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" SA GÉNÉRATION, QUI LA RACONTERA ?

"
Is 53, 8 b

L'EXÉGÈSE DES PÈRES

Dans le texte hébreu du livre d'Isaïe, le fragment de v. 53,8


n'est point la parcelle la plus facile d'un passage hérissé de
problèmes. On perçoit bien qu'il s'agit d'un détail du traitemen
humiliant subi par le mystérieux Serviteur de Yahvé - mais
lequel ? C'est surtout le mot dôr auquel on n'arrive pas à assigner
un sens certain. Condamin, par exemple, traduit : « Qui songe à
(défendre) sa cause ? », la Bible de Jérusalem : « Qui se préoccupe
de sa cause ? », E. Dhorme : « Qui a réfléchi à son destin ? »,
C. R. North : « And none gave a thought to his fate ?» (1). Dans
le grec et le latin, cependant, cette ambiguïté est tranchée dans
un sens qui ne paraît pas admissible tel quel aux exégètes modernes :
Ty)v ycveàv aÙTou tîç SirjyiQCSTai (2) ; « Generaiionem (ou naliuitalem)
eius quis enarrabit? ». Même en effet lorsque ces derniers, parfois,
acceptent la même traduction de dôr , c'est en reliant ce fragment
de verset au suivant, comme le fait la Bible du Centenaire : « Mais
parmi ceux de sa génération, qui considérait qu'il était retranché ? ».
Or c'est sous la forme que lui a donnée la Septante que le texte
est repris avec tout son contexte, une unique fois, dans le Nouveau
Testament, en Ac 8,33 (3). Il s'agit toujours de la destinée souffrante

(1) Cf. The Second Isaiah , Oxford 1964, pp. 65 et 230.


(2) La seule variante signalée par l'édition de la Septante de Göttingen (1939)
est èÇoptX^aet pour 3tY)yĄ<yeTai chez Eusèbe.
(3) Bien que le chapitre 5e d'Isale joue dans la découverte du caractère sacrificiel
de la mort du Christ un rôle «assez grand, mais cependant limité» (J. Jeremias,
Le message central du Nouveau Testament , Paris 1966, p. 53). O. Cullmann, dans
Christologie du Nouveau Testament , Paris-Neuchâtel 1966, pp. 54-55, donne quelques

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Is 53, 8b: exégèse patristique 639

du Serviteur, dont Philippe va montrer dans un instan


de la Candace que Jésus-Christ a réalisé chaque dé
aussi les traductions modernes sont des plus divergen
de Jérusalem écrit : « Sa postérité, qui la racontera ? »
Bible anglaise : « who will be able to speak of his p
mais J. H. Thayer suggère : « Who can describe th
of the present generation ?» et E . Haenchen : « Seine
wird unsagbar (gross) werden, weil er der Erhöhte
indique déjà une transposition optimiste, en fonction
du Christ (4).
Pourtant c'est encore dans sa portée littérale, comme illustration
de l'humilité déployée par le Christ en sa venue que notre texte
est cité pour la première fois, semble-t-il, dans un ouvrage chrétien
extra-biblique, la lettre de Clément de Rome aux Corinthiens, 16,8.
Et il en va de même, derechef, pour la première citation que fait
Justin dans le Dialogue avec Tryphon, 13,6, où Is 53,8 b est pris
dans l'ensemble 52,10-54,6, utilisé en vue de mettre en lumière la
valeur expiatoire de la mort du Christ, à la rigueur peut-être aussi
pour la deuxième (32,2), dont le but est de montrer que les Écritures
ont prédit une venue sans gloire du Christ. Ici toutefois il pourrait
déjà s'agir, dans la pensée de Justin, d'un trait contrastant avec
les versets environnants et destiné à annoncer la seconde parousie.
En tout cas en 89,3 et dans Apologie 1,51,1 c'est ce rôle de deuxième
terme d'une antithèse entre les opprobres du Christ et sa position
exceptionnelle que joue notre fragment de verset. D'autres emplois
d'ailleurs viennent préciser en quoi consiste le privilège du Christ :
Dialogue 63,2 glose : il n'a point reçu des hommes sa naissance
(yévoç, par lequel Justin remplace ysveá dans son texte personnel ;
une fois aussi on trouve l'équivalence établie avec yévqaiç) ; 76,2 :
il a une origine (yévoç) inénarrable, ce dont aucun homme d'entre
les hommes ne peut se vanter ; 43,3 sa génération est pour les
hommes un mystère ineffable ; bientôt après, en 43,5-8, l'appel à
la prophétie de l'Emmanuel précise sans plus d'équivoque possible,
semble-t-il, ce qui, dans la naissance du Christ, ne se laisse pas
décrire : c'est son caractère virginal, donc quelque chose qui a
nettement trait à la génération humaine.
Un peu plus tard un autre apologète, Méliton de Sardes, qui,
dans son Homélie sur la Pâque, cite les vv. 7 et 8 a-b, nous ramène

détails sur l'exégèse targumique du chapitre, tendant à éliminer ce qui concerne la


souffrance du Serviteur. Aurait-elle contribué à suggérer plus tard aux chrétiens eux-
mêmes que le texte ne contenait pas que des traits ignominieux ?
(4) Cf. J. H. Thayer, A Greek English Lexikon of the New Testament, 4e éd.,
Edinburgh 1889, p. 112 et E. Haenchen, Die Apostelgeschichte, dans Krit.-exeg.
Komm, über das N.T. begr. von H. A. W. Meyer, 13e éd., Göttingen 1961, p. 261.

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dans la perspective de l'humble vie s


bientôt après, cette exégèse et celle qu
naissance humaine s'effacent, l'une plu
devant une explication nouvelle. Par
qui peuvent entrer en cause, un seu
12,8 (6) n'est pas net, parce que notr
contexte de la scène entre Philippe et l
il, de montrer que l'homme Jésus a
de Dieu dès l'Ancien Testament. Mai
fragment de verset est censé faire allus
par le Père. Le cas le plus significati
28,5 (le commentaire se prolongeant au
aux gnostiques de vouloir sonder le m
Verbe divin en utilisant l'analogie du v
créée (8). Une réminiscence de notr
montre que toute description (par o
l'explication plus ou moins exhaustive) n'est cependant pas
impossible selon Irénée, étant donné que l'évangile de S. Jean en
a donné une ; mais cela confirme en même temps qu'il s'agit bien
de la génération divine. Autre indice en ce sens : l'emploi est
similaire dans cet opuscule moins original, plus traditionnel, qu'est
la Démonstration de la Prédication apostolique: il y est dit au
chap. 70 que le principe de la génération, « la lignée », du Christ
est le Père et que celui-ci est inénarrable et indicible. En juxtaposant
cette indication à toutes celles qui décrivent la mort du Serviteur,
le prophète nous avertit de ne pas mépriser la Passion (10).
C'est encore un contraste du même genre que paraît bien nous
proposer Ado. Haer. IV, 33,11 (11) : s'étant fait ce que nous
sommes, le Fils n'en est pas moins le Dieu fort, celui qui possède
une naissance inexprimable. On doit concéder néanmoins qu'il est

(5) § 64, pp. 94-95 de l'éd. O. Perler ( Sources chrét., 123).


(6) Harvey, t. II, p. 62. Sigle : H.
(7) H. I, 355.
(8) Citons le texte un peu largement, vu son importance : « Et propheta quidem
ait de eo : Generationem ejus quis enarrabit? Vos autem generationem ejus ex Pâtre
divinantes, et verbi hominum per linguam factam prolationem transieren tes in Verbum
Dei, juste detegimini a vobis ipsis, quod ñeque humana, nec divina noveritis... Si quis
itaque nobis dixerit : Ouomodo ergo Filius prolatus a Pâtre est ? dicimus ei, quia
prolationem istam, sive generationem sive nuncupationem, sive adapertionem, aut
quolibet quis nomine vocaverit generationem ejus inenarrabilem existentem, nemo
novit... Inenarrabilis itaque generatio ejus cum sit, quicumque nituntur generationes
et prolationes enarrare, non sunt compotes sui... *
(9) H. II, 48.
(10) Aussi nous paraît-il difficile de dire qu'« Irénée reprend ici l'exégèse de Justi
(éd. Froidevaux, Sources chrét., 62, p. 137, n. 1).
(11) H. II, 266.

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Is 53, 8 b : exégèse patristique 641

question aussitôt avant de l'Emmanuel né de la Vier


qu'on pourrait penser qu'il s'agit de nouveau de ce
naissance, humaine. Mais le contexte ne montre-t-il p
envisagée ici plutôt comme rapprochement avec les
dans son caractère exceptionnel, inénarrable ? Rest
dernière citation : Adv. Haer. III, 19,2 (12), encore p
à interpréter. Le contexte, en effet, affirme la néces
de la filiation divine et d'une génération insérant le C
l'humanité si l'on veut nous procurer l'adoption et no
l'immortalité : à quoi donc rapporter Is 53,8 b ? En y r
bien cependant, on peut penser que la révélation dont
peut gratifier est au moins en toute première visé
génération divine du Christ, laquelle est aussi ce qu
voir avec la volonté de la chair ni de l'homme (selon
insolite de la citation de Jn 1,13 donnée tout de s
Notre texte se référerait donc, au moins en première visé
le, à l'afe altissimo Pâtre genitura plutôt qu'à Y ex Virg
dont il est successivement question en 19,3 (13), ce
c'est par generalio plutôt que par genitura que l'ant
latine traduit le terme rare yevzi de la Septante (1
Connaissant et S. Justin et S. Irénée, Tertullien ren
lement avec le premier par delà le second dans le très
de passages où il utilise notre texte. Dans YAduersus Iu
il explique que le prophète a prédit par là qu'aucun
saurait rien de la conception du Christ dans le sein
son caractère virginal. Is 53,8 b est encore cité da
ouvrage en 14,6, où l'accent est mis plutôt sur l'hu
condition humaine du Christ, sous laquelle les Juifs se
plus tard de n'avoir pas su reconnaître le Messie. L
est reprise littéralement dans YAdversus Marcionem
phrase d'Isaïe étant rapprochée là aussi de Jr 17,9
quis cognoscet eum?). L'apparition de deux exégèses un peu
différentes du même verset dans Y Adv. Iudaeos ne surprendra pas
si l'on admet, comme le dernier éditeur de cette œuvre de Tertullien,
qu'elle a été publiée sans l'aveu de l'auteur sous une forme

(12) H. II, 103.


(13) H. II, 104.
(14) Parmi les gnostiques, nous n'avons pu repérer qu'un emploi indiscutable de
notre citation : les Naasséniens, d'après Hippolyte, Elenchos V, 7, 2 (G. C. S. III, 79,8),
l'appliquent aux origines de leur Urmensch Adamas. La réminiscence est passablement
plus vague dans l'écrit acéphale du Codex Bruce, cap. 20 (G. C. S. 45, éd. C. Schmidt,
revue par W. Till, p. 361, 1. 13), où les produits de la matière s'adressent au « mystère
caché » : c'est surtout l'emploi - en copte - du terme yeveá qui est un indice. Voilà
qui ne suffît sans doute point à suggérer que S. Irénée ait puisé son exégèse de ce verset
chez ses adversaires.

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imparfaite, juxtaposant deux mouture


la seconde plus ramassée et vigoureuse
grand Africain dans le troisième livre
La citation de 13,22 fait effectivement
et celle de 14,6 de la conclusion de la seconde ; autour de cette
dernière transparaît l'idée justinienne des deux avènements du
Christ (16), mais c'est plutôt dans la première que la naissance
inénarrable est un privilège glorieux, comme dans la plupart des
textes de Justin.
S. Cyprien revient encore plus nettement à l'idée d'un trait
humiliant, car le seul emploi qu'il en fasse ne tire pas notre texte
de l'ensemble où le prophète l'avait placé, donc ne peut le présenter
que comme partie intégrante d'une prédiction de la Passion
(cf. Testimonia II, 15) (17). De façon similaire, après le grand
interrègne de la littérature latine chrétienne, Lactance mentionne
le passage dans une annonce de la Passion, ou plus exactement du
crime des Juifs (cf. Institutions IV, 18) (18). Et Firmicus Maternus
reprendra sensiblement la même explication que les Testimonia dans
le de Errore Profanarum Religionům , 28 (19). On notera en passant
que tous ces auteurs, depuis Tertullien, ont natiuitatem pour
traduire yevsá, ce qui restera la forme du texte chez les africains,
à l'exception de S. Augustin.

Du côté grec cependant, jusqu'au début du ive siècle, notre


texte subit une éclipse : il n'est nulle part cité dans les œuvres
conservées de Clément d'Alexandrie et de toutes celles d'Origène
sur lesquelles nous avons pu opérer une vérification (celles contenues
dans le Corpus de Berlin ou publiées d'après les papyrus de Toura),
seul le Contre Celse le contient une fois (I, 54), pris dans l'ensemble
des vv. 1-8 et sans qu'Origène le reprenne pour un commen-
taire particulier. Rien n'en paraît non plus dans les fragments
de Denys d'Alexandrie ni dans les débris conservés des écrits de
Grégoire le Thaumaturge (20) ou de l'adversaire d'Origène,
Méthode. Aussi peut-on être sûr que ce n'est pas dans la tradition
origénienne, malgré son zèle habituel pour s'y rattacher, que puise

(15) Cf. éd. H. Traenkle, Wiesbaden 1964, spécialement p. lii.


(16) Cf. H. Traenkle, p. lxxx et n. 1.
(17) C.S.E.L. 3,1, p. 80, 1. 10-11.
(18) C.S.E.L. 19, p. 356.
(19) P.L. 12, 1024 A.
(20) Difficiles à dater et situer (controverse apollinariste ou nestorienne ?), les douze
Chapitres sur la Foi sont en tout cas sûrement inauthentiques. Ils interprètent décidé-
ment Js 53, 8b du mystère de l'Incarnation : au témoignage du prophète, il ne nous
appartient pas plus de savoir comment le Fils de Dieu est devenu homme que de
deviner la date de la fin des temps et du jugement : P.G. 10, 1136C-D.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 643

Eusèbe de Cesaree en citant à plusieurs reprises n


propos de la génération éternelle, souvent en l'ap
rapprochement avec Mt 11,27 : cf. Histoire Ecclési
Démonstration Êvangélique, IV, 3 (21), IV, 15 (2
Dans le Commentaire sur Isaïe, Eusèbe fait aussi une allusion
nette, quoique brève, à la génération divine qui rend encore plus
admirable la patience du Christ en ses souffrances (24). Dans les
Eclogae propheticae, en revanche, glosant tout l'ensemble Is 52-54
dans le sens d'une prédiction de la Passion, le même auteur se
garde de relever dans le v. 8 b ce qui, dans son explication,
détonnerait (25).
A peu près à la même époque, une exégèse semblable à celle
d'Irénée et d'Eusèbe prend pied enfin, mais passagèrement, en
Alexandrie. Par deux fois (26) l'évêque Alexandre utilise Is 53,8 b
pour s'inscrire en faux contre toute curiosité relative à la génération
du Fils et notamment contre les tentatives d'explication, morcel-
lement, écoulement, de Sabellius et de Valentin ; les deux fois
une corrélation est établie, ici aussi, avec Mt 11,27. Cependant
S. Athanase n'accepte cet héritage ni de son prédécesseur ni
d'Eusèbe : bien qu'il se soit fortement inspiré de ce dernier dans
ses écrits d'apologétique contre les païens, quand il y commente
notre texte - la seule fois dans son œuvre - c'est pour le rapporter,
tout à fait à la façon de Justin, à la génération temporelle du
Christ. Celle-ci est ineffable parce que nul ne peut attribuer au
Christ un père humain (De Incarnatione Verbi, § 37 ; l'inter-
prétation est annoncée au § 34, où l'ensemble Is 53,8-10 est cité
en diptyque avec les vv. 3-5 et 6-8 a, ces derniers prédisant la
mort rédemptrice tandis que les autres font reconnaître qu'il ne
s'agit pas d'un homme ordinaire). Si le texte apparaît encore à
une autre reprise dans l'index des œuvres d'Athanase, c'est en un
passage qui n'est pas de son crû (27). Dans le De Synodis, § 28 (28),
il transcrit la deuxième formule de Sirmium. Toutefois, on le sait,
il ne se soucie pas là de réfuter en détail les ariens ; il veut simple-
ment faire ressortir le vertigineux carrousel de définitions toujours
nouvelles dans lequel tournent les fauteurs ou les complices de

(21) P.G. 22, 257 B.


(22) Ib., 304 A.
(23) Ib., 353 A et D- 356 C-D.
(24) Ib., 24, 457 D- 460 A.
(25) Cf. P.G. 22, 1241 C- 1249 B.
(26) Cf. P.G. 18, 536 A et 565 B.
(27) A. Stieren, dans le commentaire de son édition de S. Irénée, t. II, p. 825;
Leipzig 1853, affirme la présence d'une citation dans l'Épître à Épictète. Pas plus que
Müller, nous n'avons réussi à la repérer.
(28) P.G. 26, 741 B.

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rhérésie. L'apparition du Tyjv yeveáv... n


remarque.
Bien différente est l'attitude de S. Hilaire qui, lui aussi, recopie
la formule du « blasphème » rédigé par Ossius et Potamius dans
un autre De Synodis (§ 11 ; le texte porte generationem , et non
plus naliuitaiem; on a cependant encore ce dernier terme dans le
contexte). Le commentaire vient passablement plus loin (§ 79),
mais il est cinglant : pour Hilaire, les ariens cherchent à glisser
subrepticement ďinenarrabilis à ignorabilis ; ils prétendent ne pas
savoir d'où procède le Fils, ignorer qu'il provient de l'essence et
substance du Père pour pouvoir confondre ce Fils dans la même
sujétion que les créatures vis-à-vis de ce Père.
En note à ce passage de S. Hilaire (29), Dom P. Coustant
rappelle quelques autres échos que la modestie spéculative affectée
par les ariens trouva en Occident. Fébade d'Agen s'en occupe
aux chapitres 9-10 de son Liber contra Arianos (30), citant même
Is 53,8 b à quatre reprises, chaque fois avec natiuitatem. Il
rapproche cette profession d'ignorance de celle des juifs dans
Jn 9,29, qui disent ne pas savoir d'où vient le Christ ; ce n'est
pas étonnant, glose-t-il, puisque les hommes à eux seuls ne peuvent
le savoir : il faudrait écouter le témoignage du Fils sur lui-même
dans la lumière de l'Esprit. Fébade est d'ailleurs forcément
indépendant du De Synodis , puisque son ouvrage à lui est antérieur.
En revanche, bien plus tard, le Liber fidei catholicae d'Eugène de
Carthage, transcrit par Victor de Vita dans son récit de la persé-
cution vandale, s'inspire évidemment de S. Hilaire, avec son
emploi, insolite chez un Africain, de generationem et sa distinction
inenarrabilis'ignorabilis (31). On aurait pu mentionner aussi les
textes de S. Fulgence que nous citerons plus loin et dont la
« problématique » est exactement la même. Mais Dom Coustant
apporte de préférence un passage de Marius Victorinus (Adv.
Arium , I, 1,31-35) qui ne contient pas notre verset biblique et
un d'Hilaire lui-même : De Trinitarie, II, 7, qui présente déjà
l'opposition inenarrabilis'ignorabilis , mais rapportée à Dieu le
Père (32).
Maintenant, ces quelques textes suffisent-ils à établir une
antithèse entre l'emploi de notre verset au ne siècle par S. Irénée
et l'attitude de l'Eglise au ive siècle, laquelle répudierait le

(29) Cf. P.L. 10, 532 C-D.


(30) P.L. 20, 19A- 20 A.
(31) P.L. 58, 222 D- 223 A ; II, 6, 68 : M.G.H. Auct. Ant. t. 3, p. 29.
(32) De Victorinus, on pourrait citer plutôt le De homoousio recipiendo , 4, 1. 3 sq
(1140a), où, dans la même ligne que Fébade, l'auteur concède que nul homme ne peut
raconter la génération (natiuitatem ! ) du Seigneur, ce qui est possible néanmoins au
Saint-Esprit.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 645

blasphème de Sirmium comme un décret d'igno


sur des sujets qu'on se sent à présent capable d
Cela n'est vraiment pas bien sûr. D'abord par
lui-même utilise au moins une fois le texte à son
doive concéder que cette utilisation est antéri
De Synodis et décèle une position déjà nuancée
S. Irénée ne l'est-elle point, surtout si l'on rappr
III, 11,8 de II, 28,5 ?). Le livre II du De Trinitat
provenir d'une première forme de l'ouvrage, peut
avant le départ de son auteur pour un exil ori
au chap. 10 (34), Hilaire y inclut notre verset
textes où les trois Personnes divines rendent témo
leur mystère intime. Le thème du développemen
environnant a été : tu ne comprends pas le secre
origines, pourquoi t'indigner de rester dans l'ign
réalité divine ? Néanmoins, tout de suite après,
certaine recherche est concédée, même si l'on sait
devoir parvenir à un résultat final. Au fond la so
quand Hilaire refait allusion au verset un peu
faut accepter avec le pêcheur S. Jean que les tén
conformément au dire du prophète, ne compren
génération ineffable - et recevoir en compensa
lumière d'un commerce amical avec le Christ dans la foi.
D'autre part il ne semble pas que notre texte d' Is 53,8 b so
véritablement, au moins à ce moment-là, devenu une arme favori
des ariens dans leur lutte contre les orthodoxes. Apparemment
n'est pas lui qui « peut-être sous l'influence d'Ursace et Valen
pénètre dans les confessions de foi » (36). Bien plutôt que lui
c'est Ml 11,27, à présent à l'état isolé, que nous trouvons dans
formule de Séleucie en 359, dans celle de Constantinople en 36
enfin dans celle de Germinius (37) en 367 - Mi 1 1,27 qu' Hilaire av
cité lui aussi dans le premier passage (II, 10) du De Trinilate
que nous venons de mentionner. Et pour ce qui est de l'arianism
latin, nous ne retrouvons le verset d'Isaïe que dans l'Opus imper
fectum in Matlhaeum (38), intégré bien innocemment dans u
antithèse entre la généalogie humaine que S. Matthieu va donner
et la divine qui est ineffable d'après Isaïe.

(33) Comment semble l'affirmer M. Wiles, The Making of Christian Doctrine ,


Cambridge 1967, pp. 30-31.
(34) P.L. 10, 58 C.
(35) § 35 ; 64 A-B.
(36) Cf. commentaire aux œuvres de Marius Victorinus (Sources chrét., 69, pp. 1055-
1056).
(37) Coll. anliar . Par. B. 6, 1.
(38) Prologue ; P.G. 56, 612.

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646 G.-M. DE DURAND

En Orient il est vrai, un « semi-arien


s'en sert à plusieurs reprises, ce qui
qualité de disciple fidèle du premier Eusèbe, l'historien de
l'Église (39). Notons au passage qu'on trouve une fois chez lui le
rapprochement avec Ml 11,27 (40) et une autre fois le mot
generalionem seul cité, parce que tout l'accent est sur la réalité de
fait de la génération d'un Fils (41). En revanche, un autre auteur
qu'on rattache avec grande vraisemblance à la même tendance
théologique, le compilateur des Constitutions Apostoliques et
falsificateur des Lettres de S. Ignace, ignore notre texte et de
même, semble-t-il, les homéousiens dont S. Épiphane nous a
transmis quelques produits. A la rigueur on pourrait sans doute
encore mentionner ici un théologien à tendance conservatrice,
méfiant devant toute innovation de vocabulaire ou spéculation,
Cyrille de Jérusalem, lequel établit un contraste, dans Catéchèse XI,
5, entre la généalogie possible de David à Abraham et la génération
ineffable par le Père, la raison étant, précise le texte, qu'elle est
spirituelle (42) (on revient sur le sujet, mais sans retour de la
citation, aux §§ 11-13 et 19). Mais d'autres Pères plus nettement
post-nicéens usent aussi, toujours en Orient, de notre verset. Le
premier en date est sans doute Eusta the d'Antioche, qui oppose
les deux générations du Christ dans un fragment à nous transmis
sous trois formes différentes d'une épître sur Melchisédech adressée
comme un fait exprès à Alexandre d'Alexandrie (43). Épiphane en
son nom personnel l'utilise également, dans un contexte, il est vrai,
qui n'est point celui des luttes ariennes : dans sa réfutation de
l'adoptioniste Théodote, il souligne que si le Christ était un pur
homme, sa génération n'aurait rien d'indicible ; si elle est impossible
à raconter, c'est qu'elle est soulevée au-dessus du niveau humain
du temps (44). On trouve encore notre phrase dans l'ouvrage sur
la Trinité longtemps attribué à Didyme ; elle y sert de cheville
ouvrière à une argumentation a fortiori appuyée aussi sur Jr 17,9,
censé prédire l'obscurité qui règne sur la génération humaine du

(39) Peut-être cependant les tables de l'édition Buytaert sont-elles gonflées de


quelques cas où la réminiscence scripturaire est extrêmement douteuse, par exemple
Discours III, 26, p. 94 et surtout IV, 19, p. 116 et V, 31, p. 149.
(40) Discours II, 12; éd. Buytaert, p. 53.
(41) Le P. Buytaert remarque (L'héritage littéraire ď Eusèbe d'Êmèse , Louvain
1949, p. 125, n. 5) que la traduction latine, seule subsistante, porte tantôt enarrabit ,
comme en V, 9, p. 133 et XIII, 9, p. 296, tantôt enarravitt en II, 12 et IX, 8, p. 220,
mais il doit s'agir de variantes phonétiques sans fondement en grec, vu que IV, 5, p. 108
présente en trois lignes les deux leçons selon les manuscrits.
(42) P.G. 33, 697 A.
(43) No 67, p. 115 de l'éd. Spanneut, Lille 1948.
(44) Panarion II, hér. 54,5, §§ 3,5 et 8, éd. Holl, p. 322, surtout 1. 8-16.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 647

Christ parce que virginale : si nous ignorons cel


moins comprendrons-nous une génération divine
même aux puissances célestes (45) ?
Plus difficile à situer dans le temps est le trois
pseudo-athanasien sur la Trinité, puisque si on a pa
faire une œuvre didymienne, on a pu être tenté aus
la date jusqu'à S. Maxime. Or ce dialogue emploi
façon assez originale, comme preuve scripturaire
mode de la génération, à plus forte raison nous n
savoir de la procession du Saint-Esprit (46) ; le passage est
rapproché du De Trinitate « didymien » par A. Günthör (47), mais
le texte d'Isaïe ne figure pas aux lieux invoqués comme deuxième
terme du parallèle. Un dernier écrit mal localisable est YExpositio
Fidei , également pseudo-athanasienne, qui pourrait être en rapport
avec la communauté d'Antioche qui se faisait un drapeau de sa
fidélité à Eustathe (48) ; Is 53,8 b y illustre le caractère ineffable
et inconcevable de la génération éternelle (49) ; l'auteur précise que
le tîç est mis pour ouSsiç ; on notera qu'un ouvrage très similaire,
le Sermo maior de fide , ne contient pas, lui, notre citation.
Avec la deuxième génération arienne, le décor théologique
change : Aèce et Eunome n'ont plus tendance à brouiller les
cartes en déclarant incompréhensible la façon dont le Fils de Dieu
a été engendré. Bien au contraire, à tort ou à raison, leurs adver-
saires les accuseront de vouloir cerner l'essence de Dieu avec leur
rationalisme outrecuidant. Aussi le verset d'Isaïe se laisse-t-il
repérer chez deux au moins des Cappadociens (nous ne l'avons
trouvé chez S. Grégoire de Nysse), quoique dans un rôle t
effacé, sans prétendre fournir un véritable argument contre
prétentions anoméennes. S. Basile le cite dans son traité Co
Eunome I, 12 (50) : bien qu'il ait contemplé la gloire de Die
Isaïe n'hésite pas à prononcer cette phrase dans sa prophéti
le Christ (le commentaire pseudépigraphe sur Isaïe s'arrête, o
sait, bien avant le chap. 53). S. Grégoire de Nazianze l'amèn
renfort après avoir mentionné que le Christ était non seulem
sans père et sans mère, mais même sans aucune généalogi
l'instar de Melchisédech, quant à ce qu'il y a de plus haut e
(Or. 30 = Discours théologique 4,21 ; on voit qu'on a ici égalem
un souvenir d'He 7,3, ce qui se retrouvera désormais souvent)

(45) P. G. 39, 212 A ; l'équivalence vevsáv = vévvTnatv est explicitement re


(46) P. G. 28, 1209 A.
(47) A. Günthör, Die sieben pseudo-athanasianischen Dialoge (Studia anselmiana
11). Roma 1941, p. 49.
(48) Selon la suggestion de M. Richard, dans Mél.Sc.rel. 6 (1949) p. 133.
(49) P. G. 25, 201 A-B.
(50) P. G. 29, 540 B.

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648 G.-M. DE DURAND

S. Jean Chrysostome, lui, dirige plus


la pointe du texte, faisant remarque
r Incompréhensible (51) que le futur 8iY)Y
de raconter la génération du Fils mêm
dans le temps du prophète. Il exploi
dans sa seconde homélie sur l'Évang
prophète a voulu marquer le contra
était originellement et ce à quoi il a co
autres humiliations décrites par Is 53,
à partir d'Abraham et David. Un pe
Chrysostome fait ressortir qu'il y a aussi un mystère de la
conception du Christ comme homme par l'opération du Saint-
Esprit, en dépit de tous les témoins et toutes les prophéties. Il en
tire un argument a fortiori contre ceux qui ont le front de vouloir
explorer la génération d'en haut, mais ici le mot n'est pas le
même : t r¡v ávco yévyjaiv (53) et le verset d'Isaïe n'est pas mentionné.
En somme, le rapprochement de ces textes d'une authenticité
chrysostomienne assurée laisse aussi indécise qu'auparavant celle
du commentaire d'Isaïe conservé en arménien sous le nom de notre
docteur. Le bout de phrase litigieux est cette fois rapporté en
première visée à la génération terrestre ; mais en même temps
l'argument a fortiori reparaît dans des termes très voisins de
l'homélie 4. Parce que virginale la conception du Sauveur est
inscrutable, bien que semblable à la nôtre sous tant d'aspects ;
malgré la multitude des témoins, l'Esprit Saint en dit seulement :
Generationem... Qui désormais sera suffisamment téméraire et
insensé pour tenter une investigation sur une génération qui est
immédiate, ineffable et intemporelle (54) ?
Suicerus qui, dans son Thesaurus Ecclesiasticus (55), a un assez
long article sur y£ve<*, cite encore deux autres textes comme
étant du Chrysostome, mais ils sont apocryphes. L'un est de
Sévérien de Gabala (56) et s'insère dans une attaque contre les
anoméens. L'autre serait de Proclus d'après B. Marx, aux attri-
butions notoirement généreuses : In latronem et proditionem
Salvaloris (57) ; l'allusion aux scrutateurs d'une génération
incompréhensible est également nette, quoique s'insérant assez

(51) P.G. 48, 706 A.


(52) §§ 1-2 : P.G. 57,25.
(53) Horn. 4,2 ; P.G. 57, 43 A.
(54) Cf. pp. 400-401 du texte et 393-394 de la traduction latine des Pères Mékhita-
ristes de Venise. L'arménien passe ďazg dans la citation à cnuwd et cnuwlhium dans le
commentaire, indice qu'il y avait une variation similaire de termes dans le grec.
(55) Tome I, col. 745, dans l'éd. de 1682.
(56) Sermo de Sigillis, 4 ; P.G. 63, 537.
(57) P.G. 59, 722.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 649

gauchement dans le contexte. Le commentair


authentique sur les Actes des Apôtres ne relève
Avant Proclus, en tout cas, il faudrait mentionner un auteur
qui n'est point d'Antioche ou Constantinople, mais fait ďls 53,8 b
un usage encore plus fréquent et relativement homogène. Dès sa
première Homélie Pascale, en 412, S. Cyrille d'Alexandrie se sert
du texte pour montrer la distance qui existait entre le Sauveur
et nous avant l'Incarnation (58) ; dans la douzième (59), il s'agit
plus carrément du mystère insondable de la génération divine.
De même dans le Thesaurus (60), le deuxième Dialogue sur la
Trinité (61), qui pose deux équivalences de vocabulaire que l'on
peut déjà relever telles quelles dans le De Trinitate « didymien »
et, par deux fois, le Commentaire sur S. Jean (62). La lutte contre
Nestorius n'ayant rien altéré aux vues de cet auteur, il prendra
deux fois appui sur Is 53,8 b dans son plus considérable traité
contre l'évêque de Constantinople, accusé de vouloir réduire le
Christ à des origines purement humaines (63). Beaucoup plus tard,
vu qu'elle s'insère dans le contexte de la querelle autour de la
mémoire de Théodore de Mopsueste, vers 438, l'Épître 55, en
expliquant le Symbole, opposera encore la généalogie humaine du
Christ, facile à tracer, à sa génération divine (64). Seul le commen-
taire ex professo sur le livre d'Isaïe étend l'ineffabilité aux deux
générations, vu le caractère mystérieux, étrange et suprahumain
de la naissance virginale (65).
Cet unique passage, auquel on peut joindre une glose d'un
autre exégète de tendance alexandrine, Hésychius (66), ne peut
suffire à expliquer une réaction émanée de l'école rivale dans un
ouvrage que d'aucuns attribuent à Théodoret, mais d'autres, il
est vrai, déjà à Diodore. La 67e des Quaesliones et Responsiones
ad Orthodoxos (67), porte en effet sur l'interprétation de notre
texte : se réfère-t-il à la génération difficile à raconter, l'humaine,
ou à la divine, impossible à raconter ? Le pseudo-Justin répond
qu'il s'agit de cette dernière, vu que le mode de l'autre est énoncé
en disant, qu'elle provient « de l'Esprit Saint et de la Vierge

(58) P. G. 77, 408 A-B.


(59) Ib., 684 B.
(60) P. G. 75, 44D.
(61) Ib., 757 D.
(62) Lib. I ; P.G. 73,25 B, et lib. VI ; ib., 1000 A.
(63) Aduersus Nestorium I, 10 et III, 3 ; éd. P. E. Pusey, 29a et 78e-79c.
(64) P.G. 77, 313 B-C.
(65) P.G. 70, 1180 C-D.
(66) Cf. Interprelalio Isaiae Prophetae , éd. M. Faulhaber, Freiburg i. Br. 1900,
p. 167, glose 26.
(67) Éd. Otto des œuvres de Justin, t. III, 2e partie, pp. 96-99.

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650 G.-M. DE DURAND

Marie ». De fait Théodoret, dans YEra


d' He 7,1-3 sur Melchisédech, rattach
d'être sans père, à la divine celui d'être
à cette ligne divine et à elle seule celui
logie, conformément à Is 53,8 b (68). Ce
point parmi ses favoris, car il ne l'utilis
de foi, comme le De Trinitate et Inca
YExpositio rectae fidei (= pseudo- Ju
Y Haereiicarum Fabularum Compendi
cependant lorsqu'il commente Isaïe, il
trait relatif à la nature divine : ayan
Serviteur) mentionné un grand nombr
prophète se sent obligé d'indiquer auss
(69). Peut-être plus fortement encore u
Euthérius de Tyane, marque-t-il à l'aid
entre l'ineffable génération divine et l
de la nature humaine (70). La pointe
en revanche, dans un écrit que Sévère
une production nestorienne mise sou
mais là aussi c'est seulement de la gén
« qui ? » étant mis pour « personne » n
Quant au grand docteur monophysite
n'use pour son compte de notre texte,
Mabboug, en dépit de l'exemple cyrillie
nous trouvons tout de même au moins
dans S. Ephrem. Il est d'ailleurs assez v
des anges à celle de l'Esprit, il en vien
dit notre verset « du Fils », ce qui ne
aucun mystère précis (72).
Parmi les auteurs les plus tardifs, en
trouverons encore à signaler Ephrem
Gaza (74), lesquels sont du reste partisa
Le premier réédite l'interprétation à t
est pourvu ou non de généalogie suivant la nature que l'on
considère. Pour Procope il est au contraire également impossible
à l'homme de savoir comment le Père et comment la Vierge
engendrent ; et le bout de phrase suivant, 8 c, malgré des traduc-
tions divergentes de Symmaque et Théodotion (Procope n'en

(68) P. G. 83, 124 D- 125 B.


(69) Éd. Möhle, p. 212, 1. 21-23.
(70) Éd. de V Antilogie par M. Tetz, p. 36.
(71) Contra impium Grammaticum, III, 1 ; C.S.C.O. n° 45-46, pp. 298/209.
(72) Hymnes sur la foi, 5, 2, 7 ; C.S.C.O. t. 73-74, pp. 17/14.
(73) Cf. Photius, Bibl. cod. 229 : 253 a.
(74) P.G. 87, II, 2525 B-C.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 651

signale point pour 8 b), se rapporte aussi aux de


Sauveur : sa vie est « retranchée de la terre » et par
impeccable ici-bas et par son u7uocpî;i<; de Fils uniq
mentionnerons, pour tâcher d'être le plus comple
emploi dans l'anonyme du viie siècle appelé Troph
le Christ est sans généalogie, ayant été engendré pa
avant tous les siècles (75).

Si d'Orient nous reportons maintenant notre a


l'Occident latin, nous y obtiendrons d'abord la co
fait qu 'Is 53,8 b n'a point du tout été confisqué
Presque dans le même temps que par S. Hilaire, il
trois défenseurs du point de vue orthodoxe sur la T
de Verceil s'appuie sur lui pour écarter de la gén
certains traits humains, comme la croissance pr
rejeton et la passion subie par l'engendrant (76).
Faustin le reprend quatre fois dans une opposition
générations du Christ : l'auteur sacré voudrait par l
à regarder dans le Sauveur au-delà de l'humanit
l'index du Corpus de Vienne, le maître lui-même, L
notre verset, mais un coreligionnaire de Faustin, Gr
cite Is 53,7 et 8 en entier en les appuyant de ce
O qualis est hic agnus , cuius naliuilalem dicit scrip
non posse? (78). Il s'agit donc d'une invite à dép
des prescriptions sur le sacrifice pascal ; mais quelle e
qui fait de cet agneau plus qu'un agneau, cela n'est pas plus
exactement précisé.
Un peu plus tard, S. Ambroise ne présente pas une exégèse
uniforme - peut-être parce qu'il ne trouvait rien dans une de ses
sources d'inspiration essentielles, Origene. Dans un premier
passage du De Fide (79) l'accent est tout sur le mot generationem :
c'est lui que le prophète a employé, et non pas le terme de
« création », pour décrire le mode de production du Fils par le
Père. Dans un deuxième, il s'agit, comme chez Grégoire de
Nazianze, d'un rapprochement entre le Christ et Melchisédech,
mais on ne nous dit pas nettement du point de vue de quelle

(75) Éd. Bardy, 6, 6-7, dans P.O. t. 15, p. 229.


(76) De Trinitate, V, 3 et 4 ; éd. Bulhart dans le C.C., p. 66.
(77) De Trin., 34 ; C. C. pp. 334-335. Le renvoi en bas de la page à S. Hilaire, De
Trinitate , II, 9 sq., paraît assez arbitraire, car le développement est différent dans les
deux cas.
(78) Tractatus Origenis , IX, 3 ; C. C. pp. 70-71. Dans la citation même les trois
auteurs ont generationem .
(79) I, 14, 89 ; P.L. 16,546 D.

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652 G.-M. DE DURAND

nature est sine enarratione generalionis


Virginis, par exemple (81), il s'agit s
mystère de l'Incarnation que Jean-Ba
incapable de sonder dans Jn 1,27.
Tout aussi variable, sans doute parc
des sources diverses, est l'exégèse de
même pas possible de discerner une l
l'ordre chronologique au moins pour
dater. Le Commentaire sur l'Ecclesia
l'interrogatif quis s'emploie toujours
difficile et non pas impossible (82) ; ce
la nature humaine, ainsi que le rapproc
En revanche dans le Traité sur le Psaum
toute créature, même les anges les plus
raconter cette génération (83) ; on est
plan de la divinité. De fait le Comme
398, déclare qu'il n'y a pas contradic
l'évangéliste puisque ce dernier ne donn
logie humaine (84). C'est probablemen
divine que S. Jérôme plaçait la portée d
à l'automne 396 (85) que, capable de mo
l'auteur de ce verset avait succombé d
la génération. Mais dans l'homélie sur Je
et exclusivement de la génération hu
réalité, mais non le comment, vu la
Marie (86). En 408-410 le Commentair
explications, un peu comme Cyrille d
fois la ressemblance ne va guère plus l
la divine soit l'humaine, celle-ci ne
mais non pas vraiment expliquée, m
evangeliste (87). Un peu plus tardif, le
s'en tient à la génération divine, ou p

(80) III, 11, 88 ; ib., 607 D. On notera qu'Ambroise


texte dans les chap. 9-12 du Livre I, lesquels traita
bilité de la génération divine ; aussi le souvenir d
euangelii Lucae dans le Corpus de Vienne veut voir dans la phrase de VI, 93 : non
licet mihi scire generalionis seriem (p. 273, 1. 8) peut-il paraître extrêmement douteux.
(81) 14,88; P.L. 16, 326 C.
(82) C.C. t. 72 ; in Eccl. III, 1. 326 sq.
(83) C.C. t. 78, p. 426, 1. 62 sq.
(84) P.L. 26, 21 B.
(85) Contra Joannem Hierosolymitanum, 10 ; P.L. 23, 363 C.
(86) C.C. t. 78, p. 521, 1. 137-143.
(87) In Is. XIV ; C.C. t. 73 A, p. 592, 1. 46 sq. On notera qu'un peu comme Procope,
c'est seulement dans la suite du verset que S. Jérôme trouve une différence entre sa
version sur l'hébreu et celle des Septante.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 653

Tinhabitation réciproque du Père et du Fils (88). En


et 419 le Commentaire sur Jérémie paraît en revenir
humaine ; toutefois, c'est moyennant un rapprochem
avec Jr 17,9 que, dit Jérôme, on utilise à présent c
bono quidem uoto , sed non secundum scientiam ; i
s'agir d'une opinion d'exégètes inconnus, que no
prend pas à son compte (89).
Pour S. Augustin, comme malheureusement le
Bible augustinienne relatif au livre d'Isaïe n'a pas
nous ne pouvons fournir que des indications très fr
Peut-être vaut-il la peine de noter d'emblée que
n'est jamais cité dans le De Trinitate , soit que S. Au
ait finalement pas accordé une grande valeur proba
malgré les précautions du Livre XV, l'auteur ait été
en cet ouvrage de scruter le mystère que de l'affirm
Cela mentionné, il faut encore relever que quatre œu
de S. Augustin citent Is 53,8 b dans son contexte bi
large, comme une prédiction de la Passion du Chris
remarques particulières sur le Generalionem eius
(telle est la forme constante du texte chez Augus
De consensu euangelistarum (I, 31,47), le De peccaior
remissione (I, 27,54), le Contra aduersarium Legis e
(II, 3,12), enfin la Cité de Dieu (XVIII, 29,46). En
nous n'avons repéré que trois ou quatre œuvres q
point du genre oratoire ou épistolaire et qui exp
texte pour lui-même. D'abord le Contra Faustum m
pour qui Rachel, image de la vie contemplative,
malgré son désir, n'arrive pas, conformément au d
à exprimer en mots la génération du Verbe divin. P
le De consensu euangelistarum (II, 1,2), qui oppos
génération divine à celle dont S. Matthieu déroul
Enfin le Contra Maximinum Arianorum episcopu
se sert de notre verset pour affirmer que la généra
inconnaissable que la procession. De ce passage on pe
rapprocher la Collatio contra Maximinum , 14, où c
le caractère incorruptible de la génération qui est
les diverses catégories de sermons, en revanche,
utilise assez volontiers notre verset, avec peut-ê
prépondérance en faveur de la génération divine.
Ps. 109,16 glose : Dieu a engendré son Fils ex secret
de (se)ipso; Tract . in Jo. 31,2 oppose les origines

(88) I, 10 ; C.C. t. 75 A, p. 15, 1. 336-338.


(89) Cf. In Hier . III, 74, 2; C.C. t. 74, p. 166.
(90) XXII, 54 ; C.S.E.L. t. 25, p. 649.

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654 G.-M. DE DURAND

Christ, prédéterminées par l'Écriture à


et le Sermon 188,2 la Noël que l'on fêt
de la génération divine ; S. 244,4 répon
aux questions indiscrètes des ariens
pourrait voir encore De Symbolo ad
S. 369,2 (dont l'authenticité discutée e
la Clavis Patrum, cf. N° 285). Parmi les
de S. Augustin, cependant, 195,1 décla
génération le verset se rapporte ; 196,
entre les développements sur les deux
215,3 en étendent carrément l'applicat
dont nous ne savons que la réalité, non
passage de Tract, in Jo. 106,7 (non
inclut même dans le champ de notre t
Fils comme homme reçoit du Père ;
dans la génération divine elle-même, i
qu'il demeure ici à peu près en dehors
Denis 4,2 met sur le même plan la g
mère et l'enfantement par une mère
à citer le verset (92), mais l'authentici
assurée (93). Quant à S. 372,1 (les deu
246,2 (génération divine), les Mauriste
sur leur caractère intégralement augu
Les trois cas d'utilisation dans les Lettres vont tous dans le sens
d'une interprétation par la génération divine ; mais, au moins en
deux cas, la pointe anti-arienne rendait une explication de ce type
presque inévitable. L'Épître 103,5,13 oppose l'adoption par grâce
dans le temps à la génération éternelle dont parle Is 53,8 b ;
l'Ép. 238,4,24 insiste, elle, sur la permanence de cette génération.
Enfin l'Ép. 242,4 met l'accent sur l'égalité du Fils avec le Père
qui l'engendre. Le P. A. Orbe, en fonction, semble-t-il, de cet
unique passage, suggère que les ariens avaient pu prétendre
restreindre le caractère d'ineffabilité à la génération humaine (94).
Le raisonnement a fortiori de S. Augustin : si l'humaine d'après
toi, est ineffable, combien plus la divine ! ne fournit qu'une
corroboration très fragile à cette hypothèse, que contrediraient
plutôt les textes de S. Hilaire comme de S. Fulgence. Les ariens,

(91) P.L. 40, 631. - Quodvultdeus, en fidèle disciple de S. Augustin, reprend la


même assertion et la même citation (avec la leçon natiuitatem) dans son Sermon sur le
Symbole, 3, 7 (P.L. 40, 640) et le Contra Judaeos , Paganos el Arianos , 6 (P.L. 42, 1121).
(92) Miscellanea Agostiniana , t. I, p. 22.
(93) D'après Clavis Palrum n° 287 ; la ressemblance avec S. 184,3 semble pourtant
un argument favorable.
(94) Hacia la primera teologia de la procesión del Verbo , t. 1, p. 478, n. 18 ; cf.
aussi les notations très érudites des pp. 670-672.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 655

au moins sporadiquement, ont dû chercher à accentue


d'ineffabilité plutôt qu'à le restreindre.

A peu près à l'époque où S. Augustin terminait


terrestre, Cassien se servait également d'/s 53,8 b, e
avec He 7,3, pour souligner que si le Christ était san
c'était en tant qu'il était engendré en sa déité sa
Un peu plus tard, en revanche, S. Léon déclara les d
aussi indicibles l'une que l'autre (96). L'opposition
qu'il pose souvent entre les deux natures ne sem
incité à marquer sur ce point une antithèse. Il est p
quoique beaucoup moins net, que S. Pierre Chryso
deux générations dans le seul passage où nous ayons
citation, entourée, chose moins coutumière, d'un co
une partie du verset 7 et le reste de 8 - ce qui perm
que la génération ineffable est celle de l'agneau mené à la
boucherie (97).
Avec Fulgence de Ruspe, vu que notre texte surgit dans la
polémique anti-arienne, nous revenons pleinement dans des
perspectives trinitaires et rencontrons cette fois-ci nettement des
adversaires qui essaient de surpasser les catholiques en apophatisme
- serait-ce une caractéristique de l'arianisme barbare, héritée du
courant représenté par les antinicéniens archaïsants ? Notons au
préalable, pour l'éliminer de nos perspectives, une citation beaucoup
plus vaste, des vv. 2 à 8, faite dans Y Ad Trasamundum 111,29,3-4
et présentée comme une prédiction de la Passion. Mais à part
cela, le roi Thrasamond objecte par deux fois Is 53,8 b à ceux qui
prétendent affirmer quelque chose, en particulier une provenance
de la substance du Père, à propos de cette génération du Fils que
l'Écriture déclare ineffable (98). Fulgence développe avec force la
réponse, à vrai dire déjà prévue par le roi et indiquée par S. Hilaire :
la génération est ineffabilis, non ignorabilis ; l'Écriture nous fournit
parfaitement assez de données pour confesser les origines substan-
tielles du Fils, sinon leur comment (cf. les réponses aux objections :
on sait que celles-ci passent au deuxième et quatrième rang, la
première n'ayant pas besoin de réponse). C'est à peu près la même
position qui est exprimée dans le fragment 24,4 Contra Fabianům,
avec un bel enthymème expliquant que la génération ne serait pas
divine si elle n'était pas ineffable en même temps que réelle et

(95) De Incarnalione VII, 15; C.S.E.L. t. 17, 271.


(96) Sermons 3,9 et 10 sur la Nativité , chaque fois dans Texorde, soit nos 23,29 et 30
de la P.L.
(97) P.L. 52, 374 B.
(98) Objections 3 et 5 ; C.C. t. 91, pp. 67 et 68.

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656 G.-M. DE DURAND

éternelle (99). Dans Y Ad Trasamun


question dans les parages de la généra
en fonction de He 7,3, dont le sine
génération divine, décrite dans les mê
Fabianům. Enfin à peu près à la mê
même controverse le florilège anonym
lui aussi Is 53,8 b en liaison avec He 7
de prouver que la génération est éter
c'est déjà la connexion qui apparaît
fois, la première partie du verset est
doute pour marquer le contraste entr
et le très haut mystère indiqué par
C'est là une connexion légèrement i
déjà trouvé 8 b en liaison avec la fin d
majorité des cas il se présente à l'état
plus ou moins largement dans le con
Serviteur, il perd son relief propre e
d'une des grandes prédictions de la
contraste assez frappant, tous les com
d'Isaïe que nous avons passés en rev
portée théologique appuyée, le metta
avec la génération divine.
Tiré de l'ensemble du chap. 53, main
qu'il soit inséré dans un florilège bien
on la récurrence assez fréquente à
versets : Ml 11,27, mais seulement, se
de la crise arienne ; Jr 17,9, soit com
antithèse ; He 7,3 surtout, qui met e
deux générations. En corrélation ou n
apparaît à partir de Justin dans tou
patristique, avec certaines lacunes
Origene, Grégoire de Nysse et aussi
Mopsueste, ainsi qu'une fréquence trè
peut-être - chez plusieurs auteurs gr
glissement presque obligé de yzvzi à y
generaiionem , soit avec naiiuitatem
scrupules ; ou tout simplement que
moins nombreuses que dans le cas d'un S. Jérôme ou d'un
S. Augustin ?). La gamme des emplois est en tout cas très étendue,
allant de la citation presque purement ornementale jusqu'à
l'argument scripturaire considéré comme probant. Et l'on passe

(99) C.C. t. 91 A, p. 800.


(100) C.C. t. 91, p. 128.
(101) I, 54 ; C.C. t. 90, p. 65.

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Is 53, 8b: exégèse patristique 657

graduellement de la seule génération divine à l'h


la transition de textes qui associent les deux,
tirées de ce bout de phrase interrogatif vari
l'extrême.
Il ne semble pas possible de découvrir une répartition nette,
d'établir par exemple une distinction quelconque entre des Grecs
qui réserveraient leur refus d'investigation au mystère intime de
Dieu, à la « théologie », et des Latins qui ne discrimineraient pas
entre Trinité et Incarnation. De la première à la deuxième partie
de la controverse arienne on ne constate pas non plus une baisse
ou une recrudescence notable des emplois, et les querelles christolo-
giques n'ont pas davantage amené de transformation radicale, de
transport, sur le nouveau sujet en cause, de l'interdiction de
« raconter » qu'était censé formuler le prophète. Cependant, même
si on aboutit à des interprétations qui laissent perplexes les
exégètes modernes et si l'on ne peut dégager de cette nébuleuse
un scheme bien clair, il valait peut-être la peine de regrouper tous
ces témoignages du respect des Pères devant les secrets de Dieu,
de leur refus, depuis S. Irénée, de spéculations trop audacieuses,
refus qui n'empêche point la méditation et la défense persévérantes
de la Parole.

G.-M. de Durand.

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