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Rev. Sc. ph. th.

57 (1973) 457-480

BULLETIN DE PATROLOGIE*

par G.-M. de Durand

Antiquité et christianisme. - La préface de R. Bloch et P Introduction


de Pauteur lui-même nous en avertissent toutes deux, le présent ouvrage
ne porte pas, comme ses compagnons dans la même collection, sur cette
réalité une, quoique multiforme, qu'est une civilisation ; il étudie plutôt
un phénomène de greffe d'une entité sur une autre, des symptômes de rejet
ou d'incompatibilité menaçant la symbiose jusqu'au moment où l'assimi-
lation est parfaite. Mais quand la civilisation antique a fini par se laisser
imprégner à peu près complètement par le christianisme, elle fait place
à une autre, et à ce moment précis, on dépasse les cadres du gros et beau
livre que nous donne Marcel Simon1. C'est dire que les phases du processus
d'insertion doivent jouer un rôle particulièrement important à côté des
aspects matériels et spirituels de la synthèse, qui est seulement un point
d'aboutissement : la narration des faits a droit de concurrencer plus
qu'ailleurs la description des idées et des mœurs. Et l'on peut effective-
ment penser que sur un point décisif la première a pris le pas sur la seconde
de façon quelque peu regrettable. M. S. fixe à 395 le tournant ou la coupur
(les deux images sont employées côte à côte, p. 295-296) entre l'Antiquité
et le Moyen Age ; il interrompt là son récit, se contentant ensuite de
traiter presque par allusion de la prise de Rome en 410 (cf. p. 411-412)
et donnant en sa quatrième partie, sur un mode plutôt statique, un tableau
de ce qui serait déjà comme une première civilisation chrétienne tou
épanouie. Or il est sûr qu'en 395, au plan politique, l'Empire est définitive
ment scindé en deux et le christianisme intronisé par les lois comm
religion d'État. Mais convenait-il que de ce fait tous les remous spirituels
entourant l'événement de 410 et nommément la Cité de Dieu apparussent

* Depuis quelque temps il nous a été impossible de publier un Bulletin de Patrologie


qui prenne la suite de ceux de P.-Th. Camelot. En attendant de pouvoir reprendre
plus largement ce Bulletin, nous nous sommes adressés à G.-M. de Durand, qui a bien
voulu accepter de nous apporter sa contribution précieuse, mais limitée (N.D.L.R.).
1. M. Simon, La civilisation de V Antiquité et le christianisme. Paris, Arthaud (coll.
«Les grandes civilisations»), 1972; 17,5x22, 560 p., 190 héliogravures, 8 planches
en couleur, 18 cartes et plans, 110 F.

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comme une sorte de codicille à l'affrontement en


si bien qu'il suffirait d'analyser en trois brefs
grand œuvre augustinien? Est-ce là faire asse
ce bilan de l'histoire romaine, de cette atta
ancestrale (non pas sous sa forme mystérique,
traditionnel et inviscéré dans la mentalité pay
critique dévastatrice enfin de toute la réalité
vécu la Grèce et Rome?
Nous nous demandons si cet équilibre un peu contestable de la présen-
tation n'est pas également lié au fait que M. S. incline à morceler trop son
étude de « la défense chrétienne » (titre du VIe chapitre de la deuxième
partie) : pour lui, l'apologie en tant que genre littéraire différencié est
essentiellement un phénomène du 11e s. (cf. p. 150) ; tout au plus serait-il
disposé à en retrouver méthodes et argumentation, à l'état de traces,
jusqu'à la paix de l'Église. Aussi le groupe Eusèbe-Arnobe-Lactance,
voire Firmicus Maternus, est-il étudié, ou du moins mentionné, fort loin
de Justin, Tatien et Tertullien, dans la perspective de l'accession du
christianisme au domaine des belles-lettres (cf. p. 346-348). Et le Contre
Celse également est traité à part, et même en deux endroits différents
(p. 192 et 205-207), parce qu'Origène a dû travailler plutôt pour ses
coreligionnaires que pour des adversaires du dehors. En outre, quand la
question du service militaire est abordée, beaucoup plus loin (p. 418-419),
c'est sans qu'il soit fait allusion aux prises de position, brèves mais
semble-t-il importantes, de l'Alexandrin. Sans doute, malgré la présence
d'un chapitre substantiel (le Ve de la deuxième partie), M. S. n'a-b-il pas
souhaité donner un comprimé ou un remaniement de l'ouvrage de
P. de Labriolle, si méritant, mais susceptible peut-être d'améliorations,
après quarante ans. Sans quoi il nous eût offert une présentation plus
continue de l'apologétique chrétienne, peut-être en y intégrant la Cité
de Dieu... Avouons regretter derechef que sur l'intérêt pour l'affrontement
idéologique aient prédominé des préoccupations portant sur des détails
plus matériels de date et de genre littéraire.
Mais plus profondément, il se pourrait aussi que l'A. n'ait pas cru à un
antagonisme trop radical, qu'il n'ait pas tenu à donner une peinture trop
dramatique des origines chrétiennes. Naturellement, il ne glisse point
sur les persécutions ou sur un épisode comme la controverse autour de
l'autel de la Victoire. Il en parle, au contraire, de façon juste, équilibrée
et précise, comme un spécialiste qui parcourt depuis des années tous ces
chemins-là, connaissant toute la littérature essentielle sur ce sujet comme
sur bien d'autres, même si le caractère de la collection ne lui permet pas
d'appuyer ses thèses au fur et à mesure par des références2, ni de donner

2. En revanche, une « orientation bibliographique » d'une dizaine de pages est


fournie, après un riche « index documentaire > et des « tableaux chronologiques ».
M. S. omet toutefois d'expliquer le mot bien technique de « strigilles » (cf. p. 200 et
374) et de ça de là néglige de traduire quelques phrases latines dont il use (cf. p. 170

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BULLETIN DE PATROLOGIE 459

bien explicitement ses raisons pour refuser telle aut


ou moins plausible. Mais les deux chapitres (p. 37
description du milieu où apparaît le christianisme s'in
evangelica . Cette expression hautement traditionnel
qu'un peu « péguyste » oriente d'avance l'attention
favorisaient l'accueil de la religion nouvelle plutôt que
à surmonter. Surtout, M. Simon insiste à plus d'une r
disparition de toute dénivellation culturelle entre ch
Et certes ce n'est pas nous qui lui donnerons tort
concessions au concordisme d'un nouveau genre qui v
fidèles de l'Église primitive des damnés de la terre (c
p. 31 : « Les éléments les plus déshérités peut-être d
petits paysans et esclaves des campagnes, ont été les
par la mission chrétienne » ; et aussi p. 361-362). Ma
un peu loin tout de même que de considérer l'élite
païenne, à savoir les philosophes, comme pratiqueme
ne et le m® siècles ? Il est vrai que cette assertion de la p
d'une importante réserve : il s'agit des philosophes à l'
indemnes de compromissions avec la religiosité orien
de la pensée antique, cette cloison étanche entre philo
a-t-elle jamais vraiment existé? D'autres, en tout
abaissée déjà chez certains stoïciens, voire chez Pla
du moins se réclamer légitimement de ce dernier pour
concessions au mythique et à l'irrationnel, quitte à dé
tanisme et la fantasmagorie, mais aussi à éprouver
certains raidissements d'aristocratisme intellectue
M. S. nous apporte le témoignage sous la plume de Po
L'A. nous a, bien sûr, consciencieusement dépeint
(cf. p. 82-83) ; mais il ferme les yeux sur sa tenace s
sur l'envergure spéculative actuellement reconnue à
tants jusque bien avant dans le ve, voire le vie s.
nourrit guère de sympathie pour ce qu'il présente co
fusion mystique et panthéiste avec l'Un, avide de
imprégné d'influences non grecques. Plus loin toutefoi
de passagers repentirs : il enregistre (p. 205) quelq
glissement de la philosophie vers la religion chez Plotin q
a opposé une fin de non-recevoir si catégorique aux d
ticisants de l'héritage hellénique. Et aux pages 317-31
redevient la tradition de pensée grecque, pour faire ad
des philosophes et non plus de la Bible. Nous ne se

et 279). N'est-ce pas surestimer la culture de ses lecteurs ? D'au


manière répétée (cf. p. 101-102, 113, 144, 401) que l'anthropologie de S. Paul est
dualiste ; serait-ce qu'il juge pouvoir ignorer totalement les interprétations différentes,
parfois qualifiées d'existentialistes, par lesquelles J.A.T. Robinson, par exemple, avait
conquis une première notoriété ?

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de cette dérivation doctrinale ; mais surto


propos du livre de M. Simon une question pl
voir les choses de façon assez différente selo
ou l'Occident? Dans le monde latin, les chr
vide à la fois littéraire et philosophique presq
que fut Ammien, quel écrivain païen de m
Puis, sans l'existence de Tertullien, il manqu
une province, même si elle ressemble un peu à
où Sainte-Beuve voulait reléguer Baudelaire
il manquerait un de ses quatre ou cinq plus g
véritable penseur en l'absence de S. Augustin
notre avis il n'en va pas de même dans le dom
pour nous les témoins irremplaçables de la
la littérature, voire la pensée, pourrait se pa
Pères sans se mutiler irréparablement. En so
un niveau culturel honorable, à mi-côte, jam
bien n'est-ce pas le seul Julien, comme paraît
pages de M. S. (cf. p. 257 et 343) qui tend à id
nisme : il suffit d'avoir dû traduire quelqu
Père pour être demeuré hésitant devant des
pas très bien si c'était de façon prépondérante de
(d'ailleurs M. S. lui-même, à la p. 354, relève
S. Grégoire de Nysse du terme d'« hellénis
vocabulaire, absente du latin, est, croyons-no
se sentaient devant un corps étranger et encor
à son égard d'autant plus de méfiance qu'ils av
pas égalé le passé (littérairement et culturell
taient aisément la comparaison avec leurs c
malgré les velléités de Clément et celles, beauc
une imperméabilité toujours bien plus grand
son ensemble (et de ce fait, plus tard, à la scol
bien moins disposé que celui d'Occident à tran
d'autant qu'il subsistait un laïcat plus ou m
une autonomie culturelle relative. D'où deux civilisations chrétiennes
et hélas, au moins au plan du phénomène, deux églises et non pas une.
Mais M. Simon ne semble pas s'être attaché à préparer la voie au volume
spécial annoncé dans la même collection sur la civilisation byzantine
dans l'espace comme dans le temps, et quoi qu'il en soit de cette fameuse
date de 395, les harmonies et les continuités l'intéressent sans doute plus
que les ruptures4.

3. On ne peut qu'envier à l'anglais de P. Brown l'expression de « middlebrow »


qu'il employait à propos de cette culture dans un livre dont nous rendions compte
récemment (Rev. Sc. ph. th. 56, 1972, p. 633-636).
4. Encore quelques remarques de détail : p. 303, M.S. aurait peut-être pu noter
que Martin de Braga obtint un succès dans sa polémique contre la persistance de

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BULLETIN DE PATROLOGIE 461

Bien que la date de parution n'en soit déjà plus toute récent
a semblé utile de dire ici quelques mots sur l'ouvrage de Bern
Voss relatif au dialogue dans la littérature des premiers siècles
tianisme5. En effet nous n'avons pu repérer, sauf errreur,
compte rendu, au reste important, de ce livre dans les revues
phones6. Or il marque une étape, peut-être pas la dernière né
dans les recherches sur un genre littéraire qui a tenu une plac
ment considérable dans la production de l'antiquité chrétie
même justement à cette question que V. apporte des éléments d
pourquoi cette floraison du dialogue chrétien, pourquoi tan
capables tout au plus de tenir une plume, dotés d'aptitudes ar
fort réduites ou même n'accédant pas à ce strict minimum, o
dédaigneux de ces apprêts réputés mondains, se sont-ils
affronter un terme de comparaison écrasant pour les meilleurs, ces
chefs d'œuvre de la littérature païenne que sont les Dialogues d
Affirmer, comme l'avait fait une étude au titre fort voisin, que le
de la nouvelle philosophie, le christianisme, s'étaient sentis ob
rivaliser avec l'ancienne7, c'était supposer un degré d'incon
de prétention vraiment extraordinaire chez ces pauvres tâc
calarne. Sans compter que, quels que fussent leurs talents d'écr
chrétiens partaient avec ce handicap d'une vérité toute faite e
une révélation, ce qui leur interdisait de préférer les méandres
les sinuosités d'une maïeutique assez fréquemment infructueu
par elle-même si instructive, aux sécurités de la trouvaille. L'
dès lors pour le genre qu'il étudie des origines largement endog
discussions autour de l'interprétation d'un texte sacré, discuss
avaient déjà cours dans le judaïsme, mais qui ont été présentées
seulement chez les chrétiens (p. 348). Les ornements littéraires,
mises en scène, les indications sur le cadre du débat et le cara
interlocuteurs, provenant de la tradition classique, n'auraie
des procédés appliqués après coup, à plus ou moins haute dose. L

dénominations païennes pour les jours de la semaine : seul, à notre connais


les langues romanes, le portugais a renoncé à cet usage. P. 353 : techniquement,
S. Grégoire n'a pas succédé à son père sur le siège de Nazianze et n'en a même jamais
été évêque, même s'il a plusieurs fois assumé l'administration de ce diocèse. P. 354 :
il a, semble-t-il, été démontré que l'autre Grégoire, celui de Nysse, ne perdit sa femme
que bien après son élévation à l'épiscopat et embrassa la vie monastique seulement
en 385, après son veuvage. P. 398-399 : il vaudrait peut-être la peine de préciser explici-
tement que les Goths sont devenus ariens sous l'influence de leur compatriote Ulphilas,
ordonné ¿ Constantinople par l'archevêque de cette ville, Eusèbe dit de Nicomédie,
donc nullement en réaction contre l'orthodoxie théodosienne, mais quand l'arianisme
était pratiquement la théologie officielle de l'Empire romain.
5. B. R. Voss, Der Dialog in der frühchristlichen Literatur . München, W. Fink
(coli. « Studia et Testimonia antiqua », 9), 1970 ; 15,5 x 23, 379 p. D. M. 68. -
6. Dans Rev. Êt. anc. 72 (1970) 505-508 (P. Courcelle).
7. Cf. le début des remarques finales de M. Hoffmann, Der Dialog bei den christlichen
Schriftstellern der ersten vier Jahrhunderte, Berlin, 1966, p. 160-161.

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qui de parti pris laisse de côté toute référ


exception pratiquement sans postérité. Un pe
thèse avait déjà été formulée, quoique av
assurance sur cette question des origines n'es
tions où se sont transmis les textes...) ; mais
sition complémentaire : ces discussions au
d'abord fait partie des Praxeis , des Actes
surtout apocryphes, et elles auraient conq
suite8. Les Pseudo-Clémentines porteraient t
état de rattachement, quoique la partie di
qu'elles contiennent, le débat sur la « philan
blement une insertion du iv® siècle (cf. p. 33
Cependant l'on remarquera que toutes ce
presque à la fin du livre de V. C'est en effet
déroutants et peut-être les moins heureux : i
ample « partie spéciale » (p. 23-314), puis une
plus mince (p. 317-364). Or cet arrangement
tions : pour prendre le premier exemple venu
monument du genre, d'ailleurs disparu, qu'é
et Papiscus s'étire deux fois en suppositions
ordonnance n'exclut pas non plus certains rep
de n'avoir point parlé de la Disputatio contr
de Macarius Magnes dans sa partie spéciale ; i
deux notes relativement copieuses (n. 50,
propos du second, il touche de nouveau à ce
que le Reallexikon fur Antike und Christentum
lequel avait été mentionné déjà au moins d
en témoignent les tables). Enfin tout à fait
un bref excursus (p. 365-366) sur le « dialo
donc de là que même en regroupant après un
ses remarques générales, au lieu d'en faire le
l'Aģ n'a pu triompher vraiment du problème
et littéraires, non plus que de celui des origines.
dans le vif, n'étudier que le dialogue, et non
comme les procès verbaux des martyres ou
thèmes abstraits ou les interviews pieux ou
(cf. les déclarations de principes initiales,

8. B. R. Voss, p. 319, met au contraire de côté les dialogues contenus dans les
Évangiles, sans mentionner spécialement celui de S. Jean. Quoi qu'il en soit de l'influ-
ence, peut-être nulle, de ces passages, ne trouve-t-on pas dans les entretiens avec
Nicodème ou la Samaritaine un effort du Sauveur pour aboutir à des vérités générales
à partir de la mentalité réelle de ses interlocuteurs, donc au moins l'esquisse d'autre
chose que ces « dialogues de révélation », tel la Pislis Sophia , exclus par notre A. de
son enquête ?

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BULLETIN DE PATROLOGIE 463

même traité de VAliercalio Heracliani , dont il reconnaît q


elle se rattache aux actes des martyres (cf. p. 157). Attiré
ment, par l'âme ardente et sainte d'Origene, il a consacr
(p. 80-85) à des colloques dont l'existence seule nous est a
le compte rendu revêt à peine la forme dialoguée. Et
y a-t-il à couper le Dialogue de Sulpice Sévère de Y Hi
et de V Historia Monachorum , dont il est sans doute bien
du Brutus ou des Tusculanesï B. R. ne va pas d'ailleur
dans cette voie et même les Conférences de Cassien font l
petit repentir (n. 99, p. 351).
Notre A. affiche aussi l'intention de s'arrêter au seuil
parce que, selon lui, toutes les variétés du dialogue chrét
pour l'essentiel développées (cf. encore p. 14). Mais ce
justifie-t-il, alors que ce livre n'a pas adopté une division
sous-catégories (comme l'avait fait M. Hoffmann), se cont
torier à la suite les œuvres dialoguées, attestées ou conser
écrivain? Dans cette perspective, VEranistès, le Livre ďH
la Dispute avec Pyrrhus , auraient eu tout droit de figurer da
semé au demeurant de remarques fort pénétrantes, si to
il n'eût risqué d'en atteindre un volume démesuré. D'aille
que V. ne peut se dispenser de jeter quelques coups d'œ
cupiscents sur ce qui se situe au delà de la frontière q
tracée. C'est le cas spécialement pour les productions de
et surtout pour les Dialogues de S. Cyrille d'Alexandri
penché assez longuement sur ces derniers, qu'ils soient c
ou trinitaires, les notations brèves, mais répétées de V.
peu un supplice de Tantale (cf. p. 161 et n. 10 ; p. 171, n. 6
p. 350, n. 97 ; et encore p. 356 et 363 ; peut-être les préten
de ces œuvres sont-elles légèrement sous-estimées ; de m
devions juger finalement la culture et le style de l'ambitie
En outre, l'A. a dépensé beaucoup d'ingéniosité à sou
littéraire et à déceler les influences platoniciennes, pour
dire que là n'était pas ce qui faisait le sens de l'effort ch
domaine du dialogue, à l'exception de Méthode et aus
mais en ce dernier cas il s'agit sans doute moins d'imitat
de cheminement similaire, du fait de philosophies de mêm

9. L'excursus II traite aussi d'un dialogue qui serait nettement


ive s. si Vigile de Thapse en était l'auteur ; il est vrai que V. lui en r
10. Du point de vue doctrinal, il vaut peut-être la peine de sign
à l'encontre, semble- t-il, de M. Hoffmann {cf. p. 290 et n. 405), l'
n'est pas lié, chez Augustin, à l'acceptation de la théorie de la rém
tout aussi compatible avec l'illumination, autre explication des mêm
tenus pour évidents. Du point de vue formel, le repérage d'imita
platoniciens autres que le Phédon et le Phèdre (le Protagoras surt
comme preuve supplémentaire du caractère tout extérieur de ces orne
sans aucune connexion avec les sujets particuliers de ces deux œu
Hoffmann, p. 161).

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464 C.-M. DE DURAND

Notre A. paraît aussi se mal résigner à ne pas


norme des disputes et il relève de façon répétée (
cf. p. 203 et la n. 21) les accrocs à cet idéal, le
de l'immense majorité des gens dont il traite.
valeur littéraire, il ne ménage qu'une place fo
disputes dogmatiques où des interlocuteurs à p
à la tête textes scripturaires et arguments
sécheresse. Et pourtant il reconnaîtra finalem
importante et significative de la productio
celle qui est au fond la mieux insérée dans la vie
(cf. p. 349). Tout ne se passe-t-il pas en somm
de la « partie générale » n'étaient guère tirées
spéciale»? Cela ne tendrait-il pas à prouver qu
conduite avec toute la sagacité possible, ne pe
petites monographies un profil net du dialog
genre accède au niveau littéraire, il est sans d
susceptible de règles claires que plusieurs aut
par les rhéteurs antiques11. Même chez Pla
réussites, nous découvrons maints problèmes
tion, une sclérose finale indéniables. S. Basile
citée ici, a dit comment Aristote et Théophras
à leur plus simple expression, par défaut de c
moyens artistiques. Et si Lucien et Plutarque
par V. à raison de leur peu d'influence sur le d
peut-être eu à tenir compte davantage de leur
que preuve des avatars dont est susceptible le d
de le juger toujours d'après les normes socrat
A cela s'ajoute le fait qu'une bonne partie d
n'atteint même pas ce niveau littéraire où
règles et où les genres revêtent un caractère p
dès lors, de se trouver pris dans un dilemme : ou
d'ouvrage revêtant la forme dialoguée, ou bie
ressorts de cette classe de textes et en découvrir tout un foisonnement
et peut-être en maintes occasions des problèmes de frontières avec
d'autres genres littéraires également mal définis18. Si la mise en chantier

11. L'énoncé d'Albinos, cité ici, p. 36, n. 47 est en tout cas bien imprécis.
12. Nous avouons ne pas bien comprendre, à ce propos, l'insinuation faite p. 45
au sujet de Plutarque : cet homme sérieux aurait bâti des discours où le souci d'élégance
tenait plus de place que le poids du sujet ?
13. C'est ainsi que l'idée de R. Hirzel ( Der Dialog , t. II, p. 376) de cataloguer
parmi les dialogues le Contra Julianum de Cyrille d'Alexandrie, le Contra Eunomium
de Basile et les traités de S. Augustin contre Fauste, Julien et Pétilien semblera de
prime abord saugrenue. Et il est bien possible qu'elle provienne en fait simplement
d'une ignorance et d'un mépris assez larges pour la littérature chrétienne. Pourtant
en fin de compte, ne peut-on dire que tous ces ouvrages où l'orthodoxe cite l'adversaire

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BULLETIN DE PATHOLOGIE 465

d'un « nouveau Jordan » s'impose, sans doute faudrait-il


en dépendance des canons classiques, que B. R. Voss lu
trop présents dans l'ancien (p. 15-16), et surtout le refa
non pas en étudiant telle forme littéraire à l'état isolé,
des besoins et des situations concrètes de la communauté chrétienne des
premiers siècles (secondairement seulement des individus) et en constatant,
sans trop de jugements de valeur esthétiques, quels canaux d'expression
ont été empruntés, de manière souvent passagère et inchoative et avec
des entrecroisements14.

L'axiome optimiste « à quelque chose malheur est bon » vient utilement


à la rescousse de qui parcourt l'ouvrage de E. Boularand sur L'hérésie
d'Arius16. En effet la bibliothèque dont disposait E. B. semble singulière-
ment pauvre en travaux récents sur l'arianisme. Pour ne point parler
du livre d'ailleurs pas entièrement convaincant (et trop dépendant, à
l'inverse, de la littérature secondaire) de T. E. Pollard, peut-être arrivé
trop tard pour être utilisé, on peut se demander si l'A. a eu la possibilité
de parcourir même la nouvelle série du Journal of Theological Studies ,
avec les articles de G. C. Stead, M. Wiles et du même T. E. Pollard. Le seul
volume de la dernière décennie, d'ailleurs excellent, qui soit mentionné
est sans doute celui de M. Simonetti (cf. n. 18, p. 45 et surtout n. 47, p. 83).
Encore ne peut-on tenir pour assuré qu'il en ait été fait grand usage, car
E. B. ne fait pas état d'une constatation qu'un chapitre de ce livre aurait
permise, savoir la teneur encore si origéniste, pour ne pas dire plus, de la
théologie d'Alexandre d'Alexandrie. Après tout (contrairement à ce que
pourrait faire penser la p. 90), c'est lui et non Arius qui est le premier à
faire appel à Jn 14,28 : « Le Père est plus grand que moi *16. Se souvenir
de tels faits eût aidé à rattacher l'hésitation d'Alexandre, au premier
moment, à condamner Arius non pas forcément à une interprétation

paragraphe par paragraphe, donc en somme le laisse parler, relève de la même attitude
et du même comportement que les dialogues polémiques (avec même un degré supérieur
d'honnêteté) ? Mais dès lors il faudrait nommer aussi le Contre Celse , omis par Hirzel.
Et avec ces deux exemples d'Origène et de Cyrille, on ne pourra plus dire que le dialogue
entre chrétiens et païens est confiné à Minucius Felix et aux Consultationes Zacchaei .
14. A propos de Grégoire le Thaumaturge, on regrettera que V. ne fasse pas mention
de l'article de H. Crouzel, dans les Mélanges de Lubac , sur le dialogue De l' Impassibilité
divine (« La Passion de l'Impassible. Un essai apologétique et polémique du m® siècle >,
in L'homme devant Dieu I, Paris, 1963, p. 269-279). Aux alentours de la p. 91, notre
A. nous paraît trop faire confiance à Eusèbe de Césarée : n'est-il pas clair que celui-ci
a tenté, à l'égard de Méthode d'Olympe, l'opération si bien décrite en allemand par
l'expression « totschweigen » ?
15. E. Boularand, L'hérésie d'Arius et la « foi » de Nicée . lre partie : L'hérésie
d'Arius . Paris, Letouzey & Ané, 1972; 14x22,5, 176 p.
16. Cf. H.-G. Opitz, Urkunde 14, p. 27, 1. 17 ; un article encore plus récent de
M. Simonetti, dans les Mélanges Quasten (Kgriakont Münster/W., 1970) aurait permis
de s'en rendre mieux compte.

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466 C.-M. DE DURAND

erronée de Sabinos-Sozomène (cf. p. 26),


homme appelé à effectuer rapidement un ch
assez radical. Apparemment, l'A. aura r
doctrinales tenues par l'évêque d'Alexan
qu'il nous promet, sur la « Foi » de Nicée. M
ne va-t-elle pas avoir l'inconvénient d'op
les méchants et les bons, d'une manière
garder de flou les frontières entre couran
encore passablement plus tard : le même A
de S. Athanase, ne prête que les excès les p
avoir proféré d'autres affirmations bien pl
moins de l'homéousianisme. M. Richard es
à avoir signalé, mais il y a déjà quelque t
attestée par Philostorge. Un historien de l
en tenir compte, pour ne pas risquer de ve
Quoi qu'il en soit, nous l'avons dit en com
pense, dans une certaine mesure, ces lacun
aller directement aux textes, sans l'écran
(la Préface, p. 8, affirme du reste expliciteme
à ceux-ci). Peut-être malgré tout lui a-t
relecture accompagnée d'une retraduction,
ainsi lorsqu'il rend 6 0eóç par « le Père »
Lettre d'Arius à Eusèbe, ou lorsqu'il ajoute
« son (Fils unique) » dans la Profession d
Peut-être aussi aurait-il pu, à lire et relire
percevoir que l'accusation d'être un diale
d'Aristote n'était, dans ce cas du prêtre de
traditionnels dans la panoplie des hérési
la jalousie, dénoncée par l'« édifiant » Théod
ces épithètes infamantes qui n'avaient pas
avec la réalité. Là encore, il convenait de d
deuxième ou troisième génération. L'A
reconnaître (cf. p. 120) qu'Arius refuse just
aristotélicienne avec laquelle il a eu sûre
enfin la carence de documentation étrang
tour à E. B. dans sa présentation d'un text
toujours de la Lettre à Alexandre de Thess
33, 46 et n. 143, p. 165), sans paraître sa
manuscrits revêt un caractère purement
par F. Scheidweiler17. Mais il importe peu
sources amène en définitive E. B. à des con
fondamentalement saines, quoique lui-mêm
enquête de partiellement « décevante » (

17. Byzant. Zeitschr. 47 (1954) 73-94, en particul

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BULLETIN DE PATHOLOGIE 467

voir l'A. céder, après moultes hésitations, à ces influences


irrésistibles. Il a tâché d'abord de minimiser le plus possible la
terme « collucianiste » (cf. p. 12-13), dans l'appel au secour
affirmé que l'hérésie est tout alexandrine par ses origines (p. 3
parlé de ses principes d'ordre philosophique (p. 21), puis décla
ariens tiraient les Écritures à leur sens en vertu de principes e
à la sagesse hellénique (p. 76 ; cf. encore p. 85). Mais finalement
il est obligé de se rendre aux confirmations que Philostorge a
dires d'Alexandre d'Alexandrie, Athanase, Épiphane et au
transmis par les historiens d'une tendance tout autre. Oui, Ar
dû suivre les leçons de Lucien d'Antioche et celui-ci faire par
trois épiscopats, des fidèles attardés de Paul de Samosate ; non,
n'est pas aussi impossible qu'on l'a prétendu entre l'adopt
judaïsant de l'évêque d'Antioche et le subordinatianisme à prem
hellénisant du prêtre d'Alexandrie. Ce sont donc bien les sourc
le dernier mot, non leurs exégètes de la première moitié du siè
n. 145, p. 166 donne une liste de noms qui ont eu, en leur tem
prestige. E. B. connaît et utilise, pour le coup, ces travaux
détermine néanmoins à en prendre le contre-pied ; pour un a
n'est assurément pas de parti pris révolutionnaire, ce n'est pas
mérite.

Tertullien. - Une quantité notable des matériaux rassemb


diligence de T. D. Barnes n'a pu trouver place dans le cor
ouvrage18, si bien que nous nous voyons offrir en prime une c
de pages d'appendices (p. 233-285). C'est peut-être le signe de
dérance décidée que ce livre accorde à l'analyse critique, et parf
critique, par rapport à la synthèse. La première partie, ce
possède quelque ampleur, quoiqu'elle soit essentiellement
L'A. y trace le cadre chronologique de la vie de Tertullien et t
beaucoup d'acribie, de replacer les écrits dans un laps de temp
considérablement abrégé, par comparaison avec les biographies a
En effet, le grand polémiste africain, converti dès sa jeunesse,
ni jurisconsulte, se serait lancé dans l'activité littéraire en
disparaître dès 212, aux alentours de la quarantaine ; peut-
été une victime de la persécution de Scapula, martyr que l'
préféré oublier (p. 59). On voit déjà que B. fait fort peu de cas
gnements biographiques que S. Jérôme prétend donner dans so
illustribus. Il n'en accepterait que le Da magistrům attribué à
Encore émousse-t-il la pointe du texte en rapportant à l'
Carthage le jam grandis aelaiis («the aged Cyprian», p. 3)
même au prix d'une certaine contorsion de la phrase, au s

18. T. D. Barnes, Tertullian. A Historical and Literary Study. Oxford


Press, 1971 ; 14x22, xii-320 p., £ 6. -

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468 C.-M. DE DURAND

ce trait n'explique-t-il pas mieux comment Jé


la continuité dans la ligne des témoins? Gel
l'A. de se fier plus loin à ce même De viris qu'
à montrer assez bâclé, lorsqu'il s'agit de car
de Novatien (cf. p. 193 et n. 8) ; pourtant M. K
déjà la réflexion de simple bon sens que, vu leu
ce traité du schismatique romain ne pouvait
de YAdversus Praxean , comme le disait Jérôm
renseignements sur Y Ad amicum philosophum
état de ce que fournit ce même Jérôme (p. 250
porte à l'hypothèse d'autres sources où ce dern
des écrits de Tertullien que nous n'avons plus.
l'A. retrouve sa hargne, non entièrement injust
S. Jérôme ; mais elle nous paraît le porter a
(p. 253) que sa connaissance imparfaite de la
traducteur de Didyme et d'Origène de lire
écrit en grec.
D'autre part, si on est en droit de penser et de dire beaucoup de mal
du De viris illuslribus , est-il légitime d'étendre le même scepticisme à un
renseignement fourni par S. Augustin dans un traité adressé à
Quodvultdeus, donc par un voisin de la métropole carthaginoise et un
homme moins enclin aux à-peu-près que Jérôme, à un diacre installé sur
les lieux mêmes? Tertullien étant, de l'aveu de B. (p. 23-24), un nom
relativement rare, les « Tertullianistes » nous paraissent garder toutes
leurs chances de se rattacher bel et bien à ce rigoriste inquiet et mal
commode. De plus, il ne suffit pas de dénégations telles que celles de
l'article auquel renvoie l'A. (p. 42 n. 8) pour enlever de sérieux appuis,
remontant aux Philosophumena , à l'accusation de tendances sabellia-
nisantes portées contre certains montanistes et il faut n'avoir exploré
qu'assez superficiellement les courants doctrinaux des iie-in° s. pour
juger ce grief improbable et anachronique. Nous croyons au contraire
que le rédacteur de YAdversus Praxean a très bien pu se séparer de certains
de ses compagnons de secte en les découvrant infectés d'un patripassia-
nisme qu'il abhorrait. Enfin pour en terminer avec ces questions biogra-
phiques, nous nous demandons si B. n'a pas laissé son érudition prendre
le mors aux dents en voyant dans un ouvrage qu'il date de 206-207 une
allusion même simplement probable à un jockey dont la célébrité ne nous
est attestée que par une unique allusion d'une très douteuse biographie
d'Élagabale, qui régna de 218 à 222 (cf. p. 221 n. 3).
Mais à vrai dire, ce qui nous déçoit surtout, c'est le personnage que la
deuxième partie campe dans le cadre ainsi tracé. Le pointillisme conti-
nuant à prédominer, nous nous trouvons en face d'une suite d'études
partielles ; certaines n'ont qu'un lien relativement lâche avec Tertullien,
spécialement celle qui est intitulée « Persécution » (p. 143-163), même si
elle met en relief de façon juste plutôt que neuve le sentiment de perpé-

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BULLETIN DE PATROLOGIE 469

tuelłe insécurité qui traumatisait les chrétiens d'alors b


sévices réellement subis. Concédons en revanche que l
ressources culturelles de ce grand écrivain est utile et b
de même que l'inventaire de ses procédés d'argumentati
en passant que quand B. décrit l'une des aptitudes car
Tertullien (p. 221) : s'emparer d'une théorie, l'exprimer
gramme savoureuse et l'exposer ainsi à la dérision, nous
de nous demander si la longue fréquentation du causidic
retors n'avait pas déteint un peu sur son exégète. Résum
le consciencieux article de L. (et non pas A.) Vaganay su
l'épithète de « superficiel », appliquée incidemment et à p
particulier à l'auteur de VAdversus chrisiianos est vraim
du « fair play » (p. 189, n. 6) ; et il ne serait pas bien m
quelques autres cas similaires. Il est sûr, c'est vrai, que B
ment à la rescousse de son auteur lorsqu'on cherche à infl
de même sorte à sa doctrine du De came Christi par le fa
absurdum (p. 223). Mais vouloir reporter (ibid. n. 4) l
de ce dicton sur l'auteur du De Trinitate et de la lettre à
sa lumineuse recommandation « Iniellectum valde ama » est vraiment
biscornu et montre les limites des lectures théologiques chez un spécialiste
des auteurs classiques qui se risque à explorer un écrivain essentiellement
théologien malgré toute sa rhétorique.
Le résultat est peut-être que B. se laisse séduire et fasciner par cette
dialectique et ne croit sans doute pas devoir donner grosse importance
aux idées d'un homme dont le pouvoir d'expression est effectivement
susceptible d'accaparer l'attention. Concédons qu'il ne nous en avait
promis qu'une étude (historique) et littéraire. Mais il est de fait qu'il a
beau être plus indulgent et compréhensif pour son héros que pour le
milieu où celui-ci a baigné, sans cesse objet de suspicions et de pointes,
notre A. ne nous donne finalement de Tertullien qu'une image assez
pâle. Il se contente de paraphraser la plupart des traités, sans rien de la
verve qu'y avait mise un J. Steinmann. Par exception, le De fuga a droit
à des égards particuliers : au cours d'un plaidoyer peu convaincant, cet
ouvrage qui va directement à l'encontre d'une parole évangélique nous est
présenté comme un modèle de « raisonnement logique et de sobre exégèse
biblique » (p. 183). De manière plus générale, B. est séduit par le « sain
refus de l'exégèse allégorique » qu'il découvre chez Tertullien (p. 214),
ce qui ne l'empêche d'admettre que le recours à l'allégorie est le seul
moyen de concilier les conceptions différentes de Dieu à partir desquelles
opèrent l'Ancien et le Nouveau Testament (p. 215). Aussi ferme-t-il les
yeux quand Tertullien lui-même donne un coup de pouce au texte biblique
pour en majorer la signification. Ainsi préfère-t-il (p. 174) supposer qu'une
citation textuellement corrompue a été reprise sans vérification, plutôt
que d'utiliser la solution du P. T. P. O'Malley (pourtant mentionné dans
la bibliographie), qui montre que Tertullien a bel et bien donné une

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470 G.-*!. DE DURAND

exégèse non littérale de Proverbes 9,2 avant d


niant.
Enfin la troisième idée (et en a-t-il plus de trois?) du Tertullien de B.
est que le christianisme est une religion révélée (p. 129). Comme si cela
impliquait des accroissements successifs de doctrine, des ajoutes au
message du Christ ; comme si la docilité et la souplesse sous l'illumination
de l'Esprit excluaient forcément une fixité des dogmes, à laquelle, comme
l'avait bien montré P. de Labriolle, Tertullien a en fait toujours souscrit,
puisque c'est justement cette faculté d'invention déchaînée qui l'a dressé
contre les gnostiques I En vérité, le drame de Tertullien, c'est bien plutôt
d'avoir proclamé un avènement de l'Esprit qui se manifestait surtout
par un durcissement de la Loi. Mais y a-t-il un drame, et un vivant pour
le vivre, dans le livre de T. D. Barnes, malgré tous ses apports de détail?
Peut-être faudrait-il pour cela des ingrédients qui seront sûrement
considérés par l'A. comme extra-scientifiques : un peu plus de sympathie
et de compréhension non pas tant pour Tertullien lui-même qui, nous
l'avons dit, n'est pas traité de façon trop négative, mais pour ce milieu
auquel il s'oppose et s'arrache, pour les solutions différentes de la sienne
données aux mêmes problèmes. Si le débat n'a pas d'enjeu profond, il
manque d'intérêt.

« On s'attendait de voir un auteur et on trouve un homme ». Même s'il


faut pour cela faire abstraction de son contexte immédiat, il est sans
doute légitime de commencer par cette réminiscence pascalienne un
compte rendu de l'important ouvrage de J. C. Fredouille19 : celui-ci
ne constelle-t-il pas des pages, qui auraient été sans cela passablement
austères, de souvenirs de ses vastes lectures, littéraires, philosophiques
et même, quoiqu'il s'en défende un peu, théologiques? Mais il y a plus
essentiel. J. C. F. s'efforce de retrouver la véritable ordonnance interne
de maintes œuvres de Tertullien, et parmi les plus inextricables à première
vue ; c'est ainsi que nous avons un plan en règle de Y Ad naiiones I (p. 74-
75), des trois traités plus ou moins relatifs au mariage et aux secondes
noces (p. 103, 111 et 128-129), du De patientia (p. 364-365), du De pallio
(p. 459), sans compter bien d'autres analyses qui cherchent à suivre le
texte pas à pas. Il fait l'inventaire des procédés rhétoriques et des thèmes
de pensée du grand africain, multipliant les rapprochements avec Cicéron,
Sénèque et Quintilien. C'est un apport certain de sa thèse, qui n'est pas
diminué par le fait qu'Outre-Manche d'autres s'étaient attelés en même
temps à la même tâche : grâce aux parallèles d'ensemble et de détail
qu'il établit, il montre que Tertullien a été beaucoup plus proche du
scribe évangélique qu'on ne l'admettait généralement jusqu'ici, tirant
de son trésor bien des choses anciennes avec les nouvelles. En quoi, bien

19. J. G. Fredouille, Tertullien et la conversion de la culture antique. Paris, Études


augustiniennes, 1972; 16 x 25, 548 p., 120 F.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 471

loin de rompre en visière avec une puissance colonisat


comme étrangère et hostile, il se conformait à une des ten
mentales du tempérament romain (les démonstrations
nous ont paru à ce sujet très suggestives et réussies).
Les boutades qui ont valu à l'auteur du De praescriptioni
à ce pluriel : cf. p. 228-230) une réputation ďanti-intellect
également mises en balance avec les manifestations bien plu
de sa curiosité multiforme, afin d'aider à comprendre que
mot, peut-être, de l'œuvre de Tertullien ait été pour qualif
nisme de melior philosophia . En vérité, parmi ces multiples
déliées et érudites, on risquerait de ne plus retrouver le f
en dépit des indications données au début (p. 25), lesquelle
parlent modestement d'« aspects » (cf. déjà p. 23 le mo
donc évoquent l'idée de points de vue successifs où l'on tr
objectif pour saisir Vauieur étudié. Mais derrière celui-ci
traités, pour empêcher l'éparpillement, il y a justement l'homm
A vrai dire J. C. F. met une sorte de coquetterie à ne pas
front - ou bien est-ce, pour reprendre une de ses citations,
a priori de le «tenir tout entier» (cf. p. 17). C'est dans
exemple, au détour d'une page qu'il faut chercher son opin
tive - sur le prétendu sacerdoce de Tertullien (cf. p. 1
C'est pas à pas, par petites touches, que nous sommes ame
à l'inanité de l'hypothèse «toujours latente, mais jamais con
laquelle Tertullien aurait été un homme de loi » (p. 175, n.
la plus décisive est donnée au terme d'une étude détai
minutie des emplois de praescriplio et praescribere , d'où il
mots ne revêtent pas chez Tertullien un sens juridique pr
utilisés pour souligner une valeur « démonstrative », dans
de logique formelle (p. 220). Si bien que c'est dans une note
n. 65) que l'A. prend, semble-t-il, finalement à son compt
catégorique où il résume l'opinion de S. Schlossmann : « Te
qu'un rhéteur, pas du tout un juriste. » Mieux, relativemen
logie des œuvres de Tertullien, F. affiche un désintérêt pre
dès son Introduction, il énonce son intention de reprendr
simplement la table « la plus récente et la plus sûre » (p. 18
par R. Braun. Quel dommage, en vérité, qu'il n'ait pu
suggestions révolutionnaires de T. D. Barnes ! Mais à vo
oppose une fin de non-recevoir à une hypothèse de détail
rieurement par celui-ci, on doute qu'il eût admis cette chro
courte (cf. p. 409, n. 166)20.

20. En revanche, il paraît n'avoir tenu aucun compte de l'append


comme à l'ordinaire, du même article, qui redressait l'interprétation de
(cf. ici p. 269, plus les notes 141 et 143). Étant donné qu'il s'agit d'
celui des rapports entre juifs et chrétiens, cette lacune, même sur un
est assez regrettable.

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472 G.-M. DE DURAND

Du reste il est un traité au moins sur lequel il


datation tardive, c'est le De pallio , pour qui une
comme terminus post quem l'année 222, c'es
jouvenceau Alexandre Sévère encadré par deu
p. 248, n. 63, et de nouveau p. 471, n. 216). Or
œuvrette déconcertante est d'importance dans
Tertullien : d'elle dépend pour une bonne pa
donner à la carrière de son héros, sens au deme
qui rend étonnante une certaine répugnance
« chute lamentable » accroché par P. de Labriol
homme au montanisme (cf. p. 457). N'était-ce p
décisif vers cet isolement graduel qui amènera
portée bouleversante à une modification vestime
à renoncer aussi à poursuivre l'apologie person
et surtout à proclamer dans une page attristant
qui le fait se détourner de tout intérêt commu
moi est mon unique affaire. On ne naît pas pou
mourir pour son compte. » Si vraiment un chré
étaler de pareils principes (même en faisant par
pas de pire constat d'échec. Peut-être la reconst
elle la vraisemblance de l'atroce. Peut-être auss
trop romantique et trop artistiquement réus
guère, en effet, à quel autre moment de la vie d
à l'affût de l'actualité, assigner des phrases apr
place que pour le silence.
En tout cas l'A. s'est visiblement épris pou
pathétique qu'il dessinait en filigrane dans son
qui double la compréhension. A la suite de S.
p. 307, n. 55), il montre que les injures utilisées
en somme, plus violentes qu'il n'était constamm
mique de l'époque. Nous serions prêt à conc
effectivement moins de haine personnelle que d
mais peut-on dégager de tout soupçon de ph
l'auteur du De pudicitia couvre les psychiques,
avancés que lui spirituellement, du moins à s
une image traditionnelle (p. 270-271) ; il soulig
mis par les critiques au compte du tempéramen
également du savoir-faire rhétorique (p. 183) e
antiphilosophe méprisant et railleur, il convient
défendant sa foi avec toutes les ressources de son
(p. 337). Il est après tout normal que la balance
inverse de celui vers lequel elle s'était inclin
Tertullien donne par deux fois une référence fa
ne devrait pas croire qu'il ait volontairement in
fois ses lecteurs : la n. 291 de la p. 296 utilise ce

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BULLETIN DE PATROLOGIE 473

déconcertant contre une insinuation de P. de Labriolle. Et il est facile


de multiplier les exemples : ainsi p. 170 l'explication extrêmement bien-
veillante de cette impression queTertullien donne à plus d'une reprise de
«ruser avec les doctrines». Beaucoup plus loin (p. 370-371), F. ne se
permet même pas d'attribuer à Tertullien une généralisation trop hardie
quand celui-ci déclare, s'appuyant, de l'aveu de son exégète, sur un
hapax legomenon des Lettres à Lucilius , que la patience est la vertu
souveraine pour tous les philosophes, malgré leur désaccord endémique.
Ne serait-on pourtant pas en droit d'articuler le reproche de sophisme,
si vraiment un unique passage de Sénèque est la seule autorité qu'eût pu
invoquer le De patientia 1,7? A moins que l'on ne puisse imaginer - et la
conjecture nous apparaît vraisemblable - que Tertullien a donné menta-
lement un petit coup de pouce et que patientia signifie ici l'ataraxie-
apathie, idéal effectivement universel, à le prendre dans ses deux versions
stoïcienne et épicurienne. Mais bien plus haut déjà la p. 97 nous présentait
un cas de prétérition assez surprenant, celui de versets pauliniens qui
eussent porté directement sur la question en discussion. F. se refuse à
prêter à son héros ce qui pourrait passer pour « beaucoup de mauvaise
foi et une grande naïveté ». En un temps où l'on nous sert parfois trop
facilement lapsus freudiens et actes manques, on devra peut-être savoir
gré à l'A. de cet ouvrage de n'avoir pas abusé de ces procédés (peut-être
a-t-il considéré que c'eût été contraire à son dessein de ne pas « outre-
passer les règles de la méthode philologique», cf. p. 25?). Pourtant,
admettre en toute franchise que telle étourderie indéfendable, tel sophisme
qui saute aux yeux, relevait de ce type d'explication n'aurait pu, semble-
t-il, qu'aider la personnalité de Tertullien à mieux transparaître encore
sous la masse des exposés techniques. Elle eût ajouté à l'humanité et à
l'intérêt déjà très grands de ce portrait21.

Hilaire de Poitiers. - Saint Hilaire de Poitiers avait été laissé de côté


par les tentatives de ressourcement spirituel qui donnèrent un regain
de vitalité aux études patristiques à partir de la Deuxième Guerre mon-
diale. Il n'a guère été mieux partagé depuis que des travaux plus
techniques sont venus relayer cet élan quelque peu épuisé. Il serait
curieux de déceler les motifs de cette négligence, à laquelle le centenaire
de 1968 n'avait apporté, apparemment, qu'une interruption passagère.
Sans doute la concurrence de S. Augustin était-elle écrasante auprès de
tous ceux qui ne préféraient pas chercher dans la patristique grecque un
dépaysement plus radical. Puis le docteur gaulois, à première vue, a les

21. Pour finir par deux piqûres caudales moins venimeuses que celle du scorpion
de Numidie, est-il juste de dire (p. 148, n. 13) que les combats de gladiateurs étaient
« une tare de la civilisation antique tout entière et pas seulement romaine » ? Ont-ils été
vraiment acceptés dans le monde grec ? Et quelle est la page où commence réellement
l'article de G. Tibiletti cité p. 89, n. 84 ; p. 120, n. 188 ; p. 355, n. 313 : ces trois références
fournissent chaque fois une indication légèrement différente.

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474 G.-M. DE DURAND

allures d'un aérolithe, dont on ne peut pas plus re


découvrir la postérité. Et n'est-ce pas d'ailleurs
l'histoire il a connu seulement de très brèves périod
attribuer la survie de codices très anciens et bien c
utilisés ?

Avec les quelque 540 pages de sa thèse, non co


bibliographie qui en rajoutent encore plus d'une
semble avoir voulu rétablir l'équilibre22 ; et cela d
ouvrage porte uniquement sur la période antéri
extrême diligence, il a fait son possible pour que
dans la condition de Melchisedech : sans généalo
éliminer pratiquement tous les éléments qu'un
exigente avait pu essayer de réunir autour du fils illus
ou du docteur de l'Église triomphalement promu
il paraît n'y avoir aucune trace d'une communauté
antérieure à l'épiscopat d'Hilaire dans la région po
où serait venu s'insérer le héros de J. Doignon
comparaison implicite avec cet état de choses q
plus loin (p. 466, n. 1), à propos de Béziers, d'« ég
constituée au ive siècle » ; pourtant ce passé chrét
(la même note l'avoue) à la présence de trois sa
du v® s., plus une liste épiscopale incertaine jusqu
Aussi, devant l'impossibilité d'écrire une biograph
son intention de donner la prépondérance à l'
(p. 19) - soit que tel ait été déjà son projet initial,
lui soit venue en cours de route. Et sous cet asp
remporter beaucoup plus de succès. Par exemple il p
tel thème théologique du De Trinilale , celui de la
entre sabellianisme et subordinatianisme, se laisse d
(cf. p. 82 et n. 4). D'autre part, une analyse extrêm
Prologue du livre I y décèle à chaque ligne des rém
rature latine antérieure, tant païenne que chrétie
d'ailleurs, avait déjà préparé la voie en soupesant d
temps les influences de Salluste et celles de Lac
p. 109, n. 7). Même une expression assez neutre, c
(sur les livres sacrés des chrétiens) se voit assortie d
à Quintilien et Cicéron (p. 121, n. 3 et 4). Cependa
demander si toutes ces richesses ne finissent point
de la biographie et de la chronologie, un suppléme
ment de problèmes. Par le rattachement à Novati
J. D. n'énerve-t-il pas considérablement l'une d
fournies par un sagace article de M. Simonetti dans

22. J. Doignon, Hilaire de Poitiers avant Vexil . Paris, Étu


16x25, 668 p.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 475

ser tout le De Triniiaie jusqu'à la période d'exil oriental? P


toutefois, l'A. continue à accepter l'argument, non plus à ra
lui-même, mais à cause de certains termes, tels que « descente »
sion », si techniques qu'Hilaire a pu les récolter seulement
plus subtil. D'un autre côté, et la chose est plus grave,
De Trinitate , ainsi ramené à ses composantes littéraires,
avec tant d'art, pour ne pas dire d'artificialité, qu'il ne res
place pour la spontanéité d'une confidence personnelle. On
que J. D. se sent tiré vers cette conclusion, mais après d'a
hésitations, se refuse à la formuler et finit par suggérer qu
deux solutions entre lesquelles, abstraction faite de celle d'
en miniature, balancent les érudits au sujet de ce Prologue.
n'être guère convaincu et trouver plutôt qu'il ressort de s
ces chapitres 1-14 sont une «épure » (le mot est d'ailleurs
retraçant le cheminement idéal d'une conversion, épure d
S. Hilaire est aussi absent que celui de S. Paul peut l'être de s
pathétiques d'une âme divisée, faisant le mal qu'elle ne veu
dans l'antiquité, où la mémorisation jouait certes un plus
dans la civilisation « audio-visuelle » d'à présent, où la cul
de certains pouvait plus facilement servir de supplément a
que le bonhomme avait, il est, nous semble-t-il, des limit
semblance ne permet pas de franchir et contre lesquel
pronoms de la première personne, comme dans ce Prologue
Si J. D. nous paraît néanmoins avoir pleinement raison d
rédaction des dits chapitres «peu de temps avant le d
(p. 18), ce n'est donc pas tellement parce qu'Hilaire y étab
provisoire » de sa recherche spirituelle. C'est plutôt qu'un certa
s'impose entre ce texte dont la perspective n'est assurémen
antiarienne » (p. 150) et le reste du De Trinitate . Mais y peu
même une tendance antihérétique en général? Cela ne nou
évident ; et la question de savoir pourquoi ce fragment a
texte d'intention et de caractère si différents n'est sans do
résolue. Se pourrait-il que S. Hilaire ait songé à écrire un
logétique 8'adressant aux païens, du type de celui de L
exemple, et ait réemployé l'opuscule ébauché lorsqu'il e
batteries d'un tout autre côté ? Après tout, la Gaule, et sp
pays poitevin et son intelligentsia, devaient être encore à l
tiellement païens, comme le suggère le défaut presque absolu
ecclésiastiques constituées, avant l'épiscopat d'Hilaire. Une
de la foi aux gens du dehors pouvait paraître plus urgente q
de comptes théologique à l'intérieur du christianisme.
l'apologétique à l'adresse des juifs était développée, de faço
que que concrète d'ailleurs (cf. p. 345, n. 1), au même mom
Commentaire sur S. Matthieu. Hilaire ne devait-il pas song
même davantage à l'autre catégorie de non-chrétiens? De ce

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476 G.-M. DE DURAND

le Prologue du De Trinilale méritait bien de fig


esquissé par J. Doignon (p. 19), même si Ton jus
désignation résumée de « foi reçue », faisant pe
dont le prologue du Liber aduersus Vàlenlem e
un témoignage aujourd'hui très mutilé.
Quant au panneau central, « la foi enseignée »,
sion : le Commentaire sur S. Matthieu devait,
constituer et il a bénéficié du traitement minut
pouvait attendre de son futur éditeur. Là aussi,
décidément le pas ; cependant nous pouvons
informations très importantes sur l'individ
œuvre ne comporte aucune trace de forme p
de J. D. est même si diligente qu'on ne peut se
l'image d'un auteur travaillant en chambre,
direct, à rassembler en partant des écrits de la
seurs latins et en conformité avec tous les p
rhétorique les traits les plus propres, selon lui,
lique. Aucune similitude, même lointaine, qui n
Servius ou dans V Histoire Auguste aussi bien
et c'est à notre goût l'un des autres apports es
la thèse de J. D., ces sources de S. Hilaire so
Origène n'est atteint, et très sporadiquemen
de Pettau ; des tableaux synoptiques et des s
l'ouvrage (p. 545-555) réduisent le pourcentage
commentaires de l'Alexandrin à 22 %. J. D. pro
ment que « le Pictave » avant l'exil eût été
directement un commentateur grec, à suppose
celui-ci fût parvenue jusqu'en sa contrée rela
ou plus grave encore, J. D. prolonge plus ou mo
comme helléniste jusque pendant et après le séjo
178 et la conclusion de l'Excursus I, p. 543.)
s'occuper du De Trinitale , c'est là une affirmation
plus même que J. D. ne semble s'en rendre
davantage tourné vers le passé, les antécédents
que vers la suite de la carrière de son héros. O
tenté de supposer que J. D. s'est trop fié au té
un peu plus gêné qu'en maints autres cas pour s'e
de la foi, mais tout de même parcimonieux
minimiser chez tout un chacun les capacités de
de rehausser les siennes propres. L'A. aurait-il
connaître ou en négligeant celles de P. Smuld
étroits que l'on peut déceler entre Hilaire et Eu
P. Smulders incline nettement à expliquer ces s
tence d'une source commune, mais par l'aud

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BULLETIN DE PATROLOGIE 477

vivants *2S de l'évêque ďÉmése : Hilaire aurait donc non


lire le grec, mais aurait été capable de saisir les mots au v
d'un prédicateur, performance dont nous avons tous p
pays étranger, la particulière difficulté. Puis l'affirmation de
t-elle pas à renoncer pratiquement à l'idée d'un Hilaire
entre les deux moitiés du monde chrétien, monnayant a
informés les subtilités et les tâtonnements de l'homéousian
aussi, au concile de Séleucie, selon Sulpice Sévère, les
accusés de sabellianisme (cf. p. 526)? Car on peut être
qu'il n'a trouvé en face de lui aucun Grec disposé à l'effort
éclairer la lanterne théologique de son interlocuteur dan
Cicéron ou de Tertullien (les seuls qui en eussent peut-êt
étaient ces homéens d'Illyrie qu'Hilaire considérait comm
mortels de sa foi).
Mais peut-être après tout convient-il d'admettre l'orig
totale de la pensée hilarienne à son second stade et d'e
plus ou moins à l'image de l'aérolithe évoquée au départ.
de modèles grecs expliquerait bien, au demeurant, une dif
à laquelle J. D. ne fait guère allusion, tout occupé qu'il e
plutôt le contraste avec la manière « nerveuse, irrégulièr
de Tertullien (p. 521). Pour nous être longuement affr
d' Hilaire, nous ne croyons pas que seuls les raffinement
rhétorique le rendent inaccessible aux simples, comme le
une fois honnêtement, S. Jérôme. Seulement alors il y a
rebondit : comment l'évêque de Poitiers a-t-il été amené à
celui où se situe le gros du De Trinilale? Comment a-t-il
homme de cabinet, composant à loisir des commentaires
tions plus scientifiques que pastorales, pour devenir u
nicénisme en Occident? C'est ce que J. Doignon se do
d'expliquer en la troisième partie de sa thèse, intitulée « la
Comme cela l'eût amené à déborder de beaucoup la pé
il voulait limiter son étude, il n'a pas reposé la question
ont été le relief du rôle joué par Hilaire et l'intensité
Elle vient néanmoins à l'esprit, cette interrogation, lo
(p. 430, n. 1) le texte de S. Athanase qui énumère les évêqu
qui furent les glorieux confesseurs de la foi ; l'absence du
est notée et l'on sait que le silence de l'Alexandrin est aill
Au fond, ce pourrait bien être les protestations d'Hil
accédant plusieurs fois à une très authentique éloquence,
de l'importance à la persécution qu'il a subie. Cet exil fut,
court ; J. D. l'abrège encore, en admettant la réalité, cont
et M. Meslin, de la rencontre avec S. Martin antérieurem

23. P. Smulders, « Eusèbe d'Émèse comme source du De Trini


Poitiers », in Hilaire et son temps, Paris, 1969, p. 175-212, citation :

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478 G.-M. DE DURAND

Phrygie, donc en retardant le départ pour cet


356, peut-être jusqu'à l'extrême limite avant le m
bre (p. 510 et n. 2 ; pour la fin du séjour en Or
n. 3, p. 455). Et les à-côtés de cette mesure adm
être très durs (rien qui rappelle ce qui suivi
Chrysostome, par exemple) pour avoir permis à
totale d'un ouvrage aussi vaste que le De Tri
trop libre cours à son imagination que de voir p
gnation d' Hilaire, le vif mécontentement de l
habitudes ?

En tout cas, parallèle au silence d'Âthanase, il en est un, quoique


moins total, d' Hilaire lui-même qui pourrait déconcerter aussi quelque
peu : il dénonce les mesures d'exil prises contre Paulin de Trêves, mais
non pas celles qui ont frappé Rodanius de Toulouse ; et pourtant le siège
de ce dernier était bien plus proche de Poitiers. Or Hilaire se contente
d'une allusion indirecte et plus tardive dans le Contra Conslanlium (cf.
p. 444, n. 4). Et cependant, supposer un déni de justice spectaculaire,
qui aurait créé une commotion régionale, aiderait à comprendre pourquoi
Hilaire a levé les yeux de sa table de travail. Tandis que le lien soudain
établi par lui entre querelle de personnes et questions de doctrine suscite
une interrogation légitime tant qu'il s'agit du lointain évêque de Trêves
et de cet Athanase qui ne connaissait pas, ou n'a pas voulu connaître,
son allié poitevin (cf. p. 488 et n. 4). Il est vrai que la question posée par
l'éviction de Rodanius n'est pas bien claire, au moins en termes de chrono-
logie. D'après la Chronique de Jérôme, il semblerait avoir fait partie de
la toute première fournée d'exilés, en compagnie de Paulin, tandis
qu' Hilaire n'est mentionné qu'ultérieurement. Mais Sozomène (IV, 9)
insère le Toulousain dans une liste d'exilés qui paraissent victimes du
synode de Milan, plutôt que de celui d'Arles, Hilaire arrivant une fois
de plus en surcroît. Quant à Sulpice Sévère (II, 39), il donne l'impression
que Rodanius est seulement un compagnon d'infortune, voire un comparse,
d'Hilaire à Béziers. J. D., apparemment, n'a pas tenté d'élucider ce pro-
blème, non plus qu'il n'a relevé le fait que chez Jérôme c'est Rodanius
qui se voit accorder la qualité de lenis , épithète dont il est fait état, par
contre, quand Rufin l'applique à Hilaire (cf. p. 424-425). Plus largement,
on peut se demander si J. D. a réussi à expliquer entièrement ce qui a fait
percevoir à son héros l'enjeu ultime du débat concernant en première
visée l'évêque d'Alexandrie. Il avoue du reste lui-même qu'Hilaire a
donné deux représentations en apparence contradictoires de son affronte-
ment avec la réalité historique de l'hérésie, « représentations qui se relient
à deux processus différents de schématisation » (p. 436). La trame de
l'événement de Béziers ne se laisse guère ressaisir non plus. Mais on a le
sentiment que dans toute cette partie de son ouvrage, ces obscurités
rémanentes n'importent que bien peu à l'A. dès lors qu'il pense avoir
retrouvé le cadre littéraire dans lequel les faits ont été insérés par la suite.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 479

Cela est particulièrement frappant dans le cas du synode d


s'agit pas de savoir ce qui s'y est passé, mais de reconstitue
nial épiphanique de souscription à la loi de Nicée » qu'Hila
en morceaux pour l'intégrer, ainsi fragmenté, à un schème
juridique (p. 451). Certains arguments employés au cours
subtiles à l'extrême paraîtront sans doute plutôt ténus à
pas entièrement gagné à cette méthode. Ainsi l'acception
religieuse » découverte à un verbe aussi anodin qu'art (p.
J. D. confesse du reste parfois lui-même qu'il choisit, pour
sa démonstration, « parmi les acceptions possibles » (ca
medio , p. 450). De toute façon, l'A. ne met pas en avant au
ment que d'autres sa qualité d'historien (cf. p. 424) ; il
aisément à la reconstruction, peut-être impossible, de séq
mentielles ou doctrinales sur lesquelles les documents
lacunaires (cf. tout à la fin, p. 527, un de ces aveux d'impu
théologiens n'ont qu'à s'en prendre à eux-mêmes s'ils o
certains textes aux « littéraires » et si ces derniers les exam
trop exclusivement dans leur optique propre, multipliant
ments... littéraires, dans l'espoir que sur dix conjectures,
tiers frapperont dans le mille.
Permettons-nous néanmoins d'exprimer un regret. J. D
à des index, d'ailleurs aussi complets qu'on peut rêver, pou
à partir de mentions dispersées, ce qu'a bien pu être la cu
phique de S. Hilaire. On eût aimé pourtant voir celle-ci
considérable érudition rhétorique du « Pictave », savoir
comment il prenait position par rapport au matérialisme
Tertullien, s'il le récusait ou en restait plus ou moins im
que l'admet F. Masaï pour la majeure partie des chrétie
S. Augustin14. Les deux reproches de Glaudien Mamert, don
à ce problème, sont reproduits à la note 2 des pages 376-37
à Vin Mailhaeum 5, 8, mais sans aucun commentaire ; un
(p. 383, n. 1) J. D. revient sur ce passage du De statu anim
contente de rapporter les opinions d'autrui sans prend
position lui-même. Nous tromperions-nous en pensant
quant à lui l'Hilaire du Commentaire sur S. Matthieu tout
mouvance de Tertullien, à en juger par la fin de la n. 1, p
problème voisin? Et pourtant la dualité corps-âme, ind
anthropologie, joue déjà un certain rôle dans ce Commentai
prouve le curieux texte de 10, 22-23, qui est glosé p. 386,
assez inadéquate, par réduction indue à la tripartition pau
(omis dans la n. 1) Th 5,23. Mais pourquoi se répandre en

24. Dans un article intitulé « Les conversions de S. Augustin et les


tualisme en Occident », in Le Moyen Age 67 (1961) 1-40, et qui n'est
la riche bibliographie de la thèse.

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480 G."»!. DE DURAND

des lacunes qui, eu égard au projet de J. Doignon,


Mieux vaut le remercier d'avoir résumé en
les résultats limités, mais réels, obtenus par s
flottant en son milieu gaulois immédiat, S.
beaucoup mieux situé désormais par rapport à
et ses contemporains grecs. Seulement l'énorme
de provoquer l'admiration plus que de susciter
tant à dire sur cette période encore peu fertil
trouvera-t-il jamais un biographe assez courage
et après l'exil?
2715 Chemin Côte Sainte-Catherine
Montréal 250
(Canada)

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