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Rev . Sc. ph. th.

59 (1975) 435-464

BULLETIN DE PATROLOGIE

par G.-M. de Durand*

Les chrétiens et le monde. - Le titre de ce volume nous fait prévoir,


à tort ou à raison, seulement une étude sur les sentiments et le comporte
ment des fidèles du Christ envers l'Empire et la société civile; somme
toute un ouvrage du type de celui de C. Guignebert (mentionné et
exécuté p. 179, n. 1), élargi aux dimensions des deux premiers siècles1.
Mais cela n'est en fait l'objet que de la seconde partie (on peut trouver un
résumé de son propos, p. 124), avec un appendice peut-être un peu
inattendu dans la troisième, au dernier chapitre, où sont rassemblés le
témoignages sur l'attitude des chrétiens envers la propriété, l'esclavage
et le service militaire. Et même dans ces sections on peut penser que la
préoccupation de R. Minnerath n'est pas de passer en revue une séri
de réactions chrétiennes dans le domaine de la pratique ni d'étudier en
détail la vie concrète. Son étude se veut essentiellement théologique; ce
qui lui importe surtout, c'est de reconstituer le cadre de conviction
l'atmosphère mentale, qui ont commandé ces réactions pratiques. Toute
la première partie du livre est ainsi consacrée à un examen de la pensée
chrétienne en elle-même, les conceptions rivales étant utilisées comme
termes de comparaisons et facteurs d'influences presque inconsciemmen
subies. Bien qu'il se défende de refaire un travail sur la terminologie qui
avait été déjà bien fait, l'A. doit nous rappeler que « monde » représent
la meilleure traduction possible de plusieurs termes latins ou grecs (surtou
mundus et saeculum , cosmos et aiôn) qui peuvent engager la pensée dan
des directions très variées : spatiales, temporelles, physiques (« cosmolo

* En attendant de pouvoir reprendre la publication de Bulletins de patrologie


en suite de ceux de P. -Th. Camelot, nous avons demandé à G.-M. de Durand de pour-
suivre dans ces Notes de Patrologie, sa contribution précieuse, mais limitée que nos
lecteurs ont pu apprécier déjà dans Rev. Sc. ph. th. 57 (1973) 457-480 et 58 (1974)
457-486.
1. R. Minnerath, Les chrétiens et le monde (ier et iie siècles). Paris, Gabalda, 1973 ;
16x30, xi-352 p., 120 F.

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giques ») ou éthiques. Nous voyons ainsi dans qu


croyaient vivre et dans quelle histoire ils profe
adversaires surhumains ils devaient combattre avant même d'affronter
d'autres hommes dans la vie sociale et politique, vers quel terme à la fois
terrestre et transcendant s'acheminait, selon eux, « le monde » et avec lui
eux-mêmes, qui donnaient par leur destinée un sens à ces péripéties et à
ces splendeurs. La troisième partie, au moins dans son ensemble, revient
à cette vision du christianisme saisi de l'intérieur. En gros, un chapitre
cherche à retrouver les traits de l'homme individuel nouveau qui se des-
sinent, non sans quelques difficultés, parmi les tentations du dualisme
encra tite ou du légalisme offertes par les conceptions morales ambiantes;
un autre chapitre prend les choses du point de vue communautaire,
décrivant le nouveau milieu où ces individus s'insèrent et qui fournit une
manière de substitut à l'État, même si les structures politiques ne sont pas
contestées par principe2.
On retrouve ici tant dans le plan d'ensemble que dans celui des chapitres
quelque chose de la netteté de dessin des ouvrages de 0. Cullmann, de
même que l'influence de sa pensée est décelable presque à chaque page du
livre de R. Minnerath. Et c'était certes un maître fort approprié pour
ménager un judicieux équilibre entre le « déjà là » et le « pas encore » dans
une description de la condition chrétienne. Aussi croyons-nous que l'A.
est très bien arrivé à décrire ce balancement, grâce à une mosaïque
constituée d'innombrables citations empruntées à tous les premiers
témoins de la littérature chrétienne. Un autre équilibre nous semble
également très convenablement réalisé : l'ouvrage couvre à la fois le
Nouveau Testament et les écrits patristiques, sans faire du premier un
simple préambule ni des seconds un appendice, comme il advient si
souvent pour les travaux qui réclament deux compétences à présent bien
différenciées. L'ampleur de la tâche était telle qu'on ne peut faire grief à
R. M. d'avoir senti, comme Aristote en sa chaîne de moteurs, la nécessité
de « s'arrêter quelque part » et d'avoir choisi une borne chronologique
assez peu consistante comme terme à son effort. Il essaie bien de s'en
justifier dès le début (cf. p. xi), mais outre que la persécution de 202, si elle
a été inscrite dans les lois, semble l'avoir été relativement peu dans les
faits, l'A. se sent obligé de faire des emprunts nombreux à Clément
d'Alexandrie, chez qui il découvre pourtant « l'indice d'un changement
d'esprit », et même quelques-uns au Contre Celse d'Origène (sans compter
que par les dates, sinon peut-être la pensée, Hippolyte déborde très
largement sur le uie s...). Idéalement, il eût sans doute mieux valu pouvoir
aller jusqu'à l'époque où le christianisme doit assumer des responsabilités

2. Trait sans doute assez caractéristique de l'optique théologique adoptée par l'A. :
une donnée plutôt sociologique, comme le sentiment d'appartenance remplaçant
l'angoisse de flotter dans l'énorme masse anonyme de l'Empire, n'est pas, sauf erreur,
étudié ou mis en relief, même si ce facteur a dû contribuer au recrutement des commu-
nautés.

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ďinstitution religieuse prépondérante, de croyance majori


dire jusqu'à l'essor du mouvement monastique mentionné
page xi. Mais dans l'ouvrage tel qu'il est, que de questions
en un seul paragraphe ou une brève note, alors qu'elles
érudits pendant des générations, les amenant à des polémiq
et à des solutions complexes ! Peu importe peut-être, après t
décrive en deux pages l'évolution de l'institution pénit
l'Église (p. 286-287), sans mentionner que le message d'H
plusieurs interprétations ou que tous n'acceptent pas de re
pape Calixte dans Yepiscopus episcoporum contre leque
Tertullien du De pudicitia. Il n'est sans doute pas très grave
dramatise la situation sur la foi du cas de S. Polycarpe
suppose que les chrétiens étaient très fréquemment mis, d
ue siècles, en face d'un choix très net entre Seigneurie du
gneurie de l'empereur. Ou encore qu'il déclare (p. 74) que l
purement a-temporel dans les conceptions gnostiques, alor
découvrir de sérieuses traces d'eschatologie dans tel écrit d
di. Nous regretterons davantage que, dénonçant (p. 161, n
de « hauteurs de vues » chez les historiens de ces deux siècl
tenir compte du cas de Florus, historiographe sans génie e
il est vrai, mais qui remanie un scheme de Varron et de S
blement pour esquisser dans sa Préface une périodisatio
romaine qui évite à celle-ci d'être prise dans le cycle d'
retour éternel. Il serait tout de même temps que l'on tînt
réserves formulées par des spécialistes de l'historiograp
Mazzarino et A. Momigliano au sujet de la sempiternelle opp
histoire grecque cyclique et histoire judéo-chrétienne recti
que nous venons de citer n'est qu'un exemple parmi bea
généralisations trop hâtives, que l'A. multiplie au détrimen
« profane », dans le but de construire une sorte de repouss
tions chrétiennes. Le préfacier (dont cela a dû être un des d
avait perçu quelque chose de cela avec sa rapidité de co
tuelle : il le dit p. vin, à propos de l'anthropologie, mais c
seul domaine où les « Grecs », « la pensée antique » sont r
conceptions massives, aussi peu assimilables que possible au
Quand il affirme par exemple (p. 25) que « la mentalité he
foncièrement étrangère à l'idée que Dieu puisse créer « pour fai
R.M. se montre, à tout prendre, bien moins ouvert qu'un S
la fameuse formule du Timée 29E (cf. Adv. Haer. III, 25, 5) s
Dieu qui exclue l'envie, même si c'est pour faire pièce aux
Platon est ainsi exalté. Quand l'A. déclare, sans plus, que « chez les
Anciens la frontière entre l'humain et le divin n'a jamais été bien marquée »
(p. 202-203), il semble n'avoir pas le moindre sentiment de la fermeté que
garde cette frontière chez les Tragiques grecs (pour ne point parler des
Romains archaïques), en dépit d'un flou trompeur. Que de héros déchirés

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par rhybris ont payé le prix à la jalousie des die


essayé de la franchir! Et quand R. M. cite le
appuyer sa thèse sur l'inconsistance de cette fr
compte de toutes les autres affirmations de Pin
que, pour lui, seul Héraklès a franchi la barrièr
du dualisme, il ne suffit pas de l'appliquer à tout
d'étiquette infamante sur toutes les variétés
compris le stoïcisme, qui se veut à l'origine un m
décidé... Il faudrait voir pourquoi, effectivement
de cette philosophie (qui exerçait une suprémat
presque tous les deux siècles étudiés par R. M., b
une variante quelconque du platonisme), certaine
laissent percevoir chez un Épictète ou un Ma
peut-être se laisser guider par le mot mélancoliq
Galien et Némésius à Hippocrate : « Si l'homme
pas. » Au lieu de déclamer contre le dualisme, p
quelle expérience psychologique en est la bas
comme le reconnaît R. M., c'est un des auteurs chré
d'hellénisme qui seul réhabilite le mariage, jusqu
parmi les états de vie. Et c'est aussi ce même C
s'est assez dégagé du « parochialism » judéo-chré
d'un Troisième Testament à l'usage des Grecs. Or
type de christianocentrisme (pas de christocent
donné, en se laïcisant, cette vue de l'univers pre
sur l'Occident, qui suscite à présent tant de p
peut-être la peine de s'apercevoir que le célèbre
grenouilles gonflées d'importance autour de leu
actualité et un sens... Cela pourrait aider à ne pa
gétique trop sûre d'elle-même qui se réveille
arguments modernes pour avoir minimisé et ra
Au demeurant, les chrétiens de l'Antiquité ont
pour ne pas se brouiller totalement avec le didas
gnement secondaire et supérieur. Et même ave
avait pas vraiment de problème. R. M. aurait b
près cet exemple et de s'inquiéter un peu plus d
et littéraire de son manuscrit. Des fautes dont i
toujours la responsabilité sur les typographes f
plus irritante non seulement dans les noms prop
mais aussi dans les termes les plus courants («
soi-disantes, p. 290, désafectation pour désaffe

3. Tel est évidemment l'inconvénient de jeter pêle-mêle des brassées de textes


d'époque très diverses sans pouvoir connaître tous les débats dont ils ont souvent fait
l'objet, ainsi les précautions dont s'entoure C. M. Bowra au moment d'accepter l'expli-
cation « monogéniste » du vers pindarique, rejetée au contraire par A. Puech, l'éditeur
de la Collection Budé.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 439

est vrai que la subvention annoncée sur la couverture


pas été accordée (d'où le prix exorbitant de cet est
malgré la multiplicité des matières traitées ou effleur
de même que 363 pages). R. Minnerath s'est-il décour
libre cours à quelque rancune contre les gens de lettr
son consciencieux travail?

Nicée. - La continuité entre les deux parties de l'ouvrage que le


P. E. Boularand nous donne, à deux ans d'intervalle environ, est mar-
quée à la fois par la date indiquée sur la couverture et par la pagination4.
Cependant, il nous a semblé que la deuxième moitié était d'un caractère
moins historique et plus dogmatique que la première ; il faut dire que cette
deuxième est intitulée la « foi » de Nicée, et non pas « le concile ». On ne
devra donc pas s'étonner si certains détails concernant la préparation et
aussi le déroulement de l'assemblée sont étudiés de façon très rapide et qui
nous laisse un peu sur notre faim. Le P. B. admet, par exemple, l'existence
du Synode préalable d'Antioche et cite une partie de sa décision dogma-
tique (p. 189-191) ; mais il refuse de s'interroger sur le sens de cette réunion,
et ainsi de se demander si elle n'avait pas eu pour but de gagner de vitesse
le concile impérial (comme le suggère, après 0. Seeck, H. Chadwick, dans
un article de 1958 qui n'est mentionné nulle part, semble-t-il). Or même
du point de vue doctrinal la question est d'importance, puisqu'elle
commande celle de la position où se trouvait à Nicée Eusèbe, l'historien
ecclésiastique. Est-il arrivé là comme un condamné en sursis? Comment
s'expliqueraient alors les contacts fréquemment relevés par le P. B. entre
le Symbole de Césarée et celui du concile? D'autre part, pourquoi le parti
anti-arien, dans un synode où il avait la haute main, n'a-t-il pas utilisé
Yhomoousios , si le terme lui était en somme déjà familier, comme l'estime
le P. B.? Sa thèse est en effet que ce mot fameux était passé de la littéra-
ture gnostique aux grands maîtres alexandrins et qu'il n'y a pas à faire
entrer en compte une influence occidentale; ni celle d'Ossius (cf. n. 262,
p. 346-347) ni a fortiori celle de Constantin. Sur la foi de la lettre où
l'empereur présente le désaccord entre Alexandre et Arius comme une
discussion d'école, le P. B. semble le considérer comme trop ignare en
théologie pour être intervenu bien sérieusement à Nicée. Il repousse le
témoignage contraire d'Eusèbe en accusant celui-ci d'avoir « altéré »
notablement la « vérité historique » (p. 222). N'est-ce pas ignorer trop
sereinement les travaux de Hermann Dörries, de Heinz Kraft (ni l'un ni
l'autre ne figurent dans la table des auteurs modernes...) et d'autres
historiens qui ont rendu hautement vraisemblable l'authenticité des
témoignages attribués à Constantin sur lui-même et sur son évolution
religieuse : ce prince avait donc à l'époque de Nicée des idées théologiques

4. E. Boularand, L'hérésie ď Arius et la « Foi » de Nicée. Paris, Letouzey et Ané,


1972 ; 14x22,5, pagination continue : 183 à 462 p. (279 pages).

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assez consistantes, si aberrantes qu'elles aient pu


de donner un avis, appuyé au surplus de tout le
Le P. B. fait grand état aussi, pour prouver l'i
au sujet de Yhomoousios, des explications que s
S. Hilaire (cf. p. 337). Mais quand on se rappelle
dans le même De Synodis , selon lequel il aurait
de Nicée seulement au moment d'être exilé pour
que l'ensemble de l'épiscopat gaulois était trop
ce soit pour fournir un échantillon valable d
occidentale, ou bien l'on conjecturera que n'être
quelconque n'a pas chez S. Hilaire le même se
courant. Et le P. B. ne tient guère compte du qu
dans les Discours contre les Ariens , sur ce t
familier et de longue date accepté, ni non plus
tous les héritiers d'Origene, depuis Denys d'A
Eusèbe jusqu'aux homéousiens, tous gens qui s'id
avec l'Église d'Orient. Cela paraît, en effet, une
d'historien que de se représenter immédiatemen
petite secte tout de suite bien définie et qui ne p
quement le sentiment d'être l'Église (cf. p. 424 e
« spéculatif » aussi, plus que d'un historien, est
largement la foi de Nicée à l'aide de citations e
Mopsueste (certains morceaux relatifs au Fils fai
reconnaissons-le). Si profondes et attachantes qu
l'Interprète, elles sont tout de même séparées d
bonne soixantaine d'années de controverses in
malgré tout clarifié aussi les positions. Mais le
blement pas non plus que S. Athanase, largem
parfois donner à la situation une netteté qu'ell
résultat est que Nicée s'insère désormais, sans re
tournant, à la suite de cette entité parfaitemen
fait appel sous le nom de « la tradition anténicén
ple). L'éviction du terme de Logos, encore pr
Césarée alors qu'il est absent de celui de Nicée, e
trois lignes qui n'en font guère apparaître la signif
de Père paraît être ici considéré comme indiqu
paternité unique vis-à-vis du Fils (cf. p. 273) al
puissant » et « créateur » pointent aussitôt aprè
avec l'ensemble des êtres, tandis que c'est sa
Athanase d'avoir établi, à la lumière de sa foi, u
tranchée entre la fécondité intra-trinitaire

5. A voir la façon dont est cité, page 246, le texte sur


affaires du dehors », on a le sentiment que là aussi le P.
qu'il y ait un problème de sens et de traduction.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 441

créatrice. En vérité, même s'il y a continuité dans la


œcuménique ne laisse jamais les choses telles qu'elles étai
N'avons-nous même pu découvrir que les retombées en é
assez inattendues? De ce livre ressort-il suffisamment, po
tude et notre consolation, qu'il en avait déjà été de même
de ces conciles6?

Ëphèse. - Dans l'ultime paragraphe de sa conclusion, juste avant le


résumé qu'il donne en anglais (p. 425-432), le P. L. I. Scipioni7 esquisse
une comparaison entre le cas de Nestorius, dont il vient de traiter, et celui
des épigones et commentateurs les plus fidèles de S. Cyrille d'Alexandrie :
de même que ces derniers ont été pendant des siècles accusés d'une hérésie
bien précise et dangereuse, jusqu'à ce qu'on s'aperçoive du caractère
purement verbal de leur monophysisme, de même l'ex-évêque de Constan-
tinople a été dûment chargé d'opprobre et d'anathème, jusqu'à ce que
vienne l'auteur du présent livre et d'abord d'une thèse de 1956, qui consti-
tua effectivement la première étude sérieuse des bases philosophiques du
« Livre d'Héraclide ».
Plaider un procès en réhabilitation, telle paraît être en somme l'ambition
essentielle du P. S. Être pour Nestorius ce que fut J. Lebon pour Sévère
d'Antioche, ce que fut R. Draguet pour Julien d'Halicarnasse et aussi,
dans une certaine mesure, pour... Eutychès. Objectif louable, pour autant
qu'il y ait encore des apologistes carrés dans leur bonne conscience et prêts
à imputer les erreurs et les crimes les plus noirs à quiconque a été en butte
à une condamnation ecclésiastique. Ambition limitée, cependant, lorsqu'il
ne s'agit pas de l'authentique maître spirituel d'une communauté ecclésiale
importante, dont les enseignements mieux compris peuvent apporter aux
membres d'une autre communion un véritable supplément de lumière et
d'intelligence. Or il est bien douteux que Nestorius ait joué, même à
l'égard de l'Église dite nestorienne, ce rôle capital, au sens étymologique
du terme. Peut-être était-il handicapé pour cela moins par sa condamna-
tion, tenue pour nulle en ces milieux, que par la présentation de ses
ouvrages. Le P. S., croyant fermement à la méthode qui consiste à laisser
parler le prévenu, nous sert à tout moment de larges extraits de sermons
déclamatoires et de spéculations abstruses, tantôt les mettant en évidence
par des caractères plus petits, tantôt les imbriquant purement et simple-
ment dans son propre texte. Néanmoins, si bien disposé que l'avocat soit
envers son client, il lui échappe (p. 344) de reconnaître à Nestorius un style
« désordonné, confus et enveloppé », où l'argument fondamental « reste

6. La Congrégation de Saint-Maur compte assez de pures gloires pour n'avoir pas


besoin de se voir annexer (p. 211, n. 3 et p. 230-231, n. 79), Valesius (Henri de Valois)
qui, pour ne s'être marié qu'à la soixantaine passée, n'en procréa pas moins gaillarde-
ment sept enfants.
7. L. I. Scipioni, Nestorio e il concilio di Efeso. Milano, Vita e Pensiero (coli. « Studia
Patristica Mediolanensia », 1), 1974; 15x22,5, vii-453 p., L. 14.000.

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442 G.-M. DE DURAND

souvent inexprimé ou simplement supposé p


obscures ». N'y aurait-il pas lieu dès lors de pen
Nestorius tels Cyrille ou Cassien n'avaient p
forbans ou des imbéciles pour ne pas comp
d'Éphèse pouvait bien vouloir dire? Après tout
P. Grillmeier s'y serait encore trompé, n'ayan
d'attribution unique des propriétés humain
ajouté, sous les noms de Fils, Seigneur ou Chris
s'identifiait au contraire avec celui-ci de manièr
Nestorius n'a-t-il pas largement contribué lui
erreur il y a, en soutenant avec une telle persé
devait s'entendre de la nature divine, en sorte
la divinité du Fils les mêmes outrages que lui
si l'on attribuait à ce « Verbe Dieu » la géné
vérité, ce lecteur assidu de S. Irénée que le P.
en Nestorius (cf. p. 335-344 et déjà, plus brièv
laisser somnoler par moment son attention po
un auteur qu'il suivait, nous dit-on, de si près,
celles-ci : « Le Verbe s'est fait homme passible
Verbe possédât la similitude d'une générati
premier Adam) »... « L'impassible s'est fait pass
A moins que le Dialogue initial du « Livre d'Hér
détecté, un peu hâtivement peut-être, ce para
soit pas réellement de Nestorius. C'est ce que so
ski, à laquelle est opposée ici (cf. p. 303 sq, 326, 33
Et pourtant, si l'emploi en un passage de la fo
l'unique hypostase est peut-être un argume
d'ensemble nous paraît bien indiquer une d
vraiment imaginable, en effet, que Nestorius s
quelconque de son exil à s'abstraire de sa situa
que suppose le Dialogue? De l'aveu du P. S.,
des erreurs tellement fantomatiques qu'il est im
se trouve en face d'opinions christologiques ay
ou de simples développements logiques que
bout pour réfuter par l'absurde la doctrine de

8. Cf. Adversus Haereses III, 18, 1 ; 21, 10 ; 16, 6, 6 (Massuet). A lire la citation du
Dialogue de « Nestorius * avec Sophrone qui nous est donnée p. 346, on pourrait même
croire que l'auteur de ce Dialogue, loin d'insister, comme S. Irénée, sur la germination
du second Adam à partir du corps de la Vierge Marie, analogue à celle du premier
Adam à partir de la terre vierge, nie l'intervention de la femme dans cette génération.
Mais le « senza l'intervento (...) della donna » proposé par le P. S. n'est probablement
qu'une adaptation de la traduction de Nau (qui parle, p. 56, de « coopération » de
l'homme et de la femme) ; cela n'implique donc pas que le Christ ait passé par Marie
comme à travers un canal, selon l'expression d'un tout autre groupe de théologiens
suspects.
9. Peut-être pourrait-on tirer argument aussi du reproche mentionné à quatre

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BULLETIN DE PATROLOGIE 443

La réalité pourrait donc bien être que Nestorius ne


beaucoup les théologiens antérieurs à lui. Le P. S. n'a
d'ailleurs (p. 68-69) que le recours systématique et généra
de tradition est un fait isolé, sans grande autorité ni pr
initiatives de Cyrille d'Alexandrie durant la controverse
A. paraît bien négliger un précédent qui eût dû avoir son
un homme qu'on nous dit tout imbu de la pensée cappado
le florilège commenté que S. Basile fournit au chapitre 2
sur le Saint-Esprit ». Il faut bien avouer, plus généra
s'être imposé la corvée de lire ou relire tout ce qui reste d
Nestorius dont on a vu ce qu'il fallait penser, S. a dû
pouvait s'en tenir pratiquement là. Il a reculé, par exem
pensum supplémentaire qui eût consisté à lire tout S. Cy
essentiellement, pour toute la première tranche des œu
celles qui sont antérieures à 429, à l'ouvrage d'autrui. M
ce dernier est centré sur la moins personnelle et san
archaïque des œuvres, le Thesaurus , et prolongé seulem
hâtive et imparfaite jusqu'aux grands commentaires scrip
incapable, par suite, de faire saisir les progrès lents et
réels, de Cyrille vers une christologie plus équilibrée. A
exemple, personnellement, le « Premier Dialogue sur la
P. S. n'aurait pu déclarer (p. 371) que Cyrille n'a pas con
pas utilisé, la spéculation cappadocienne sur les rapports
l'hypostase. Car ce Dialogue (en 700B-C = 409a-b) expliqu
en des termes qui ne sont guère éloignés de ceux qu'emp
S. Basile au comte Térence (citée en ces p. 370-37110).
partie de la carrière de Cyrille, ou le P. S. suit des source
ou bien il a procédé à un examen personnel des œuvres,
un deuxième portrait doctrinal (p. 367 sv.) moins charg
éculés, quoique l'aversion pour le personnage reprenne p
pas sur la considération impartiale des idées, conduisant
procès d'intention presque aussi peu compréhensifs que c
faire grief à Cyrille lui-même. Du reste, déjà du temps d
caricatures aussi grossières que les siennes n'ont-elles pa
camp des « Orientaux »? On peut se le demander en par
résumé proposé par Nestorius lui-même (p. 150), soit

reprises (p. 19, 20, 21, 23 de la traduction Nau), d'ajouter quelque c


Gela cadrerait assez bien avec les débats autour de la formule des moines scythes ou
les prodromes de la crise relative au Trisagion et ne se retrouve plus dans la suite du
« Livre d'Héraclide ».
10. Ce que nous concéderions en revanche assez volontiers, c'est que Cyrille n'a
pas connu la forme plus évoluée, mais peut-être un peu plus périlleuse, que S. Grégoire
de Nysse a donnée par la suite aux mêmes idées. Or, après les travaux de A. Cavallin,
c'est sous le nom du frère de S. Basile qu'il faut placer l'Épître 38 de la Correspondance
de ce dernier, invoquée assez longuement ici, p. 400 sv.

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444 G.-M. DE DURAND

envoyée aux évêques de Milan, Aquilée et Rave


ritaire d'Éphèse (p. 240, n. 81). Y a-t-il lieu de t
mations? Non sans doute, si l'on élargit un pe
de se laisser prendre par ces antiques controve
participants. Quand donc les anciens ont-ils mo
pour leurs antagonistes, même sur un plan pu
qu'on songe aux schématisations qu'après la ra
Plato... (ou son équivalent), se permet un génie
est bien obligé de concéder que tout était perm
de l'esprit. Et encore Cyrille croyait-il à la tac
pièces de l'adversaire : quitte à les tromper ou l
Nestorius, comme Julien l'Apostat, ou André
C'est sa propre doctrine qu'à son grand dam, i
- ou capitula - , et non pas un livre de l'aut
condamner désormais sur des formules censées
citer ipsissimis verbis...
Pas davantage que la lecture complète de S
s'imposer de parcourir en entier la Lettre d'At
prêtre Eupsychius, bien qu'il en cite un passage
comment, même dans un texte évidemment d
ristes, on pouvait parler couramment et sans
Christ et exposer de la façon la plus lucide la
aurait lu que Marie, à l'instar des cieux, « reço
stérile Elisabeth appelle Dieu celui qui est
Surtout l'A. n'a pas lu, ou du moins il n'en sou
même Atticus contenu dans le même volume de la Rev. de V Orient chrétien š
Et c'est dommage, puisqu'il s'agit d'une « Homélie sur la Sainte Mère de
Dieu », où ce titre, le Théotokos, est repris au moins trois fois. Peut-être
S. eût-il alors mieux admis qu'un tumulte ait pu bel et bien être spontané-
ment soulevé par la prédication de Nestorius, lorsqu'il a prétendu tirer de
leur ignorance des ouailles laissées quasi sans enseignement par leurs
précédents pasteurs (cf. la citation nestorienne des p. 86-87). Parmi ces
prédécesseurs, ne doit-on pas compter également S. Grégoire de Nazianze,
dont la Lettre à Clédonius ne laisse pas planer tant d'équivoques sur le
Théotokos? Il est vrai que cette Lettre, le P. S. la cite tout à la fin de son
dernier chapitre (p. 417), sans paraître prendre conscience que s'étale
dans le passage ainsi invoqué la comparaison de l'Incarnation avec l'union
entre le corps et l'âme si amèrement reprochée à S. Cyrille. S'il avait

11. Cf. les p. 416-417 de la traduction M. Brière, dans Rev. de V Orient chrétien ,
3e série, 9 (1933-4) ; à comparer avec les reproches faits à Cyrille par exemple p. 124
du présent ouvrage (en dépit de ses propres explications, moins développées, mais
tout de même claires, à propos de Jn 1, 14, dans le Commentaire sur l'Évangile de
S. Jean, lib. I, cap. 9). Pour les deux textes suivants de la Lettre, cf. Rev. Orient Chrét.
p. 421 et 422, pour ceux de l'Homélie, p. 179 de la traduction, fol. 81 r°b et v°a du
manuscrit syriaque.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 445

soupesé tous ces textes, peut-être le P. S. eût-il repoussé


dédain le verdict si équilibré de Socrate (VII, 32) sur son a
parleur et ignorant d'une tradition théologique propre, qu
formation à Constantinople même avant Proclus. Mais So
déré comme témoin valable au sujet d'Alexandrie, la vi
n'était point; il ne peut être, quand il s'agit de la capitale
qu'un observateur inepte ou partial. D'autre part, la le
traité de Marc l'Ermite « Contre les nestoriens » eût pu mo
même si on ne se crispait nullement sur le Théotokos on
nourrir des soupçons sérieux envers la présentation du do
gique fournie par Nestorius. Mais le P. S. n'aurait-il pas r
opuscule comme il le fait devant le placard attribué à Eu
et devant l'incident provoqué par le même Eusèbe en
l'épisode est rapporté de façons variées et demeure fort
n'avons pas les moyens de contrôler l'exactitude du renseig
A vrai dire ce sont là procédés qui sentent l'avocat pr
l'historien. Nous en revenons toujours là : que faire, sinon
plaidoyer, en faveur de quelqu'un dont même la doctrine
« bizarre » de l'aveu même du P. S. (p. 411 : en effet, il fau
phrase affirmer l'unité absolue du prosopon du Christ et l'
des prosopa). Admettons que la cause est entendue. On eut
Nestorius dans le désert, même s'il y trouva sans doute u
sainteté. Mais on est bien obligé, du point de vue doctrina
où, à moins bon droit, Sainte-Beuve voulait reléguer Bau
espèce de pavillon biscornu, de Kamtschatka théologique,
arrive à pied sec, mais au delà de quoi on ne saurait pours

Ambroise. - Un peu avant le milieu de son ouvrage (p.


Madec13 laisse échapper un aveu en même temps qu'il exp
La juxtaposition de l'un et de l'autre en un bref parag
d'abord le lecteur, puis il s'aperçoit qu'elle pourrait l'aide
traduire l'ambiguïté de ses sentiments vis-à-vis de cette

12. Pour terminer, quelques remarques de détail. Le P. S. nous paraît à deux


reprises se servir de travaux de Loofs avec un excès de liberté : p. 190, cf. n. 90, il
supprime sans prévenir un non que Loofs avait cru devoir insérer dans son édition
des Nestoriana ; p. 382, le texte du « Leontius von Byzanz » cité n. 36 veut-il bien dire
ce que lui fait dire la paraphrase proposée : l'un se situe dans la ligne de Individuation,
l'autre dans celle de la subsistance. P. 321 et 324 est-il légitime de suggérer oixénqç
et olxeitociç comme équivalents grecs respectivement de « propria » et d' « ugualianza »
(des traductions meilleures « familiare », « appropriazione » sont d'ailleurs indiquées
juste à côté). Contrairement aux indications des p. 293 et 298, Dioscore n'était pas le
neveu de S. Cyrille ; la deuxième Actio de Chalcédoine nous a conservé les traces de
ses démêlés avec un véritable membre de la famille, le prêtre Athanase, qui eût sans
doute bien voulu prolonger l'emprise de sa dynastie sur le siège d'Alexandrie.
13. Goulven Madec, Saint Ambroise et la philosophie. Paris, Études Augustiniennes,
1974; 15,5x24,5, 452 p.

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446 G.-M. DE DURAND

pourra paraître « longue et ennuyeuse », la mise


S. Ambroise avec ceux de Cicerón pour prou
verbal les emprunts sont constants, les influenc
pas la seule liste à la fois minutieuse et aride q
soit astreint à dresser. Le premier chapitre répe
énoncées par Ambroise au sujet de la philosoph
sont presque uniformément négatives, les bribes
ces païens ne pouvant leur venir, suivant l'é
l'Écriture pillée et déformée par eux. Cette dép
terme de « philosophia » ne peut prétendre à r
réalités chrétiennes comme il le fait chez main
l'on ne trouve qu'une exception à cette règle (c
Ambroise s'en tient à l'acception défavorable
biblique également unique (cf. p. 200) qui ment
deuxième chapitre présente un inventaire des tr
par une information sur la philosophie que l
variée » (p. 174), mais qui apparaît dans l'ens
souvent faite de doxographies destinées à mont
loin de s'entendre sur une vérité, se divisent su
craignant que les revues opérées par ses deux ch
entières et générales, l'A. ajoute en appendice un
ambrosiens comptant 184 numéros, « dans lequ
phiques font ressortir les noms des philosophe
philosophia et les expressions d'un jugement de
pourrait mentionner encore la section du chapi
colligés les textes d'autres auteurs patristique
tiennent quelque rapport avec l'antithèse ambr
galiléens et philosophes superbes. Et naturelleme
il était nécessaire de rassembler les renvois ou
qui subsiste du De sacramento regeneralionis si
donner au chapitre 5 un commentaire qui ne pe
très neuf, étant donné qu'il consiste surtout en
pauvres fragments (d'entre lesquels le P. M. incli
morceaux plus erratiques qu'on avait parfois voulu y insérer) et les
ouvrages mieux connus de S. Ambroise. La conclusion la plus importante
se trouve dans le bilan final : « le livre perdu ne faisait pas doctrinalement
exception dans l'ensemble de l'œuvre ambrosienne » (p. 339).
Une fois tous ces dossiers étalés (et il faudrait encore parler, sinon de la
bibliographie, au moins des deux tables très détaillées), quel espace
reste-t-il pour un étude comme celle que le P. Madec, toujours à la
p. 161, estime devoir présenter de l'intérêt, celle des formes que revêt la
dépendance d' Ambroise par rapport à Gicéron? Il est relativement
mince - et d'ailleurs l'A. ne parle-t-il pas au conditionnel (« présente-
rait »), comme s'il hésitait beaucoup plus à entreprendre cette tâche qu'à
dresser des tableaux synoptiques et des répertoires. Aussi préfère-t-il

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BULLETIN DE PATROLOGIE 447

aborder le problème de biais, en de multiples escarmouches


166, 237-238, 342 et 345), plutôt que de l'affronter de face.
unique semble cependant se dégager de ces passages disper
aura été peu cicéronien en profondeur parce qu'il ne voula
parce qu'il n'a pas manqué une occasion de marquer exp
distances, parce qu'il n'a cherché dans le De officiis qu'un p
et dans maint autre ouvrage de Cicerón que des enjolivure
Mais une question ultérieure se pose lorsqu'on constate, p
qu'Ambroise taquine si souvent la philosophie ou les philoso
réponse ne « présenterait » pas moins d'intérêt. Comment a
de Milan échappe-t-il à un dilemme analogue à celui qu'
apocryphe prêtait au conquérant arabe d'Alexandrie : ou b
sont dans le livre inspiré, et il suffît de les y lire, ou bien alor
trouvent point et sont donc fausses et perverses. A lire cert
du P. M. (p. 341 : « La Bible règle l'intellectualité chrétienne
de toute vérité utile »; p. 245 : « Les sages du monde (...) n'a
faire dériver (leurs doctrines) dans les disciplines humain
tenaient de la source de la Loi divine»), il semble qu'Am
sinon brûler sa bibliothèque païenne, du moins fermer ses l
De ce qu'il ne l'a pas fait, le P. M. donne une première rais
phrase qu'il emprunte à Dom G. Tissot, mais endosse de
puisqu'il la cite à deux reprises (cf. p. 175 et 344) : « La lectu
est avant tout pour (Ambroise) une éveilleuse d'idées (...) i
retient leurs expressions; mais (...) il arrive qu'avec les mê
construise un raisonnement assez différent, parfois même d
opposé. » On pourrait penser aussi aux nécessités de l'apolog
sive et offensive. Et de fait l'œuvre d'Ambroise abonde en
contre des thèses païennes ou des arguments antichrétien
des philosophes. P. Courcelle, spécialement, l'a bien mo
P. Madec dépend d'une façon qui pour le coup n'est pas pure
Toutefois cela n'explique guère le recours à des philosophe
trine n'avait plus d'actualité. Car Ambroise n'a pas l'air de
prendre à des antagonistes proches et personnalisés comm
l'être en d'autres domaines un Palladius ou un Symmaqu
sur des études antérieures, le P. M. montre que son auteur
faire usage même de cet antichrétien confirmé qu'était Po
p. 120 et 167-168). En somme, il s'agirait d'accrochages en c
plutôt que d'affrontements directs. Ambroise aurait de plus
retouches insensibles, mais finalement fondamentales, sur
empruntés qu'ils en perdaient toute virulence néo-platonicie
66, où l'argumentation vise surtout L. Taormina). Parfois
possible que ce travail d'épuration ait commencé avant
parvinssent à Ambroise et qu'il n'ait plus eu conscienc
plotinienne de certaines sources où il puisait (p. 71 l'A. sem
quoique avec prudence, vers cette hypothèse). Peut-être cel

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448 G.-M. DE DURAND

de nouveau quelque peu la valeur d'Ambroise com


timide auditeur des années 384-387 : ni pour un
thèses inadmissibles du néo-platonisme, ni pour
des intuitions communes à la théologie chrétie
Augustin ne pouvait trouver là un modèle enti
fallu que lui aussi suive ses idées en écoutant ex
Aussi bien, quand le P. M. semble suggérer (p. 3
manque de recul a pu inciter Ambroise à tous le
tiques qui jalonnent son œuvre, nous aurions te
sceptique. Était-il, pouvait-il se croire perméabl
sophie, ce Romain pratique et pressé qui utilisa
phiques et aussi des ouvrages plus illustres com
dums? Sans doute partageait-il au fond la convic
plus spéculatifs, qu'on pouvait aisément sépa
(expression de nos bons vieux classiques scolaires
dans la culture de son temps. Et peut-être étai
dominait une rhétorique susceptible de fournir
des ornements sous lesquels il était loisible de m
même rien du tout si l'on avait l'esprit vide
Ambroise, dans l'héritage du monde antique, n
(et c'est pourquoi le sujet de cette thèse reste un
dit le P. M. à la p. 339, avec une belle modestie),
certain type de politique. Même, si on se refuse
(cf. p. 13, n. 10), un manipulateur d'homme tout
un candidat sérieux au titre de dernier des Romains14.

Grégoire de Nysse. - Si l'on en juge par ses fréquents renvois à ce qu'il


a déjà dit ou va encore dire, par un certain nombre de répétitions aussi,
R. M. Hübner redouterait qu'on ne perçût pas la pertinence et la cohé-
rence de sa thèse15. Le déroulement en est pourtant très clair, l'argument
fort bien résumé aux p. 325-332, fort bien esquissé déjà p. 2-3 et l'objectif
ne peut qu'intéresser quiconque a mis la main au labour dans le champ
de la patristique grecque. Il s'agit de soumettre à un nouvel examen ce
qui peut presque passer pour un dogme de la critique depuis Ritschl et
Harnack, l'existence d'une conception « physique » ou « mystique » de la
Rédemption, laquelle aurait un témoin particulièrement marquant en la

14. La présentation matérielle de l'ouvrage nous a paru irréprochable. Cependant,


il nous semble à la p. 1 12, n. 89 que les pages manquantes dont fait état C. F. W. Müller
ne peuvent être que celles de l'unique manuscrit, palimpseste, Vat. Lat . 5757 , qui n'ont
pas forcément un format Teubner. P. 219, n. 217, pourquoi appeler l'empereur de
Constantinople « Léon I de Thrace », même s'il était un Besse originaire de cette
province ?
15. Reinhard M. Hübner, Die Einheit des Leibes Christi bei uregor von Nyssa.
Untersuchungen zum Ursprung der ' physischen ' Erlösungslehre. Leiden, E. J. Brill
(coli. « Philosophia Patrum », Interpretations of Patristic Texts, ed. by J. H. Waszink
and J. C. M. van Winden, vol. II), 1974 ; 16,5x24,4, xii-377 p., fl. 78.-

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BULLETIN DE PATROLOGIE 449

personne de S. Grégoire de Nysse. De cette façon de se représen


une hellénisation encore passablement aiguë du christianis
fois de plus responsable, à savoir l'adoption du réalisme pl
Idées. Appliqué à la nature de l'homme, ce réalisme amène
celle-ci une quantité physiquement une à travers tous les in
ceptible par conséquent de subir dans tous ses autres repr
répercussion d'un phénomène survenu en l'un d'eux, notam
ou le Christ. Quand cette thèse du réalisme développait la
effets (ce qui, selon H., n'est pas le cas chez tous les auteurs : cf
permettait d'expliquer non seulement la Rédemption, mais a
lisme que Grégoire aurait reconnu dans les rapports des p
nature entre la Trinité divine et les individus humains. Mie
donnait la clef de cette doctrine de la double création de la nature humaine
d'abord à l'état d'idée, puis sous la forme concrète (mais non pas plus
réelle) de l'individu Adam, doctrine que maint critique a cru lire dans le
De hominis opificio.
Présente ou absente dans la pensée de Grégoire, ce n'est toutefois pas
la conception platonicienne de l'homme en soi qui constitue la base de
départ de l'A. non plus qu'elle ne fournit le titre de son ouvrage. Et c'est
peut-être là que réside cette petite subtilité qui explique ses infinies
précautions. Il considère d'entrée de jeu l'unité du corps du Christ, une
notion qui semble essentiellement théologique et chrétienne, mais dont il
nous dira, une fois examinée une première œuvre de Grégoire (p. 64), que
celui-ci a seulement mis un nom chrétien sur une représentation philoso-
phique du but et de l'état final de l'homme. Au terme de cette étude du
petit traité sur l'exégèse d'I Co 15, 28, il pense découvrir également une
dichotomie dans la doctrine de Grégoire, qu'il réaffirmera maintes fois et
où il décéléra une source de contradictions permanentes (cf. p. 204-205 et
déjà 52 et 56; à la p. 129, il parlera même de conflit insoluble et de dispa-
rité grossière : « krass »). L'évêque de Nysse, dans Y In quando sibi subje-
cerii... comme dans les autres œuvres où il aborde la question du corps du
Christ aurait mis tant bien que mal bout à bout une conception provenant
d'Origène et une autre issue de Marcel d'Ancyre (dont H. avait déjà mis
en relief l'influence sur le frère de S. Basile dans un autre travail). Selon la
première, ce corps est en réalité un plérôme des esprits préexistant à
l'Incarnation et débordant le cadre de l'humanité pour inclure, autour du
Logos, tous les êtres raisonnables, les logikoi (cf. déjà à la fin de la n. 59 au
bas de la p. 49). Selon la deuxième, ce n'est que l'ensemble des hommes qui
compose le corps du Christ, ou, pour user d'une autre formule, employée
par Marcel dans le De Incarnatione et contra Arianos § 21, l'humanité du
Christ, c'est l'Église. (D'après la n. 72, p. 288 le désaccord entremette
formule-là et celles dont se sert Grégoire ne serait qu'apparent.) A la
limite, on pourrait presque dire que le Christ n'a pas d'autre humanité que
l'Église, puisque celle, individuelle, qu'il utilise est quasiment dépourvue
de poids et de valeur; elle est destinée, au surplus, à se volatiliser à la fin

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450 G.-M. DE DURAND

des temps, au moment de cette soumission uni


2816. Du moins l'Incarnation garde-t-elle dans
l'importance de faire naître l'unité entre le Ch
cette unité qui était déjà donnée dans la per
origénien.
Ces deux conceptions de l'événement eschato
surplus deux exégèses de la parabole de la bre
schemes plus ou moins latente ou patente che
ici grand cas (cf. déjà p. 126-129). Le plus curie
exprimé peut-être par H., tant la conception d
tirent leur source et leur inspiration première
tion de leur divergence ultérieure irréconcili
p. 310. Origene a conservé et transmis à Grég
tique originelle, la brebis perdue étant l'hu
troupeau des êtres spirituels. Marcel, ou pl
limité la portée de la parabole à un plan stric
venue du Sauveur l'homme se réunifie intérieurement et les hommes de
tous les temps trouvent aussi entre eux l'unité. A vrai dire, ce réaménage-
ment ne va pas sans des glissements de sens assez peu légitimes, notam-
ment de la similitude à l'identité d'essence (consubstantialité) entre
Sauveur et sauvés17. Ce serait à l'orée de sa polémique anti-apollinariste
que Grégoire de Nysse aurait jugé bon d'adjoindre l'exégèse marcellienne
à celle qu'il tenait d'Origène; selon une hypothèse, peut-être un peu
fragile, de H. (p. 126) il aurait pu puiser dans des réponses données par
Marcel aux critiques proférées contre lui par Apollinaire. De toute façon,
quand il a dit et répété que le Christ avait dû prendre sur ses épaules,
assumer la totalité de la brebis humaine pour la sauver authentiquement,
l'évêque de Nysse n'a pas lancé une affirmation métaphysique sur l'assomp-
tion de l'Humanité en soi, il a simplement prolongé l'argumentation -
mais est-ce vraiment une argumentation, ou du langage figuré? - de ses
prédécesseurs contre toute tendance au docétisme, entier ou partiel,
conduisant à volatiliser ou mutiler la nature humaine du Christ (p. 137 et
140). Si une influence de quelque chose ressemblant à de la métaphysique
entre ici en jeu, ce que H. admettrait quoique avec précaution, il s'agirait
non pas du platonisme, mais bien du stoïcisme. Quelques lignes du résumé
final (p. 330) nous apprennent que telle est en partie la raison d'être du
chapitre V : étudier chez S. Athanase les antécédents philosophiques de
la sotériologie grégorienne (tandis que le chapitre VI, sur Marcel d'Ancyre,

16. Cf. p. 282, où H. envisage même des conséquences plus radicales encore : une
suppression de la création en sa totalité, sa dissolution dans le spirituel, sans oser
affirmer cependant que Marcel se soit aventuré jusque-là. Est-ce, en effet, bien vrai-
semblable ?
17. Chez l'auteur du Sermo maior de fide, œuvre qu'il attribue à Marcel d'Ancy
avec cependant une légère hésitation (p. 291, n. 81), H. donne l'exemple d'un tour
de passe-passe encore plus flagrant, fondé uniquement sur le mot « brebis » : cf. p. 3

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BULLETIN DE PATROLOGIE 451

s'occupera des prédécesseurs théologiques). Toutefois dans


lui-même nous sommes surtout invités (p. 240 et encore p. 2
généralisation à l'ensemble des Pères) à ne pas croire que S
jamais conféré aux quelques notions qu'il emprunte aux ph
rigidité d'un système. Effectivement, bien qu'il ait eu à sa
théorie stoïcienne de la présence séminale en Adam de l'hum
(p. 244), l'évêque d'Alexandrie n'a jamais dépassé l'affi
l'humanité du Christ est en contact avec celle de tous les hom
il a simplement fait de cette humanité assumée par le Logos un
privilégié par lequel ce Verbe peut communiquer ses dyname
de la cité humaine. C'est cette image de la cité, conjointe av
lyre et du corps, suggérant comme elles la sympathie, l'harm
du cosmos et de l'humanité, qui constitue l'essentiel des élém
qu'Athanase transmet à Grégoire18. Ce dernier développe,
bien davantage la notion de dynamisme, de « puissance
passive, non point pure potentialité, comme dans 1' aristo t
mais contenant des énergies latentes, à la manière d'un ress
d'un germe, pour rester dans le contexte stoïcien. Toutefois
se flétrir; ce commencement matériel qui existe, par ex
présence du levain de l'humanité du Christ dans notre pâte (p. 9
pas automatiquement à terme : H. se livre à une étude atten
« sacrements » du baptême, de l'Eucharistie et de la pén
conclut (p. 183) que l'acceptation personnelle spontanée du d
offert par Dieu est indispensable à la réalisation du salut.
On ne peut trouver davantage une sorte de vis a tergo dans la
tion finale d'une image divine jadis morcelée entre les h
rencontrons ici la deuxième théorie qui succombe sous le cou
de R. M. Hübner, tout appuyée qu'elle est, elle aussi, par de
celle qui voulait trouver dans la doctrine de Grégoire une il
caractère social, collectif, de l'eschatologie chrétienne, et
réalisation de l'image. Une phrase mise en italiques par lui
résume les conclusions de l'A. sur ce point : ce n'est point p
une image unique, à savoir la nature, que tous les hommes s
mais bien parce que tous portent l'image de la même façon
humaine, prise au sens logique, est une image unique (cf. po
formulation la fin de la note 55, p. 85). Tout en admettant
qu'il subsiste un résidu, mais mince, de textes suggérant u
collective, où s'intègrent les membres d'un même corps19,

18. Peut-être H. ne tient-il pas assez compte de la notation du De Incarnatione


Verbi 9 (qu'il cite p. 235-236), au sujet d'une visite et d'une présence spéciale du roi
dans la ville. Ne modifie-t-elle pas la portée de la distinction ousia¡dynamis qu'Athanase
emprunte aux mésoplatoniciens, pour sauvegarder la transcendance de Dieu et de son
Logos ? Mais évidemment il ne s'agissait pas ici d'écrire une monographie sur
S. Athanase.
19. Cf. p. 197, avec la n. 144 qui mentionne « les dents de 1 Eglise » = les docteurs
qui font un tri judicieux, et aussi le texte plus général de Cant 13 cité p. 192. Aux pages

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452 G.-M. DE DURAND

manière bien tranchée le caractère généralemen


individuelles chez Grégoire de Nysse : la joie de
absolue laisse autrui tout à fait en dehors de se
aussi les formules du milieu de la p. 225, quoiqu
il soit concédé qu'elle exprime les choses de f
« krass »). Dans la description donnée par Grég
éprouve pour cette Beauté, il n'est pas questi
chrétien (p. 221). Il faut, estime l'A. (p. 231)
Grégoire « un autre pôle », qui n'est d'ailleurs p
d'une théologie uniquement soucieuse de partag
et d'engagement dans le monde. Est-ce cependa
certaines touches de la description donnée par le
citation de la p. 213) : compénétration des « âme
sont tombés (« l'homme n'est plus une chose en e
mutuel échange et joie réciproque de ce qui est d
que Grégoire désigne chastement et, malgré tou
nom de « Beauté » (chacun fait don à son proch
réjouit en voyant la beauté de l'autre)? C'est ce
intime entre des êtres qui désormais ne sont
vouloir conserver Grégoire lorsqu'il a gardé la
origénienne de la société finale des logikoi .
En même temps, dans le sentiment qu'il y ava
exprimer, il a pu y joindre l'héritage d'Irénée et
ses yeux de mieux souligner le rôle bien réel de la chair et de l'âme
humaine du Christ20. Peut-être faut-il supposer chez Grégoire, plutôt que
des contradictions flagrantes, une notion de la théologie analogue à celle
dont R. M. Hübner rappelle la présence chez S. Athanase (cf. p. 256, fin
de la note 103) : les catégories humaines étant toutes inadéquates, on y
suppléera par l'emploi d'images dont chacune suggère un aspect de la
réalité transcendante et qui accomplissent leur fonction justement en se
chevauchant. N'est-ce pas vraisemblable chez un théologien qui a eu un si
vif sentiment du primat de la démarche apophatique? Il n'est guère

195-196 H. s'élève curieusement contre l'hypothèse que l'administration des finances,


mêmes celles de l'Église, puisse faire l'objet d'un charisme. Cette idée ne pouvait-elle
vraiment passer par la tête de Grégoire de Nysse, plus doué pour la spéculation que
pour les questions pratiques, à en juger par certains agacements de son frère - comme
elle viendrait à tout membre d'un corps social régi par des gouvernants dépourvus
seulement de cette qualité-là ?
20. En fait l'âme, en particulier, a une importance authentique dans le système
d'Origène, et nous ne croyons pas du tout que le danger de supprimer l'humanité du
Christ soit aussi pressant chez le maître alexandrin que H. veut bien l'affirmer : cf. p. 61
et n. 119, p. 212 haut. Mais il est vrai que les épigones d'Origène ont été peu attentifs,
le plus souvent, à cet aspect de sa pensée. Or il importe de voir les doctrines non seule-
ment en leur sens originel, mais aussi en celui où elles ont été reçues et comprises.
L'A. le soutient à bon droit dans une discussion serrée avec L. Schottroff et E. H. Pagels,
à propos d'un autre complexe doctrinal, la distinction des natures dans l'anthropologie
gnostique : cf. p. 305-307, n. 107 et p. 333-334.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 453

question ici, du reste, de cette facette de la pensée grégor


n'est-ce pas là ce qui explique dans ce platonisme (car il
même une bonne dose, c'est trop évident, chez S. Grégoir
toute théorie des Idées, qui fut relevée par E. von Ivank
par P. Zemp21? Et s'il n'y a pas d'Idées, il devient encore
sible que la nature de l'Homme-en-soi ne joue pas chez G
qu'on a longtemps voulu lui attribuer. Peut-être restera
« triadologues » le soin d'expliquer comment, dans ces con
divine peut être pour Grégoire une réalité concrète uni
analogue créé ne l'est pas. Ou bien recommencera-t-on à
(et même de Basile avant lui)22 un « néo-nicénien » homé
nation, très efficace, d'une vieille thèse de Harnack par
aura-t-elle pour aboutissement d'en faire revivre une au

Exégèse patristique. - Dans une introduction brève et claire, R.


A.Jjreer aligne trois questions que l'on peut se poser au sujet de l'usage
que les Pères font de l'Écriture, auxquelles correspondent trois manières
d'étudier l'exégèse patristique23. La première question, « les Pères ont-ils
compris l'Écriture? », aboutit à faire passer ceux-ci devant un tribunal
aux critères dangereusement anachroniques et peu équitables. La troi-
sième question « quelle méthode utilisèrent-ils pour interpréter l'Écri-
ture? » risque de détourner l'attention du contenu doctrinal des textes
étudiés et de faire oublier l'influence de ce contenu sur ce contenant, c'est-
à-dire sur les méthodes de recherche et d'exposition. R. A. G. se décide
donc pour la deuxième question (p. 4), en refusant toutefois de se borner à
inventorier ce que les Pères ont lu dans l'Écriture, mais en tâchant plutôt
de comprendre pourquoi ils ont opéré une telle lecture. En revanche le
choix de l'Épître aux Hébreux comme matière spéciale d'un tel type
d'investigation, est justifié par des raisons plus modestement empiriques :
longueur satisfaisante du texte, conservation d'un nombre élevé de
commentaires aux tendances exégétiques fort diversifiées.
Jusqu'ici donc, tout se présente pour le mieux. Mais à parler franche-

21. A cet égard, l'A. ne rend sans doute pas assez justice à E. von Ivanka (le livre
de P. Zemp a paru trop tard pour qu'il ait pu en tenir compte en dehors de l'emprunt
d'un certain nombre de références). C'est seulement à propos d'un article où il cherchait
à démontrer la persistance chez Grégoire d'un reste de la doctrine platonicienne des
Idées que nous apprenons qu'il a plus tard revisé sa position (p. 156). En effet, mais le
Plato christianus, s'il est cité dans la bibliographie, ne paraît guère avoir été utilisé.
22. Il n'est, par exemple, pas fait état de l'article de J. Lebon sur « le sort du
consubstantiel nicénien ». Or la deuxième partie, si elle traite essentiellement de
S. Basile, cite aussi des textes de S. Grégoire de Nysse, notamment l'Épître 38. Et
l'argument de base de ce travail est la présence dans la mentalité des Pères cappadociens,
d'un réalisme hérité de Platon.
23. Rowan A. Greer, The Captain of our Salvation. A Study in the Patristic Ex
of Hehrews. Tübingen, J. C. B. Mohr (Paul Siebeck) (coll. « Beiträge zur Geschi
der biblischen Exegese »), 1973 ; 15,5x23, 371 p., DM 49.-

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454 G.-M. DE DURAND

ment, les choses commencent à se gâter dès qu


Car de graves questions restaient pendantes. E
principe directeur conférant une unité à l'en
Serait-ce le texte biblique commenté par les Pè
Mais G. a d'avance renoncé à porter un jugeme
taires pourraient fournir de lumière sur la p
sacré. Aussi bien le livre ne s'ordonne-t-il ni
dans l'Épître ni selon un certain nombre de th
gés de la suite du texte. C'est pourquoi ceux q
un analogue à la fois plus développé et plus
restreint à une épître seulement, de l'excellen
intitulé The Divine Apostle risquent d'être fort d
en commençant au professeur de Cambridge
prédécesseur dans la voie où il s'engage (cf
chapitre, relatif à Origene, l'A. semble cherche
tous les versets sur lesquels l'exégète alexandr
au moins dans ses œuvres parvenues jusqu'à
quelque peu l'impression de se trouver devant u
les anneaux se seraient disjoints. G. doit avoir
nient, car il tâche tout de même de regrouper
matériau en fonction soit de la vision d'Origèn
de ses doctrines christologiques, laissant seulem
un conglomérat de textes qui ne se prêtent à ê
ces deux synthèses. Par la suite, toute prétenti
l'exégèse patristique, ne serait-ce que grecque,
abandonnée, puisque G. se contente désormais
traités cinq passages-clefs : He 1, 3; 3, 1 ; 5, 7-
292; mais déjà p. 66, pour l'aveu qu'on ne cherc
D'ailleurs l'A. ne souffle mot de Didyme, qui a
dans l'étude de l'école alexandrine, même s'il ét
des schemes trop bien ordonnés ou trop ri
d'Alexandrie, signalons que nulle mention n
Thesaurus de Sancla Trinitate qui ne sont pas u
nase, mais proviennent d'une source inconnue p
personnelle du second docteur alexandrin (il y
série regroupée dans YAssertio XXXII du Thesa
Commentaire sur l'Épître réunis et traduits d
il y a déjà longtemps (1931 et 1933), dans le
débordent cependant assez largement les extrai
En fin de compte, on pourrait se demander s
de route d'écrire un autre livre que celui qui é
surtout le sous-titre de son volume. Ce qu'il no
de plus de la christologie de l'école antiochienn
ou points de comparaison empruntés à des Al
ciens. Ce changement de sujet n'est-il pas r

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BULLETIN DE PATROLOGIE 455

p. 129, quand il aborde l'étude de deux Antiochiens dont


dons pratiquement aucun texte faisant référence à l'Épî
velle les efforts faits depuis F. Loofs pour découvrir une
ces deux théologiens, afin de donner plus de consistance
tioche. Et on ne peut dire que le résultat soit bien conva
neuf. Car Diodore paraît toujours repartir sur de nouveau
tâtons, sans que les conclusions atteintes par Eustathe sem
en quoi que ce soit. G. essaye évidemment de montrer (c
l'évêque de Tarse emploie le terme «chair» dans un sen
philosophique, n'excluant point, par conséquent, l'existen
Christ. On se demande pourquoi le bénéfice de cette interpré
pas étendu aux Alexandrins, qui pourtant le réclament bie
ment que Diodore, du moins d'après les fragments conse
L'A. fait également état (p. 139), après beaucoup d'autres
la métaphore du temple à propos de l'humanité du Chris
signe spécifique d'antiochénisme. On pourrait néanmoin
qu'elle était trop biblique (cf. Jn 2, 19!) pour qu'un théolo
rament d'exégète comme Cyrille d'Alexandrie s'en soit to
et qu'elle figure effectivement dans ses œuvres de toute
D'ailleurs, si elle peut donner occasion au dualisme, cette
raison peut en fournir tout autant à l'apollinarisme : il
personne, au moins parmi les modernes, ne se soit jama
juxtaposait un objet inanimé et une présence divine qui
au « temple » son aspect spirituel... Du reste, suffit-il q
plus ou moins dualiste pour en faire un bon Antioch
l'histoire des doctrines a donné à ce terme? Ne faudrait
présentât un rudiment de psychologie humaine du Christ
la portée rédemptrice de son obéissance humaine? Or G. f
(p. 170) à la réponse que l'Homme assumé donne à la g
trouve la preuve textuelle diodorienne24? En fait, on pe
Théodore de Mopsueste est le seul a avoir tenté une incu
dans la psychologie, avec la témérité que l'on sait, ma
indéniable. Nestorius et Théodoret ont tendu à retourner ensuite à une
conception surtout ontologique de l'union et de la distinction des deux
natures. L'exposé de G. est parsemé de ce terme d'« ontologique » quand
il en vient à parler de Nestorius (cf. un bel exemple dans la description du
bas de la p. 312) ; mais on ne voit guère alors ce que cette vision des choses
garde de plus biblique (« dérivée des Écritures » : cf. p. 224) que celle de
Cyrille, à laquelle le qualificatif de « sotériologique » est au contraire très
libéralement attribué26.

24. P. 293 il nous semble aussi que la portée d'un texte de Théodoret se trouve
indûment majorée : il parle bien de grâce de Dieu, mais non d'acceptation de cette
grâce par l'Homme assumé. La différence n'est pas dépourvue d'importance.
25. A Théodore, comme analyste de la psychologie du Christ, il faudrait cependant
adjoindre Nestorius, si la première partie du « Livre d'Héraclide » était bien de lui.

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456 G.-M. DE DURAND

L'A. voudrait aussi, et cela semble même un


chères, que la théologie antiochienne ait jailli de
il en croit trouver les premiers linéaments dans
Cappadociens (cf. p. 123-128). Mais n'est-il pas u
ces conditions, de constater qu'il se sent obligé,
de morigéner le plus grand prédicateur de lang
antiochienne, S. Jean Chrysostome, pour la faço
scheme christologique de son école? De plus, les
lesquels il prend principalement appui pour
confèrent pas à celle-ci une grande valeur de p
catéchétique » de S. Grégoire de Nysse, avec sa
de façon plus pénétrante que jamais les connex
rien de spécialement populaire. Quant à l'Ho
Psaume 45, ce qu'il y a de plus caractéristique à d
pas qu'elle se rattache à une tradition d'exégèse
texte biblique? G. paraît n'avoir nullement arrêt
question des genres littéraires. Nous inclinerion
est d'importance dans le domaine patristique au
Bible et qu'un passage scripturaire n'est pas f
même façon dans un commentaire continu et d
L'A. note cela plutôt qu'il ne l'enregistre et
propos du Commentaire sur l'Épître aux Romain
Mais G. n'hésite pas à faire grief à S. Athanase
(car il aime bien revenir sur ses idées favorites
n'avoir pas tenu compte des versets les plus
Hébreux au sujet de la psychologie et des faible
(surtout 5, 7-9). Mais cela est-il ad remi L'év
toujours, en avocat passionné et passablement r
des adversaires théologiques ou politiques. Po
des versets qui n'allaient point dans son sens et
lui avaient point jetés à la figure, soit parce qu
encore moins de place qu'Athanase à l'âme hum
que cette violente clameur, ces larmes et ces su
convenir même au dieu de seconde zone qu'ils
en n'opérant point ici de distinction, G. se prive
à part les cas où les citations de l'Épître sont de
dans la Bible par des hommes qui la connaissaie
est particulièrement vrai dans le cas d'Origène,

R. A. Greer semble ignorer néanmoins le livre de L. Abram


est contestée. Serait-ce qu'il en répudie tacitement l'argu
dont l'ouvrage est recensé ci-dessus, qui est pour sa part
bien reconnaître (cf. p. 137) que la question de l'existence
« ne joue pas un rôle d'un poids quelconque dans la controverse » entre Nestorius
et Cyrille. Ce qui est tout de même bizarre si Nestorius était préoccupé d'autre chose
que de brandir de façon purement polémique le reproche d'apollinarisme à la face
de son adversaire.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 457

qu'il fait de l'Épître ont été relevés et qu'il est spécialem


associations retenues pour leur pure valeur verbale. Ainsi
assuré (cf. p. 12-13) que pour faire appel à He 10, 1 et 8, 5
que Lam 4, 20, il n'est pas simplement motivé par la pré
trois textes du mot « ombre », et dès lors ce rapprochem
d'affirmer qu'il entend sérieusement définir par là à la fo
la Loi par rapport au Christ et celle du régime chrétien ac
aux espérances futures? Ces citations à valeur ornement
statistique et ne permettent pas de déterminer si les éno
sacré ont eu une importance décisive dans la constitutio
exposée par les divers Pères de l'Église. Au fond, tout le
Green nous oriente dans un autre sens, et la conclusio
satiété, quitte à reculer un peu tout à la fin devant ses co
que la doctrine guide et inspire l'exégèse, non l'inverse.
faut mettre entre parenthèses la question de l'apport exég
voire dénier pratiquement toute valeur à cet apport, vaut-
d'étudier leur doctrine par le détour de cette exégèse
A. Green, avec son changement de cap en cours de route
penser qu'il n'en est pas, quant à lui, tout à fait sûr27.

Exégèse arienne. - De ce commentaire sur le Livre de J


début du siècle, H. Usener avait tiré la petite dissertatio
logie. Puis quelques vingt-cinq ans plus tard, R. Draguet
l'attribution à Julien d'Halicarnasse, avait glané presque t
où s'exprimait la prise de position de l'auteur en faveur
Est-ce à dire que D. Hagedorn fait œuvre inutile en n
maintenant une édition intégrale de cette œuvre qui n'a
présent publiée en entier que dans une traduction du xvi
à la va-vite? Bien sûr que non. Et d'abord parce qu'il
à nos yeux décisive, par de très nombreux rapprochemen
l'exégète de Job avec l'écrivain qui s'était paré du nom d
celui de S. Ignace pour conférer du prestige à ses aud
graphes. Il peut désormais passer pour assuré que les
Apostoliques sont l'œuvre non pas simplement d'un h

26. Cf. p. 357 : il ne s'agit tout de même pas d'« eisegesis ».


27. Une dernière question : l'A. affirme (p. 226) que la méthode d'approche de
Théodore à l'égard de l'Écriture est déterminée par sa doctrine des deux âges. Or
cette distinction des deux « catastases » est en fait de tendance fortement eschatolo-
gique : le Christ n'est vraiment entré dans la seconde catastase qu'avec sa Résurrect
et y est comme prémices de chrétiens qui n'y sont pas encore. Donc, quand Théod
perçoit dans des textes de l'Ancien Testament, par-delà le sens littéral, une prédict
au sujet du Christ et des chrétiens dans leur situation d'ici-bas (cf. p. 231-232), appliqu
t-il effectivement sa doctrine au sujet des deux âges, ou reproduit-il des exégèses
allégoriques traditionnelles en christianisme bien avant lui ?
28. Der Hiobkommentar des Arianer Julian , erstmals hrsg. v. Dieter Hagedorn.
Berlin-New York, Walter de Gruyter (coll. « Patristische Texte und Studien », 14),
1973; 15x23,5, xc-410 p.

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458 G.-M. DE DURAND

méfiance vis-à-vis du concile de Nicée, tel ce Sil


pensé 0. Perler, mais bel et bien d'un authentiq
d'autant plus désirable, ce soit dit en passant, u
Constitutions Apostoliques qui nous fournirait le
repéré par Turner, plutôt que les remaniements
sens orthodoxe qu'accepta Funk.
D. Hagedorn estime, au surplus, pouvoir préci
nalité de l'exégète, non seulement en lui confir
fourni par deux sources indépendantes, mais en
tradition orale relative à la prédication de L
encore persister de son temps, en mettant auss
avec une école de Syriens bilingues (p. lxi). Sur c
nous nous demandons si la thèse de H. est bien la
compte des faits. Si l'auteur du Commentair
voisine de la Syrie (comme cette Cilicie, où se l
du nom de Julien, cf. p. lvii), mais néanmoins
vouloir désigner par ce terme de « Syriens » la
exégètes plutôt que leur langue? Et puis, à l'époq
à 379-381 où H. inclinerait à placer le Commen
de langue syriaque n'œuvraient-ils pas plutôt en
de la langue comme de la doctrine des Grecs qui,
de s'inquiéter de leurs avis?
En tout cas, même si, pour une écrasante maj
s'en tient à une paraphrase aussi brève qu'an
dégage tout de même bien de l'ensemble : un th
qu'Aèce ou même Eunome, mais combien raison
moines et ces tenants du nicénisme qui vont po
époque ! Les ergotages syllogistiques sont absent
ments d'un optimisme sans problèmes sur l'hum
là un intempérant étalage d'érudition (p. lxiii).
Julien ne se lance pas dans une apologie de la P
élan que d'autres exégètes du Livre de Job; on
qu'une allusion à des contempteurs de ce dog
éprouve beaucoup trop de respect à l'endroit de
à l'endroit aussi d'un livre censé écrit par Moïse
livre puisse avoir un skopos bien affirmé de con
dence. Il ne cherche d'ailleurs nulle part, sauf
skopos , ses principes généraux d'exégèse éta
développés, peut-être même fort peu pensés. A
l'existence de deux sens dans les Écritures (« bie
évidence une dualité d'objets » : p. 283, 1. 10) et

29. Un petit indice supplémentaire qui, sauf erreur, n'est pas relevé par
D. Hagedorn : l'auteur, comme Eunome, prend parti pour une théorie linguistique
selon laquelle les noms sont déterminés par Dieu, en sa qualité de Créateur : cf. p. 68,
1. 1-5.

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BULLETIN DE PATROLOGIE 459

se troubler la description de Leviathan sur deux plans su


qu'on entende par là une bête sauvage inconnue, soit le dia
Mais s'il existait tout de même une intention générale so
Commentaire, ce serait bien de souligner la bonté de la c
en particulier l'admirable agencement de la nature humain
des pages 234-236 et 265-266 veulent avoir presque a
que le célèbre chœur de Y Antigone et ne comportent pas
contrepartie beaucoup plus sombre. Aussi les Pseudo-Enc
moins amalgamés avec les Manichéens (cf. p. 67, 1. 8),
mauvais le corps et ses nourritures, pourraient bien être c
qui Harnack avait déjà relevé la méfiance des Constitutions
La même inspiration, sans doute, conduit Julien à spécif
ration humaine n'a rien de honteux (p. 79, 1. 13 sv), que
fois âme et corps (p. 310, 1. 5-6), que les passions, étant in
doivent être non pas supprimées, mais utilisées (p. 8, 1. 12
surtout). La répudiation par les valentiniens du dogme de
est également la seule erreur, avec celle attribuée en tria
anoméens, qui soit dénoncée plus d'une fois dans le Comme
1. 5-6 et p. 100, 1. 6). Néanmoins, il reste des traces de
grecque dualiste chez notre auteur : après avoir écarté le
des « Syriens » (p. 80, 1. 7 sv.), il conclut des lois mosaïqu
ment à une distance chronologique entre la conceptio
l'embryon et son animation (p. 80, 1. 20-p. 81, 1. 4). Ain
même des questions encore fort actuelles peuvent être ef
Commentaire.
Dans un tout autre ordre également D. Hagedorn fournit pour sa part
une solution à un problème d'actualité : son texte grec est simplement
une reproduction en offset de pages dactylographiées. Par suite de contre-
temps de dernière heure, il est vrai, le procédé ne donne pas des résultats
totalement satisfaisants. Mais qu'importe, il permettra peut-être, dans
cette période de vaches maigres, de continuer à éditer des œuvres telles
que celles-ci : secondaires en elles-mêmes, mais non dépourvues d'intérêt,
permettant en outre de reconstituer un chaînon manquant dans la théolo-
gie du ive siècle32.

30. Julien admet cependant au passage (p. 2, 1. 10-11) que le « Seigneur a tout fait
pour Lui-même ». Il semble avoir échappé à H. que cette phrase est la forme revêtue
par Prov 16, 4 dans Théodotion (avec toutefois un verbe différent), la Syro-Hexaplaire
et la Vulgate : cf. Field, Hexapla, t. Il, p. 343, qui donne le bout de verset précédé
d'un astérisque.
31. On peut se demander si une autre théorie de Julien ne relève pas de la même
inspiration : il affirme que jamais l'amour ne peut ni ne doit éliminer la crainte dans
les rapports de l'âme avec Dieu (cf. p. 44, 1. 9-10 et 12), passant ainsi à un cheveu
d'une collision avec 1 Jn 4, 18 (cette épître n'est pas citée dans le Commentaire, et
on ne peut pas dire non plus que ce soit un des textes favoris du pseudo-Ignace ou du
pseudo-Clément).
32. D. H. prouve, p. lix, que Julien a eu recours à un florilège plutôt qu'au texte

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460 G.-M. DE DURAND

Charismes. - Avec des principes méthodologiq


ment explicités, c'est un ouvrage dont la visée ra
que nous offre A. M. Ritter83; il se réfère d'ai
de M. F. Wiles à la fin de son Introduction (p. 1
si l'on peut dire (puisqu'elle s'exerce sur des text
d'autres) a pour but, cette fois-ci, de découvrir com
d'affirmations ou de témoignages pauliniens rela
compris et accueillis dans l'ancienne Église (p. 1
Chrysostome qui est choisi pour ce coup de sond
le « catholicisme » (les guillemets sont de l'au
constitué, la littérature patristique cesse d'intér
degré les chercheurs protestants. Puis l'enquête
Antiochiens et à un Alexandrin, qui font effect
constellation théologique que la Bouche d'or.
La première question que R. pose aux textes
situer les charismes dans le déroulement chr
l'Église : en sont-ils une réalité passagère ou
d'abord que Jean les identifie avec les « signes e
(p. 24) et de ce fait les considère comme limités
à présent, ils ne sont plus nécessaires pour donn
de foi, le genre de vie des chrétiens devant y su
part le baptême et les dons qui en découlent peu
charismes (p. 53 et déjà p. 41 n. 34), il est évide
avoir affaire sous ce nom à des réalités bien pr
dienne de l'Église. Avec cette difficulté toutefo
de l'action de l'Esprit risque de n'être plus guèr
présent le travail secret accompli dans les cœur
remise des péchés, qui est décoré du titre de ch
selon R., Jean Chrysostome donne essentiellem
la grâce, foncièrement une, est charisme en ta
multiforme, c'est-à-dire en tant qu'elle fait assu
corps ecclésial un rôle différent. Cette diversif
possible, bien sûr, que si l'Église est conçue aut
corps aux multiples membres, non comme une p
laquelle un peuple indifférencié, relégué à un nivea
à l'étroit sommet d'une élite hiérarchique pour

de Ménandre et d'Euripide, parce qu'il accolle sans aucune


et de l'autre. Serait-il impossible que Ménandre ait réutilisé de façon parodique un
passage d'Euripide ? Nous connaissons au moins un cas du phénomène : le réemploi
d'un vers de Y Augè (Nauck, n° 920) dans Y Arbitrage (v. 766, Koerte).
33. Adolf Martin Ritter, Charisma im Verständnis des Joannes Chrysostomos
und seiner Zeit. Ein Beitrag zur Erforschung der griechisch-orientalischen Ekklesiologie
in der Frühzeit der Reichskirche. Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht (coli.
«Forschungen zur Kirchen- und Dogmengeschichte», 25), 1972; 16,5x24, 232 p.,
DM 48.-

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BULLETIN DE PATROLOGIE 461

vertus correspondant à sa situation. Or il semble bien en eff


dépassés les excès rhétoriques de quelques écrits de jeunesse,
le dilemme entre choix libre de l'homme et charisme grat
S. Jean Chrysostome ait réussi à ne pas écraser le reste du
sous la triple supériorité des vierges, du clergé ou des moin
des innombrables références qui constellent le bas de ses p
s'est nullement découragé devant l'énormité de l'œuvre chr
et il a été chercher dans cette masse d'homélies où ils risqua
perdus les fort beaux textes où celui qui fut successive
d'Antioche et évêque de Constantinople met les laïcs en
responsabilités missionnaires (cf. p. 78-80), les exhorte à l'étu
de la Bible (p. 117-119) ou à une participation à cette liturg
présente, toujours disponible, qu'est le service du corps ecclé
(p. 106-107). Au passage, A. M. Ritter en profite pour repl
ment dans leur cadre certaines affirmations sur l'Eucharistie dont le
réalisme hyperbolique nous transporte moins d'aise que les apologistes
catholiques du xvue siècle. Mais le test suprême est évidemment la conci-
liation entre la notion de sacerdoce stable et celle de charisme toujours
révocable. Dans l'optique de R., le Chrysostome, qui admet la première
conception sans la soumettre à un nouvel examen, ne peut que laisser
échapper une partie de la doctrine paulinienne. Cependant cette déperdi-
tion est minimisée autant que possible, quitte à utiliser comme repoussoir
la doctrine augustinienne (cf. p. 101 et aussi n. 22 p. 104). Pourtant telle
citation de la page 105 rappelle passablement le développement des
Traclaim in Ioannem sur le baptême effectué par Pierre ou Judas, mais
toujours donné par le Christ, Augustin avait aussi vive conscience que
quiconque du disparate possible entre situation sociale, hiérarchique, et
intégration dans l'une des deux cités34.
Le contraste est beaucoup mieux établi avec un auteur qui est pourtant
de la même école théologique que S. Jean Chrysostome. Pour Théodore de
Mopsueste les charismes sont à peu près exclusivement des manifestations
spectaculaires à but apologétique, limitées aux temps apostoliques. Ce qui
subsiste maintenant, c'est une grâce baptismale qui sanctifie l'individu
plutôt qu'elle n'édifie l'Église (p. 132). Avec les réserves qui s'imposent,
puisque l'œuvre de l'Interprète nous est parvenue fort mutilée, R. suggère

34. Plus loin d'ailleurs : p. 143, vers la fin de la note 118, R. paraît concéder que
c'est par une infidélité à S. Augustin que sa pensée a pu se trouver interprétée de la
sorte. D'autre part p. 86, n. 57 fin, l'A. lit dans un texte du De Providentia l'affirmation
qu'en cas de nécessité on peut célébrer même sans prêtre une « synaxe » pleinement
valide. N'est-ce pas tirer un peu trop d'une phrase qui reste d'un orateur, même si
elle provient d'une œuvre écrite ? Doit-on, en outre, donner à synaxe un sens technique ?
Peut-on exclure la présence de simples prêtres en dissidence avec l'intrus installé sur
le siège épiscopal ? P. 164 et n. 105, un texte analogue de Théodoret est interprété
avec plus de précaution ; nous ne croyons pas, en effet, que la « liturgie » dont il parle ait
grand-chance d'être l'Eucharistie. Une édition adéquatement commentée de l'Histoire
philothée tranchera, espérons-le, bientôt.

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462 G.-M. DE DURAND

que cette œuvre ne trahit presque aucune pr


(p. 137 ; à la page suivante, il voudrait voir là un
johannique) et que la prédication y apparaît c
exclusive sur la fonction cultuelle du clergé. Tel
charisme subsistant dans l'Église : ce don fait à
leur faiblesse, non pour eux-mêmes, mais p
stabilité de ce don en la personne du porteur est
bre de l'Église différent des autres de manière
on peut donc parler de crevasse impossible à ignore
Théodore et Ghrysostome (p. 145). Visiblement,
concis, voire arides, du premier n'ont pas séduit
homilétiques du second. Il ne souligne peut-êtr
Mopsueste a pris à tâche pour son propre compte
autre que celle du pur liturge. Mais il se pourrai
plutôt effort humain à déployer que grâce divin
La doctrine est encore très différente chez le troisième Antiochien
étudié. Selon Théodoret, la richesse en charismes est beaucoup moins
exclusivement caractéristique de l'Église des temps apostoliques que pour
Théodore ou Jean Chrysostome (p. 150). La raison de cette divergence est
aisée à déceler : l'évêque de Cyr, bien que plein de zèle pastoral et ne
répugnant nullement à la promotion matérielle de son diocèse, est demeuré
essentiellement imbu de la mentalité monastique (cf. 161) et persuadé en
conséquence de l'activité toujours présente des dons divins au moins dans
ce milieu des moines. Mais les comportements, parfois assez spectaculaires,
dont il se fait le narrateur admiratif dans Y Histoire philothée démontrent
que l'Esprit est toujours à l'œuvre dans l'Église plutôt qu'ils n'aident à
construire celle-ci de l'intérieur; l'extrême individualisme du monachisme
syrien ne permettait guère d'autre conclusion, au demeurant. En revanche,
la fonction sacerdotale est primordialement un service et elle est aussi un
don gracieux, sans qu'il soit possible de bien discerner, selon A. M. Ritter
(p. 166), si, pour Théodoret, c'est la fonction même qui est grâce, ou si une
grâce toujours à implorer peut venir permettre l'accomplissement adéquat
de la fonction. En tout cas il y aurait là comme une esquisse de la future
dualité pope-staretz dans l'Église russe. En outre, Théodoret serait, parmi
les quatre théologiens considérés ici, celui qui admettrait le plus aisément
la permanence d'un aspect très apparent des manifestations de l'Esprit,
aspect qui à l'heure actuelle ne hante plus seulement des mouvements
demeurant marginaux par rapport aux grandes églises.
La clef pour déchiffrer le dernier auteur examiné nous est sans doute
donnée tout à la fin (p. 195). S. Cyrille d'Alexandrie fut essentiellement
un intellectuel, voire un cérébral. D'où une tendance à ne traiter de
manière approfondie que des problèmes dogmatiques, en donnant à des
questions qui paraissent engager seulement le fonctionnement concret de
l'Église des solutions rapides, superficielles, voire contradictoires ; ainsi en
va-t-il donc pour les charismes. Peut-être faut-il tenir compte aussi d'un

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BULLETIN DE PATROLOGIE 463

penchant à voir les choses telles qu'elles devraient être p


qu'elles sont. Or un hiérarque devrait toujours, en théorie
la situation à laquelle une grâce de Dieu jadis l'appela. Et qu
sa tâche d'exégète et de théologien avec autant de zèle qu
étant donné que les plus essentiels des charismes toujour
l'Église sont justement le discours de sagesse et celui de s
il peut, s'il n'est pas trop enclin à l'introspection, se donn
même satisfecit que plus tard un autre célèbre ecclésiast
jamais eu d'autres ennemis que ceux de... l'Église. » Cette
dant ne pouvait valoir à Cyrille la sympathie de R., qui n'
pas trop les docteurs trop doctoraux. Il est même sans in
l'exégète, attribuant à ses interprétations de perpétuels re
priété (p. 184 - vraiment ; même quand il s'agit de comme
Le fait que la méthode allégorique y tient une grande pla
impressionné notre critique qu'il range à peu près sans res
dans la lignée d'Origene (p. 172; cf. p. 195). Pourtant, du p
sujet précisément dont ce livre traite, une grosse différ
yeux (elle est d'ailleurs mentionnée p. 187), à savoir l
l'évêque d'Alexandrie de toute idée de double hiérarchie (
sainteté), si explicite chez Origene.
Ce manque de réponse consistante et cohérente chez Cy
disparate aussi des solutions fournies par les Antiochiens
penser que l'ouvrage de A. M. Ritter traite de problèmes
ne réfléchissait pas alors bien intensément. Mais cela ne p
ment pas de reprocher à notre critique d'avoir posé aux ex
des questions anachroniques, découlant d'une problématiq
rieure. Nous le louerions volontiers, tout au contraire, d
abandonné aux mêmes scrupules que R. A. Greer à l'idée
commentaires patristiques avec de plus modernes. Si ces
généralement l'avantage au cours des rapprochements opér
l'impression d'être en face du postulat de base de tant de
générations précédentes, au xixe siècle et au début du xxe
jusqu'à S. Augustin, sont seulement capables d'un long co
textes pauliniens. Même le synergisme, qui inspirait aux
certain type de tradition augustinienne une méfiance insurmo
l'exégèse grecque issue d'Origène, est traité ici avec comp
moins dans le cas de Jean Ghrysostome36. Du reste, ce qu

35. Une fois au moins, une discrète réserve : « Paul, ou du moins not
de comprendre Paul » (p. 88) suggère que l'A. n'est point incapable d'un
Il a, pour l'y conforter, l'exemple d'E. Benz, lequel s'est trop inspir
qui n'est plus maintenant dernier cri : p. 196, n. 131. L'étonnement
p. 200, de ce que Jean Ghrysostome ait pu être un homme de la Bib
membre fidèle de son Église serait peut-être un peu plus naïf.
36. Cf. l'Excursus des p. 42-45 et de nouveau les p. 57-62. Cyrille est, comme
d'habitude, plus maltraité : cf. p. 194 où son synergisme est qualifié de « massif ». Un

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464 G.-M. DE DURAND

sable en exégèse peut toujours être récupéré co


l'ecclésiologie et son histoire. Croyant cependant
tion pour ces études historiques, A. M. Ritter a
trop d'espoir. Cela ne l'empêche pas de réussir
d'annoncer qu'il va persévérer, par une étude s
moines (p. 17, n. 18). Nous en acceptons l'augur

2715 Chemin Côte Sainte-Catherine

Montréal H 3T 1B6 (Canada)

texte, autre que celui relevé dans la note 102, p. 189, où l'Alexandrin essaie de réfléchir
sur la perte de Judas, n'a pas dû être jugé digne de mention. Cyrille y cite pourtant
Ps 126, 1 en faveur du caractère indispensable de la grâce divine pour toute construction
morale humaine : In Joannem lib. XI, PG , 74, 521 Dsq.
37. Les auteurs qui se désolent des mésaventures subies par leur savante prose
au cours des travaux d'impression seront peut-être un peu apaisés par l'idée que
même dans un ouvrage aussi bien présenté que celui-ci, un titre courant peut arborer
pendant 44 pages le mot « Charsimen ». A la p. 91 la première citation grecque nous
semble avoir glissé une ligne trop bas par rapport à son équivalent allemand. P. 146,
n. 131, la référence à l'édition Harvey de S. Irénée Bd. IV, S. 40 est bien déconcertante.

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