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Rev. Sc. ph. Ih.

77 (1993) 613-635

BULLETIN DE PATROLOGIE

par G.-M. de Durand

Études de genres littéraires. - Frôlant à trois près le millier de page


d'A. Olivar 1 est simplement aux dimensions de son sujet. Dans sa
partie, il répertorie en effet tous les monuments de la prédicati
dont nous avons la totalité ou des traces fragmentaires et cela non s
pour les domaines grec et latin, mais aussi pour celui des «langues or
non grecques», jusqu'au viiie siècle dans le premier cas, jusqu'au vie, a
mativement, dans les deux autres. Et il ne s'agit pas d'une simple no
ture, car ce catalogue est étoffé de descriptions des contenus et
tions des prédicateurs où l'on sent le plus souvent les résultats d'
personnel avec les textes. Ces notices n'en sont pas pour cela trop
(même si elles donnent à croire qu'A. 0. n'éprouve pas grande s
pour Grégoire de Nazianze2 et ressent au contraire une assez vive ad
pour Sévère d'Antioche, sur lequel d'ailleurs il a déjà donné une
Parcourant ainsi un champ très étendu, il peut se livrer à des com
très documentées entre prédicateurs, ainsi celle qu'il établit (p. 330-3
«les deux Grands», S. Jean Chrysostome et S. Augustin. On ne pe
cher de relever, surtout en prévision des apologies que nous trouver
d'autres études recensées plus bas, qu'A. 0. y applique une fois de plu
l'épithète de moraliste, qu'il avait déjà employée avec insistance
notice propre de l'orateur grec. Il souligne aussi l'allégresse, la bonne
qu'Augustin, selon lui supérieur en prédication à ce qu'il était com

1. Alexander Olivar, La Predicación Cristian Antigua. Barcelona, Editoria


(coll. «Biblioteca Herder», Sección de Teología y Filosofía, 1. 189), 199
997 p. ISBN 84-254-1715-5. Ce livre a déjà fait l'objet, du point de vue
d'une recension par P. -M, Gy, dans son Bulletin de liturgie, cf. Rev. Sc. ph. t
p. 113-145.
2. A. O. fait bien (dans sa seconde partie : n. 22, p. 598-599) allusion aux retouches
apportées par Grégoire à sa prédication, mais il semble plutôt attribuer le désordre de
certains des sermons du Cappadocien à l'improvisation. La juxtaposition de remanie-
ments opérés après coup par ce ruminant sentimental ne serait-elle pas une meilleure
explication? Dans la seconde partie, p. 928, cependant, A. 0. paraît admettre l'idée de
remaniements importants au moins dans les cinq Discours ihéologiques.
3. Il n'en va pas de même pour l'autre auteur dont A. O. s'est occupé tout spéciale-
ment, étant comme on le sait l'éditeur des Sermons de S. Pierre Chrysologue dans les
trois volumes du tome 24 du CCL. Il ne fait que lui rendre stricte justice en le défen-
dant contre les accusations de vacuité proférées par 0. Bardenhewer et consorts.

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vain (p. 386), déployait à la tâche ; qua


presque lugubre, de l'évêque d'Hippone,
gie de vieillesse, cette appréciation pourra
d'Augustin4. Chose qui pourrait surprendr
renseignements sur la prédication monast
culièrement précis : cela ressort par exe
mais c'est qu'aussi bien ce type de transm
relevait que marginalement de la tâche
se situait hors de la prédication ministéri
du terme), selon les définitions données a
A. 0. n'omet pas d'inclure dans chaque
textes des auteurs étudiés qui ont été in
heures (il avait déjà publié un opuscule
La seconde partie est, si possible, encore
mais également si copieuse qu'on doit p
relevé des têtes de chapitres. I : La term
les sermons patristiques et la classificat
niers. II : Le lieu et les formes (par l'exord
tion des sermons dans la liturgie. III : Qui
antique? IV : Préparation et improvisa
quence prêchait-on alors? VI : La durée
vue des diverses œuvres oratoires de S. Au
lée et aboutit à des mesures très précis
tractatus in Ioannem (p. 705) à deux heure
psalmum 93 (p. 701) 6. VII : D'où prêchai
à l'assistance? VIII-XII : Les auditoires, l
l'ovation à l'inattention, les contre-réa
termes qui leur servaient à apostropher
de langue rencontrés face à eux. XV : La t
XVI : Effets et applications de la prédicati
A. 0. adopte une méthode d'étude cas pa
certain nombre de prédicateurs, avant d
conclusion partielle; cela n'est pas sans e
Bien sûr, malgré le caractère monumenta
ne peuvent y être traitées. C'est ainsi qu'il

4. Est-il sûr, comme il est dit p. 351, qu'on


première édition du De doctrina Christiana ? J.
semble suggérer au contraire que le manusc
provenant de Corbie, a échoué à Saint-Pétersb
cette édition.
5. Malheureusement, peut-être à cause d'une trop grande proximité dans les dates
d'édition, il ne cite pas dans sa courte bibliographie, le répertoire des traductions d'ho-
mélies patristiques, sur le Nouveau Testament en cinq langues modernes (y compris le
castillan) qu'a publié H. J. Sieben.
6. Signalons aussi qu'A. O. se refuse à suivre Kunzelmann en faisant de leur plus
grande brièveté un indice assuré pour placer certains sermons à une date tardive dans
la carrière de l'évêque d'Hippone.
7. Ainsi la n. 142, p. 939 reprend la question de l'origine de la collection mise sous le
nom d'Eusèbe Gallican, alors qu'elle avait déjà été traitée, de façon plus éclairante aux
pages 447-451, dans la première partie. Le caractère improvisé de certaines homélies de
S. Jérôme est mentionné p. 932 comme p. 611 ; mais le plus important sur ce dernier
auteur est qu'A. 0. ne semble pas avoir connaissance des raisons sérieuses alléguées par
V. Peri pour restituer à Origene l'essentiel de ces textes sur les Psaumes.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 615

les indications sur les rapports des orateurs chrétie


que. Conscient sans doute de cette lacune, A. 0. f
cette rhétorique dans sa conclusion générale, deux f
pour minimiser la portée de son influence ; une
l'avouer; au cours des mêmes pages finales (cf. 963s.
cation rapide des sermons par leurs thèmes à partir
ont donnée de l'œuvre oratoire de S. Augustin.
quatre pages à peine (p. 511-514), suivait déjà le chap
gréco-latine relative à ces sermons. A. 0. se content
peut-être un peu rapidement, que la prédication
dans aucune autre religion ; nulle part il ne touche
prédication et les genres littéraires juifs ou la pr
populaire contemporaine des Pères. Quand bien m
rait envisager l'existence d'une troisième partie, les
sées constituent une somme d'un grand intérêt,
mise davantage à la portée de ceux qui ne sont gu
des arrière-neveux de Grégoire d'Elvire ou Pacien
«Ce que je sais le mieux, c'est mon commencement
mais dans un contexte comique. Pascal au contrair
ment apologétique, au moins de façon éloignée8, déc
qu'on trouve en faisant un ouvrage est de savoir
première.» Convaincu de l'importance de ces premiè
un de ses mots favoris), M. Rizzi a eu l'idée de c
culière9 aux exordes des apologies chrétiennes de
regroupe en fonction d'un critère vers lequel nous or
est l'Autre visé par ces divers textes? Dans trois
Apologeticum ), il s'agit d'autorités civiles, un «autr
tâcher de se faire entendre. Dans trois cas encore (c
gnète et du Demetrianus auquel répond S. Cyprien),
auquel on s'adressera en tenant plus ou moins com
chologiques où il est par rapport au message chr
écrits qui sont censés avoir un auditoire « universel »
«Hellènes», quel que soit le sens de ce terme, pour le
deux écrits pseudo-justiniens), nationes , pour un
celui d'Arnobe. Minucius Felix, qui exploite à la f
romain du dialogue cicéronien et le concept tout
droit à un chapitre à part : son objectif essentiel es
locuteur que rien de drastique ni de définitif ne
viennent Clément pour le Proirepiique et Origene po
rubrique commune «transformation de l'apologét
On pourra s'interroger, néanmoins, sur la portée d
fonction de «l'autre». En effet, si la troisième catég
que des écrits qui interpellent cet « auditoire univer
la barrière est infranchissable et l'imperméabilité t
contiennent aussi bien des apologies qui pensent

8. En effet ce Fragment des Pensées (N° 19 Brunschv


tique, n'étant connu que par l'édition de 1678.
9. Marco Rizzi, Ideologia e retorica negli « exordia
dell" altro ' (I I-I II secolo). Milano, Vita e Pensiero (coli. «
sia», 18) 1993; 16 X 22, xxx-323 p. ISBN 88-343-0178-1
10. Une liste des auteurs concernés est donnée p. 19,
Aristide d'Athènes et Y Ad Scapulam de Tertullien : cf.
tance, il est exclu sans explication, probablement pour

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mentalité et à la conscience morale de c


que des ouvrages au ton agressif et pére
façon cette classification en apologistes « in
non pertinente (p. 212), car elle ne tien
l'autre vis-à-vis de la vérité dont le chréti
chrétien est persuadé que son interloc
M. R. paraît au demeurant porté à pren
propos dédaigneux et hostiles tenus par le
raison à propos de Tertullien (à propos
p. 34) : ses réserves à l'égard des tentative
cer l'hostilité de celui-ci envers la culture
(cf. n. 103, p. 52). Pourtant l'un des app
ouvrage n'est-il pas de montrer comme
antique ont pu instiller quelque bon sens d
indigents par la pensée comme par l'exp
Mais nous ne saurions adhérer aux fo
abondent p. 192-194 au sujet d'Origène : le
senté par celui-ci consisterait en une élim
Tous les efforts de l'Alexandrin seraient tournés vers des chrétiens encore
vacillants dans leur foi, pour qui le Contre Celse serait une seconde mouture,
moins abrupte, du Periarchon. Il est vrai qu'Origène s'en prend à un ouvrage
datant de la génération antérieure à la sienne et déterré pour lui dans une
bibliothèque par son ami Ambroise. Mais Celse ne reprend-il pas vie au fur et
à mesure de la lecture qu'en fait son adversaire ; et le fait que celui-ci se soit
mis à le réfuter page à page, s'il nuit à l'ampleur de perspectives, rend le
dialogue aussi vivant qu'avec un contemporain. Qu'Origène, après avoir fait
de ce même Celse un épicurien, soit capable de ressentir quelques honnêtes
inquiétudes sur son identité philosophique est aussi lourd de signification.
Peut-être pour une fois la concentration de l'intérêt sur les «commencements»
a-t-elle un peu fourvoyé M. R. : Il s'agit après tout d'un ouvrage en huit
livres, écrit au fil de la plume et où la position de l'auteur a eu tout le temps
d'évoluer. U ne faut pas se laisser égarer par quelques termes de mépris
réduisant l'adversaire à l'insignifiance, monnaie courante dans la polémique
antique. Le paganisme de Celse est un «autre» pas plus défunt au me siècle
pour Origene que la religion et le passé romains ne le seront pour Augustin au
ve

Christianisme et philosophie. - De Jean l'Érigène à Stephen Mac Kenna 13 et


encore au-delà, l'Irlande n'a pas manqué de diffuseurs de l'influence néo-
platonicienne en Occident. L'avant-propos et l'Introduction du symposion

11. M. R. nous signale pourtant (p. 189 et n. 41, p. 215) qu'Eusèbe tenait le Contre
Celse pour la plus parfaite des apologies. Faut-il mettre cela uniquement au compte
d'une admiration éperdue pour le grand Alexandrin?
12. Si les transcriptions de textes en langues étrangères paraissent fort soignées,
deux noms propres ont un peu souffert : Hagendahl, orthographié sans le deuxième h,
sauf n. 10, p. 154 et Hornus, partout écrit Hormus.
13. La traduction des Ennéades donnée par ce dernier, traduction non entièrement
fiable, mais qui par son élan et la beauté de sa langue réussissait ce tour de force de
faire de Plotin un grand écrivain, vient d'être republiée, allégée d'un traité, aux édi-
tions Penguin, donc en «livre de poche», par le premier contributeur au symposium,
John Dillon.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 617

tenu à Maynooth en 1990 n'ont aucune peine à fair


cet enracinement local n'enlève rien à l'intérêt g
présentées. C'est en effet un problème depuis
Continent que de décider si la prépondérance d
pensée d'Origène à l'exégèse ou à la philosophie
solution de Harnack, de Faye, etc., avec cette va
forgé un système personnel, en n'empruntant aux
que des concepts et des formules. Les deux thèmes
hypothèse sont la doctrine de la seconde hypostase
et du retour des âmes15. D. Moran, quant à lui,
points où un texte d'Origène pourrait affleurer sou
puis il donne une rapide présentation du systè
constater les influences plutôt doctrinales. L'expres
qui pourrait caractériser la similitude la plus fon
penseurs ne figure guère que dans le sous-titre
aborde le Pseudo-Denys sous le biais où il est san
comme précurseur de l'Aquinate, en tant qu'il e
haute des perfections, même s'il tâche encore, p
néo-platonisme, de situer Dieu au-dessus de l'êtr
autre vestige néo-platonicien chez lui, est menti
examinée à fond. D. Carabine dresse une liste de
pales contre l'usage et l'abus de la théologie apop
Puis elle expose, en des pages très ramassées, co
(ainsi bizarrement placé après le Pseudo-Denys) s'es
jusqu'aux avant-postes dans ces quatre directions
de la controverse avec Eunome et avec un certain
tères économiques des trois hypostases (p. 92).
Après quoi le reste du volume est consacré à S.
attire l'attention sur une des toutes premières c
apfès avoir tâté de l'astrologie courante beaucoup p
l'a dit et l'avoir comparée avec l'astrologie maniché
la lumière de ces philosophi que sont les astrologue
braconnier devenu garde-chasse» (p. 109), se serait
plus décidé de cette pseudo-discipline. Eoin Cas
J. C. Fraisse que stoïcisme et néo-platonisme o
estomper la notion d'amitié, si centrale jusqu'alor
s'efforce de montrer en revanche, d'une façon
convaincante (car il lui faut faire appel à une trans
aux conditions eschatologiques) que S. Augustin
caritas la plupart des traits caractéristiques de Y
la légitimité des deux notions de visio spiritualis et
que de la relégation en position inférieure de la
seconde dans le XIIe Livre du De Genesi ad Litteram
duction proportionnellement assez ample et avec un
sur le Pseudo-Denys (page qui est de nouveau plutôt
christianisa tion de son néo-platonisme) J. J. McEv
récentes, surtout celles de G. Madec, sur les rappor
néo-platonisme.

14. The Relationship between Neoplaionism and Chr


Finan and Vincent Twomey with a Foreword by Joh
Courts Press Ltd. (Kill Lane, Blackrock Co.), 1992; 16
15. Une pointe d'impérialisme philosophique pourrait
le fait d'imputer aussi au Prologue de S. Jean l'adoption

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Le symposium analysé ci-dessus prenait


christianisme, essayant d'y évaluer l'import
platonisme. Le livre de P. Aubin 16 est po
même si son point de départ est le ti
ďÉnnéadesV , 1 dont plus d'un auteur anc
pour donner du philosophe une lecture exag
aussi toute sa pensée sur un système compor
(bien que, pour faire court, il parle souvent d
ment à ceux qui voudraient trouver là un sy
«discours synthétique» (p. 222). Et il décorti
gner cependant à l'expédient qui consister
Porphyre, car il figurait sans doute aussi da
bue son examen entre six « arguments », tou
développés avec clarté, érudition et sagaci
même pour le non spécialiste sans être de
P. A. aboutit (p. 186) à proposer une ou de
férentes de celles de ses prédécesseurs tel
n. 9 : Sur les trois productions originelles ou
l'étymologie d' hypostasis, Sur les trois fond
de ce genre.» Les développements sur le chr
conclusion, font figure d'appendices, d'ai
arguments.
On pourrait aussi les considérer comme des pierres de touche faisant ressor-
tir la spécificité du «plotinisme»17. Ainsi quand P. A. montre (p. 35) qu'à la
différence de S. Basile, quand il s'agit de compter l'Un, l'Intellect et l'Âme,
Plotin se montre réticent à l'égard des notions de connumera tion et de coordi-
nation (sunlassein), marquant une préférence pour les ordinaux18 ou (p. 66)
que dans les quelques cas où le philosophe accepte le nombre trois, c'est pour
s'opposer à ceux qui multipliant sans nécessité les degrés de la hiérarchie,
tandis que les théologiens chrétiens en avaient à des adversaires qui s'arrê-
taient à un trop petit nombre, en confondant les Trois Personnes. Vu le point
de départ très particulier du livre, la comparaison plotinisme-christianisme
n'est donc pas étendue aux questions de vision générale du monde, d'appré-
ciation des réalités ou des illusions du sensible, et partant de comportement
moral qui pourrait découler de là. Cela même si une des toutes dernières
citations de Plotin est résumée en l'affirmation que ce que vise celui-ci est la
vie bienheureuse (p. 222 et n. 4). Le «grand traité» contre les gnostiques n'oc-
cupe donc pas du tout une place privilégiée. Il servirait plutôt, mais à égalité
avec divers autres traités19, à faire percevoir que la langue de Plotin est
relativement peu homogène pour être celle d'une pensée qui atteint à un

16. Paul Aubin, Plotin et le christianisme. Triade plotinienne et Trinité chrétienne.


Paris, Beauchesne (coll. «Bibliothèque des Archives de Philosophie», 55) p. 1992 ;
13,5 X 21,5, 238 p, 180 F.
17. Signalons pourtant une table courte, mais bienvenue, p. 233, des «points de
convergence des Ennéades et de la théologie trinitaire des Pères de l'Église». Incidem-
ment, le premier emploi du mot Trias par un chrétien, mentionné p. 46, n. 6, a été
excisé par M. Richard comme une interpolation très gauche dans le texte de Théophile
d'Antioche. Cf. «Éditions difficiles» dans T.U. 122, p. 183-184.
18. Encore P. A. indique-t-il p. 76, que quand Plotin parle de Premier, ce n'est pas
fondamentalement parce que l'Un serait suivi d'un deuxième; cf. aussi p. 173.
19. Par exemple ce traité VI, 8, où le vocabulaire de la volonté est exceptionnelle-
ment utilisé à propos de l'Un. Ou le fait signalé par P. A. p. 148 que quatre traités
fournissent à eux seuls plus de la moitié des emplois plotiniens d' hypostasis.

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haut niveau de technicité. Cela nous ramène à la conclusion, si fermement


établie ici, que le titre de V, 1 n'est ni facile à interpréter ni susceptible de
projeter une franche lumière sur l'ensemble du plotinisme.

Origene. - Les Origeniana Quinta 20 ont encore grossi par rapport aux Ori-
geniana Quarta , qui avaient déjà presque doublé par rapport aux volumes
initiaux de la série. Cela contraint le recenseur de donner seulement le titre de
la grande majorité des articles. Encore faut-il toutefois que ce titre suffise à
indiquer le contenu de ces articles, ce qui est loin d'être toujours le cas.
J. A. McGuckin : Cesaree maritime telle qu'Origène l'a connue. E. Osborn :
La querelle, censément évanouie, au sujet d'O. au xxe siècle et les raisons de
cet évanouissement. A. van den Hoek : Liste des rapprochements entre les
écrits de Clément et ceux d'O., extraite avec des rectifications, des notes et
appendices du GCS : ils permettent d'estimer qu'O. a connu au moins une
partie des œuvres de Clément. J. W. Trigg : Le vœu sincère de ne pas se
séparer de l'Église n'est pas à interpréter, de la part d'O., comme s'il avait été
prêt à accepter une autorité doctrinale localisée dans une instance institu-
tionnelle. J. Rius-Camps : Rapports entre 0. et le valentinianisme vus
comme une divergence à partir d'un fond chrétien commun. A. B. Scott : Les
mêmes rapports vus comme une influence subie en dépit de graves diver-
gences. G. A. Spada : Aspects de la polémique antimarcionite dans le
Commentaire sur l'Évangile de Jean. F. E. Consolino : Les préfaces de
Jérôme et de Rufin à leurs traductions respectives d'O. A. Le Boulluec :
Alors que les stoïciens, à en juger par un exemple tiré de Chrysippe, sélec-
tionnent dans les textes anciens des exemples capables d'appuyer leur doc-
trine, O. confère aux textes bibliques une nette prépondérance, il conjoint
toutes les données à leur sujet pour en tirer le maximum de lumière sur la
révélation qu'ils contiennent.
D. Satran : La théorie du mensonge pédagogique a déjà acquis sa dimen-
sion spirituelle dans les œuvres des prédécesseurs alexandrins d'O. E. Gian-
narelli : 0. au sujet de Sara, Rébecca et Rachel. E. Bammel : O. a pris
connaissance des nombreux apocryphes (ou pseudépigraphes) qu'il cite non
pas à Cesaree, où il est au contraire devenu plus réservé à leur égard, et non
pas directement dans des milieux juifs, mais au sein de communautés non
alexandrines d'Égypte, souvent d'extraction judéo-chrétienne. C. P. Bam-
mel : Le codex Vat. Pal. 204 apporte de nouveaux renseignements sur les
scolies origéniennes connues d'abord par le Lavra B 64. A. Meis : Importance
de l'innocent verbe à tout faire ginesthai dans le chapitre du Peri Archon sur
le libre arbitre. Th. Brummel : Plausibilité et ambiguïté dans l'argumenta-
tion d'O. en faveur du christianisme. E. C. Brooks : Points de contact entre
les Recognitiones (qui ont un noyau césaréen) et le Contre Celse. C. Potworo w-
ski : 0. ne peut être rangé parmi les déconstructionnistes, mais certains traits
de l'herméneutique de P. Ricoeur (v. g. l'appropriation) éclairent sa pratique.
F. Cocchini : Dès sa période alexandrine 0. appuie sur des textes pauliniens
des principes exégé tiques, son anthropologie et ses conceptions de la résurrec-
tion. M. Demura : Double interprétation de Sg 7,27 dans le Contre Celse.
R. J. Teske : Les deux De Genesi précoces de S. Augustin présentent une
bonne dizaine de points de contact indéniables avec les idées d'O. développées

20. Robert J. Daly (ed.), Origeniana Quinta. Histórica -Texte and Method -
Biblica - Philosophica - Theologica - Origenism and Later Developments. Papers of the
Fifth International Origen Congress, Boston College, 14-18 August 1989. Leuven, Leu-
ven University Press (coll. «Bibliotheca Ephemeridum Theologicarum Lovaniensium »,
CV), 1992; 16 X 24,5, xviii-635 p., 2700 FB.

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à propos du même livre biblique; cela


traductions latines.
G. Dorival : Considéré comme doxographe, 0. apporte plus pour la
connaissance du stoïcisme que pour celle du néo-platonisme. Aussi bien
concevoir 0. comme un méso-platonicien fait passer à côté de ce qui constitue
l'originalité de sa démarche. Il peut aussi nous fournir dans le Peri Archon
une illustration des méthodes de composition des traités philosophiques de
son temps. J. P. Kenney : La théologie de Numénius freine le passage du
dualisme au monisme et représente un équilibre instable entre une hiérar-
chisation du divin et un télescopage modaliste des hypostases. R. M. Berch-
man : Attribue à 0. une théologie assez proche de celle que l'exposé précédent
découvrait chez Numénius; en fonction de rapports (fragilement établis?)
avec le Peri kosmou et Alexandre d'Aphrodise, met l'accent sur l'inspiration
péripatéticienne de la doctrine. G. Bostock : D'après O. le microcosme
humain comme le macrocosme présente une structure à deux étages, mais
dont la partie inférieure, matérielle, est destinée à être finalement résorbée.
Appendice sur la compatibilité entre cette philosophie de la création et la
science moderne.
C. Osborne : Plus que sous les termes d'eros et $ agape la pensée d'O. sur
l'amour de Dieu est exprimée par la notion de philanthrôpia ; le comble de
celle-ci réside dans le fait que Dieu s'est fait anthrôpos. Ce pourrait ne pas
être un hasard que le néo-platonisme renonce au terme philanthrôpia très
employé jusqu'alors pour désigner la providence divine. E. Schockenhoff : Le
rôle assigné à la liberté et à la volonté dans l'anthropologie et la théologie
sépare absolument 0. de Plotin et en fait sans doute le meilleur platonicien,
puisqu'il ne sacrifie pas, mais transpose l'aspect pratique de la philosophie de
Platon. K. Demura : Aussi bien Plotin qu'O. trouvent un moyen terme
(«point focal») entre vertu humaine et vertu divine permettant d'échapper à
la pure équivocité. G. Sf ameni Gasparro : Plutôt que la préexistence des
âmes, c'est l'égalité au départ entre les noes qui est au centre du système d'O.
Comparaison avec les données chez Platon, Plutarque, Philon. A. Monaci
Castagno : La demonologie d'O. ; aspects philosophiques, pastoraux, apologé-
tiques. T. Mikoda : La demonologie d'O. et celle de Plutarque. D. T. Runia :
Philon dans l'œuvre d'O. ; enquête préliminaire. P. O'Cleirigh : Le dualisme
(transitionnel) d'O. P. F. Beatrice : Le texte de Porphyre cité par Eusèbe
(dont on doit abandonner complètement la biographie édifiante d'O.), plus ses
autres mentions d'O., permettent de reconstituer la carrière d'un 0. unique,
dont Plotin attend la mort pour publier son interprétation du maître commun
Ammonius. U. Berner : L'image du philosophe chez 0., Philostrate (et Jam-
blique). L. R. Hennessey : La thèse d'une incorporéité réservée à la Trinité
est bien origénienne et éclaire l'eschatologie d'O. H. S. Schibli : Reprise des
mêmes thèmes, notamment celui de Vochêma de l'âme, et appel au témoi-
gnage de Didyme ; mais la thèse énoncée dans l'article précédent est refusée.
Ch. Kannengiesser : Doutes sur l'hypothèse Harl-Dorival au sujet de la
structure de De principiis. H. Crouzel : Le Dieu d'O. et le Dieu de Plotin; à
descendre dans le détail des systèmes, les oppositions perdent de leur vivacité
et les affirmations absolues une partie de leur poids. W. A. Bienert : Les
apports d'O. à l'enrichissement du concept de Logos se situent dans le
domaine de l'herméneutique biblique. D. Pazzini : Christ Logos et Christ
Dynamis dans le Livre I du Commentaire sur S. Jean. E. dal Covolo : Notes
sur la doctrine origénienne de la mort. A. Sconamiglio : Double sens, christo-
logique et eschatologique, de la purification imputée à Jésus par une des
variantes de Le 2,22. G. C. Berthold : O. et l'Esprit Saint. J. T. Lienhard :
Évolution vers l'orthodoxie ecclésiastique de la doctrine d'O. sur Jean-Bap-
tiste du Commentaire sur S. Jean aux Homélies sur S. Luc. L. Lies :

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BULLETIN DE PATROLOGIE 621

Comment les conditions de la révélation chrétienne instruisent sur le Révéla-


teur, d'après le Contre Celse. S. C. Alexe : O. et l'Église visible. D. C. Hauser :
O. maintient l'historicité de l'Église. D. Bertrand : Propose un plan de Peri
Euchès qui fasse ressortir les grandes questions que le nous se pose et qui
l'empêchent de se mettre sérieusement à la prière. V. L. Noel : Nourriture
matérielle et spirituelle dans les œuvres d'O. R. P. Moroziuk : Ses présuppo-
sés théologiques (dont son approche cataphatique) et philosophiques, plutôt
que ses thèses doctrinales sont la raison de la défaveur où 0. est tombée après
Nicée.
L. G. Patterson : Soupçons de Méthode dans le De creatis au sujet d'un
prétendu dualisme Dieu-matière chez O. J. F. Dechow : Traduction d'ex-
traits grecs antiorigéniens du De resurredione du même Méthode. E. Junod :
C'est essentiellement Pamphile, et non pas Rufin, qui propose du Peri Archon ,
au premier Livre de l'Apologie, une lecture sélective et tempérée par des
citations d'autres œuvres. Quant aux livres II à V, ils comportaient surtout
une description de la vie et de l'œuvre d'O. M. O'Laughlin : Jugement large-
ment positif sur l'interprétation de l'œuvre d'Évagre substituée par Gabriel
Bunge à celle d' A. Guillaumont. R. D. Young : L'adaptation arménienne des
Kephalaia gnostika d'Évagre (avec étude spéciale des chapitres portant sur
l'eschatologie). M. J. Hollerich : En dehors de ses œuvres quasi hagiogra-
phiques au sujet d'O., Eusèbe de Cesaree prend beaucoup plus ses distances,
notamment dans son Commentaire sur Isaïe. G. Gould : Reprend en l'étayant
une thèse de G. Florovsky sur le véritable sens à donner à la position anti-
origéniste dans la controverse sur l'anthropomorphisme. V. Grossi : La pré-
sence d'O. dans le dernier S. Augustin21. R. D. Crouse : En quel sens, par
comparaison avec Augustin et Érigène, on peut voir dans 0. le fondateur de
la méthode scolastique et l'ancêtre de la somme théologique. P. M. Blowers :
La logologie de Maxime le Confesseur dans ses critiques de l'origénisme.
D. Bundy : Étudie comme un document autonome de spiritualité syriaque la
version édulcorée des Kephalaia gnostika (= SI).
En définitive malgré l'excellence de plusieurs articles dans ce volume muni
de cinq copieux et précieux index22, on ne peut éviter de se demander si les
Origeniana ne sont pas lancés dans une dérive qui les mènera du colloque
entre spécialistes au congrès où tout le monde communique un peu à propos
de tout, essentiellement pour prouver aux autres et à soi-même sa propre
existence scientifique.
Le sujet de thèse sur lequel J. Fernandez Lago a jeté son dévolu23 est en
somme relativement mince et l'on peut dire que dans un premier temps il
s'est appliqué à le rétrécir encore, puisqu'il a décidé de ne l'étudier que dans
les homélies d'Origène, sous prétexte que d'autres, notamment M. Eichinger,
s'en étaient occupés pour ce qui est du Contre Celse et du Commentaire sur

21. Dans cet article, à la p. 559, on lit tout d'un coup trois fois de suite de civitiate
Dei ; cette erreur ressort d'autant plus que la correction de ces textes en cinq langues
(plus quelques injections de grec et de latin) est généralement impeccable, au moins
dans le corps des communications. A la p. 220, lre ligne après la citation ne faudrait-il
pas «indivisible» au lieu de «divisible»?
22. Écriture ; textes d'O. ; autres textes anciens ; noms de personnes anciens ; noms
d'auteurs modernes. Par contre il n'y a pratiquement pas la moindre trace de dialogues
qui ont bien dû avoir lieu à la suite d'exposés aux thèses souvent si nettement diver-
gentes.
23. José Fernandez Lago, «La montana, en las homilias de Orígenes». Santiago de
Compostela, Instituto Teológico Compostelano (coll. «Collectanea Scientifica Compos-
tellana» 7), 1993; 17 X 24, 248 p., 2.900 pts.

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622 G.-M. DE DURAND

S. Matthieu (p. 27). Il n'y existe aucun ind


natif d'une ville portuaire édifiée en une
contré la montagne en dehors des textes sc
Mont Sion) il ait visité personnellement le
tures. Il s'agit donc pour l'exégète de récit
goriquement ou typologiquement dans l
rencontre. Aussi n'y a-t-il guère que le
traite du sens littéral, en une revue des d
les Livres des deux Testaments.
Avant et après, les chapitres «synthétiques» (selon la terminologie
employée dans l'exposé du plan, p. 28-29) II et IV traitent des mouvement
spirituels qu'on peut opérer autour des «accidents orographiques», soit non
seulement les montagnes, mais les vallées, les plaines, les déserts, et de l
valeur allégorique revêtue par les monts énumérés au chapitre III.
Commence alors la partie analytique ; par un procédé analogue à celui que
nous trouverons plus bas dans un livre sur S. Jean Chrysostome, J. F. L.
propose en texte et traduction un passage des Homélies où il est question de
montagne (il y en a six en tout, correspondant aux chapitres V-X) et enrichit
son commentaire à l'aide de citations tirées d'autres œuvres, surtout ora-
toires, d'Origène ; il utilise aussi comme termes de comparaison un certai
nombre de passages non origéniens d'Irénée, de Didyme, du traité pseudo
cyprianique De montibus Sina et Sion , de S. Jérôme, (ce qui est particulière-
ment approprié, vu le zèle avec lequel le Stridonien a pillé l'Alexandrin). Il
fait toujours bon reprendre contact avec cet admirable auteur spirituel et l'on
sera reconnaissant à cette thèse espagnole de nous y aider, quelle que soit l
modestie initiale de son propos. Peut-être, d'ailleurs, la préoccupation si nette
dans la spiritualité d'Origène de marquer partout25 des gradations et des
étapes (toujours variables et multiformes, au demeurant) rendait-elle en fin d
compte ce thème de la montagne plus suggestif qu'il n'y paraissait au premier
abord 26.

Africains. - Pour présenter le recueil d'études sur Tertullien de


R. Braun27, il n'est guère de données qui vaillent d'être ajoutées à celles que
fournit son avant-propos. Signalons seulement que sur ces vingt-six études,
deux étaient inédites jusque-là : la vingt et unième sur «Bible et latin des
chrétiens» et la dernière relative à «L'état des travaux sur la langue de Ter-
tullien (1960-1975)». Le premier de ces deux inédits n'est donc pas stricto
sensu une approche de Tertullien (auquel n'est attribué aucun rôle particulier

24. N'est-ce vraiment qu'au sens allégorique que l'Alexandrin note «l'Égypte est
dépourvue de montagnes» : cf. p. 32? Quant aux cultes païens célébrés sur les mon-
tagnes (auxquels J. F. L. adjoint indûment, à notre avis, celui de Delphes : cf. p. 20) 0.
y fait à peine allusion et n'en a qu'une notion purement littéraire : cf. encore p. 32.
25. Y compris dans des passages scripturaires qui n'en comportaient pas réellement,
comme He 12,22-23 : cf. chap. X.
26. Est-il bien sûr qu'Origène se soit inspiré des procédés de l'exégèse juive, avec
laquelle il aurait eu contact en fin de carrière à Gésarée Maritime (cf. p. 27 et 201), alors
qu'il connaissait sans doute l'hébreu peu et mal et que la ou les traditions de l'exégèse
allégorique grecque étaient puissantes, séculaires, connues de lui depuis les rudiments
de sa paideia ?
27. René Braun, Approches de Tertullien. Vingt-six études sur l'auteur et sur
l'œuvre (1955-1990). Paris, Institut d'Études Augustiniennes (coll. «Collection des
Études Augustiniennes», Série Antiquité, 134), 1992; 16,5 X 25, 343 p. Diffusion Édi-
tions Brepols, ISBN 2-85121-123-4.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 623

dans cette osmose entre les néologismes créés po


langue personnelle des auteurs28), non plus que
déjà publiée, sur «La notion de bonheur dans le la
suivi dans la répartition est thématique, non chr
R. B. avoue ne s'être pas toujours retrouvé d'acco
parfois presque quarante ans auparavant, deux p
corrigenda lui ont suffi pour les mises au point les
quel besoin en effet de rectifier des résultats de dé
œuvre N° X et XII, à la chronologie N° VI et XIII
N° XVII), quand ils ont été acquis par la méthode
l'on connaît chez l'auteur de ces études?

Plutôt que par une articulation logique, les trois chapitres du livre de
C. B. Daly30 sont liés par une convergence de thèmes; jusqu'à un certain
point aussi par un parallélisme de structure : le troisième, qui occupe à lui seul
plus de la moitié du volume, comporte deux diptyques, au lieu d'un comme
les deux précédents, mais avec une inversion ; car les positions catholiques y
sont exposées en premier, au lieu d'être présentées comme des aménagements
des positions «puritaines» de Tertullien. Incidemment, ce terme de «purita-
nisme» n'est jamais défini ex professo au cours de cet ouvrage; peut-être son
sens est-il plus évident en un pays qui a subi les assauts des «saints» de
Cromwell? Peut-être tout ce qui nous est dit ici de Tertullien et de sa théolo-
gie suffit-il à écarter toute équivoque sur cette déviation non inscrite au
catalogue traditionnel des «hérésies»? Il semblerait qu'il s'agisse d'une exi-
gence de pureté morale irréprochable comme condition sine qua non d'ap-
partenance à l'Église. Toujours enclin à voir cette dernière comme une insti-
tution disciplinaire, vouée avant tout à l'enseignement d'une morale (p. 6), la
plus stricte possible, le futur montaniste adhéra très tôt à cette ecclésiologie,
d'un extrémisme qui dépassait peut-être celui du montanisme officiel (p. 15).
S. Cyprien, qui adopta complètement la position de Tertullien vis-à-vis des
hérétiques, tenant leurs sacrements pour vides de tout pouvoir salvifique, se
refusa toujours à exclure de l'Église tous les pécheurs (p. 32).
De même (et c'est l'objet du second chapitre), si l'évêque de Carthage
défendit comme une tradition de son Église une doctrine sur le rebaptême des
hérétiques qui n'était en fait qu'une innovation de son prédécesseur Agrippi-
nus, sous l'influence du même Tertullien31, il n'accepta jamais la conclusion

28. Cf. p. 258 : «Le Carthaginois ne s'attache à aucune des versions (déjà existantes)
et paraît préférer traduire lui-même»; aucune mention d'une influence à cet égard du
«Maître» sur la Bible de Cyprien. A la page précédente (257) l'affirmation que la traduc-
tion des Septante « a été un décalque littéral de l'hébreu dans le grec hellénistique» est
peut-être globale et rapide, vu le caractère non homogène de cette version, dans le
temps et dans les procédés. Dans l'étude sur le bonheur, R. B. ne faisait pas mention
d'un travail personnel de traduction par Tertullien : il distingue plutôt (p. 269) sa
langue personnelle de celle des diverses versions qu'il suit.
29. Peut-être même, d'après la note à la p. 83, R. B. a-t-il même aidé tel autre
grand tertullianisant à corriger quelques hypothèses par trop révolutionnaires.
30. Cahal B. Daly, Tertullian the Puritan and his Influence. An Essay in Historical
Theology. Dublin, Four Courts Press Ltd. (Kill Lane, Blackrock Co.) 1993; 16 X 24,5,
viii-221 p. ISBN 1-85182-110-4.
31. C. B. D. croit pouvoir fixer la date de ce concile innovateur : entre 218 et 220,
donc bien après que T. eût écrit le De baptismo (p. 47 et 49) ; il est persuadé aussi que
l'édition grecque de ce De baptismo a exercé une influence non négligeable sur la fixa-
tion de la doctrine et de la pratique des Églises d'Asie Mineure (p. 50 et 71). Dans ce cas
l'influence de T. se serait prolongée jusqu'à S. Basile et au-delà, témoin la Lettre 188

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624 G. -M. DE DURAND

puritaine qui fait dépendre l'efficacité du s


du ministre (p. 70). C. B. D. est au contra
admis ce principe que les pécheurs sont inc
valide (p. 69). Même si leurs adversaires ont
doctrine, on peut se demander si tel éta
n'étaient pas aveugles sur l'imperfection tr
de leur clergé32.
Le troisième chapitre, avec ses quatre sect
plus de thèses assez communément reçu
comme prêtre catholique aurait admis q
l'Église garantissait un pardon réel de tou
réservée (p. 90 et 92). Par contre, devenu
péchés irrémissibles qui ne se laisse pas c
(p. 103). Mais ni la théorie qui déniait à l'
tains péchés, ni la pratique qui excluait pou
l'Église, n'ont jamais été admises dans l'É
fait certainement point partie de ces égl
qu'elles refusaient l'absolution au meurtre
prendre pourraient n'être que des conve
S. Cyprien a pu être embarrassé, à cause
pour déterminer la façon dont le pardon de
n'a jamais renoncé à la pratique traditionnel
Dèce n'a, en fait, entraîné aucune innovatio
vis du péché et de la pénitence (p. 161). Seul
ment de la doctrine de Tertullien en matièr
la théorie de l'irrémissibilité de ce dernier a
tion personnelle (p. 137). Il serait trop long
les thèses de C. B. D. sont compatibles avec
qui considérait l'amnistie proclamée par lui
et unique33, avec le titre de l'un des chap
donne une exégèse fort bénigne p. 143). O
retard du baptême a été systématiquement
celui de Cyprien s'il existait une forme de p
de «privée», comme l'admet l'A. à la suite
L'ouvrage s'achève sans conclusion récap
débuté in medias res , sans explication intr
durance et l'activisme caractéristiques d'
pénétré le christianisme africain, sans to
puritanisme réservé à des marginaux, so
jaquette du livre ; elles auraient autrement
par rapport à des ouvrages comme ceux d

du lointain successeur de Firmilien et la pratiqu


pour la plus grande amertume des Églises sœur
32. Cf. la phrase d'Y. M. J. Congar, p. 66-67, d
donatistes de S. Augustin : « La sainteté nécessai
vie éthique, mais celle de sa foi». Et aussi la not
ces mêmes traités : «La traditio considérée par
gine», donc à part de tous les autres.
33. Le Pasteur est à quelques reprises mis en c
la n. 114, p. 95), mais jamais étudié de plein fr
34. Pour le détail est-ce bien le nom propre C
faut lire à côté de Cyprien, p. 78? Et «irrémissi
sible» par inadvertance à l'avant-dernière ligne

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BULLETIN DE PATROLOGIE 625

avant le sien, mais élaborés en même temps ou aprè


ici d'une thèse soutenue en 1945.

Les premiers chapitres du livre d'A. Adolph pourraient déconcerter quel


que peu35 : si les références aux œuvres de S. Cyprien ne manquent pas en
note, les citations de leurs commentateurs modernes sont bien plus nom
breuses dans le texte. On dirait presque que l'A. a pris pour tâche d'arbitre
leurs querelles. Cette impresssion toutefois se dissipe à partir du chapitre VI,
et il y en aura en tout seize, sans aucune conclusion générale, mais tous munis
de plusieurs paragraphes en italique résumant de la façon la plus claire le
résultats obtenus. On a bel et bien une étude très précise et diligente sur
textes, plutôt de l'ensemble de l'ecclésiologie de Cyprien que de la seule
notion d'unité de l'Église, même si cela reste le biais sous lequel le sujet es
abordé. En contrepartie, l'on doit dire que l'on ne sort que peu ou pas de cette
ecclésiologie qui donne le sentiment d'être très close sur elle-même. Peu d
choses sont relevées au sujet de ses racines bibliques, à part le fait que le
citations de l'Ancien et du Nouveau Testament ont un poids à peu près éga
dans l'établissement des critères d'un épiscopat légitime (p. 84); plus un
conformité entre l'usage de Cyprien et celui de Paul : tous deux s'abstiennent
de décrire directement l'Église comme corps du Christ (p. 208 et 215). Le lien
éventuel avec Tertullien est aussi peu mis en relief; la question de la péni
tence n'occupe d'ailleurs qu'une place secondaire dans le livre d'A. A., bien
moins que l'Eucharistie, à laquelle sont consacrés deux paragraphes parti-
culièrement longs aux chapitres IX et X, si longs qu'ils paraissent même s
détacher un moment du sujet central ; mais ils aboutissent tout de même à la
conclusion que ce sacrement ne constitue pas un fondement de l'unité de
l'Église, seulement un instrument de rattachement de l'individu à cette unité
(cf. p. 150) 36.
De sorte que les recoupements ave le livre de C. B. Daly sont assez rares.
Cependant A. A. explicite davantage ce que l'auteur irlandais insinuait déjà :
le pardon de Dieu n'est pas forcément assuré à ceux qui reçoivent celui de
l'Église, puisque celle-ci ne voit pas le fond des cœurs, mais l'absence de
pardon de l'Église est une marque inéluctable d'une absence de pardon divin
(p. 100 et surtout 158; cf. Daly, p. 184 et 187). Également A. A. comme
C. B. Daly défend Cyprien de tout rapport étroit avec les thèses donatistes
(cf. p. 124, 127, 132) ; elle oppose l'exigence donatiste d'une sainteté per-
sonnelle du ministre à la condition de validité qui aurait été celle posée par
Cyprien d'une «ecclésialité» (Kirchlichkeit) de ce même ministre. Comme on
l'a déjà dit plus haut, il n'est pas sûr que le fossé soit tellement infran-
chissable entre les deux conceptions.
Enfin, si A. A. fait état de certaines influences de certains concepts du droit
romain sur la notion de la fonction sacerdotale chez Cyprien (p. 84), elle n'éta-
blit apparemment aucun lien entre la structure de l'Empire (au moins si on
fait plus ou moins abstraction de l'absolutisme impérial pour ne regarder que
le regroupement d'une multitude de cités autour d'une cité prépondérante) et
la représentation de l'Église que l'on peut dégager des œuvres de Cyprien :
des communautés locales essentiellement urbaines et au nombre probable-
ment encore restreint de fidèles, auxquelles il est facile de se serrer très étroi-

35. Anneliese Adolph, Die Theologie der Einheit der Kirche bei Cyprian. Frankfurt
a. M. -Berlin-Bern, Peter Lang (coli. «Europäische Hochschulschriften», Reihe XXIII,
Theologie, Bd 460), 1993; 14,5 X 21, 263 p., 258 FF.
36. Signalons aussi la remarque de la p. 211 : Cyprien n'attache pas beaucoup d'im-
portance théologique à une «transformation» des éléments eucharistiques par la consé-
cration.

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626 G.-M. DE DURAND

tement autour de l'évêque (le reste du cler


d'A. A.) reconnaissant une place spéciale
dont le primat est le symbole de l'unité d
tale (p. 59). L'A. note (p. 132), semble-t-il
notion de l'unité se relâchera dès S. Augus
dès là que les conditions de vie des chrétie
du fait de la paix constantinienne) ? Et
Car l'ecclésiologie de Cyprien ne dénote
confisquer l'Esprit au profit de l'institu
initiative libre?38. A. A. emploie au moins
rant de guillemets le terme de «possessi
160). Cet Esprit paraît d'ailleurs singuliè
textes cités à son sujet, seule une glose sur
donne peut-être une impression différe
nom de ce qu'on appellera plus tard la
l'Église prônée par Cyprien est sans doute
la Trinité (et l'unicité du Christ) que les r
les rapports de ces trois avec les êtres hum
si bien décrite par A. A. souffre peut-
influences qui ont joué sur elle, on ne s
philosophie ; or celle-ci n'enseigne-t-elle p
souplesse d'un «transcendantal», sujet à

iye-ye siècles grecs. - En tête du titre


mention «Pseudo-Basilius»39. L'introductio
ticisme : la question d'auteur reste non
(p. 9). Plus loin cependant on voit que F. X
de thèse, R. M. Hübner (dans un exposé
pour l'attribution à Apollinaire, suggé
nous sommes avertis (p. 27, n. 130) que la
sera conservée tout au long du commen
abrupt de l'exorde (cf. p. 19 et n. 112) com
d'aller droit au but, sans la moindre fanfr
une marque de la griffe d'Apollinaire, tou
aride de l'ouvrage en son entier, ainsi q
pour être d'abord un «Contre Eunome»,
aussi des pointes et contre Marcel et Phot
On pourrait faire état aussi de la très gran
p. 27), si E. X. R. dans son paragraphe sur
un intervalle de deux ou trois ans entr
n. 122, p. 22, n'auraient pourtant été disti

37. Cf. aussi la note 42, p. 228 sur l'opposit


celle actuelle d'une réconciliation avec et dans la diversité.
38. L'acceptation par Cyprien d'une notion embryonnaire d'un baptême de dési
(cf. 92) serait peut-être un signe en sens contraire ; mais l'affirmation de l'inutilité
tout martyre subi hors de l'Église visible (affirmation, on doit le dire, nullement prop
à Cyprien) cf. p. 136, va bien dans ce sens restrictif.
39. Pseudo-Basilius Adversus Eunomium IV-V. Einleitung, Übersetzung und Kom-
mentar von Franz Xaver Risch. Leiden, E. J. Brill (coli. «Supplements to Vigilia
Christianae », vol. 16), 1992; 16 X 24, 234 p.
40. Il y a un passage à caractère hymnique, mais un peu avant : cf. p. 203.
41. Aussi bien l'ouvrage entier est-il réparti en 195 paragraphes, avec numérotatio
continue.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 627

et si une remarque incidente (p. 174) ne nous appren


iasis ne se rencontre que dans le Ve Livre.
Cette Introduction est suivie d'une traduction ;
regretter l'absence de texte grec et d'être déconcert
l'A. Ainsi sa base de départ est-elle cette réédition d
tort injustifié à Migne en terre allemande (témoin les sarcasmes
d'E. Schwartz), plus une copie des collations de W. M. Hayes, sans sigles de
manuscrits attachés aux variantes cependant, pour le motif un peu désinvolte
que cette copie était par trop indéchiffrable (p. 47). Tout au long du commen-
taire, on trouve donc disséminées des indications, souvent imprécises, sur le
nombre des codices qui appuient la leçon adoptée (sans que soit spécifié le
nombre de témoins consultés à cet endroit : ainsi § 79, p. 146 contre
22 manuscrits; § 108, p. 160 avec 9 manuscrits...); cela risque d'être perçu
comme une régression vers les complures ... pauci ... des éditions mauristes,
voire antérieures.
Dans ce même commentaire, fait pour une large part de lieux parallèles, le
De Trinitate occupe une place au moins aussi importante que les œuvres
d'Apollinaire. Cependant le nom de Didyme est toujours enfermé entre paren-
thèses, comme s'il s'agissait d'un écrit au moins douteusement authentique et
même l'une ou l'autre fois, on nous parle carrément de « Pseudo-Didyme». Les
rapprochements avec les Cappadociens sont nombreux aussi, mais n'y a-t-il
pas lieu de penser que l'attribution au Saint-Esprit du titre d'image est plus
proprement alexandrine?42 En tout cas, pour être, comme le veut F. X. R.,
le premier écrit anti-eunoméen (p. 48), ces deux Livres contiennent déjà des
affirmations plus audacieuses que celles jamais avancées par Basile. Vu l'inté-
rêt de certains nids de références terminologiques, on regrettera aussi l'ab-
sence d'une table consacrée à ces matières. Puisque F. X. R. ne consent à
s'intéresser qu'à l'aspect doctrinal de l'ouvrage, nullement aux questions tex-
tuelles, il aurait pu peut-être nous faciliter encore un peu plus l'accès de cette
doctrine.

Obscurantiste, brouillon, ombrageux, Épiphane de Salamine se prête sans


doute plus à la caricature qu'au portrait. A. Pourkier pense en outre que les
dimensions massives, le style dépourvu d'élégance, la tradition insatisfaisante
de son œuvre majeure, le Panarion, expliquent encore mieux qu'il ait été si
peu étudié jusqu'ici43. Elle-même d'ailleurs ne nous donne pas encore un livre
sur Épiphane lui-même ; elle considère plutôt comment un genre littéraire
assez désuet maintenant en chrétienté, mais pas depuis bien longtemps44,
l'hérésiologie, s'est exprimé concrètement en lui et par lui. Sur les antécédents
païens, elle ne s'appesantit guère, retenant surtout la notion de «succession»
(diadochê). Un peu comme Diogène Laërce situe à peu d'exceptions près tous
les philosophes en deux lignées, italique et ionienne, Épiphane se représente-
rait en parallèle avec la succession apostolique de la vérité une lignée de
l'erreur où les hérétiques renchériraient tour à tour sur les énormités de leurs
prédécesseurs. Apparemment, il insisterait plus sur cette continuité dans la
déviation que sur le contraste entre l'unité de la vérité et la multiplicité de
l'erreur. Serait-ce parce que le thème d'une supériorité de l'un sur le multiple

42. Témoin d'ailleurs les références données p. 176 sur le § 142, sauf peut-être la
confession de Grégoire le Thaumaturge, sur laquelle quelques indications bibliogra-
phiques sont données p. 186
43. Aline Pourkier, L'hérésiologie chez Épiphane de Salamine. Paris, Beauchesne
(coll. «Christianisme antique» 4), 1992; 15,5 X 24, 539 p., 570 FF.
44. En 1847 encore, J.-P. Migne n'incluait-il pas un «dictionnaire des Hérésies» en
deux tomes dans son Encyclopédie théologique?

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628 G.-M. DE DURAND

est d'allure trop philosophique pour que c


hellénique eût envie de l'exploiter? A. P.
tance» d'Épiphane sur cette idée chère
même passe assez rapidement là-dessus
Pour ce qui est de la notion même d'hér
a déjà été suffisamment étudiée dans plu
sa bibliographie abondante et bien dist
ment que chez Justin encore, le mot n
vertu du contexte (p. 86) et que chez Épip
sens neutre qu'il avait chez les Grecs, lor
philosophie (p. 88). Qu'en est-il alors p
A. P. en retrace d'abord brièvement l'h
thèse à P. Nautin et écrivant dans une
accepte sans restrictions les hypothèse
Constitutions Apostoliques ont été rédigé
avant 381 (p. 277, n. 96). Elle sait aussi
pour son sujet, que Josipe devint évêqu
YElenchos, qu'Épiphane, au demeurant
sorte que ses sources sont exclusivement
que l'on peut reconstituer approximative
conservé) en rapprochant le Pseudo-Ter
Des dix hérésies étudiées dans son ou
décrites et dénoncées dans le Syntagma. D
Épiphane à partir d'autres sources : les
tir du Canon 8 de Nicée (cf. p. 382), les
orale de ses correspondants Acace et P
(Alep) en Coelé-Syrie, lui auraient signalé
de chrétiens restés attachés à la pratiq
choix rend évidemment très facile d'é
modifications (car il ne semble pas qu'il a
comme non pertinent ou obsolète : cf.
qu'Épiphane a pratiqués sur ses sources. A
«Contre Carpocrate» (la préposition
constamment employée, à fort bon escie
siologiques poussés à l'extrême : le repo
d'autres hérésies et «l'utilisation d'une
d'une réelle compréhension du système d
tir de schémas chrétiens orthodoxes». Contre la déviation suivante, celle des
Nicolaïtes, Épiphane aura tout simplement inventé une historiette, corsée de
quelques réminiscences de ce qu'il avait dit de Simon le Mage, tendant à
montrer que Nicolas a imaginé des raisons pour justifier sa propre intempé-
rance (p 301J. Et quand il recourt à une autre source que le couple Irénée-
Hippolyte, Epiphane trouve moyen de citer de mémoire et par conséquent de
multiplier les indications erronées : p. 105, 107 (n. 136), 444, sont notées des
bourdes qui proviendraient de ce qu'Épiphane n'avait pas sous les yeux l'His-
toire ecclésiastique d'Eusèbe dont lui venaient ses renseignements46. Au fond,

45. Celui-ci serait un évêque oriental, ce qui faciliterait sa rencontre avec Origene
installé à Cesaree de Palestine : cf. p. 70, n. 87 ; mais de toute façon l'exégète alexan-
drin n'est-il pas allé beaucoup plus loin de ses bases, au moins jusqu'à Nicopolis, en
Épire, où il a découvert la Quintal
46. Cependant, p. 279 les durées des pontificats de Lin et de Clet sont conformes
aux données d'Eusèbe; pourquoi a-t-il si bien gardé en tête des chiffres aussi peu
importants? Peut-être A. P. a-t-elle un peu tendance à réduire les sources d'Épiphane

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BULLETIN DE PATROLOGIE 629

on est presque étonné qu'A. P. ne paraisse pas désesp


son auteur, vu tous les procédés moralement et scie
qu'elle relève chez lui. Peut-être le fait de trouver c
envergure qu'était Irénée des symptômes de la mêm
la rend-elle plus résignée ou plus cynique : ainsi
«induction arbitraire» a déjà imputé à Ménandre
personne (p. 150); ainsi a-t-il été le premier artisan
gique exemplaire» (p. 340), en interprétant, par
porneia , l'accusation d'idolâtrie portée par V Apoca
tion d'immoralité licencieuse.
Il arrive même par suite à A. P. d'accorder à Épiphane un compliment :
malgré quelques défaillances, Épiphane a plutôt bien réussi son entreprise de
dresser un catalogue des hérésies (p. 114). Un peu plus loin (p. 146), mais cet
éloge pourrait être ambigu, elle constate qu'« Épiphane fait preuve par rap-
port à ses sources de plus d'indépendance et d'originalité que ne l'ont bien
voulu jusqu'à présent lui en reconnaître les critiques». Pourtant, lorsqu'après
avoir dûment inséré Épiphane dans la diadochê déjà passablement rébarba-
tive des hérésiologues, A. P. cherche par quels traits propres l'y caractériser,
elle en trouve deux qui sont plutôt négatifs. D'une part il affectionne les
injures, les jeux de mots, les exclamations désabusées sur la folie et la frivolité
humaines, car «pour écraser l'hérésie tout est bon» (p. 495). D'autre part, «le
trait le plus nouveau qu'Épiphane ait apporté au portrait de l'hérétique est
l'impudicité et d'une manière générale, la dépravation, ouverte ou cachée, de
ses mœurs...» (p. 488). Doit-on penser qu'il a été si «traumatisé» par ses
expériences de jeunesse au contact de certaines dames gnostiques qu'il ait été
prêt dès lors à tout croire et même à tout inventer à ce sujet à propos de ses
adversaires?47 Est-ce pour cela aussi qu'il a pris un intérêt si passionné au
catalogage d'hérésies qui devaient être mortes ou réduites à l'insignifiance
depuis belle lurette lors de la composition du Panarionl Ou bien est-ce
l'« amour de la science», cette philomatheia , à laquelle il fait allusion à propos
d'une digression particulièrement gratuite sur les nomes égyptiens dans la
notice contre Basilide (cf. p. 208) qui le travaillait?
A. P. concède bien (cf. p. 484 et 497) que les exposés de son auteur sur la
doctrine, les credos, la législation et la pratique de l'Église au ive siècle sont
tout à fait dignes de confiance48, formulés au surplus avec une relative

aux écrits que nous avons conservés : ainsi, pour un minuscule détail, l'ensevelissement
d'Adam au Golgotha, cf. p. 358, n. 79 et p. 478. Épiphane n'a-t-il pu lire cela que chez
Origene, parce que c'est le premier endroit où nous-mêmes pouvons le faire ? L'Alexan-
drin dit lui-même que c'est une tradition juive. La « Caverne des trésors », tardive, il est
vrai, mais qui charrie des traditions bien plus anciennes, n'a pas dû puiser dans Origene
cette histoire développée dans son chap. 23.
47. Quant à son «tic» de comparer presque chaque hérésie avec une espèce détermi-
née de serpent, il pourrait expliquer que les manuscrits anciens fassent volontiers de lui
le père du Physiologus. Mais quand on sait l'interprétation souvent donnée à cet animal
en psychanalyse, on pourrait être tenté d'établir un lien avec l'obsession sexuelle de
l'auteur du Panarion ; et de se demander aussi le nom que pouvait bien porter cet «éon
honteux» dont il parle à propos des Nicolaïtes, sans oser le désigner autrement que par
cette périphrase (p. 326).
48. Par contraste, l'indication donnée p. 398 ne nous a point paru spécialement
claire : impliquerait-elle que la règle du célibat aurait été en vigueur, même pour les
prêtres, au temps d'Épiphane? Quant à dire p. 455, n. 260, que l'anaphore de la Tradi-
tion apostolique est à la base du canon romain comme aussi des anaphores grecques et
orientales, cela nous paraît bien rapide et aventuré.

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630 G.-M. DE DURAND

clarté49. Mais comment Épiphane a-t-il pu


nêtes de documents pour nous sans prix a
tions calomnieuses? Comment a-t-il su l
naire, alors que celui-ci était un nicénien
S. Athanase50, alors que S. Basile se mo
posées par la christologie ? 51 Ces problèm
moderne. Peut-être apparaissaient-ils po
sur dix notices analysées, huit (les excepti
cathares) sont tirées du premier tome d
gré le caractère imposant de cette thèse (q
index, les cinq cents pages autrefois ritue
ment mis en relief, on peut se demander
ment comme homme, mais comme hérésio
Le plan du livre de P. Klasvogt52, très
initiale, l'amène à insérer une section t
graphiques. La première de ces deux pa
Chrysostome, ne comporte pas, et pour
sante. On y relèvera seulement une notati
pat à Constantinople, en 397, ne laisse auc
tion. Cette immutabilité, avouons-le, nous
y avoir des différences entre la vieille c
syriacisant et de longues traditions païenn
dée pour être une ville essentiellement ch
avec le latin, langue impériale, non parler
cateur ne percevait aucune nécessité d'ad

49. On trouve aussi mentionné, p. 99, un


témoigne d'un ordre savant et intelligent» p
phane n'a dû en prendre connaissance qu'une
signe d'une curiosité d'érudit authentique, qu
50. C'est probablement pour dédouaner autan
çon d'erreur christologique qu'Épiphane cite t
pas à titre de réfutation de l'apollinarisme, qu
atteint (malgré ce qui semble dit ici à la p. 45)
attaque de son cru également dans cette Héré
51. Comme en témoigne son unique lettre à
accepterait une addition au Symbole au suje
gratuit de supposer qu'il est visé parmi les pn
Grégoire de Nazianze a déploré bien plus tar
52. Peter Klasvogt, Leben zur Verherrlichung
sostomos. Ein Beitrag zur Geschichte der Past
tas». Studien zur Alten Kirchengeschichte, 7)
53. On peut se demander toutefois si l'A. de
n'a pas quelque penchant à fermer les yeux su
sème dans son livre le terme de «patriarche» (cf
anachronique pour caractériser l'évêque de Con
en être un signe. (A vrai dire, A. Olivar, da
couramment autant, mais son sujet très différe
choquante). D'autre part c'est aussi bien en bo
un patriarche, disposant d'un droit de regard
du synode du Chêne a récolté tant d'ennuis
constances concrètes?
54. S'il n'a pas distingué entre les villes, on mettra à son crédit cependant la clair-
voyance avec laquelle il a cherché à adapter son message apostolique à des milieux

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BULLETIN DE PATROLOGIE 631

indice qu'il était passablement enfermé en lui-même


matico-pastorale ?
Peut-être est-ce d'ailleurs ce que P. K. serait prêt à
la deuxième partie de la biographie et dans la con
comme un isolé, soit en dépit soit à cause de la
(p. 226), un homme qui ne recherche pas le dialogue
terlocuteur à sa taille, sauf, presque miraculeusemen
(l'espace de 17 lettres ...), Olympias, mais alors qu'il
ment. L'autre défaut qu'il reconnaît à son héros
mour, le caractère perpétuellement tendu de sa préd
cette carrière si austère finit, comme on le sait, sur
«Gloire soit à Dieu en toutes choses» (y compris
avait plus ou moins obscurément conscience?). P
paroles comme titre à son livre, essaie sans doute au
les enseignements pastoraux du prêtre et de l'évê
Il n'est pas sûr qu'il réussisse entièrement : la ph
sporadiquement56 au cours des quatre chapitres o
Jean sous des épigraphes à l'impératif exhortatif («r
honte, convertissons-nous, devenons des pratiqu
sophie»), en agrafant autant que possible ses déve
chrysostomiennes toutes tirées des commentaires
l'activité caritative qui occupe tout le devant de
lui-même que le chapitre relatif au style de vie chré
essentiellement par cette activité, fait éclater le
occupe pratiquement la moitié de la deuxième par
peut à ce déséquilibre en resituant la notion d'aum
notre vocabulaire actuel, au confluent de l'attitude interne et de l'action
externe, en contact étymologique encore vivant avec eleeîn (p. 156-157 et
n. 26). Mais il ne peut empêcher que l'aspect matériel de l'aumône ne domine,
nous semble-t-il, le plus souvent sur le réconfort spirituel dans les textes qu'il
cite. C'était peut-être inévitable, si l'on tient compte d'une remarque reprise
d'A. Stôzel, tout au début (p. 14) : «Le fait qu'un individu soit riche tandis
que l'autre est pauvre a beaucoup plus ému l'Antiquité que l'esclavage»57. Ce
trait, plus un providentialisme apparemment sans nuances et des formules
mercenaires qui sentent leur innocence d'avant la Réforme (p. 191), datent
fortement la pastorale de Jean et feraient volontiers penser qu'il n'échappe
guère au temps, s'il a été plus ou moins indifférent à la géographie. Mais,
malgré tout, ce martèlement de citations d'une éloquence ardente, authen-
tiquement imprégnée du souci de l'autre dans lequel on rencontre toujours le
Christ (p. 195), d'un sens du péché comme séparation du Christ, blessure

urbains; le texte de l'Homélie 26 sur l'Épître aux Romains cité p. 131 est aussi expli-
cite à ce sujet qu'on peut le désirer. P. K. lui-même se sépare ainsi discrètement de la
thèse d'A. Stôzel, exposée p. 132, n. 20, répudiée p. 183.
55. Cf. aussi les constations sur l'attitude de l'évêque dans l'affaire des cohabita-
tions, p. 118, n. 54. Ailleurs, cependant une idée plus favorable des méthodes pastorales
de Jean, au moins au plan de la théorie : cf. p. 120, n. 55 et p. 126, n. 58.
56. Trois fois p. 144, deux fois p. 207, une fois p. 185 et p. 214, si nous avons bien
compté.
57. La recommandation de la 13e Homélie sur l'Épître aux Éphésiens, citée p. 76
illustre assez bien cette mentalité : «Je ne te dis pas de te mettre au service de celui qui
est malade ; ordonne au moins à ton esclave de le faire ! » Cf. aussi un texte cité dans le
livre recensé plus bas : p. 118 «La liberté (est) souvent plus difficile à supporter que
l'esclavage; sous la pression de la faim elle se révèle bien amère».

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632 G.-M. DE DURAND

infligée à l'amour du Christ (p. 84 et 85)


conviction de P. K. (contrairement à la sent
cités tout au début, p. 1), que S. Jean Chr
dire à notre époque.
Le fait d'étudier le même auteur patristiqu
entre le livre de Peter Klasvogt et celui
chez les deux une défense de S. Jean Chry
parmi les moralistes «parfois péjorative et c
p. 14); peut-être, avec le retour de l'éthiq
bientôt comme superflue et cette classifi
tive. Il y a une esquisse d'apologie pour
spécial à l'Esprit Saint ; mais il est présent t
projet de la Sagesse divine» (p. 16) 59. Il y a
les titres des deux ouvrages ne recouvre
contenu. En effet, Jean, dans ses catéchèses
l'initiation chrétienne à une cérémonie n
contractuel et d'échanges de dot et cadea
Cette métaphore assez longuement filée é
table par le fait que le baptême des adultes
pondérant60. S'appuyant sur cet exemple, J
la plupart des chapitres de son livre des titr
«l'épouse et son histoire», «l'époux et ses pré
noces» ; seul le chapitre III, intitulé «la ph
expression véritablement courante dans le v
teur de la littérature patristique grecque.
Car tel est bien l'inconvénient : les catéc
nombreuses dans l'œuvre de Jean (par une l
on trouve plutôt les renseignements là-dess
du livre qu'au premier). Et nulle part ail
moindre usage de la métaphore en question
J.-P. C. ait ratissé avec beaucoup de dilige
même de façon bien plus extensive que P. K
aux homélies sur le corpus paulinien, mais u
Tout au plus trouverait-on un certain no
sponsale entre le Christ et l'Église ; mais alo
de l'exégète prédicateur au célèbre passa
outre il ne semble pas, à en juger par les
lien organique entre les épousailles du Chr
individuelle et de son Sauveur telles qu'il y
ses catéchèses.
Cela dit, il suffit de négliger le titre (dû peut-être au fait que le travail de
J.-P. C. occupe une position intermédiaire entre la thèse à prétentions scienti-
fiques et l'ouvrage d'édification, à l'instar de bien d'autres publications de la

58. Jean-Pierre Cattenoz, Le baptême mystère nuptial . Théologie de saint Jean


Chrysostome. 84210 Venasque, Éditions du Carmel, 1993 ; 16 X 24, 357 p.
59. De fait, si ce livre avait, comme celui de P. K., un index thématique, on trouve-
rait des notations intéressantes sur l'Esprit p. 45, 56, 68 et surtout p. 298-304.
60. Cf. p. 269 : « Il semble que le baptême des enfants ne se soit pas généralisé avant
le vie siècle»; et même : au témoignage de Jean de Beth Aphtonia Sévère futur
patriarche d'Antioche et petit-fils d'évêque ne fut pas baptisé dans son enfance, car la
coutume de sa province (Pisidie) ne voulait pas qu'on fût baptisé «avant la croissance
de la barbe».

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BULLETIN DE PATROLOGIE 633

collection où il paraît?)61. Et l'on se trouve avec


sous-titre, en face d'un bon exposé de la «théolog
tome»; en prenant le terme de théologie en son sen
évidemment pas de se borner à explorer, dans la fa
mystère interne de Dieu : il est trop visible que les
pas tournés de ce côté-là. Et même quand il trait
dont il esquive le problème du moment de l'Inca
significatif : passerait encore qu'il ait refusé de se p
cette Incarnation, car il y a eu souvent là prétex
mais dans l'autre cas, n'y avait-il pas là une occasion
ment de lumière sur le sens de l'histoire du salut? E
prendre «théologie», on se résignera moins facile
pitre spécial sur l'Eucharistie, dont J.-P. C. ne t
assez brève (p. 316-324) de son chapitre sur l'initi
habitude, à partir de l'ensemble des œuvres de so
gré tout, pour quelqu'un qu'on a parfois qualifié
sans doute, de «docteur de l'Eucharistie». Mais ce
totale, n'empêche pas que J.-P. C. ait atteint son
une large vision de la doctrine de l'évêque de Con
domaine de la morale, où il apparaît nettement inju
parfaitement en droit de parler en finissant de « syn
(p. 329) et même (p. 333) de «synthèse théologiqu

Auteurs monastiques. - Le tome 387 de la collection «Sources Chré-


tiennes»64 est malheureusement un ouvrage posthume et même un ouvrage
dont l'auteur n'a pas eu le temps d'arrêter ses idées jusqu'au dernier détail. Il
a donc fallu le confier à un reviseur, auquel J.-C. Guy avait d'ailleurs permis
d'intervenir comme bon lui semblait, et qui marque son désaccord sur cer-
taines options à l'intérieur de la tradition manuscrite. Mais de toute façon,
cette dernière était trop fluctuante pour permettre une absolue certitude. Ce
caractère mouvant s'explique encore plus aisément si l'on admet, comme
J.-C. G., que le mouvement monastique n'est en continuité avec aucune insti-
tution ou expérience antérieure ; les pionniers ont donc dû se constituer un
guide à partir de cheminements et de réponses d'abord individuels, générali-
sés ensuite et souvent du même coup détachés des noms des premiers consul-
tants et consultés. En outre, il se trouve que les sentences recueillies se rat-

61. Il se pourrait, en fonction de ce caractère particulier, que l'auteur moderne


prolonge parfois un peu de son cru la pensée du prédicateur ancien : outre les citations
en italique, il y a tant de phrases de Jean Chrysostome imbriquées avec celles de
J.-P. C. dans le courant du texte! On eût aimé voir corroborer par des citations cer-
taines affirmations des p. 127-129 sur le gouvernement de la Providence et plus encore
celle de la p. 332 : «Chrysostome ne nie aucunement la possibilité pour Dieu de
rejoindre les non-croyants et de leur donner sa grâce pour leur salut» (en dehors d'une
conversion explicite ?).
62. Ce qui lui permet de nous offrir, pour une fois, une citation à symbolisme
nuptial tirée d'une homélie qui n'est pas une des catéchèses cf. p. 318, n. 462, issue de
l'homélie 69 sur l'Évangile de Matthieu.
63. »Marcellin» p. 214, est bien sûr, Marcel d'Ancyre. On regrettera, p. 225 que
sunapheia , terme technique de la christologie antiochienne, ne soit pas rendu par un
mot distinct; p. 241 «instincts naturels» est un peu large pour anagkê.
64. Les Apophtegmes des Pères. Collection systématique. Chapitres I-IX. Introduc-
tion, texte critique, traduction et notes par (t) Jean-Claude Guy, s.j. Paris, les Éditions
du Cerf (coll. «Sources Chrétiennes» N° 387), 1993; 12,5 X 19,5, 452 p., 281 FF.

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634 G.-M. DE DURAND

tachent pour la plupart à des Pères aya


que les historiens en ont eu peu d'échos
guère risqués. J.-C. G. remplace dans la m
centre monastique par une prosopographi
première dévastation et dispersion en 407
du niveau spirituel ; mais là ne se laiss
nostalgie du passé endémique durant to
tous les mouvements religieux?
On ne trouve, par contre, dans cette I
les thèmes qui servent de tête de chapi
tique» et dont neuf, sur vingt et un figu
l'annotation semble un peu capricieuse
comme il s'agit d'une editio princeps ,
ayant été jusqu'à présent la seule à êtr
volume vît le jour. Et bientôt aussi, nous
décès de l'éditeur66. On peut d'ores et
collection «Sources Chrétiennes», apport d
on le sait, en 1993.

Le titre du livre de C.Stewart67 est u


textes qu'il va étudier, mais à vrai dir
sujet. En revanche le sous-titre donne
l'ouvrage. D'abord l'histoire de la controv
controverse plutôt que du mouvement
p. 235). Puis une analyse des textes, ré
d'abord (encore au chap. 2) les textes host
sitions dénoncées; C.S. se rallie ici à l'h
57), selon laquelle la liste du prêtre Tim
celle du synode tenu en son église en 4
celle que dressa Valerien d'Iconium à l'i
Pour les textes incriminés, il faut al
duquel sont présentées de façon assez
riennes. C. S. a lancé ou lancera quelques r
ser : il avait dit (p. 14) qu'il s'agissait p
extrémistes d'autres spirituels. Il dira (p.
tapokrisis , adoptée presque tout au lon
l'auteur de ne donner que des réponses
systématisation. On pourrait alors discern
Pseudo-Macaire et cet autre pieux anonym
lui, charpenté par un schéma d'histoire d
préoccupe-t-il guère de répertorier les th
fois, par voie de conséquence, dogmati

65. A titre de curiosité, signalons qu'Arsène


réfugié à deux reprises à Troa de Babylone
devenue célèbre depuis la dernière guerre gr
ou de son disciple Didyme.
66. La présence d'une phrase allemande d
anglaise dans le texte p. 82-83, toutes deux
relative absence d'achèvement : était-elle bien
texte monastique qui peut intéresser d'autres
67. Columba Stewart : 'Working the Earth o
versy in History, Texts and Language to AD 431. Oxford, Clarendon Press, 1991 ;
14 X 22, xi-340 p., £ 40.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 635

Tout au plus relève-t-il ici (p. 77) l'importance du th


là (p. 226) une constante perspective christocentr
Mais l'objectif principal du livre est tout à fait ail
ger et de vérifier, grâce à une étude de vocabulaire, une remarque de
R. Staats, citée dès la p. 10, selon laquelle «le messalianisme n'est originelle-
ment rien de plus et rien de moins qu'une manifestation dramatique du chris-
tianisme syrien sous un revêtement grec, manifestation qui n'était excessive-
ment hétérodoxe que du point de vue de l'Église hellénophone d'Empire».
Pour fournir des preuves de ces assertions, C.S. fait choix (cf. p. 95) de trois
mots clefs, plêrophoria, peira, aisthêsis , et de trois métaphores, celle du
mélange, celle de l'inhabitation, celle du remplissage. Il s'embarque alors
dans une revue minutieuse et passablement austère des occurrences de cette
terminologie dans divers textes soit grecs soit syriaques, avec l'espoir de
dépassionner le débat entre ceux qui dénoncent la présence des propositions
messaliennes chez le Pseudo-Macaire, et ceux que déconcertent ces condam-
nations de recueils dont les Byzantins et aussi maints Occidentaux ont fait
grand cas : ainsi sera émoussé le parti-pris antimessalien qui sourd de presque
tous les récits de ces débats. Ainsi le lecteur moderne pourra-t-il mieux appré-
cier la signification réelle de la controverse (p. 297). Il n'y aurait là, au fond,
guère plus qu'un malentendu de grande taille. Cependant C.S. signale avec
probité que sa preuve n'est pas toujours contraignante, particulièrement
quand il s'agit de ses trois mots clefs (cf. p. 168), lesquels ne comportent
d'ailleurs entre eux qu'une différence de sens très ténue (p. 352) 68 . De
manière collatérale, ces inventaires du vocabulaire ne fournissent que des
données assez imprécises sur les rapports entre le corpus macarien et les deux
auteurs spirituels grecs en qui l'on a souvent vu ses disciples ou ses adver-
saires, Marc le Moine et Diadoque de Photicé (cf. p. 137) 69. On reste finale-
ment à se demander si ce type d'étude, si consciencieux et poussé qu'il soit,
permet de contourner, voire d'éliminer tous les problèmes doctrinaux. Cela,
même si l'on avoue que la pensée humaine n'a pas d'existence séparée des
mots et des images où elle prend corps70.
8, rue Fabre - B.P. 2040
F. 34024 Montpellier Cedex 01

68. Quant au reste de la terminologie macarienne aussi, les distinctions tranchées


sont extrêmement rares : on ne trouve à signaler, p. 128, que l'opposition entre apoka-
lupsis et aisthêsis et p. 176 entre kerannumi et mignumi.
69. A propos du sens du terme «urbana» dans le Livre des Degrés également C. S.
opine pour un non liquet , surtout parce que le mot n'est attesté dans aucun texte
syriaque extérieur au Livre, cf. p. 199-203.
70. P. 50 ne faudrait-il pas lire codification plutôt que modification? P. 151 «still
active» pour traduire patin dans III, 12,2 1. 1 paraît légèrement inexact : (le péché)
agit-il «de nouveau» (dans une âme travaillée par la grâce) proposé par V. Desprez est
meilleur.

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