que considérer la nature des ar- » guments qu'il emploie pour la prouver. c. secrète. c'est-à-dire pour ceux qui ne cultivaient pas seulement les sciences phy- siqnes et naturelles.Dei. ou exolérique l'autre interne. lili. que AVarburton veut bien ne pas regarder comme un politique et un impos- teur. et pour lesquels il est si fameux. et n'ontpoint un rapport nécessaire l'un avec l'autre «Pour » connaître. aurait été qu'il n'y a après la mort ni peine ni récom- pense. ou ésotérique. la doctrine ésotérique de Platon. surtout pour les philosophes législateurs. l'une externe.à moins de cette supposition. et la permanence de Pâme accompagnée » de châtiments et de récompenses (2). et en particulier an fameux grand-|>uiilifeSeé\ola:aExpcdiree. (1) C'est une maxime que S. 20 . dit-il quelle espèce d'immortalité Platon attri- » buait à l'àme.

serait-on pour cela plus avancé? Cette subtile distinction entre la croyanceà la permanence pure et simple de l'âme. ou ils n'y sont liés en aucune façon et dépendent uniquement du hasard. le Bon. ce qui serait faire à la na- ture humaine la plus grande injure qu'on lui puisse faire. dès que vous admettez que Platon croyait à l'immortalité. et que pouvez-vous vous-même entendre par une immortalité qui n'aurait pas de suite et de conséquence?Une telle immortalité serait donc abandonnée au hasard. Car. ou ces effets consécutifs sont liésà l'existence anté- rieure de cet être. à un ordre nécessaire et en même temps divin?Ses argu- ments en faveur de l'immortalité ne sont-ils pas pris dans une conception générale de ce genre? Il part de l'être et de la nécessité de l'être. Mais quoi Platon croyait- il que le monde était l'œuvre du hasard. combien cette supposition même d'un mensonge concerté et suivi est inadmissible!Et quand on l'admettrait.lui ont paru complètement inexplicables. d'un autre cô- té. I)ieu. c'est-à-dire le Beau. le Sage par . c'est avant tout. et en général tous les philosophes de l'antiquité. et la croyance à la permanence de l'àme accompagnée de châtiments et de récompenses. pour lui. au contraire. vous soutenez qu'il ne croit qu'à la première. dans ses écrits. et qu'il ment à dessein sur la se- conde Mais qu'entendait donc Platon. est-elle soutenable? Quoi! vous admettez hautement que Platon croyait h l'immortalité de Pâme et lorsque. Donc. Mais. vous admettez au moins des effets consécutifs quelconques pour l'être ainsi immortel. quand on se persuaderait que Platon. ont menti sciemment toutes les fois qu'ils ont prêché la religion aux hommes. et que le monde était gouverné par le hasard Ne croyait-il pas. il unit indissolublement l'idée métaphysique à l'idée morale. sans doute mais l'être.

Il a donc cru que ce phi- losophe n'avait pas plus de foi au principe même des peines et des récompenses qu'à ces hypothèses de lieux infernaux et célestes dont il avait quelquefois revêtu ce principe. . ce qu'il avait avancé dans des écrits antérieurs. ce qui ne l'empé- (1) Un des plus forts arguments de Warhurton est que les livres où Platon parle des peines et des récompenses ont éte rangés dans le genre exoterique par un ancien Platonicien nommé Albinus dont il noua reste une espèce d'introduc- tion aux Dialogues de Platon. Mais son erreur nous sert. Rien. et se contredisait sur les formes hypothétiques de la renaissance de ces âmes. rien ne se rapporte à résotérisme. au reste. dans cette même liste de ceux des ouvrages de Platon qu'ou prétend destines au i ul- gaire. que Platon hésitait. et dans tout ce qu'il dit. et qu'il finissait par abandonner. Il a très bien vu aussi.excellence. mais sur tous les sujets et dans tous ses écrits Évidemment Warburton s'égare (1). où Platon soutient l'opinion des enfers. et possédant. V Epinamis où il l'abandonne. sur laquelle il ne varie jamais c'est l'idée de l'immortalité. a\ee la licjntilique et le Pliedou. comme un pur badinage. virtuellementl'infi- ni. Le savant évêque a bien compris que Platon avait une doctrine solide. c'est-à-dire de l'être en tant que sortant de Dieu. Mais c'est là qu'est l'erreur de Warburton. mais encore de l'être en tant que créature. émanan[ de Dieu. infiniment puissant. d'un autre côté. Aussi est-il forcé d'accorder que Platon croyait fermement à l'éternité et à la permanence des âmes. Diogène de Laeite(Vie de Platon) patte fort au long des diverses classifications que l'on faisait des om rages de Pluton. Platon ne crut jamais fermement à ces paradis et à ces enfers dont il parlait d'après les traditions sacerdotales ou populaires. se trouve. à ce titre. Mais Warburton ne fait pas attention que. Bon seulement sur ce chapitre des peines et des récompenses. l'Être un et infiniment intelligent. de plus ineei tain que le sens du passage d'Alimms. et confirme admirablement tout ce que nous venons de dire sur Platon. infiniment bon. non pas seulement de l'êtreen soi. Platon aurait donc menti.

par les raisons que j'ai exposées. quant au mode de la permanence de ces âmes après la mort. l'a exposé dans V Enéide. et dont il n'ait jamais dévié est celui même qui a été la base de ses démonstrations de notre immorta- lité. Ce dogme fut toujours pour lui indissolublement lié à celui de la permanence des âmes. 3° Que Platon n'a jamais embrassé que dubitativement toute autre hypothèse et même qu'il s'est contredit et ré- iracté sur toute autre hypothèse. le vrai poète de Platon. mais uni indissolublement au dogme des peines et des récom- penses 2° Que. la persistance de l'homme dans l'humanité. Ces conclusions nous paraissent certaines. nous n'en sommes que plus fondés à affirmer 10 Que Platon n'a enseigné d'une façon certaine que le dogme de l'éternité et de la permanence des âmes. . après a\oir lu et pesé ce que cet érudit a écrit sur Platon.cha jamais néanmoins de croire. et qui se ré- sument en celle-ci. et. savoir. et au mode par conséquent des peines et des récompenses. le seul dogme constant que l'on rencontre dans ses écrits. liais. au dogme des peines et des récompenses. et très-fermement. que l'idéal du progrès et de la pcrfecti- hilité des créatures cnDieu ne pouvait luire aux yeux de Pla- ton comme il luit aujourd'hui aux nôtres Platon dut né- cessairement errer dans ses hypothèses sur le mode de réalisation de ce dogme des peines et des récompenses. Ainsi les remarques de Warburlon confirment les nôtres. ainsi que Virgile.

nom- mément et expressément. parce qu'on attribue en quelque sorte les traces d'une pa- reille opinion dans ses écrits à des restes de préjugés py- thagoriciens dont il n'avait pas su se guérir Ces raisons peuvent paraitre plausibles. Quoi! dira-t-ou. par moments. PREUVE PAR PYTHAGORE. synonyme de cette doctrine! L'antiquité grecque et romaine ne l'en a-t-elle pas cru le père et l'in- venteur N'est-ce pas lui. qui l'a importé d'Orient Enlin. à différents titres. ne la lui assigne-t-on pas. du moins. Puisque Platon a pu se laisser aller. CHAPITRE QUATRIÈME. tandis qu'au contraire Platon échappe presque a l'accusation d'une erreur si grossière. à croire à la métempsychose de l'homme dans les animaux. Platon était-il moins avancé que Pythagore? D'ailleurs. pour ainsi dire. il semble qu'on ne soit pas bien venu à prétendre que son maître Py- thagore fut exempt de cette superstition. n'est-ce point une opinion bien accréditée que Pythagore enseignait la métempsychose Son nom même n'est-il pas. et pourtant c'est le contraire qui résulte de l'examen attentif des monuments .

dans ces der- niers temps. quelques historiens de la philosophie (1). par ce que nous avons commencé à connaître des monuments de l'Inde. ne trouvant pas. que les principes de l'école pythagoricienne ne furent que de vagues commencements et comme une sorte de chaos qui attendait le génie de Platon pour se préciser et se for- muler. . le dogme moral des peines et des récom- penses. en voulant vulgariser la doctrine de son maître Pythagore. à l'idée de la transmigra- tion. et à ses propres yeux. Pythagore a enseigné. tandis que Platon. dans l'importation de la philosophie et du (1) Tcimemann entre autres. c'est la métaphysique. comme l'ont insinué. c'est-à-dire la renaissance de l'homme dans l'humanité. la métem- psychose. il est vrai. dans les livres de l'Inde. à côté d'idées vraies et sublimes se placent d'absurdes supersti- tions. comment le principe de V éternité des âmes a donné lieu. mais la métempsychose véritable. et comment l'idée de la transmigration a dégénéré en métempsychose indéterminée. confuse. et ne croyons pas non plus. et rétrograde? De même donc que.de l'antiquité. assez de ressources pour justifier aux yeux du vulgaire. et la poli- tique de l'Inde et de l'Egypte. et de leurs maîtres communs les philosophes de l'Inde et de l'Egypte a été conduit quelquefois à appeler à son aide la croyance vulgaire sur la métempsychose. de même. Or ne savons-nous pas au- jourd'hui. la science. Pythagore. Gardons-nous bien de croire que Pythagorc ait enseigné l'absurde naturalisme qu'on lui prête ordinairement. en Orient. dans la croyance philosophique des Pythagoriciens à ce sujet.

d'un loup. entrait dans le » corps d'un cheval. » des premiers corps qu'elles rencontraient. qu'une âme. à moins que ce ne soit la conséquence qu'on en tire. d'un âne. d'une » perdrix. (2) lbii. puisque » c'étaient les mêmes âmes pour toutes les choses vi- » vantes (2). » de même qu'une âme. ou de quelque autre animal. Pythagore ne croyait pas que ce fussent les mêmes âmes pour toutes les choses vivantes. et s'emparaient. sans en faire aucune différence. entrait indifféremment dans le corps d'un hommeou » dans celui d'une bête (1). comme «dans celui d'un homme. que l'abstinence py- thagoricienne n'avait pas d'autre origine: « C'est pourquoi. le vrai et le faux. . durent nécessairement se produire en- semble. qu'en tuant un homme. précisément. un ciron. par » exemple. »I1 n'y a rien d'assez ridicule pour être comparé à cette opinion sur Pythagore. Quoi! un aussi grand philosophe. sans distinction. sortant du corps de n'importe quel » animal. aurait cru que « les âmes erraient de » côté et d'autre dans l'air. » Eh! non. Il reste peu de monuments et de témoignages de l'ancien Pythagorisme. d'une souris. Philosophes de VmttiquUé. » dit encore Fénelon Pythagore défendait expressément de des animaux. puis- (i) VéncloD. d'un poisson. Il croyait qu'on ne faisait » manger pas un » moindre crime en tuant une mouche. élevé à l'école des mé- taphysiciens de l'Orient.régime de vie des Orientaux. sortant du corps d'un homme. mais il en reste bien assez pourtraiter de fable absurde l'idée que l'on donne ordinairement du système de Pythagore sur la métempsychose. la religion et la superstition. ou quel- » que autre petit insecte.

. ?0i5!. x«i jj^siva. TOÏ. teilia cufndilus. j'ose le dire. se soient jamais imaginé que l'être qui réalisait en lui la triade et la tétrade divine put redevenir animal ou plante Je dis que les anciens Pythagoriciens connaissaient de l'homme une formule psychologique qui rendait presque im- possible qu'ils crussent à la métempsychose de l'homme dans les animaux. «À/oe. ) (2) «Teniaihis assignat animai]) tiibufj suis ]»aitiljus absolutam: qiiaruin pii- »maest ralio. » –« Le ternaire.v^ziy. \i. le sentiment.qiij! întQjiitTi/ij nuncuiiatlli. qu'il donnait de l'àme de l'homme une formule qu'il décla- rait ne pas convenir aux animaux. ) – \o_v. dit Macrohe pariant de la ihco- » rie pythagoricienne des nombres. après avoir dit que Pythagore retrouvait dans le corps humain le symbole de cette trinité de l'âme hu- (1) T}. la connaissaient mieux que Platon. cl flitm il i. lequel l'apprit d'eux. l. cap. Scipion. (Vie de P} Miasme. Comment croire que les anciens Pythagoriciens qui connaissaient la vraie formule de l'âme humaine. • ppïv«.» (Somti. . distingue dans l'âme » humaine trois parties.. dit Diogène de Laërte.j 3iv ipîïçiïv t rptyji £Ïj te vouj. la sensi- » bilitê (1). iMOCtml. mais que la raison ne se trouve que dans l'hom- » me (3). la raison.» Ensuite. la troisième Vappé- ttil sensible (2).vic. llcfutulitin de l'iïcl(!i<ti.bi appellaHt secumla ammonuis. àjèp'jinat. •s't 8j/6v. est la formule de l'âme » complète ou absolue en ses trois parties. mais ne la possédait qu'imparfaitement. (3) My> /Asv 'j"j> /'A fyjpi) 'liai syt à. la seconde le sentiment. quain j. dont la première » est la raison. » Diogène de Laërte ajoute o Pythagore enseigne que le » sentiment et la sensibilité appartiennent aussi aux autres »animaux.* ùvQp'Jmw <pvy'r. (|uam ûu/ivàv lih. et qui. «Pythagore.

le sentiment dans le cœur. à l'exclusion des deux autres qui sont pé- » rissables(l). bonté infinie. infiniment bon. l'intelligence dans la tête ou dans le cerveau.»» Que ce dernier texte. il ajoute encore que « suivant Pjthagore.r~: 6nj. sentiment in- fini. activité infinie. comme Hermès. l'homme est simplement cou- naissance. Tandis donc que Dieu est connaissance infinie. je le veux bien. il est tout cela ensemble et indivisiblement. l'homme était un abrégé et un miroir de la Divinité. maine. bonté infinie. L'homme est créé par Dieu. est de Dieu. La Bible ne dit-elle pas que Dieu créa l'homme it son image ? Pour les Pythagoriciens. Dieu est l'être infiniment sage. l'homme est simplement sentiment. si positif ait besoin d'explication. celle qui consiste dans la connaissance » est immortelle. étant tous les trois (11 (tni sD. ces trois principes de l'âme. sentiment. comme Moïse. iu- liniment plus développé dans l'homme que dans les ani- maux. sans les diviser. Mais je demande s'il est possible. sagesse infinie. est Dieu au fini. Tandis que Dieu est amour infini. infiniment puis- saut. et la sensibilité dans les organes des sens. il est tout cela ensemble et indivisiblement. et qu'il localisait. intelligence infinie. a^ec une telle psychologie. telle qu'on l'attribue à Pythagore Pythagore. puis- sance infinie. Mais tandis que ces trois attributs de Dieu. ôa 7oo. de tomber dans l'erreur de la métempsy- chose.u'ti . » de ces trois parties. sen- sation. voyait dans l'homme une image de Dieu. L'homme n'est pas seulement connaissance. . Dieu n'est pas seulement intelligence infinie. es- pace et temps infini.oin.vW vlvmron· :n. Tandis que Dieu est puissance infinie. l'homme est simplement sensation.

remontentà l'époque de Pytha- gore). est exprimé par le nombre quatre. mais est au contraire divers. tout rempli d'une vertu secrète. son vrai nom.infinis. bien qu'écrits par Lysis. infinimentpuissant. à cause de la prédominance constante ou alterna- tive de tel ou tel des attributs qui le constituent. ou plutôt Pythagore lui-même (puisque les Fers doré. l'homme ne possédant les attributs correspondants que finis. expression symbolique de la triplicité et de l'unité de l'Être universel. après avoir donné au disciple des conseils détaillés pour soigner à la fois la santé de son intelligence. l'âme de l'homme. nom saint et sacré dans l'école de Pythagore. Aussi Lysis. mais d'une manière finie. tandis que l'homme. ajoute «Suis mes conseils. ne les possède pas égaux et harmoniques. nom ineffable de la Divinité. dans la théorie symbolique des nombres. J'en jure . d'une part. quoiqu'il tende à l'unité. et. infiniment bon. c'est-à-dire du cachet même de ta Divinité. et pour arriver le plus possible à l'u- nilè harmonique de ces trois principes de la nature humaine. ou de Dieu. son mal est dans la séparation par inégalité et disproportion de ces mêmes éléments. qui a marqué du même cachet. n'est pas parfaitement un. de son cœur. le quaternaire des Pythagoriciens. Son bien est dans la plus grande unité possible de ces élé- ments associés mais contrastants de son être. et sent son être dans un combat perpétuel et dans une sorte de con- stante anarchie. et qu'il était défendu de prononcer. Dieu étantàla fois un. Le Tétra- grammaton des Hébreux. d'autre part. De là le T élragrummaton des Hébreux. Dieu est donc parfaitement un. et lu sertis heureux. Il les possède in- également et inharmoniquement. sont parfaitement égaux et harmoniques en Dieu. la tétrade. et de son corps. infiniment sage. est la Tétractys.

Enlin je dis qu'ilétait entraîné presque fatalement à l'erreur de la métempsychose indéterminée et rétrograde. par ses erreurs sur d'autres sujets (2) qu'il ne possédait qu'imparfaitement la formule pythagoricienne de l'homme et la formule pythagoricienne de Dieu. de tomber dans l'erreur de la mé- tempsychose. source de » l'éternelle nature n naipie :ô·n ~yrzpu yv/v r. à l'école des Orientaux et des Py- thagoriciens. Voy. Le dogme moral des peines et des récompenses dut donc prendre. . De 1'Egahtè. dira-t-on. par le rôle qu'il avait pris de vulgariser le Pythagorisme. Or. avait été huit ans disciple de Socrate. Platon fondit dans son esprit ce dogme avec celui de l'éternité des âmes. avec une telle psychologie et une telle théologie. (2) Dans la République. c'était la morale et la politique plus que la science et la métaphy- sique. n'est tombé dans cette faute qu'accidentellement. pieiuière partie.par.s. Mais bientôt. » IlKyàv àsvKoù yû<T£wç (1). Platon.~n râ '/ppaè. Je réponds d'abord que Platon. était-il possible. avant de se faire disciple des Pythagoriciens.» par Celui qui a donné à notre âme la tétrade.sJ~. Platon y est bien tombé quelquefois. et il avait pourtant connaissance de la même doctrine. telle qu'on l'attribue à Pythagore! Mais. Socrate. J'ajoute qu'il a montré. sub fin. Qu'en résulta-t-il? c'est qu'il se (1) Tel TiSsi ïluBa-ppduv V. comme je l'ai prouvé.apaôduza . » Je le répète. aux yeux de Platon. une importance de pre- mier ordre. Il est facile de se rendre compte de la différence de situa- tion entre Platon et Pythagore.

eu un mot. à l'exemple des prêtres d'Egypte il avait tenu sa doctrine secrète. avec un genre humain improgressif. divisée elle- même en plusieurs ordres d'initiés. comme poète. obligé comme moraliste et politique. soit des oppresseurs de la terre. par le fait même de sa mission de disciple à la fois de Socrate et de Pythagore. que Vir- gile. eu effet.vit forcé de donner au dogme Pythagoricien une expression ou une forme adéquate aux tendances socratiques. Car. Or. sur ce point. Pythagore. n'avait pas toujours pu se tenir à la vérité pure. et de vulgarisateur du Pythagorismc. De même. Pythagore ne s'était pas trouvé dans le même cas que Pla- ton. et renfermée dans sa secte. quelle né- cessité dejustifier la doctrine métaphysique de la transmigra- tion de la vie par des prescriptions pénales du genre de celles que Platon était obligé d'employer. Or. soit des opprimés? Platon fut donc. à ]a foule. de suivre la chaîne complète de ses raisonne- ments. c'est-à- dire d'exposer l'éternité* des âmes de telle sorte qu'on y vit clairement le dogme des peines et des récompenses mis en action et parfaitement réalisé. à une parfaite ri- gueur dans les conséquences d'une idée. précisément dans la même infériorité relative avec son maître Pythagore qu'avec son propre disciple Yirgile. put ensei- gner la transmigration des âmes sans enseigner pour cela des . ici revenait toujours la difficulté d'expliquer. n'étant point tenu. lui qui s'adressait à des esprits aveugles et dominés par toutes les passions. avait pu s'arrêter et se borner à l'idée vraie de la métempsychose ou de la re- naissance. Nous avons \u. la Providence et la justice divine. n'ayant pas affaire à la foule. avec des disciples appliqués avant tout à la vertu et à la science. tandis que Platon.

ils n'exposent point aux profanes » leurs vérités sacrées. Vie de Platon. pouvait en- seigner la vérité dans l'école. avec tant (1) \o\. dans les ouvrages de Platon. L'ésotérisme et l'exotérisme chez Platon. d'enseigner et de gonver- ner le vulgaire. se réduisirent à la forme. et laisser bien des supersti- tions régner dans le peuple et germer i l'ombre même de sa doctrine secrète. Les historiens s'embrouillent lors- qu'ils veulent. . leur science. nioRène de Laerle. séparer. sur quelques notions obscures et contradic- toires laissées par les anciens. l'ésotérisme l'école secrète. une sorte de caste supérieure. la secte religieuse et politique. ce qui était écrit pour l'école et ce qui était écrit pour le public. » Pythagore était un vrai prêtre d'Egypte il n'avait pas renversé mais au contraire transplanté dans la Grande-Grèce ces difficultés d'initiation que Ini avaient fait subir à lui-même. s'il y en eut. « Les Égyptiens. V. Vainement les historiens cherchent dans Platon cette distinction des deux doctrines. dit Clément d'Alexandrie. Ils ne les confient qu'à ceu\ qui doi- » vent succéder à l'administration de l'État et à un certain » nombre de leurs prêtres les plus recommandables par leur » éducation. Cette distinction n'a plus ou presque plus de sens pour Platon.. » ne révèlent point leurs mystères indistinctement à toutes «sortes de personnes. dontle rôle fut celui de vulgarisateur. lui. et leurs qualités (2). Mais Pythagore. Il avait. lil). et ayant pour mission de moraliser. (2) Smnmit. élevée par l'initiation a l'intelligence.erreurs sur cette transmigration. c'est-à-dire à une ma- nière plus ou moins saiante ou populaire de traiter les mê- mes sujets et d'exposer les mêmes idées (1). au sein de son collége de prêtres ou d'initiés.

il fait parler Socrate ou Timée. soit uniquement par sagesse et par la difficulté de transmettre la vérité. ) (3) Conserve painii les œuvies de Platon. lib.. De Vita i'jI/w5. nous a laissé un petit traité de l'Ame du monde (3) écrit en dialecte dorique. au point où il la possédait.. et heureux. et que Platon a célébré (2).. n {Dingcne de ÎMcrte Vie de Platon. Or on y trouve la (1) Porphyr. de rigueur. Elle résulte manifeste- ment d'un monument certain du Pythagorisme. la plus grande des récompenses. les collèges de Thèbes et d'Héliopolis (1). Pythagore put réserver la science pour son école. considérées en soi. qu'après qu'ils étaient devenus savants. Gtmjr. et n'enseigner dans son école que l'idée philosophique. . On attribuait aux Pythagoriciens cette maxime que « tout ce qui regarde les » Dieux ne doit pas être révélé à tous. ad /ttw. et qui a donné à Platon l'idée de son Timêe. m. dans l'antiquité. La doctrine secrète de Pythagore était. dit Varron. in Ep.. dans la privation de la science et de la vertu la plus grande des peines et des privations. » sages. (2)QQuand l'latnn enseigne des dogmes. à des es- prits grossiers séduits par leurs sens et peu disposés a com- prendre les choses invisibles. » Soit donc par poli- tique. une phrase proverbiale. Timée de Locres. Car la science. « ce et » n'était. n'avait nul besoin de ce cortège de peines et de récompenses sensibles qui seules pouvaient im- pressionner les esprits vulgaires. De toutes les sciences. celle du gouvernement était la der- nière dont il instruisait ses disciples les plus intimes. XVII Origen. Je n'invente pas cette explication. distribuée à des initiés qui trouvaient dans cette science même et dans la vertu.Slral]o.j c. un des plus anciens disciples de l'école de Pytha- gore. Le dernier but de Son institut était le gouvernementdes peuples.

réservés aux ombres des malheureux. de même on » retient les esprits par des fictions. dit-il.sonne lascive est condamnée à animer un sanglier ou une » truie. en lui révélant les effets directs du juste et de l'injuste sur nous-mêmes. et la terre du » crime. » tourments dont la tradition a perpétué l'idée. par exemple. C'est pourquoi il a été nécessaire » d'inspirer aux peuples la crainte des tourments extrinsè- » ques à l'âme: que l'âme. dit-il. lorsque des remèdes » innocents ne peuvent produire aucun effet. que celle d'une per- . » que celle d'un lâche passe ignominieusement dans le corps » d'une femme que celle d'un meurtrier est emprisonnée »dans la fourrure d'une bête sauvage. et les paresseux et les ignorants en poissons.preuve la plus évidente que la métempsychose de l'école de Pythagore n'était pas ce que l'on suppose ordinairement. » Et. ajoute qu'il y a des esprits moins raisonnables. qui ne peuvent être contenus que par la crainte des lois ou par les terreurs de la religion « C'est pour ceux-ci. telle qu'elle était adoptée par le vulgaire « Ainsi. soit de ceux qu'indigent » les lois civiles soit de ceux que la religion évoque sur les » coupables du haut du ciel et du fond des enfers châti- » ments sans fin. que l'on guérit quelquefois » le corps par des remèdes nuisibles. change de demeure. conjointement avec les Furies. afin de pu- » rifier les esprits des vices qui les souillent. qui sont . après avoir montré que la morale conduit au bon- heur un esprit naturellement bien fait. lorsqu'on ne peut les » persuader par la vérité. qu'il a fallu faire » usage de la crainte des châtiments. Timée. continuant. » La dispensation de ces châtiments est commise à Némésis » la vengeresse. que les hommes vains ou inconstants sont changés » en oiseaux. Timée assimile à ces fables de lieux infernaux la métempsychosa.

Mais pourquoi cette hypothèse. pen- » dant le cours de chaque vie. l'a dit dans ces derniers temps. je crois. loin d'être l'original sur lequel Platon a travaillé pourrait bien n'être qu'un abrégé du Timée même de Platon? C'est d'a- bord une pure hypothèse.» chargées de l'inspection des actions humaines. et la métempsychose fausse et absurde. . ml) lui. Pythagoriciens Mais il y a la métempsychose fcraie. dit un historien de la » philosophie. ou les vices dont elles s'étaient souillées. comme Tennemann. «Le dogme de la métempsychose. sinon parce que ceux qui la font ne savent comment conci- lier avec ce témoignage de Timée la réputation de Pythagore d'avoir enseigné la métempsychose? Mais quoi! est-il donc si difficile de concilier ces choses ? Pythagore a enseigné la métempsychose. plusieurs dis– » ciples de Pythagore et de Platon allèrent jusqu'il dire que (1) Dr Auinut ilaiuli. passaient » des plus nobles aux plus vils. les Orientaux et la plu- » part des Grecs croyaient que les âmes séjournaient tour »à tour dans les corps des différents animaux. Les ont cru à la première. et le Pythagorisme. souffrit. En premier lieu. dans le cours des âges trois espèces » de révolutions. que le traité de VAmc du monde. contraire à l'opinion de tous les savants jusqu'à nos jours. des plus raisonnables aux » plus stupides. Prétendrait-on le re- jeter. et cela suivant les vertus qu'elles avaient » pratiquées. a été la doctrine même de la métempsychose. et dire. Secondement. et auv- » quelles le Souverain Seigneur de toutes choses a commis » en partie le gomernement du monde (1). si l'on veut. » Ce témoignage de Timée est précis. et ont laissé la seconde au peuple.

liés. Dacier. attribué par l'auteur que je viens de citer aux néo-pythagoriciens qui était le fond et la doctrine secrète de l'ancien Pythagorisme. Il n'y a pas là trois systèmes successifs produits par le cours des âges.»la même âme. pour surcroît de peine. eurent honte de la manière dont la métempsychose «avait été proposée jusqu'à eux. Les savants qui ont étudié un peu sérieusement le Pytha- gorisme ont été presque unanimes pour repousser l'idée que Pythagore ait enseigné le système de métempsychose qu'on lui attribue. 21 . les Crescent. on » suit exactement le fil de la nature. tom.1 comme des Celse. homogènes. et la métempsychose des sages. quand le Christianisme pa- » rut. et ils convinrent que les » âmes ne sortaient du corps d'un homme que pour entrer » dans celui d'un autre homme. et changea la face du monde. Il y a la métempsychose fausse et populaire. des Porphyre. disaient-ils. fort simple et fort naturelle. If. en découvrant les folles » impiétés qui y régnaient. Seulement. dans sa Vie de Pylhagore dit que toute l'anti- quité s'est trompée en croyant que ce philosophe admettait (1) Histoire critique de la Philosophie. » Mais c'est précisément ce troisième système. par Dffilandes. Enfin. ils sont restés très embarrassés d'cxpliquer en quoi consistait pré- cisément la métempsychose des Pythagoriciens. persuadés » que tout ce qui végète a du sentiment. pouvait encore » s'ensevelir dans une plante ou dans un arbre. et participe de l'In- » telligence Universelle.t des Timée. Par là. où tout se fait par des » passagcs doux. et non par des passages » brusques et violents (1). les Celse. I. des Crescent. des Pythagore e. que nous venons de faire. n'ayant pas saisi la distinction. les Por- » phyre.

et allégua une multitude de raisons et d'autorités qui prouvent incontestablementque Pjthagore enseignait la métempsychose (1). Le Clerc. en lui donnant une » modification différente. Suivant lui. c'est-à-dire sans accompagnement de peines et de récompenses. à son tour. voulut résoudre le problème. Warburton. L'ancienne idée lui servit de base » pour en former une nouvelle. entreprit de réfuter le paradoxe de Dacier. laissé croire on fait croire au vulgaire la métempsychose accompa- gnée de peines et de récompenses. Leur erreur provient de ce qu'ils n'ont pas fait at- tention aux deux différentes espèces de métempsychosc. par politique. X. non une dispensation morale. mais » une révolution physique et nécessaire. ne croyant réellement qu'à la perma- nence pure et simple de l'âme et à sa résorption dans l'Ame Universclle.le dogme de la métempsychose et il en donne pour preuve le passage de Timée que nous avons cité. Ces deux érudits ont également tort et raison. dit-il. JI y a donc deux (1) lïiljUMlit'qitc clurisiet toia. de même que Platon aurait enseigné par politique seulement et sans y croire. Un autre savant de la même époque. sans aucun rapport aux vices ou aux vertus des » hommes. ou naturelle et » fatale. en expliquant Pythagore à peu près comme il avait expliqué Platon. de même Pythagore aurait. que la transmigra- » tion des âmes était. le dogme des peines et des récompenses. . «Pythagore. savoir. prit originairement » l'idée de la métempsychose en Egypte mais il se l'appro- » pria d'une manière toute particulière. et nullement destinée à les punir des crimes qu'ils auraient commis en ce monde. ne croyant pour sa part et n'enseignant à ses disciples que la métcmpsychose pure et simple.

comment (1 ) Dissertations sur l'union de la religion. . aurait passé de corps en corps. et qui ne l'est pas pour Platon. mais on lui alléguerait une foule d'autres monu- ments certains qui prouvent incontestablement la haute moralité religieuse du Pythagorisme. et à ce qu'il était réellement l'auteur de l'idée de la » métempsychose dans le sens naturel et fatal l'a fait re- garder comme auteur de toute métempsychose. incompatible avec l'i- » dée d'un pareil état. Cette dernière est entièrement de » l'invention de Pythagore c'est celle qu'il enseignait en » secret à ses disciples. Warburton peut bien. de la morale ct de la politique. voilà qui est radicalement absurde. se tirer par là du passage de Timéc. inséparable d'un état fu- » tur où l'on suppose des peines et des récompenses. distinction qui est vraie pour Pythagore. » la regardant comme une de ces notions qu'il est convena- » ble d'entretenir et de répandre. naturelle. Mais que la doctrine secrète des Pythagoriciens se réduisît à croire à une sorte de physicisme. » mais uniquement à cause de leur utilité. Dissert. Il enseignait l'autre extérieurement. à la vénération profonde de ses disciples pour » lui. et cachée soigneusement au vulgaire. JX. D'ailleurs. non à cause de leur vérité. Ccla joint à sa » réputation. et populaire. » quoique cette idée soit certainement beaucoup plus an- » cienne que lui (1).» On sent aisément tout le faible et tout le faux de cette explication. morale. par lequel l'âme. Il n'y a rien là de solide que la distinction de la doctrine réservée aux initiés. et nécessaire. l'autre » nouvelle.• » idées entièrement diflérentes de la inétempsychose l'une » ancienne. jusqu'à un certain point. même de » la métempsychose prise dans le sens moral et populaire. sans consé- quence avec la moralité de la vie.

Il s'indignait que l'on prêtât à ce grand homme une doctrine aussi méprisable et aussi puérile que la métempsychose de l'homme dans les animaux et les plantes. Il est impos- sible d'errer plus étrangement sur la sainte religion de Py- thagore.croire qu'un métaphysicien profond comme Pythagore se fût amusé à dépouiller le système oriental de sa partie méta- physique.y auraient cru indépendamment des idées morales qui en faisaient le prestige.»Il est mal- heureux que Fabre d'Olivet n'ait pu accomplir la promesse qu'il avait faite d'exposer complètement son sentiment sur cette question. a cherché. comme l'appelait l'antiquité. en définitive il en résulterait que Pythagore et Timée au- raient cru précisément à ces transformations dont se rit Timée. a été absolument défiguré dans ce que » les modernes ont appelé métempsycbose (1). soit vers le bas. «Le dogme de la transmigration des âmes. reçu par tous les peuples et expliqué dans les » mystères antiques. pour le réduire à une pareille physique! Puis. » le dernier des êtres supérieurs et le premier des inférieurs. pour lui donner le nom qu'il aimait à prendre. le théosophe. Fabre d'Olivet. Mais son idée néanmoins me semble bien accusée dans ce passage de son Commentaire sur les Vers dorés « Pythagore considérait l'homme comme tenant le » milieu entre les choses intellectuelles et les choses sensibles. Dans ces derniers temps. . » disait-il. au » moyen de ses passions qui réduisent en acle le mouvement (1) lœs Vers dores de Pythagore expliques Examen XXXII. par une autre route. et. qui plus est. un homme d'un esprit pénétrant et d'une immense érudition. » libre de se mouvoir soit vers le haut. à expliquer la véritable opinion de Py- thagore sur la inétempsychose.

S'il penche vers la nature céleste. par la trans- » gression des lois divines. et la figure humaine devient infernale. Celle des choses à laquelle il s'attache devient soit » espèce. a été celle de tous les sages qui l'ont » suivi. l'amour et la » un » colère. que l'on retrouve partout » diversement exprimé. » Je ne m'arrêterai pas à donner des preuves de son anti- »quité. » Cette opinion. se trouvant déchu de sa dignité. on put dire Ici toute l'Éternité est » manifestée dans une image. il prend une a forme céleste. et. » (1) Les Vers doresde Pylfiitgore exptiques Exanle» XXXII. que se fondait le dogme de la trans- » migration des âmes (1). tel est aussi » le corps. » dit ce théosophe. qui avait été celle de tous les sages qui ontt » précédé Pythagore. en ayant vainement cherché l'origine sans » pouvoir la découvrir. Car tel est l'esprit. » s'il penche vers l'enfer. rec ouvrant le sort qui lui est propre. même de ceux d'entre les théosophes chrétiens que » leurs préjugés religieux éloignaient le plus de sa doctrine. elles se trouvent partout.» ascendant ou descendant que sa volonté possède en puis- » sance. et seraient superflues. exister. Lorsqu'on vit l'homme. L'habitatio)z de cet être est point mitoyen entre le ciel et l'enfer. par son retour » à la vertu. » Thomas Burnet. a pu » l'exposer aussi clairement. il fi- » gure son corps avec une semblable forme et une semblable » source. Il est certain qu'on peut difficilement » expliquer comment un homme sans érudition comme » Bœhme. et tantôt »se replongeant dans les espèces mortelles. a fini par dire qu'il fallait qu'elle fût » descendue du Ciel. En quelque volonté que l'esprit s'élance. C'est sur ce principe. n'ayant reçu cette opinion de personne. et. . tantôt s'unissant aux immortels.

qui peut servir encore à les élucider. Après avoir montré l'identité du bien et du bon. En se tournant vers » la dépravation et la méchanceté. Mais de même que la vertu peut nous » élever à un type supérieur et nous mettre au-dessus de » l'homme. c'est dans sa Consolation de la Philosophie (1). ils ont perdu réellement » la nature humaine. Ce querelleur plein d'impu- » dence. Ces pensées ont une profondeur vraie. » La vie perdue dans la torpeur et la stupidité nous rap- » proche de l'âne. IV. » Seulement la forme du corps humain qu'ils conservent » atteste encore qu'ils ont été hommes. de même aussi réciproquement ceux que le vice » a fait descendre de la nature de l'homme. Ce ravisseur qui » se jette avec avidité sur les richesses et le bien d'autrui. » vous le comparez à un loup. . qui ne sont que des aspects différents de l'être. le vice aussi les » rend nécessairement inférieurs à l'homme. lequel de sa nature est un. et en partie cesse d'être. Quelle différence y a-t-il entre l'homme » léger qui ne s'attache à rien et vit dans une perpétuelle in- (1) Lib. pros. Le poltron » qui tremble devant son ombre rappelle la nature du cerf. Il arrive donc » que cet être que vous voyez transformé par le vice n'est » réellement plus un homme à vos yeux. Boëce ajoute «De cette façon tout ce qui s'éloigne du » bien s'éloigne de l'être. qui ne vit que pour la haine et la dispute. m. et qui se réjouit d'avoir surpris sa proie. res- » semble fort à un chien. d'où il » résulte que les méchants cessent d'être ce qu'ils étaient. Le traître qui tend dans l'ombre » ses embûches. » ne diriez-vous pas un renard? Celui qui ne sait jamais » dominer sa colère semble un lion qui mugit. et me rappellent une très-belle réflexion de Boëce.

et des représentations supérieures de l'idéal divin. au point de ressembler aux êtres inférieurs. Jacob Bœhme. ainsi que dit Bœhme. en êtres inférieurs. d'une certaine façon. n'est-ce pas se ravaler à la volupté des » pourceaux? Ainsi. abandonnant » la vertu. L'opinion pythagoricienne sur la métempsychose n'est pas expliquée par là. Cette idée me paraît sblide et incontestable. aux animaux. ont raison voilà bien.» constance. ne pouvant certes » par là passer à la nature divine. le mode de transformation qui s'opère en nous par la direction que nous donnons à notre nature. même physi- quement. Le problèmc de ce qui succède à la mort revient tou- jours. certes. Et même. quiconque. en définitive. L'âme trouve dans le vice des tourments intrinsèques. quand nous inclinons vers le mal. « Boëce. toute la question. et. quand nous nous élevons au bien. qui sont pour ainsi dire des métamorphoses. se moule sur le modèle de notre être. quand nous suivons aveuglément nos vices et nos passions. la manifestation de notre être ou notre corps. et qui se croyaient changés en animaux sans perdre pour cela la forme humaine. et un oiseau? Croupir dans la fange de pas- » sions immondes. Semblables à ces malheureux que l'on appelait Ly- canthropes. par le fait de l'harmonie des êtres et des formes. Mais ce n'est pas là. Fabre d'Olivet pouvait-il croire sérieusement que Pythagore et tous les anciens sages n'avaient entendu par la transmigration des âmes que cette influence acluelle du bien . cesse par là d'être homme. nous changeons réel- lement la nature humaine en nous. de même que nous créons avec nous-mêmes des types nouveaux dans le monde. Fabre d'Olivet. se change par là même » en bête. nous nous transformons.

. sa pensée et nous allons au delà. entraîné par ses tendances à la théurgie et à toute la partie fausse de la ma- gie. mais philosophiquement. le pouvoir magique. » Mais vraiment au point de vue philo- sophique où nous sommes. Nous reconnaissons cette modification du bien et du (1) Vers Aoris. Pénétré de l'idée que nous créons nous-mêmes les formes et le monde. étrange pour presque tous les lecteurs. les fascinations. il a pu croire qu'au-delà de cette porte qu'il ouvrait. Nous acceptons. se plaçaient immédiatement la théurgie et les sciences occultes.et du mal sur l'âme? En ce cas la fable des compagnons d'Ulysse changés par Circé en pourceaux. dit-il. qu'elle pouvait avoir dans sa pensée. Voici pourquoi. ne voulant pas d'ailleurs lui donner le développement. Ce qui me le ferait penser. nous ne pouvons nous contenter de son explication et celle qu'il aurait pu enter dessus. a bien pu se faire illusion sur la portée de son explica- tion. ne nous aurait pas satisfait davantage. et que nous pouvons les créer isolémentt et instantanément idée qui a égaré tant d'esprits. et la regarder comme suffisante et complète. d'exposer mon sentiment sur ce mystère. Mais je serais tenté de croire que ce mystique remarquable. les ex- tases. par la théurgie. en la poussantà sa dernière consé- quence. en déclarant qu'il n'a rien de plus à dire pour le moment « Je tâcherai plus » tard. c'est ce qu'il ajoute. en » traitant de la théurgie et des autres sciences occultes. ce n'était pas là toute la pensée de Fabre d'Olivet. aux- » quelles il se lie (1). Certes. les hallucinations de tout genre. et tout le prestige des sciences occultes. et le symbole que cette fable renferme. seraient toute la philosophie de Py- thagore et des anciens sages sur ce point. Examen XXXII.

en effet. de toute façon (pourvu qu'on ne s'égare pas dans les illusions'des prétendues sciences occultes). en tel ou tel animal. d'une façon idéale. ces deux idées dans la notion vague. Évidemment pour achever philosophiquement la pensée de Fabre d'Olivet. en d'autres termes sans que nous prenions en aucune façon la forme spécifique de l'animal dont l'idée répond à ce vice de notre nature et à cette chute de notre âme dans notre vie présente. dans notre vie présente. par une conséquence nécessaire. il faudrait dire que-de même que. une métempsychose adé- quate dans une autre vie après la mort. et à admettre que la renaissance de l'homme dans l'humanité était le vrai dogme des Pythagoriciens. ou bien sa pensée n'est que la moitié de la vérité. Ainsi. tel ou tel vice nous transforme. ou cette transformation de nous-même. de persi- stance et d'éternité de la vie. et en même temps de l'idée de mutabilité de la forme. par cette voie d'explication. de l'idée de perpétuité de l'être. amènera. et que la métempsychose pytha- goricienne avait pour but d'admettre et d'expliquer cette suite après la mort Donc Fabre d'Olivet n'a exprimé là que la moitié de sa pensée. sans que nous ces- sions pour cela d'être hommes dans cette autre vie. pour notre Occident.à conclure comme nous. et d'appartenir à l'humanité. ou de changement dans les ma- nifestations de la vie. En résumé.mal sur l'âme mais nous soutenons que cette modification a une suite après la mort. et cependant certaine. Il y a. on est conduit. Pythagore est incontestablement le père. sans que nous cessions pour cela d'être hommes. qu'exprime le mot . et sans que nous prenions la forme de cet animal de même cette modification actuelle en nous.

ce qui est encore la même erreur. Je réponds à cela Qu'importe Le lien que j'aperçois entre cette doctrine si antique et cette dent. convenez au moins qu'il a fallu à l'humanité plus de vingt siècles pour faire le chemin que vous dites. . Donc je puis être perfectible. Le monde est éternel. jointe à l'idée de changement de la forme. en ne lisant sur cette figure que l'une ou l'autre de ces idées. et en ne les unissant pas indivisiblement. ou. Et qui conclut? Leibnitz ou Saint-Simon. autre doctrine si moderne n'en est pas moins certain et évi- Je suis un être éternel.de métempsychose. en diffé- rents siècles. Dans ce raisonnement sur l'homme et sur le monde. La métempsychose est donc bien le dogme sacré de Pythagore. Mais ceux qui ont considéré. qui pose les prémisses? Pythagore. mais les formes du monde ont chan- gé. en les lisant l'une après l'autre. Donc le progrès peut entrer dans le monde. se sont souvent trompés. à la Doctrine moderne de la perfectibilité. mais les formes de mon être sont muables. changent. L'idée de persistance et d'éternité de la vie. peut conduire et a véritable- ment conduit l'humanité. ren- ferme implicitement ce que nous appelons aujourd'hui pro- grte. pour passer de l'idée de Pythagore à celle de Leib- nitz et de Saint-Simon. me dit-on. Vous reprenez les choses de bien haut. par une voie providentielle. et changeront. cette grande figure voilée qu'on nomme Py- thagore. Qu'importent les vingt-quatre siècles de distance Donc la mutabilité fond du système pythagoricien. J'entends qu'on m'interrompt là. sur le moi et sur le non-moi.

disent-ils. normale. plutôt qu'une théodicée. s'accordant en cela avec les premiers. à l'appui d'une doctrine de hasard et de fatalisme. tout se métamorphose Pytha- gore t'avait bien vu. Mais cette idée de mutabilité. il a enseigné une muta- bilité quelconque. ils imaginent que parce que Pythagore a enseigné ta mutabilité des formes. et de là sont sortis les préjugés. Ou bien l'on pouvait comprendre la mutabilité comme un progrès régulier. harmonique. On n'a guère entendu jusqu'ici la mutabilité des formes dont parlait Pythagore que dans ce dernier sens. sans ordre. Ou bien on pouvait l'entendre comme un changement incessant et desordonne. et il ne sera réellement compris . mais il avait bien vu aussi que tout change suivant une thëodicëe régulière. Tout change. sans loi. mais dans un esprit contraire. et impli- citement depro~r~ avait deux faces. comme les premiers. Les autres. ne comprenant pas comment cette mutabilité de la forme peut être le moyen même de la persistance de l'être dans son as- piration infinie. repoussent avec une espèce de dégoût et d'horreur le dogme de la métempsychose. Les uns invoquent avec honneur le dngme Pythagoricien de la métempsychose. dans la nature. qui règnent sur Pythagore. et de là un fatalisme. favorables aux yeux des uns. et. de changement. Pythagore se trouve ainsi le philosophe de l'antiquité le plus difficile à comprendre. et ils arrivent. qui est le mauvais. défavorables aux yeux des autres. et divine. !t faut répondre à ces physiciens fa- talistes Sans doute Pythagore avait bien vu que tout change. à ne voir dans le dogme de la métempsyehose qu'une sorte de grossier naturalisme. et conduisait a deux conclusions. et de là une <t)~'eA' raisonnable et morale. sans raison. divin. tout se transforme.

tandis qu'Ovide n'a pas été )e poète digne de Pythagore. qui. que le Pythagorisme. a répandu le jour le plus faux et le plus trompeur sur cette grande phi- losophie.que lorsque ]a doctrine de la perfectihi)ité. Lucrèce et Horace ont si bien fait. et particulièrement à Ovide. qu'ils ont rendu peu regrettable pour nous la perte des écrits d'Épicure. c'est-à-dire l'idée de la mutabifité. Le Platonisme et l'Épicuréisme. par conséquent. Les phi- losophes de la Grèce trouvèrent ainsi leurs poètes à Rome. et pri- mitivement rattachée à une autre tradition. Tandis que Lucrèce et Horace s'inspiraient d'Épicure. par son poème des Métamorphoses. la Providence donna à ces anciennes philosophies et à leurs auteurs de refleurir et de renaître encore une fois pour elles-mêmes en poésie. furent plus heureux. tandis que Virgile s'attachait à Platon. à ne saisir de sa phi- losophie que la forme même. synthèse philosophique nouvelle. C'est ce qui est arrivé à l'antiquité. Et comme le Christianisme approchait. dans cette renaissance poétique. à plusieurs siècles de distance. avant de céder l'empire du monde à Moïse et à Jésus. qui. malgré ses défauts et son infériorité de gé- . aura pris les développements néces- saires. dont sa propre Doctrine de persistance et de mutabilité est un germe et comme une prophétie. en s'unissant h eux. Ovide cherchait un maître et une source d'inspiration dans Pythagore. et. si je puis m'exprimer ainsi. allait les effacer et anéantir leur crédit et leur autorité sur les hommes. Virgile a été digne de Platon. Jusque là on doit naturellement incliner à ne saisir de son idée que ce qui concerne la forme. Et pourtant.

Di. savoir. la mutabilité des formes et )a persistance de /*f<tv. point de miracle. en définitive. et qui les avez changées. Il unit donc tout cela ensemble. Ovide n'a pu s'empêcher de saisir en partie le caractère de l'idée de Pythagore. dans son poème. mais suivant des lois régulières et connues. celle de la mutabilité des /orm~ depuis la création du mondejusqu'à son temps: In nova fert animus mutatas dicere formas Corpora. cœptis ( nam vos mutastis et iUas ) Adspirate mpis. Ce fut évidemment ce côté de son sujet qui le séduisit d'abord. Donc.nie. cette mutabilité des formes. prhnaque ab origine mundi Ad mea perpetuum deducite tempora carmen. et. Ovide s'at- tacha. Puis. Ovide fut d'ailleurs conduit à fausser l'idée du Pythago- risme par le sujet même qu'il avait adopté. L'espnt me pf)rtc à dire tes J'onnes cha]igëes en de nnmeanx corps. il se trouve. et à voir que Ja métamorphose n'était que la métempsychose mira- culeuse. C'est ce que l'on appelait métamorphoses. sous les aus- pices de Pythagore. conduisez mon chant ininterrompu. rattachés pourtant à une philo- sophie. ou plutôt superstitieux. les for- mes de l'être changent pendant la vie. Mais il a outré. que cette persistance n'est plus. il en vint à généraliser. exagéré. Ovide arriva ainsi à composer un grand poème religieux. depuis l'migrne du monde jusqu'au siècle présent. bien qu'H veuille conti- nuellement faire contraster avec elle ]a persistance de l'être. qui avez fait ces formes. fait de pièces toutes diverses en ap- . Dieux. Certes. comme nous venons de )e dire. en creusant l'idée. et. soyez favorables à mon entre- prise. qu'un mot et une chimère. au contraire. en poète déclamateur. à faire un recueil de changements par miracles. il prétendit embrasser la série entière de l'histoire des miracles. au point que.

ta Sefic. et sans cesse. à propos des origines romaines. et toutes ces chimères qui spttentdematiete aux pout<'s. de la vie éternelle.entre senit de antres. sci-~it de maître à J\Ullla. que cette apparition subite. sonmaître a Muna. en même temps que la diversité de ces êtres dans le temps et l'espace. et lui (.)ginai)'c!Qï]and)a la flamme du bpcher a dissous les corps. au contraire. ou qu<md la vieillesse et le temps les ont ilêtj.. en donnant aux idées d'immortalité un fondement philosophi- que.~Y. mala posse pati non ulla putt~fis. parence. la figure du législateur de la Grande- Grèce (2). Mais c'est. Voilà qui est vrai et bien dit l'éternité de l'être et des êtres ou créatures. no~is domibns vivunt itabitantque t~cept~. à notre avis.p)iû)erc!ic. qui vous laissez épouvanter par les terreurs de la mort. V. Ceux qui n'ont pas compris cette unité (1) se sont éton- nés de voir apparaître Pythagore et sa doctrine au beau mi- lieu du poème des ~e/aM!0?'jf/Ms<'s. quand Pythagore vient révéler aux hommes le secret de la vie future.. Materiem \atum.\ainsnfhis d'un monde im.dans E.-yom vous imagincr (lu'ils snnttlcnt encore? Les âmes ne meurent point. Abstulerit. mais entre lesquelles cependant il y a une unité évidente et incontestable. qnid tcnebl'i1s et nomina "ana timctis. pourquoi ci-ai~pz-voHS le Styx.scu1ahc~ctustas. dans tout le poème. Morte carentat)im~. délaissant leur ancienne demeure.'i)tVcMm<'t'))t. l'empire des tenf'brps. que d'avoir fait surgir ainsi tout à coup. (2) 0\idesupposeque P~tbagure (l)L'abMBanuicr. ûnsiqne peiicula mutidi:' Corpotasncî0~ust1am~ia. et lui inspira ses (a) Olctatnnr~ylt.rH/iMfMjfd~c.uit% pal la putréfaction. ce qu'il y a de mieux dans toute cette compo- sition. elles vivent et habitent dans des maisons nouvelles (3].nb. 0 mec des humains. Rien n'est plus beau. ou la création successive.scmperqt)e. . POuvC7. qui ruine et renverse néanmoins de fond en comble les fables des enfers et des paradis 0 genus attonitmn geUdai formidine mortis Quid Styga. iiI>.

néefbrmamfiguris. it ne s'ensuit pas qu'il crût que les âmes des hommes passaient dans le corps des animaux. tantôt ici. Errat. qui ne fut jamais la sienne Omni.cupid!M\'M[f<3. et se revêt de toutes sortes de membres. et le voilà. sed in varias doceo migrarc figuras. et quoslibet occupat artus Spiritus. lnquc feras noster. voilà ]a fausse inter- prétation du Pythagorisme. Voilà l'ignorance et la déclamation. à l'instant même. L'esprit voyage de corps en corps. qui met dans la bouche du sage qu'il fait parler une absurde doctrine. ainsi je %uns enseigne que f8me ne est pas ~o))lez fjueFo'i toujuurs dise (fue~ous la mFme. ne pouvant. Sed tamen ipsa eadem est. écoutez-iuoi (je suis prophète!) quan5l vous dis de ne pascha5ser de leur demeure. tan. sur Pythagore. hine illuc. Et de même qu'une cire molle peut recevoir tourà tour des nmpn eintes div crses.HepMta5sitY!Lcta.. se faire comprendre. comme Timée t'insinue. elle est cependant toujours la même cire. ne sanguine sanguis alatur. Ergo. par un mourtre criminel. Ft qui . Tout change. Parcite (vaticimj)-) cognatas C3cde nefanda Exturbare animas. nec formam servat eamdem. Mais. anirnam sic semper eamdem Esse. des 5mes sœlllS <les nôtres. nec tempore deperit tullu. si tous ne i oitlez pas (lue l'en dise que"DUS prélélezez i otre ai iditë cruelle et votre i eilti0 à la r·eli. En résume. prêtât mais qn'elle ez~otre passe aciditéémette en ditCerents corps. et ne mem t aucun instant. pourrait-on dire.sont admirablement exprimées dans ces vers. ce ne fut jamais la doctrine des sages. comme Chide n'a pas une idée suffisante de l'ètre et de sa perma- nence. nihil interit. que tes sages crurent utile de respecter cette fausse interprétation de leur idée. et illine iluc venit. De ce que Pythagore croyait à t'ëternM des âmes. il est ébloui de cette mutabilité de la forme. tôt là. Tout au plus. de nous dans les animaw. tout en cessant de pa~itre ce qu'elle était et fn ne gardant paa la même forme. ni l'opinion suMtt.} mutantur. et que. Néemanet ut fueiat. Nec Dl3llet ut fueut. Ceci était la doctrine du peuple.ion ét à la piété. eque feris liumana in corpmaVansit. L'âme passe inditçeremmentdes animaux en nous. rien ne périt. sans cela. et votre sentie Donc. de peur que le sang ne se nourrisse de son propie sang. aussitôt qu'il t'aperçoit.

) (2) tAit se putare occasionem datam a communi circuli zodiaci hUonp. ad n quam intendunt sua mysteria. peuvent seulement corroborer l'opinion que nous défendons. Je ne crois pas (i) <tParfntes honorare. ni une idée aussi purement morale et mys- tique. deos fructuum primitua eMmare. un ancien auteur qui avait écrit sur ce culte deMithra. que dans les mystères de Mithra. et revètaient des costumes re- présentant ces animaux. Que ne nous donnait-il lui- même clairement cette explication! Nous savons. par Por- phyre. Fabre d'Olivet nous dit que la transmigration était expli- quée dans les anciens mystères. D (lbiA. . Oren effetle zodiaque jouait un grandrôte dans le cuite persan. par le même Porphyre.fM~MStMm~MAe. que Fabre d'Olivet le donnerait à croire.a{~ft'M.) (3) /tM. et qui ex- pliquait naturellement ce rit comme se rapportant à )a re- présentation dessignesduzodiaque(2). Porphyre ne dit rien de plus. les initiés prenaient les noms de certains animaux. Ces deux interprétations. ni une idée matérialiste et fataliste comme Ovide l'expose. Nous savons encore. animantes non cvpxare. ne sont acceptables. Mais Porphyre cite. ni j'opinion vulgaire. très-vagues d'ailleurs. que dans certains mystères tels que ceux d'Ëteusis on recommandait aux initiés d'être doux envers tous les êtres » vivants (1). qu'il nous faut chercher une explication. à ce sujet. tV. ni dans les vers d'Ovide. Le dogme pythagoricien de la métempsychose ne fut. que nous avons sur les représentations et les enseignements moraux des anciens mystères. certes. 1'ersarum apoche. si op- posées entre elles. échappe.. de Fabre d'Olivet. sinon que ces représentations pouvaient bien indi- quer aussi la transmigration des âmes. ou plutôt « notre t société avec tous les êtres animés (3).jJjb. Ce n'est ni dans les notions.

Mais lors même qu'il eût pu démontrer que la métempsychose jouait un grand rôle dans )es mystères. comme explication. Or nous avons vu que l'explication qu'il en donne. n'a. en un mot. ou plutôt qu'il commence à en donner. oui ou non. il y a des animaux. ou sur l'immortalité. sur ]a vie future. que nos passions nous transforment en animaux ou nous font res- sembler aux anges. Y a-t-il des anges et des démons? Pythagore enseignait la métempsychose enseignait-il qu'il y eût des anges et des démons. et s'il eût enseigné les paradis et les enfers. 22 . voilà ]a question. sommes-nous hommes. aucune solidité. ou animaux. le dogme de )a métempsychose. ou anges. qu'il n'enseignait pas que nous pussions J. et en cela vous avez raison. on ne lui eut pas at- tribué. suivant qu'elles sont dirigées vers le bien ou vers le mal. comme Fabre d'Olivet. quelque chose sur )a vie et sur la mort. soit hommes. voilà la question. à laquelle on ne repond pas en disant. et qu'il interrompt brusquement. aucune valeur. on lui aurait toujours demandé le sens de ce dogme de la métempsycbose. que devenons-nous? Ne sommes nous plus. si nous sommes encore. il enseignait la métempsychose. ou démons? Encore une fois. Pythagore en- seignait-il. et que nous nous transformions en anges et en démons? Non. Après la mort. soit animaux. comme on l'a fait. que Fabre d'Olivet eût d'autres indications plus certaines sur cette partie des antiques mystères. sur ]a persistance de l'être et sur la mutabilité des formes ou manifestations de cet être. H y a des hommes. H enseignait donc qu'après la mort nous renaissions dans la nature. Mais-vous soutenez. et le néant est-il vainqueur et nous absorbe-t-il? Et. sans aucune indécision ni hé- sitation.

Pythagore. Ovide pouvait-il faire dire au disciple de Phéré- cyde.. que. Donc nécessairement il enseignait que nous renaissions dans ('humanité. Microbe. 1U). Quelle plus grande absur- dité. Cicéron. avant ses voyages. Far. ]iv. attribue à Pythagore. /~f. XIV. chez les anciens. Quant à l'idée vulgaire exposée par Ovide. IV. » C'est en rapportant la métem- psychose de Pythagore à cette pensée. et que les animaux n'étaient que des machines (1). Diderot. (t) Aristote. Proclus. nous renaissions indifféremment hommes ou animaux. . et que la mutabilité des formes était telle que toute persistance et toute nature générique des êtres disparaissait dans les renaissances. que nous compren- drons )a métempsychose de Pythagore. voce ~<t're~ ~iien. Disp. article Pythagore de J'En- cyciopedip.. à dhers degrés. l'entendait! Rappelons-nous qu'un des axiomes de la philosophie de Pythagore était: "L'espèce humaine a toujours été. toute l'antiquité savante est là pour protester contre cette fausse interprétation du Pythagorisme. et Phérécyde enseignait à )a fois que l'âme humaine était im- mortelle. Ovide. //M!o!'re deJ'Ai'~PpAM. En restreignant cette expression de machines pour les ani- maux à la sensation et à l'instinct sans connaissance. –Le sentiment de ncscartrs sur l'automatisme des animaux n'est pas a6snlument nouveau. dans Aristote. e. il se retrouve.redevenir animaux. Augustin.. Mt~j/s. c. x~ui. et ne » cessera jamais d'être (2). (2) Brucker.Sui- dus. n). Diogène le Cynique (cité par Plutarqne). Porphyre. Tusc. S. suivant Pythagore. eut pour maître Phérécyde. que de lui faire expliquer la métcmpsyehose comme lui-même. comme nous l'avons vu. donc. )i]). Voilà ce qu'on peut dire à Fabre d'Olivet. Cicéron. c'est précisément l'opinion que Diogène de Laërte.

je serai. illa dies. ne pourront détruire. nec K)ax ahû!ere velustas. n'est pas ce qu'il a cru être. Vienne quand il voudra ce jour qui n'a de droit que surmon dansqu'il finissepour moil'incertaineduréeau-dessusdes as- tel. ni le feu. et mon nom sera indelebiic. nec i~nes. Qu'Horace. quae nil nisi corporis bujus Jus habet. CHAPITRE CINQUIÈME. nomcuquc crit inde)cbUc nostmjD. muïtaque pars me! Vitabit Libitinam. . MMMmM~Mm d'Horace Non omnis moriar.M. le poète de Pythagore. La faiblesse et l'incertitude de sa pensée se montrent partout dans son poème. Non. qui ne croyait pas à une autre immortalité. incerti spatium milù finiat wi Parte tamen ineliore mei SHper a]ta perennis Astra ferar. J'ai achève un monument que ni la colère de Jupiter. ni le temps. ni le fer. PREUVE PAR APOLMKICS DE TYANE. emporté au-dessus des as- tres. C'est )'J?. avec sa métempsychose confuse et indéter- minée. Nec poterit ferrnm. et jusque dans ces vers orgueilleux par les- quels il le termine Jamque opus exegi quod nec lovis ira. dans la meilleure partie de moi-mAme. Cmn volet. Ovide.

q t. 11. au commencement du cinquième siècle de l'ère chrétienne. ait dit précisément la même chose qu'Ovide en plus beaux vers.a Pythagore. et Socrate. on le conçoit. Pythagore. on peut dire avec assurance que les morceaux dans lesquels Virgile a exprimé ses convictions religieuses sont l'expression poétique ]a plus vraie du Pythagorisme. réunit en lui Heraclite. comme du Platonisme. (1. » Car il prit à HéracUte sa physique. ari(le-Gièce. si naturelle (1) niogine de Lae<te. On peut donc soutenir que Virgile s'Ctait inspiré à la fois de l'école pythagoricienne. sa mora)e (1). à Socrate. incisa publicis literis te. 7i~U)).~ondani llagna Gracia <licebatur. S. et des écrits de Platon. dans cette pat [ie de t'Italie appe- lée la Gides dngmes P~thagonciens. ( CmtK'.il)lesJërùme en est témoin où étaient d'aii-ainnoua giaiés les Hospiceomnem <t pit. a cognosces. et l'JtInaConmorunt dog- n t mattun. ) . et en général dans !a métaphysique des grandes philosophies de l'Orient. Vie de Platon. Les Grecs eux-mêmes l'ont parfaitement reconnu «Platon. sinon qu'il resterait de lui un livre et un nom célèbre. Supposez le sage et judicieux Virgile traitant un sujet tel que celui qu'Ovide ne craignit pas d'aborder quelles mé- ditations différentes il aurait fait passer dans ses vers Au surplus. (1. Mais que )e poète de )a métempsychose n'ait pas eu à dire autre chose sur sa propre immortalité. Combien cette induction. dit » un ancien. par distraction. on nom ait enf'ore communément. si vivante en Italie (2).~eptes et les onam Italia·. qu'il avait. comme le prouvent d'ailleurs les autres ouvrages d'Ovide. quitté un jour l'écoie d'Épicure pour celle de Pythagore. (2) Mille ans après P) Utjgore.vonsd'un peu detaitte sur la doctrine de Pythagore a la plus grande aninitê avec les idées que nous retrouvons dans P]a- ton. Tout ce que nous sa- . Et la chose est bien simple Platon avait puisé sa doctrine dans Pythagore. cela montre. regardant ces écoles comme n'en faisant au fond qu'une seule. sa méta- » physique.

Si quelqu'uu a connu l'Inde antique. c'est celui qui voulait mainte- nir. et que ses disciples ont égaléa Jésus-Christ. visita l'Inde. En un . Nous avons le témoignage d'un philosophe contemporain de Jésus-Christ. et qui les appelait les pères de la science et les inventeurs de la sagesse c'est encore Apollonius. et s'est sauve de ses contradictions. et le fond de sa science. c'est-à-dire en se réglant d'après Pythagore? Au surplus. nous avons un autre témoin encore qne Vir- gile de la véritaMe métaphysique des anciens. Certes. i' confirme ce que nous soutenons. c'est-à-dire du Pythagorisme. c'est celui qui passa sa vie à visiter tous les autels et à converser avec tout ce que les sanctuaires ren- fermaient encore de pontifes. Si quelqu'un a connul'Egypte. que Virgile a corrigé les erreurs passagères de Platon. l'antique théologie des Grecs et des Romains. en effet. et du senti- ment pur qu'ils se faisaient de ia vie future. avec de grandes pensées. en la renouvelant. et vécut avec ses Gymno- sophistes et ses Brahmanes. c'est Apollonius. dans le sixième livre de nous a donné le meilleur résu- më de ]a vraie doctrine des anciens sur la vie future!N'est- il pas évident. c'est celui qui. c'est celui qui vécut et conversa avec ce que l'Egypte avait encore de plus érudit dans ses collèges sacerdotaux et de plus ascétique parmi ses moines. Je veux parier d'Apollonius de Tyane. Si quelqu'un a su tous les secrets des temples. savoir que Virgile. en se replongeant à la source. c'est celui qui mettait les Indiens au-dessus de tous les peuples. au premier siècle de notre ère. si quelqu'un a bien connu le sens de la doctrine secrète où Platon avait tant puisé. Si quelqu'un a bien connu les plus intimes mystères du Polythéisme. si on adopte cette induction. c'est le Pythagoricien Apol- lonius de Tyaue.

au fond. IcsaïdUes~o~tt'M~ctCfttfcm/j~t'CH (ler~Kf'yctf~t'cjVoMM'~f. c'est le prêtre synthétique de toutes ces religions. nous révèle. pour l'apprécier. teUement indienne. . lequel. siquelqu'un a pu fégitimement résumer toutes les antiques religions de l'Orient et des bords de la Méditer- ranée. si quelqu'un a droit de suffrage et de vote. au premier coup d'œi). ou un Bouddhiste. l'initié des mystères et le théologien du paganisme. c'est incontestablement celui qui disait et répétait. l'Ini- tié. La doctrine qu'elle renferme est. comme le premier de tous les aphorismes. plutôt qu'un phito- sophe grec. t'Ëpopte de l'antiquité. J'ai déjà cité ailleurs ce monument précieux. et néanmoins. soit pour le fond des idées. dont la connaissance est encore si nouvelle. Voici cette lettre: elle est (1) Voy. C'est une lettre d'Apol- lonius. le successeur légitime de Pythagore. Et enfin.mot. et que plus d'un sage mit dans son cœur en ba- lance avec Jésus?Voici ce que le disciple despretresd'Ëgypte et des Brahmes de l'Inde. un disciple de l'école du Sankhya. on y sent parfaitement le disciple de Pythagore et de Platon. parce que. nous l'a transmise sans la comprendre (1). bien évidemment. sur cette question de la vie éternelle et de )a vie future. que toute philosophie roulait sur ce point. qu'il semble entendre un lecteur des Védas. et que c'était de l'immortaUté et de l'immutabilité de l'âme que la philosophie tirait son origine. le Voyant. le prêtre d'Apollon. auquel l'antiquité érigea des autels. conservée par Phi)ostrate. il fallait le rapprocher des livres de l'Inde. Que dit donc ce grand homme. soit pour )a langue métaphysique. le hiérophante des mystères. jusqu'ici fort dédaigné ou plutôt tout-à-fait ouNié. au nom de l'antiquité tout entière.

du reste. de même que rien ne naît qu'en apparence. Toutefois.LOKIUS A VALÉRIUS. ou par le c rejoindre. » retour des parties au tout. en » effet. qui était retenue par une certaine force. » de même que nous appelons mourir. Quand quelque chose passe de l'é- » tat d'essence à l'état de nature. qui avait perdu son fils. nous appelons cela )M:re. s'il devient comme vide par sa propre rareté. et ne diffère » jamais que par le mouvement et le repos. aRien ne meurt qu'en apparence. quand elles viennent toutes à se Que si quelqu'un dit: Quelle est cette chose qui. Apollonius lui écrit pour le consoler de cette perte APOt. la » matière. s'écou- etant alors du vase qui la renfermait. vase d'ailleurs lui- même éternel.adressée à un proconsul d'Asie. ou bien elle est soustraite à la vue » dans le premier cas. tan- » » tôt visible. . ce qui est plein devient visible à cause de la ré- » sistance de )a densité mais ce même être devient invi- tsibte. tantôt invisible. à cause de la rareté ou ténuité de l'es- » sence. que consiste nécessairement le changement. en réalité. est toujours la même. et qui n'a ni commencement ni fin. à cause de la densité de la matière » dans le second. mais qui se produit par la séparation du tout en parties. reproduit les mêmes formes ou en prend de nouvelles on peut lui répondre Suivant la nature particulière de chaque espèce d'êtres placés dans » le monde. qui. qui e n'est pas le résultat d'une modification externe. aucune » chose n'est jamais ni créée ni détruite mais seulement x elle devient visible. C'est en cela. retourner de l'état de » nature à l'état d'essence.

ils ont servi à » une certaine ccuvre. en chan- » geant de modification. laquelle » indubitablement agit. » Mais que dire d'une erreur qui dure depuis si longtemps. qui seulement. »sans que personne songe à la combattre? Combien de gens » s'imaginent. on » se désespère quand d'homme on devient Dieu. perd à nos yeux son propre » nom. tu songeais à gouverner les hommes confiés à ta < vertu. Valérius. Dieu éternel. cette cause de » tous les phénomènes. » Le culte le plus beau et le plus digne de toi. laissant à Dieu celui qui est parvenu à ce point. par la variété des » noms et des représentations. vous n'auriez pour elle que de l'amour et du c respect. Et comment la nommer. sinon l'essence première. Honte à toi. « Cependant si vous vouliez avoir égard à la vérité. si tu ne » deviens plus ferme que par l'effet du temps. » de même que ce qui sort du sein de la terre n'est réelle- ment pas engendré par la terre. la mort ne serait pas pour vous une source de deuil. mais toute modification appartient au seul » être universel. comme tu le faisais jadis. La modification des êtres » visibles n'appartient en propre à aucun de ces êtres indi- » viduellement. mais. que c'est eux qui ont réellement pro- » duit quelque chose. mais non pas de nature et d'essence. après qu'uniquement passifs. ne songeant pas que tout ce qui naît » par des parents n'a pas pour cause efficiente ces parents. et non par ta raisonle temps ne finit-il pas par consoler jusqu'aux < méchants eux-mêmes?2 » C'est une très-grande chose que d'accroître la dignité . au » contraire. quoique à tort! » Mais c'est peu que de se tromper ainsi on fait plus. !) ce serait si. et devient tout en toutes < choses. et consent.

mOIS.» de la magistrature. JI Quid icro diccmus de errone quem tanto tempore nemo mdaiguit? Arbi- ~trecisse :& quod quidquid ignarinOllllulJi. imisibife n modo. tAu surplus. quod nec ortum babct nec intctitum. nomme vocamsed prima:modus quamoui~iis uniuscst esseutiie recterel erit. ni'. quoe extrinsecus non advenit. scd tantum conspicuum sit modo. ubi ex statu naLuræ ad statum es- a sentia? retlit: cum interea .geiierittin . dum omne quidquid eatum est conjungitur.ere quidqiiain generalur aut corrumpatur. Tu le seras. plenum quod sit. nascalnr. o Quod si aliquis dicat Quidnam illud est. si vacuum quasi fiat raritate sua materia.Hoc singularis. sive iisdetn fieri solet. sed qua totum in paites n transmutalur. 11 ne faut » pas préférer tes choses privées aux choses publiques. et guéris- » toi toi-même. et corrige les cou- » pables c'est ainsi que tu sécheras tes larmes. pm tes autem in tutum revertunlur. » au contraire. mHuiMt qua:vero ef- soitalio sanequa a qnis nwniue vocam quam prim. conlla. et si tu ne t'abandonnes pas davantage à ton aniiction (1).i specie. qllemadmodum (Iuidquid e terra crescit. trantu!" nempe nascitur uhi patielllio perparentes. Rerum Yero visibifium modus nuUus sin~utorum fui! »est indhiduol"lulI. Or. o (1) «NuUa ommno rcs interit. id visibile lit pi-npter crassitiei renitenliam. Sors donc de ta douleur. non eiUciente terra producitur. motutantumetquiete differt. le sage ira-t-il se choisirà 'tui-même ce qui lui convient? Non. openm præstitere. qucmadinodum nec gi~ntur quidquam. commencer par apprendre »a se commander à lui-même. imi~tbiieautemfit.Illud enimproprium "II a uecessario mutationis. M)i enim aliquid Px statu psaenti<B in natunB statut)) J) tuansit. Mais comment 'serait-il per- » mis de maudire ce qui n'est arrivé que par la volonté de Dieu? S'il y a un ordre dans )e monde (et il y en a un) < et si Dieu préside à cet ordre. mais il jugera utile » tout ce qui lui arrive. Sois reconnaissant » envers ceux qui ont pleuré avec toi.idelu. tau- qllam causa effeettice. quels motifs de consolation n'as-tu pas? » Toute la province a pteuré ton fils. sive di\ersis ? yesponderit aliquis: Ut fert generis n cujusvis rerum iii mundo pnsilaram ingenium. n!~ in spcciem. modo conspectui subducatur rursum illud quidem proprer mateliæ cl'8ssitiem 1 hoc veto pnopter essentiæ tenuitatem. uccessarioeadem est. qund tnodn ~isibiie. ddnuente. tantum non a parentibus. tan- ibi se ali<luid a ^Itecisse ignari quod quidquid nascitur per parentes. si tu » cesses de pleurer toi-même.e esseutis recte nomiuaverit. les choses publiques aux choses privées. qttx sane sola ef- . ex contmente etiam vase a'temo. non a parentibus. s'il vent être bon. mais. celui qui est chargé de grandes » choses doit. (juse \i quadam dctioetur. Monte sur ton tribunal.

eique Deus priBStdft. de l'état d'essence. Si veritatis au- tem ratio habenda. At vero tum plorat etiam aliquis. et fit omnia in omnibus. ea utilia existitnabit. qua? sibi evpnient a')- tcm. sedcotettdaetre~erendacst. si ipse lugere desicris. D Et imc quidcm minimum est. iuxisti. rappelle complètement. 1lioiniiiibus tu:e lidei jam cretlitis imperrs. dans le Brahmanisme antique comme dans les religions pos- térieures. n CnUustpro optimuset te decens. dans les diverses orthodoxies comme dans les sectes dites purement philosophiques. Turpe tibi si tem- poris dinturnitate. de l'é- tat d'c<?'e sans manifestation. melior évadas.à l'état de manifestation. à i'état phénoména!. ~t'fn ne 7M~ rien ne meurt. si tton uiteilus proeesseris. Qui vero magnis rphusprscest. le langage métaphysique des philosophes de l'école du San- khya et des Bouddhistes. ficit. si ipsi sibi prius pracessc didicerit. non rationp. ia manière dont Apollonius explique cette disparition apparente de Fctre dans le phénomène qu'on ap- pelle mort. il se retrouve dans toutes sans exception. sapiens certe bona sibi non eliget. comme dit Apol- lonius. la naissance n'est que le passage de l'état latent ou virtuel. à l'état de nature.ft. etempnda reos et sic lachrymis Taledices. La mort n'est que le retour de l'état de manifestation à l'état latent.- poncndH sunt. Non pi h ata publicis. B Maximares est magistratus amplior dignitas. Ce principe est l'axiome fondamental de toutes les sectes de ]'Inde. Non seulement la doctrine d'Apollonius rappelle le Védan- tisme. nominum tantum et reprtcscntationum varietate proprium nomen amittens. Prndi tpquei~umsana. Gratus esto adversus illos qui lecam lugettt.Grainsestoest consolationis tuum qui inReilt. 1) y a p]us. et patittir. tecum Eris pnimfilium a tuum luxisti. et cette réapparition dans ce que nous nommons naissance. non ipsa natura et essentia. quanduquidemtempus etiam maiis hominibus dolorcm lcniat. comme je viens de le dire. Judicia exerce. ut ante imperasti. Eris enim grattis. injuste iicet.) . sed publica privatis pra. Qui antcm fas sit illud de- n precariquod consilio Dei tactum estP Si Si ordo qaidam in rebus est (est autem). L'être est substantiellement ténu. modo mutato. morstibino~dotenfta. o~. quando Deus ex homine fit. Deus xternus. mais elle porte des traces évidentes du langage mé- taphysique de l'école du Sankhya et'du Bouddhisme. a ( T'f't~Mctt'p" ft'C~<tn'tM. optimus fuerit. si Dcorelinffucns eum qui istuc pervenit.

de mouvement. parce que. Quanddonc i) se débarrasse de la matiè- re. de couleur. suivantApoHonius Mtf~7<' <<!CMMtK quasifiat raritate sua. ni de modification quelconque. ~Mxya. Bocbinger. parce que ce vide (SM~ya) est au » contraire la ~éritabte existence. C'est » là ce qu'on nomme le nihilisme des Bouddhistes. dit M. des existences illn- e soires. ce qui lui donne la qualité du ~&t. le par excellence. il a agrégé et tient rapprochées un certain nombre »de parties matérielles. mais à t tort. l'être su- prême. ayant leur origine dans le sunya. comme l'appelle Apollonius. ce qui ne t'empêche pas d'être. . l'essence première. Il ne parait. Cet Être étant dans son état de (1) Essai sur~A~ûso~t'c et la religion des Indous. ~MO~ 7tM OrfM!?: <MM~ Voilà positivement ce que dit Apollonius. !'<< ~Mi'& ~< pn~f C?'<:M!'<< ratt'/CM- <M)K. est donc. ou l'Espace. /M!~f ~CC i'H~r~MM..c'est-à-dire vide.i'. ~U<BB!~M«~t7!~<<Mr. n'étant que des phénomènes. Ce qu'on appelle » matériel et immatériel n'est donc qu'une modification de la o même existence véritable. Dieu.M'&&~M~M/ s:'BaCMMM~M~?a<rar!7affA'M<!J MC<M'M. !'<t!.' J~ttMM: ~M0</ sit. d'après cela. toutes les existences » douées de forme. de varia- etion. il n'est visible que parce qu'il s'est chargé de matière. il ne paraît plus. ~aML. i) devient invisible. N'est-on pas étonné de retrouver là jusqu'aux termes de la philosophie indienne! «Les Bouddhistes. M'COn/i'MMt~~MM C~M !) œ~rno. d'après » Hodgson et les autres voyageurs et savants qui ont com- menée à nous les faire connaître (1). les Bouddhistes appel- » lent Dieu le \'de. « en vertud'une certaine force qui )e !< constitue. parce » qu'ils ne veulent lui donner aucun attribut positif ni de !< forme ni de couleur. à ce qu'il me parait.

de stabilité parfaite et absolue. ~o~tt~aM) ne doit pas. et de l'état de pravrit- » ti à celui de nirvritti. Dès qu'il entre en mouvement. » t'être reste toujours au fond ce qu'il est car la modification » n'est qu'une illusion. On a voulu désigner » par ce mot l'opposé de l'existence visible et imparfaite dans » )e monde des créations matérielles qui fourvoient l'intelli- » gence. il » devient par cela même matériel. et qui dépendent de l'illusion des sens et des euaj)- . sans action. à celle de mou- » vement et d'action. Cette vacuité (MM/t~/a. » J. » comme l'expression paraîtrait le donner à entendre. passe » de cette condition de repos. est l'existence im- tmatériefte. et comme l'état de » l'existence la plus parfaitement vraie. tout en subissant cette modification. mais comme la réunion intime » et la concentration de l'intelligence. est appelé !)!'r!')'< Par » suite d'une nécessité inexplicable. des mondes déplus en » plus matériels. en action. après un certain temps. sans mouvc- »ment. évolution. Le sunya » reste toujours la basedupravritti: il yaun passage successif » de l'étatde nirvritti à celui de pravritti. Klaproth dit à peu près la même chose xLa perfection bouddhique est ce qu'on nom- » me vacuité. rentrent succes- » sivcment dans le Sunya. t'Être. être » regardée comme un anéantissement total ou comme )a des- » truction de l'intelligence. c'est )a la création. qui. oùil préexistait virtuellement. C'est ainsi qu'éma- » ncnt du nirvritti. sans modification. l'existence maté- » rielle et illusoire c'est comme un arbre qui se développe de *songerme. ayant en soi-même toutes les » existences secondaires possibles. Le vide (sM):ya). considê- » ré dans son existence abstraite. et. et il ne saurait jamais perdre son ca- » ractere d'existence absolue. le Sunya.» repos. de vide absolu. émanation. en séries successives. Lemonde ainsi développé et en mou- » vement s'appelle pravritti.

Vivre c'est être livré à une nécessité incessante de changements ou de mouvements. t » me que cette dualité du vide et du plein chez les philosophes du Sankhya et chez les Bouddhistes n'est autre chose qu'une nouvelle formule des deux états de la vie ou de ]}ramh chez les Yédantins. de t'être. c'est jouir du repos. comme il le fait dans sa Égyptiens (1). Tout ce qui nous reste de vestiges de de trente siècles atteste sa civilisation sa ferme croyance à l'immortalité. que l'Inde est le harangue aux pays où l'im- (1) voy. L'essence ou t'être. c'est l'état du yoga. Dans le Sankhya et chez les Bouddhistes. l'article Coutcmplatiou de l'Eue~rlopéAie Nouvelle. comme je l'ai déjà dit. ne diffère donc jamais de lui-même que par le mouvement et le repos. l'Inde tout entière n'a jamais bronché. quand elles se manifestent par les merveilles de ]a création. ou la vie. à la durée antécédente. vivre à l'état d'essence. où le moi se remplit d'un non-moi. Sur ce point. cet état virtuel de la vie se caractérise par l'état de cacM! l'état où l'être réellement existant ne saisit pas la matière. et au con- traire l'état de manifestation de la vie se caractérise par l'état de jo/AH'fM<cchii où l'être prend une forme. c'est le t':MM/! de Dieu. Quand les forces divines sont concentrées en elles-mêmes sans agir au dehors. sa modification. Être mort. Il parait évident. à la durée subséquente du principe de la vie. et suivons les principes qu'il expose dans sa lettre. où ]e moi n'a pas de* non-moi. gements. à l'éternité. Apollonius a bien raison de dire. suivant son principe que la naissance et la mort ne sont que de fausses apparences. disent les Vëdantins. quoique virtuellement il le comprenne. une modifi- cation. de ce qui est. . Mais laissons ce curieux rapport du philosophe grec avec les métaphysiciens de l'Inde. je le répète. mais c'est encore vivre.

mais vous auriez au contraire pour elle du respect. est ainsi retourné vers Dieu. mais qui n'en étaient pas moins indépendants de vous. toutes les sec- . devez-vous vous en affliger? Non. ne sont réellement pas pères. dit le Grec Brahmane.à qui l'état que nous appelons mort semble la condition normale et naturelle des choses. Mais si celui que vous appeliez votre fils.pren- dre place dans votre famille. imbu d'Indianisme comme son maître Pythagore. vous ne prendriez pas la morten horreur. de l'Essence première. Deus t<<. lui dit-il. et à qui au con- traire la vie paraît !c plus étonnant des miracles! De Ut cette conséquence que le philosophe grec. pour naître ainsi près de vous. ils sont venus. si vous étiez rai- sonnible. avant comme après l'existence présente tout est vie aussi dans ]a nature. non. Ces fils existaient de fait ou virtuellement de toute éternité. Deus abstulit. en ce sens qu'ils n'engendrent pas. tire ensuite pour réprimer la douleur de son ami Les pères. dans le cours de leurs métempsychoses. croyant l'avoir engendré. ont dit les Chré- tiens. et vous lui voueriez même un cuite. dont ils étaient des parties. et à la- quelle ils peuvent par conséquent retourner comme ils en sont descendus. que cer- tains rapport d'afEnite causés par leurs vies antérieures et par les vôtres. mortatite de )'ame a été reconnue de tout temps et par tous. et non-sen)ement les ani- maux et les plantes. Les Indiens ne se font pas même une idée de la mort tout est vie pour eux. Toutes les religions. qu'ils ne sont pas cause efficiente de la naissance de leurs fils. mais les minéraux mêmes et tous les corps leur paraissent vivants singulière différence avec nos Occidentaux. étran- gers qui n'avaient. Leur venue en ce monde n'a dépendu que de Dieu. s'asseoir à votre foyer.

tout émane de lui. subsiste en lui. tout rentre en lui. so the universe is produced by tlie e~er- ') nal supreme &M~ (1). Si les créatures s'attribuent une existence individuelle hors de la Divinité. l'être existant par iui-même. ainsi l'univers émane de l'être suprême et inaité- rable. L'univers n'est qu'un jeu immense qui se passe dans l'esprit suprême par des raisons incompréhensibles. J?ra'~ ou J?ram/!a au neutre ) il est la cause créatrice et matérielle de ce monde créateur et création. moteur et matière mise en mouvement. Devenir Dieu. !7~< nu Dieu.tes de l'Inde ont encore professé en tout temps ce sentiment.StrayaMMoM. certes. 7'f-<!tf~)'<M f~* rhe JJfoonduk ~MH~f~. comme les che- veux de la tête et les poils du corps croissent sur un homme vivant. et retourne à lui 7?! the mm:e » as t: eotf&fa! is created and <:&. tout est lui. . voilà le grand mot de l'Inde. as vege- x tables proceed from the M)'< and hair and ~a!'& from animal cyM~MMS. c'est-à-dire d'après la théologie fon- dée sur les Védas. on ne peut rien demander (t) Hammohun-Hoy. On voit qu'Apollonius reproduit fidèlement ce point fon- damental du Védantisme. sans qu'il en soit jamais af- fecté. Dieu est la cause immé- diate de tous les changements.<o. D'après le Védanta. comme les M plantes sortent de la terre et y retournent. c'est l'effet d'une illusion ou d'une puissance magique (maya) par laquelle Dieu lui-même captive leurs sens. suite nécessaire de cette négation de la mort sous le rapport de l'essence dont nous parlions tout à l'heure. il n'existe réellement qu'un seul être qui a la cause de son existence en lui-même de toute éternité (.'&eef by the spider.« Comme l'araignée projette et retire ses fils. Pourquoi plaindre votre fils? dit Apollonius.

au même endroit. </MfB t' <y!M<<<M! ~<i'n<ff~ e. » Certes. Hoc t'o'o quo.de plus clair que sa formule « La modification des êtres »visibles n'appartient en propre à aucun être individuel- » lement. que nous ne paraissons mourir que «parce que t'âme. qui seulement. ou plutôt de visibilité ou d'invisibilité diverses pour chaque être.alio quis nomine rocans <yM<NM )) prt'MttB fss~<fB rec/f HomfHMfrt'f. dans un autre endroit de sa lettre. <Mf)[~f. Et comment la nommer cette cause de tous les phénomènes. mais que o ce vase ainsi vidé de matière est éternel. il donne à chaque être indi- vidue) l'éternité. comme un vase.<fHrt. de parler de « la nature particulière de chaque !) espèces d'êtres placés dans le inonde ut fert generis f!<- e/M~fM rerum !'K!HMK<<0 po. ce serait une grande contradiction dans nos idées d'Europe. sinon l'essence première. et consent.tM//MA' singulo- t rM?M est t'n<K!'</MOrM))! sed omnis modus MMi'MS est rei !n~M&'rM. perd à nos yeux son propre nom.tM i'~fm'M??~ et d'invo- quer cette nature spéciale pour expliquer les phases de vie et de mort. Deus <B~)'n:M~ tM- Mi'nMM tantum et !'<'y))'a'~)tMft'M:!ft?! varietate proprium !ttOtnM amittens. H fait plus. injuste licet. lorsqu'il dit. par la variété des noms et < des représentations. ~MfE sane sola f~?e!<j p<!f!r. laquelle indubita- blement agit. x laisse écouler la matière qu'eHe tenait retenue. t Ce qui n'empêche pas Apollonius. mais toute modification appartient au seul être o universel. et fit omnia in omnibus. que cette existence d'un seul être et cette éter- . qu'il n'a pas eu de commencement et qu'il n'aura pas de fin materitt. tDieu éternel. et devient tout en toutes choses. quoique à tort Rerum nisibilium modus .r coM~tf)t<e etiam fa~ a'/fniOj *<0f< )tM ortum /M<&C< ))<'C !i'rt'<ti))i.

De même » que les saisons. suivant le système indien. 9S-M. la méchanceté ou *)a bonté. et agit en conséquence de cette impulsion et de la proportion d'ins- tincts ou de ~OMKat qui lui a été attribuée par le Créateur.Vmox. . th. de même les créa- » turcs animées reprennent les occupations qui leur sont » propres (1). Quelle que soit la qualité qu'il lui ait donnée » en partage au moment de )a création. et cependant elle est dis- tincte de Dieu en ce quelle s'imagine être cité-même. » C'est ainsi. Elle est Dieu. cette qualité vient le retrouver » spontanément dans les naissances qui suivent. I. i'individuajité au sein de Dieu. cet être t'accomplit de lui-même toutes les fois qu'il revient » au monde. a sa nature propre. dans leur retour périodique.nité d'une infinie multitude d'êtres divers. cha- que partie de l'univers n'en est pas moins elle-même. )a vertu ou le vice. quoique étant Dieu. et ne saurait se concevoir séparée de Dieu car il n'y a qu'un seul être qui existe par lui-même et cependant elle n'a pas conscience de sa divinité. chaque moi ou chaque partie de f'univers reçoit par ces ~OHttHS l'impulsion de i'Ëtre Suprême. la douceur ou la rudesse. ou l'tf/M) &H'< Imbue à doses diverses des trois qua)ités fondamentales du principe vivant. Ma- nou ne dit-il pas < Lorsque le Souverain Maître a destiné d'abord tel ou tel être animé à une occupation quelconque.0! de . Chaque partie de Dieu. (<) 7. que la variété existe au sein de l'unité. et elle a conscience au contraire d'une existence individuelle c'est le phéno- mène du moi. ou des trois gounas. st. ]a véracité ou la fausseté. Pour être Dieu. elle est Dieu. reprennent t naturellement leurs attributs spéciaux. mais ce n'en est pas une dans le système indien.

si l'école du Yédanta n'admettait pas que l'homme a la faculté et l'obligation de se débarrasser de cette fatalité.On peut. à l'état virtuel. Mais ce n'est pas un retour déSnitif. et qui voudra examiner la question que je pose. par la destruction plus ou moins rapide de l'ignorance et de la passion. il n'y a pas d'autre voie que la contemplation et la vie ascétique. Assurément cette théorie anéantirait complètement la liberté de l'homme. fut la source de la vie ascétique et contemplative. à l'état de vide. et ne ferait de lui qu'une machine de bonheur et de malheur mise en mouvement à son insu par une main inconnue. comme je l'ai déj~L dit. mais il faut convenir que la création et la prédestination des Chré- tiens ressemble fort à ce panthéisme. Cet art de retourner à Dieu. il faudra. à la nécessité de la métempsychose. en laissant . en ce sens que l'être qui meurt passe à l'état invisible. en reprenant conscience de sa véritable nature. et si elle n'y est pas sans voiles. Pour être Dieu véritablement. je demande si la doctrine de Platon et de Pythagore n'est pas tout entière dans ce morceau. et formulée en langue méta- physique pure? Tout homme qui aura étudié les philosophes grecs. comme dit Apollonius chaque mort est bien un retour provisoire à Dieu. ou plutôt en devenant Dieu. si l'on veut. Et maintenant. en t'enchaînant aux apparences et aux phénomènes. Chaque homme qui meurt est bien Dieu. qui font de lui un Dieu ignoré de lui-même. si on n'a pas obtenu et conquis le nirivana. c'est-à-dire en se rejoignant à Dieu. en échappant. revenir de nouveau dans le monde. et être encore la proie de l'illusion. appeler cela panthéisme.

ce fragment bien authentique d'Apol- lonius. yuaml il cesse d'être mFme. dans Virgile. mundo. et change de figure. mais tout Tarie. Apollonius. en tombera manifestement d'accord. et dans Ovide. N'est-il pas évident que c'est le même principe. » Ovide ne fait-il pas dire à Pythagore Nec périt in toto qmcquam. mihi credite. et. Il est vraiment im- possible. retourner de i'état de nature à l'état d'essence. dans ]cs divers fragments que nous avons de la philosophie pythagoricienne. que résume. morique Desinere illud idem. quand de cesse d'etre)e il commence appdoMautre qu'il était auparavant. de côté les préjugés et les puérilités qu'on enseigne dans nos chaires de philosophie et d'histoire de la philosophie. Je vais le prouver aisément. nous appelons cela naître. de même que nous appelons MOMrir. en les unissant. faciemque novat nascique vocatur Incipere esse aliud quam quod fuit ante. Sed variât. ne sort pas du cadre de l'antiquité grecque et romaine. Traduisez les termes orientaux de M'ffc et de plein par les termes occidentaux de visible et d'i'ttt'M!'& vous aurez ce que vous êtes accou- tumé à lire dans Platon.n'étaitauparavant. quand on entend quelque chose aux questions métaphysiques. en effet. qui n'en fut qu'un mauvais interprète. exprimé . Quand » quelque chose passe de l'état d'essence à ]'état de nature. pour être Indien. de même que rien ne naît qu'en apparence. de ne pas voir l'identité de la doctrine orientale et de ]a haute philosophie grecque.et. Apollonius dit d'abord <( Rien ne meurt qu'en appa- a rence. Rien ne périt dans runi~ers entier. le vrai poète de cette philosophie. croyez-moi. nous 1J~pclons cela mourir.

l'état d'essence. force la séparation. ou les deux états de t'être. Apollonius dit ensuite <En réalité. évidemment aussi. préoccupé surtout de distinguer et de faire distinguer aux Grecs l'âme et le corps. Platon ne dit-il pas positivement <L'être n'est pas le corps. ou de nature. Il ne comprend pas le passage alternatif de l'état de visibilité. ou bien elle est soustraite à la vue. sans la comprendre. Mais enfin. Il reproduit ainsi. de l'âme qui est l'être.ce pas précisément la distinction que nous avons rencontrée si sou- vent dans Platon. Si Platon se fût contenté de dire: ~L'âme ou l'être est entièrement distinct du ca'<<«)')'e~ il n'aurait rien dit que de vrai mais quand il dit < L'âme ou t'être est entièrement distinct du .Seule- ment Platon. ou d'être. ou de manifestation. mais seulement elle devient x visible. aucune chose n'est » jamais ni créée ni détruite. d'essence. étant manifesté dans le corps. il voit la forme succéder à la forme. comme si l'être ou t'ame. à l'état d'invisibilité. d'une façon très-grossière. comme dit Apollonius.–notre être in- dividuel est une substance immortelle de sa nature. restait pourtant un être complet en lui-même.» N'est-. de t'amc et du corps.presque dans les mêmes termes? Et pourtant Ovide altère. ou de virtualité sans manifestation. il la marque et la reproduit assez pour que nous )a retrouvions clairement dans Apollonius. et du corps qui estla manifestation de l'être. la pensée de Pythagore. la pensée philosophique. disparait dans ses vers. indépen- damment de'cette manifestation. la distinction de ces deux états.-le corps n'est qu'une manifestation de t'être. Il ne voit que la forme. ou d'être. Et c'est ainsi qu'on peut justement accuser Platon d'avoir été le père du faux et ab- surde Spiritualisme qui rëgue encore aujourd'hui.

cdans » cette vie même. '357 corps. Car. plus profonde que ces phrases dans lesquelles Platon. comme Platon. à la suite de cette distinction forcée et exagérée de Platon. qu'après la mort cette âme »va retrouver d'autres Di'eM. que « l'on a eu raison d'appeler simulacres les corps des morts. qu'on appelle âme. dans l'être vivant et manifesté par un corps. quant à la question de ce qui suit la mort. Car cette conclusion conduit et a conduit le monde à un ascétisme insensé. en conséquence de cette fausse distinction métaphysique. comme choses distinctes. comme nous l'avons vu plus haut. que notre corps est une » !M<!ye qui accompagne chacun de nous. se résume en son traité desZ-OM 'H est néces- » saire d'ajouter foi en toutes choses au législateur. Et cette fausse analyse a engendré le Spiritualisme et le Matérialisme. ont voulu chercher l'âme et le corps. dire que. donc ia distinction est impossible. » il se trompe. Il ne faut donc pas non plus. TRADITION. que.Non. Car l'être se manifeste par ce corps vivant. à une réaction matérielle également aveugle.r. parce que notre corps est un simulacre de . il n'y a véritablement ni âme ni corps. mais » principalement lorsqu'il dit que l'âme est entièrement dis- » ~')!cff du corps. que » notre être t'nafit. Enfin. comme Platon l'entend ou le laisse entendre. ont perdu leur peine à courir après des chimères. et. l'âme n'est pas dis- tincte du corps. par suite. Combien la for- mule d'Apollonius est plus exacte. comme Platon. qui sont deux erreurs et deux sources de maux pour l'humanité.)na<Mrf. il ne faut pas dire non plus. dans cette vie même. /*<iM~ seule nous constitue ce que nous » sommes. en sorte que l'on » a eu raison d'appeler simulacres les corps des morts. elle seule nous » constitue ce que nous sommes. et tous ceux qui.t'<<Me/ est une <:<~M?tce !'M!H!or/c/& de sa .

et consent. Apollonius dit encore « La modification des êtres visibles t n'appartient en propre à aucun de ces êtres individuelle- t ment. qui seulement par la variété des noms et des t représentations. en passant et en regardant vos divinités. comme dit Apollonius. comme d'une vérité évidente et consentie. laquelle indubitable- » ment agit. transformation du dogme de l'immortalité. de Pythagore. où j'ai cité des passages de tous ces nuteuft. dans Euripide. et au nom de laquelle il pré- tendait convertir au dogme de la résurrection. N'est-ce pas là aussi la pensée unanime de tous les anciens législateurs religieux et de tous les philosophes? N'est-ce pas la pensée de toute la philosophie grecque. . com- me de toute l'ancienne poésie religieuse de la Grèce? Ne retrouve-t-on pas cette pensée suprême dans tous les monu- ments qui nous restent d'Orphée. dans les fragments d'Aratus. L'être. si vous voulez le nommer ainsi mais il n'est pas le corps. dansSo- phocle. l'a rticle Christianisme de r~nt-yf~opEt~'e tiom'e~. de Platon? ne la retrouve-t-on pas dans Homère. dans la prière de Cléanthc (1) ? N'est-ce pas de cette pensée que S. sinon l'essence première. qui ptomcut ce point de la façon ij plus évidente. j'ai (1) Voy. perd à nos ycnx son propre nom. et devient tout en toutes choses. a cessé de se manifester de visible qu'il était. il a laissé dans le monde visible un cadavre. » notre âme. et en devenant inu- sible. ces Grecs si savants: «Hommes athéniens. quoique »a tort. Dieu éternel. Et comment la nommer cette cause de tous les phë- » nomènes. dans Ménandre. mais toute modification appartient au seul être uni- » versel. Paul s'emparait dans son discours à l'Aréopage. il est devenu latent ou invisible. Entre le cadavre et le corps il y a une diC'é- rence telle. que le cadavre n'est pas le corps. Le cadavre est un autre corps il sera la matière.

afin qu'ils » cherchent le Seigneur. e<SMM!M<). ou à de l'argent. et qu'ils puissent comme le toucher » de la main et le trouver. et à la prière de Cteanthe. ou à de la pierre tail- <ee par l'art et l'industrie des hommes. Etant donc de la race de Dieu. Voy. étant le sei- » gneur du ciel et de la terre. Mt e~th. ayant laissé passer ces temps d'ignorance. ayant déterminé les » temps précis et les bornes de leur habitation. C'est donc que vous honorez.t:t)t!. Il n'est point servi par les mains des » hommes. y~o! e~n. comme s'il avait besoin de quoi que ce soit. n'habite point dans les temples » bâtis par les hommes.. l'art. nous ne devons pas croire que ia Divinité soit B semblable à de l'or.!0!C!'mM. en tous lieux. Paul. la respiration et toutes choses.~ e~moMMMr. Car c'est en lui que nous vivons. <7/tW:aHMme~ indiqué plus haut. (2) Act. quoiqu'il ne soit pas loin de cha- ecun de nous. 1 » selon que quelques-uns de vos poètes (1) ont dit que nous » sommes de sa race Toi xz. que nous » nous mouvons. » De même donc que S. (1) AUusionà un fragment d'Aratus. qu'il croyait prochaine. de quoi il a » donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des t morts (2). lui n qui donne à tous la vie. x~t » xtMu. annonce maintenant 'atous les hommes. celui que je vous annonce. .» trouvé jusqu'à un autel sur lequel il y a cette inscription » ~M Dieu MconnM. !'?! !p. ch. Il » a fait naître d'un seul sang tout le genre humain pour ha- bitcr sur toute l'étendue de la terre. Le Dieu qui a » fait le monde et toutes les choses qui y sont. Dieu donc. xvu. voulant enseigner cette immortalité de résurrection. qu'ils se convertissent. sans le » bien connaître. » parce qu'il a arrêté un jour où il doit juger le monde avec t justice. qui nous a été conservé par Stobée. et que nous sommes (tt K~ ~h. parf'Homme qu'il a établi pour cela.

comme dit S. et l'immanence de Dieu au sein de toutes les créatures. et. que des idées dignes de l'initiation » qu'il avait reçue en Égypte (2) seulement il a exposé » ses idées sous le voile mystérieux des symboles. et du sentiment de Pythagore sur l'unité de Dieu. ou que son école eût conservé traditionnellement des textes remontant jusqu'à une haute antiquité. et qui lui étaient attribués. de même Apollonius.la rattache à ]a nature essentielle de Dieu. absolument comme le disciple de Moïse. en qui nous sommes. est le prin- (1) Pythagore avait beaucoup ccrit. poursuivant la mission de S. Paul. en qui vivent le monde et toutes les créa- tures qui composent ce monde. a été décrété par l'Être Absolu Seigneur de l'univers. S. Aus- si. en qui nous vivons. c'est-à-dire aussi leur résurrection éter- nelle. de Pythagore comme de Moïse. Justin d'Alexandrie. S. Dio~ne de Laerte. Jus- tin. il ne manquait pas de s'autoriser particulièrement de Pythagore. suivant lui. (2) aVidetur et ipsc de uuo Dco ea bctitire nUtC digna sinl ~yptiaca )wre- B gmmtionc.nn . Justin s'appuie sur l'autorité directe de ce philosophe. conclut cette justice et cette possibilité du jugement universel qui. pour expliquer la vie et la mort alterna- tives des créatures. et le disciple de Pythagore devait parler de t'Être M)t et existant par /tt!?K~me. en qui nous nous mouvons. cite les titres de ptusieuts cm rages attribués à ce philosophe. en effet. Quand. Pau]. Soit que les écrits de Pytha- gore n'eussent pas encore péri (1). C'est le Dieu. Paul. il dit que t'M. exhortait cesmêmes Grecs à se convertir à la religion nouvelle. x dans sa théorie des nombres. lorsqu'un siècle après S. postûrteur&5. <ttIl n'a en- seigné sur Dieu. de l'imma- nence de Dieu en toutes ses créatures. montre que toute modification des êtres appartient à l'Être Lniversct. dit-il.

aet( xn ipso. c'est (i) eQuod siPythagonB dcsmgu)ariDeoaeïitenti.</)/!frfX a et de toutes les e. Tout cela n'est qu'une vaine apparence.uspt- n cantur. Ce qui fait naître. ?M): pas hors du M<M<<< x CO)K)M<' ~MC/~tt~-t~M /ma~Mf)~. ni engendrer d'autres êtres. MM<C!<r de toutes les . mais ~M!~ le monde M:('~M. ') Il est le modérateur de ?o:M les siècles. B andite ha. tout en s'exprimant comme s'expriment les li- vres de t'Inde. n ( Cokvrtat. par :Mt'~ sinon. et opifex m'iufMm et ope- s rum suorunx. cipe de toutes choses et la cause même de tout bien. tntu. ne peut réellement ni na!trc.cMffKc~ (1). et que l'être particulier peut engendrer quelque chose. ou Dieu? Mais voulez-vous savoir plus » expressément ce que ce sage pensait de Dieu écoutez ses » propres paroles: Dieu est :Ht. qu'en- » tend-il. circuloruna omuium motio. l'rincipium umniuxn.c tUms ~etba Deus HttMa est. in enelo lumr>e. 7'cmpcr~fi'o est OMttnMm M'cu~rMm. dit-il. xxx. c. ) . Il est le principe de toutes » choses. au fond.t êtres. ne parlait pas autrement. ad Grtrcos. mais pour renaitre par sa grâce. mourir.te))~ ut ~Mf~m j.s in toto circu(o inrpiciens omnes w ~cnff'ftft'OHes. je vous le demande. /Mm!'(''re </mM le ciel. eat>a muxuium. Apollonius. engendrer. ni mourir. allégorique- ment. mena et aanimatio aniccrsorutn. et omnium pnter. voyantà la fois et embrassant toutes les créatures *c< toutes les créations ou générations des êtres. père de fOM. NHM » et SOM~C tout ce qui existe. dans le !) Cf)'< C. l'Être :Mt. x Sur ce point donc encore.!t!fr de leurs M-M~MCfS simultanées ou successives.'mchrnispersjïicereTu)tis. Enfin. que t'ëcote grecque pythagoricienne. et il se rit de la folie des hommes qui s'ima- ginent que les êtres réapparaissant à )a vie gont des êtres nouveaux. ta cause et /'OMtTi'f~ » fC/!H' qui peut et ff/M!' qui agit.! /f. que les êtres par- ticuliers rentrent à )a mort dans son sein. L'être particulier. Ita igitur Pi thugora5. Apollonius conclut de cette intervention perpé- tuelle de Dieu dans tous les phénomènes. Me~Ma~mtM <t!.

&'t'M&/f)K<'Kf éternelles de /'t!me du M:o)t~ il n'aurait dit que ta vérité. Ai-je besoin. cela est la vraie religion. qui réapparaissent à la vie en se mani- festant de nouveau. en un endroit de ses écrits. que sans cela nous ne verrions pas. en t'analysant. Indien ou Égyptien.m. par cet éveil soudain.l'Être universel. nomme les âmes particulières des mot/i'/tca~'onE subites et passagères de ~'aMtf du nMM~(l). MM' 0)))). en la retournant de toute ma- nière. qu'il ne soit aussi Grec. qu'y trouve-t-on? Trois points: 1° Dieu. ils existent au sein de l'Être universel. qui nous fait apercevoir et découvrir la vie. c'est l'Être universel. selon nous. Cela est la vérité. après ce que j'ai rapporté jusqu'ici. pour ainsi dire. dans cette formule de la vie des créa- tures en Dieu et de l'être de Dieu dans les créatures. cela n'est pas le panthéisme. 2° Retour par la mort de toute créatureà Dieu 3° Persistance néanmoins et d'une certaine façon immuta- bilité des créatures. comme dit Méget. Spinoza. Voilà ce que serait le panthéisme. mais la vie. n'est pas encore tellement Oriental. Pythagoricien ou Platonicien? En décomposant cette idée. parce que l'Être universel est en eux. Les êtres particuliers ne sont que l'ombre. (1) Epist. ce sage éveillé f)t Dieu. Mais si Spinoza avait dit Des nM~t'/tcaft'ons durables d'MM certaine façon et ). ~M)/mm< . i. de prou- ver qu'ApoUonins. source immanente de tous les êtres. Et néanmoins les êtres parti- culiers existent. en effet. dans sa réalité. Voulez-vous savoir ce que serait le panthéisme? Spinoza. et par conséquent à demi éveillé seulement et comme endormi encore. mais ébloui.

et que ce témoiguage n'est pas com- pétent pour expliquer synthétiquement le sentiment des an- ciens sur cette question de la vie éternelle et de la vie future. et dont ils ont ainsi tiré soit la vérité. c'est un témoignage unique en son genre. N'avons-nous pas trouvé ces trois points aussi dans Virgile ?2 Il n'y a entre la sciencé d'Apottonius et la poésie de Virgile qu'une différence de forme )e fond est identique. Je dirais plus volontiers que ce témoignage est de nature à nous expliquer radicalement et complètement tout le mys- tère de la philosophie grecque. cette vérité. nous avons là la vérité même dont les Grecs ont fait un usage souvent admirable et souvent fort défectueux. excepté lorsque Platon erre jusqu'à absorber com- plètement et éternellement les âmes dans l'Être universel. par une sorte d'attraction phy- sique. N'avons-nous pas trouvé également ces trois points dans Platon. con- temporain de Jésus-Cbrist. et à dissiper ainsi les nuages qui couvrent encore cette philosophie. Mais qu'on ne nous dise pas qu'il faut reléguer ce témoignage parmi ceux des écoles indiennes. En effet. il est curieux d'entendre un philosophe grec. soit l'erreur. et néanmoins ils . dans de nouveaux corps par la métempsyebose. dans la langue métaphysique des Brabmes. et sans intervention pour ainsi dire de t'Être univer- sel. c'est- à-dire lorsque Platon tombe dans le panthéisme des deux fa- çons dont on peut y tomber? Enfin ces trois points ne sont-ils pas aussi fortement ac- cusés que possible dans tout ce que nous avons cité sur Py- tbagore ? Certes. Ils la possédaient. ou lorsqu'il les fait passer. professer avec assurance la doc- trine des Brabmes. au fond.

à moins qu'a » cause des taches dont elle se serait soui))ee dans un corps » impur.en ont souvent tiré l'erreur. il n'y a pas d'erreur chez lui. ils s'imaginaient qu'il en était de chaque âme. Platon. A peine. nue foule de témoi- gnages qui nous restent de l'ancienne philosophie grecque. comme je l'ai montré. qu'elle s'écoulait et se réunissait à » l'âme du monde. paraît s'être jeté à son tour. avec soli- dité et en s'appuyant d'autant de témoignages. l'idée de la réfusion des âmes particulières dans l'âme du monde. comme dans le cas d'un t'ase qui se brise. rco/frm~' f/oM les corps comme de » l'eau l'est dans un t'asc. (1) Aretmadrers. et. dit Gassendi (1). à son tour. à la dissolution du corps. et pourtant (je crois l'avoir prouvé) il n'erra pas fonciè- rement.n<' du MtOM~f. absolue. que les an- ciens philosophes n'ont pas cru à cette réfusion dans t'âme universelle. Le docte Gassendi croit résumer là d'une façon complète. in decimum libuum Dingenis Lacrrü. dont elle avait été détachée. vulgarisateur de la philosophie. réponda l'accusation portée par Gassendi. Apol- lonius. et en se fondant sur Févidence du fait. cette uniou ne fût différée plus ou moins. jusqu'à ce que cette âme se fut entièrement purifiée. Préoc- cupés de l'idée que les âmes étaient autant de yM)-<<</t'. dans ces derniers temps. et principalement l'espèce d'er- reur où Spinoza.< » de /*aMM dit monde. fut obligé de se tromper. y a-t-il eu au- » cun philosophe (tel est l'aveuglement et la faiblesse de l'es- prit humain!) qui ne soit tombé dans l'erreur de croire la » réfusion de l'dme humaine c~M /'<?. Il se trompe néanmoins. On pourrait lui soutenir. Pythagore (tous les monnments l'attestent) maintient a la fois l'Être universel et les êtres particuliers. . au principe. à cause de sa mission même.

» Cicéron ne profère encore ta que des vérités irréprochables.) (:() <fA"i'u<]"'m nuUd in tet'r't~ on~o u~pturi potest. et qui est nous. c. cum . quoique son expression soit imparfaite. Quand ailleursil dit que a l'esprit humain. Cicé. qui ait mémoire et pensée. (De Dttiji. que t ces facultés sont divines et que l'on ne trouvera jamais » qu'elles puissent venir à l'homme autrement que par Dieu. obque eam 'en) a'tcrnuin sit necesse est. Ita quidqoidestiUud qnûdsetttit.nous tirons et » puisons nos âmes en Dieu.ff. x<. ce qui sait. V. c. prévoie l'avcnir. tib. bien loin de briser le t-Hsf. il est de toute nécessité que ce » principe qui est en nous. ce qui vit en un mot. nisi a Deo. est céleste et divin. Quand il dit que «rien dans le x monde visible ne peut nous expliquer l'origine de cet » invisible qui est en nous. J. et futura pro\idcat. tels que » nous les considérons. ni ron ni les philosophes dont il invoque le témoignage ne se trompent. cœtc~te t dninum et est. nis enim in natuns nUnt iucst. soit éternel (3).car. embrasse le présent. mentis fngitatioxes habtMt. sapicntissimisque placuit. tiré » de l'esprit divin.) D t (2) a tIumanus autem animus.). )) qu'ainsi. XLn.a et que telle est l'opinion des » plus sages et des plus savants des hommes (1). » il n'est pas non plus dans l'erreur. fpintt sapi~ quod ~utt~ qund ~'Ket.. il appelle l'être particulier un~MC~ffr~f~.csentia. et coniplecti possit pr. (Fr~ym. (1) <tA na)ura Deorum.compare qu'a » Dieu (2).lio nullo nihi cum ipso Deo cujHpa'ari potfsL ( 7'M. Il faut distinguer. ~uod et in~tpnta tcHPat. quod ~im menjoria-. ce qui sent. f~ foxso~ ~[f~. et que. »pour cette raison même. ne peut être justement. ~ts~ lib. ce qui x veut. decettrtus ex mente divina. par conséquent.) . cet autre écolier des philosophes grecs. et que nous appelons esprit » ou âme. que rien ne se montre dans les corps. qui re- » tienne le passé. ut doct'~imi. Sec nnenictur tinquam uude ad hm))1nem ~eunc pussint. Quand Sénèque. qux: sûta divina sunï. hiius[fM ani- x mos et nbatus habeums. Quand Cicéron dit que <.

s'appuyant du sentiment de Pythagore. et Dens.. M~ic. . ce que de- vient après la mort cet esprit comparable <t Dieu. d'Empédocie. l'idée plus loin. demandez aCice- ron ce que devient cette âme puisée M . S 127. qui est nous. éternel. cette âme.. des anciens. Je pourrais citer.m't. cent autres passages semblables. non pas immortel pour l'avenir seulement. quand on parle de ce que l'on appelle aujourd'hui t'immortatité de l'âme.f!tt. qui sait. et tj]mm est. ') Seneque aperçoit et indi- que une grande mérité. à parte ante et ''</M~<. en effet. IX. et nous sommes ses » associés et ses membres (1). Sextus ne dit pas autre chose que ce que dit bien mieux encore S.Oi'eM. en un mot. Cicéron vous répondra bien d'abord que ce principe. comme on disait dans la Scolastique.jC(M<. quo contuictuur. mais immortel au passé. Poussez. et de toute !'éco]e Italique. qui lui fournit des âmes. et pourtant aussi voisins de l'erreur que de la mérite. cet esprit est éternel (éternel dans le vrai sens du mot. s'écrie < Eh pourquoi ne croirait-on pas qu'il y a du di- t vin dans celui qui est une partie de Dieu? Ce Tout qui nous » contient est Un. xcu. hb. dit qn'ii n'y a qu'un seul esprit infus dans l'uni- » vers. et bocii fjus a sumus et mewbra. Paul. c'est-à-dire sans commencement et sans fin. (1) aQuid est at]tcm cur non existimes in eo tt!\tni a]iquitl ptist~'c qui Dei )' pars est? Totum hoc. quoique les mots de partie de Dieu et de membres qu'il emploie puissent aisément conduire à une grande erreur. au futur. ce que devient ce principe invisible qui est nt nous. ) (2) /if. comme on s'est habitué à dire depuis les derniers siècles. et qui unit les nôtres avec » toutes les autres (2). c'est-à-dire irré- prochables. qui vit en un mot. et qui . Quand Sextus Empirions. n (F'~ist. au présent. et ce Ln est Dieu. qui veut.

) (2) E)!t!. a cependant tous les eûets d'un plaisir » véritable. écrit Sénèque à un de ses amis (2). Voilà le tort que vous m'avez causé. nec esse qui~q~am quod c&mt aut inte]ttEt » possit. Mais pressez encore Cicéron. finira par se fondre insensiblement dans l'acadé- mie sceptique de-Carnéade et d'Arcésilaüs (1). et je me l'étais en quel- que manière persuadé. Faites la même question à Sénèque. après vous avoir répété avec conviction les enseignements supérieurs de l'Académie pri- mitive. et que de MMm~)'e~ et d'associés de ce Tout qui est Dieu. c. en vrai représentant de l'école diree~ tement sortie de Platon. lorsque je commençais à m'abandonner à » des pensées consolantes. !) contre quelqu'un qui nous réveille lorsque nous sommes occupés d'un songe agréable. en. Je m'occupais »a réfléchir sur l'éternité des âmes. suivant Sénèque. nous pourrons bien devenir rien « On se fâcherait volontiers. ~eque assertione approbare. quihus de causis nihil oportere neque protiteri. Vous m'avez » rappeté à moi. Je me rendais avec facilité à l'opi- » nion des grands hommes. et vous le verrez in- certain arriver. J'étais déjà à charge (1) eOmmatatcre in occulta. .ce que les Latins exprimaient surtout par le mot de sempi- ternus). )ib. et bientôt vous verrez que t'~fre quiehf divin. quoique faux. et que j'allais m'y engager de p)usen plus. à sa métcmpsyehose. (AM~. pourra bien de- venir Dieu. t. B qui. I] nous enlève un plaisir. sans pouvoir ni les accepter ni les rejeter. que convaincu par leurs arguments. que la partie de Dieu pourra bien se perdre dans le Tout. à son absorption en Dieu. aux fables de Platon. neque antrmare quem- < quam. ()):M. » Je me livrais à une douce espérance. Cicéron.f. plus flatté néanmoins de leurs » promesses agréables. xn. si je n'en eusse été détourné.

mais que l'être particulier n'en est pas moins pour cela un r~. certaine. si l'on n'ajoute immédiatement que chaque être particulier. et ce beau songe s'est éclipsé < Et tam &MM! t'o?Mn!'MtK pM'~i'f)!i'. son- » geant que je passerais à une vie où je posséderais l'éter- » nité lorsque tout d'un coup je me suis réveillé à la ré- » ception de votre lettre. n'est que ja moitié de ]a vérité. comme dit Spinoza à l'endroit que j'ai cité.e éternel au sein de cet Éternel. qu'elle partait au contraire de l'existence certaine des êtres particuliers. qu'elle avait proclamé. dans la propo- sition fausse sur la créature. quoique vivant au sein de t'Etre universel et par sa perpétuelle interven- tion. sans men- songe. avec une foi complète. comme nous l'avons vu si manifeste- ment de Platon. Et de ta cette accusation que porte Gassendi contre la plupart des anciens philosophes. et tant de disciples de ces philosophes. et qui pénètre la substance intime de toutes choses. comme dit Apol- lonius. dans t'antiquité. une modification subite et passagère de Dieu. que dans les conséquences de son principe. H Il faut savoir que Dieu est l'Océan éternel dont parle Spinoza. t'éternité de . et devient une erreur. x C'est ainsi que tant de phiiosophes. évidente. Rien donc de plus aisé que de tomber de la propo- sition vraie.Tsur ce point. n'est pourtant pas. et je méprisais les restes de cette vie. sans hypocrisie. sur Dieu. perdaient aisément leur beau songe. Pourquoi? parce que cette vérité que « Dieu est un esprit répandu dans tout le monde.* vérité qu'ils sentaient profondément. d'avoir adopté le système de la réfusion dans /me M~t! TC)'Sf//< Gassendi ne s'est pas aperçu que la philosophie grecque n'crr.*amoi-même. qu'au début de ses raisonnementselle ne partait pas de cette )'<y)M!'o)t.

méditant sur le principe de l'éternité de l'être. que manquait-il à l'es- prit humain à cette époque de l'humanité? que manquait-il. et dont il nous reste un précieux Commentaire sur les ~er~<<or& Pythagore. qui enseignait à Alexandrie au cinquième siècle. que les philosophes transformèrent en une réfusion dans t'Etre universel. je n'invente pas cette explication. soit la confirmation de )a croyance populaire à la métempsychose confuse et indéterminée. comme une erreur radicale et de principe. dis-je. dit-il. Hiéroclès. dont Photius nous a conservé des extraits. dans nn de ces fragments. à cette grande philosophie qui réunit tous les sages? Ce qui lui manquait. encore une fois. en d'autres termes. Hiéroclès arrive à admettre la métempsychose. ou. de la création éternelle. savoir soit la confirmation de la croyance populaire aux paradis et aux enfers. Pour conduire à fin ce grand principe de l'existence des êtres particuliers dans t'Etre universel. Et. ou la transmigration des âmes. elle se trouva fort embarrassée de cette durée éternelle des êtres particu- liers qu'elle épuisa toutes les hypothèses qui pouvaient se présenter naturellement à cette époque du déve)oppement de l'esprit humain. soit enfin la confirmation de la croyance également populaire au néant après la mort. 24 . mais qu'arrivée à ce point. ce qui n'était qu'une erreur dans les conséquences et dans les déductions. J. Il ne faut donc pas imputer à la philosophie grecque. l'être particulier. et que de là sortirent pour elle les erreurs. avait composé un autre livre sur la Providence et sur le Des- tin. Or. je l'ai montré une conception suffi- sante de la perfectibilité des êtres. parce que « sans elle. Voulez-vous l'entendre de la bouche même des anciens? Un des plus célèbres Platoniciens.

de Prov. Bibl.. (t) Lib.<OM ne peut justi fier les Yoies de la Providence (t) < Ne sentez-vous pas. ce qui a fait errer Platon. . soit à l'absorption en Dieu? /a~f~Msf!/?er la Providence. et. n\ IIU roME rKmim.. avec une parfaite évi- dence. l'idée divine de ia perfectibilité n'étant pas encore assez clairement révélée au sein de l'esprit humain. 214. tpm) Phot. cod. on ne savait justifier la Provi- dence et expliquer la causalité des choses qu'avec ces fausses hypothèses. par une route presque inévi- tah)e. dans cet aveu. soit aux fables des enfers et des paradis. Aujourd'hui nous pouvons justifier autrement la Providence. et ce qui a conduit. de conséquence en conséquence. la philosophie grecque soit à la métempsychose.

ru. .~J): SECOND. DE FHUMANITË.

imprimerie de PIEHHK~KOtJX. . à MuusMC.

OKn. DE L HUMANITE.NCHAiNRMEI'CT DU MOSAISME ET DL CURtSTIAMSMt:.L!BRAIRI. PKHHOTIN. 0(.C. HTOUL'ONMtPLtQ'jK 11 LA Sl.0 SE TRD"VI!: EXP05ÉE LA~~AtE~KF~niONnELAREUGtO~. S.-ËD]TELIi.lTE ET L't. ET DE AYENIR.PAEL. ti. MoniemeMitioM. M SM PRt~'CfPE. 114n PIERRE LEROUX. Quoique nous soyons plusiemnous ne sommes tousnéanmoins qu'un seul con ps. . TOMKSt. RUE FOI\TA)~E MOUERE. PARIS. et nous sommes tous recijn oquemcnt mem- b]'eaIesutisdesaut)M. JSA5.

TRADtTMI~ DE LA TRADITION RELATIVEMENT A LA VIE FUTCF. ) .E. (Suite.

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dit avec raison Voltaire. qui n'a pas encore été bien comprise jusqu'ici. PREUVE PAR MOISE. en apparence. dans son Deutéronome t fS). une chose grave. Je passe à la seconde branche de la tradition de notre monde occidental. nous autres occidentaux. plus directe que toute autre de toute la religion des temps modernes. après avoir eu des M/M/!<t' et des ~e/M/<!tt~ M!M . pu'il ne leur parle jamais de t l'immortalité de leurs âmes. souche. H leur dit avant de mourir. Tout est tem- o porel. à la tradition sémitique ou hébraïque. Pourquoi Moïse. n'a-t-il pas enseigné ]e dogme de f'immortatité de l'âme? . Il y a une chose. ce grand homme. dis-je. qu'i) ne les menace point des enfers. et par là même auteur de ce que nous appelons encore.) est très-certain. ce grand législateur. CHAPITRE SIXIÈME. ce grand prophète. la vraie révélation et la vraie religion. révélateur avant lui. nourri dans toute la science de l'Egypte. qu'il ne leur fait point espérer » le ciet. que Motse. t en aucun endroit. pour- quoi. ne propose aux luifs des récompenses » et des peines dansune autre vie. prédé- cesseur de Jésus-Christ.

» vous serez maudits dans vos villes et dans vos champs. parce » que vous n'aurez pas servi le Seigneur. sans y rien ajouter ni retrancher. du /fCMfK<. Si vous suivez des dieux étrangers. du foin pour vos ~. de /'AM! du » vin. de » vos bestiaux. et vous ne lui prêterez pas d usure. sans en man~Mcr 'yam~M.M~ a fin que vous mangiez /!M- ~M'a satiété.s aurez de quoi MMKyfr. la pauvreté. vous serez » fff'f)')ti7)!. vous ne » gardez pas toutes les ordonnances et toutes les cérémonies.–St't'ousf. t'0!.–7e suis un Dieu » jaloux.ï' ff dans les gras des jambes. Si.fx/AotKm~ et n'ayez aucune pitié de per- » sonne.Mt'EfzmMfOtHman- t~<wif)t/s. -Mettez ces paroles dans vos f~Mrs. i'0!M serez exterminés du pays. et réduits D no p<nombre dans les nf. de (roid. /'i'Mn. lièvre. de votre terre. de /tf'tTe. vous aurez la ro~nf. seront bénis. égorgez tout sans » épargner un f.» prAwi'M./i'on. porc-~t'c. ~f f/M/fMf. les fruits de votre ventre. comme » /'ai' le griffon. Si t'o'M obéissez. /Vo))orf.'f~M~ la troisième » et </tM/rt'f)M génération. afin » que vous viviez /c'n~<f'm/?s. Faites ce que je vous W- » donne. t'OM: aurez des M/fi'rfs dans les yft)OM.–~ mangez point des ani- t'!fM!HfHf et dont l'ongle n'est point /~)t6f! t maux qui » comme chameau. et vous mangerez . Ne mangez point des oiseaux impurs.: père et m<'re. MtM aurez de la pluie au » printemps et en KM/OtMMf.–~n observant toutes » les or~onnaKf' Mus serez bénis dans vos villes et dans vos f/MM/M. l'étranger M:Mpr~- ~fN MffMff.'fe <<Mp<'rf4'(. yt/ la fistule. dans » vos Ma! dans vos yeux. Lorsque le » Seigneur vous aura livré les nations. vous ~proMrcrM ~</<!MM<e. ~Mt'pM~t')'' /nt'~M. écrivez-les sur vos portes. vous mourrez de » ~t<'rf.<. afin que vosiours se multiplient. au fM!<r<r~.

L'abbé Bergier. toute la contro- verse catholique contre les protestants et les phitosophes. qui a ré- sumé. 'pourquoi n'a-t-il pas expressément établi ce dogme?et » s'il ne l'a pas connue. Le fait est » que dans les lois publiques il n'a jamais parte d'une vie à » venir. sur ce point de fait. quel était l'objet et l'étendue de sa » mission? C'est une question que se font plusieurs grands » personnages. H est évident que. art. cette grande école des Saducéens n'aurait » pas été autorisée dans l'État. » Tout le monde sait que. Us répondent que le Maître de Moïse et de » tous les hommes se réservait le droit d'expliquer dans sou » temps aux Juifs une doctrine qu'ils n'étaient pas en état » d'entendre lorsqu'ils étaient dans le désert. non pas du Pf't- (i) ~t'c~tKfït're ~MpM~At'~Me.*M~M'<:U fruit de t'otre rentre et ~'M~M'~ chair de vos » fils et de vos filles. une grande école des Juifs ne l'aurait pas tou- » jours combattu. il n'y a rien que de » temporel et qu'on ne trouve pas un mot sur l'immortalité » de l'âme et sur )a vie future. S'il connaissait la vie future. il n'a pas été possible de répondre à Voltaire. dans son Di<'hoH)M!'r~</e Théologie. rasscmbfc vainement sept à huit passages. ~iM~ . Plusieurs commentateurs il- lustres ont cru néanmoins que Moïse était parfaitement » instruit de ces deux grands dogmes. qu'il borne tous les châtiments et toutes les récom- » penses au temps présent. on n'aurait pas tiré de » grands-pontifes de leur corps (1). les Saducéens n'auraient pas » occupé les premières charges. Si Moïse avait annoncé d'une façon quelconque le dogme de l'immortalité » de l'âme. dans toutes ces pro- » messes et dans toutes ces menaces. Il est très-inutile de » disputer sur les sentiments secrets de Moïse.

Tout va en un même lieu. t)ad. prouvent plutôt le contraire. il prétend prou- ver au moins par ce texte que la question même n'était pas aussi complètement ignorée des Juifs que la Bible le ferait croire. De tma farta sunt. Comme l'homme meurt. et si le soutue des animaux descend » en bas? J'ai donc compris qu'il n'y a rien de mieux pour » l'homme que de se plaire dans son œuvre. et u~lnil n habet Inomo jumrnto amplius. de Valable et de nobetËtiennc.)" )n . ainsi meurent les animaux. par exemple.M<eM~Me(où il n'y a pas un mot qui ne soit positivement opposé au dogme de l'immortalité de l'âme. et si spi"t"s jtnucutotun n descendat deorsnm! hl drprcbrudi nildl rsse nulius qnam latari Luminem o in opere suo.~<\in. dès (t) aUnus interitus csthominis etjnmpntomu].Et'~M. » et retourne dans la terre. et a'qua uttiusque conditio. Qui sait si le souffle des fils d'Adam monte en haut. Quis cnim cum adducrl. d'avoir recours à ce texte de l'Ecclé- siaste « La fin de l'homme et des animaux est la même. que les Hébreux. Vous voyez bien. et ces passages. et l'homme n'a rien de plus que l'animal. is Q) novit si spithus t~!orum Adant asccmiat smsum. Tout est fait de la terre. dans l'extrême pénurie où il se trouve de citer quelque chose de la Bible qui ait trait à l'immortalité de l'âme comme l'entendent les Chrétiens. mais des Prophètes ou autres écrivains sacrés antérieurs à la captivité de Babylone. et leur condition est j~gale. s'écrie-t-il. et in tman) t~titcr re~eitunhn. Tout est vanité. Simililer spiranf omnia. n Sicnt morittir Iromn. lit post se futum cognoscati'(. Cuncta snbjacent tanitati. comme on entend ordinairement ce dogme). Croirait-on que Bergier est obligé. Car qui le ramènera pour jouir de ce qui sera après lui (1) c On demandera comment il est pos- sible que Bergier ait songé à se servir d'un semblable témoi- gnageC'est que. Et onmia licligutit ad «num tocum. sic et illa rnoriuntur. loin de prouver en faveur de l'opinion de Bergier. Tous les êtres respirent par le même » mode. et banc esse pmdm ilbns. et que c'est là t sa part de bonheur.

et où le » souille qui nous animait retourne à Dieu.» à ce jour « où la poudre retourne dans » la terre.avant la captivité. qui nous l'avait » donné (1).. . les Indiens. MI. conclut son chant de douleur sceptique par une exhortation épicurienne. les » Chinois. les Grecs et les Romains. et l'on s'ima- » gincrait que les Juifs ignoraient profondément cette vé- rité (2) » Cela peut paraître étrange. les sauvages mêmes. ou l'auteur. les Perses. (Ibid. les Chaldécns. les Scythes. en effet. » et où les pleureurs le pleurent dans les rues et dans les c places publiques.)» (2) Dictionnaire de théologie arlicle Ame. les anciens Bretons. les » Chananéens. et spiritus rcdeat ad Deum. et de songer aux infirmités de la vieil- lesse et à ce jour fatal « où l'homme va à sa maison éternelle. les Celtes. mais il est certain néanmoins qu'on ne trouve aucune mention quelconque de cette vérité dans la Bible avant l'époque de la captivité. dans le sens de la vraie doctrine d'Épicure. s'étaient posé le problème de l'immorta- lité de l'âme! Salomon. » ont cru de tout temps à l'immortalité de l'âme. quel qu'il soitde YEccthiasle. chap. mais de ne pas s'y attacher follement. Il conseille aux jeunes gens de jouir de la vie. Bergier y voit l'immortalité de l'âme et la menace du jugement der- nier Son plus fort argument est celui-ci «Les Égyptiens. telle qu'elle avait été avant notre vie. et qu'au contraire tout dans le Penlntcuque et dans les autres ouvrages du Canon juif antérieurs à la captivité est direc- (1 ) « Homo enîm vadit ad domum suam perpetuain et circuibunt in platea lugente* Redeatque pulvis in terram qualis fuit. qui detlit illum. les Gaulois. C'est la morale d'Horace.

mais qu'il est actuellement » rendu immortel par la volonté de Dieu pour le punir ou » le récompenser immortalité qui lui est communiquée en » vertu de son union avec l'Esprit Divin qu'il reçoil dans le «baptême. en 1704 et 1706. temcnt contraire au dogme de la vie future. Les esprits forts triomphèrent de voir un membre des plus illustres de l'É- glise anglicane réduit à soutenir que l'âme est un principe naturellement mortel. qui a besoin d'être uni à l'esprit di- vin pour participer à l'immortalité. tel qu'on le comprend dans le Christianisme moderne. Il était si évident que l'Iicriture juive ne connaît pas ce qu'ou appelle aujourd'hui l'immortalité de l'ânie. que de la faire dé- pendre du pouvoir spirituel des évêques. que Dodwell paraissait triompher par ce seul motif. Les théologiens les plus contraires aux idées épiscopales de Dodwell furent très-em- barrassés de répondre. excepté les éveques. dont il est nécessaire que j'indique en peu de mots les phases. et où l'on fait voir que personne. une longue et importante controverse. que l'âme est un » principe naturellement mortel. c'était établir l'immortalité de l'âme sur un fondement bien ruineux. depuis les » Apôtres. » Cet ouvrage de Dodwell fit beaucoup de bruit en effet. professeur à Oxford. Il y a eu sur ce point de fait. publia une Lettre sur la manière d'étudier la théologie. où il pré- tendait que< l'âme n'était rendue immortelle que par un » esprit d'immortalité que Dieu y joignait à l'égard de ceux » qui étaient dans son alliance. longtemps avant les re- marques de Voltaire. il développa sa pensée dans deux ouvrages dont le dernier parut sous ce titre: « Discours épistolaire. où l'on prouve. .» Plus tard. n'a le pouvoir de donner ce divin esprit immor- » talisant. le savant Dodwell. » par l'Écriture et par les premiers Pères. En 1672.

de l'immortalité naturelle de l'âme. que si les âmes des hommes étaient immortelles par elles-mêmes. et qu'est venu faire Jésus? De simples mortels. an lieu de le suivre sur le terrain de la tradition et de la théologie. d'autre part. au- raient pu suffire à notre salut et à notre rédemption. ce fut liayle. mais ce fut l'incrédulité. Elle eut un grand éclat et une grande importance au dix-hui- tième siècle. mais. sur l'âme. par suite. Ce fut Clarke qui le réfuta. et prétendit donner une « démonstration philosophique rigoureuse de l'immaté- » rialité et. la nécessité de la mission de Jé- sus. de sa Révélation. ce point d'histoire. Car si l'âme est naturellement immortelle. ou même Clarke au besoin. Le scepticisme eut finalement gain de cause. Cette controverse fixa du moins. et n'eut pas de peine à rendre fort dou- teuse sa démonstration de Vîmmalêriulitâ de notre âme. ou persanes. Dieu n'aurail lien révélé aux Juifs de la vie future? Le sentiment de Dodwell expliquait à la fois deux points fort difliciles à justifier de toute autre façon savoir. d'une part. le silence absolu de Moïse sur la vie future. Clarke se retrancha prudemment dans une question de pure métaphysique. el que nous puissions naturellement aussi le savoir. indiennes. chal- déennes.Comment croire. à quoi bon la Révélation. en effet. que Moïse ne parle en aucun en- . et son rejet absolu des opinions égyptiennes.» C'était mettre la Révélation dans un autre embarras. et de t'institution du baptême: et. Véritablement le Christianisme ne s'est jamais relevé de cette dernière controverse. qui en recueillirent les fruits. Hermès. Aucune réponse théolo- gique de quelque valeur ne fut faite à Dodwell. d'une manière irrévo- cable. Platon. L'incrédule Collins réponditClarke. Pytha- gore. Descartes. ce fut Voltaire. qui venait après tant d'autres.

On me dira que. Guillaume Slierlock. doyen de S. sect.droit de l'immortalité de l'àme. Au plus fort même de la dispute entre Dodwell. de cette idée de la vie future «Ainsi. Je réponds qu'il est trop » évident que la Loi mosaïque ne contenait aucune promesse (1) De l'immovtalilc de t'amc et de la Vie éternelle. pour donner un pl us » solide appui à la créance des Israélites. dit-il. » Dieu en aurait parlé en termes exprès. il ne s'est pas trouvé un seul théologien consciencieux et savant qui ait osé révoquer ce fait en doute. et Collins. où il essaie de résoudre les difficultés qu'on avait soulevées. Il veut seulemcnt que'ces livres aient été une induction pour y faire sopger les Juifs. et que toutes les promesses de l'Ancienne Alliance sont tournées vers la vie présente. A par- tir du commencement du dix-huitième siècle. 2. Après avoir cité un certain nombre de faits insinualifs. publia un traité De fimmortalité de l'âme et de la Vie éternelle. Mais à partir de cette époque on a cherché à expliquer ce fait. » tous ces événements l'insinuaient et la faisaient espérer aux » Juifs (1). Paul et chapelain du roi. et les engager plus » fortement à son culte religieux. Il reconnaît positivement qu'il n'y a aucune trace quelconque de vie future différente de la vie terrestre dans les livres hébreux. » Et plus loin «On m'objectera peut-être que » ce que je viens de rapporter de la Bible ne prouve point » qu'il y ait une vie à venir. . ou du moins vers une toute autre conception de la vie future que celle que l'on entend ordinairement par ce mot. III. suivant lui. Clarke. puisque la loi n'en dit pas un » seul mot. s'il y avait une autre vie. chap. et que toutes les promesses qu'elle renferme sont «temporelles. quoiqu'on ne trouve au- » cuite promesse positive d'une autre vie sous ^ancienne Loi.

elles renferment les biens de cette vie. toutes les autres choses nous seront » données par-dessus. Il » en est tout au contraire sous l'Évangile. comme il est dit en S. Quoique ses pro- » messes ne regardent que le spirituel et l'immortalité glo- » rieuse. par cette explication du Mosaïsnie préludait à l'explication plus complète. l'Ancienne et la Nouvelle Loi . et que » les gens de bien ne manquaient pas de les y découvrir. clunt. et du sentiment également naturel que nous avons de la justice et de la providence de Dieu. mais qu'elle y était implicitemcnt exprimée dans l'idée explicite d'une (1) De l'immortalité de l'âme et de la Vie iicvnelk. qu'en ont donnée depuis Warburton et Lessing. et nous font » espérer que si nous cherchons premièrement le royaume » de Dieu et sa. » positive d'une autre vie. est plus fort et en dit plus que ces prétendues preuves. quoique la lettre ne contînt que des bénédictions » temporelles. Matthieu (1)*.justice. mais que tel était le génie de cette » Loi. L'idée de ce théologien est celle-ci Que tous les argu- ments psychologiques. à la façon de Descartes ou de Clarke. mais non encore suffisante sui- vant nous. – Que la vie future n'était pas enseignée ostensiblement dans l'Ancienne Loi. III sect 2. . que.»n Sherloch. n'ont pas en eux-mêmes de solidité et de certitude.-Que le véritable fondement sur lequel notre espérance de la vie éternelle est bâtie ne doit pas être cherché en dehors de la religion – Que la religion a eu deux phases. pour prouver l'immortalité de l'âme et une vie à venir. on peut dire qu'elle cachait sous cette écorce » toutes les bénédictions spirituelles d'une autre vie.-Que l'Ancienne Loi ne fut qu'une préparation à la Nouvelle. – Que le simple argument tiré du désir naturel que nous avons de l'immortalité.

qui détruisait. Non seulement il constata. Aussi ce traité eut-il en son temps beau- coup de célébrité. . tous les anciens sages. Ce fut certainement un des plus forts génies du dix-huitième siècle que cet évèque anglais.-Enfin que la Nouvelle Loi.Providence divine s'appliquant à toute la nation juive. mais il osa faire de cette lacune la preuve que Moïse avait été divinement in- spiré. Atteint lui-même par l'incrédulité générale de son époque. il faut avoir le secret de sa façon de penser. a confirmé ces promesses obscures de vie et d'immortalité par la résurrection de Jésus- Christ d'entre les morts et par la promesse d'une résurrec- tion générale. On ne saurait nier qu'il n'y ait dans ces idées une vérita- ble profondeur. pour assurer le bien-être et la félicité des hommes. que Moïse n'a pas enseigné la doctrine de l'immortalité des âmes. la religion. Son principe était l'alliance nécessaire de la société civile et de la société religieuse. avec une érudition invincible. Pour comprendre l'idée de Warburton. vers le milieu du dix-huitième siècle. et son ouvrage plus célèbre sur le Mosaïsme n'est réellement qu'une application du même principe a Tous les anciens législateurs. le savant évêque de Glocester. Warburton publia son grand ouvrage de la Divine Légation. disait-il. et d'une Alliance entre Dieu et Abraham c'est-à-dire entre Dieu et la postérité d'Abraham. ou la seconde Alliance. de Moïse. la société. en général. sur la religion et sur la politique. Enfin. il essaya pourtant de résister à ce torrent. 11 écrivit un livre savant et solide sur ce sujet. tout bonheur et toute moralité dans le monde.

et le principe d'après »lequel ils agissaient doit nous donner la plus haute idée de la Providence divine. les phi- losophes païens qui s'occupèrent de législation et de morale. et c'est pourquoi ils. de Pythagore. En un mot. malgré tant d'écrits et de monu- ments où le contraire est affirmé. les ont tou- » jours enseignées et établies de concert. devait-il le penser de Moïse. et de tous les philosophes grecs. qu'à la réfusion des âmes dans l'Ame Universelle du monde. qui n'enseigne que la vie terrestre et qui n'a pas une seule prescription relative à la vie future! Mais tandis que.» disait-il. en effet. a soutenu cela de Platon. qui si étroitement uni notre » a »bien présent à notre plus grand bien futur. en français sous le titre de Dissertation sur l'union de la religion. étaient convaincus que la religion et la police » civile sont inséparables. comme nous l'avons vu. et qu'il ne croyait qu'à la réfusion des âmes dans l'Ame Universelle. L'expérience de »tous les siècles justifie leur conduite. Warburton pensait que Moïse ne croyait pas à l'immortalité de l'âme. Et. et.à leur suite. » Véritablement. avaient inventé néanmoins ou répandu les fables des paradis et des enfers. et quiconque veut étendre la reli- » giondoit employer les secours du gouvernement civil (1). avaient eu besoin de tromper les hommes. combien. tout en ne croyant. sans peine ou récompense après la mort. n quiconque veut assurer le gouvernementcivil doit le sou- » tenir par la religion. pour donner appui aux (1) De l'Alliance de l'Égtiie et de l'État. dela morale. et. sans autre exception que Socrate. à plus forte raison. et de la politique. pour leur part. . trad. et la fable de la métempsychose en un mot le dogme moral des peines et des récompenses après la mort. si War- burton. au fond. les antiques législateurs des Gentils. suivant Warburton.

et. dont Dieu frappe sans cesse les oreilles des Juifs dans la Bible. Deux objections renversaient ce système. avait trop présumé du bonheur qui pouvait résulter 'collective- ment.lois civiles et combler les lacunes de ces lois. et tous les biens de la terre. le lien de la religion et de la politique. besoin de s'étayer de prescriptions prises dans cette vie. en effet. Le présent ne saurait nous remplir. plus sage. plus franc. le mal. en resserrant ainsi la vie. mais qui n'avait pas besoin. punition du mal. ni. même en n'y croyant pas. Moïse. c'est qu'on peut accuser Moïse. ni porter en lui-même le bien. l'identité et l'unité de la vie. Moïse. individuellement. le sacré. Moïse avait fait une législation toute terrestre. par con- séquent. n'avait pas eu besoin d'en- seigner aux Juifs des dogmes auxquels il n'ajoutait pas foi. récompense du bien. Car n'est-il pas évident que ces menaces toutes temporelles et ces récompenses toutes tem- porelles. le défaut de la législation de Moïse. l'union du principe infini et du fini qui en est la manifestation. par une lien de toute chose.Évidemment la chose était impossible. Saisissant. vous enverrai de vous en fau- dra. et plus fort. ne pouvaient pas s'exécuter et avoir un exact accomplissement? Dieu dit: «Si vous gardez mes ordon- je la pluie quand il nances. à plus forte raison. de sa législation. que lcs livres saints eux- . de la connaissance d'une vie future. du soleil. pour lcs Juifs. pour être parfaite. en ne lui donnant que l'espace et l'étenduc du présent. d'un bien plus grand mensonge que s'il eût parlé de vie future. La première. dans cette hypothèse. Et il est si vrai que c'est là. Il n'avait pas flétri sa bouche par le mensonge il avait donné une loi pure il avait été réellement le législateur inspiration céleste.

pour avoir voulu trouver parfaite la lé- gislation sans vie future. Warburton sentit la force de cette objec- tion mais ce savant homme aima mieux avoir recours à un miracle. en même temps que l'ordre naturel. annoncées et jurées par le Dieu de Moïse. ou. mais le Phariséisme et l'Essénianisme. dès une haute an- tiquité. puisque finalement le Christianisme était venu. Et. ne s'accomplis- saicnt exactement. et consistant en ce que Dieu au- rait attribué à chaque Juif individuellement le degré de bonheur ou de malheur que méritait son obéissance ou sa désobéissance à la loi. ni ces peines temporelles. en un mot. pré- cisément à cause qu'ils ne trouvaient pas que la compensa- tion entre le bien ou le mal qui leur advenait et leur atta- chement à la loi fût exacte. en d'autres termes. Warburton se vit à la fin obligé d'admettre quelque chose de tout-à-fait inconcevable. de Moïse. ce qui revient au même. Il imagina donc un miracle continu de Moïse à Jésus. s'élevait encore contre ce système. parce que ni ces récompenses temporelles.mêmes nous montrent les Juifs déserteurs de cette loi. Illais une autre objection. savoir un ordre naturel au sein d'un miracle continu. Ainsi une espèce d'ordre surnaturel aurait régné parmi le peuple de Dieu. et avait développé non le Sadncéisme. et adopter une absurdité. que de renoncer à la perfection absolue du Mosaïsme. puisque le . c'est-à-dire celles des sectes juives qui avaient embrassé l'i- dée de l'âme et de la résurrection. non moins terrible. un mi- racle continu pour réparer et rectifier l'ordre régulier de la nature et de la vie. Puisque cette législation avait eu un terme.ou sans ordre surnaturel. s'étaient laissés aller en grand nombre aux opinions des nations étrangères sur l'âme et son immortalité. puisque les Juifs eux-mêmes.

comme le dit Lessing. qui reprit plus tard et corrigea l'idée de Warburton. ce savant homme avait tendu l'arc outre mesure. War- burton ne répondit pas. Christianisme s'était fondé sur la résurrection de Jésus. il essaya de s'expliquer à lui-même ce grand problème. Il aurait dû se contenter de sou- tenir que l'absence du dogme de l'immortalité. pour la théologie. Une perfection absolue attribuée au Mosaïsme est inexplicable avec le Christianisme. Aussi esl-ce au système de ce dernier que Lessing se trouva naturellement ramené. de l'ancien Judaïsme. tandis que le théo- logien et philosophe allemand de la fin du dix-huitième siècle sort de cette forme usée de toute la hauteur d'un géant. mais il n'aurait pas dû voir là une perfection abso- lue. mais il y a néanmoins une grande analogie pour le fond entre leurs théologies. la Loi de Moïse qui avait laissé ignorer ce dogme d'une vie future. Seulement. ne valait pas. plus ou moins remarquables. Évidemment. quand.le docteur anglais de la findu dix-septième siècle est profondément enfoui sous la superstition de la forme chrétienne. ct bien qu'il ait donné naissance à un grand nombre de réhabilitations modernes. et effrayé de son audace. le livre plus modeste du docteur Sherloch. était donc imparfaite pour cela même. Que répondre à cette dernière objection qui porte sur l'idée? Il n'y avait pas là à répondre par un miracle. . le livre de Warburton. Lessing ne cite pas et probablement ne connaissait point son devancier Sherloch. quelque riche qu'il soit d'érudition. et sur la résurrection promise de tous les hommes. qu'il aperce- vait dans Moïse. qui l'avait précédé. n'ébranlait en rien le caractère divin de sa mission. frappé de la science de WarburLon. Tout considéré.

suivant eux. un des mages qui visitèrent le nouveau-né dans sa crèche. pour suivre ma comparaison. un de ces livres jetés hardiment à un instant soleunel entre le passé et t'avenir. Cela étant. On prétend que. de l'éloignement im- » mense que le doux crépuscule du soir ne cache ni ne décou- » vre entièrement à mes regards. Toutes les religions étaient détruites. Qu'il est touchant de voir ce théologien enthousiaste du Christianisme annoncer qu'il a aperçu une nouvelle lumière «Je me suis placé sur une colline d'où je » crois découvrir plus loin que la route tracée de mon temps. le dernier Oracle émit cette parole Les dieux s'en vont. cédaient la terre à Jésus-Christ. étaient ces faux dieux. et devant lequel fuyaient les anciens dieux? Lessing. je venais à rapporter une D indication dont l'absence m'a si soment embarrassé (1) !»n (1) Éducation du genrehumain préface. toutes les croyances dissoutes. et qui l'annon- cèrent à l'univers. le plus grand penseur de l'Allemagne depuis Leibnitz. que les Chrétiens interprétèrent en di- sant que les démons qui. » Mais je n'appelle pas hors du sentier frayé le voyageur pres- » sé qui ne cherche qu'à atteindre bientôt le gîte. Le Christianisme s'en allait rejoindre le Mosaïsme dans la tombe. on pouvait dire aussi Les dieux s'en vont. quand le paganisme tomba. Mais où était le principe nouveau destiné à sauver le monde. Je ne pré- » tends pas que le point de vue dont je suis ravi doive ravir » également tous les spectateurs. un livre prophétique. A la fin du dix-hui- tième siècle. Qui ne connaît pas le petit livre de Lessing intitulé l'Édu- cation du genre humain? C'est un livre sublime. Et pourtant si. fut. . m'est avis qu'on » pourraitbien me laisser debout et en extase là ouil me plaît » de rester à m'cxtasier.

savoir que « le genre humain est un être col- lectif. dans son » Essai sur C éducation du genre humain. partie IV. que les révéla- » tions religieuses ont toujours été proportionnées aux lu- » mières qui existaient à l'époque où ces révélations ont paru. . L'Ancien Testament. » Et. soutient. 1. L'idée profonde de Lessing est précisément celle que nous soutenons dans tout cet ouvrage. et plus profondément encore. l'Évangile. dit madame de Stael (1). Ce résumé de madame de Stael n'est qu'une expres- sion fort incomplète du livre de Lessing. parfai- » tement en harmonie avec le progrès des esprits. est une erreur et une chimère. on trouve dans Lessing cette autre idée dont nous sommes occupés à fournir la démonstration en ce moment. » En- (1) De V Allemagne. puisque cha- » cun de ces biens sera multiplié par sa réunion avec les » autres. et telle qu'on la conçoit ordinairement aujourd'hui. plus que le bonheur. plus que le sentiment même. ainsi comprise. telle que les payens l'ont en général comprise. et. selon leur temps. telle que le vulgaire l'a acceptée chez tant de peuples. sous plusieurs » » rapports la Réformation. et qui nous fera trouver dans la » religion plus que'la morale. savoir que «Moïse a eu raison de ne pas enseigner aux Juifs l'immortalité de l'âme. car l'immor- talité. Quelle était donc cette indication que Lessing rapportait à ce dix-huitième siècle qui avait entendu retentir l'oracle: Les dieux s'en vont? « Lessing. sommes-nous à la veille'd'un dévelop- » pement du Christianisme qui rassemblera dans un même » foyer tous les rayons épars. plus que » la philosophie. chap. étaient. animé d'une vie propre. et peut- jfitre. suivant lui. au-dessous. et dont Dieu fait l'éducation.

De l'Allemagne. et des meilleurs. il les com- prit plutôt par le cœur que par l'intelligence. s Toutes ces pensées. que nous vivrons toujours. le déclarent le prince des penseurs modernes de cette Allemagne. sont dans Lessing très-explici- tement. fin. sans excepter de la comparaison ni Kant ni personne (1). bien qu'elles n'y soient ni développées ni démon- trées. au-dessous encore et plus profondément. et que c'est ainsi. n Pour expliquer cette progression ou ce développement (1) Voy. lui pourtant si grand philosophe que beaucoup de juges en Allemagne. et que nous sommes immortels. Lessing les sentit et ne les démontra pas. que nous qui vivons sommes non seulement les (ils et la posté- rité de ceux qui ont déjà vécu. se trouve aussi dans Lessing. et unique- ment ainsi. la vérité fondamentale que nous proclamons. . parce que la religion est progressive. Mais n'anticipons pas sur ce qui trouvera plus loin sa place indiquée. Bornons-nous ici à l'explication que Lessing a fournie de ce problème «Pourquoi Moïse et toute l'Ancienne Loi n'ont- ils pas professé le dogme de la vie future?»n Lessing répond « Parce que le genre humain est progres- sif. dis-je. parce que la Ré- vélation au sein de laquelle vit et se développe l'esprit hu- main est progressive. savoir que « l'immortalité des âmes humaines est indissolu- blement attachée au développement de notre espèce. mais au fond et réellement ces générations elles-mêmes. Nous citerons textuellement et presque en entier le court chef-d'œuvre de Lessing le lecteur pourra juger si son témoignage a la valeur que nous lui donnons. par Henri Heine.

mais seulement la vérité relative. c'est-à-dire que Dieu. n'est pas autre chose qu'un cas particulier de cette raison humaine. en rap- port avec le développement naturel de l'humanité. distincte du développement de la raison humaine. à une époque quelconque. seulement elle le lui donne » plus vite et plus facilement.successif de la vérité religieuse ou de la Révélation. à certaines époques. mais seule- » ment la Révélation a donné et donne plus tôt les choses importantes (2).» On sent ici. abandonnée à clle-mlme-.2. puisque Lessing convient que la Révélation. et la Révélation » est une éducation qui a eu lieu et qui a lieu encore chez le » genre humain (1). Pareillement. L'éducation est » une révélation qui a lieu chez l'individu. voulant former le genre humain. dès le début. Lessing commence par comparer la Révélation à une sorte d'éduca- tion. Partout où brille la rai- son. . (2) S 4 et s. qu'elle n'est que celte raison plus éclairée. n'est donc pas la \érité absolue. quand il ajoute « L'éducation ne donne à l'homme rien qu'il ne pût » aussi bien avoir de lui-même. Seulement. laftêvêlationne » donne au genre humain rienà quoi la raison humaine ne » pût parvenir aussi. ainsi entendue par lui. plus directement inspirée de Dieu. Dieu éclaire. le théologien chrétien qui ne veut pas renoncer à une Révélation particulière. et pose ainsi son idée « La Révélation est au genre » humain ce que l'éducation est à l'individu. dans certains hommes. » La religion. Mais qu'importe. 'dans certains peuples. C'est ce que dit positivement Lessing. la vérité msi2. éclaire davantage en certains points du genre humain. la raison brille d'un plus grand éclat.

de même qu'elle ne peut pas donner à » l'homme tout à la fois. dans toutes les » religions positives.» On serait en droit de demander à Lessing. comme cette raison est progressive. et il n'en aurait » pas dans nos erreurs (1) » Lessing pose donc comme indubitable que la Révélation. et que. en effet. dans le passé comme dans » l'avenir que de prodiguer le sourire ou la colère à l'une » d'elles? Rien. et. ne mériterait » notre dédain. Elle ne peut jamais être le mensonge. pour être vraie. c'est que la reli- gion soit comprise. aucun rapport. la Révélation a dû être également progressive De même que l'ordre » dans lequel l'éducation développe les facultés de l'homme » n'est pas indifférent. dans le meilleur des mondes. de même aussi Dieu a dû garder un » certain ordre. De quelle utilité serait-elle à ce genre humain. une certaine mesure dans laRévélation (2). a dû être accommodée à la raison humaine. je le demande. mais elle n'est pas toute la vérité clle contient en germe la vérité de l'avenir. ne pas mieux aimer considérer. la marche nécessaire de l'esprit humain k en tout temps et en tous lieux. Une condition essentielle. dit » Lessing. au nom même (1) Préface. (2) 6S- . mais en germe seulement et comme à l'état d'enveloppe- ment. notre haine. aucune harmonie? Cette vue si vraie et si raisonnable nous montre quel sentiment nous devons avoir aujourd'hui pour les religions du passé Pourquoi.telle que les hommes à cette époque pouvaient la concevoir. et les religions seules seraient » exceptées Dieu aurait une part dans tout. qu'elle ne soit pas trop supérieure à ce genre humain qui l'accepte. pour être comprise. s'il n'y avait entre elle et ce genre humain aucune relation.

éclos à une certaine époque. c'est resserrer inliniment son point de vue. d'embrasser. cependant cette idée commu- «niquée. ce mot de Révélation. et. On se- rait en droit de lui dire que la Révélation n'a pas dû se bor- ner à notre Occident. dans une acception plus grande qu'il ne fait ensuite. Dès que la raison humaine. et non acquise. s'il n'avait pas plu à Dieu de donner à l'homme. C'est donc uniquement dans la tradition juive-chrétienne. une di- » rection meilleure » Mais ne pouvant et ne voulant plus se révéler à chaque . après l'avoir si largement étendu. elle morcela l'Être unique. que se montre à ses yeux le progrès religieux successif. dans Moïse et Jésus. se mit à l'élaborer. elle »leur donna à chacune un signe distinctif. et voici comme il expose ce progrès « Quoique le premier homme eût été doté immédiatement s de l'idée d'un Dieu unique. Mais n'ou- blions pas que Lessing est un théologien chrétien. Et qui sait combien de millions d'années la raison » humaine aurait tourné dans cette fausse voie. mais qu'il avait été précédé. et qu'ainsi borner la Révélation à la tradition juive-chré- tienne. malgré les » hommes isolés qui. amené. à Moïse et à Jésus. que notre monde occidental lui-même. plus à même d'en mesurer les parties. abandonnée à elle-même. partout et en tous temps. » Telle est l'origine naturelle du Polythéisme et de l'ido- » latrie. par une nouvelle impulsion.de ces principes. » » immense. préparé. dans les deux Alliances. reconnurent » que c'était une fausse voie. le développement gradué de la Révélation ou de la vraie religion. ne pouvait subsister longtemps » dans sa pureté. avait été couvé pour ainsi dire en germe dans une Révélation antérieure qu'il est venuà son moment.

en les plongeant dans » la croyance que la nation juive n'avait ni un ni plusieurs » dieux. et justement le peuple ï le plus grossier. Dieu. iMais combien cette idée n'était-elle pas encore infé- » rieureà la véritable notion iransceiutantale de l'Unité. voulant uniquement. il se choisit un peuple particulier « pour en faire l'éducation spéciale. ils en avaient totalement perdu la connais- » sance. le plus abruti. » Immédiatement après. en continuant à se témoigner le plus puissant de tous » les dieux (mérite qui ne peut appartenir qu'à un seul). par les miracles qui tirè- rent les Juifs d'Égypte et les établirent dans Chanaan. lui apprendre et lui rendre familière » cette idée. . la faculté d'avoir un ou plusieurs dieux étant le pri- » vilége exclusif d'hommes plus dignes. que lui aussi avait un Dieu protecteur. tels que les Égyp- » tiens. unique ou non. quant an Dieu de leurs pères. » Peut-être les Égyptiens avaient-ils interdit expressément 5 aux Juifs tout Dieu. » Tel était le peuple israélite. On ne sait pas quel était son »culte en Égypte. » pour commencer. des esclaves aussi méprisés ne » participaient pas au culte des Égyptiens et.» homme en particulier. »il habitua insensiblement les Juifs à l'idée d'un Dieu » unique. se » » témoigna comme un Dieu plus puissant qu'aucun autre. La conduite des » chrétiens envers leurs esclaves est-elle aujourd'hui encore » bien éloignée de celle-là? » Dieu se lit annoncer d'abord à ce peuple farouche seu- » lement comme le Dieu de ses pères. » Et. Certes. et cela pour donner plus d'apparence de justice à la i tyrannie qui pesait sur ces malheureux. afin de pouvoir le recom- » mencer complètement.

qui aime mieux excéder les forces de son élève. sans attacher à l'observation ou à la » non-observation de cette loi l'espoir ou la crainte du bon- i heur ou du malheur dans ce monde. » pour en faire parade. » Ici encore nous voyons l'éducation et la Révélation se » rencontrer. faire l'éducation » d'un peuple si grossier. Leur révéler ces choses. n'eût-ce » pas été. » lorsque leur raison était encore si fort en arrière. Dieu ne pouvait donner à son peuple une «religion. que de l'instruire d'une manière » solide? » Mais àquoi bon. et qui ne peut être déduite avec certitude que de l'idée de l'infini! » Le peuple juif. croyant trouver le Dieu unique. dans la suite des temps. dans le premier dieu venu d'un autre peuple. faire la faute d'un pédagogue vaniteux. » Mais un peuple si grossier.» que la raison concut si tard. » ils ne savaient rien de l'immortalité de l'âme. d'un peuple que Dieu était obligé » de recommencer si complètement? Je réponds Afin de » pouvoir. cependant. quoique les hommes » supérieurs de la nation s'en fussent plus ou moins appro- » chés. était loin de pouvoir s'élever »à la vraie conception de l'unité. si inhabile aux idées ab- straites. et ne » désiraient point de vie future. employer d'autant plus . que celle qui convient à l'enfance l'éducation par les châtiments » et les récompenses immédiates et matérielles. la seule cause pour laquelle les Juifs abandonnaient si souvent leur Dieu unique. Car les regards des » Juifs ne s'étendaient pas encore au-delà de cette vie. quelleéduca- » tion morale pouvait-on lui donner? Aucune. demandera-t-on. si complètement en état d'enfance. de la part de Dieu. une loi. c'est-à-dire le Dieu le plus puis- sant. et c'était la vraie.

» des hommes pris au sein d'un peuple ainsi élevé. quel- » ques uns se forment même jusqu'à étonner.le rattraper. » Reprenant notre comparaison l'enfant grandit au mi- » lieu des coups et des caresses. ne prouve rien contre la Révélation. Dieu éleva dans ce » peuple les futurs instituteurs de l'humanité. et ce ne pouvaient être que des Juifs. »Pareillemeut encore. et. » il rattrape tardivement maint enfant de la nature plus » heureusement organisé que lui. Ce furent » en effet des Juifs qui continuèrent en grand l'éducation » des autres hommes. même dans la con- » naissance de Dieu. » de même le peu de nations païennes qui semblaient avoir » pris l'avance sur le peuple d'élite. venu à l'âge de raison. C'est aussi ce » qui a lieu chez les enfants qu'on abandonne à leurs pro- » pres forces la plupart restent tout-à-fait grossiers. 3 il est forcé de quitter tout d'un coup la demeure de son »père. Alors il apprécie aussi tout d'un coup les douceurs » qu'il avait goûtées et méconnues dans la maison pater- » nelle. Mais cependant it le rat- » trape et sans que ce dernier puisse jamais à son tour . » Mais. » L'enfant de l'éducation commence à pas lents. et en mettant de côté le dogme .» sûrement des membres isolés de ce peuple à faire l'édu- » cation de tous les autres peuples. La » majeure partie était restée fort en arrière du peuple élu. » quelques uns seulement l'avaient devancé. les autres peuples de » la terre avaient marchéd la lumiere de la raison. Pendant que Dieu faisait passer son peuple par tous les » «degrés de l'éducation de l'enfance. de même que ce petit nombre plus favorisé ne » prouve rien contre l'utilité et la nécessité de l'éducation. mais sûrs.

sés sous silence. . les pen- » chants de ce peuple israélite d'alors. non seulement ny soient omis. Mettons en effet que ces dogmes. les capacités. l'absence de ces dogmes dans les écrits de l'An- » cien Testament ne prouve rien contre leur divinité. chaque » homme en particulier. dont la durée sur la terre sera peut- être éternelle. qu'au » peuple israélite d'alors. il n'y a rien à conclure » contre l'origine divine de ces livres de ce que le dogme » de l'immortalité de l'âme. et celui qui s'y rattache des n peines et des récompenses futures. a» toute l'humanité. Et pourquoi se serait-elle étendue » au-delà? Il n'était envoyé qu'au peuple israélite.de l'unité de Dieu. mourrait pour toujours. les pro- » phéties qu'il les chargea d'écrire. quand bien même chaque Juif. et avec la deslina- » tion dit peuple israélite futur (1). Encore » une fois. quoique la sanction de sa loi ne » s'étendit qu'il cette vie. mais encore qu'ils soient dépourvus de » vérité mettons que dans cette vie tout fût réellement fini » pour l'homme. Il n'y a là rien qui empêche les miracles » et les prophéties de l'Ancien Testament d'être très-authen- » tiques. qui se trouve et ne se trouve pas dans » les livres de l'Ancien Testament.» (1) S 6-23. n'étaient pas seulement » destinés au petit nombre des mortels juifs qui en furent contemporains Dieu avait en vue tout le peuple juif. y sont entimment npas.fit pour les Juifs. l'existence de Dieu en serait-elle moins «prouvée? En serait-il moins permis à Dieu et lui siérait- » il moins bien de s'intéresser en personne au sort temporel » d'un peuple quelconque pris au sein de cette race péris- » sable? Les miracles que Dieu. Moïse «était envoyé de Dieu. et sa mission était parfaitement » en rapport avec les connaissances.

mais il n'en est pas moins vrai que voilà le peuple élu de Dieu qui se trouve autorisé par son Prophète. J'espère que voilà l'idée de Lessing qui commence à se montrer. aux Juifs. ait eu raison de lui laisser ignorer la vie future. mais par l'interprétation qu'en faisaient ces Hébreux. com- me dit Lessing. erronées. à chaque verset de que le bien ou le mal dans leur vie présente paierait rigoureusement et équitablement leur obéissance ou leurs transgressions à la loi. qui doit devenir ensuite la base fondamentale de la Révélation!Comment accorder une telle contradiction? D'un autre côté. Car la réalité assurément ne répondait pas à cette pro- messe ou à cette menace. Mais quoi! ces Hébreux. dis-je. c'est-à-dire. c'est-à-dire par Dieu même. Peu importe. au peuple israélite d'alors. non pas en elles-mêmes. fausses. que Moïse ait donné aux Hébreux d'alors. Faut-il donc admettre le miracle continu de Warburton ? . ce peuple israélite d'alors. des idées in- complètes. d'une part. pourvu que ces idées fussent en rapport avec le futur développement de l'humanité. lorsqu'il disait ses ordonnances. Dieu mentait. à la destination du peuple israélite futur. à la capacité de ce peuple israélite d'alors. ou plutôt encore à la mission de ce peuple israélite futur relativement à l'humanité tout entière. en était-il moins dupe d'une grossière er- reur ? Que Moïse. pourvu que ces idées fussent conformes. et. suivant lui. et eu égard aussi à sa destination future et aux progrès fu- turs du genre humain. cette immortalité de l'âme. d'autre part. cela est possible. l'objection qu'on faisait à Warburton revient encore. Dieu mentait (et tout Israélite pouvait aisé- ment s'en apercevoir). en définitive. à nier cette vie future. eu égard à l'état d'enfance de ce peuple.

et pourtant ils ne furent pas trompés. proclamé une telle vérité (1) L'ouvrage de Lcssing parut en 1785. C'est-à-dire qu'il se trouve. Mais pourquoi ferais-je attendre plus long-temps le lec- teur ? Qui ne voit dès à présent l'idée de Lessing? Dieu mentait. Les Hébreux d'alors étaient trompés. parce que l'homme et chaque homme est immortel dans l'humanité. Voilà où Lessing fut conduit. c'est au fond le même peuple.» si embarrassant. loin d'être une erreur. . et ne mentait pas. que Moïse avait rai- son. eu examinant. est la plus grande des vérités. au sein de l'Allemagne. dans l'hypothèse ordi- naire sur le sens du dogme de l'immortalité. vu leur situation et leur peu d'intelligence. Sa négation de l'immortalité de l'âme. Gloire à Lessing d'avoir. Il admet donc que Dieu mentait aux Hébreux. dans l'Ancienne Loi. et n'est immortel que par l'humanité et en elle. la vie future n'est-elle pas en- seignée. Lessing rejette cette prétendue rémunération miraculeuse dont Warburton avait étayé son système. avec toute la force de sa pensée et toute la droiture de son cœur. par une logique rigoureuse. ne pouvant en- core. au fond. et son rejet absolu des paradis et des en- fers. comme on l'en- tend vulgairement. enfant avec Moïse. en ce sens qu'il laissait croire ou faisait croire aux Hébreux une erreur. il y a déjà plus d'un demi-siècle (1). dis-je. Le secret de l'énigme. c'est que le peuple israélite dalors et le peuple is- raélite futur. tout Chrétien fidèle qu'il était. leur faire comprendre la vérité. la même hu- manité qui croit et se développe. plus avancée avec Jésus-Christ. ce problème si embarrassant « Pour- quoi.

que Dieu ait voulu à cette » époque communiquer le dogme de la vie future. pouvait ne pas parler de » l'immortalité de l'âme et des récompenses de la vie future. » Ln livre élémentaire peut passer sous silence tel ou tel » point important dans la science que ce livre enseigne. la Bible contient. » Mais. » Donc. comme effrayé de sa propre idée. Cependant. aux yeux de Lessing. C'est ce que Lessing reconnaît. . des allusions. et détourner les enfants d'un seul de » ces accès. Tous les accès doivent. et des indications. sinon la vérité. et c'est en ce sens qu'il explique ce qu'il appelle des préparations. il ne devait contenir rien de » propre à retarder le peuple pour qui il était écrit sur le » chemin de ces grandes vérités (1). » Pareillement. au contraire. en être soigneu- » sements tenus ouverts. sur l'im- mortalité et sur la vie future. Lessing l'a voilée autant qu'il a pu mais elle perce dans toutes ses pa- roles "On peut bien douter. dit-il. Mais cer- » tainement il ne voulaitpas non plus rendre cette vérité plus » obscure. comme le peuple juif. relativement à la vérité fu- ture (1) S 25-S7. pour les enfants. » suffirait pour changer un livre incomplet en un livre es- » sentiellement défectueux. ou même simplement leur en retarder l'abord. Mais il » serait absurde que ce livre contînt de quoi obstruer ou em- » barrasser. à aucun prix aussi. du moins la vérité relative. la route de ces points impor- » tants. l'Ancien Testament devant servir de livre » élémentaire à un peuple grossier et novice dans l'art de » penser.

d'haac. » J'appelle indication ce qui contient un germe quelcon- » que susceptible. » Ce sont des préparations. de faire voir une par- j tie de la vérité qu'on tient encore secrète. Telle était la » conclusion tirée par Jésus-Christ de la dénomination du » Dieu d'Abraham. ii J'appelle allusion ce qai avait pour but d'exciter seule- > ment la curiosité. et des imlica- » Lions de ce genre. de ne point embarrasser ni obstruer le chemin des » vérités ultéi ieures en fait la perfection négative (1). » Lessing a oublié la plus remarquable préparation. et à ressentir d'avance les malheurs qu'ils » attiraient sur ces têtes innocentes. des allusions. el de Jacob. comme. la locution si fréquente être réunià ses » pires pour mourir. Il me semble » possible de transformer celte indication en une forte » preuve. qui s'y trouve partout. jusqu'à » la troisième ou quatrième génération. de punir les » méfaits du père dans la personne de ses enfanls. Les pères s'habi- > tuaient ainsi à vivre par la pensée avec leurs rejetons les » plus éloignés. dogme qui se trouve expressément dans la Bible. considérée comme formant un seul èlre collectif. et indication biblique. allu- sion. qui font la perfection positive d'un li- » vre d'éléineuts tout comme la qualité. ci-dessus mention- > née. et de faire faire une question. dit-il. en se développant. à la véritable doctrine de l'im- morlalilé c'est le DOGME même DE l'humanité. » par exemple. «J'appelle. préparation au dogme de l'immorta- » lité de l'âme la menace divine. et qui ne se trouve au même degré de lucidité dans aucun autre (1) S 44-47. . par exemple.

On ne trouvera pas étonnant que. . je m'efforce d'expliquer ce mythe d'Adam. dans un livre sur l'hu- manité.monument de l'antiquité. Je veux parler du MYTHE d'adam.

si elle n'était pas en un seul faisceau. de cette façon. sinon l'homme même. l'Adam qui vit aujourd'hui n'était pas l'Adam qui a vécu hier. CHAPITRE SEPTIÈME. apparaissant tout-à-coup au milicu de ses critiques. l'humanité? Si vous n'aviez pas senti la profonde vérité cachée sous cet emblème d'Adam. soit chrétiens. sous la figure sauvage et sublime à la fois que lui a donnée Michel-Ange. soit philosophes. et si. ou . auriez-vous jamais fait du péché originel le fon- dement de votre religion? Si la vie des hommes n'était pas collective. mais la vraie immortalité. l'Adam qui a vécu il y a six mille ans. Il dirait aux Chrétiens J'ai si bien enseigné l'immor- talité. EXPLICATION DU MYTHE D'ADAM. n'avez-vous pas admis le péché originel? N'avez- vous pas lié la mission du rédempteur Jésus au crime du premier homme? Qu'était-ce donc que ce premier homme. admis la réver- sibilité. N'avez-vous pas. en effet. SUITE. que votre religion tout entière s'est ensuite rattachée à la notion que j'en ai donnée dans la Genèse. l'espèce homme. Je me figure quelquefois Moïse. qui lui reprochent aigrement et ironiquement de n'avoir pas enseigné l'immortalité de l'âme.

que les hommes formaient une unité? N'est-ce pas moi qui ai fait sortir cette vérité du sanctuaire des temples d'Egypte pour vous la donner? N'est- ce pas moi qui ai confiéa une nation d'esclaves ce palladium de l'humanité? Voltaire lui-même rend indirectement. qu'il y avait un lien collectif entre les hommes. que vous avez. qui. qui. a été comprise par vous. sur lequel vous avez fondé la Rédemption et tout le Christianisme. au fond. c'est parce que ma leçon sur l'immortalité. car c'est la vérité cachée dansle mythe que je vous ai légué qui peut seule expliquer et justifier l'adoption que vous avez faite du péché originel. n'était qu'une expression voilée de l'immortalité des hommes dans le genre humain. Vous ne pouvez donc pas me condamner sans vous con- damner vous-mêmes. excepté en Palestine. adopté cette réversibilité. bien qu'indirecte et détournée. ce qu'il appelle ironiquement«le profond secret gardé sur Adam dans «toute la terre habitable. avec tous les secours de l'érudition que le mythe d'Adam ne se trouve que dans Moïse. Et que dirait ce géant qu'on nomme Moïse à Voltaire et à tous les philosophes voltairiens. sans hésiter. et sans le savoir. lorsqu'il s'attache à prouver. Après avoir démontré. témoignage à Moïse. par ce qui nous reste des plus anciennes traditions. leur demande- rait-il. livres juifs commencèrent à être connusà Il. jusqu'au » temps où le. sur les ruines des religions positives. 3 . qu'il y avait une humanité.t. parlent tant de l'humanité. et n'ont d'autre religion qu'elle? Qui vous a appris.plutôt l'Adam éternel auriez-vous jamais imaginé un Dieu assez injuste pour rendre responsable du péché d'un homme qui a vécu il y a six mille ans les hommes qui naissent jour- nellement sur la terre? Donc.

Les »noms des auteurs du genre humain. sa loi de développe- ment ? L'homme se connaît-il connaît-il sa relation avec les autres hommes qui l'ont précédé sur la terre. ignorés du genre «humain. Il faut » avouer qu'une telle réticence est sans exemple.»il ajoute «IIest donc avéré que nos pre- »miers parents furent toujours ignorés des nations. » Si Voltaire.• Alexandrie. et qui le suivront sur la terre? En d'autres termes. • Son nom devrait avoir volé de bouche en bouche d'un » bout du monde à l'autre selon le cours naturel des choses »humaines. sa solidarité. s'était adressé ces questions: «Le genre humain a-t-il connu et connait-il bien encore aujourd'hui son unité. au lieu de ne s'attacher dans le récit génésiaque de Moïse qu'aux images matérielles. Tous les peuples se sont attribué des origines imaginaires. et qui a «été l'olivier sauvage sur lequel est ente l'olivier franc. et aucun m'a touché à U véritable. sont au rang des plus grands mystères (1). comme un enfant. sans pénétrer dans le symbole. On ne peut comprendre comment » le père de toutes les nations a été ignoré si longtemps. . qui a permis cet oubli si étonnant. le mystère de la génération de l'hommc individu dans l'espèce est-il connu?Voltaire ne se serait pas étonné que les antiques traditions qu'il rap- porte ne disent rien sur ces questions leur silence complet à cet égard ne lui aurait pas paru un étonnant mystère: mais il aurait admiré que Moïse ait pu donner une solution (1) Dictionnaire philosophique art. Adam. Humilions-nous sous les décrets de la Provi- »dence. Tout a été «mystérieux et caché dans la nation conduite par Dieu • même. qui vivent contemporaincment avec lui sur la terre. qui a préparé la voie au Christianisme.

» leur avait dit Nous descendons tous d'un même père. » Métcllus. de ce problème de l'homme individu et de l'humanité. Msircellus. il a été bon et nécessaire que la critique du dix-huitième siècle. ne fait-il pas pitié. Voltaire. ou l'aurait fait fusti- > ger (1). – Le sénat romain aurait ri. Adam. Ils rirent. un seul hom- me éternel. Cicéron. un seul homme. Paul avait-il raison je le demande à Voltaire? (1) Dictionnaire pkihsopMqM art. bien que cachée sous le voile hiéro- glyphique. L'ironie aurait expiré sur les lèvres de Voltaire et se serait changée en louange. nous permît par là même de pénétrer sans impiété dans le sens et dans la pensée. et enveloppée de ténèbres. leur dire Nous sommes tous une seule race. nous l'assimiler. s'écrie-t-il. nommé Adam ? Tout le sénat romain aurait crié Montrcz- « » nous notre arbre généalogique. elle est tonte faite. si un pauvre Juif. et nous en nourrir. en leur vendant du baume. Antoine. Il n'y a donc pas besoin de forger cette supposition.» Eh c'est précisément ce qu'ils tirent à S. aurait répondu le » Juif. au-dessus de la pensée de Moïse. Pau! lorsqu'il vint. et le tirent frapper de verges. Mais S.si précise et si nette.- Mais ila été lion et nécessaire que Voltaire ne comprît pas la Gcntee de 1loïse. lorsqu'il met au-dessus de Moïse. en détruisant le respect idolitrique pour la lettre sainte. Quoi vous saviez un si » grand secret et vous nous l'avez caché! – C'est que nous » sommes purs et que vous êtes impurs. . les lumières des politiques grecs et romains?« Qu'auraient dit. pour vivifier en nous et transformer cette pensée. avec le dogme d'Adam à la main. «César. Pompée. Crassus.

en parlaut d'Adam. qu'une interprétation secondaire et dérivée et non pas une traduction véritable du texte de Moïse. Mais qu'importe l'une ou l'autre de ces suppositions. et non pas une simple histoire. et qu'ainsi nous n'avons. elle a été adoptée par plu- sieurs des Pères de l'Église. mais de l'humanité. L'idée que la création d'Adam dans la Cenhe est un mythe. dans toutes les deux. de l'espèce humaine. le texte lui-même nous resterait voilé. n'aurait-il pas eu raison contre tout le sénat? Or d'où venait à S. un récit au sujet d'un prétendu premier homme. puisqu'il est évident. que Moïse. Dans cette dernière hypothèse. Pour prendre la Cenhe à la lettre. On peut croire que nous possédons réellement encore le sens de l'antique langue dans laquelle est écrit ce monument dont trente trois siècles nous séparent Mais on peut soutenir aussi que l'hébreu des sa- vants actuels n'est qu'une dérivation fort éloignée de l'an- cienne langue hébraïque. n'est certes pas nouvelle. et par tous les savants modernes qui ont examiné cette question avec quelque attention. par le moyen de cet hébreu. Paul cette connaissance qui lui donnait raison sinon du dogme d'Adam? Il y a deux manières de considérer le texte même du Sépher ou de la Genèse de Moïse. de l'homme en général. concernant l'humanité en général.avait-il raison contre l'Aréopage qui rit et refusa de l'en- tendre ? avait-il raison contre le préfet romain qui lc fit frap- per ? et. et pourtant nous en aurions une certaine connaissance par la langue dérivée et secondaire que l'on appelle aujourd'hui l'hébreu. il faut vraimentvouloir se cou- . s'il eût paru devant tout le sénat. n'a pas oulu parler d'un homme en particulier. Cette idée a régné presque universellement chez les Juifs.

» Dans ces derniers temps. telles que les pharisiens et les Esséhiens. S- . lib. manichéennes. Ils expliquaient le Sépher allégoriquement. Faust. mais les sectes qui adop- taient une interprétation orale..vrir les yeux du double bandeau (le la superstition et du préjugé. 7. ou bien. évidemment vraie d'ailleurs. dans les premiers siècles• du Christianisme. rouir. On sait que chez les Juifs. il faut être poussé par l'esprit de critique et de scepticisme. parce qu'avant cet âge on était supposé ne pas pouvoir comprendre la science con- tenue dans ce livre sacré. XXXII.. 12. et autres.p. r. Mais presque toutes ces sectes convenaient que le récit moïsiaque était mythique et symbolique. 0. c'est-à-dire mé- taphysiquement. II. On sait aussi que. c. (2) PhilaaiL. ces explications allégoriques de la Genèse causèrent entre les Juifs. Les Saducéens s'efforçaient. Munich. attribuent à Dieu des sen- » timents et des actions qu'on ne voudrait pas attribuer au » plus injuste et au plus barbare de tous les hommes (2). les Chrétiens. (t) Canlr. comme Voltaire. une multitude de querelles et de controverses. » Origène avoue que «sil'on prend » l'histoire de la création daus le sens littéral. et lcs différentes sectes gnostiques. Augustin reconnaît qu'il n'y a pas moyen de conserver le sens littéral des trois premiers chapitres de la Genèse «sans blesser la piété. liï. il est vrai. Fabre d'Olivet a poussé beau- coup plus loin encore l'idée. de prendre le texte à la lettre. et sans attribuer à Dieu des choses » indignes de lui (1). gardaient bien de s'arrêter se au sens \ulgaire. sé- » duits par la lettre de la Bible. S. elle est ab- » surde et contradictoire » il plaint « les ignorants qui. la lecture de la Genèse était dé- fendue avant l'âge de vingt-cinq ans. 10De Genes.

et ne doit pas être prise dans un sens purement littéral. Cet idiome donc ainsi séparé d'une langue parvenue à sa plus haute perfection. jusqu'à ses éléments les plus matériels tout ce qui était d'esprit y serait devenu corps. soit dans la version samaritaine. de dégénérescence en dégénérescence. abstraites. serait tombé. Avec un courage qu'on ne saurait trop admirer. entièrement composé d'expressions universelles. selon lui. sont restés quatre cent trente ans en Ègjpte. puisque les Hébreux. Jérôme. Il n'a pas trop de peines à rendre cette opinion assez vraisemblable. ne parlaient ni n'en- tendaient plus leur langue originelle. intelligihles. tout ce qui était in- telligible y serait devenu sensible. soit plus tard encore dans la version grecque des Septante. Mais ce savant n'a pas entendu la chose comme tout le monde. il a nié absolument la valeur de l'hébreu tel qu'on le connaît aujourd'hui. C'est ainsi que le sens littéral se serait trouvé complètementperverti et transfiguré. Fabre d'Olivet essaya donc de restituer . et de restriction en res- triction. et il a entrepris de restaurer une langue perdue. Considérant que près de six siècles avant Jésus- Christ les Hébreux. Son système ne manque assurément ni de solidité ni de grandeur. soit dans les anciens targums ou versions juives. entre les mains d'un peuple ignorant et grossier comme les Juifs. depuis vingt-cinq siècles. selon la Genèse même. tout ce qui était universel y serait devenu particulier. et c'est par une route à lui qu'il a essayé de retrouver le vrai sens de ce monument. devenue la Vulgate. devenus des Juifs. et enfin dans la version bien plus moderne de S.que la Genèse de Moïse n'est qu'une expression symbolique. Il pose d'abord en fait que l'hébreu renfcrmé dans le Sépher de Moïse est le pur idiome des anti- ques Égyptiens. lequel aurait eu d'ailleurs le plus grand rap- port avec le phénicien.

la langue hébraïque dans ses principes originel. Mais son noble travail ne me paraît pas sans fruit. par mille raisons. On conçoit. et que néanmoins il tombe dans de véritables rêveries. Fabre d'Olhet finit par ne voir dans la Genèse qu'une sorte de livre d'atchimie. les consé- quences définitives qu'il prétendit tirer de son étude du texte. Lesens métaphy- sique que l'étude des radicaux lui faisait découvrir dans le texte l'emporta par delà toute îérité. Il dépassa le but. Au lieu de l'humanité. qu'il puisse avoir raison sur la valeur des radicaux et sur leur portée métaphy- sique. Quand on lit cette traduction. et l'interprétation générale qu'il donna du sens philosophi- que de la Genèse. une sorte de système général de cosmogonie et de physique. si différente des versions vulgaires. malgré tant d'erreurs. Égaré qu'il était dans le dédale de certaines idées théurgiques. on est étonné de la profondeur et de la suite des idées que Fabre d'Olivet découvre dans ce texte et on se de- maude si une pareille conséquence dans les idées n'est pas une démonstration en faveur de la clé que Fabre d'Olivet crut avoir trouvée. et il donna une traduction nouvelle des dix premiers chapitres du Sépâer. des forces. que par conséquent il fournisse d'excellentes induc- tions sur le sens profond du texte. et qui. en effet. On peut laisser de côté l'explication finale qu'il donne ou plutôt qu'il cherche dans- son laborieux commentaire. que des principes. et la crainte de rester trop en deçà de la vérité l'entraîna beaucoup au-delà. un livre comme en pourrait écrire un physicien d'aujourd'hui qui voudrait expliquer le système du monde. il ne vit plus. à la lin. lorsqu'il s'agit de l'in- tcrprétation philosophique des idées ou des faits rapportés dans ce texte. bien entendu. dont il est question bien évidemment dans ce livre. Je laisse de côté. me .

il » l'avait créé. et dans toute l'animalité. puissance collective.semble fausse et absurde. il tienne uni- »versellement l'empire. l'Être des êtres. il passe » à un règne distinct et plus élevé qu'il nomme Adam. se trouve signifier l'homme universel. il l'avait identifié en- » semble mâle et femelle. Voici la traduction dans ce système des versets 26 et 27 du chapitre premier de la Genèse « Continuant à déclarer sa volonté il avait dit. »en notre ombre réfléchie. le texte même. Car Adam. et reconnaître néanmoins qu'il y a dans ses recherches une multitude de vérités de détail. après » avoir terminé tout ce qu'il voulait dire sur le règne élémen- taire. suivant Fabre d'Olivet. vraie ou fausse. d'après la valeur ori- ginelle des racines hébraïques. et dans le »poisson des mers. à la fois. et sur le règne animal. en son'ombre divine. ne »tombe point ici dans l'erreur moderne. proclamerait cette vérité. . » Et voici la remarque dont Fabre d'Olivet accompagne ces deux versets «Moïse. qui a fait de l'hom- »me un genre particulier dans le règne animal. et dans toute vie »reptiforme se mouvant sur la terre. Par- » mi les savants qui ont cherché l'étymologie du mot Adam. nous n'avons nul besoin de la restitution. et domine. de l'ancienne langue hébraïque par Fabre d'Olivet. Mais. et dans l'oiseau des cieux. puissance collective. je le ré- pète. dans son sens direct et littéral. et qu'ainsi ses égarements même ont leur prix. pour être assuré qu'Adam dans Moïse veut dire humanité. Et LUI. suivant les lois de notre action «assimilante.universel » (Adam) en son ombre réfléchie. Mais. Il est vrai que si nous admettions l'érudition de Fabre d'Olivet. dit-il. sur le règne végétal. «avait créé l'existence potentielle de l'homme. afin que. et dans le «quadrupède. » LUi-les-Dieux Nous ferons l'homme-universel (Adam). et.

Le premier. et l'autre la terre en général.» laplupart se sont arrêtés à ses enveloppes les plus grossiè- » res. la plus ancienne de toutes. taudis que le mot . en sorte qu'il est dou- »teux qu'il fût entendu dans sa pureté. qui est le sens propre. ou sim- «plemeut un limon. Car l'auteur de ce tar- » gum ne passe pas le sens matériel. sentant que ce synonyme ne rend point » cn- »core l'hébreu. à mesure que les idées des Hébreux »se sont rétrécies et matérialisées. du moins par le vulgaire. étant plus simple. à cause de deux mots composés qu'ils » ont à tort pris pour des racines. »Les prêtres égyptiens. auteurs de ce nom mystérieux.Adam. est aussi » celle qui en conserve le mieux la signification. On le voit » par les efforts que fait le traducteur pour trouver une ex- »pression correspondante. même à l'époque de »la captivité de Babylonc. n'en peut pas absolument sortir. a été res- treint de plus en plus. l'ont abandonné en cette occasion. Mais. . V infini mot tout-à-fait heureux. Ils auraient (i) C'est le nom de U première partie du Scpktr. Ils n'y ont vu presque tous qu'un limon rouge. et il traduit d'une façon générale V homme. et » qui prouve l'antériorité et la supériorité de la version sa- »maritaine sur le targum chaldaïque. Il présente trois sens. Les hellénistes qui suivent assez volontiers le sa- » emaritain. La ver- »sion samaritaine. il fait choix d'un autre mot samaritain qui »veut dire l'universel. et traduit constamment V homme. Après avoir copié le nom même «Adam. l'ont «composé avec un art inliui. ainsi que »la plupart de ceux qui entrent dans la composition du Bc- » rœshitk (1). com- nme d'une grande partie de ceux que Moïse emploie. et dont l'un signifie rouge »ou rougi. il lui cherche un synonyme dans le mot samaritain «qui signifie homme.

pour exprimer un développement illimité. dit-il. après tout. de l'humanité. que l'avantage de confirmer ce que la lecture du texte. p. qu'ils voulaient cacher. et de traduire nAdam. qui. que le texte même.. dit très- (1) La Langue Ikbraupic restituée. » l'homme formé abstractivement par l'assemblage de tous «les hommes. en effet.Enfin. il montre que l'ex- pression scripturale de ce mot est composée du signe de l'unité et de celui de la multiplicité. « l'i- »mage d'une assimilation immortelle. Mais laissons ces curieuses recherches. le sens hiéroglyphique. tel qu'il est généralement entendu. d'une agrégation de » parties homogènes et indestructihles. 56. il ca- ractérise. il a voulu parler de l'homme en général. l'homme. Mais le nom donné «à Adam ne signifie pas seulement homo. n'ont.» Fabre d'Olivet donne ensuite le sens figuré de ce même mot. offrent. Remarquez d'abord. Voilà le sens propre du mot Adam (1). . et l'his- toire même de toute la religiou juive-chrétienne. loul. encore une fois. dans la Genhe. ce que nous entendons par le » genre humain. Moïse. Ils »se sont contentés de copier le chaldaïque. il y trouve deux racines qui. II. montrent manifestement suivant nous. par ivfipoiiro. en quoi ils ont été imités » par S. quant au troisième sens. nomme Adam ou le premier homme. et ce que nous exprimerions beaucoup . revêtus du signe col- lectif. comme l'avait très bien vu le samaritain en le Bi'endant par l'universel. n'a pas voulu parler d'un homme particulier.• trop exposé le sens spirituel.à cha- que phase de création qui précède celle d'Adam. un homme. C'est l'homme collectif. réunies. à nos yeux. Jérôme et par ses successeurs.mieux en disant le règne hominal.

portant son fruit » propre. et remplissez Ics eaux »des mers. eu aucune façon. pour exprimer qu'il s'agit des espèces. dont les eaux émettaient à » foison les principes. la même caractérisation très-nette et très-formelle. et possédant en soi sa puissance » sernentietlc et cela s'était fait ainsi. et multipliez-vous. une substance fructueuse. » Et LUi-les-Dieux avait dit encore La terre émettra de son »sein un souillc de vie selon son espèce. et lïgnum pomtferum faciens fructurn ju:rta genus »suum. A chaque être nouveau qui sort de la pensée divine. d'êtres particuliers. Cette formule commence dès le verset 11 du cha- pitre 1". et lcur avait déclaré sa volonté. et celle de tout oi- »seau. selon son espèce. selon son espèce. et (\uc\' espèce volatile se multiplie sur la terre.à l'aile forte et rapide. portant du fruit selon leur espèce qui aient leur se- tmenec en eux-mêmes sur la terre. super terrnm et factumest ita. et des arbres frui- »tiers. quandv ient la création des ani- maux.» ou. dans le texte. » . et non. im-les-Dieux »La terre fera végéter une herbe végétante et germant d'un »germe inné. revienta chaque instant: «Kt 'LUI. animé d'un mouve- (1) C'est la traductionde la Vulgate a Et ait Germinet terra herbam vi- vrentem et facienlem semen. et ainsi fut (1). selon leur espèce. revient sans cesse. cujits semen in semetipso su.explicitement qu'il s'agit de la création de l'espèce de chacun de ces êtres. disant »Propagez-vous. » comme traduit la Vulgate. comme traduit Fabre d'Olivet «II avait dit. avait créé l'existence potentielle des » grands animaux marins et celle de toute âme de vie animée » d'un mouvement reptiforme. l'Être des êtres. celte formule « Selon son espècejuxta genus suum. Il avait »béni ces êtres.»Aux versets 21 et suivants du même chapitre. où il s'agit du règne végétal Dieu dit Que la » terre pousse de l'herbe portant semence.

ayant sa semence en lui-même. les oiseaux. selon son espèce. et qu'il ne s'agit pas d'êtres par- ticuliers. selon son espèce. en un mot. immortelle. et cela s'était fait ainsi. considérant ces choses. de même qu'aux versets 21 et suivants. Et. il avait dit. l'espèce homme. que c'est. collective. V /tomme universel. quadrupède et reptile. par conséquent. une vie générique. l'homme qui arrive à la suite de toutes ces créations est l'être potentiel homme. est la puissance potentielle végétale. ( . etc. parce qu'il se reproduit. sont des espèces.C'est alors que vient la création d'Adam « Continuant ensuite à déclarer »sa volonté. illimitée.» ment progressif. »il avait jugé qu'elles seraient bonnes (1). l'Être des êtres. l'universel Adam. que«la (I) Trjduclion de l'dliic d'Oliut. les cétacés. de même. LUI-les-Dieux Nous ferons «Adam. dans le temps et dans l'espace. dans le temps et dans l'espace.par conséquent. immortclle.espèce. illimitée. mais de l'être même de ces espèces ce que Moïse appelle l'existence potentielle et selon l'. comme tra- duit Fabrc d'Olivet.N'est-il pas évident que c'est le genre hu- main. im- mortel. et celle du genre «quadrupède. évidemment. capable de se con- centrer ou de se répandre. C'était un aphorisme des anciens docteurs juifs. ou ce qu'il appelle encore un souffle (particulier) de vie sdon l'espèce. animalité terrestre. nsetonson espèce. Il avait donc dé- » terminé. l'existence potentielle de cette animalité terrestre. être virtuel. les reptilcs. au verset 11. considéré comme une unité. c'est-à-dire l'existence ou l'être générique. après l'ancienne version samaritaine. l'homme selon son espèce. lui. c'est-à-dire une vie générique. col- lective. par conséquent. capable de se concentrer ou de se répan- dre. et non un certain homme en particulier? De même que le végétal.

est d'un sens assez facile à découvrir. en même temps. dans le récit ou plutôt dans le mythe moïsiaque. (1) Ba\le. est l'huma- nité dans une manifestation particulière. . dans toute son infinité. Comme nous l'avons dit. existe virtuellement dans chaque homme.» taille d'Adam s'étendait d'un bout du monde à l'autre (1). Adam. (2)I)aiiileliiîC V. en effet. et contient virtuellement l'espèce tout entière. dis– je. la création de l'hn- manité est la création de l'homme ou d'un homme. Quand on a sai- si cette idée. De même qu'un chêne reproduit un chêne. évidente d'ailleurs pour qui n'a pas le sens ob- strué par le faux individualisme moderne. L'humanité est en chaque homme. ou chaque homme. comme si le premier homme avait été un géant. et qu'au fond il est cette espèce. art. et pourtant l'hu- manité. ce mythe. sans avoir été pourtant véritablement entendu et expliqué jusqu'ici. Chaque homme. » Ces anciens docteurs avaient raison. mais il me semble que dès qu'on a compris qu'Adam est l'espèce humaine. parce qu'un être particulier n'existe pas indépendamment d'une espèce ù laquelle il se rapporte. en efTet. et comme nous avons essayé de le démontrer plus haut (2). Adam est un géant. car c'est l'humanité toujours vivante. L'idée d'es- pèce est adéquate à l'idée d'un être particulier. et les rabbins qui ont pris grossièrement leur idée. que cette huma- nité est un homme. et chaque homme est l'humanité. et contient virtuellement l'espèce tout entière de même l'homme reproduit l'homme. et l'humanité. Je ne sais si je m'abuse. il y a en Dieu identité entre l'homme. ont montré bien peu de sens. dans toute sa force potcn- tielle. Mais remarquez bien. dont la profon- deur a fasciné et entraîné tant de générations.

sur lequel s'est élevée la religion juive. du fond des temples de Meuiphis ou de »Thèbcs. Il me paraît absurde de l'attribuer. «appelée Bcrœshilk. comme on a fait quelquefois. J'avoue que je suis en partie de l'avis de Fabre d'Olivet lorsqu'il dit de la Genhe: «Ce livre est un des livres géni- »ques des Égyptiens. soit à quelque Hébreu du temps de David et de Salomon. Dissert. inlrndudivr. Or les Grecs et Ics Romains. dans la Genhe en particulier. quoique lui ayant beaucoup pris. que la Genèse de Moïse est un débris ou un résumé de la science des prêtres d'E- gypte. la religion chrétienne!Rien ne meurt. sorti. «selon la volonté providentielle qui le guidait. soit à Esdras. Indépendamment des preuves his- toriques qui renversent ces suppositions. les lumières »de sa propre inspiration. il faut bien croire que sa vie a passé mystérieusement dans l'humanité qui l'a remplacée. et. par suite. Moïse. nous ont-ils réellement donné le dernier mot de la science égyptienne? Pythagore. (1) ht Langue hébraïque restituée. rien ne doit ni ne peut mourir des grandes civilisa- tions et puisque l'Égypte s'est anéantie sans laisser après elle de traces dignes d'une si longue et si brillante existence. un caractère métaphysique qui décèle la pensée méditative des prêtres égyptiens. ne fit que les lier entre eux. . comme Fabre d'Olivet. et y ajouter. Quelle autre origine d'ailleurs la Providence pou- vait-elle donner à ce monument. afin d'en confier le dépôt au «peuple dont il était reconnu pour le prophète et le législa- » teur théocrate (1)-»Il Je crois. qui en reçut les extraits dans le cours de «ses initiations. et font remonter les diverses branches du Pentateuque à Moïse on à l'époque de Moïse il y a. quant à sa première portion.

il con- tinue 1'liistoire de cet i homme-humanité en signalant les modifications qui. C'est ce que l'on prendvulgairement pour l'his- toire d'Adam. en montrant après quelles suc- cessions de créations l'humanité a paru sur la terre. . élevé. Mais il en a été de Pythagorc pu et de son école comme des colléges de Thèbes et de Alemphis. dans toute la science des Égyptiens. Dieu «donc créa l'homme a son image. donc. a donné à l'homme. v.peut-être. Je vois donc peu de difficulté à croire que Moïse. selon » notre ressemblance. c'est-à-dire cet homme- humanité. émana d'abord de la pensée divine homme et femme il la fois. s'aidant des connaissances qu'on avait alors en géologie et dans les sciences naturelles. un résumé de la science égyptienne sur l'homme et l'humanité. cil. a engendré ce mythe. Envoici. suivant moi. 26-27. et qu'il domine sur toute la terre. de la Genèse. nous a transmis dans la Genèse un véritable monument de cette science. aurait lc faire. sa place dans l'échelle des êtres.à l'être générique homme. I. ou à cet être. sont arrivées à cette espèce. Une fois que Moïse. mais pas de mo- numents qu'on puisse appeler autographes. » Voilà l'homme an- (1) Vulgale. comme disent les Actes des apôtres. suivant lui. toute la suite. réunissant dans son unité les deux prin- cipes «Dieu dit Faisons l'homme à notre image. ou l'auteur. La métaphysique. en particulier. il le créa à l'image de »Dieu il les créa mâle et femelle (1). Suivant lui. quel qu'il soit. cette humanité. Nous avons sur tout cela des témoignages. et une métaphysique très-profonde. Le mythe philosophique et historique à la fois de ce qu'on nomme aujourd'hui la création et la chute d'Adam me paraît.

heureux d'une vie qui n'est pas réfléchie. Ainsi. et leur dit Croissez et multi- »pliez. et l'assujettissez (1). naturelle. et rentre dans son re- pos. l'espèce hu- maine. sans peine. dans ce monde ainsi créé. il réunissait ainsi. se reproduisant com- me certains végétaux et certains mollusques. ou l'homme. Dieu donne à l'homme pour de- meure un lieu particulier. Complet en lui- même puisqu'il réunit les deux sexes. faite par Dieu. L'homme est alors heu- reux. le moi et le non-moi. suivant Moïse. ne s'arrête pas à ce détail. La Bible ajoute« Et Dieu les bénit. qui puisa aussi aux sources égyptiennes. le bon- (I) Vu foule. en le créant homme. en d'autres termes d'êtres toujours les mêmes quoi- que toujours nouveaux. et placé au mi- lieu d'une nature sur laquelle Dieu lui avait donné la supé- riorité. mais c'était le bonheur sans la connaissance. fut d'abord androgyne. innée pour ainsi dire. l'Éden.»Le sixième jour ou la sixième époque de la création se termine là. Il y avait entre ces deux faces de lavie une iden- tité complète. . non pas acquise par l'homme C'était le bon- heur. au septième jour. qui embrasse des périodes incalcu- lables de siècles sous le nom de jours. Quoi qu'il en soit. Platon. (II. 28. et remplissez la terre. qui émane direc- tement et uniquement de la\ie Universelle. Combien de siècles dura cet être ou plutôt cette humanité androgyne? La Genèse. mais heureux comme peuvent l'être les animaux. les deux faces ou aspects de la vie. Dieu alors cesse d'être créateur. et com- posé d'espèces se reproduisant et par conséquent immor- telles. sans travail. absolue. comme le sont encore certains êtres. dit précisément la même chose.drogyne.

le fruit pour ainsi dire de l'arbre (1) Voy. 75. la mort vont venir. II. pag. Tel est le Paradis ou Édco primitif. mais non achevé. Cette explication ne ressort-elle pas évidemment. tant que dure cet état d'androgj ne pour l'espèce humaine. L'homme est un être purement obéissant à l'Être Universel dont il est émané. . Il jouit d'unevie per- pétuelle. tu mourras de mort (2). mais enfermée dans le cercle divin car c'est le sens primi- tif du mot qu'on a traduit par Paradis ou par Éden (1) «L'Éternel Dicu prit donc l'homme. de ces paroles mêmes du chapitre II où il s'agit encore de l'humanité androgyne. mais il n'y a pas non plus con- naissance. le paradis terrestre. déjà créé. tu n'en mangeras pas. C'est la vie naturelle de l'homme. (2) Vulgate. >« 15-17. cb. comme le poljpe. avec la connaissance. l'âge d'or placé derrière nous. ni mort. la note sur ce mot dans l'ouvrage de Fabre d'Olhet.heur qui ne se sait pas et ne se pense pas lui-même. le travail. qu'elle sera le résultat. et le plaça dans le pa- » radis pour le cultiver. tom. La désobéissance va venir. Toutefois. Aussi. disant Tu mangeras lihrement de tout arbre du »jardin. pour ce qui est de l'arbre de la connais- »sance du bien et du mal. car il se reproduit comme les plantes. sans remarquer même ses méteinpsychoses. je le demande. Car au • jour que tu en mangeras. II. pour cette espèce. de ce drame d'Adam. Et cet homme ainsi. fait est réelle- ment immortel. de l'humanité heureuse. Puis l'Iternel Dieu commanda à » l'homme. il n'y a ni travail. C'est le sujet du second acte si je puis parler ainsi. » N'est-il pas évident que cette mort que Dieu annonce à Adam proviendra de la nourriture même qu'il aura prise.

dans Moïse n'est pas un Dieu injuste. comme on s'exprime aujourd'hui. qui arrivera à Adam. n'a donc pas. s'il vient à savoir. est terminée) il se passera en lui un tel change- ment. un simple changement psychologique qui aura lieu et non pas un changement génique ou génésiaque. dans la Genèse. Dieu ne menace ici que par prescience. ne sera pas un changement miraculeux ou génésiaque que Dieu opérera en lui. et il le dit à Adam. le caractère absurde et vraiment criminel qu'on lui prête. Mais Dieu pronostique a Adam que s'il quitte l'état où il l'a mis. Ce sens véritable de la prédiction ou menace que fait Dieu à Adam est marqué jusque dans la racine du mot hébreu qui exprime ce Tu mourras. C'est. par là même (et indépendamment de la genèse ou création qui. nous avons passé le septième jour. en effet. l'état de non-con- naissance. je le répète. Adam ou l'humanité ne sera pas miraculeusement changé par Dieu. et c'est ainsi qu'il mourra. donc.de science? Ce n'est donc pas une menace positivement que Dieu fait à l'humanité c'est un avis qu'il lui donne. à goûter du fruit de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Cette mort. il connaîtra la mort. se fondant sur ce radical. Il sait que la con- naissance fera sortir Adam de son état d'innocence et de bonheur. Il res- tera toujours le même Adam car la création est terminée. Fabre d'Olivet. traduit Tu passeras à un autre état. Adam était immortel par la reproduc- tion il restera immortel par la reproduction. à connaître. par rapport à Dieu. Dieu. La chute originelle de l'homme. . qu'ilil mourra. parce qu'il aura mangé du fruit défendu. qui fait à l'homme une défense pour avoir occasion de le punir. Seulement ayant goûtéà la science.

remplissent donc le monde. la mort. l'homme. vivra et sera immortel. Il a distingué. et voilà la terre maudite. la vie et t'ombre de la vie. comment aurait-elle fait pour cela ? Le moi et le non-moi. sous toutes ses faces. Adam. dans leur plus grand attrait. quand ils disaient que prendre à la «lettre les premiers chapitres de la Genèse. ce n'est pas elle. en aspirant à la connaissance. par la connaissance. et dans leur plus complète communion. sinon qu'au lieu de vivre sans connaître lajnort. sort de ce cercle divin où il était placé ses yeux s'éclairent. La dou- leur. Voi- là son malheur Car cet éclair de la distinction au sein de la vie lui fait apparaître à la fois l'être et le non-être. .» Mais la lettre même ne présente pas ce sens. il connaît mais à l'instant même la vie naturelle s'anéantit pour lui. 11 s'agit donc d'un changement qui sera pro- voqué par l'homme. se dessillent. c'était prêter à «Dieu des sentiments et une conduite que l'on attribuerait »àpeine-au plus méchant de tous les hommes. mais connaî- tra la mort. étant sorti par la connais- sance du cercle divin. La lettre ne dit pas autre chose. Et en effet. pendant les périodes incalculables de sa durée qui est sor- tie du cercle divin. ou la mort. le travail. que ce n'est pas l'humanité androg\ne qui a désobéi selon la Genèse. coexistaient encore chez cette humanité androgyne. Créé d'abord dans une condition de tutelle comme celle qui enve- loppe l'animalité. quand on la comprend bien. dans une indécomposable unité. et qui se passera dans l'homme. et enfermé dans un certain cercle.Nous avons vu qu'Origène et S. Cette explication est si vraie. le moi et le non-moi. Augustin avaient bien le sen- timent de cette vérité.

La désobéissance. ch. ou la sortie de l'homme du cercle di- vin. Et Dieu prit une de » ses côtes et il resserra la chair à la place.et sa femme étaient tous deux nus. II. est donc précédée. je lui ferai une aide semblable à lui. » et pour que le nom qu'Adam donnerait à tout être vivant » fût son nom. . Il est bien connu qu'il n'y a rien de pareil dans l'hébreu. et il se » joindra à sa femme. et à toutes les bêtes » des champs. 18-25. Jérôme. celle-ci est » l'os de mes os et la chair de ma chair. et ils n'en avaient point » de honte (1). Et l'Éternel Dieu fit tomber un profond i » sommeil sur Adam. Il (1) Vulgale.afin de voir comment il les nommerait. Et Adam donna les noms à tous les animaux » domestiques cl aux oiseaux des cieux. Mais il ne se trouva pas d'aide pour Adam qui fut semblable à lui. On la nommera fem- »me (Ais/ia) car elle a été prise de l'homme [Aish). de la séparation des deux sexes: « Or l'Éternel Dieu asait dit:Il n'est pas bon que » l'homme soit seul. c'est-à-dire en deux sexes.• Il est nécessaire (le remarquer que cette version de S. » Car l'Éternel Dieu avait formé de la terre toutes les bêtes » des champs et tous les oiseaux des cieux puis il les avait fait • venirers Adam. Les Rabbins ont toujours intcrprété ce pas- sage en disant qu'il n'exprime que la séparation de l'homme androgyne en deux parties. et dont il fait la femme. v. C'est pourquoi l'homme laissera son père et sa mère. suivant S. Or Adam . et la » fit venir vers Adam. dans la Genèse. Jé- rômc est tres-deïectueuse relativement à la côte que. Alors Adam dit Cette fois. Et l'Éternel Dieu » forma une femme de la côte qu'il avait prise d'Adam. et il s'endormit. et ils seront une même chair." Dieu ôte à Adam pendant son sommeil.

mais réunissant les deux sexes. que dort donc dire cet auteur?Que des deux tires qui étaient ainsi réunis dans l'unité androgyne. S. Mais. mais une des enveloppes ou peaux. Dieu. du coips d'Adam. Il y a dans cette phrase. selon cette version de Fabre d'Olivet. dans l'une comme dans l'autre supposition. en mauvais latin. suivant Robert Enenne. et il n'y a pas là de création véritable mais seulement une sépa- ration des deux principes de l'androgyne (2). » Suivant lui. Jérôme traduit d'abord lit- (-fi(unamex versetei. et marcher à la conclu- (1) Ba)le. ce qu'il paraphrase par tultt unam portioncm de la- teribus ejus. comme dans les êtres anormaux que les médecins désignent sous le nom d'hermaphrodites. i: tienne.eexi- steiwe il'Èie. et revêtit de forme et de beauté corporelle sa faiblesse originelle. il doit se sortir du féminin tutii unam . art Adam.i côte d'Adrro. ex latenùus ejus. que voitlà Rob. a laquelle il aurait ensuite donné une base pour en faire Eve. aurait donc pris. Mais. Jenîme. Aussi S. ont cru que dans l'homme androgyne il y avait deux corps tout formés et développés. et qne la création d'Eve ne fut que la division des deux corps. Mais. et en (it la femme. fautede ci. et. ( dans l'hébreu téralement tuht de tira l'un de ces £tres et le lit sortir et comme celui des deux principes que Dieu extrait ainsi est le principe femelle. ce que enveloppe. comme dit S. existe-t-elle réellement ? Esl-il nécessaire de sous-entendre quelque choseDans la pensée de l'auteur de la Genèse. ou plutôt cette ellipse. ou plutôt le prin- cipe féminin. mâle et femelle. a cru qu'il s'agissait de la cita- lion d'Èie. Cette remarque faite. Dieu. Mais cet hébraisme. est vrai que les uns. Jérôme a rendu. par unam de costis. un hebraîsme qu'il rend littéralement ainsi tuht tttuim de tateribus ejus. le mot que S. Avec cette pensée. tandis que d'autres ont supposé qu'il n'y avait qu'un seul corps. signifie ce qui entoure.a. il prit Tune d'elles. Jérôme. au verset suivant. psi ce <\uv- . et ayant lompu l'unité de ses emeloppes exté- » rieurcs. comme Maimonides (1). Il me semble que cette version est presque aussi ridicule que celle de S. Le texte est pourtant susceptible d'une interprétation bien simple. (2) Fabre d'Olivet traduit a Et Lu-les-Dieux laissa tomber ui^ sommeil mys- » térieux et profond sur Adam. par exemple. et qu'ainsi le texte de la Bible exprime que Dieu sépara du corps d'Adam l'organe du sexe féminin. cotte piéexï- decomprendrecette p. non pas une cOte d'Adam. ayant ouvert l'enveloppe des deux. retrouiautdans ce verset le flanc ou l. c'est-à-dire que le corps humain primitif était double. je demande si l'on ne voit pas le mythe se dessiner de plus en plus. Eve préexistait dans Adam. Jérôme. Eve préexiste dans l'Adam androgyne.

et l'être féminin). c'est-à-dire à qui il a donné le germe de la connaissance. bien près de la réflexion. fait fabriquer Eve avec cette côte. Du reste. Le sens tris natuul et très littéral de ces deux versets me parait êtie «Dieu lira de ses flancs (l'une c'cst-à-diie en des deux mètres de l'androgyne. dans sa pensée et dans son récit. lui que Dieu d'ailleurs a créé supérieur à tous les animaux. Adam. mais seulement une modification de la création. et il » dit à la femme Quoi Dieu aurait-il dit Vous ne mange- Dieu y répare l'ouverture faite au corps d'Adam. n'est pas une création nou- velle. et la revêtit de forme. encore une fois. etil répara l'en- »veloppe qu'ila\ ait rompue à Adam pour en tii er Abha. seulement. il sent commencer pour lui une existence nouvelle. par un contre-sens. Lorsqu'il voit Eve. car l'i- dentité et la distinction lui sont révélées à la fois. n'avait pas trouvé d'aide pour lui. et il mena ellelui. dans toute la création étalée par Dieu devant lui. qui fût semblable à lui. L'auteur de la Genèse ne dit pas pourquoi Dieu décomposa Adam. qui est lui et qui a été tirée de lui.sion. par la séparation que Dieu a ainsi faite des deux sexes. » . Aussi le chapitre suivant nous montre-t-il immédiatement ce nouveau progrès qu'on appelle aujourd'hui la chute. quand il se retrou>e dans Eve. et en sépara Eve. l'idée profonde du mythe est admirablement marquée dans les paroles d'Adam. et qu'il a fait à son image. qui. après avoir rapporté l'avertissement donné par Dieu à l'homme de ne pas con- nailre s'il veut ne pas mourir. tout en le laissant d'abord dans l'absorp- tion par la Vie Lniverselle. Voici le récit dans la Vulgate « Or le serpent était le plus fin de tous «les animaux des champs que l'Éternel Dieu avait faits. et qui en effet fut accompagné de péché et de chute. qui est son moi et son non-moi par un inconcevable mystère. il s'interrompt pour raconter cette détermination de l'Être Suprême. Le voilà bien près de la science. il a.

il ne veut pas dire autre chose. Et quand Moïse dit que c'est ainsi que la mort est entrée dans le monde.» Voilà cette scène fameuse Ce que l'on appelle la dès- obéissance et la chute du premier homme est c\idemment. et l'a créée pour ainsi dire. et par conséquent des autres hommes ses semblables et de l'hu- manité. le passage de l'état d'animalité à l'état de connaissance ou de réflexion. voyant que le fruit de l'arbre était bon à manger. . a commencé par là infime à connaître la mort. de peur que vous ne mouriez. et vous ne le tou- xcherez point. et en donna aussi à son mari » qui était avec elle. comme le dit Jésus dans sa prière eucha- ristique « Mon père. en «prit du fruit et en mangea. Aussi la vraie rédemption coiisiste-elle précisément à ren- trer dans l'unité. et que «cet arbre était désirable pour donner de la science. et ils connurent qu'ils étaient nus. 1-7. La femme donc. mais »Dieu sait qu'au jour où vous en mangerez. et ils »cousirent ensemble des fcuilles de figuier et ils s'en «firent des ceintures (1). «Dieu a dit Vous n'en mangerez point. connaissant le bien » et le mal. et qu'il était agréable à la vue. et il en mangea. Je t'ai glorifié sue- (l)\ulsalu. sinon que l'homme. ayant commencé alors à s'abstraire et à se distinguer de la Vie Iniveiselle. di. vos yeux seront »ouverts et vous serez comme des Dieux. Alors le ser- » pent dit à la femme: Vous ne mourrez nullement. II. Et les yeux de tous deux »furent ouverts. dans la Genèse. l'heure est venue. »rez point de tout arbre du jardin? Et la femme répondit au » serpent Nous mangeons du fruit des arbres du jardin »mais quant au fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin.i.

et plus positivement. «qu'eux soient aussi en nous. Examinons sans préjugé le récit de la Genèse que nous venons de citer. tu es en moi. en Jé- sus-Christ. de rentrer dans l'unité. N'est-il pas évident d'abord qu'il s'agit en effet là de connaissance. c'est-à-dire encore le genrehumain. j'ai achevé l'ouvrage que tu m'avais donné ci » faire. «Comme toi. sans renoncer à la distinction. c'est-à-dire le genre humain.» la terre. XVII.à l'individualité. et le lien entre ces deux religions.afin qu'ils » soient perfectionnes dans Pumté (1). Je suis eu eux. en conti- nuant de progresser dans la connaissance il essaya. le Christianisme. et que je suis en toi. et tu es en moi. afin qu'ils soient UN. sont dans le rapprochement que nous venons de faire. Adam. de se régénérer dans l'unité. th. Il est temps de comprendre enfin et -cette chute de l'hom- me par laquelle. comme nous » sommes un. de science? Moïse pouvait-il s'exprimer plus clairement? pouvait-il répéter plus souvent qu'il ne l'a fait. sort de l'unité. garde en ton nom ceux que tu m'as «donnés. Père saint. mais je prie aussi pour ceux qui » croiront en moi par leur parole. Jean. afin qu'ils soient wx comme nous. eu passant de Y ignorance Ma connaissance. et que le monde croie que «c'est toi qui m'as envoyé. » Le Mosaïsme. . et cette rédemptiOiN par laquelle. y rentre. que son but était de dire comment (1) S. et la suite de ce récit. il passa en même temps de l'unité à la distinction et à l'individualité. Je leur ai fait part de la lumière » que tu m'as donnée. Jé- sus. Or je ne prie t pas seulement pour eux. ô Père. afin que tous ne soient qu'vn.

Encore une fois. comme ())\k. . pour lui faire une défense afin qu'il l'enfreigne. nam quacumque die ex ea comedes. Augustin et Origène. si tu en manges. par tout le récit de la Genèse. Car immédiatement après avoir mangé du fruit défendu. mor<<' mo- r!erM(l). C'est l'indice et le commencement de cette passivité de la mort que Dieu leur avait prédite. Il dit L'effet inévitable de cette nourriture serait de te faire mourir. que c'est par /!r<'ifci~:c<' ou par <'on)MMMHc<' que Dieu avertit Adam que le seul fait de manger de l'arbre de la science le fera mourir. suhant S. car cette honte uent de la <<i~<K'tiM.l'homme avait passé de l'état d'ignorance à l'état de science. Est-ce pour éprouver Adam..t~KaH!) AaM~tMt/Mam comedas. se distinguant de la Vie Lniverselle. comme j'en ai déjà fait la remarque. ressentent de la honte. après sa chute ou son pro- grès. Il est évident. nous devons bien nous garder de prêter à Dieu. il reste. le même Adam (sauf la transformation psychologique) qu'avant cette chute ou ce progrès. Et cependant la prédic- tion de Dieu s'accomplit. que Dieu donne cet avertissement a Adam? Voilà de ces sentiments horribles que. Adam et Eve.-</e«r&orf ~f)'o<'<e!tf!'<B /'ot<e< }?!a/ de f« (!. et pour le punir ensuite. Adam meurt-il effectivement quand il a mangé de cet arbre de la science? Dieu le fait-il mourir? Non. et comment delà venait son maihenr? Quel est le nom de l'arbre défendu? Cet arbre se nomme l'arbre de la connaissance du &!fn el f/M m~ c'est ainsi que Dieu lui-même l'appelle dans la défense qu'il fait à Adam d'cngoûter:DeoM«!yno/Mr<ort<Mfomf</e. Dieu ne dit pas Je te ferai mourir.

Il n'y a aucun miracle dans cette transformation. absorbés dans la Vie Lniverselle. ressentent la honte. et ne connaissent pas leur distinc- tion. après avoir mangé du fruit de la science ou de la connais- sance. et pourtant t'eftct annoncé par Dieu aura lieu. res- sent la honte. Le récit de la Ccn~f est complet. . explicite. ch. Ils vivent par la \ie Universelle. dans la pensée profonde de l'auteur de la t. et fui *dit Où es-tu? Et il répondit J'ai entendu ta voix dans le »jardin. ils deviennent aussi passibles de la mort. dans les reproches qu'il fait à Adam et à Eve. L'Éternel Dieu appela Adam. par l'effet de la connaissance. et ne com- porte aucune supposition quelconque d'un miracle par ]e- quel Dieu aurait fait déchoir Adam et Eve de l'état d'im- mortalité. positif. a propos du labeur incessant ~)Vui~K'. et je me suis <cache.la mort en viendra:<. ne parle même pas de la mort. Dieu ne les fait pas mourir. ne pouvaient connaître la honte. Et par la même raison qu'instantanément Adam et Lve. quoiqu'ils soient des être distincts en elle. 9-H. et ne vivent que par elle. Voila le signe auquel Dieu reconnaît qu'Adam s'est indivi- dualisé. t)i. ou n'en dit un mot qu'accidentellement.'F~< que Dieu. Ils sont des êtres distincts.'Ainsi Adam. Et Dieu dit: Qui t'a montre que tu étais nu? N'as- »tu pas mangé de l'arbre duquetjc t'avais défendu de man- 'ger (1). et dans les pronostics factieux qu'il tire de leur faute reiativcmcnt a leur condition future. parce </Me. et j'ai craint. qui recèle ou entraîne à sa suite la crainte. Adam et Eve. ). Ils nc sont ni plus ni moins immortels ou mortels qu'ils t'étaient auparavant. Cela est si clair. Les animaux ne connaissent pas la honte.f!/aH )!:<.

car tu es poudre. La honte. c'est-à-dire fw:sc!'<'?th de &! mort. en brisant t'Mtti' nous isole et nous abandonne à nous-mêmes. que le Christianisme a si bien décou- vert dans le récit de la ~mf'j. à cause de la non- distinction. comme ils sont détenus sujets de la crainte. une conception intellectuelle. par le seul effet de la connaissance il les sait de- venus sujets de la mort.< Adam et Eve ont coHpM le péché. Voilà ]e péché. jusqu'à ce que tu retournes en la terre.Dieu sait qu'Adam et f'~esont. de science. comme disent les Chrétiens. tu mourras. les voilà passibles de la mort. qui réponde nommément il cette pré- diction antérieure. nous nous sentons défaillir et mourir. Cette <'o?!ffpf!'Mt du péché et de la mort.Du reste. . ont fO)!pM la mort. en un mot. est. tout ce qui. (i)Vu~tc. que l'on prend vulgairement pour un châtiment promis )a désobéissance d'Adam «Si tu goûtes eau fruit de l'arbre de la science. à cause de la t~s~ne~'o/t. transformés psychologiquement. au point que d'immortels qu'ils étaient en son sein. d'où tu as été pris.. en principe. un fait de connaissance.qui sera désormais leur condition « Tu mangeras ton pain »àla sueur de ton visage. Ht. dans l'esprit hu- main. t. et tu retour- cneras en pondre (t). il les sait donc morts. la mort. si bien que. n'ayant plus communication directe et incessante avec l'Océan de Vie Éternel et Infini. par le fait de cette connaissance qu'ils ont acquise. sont entrés tout d'un coup tous ensemble (car c'est-la même fami))e) dans la nature de l'homme. tout cequinousM~rf. après la chute. tous ces contraires de /*f<re ou de la vie.eh. suceptibles de concevoir le non- être ou la mort. la crainte. t9. suceptibles de concevoir la honte. rien dans les paroles de Dieu.

i(M). Cette mort que Dieu avait annoncée à Adam. pourquoi. au contraire. t'etfet est produit. Encore une fois. dans la CfK~c. qui n'avaient point mangé de ce fruit. ou le péché. à ses yeux. par conséquent. «les plantes. en d'autres termes. Mais le Hon-f~t-e. un engendrement du péché et de la mort. aU. c Voltaire n'a pas vu que la prédiction de Dieu s'accomplit. ne meurt pas après en avoir mange « )i n'est pas i même conté dans la C<'<K'xf. individualisé. que. s'il mangeait du fruit de l'arbre de la science du (1) DiW ionu~dne phn(usuphiqur. sans en comprendre la raison. par Dieu de la mort s'il mange du fruit défendu.< par là. 1'uhé nriguuL . Il leur découvre d'autres résultats de leur transgression mais il ne revient pas di- rectement sur ce)ui-)a. que Dien ait condam- jné Adam la mort pour avoir ava)e une pomme. passible de la mort. comme sa peine iné- vitabte. dit-il. menacé. ainsi que tout le reste (1). Dieu ne dit pas même a Adam et à Eve. ou de la Vie t uiverselte..c'est )a<<M. et ils sont morts. mou- xrurent dans le temps prescrit par la nature. et greffés pour ainsi dire sur )'('o'e dans la nature humaine. L'homme est tnë pour mourir. n'en ont pas moins été 6'r~. mais cette même ~fn~e fait vivre Adam neuf ccent trente ans après ce déjeuner criminel. ou la mort. et qu'Adam meurt. Les animaux. après leur faute Vous mourrez. Voiia ce qui explique ce problème que l'on s'est sèment pose. sé- paré de l'unité. s'étant distingué. parce qu'il s'est <<i'nyMf!. il devient ainsi conscient et. qu'Adam. Il lui dit »bien Tu MMMrr<M <f's-<'f!<H:~K<'n< le jour que lu en »mangeras. en sorte que cette conception devient une conception dans un autre sens. Vo)taire avait remarqué.

Et comme nul être réellement ne meurt.bien et du mal. est le résultat naturel de la connaissance. ne tombe d'au- cune façon sous l'empire de la mort. Les bêtes n'ont point de connaissance aussi peut-on dire qu'elles ne connaissent pas la mort. le caractère de crime et d'affreuse désobéis- sance que le Christianisme lui a donné. il s'en- suit qu'aucun des êtres divers. hors l'homme. comme dit la 6'e):f<f. néanmois cette transgression d'Adam n'a pas. dans la C~tt'sf. Un animal existe. dont il est sorti par la distinction. et on n'ayant peut dire avec certitude qu'il ne meurt pas. car la mort n'existe que par la connaissance elle est un fruit dç la connais- sance. dans ce même chapitre de ]a C<'nA<e. vive seule et soit seule immortelle. Il est bien certain que. quoique )e Christianisme ait pu tëgitimemeut voir )e péché et )e péché originel dans le ré- cit de Moïse. mais que tous les êtres se reproduisent et vivent. et jusqu'au moment où il meurt. la mort étant te non-être. Quel est le juge équi- table qui condamnerait Adam? On sent que Moïse ne le . n'entrè dans le monde et en nous que par ]a connaissance. un curieux témoignage. Il y a là-dessus. parce que l'homme seul connait et se distingue. il se sent exister. Mais revenons encore un moment sur le récit de la chute. il existe toujours. Car. L'homme seul est sujet à la mort. comme nous le verrons tout à l'heure. pas la connaissance. et il vit. La mort n'ayant rée))ement pas d'existence. il n'a pas la connaissance de la mort. terme abstrait. selon leur espèce (ce qui ne veut pas dire que l'espèce. Mais si l'homme connaissait l'unité. l'homme s'arracherait à l'empire de la mort. et redeuendrait immortel. mais ce qui veut dire que les êtres particuliers se reproduisent et vivent eux-mêmes dans leursdescendantsselon leurespèce).

raconte le fait. qui a suivi la création ou l'émanation des êtres. par l'espoir de s'é- galer à Dieu. C'est pour lui un fait de genèse. par l'é- goïsme. et se contente de l'ex- pliquer. C'est comme s'il disait L'homme a passé à la distinction et à ia connaissance. par l'intérêt. II la séduit par l'orgueil. il Le serpent. poussé par une mauvaise passion. sou passage à l'état de connaissance. Voilà la connaissance mal inspirée et tournée . comme dit )e mythe. c'est le serpent. Contia~re supposait nécessairement la </M<n{'<!Ot).)'orguefi. dit-il. L'homme n'était-il pas créé en effet pour la connaissance? Certes. a séduit Ève.t'enue? Moïse ne s'explique pas sur ce point. De ce fait est sorti le mal. mais en se sépa- rant de lui. qui ne fut pas)'égoïsme. qui a conseillé l'homme. Comment y a-t-il donc de sa faute à avoir accompli ce progrès nécessaire. Moïse le dit. Moïse explique le progrès de l'humanité. à avoir suivi sa destinée? Formé pour la lumière intellectuelle. et se sont ouverts! C'est que dans l'idée de l'auteur de la Cf~f~ le mal a présidé à ce progrès c'est le mal qui )'a inspiré. Voyez les raisons que [c serpent donne à la femme pour la persuader. mais on sent néanmoins dans son récit que ce fait était inévitable. comment est-il tombé au moment même où ses yeux se sont dessillés. qu'il était implicitement contenu dans la virtualité donnée à l'homme par le Créateur. Mais taafM<!K<'<!M:Nepouvait-ci)epassefaire par une bonne voie? Adam ne pouvait-i) point arriver à la connaissance par une !'))<<i':jMtMt&a<ion qui ne fut pas une désunion. par t'ardcur cupide. Ève a séduit Adam. il était créé pour être semblable à Dieu. non pas en s'unissant à lui. car il avait été créé virtuellement <t l'image de Dieu. par l'envie.intérét. comme dit la Bible.condamne pas.

son admiraMe et divine doctrine. bien postérieurement à Moïse. Le bien est dans l'unité. prend naturellement et nécessairement )'!)M<Mc< de l'animât pour lien de ce passage. chez des hommes qui n'avaient pas la force de concevoir la vérité métaphysique pure. L'anima]. Il n'y a rien qui autorise cette supposition dans la Bible. Chaque animal est l'égoïsme. le plus rusé de tous les animaux. suivant l'expression de la Bible. c'est ]'égo!sme car c'est la séparation. On a fait ensuite de ce serpent un ange tombe. Moïse. pourquoi Moïse a symbolisé l'é- goisme dans le serpent. le serpent changé en Sataa. ou sorties directement de la contemplation même de son récit. sans se distinguer de la Vie Universelle par ]a connaissance. ou l'auteur de la Genèse. et qui altéraient cette vérité par d'ab- surdes fantômes. Les anges. en principe. et voilà le mal. L'être n'est pas la vie individualisée. il est le moi uni au non-moi. un principe du mal d'une nature particulière on en a fait Satan. Je n'ai pas à rendre compte de la forme même du mythe. L'homme a commencé par se séparer. C'est l'instinct de l'animal qui sert de conseiller à )'homme.vers le mal. Chaque espèce. sont des imaginations idolâtriques. c'est !e contraire de l'être. s'individualiser d'une façon absolue. il est la vie individuelle unie à la Vie Universelle. la destruction de l'unité. à expliquer. L'être n'est pas seulement le moi. décrivant le passage de l'instinct à la connaissance. les démons. explique le mal par la métaphysique et la science. . le mal est dans l'é- goisme. Ce serpent. nées du contact des opi- nions persanes. Yoita toute sa doctrine. Le mal. s'en distingue par l'instinct. enfants de leur fièvre et de leur délire. Moïse. représente l'ani- malité. par exemple. Il n'y a chez lui ni anges ni démons.

transforme le mal physique en mal moral. et le fruit qu'il a mangé est devenu pour lui un poison. . à l'état de connaissance. les individus ne se rapprochent qu'accidentellement. ilconnu la itontc. résultat nécessaire de la connarissance égoïste qui sépare le moi du non-moi. par l'égoisme.quoique gouvernée absolument dans tous ses actes par la Vie Lniverselle. au péché. en s'égalant à Dieu. en passant de l'état d'ani- mante. ou d'un état voisin de t'animahte. en niant l'unité. est-il venu fondre sur lui. a été primitivement inspiré par l'instinct de t'anima]. Les animaux n'échappent donc au mal moral. Dans l'espèce même. et agit individuellement. Aussi le Ma'~ qui l'avait inspiré et poussé au savoir. à l'instant même cet être. mais égoïstc- ment. mais. H a porte la main à l'arbre de la science. est ennenie des autres espèces. supposez un être ayant connaissance et inspiré par I'f~0!. et tous les maux qu'engendre !a. en se distinguant d'une façon égoiste. dans le sens véritable que Moïse entend. Mais transportez ce mal dans la connaissance. la crainte. t[ est entré dans la connaissance par une mauvaise voie. ayant connu avec cgoisme. sa faiblesse. ayant connu avec égoïsme. le désespoir. que faute de connaissance. combinaison de la science et de t'égoisme. Ils senties êtres imparfaits et vicieux dans leur instinct. en se séparant. Il a connu. il a connu son isolement. Le mal ou l'égoisme préexistait donc dans l'animalité.<mi.a l'état humain. età la mort. Moïse veut donc dire~par cette introduction du mal au moyen du serpent L'homme. en ce sens que cet instinct ne se rapporte qu'à eux-mêmes. en se ~ara?!~ en se détachant de l'unité. il a connu la mort. )) a connu. mais. sa nudité.

» (i)Vutgatc.rh. L'homme. et ne devienne ainsi immortel et sem- blable à lui-même « Et FËterne) Dieu dit Voici Fhomme x est devenu comme l'un de uous. 11 est si vrai que ce sensprofond se trouve positivement dans)aCf)!<MjqueDieu. quand il voit sa créature sortie de sa puissance et de son inspiration. et lui a fait trouver à la fois la con- naissance et la mort. xmais maintenant il faut prendre garde qu'il n'avance sa »main. mais ils n'ont point la connaissance. etde)a!amortquit'afrappéet)ema)qui)'assiege. de sa part. L'animal peut être égoïste sans souffrir tous ces maux. parce que la connaissance qui conduitles animaux n'est pas en eu\:cette connaissance est horsd'em. un nouveau progrès. JI y a donc en eux le germe du ma). détruisant en lui-même cet instinct de serpent ou d'anima) qui l'a porté à se séparer par la mauvaise voie. n'a pu cependant arriver à la connaissance qu'en suivant les errements de l'animalité. Moïse prèle à Dieu unsentiment de jalousie à i'ëgard de l'homme. Dieu craint que. créature supérieure. J'homme ne rentre dans l'unité.2i!-M. sachant le bien et le mal. redoute. Et l'Éternel Dieu le fit sortir e du jardin d'Ëden pour labourer la terre (1). né dans la conception di- vine après tous les animaux.dans<erëcitdccctteCe~fM'j voyant que t'hommcestarrnéatadistinctionetaiacon- naissance. Dieu se l'est réscrtce. . et qu'il n'en » mange et ne vive à toujours. L'niterset. Qu'importe donc qu'ils agissent par i'cgoïsmp! ils sont dans la main de Dieu.t. La science qui tes mène est encore le pri- vilége de )'Ëtrc inique. sans que le mal y soit réellement.i)I. Ils ont l'égoïsme. t'être et le non-être. et ne prenne aussi de l'arbrede vie.

Car.ou plutôt. avec l'arbre de science. Le dernier des poètes théologiens du moyen-âge.<)<). qu'il y avait l'arbre de vie. pour reconquérir !< le Paradis.«a. Jésus est aussi bien l'homme ou t'humanité qu'A- ~). Mitton. conquiert t'm'~rft/f! de même que. le premier n'était que le préambule du second. depuis Moïse jusqu'à Jésus. où Adam. le savaient bien.'<<tt. qui leur donna l'initiative et le premier rang dans le grand mou\empnt transformateur qu'on appelle Christianisme. occupa les penseurs de la race Sémitique. dans le Paradis de Dieu. C'est cet arbre de vie conquérir. et c'est cette tradition. par cette préférence. le Paradis rf- t-OK~MM. qui. de même que les Chrétiens. que le premier. il voulait signaler le tien intime de ces deux poèmes. n y avait donc dans t'Eden un autre arbre mystérieux. dans le premier. On sait qu'il estimait plus le second de ses poèmes. détenuJésus. Jean. Adam perd la vie en touchant à l'arbre de t'ci'enff. et la préoccupation'constante qui en résulta pour eux. un autre arbre divin que celui de la connaissance il y avait r<!)'<'reo~f.)<<o)Utera!mHKyer<<a)'&ref/ffi'f'. je /M: . a montré qu'il possédait encore profondément l'idée plastique de cette grande religion.nr<f/~<f. l'idée constitutive de ce que j'appelle- rais solontiers le drame complet de cette religion. a ses yeux. S. en effet. Pour ce grand poète. . le plus élevé en yftose des disciples de Jésus. Les Gnostiques. venu à la fin des temps pour chanter le Christianisme au moment de ses funérailles. et avant eux les Ksséniens. le jP<?r<7~i'tpf. s'écrie: « Que celui qui a des oreilles écoute ce «que l'Esprit dit aux Ëgtises: A celui qui vaincra.<m!7i'<'M < </M paradis de Dieu (1).</MtB. sans interruption.

Milton. le premier seul a été admire. de la coNiMMMnf-f dans fiott' La fO)t)!aitM~tcc dans/'M~ c'est-à-dire. Mais ce lien du Parar/Me lost au T'a~e r<'y<<M<< a peu touché ses lecteurs. soit une connaissance qui transforme notre sentiment. étaitplus propre a traduire la Bible que l'Évangile.dam. comme le dit nettement la ~f~ est venue de t'A/o~M~ de la ~M<y!c/<m égoïste. et est presque oublié. si la mort. en un amour universel et divin. et de là l'accusation d'Arianisme qu'on a portée contre lui. Or. à côté de l'arbre empoisonné de la science. Le nœud des choses lui échappait. pour qui comprenait le mythe génésiaque. en d'autres termes.c. considéré comme la source immanente de toutes les créatures. s'appelle religion ou amour. Le second poème a été négligé. C'est que le public que trouva Mitton après sa mort ne comprenait plus que fragmentairement le Christianisme. c'est-à-dire de la combinaison de la coHnaMM~tce et de l'égoïsme. c'est-à-dire charité. suivant le texte bien clair et bien positif de cette C~M~'e. notre personnalité. et survivra à l'oubli. Mais revenons a la 6'<nf. comme Michel- Ange. Xonc. dans le sens leplus général. Après tout. évi- demment la vie.' et leur a paru beaucoup moins important qu'u lui-même. soit un senti- ment qui guide notre intelligence vers Dieu. mais sa poésie tirée de t'Ëvangitc ne séduisit personne. I) y avait donc dans ['Éden. ce mythe . J'arbre de la vie et de l'immortatité. notre égoïsme. Le plus grand effort que put faire ce public incrédule fut d'admirer la poésie merveilleuse autant qu'extravagante que Mitton avait tirée de la Bible. doit résulter de la combinaison de la <'OM/MM&7K<~ et de l'unité. qui est le contraire de la mort.

pour signifier qu'il s'agit en effet du passage de l'état primitif du genre humaina l'état de science et de civilisation. Bonavmtnre. d'une toute coii3eiit de fet~. et. l'autre grand apôtre S. qui pré- tendaient se rattacher directement à Moïse. 1 ec qui fad une fignro assez semblable aux arbres eu- c~cjnjtcdiques fjn'Ot)a imaginés dans ces derniers te!nps. en effet. Du reste. Cet a)brc.renfermait implicitement la promesse d'une humanité sau- vée par uu progrès dans la connaissance. autant que d'une inspiration particulière. Ce fut là.l1téc voit cettef~iHagE-. et qui disaient avoir conservé traditionnellement le sens métaphysique de la doctrine de vie exprimée symboliquement dans la Bible. dans la Genèse. après avoir été perdue par un premier progrès dans la connaissance. continuant le mythe de Moïse. et qui ne me parait autre chose qu'une prophétie que Dieu fait à l'homme (i) Un des Uaités de S. est tout aussi claire et tout aussi explicite que le commencement. Je veux parler de ce que l'on regarde comme le jugement ou l'arrêt de Dieu sur l'homme après son péché. la fin de ce mythe. le Feneion de h Sdmtastique. fit in- titulé l'Atine de Vie. qui se sentit appelé à trans- porter la morale et la métaphysique essénienne dans tout le corps de la nation juive. dans ce Cenillaqe. c'est la croix de Jésus-Christ. rhaque rameau est marqué d'uue des perfectiong et drs perfections rt des qualités du Sauveur. oit dans ce chaquerameau croix r('I)le~(. L~Mm ~tto'. la doctrine des Esséniens. qui se sentit appelé à transporter parmi les Gentils et dans l'humanité tout entière ce prin- cipe de la rédemption an moyen de la charité. Ce fut aussi la doctrine que reçut des apôtres directs du Christ. . marqué en ti~teest(lit livre. Faut. et. Ce fut la doctrine de Jésus. ont-ils appelé quelquefois la croix du Christ t'arbre de vie. c'est-à-dire au moyen du retour~'Mni'/e par la conn~Ms<ntc< Aussi tes mystiques chrétiens.ilage. ~)!MM! t'~a" (1).

La femme est devenue l'esclave de l'homme. Dieu. tes différences caractéristiques qui se présenteraient à un philosophe. de l'autre.: (1) \utgate et H<~nL EUfm!L'. Dans l'animalité. Cet esclavage de la femme est évi- demment le fruit de t'égoi'sfne uni à la connaissance. Le mal se trouve ainsi produit à la fois dans l'homme et dans la femme. est le principe évident de la famille caste.t'augmenterai beau- coup ton travail et la souffrance de ta grossesse. Tel a été son sort dans toute l'antiquité et en Orient et même en Occident. tyran.<). L'é- goïsme uni à la connaissance engendre le mal. est esclave. . l'égalité des sexes n'a pas encore été ni proclamée ni comprise. en comparant l'état relatif des deux sexes. et dans l'humanité. quoique dirigés de l'un vers l'autre. d'une part. L'amour de l'homme et celui de la femme. ainsi in- dividualisé.» Voilà. après avoir dit au serpent que. et dans les temps modernes. ainsi individualisés et privés de tout infini. tu enfan- teras tes enfants dans la douleur. plus faihte. tes desirs se rapporteront taton mari. détiennent néanmoins. s'adresse à È\e «Et il dit à la femme . de la famille en dehors de l'unité. il sera lui-même maudit entre tous les animaux. La Bible exprime admirablement cet effet du péché Ad tWKtH /. etil dominera sur toi (1). les sexes eurent une sorte d'égalité que t'égoïsmc joint à la science. a détruite complètement dans l'humanité. dans t'animatité en général. deux égo!smes. donc. l'égoïsme éclairé et savant.du sort qu'il s'est attiré à lui-même pour avoir goûté(te la science sous l'inspiration de t'~oMmr. l'homme. pour avoir cnscigné t't~OMMM à l'homme. 21. en effet. Mais qu'arrive-t-il? La femme. Car dans ce double amour.

au dernier siècle. mais toujours égoïste. . et sorti du monde naturel où Dieu t'avait placé. L'oeuvre primitive de Dieu sera bouleversée. et comme les animaux. Te voilà savant. Au lieu de la vie naturelle et divine. qui sont sans connais- sance. Cette science égoïste. la forêt primitive va disparaître. portent sur le travail. en dehors de t'uuité. va vouloir changer le monde à son profit individuel. < Voilà la terre maudite à cause de toi. consacrés au sort futur de t'homme. et qui se confient a ma science. sur le soin incessant que l'homme. suivant lui. in (i)Hobe)tËticnnf. L'homme. o dit Dieu à Adam Execrata est At<mMS ~ro~<6')' te (3).erit MMfMjOMC~tt~t! tua i~f~MC (/<WH'na<<Mr h'& (1). a introduites sur la terre. Le M!'t')t et le <~n vont diviser la terre. . Au lieu donc de ce beau jardin. L'Éden va dis- paraître. devra pren- dre pour sa conservation et sa subsistance. et qui ne satisfera jamais tes désirs. pour déplorer la perte de la forét jM':tK~!t. ne parviendra qu'à transformer le monde en un séjour de misère et d'in- cessant labeur. tu auras une terre que tu ravageras. fibre et sans travail. mais l'homme n mangera son pain à la sueur de son front. La prédiction faiteaAdamatraitégatement aux dou- leurs que la civilisation. Tu n'es plus seulement égoïste comme le sont les animaux. savant d'une science égoïste.e où l'homme. te voilà cou- damné au travail. avait vécu dans les temps reculés. Tous les mots de ces versets. indépendant.itvivra dans une inquiétude et une agitation d'esprit tContinueUes In SMf/ore f!<~MS <Mt t'f~ft'M pane. ainsi séparé de la Vie Lniverselle. On dirait cette même plainte que Rousseau retrouva. tournée vers le fini. (2) idem. vivant d'une vie naturelle et divine.

en général. )e meurtre. Quoi! va-t-on me dire. on disait auathcme à la distinction du <!f):etdum!'f. en consternant le cœur. ou Moïse. la violence. de quelques rêveurs. Mais est-ce bien d'une famille. a frappé tous les peuples qui l'ont connu par sa grandeur et sa tristesse. ou les prêtres d'Egypte. ou Rousseau.xt/o/oye comedes terrain <e~!M !<fB <M<i6 (1). dans la Genèse. comme la Bible. que Moïse a voulu parler? Oui. le despotisme. . Cet autre mythe.pte. s'introduisit si subitement-. a pris les imaginations. sentaient à ce point les doctrines modernes! Ah! prenez garde d'attribuer maladroitement a l'antiquité vos propres idées.aa fait réf)echir la pensée. sans doute. (l)HobatËtienm. dans la famille humaine primitive. et en particulier l'établissement de la propriété exclusive et jalouse. Cette vérité que la propriété individuelle a introduit le mal sur la terre.' c <'M))f/M LemythedeCaïn et d'Ujei qui. a quelque chose de trop étrange dans un livre de trente-trois siècles. )e fratricide. presque aussi fameux que le premier. est-ce de deux frères nés de la même mère. L'idée que. si c'est une vérité. ou Babeuf ont pu )e faire!Les prêtres d'Ëg. Moïse. comme More. Moïse a voulu symbohser dans le meurtre d'AIte] par son frère Caïn l'envahissement. que Moïse représente ici suivant vous. que )e)T)a)estissudans)emont]edc)apropriéte!Quoi!déja quinze siècles avant Jésus-Christ. suit immédiatement celui d'Ada:n est la continuation de l'his- toire de l'humanité entrée dans la science et dans la civili- sation par t'égoïsme. connaissaient donc cette idée de quelques utopistes. et. MH/i'<yMfM!fn~ mais nou pas dans le sens vulgaire.

Je m'étonnerais bien plus. que la législation de Minos. en effet. suivant le témoignage de toute l'anti- quité. que les prêtres d'Egypte. je l'avoue. où ce principe était borné dans toutes les législations antérieures. laquelle date comme la Bible de quinze siècles avant l'ère chrétienne. était fondée sur l'abolition radicale de la propriété indivi- duelle dans la caste? N'est-ce pas là d'ailleurs le principe de toutes les législations et religions dorienncs? N'est-ce pas ce principe que. Quoi!dirai-je à mon tour. en savaient donc plus sur le fond même de la vie. et la législa- tion de Moïse étaient notoires. les affinités étroites de doctrine entre la législation de Minos. le lui enseignait également. Lycurgue emprunta a Minos. ses lois. Est-il besoin d'ailleurs même de toutes ces raisons extérieures? La législation de Moïse. Ce ne sont pas seulement des philosophes qui l'ont dit. toute la tradition dorienne. Et Moïse n'aurait pas su ce que savaient si bien les législateurs des Gentils! Mais. le lui révélaient. pour en faire Sparte. le contemporain de Moïse! Les prêtres idécns. si elle n'était pas dans un tel livre cette vérité. est-il donc si étrange que Moïse ait su ce que savait si bien Minos. cet autre législateur. la cité sainte? N'avons-nous pas ce même principe célébré par Platon? Platon ne le reçut-il pas par toutes les voies traditionnelles? Car si Minos. dès la haute antiquité. qui instruisirent Minos. ne sont-elles pas la réalisation et la mise en pratique du principe de la /t'<rM!7<~ que Moïse tenta de faire sortir de la limite des castes. A Sparte cette amnité fut re- connue par un acte public. et ou . si elle n'y était pas clairement et expressément. Lycurgue. ou plutôt qu'il remit en vigueur dans une nation dorienne. ses institutions. qui formèrent Moïse N'cst-il pas notoire. ou de Lycurgue. son maître Pythagore.

sur des idées qui se (1) Je m'upj)L)ie ici. pour rétendre. ni d'un coté ni d'un autre. que la Genèse soit égyptienne ou hébraïque. comment lcs prêtres d'Egypte.il resta borné même dans la )égis)ation contemporaine de Minos. auraient-ils manqué de symboliser cette idée essentielle dans le mythe génésiaque de l'homme ou de l'humanité! En vérité. a dû symboliser son idée sur la propriété dans son mythe génésiaque de l'homme ou de l'humanité. . à un peuple d'esclaves fugitifs. dont le but direct était l'égalité et le rétabhssement de l'égaiité. La CetK'se doit répondre au Lévilique et au 7~Ki'f!'o))0)Ke. lui. Je renvoie à ce ihrcpour l'explication du fond..s~ au contraire. un livre égyptien plutôt qu'une création hébraïque.<e est de Moïse lui-même. on ne saurait comprendre pareille lacune dans un mythe aussi fondamental (1) Mais je dirai plus ce mythe entraînait nécessairement mots. qui vivaient en communauté. à ce qu'il y avait de plus vil dans la plus inférieure des castes? Donc si telle est cette tégislation (et qui pourrait le nier?). et j)oli)jque. teUe doit être !a mé- taphysique de cette tégishtion. c'est-à-dire s'il ne l'a pas reçue directement des prêtres égyptiens ses maîtres. en les résumant fn peu de trouvent dÉ\e)oppées et démontrées dans mon livre De ~~a~'ff'. Si la C<w. moral. d'accord en cela avec toutes les grandes religions et civilisations antiques. à la fois métaphysique. a une nation de prolétaires. est~commeon peut )e croire avec assez de vraisemblance. du Sabbat et du Jubilé. Si la <?fKf'. ces prêtres que nous savons positivement avoir professé la fraternité dans la caste. et qui enseignèrent le cénobi- tismc à Pythagore comme la seule vie morale et pure. des anciennes religions et en particulier de la legisit'tion de Mo'se. évidemment l'instituteur de la Pâque ou du repas égali- taire.

la Bible dit positivement. la déchéan- ce. la ~ropfiW. caractérisé comme un M~Mr~'e. celui qui suit immédiatement le péché et la chute. le meurtrier d'Ahet son frère.!<'M. sui- vant ce mythe. comme nous l'avons \u. individuelle. En doutez-~ous? Le nom même de Caïn veut dire le proprié- taire. égoïste. le mathcur de l'homme on de l'humanité. c'est le propriétaire. Et en effet le troisième chapitre de la Cf~c. Caïn tue son frère Abel. la /)f)t'. c'est le maître. c'est le tyran. supposé androgyne et vivant sans <<M<Mc<i'o<t et sans <W!. Égyptien ou Hé- breu. mais la Bible le dit. la chute. quel est le sens de ce mythe? L'idée métaphysique n'est-elle pas l'union ou la communion duMOi'et du HO~-mo/dans la vie? La période d'innocence et de bonheur de l'humanité n'y-est-ette pas ca- ractérisée par l'identité absolue du moi et du xon-mo: dans l'homme primitif. si ce n'est préci- sément la pratique de cette distinction t~o~f? Donc évi- demment t'ëerrtuin sacré. vient. Oui. et qui a si nettement rapporté la chute ou le malheur de l'homme à la séparation hors de t'M~cpar f~fM. c'est le despote. est rétablissement de la propriété. Et ceci n'est pas une étymotogic tromée par les savants. t'hommc de l'activité physique.cette conséquence on ce corollaire. En effet. quel qu'il soit.')!f<!M: inspirée par t'~OMM< Or qu'est-ce que la propriété !)t~f!M/~?j telle que le genre humain l'a connue et pratiquée jusqu'ici. de la <«.MMMHtcc d'une vie naturelle et di- vine ? Donc. jalouse. en toutes lettres. que Caïn. Qu'est-ce que Caïn? c'est l'homme de la sensation. . qui nous a laisse'ta Cc. exclusive.tm~ a dû ajouter que cette sépara- <<M! avait enfanté la propriété. Car non seulement la langue hébraïque le dit. l'homme du fait. t'hommc* envahisseur.<fMM.

u se sépare.quicomprend on façonindecomposabie ie présent. De là U ois veibes.sion de l'idée. et séparé la femme. qui est la suite directe. bien que partagé dans la dualité des sexes. Adam. dans une voie à !ui. ou la femme.) )) C'est ainsi. catactérisation mal" essetqu'en donnet Moïse.c'est Fétabhssemeut de la propriété parmi les hommes. Adam et Eve. du premier. que que c)uir traduit d'~e. Caïn. succède un autre mythe. Abel. dis-je. Isrha. immédiate. de l'unité divine. au point d'the une indication complète de l'idée. JI y a des hommes et des hommes.~)Ra ai~nine /M~j d'où t'/«7t~A. à ses risques et péri)s. inspiré par ï'égoîsme. it se distingue. la mort. la première uhose que fait Adam. ptimithfment. sort. ero. qu'Adam lui donne lenom d'E~te. l'homme et la femme (~~ et ~~A~). JI n'y a plus un être partagé seulement dans la duatité des sexes (1). le futur. la forme 11 est tellement d~t)e une indicationcompote mot. le punope tuasf-nhn. exptime t'jndro~ix'. ou des hom- mes et des femmes. 20. rn't/. en eifet. du moins. c'est de chan- ger le nom de sa femme Et Adam nomma sa femme l:ve. vers. (ui. 7/aA ila ladistance de . s'a[). Voici la succe<. Adam. L'unité est encore cnnser~éc dans ces noms. Noé aura également trois fils.dans mal m dualité laque bj¡:~nc.u Ce nom d'Eve. Lorsque. Adam 3yonll'te decwmposé par Dieu en homme <'t femme. Adam a trois fils. ont un sens plus 1»ofund. il entre. Entre le nom primitif d'L\e. bien qu'elle prisepartie a été que d'Atàh. qxi. Ileonh ou Ilnrmh.émcnt cette unité¡ l'etre esl encore nn. Alii%i. eL la canactérisatiun qu'en donne btnPSe. Lve alors ne s'appelle pas Et'e. elle s'appelle Ischa ou ~i~Aff. Mais aprés sexe' ttlais !a chute. et son nom consécutif à M faute. et qu'ilil senait bien plus I. le futur. ontijium iveittium. n'a pas de sexe. et celanomVul-ite Eotaquod (~ 7/7. Sem. réunissant les deux sexes. Cham. on t'nommf. des noms correspondants à l'idée. véri- tablement tris-dustinrts dans les anciennes langues Sum. Ce n'est qu'au hoisHme chapitre. pour ainsiaprts est Dieu sif. A un mythe. Une fois soit! de l'Hre. et le p'incijte fémi- nin. Seth. et il y a trois diversités fondamentales dans l'humanité..ont un sens l\Iab Il est clair que ce nom d'Eue. l'homme coiiiiait passé. il devient passible de ]a mort. parce qu'elle a » été la mete de fous les Yuants. le présent. le nom donné à la femme recèle encore l'idée d'unité. . le passé. etJa- (1) y a une si grande perfection dans tous tes détails de la CcHfM. /v~ ou hainh. J'ai explique ce que cela veut dire.'uct de Iaduire u parce qu'elle a eté- n la m2ve de tous les mortelx.hu<f. Aussitôt inhumanité se divise. après que Dieu a décomposé l'Adam andiogjne. plus loin.K-!)t' /rA ou Aish. apteslat. après la cll'ardt prononcé par Dlcu. en hébreu. et cette parole que prononce Adam u On la nommera ~tsAtt encore »parce est m). Moïse ra- contera le détuge~ et comment l'humanité fut renouvelée par Noé. le passé. est Unefois sottide ]'et)-e.(pl'("S<. s'appelle Ischa ou ~ts/to. qui comprend d'une façon indécomposable le présent.

il savait donc la même chose de l'homme. me dira-t- on. qui sortent. Je demanderai si le seul nom mystérieux de l'Être. senti- ment. sensation. ou de t'Htre Suprême. chez les Hé- breux. n'indique pas la plus profonde des psycologies. se rapportent indubitablement aux trois facultés qui se trouvent dans l'unité de notre nature. . au ternaire et au quaternaire. Ces trois diversités fondamentales de l'espèce humaine. et qui ex- priment par leurs guerres et leurs jalousies la division du genre humain. pour mc deman- der si ces choses que je \ois dans la Bible. fit a son image.phet. avait donc une psycologie! Je demanderai au lecteur si Pythagore et si Platon n'avaient pas une psycologie. connaissance. en se divisant. suivant lui. y sont bien réellement? Moïse. dont Py- thagore. dis-je. ou l'auteur quel qu'il soit de la CcnAsf. que les formes mêmes et les céré- monies établies par ce grand homme révèlent sa profonde connaissance de l'antique philosophie numérique. Mais quoi! ne suffirait-il pas du triangle deJéhovah. suite de la séparation qui s'est faite dans la période désignée sous le nom d'Adam ces trois diversités. Je demanderai s'il n'est pas évident. et qu'on n'y voit pas ordinairement. avait une profonde connaissance de l'homme. on du Tetragrammaton qui voilait son nom mystérieux pour nous montrer que Moïse. pour qui a un peu étudié les institutions de Moïse. à son tour. d'une souche unique. reçut l'initiation a Thèbes et à Memphis. cet être que Dieu. s'ils n'avaient pas précisément celle que je dis. Le lecteur va-t-il encore m'arrêter ici. dans la philosophie numérique. et s'ils ne l'a- vaient pas apprise de l'Egypte. cet être que la Bible nous dit fait it l'image de Dieu! Car si Moïse ou l'auteur de la Cc/tf'~e savait que l'essence de Dieu se rap- portait.

et elle conçut. émaucipateur de ce qu'il y avait de plus opprimé dans la plus opprimée des castes.. laboureur (1). comme dans t'tnde. Moïse. il est laboureur. et l'ait marquée dans son mythe de t'humanité. KAMTHi). Je dis donc que Caïn qui tue Abel. et de la propriété c Or Adam connut Eve. et'Caïn. de la sensation. ters. sa femme. c'est-à-dire par l'égoïsmc.?)'i'e<<~ et ce fils prend la terre. qui l'avait si mal inspirée déjà. son frère. comme partout. continuant l'histoire des maux de t'bumanité après sa chute ou son progrès par la connaissance égoïste. il n'aurait pas marqué l'origine de ces castes. n'aurait pas distingué ce qui. je /!OMff/e(en hébreu. et son fils s'appelle jpro. dans la nature humaine. que prononce Eve. »Elle enfanta encore Abel. En vérité. et enfanta tCaïn. en général. Quoi Moïse. 1- . [V. ou.'Le nom de Caïn vient de cette parole t/'<<!cyMM. ce puiné a nom nécessairement (i) Vut~a~. la subjection de l'homme du sentiment par l'homme de la sensation. sou frère. Eve dit Je po~tWe. me paraît étrange. qui avait sous les yeux les trois grandes divisions qui formaient les castes en Egypte. c'est- à-dire possesseur de la terre. et elle dit: J'ai ac~Mt. Le premier né d'Adam fut l'homme de ]a manifestation. de t'activité physique. c'est l'éta- Nisscment de la propriété. c)i. avait donné lieu à ces cas- tes et. et Abel fut berger. Comme si elle. Et quand vient à la malheu- reuse Eve un autre fils. s'étonner que Moise ait connu la distinction des trois catégories humaines. qu'il voulut détruire et qu'il détruisitjusqu'à un certain pointVoila ce qui serait vraiment merveilleux et tout à fait improbable.f un homme par t'Ëterne). était toujours inspirée par le serpent.

se re- trouve l'idée mét:)pit. l'homme du sentiment. 4a latine vr(co. est restée. le vide. Voilà pourquoi cette fdble. vd Kftt'H. n rrlesco. id est. Puisée. . vita n ejus est fluxa et caduea. l'autre par tYffMi'fa. item ruiii fh~escendo. (J. 21e5. et de pM!)t~. vauus.'f< de ?M~ et d'AY/6'. a ~nt' possedit. l'homme de. hebraice J\'M. vnmee eu))) /?/(!. iustm bulls io mm i.. de noble et de ?'û/Mr~r. 7)r (rt ernrlerrtn rranen·ement ri In rir (unerr. Il'. pnGi. etymulu~icum. l'homme de d~sir.oç. dans la mémoire des hommes. c'est-à-dire t'e'!pression de cette dualité qui a divisé et rendu si malheu- reuse l'espèce humaine. n nia tendiiiit ad vanitalem. marquée du sceau mystérieux d'une poésie divine. et de ]a t'!r~M/ sans manifesta- tion exprimée par le vide. est textuellement dans la Bible. idée qui. ileseo. de <yrm: et de o(. puisque son frère c. etc. Caïn est donc l'homme du p/eiH~ l'homme de la manifesta- tion. et. Celui-ci donc s'appelle Abel. au surplus. (1) «C. )n Y.sique orientale de la moii/'fs/a/i'on exprimée par le ~/f!)t.t!itc sans manifestation. Netust~ue enim et \etHst~te con'u[t- COlTU(~ si~oiticata nm- nileo. p.! (1). Itomo niloili. Iteiii gna~te ~xulr:w. Dans ces tous-Ies lexiques tradui- sent.)~ s'appelle Je deux noms de Caïn et que possède. est. id est. uel llnbel. m. sous les formes diverses de r!f'Ae et de /K/ut!r< de fort et de faible. il mène une vie nomade. bulla: etr. p~t ileni emarcuit id possesam~ Dictus Abel. l'homme de l'activité physique. Le récit mythique qui suit n'est que l'expression poétique et dramatique de cette situation des deux frères. Id est. H~c est. id exteiiittis est. l'homme de la sensa- tion. au premier verset de cette Bible. tdis. a octlm Ilnbnl. la virtu. trouvant la terre occupée. (2) 1.Je ne possède pas. vilipcndo. Nungeri Il:ettrtnrr. id ~~ft. rh. Hinc K~t'n. rrGs.am. Abel est l'homme du vide. comme nous avons eu occasion de le dire précédemment (2). il erre à la façon des bergers. l'un par possessio. qui est au fond une d' si grande vérité. exte))itus »ciiiii Réthal. possessio. Hinc lalme Ut llmuo es1 bulln. Cain engo on)) /}ft/ n tus est. et )d est. et il s'empare de la terre.

à une très- grande profondeur. celle des persécu- teurs. Caïn tue son frère Abel. Ce sens. Mais il n'en est pas moins certain que le mythe moïsiaquc a un sens plus direct et plus précis. elle se trouve ainsi a~oir cette largeur <'ompy<<fns!t!f qui est le propre de la poésie véritablement inspirée. comme je l'ai déjà remarqué précédem- ment en parlant de l'origine du mal dans la société humai- ne (t). dans la science même de la vie.comme le mythe qui la précède et dont elle n'est que le dé- veloppement. le tice se peint » sur tou front (2)?'Voità l'effet direct du mal sur notre (t) Voy. dans Caïn. Dieu dit à Caïn. Les peuples d'Orient. est admirablement exprimé dans les paroles mêmes de ta Bible. Par cela seul que Cain possède d'une façon efctusheet jalouse. S. Le mal. p. Voulez-vous voir le mal de l'oppresseur. t". et pourtant ce sens s'applique à une infinie variété de phénomènes. celui de la dualité qui sort de cette seule parole pro- noncée par Ève Je pOM~'t/e. Augustin. On s'explique facilement ces deux personnifications de l'imagination des Orientaux. après qu'il a rejeté son offrande «Pourquoi ta figure est-elle ainsi décomposée et abattue? cela ne vient- <i]pas de ce que. [h. dans Abel le génie du bien. tu en portes te signe. i<7. parce qu'en effet tous ces phénomènes sont l'expression diversifiée d'une même loi métaphysique. sous ses deux aspects du mal de l'oppresseur et du mal de t'opprimé. 2. méditant sur ce récit de la Bible. S. ch. voyait dans Abel la figure de Jésus-Christ et des Chrétiens persécutes. oet que si tu ne le his pas. tom. (2) Vf'n. 6-7. si tu fais le bien. C'est nn symbole qui a un sens précis. sort immédiatement de cette cupidité égoïste. m. . Augustin avait raison. au contraire. en gé- néra] ont vu dans Caïn le génie du mal.

et avoir inventé la pro- priété. tu seras paufre. tu avais besoin de ton frère. pour avoir poussé plus )uin encore l'égoïsme. pour pro- duire. Dieu lui dit: Tu seras pauvre. Le )ecteur. com- me l'exil hors de /?f~n. je l'ai déjà dit dans une autre partie de cet ouvrage. qui est encore Adam est chassé même de la terre qui avait remp)acé l'Éden. car elle avait besoin. Caïn. Je te chasse donc de cette terre. quand xtu laboureras la terre.ta richesse était liée à celle de ton frère la terre que tu as accaparée va de- venir'stérile par ton crime. Mais cet exil Aers de /<! terre a un sens figuré. de lui comme de toi. il me semble que le lecteur m'interrompt pour me faire des objections.âme. Maintenant. l'effet qu'on pourrait appeler spirituel et invisible. Ici encore.mora) et physique à la fois. avait été chassé de FËden. parce qu'il est indépendant du fait et de l'acte. n'avait jamais compris l'histoire de (t)Vfr<. parce que tu as voulu être riche égoïstement. qui résulte pour le méchant de l'oppression de son frère. donc. Voici main- tenant le ma]. et !) tu seras toi-même errant et vagabond (1). elle ne te rendra plus son fruit. pour avoir été égoïste dans la connaissance. c'est-à-dire de cette richesse que tu as accaparée. s'est frappé Jui-mëme en frappant Abel. habitué aux idées pué- riles que l'on se forme ordinairement de ces magnifiques symboles de la Cf~fM. car.tO-)9. Il avait pris la terre. il s'était fait riche. Dieu lui dit « Qu'as-tu fait? La voix du sang B de ton frère crie de la terre jusqu'à moi. Après que Caïn a tué son frère. ttu seras maudit même par la terre qui a ouvert sa bouche »pour recevoir de ta main le sang de ton frère. Gain. Adam. .

et. éff"i\aut cfi'n de t'f~. par pre- .l6-J7.o La grande obscurité répandue jusqu'ici sur'ce mythe de Caïn vient de deux choses d'abord.t C<) Af/'t'o'~u. j'entends que Dieu. de ce que t'en s'ima- gine qu'il y a dans ce chapitre une co/:</a)K!M<o/: de Dieu sur Caïn. dans la Centre. H croit. fort de ce point. dans )e troisième. qu'il n'y en a sur Adam. il me demande comment je puis ~ir dans Caïnfonf&. Caïn. ensuite. à l'orient d'Éden. Et. du nom de son .f~tf/Mr Dieuà errer sur la y<')'ye Je symbole de la propriété égoïste etjalouse..wt'f'iif~. Mais le lecteur a été tout simplement induit en erreur par S.t'i7/e: «Alors Caïn sortit cdc devant ]a face de Jéhovah et habita dans la terre de xNod (la terre d'exil ou de rf/M~f).sur la foi de S. » Puis Caïn connut sa femme.' la terre. Jérôme. dans ce quatrième chapitre de la Genèse. comme il avait fait connaître Adam et à Lve les suites funestes de leur entrée dans la connaissance par l'égoïsme. )~Et il bâtit une ville qu'il appela Itenoch. Jérôme.Caïn de cette façon. est si peu con- damné a errer sur la terre.fi)s(<). Dieu ne con- damne pas. de ce qu'on n'a pas compris la pen- sée métaphysique que l'on prend a tort pour cette condam- nation. qui conçut et enfanta Hénoch. Véritablement.rs.c'est-à- dire les conséquences funestes de l'égoïsme jaloux qui luia inspiré ce crime.Lenomd'H~noch. que Dieu <'o)t~!K7!f.ïV. . dans le sens propre du mot. Il lui dit donc positivement ce que j'ai expri- (1)Ci<ap.encei'ttM. Dieu prophétise. il n'y a pas plus de fo/t~mnc/iOH portée par Dieu sur Caïn.m~<)m!~<t'ctt. que la première chose dont H s'occupe après la déclaration que Dieu lui a faite est de fonder MtM.fait conna!trcaCaïn)a suite de son crime.

fiYf/f&t~rrf. avait perdu la vie. la terre. t'Ëden toi. que Dieu lui a ravi la terre. Voici tu <me chasses en ce jour de dessus la face de la terre. c'est une profonde et sublime leçon d'économie poli- tique que Moïse met dans la bouche de l'Etre qui est toute science.me plus haut. ou plutôta se cacher dans les profondeurs de la terre. le condamne désormais à être pauvre. et trou- vez-leur un autre sens. En doutez-vous? Relisez les versets que j'ai cités. n'étant plus cultivée par Abel. qn'd )'a condamné en réalité a errer sur la terre. il s'est rendu misérable. qu'il a vou- lu usurper la terre. la richesse tu as voulu tout posséder. et tu as tué ton frère. il n'y en a pas d'autre. Encore une fois. par son pé- ché d'égoïsme. En un mot. que la terre. Jérôme et les autres traducteurs. Caïn que la terre ou la richesse devait être cultivée par eux deux. s'il faut que je le dise. dans un certain sens. Mais Caïn ne comprend pas. que ne l'ont comprise S. Dieu a voulu lui dire Adam. Donc je . pour avoir été égoïste. que son avidité de tout avoir. fui.savoir que. que les traducteurs ont bien été forcés de traduire exactement. la terre. ne lui rendra plus son fruit à lui-même. et il répond à Dieu <Ma peine est plus grande que je ne puis porter. c'est-à-dire la richesse qu'il a tué son frère. Il ne comprend pas plus la pensée de Dieu. ta tu t'es par ta exilé la terre ne te rendra plus son fruit. lui aussi. et que son fréreétaitprédestinéate faire riche. bien qu'ils ne comprissent pas la pensée. il ne com- prend pas ce que Dieu a voulu lui dire par cet f. parce qu'il est la vie. de richesse. Mais qu'arrive-t-il? Caïu croit. tu as été plus loin tu as perdu même le côté matériel de la vie.et qu'il s'est ravi. Le texte est si positif et si précis. Caïn. de tout posséder.

\er~.E<!</)/0 Mn<ca~'<My.ÏV. Et tout être qui me trouvera m'accablera (1). et ressentira iui-meme au sextuple les effets de son agression. des casernes. Il ne se voit plus de refuge que dans des antres.< la terre. a donné lieu à l'opinion la plus extravagante. Il se croit exilé de dessus la /<!re de la terre. » ou plutôt «Quiconque tuera Caïn. ayant été fort mal traduite. Cette phrase. la version htt~-tde de Fabre d'Olivet. vem. Voy. se contentant de lui faire expier son crime par une vie errante. le sens a disparu. 11 en conclut qu'il ne lui sera pas même permis de voir la lumière /. . des lieux ténébreux. On s'est imaginé que Dieu fait ià un trait de miséricorde envers Caïn. qui n'a pas été plus comprise que tout le reste « Et Jëhnvah déclara sa volonté à lui.)o)!f je devrai me cacher avec soin de la face de toi.<» Ainsi Dieu non-seuiement conserverait la vie au fratricide (t) Chap. Ce mot ~M< ayant été traduit par !j qui veut dire <:H' aussi bien que </t<n~. Ators vient cette réponse de Dieu à Caïn.c'est-à-dire donnera à Caïn sept fois plus de force. qu'il daigne le rassurer. u Cette traduction fidèle du texte montre assez que Caïn n'a pas compris la pensée de Dieu. t5. en disant Loin de :!àj quiconque accablera Caïn. IV. aussi le texte dit Il faudra ~Me~'e vive <&m. fera exalter Caïn sept fois ~contre iui-meme (2). Cette singulière idée est fondée sur la version de S. (2) Chnp. et qu'il lui donne un brevet d'inviolabilité. Jérôme < Quiconque tuera Caïn sera puni sept fois. I3-1A. devrai me cacher avec soiu de ta face de toi et il faudra que oj'existe tremblant et vaguant dans les profondeurs de la < terre. il (Caïn) sera vengé au sextuple: ))()M!M!'<< !n<f)'/f<'f~'< C'N'H'Mm~ <f.

sous le symbole de deux races. La- mceh. tl s'agit de t'étabtissement de la pro- priété parmi les hommes. fonde le droit du plus fort.Caïn. que de permettre cette iniquité qui va régner parmi les hommes. par prescience. Il prophétise que le droit du p/Mt' fort. Ici législation du t?!<7!)'~ et dit propriétaire sur cette parole de Dieu à Cain. en effet. sa justice. que dit donc Jéhovah?Ilprophétise. le législateur de la race de Caïn. l'une appelée Caïn. C'est précisé- ment. que ce droit s'établira et régnera avec sa permission. Il est vrai que dans ce verset Dieu exprime aussi qu'il permettra le faux droit qui va s'établir sur la terre. Mais il n'y a rien de pareil dans la Bibte. Quette bizarre absurdité on a at- tribué à la CfXf'se. comme nous allons le voir tout à l'heure. que. la lé- gislation qui. Dans cette phrase. Cela est si certain. la race des possesseurs ou propriétai- res. Cet arrêt de Dieu. 11 ne s'agit pas d'un homme appelé Ca'in qui a tué un autre homme appeté Abel. ni d'un meurtre. va régner sur la terre. Voltaire avait raison de dé- clarer qu'une pareille justice de la part de Dieu était incon- cevable il avait raison de se montrer scandalisé de l'indul- gence étrange avec laquelle Dieu en agit à l'égard de Caïn. au fond. si absurdement interprétée. est donc empreint au contraire d'une ironie ma- . si l'on veut. tt ne s'agit. sa vengeance contre Caïn. par un contresens si bizarre. huit ver- sets plus loin.' En vérité. mais établirait que la vie de Caïn vaut à ses yeux six vies d'agresseurs de Caïn. et l'autre appelée Abel. la race de ceux qui ne possè- dent pas. le droit <"<i~M~~ va ré- gner parmi les hommes. à partir de cette époque. ou ce que l'on pourrait appeler la loi de C<i!!«. ni d'un fratricide. dans la Bible. et. pour un acte de ctémeuee miséri- cordieuse. que l'on a pris.

au con- traire. Car si le fait ne pa- raissait que Je fait. et pourtant ce n'est réellement pas le fait qui fait autorité. C'est qu'au fond il existe parla permission de Dieu. Le droit du plus fort. afin cque quiconque le trouerait n'eut pas le pouvoir de le frap- tper. Il est. H y a donc une sorte de prestige qui le protége. c'est ce que Moïse ajoute:<<EtJéuovahmitaCaïn un signe. Dieu lui repond Ne crains rien. comme on dit. Voilà le prestige qui nous captive et nous retient. Mais le be- soin que nous avous du droit nous engage à respecter le fait comme si le fait était le droit. qui tueras. Le fait règne. Caïn repré- sente le fauxdroit. Cependant il ne nous paraît pas impossible de Ie\er ce voile. c'est toi. le droit tiré du fait.t . Tu as tué. et tu tueras. Leféroce meurtrier craint qu'on ne le tue. Tu as éta- bli sur la terre une loi de viofence qui entraîne nécessaire- ment uneiolence sextuple a f'égard de quiconque s'élèvera contre toi. Caïn. et néanmoins si clair.jestucuse et sublime. Ce qui a contribué à faire de ce mythe si profond. tu le frapperas au sextuple.parce qu'il eu tient la place. ou plutôt je le veux ainsi. Quiconque t'attaquera. En l'absence du droit véritable. sa pensée. Et je le permets. et pourtant il règne. autant qu'il a pu. n'a-t-it pas règne et ne regne-t- il pas encore sur )at('rre?0u)e voit ce droit inique. déjà meurtrier. le droit que l'égoïsme a établi sur ). personne n'obéirait au fait. voilà le signe divin qui arrête notre bras prêt à frapper. » De quel signe veut parler Moïse? Voilà ce que tous les commentateurs de la Bible se sont demandé.)e faux droit règne comme une nécessité. et on n'a pas le pouvoir de le frapper. faut contenir que Moïse a \oi)é là. toi. On a fait à ce sujet les suppositions les plus folles. consacré. une énigme jusqu'ici incomprise.

H est donc. Mais alors nouveau progrès dans le mal: Caïn étaMira et Dieu per- mettra la violente législation du fait. . ou le droit du plus fort. le vrai et unique sens de tout ce my- the de Caïn dans la C~t<sf. dans le sens profond du mot.) généatogie de Caïn. et celui contre qui il sé- vira éprouvera une sorte de prestige et de fascination. n'a pas d'autre droit que Caïn. ou de t'entrée de l'homme dans la connais- sance par t'égoïsme. comme Adam avait perdu )Tden. agresseur de Caïn. suivant nous.terre. Mais cette !égis)ation. sinon sur ce prestige du fait. Quand Caïn tuera et se vengera au sextuple. tant de tyran- nies qui ont envahi la terre? sur quoi se sont basées les con- quêtes. car lui-même. La lin de ce chapitre. A ce point de la CcncM. perd la terre. qui lui fera admettre et rcconnaitre jusqu'à un certain point le droit de Caïn. sous mille noms divers. suivant la prophétie de Dieu. à partir de la chute d'Adam. Puis Caïu. Pour le comprendre. la législation fondée sur l'égoïsme. dans )c sens profond du mot. Cette idée est celle de la progression continue du n'a). bien qu'elle ne soit que celle du fait. sinon ce signe mis sur Caïn? Voilà. qui est consacrée à ). Sur quoi. confirme ce sens de la façon la plus explicite et la plus évidente. il est chassé de l'Éden. en pre- nant pour lui seul la terre. la législation du fait va s'ouvrir pour l'huma- nité. se sont ëtcvéestant de dominations. Caïn croira tuer et se venger justement. revêtu d'une sorte de signe divin. n'en sera pas moins une législation. D'abord Adam perd la vie. il fallait le lier au développement général de l'idée de Moïse. d'une consécration nécessaire. et qui a fait la force des conquérants. lui. et en ctah)issant sur la terre la propriété exclusive et jalouse. tout Caïn qu'il est.

de t'égoïsmc exclusif et jaloux. et le nom xde l'autre Sila. n (2) V'i]gate ~prs. ]a caste guerrière.'ba). quant à J. sans aucune préparation. par un mouvement brusque et rapide de la pensée. tum opiricitim tlui expoliebat qijoclcutique sont miis tum ferri."~oua l'unité brisée de plus en p)us.~oità ]'esc!avage de la femme prédit a Ë\e.))Voilà )'inéga)ité poussée jusqu'aux castes. qui fuit j' tjuiomniumqui tractant opincium Ktisïumquoquegenuit Tubalcaïn. le )t)of qnfS.» Ces caraetêrisatiol~s lum on ne peut plus expikttes. Et Ada enfanta Jabal. ou. Il n'y a pas là de prêtres ou de savants. Lamech.Jérôme a rendu pat ff~rH. tes t<<M/f~ et les !')t~!M/rif& « EtLamech pos- x séda deux femmes le nom de l'une était Ada. . et des forgerons. qui fuit patcr corum n qui liabitalit in tentori~4. animée de l'esprit de la propriété. Et Sila aussi enfanta < Tubatca'ia. qui fut père de tous ceux » qui touchent le violon et les orgues. il n'y a que des hommes de butin.f exprime une )'a))itationete~ept[ortifiee. La race de Caïn poursuit i'œuvre de son père. Seulement. en inventant la po- lygamie Et Lamecb épousa deux femmes (1). i'étaMis- sement de la propriété et de t'inégntité parmi les hommes. »Et le nom de son frère fut Jubal. pouvait donner]'bumanité. les castes sans la caste de la connais- sance. comme il (1) Vulgate. Littéralement d'après l'Lébreu cet Lamech prit n pour lui ( s'empara lmur lui seul de ) rlenx femmes. 43-22 "Gennitque Ada ipsum Jaba). dans la race même de Caïn. Seulement ce sont les castes telles qu'eïïes pouvaient exister dans la race de Caïn. qui sont en germe. Et à la cinquième génération. descendant de Caïn. et peculii. les guerriers. Alors. qui fut père de ceux »qui demeurent dans des lieux fortifiés et vivent de butin. des musiciens. étend la propriété d'une façon étrange. verset 49. !) restait à caractériser la tégisiation que cette race de Caïn. se pro- dnisent trois peuples ou trois castes. C'est ce que la Genèse fait dans le verset suivant. qui forgeait toutes sortes d'instruments d'airain t€t de fer (2). Noiiieii vero fW nis fuit iubdl.

pour une blessure. perfectionné en mal. et la tégistatiou sortie de cette race. s'adres- sant tout à coup à ses femmes. cenlc Lantech crlNUagies srptirs. comme Caïn était l'homme de la sensation. » Cette vensnon (le S. ayant peint sufïjsamment la race de Caïn. verti- que d''bet ad uuuc modum: Saue hominem iutprficeron in (te) pro) vulnerp rmeu. je tuerai un homme. pour une x meurtrissure. à son harem. La- )! mech le sera soixante-dix-sept fois (1). et a eu autorité?Et aussitôt. qunniam ~irutnocr'xti in ~nhtus meum. Car si Caïn. Jnhnime. a gomerné les hommes. je ~tuerai. uxores Lameclr. qui remplacera Abel. du meurtrier d'Abel. Si sp\tt)ji)o ~in- adicabitur Cam. 23-2/) Et dixit Lamcdt ad uxores suas Adam et Sitam « n Audite varsm meam. ce nouveau Cain. ~ers. ce nouvel Adam. l'écrivain de la CMf'M'. ctpuoum in lno)Fm meuin. (i) Vu~atp. sans aucune préparation de mots. par ]a permission de Dieu. etiam arlnlescentem in (vel pro) livore meo. Adam et Ève. je tuerai même un eufant. et arrivé au comble de cette même propriété égoïste qui a perdu ses pères. par uu nouveau mouvement brus- que et rapide de la pensée. et futuram pro pmterito imlxrlLcto. exacte ait fond. Lamech. le droit du plus fort. pendant tant de siècles et en tant de pays.y en a tant de beaux exemples dans la Bible. auscultate eetmouem metim.femmes Femmes de Lameeh. C'est l'homme de la connaissance qui vient au monde cette fois.n . et d'où sortira peut-être une race moins perverse que cette de Cain. est néanmoins rendne obscnre par l'emploi du trmps passé nr- t~ au lieu du futur. entendez ma voix.ma paro]c: pour le moindre tort que l'on me fera. à sa porte. Voici à ce sujcL !a marque de RobotEtu'une «Hic aprstenitum pro futuio ponitur. mais perfectionné pour ainsi dire. réintroduit sur la scène les auteurs primitifs du genre humain. est vengé sept fois au double. comme disent les Orientaux. pour leur faire engendrer un troisième fils. écoutez ). » N'est-il pas évident que c'est là le principe de la législation qui. dicte ainsi le principe de la loi du propriétaire Et Lamecn dit à Ada et à Sila ses .

la relation.fM~Yra~Mm. comme Abel était l'homme du sentiment. ce nom exprime réellement l'f/re. ce qui est caché sous toutes les apparences. et par conséquent ce qui est sous tous les phénomènes. et qui se rapporte également bien a l'un etl'autre des deu\ sens que nous venons de marquer. Le second ra- dical dont il se compose exprime la distinction.' et le nom de Caïn avait exprimé une force qui se manifeste. de son égoïsmc. Cette signification que la Bible donne à ce mot ~f</< ou ~/M't/~ n'est pourtant qu'une signification dérhéc et secondaire. dans le sens où la Bible emploie ici ce mot. lc/OHf/ ou le prin- cipe des choses. Une signilication intermé- diaire. ce nom exprime la science. c'est celle que la Bible. suivant son usage. son nom même exprime l'idée qu'il représente. c'est-à-dire la signification de base. Aussi. parce que la connaissance est précisément la faculté que nous avons de distinguer l'f/rc des jt)/<Ato- m<'Mf~ et le fond de la (orme. cette fois. /on~m< Quand Ève engendra Caïn elle avait dit J'ac- ~t<fr<~ ou Je possède. au lieu que Caïn n'est que l'homme du fait. Dans sou radical le plus essentiel.f. Le nom du second fils avait été déterminé par celui du premier. Ce nom a donc précisément le sens de ce que les philosophes appellent le . la connaissance. en enfantant sou dernier né. c'est le vrai législateur. qui. ce qui est. C'est l'homme de la loi et du droit. prend soin elle-même de déter- miner et de caractériser. elle tire le nom qu'elle lui donne de cette lutte même . Cet homme.6'M. Secondairement. ou . mais aveuglément et en détruisant tout ce qui s'oppose ou se présente à elle. le rapport. et que sa prétendue législation n'est que l'arrêt de sa propre volonté. Car son nom est Seth. et l'a instruite. La lutte fratricide a retenti au cœur de la mère. veut dire ~e. /MM/f)?M'):.

Les traditions qui s'attachaient.)eCnosti- cisme tout entier. les plus considérables des Cnostiqucs se faisaient appeler ~<t)!S. Au rapport de Josèphe. De la lutte du fot et du faible résulte le droit. Dieu. et en particulier ceux qui faisaient profession du Sabëïsme. Les Hébreux te représen- taient comme le type de la science. on lui attribuait l'érection de ces fameuses colonnes sur lesquelles étaient gravés l'histoire du genre humain et les principes de la morale unitersetie.'Ainsi. ou recherche dn bien et du mal par la co~MM'MMff. Quelques peuples orientaux. au nom de ce troisième fils d'Adam.où un de ses fils a tué l'autre 'Pur l'abattement d'Abel. Véritablement. le sentiment vient ensuite. confirment ce que nous disons. la tégislation. dit-elle. compare n l'ordre du développe- ment des trois facultés dout ils expriment la prédominance. du meurtre et pour ainsi dire du sang d'Abel. »lorsque Caïn l'accabla. l'ont révéré comme nn prophète. en Orient. a/b)t~e (en hébreu. puis la connaissance. Seth. Enfin. c'est-à-dire qu'il était pour les Juifs ce que 77<o/. et non plus par t'égotsme. dont le nom est assez analogue. était pour les égyptiens. la loi. Né. est donc un retour vers le bien. L'ordre même de la génération de ces trois fils d'Adam est remarquable. comme le dit sa mère. xSHATH) en moi une nouvelle postérité (1). cette fameuse </)tose. il cherche à marcher dans la vie par la justice. qui rivalisa pendant plusieurs siècles avec le Christianisme. de la lutte de la sensation et du sentiment résulte la connaissance. La sensation est d'abord maîtresse presque absolue de l'homme. comme je le dira! plus )oin. . ce dernier fils d'Adam. et qui d'ailleurs a (1) V~~ 25.

et la science du mal. Le mythe se continue comme il a commencé. en peu de mots. Continuons. mais sans qu'il lui soit donné d'y ar- river.i. mais uniquement des phases de ces deu\ races humaines.]es)~eM'ons qui nous sont Ttcnm'snnt)))cj]!t))pntiict'b))jt. en comparant les noms des enfants de Caïn avec les noms des enfants de Seth. c'est-à-dire )es deux sciences dite) ses dont le fruit mangé par Adam portait en lui les germes. Voilà la dualité dans la science.hapitrf V de la Gmh-e. .n. dont le nom veut dire //M!'<f/OM. (2)Vny. à la généalogie de Caïn succède la généalogie de Seth (1). psycho- logiquement. et lui a laissé des traces si profondes. <h~p. reposait sur l'intelligence même des choses que nous chcrchonsaexpliquer ici. En regard de la race de Caïn.tant contribué à le développer. Caïn. Et en effet le résultat di- rect de la propriété est de nous limiter et de nous enfer- mer dans des bornes dont nous aspirons nécessairement à sortir (2). dont le nom veut dire propriété.ït.t. engendre Ilénoch. Mais ce n'est pas le lieu de nonsyarretcrence moment. la Bible place la race de Seth. donc. il est impossible de ne pas reconnaître que ce sont des noms purement symboliques. f'homme de la sensation et de l'égoïsme. et dont l'autre aspire au bien par la connaissance. dont l'unc est tournée vers le mal et obéit uniquement à i'ëgoïsmc et à la sensation. l'homme de la connaissance et de ]a justice. De là la passion envahissante aussi Éuoch en- (1) r. qui n'expriment en aucune façon des personnages réels.in.iS9. Dans la Bible. Or. voilà la science du bien. à donner la suite du mythe d'Adam dans la ~'oif'sf~ c'est-a-dirc ta suite de ]'bistoire de t'itumanité.

\cr~. dont )c nom veut dire yOM~rg de mort. dont le nom veut dire <'0)!MMMH!< engendre /Ënosh. KU~')"t-. que s'attachersou propre mo:. et fonde cette législation que nous avons tue. séparée de l'unité. qu'ette n'a pour appui que l'invocation de Dieu.) . dont le nom signifie <!f<i'Bi' tt!an!f.hap. a pour fils Caïnan. La passion ou la cupidité nous conduit a des actes pour l'assouvir. de la connaissance. En se séparant. il souf&e et devient envahisseur. de ta justice. en effet. c'est-à-dire une race dans laquelle le principe du bien. à cause de son isolement. aussi Whirad.gendre Whirad. dont le nom veut dire /t dans &< ~sso/M~OK. dit la Bible. engendra Mcthoushaët. il reproduit donc nécessairement. Mais ce fils de Seth. t'anatogue de Caïn. mais s'étant ainsi limité contre sa nature. '< La connaissance. IV. Telle est la postérité de Caïn. puis en acte. dans la Bible. ce yMt' se limite. La généatogie de Seth est évidemment écrite pour servir de contraste à celle de Caïn.') (K. Yoilà la période en- tière du moi égoïste accomplie. dit la BiMe. dont le nom signifie fai- <t. même sous t'appui de l'Être Su- prême où il s'est placé. I~a Bible explique elle-même ce sym- bole en ajoutant 'Cciui-Ia commenra à invoquer le nom » du Seigneur (1). Or que résutte-t-it de cette activité mauvaise? Atéhoujae). dont le nom veut dire /!a«!'OH. se sent si faible et si désespérée. laquelle n'a d'autre base que le fait et le droit du plus fort. Seth.M et !):OM<t'oii. d'abord en )ui-memc. qui établit la polygamie et les castes. ne peut. 2f) ctbtc c<rj'k i<<xj]c numpn Donuti. ainsi faible et désolé. A)ors vient Lamecti. est entaché fatalement d'égoïsme. une race analogue 1 cette de Caïn. \ussi /Enosh. /« ()) f'.</ft/on.'engendra Méhoujaet.

). Whirad (~MiMt). modifié en fred (~~s!'c?t ~~t~reM. Methoushae) 0))t)ëthousi)a)eh (?tM. Ce moi de l'homme de la connaissance se porte d'abord an . des méchants. c'est- a-dn'cia misère. Caïn (propriété). l'impuissance. ~1. qui désignent les enfants de Caïn et ceux de Scth. comme nous l'avons vn. Ainsi tandis que le moi. III. le fini. et reproduisant jusqu'à un certain point l'autre race. qui est l'analogue.propriété. La'necit (~<t dans la dissolution).:t)ft seconde géné- ration. II y a plus.'<). ie moi. Seulement il )' a une transposition remarquable dans l'ordre de ces générations. modifié en Mahal- )aei (M~Ki'/f's~~iOH yAfA-~iMf). H. de Caïn la généalogie de Seth reproduit exactement le même nombre de phases que celle de Caïn iui-meme. A partir de Caïuan. détenu par une nécessite fatate Caïnan ou l'égoïsme.MAM~m~) IV. C'était la suite inévitable de la division. Whirad (passion <'<!t. et par la souffrance passionnée qui en résulte.VI. Caïnan (pro- priété) Il.:). participant fatalement de la condition de Caïn. n'arrive an contraireà se sentir limité qu'après s'être manifeste. Me- houjae)(ma<!i'/ft'<o<f<<<'e). aveuglément égoïste et parti de la sensation.se communique aux bons. Henoeh (/i'mi'~ffi0)!) III. Voilà donc la race de Scth. Mehoujael (tnaMi/'M~o):). ne passait à l'activité dans la race de Caïn que par la limitatiou.te) IV. IIenoch (limita- <i'o. ce sont les mêmes noms ou tes mêmes noms légèrement modifiés. est cette-ci f. La genëaiogie de Seth. c'étaiti'euet nécessaire du mal moral qui.V. a cause de l'unité et de la solidarité du genre humain. La- mech (~FH daus la dissolution). mais tou!'ne ~ers le bien. mais . considéré sous t'dutre aspect ou Moïse ie considère dans la race de Seth.en bien.Metnoushae)(?tM.V. La généalogie de Caïn. est celle-ci I.

te. c'est-à- dirc à t'étabtissement de la tyraunie et du droit du plus fort? Tel est le problème que se pose l'écrivain biblique. de l'impuissance. a-t-elle du passer pour arriver à la législation de Lamech. Cette race n'a pu sauver le monde. de la limi- tation. soit par les radicaux de la langue hébraïque. Mais je prie le lecteur de considérer que si tout est clair dans le mythe jusqu'à l'endroit de ces généalogies. et arrive à ce même état de mort. où le moi égoïste de l'homme de la sensation était arrivé par une autre route. après s'être développé dans deux périodes. c'est-à-dire cette humanité aveugle et dépourvue de connaissance. Et de même quant à la race de Seth. ne nous étaient pas données. on pourrait re- garder comme nn pur jeu de mon esprit la psychologie que je découvre sous l'enveloppe de ces noms. Mais comme le non-moi ne répond pas à son vontoir. et être la suile des caracterisations de Caïn et de Seth. dehors. t'uue de pur attrait et de spontanéité l'autre de constance généreuse et soutenue. soit positivement par la Bible elle-même. dont on a fait absurdemenL des patriarches. Or les caractérisations tres-étidenteset très-certaines de Caïn et de Seth n'entraînent-ettes pas presque nécessaire- ment la psychologie que nous venons de découvrir sous les noms de leurs descendants? Si Caïn est l'homme de la sensation et de la propriété égoïste. SiJes étymotogies de ces noms symboliques. ainsi réduit à lui- même. retombe dans le sentiment du fini. par quelles phases psychologiques lui et ses descendants. il est bien certain que ces généalogies elles-mêmes doivent se rapporter aux pré- misses. et cherche à se manifester. puisque le f/f/M~e MXtt'fr~ est venu détruire le genre humain à l'exception d'une partie de cette race qui .MO!.

que l'on a pris pour des patriarches. Mais comme Moïse avait besoin de dire quene durée il attribuaità ce monde primitif. leur véritable valeur est celle que j'ai dite ils ont pris naissance dans une pensée toute métaphy- sique et religieuse ils symbolisent l'état successif du genre humain. Comment donc. Ou plutôt ils lui servent à exprimer une certaine suppu- tation sur la durée probable de cette humanité antédilu- vienne. je ne nie pas absolument que ces types. considérés dans les deux types de Cain et de Seth? Je dis que voilà le problème dont la pensée de l'auteur de la Cf- Kfsc devait être occupée. et a présenter cette supputation sous une forme saisissante. sortis tous deux de l'unité. Ils représentent pour )ui des périodes de l'his- toire de l'humanité antédiluvienne. il s'en servit et dut naturellement s'en servir pour symboliser cette durée. c'est-à-dire cette doubtc ccheDe du dé\c)oppement de l'homme de la sensation et de l'homme de la connaissance. la chute d'Adam ayant été un changement psychoto- nique sarvenu dans l'esprit humain. quette a été la marche et la gradation des effets consécutifs de ce changement. tout en soutenant que la psychoiogie a cer- taincment inspiré à i'écrhain sacré cette double généalogie. séparé de l'unité.a été sauvée. Au fond. et dont il doit nécessairement a<oir caché la solution sous les noms de ces prétendus patriarches. C'est ainsi et uniquement ainsi que ces noms de préten- dus patriarches prennent dans la Bible un certain carac- . de Seth. n'aient en même temps. cette race s'est- elle développée psychologiquement jusqu'à Noé? En un mot. Au surplus. une sorte de signification historique. et s'aMmant dans le mal jus- qu'au dëhige. dans sa pensée.

C'est vraiment pitié que l'on ait pris pendant si longtemps les noms que Moïse assigne aux générations sorties d'A- dam pour des noms et des vies de personnages réels. n'est pas suCHsante.«'.x'. et enfin aux dévots croyants des réalités en chair et en os. par la métaphvsiq!)e et la psychologie. Ce sont si peu.)to!se s'est donc ptuare~etir ses enseignements defabiesridicntes. le sens p))itosop))ique. et représentent des périodes de temps. l'époque ou ils ont eu une postérité. qui paraissent aux uns des fables inventées:)à plaisir. pris a tort pour des noms d'hommes on pour des noms de périodes Historiques. On refu- sera de croire ou l'on croira plus difficilement au sens phi- losophique de la Genèse. Et si vous avez raison sur la signification psyctio)ogique de ces noms. me dira-t-on. sans cacher même une vérité sous ces fab'tes! tt faut de toute nécessite que je ré- ponde car je crois qu'il est d'une haute importance pour l'esprit humain que ~f)tc« de Moïse soit enfin débar- rassée de ces nuages qui empêchent d'en découvrir le vrai sens. a d'autres d'obscures traditions historiques. C'est cependant ce que croient encore non seulement les Chré- tiens. le moment de leur mort. Maisje sens que si je ne détermine pas nettement mon idée sur ce que siguifieutt'agc et la succession des génératiousissues d'Adam dans la ~'c.tère historique. . ma démonstration des points pré- cédemment exposes laissera du doute dans t'esprit. mais quantité de peuples orientaux. a cause de ces généalogies. Ces déter- minations si précises onl-c))es une valeur historique en ce cas. Je~oudraissurcepoiutn'enpas dire davantage. On me demandera pourquoi )a Bible prend tant de soin de déterminer i'age de ces patriarches le moment de leur naissance. ~otre explication de la 6'MMf.

que la période de temps qui s'était écoulée depuis la sortie d'Adam de i'Ëden jusqu'à la mort de Noé. Moïse a voulu dire et dit en effet. a)ns. 1. car ils étaient obligés de prendre pour des hommes rée)s les douze patriarches jusqu'au détuge. Depuis que !'incrédu)itc. la seule durée fixe et pré- cise que Moïse ait voulu dotmer dans la généalogie d'Adam jusqu'à Noé. mais seulement de ]a philosophie. Je vais essayer. s'est donné les coudées franches. que ce ne sont pas. telle qu'elle se troutHdfms le cinquième cha- pitre de la Cf. en effet. Voilà encore un point qui résutte pour moi de J'étude de la Ce<M'.n~ie des périodes historiques déterminées et précises.a-re exact. a tenu les esprits sous le joug de la lettre.au con- traire.<f~ est la durée totale de cette humanité antédiluvienne. était un cycle complet de trois mille «n.e]'ojit imaginé à tort quelques savante modernes. en peu de mots.s'~ et qui n'a jamais été compris jusqu'ici. Je suppose le lecteur au cou- rant de la longue controverse qui a tant occupé les cbrono- logistes aux dix-septième et dix-huitième siècles (1). a composé cette généa)ogie d'Adama Noê. continuant son mythe psychologique. de faire comprendre comment Moïse.tf. et de croire sérieuse- ment que Moïse avait voulu parler d'hommes ayant vécu sept ou huit cents ans. Je commence par dire que j'adopte les nombres donnés par la Version des Septante. Le seul ch. au moyen de cette généaiogie. des noms d'hommes. Tant que le Christianisme. les savants n'ont vouhivoirquederjtistoiretaoùitn'yaréeUementpas d'histoire. H est (1) Quand on songe sur qudtM chimères se fonde cette ridtcute chronoto- H. 7 . les savants ont marché les yeux fermés. après laquelle commence une humanité nou- ve)!e."«! la pensée de Moïse.

seprell'u!1 infaillible. qui s'etjit pretant à leur facon leurs lirres saints. n'en suivent Juies et pense que les churonologistes ebretiens se pmtagent cn dew paUis. et est cet tain que jamais Ics Juifs ne furent plus voisins d'une uine complLte et d'une W ermi- prêtant à tenr et il teuts titres saints. il est <'uneu< de songfr qne t'Ë~tise 10- monde? Car.a\ec et CtnoRiqne 5500celle Ju)fs Af'Icain. est devenne la Vulgate. Jei-~ine. dans le but de dt~tru' les applications que l'on faisait à Jésus-Christ d~ prédictions sur le sixième millénaire.iha. avmt écrit une grande Chronique où il cumparales plus anriennes trtldilions de les siMe Septante. BuLonius. Jules . qui dftl:ua On attribue. so'tis de reno!e d'Akiba.peine gie que ran enseigne encore à nos eorans et qui donne au monde six ou huit mille ans d'antiquité. son Gnmeuv ammlisle le car ditial Barollius se rit d'une pareille réponsc. densjusqu'à ans pas d'autre. O~gene. Les chrono- logistes modernes se sontanges. clnrében apost.ion. sans raison solide. ne salir ait querépondle à un ruf<. les uns pour les Sfptaute. serait aujoutfnuti de 7 & 8000 ans. appe- lees Vwelles. C~p'ien. [m reduisit. citée par Jésus et ses celle qui Pères. 11.. suivant moi.Atnicain. Aqlllla. iorsqu'ou la différence qui les separe d'antre que est tante. qui l'Í'I)oTHI momx de aia mille nus. llonnaleàChtistiamsme d'Al. quoique a\ecque Bar- codiebas ctait leMessie. a) aiit fait sa traduction sur 1'li(~bieti. (pu.U e~teeit. et soulient hardiment que le monde a au moins fruit nufle nns d'anliquith. cOlri¡!. Clément d'Alexandrie. suhant tous les P~'es du GhtisUanismp.deEu~bf. mcms c!iromjh~tede]eu)s)messac[es. aus. et beaucuup d'aunes.)in fjue Car il est lit q.Akib.ll. tl arhtJonsJuhrs. d'un autre coté. 1. ~naitau comptpl1t con<équmt pas S.IIIl qui deman- derait au saint p're Comhit'n de temp~ comptez-~ons depuis ]~ o-eation du clic la \'ulgale. à son tour. qui s'étJit si dangerensf fait disciple Bibte. . Tel tie>i moins que deux mille ails! par Toute ]'antiqu)té ctuétienne n'avait connu que la B)h)c ~ecque ou des Sep- Ils([ui ~fiïcain. La vension de S. a)të'rcr)tta probabilité. fomptiiit. Joseph SCJh~er a fait pencher la balance cn faveur du leite héb¡'eu actuel et de'ta Vnt~te. le a))tnbbu)Aitiha. put tomber sur des textf". que les nombres donnés p"' Vuïgate et par le texte hébreu. Mais Vossius. A propns de Datonins. en un mot tous les an- gélJÍ~lal cinq à six ~ait mi troi~èmesii'cte. l'antiquité du monde.ee ou modiliee. S. A ce compte. Jesus-Cinist. et. et cette ver.bien avéré.a que les Juif! pour un motif <lue J'indique dans le cette faisihcation te\ic. ont tfnu pour qui tfs S'ptante. tel que nous l'avons aujour- d'hui résultent d'une ntteration faitedessein par les rabbins juifs. pour une dans celte époque que. Pris de quinze siulcs furrnt aimi (¡tés aux prcyicrs patniarrlnes. et en j'eprofunsitfa c[))o- nolugie.Aqnda. touloarv. les autres cnntre.fffZM))<lesftjnfce~. peuples aux. 6tc. en pdttie entte composa Adam sa Jesus-Ch) ist. cette dmée à 5300 ans. Mais Il alfi. Le Ta'mnd )ui-memesemble priera cette nccu'<j)inn. S. que mille ansjusqn'3 Jesus-Cluist. nomelieta suite. t'empeieur 'CI sion Jus- gn'l'qlJc de la linien en tinien en défendu !a lecture tiefendit la même aux Juifs tectut'e mi·me Juirs par une de ses ordonnances appe. sa clunnolngie s'accmdaO <nec celle des suivant. Jerüme. cttt-ehcn apostat. et l'antiquité du mondese tr'nna ted'nte à quaite mille ansa~ant Jésus Ctuist. Ces rabbins me se donnèrent pas même la. Lactance. on croit teverl Le ndfcole augmente. car H y est ditqu'Akihaet Sjnth)~Mp~. qm vivaitau trui<ième siucle.

n. après l'insurrection de Barcochébas et la seconde destruc- (1) Lhre 1. aux- quels les rabbins n'ont rien ôtc de leur âge. dit-il. Augustin la re- marque et la signale comme une fraude dans sa Cité de Dieu (2). les autres ont des enfants dès la première moitié de leur premier siècle. dans les nombres (tonnés par le texte hébreu actuel et par la Vulgate. Mais cette altération avait déjà été faite par les co- pistes juifs dès )e cinquième siècle. par rapport aux autres. qu'il a tiré directement et traduit de l'hébreu tout ce qui concerne la haute antiquité de sa nation. ne changeant rien du reste. car S. ·ed itufuetrirt. Ces derniers n'ont de postérité qu'après qu'ils ont déjà passé deux ou trois siècles sur la terre. croire que cette répétition d'une erreur qui revient w uniforwément pour tant de paU iarcLes soit l'effet du hasard Isrrrtria eonarrtn· n- ntirt nnn rnanm redntet. dans les cinquante années qui s'écou- lèrent entre ja destruction de Jérusalem sous Titus et la reconstruction de cette ville au commencement du règne d'Adrien. une désharmonie si bizarre. ch. se troulent d'une précocité éton- nante dans leur génération. n . On suppose même qu'elle fut concertée dès la fin du premier siècle. qu'on soupçonnerait l'erreur an premier coup- d'œi). H en résulte.de bien cacher leur falsification. Cette altération du texte hébreu n'existait pas encore du temps de Josèphe car cet historien donne positivement dans ses Antiquités (1) la même liste généa)ogique des patriarches et de leurs âges que nous trouvons dans les Septante et il affirme. En effet les patriarches au\que)s les rabbins ont ainsi enlevé le chiffre de cent. qui s'est conforméeà ce texte. dans la préface de cet ouvrage. ~)- (2) ul]ne peut. ils ne surent qu'ôtcr au hasard cent ans à six des patriarches avant la naissance de leurs fils.'D'autres pensent qu'elle n'eut lieu que plus tard.

))')] oe ne cle. LajDech avait 182 ans quand il engendra Noé. il est certain qu'au septième siècle les docteurs juifs en tiraient un grand par- ti (t). au contraire. rien d'historique.i pis pncorearH~. non plus qu'à l'historien Josephe. latte Pourquoi Moïse assigne-t-il ces nombres précis des types qui. dont on ftalt fuit é][)i~)6 srlon la supputnLion de ~urs Ëcrit. dans sa pensée. ~Enosh avait 190 ans quand ii engendra Caïnan. L[t Es- pagne. supposer aucun motif aux Septante.is llee sixième niitiÈmure. é. ft il t)t f-ontrf Mtx un livre sur !e sixième rniH~nairp.ir t)'te (la. mais en rapportas ce le mythe (i) ]]s soutenaient que ]e Messie t'avait point pur)). il y a tout Heu de croire que ce sont eux qui nous t'ont lidèle- ment conservée. que je montrerai comment ces nombres ont été f. . Quoi qu'il en soit. un afche~que d<.mP5. iËnodL avait 165 ans quand il engendra ~ethoushaë). Ce)a posé. mais représentent seulement les phases de dévctoppcmcnt psychologique de l'humanité. Jred avait 162 ans quand il engendra Enoch. Jf vais répondre a cette ques- tion. Mahauaët avait 165 ans quand il engendra lrcd. mais qui est parfaitement conforme a celui de Josèphe Adam avait 230 ans quand il engendra Seth.o. qui surpasse de 600 ans celui de la Vulgate et du texte héhreu actuel.tion de Jérusalem.qnandite'tgendra/Enosh. et que sf)t temps n'6tn!t pas ~n. n'ont. Comme on ne peut. Total. et si bien. ax-er.pp. voici le calcul des Septante. Setha~ait 205an'.Tu~de fut charge par le toi Mtvi~e de leur répondre.e Y. Methoushael avait 187 ans quand il engendra Lamedt.nts~jenedispasàphisir. suivant moi. ait\cnir ne devait (it~e dans Ne. qui ait pu les porterattérer la ch)'ono)ogie de Moïse. Caïnanavait 170ansquandi!enge))draMahaUaëJ.

comme je l'ai dit. c'est-à-dire sous différents noms symboliques. la généalogie des pi'dteudus patriarches s'explique aisément. une durée d'iot cycle com~)/f< de trois mille ans. le genre humain primitif dont Moïse tout parler. ait attribuéà ce premier monde. Les deux grands types de cette . supputant com- bien avait pn durer l'humanité depuis sa sortie de t'état d'animalité jusqu'après le déluge. c'est l'homme depuis sa sortie de l'état d'animahte jusqu'au moment où il n'y eut plus sur la terre aucun reste de l'hu- manité antédituuenne. cette seule supposition une fois admise. répartit en- suite cette durée d'un cycle complet de 3000 ans entre ces noms symboliques. qui seule est véritablement im- portante. une nouvelle humanité. en effet. époque où commençait. Yoita tout le mystère de cette fameuse généalogie. laissera mieux apparaître la pensée philosophique de la Centre. Moïse ayant désigné sous différents emblèmes. les phases successives de la chute de l'humanité primitive. en vertu des idées antiques de L) philosophie numé- rique. En effet. Moïse. Supposez que. Cette période comprend donc depuis Adam jusqn'i) la mort de Noé. s'en allant ainsi en fumée. dont on ne toit pas d'abord la raison et qu'ou est porté par là même à prendre pour historiques. Cette supposition ne paraîtra pas improbable à ceux qui savent combien toutes les institutions de Moïse sont imprégnées de cette philosophie numérique.fondamental qui occupait uniquement MoTse. Or. ne sont que des subdivisions de cette période de 3000 ans.-Tout le pres- tige historique de ces noms et de ces nombres fameux. Ces nom- bres. selon lui. qui ont tant occupé les Chrétiens depuis dix-huit siècles. et le secret de ces nombres. nous est revête.

suivant Moïse. et que]cs<!nn~' dont parle ici Moïse sont comme les jours du premier chapi- tre de la CfM'ic. assigne 3000 ans de durée. Ired. 1000 ans. Ce nombre de 950 ans étant ôté de 3000. ou e~iron. 2050 divisé par 11 donne 186 tX. carehe exprime que Noé appartient encore à ['humanité primitive. Adam représente l'humanité tout à fait primitive. c'est-à-dire des pf<'i'o</f. Seth. Mais j'admets pour le mo- ment que c'est bien d'années véritabtes que Moïse a voulu parler. ou environ. )aBiNe fait vivre Noé pen- dant 950 ans Tout le temps donc que Noé vécut fut neuf cent cinquante ans. Adam et sa posté- rité dureront 2000 ans. Caïnan Maha)- laël. Abel. dont la nature reste inconnue et indéterminée.tp. puis il mourut (1). Mais continuons. Noé. et l'époque transitoire de Noé ou du dé]uge jusqu'à l'entière réparation dumonde. l'humanité de transition ['humanité nouvelle ne datant.e générations successives. suivant nous.h.M. En effet. savoir: Adam Caïn. a un sens.période sont Adam et Noé. (1) (. . et que les deux périodes que Moïse veut indiquer ne furent réellement pas complètement séparées. que de la réparation du monde et de la mort de Koé. Que fait donc d'abordMoïse? t) commence par diviser sa période de 3000 ans en deux périodes. il reste 2050 anspour]'humanité d'Adam jusqu'à Noé. Enoch. au lieu de 1000. tf~. ~Enosh. Lamecn. Or cette humanité d'Adam jusqu'aNoé comprend on/. oi)d t'crc ou le cycle complet et révolu auquel Moïse. Peut-être serait-il permis de supposer que ce uombre de 3000 ans n'est qu'un nombre mythique. pour la durée de Noé. » Cette désignation même de 950 ans. Méthoushaë).

tout en en tenant compte au fond. i] semble qu'il devait reporter 50 ans sur les généra- tions antérieures. et non 950. Moïse divise encore ce nombre il donne 25 ans de Noé à la période adamique. La moyenne entre ces deux supputations est exactement 1S~. Chacune des phases de l'humanité désignées par les noms des Qnze générations jusqu'à Noé devrait donc être. c'est d'abord le soin qu'a pris l'écrivain biblique de retrancher de sa liste tes deux générations de Caïn et d'Abel. dans notre hypotèse. si Moïse avait donné exactement à Noé 1000 ans. dans . de 186 ans mais voulant indiquer que réellement ces 50 ans sont 50 ans de la période de Noé. Chaque génération de l'époque adamique aurait été. le nombre des patriarches qui entrent dans cette ]iste. Pnisqu'!) ne donnait à Noé que 950 ans de du- rée.~ous donne 184. Or\oyez s'il n'en est pas ainsi dans le calcul donné par Moïse. et divisée également par 11. aussi bien que de la pé- riode d'Adam. serait de 2000 ans. à ce compte. comme nous l'avons vu. donnerait 181–. La période normale. Prenez la durée moyenne de chaque prétendu patriarche d'après la liste qnc nous avons citée plus haut. ne sont que le mythe de la période de 3000 ans attribuée par Moïseà t'humanité primitive. et n'exprime pas. Je demande s'il est possible de chercher une preuve plus frappante que ces générations successives. de 184 ans. depuis Adamjus- qu'à Noé. Ce nombre de 1656 divisé par 9. Ce qui a rendu ce tableau généalogique si mystérieux et lui a donné une ap- parence historique inexplicable.Ensuite c'est l'art avec)cqueliiaétab[i)a fusion entre la période de 2000 ans d'Adam et la période de 1000 ans de Noé. et dont le total est 1656.

serait complète. Il suffit Évidemment que j'aie prouvé que la somme de ces nombres correspond exactement à l'idée d'un cycle de 3000 ans. D'hed~tKnoth. divisé en deux périodes.etmûit ~000 Ma démonstration. il lui s)](T[sait de prendre pour durée des générations antérieures à Noé la moyenne de 1M ans au lieu de la moyenne exacte de 186 Rctab)issez donc ce que Moïse a omis. M2 ]\ ans. comme il a\ait fait des gé- nérations de Caïn et d'Abc) pour la période adamiquc. et tout le prestige disparaît.la période de Noé. 3000 ans pour la totalité de l'humanité primitive.'i D'HënofhàMethom)Mf). voici le tableau D'AdamaCam.nosh. la mojpnnc exacte étant iM<)ti. les sous-enten- dant et les omettant à dessein. DeMethou-ihaL-ttLcu~eh. 184 230 205 <90 ))eMnha))M-i~IrN). sont à réta- 25 Noë\]t. DcCamm~MahdUad. 25 étant comptés déJ. qui lui a donné naissance. les 25 ans qui restent. au contt ail et sousentrndus à dessein. D'AbetaSem. DJKtenceptO~cnantdefafraction l~il nt~)ip.ci. DeCafnaAbe). 1000 ans pour Noé.it~it confondu oéutl000ans. 1M D<'Lamccha]\o< 165 1M Mir!C. omis 25. pendant 50 ans.ccparMf)isedaiisle le calcul des onze générations ant6]ieurcs à j\oc. De 184. En effet. ces 50 ans. lorS même que je n'arriverais pas à expliquerjusqu'aux nombres parti- culiers attribués par Moïse à telle ou tclle génération. ne dosent pas être portés en ligne décompte. 950 Total.mais sur ccsiOOO avec ]'hu- manité adamique.pfnfhnt950uns. D'~EnoskàCMnan. f'une de 2000 et l'autre de . Pour obtenir ce résultat. Vous avez juste 2000 ans d'Adam à Noé.J dans la supputation des géW rations d'Adam.so)ts<ionnf)mdc~oc. 170 <6. 1M DcSftht~. je crois.

pour conser- ver la forme de la doctrine secrète. Restent donc neuf phases seulement d'Adam à Noé.c:KMt?: et un m~ttrn~??! qu'i! ne dépassera pas. 1000. Or la plus grande durée possible de cette période. tel qu'il le concevait. Si Moïse avait assigné exactement à chaque patriarche an- térieur à Noé. autant que possible. Moïse regarde en ce cas la période adamique. Mais je vais plus loin. autant que possible. Pour avoir. cette même liste. Mais fait-il ce partage en plus et en moins au hasard? Non. Dans le premier cas. Ce nombre de 185 est le M:tt!mMm cherché. il détermine un }<M. comme accomplie en douze générations ou phases. est 2050. son mythe aurait été tellement à décou- vert. H trouve ce maximum en réduisant. on obtient 227. Ce nombre de 227 sera donc le maximum cherché. au contraire. une durée de 18/[ –. à la liste complète des onze générations jusqu'à Noé. ajoute Noé lui- même. c'est-à- dirc la période de 2000 ans. aux autres un peu moins. un minimum. c'est-à-dire 1 chaque phase du développe- ment psychologique de l'humanité. Que fait-il donc. Moïse. qu'il n'eût plus existé. et je dis que ces nombres par- ticuliers ne sont pas tellement énigmatiques qu'on ne puisse indiquer le secret de leur composition. et dérober ce qu'il veut dire au vulgaire? I) donne aux uns un peu plus. devait attri- . par une raison que je vais dire. en supposant 950 ans d'existence seulement à Noé au lieu de 1000. au contraire. il croit pouvoir supprimer les deux phases désignées par les noms de Caïn et d'Abel. la liste des générations dénommées de- puis Adam jusqu'à Noé. considérant qu'Adam est le père de Seth directement. Divisant ce nombre par 9. et il trouve ce M!tim!Mm en éten- dant. Or 2000 dhisé par 12 donne 185. Moïse qui.

le mi'Xi'MMM 165. mais en sens contraire. par la supposition faite qu'il rcmplaçait à lui seul les trois générations Adam. découvrir dans ce livre. j'espère. Mais il est remarquable que. Adam a 230 ans quand il engendre Seth. a étendu ce tKa~t~Mm à 230 au lieu de 227. une période exacte de 600 ans. Je n'ajouterai presque rien de plus sur ce point des gé- ?t<!a/o~!<'f. Cal'n. qui.buer le maximum à Adam. En effet. an moment de la naissance de leur postérité.. par une sorte de compensation il force également de la même quantité. pour .rHKM)~. pour faire une application judicieuse de ces différences ou variétés de nombres compris entre le m!f)tt')MM)?t et le HM. dans la liste de la Cf~fxe. Restait à choisir entre les noms divers des phases ou gé- nérations adamiques. L'âge des patriarches. Caïn. J'ai démontré a<cc la dernière évidence. c'était évidemment & Adam. avait sertiàà le fournir. et Abel. Les nombres vont ensuite en décroissant jusqu'à Ilénoch. Peut-être la signification du nom d'Hé- noch. peut-être afin de donner aux trois générations Adam.i'- WMMt. qui devient ainsi 162. Je me reprocherais même. le lecteur peut voir que ce maximum est at- tribué a Adam. Or s'il fallait attribuer le md'i- mwn à quelqu'un dans la liste de ces générations ou patriar- ches. les délails dans lesquels je viens d'eutrer. variera donc entre 230 et 182 230 sera le m«. qui veut dire ~N!. et Abel. pendant tant de siècles. s'il n'a- vait pas été absolument nécessaire de dégager le sens philo- sophique de la Ct'n<'s<? des fausses lueurs historiques que l'on a cru. et se relèvent après. comme un hors- d'œuvre. s'il augmente de 3 )e ?m.t!'?MMM! 227.7< est-elle la seule raison de cette bizarrerie. et 162 le minimum.

Moïse a\aitpourtantarrangé les choses de manière à ce qu'on ne se méprît pas sur son intention et il me parait vraisemblable que les sectes juives qui avaient une deutérose ou interprétation ne s'y trompèrent jamais. s'y sont laissé prendre. où un mépris injuste a remplacé le respect et l'adoration. et après eux les Chrétiens. Quant aux autres. Hors de cette idée. ne cherchez rien d'his- torique dans ces premiers chapitres de la Ccnèse. Mais le vulgaire des Juifs. Ce sont là ces nom- bres merveilleux qu'on a eu la bonté de prendre pour des existences d'hommes. une nou- velle humanité ou une nom elle civilisation commença à s'é- tahlir sur la terre. le le déluge ayant détruit ce genre humain primitif. jusqu'aux temps d'incrédulité. qu'il ne me serait peut-être pas impossihle d'expliquer éga- lement. L'écrivain sacré ne se contente pas de dire à quel âge de chaque patriarche naquit la postérité de ce patriarche. et une forme narrative donnée à cette idée de Moïse. La Bible pourtant en donne encore d'autres. et qu'elles ne sont en réalité qu'un artifice de composition. voici comment ils prennent place dans la Bible. qui sont purement métaphysiques. qu'il n'y a pas d'histoire dans ces généalogies. ou du moins depuis un cycle complet caractérisé par le nombre 3000. et ceux-là seuls méritent notre attention. quand. et fait ensuite le total de son existence. On pourrait même dire que lesplii- . Mais à quoi bon? C'est sur les premiers qu'on a bâti la chronologie. il ajoute le détail des années que vécut encore ce patriarche. que l'humanité était entrée dans la civilisation depuis 3000 ans.tout lecteur que les préjugés n'aveugleront pas. et tous les savants modernes. Les nombres que je viens d'examiner sont les seuls qu'il fût utile d'expliquer dans ce que l'on appelle la généalogie d'Adam à Noé.

Le nombre total d'années attribué à Lamech est 777. croyez-vous que les personnages soient des personnages réels. ils se sont trom- pés d'une autre façon. ils . dans ces nombres. vinculum. se rapportant toutes à son dogme métaphysique. comme des enfants crédules à l'expression et a la forme de sa pensée. ou que l'auteur ait voulu vous faire croire à la réalité de ces personnages? Quand un géomètre vous dit qu'il re- présente telle valeur parx ou par y. Or. certaines idées. Le Lamech de Seth a un rôle indiqué tout à fait analogue. comme disent de ce nombre Cicéron et Macrobe. Quand vous lisez une fable de La Fontaine. en apparence. qui avaient pour lui la signification qu'on leur donnait dans la langue philo- sophique de son temps. et un lien dans la dissolution de cette race. dans la philosophie numérique. et dont la parole devient ainsi le lien de tous. Ils n'ont pas cru. Voilà un nombre fort bizarre. qu'un seul exemple. une espèce de ctuinc des choses. S'ils n'ont pas été trompés précisément comme les dévots. en preuve. le nombre 7 était con- sidéré comme un lien. les nombres représentaient il la fois les substances et les modes. et nous avons vuu qu'en effet le Lamech de la race de Caïu est le législateur. celte langue ayant cessé d'être comprise.losophes les plus incrédules s'y sont laissé prendre comme les antres. Est-ce sa faute si. Dans cette philosophie. huit ou neuf siècles mais ils ont cru que Moïse avaitvoulu parler de pareille longévité. ne savez-vous pas ce qu'il veut vous dire? Moïse avait de même exprimé certaines caractérisations. Moïse n'a jamais voulu enseigner pa- reille sottise. l'homme qui [ait la loi. Mais le nom de La- mecli veut dire lien dans la dissolution. à la vérité. à des existences d'hommes de sept. Je ne cilerai. compago. les hommes se sont laissé prendre. nodus.

6. ce qui re- tient. 1.étaient le symbole de la substance et la règle des formes qu'elle prend. C'était le nombre architectu- ral par excellence. exprime. Cela étant. lib. Scipion. et pourquoi. ce qui enchaîne. dit Macrobe parlant des nombres que l'on appelait pleins. ce qui empêche de se dissoudre. Ce dernier caractère d'être plutôt un lien que d'être quelque chose uni par ce lien était le carac- tèrc spécial du nombre 7. in Somn. Il grave son idée. on se sen ait quelquefois du septenaire. il va jusqu'à tripler hiéroglyphiqueinent le septenaire. pour exprimer Minerve ou le Démiourgos. . à quoi Alacrobe ajoute Non immerito hic numerus totius fabricœ dispensator et domùius. le septenaire à ce Lamech do"nt le nom. dans làge qu'il donne à ce type. aut vim obtinent vinrulorum. Moïse ne fait donc pas autre chose que dire d'une façon savante ( dans la langue philosophique de son temps) ce qu'il entend par te type qu'il désigne sous ce nom. on conçoit aisément pourquoi Moïse attribue. les uns symbolisaient plus particulièrement la substance. C'était le nombre de la forme plu- tôt que celui de la substance. faisant ainsi vivre Lamech 777ans. Scipion. et d'autres la forme: Sunt qui aut corpus ejjiciunt aut efficiunlur. Macrob. (2) Vov. il la (1) Somn. C'est absolument le même emploi que nous savons avoir été d'usage dans la philosophie numérique. d'une façon si marquée et si bien accusée. En donnant ce nombre de 777 pour caractéristique de Lamech. où. cap. de même que réciproquement le nombre 7 s'appelait la Vierge ou Pallas (2). le nombre du Démiourgos ou de Minerve: Septenariiis numerus dit Cicéron (1) rerum omnium fere nodus est. lien dans la dissolution. Mais dans cette sorte d'architecture ou de création des choses par les nombres.

Si quelque doute pouvait encore rester sur la vanité de toutes les supputations historiques qu'on a prétendu tirer de la (. D'une part. que de se voiler ainsi. sans aucune signification précise et déterminée de temps. pour ceux qui seront initiés et qui sauront l'étudier et la comprendre. et sans figures my- thiques. on est \raiment embarrassé pour traiter de • pareilles questions. sorties de la non-intelligence de ce vieux code sacré de l'Occident. Mais le lecteur aura-t-il la patience de me suivre dans ces fastidieux détails d'érudition? En notre temps. et néanmoins il règne aussi une sorte de convention qui donne force de loi et de chose jugée à des milliers d'erreurs. D'un côté.'cnèse. C'était la condition de la science. à ces époques. de ne pouvoir transmettre en langage abstrait. On vit donc dans une sorte d'indifférence étrange sur les choses bs plus capitales et les plus fonda- mentales pour l'esprit humain. Peut-être même était-il dans la condition de l'esprit humain. et sur mon assertion que les calculs donnés par Moïse ne sont tout simplement qu'une pure forme de son mjthe métaphysique. j'apporterais encore une preuve curieuse et sans réplique. La statue de Saïs elle-même était voi- lée. sculpte pour ainsi dire et la met en relief. et la plupart de . au nom de l'État. auquel se sont rattachés et le Christianisme et le Mahométisme. On ne révélait pas à tout le monde les mystères. il est presque convenu de n'avoir plus foi à la Bible. les profondes découvertes auxquelles la réflexion de la vie sur elle-même peut nous amener. Les colléges de l'Egypte n'exposaient pas la métaphjsique ou la science de la vietous les regards. dans la haute antiquité. plus graves les unes que les autres. la plus absur d opinion sur l'antiquité du genre humain. des hommes raisonnables enseignent.

en y comprenant Xixouthros . avaient fait de son livre des abrégés. à chacun desquels il assigne un règne d'une certaine étendue. comme dans notre Bible. et qui était prêtre du temple de Bélus à Iiabjlone. Dans cette geuèse. parmi ces fragments conservés de Bérose. ainsi que nous Ic verrons tout-à-Pheure. le Noé de Moïse. et dont quelques lambeaux seuls ont été sauvés par les citations des écrivains postérieurs. et il en est résulté qu'on n'a pas compris la métaphy- sique de la (ïcnhe. La Genèse contient une suite de vérités méta- physiques on a voulu voir de l'histoire là où il n'y en a pas.nos livres supposent implicitement cette monstrueuse erreur. Jîérose nomme neuf rois antédiluviens. et d'autres. et un personnage nommé Xixouthros rappelle trait pour trait. et qu'on s'est fait d'après elle une très- fausse histoire. Or. et surtout de Georges le Syncclle. Qu'on me permette d'ajouter à mes preuves précédentes celle que je viens d'annoncer. qui vivait sous le règne d'Alexandre. mais si ïous tentez d'établir quelque vérité sur ce point. quelques fragments très-au- thentiques de ses Antiquités Cihaldcennes. chacun de vous dire aussitôt qu'il est convenu que la Bible ne contient à cet égard que des mensonges. Des écrivains grecs. Mais n'est-ce pas encore une erreur et une grande erreur que d'accuser ainsi la Bible d'imposture? Les mensonges que l'on reprocheà ce livre viennent de ce qu'on ne le cont- prend pas. Alexandre Polyhistor. l'humanité primitive est. Voici donc. il en est qui forment ce qu'on a quelquefois appelé la Ce- nèse rlmldéenne. Tous les érudits savent qu'il nous est resté de Bérose. Mais. assez voisins du temps où vivait Bérose. avant Xixouthros ou Noé. Apollodore. perdus à leur tour. détruite par un déluge. tels qu'A- bydène.

et l'a- » vertit que le 15 du mois doisios les hommes périment par » un déluge. ont été fournis au Syncelle par Ale\andre Polyhistor. OU E-NEI)ORAKHO- AL\OTAPHOS. AMES01. la liste complète des rois que les prêtres chaldéens donnaient à l'humauité antédiluvienne.ou Noé. «Xixoutliros. OU A. Utceniçoit aisément. En conséquence il lui ordonna de praclre les écrits qui traitaient du commencement. Ces noms. et que nous les regardions comme l'expression en cette langue des noms chaldéens originaux Liste des rois antédiluviens suivant Bérose. qu'Otuuxtenait été écrit Otiurtes. OTIARCTES. DAON. Une seule erreur grave me paraît s'être glissée dans la rèduû>i» du Svncelle. 00 AlfEIIPSI\OS. AUparos. A '1E~OS. et par Abydène on ne sera donc pas surpris que nous les déclarions grecs. ALSI'AON. dont jusqu'ici personne que je sache n'a percé le mystère. comme portenltej€ïues manuscrits. chan- gements que je pourrais justifier par les variantes mêmes du tevte. parApol- lodore. Kronos lui apparut en songi. XnOUTHROS. eu eltet. ALOROS.s/M«aJt été changé en Akpaos. ou lise aujourd'hui Anodaplios et enfin que le nom dM/.les réunit. MEGALAOS. oU SISOUTHROS (1). . Cestque. AMPHIS. OUARCTATOR. Je n'ai fait que quelques très légers changements à la leçon on diuaire tle ces m&. du miliu et de (1) Ceux qui savent combien de fautes se glissaient dans les man^i-Hs se- ront étonnés de l'état de conservation ou cette liste nous est nanenï.4[LLAROS. a même Alaxparos. trompé peut-etrè par le rapport des noms dMmp/usel ùrtm^m- psinos.. tandis que le nom A'Ampkw se rapporteàla dynaftajatâ- ricure. qu'au lieuf^ jjoïfl- pho». continue Bérose fut le dixièmeioi sous » lui arrivale déluge.

et tout ce qu'il avait préparc. «présumant que la terre se dégageait. Mais Xixouthros étant incontestablement Noé. » cette fois les oiseaux revinrent avec de la boue aux pieds. » d'y embarquer ses parents. Xixouthros lâcha quelques oiseaux. quel- »ques jours après. par hasard. » Xixouthros fabriqua donc un navire long de cinq stades » et large de deux. » lâchés une troisième fois. ses amis. etc. Vers les Dieux. il y fit entrer sa femme. puis il de- » mande où il doit naviguer. En effet. ses enfants.»la fin de toutes choses. et «quand il eut cessé. éleva un autel. il y «descendit. fit une ouverture à » son navire. Xixouthros.» Je ne cite ce passage 'que pour constater l'identité du personnage appelé Xixouthros par Bérose et du Noé de notre Genèse. dit Kronos. ils ne revinrent plus. les neuf rois antédiluviens qui précèdent Xixouthros ne se- raient-ils pas. il les envoya encore à la découverte. de les enfouir en terre dans la ville du soleil appelée Sisparis'de se construire un navire. si le lecteur veut se rappeler le sens étymologique que nous avons donné des noms des prétendus patriarches dans la Bible. Le déluge vint. faute de trouver à se poser. et de s'abandonner à la mer. revinrent au navire. les noms se correspondent ainsi . et fit un sacrifice. et comme il se vit près d'une montagne. qui. en rapprochant la liste de Moïse et celle de Bé- rose. il prépare toutes les provisions. les neuf patriarches qui précè- dent Noé dans la Bible? Cette conjecture deviendra une certitude. n Xixouthros obéit. ras- « semble les animaux quadrupèdes et volatiles.

Lamech NOfi AlVOTAPHOS OU AMEMPSÏNOS. arracher. dans Aloros. et de plus léger. figure. Pour expiimer la Grecs disaient ôlSa. à/j. èntiz-riy-ij science. d'aveuglement.rmy s. ou ARCTATOR.ît/\và<at affaiblir. è. un péché. faute. OTIARCTES. etc. signifie littéralement le péché de la connaissance (1). et de ôpû. Lat~. (1} Ce mot est composé du radical ai. qui lui correspond dans Bérose.«. le icibe ophat ou par contrac- tion bpoi. voir connaître. ou Al-oros. ALSPAON. Liste de Moue. «Aiff/w (piimi- klâa) les ver. et du et be a.isdans fat des Latins l'il dans (laits fallctcia. C'est bien le rôle que Moïse donne à Seth. sa\oir. pécheur. à.h^/&tt.s. celui qui écarte les conséquences du péché (2). à)iTfi{«. Adam Seth ALOROS.tzi<t>. vl /J. faire sortir. pentas. rouverts d'impiétés. idée. ei5/.. Rac. qm s'évanouit comme l'ombre. IIeivoch MÉTHOUSHALL. courage. ou plutôt d'avoir vu. td'Éa. Mauallai:i Megalaos. à. Amphis ou Enedobaktios. commettre un ciime.vd. débite. proTniier. exemples: èù. péché. de crime. (2) Ce mot est fmmé du mime radiral «i qui entre dans AIoi-ûs.. force. Amenas. l'homme de la connaissance et à la race de Seth. è. tif pieniiie en faute. C'est le video des Latms. a\eug!e. . La fmmiî îadicale «i sn retrouve dans tous les mots grecs qui se rapportent à l'idée de faute. signifie faible (3). signifie celui qui retire le péché.i«o. dépêché. àlirtipài chaigé de crimes. Ce ladical est le inûiie que le d. (3) À/a!v)js et a/*sv5î. OU SlSOUTHROS. enant. ou zISqj dont on a fait ensuite les temps passés d'èpvw. qui répond à celui d'Adam.faible. k privatif. ('c ci bu oïiïv. condamner. Or le nom A'Aloros. science. XlXOLTHBOS.Sr.r«(y. tirer enlever. faillir. Le nom t\'A/spaon3 qui répond à celui de Seth.ft. souiller. qui exprime le péché.\vo{xvt er- s'éguier.. ieeu DAON. àitTïipo..tvoi. OU amillabos. vain.). errer. s'égarer. /eivosh CAINAN. mOiiic signification. d'où eî^o. il Nous avons que le nom d'/Enosh \eut dire faiblesse. note mot A ce radical àl est joint. et~ d'où estleuunotre (l'où est mot faute. ou eï^ov devenu un temps d'opww nu opyopau n'a d'ail- leurs pas d'autie signification primitive ijuc celle de voir. connaître. amenos Amenom. «AirpÉa. îirt/u (poct.etc. de péchés. d'eneur. Liste de Bêrose. d'où à/iïv/..i\aTit.

1. veut dire limite. un effort soutenu et prolongé.. parler. aller (Vco des la- tins). Ampkis veut dire la même chose (5). et du si^ne de l'être. îtfi-fU. ûv). combat contention lutte. partie. signifie celui qui est plein et rassasié (2). Daon a positivement le même sens (â). aoj. telles que jouir. àût qui exprime la permanence de la \ie. magnificence. la permanence. On sait l'emploi fréquent de ce mot dans toute la langue grecque. dans la Bible. et par dériva- tion. Snvxtl/v. et du nioiueiuent. grandeur. de la respiration.tii (subj.L'autre nom A'Amillaros indiqué par le Syncelle. . w ou !iw. Ilénoch. Amenon. et la permanence. En grec. autour. et qul pre en conséquent des acceptions en apparence fort éloignées. qu'il exprime l'étal de plein dans la lan- gue métaplijsique de l'Orient. la jouissance. ma- gnifique. être rassasié.X'ïoï. etc. (1) A/«>A«. désirer.a encore le même mais en outre il exprime aussi la délimita- tion. respirer. et qui se retromedans la particule alIiiinalUe ôh. qui a deux sens. [â?/v.. Rac. (3) De ^fï. Aaàii est formé directement du ] adicnl primitif Sa. (2) AfJ-zvat. lonq- lemps. est le nom même d'Hénoch.la terminaison Vexclusian. la propriété. contour. etc. dans les composés. En grec. enceinte. la solidité ou la duteté. etc. veut dire celui qui lutte et qui combat (1). sw.manque le circuit tour. qui exprime en général l'expansion. ou d\j qui. qui cor- respond à Caïnan dans la liste de lîérose. de la vie. Adierbe. et qu'on rend par toujours. Nous avons dit qu'Ired exprime la constance le courage. exprime la force. w. la satisfaction. être. les environs de l'objet dont on parle. circuit. Nous avons dit que le nom de Caïnan a la même racine que celui de Caïu. En composition. en un mot la limite des choses. qui est de longue durée ^lîvKto. d'où «w. Le nom d' linédorakhos conservé sans version par quelqu'un des compilateurs qui ont fourni au Syncelle. voir.apiivotif. d'où ^r/aiîtov. Le mot durare des Latins. grand. sont venus de la. même signification. et de Àaw. (6) bt/o». et. dire. et fisvcdvu. la solidité. sublime. Préposition. Mégalaox rappelle Mahallaél et a le infime sens. il a la même valeur que Jri^i. autour. et notie mot durée. (5) A/xj. dans un sens dérivé. £i. il si- gnifie grande expansion manifestation brillante et géné- reuse (3). tïoi e(?/*i).

le premier oud i ait dire le lien du repos ou relui qui force au repos. Donc la généalogie chuldéenne des générations antédilu- viennes. àpxTkov. qui retient.îfj. porter plainte contre quelqu'un. celui qui lie. On ne pouvait mieux tra- duire ce mot en grec que par Anotaphos (1). Ce radical lieu est également l'origine du mot àpxrn commandement. resserré. est le législateur. etc. quoiqu'on retiouve l'idée de mots grecs de la même famille. chose licite. Le sens de ce nom est parfaitement conservé dans les deux noms d'Otîarctes et d'Arctator (3). (2) Ce nom peut Otre une tournure figurée pour exprimer la mort. La phase que Moïse dénomme Méthoushaël est la phase de mort. Enfin Noé est bien Xixouthros. à. ce qu'on retient. celui qui fait la loi. Plainte. gouffre de la mort. Mais ce mot. et qui empêche une complète anarchie. Le nom d'A~ mempsinos (2) nous parait un synonyme.fliJ. «.cmo» n'atonsené tien dans plusieurs que le second sens iT arceo. serrer. au plus haut degré et de T«po.aipos. arctaius ou ardus. de àalv. . peut aussi exprimer un état irrémédiable. Le entre «^iu et àpyh est parfaitement indique par Impres- sion consen ée àp/riov pour dire il faut commander. et de yiufoyat. de dissolution. 9 (3) Le radical arc ou arct exprime l'action de serrer. OlroiL Arceo mit à dire la fois lier ( Vinrula arcebant palmas.qui du grec. L'idée de lier.. de presser. et le second se rapporterait aux mots àpxkoj. Eu grec. d'aptes les mîmes racines. àmst^rvjs signifierait chose qui commande déinés. Ce nom veut dire. de la base de tons ces ausuiplus. En latin orcto. tombeau. car il semble pomoirse traduire par ce dont oit ne saurait se plaindre ni se ven- ger de « piîvatif. Lamech. se rapporte de tout point à la généa- (1) De âvw qui exprime la profondeur. qui En les démantdu comprime. ou simplement ôalv. presser. àvwrocTw. la justice nu celui qui impose ce qui est liiile. accuser. La- nicchj dans le développement mythique que Moïse suppose à l'humanité.pxh. de lier. ïffri. d'où é<jtot est. accusa Lion p.Enles ci. dit Virgile) et écarter tout ce qui pounait détiuiie ce qu'on lie. comme nous l'avons vu. Aa contenir. qui se plaint de son sort. dans Bérose. domination qui a un si grand emploi dans la langue grecque. ce nom si caractéristique dans le mythe philo- sophique de Moïse signifie lien dans la dissolution. ou qui ne laisse pas même la force d» se plaindre. On dit vulgairement de la tombe que c'est le lieu d'où on ne revient pas pour se plaindre. etsecond.. En dérivant donc du latin les deux noms tT Otùircles et (VArctator. il est permis. et dans lequel la plainte est superllue.

Les Indiens vous diront que la période qu'ils ap- pellent Cali-youga fait précisément 432. ou le Cali- youga. Les Indiens distinguent.000 ans.728.000 années humaines. répondant. ou le Crita-youga. comme ou sait. ait un sens chronologique ot historique!Les noms tirés de Bérose rappellent de tout point les noms donnés par Moïse. Et si vous voulez savoir le sens de ce cycle de 432. ou le Trêta-yougn est de 1. c'est-à-dire 432.000 années comptées par les Chaldéens là où notre Genèse ne compte que 3000 ans.000 années "hu- maines le troisième. enfin le quatrième. ou 120 fois un cycle de 3600 ans.000 ans. Les prêtres chaldéens plaçaient donc le déluge à la fin de ce que les Indiens appellent un âge divin et leur mythe des dix rois antédiluviens. est l'expression symbolique de la durée du quatrième âge do cet âge divin.logie hébraïque ou égyptienne des mêmes générations dans Moise.296. Or maintenant savez-vous combien ont régné de temps les dix rois antédiluviens de Bérose ? Us ont régné 120 sares.000 années hu- maines. est de 432.000 années humaines. est de 1. lequel âge divin n'est encore que la millième partie d'un jour de Bralma. ou du Cali-youga. qui régnent A32. et leur signification est en parfait rapport avec le mythe principal .000 années humaines. ou le Dwûpara-youga est de 86/i. Qui voudra croire maintenant que la Genèse de Moïse. le second. il faut demander ce sens aux livres de l'Inde. quatre âges. Le premier de ces quatre âges.à ce qu'ils appellent un âge des dieux ou un âge divin. dans la supputation des générations d'Adam à Noé.

comme les siens. Donc. Je vais plus loin. non pas à plaisir. La base commune de tous ces calculs me parait être la célèbre période astronomique de 600 ans. celle de Bérose et les âges indiens. Bérose nous prouve évidemment par là que les nombres donnés par Moïse sont. le néros des Chaldéens. pouvait engendrer. ils en avaient une entre autres appelée néros: c'était une révolution de 600 ans. et je dis qu'il est impossible de ne pas soupçonner un lien entre la supputation de Moïse. en portant aussi loin que possible toutes les conjectures que la philosophie numérique. Au jugement de Cassini et de quelques autres sa> ants astronomes qui se sont occupés de ces choses dans les deux derniers siècles. chez les Chaldéens aussi ce même mythe était connu. se livrant à une sorte de poésie effrénée. cette période de 600 ans est une des plus belles et des plus utiles qu'on ait encore inventées en astronomie. en passant. l'expression symbolique d'une période. Les Chaldéens avaient des mesures qui leur servaient en astronomie. Or voilà Bérose qui donne pour durée à ses personnages mythiques un cycle évidemment imaginaire.dé la chute d'Adam et des suites de son péché. d'un cycle inventé. mais d'après les conjectures de la science antique. N'est-il pas évident qu'un pareil rétablissement de l'ordre sidéral dut frapper les anciens sages. car c'est à cet espace de temps que l'on peut fixer l'époque du retour du soleil et de la lune aux mêmes points du ciel. et que cette période caractéristique dut beaucoup les occuper? Je dirai. que cette période de six siècles . Je dis même que nous pouvons assigner le fondement commun de tous ces calculs. un de ces cycles que l'O- rient avait rêvés.

l'exacte reproduction ? Car. ramenant dans le monde un certain ordre après une révolu- tion accomplie. ou la semaine de grandes années.' Enfin le Sabbat et le Jubilé. Mais cette période n'est-elle pas une conséquence de la précédente ? n'en est-elle pas. après six siècles révolus. de Kronos. rattachés par Moïse lui-même au repos de Dieu après les six jours de la création s'expliquent aisément de la même manière. suivis d'un jour consacré au repos. le jour de Saturne.pourrait peut-être expliquer ce problème si intéressant. devait avoir le même caractère. La période multiple de 3600 ans. après quoi vient le repos de Dieu? Si. dont le septième est le jour du repos. quant à l'idée. libjIII. le sure. C'était une révolution de 3000 ans.. 3. A celle- là on n'a pu découvrir aucun usage astronomique. c. . et qu'on s'est souvent posé sans le résoudre Pourquoi la durée de la semaine a-t-elle été uniformément dans l'anti- quité de sept jours. celui d'une durée complète en elle-même. Nous voyons par Josèphc (1) que l'on appelait la période de 600 ans la grande année. Il n'y a donc rien d'étrangeà supposer que lfoïse. le soleil et la lune repa- raissent exactement aux mêmes points du ciel la semaine a dû avoir six jours. Les Cbaldéens avaient une autre période qu'ils appelaient sare ou saros. le jour du Sabbat? Pour- quoi Moïse fait-il durer la genèse six jours. si la révolution de 000 ans ou du néros est une semaine de siècles. et de même Moïse a dû faire durer la genèse six jours. vou- (1) Antiq. qui dure six fois 600 ans ou 3600 ans est une semaine de néros.

Ils les divisaient en trois périodes. L'aurore et le crépuscule étaient évalués au dixième du jour. D'un autre côté.lant exprimer combien avait duré l'humanité depuis la naissance d'Adam jusqu'à la mort de Noé. par exemple. à dater de la- quelle surgit. le commence- ment. Supposez qu'il ait attri- bué implicitement cette même durée caractéristique. Réellement Bérose ne fait dans son calcul que centupler celui de Moïse. Or nous avons démontré d'une manière irréfragable que tous les nombres donnés par la Bible sont faits sur la sup- position d'une durée de 3000 ans depuis la sortie de l'Éden jusqu'à la mort de Noé. suivant lui. Car il faut savoir que les anciens avaient une manière en apparence assez étrange de supputer ces époques. la période chaldéenne de 3600 ans.. la période de 3600 ans s'établissait ainsi Jour. Cr6puhcu~300 300 ans. cette révolution d'un néros à Adam avant sa sortie de l'Éden. une humanité nouvelle. et le crépmcule. nous avons vu que Moïse donne à Noé un nêros ou 600 ans d'existence avant le déluge. Aurure. et la lin. Ainsi. ait donné à cette première humanité une révolution d'un sare. le jour. et vous aurez le sare complet. ou d'une semaine de grandes années.I. prenant ainsi la période caractéristique de 3600 ans dans sa simplicité. Mais dans cette durée n'est pas compris l'âge d'Adam avant la sortie de l'Éden. 3000 Tot. 3600 . et ne la multipliant pas comme l'a fait Bérose. le milieu. c'est ce qu'ils appelaient l'au- rore.

comme je l'ai déjà dit. suivant eux. la nuit de Brahma. de /i 32. Décuplez ce nombre. vous aurez la durée totale des qua- tre âges ou Vâge divin des Indiens. qui ramène les quatre âges répétés mille fois jusqu'à un nouveau pralaya. en y ajoutant une aurore et un crépus- cule. Cupuxule 36. et sans autre fondement qu'un premier nombre qui a servi de point de départ. Centuplez cette base.000 36.M2.000 ans. ou un calpa.000 Vous obtiendrez également ce nombre en prenant le carré de la période astronomique de 600 ans. Mille âges divins composent un jour de Brahma.000 ans. car ce carré est de 360. Ce nombre de /|32. le Cali-youga des Indiens. à l'expiration duquel a lieu le pralaya ou ia dissolu- tion du monde. 360. Puis revient la création. et vous aurez atec Bérose Jonr. chacune de 360 calpas ou jours. Or tout me semble prouver que ce premier nombre.000 TotaJ. On voit que tous ces nom- bres ne sont que le résultat de multiplications arbitraires.OOO est précisément. le maha-pralaya c'est-à-dire la destruction finale. par 10 et par des multiples de 10. qui dure également mille âges divins. que l'on n'avait pas encore soupçonné est le afros chaldéeu dont . et. suivant les Indiens. 000 ans. Alors commence. et qu'ils ont fixé la durée de l'univers et de son auteur à 100 années de Brahma. après quoi viendra. Aurore. Enfin on sait que les Brah- mes ont osé calculer de la même façon jusqu'à l'existence de Brahma.

Quoi! n'est-ce pas assez queMoïse. comme on a coutume de le dire. et même une chronologie. qui ne me paraît pas sans intérêt il relie entre elles età la Ge- nèse toutes ces périodes célèbres dont jusqu'ici on ne voyait pas le nœud. de rétablissement. Je signale aux savants ce résultat. et . ou les an- ciens auteurs chaldéeus dont Bérose nous a transmis la tra- dition. une histoire. de cycle achevé.la valeur astronomique est incontestable. un récit. est parfaitement marquée. par ce mythe d'Adam ce mythe de Gaïn. L'idée essentielle et caractéristique qui a servi de base à toutes ces supputa- tions repose sur ce nombre. que reste-t-il dans cette Genèse?Il reste une admirable et véritablement divine phi- losophie. là où il n'y a pas t'ombre de ces sortes de choses. Il reste la métaphysique la plus profonde et la plus solide. c'est la grande année. précisément parce qu'on a voulu voir des faits. Bérose. a notre sens. que l'on n'a guère comprise jusqu'ici. Ce nœud commun. La valeur historique ou chronologique si absurdement attribuée à la Genèse de Moïse étant ainsi complètement anéantie et éliminée de la discussion. avaient pris le carré de cette grande année et les Indiens avaient fait comme les Chaldéens. ait enrouté l'humanité par le peuple juif. parceque ce nombre exprime une révolution sidérale ramenant le soleil et la lune aux mêmes points du ciel. ce mythe de la race de Caïn el de la race de Seth. Il reste ce qui a été et ce qui sera à jamais le fonde- ment de la religion parmi les hommesla doctrine de la vie. ce profond philoso- phe. Moïse s'est contente de la période de 3600 ans. à qui il donna dans ses lois un reflet de sa métaphysique de la Genèse! N'est-ce pas assez que. il a pris simplement la semaine de grandes années.< l'année du rétablissement sidéral. où l'idée de retour.

Je veux par- ler du déluge et de l'humanité nouvelle symbolisée par Noé. Mais si vous voulez savoir en quoi consiste la vie. arrivé a sa dernière limite et à sou expression complète et définitive. engendre directement les castes (telles qu'elles pouvaient sortir de la sensation isolée de la connaissance et du sentiment) sous les noms de Jabal. ou la séparation par la connaissance égoïste. dans la généalogie de Seth. expose comment le mal de l'é- goïsme s'accroissant toujours sur la terre. et quelle est la science du bien et du mal. La liste généalogique de Caïn s'ar- rête là. Nous avons vu que. pour ne pas le comprendre. et de Tubalcaïn. paraît en effet consommé. Voilà. dans la généalogie de Caïn. étudiez les couches de vos montagnes. le péché d'Adam. continuant sa pensée. au reste. dans cette race. sachez comprendre Moïse ou Jésus. de Jubal. le Lamech correspondant au législa- teur du même nom dans la race de Caïn engendre Noé le ré- . par tout ce qui suit. ou plutôt étant arrivé à ses dernières limites. Dieu détruisit cette humanité. qu'il a fallu. auprès de cela. de me persua- der que cette interprétation est vraie et solide. et sauva une partie de la race de Seth pour former une hu- manité nouvelle. il nous ait appris véritablement en quoi consiste la vie. en quoi consiste le bien et le mal! Que serait-ce. Moïse. le législateur de cette race. que quelques chiffres de chrono- logie Moïse est le père de la religion. Si vous voulez savoir l'antiquité de la terre. Ce qui suit dans la Bible achève. Tout le mal que cette race pouvait faire. Lamech. est si simple et si clair dans la Bible. Le récit du déluge. un inconcevable aveuglement. ou des causes qui ont amené le dé- luge. comme di- vision et fragmentation du genre humain. Mais.

Qu'arriva-t- il donc? Un nouveau développement du mal. Voici le récit littéral de la Cenése. Abel. Cham. Je le diviserai en ver- je m'arrêterai besoin à chaque sets. quoique dans un ordre différent. la race de Caïn tout entière et une partie de la race de Seth. et au verset. l'inégalité. c'est que la race de Seth se mêla à la race de Caïn. et Japhet. suivant le récit de Moïse. Or. On sait qu'en Asie il y a généralement un nombre beaucoup plus considérable de . Car les hommes de la connaissance s'étant laissé corrompre par la volupté.» II est é^ ident que Moïse signale ici les effets de lavolupté effrénée et de la polygamie. Or. et s'étant alliés avec les hommes de l'égoïsme et de la sensa- tion. Sem. de même que Noé repro- duit Adam. Nous avons vu que la polygamie a déjà été flétrie par lui. pour réfu- ter les absurdes interprétations auxquelles ce texte a donné lieu « Chapitre VI. etJaphct. • des filles furent abondamment engendrées à lui. par le déluge. et Seth. l'égoïsme et la sensation l'emportèrent.parateur. Sem. L'homme se per- dit tout-à-fait. qui a trois fils. comme une invention de la race de Caïn. ne connurent plus de bornes. La propriété exclusive. Une humanité nouvelle parut sur la terre. La vraie cause du déluge. verset 1. Caïn. Dieu vit que l'humanité ne pouvait plus se sauver sans un prodige. et par con- séquent tous les vices et tous les crimes qui résulte-ut de l'égoïsme. la multiplication inégale et disproportionnée du sexe féminin. Cham. reproduisent. la tyrannie. Il en montre ici les effets. il arriva qu'Adam s'étant «livré à la dissolution dans l'acte de multiplier sur la terre. et s'accrurent de tout ce que la science put leur fournir d'armes nouvelles. Il anéantit donc.

ont reconnu que la multiplication inégale des femmes devait être attri- buée à la polygamie s'étonneront peut-être que Moïse fut aussi savant qu'eux. Je dis donc que ce verset a le sens que je lui donne. Le texte hébreu exprime positivement qu'il s'agit d'une multiplica- tion abondante et disproportionnée du sexe féminin par rap- port à l'autre sexe. je crois. En un mot. certes. et ils prirent pour eux des «épouses de toutes celles qu'ils chérirent le plus. La traduction de la Vulgate Cumque cœpissent homines miilliplicari super terrain et fitias procréassent n'a absolument aucun sens.» Voilà une expression les fils de Dieu. dans ces derniers temps. en effet. que Moïse ait écrit un non-sens pareil à celui-ci «Après que les » hommes eurent commencé à se multiplier sur la terre. » II est bien sllr qu'ils ne pou\ aient se multiplier sans engendrer des lilles. Les Hébreux. et a qu'ils eurent engendré des filles. qu'ils voudront bien ad- mettre.femmes que d'hommes. et où il y a dix femmespour un hom- me. Moïse continue à faire l'histoire des effets de la chute d'Adam. Ce même texte exprime que cette multi- plication disproportionnée provenait de la dissolution d'A- dam dans l'union des sexes. Et les fils de Dieu considérèrent ces filles d'A- »dam. des notions plus élevées et plus profondes que n'en eut son peuple sur la vérité et le prin- cipe des choses. pratiquè- rent la polygamie. Les savants qui. qui avait. qui a donné lieu . sans doute. « Verset 2. que Moïse ou les prêtres égyptiens avaient réfléchi sur ce point. mais il y a tant de science et de pro- fondeur dans tout le Pentateuque. quoique dans des limites plus restreintes que beaucoup d'autres peuples de l'Orient. et les trouvèrent belles. Mais il s'agit ici de Moïse. Est-il possible. On cite sur ce continent tel pays où règne la polygamie.

de la métaphysique. -M ™û erav. Il est clair qu'il s'agit de la race de Seth. a donné introduction à toutes sortes d'opinionsabsur- des qui règnent encore aujourd'hui.à une multitude de rê\eries. exacte. fitii Dei. en traduisant o. Au lieu de voir le sens bien simple de cette dénomination. Moïse. du moins dans les dix premiers chapiti es. ont donné lieu à bien des folies. C'est par là que la Genèse. continuant à décrire les suites du péché d'Adam. vient de dire qu'Adam s'étant livré à la polygamie et à une volupté effrénée. différents de l'huma- nité Ce sont des anges assurément. et dévots et savants ont cru découvrir là une foule de mys- tères. Seulement l'explication philosophique qu'elh. ont dit les uns. et de l'histoire philosophique (1) où il n'y a pas un mot d'anges et de démons.ûre du mut. C'est île cettefaçon qu'on peut considérer ce livre comme une histoire philosophique des commencements de l'humanité. à mi degré quel- conque. et les comprend en leur donnant religieux. . Les Septante et la Vulgate. chronologique. La Genèse. Dans laquelle des deux races de Caïu ou de Seth. il en résulta une grande multiplication des femmes. (1) J'ai (ht et proiué plus haut que c'est peine perdue de chercher dans la Genèse des traces d'histohe piécise. Les Gnostiques ont vu leurs Éons dans ces fils de Dieu et peut-être les anges et les diables ne se seraient-ils pas introduits facilement dans le Christianisme sans cette porte que la Genèse mal com- prise leur laissa ouverte. sens renfeinie se i elie à d'antiques traditions. L'antiquité hébraïque ne s'était pas trompée à ce point La version samaritaine traduit les enfants des forts des dominateurs. il y a donc des fils de Dièu. Pent- être des démons. où tout est admi- rable sous le rapport du réel comme sous le rapport de l'i- déal. l'imagination s'est exaltée. n'aiicnd'histoiique dans l'acception 01 din. On s'est dit les fils de Dieu ont aimé les filles des hommes. où il n'y a pas un mot qui ne soit de la science. ont répondu d'autres. Le targiim chaldaïque Les fils des chefs de la multitude.

pour qu'il dé- »eline de plus en plus et se perde entièrement. je ne prodiguerai pas »éternellement à Adam mon souffle vivifiant. mais d'hommes. La Vulgate traduit Non permanebit spi- ritus mens in homme in œiernum. Et Jéhovah dit Non. eruntque . du verset précédent. des deux races sorties d'Adam. car il n'est »que chair. Cette qualification de race sainte. ni d'êtres fantastiques d'aucune espèce. à cause du péché même d'Adam et des suites de ce péché. ni d'anges. doit être pour lui la race du péché. voyant que les deux races se sont mêlées. qui n'est que chair. et qui. c'pst-a-dire de filles dont la naissance exhubcrantc et disproportionnée eut lieu par suite de l'a- handou de l'unité et de l'établissement de la polygamie. Sa durée sera cent vingt ans. ni de démons. ou les fils de Dieu. quia caro est.cette multiplication avait-elle eu lieu? Certainement dans celle de Caïn qui ne suivait que la sensation. des hommes. contre Adam. de l'humanité. ou la race d'Adam. Et de là cette expression de filles d'Adam. ne sont autres que les enfants de Seth.» Ce verset achèverait. ou d'en- fant de Dieu. avait institue la polygamie. se place sous l'invocation de Dieu lui-même Istccœpit in- vocare nmnen Domini. dans ce qui précède. Donc Moïse. Dieu. doit appeler ici la race de Seth la race sainte. s'irrite contre l'humanité. en contraste avec celle de fils de Dieu pour caractériser les en- fants de Seth. le fils de Seth. comme nous l'avons vu. <• Verset 3. tandis que l'autre race qu'il vient d'appeler Adam. de prouver que les fils de Dieu. n'est-elle pas d'ailleurs expliquée et justifiée par cet autre verset de la Bible où /Enosh. Il ne s'agissait donc. voulant exprimer que les lils de Seth s'abandonnèrent aussi a la polygamie et s'unirent à la race de Caïn. au besoin.

et dont la domination et la vio- lence ne connait pas de borne. Les hellénistes ont bien en- trevu ce caractère 'de monstruosité que Moïse donne à ces ncphihm dont il parle. en bien ou en mal. ceux-ci furent «les puissants. et que le sens de tout ce chapitre est devenu complètement inintelligible. Aussi les étymologistes l'ont– ils rappro- ché avec raison du mot nolntis. élevée au-dessus de toutes les autres. qui écrasèrent pour toujours les autres de » leur tyrannie. Mais ce malheureux mot de giffantes. par lequel il a rendu le mot hébreu nep/iilim. itlœqut. il en est résulté qu'on a vu là des géants véritables. qui ramènerait l'homme au-dessous de l'animalité. Le radical de ce mot nepkilim expri- me l'idée d'un chose à part. » Voilà encore un verset qui a donné lieu à bien des con- jectures absurdes. Le sens est conservé dans cette version. S. car après que les fils de Dieu se furent n unis avec les filles d'Adam. a été une source d'erreurs. seulement la Vulgate a omis ce trait im- portant de la détérioration toujours croissante de l'homme.dies illms centum vigenti annorum. mais n'ayant pas trouvé d'autre sy- nonyme que celui de géants. Postquam enhn ingrtssi sunt filii Dei ad plias Iwminum. il exprime évidemment des hommes puissants il l'excès. Pris en mauvaise part. Jérôme conserve jusqu'à un certain point le sens général en traduisant Giganles autem erant super terram in diebus illis. 'i ferxet II. ce que Jéhovah veut empêcher et prévenir. pour le sens et pour la ra- cine. viri famosi. 11 y av ait en ce temps des monstres de domi- » nation sur ]a terre. Il suflit de considérer . Ce mot lui-même veut dire des hommes supérieurs. et qu'ils eurent engendré des » fils qui participaient de ces deux origines. genuerunt isti sunt potentes a seculo.

Il pouvait ar- river plus mal à l'homme. les hommes qui primitivement s'étaient placés sous l'invocation de Dieu. Car les enfants sortis de ces unions participaient des deux races. le droit du plus fort. et à l'engendrement des castes. Moïse continue toujours à décrire les suites du péché d'Adam. et de tyrannie. La race de Caïn. » S. Jérôme a supprimé cè rap- port caractéristique. les enfants de Dieu. voyant cette grande multiplication des femmes que la volupté et la poly- gamie avait produite dans la race de Caïn. Car si les hommes de la connaissance. dit la Bible. Or que résulta-t-il de cette nouvelle famille? Il en résulta. des monstres de domination. comme les fils de Dieu. ne purelft pas résister à l'attrait. ils brisèrent cette unité que Dieu avait établie en créant primitivement l'homme androgyne. Ils sortirent de l'unité sous le rapport du mariage. qui pourrait résister à la science tournée vers le mal ? Or c'est ce qui arriva. du péché d'égoïsme dans la connaissance.un peu attentivement le texte pour s'apercevoir que ces géants prétendus sont. ils s'allièrent aux filles du péché aux filles d'Adam. il devait en résulter un immense surcroît et comme nn déluge de mal. car le texte dit «Apres que ces filles d'Adam eurent engen- » dré selon ces fils de Dieu. a Adam. Il n'y en a pas trace dans la Ceiièse. de puissance. La version samaritaine en reproduisant. arrivée à l'établissement de la législation de Lamech. Il y a dans le texte l'indication précise du rapport de cette nouvelle génération aux deux races dont elle était sortie. le mot même par lequel elle a rendu le . En effet. dont on a fait des anges ou des démons. venaient aussi à tomber dans la corruption. dit Moïse les fils de Seth. a la fin du verset. le produit d'une mauvaise version. n'était pourtant pas encore au fond du gouffre creusé par le péché.

sa manifestation divine et qui tend vers le bien. 11 n'y a rien. Les philosophes du dernier siècle n'ont pas manqué non plus de s'emparer de cette accusation contre la doctrine de Moïse. et que toute pensée sortie de son cœur versait le mal. et que sa propre manifestation. Et Jéhovah retira »à soi le souille dont il avait fait Adam sur la terre. mais l'homme étant sorti. « Versets 5 et 6. Dès les premiers siècles du Christianisme. » On sait que la Vulgate a traduit que Dieu se repentit d'a- voir fait l'homme Pœnituit eum quod hominem fecisset in terra. qui reste la suprême connaissance et l'amour infini. par les pro- grès croissants de l'homme dans la voie de l'égoïsme et de l'inégalité. juge. que l'homme est perdu sans retour. Il suffit qu'il retire son souffle pour que les créatures meurent. Dieu n'est pas seulement créateur. il est conservateur. dans les expressions de Moïse. et étant devenu jusqu'à un certain point un être in- dépendant et abandonné par Dieu à sa liberté. à lui Jéhovah. et le versait » d'une manière irréparable pour toujours. Dieu cesse donc d'aimer Adam et de . il existe dans les êtres d'une façon immanente. va être entmée à jamais sur la terre par l'homme. il en résulte que Dieu. Dieu ne se repent pas d'avoir fait l'homme. et il se » contracta en son propre coeur. Et Jéhovah considéra que la méchanceté «d'Adam se multipliait avec violence sur la terre.nephilim du commencement. du gouvernement absolu de Dieu. les hérésiarques remarquèrent cette horrible inconvenance d'un Dieu qui se repent de son omrage. par la connaissance et la distinction. aussi bien que l'activité inlinie. La doctrine de Moïse est celle de l'émanation. achève de nous montrer le sens parfaitement clair de tout ce passage. d'indigne de la majesté divine.

en se repré- sentant Noé comme uajusle qui trouva grâce devant Jého- vah. il y a une raison plus profonde qui fait que Noé trouve grâce devant l'Éternel. prévoit-il par un esprit prophétique. relativement à l'homme. cette existence d'Adam. en disant: Celui-ci » nous reposera ( en hébreu naocm) de notre œuvre et du » travail de nos mains. et on croit avoir une solution suffisante de ce problème. depuis Adam jusqu'au quadrupède. » (1) Chap. car j'ai renoncé à me mani- »fester en eux. qu'un homme nouveau vient de itfiitre Et Lamech en- » gémira un fils.» Qu'est-ce que Noé? Assurément c'est l'humanité nou- velle. l'humanité d'Adam s'étant'abîmée dans le mal. c'est le nouvel Adam. dans la pensée du philosophe Moïse. en exterminant la plus grande partie de l'humanité primi- tive. plus heureuse ou moins coupable ?7 On se satisfait ordinairement à cet égard. Mais Noé trouva grâce aux yeux de Jého- » vah. Et Jéhovah dit J'effacerai. sur la terre que Dieu a maudite (1). quand ce fils lui nait. dans son repos. et il l'appela Noé. Il rentre. ou plutôt fait surgir une humanité nouvelle. et ayant mérité de périr par le déluge. «Fersets 7 et 8. c'est-à-dire que l'Eternel laisse subsister l'bumanité. » au reptile. que j'ai créée je l'effa- » cerai de dessus la terre. comme disent les Indiens. au moyen »de l'eau. qui veut dire repos? Pourquoi. . Mais ecrtes. Mais quoi! l'humanité primi- tive. à l'oiseau de l'air. vers. comment cette humanité nou- velle sera-t-elle.se manifester en lui. V. Pourquoi Lamech (Ic Lamech de la race de Seth) donne- t-il à son fils Noé ce nom. aux yeux de Dieu. 19.

au lieu de nous consolera. et consolerait ainsi l'huma- nité. bobraice Noah. suivant eux. dans ce nom donné à Noé. Dîctwrm. Fabre d'Olivet montre. Etymotogicum. et la Genèse. Le préjugé vulgaire qui. comme tous les lexiques d'ailleurs l'interprètent (2). dans ses rêveries d'alchimiste. Noé. quievit. offre l'idée de ce repos parfait qui résulte. l'agri- culture. Vraiment ceux qui ont réduit le sens de ce nom à ce que Noé inventa.Ce nom. Le sens que la Bible attribue à ce nom symbolique est donc bien repos.) . Fabre d'Olivet. D'un autre côté. Fungeri. pour • -I Une chose longtemps agitée en sens contraire. du point d'équilibre qu'elle rencontre. qu'il décou- vrirait la vigne après le déluge. ne saurait jamais être entièrement divulgué. attribue à la Bible d'avoir voulu exprimer. (2) aNoe. ont bien peu compris les sublimes pensées de Moïse. obtinuit nomen suuma \eibo naue. c'est donc l'humanité arrivée à un certain état de repos ou d'équilibre. Mais l'hébreu. et où elle demeure immo- » bile. dans les radicaux qui composent ce nom. ou même à ce qu'il planta la vigne. dit posi- tivement nous reposera Cessarc aut quiesccre nos faciet ab opere nostro (1). voit dans Noé le sommeil de la nature. est complètement ridicule. qui. » Noé. en faisant sortir ensuite tous les peuples connus à cette époque de (1) Robert Etienne. ou la nature livrée au repos de l'existence. Jérôme.La Vulgate traduit Iste consolabitur nos ab operibus et laboribus nianuum nostrarum in terra rui maledixit Do- minus. suivi de V existence. dit-il. et rentrant dans un état «dont le mys- » tire. d'après sa méthode. » dit-il. c'est bien l'humanité. en s'égarant par une autre route. d'ac- cord avec la version de S.» n'a pas mieux compris Moïse. (J. le signe de l'effort.

v. il y avait. expri- ment l'action de nager. vaux-tu mieux que No. que les Babylo- niens délruisiient. etc. et à qui » limer sériait (le nroiailiwl»(Ch. En Égvpte.)J . ait à définir scientifiquement ce que c'est qu'un vaisseau. Tous ceux qui s'occupent de linguistique aujourd'hui. dont ta mer était le rempart. à l'embouchure du Nil. vers l'endroit où Alexandre fonda Alexan- drie. ne vous dira-t-ilpas tout de suite que c'est un corps qui se tient en équilibre dans l'eau? 9~ Si les mots latins et grecs. ou qui veulent dire un vaisseau. en grec et en latin. l'idée qui a déterminé leur emploi est donc toujours cette idée d'équilibre que Fabre d'Olhet (1) La Bible elle-même fournit une sorte d'intermédiaire entre le nom de Noê et les mots qui. et des mots qui.Noé. expriment l'action de nager. située au milieu des » fleuves. n'ont pas pour radical l'idée S équilibre. de naviguer. 8. La Bible appelle souvent la basse Égjpte le pays de No. Or le nom de cette Nille parait avoir été lire soit de sa situation au milieu des eaux. qui était environnée d'eaux. en effet. Cette analogie est loin d'être sans fondement. Qu'un physicien. dans la haute anliquité. montre assez qu'il s'agit de l'espèce humaine. une ville appelée No. III. Quelques savants ont paru frappés de l'analogie remar- quable de ce nom de Noé. navis. vtriç. Mais c'est l'espèce humaine arrivée à un état d'équilibre. que nous menons de citer. dit le prophète » Nahun s'adressant à Ninhe. et leurs analogues dans les langues japliéliques. comme d'une tige commune. ont la signi- lication qu'ils présentent. Mais nous demanderons si ces mots mêmes qui expriment l'action de nager. de naviguer. savent que les prétendues différences infranchissables qu'on avait voulu établir entre les langues qu'on appelle sémitiques et celles qu'on dérive du sanscrit n'existent pasà une certaine pro- fondeur (1). viu. et nous ne la repoussons pas. en latin ou en grec. pour désigner le personnage mythique qui survit au déluge en surnageant au moyen d'un vaisseau. soit de la navigation qui s'y faisait « Vaux-tu mieux que No. ou signifient un vais- seau no.

Ils ont un fond et une forme. une pensée profonde qui a tou- jours été confusément entrevue. a revêtu son idée d'une forme empruntée à des tra- ditions de déluge. comme la science et l'art. Ainsi. c'est qu'il y a. il est bien certain. J'expression même de la vie. Mais il n'en est pas moins vrai que Moïse. On a dit souvent que les langues ont d'abord été uni- quement concrètes. que ce mythe de Noé exprime tout autre chose au fond que l'histoire d'un homme sauvé du déluge dans un vaisseau. Les langues sont. et qu'elle a adoptés. et que la Bible constate d'ailleurs elle-même en interprétant le mot de Noé par repos. dans l'invention des langues. Si cette histoire a tant frappé les hommes et est devenue si universellement célèbre. et que les mots. La métaphysique s'y joint a l'art. ont exprimé des objets sensibles. Il en est encore des grands mythes que l'humanité a trouvés. et que le nom de Noé se trouve ainsi en . une signification cachée et une expression à découvert. croit retrouver dans les radicaux hébraïques. bien qu'elle n'ait pas été encore nettement saisie et déterminée. Cette manière de s'expliquer l'origine des langues est fort superficielle. telle qu'elle est racontée dans la Genhe. selon nous. comme des mots. que le fond et la forme semblent être identiques et ne composer qu'un seul tout. sous cette histoire. ou l'auteur quel qu'il soit de la Ce- nhe. les radicaux primitifs ont toujours exprimé un sens général et une multitude de sens particuliers en rap- port avec cette idée générale. L'invisible et le visible se réunissent dans tout phénomène de la vie et de même. un sens profond et un sens vulgaire. et ils sont d'autant plus admirables et admirés. avant d'avoir un sens abstrait.

voulant exprimer que Noé. et de l'autre. Ces deux races. né le premier. L'attrait de la volupté avait été la cause de ce . et à l'humanité naviguant dans une arche mystérieuse au-dessus des eaux du déluge. et Seth. avec cette tradi- tion d'une humanité sauvée du déluge. c'est qu'il commence par déterminer le. exprimée par ce radical. avait tué l'homme du sentiment: Caïn avait tué Abel. parce que ses éléments étaient justement équilibrés. Il dit que Noé sera l'homme qui fera reposer l'humanité. du sentiment. Il n'était donc resté sur la terre que.rapport. Mais soyons sûrs que Moïse n'a pas voulu seulement nous transmettre la tradition du déluge. sens même et l'étjmologie de ce nom de Noé d'après l'idée métaphysique et morale. deux races. Il était sorti d'Adam trois fils ou trois races. L'homme de la sensation. la race de Caïn et la race de Seth. s'étaient mêlées. c'est l'humanité arrivée à une con- stitution nouvelle et à un état d'équilibre intérieur et de repos. et de la connaissance Caïn Abel. après avoir marché longtemps isolément. répondant aux prédominances de la sensation. car l'idée à' équilibre. et que le sens moral et métaphysique l'occupait encore bjen plus dans ce récit mythique que les traditions qu'il faisait coïncider avec son idée. constituée d'une façon normale. assise enfin et sauvée de sa ruine. pouvait convenir également et à l'humanité régénérée. dans cette histoire de l'humanité con- tinuée depuis Adam. Le radical primitif du mot Noé se prêtait à la fois à ces deux significations. comme tant de savants se le sont imaginé jusqu'ici. La preuve qu'il en est ainsi. d'une part avec l'idée morale ou métaphysique que Moïse veut exprimer.

. mais très-nettement néanmoins. qui explique comment Dieu. une explication. Une petite fraction de l'humanité est sauvée.mélange. sur ce point encore. Et il engendra trois fils. une justification de cette contradiction. dans le gouvernement du monde par Dieu. plus de corruption. mais modifié. Cum Deo am. et Japhet. Il marcha avec « Dieu. y a-t-il une transformation véritable de l'homme ou de l'humanité. Mais Noé trouva grâce devant Jé- » hovah. et 10. D'Adam à Noé. de (1) Vulgate Ne vero invenit gratiam coram Domino. Sem. plus de mal.voulant perdre Adam. Mais. et les trois fils d'Adam se nomment Sem. cette raison elle est indiquée. Noé fut l'homme » juste et accompli dans ses générations. Voici venir les générations de Noé. voulant perdre l'humanité. Adam se nomme Noé. à nos yeux. Et genwt ires filles. dans les versets de la Bible qui suivent ceux que j'ai cités tout à l'heure « Versets 8. le mythe de Moïse bien au dessus de toutes les attaques et de toutes les critiques. et Japher. Il n'était résulté de là que plus d'inégalité entre les hommes. dans le récit biblique. Je la dirai en deux mots. 9. Le déluge vient coïncider. Cham. IVoe tir juslus alque perfeclus futt m generatwnibus suis. Cham et Japbet(l). Oui il y a une raison très-forte et très- victorieuse qui. avec cette complète perdition du genre humain. met. Iltr sunt generationct Noe. laisse pourtant vivre Noé. Cham. hulavit. un peu mystérieusement sans doute. l'être humain collectif? Y a-t-il. » Quand j'aurai dit au lecteur que le nom de Japhet a pré- cisément le même sens que celui d'Abel. laisse pourtant survivre l'humanité. dis-je. cette fois. l'être humain collectif. Sem. que les adversaires de la Bible n'ont pas manqué encore de reprocher à Moïse ?2 Il y en a une.

dans l'humanité nouvelle. comme dit l'hébreu. la justice. revit dans Japhet. dis-je. détruit bien réellement cette première humanité. dans le mythe de la Genèse. c'est que.Bible ajoute « Il marcha avec Jéhovah. que Noé fut un juste cela veut dire ( ce que la Yulgate. tué dans la première humanité. l'homme de la connaissance. par le cercle de ses générations. expriment très-littéralement) que Noé fut juste dans ses générations c'est-à-dire qu'il manifesta. entre Adam et Noé. de cetteexpression en apparence si étrange: « Noé fut l'homme juste et parfait dans ses générations. et qui n'avait pas laissé de pos- térité. Et voilà pourquoi aussi la. une grande analogie et en même temps une profonde différence bien nettement caractérisée. ou entre les deux genres humains d'avant le déluge et d'après le déluge. en parlant de Noé. où do- minait l'homme de la sensation. l'homme de la con- naissance que l'homme de la sensation.» Dieu. Abel. l'ordre. la perfection. dans l'ordre où ces trois géné- rations sont invariablement placées dans la Bible. et où Seth. puisqu'il fait sortir de cette humanité primitive une autre humanité. ou le type de cette première humanité. se trouve avoir détruit réellement par le déluge la race incomplète d'Adam. Car Noé. avec sa famille com- plète en trois générations. Dieu. et mieux encore le texte hébreu. n'avait pas son lien naturel avec son frère Caïn par leur frère à tous deux. Abel. Voilà pourquoi la Bible se sert. même que le nom de Sem répond au nom de Seth modifié et que le nom de Cham reproduit le nom de Caïn modifié il me semble que le lecteur verra clairement. » Cela ne veut pas dire comme on l'entend ordinairement. Caïn ou Cham ne vient qu'après. et qu'enfin l'homme Assentiment. La dif- férence. en effet. est une . le premier né de la famille humaine est Seth ou Sem.

V1IJ. en- »gendraSem. engendra Sem. VI vers. tes fils et les femmes de tes fils avec toi. la génération de Caïn. par ses trois générations rangées dans l'ordre où elles sont ran- gées. normale. 10 Et Noé eut trois fils. et organique. »Chap. la Bible qui. et Japhet. une humanité nouvelle. à tous les autres patriarches. ses trois géné- rations l'accompagnent. et . L'intention de l'écrivain sacré. ne donnait qu'un seul enfant. est net- tement indiquée comme successive. quand elle arrive à Noé. l'homme régénérateur. il n'en est pas de même pour Noé. Cham. avec Jéïiovah parce que ses générations furent d'accord avec la disposition providentielle de Dieu sur l'humanité. et Japhet. pour représenter.humanité nouvelle. d'Abel. Ainsi. à l'âge de cinq cents ans « Et Noé. Et c'est ainsi que Noé marcha. Aucun intervalle dans ses générations. 1 Et Dieu bénit Noé et ses fils. lui en donne trois. 1 Et l'Éternel dit à Noé Entre. est marquée jusque dans les moindres détails. Vil. pour Adam. IX. » et Japhet. tandis que. » Partout où Noé est nommé dans la Bible. suivant la belle expression de la Bible. 16: Dieu dità Noé Sors de l'arche. vers. âgé de cinq cents ans.1 »toi et ta femme. loin de là. par exemple. Cham. Sem. Cham. et n'arrive qu'à des in- tervalles que le récit exprime ou suppose. parce ac- «compli et parfait dans cette génération. » Chap. et de Seth. et toujours dans le même ordre «Ctutp. comme pour indiquer que leur simultanéité et leur connexion fait la perfection de Noé. 32 Et Noé. âgé de cinq cents ans. toi que je te vois »et toute ta famille dans l'arche. nC/iap. » Chap. V vers. vers. vers. c'est-à-dire la significa- tion qu'il prétend donner de Noé.

c'est-à-due la triade déve- » loppé* ou décomposée de cette unité collective. (1) Vulgate De Sem quoque nati sunt. et Japhet. on s apermra bif ntût que . vers. Abel.» Cet ordre de génération. l'énumération de la postérité des trois enfants de Noé commence par la postérité de Ja- phet.» leur dit Croissez et multipliez et remplissez la terre. disant Voici j'établis mon alliance a\cc vous » et avec votre postérité après vous. desquels tonte la terre fut peuplée. 1 Voici les générations des enfants de » Noé Sem. qui pater est (minium flUorum fleGer. » Dans ce dernier chapitre. qui met en tête l'homme de la connaissance et de la science. c'est-à-dire de l'humanité arrivée à un cer- tain équilibre et à un certain repos (2). X. Cham. (2) Fabre d'Olivet avait aperçu qu'il devait exister un rappoit entre les trois générations de Noé et les trois générations d'Adam «11 est sans doute » très-dillicile. et Japhet. 18 et 19 Et les fils de Noé qui » sortirent de l'arche furent Sem. le se- cond et enfin celle de Sem. » Chap. fournit donc incontestablement le secret de ce mythe de Noé. vers. l'écrivain biblique a bien soin de remarquer que Sem était l'aîné « Et des enfants naquirent à Sem. majore. nati sunt fdii. ensuite l'homme de la sensa- tion et de l'activité physique. Mais. palri omnium filiorum HeOer fra- tre Japhet. arrivé à Sem. et «l'aîné (1). comme s'il craignait que cet ordre inverse ne trompât le lecteur. 8 Dieu parla aussi a Noé et à ses » fils avec lui. le dernier des trois puis vient celle de Cham. et (rater majm' zzntu ip- sius Japhet. Et. souche de toute » la race d'Hébcr (les Hébreux). de savoir ce que Moïse a caché sous les noms sjmbo- » liques de Cam. et frère de Japhet. vers. » Même chapitre. sMcme chapitre. Robert Etienne ttaduit plus positivement encore Ipsi quoque Sem. et enfin l'homme du sentiment et de l'art. Cham. je le répète. Ce sont »là les trois fils de Noé. dit-il. et SeUi mais si Ton veut admettre que ce soient les » trois piiucipes constituants de l'être appelé Adam.

dans l'huma- nité de Noé. apies a>oir posé le i-appoil généial des deux triades. Sem. Il soupçonna la composition du mjtlio. que Cham. et que ces personnages cosmogoniques se rap- n portent les uns au\ autres. remplace l'humanité d'Adam par l'humanité de Noé. c'est la connaissance qui est en tête voilà un grand changement. l'homme de la sensation. tandis qu'il est si mamfesle qu'ils'agit dans ce lit re de l'humanité. dans la Bible. il n'y a aucune contradiction à ce que Dieu. qu'il nomme le second. qui lepondà SetU. est Caïn lu Seconde. il commence par se tromper «La première production d'Adam après «sa chute. Moïse. une sorte de li\re d'alchimie. l'humanité. Selli. il est impossible de paraître plus près de la \étite que Kahie d'Olivet ne le païaît ici.iu\ sjstùme qui lui faisuit entrevoir. qu'il a nomme le premier. Aussi. toujours trompé par l'étrange sjstf'me qu'ils'était fait. . la tioisitine. Cham est le second des enfants de Noé. est développée complètement dans ce genre humain de Noé tandis que cette même triade était brisée et privée d'un de ses termes dans le genre humain d'Adam. à être le serviteur denses frères. et Japhet. soit l'humanité ré- parée. une grande transformation. con- » sene avec lui le uiÊine rang. et Cham. ré- pond à Cam. Cette nudité de Noé dans l'ivresse. 11 ne faut pas en accuser sa pénélialion. » Ce n'est pas là le 1 apport. Malheureusement. mais son faux système lui en déroba complètement l'intelligence. «qu'ila nommé le second dans l'autre. que. On conçoit. et pourtant Noé l'appelle le moindre de ses enfants etil le condamne. sans pouioirse l'expliquer. homme ou huma- nité. quand il \eul en rappiother les termes deux à deux. Dans l'huma- nité d'Adam. dans l'idée de Moïse. sous ces noms sjmboliquos de la Bible. Jîiphet. il n'alla pas plus loin qu'à sai- sir cette coneoidancc des générations d'Adain et des génération* de Noé. La triade constituant l'être humain. pai des raisons très-fortes. dans sa postérité. qu'il nomme le premier dans cette occasion réuuud à Abel. Abd. certes. ainsi con- duite vers ses destinées par la science. Celte seule erreur dans les détmninatinns mondecombien ï'abie d'Oli\et était loin de la vérité.cela étant. sont les pùncipes consti- » tuants de l'ëtie appelé Noé. Smi. révèle. dit-il. tandis » les noms symboliques de Cham. la sensation égoïste était en tête. inteneitit Tordie des similitudes dans les productions » de î\oë. mais le f.» Certes. Au surplus. ce sens du mythe de Noé se montre manifes- tement dans la malédiction de CLam par son père..

connut ce que lui «"avait fait le moindre (2) de ses enfants. Le texte hébreu. et nun pas minor natti. le Dieu de Sem. présente de cette façon même l'invention de Noé « Et Noé affranchit l'homme de la terre.que Sem et Japhet s'empressent de la voiler.Noeex vuui cum dtdictssetquœfecerat ei filius suus min. et il plante la vigne. comme le Dionysos de l'Inde et de la Grèce. voilent pieusement leur père dans l'ivresse Et Noé. Alors Cham. qui est une accumulation de contre- sens a malheureusement jeté une ombre de ridicule sur ce magnihque symbole. . à cause de son ignorance. ainsi que la subordi- nation de l'homme de la sensation aux deux autres. lequel diri- » géra sa demeure vers les tabernacles de Sem et Chanaan » sera leur serviteur (8). Sa faiblesse se montre par l'abandon de sa personne et par sa nudité. txercere terram. et habitel m tabcrnacuhs Sem sitque Chanaan servus ei. et que Cha- » naan soit leur serviteur. Dieu dilatera Japhet. au Maledictus puer thanaanl servus servorutn erit fra~ tribus suis. sont (1) La mauvaise traduction de la Vulgate. est un symbole facile à comprendre. • et il cultiva la vigne (1). les hommes de la connais- sance et du sentiment. Noé. revenu de son délire. » L'alliance de l'homme de la con- naissance et de l'homme du sentiment. et ptamamt vitieam. l'enivre. son fils. (2) Le mot employé dans le texte ne peut s'entendre que dans ce sens d'in- férioiité. cherche dans la nature physique une force qui affranchisse l'homme. La Vulgate traduit a\ec raison films suus mmor. et Japhet habitet in tento- nis Sem Chanaan vero sit eorum servus. Il » dit aussi Soit béni Jéhovah. Cœpitque Aoc.» Mais cette force qu'il vient de découvrir au sein de la nature physique. réagissant contre lui. Robert Etienne Dilatet Deus Japhet. Et il dit Maudit soit Chanaan il sera le serviteur infime de ses frères. Dixitque Benediclus Oomums Deus San! sii Chanaan servus ejus.Dilatet Deus Japhet. tir agricola.mais son fils correspondant à la sensation expose à tous les regards la dégradation de son père. dans son laconisme expressif. (3) Vulgate Jlvigtlansaulem. tandis que Sera et Japliet. et le fait délirer.ar.

dans ces paroles de Noé. et que veut dire cela? S'ils avaient saisi l'essence métaphysique de ce mythe. Dieu est-il le Dieu (le Sem. Le sens profond de ces noms de Scm. N'ayant pas la clé de ce symbole pas plus que de tous ceux qui le précèdent dans la Genrse. l'ancien Adam dans sa faute. et Sem se rapportant à la connaissance dnas l'homme. de la manifestation. du fait. ils auraient compris qu'il n'y a. et Japhet. ils se sont demandé Pourquoi.1 d'où vient-elle à Noé. ne . assurément. ni partialité. l'homme de la sensation. Cham. dans cette malé- diction et dans cette bénédiction de Noé. il dégrade l'hu- manité. ont-ils fait jusqu'ici le désespoir de tous les commentateurs de la Bible. qui est l'ancien Caïn. étant l'homme de la connaissance dans le corps social ou politi- que. pour cela même. commet une faute nouvelle. bien évidemment indiquées par ce symbole. Mais ces trois fils étant à eux trois l'unité humaine. et il condamne l'homme de la sen- sation à être le serviteur de ses frères. pourquoi Jéhovah est-il particulièrement ou plu- tôt uniquement le Dieu daSem? Est-ce que Dieu n'est pas le Dieu de tous. qui enseignera Dieu. il est bien évident et bien certain que c'est lui qui con- nait et qui enseigne. de Japhet. Cham. le Dieu des trois frères. Les animaux. ni injustice. tout autant que de Sem? Quelle sin- gulière partialité. est largement répandu dans tous les versets que nous venons de citer. et cette fois contre son père. L'homme de la sensation. ni division établie par lui entre ses fils. du savant et de l'artiste. Aussi ces versets. et que c'est lui par conséquent qui a le dépôt de la science de Dieu. Alors Noé établit dans sa race une alliance de l'homme de la connaissance et de l'homme du sentiment. et même du malheureux Cham. bien que Dieu les gouverne ne connaissent pas Dieu. Ce n'est pas Cham.

. Quant à Japhet. Il est le dernier né des trois. d'élever avec lui l'humanité. Sem. ne s'était-il pas mis tout d'abord sous la protection de Dieu. le rôle de Sem. savoir que Japhet est l'homme du sentiment. en effet. le Seth de l'humanité antédilu- vienne.Les commentateurs de la Bible n'ont pas pu comprendre le sens de ce verset. l'invisible. et l'un d'eux dé- clare que c'est une énigme indéchiffrable. il est ce lien nécessaire détruit par le meurtre d'Abel dans l'humanité an- tédiluvienne. La race de Seth n'était-elle pas. l'artiste. c'est-à-dire l'infini. c'est-à-dire l'homme qui connaît et enseigne Dieu. et lui Japhet. il tient de l'une et de l'autre. il est venu après Sem et Cham. pour comprendre cela. son rôle est de mar- cher avec son frère Sem de l'inspirer et de s'inspirer de lui. il est vrai. Mais enfin il n'a pas à remplir et ne saurait remplir le rôle de l'homme de la connaissance. C'est Scm qui est particulièrement l'homme de Dieu. puisque Sem ou Seth est la connaissance. Ce n'est pas non plus Japhet. l'homme du sentiment. l'éternel. le poète. Il participe trop de son frère Cham. et n'avons-uous pas vu ses enfants appelés ensuite les fils de Dieu? Il est donc naturel que Noé appelle Jéhovah le Dieu de Sem. Cham est l'objectivité. l'homme de l'art et de la poésie. Il faut. Il sert de lien. la race de Dieu ? jEnosh le fils de Sem.saurait découvrir par lui-même l'Être. l'homme de la passion. Voilà ce que la Bible exprime admirablement dans son style lyrique « Japhet dirigera sa demeurevers les » tabernacles de Sem. et d'empêcher Cham de la dégrader. dans tous les pre- miers chapitres. qui connaîtra par lui-même et en- seignera Dieu. c'est encore Seth. et son mode résu